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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Rite d’adoption Elue Ecossaise, Chevalier de la Colombe, Rose-Croix

Publié le 7 Août 2026 par T.D

Décoration de la Loge. Tenture blanche, trône rouge, 5 bougies, une étoile transparente à 8 pointes, le mot sacré au milieu.

Titres. Le G\-Me s'appelle Souverain-G\Me. La G\- Msse, Souveraine-Ge-Msse.

Signe. La main droite au cou du côté gauche ; on penche la tête à droite et l'on se donne un coup du tranchant de la main, comme pour se couper la tête.

Attouchement. Les bras entrelacés, s'empoigner le dessus de l'épaule gauche avec la main gauche.

Mot sacré. Hahabeth (en hébr., victima Dei), c'est le nom de la parjure qui doit être immolée.

Mot de passe. Victoire!

Rép. Silence!

Batterie. Cinq coups égaux.

Heure pour ouvrir. Le signal est donné, nous sommes prêts à exécuter vos ordres

Heure pour fermer. Celle où nos ennemis furent vaincus et où nous commençons à jouir du fruit de nos travaux pour un temps plus heureux.

Habillement. Les Frères sont en noir, les Sœurs sont en blanc. Le Souverain et la Souveraine portent, en camail, un large ruban noir, liseré d'argent, auquel pend le bijou de l'Ordre.

Bijou. Une étoile à huit pointes, le fond en nacre, le tour et les pointes en or; au milieu est le mot sacré. Il se porte sur le cœur, attaché par une faveur noire.

Tablier. Blanc, doublé et bordé de noir; le bijou de l'Ordre est brodé au centre.

Sujet du grade. Il roule sur une sœur parjure, et condamnée à la mort. II appartient à la classe des grades vengeurs qui déshonorent l'écossisme. Il doit être rejeté du rite d'adoption où son admission est plus qu'une faute.

ÉCOSSAISE

Décoration de la loge. Tenture jaune. Quatre lumières, une à chaque coin de la salle.

Titres. Le maître s'appelle Très-Respectable ; les deux surv\, Très-Vénérables ; les FF\ et les SS\, Vénérables.

Signe. L'index droit sur le front.

Rép. Le même doigt sur le cœur, le poing fermé.

Ordre. Comme la réponse du signe.

Attouchement. Présenter la main droite verticalement tendue; la sœur la prend de même avec ses deux mains.

Marche. Le pied gauche à la pointe occidentale du carré tracé, le droit à celle du midi, le gauche au nord, et le droit à l'Orient (4 pas, nombre des vœux du jésuite).

Batterie. Deux coups égaux.

Age d'une écossaise. L'âge de raison.

Mot sacré. Jectifle (anagramme de Félicité).

Mot de passe. Mont Ararat (Maledictio tremoriæ).

Heure. Pour ouvrir, 2 heures. — Pour fermer, 4 heures.

Cordon. Jaune, porté en sautoir.

Bijou. Une étoile en argent, pendue au cou par un ruban jaune.

Tablier. Blanc, doublé et bordé de jaune. Sur la bavette, une étoile en argent, dans un carré.

Question d'ordre. D. Êtes-vous parvenue à la dignité écossaise ?

R. J'ai été purifiée par les eaux du déluge.

D. Qu'avez-vous fait pour être reçue Écossaise ?

R. Mes preuves, qui sont la fidélité, le zèle qu'on a reconnu en moi pour les lois de la Maçonnerie.

Tableau. 1° L'étoile d'Orient ;

2° Le carré désignant la marche par les 4 chiffres rouges ;

3° Les 4 flambeaux qui éclairent la loge ;

4° Le mont Ararat (en Arménie) ;

5° L'arche de Noé ;

6° Noé et sa famille sortent de l'arche, conduits par l'Étoile au séjour de la félicité.

Ce grade, où domine le nombre 4, appartient au système jésuitique

CHEVALIERE DE LA COLOMBE

Décoration de la loge. Tenture rouge et verte ; éclairée de 7 lumières : 3 à l'Or\, 2 au midi et 2 à l'Occident ; un trône élevé de 7 marches ; au-dessus, une colombe en transparent. Il y a aussi une colombe vivante. Sur l'autel, couvert d'un tapis vert, sont 3 flambeaux garnis de bougies, un maillet, une branche d'olivier et une Bible.

Titres. Le maître se nomme Père Noé et signe ainsi. Le Grand-Inspecteur est le seul à qui Noé parle en particulier ; et il le tutoie ; il se nomme Cher Fils aîné, ainsi que le 2e surveillant. Les frères et sœurs, qui veulent parler à Noé, le tutoie ; il les appelle ses enfants, et ne répond qu'à un seul, pour tous.

Signe. Faire toucher les 2 pouces par les bouts, les mains ouvertes, le dedans tourné vers l'estomac, comme pour représenter deux ailes.

Attouchement. Se frapper mutuellement deux coups dans chaque main.

Mot sacré. God Malech ; il se donne à l'oreille par 3 syllabes.

Mot de passe. Ararat (malédiction de la crainte), montagne d'Arménie, sur laquelle s'arrêta l'arche, selon la légende.

Batterie. Sept coups, par 2 fois 3, plus un.

Exclamation. Gloria in Excelsis !

Travaux. Pour ouvrir : Les eaux sont basses, — Pour fermer ; Le temps est calme et serein.

Tablier. Blanc, doublé et bordé de taffetas vert. Sur la bavette est une colombe tenant, dans son bec, une branche d'olivier. Au milieu du tablier est une montagne, baignée d'une eau verdâtre, où flottent des corps, des bras, des tètes, et, sur la montagne, l'arche de Noé.

Décors du Père Noé. Un cordon rouge et vert, porté en sautoir, auquel sont suspendus une truelle et le bijou 

Bijou. Une colombe d'argent, ayant dans son bec une branche d'olivier.

Questions d'ordre. D. Êtes-vous chevalière ?

R. Je suis enchantée.

D. Pourquoi ?

R. Rien n'est plus beau que la grandeur.

D. Quelle marque m'en donnez-vous ?

R. Ma prudence.

D. En quoi consiste-t-elle ?

R. A me faire connaître.

D. Pourquoi ?

R. Parce que je ne vous connais pas.

D. Que demandez-vous pour me reconnaître ?

R. Un signe (on le fait), en disant : J'ai envoyé une colombe qui m'a apporté une branche d'olivier.

D. Que signifie la colombe ?

R. La douceur avec laquelle on doit écouter la vertu.

D. Où se trouve la vertu ?

R. Dans la Maçonnerie.

Tableau. L'arche de Noé sur la montagne ; une colombe, apportant line branche d'olivier dans son bec, vole vers l'arche. Au bas de la montagne, dans l'eau qui commence à verdir, on voit des tètes, des bras et des corps morts.

Ce grade, fait dans l'esprit de l'adoption, n'a aucun rapport avec un grade détaché intitulé : les Enfants de Noé ; il appartient à l'Ordre des Chevaliers et Chevalières de la Colombe, fondé à Versailles, en 1784.

ROSE-CROIX DES DAMES, CHEVALIERES DE LA BIENFAISANCE (20)

La réception est censée avoir lieu à Jérusalem, dans l'intérieur du temple des Chevaliers et Chevalières de la Bienfaisance, sous l'allégorie du Saint-Sépulcre de la Palestine.

Titres. Le président se nomme F\ Commandeur ; la présidente, S\ commandatrice ; les FF\ et SS\, Chevaliers et Chevalières.

Signe. Lever le bras droit et l'index, pour montrer qu'il n'y a qu'un Dieu.

Rép. Mettre la main droite sur le cœur.

Attouchement. Se donner les deux mains croisées en formant une croix; le premier qui prend la main droite de l'autre dit : Aimez le bien. On répond : Fuyez le mal, en donnant l'autre main. Le premier donne le baiser de paix et dit : Pratiquez la vertu. Réponse ; Ainsi soit-il !

Ordre. Croiser les mains sur le cœur, en signe de bon pasteur

Jarretière des chevalières. Ruban violet, entouré d'une tresse d'or. On y brode les 3 lettres F\ E\C\(foi, espérance, charité). Elle se porte à la jambe gauche.

Bijou. Une croix en or, avec des rayons aux 4 angles, suspendue à un ruban vert, porté en sautoir.

Tablier. Taffetas violet, bordé d'un ruban de même couleur. Au milieu, une petite poche rouge, fixée avec deux rosettes vertes.

Cordon. Violet, auquel est suspendu l'insigne (le maillet, symbole du commandement).

Écharpe. Les sœurs officières portent en écharpe, de droite à gauche, un cordon noir liséré de rouge avec une rosette ponceau 

Batterie, Neuf coups.

Il y a un F\ servant et des SS\ servantes.

Questions. D. Serez-vous toujours prête, ma Sœur, à sacrifier votre vie pour mourir sous la bannière sainte de la religion catholique, apostolique et romaine ?

R. Qui, je le promets.

D. Promettez-vous de procurer la paix et la concorde, de secourir les malheureux opprimés, d'être religieuse observatrice des commandements de Dieu et de l'Église, d'être irréprochable devant lui et irrépréhensible devant votre commandeur et devant vos FF\ et SS\ de l'Ordre, soit pour paroles et effets, et de vous dévouer à la bienfaisance ?

R. Oui, je le promets.

Le commandeur dit : « Mes FF\ et mes SS\, invoquons, pour cet effet, l’Esprit saint ! »

On s'agenouille pour chanter le Veni, Creator.

La postulante prononce et signe l'obligation suivante :

Obligation. « Je promets à Dieu, à notre sauveur Jésus-Christ et à la bienheureuse Vierge Marie, d'observer religieusement, etc., etc. »

Le Commandeur la constitue, en disant : « Je vous reçois, ma chère sœur, et vous crée Chevalière de la Bienfaisance du Saint-Sépulcre de Notre Seigneur Jésus-Christ, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il ! »

Ce grade est religieux et catholique ; il appartient à l'ancien système jésuitique.

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Rite d’adoption Maitresse Parfaite

Publié le 7 Août 2026 par T.D

CHAPITRE D’ADOPTION

Les fabricateurs de grades, possédés de l'esprit de la spéculation ou trop ignorants pour découvrir dans la maîtrise le complément de toute maçonnerie, ont voulu doter l'Adoption d'un Chapitre, composé de deux grades, sans doute pour en porter le nombre à cinq.

Ces deux grades qui ne se pratiquent ni ne se donnent, sont nommés Maîtresse parfaite et Élue sublime Écossaise; comme ils se trouvent mentionnés dans les Tuileurs, nous les reproduisons ici.

MAITRESSE PARFAITE. (4e Grade).

Décoration de la loge. Tenture en drap cramoisi; le trône, le dais, le siège, sont de même étoffe, avec galons et franges en or.

La loge représente l'intérieur du tabernacle, dressé par Moïse dans le désert.

Au bas et un peu en avant du trône, sont deux colonnes torses : celle du côté de l'Afrique représente la colonne de feu qui dirigeait, pendant la nuit, les Israélites dans le désert. Elle est creuse et transparente pour pouvoir être rendue lumineuse.

La colonne du côté de l'Amérique représente la nue qui les protégeait pendant le jour, elle semble se perdre en ondes légères dans le plafond, image du ciel.

Ces deux colonnes sont réunies à leur sommet par un cintre représentant l’arc-en-ciel.

Dans un angle, est l'autel du Feu ou de la Vérité, sur lequel sont plusieurs vases antiques, au milieu est une cassolette où brûlent des parfums ; devant, est un plat pour recevoir les offrandes.

A côté, sur une table, sont un maillet et une boite, comme dans la maîtrise, mais au lieu d'un cœur, on trouve, tracés sur des tablettes, ces mots hébreux : Emeneth (15), hur, cana, signifiant vérité, liberté, zèle, et le mot grec enbulos, prudence.

Sur le pavé, est le tableau du grade représentant : le songe de Pharaon, lorsqu'il vit 7 épis pleins et 7 vides ; Joseph se réconciliant avec ses frères; plusieurs hommes avec des tabliers et tenant une truelle qu'ils emploient à pétrir la terre pour faire des briques ; Moïse exposé dans une corbeille sur les eaux du Nil ; et la fille de Pharaon qui, en venant pour se baigner, le fait retirer (16) ; sur le devant, Moïse et Aaron à la tète des Israélites, au moment de la submersion de l'armée d'Egypte dans les flots de la mer Rouge.

Titres. Le G\Me représente Moïse et la G\Msse, sa femme Séphora (en hébreu Tsephorah, avis vel passer, fille de Raguel ou Jéthro, prêtre des Madianites. Exod., ch. 2, v. 21 ; ch. 4, v. 25, et ch. 18, v. 2).

Le F\ déposit\ est nommé Aaron (en hébreu Aharon, monssive montanus, (fils d'Amron, fils de Cahath, fils de Lévi, frère de Moïse. Exod., ch. 6, v. 20).

Ordre. Les FF\ tiennent l'épée nue de la main droite, la pointe haute ; les Sœurs tiennent également la baguette élevée, appuyée contre l'épaule droite.

Signe. Mettre la main gauche dans son sein (les sœurs sur la poitrine) ; la retirer, regarder le dessus, avec l'air de l'étonnement ; mettre la main sous le tablier, et l'ayant retirée, la regarder en dedans avec un signe de joie. Ce mouvement rappelle ce que fit Moïse sur le mont Horeb, où il vit sa main couverte de lèpre et guérie sur-le-champ.

Attouchement. 1° Présenter le dessus delà main gauche, en faisant le signe. On répond en faisant de même.

2° Mettre la main sous le tablier, la retirer et montrer le dedans. Réponse par le même signe.

3° Passer la main sur celle du tuileur, et la ramener, en glissant, jusqu'au bout des doigts.

Mot de passe. Beth-gabara ou abara (en hébr. Beth-Heber, maison de passage ou alethé, vérité).

Mot sacré. Achitob (hébr. Ahhitoub, frère de bonté) ou Sigé, silence. Des rituels disent Achirab, c'est une faute.

Batterie. 7 coups, par 6 + 1.

Acclamation. Eva !

Cordon. Bleu moiré, porté en sautoir, auquel pend une étoile à 5 pointes avec les lettres : D. C. U. P. L., qui signifient : discrètes, constamment unies par l’estime.

Bijou. Un maillet d'or. Chaque sœur, à son admission, reçoit une alliance d'or, sur laquelle est gravé le mot sacré, et une paire de jarretières en taffetas ou satin blanc ; sur chacune est brodé en or un cœur, avec cette devise sur l'une, la vertu nous unit, et sur l'autre, le ciel nous récompense.

Habillement. Le G\ Me et le F\ déposit\ sont revêtus de l'habit de gr\ prêtre. Les FF\ et les Sœurs, comme dans le grade précédent. Les SS\ ont, de plus, une baguette à la main.

Questions d'ordre. D. Êtes-vous parfaite ?

R. Guidée par l'Éternel, je suis sortie de l'esclavage.

D. Qu'entendez-vous par cet esclavage ?

R. La captivité où nous languissons dans le siècle, figurée par celle des Israélites, en Egypte. Le vrai maçon se regarde, dans le monde, comme dans une terre étrangère, il gémit dans sa captivité, il n'aspire qu'après sa véritable patrie. (Cette morale est d'un cafard et non d'une Maçonne.)

D. Assujettie à ce corps fragile, comment pouvez-vous dire que vous êtes libre ?

R. L'initiation à nos mystères a dessillé mes yeux. J'ai secoué le joug des passions; la raison m'éclaire, et son flambeau perçant le voile dont la volupté masque le vice, m'en découvre toute l'horreur.

Observation. Un tel grade, portant la dénomination de parfaite, et dans lequel figure l'autel de la vérité, devait être un cadre heureux pour développer la vraie morale, celle qui doit servir de guide à la néophyte, et lui ouvrir la voie du progrès et de la perfectibilité. Au lieu de cela, qu'y trouve-t-on ? Un obscurantisme jésuitique, une niaiserie abrutissante qui nous dispense de rien rapporter de plus des dix-huit autres questions du rituel (17).

Les travaux s'ouvrent et se ferment comme dans la maîtrise.

Loge de table. Le maître s'appelle Respectable, les deux officiers Vénérables, et tous les autres : Mon cher frère, ma chère sœur.

Les verres se nomment des Étoiles.

Le vin et l'eau, des tonnes de déluge rouge, blanc. (Est-ce assez absurde ?) Le pain, du bois de l'arche.

On dit vider les étoiles avec les dignités écossaises par 4. (Nombre des vœux des jésuites, et c'est en l'honneur de ces vœux que les maçonnes doivent vider des étoiles !!)

Exercice. On porte l'étoile en 2 temps à la bouche, on la vide en deux temps, et on la pose sur la table en deux autres temps. On frappe 4 fois dans les mains, et l'on dit 2 fois : qu'il vive !

Il faut convenir que pour un grade de Parfaite, ces transformations de noms, loin d'être heureuses, sont par trop ridicules.

 

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Rite d »adoption Maitresse

Publié le 6 Août 2026 par T.D

DECORATION DE LA LOGE.

Elle est décorée comme dans les deux premiers grades. Il y a de plus un arc-en-ciel placé au-dessus de l'autel ; une échelle composée de cinq échelons ; du côté de l'Afrique, est une petite tour en spirale, de 50 à 60 centimètres, assez large et assez solide pour qu'une personne puisse monter et se placer dessus; on y lit en gros caractères : Tour de Babel, monument de l'orgueil des hommes (13), image des Titans voulant escalader le ciel, selon les Grecs.

Près de la S\ inspectrice est un établi de menuisier, sur lequel sont un maillet, un ciseau et une boîte, figurant une pierre, et construite de manière qu'au premier coup de ciseau, elle s'ouvre et laisse voir un cœur enflammé. Deux bougies éclairent l'établi.

Le temple est éclairé par 13 autres lumières, 7 à droite, 6 à gauche ; par un chandelier à 3 branches sur l'autel et un sur chacune des tables des SS. inspectrice et dépositaire.

Si le local ne se trouvait pas assez éclairé, on ajouterait d'autres lumières à volonté ; mais on ne les compterait point dans le nombre mystérieux de quinze (3 fois 5).

Titres. Les mêmes que dans les grades qui précèdent.

Habillement. Il est le même que dans les grades précédents, si ce n'est que le bijou de toutes les maltresses est une truelle d'or.

Tablier. Blanc, doublure et bordure cramoisi.

Tableau. 1. Échelle de Maîtresse,

               2. Tour de Babel,

               3. Joseph dans la citerne,

Tableau. 4. Sommeil de Jacob,

                 5. Femme de Loth en statue de sel,

                 6. Embrasement de Sodome,

                 7. Sacrifice d'Abraham,

                 8. Deux terrines enflammées,

                 9. Arche de Noé sur le mont Ararat,

                10. Onze étoiles.

                         11. Le soleil,

                         12. La Lune,

                13. L’Arc-enrciel,

                14. La Colombe,

                15. Le Corbeau (comme il ne revient pas, il figure les faux frères).

Préparation. La Sœur préparatrice la mène dans la chambre des réflexions, lui tient un discours sur la dignité du grade qu'elle sollicite, lui pose un mouchoir sur le cou, comme emblème de la modestie, et lui bande les yeux.

OUVERTURE DE LA LOGE

Elle ne diffère en rien de celle d'Apprentie et de Compagnonne, seulement on la désigne par le nom de Maîtresse, et lorsque la Grande-Maîtresse demande : Quels sont les devoirs d'une Maîtresse maçonne ? Au lieu de répondre : Obéir, travailler et se taire, on dit : Aimer, protéger et secourir ses frères et sœurs.

La sœur préparatrice présente la récipiendaire à la porte du temple et frappe cinq coups. Elle annonce que c'est une Compagnonne-Maçonne qui demande à être reçue Maîtresse.

La Ge-Msse lui demande quels sont les progrès qu'elle a faits dans la Maçonnerie, et quels sont les mots d'apprentie et de compagnonne. Elle répond. La Ge-Msse commande de la faire voyager, en commençant du côté de l'Afrique, et de lui faire subir l'épreuve de la confusion. —Pendant qu'elle effectue ce seul voyage, on place une large planche, longue de 3 mètres, dont l'extrémité s'appuie sur la tour, où elle parvient sans s'en apercevoir, et l'on retire la planche.

La Ge-Msse : Sœur Compagnonne, quel est le sujet qui vous amène en loge ?

R. Le désir de monter au grade de Maîtresse.

La Ge-Msse : Sachez, ma chère sœur, qu'on n'obtient des dignités parmi nous qu'à force de vertu, de travail et d'humilité : « C'est pourquoi nous ne pouvons vous en donner aucune, sans agir contre nos lois, et pour vous prouver que le refus que je vous fais est juste, nous allons vous rendre la lumière et vous faire connaître la témérité de votre démarche. »

« Otez-lui le bandeau, et qu'elle soit punie de sa pré' somption ! » — (Rendue à la lumière, on la descend de dessus la tour, où elle est étonnée de se trouver, et on lui fait lire l'inscription.)

La Ge-Msse : « Vous voyez, ma chère sœur, combien le flambeau de la sagesse et de la vérité nous est nécessaire, et dans quel excès d'erreur l'ignorance et l'aveuglement peuvent nous conduire. Il vous est facile de juger qu'étant montée, quoique innocemment, au plus haut degré de l'orgueil, nous ne pouvions vous recevoir dans notre temple. A présent contentez-vous de vous soumettre à l'humilité qu'on doit pratiquer pour entrer dans le sanctuaire de la vertu ? »

R. Oui, Grande-Maîtresse.

Conduisez l'aspirante aux pieds du trône pour prêter son obligation : Mes chers FF\ et sœurs, debout et à l'ordre ! 

OBLIGATION. Je promets, sous les mêmes obligations que j'ai contractées, de garder fidèlement les secrets de Maîtresse envers les Compagnonnes, comme j'ai promis de garder ceux des Apprenties envers les profanes.

La Ge-Msse : Relevez-vous ! (Tous les assistants s'asseyent). Ma chère sœur, comme le grade auquel vous prétendez n'est du qu'au travail et à la constance, je né puis encore vous en découvrir les mystères, puisqu'il vous reste un devoir essentiel à remplir ; y consentez-vous ?

R. Oui, Grande-Maîtresse.

On va vous conduire à l'atelier des maîtresses, où vous achèverez de nous convaincre, par le zèle et l'ardeur que vous montrerez, que vous méritez l'auguste rang que vous sollicitez. — Arrivée devant l'établi, on lui apprend l'emploi et le maniement du ciseau et du maillet ; puis on lui fait frapper quatre coups sur les coins de la boîte, et un coup au milieu qui la fait ouvrir.

Dès que la boîte est ouverte, la sœur préparatrice regarde dedans, montre à l'aspirante le cœur qui est au fond, et dit : Ge-Msse, la sœur a travaillé.

D. Qu'a produit l'ouvrage ?

R. Un cœur qui renferme silence et vertu.

La Ge-Msse : Votre travail, ma très-chère sœur, vient de vous faire connaître ce que notre respectable ordre exige de vous pour y être adoptée. Un cœur bon, droit, vertueux, sincère et discret. Voilà cette adoption expliquée par les cinq qualités que vous ne devez jamais perdre de vue ; c'est le but auquel tendent tous nos mystères que nous ne dissimulons que pour donner plus d'envie aux gens de bien que nous regardons comme nos frères, -de se joindre à notre société, et écarter, par les plus rigoureux examens que nous faisons, les personnes vicieuses que nous regardons comme seules profanes. — Vous devez sentir, ma très-chère sœur, que nos secrets sont une trop belle fin pour craindre l'indiscrétion, et quand même les serments les plus inviolables ne vous obligeraient pas au secret, nous sommes bien persuadés que nos mystères seront et demeureront ineffaçables et immuables dans votre cœur.

La sœur préparatrice porte la boîte à la Ge-Msse qui lui ordonne de faire monter l'échelle mystérieuse à la sœur. Aussitôt l'officière, prenant la sœur par la main, la conduit au bas de l'échelle, lui fait mettre le pied gauche, puis le droit parallèle sur le premier échelon, ensuite sur les autres, et lorsqu'elle est sur le dernier, l'officière dit :

Ge-Msse la sœur est parvenue au sommet de la félicité.

La Ge-M"e se lève, fait approcher la sœur, lui tend obligeamment la main et dit : Ma chère sœur, en suivant les principes que nous donne la sagesse, nous trouvons que c'est trop peu d'accorder à la vertu l'estime que chacun lui doit, c'est pourquoi je vous décore de ce bijou (la truelle), comme étant la marque honorable du pur hommage que nous lui rendons. Cette truelle, parmi nous, signifie maîtrise, parce qu'en ne l'accordant qu'au vrai mérite, elle est l'emblème d'une âme courageuse et maîtresse d'elle-même. Je vais vous communiquer les moyens de nous reconnaître dans ce haut degré :

Ordre. Le même que celui du premier grade.

Signes. Figurer devant soi, avec la main, l'échelle de Jacob.

En réponse. Placer la main gauche sur le visage, le petit doigt sur la bouche, l'annulaire sous le nez, le médius et l'index sur l'œil, et le pouce sur l'oreille gauche. — L'instruction vous en donnera le sens.

Attouchement. Se présenter mutuellement l'index et le médius de la main droite, les porter les uns sur les autres en longueur, et se touchant par l'intérieur ; ensuite, appuyer tour-à-tour le pouce droit sur les jointures des deux doigts présentés, près de l'ongle.

Mot de passe. Babel.

Mot sacré. Havoth-Jaïr (en hébreu Hhavoth-Iair (14), Oppida illuminationis), que l'on interprète : L'éclatante lumière de la vérité a dessillé mes yeux.

Batterie. Cinq coups égaux.

Acclamation. Eva, répété cinq fois.

La Ge-Msse embrasse la néophyte et l'adresse au Grand-Maître pour la consécration ; le surplus du cérémonial comme dans les réceptions précédentes.

INSTRUCTION.

D. Êtes-vous Maîtresse ?

R. J'ai monté l'échelle mystérieuse.

D. Que représentent les deux montants de cette échelle ?

R. L'amour de Dieu et du prochain.

D. Que représentent les échelons ?

R. Sagesse, prudence, candeur, charité et vertu.

D. Comment franchissez-vous le premier ?

R. Par la candeur, vertu propre à une belle âme, susceptible de prendre toutes les bonnes intentions des Maçons.

D. Comment franchirez-vous le second ?

R. Par la douceur que je pratiquerai envers tous les hommes, surtout à l'égard de mes frères et sœurs.

D. Comment parviendrez-vous au troisième?

R. Par la tempérance qui m'apprendra à mettre un frein à mes sens et à fuir tout plaisir déréglé.

D. Comment arriverez-vous au quatrième ?

R. Par la vérité, fille chérie de Dieu.

D. Monterez-vous le cinquième?

R. J'espère le monter en pratiquant la discrétion et le silence sur tout ce qui me sera confié sous le sceau de la Maçonnerie.

D. Que signifie le dernier échelon ?

R. La charité qui se subdivise en amour de Dieu et du prochain.

D. Y a-t-il d'autres échelons entre celui de la discrétion et celui de la charité ?

R. 11 y en a sans nombre.

D. A qui est-il réservé de les connaître ?

R. A tous bons Maçons et Maçonnes qui ayant appris à monter le premier échelon auront appris à pratiquer les vertus morales.

D. Où est posée la base de cette échelle ?

R. Sur le marche-pied du Seigneur, la terre.

D. Où parvient le sommet ?

R. Au trône du Créateur, séjour de la félicité.

D. Quel est le premier maçon qui connut cette échelle ?

R. Le patriarche Jacob, dans un songe merveilleux.

D. Où avez-vous été reçue Maîtresse ?

R. Auprès du sacrifice de Noé.

D. Que représente le tableau de la Loge ?

R. Outre l’échelle de maîtresse, la tour de Babel, Joseph dans la citerne, le sommeil de Jacob, la femme de Loth en statue de sel, l’embrasement de Sodome, le sacrifice de Noé, l’arche de Noé sur le mont Ararat, onze étoiles, le soleil, la lune, l’arc-en-ciel, la colombe, le corbeau.

D. Que signifie la tour de Babel ?

R. L'orgueil des enfants de la terre, dont on ne peut se garantir qu'avec le cœur humble et sincère d'un vrai Maçon,

D. Ne signifie-t-elle rien de plus ?

R. Elle est l'exemple d'une loge mal composée où sans l'obéissance et la concorde, on tombe dans la confusion, et le désordre.

D. Que signifie l'embrasement de Sodôme ?

R. Que nous devons avoir en horreur le crime qui lui attira ce châtiment. Les deux terrines enflammées sont l'effrayante image de cette punition.

D. Que signifie la femme de Loth changée en statue de sel ?

R. Que la curiosité est le chemin de la perdition.

D. Que représente le sacrifice de Noé ?

R. La gratitude et la reconnaissance.

D. Connaissez-vous l’arche ?

R. Oui, je suis maçonne, je travaille dans l'arche, et je viens en loge pour me corriger des défauts de l'humanité.

D. Comment l’arche était-elle éclairée ?

R. Par une seule fenêtre, pour nous marquer que toutes les actions des maçons doivent être éclairées par la seule raison.

D. Sur quelle montagne se reposa l’arche ?

R. Sur le mont Ararat, en Arménie, ce qui fait voir que les Maçons doivent chercher des lieux à l'abri des profanes.

D. Quel oiseau sortit le premier de l’arche ? R. Un corbeau qui ne revint pas, symbole des faux frères.

D Quel oiseau sortit le second ?

R. La colombe qui rapporta une branche d'olivier, symbole de tout bon Maçon qui est en loge comme un ange de paix.

D. Que signifient les onze étoiles ?

La vengeance des onze frères de Joseph qui, voulant se défaire de lui, lui procurent son bonheur et son élévation.

D. Que signifie le soleil et la lune ?

R. Ils nous représentent, par leurs bienfaits, le G\ A\, de l’U\

D. De toutes les clartés que dispensent ces astres, laquelle préférez-vous ?

R. La lumière morale et philosophique qui survit à toutes les autres dans les cœurs purs et chez les nations éclairées.

D. Que représente l’arc-en-ciel?

R. L'alliance que Dieu fit avec Noé et sa famille représentés par les cinq couleurs primitives réunies ensemble qui nous démontrent l'union de la fraternité.

D. Quel est le symbole de la maîtrise ?

R. La truelle.

D. A quoi vous sert-elle ?

R. A m'inspirer des sentiments d'honneur et de sagesse, comme étant l'emblème de la vertu et de l'oubli des offenses.

D. Que faut-il pour rétablir entre votre sexe et le nôtre les droits respectifs et sacrés de la société.

R. L'équité et l'indulgence.

D. Pourquoi l’équité ?

R. Parce que la base de la société humaine et la loi naturelle qui nous dit : Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fît ; ne fais à personne que ce que tu veux qui te soit fait.

D. Pourquoi l’indulgence ?

R. Parce que notre perfection morale à laquelle nous travaillons ne pouvant jamais être complète, l'indulgence est indispensable pour se pardonner mutuellement quelques faiblesses inséparables de l'humanité.

D. Donnez-moi le signe ?

R. (On le donne).

D. Dites-moi le mot ?

R. Avoth-Jaïr.

D. Que signifie ce mot ?

R. L'éclatante lumière de la vérité a dessillé mes yeux.

D. Donnez-moi l'attouchement ?

R. (On le donne).

D. Faites le signe de réponse ?

R. (On le fait).

D. Pourquoi les Maçonnes appliquent-elles leurs signes sur les cinq sens ?

R. Pour nous apprendre à n'en faire qu'un bon usage : le premier, sur la bouche, nous fait connaître que l'indiscrétion est un vice ainsi que la sensualité, et que nos banquets, fondés sur la tempérance, ne sont que pour maintenir nos rapports d'amitié. Le second, sur l’oreille, nous apprend que tout Maçon doit fermer l'oreille à la calomnie. Le troisième, sur l’œil, avertit un Maçon qu'il ne doit regarder ses sœurs qu'avec les yeux de l'âme ; c'est-à-dire qu'il doit respecter leur sagesse et leur vertu. Le quatrième, sous le nez, nous indique que nous devons être au-dessus de ce qui peut flatter les sens, afin de ne point sacrifier le bien de la société au plaisir particulier. Le cinquième, qui est l’attouchement du premier grade, nous instruit que nous renouvelons, chaque fois, notre traité de paix, et que nous sommes toujours prêts à tendre une main secourable à nos frères et sœurs dans le danger et dans leurs besoins.

D. Quels sont les devoirs d'une Maîtresse maçonne ?

R. Aimer, protéger et secourir ses frères et sœurs.

La Ge-Msse : Aimons-nous, protégeons-nous, secourons-nous mutuellement, suivant nos promesses.

La Loge se ferme comme aux grades précédents.

MODÈLE D'ÉCHELLE (planche) à tenir par la S\on le F\ Secrétaire.

A la gloire du g\ Soleil de lumière et sous les auspices du subl\ G\Me et de la subl\ G\ Msse.

Union, Silence, Vertu.

L'an maçonn\ 58, le jour du mois, la R\ L\, sous le titre disctinctif de ...en ses travaux d'adoption régulièrement assemblée par billets de convocation, en la manière accoutumée, au Jardin d'Éden, les travaux ont été ouverts à l'Asie par le V\F\..., G\Me, assisté de la R\S\..., G\ Msse, aidés de la très-aimable S\..., g\ inspectrice, gouvernant le climat d'Afrique et delà très-c\S\..., dirigeant le climat d'Amérique, en présence des FF\ officiers, SS\ officières, membres de la R\L\, etc.

Et les travaux ont été fermés, dans le sein de la paix et de l'amitié, les jours et an que dessus.

Par mandement de la R\ L\,

Secrétaire.

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Rite d'adoption : la compagnonne.

Publié le 6 Août 2026 par T.D

26 Mars 2017

Rédigé par La Maçonne

Ce degré est certainement bien plus sophistiqué que l'on imagine de prime abord. Il s'agit, en effet, dans l'ensemble d'une mise en scène soignée comportant tout une symbolique qui, si elle a le défaut d'être un peu trop moralisatrice, n'en est pas moins captivante.

Comme pour mes deux premières présentations au sujet du premier degré, je me suis basée sur les trois mêmes sources datées de 1775, 1787 et de 1856.

Le décor de la loge.

En 1775, la loge représente, purement et simplement, pour ne pas dire carrément, le jardin d'Eden. En bas de la loge, se trouve représenté un fleuve et un arbre de vie. Il y a 5 lumières (3 au midi, 2 au nord). Devant le vénérable de la loge est dressé une table, sur lequel se trouve un plat avec des pommes, une tasse avec une pâte liquide entourant un pommier au centre.

En 1787, le décor de la loge se complexifie. Elle garde le même décor que celui du premier degré. Cependant, elle possède ce que le livre appelle « un appartement de droite » qui figure le jardin d'Eden. S'y trouve le fleuve sortant de rochers, une verdure luxuriante, l'arbre de vie avec des pommes suspendues et un serpent dont la tête est mobile.

Devant la porte, se trouve une table recouverte d'un tissu noir avec un cadre représentant la mort et la représentation de Caïn tuant Abel. Curieusement, on trouve aussi un réchaud allumé avec une terrine remplie d'esprit de vin sur dans lequel on jette une poignée de sel qui est localisée « en bas » de la loge. Bien sûr, on retrouve l'autel (devant le vénérable) sur lequel se trouve une « auge sacrée » de petite taille remplie de farine diluée avec de l'eau (la fameuse pâte liquide) et une petite truelle. Ces deux objets sont en argent ou en vermeil. Le tableau de loge est identique à celui du premier degré à la différence que l'on y trouve que l'arche de Noé sur la montagne et une colombe avec un rameau d'olivier.

La version de 1856 préserve l'essentiel de ce décor et l'enrichit. Le coin représentant le jardin d'Eden est caché.

Le fleuve n'apparaît pas. Certainement, trop difficile à représenter. Branche d'arbre et autres éléments verdoyants y ont toutes leur place. Une table est dressée sur laquelle on trouve un cadre représentant Adam et Eve, un arbre de vie, un serpent à la tête mobile et une certaine quantité de bougie éteinte.

Au lieu de se contenter d'une simple table avec une représentation d'un squelette, un coin de la loge est aménagé spécialement. Le rituel ne précise pas s'il est caché mais on peut l'imaginer. Ce coin est tendu de noir avec une profusion d'ossements et de larmes. Dans ce lieu exprimant la joie de vivre, se dresse une table recouverte de noir avec une représentation d'un squelette comme en 1786.

Le rituel d'élévation.

Le rituel le plus complet et le plus compréhensible pour nous, pauvres esprits du 21ème siècle, est celui de 1786 (comme quoi). Le Manuel de la Franc-maçonnerie de 1856 n'évoque le décor de la loge, les mots et signes (que j'évoquerais en fin de cet article, parce que c'est quelques chose!) et l'instruction de ce degré. Quant à la version de 1775, le rituel manquerait de précision.

Comme je l'ai fait pour le grade d'apprentie, j'ai organisé ce rituel sous la forme que nous connaissons.

 

Préparation de la récipiendaire.

Les puristes du rituel apprécieront. En 1775, la récipiendaire est conduite par l'inspectrice dans une salle sombre à qui on demande de retirer sa boucle d'oreille gauche. En 1786, on retire à la récipiendaire la totalité de ses bijoux et sa jarretière gauche. Au lieu d'être avec l'inspectrice, elle est avec l'orateur qui lui explique qu'elle devra obéir à toutes les épreuves qui lui seront données. Elle entrera les yeux bandés. Vraisemblablement, dans la version de 1856, la sœur n'a plus les yeux bandés d'où la nécessité de cacher les différents coins aménagés de la loge.

Le rituel. 

Lors de l'ouverture de la loge, le vénérable lit l'instruction du premier degré une branche d'olivier à la main gauche.

La soeur introductrice la fait placer entre les deux officières, et fait avertir le vénérable que la soeur qui désire monter au second grade de la maçonmerie est présente; et que, pour preuve de sa soumission à tout ce qu'on exigera d'elle, elle a remis ses bijoux et sa jarretière.(L'orateur les porte sur l'autel. )

Le grand maître : « Ma chère soeur, c'est avec un plaisir extrême que je vois votre zèle à vouloir parvenir à la connaissance de nos mystères; cependant, quoique vous nous confirmiez de plus en plus dans l'idée que nous avions conçue de vous, je me crois encore obligé de vous engager à ne rien précipiter. Sachez que si vous commettiez une seule faiblesse, il ne nous serait plus permis de vous recevoir parmi nous : voyez si vous voulez être reçue à ce prix ».

La sœur doit répondre « Oui ». Le vénérable commande au frère inspecteur de lui faire faire deux fois le tour du tableau de loge et de la faire passer par l'épreuve du feu afin de persuader les membres de la loge de son courage.

La sœur est conduite auprès de l'esprit de vin.

Le vénérable : « C'en est assez, mon frère, nous devons être content de sa soumission.

(En s'adressant à la récipiendaire.)

Vous,ma chère soeur, ne craignez rien, souvenez-vous que la bonne foi est sacrée chez les maçons ; le bandeau que vous avez sur les yeux nous assure de la vôtre, et nous présente l'état d'innocence , dans lequel vivaient nos premiers pères, se confiant aveuglément dans les promesses du créateur.

Continuez, ma chère soeur, à vous soumettre à tout, il ne vous reste plus qu'une épreuve à,passer pour entrer dans notre sanctuaire; et quoiqu'elle soit terrible , elle n'est pas au dessus de la vertu courageuse. Nous allons vous conduire dans un lieu de délices,où vous achèverez de nous convaincre de l'estime que nous devons faire de votre amitié.

Allez, ma chère soeur , puissent la sagesse et la prudence vous inspirer surtout ce qui vous reste à faire, et vous ramener vers moi avec des marques certaines de votre innocence ».

Le frère inspecteur conduit la récipiendaire dans le coin où est aménagé le jardin d'Eden et la laisse à sa réflexion.

Un membre de la loge lui donne, alors, une pomme l'invitant à la manger en lui expliquant que c'est une marque d'obéissance pour être reçue. Bien sûr, la sœur obéit.

A peine, a-t-elle commencé à manger la pomme, qu'un bruit de tonnerre se fait entendre – genre « fin du monde » - La loge, dans le cadre de sa préparation, doit avoir prévu de quoi faire le bruit adéquat. Le membre de la loge s'éloigne subrepticement. L'orateur se précipite vers la sœur qui vient de déclencher la colère divine. Il lui retire son bandeau et lui dit :

"Malheureuse ! Qu'avez-vous fait ? Est-ce ainsi que vous pratiquez les leçons de sagesse que l'on vous a données? Se pourrait-il que vous méconnaissiez ces sentiments d'honneur et de vertu, premier fondement de notre ordre ? Quoi ! au mépris des promesses que vous a faites le grand maître de récompenser votre courage et votre prudence, vous vous laissez séduire par ce monstre.

(Il lui montre le serpent duquel on fait remuer la téte.) qui n'a d'autre but que celui de corrompre votre innocence ; quelle récompense devez-vous attendre d'une pareille faiblesse?"

On peut imaginer facilement que la pauvre sœur traverse un grand moment de solitude après cela ! Le pire, c'est que cela continue dans la même veine.

L'orateur lui dit : « Suivez-moi , madame, et sortons au plus vite d'un lieu qui vous rappellerait sans cesse votre faute »

L'orateur la conduit entre les deux colonnes. L'inspecteur récupère la pomme mordue et l'amène au vénérable.

Le vénérable dit à la récipiendaire : « Je vois trop, madame, le peu de compte que vous avez fait des sages conseils que je vous ai donnés ; mais sans compter l'oubli de vos devoirs, connaissez l'excès des malheurs que votre inconséquence a causé ».

Apparaît un autre élément du décor. On fait lire à la sœur l'inscription sur le tableau représentant le squelette qui dit « Le crime a vaincu l'innocence. »

Le vénérable : Que dois-je faire, mes frères.

L'inspecteur : Consulter votre sagesse et suivre nos lois. 

Le vénérable : Je vous entends, mon frère ». A la récipiendaire, lui disant d'un "air respectueux et confiant " : "Madame, c'est avec une douleur extrêune que nous avons vu votre faute ; mais quelque qu'elle soit, l'indulgence, qui fait la base de notre société, me permet pas de vous la reprocher davantage et pour vous faire connaître entièrement le caractère des vrais maçons , persuadés comme ils le sont des faiblesses de l'humanité, apprenez que tous les frères et soeurs ici présents vous pardonnent, et moi tout le premier, à condition que vous allez prêter devant nous, et sur cet autel, un serment authentique de n'employer jamais d'autre vengeance envers ceux que vous connaîtrez coupables; le voulez-vous, madame ?". 

La récipiendaire ayant répondu oui, tous les frères et soeurs applaudissent. Ensuite on fait avancer l'aspirante à l'autel, par quatre pas, commençant par le pied droit ; puis le vénérable la fait mettre à genoux , et prononce avec elle son obligation.

« Je jure et m'engage, en présence de cette respectable assemblée , et sous les peines que m'impose ma précédente obligation , de ne jamais révéler à aucune apprentie , le secret de compagnonne. Je promets de plus d'aimer, protéger et secourir mes frères et soeurs , toutes les fois que j'en trouverai l'occasion , de ne point manger de pépins de pomme, vu qu'ils contiennent le germe du fruit défendu ; en outre , de garder sur moi cette nuit, la jarretière de l'ordre, et de n'en point découvrir les mystères aux profanes.Je promets toutes ces choses, aux risques d'encourir l'indignation de mes frères et soeurs ; c'est pourquoi je prie dieu de m'être en aide.Ainsi soit-il »

Le vénérable relève la récipiendaire. Il trempe dans l'auge sacrée il la lui passe cinq fois sur les lèvres, et lui dit : « C'est le sceau de la discrétion que je vous applique ; on vous apprendra bientôt la morale qu'il renferme. Reprenez ce fruit , il est le symbole d'un grand mystère et de notre ordre et de notre religion ; recevez aussi notre jarretière, comme étant l'emblême d'une amitié parfaite ».

Alors faisant passer la soeur du côté de l'Afrique , il continue , en disant : « Nous avons des signes et des paroles pour nous reconnaître, en qualité de compagnonne; comme dans le grade précédent. Le signe se fait, en portant le petit doigt de la main droite sur l'oeil droit fermé. On répond à ce signe , en mettant le petit doigt de la main droite sous le nez, le pouce dessus, l'index sur le sourcil, et les autres doigts sur l'oeil. La parole est Belba , qui signifie çonfusion; le mot de passe est Lamasabacthani, qui veut dire : Seigneur, je n'ai péché que parce que vous m'avez abandonnée ».

Les autres versions & analyse. 

Je vous laisse vous débrouiller avec le signe de ce grade à ce rite qui, d'ailleurs, est un chouia plus simple mais pas plus heureux dans les autres versions.

La version de 1785 ne mentionne nullement cette dramatisation de la pomme. Il est simplement demandé à la sœur de manger la pomme sans croquer les pépins « sources du péché ». Quant à la scène de l'auge sacrée, il s'agissait d'appliquer un emplâtre sur la bouche de la récipiendaire et de donner cinq coups à l'aide de la petite truelle. On appréciera la délicatesse de la version de 1787. 

Contrairement à ce que l'on peut lire, il n'est nullement rappelé aux sœurs Compagnonnes (et aux femmes de l'époque) que l'origine du péché originel est strictement féminin. Même au 18ème siècle, on savait qu'il a fallu l'intervention du diable, lui-même, pour convaincre Eve, alors que Eve a suffi pour convaincre ce benêt d'Adam.

Ce rituel s'il avait été masculinisé aurait nécessité de faire apparaître une femme (en carton?) à la place du serpent .... Rien, donc, de surnaturel, finalement. Certes, la représentation du féminin (et donc des femmes) dans ce rituel n'a rien à voir avec les glorieuses amazones qui réclamaient des armes, le pouvoir, et le droit à l'instruction ... 

Or, la subtilité se situe à la fin de ce rituel. Ces compagnonnes détiennent « la connaissance », c'est-à-dire les « mystères », pour avoir croqué la pomme avec ou sans les pépins. Autant dire que ce rituel remercie Eve d'avoir sortie l'humanité du jardin d'Eden, une humanité condamnée à l'innocence mais à l'ennuie de ne pas savoir ou connaître. Si ce rituel destiné à des femmes frise l'hérésie, les auteurs s'en sortent plutôt bien appelant à la vertu, à l'innocence mais aussi à l'obéissance et à la soumission. Le comble est le mot de passe et sa signification. Il n'existe d'ailleurs que dans cette version de 1787. En 1856, on se contentait simplement d'Eva et de Belba (Babel). Il est tiré de Mathieu 27:46, qui fait dire à Jésus, agonisant sur sa croix, « Éli, Éli, lama sabachthani? » c'est-à-dire: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » Il fallait oser. 

La qualité ésotérique de ce rituel est évidente, tant il recouvre l'état de l'humanité, symbolisé par la période avant et après la chute.

On notera aussi l'épreuve du feu pour tester le courage de la récipiendaire, la présence du bandeau (symbole de l'obéissance à dieu) comme le retrait de la totalité des bijoux symbole de l'humilité et du détachement des biens matériels. La version de 1785 ne prévoyait que le retrait de la boucle d'oreille gauche ! Le tableau de loge, lui-même, avec l'arche de Noé seul et le retour de la colombe, signification du premier bienfait de dieu vis-à-vis de l'humanité (après avoir été chassé du jardin d'Eden).

Comme il s'agit de franc-maçonnerie, les symboles de construction n'est pas absente. Tout d'abord, le mot : "Babel" (confusion), mais la présence de l'arche de Noé qui est expliqué dans l'instruction.

R. Pour se sauver, lui et sa famille, de la punition générale ; de même les maçons viennent en loge, pour se soustraire aux vices qui règnent si souvent dans les autres sociétés. :

D. Comment Noé a-t-il construit cette arche ? .

R. Par l'ordre, et d'après les plans que le grand architecte de l'univers lui en donna, et dont la morale doit servir de règle aux maçons, afin de se garantir contre la corruption générale.

D. Pourquoi les autres hommes n'en profitèrent - ils point ? -

R Parce qu'aveuglés par de fausses lumières, ils critiquèrent l'ouvrage du grand maître , qui, pour punition, les livra à l'endurcissement, ce qui les précipita dans l'abîme.

D. De quelle forme étoit cette arche ?

R. Elle avoit quatre étages, qui comprenoient trente coudées de haut; elle était (lire cette étude de la Loge de Recherche Dermott)longue de trois cents coudées , et large de cinquante.

D. De quel bois cet édifice était-il construit ?

R. De cèdre, bois que l'écriture nous dit être incorruptible ; ce qui symbolise le vrai maçon, qui doit être vertueux pour le seul plaisir de l'être , et se mettre au dessus des préjugés et de la calomnie.

D). Quelle forme avoit les planches ?

R. Eles étoient toutes égales et bien aplanies, ce qui nous démontre l'égalité parfaite qui doit régner entre nous, et qui doit être fondée sur la ruine de l'amour-propre. 

D. Comment l'arche était-elle éçlairée ?

R. Par une seule croisée pratiquée dans le haut du quatrième étage.

D. Quel oiseau Noé fit-il sortir pour savoir si les eaux étoient retirécs ?

R. Le corbeau , qui ne revint point, image de tous faux frères , qui , se parant des traits de la sagesse, négligent les inno- cens plaisirs de la maçonnerie , pour jouir en particulier des criminelles voluptés des sens.

D. Quel fut l'oiseau que Noé fit sortir après le corbeau ?

R. La colombe, qui rapporta une branche d'olivier, symbole de la paix qui doit régner entre les maçons.

On y trouve aussi  les notions d'égalité, de paix et donc de fraternité. 

Dans la version de 1856 (Manuel de la Franc-maçonnerie), le rituel d'élévation n'est pas présentée. L'arche de Noé est complètement occulté. Il n'y a pas de description de tapis de loge et aucune mention de ce dernier dans l'instruction du grade.

Ce manuel reprend les 7 degrés du Rite Français et les 33 du REAA. Noé apparaît dans le signe du 21ème degré du REAA : "Allonger les trois premiers doigts de la main droite; le F.\ en fait autant, puis il prend les doigts au premier en disant : Frédéric II. Le premier frère répond' en prenant les doigts de l'autre : Noé." Ce degré est appelé Noachite ou Chevalier Prussien du fait que selon la légende de ce degré pour la période de 1856, ce degré fait hommage à Frédéric II, Roi de Prusse, soi-disant signataire d'une constitution (qui s'avère être un faux). 

Le mythe de Noé est aussi le mythe fondateur avant qu'il ne soit supplanté par Hiram (en 1730). Est-ce que les rédacteurs de ce rituel  destiné aux femmes en avaient connaissance en 1787 (voir même 1775)? C'est peu probable.

Les rituels d'adoption étaient-ils faits pour des bécasses? Vu la richesse de ce rituel, il est difficile d'imaginer qu'il s'adressait à des femmes qualifiées de futiles ou pour créer une sous-franc-maçonnerie, utilisant finalement toutes les ficelles du rituel et s'ouvrant à l'ensemble des thèmes généralement abordés en franc-maçonnerie : une humanité nouvelle. 

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Franc-maçonnerie d'adoption : la cérémonie de réception de l'appentie "franche-maçonne"

Publié le 6 Août 2026 par T.D

3 Janvier 2017

Rédigé par La Maçonne

Vous avez découvert les décors, le catéchisme et les particularités liées à la franc-maçonnerie au travers de trois textes publiés à des dates différentes 

La présentation de la cérémonie de réception d'une nouvelle apprentie pose, par contre, plusieurs difficultés. Tout d'abord, il n'y a aucun rituel de le « Manuel de la franc-maçonnerie », document le plus récent. Ensuite, les deux autres textes présentent cette cérémonie sous forme d'un récit.

Ce qui en complique l'analyse. Le dernier point est, comme vous allez le constater, s'il y a des similitudes, les deux cérémonies sont différentes. Le récit le plus complet demeure celui de 1775. Celui de 1787, à l'instar du catéchisme, semble avoir été expurgé de l'essentiel. Afin de faciliter la lecture, je présente chaque cérémonie sous une forme plus contemporaine avec les dialogues et les annotations nécessaires liées aux mouvements des protagonistes.

La cérémonie de 1775 (in L'ADOPTION ou la Maçonnerie des Femmes, en trois grades – auteur inconnu – publié « à la Fidélité – chez le Silence »).

Préparation.

La récipiendaire est mise dans un lieu sombre, où il y aura une lumière et une tête de mort. A priori, elle n'est pas seule. La dernière reçue lui demande si elle entre en franc-maçonnerie de sa propre volonté, et si elle a toutes les informations requises.

L'état de la récipiendaire est importante. Il est, par ailleurs, indiqué dans cet ouvrage que les récipiendaires doivent être « saines, sans grossesse, ni mois (menstrue?) et qu'elles ayent un frère qui réponde pour elle ».

Comme pour les hommes, la récipiendaire voit sa tenue modifiée. On lui retire sa jarretière gauche qui est remplacée par un ruban bleu (d'une aune), sa manchette et son gant droit. Elle a, bien sûr, les yeux bandés.

Rituel (ou presque).

La Surveillante frappe 5 coups,

Le Vénérable frappe 5 coups.

« Voyez ma soeur ce qu'on demande ?

La soeur : C'est une Dame (ou Demoiselle) qui demande à être reçue franche-maçonne.

La soeur ferme la porte, se met à l'ordre

« C'est une soeur (il faut certainement lire « une dame ») qui désire être maçonne »

Vénérable : « Demandez-lui si c'est sa dernière volonté et si elle a fait ses réflexions, qui la présente, son nom, son surnom et ses qualités, et si elle désire passer par toutes les épreuves nécessaires. »

La surveillante s'acquitte de sa tâche et revient avec la soeur introductrice.

Le Vénérable questionne celui [un frère] qui propose sa candidature, s'il l'a connaît et si elle a les dispositions requises pour être initiée.

Le Vénérable demande aux frères et aux soeurs si personne ne s'y oppose.

Tous les assistants lèvent les mains sur la loge tracée en étant tous à l'ordre.

Le Vénérable dit à la soeur introductrice de faire entrer la récipiendaire.

La soeur va se placer auprès du Vénérable pour faire à la récipiendaire un petit discours sur l'Ordre. L'inspecteur place la récipiendaire en bas (?) de la loge pour faire passer les épreuves.

Le Vénérable - Est-ce votre volonté d'être reçue Franche-Maçonne.

La Récipiendaire - Oui

Le Vénérable - ne vous est-il jamais arrivé de croire & d'avoir des idées contraires à notre Ordre ?

La Récipiendaire - non Vénérable.

Illustration : dame d'honneur de Marie-Antoinette 

L'inspecteur la laisse un moment à ses réflexions (on ne sait pas si elle reste à l'intérieur de la loge) et la fait passer sous la voûte d'acier [les frères présents ont tous une épée]

Voyage : du nord à l'occident, deux fois le tour des terrines allumées au dessus desquelles il lui fait mettre les mains [épreuve du feu]

L'inspecteur - Elle a voyagé.

La récipiendaire est mise face au squelette [qui apparaît, pour le coup, aussi subitement dans le texte que dans la cérémonie]

Vénérable : - faites- lui voir l'horreur de son état et l'origine du péché, ce qu'elle a été, ce qu'elle est , & ce qu'elle deviendra.

Le bandeau de la récipiendaire est retiré – les frères terribles l'encadre avec leurs flambeaux.

Le Vénérable – laissez-lui faire de sérieuses réflexions sur son état présent , ensuite vous la ferez passer de la mort à la vie , en me l'amenant vers l'étoile de l'orient par cinq pas.

Les deux frères terribles la tournent vers l'étoile (située à l'orient, derrière le vénérable).

La récipiendaire est conduite par l'inspecteur à l'orient, elle est à genoux.

Le Vénérable - Madame , vous allez être admise dans un Ordre très respectable, il ne s'y passe rien contre la Religion , l'état & la vertu ; la serment que vous avez fait paraître dans les épreuves que l'on vous a fait faire , la probité & la vertu de celui qui vous présente nous font des sûrs garants de votre façon de penser; achevez ce grand ouvrage, en ; répétant l'obligation formidable qui doit vous unir à nous. »

Obligation.

"Sur la connaissance que j'ai du grand soleil de lumière , qui a tiré du chaos les quatre éléments pour en former la sublime architecture de l'univers ; je promets de tenir, garder et cacher sous le cadenas du silence le secret de la Maçonnerie & de ne le point révéler qu'à un Frère ou à une Soeur , que j'aurai reconnu pour tel ou telle ; après l'examen le plus exact , je consens que si je manque à ma parole , d'être exposée à la honte de l'infamie que tous maçons réserve aux parjures ; je promets de plus d'écouter , obéir , travailler et me taire ; le tout sous peine d'être frappée du glaive de l'Ange exterminateur & que les entrailles de la terre s'entrouvrent sous moi pour y être engloutie ; je désire , pour m'en garantir , qu'une portion du feu qui réside dans les plus hautes régions de l'air éclaire mon coeur , le purifie & le conduise dans le sentier de la vertu. Ainsi soit-il. Je promets de plus & m'engage de coucher cette nuit avec (Ici le Vénérable s'arrête un instant ) la jarretière de l'Ordre"  Sur cette jarretière , qui est de peau blanche sont écrit Vertu et Silence.

Ensuite le Vénérable lui donne le mot et le signe d'Apprentie; le mot d'Apprentie est Feix Feax.

Le signe se fait en portant les deux derniers doigts de la main droite à la main gauche ; la réponse est de couler & descendre l'échelle avec les deux mains. [je vous laisse vous exercer]

Le Vénérable embrasse la Récipiendaire ,

Le Vénérable : « je change le nom de Madame (ou de Mlle) en celui de Soeur »

Le vénérable donne la fameuse jarretière. La Soeur introductrice ôte le ruban bleu et aide la récipiendaire à mettre la jarretière en place.

L'inspecteur lui donne un tablier. 

Inspecteur : - Ce tablier vous représente , il doit vous faire souvenir de la candeur que doit avoir une Maçonne.

L'inspecteur lui fait le « baiser d'association », lui fait répéter le signe et le mot. La nouvelle initiée est ensuite placée du côté du Nord pour entendre le discours de l'orateur. 

La cérémonie de 1787 (in « la vraie maçonnerie d'adoption » par un Chevalier de tous les ordres)

CHAMBRE DE RÉFLEXION.  La « Chambre » de réflexion est tendue de noir, est éclairée que par une lampe suspendue au dessus d'une table recouverte d'un drap noir sur laquelle se trouve une tête de mort.

Le rituel.

Le grand-maître frappe cinq coups.

Le Vénérable - Mes chères soeurs, inspectrice et dépositaire, engagez nos chers frères et soeurs, tant du côté de l'Afrique que de l'Amérique, de vouloir bien nous aider à ouvrir la loge d'apprentie maçonne, en faisant notre office par cin

Soeur Inspectrice - Mes chers frères et soeurs du côté de l'Afrique, vous êtes engagés de la part du vénérable grand maitre et de la grande-maîtresse, de vouloir bien leur aider à ouvrir la loge d'apprentie maçonne, et de faire notre office par cinq.

Soeur dépositaire répète ces paroles.

Le Vénérable : - à moi, mes chers frères et soeurs,

L'acclamation : frappe cinq fois dans les mains et crie cinq fois « Vivat ».

Le Vénérable - Quels sont les devoirs d'une apprentie maçomne ?

Réponse d'une des deux soeurs dépositaires ou inspectrices - Obéir, travailler et se taire.

Le vénérable - Obéissons, travaillons et taisons-nous sur tous nos mystères envers les profanes.

[le catéchisme fait son entrée et sa sortie]

Le frère orateur conduit la récipiendaire. Il lui bande les yeux « aussitôt qu'elle est rentrée », « puis lui fait un discours pathétique sur la vertu et la charité, et la laisse à ses réflexions. »

Ce passage montre une certaine confusion dans le déroulement des événements. En effet, ensuite, il frappe à la porte de la loge pour entrer !

La soeur introductrice frappe cinq fois « en dedans » et fait avertir le vénérable par les officiers qu'on frappe à la loge en maçon.

Le vénérable - Il faut voir qui frappe. Si c'est un profane, de l'écarter, mais que si c'est un maçon ou maçonne de l'admettre.

L'introductrice entrouvre la porte de la loge.

L'orateur : - C'est une élève de la sagesse, qui désirerait être reçue maçonne ».

La soeur introductrice referme la porte et annonce la récipiendaire.

Le Vénérable – par qui est-elle présentée ?

Le frère ou la soeur à qui cette question s'adresse, se place entre les deux officières;

Le Vénérable – reconnaissez-vous à la récipiendaire toutes les qualités nécessaires pour faire une bonne maçonne ?

Le frère ou la soeur répond. Le vénérable leur fait prêter serment.

Le vénérable – y-a-t-il quelqu'un qui s'oppose à la réception ?

Vote des frères et soeurs en levant la main.

S'il n'y a pas d'opposant,

Le Vénérable - Bénis soient nos travaux, nous allons donc donner encore un soutien à la vertu; nous ne pouvons trop nous en réjouir , applaudissons, mes frères ».

Le Vénérable – Soeur introductrice, instruisez vous du nom de l'apprentie, de ses qualités civiles, et sur-tout de sa religion. »

La soeur obéit.

Le vénérable : - Faites entrer la récipiendaire.

Aussitôt l'orateur lie les mains de l'aspirante avec une chaîne de fer-blanc, et la remet à l'introductrice qui l'introduit en loge.

[Les soeurs de la GLFF pratiquant le REAA savaient déjà que les chaînes avaient été préservées du rituel d'adoption. Ce qu'elles ignoraient est que ce symbole existe depuis la haute antiquité … heu .. je veux dire au moins 1787.]

La récipiendaire est placée, les yeux bandées et les mains attachées, entre la soeurs inspectrice et dépositaire.

Le Vénérable demande : - qu'est-ce qui vous amène et qu'elles sont les idées que vous avez sur la maçonnerie ?

Voyage : Après que l'aspirante a satisfait à tout , le frère inspecteur lui fait faire deux fois le tour des cinq terrines , et la ramène entre les deux soeurs dépositaire et inspectrice.

Le vénérable – voulez vous recevoir la lumière ?

La récipiendaire – oui.

Le vénérable frappe cinq coups. L'inspecteur retire le bandeau.

Les frères se mettent devant formant une voûte d'acier cachant les soeurs.

[On notera que le cérémonial de « rendre la lumière » est plus précis que dans la précédente version. On sait qui retire le bandeau à la profane.] 

Le fait de cacher les soeurs est de créer l'étonnement de la récipiendaire, qui s'attendait à voir des femmes.

Le vénérable la sermonne sur « l'imprudence qu'elle a commise en voulant entrer dans

une société qu'elle ne connaissait pas, et voir que sa pudeur pouvait être en danger »

Le vénérable : - Cependant, madame, nous voulons bien croire que l'inconséquence, ni même la curiosité n'ont aucune part à votre démarche, et que l'idée avantageuse que vous avez conçue de la maçonnerie est l'unique objet qui vous engage à vous faire recevoir par nous ; mais malgré la confiance et l'estime que vous nous inspirez, avant que de vous révéler nos plus secrets mystères, je dois vous apprendre que le grand point de la maçonnerie est de rendre la société aussi parfaite qu'elle peut l'être, et que le caractère du vrai maçon est d'être juste et charitable ; au dessus des préjugés , nous devons fuir l'artifice et le mensonge; toujours guidés par la vertu, nous ne devons être occupés que de nous acquérir l'estime générale, et mériter l'amitié de nos frères et soeurs. Voilà , madame, une légère idée des devoirs que vous allez vous imposer : nous sommes con

vaincus que vous n'aurez point de peine à les remplir; l'engagement que vous allez contracter , en vous liant étroitement à nous, vous confirmera dans ce que vous devez à la religion , à l'état et à l'humamité. Persistez-vous toujours dans les sentiments d'être initiée dans notre ordre ?Trouverai-je en vous une femme forteet courageuse » ?

la récipiendaire doit répondre : « Oui ».

Le Vénérable : - Mes chers frères et soeurs, ouvrons-lui la porte de la vertu et détachez-lui ses fers. Il faut être libre pour entrer dans nos temples ».

Puis s'adressant à la récipiendaire : -Venez à moi, madame, en traversant cette voûte de fer et d'acier.

Le frère inspecteur conduit la récipiendaire, la fait mettre à genoux devant l'autel, lui fait poser la main droite sur l'évangile et lui fait prêter son obligation.

Obligation :

En présence du grand architecte de l'univers, qui est Dieu, et devant cette auguste assemblée, je promets et jure solennellement, de garder et retenir fidèlement dans mon coeur tous les secrets des maçons et de la maçonnerie , qui vont m'être confiés, sous les peines d'être déshonorée et méprisée ; et de plus, être frappée du glaive de l'ange exterminateur ; mais pour m'en garantir , puisse une portion de l'esprit divin, descendre dans mon âme pour me faire parvenir au plus haut degré de la vertu. Dieu me soit en aide. Ainsi soit-il

Conclusion.

La version de 1787 est nettement plus moralisatrice – et on peut dire un peu moins « féministe » - si on peut dire – que celle datant de 1775.

La présence de la jarretière a, par ailleurs, aucun sens – à part être une référence masquée à « l'Ordre de la Jarretière » qui serait à l'origine des bleues de la franc-maçonnerie (cf Roger Dachez).

Si le décor est riche en symboles dans les deux versions, on peut être déçu de ne voir aucune allusion à ceux-ci dans l'une et l'autre des deux cérémonies de réception, réduites – pour nous, soeurs et frères du 21ème siècle formés à des longueurs ritueliques – à une simple convention de pure forme.

A contrario, une maçonne du 18ème siècle (au moins en 1775) découvrait l'étoile dès sa réception alors que pour les frères de la même époque il leur faut attendre le grade de compagnons et – comme le progrès n'existe pas – il nous a fallu attendre,nous hommes et femmes du 21ème siècle, la maîtrise. Par ailleurs, la version de 1775 est enrichie par un passage de la mort à la vie – une renaissance – 

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Préliminaires

Publié le 5 Août 2026 par T.D

Nous dirons plus, nous espérons que l'époque n'est pas éloignée où des SS\ dignitaires, qui se seront distinguées par de bonnes directions de travaux, par des lectures philosophiques, seront admises à nos séances, où, après 3 à 5 mois de tenues, elle deviendraient aptes à remplir des emplois comme adjointes aux dignitaires. Convenons que c'est alors que lés travaux maçonniques deviendraient attrayants. Que dé progrès dans l'instruction, dans la morale mise en action, dans l'union des cœurs, dans le respect de tous et de soi-même, dans l'épurement des idées, des sentiments et dès passions ! La maçonnerie serait le vrai lien des nations. Si le frottement des peuples produit la civilisation, la réunion des deux sexes sous le maillet de l'Ordre, généraliserait la pratique des vertus.

 La hideuse hypocrisie de mœurs succomberait sous l'égide de la raison universelle et du bon sens de tous ; la confiance serait générale. Supposons pour oratrice-adjointe d'une de nos loges, une sœur comme madame Emile de Girardin, comme madame la comtesse de Rémusat, comme l'illust\ Rachel ; ou une sœur comme madame la comtesse d'Argoust (Daniel Stern), comme madame Louis Collet ou madame George Sand, qui ne viendrait pas s'y affilier ou s'y faire initier pour entendre leurs discours qui seraient des objets d'émulation, de travail et d'étude pour nos jeunes maçons si lents à produire ?

Vous verriez vos travaux embellis par la présence de savantes ladies dont l'instruction ne demande qu'à se répandre ; repoussées, en Angleterre, de toute réunion intime dénommes, quel bonheur n'éprouveraient-elles pas à demander dans vos temples un asile pour leurs mérites. Les dames étrangères, dont le savoir serait à la même hauteur, solliciteraient la même faveur et deviendraient d'utiles membres correspondants ; les journaux maçonniques ne resteraient plus stériles. C'est dans nos loges épurées que se trouverait l'élite de la France, qui, plus tard, serait, par l'influence féminine, imitée par les autres nations, et la francmaçonnerie sauverait une seconde fois l'humanité.

Les femmes instruites, celles qui honorent leur sexe et qui illustreraient la maçonnerie sont pénétrées de ces vérités. Que répondre à une femme de maçon qui s'exprime ainsi, dans le Freemason's quaterley review, année 1845, publiant la lettre suivante, signée : Une femme de Francmaçon, où se trouve ce passage ! Feu lord Durham était d'avis qu'on ne pouvait, sans injustice, exclure les femmes de la jouissance des privilèges maçonniques, et il y avait tout lieu d'espérer qu'il emploierait son influence pour faire cesser l'ostracisme dont elles sont frappées. Sa mort a anéanti toutes ces espérances, et, depuis, la question n'a plus été remise sur le tapis. En parlant de l'exclusion lancée contre les femmes, dans les temps anciens, lord Durham faisait remarquer à ses frères qu'il existait une grande différence dans la position relative des deux sexes à cette époque comparativement au siècle actuel.

 Il rappelait que les femmes devaient être nécessairement placées dans une condition inférieure, alors que la force physique ou l'habileté à manier l'épée suffisait seule pour assurer la prééminence d'un homme sur un autre ; mais il se plaisait à reconnaître qu'aujourd'hui, les femmes possèdent au même degré que les hommes les qualités qui rendent dignes d'être admises à la participation des bienfaits maçonniques, c'est-à-dire la loyauté de caractère, l'aptitude à apprécier la science, sinon à la découvrir, la délicatesse de sentiments, le dévouement et la sincérité d’âme.

Un ancien historien de 1646 raconte qu'à dater de l'époque où Elias Ashmole, l'un des derniers Rose-Croix d'Angleterre, devint freemason, le caractère de la maçonnerie s'est graduellement modifié, que les frères, au lieu de se livrer à des opérations actives, se sont bornés à disserter sur certaines doctrines et certaines théories abstraites. Dès lors, la nécessité d'exclure les femmes a cessé d'exister ; les progrès de leur éducation et la position qu'elles ont conquise dans le monde moral, ne permettent plus de les considérer comme des créatures inférieures. Depuis un siècle, la littérature de presque tous les peuples civilisés a surabondamment fourni des preuves de leur puissance intellectuelle, et aujourd'hui que l'on reconnaît généralement combien est utile et importante l'influence des mères sur le caractère de leurs fils, n'est-il pas certainement à désirer qu'elles puissent être admises dans le temple où ces mêmes fils reçoivent, dit-on, de précieuses instructions ?

On ne cesse de proclamer que la maçonnerie tend à purifier et à élever l'âme, que ses préceptes inculquent toutes les vertus; qu'un homme ne peut être bon maçon sans devenir, par cela même, meilleur mari, meilleur père, meilleur ami, meilleur citoyen ; puisque tels sont les fruits des doctrines qu'on leur enseigne, ne s'ensuit-il pas que, si on initiait les femmes à la connaissance de ces mêmes doctrines, elles deviendraient, elles aussi, meilleures épouses, meilleures mères, meilleures amies pour leurs maris, et meilleures institutrices pour les jeunes citoyens que leur devoir est de guider dans les sentiers de la loyauté et de la vérité. — « Qu'on ne croie pas que cette demande des femmes soit dictée par une vaine curiosité de pénétrer dans les mystères de la maçonnerie.

Eh, mon Dieu ! ces mystères, rien ne leur serait plus facile que de les connaître, sans avoir besoin d'être admises à entrer dans l'intérieur du sanctuaire ; elles n'auraient pour cela qu'à user de l'ascendant qu'elles ont sur leurs maris, ou à profiter de leurs dispositions expansives au sortir des libations d'un dîner maçonnique. De deux choses l'une : ou l'on admet qu'elles sont instruites de ces mystères, et alors il faut reconnaître que, quoi qu'on en dise, les femmes sont capables de garder un secret, ou elles ne le connaissent pas, et, dans ce cas, on doit leur rendre cette justice, qu'elles sont trop jalouses de l'honneur de leurs maris pour profiter des instants de faiblesse ou d'abandon, et les engager à violer un serment sacré. » — Nous sommes de l'avis de notre sœur d'Angleterre.

 

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Les loges d’adoption : fonctionnement & rituels (2)

Publié le 5 Août 2026 par T.D

15 Avril 2014

Rédigé par La Maçonne

Fonctionnements des loges d’adoption

Avant d’entrer dans le détail des rituels, il est intéressant de savoir comment fonctionnaient ces loges mixtes et, en particulier, de comprendre la place des femmes dans ces loges.

Margaret Jacob et Janet Burke dans leur « critique féministe »* présentent une évolution des places allouées aux sœurs au fil des années. Inutile de préciser à tout amateur d’histoire de la maçonnerie, que celle-ci que ce soit dans sa forme, son fonctionnement et ses rituels n’a jamais été figée et réduite à une seule expression. La franc-maçonnerie, en France, a toujours été traversée de plusieurs courants de pensée, plusieurs modèles d’organisation et surtout plusieurs rituels dont elle est d’ailleurs pour une bonne partie la seule responsable, dont ce que nous appelons les « hauts grades ».

La place des femmes dans les loges d’adoption a donc suivi la même logique. Ainsi, si au départ, les femmes étaient, vers 1760-70, encore réduites à se contenter d’un acte de présence lors des tenues, peu à peu elles prennent les maillets et s’installent dans leurs rôles. C’est vers 1775, qu’elles peuvent voter – reçues aux grades de maîtres, le rituel mentionnait l’erreur des maçons de n’avoir pas accepté les femmes plus tôt, assurant qu’il s’agissait surtout d’une ignorance de leur temps. Le maître de loge assure « la possibilité de réunir les deux sexes » dans les loges, et continue : « la lumière s’est enfin introduite dans les espaces qu’occupaient les ténèbres ; nos profondes études dans l’art de la Maçonnerie nous ont aidés à trouver le vrai moyen de perfectionner nos édifices ; c’est par le secours de nos Sœurs qui ont apporté avec elle un Cœur qui renferme les cinq colonnes de notre Ordre ».*

Dans la « Vraie maçonnerie d’adoption » de Louis Guillemain de Saint-Victor (1779), les sœurs prennent place et dirigent les tenues.

Les loges du 18ème siècle étaient particulièrement onéreuses et en fonder une- – généralement de ses propres deniers – nécessitaient une aisance certaine. Ainsi, en dehors des locaux et des décors – qui n’étaient pas en carton – il était recommandé d’avoir vaisselles, argenteries et tout ce qu’une bonne table aristocrate pouvait nécessiter et l’emploi de domestiques pour le service et la tranquillité des lieux. Chaque nouveau degré nécessitait en outre, une nouvelle tenue. Les cotisations étaient élevées, même si pour la "loge du Juste", les membres avaient des capitations vraisemblablement calculées en fonction de leur revenu.

Les rituels.

Nos rituels ont été adoptés par les français des anglais à l’arrivée de la franc-maçonnerie en France. Durant une période difficile à estimer, le système utilisé était un système en deux degrés : apprentis et maîtres, le maître étant appelé « compagnons ». A partir des années 1760, apparaît en provenance d’Angleterre, les « Ancients » dont une des caractéristiques étaient un système à trois degrés : Apprentis, Maîtres (appelés compagnons, ce qui ne facilite pas la lecture), et Maître Secret. On ne peut pas assurer que ce rituel soit spécifiquement anglais et une note sur Jakin&Boaz de 1766 montrent que les français et les anglais partageaient leurs copies sans aucune pudeur.

A la même époque, se développe un autre système de trois degrés intégrant un grade intermédiaire entre Apprenti et Maître, le grade de Compagnon. Ce tout coexistait sur une période allant jusque la Révolution de 1789, pour aboutir à des systèmes complexes de hauts grades – dont des systèmes à 4 degrés : Apprentis, Compagnons, Maître et Maître Secret. Le premier système à 7 degrés apparaît, considéré comme source de l’actuel Rite Français, en 1758.

De ce goût, peut-on dire cette manie française, d’ajouter des degrés, là où il n’en avait pas, de modifier des rituels, là où cela n’était pas demandé, il apparaît presque rassurant que les rituels d’adoption soient construits dans une même diversité. Les auteures Margaret Jacob et Janet Burke appellent d’ailleurs cette façon de faire : « l’écossisme » ajoutant sans même en rire que le point culminant est un système en 33 degrés. J’adore ces clins d’œil de l’histoire. Une note de la traductrice mentionne qu’il s’agit (seulement) des hauts grades et non pas de "l'écossisme" que nous connaissons aujourd'hui.

Le plus ancien rituel qui nous reste – en langue française – est celui de « la loge du Juste » de la Haye (Pays Bas) datant de 1751. Le rituel suivant, français, date de 1763 et est du Comte de Clermont, Grand Maître de la Grande Loge (de France).

Pour le coup, je vais même finir par admettre à l’actuelle Grande Loge de France une filiation avec la première Grande Loge de France, tant ils aiment la Tradition ! Ce rituel de 1763, œuvre du genre et même des deux genres, a servi de base à la rédaction des rituels suivants. Les multiples éditions des différents rituels – parfois même plusieurs fois dans une même année – montrent l’importance des loges d’adoption.

Contrairement à ce que l’on évoque, ces rituels d’adoption reprenait la même symbolique que les loges masculines : allégorie sur les vertus du frères et de la sœur, égalité des hommes (et des femmes), allusion biblique et bien entendu les symboles dits des « bâtisseurs ». Peu à peu, sont supprimés les allusions sur les « défauts féminins », cette Eve qui ne doit « pas manger les pépins de la pomme, car ils sont les pépins du vice ».

Nous sommes assez loin d’estimer qu’il existait une sous-maçonnerie dédiée aux femmes. Il suffit d’entendre pour cela les témoignages des contradicteurs et de leurs défenseurs.

La Franc-maçonnerie des Dames et ses détracteurs.

Si quelque chose n’a pas d’intérêt, elle connaît peu de détracteurs. Si elle n’est pas subversive, encore moins. Tout comme, les hauts grades, la Maçonnerie des Dames, ces loges mixtes pullulant un peu partout, regroupaient les femmes de la bonne société, mais aussi se trouvant à proximité des loges militaires, des loges de bourgeois et notables provinciaux. Elles n’ont pas existés sans causer quelques émois chez nos frères français.

Ces détracteurs vont devenir les héros des nôtres, qui voient en la maçonnerie mixte et féminine, une sous-maçonnerie « nécessaire » mais peu fréquentable. Comme aujourd’hui, les historiennes notent, que cela ne les empêchaient pas de visiter ces loges d’adoption. De mœurs légères (nous étions quand même au 18ème siècle et notre siècle paraît être un siècle de bigots), ces femmes tentatrices, éloignées de leur rôles de reproductrices, ces femmes indiscrètes et faibles – le beau sexe – qui n’a que le droit d’être beau, qui dénature les « mystères de notre ordre ».

Le Grand Orient qui a réorganisé les loges avaient, d’ailleurs, un discours double. Ainsi peut-on trouver ceci : « ... Nous avons dû permettre les travaux d'adoption, mais en même temps les tenir à distance. Un titre, un tableau, un timbre même ne sont que des accessoires dont se sert la maçonnerie, mais qui n'en font point partie, qui ne sont pas « Elle ». Ce sont travaux intérieurs qu'il n'est point permis de confondre, ce sont nos mystères dont on ne doit jamais s'occuper en loge d'adoption ».

Oui, les pauvres frères, ils n'avaient guère le choix!

Jusqu’aux découvertes des travaux de ces deux américaines, il était facile de considérer, à la faveur des seuls commentaires des détracteurs de leur époque, que ces premières maçonnes étaient dupes, soumises et trompées par une ressemblance à la maçonnerie. Ces dernières d’ailleurs développent largement ce point dans leur « Critique féministe »*.

Ce serait sans tenir compte des spécificités des rituels de ces femmes. On se demandera plus exactement si les dupes n’étaient pas, finalement, ces mêmes frères qui fustigeaient l’existence de ces loges, comme le sont, tout autant dupes, nos contemporains qui se réclament d'une Tradition.

Lilithement vôtre,

L’âme féminine sort de la même source que celle qui est revêtue d’un corps masculin, et ayant la même œuvre à faire, le même ennemi à combattre et les mêmes fruits à espérer doit donc par conséquent avoir les même armes.
Lettre de Louis-Claude de Saint-Martin à Willermoz. **

 

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Les loges d’adoption : les premières franc-maçonnes (1)

Publié le 5 Août 2026 par T.D

12 Avril 2014

Rédigé par La Maçonne

Naissance

Jusqu’à présent, les historiens s’entendaient pour estimer que les premières loges d’adoption remontaient entre 1755-1760, comme le mentionne Françoise Jupeau-Réquillard. Alors, il n’existait pas de preuve, rappelle Margaret C. Jacob.

La première trace écrite concerne la « loge du Juste » de la Haye, fondée en 1751 au Pays Bas et effectivement attachée à l’obédience. Les recherches des historiennes démontrent qu’elle ne fut pas unique au Pays Bas.

En 2002, Margaret C. Jacob s’est penchée sur les quelques 750 cartons remis au Grand Orient de France par les Russes.* Elle a découvert l’existence d’une loge d’adoption en 1742 à Bordeaux. L’histoire est pour le moins cocasse. La « loge anglaise » de Bordeaux fut fondé en 1742 par des français et des anglais. Un frère, prêtre catholique, fut suspendu trois mois pour avoir fait visiter la « Loge Anglaise » à des femmes. Un autre frère s’insurge dans les mémoires de la loge de l’existence d’une loge de femmes (qui rappellons-le était mixte) et les frères décidèrent « dans toute leur sagesse » d’y mettre fin. Malheureusement, en dehors de ce témoignage, nous ne possédons pas de trace et, encore moins, le nom de cette loge.

On peut, sans mentir, aujourd’hui considérer que les loges d’adoption, loges mixtes ont apparues très tôt en France.

Une spécificité française ?

La question, qui se pose, encore aujourd’hui, est pourquoi, finalement dès le début de l’histoire de la maçonnerie en France, des femmes sont entrées en maçonnerie.

L’interdit d’initiation des femmes apparaissant dans les Constitutions d’Anderson est toujours d’actualité dans les pays anglo-saxons, où ne se trouvent que ce que nous appelons « maçonnerie régulière ».

L’Ordre de l’Etoile Orientale (Order of the Eastern Star) est un exemple de ce qui est convenu de considérer comme ce qui est admis pour les femmes. Cet ordre philantropique destiné aux parentes des franc-maçons, théiste, a pour centre de réflexion les valeurs morales judéo-chrétiennes (fille, veuve, femme, sœur et mère), et la représentation des qualités morales destinées aux femmes. Son mode de fonctionnement est mixte, avec des plateaux – où ce qui en tient lieu – réservé aux hommes et d’autres aux femmes.

Les obédiences féminines anglaises, dont l’origine remonte malgré-tout au mouvement féministe français du Droit Humain, ont finalement été obligées de se plier aux commandements masculins, revenant sur le droit chemin bien tracé par les hommes. Tout ceci pour espérer quelques reconnaissances parcimonieusement données. Elles ont eu la possibilité d’être reçues en tenue de « brother », telles qu’elles s’appellent, dans un atelier masculin dont les travaux ont été suspendus. Une française ne peut qu’ironiser longtemps sur la condescendance des frères anglais, sinon regretter qu'une obédience féminine s'en trouve satisfaite.

La situation des françaises et leur approche de la franc-maçonnerie est bien différente et l’a été depuis le début. Elles veulent tout et veulent être partout. Elles sont entrées en franc-maçonnerie parce que tout simplement cela leur était interdit. Elles ne pouvaient ni l’admettre, étant de rang et de situation égale sinon supérieur à bien des membres de loges masculines, mais surtout le comprendre.

Ses premières maçonnes étaient issus, comme d’ailleurs tous les franc-maçons de cette période, des milieux dirigeants : aristocrates, bourgeois, et artistes. La société du 18ème siècle était mixte, difficile d’échapper alors à la présence de femmes, instruites et cultivées, tenant salon, actives et menant leur existence en toute indépendance. « Les femmes vivent et pensent comme les hommes. Seul le fait d’être de temps en temps enceintes, les distingue de leurs compagnons, écrit en substances la Princesse Palatine.** »

Elles avaient leur réseau amical comme ce que nous pouvons considérer un réseau professionnel. Guère chapotée par les hommes, elles pouvaient avoir des emplois à la cour, des activités artistiques reconnues et diffuser les idées du siècle des Lumières. Ainsi, explique Françoise Jupeau-Réquillard, elles ont tout simplement forcé les portes. Elles ne sont pas non plus les épouses ou parentes de frères. A Dijon, en 1782, sur 12 sœurs, trois seulement pouvaient revendiquer un tel statut.

Seulement, cette seule raison ne suffit pas à expliquer leur entrée en loge. L’égalité est la valeur la plus vantée et déclamée depuis l’origine de la franc-maçonnerie. Egalité entre hommes, aidé par le secret des loges, qui pouvaient voir des personnalités différentes se rencontrer. Mais aussi égalité entre homme et femme.

Ce sont bien des frères qui, si la porte n’est pas forcée par les femmes, le leur ouvre pour qu’elles puissent connaître, tester et "jouir de cette précieuse égalité, le seul bonheur qui leur manque dans le rang où le sort les a jetés". Dans le manuel des franc-maçonnes de 1787, les sœurs sont décrites « aussi libres et aussi raisonnables que les hommes ». Ils ignoraient alors, que dans leur toute naïve approche de cette égalité entre les hommes et les femmes, il ouvrait la porte à ce qui s’appellera le féminisme.

L’entrée des femmes en maçonnerie n’est pas la seule subversion que les français conduisaient dans leurs loges. Il y avait une subversion, qui appartient à notre approche contemporaine de la maçonnerie : les hauts grades. So french.

 

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Rituel de la maçonnerie d'adoption au 18ème siècle.

Publié le 4 Août 2026 par T.D

22 Décembre 2016

Rédigé par La Maçonne

Comme on ne cesse de le lire, la maçonnerie dite d'adoption serait une maçonnerie pour couturière usant et abusant d'une symbolique censée éveillée la « nature féminine ». Il n'en est rien même au 18ème siècle.

J'ai ainsi lu pour vous plusieurs textes issue d'un livre « la vraie maçonnerie d'adoption » publiée en 1787, recoupé par la lecture d'un autre texte daté approximativement de 1775 notant quelques différences et pour terminer « le Manuel de la Franc-maçonnerie » daté 1856 qui, grâce à l'informatique, se trouvent très facilement.

La loge : fonctionnement & décors. 

En 1787, les loges d'adoption étaient ouvertes aux visiteurs uniquement possédant le grade de compagnons. Il s'agit d'une particularité apparaissant avec le GODF lorsque celui-ci, désireux de se débarrasser des loges d'adoption et des femmes, a tenté de les limiter comme, d'ailleurs, l'épisode de la réception de Voltaire le montre.

Les ouvertures et fermetures se font par 5 coups à distance égale. Seul trois officiers détiennent le maillet : le grand-maître appelé vénérable maître en 1775, la soeur inspectrice et la soeur dépositaire – l'équivalent des 1ère et 2ème surveillantes. La grande maîtresse n'avait aucun rôle à part décoratif (1775). Dans la version de 1856, cette « grande maîtresse » tient le premier maillet.

Ce sont les soeurs inspectrice et dépositaire qui font tout le travail. Les frères présents ne sont là que pour les aider – des sortes de serviteurs. La prise de parole se fait en levant la main, comme nous connaissons encore, ou en faisant une demande faite à l'oreille des officiers, méthode qui s'est perdue dans les limbes des vieux manuels maçonniques.

Le cordon est bleu moiré, en sautoir, avec au bout une truelle aussi bien pour les soeurs que pour les frères. Dans la version de 1775, c'est un peu plus compliqué. Il y a effectivement le vénérable maître revêtu d'un cordon bleu ou noir, avec une même truelle, mais il doit avoir un chapeau sur la tête (pas un borsélino, hein?), une épée nue à la main gauche, une truelle à la droite et un maillet … qu'il tient aussi (fort heureusement, on n'a pas gardé le geste ! ). 1856, simplifie certainement la tenue et le décorum, la truelle du cordon disparaît – certainement trop « masculin » pour ces dames – au profit d'une échelle de cinq échelons.

Devant le vénérable de 1775, sur la table, il y a une grande et une petite cuvette, dans la petite de la cire pour faire le sceau et dans l'autre une truelle (encore une!). Les frères présents doivent, quant à eux, tenir une épée nue pour former la voûte d'acier. Un grand inspecteur est, quant à lui, placé à l'occident. Il porte un cordon bleu. Son symbole est un petit marteau.

Les soeurs sont toujours coiffées. Elles portent ainsi que les frères un même tablier blanc, une truelle pendue à un ruban bleu. Deux frères terribles décorent aussi la loge derrière le grand inspecteur.

La version de 1787 précise que les soeurs sont assises sur le rang devant. Les frères gardent leur épée en main.

La loge, en 1787, est tendue de rouge. L'entrée s'appelle l'Europe, à l'extrémité c'est l'Asie et à gauche (en entrant), c'est l'Amérique et à droite l'Afrique.

En « Asie » (autrement dit l'orient), il y a un dais rouge frangés d'or, avec un autel et huit figurines peintes représentant : la sagesse, la prudence, la force, la tempérance, l'honneur, la charité, la justice et la vérité. Dans la partie Europe (à l'entrée) se trouvent le frère inspecteur et inspectrice et dépositaire (les surveillants) disposant d'une table.

On note pour les tableaux de loges des modifications sensibles. Dans la version de 1787, il s'agit d'un simple tapis représentant les quatre parties du monde désignées par quatre figures peintes.

En 1775, il était un peu plus élaboré. Il est toujours un tapis placé au centre de la pièce, sur lequel est écrit : « voyez la planche ci-contre ». L'arche de Noé flottant sur les eaux, la tour de Babel et l'échelle de Jacob sont représentés.

Derrière le grand inspecteur se trouve une table sur lequel se trouve un squelette peint au naturel sur un fond de toile noire, s'y trouve aussi (?) un pommier chargé de fruit. Le pied de l'arbre est entouré d'un serpent, Adam est à droite et Eve à gauche. « cet arbre doit être fait en relief ou en carton découpé. ». A côté de cette table se trouvent les deux frères terribles, le chapeau enfoncé sur la tête et tenant chacun un flambeau.

Derrière le vénérable, il y a une grande étoile en relief, avec devant une glace en forme de porte, le tout couvert d'un « voile de taffetas couleur de feu ». A côté du vénérable, il faut croire que l'on se soit quelque peu lâché sur la décoration de la loge, il y a deux tabourets, avec deux terrines auxquelles on met le feu

L'acclamation, pour ces deux recueils du 18ème siècle, est « vivat » (cinq fois). En note de bas de page sur la version de 1775, on peut ainsi lire :

« Comme vivat est en usage dans la maçonnerie adomhiramite , bien des maçons prétendent que, par finesse, il faudroit dire EVA ; mais ce mot n'ayant aucune signification dans notre langage , c'est un ridicule qu'il ne faut pas imiter, vu que vivat prime l'applaudissement non seulement chez les François , mais chez les latins desquels nous tenons ce mot. »

Ridicule qui fut atteint au 19ème siècle à en croire le troisième document : « le Manuel de la Franc-maçonnerie » publié en 1856. Dans sa présentation sur la franc-maçonnerie d'adoption, il précise ceci : « Cet ordre consiste en cinq grades principaux, les trois premiers qui sont : apprentie, compagnonne et maîtresse, sont obligatoires; les deux autres sont appelés hauts grades , et ne sont que de satisfaction, ce sont la maîtresse parfaite et la sublime écossaise; le fond de ces grades est tiré de l'histoire de l'Ancien-Testament. »

Si les textes précédents faisaient de la maçonnerie féminine, une maçonnerie proto-féministe, elle est présentée – alors qu'elle n'existe pratiquement plus lors de la publication de cet ouvrage – comme une fausse maçonnerie tout juste bonne à rappeler à ces dames « les vertus de leur sexe ».

Pour la loge, les choses se sont simplifiées. Les soeurs se réunissent dans le même local que ceux des hommes. Il est donc bleu, même autel, même dais. Sur les deux colonnes / climat, Afrique et Amérique (qui reste a priori à la même place), deux rangs de sièges sont aussi nécessaires sans que des précisions soient données à ce sujet.

La tableau de loge garde sa sophistication relevée plus haut avec quelques détails en plus: huits pieds de longs, quatre de large. A l'Europe, un soleil – à l'opposé, la lune – l'arche de Noé sur le mont Ararat, la tour de babel et entre les deux, une échelle de cinq échelons. La loge est éclairée par cinq cassolettes – deux aux côtés du tableau de loge et deux autres devant la soeur dépositaire et inspectrice et la cinquième sur la table de la vénérable. Une étoile à cinq branche est toujours présente sur le dais derrière la vénérable. Apparaît, par contre, une bible et une épée nue sur l'autel qui n'existaient pas dans les versions du 18ème siècle. L'apparition des bibles dans les loges datent, en effet, du 19ème siècle.

La grande inspectrice (avec le 1er surveillant) est placée à la tête de la colonne d'Amérique et la soeur dépositaire (avec le 2nd surveillant) sur la colonne d'Afrique. L'acclamation est, par contre, EVA (dit trois fois !) – les signes et les attouchements sont expliqués -

L'instruction de l'apprentie. 

Si les cérémonies de réception sont certainement bien plus intéressantes à étudier que les catéchismes (ou instructions) des apprenties, c'est pourtant ces derniers que je souhaite vous faire découvrir, exposant le corpus symbolique des loges d'adoption du 18ème siècle jusqu'au 19ème siècle.

« Je le crois ». C'est une réponse certainement les plus fortes à la question rituelle que l'on connaît encore : « êtes vous franc-maçonnes ? ». Si cette première réponse survit aux modifications, les réponses suivantes varient sensiblement d'une instruction à l'autre.

« Pourquoi le croyez-vous seulement ? »

1775 Parce qu'une Apprentie n'est sûre de rien.

1787. C'est que la maçonnerie étant un assemblage de toutes les vertus, il n'appartient à aucun bon maçon et maçonne de se persuader être parfaits, et surtout à une apprentie, dont les sentiments ne sont pas encore assurés

(note de l'auteur en 1787 :  Dans un grand nombre de loges, au lieu de cette réponse honnête et juste, c'est une impertinence humiliante , que l'on fait adresser aux femmes par les femmes mêmes ; et pour comble de ridicule, bien des frères y applaudissent.).

1856 - C'est qu'il est de la prudence humaine de douter de tout, et qu'une apprentie n'est sûre de rien.

L'apprentie n'est sûre de rien - du moins, peut-on dire qu'elle cultive le doute sur ce qu'elle peut être ou considérer être.

La porte de fer & d'acier.

La version de 1775 est plus courte que celle de 1787 - et la version de 1856, bien que plus tardive est très proche de celle de 1775. Rien n'indique d'ailleurs quels ont été les usages d'une formule ou l'autre.

L'apprentie fut reçue, dit-elle, sous une porte (ou voûte) de fer et d'acier. Que signifie-t-elle ? « Force & stabilité de notre ordre » pour les versions de 1775 et 1856 – alors que celle de 1787 lui font répondre : « Comme la solidité d'une voûte dépend de la jonction et liaison des pierres, qui toutes aboutissent à un point central, de même chaque membre de notre ordre doit aspirer à l'honneur, point essentiel lui fait notre force, et que nous devons joindre à cette amitié sincère et vertueuse qui caractérise les vrais maçons. ». Hé ben ! Nous sommes assez loin d'un simple exercice de couture.

L'instruction continue ainsi :

D. Pourquoi cette voûte est-elle de fer et d'acier.

R. Pour vous avertir que nous devons fuir les criminels plaisirs de l'âge de fer, si nous voulons jouir de l'innocente volupté de l'âge d'or.

Illustration : tablier d'adoption du 19ème siècle.  

Noé, Babel & Jacob. 

Les trois symboles de ce degré ; hormis Adam & Eve qui apparaît que dans un seul des trois documents, sont trois symboles de constructions : l'arche de Noé, la tour de Babel et l'échelle de Jacob – qui peut aussi entrer dans cette catégorie.

Noé – qui comme on le sait fut un mythe qui a précédé celui d'Hiram (avant 1730) – S'il n'est pas repris dans une quête du Secret antédiluvien, il demeure toutefois, présent en maçonnerie d'adoption. La Tour de Babel est l'autre construction mythique et biblique.

Quant à l'échelle de Jacob, qui est le bijou de la Vénérable maîtresse en 1856 mais avec 5 échelons, il est aussi le signe de l'apprentie. Echelle qui conduit au ciel, les échelons définissant les différentes étapes, la symbolique n'en est pas moins solide.

L'apprentie étant reçue entre « Entre la tour de Babel & l'échelle de Jacob & au pied de l'arche de Noé. », c'est à dire entre deux accès célestes possibles : un bon, promis à une future construction – celle de la « maison de dieu » c'est-à-dire le « Temple de Jérusalem » - et un mauvais, promis à la destruction et à la colère divine.

Au pied de l'arche de Noé, l'apprentie est l'héritière de l'ancienne humanité que représente Noé, détentrice de ses secrets et aussi fondatrice d'une nouvelle humanité – cela, bien sûr, aidée par la franc-maçonnerie.

Ce bref aperçu symbolique de la maçonnerie d'adoption au 1er degré montre bien qu'elle était élaborée suivant un modèle masculin. La symbolique dite de « bâtisseurs », que les femmes ne sont pas censées comprendre, est bien plus présente, faisant le tour – si je puis dire – de tous les bâtiments bibliques, même ceux qui prennent l'eau ou se font démolir, dès le premier degré alors que les frères n'en voient rien.

C'est surprenant de lire ou d'entendre des frères au 21ème siècle estimer que cette maçonnerie faisait appel à des symboles genrés et stéréotypés quand ils n'en réclament pas pour les femmes. Ignorance, certes. Qui connaît de nos jours ces rituels ? Mais surtout, cela reflète autant une incompréhension du fait maçonnique de leur part – il s'agit de symboles spéculatifs - que la marque de leur étroitesse d'esprit à une époque où les femmes deviennent architectes, ingénieures et mathématiciennes dans le monde profane.

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Les Mysteres d’Eleusis

Publié le 4 Août 2026 par T.D

Introduction

Les mystères les plus célèbres sont sans conteste ceux de Déméter à Éleusis, bourgade attique annexée par Athènes au VIIème siècle avant notre ère. Déjà centre d’un culte dédié à la déesse de l’agriculture dès la plus haute Antiquité, Éleusis a acquis un rayonnement exceptionnel grâce aux cérémonies d’initiation qui s’y déroulaient chaque année et dont la finalité était d’assurer aux initiés le bonheur dans l’au-delà. Si les Mystères d’Éleusis étaient frappés du sceau du secret, on peut toutefois lever, au moins un peu, le voile sur les rites qui s’y déroulaient.

La Grande Déesse Maternelle de la Terre, divinité de la fertilité et déesse des « Mystères d'Éleusis », comptait parmi les douze grands dieux olympiens.

Dans la religion grecque antique, les mystères d’Éleusis faisaient partie d'un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis, à 20 km au sud-ouest d'Athènes.

Consacrés à Déméter et sa fille Perséphone, ils figurent parmi les plus célèbres et sur lesquels nous avons plus d'informations que tout autre culte grec, depuis le témoignage le plus ancien (dans l'Hymne homérique à Déméter), jusqu'à la suppression de ce culte par l'empereur romain Théodose en 393.

Située en bordure de la mer dans la fertile plaine de Thria, Éleusis est l'un des lieux sacrés de la Grèce antique.

La cité fut un état indépendant sous la conduite des Eumolpides, avant d'être annexé par les Athéniens au VIIème siècle avant Jésus-Christ. Les Grecs y construisirent le sanctuaire des « Grandes Déesses » dédié à Déméter, la déesse du blé, et à sa fille Korê, assimilée à Perséphone qui symbolisait la réapparition de la vie à chaque printemps.

Les mystères, d'origine préhellénique, plongeaient leurs racines dans de vieux rites chtoniens  liés à la fertilité et à la fécondation de la terre. La déesse associée à la semence était Perséphone, enlevée par Hadès (Pluton). Sa mère, Déméter s'en plaignit à Zeus et menacera de détruire les récoltes s'il n'intervenait pas.

Les Mystères d'Éleusis, peut-être sous l'influence de l'orphisme , deviendront une religion de salut. Le mystère central, dans chacune de ces deux sectes, était celui de la mort et de la résurrection, symbolisé par la décomposition de la graine dans la terre et sa réapparition sous la forme d'un être vivant qui s'élève vers la lumière.


Les Mystères d'Éleusis comportaient des cérémonies d'initiation complexes qui se déroulaient en deux temps :

  1. Les candidats étaient d'abord initiés aux Petits Mystères qui étaient célébrés au printemps dans le faubourg athénien d'Agra.
  2. Ils participaient, six mois plus tard, aux Grands Mystères durant une dizaine de jours. Ils devenaient mystes après avoir été purifiés puis se rendaient en procession solennelle jusqu'au sanctuaire, en empruntant la Voie sacrée qui reliait Athènes à Éleusis. L'initiation secrète avait lieu à l'intérieur du sanctuaire, dans le Télestérion.

Origine mythologique du culte

Selon la mythologie grecque, Perséphone, fille de Zeus et de Déméter, fut enlevée par Hadès pour être son épouse et la reine des Enfers, alors qu'elle cueillait des fleurs dans les prairies d'Enna en Sicile. Les cultures cessèrent de croître dans les champs alors que Déméter parcourait le monde à la recherche de sa fille. Un jour, alors qu'elle errait sur les terres de Grèce sous les traits d'une vieille mendiante, elle entra dans la cité d'Éleusis et demanda l'hospitalité. Les citoyens l'accueillirent avec une grande générosité et, en reconnaissance, la déesse dévoila sa véritable identité et récompensa ses bienfaiteurs : elle leur dévoila ses mystères et la maîtrise de l'agriculture.

Par la suite, Déméter retrouva sa fille mais elle ne put être entièrement libérée des Enfers, puisque ceux qui mangent la nourriture des morts ne peuvent retourner chez les vivants et que Perséphone avait mangé sept pépins d’une grenade (fruit associé au mariage) offerte par Hadès. Zeus décréta toutefois que Perséphone passerait huit mois de l'année sur terre durant la saison des cultures avec sa mère et le reste de l'année, pendant l'hiver, en compagnie d'Hadès.

Le culte des Mystères

Les rituels des Mystères étaient toujours accomplis par les prêtres de Déméter. Parmi les plus connus d'entre eux, on retrouve Céléos et son fils Triptolème, à qui Déméter avait donné la tâche d'enseigner l'agriculture et de semer le blé sur Terre.

Ce prêtre avait aussi institué les Éleusinies, fêtes associées au culte. Parmi les autres premiers prêtres se trouvaient Dioclès, Eumolpos et Polyxène. On célébrait le culte dans le télestérion d'Éleusis.

L'aspect principal de ce culte se construisait autour de la culture du blé et le cycle des cultures.

Tous les initiés préservaient les secrets de la religion et croyaient fermement qu'ils connaîtraient eux aussi une vie après la mort à cause de leur initiation à ces mystères. Comme la divulgation des rites était strictement défendue et qu’aucun auteur n’a trahi ce secret, aucun écrit ne documente avec précision les cérémonies.

L'Hymne homérique à Déméter est la principale source de données sur les rituels. Très respectés, ces mystères attiraient des visiteurs de toute la Grèce. Il existe des preuves de la pratique d'un culte sur ce site dès l'époque mycénienne : le magnifique télestérion, « salle d'initiation » qui date de l'époque de Pisistrate au 6ème siècle av. J.-C. et de nombreux bas-reliefs et sculptures qui en témoignaient.

Annuellement, il existait deux célébrations des mystères d’Éleusis : les Grands mystères et les Petits mystères. Ces derniers avaient généralement lieu au printemps. C’était alors que les prêtres purifiaient les mystes et que l’on sacrifiait un cochon à Déméter.

L'initiation aux Mystères

Les Petits Mystères, ouverts à tous, avaient lieu à Agraï, à l’est d’Athènes, sur les rives du fleuve Ilissos. Ils se déroulent principalement sous la forme de rites de purification dans les eaux du fleuve. C’est au cours des Petits Mystères que débutait l’instruction des candidats à l’initiation. Ces derniers, à la fin des cérémonies, prenaient le nom de mystes, c’est-à-dire des « initiés ».

Les Grands Mystères duraient une dizaine de jours, d’après la durée de l’errance de Déméter à la recherche de sa fille. En septembre, avant l’automne, on se préparait aux cérémonies préliminaires qui se déroulaient à l’extérieur. Ces rites n’étaient accessibles qu’aux seuls mystes.

Ils débutaient par le départ d’une procession de jeunes hommes, les éphèbes, se rendant d’Athènes jusqu’à Éleusis pour y chercher les hiéras, des reliques sacrées. Celles-ci étaient ensuite rapportées voilées jusqu’à Athènes, où elles étaient déposées dans le sanctuaire de l’Éleusinion, un sanctuaire à la base de l’Acropole.

Les cérémonies se poursuivaient pour les mystes – candidats dignes des mystères – par un bain purificateur dans la mer, où était également plongé un porcelet qui était ensuite sacrifié. Une période de jeûne s’écoulait avant que la procession des mystes suive la statue d'Iacchos, les hiéras et les prêtres en direction d’Éleusis le long de la route sacrée. Une nouvelle procession partait alors d’Athènes pour retourner à Éleusis et y rapporter les hiéras. À Éleusis se déroulaient des célébrations de Déméter et Perséphone et des sacrifices en leur honneur.

Après avoir rompu le jeûne en consommant le kykéôn (nourriture à base de blé), le rite secret d’initiation avait lieu dans le télestérion, où les mystes recevaient des révélations des initiés et accédaient au salut et à la vie après la mort. C’est très probablement ainsi que se passait l'initiation aux Grands Mystères.

Sous le sceau du secret

Seuls les initiés avaient le droit de pénétrer dans le Télestérion et d'assister aux mystères. Nul n'avait le droit d'en révéler le secret sous peine de mort. Il est donc difficile de savoir précisément ce qui se passait lors de ces cérémonies. Celles-ci comprenaient probablement des représentations sacrées de la quête terrestre de Déméter à la recherche de sa fille Perséphone. Les initiés eux-mêmes entraient alors dans la peau de Déméter, errant dans le Télestérion plongé dans l’obscurité. La fin de la quête de la déesse et la réapparition à la surface de Perséphone était signifiée par le retour de la lumière dans le temple et la présentation aux initiés d’un épi de blé.

Les Grands Mystères comprenaient une seconde étape, à laquelle ne pouvaient participer que ceux qui avaient été initiés depuis une année au moins. Il s’agissait certainement aussi d’une représentation sacrée, mais qui, évoquant l’union de Déméter et de Zeus, se rapprochait plus d’un culte de la fertilité. C’était à la fin de cette étape que les initiés prenaient le nom d’époptes – « ceux qui savent ».

Quiconque parlait le grec et n’avait pas commis d’homicide était admissible à participer aux rituels. Les participants se constituaient : des mystes (nouveaux initiés) qui y participaient pour une première fois pour y être initiés, des mystes initiés y retournant une seconde fois pour passer à un niveau supérieur, des époptes qui étaient passés à ce niveau et des prêtres qui présidaient aux rites.

Parmi ceux qui dirigeaient la cérémonie, on trouvait quatre ministres : l’Hiérophante (celui qui révèle les choses sacrées), le Dodonque (chef des lampadophores), le Hierocéryce (chef des hérauts sacrés) et l'Assistant (dont le costume symbolisait la lune). L'archonte-roi d'Athènes était le surintendant de la cérémonie.

La cérémonie était également dirigée par une multitude de « ministres » subalternes répartis en différentes classes. Les Mystères étaient ouverts à tous, riches comme pauvres, hommes libres comme esclaves, hommes comme femmes. La plupart des empereurs romains se sont d'ailleurs fait initier à ces Mystères.

Le sanctuaire cessa toute activité après sa mise à sac par Alaric Ier et les Wisigoths en 395. Cependant, d'après Carl Gustav Jung dans son « Essai d'exploration de l'inconscient », les Mystères d'Éleusis « furent finalement supprimés au début du 7ème siècle de l'ère chrétienne ».

Les Mystères d’Eleusis, d’un point de vue maçonnique

De toute la hiérarchie d'initiations que l'on peut déceler, organisée en 7 étapes : Petits Mystères, Grands Mystères, Epoptie, et ensuite Holoclères, Sacerdoce, Initiation royale, Initiation suprême, on voit se dégager l'appétit de purification, l'ambition de se libérer des contraintes, des astreintes, de la matière, de la gangue de chair et de corps et l'aspiration, au-delà des passions, aux retrouvailles avec soi-même, libéré des chairs et des sangs, le goût d'appréhender le Monde et la Vie, la véritable Vie, qui serait celle de l'Esprit, curieusement tendu vers l'Un, l'Unité, par réunion de la Pensée et de l’Âme.

Le chemin vers cette vérité apparaît long et difficile, impose des guides appelés « mystagogues », des recherches et des efforts … Il s'engouffre dans une descente sous terre, par l'Obscur, revient dans une ascension vers la Lumière, sur le chemin haut de la Vérité, avec l'espoir de parvenir dans la vie à la Connaissance.

Au travers du Mythe et de ses Mystères, on perçoit l'angoisse de l'éphémère et du sens de la vie individuelle qui conduit à la mort, avec la question lancinante du Sens. Pourquoi cette descente ? Pourquoi cette incarnation de la Pensée et de l'Âme, dans la chair, la matière, la douleur, le quotidien ? Et quel destin après la mort ? Et déjà l'idée d'avoir à préparer le séjour dans l'Au-delà, en vivant la mort, avant de mourir, pour s'assurer du bonheur dans l'Autre monde.

Et qui, mieux que des morts, qui connaissent déjà le royaume d'Hadès, peuvent enseigner, initier le Chemin et le Destin, la Vie après la mort ? Qui mieux que Coré, qui revient chaque printemps des mondes souterrains, pour dire aux hommes mortels ce qui s'y passe, ce qu'il faut faire, et comment ?

Au moins, malgré le secret, sait-on que les mystères font mourir le myste, font parcourir le chemin du mort qui se dépouille de sa parole, de sa fortune, de ses vêtements même, en allant nu, dans le gouffre étroit, obscur, un bandeau sur les yeux, reconnaître le parcours pour ressusciter en remontant vers la Lumière, en Haut. Aspiration à la Vie, guidé par ceux qui connaissent. Initiés holoclères, mieux que quiconque.

Au moins sait-on que le Mystère montre, révèle, annonce le Chemin et la Direction et rassérène, en ouvrant les voies du Bonheur, malgré la « faute folle » qui condamne les mortels à vieillir, à mourir, qui intègre la mort à la vie, faisant comprendre la mort comme la fin naturelle de !a vie, en laissant l'espérance de la Vie, au-delà de la Mort.

Des indices, des signes, des symboles sont donnés, lisibles, perceptibles par le Franc-maçon, qui croit les reconnaître pour avancer en pays familier, au point de retrouver ses sources de Tradition et ses moyens de connaissance, trouvant à relier ses propres pratiques rituelles à un fond antique universel, donnant sens à ses propres mystères modernes qui s'en trouvent éclairés.

Que la Vérité soit inséparable des moyens de sa recherche et qu'elle se tienne dans l'indicible, que son appréhension relève de l'Intuition et qu'elle passe par l’Émotion éclaire le processus des rites et la kyrielle des symboles !

Que la Vérité soit accessible parce qu'il y a des Lois compréhensibles par l'esprit de l'homme, même si cette appréhension est difficile, peut rasséréner l’Âme angoissée, puisqu'il est possible d'y parvenir, même si on ne sait pas parcourir tout le chemin jusqu'à la plus haute lumière : « Car jamais l'œil ne verrait le soleil s'il n'était semblable au soleil et l’Âme ne verrait pas le beau si elle n'était devenue belle ». (Platon).

Du peu que l'on connaisse de ces Mystères, si bien gardés, si peu transgressés, de ces Mystères « qu'il est impossible de pénétrer », on sait quand même que l'initiation au troisième grade fait à l'Epopte la Révélation ultime par le symbole de l’Épi de blé moissonné en silence appelé « l'illuminateur parfait » et du Phallus dressé pour la génération.

Par ce chemin, l'Initié voyage de l'obscurité vers la Lumière sous le mystère du Sceau dépouillé de tout ce qui est corps et âme, réduit à la Monade qui n'a ni qualité physique, ni dimensions, ni liens dans l'espace « Unité parfaite, principe des choses matérielles choses matérielles et spirituelles ». Le voilà qui descend un long couloir obscur, en silence, les yeux bandés à la recherche de la Lumière et de la raison qui gouverne le monde (le Logos), symbolisées par l'Arbre de Vie où l'on cueille un fruit, sous le mystère du Sceau, qui le conduit dans le chemin. Aidé par un mystagogue, il progresse vers la Lumière lointaine, élevée.

Par cette ascension hors de la caverne, il accède à la Vérité, Lumière éclatante, contemplation du dieu, révélation du « dieu unique », « identique par essence à tous les dieux ». C’est la révélation de l'Un, Unité dans la Lumière éclatante, au moment où l'on moissonne l'épi de blé, symbole du Phallos qui symbolise lui-même « autre chose » pour la Connaissance Intuitive ; l'épi gorgé des lumières du soleil, symbole de la vie semée dans l'homme à sa naissance.

Le « phallos dressé pour la génération » gorgé de toutes les énergies de l'homme, rassemble la Lumière de vie pour générer, perpétuer, renaître et exprimer l'essentiel de la vie, la vie essentielle.

Or, dans l'initiation, l’hiérophante qui s'unit à la prêtresse de Déméter pour célébrer l'Union, est rendu infécond par la ciguë et l'accouplement se précipite dans le spirituel. Le Phallos pour symbole de la Lumière semée dans l'homme qui naît, symbole de la raison humaine produit de l'union de la Pensée et de l'Âme.

Les rites des Mystères d’Eleusis sont restés mystérieux

La divulgation des rites secrets était rigoureusement interdite. Les Mystères d’Eleusis étaient extrêmement populaires au-delà même des limites de la Grèce, au point que la salle d’initiation, le Télestrérion, atteignit finalement une surface de deux mille six cents mètres carrés. Malgré le nombre immense des fidèles, aucun auteur ancien n’a jamais commis le sacrilège de rompre cet interdit. Nous savons seulement qu’ils étaient destinés à séparer les initiés, appelés à jouir éternellement de la vraie vie au-delà de la mort, des non-initiés destinés au bourbier infernal. Après avoir rompu le jeûne et absorbé le Kykéôn, simple bouillie de blé commémorant le premier repas de Déméter à Eleusis, les mystes recevaient des initiés une révélation bouleversante.

Pour conclure, du moins provisoirement

Les Mystères ont été célébrés à Eleusis pendant près de deux mille ans, même si certaines cérémonies ont pu être modifiées au fils des ans. On distingue les Petits Mystères, les rites des Grands Mystères et l'expérience finale, l'epopteia.

Les Mystères d’Eleusis étaient consacrés au culte des deux déesses, Déméter, l’antique Terre Mère préhellénique, et Perséphone ou Coré, la fille qu’elle conçut de Zeus. Déméter est identifiée à Cérès par les Romains. Déesse agraire, elle est associée au blé et à l’abondance et occupe une place importante dans la religion grecque.

Les Eleusinies sont les fêtes les plus connues du culte des deux déesses. Elles auraient été institués à l’initiative de Triptolème, fils de Céréos, qui avait reçu de Déméter la mission de répandre le blé partout dans le Monde. Elles semblent provenir de cultes agraires primitifs assez fortement modifiés en syncrétisme avec des cultes dionysiaques et l’Orphisme. Elles étaient annuellement célébrées dans le Télestrérion d’Eleusis et faisaient participer le fidèle à la résurrection de l’enfant divin revenu de l’empire de la mort. L’Orphisme, en raison de la concordance des mythes orphites et éleusiniens, réussit à s’infiltrer dans la religion athénienne, influençant les rites des Mystères.

L’initiation éleusinienne assurait par elle-même le salut et la future survie personnelle du myste. Définitivement sauvé par les vertus magiques de cette entremise extérieure, il n’était tenu à aucun comportement éthique ou moral particulier. En cela, au moins autant que par les préoccupations relatives à la vie future et la tendance au monothéisme héritée de l’Orphisme, les Mystères Eleusiniens ont préparé le passage du paganisme aux cultes modernes, et tout particulièrement au Christianisme.

R:. F:. A. B.

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