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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

planches

L'Alchimie, tradition millénaire…

Publié le 26 Décembre 2012 par X dans Planches

J’aimerais ce soir vous parler d’alchimie, non pas pour convaincre les plus cartésiens d’entre nous, qu’il est possible de transformer le plomb en or, mais pour vous faire comprendre que lorsqu’un alchimiste réussit à faire de l’or…..il n’en a plus besoin.

Pour ce faire, je vais tout d’abord rapidement vous parler de la naissance de l’alchimie et son évolution au fil des siècles, puis aborderai ce qui lie l’alchimie et la maçonnerie : la quête du réalignement.

Selon certains historiens, les premières traces de l’alchimie remontent à l’origine de l’écriture, peut-être avant, mais puisqu’il semble ne pas y avoir de trace, je préfère être prudent.

Le mot alchimie a vraisemblablement une étymologie égyptienne venant de « Khem » qui veut dire « terre noire » ou le substantif arabe « khimiya » qui veut dire « chimie », lui-même dérivé probablement du terme égyptien. Le « al » voulant dire « esprit », voilà que se dessine déjà la philosophie même de l’alchimie : l’esprit dans ou avec la matière.

Les égyptiens sont à la base de l’alchimie, et ce n’est peut-être pas un hasard, si toutes les pyramides étaient surmontées d’un pyramidion en or ou que les masques mortuaires étaient recouverts de ce même or ; l’or étant un métal précieux (entendez près des cieux), il avait probablement une véritable fonction.

Avec la création de la ville d’Alexandrie, il se créa en Egypte un foyer culturel important réunissant bons nombres d’alchimistes originaires des contours méditerranéens, grecs, juifs, et arabes.

C’est à l’époque que l’un des textes fondateurs de l’alchimie est écrit par un personnage qui se fera nommer : Hermès trismégiste : « La table d’émeraude ».

Platon entre autre, parlera dans ses écrits d’une théorie de matière formée de 4 éléments, l’eau, la terre, l’air et le feu.
Après des traces d’alchimie égyptienne, gréco-égyptienne et chinoise, l’alchimie «devient » Arabe. On peut situer cette évolution après la prise par le prince Omar de la ville d’Alexandrie. Grâce aux connaissances en astrologie des savants arabes, l’alchimie trouva un nouveau souffle.
Et c’est d’Egypte que les alchimistes arabes propageront leur science philosophale jusqu’en Espagne, notament Cordoue, Grenade et Séville, qui seront le point de départ de l’alchimie européenne au début du 12 ème siècle.

Puis les disciples de Geber (Djabir), propagèrent la pensée alchimique jusqu’en France à Montpellier plus précisément. Les premiers alchimistes étaient ecclésiastiques, car seule l’entrée en religion, à l’époque, permettait de faire des études suivies dans les matières que l’alchimie intéresse.

Tout allait bien entre les hommes d’église et l’alchimie jusqu’au moment où l’église déclara que si Dieu avait caché des choses dans la matière ce n’était pas à l’homme d’aller y voir.
A partir de ce moment-là, les alchimistes durent se cacher pour oeuvrer.

On peut citer comme alchimistes célèbres :

Au 13 ème siècle : Roger Bacon qui qualifiait l’art royal dans son livre « Miroir de l’Alchimie » ainsi :
« L’alchimie est la science qui enseigne à préparer une certaine médecine ou élixir, lequel, étant projeté sur les métaux imparfaits leur communique la perfection dans le moment même de l’obtention ». Propos qui ne plurent d’ailleurs pas au pouvoir religieux, et qui lui valurent d’être incarcéré par plusieurs papes pendant une durée totale de 14 ans.

On peut aussi citer Arnaud de Villeneuve, à qui on brûla ses livres.

Aux 14 et 15 èmes siècles : Nicolas Flamel qui représente l’alchimie opérative par excellence.
Basil Valentin à qui l’on attribue la création de la célèbre phrase que vous connaissez tous : « Visita Interrioram Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem », « visite l’intérieur de la terre (de toi) et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée » donc le célèbre V.I.T.R.I.O.L .

A la renaissance on peut citer aussi Paracelse, qui étudia la pharmacopée, et inventa notamment l’éther. On peut considérer que ses recherches sont à la base de l’homéopathie moderne car il estimait que « le vrai but de l’alchimie était de préparer des remèdes ».

Puis vient Fulcanelli qui représente le dernier alchimiste connu, avec ses ouvrages de référence qui sont « Le mystère des cathédrales » et « Les demeures philosophales ».

Rabelais, qui avec ses ouvrages a caché de nombreuses clés dans ses écrits.
Nous connaissons bien en tant que maçons la symbolique de la lettre « G », « G » comme Gargamel, Gargantua, Grandgousier…..est-ce un hasard, laissez moi en douter !

Newton qui se spécialise à 24 ans dans trois domaines : la théologie, la physique et l’alchimie. Je ne rentrerai pas dans les détails par manque de temps, mais je vous livre l’une de ses phrases : « Il existe d’autres Grand Mystères que la transmutation des métaux si les grands maîtres ne se vantent point. Eux seuls connaissent ces secrets ».

Je vais arrêter là le côté historique, même s’il y a encore beaucoup de chose à dire, et d’alchimistes à dévoiler, pour vous parler le la philosophie alchimique.

Et pour tout vous avouer chers frères et sœurs, même si je vais essayer d’être le plus bref possible, juste pour vous permettre de mieux comprendre ce qui se cache derrière le terme « alchimie », je pourrai être beaucoup plus court, et me contenter de vous dire une phrase. Dans l’idéal, un cherchant qui comprend celle-ci n’a besoin de rien de plus pour réaliser l’œuvre :

« L’alchimie se résume à une chose : faire pénétrer la lumière dans la matière, ou si vous préférez, transformer la matière en lumière ». Voilà vous savez tout !

Et maintenant avec cela, comme on peut le lire dans une des planches de l’un des livres les plus importants en alchimie « le Motus Liber » : « Prie, lis, relis, travaille et trouve »

Je l’ai déjà dit, la différence entre la Chimie et l’al - Chimie, c’est le « al », qui veux dire « esprit » en arabe. La principale différence est donc qu’en alchimie l’expérimentateur a une place dans l’expérience, ce qui n’est pas le cas en chimie. Je m’explique : les scientifiques pensent que si vous donnez une expérience de chimie à faire à plusieurs personnes, si celles-ci suivent à la lettre les indications, elles arriveront toutes au même résultat, tandis que les alchimistes pensent que le résultat dépendra de la personne qui va faire l’expérience, et il y aura autant de résultats qu’il y aura d’expérimentateurs, à moins que dans le groupe certaines personnes soient au même degré de compréhension. D’ailleurs actuellement, certains scientifiques commencent à reconnaître cette inter-connexion, car effectivement, la matière réagit différemment selon celui qui la manipule. Mais mon but ici n’est pas de vous convaincre, juste de vous permettre de comprendre un peu mieux ce qui se cache derrière le mot « alchimie ».

L’alchimiste travaille dans un laboratoire, entendez labo / oratoire. Un labo pour faire de l’alchimie opérative donc travailler la matière, et un oratoire pour faire des recherches spéculatives donc un travail sur soi-même.

L’alchimiste sait que le travail sur la matière est en même temps un travail sur lui. Il y a bien sûr eut dans l’histoire des personnages qui se disaient alchimistes (je pense entre autre au tristement célèbre Gille de Raie), mais qui n’étaient que des « souffleurs », terme donné à ceux qui ne s’intéressaient à l’alchimie que pour faire de l’or et devenir riche, autant dire qu’aucun d’eux n’a jamais réussi.

Un alchimiste ne crée rien, il ne fait que modifier la matière première, réaligner celle-ci, et en ce sens rejoint la célèbre phrase de Lavoisier qui dit que « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

J’appuierai mes propos en vous posant une simple question : « quelle est la différence entre un morceau de charbon, du graphite et un diamant ? » L’alignement de leurs cristaux. Dans l’un les cristaux sont désordonnés et dans l’autre les cristaux sont alignés. Résultat, si l’un et l’autre ne sont composés que de Carbone, l’un laisse passer la lumière l’autre pas.

Dans un laboratoire, un alchimiste pourra travailler de deux façons, par la voix dite sèche (le travail des métaux) ou la voix humide (le travail sur les plantes) et pourra (ou pas) réaliser ce que l’on nomme « la pierre philosophale », après être passé par les trois grandes étapes de l’œuvre :

L’œuvre au noir, l’œuvre au blanc et enfin l’œuvre au rouge, représentés symboliquement par le corbeau, la licorne et le phénix.(n’oublions pas que de tous temps les alchimistes ont caché beaucoup de leurs secrets grâce à des symboles gavés dans la pierre, souvent sur des bâtiments sacrés).

Il me faudrait des jours voire des années pour expliquer ces trois étapes, et de plus n’étant moi-même qu’un simple cherchant, je n’aurai pas la prétention de m’y aventurer à l’heure actuelle. Mais laissez-moi simplement vous dire que dans la première partie du travail, on décompose la matière pour la débarrasser de ses parties impures, dans la deuxième partie, on réunit les parties « purifiées », et en troisième, on fait descendre l’esprit (ou la lumière) dans la matière ainsi recomposée.

Notre frère Roger lors de sa dernière planche, nous a brillamment parlé d’alchimie et souligné à juste titre que la frontière « chimique » entre l’or et le plomb est très mince, la différence est d’un atome, alors, que se passerait-il si on réussissait à alléger notre plomb en le séparant de cet atome, le plomb deviendrait de l’or, et vous auriez réussi ce que l’on nomme une « transmutation ». Mais comme je le disais, cette expérience serait si complexe et si onéreuse qu’elle n’en vaut pas le coup, sauf si vous faites cette expérience non dans un but pécuniaire, mais sans rien en attendre ; juste, parce que vous savez qu’en purifiant la matière, vous vous purifiez vous-même. Cela devient donc un acte gratuit, les portes de l’esprit s’ouvriront, et si un jour vous arrivez à transformez la matière, et par exemple le plomb en or, vous êtes si aligné que tout vient naturellement à vous, vous ne faites obstacle à rien, donc à quoi vous servirait de l’or, puisque vous avez tout !

Vous comprenez maintenant ma phrase : « quand un alchimiste sait faire de l’or il n’en a plus besoin ».

Tout comme la maçonnerie, l’alchimie est le travail d’une vie. Jour après jour, on se rectifie tout en rectifiant la matière. La symbolique maçonnique est d’ailleurs très proche de la symbolique alchimique. Nous avons déjà parlé du V.I.T.R.I.O.L, mais nous pourrions aussi parler du symbole du coq, qui en alchimie représente le Mercure alchimique, le passage de la pierre brute (matière première) à la pierre taillée (pierre philosophale) sans oublier le passage que le profane, comme la matière première, doit effectuer en traversant les même épreuves, celles des quatre éléments : la terre, l’eau l’air et le feu Je terminerai ce travail en soumettant à votre sagacité un des secrets des alchimistes que l’on peut comprendre grâce à l’utilisation de la langue des oiseaux. Quand un alchimiste vous parle de l’or, vous pouvez aussi entendre :
« eau » et « air », donc peut-être que l’eau qui est dans l’air au petit matin est aussi une des clés des opérations alchimiques ?

« Prie, lis, relis, travaille et trouve »

J’ai dit vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

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Qu'est-ce que le sacré, existe-t-il en Franc-Maçonnerie ?

Publié le 23 Décembre 2012 par x dans Planches

1) Le Sacré et le Profane :

Etymologiquement est profane tout ce qui se trouve devant une enceinte réservée, devant le temple, tout ce qui n’appartient pas à la religion. Ne parle-t-on pas d’un air ou d’une musique profane en les opposant à la musique sacrée ? Traitant de l’art poétique, Boileau écrit : « Tout profane exercice est banni de son temple ». Dans l’antiquité était profane celui qui n’était pas initié à des mystères. Ce terme s’oppose donc à ce qu’il est convenu d’appeler « le sacré », désignant ce qui est à la fois séparé et circonscrit. Ce mot provient du latin « sancire » ,délimiter, entourer, qui prit par la suite le sens de sacraliser et sanctifier. Ce qui est sacré appartient donc à un domaine séparé, interdit, inviolable et fait l’objet de révérence religieuse. Cette révérence peut être également au-delà de toute religion, elle est alors l’expression d’un respect absolu : on parle par exemple des « droits sacrés – i.e . inaltérables- de l’homme ». En ce sens, ce qui est sacré ne peut être enfreint ou violé, tel par exemple le secret qui est chose sacrée. Pour les latins le sacré avait une double signification car, s’il désignait d’une part ce qui était voué à un dieu, vase sacré, enceinte sacrée, voire langue sacrée, il pouvait être d’autre part une imprécation : celui qui était déclaré « sacré » pouvait en effet être tué sans autre forme de procès : « sacer esto ! », c’est-à-dire : « qu’il soit voué aux dieux infernaux ! ». Si un homme était déclaré « sacerrimus » il était considéré comme le plus infâme des hommes et ce que Virgile nomme « auri sacra » est la « soif exécrable de l’or ». C’est dans ce deuxième sens à connotation négative qu’il faut certainement voir l’origine de notre verbe « sacrer » - jurer, blasphémer- ainsi que celle de l’adjectif « sacré » dans des expressions telles que « un sacré loustic, un sacré menteur, un sacré temps ( qui n’a rien à voir avec un temps sacré » etc.

« Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère » a pu écrire Maurice Barrès dans « la colline inspirée ». Qui n’a fait cette expérience ? A l’instant où l’on pénètre en certains lieux on est pris d’un singulier respect et le silence s’impose. Certains de ces endroits – temples, églises ou mosquées – sont sacrés car dédiés à une divinité, d’autres, on ne sait pourquoi, imposent le respect et peut-être plus encore, l’admiration, une ferveur particulière. On est envahi de ce que Rudolf Otto nommait « le sentiment du numineux », lequel comporte d’une façon inconsciente un élément de crainte devant une puissance absolue, un élément de mystère devant ce que l’on ne connaît pas. On se ressent profane franchissant une enceinte sacrée, notre moi semble faire partie de quelque chose de plus grand que nous qui agit dans l’univers, en dehors de nous et pourrait être un refuge suprême si notre être inférieur venait à faire naufrage. Ajoutons que cette expérience du numineux est ambivalente, car, si d’un côté l’être est saisi d’une sensation d’effroi devant une grandeur incommensurable, de l’autre, il est irrésistiblement attiré vers quelque chose de merveilleux (ce qui n’est pas sans rappeler le frisson sacré éprouvé par les mystiques dans le silence et la pénombre d’un sanctuaire, frisson qui évoque la présence de quelque chose de tout autre, qui arrache l’être à lui-même et le trouble).

De tout ce qui précède on se rend compte qu’il existe deux domaines : l’un est réglé de manière transcendante, d’une certaine façon à la fois dangereuse et capitale, et un autre où l’homme a loisir et liberté de penser et d’agir à sa guise. La vie est en fait l’équilibre entre ces deux domaines. En effet, si le sacré envahissait tout, il s’ensuivrait une sorte de paralysie craintive et de scrupule obsédant, mais si le sacré disparaissait totalement, le profane ne pourrait que se ressentir vide et orphelin.

L’établissement d’une limite séparant l’espace en deux parties, l’une profane et l’autre sacrée, est le moyen inventé par les hommes pour sauvegarder l'équilibre de la société en imposant des règles bénéfiques et des interdits nécessaires. La vie est constituée par la régulation entre le caractère intense du sacré et le caractère praticable du profane, par l’équilibre entre ces deux domaines.

Dans les civilisations archaïques et figées, la vie sociale est réglée uniquement par la tradition et le sacré, on se réfère en tout à une croyance. Dans les civilisations plus dynamiques, le sacré se retire dans un espace réservé où l’on va librement pour se ressourcer dans un temps où tout ne s’écoule pas vers la fuite, mais où tout s’enracine dans la naissance d’un espace où la terre n’est pas constituée par des territoires concurrentiels mais par un immense domaine fraternel et commun. En ce sens, on peut dire que le sacré devient alors pour l’homme qui s’y rend librement, lieu de ressourcement, de pause, de retour sur soi, de méditation, de pensée, à l’écart de l’agitation qui règne dans le monde profane. Le sacré ainsi conçu a besoin de mystères pour exister, car, selon le mot de Oswald Wirth, « tout ce qui doit prendre corps s’élabore en secret, dans l’antre obscur des gestations où se poursuit l’oeuvre cachée ».

2) Le Temple Maçonnique : espace et temps sacré :

Dans les rituels maçonniques, quel que soit le rite, trois coups frappés invitent les Frères au silence et au recueillement, trois coups qui ne sont pas sans nous rappeler les coups précédant un spectacle théâtral. Le rideau se lève, la lumière paraît et le spectateur est transporté dans un monde, où rien ne sera comme à l’extérieur dans le monde profane. Le silence se fait, chacun sent monter en lui une quiétude, une sensation d’élévation spirituelle qui relève déjà d’une hiérophanie, de la révélation d’un espace sacré. Chacun ressent confusément que quelque chose qui le dépasse est en train d’arriver. Cet état affectif qui submerge le moi, ce sentiment diffus qu’a la conscience d’être conditionnée par quelque chose qui ne dépend pas d’elle, qui est indépendant de sa volonté et qui ne se laisse pas appréhender comme une chose visible, est justement le « sentiment du numineux » dont il était question plus haut. Mais cette configuration émotionnelle intime ne se transformera vraiment en sacré que par l’adjonction d’une représentation intellectuelle. C’est là qu’intervient le rituel, il relaie ce sentiment immédiat et implique le Frère présent sur les colonnes.

La première fonction du rituel d’ouverture est de sacraliser le lieu où s’effectueront les travaux : ce dernier doit en effet recevoir une légitimation surnaturelle, il doit être délimité, consacré, car il est désormais chargé de puissance numineuse. Au REAA, après s’être assuré que l’espace sacré n’avait pas été profané, le Vénérable Maître fait confirmer le paysage du lieu sacré dans sa valeur hiérophanique par une série de constructions symboliques : les trois piliers (Sagesse, Force et Beauté) sont allumés pour présider à la construction de l’Edifice Sacré, puis apparaissent les trois Grandes Lumières sur l’Autel des Serments avant que le Tableau de Loge soit déroulé par le Frère Expert sur le Carré Long . Il procède ensuite par une série de questions-réponses avec ses deux surveillants au découpage du lieu (de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir). L’espace sacré devient alors point de référence absolu, centre du monde, lequel est recréé à partir de ce lieu. C’est là, en ce lieu orienté, en ce lieu de convergence des forces cosmiques que se pratiquent les initiations, le Temple devient l’endroit où se pratiquent les rites, les gestes archétypaux devant régénérer le monde. Pour les Frères, demeurer dans l’espace sacré, c’est se retirer des lois du monde profane et accéder à une pureté inviolable.

L’espace étant délimité, il ne reste plus au Vénérable qu’à déterminer le temps du travail :

« Quelle heure est-il ? ,Frère second Surveillant ? » - Il est midi !

Le temps fait l’objet d’une différenciation analogue à celle de l’espace. Le temps des activités profanes est suspendu. Les coups de maillet et les batteries ponctueront désormais l’écoulement d’un temps immuable, du Grand Temps Mythique, d’un temps sacré, caractérisé par la suspension des habitudes ou des normes du temps de labeur. Ce temps sacré se confond avec le temps mythique des dieux, le « Grand Temps » dont parle Dumézil, « celui durant lequel sont survenus les éléments primordiaux ». Ce Temps Sacré est la répétition du Grand Temps et le Franc-Maçon est ainsi le contemporain du temps des origines, il en capte la force pour assurer la rénovation de la société.

On le voit bien, grâce à des représentations et des techniques symboliques, le Franc-Maçon échappe au monde unidimensionnel du travail et des préoccupations matérielles. Cette sacralisation met les Frères dans une disposition de réceptivité et de tension intérieure et le Rituel apparaît comme un acte créateur.L’atmosphère du lieu change, il se remplit d’une force invisible qui pénètre chaque Frère et chacun se concentre sur son être intérieur, il oublie sa condition matérielle et chasse définitivement les métaux hors du Temple.

3) jeu sacré et initiation :

Un autre niveau du Sacré apparaît, qui se manifeste en certaines occasions et n'est pas sans rappeler la religion: L’expérience du sacré vécue par le Franc-Maçon à l’intérieur du Temple ne reste jamais privée et intime : tous les Frères, en effet, la partagent, elle est mise en forme collective à travers un mythe, que ce soit celui d’Hiram en ce qui concerne la Maçonnerie que nous pratiquons, ou Osiris, en ce qui concerne le rite de Memphis Mizraïm. Le mythe apparaît alors comme le complément de l’expérience du sacré. Au moment de l’élévation ou exaltation au 3ème degré ( ou au 13ème et 14ème degré), nous le vivons sur un plan ludique, incarné, mis en scène et théâtralisé. Selon Huizinga « l’action sacrée est quelque chose qui se fait, ce qui est représenté est un drame. Sa fonction n’est pas une pure imitation, mais une communion ou une imitation ».

La pratique du sacré comprend donc à ce niveau un jeu qui est pour le corps ce que le symbole est pour l’esprit, quant au rite, il règle le déroulement des actions sacrées par une tradition.

L’initiation elle-même n’est, elle aussi , rien d’autre qu’un jeu rituel qui sert de cérémonie de passage. Elle symbolise la mort et la renaissance – mort du vieil homme et naissance de l’homme nouveau, renaissance d’une nouvelle personnalité dotée d’une sagesse supérieure.

Pénétrant dans le Temple, le Franc-Maçon va du Profane vers le Sacré qui se révèle être une ouverture de l’esprit sur une puissance invisible. L’accès à cette représentation ne s’explique ni par la seule perception empirique (puisque le Sacré est suprasensible), ni par la seule pensée rationaliste (le Sacré n’est pas fait d’abstractions) mais par l’imagination symbolique grâce à laquelle l’esprit peut s’émanciper des seules données immédiates du réel et découvrir, derrière le sens propre des choses un second sens, figuré, qui les « leste d’une profondeur insoupçonnée » (Ernst Cassirer).

4) Conclusion:

On peut dire d'une façon générale que le Sacré est l'un des domaines qui organisent nos vies. Il est réglé de manière transcendante et s'oppose au Profane où l'homme est libre de penser et d'agir à sa guise. Le Sacré nous fait prendre conscience de la place que nous occupons dans le cosmos. Il est pour celui qui s'y rend librement lieu de ressourcement, de retour sur soi, de pensée, de réflexion à l'écart de l'agitation du monde.

Il existe bien en Franc-Maçonnerie, dans notre vie maçonnique où à chaque instant nous baignons dans le Sacré:

Dès le jour de notre initiation nous sommes amenés à participer à un jeu rituel et sacré par lequel nous mourons et renaissons symboliquement. En d'autres moments, toujours par le jeu, "une action sacrée" et collective nous vivons physiquement un mythe qui nous relie à nos Maîtres passés, nous rattache à une histoire qui remonte au fond des âges.

D'autre part, à l'ouverture des travaux, à chaque tenue, l' une des fonctions du Rituel est de sacraliser le lieu où va s'effectuer le travail, il reçoit une légitimation supranaturelle, il est délimité, consacré, chargé de puissance numineuse: le Temple devient l'endroit où se pratiquent des gestes archétypaux qui ont pour fonction de régénérer le monde. Grâce à cette sacralisation, les Frères deviennent réceptifs et se concentrent sur leur être intérieur, oubliant leurs conditions matérielles, donc leurs métaux.

« Les Frères n’aspirent pas au repos, ils promettent de continuer au dehors du Temple, l’oeuvre maçonnique ».

L’article 1er de notre Constitution nous rappelle que nous travaillons à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.

Les travaux en Loge sont un moment d’élévation spirituelle et de ressourcement, comme nous l'avons vu. Cette démarche, cependant, serait stérile si nous en restions uniquement au stade spéculatif:

Les deux premiers grades de la Franc-Maçonnerie permettent à l’Initié de dégrossir la pierre brute et de s’instruire. Le Maître maçon a su s’approprier les symboles qu’il a désormais le devoir de projeter dans le monde profane. Il est passé de l’équerre au compas, du domaine du tangible à celui des idées. Il a pour mission de combattre dans la cité les préjugés qui s’opposent au développement de la Connaissance.

Il a médité sur le Mythe d’Hiram et sait que l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition (les trois mauvais compagnons) peuplent le monde profane. Son devoir est désormais d'y retourner afin de les combattre pour que règnent la Liberté, l’Egalité et la Fraternité

Source : http://reveil.anicien.free.fr/page32.htm

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Étude du couple mort et renaissance en matière initiatique. Résumé.

Publié le 22 Décembre 2012 par E.°.R.°. dans Planches

Tout porte à croire que la représentation maçonnique de la mort aboutit sur autre chose que le néant. Il y a donc une suite à la mort symbolique, une progression graduelle qui semble préparer à la mort matérielle du maçon.

Chaque maçon combat ainsi son angoisse existentielle. Ceci constitue le fondement même de l’agir ensemble lorsque nous nous réunissons en loge. Nous célébrons la perfection de l’initié sur le chemin et nous préparons inconsciemment à notre ultime instant. Il n’y à pas de ciment plus solide pour souder les pierres du temple.

Toute filière initiatique offre une renaissance en contrepartie d’un sacrifice, physique par les épreuves et psychique par l’intégration agissante des symboles et mythes dans l’individuation.

La vie autrement contre la vie actuelle, tel est l’enjeu.

Le sacrifice comme moyen d’accession au niveau supérieur. C’est donc un moyen ascendant pour l’esprit comme la mise en place d’une échelle sur le pavé mosaïque.

L’imitation du Christ dans la légende d’Hiram, avec d’étonnantes ressemblances doit nous inspirer des rapprochements quant au but du rituel ;

Que recherche-t-on en faisant mourir Hiram ?

Le changement de niveau par purification du vieil homme. Purification des sens puis purification du corps par sa disparition au profit de l’esprit.

La purification est de nature alchimique, elle crée une métamorphose des corps et de l’esprit.

La purification opère si l'on se débarrasse de ses vices et ses passions qui n’ont aucune valeur pour cheminer. Ce qui est au tombeau ce n’est pas l’initié c’est sa part de passion et de vice. Son esprit plus pur et plus léger quitte l’enveloppe qui adorait les soins et les gratifications matérielles. L’esprit n’a besoin de rien de matériel pour être.

Il faut donc distinguer le corps et l’esprit comme on distingue l’équerre et le compas.

Au niveau qui est le mien, je suis un maçon et je ne dois jamais l’oublier. J’entends que l’équerre et le compas aient une marche commune comme la raison et l’intuition, ou l’action et la réflexion. Ces binômes n’ont aucune valeur pour eux même s’ils ne s’associent pas dans un corps agissant celui du maçon. L’outil ou l’instrument n’existent que si un maître-maçon est là pour s’en saisir. Mon corps est alors guidé par ma réflexion dans le bon usage des outils de même que le grand architecte de l’univers manifeste le monde qui est le nôtre par l’usage du compas. Il y a donc un rapprochement évident entre le maître qui connaît la planche à tracer et le compas, avec le GADLU.

La mort dans le rituel du maître est d’abord un changement de point de vue, et d’état entre un avant et un après. Ce n’est pas une mort, c’est une représentation, un psychodrame agissant sur les consciences. L’objectif consiste à créer une vision autre sur un soi débarrassé de ce moi égotique. Il consiste aussi à décorporiser l’acteur de chair putrescible au profit de l’acteur esprit.

C’est un véritable processus d’éveil qui est ici promu, un niveau de conscience supérieur donc.

La renaissance n’est rien d’autre qu’une purification et un niveau d’esprit plus élevé[1][1]. À bien des égards, elle peut se rapprocher de l’archétype de la résurrection du Christ qui repose elle aussi sur la notion de sacrifice consenti dans un but supérieur.

Je constate en effet d’étranges similitudes :

Sur les moyens :

Hiram et le Christ veulent laisser un message marquant de leur passage sur terre. Rien n’est le fait du hasard en matière initiatique. Mythes et symboles sont agissants. La mort permet tout simplement l’éveil du maître qui sommeille en nous. On l’appelle le maître intérieur. Il est fait d’esprit et n’est pas tributaire de notre corps sauf pour son réveil et son envol. On peut, au plan le plus bas, le qualifier de prise de conscience, au niveau médian on l’appelle l’éveil de l’Être, au plan supérieur c’est l’Esprit.

Je constate l’élaboration d’un processus de dissociation du corps et de l’esprit :

Hiram reçoit successivement trois coups par trois mauvais compagnons. Ces coups vont entrainer dans la souffrance du corps l’extinction progressive de la vie corporelle uniquement. À partir de ce forfait, les trois mauvais compagnons vont chercher à ensevelir le corps ailleurs que sur le lieu du sacrifice. Ce corps retrouvé au bout de quelques jours sera « réintégré », après pourrissement des chairs, dans le lieu même du sacrifice qui est le Temple de Salomon soit la Maison de Dieu.

En parallèle, le christ est supplicié par le port de la croix sur le chemin du mont des Oliviers. Ce voyage du souffrant vers la mort est le voyage d’Hiram entre les trois portes du temple pour rencontrer ses agresseurs. Suit la deuxième phase la mise en croix et le processus d’agonie se fait en 5 temps. Ce que j’appellerais les 5 temps parfaits de la maîtrise :

1) Jésus est un prophète, il se situe dans la voie initiatique sacerdotale dont il occupera le sommet. C’est au minimum ce qu’on appelle un grand initié. Hiram est aussi un grand initié, il occupe le sommet de la voie initiatique du travail de la matière. Tous les deux ont accompli un parcours d’initiation incontestable, ce qui semble indiquer que le franc maçon doit poursuivre ce chemin.

2) On attribue à chacun un mot ou un nom pour les qualifier qui se dit en fraction. Car on ne sait pas donner un nom et le prononcer en rapport avec la matière et l’esprit à la fois. Soit I.N.R.I. ou M.B., mais son interprétation s’avère délicate, car on ne sait pas l’interpréter avec pertinence dans une seule langue, le langage de Dieu et le langage des hommes. Nous retrouvons ce problème dans la triple tentative d’extorsion du mot des maîtres à Hiram. Le mot ne pouvait être donné, car il ne pouvait être compris ! Constatant cette impuissance le maçon épelle en lettre ou en syllabes.

3) Deuxième temps « Tout est consommé », soit l’atteinte par le salut de l’état d’homme véritable qui à fait le tour de la matérialité, du monde des petits mystères au point de lâcher-prise et qui est prêt à laisser son esprit s’envoler de son corps. Le rapport d’abandon du corps se traduit par la perte de cohérence de celui-ci : Mac Benah, la chair quitte les os. Tout est consommé dans la matière, il ne reste plus aucune ressource pour maintenir l’esprit (le maître intérieur par le maçon) prisonnier de son corps.

4) Troisième phase : « Tout est accompli ». Ici l’esprit quitte le corps dans une ascension libératrice vers le centre de tous les centres qui est pour les chrétiens Dieu le père. C’est la délivrance de l’esprit. Ce maître intérieur réalise sa plénitude dans le monde qui est le sien. Le maître maçon prépare son maître intérieur à cet envol. Le maître maçon ne redoute pas la mort, car il sait que c’est un passage, et il s’est inquiété de « nourrir » ce maître intérieur pour cet envol.

5) Le principe de résurrection ou de ressuscitation se retrouve sous l’apparition, trois jours après, du Christ dans un corps de lumière. Autrement dit une forme visible, mais d’un corps aussi pur que l’esprit. Ce point se retrouve dans l’idée du relèvement par les cinq points parfait de la maîtrise, soit après le mort physique le relèvement définitif du maître intérieur. L’objectif de cette apparition est de témoigner aux hommes du chemin de lumière. A un niveau plus concret, c’est aussi la préoccupation des francs-maçons : répandre la lumière parmi les hommes.

Quelle finalité à cette mort / résurrection en matière initiatique ?

L’Homme reste homme depuis Adam et ses erreurs portent à conséquence dans les destinées de l’humanité. En cherchant à mourir et renaître n’espère-t-on pas redevenir cet Adam au paradis perdu ? Un Adam d’avant la faute originelle ?

Ne cherche-t-on pas à accéder au Centre de tous les centres, en soi d’abord en cherchant à se connaître puis dans le monde en cherchant à le faire progresser pour finalement mourir et rejoindre un ailleurs primordial qui génère ce grand Tout ? C’est ce qu’on appelle rejoindre Dieu le père pour les chrétiens, ou le GADLU par l’Orient éternel pour d’autres

Notre progression graduelle et initiatique nous fait mourir plusieurs fois en gravissant l’échelle des 7 grades 10 degrés et 33 titres et plus de nos rituels. Nous allons bien dans une direction parfaitement ordonnée, en dissociant notre Être en deux parts :

- celle de l’ombre et de la matière, impure et corrompue comme les métaux. Elle sera enterrée dans une fosse ou un mausolée,

- celle de l’esprit qui s’envolera loin de toute contingence pour rejoindre ce centre fondateur tel un phénix.

Se pose donc pour le maître la question de son action ici bas. Vivre en chair et en esprit suppose des compromis et une attitude réaliste quant à ses propres capacités à être maître de soi tout en alimentant notre maître intérieur.

Chap.°. La Lumière de Saint Jean

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org

 

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La Marche à Reculons

Publié le 22 Décembre 2012 par K\ D\ S\ dans Planches

 

Le lever de rideau au théâtre, les premières lignes d'un roman, les quelques notes qui introduisent un morceau de musique, sont déterminantes, car ils ouvrent sur ce qui va suivre. Ma planche parle de ce moment particulier, entre les 3 coups et le lever de rideau au théâtre, entre la couverture et les premières lignes du roman, entre le silence et le début du morceau de musique.

J'ai voulu aujourd'hui revivre les éléments mis en place au début de cette cérémonie. Ils conduisent à l'entrée dans la dramatique de cette troisième initiation, qui nous est transmise d'une manière très théâtrale. La liturgie maçonnique est étudiée pour que les postulantes soient frappées à la fois dans leur corps et dans leur esprit, pour que leur imagination soit éveillée et qu'elles en gardent en mémoire des images fortes.

Nous avions déjà auparavant été conduites devant la porte fermée du Temple. Le souvenir est resté très précis de ce premier jour où, après avoir frappé, les yeux bandés, de façon irrégulière, nous avions dû nous courber beaucoup, pour franchir une certaine porte basse. Lors du passage au deuxième degré, c'était plus facile, nous frappions trois fois, en APP\ ; nous n'étions plus dans les ténèbres, le lieu et les visages qui nous entouraient nous étaient déjà familiers.

Le jour de la cérémonie d'Élévation à la Maîtrise, nous nous retrouvons à nouveau, par deux fois, sur les parvis. Nous sommes introduites une première fois, placées entre les colonnes, interrogées. Tout est calme, habituel, rien d'étrange, tout est presque tel que quand nous étions COMP\, aucune émotion particulière ne s'est encore emparée de nous, à l'exception, bien sûr, de réussir cette interrogation, et de donner des réponses claires et justes. « V\ S\ M\ des CER\, reconduisez les candidates ». Nous couvrons à nouveau le T\. Il est difficile d'être parfaitement concentrées durant l'attente méditative qui suit. Qu'allons-nous apprendre ? Nous nous remémorons les Initiations précédentes. Les deux fois, nous avions voyagé. Nous sommes tout d'abord nées à nous même, puis nous avons appris à aller vers les autres, à partager. Et maintenant, que va t-il se passer ? Le voyageur peut se perdre, où nous mènera donc ce nouveau voyage ?

A nouveau devant la porte fermée, nous sommes prêtes à entrer dans le T\ régulièrement, ainsi qu'il est d'usage. Mais on nous demande de nous retourner, et d'entrer à reculons. C'est très étrange, ce n'est pas une pratique courante que de pénétrer ainsi dans un lieu. Ce n'est pas la première fois que nous marchons à reculons. C'était arrivé lors du premier voyage de l'initiation au deuxième degré, avant de frapper sur la pierre brute les trois coups rituels. C'est également à reculons, au cours de cette même cérémonie d'Augmentation de Salaire, que nous avons redescendu cinq fois les marches colorées sur lesquelles nous entraînait l'experte pour vivre et suivre le cycle du blé et de la vie. J'ai interprété cela comme un retour sur moi-même qui symbolisait la constance que nous devions manifester dans l'effort et la recherche de la lumière, et aussi une illustration du coté répétitif, cyclique des choses.

Au troisième degré, l'entrée à reculons dans le T\ a, je pense, un autre sens que je tenterai de développer. Ce moment est une première impression forte. Nous nous rendons compte, dès le franchissement du seuil, malgré notre position, que l'obscurité règne dans le T\. Seule brille devant nos yeux l'étoile située sur le mur de l'Occident, étoile dont nous nous éloignons pas à pas. Mais le trajet est court de la porte, au milieu des Colonnes. Cette Marche à Reculons ne dure qu'un bref instant. Le grand principe de toute démarche initiatique, c'est que la totalité de la démarche se trouve en germe, ou en puissance dans le premier moment. On ne comprend bien ce qui s'est passé à l'origine, que si l'on a accompli le cycle entier des évolutions, et que l'on revient au commencement pour en découvrir sa véritable dimension. Nous reprenons le voyage au début, et nous mesurons, à reculons, le trajet parcouru, comme on revoit sa vie défiler à toute vitesse quand on pense que l'on va mourir.

Je veux justement parler de ce bref moment qui pour moi concrétise le passage d'un état à un autre, mais aussi crée un lien avec les deux autres degrés. C'est un temps intermédiaire où, sans être encore entrée dans le troisième degré, on quitte lentement, le temps du Compagnonnage. On le quitte comme à regret, les yeux sur lui, sur cette étoile qui en est le symbole et qui se trouve maintenant à l'Occident, comme on s'éloigne d'un train qui va emporter ceux qu'on aime, et quand on se retournera, l'étoile à l'Orient ne sera plus là. La réflexion que le travail d'aujourd'hui m'a amenée à faire, a mis en valeur toute l'importance du deuxième degré pour la compréhension future de la Maîtrise.

Pendant le Compagnonnage, nous avons rencontré l'Étoile. Va-t-on maintenant, au terme de cette marche à reculons, la quitter cette étoile ? On peut avoir la certitude que non. Après notre période de Compagnonnage, nous savons qu'elle brille en nous, que nous devons veiller sur sa flamme, qu'elle nous habite. Aussi, lorsque nous entendons : « V\ S\ M\ des CER\, faites se retourner les Compagnonnes ». Aucune nostalgie de quitter l'étoile ne nous étreint. L'étoile nous accompagnera dans notre découverte de la Chambre du Milieu. Pour l'instant, nous tournons toujours le dos au drame. Avoir découvert et suivi l'étoile ne nous empêche cependant pas quelquefois de faillir. Et si cette Marche à Reculons symbolisait la difficulté de notre progression, la difficulté d'entrer dans la Maîtrise ? Le recul, marche en arrière sans visibilité, annonce dans l'acception commune, une chute, ou à tout le moins le heurt dans les obstacles. Lors de notre entrée dans le T\, comme lors des précédentes Initiations, la M\ des CER\ nous protège de ces dangers. Mais il y aura pourtant une chute, un peu plus tard au cours de la cérémonie, un nouveau séjour dans la terre avant le retour radieux à la grande Lumière. Comment une Marche à Reculons peut-elle être la marque, le début d'une progression ? C'est ce paradoxe qui m'a intéressée, à savoir comment aller de l'avant tout en regardant derrière soi ? Et pourquoi n'est-il pas suffisant d'aller de l'avant ?

Après, nous ne pourrons plus dissocier dans notre esprit, la chute, de l'élévation qui suivra. Retournée par la M\ des CER\, il est difficile de reconnaître l'espace où nous nous réunissons en Tenue habituellement. Le T\ est dans l'obscurité, tout est sombre y compris les MM\ autour de nous, on ne voit plus l'Orient, plus le Delta, plus le Soleil, plus la Lune, et la V\ M\ est assise près de la l'Autel des Serments. Elle nous parle. Que nous dit-elle ? Elle explique que l'Atelier est en deuil parce qu'un grand Architecte chargé de construire le Temple de Salomon est mort tragiquement.

Nos yeux s'habituant à l'obscurité aperçoivent un drap noir étalé au centre du Temple, trois SS\ MM\, - tiens, c'est curieux, elles ont un tablier de COMP\- se dirigent vers trois points différents du T\, l'Occident, le Nord et l'Orient. Chacune d'elles tient un outil : une règle, une équerre et un maillet. Une autre S\, qui a son tablier de M\, se tient au milieu du T\. La voix de la V\M\ ponctuera l'acte qui sera mimé sous nos yeux. Trois mauvais compagnons, représentés par nos trois SS\ MM\, essaieront d'arracher à Hiram les mots, le signe et l'attouchement des MM\ alors que le temps de les obtenir n'est pas encore arrivé. Devant son refus, usant de violence, et le frappant tour à tour avec l'outil qu'elles ont en main, sur l'épaule, sur la nuque, sur la tête, elles le tueront.

Un fait frappe les Compagnonnes que nous sommes encore, là, debout entre les colonnes, spectatrices de cet événement qui se déroule sous nos yeux, et dont nous essayons de pénétrer le message. Car tout a un sens, d'enseignement et d'interprétation symbolique, dans nos Rituels. La formation qui nous est donnée consiste, pour une part, à comprendre la nature des passions mauvaises qui nous habitent, dans le but de les dépasser, de les Maîtriser. Or, ce qui apparaît ici, en premier, c'est que ce sont des Compagnons qui ont assassinés Hiram. Ces mauvais Compagnons sont nos SS\ mais, en vertu de l'universalité qui est fondamentale en Maçonnerie, nous pouvons comprendre que c'est nous qui sommes aussi les mauvais compagnons. Pour vivre la passion d'HIRAM, nous devons nous identifier à tous les acteurs du drame.

Quelles raisons avaient-ils de tuer le Maître ? Si nous voulons désormais marcher droit devant nous, sur le chemin initiatique où les voix tracées sont maintenant celles de Maîtresses, si nous voulons ne plus avancer dans le noir, maladroitement, à reculons, aidée par une main secourable, nous devons analyser ce qui s'est passé, comprendre pourquoi, et c'est cela qui doit nous servir d'exemple.

Les trois mauvais compagnons, étaient impatients et exigeaient d'être reconnus. Ils se pensaient dignes d'être récompensés, suffisamment compétents, et voulaient imposer leur volonté au Maître sans accepter d'attendre. Ils l'ont frappé avec des outils qu'ils ont employés comme des armes, inversant le sens de leur utilisation, détruisant au lieu de construire. Ils sont hypocrites, ignorants et fanatiques comme le rituel nous le rappelle. Ils n'ont pas su sublimer leurs mauvaises pulsions.

Au terme de la cérémonie d'Initiation à la Maîtrise, nous sommes relevées par la Vénérable Maîtresse par les cinq points de la maîtrise et elle s'exclame : « Hiram revit en vous ». Nous allons enfin entendre l'enseignement caché sous les allégories de la légende d'HIRAM, et nous voir conférer le troisième degré de la F\M\, être constituées Maîtresse Maçonne, et reçue en Chambre du Milieu, mais nous ne deviendrons pas subitement meilleures. Il ne peut, l'expérience le montre, y avoir progression sans recul de temps à autre. Comment faire pour que la Marche à Reculons ne soit pas un obstacle à la rectification, mais une façon d'avancer dans la difficulté ? Une stratégie, une position de repli qui permet de progresser ?

Pour pouvoir pratiquer les vertus opposées aux vices des mauvais compagnons : loyauté parfaite, travail incessant, large tolérance, il va falloir continuer à manifester un zèle infatigable pour explorer les connaissances que seule une recherche approfondie pourra nous procurer. Nous avons appris ce que nous sommes, et comment nous devons nous comporter envers les autres, grâce a l'étude dans les deux degrés précédents. Si pendant le premier degré nous avons dégrossi la pierre brute, c'est le travail effectué au second degré qui a ouvert notre champ de réflexion initiatique, qui a étendu notre compréhension du travail à exécuter. Le compagnonnage a été essentiel pour que le Conseil des Maîtresses décide de nous recevoir parmi elles et que nous soient transmis ensuite les mots, les signes et l'attouchement du grade. C'est le travail effectué, l'application incessante pour polir la pierre et manier les outils qui permettent de devenir Maîtresse. La connaissance d'un mot de passe ne suffit pas, comme semblaient le penser les trois mauvais compagnons. On ne peut être que dans l'illusion d'être parvenue à un degré de Maîtrise, sans un travail suffisant.

Dans la Marche à Reculons lors de l'entrée dans le Temple, il s'agit de garder les yeux sur toutes les connaissances maçonniques des grades qui précédaient car il conviendra maintenant de les transmettre à notre tour. Regarder en arrière n'est pas du passéisme si l'on continue toujours de progresser, si l'on construit sur les fondations des acquis passés. Le passé nous arme pour faire face aux difficultés du présent et à la peur de l'avenir. Derrière nous se trouve la tradition, le guide, et à l'instar de Maître Hiram, nous serons prêtes à ne pas manquer à nos engagements en ne révélant pas indûment nos secrets.

Hiram revit en nous. « Il se survit dans son ouvre », nous dit le Rituel. Il y a bien une notion de continuité. « Le progrès s'accomplit grâce au travail des Sages disparus » précise t-il encore. Et peut-être aussi grâce à l'infime petite part que nous avons ajoutée. C'est pourquoi nous ne devons rien oublier de la totalité de l'enseignement qui nous a été donné pour apprendre à devenir nous même. Ne pas oublier de tenir compte des leçons de l'expérience pour continuer la route. Travail, Tolérance, Loyauté, Persévérance ; pour arriver à pratiquer ces qualités, l'enseignement des deux premiers degrés ne suffit pas. Il fallait après avoir enjambé le corps d'HIRAM gisant sous le linceul - premiers pas qui quittent le sol, qui créent un cercle dans l'espace - vivre la mort d'HIRAM, être enfouie soi-même dans le noir du drap, avant d'émerger, femme libre, à la lumière quand le rideau du Dhèbir s'ouvre devant nous et que se rallument les lumières dans le Temple. Nous partons alors résolument vers l'avant, nous avons changé de plan en revivant le sacrifice, nous sommes maintenant dans une autre dimension, et toujours en quête de la lumière et de la connaissance.

« Il est minuit, les travaux de la Chambre du Milieu sont fermés ». Entrées Compagnonnes à reculons, désorientées, dans l'obscurité, nous sortirons Maîtresses en regardant droit devant nous, remplies d'une lumière plus vive qui, nous l'espérons irradiera à l'extérieur. Nous n'oublierons pas, pour ce faire, de rester dans la Glorification du Travail, ceci dans le souci de poursuivre l'ouvre, préoccupation majeure du troisième degré. Ainsi l'étoile continuera de briller.

Source : www.ledifice.net

 

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Le symbolisme de l'acacia

Publié le 22 Décembre 2012 par Maurice Guichard dans Planches

Depuis les problèmes compliqués d'étymologie, en passant par la question du vrai ou du faux acacia, des spécialistes ont cherché son identité dans toutes les dimensions de la botanique. Mieux connaître l'acacia par les connaissances scientifiques en cernant la totalité de sa réalité objective, ensuite par interrogations successives, trouver dans quelle mesure ses qualités physiques peuvent se transposer dans un ordre moral. Ainsi dans un dédale de savoir, le Maître nouvellement instruit commence sa quête de l'intelligence du symbole.

Mais l'étude de type universitaire s'étale et se disperse dans un savoir livresque. Il semble même que la méthode dans sa rigueur d'investigation et par les données rassemblées, éloigne inéluctablement de la voie symbolique. La botanique reste impuissante à dégager la valeur et l'enseignement de l'acacia. Le sens se dérobe.

Ce genre de recherche nous révèle, tout au plus, une réputation de bois imputrescible. Cette qualité sera mise en parallèle avec la notion d'immortalité induite dans la légende d'Hiram. Mais l'implication du symbole ne se réduit pas seulement à ce simple constat.

D'autres « qui voient de l'acacia partout» l'inscrivent facilement dans une longue histoire à travers les âges. Depuis les anciennes civilisations, l'arbre ou le bois d'acacia est d'essence sacrée. Vénéré en tant que tel, il est utilisé selon eux, chaque fois que l'histoire se charge d'un sens particulier: dans l'antique Égypte, mais surtout dans la tradition biblique. Ces spéculations ou investigations historico-botanico-symboliques n'ont rien à voir avec une étude sérieuse de la symbolique maçonnique. Que nous importe en effet, que l'arche d'alliance, la croix, et même la couronne d'épines portée par le Christ aient été faites de bois d'acacia ?.. le but plus ou moins avoué de cette recherche est de trouver une filiation antique à la Franc-Maçonnerie, de manière à démontrer qu'elle est bien dépositaire d'une tradition primordiale, dont les membres enorgueillis sont évidemment les dignes enfants. Pseudo-histoire et divagations botaniques encombrent fort malheureusement la littérature spécialisée. Même si le meilleur .des enseignements de ces pistes de recherche se résume en fin de compte par des messages en forme d'allégorie morale, ceux-ci conduisent trop souvent à des impasses assez voisines du pur dogmatisme.
Force est de constater que peu d'auteurs ont parlé de l'acacia en termes réellement symboliques, simplement parce qu'ils l'ont cherché là où il n'est pas. Il nous semble que le seul fondement reconnu de l'étude doit s'établir à partir de la légende d'Hiram incluse dans le rituel d'élévation au 3e, dont l'acacia constitue une des principales articulations.

L'ACACIA DANS LA LÉGENDE

Commençons par un bref rappel de la légende d'Hiram: Afin d'obtenir le grade de Maître, qu'ils n'ont pas mérité, trois mauvais Compagnons tentent par la force d'en acquérir la connaissance. Se heurtant à l'opposition du Maître Hiram, ils l'assassinent. Puis le transportent hors de la ville, dans un lieu écarté ensevelis- sent le corps sous un tertre, sur lequel ils plantent sommairement une branche d'acacia. Le lendemain, les traces de sang révèlent le crime, alors les MM.'. donnent cours à leur douleur. Ensuite ils jurent de n'épargner aucune recherche pour retrouver le corps. Inlassablement ils persévèrent à chercher afin de donner à Hiram une sépulture digne de lui. La vision de l'acacia planté sur le tertre fraîchement' remué, fait pressentir qu'ici se trouve le cadavre. Les MM.'. conviennent alors d'adopter un nouveau signe et un nouveau mot sacré en mettant au jour la dépouille du Maître vénéré. Ce qui est fait. Ainsi Hiram renaît dans l'esprit de ses successeurs.
Constatons que sans l'acacia le lieu où est enseveli Hiram n'est pas connu, il est à l'origine de la découverte. De l'invisible au visible il est le chaînon manquant intervenant dans l'histoire comme un axe, un pivot autour duquel tout bascule.

L'acacia agit en véritable transformateur à partir de la connaissance qu'il représente. Mais si il indique un message communiqué par sa seule présence sur le tertre, la communication ne s' établit cependant que par l'interrogation du M.'. et dans les développements de sa pensée. En cela réside le langage clé, d'accession à la maîtrise. De cette alchimie intellectuelle naît la délivrance du Comp.'., sous la forme allégorique de la mutation de l'initié en homme nouveau.

La régénération intervient après la fouille, au moment précis où la dépouille du Maître retrouve la lumière. Simultanément sont effectués et prononcés le nouveau signe et le nouveau mot sacré, qui transmutent le Comp.', en M.'..

Le symbolisme est ici très clair, le geste et la parole sont les matériaux de la régénération. Ils sont la Parole substituée, identique à l'esprit de la Parole perdue, primitive et fécondante, que détenait Hiram, et dont le nouveau Maître commence la quête.

Nous s'avons maintenant où conduit l'acacia, son rôle irremplaçable, et le sens emblématique qu'il recouvre. Seul vestige de la vie disparue, par lui se réalise la connaissance gestuelle et verbale, condition nécessaire à la renaissance d'Hiram.

« Éternel espoir de la survivance des âmes, de l'indestructibilité de la vie» selon Plantagenet, « conscience de la vie véritable » d'après Wirth... Le symbolisme de l'acacia reste cependant difficile à cerner.

L'image couramment figurée, le représente sous la forme d'une branche à sept feuilles, pourquoi sept?

Le nombre ne se justifie pas seulement par sa valeur de quanti té, mais aussi et surtout, par l'harmonie qualitative qu'il déploie. L'ensemble de cet influx crée son rapport au monde qui, en inter- action le désigne comme ce qu'il est.
Entre autres combinaisons, sept s'obtient par addition de trois, qui est l'Unité dans son essence et de quatre qui est l'unité dans sa substance. Sept est donc la matière animée, une totalité en mouvement (le Chariot du Tarot) analogue à l'homme parfaite ment réalisé. Situé entre le haut et le bas (la verticale), et les quatre points cardinaux des recherches (l'horizontale) l'homme debout est « ici » c'est-à-dire sept au centre du six. Sept désigne la perfection du centre par rapport à la périphérie, et aussi l'âge symbolique du M.', maçon placé entre l'équerre  et le compas.

L'ACACIA DANS LE RITUEL

Dans la première partie de la cérémonie, le récipiendaire assiste à la commémoration du triste événement et revit les moments forts du drame. Au rite Français, il n'est pas identifié d'emblée au maître Hiram. Son rôle est passif jusqu'a l'aboutissement des recherches, le moment ou le G.'. Exp.'. signale l'acacia pour la première fois. Aussi cette partie du rituel se présente-t -elle, comme une énigme dont l'initiable, aidé de l'acacia, doit faire la lumière.

La co-naissance du passé.

Au G.'. Exp.'., le 1er Surv.'. réplique: « Cette branche d'acacia. a vraisemblablement été plantée sur ce tertre par les assassins d'Hiram, pour reconnaître l'endroit où ils ont caché son cadavre». Analysons de près cette phrase extraite du rituel. Une question vient à l'esprit, pourquoi les assassins ont-ils planté une branche d'acacia ?.. pour reconnaître l'endroit, répond le rituel. Pourquoi donc avaient-ils besoin de reconnaître l'endroit ?.. peut-être pour y revenir ?.. mais y revenir pourquoi faire ?..

Reprenons au début. Hors la voie légale, trois Comp.'. sont prêts à tout pour obtenir les secrets de la maîtrise. Trois tentatives par la force conduisent à l'assassinat. C'est dire tout l'intérêt qu'ils portent à ce qu'ils convoitent. Dans la destruction de ce qui leur paraît supérieur, ils trouvent la mesure de leur valeur. Le crime confère la supériorité recherchée, tuer le maître c'est devenir maître. L'acacia prouve la réalité de l'acte et figure à leurs yeux, l'emblème de leur victoire.

Résumons le sens de l'histoire: En négatif, l'assassin se considère maître, il a vaincu et détient le secret de la mort de sa convoitise. En positif, le M.'. est pleinement M.'., il a découvert la mort et institutionnalisé son secret.

La co-naissance du présent

« Compagnons, arrachez cette branche d'acacia. Vous la tiendrez ensuite à la main. » En saisissant l'acacia l'initié se rattache à tout ce qui survit de la tradition maçonnique, et par le rituel d'élévation s'ouvre à l'immortalité symbolique. L'immortalité n'existe pas, mais la permanence existe. Elle s'exprime dans la tradition vivante dont le M. '. est dépositaire, et qu'il devra, à son tour, lui aussi transmettre. La passation engendre une interaction entre la mémoire collective et la mémoire individuelle qui, forte de l'expérience peut se remémorer. Se « re-mémorer » participe d'une certaine manière à la re-naissance d'une partie de nous-même. Dans la légende, par analogie ce phénomène est exprimé allégoriquement dans le fait de « retrouver le lieu ».
L'acacia jalonne le chemin de la mémoire, passage obligé de toute quête d'identité.

La co-naissance du futur

« Mes F.'. mettons un terme à notre douleur. L'acacia nous reste et sera pour nous une marque de reconnaissance. C'est l'emblème des sociétés humaines qui après avoir subi une longue oppression sont revivifiées par la liberté ».

Le Débhir à ce moment resplendit de lumière. Le nouveau Maître porte la branche jusqu'à l'autel où il la dépose. « Veuillez étendre la main droite au dessus de la branche d'acacia ». En forme de serment, les règles et devoirs, sont énoncés dans la lecture de l'obligation. Travailler à l'accomplissement de l'œuvre et, d'une part instruire, d'autre part ne pas révéler. Ces deux dernières fonctions se confondent avec celles de l'acacia qui « parle» à l'initié, (les trois mauvais Comp.'. sont initiés) et demeure seulement un végétal muet pour le profane.

Quant à l'accomplissement de l'œuvre, c'est l'objet futur du M. '. maçon. Porter ses efforts là où le conduit sa vie, et offrir son travail aux autres. Autrement dit, porter la branche et la déposer sur l'autel, tel est le sacrifice à consentir. Nos œuvres nous survivent, à travers elles nous existons encore dans l'esprit des générations suivantes.

Par la légende, l'acacia ouvre à l'unité triple de la connaissance. Celle-ci mise en œuvre par le rituel permet l'accession à l'immortalité symbolique. C'est dire tout l'intérêt qu'a l'initié de s'approprier le symbole. L'appropriation constitue en fait, tout l'enseignement pratique de l'acacia.

L'ACACIA REFLEURIT TOUJOURS

Pagnol fait dire à Raimu dans « la fille du puisatier » : « ... il faut se méfier des gens qui vendent des outils et qui ne s'en servent pas ». Il faut donc nous servir du symbole en tant qu'outil. Mais pour devenir efficace le symbole doit pénétrer nos consciences, s'imposer à nous jusqu'à se superposer, dans une totale identification. Avec imagination et volonté; L'acacia peut être converti d'un mode mental et abstrait, en un mode physique, pratique et quotidien, afin de devenir un outil bien réel. Si l'acacia est reconnu comme un signe, nous devons donc être un signe. Comme l'acacia planté sur le tertre, acacia nous-même, plantés dans la société, nous avons' le devoir de devenir un jalon visible, un jalon utile à toute conscience en voie d'évolution. Ce que le livret d'instruction du 3° grade définit en ces termes « Cette branche verdoyante au sein de la mort, est l'emblème du zèle ardent que le Maître doit avoir pour la vérité et pour la justi- ce, au milieu des hommes corrompus qui trahissent l'une et l'autre ». Corroborant la double notion de repère et de transmission, signalons que le « dictionnaire» de Daniel Ligou mentionne plusieurs revues ayant pour titre « acacia» ou « l'acacia ». Ainsi l'acacia s'exprime de la même manière, par le Maître Maçon comme dans une revue maçonnique, en termes de représentativité et de diffusion d'une œuvre qui doit sans cesse se renouveler; discerner les vrais valeurs afin de nous améliorer, travailler à réaliser le beau et le bien que nous devons faire au pré- sent, « ici et maintenant ».

Source :
http://emsomipy.free.fr/

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Les Trois Compagnons

Publié le 22 Décembre 2012 par X dans Planches

Nous venons une nouvelle fois de revivre ensemble, si je puis dire à propos d'un assassinat, la légende d'Hiram, récit mythique fondateur de la Franc-Maçonnerie moderne. Comme tout récit mythique, celui-ci s'adresse à l'intuition de chaque frère et son enseignement doit être compris sur le mode analogique ; nous sommes dans le monde des symboles. Ce midi je vais tenter d'approfondir ce que nous pouvons apprendre en méditant sur les circonstances mêmes du meurtre d'Hiram, et particulièrement sur ses auteurs, biens connus des maîtres maçons et de quelques autres sous l'appellation de « mauvais compagnons ».

Réfléchissons d'abord sur les différents plans où l'on peut interpréter le récit. Le carré long appelé souvent improprement « pavé mosaïque » est un élément où se superposent diverses analogies : il représente aussi bien le Cosmos que la Loge ou que l'individu lui même. Ce qui se passe dans la loge est de la même façon susceptible de renvoyer à des faits cosmiques, sociaux ou psychiques. Les trois meurtriers ont donc de nombreuses interprétations symboliques possibles. Nous allons en explorer quelques unes.

Notons tout d'abord que le récit et son exposition ont connu quelques variantes non seulement suivant les rites, mais aussi dans le temps au Rite Écossais Ancien et Accepté. Par exemple le Rite Français Moderne fait des récipiendaires un simple spectateur du drame qu'on mime devant lui avec un frère figurant Hiram et trois autres, habillés en compagnons, qui ne sont pas les surveillants ni le Très Vénérable Maître, jouent le rôle des meurtriers. Les outils et la succession des portes l'emplacement de ces portes, ne sont pas les mêmes que les nôtres. Au rite Écossais, selon les rituels promulgués ou acceptés par le Suprême Conseil de France, si le récit s'est toujours fait sur le mode participatif, les récipiendaires jouant Hiram, et les trois maillets mimant les meurtriers, les outils et même l'ordre des portes ont varié, ainsi que les endroits du corps atteints par chaque conjuré. Les plus anciens rituels mentionnent successivement la règle, l'équerre et le maillet comme outils utilisés dans le meurtre, au lieu du fil à plomb, du niveau et du maillet dans les rituels actuels. Nous essayeront de deviner la raison de ce changement à la lumière de nos interprétations.

La première interprétation de la légende se situe sur un plan astronomique, comme les interprétations des mythes des mystères païens. Hiram y représente alors l'être lumineux par excellence, le Soleil, et son meurtre suivi de sa résurrection font alors référence au déclin de l'astre du jour de l'équinoxe au solstice d'hiver, et à sa renaissance après le passage de la porte du solstice. Les trois compagnons qui tuent Hiram sont alors les trois mois qui séparent l'équinoxe du solstice. Et l'on doit s'y reprendre à trois fois pour ressusciter Hiram comme l'on doit attendre quelques jours au solstice pour s'assurer que la durée du jour se met à augmenter. C'est en effet le moment où les variations de la durée du jour sont les plus lentes.

Sur le plan social, Hiram peut incarner l'ordre d'une société juste, ou l'organisation de la Franc-maçonnerie telle qu'elle devrait être selon que l'on considère la société dans son ensemble ou l'Ordre maçonnique en particulier. Pour nous en tenir à ce dernier point, Hiram, le maître sans défaut, peut incarner un état idyllique de cet Ordre maçonnique. Cet état idéal est en butte aux entreprises perverses de membres de l'Ordre poussés par leurs passions. Les défauts les plus souvent retenus par les commentateurs sont l'ignorance, le fanatisme et l'ambition ; cela se voit dans l'usage complètement dévoyé qui est fait des outils : devenus des armes, des instruments de mort, ils ont perdu leur qualité de symboles dans les mains de ces compagnons qui n'ont pas su en pénétrer le sens ; et nous savons par expérience que malgré nos efforts, ces défauts sont loin d'être absents de nos colonnes, et même de nos Orients. Si la Franc-Maçonnerie doit se préserver, c'est d'abord de ses propres membres. Et ce n'est pas un hasard non plus si les mauvais « compagnons » sont figurés par les trois plus hautes autorités de la Loge : parmi tous les frères, nous devons nous méfier avant tout de ceux qui ont un pouvoir, car comme le dit Montesquieu, tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, et cet abus se ferait au détriment de tout l'Ordre. Ce n'est pas un hasard non plus si ce sont les mêmes qui procèdent à la résurrection d'Hiram ; la Franc-Maçonnerie pourra demeurer pure si elle se choisit des chefs dignes de son idéal.

Le récit de la mort d'Hiram peut également s'interpréter sur un plan psychologique personnel : Hiram figure alors une partie de l'inconscient du récipiendaire, qui doit subir une dernière épreuve avant de devenir un initié accompli. Dans cette optique les trois compagnons ont un rôle tout à fait ambivalent : ce sont les passions auxquelles l'initié doit savoir résister pour parvenir à son accomplissement, et nous retrouvons ici l'ignorance, le fanatisme et l'ambition. Mais il faut bien constater que ces meurtriers ont aussi un rôle de sacrificateurs, car c'est par une mort et une résurrection rituelles que le Compagnon devient un nouveau Maître : sans sacrificateur, pas de sacrifice. Leur présence est donc indispensable.

Par ailleurs il faut remarquer que les trois compagnons n'accomplissent pas leur forfait n'importe où : ils attendent le Maître chacun à une porte. Or dans les récits mythiques, le rôle des différents « Gardiens de la Porte » que l'on peut rencontrer est double. Ce sont souvent des monstres terribles qui empêchent le passage, ce sont aussi et en même temps des initiateurs qui, par les épreuves qu'ils font subir, permettent au héros de poursuivre son voyage. C'est ainsi qu'on peut aussi considérer les trois compagnons.

En infligeant au récipiendaire une mort successivement physique (un coup au côté droit), puis affective (un coup sur le côté gauche) et enfin psychique (un coup sur la tête), ils permettent au Compagnon de se dépouiller complètement du vieil homme qui est en lui pour pouvoir renaître sous la forme d'un nouvel Hiram, le Maître Idéal. Dans son combat contre les passions destructrices, le récipiendaire doit d'abord mourir afin de renaître dans un nouvel état de pureté, exempt des défauts qui l'empêcheraient de continuer son chemin initiatique. Et ce n'est pas encore une fois un hasard si les acteurs qui ont mimé les assassins sont les mêmes qui font revivre le nouveau Maître, pas un hasard non plus si ce sont les trois qui dirigent la Loge. Et c'est peut être pour insister sur cette qualité que l'on a substitué aux instruments d'origine (qui sont soit dit en passant les instruments spécifiques des apprentis, règle, et des compagnons, équerre) les outils emblèmes de leur fonction. Cela veut peut être aussi nous dire que l'apprentissage et le compagnonnage sont des épreuves préparatoires à cette mort d'Hiram à la fois redoutée et nécessaire, et que ces mêmes épreuves donnent une base pour servir à la construction psychologique du nouveau Maître.

J'ai dit, T\ V\ M\

Source : www.ledifice.net

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Judas, les 3 mauvais Compagnons, une histoire parallèle

Publié le 22 Décembre 2012 par J\ C\ dans Planches

Judas, les 3 mauvais Compagnons, une histoire parallèle


Le jour de son initiation, le profane, les yeux bandés, est accueilli par cette menace : « la pointe de ce glaive placé sur votre cœur est un symbole destiné à vous faire comprendre qu’il n’est pas facile d’entrer dans ce Temple et que les traîtres y sont sévèrement punis ». 2 ans plus tard le compagnon lit dans son obligation « si jamais je devenais parjure, puissé-je avoir le cœur arraché pour qu’il ne soit plus question de moi parmi les Maçons ».

Pourtant malgré ces menaces réitérées, Maître Hiram est trahi, assassiné par 3 compagnons, qu’on appelle « scélérats », « infâmes », « meurtriers », « misérables ».
Dans les Evangiles canoniques, Jésus dit pendant la Cène « l’un de vous me livrera » et ensuite « malheureux l’homme par qui le fils de l’homme est livré ! Il aurait mieux valu pour lui qu’il ne fût pas né, cet homme là ! ».
Judas, après avoir livré Jésus se suicide et est damné à jamais.

Dans les 2 cas, les méchants, les traîtres provoquent la mort d’un innocent (Judas est complice, le 3ème compagnon assène le coup mortel) et sont maudits. Qu’ont de commun ces mythes, mythe de la mort d’Hiram, mythe de la trahison de Judas ? Créés à 18 siècles d’intervalle, l’un n’est connu que des Maçons, l’autre du monde judéo-chrétien (et au-delà) à tel point que son nom est devenu un nom commun (ne dit-on pas avec mépris et effroi : c’est un judas !) et même un petit objet qui permet de voir sans être vu (en traître !).

Définition du verbe trahir (Robert) : « livrer ou abandonner celui à qui l’on doit fidélité. Manquer à la foi donnée ».

Rappelons brièvement ces histoires bien simples, d’après notre rituel au 3ème degré (1978) et les Evangiles Canoniques.
- Qui sont ces 3 compagnons ? Ils n’ont pas de nom (dans certains rituels ils ont des noms à connotation péjorative ). Ils construisent le Temple de Salomon sous les ordres d’Hiram et, je cite, « voyant l’œuvre presque terminée sans qu’ils soient en possession du Secret des Maîtres, ils résolurent de l’obtenir de gré ou de force ». Ce sont des conjurés qui passent à l’acte la nuit, tuent Hiram par 3 coups et le mettent en terre furtivement. Puis exit les compagnons. Qu’advient-il d’eux ? Hiram renaît et « la Lumière renaît plus radieuse que jamais »
- Simple dans les Evangiles, l’histoire de Judas se complexifie au fil des siècles. Judas est un judéen que Jésus a choisi pour disciple et à qui il a confié les cordons de la bourse commune. Peu avant sa mort, Jésus annonce sa trahison prochaine et livre le nom du traître à ses disciples. Judas exécute ce qu’il doit faire, il le fait vite puisqu’on l’en prie, promet aux prêtres de leur livrer Jésus contre 30 pièces d’argent puis, comprenant que Jésus va être livré aux Romains, s’en va se pendre. Exit Judas : il n’apparaît plus après la Pâque. Jésus est crucifié et ressuscite pour sauver l’Humanité.

Dans l’imaginaire des Maçons, le mythe d’Hiram est lié à l’élévation à la maîtrise et les 3 compagnons en font partie intégrante. Chacun sait qu’en Maçonnerie les choses sont révélées au compte gouttes, je m’en tiendrai à ce que je sais aujourd’hui.

Quant à Judas et sa trahison, il y a lieu de s’interroger sur la lente naissance quasi posthume du personnage jusqu’à ce qu’il devienne l’archétype de la trahison, de la perfidie, du Mal. S’interroger aussi sur l’enjeu qu’il devint très tôt dans les polémiques entre juifs et chrétiens, sur son devenir éponyme du peuple juif dès les premiers siècles. (éponyme = qui donne son nom.) Juda et Judaeus qui désigne le juif sont très proches phonétiquement et cette identité phonique qui crée la confusion n’est certainement pas fortuite. De plus Judas est déjà le nom dans l’Ancien Testament d’un des 12 fils de Jacob, celui qui conseilla de vendre Joseph plutôt que le tuer.
Sa légende s’est propagée dès les Actes des Apôtres (il n’est pas question de lui dans les Epîtres de Paul) et les Evangiles Apocryphes. Jacques de Voragine, au Moyen Age, dans la Légende Dorée, le confond avec Moïse et Œdipe, il en fait un fratricide, un parricide, un voleur, un incestueux … et j’en passe ! A ces vices, à cette trahison, l’Eglise ajoute 2 crimes : le sacrilège (il profane l’Eucharistie en partageant la Cène avec les autres disciples) et le suicide.

Très vite il est sorti de la sphère proprement religieuse : la Littérature, les Arts sacrés et profanes, les Mystères qui se jouaient sur les parvis des cathédrales, les Jeux de la Passion se sont emparés de lui : il a pris corps, visage et caractère. (à ce propos on cite une anecdote : un jésuite, voulant insulter un homme, remarque qu’il est roux comme Judas. A quoi l’insulté répond spirituellement : « je ne sais pas si Judas était roux, mais je sais qu’il était de la compagnie de Jésus »)
Le voici selon Giotto (fin 13è –début 14ème s.): cheveux et barbe roux, nez crochu, vêtu d’un manteau jaune (on pense bien sûr à la rouelle et à l’étoile jaune !) et derrière lui Satan qui le pousse. Il n’a plus d’auréole : seul, à ma connaissance, Fra Angelico lui en met une, mais noire… comme calcinée par tant de noirceur. Dans maintes phases de l’Histoire, il a été un peuple. Avec l’Holocauste, le monde a connu une période où le mythe a pris une dimension nouvelle, s’est incarné pour le pire comme probablement aucun autre mythe.
A l’aube du XXIème siècle, la sécularisation, malgré l’affaire Dreyfus, malgré l’Holocauste, a laissé Judas à son malheur. Si on a mis à nu le Christianisme, on a laissé bien souvent sa corde à Judas, le disciple dévoyé, l’éternel réprouvé.

Analysons ces 2 mythes pour y découvrir des analogies et des divergences, en parallèle.

Je laisse parler l’Orateur dans le Rituel : »Dans les mythes Mort-Renaissance, Mort-Résurrection, « un Dieu, un Héros, un Sage, un Martyr succombe sous les coups d’un Génie du Mal et subit le trépas pour recommencer bientôt après une vie glorieuse et immortelle ». Cette opposition génère une grande tension dans le récit ou le psychodrame que nous avons vécu lors de notre élévation au 3ème grade.
Jésus et Judas, Hiram et les 3 compagnons ne sont-ils pas les 2 faces d’une unique Révélation ( dans 2 sens de ce mot : (Grand Robert) : 1- « phénomène par lequel des vérités cachées sont révélées aux hommes, d’une manière surnaturelle » 2- « ce qui apparaît comme une connaissance nouvelle® initiation »?
Les traîtres ne sont-ils pas là comme une ombre qui mettrait davantage en relief la Lumière ?

En quoi sont-ils des instruments nécessaires , des meurtriers rituels?

Dans les Actes des Apôtres, il est écrit : »c’est Jésus de Nazareth qui a été livré selon le plan déterminé et la prescience de Dieu. » Après la Crucifixion, Pierre rassemble la communauté et n’a pas un mot d’horreur pour le crime, pas un mot de compassion pour le mort ; il semble assister à l’inéluctable accomplissement de quelque nécessité.
Dans une pièce de Roger Caillois écrite en 1961, Judas explique à Ponce Pilate : »le salut du monde dépend de la Crucifixion du Christ. Qu’Il vive, qu’Il meure de sa belle mort : c’en est fait de la Rédemption. Mais grâce à Judas Iscariote et à toi Procurateur, il n’en sera rien… on dira que tu fus lâche et que je fus un traître… je ne suis pas un indicateur, je ne suis pas un traître. Je suis comme toi, l’exécuteur de la Volonté Divine. »
Judas fait ce qu’il doit faire pour que les Ecritures s’accomplissent. Jean, dans son Evangile, mentionne son acte avant même que son nom ne soit introduit. A Capharnaum, écrit Jean, « Jésus savait quels étaient ceux qui ne croyaient pas et quel était celui qui le livrerait ». Il est à noter que le verbe trahir n’est pas employé mais le verbe livrer : Judas est le livreur de la Lumière, celui qui la révèle présente au cœur des Ténèbres. A son insu, il fait la volonté de Jésus comme Jésus fait la volonté de son Père. Judas a à faire avec une victime consentante : Jésus n’est pas surpris par son destin, il l’affronte, l’oriente et le prend lui-même en main (Evangile de Jean : »ce que tu as à faire, fais le vite ! »). Lorsque Jésus et Judas s’embrassent, ce n’est pas seulement l’ombre et la lumière qui se rencontrent, c’est un Dieu plus grand qui se révèle et s’accomplit. Jésus est sacrifié pour devenir le Sauveur de l’Humanité et Judas, le complice de son exécution et non pas l’auteur, est maudit.

CONTRADICTION !

Ne devrait-on pas dire comme les Gnostiques « bienheureuse trahison qui nous a valu un tel Sauveur ! »
J’ouvre une parenthèse sur les Gnostiques puis je reprendrai le fil de mon propos.
En mars 2006 a été publié l’Evangile de Judas (partie du Codex Tchacos), texte apocryphe écrit en copte et considéré au 4ème siècle par St Irénée comme une hérésie, texte marqué par la doctrine de la Gnose comme les textes de Nag Hammadi. (ensemble de codices qui pouvaient appartenir à une communauté gnostique implantée sur les rives du Nil, écrits en copte)
Il s’agit d’un courant de pensée des débuts du christianisme, inspiré par la philosophie néoplatonicienne, courant qui fut un redoutable adversaire de l’Eglise naissante. Pour les Gnostiques, la création n’est pas l’acte d’un dieu bon mais d’un créateur inférieur et mauvais.

Du Dieu supérieur « l’Agnostos » ou « l’Inconnaissable », l’homme a hérité une étincelle de lumière cognitive qui le rattache au monde d’En Haut. Si l’homme parvient à retrouver en lui cette lumière intérieure, s’il se dégage des liens imposés par son corps de chair, il devient gnostique ou initié. Il se connaît lui-même, en prenant conscience de ses origines divines.
Dans cette optique, Jésus n’est pas un Sauveur qui meurt pour racheter les péchés du monde mais un enseignant qui a reconnu en Judas un initié et un révélateur de sagesse et de connaissance, comme lui. Il lui dit : »mais toi, tu surpasseras tous les autres. Car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’enveloppe charnelle. » Judas, le meilleur des disciples aide son ami à se défaire de son corps et à délivrer son moi intérieur.

Pas de crucifixion, pas de résurrection au sens du dogme chrétien. La mort et la Résurrection du Christ ne sont que la représentation allégorique du salut qui attend tout homme possesseur de la connaissance qui doit se dépouiller de son enveloppe charnelle pour retrouver le royaume d’En Haut ou le royaume des purs esprits. Parce que Judas est le seul parmi les disciples à avoir compris cela, il devait apporter son aide à la réalisation de ce programme.

N’est-ce pas ce qui se passe symboliquement lors du psychodrame d’élévation au 3ème degré ?
Ne s’agit-il pas d’une transmutation au sens alchimique du terme : en alchimie il y a nécessité de décomposition du corps pour que la transmutation puisse s’opérer, la mort étant alors une libération de l’enveloppe corporelle.
Cela apparaît peut-être mieux dans le rite français que dans notre rite. En effet lorsque le 2nd Surveillant essaie de relever le compagnon-Hiram par l’attouchement de l’Apprenti, il ne peut pas et dit « la chair quitte les os » puis le 1er Surveillant essaie à son tour, en vain, et dit « tout se désunit » et enfin les éléments épars sont rassemblés pour que le compagnon renaisse Maître.

Jules Boucher écrit : « les 3 compagnons affranchissent Hiram des plans matériel et psychique pour le faire accéder à la maîtrise spirituelle totale. »Dans une autre phrase il écrit : « pour le faire accéder au plan divin ».
Hiram aussi me semble consentant . S’il est surpris par le 1er compagnon et cherche une autre issue, il prend le temps de donner une réponse avec une parfaite maîtrise « fidèle au devoir jusqu’à lui sacrifier sa vie » il accepte d’être sacrifié pour préserver la Tradition dont il est un agent de transmission : « plutôt la mort que de violer le secret qui m’a été confié. ». Les compagnons, c’est lui qui les a choisis, instruits, il est en partie responsable de sa propre mort, comme Jésus.

L’acte des compagnons me semble en outre un exemple de la mort rituelle du père qui participe de la loi cyclique de régénération. Dans un rituel, un compagnon s’appelle Abiram ; cela signifie « abattant le père ».
Le novice doit tuer son maître, il doit pouvoir s’approprier la compréhension de son initiateur mais il doit la dépasser par sa propre réflexion. Pour concrétiser son épanouissement et sa liberté créatrice, il doit être sans lien avec son passé, indépendant de toute personne ou connaissance extérieure : le Maître transmet et meurt ; son disciple s’élève et s’épanouit : on retrouve le symbolisme du grain de blé (Matthieu : »je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul, si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance »). Si on peut dire que les compagnons tuent rituellement le père, peut-on le dire de Judas ? Dante place Judas dans le 9ème cercle de l’Enfer, réservé aux traîtres, comme Brutus, meurtrier de son père adoptif César). Il faudrait analyser ce point avec un théologien.

Je terminerai cette partie en disant que le mythe maçonnique contient en filigrane le mythe chrétien : n’oublions pas que nos Pères Fondateurs baignaient dans la culture judéo-chrétienne !

Le résultat de ces 2 meurtres est le même : le sang du juste régénère et féconde la terre nourricière ; le Temple n’est pas achevé, l’Eglise est à bâtir ! mais l’impact ne peut pas être le même. En Maçonnerie, il s’agit, à travers le psychodrame, d’une expérience personnelle, individuelle ! Je m’explique : il y a les 3 compagnons félons mais le récipiendaire de la Cérémonie est un compagnon d’abord soupçonné du meurtre d’Hiram qui subit l’épreuve de Dieu en enjambant le cadavre ( dans le mythe scandinave de Siegfried, le traître Hagen doit passer à côté du cadavre qui se met à saigner indiquant à tous que Hagen a tué Siegfried par traîtrise) puis une fois blanchi, ce compagnon vit le martyr d’Hiram et c’est lui qui renaît Maître. Après ces épreuves le récipiendaire doit comprendre qu’il pourrait être un mauvais compagnon , mais qu’en lui le « vieil homme est mort et qu’un nouvel homme est né, perfectible par son propre travail. C’est un meurtre cyclique qui se renouvelle sans cesse.

Avec le mythe de la trahison de Judas, il s’agit de fonder une religion (le Christianisme) à la fois sur les ruines et la continuité d’une autre (le Judaïsme). Aux premiers chrétiens il fallait expliquer pourquoi un gouffre s’était ouvert entre les 2 religions : n’était-ce pas plus facile de dire que c’était de la faute de l’Autre ! De Judas pour les Evangélistes , des Juifs pour Paul (Epître aux Thessaloniciens de Paul)
N’est-ce pas ce que symbolisent les statues féminines qu’on voit aux portails des cathédrales (Paris Strasbourg) : d’un côté la Synagogue, tête basse, yeux bandés, hampe cassée, symbole de l’Ancien Testament en face de son vainqueur, l’Eglise couronnée, tête haute, portant une hampe en forme de croix.
D’un côté le but est de construire un Temple intérieur, de l’autre d’élever un Temple à la Divinité.

Derrière tout mythe, il y a une dimension cachée de la réalité humaine ; revenons sur le plan humain pour nous demander si en chacun de nous ne sommeille pas un Judas ou un mauvais compagnon car si Jésus et Judas sont les 2 faces d’une même Révélation, ne sommes nous pas des Dr Jekyll et Mister Hyde ? Une phrase du rituel ne dit-elle pas à propos d’Hiram : « son large front reflétait à la fois l’Esprit de Lumière et le Génie des Ténèbres ? »

Mobiles et mise en œuvre de l’acte.

Les 3 compagnons

Ils sont curieux puisqu’ils veulent connaître le mot des maîtres : dans de nombreux contes et légendes, la curiosité est récompensée car elle est signe d’une ouverture, d’un désir d’aller de l’avant et de vaincre les obstacles. Ici elle est négative car les compagnons, dans leur hâte de brûler les étapes montrent qu’ils manquent de persévérance, de patience, de réelles capacités même s’ils ne sont pas totalement ignorants : en effet ils ont été choisis par Hiram lui-même, ils ont déjà eu une augmentation de salaire, ils sont sur la bonne voie et soudain ils perdent la tête, montent un guet-apens et abordent Hiram avec leurs outils qui deviennent des armes : la règle, le levier, le maillet. Ils les utilisent de façon dévoyée, en les détournant de leur nature et en inversant leur symbolisme.

Prenons les 3 outils et les 3 coups dans l’ordre :
Le 1er compagnon frappe Hiram sur la tête et le coup dévie sur l’épaule. Cet outil symbolise la constance, la persévérance dans la ligne de conduite. Qui dit règle, dit obéissance librement consentie. Se servir de la règle pour agresser le Maître signifie désobéissance délibérée, rejet du Maître et de son enseignement. Le coup (si on imagine la perpendiculaire) atteint la gorge, siège de la parole (j’entends souvent parler de la parole perdue et rien dans le rituel n’y fait allusion. Il est sous-entendu qu’Hiram ne parle pas. Cette explication du coup de règle permet peut-être de comprendre ! (tiré par les cheveux !).

Lors du 3ème voyage du compagnon, la règle est associée au levier : notre memento dit : »le levier est le symbole de la volonté inflexible guidée par une foi éclairée et active capable de vaincre les difficultés ». Mais le levier est soumis à la règle qui symbolise notre conviction et notre idéal: si la règle choisit la voie du Mal, le levier amplifie le mouvement et ne peut plus être arrêté : c’est la force brute qui se déchaîne ! Ce coup aussi est dévié : pourquoi ? pour montrer que les compagnons ne maîtrisent pas leurs outils ? qu’ils ne veulent pas aller jusqu’au meurtre ? qu’il s’agit d’un seul compagnon obligé, par incapacité de s’y prendre à 3 fois ?

C’est le maillet qui donne le coup fatal ! Ce maillet est le premier outil confié à l’Apprenti « instrument actif qui rappelle à l’initié qu’il n’arrivera à rendre la pierre unie et lisse que s’il a toujours les yeux tournés vers son idéal et s’il sait acquérir le discernement qui est le garant d’une sûre besogne. » Ce maillet fait partie aussi du 1er voyage du compagnon, symbole de la volonté, de la détermination morale et devient maintenant volonté de donner la mort.

Tout cela montre une régression complète des compagnons ; les voilà revenus au monde profane, à un monde primitif où on s’accapare ce qu’on désire. Peut-être n’ont-ils jamais quitté le monde profane ?
Claude Guérillot écrit « inverser ces symboles revient à promouvoir la paresse, le manque de rigueur, l’inanité spirituelle ». En exigeant le mot des maîtres, les compagnons inversent la devise « ordo ab chao » : ils veulent nier l’ordre du monde ; ils légitiment la violence, ils feignent de croire que l’homme peut accéder à un niveau supérieur sans effort.

Revenons à leurs mobiles. Ils agissent par ambition, par orgueil : posséder le secret des maîtres c’est le moyen d’accès au pouvoir(et à un meilleur salaire !) et ce n’est peut-être pas un hasard si au REAA ce sont le VM et les 2 surveillants qui donnent les 3 coups : ce sont eux qui, à l’image du monde profane, détiennent le pouvoir et sont les plus susceptibles de le détourner s’ils n’ont pas toutes les vertus et la sagesse.

Notre Memento au grade de Maître dit : « l’œuvre d’Hiram est constamment menacée par l’ignorance, l’hypocrisie et l’orgueil ». J’aime bien l’explication de Jules Boucher. Il recense un grand nombre de noms des 3 compagnons qui seraient une déformation du mot GIBLIM (tailleur de pierre) (ex : Giblon, Giblos, mais aussi Jubelas, Jubelum, Gravelot, mots intraduisibles.) ce qui signifierait que les 3 compagnons représentent des contre vertus qui sont à l’état latent chez chaque Maçon. Le savoir de ces compagnons (comme leur nom) a été altéré, contrefait, il ne sert plus à la construction mais à la destruction Le maître peut renaître à condition de rectifier ce que les 3 compagnons personnifient :
Ignorance ®connaissance
fanatisme ® tolérance
ambition ® détachement
vanité ® simplicité
orgueil ®humilité
égoïsme ® sens du partage

A travers les compagnons et ces interprétations plutôt moralisantes, nous prenons conscience que la voie de l’initiation est encore semée d’embûches jusqu’à l’hypothétique accession au domaine spirituel.

Mais pourquoi sont-ils 3 ? je ne sais pas répondre à la question. Je ne peux que dégager quelques pistes.
- Un ternaire : les 3 compagnons répondant à un autre ternaire (Salomon ; Hiram de Tyr ; Maître Hiram) ? Le premier ternaire bâtisseur, le second destructeur ?
- 3 compagnons, 3 outils, mais 2 qui ratent leur cible. Pourquoi ? parce qu’ils n’ont pas l’intention de tuer dès le départ mais sont aveuglés par leur propre violence ?
- Pourquoi le maillet est-il le coup de grâce ? Il détruit l’intelligence mais c’est aussi un coup libérateur de l’esprit comme celui qui est donné au front d’un pape lorsqu’il meurt : c’est lui administrer le feu qui le ressuscitera ! Est-ce la dernière étape de la transmutation ?
J’attends des réponses à toutes ces questions !!!

- L’analyse des mobiles de Judas me semble aussi très complexe ; il est vrai que le Christianisme a 18 siècles d’avance sur la Maçonnerie : les exégètes ont eu le temps d’approfondir !

Si on relit les Evangiles, le mobile semble la cupidité : Judas reçoit 30 deniers (seul Matthieu écrit qu’il les demande). C’est bien peu car les Grands Prêtres considéraient Jésus comme un agitateur et voulaient l’arrêter depuis longtemps ; Judas aurait pu le vendre bien plus cher. N’a-t-il pas dû feindre la cupidité pour persuader les prêtres et les docteurs de la synagogue de sa sincérité ? Si on ne lui avait rien donné, il l’aurait fait quand même. Cherchons plus loin !

Si on analyse son nom Iscariote on y trouve des éléments de réponse.
1) Iscariot = homme de Keriot donc judéen et non galiléen comme les autres disciples. Il peut se sentir exclu du groupe et éprouver de secrètes amertumes : c’est Pierre qui reçoit les clefs, c’est Pierre qui renie et est pardonné, Jean est le disciple bien-aimé, Thomas a le droit de douter…Amour déçu, jalousie : est-ce suffisant pour trahir ?
2) Iscariot viendrait du latin sicarius (le sicaire est l’homme au poignard.) Les Romains appelaient sicaires les terroristes juifs, les zélotes qui voulaient restaurer la Loi de Moïse pure et dure pour qu’Israël retrouve son identité perdue à cause des prêtres qui avaient pactisé avec les Romains. Cette hypothèse paraît la plus intéressante car elle transforme le drame de Judas en une tragédie universelle.
Judas a cru en Jésus, persuadé qu’il était le Messie annoncé. Il l’attend comme le justicier (dans la tradition juive, Dieu signifie juge), celui « qui séparera le bon grain de l’ivraie » écrit Matthieu.
Or surprise et déception (nous savons que tout homme déçu est dangereux) : Judas perd peu à peu cette confiance, cet espoir en Jésus : les Evangiles disent : » l’un de vous ne croit plus ». Jésus semble se référer à une nouvelle Loi plutôt qu’à la stricte observance de l’ancienne. Judas en vient à se demander si Jésus n’abolit pas la Loi plutôt qu’il l’accomplit. En plus Jésus dit selon Marc : » il faut que l’Evangile (bonne nouvelle) soit prêché à toutes les nations ». Voilà que Jésus prétend qu’il veut accueillir les non juifs, cela signifie pour Judas qu’il va effacer l’identité d’Israël alors qu’Israël ne voulait pas se mêler aux autres nations. Le but pour un zélote est de libérer Israël : ou c’est Jésus qui doit délivrer Israel ou il faudra délivrer Israel de Jésus.
Que doit faire Judas en toute conscience ? Il a bien le droit de penser différemment et il va confier ses doutes au grands prêtres ; il s’en remet à plus compétent que lui, sans vouloir la mort de Jésus. C’est le Grand Conseil qui remet Jésus aux Romains.
Si Judas est responsable, il n’est pas coupable mais lui-même trahi par ceux à qui il demande de l’aide.

Comment Judas agit-il ? Il livre Jésus par un baiser.(fresque du 13ème s. par le Maître de l’Arrestation à Assise)

Dans notre rituel, les compagnons ne cherchent pas à tromper Hiram : ils l’abordent, l’arme à la main, bien déterminés… mais la nuit quand même : pour ne pas être reconnus ? pour ne pas l’affronter à découvert car leur conscience parlerait déjà ?
Il y a bien des baisers trompeurs dans l’Ancien Testament (Judith et Holopherne), dans les légendes (Agammennon embrasse Iphigénie avant de la sacrifier alors qu’elle doit fêter ses noces avec Achille !). Judas trahit certes en livrant Jésus mais il trahit surtout ce qui constitue le disciple : il simule une confiance qu’il n’a plus. Le propre de la trahison est d’être un piège, comme le propre d’un piège est de camoufler qu’il est un piège : le baiser symbole d’amour est le signal pour arrêter Jésus ! pour ne pas éveiller de soupçons chez les disciples et pour ne pas provoquer un soulèvement peut-être ?

De plus dès les premiers temps du christianisme, les frères et les sœurs chrétiens se saluaient par un baiser : on imagine l’horreur suscitée par l’usage dévoyé du baiser là où il était déjà considéré comme un rite sacré : c’est le sommet de la perfidie ! Judas ne trouvera pas un seul avocat devant le tribunal de la morale chrétienne.

Revenons au cas de conscience de Judas !
Cette tragédie de Judas n’est –elle pas universelle ?

Le drame naît à chaque fois de 2 évidences aussi impérieuses que cependant incompatibles. Une part essentielle de moi se reconnaît à la fois dans l’une et dans l’autre. Tout choix que je fasse sera celui d’une trahison.
Jésus par rapport à la Loi de Moïse est un dissident mais il représente aussi une espérance qui est peut-être une chimère. Judas au nom de la cause qu’il sert élimine ce qui risque de la compromettre, de la retarder ou de lui faire obstacle. Il n’est justice ni innocence qui tiennent face à la pureté de la doctrine ou à la ligne du Parti. C’est le ressort de toutes les purges, de toutes les éliminations, de toutes les persécutions. Cela peut s’appeler fanatisme, sectarisme ou fidélité à la cause. Judas se repent, et va se pendre quand il comprend enfin que Jésus va être crucifié, la plupart ne se repentent pas.

La trahison de Judas n’a pas eu lieu une fois pour toutes. Ce conflit, tout homme peut l’éprouver quand il est partagé entre sa loyauté envers une personne qu’il vénère et sa fidélité à un Idéal (thème des « mains sales » de Sartre. Hugo est déchiré par sa fascination pour un homme et sa fidélité à la ligne du Parti.) Logique folle qui déduit de la suprême exigence du bien la nécessité de faire le mal, du règne de la vertu la nécessité de la terreur et des commandements de Dieu le martyr de l’innocent.

Judas est-il encore un monstre démoniaque ou un homme dont le propre est de chercher et de se tromper, de se tromper même quand il pense juger en toute lucidité et conscience. Il peut nous faire réfléchir sur nos attentes : nous attendons de l’Autre ce que nous ne voulons pas ou n’osons pas nous demander à nous-mêmes. Si nos attentes sont déçues, il n’y a personne à accuser, si ce n’est notre attente ! Mais peut-on vivre sans attente ? c'est-à-dire sans illusion ?

CONCLUSION

J’en arrive à une conclusion parce qu’il faut bien conclure et je la ferai autour de la fin de Judas et de la sortie des compagnons.

Au point où j’en suis en Maçonnerie, je me pose beaucoup de questions sur le devenir des compagnons, si suite il y a. Je rappelle le rituel dès le premier degré qui appelle les foudres de la Justice (et de la vengeance) sur le traître : les retrouvera-t-on ? Y aura-t-il un procès équitable pour eux ou une exécution sommaire par le glaive ? Auront-ils des circonstances atténuantes ou auront-ils à faire au Dieu vengeur ? Iraient-ils se pendre ? Le secret est-il perdu à jamais ? (Dans notre rituel, il n’est pas question d’un mot de substitution !) Leur entreprise est-elle totalement vaine : ils n’ont rien obtenu et sont devenus criminels. Pourtant ils inhument Hiram et signalent le lieu de l’inhumation avec une branche d’acacia : auraient-ils reconnu la grandeur d’Hiram, son sacrifice et seraient ils sur la voie de la contrition (la contrition est une douleur vive provoquée non par la crainte du châtiment mais par un sentiment d’amour).
Si je relis le rituel 2 phrases dites par le TRM me frappent : « Ne fais jamais à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » et » il faut rendre le bien pour le mal » Les Maîtres savent-ils pardonner ? lors de l’Initiation nous jurons de nous réconcilier avec nos ennemis ! Rappelons nous les paroles du TRM : »nous devons détruire les Préjugés, le Fanatisme, l’Ignorance, l’Injustice et faire régner à leur place le Droit Humain, la Justice Sociale »

Revenons une dernière fois à Judas. Il y a 2 versions de sa fin :
- Il se suicide avant la Crucifixion de Jésus: pourquoi ? il refuse le pardon et s’enferme dans sa culpabilité. Il se sacrifie car la cause à laquelle il se sacrifie est plus sacrée que l’image de sa propre personne.
- Il tombe en se pendant et il éclate si bien que ses entrailles se répandent sur le champ qu’il a acheté au prix du sang de Jésus. Allégoriquement il n’a plus supporté le poids monstrueux de la contradiction dans laquelle il s’était fourvoyé si bien que son existence éclate. Mais il était déjà écrit dans le Livre de la Sagesse : « les impies, YHWH les précipitera muets la tête la 1ère. »

N’aura-t-il jamais droit au pardon s’il a droit à l’excuse ? Ces 2 mots me semblent être dans 2 registres différents : l’excuse est du domaine du Droit, de la Justice, le pardon fait appel au cœur, voire à la transcendance.
Mauriac qui scrute avec délectation l’âme des pécheurs a écrit dans sa « Vie de Jésus » :
» Judas aurait pu devenir un saint, le patron de nous tous qui ne cessons de trahir : quand il s’est donné la mort, il était au bord de la contrition parfaite. Dieu aurait eu tout de même le traître nécessaire à la Rédemption et un saint de surcroît. »

Alors réhabilitation de Judas et des 3 compagnons (réhabilitation ne signifie pas acquittement de la faute) ou damnation éternelle ?
Ce siècle déchristianisé s’obstine à croire en Judas. Cela ne montre-t-il pas qu’il est plus aisé de croire à la haine qu’à l’amour ? L’objet de la haine ne meurt pas, puisque la haine, comme le croire, est sans objet, elle n’a que des boucs émissaires. J E Dauzat écrit dans son livre
« Judas, de l’Evangile à l’Holocauste » : « peut-être Jésus est-il ressuscité une fois. Judas n’en finira jamais de ressusciter tel un Sisyphe voué à faire les muscles de notre haine.
Dans un monde qui ne croit plus à la Résurrection mais persiste à vouloir un Judas, reste à imaginer une religion qui prêche l’amour sans nécessiter la haine.

J’ai dit TRM

Source : www.ledifice.net

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Du meurtre au relèvement

Publié le 22 Décembre 2012 par L\ T\ dans Planches

J’ai été invitée un jeudi soir de décembre, aux alentours de midi, à la suite d’un meurtre dans le temple de Salomon. Trois surprises m’attendaient ce soir là. La première était de pénétrer dans le temple à reculons, la seconde était de découvrir le temple tendu de noir, désorienté, et la troisième, et non la moindre, d’être soupçonnée du meurtre d’un homme que je ne connaissais pas.

Après disculpation, j’ai pris part à la reconstitution du meurtre d’Hiram. J’ai pris sa place en tant que victime. Morte une première fois avant mon initiation, j’ai vécu une seconde mort.

Le relèvement qui a suivi m’a profondément questionnée. Cette planche retrace le cheminement de ma pensée et le sens que j’ai pu donner à cet acte.

Le Mythe

L’action se déroule dans le temple de Salomon, première version, vers 960 avant JC, alors que les travaux s’achèvent, et qu’ Hiram termine son inspection journalière. En ce qui concerne les protagonistes, d’un côté trois compagnons, contrariés de ne pas être maîtres à l’approche de la fin des travaux. Trois mauvais compagnons dont on ne connait pas le nom, l’âge ou le métier, mais qui, par principe sont mauvais. De l’autre, Hiram, ou plus précisément Hiram Abi, célèbre Architecte, envoyé au roi Salomon par Hiram, roi de Tyr, pour diriger les travaux de construction du Temple. Les armes du crime sont trois outils de chantier : une règle pour un 1er coup porté à l’épaule gauche, un levier pour un 2ème coup porté à l’épaule droite et un maillet pour un 3ème et dernier coup fatal porté à la tête.

Le scénario maintenant : à l’approche de la fin de la construction du temple, trois Compagnons veulent connaitre les mots signes et attouchements des maitres et s’adressent à Hiram. Il aurait pourtant été plus simple de questionner n’importe quel autre maitre ... Trois mauvais compagnons, pas très futés, qui vont laisser des traces de sang dans le temple, qui vont déplacer le corps du mort , pour l’enterrer dans une position à mi chemin entre la position à l’ordre des compagnons et celle des maitres, en laissant des outils à côté de la tombe, et qui iront même jusqu’à marquer l’emplacement de la sépulture d’une branche d’acacia. Et pourquoi pas un panneau indicateur aussi? A première vue, c’est le crime de la bêtise.

Mais une telle accumulation de maladresses devient rapidement suspecte et m’incline à penser qu’il y avait une impérieuse nécessité à retrouver le corps d’Hiram…

Pour finir, la version officielle, sous forme allégorique, se termine sur une leçon de morale où les trois mauvais compagnons représentent l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Elle oppose le courage et l’incorruptibilité d’Hiram à la bêtise des trois assassins.

Ainsi, il y aurait donc d’un côté Hiram, le maitre exemplaire, et de l’autre trois mauvais compagnons particulièrement stupides et misérables. Le blanc, le noir. La lumière et les ténèbres. Tiens revoilà une association bien connue en F\M\…. Une juxtaposition des contraires qui me pousse à aller de l’avant dans ma réflexion.

Cette reconstitution du meurtre a suscité chez moi beaucoup de questions. Si Hiram était aussi sage et clairvoyant que l’on dit, il aurait dû déceler le complot. Il ne faut pas oublier qu’Hiram a embauché ces ouvriers, les a initiés et même élevés au grade de compagnons. Comment comprendre ce mauvais choix ? En était ce vraiment un ?

Il n’y a pas d’App et de Comp sans Maitre. Un Maitre qui n’a pu instruire que des Compagnons ou des Apprentis meurt avec eux. Mais lorsque le compagnon devient Maitre, alors le Maitre meurt comme la fleur meurt quand le fruit la remplace. Hiram meurt pour mieux renaitre au travers du Comp\ qui va être relevé. Hiram CHOISIT de mourir. En instruisant les mauvais compagnons, il instruit ses meurtriers. En emportant avec lui le mot des maitres, il initie la quête de la parole perdue et enclenche le cycle de sa recherche. Par sa mort, il devient un éveilleur de conscience. En tuant Hiram, et en m’identifiant à lui, je m’intègre et je renforce ce cycle.

Hiram meurt par les trois mauvais compagnons, qui participent ainsi à l’émancipation de l’ensemble des maitres. Dans cette optique, les trois mauvais compagnons et Hiram ne font qu’Un. Comme la fleur et le fruit ne font qu’un. Les trois mauvais compagnons ne disparaissent pas. Ils font partie d’Hiram. Ils sont toujours en nous, on pourrait dire qu’ils se transmutent en Hiram. C’est là tout le symbole de la branche d’acacia. Et l’obligation de retrouver le corps devient alors évidente. Hiram se fait assassiner par lui même. Il ne peut revivre que si son corps est retrouvé.

Il se fait relever par lui même puisque les Maitres qui le lèvent par les 5 points parfaits de la maitrise sont d’autres Hiram relevés. Les mauvais trois compagnons et les trois maitres sont les mêmes. Les trois compagnons et les maitres sont Un, c'est-à-dire l’unité.

La mort d’Hiram est similaire au schéma : mort par assassinat suivie d’une résurrection, opéré par Osiris et Seth

C’est une association paradoxale mais pourtant inséparable, une dualité réussie, un équilibre entre le civilisé et le barbare, qui s’opère en chacun de nous. En tuant son frère, Seth détruit ses formes révolues pour provoquer une mutation de son être. Il ne le verrouille pas, mais le libère de ses blocages, de son horizontalité. Il assure ainsi la dynamique de ses cycles régénérateurs.

Le Relévement

Grâce aux mauvais compagnons que je suis, je suis morte à moi même. J’ai quitté le plan horizontal pour être relevée. Je suis passée de l’équerre au compas. Les mauvais compagnons sont en moi, je me reconnais en eux comme en Hiram. Je dois apprivoiser ma part d’ignorance, de fanatisme et d’ambition. Espérer les faire disparaitre est pure chimère. Seth ne disparait jamais. Horus ne le tue pas. Et c’est un choix délibéré.

La force et la volonté qui émane des seuls Trois compagnons passés à l’acte, comme l’agressivité Séthienne doivent être jugulées, canalisées, contrôlées, pour être utilisée à de meilleurs dessins.

La mythologie Egyptienne là encore, me montre la voie, en plaçant Seth, l’Agressif, en protecteur, à la proue de la barque solaire, en lutte perpétuelle contre le chaos et le serpent Apophis.

Je dois apprendre à canaliser mon agressivité, à l’éduquer pour ne pas être emportée par elle. Apprivoisée, cette part destructrice sera, pour moi, une source d’énergie vitale et de dynamisme créateur. Les ténèbres et la lumière sont une seule et même chose.

Par la marche du M.M\, je suis passée de l’équerre au compas. Alors qu’App.App\ ou Comp.Comp\, ma marche se faisait sur un plan horizontal, vers l’avant, vers la lumière, désormais je change de dimension. La dimension spirituelle s’ouvre à moi. Je n’ai pas été relevée à l’issue de voyage. C’est la Maitrise elle même qui devient le voyage. Elle est même plus que cela.

Mes voyages de Comp.Comp\ n’avaient pas de but précis. L’errance n’était pas loin. J’ai mis du temps à comprendre que le voyage était avant tout intérieur et que c’est avant tout moi même que je cherchais. Désormais j’ai une quête à poursuivre. Celle de la parole perdue, celle de rassembler ce qui est épars. Mais est ce si différent de ma recherche précédente?

Je suis DEBOUT maintenant, sans Surveillant, en capacité pleine et entière d’agir, responsable de mes actes. Libre de parcourir le temple et le monde. A la merci des mauvais compagnons que je porte, mais aussi portée par la force d’Hiram dans lequel je me reconnais.

L’une des principales choses qui m’ait été transmise, c’est la possibilité de me révéler à moi-même. Quand je prends conscience de ce que je suis, de mes zones d’ombre et de lumière, je peux me développer, m’épanouir, selon mes désirs et mes capacités. Passer de la matière à l’esprit, de l’affectif au fraternel. Je dois conserver des mauvais compagnons la volonté de progresser, mais écarter ma violence, mes passions et mes vanités. Être en capacité de séparer l’essentiel de l’accessoire, le matériel du spirituel, voilà mon travail en chambre du Milieu.

Si je suis en capacité de faire cela, alors les forces en apparence opposées se résoudront dans l’Unité, dans l’axe vertical.

Debout, je suis un axe entre la terre et le ciel. Entre l’équerre et le compas. Entre l’ordre de la nature et celui de l’esprit. Juste milieu si difficile à réaliser et maintenir individuellement. Ce relèvement marque le dynamisme vainqueur de l’inertie. Je suis sortie de la léthargie de la mort. Je suis vivante, je suis debout. Mon chaos intérieur est, pour un instant, vaincu. Comme le pilier Djed, redressé lors de la résurrection d’Osiris, l’ordre intérieur est rétablit. ORDO AB CHAOS.

J’ai été reçue en chambre du Milieu. Ce qui m’a été donné, je dois non seulement le rendre, mais avant tout le faire fructifier. Je suis Hiram désormais et sa mission devient mienne. J’ai un Temple à construire. J’ai des devoirs.

Car Hiram n’a pas ressuscité. S’il se réincarne dans le corps du nouveau Maitre que je suis, c’est parce que JE CHOISIS de m’identifier à lui. Pas parce que je suis habitée ou hantée par l’esprit du maitre assassiné. J’agis par Devoir et non par Obligation car je le fait de ma libre volonté. En faisant ce choix, je fais vivre le mythe. Celui de la transmission.

Transmission et cycles

S’il fallait retrouver la tombe et le corps d’Hiram, c’est pour le relever, pour me relever. Hiram est mort pour renaitre à travers moi. Je devais être relevée pour intégrer le cycle.

Car le 3ème degré, plus encore que les précédents, renvoie aux cycles. Au passé, par la marche à reculons. Au futur, par le relèvement qui m’a fait mourir pour grandir.

Je sais désormais qu’il y a un temps pour chaque chose. Un temps qui me fait vivre plusieurs vies simultanément : je suis éplorée par le meurtre que j’ai moi même commis, je suis le gardien d’un tombeau où j’ai enseveli un corps que jadis j’occupai. Le jeune maitre que je suis a conscience de tous ces cycles : je suis dans le passé, le fruit de l’amour des Maitres qui m’ont précédée et m’ont instruite, le présent car j’ai la responsabilité de la construction du temple, et le futur par la transmission que je dois opérer vers les App.App\ ou les Comp.Comp\.

Quelle est la différence fondamentale entre la mort/renaissance de l'initiation au premier degré et celle de l'exaltation au 3ème ?

Dans le premier cas, le F\M\ renaît EN LUI-MÊME, après avoir traversé l'épreuve de la terre c'est-à-dire un voyage en lui-même.

Dans le deuxième cas, il renaît EN L’AUTRE. Il le fait après avoir connu la trahison, mais il le fait GRACE aux autres, pour se réincarner, non dans un message, mais dans une œuvre collective.

A mon sens, et c'est ce que j’ai découvert en tant que surveillant, en Maçonnerie, il y a non seulement une résonnance à trouver en soi, pour chacun de nos symboles, mais également à trouver dans la démarche initiatique elle même.

Après être mort à ses certitudes, avoir envisagé le fait que la lumière était chemin, avoir été à la rencontre des vérités des autres, avoir connu le doute, la trahison (celle souvent anecdotique des autres, celles, plus ennuyeuses de ses propres convictions), le M.M\ peut espérer sa survie dans l'autre. Comme ce n'est pas un gourou et qu'il ne s'agit pas de se réincarner dans quelques doctrines ou la foi de quelques fidèles, cette préservation, c'est grâce au travail des autres, dans la valeur et le sens qu'il saura donner à ce travail, qu'elle s'opère.

Il a fallu 3 MM pour relever Hiram. Ce relèvement c’’est la fraternité mise en acte. Isolée, je ne suis rien. J’ai été relevée par les 5 points parfaits de la maitrise, par l’action collective des M.M\ qui m’ont précédée et qui vont à travers moi, donner vie au travail qu’ils ont accompli.

Ainsi, au travers de cette transmission, le fil ténu qui lie les parts de vérités mises à jour au cours du temps, par les F\M\, court, de générations en générations et le Temple s’élève.

En me permettant de retrouver en lui I'Hiram qui sommeille en chaque initié dont la conscience est transcendée par la mise en œuvre du rituel, ce mythe m’apprend l'éternel recommencement de la vie en montrant que la mort d'un maître humain, aussi inspiré fut-il, est immédiatement suivie par la venue d'un nouveau maître auquel est transférée la capacité de ramasser les outils déposés par le précédent afin de poursuivre l’œuvre qui n'est jamais achevée.

Ce mythe constitue également une formidable leçon d'humilité en ce qu'il traduit de manière opérative l'impermanence et la relativité de la grandeur, réelle ou supposée, des hommes même les plus vertueux et les plus remarquables.

Conclusion

« Je sui mort parce que je n’ai pas le désir,
Je n’ai pas le désir parce que je crois posséder,
Je crois posséder parce que je n’essaye pas de donner,
Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien,
Voyant qu’on n’a rien, on essaye de SE donner,
Essayant de se donner, on voit qu’on n’est RIEN
Voyant qu’on n’est rien, on désire devenir,
Désirant devenir, on VIT. »

René Daumal

Lors de mes impressions sur la cérémonie d’exaltation, je vous avais fait part de l’immense joie qui m’avait envahie, de voir ce soir là, réunis dans ce temple, tous les M.M\ qui avaient œuvré de près ou de loin, à mon instruction.

Avec le temps, je réalise que l’amour, solide et sincère, que vous me portez, me change profondément. Il m’a fait intégrer un cycle vertueux où je me construis PAR et AVEC vous.

Ce soir de décembre, il n’y pas eu de révélation. Juste une transmission. Celle d’une quête qui me concerne et m’est intime, mais aussi d’une autre bien plus grande, qui me nourrit et où je ne suis qu’un maillon.

Une chaine qui existait bien avant moi et qui perdurera bien après, mais à laquelle je choisis de travailler, car, debout, devant vous, ce soir de décembre, du meurtre au relèvement, l’amour a été plus fort que la mort.

T\R\M\ j’ai dit.

  

Source : www.ledifice.net

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Les Outils du Meurtre

Publié le 21 Décembre 2012 par Y\M\ R\ dans Planches

Lors de la cérémonie d’élévation à la Maîtrise, les trois actes du meurtre d’Hiram nous sont présentés avec les différents protagonistes et leurs attributs symboliques.
Le premier acte voit s'accomplir le meurtre de l'Architecte par trois mauvais compagnons ; le deuxième acte concerne les recherches et la découverte du cadavre ; enfin, le troisième acte est consacré au relèvement, depuis la position horizontale jusqu'à la position verticale, du corps inerte d'Hiram.
Le 1er acte de ce meurtre symbolique s’articule autour de 3 pôles : la victime, les criminels et les outils du meurtre.
Aujourd’hui nous nous intéresserons, aux trois outils : la règle, le levier et le maillet, qui ont servi à perpétrer ce meurtre.
Mais je ne saurais passer sous silence, la personnalité de la victime et les circonstances de ce drame symbolique.
La personnalité de la victime
Salomon, voulant élever un temple à l'Eternel demanda l'appui de son voisin, le roi de Tyr. Celui-ci lui envoya les plus habiles de ses ouvriers, et un homme chargé de diriger les travaux du Temple, un architecte nommé Hiram.
Aussi farouche qu'instruit, Hiram possédait l'Art de bâtir jusqu'en ses moindres détails. A son arrivée, Hiram avait réparti les ouvriers en trois classes distinctes selon leur profession : à sa droite, se rangèrent ceux qui tra­vaillaient le bois, à sa gauche, ceux qui s'occupaient des métaux ; enfin, au milieu se trouvaient ceux qui travail­laient la pierre.
Hiram divisa chacune des classes en trois parties, d'après le savoir de ceux qui les composaient. Les moins instruits constituèrent dans chaque classe les apprentis ; ceux qui étaient habiles dans les travaux qu'ils exécutaient furent les compagnons, enfin ceux qui dirigeaient les autres furent les maîtres.
les Apprentis se rassemblaient devant la colonne J:. pour recevoir leur instruction, leurs vivres et leur salaire ; les Compagnons, faisaient de même près de la colonne B:., enfin les Maîtres, étaient admis à se réunir dans l'intérieur du Temple.
Afin d'empêcher toute confusion entre ces ordres, chacun des membres recevait une parole mystérieuse indi­quant sa place dans la hiérarchie. Dans cet ordre établi par le Maître, seul le savoir permettait aux ouvriers de s'élever d'un rang.
Chacun se félicitait de sa direction empreinte à la fois de justice et de bonté. On lui était reconnaissant d'avoir organisé le travail d'une manière équitable, en proportion­nant les salaires aux capacités.
Le Drame Symbolique
L'admirable organisation, instituée par ce chef bienveillant, aurait dû fonctionner d'une manière parfaite. Mais la perfection n'est pas dans la nature des choses : c'est un idéal vers lequel tendent les êtres et les institutions, mais que nul ne saurait atteindre.
Hiram hélas, devait éprouver en sa personne à quel point la perversité se glisse insidieusement dans le cœur humain, en dépit de tous les efforts d'instruction et quelle que soit la sagesse des mesures prises dans l'intérêt commun.
Trois mauvais Compagnons persuadés que la Maîtrise leur était due, alors qu'on persistait à leur refuser cet avancement, voulurent arracher de force au grand architecte du Temple la parole mysté­rieuse des maîtres. Il organisèrent, à cet effet, le plus infâme des complots. Ils décidèrent son assassinat : cet acte de violence injuste et odieux qui consiste à exécuter un innocent.
Les maîtres se réunissaient chaque jour dans une chambre située au milieu du temple. Le sage Hiram sortait le dernier de tous, après s'être assuré par lui-­même de la bonne exécution de ses ordres. Connaissant cette particularité, les trois compagnons s'embusquent chacun à l'une des trois portes et attendent la sortie du grand architecte.
Hiram, les travaux de la journée accomplis, se dirige vers la porte Sud, où il trouve le premier qui lui demande la parole des maîtres. Hiram lui répond : « travaille, persévère et tu seras récompensé » ; le com­pagnon veut frapper Hiram à la gorge avec la pesante règle de fer dont il s'est armé ; le maître détourne le coup et est atteint à l’épaule droite.
Hiram se rend alors à la porte de l'Occident qui ser­vait d'entrée commune à tous les ouvriers. Là se trou­vait le 2e compagnon qui, sur le refus du maître de livrer son secret, le frappe avec son levier à la nuque, le coup est détourné sur l’épaule gauche.
Tout étourdi, Hiram se traîne jusqu'à la porte de l'Orient où il rencontre le 3e conjuré, « plutôt la mort que de violer le secret », répond Hiram. Rendu plus furieux encore que ses complices par le refus de l'architecte, le criminel l'achève d'un coup de maillet sur le front.
La légende, réduit à trois, les ouvriers criminels. Fait unique dans les rituels de la Maçonnerie bleue : ce sont trois symboles à visage humain qui fomentent et exécutent le meurtre d'Hiram. Ils représentent : l’ignorance, le fanatisme et l’ambition.
Ensemble ou chacun, ils symbolisent également les tares les plus condamna­bles de l'homme profane ou bien de l'initié qui a si mal ou si peu travaillé sa Pierre qu'il ne sait pas maîtriser ses instincts, ses envies, ses pulsions internes.
La préméditation de leur méfait est manifeste, les ouvriers félons ayant comploté et s'étant munis d’armes avant de passer à l'acte.
Les outils du meurtre
A propos de ces outils, tout Maçon a le droit légitime d'exprimer sont étonnement d'entendre prononcer dans le rituel, le nom d'Outils symboliques ravalés en la circonstance au rang d'armes offensives et meurtrières. Il semble invrai­semblable et aberrant que plusieurs outils puissent, même à titre exceptionnel, servir à blesser un être humain et lui donner la mort. A priori, le but du symbole n'est pas de tuer mais, au contraire, de nous aider à vivre mieux.
Mais en Maçonne­rie, rien ne se fait sans raison. Il serait vain de croire en effet que ces trois acteurs se situent successivement en trois lieux différents du temple et que la victime est frappée par trois outils en trois endroits différents de son corps pour l'unique besoin d'une mise en scène.
Pourquoi ces 3 outils ont-ils été choisis pour perpétrer le meurtre ?
Tout d’abord la Règle
Parce qu’elle sert à tracer des lignes droites, la règle est un symbole de rectitude. A l'origine, en effet, la règle est l'instrument primordial du Maître d'Oeuvre, qui conçoit l'ordonnance du Temple, en tant que struc­ture terrestre, réplique d'un ordre céleste. La règle a ainsi non seulement une valeur symbolique, mais plus profondément une valeur spirituelle, en se définissant comme un trait d'union entre le ciel et la terre.
Son importance est soulignée lors des voyages de la postulante au grade de C.'., elle l’accompagne dans 4 des cinq voyages. La règle du Compagnon divisée en 24 sections incite, à chaque heure du jour, à chaque instant, la Franc-maçonne à se mettre à l'ouvrage dans la rectitude, dans l'application, dans la régularité. Outil symbolique actif, elle se combine aisément avec un certain nombre d'autres outils actifs ou passifs. Avec le Compas, elle donne la possibilité de construire presque toutes les figures géométriques. En association avec la Perpendiculaire et le Niveau, elle permet la mise en place correcte des pierres de l'édifice. Enfin, avec l'Equerre, elle est indispensable pour vérifier le travail accompli.
Instrument par excellence de l'Art du Trait, cette science secrète dont Hiram se servit pour l'édification du Temple de Salomon, elle sert non seulement à concevoir l'édifice, mais à le réaliser et à vérifier la justesse de la construction, de ses proportions. Princi­pe créateur, la règle est présente à toutes les étapes, de l'idée à la concrétisation. Elle permet la précision dans l'exécution.
Pour la Maîtresse Maçonne la Règle permet la mesure parfaite de l'espace car ses proportions sont proches du nombre d’or. Mais elle lui donne aussi le sens de la mesure. Mesure dans le contrôle des pulsions et des attitudes.
Elle est aussi le symbole de l'Autorité. La Règle est le Sceptre du professeur, c'est d'elle qu'il va se servir en tant que pédagogue lorsqu'il frappera sa chaire afin d'obtenir, de ses élèves, le silence qui doit accueillir sa parole. Et il adviendra parfois qu'elle lui serve également d'instrument de correction en même temps que d'affirmation de son ascendance, de son pouvoir.
Qu'elle préside à l'édification d'un temple (art du trait), aux conventions (règle de jeu, règle de vie) ou aux statuts (règle religieuse), la règle propose des directions qui toutes visent à une construction, qu'elle soit d'ordre physique, moral ou spiri­tuel.
Ensuite le Levier
Au IIIe siècle avant JC, Archimède, Mathématicien grec, aurait affirmé être capable de soulever le monde à l’aide d’un levier. Cette image particulièrement frappante était destinée à démontrer la toute-puissance de l’un des plus anciens outils utilisés par l’homme pour déplacer les charges lourdes.
Le Levier sous sa forme la plus élémentaire est une barre rigide, mobile autour d’un axe ou d’un point fixe. Comme Archimède l’a démontré, deux forces sont alors en présence : d’une part la force motrice appelée « puissance » qui correspond à l’action de l’homme, d’autre part la force appelée résistance qui est le poids de la pierre.
Le Levier sous-entend l'effort maximum, et par là, il fait référence à la Force. La Force est cette vertu qui consiste tout aussi bien à pouvoir contenir les plus grandes craintes, qu'à modérer les mouvements d'audace les plus hardis, afin que l'Homme, à cette occasion, ne se détourne jamais de son devoir. Le levier est donc l'outil qui permet de multiplier les forces de la Maçonne.
Cette faculté, que l'ancienne scolastique médiévale dénommait le don de Force, est en fait le Courage.
Mais le levier est comme le Ciseau, un intermédiaire "passif". Il ne devient "actif" que par la puissance de celui qui l'utilise. Il se rapporte donc à la Connaissance accessible par l'initié. Le Levier devient alors Force féconde mais dangereuse si elle n'est pas contrôlée par la Règle, le Niveau et la Perpendiculaire.
Le 3e outil est le maillet
Le maillet est un marteau de bois à deux têtes, dont se servent en Loge la Vénérable Maîtresse, et les deux Surveillantes pour faire exécuter les travaux, donner des signaux, provoquer des ondes sonores rythmiques et imposer le silence. Entre leurs mains, le Maillet symbolise le pouvoir.
Le maillet est l’arme de Thor, dieu nordique de l’orage, outil d’Haphaïstos, dieu de la forge. Etant assimilé à la foudre, il est à la fois créateur et destructeur, instrument de vie et de mort.
C’était également l’arme par les soldats au Moyen-Age et l’outil à un grand nombre d'ouvriers et d'artisans tel le menuisier, le tonnelier ou le tailleur de pierre.
Il est généralement en buis, bois choisi à cause de sa dureté et il symbolise la fermeté et la persévérance.
Le Maillet agit de façon discontinue. Ceci montre que l'effort ne peut être poursuivi sans interruption et qu'une pression continue sur le Ciseau lui enlèverait toute précision. Le maillet est alors le symbole de l’intelligence qui agit et persévère.
Dans certaines civilisations, on posait le maillet sur le front des agonisants pour leur faciliter le passage, l’envol de l’âme. Cette tradition se retrouve à Rome, le Doyen du Sacré Collège, frappe d’un coup de maillet en ivoire, le front du pape qui vient d’expirer, avant de proclamer sa mort.
La symbolique du Maillet révèle trois formes du puissance :
- la puissance brutale à caractère primitif de l’arme de combat terrestre,
- la puissance créatrice et ordonnatrice à caractère divin de l'activité céleste symbolisée par la foudre ou le tonnerre,
- et la puissance de connaissance avec un caractère relationnel de l'humain au divin.
Ces trois outils au symbolisme profond font référence à un grand nombre de vertus :
La règle fait référence à l’Ordre, à travers la rectitude et la régularité,
Le Levier à la force, au courage, et à la résistance
Le maillet à l’intelligence, la persévérance,
Ce sont des outils de construction destinés à nous faire avancer dans la connaissance maçonnique et spirituelle grâce à leurs apports positifs.
Dans la mort de notre Respectable Maître Hiram, ils sont détournés de leurs aspects positifs pour se révéler être des armes redoutables au service de la violence brutale et de la mort. Mis dans les mains des mauvais compagnons aux pulsions incontrôlées, générée par le désir de puissance, la recherche du pouvoir, ces outils retrouvent leurs aspects primitifs de démolition et de destruction.
Mais au-delà des aspects propres à chaque outil, il est nécessaire de d’essayer de comprendre quel sens attribué à leur rôle dans ce drame ?
A la Porte d'Occident, la première blessure est infligée avec la règle, à l'épaule droite, contraignant le Maître à plier le genou droit qui touche terre. Mais c’est la gorge, siège de l’émission verbale, passage de l’air et de la nourriture qui était visée.
L'Occident figure l'endroit le moins éclairé, le point cardinal où le Soleil - la Lumière maçonnique - disparaît pour un temps déterminé.
La Porte d'Occident est le passage oscillant entre le monde initiatique et le monde profane, entre la connaissance de soi (connaissance ésotérique) et les connaissances indispensables à la vie sociale (connaissances exotériques).
L'épaule et le genou droits représentent la latéralité positive, émettrice, active du corps humain. Sous l'effet du coup, ce pôle positif anesthésié provoque un court-circuit au contact de la Terre­ Elément.
Cette première blessure rituelle a pour objet de supprimer en Hiram son génie créateur, son habileté technique liée à son immense savoir intellectuel.
A la Porte du Nord - virtuelle dans le temple maçonnique - le Maître est blessé avec le levier à l'épaule gauche ; il tombe alors sur le genou gauche. Mais c’est la nuque qui est visée.
Le Nord est dans l'hémisphère boréal, assez bien éclairée ; on y fait siéger les Apprentis pour amorcer la dissipation des ténèbres de leur ignorance initiatique.
La Porte du Nord - qui existait concrètement dans le temple de Jérusalem - figure au plan astronomique le point cardinal où se trouve l'étoile polaire, au plan maçon­nique la présence de l'Etoile Flamboyante.
L'épaule et le genou gauches représentent le côté négatif, réceptif. Le traumatisme paralyse le côté du cœur, qui entre lui aussi en contact avec la Terre-Elément, déchargeant une grande partie de son énergie.
Cette deuxième blessure rituelle, destinée à tuer en Hiram ses structures éthiques, ses qualités morales et son acuité psychique, et son affectivité.
Enfin, à la Porte d'Orient, la 3e blessure est portée avec le maillet sur le front. Mortellement atteint, Hiram s'écroule à terre, les pieds tournés vers l'Orient, et rend le dernier soupir.
L'Orient est l’espace sacré d’où jaillit la Lumière. Dans le temple maçonnique la Porte d'Orient s'ouvre sur la Lumière initiatique et sur l'Orient Eternel.
Etendu sur le dos, à l'horizontale, le corps de l'Architecte, sa tête en direction de l'Occident, est en contact total avec la Terre­ Elément, c'est-à-dire avec la matière, laquelle possède les mêmes composants que ce corps physique.
Cette troisième blessure a l'aspect rituel de "coup de grâce" : acte délibéré du bourreau à l'encontre de sa victime.
Mais il est capital d'observer la position du corps d'Hiram, pieds vers l'Orient­ et tête vers l'Occident. Ce dernier point cardinal est en effet, le lieu du soleil couchant, de l'obscurité naissante, donc de la quasi-ignorance et de la mort physique, exotérique en quelque sorte.
La tête est un lieu de passage vers le cosmos de l'énergie spirituelle de l'être humain, ainsi qu'une entrée à l'intérieur de ce dernier des énergies cosmiques symbolisées par la Lumière.
En conséquence, le geste violent du troisième compagnon veut avoir pour résultat de briser en Hiram sa Porte d'Orient, d'inter­rompre l'écoulement de son énergie vitale, de mettre fin à la connaissance spirituelle acquise par l'Architecte, d'anéantir le grand initié qui avait élevé un temple à la gloire de la Lumière éternelle. Mais ce résultat n'est pas obtenu car le chef-d'œuvre réalisé durera un certain temps alors que le Temple Intérieur d'un parfait initié est bâti pour toujours ; seul le corps physique d'Hiram cesse de vivre.
Enfin, l’ensemble des trois blessures composent dans l'espace un triangle dont le symbolisme nous renvoie au Delta Lumineux, au Principe Créateur, au Grand Architecte de l’Univers.
Le héros de ce drame n'a rien d'un homme ordinaire, en raison de l'œuvre capitale de sa vie, c’est l’initié accompli, le paradigme de toute initiation menée à son plus haut degré, le modèle que les Maîtres Maçons ont le devoir d'imiter, de prendre pour exemple à défaut de le diviniser.
Ces outils diabolisés nous plongent dans le monde profane où se développe la montée inexorable de la violence. Aussi moi, maîtresse maçonne, je dois avoir à l’esprit de toujours combattre :
la mauvaise mentalité qui a fait abattre sur le Maître la Règle du premier assassin ;
l'étroi­tesse de sentiment qui animait le misérable qui s'en est pris au cœur d'Hiram, en le meurtrissant à l'aide d’un Levier ;
la vanité, l'orgueil de commander et de briller qui a allongé la main du troisième vers le Maillet fatal, qui consomma le meurtre d'Hi­ram.
La légende d'Hiram vue à travers l’analyse des trois outils du meurtre, nous permet d’entrevoir une partie du mystère transmis par ce sage qui meurt plutôt que de livrer son secret, et qui ressuscite immortel. Le but tout entier de la légende se trouve renfermé dans cette mort du juste tué en secret et dans son écla­tante résurrection.
C’est la victoire de la vérité sur les erreurs, de la résurrection sur la mort, d'Hiram qui est la vertu sur les trois compagnons scélérats.
Car les outils ne sont que des instruments en nos mains. A nous de manier la règle, le levier et le maillet de manière positive.
En mourant avec le Maître, la maîtresse maçonne est morte à une existence vulgaire et misérable. Elle s’est relevée purifiée des passions grossières des mauvais compagnons. Transfigurée par la lumière de l’initiation elle ne redoute plus la mort car elle a acquis la liberté intégrale.

J’ai dit.

Source :  www.ledifice.net

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Les Mauvais Compagnons

Publié le 21 Décembre 2012 par B\ P\ dans Planches

Nous arrivons au 3è degré, très beau, très profond et riche d’enseignements.. il marque en même temps un aboutissement en tant que grade terminal des loges symboliques, et un point de départ pour ceux qui voudront aller plus loin. Le passage de l’équerre au compas est un véritable changement de monde et de dimension. Ce degré est très riche

Donc le Compagnon est prêt. La porte s’ouvre, il entend des paroles à voix haute venant de l’intérieur du temple, et le Candidat apprend qu’il a été surpris aux abords du Temple, et qu’il est soupçonné de meurtre…. !!
Il lui ai demandé de se retourner, et la porte s’ouvre dans l’obscurité avec face à lui l’étoile flamboyante. « C’est avec les lumières du passé qu’on se dirige dans l’obscurité de l’avenir »….

Cette entrée, n’est certes, pas banale et surprenante pour notre récipiendaire.
. Il a fait son temps, il a fait son entrée à reculons dans la chambre du Milieu et il contemple l’étoile qui flamboie face à lui, mais avant de se tourner vers la suite de son aventure, il a encore une épreuve à effectuer : son examen de conscience ; il a une preuve à apporter.. Celle de la pureté de ses actions passées. La voix du Vénérable derrière lui, demande si ses mains sont pures, si sa conscience est tranquille, s’il a rempli ses devoirs d’initié, s’il n’est pas du nombre de ceux qui ont trahi la Franc maçonnerie.
Il proteste de la pureté de ses actions, bien sûr, mais cela ne suffit pas. L’Expert examine le blanc des gants, sur lequel aucune tache ne se fait voir, il lui enlève son tablier, l’examine et le porte au Vénérable qui fait la même constatation ; alors à ce moment là, notre Candidat peut se retourner….Mais si les précédents grades…étaient plutôt plaisants, ce dernier paraît bien sombre à l’image des tissus noirs tendus, des cordons, des sautoirs, des chapeaux noirs, l’attitude, la lumière….. une petite lueur à l’orient…. et le corps étendu devant lui…

Notre candidat se retourne vers l’intérieur, vers cette chambre du Milieu située en réalité au milieu de lui-même. Des branches de l’étoile, il va vers son centre, vers la lettre G qu’elle contient.
Son retournement vers l’intérieur va lui permettre de prendre conscience de cet inconscient et de l’objectiver. C’est ainsi qu’il s’en rendra maître. Autrement dit, on peut considérer que l’homme est un être matériel contenant en lui une spiritualité potentielle que l’on pourrait nommer, au moins symboliquement, parcelle de divinité. Son retournement lui permet de retrouver cette spiritualité tiré vers le haut par elle, et donc de se détourner de la matérialité. Cette entrée à reculons permet au futur Maître de contempler le monde d’où il vient, la vie qu’il a mené, éclairé par ses cinq sens, les cinq pointes de l’étoile qui sont autant d’antennes dirigées vers l’extérieur..

L’expert saisit un compas et en applique les deux pointes sur la poitrine du récipiendaire. Ce geste symbolise la mesure des sentiments de celui-ci, en volume et en qualité, et comment il a utilisé son intelligence pour améliorer son cœur.
Il s’agit d’un cheminement s’adressant au plus profond de l’individu qui utilise toutes les pistes pour améliorer son être intérieur.

Le Très Vénérable Maître fait allusion à des compagnons ayant assassiné le meilleur des frères et , pour prouver son innocence, le récipiendaire doit exécuter une marche étrange.
Alors à ce moment là, le candidat enjambe le corps sur la droite et à ses pieds aperçoit un outil qu’il connaît : le levier, puis sur la gauche où il aperçoit cette fois une règle, et encore une fois à droite, et se retrouve aux pieds du corps étendu à ses pieds le compas ouvert vers l’occident.. cette marche inattendue vient de le faire passer de l’équerre au compas. Du levier à la règle, en arrivant au compas, il est passé entre raison et sentiments, entre conscient et inconscient, entre intellect et intuition. Les trois pas spécifiques de la maîtrise lui rappellent que la pensée des sages défie la mort. Née dans le passé, elle fructifie dans le présent et féconde l’avenir. De même qu’il franchit sans hésitation et sans crainte le cadavre symboliquement étendu à ses pieds, le maître maçon, fort de sa conscience sans tache, poursuivra l’œuvre pour l’œuvre, sans souci des pièges mortels que tendront sous ses pas les meurtriers d’Hiram : l’ignorance, le fanatisme et la jalousie. Il n’a pas à s’arrêter pour les vaincre, mais il a à les dépasser. C’est pourquoi sa marche ne comporte aucun hiatus et qu’il doit avoir « sept ans et plus »’.

Nous en arrivons maintenant au cœur de la cérémonie, la légende d’HIRAM ;
Le récipiendaire est dans son intériorité, il y a cheminé, il a atteint le compas qui va l’aider à s’élever spirituellement.

La réalisation du temple de Salomon est confiée à HIRAM, maître d’œuvre. Il était « savant dans l’Art de l’architecture comme dans le travail des métaux ».
Il est l’artisan le plus complet. Il sait réaliser la construction qui permet à l’homme de se relier à ce qu’il ne peut définir et qui le dépasse. C’est ce personnage que le récipiendaire va représenter dans ce qui suit. Revenons à la Légende d’Hiram qui est contée au récipiendaire. Quelques compagnons n’étant pas encore en possession des secrets des Maîtres, voulurent pénétrer de force dans la chambre du milieu ; mais ne pénètre pas qui veut. Il faut une clé qui est le mot des maîtres ; voilà qui est intéressant. Le passe Tubalkain, du couvreur n’est pas seulement formel ; il nous permet de passer de l’équerre au compas et il nous donne réellement la clé qui nous permet de pénétrer dans notre for intérieur. L’accès à celui-ci n’est donc pas ouvert chez tout le monde. On peut comprendre qu’il faut avoir déjà bien entamé le processus de mise en forme de notre métal brut pour y parvenir.

Trois compagnons mécontents résolurent de faire usage de la force pour faire dire le mot par HIRAM ; que va-t-il se passer ?????

Les trois conjurés se placent chacun à l’une des trois issues du temple situées l’une à l’orient, l’autre au midi et la troisième à l’occident ; nous sommes dans un lieu bien clos, hors du monde et duquel toute fuite est impossible. Hiram ayant terminé son inspection veut sortir par la porte du midi et rencontre le mauvais compagnon qui le frappe avec ce qu’il a sous la main, le fil à plomb ; il vise la tête, il veut tuer ; mais un réflexe sauve Hiram, il détourne le coup qui le frappe à l’épaule droite, et tombe sur le genou droit. L’instruction du grade donne des noms aux mauvais compagnons, et attribue l’Ignorance au premier d’entre eux.
Ramenée à nous, cette ignorance inhibe effectivement notre action. Notre descente en nous révélerait-elle les abîmes de notre ignorance .. ?

Nous sommes ramenés à un plan métaphysique à notre quête spirituelle qui est constituée de questions : qui suis-je ? ou vais-je ? d’où viens je ? quel est le sens de ma vie ? La maçonnerie nous apprend que le principal est de cheminer, même sans espoir d’atteindre le but. Elle nous apprend à agir, ce qui donne son sens à notre vie.

La scène suivante se déroule devant la porte d’occident, le deuxième mauvais compagnon ; Hiram s’est relevé, il a couru, chancelant, hélas, le mot du maître lui ai demandé de nouveau, n’ayant obtenu de réponse, le même geste se produit ; l’agresseur brandit le Niveau et en frappe violemment HIRAM en visant la tête ; là encore un réflexe joue et détourne le coup qui frappe le maître à l’épaule gauche. Il tombe sur le genou gauche. Il est de tradition d’identifier le deuxième compagnon au Fanatisme. Reconnaissons que celui-ci, quel qu’il soit, fait peu de cas des sentiments des autres. Il ne comprend pas ceux qui s’interrogent, puisque Lui, sait. Le niveau avec lequel il frappe, c’est celui sur lequel il se trouve et auquel il veut ravaler tous les autres.

Une nouvelle fois, le Maître se relève et se précipite à la 3è porte, celle de l’Orient, qu’il trouve barrée par le 3è compagnon, et à la demande habituelle qui lui est faite, Hiram répond en se plaçant cette fois-ci sur un autre plan, celui du respect de son Serment et du secret qui lui a été confié. Il préfère la Mort plutôt que de les violer. Nous sommes dans le domaine de la raison et du devoir. Les SERMENTS qui ont été prêtés par le compagnon, l’engagement qu’il vient juste de prendre sur sa Foi de FM, celui qu’il va prêter et qui contiennent tous un volet concernant les secrets du grade. Les violer conduirait il à une sorte de mort maçonnique ? Le conjuré frappe violemment Hiram au front avec son maillet ; ce coup renverse le maître sur le pavé du temple (en réalité devant le plateau de TVM) il est ainsi revenu sensiblement au même emplacement qu’après sa marche par-dessus le corps, mais de l’autre côté du compas, qu’il a ainsi franchi dans son périple. Il est renversé à son tour, recouvert d’un drap noir, et de son tablier sur le visage.
La boucle est bouclée ; le récipiendaire a pris la place du corps qu’il a enjambé naguère et qu’il avait dépassé sans crainte, laissant derrière lui, dans son passage de l’équerre au compas, la dépouille de l’être qu’il était. Et le voici devenu ce qu’il croyait avoir laissé à jamais loin derrière lui.

L’instruction attribue au 3è mauvais compagnon, le dernier défaut : l’Ambition. Il y a des ambitions légitimes et des ambitions illégitimes. Il est vrai que le terme est ambivalent. Mais il peut s’agir du désir de satisfaire son amour propre par l’obtention de biens, de pouvoir, d’honneurs, de réussite sociale, toutes choses flattant l’ego de l’individu. C’est bien sûr de cette ambition là qu’il est question ici. Exemple : le chef a toujours raison….. nous avons tous connu ce genre de personnages qui parvenant au pouvoir, sont devenus méconnaissables. Souvent au début, animés d’idées généreuses, et au final naissent des comportements d’auto satisfaction, arrogance et suffisance. L’exercice du pouvoir est en effet dangereux et il faut à la fois beaucoup d’humilité et de force de caractère pour ne pas céder aux démons qui l’accompagnent toujours.

Dans ces conditions, il est normal que ce soit le détenteur du plus haut pouvoir dans la loge qui assène le coup final. C’est de son maillet, symbole précisément de pouvoir temporel, qu’il va frapper le récipiendaire en plein front siège de l’intellect, qu’il éteint du même coup.

Hiram, le maître des maîtres, victime de trois mauvais compagnons, et donc de l’ignorance, du fanatisme et de l’ambition des autres ? Nous identifiant à Hiram serait ce chacun de nous, victime des trois mêmes assassins ??? mais nous identifiant à ces derniers, ne serions nous pas notre propre victime que nous avons tuée sans même nous en rendre compte ? Sommes nous réellement innocents du meurtre qui s’est produit ? Compagnon nous errions aux abords de l’édifice que nous devions construire. En d’autres termes, nous n’étions pas sur le chantier. Nous le contemplions, nous voulions peut être y pénétrer par effraction ??? Nous identifiant
au TVM, nous avons examiné nos gants et notre tablier. Sommes nous bien surs de tous nos actes passés ? Le sang des victimes que nous pouvons avoir faites dans notre vie n’est visible que par nous-mêmes. Ce n’est certes pas volontairement que nous avons pu tuer, moralement ou spirituellement, telle ou telle de nos relations. Nous ne nous sommes même pas aperçus que nous l’avions fait. Mais nous ne savions pas. Nous étions surs d’avoir raison, nous voulions un poste ou un honneur et nous avons fait ce qu’il fallait pour l’obtenir, sans même envisager que cela pourrait causer des dégâts chez d’autres. Avons-nous toujours raison ? En nous identifiant à l’Expert : nous avons mesuré notre cœur à l’aide du compas. Car c’est notre cœur qui doit, qui devait, qui aurait dû corriger nos actions pour éviter leurs conséquences néfastes sur d’autres.

Par cette projection nous voici étendus sur le sol, sur le pavé mosaïque, entre l’équerre et le compas, victimes des coups de trois outils que, pourtant nous aurions dû savoir manier. Car il est bien évident que, nous identifiant cette fois à Hiram en même temps qu’aux trois mauvais compagnons, nous nous sommes tués nous-mêmes.
Le maître est mort, il est mort tué par ses compagnons mécontents ; HIRAM c’est la connaissance, l’action et l’évolution. Toutes trois sont arrêtées par ceux qui refusent l’effort, qui n’acceptent pas le travail demandé. Hiram revivra parce que la tradition ne peut se perdre. Sa sépulture est signalée à ceux qui ont le courage d’aller rechercher cette tombe. Ils la reconnaîtront aux outils abandonnés par ceux qui ont refusé le travail et par l’acacia, symbole de renaissance, qui a poussé, montrant que la mort transforme les énergies vitales sans les détruire. Hiram renaît à la lumière par l’identification que le jeune maître fait avec lui. Hiram est le héros, le symbole parfait de l’action sur les trois plans de la réalisation humaine, sur le plan matériel par la construction réelle du temple dont il était l’architecte, c’est l’action concrète du maçon dans la vie quotidienne. Sur le plan intellectuel, car malgré les attaques réitérées, il reste toujours vivant semblable à lui-même, c’est l’action dans le domaine culturel, et enfin sur le plan spirituel car pour que naisse l’acacia, il ne faut craindre ni l’inhibition, ni le renoncement, qui ne sont que des morts apparentes, car l’acacia renaît toujours plus vivace sur la tombe d’Hiram.

A la lumière de l’Etoile qu’il est, le futur maître a fait le tour de la Chambre du milieu de lui-même. Il y a découvert des hôtes dont il ignorait l’existence ou, peut être, dont il préférait ignorer l’existence. Il s’est aperçu que ces mauvais compagnons tapis en lui n’attendaient que l’occasion de le frapper, paralysant son action, stérilisant ses sentiments, inhibant son esprit et risquant, au total et si ce n’est pas déjà fait, de tuer dans l’œuf ce nouvel homme qui allait naître. La lumière de l’étoile lui a révélé les dangers qui le guettent et qui le frapperont sûrement, car personne n’est épargné.

Mais l’important n’est pas de trébucher ou de tomber, c’est de pouvoir ensuite se redresser……
En possession du mot et de l’attouchement de maître, notre compagnon effectue sur la pierre cubique son dernier travail à ce grade. On voit bien que cette pierre n’est pas terminée, mais le sera-t-elle jamais ? Le compagnon, bien qu’ayant atteint l’âge de la maîtrise, a sorti une nouvelle fois de sa poche son maillet et son ciseau. Plus tard, quant il sera maître chevronné et s’il mérite ce titre, il ne devra pas hésiter à continuer à s’en servir quand son regard, ou plus probablement celui d’un autre, lui aura révélé l’existence de quelque petite aspérité, peu visible mais qui peut blesser les pierres voisines. Plus il sera ancien, plus il aura de responsabilités, plus il devra se tenir prêt à dégainer ses outils. Nous connaissons tous de ces détenteurs de pouvoir dont la suffisance n’a d’égale que l’arrogance, le tout étant basé sur une enflure pathologique de l’ego. Le maître maçon ne devra jamais oublier que, loin de ces errements et contrairement à ce qui se pratique dans le monde profane, son but ne doit pas être de démontrer qu’il a raison, mais de rechercher la vérité et la justice ; Le maître a disparu, emportant ses secrets , il faut retrouver son corps et lui rendre les honneurs qui lui sont dus
..les Frères et les Sœurs partent à la recherche du corps….Hiram est mort, mais l’acacia nous reste.

J’ai dit  source :
www.ledifice.net

 

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