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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

planches

Le christianisme primitif et ses rites

Publié le 22 Mars 2013 par B\ V\ dans Planches

La planche de ce jour a pour thème le christianisme primitif et ses rites, cependant il est nécessaire de commencer par rappeler quelques éléments doctrinaux qui ont conditionné l’évolution ultérieure de la chrétienté. Pour des raisons de commodité, le présent exposé adopté délibérément une présentation très structurée, dont l’inconvénient est un schématisme réducteur.

La doctrine
L’enseignement de Jésus
L’enseignement de Jésus est d’abord connu au travers des écrits rédigés par les apôtres, c’est-à-dire par des textes apologétiques et démonstratifs, et non pas « historiques » au sens actuel du terme. Il reste cependant que l’analyse détaillée de ces mêmes textes, la présence d’autres sources (écrits païens et apocryphes), la connaissance du judaïsme antique et de la Bible juive permettent de déterminer avec une précision acceptable les paroles réelles de jésus.
Avant de devenir une religion constituée, l’enseignement de Jésus est d’abord un discours qui se situe avant tout dans le cadre du judaïsme: en effet, en dehors de toute autre considération (langue, géographie), l’enseignement de Jésus n’est compréhensible que par le peuple juif, élevé dans une religion monothéiste. Simultanément, cette même prédication fait éclater par certains points le judaïsme traditionnel, et trouvera (par l’intermédiaire de Paul) son plus grand succès auprès des païens. On touche là l’ambiguïté fondamentale de Jésus, qui explique pourquoi ses contemporains ont eu du mal à le reconnaître comme le Messie.

Le Royaume de Dieu
En schématisant à l’extrême, le message de Jésus est marqué par un thème récurrent : « Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu s’est approché : convertissez vous, et croyez à l’Evangile » (Marc 1, 15).

Le Messie
A ce titre, ses disciples reconnaissent en Jésus l’Oint du Seigneur (Messie en hébreu, Christ en grec), titre que jésus n’accepte qu’avec réticence. Cela n’empêche pas que les apôtres et les foules voient en lui le Messie Glorieux, venu rétablir la place d’Israël parmi les nations, d’où l’ambiguïté de son succès; le procès et la crucifixion de Jésus le réalisent comme Messie Souffrant, pour reprendre les termes d’Isaïe (40-55). En reprenant les évangiles, il semble que jusqu’à son procès, Jésus a hésité entre ces deux aspects du Messie.

La Loi Juive
Un autre trait caractéristique de la prédication de Jésus est son attitude par rapport à la Loi Juive. D’un côté, il déclare : « N’allez pas croire que je suis venu abroger la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu pour abroger, mais pour accomplir » (Mathieu 4, 17). Pourtant, simultanément, sa prédication s’adresse en priorité aux déshérités, aux pêcheurs, et il n’hésite pas à interpréter cette même Loi dans un sens apparemment contraire à la tradition, au nom d’une raison supérieure, l’amour et la miséricorde divine : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’Homme est maître même du sabbat » (Marc 2, 28).

Jésus et les païens
Au début de la prédication de Jésus, son discours s’adresse exclusivement au peuple juif, les païens et les Samaritains étant parfois cités en exemple à titre individuel : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mathieu 15, 24). Il reste que progressivement, peut-être à cause des obstacles rencontrés auprès des Juifs eux-mêmes, Jésus en vient à inclure progressivement les gentils dans l’avenir messianique: « Beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les héritiers du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors » (Mathieu 8, 11).

La communauté des Douze
L’Eglise primordiale est constituée de la communauté des Douze, nombre qui symbolise clairement le nouvel Israël. Les principales activités de Jésus sont la prière et la prédication, mais il ne crée pas lui-même de sacrement (Non, Jésus n’a pas inventé le signe de croix !). Ce n’est qu’après sa mort que les apôtres créeront les sacrements, pour obéir à ses injonctions ou pour garder sa mémoire ; il suffit de penser à la communion, ou au pardon des péchés.

La Communauté de Jérusalem
La toute première communauté chrétienne est celle des apôtres, à Jérusalem. On lui donne déjà le nom d’Eglise (du grec ecclesia), c’est à dire assemblée, car il s’agit avant tout d’une structure collégiale. Ce groupe est constitué de juifs pieux, qui ne cherchent pas la rupture avec le judaïsme, dont ils pratiquent les rites; leur seule différence, c’est qu’ils identifient Jésus au Messie anonyme de l’espérance juive. Alors que les apôtres sont convaincus du succès de leur prédication auprès de leurs corréligionnaires, ils trouvent leur véritable auditoire auprès de la diaspora hellénisée de Jérusalem, dont Etienne est le représentant : ce groupe condamne comme idolâtre le culte rendu au Temple, et proclame pour la première fois l’autonomie du message chrétien par rapport au judaïsme. Dans la ville sainte juive, un tel discours est perçu comme sacrilège, aussi Etienne meurt lapidé tandis que la communauté chrétienne est dispersée.

Paul et la mission auprès des Gentils
Issu lui aussi de la diaspora de langue grecque, Paul est d’abord un pharisien farouche, avant de se convertir brusquement. Face à la communauté des apôtres, il affirme tenir sa mission de Dieu lui-même, et en tant que citoyen romain, va utiliser l’infrastructure romaine pour répandre la nouvelle foi auprès des Gentils (traduction grecque de l’hébreu Goyim). Paul est le premier à donner à la nouvelle religion un enseignement théorique compréhensible hors du monde juif: en ce sens, il est « l’inventeur » du christianisme. Très rapidement, la communauté juive originelle devient minoritaire dans le christianisme; simultanément, la communauté juive rejette le christianisme comme interprétation possible du judaïsme. Simultanément citoyen romain, de culture grecque, de religion juive, mais connaissant les cultes païens, Paul est déchiré entre de nombreuses contradictions, qu’il réussit à concilier dans une foi profonde en Jésus. Aussi, sans lui retire son originalité propre, l’élan qu’il va donner au christianisme sera marqué par ces influences contradictoires. En schématisant à l’extrême sa pensée, Paul affirme qu’il est impossible à l’Homme de trouver seul son Salut, état qui selon lui est du seul ressort de Dieu, par l’intermédiaire de Jésus. A ce titre, seule la foi sauve, et donc toutes les observances rituelles du judaïsme sont condamnées sans recours, car inopérantes.

Les rites chrétiens primitifs
Malgré l’existence de certains rites (fraction du pain notamment) dans la Communauté de Jérusalem, on ne peut parler de rites chrétiens qu’au moment de la séparation d’avec le judaïsme traditionnel.

Le recrutement
Le christianisme connaît ses premiers succès auprès du petit peuple des villes romaines (esclaves, affranchis, artisans), d’où le sobriquet de « religion d’esclave » qui lui est initialement appliqué.   
Un tel succès réalisé malgré les persécutions officielles peut s’expliquer par la conjonction de différents facteurs :
La crise du système religieux traditionnel et l’intérêt pour les religions à mystères importées d’orient (le christianisme primitif était considéré comme une religion orientale).
La fraternité affichée entre les membres, indépendamment de leur sexe, position sociale ou nationalité : « Il n’y a plus Grec et Juif, circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre, mais Christ : il est tout et en tous » (Col 3, 11).
L’incarnation effective d’un sauveur en Jésus, homme réel et contemporain, à comparer aux créations mythiques des autres religions à mystères.
La proximité du Royaume et le salut rendu possible à tous, hors d’un enseignement ésotérique réservé à une élite. Le recrutement s’élargit rapidement aux classes moyennes et aux gens de toute condition : « Aquilas et Prisca vous envoient bien des salutations dans le Seigneur, ainsi que l’Eglise qui se réunit chez eux » (1 Cor 16, 19). Dans le même temps, le christianisme cesse de s’opposer systématiquement à la culture païenne, mais cherche à en récupérer les meilleurs éléments, ce qui est un facteur d’attraction supplémentaire. En revanche, la vieille aristocratie romaine et le monde paysan resteront longtemps à l’écart de cette religion nouvelle.

Les dogmes
Sans revenir sur le message de Jésus, il est nécessaire de rappeler qu’à ses débuts, le christianisme est avant tout l’observance des paroles du Maître, mais ne possède pas de corpus théologique fié explicitement. Cette mise en forme est commencée par Paul, puis continuée par les Pères de l’Eglise, mais il faudra attendre le concile de Nicée (325) pour qu’un consensus général s’établisse sur les dogmes chrétiens : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant… »). De ce fait, le christianisme primitif est avant tout une fédération de petites communautés, se reconnaissant toutes dans la foi en Jésus, mais très différentes les unes des autres :
Clergé n’obéissant pas à une autorité centrale et unique.

Différence dans les rituels
Divergences qui vont jusqu’à l’hérésie dans l’interprétation des paroles de Jésus.
Ces différences subsistent de nos jours au Moyen-Orient, où existent encore des églises chrétiennes jalouses de leur indépendances : coptes, maronites… Une théologie va donc progressivement se construire, permettant, en maintenant les enseignements de Jésus, de :
Communiquer l’enseignement de Jésus à des non-juifs, en utilisant le cas échéant le vocabulaire et la culture païenne (hellénisme notamment)
Faire face à l’élévation du niveau culturel des membres (classes moyennes romaines)
Définir un corpus cohérent face aux religions à mystères
Mieux définir la foi par rapport aux déviations rituelles et doctrinales (hérésies)
Unifier les différents rituels et les écrits canoniques
Enfin, lors de la victoire du christianisme (330), faire face aux conséquences d’un recrutement de masse.

Le baptême
Rien n’indique que Jésus ait baptisé lui-même, mais selon les Evangiles, il ordonne aux apôtres de la faire en son nom : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui que ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 16). Quoiqu’il en soit, le baptême deviendra très vite le rite d’intégration par excellence. Les non-baptisés n’assistent qu’au début de la messe (prière, lectures bibliques et sermon), puis se retirent avant la célébration de la communion, réservée aux seuls fidèles.Initialement, seule la foi en Jésus et le repentir sont exigés, mais très vite une instruction préliminaire est mise en place, tandis que les candidats sont parrainés et soumis à une période probatoire ; en période de persécutions, on comprend aisément les raisons de ces précautions. Le baptême effaçant tous les péchés, la tentation est grande de sa faire baptiser le plus tard possible, éventuellement sur son lit de mort, aussi de nombreux évêques fulmineront contre cette dérive. Pour l’ensemble de ces raisons, le baptême est initialement réservé aux adultes, mais le baptême des enfants est introduit très tôt.La cérémonie du baptême est préparée par une retraite préliminaire, tandis que le sacrement est pratiqué par immersion totale, de préférence dans la nuit de Pâques. L’immersion est complétée par une imposition des mains, qui existe encore dans le rite actuel, mais a donné lieu à un sacrement distinct : la confirmation.

La communion
Le partage du pain est déjà attesté dans la communauté de Jérusalem : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes 2, 42). Dès les débuts du christianisme, ce rite est perçu simultanément comme mémorial de la Cène et anticipation du Royaume de Dieu. Quelques années plus tard, Paul sera le premier à développer une théologie autour de ce geste. La participation à la communion suit immédiatement l’admission des nouveaux baptisés, qui assistent à l’intégralité du culte. Ce rite est initialement intégré dans une agape communautaire et fraternelle, dont il constitue l’élément sacré : « Mais quand vous vous réunissez en commun, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. Car au moment de manger, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l’un a faim, tandis que l’autre est ivre » (1 Cor 10, 20). Vers le 2ème siècle, le rituel se stabilisera autour de quelques traits principaux, tandis que l’agape sera séparée de l’Eucharistie (action de grâces), ce dernier terme servant de plus en plus à désigner la Cène. Plus tard, l’agape deviendra progressivement un repas charitable pour les pauvres et finira par disparaître; la Cène évoluera pour devenir la Messe.

Morale chrétienne et pénitence
Les premiers chrétiens pratiquent une morale volontairement austère, qui les met à contre-courant de leurs contemporains: stricte discipline de vie (jeûne notamment), renoncement aux distractions païennes ou immorales, bannissement du lucre et du luxe, valorisation de la virginité, du mariage et de la famille, promotion de la charité fraternelle. Une telle rigueur s’explique à la fois par l’influence du dualisme grec (alors à la mode), mais aussi par la conviction d’un retour très proche de Jésus : il faut être prêt pour le Royaume. Nul doute qu’une telle sévérité a dû décourager plus d’un candidat, mais a aussi été un puissant facteur d’attraction pour les meilleurs des païens. Compte tenu de la vie communautaire des premiers chrétiens, l’aveu des fautes et leur pardon sont publics (« Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant mes frères… »), l’un et l’autre étant du devoir de tout croyant ; encore une fois, la foi en Jésus impose le rite. Avec l’élargissement du recrutement, une telle rigueur était difficile à maintenir, aussi après bien des hésitations se met en place un système élaboré de pénitences, allant jusqu’à l’excommunication temporaire suivie d’une réconciliation solennelle. Avec le temps, ce rite débouchera sur la justice ecclésiastique d’une part, sur la forme moderne de la confession d’autre part.

Le clergé
La communauté de Jérusalem ne connaît pas de véritable hiérarchie, mais un Conseil des Anciens; là encore, la différenciation des fonctions apparaît avec l’autonomie du christianisme par rapport au judaïsme, puis s’accentue avec sa reconnaissance comme religion officielle de l’Empire. Les écrits de Paul « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ, qui sont à Philippes, avec leurs épiscopes et leurs diacres » (Phil 1, 1) attestent de la présence de Surveillants (en grec, episcopoi), et de Diacres, chargés principalement de fonctions administratives. Le titulaire du poste est initialement choisi par la communauté, dont le choix est confirmé par la hiérarchie dans le rite de l’ordination. La transmission du pouvoir spirituel est effectuée par imposition des mains : on le voit, le rite est resté inchangé.

J’ai dit, V\ M\

Source : www.ledifice.net

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Mon Frère d'où venez-vous ? D’une loge de St Jean

Publié le 1 Mars 2013 par A\ D\ dans Planches

Cet extrait rituélique n’est qu’un exemple des diverses allusions à Saint Jean qu’offre la Franc-Maçonnerie au travers de ses rituels et de ses symboles. Pourquoi nous rattachons-nous, comme d’ailleurs la majorité des Ordres Initiatiques occidentaux, à Saint Jean ?

Sur un plan historique, de nombreuses hypothèses, souvent contradictoires ou peu fondées, allant des antiques cénacles philosophiques perses appelés Jehan aux corporations de constructeurs dites Confraternités de Saint Jean en passant par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, furent ainsi avancées afin d’expliquer à tout prix l’origine étymologique de loge de Saint Jean en la rattachant à des événements indubitables.

En ce qui me concerne, ces controverses de chroniqueurs – même passionnantes ne me retiennent pas. Du point de vue symbolique, elles ne sont d’ailleurs que d’un intérêt secondaire et la Tradition demeure en la matière beaucoup plus enrichissante. Car, une fois de plus, c’est en elle que nous trouverons nos réponses …
René GUENON ne s’y est point trompé : il y voit une succession spirituelle johannite et ésotérique de l’Ordre du Temple et des Collèges de la Rose+Croix, qui avaient également pour patron Saint Jean. Assurément, il faut rendre témoignage que la Franc-Maçonnerie a reçu l’héritage de nombreuses organisations initiatiques antérieures et a ainsi permis à de nombreux concepts philosophiques issus de civilisations ou de traditions éteintes de demeurer vivants non seulement comme vestiges du passé mais également comme germes du futur.

Saint Jean, abstraction faite de tout esprit religieux dogmatique, se révèle particulièrement fécond d’enseignements ésotériques et initiatiques. Chacun s’accorde à le reconnaître. Je vais donc tenter de vous exposer que la Symbolique qui lui est rattachée se retrouve intégralement dans nos symboles maçonniques, ce qui justifie pleinement l’appellation de loge de Saint Jean.

Avant de commencer à vous faire part de mes réflexions et élucubrations, j’attirerai votre attention, V\M\ et vous tous mes BB\AA\FF\, sur un postulat de départ personnel: pour moi, il ne fait nul doute que tous nos rituels sont profondément infusés des traditions kabbalistiques et alchimiques. Je dirais même que la Franc-Maçonnerie en elle même reste une superbe transposition de la divine Alchimie. A ce propos, il est assez curieux de remarquer que l’Alchimiste et le Franc-Maçon travaillent tous les deux à la perfection de leur pierre respective …Ceci mériterait certainement que j’y consacre une autre planche…

La Franc-Maçonnerie ne se place pas uniquement sous le patronage de l’apôtre Jean mais bien sous celui des deux Saints Jean : l’évangéliste, Jean Boanergès, et le précurseur, Jean Baptiste. Pour moi, il ne fait nul doute que sur un plan ésotérique, ils se confondent dans un même symbolisme. N’y a-t-on pas vu Janus, le dieu aux deux visages mais à la seule réalité, le Saturne alchimique ? Maçonniquement, il ne peut échapper que les noms mêmes de ces deux personnages ont pour initiales les lettres J et B, inscrites sur les colonnes de la Loge en rappel des noms Jakin et Boaz du temple de Salomon ! D’autre part, ils sont fils, l’un de Zacharie et l’autre de Zébédée, dont l’initiale Z est l’hiéroglyphe de l’éclair et du tonnerre z. Ils sont donc fils du tonnerre ou initié par le feu. Or, le tonnerre se retrouve également dans le voyage du candidat à l’initiation maçonnique…

JEAN BAPTISTE le précurseur.

Jean le Baptiste est le fils de Zacharie. Celui-là même qui avait perdu la parole à cause de son incrédulité, la retrouve par son obéissance à la naissance de son fils. Jean le Baptiste, témoin de La Lumière, permet donc à son père de retrouver la parole perdue. Son application à « la parole
perdue » des Franc-Maçons qui ont reçu la Lumière, et dès lors en sont les témoins, est évidente.
N’oublions pas à ce propos, que l’Art des alchimistes n’a pas pour objet la recherche de l’or matériel mais bien la pierre philosophale, et donc sur un plan spirituel, la parole perdue, c’est-à-dire l’épuration de l’âme, la réintégration de l’homme, matière même du Grand Œuvre dans son essence divine originelle. A ce propos, il convient de rappeler que c’est la lettre hébraïque Shin c, signifiant le feu, qui mise au milieu du Tétragramme divin h w h y (Yod Hé Vav Hé) dont la Tradition enseigne que la prononciation - donc la parole - fut perdue et figurant parfois sur le sautoir du Vén\M\, engendre le nom divin IESCHOUAH h w c h y. Celui-ci se rapporte à la séphire Tiphéreth, sphère kabbalistique de la pierre philosophale, de la maîtrise maçonnique et du sublime 18ème degré…

Nazoréen, Jean Baptiste ne pouvait, comme Samson, se couper les cheveux, symbole de l’énergie spirituelle rayonnante, le phallos des Hellènes. En Alchimie, les cheveux désignent le Rébis de l’œuvre, la pierre au rouge parfait. Re-bis, la chose double et pourtant unique, or il y a deux Saint Jean qui ne forment qu’un…

Saint Jean Baptiste fut décapité par Hérode, il eut donc la gorge tranchée, ceci rappelle bien entendu le signe d’apprenti mais allons un peu plus loin sur le chemin ésotérique. Dans le Grand Œuvre Alchimique, après le stade de la putréfaction correspondant indubitablement au degré d’apprenti, il faut « couper la tête au corbeau », c’est-à-dire enlever les scories ou maçonniquement équarrir la pierre brute, qui est précurseur de la quintessence symbolisée par l’étoile flamboyante au degré de compagnon dont les sommets sont marqués par la main sur le cœur dans le signe d’ordre…

On associe souvent Jean Baptiste à Elie et à Hénoch, également témoins de la Lumière qui doivent revenir à la fin des temps. Le premier serait certes à mettre en relation avec Elie Artiste des Rose+Croix et des Alchimistes dont le rôle est capital dans la génération de la pierre philosophale. Le second joue un grand rôle dans les légendes maçonniques. Hénoch est le seul homme qui a été réintégré de son vivant, en corps, âme et esprit, dans le Royaume d'Eden. Et, en ce qui me concerne, la réintégration spirituelle reste la substantifique moelle de l’initiation maçonnique. Ce n’est donc pas sans conséquence que Jean est associé à ces deux personnages…

La fête de Saint Jean Baptiste est située à un moment astronomique qui en révèle le sens caché. C’est le 24 juin, au solstice d’été, quand le soleil parvient à son apogée de puissance et de rayonnement. C’est alors l’éveil des feux de la St Jean, le symbole de la lumière venant illuminer l’Esprit. Jean représente donc symboliquement l’annonciateur du principe universel et unique du Feu-Principe, de la Lumière, émanation et manifestation de la Cause première.

Etymologiquement, IOANNES serait formé de deux mots chaldéo-hébraïques : io et Oannès. Io signifie pigeon et Oannès était le dieu sumérien qui apporta l’initiation aux hommes et leur transmis la lumière. Cet « homme-poisson » instruisait les hommes en les sciences et les arts, également en agriculture et dans le secret des métaux, dans leur fonte…

Le feu en raison de sa profonde signification ésotérique, joue un rôle capital de médiation et de purification dans toutes les initiations traditionnelles. Celles-ci ont toujours pour objet la mort mystique de l’homme profane suivie de la résurrection de l’initié, du nouvel homme, qui aspire à la Connaissance parfaite par la Rédemption et la réintégration, la communion totale avec la cause première, l’Amour spirituel... C’est également ce soleil spirituel symbolisant la Connaissance, que représente Hercule vêtu d’une peau de lion et d’or, symboles solaires et dont les 12 travaux ne sont autres que les phases du Grand Œuvre Alchimique…

Mais la fête solsticiale est également la fête de l’eau purificatrice et génératrice. Il y a, malgré les apparences, souvent trompeuses, une correspondance entre l’eau et le feu. Il faut d’abord un baptême de l’eau avant celui du feu. Les philosophes alchimiques brûlent par l’eau et lavent par le feu nous enseigne Flamel. Telle est la lessive philosophique. Laver latone. Solve et Coagula …C’était tout le message et le symbole de la Rose+Croix marquant la réalisation du Grand Œuvre : I.N.R.I. Igné Natura Renovatur Integra ; c’est également le symbolisme de Saint Jean.

Sur un plan plus exotérique, Jean le Baptiste fut assassiné pour ses idées d’égalité sociale, de liberté, de fraternité, de renoncement, de repentir et parce qu’il avait consacré sa vie à ouvrir les yeux des Hommes à la Lumière brillant dans les ténèbres. Ce qui n’est point sans rappeler l’idéologie maçonnique ainsi que la persécution cléricale dont elle fut victime. Il n’est donc point étonnant qu’il fût choisi comme saint patron.

Jean l’évangéliste.

L’apôtre préféré du Christ apparaît dans les évangiles comme le modèle-type des initiés. Inutile de rappeler que son Prologue et son Apocalypse sont à juste titre considérés comme de véritables monuments ésotériques et alchimiques en hommage à La Lumière. Selon plusieurs auteurs, Saint Pierre symboliserait l’église extérieure, exotérique, tandis que Saint Jean, l’église intérieure, ésotérique et gnostique. Dès lors, avons-nous ici encore une preuve du rattachement de la Franc-Maçonnerie à la tradition gnostique ?

N’a-t-il pas été désigné par son maître comme « le fils du tonnerre » ? Il est donc initié par le feu et dépositaire des secrets cachés de la Sagesse. Il est aussi consacré, suite au dernières paroles au Golgotha, comme « fils de la Vierge », expression similaire au fils de la Veuve, et désignant les initiés. Sur un plan alchimique, le fils de la vierge se nourrit en son sein de son lait tout comme le lait virginal ou lait de la lune est en rapport avec l’opération du Grand-Œuvre appelée « multiplication » qui nourrit de ce lait la pierre philosophale afin d’en multiplier son pouvoir.
Et le maçon n’est-il pas celui qui témoigne de son initiation par son comportement différent dans la vie profane et après s’être transmuté individuellement, peut devenir facteur de changement sociétaire.

Symbolisme de Saint Jean ou symbolisme franc-maçonnique ?

Dans le cadre de cette planche limitée par le temps de parole qui me fut donné, je n’évoquerai qu’un seul symbole johannite que l’on retrouve facilement en maçonnerie : le gamma grec, mais sachez qu’ils sont multiples : l’aigle, l’oiseau initiateur qui vole le plus haut et peut contempler le soleil, la toison d’or, l’agneau, le daleth hébraïque, Janus, le soleil et la lune…

Le Gamma grec (ou la lettre G)

La lettre symbolique que l’on attribue à Saint Jean est le gamma grec qui représente en minuscule graphiquement et astrologiquement la tête du bélier. Nous sommes ici en présence d’un glyphe profond, au sens multiple. Il représente non seulement la materia prima des alchimistes mais le moment où il faut commencer le Grand Œuvre. Or le bélier zodiacal en hébreu Tholeh l f h - possède la même valeur numérique, les mêmes lettres et le même nombre de lettres que la rosée. Le bélier de part sa vigueur souligne le feu essentiel et suggère l’eau aérienne stable. Mais le petit gamma grec est également symbole du chêne, arbre sacré des druides, symbole de l’agent primordial mais aussi de la materia prima. Mais le plus intéressant, c’est que les feuilles de cet arbre portent parfois des excroissances appelées noix de galle d’où, en langue des oiseaux, gala. Et gala (•8 en ancien grec, signifie lait, allusion au lait virginal des alchimistes qui nourrit Saint Jean et la Pierre philosophale, tous deux fils de la Vierge. La Tradition est infaillible. Comme dirait l’Evangéliste, que celui qui a des oreilles entende !

Précisons que le gamma grec majuscule n’est autre qu’une équerre : « Toutes nos équerres sont des signes et tous nos signes se font par l’équerre ».

La Franc-Maçonnerie conservant depuis des siècles l’ésotérisme traditionnel a fait de ce symbole la lettre G qui apparaît bien évidemment au grade de compagnon, basé sur le chiffre 5, sur la quintessence. Elle se veut avant tout l’expression du Feu-principe, de la Lumière, de la Connaissance, de la Vie, arcane suprême de l’initiation maçonnique.
Par ailleurs, initiales multiples de Géométrie, gnose ou de God, déformation du iod hébraïque y, symbole du sel alchimique ou initiale de la matéria prima, la lettre G fut certes le sujet de nombreuses planches. N’étant pas l’objet de la mienne aujourd’hui, je ne m’y attarderai pas plus longtemps.

CONCLUSIONS

Ces quelques lignes sur les deux Saints Protecteurs de la Franc-Maçonnerie ne sont évidemment qu’une faible ébauche de ce qui pourrait être dit sur un sujet en étroit rapport avec la Tradition Gnostique. Les aspects traditionnels et le symbolisme de la Lumière et de la Connaissance liés à
Jean sont très profonds et remontent loin dans le temps tout en restant vivant dans notre initiation maçonnique. Le patronage de Saint Jean se révèle le symbole secret de la Puissance Illuminatrice, dont la couleur symbolique est le rouge que nous trouvons sur nos tabliers de maîtres et dans les hauts grades de l’Ecossisme.

L’incomparable valeur du message universel de Saint Jean et de la philosophie transcendantale qu’il renferme permet d’envisager pleinement le rôle immense que la Franc- Maçonnerie est appelée à jouer de par cet héritage reçu de la Rose+Croix.
Elle peut ainsi satisfaire le besoin métaphysique ou religieux - intérieur à chaque homme. Par un retour à ses sources, elle peut être une voie privilégiée, celle de l’Art Royal, ouverte à tout homme indépendamment de sa foi, mais considérant comme « sacrés » les principes de valeur absolue de la personne humaine, de mission spirituelle de l’homme, de perfectibilité tant individuelle que sociale du genre humain par la voie johanniste de la Connaissance et de l’Amour. Ceci constitue également le fondement métaphysique de la Fraternité Maçonnique.

J’ai dit, V\ M\

Source : www.ledifice.net

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La sagesse de la Kabbale et la philosophie

Publié le 22 Février 2013 par X dans Planches

Qu’est ce que la spiritualité?

La philosophie s’est donnée grand mal à prouver que la matérialité découlait de la spiritualité et que l’âme engendrait un corps. Pourtant leurs idées ne peuvent être acceptées en aucune façon. Leur erreur principale a été leur perception erronée de la spiritualité qui aurait selon eux engendré la matérialité, ce qui n’est certainement pas vrai.

Car tout parent a besoin d’imaginer à quoi ressembleront ses enfants. Ce rapport parent enfant détermine le chemin que suivra sa descendance. De plus, toute personne agissant doit prendre en considération son action, lorsqu’elle s’y confrontera. Puisque vous dites que la spiritualité est reniée dans tous les évènements de la matérialité, alors un tel chemin n’existe pas. Par conséquent quel regard doit avoir le spirituel pour entrer en contact avec la matière et lui insuffler un mouvement quel qu’il soit?

Cependant la compréhension du mot «spiritualité» ne relève pas du domaine de la philosophie, alors comment peuvent ils débattre de quelque chose qu’ils n’ont jamais vu ni ressenti? Sur quoi reposent leurs arguments?

S’il existait une quelconque définition qui permettrait de distinguer et répartir le spirituel du matériel, cela n’appartient qu’aux personnes ayant atteintes et ressenties une chose spirituelle. Ces personnes sont les authentiques cabalistes, c’est pourquoi c’est de la sagesse de la Kabbale dont nous avons besoin.

La philosophie vis-à-vis de Son essence

La philosophie adore se préoccuper de Son Essence et prouver qu’il existe des lois qui ne s’appliquent pas à Lui. La Kabbale, toutefois, ne se soucis nullement de Son essence car comment pourrait elle définir quelque chose qui est inaccessible et indiscernable. Une définition négative est en fait tout autant valide que la définition positive. Par exemple, si de loin vous voyez un objet dont vous reconnaissez tous les aspects négatifs, c’est à dire tout ce qu’il n’a pas, cela aussi est considéré comme une constatation dans une certaine mesure de sa reconnaissance. Lorsque un objet est vraiment en dehors de notre champ de vision, alors même ses caractéristiques négatives ne sont pas apparentes.

Par exemple, si l’on observe au loin une image noire mais que nous ne pouvons toujours pas nous décider et dire si c’est un homme ou un oiseau, cela est considéré comme une vision. Si cela avait été encore même plus éloigné nous n’aurions pas pu décider que ce n’était pas un homme.

Voilà l’origine de la confusion et de l’invalidité de la philosophie qui aime se vanter de comprendre tous les aspects négatifs de Son Essence. Par contre, les Sages de la Kabbale se taisent à ce propos. Ils ne Lui donnent même pas un simple nom car nous ne pouvons définir d’un nom ou d’un mot que ce que nous pouvons saisir. Car un mot en lui même symbolise un certain degré de révélation. Cependant dans la réalité les cabalistes parlent beaucoup de Son illumination, c’est-à-dire, de toutes les lumières qu’ils ont vraiment atteint, qu’ils perçoivent tangiblement.

La spiritualité est une force sans corps

C’est ce quoi les cabalistes définissent comme «spiritualité» et ce dont ils parlent. Elle ne possède aucune image, n’appartient à aucun espace temps et n’a aucune considération matérielle Selon moi, la philosophie s’est appropriée un habit qui n’est pas le sien, car elle a dérobé des définitions de la sagesse de la Kabbale et les a transformé en friandises pour l’esprit humain Si cela n’avait pas été pour ça, jamais il ne leur serait venu à l’esprit d’inventer une telle sagesse. Ce n’est cependant qu’une force potentielle c’est-à-dire non pas une force qui se revêt d’un corps ordinaire tel qu’on les trouve habituellement dans notre monde mais une force sans corps.

Le récipient spirituel s’appelle «Une Force»

Ici, il convient de préciser que la force dont parle la spiritualité, n’est pas la lumière spirituelle en elle-même. Cette lumière spirituelle émane directement de Son Essence et ressemble par conséquent à Son essence. Cela signifie que nous n’avons aucune révélation dans la lumière spirituelle que nous pouvons définir par un nom. Car même le mot «lumière» est emprunté et n’est pas authentique. C’est pourquoi, il faut savoir que le nom «force» sans corps, désigne seulement le «récipient spirituel».

Les lumières (ohrot) et les récipients (kelim)

Nous ne devons par conséquent pas nous inquiéter de savoir comment les kabbalistes qui avec leur vision, englobent toute la Sagesse, différencient ces diverses lumières. Car ces observations ne se réfèrent pas aux lumières elles mêmes mais plutôt à l’empreinte laissée par la Lumière sur le récipient lors de leur rencontre et qui est la force dont nous avons parlé ci-dessus.

Kelim (récipients) et lumières (signification littérale)

Ici, il convient de souligner la différence entre le don et l’amour qui en découle. Chaque réaction du kli (récipient) que sont les lumières et qui est accessible, se nomme «matière et forme» et est saisissable car la réaction est la forme ci-dessus et la force ci-dessus est la «matière».

Cependant l’amour qui en naît est considéré comme une forme sans substance. Cela signifie que si nous enlevons l’amour du don lui même, comme s’il ne s’était jamais revêtu, d’aucune forme mais uniquement au travers de son nom abstrait: «l’amour du Créateur» il est alors considéré comme étant la forme. De ce point de vue, cette pratique s’appelle la Kabbale allégorique. Cependant cette Kabbale sera toujours considérée comme réelle, sans aucune ressemblance avec la philosophie figurative, car l’esprit de cet amour est contenu dans le but à atteindre. Il est complètement séparé du don, étant lui même la Lumière.

La matière et la forme dans la Kabbale

La logique de cette situation se comprend dans le fait que bien que cet amour soit simplement une conséquence du don; il est beaucoup plus important que le cadeau lui-même. Cela ressemble à l’histoire d’un grand roi qui avait donné un objet de peu d’importance à un homme, et bien que le cadeau en lui-même, n’eut aucune valeur, l’amour et l’attention du roi l’ont rendu à ses yeux inestimable et précieux. L’amour est ainsi complètement détaché de sa matière étant lui même la lumière et le véritable cadeau, de façon à ce que le travail sur soi et ses perceptions restent concentrés sur la révélation seule de cet amour. Le cadeau matériel lui même semble être effacé et oublié par le coeur. C’est pourquoi cet aspect de la sagesse est appelé la sagesse de la Kabbale allégorique. C’est en fait la partie la plus précieuse de la sagesse.

ABY’A

Cet amour est constitué de quatre parties qui ressemblent beaucoup à l’amour humain. Lorsque nous recevons un cadeau, nous ne regardons pas, au début, son donateur comme quelqu’un qui nous aime, d’ailleurs d’autant plus si c’est quelqu’un d’important et que le bénéficiaire du cadeau n’est pas son égal.

En revanche, la multiplicité des cadeaux et la persistance du donateur feront apparaître la personne même la plus importante comme étant un véritable amant et comme son égal car la loi de l’amour ne peut exister entre un grand et un petit, en effet deux véritables amoureux doivent se sentir égaux.

C’est pourquoi ici nous distinguons quatre étapes dans l’amour. Le premier évènement se nomme Assiya, la multiplication des cadeaux se nomme Yetsira, et la découverte de l’amour lui-même se nomme Briya.

C’est ici que commence l’étude de la Sagesse de la Kabbale allégorique car c’est à ce niveau que l’amour est séparé de ses cadeaux. Comme il est écrit «et créa l’obscurité», c’est-à-dire, que la lumière disparaît de Yetsira et l’amour reste sans lumière et sans ses cadeaux.

Puis vient, Atsilout. Après s’être délecté d’avoir entièrement séparé la forme de la substance, comme il est écrit: «et créa l’obscurité», il mérita de monter au niveau d’Atsilout, là où la substance se revêt d’une forme une fois de plus. La lumière et l’amour sont à présent de nouveau ensemble.

L’origine de l’âme

Tout ce qui est spirituelle est perçu comme une force distincte du corps car elle n’a pas de représentation matérielle. A cause de cela, elle reste isolée et complètement isolée de la matière. Dans ce cas, comment peut elle mettre en mouvement une chose matérielle et encore moins engendrer quelque chose de physique, du fait que la spiritualité n’a aucun moyen pour entrer en contact avec la matérialité.

Les fondements de l’acidité

Cependant la vérité est que la force elle même est considérée également comme une véritable substance comme n’importe quelle autre substance matérielle dans le monde concret.

Bien qu’elle n’ait pas de représentation perceptible par nos sens cela ne lui enlève pas sa valeur matérielle de «force».

Prenons une molécule d’oxygène, qui compose la plupart des substances. Pourtant si nous prenons une bouteille remplie d’oxygène pur non mélangé à une autre substance, nous voyons une bouteille vide, nous ne le remarquerons pas, l’oxygène sera comme l’air, impondérable et invisible à l’oeil nu.

Et si nous ouvrons la bouteille et que nous l’humons, nous ne sentirons aucune odeur et si nous y goûtons il n’y aura aucun goût et si nous la pesons, elle ne pèsera pas plus qu’une bouteille vide, il en est de même pour l’hydrogène qui n’a pas de goût ni d’odeur et ni poids.

Cependant quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront immédiatement en liquide, en une eau potable qui aura un goût et un poids. Et si nous mettons l’eau dans de la chaux active l’eau se mélangera immédiatement à la chaux et se transformera en solide comme la chaux elle-même.

En fonction de cela, comment décider et dire que les forces naturelles ne sont pas une substance matérielle, uniquement parce qu’elles ne sont pas organisées de façon à ce que nos sens les perçoivent? Qui plus est, nous avons vu avec évidence que la plupart des substances tangibles dans notre monde sont constituées d’oxygène que nos sens ne sont pas capables de saisir ni de ressentir.

Même dans la réalité tangible, les solides et les liquides qui sont clairement perçus dans notre monde, peuvent se transformer en air et en vapeur à une certaine température, de même que les vapeurs peuvent se transformer en solide avec une chute de la température.

S’il en est ainsi, comment peut on donner quelque chose qu’on ne possède pas? Nous voyons très clairement que toutes les représentations tangibles viennent d’éléments qui par nature sont impalpables et immatériels. Ainsi toutes les images fixes que nous connaissons et avec lesquelles nous définissons les substances, sont inconstantes et n’existent pas d’elles-mêmes. En fait, elles se débarrassent et se revêtissent de formes sous l’influence de facteurs tels la chaleur ou le froid.

L’élément principal de la substance matérielle est donc la «force» qui est en elle, bien que nous n’ayons pas encore identifié ces forces comme pour les éléments chimiques. Il se peut que dans le futur, nous les découvrirons qu’on les découvre sous leur forme pure, comme nous avons seulement récemment découvert les éléments chimiques.

La force contenue dans le spirituel équivaut à celle contenue dans la matière

En un mot, tous ces noms que nous avons attribués au matériel sont fabriqués de toute pièce, provenant de la perception concrète dont nous en avons par nos cinq sens. Ils n’existent pas d’eux-mêmes. D’autre part, toute définition que nous donnons à la force et qui sépare la matière est également fabriquée. Même lorsque la science aura atteinte son apogée dans son développement, nous ne devrons prendre en compte que la réalité tangible. Cela signifie que tout en voyant et en ressentant une action matérielle, nous devons prendre conscience de son opérateur qui est aussi une substance comme l’action elle-même.

Il convient de savoir que cette erreur qui consiste à séparer l’opérateur de son opération, vient de la philosophie figurative qui s’est obstinée à prouver qu’un acte spirituel influence un acte matériel. Ceci déboucha sur des suppositions erronées, comme ci-dessus, dont la Kabbale n’a pas besoin.

Le corps et l’âme dans la spiritualité

L’avis de la Kabbale en la matière est clair comme de l’eau de roche. Elle évite tout amalgame avec la philosophie. L’opinion des sages de la Kabbale admet que même les entités spirituelles individualisées, à qui la philosophie refuse toute sorte de corporalité et qui les présente comme des substances purement conceptuelles, bien qu’en vérité, elles soient spirituelles, abstraites mais plus sublimes, sont dotées d’un corps et d’une âme tout comme l’être humain.

Et ne vous étonnez pas, de la possibilité de payer un même salaire à deux personnes le réclamant et dire qu’ils sont dissociables. De plus, la philosophie croie que toute chose complexe se désintégrera et se décomposera, c’est-à-dire mourra. Comment peut on donc déclarer qu’elles soient à la fois complexes et éternelles?

Les lumières et les récipients

En vérité, leur façon de penser n’est pas la notre, car le processus des sages de la Kabbale est de chercher une preuve matérielle de la révélation, rendant toute réflexion intellectuelle incapable de l’abolir. Mais laissez moi vous éclaircir encore ces questions pour que tout le monde puisse comprendre:

Tout d’abord nous devons savoir que la différence entre les lumières et les récipients est créée chez le premier être qui se manifeste dans Ein Sof. Naturellement, cette première émanation est aussi plus complète et plus noble par rapport à tout ce qui suit. Cet altruisme et cette plénitude ont été, bien entendu, hérités de Son essence qui veut donner cela plus que tout autre don et que tout autre plaisir.

Nous savons que la mesure du plaisir est donnée essentiellement par le désir de recevoir ce plaisir. C’est pour cette raison que ce que nous désirons le plus apparaît aussi comme le plus agréable. Par conséquent, nous devrions distinguer deux aspects dans cette première émanation: «le désir de recevoir» qui a reçu l’essence et l’essence de l’objet lui même. Nous devrions aussi savoir que ce désir de recevoir correspond au «corps» de cette émanation, à savoir son essence première, qui est le récipient pour recevoir cette bonté. La seconde est l’essence de cette bonté reçue qui est la Lumière qui se propage éternellement dans cette émanation.

Il s’avère que nous devons obligatoirement distinguer deux oppositions qui se ressemblent mutuellement même dans les cas les plus spirituels et les plus sublimes que le coeur puisse contempler. C’est l’opposé de l’opinion de la philosophie qui imagina que les différents individus n’étaient pas des matériaux connectés. Il est donc nécessaire que ce «désir de recevoir» qui est obligatoirement dans l’être émané (car en son absence, il n’y aurait aucun plaisir mais que des contraintes) ne soit pas présent dans Son essence. Le mot «émané» trouve ici sa justification, attendu que ce désir ne fait pas partie de Son essence, car de qui recevrait-Il?

Cependant, la bonté que l’on reçoit fait obligatoirement partie de Son essence, car ici il n’y a besoin d’aucune innovation. Nous voyons donc cette énorme différence entre le corps renouvelé et l’abondance reçue considérée comme Son essence.

Comment le spirituel peut-il engendrer le matériel?

Il est apparemment difficile de comprendre comment le spirituel peut engendrer et accroître quelque chose de matériel. C’est une vieille question philosophique dont les tentatives cherchant à la résoudre ont fait couler beaucoup d’encre.

En vérité, cette question est rendue difficile seulement si nous suivons leur doctrine qui a forgé une image de la spiritualité déconnectée de tout ce qui est matériel. Ce qui pose une question difficile: comment le spirituel peut il engendrer ou amener à quelque chose de matériel?

Si nous suivons l’opinion des sages de la Kabbale, il n’y a aucune difficulté, car leur façon de penser est en totale opposition avec celle des philosophes. Ils soutiennent que toute qualité spirituelle à sa contrepartie dans le monde matériel lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Cette relation est donc de la plus grande affinité, car il n’y a aucune séparation entre elles deux, si ce n’est dans leur substance dont l’une est spirituelle et l’autre matérielle.

Toute qualité spirituelle a donc une résidence dans le monde matériel comme nous l’explique l’article «De l’essence de la Sagesse de la Kabbale».

La vieille philosophie érige trois obstacles face à mon explication:

1.      Le fait d’avoir décidé que l’essence de l’homme, à savoir son âme éternelle, est le moteur de son intellect

2.      Le fait de croire que le corps est une résultante de l’âme

3.      De véhiculer le dicton selon lequel les gens spirituels sont simples d’esprit

La psychologie matérialiste

Car non seulement, ce n’est pas le bon endroit pour discuter avec eux de leurs conjectures imaginaires, mais on peut dire aussi que leur temps est déjà révolu et que leur autorité est révoquée. Nous devrions remercier les experts du matérialisme pour cela, qui ont construit son socle sur les ruines du précédent, gagnant ainsi les faveurs du public. De nos jours, tout le monde reconnaît la déficience de la philosophie car elle ne repose pas sur des fondations concrètes.

La vieille doctrine est devenue une pierre d’achoppement et une épine dangereuse pour les sages de la Kabbale.

Face à ces sages, ils auraient du faire preuve de modestie et revêtir les vertus du renoncement et de la prudence pour acquérir même le plus petit acquis spirituel, mais ils ont reçu avec facilité ce qu’ils voulaient de leur philosophie figurative. Sans rien demander en retour, ils les arrosèrent de leur fontaine de sagesse jusqu’à satiété, les empêchant de se plonger dans la Sagesse de la Kabbale qui en conséquence fut pratiquement oubliée parmi le peuple d’Israël.

C’est pour cette raison que nous sommes reconnaissants au matérialisme de lui avoir assener un coup mortel.

Je suis Salomon

Le texte ci-dessus ressemble énormément à la fable que nos sages racontent: «Asmodée (le diable) conduisit le Roi Salomon à quatre cent parsas (unité de mesure) de Jérusalem et le laissa sans argent et sans vivre. Puis il prit sa place sur le trône pendant que le Roi mendiait aux portes des habitants. Où qu’il aille, il se présentait ainsi: «Je suis l’Ecclésiaste» mais personne ne voulait le croire. Il erra de ville en ville, déclarant; «Je suis Salomon!», mais lorsque il arriva devant l’assemblée des Sanhédrin, ils déclarèrent: «Un fou ne prononce pas toujours la même folie, disant J’ai été roi».

C’est comme si le nom n’était pas l’essence de la personne, mais plutôt le propriétaire du nom. Comment est il donc possible qu’un homme aussi sage que le Roi Salomon ne puisse pas être reconnu s’il est véritablement le propriétaire? De plus, c’est la personne qui donne toute la dignité au nom, il aurait du donc montrer sa sagesse au peuple!

Trois préventions

Il existe trois raisons qui nous empêchent de connaître le propriétaire du nom:

1) De par la véracité de cette sagesse, les choses deviennent limpides seulement lorsque tous les détails apparaissent ensemble. Il est donc impossible pour quelqu’un d’avoir un aperçu, même d’un fragment infime tant qu’il ne connaît pas la sagesse dans son intégralité. Nous avons donc besoin de faire connaître cette véracité afin d’acquérir préalablement une confiance en elle pour accomplir un grand effort.

2) Tout comme Asmodée, le démon, qui se revêtit des habits du Roi Salomon et lui prit son trône, la philosophie s’est assise sur le trône de la Kabbale avec des concepts plus accessibles, le mensonge entrant plus facilement en l’homme. Nous avons donc ici deux problèmes: le premier est que la sagesse de la Vérité est profonde mais laborieuse alors que la philosophie est aisément assimilable mais et c’est là le second problème, elle est superficielle car elle cherche à satisfaire nos sens.

3)Tout comme le démon prétend que le Roi Salomon est fou, la philosophie se moque de la Kabbale et la rejette.

Cependant tant que la sagesse reste sublime, elle se trouve au dessus du peuple dont elle est séparée. Puisque le Roi Salomon était l’homme le plus sage, il était le plus élevé des hommes. Les plus grands érudits ne pouvaient donc pas le comprendre. Seul ces amis appartenant à l’assemblée du Sanhédrin à qui, tous les jours et ce pendant des années il enseigna sa sagesse, le comprirent et firent connaître son nom dans le monde entier. La raison en est que cette sagesse «minute» (celle de la philosophie) est assimilable en cinq minutes et peut donc se faire connaître et être facilement comprise par chacun. Par contre, un concept plus difficile ne sera compris qu’après plusieurs heures, voire plusieurs jours ou plusieurs années selon l’intelligence de l’homme. De la même façon, les plus grands érudits ne sont compris que par une poignée de personnes à chaque génération, car les concepts les plus profonds sont basés sur de plus grandes connaissances.

Il n’est donc pas surprenant que le plus sage des hommes, exilé dans un endroit où personne ne le connaissait, ne pu manifester sa sagesse ou même en mettre en valeur une infime partie, tant qu’ils n’acceptèrent pas qu’il fût le propriétaire du nom.

De nos jours, il en est exactement de même avec la Sagesse de la Kabbale. Les tourments et notre exil nous ont conduit à l’oublier. En outre, si certains la mettent en pratique, elle leur cause plus de mal qu’autre chose, car ils ne l’ont pas reçu d’hommes sages. La Kabbale se trouve aujourd’hui dans la situation du Roi Salomon qui dans son exil déclarait: «Je suis la Sagesse et toutes les saveurs de la religion et de la Torah sont en moi» et malheureusement personne n’y croit.

Mais ceci est déconcertant, car si c’est une sagesse authentique, ne peut elle donc pas se manifester comme toutes les autres sagesses? Elle ne le peut pas. Tout comme le Roi Salomon qui n’a pas pu dévoiler toute la profondeur de sa sagesse aux érudits lors de son exil et dû rentrer à Jérusalem où résidait le Sanhédrin qui le connaissait et qui a attesté de l’immensité de sa sagesse, la Kabbale a besoin de grands sages qui scrutent leurs propres coeurs et qui étudient cette sagesse pendant vingt ou trente ans. Alors, seulement pourront ils en témoigner. C’est comme avec le Roi Salomon qui n’a pas pu empêcher Asmodée de s’asseoir sur son trône et d’usurper son identité jusqu’à ce qu’il arrive à Jérusalem.

Les sages de la Kabbale observent également la théologie et se plaignent que les théologiens ont volés les strates supérieures de cette sagesse que Platon et ses prédécesseurs en Grèce avaient acquis en étudiant avec les disciples des prophètes en Israël. Ils ont dérobé les éléments primaires de cette sagesse et revêtirent des vêtements qui n’étaient pas les leurs. Et jusqu’à nos jours, la théologie est assise sur le trône de la Kabbale, et en hérite les honneurs.

Qui voudrait croire les Sages de la Kabbale, alors que des usurpateurs sont assis sur leur trône? C’est comme ceux qui n’ont pas cru le Roi Salomon pendant son exil, car ils ont reconnu le démon, Asmodée, assis sur son trône. Comme avec le Roi Salomon, il n’est d’aucune utilité d’exposer la vérité, car elle est profonde et ne peut être exprimée par un simple témoignage ou une expérience. Elle ne se montre qu’à ceux qui se dédient à elle, coeur et âme.

Tout comme le Sanhédrin n’a pas reconnu le Roi Salomon tant que l’usurpation d’Asmodée ne fut pas révélée, la Kabbale ne pourra prouver sa véritable nature tant que la futilité de la théologie qui s’est emparée de son trône, ne sera pas mise au grand jour. Jusqu’à ce jour, aucune révélation ne sera suffisante pour que les gens la reconnaissent.

Par conséquent, ce fut un jour de salut pour Israël, le jour où le matérialisme apparut et asséna un coup fatal à la théologie.

Maintenant, toute personne qui recherche le Seigneur, doit ramener la Kabbale sur son trône et lui restituer sa couronne d’antan.

Source : http://www.kabbalah.info/fr/bibliothèque-de-kabbale/baal-hasoulam-articles/la-sagesse-de-la-kabbale-et-la-philosophie

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Influence de l'arbre des séphirots de la cabbale sur le REAA

Publié le 22 Janvier 2013 par Jean-Pierre Fressafond dans Planches

I PREAMBULE

Le REAA s’inspire de nombreuses traditions comme la Bible, l’Evangile de Jean, la Cabbale Juive, l’Alchimie, les ésotérismes des religions du livre (judaïsme, christianisme, islam), la magie blanche, le symbolisme des nombres, la légende arthurienne, les compagnons bâtisseurs de cathédrale, l’Egypte ancienne, la Grèce antique, l’hermétisme etc …. Toutes les traditions ont en commun l’utilisation de la voie symbolique, ce qui facilite leur intégration dans le REAA et ce à un point tel qu’il est difficile de s’en abstraire. En revanche, il est aisé de repérer et d’isoler les marques des ces traditions afin de les étudier séparément dans le contexte du REAA et d’en évaluer l’influence.
Dans sa définition la Cabbale juive est une école de sagesse et l’Arbre des SEPHIROTH en est l’un des éléments fondamentaux.

II LA CABBALE

• La cabbale constitue l’ésotérisme hébraïque ; elle a été révélée la première fois après la chute de Jérusalem et la destruction de son temple afin de donner au peuple juif dispersé, un gage d’unité auquel il pourrait s’accrocher pendant les périodes difficiles qu’il avait à surmonter (70 après JC).
• En Hébreux le mot cabbale signifie TRADITION ; la cabbale est une interprétation mystique de la Bible.
• C’est en Espagne et à Babylone entre les XI eme et XIII ème siècles que la cabbale a ressurgi grâce à un exceptionnel élan d’intelligence initié par les trois religions du Livre et aussi grâce à des circonstances favorables. Ces religions mirent en sommeil leurs sanglantes rivalités et créèrent des « Maisons de la Sagesse » dans lesquelles les « gens du Livre », ainsi qu’ils furent dénommés, mirent en commun les ressources de leurs bibliothèques pour traduire des textes notamment arabes, hébreux, latins, grecs, afin de les diffuser dans toute l’Europe et même au-delà. Les ouvrages qui eurent le plus de succès furent ceux d’Aristote sur la logique, ceux d’Avicenne sur l’Ame et la Métaphysique, ceux de Ghazali sur le droit, ceux d’Averroès sur la médecine et la philosophie, entre autres sages. Le franciscain Saint Bonnaventure s’est inspiré d’Avicenne et d’Averroès pour établir une école de formation des prêtres, ainsi que Saint Thomas d’Aquin et Albert Legrand qui firent la même chose. A cette époque les mystiques juifs étaient fortement influencés par les cultures qui les entouraient. Les sages, chrétiens et musulmans étaient dans le même état d’esprit, tout cela a produit un amalgame de systèmes religieux qui a enrichi les « Maisons de la Sagesse ». De ce climat œcuménique resurgirent la cabbale, le soufisme et l’ésotérisme chrétien.
• Ces courants de Sagesse furent plus ou moins à l’origine de la création d’universités en Espagne, en France et en Angleterre. D’ailleurs l’enseignement de la Cabbale n’a jamais été interrompu, il fut transmis à travers les siècles et modifié périodiquement pour s’adapter aux lieux et aux époques. Parallèlement il en fut de même pour l’Hermétisme qui a été redécouvert pendant la Renaissance italienne (Giordano Bruno), idem pour l’Alchimie. Pic de la Mirandole a écrit « la cabbale est la révélation véritable qui seule peut donner la preuve réelle du caractère divin de la mission du Christ ». Malheureusement les successeurs du Christ ne furent ni des cabbalistes, ni de sages philosophes.
Ces emprunts de symboles transformés par le REAA modifient leurs acceptions d’origine jusqu’à n’avoir plus rien de commun avec elles ou presque
• La cabbale est un système de pensée basé , entre autre, sur la contemplation de l’Arbre des Sephiroth et la méditation. Ce système de pensée peut être transposé à tous les niveaux de la manifestation Divine, à savoir : (voir figure 2)
1. le niveau divin non manifesté (hors espace/temps),
2. le niveau divin manifesté (l’univers),
3. le niveau de la vie (en général),
4. le niveau humain (l’Espèce),
5. le niveau du Moi profond et de l’Initié,
6. le niveau de l’infra humain (terme employé par la cabbale pour désigner les primitifs),
7. le niveau satanique.
 Toute une vie ne suffirait pas pour intégrer tout l’enseignement de la cabbale ; j’avais lu moi-même plusieurs centaines de pages sur ce sujet, à la suite de quoi j’avais fait, il y a une dizaine d’années, un résumé d’une vingtaine de pages complètement abscond. Ce jour, après plusieurs essais pour dégager un « fil rouge », je me suis focalisé sur une seule utilisation de l’Arbre des Sephiroth et j’ai choisi de réfléchir sur son influence sur le REAA et notamment sur l’ouverture des travaux maçonniques.

III L’ARBRE DES SEPHIROTH, PRESENTATION

Cette figure géométrique, tout comme une échelle de Jacob, permet à tout moment de s’évader de la vie courante pour conduire la pensée vers les sphères de l’esprit et de redescendre sur Terre après avoir puisé dans la pensée de l’univers ; l’Arbre des Sephiroth est un moyen de structurer notre réflexion. Ce moyen de méditation assisté par une figure géométrique existe sous d’autres aspects : les différents polygones, les pyramides, les étoiles, les labyrinthes, le cercle, le point, l’X du Tsim Tsoum etc…D’autres moyens existent pour structurer la pensée : la musique, les percussions, les mantras, les moyens lumineux, olfactifs gestuels et même le silence….
Le mot SEPHIROTH (SEPHIRAH au singulier) vient de l’ hébreux, langue dans laquelle il signifie CHIFFRE, nous sommes partiellement dans la symbolique des nombres.    
• Vision générale  :
1. On peut décrire succinctement l’Arbre des Sephiroth comme étant un empilement vertical de triangles.
2. Les côtés de ces triangles sont des sentiers ; Il y en a 22 comme les 22 lettres de l’alphabet grec. Ils portent un nom. Aux angles des ces triangles il y a des cercles, baptisés sephiroth, qui porte chacune un nom, il y en a 10.    
• Dans cet empilement vertical de triangles, certains ont la tête en haut et d’autres la tête en bas ; orientation signifiante. Chaque niveau de triangle représente un niveau de manifestation différent, c’est une triade.
• Par les sentiers et les sephiroth ces niveaux de manifestation interagissent.
• L’Arbre présenté dans le contexte maçonnique comporte 6 niveaux mais il existe des arbres dans des contextes différents pouvant présenter 2 fois plus de niveaux.
• La Cabbale juive n’a pas le privilège de l’Arbre des Sephiroth. On retrouve des figures similaires ayant le même fonctionnement dans d’autres traditions comme celles des tziganes, des romes d’Europe centrale, des celtes et des vikings, des touaregs de l’Egypte ancienne, de l’Amérique précolombienne etc….
   
IV ANALYSE DE L’ARBRE DES SEPHIROTH
( selon Jean Haab l’Arbre des Sephiroth est un glyphe fantastique)

• Vision détaillée :

1 l’Arbre est divisé en 6 niveaux de hiérarchie divine :
- Le niveau 0 de l’AIN-SOPH plane au dessus de l’Arbre, il est hors Monde il est comparable au signe mathématique de l’infini.
- Le niveau 1 : Monde d’AZILUTH
Le niveau 1 est le sommet de l’Arbre. La Sephirah KETHER (la couronne) est comparable au chiffre 0 dans lequel on aurait placé le signe mathématique de l’infini, le cardinal de cet ensemble est un nombre transcendant qui génère tous les autres. KETHER est un archétype divin qui génère la création BINAH à gauche et HOCHMAH à droite, constituant ainsi ce que la Cabbale dénomme la GRANDE TRIADE, symbole créateur. Rappelons qu’en FM le Ternaire est omniprésent, il contient l’opposition duale qui après élévation se résout dans l’UNITE. Le 1 est la valeur secrète du 3. Le FM doit résoudre ce secret en lui-même. Pythagore disait « Dieu est nombre des nombres ».
- Le niveau 2 est le monde manifesté de BERIAH, il va de l’infiniment petit à l’infiniment grand (entre lesquels est l’infiniment complexe). Le monde de BERIAH est issu de l’énergie vitale contenant l’Information, c’est le monde de l’infiniment complexe.
- Le niveau 3 est le monde de l’évolution dynamique de la matière et de la VIE, telle est YETHZIRAH.
- Le niveau 4 est le monde de l’action et du moi profond c’est ASSIAH. La parole n’a d’existence que si elle se transforme en ACTION (symbole maçonnique fort).
- Le niveau 5 est le monde infra- humain et satanique de KLIPOTH.
• Vision détaillée de l’Arbre dans laquelle se dessinent les trois pilliers de la Sagesse.
Dans la figure 2 nous avions découvert l’existence de quatre niveaux horizontaux dans l’empilement de triangles que sont les TRIADES. Maintenant dans la Figure 3 nous discernons 3 colonnes verticales ; ce sont les piliers de la SAGESSE.
1. Au centre, le pilier de l’EQUILIBRE, dominé en loge maçonnique par le DELTA LUMINEUX, représente la ligne de VOLONTE DIVINE appelé KAV dans la Cabbale. Ce pilier part de KETHER (le CREATEUR) passe par THIPHERETH, Sephirah qui représente le Messie phare de l’Humanité et descend jusqu’à MALKUTH (le Royaume) qui représente l’INITIE potentiel au fond de chaque être humain, la ligne KAV descend jusque dans l’INFRA-HUMAIN (prouvant ainsi que chaque humain est secourable) et va jusqu’à KLIPOTH la Sephirah satanique. Le Vénérable Maître qui envoie la pulsion créatrice représente KETHER et le couvreur représente MALKUTH.
2. A gauche le pilier de la RIGUEUR, dominé par la LUNE, représente notre colonne du Nord, il part de BINAH et descend sur HOD, qui est représentée par le 2ième Surveillant.    
3. A droite, le pilier de la MISERICORDE dominé par le soleil, part de HOCHMAH et descend sur NETZAH qui est représenté par le 1er Surveillant, c’est lui qui reçoit l’impulsion du Vénérable Maître et la transmet au 2ième surveillant.
• Vision détaillée de la descente du Pouvoir Divin en Loge
1. Conventionnellement le pilier de la MISERICORDE placé sur le Soleil est Mâle ; de la même manière le pilier de la RIGUEUR placé sous la LUNE est féminin
2. Logiquement le pilier de l’EQUILIBRE est androgyne. Il est placé sous le DELTA LUMINEUX, c’est d’ici que partira l’ECLAIR ZIGZAGANT impulsé par le Vénérable Maître. Cet éclair représente la LUMIERE qui passant d’un pilier à l’autre se charge de la PAROLE annoncée par le PROLOGUE DE JEAN. Nous sommes dans la doctrine du VERBE-LUMIERE et venons de vivre une fois de plus la recréation de l’Univers ; la mémoire des choses est l’assise de la Tradition.

V UTILISATION DE L’ARBRE DES SEPHIROTH PAR L’INITIE

• La présentation dynamique de l’Arbre est inscrite dans la Cabbale. Pour le FM, la vision dynamique de cette structure est voulue par le REAA. Elle l’initie à faire un travail sur lui- même. Cette vision est cohérente avec l’esprit de REAA. Il serait absurde de modéliser un univers statique alors que nous savons que tout tourne, tout vibre de l’infiniment petit à l’infiniment grand ; l’univers se complexifie franchissant ainsi des paliers vers de plus en plus de conscience. Par l’Homme, c’est dans le domaine de l’esprit que cela se produit avec pour moyen essentiel la VISION INTERIEURE proposée par l’Arbre des Sephiroth et le REAA.
• La Cabbale, nous l’avons signalé, s’inspire de la pensée grecque où existait, entre autres, la Tradition des Mystères d’Eleusis. Sur l’un des Temples qui lui était consacré, était inscrit : « descend au fond de toi-même et tu découvriras les secrets de l’univers » formule attribuée à Socrate. Nous avons dans le REAA la formule V.I.T.R.I.O.L ; visible seulement dans le Cabinet de réflexion, elle dit la même chose. L’objet premier de notre quête est de retrouver la Parole Perdue. De la réussite de cette quête dépendent toutes les autres motivations.    
• Lorsque le Vénérable Maître ouvre les travaux en faisant descendre l’éclaire zigzaguant de KETHER à MALKUTH, il incite tous les FM à remonter en zigzaguant de MALKUTH à KETHER, de TRIADES en TRIADES afin de découvrir l’Unité. Seul un messie peut, théoriquement, monter directement de MALKUTH à KETHER. L’initié ordinaire remonte laborieusement en zigzagant.
• Durant cette ouverture des travaux, le nombre de coups de maillet est lui-même signifiant : si nous comptons bien, nous avons 4 séries de 3 fois 1 coup de maillet puis 3 fois 3 coups de maillet. Je vous invite à méditer sur le symbolisme des nombres pour résoudre cette énigme vous-mêmes.
• La présence sur les 4 figures proposées de l’Arbre, d’une mystérieuse SEPHIRAH (en pointillés) appelée DAATH n’aura pas échappé à votre vigilance. DAATH est située sur le pilier central, celui de l’EQUILIBRE sous la grande TRIADE sommitale entre la VOLONTE CREATRICE et la CREATION. DAATH représente cette Espérance que nous avons que l’évolution à un sens, qu’elle conduit à un aboutissement. DAATH est l’INTUITION, le sixième sens ajouté à nos cinq sens biologiques. Cette intuition est le reflet de KETHER dans MALKUTH, elle est le moteur de notre évolution vers plus de conscience. 
Si les concepteurs,du REAA ont emprunté les symboles de plusieurs traditions, ce fut probablement pour multiplier les canaux de communication et ainsi toucher le plus possible de catégories de sensibilités et de stades d’avancements initiatiques, lesquels sont infinis.
Il faut s’attendre à ce que certains symboles soient sans échos, notamment chez les profanes ou chez les initiés allergiques à ce type de vecteurs. Mais ces échecs ne sont pas une raison suffisante pour oublier ces moyens de communication, un jour ou l’autre la connection peut se produire de manière inattendue.
Si l’on admet que l’arbre des sephiroth est conçu pour structurer la pensée dans le cadre d’une méditation ou d’une réflexion chez des personnes enclines à la voie mystique on peut étendre son usage à d’autres secteurs de la pensée. Cependant, après la phase exploratoire sur la voie initiatique au cours de laquelle on butine plusieurs fleurs à la fois, la recherche devra être recentrée en ne mélangeant pas plusieurs voies initiatiques et philosophiques simultanément. En revanche, la voie symbolique n’est pas incompatible avec la voie scientifique, bien au contraire, les hommes scientifiques finissent toujours par y arriver.

 

Source : http://www.associationlyonnaise-teilhard.com/Arbre-des-Sephiroth_a262.html

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Les Séphiroths

Publié le 21 Janvier 2013 par X dans Planches

Les dix Séphiroths de vibration universelle émanent de l'Ain-Soph qui est l'étoile microcosmique qui guide notre intérieur, l'Etre réel de notre Etre.
On parle des dix Séphiroths, mais en réalité elles sont au nombre de douze ; l'Ain-Soph est la onzième et son antithèse ténébreuse, l'abîme, est la Séphiroth 12.

Ce sont douze sphères ou régions universelles qui se pénètrent et s'interpénètrent mutuellement sans se confondre. Les douze sphères gravitent dans l'atome central du signe de l'infini. Dans ces douze sphères se développe l'humanité solaire. Nous avons déjà dit que le signe de l'infini se trouve au centre de la Terre, dans son cœur. Les Séphiroths sont atomiques; les dix Séphiroths peuvent se réduire à trois tables : 1 la table des quanta, de l'énergie rayonnante qui vient du Soleil ; 2 la table des poids atomiques des éléments de la nature ; 3 la table des poids moléculaires des composés.
C'est l'échelle de Jacob, qui va de la terre jusqu'au ciel. Tous les mondes de conscience cosmique se réduisent aux trois tables.

Une Séphiroth ne peut être comprise sur un seul plan, car sa nature est quadruple. C'est pourquoi les kabbalistes s'expriment clairement en disant qu'il y a quatre mondes.
Aziluth : C'est le monde des archétypes ou monde des émanations ; c'est le monde divin.
Briah : C'est le monde de la création, aussi appelé Khorcia, c'est-à-dire le monde des sections.
Ietzirah : C'est le monde de la formation et des anges.
Assiah : C'est le monde de l'action, le monde de la matière.
Trois Séphiroths de la forme se trouvent sur le pilier de la sévérité (Binah, Geburah, Hod).
Trois Séphiroths de l'énergie se trouvent sur le pilier de la miséricorde (Chokmah, Chesed, Netzah).

Entre ces deux piliers se trouve le pilier de l'équilibre, où sont les différents niveaux de la conscience (Kether, Tiphereth, Jesod, Malkuth).

Les dix Séphiroths connues proviennent de Séphira, la Mère divine qui réside dans le Temple-Cœur : Io est le mantra de la Mère divine et les émanations de la Prakriti sont au nombre de 10, en d'autres mots les dix Séphiroths.
Kether est le Père en nous, un souffle de l'Absolu qui est en lui-même profondément inconnu. Kether est l'Ancien des jours et chacun de nous, au fond, est un bienheureux Ancien des jours.
Chokmah est le Fils, le Christ atomique en nous. Binah est la Mère en nous, l'Esprit saint en nous. Kether, Chokmah et Binah sont notre couronne Séphirotique.
Le Père très aimé, le Fils très adoré et le très sage Esprit-Saint vivent dans les profondeurs de notre conscience superlative, attendant l'instant suprême de notre réalisation.

L'Esprit saint est notre Mère divine, qui revêt un manteau bleu et une blanche tunique aux splendeurs exquises.
La Mère porte dans sa main une lampe précieuse ; cette lampe est l'Intime, qui brille au fond de nos coeurs. L'Intime est contenu dans un vase d'albâtre fin et transparent. Ce vase est notre propre conscience superlative, c'est notre Bouddhi.
L'Intime est la Séphiroth Chesed, la Bouddhi est la Séphiroth Geburah.
L'Intime et la Bouddhi s'expriment à travers l'âme humaine. L'âme humaine est Tiphereth, la volonté, la beauté.
Ainsi donc, l'Intime, avec ses deux âmes, la divine et l'humaine, officie sur son trône, qui est le système nerveux cérébro-spinal.
L'Intime est couronné de la couronne Séphirotique. L'Intime habite dans son temple. Le temple de l'Intime a deux colonnes : Jakin et Bohaz. Jakin est le mental, Bohaz est le corps astral. Le mental est la Séphiroth Netzah, l'astral est la Séphiroth Hod. Ces deux colonnes du temple s'appuient sur la pierre cubique de Jesod. Cette pierre cubique sert également de fondement au royaume de Malkuth. Cette pierre cubique est le corps éthérique, Malkuth est le corps physique.

L'homme est donc une décade complète. Nous avons dix doigts dans les mains, dix Séphiroths et dix commandements.
Lorsque l'Ancien des jours réalise les dix Séphiroths en lui-même, il se transforme en Adam-Kadmon, en homme céleste.
Celui qui réalise les dix Séphiroths en lui-même resplendit dans le monde de la lumière avec un éclat christique ineffable.
Quand l'Ancien des jours réalise les dix Séphiroths en lui-même, celles-ci resplendissent dans le monde de la lumière comme des pierres précieuses, comme des pierres resplendissantes dans le corps de l'Ancien des jours.
« Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'esprit dit aux Eglises : au vainqueur, je ferai manger de l'Arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu » (Apoc 2 : 7).

Les dix Séphiroths resplendissent comme des pierres précieuses dans le corps de l'Ancien des jours. C'est ainsi que nous nous convertissons en la Jérusalem céleste, qui est ainsi décrite : « Les assises de son rempart sont rehaussées de pierreries de toute sorte : la première assise est de jaspe, la deuxième de saphir, la troisième de calcédoine, la quatrième d'émeraude, la cinquième de sardoine, la sixième de cornaline, la septième de chrysolite, la huitième de béryl, la neuvième de topaze, la dixième de chrysoprase, la onzième d'hyacinthe, la douzième d'améthyste » (Apoc 21 : 19-20).

Les dix Séphiroths sont atomiques, les dix Séphiroths sont la ville sainte, la Jérusalem qui vient à resplendir au fond de notre cœur.
« Au milieu de la place, de part et d'autre du fleuve, il y a des arbres de vie qui fructifient douze fois, une fois chaque mois ; et leurs feuilles peuvent guérir les païens ».
« De malédiction, il n'y en aura plus ; le trône de Dieu et de l'Agneau sera dressé dans la ville, et les serviteurs de Dieu l'adoreront, ils verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts ».
« De nuit, il n'y en aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s'éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles » (Apoc 22 : 2-5).

Quand l'homme aura incarné en lui-même sa couronne Séphirotique, alors l'Ancien des jours l'éclairera et régnera pour les siècles des siècles.
Cependant, frères de mon âme, je vous dis en vérité que personne ne parvient au Père si ce n'est par le Fils. Le Fils est le Christ atomique en nous, il est Chokmah, la divine sagesse christique, la Gnose qui resplendit au fond de notre cœur.
Nous devons inonder tous nos véhicules d'atomes de nature christique, nous devons former le Christ en nous pour monter au Père, car personne ne parvient au Père sans passer par le Fils.
Même si le Christ naissait mille fois à Bethléem, cela ne servirait à rien s'il ne naissait aussi dans notre cœur. Il faut former le Christ en nous pour entrer par les portes de la ville triomphante et victorieuse, le dimanche des Rameaux.
La nativité est un événement cosmique qui doit se réaliser en chacun de nous. La nativité est absolument individuelle. Il est nécessaire que le Christ naisse en nous, la nativité du cœur est urgente.

Il faut transformer l'Arbre de la science du bien et du mal en l'Agneau immolé de la cité sainte.
« Le vainqueur, je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu, et il n'en sortira plus jamais » (Apoc 3 : 12).
« Reste fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la Couronne de vie » (Apoc 2 : 10).
« Je suis le pain de vie, Je suis le pain vivant, Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier Jour. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jean 6 : 48, 51, 54, 56).

Le Christ est réellement une couronne Séphirotique d'une sagesse incommensurable, dont les atomes les plus purs resplendissent dans Chokmah, le monde d'Ophanim.
Cette couronne Séphirotique incommensurable envoya son Bouddha, Jésus de Nazareth, qui se prépara à travers d'innombrables réincarnations dans notre évolution terrestre.
Ce fut dans le Jourdain que la couronne christique, que le Logos solaire resplendit et pénétra dans son Bouddha, Jésus de Nazareth.
C'est là le mystère de la double personnalité humaine, l'un des mystères les plus grands de l'occultisme.
Quand l'homme reçoit sa couronne Séphirotique, alors l'Ancien des jours l'illumine et le conduit vers les eaux pures de la vie.
Cependant, mes frères, personne ne parvient au Père sans passer par le Fils, et le Fils se trouve au fond de l'arche de l'alliance, attendant l'instant de la réalisation.
Cette arche de l'alliance, ce sont les organes sexuels. Ce n'est qu'au moyen de la chasteté parfaite que nous pouvons former le Christ en nous et monter au Père.

Maintenant, mes frères, je vous ai livré l'arche du Nouveau Testament.
Je vous ai maintenant enseigné le chemin de la magie sexuelle.
« Alors s'ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d'alliance apparut, dans le temple ; puis ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres et un tremblement de terre, et la grêle tombait dru » (Apoc 11 : 19).

Source : www.ledifice.net

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Notes sur la tradition celtique

Publié le 20 Janvier 2013 par PVI dans Planches

Comme le disait notre Frère Charles F. dans sa planche du mois dernier sur les Traditions méditerranéennes et le Christia­nisme : « à côté des courants helléniques et hébraïques, le celtisme est indispensable à la compréhension de la civilisation médiévale ».

Cette affirmation aura peut-être surpris certains d'entre nous et voici un an, j'aurais été de ceux-là. Car bien que l'école primaire nous parle de nos ancêtres les Gaulois, nous savons que nous avons été conquis et « civilisés » par les envahisseurs romains et ce, durablement : c'est le latin qu'on apprend dans les lycées aujourd'hui encore et non pas le vieux celtique.

Et pourtant, comme nous l'allons voir, il nous reste beaucoup des Celtes, à nous Francs-Maçons du Rite Ecossais.

Mais parler du celtisme est une entreprise malaisée, spécia­lement pour moi d'éducation méditerranéenne qui en ignorait naguère tout.

Dans une première partie, nous tenterons de définir Le domaine Celte, au triple point de vue, géographique, historique et cultu­rel.

Dans notre seconde partie, nous tenterons de dégager parmi tant d'autres — car il m'est impossible en une seule planche d'être exhaustif — quelques traits saillants de la tradition celtique.

Enfin notre troisième partie sera consacrée aux survivances parmi nous de la Tradition Celtique, nombreuses non seulement dans nos rites, mais aussi dans nos façons de penser.

I. - LE DOMAINE CELTE

Les Celtes sont un groupe de peuples indo-européens dont l'origine, pense-t-on actuellement d'après des découvertes archéo­logiques, se situent dans l'actuelle Bohême. Mais il n'est pas possible de séparer les Celtes des cultures des peuples qui les ont précédés et dont ils ont hérité.

GEOGRAPHIQUEMENT

Les Celtes, héritiers de la culture illyrienne ou proto-celte de Halstatt qui fleurit au 2e miillénaire avant notre ère, culture connue pour son habileté métallurgique, les Celtes donc connurent à l'époque de La Tène (Ve au Ille siècle avant J.-C. — du nom d'une localité suisse riche en vestiges) une brillante civilisation entre l'actuelle Tchécoslovaquie et le centre de la France.

Puis ils s'étendirent tant vers l'Est (royaume, durable, de Galatie autour de l'actuelle Ankara, prise et sac de Delphes en Grèce, en 279 avant J.-C.) que vers le Sud (occupation de la Gaule Cisalpine et fondation de Milan : Médiolanum, prise éphé­mère de Rome) et surtout vers l'Ouest : Gaule presque entière, péninsule ibérique, totalité des Iles Britanniques.

HISTORIQUEMENT

C'est surtout dans les Iles Britanniques, Irlande comprise bien entendu et, à un moindre degré, en Gaule continentale que se développera l'histoire celte.

Nous n'entrerons pas ici dans les détails que chacun peut trouver ailleurs : romanisation entière de la Gaule, partielle des Iles Britanniques, l'Ecosse et l'Irlande y échappant, invasions anglo- saxonnes à partir du Xle siècle repoussant à l'Ouest et au Nord le domaine celtique avec peuplement de notre Bretagne armoricaine par des Celtes des Iles Britanniques.

Ces simples jalons nous aideront à situer la communauté de culture entre les Celtes.

CULTURELLEMENT

Contrairement à d'autres cultures, méditerranéennes par exemple, où les témoignages écrits tant littéraires qu'épigraphiques surabondent, la culture celtique a laissé très peu de témoignages écrits directs.

Faisons tout de suite justice d'une légende : les Celtes savaient écrire, comme le prouve l'écriture oghamique clairement attestée (et parfaitement connue et déchiffrée) pour des usages religieux précis : inscriptions funéraires, invocations ou imprécations.

Mais tout l'enseignement des druides, comme nous le verrons, était oral. Pourquoi ? Il me semble que l'écriture était pour eux chargée d'une magie encore plus forte que la parole ; et puis l'écriture fixait à jamais une chose, un état alors que la tradition, ce qui doit être transmis, doit être quelque chose de vivant en fonction des vecteurs qui transmettent. Nous croyons devoir rap­porter cette explication de G. Dumézil, spécialiste des cultures indo-européennes, car elle éclaire ce comportement fort étranger à nos modes de pensée actuels.

Les historiens anciens, César d'abord (de Bello gallico), Diodore de Sicile, Strabon, Pomponius Mela, etc., nous ont laissé des témoignages sur la culture celtique ; mais si leurs notations nous sont précieuses, ils voyaient cette culture de l'extérieur, sans en saisir souvent tout le sens.

Sauf en Gaule, à une basse époque où l'influence romaine avait altéré la pureté des principes celtiques de non-représenta­tion de la divinité (qu'on se rappelle les sarcasmes de Brennos, chef gaulois pillant Delphes et voyant les représentations anthro­pomorphiques d'Apollon), nous ne trouverons pas de statues de dieux — ce qui ne veut pas dire que les statues trouvées à ces basses époques ne soient pas pleines d'enseignements.

C'est principalement dans les traditions épiques irlandaises et galloises qui ont survécu assez facilement à la christianisation que nous trouverons le plus clair de nos ressources.

Sans entrer dans le détail des branches goïdéliques et britto­niques, de leurs luttes, de leurs entrecroisements et de leurs ramifications, nous considérerons comme une cette culture tra­versée (ou plutôt unie) par la mer, que ce soit en Irlande, en Ecosse, au Pays de Galles ou en Armorique.

Car si la notion d'état semble avoir fait cruellement défaut aux Celtes au point qu'ils ne formèrent jamais un empire unifié mais qu'ils furent conquis successivement par des peuples étran­gers, la culture qu'ils développèrent, la tradition qu'ils assumèrent et qu'ils transmirent fût une.

II. - QUELQUES TRAITS SAILLANTS DE LA TRADITION CELTE

LA MORT

Ce qui a frappé le plus les peuples anciens en contact avec les Celtes, c'est leur absence de crainte de la Mort (cf. Diodore de Sicile, V, 28, 6 Lucain « la Pharsale » I, 454-458, César B.G. VI, 14 etc.). Comment l'interpréter ?

Les Celtes fils de la Mort

César nous apprend que les Celtes, selon les Druides, se disaient Fils de Dis (P) Atir (=. Dis Pater), le Dieu de la mort : c'était l'ancêtre de la race, source de toute vie. Le rapprochement est à faire, dans le cadre indo-européen avec le Dis Pater latin, à la fois Jupiter et Pluton, moins nettement individualisé à l'ori­gine.

Ce nom de Dis Atir était ressenti comme terrible et plutôt que de le prononcer, c'est-à-dire de rendre présent cette divinité redou­table, les Celtes préféraient l'appeler Teutatès, c'est-à-dire le Papa (hypochoristique de père) de la Tribu ; pensons au héros de nos bandes dessinées Astérix jurant par Toutatis et mesurons le chemin parcouru...

Ce Dieu est représenté s'appuyant sur une massue ou avec un maillet, objet ambivalent que nous connaissons bien, dispensateur à la fois de la mort et de la vie car il peut frapper par deux côtés différents (nous penserons aussi à une survivance du folklore breton : le mell benniguet, massue de granit dont on frappe le front des vieillards pour leur donner « la bonne mort »).

Ce Dieu Dis Ater est couvert d'une peau de loup, animal symbolisant la mort (à rapprocher du folklore lorrain actuel où après le repas gras de Carnaval l'os de l'épaule du porc est jeté « pour le loup » afin qu'il ait sa part).

La figure du folklore breton de la mort « l'Ankou » est mas­culine ; ce n'est pas un squelette mais un homme très maigre : c'est le premier mort, fils d'Adam, qui montre le chemin à toute l'humanité.

La Nuit précédant le Jour

Il est normal que dans la Tradition Celtique, après ce que nous venons d'évoquer, la Nuit précède le Jour : les durées de 24 heures étaient comptées à partir du soir et il en existe encore des survivances en Bretagne armoricaine actuelle.

Mais ce processus se retrouve également dans d'autres tradi­tions, l'hébraïque par exemple : voir Genèse 1, 8 : « il y eut un soir, puis il y eut un matin et ce fut le second jour ». C'est là le moment de citer notre très illustre et très regretté Frère René Guénon qui rapprochaient les deux traditions celtique et chaldéenne et les deux trilittères C ha L D éen &C e L T e. D'ailleurs Héber, héros éponyme des Hébreux dans la Bible, veut dire occident en langue hébraïque.

Notions sur l'Au-Delà celte

Les écrivains anciens ont parlé à cet égard (Diodore de Sicile) de croyance à la métempsychose analogue à celle des Pythago­riciens ; en fait les croyances sont fort différentes.

— pour Pythagore, l'autre vie est une compensation à celle-ci : heureuse pour les justes au-delà de la Voie Lactée, réincarnée ici pour les autres dans des êtres inférieurs (animaux, etc.) ;

— pour les Celtes, sauf cas exceptionnel de héros se réincarnant en un autre héros longtemps après, il n'y a pas de réincarna­tion. L'autre vie n'est pas une compensation à celle-ci. C'est

à l'Ouest (Soleil Couchant), dans une île au milieu de l'Océan appelée Tir-na-nOg (terre des jeunes) Ynis Afallach (= île des pommiers — pomme : fruit de sagesse — dont la légende arthurienne a fait l'île d'Avallon) une répétition heureuse et hors du temps de cette vie présente (selon d'Arbois de Jubain­ville et Plutarque : « les Celtes disent qu'à l'Ouest, au milieu de l'Océan, est une île heureuse où Chronos — le temps — est enchaîné, etc. »).

Communication entre les mondes

Elle est fréquente et paraît aisée chez les Celtes. Dans l'épo­pée, les gens de l'Autre Monde sont souvent présents, soit qu'ils sortent des « sides » (tumuli sous lesquels ils habitent normale­ment et où ils entraînent les vivants temporairement ou définiti­vement) soit qu'ils arrivent, inconnus, d'un « Autre Pays » où ils entraînent le héros. Notons la fréquence de la figure féminine de l'autre monde qui vient chercher le héros en se promettant à lui et en lui promettant une vie heureuse et éternelle.

Mais il y a pour cela des périodes privilégiées du cycle annuel où les morts reviennent, normalement, en foule chez les vivants : Samain (1" novembre en particulier). Et ceci nous amène à évo­quer le calendrier et le festiaire celtique.

LE CALENDRIER CELTIQUE

Il est, nous nous en doutons après ce qui vient d'être dit sur la nuit précédent le jour, à base luni-solaire.

Les Celtes, comme d'ailleurs les Hébreux, faisaient com­mencer la journée le soir. Ils avaient des mois lunaires avec mois intercalaires pour avoir un cycle de 30 ans, très précis d'ailleurs, faisant correspondre les mois lunaires et l'année solaire.

Mais c'est le festiaire celtique qui nous retiendra plus long­temps.

Les fêtes

Il y en a quatre principales dans l'année qui, curieusement, sont placées non pas aux solstices et aux équinoxes comme pour nous (les deux Saint-Jean, etc.) mais au milieu des saisons.

Les traditionalistes celtes, en particulier la revue « Ogam » à qui cette planche doit beaucoup, expliquent cet état de choses par la fixation de ces fêtes à des dates très anciennes et le résultat de la précession des équinoxes. A titre personnel, cette explication ne me satisfait pas — mais je ne suis pas capable d'en proposer une autre plus satisfaisante.

SAMAIN 1er novembre

C'est la fête des Morts, la plus importante, nous n'en serons pas surpris. C'est d'ailleurs aux chrétientés celtiques que l'Eglise d'Occident doit d'avoir fixé au 2 novembre la Fête des Morts (chez les orthodoxes cette fête est en août).

Cette fête du solstice d'hiver décalé est la naissance de Lug, Dieu solaire que nous retrouverons. C'est la 2e bataille de Mag Tured (= la plaine des Piliers) qui voit la victoire des Tuata dé Dana, peuple solaire, sur les Fomoïré, peuple tellurique, obscur mais néanmoins garant de la fertilité. C'est donc aussi une fête de la fertilité. Les morts y reviennent trois nuits durant visiter (et prendre avec eux quelquefois) les vivants. C'est pourquoi à cette date, en Bretagne armoricaine, les maisons sont soigneu­sement nettoyées, la table dressée, la porte entrouverte.

IMBOLC au 1er février

C'est, christianisée la fête de la Chandeleur ; avant l'ère chrétienne, c'était la fête de la déesse de la lumière Brigit, Bri­gantia, déesse des métiers et de la sagesse, probablement la même que la Bélisama gauloise (cf. Astérix). C'était une fête de purification après les souillures de l'hiver, comme la Chandeleur est une fête de la purification de la Vierge (celle-ci pouvant être comprise comme la Terre-Mère).

BELTENE au 1er mai

Ce serait, selon la revue « Ogam » déjà citée, l'ancien solstice d'été décalé. Beltène serait « le feu de Bel » ou Belenos, Dieu solaire gaulois (Bélisama, déjà citée, signifiant : semblable à Bel).

La veille de cette fête de Beltène, tous les feux du pays étaient éteints et, le jour de la fête, le Roi, au centre du pays d'Irlande, dans la ville sainte de Tara, sur la colline d'Uisnech, rallumait le feu d'où étaient ensuite pris tous les autres feux du pays. C'est un nouveau départ de la lumière, fête très importante nous nous en doutons.

Outre cet aspect solaire, la fête avait aussi un aspect polaire comme en témoigne l'If, arbre des Morts, au sommet de la colline centrale, axe assurant la communication des trois mondes. A Beltène, les sides, séjours souterrains des morts, s'ouvraient éga­lement.

Cet arbre central survit encore dans l'arbre de mai de nos campagnes autour duquel la jeunesse tourne et danse le i»' mai.

Cette glorification du travail provient d'un renouveau cosmique du feu et de la force qu'il donne.

LUGNASAD au 1er août

On fêtait alors le mariage de Lug, Dieu solaire (nasad = noces) avec Tailtiu, la terre nourricière. C'était donc une fête de l'abondance et de la fertilité.

Au Pays de Galles, un gigantesque pique-nique réunissait naguère encore tout un chacun qui mettait ses provisions dans un chaudron commun : celui-ci devenait ainsi quasi inépuisable (nous retrouverons bientôt ce chaudron).

EPONA

Cette évocation de la fécondité nous amène à parler d'une autre grande figure du panthéon celtique : Epona, la Grande Jument, figure largement attestée par des monuments, tous de basse époque bien sûr, répandus de l'Armorique à la Bulgarie, par des textes anciens (Juvénal, Tertullien, etc.) comme par l'épopée irlandaise et galloise.

Elle apparaît comme une jeune femme blonde, assise à droite sur une grande jument allant à droite, suitée souvent de son poulain. La jeune femme tient souvent une pomme d'or (symbole de la sagesse).

On a pu y discerner à la fois une figure de fécondité (elle était fêtée au solstice d'hiver, donc au début de la moitié croissante, divine, de l'année), une figure de la Grande Mère, de la Grande Reine (on pense à Alise-Sainte-Reine) qui a permis dans la période chrétienne son assimilation à la Vierge Marie par le folklore armoricain (voir le conte « Trente de Paris » où l'on voit une grande jument blanche aider le héros à traverser victorieusement toutes les épreuves qui lui sont imposées et qui se révèle à la fin être Notre-Dame ; ce conte confirme le rôle psychopompe d'Epona, clairement indiqué par ailleurs dans l'épopée irlandaise.

Notons en passant que l'importance de cette déesse amenait un interdit quant à la consommation de la viande de cheval, interdit qui s'est poursuivi fort longtemps : ce n'est que le 9 juin 1866 que la vente publique de la viande de cheval a été autorisée à Paris ; et je crois que dans les Iles Britanniques cette consomma­tion est toujours un objet d'horreur.

LE CHAUDRON DE DAGDA

Nous ne pouvons évoquer les symboles de fécondité sans parler du chaudron de Dagda (Dieu « bon », père de Brigit évoquée plus haut à propos de la fête d'Imbolc, la Chandeleur actuelle) : c'est un chaudron d'abondance, nul ne le quitte sans être rassasié. Il ne sert pas, comme chez Astérix, à préparer une potion magique qui donne une force invincible ; mais il a quand même un rôle sacrificiel et magique bien établi : les morts qui y sont jetés reviennent à la vie, les vivants qui s'y plongent acquièrent l'immor­talité.

Et ne croyons pas que ce symbole ait disparu de notre hori­zon mental : en préparant cette planche, j'ai lu fortuitement en première page du quotidien « Le Midi Libre », n° du 11 février 1974 ce titre : « la grippe de M. Pompidou a fait monter la tempé­rature dans le chaudron de la succession ». Qu'est-ce à dire ? pour le journaliste actuel, comme pour les anciens celtes, le chaudron est générateur d'une vie nouvelle et, après le décès de M. Pompi­dou, c'est de là que sortira le nouveau « roi ».

Ajoutons que le chaudron est un centre ; il est suspendu par 9 chaînes et, autour de lui, 9 bardes se tiennent (9 + 1 = 10 symbole de totalité ; nous retrouvons la Tétractys pythagoricienne), chacun avec une lance.

On ne saurait, nous l'avons compris, séparer le chaudron (principe aqueux, yin en chinois, dourel en breton) de la lance (principe igné, yang en chinois, tanel en breton).

Nous retrouverons cette complémentarité dans une des prin­cipales survivances celtiques, j'ai nommé la légende du Graal, où la Sainte Coupe n'est pas sans la lance qui saigne.

Mais voyons plus avant cette symbolique du centre.

LE CENTRE

Comme dans toutes les traditions authentiques, le centre est une figure du centre primordial polaire.

En Gaule continentale une meilleure interprétation du célèbre passage de César (B.G. VI, 13) « chaque année les druides tien­nent leurs assises en un lieu consacré qui passe pour occuper le centre de la Gaule aux confins du pays des Carnutes » et des fouilles récentes permettent de penser que ce « medionemeton » (nemed = sacré) était non pas à Chartres où la grotte dite druidique ne daterait que du XVI° siècle grâce à un chanoine soucieux de préséances, mais à Saint-Benoit-sur-Loire, sur une butte insubmer­sible par les crues de la Loire, butte avec fontaine et de nombreux restes de sacrifices (voir tous arguments dans le n° 11 de la revue Ogam, déjà citée).

En Irlande divisée en quatre provinces périphériques et une centrale. C'est au milieu de cette dernière que se dressait la ville sainte de Tara déjà évoquée (§ 2213) pour le feu nouveau de Beltène.

Au Pays de Galles nous citerons la chanson folklorique au thème bien connu : sur la terre (geste horizontal), il y a une colline (demi-cercle supérieur) ; sur la colline, il y a un arbre (geste vertical) ; sur l'arbre, il y a une branche (geste horizontal supérieur) ; sur la branche il y a un nid (demi-cercle vers le bas) ; dans le nid il y a un oeuf (geste circulaire des deux mains) ; de l’œuf sort un petit oiseau (geste de battement d'ailes).

Tout ceci est assez parlant pour qu'il ne soit pas besoin d'insister.

Plus généralement dans la tradition celtique, outre l'Irlande « I'Ile des Saints », beaucoup d'îles ont joué ce rôle de centre tant à l'époque païenne (Anglesey, détruite par les Romains, cf.

Tacite, Annales XIV, 29, 30) qu'à l'époque chrétienne où les monas­tères s'installaient souvent dans des îles (Iona par exemple).

Notons d'ailleurs qu'en France, la seule sainte nationale qui porte un nom gaulois : Sainte Geneviève, est « par hasard » sortie d'une ville sacrée : Nemetodurum, aujourd'hui Nanterre.

L'oursin fossile dans le même ordre d'idée sur le centre, nous citerons Pline le Naturaliste (XXIX, 53) et ce qu'il appelle « l’œuf de serpent » le qualifiant de « talisman des druides ».

Il s'agit en fait d'un oursin fossile (genre micraster), à symé­trie bilatérale, c'est-à-dire en forme de coeur, sur lequel les zones ambulacraires dessinent une étoile à cinq branches ou, si l'on veut, en termes héraldiques, une quintefeuille. Ce pentagramme au centre du cœur, voici l'homme réintégré au centre de l'Etre.

Ce terme d’œuf de serpent exprimant toutes les virtualités cosmiques est donc parfaitement choisi pour cette figure symbo­lique que les Gaulois tenaient en très haute estime.

LES DRUIDES

Mais il n'est pas possible d'évoquer même cursivement la tradition celtique sans parler des druides.

Par-delà l'image populaire de Panoramix préparant la potion magique dans son chaudron, par-delà l'image non moins populaire transmise par Pline le Naturaliste à tous nos manuels d'écoliers « vêtu d'une robe blanche, le druide monte à l'arbre, coupe avec une faucille d'or le gui qui est recueilli dans un linge blanc » nous tenterons d'en cerner l'image.

Les fonctions de l'étymologie, comme d'habitude, nous éclai­rera. Contrairement à Pline, déjà cité (H.N. XVI, 249) qui tire leur nom du mot grec 8pv signifiant chêne, il faut, semble-t-il, le ratta­cher à la racine celtique : « dru - wid - es » les très savants. César (B.G. VI, 13) précise que « les druides veillent aux choses divines, s'occupent des sacrifices publics et privés, règlent les pratiques religieuses ».

Il convient de les distinguer des filid (poètes) et des bardes (récitants).

Il convient surtout de distinguer l'autorité druidique, sacerdotale, de l'autorité royale. Une maxime de la société traditionnelle irlandaise nous y aidera : « nul ne peut parler avant le roi ; mais le roi lui-même ne peut prendre la parole sans la permission de son druide ».

Nous retrouvons là la division classique dans toutes les sociétés traditionnelles sans qu'il soit besoin d'insister.

Ultérieurement, la figure du druide s'est christianisée en celle du chapelain du roi, son conseiller favori (on pensera dans nos chansons de geste à l'archevêque Turpin auprès de l'empe­reur Charlemagne). A travers la Franc-Maçonnerie britannique où l'Orateur est qualifié de chapelain, ne faut-il pas voir dans l'obli­gation qu'a celui-ci de parler, non le premier mais le dernier, une survivance de ce rôle de conseil dans les choses essentielles ?

Bien qu'il s'agisse d'une époque plus basse, nous évoquerons aussi Saint-Louis, figurant à la fois le roi et aussi un peu le prêtre par son sacre et sa sainteté, donc figurant de façon affaiblie mais réelle l'image du Roi du Monde chère à R. Guénon : c'est naturellement sous un chêne, arbre cher aux druides, figuration mythique du centre du monde, que le Saint Roi rendait la justice.

Le rôle unificateur des druides a fait l'objet de longues dis­sertations. De même qu'en Gaule César évoque un « chef des druides » (B.G. VI 13) « à tous ces druides commande un chef unique qui exerce sur eux l'autorité suprême », de même on a pensé qu'à travers les diverses nations celtiques, séparées voire opposées, il existait une classe sacerdotale unique du Danube à l'Irlande, ayant les mêmes règles de pensée et de vie, dispensant le même enseignement. On a tiré pour cela argument de la numis­matique celte : d'un bout à l'autre du monde celte, les mêmes types de monnaie avec des motifs décoratifs et symboliques ana­logues ou même identiques apparaissent aux mêmes périodes. Ce n'est pas impossible ; mais rappelons-nous le caractère uniquement oral de l'enseignement druidique et l'absence de toute archive qui en découle et restons prudents.

Notons que les druides formaient non pas une caste fermée mais une classe non héréditaire ouverte à quiconque s'en montrait digne par de longues études et des dispositions appropriées.

Quoi qu'il en soit, le rôle du Druide apparaît bien comme celui du sage, complémentaire de celui du roi qui représente la force. La beauté, ou la fécondité, sera l'apanage de la troisième classe, celle des artisans.

LE SYMBOLISME DE LA PIERRE

A lui seul, ce sujet mériterait une planche entière. Dans le cadre si vaste qui nous a été tracé, nous ne pouvons que l'effleu­rer allusivement sans le traiter à fonds.

Comme chez d'autres peuples, la pierre est considérée par les Celtes comme un lieu unissant le Ciel — d'où elle peut être tombée (pensons aux pierres de foudre) et la Terre, sur laquelle elle s'appuie, elle prend force. Elle est donc, comme l'homme, un intermédiaire entre les deux.

Mais elle est bien plus : elle est aussi le fondement de la Terre ; c'est alors la pierre primordiale sur laquelle le monde repose. L'on pensera à la transposition chrétienne : le Christ, pierre rejetée par ceux qui bâtissaient, est devenue la pierre de l'angle sur laquelle tout repose. L'on pensera aussi à la transposition talmudique : la Shethia, pierre fondamentale remplaçant l'Arche d'Alliance.

Sans entrer dans la différenciation entre civilisations de la pierre taillée et civilisations de la pierre brute, il faut noter que les anciens Celtes construisaient en bois et ne taillaient guère la pierre. Pour eux, semble-t-il, la pierre brute symbolisait Celui qui n'a pas de forme. Celui qui n'a pas été créé de main d'homme. Ils le représentaient sous deux aspects, bien entendu complé­mentaires ; la pierre dressée ou menhir (aspect « tanel » yang, igné, masculin) et la pierre couchée ou « dolmen » (= table de pierre) (aspect « dourel », yin, aqueux, féminin). Nous avons déjà vu cette complémentarité à propos du chaudron qui ne va pas sans la lance.

En complément de cette vision statique binaire menhir-dolmen, il faut évoquer la représentation dynamique de la pierre qui des­cend du Ciel (pierre de foudre ou béthyle) avant d'y remonter grâce aux efforts personnels de l'homme, sur lui-même d'abord, qui permet de transformer la pierre brute en pierre taillée harmo­nieusement. Tous ces symboles nous sont très familiers et nous retrouvons ce symbolisme de la pierre dans bien d'autres tradi­tions anciennes et médiévales, l'alchimie en particulier qui fera, nous l'espérons bien, le sujet de planches dans les années qui viennent.

Un autre aspect de la pierre courbe (cromlech en celte) dans les survivances celtiques au Moyen Age, dans ce qu'on a appelé la Matière de Bretagne, c'est cette pierre creusée, ce vase de pierre précieuse, cette escarboucle tombée du front de Lucifer lors de son exil du Ciel, miraculeusement transmise de généra­tions en générations, objet de la quête la plus sublime des plus purs parmi les plus purs, j'ai nommé le Saint Graal, vase qui servit à la célébration de la Cène du Jeudi Saint et qui recueillit le précieux sang des plaies du Crucifié le Vendredi Saint.

III. - LES SURVIVANCES DE LA TRADITION CELTIQUE

Cette évocation des plus sommaires du Graal nous amène à nous interroger sur les survivances de la Tradition Celtique chez nous Francs-Maçons de la fin du XXe siècle.

Ces survivances sont nombreuses et posent le problème des moyens par lesquels elles sont arrivées jusqu'à nous, Francs- Maçons du rite écossais, l'Ecosse étant, nous le savons, une terre celte.

Exotériquement, c'est la littérature irlandaise épique du Moyen Age qui a été le principal vecteur.

Mais ésotériquement quelle a été la voie ? Je serai reconnais­sant aux Frères qui pourront m'éclairer sur ce point.

Tentons de dégager quelques-unes de ces survivances d'abord dans l'initiation, ensuite dans le rituel.

Les sides celtiques, souterrains séjours des morts qui vont revenir à la vie sont comparables au cabinet de réflexion où le nouvel initié, tel le germe enfoui, doit d'abord mourir pour renaître ensuite à une vie nouvelle.

Le rôle des métaux était très important dans la vie courante des Celtes, réputés pour leur métallurgie et leur orfèvrerie. Mais dans les Iles de l'Occident, le Pays de la Jeunesse, la Grande Plaine, en un mot le séjour de ceux qui ont traversé la mort et qui vivent d'une vie nouvelle, le fer est là-bas inconnu ; ceux qui y vivent ont dépouillé leurs métaux avant d'y parvenir.

Les mutilations rituelles des Fomoïrés, êtres chtoniens, pre­miers occupants de l'Irlande, garants de sa fécondité, détenteurs de pouvoirs magiques du fait même de leur contact avec le sol, portent sur le pied droit et sur le bras gauche, membres que nous nous contentons de dénuder lors de l'initiation au 1er degré.

Ces mutilations assuraient à ces Fomoïrés un meilleur contact avec la terre et par suite des pouvoirs magiques.

Ajoutons que ces Fomoïrés passaient aussi pour être borgnes. Y a-t-il, dans quelque rite de la Franc-Maçonnerie le fait de ne bander qu'un seuil oeil ? Je ne sais si nous avons conservé cet aspect de la tradition.

Les voyages « immrama » à but initiatique sont fréquemment racontés au sujet des héros de la mythologie celtique.

Avant qu'ils ne passent au Moyen Age dans la Matière de Bretagne, spécialement dans la Quête du Graal, où le chevalier ne devient parfait et n'atteint son but qu'après de nombreux voyages générateurs d'épreuves à surmonter, il faut au moins mentionner ce caractère particulier des premières chrétientés celtiques si originales où les « pélerins » voulant vivre pleine­ment leur foi s'exilaient, non vers un but de pélerinage précis mais « pour l'amour de Dieu » pour s'abandonner à sa volonté et mieux renoncer à eux-mêmes, pour là encore renaître à une vie nouvelle à travers les séries d'épreuves que leurs réservaient ces voyages ; voyages le plus souvent maritimes dont le type est le voyage de saint Brendan de Clonfert.

Les lettres dans le bûcher des morts.

Lors des funérailles, les Gaulois confiaient aux flammes des lettres à destination des morts.

De même, le néophyte, symboliquement mort à la vie profane, voit disparaître dans les flammes avec son testament une vie nouvelle ; il est donc normal, puisque le vieil homme est mort, qu'une lettre contenant ses pensées soit brûlée pour aller le rejoindre.

La remise du tablier jusqu'à ces dernières décades, le tablier que nous portons était, paraît-il, non pas en peau d'agneau (qui évoque le Feu du Bélier, signe de commencement, de renouveau) mais en peau de porc, animal d'ailleurs impur pour la tradition judéo-chrétienne,

Dans un texte épique irlandais, les fils d'un héros partent à la conquête d'une peau de porc qui guérit toutes les blessures lorsqu'on s'en enveloppe le corps.

Rappelons que pour les Celtes, le sanglier, porc sauvage, est une figure de l'initié, du druide détenteur de la sagesse. Merlin le druide dit à ses jeunes disciples « venez auprès de moi petits marcassins ».

Le secret différé dans la légende du Graal, l'oncle maternel de Perceval, l'ermite Trévizent, instruisant, initiant son neveu, le mettant sur le chemin, lui révèle certaines choses que Perceval ne comprendra que plus tard.

L'initiation que nous avons reçue n'est-elle pas analogue et n'est-ce pas plus tard, bien plus tard que nous aurons saisi tout le sens ?

Après ces survivances dans l'initiation, nous chercherons à en retrouver dans le rituel de nos tenues.

L'orientation dans la tradition celtique, l'Est est devant, le Nord à gauche, etc. Dans la langue bretonne actuelle, c'est encore le même mot qui paraît-il désigne le Sud et la droite.

La latéralisation dans toute la tradition celtique, la droite a un sens favorable, la gauche un sens défavorable. Présenter la gauche à quelqu'un est signe de malheur, d'hostilité, de bravade ou d'incorrection.

C'est donc, paradoxalement, le rite français qui semble avoir hérité de cette tradition — alors que nous qui travaillons au rite écossais présentons, dès notre entrée dans le Temple le flanc gauche à nos Frères. Il est vrai que nous présentons alors notre côté droit, lors de nos circumambulations dans le Temple au centre de celui-ci qui contient le tableau de loge — et le Trait.

Le maillet est l'attribut du Dieu Sucellus, que nous avons déjà étudié (§ 211), Dieu de la mort et de la vie ; nous avons déjà souligné le caractère ambivalent de ce maillet.

Les trois cris de lumière d'après le bardas, texte traditionnel celtique, la Divinité s'est manifestée en créant le monde par trois cris (ou trois rais) de lumière que l'on vocalise, non pas par la répétition du même terme trois fois, mais par trois lettres : O, I, W, dont la somme exprime l'Etre des êtres. Il y aurait, bien sûr des rap­prochements à faire avec d'autres traditions qui vocalisent le Nom.

De même, la batterie de deuil triple acclamation avec batte­ments de mains, se trouve déjà chez les héros de l'épopée Irian­daise.

L'accolade fraternelle est déjà triple chez les héros celtes.

L'épée et la baguette. Nous retrouvons encore ici une paire de complémentaires. Dans les opérations de magie celtique, la baguette, normalement en bois de frêne, joue le rôle de conden­sateur des énergies errantes (pensons à la baguette magique de nos fées).

L'épée aura pour rôle de disperser ces énergies qui pourraient nuire à l'expression spirituelle du groupe en ce lieu et à ce moment- là (dans le folklore irlandais, le port d'une épée protège contre les fantômes).

De même, au début d'une tenue, une baguette et une épée croisée purifient-elles le Temple et favorisent-elles l'expression de l'égrégore.

Nous comprenons mieux maintenant le sens apotropéique de la voûte d'acier dressée au-dessus d'un visiteur éminent ou, dans le monde profane, au-dessus des jeunes mariés à la sortie de l'église où ils viennent de s'unir.

L'Universel Artisan Lug, Dieu solaire qui vit encore parmi nous grâce aux villes françaises qui portent toujours son nom (Lugdu­num = la ville de Lug, qui a donné Lyon et Loudun), se présentant à Tara, centre sacré, « milieu » de l'Irlande, au palais du roi Nuada, est « tuilé » à l'entrée par le portier, nous dirions par le « cou­vreur », par le gardien du seuil.

Il s'y déclare « charpentier, forgeron, champion, harpiste, guerrier, magicien, médecin, chaudronnier ». En quelque sorte, il est poly-technicien « il-danach » (= qui possède des techniques nombreuses). C'est l'Universel Artisan ; et l'on ne peut pas ne pas penser aux Pythagoriciens (Pythagore aurait été, dit-on, initié aussi chez les Celtes) et au « Théos Technitès », le Dieu arrangeant avec art, qui fut plus tard appelé par la tradition pythagoricienne le G.A.D.L.U.

Notons en passant la qualification première de charpentier prise par Lug — à rapprocher de I'Evangile selon saint Marc VI, 3 où Jésus est ainsi qualifié « n'est-ce pas le charpentier ? » (et non pas le fils du charpentier Joseph).

Les repas rituels aux grandes fêtes (Samain, etc.), c'est dans une salle rectangulaire ou L = 4 I, orientée, appelée « salle du Milieu » (chambre ?) qu'a lieu le banquet rituel de « Fes Temrach » donné par le roi.

La place de chacun y est assignée suivant son rang ; au centre sont le feu et l'eau, symboles du binaire fondamental.

Les mets servis ont une valeur rituelle : œuf d'oie (com­mencement), sanglier et saumon (sagesse), le tout assaisonné de miel (nourriture d'immortalité d'origine aérienne et solaire) et accompagnés de bière et d'hydromel (simple et double fermen­tation, symbole, pour le 2e, d'une double mort initiatique).

Le feu nouveau, rallumé à cette occasion, le premier de tout le pays, souligne, comme tout dans le repas, le renouvellement du monde ; nous songeons tout naturellement à cette devise bien connue « ordo ab chao ».

La chaîne d'union

Cuchulainn, le principal héros épique irlandais, à résonance solaire, Fer Diad et d'autres disciples du druide Scathach, après le rite de mélange des sangs — qui ne semble pas avoir subsisté chez nous — se prennent par les mains circulairement et jurent de se considérer comme frères et de donner leur vie les uns pour les autres.

Les nombres

Le temps nous manque pour étudier les valeurs des nombres impairs supérieurs à trois, très significatifs dans la tradition cel­tique.

Mais nous ne voulons pas quitter le symbolisme de la Loge sans mentionner que dans la mythologie irlandaise nous trouvons parmi les peuples de la Déesse Dana (Thuatha Dé Dannén).

— Dagda, le druide, représentant la sagesse (pensons à son chaudron),

— Nuada, le roi « à la main d'argent », qui représente la Force,

— Ogma, le champion, inventeur de l'écriture ogamique, Dieu de l'éloquence, qui représente la Beauté.

CONCLUSIONS

Tout en ayant été fort long, j'ai le sentiment des lacunes de cette planche. Il y aurait encore énormément à dire sur ce monde traditionnel celtique qui revit en nous tant en Loge que dans le monde profane.

Heureusement, d'autres viendront après moi qui parleront de la mythologie occidentale, du fils du Dieu solaire Bélénos (Belin dans la toponymie française), ce Gurgunt, popularisé sous le nom de Gargantua qui, d'Est en Ouest, suivant la course du soleil, a laissé des traces depuis le mont Sainte Odile en Alsace jusqu'au mont Saint Michel, voisin de l'ilôt de Tombelaine (tombe Belène, tombeau de Bélénos où le soleil meurt dans la mer).

Si j'ai été trop long, au moins vous saurez, que la Lumière ne vient pas seulement de l'Est ou du Sud-Est mais aussi du Nord.

Vous ne serez plus de ceux, comme l'a dit R. Guénon, qui n'osent pas traverser la Méditerranée.

Source : www.ledifice.net

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Approche de la symbolique de la croix Celtique

Publié le 20 Janvier 2013 par R\ L\ dans Planches

Pour les Celtes, être un sage, c’est savoir communiquer avec l’esprit de la nature, c’est comprendre le langage des plantes et des animaux, c’est percer le mystère des étoiles et des cieux. L’antique culture celte regorge de symboles, symbolisme des arbres, des animaux, ou encore des motifs qui ornent les armes, les bijoux et les œuvres d’art.

Dans les symboles les plus courants on trouve le Tribann /|\.
C’est un emblème et un symbole lumineux qui représente le plus couramment la pensée druidique contemporaine. Le Tribann est représenté par trois rayons de lumière
Il évoque l’absolu celtique, le Principe universel. Dans les conceptions spirituelles des druides, on l’appel IOW.

Analogiquement, le Triskel devient la mise en mouvement des trois rayons du Tribann.
Tribann et Triskel sont par la même occasion des symboles de la trilogie chère à la culture celtique.

Mais, c’est la Croix Celtique qui est le plus magnifique et le plus complet des symboles de la cosmogonie (création du monde) Druidique.
La cosmogonie celtique ne comporte pas une genèse a proprement parlé. L'une des explications est que pour les Celtes il n'y a pas de réel "commencement" : "la création est une réalité, mais une réalité de tous les instants"

La croix celtique est le livre vivant grâce auquel, durant les siècles de clandestinité, la science et la philosophie Druidiques ont pu se transmettre intacte, et dans lequel tous ceux qui ont appris à en lire le langage, peuvent se retrouver les continuateurs des Druides antiques.

 

Approchons le symbolisme de la croix Celtique.

Au 2e millénaire av. J.C, les Celtes se sont répandus en Europe occidentale, où ils ont apporté leur savoir, tout en recueillant celui des Atlantes, dresseurs de mégalithes.
Ils étaient détenteurs d’une révélation occidentale, pendant de la civilisation biblique.
L’arrivée en occident du christianisme va rassembler les deux courants en une synthèse dont la croix celtique est le meilleur symbole.

La croix est l'un des symboles fondamentaux de l'humanité et cela bien avant l'arrivée du christianisme.
Les chrétientés Celtiques d'Irlande ont, dès le IIIe s, développé le symbolisme de la croix cerclée, synthèse intime et parfaite entre la tradition Celtique et le christianisme.
Le cercle, à la fois magique et céleste, symbolise le ciel, les branches de la croix représentent les quatre éléments l'air, la terre, l'eau, le feu et également les points cardinaux de l'espace, les quatre saisons, la division Celtique traditionnelle d'un territoire en quatre.

Le centre est un lieu de passage et de communication symbolique entre ce monde et l'autre, les entrelacs, présents sur les pieds des croix, expriment le mouvement sans fin de l'évolution et de l'involution (opération qui a son propre inverse) des faits cosmiques et humains.

Les croix celtiques sont souvent ornées d’entrelacs, de nœuds, symboles de vie, mais aussi des représentations du serpent, symbole de renaissance.

La forme la plus connue de nos jours reste néanmoins la croix celtique ornée d'entrelacs.
Elle rappelle fortement le travail du métal et la frappe des pièces de monnaie.
Dans le dessin des entrelacs, les “nœuds” correspondent à autant d'états ou de modalités d'un état que l'être doit parcourir avant de rejoindre les états supérieurs ou le Centre.
La corde relie en effet les états d'être et leurs modalités entre eux et au Principe qui les unit.
Il arrive que le cheminement le long de cette corde nous ramène à un “nœuds” proche de notre point de départ à l'image du parcours des labyrinthes des églises. L'être croît alors être revenu au point d'où il est parti sans prendre toute la mesure du chemin ou des états parcourus.
Il peut aussi s'élever le long de la branche verticale et la redescendre soudainement ou s'approcher du centre de la croix et s'en éloigner désespérément.
Ces va-et-vient suggèrent que rejoindre le Centre passe par un saut dans le vide de l'existence, par une brusque rupture dans la déambulation de l'être durant les pérégrinations et péripéties de la vie.

La croix celtique se retrouve dans beaucoup d'endroit (essentiellement des cimetières) car le christianisme a récupéré au travers de la croix chrétienne (croix simple) une partie de la symbolique "païenne".
La croix celtique ou druidique fait la synthèse des représentations symboliques de nos ancêtres. Elle associe le temps et l'espace

On la retrouve partout où les Druides ont laissé leur empreinte.

Si nous entourons d'un cercle l'intersection des branches d'une croix familière, nous obtenons une croix celtique. Sa dénomination découle principalement de son apparition dans les contrées celtiques britanniques entre le VIIe et le IXe siècle, notamment au pays de Galles, en Écosse et en Irlande.

Le cercle peut aussi bien orner une croix aux branches égales qu'inégales.

Le débordement des branches de la croix celtique par rapport au cercle nous laisse subodorer l'immense potentiel du développement de l'être au-delà de la sphère humaine:
- La croix celtique à branches égales représente toute l'étendue des possibilités contenues dans le centre d'un certain état d'être qui se déploie de manière égale dans toutes les directions du plan horizontal;
- La croix celtique à branches inégales symbolise à la fois toute l'étendue horizontale des possibilités associées au centre d'un état d'être déterminé et l'expansion verticale des centres de tous les états d'être depuis les plus ordinaires aux plus spirituels.

Il s'ensuit que le point d'intersection des branches inégales de la croix (celtique) représente le centre associé à un état d'être spécifique qui se déploie horizontalement. Les points de la branche verticale correspondent aux centres associés à la multitude indéfinie des états d'être.
Quant à la verticale proprement dite, elle est générée à partir d'un point unique, le Centre ou Principe impossible à spécifier.
Pour des facilités de représentation, le Centre est parfois assimilé au point d'intersection des branches de la croix, c'est-à-dire au centre d'un état quelconque (spirituel ou non). Il est vrai que l'être peut à tout moment rejoindre le centre d'un tel état et de là atteindre le Centre.

Elle se compose schématiquement de trois cercles concentriques dont les diamètres ont entre eux les rapports 9, 27, 81 et de quatre branches.
Le cercle de 81 correspond au cercle Divin, ou Keugant.
Le cercle de 27 correspond au cercle des Migrations ou Abred.
Le cercle de 9 correspond au cercle de la Lumière blanche ou Gwenwed. 
 

Ces trois cercles désignent les différents cheminements des âmes vers l’ascension suprême:
Au commencement, les âmes errent dans le cercle du chaos (Keugant) où rien n’existe que Dieu, puis s’incarnent dans le cercle Abred, cercle de la vie terrestre, où elles doivent accomplir leur destinée. Si elles échouent, elles retournent dans le chaos (Keugant) et attendent que Dieu leur permette de se réincarner à nouveau en Abred dans une autre vie et un autre corps pour enfin accéder au cercle final, Gwenwed.
Là, elles jouiront de sa présence dans l’éternité. Gwenwed est le « lieu» affranchi du temps et du changement. Il est également le cinquième élément, l’éther, la lumière divine.

Sur le cercle d'Abred, le cercle intermédiaire (27), il y a la présence de huit petits cercles tangents, de même taille que le cercle central (9), de Gwenved.

Quatre sont situés aux angles de la croix et viennent l'évider.
Les quatre autres sur la croix qui dessinent le Symbole de la Croix et figurent les quatre éléments, l’Eau, l’Air, le Feu et la Terre. Ils sont unis à un cinquième: l'Ether. 
 

Description des différents cercles:
Il s'agit des 8 planètes de notre système solaire, dont le soleil serait représenté par le cercle de Gwenved, au centre de la croix, le cercle lumineux et blanc par excellence.

A gauche : Couleur rouge, Chiffre 5, Planète Mars ou Teutates, associée à l'élément terre.
Angle supérieur gauche : Couleur orange, Chiffre 9, Planète Lune ;
Au sommet : Couleur jaune, Chiffre 8, Planète Mercure ou Lucellos, associée à l'élément feu.
Angle supérieur droit : Couleur vert, Chiffre 7, Planète Vénus
A droite : Couleur bleu, Chiffre 4, Planète Jupiter ou Esus, associée à l'élément air.
Angle inférieur droit : Couleur violet, Chiffre 1, Planète Neptune ou Don
A la base : Couleur ultra-violet, Chiffre 3, Planète Saturne, associée à l'élément eau.
Angle inférieur gauche : Couleur infra-rouge, Chiffre 2, Planète Uranus
Le cercle central, Gwenwed : Couleur la lumière blanche des huit radiations, Chiffre 6, Planète Soleil 
 

La croix permet donc de faire apparaître 8 périodes, associées à 8 planètes...

Ces huit cercles symbolisent le cycle octopartite druidique.

Depuis l’avènement des Lumières, notre culture est porteuse d’un message linéaire : nous naissons, nous vieillissons et nous mourons. La notion ancestrale du cycle de la vie dont l’humanité avait une connaissance intuitive depuis l’aube des temps et dont elle a gravé les symboles dans la pierre sous forme de cercles et de spirales sur toute la terre, a cédé le pas a une ligne droite, symbole d’une vision du monde masculine linéaire et scientifique dont la distorsion a abouti à un culte du progrès et du résultat concret au détriment de la sagesse et de l’authenticité.

Cette évolution de la conscience collective d’une conception cyclique vers une conception linéaire a eu pour effet de provoquer une rupture avec une des plus riche source d’inspiration spirituelle : la nature.

La tradition druidique nous fait découvrir une façon de voir la vie qui, ne s’étant jamais coupée de la nature, reste porteuse d’une conscience de l’immanence divine en toute chose.
Le druidisme cultive la communion avec Dieu dans « le temple non bâti par les hommes », sous « l’œil du soleil ».

La vision cyclique de l’univers de cette tradition a pour exemple le cycle annuel octopartite qui se traduit par les huit festivals.

Se basant sur ce rapport profond et mystérieux entre la source de la vie individuelle et celle de la vie de la planète, le druidisme distingue huit points du cycle annuel chargés d’une signification particulière et les marque par des célébrations spécifiques.
Quatre sont de nature solaire, quatre autres de nature lunaire, d’où un calendrier équilibré de cérémonies masculines et féminines.

Orientation et fêtes celtiques.

Conformément à la correspondance usuelle entre espace (ou points cardinaux) et temps humain (ou saisons), le soleil se lève précisément à l'Est et se couche exactement à l'Ouest aux équinoxes de printemps et d'automne (aux environs du 21 mars et du 21 septembre). De sorte que les solstices d'été et d'hiver (aux environs du 21 juin et 21 décembre) correspondent respectivement au Sud et au Nord.

Selon cette analogie, le “carré solsticial” peut être rapproché du calendrier des “fêtes” celtiques irlandaises.

Un décalage s'ensuit entre la position du soleil couchant au solstice d'été et le début (ou la fin) du cycle annuel fixé au 1er novembre. Ce décalage pourrait avoir des origines simplement pratiques liées à la précision des observations astronomiques de l'époque. Plus vraisemblablement d'origine symbolique, il tiendrait à la “période close” à l'occasion de la “fête” coïncidant avec le début ou la fin du cycle annuel au cours de laquelle le monde d'en “bas”, monde du renouveau, fécondait le monde d'en “haut”.

Dans la tradition celtique, l'obscurité vient avant la clarté, la nuit avant le jour et la période sombre et froide de l'année annonce la période claire et chaude.
Autrement dit, le monde des morts et des dieux prend le pas sur le monde des vivants.
Les solstices et les équinoxes sont liés à la course du soleil. Ils sont donc fixés à des dates précises et sont de nature solaire. Ils sont également liés au symbolisme des points cardinaux, des éléments et de certains animaux.

A ces fêtes solaires s’ajoutent quatre autres moments du cycle annuel considérés comme sacrés.
Ces fêtes celtiques de Samain, Imbolc, Beltaine et Lugnasad sont elles liées aux évènements de la vie terrestre; en particulier à la vie végétale et animale.
Ce sont des fêtes liées à la Déesse Mère, donc plutôt de nature lunaire.
Les dates de ces fêtes sont données à titre indicatif, car les évènements varient dans le temps d’une année sur l’autre en fonction de l’avancement ou du retard de la nature. Il s’agit donc plutôt de « périodes » de fêtes.

Ces deux jeux de cérémonies représentent beaucoup plus que des moments choisis par nos ancêtres pour célébrer les cycles de la vie animale et végétale.
Ils illustrent nos liens profonds avec ces deux domaines, la profonde interdépendance entre la vie du corps, de la psyché et celle de la planète, du soleil, de la lune, car chacun d’eux signale la puissante conjonction du temps et de l’espace.

Les fêtes druidiques d’aujourd’hui expriment donc une vision cyclique du temps, et une des fonctions de ces célébrations est d’inscrire le cycle humain dans le grand cycle de la nature ; d’harmoniser les rythmes de l’homme sur les plans physiques, psychologiques et spirituels. 
 

Le cycle commence le 1er novembre par Samain « Réunion »,
C’est le début d’une nouvelle année celtique, mais c'est un temps qui se situe hors du temps. A cette période, toutes les forces de la nature sont descendantes et convergent vers le centre de la Terre. Ce moment où tout meurt dans la nature est le mieux choisi pour se relier à la mort.
Le rituel a lieu la nuit.
On symbolise le passage nécessaire par la mort en éteignant le feu, puis en le rallumant. Pendant ce moment où le feu est éteint et où on est plongé dans l'obscurité la plus complète, on peut ressentir et prendre conscience de l'absence de la Lumière, de la réalité et de la consistance de la Nuit, de notre nuit intérieure.
Puis, par le feu rallumé dans l'obscurité l'on peut percevoir notre Feu intérieur renaissant.
Ce moment hors du temps est un seuil entre l'ancienne et la nouvelle année.
Il nous permet de nous débarrasser de ce qui nous entrave, de nos "branches mortes".

Le 21 décembre, le solstice d’hiver « Le Nord » marque le triomphe de la Lumière sur les Ténèbres.
Lorsqu'on essaie de ressentir le Nord, nous viennent à l'esprit le froid, l'immobilité, le silence, la nuit....C'est pourquoi le solstice d'hiver est associé au Nord.
Il est également associé à la Terre, car en cette période, elle est dépouillée, immobile, mise à nue, inerte.
Mais pourtant, en son sein se produit l'alchimie de la vie.
Au cœur de la nuit la plus longue, dans le silence de la Terre endormie, La Terre protège et nourrit la graine qui répondant à l'appel de la vie, commence à germer, annonciatrice des futures moissons.
Tout comme la graine qui ne trouve son énergie qu'au centre d'elle-même, c'est au plus profond de nous que nous devons chercher la Force et la Lumière.
C'est à cette époque que le gui fleurit alors que les dernières feuilles tombent et que toute la nature prend l'apparence de la mort.
Il exprime la survie de l’âme, la continuité de la vie après la mort apparente de la nature qui suit la chute des feuilles.
C’est le symbole du retour à la lumière solaire originelle, c’est le temps de la renaissance après la mort.
L'ours est associé au Nord, car c'est à cette période qu'il se terre au fond de sa caverne et hiberne. En préparant son corps à la renaissance du printemps, il symbolise dans le règne animal ce qui s'accomplit dans le règne végétal. Il représente à la fois la force et l'intuition.
On retrouve ce symbolisme dans l'Etoile Polaire, étoile emblématique de la Grande Ourse qui nous guide au cœur de la nuit.
Dans le corps humain, l'élément Terre et matérialisé par les os, le calcium, les chairs, les différents oligo-éléments...C'est notre élément de "base".
L'hiver est une période où le corps a également besoin de s'économiser, besoin de repos. Et pourtant, paradoxalement, l'homme moderne, dans l'ignorance de son corps et des cycles de la vie, a fait de l'hiver une saison où l'activité professionnelle est à son maximum.

Le 1er février c’est Imbolc « Lustration », purification physique, ménage intérieur.

C’est le moment où la vie reprend.
On sent les premiers frémissements du Printemps, les nappes phréatiques sont gorgées d’eau.
Les débris de l'hiver sont balayés par les rivières gonflées d'eau.

Le 21 mars ; l’équinoxe de Printemps « l'Est » est un symbole de renaissance à la vie, de vitalité, de joie et de bonheur.
Tout comme le soleil en se levant à l'Est annonce le jour naissant.
Symboliquement, c'est de l'Est que vient la Lumière que recherchent ceux qui s'engagent dans une démarche spirituelle.
L'élément Air, associé à cette période, symbolise l'inspiration l'intuition, l'intellect, la communication.
L'Oiseau est associé à l'Est et à l'Air car, lorsque les hommes ne pouvaient pas voler, les oiseaux étaient considérés comme les messagers des dieux, leur apportant l'inspiration.
Dans le corps humain, l'élément Air est celui qui permet la respiration et qui est en relation permanente avec l'extérieur de notre corps.
Le jour est de même durée que la nuit.
C'est une porte qui s'ouvre et nous sommes invités à la franchir et à accueillir l'énergie nouvelle qui se présente.
C’est la fête du temps des semailles, le temps de faire de nouveau projets, de renouveler ce qui doit l’être.

Le 1er mai c’est Beltaine « Le Feu de Bel ».
Cette fête est la fête du feu, de la lumière solaire, de l’énergie radiante, de la victoire définitive de la lumière solaire sur les ténèbres de l'hiver.
C'est le début de la période lumineuse qui ira jusqu'à Samain.
Le feu de Bel à Beltaine est le pendant de la lumière de Lug à Samain.
Dans la mythologie celtique, Beltaine est le jour où les dieux prirent pied sur le sol d’Irlande et brûlèrent leurs vaisseaux pour ne pas être tentés de revenir en arrière. Beltaine marque ainsi l’engagement définitif, irréversible, et par là, la confiance dans l’avenir et dans la destinée.
Cette purification par le feu succède à la purification par l’eau d’Imbolc.

Le 21 juin, c’est le solstice d'été « le Sud ».
Le Sud, direction qui évoque le soleil à son zénith, la chaleur, la vitalité, l'expression bruissante de la vie.
C’est le jour où la lumière solaire atteint sa plénitude, son rayonnement maximal.
L'élément Feu est naturellement associé à cette fête. Il symbolise l'énergie, l'action, la réalisation; mais aussi la spiritualité.
Le cerf, animal solaire, roi des animaux de nos forêts, symbolise l'énergie et la vitalité propres au Sud et au Feu. Il symbolise également la force, la fertilité, l'indépendance spirituelle et physique.
Dans le corps humain, l'élément Feu est représenté par la chaleur du corps résultant de l'activité du vivant. L'été est la période où le dynamisme du corps est à son maximum.
Dans certaines traditions, c’est le moment où le jour est le plus long que les prophéties peuvent s’accomplir, car elles ne sont plus voilées par le ténèbres, mais révélées à l’éternité.
Cette fête solaire nous rappelle aussi le Centre, l'Axe.
Bien que changeant au fil des saisons, le soleil demeure toujours dans son axe.
C'est l'axe de la Grande Roue du temps, le Centre d'où tout vient et vers lequel tout converge. C'est également la célébration du Cycle; du cycle des jours qui s'inscrit dans le cycle des saisons; du cycle des saisons qui s'inscrit dans le Cycle de la Vie.
C'est également une apogée, à partir de cette date, les jours raccourcissent et les ténèbres l'emportent à nouveau sur la Lumière.
Cette fête nous incite à rester vigilant par rapport à nos propres ténèbres tout en sachant apprécier la Lumière.

Le 1er août, c’est Lugnashad «Assemblée de Lug ».
Chez les Celtes, Lug est le dieu de la Lumière. C’est un dieu "multiple", au-dessus des dieux.
Lugnasad est une fête solaire présidée par le roi. C’est la fête du blé et des moissons, placée sous le regard bienveillant de Lug qui promettait la paix et la prospérité. Il assurait l’éternité des cycles de mort et de renaissance.
C’est le temps du maximum de fructification de la végétation.

Le 21 septembre, c’est l’équinoxe d'automne « l'Ouest ».
L'équinoxe d'automne est associé à l'Ouest car c'est là que se couche le soleil.
Cette direction où le jour se finit est également associée à la fin de la vie.
C'est là que le corps trouve le repos "au crépuscule d'une vie bien remplie".
Pour les Celtes, c'est également à l'Ouest, dans les îles "au-delà de la mer" qu'ils situaient le séjour des âmes défuntes.
C'est aussi pourquoi l'équinoxe d'automne est associé à l'élément Eau qui symbolise le psychisme, les émotions, l'affectivité, les eaux de l'inconscient dans lesquelles ont s'enfonce au moment du Grand Passage.
Le saumon, en remontant le courant vers la source, symbolise la quête spirituelle de l'homme. C'est depuis l'Ouest que l'homme chemine symboliquement en quête de la Connaissance, qui est symbolisée par la Lumière de l'Est.
Dans le corps humain, l'eau est présente à 80% sous la forme du sang, de la lymphe,...

C’est le jour de la partition entre le haut, le monde des vivants et le bas, le monde des morts.
C’est l’alternance de Lug et de Taranis, qui nous incitent à bénéficier de la lumière solaire, mais sans refuser le tonnerre, le vent et la brume.
C’est une invitation à accepter en nous notre lumière sans renier nos ténèbres, pour concilier toutes les facettes de notre être.
C’est un jour de remerciement à la Déesse-Mère pour les cadeaux de la moisson et les fruits de la terre qu’elle nous a procurée.
C’est aussi un moment de préparation à la pénombre de l’hiver, l'occasion de nous débarrasser de ce qui nous entrave, nous retient à un passé qui n'est plus, l'occasion de couper nos "vieilles branches".
C'est aussi une période qui favorise l’évocation, la réflexion, la synthèse de l’expérience de l’été.

L’allégorie qui est l’illustration d’une idée par une image concrète.
Le symbolisme est le contraire, il n’impose rien et ouvre les possibilités de conceptions illimitées.
C’est pourquoi, il est le langage initiatique par excellence reliant le présent au passé et au futur.

La vision cyclique de monde et de l’homme se matérialise dans la tradition druidique par huit festivals qui rythment l’année.

Une représentation de cette vision cyclique se retrouve dans la symbolique de la croix celtique.
Elle fait apparaître 8 périodes, associées notamment aux 8 planètes, quatre de ces périodes sont de nature solaires, liées aux solstices et aux équinoxes, les quatre autres périodes sont intermédiaires et de nature lunaire : Samain, Imbolc, Beltaine et Lugnasad sont elles liées aux évènements de la vie terrestre; en particulier à la vie végétale et animale.

On peut remarquer aussi que trois catégories d’hommes sont particulièrement honorées chez tous les peuples gaulois : les barbes qui sont chanteurs et poètes, les ovates, devins et philosophes tandis que les druides, également philosophes de la nature étudient aussi la morale.

Cette symbolique, ces rituels rapprochent l’homme d’une des plus riche source d’inspiration spirituelle : la nature.

Aujourd’hui, la croix celtique fondamentale a été galvaudée. On la voit utilisée par toutes sortes de mouvements.
Beaucoup sont issus du stato-nationalisme héritier de la philosophie des « lumières», du gallicanisme, du rationalisme, du matérialisme biologique quand ce n’est pas tout simplement du hooliganisme. Leur philosophie cartésienne prônant la « raison latine» ou le jacobinisme néo-darwinien est à l’opposé de l’esprit celtique.

A cause de ce détournement, beaucoup de gens aujourd’hui ne connaissent plus ni son origine ni sa signification, et ne l’associent qu’à l’extrémisme et au folklore douteux d’une poignée de marginaux.

Il convient donc de rappeler que la croix celtique est un résumé de la cosmogonie celtique, un symbole celto-chrétien propre aux nations celtes et une expression de l’esprit de celles-ci.
Elle ne peut en aucun cas appartenir à des groupes ou des individus n’ayant aucun lien, ni culturel ni national, avec la celtitude.

source : www.ledifice.net

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La Cabale inachevée

Publié le 17 Janvier 2013 par X dans Planches

Est ce que la Cabale est un " Midrach " ?

Je, elle, lui, moi, nous tous, nous cherchons la connaissance, en d'autres termes nous cherchons Daath.

" Si nos anciens maîtres étaient bien des Chevaliers de l'Esprit, sommes-nous pour autant définitivement condamnés à n'être que DES SUIVEURS TIMIDES ? L'esprit aurait-il soudain cessé de souffler dans le monde. " (Aquila Orientis - Bulletin de l'O. M. S I N° 8).
Cherchons cet esprit et nous trouverons la connaissance.

Qu'en pensent les savants ?

Comme nous sommes des Cabalistes des temps modernes, nous essayons de trouver la porte vers le troisième millénaire. Daath (cognition, science, savoir) est un rapport dans lequel se neutralisent les deux pôles suprêmes de la Pensée, car étant interposée entre Chokmah et Binah, donc la résultante de leur intime union, pas une relation mais un rapport, elle est le fait de l'intime union de la Sagesse et de l'Intelligence dans la Pensée. Dans cette opération, Chokmah sera l'action spontanée et Binah la réaction fixatrice, dont Daath sera alors la résultante. (Francis Warrain)

Si on lit dans Osée (IV:6) " Mon peuple périt faute de connaissance ", et il est ajouté: " Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai ", , il est clair qu'en hébreu le lien entre l'Adam et la Sagesse passe nécessairement par la connaissance. La Connaissance (Daath) est cette Séphirah virtuelle de l'Arbre séphirotique que les 'Habad Hassidim'relient à la Sagesse (Chokmah) et à l'Intelligence (Binah). (Le Golem)

Qu'en pensent les modernes ?

Il y a là un point délicat, le lieu de 1'Esprit Saint. Daath, une non-séphirah, est-ce le lieu où l'Ineffable peut entrer librement pour intervenir dans l'existence, est-ce la Connaissance venue de nulle part et qui provient directement de Dieu ? Comme elle est la fille des deux Séphiroth précédentes, elle est aussi l'Intuition avec un grand I, la Connaissance intérieure, la relation à l'Esprit Saint, à l'Énergie primordiale et omniprésente. C'est la Gnose de Dieu. Seule l'intervention divine peut la faire naître en nous, nous ne pouvons pas y accéder par notre seule volonté. (JP Guiliani)

Qu'est ce que nous en pensons ?

Pour nous, la Cabale est un Midrach, un instrument en évolution, non terminé, non achevé. Au temps de nos ancêtres Cabalistes Judéo-Chrétiens, le monde connu s'arrêtait à Saturne, c'était jadis la dernière planète, et Daath était inexistant, peut-être à cause du sens sexuel qui lui est attribué. Aujourd'hui, avec les planètes trans-saturnales, Daath est la frontière, l'Abyssos, et la planète Saturne, avec son voile, son cercle, pourra bien en être le gardien.
Voyons ce que Ted Mann, astrologue anglo-américain, en disait lors du congrès international d'astrologues en 1967 à Nieuwpoort (Belgique, à 10 km de Koksijde).
D'après son SOL-SYSTEM, Tiphereth, le Soleil, est le point de départ de la Cabale, suivi des deux planètes Mercure (Hod) et Vénus (Netzah); ensuite vient Gaia (la Terre, Malkuth), la troisième pla-nète à partir du Soleil. N'oubli-ons pas que la Lune (Yesod) tourne autour de Malkuth et pas autour de Tiphereth. (Chaque 28/29e jour Luna se trouve sur sa position cabalistique, c'est-à-dire à chaque Nouvelle Lune, quand Sol et Luna sont en exacte conjonction.)

Ici on constate déjà que la Cabale n'est pas une entité statique, mais un état qui change perpétuellement. Les planètes qui suivent sont Mars (Geburah) et Jupiter (Chesed). La prochaine étape, c'est Daath. Pourrait-elle être attribuée à Saturne, muni de son anneau de glace, barrant le chemin à tout le monde qui veut passer sans être prêt, sans avoir été initié à Daath ?

A partir d'ici nous avons les planètes trans-saturnales, c'est-à-dire des planètes ou Séphiroth qui ont une influence collective sur l'Humanité, savoir la Trinité Sacrée: Uranus / Chokmah, Neptune / Binah et Pluton / Kether.

Qu'en pensez-vous ?

Les planètes avaient-elles une signification en relation avec les Séphiroth avant que nous Judéo-Chrétiens leur en ont donné une ? Pour l'Angéologie, est-ce qu'il y a une différence si Pluton se localise sur une nouvelle position ? Neptune n'était-il pas les " Étoiles fixes " chez les Hébreux ? Pour le moment il y a 14 explications diverses, y compris celles de Crowley dans son Liber 777.

Est-ce notre devoir de nous aligner, de corriger et de rectifier la Cabale suivant les découvertes des temps modernes ? Je vous le demande.

Source www.ledifice.net

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Theurgie, Magie, Alchimie

Publié le 10 Janvier 2013 par M\ De B\ dans Planches

Théurgie : du Grec (THEOS=DIEU et ERGON=ouvrage)

Ce mot, qui signifie proprement opération divine, paraît avoir été introduit dans le vocabulaire philosophique et théologique par les Alexandrins. Il désigne l’ensemble des procédés par lesquels les humains peuvent se mettre effectivement en relation avec la divinité ou, plus généralement, avec les puissances surnaturelles.

En ce sens la MAGIE elle-même peut être considérée comme une branche de la THEURGIE, laquelle dès lors contiendrait aussi bien l’évocation des morts et des démons, que l’extase. Ou plutôt il y aurait lieu de distinguer une Théurgie inférieure et une Théurgie supérieure, la première utilisée par les Magiciens et les Sorciers et la seconde réservée aux Théologiens et aux Philosophes. L’une et l’autre cependant reposant sur le même postulat, à savoir qu’il existe des lois en vertu desquelles certaines conditions étant remplies, les puissances naturelles doivent nécessairement se révéler ou se communiquer aux humains, de telle sorte que la connaissance de ces lois donne à celui ou à celle qui les possède, et qui peut s’en servir, un véritable empire sur les « forces » du ciel et de l’enfer. On retrouve cette même idée au fond de beaucoup de cérémonies religieuses, et par exemple dans le Catholicisme, la plupart des Sacrements peuvent être considérés comme entrant sous la forme de Théurgie ; en particulier le Sacrement de l’Eucharistie, où le Prêtre, par la vertu des paroles de la consécration, force en quelque sorte la divinité à venir s’enfermer sous les apparences du pain et du vin. La Théurgie ne serait donc que de la Philosophie occulte cherchant à se mettre en rapport avec Dieu, d’une manière sensible, quand l’esprit ne sait pas encore, ou ne peut plus s’élever jusqu’à lui par la pensée. Les Égyptiens, les Chaldéens, et les Perses pratiquèrent la Théurgie. Dans les derniers temps de la philosophie grecque, les Néoplatoniciens, qui se rattachaient à l’Orient, s’adonnèrent aux pratiques de la Théurgie. PORPHYRE s’arrêta assez tôt sur cette pente pour se demander si la Théurgie n’était pas le délire d’une âme religieuse qui ne ferait de rien des montagnes. Après lui JAMBLIQUE et ses successeurs la regardèrent comme le seul moyen de s’unir aux Dieux. La Philosophie devint pour eux la Théurgie, et la science hiératique, si pratiquée en Egypte remplaça les doctrines de PLATON et de PLOTIN. JULIEN fut un sectateur ardent de la Théurgie, aux secrets de laquelle il fut initié par MAXIME, le Théurge le plus renommé de son temps. PROCLUS semble considérer la Théurgie plutôt comme la doctrine commune d’une école particulière que comme une croyance extravagante que quelques Alexandrins auraient partagée, et il attribue aux Théurges plusieurs opinions sur des questions purement spéculatives, telles que la nature de Dieu et les Hypostases divines. Cette opinion de PROCLUS rappelle celle des critiques qui rattachent la Théurgie à certaines sectes gnostiques. Pour revenir au Hiératique où à la « sagesse Hiératique » je citerai cette maxime de l’art Hiératique « Mourez avant de mourir ». En des formules diverses, gnostiques et Soufis de l’Islam répéteront à peu près la même chose, pour tenter d’exprimer le moment ou émerge : à la conscience la présence du sujet divin qui est le sujet réel des activités de cette conscience !

C’est en effet une même vertu qui rend apte à la suprême vision de la « lumière de gloire » que les néoplatoniciens désignent comme Théurgique, et que postule, selon les oracles Chaldéens, l’ascension de l’Âme. D’où la notion Théurgique s’applique, chez les néoplatoniciens, aussi bien à une méthode pratique d’union active avec les êtres spirituels, qu’à l’union supra - rationnelle où le sujet qui agit « l’œuvre divine » est le sujet divin lui-même. Cette méthode est alors désignée encore comme Hiératique ; les Hiératiques sont ceux qui la mettent en pratique, et pour les néoplatoniciens la Théurgie Chaldéenne était l’une des méthodes Hiératiques mais pas la seule. Elle est toujours fondée sur certaines règles ascétiques et présuppose tout un ensemble de connaissances Théosophiques.

LA MAGIE

Les Anciens ont donné le nom de Magie à une pratique qui avait la prétention de soumettre les puissances supérieures et/ou inférieures (esprits, génies, démons) à la volonté de l’homme, et de les contraindre, soit en se les rendant favorables, soit en les conjurant, les évoquant par des paroles ou des procédés mystérieux, à exécuter des actes extraordinaires, tels que des divinations, des apparitions, des transformations, des guérisons subites, des maladies mortelles, des sentiments irrésistibles d’amour, de haine, etc. Les Magiciens s’attribuaient le mérite et le pouvoir de commander aux éléments, d’intervertir la marche des astres et de les faire descendre sur la terre.

Les individus qui se qualifiaient ainsi réussissaient sans doute à produire des actes véritablement surprenants ; mais ce n’était pas, il est à peine besoin de le dire aujourd’hui, par la puissance de leurs formules ou la vertu de leurs pratiques encore que...

Les effets qui frappaient d’admiration ou de terreur les spectateurs de leurs prodiges, résultaient de moyens fort naturels dont ils utilisaient la connaissance et qu’ils variaient suivant le plus ou moins de crédulité de leurs contemporains.

Dans les Sociétés traditionnelles, et aussi bien plus souvent qu’on le dit dans les sociétés industrialisées et médiatiques, il n’est pas besoin d’artifices bien merveilleux pour acquérir la réputation d’un magicien bien redoutable.

De même le prestige que l’on attribue aux magiciens de l’Égypte, de l’Assyrie et de la Perse donnent à penser que ceux-ci avaient des connaissances en physique, en chimie, en physiologie et en astronomie, dont ils savaient tirer admirablement parti, accolées aux systèmes de croyances des endroits où ils se trouvaient, révélant par leurs actions, de vrais faits ou phénomènes se rapprochant autant des mystères, que des désirs de voir la réalisation de demandes et prières de leurs contemporains réalisées. Les philosophes Alexandrins distinguaient deux espèces de magie : la magie malfaisante, qu’ils nommaient GOETIE (en Grec se lamenter, gémir) et dont ils attribuaient les effets aux mauvais démons ; et la magie bienfaisante, qu’ils appelaient THEURGIE (Théos, Dieu) parce que selon eux, elle était l’œuvre des bons génies. Les démonologues du XVIème siècle substituèrent aux mots de Goétie et de Théurgie ceux de magie noire et de magie blanche. Enfin dans les temps plus modernes, la magie noire a été reléguée au temps des chimères, et l’on a appliqué le nom de magie blanche, à l’art qui consiste à produire des effets merveilleux par des moyens naturels empruntés aux diverses branches des sciences physiques, à la physiologie, à la chimie (anciennement al chimie) etc.

Quand à la magie proprement dite, on peut y établir plusieurs distinctions selon les moyens qu’elle employait ou le but qu’elle se proposait : On a cru, que par certaines formules d’invocations, on pouvait faire agir les « génies » c’est ce que l’on a nommé « charmes » ; les attirer par des chants ou par le son des instruments de musique, ce sont les « enchantements » ; évoquer les morts et converser avec eux, c’est la « nécromancie » ; apprendre l’avenir et connaître les choses cachées, c’est « la divination » ; envoyer des maladies et causer du dommage à ceux à qui on voulait nuire, ce sont « les maléfices » ;nouer les enfants les empêcher de croître, frapper les hommes d’impuissance, c'est « la fascination » ; diriger les sorts, bons ou mauvais, et les faire tomber sur qui l’on voulait, c’est ce que nous nommons « sortilège ou sorcellerie » ; inspirer des passions criminelles aux personnes de l’un où l’autre sexe, ce sont « les philtres » etc.

On attribuait souvent l’invention de la magie aux Mages ou Prêtres de ZOROASTRE, et l’on admettait qu’elle prit naissance dans la MEDIE, d’où elle se répandit peu à peu en CHALDEE, en PERSE, en Grèce, à ROME et ailleurs.

Mais les Prêtres Mazdéens ne firent vraisemblablement que donner à cette prétendue science une forme plus arrêtée, car les pratiques magiques existaient bien longtemps avant l’institution du Mazdéisme. Quand on étudie l’histoire de l’antiquité, on y trouve des magiciens de tous les temps et chez tous les peuples. Seulement le caractère de leur science varie suivant les régions. Ce qui frappe encore, c’est que dans les états orientaux la magie se rattachait intimement aux croyances religieuses, aussi était-elle exclusivement pratiquée par les castes sacerdotales. Quant à l’influence que les magiciens exerçaient, même sur les gouvernements, on peut s’en faire une idée par un passage de l’Ancien Testament où il est question de luttes de MOÏSE avec les Magiciens de Pharaon.

Cette influence existait aussi en PERSE.

On sait aujourd’hui que les pratiques magiques existent dans toutes les cultures. Simplement la magie dont il est question ici est seulement celle qui a été connue et pratiquée traditionnellement en Occident.

Et parmi les Magiciens de l’antiquité, connus dans un passé du monde occidental, ceux de la MEDIE et de la PERSE passèrent toujours pour les plus habiles. Plusieurs d’entre eux vinrent à différentes époques, dans la Grèce et principalement en Italie, exploiter leur prétendue science, qui fut avidement accueillie par la « superstition » Romaine. Néanmoins c’est dans les derniers temps du paganisme que la Magie devint surtout florissante sous l’influence des philosophes de l’école d’Alexandrie.

L’ALCHIMIE

L’Al - Chimie ou chimie de Dieu, est une discipline qui recouvre un ensemble de pratiques et de spéculations qui sont en rapport avec la transmutation des Métaux. L’un des objectifs de l’alchimie est le « Grand Œuvre », c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant cette transmutation des métaux, notamment les métaux vils comme le plomb, en métaux nobles comme l’argent et l’or. Un autre objectif de l’alchimie est la recherche de la panacée (médecine universelle) et la prolongation de la vie par l’intermédiaire d’un élixir de longue vie. La pratique de l’alchimie et les théories de la matière sur lesquelles elle se fonde, sont parfois accompagnées, à partir de la renaissance, de spéculations philosophiques, mystiques et/ou spirituelles.

Des pensées et des pratiques de type alchimique ont existé en Chine dès le 4ème siècle av. J.C, et en Inde dès le 6ème Siècle de notre ère.

L’Alchimie occidentale elle, prend vraisemblablement ses origines dans l’Égypte hellénistique des Ptolémée entre - 100 (avec Bolos et Mendès) et 300 avec (Zosime de Panopolis).

Elle s’est ensuite développée dans le monde Arabe puis Européen durant le moyen-âge et jusqu’à la Renaissance. Jusqu’à la fin du XVIIème siècle les mots alchimie et chimie sont synonymes et utilisés indifféremment. Ce n’est qu’au cours du XVIIIème siècle qu’ils se distinguent, et que l’alchimie connaît une phase de déclin sans toutefois disparaître totalement, alors que la chimie moderne s’impose avec les travaux de LAVOISIER.

Le mot Alchimie vient de l’Arabe « al­kymiya » et apparaît dans le vocabulaire Français au XIVème siècle, par le latin médiéval « alchemia ». Ainsi que du Grec ancien « chumeia /chêmeia » signifiant ( art de fondre les métaux). KYMIA pourrait également venir du mot Copte « kême », lui- même dérivant du démotique KMI, correspondant au moyen Égyptien, désignant l’Égypte. L’alchimie occidentale est née dans l’ancienne Égypte Gréco-romaine à Alexandrie entre le 1er siècle avant J.C et le 3ème siècle de notre ère.

En ce qui concerne la substance même de l’alchimie gréco-égyptienne, elle serait née de la rencontre d’un fait et d’une doctrine. Le fait est l’art du bijoutier et du teinturier fantaisie, c'est-à-dire l’art de reproduire à meilleur compte l’Or, l’Argent, les Pierres précieuses et la Pourpre. La doctrine elle, est une spéculation mystique centrée sur l’idée de sympathie universelle. Car l’alchimie est liée à la philosophie hermétique, que l’on peut définir comme « une vision du monde fondée sur les correspondances et SYMPATHIES unissant Macrocosme et Microcosme ». Il ne faut cependant pas confondre les deux ! Les textes philosophiques du « Corpus Hermeticum » ne parlant pas d’alchimie. Des textes, à la fois hermétiques et alchimiques, apparaissent dès le 2ème ou 1er siècle avant J.C.

Sont-ils Égyptiens pour autant ? Dans le cas de l’alchimie, les anciens Égyptiens sont connus pour s’être intéressés à l’origine et à la nature des pierres précieuses et des métaux, et les textes alchimiques grecs de l’antiquité tardive contiennent diverses allusions à l’Égypte et à ses traditions, mais nous n’y trouvons rien d’analogue à l’évolution, sans solution de continuité, de la Magie Pharaonique à la magie Gréco- Égyptienne. Le même discours vaut pour l’astrologie. Cependant l’Égyptologue François DUMAS est d’un avis opposé : il voit un lien entre la pensée égyptienne et l’alchimie Gréco -Égyptienne, à travers la notion de pierre, pierre à bâtir ou pierre philosophale.

Les Égyptiens nous le savons avaient une conception dynamique de la pierre. Dans un des textes des « Pyramides » il est écrit qu’un lapis-lazuli croît comme une plante. Et dans une inscription à Abou SIMBEL, datant du règne de Ramsès II (1279-1213 av. J.C) le Dieu Ptah, créateur du monde, dit comment les déserts créent des pierres précieuses. En résumé l’alchimie s’est donné des buts distincts, qui parfois coexistent. Le but le plus emblématique de l’alchimie est la fabrication de la pierre philosophale, ou « grand œuvre », censée être capable de transmuter les métaux vils en métaux nobles. D’autres buts de l’alchimie sont essentiellement thérapeutiques ; la recherche de l’élixir d’immortalité et de la panacée (médecine universelle), et explique l’importance de la médecine arabe dans le développement de l’alchimie. Derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leurs sens profane, certains alchimistes s’intéressaient plutôt à la transmutation de l’âme, c'est-à-dire à l’éveil spirituel. On parle alors de « l’alchimie mystique ». Plus radical encore « l’ars magna » une autre branche de l’alchimie, a pour objet la transmutation de l’alchimiste lui-même, en une sorte de surhomme aux pouvoirs quasi-illimités 1 Etc.

*** Il est important après ces exposés qui ont tous les trois des points communs très évidents, qu’il serait inutile de récuser ; d’arriver à la synthèse de ce propos réunissant trois « sciences » entre guillemets utilisées par et pour les hommes les inscrivants dans une « quête » qui est celle de l’immortalité... C’est pourquoi, je souhaite ici reprendre les paroles même de l’un de nos Maîtres, j’ai nommé « CAGLIOSTRO » :

« Je ne suis d’aucune époque ni d’aucun lieu ; en dehors du temps et de l’espace, mon être spirituel vit son éternelle existence, et, si je plonge dans ma pensée en remontant le cours des âges, si j’étends mon esprit vers un mode d’existence éloigné de celui que vous percevez, je deviens celui que je désire. Participant consciemment à l’être absolu, je règle mon action selon le milieu qui m’entoure. Mon nom est celui de ma fonction, et je le choisis, ainsi que ma fonction parce que je suis libre ; mon pays est celui où je fixe momentanément mes pas. Datez vous d’hier, si vous le voulez, en vous rehaussant d’années vécues par des ancêtres qui vous furent étrangers ; ou demain, par l’orgueil illusoire d’une grandeur qui ne sera peut-être jamais la vôtre ; moi, je suis celui qui est.

Me voici : je suis noble et voyageur ; je parle, et votre âme frémit en reconnaissant d’anciennes paroles ; une voix qui est en vous, et qui s’était tue depuis bien longtemps, répond à l’appel de la mienne ; j’agis, et la paix revient en vos cœurs, la santé dans vos corps, l’espoir et le courage dans vos âmes.

Tous les hommes sont mes frères, tous les pays me sont chers ; je les parcours pour que partout, l’esprit puisse descendre et trouver un chemin vers nous. Je ne demande aux rois, dont je respecte la puissance, que l’hospitalité sur leurs terres, et, lorsqu’elle m’est accordée, je passe, faisant autour de moi le plus de bien possible ; mais je ne fais que passer. Suis-je un noble voyageur. Comme le vent du Sud comme l’éclatante lumière du midi qui caractérise la pleine connaissance des choses et la communion active avec Dieu, je viens vers le Nord, vers la brume et le froid, abandonnant partout à mon passage quelques parcelles de moi- même me diminuant à chaque station, mais vous laissant un peu de clarté, un peu de chaleur, un peu de force, jusqu’à ce que je sois enfin arrêté et fixé définitivement au terme de ma carrière, à l’heure où la rose fleurira sur la croix. Je suis CAGLIOSTRO.

Frères et Sœurs,

* Depuis les origines, les hommes des sociétés traditionnelles ont intuitivement perçu les racines spirituelles de la création, celles de leur être propre, et, par voie de conséquence, de leur vie, du vrai et unique sens de toute vie humaine.

Nous pouvons dire aujourd’hui que ce qui était alors comme une inclination naturelle de l’âme à l’entendement des mystères, ou, du moins à la conscience de leur existence et aux exigences spirituelles qu’ils impliquent, s’est au fur et à mesure délité, perdu pour un grand nombre de nos contemporains, et en peu de temps finalement ; ce qui n’est pas surprenant, car la chute , nous le savons est beaucoup plus aisée et plus rapide que l’acquisition de l’équilibre et de la beauté de l’édifice... La Théurgie, comme la Magie et l’Alchimie s’inscrivent à leur manière, comme des éléments indispensables aux possibilités inscrites dans le génome de l’être humain, comme lui donnant une version améliorée de ses possibilités, puisque créé à l’image de Dieu, il ne peut concevoir ou accepter, que sa vie trop courte, se limite à ce peu d’années, dont il ne dispose souvent que pour un labeur acharné, lui permettant de survivre et non d’exister 1 C’est pourquoi au nom de son imaginaire il se reconstruit et se recréée dans des systèmes lui permettant comme fils prodigue un retour à la rencontre de son créateur ; car la quête spirituelle lui est essentielle, et connaturelle en son état ordinaire. C’est aussi en notre époque d’obscurité de l’esprit, qu’il a encore plus besoin de la réaffirmation de vérités, qui même si elles sont de sa création, lui donnent l’espoir d’un espace, conduisant à une participation vivante de celui ou celle qui doit être appelé, autant que ce mot puisse traduire l’aventure intérieure de l’âme, et ce sans relâche, ni faiblesse ou découragement !

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Alchimie Indienne

Publié le 9 Janvier 2013 par M\ B\ dans Planches

Dans le cours de mes études sur l’histoire de la Chimie j’ai été conduit à rechercher les traces de l’introduction des idées alchimiques chez les divers peuples, à partir de l’Egypte et des Egypto-Grecs, qui semblent en avoir été les promoteurs dans le monde. J’ai établi nommément cette filiation pour l'occident, au moyen âge, en tant que dérivant d’une double source, savoir : la tradition industrielle directe des arts relatifs à l’orfèvrerie, au travail des métaux, du verre, des produits céramiques et des matières colorantes, d’une part ; et de l’autre, le retour indirect, par les Arabes d’Espagne, de traditions orientales. Ces dernières, d’ailleurs, provenaient également d’une origine égypto-grecque, les écrits grecs des alchimistes égyptiens ayant été traduits d’abord en langue syriaque et transmis aux Arabes d’Asie, en communication avec ceux d'Espagne. J’ai publié les textes grecs, syriaques, arabes et j’ai commenté les textes latins, qui établissent toute cette histoire.

Cependant l’alchimie, c'est-à-dire la Chimie sous sa forme originelle, demi-scientifique et demi-chimérique, s’est étendue dans le monde civilisé, et spécialement sur l’Asie tout entière. C’est ainsi qu’il existait des textes persans, de l’époque sassanide, et peut-être même plus anciens, qui ont exercé quelque influence sur le développement de la science arabe, parallèlement aux textes syro-grecs. J’ai raconté quelles traces subsistent de ces textes et quelles tentatives, jusqu’à présent infructueuses, j’ai faites pour les retrouver, en m'adressant spécialement aux Parsis de Bombay.
Ces tentatives m’ont mis, entre autres, en relation avec un savant professeur indien de Presidency Collège, à Calcutta, M. Rây, qui m’a envoyé un mémoire manuscrit sur les origines de l’alchimie indienne. C’est ce mémoire que je me propose d’examiner, en en résumant les principaux résultats, mais sans en partager toutes les opinions. Cette étude historique et critique pourra d’ailleurs être rapprochée de celle que j’ai faite sur l’alchimie chinoise (voir plus loin), à l’occasion de la publication de M. de Mély sur les Lapidaires chinois. Les origines de l’alchimie chinoise et de l’alchimie indienne ont probablement une certaine connexité, de même que les origines de l’astronomie scientifique en Chine et dans l’Inde. Toutes ces sciences, sous leur forme rationnelle, paraissent également originaires de l’Occident et avoir pénétré jusque dans 1’Extrême Orient, par des voies et avec des péripéties diverses, sous les influences successives des civilisations grecque, persane et arabe.

En ce qui touche l’Inde en particulier, le Kitab-al-fihrist renferme seulement une phrase vague sur l’invention de l’alchimie (1) et l’indication d’un prétendu alchimiste, Khathif, dit l’Indien ou le Franc (2 ). Les premiers textes un peu étendus que nous possédions à cet égard sont contenus dans un chapitre de l’Arabe Albirouni, astronome, mathématicien et polygraphe célèbre, qui vécut au commencement du XI° siècle. Son Ouvrage sur l’Inde, connu depuis longtemps, a été traduit en anglais et publié par le Dr Sachau, en 1888. Les doctrines alchimistes y sont désignées sous le nom de Rasayana (science du mercure, relative à la fabrication de l’or et à l’élixir de vie). Albirouni en parle avec peu d’estime et ajoute que les Indiens n’y ont pas attaché une attention particulière, quoique nulle nation ne soit complètement exempte de ce genre d’études et d’imaginations. Il y consacre quelques pages, mais sans nous fournir de renseignements positifs sur les doctrines propres aux Indiens.

C’est dans d’autres Traités qu’Albirouni a exposé les théories de son temps sur l’origine et la formation des métaux, théories qui sont précisément celles des Arabes, d’après lesquelles les métaux résulteraient de la combinaison du soufre et du mercure. J’ai exposé l’histoire de ces théories en détail, dans le premier volume de La Chimie au moyen âge (3) ; il n’est pas utile d’y revenir, sauf pour insister sur ceci, qu’Albirouni ne signale aucune doctrine propre aux Indiens, soit plus ancienne, soit différente de celles-là. Le Mémoire de M. Rây ne fournit non plus aucun renseignement à cet égard. Tout ce que l’on constate sous ce rapport, ce sont les prétentions alchimiques communes, relatives à la transmutation des métaux et à la fabrication de l’élixir de vie, destiné à restaurer les forces, à guérir toutes les maladies, à prolonger l’existence et à rétablir les capacités juvéniles ; j’y reviendrai tout à l’heure.

Les renseignements personnels relatifs aux alchimistes indiens ne nous conduisent qu’à des dates relativement modernes. En effet, le plus ancien nom qui soit prononce par Albirouni est celui de Nâgârjuna, qui aurait vécu un siècle auparavant, c’est-à-dire au Xe siècle ; date elle-même douteuse, comme toutes celles qui se rattachent à l’histoire alchimique, où les faussaires et les auteurs pseudépigraphes abondent. Quoi qu’il en soit, c’est l'Hermès Trismégiste des alchimistes indiens ; et, comme il est arrivé pour l’Hermès Egyptien, pour Geber et pour beaucoup d’auteurs alchimiques, on a mis sous son nom des ouvrages plus modernes. Le nom même de Nâgârjuna figure dans la littérature canonique bouddhiste comme celui de l’auteur du système de philosophie madhyamina, et on le fait remonter jusqu’à une époque plus reculée de plusieurs siècles, vers le IIIe siècle de notre ère, époque à laquelle il n’existait aucune trace d'alchimie dans l'Inde. La même chose d’ailleurs est arrivée à 1’Hermès égyptien (Toth), dont le nom et le rôle mythique ont précédé de bien des siècles ses attributions alchimiques.
Nâgârjuna est cité avec respect, suivant M. Rây, dans l’ouvrage intitulé Rasendra chintamannis, c’est-à-dire les Joyaux des préparations, mercurielles écrit par Ram-Chandra vers le XII° ou XIII° siècle. II est cité comme l'inventeur de procédés de sublimation, distillation, calcination, et on lui attribue un traité de magie, Yogaral namala. Cet alchimiste se rattache par là à la tradition des Tantras, dont il sera parlé plus loin et plus amplement. Ses Ouvrages ont été commentés par Gunakara, personnage quelque peu mythique ; car il se désigne lui-même comme un Bouddha et prétend avoir écrit en l’an 1240, date qui ne doit être acceptée que sous bénéfice d’inventaire, les alchimistes et magiciens étant sujets à antidater leurs livres, comme l’attestent, en Occident, le pseudo Raymond Lulle et le pseudo Geber.

L’histoire des personnages alchimiques indiens se confond ainsi de plus en plus avec celle des médecins et des magiciens, jusqu’à ce qu’on arrive aux Ouvrages mieux datés du XVIe siècle, tels que les Bhavaprakasas, vers 1550. On voit en tout cas que les personnages alchimiques de l’Inde sont de date relativement moderne, et fort postérieurs non seulement aux Egypto-Grecs et aux Syriens, mais même aux Arabes. Ce caractère de postériorité, que j’ai déjà signale pour les Chinois, du moins en ce qui touche les documents incontestables de leur littérature scientifique, est plus frappant encore pour les alchimistes indiens.
En effet, on peut l’établir d’une façon plus nette, par l’examen technique des faits signalés dans cet ordre d’écrits. Mais, avant de procéder a un examen intrinsèque des divers Traités médicaux et chimiques des Indiens, il est nécessaire de compléter la caractéristique des origines de l’alchimie indienne, en en rappelant les relations avec les Tantras.

Les Tantras représentent tout un ensemble de doctrines magiques et mystiques, qui ont joué un rôle important dans le Bouddhisme indien. Burnouf a consacré a ce sujet une trentaine de pages dans son Introduction à l’histoire du Bouddhisme indien (t. 1, p. 522-554). Ce sont, d’après lui, des Traités d’une physionomie spéciale, ou le culte de dieux d’un caractère bizarre ou terrible s’allie au système monothéiste et aux développements du Bouddhisme septentrional. C’est une sorte de dégénérescence mystique de la pure doctrine bouddhiste, souillée en quelque sorte par son mélange avec des pratiques superstitieuses, occultes et magiques, dérivées des anciennes religions de l’Inde.
Le système des Tantras s’est incorporé au Çivaïsme, dans les derniers jours du Bouddhisme indien, et il a subsisté au Bengale, après le déclin et l'expulsion de ce dernier culte. C’est ainsi que certains livres médicaux savants contiennent des chapitres séparés sur l’alchimie, chapitres qui débutent par une invocation au dieu Çiva et a son épouse Parvati, à qui l’on attribue l’origine des arts destinés à la cure des maladies.
En tout cas, le Rasayanaa reçu une forte impulsion du système tantrique, ce système étant devenu le point de départ, dans l’Inde, des sciences réelles ou prétendues, telles que les sciences astronomique, alchimique, magique et les nouvelles doctrines médicales fondées sur l’emploi du mercure, opposées à l'ancienne connaissance des simples et des herbes.

Une alliance semblable entre les sciences positives et les sciences occultes a caractérisé, vers la même époque, en Chine, le Taoïsme. Cette même alliance s’était déjà produite, bien des siècles auparavant, en Occident, entre le mysticisme gnostique, les antiques pratiques de la magie et de l’astrologie et les nouvelles doctrines de l’alchimie. Il y avait une sorte d'affinité spontanée entre ces divers groupes de connaissances, en partie réelles, en partie chimériques, ainsi que j’ai eu occasion de le développer dans mon histoire des Origines de l'alchimie. Il est, certes, curieux de retrouver une corrélation semblable dans la Chine et dans l’Inde ; mais la date postérieure des documents indiens et chinois tend à faire admettre que les doctrines alchimiques sont venues d’Occident, tout en acquérant une physionomie propre aux civilisations orientales, chez lesquelles elles se propageaient à l’état d’enseignements mystérieux.
Les applications médicales du Rasayanaoffrent, à cet égard, une importance toute particulière. En effet, c’est par ce côté surtout que les alchimistes ont acquis autorité dans le monde. Les médecins syriens et arabes étaient en même temps des alchimistes, comme le montre toute leur histoire authentique, celle Avicenne, pour me borner à un seul exemple. Il en a été de même pour Arnaud de Villeneuve et beaucoup d’autres médecins du moyen âge. L’alliance de la médecine et de l’alchimie a été cimentée dès lors par l’emploi des remèdes métalliques et autres fournis par la chimie.
Ainsi les médecins indiens, a partir du XII° ou XIII° siècle, partagèrent les médicaments en deux grandes classes : les drogues anciennes, tirées des herbes, et dites védiques, etles drogues plus récentes, tirées des métaux et spécialement du mercure, drogues appelées tantriques. « Celui qui connaît les propriétés du mercure est semblable à un dieu ; celui qui ne connaît que les recettes des herbes et racines est pareil à un homme », est-il dit dans le Raserdra chintamannis. Les rêves de la transmutation du mercure des philosophes et de l'élixir de longue vie sont étroitement associés. Ce sont la des traditions conjointes et que Paracelse a reproduites en Occident, d’une façon indépendante, au XVI° siècle.

La relation entre la chimie et la médecine n’a pas cessé de se poursuivre jusqu'à nos jours, et les progrès de la chimie organique lui ont donné une extension et un éclat extraordinaires. A cet égard, il paraît incontestable que les Indiens ont été en rapport avec la civilisation arabe, et spécialement avec les califes. Il s’est fait à cette époque un échange continuel entre les connaissances médicales des deux pays, les médecins indiens venant étudier à Bagdad, tandis que les étudiants arabes allaient dans l’Inde s’initier aux secrets de la médecine et de la pharmacologie indigènes. Mais nous n’avons B l’égard des connaissances ainsi échangées que des renseignements vagues. S’il est vrai que les plus vieux écrits médicaux savants de l’Inde ne contiennent pas l’indication d’emprunts faits aux Arabes, d’autre part ils ne renferment pas non plus d’indications alchimiques proprement dites. Cependant on doit signaler dans les Ouvrages indiens l’apparition du nom d’Hippocrate, qui joue un si grand rôle dans les écrits syriaques (4). Le Journal de la Société orientale allemande renferme à cet égard plusieurs Mémoires intéressants, signalés au début du présent article.

Quelles sont les connaissances positives en chimie, attestées par les écrits sanscrits qui sont parvenus jusqu'à nous ? C’est là une question d’autant plus importante qu’elle permet de préciser un certain nombre de données chronologiques, relatives à la science indienne et aux emprunts successifs qu’elle a faits aux sciences de l’Occident. Voici les renseignements fournis à cet égard par les indications du professeur Rây.
Il cite entre autres les Traités suivants, relatifs principalement aux préparations mercurielles ; rappelons que le mot rasa signifie mercure en sanscrit :
Rasendra sara sangraha, par GOPAL KRISHNA : « Collection des principales préparations mercurielles », Ouvrage probablement écrit au XIII° ou XIV° siècle ;
Rasendra chintamannis (XIVe siècle), « Joyaux des préparations mercurielles » ;
Sarngadhara sanhila ;
Chakra datta sangraha, Traité de pathologie et de thérapeutique, écrit, dit-on, vers l’an 1040 ;
Rasaratna samuchaya, « Trésor des préparations mercurielles », avec figures d'appareils de distillation, sublimation, calcination ;
Bhavaprakasas, écrits vers 1550.

Tous ces Ouvrages sont manuscrits. M. Rây s’en réfère à leurs analyses, publiées dans les catalogues de l’lndia ONCE, d’Oxford, du palais de Janjore, etc., et il en reproduit des extraits. - On remarquera les dates relativement modernes de ces Ouvrages, dont les plus anciens sont du XI° siècle, c'est-à-dire fort postérieurs non seulement aux écrits grecs et syriaques, mais aux vieux maîtres arabes. Dans ces extraits ne figure aucune doctrine alchimique proprement dite, mais uniquement des détails techniques, spécialement appropriés aux préparations pharmaceutiques et médicales ; la chimie intervient ici seulement à titre d’auxiliaire de la médecine.
Voici la traduction littérale de quelques fragments du plus ancien de ces traités, le Rasendra sara sangraha:
Mon nom est Gopal Krishna. J’ai composé ce Traité après avoir consulté plusieurs Traités écrits par diverses gens qui connaissaient les remèdes mercuriels.
Les médecins prescrivent d’autres remèdes pour les malades faciles à traiter ; mais les maladies réputées incurables comportent seulement le traitement des médicaments mercuriels ; de là la supériorité du mercure sur tous les autres.

On voit qu’il s’agit d’une époque où l’on attribuait au mercure des propriétés merveilleuses, jusqu'à constituer l’élixir de vie. L’auteur décrit ensuite la purification du mercure, soit par lavages, soit par sublimation. Ce sont des procédés pratiques, sans aucun mysticisme.
Pour purifier le mercure, on le lave avec une bouillie contenant du vinaigre dilué, parce que ce dernier dissout le plomb et les autres métaux qui altèrent fréquemment le mercure.
Le mercure doit être mélangé avec le suc de l’aloès indien et la poudre de curcuma, puis soumis à la sublimation.
Procédé général de sublimation :
« Prenez 3 parties de cuivre en poudre et une partie de mercure. Mélangez, imbibez de jus de citron, mettez la mixture dans un vase sphérique ; placez celui-ci dans un pot de terre et placez au-dessus un autre pot de terre, dont la concavité soit tournée en haut.
Lutez les joints avec de l’argile et remplissez le vase supérieur avec de l’eau. Maintenant chauffez le pot inférieur : on trouvera le mercure déposé à la surface du pot supérieur. Les médecins expérimentés donnent la préférence au mercure purifié par ce procédé. »
Une autre méthode procède en distillant per descensumet condensant le mercure dans l’eau du vase inférieur.
Dans une autre, le col incliné du vase, renfermant le mercure à purifier (mêlé de soufre, de jus de citron, etc.), est incliné et joint à l’orifice d’an autre vase contenant de l’eau.
Mercure extrait du cinabre. - On mélange le cinabre avec le jus de citron et l’on soumet à la sublimation.
Je crois superflu de reproduire les recettes pour préparer les sulfures noir et rouge de mercure et les chlorures de mercure sublimés. Toutes ces descriptions sont nettes et précises. L’appareil indiqué en premier lieu pour le mercure est sensiblement celui de Dioscoride, transmis sans doute par l’intermédiaire des Arabes. En effet les mélanges divers employés dans ces préparations sont tout à fait semblables à ceux mis en œuvre par les alchimistes arabes et par les latins. C’étaient des recettes compliquées, usitées dans les laboratoires au XIII° siècle et transmises de praticien à praticien en Europe et jusque dans l'extrême Asie.

La composition même des Rasendra sara sarzgraha ressemble singulièrement, par son tour général, à celle des Traités arabes, ou des Traités latins traduits de l’arabe au XIII° siècle, dont j’ai publié les traductions françaises et les analyses dans les Volumes I et II de mon Histoire de La Chimie au moyen âge. En effet, on y voit figurer des paragraphes :
1° Sur les préparations mercurielles ;
2° Sur les sels de diverses origines : sel extrait de l’eau de mer, sel gemme, etc. ;
3° Un autre sur les Urines de divers animaux : éléphant, chameau, âne, cheval, chèvres, mouton. Je rappellerai que les urines jouaient dans les préparations du XIII° siècle le rôle de notre alcali volatil, en raison de la formation de ce dernier dans leur décomposition ;
4° Un autre paragraphe est relatif aux dravakas,fondants ou dissolvants, réunis dans un même groupe, qui comprenait à la fois les baies rouges et noires de l’Abrus precatorius, le miel, la mélasse, le beurre clarifié et les « borax ».
Cette dernière expression n’avait pas le sens du borax des chimistes modernes ; mais elle s'appliquait ; en réalité à toute liqueur alcaline, dérivée soit du natron, soit des lessives de cendres végétales ;
5° Le Sarngadharafournit des détails plus circonstanciés sur ces dernières lessives, lesquelles représentaient les alcalis fixes dans la chimie d’alors ;
6° De même les acides étaient représentés par le vinaigre et divers sucs végétaux : jus de citron, jus des oxalis et des rumex, etc. Insistons sur ce fait fondamental, au point de vue historique, a savoir qu’aucun acide minéral proprement dit ne figure dans ces Ouvrages, même au XVI° siècle;
7° Ensuite viennent diverses matières minérales : soufre, talc, bitume, réalgar, orpiment, pyrites de fer et de cuivre et les sulfates (vitriols) impurs qui résultent de leur décomposition spontanée, sulfure d’antimoine, ocre rouge, etc.

En somme, il n’y avait pas là grand progrès sur la matière médicale de Dioscoride, fidèlement reproduite par les Arabes. Cependant ces derniers y ont ajouté, en même temps ou après les alchimistes grecs, divers composés mercuriels et spécialement les chlorures sublimes (calomel et sublimé corrosif) : or les chimistes indiens en reproduisent fidèlement les recettes.
Le Chapitre II des Rasendra sara sangraha est caractéristique à cet égard ; il est consacré à la description des procédés propres à amener les divers métaux à des formes solubles, convenables pour leur administration comme remèdes à l’intérieur du corps humain. Les sept métaux y sont aussi étudiés successivement : or, argent, cuivre, plomb, étain, fer et airain [envisagé comme un métal propre, sans doute par un souvenir de l’ancien Electrum (5)], ainsi que les préparations qui dérivent de ces divers métaux, tant par grillage, oxydation, sulfuration, que par voie humide. Ceci rappelle la composition des Traités arabico-latins, et notamment le Livre VI de l'Alchimie d’Avicenne, les Livres III et IV de Bubacar [pseudo Rasés (6)], etc.

Les Chapitres suivants de l’ouvrage indien sont consacrés au traitement des maladies par l’association des préparations métalliques avec les drogues végétales.
En résumé, les renseignements positifs contenus dans les textes précédents, sur l’état des connaissances chimiques des Indiens, ne nous reportent pas plus haut que le XI° ou XI° siècle et leur tradition elle-même ne remonte pas au delà du X° siècle. Ces connaissances ne vont pas plus loin que celles des Arabes et des Latins, à la même époque, et elles rentrent à peu près dans le même cadre de faits et d’applications médicales ; ajoutons que les préparations et les appareils sont les mêmes, sans addition essentielle. Pour compléter cette étude, il serait utile de connaître les procédés techniques des orfèvres et des céramistes, sur lesquels les écrits précédents ne semblent point fournir de renseignements.
En effet l’Inde était déjà le siège d’une civilisation avancée au temps de son contact avec les Grecs. Il y existait assurément une longue tradition des pratiques relatives a la fabrication des armes et des ustensiles métalliques, aussi bien qu’à celle des bijoux, à l’emploi des métaux brillants et des pierres précieuses, ainsi qu’aux différents arts céramiques. Mais aucune trace écrite de ces industries ne figure dans les Ouvrages parvenus à ma connaissance ; les traces d’une science théorique font également défaut.

Revenons aux Traites d’alchimie du moyen âge que j’examine en ce moment.
En ce qui touche les appareils, les dessins que m’a transmis M. Rây reproduisent l’aludel des Arabes, tel que je l’ai représenté dans mon Introduction à l’élude de la Chimie des anciens (p.172), et diverses figures d’appareils distillateurs, directs ou per descensum, bains de sable, etc., toutes figures dont les analogues se trouvent dans la Bibliotheca Chemica de Manget. — Ils ressemblent surtout beaucoup aux figures des manuscrits syriaques, reproduits dans le deuxième volume (Alchimie syriaque) de mon histoire de la Chimie au moyen âge ; tels sont un alambic de la page 108 de ce dernier volume, un vase à digestion et sublimation (p. 109), un appareil à digestion avec étuis ou gaines (p. 118), etc. Ces appareils syriaques sont d’ailleurs les plus anciens parmi ceux des Arabes.

C’est seulement dans les Ouvrages indiens des XVII° et XVIII° siècles que l’on rencontre, d’après M. Rây, des préparations plus modernes, telles que celles des acides chlorhydrique, sulfurique, nitrique, du salpêtre, de l’eau régale.
Pour préciser, rappelons que les médecins de « Tamil » préparaient l’acide sulfurique (gundakka attar, esprit de soufre) en brûlant le soufre avec du nitre dans des vases de terre. Ils obtenaient l’acide chlorhydrique en faisant réagir l’alun sur le sel marin ; l’acide nitrique, au moyen du salpêtre et de l’alun ; l’eau régale, en distillant dans une cornue de verre un mélange de salpêtre, de sel ammoniac, d’alun et de vitriol vert. Notre salpêtre lui-même n’a été décrit dans l’Inde qu’a une époque relativement moderne ; il n’a pas de nom en sanscrit.
Cependant c’était un dépôt salin naturel du sol du Bengale, article qui est devenu l’objet d’une exportation considérable. Il est probable que sa fabrication proprement dite n’a été introduite dans l’Inde qu’après l’adoption de la poudre à canon dans la guerre, vers le XV° ou le XVI° siècle.
Observons ici que les procédés qui viennent d’être signalés, tels que ceux de la fabrication des acides, sont précisément les procédés employés par les chimistes européens au XVI° et au XVII° siècle, procédés qui ont été transformés au XVIII° et plus profondément encore à notre époque. De tels procédés n’ont pu parvenir dans l’Inde qu’au temps de l’empire Mogol et des conquêtes des navigateurs européens, portugais, hollandais et anglais.

En résumé, la science chimique des Indiens parait tirer son origine d’une double importation : l’une faite du XI° au XIII° siècle, qui offre les caractères de la science arabe de l’époque, et elle a été introduite sans doute par des échanges d’idées ayant eu lieu au temps des califes de Bagdad. L'autre s’est, accomplie du XVI° siècle jusqu’à notre époque et offre les caractères de la science européenne moderne. Les faits signalés dans le présent article concourent à établir que cette double importation trouve en définitive ses origines, indirectes ou directes, dans la science occidentale.
Tels sont les résultats qui me paraissent susceptibles d’être tirés des faits consignés dans la très intéressante communication du professeur Rây. Je dois dire que cette opinion n’est pas conforme à la sienne ; car il croit à l’originalité de l’alchimie indienne, mais plutôt car un sentiment de gloire nationale que d’après des preuves positives. Quoi qu’il en soit, son étude nous fournit l'occasion d’établir de nouveaux points de repère et un jalon des plus importants dans les recherches relatives à l’histoire des origines des Sciences et de leur propagation à travers l’humanité.

VI. - Alchimie indienne, d’après les textes.

A HISTORY OF HINDU CHEMISTRY from the earliest times to the middle of the sixteenth Century A. D., with sanscrit texts, variants, translations and illustrations, by Praphulla Chandra Rây, D. SC., professor of chemistry, Presidency College, Calcutta. - Vol. 1, Calcutta, 1902 ; LXXIX-176 pages, 10 figures et deux index, Textes sanscrits, 1-41.

Il y a quelques années, M. le professeur Rây m’a communiqué un Mémoire manuscrit en 43 pages, sur l’histoire de la Chimie et de l’Alchimie indienne, Mémoire dont j’ai publié une analyse critique reproduite dans l’article qui précède. Depuis lors, sur mes encouragements, le savant hindou a poursuivi ses recherches et approfondi ses premiers essais. Aidé par le concours de M. Alexandre Pedler, directeur de 1’Instruction publique au Bengale, il a pu prendre connaissance de manuscrits plus anciens, tirés des bibliothèques de Bénarès, de Madras, de Cachemire, ainsi que des publications imprimées d’après divers autres manuscrits. L’un de ces derniers manuscrits notamment, le manuscrit Bower, est réputé écrit au V° siècle de notre ère. Les autres sont de dates inégales, parfois récentes ; mais ils renferment des Traités auxquels on attribue une antiquité plus ou moins reculée.

Je rappellerai d’abord ce fait bien connu que les Ouvrages transcrits dans un manuscrit et particulièrement les Ouvrages techniques ou théoriques sont susceptibles de renfermer, à côté des textes auxquels le copiste attribue une date reculée, des additions faites à différentes époques, les plus récentes pouvant être contemporaines de la dernière copie ; la date de cette dernière est donc la seule tout à fait certaine. Ces additions ont été faites souvent sans aucune intention de fraude, simplement pour compléter l’étude des questions traitées ; mais il est arrivé parfois qu’elles ont eu pour objet d’antidater certains faits, certains noms, ou certaines doctrines. Si je fais cette observation à l’occasion des manuscrits hindous, c’est que j’ai eu occasion de relever et de discuter de nombreux exemples de cet ordre dans mon histoire de la Chimie au moyen âge ; particulièrement en ce qui touche les Ouvrages attribués à Hermès et, plus tard, à Geber.
La même chose est arrivée dans l’Inde pour le personnage demi-mythique et demi-historique qui porte le nom de Nagarjunà. Parmi ses successeurs, il existe pareillement, à côté d’un Vagbhata historique, des œuvres dont un pseudo Vagbhata plus moderne s’est déclaré l’auteur. La critique de ce genre d’ouvrages et spécialement celle des écrits alchimiques exigent beaucoup de prudence et de sagacité.
Quoi qu’il en soit, nous devons remercier M. Rây du soin avec lequel il a rassemblé les matériaux d’une étude difficile et obscure, et des précieux détails et commentaires qui figurent dans sa publication.
Une Première réflexion se présente à l’esprit, après la lecture de son histoire de la chimie indienne ; c’est que cette histoire est plutôt d’ordre médical que chimique. En un mot, la Chimie est partout ici subordonnée à la Médecine : il s’agit de doctrines et de recettes médicales plutôt que de doctrines chimiques, ou alchimiques. Les descriptions méthodiques relatives à l’étude et à la préparation des métaux et autres substances n’apparaissent guère dans ces écrits qu’à partir du XIV° et du XV° siècle.

Dans les extraits des vieux Traités que M. Rây nous présente on ne rencontre presque rien qui ressemble aux Traités systématiques de Zosime et des alchimistes gréco-égyptiens, tels que nous les connaissons par la Collection des textes des anciens chimistes grecs, ou par celle des textes traduits par les Syriens (7).
Les extraits que publie M. Rây ne renferment aucun texte alchimique proprement dit, à l’exception de quelques phrases vagues et.de quelques invocations mystiques.
Cette absence de documents alchimiques précis dans les textes indiens les plus anciens peut s’expliquer de deux manières : ou bien M. Rây n’a pas eu connaissance des Traités alchimiques de cet ordre, à supposer qu’ils aient été conservés ; ou bien, et plutôt, ces Traités n’ont jamais existé : je veux dire existé avec les longs développements de doctrines et de procédés que nous lisons dans les textes alchimiques occidentaux, écrits dans les cinq ou six premiers siècles de notre ère. On s’explique d’ailleurs cette absence de textes anciens, si l’on admet que les doctrines et imaginations alchimiques ne se seraient pas développées spontanément dans l’Inde, mais qu’elles y auraient été importées plus tard, par l’infiltration des idées et des Ouvrages syro-arabes ; importation qui n’apparaît guère que du VIII° au X° siècle de notre ère. Or, c’est précisément vers cette époque que l’influence des idées relatives au mercure se manifeste réellement en médecine chez les Hindous et chez les Chinois.
En tout cas, il y a là un problème à éclaircir : la découverte des moindres textes originaux serait précieuse à cet égard ; mais il serait nécessaire de publier ces textes complets, autrement que par des extraits, et sans addition, mutilation ou mélange d’interprétation de l’éditeur, ou des copistes. C’est à cette condition seulement que les indices de leur véritable origine pourraient être mis hors de doute.

Il nous manque également un autre ordre de données historiques, qui seraient indispensables pour discuter exactement la vraie filiation des idées et des pratiques chimiques et alchimiques dans l’Inde ; ce sont les cahiers de recettes techniques des orfèvres, des peintres, des teinturiers, des céramistes et métallurgistes indiens, aux différentes époques. On sait combien le travail des métaux et celui des industries décoratives ont été poussés loin dans l’Inde et quel sentiment d’un art décoratif délicat se manifeste dans les objets anciens ou modernes qui proviennent de cette contrée. M. Rây a pris soin de consacrer un certain nombre de pages de son livre à la description des pratiques actuelles des artisans indiens.
Certes ces descriptions sont très intéressantes ; mais elles se rapportent uniquement aux temps modernes et contemporains. Il serait précieux pour l’histoire de la chimie et de l’alchimie indiennes de posséder des textes analogues soit au papyrus de Leyde, qui m’a fourni la clef des Traités démocritains, soit aux Compositiones et àla Mappoe Clavicula, qui m’ont permis de constater le maintien des traditions de l’alchimie antique en Occident après la chute de l’empire romain et jusqu’au XIII° siècle, c'est-à-dire jusqu’au moment où renaît la science occidentale, avec les doubles ressources empruntées, d’une part, aux recettes de technique industrielle conservées en Europe et, d’autre part, aux Ouvrages grecs, byzantins et aux Traités arabes de diverse nature, apportés d’Espagne et d’Orient et traduits en latin aux temps des croisades.
Ces Traités de la vieille technique indienne ont-ils disparu, par l'effet du mépris des castes sacerdotales pour les professions des artisans ? Ou bien n’ont-ils jamais existé dans l’Inde, tout se bornant a des pratiques additionnelles, où manquait l’appui de ces idées théoriques dont l’art et l’industrie n’ont pas cessé de s’inspirer en Occident ? On voit que l’on retrouve toujours le même doute sur l’antiquité de la science chimique proprement dite dans l’Inde : je ne parle pas des pratiques chimiques, qui sont aussi vieilles que la civilisation.

Peut-être la découverte de quelque document inédit, demeuré jusqu’ici caché dans les bibliothèques de l’Inde, permettra-t-elle un jour de jeter de la lumière sur ces problèmes ; à la condition bien entendu que ce document soit tiré de manuscrits bien datés et antérieurs aux influences grecques, arabes, occidentales, qui ont laissé leur empreinte dans les Ouvrages composés ou copiés au cours des temps modernes.
Je ne veux pas m’étendre davantage sur ces desiderata ; mais il m’a paru nécessaire de signaler l’absence presque complète de documents authentiques relatifs aux doctrines originales des chimistes indiens proprement dits, avant leur contact avec la civilisation arabe. II serait tout a fait injuste à cet égard d’invoquer l’absence de cet ordre de textes, dont aucun indice ne permet de soupçonner l’existence, pour critiquer l’ouvrage de M. Rây, qui a consacré un long et consciencieux travail à résumer avec soin et intelligence les matériaux parvenus entre ses mains. On doit, au contraire, lui savoir le plus grand gré de ceux qu’il nous fait connaître. Si je fais les observations qui précèdent, c’est qu’il est indispensable de bien mettre au point les questions relatives aux origines si controversées des sciences de l’Extrême-Orient, particulièrement en ce qui touche les sciences positives telles que la Chimie.

Je vais maintenant essayer de résumer les points qui m’ont le plus frappé en lisant l’histoire de la chimie indienne.
Dans l’introduction de l’histoire de la chimie indienne et dans l’ouvrage lui-même, M. Rây envisage successivement les périodes Suivantes :
I. Notions chimiques dans les Védas ;
II. Période ayurvédique (temps prébouddhiques jusque vers l’an 800 de notre ère) ;
III. Période dite de transition (de l’an 800 à 1100 après J.-C.) ;
IV. Période tantrique (de l’an 1100 à 1300) ;
V. Période iatrochimique (de l’an 1300 à 1550).
Peut-être la démarcation entre ces périodes n’est-elle pas toujours nettement tranchée, surtout entre les trois dernières. Je me bornerai à suivre cette division d’une manière générale.

L’époque des Védas est connue surtout par des documents en grande partie mythiques. Durant cette époque, chez les Indiens comme chez les Egyptiens, toute action humaine et spécialement la médecine et les arts industriels sont poursuivis en faisant concourir les agents naturels et l’influence des êtres surnaturels, sollicités par les incantations et pratiques de la magie et de la sorcellerie.
Dans le Rig Veda, les Açwins, divinités analogues aux Dioscures grecs, sont invoqués comme des médecins divins. Le soma, jus fermenté, est l’objet d’une adoration spéciale et regardé comme l’amrita (ambroisie des Grecs), liquide divin qui rend centenaire. Dans l’atharvaveda, les agents employés pour traiter les maladies sont les plantes et leurs produits ; mais leur emploi est associé invariablement avec celui des charmes et des invocations, Nous y lisons des incantations destinées à amener la ruine, la mort, la démence, la stupeur des adversaires. On s’assure l’amour des femmes par des philtres végétaux, joints à certains maléfices. Plus tard, dans le Mahâbâhrata, l’or est associé au Soleil et regardé comme un élixir de vie, tandis que le plomb est un agent de sorcellerie ; mais ce poème est mélangé d’éléments postérieurs.
Les analogues de ces croyances et pratiques se retrouvent chez les Grecs, sans qu’il y ait lieu de croire à quelque emprunt proprement dit de part ou d’autre, c'est-à-dire d’invoquer autre chose qu’une certaine communauté de traditions originelles.

La période ayurvédique présente un caractère plus positif. Elle répond à la période historique proprement dite des Grecs et des Romains. A ce moment, la chimie n’est encore séparée ni de la médecine ni des arts industriels. Mais le médecin est devenu distinct du prêtre.

Avant d’entrer dans plus de détails sur les relations qui se manifestent alors entre les pratiques de la médecine et celle de la chimie, toujours étroitement liées entre elles, il est nécessaire d’exposer brièvement les idées philosophiques des Indiens de cette époque sur la constitution de la matière. En effet, c’est aussi la période des grands systèmes philosophiques, agités avec méthode et profondeur. Je n’ai pas la compétence philologique nécessaire pour parler ici des discussions régnantes relativement a la date de ces systèmes et surtout à l'influence qu’ils ont pu subir de la part de la philosophie grecque, ou exercer sur celle-ci, particulièrement à l’époque alexandrine.

Bornons-nous à rappeler, avec Colebrooke, les systèmes Samkhya et Vaideshika et particulièrement les concepts relatifs à la constitution de la matière. D’après Kapila, auteur du système Samkhya, il existe cinq ordres de particules subtiles ou radicaux nommés Tanmatra, non perceptibles par les sens grossiers de l’homme, quoique perceptibles par des êtres d’ordre supérieur. Ils engendrent cinq éléments plus grossiers : la terre, l’eau, le feu, l’air et l'espace (ou fluide éthéré). L’élément éthéré est le véhicule du son, perceptible par le sens de l’ouïe et dérivé du radical sonore éthéré. L’élément aérien est perceptible par les sens de l’audition et du tact ; il dérive du radical tangible de l’air. L’élément igné est perceptible par les sens de l’ouïe, du tact et de la vue ; il dérive du radical coloré du feu. L’élément aqueux est perceptible par les sens de l’ouïe, du tact, de la vue et du goût ; il dérive du radical sapide de l’eau. L’élément terreux est perceptible par les sens de l’ouïe, du tact, de la vue, du goût et de l’odorat ; il dérive du radical odorant de la terre. Ainsi, à chaque sens répond un élément distinct sensible, dérivé d’un radical non perceptible.
Cette doctrine des éléments est analogue à celle d’Empédocle, mais avec des détails plus subtils et l’addition de l’élément éther. Elle a été développée et combinée avec des notions logiques, rappelant Aristote, et avec une théorie atomique analogue à celle de Démocrite exposée par Kanada, fondateur du système Vaideshika. D’après ce système, les objets perçus par les sens sont caractérises par six catégories.

Mais ce serait sortir de mon sujet que d’entrer dans l’exposition de ces subtilités. Après avoir spécifié ces catégories et défini la substance, en tant que résultant de l’association des qualités et de l’action, le philosophe décrit les propriété de la terre et de l’eau, toutes deux éternelles en tant qu’atomes, mais transitoires en tant qu’agrégats ; celles de la lumière, qu’il assimile a la chaleur : lumière terrestre, telle que celle du feu ordinaire, et lumière céleste, telle que celle des éclairs et des météores, etc. L’or est constitué par la lumière solidifiée par le mélange de quelques parties terreuses, etc. Kanada expose alors sa conception des atomes simples ou primaires, qui sont éternels, puis celle des atomes binaires, ternaires, quaternaires, etc.
Je ne poursuivrai pas plus loin les développements de son système. Observons cependant que cet ordre de conceptions et d’imaginations demi physiques, demi métaphysiques rappelle celles des philosophes grecs, depuis Démocrite et Leucippe, inventeurs des atomes, jusqu’à Platon, dans son Timée, et Aristote, dans ses Météorologiques. Il est facile de signaler entre les philosophes indiens et les philosophes grecs certaines analogies frappantes.

Une influence réciproque s’est exercée réellement entre les deux régions et civilisations, après la conquête macédonienne et la fondation des royaumes grecs de la Bactriane. Elle est manifeste à l’époque alexandrine, c'est-à-dire dans les siècles voisins de l’ère chrétienne : le nom de Bouddha était connu de Clément d’Alexandrie. Les légendes antidatées relatives à Pythagore et la biographie fabuleuse d’Apollonius de Tyane ont conservé la trace de ces contacts. En tout cas, s’il y a eu quelque emprunt du coté des Indiens, il est incontestable que les idées grecques ont été remaniées par eux d’une façon originale et ont subi une élaboration nouvelle, dont la subtilité plus grande et les distinctions plus multipliées semblent accuser le caractère postérieur.

Rentrons maintenant dans les œuvres plus spécialement chimiques du génie indien. Celles-ci, comme je l’ai dit, se rattachent à la médecine et à la matière médicale. A ce point de vue, la fin de la période que nous étudions en ce moment est représentée par deux grands Ouvrages, le Charaka et le Susruta, dont l’origine serait fort ancienne, mais dont la rédaction définitive, telle que nous la possédons, semble contenir, à côté de fragments de date reculée et incertaine, des écrits très postérieurs à l’ère chrétienne, écrits basés d’ailleurs sur le système Vaideshika. La science de la vie (Ayurveda) est regardée comme une science secondaire ; c’est d’ailleurs une révélation directe des dieux, une branche de l’Atharveda.

Parlons d’abord des auteurs de ces compilations.
M. Sylvain Lévy a retrouvé dans le Tripitaka chinois le nom de Charaka, comme guide spirituel du roi indoscythe Kanisha, au II° siècle de notre ère (8), et il le rattache a une tradition grecque. Mais le mot Charaka, d’après M. Rây, serait une appellation collective, qui remonterait beaucoup plus haut.
En tout cas, l’ouvrage qui porte ce nom aurait passé par plusieurs rédactions ou remaniements, entre autres celle de Vagbhata, postérieure de plusieurs siècles à l’ère chrétienne. Ce livre (perdu aujourd’hui), aurait été traduit en arabe, par ordre des califes, vers le VIII° ou IX° siècle de notre ère, en même temps qu’un autre livre appelé Nidana.

Plus tard vint une rédaction nouvelle, attribuée à Nagarjunà, célèbre chimiste bouddhiste, personnage à demi légendaire, sorte d’Hermès Trismégiste, que les Indiens regardent comme l’inventeur de la distillation et de la calcination. En fait, ceci nous indiquerait donc le VIII~ ou le IX~ siècle, comme l’époque où les Indiens ont connu ces dernières méthodes, découvertes par les alchimistes gréco-égyptiens des premiers siècles de notre ère, c’est-à-dire plusieurs siècles avant le califat. C’est, en effet, vers la fin du VI° siècle qu’elles ont été enseignées aux Arabes (9), par l’intermédiaire desquels elles paraissent avoir été communiquées aux peuples de l’Extrême-Orient.
Le Susruta serait moins ancien que le Charaka ; la recension en aurait été également faite par, Nagarjunà. C’est ici le lieu d’observer que le Charaka et le Susruta ne sont pas des Ouvrages de Chimie, le Charaka étant un livre de Médecine proprement dite et le Susruta un livre de Chirurgie. Le nom de Susruta, comme celui de Charaka, est attribué, dans les Ouvrages indiens, à plusieurs personnages de date différente et qui semblent étrangers à la Médecine. Ce nom figure notamment dans le manuscrit Bower [V° siècle de notre ère (?)].
Le plus ancien commentaire du Susruta est le Bhanumati, par Chakrapani Datta, qui vécut vers l’an 1060 : le texte du Susruta était alors l’objet d’une sollicitude attentive à en maintenir la pureté.

Tel est le résumé des renseignements fournis par M. Rây. Il réfute vivement une opinion développée récemment par le savant orientaliste Haas, d’après laquelle le nom de Susruta serait la corruption arabe de celui d’Hippocrate, changé d’abord en Socrate, le tout d’ailleurs conformément à ce qui est arrivé fréquemment dans ces transcriptions successives des noms grecs.
Comme exemple analogue, je demande la permission de rappeler l’étrange confusion qui existe dans les Traités d’Alchimie syriaque entre Hippocrate et Démocrite (10), ainsi que les transcriptions de noms grecs dans la Turba philosophorum (11). Les confusions de ce genre sont bien connues de tous les orientalistes.

On a rapproché aussi le système humoral des auteurs indiens, fondé sur les trois humeurs : air, bile et phlegme, de celui des Grecs : sang, bile, eau, phlegme. Je ne prétends pas m’ériger en arbitre de cet ordre de questions : toutefois de semblables analogies ont pu se présenter a l’esprit des médecins de différents peuples. Elles semblent trop vagues pour autoriser des conclusions assurées. Si elles étaient mieux établies, peut-être pourrait-on les rapporter à quelque tradition commune plus ancienne, originaire, par exemple, de la Chaldée, comme le prétendait Terrien de la Couperie.

Voici encore quelques renseignements fournis par M. Rây. Dans le Charaka et le Susruta, on distingue les drogues d’origine terrestre ou minérale, d’origine végétale et d’origine animale.
Parmi les drogues minérales, on cite d’abord : l’or, qui est mis a part ; les cinq métaux : argent, cuivre, plomb, étain, fer, et cc qu’on appelle leurs impuretés (12) ou bitumes (?), c'est-à-dire leurs oxydes et autres composés. Viennent ensuite : l’arsenic rouge, réalgar et orpiment ; l’antimoine sulfuré ; les sels, au nombre de cinq ; le sable, les gemmes, les pyrites et leurs dérivés (vitriols) correspondant au misy et au sory des Grecs (13) ; toutes drogues simples employées en médecine. Leur description et les traitements qu’on leur fait subir, lavages, grillages, infusions et mélanges, rappellent le Traite de Dioscoride : non qu’il y ait emprunt et traduction directs, mais plutôt transmission par intermédiaires, avec certaines modifications dans les procédés. Le soufre figure aussi associé a des drogues végétales, celles-ci empruntées surtout à des plantes de l’Inde. Viennent enfin les drogues d’origine animale : le sang, la bile, le sperme, l’urine (huit variétés selon les animaux), la corne, les cheveux, les os, etc.
Cette distinction des drogues en trois catégories, animale, végétale, minérale, rappelle encore la nomenclature symbolique des alchimistes arabes (14) et spécialement celle d’Avicenne (réel ou prétendu). On pourrait y voir un signe d’origine, les anciens alchimistes grecs n’employant pas cette nomenclature.

Les poisons sont aussi partagés en minéraux, végétaux, animaux.
L’emploi des lessives de cendres et spécialement celui de la pierre à chaux calcinée, pour les changer en solutions alcalines caustiques, décrits dans le Traité que je résume, me semblent indiquer une addition plus moderne, dérivée par voit directe ou indirecte des pratiques de chimistes européens.
Au contraire, on doit signaler comme essentiellement indienne une discussion étendue sur la distinction des goûts, leur nombre, leur relation avec les cinq éléments primordiaux ; de même les classes d’aliments, dérivés des cinq éléments, possédant les six goûts et les deux propriétés du chaud et du froid.

Observons enfin que dans le Charaka et le Susruta on ne trouve qu’une seule référence relative au mercure : ce qui est un indice d’antériorité par rapport a la période subséquente de médecine mercurielle.
A cet égard et pour nous rapprocher davantage de l’histoire de la Chimie et de ses doctrines propres, dont il n’est guère question dans ce qui précède, on peut ajouter que la pharmacopée indienne primitive, telle qu’elle figure dans les Ouvrages précédents, ne contient pas de sels métalliques, ni surtout ces préparations mercurielles caractéristiques de la période tantrique.
Au contraire, cet ordre de préparations a établi son autorité au XI° siècle, dans les Ouvrages de Vrinda et Chakrapani Datta, commentateurs de Charaka et de Susruta. Ils recommandent en même temps de faire intervenir les prières cabalistiques du culte tantrique, comme auxiliaires de certaines de leurs préparations.

A cette même époque, l'Alchimie proprement dite apparaît nettement dans l’Inde, d’après Albirouni, surtout comme auxiliaire de la Médecine. Albirouni ajoute que les Indiens désignent leur science alchimique sous le nom de Rasayana, et qu’elle enseigne les procédés propres a restaurer la jeunesse et à allonger la vie, c’est-à-dire la fabrication de l’élixir de longue vie. Cette fabrication est, comme toujours, congénère de celle de l’or et de la pierre philosophale.
Le mot rasa lui-même désignait, à l’origine, le chyle générateur du sang ; mais il fut depuis réservé au mercure et à ses composés divers. Les théories exposées par Albirouni sur la constitution des métaux, en tant que formés de soufre et de mercure, sont celles des Arabes. L'Alchimie a été en honneur dans l’Inde, principalement durant la période tantrique, du XII° au XIV° siècle.

A ce moment, les idées mystiques et magiques jouaient un grand rôle dans le bouddhisme indien, dont la pureté originelle avait été altérée par le culte de Siva et de certaines divinités étranges, reste des anciennes religions de l’Inde. Les sciences positives et les sciences occultes y sont jointes en un amalgame singulier, que l’on retrouve dans le taoïsme chinois, aussi bien que dans les antiques traditions du gnosticisme occidental, ce dernier fort antérieur comme date. Ces pratiques remontent peut-être aux origines mêmes de l’espèce humaine ; la Chaldée et l'Egypte les ont connues. Aussi ont-elles été associées aux premières doctrines scientifiques. En tout cas le culte de, Siva, déjà établi dans l’Inde au XII° siècle de.notre ère, avec le phallus comme emblème, renferme un mélange de procédés alchimiques et de rites obscènes.

Vers le XI° siècle, les connaissances chimiques sont exposées entre autres dans le Rasaratnakara, toujours attribué à Nagarjnnà, dont le nom prend ainsi une sorte de caractère générique, et dans le Rasarnava (mer de mercure), l’un des Tantras du culte de Siva. La notion mystique du mercure des philosophes, élément supposé des métaux, apparaît alors, associée et confondue avec la connaissance du mercure proprement dit. Mais les Tantras joignent à ces notions générales, congénères de celles des alchimistes grecs et arabes, des idées mystiques, d’un caractère original. « C’est par le mercure, dit le dernier Ouvrage, que l’on rend le corps impérissable, de façon à le soustraire a la nécessité de la mort. » En effet, le corps, en tant que composé des six enveloppes de l’âme, est dissoluble ; tandis que le corps créé par Hara et Gauri (désignés sous les noms du mercure et du mica) est permanent. L’ascète qui aspire à la « libération » dans cette vie doit d’abord se faire un corps glorieux, engendré comme le mercure par la conjonction créatrice de Hara et de Gauri. « Leur combinaison, ô déesse (15), détruit la mort et la pauvreté. » L’auteur cite ici les noms des sages qui ont atteint la « libération » dans cette vie actuelle, en acquérant un corps divin (ou mercuriel) par l’efficacité du mercure. Le mercure fixé guérit les maladies ; le mercure éteint (amorti, mortifié) ressuscite les morts ; c’est un médicament suprême, qui rend le corps incorruptible et impérissable. L’adoration du mercure sacré est plus béatifique que l'œuvre de tous les emblèmes phalliques. Dans la Revue des systèmes philosophiques, par Madhavacharya, abbé chef du monastère de Sringeri en 1331, le sixième système est désigné sous le nom de système mercuriel. Le mercure est appelé. semence de Siva, dénomination qui rappelle la semence d’Hermès et la nomenclature symbolique des scribes sacrés de l'Egypte (16), reproduite en partie par Dioscoride et par Avicenne (17). Dans Marco Polo on retrouve cette opinion que les sages indiens vivent de 150 à 200 ans, en usant d’un breuvage étrange renfermant du soufre et du mercure. Ainsi, d’un symbolisme mystique, les Indiens avaient passé à une interprétation médicale positive et à la préparation des médicaments métalliques.

L’application matérielle de ces doctrines et de ce symbolisme mystique ne devait être faite que par les initiés ; autrement leurs conséquences littérales étaient susceptibles de se traduire par des empoisonnements. C’est ce qui paraît en effet avoir eu lieu en Chine, où plusieurs empereurs, vers le X° siècle, ont été, dit-on, victimes de l’emploi des remèdes destinés à leur procurer l’immortalité.
En tout cas, nous sommes ici dans l’Inde en période alchimique : le pseudo Vagbhata nous donne les noms de 37 alchimistes renommés.
On voit par ces détails exacts que le développement de cette science, demi réelle, demi-chimérique, a été tardif dans l’Inde. La floraison n’en a réellement eu lieu que dans la période tantrique. S’il paraît certain, d'après les textes des annalistes arabes, que les califes Haroun et Mansour ont fait traduire à Bagdad quelques Ouvrages de médecine indienne, en même temps que des Ouvrages grecs et syriaques, nous ignorons ce que renfermaient ces Ouvrages et rien ne permet de supposer qu’ils continssent des notions chimiques proprement dites.
Les théories signalées dans Albirouni et dans les auteurs indiens de date certaine ont le caractère de doctrines dérivées de celles des chimistes arabes, lesquelles elles-mêmes se rattachent, par l’intermédiaire des Syriens, à celles des alchimistes gréco-égyptiens. Les Indiens ont donné à ces doctrines leur empreinte et une certaine figure originale en les incorporant dans leurs systèmes religieux.

Citons, d’après M. Rây, des extraits des plus anciens Ouvrages qui contiennent des renseignements chimiques précis :

Le Tantras intitulé Rasarnava (XII° siècle) (mer de mercure) expose la science sous la forme d’un dialogue entre Siva et son épouse Parvati. Le mercure est réputé composé de cinq éléments et assimilé à Siva lui-même. Dans cet Ouvrage on trouve la description de nombreux appareils et préparations chimiques.
L’auteur insiste sur les procédés propres à tuer le mercure, c’est-à-dire à l'amortir, comme nous disons encore aujourd’hui, en le réduisant en poudre ; notamment pour préparer le vermillon avec le soufre et le mercure. Tous les métaux peuvent être tués avec un mélange de vitriol vert, de sel gemme, de pyrite, de soufre, de natron et de divers ingrédients végétaux.
On remarquera que la mort des métaux et leur résurrection sont des expressions courantes en alchimie.
Notre auteur enseigne aussi à teindre les métaux, spécialement le cuivre, en le traitant par la calamine ; ce qui, dit-il, le change en or (laiton).

Le Rasaratnasamuchchaya, Ouvrage écrit entre le XIV° et le XI° siècle, est déclaré au début l’ouvre de Vagbhata, fils de Simhagupta, prince des médecins : c’est encore un pseudonyme. Son Traité est un exposé méthodique de la chimie, telle qu’elle étai1 connue alors ; il traite du mercure, des minéraux et métaux, de la construction des appareils, des formules mystiques de purification des métaux, de l’extraction des principes actifs, de la fusion, de l’incinération.
Les vertus du mercure y sont exaltées : « Son emploi délivre l’homme d’une multitude de maladies. Le dieu du feu le fait couler dans le Dardistan, région montagneuse du Cachemire on se trouve des mines de cinabre. Celui qui obtient le mercure, préparé avec le concours de rites magiques et mystiques, assure à ses adeptes le bonheur et la santé, la richesse, le pouvoir de transmuter les métaux et de prolonger la vie. »

Le Livre II traite ensuite des rasas, minerais et produits métalliques spécialement mercuriels.

Le Livre III traite des uparasas ou rasas inférieurs, tels que le soufre, l’ocre rouge, le vitriol, l’alun, les sulfures d’arsenic, orpiment et réalgar, le sel ammoniac, le cinabre, etc. On y décrit les variétés de chaque espèce de drogue, sa purification, son traitement par différents jus de plantes et liquides, etc.

Dans le Livre IV sont énumérées les gemmes ou pierres précieuses, qui jouent un si grand rôle dans le monde depuis les temps les plus reculés. Les Orientaux les ont toujours en estime particulière. Elles sont ici examinées au point de vue de la matière médicale. On cite en particulier les suivantes : diama

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