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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Physique quantique, philosophie et spiritualité

Publié le 16 Août 2026 par T.D

8 septembre 2023

Physique quantique, philosophie et spiritualité : quelle relation ? Qu’est-ce que l’énergie quantique ? Quelles implications en philosophie ? Quelle traduction spirituelle ?

Les théories quantiques sont nées au XXe siècle et ont révolutionné la physique, marquant une véritable rupture avec la science telle qu’elle était pratiquée jusque-là. Elles constituent la théorie fondamentale des particules de matière composant les objets de l’univers et des champs de force animant ces objets.

Alors que la physique classique décrit les objets à l’échelle macroscopique (essentiellement les molécules), la physique quantique les décrit à une échelle plus fine, celle des atomes et des particules qui les composent, ce qui lui permet de mettre en perspective tous les domaines de la physique.

La théorie quantique montre que les atomes sont composés de particules plus élémentaires, comme le proton ou le neutron, eux-mêmes composés de quarks évoluant au sein de champs d’énergie, selon les principes de la mécanique quantique.

Alors que, dans la physique classique, les objets présentent des caractéristiques absolues (masse, position et vitesse), ce n’est plus le cas dans la mécanique quantique, les objets agissant à la fois comme une onde et comme une particule. C’est ainsi qu’un objet pourra occuper une infinité de positions différentes en même temps.

La physique quantique est parfois difficile à comprendre tant elle est contre-intuitive et très différente de la physique classique, même si les deux ne sont pas incompatibles, étant entendu que l’on raisonne à des échelles différentes.

Les principaux axiomes de la physique quantique sont les suivants :

  1. Le principe de superposition : en mécanique quantique, une particule peut être dans un « mélange » de plusieurs états. Cette idée révolutionnaire a donné lieu à l’exemple bien connu du chat de Schrödinger (physicien autrichien), chat fictif qui peut être à la fois mort et vivant.
  2. L’indéterminisme de la mesure : en mécanique quantique, une mesure (par exemple une vitesse) peut donner un résultat ou bien un autre. La probabilité remplace la valeur absolue et le déterminisme pur est mis à mal.
  3. La dualité onde-corpuscule : en mécanique quantique, une particule n’est plus un corpuscule localisé, mais s’inscrit dans un champ de probabilités, à la manière d’un champ électrostatique. Le meilleur exemple est celui de la lumière, qui dès lors est vue à la fois comme un champ d’ondes électromagnétiques et comme un ensemble de photons.
  4. Le principe de non-localité : la mesure des propriétés d’une particule peut affecter instantanément les propriétés d’une autre particule, même si les deux particules ne sont pas au même endroit. Autrement dit, les particules semblent vivre en dehors de l’Espace-Temps.
  5. L’effet tunnel : un objet quantique peut franchir une barrière de potentiel même si son énergie est inférieure à l’énergie minimale requise pour franchir cette barrière. C’est le principe d’une onde sonore par exemple.
  6. Le principe d’incertitude : selon ce principe quantique, il est impossible de connaître simultanément deux propriétés physiques d’une même particule : en l’occurrence la position et la vitesse.
  7. L’influence de l’observateur sur l’objet observé : le choix de l’observateur de mesurer la trajectoire d’une particule (en tant qu’objet) ou de laisser la particule se propager sous forme d’onde influe sur les résultats de la mesure. En effet, lorsqu’une particule se propage sous forme d’onde, elle peut interagir avec elle-même. Plus précisément, lorsque l’observateur effectue une mesure sur une particule, la fonction d’onde qui décrit l’état de la particule « s’effondre » en l’un des états possibles correspondant à la mesure effectuée. Cela signifie que l’acte de mesure modifie l’état de la particule.

Ces principes étonnants voire déstabilisants remettent en cause notre manière de percevoir et de penser le monde…

Voici donc une approche du lien entre physique quantique, philosophie et spiritualité.

Physique quantique et philosophie : quelle relation, quelles implications ?

Sur le plan philosophique, il ressort des théories quantiques :

  • l’idée que tout est énergie,
  • l’intrication des phénomènes,
  • l’incertitude, l’imprécision et l’indétermination,
  • ou encore l’influence de l’observateur sur l’objet observé.

Concernant ce dernier point, on pourrait en conclure que la conscience est nécessaire au processus de mesure de la mécanique quantique  et donc que la conscience constitue la seule réalité ultime. Cela questionne en tous cas la notion de point de vue au sens humain. Mieux, on pourrait se demander si le réel peut exister en l’absence d’observateur.

Par ailleurs, les théories quantiques semblent remettre en cause le déterminisme. Cela doit cependant être nuancé. Une analyse plus précise montre que la mécanique quantique ne remet pas en cause la loi de causalité en tant que telle. Elle ne prouve pas qu’un hasard intrinsèque régirait les processus microscopiques. Elle ne s’oppose pas non plus à la mécanique classique déterministe, cette dernière pouvant être simplement vue comme une situation aboutie de la théorie quantique.

Certes, en mécanique quantique, un électron pris isolément suit une trajectoire imprédictible. Mais une population d’électrons qui passe à travers une structure se distribuera selon une figure calculable. Plus l’échelle s’élargit, plus le temps, l’espace et le mouvement sont présents, plus le déterminisme revient.

Il n’en reste pas moins que les théories quantiques ont relativisé la notion de déterminisme, lui faisant perdre sa précision initiale, bien que l’impératif de nécessité demeure.

Mais le plus intéressant dans la mécanique quantique est sans doute son approche systémique des phénomènes, mettant en avant l’importance du lien entre le sujet et l’objet, et entre les évènements entre eux. Nous pouvons alors nous détacher de notre vision réductionniste du monde et commencer à regarder le cosmos comme un tissage de phénomènes en rapport les uns avec les autres, sans qu’aucun ne puisse jouir d’une existence propre.

La mécanique quantique nous pousse aussi à accepter la multiplicité des interprétations et la diversité des points de vue, donc à renoncer à une connaissance absolue et dominatrice. Une telle démarche, humble voire perplexe, devrait constituer le fondement de toute philosophie.

Physique quantique et spiritualité

Les théories quantiques ont connu (et continuent de connaître) un certain succès dans le domaine de la spiritualité En effet, certaines croyances et pratiques se basent sur l’approche quantique pour appuyer une certaine vision du monde fondée sur une sorte de transcendance énergétique.

De fait, l’idée que tout est énergie fait écho aux spiritualités qui accordent de l’importance aux ondes, aux vibrations, et qui appellent à la maîtrise des énergies mentales et psycho-corporelles. Il s’agit dans la plupart des cas de parvenir à l’équilibre ou encore de trouver la bonne « fréquence » intérieure, en harmonie avec l’énergie cosmique globale, qui serait d’essence quantique.

D’autre part, le fait que les théories quantiques montrent l’influence de l’observateur sur l’objet observé vient nourrir les approches spirituelles qui croient en l’existence d’un lien direct entre conscience et réalité, parfois dans un sens mystique c’est-à-dire dans la perspective d’une union entre l’homme, son Créateur et la création tout entière.

De façon générale, les théories quantiques s’accordent assez bien avec les philosophies orientales , dont beaucoup sont fondées sur la connaissance et la maîtrise des énergies. Ces philosophies sont moins cartésiennes que les philosophies occidentales et n’ont pas pour but de tenter de décrire une réalité qui serait absolument extérieure à l’individu ou à l’observateur. En ce sens, on pourrait dire qu’elles s’éloignent des principes de la physique classique pour se rapprocher de ceux de la physique quantique.

D’autre part, pour certains adeptes des philosophies orientales, la pratique de la méditation consisterait à entrer dans un champ vibratoire universel de nature quantique. Autrement dit, les phénomènes quantiques observés au niveau microscopique seraient la trace d’une vibration fondamentale ou d’une conscience unitaire, point commun à toute chose, auquel il s’agirait de se reconnecter.

Certains physiciens font même le lien entre leurs découvertes et les philosophies orientales. C’est par exemple le cas de Maria Stromme  qui soutient l’idée que la conscience précéderait la matière : selon elle, le temps, l’espace et les phénomènes physiques ne seraient que des manifestations secondaires d’un champ de conscience fondamental.

Spiritualité et mysticisme quantique : un risque de dérive

En spiritualité et en développement personnel on rencontre de plus en plus fréquemment les termes d’énergie quantique, de spiritualité quantique, de thérapie quantique ou encore d’éveil quantique.

Les mouvements New Age (par exemple la méditation transcendantale) font souvent référence à ces concepts. Selon les cas, il s’agit de se libérer de ses déterminismes, de changer radicalement d’état, d’effectuer un « saut quantique », de créer de nouveaux états mentaux, de reconnecter son énergie vitale au Tout, ou encore de laisser parler les synchronicité

Malheureusement, cela donne lieu à des théories pseudo-scientifiques qui n’ont pas grand chose à voir avec la physique quantique, et qui relèvent plutôt du mysticisme et de la superstition

Rappelons-le, les principes quantiques s’appliquent uniquement à l’échelle microscopique, et non à l’échelle macroscopique d’un cerveau, d’un individu ou d’un groupe de personnes.

Physique quantique et spiritualité : conclusion

Bien entendu, la spiritualité peut se nourrir des découvertes scientifiques pour alimenter la quête de réponses existentielles et réinterroger notre place dans l’univers. La spiritualité se fonde notamment sur lintuition, qui tente d’établir des ponts entre des domaines de recherche parfois très différents. A ce titre, l’individu en recherche ne pourra que s’intéresser à la physique quantique, sans pour autant en tirer des conclusions définitives.

Au final, la notion d’énergie reste importante en spiritualité, sans toutefois qu’elle corresponde exactement à la définition de l’énergie telle que donnée par la science physique.

L’énergie au sens spirituel est simplement la reconnaissance que tout se tient, que tout est lié, cohérent et en ordre. Autrement dit, s’il y a mouvement, il s’inscrit dans une stabilité d’ensemble ; s’il y a des phénomènes relatifs, ils s’inscrivent dans l’absolu éternel. Dans un monde mouvant et impermanent, les vérités spirituelles sont inconditionnelles, stables et parfaites, ce qui se traduit au niveau humain par un état de paix et de sérénité  durable.

De même, la lumière au sens spirituel correspond à laLumiere de la conscience qui sait voir au-delà de l’illusion de la séparation, au-delà de l’ego. Si l’on considère que le cerveau humain doit produire un effort important pour parvenir à ce niveau de conscience, alors d’une certaine manière, on peut parler d’une « énergie » spirituelle à mobiliser…

Au final, la spiritualité doit rester une « méta physique », c’est-à-dire un champ de recherche qui se situe au-delà de la physique, au-delà des théories scientifiques changeantes. Ceci dit, rien n’interdit au cherchant d’emprunter des concepts à la science physique pour en tirer des éléments susceptibles d’éclairer son chemin.

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kabbale et mécanique quantique

Publié le 15 Août 2026 par T.D

 

J’ai écrit cette planche peu de temps après mon élévation et essentiellement pour pouvoir faire une mise au point. En effet, depuis mon entrée en maçonnerie, il y a un peu plus de quatre ans, j’ai consacré beaucoup de temps et le plus souvent tout seul, à étudier des sujets portant sur l’ésotérisme chrétien.
Comme apprenti, puis comme compagnon, j’ai fait des recherches sur la Gnose, le christianisme primitif, les esséniens, les évangiles apocryphes, les cathares, les templiers, la Quête du Graal et bien sûr la Kabbale.
Cette soif de connaissances, ce désir d’approfondir ma spiritualité m’a souvent marginalisé et fait passer pour un professionnel de la « cordonite » pressé d’arriver au sommet et peu fraternel parce que travaillant seul.   
A notre dernière tenue et alors que je finissais par me demander si ma démarche était la bonne, notre Frère Christian a affirmé avec force que l’étude de la Kabbale était une partie intégrante de notre parcours maçonnique et ce dès notre entrée dans l’Ordre.
Sa position est d’ailleurs très proche de celle des cabalistes, et l’un d’eux à ce sujet a écrit :
« La première phase de l’étude de la Cabale consiste à lire le plus possible d’ouvrages et à faire passer à travers soi le plus possible de connaissances.. » Je vous avoue mes frères que cette vision de la progression vers la spiritualité, me plaît beaucoup, « lire le plus possible d’ouvrages, faire passer à travers soi le plus possible de connaissances », en un mot ne pas brider cette envie de connaître et de se connaître, voilà enfin une vision éclairée de la progression initiatique qui s’applique totalement à notre parcours maçonnique.
Je ne vais pas insister ce soir sur les liens étroits qui unissent notre Rite avec la Kabbale, il suffit de savoir que Martinez de Pasqualy était un cabaliste convaincu et que Jean-Baptiste Willermoz s’est largement inspiré de ses idées pour écrire les différents rituels du Régime Ecossais Rectifié.
Ceci étant posé, nous pouvons maintenant entrer dans le vif du sujet.

La Création du monde procède de plusieurs explications dont une nous est donnée dés le grade d’apprenti dans le Prologue de St Jean : « au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu-par lui tout à été fait-et sans lui rien n’a été fait de ce qui est fait. En lui était la Vie et la Vie était la Lumière des hommes. Et la Lumière luit dans les ténèbres et les Ténèbres ne l’ont pas comprise.. »
Ces versets ont suscité en moi le désir d’essayer de comprendre le Mystère de la Création et de progresser vers la Connaissance Suprême, la Gnose, celle qui nous rapproche de Dieu et qui nous rend à son image.
Vaste programme, les cabalistes estiment qu’il faut de trois à cinq ans d’études approfondies pour appréhender les différents mondes spirituels et les comprendre. C’est à la fois long et court, mais le temps presse pour franchir les 125 degrés spirituels qu’un cherchant doit atteindre au cours de sa vie pour maîtriser les enseignements cabalistiques.
Les principaux textes de la Cabale nous donnent une autre vision de la Création, en voici un extrait : « Sachez qu’avant la Création, seule existait la lumière supérieure qui, simple et infinie, emplissait l’univers dans son moindre espace. Il n’y avait ni premier ni dernier, ni commencement ni fin. Tout était douce lumière, harmonieusement et uniformément équilibrée en une apparence et une affinité parfaite, quand par la volonté de Dieu furent crée le monde et Ses créatures, dévoilant ainsi sa perfection, source de la création du monde. Voilà qu’il se contracta en son point central, et il y eu alors restriction et retrait de lumière, laissant autour du point central entouré de lumière un espace vide formé de cercles. Après cette restriction, d’En haut vers En bas, un rayon s’est retiré de la lumière infinie, puis il est descendu graduellement par évolution dans l’espace vide. Epousant ce rayon, la lumière infinie dans l’espace vide est alors descendue et tous les mondes parfaits furent émanés.. »
Ce qui me frappe mes frères, entre les deux textes, celui de St Jean et celui-ci, c’est la présence commune de la Lumière et des ténèbres, du Bien et du Mal, symbolisés dans nos loges par le pavé mosaïque.
En fait qu’est-ce que la Cabale ? Je ne vais pas m’étendre sur son Histoire, je vais simplement vous en donner une courte définition : la Kabbale, c’est la voie de l’ésotérisme hébraïque, la forme spécifiquement hébraïque de la Tradition Primordiale chère à Guénon.
Il est important de noter qu’il existe aussi une Cabale chrétienne, Pic de La Mirandole en fut un des précurseurs, mais cet aspect plus spécifique de la Kabbale fera l’objet d’un autre travail.
Le sens du mot Qabalah nous est donné par sa racine QBL qui signifie recevoir et accepter. En d’autres termes, le cabaliste est celui qui va à la rencontre de l’autre pour le recevoir, l’accepter et ne former avec lui qu’un seul cœur. Vous voyez mes frères les cabalistes et les maçons ont en commun un profond idéal de fraternité ajouté à une volonté immense de recherche et de Connaissance.
La Kabbale repose entièrement sur cette singularité de l’Ecriture Sainte, selon ce qu’en rapporte le Zohar, un des fondements de la littérature cabalistique : « Dans chaque parole de l’Ecriture, le Saint, béni soit-il a caché un mystère suprême qui est l’âme du mot, et d’autres mystères moins profonds qui sont l’enveloppe du premier mystère. L’homme profane ne voit dans chaque mot que le corps, c’est à dire le sens littéral. Par contre les hommes clairvoyants voient dans chaque mot l’enveloppe qui entoure l’âme et au travers de cette enveloppe, ils entrevoient l’âme bien que la vue claire et nette de celle-ci leur soit impossible.. »
La force des mots, la puissance du Verbe, la Création repose sur ces concepts.
En fait, la Sagesse d’En Haut qui fut révélée à Moïse, au Mont Sinaï, en même temps que le Pentateuque, la Loi écrite de l’éxotèrisme du judaïsme constitue la connaissance cachée qui est l’objet de l’ésotérisme hébraïque : « La Kabbale, Loi orale secrète, recoupe le Pentateuque, Loi écrite qu’elle TRANSCENDE.
Tout est là et vous comprenez maintenant pourquoi l’enseignement de la Kabbale et sa transmission n’était réservée qu’à des initiés et à des rabbins triés sur le volet. J’ai mis cette phrase à l’imparfait car depuis quelques temps, l’étude de la Kabbale est ouverte à tous ceux qui cherchent, sans exclusive, avec une simple barrière naturelle, la langue hébraïque.
A ce sujet, la Cabale si elle est moins une technique de décryptage qu’un mode de vie spirituel, possède un mode opératoire très spécifique pour lequel elle dispose d’instruments dont les plus connus sont l’alphabet hébraïque composé de 22 lettres et les 10 séphiroths le tout aboutissant aux 32 voies de la Sagesse.
Pour les cabalistes, les 22 lettres de l’alphabet hébreux sont les instruments de la Création. En effet, d’après la Tradition, les lettres sont des éléments constitutifs des vibrations de l’Univers. Dans l’ordre inverse, à partir de la dernière lette, « taw » qui signifie le signe, les différentes lettres se présentent successivement devant Dieu pour créer le monde. Il les écarte les unes après les autres, mais retient « bet », la deuxième lettre qui a valeur 2 pour créer le monde.
La même tradition enseigne que d’une part les lettres sont des anges et que d’autre part, à chaque âme sur terre correspond une lettre de l’écriture, chaque âme étant une lettre et devant y trouver sa place.
L’alphabet hébreu est structuré en 3 lettres mères, 7 lettres redoublées et 12 lettres simples, elles ont chacune une valeur numérique qui traduit une réalité.
Un exemple, le mot NOM se dit CHEM en hébreu et possède une valeur numérique de 300+40=340 et le mot NOMBRE se dit SEPHAR et possède la même valeur numérique à savoir 60+80+200=340. On nomme Guématrie cette méthode qui établit une correspondance entre les lettres, les mots mais aussi les versets de la Bible, correspondance qui permet d’ouvrir de nouveaux horizons dans l’interprétation des textes sacrés.
Les séphiroths sont les émanations de la puissance divine. Ils sont au nombre de 10 et constituent avec les 22 lettres de l’alphabet hébreu, les 32 mystérieux chemins de la Sagesse selon lesquels Dieu a crée le monde.
Chaque séphira est l’archétype d’un membre ou d’un organe de l’homme et la totalité des séphiroths constituent, "l’Homme d’En Haut ", ou l’Adam Kadmon, l’Adam Primordial.
Petite parenthèse, l’ésotérisme s’appuie sur un principe écrit dans la Table d’Emeraude qui proclame que tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas, le microcosme correspondant au macrocosme et vice-versa.
Je ne vais pas trop insister sur les séphiroths, juste vous donner leurs noms. La première est KETHER, la Couronne et la dixième est MALKHUT, le Royaume. Les autres séphiroths unissent donc la tête, point suprême où commencent les mystères intelligibles au Royaume.
De KETHER émanent successivement, HOCHMAH, la Sagesse, l’intelligence, BINAH, la Mère, HESED, la Miséricorde, GEBURAH la Rigueur, le Jugement, TIPHERET, la Beauté, NETSAH, l’Eternité, HOD, la Gloire et YESOD, le fondement.
Un travail sur l’Arbre de Vie vous donnera plus d’explications sur l’importance des séphiroths dans la Kabbale, mais à ce stade de ma planche, je dois vous avouer qu’il me faut rester humble par rapport à la masse de connaissances qui relèvent de ce sujet.
Cependant, dans ma recherche des causes premières de la Création, j’ai été interpellé par cette idée développée dans le Zohar, qui met en évidence, au-dessus du monde des séphiroths "par lequel Dieu se manifeste ", un monde caché appelé EN-SOPH, la « Volonté Suprême », un monde sans commencement ni fin, sans limites qui demeure totalement inaccessible à l’homme. Il existe donc une limite à notre connaissance et à notre compréhension, une idée que l’on ne pourra jamais atteindre, un infini jamais explicable avec des concepts humains.
Et pourtant la Création du monde s’explique selon la Kabbale par une contraction de L’EN-SOPH, contraction nommée tsimtsoum qui a permis l’apparition d’un vide dans lequel allait se manifester le miroir de l’existence. Puis, nous l’avons déjà évoqué, un rayon de lumière a été produit, venant de l’En-Soph, rayon qui s’est manifesté à dix niveaux différents connus sous le nom de séphiroths.
En fait et pour résumer, l’Univers a été crée, selon la Kabbale par une rétractation divine, du néant a surgi la lumière qui a progressivement installé la nature et la Vie.
Si l’on rapproche une dernière fois le Zohar et l’évangile de St Jean on comprend aisément que le Verbe et le Premier Rayon de Lumière procèdent du même concept.
Voulant expliquer le phénomène de la Création par des moyens plus scientifiques, j’ai cherché du côté de la mécanique quantique, en essayant de répondre à cette question fondamentale, existe-t-il des vides créateurs de Lumière et de matière ?
Pour répondre à cette interrogation primordiale, je dois d’abord vous expliquer succinctement ce qu’est la mécanique quantique.
Développée au début du 20ème siècle, la mécanique quantique est la théorie qui décrit le monde microscopique des atomes et des particules. Elle remet en question la physique classique, héritage de Newton et de Galilée. Pendant longtemps, on a cru que le fonctionnement du monde atomique, inaccessible directement à nos sens était similaire à celui du monde macroscopique, celui de la vie de tous les jours. On ne faisait qu’appliquer le fameux « tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », d’Hermès Trimégiste. On croyait par exemple, que l’atome ressemblait à un système solaire miniature, les électrons jouant le rôle de planètes autour du noyau. En fait, il n’en est rien. Le principe d’incertitude de Heisenberg explique à ce sujet que l’on ne peut pas connaître précisément à la fois, la position et la vitesse d’une particule et qu’en général, un électron ne possède pas une vitesse et une position bien définie, alors aller leur imaginer des orbite au sein de micros systèmes solaires, c’est totalement impossible.
Ces concepts de position et de vitesse tirés de la vie courante perdent leur sens dans le monde quantique.
Autre principe « révolutionnaire », une particule peut pendant un laps de temps infime, se trouver à deux endroits à la fois, on dit qu’elle est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas.
Je passe enfin, sur la notion encore plus déroutante de téléportation quantique, pour vous dire que nous ne sommes pas dans la science-fiction et que la mécanique quantique est une science totalement exacte.
Et l’explication de la Création, où s’inscrit-elle ?
Selon la théorie des quantas, notre Univers est bien issu d’un vide, mais celui-ci contenait « quelque chose », le néant absolu n’ayant pas existé. En fait ce vide d’avant la Création était plein d’énergie, de champs et de particules, à l’état virtuel, de la matière et de l’anti-matière apparaissant et disparaissant comme des bulles de savon.
Notre monde actuel serait issu de la fluctuation de ce vide non vide(la Cabale parle de rétractation) qui aurait donné à l’Univers son propre espace-temps, ses lois, sa physique et plus important encore, la façon dont s’est brisée l’Unité originelle pour engendrer les forces et les particules que nous y trouvons. L’élément décisif dans la théorie quantique est la densité de l’Univers au moment de la Création ; si celle-ci est élevée alors l’espace temps se courbe, la gravitation l’emporte et l’Univers SE CONTRACTE. Nous y sommes, contraction, rétractation, même si les phénomènes ne sont pas rigoureusement similaires, tous cela procède du même concept.
Pour le physicien quantique, le vide est l’état latent de la réalité et la matière son état manifeste, il y a eu brisure du vide dans la Lumière ce qui a crée la matière ; « et le Verbe s’est fait chair »(St Jean), « la lumière infinie dans l’espace vide est descendue et tous les mondes parfaits furent émanés(Kabbale). »
La Kabbale et le Prologue de St Jean nous proposent une explication allégorique de la Création. Dieu par son souffle divin a fait surgir du néant des particules latentes de matière et d’anti-matière ce qui a aboutit à la formation de l’Univers. Le vide évoqué dans le Zohar se retrouvant dans la notion de vide quantique.
Respectable Député Maître, avec ce travail, j’ai essayé de vous communiquer ma soif de connaissances qui m’a pris dés mon initiation. Le rôle du Maître Ecossais de St André est un rôle d’encadrement et de transmission, en tout cas c’est comme cela que je le conçois.
La Kabbale nous dit qu’elle ne peut être étudiée par des profanes ayant moins de quarante ans, qu’il faut attendre avant de s’engager sur la voie de la spiritualité, mais qu’il n’existe aucune limite à la soif de connaissance du cherchant, le rôle du Maître étant de canaliser celle-ci et non de la réfréner.
Comme Second et bientôt Premier Surveillant d’une loge de St Jean travaillant au Rite Ecossais Rectifié, et comme Maître Ecossais de St André, j’ai le devoir d’accroître constamment mes connaissances pour mieux les transmettre, mais aussi je dois être capable d’encourager et non de freiner tous mes frères, Compagnons et Apprentis qui cherchent sans compter pour apporter leur Pierre au Temple de notre Ordre.
Jean Baptiste Willermoz a mis beaucoup de temps pour écrire le rituel de Maître Ecossais de St André, il l’a voulu parfait et complet.
Ce grand maçon, créateur du Régime Ecossais Rectifié, fut initié à l’âge de vingt ans et Vénérable de sa loge deux ans après. Passionné de maçonnerie, il rédigea les premiers rituels après avoir passé une multitude de Hauts Grades. Son but créer une synthèse parfaite et complète de tous les rites existant à la fin du 18ème siècle.
Aujourd’hui et pour faire honneur à ce qu’il nous a légué, nous nous devons de travailler sans relâche à notre perfectionnement en cherchant sans préjugés ni limites à comprendre tout ce que les différents rites peuvent nous apporter dans la compréhension de nos propres rituels.
Le rôle du Maître Ecossais de St André est triple. Il doit avant tout se former pour pouvoir répondre aux demandes des frères des loges bleues. Il doit ensuite encadrer les ateliers travaillant aux trois grades du Rite Ecossais Rectifié en veillant à la stricte observance des rituels et à la qualité des cérémonies Enfin il doit transmettre au sens cabaliste du terme, tel le Maître qui donne la Connaissance à celui qui deviendra un jour Maître à son tour.
Nietzsche disait : « Tout Maître n’a qu’un seul élève, mais il arrive qu’un jour l’élève dépasse le Maître ».
C’est un beau challenge et une noble mission que de faire de nos apprentis des compagnons et de nos compagnons des maîtres, c’est le sens de notre chaîne d’Union, c’est une grande responsabilité, mais c’est aussi une grande fierté d’appartenir à ce Rite, transmis de générations en générations, dans la plus pure Tradition maçonnique.

T D

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Regard sur… le Mysticisme quantique

Publié le 15 Août 2026 par T.D

Par GS

24 novembre 2022

Le mysticisme quantique est un ensemble de réflexions métaphysiques, de croyances et de pratiques connexes qui cherchent à établir un rapport entre la conscience, l’intelligence, certaines philosophies orientales et les théories de la mécanique quantique et ses interprétations venant soutenir une vision panthéiste de l’univers. Du point de vue de la majorité de la communauté scientifique, le mysticisme quantique repose sur des interprétations erronées ou insuffisamment fondées de la mécanique quantique.

Définition

Le fait que la mécanique quantique comporte de profondes difficultés conceptuelles ouvre la porte à diverses spéculations ou sur-interprétations. Parmi les concepts problématiques, on peut citer la dualité onde corpuscule, l’amplitude de probabilité, l’intrication quantique ou encore la non-localité.

Les prémices d’un mysticisme quantique sont apparus au début du xxe siècle parmi les fondateurs de la théorie quantique eux-mêmes alors qu’ils débattaient des interprétations et implications de leur théorie naissante, qui allait devenir la mécanique quantique. Alors que la théorie commençait à devenir une théorie scientifique, les caractéristiques essentielles de la théorie quantique et les questions ontologiques qui en découlent ont confronté les chercheurs à la difficulté de distinguer les discussions philosophiques des débats scientifiques.

Wolfgang Pauli considérait que les connaissances en physique quantique « font apparaître une situation qui transcende la science » et pourrait avoir une « fonction religieuse » dans l’expérience humaine. Einstein s’est opposé sans ambiguïté à ce genre d’assertions. Par exemple, alors que des journaux britanniques écrivaient qu’il était d’accord avec la thèse que « le monde extérieur est une expression de la conscience » (c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de distinction réelle entre la conscience et l’univers, voire, dans les points de vue les plus extrêmes, que le monde n’existe que dans notre conscience et pas objectivement), il répondit : « Aucun scientifique ne croit cela. Sinon, ce ne serait pas un scientifique (…) Pourquoi quelqu’un prendrait-il la peine de scruter les étoiles, s’il pensait qu’elles n’étaient pas réellement là ? ».

Le débat s’est principalement développé juste après la Seconde Guerre mondiale au travers de publications comme celles de Schrödinger ou de l’article d’Eugene Wigner en 1961 mais, même si de telles interprétations ont continué à apparaître parmi quelques scientifiques de la nouvelle physique, elles sont devenues plus rares et ont été progressivement désapprouvées par la communauté scientifique.

Beaucoup des thèses associées au « mysticisme quantique » ont été critiquées comme étant des erreurs d’interprétation de la mécanique quantique et comme une forme de pseudo-science. Dans son ouvrage The social relations of Physics, Mysticism and Mathematics, Sal Restivo donne le nom de parallélisme au mysticisme quantique.

Un des postulats fondamentaux du mysticisme quantique est que l’acte d’observation affecterait directement la réalité observée (voir Interprétation de Copenhague et Paradoxe EPR). La raison de cette assertion repose sur le fait que dans la démarche scientifique, l’observateur est considéré comme distinct de l’objet d’observation alors que dans l’expérience mystique, il est dit qu’il existerait une unité intrinsèque de toute chose dans l’univers. Une influence de l’un sur l’autre serait donc indicative d’un lien invisible entre les deux.

Versions récentes

En 1970, le physicien Fritjof Capra écrit Le Tao de la physique, souvent considéré comme le point de départ du mysticisme quantique, dans lequel il établit un parallèle entre la physique quantique et certains principes des philosophies orientales. En 1980, le livre de David Bohm, Wholeness and the Implicate Order, expose sa thèse de l’ordre implicite sur des bases de physique quantique. Cet ouvrage, ainsi que diverses prises de position de Bohm, fut sévèrement critiqué par son ami et prix Nobel Steven Weinberg. En 1979, le livre The Dancing Wu Li Masters de Gary Zukav établit des parallèles similaires.

Un livre de Deepak Chopra, en 1988, intitulé Quantum Healing (« Guérison quantique ») expose une théorie de la guérison psychosomatique en utilisant des concepts quantiques. En 1993, son best seller du New York Times : Ageless Body, Timeless Mind se vend à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde. Il y développe des thèses sur le renversement du processus de vieillissement, l’immortalité par l’adoption d’une « vision quantique du monde ». En 1998, Deepak Chopra a reçu le prix Ig Nobel, une parodie de Prix Nobel, dans la catégorie des sciences physiques, pour « son interprétation unique de la physique quantique, telle qu’elle s’applique à la vie, la liberté et la recherche de la prospérité économique ».

Depuis les années 1990, le physicien américain John Hagelin a développé une théorie de champ unifié sur la base des supercordes. Il a reçu le Kilby International Awards (en) pour ses travaux en physique des particules, et dans le développement de la théorie supersymétrique du champ unifié (supersymmetric grand unified field theory). Mais ses recherches au sein du mouvement de Méditation transcendantale, son titre Raja de l’Amérique décerné par Maharishi Mahesh Yogi, et sa candidature au Parti de la loi naturelle ont contribué à lui valoir également le Prix Ig Nobel, parodique, pour avoir déclaré que 4 000 pratiquants de la Méditation transcendantale avaient réduit la criminalité de 18 % à Washington D.C22.

Un film de 2004, What the Bleep Do We Know !? (« Que sait-on vraiment de la réalité !? ») est un docu-fiction pseudo-scientifique, traité avec un éventail d’idées issues du New Age qui récupèrent les concepts de la physique selon un usage jugé hors contexte par la majorité des scientifiques. Le film a été produit par l’école de l’Illumination de Ramtha, fondée par Judy Zebra Knight, qui a affirmé que ses enseignements étaient basés sur son dialogue avec une entité désincarnée âgée de 35 000 ans et nommée Ramtha. Judy Zebra Knight a fait un usage controversé de certains aspects de la mécanique quantique, y compris le principe d’incertitude de Heisenberg et « l’effet de l’observateur », ainsi que de la biologie et la médecine. De nombreux critiques ont rejeté le film comme entrant dans la catégorie des pseudo-sciences. En France, le rapport 2010 de la Miviludes présente le groupe Ramtha comme suspect en raison de ses thèses apocalyptiques et des conditions des stages.

Critiques

Michel Bitbol, expose certains écueils du mysticisme quantique dans La théorie quantique et la surface des choses. Selon lui :

Résumé : On a souvent comparé, dans un esprit analogique, la théorie quantique aux éléments de la philosophie bouddhiste. Dans cet article, la seule pertinence qu’on reconnaît à cette comparaison est son pouvoir thérapeutique. L’assimilation de la critique bouddhique de la métaphysique nous aide à nous libérer du rêve (pré)scientifique de représentation d’une réalité cachée qui, non content d’être sans doute illusoire, est à la source de la plupart des paradoxes quantiques. Une telle libération nous aide à aller jusqu’au bout d’une tendance interprétative présente dès la lecture par Bohr de la nouveauté quantique. Il s’agit de l’interprétation qui consiste à admettre : que la théorie quantique ne révèle nulle nature profonde des choses (particules élémentaires ou autre), mais se contente d’anticiper un ensemble de phénomènes relatifs à un contexte expérimental ou technologique ; que sa fécondité s’explique par le seul fait qu’elle incorpore dans sa structure les limites de l’objectivation des phénomènes. Ce double constat paraît frustrant dans le cadre d’une pensée occidentale gouvernée par la pulsion vers les au-delà. Il s’inscrit en revanche dans la continuité d’une pensée Zen selon laquelle, pour emprunter les mots de Dôgen, « cet univers entier n’a jamais rien de caché (derrière le phénomène) ».

 

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Mithra et Jésus-Christ : de la vie et de la mort des dieux

Publié le 15 Août 2026 par T.D

Aimeric Jardin

Le 16 janvier 2018 mourait l’archéologue et historien Robert Turcan. Il léguait à la postérité une œuvre de référence, consacrée aux influences orientales dans les cultes de Rome. Particulièrement intéressé par le culte de Mithra dans sa forme romaine, son travail permet non seulement de s’essayer à une comparaison entre christianisme et mithriacisme mais surtout de s’interroger sur les forces qui jouent dans le destin temporel des religions, et cela au delà des simples raisons sociologiques.

Robert Turcan a produit deux ouvrages devenus des références francophones contemporaines incontournables pour qui s’intéresse à l’histoire du dieu tauroctone : Mithra et le Mithriacisme, publié en 1993, et Recherches mithriaques. Quarante ans de questions et d’investigations, publié en 2016. Son travail sur Mithra, novateur par bien des aspects, permet de se pencher sur la comparaison entre le christianisme et le mithriacisme qui depuis le XIXe siècle fait florès chez une partie des historiens de l’Antiquité. Cette comparaison, à l’aune de l’œuvre de Robert Turcan, permet non seulement de relativiser les influences qu’auraient pu exercer ces deux religions l’une sur l’autre, mais surtout de s’interroger sur les raisons de la mort d’un culte qui s’étendait du golfe Persique à l’Écosse. Comprendre la mort du mithriacisme permet, en miroir, de comprendre la survie du christianisme, et peut-être même plus largement d’appréhender certaines logiques qui, à l’échelle humaine, décident de la vie ou de la mort des religions.

Le culte de Mithra, tel qu’il était pratiqué dans l’Empire romain, est un culte à mystère très éloigné de ses origines persanes. Les mithraïstes suivaient un parcours initiatique et célébraient la Tauroctonie : la mise à mort salvatrice du taureau par Mithra. Du mithriacisme romain, Ernest Renan disait que « si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste ». Rien de tel ne s’est produit, et si le christianisme est aujourd’hui la première religion de la planète, il ne subsiste que quelques pierres de ce que fut le culte de Mithra.

Convergences mithrao-chrétienne

Apparaissant tous deux au début de notre ère, christianisme et mithriacisme semblent se rapprocher par un certain nombre de points.  Que ce soit dans la forme du culte, dans les récits ou dans la philosophie et la doctrine de ces deux religions, certains décèlent des éléments de convergence. Rapprochement qui n’avait pas échappé aux Pères de l’Église, Tertullien parlant du mithriacisme comme d’une « contrefaçon diabolique ». 

Si certains chercheurs ont longtemps considéré que Mithra, tout comme Jésus, était né d’une vierge, on sait aujourd’hui que le Mithra romain est pétrogène. Cet élément est visible sur une stèle de Dieburg, mais aussi sur une statue sous l’église Saint-Clément de Rome. Deux personnages aident Mithra à sortir de la pierre. Il s’agirait de bergers comparables à ceux venus adorer le Christ à sa naissance. Par ailleurs, il semblerait qu’à la fin des temps, Mithra devait vivre une ascension sur un char solaire, que certains interprètent encore comme une analogie de l’Ascension. Sur la tombe du pape Jules Ier figure d’ailleurs une mosaïque représentant Jésus conduisant un char sous l’apparence du soleil. De même, l’exemple du 25 décembre est assez édifiant. Aurélien fait de ce jour une fête officielle, jour de la naissance du soleil (Sol Invictus) sachant que les mithraïstes y célébraient déjà la naissance de Mithra. La première attestation du 25 décembre comme fête de la Nativité date quant à elle du Chronographe de 354, soit 80 ans plus tard. Le dimanche est également fête de Mithra et fête de la résurrection de Jésus. Enfin, de nombreuses églises ont été érigées sur d’anciens mithraeums – comme sur bien d’autres lieux païens – notamment à Saint-Clément de Rome.

Le deuxième point de convergence est celui de la doctrine. En effet, christianisme et mithriacisme sont tous deux issus d’un sacrifice fondateur, le sacrifice de Jésus sur la croix et le sacrifice du taureau par Mithra. Une inscription dans le mithraeum de Sainte-Prisca à Rome dit : « Et tu nous sauves en répandant le sang [éternel (?)] ». S’il s’agit ici du taureau sacrifié pour sauver et régénérer le monde par son sang et non pas de Dieu lui-même par la personne de Jésus, la phrase précédemment citée semble empreinte de christianisme. C’est en tout cas ce qu’en a déduit M. Simon dans Mysteria Mitrae. Ainsi, les mithraïstes sont déjà sauvés. Le mithriacisme, comme le christianisme, est une religion du salut, et le salut a déjà eu lieu par le sacrifice du taureau. Ce sacrifice est célébré autour d’un repas rituel, et comme les chrétiens lors de l’eucharistie, les mithraïstes partagent ce repas rituel et consomment du pain et de l’eau (du vin selon certaines sources). Par ce repas commémoratif, les mithraïstes communient avec Mithra. Là se trouve sans doute l’un des points de convergence le plus intéressant entre les deux cultes. Le mithraeum est le lieu dans lequel est reproduit le sacrifice divin afin de communier avec Mithra. Il en va de même pour les lieux de culte chrétiens, mais absolument pas pour les temples païens qui sont les demeures des dieux auxquels on sacrifie des offrandes.

Influences réciproques ou aspirations communes ?

Remettre en cause les convergences entre les deux cultes, comme l’a pourtant déjà fait Robert Turcan, qui n’évoque presque pas les liens entre mithriacisme et le christianisme si ce n’est pour les nier, c’est remettre en cause le travail de nombreux chercheurs qui défendent l’influence massive du premier sur le second : pourtant, il semble bel et bien que cela ne soit pas le cas.

Il faut ici se méfier d’une démarche historique qui consisterait à chercher des points communs entre mithriacisme et christianisme ; le travail de l’historien est d’observer avant de conclure et non l’inverse. De fait, il existe des divergences majeures qui contredisent les semblants de similitudes. Quant aux similitudes elles-mêmes, elles semblent plus liées à la capacité syncrétique du christianisme, qui s’applique à englober un certain nombre de rites païens afin de convertir plus facilement. C’est sans conteste le cas du choix du 25 décembre comme fête de la Nativité. Il en va de même pour la mosaïque de la tombe de Jules Ier. La logique est la suivante : si Sol Invictus est vénéré dans l’Empire, les chrétiens vont faire en sorte qu’il soit possible pour ses adeptes de voir en Jésus un avatar de Sol Invictus. C’est aussi la raison pour laquelle les chrétiens bâtissent leurs églises sur les lieux de cultes païens – dont les mithraeums. Mais il s’agit ici essentiellement de convergences de forme, qui permettent aux chrétiens de convertir en masse par syncrétisme sans pour autant renoncer au plus important, c’est-à-dire aux dogmes.

Les dogmes et la doctrine chrétienne ne sont quant à eux pas influencés par le mithriacisme ; si effectivement il existe un sacrifice dans les deux cultes, chez les chrétiens c’est Dieu lui-même qui est sacrifié. Nulle trace de cela chez Mithra, qui ne connaît jamais la mort. Il est Deus Invictus Mithra. Il ne ressuscite pas puisqu’il ne meurt pas. Or, plus que la mort du Christ, c’est sa résurrection qui est le fondement même du christianisme. « Et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine » écrit saint Paul dans la première épître aux Corinthiens (15, 14). Il n’est jamais question de cela dans le mithriacisme. Par ailleurs, les mithraïstes ont une vision du monde extrêmement optimiste et ne s’inquiètent pas de leur salut individuel, puisque par la tauroctonie, ils sont déjà sauvés. Les chrétiens, s’ils sont déjà sauvés collectivement, peuvent encore être damnés individuellement et adoptent donc une philosophie de vie totalement différente. Concernant les fins dernières, les mithraïstes ont une approche réellement distincte de celle des chrétiens. Il semblerait que de même que les stoïciens, ils voient le monde comme un perpétuel recommencement. Pour eux, après Mithra prenant la place de Sol, Saturne prendra la place de Mithra. Ces éléments sont déduits de l’observation des séquences de l’imagerie sculptée, mais ne permettent pas d’appréhender ce qu’il advient de l’âme des mithraïstes après leur mort. Il n’est nulle part question de métempsychose, affirme Robert Turcan. Cependant, que devient une âme qui ne se réincarne pas dans un monde en éternel recommencement ? Tertullien quant à lui dit que Mithra promet un « semblant de résurrection ». Ici, malheureusement, l’absence de source laisse le chercheur dans l’hypothèse et la spéculation.

Le mithriacisme condamné

La mort du mithriacisme a été aussi rapide que fulgurante a été son ascension. En 307, Dioclétien, Galère et Licinius déclarent Mithra fautori imperii sui (protecteur de l’Empire) ; un siècle plus tard, la presque totalité des mithraeums d’Europe ne sont plus que ruines. S’il est facile d’expliquer les raisons politiques qui ont conduit à la mort du mithriacisme, il est encore plus intéressant de se pencher sur les raisons philosophiques et théologiques qui ont mis fin au culte du dieu pétrogène.

Les choix politiques de Constantin et des autres empereurs chrétiens portent sans doute de graves coups au mithriacisme. Le premier interdit la pratique des cultes mystériques et le sacrifice aux idoles. Or, le mithriacisme est fondé sur le sacrifice, et la cérémonie mithriaque ne peut être accomplie sans sacrifice sanglant. Le coup fatal est porté par une loi de 391 interdisant toute espèce de manifestation de culte païen. Mais les lois positives ne sont nullement suffisantes pour gloser sur la vie et la mort d’une religion ; si cela était le cas, alors le christianisme n’aurait pas pu naître dans l’Empire romain ni survivre aux persécutions légales des premiers siècles. Il est également possible de se demander si le mithriacisme n’était pas voué à disparaître du fait de sa fermeture. Interdit aux femmes, il se privait de la moitié de la population de l’Empire, là où le christianisme naissant fut fortement porté par elles. Il était réservé à une petite élite au sein de sociétés secrètes, et n’avait pas vocation à se répandre massivement. Par ailleurs, les mithraïstes adoraient un dieu d’origine persane, alors que la Perse était l’ennemie de l’Empire ; si bien qu’ils furent accusés par les chrétiens de « s’assujettir aux rites et aux lois des Perses » (Firmicus Maternus). Accusations totalement infondées, mais faciles à tenir.

Pour appréhender la mort du mithriacisme, cependant, l’essentiel est sans doute de s’intéresser à ses fondements théologiques. Sous cet angle, deux points apparaissent comme décisifs. Le premier réside dans la vision du salut. L’optimiste extrême du mithriacisme, selon lequel les âmes sont déjà toutes sauvées, ne pouvait pas répondre aux interrogations de ceux qui s’inquiétaient de leur salut personnel. Dans un monde où le mal est une réalité objective, une économie du salut totalement optimiste ne peut paraître que trop éloignée des réalités sublunaires. La vision trop optimiste du salut des individus nourrie par le mithriacisme n’a donc pas survécu à la crise et aux tourments de la fin de l’Empire romain. Le second point est proposé par Robert Turcan dans Mithra et le mithriacisme. Selon lui, le mithriacisme est une religion purement romaine, qui ne pouvait que mourir avec l’Empire. « Toutes proportions gardées, un peu comme la franc-maçonnerie fut la religion clandestine de la IIIe République, le mithriacisme soutenait souterrainement l’idéologie impériale », écrit-il. En effet, le mithriacisme représente à ses débuts le renouvellement de Rome et de ses légions (où se recrute une grande part des adorateurs de Mithra) face à une mythologie désuète. Contrairement aux chrétiens, les mithraïstes ne font pas leur salut individuellement hors du temps, mais sont indubitablement liés à l’Empire et ne survivent pas à la déliquescence de l’ordre romain.

Mithra est mort, aurait écrit Nietzsche s’il était né quinze siècles plus tôt. Mithra est mort parce qu’il était attaché au siècle. À l’heure où certains, se fondant sur des données purement sociologiques, s’interrogent sur la disparition du christianisme en Occident, il pourrait être intéressant de s’essayer à une comparaison entre sa situation contemporaine et celle qu’occupait le culte de Mithra à la fin du IVe siècle. Il semble bien que les raisons positivistes et politiques ne permettent pas à elles seules d’expliquer la vie et la mort des religions ; la survie du judaïsme à travers les vicissitudes de ces deux derniers millénaires en est la preuve indubitable. Saint Jean l’évangéliste, dans son chapitre XVII, écrivait que les chrétiens se doivent d’être « dans le monde » mais pas « du monde ». Si cela est vrai, alors le christianisme devrait survivre à la chute de tous les empires terrestres comme il a survécu à celle de Rome et à celle de la société d’Ancien Régime. Et si, selon l’expression de Chesterton, l’homme est éternel, si ses aspirations sont immuables à travers les siècles, alors l’eschatologie chrétienne devrait trouver autant d’écho dans le monde contemporain qu’aux premiers siècles de notre ère. Sauf à supposer, bien sûr, que la modernité ait véritablement provoqué l’abolition de l’homme dans les régions du monde où elle règne en puissante maîtresse sur les âmes. 

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Initiatique ou religieux ? Ou Mithra, Mithra pas

Publié le 14 Août 2026 par T.D

Par  Patrice Dujardin

8 mai 2022

Parmi les sources de la franc-maçonnerie et des monothéismes occidentaux, le culte de Mithra joue un rôle trop longtemps méconnu. Les points communs entre les pratiques rituéliques maçonniques et mithraïques sont étonnamment nombreux. D’autre part, les reprises d’éléments religieux du culte de Mithra vers la chrétienté sont également importants.  

Les francs-maçons sont fous de recherches sur les origines : une chaîne a beau être longue, nous sommes fascinés par la découverte de ses extrémités. D’ailleurs cette biblique parole «  cherche et tu trouveras » booste nos énergies et justifie notre acharnement.

La littérature regorge d’essais ou romans décrivant une possible filiation entre la franc-maçonnerie et de glorieuses civilisations anciennes. Nombre d’épisodes romanesques ou héroïques émaillent cette filiation. Ils tiennent en haleine les écouteurs d’histoires que nous sommes tous, et font le bonheur des éditeurs . Dan Brown, Giacometti et Ravenne et pas mal d’autres vivent bien du phénomène.

Les religions dites du livre ont marqué l’occident pendant deux millénaires. Les historiens qui se sont penchés sans préjugés sur les évolutions ont constaté l’impact des modifications. Ces altérations sont les traductions, homogénéisations, intégrations, élimination des pensées gnostiques ou autres hérésies,  etc.

Au final on a du mal à discerner d’où proviennent les éléments de nos rituels et textes ; ceci nous laisse sur notre faim, aussi les fouilles continuent.

Les découvertes faites après la seconde guerre mondiale, manuscrits de Qûmran et de Nag Hammadi, ont profondément bousculé la communication faite par l’église catholique, pourtant stabilisée à l’époque.

Robert Ambelain a publié en 1972 un livre devenu best-seller :  « Jésus ou le mortel secret des Templiers ». Sa thèse est que Jésus était un zélote préoccupé de prise du pouvoir local et non un prophète/messie . Ce secret se serait plus ou moins transmis jusqu’aux francs-maçons via les templiers et les cathares.

La piste égyptienne, elle, a atteint un sommet avec Robert Lomas et Christopher Knight et leur « clé d’Hiram ». Ils affirment avoir découvert un pharaon assassiné dans des conditions similaires à celle d’Hiram. Le livre dévoile des formules à la consonance proche de certains mots sacrés de la franc-maçonnerie.

Le berceau de nos civilisations se place entre la Grèce et le croissant fertile qui va d’Égypte en Assyrie.

Ce croissant fertile inclut Israël, Phénicie, Perse. La Grèce fut un absorbeur de tout ce qui l’a précédée puis un diffuseur grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand . De ce fait on a du mal à distinguer ce qui fut découvert par les grecs eux-mêmes. Il s’avère que pas mal de découvertes scientifiques attribuées à Pythagore, Euclide et d’autres étaient déjà connues auparavant.

La civilisation hébraïque n’échappe pas à cette suspicion, comme le montre la grande similitude de l’épopée de Gilgamesh avec la civilisation assyrienne.

Les premiers siècles après Jésus-Christ ont vu une âpre lutte de la chrétienté avec les nombreuses variantes de gnosticisme. On sait aussi que Constantin fit un choix crucial en faveur de la chrétienté, défavorisant le culte de Mithra, pourtant installé bien avant.

Et nous voilà au 21e siècle.  Charles Imbert, dans son «  les 7 degrés de l’initiation », remarque que les monothéismes occidentaux sont maigrichons en ésotérisme. Seule la franc-maçonnerie en possède une bonne dose, avec activité sur une longue période.

Il faut remonter l’histoire avant de retrouver un tel ésotérisme fort, pérenne, initiatique : jusque dans le culte de Mithra.

La progression initiatique, au moins dans sa forme tardive telle que pratiquée par les Romains, comportait 7 degrés. Tout comme on comptait 7 planètes, métaux, tons musicaux, zones corporelles ( chakras ) et surtout 7 vices qu’il s’agissait de combattre pour progresser.

Charles Imbert dresse une vertigineuse liste de similitudes entre les pratiques rituéliques mithraïques et les maçonniques. Citons ainsi, à titre d’exemples, les trois premiers degrés, dédiés aux trois dieux (/planètes ) de la Sagesse, de la Beauté et de la Force.

Poursuivons : la disposition intérieure du temple (parvis, sièges en « colonnes », espace de déambulation central, estrade,…), initiation avec dénudation et glaives.

Et, au-delà : la référence aux 5 sens, l’usage d’un mythe comportant un meurtre, accent prononcé sur les dualités et surtout celle de Lumière/Ténèbres, rôle particulier des solstices,…

Mais on peut aussi dresser une liste d’éléments communs entre le culte chrétien et le culte de Mithra. On citera volontiers la naissance lors du solstice d’hiver, et la résurrection/renaissance de Jésus/Mithra. Plusieurs indices historiques laissent à penser que la communauté zélote de Cilicie est le lieu où le transfert s’est organisé : la ville centrale était la Tarse de Paul.

Bref, tout semble se passer comme si finalement Mithra avait survécu complètement, mais au prix d’une partition. 

Le christianisme a récupéré les éléments-clés religieux, et la franc-maçonnerie les rituels et méthodes initiatiques, par-delà deux millénaires !

C’est ce gigantesque « viaduc » de 2000 ans qui pose évidemment question, vu cette qualité de transmission . Serait-ce inscrit dans nos gènes ? Sont-ce les archétypes communs à tous les humains qui ont permis cela, sans que nous en puissions mesurer la part innée et la part acquise ?  Les néoplatoniciens ont d’évidence joué un rôle de véhicule pour permettre une partie du saut, de l’Antiquité tardive jusqu’à la Renaissance : 13 siècles, pas mal !  Nul doute non plus que les kabbales et l’alchimie ont, elles aussi, servi de courroie de transmission pour nous mener où nous en sommes.

Les recherches continuent :  à bientôt pour de nouvelles aventures !

450fm

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L’initiation mithriaque

Publié le 14 Août 2026 par T.D

L’initiation mithriaque était donnée dans des grottes naturelles ou artificielles, semblables à celle que Zoroastre, le premier, écrit Porphyre, « consacra en l’honneur de Mithra, créateur et père de toutes choses. » Ses mystères, comme d’ailleurs tous les mystères, avaient pour objet d’expliquer aux hommes le sens de la vie présente, de calmer les appréhensions de la mort, de rassurer l’âme sur ses destinées d’outre-tombe et, par la purification du péché, de l’affranchir de la fatalité de la génération et du cycle des existences expiatoires.

Cet enseignement suppose un ensemble de doctrines sur l’origine spirituelle et immortelle de l’âme, sa déchéance, son rachat par les mérites et avec l’aide d’un dieu psychopompe et sauveur. Il serait intéressant d’en rechercher la genèse et de remonter à leur source. Elles sont absolument étrangères à la religion d’Homère ; les Grecs eux-mêmes en reconnaissaient la provenance orientale. Ils en attribuaient l’importation à Pythagore, qui lui-même les tenait, directement ou par l’intermédiaire de son maître Phérécyde, d’Egypte et de Chaldée.

Le dogme mithriaque de la catabase et de l’anabase des âmes s’explique en combinant les renseignemens que nous tenons de Celse, de Porphyre et de Macrobe. Les symboles astronomiques de la grotte représentaient la voûte du ciel et la double révolution céleste, celle des étoiles fixes et celle des planètes ; les premières, séjours de lumière et de splendeur ; les secondes, réservées à l’évolution des âmes.

Aux deux extrémités du ciel sont placés les deux Tropiques, celui du Cancer et celui du Capricorne. Ce sont les deux portes, l’une des dieux, l’autre des hommes, ainsi nommées, parce que de l’une descendent les âmes éprises des corps mortels, et que par l’autre elles remontent à leur lieu d’origine. Le Cancer est affecté à la Lune, source de génération et conservatoire de vie pour tous les théologiens de l’antiquité ; le Capricorne à Saturne, la plus éloignée et la plus lointaine des planètes. Du Cancer au Capricorne, et du Capricorne au Cancer, se répartissent et s’échelonnent les douze signes ou constellations. Quant à Mithra, il siège entre les deux équinoxes. « Il porte le glaive du Bélier, signe de Mars, et il est porté par le Taureau, signe de Vénus. »

L’âme, essence divine, libre de toute contagion matérielle, descend ou tombe d’elle-même, par l’appétence des corps, par un désir latent de volupté, et par le poids seul de sa pensée terrestre, enivrée d’un miel, qui lui verse l’oubli de la lumière éternelle. Mais ce n’est pas d’un coup et brusquement que, de son incorporabilité parfaite, elle arrive à revêtir un corps de boue périssable. La chute est graduée. Celse la figurait par une échelle ou un escalier, avec sept points d’arrêt, où s’ouvrent autant de portes.

Ces portes sont celles des planètes. A mesure que l’âme descend de l’une à l’autre, elle perd de sa pureté première et ressent des altérations successives de sa perfection. Elle se gonfle et se sature de la substance sidérale ; chaque sphère la revêt d’une enveloppe éthérée, de plus en plus sensible ; elle éprouve autant de morts qu’elle traverse de mondes, jusqu’à ce qu’enfin, de chute en chute, elle parvienne à celui qu’on appelle « le monde de la vie. » En même temps chaque planète la dote des facultés nécessaires à son existence terrestre : Saturne lui donne le raisonnement et le calcul ; Jupiter l’énergie active ; Mars l’ardeur passionnée ; le Soleil l’imagination et le sentiment ; Vénus le désir ; Mercure l’herméneutique ou la faculté de s’exprimer ; lu Lune celle de croître et de grandir. « Car la dernière des qualités divines est la première des nôtres. »

Dans l’anabase, l’âme suit une route inverse, et de planète en planète, s’allégeant de la substance prêtée par chacune d’elles, se dépouille successivement de tous les élémens de sa corporalité, jusqu’à redevenir semblable à ce qu’elle était dans sa condition première et spirituelle.

Ce symbole astronomique, cette septuple vêture et ce dépouillement correspondant, nous ramènent directement aux rites de la Chaldée.

Là, sous l’influence de la religion, qui domine toutes les manifestations de la vie, le nombre sept et quelquefois le nombre douze, règnent en souverains. Sept est le chiffre sacré. Le temple, qui reproduit l’ordre du monde et spécialement celui du ciel, est la haute tour à sept étages, en retrait l’un sur l’autre, reliés par de larges rampes d’escaliers extérieurs, où se déroule à l’aise la pompe des processions.

Au sommet s’élève le sanctuaire du dieu, magnifique avec ses revêtemens de bois précieux et de lames d’or. Chacun de ces étages est consacré à une planète et peint de la couleur qui lui est propre ; elle y possède une chapelle particulière. C’est exactement l’échelle mithriaque, décrite par Celse. Les cérémonies religieuses obéissent au même rythme numérique. On connaît le poème d’Istar, veuve du « fils de la vie, » descendant pour le sauver « dans le pays immuable de la mort. »

 Ce pays est divisé en sept cercles, sur le modèle des sphères célestes. Elle franchit les sept enceintes ; à chacune, le serviteur d’Allat, la déesse des ombres, la dépouille d’un de ses vêtemens, depuis la tiare jusqu’au voile de sa pudeur, pour qu’elle paraisse nue devant la sombre divinité. Au retour, dans le même ordre, ses vêtemens lui sont rendus. Dans une autre tablette de la collection ninivite, est décrite la fête de la purification d’une déesse-terre Elle monte les longues rampes des escaliers de la ziggurat.

A chacune des sept portes, un prêtre la fait entrer, qui la dépouille d’une pièce de son costume, jusqu’à ce qu’elle pénètre nue dans le sanctuaire supérieur, qui est l’Empyrée. Là, d’autres déesses s’empressent autour d’elle, la purifient par des lustrations et des exorcismes ; puis, leur office terminé, elles la laissent redescendre et compléter d’étage en étage rajustement qu’elle a quitté. C’est évidemment du souvenir de ces cérémonies symboliques que s’est inspiré le dogme mithriaque

Dans tous les mystères, l’initiation était précédée d’épreuves, qui avaient pour objet de s’assurer de la foi du candidat et de la solidité de sa vocation. On lui imposait une attente de quelques jours ou de quelques mois, qui était occupée par la prière, le jeûne et diverses abstinences. Les épreuves des mystères de Mithra passaient pour les plus longues et les plus rudes. La secte ne voulait admettre que des hommes trempés par la souffrance, et parvenus à cet état d’insensibilité qu’on appelait l’apathie.

On disait que ces épreuves pouvaient aller dans certains cas jusqu’au sacrifice de la vie ; mais Lampride nous assure que, de son temps du moins, l’homicide se bornait à une simulation, et qu’on regarda comme un crime le meurtre dont se souilla Commode, au cours de son initiation. Par leurs rigueurs peu communes, les mithriastes ne craignaient pas de décourager l’empressement et le dévouement des fidèles ; ils savaient qu’il est dans la nature de l’homme de n’attacher de prix qu’à ce qui lui a coûté peine et douleur.

Les épreuves étaient au nombre de douze et duraient parfois quatre-vingts jours. Ce chiffre se rapportait aux signes du Zodiaque et aux travaux de l’Hercule assyrien. Ses douze victoires sur les monstres gardiens des stations célestes lui avaient mérité la tunique astrale et valu l’immortalité. Aussi, dans tous les mystères, Hercule était donné comme modèle aux initiés : il était le myste parfait.

De ces épreuves graduées, d’abord légères, puis de plus en plus pénibles, — Grégoire de Nazianze les appelle des supplices, — on ne connaît pas le détail exact. Elles comportaient des jeûnes prolongés, quelquefois de cinquante jours, l’abandon dans la solitude, l’épreuve du feu, de l’eau, du fouet ; le patient était enfoui dans la neige, d’autres fois traîné par les cheveux dans un cloaque. Les injures et les dérisions s’ajoutaient à ces souffrances physiques.

Les épreuves de l’initié sont représentées sur un grand nombre de monumens mithriaques, malheureusement effacés presque tous ou mutilés. Celui d’Heddernhain nous montre, en trois médaillons séparés par des pins, le myste vainqueur du taureau ; le myste ceint de la couronne héliaque, c’est-à-dire d’une auréole radiée ; le myste introduit par la main de Mithra dans le ciel du bienheureux. C’est là comme la synthèse de l’épreuve, avec la récompense qui la couronne. Le monument de Mauls (Tyrol) nous présente, des deux côtés de l’image du tauroctone, douze compartimens superposés, où sont figurées distinctement l’épreuve du feu, celle de l’eau (un homme luttant à la nage contre le courant d’un fleuve) ; celle du jeûne ou de la solitude (un homme couché nu dans un désert semé de rochers) ; celle du fouet, à moins que ce ne soit un poignard que brandisse la main du tortionnaire. Les compartimens de droite semblent consacrés à l’anabase.

 Ils nous font voir le myste reçu en grâce et pardonné, puis couronné par la main de Mithra du diadème héliaque, monté enfin sur le char du Soleil et accueilli dans le ciel. A la base de la colonne de gauche, est figuré le taureau seul et debout, représentant le principe matériel dont l’initié doit se libérer pour mériter le salut ; dans le compartiment qui lui répond, à droite, le taureau est vaincu, traîné par les pattes de derrière, dans l’attitude familière qui symbolise la défaite sur les cylindres chaldéens. Du monument de Zollfeld, il ne reste que les scènes de l’apothéose.

Les épreuves surmontées permettaient l’accès aux grades. Il existait en effet parmi les initiés une hiérarchie rigoureuse, calculée d’après le degré d’instruction ou d’intelligence de chacun, les services rendus, ou le dévouement à la communauté, et qui avait pour but d’inculquer l’obéissance et de susciter l’émulation. On n’est d’accord ni sur le nombre de ces grades, ni sur leur ordre, ni même sur leurs noms. Le passage de saint Jérôme, où ils sont énumérés, est un des plus mutilés des manuscrits. Une saine critique commande de n’admettre que ceux que mentionnent expressément les textes et les inscriptions.

Il se trouve qu’ils sont au nombre de sept, répondant à celui des planètes et aux degrés de l’échelle mystérieuse de Celse. Ce sont le Miles, le Léo, le Corax, le Gryphius, le Persès, l’Helius, le Pater. Les anciens ignoraient eux-mêmes le sens symbolique et secret de ces dénominations. Si nous nous référons au texte de Pallas, rapporté par Porphyre, elles désigneraient ces enveloppes successives, dont doit se dépouiller le myste pour atteindre l’état de pureté, et les personnages divers par lesquels il doit passer, avant d’arriver à la perfection. L’initiation à chacun de ces grades était l’occasion d’autant de fêtes, dont les inscriptions gardaient le souvenir, les léontiques, les coraciques, les héliaques, etc.

Nous devons à Tertullien quelques renseignemens sur la réception du Miles. Le myste, vainqueur des épreuves, doit refuser la couronne qui lui est tendue au bout d’une épée, la faire glisser sur son épaule, et répondre : « Mithra est ma seule couronne. » Il est alors marqué d’un signe au front et fait partie de la milice sacrée. Le Lion n’est plus un simple initié, il participe déjà au culte ; c’est le grade auquel la plupart se tenaient. Les femmes elles-mêmes y étaient admises et recevaient le nom de Lionnes. La réception donnait lieu à d’étranges cérémonies, dont le sens nous échappe.

 Le récipiendaire revêtait successivement les formes de divers animaux, dont il imitait les cris et les mouvemens. On l’enveloppait du manteau bariolé des figures des constellations, semblable au voile olympique des Eleusinies et des Isiaques, à l’astrochiton d’Hercule. On lui purifiait avec du miel les mains, la bouche et la langue. Le Corbeau était déjà un ministre inférieur du culte ; son nom venait de la constellation dont le lever héliaque annonce le solstice d’été. Le Griffon est, dans toutes les religions antiques, consacré aux dieux solaires. Il sert de monture à Apollon, quand le dieu revient des pays hyperboréens. Il est le gardien des trésors cachés. Plus mystérieuse est l’origine du Perses. Hésiode fait du Persée grec le fils d’Hypérion. Phérécyde rattache son mythe à la Phénicie, et l’on connaît un temple qui lui était consacré à Joppé. Il paraît avoir été, en Grèce, le premier exemplaire du dieu solaire persan, vainqueur du dragon et du serpent, comme le prototype de Mithra. Saint Justin semble voir en lui le Sauveur des derniers jours de la légende avestéenne. Le grade d’Hélius s’explique de lui-même.

Quant aux Patres, ils constituaient le clergé proprement dit ; on leur donnait les noms d’Éperviers et d’Aigles. Porphyre distingue parmi eux trois degrés de prêtrise, que les inscriptions reconnaissent également ; les Pères, les Pères du culte (patres sacrorum) et le Père des pères (pater patrum), qui était le chef suprême de la religion. Il est curieux que les mêmes degrés se retrouvent encore de nos jours chez les Parsis ; le Hobed, qui a la connaissance des écritures sacrées, le Mobed, l’ancien mage et le ministre du culte, le Mobeddestour, le maître des coutumes, chargé d’interpréter la loi et dont les décisions sont souveraines.

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Culte de Mithra et franc-maçonnerie

Publié le 14 Août 2026 par T.D

6 juin 2020

Culte de Mithra et franc-maçonnerie : quelle relation ? Qu’est-ce que le mithraïsme et en quoi aurait-il pu influencer la franc-maçonnerie ? Voici une planche au 1er degré.

Le culte de Mithra ou mithraïsme est un « culte à mystères » présent dans l’Empire romain entre la fin du Ier siècle et le début du VIe siècle après J-C, dont certains aspects rappellent la franc-maçonnerie actuelle.

Mithra est une divinité issue du panthéon mazdéen et zoroastrien, donc originaire du monde iranien (lire notre article sur le zoroastrisme).

Cet ancien culte à mystères n’a plus d’adeptes aujourd’hui ; ses temples sont des vestiges archéologiques, mais son souvenir est bien présent, en particulier chez les franc-maçons. Voyons pourquoi.

Voici donc une planche sur le culte de Mithra et la franc-maçonnerie.

Culte de Mithra et franc-maçonnerie : initiation et fraternité

Religion syncrétique associant, entre autres influences, le zoroastrisme et le culte de Persée, le mithraïsme fut la religion dominante au sein des légions romaines à la fin de l’Empire, de l’Anatolie aux îles Britanniques.

Cette religion initiait sur un pied d’égalité des hommes issus de toutes origines sociales. Au cours des années, les pratiquants gravissaient sept grades symboliques qui faisaient suite à une initiation où l’impétrant, dénudé, mains liées et yeux bandés, devait affronter une série d’épreuves, dont un saut au-dessus d’une rigole remplie d’eau. Ces premiers éléments rendent évident le parallèle entre culte de Mithra et franc-maçonnerie.

Après que le christianisme a été reconnu religion d’Etat en 392 par l’empereur Théodose, la persécution puis l’interdiction des cultes païens à partir du IVe siècle ont mis fin aux anciennes organisations cultuelles telles qu’elles étaient connues jusqu’alors, et parmi elles le mithraïsme.

Dès lors, s’est organisée une démolition méthodique des lieux et symboles du culte de Mithra, décapitant sculptures et effaçant les fresques du Dieu Invincible. Toutefois, les souvenirs des rituels et des symboles ont été discrètement transmis sur plusieurs générations à propos de ce dieu solaire de la fraternité que les ancêtres adoraient.

Les temples mithraïques

Les temples mithraïques, dont certains ont été retrouvés, consistaient en des salles rectangulaires pourvues de banquettes se faisant face de part et d’autre d’une allée centrale, banquettes où s’allongeaient les initiés. Au fond, le vénérable Père siégeait devant un bas-relief représentant Mithra coiffé de son bonnet phrygien et terrassant le taureau : c’est la fameuse « taurotocnie ». On a même retrouvé des traces de ces temples aux confins de l’Empire, le long du mur d’Hadrien, aux limites de l’Écosse.

La figure du Dieu Mithra trouve son origine dans le mazdéisme, comme l’atteste une tablette d’argile du XIVe siècle avant J-C provenant de Boghaz-Kay, ancienne capitale de l’Empire hittite, dans l’actuelle Turquie. Dans ce document, Mithra, avec d’autres dieux indo-aryens, sert de garant d’un accord entre les Hittites et le peuple des Mitanni.

Notons que le terme Mithra vient de l’hypostase proto-indo-aryenne mitra, qui signifie « ami » ou « contrat ». Dans le sous-continent indien, Mithra est considéré comme le protecteur de la parole donnée, des réunions, qu’il préside, et par extension de l’honnêteté et de la fraternité.

Le Dieu Mithra

Figure secondaire dans le panthéon zoroastrien, ce jeune dieu gagne du « galon » en progressant au gré des conquêtes perses sur les Babyloniens où il se trouve recyclé dans les cultes à mystères de cette époque. Les rois de Perse juraient par Mithra en invoquant sa lumière (cf. Plutarque, Vies parallèles, Alexandre, XXX, 8) : c’est une divinité solaire du panthéon mazdéen, le « Dieu du lever du Soleil, de la victoire de la Lumière sur les ténèbres, de la vie sur la mort ».

La naissance mythique de Mithra est aussi un objet symbolique fort, et bien que sous-représentée, elle apparaît sur des stèles en différents endroits de l’empire romain.

En l’occurrence, il s’agirait de la pétrogenèse : petra genetrix. Mithra est né de la pierre, peut-être au solstice d’hiver, soit le 25 décembre, date qui devient à la fin du IIIe siècle le Natalis Solis Invicti, la naissance du Soleil pour les Romains, qui deviendra plus tard la fete de Noel

C’est en Phrygie, ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien (actuelle Turquie) que le culte moderne de Mithra se cristallise. Il y doit son bonnet phrygien, symbole repris plus tard lors de la Révolution française.

Bien que ce culte ne s’impose pas au sein du monde hellénistique, en raison d’un paysage mythologique et religieux déjà chargé, c’est néanmoins à la Grèce que Mithra doit son iconographie et son hagiographie : un puissant chasseur coiffé de son bonnet phrygien, immolant un taureau en le tenant par les cornes, assisté par un chien, un corbeau, un scorpion et un serpent à ses pieds, entouré du Soleil invaincu (Sol Invictus) et de la Lune.

Ce mythe central de Mithra, c’est-à-dire le sacrifice du taureau céleste, qui permet la régénération de la Nature, est connu depuis l’Antiquité comme un acte fondateur de la civilisation. Certains rapprochent cette symbolique de l’Ere du Taureau, qui commence approximativement 4000 ans avant J-C et qui a vu l’apogée de la civilisation sumérienne, berceau de l’écriture et des lois. Certains auteurs notent le curieux parallèle avec l’Anno Lucis, année de Vraie Lumière, dite aussi « année de création » pour les franc-maçons.

Nous l’avons dit, c’est au sein de l’empire romain que le culte de Mithra apparait en Europe occidentale. La première mention de ce culte est présente dans l’œuvre de Plutarque. Dans ses Vies parallèles, dans le chapitre consacré à Pompée (XXIV, 7), Plutarque explique que c’est au contact des pirates de Cilicie, lors de la guerre qu’a mené Pompée contre ces derniers en 66 av. JC, que les Romains découvrent Mithra et ses mystères.

Au sein de l’Empire, le culte se développe sans prosélytisme évident, par une approche discrète : c’est une pratique protégée par le secret et l’intégrité morale de ses membres. Le mithraïsme romain s’inscrit dans les courants philosophiques de l’époque, à savoir le néo-platonisme et le stoicisme, auxquels il faut ajouter l’empreinte des traditions orientales, notamment le zoroastrisme. Il est particulièrement populaire chez les militaires et les commerçants.

La fonction de Mithra comme dieu protecteur de la parole donnée, des contrats et de l’amitié perdura dans l’Empire et dans ce qui en restera, comme dans l’ensemble des territoires indoaryens. Et c’est précisément la valeur de la fraternité entre les hommes, indépendamment de leur origine, de leur condition ou de leur statut (parmi les initiés, il y avait aussi bien des empereurs que des esclaves) qui constitue le socle de ce rite, renforcé par des aspects symboliques qui nous parlent tout particulièrement à nous franc-maçons…

Culte de Mithra et franc-maçonnerie : points de similitude

Il y a tout d’abord le Mithraeum, temple où se réunissent les initiés, qui est la représentation terrestre du cosmos que les âmes traversent pendant leur processus de réincarnation ou d’évolution. Un espace présidé par le soleil et la lune avec en son centre de Mithra sacrifiant le Taureau Céleste, en tant qu’ordonnateur de l’univers matérialisé.

Le temple mithraïque est un lieu intemporel où l’on accomplit des mystères, où l’on initie les membres de la communauté, où l’on délibère sur des questions terrestres et où, finalement, la fraternité entre les frères se forge et se renforce au gré des travaux.

C’est un espace relativement petit car adapté à des communautés ne dépassant pas la trentaine voire la quarantaine de membres, soit l’équivalent d’une loge maçonnique actuelle. Cet espace est délimité par les quatre directions d’un plan rectangulaire. De part et d’autre d’un couloir central, au nord et au sud, les mithraïstes sont allongés, alignés face à face selon leurs degrés. A l’est est assis le Père, entouré de ses assistants.

Certaines recherches archéologiques ont indiqué que plusieurs Mithraeum contiennent une cavité dans le sol où est placé un sarcophage contenant le corps du frère symboliquement décédé. En effet, les initiations mithriaques, comme beaucoup d’autres par ailleurs, sont précédées de la mort symbolique du néophyte qui renaîtra en laissant derrière lui sa vie profane. Une approche que l’on retrouve bien sûr en franc-maçonnerie.

Mithra et franc-maçonnerie : le banquet rituel

Les adeptes du mithraïsme s’adonnaient à un banquet rituel, basé sur l’épisode mythique de la rencontre de Mithra et du Soleil en vue de partager les agapes, avant d’entamer le voyage de l’ascension.

Ce moment a été interprété comme une « Cène » par laquelle Mithra célèbre la fin de sa mission sur Terre, avant de monter dans son char et de s’en aller vers le Ciel.

Pour les participants aux mystères, ce banquet a une signification de sacrement en commémoration de l’épisode mythique, ainsi que pour son caractère intégrateur et porteur de cohésion fraternelle. La communauté se réunit expressément pour célébrer cela.

Au banquet, trois aliments jouent un rôle central dans le symbolisme de cette liturgie : le pain, le vin ainsi que la viande. Ce sacrement est vu comme une répétition des pratiques avestiques iraniennes en relation avec le sacrifice du taureau et la consommation du haoma, « breuvage d’immortalité » qui correspond au soma hindou. On peut y voir une approche de l’espoir du salut et de l’idée de renaissance qu’il implique.

Lors du banquet, le rôle de Mithra et du Soleil est occupé par deux initiés éminents de la communauté, Pater et Heliodromus, accompagnés des autres initiés.

L’ouverture des travaux et l’initiation

Continuons le parallèle entre culte de Mithra et franc-maçonnerie.

Le caractère mystérieux de ce culte se concrétise non seulement dans le pacte de secret qui marque chacune des activités qui sont menées à l’intérieur du Mithraea, mais aussi dans l’initiation en tant que véhicule d’incorporation des aspirants.

L’initié rejoint la communauté après être passé par un processus inévitable par lequel les mystères lui sont révélés. Le nouveau membre accepte ainsi le jour de son initiation comme une nouvelle naissance, c’est-à-dire mystes es natus et renatus (« tu nais et tu renais en tant que mystique »).

Le candidat, nu, les yeux bandés, les mains attachées derrière le dos, est accompagné d’un mystagogue qui l’introduit dans la communauté.

L’incorporation du néophyte dans la communauté s’accompagne du processus initiatique à l’issue duquel il démontre son aptitude à rompre avec son existence antérieure pour commencer sa nouvelle vie identifiée à Mithra et à bénéficier du salut que ce dernier accorde à tous ceux qui ont été initiés à ses mystères.

Dans certaines fresques, on voit un néophyte (un myste) avec un personnage se tenant derrière-lui, alors qu’un autre se trouve face à lui. Cet officiant, probablement le Pater puisqu’il est coiffé du bonnet phrygien, dirige son épée vers le candidat, comme on le pratique en franc-maçonnerie.

L’incorporation et la participation aux mystères mithraïques s’effectuent selon une échelle de sept degrés à laquelle on accède progressivement. Chacun de ces degrés initiatiques est sous la protection ou le patronage d’une planète.

Enfin, les diplômes mithriaques sont regroupés autour de deux catégories : les trois premiers jouent le rôle de collaborateurs (υπηρετουτντεζ) dans les cérémonies, tandis que les quatre autres jouent un rôle participatif (μετεχονeζ).

Ces degrés étaient :

  • Corax (le corbeau),
  • Nymphus (la jeune fiancée),
  • Miles (le soldat),
  • Leo (le lion),
  • Persa (le Perse),
  • Heliodromus (le coursier du Soleil)
  • et Pater (le père de la communauté).

La chaîne d’union

Pour finir, la chaine d'union est l’autre élément qui permet de relier culte de Mithra et franc-maçonnerie.

L’épisode mythologique dans lequel Mithra et le Soleil formalisent l’accord par la formule de joindre leurs mains fait partie des principaux rituels des communautés mithriaques. Par cette union des mains, le Pater, qui agit en tant que représentant terrestre de Mithra, renforce le lien de fraternité entre les participants qui sont unis grâce à cette chaine qui est aussi appelée syndexioi, « ceux qui sont unis par la poignée de main ».

Ainsi, les franc-maçons sont en grande partie les héritiers du culte de Mithra, un culte qui accorde une place majeure à la fraternité et à l’initiation, à travers un rite particulièrement élaboré.

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Les Mystères de Mithra et la Franc-Maçonnerie

Publié le 13 Août 2026 par T.D

 

Par Jean-Louis de Biasi

17 novembre 2024

Mon souhait est ici de partager avec vous une tradition mystérieuse qui s’est répandue dans l’Empire romain entre le 1er et le 4e siècle de notre ère. Le mithraïsme, également connu sous le nom de Mystères mithraïques, fut une tradition que l’on peut aujourd’hui qualifier d’initiatique. Certains auteurs parlent d’une religion mithraïque, mais pour les francs-maçons, la nature de cette confrérie est sans aucun doute un groupe proche de ce qu’est la franc-maçonnerie aujourd’hui.

Comme vous le verrez, Il existe un grand nombre de points communs avec cette dernière. Toutefois je voudrais débuter cette présentation par vous inviter à visiter un Mithraeum, le lieu sacré où se réunissaient les initiés. La meilleure façon de le faire est de mentalement vous représenter ce lieu à travers la description que je vais en faire. Peut-être que plus tard, vous aurez l’occasion de visiter un tel endroit au cours d’un spectacle immersif ou même d’entrer dans un vrai Mithraeum. Pour l’instant, détendez-vous en vous concentrant quelques secondes sur votre respiration, puis poursuivez votre lecture.

Un Mithraeum est un bâtiment à moitié ou complètement enterré. Il existe également des cas dans lesquels le Mithraeum fut installé dans une grotte. Imaginez que vous ouvriez une porte discrète pour rejoindre ce lieu de réunion. Vous auriez à descendre plusieurs marches dans un étroit couloir. Assez sombre, celui-ci vous conduirait auprès d’un puit souterrain ou d’une réserve d’eau vous permettant de procéder aux purifications nécessaires. Les sources naturelles étaient donc très importantes pour les mithraïstes. Sans nul doute, cette descente renforce le symbolisme rituel du passage du banal au sacré. Les plafonds bas et la faible lumière des torches contribuaient à un sentiment de confinement et de révérence. Puis vous poursuivriez votre chemin dans le tunnel pour accéder à un petit vestibule. Ici, les participants pouvaient revêtir leurs tenues rituelles ou les masques et insignes spécifiques à leur grade. Nous avons les exemples des masques de corbeau ou de lion. Diverses séquences d’initiation furent représentées sur les murs.

C’est alors que vous pourriez entrer dans la salle principale portant le nom de speleum ou antrum, la grotte ou crypte. Elle mesure généralement entre 20 et 30 mètres de long et 4 à 6 mètres de large. Cet espace allongé et rectangulaire ressemble à une grotte naturelle, le lieu de naissance mythique de Mithra, représentant son association avec la terre. Un ciel étoilé est parfois représenté sur la voûte, associé aux signes du zodiaque et aux symboles planétaires, transformant le sanctuaire en une représentation du cosmos. À Santa Prisca, la décoration du plafond comprend des images astrologiques, soulignant le voyage à travers les royaumes planétaires à mesure que les initiés progressent dans les grades. À d’autres endroits, la voûte du Mithraeum fut bâtie en stuc et décorée d’étoiles peintes à l’intérieur d’un cercle. Chacune comporte huit rayons, alternant entre le rouge et le bleu sur un fond jaune foncé. Le centre des étoiles était décoré de petits morceaux circulaires de verre brillant.

La salle principale comporte deux bancs en pierre surélevés flanquant l’allée centrale, suffisamment larges pour permettre aux membres de s’allonger pendant les rituels, les repas ou les cérémonies. Parfois, ces bancs sont décorés de mosaïques complexes symbolisant les signes astrologiques ou des scènes de la mythologie mithraïque. Les symboles des sept grades (Corax, Nymphus, Miles, Leo, Perses, Heliodromus et Pater) sont représentés par des insignes et couleurs, soit sous la forme de mosaïques ou de peintures le long des bancs.

À l’est, se trouve une stèle ou une peinture directement sur le mur. Cette icône centrale porte le nom de Tauroctonie (Scène de la mise à mort du taureau). Cette dernière, représentant Mithra tuant le taureau, est toujours le point central, placée au bout de la nef. Dans cette image emblématique, Mithra s’agenouille sur le taureau, poignard à la main, tandis que des animaux – généralement un chien, un serpent et un scorpion, l’entourent. Chaque créature représente une force cosmologique ou élémentaire. Au-dessus de Mithra, Sol (le Soleil) et Luna (la Lune) supervisent la scène, soulignant le rôle cosmique de Mithra. Le soleil est toujours situé à droite de Mithra et la lune à sa gauche. Aux côtés de la tauroctonie, des panneaux représentent souvent d’autres scènes mythiques, telles que Mithra sortant du rocher (petra genetrix), sa rencontre avec Sol (le Dieu du Soleil) ou le banquet rituel avec ce dernier. Ces scènes sont fréquemment peintes ou sculptées. Souvent, les douze signes du zodiaque sont visibles autour de la stèle. Lorsque l’icône centrale est une sculpture en pierre, elle peut être inversée pour la deuxième partie de la cérémonie. De l’autre côté, on trouve une scène représentant Mithra et Sol partageant un banquet sacré. Mithra et Sol sont généralement assis l’un en face de l’autre. Mithra porte son bonnet phrygien et sa tenue orientale, tandis que Sol est souvent représenté avec une couronne rayonnante, symbolisant sa nature solaire. Les deux personnages sont dans une posture détendue mais noble, indiquant la paix et l’amitié divine. Une coupe ou une assiette de pain et de fruits, se trouve à côté d’eux, symbole de subsistance et de communion divine. Mithra et Sol lèvent leurs coupes dans un geste d’engagement commun.

Devant cette représentation principale des mystères de Mithra se trouve un autel. Il est gravé de dédicaces à Mithra, mais il peut également présenter les symboles des degrés de l’initiation et des divinités planétaires. Ces inscriptions incluent souvent des références à des dédicaces personnelles faites par des initiés. Sous cet autel, des dépôts de fondation tels que des os, du charbon de bois et des restes d’offrandes sont courants.

Les sols de certains Mithraeum comportent des mosaïques du zodiaque, faisant écho au voyage cosmique central de la croyance mithraïque. Ces mosaïques représentent des alignements planétaires et des symboles du zodiaque, guidant symboliquement les initiés tout au long du voyage cosmique de Mithra. Notons que ces mosaïques sont fréquemment de deux couleurs : noir et blanc.

Des statues sont également présentes dans le Mithraeum. On y trouve deux porteurs de flambeaux, Cautes et Cautopates. Ces statues des assistants de Mithra, Cautes (torche levée) et Cautopates (torche abaissée), incarnent le jour et la nuit, la vie et la mort. Elles sont placées près de l’entrée ou de chaque côté de la stèle principale.

Une autre représentation importante est celle du Léontocéphale. Cette figure mystérieuse représentant le temps éternel (Aiôn), avec une tête de lion et un serpent enroulé autour de son corps, est souvent placée à l’intérieur de niches, servant de protecteur du sanctuaire.

Il est fascinant de comparer cette description avec ce que sont devenus la plupart des temples maçonniques contemporains. Outre les deux colonnes, presque tous les éléments architecturaux et l’agencement d’un Mithraeum ont été progressivement intégrés dans les temples maçonniques. Ce lieu sacré constituant le temple de la loge, quel que soit son style – qu’il soit égyptien, grec, etc. – a intégré ces éléments pour créer une représentation symbolique du cosmos, du macrocosme. Nous sommes dans un lieu obscur, en quête de lumière.

L’hermétisme de la Renaissance a également eu une influence précoce et très importante sur la franc-maçonnerie. Retenons par exemple que les deux concepts de la caverne et du banquet étaient au cœur des préoccupations des adeptes de la Renaissance italienne, héritiers des traditions méditerranéennes préchrétiennes.

Qu’en est-il des initiations ?

Il faut garder à l’esprit que ces groupes étaient secrets. Si les rituels ont été conservés quelque part, nous n’avons trouvé que très peu d’indices. Ces derniers constituent cependant une source précieuse d’informations. Des peintures, des artefacts, des fragments de papyrus ont été découverts. Quelques mentions des rites par des chrétiens nous donnent également quelques indications. Toutefois, nous devons être très prudents avec ces sources venant d’adversaires du mithraïsme.

En premier lieu, l’initié doit être dûment préparé et subir une forme de purification. Il faut garder à l’esprit que le chemin initiatique mithraïque comporte parfois trois degrés, mais le plus souvent sept étapes ou initiations. Les fresques peuvent identifier clairement le degré, mais dans d’autres cas, on observe une scène sans savoir de quel degré il s’agit.

Parmi les objets découverts figurent des couteaux cérémoniels, des masques, des bassins à eau et des lampes. Le poignard ou l’épée rituels, souvent représentés dans les représentations de tauroctonie, pourraient également avoir été utilisés dans des rituels symbolisant le sacrifice ou la consécration à Mithra. Des épées théâtrales ont été trouvées, certainement pour imiter une mort ou une peine rituelle.

Des lampes placées derrière des statues ou des fresques créaient des ombres mouvantes, mettant l’accent sur les symboles cosmiques, aidant les participants à se concentrer sur les mystères.

Au moment de débuter le rituel d’initiation, le candidat était introduit dans l’espace sacré du Mithraeum, à moitié vêtu ou complètement nu. Il avait les yeux bandés et les mains liées dans le dos. Le mystagogus, vêtu d’une robe blanche, escortait le candidat. Une fois à l’intérieur du Mithraeum, on lui demandait de s’agenouiller et de garder la jambe gauche pliée en équerre. Devant lui, un autre officier portant un bonnet phrygien et armé d’une épée l’arrêtait. Une séquence rituelle de questions et réponses débutait alors.

Au cours d’une autre séquence du rituel, le candidat était à genoux, les bras croisés sur la poitrine. Le bandeau lui avait été retiré et l’officier se tenait derrière lui, tandis qu’un autre lui faisait face.

Nous savons qu’à un moment du rituel, le candidat devait prêter un serment de secret. Nous avons retrouvé quelques fragments, et voici une version reconstituée de ce serment :

Le serment mithraïque de séparation

Initié :
(D’un ton calme et respectueux, levant les mains en signe de solennité)

Je jure par la Grande Voix et par Celui qui sépare la terre du ciel, les ténèbres de la lumière, le jour de la nuit.
Je jure par Celui qui sépare le lever du coucher, la vie de la mort, la génération de la corruption, la sécheresse de l’humidité, l’amertume de la douceur, la chair de l’âme.

Je jure par les dieux que je prie de garder ces mystères qui m’ont été confiés, de les garder fidèlement et d’honorer le divin Père Sarapis, protecteur de tous les secrets. Je jure par le héraut du sacrifice, Ka et par toute la confrérie qui témoigne de ce vœu.

Que Cautopates, le gardien au sceau tranchant et incassable, garde mes paroles en mémoire.
Si jamais je devais trahir ces mystères ou révéler ce qui a été caché, puissè-je accepter le sort que les étoiles m’ont réservé.

En présence des dieux et de mes frères, je jure ce serment. Que ma parole soit tenue et que le chemin soit bon pour moi, fidèle jusqu’au bout.

Le rituel se poursuit avec le nouveau candidat, les initiés et les officiers accomplissant des circumambulations autour du Mithraeum et s’arrêtant face aux autels dans chaque direction. Les initiés portent les symboles de leur degré et, dans certains cas, des masques d’animaux. Des torches, des parfums et des sons sont utilisés pour créer un état de conscience spécifique. L’objectif principal est d’amener progressivement le candidat de l’obscurité de la grotte, symbolisant sa condition humaine, à la lumière spirituelle représentée par Hélios, le Dieu du Soleil.

Des paroles sacrées sont transmises au nouvel initié. Des poignées de main et des mots secrets, différents pour chaque degré, sont communiqués.

Il semble qu’enfin, le nouvel initié soit escorté vers l’est, devant la représentation de Mithra, du Soleil et de la Lune. De chaque côté se trouvent les deux statues des porteurs de flambeaux, Cautes et Cautopates, l’une baissée, l’autre levée. Les lumières font apparaître la représentation de Mithra en mouvement. Sur l’autel devant le relief de tauroctonie ou la statue d’Aion mithraïque, le dieu à tête de lion associé aux deux serpents, des offrandes ont été préparées, généralement du pain et du vin.

On demande à l’initié de s’agenouiller et on lui lit l’enseignement principal sur Mithra résumé ici :

Du silence précédant la création, Mithra émergea d’un rocher brut, comme un être entièrement formé, dieu de force et de mystère, tenant un poignard dans une main et une torche ardente dans l’autre. Sa naissance n’était pas celle d’un enfant mais celle d’un être adulte. Alors qu’il se tenait sur la terre, une lumière l’enveloppa, illuminant le vide sombre et inconnu qui l’entourait. Son but était clair : apporter l’ordre, organiser le chaos et guider le monde au cours de sa création.

Armé de sa force et sa détermination divines, Mithra traqua un taureau puissant, une créature d’une vitalité sans limite, dont l’essence contenait les germes de la vie. Après une lutte acharnée, il vainquit le taureau, sachant que son sacrifice ferait naître la vie elle-même. Dans un acte solennel, Mithra enfonça son poignard dans le taureau, libérant son sang, qui s’infiltra dans la terre et donna naissance aux plantes, aux rivières et à tous les êtres vivants. Du sang et du sacrifice, une nouvelle création fleurit et le monde lui-même naquit de nouveau.

Ce double rôle, celui de porteur de lumière et celui de héros sacrificiel, a fait de Mithra un médiateur de la vie et de la mort, de la nuit et du jour, de la terre et des cieux. Ses disciples honoraient ces actes comme fondamentaux, car par sa naissance et son triomphe, Mithra était le créateur de l’équilibre, assurant que la vie émergerait des ténèbres, soutenue par son sacrifice éternel.

Le candidat est ensuite élevé tandis que les autres initiés se rassemblent autour de lui.
La représentation de la tauroctonie est inversée, révélant la représentation de Mithra et Sol participant ensemble à un banquet.

Hiérophante :
(Levant la main en signe de solennité)
Bienvenue, au banquet de nos mystères, où l’histoire de la victoire de Mithra sur le taureau devient un symbole vivant. Tout comme Mithra a fait naître la vie par le sacrifice, ce soir la connaissance et l’unité renaissent par le pouvoir de ce rituel. Es-tu prêt à participer aux mystères les plus profonds ?

A la fin de ces échanges, la cérémonie se poursuit, le hiérophante offrant le pain et le vin au nouvel initié.
Chaque grade est associé à la communication d’instructions composées de questions et de réponses. Nous avons retrouvé des fragments de cet échange au degré de Lion. Je n’en partagerai que quelques exemples reconstitués, et je suis certain que la relation avec la franc-maçonnerie vous sera évidente.

Maître :
(Parlant solennellement)
Où commence le voyage de la nuit ?

Initié :
La nuit commence là où toutes choses sont cachées, et la lumière n’a pas encore révélé son chemin.

Maître :
Qu’y a-t-il donc dans la nuit ?

Initié :
Toutes choses se trouvent dans la nuit, attendant d’émerger.

Maître :
(Il fait une pause, observant attentivement l’initié)
Pourquoi portez-vous ce nom ? Quelle force vous appelle ?

Initié :
Je suis appelé par le feu de la chaleur de l’été, car à travers ses épreuves je suis forgé et révélé.

[…]

Maître :
Dis-moi donc, quel tissu te couvre ? Quel manteau portes-tu ?

Initié :
C’est le lin blanc, tissé avec force, bordé par la couleur du sang et du feu.

Maître :
Pourquoi la bordure est-elle rouge, alors que le lin lui-même reste humble ?

Initié :
La bordure rouge marque les épreuves de l’âme ; le lin lui-même symbolise l’humilité, pure mais cachée dans la force.

Maître :
(S’inclinant, plus doucement)

As-tu enveloppé ce tissu qui t’appartient ?

Initié :

Oui, enveloppé comme le manteau du sauveur, car grâce à lui, je trouve le chemin de la renaissance.

Maître :
Qui est donc ton père ?

Initié :
Celui qui engendre toutes choses, le père de la lumière et de la création. L’initiation semble s’achever par le banquet rituel, à la fin duquel tous les frères se tiennent la main créant une chaîne fraternelle.

Conclusion

Les parallèles avec la franc-maçonnerie moderne sont fascinants. Évidemment, tous les rituels ne sont pas les mêmes et certains éléments que j’ai mentionnés ne se retrouvent pas systématiquement. Cependant, la plupart sont communs à divers rituels maçonniques et peuvent être observées dans la tradition mithraïque.

Franz Cumont a eu un impact significatif sur la perception du mithraïsme et, par conséquent, sur la manière dont son imagerie et son symbolisme ont été intégrés aux traditions ésotériques occidentales, y compris la franc-maçonnerie. Ses recherches sur le mithraïsme à la fin du 19e et au début du 20e siècle ont permis d’introduire les mystères mithraïques dans le discours public et universitaire plus large, même si des recherches ultérieures ont révisé nombre de ses théories.

Au cours de la même période, les francs-maçons et plusieurs auteurs ésotériques se sont intéressés aux travaux de Cumont sur le mithraïsme et ont parfois réinterprété les symboles maçonniques selon le symbolisme mithraïque. Les auteurs maçonniques du début du 20e siècle ont continuer à inclure les concepts mithraïques dans leurs rituels, affirmant souvent que les rites maçonniques étaient les héritiers des anciennes religions à mystères. Cela est particulièrement clair dans certaines versions du rituel du Chevalier du Soleil, 28e degré du Rite Écossais.

Ces adaptations démontrent l’influence de Cumont dans l’association des idées mithraïques à l’univers maçonnique. Il est cependant évident que la tradition maçonnique utilisait déjà plusieurs éléments qui ne furent découverts que plus tard. Les instructions, le bandeau, les poignées de main, les serments, les signes, etc., faisaient partie de la franc-maçonnerie avant que les découvertes archéologiques ne démontrent leur existence dans le mithraïsme. Il serait trop long d’expliquer et de démontrer les lignées historiques entre la franc-maçonnerie, les mystères initiatiques préchrétiens et l’Égypte antique. Cependant, beaucoup de choses se sont produites pendant la Renaissance en Italie avec la réactivation de l’hermétisme.

Sans aucun doute, la Franc-maçonnerie est l’héritière de plusieurs traditions anciennes et une identification claire des sources, des objectifs et du processus initiatique à l’œuvre pourrait contribuer à rendre les rituels modernes plus efficaces.

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Les mystères de Mithra

Publié le 13 Août 2026 par T.D

Nous avons étudié les nombreuses analogies que présentent les mystères d’Éleusis avec les rites et les croyances de l’Égypte pharaonique, notamment en ce qui concerne l’initiation hiérophantique ou royale. Nous examinerons maintenant un autre exemple de l’influence des civilisations orientales sur l’antiquité gréco-romaine, celui des mystères de Mithra.

Le mithraïsme, qui pénétra dans Rome vers le milieu du Ier siècle avant J.-C., a été le principal adversaire du christianisme jusque vers le milieu du IIIe siècle, époque de l’apogée du culte du taureau sacré. Il était alors répandu dans tous les pays de l’empire romain. De l’Espagne à l’Angleterre, du Rhin au Danube, les fouilles ont montré que cette religion mystique et sensuelle avait fait de nombreux adeptes chez les esclaves déportés dans les possessions romaines et qui, au service de riches patriciens, ou, parfois, occupant des postes administratifs importants, entretenaient la popularité du mithraïsme. Vers la fin du IIe siècle, ce culte fut reconnu légalement comme religion officielle. En 307 après J.-C., Dioclétien, Galerius et Licinus consacrèrent conjointement un temple à Mithra, sur le Danube, en le déclarant « protecteur de l’empire ».

Si l’on considère, à la lumière des rites et des symboles initiatiques, les origines des mystères et des sociétés secrètes antiques, on constate que la Grèce fut l’héritière de l’Égypte et Rome, celle de la Mésopotamie. Certes, des influences archaïques locales existaient dans l’Hellade comme en Italie, et l’histoire des religions représente un ensemble d’éléments trop complexes pour que l’on se méfie, à bon droit, des idées générales en ce domaine. Pourtant, ce simple schéma présente l’avantage de toutes les hypothèses de travail. Il permet au moins de distinguer les deux principaux courants de croyances et de traditions qui, entre le deuxième millénaire avant J.-C. et les premiers siècles de l’ère chrétienne, apportèrent aux civilisations grecque et romaine des cosmogonies déjà élaborées et des enseignements ésotériques éprouvés par de longs siècles d’expériences antérieures. En Italie, le mythe mithraïque correspondait fort bien aux besoins profonds d’un peuple de pionniers et de guerriers, car il les purifiait par la notion d’une libération des puissances de la vie grâce à la mort, de même qu’il exaltait en eux le thème de la virilité rendue féconde par le sacrifice sanglant.

L’île de Crète : colonie sumérienne ?

Ce mélange de concepts théologiques iraniens et sémitiques qu’était le mithraïsme provenait des antiques civilisations mésopotamiennes. Par l’intermédiaire de l’Anatolie, le culte du taureau fut introduit en Crète vers le deuxième millénaire. Un rituel archaïque comportait l’usage des « kernoi », ou cornes sacrées, dont on a trouvé un grand modèle fixé au sol du palais de Malia. Ces représentations figurent à la fois sur le disque de Phaestos et parmi les hiéroglyphes hittites. On constate également l’origine anatolienne du symbole de la « double hache » et le rôle important que jouèrent dans ces mystères les Dactyles crétois, les Courètes dont nous avons signalé, dans les chapitres précédents, la fonction initiatique fondamentale.

Les routes du commerce terrestre et maritime faisaient de la grande île crétoise un lieu privilégié de relais, de contacts et de rassemblement entre les peuples orientaux et occidentaux. De nombreux échanges eurent lieu dès le deuxième millénaire entre l’Égéide, la Phénicie, la Syrie et la Mésopotamie. Ougarit, sur la côte syro-phénicienne, a été le principal centre des rapports économiques de la civilisation égéenne avec l’Orient. Les fouilles des nécropoles ont prouvé l’origine anatolienne de certains types de la céramique crétoise, notamment de vases à forme humaine, du type de Mochlos, par exemple. Vers 1600 avant J.-C., cette civilisation avait atteint son apogée ; une écriture linéaire commençait à être utilisée ; elle est restée, jusqu’à présent, indéchiffrable. Le palais royal de Cnossos a révélé pourtant l’admirable architecture archaïque de la Crète ; il a montré aux archéologues des mosaïques, des fresques, des vases et des coupes qui comptent au nombre des chefs-d’œuvre de l’art antique. On a retrouvé même des serrures métalliques avec leurs clefs et des installations sanitaires avec l’eau courante, chaude ou froide, dans les demeures des riches citoyens de l’île. Les jattes peintes crétoises, les « pithoi », atteignent parfois la taille d’un homme. Elles servaient à la conservation et au transport de l’huile.

La perfection de l’art crétois, attestée par les coupes d’or de Vaphio, par exemple, évoque singulièrement celle de l’art sumérien et à un point tel que l’on peut se demander si cette grande île n’a pas été d’abord une « colonie » sumérienne. Le somptueux palais de Cnossos constituait un ensemble d’une extraordinaire complexité, qui avait été conçu de manière à figurer les mouvements diurnes et saisonniers du soleil. Il semble que cette disposition énigmatique avait pour but de servir de cadre à des rites chorégraphiques qui se terminaient par un coït sacré destiné à vivifier la terre et pratiqué entre le roi, habillé en taureau, et la reine, déguisée en vache, Minos devenant le « taureau ardent » et sa femme, la « Vache fertile »

Chaque printemps, Minos, suivi de son peuple, organisait une course de taureaux dont toutes les phases, depuis la chasse et la capture des animaux sauvages jusqu’à leur sacrifice final dans l’arène, sont reproduites sur les deux coupes d’or découvertes dans une tombe, près de Sparte, à Vaphio. Les rites de l’arène se composaient de deux parties, l’étreinte des cornes et la mise à mort. On remarquera que les Crétois, comme les Sumériens, croyaient que la vigueur et la fécondité du taureau étaient concentrées dans ses cornes. Les représentations les plus anciennes d’Europe, mère de Minos, la montrent assise sur le dos de l’animal et empoignant l’une de ses cornes 

Le taureau était sacrifié solennellement soit en lui tordant le cou, soit par saignée lente, soit d’un coup de poignard. Enfin, sa chair crue était partagée entre les assistants, comme l’atteste un fragment d’Euripide : « Leur participation aux festins de chair crue les fit accéder à la terre sacrée. »

On retrouve, dans le mithraïsme, l’essentiel des croyances et des rites des mystères crétois. Les Étrusques se livraient, d’ailleurs, à des sacrifices taurins précédés d’une chasse rituelle, comme l’atteste une cruche trouvée à Chiusi et datant du VIe siècle. D’autre part, on sait que le nom même de l’Italie provient d’un autre peuple qui se désignait lui-même par le nom de « bétail » et qui nommait son pays « Italia », c’est-à-dire « le pays du bétail ». « Italia ! » était le cri de guerre de ces guerriers, coiffés d’un casque cornu, adorateurs du dieu-taureau Mars, seigneur des batailles.

Mithra, dieu aryen de la lumière, « Seigneur des vastes pâturages », fusionna précocement avec le culte taurin. On lui attribuait la dispensation des biens, de la santé, de la paix. Il était engagé dans un perpétuel combat contre les forces du mal et des ténèbres.

Après une poursuite acharnée, ce sacrificateur divin, ayant saisi le taureau, le transperça de son épée. Alors, du corps de la bête, jaillirent les plantes et les herbes utiles à l’homme ; de sa colonne vertébrale, le froment ; de son sang, le pampre et le vin.

Afin de commémorer cet exploit mythique, le sacrifice solennel du taureau, le « taurobole », avait lieu à Rome, à proximité immédiate du lieu où s’élève actuellement la cathédrale Saint-Pierre.

En cet espace sacré avait été creusé un fossé entièrement recouvert par une claie sous laquelle descendaient, le jour du baptême mithriaque, les « catéchumènes », le front ceint d’une couronne d’or, le corps orné de bandelettes du même métal  Les nouveaux baptisés étaient désormais des élus auxquels le sacrement avait conféré la puissance, la bonté, l’immortalité. Le jour du jugement dernier, le taureau sacré devait revenir sur la terre, et Mithra ressusciterait tous les hommes. Ces faits suffisent à montrer les nombreux points de ressemblance que présentent entre eux le mithraïsme et le christianisme. Les cultes taurins subsistèrent pendant longtemps. Au VIIe siècle, en Angleterre, l’archevêque de Canterbury décréta solennellement que : « Quiconque se déguisait en cerf ou en taureau aux calendes de janvier, c’est-à-dire se travestissait en animal sauvage et se coiffait de la tête d’animaux, quiconque, donc, prenait de cette façon l’apparence d’un animal sauvage subirait une pénitence de trois ans, car cette pratique était démoniaque. » On a soutenu que les sorcières et les sorciers, adorateurs du « dieu cornu » du Sabbat, auraient été des sectaires du dieu Mithra. Certes, en Écosse et en France, de nombreuses femmes, jugées pour sorcellerie, confessèrent avoir eu des rapports avec le démon, qui leur apparaissait sous la forme d’un taureau. On peut se demander toutefois s’il s’agissait vraiment d’un culte taurin véritable à une époque aussi tardive. Nous croyons plutôt qu’il faut voir dans ces faits complexes des traces de survivances de pratiques païennes qui ne se rattachaient pas nécessairement au mithraïsme plutôt qu’à d’autres religions non chrétiennes. Dans un ouvrage du XVIIe siècle, « La Vie de Michel Nobletz », l’auteur signale avoir rencontré dans l’île de Sein trois druidesses ; il réussit à les convertir à la foi chrétienne ; elles finirent leurs jours dans un couvent.

Les rites secrets et hiérarchisés du culte antique de Mithra

Le mithraïsme n’était pas seulement une religion publique dont nous venons d’étudier l’origine, les cultes et les principaux thèmes mythiques. Il était aussi une société secrète initiatique dont l’enseignement ésotérique était dispensé selon divers degrés qui correspondaient à une hiérarchie occulte . Les sectateurs de Mithra se réunissaient dans des souterrains. Parfois, leur sanctuaire était une grotte naturelle ou artificielle ; plus souvent, dans les villes, c’était une cave précédée d’un parvis ou « pronaos », qui s’ouvrait directement sur la voie publique. Le sanctuaire proprement dit était une salle rectangulaire qui, au témoignage de Porphyre, symbolisait l’univers. Elle était divisée en trois parties dans le sens de la longueur.

À droite et à gauche, le long du mur, s’étendaient les podia, banquettes exhaussées sur lesquelles s’agenouillaient les fidèles. La partie centrale était réservée aux cérémonies. Dans le fond, qui se terminait en abside, on plaçait invariablement l’image, parfois voilée, de Mithra, entre la représentation du Soleil et de la Lune. Les images des deux dadophores portant, l’un une torche élevée, l’autre une torche abaissée ; une fontaine ou une vasque d’eau lustrale, disposée près de l’entrée ; des symboles astronomiques (signes du zodiaque, autels dédiés aux planètes) ; un pyrée où brûlait un feu perpétuel ; les statues du dieu Léontocéphale et de Mithra sortant du rocher, tel était l’ameublement ordinaire de ces cavernes (spelaea).

Les initiations comportaient sept degrés  donnant accès à autant de grades, où les mystes prenaient successivement le titre de « Corbeaux », « Occultes », « Soldats », « Lions », « Perses », « Héliodromes » et « Pères ». Le tableau sacré était souvent entouré de bas-reliefs représentant des scènes plus ou moins dramatiques, dont le sens nous échappe. Les uns y ont vu des rites d’initiation ; d’autres, une reproduction de détails empruntés à la légende de Mithra. Ainsi, un panneau assez fréquent figure un personnage qui, vêtu comme Mithra, est accueilli par Hélios sur le char solaire. Est-ce Mithra lui-même ou un initié dont on représente l’ascension ? Peut-être y a-t-il moyen de concilier les deux opinions, en supposant que certaines de ces scènes figurent des initiations où, comme c’était souvent le cas dans les mystères antiques, l’on faisait jouer au néophyte le rôle légendaire du dieu.

Tout ce qu’on a cru pouvoir établir avec quelque certitude en se servant des textes autant que des monuments, c’est que le candidat devait s’engager par serment à ne pas divulguer les secrets du grade qui allait lui être conféré ; en outre il formait d’autres vœux plus spéciaux ; puis on l’introduisait, les yeux couverts d’un bandeau, les mains attachées avec des cordes en boyau qu’un officiant coupait au cours de la cérémonie. On le soumettait à diverses épreuves, comme de le faire sauter au-dessus d’une fosse pleine d’eau, ou de le faire passer à travers une flamme ; ensuite, on procédait à des ablutions qui avaient un caractère symbolique enfin, un voile se levait dans le fond du sanctuaire, et le néophyte était admis à contempler la représentation sacrée du dieu. Des jeux de lumière, inattendus, habilement ménagés, ajoutaient à la mise en scène.

Les textes ne nous renseignent guère sur les détails des initiations aux grades respectifs. Nous savons seulement, d’après Tertullien, qu’à la réception du « miles », on lui offrait une couronne sur une épée ; il prenait l’épée, mais repoussait la couronne en disant : « Mithra est ma couronne. » Il y avait aussi un banquet, sorte de communion à laquelle ne participaient peut-être que les initiés ayant reçu les « léontiques ». Le célébrant y consacrait des pains mélangés de vin. Un bas-relief de Sarrebourg montre deux personnages couchés sur des coussins devant un trépied qui porte de petits pains ronds, marqués chacun d’une croix ; tout autour, des initiés de différents grades sont munis de cornes à boire.

Il y avait aussi, comme nous venons de le voir, des épreuves physiques assez sérieuses où le néophyte jouait le rôle de patient Peut-être feignait-on de le mettre à mort par un glaive qu’on levait sur sa tête. Dans d’autres circonstances, il devait prendre part à un meurtre simulé ; d’après un auteur syriaque, Zacharie le Scolastique, le prêtre se bornait à produire « une épée teinte du sang d’un homme qui était censé avoir péri de mort violente ».

Un initié trop zélé

Il n’est pas étonnant que dans ces conditions les chrétiens aient accusé les sectateurs de Mithra de pratiquer des sacrifices humains. Rien n’implique des attentats à la vie humaine, du moins pour l’époque dont nous nous occupons. L’empereur Commode, qui avait voulu se faire initier, causa un scandale pour avoir, paraît-il, pris au sérieux le meurtre simulé et causé ainsi la mort de la victime. Un autre argument, c’est que, là où les bas-reliefs exhibent un sacrifice de taureau ou de bélier, le glaive disparaît dans le corps de l’animal ; là, au contraire, où il s’agit d’un homme, l’arme est simplement brandie, et rien n’indique qu’elle dût s’abaisser. À chaque degré on expliquait sans doute au néophyte le sens des symboles qui l’entouraient ; peut-être cette interprétation allait-elle en s’approfondissant et, pour mieux dire, se spiritualisant à chaque initiation nouvelle 

Dans chaque communauté, on trouvait un ou plusieurs desservants (« sacerdos », « antistes »), généralement, mais pas toujours recrutés parmi les « pères ». Ceux-ci se divisaient eux-mêmes en « pères du culte » (« Patres sacro-rum ») et « pères des pères » (« Patres patrum »). Le rôle du clergé était plus considérable que dans les anciens cultes grecs et romains. Intermédiaire obligé entre le fidèle et la divinité, il dirigeait la célébration des offices et l’administration des sacrements, présidait aux dédicaces solennelles, veillait à l’entretien du feu perpétuel, formulait des prières, le matin, à midi et le soir, en se tournant respectivement vers l’Orient, le Midi et le Couchant. La liturgie quotidienne, comprenant de longues psalmodies et des chants accompagnés de musique, se compliquait fréquemment de sacrifices spéciaux. À un moment donné, marqué par la sonnerie de clochettes, on dévoilait l’image du Tauroctone. Chaque jour de la semaine était consacré à l’une des planètes ; on célébrait un office devant son image dans un endroit déterminé de la crypte. Il y avait aussi des fêtes solennelles à certains jours de l’année. Une des plus importantes était fixée au 25 décembre, où l’on célébrait la renaissance du Soleil (Die natalis Solis invicti). Les équinoxes étaient des jours fériés ; les initiations s’opéraient de préférence au printemps, vers l’époque pascale, où les chrétiens admettaient également les catéchumènes au baptême. Les communautés mithriaques ne furent jamais au service de l’État : leur représentation juridique était cependant assurée par le collège de décurions qu’elles élisaient chaque année ; elles avaient leurs présidents ou « magistri », leurs défenseurs, leurs patrons, qui veillaient à leurs intérêts civils. Les sanctuaires du mithraïsme ne furent, d’ailleurs, jamais très spacieux ; ils ne pouvaient guère contenir qu’une centaine de fidèles. Quand la communauté devenait trop nombreuse, elle se dédoublait et envoyait une colonie fonder un autre « mithreum ».

La lente séparation de la religion et de l’initiation

On peut se demander si ce principe de dédoublement du « mithreum » et ces missions ne correspondent pas à des coutumes très anciennes qui expliqueraient peut-être, en dehors du cas particulier du mithraïsme, à la fois la grande ressemblance que présentent entre eux la plupart des mystères du monde antique et l’analogie évidente de l’organisation et des rites des sociétés secrètes traditionnelles dans les pays les plus divers.

Avec la naissance et les progrès du christianisme, nous allons constater que la distinction entre l’enseignement exotérique et l’ésotérisme, entre la religion et l’initiation, va devenir de plus en plus nette, jusqu’à se transformer en une division totale, dans les temps modernes. Parallèlement, des conflits philosophiques et sociaux se sont aggravés de siècle en siècle, dans la mesure où la civilisation contemporaine, éloignée de la foi ancestrale, n’en a pas été rapprochée pour autant du savoir initiatique, à l’exception d’une élite trop peu nombreuse et disposant de moyens d’action insuffisants par rapport à l’ampleur toujours croissante des tâches à accomplir et des problèmes à résoudre. La lente dégradation de l’unité spirituelle de la civilisation occidentale demeure l’un des faits fondamentaux de l’histoire universelle. Nous allons tenter maintenant d’en rappeler les phases principales et d’en rechercher les causes.


 Pindare, Sophocle, Proclus, Platon, Cicéron, Pline et bien d’autres auteurs grecs et romains illustres ont exprimé dans leurs œuvres l’admiration et le respect qu’ils éprouvaient pour les mystères d’Éleusis. Aristide le Rhéteur écrit : « Éleusis est le sanctuaire commun à toute la terre ; parmi les choses divines accordées aux hommes, il n’en est point de plus terrible ni de plus brillante. En quel lieu des mythes plus admirables ont-ils été chantés ? des drames plus importants ont-ils saisi l’esprit ? Où a-t-on vu les spectacles rivaliser plus heureusement avec les paroles entendues, scènes admirables contemplées au milieu d’apparitions indicibles par des générations innombrables d’hommes bienheureux… » (Éleusinos, Tome I, page 256, éd. Dindorf). Cicéron loue les « mystères augustes » d’Éleusis, « la sainte où viennent s’initier les nations des rivages les plus éloignés » et les Athéniens « de chez lesquels, suivant l’opinion commune, sont sortis, pour être distribués sur toute la terre, la civilisation, la science, la religion, la culture, le droit, la législation ». (De Legibus, II, 14. De natura deorum, I, 119).
 Platon rappelle dans « La Politique » que le roi, à Athènes, a le privilège des choses sacrées les plus vénérables et les mieux aimées des ancêtres. Aristote ajoute : « Le roi s’occupe d’abord des mystères ? avec les épimélètes que le peuple élit au nombre de deux pour l’ensemble des Athéniens… » (Politeia des Athéniens). Démosthène, en l’adressant aux citoyens de la cité, leur rappelle que « le roi faisait tous les sacrifices, et son épouse, comme reine, accomplissait naturellement les cérémonies les plus vénérables et les plus mystérieuses » (Contre Néère).
. Cette idée semble universelle si l’on en juge par les faits cités par Frazer, qui énumère les peuples ayant eu la même croyance et où l’on trouve aussi bien les Polynésiens que les Siamois et les Indiens. Plotin explique ainsi le mythe de Cronos, fondateur de la monarchie divine : « L’intellect (le « Nous »), dit-il, est plein des choses qu’il a engendrées ; il les dévore, en ce sens qu’il les retient en lui-même, qu’il ne les laisse pas tomber dans la matière ni être dévorées par Rhéa. Cronos, le plus sage des dieux, naquit avant Zeus et dévorait ses enfants. Cronos représente l’intelligence pleine de ses conceptions et parfaitement pure. »
 Ce texte fait allusion à une traversée mystique. Celle-ci était accomplie après divers autres rites que décrit ainsi V. Magnien : « Le futur roi se prépare à l’avance par certains exercices comme la garde des animaux et la chasse. Il a une retraite où il peut reconnaître les maux de l’humanité.
Il doit accomplir la traversée d’un fleuve ou d’un bras de mer — symbolique — d’abord à la nage ; puis sur une barque, prenant ainsi un corps nouveau et des énergies nouvelles, devenant pilote de navire symbolique. Il aborde au rivage des îles Bienheureuses.
Avant la réception, il est lavé et purifié. Il doit parvenir au sommet ; les dieux, puis Zeus seul, l’accompagnent ; il doit finalement se confondre avec Zeus.
Il entre dans le sanctuaire, où il contemple le dieu face à face et s’identifie avec lui ; il est illuminé et devient illuminateur. Il revient pour illuminer la foule. »

Ce passage — intitulé dans Plutarque « La vengeance tardive de la divinité » (voir le livre de Magnien, page 339) — voile, sous la fable, des allusions à l’initiation royale.
La partie de l’âme qui comprend les sentiments et les passions.
 Comparer ce passage avec les descriptions du « Livre des morts tibétain, le Bardo Tödol ». De nombreuses analogies peuvent y être constatées.
Les résultats de cette enquête ont été donnés par Mlle A.M. Quétin dans sa thèse de faculté de médecine : « La psilocybine en psychiatrie clinique et expérimentale » (10 juin 1960). Citons encore l’ouvrage du professeur Heim, du Muséum d’histoire naturelle, et du docteur Watson : « Les Champignons hallucinogènes du Mexique ». Dans une étude intitulée « Je suis allé au Paradis », et publiée dans la revue Planète (N° 7, page 55), le poète Robert Graves rapporte les images qui ont envahi son cerveau à la suite de l’absorption de psilocybine.
Citations extraites d’un article du professeur Roger Heim : « Les Champignons sacrés des prêtres mayas au service de la médecine » (Revue du Muséum).
 Cet usage a été gardé durant les siècles par les pirates malais dont, par ailleurs, la langue et la stratégie particulières présentent de curieux rapports avec les traditions sumériennes de la navigation.
 « Ayant regardé le « Logos » divin, dit Orphée à son fils, assieds-toi près de lui, dirigeant l’esquif intelligent de ton cœur, gravis bien le sentier et considère seul à seul le roi du monde. Il est unique, né de lui-même, et tout vient d’un seul être… » (Orphica, éditions Hermann).
Il y aurait, certes, maints commentaires à faire au sujet de ce fragment d’inscription, mais nous nous bornerons à signaler au lecteur un livre de Guénon : « Le Roi du Monde » (Chacornac – Paris 1960), et l’analogie que présentent les attributs orphiques du « roi du monde » avec ceux que la tradition biblique prête à « Melkitsédek » ou « Melchisédech » selon l’ordre duquel saint Paul enseigne que Jésus a été fait pour toujours souverain sacrificateur (Hébr., VI, 20) : « En effet, ajoute saint Paul, dans l’Épître aux Hébreux 7 : 1, 3, ce Melchisédech, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-Haut, qui alla au-devant d’Abraham lorsqu’il revenait de la défaite des rois, qui le bénit, et à qui Abraham donna la dîme de tout, qui est d’abord roi de justice, d’après la signification de son nom, ensuite roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix, qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n’a ni commencement de jours ni fin de vie, mais qui est rendu semblable au fils de Dieu, ce Melchisédech demeure sacrificateur à perpétuité. »

 Les découvertes des « tombes royales » d’Ur indiqueraient une source sumérienne de ces rites plutôt qu’une origine égyptienne, comme semble le croire J.R. Conrad dans « Le culte du taureau » (Payot 1961, p. 134).
Les rites comportaient un exercice extraordinaire : des athlètes des deux sexes descendaient dans l’arène puis sans armes et immobiles, ils attendaient l’attaque du taureau. Juste avant d’être projeté en l’air par un coup de tête, le champion agrippait les cornes, exécutait un saut périlleux et retombait debout soit sur le dos de la bête, soit à terre.
« Le taureau était mis à mort par le prêtre et son sang retombait sur les prosélytes. Abondamment baignés dans le liquide purificateur, ces derniers sortaient alors de la fosse pour recevoir et absorber un peu de semence de l’animal, prélevée par le prêtre dans les testicules de la bête », écrit J.R. Conrad dans son ouvrage sur « Le Culte du taureau » (p. 170). Plus loin, le même auteur écrit à propos du thème de la résurrection dans le culte de Mithra : « Ceux qui avaient eu la véritable foi devaient acquérir la vie éternelle grâce au vin préparé avec le sang du taureau sacré ; quant aux autres, ils étaient condamnés à rester dans l’obscurité éternelle. » Il dit encore (p. 175) : « On a, par exemple, de bonnes raisons de supposer que le prêtre suprême de Mithra résidait sur la colline vaticane. Après la mort de Julien l’Apostat, qui avait reçu le baptême mithraïque, le siège de la papauté païenne semble avoir cédé la place au chef de l’Église chrétienne. »
Si l’on peut faire quelques réserves à propos de ce dernier jugement de J.R. Conrad, il n’en est pas moins important de remarquer que la grande fête de Mithra était célébrée le 25 décembre. Le pape Libère, en 354, transféra du 6 janvier au 25 décembre la fête célébrée en l’honneur de la Nativité.

Nous avons résumé sur ce point les recherches classiques de F. Cumont, selon l’analyse de Goblet d’Alviella : « Croyances, rites et institutions » — Geuthner, Paris, 1911.
 D’après certains auteurs, ces degrés étaient au nombre de douze ; mais il est possible que certains grades aient On a souvent cité le passage de Nonnus, le grammairien, ou cet écrivain de la fin du VIe siècle décrit les épreuves des néophytes dans le mithraïsme. Ceux-ci devaient traverser le feu et l’eau, endurer le froid, la faim, la soif, la fatigue de la marche, etc. M. Cumont traite ce récit d’hallucination et n’est pas éloigné de croire que l’imagination de Nonnus aurait inventé ces supplices. Cependant, nous savons que plusieurs de ces épreuves figuraient réellement dans l’initiation, du moins sous forme de simulacres. Pourquoi n’en eût-il pas été de même des autres détails que rapporte l’écrivain byzantin ? Il est certain qu’il avait dû puiser aux sources, puisque c’est lui qui nous révèle les termes d’« hypobase » et d’« anabase », employés dans les mystères pour indiquer la descente et l’ascension des âmes.
[18] Plusieurs passages d’écrivains antiques confirment cette hypothèse. Firmicus Maternus, dans son traité « de Erroribus profanarum religionum », nous dit que les « mages feignent d’adorer un homme tuant un bœuf, mais ils rapportent ce culte à la puissance de la lumière ». Plus explicite encore est Pallas : « L’opinion commune, dit-il, est que ces noms d’animaux et de monstres se rapportent au zodiaque ; en réalité, les sectateurs de Mithra veulent faire entendre ainsi certains secrets sur l’âme qu’ils représentent comme apte à revêtir plusieurs corps. »

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Le culte de Mithra

Publié le 13 Août 2026 par T.D

Introduction

La plupart des chrétiens célèbrent Noël le 25 décembre, date de naissance de Jésus-Christ. D'autres croyants fêtent Noël le 6 janvier car ils pensent que c'est la date correcte. En l'an 354, quelques églises occidentales, y compris celle de Rome, ont commencé à fêter la naissance du Christ le 25 décembre. Mais pourquoi avoir choisi cette date pour les célébrations ? La réponse à cette première question semble se trouver dans le culte de Mithra.

En effet, c’est le 25 décembre, qui coïncide à peu près avec le solstice d’hiver, que l’on commémorait la naissance de Mithra. Les 16 de chaque mois étaient également des dates sacrées. Les adeptes de Mithra louaient également le dimanche, jour du Soleil.

D’où les questions suivantes : qui était Mithra ? Qu’est-ce que le mithraïsme ? Quelles sont ses rapports avec le christianisme ? Comment se présentait le culte de Mithra et quelle est son origine, son histoire ? Quels sont ses principes ? Que sait-on des rites pratiqués et des différents niveaux d’initiation ?

Qui était Mithra ?

Mithra, ange de la lumière, était un serviteur du dieu suprême Ahura Mazda (Ormuzd) et l'intercesseur des hommes auprès de lui.

Cette religion était très austère : les initiés étaient soumis à des épreuves, puis baptisés par aspersion avec le sang d'un taureau sacrifié (taurobole) pour devenir frères d'armes. Les prêtres enseignaient que, par la pratique de certains rites de purification, d'abstinence et de communion, il était possible de participer à la nature des astres lumineux et immortels.

Le dieu Mithra est généralement représenté sous les traits d'un jeune homme coiffé d'un bonnet phrygien et vêtu d'un manteau flottant, d'une tunique courte et d'un pantalon oriental. Il poignarde un taureau qu'il a terrassé

Puisque le 25 décembre était son anniversaire, on continua à le célébrer à cette date qui coïncidait avec le solstice d’hiver. Au 4ème siècle, pour enrayer ce culte païen, l'Eglise chrétienne prit une mesure très astucieuse pour célébrer la naissance du Christ et perpétuer les traditions existantes : elle avança la fête de la naissance du Christ du 6 janvier au 25 décembre !

Remarquons que le choix du 25 décembre par les Romains pour le solstice d'hiver est dû à une erreur commise lors de la réforme du calendrier romain.

Les deux anniversaires représentaient donc des choses différentes selon les traditions. Les adorateurs de Mithra prirent le nom de « Soldats de Mithra ».

Qu’est-ce que le mithraïsme ?

Le mithraïsme ou culte de Mithra est un culte à mystères qui est apparu probablement pendant le 2ème siècle avant Jésus-Christ dans la partie orientale de la Méditerranée. Il se répandit d'abord en Asie Mineure, en Égypte puis il s'est diffusé pendant les siècles suivants dans tout l'Empire romain. Il y fut apporté par les légions romaines puis il passa en Gaule, en Germanie et en Espagne. Il a atteint son apogée durant les 3ème et 4ème siècles, époque pendant laquelle il devint un concurrent important du christianisme.

Le culte de Mithra eut une implantation particulière auprès des soldats romains. Adapté au goût romain, la forme la plus populaire du mithraïsme était le « Sol Invictus », le soleil irrépressible, dont la renaissance est célébrée à l'apogée du saturne le 25 décembre. Le mithraïsme était principalement une religion de soldat, privilégiant les vertus de fidélité, virilité, et courage. Elle fut adoptée par Rome à partir du panthéon gréco-romain et devint la religion officielle de l'empire Romain en l'an 300. À ce moment-là, dans chaque ville et village, dans chaque garnison et avant-poste militaire de la Syrie à la frontière écossaise, on pouvait trouver un mithraeum et des prêtres officiants la religion.

En fait, le mithraïsme, principale religion romaine et perse a été remplacée par le christianisme sous le règne de l’empereur Constantin en 312 après Jésus-Christ. Après la conversion de Constantin au christianisme, le mithraïsme déclina et perdit son statut de religion d'état. Trente ans plus tard, Theodosius rendit le culte de Mithra punissable de la peine de mort. Comme toutes les religions païennes, il fut déclaré illégal en 391.

Célébré dans des cryptes où les fidèles se réunissaient pour des banquets sacrés, le culte de Mithra s'accompagnait d'images, peintes ou sculptées, qui évoquaient le geste de Mithra, serviteur du Bien. Ainsi rappelait-on le sacrifice du taureau céleste dont le sang était source de vie, sacrifice que renouvelaient périodiquement les disciples du dieu.

Le culte de Mithra

Le mithraïsme était alors une religion concurrente du christianisme. Son culte était surtout très populaire dans les armées, ce qui engagea une rivalité farouche entre les croyants des deux religions, à tel point que l'Église dut faire de nombreuses concessions au culte païen de Mithra. Nous savons aujourd'hui, par exemple, que c'est parce que l’anniversaire de Mithra se célébrait aux alentours de l'actuel solstice d'hiver que l'on fête Noël le 25 décembre.

Dans la Rome païenne avaient lieu les « Saturnales », du 17 décembre aux « Calendes » de janvier (premier jour de l'An romain). L'une des fêtes, « Natalis Invicti » (Nativité du Soleil Invincible) ou « Sol Invictus » (Dieu Invaincu), célébrait justement Mithra, dieu de la lumière, symbolisant la pureté, la chasteté et combattant contre les forces obscures. Le 25 décembre, on fêtait la naissance de Mithra, le soleil invaincu (Dies natalis solis invicti) par le sacrifice d'un jeune taureau.

Religion initiatique à mystères, le mithraïsme rend un culte au taureau. Ce type de culte a cependant des origines très anciennes en Europe et remonte très certainement au paléolithique supérieur ou à l'épipaléolithique. La corrida en Espagne et dans le monde hispanique en est une lointaine survivance.

Mithra, qui s'est créé lui-même à partir de la roche des cavernes, est à la fois primogenitur et autogenitur. Son premier exploit, la tauroctonie, fut de vaincre, à peine né, un tore aussi furieux que puissant.

Lors de l’initiation, les adeptes, au cours d’agapes, s'aspergeaient du sang du taureau sacrifié et se traçaient réciproquement une croix de cendres sur le front et le dos des mains. Le myste descendait probablement dans une fosse au-dessus de laquelle était sacrifié l'animal, son sang retombant ainsi sur lui. Le rituel se déroulait dans des lieux à l'écart et de préférence dans des grottes, les mithreae.

Il semble que la Franc-maçonnerie se soit inspirée de nombreux rites et mythes d'origine mithriaque. Certains ont aussi pensé que le culte Mithra a pu inspirer la religion chrétienne.

Les origines du culte de Mithra

Les origines

Mithra est une divinité indo-iranienne dont on peut faire remonter l'origine au second millénaire avant Jésus-Christ. Son nom est mentionné pour la première fois dans un traité entre les Hittites et les Mitanniens, signé vers 1400 avant Jésus-Christ. En Inde, Mithra figurait dans les hymnes védiques comme dieu de la lumière, associé à Varuna.

A l’origine, Mithra était une déité solaire indoue également adorée par les Perses. Alors qu’en Inde, Mitra (sans « h ») est identifié en tant que « Dieu de lumière merveilleuse » et allié d'Indra, le roi du ciel, Mithra est prié avec Varuna, le dieu de la loi morale et de la vérité. Conjointement connus en tant que « Mitra-Varuna », ensemble ils maintiennent l'ordre dans le monde tout en voyageant dans leur char magique : « Ces dieux sont la toute-puissance du soleil. Ils sont nobles et nous rendent pleins de vigueur ». (Veda vii.65)

Le culte de Mitra s'est ensuite propagé à l'ouest de la Perse (Iran) et vers l'est de la Chine. Avec l'expansion rapide de l'empire persan, le culte de Mitra s'est propagé rapidement vers l'Europe. « Mithra » apparaît également dans le Zoroastrian Avesta, le scripte indou. Il explique le monde en termes de dualité et de principe d'opposition, un bon côté (représenté par la lumière) et un autre côté, celui du mal et de l'obscurité. Les êtres humains doivent choisir leur camp et sont en perpétuel conflit entre les deux forces, Mithra étant considéré comme le médiateur le plus puissant, pouvant aider les humains à écarter les attaques des forces démoniaques. Mithra est encore vénéré en Iran (comme le dieu antique du soleil) et en Chine où la mythologie chinoise voit Mithra comme chef d'une armée de statues érigées en son honneur.

Dans l'Avesta iranien c'est un dieu bénéfique, collaborateur d'Ahura Mazda. Il reçoit aussi le surnom de « juge des âmes ». Il est possible que son culte soit arrivé dans l'Empire romain depuis l’Iran grâce à la diffusion du zoroastrisme dont il serait une forme d’hérésie.

Cependant, les études actuelles tendent à considérer qu'on ne peut pas admettre un lien de parenté direct entre le Mitra indo-iranien et le mithraïsme, du fait de l'utilisation de la forme grecque « Mithra » au lieu de « Mitra » pour le différencier.

Dans la Perse achéménide la religion officielle était le zoroastrisme, qui postulait l'existence d'un dieu unique, Ahura Mazda. C'est l'unique divinité mentionnée dans les inscriptions conservées de l'époque de Darius 1er (521 – 485 avant Jésus-Christ).

Cependant, il existe une inscription conservée, à Suse, de l'époque de Artaxerxès II (404 – 358 avant Jésus-Christ), sur laquelle est représenté Mithra aux côtés de Ahura Mazda et d'un autre dieu appelé Anahite.

Existe-t-il un lien entre ce Mitra persan, ses prédécesseurs indo-iraniens, et Mithra du culte à mystères de l'Empire Romain ? Ainsi le pensait celui qui commença les études sur la religion mithraïque, Franz Cumont. Mais aujourd'hui la question est loin d'être résolue.

Dans les royaumes de Parthie et du Pont, un grand nombre de rois portaient le nom de Mithridate (par exemple Mithridate VI), ce qui peut être en relation étymologique avec Mithra. D'un autre côté, à Pergame, en Asie mineure, des sculpteurs grecs ont produit les premiers bas-reliefs représentant l'image du Taurobole. Alors que le culte de Mithra commençait seulement à se diffuser en Hellade, tout ceci marque peut-être le chemin de Mithra vers Rome.

La première référence dans l'histographie gréco-romaine au culte de Mithra se trouve dans l'œuvre de l'historien Plutarque qui mentionne que les pirates de Cilicie célébraient des rites secrets en relation avec Mithra en 67 avant Jésus-Christ.

Le mithraïsme dans le Haut Empire romain

Il est probable que ceux qui ont introduit le mithraïsme dans l'Empire romain étaient des légionnaires qui avaient exercé aux frontières orientales de l'Empire.

Les premières preuves matérielles du culte de Mithra datent des années 71 et 72 de l'ère chrétienne : il s'agit d'inscriptions faites par des soldats romains qui venaient de la garnison de Carnuntum, dans la province de Pannonie Supérieure, et qui probablement étaient allés avant en Orient, en guerre contre les Parthes et rétablir l’ordre à Jérusalem où des émeutes avaient eu lieu.

Vers l'année 80, l'auteur romain Stace mentionne la scène de la tauroctonie dans sa « Thébaïde » (I, 719 – 720). Plutarque, dans sa « Vie de Pompée », dit clairement que le culte de Mithra était déjà connu à son époque.

À la fin du 2ème siècle, le mithraïsme était largement diffusé dans l'armée romaine, comme chez les bureaucrates, les marchands et même chez les esclaves.

La majeure partie des preuves archéologiques vient des frontières germaines de l'Empire. De petits objets de culte en relation avec Mithra furent trouvés dans des fouilles depuis la Roumanie jusqu'au Mur d’Hadrien.

Le mithraïsme pendant le Bas Empire

Les empereurs du 3ème siècle étaient en général des protecteurs du mithraïsme, parce qu'ils utilisaient sa structure très hiérarchisée pour renforcer leur propre pouvoir. Ainsi, Mithra s'est reconverti en symbole de l'autorité et du triomphe des empereurs. Depuis l'époque de Commode, qui s'initia au culte, les adeptes du mithraïsme provenaient de toutes les classes sociales.

Un grand nombre de mithreae ont été découverts dans les garnisons des frontières de l'Empire. En Angleterre on en identifia au moins trois, le long du Mur d'Hadrien, à Housesteads, Carrawburgh et Rudchester. Des restes d'autres mithraea furent retrouvés à Londres.

D'autres sanctuaires de Mithra, érigés à cette époque, se trouvent dans la province de Dacie (où on retrouva en 2003 un mithraeum à Alba-Tulia), ainsi qu'en Numidie, dans le nord de l'Afrique.

Cependant la plus grande concentration de mithreae se trouve à Rome même et près d'Ostie, avec un total de douze temples identifiés, alors qu'il se peut qu'il en existe plusieurs centaines. On peut juger de l'importance du mithraïsme à Rome aux découvertes archéologiques : plus de 74 sculptures, une centaine d'inscriptions et des ruines de temples et de sanctuaires dans toute la ville et sa périphérie. Un des mithreae les plus représentatifs, dont l'autel et les bancs de pierre existent toujours, fut construit sous une maison romaine (ce qui apparemment était une pratique habituelle) est encore visible dans la crypte sur laquelle fut construite la Basilique Saint-Clément à Rome.

Fin du mithraïsme

À la fin du 3ème siècle, un syncrétisme s'est produit entre la religion mithraïque et certains cultes solaires de provenance orientale qui cristallisèrent dans la nouvelle religion du Sol Invictus « soleil invaincu ».

Cette religion devint officielle dans l'Empire en 274 grâce à l'empereur Aurélien qui érigea à Rome un splendide temple dédié à la nouvelle divinité et créa un corps de clergé d'état pour assurer le culte, dont le dirigeant s'appelait pontifex solis invicti. Aurélien attribuait au Sol Invictus ses victoires en Orient.

Ce syncrétisme cependant ne sonna pas la fin du mithraïsme qui continua à exister comme culte non officiel. Un grand nombre des sénateurs de l'époque pratiquaient en même temps le mithraïsme et la religion du Sol Invictus.

Cependant, cette période marque le début de la décadence du mithraïsme, à cause des pertes de territoires que l'Empire subissait suite aux invasions de peuples barbares qui affectaient des territoires frontaliers où le culte était très enraciné.

La compétition du christianisme, appuyé par Constantin, vola des adeptes au mithraïsme. Il faut aussi prendre en compte le fait que le mithraïsme excluait les femmes alors qu'elles avaient le droit de participer au culte chrétien.

Le mithraïsme tint tête au christianisme jusqu'au 4ème siècle, époque à laquelle il se heurta aux persécutions de l'empereur Théodose (379 – 394), dont un édit, en 391, interdit le culte païen et les sacrifices sous peine de mort. Le christianisme supplanta le mithraïsme pendant le 4ème siècle et devint la religion officielle de l'Empire sous Théodose.

Il y eut quelques essais de redonner vie au culte de Mithra par Julien « l'apostat » (361 – 363) et par l'usurpateur Eugène (392 – 394) mais ils ne rencontrèrent pas beaucoup de succès. Le mithraïsme fut formellement interdit dès 391, alors que sa pratique clandestine s’est maintenue durant quelques décennies.

Le mithraïsme survécut pourtant jusqu'au début du 5ème siècle dans quelques régions des Alpes et revint à la vie, tenace mais de manière éphémère dans les régions orientales de l'Empire, où il trouvait ses origines. Il eut un rôle important dans le développement du manichéisme, religion qui fut également en forte compétition avec le christianisme.

Le mithraïsme à Rome

Un grand nombre de sujets romains avaient adopté le mithraïsme, et plus particulièrement les soldats. À Rome, le temple de Mithra était creusé sous le mont Capitolin, les mystères mithriaques se célébrant dans une caverne, à proximité d'une source.

Dans les camps militaires, Mithra était le dieu protecteur. La divinité indo-iranienne appelée Mitra (l'ami) en sanscrit et Mithra en avestique est décrite dans les Veda et dans l'Avesta comme étant le dieu des contrats et de la solidarité. Si son rôle est demeuré secondaire en Inde, où son culte ainsi que celui de son frère Varuna déclinèrent très vite, il n'en fut pas de même en Iran, où il prit une importance croissante et où il fut l'objet d'un culte très populaire. Ce culte, transporté hors des limites de la Perse et agrémenté d'éléments étrangers, devint le noyau d'une religion avec initiation et enseignement ésotérique, connue sous le nom de mithriacisme.

Les adorateurs de Mithra reconnaissaient une divinité unique manifestée par la lumière des astres, surtout le Soleil, brillant et invincible, ennemi de la nuit et des démons.

Principes du mithraïsme

Les informations, plutôt fragmentaires, qui existent sur le culte de Mithra concernent sa pratique pendant le Bas Empire Romain. C'était un culte à mystères, de type initiatique, basé sur la transmission orale et un rituel d'initié à initié et non sur des écritures sacrées. C'est pourquoi la documentation écrite concernant le culte de Mithra est pratiquement inexistante. L'étude de cette religion est principalement basée sur l'iconographie qui décorait les mithraea.

Le mithraeum, les mithraea

Le culte de Mithra s'exerçait dans des temples nommés mithraeum (pluriel mithraea). Ces endroits étaient au départ des grottes naturelles, et plus tard des constructions artificielles les imitant, obscures et dépourvues de fenêtres. Ils étaient exigus, la plupart ne pouvaient pas accueillir plus de quarante personnes.

Dans un mithraeum type on peut distinguer trois parties :

  • L'antichambre ;
  • Le spelaeum ou spelunca (la grotte), grande salle rectangulaire décorée de peintures et deux grandes banquettes le long de chaque mur pour les repas sacrés ;
  • Le sanctuaire, au fond de la grotte, dans lequel se trouvaient l'autel et l'image — peinture, bas-relief ou statue — de Mithra donnant la mort au taureau.

Des mithraea ont été découvertes dans beaucoup de provinces de l’Empire romain. Certains furent convertis en cryptes sous des églises chrétiennes. La plus grande concentration de mithraea se trouve dans la capitale, Rome, mais on en a découvert dans des lieux éloignés les uns des autres tels que dans le nord de l'Angleterre et la Palestine. Leur diffusion géographique dans l'Empire dépendait des installations et des camps militaires.

Mythologie et iconographie

Il n'y a pas de textes sur le mithraïsme écrits par les adeptes eux-mêmes. Les seules sources d'information sont les images sacrées trouvées dans les mithraea.

Récit mythique

Selon le récit que l'on a pu reconstruire à partir des images des mithraea et les quelques témoignages écrits, le dieu Mithra naquit près d'une source sacrée, sous un arbre lui aussi sacré, près d'une pierre (la petra generatrix).

Au moment de sa naissance, il portait le bonnet phrygien, une torche et un couteau. Il fut adoré par les pasteurs dès sa naissance. Il but l'eau de la source sacrée. Avec son couteau, il coupa le fruit de l'arbre sacré et, avec les feuilles de cet arbre, il se confectionna des vêtements.

Il rencontra le taureau primordial quand celui-ci paissait dans les montagnes. Il le saisit par les cornes et le monta, mais, dans son galop sauvage, la bête le fit tomber. Cependant, Mithra continua à s'accrocher aux cornes de l'animal et le taureau le traîna pendant longtemps jusqu'à ce que l'animal n'en puisse plus. Le dieu l'attacha alors par ses pattes arrière et le chargea sur ses épaules. Ce voyage de Mithra avec le taureau sur ses épaules se nomme transitus.

Quand Mithra arriva dans la grotte, un corbeau envoyé par le Soleil lui annonça qu'il devait faire un sacrifice, et le dieu, soumettant le taureau, lui enfonça le couteau dans le flanc. Du blé sortit de la colonne vertébrale du taureau, et du vin de son sang. Son sperme, recueilli par la lune, produisit des animaux utiles à l'homme. Arrivèrent alors le chien qui mangea le grain, le scorpion qui serra les testicules du taureau avec ses pinces, et le serpent.

Certaines peintures montrent Mithra transportant un rocher sur son dos, comme Atlas dans la mythologie grecque, et/ou vêtu d'une cape dont le côté intérieur représente le ciel étoilé. Près d'un mithraeum proche du Mur d’Hadrien, on trouva une statue de Mithra en bronze sortant d'un anneau zodiacal en forme d'œuf. Elle est aujourd'hui conservée à l'Université de Newcastle. Une inscription trouvée à Rome suggère que Mithra pourrait s'identifier au dieu primordial de l'orphisme, Phanès, qui surgit de l'œuf cosmique à l'origine du temps, engendrant l'univers. Cette opinion est renforcée par un bas-relief du Musée d'Este, à Modène, où l'on voit Phanès surgissant d'un œuf, entouré des douze signes du Zodiaque, dans une image très similaire à celle conservée à Newcastle.

Une des images centrales du culte de Mithra est la « tauroctonie », qui représente le sacrifice rituel du taureau sacré par Mithra. Cette représentation présente des éléments iconographiques constants : Mithra apparaît coiffé du bonnet phrygien et regarde sa victime avec compassion. Incliné sur le taureau, il l'égorge avec un couteau de sacrifice. De la blessure du taureau il sort du grain. Près du taureau figurent quelques animaux : un scorpion, qui menace de ses pinces les testicules du taureau ; un serpent ; un chien qui se nourrit du grain qui sort de la blessure. Parfois apparaissent aussi un lion et une coupe.

L'image est encadrée de deux porteurs de torches, nommés Cautès et Cautopatès. La scène paraît située dans une espèce de grotte, qui peut être la représentation du mithraeum lui-même ou la représentation du cosmos selon d'autres interprétations.

Interprétations

Franz Cumont, auteur d'une étude sur la religion de Mithra, interprète cette image à la lumière de la mythologie iranienne. Il relie l'image avec des textes qui se réfèrent au sacrifice (tauroctonie) d'un taureau par Ahriman, le dieu du mal ; des restes sanglants du taureau vont naître plus tard tous les êtres. Selon l'hypothèse de Cumont, Mithra aurait été ensuite substitué à Ahriman dans le rapport mythique, et c'est sous cette forme qu'il serait arrivé en Méditerranée orientale.

David Ulansey propose une explication radicalement différente de l'image de la tauroctonie, basée sur le symbolisme astrologique. Selon sa théorie, Mithra est un dieu si puissant qu'il est capable de transformer l'ordre même de l'Univers. Le taureau serait le symbole de la constellation du taureau. Au début de l'astrologie, en Mésopotamie, entre 4000 et 2000 avant Jésus-Christ, le Soleil était au niveau du Taureau pendant l’équinoxe de printemps. À cause de la précession des équinoxes, le Soleil se place durant l'équinoxe de printemps dans une constellation différente tous les 2160 ans à peu près. Ainsi il passa dans le Bélier vers l'an 2000 avant Jésus-Christ, marquant la fin de l’ère astrologique du Taureau.

Le sacrifice du taureau par Mithra symboliserait ce changement, causé, selon les croyants, par l'omniprésence de leur dieu.

Cela expliquerait aussi les animaux qui figurent sur les images de la tauroctonie : le chien, le serpent, le corbeau, le scorpion, le lion, la coupe et le taureau qui s'interprètent en tant que constellations du Petit Chien, de l'Hydre, du Corbeau, du Scorpion, du Lion, Verseau et Taureau, toutes placées dans l'équateur céleste pendant l'ère du Taureau. L'hypothèse expliquerait aussi la profusion d'images zodiacales dans l'iconographie mithraïque. La précession des équinoxes fut découverte et étudiée par l'astronome Hipparque au 2ème siècle avant Jésus-Christ.

Une autre interprétation considère que le sacrifice du taureau représente la libération de l'énergie de la Nature. Le serpent, comme dans le symbole de l'Ouroboros, serait une allusion au cycle de la vie ; le chien représenterait l'Humanité, alimentant symboliquement le sacrifice, et le scorpion pourrait être le symbole de la victoire de la mort. Les deux compagnons de Mithra, qui portent les torches et qui s'appellent Cautès et Cautopatès représenteraient respectivement le lever et le coucher du soleil.

Pour les fidèles, le sacrifice du taureau avait sans doute un caractère salutaire, et la participation aux mystères garantissait l'immortalité.

La fin symbolique de Mithra se termine par un grand banquet où Apollon sur son char va emmener Mithra. Il apporte aux hommes l'espoir d'une vie au-delà de la mort, puisqu'il est accueilli au ciel par Apollon.

Niveaux d'initiation

Dans le culte de Mithra l’initiation comportait sept grades ou sept niveaux correspondant à une fonction rituelle et qui étaient mis en relation avec les sept planètes de l'astronomie de l'époque (la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne), selon cet ordre, d'après l'interprétation de Joseph Campbell. La majorité des membres arrivaient seulement au quatrième rang (Lion), et seulement quelques élus accédaient aux rangs supérieurs.

 Les niveaux, connus grâce aux textes de saint Jérôme qui confirment certains écrits, étaient les suivants :

  • Corax (« corbeau ») ;
  • Cryphius (κρύφιος / Krýphios, « occulte ») : d'autres auteurs interprètent ce rang comme Nymphus (« époux ») ;
  • Miles (« soldat ») : ses attributs étaient la couronne et l'épée ;
  • Leo (« lion ») : dans les rituels on présentait à Mithra les offrandes des sacrifices ;
  • Perses (« Persan ») ;
  • Heliodromus (« émissaire du soleil ») : ses attributs étaient la torche, le fouet et la couronne ;
  • Pater (« père ») : ses attributs (le bonnet phrygien, le bâton et l'anneau) rappellent ceux de l'évêque chrétien.

Pendant les rites, les initiés portaient des masques d'animaux relatifs à leur niveau d'initiation. Le sacrifice d'un taureau peut participer à la célébration d'un nouveau niveau d'initiation d'un adepte.

Les rites

Pour la reconstitution des rituels mithraïques, on ne peut compter que sur les textes des Pères de l’Eglise qui ont critiqué le culte de Mithra, et sur l'iconographie retrouvée dans les mithraea.

Les femmes étaient exclues des mystères de Mithra. Quant aux hommes, il semble qu'il n'y avait pas d'âge minimum requis, et que des enfants y furent admis. La langue utilisée dans les rituels était le grec, mélangé de quelques formules en persan (certainement incompréhensibles pour la majorité des fidèles) ; cependant le latin s'est introduit progressivement.

Il semble que le rite principal de la religion mithraïque ait été un banquet rituel que l'on peut rapprocher d'une certaine manière de l'eucharistie du christianisme. Selon le témoignage du chrétien Justin, les aliments offerts durant le banquet étaient du pain et de l'eau. Cependant les découvertes archéologiques montrent que c'était du pain et du vin, comme dans le rite chrétien. Cette cérémonie se célébrait dans la partie centrale du mithraeum, dans laquelle deux banquets en parallèle offraient un espace suffisant pour que les fidèles pussent s'étendre, selon la coutume romaine. Les « Corbeaux » (Corax) remplissaient la fonction de serveurs des nourritures sacrées. Le rituel incluait aussi le sacrifice d'un taureau, bien qu'on sacrifiât également d'autres animaux.

La statue de tauroctonie remplissait sans doute un rôle dans ses rites, bien que ce ne soit pas très clair. Dans certains mithraeae, on a découvert des piédestals tournants, qui peuvent montrer et cacher alternativement l'image divine aux fidèles.

À un certain moment de l'évolution du mithraïsme, on utilisait aussi le rite du « taurobole », ou le baptême des fidèles avec le sang d'un taureau, qui se pratique également dans d'autres religions orientales.

D'autres rites devaient être en relation avec la cérémonie d'initiation. Grâce à Tertulien, on connaît le rite de l'initiation du « Soldat » : le candidat était « baptisé », probablement par immersion. Il était marqué au fer chaud et enfin on le mettait à l'essai avec le « rite de la couronne » (le néophyte devait laisser tomber la couronne dont on l'avait coiffé, en proclamant que c'était la couronne de Mithra). A chaque niveau d'initiation correspondait un rituel.

Une synthèse en guise de conclusion provisoire

Mithra, le dieu solaire, trouve son origine en Inde. Mais c'est probablement en Arménie que les Romains ont récupéré son mythe et l'ont diffusé à travers tout le Vieux Continent.

Comme le Christianisme, avec lequel il rivalisa entre le 1er siècle et le début du 4ème siècle dans l'Empire romain, le culte de Mithra est une religion du salut ; c'est aussi une religion à mystères, d'origine indo-persane, que les pirates et les mercenaires étrangers introduisirent à Rome où elle gagna rapidement la faveur des empereurs.

Parti de la plaine de l'Indus, le culte de Mithra s'est propagé en Europe dès la fin du 1er siècle après Jésus-Christ par l'intermédiaire des Romains. Le mythe de ce dieu solaire raconte sa victoire sur le mal lors de la mise à mort d'un taureau.

Religion de soldats et non de prêtres, le culte de Mithra avait tout pour séduire les légionnaires romains qui répandirent le culte du dieu dans l'Empire. Durant le 2ème siècle après Jésus-Christ, le culte de Mithra s'implanta dans toutes les villes de garnison, en Italie, en Gaule, en Bretagne, en Afrique et jusqu'au Danube. A Rome, l'empereur Commode et ses successeurs adoptèrent le culte de Mithra pour se concilier l'armée. Mais le culte de Mithra, si répandu dans l'armée, n'avait pas pénétré en profondeur les couches populaires.

Aux 2ème et 3ème siècles avant Jésus-Christ, ce culte fut répandu dans tout l'Empire romain et l'empereur Aurélien en fit même la religion d'Etat. Les soldats romains, dont bon nombre vénéraient Mithra, furent les ambassadeurs de cette religion qu'ils répandirent jusque dans les provinces les plus éloignées de l'Empire.

Au 4ème siècle, pour enrayer ce culte païen, l'Eglise chrétienne prit une mesure très astucieuse. La fête de la naissance du Christ fut avancée du 6 janvier au 25 décembre. En effet le solstice d'hiver du 25 décembre était la fête la plus importante de l'an mithraïen : on fêtait la renaissance du « sol invinctus » (dieu invaincu). L'Eglise n'hésita pas à déclarer le Christ « sol invinctus ». Au cours du même siècle, le culte de Mithra s'éteignit, laissant la place au christianisme avec lequel il présentait beaucoup de similitudes. Lorsque le christianisme s'imposa en Italie, de nombreuses églises prirent la place du mithraeum, le lieu de culte des adeptes de Mithra. Ceux-ci croyaient à la montée des âmes au ciel, à la fin des temps, avec le retour de Mithra sur le char du soleil qui devait purifier le monde par le feu.

Les mystères de Mithra n'ont pas grand chose à voir avec le christianisme au point de vue spirituel et mystique. Le mithraïsme se base essentiellement sur des symboles et interprétations du combat de Mithra contre le taureau primordial. Par celui-ci, il libéra les âmes dans le monde et engendra les cycles de la vie. Le symbole du corbeau, messager du dieu soleil qui demande à Mithra de sacrifier le taureau, nous démontre que le mithraïsme est une forme hénothéisme oriental. Il s'appuie sur la conscience et la révélation des mystères de la vie qui font de Mithra un dieu de « lumière ».

Plutôt que comparer le christianisme et le mithraïsme dans leurs spiritualités, il existe des similarités qui sont, elles, cultuelles. En effet, Mithra naît un 25 décembre (date du solstice), les cultes ont lieu le dimanche (jour du soleil), la représentation iconographie du « bon pasteur » est partagée par le christianisme et le mithraïsme. Plus inquiétant encore, l'eucharistie chrétienne avec le vin et le pain est pratiquée par les adeptes de Mithra. Tout indique, historiquement, que le mithraïsme influença le christianisme sur ces points.

L'aspect le plus intéressant du mithraïsme est certainement le caractère initiatique sur lequel le culte s'appuie. Les disciples se réunissaient dans des mithraea (cavités naturelles aménagées) où la pratique rituelle s'amorçait sur une initiation graduelle.

Ainsi le nouvel initié se voyait octroyé le grade de corax et suivaient : le nymphus, le miles, le leo, le perses, l'heliodromus et enfin le pater représentés par des masques distinctifs et symboles de leurs degrés respectifs.

A chaque passage d'un degré à un autre, une part des « secrets » était révélée à l'initié qui subissait épreuves et voyages. Au premier degré, l'initié était baptisé par le sang d'un taureau, puis par l'eau pure et, enfin, enduit de miel. On pratiquait à des degrés divers les voyages du « chaud », du « froid », des jeûnes, etc. La liturgie était basée sur un rituel de forme et en langue grecque (déjà en usage dans la religion romaine) et empruntait autant des formules persanes qu'une vocalisation latine. On concluait évidemment le culte par des agapes frugales et fraternelles selon le terme même des initiés.

Il est probable que le mithraïsme aurait pu s'imposer comme la religion de l'antiquité et survivre à sa rivalité avec le christianisme. Pourtant, son tort fut l'association croissante de Mithra avec la quasi-totalité des panthéons nationaux. Egalement, son exclusivité masculine à l'initiation le desservit auprès des femmes et - plus encore - chez les épouses que le christianisme ne repoussaient pas.

Quoi qu'il en soit, le culte des mystères de Mithra pose à la société occidentale de nombreuses questions. Sur le christianisme d'abord, sur la spiritualité des sociétés païennes ensuite, sur une « mondialisation des religions » qui paraît véritable dès cette époque et, ensuite, sur ces écoles de mystères qui firent couler quantité d'encre dans les siècles qui nous précèdent.

Trop longtemps dans l'histoire, on a minimisé l'importance du culte de Mithra et son apport dans la société occidentale. Certaines thèses avanceraient même qu'il inspira bien plus la Franc-maçonnerie que le christianisme. Les mythes fondateurs sont ce qu'ils sont, ce culte reste néanmoins intéressant tant dans sa spiritualité que par sa concurrence historique avec le christianisme.

R:. F:. A. B.

 

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