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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Instructions secrètes des Grands Profès

Publié le 12 Août 2026 par T.D

Mon Très Respectable et cher Frère !Si l'homme s'était conservé dans la pureté de sa première origine, l'initiation n'aurait jamais eu lieu pour lui et la vérité s'offrirait encore sans voile à ses regards, puisqu'il était né pour la contempler et pour lui rendre un continuel hommage. Mais depuis qu'il est malheureusement descendu dans une région opposée à la lumière, c'est la vérité elle-même qui l'a assujetti au travail de l'initiation, en se refusant à ses recherches.

Droits primitifs de l'homme

II suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur l'homme, d'abord après sa naissance, lorsqu'il commence à jouir de la lumière sensible ; à cette époque ses progrès sont lents et douloureux ; les années s'écoulent et à peine a-t-il une idée superficielle des objets qui frappent ses sens ; c'est par une étude pénible et assidue qu'il apprend à les connaître. Arrivé à l'âge où il doit écarter lui-même les ténèbres, qui arrêtent ses pas, sa marche est incertaine; les illusions des sens et de l'habitude le séduisent au point qu'il ne peut plus démêler la vérité d'avec l'erreur, et s'il parvient à découvrir quelques traits de lumière, ce n'est qu'en dégageant avec effort son intelligence de tout ce qui lui est étranger. Cette première initiation fondée sur la dégradation de l'homme et exigée par la nature même, fut le modèle et la règle de celle qu'établirent les anciens Sages.  

La Science, dont ils étaient dépositaires étant d'un ordre bien supérieur aux connaissances naturelles, ils ne purent la dévoiler à l'homme profane qu'après l'avoir affermi dans la voie de l'intelligence et de la vertu. C'est dans ce dessein qu'ils assujettirent leurs disciples à des épreuves rigoureuses et qu'ils s'assurèrent de leur constance et de leur amour pour la vérité en n'offrant à leur intelligence que des hiéroglyphes ou des emblèmes difficiles à pénétrer. Voilà ce qu'on voulut vous figurer, mon Cher Frère dans les grades de la maçonnerie par les travaux allégoriques qu'on exigea de vous. Si vous doutiez de la haute destinée de l'homme et de sa dégradation, qui est l'unique fondement de toute initiation naturelle, humaine ou religieuse, il vous serait difficile d'entrer dans la carrière que vous vous proposez de parcourir, puisque vous admettriez alors, que l'homme sensible et animal est ce qu'il doit être ; et dans cette supposition, quel rapport pourrait-il y avoir entre lui et la vérité .

 Il est vrai que, parmi les philosophes, il s'en trouve un grand nombre qui ont adopté cette erreur pernicieuse, n'ayant considéré dans l'homme que sa nature matérielle. En effet, si on ne voit en lui que des facultés sensibles, il faut bien convenir que sa véritable place est parmi les Etres sensibles, et qu'il doit être abandonné, comme les autres animaux, aux ténèbres des sens et de la matière. Mais quoique les philosophes ne connussent point les Droits de l'homme originel, ils auraient sans doute avoué l'excellence de sa nature, si après avoir aperçu les bornes de ses facultés sensibles, ils eussent observé de même l'étendue de ses facultés intellectuelles. Ce contraste étonnant leur aurait prouvé la grandeur de son origine et sa dégradation, car l'homme est essentiellement doué d'une action spirituelle qui par sa nature n'a point de bornes, mais cette activité puissante est tellement resserrée et contenue qu'elle est presque toujours sans effet. L'insuffisance des organes par lesquels il doit nécessairement la manifester ne lui permet jamais de l'exercer dans toute l'étendue de sa volonté, ni d'atteindre le but qu'il se propose.

Cependant malgré les obstacles qui arrêtent à tout instant ses efforts, il est si intimement convaincu de sa supériorité naturelle qu'il tend sans cesse à soumettre à son action, tous les êtres qui l'environnent II est aussi doué d'une intelligence sans borne, aucune connaissance ne surpasse sa pénétration et jamais on n'a fixé de terme à la Science dont il est susceptible; cependant malgré l'étendue de ses facultés intellectuelles, les moindres individus de l'univers sont des mystères impénétrables pour lui.

Condamné à ne rien connaître que par l'entremise des sens, ces organes matériels et composés peuvent bien lui procurer la perception des individus corporels parce que ces corps ne sont eux-mêmes que des assemblages élémentaires, mais des sens organisés sont incapables par eux-mêmes de transmettre les vérités de la nature qui résident essentiellement dans l'unité et la réalité des Etres spirituels.

Ainsi l'homme qui pourrait encore tout connaître, si rien ne le séparait de la vérité, se trouve assujetti par son corps à n'apercevoir que des apparences sensibles et illusoires. Il a des facultés infinies mais il se voit privé des moyens d'en faire usage étant éloigné de tous les Etres vrais de l'Univers sur lesquels il devait les manifester. En sorte qu'avec un désir irrésistible de l'empire et de la jouissance, il ne voit autour de lui que résistances et limites, et que dans cet état tous les objets qu'il aperçoit étant finis et bornés, il ne s'en trouve aucun qui convienne à un être que l'infini seul peut contenter.

Or si aucun des individus de la nature n'a reçu du Créateur que des facultés relatives et proportionnées à son rang dans l'Univers, il est difficile à ceux qui observent l'homme sans préjugé de ne pas reconnaître, conformément aux traditions religieuses, qu'il n'est point à présent dans sa place naturelle, et que des facultés supérieures divines qui se manifestent en lui, devaient s'exercer sur des Etres supérieurs aux objets matériels et sensibles ; sans quoi il serait le plus inconcevable des Etres.

 Voilà mon Cher Frère ce que nous devions vous dire sur les Droits primitifs de l'homme et sur sa dégradation qui le rend indigne aujourd'hui d'approcher du Sanctuaire de la Vérité; cette doctrine ayant toujours été la base des initiations, les Sages qui en étaient parfaitement instruits eurent grand soin de l'enseigner à leurs disciples, comme on peut s'en convaincre par la multitude de lustrations et de purifications de tous genres, qu'ils exigeaient des initiés, et ce ne fut qu'après les avoir ainsi préparés qu'ils leur découvraient la seule route qui peut conduire l'homme à son état primitif et le rétablir dans les droits qu'il a perdus.

Voilà mon Cher Frère le vrai, le seul but des initiations. Telle est cette science mystérieuse et sacrée dont la connaissance est un crime pour ceux qui négligent d'en faire usage et qui égare ceux qui ne seront pas élevés au-dessus des choses sensibles. C'est d'après ces Principes que les initiations furent mystérieuses et sévères. La vérité l'exigeait elle-même, puisqu'elle se cachait aux hommes corrompus. Les emblèmes et les allégories, que les Sages employèrent, figuraient aux apparences sensibles et matérielles de la nature, qui rendent impénétrables à nos regards, les agents moteurs de l'Univers et des Etres individuels qu'il renferme. Dans l'état actuel de l'homme privé de la lumière, ce qui peut lui arriver de plus funeste, c'est d'oublier ou de nier cette lumière. Aussi l'objet principal des sages instituteurs de l'initiation ne fut pas précisément de faire connaître la vérité aux Peuples, mais de les porter par leur exemple et par leur doctrine, à croire en Elle avec confiance et à lui rendre un sincère hommage, quoiqu'elle fut cachée à leurs yeux.

Dans cette vue, ils élevèrent chez les Athéniens un Temple au Dieu inconnu, afin d'éloigner les Peuples de la doctrine impie des Philosophes qui osaient nier hautement l'existence de tout agent créateur ou moteur de la nature générale et particulière. Cependant ces hommes, vains de leurs systèmes, avaient dans leur propre puissance d'action intérieure, un témoignage invincible de la possibilité, ou pour mieux dire de l'existence effective des agents individuels. Mais ils résistaient à ce sentiment intime et attribuaient toutes les forces et puissances de la nature à une certaine organisation fortuite, qu'ils croyaient suffisantes pour ordonner l'Univers et produire tous les individus actifs ou organisés : Ainsi ces philosophes n'admettaient rien au-delà de ce qu'ils pouvaient connaître par leurs sensations superficielles, quoiqu'ils ne puissent douter que les sens sont incapables de donner le moindre indice, non seulement de la nature, mais même de la vraie forme d'aucun individu matériel.

 Quelque invraisemblable que fut leur doctrine, elle avait fait des progrès d'autant plus rapides parmi les Nations, qu'elle n'exigeait aucun effort de ses sectateurs. En réduisant toute existence possible aux seuls êtres matériels, plus ou moins organisés, elle livrait absolument l'homme à ses jouissances et à ses perceptions sensibles. Le Principe universel agent créateur de tout ce qui existe dans l'Univers hors de l'univers, était généralement regardé comme un être chimérique et l'on ne croyait plus aux agents puissants et actifs qu'il a placés dans la nature pour veiller sur tout être en privation Divine, ainsi que pour gouverner ou produire les formes générales et particulières des individus matériels.

C'est par cette voie ténébreuse des sens, que les hommes abjurant les moyens de se rétablir dans leurs premiers droits, auraient insensiblement perdu tous leurs rapports religieux et naturels, si les Sages fidèles à la doctrine des premiers temps ne l'eussent préservé d'un oubli général en la conservant par des initiations. Mais respectant le voile, dont la vérité même s'enveloppe, ils ne la présentèrent que sous des emblèmes et des hiéroglyphes pour ne pas l'exposer au dédain ou à la profanation des hommes ignorants et pervers. C'est ainsi que dans un temple célèbre, dont toutes les parties, depuis le Porche jusqu'au Sanctuaire, étaient remplies d'initiés de divers rangs et fonctions, on présentait à l'homme de désir, un Tableau parfait de l'Univers et des agents préposés à le diriger.

Les nombres, mon Cher Frère ne sont que l'expression ou le signe représentatif de la nature et de l'action des êtres spirituels ou temporels. Revenons aux rapports qui ont été figurés par le Temple de Salomon. Il eut la forme d'un carré long pour figurer les quatre régions de l'univers. Les proportions du corps de l'homme présentent la même figure. Le Temple eut quatre parties latérales lesquelles, quoique séparées, en formèrent l'enceinte ou le parvis intérieur et furent nécessaires pour que le grand Prêtre pût rendre son sacerdoce réversible sur toute la Nation élue. De même le corps de l'homme a quatre membres ou adhérences, qui sont réunies au tronc et servent à manifester son action sur les Etres qui l'environnent. Cependant, ils peuvent les uns et les autres être séparés sans que l'homme animal périsse, car le foyer de la vie sensible réside essentiellement dans le tronc, comme les fonctions des Lévites et des Sacrificateurs s'opéraient dans l'intérieur du Temple. Le Temple universel est divisé en trois parties qui furent toujours distinguées par les Sages sous le nom de terrestre, céleste et surcéleste.

De même celui de Salomon était divisé en trois parties distinctes par leur position et leur forme et par leur destination particulière, savoir le Porche, le Temple intérieur, le Sanctuaire. De même aussi le corps de l'homme est divisé en trois parties bien distinctes, qui sont le ventre, la poitrine et la tête. Les trois parties du temple étaient attenantes et ne formaient qu'un seul tout indivisible. De même les trois parties que nous connaissons dans le Corps de l'homme sont tellement liées qu'elles ne peuvent être séparées sans opérer la mort corporelle ou la destruction de son Temple particulier.

Les limites de l'univers créé le séparent à jamais d'une immensité incréée et sans bornes, que les Sages ont appelée immensité divine. Elle est voilée aux yeux de la nature sensible et ne peut être conçue que par l'intelligence. De même au centre du Sanctuaire était le Saint des Saints ou l'Oracle, qui était voilé aux yeux du Peuple et des Prêtres eux-mêmes. Le grand Prêtre seul y pouvait entrer une fois l'an, pour adorer la Majesté suprême au nom de la nation entière ; et s'il était Assez imprudent pour s'y présenter sans être préparé par toutes les purifications légales spirituelles et corporelles, il courrait risque de la mort.

Le bruit des sonnettes, qui étaient au bas de ses vêtements venant à cesser, annonçait aux Prêtres le danger où il se trouvait. Les longs cordons, dont il était ceint, conservés encore aujourd'hui dans quelques ornements sacerdotaux et dont les extrémités restaient hors du Sanctuaire, à la disposition des Prêtres, leur servaient pour l'en retirer, dans quelque état qu'il fut ; car en aucun cas il ne leur était permis d'y entrer. De même aussi l'intelligence de l'homme, image et émanation divine, réside dans la tête comme dans le sanctuaire de son Temple particulier, où est l'oracle qui doit diriger son action.

Mais les opérations de cette intelligence sont si voilées à l'homme matériel et animal, qu'il n'en a et ne peut en avoir connaissance que par ses effets. C'est ce voile funeste de la matière, qui nous jette dans l'oubli de nos facultés spirituelles, au point de regarder leur puissance et leur existence même comme chimériques, ainsi qu'il est arrivé à ceux qui n'ont exercé leur activité que sur les facultés sensibles.

L'homme bien purifié est le seul grand prêtre qui puisse entrer dans le sanctuaire de l'intelligence, comprendre sa nature, se fortifier par elle et rendre dans son propre Temple un hommage pur à celui dont elle est l'image. S'il néglige de se purifier avant de se placer devant cet autel, les ténèbres épaisses de la matière viennent l'aveugler et il trouve la mort, où il venait puiser la vie.

 Nous passerions les bornes de cette instruction si nous entreprenions de vous parler des agents qui opèrent dans les trois parties de l'univers créé et des fonctions qu'ils sont chargés d'y remplir. Pour peu qu'on veuille réfléchir sur les fonctions des diverses classes de personnes auxquelles les trois parties du Temple de Jérusalem étaient attribuées et sur les actes particuliers qui s'opérèrent dans les trois divisions de la forme corporelle de l'homme, on pourra concevoir des rapports très intéressants entre le corps humain, le Temple de Salomon et le temple universel.

Dans le Porche du Temple de Jérusalem qui figure à la partie terrestre comme le parvis intérieur figurait la terre elle-même, était placée la mer d'airain pour les préparations corporelles matérielles. De même, c'est dans le Ventre, partie inférieure du corps de l'homme que se font les fonctions matérielles de végétation et de reproduction et la séparation des parties les plus impures. La partie intérieure du Temple répond à la division de l'univers appelée céleste.

C'est là qu'était l'autel des parfums, les douze pains de proposition qui étaient tous les jours renouvelés en offrande à l'Eternel et le Chandelier circulaire à sept branches dont le feu sacré était sans cesse entretenu par les Lévites et servait à allumer le feu destiné à consumer les holocaustes. De même aussi dans la poitrine, qui est la partie moyenne du corps de l'homme est placé son cœur, qui est tout à la fois le centre de sa forme corporelle et le foyer de sa vie animale. Le cœur siège de toutes ses affections est l'autel sur lequel il doit offrir des parfums journaliers à la Divinité et entretenir avec soin le feu sacré destiné à consumer les holocaustes, sous peine d'être livré à tous les maux, dont était menacé le peuple Hébreu, dans le cas où les Lévites laisseraient éteindre le feu commis à leur garde. Ces maux étaient grands, mon Cher Frère, mais ils étaient bien inférieurs à ceux dont furent frappés les impies qui osèrent offrir dans le Temple, ou devant l'Arche, un feu étranger. L'autel des holocaustes offerts pour la nation entière était placé dans le Parvis intérieur.

Ce parvis figure la terre qui est à la fois le réceptacle de toutes les actions temporelles et l'autel spécial sur lequel l'homme, victime passagère, doit s'immoler volontairement à l'imitation de la victime éternelle universelle. Le Sanctuaire du Temple de Jérusalem figure la division de l'univers, que les Sages ont nommé Surcéleste. C'est dans ce lieu sacré qu'était l'Oracle, dont les jugements dirigeaient les Prêtres et la Nation. C'est ainsi que dans la tête de l'homme réside son intelligence comme dans son Sanctuaire pour dominer et diriger suivant sa loi particulière toutes les facultés inférieures. C'est ici le moment, mon Cher Frère de vous rappeler ce qui vous a été dit sur les diverses natures qui composent l'homme actuel.

Vous en reconnaîtrez encore une démonstration sensible dans la Division ternaire, qui vient de vous être présentée. Vous reconnaîtrez que la tête figure la nature Intelligente, que le ventre figure la nature corporelle matérielle et que ces deux parties sont unies et liées par la poitrine, qui figure la puissance animale et qui en est le foyer.

C'est dans la tête qu'il sent opérer les actes de son intelligence, tandis que la partie inférieure de son corps n'a pour objets que des actes purement matériels. Cette division ternaire universelle, générale et particulière, a été mystérieusement figurée avant la construction du Temple de Jérusalem par Moïse sur le Sinaï; montagne mystérieuse, qui forme aussi un type de la plus grande attention. Lorsque Moïse se rendit sur le mont Sinaï, pour y adorer le Seigneur et y recevoir la loi destinée à la nation élue, il laissa le peuple dans le camp au bas de la montagne et lui traça des limites qu'il ne devait point passer sous peine de mort. Ce camp dans le désert figure le triste séjour de l'homme sur cette terre et lui indique qu'il ne peut sans crime accélérer volontairement le cours de sa vie temporelle.

« Les limites étant posées, le conducteur des Hébreux monta sur la montagne avec Aaron et les soixante dix chefs des Tribus, qu'il laissa à une certaine hauteur au- dessus du camp pour marquer la première division universelle. Il monta ensuite plus haut, avec Josué qu'il laissa sur cette partie de la montagne, pour désigner la seconde Division de l'univers. Enfin il monta seul dans un lieu plus élevé comme le Grand Prêtre dans le Sanctuaire et ce lieu figura à la partie appelée Surcéleste.

Après y avoir adoré l'Eternel, il fut par une faveur spéciale et sans exemple, appelé sur le sommet, c'est-à-dire dans le Saint des Saints même, où il reçut la loi pour le peuple et la confirmation de sa mission par un Député divin d'un Ordre supérieur. Si les Ecritures traditionnelles paraissent faire entendre que Moïse y ait vu Dieu face à face, elles ont en même temps limité le sens de ces paroles, en ajoutant qu'il ne le vit que par derrière. En effet quel lieu sur la terre serait assez pur pour recevoir l'action immédiate du Créateur ; quel être de matière, général ou particulier, pourrait subsister en sa présence .

Sa pureté éternelle et ineffable n'habite point cet univers ; son centre est dans l'homme incréé où tous les agents spirituels ont reçu la vie et la puissance qui les constitue.

C'est par eux qu'il a vivifié l'univers et qu'il lui conserve l'existence. C'est par eux qu'il répand sur l'homme les effets de sa grandeur et de sa clémence et qu'il les envoie manifester son action et ses volontés sous les formes de gloire dont ils sont revêtus ; ainsi qu'il nous a été spécialement enseigné par la vision de Jacob, lorsqu'il aperçut des Puissances célestes qui parcouraient l'intervalle qui sépare le ciel d'avec la terre.

Si la montagne de Sinaï est devenue si mémorable par les faits merveilleux qui s'y opérèrent en faveur d'un homme en présence du peuple entier qui en était l'objet, celle sur laquelle fut bâti le Temple de Jérusalem ne mérite pas moins votre attention. Car si ce Temple fut une figure de l'univers, la base sur laquelle il fut élevé ne dut point être choisie indifféremment. Ce fut en effet sur cette montagne qu'Abraham et Isaac opérèrent ensemble un sacrifice de volonté, qui leur fut imputé comme acte parfait.

 Ce fut dans ce même lieu que Jacob fut témoin de cette étonnante manifestation qui lui fit connaître ses erreurs dans la voie de la science et renoncer à des égarements sur lesquels les Traditions ont évité de s'expliquer. Ce fut là que la Cité Sainte, la ville du Seigneur, fut bâtie ; cette Jérusalem image sensible du centre céleste autour duquel doivent habiter les êtres purs spirituels. Ce fut là que David vit l'ange exterminateur remettre le glaive dans le fourreau et lui assurer le pardon de son crime.

Ce fut là que Salomon éleva son Temple à l'Eternel au commencement du quatrième millénaire de l'ère maçonnique; ce fut sur cette montagne enfin qu'environ mille ans après la fondation du Temple, les sacrifices sanglants des animaux furent remplacés par le Sacrifice volontaire du Réparateur universel, médiateur entre Dieu et l'homme. Voilà, mon Cher Frère les opérations sublimes et universelles qui furent manifestées dans le lieu où a été le Temple de Salomon. Vous avez vivement désiré le grade que vous venez de recevoir, qui est le dernier de ceux auxquels vous aviez quelques droits de prétendre depuis votre admission dans l'Ordre maçonnique, puisque son existence vous avait été annoncée depuis longtemps, en vous invitant à travailler sans relâche à vous en rendre digne. L'objet de cette instruction est de vous en faire sentir toute l'importance.

D'après ce que vous avez vu dans les trois grades précédents, vous vous attendiez sans doute, dans celui ci, à quelques nouvelles scènes, propres à réveiller votre attention et à faire naître en vous de nouvelles réflexions. Mais quelque grande que soit votre pénétration, vous n'aviez pas pu présumer ni le nombre ni la diversité des objets qui viennent de vous être présentés. Ils méritent tous de votre part de profondes méditations. Les trois premiers grades vous ont présenté, sous le voile des symboles, des emblèmes, des allégories, un tableau raccourci du passé, du présent et de l'avenir.

A l'aide des avis, des conseils et des maximes que vous avez reçus, vous avez pu apercevoir, sans de grands efforts, que l'homme moral et intellec­tuel en est le principal ou, pour mieux dire, l'unique objet. Assujetti pour un temps, par l'effet nécessaire de sa dégradation originelle, à l'enveloppe matérielle dont il sent tout le poids, exposé au choc des éléments qui actionnent violemment sur sa nature physique et à toutes les influences qui provoquent sans cesse ses passions et font éclore en lui tant de vices, il a besoin qu'on lui rappelle quels dangers, quels secours l'envi­ronnent, quelles sont les causes des souffrances auxquelles il est journellement en proie, et quelles espérances lui donne la noblesse de son origine. La Franc‑Maçonnerie bien méditée vous présente toutes ces utiles instructions.

 Elle vous rappelle sans cesse, et par toutes sortes de moyens, à votre propre nature essentielle. Elle cherche constamment à saisir les occasions de vous faire connaître l'origine de l'homme, sa destination primitive, sa chute, les maux qui en sont la suite, et les ressources que lui a ménagées la bonté divine pour en triompher. Jetons un coup d'œil rapide sur les principales circons­tances de vos grades précédents, et vous resterez convaincu des grandes vérités qu'ils vous ont retracées.

 Dans le premier grade d'Apprenti, après avoir subi l'épreuve des éléments matériels, figuratifs de ceux dans lesquels l'homme actuel est incorporisé, vous avez bientôt reconnu que vous étiez tombé sous le fléau de l'inexorable Justice. Mais on vous exhorta à réclamer la Clémence qui en tempère les rigueurs ; et, pour en assurer sur vous les effets salutaires, on vous fit sentir la nécessité d'en user vous même envers vos semblables. Dans cet état d'obscurité, d'ignorance et d'imperfection, on vous montra la pierre brute comme l'emblème le plus vrai de vous même.

 On vous fit sentir la nécessité de travailler sans relâche à la dégrossir, à la polir, et à recommencer souvent ce travail dur et difficile, si vous vouliez un jour en recueillir le prix. Et on ne vous dissimula pas que cette tâche vous est imposée pour toute la durée de votre vie. Dans le second grade, entaché des mêmes imperfections, vous vous montriez plein d'une folle présomption ; vous vous applau­dissiez des petits succès de vos premiers efforts, comme s'ils eussent été considérables.

Pour vous désabuser, on vous présenta devant l'emblème important des Compagnons, pour y apprendre à vous connaître vraiment tel que vous êtes, en tout ce qui constitue essentiellement votre être moral et intellectuel. Vous comprîtes sans effort que ce miroir qui réfléchissait fidèle­ment vos traits naturels, n'était que la figure d'une étude bien plus importante et plus approfondie que vous aviez à faire sur vous même. Vous dûtes apprendre par là qu'il fallait fouiller au fond de votre cœur, sans complaisance et sans illusion, pour y découvrir vos défauts, peut être aussi des vices qui pour l'ordi­naire sont bien mieux connus des autres que de nous mêmes, et pour vérifier, par un sévère examen, les progrès que vous pouviez avoir faits jusque là dans votre travail sur la pierre brute, et ceux qui vous restaient encore à faire.

On ne vous dissimula pas que, pour parvenir à cette connaissance si nécessaire de soi même, il fallait un grand désir, beaucoup de courage, et les efforts soutenus de l'intelligence. Mais, pour vous faciliter ce travail pénible, on vous recommanda de cultiver soigneusement la vertu de Tempérance, de cette tempérance universelle qui embrasse l'homme physique, l'homme moral et l'homme intellectuel, qui embrasse toutes ses pensées, toutes ses paroles, toutes ses actions, en un mot tout son être.

Ce fut alors que l'Etoile Flamboyante se présenta à vos regards, pour vous diriger dans l'emploi des moyens que vous aviez à prendre, pour acquérir et perfectionner en vous cette vertu, et pour soutenir vos efforts, d'abord chancelants, pour apprendre à la pratiquer. Considérez, mon cher Frère, quel est l'avantage et la supériorité sur ses semblables de l'homme qui a su se rendre maître de ses pensées, de ses paroles et de ses actions ; vous concevrez alors le prix et l'importance de cette tempérance universelle qui vous a été si fort recommandée.  

         Le troisième grade, en vous présentant un cadavre, figuré sous vos yeux, vous a rappelé la fin de l'homme physique et de toutes les choses temporelles, comme le premier grade vous en avait annoncé le commencement et le second leur durée. Les nombres, consacrés à ce grade, répétés et multipliés sous différentes formes, ne changent jamais de valeur et n'en peuvent donner aucune autre. Ils vous démontrent l'inertie totale et la nullité absolue de la matière, lorsqu'elle est séparée du principe de vie qui la faisait exister.

 Ils vous apprennent en même temps à bien distinguer ce qui, par sa nature, est périssable dans l'homme et dans toutes choses d'avec ce qui est indestructible, et à ne jamais le confondre. Le monument funéraire qui avait frappé vos regards en entrant dans ce lieu de deuil et de douleur, vous avait déjà donné cette importante leçon et vous avait appris que l'homme, à la fin de son voyage dans la région terrestre, se dépouille de tout ce qui est étranger à sa vraie nature.

Mais la flamme qui s'élevait au-dessus de ce monument vous avait appris en même temps que sa nature essentielle est impérissable et lui survit, et qu'elle est destinée à remonter à sa source primitive, si elle l'a mérité.

 Ce grade est encore destiné à donner à ceux qui y sont appelés, une grande leçon d'un autre genre. Etendu dans le cercueil comme n'existant plus, mais y conservant cependant tous les principes de la vie, vous avez figuré l'homme vicieux et corrompu qui paraît entièrement mort à la vertu, qui, oubliant ce qu'il est, ce qu'il se doit à lui même et aux autres et tous ses rapports sociaux, se livre inconsidérément à tous ses penchants déréglés et aux passions les plus avilissantes, qui ne montre plus qu'un être entièrement perdu pour la société qui gémit de sa perte dans le deuil et dans la tristesse. Cependant il reste toujours capable de sortir de cet état funeste, tant qu'il n'a pas éteint au fond de son âme le germe de bien qui l'unit encore à son principe. Il peut toujours, soit par l'effet des bons conseils, des bons exemples qui l'environnent, soit par l'énergie de ses propres résolutions, sortir de cette profonde léthargie et renaître à la vertu.

 C'est alors que le secours puissant du Maître vient seconder ses premiers efforts. Rappelez vous ici ceux que le Vénérable Maître, qui figurait cette puissance protectrice, a faits pour vous tirer de cet état funeste, et avec quel tendre empressement il vous a arraché du tombeau et rendu à la vie. Alors vous avez retrouvé vos Frères, la joie a succédé au deuil, à la tristesse, et la lumière aux ténèbres.

Le nombre de matière morte qui vous caractérisait s'est dissipé et, en acquérant un nouvel âge, vous avez acquis le nombre de la vie. La prudence, cette vertu favorite du Maître, aussi néces­saire à l'homme qui veut rentrer dans la bonne route dont il a eu le malheur de s'écarter qu'à celui qui veut se garantir des dangers dont il sait qu'il est sans cesse environné, vous avait été annoncée, dès le commencement de votre réception, comme un secours toujours présent dans vos besoins, si vous saviez vous l’approprier.

Elle vous avait donné ses conseils, que sans doute vous n’avez pas oubliés. Mais en terminant votre réception, et avant de vous abandonner à vos propres forces, elle s'est présen­tée elle même à vos regards et s'est offerte à vous comme un guide sûr, pour vous diriger dans toutes vos actions et vous conduire au terme heureux de vos espérances.

 Comme nous avons beaucoup de choses à vous dire sur le grade que vous venez de recevoir, nous ne pouvons pas poursuivre plus longtemps l'analyse des grades précédents. Gravez profon­dement dans votre esprit et dans votre cœur les explications lumineuses qui viennent de vous être données, afin qu'elles deviennent désormais la règle invariable de votre conduite. Le quatrième grade, dont nous allons nous occuper, complète et termine votre initiation maçonnique dans les classes des symboles. Dans celui ci, l'Ordre vous présente les mêmes vérités avec de nouveaux développements, sous des formes et allégories différentes, qui tendent toutes au même but ; et cela ne saurait être autrement, puisque c'est toujours l'histoire de l'homme en général, celle de son état passé, présent et futur, de ses rapports directs avec son créateur, avec ses semblables et avec tout ce qui l'environne dans l'univers créé, qu'il vous présente dans celui ci, ainsi que dans les précédents, comme l'unique objet de la Franc‑Maçonnerie primitive.

Ces formes, ces allégo­ries, ne sont tant variées que pour imprimer plus profondément dans votre esprit les vérités importantes qu'elles voilent. Mais comme, en se multipliant sous vos yeux, elles vous apportent toujours quelques nouvelles lumières, elles vous imposent aussi de nouveaux devoirs. Vous devez donc à chaque pas redoubler d'attention pour les connaître, et d'exactitude pour les remplir.

 

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Instructions secrètes des Profès

Publié le 12 Août 2026 par T.D

« Très cher Frère ! Lorsque vous entrâtes dans la carrière maçonnique, vous fûtes prévenu que des vérités importantes y étaient cachées sous le voile des cérémonies et des emblèmes. Cependant, malgré vos efforts pour les dévoiler, vous êtes encore aujourd'hui dans l'incertitude sur l'espèce de science que la Maçonnerie présente à vos recherches; et, peu satisfait des instructions qui vous ont été données, vous désirez d'être admis parmi nous dans l'espérance d'y découvrir la vraie base des Allégories.

Vos doutes et votre zèle seraient insuffisants pour nous déterminer, si vous n'étiez disposé à affirmer des choses que les hommes profanes s'efforcent d'oublier, et qu'ils dédaignent quand on les leur fait entrevoir. Mais à la faveur des liens fraternels qui nous unissent, nous nous sommes assurés par nous-mêmes de votre respect pour les vérités religieuses, et de la confiance que vous avez en elles. Ainsi nous n'avons point à craindre que vous les rejetiez lorsqu'on vous les présentera dans la route que vous allez parcourir. II est d'autant plus facile de les admettre, mon cher Frère, que c'est l'éloignement presque général des hommes pour ces objets sacrés qui, s'étant introduits parmi les Maçons, les empêcha de s'élever jusqu'à la vérité des allégories.

Alors, méconnaissant le but auquel ces mystères devaient les conduire, ils les appliquèrent à des sciences factices et matérielles qui n'eurent jamais aucun rapport à l'initiation maçonnique. Ainsi en adoptant ces systèmes arbitraires, ils ne concevaient déjà plus que l'initiation, ayant l'homme pour objet, doit le conduire à une science digne de lui, et propre à sa force intellectuelle.

 Pour vous aider, très cher Frère, à prendre une juste idée de l'espèce de science qui peut être le but de l'initiation, il est nécessaire de vous donner quelques notions de l'état de l'homme dans son origine, et des révolutions funestes qui furent produites en lui et dans l'univers par les actes désordonnés et arbitraires de sa volonté. Avant que l'homme primitif eût prostitué ses facultés à la recherche des objets matériels, ainsi que nous l'ont indiqué les Traditions Religieuses auxquelles vous faites profession d'adhérer, il avait un sentiment intime et une connaissance parfaite de la Nature spirituelle Divine. Vous ne pourrez en douter lorsque vous aurez appris, si vous l'ignorez encore, que l'homme appartient, par sa propre essence, à la classe des êtres spirituels Divins, et que, par la prérogative des Etres purs et spirituels, il y a sans cesse entre eux une action et une réaction réciproque de toutes leurs facultés. 

C'est pour cette raison qu'avant son crime l'homme se connaissait lui-même avec évidence, comme il connaissait le Principe Créateur Universel et toutes les créatures émanées de lui.

Or cette Science Divine était par sa nature absolument incompatible avec les affections et passions temporelles sensibles dont l'homme fut la proie à l'instant de sa prévarication, puisqu'elles avaient anéanti tous ses moyens naturels d'action et de réaction sur les Etres spirituels.  Les connaissances ténébreuses qu'il avait acquises par ses œuvres matérielles l'ayant jeté en privation absolue Divine, il prostitua son encens aux plus indignes créatures et ses facultés s'obscurcirent au point qu'il douta de sa propre existence spirituelle et de celle de tous les Agents de l'Univers.

En effet, dans cet état il restait privé de la perception de ces Agents et de tous les rapports directs qu'il avait auparavant avec eux, car il ne pouvait plus apercevoir que des êtres matériels, divisibles et composés. Voilà, mon cher Frère, ce qui lui fit perdre entièrement l'idée de l'Unité et de la perfection des Etres spirituels Divins, et ce qui le porta enfin à croire que la matière était en même temps le seul principe de l'Univers, et l'Univers même. Par les choses que nous venons de vous exposer, vous devez concevoir une haute idée de l'homme avant son crime, puisque c'était au centre de la Lumière et de la vérité qu'il puisait l'action, la vie et l'intelligence.

C'était à la faveur des rayons qui en émanent sur tous les Etres qu'aucun d'eux n'échappait à ses regards, et qu'il jouissait d'une Science sans bornes, étant sans cesse en aspect de tous les actes et de toutes les facultés des Etres spirituels. Vous devez concevoir également la possibilité des ténèbres que répandirent sur l'esprit de l'homme les faits qu'il opéra contre la loi du Créateur. Car aussitôt que, sans égard à son rang glorieux d'Etre pur spirituel, il eût conçu et exécuté le monstrueux projet de se nourrir de fruits matériels, il ne tarda pas, ainsi que les Traditions vous l'ont annoncé, à se regarder lui-même comme un Etre de matière. Dès lors, il ne s'occupa qu'à connaître et à fortifier les rapports qu'il venait d'acquérir avec la nature sensible et inférieure, il mit toute sa gloire à découvrir les facultés apparentes et les propriétés des corps, afin d'augmenter ses jouissances corporelles, enfin il ne reconnut pour vraie science que la science physique temporelle, parce que c'était la seule dont il pouvait avoir l'évidence.

Cette erreur ténébreuse se répandit sur sa postérité, et encore aujourd'hui les hommes qui se disent savants et philosophes n'admettent point d'autre science, et la plupart ne croient en effet qu'aux êtres soumis à leurs sens. Vous ne devez pas douter, mon cher Frère, de ce que nous venons de vous dire sur la cause originelle de l'ignorance de l'homme. Cette ignorance serait devenue universelle si, dès le commencement, elle n'avait été suscitée par des sages instruits dans les sciences spirituelles Divines, et qui les ont perpétuées sur la terre par la voie de l'initiation. Vous nous objecterez peut-être que la vraie science étant, ainsi que nous l'avons reconnu nous-mêmes, incompatible avec l'état actuel de l'homme, vous ne concevez pas ce que pouvait être la science des mages et des initiés. 

Pour vous éclairer sur cette question importante nous vous dirons qu'il y a certainement une science propre à l'homme d'aujourd'hui, à proportion qu'il se fortifie dans ses vertus spirituelles; mais cette science est très inférieure à celle dont il devait jouir, et c'est ce que nous allons tâcher de vous faire concevoir.

Dans l'état primitif de l'homme, sa science consistait dans une pleine et parfaite connaissance des Actes qu'il devait faire pour remplir avec précision la loi qu'il avait reçue de l'Eternel, loi qu'il ne pouvait exécuter sans connaître en même temps la nature et les prérogatives de tous les Etres émanés du Créateur. Il est donc bien évident que cette science ineffable ne pouvait convenir à l'homme après son crime, puisque étant renfermé dans les bornes étroites d'une forme incorruptible, il était privé de toutes les facultés qu'il avait reçues pour remplir sa première loi.

C'est pour cela que l'initiation et ses mystères, ne pouvant avoir rapport qu'à l'homme en privation, furent si différents de la science primitive. Car ils se réduisaient à instruire les Disciples sur l'état glorieux de pureté spirituelle Divine qui avait été l'apanage de l'homme, et à leur apprendre que c'était par les actes impies et ténébreux de sa volonté qu'il était déchu de cette première splendeur, et que l'Univers avait éprouvé les plus affreuses révolutions

. Aussi les premiers pas de l'initié se faisaient dans le deuil et dans les larmes, exposé à toute la rigueur des éléments. Lorsque, par la révélation de ces mystères, il était parvenu à concevoir la dignité de sa nature spirituelle et à sentir assez vivement sa privation pour se réclamer de la miséricorde du Créateur, on lui annonçait la puissance qui s'est manifestée en faveur de l'homme dans cet Univers et, pour le défendre des illusions temporelles, on lui indiquait les moyens de rendre les actes de cette puissance réversibles sur lui. Voilà, mon cher Frère, la différence extrême qui se trouve entre la science de l'initiation et la science primitive de l'homme.

 Dans ce court exposé vous avez dû entrevoir que, dès le premier âge du monde, lorsque l'homme coupable eut gémi sur son crime, la Clémence du Créateur lui avait accordé des secours puissants et efficaces. Alors il eut en effet le bonheur de percer les ténèbres épaisses dont il était enveloppé. Mais il ne put obtenir la jouissance directe et immédiate de ses premiers Droits, sa prévarication ayant élevé des obstacles insurmontables qui s'opposaient à sa parfaite réconciliation, jusqu'à ce que les conditions nécessaires pour l'opérer fussent accomplies.

 Cependant il eut dès lors des notions justes de son premier état, ainsi que des changements qui avaient eu lieu en sa faveur dans l'ordre temporel. Voilà ce que les Sages retraçaient à leurs disciples par le cérémonial et les emblèmes de l'initiation. Mais dès les premières postérités de l'homme ces faits furent enseignés sans mystères ni allégories, en sorte qu'il n'y eut point d'initiation dans les diverses familles qui habitaient alors la terre. Ainsi vous ne devez point accorder votre confiance à ce que des philosophes, peu instruits de l'origine de cet Univers, ont osé avancer sur ce premier âge, prétendant d'après leurs seules conjectures que les hommes d'alors ont vécu en sauvages et sans aucune connaissance de la Divinité.  

Car jamais on ne vit les hommes sur la terre dans ce déplorable état, qu'après qu'ils eurent obscurci leur intelligence par l'abus même des sublimes connaissances qui leur étaient propres. Cet abus étant devenu universel, le fléau lancé pour le détruire et pour préserver les postérités futures fut également universel, et dut l'être. Après le Déluge, la Science conservée par Noé fut transmise sans voile à ses enfants, comme les Traditions vous l'ont figurée, afin qu'elle fût perpétuée dans sa pureté originelle chez leur postérité. Mais dès lors même, un des propres fils de ce Sage élu osa abuser de ce qu'il venait de connaître, en répétant le crime que le Déluge avait effacé sur la terre.

Les profanations s'étant bientôt multipliées parmi les enfants des hommes, les Sages de cette seconde postérité devinrent réservés et circonspects. Car les nations s'abandonnant à l'idolâtrie et aux actes purement matériels, la Science qu'elles auraient profanée s'effaça de leur souvenir, et la Vérité fut un mystère qu'on ne pouvait plus révéler qu'à ceux d'entre les hommes qui s'en montraient dignes.

Cependant les Sages employèrent tous les moyens qui étaient en eux, et tous les secours qu'ils purent se procurer, pour en acquérir une connaissance plus parfaite et pour faire prévaloir la vraie science parmi les hommes. Nous ne vous dirons pas, mon cher Frère, quels étaient ces moyens et ces secours. Le zèle pour la Vérité qui vous a conduit au milieu de nous, si vous y persévérez constamment, vous servira à les découvrir.

Mais vous ne devez pas ignorer aujourd'hui que la route qui fut suivie par ces Maîtres était pénible et absolument opposée à celle qui avait précipité l'homme dans la Région matérielle terrestre. Ces hommes justes répandaient avec abondance sur la famille humaine les fruits de leurs œuvres, ne cessant de s'opposer aux progrès du mal parmi les peuples. Mais l'impiété et la corruption étant devenues presque universelles, ils furent forcés de recourir à des emblèmes mystérieux pour propager la science sans l'exposer à la profanation. Dans cette vue ils appelèrent à eux des hommes droits et simples de cœur, inébranlables et intrépides dans la voie de la vérité, et capables de lui faire tous les sacrifices qu'elle exigeait d'eux quand elle leur serait connue.

Gardez-vous donc, mon cher Frère, de penser que les Disciples de la science puissent parvenir par quelque route plus douce et moins pénible que celle qui fut pratiquée par les premiers Maîtres. II n'y a qu'une voie qui conduise à la Vérité, et si vous pensiez autrement, il faudrait abjurer cette erreur avant que d'entrer dans la carrière qui s'ouvre devant vous. Elle a été l'origine des initiations : elles furent nécessitées par l'ignorance et la perversité des hommes. Cependant ne croyez pas que toutes celles qui eurent lieu parmi les peuples dans les différentes époques de la Société humaine avaient été également recommandables ; car il y en eut d'institution Divine, et d'autres qui furent établies arbitrairement par des Maîtres plus ou moins éclairés.

Ceci nous conduit à vous dire que, quoiqu'il n'y ait qu'une vraie science pour l'homme, la forme de l'initiation peut varier à l'infini, parce que les signes et les types de vérité sont innombrables. Chez les anciens peuples, on donna le nom de Prêtres, Rois, Mages, Sages ou Philosophes à ceux à qui le secret de la science fut réservé.  Ils acquirent par leurs lumières une sorte de souveraineté, parce qu'ils furent des conducteurs éclairés pour les nations, et il ne faut pas chercher ailleurs l'origine de l'union primitive du sacerdoce à la puissance temporelle. Ceux qui sont instruits de l'histoire des diverses initiations savent qu'il n'en est aucune qui ait subsisté longtemps sans s'altérer peu à peu, par l'oubli des vrais principes et par le penchant naturel de l'homme animal à se reposer sur les choses matérielles et inférieures.

Telles furent la vraie cause et l'origine de l'idolâtrie, par le mélange abominable qui se fit bientôt du sacré avec le profane, et des emblèmes de la science spirituelle Divine, avec les pratiques superstitieuses des peuples corrompus. Cette décadence fut l'effet inévitable des initiations indiscrètes ou trop multipliées, et principalement de l'empire des erreurs répandues sur la terre, qui pénétraient jusque dans les Temples des Initiés. Bien que, malgré les travaux des Sages, l'initiation n'ait pu garantir les hommes des ténèbres de l'idolâtrie, quoique parmi leurs Disciples, il s'en soit trouvé qui ont osé égaler les puissances de la nature à la Divinité même et qui, après avoir profané les mystères de la science, ont perdu de vue le véritable sens des Allégories ou les ont travesties par des applications apocryphes.

Cependant, on doit aux vraies initiations d'avoir conservé sur la terre le Dogme de l'immortalité de l'âme et celui de l'existence d'un Etre unique et intelligent, Principe universel de tout ce qui existe. La doctrine constante des Sages de l'antiquité ne permet pas d'en douter.

En effet, le principal but de l'initiation fut toujours d'instruire les nommes sur les mystères de la Religion et de la science primitive, et de les préserver de l'abandon total qu'ils feraient de leurs facultés spirituelles aux influences des Etres corporels et inférieurs. Les initiations devaient donc être le refuge de la Vérité, puisqu'elle pouvait y former des Temples dans le cœur de ceux qui savaient l'apprécier et lui rendre hommage.

Les Egyptiens, ainsi que la plupart des anciens peuples, avaient pu connaître la science dans sa pureté primitive. Cette science enseignait... les lois des choses spirituelles Divines et temporelles. Elle indiquait aux initiés les moyens de participer à l'action des puissances qui sont chargées d'opérer dans cet Univers en faveur de l'homme, et de le soutenir et défendre dans la carrière pénible à laquelle il a été assujetti par sa dégradation.

Mais les Sages d'Egypte, instruits de la diversité des faits qui peuvent résulter de l'action de ces puissances, fixèrent bientôt toute leur attention sur ce qui flattait le plus le penchant naturel de l'homme pour les choses sensibles et matérielles, en sorte qu'ils perdirent de vue les faits d'un Ordre supérieur jusqu'à les oublier entièrement, comme il est arrivé depuis à tous ceux qui les ont imités. 

Ainsi leur initiation n'eut bientôt d'autre objet que la connaissance de la nature matérielle, et il faut convenir qu'ils y firent de grands progrès, ayant profité des lumières que leurs Maîtres avaient acquises en ce genre, par une règle plus lumineuse et plus sûre.

Dès lors leurs hiéroglyphes et leurs Allégories cessèrent de s'élever jusqu'à l'action spirituelle universelle qui se manifeste dans l'Univers par ordre du Créateur, et n'eurent rapport qu'aux agents secondaires qui opèrent temporellement pour la production et la durée des êtres matériels. De là vient que leurs mystères ont bien plus exprimé le culte que les initiés rendaient aux puissances actives de la nature temporelle, que celui qu'ils auraient dû rendre au Principe unique de toute puissance générale et particulière. Les signes caractéristiques de chacune de ces Puissances, que quelques-uns ont appelé hiéroglyphes, ayant été présentés aux peuples dans le culte public, ils leur rendirent hommage comme à la Divinité même, et se prosternèrent devant les emblèmes que la science avait employés. Telle fut l'origine de l'idolâtrie matérielle des hommes vulgaires et ignorants. Les prêtres et les Initiés de la Religion Egyptienne n'avaient pu confondre les puissances de la nature avec les signes sensibles qui les expriment.

Mais ils étaient tombés dans une erreur bien plus funeste, puisque après s'être assurés de la réalité et de l'efficacité de l'action des divers Agents de la Nature, ils avaient cru devoir leur adoration à tous les Etres dont ils ne pouvaient concevoir la puissance. Et ils avaient été assez aveugles pour élever des temples et des autels, non seulement aux êtres bienfaisants, mais encore à des dieux méchants et pervers. Cette idolâtrie spirituelle et abominable fut la seule cause de l'idolâtrie des images, car, tandis que les prêtres invoquaient par des cérémonies sacrilèges les puissances mêmes figurées par les hiéroglyphes, le peuple, prosterné devant ces représentations matérielles, leur adressait directement sa prière sans s'élever audessus de la figure. 

Ainsi un culte impie se répandit sur la terre, et la plupart des nations restèrent exposées aux plus terribles fléaux, ayant cessé de rendre réversibles sur elles, par la pureté du culte, les puissances favorables qui actionnent dans l'univers en faveur de l'homme. Ces égarements des Egyptiens, que vous ne devez point ignorer puisqu'ils sont attestés par tous les monuments, doivent vous tenir en garde contre des écrivains modernes qui, d'après quelques fragments des cérémonies mystérieuses de l'initiation Egyptienne, ont attribué à ses prêtres, une sagesse et une science qui depuis longtemps n'existaient plus chez ce peuple. Les vains efforts des mages contre la sagesse victorieuse de Moïse vous fournissent une preuve évidente que, dès ce temps-là même, leur initiation s'était écartée du vrai but de la science et que, quelque grands que fussent leurs succès dans les oeuvres matérielles, ils ne pouvaient résister à l'efficacité puissante de la science spirituelle Divine. L'initiation primitive se corrompit chez tous les anciens peuples à peu près comme chez les Egyptiens.  

La diversité et la pluralité des Puissances dont l'action se manifestait sans cesse à leurs yeux, leur fit oublier le Créateur, source unique de toutes ces puissances, et, au lieu de rendre hommage à son éternelle Unité, ils se prosternèrent devant les Agents individuels qui, par Décret de l'Eternel, sont dépositaires dans cet Univers des émanations partielles de la Puissance Divine.

 Cependant ne croyez pas, mon cher Frère, que ces erreurs funestes aient été si universelles qu'il n'y ait eu chez ces peuples aucun Sage instruit sur la Vérité de l'initiation primitive. Il est certain que, depuis le commencement des temps, le vrai culte n'a pas cessé un instant d'être offert parmi les hommes sur des autels agréables à la Divinité. Il y a toujours eu, dans les diverses régions de la terre, des Elus qui ont présenté à l'Eternel, en toute sainteté, un encens pur et digne de lui, comme vrais représentants de la famille humaine au nom et en faveur de laquelle ils imploraient la bonté et la clémence Divines.

Et cela aurait-il pu être autrement sans que la terre, cet unique asile conservé à l'homme après son repentir, eût été changée en un affreux abîme pour rester à jamais, avec tous ses habitants, en privation éternelle divine, puisque, dans cette dépravation universelle, aucun homme n'aurait pu mériter les regards du Créateur. C'est ce qui vous a été annoncé par les Traditions, lorsque Dieu exigeait qu'il y eût au moins quelques justes dans Sodome sur lesquels pût reposer sa clémence.

 D'ailleurs vous n'ignorez point que, pour conserver le vrai Culte dans l'Univers et sur la terre, une Puissance ineffable a été envoyée par Décret de la Miséricorde infinie, et qu'après avoir régénéré l'Alliance entre Dieu et l'homme, elle ne cesse de vivifier, dans la postérité humaine, un culte qui n'a de valeur que parce que cette Puissance toute Divine est elle-même le grand Prêtre qui présente à l'Eternel les offrandes pures des hommes de Désir.  La corruption du culte, étant devenue presque générale parmi les hommes, donna lieu aux initiations d'institution Divine et à l'élection d'un peuple particulier chargé sur la terre de pratiquer le vrai culte dans toute sa pureté.

 « Moïse, législateur de cette nation élue qui ne paraît conservée que pour forcer les hommes à d'utiles réflexions, avait commencé à connaître la Science chez les Egyptiens. Mais, éclairé par une lumière supérieure, il s'éleva au-dessus de ses maîtres et leur fit connaître sa supériorité. Il rétablit la Science parmi les siens dans sa pureté originelle, car ils l'avaient oubliée dans une longue captivité chez un peuple corrompu.

 Ce fut à cette époque qu'il initia, à différents degrés, les chefs des Tribus et des familles, pour l'aider dans ses fonctions et pour transmettre successivement ce qu'ils avaient reçu de lui. Mais on vit presque aussitôt parmi eux des écarts et des abus, dont ils furent toujours sévèrement punis. Après Moïse et ses successeurs immédiats, la science dégénéra encore, et pendant un long intervalle de temps, elle ne parut que comme des éclairs passagers. Les Grands hommes qui s'élevèrent dans ces temps malheureux furent persécutés, et cette nation aveugle en vint même jusqu'à se lasser de ses puissants Conducteurs et à demander un Roi. Il lui fut accordé.

Saül fut élu et initié par Samuel mais, peu fidèle à la Loi qu'il avait reçue, il fut abandonné. Longtemps avant de monter sur le trône de Saül, David avait été initié. 

 Devenu coupable sur le trône, il fut sévèrement puni, mais, étant toujours resté fidèle à la Science, il obtint son pardon et mérita de recevoir les plans mystérieux du Temple qui devait être construit par son fils.  A peine Salomon fut-il élevé sur le trône de David qu'il reçut la plénitude de la science et de la sagesse qu'il avait désirée et demandée avec tant d'ardeur.

 Ce fut alors qu'il renouvela l'alliance que son père avait faite à Hiram, Roi de Tyr, alliance qui lui procura le plus grand et le plus célèbre des architectes, dont les travaux allégoriques servent encore de base à ceux des Maçons. Salomon, ayant acquis des connaissances profondes sur la nature, les communiqua par l'initiation à des ouvriers dignes d'exécuter les plans du Temple qu'il devait élever.

Et au jour de la Dédicace de cet édifice ils reçurent ensemble le prix de leurs sublimes travaux. Le Temple ayant alors acquis toute sa perfection, les ouvriers furent licenciés avec des distinctions relatives à leurs emplois particuliers. Cependant les chefs de Bandes restèrent auprès de ce Prince, et ce fut par les avis de ces sages coopérateurs que Salomon parvint au plus haut degré de gloire qu'aucun homme ne puisse obtenir.

 Mais ensuite, ébloui de sa puissance et de la splendeur de son trône, il perdit tout à fait de vue la sagesse qui l'avait élevé. Les Compagnons de ses travaux, effrayés des abus qu'il fit de la Science, s'éloignèrent tout à fait de sa Cour et portèrent dans d'autres contrées l'initiation du temple de Jérusalem, où elle se répandit chez différents peuples. Cette initiation ne différait pas essentiellement de l'initiation primitive. C'est la même Science et les mêmes mystères originels, séparés de tout ce que l'ignorance et la perversité des hommes y avaient rajouté d'impur ou d'étranger, et présenté sous les emblèmes du temple. Presque tous les Rois qui succédèrent à Salomon méconnurent cette Science, ou en abusèrent.

Cependant elle fut toujours spécialement conservée dans la race de Judas car, le Temple de Salomon ayant été détruit, Zorobabel en obtint la réédification et, ayant surmonté tous les obstacles, il rétablit l'initiation dans Jérusalem. Peu de temps après Zorobabel, le Science commença à dégénérer. Les abus se multiplièrent à un tel excès qu'elle disparut enfin du milieu de ce peuple.

Le Temple fut détruit jusque dans ses fondements, et les Juifs, dispersés dans toute la terre, vinrent subir à la face des nations la peine de leur aveuglement extrême. Car ils avaient méconnu le Restaurateur Universel de toute science, qui était venu la vivifier au Centre et lui rendre sa pureté originelle afin que, de là elle se répandit partout, et sur tous.

 Le Grand Type des Maçons se trouvant accompli par cet événement, la Science fut cultivée secrètement par quelques Sages qui conservèrent l'initiation du temple, tandis que l'instruction générale des peuples prit une forme qui rapprochait les nations du vrai but de tous les mystères primitifs.

En effet, si l'on examine avec un peu d'attention les écrits des sages qui ont éclairé les hommes pendant les premiers temps du christianisme, on en trouvera des preuves multipliées de l'initiation secrète, puisqu'ils parlent et agissent comme initiés. 

C'est ici le moment, mon cher Frère, de vous rappeler que l'admission au christianisme fut une véritable initiation à des mystères sacrés et ineffables.

 On ne pouvait en obtenir la connaissance et la participation qu'après avoir subi successivement des épreuves longues et rigoureuses dans les quatre différents grades, connus sous les noms d'Auditeurs, de Catéchumènes, de Compétents ou d'Elus, et de Néophytes ou chrétiens admis et baptisés. Nous ne parlons pas ici des quatre Grades supérieurs ou sacerdotaux auxquels on n'éleva que ceux qui furent destinés à la conduite des Temples, à la célébration des mystères, à instruire les initiés et à conférer le caractère de l'initiation.

Le grand nombre de ceux qui désiraient être initiés aux mystères du christianisme et les persécutions violentes qui commencèrent à s'élever, forcèrent à se garantir de l'indiscrétion inévitable d'une trop grande multitude, et des profanations qui en résultaient.

Les assemblées furent très secrètes, et les vraies initiations devinrent extrêmement rares. On se borna à admettre les Elus des différentes classes à quelque partie de la Doctrine ou du cérémonial mystérieux, mais sans leur accorder l'intelligence, car il ne leur en fut donné que des interprétations pieuses, morales ou dogmatiques, qui suffisaient au plus grand nombre. II vous sera facile, mon cher Frère, de vous en convaincre par le plus léger examen des premiers faits du christianisme, et des Rites mêmes qui nous ont été conservés sans que leur type originel nous ait été transmis.

 A cette époque, il existait sur la terre, comme il existe encore aujourd'hui, plusieurs espèces d'initiations : savoir l'initiation primitive, plus ou moins corrompue ou altérée, chez divers peuples de l'Orient ; l'initiation des Gentils ou des Egyptiens, qui n'est qu'un criminel et monstrueux abus de la Science ; et enfin l'initiation du Temple, établie par Moïse et perfectionnée par Salomon.

C'est la même qui est parvenue jusqu'à nous sous le nom de Franc-Maçonnerie. Elle diffère essentiellement de l'initiation chrétienne en ce qu'elle ne peut présenter que figurativement l'histoire de l'homme général et de l'univers ainsi que les rapports qui les unissent, tandis que cette dernière, beaucoup plus parfaite, présente le développement effectif des allégories et l'accomplissement réel des mystères de la Religion primitive et universelle... Arrêtons-nous, mon Cher Frère, ce n'est pas ici que vous devez être éclairé sur de si grands objets. L'instruction légitime, et vos propres travaux, doivent seuls, vous guider dans cette carrière sacrée.

La simple admission à l'initiation chrétienne, ayant été offerte à toutes les Nations, rendit presque universelle la Doctrine de la chute de l'homme et de sa régénération. Dès lors les initiations perverses furent presque anéanties parmi les peuples, les Agents obstinés de l'idolâtrie furent terrassés et confondus, et la Loi du Divin Christ régna dans l'Univers. Les initiés du temple se hâtèrent de rendre hommage à la Vérité qui venait de paraître à leurs yeux dans son plus grand éclat et, s'étant ainsi convaincus que l'attente où ils avaient été de la réédification du temple universel et particulier n'était point vaine, ils se firent un devoir de perpétuer l'initiation même qui avait éclairé leur esprit sur les mystères de l'homme et de l'univers.

Le cérémonial et les emblèmes qu'ils eurent soin de transmettre ont acquis, dans ces derniers temps, sous le nom de Franc-Maçonnerie, une sorte de publicité qui est venue de la condescendance coupable des Maîtres peu instruits, et de la curiosité indiscrète des hommes du siècle. Une foule ignorante et profane s'est introduite dans les Temples Maçonniques.

Les Profès ne se voyant plus entourés de leurs Frères selon la Science, ont gardé un silence profond sur l'initiation secrète de la Maçonnerie ainsi que sur le vrai sens des allégories des trois Grades, en sorte que la Profession, qui était l'apanage des maîtres, fut séparée d'eux par des classes intermédiaires et inutiles par elles-mêmes. Ce fut alors qu'on vit une multitude de Maçons, inquiets de leur ignorance mais peu disposés au développement des mystères, prendre à tâche de dévoiler nos emblèmes, quoique parmi ces Maîtres prétendus il y en ait eu d'assez téméraires pour ériger en dogmes leurs systèmes apocryphes en les appuyant sur des grades factices et illusoires.

Ce serait sans aucun fruit pour vous que nous mettions sous vos yeux les interprétations innombrables et arbitraires qu'ils n'ont pas craint de proposer aux candidats. Cependant il existe une classe de Maçons que nous devons vous dénoncer aujourd'hui, parce qu'ils s'abandonnèrent en effet dans une route absolument opposée à la science spirituelle Divine dont vous allez faire profession.

 La même erreur qui détourna l'homme primitif de ses actes spirituels pour le fixer aux résultats ténébreux de la matière, forme la base de la science des Adeptes : c'est dans la décomposition des êtres matériels et par les manipulations de leur art qu'ils espèrent découvrir une vraie lumière pour l'homme, et de trouver l'esprit vivifiant de la Nature. Mais celui qui est éclairé sur la vraie science sait que ce n'est pas dans la matière qu'il faut chercher ni la lumière ni l'esprit de la vie.

Pour favoriser leur succès dans ces vaines recherches, les Adeptes ont été assez aveugles pour emprunter de la vraie science quelques-uns de ses moyens, et pour adresser leur prière sacrilège au Grand Architecte de l'Univers, comme s'ils pouvaient ignorer la loi qu'il a imposée aux hommes de s'élever sans cesse audessus des actes matériels, pour lui édifier des Temples dignes de lui. Ainsi ce qui doit vous éloigner de l'art des Adeptes, c'est qu'ils emploient les moyens les plus incompatibles en les croyant également nécessaires au succès de leurs œuvres ; c'est que dans cette vue ils joignent à leurs manipulations des actes d'un ordre supérieur qu'on ne peut jamais, sans une insigne profanation, prostituer par des résultats matériels.

D'ailleurs tout ce que l'alchimiste le plus opiniâtre et le plus versé dans son art peut espérer de sa persévérance, c'est de pénétrer jusqu'aux Principes élémentaires des Etres Corporels soumis à ses manipulations, et d'en obtenir des phénomènes différents de la loi d'action temporelle individuelle qui leur est propre. Or c'est précisément là ce qui démontre la vanité de la science des Adeptes, puisqu'ils ne sauraient se procurer par ces Etres de vie apparente aucun fruit vraiment propre à l'homme.

C'est pourtant là l'unique terme de la Science dont ces hommes aveugles ne parlent qu'avec enthousiasme et qui les écarte en effet du seul objet digne de leurs recherches, c'est-à-dire de cette lumière que tout homme peut apercevoir lorsqu'il emploie les moyens qui sont en lui-même et dans la nature.

Voilà, mon cher Frère, ce que vous ne deviez point ignorer sur la Maçonnerie des Adeptes. Souvenez-vous, lorsque vous serez dans le cas de donner votre suffrage pour l'admission d'un Profès, que vous devez examiner rigoureusement ceux qui ont été partisans de l'art, et que vous ne devez jamais l'accorder avant qu'ils se soient eux-mêmes convaincus qu'un pareil travail ne peut s'allier avec la Profession des Sciences spirituelles Divines. Mon cher Frère, les instructions que vous venez d'entendre ont été destinées par nos instituteurs à faire entrevoir aux Profès le vrai but des initiations anciennes. Donnez-y l'attention la plus sérieuse, pour que le bien que nous avons voulu faire ne serve pas à votre condamnation. Nous supplions le Grand Architecte de l'Univers, quelles que soient les connaissances que vous pourrez acquérir, de vous préserver par sa bonté infinie du malheur d'en abuser. »

 

"Mon Cher Frère, les Instructions que vous venez d'entendre ont été destinées par nos Instituteurs à faire entrevoir aux Profès le vrai but des Initiations anciennes. Donnez-y l'attention la plus sérieuse pour que le bien que nous avons voulu vous faire ne serve pas à votre Condamnation. Nous supplions le Grand Architecte de l'Univers quelles que soient les connaissances que vous pourrez en acquérir, de vous préserver par sa Bonté Infinie du malheur d'en abuser 

 

 

 

 

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Publié le 12 Août 2026 par T.D

Grand PRIEUR : Frère Novice, un Ordre ancien et respectable, dérivé de l'Ordre antique de la Chevalerie, conservé jusqu'à nos jours sous ses diverses formes, caché pendant bien des siècles aux profanes sous les voiles des emblèmes et des allégories, réformé vers la fin du XVIIIème Siècle se montre aujourd'hui sans mystère.

Cet Ordre est actuellement voué uniquement à la pratique des vertus, à la défense des opprimés et au soutien des malheureux.

Vous avez déjà commencé à le connaître lorsque vous avez été admis au Noviciat. Il vous ouvre aujourd'hui les portes de son sanctuaire. Depuis lors, vous avez exprimé le désir de lui appartenir de plus près. Voulez-vous donc main­tenant vous lier à cet Ordre Bienfaisant par des voeux solennels, et vous unir à nous par des liens de la plus intime fraternité ?

Il est en effet essentiel, Frère Ecuyer Novice, que vous nous assuriez que l'engagement que vous allez contrac­ter sera irrévocable, et que vous serez à jamais dévoué à l'Ordre, et à ses princi­pes, à ses chefs et à tous les Chevaliers, puisqu'ils doivent à leur tour vous don­ner la même garantie.

CANDIDAT : ………      

Grand PRIEUR : Et vous. Frères Chevaliers, promettez-vous au candidat atta­chement inviolable et dévouement sans bornes ?

TOUS : Nous le jurons !

Grand PRIEUR : Je devrais maintenant vous faire entendre la lecture des vœux d'Ordre par lesquels vous vous engagerez en qualité de Chevalier. Mais, afin que vous en saisissiez mieux la haute importance, vous écouterez auparavant l'Instruction de votre nouveau Grade, le plus haut, le plus sublime de notre Rite. Elle vous fera reconnaître l'origine et le But primitif de notre Ordre, et la voie que vous devrez suivre désormais pour parvenir à ce but.

Elle vous fera particulièrement reconnaître les rapports avec l'Ordre vrai et grandiose qui l'a précédé.

Le Maître des Cérémonies conduit le Candidat à l'Occident et le fait asseoir vis-à-vis de l’Orient.

PRÉFET : Dans le Grade d'Écuyer Novice, alors que vous fûtes reçu dans l'Ordre, nous avons cherché à vous retracer les phases successives par les­quelles a passé l'initiation antique, et nous l'avons montrée inspirée par cette marche de l'esprit humain vers la perfectibilité et vers l'idéal.

Après avoir ainsi étudié l'origine et le but  de la Maçonnerie, en com­mençant par l'Orient, berceau de toute initiation, nous sommes arrivés d'étape en étape à cette touchante figure du Christ, qui domine celle des temps passés et qui a remplacé la vieille formule de la Divinité : un Dieu fort et jaloux qui punit dans ses enfants les iniquités des pères, par celle, plus juste, plus vraie et plus consolante : Dieu est un Père, il est Amour et Pardon.

Quoi d'étonnant que de tels préceptes, appuyés sur une vie toute d'abnégation, soient devenus la base d'une Religion nouvelle qui transforma la Société. La vie et l'enseignement du Christ nous le font apparaître comme un initié, le plus grand sans doute et qui, comme tant d'autres, paya de sa vie son courage, son indé­pendance et sa soif de vérité.

DOYEN : Les premiers temps du Christianisme se signalèrent par leur naïve sim­plicité : attendant le retour du Maître, on ne s'écartait point de ses préceptes, on leur obéissait à la lettre, sans chercher à en pénétrer le sens caché. Et, pour se met­tre en garde des faux Frères, on convenait déjà de certains signes et attouche­ments.

Mais peu à peu la nouvelle religion se transforma, donnant naissance aux Ordres monastiques, qui rappelaient en quelque sorte celui des Esséniens, et le principe d'autorité s'affirma définitivement lorsque celui qui se donnait pour le suc­cesseur de saint Pierre et pour le représentant du Maître qui fut humble parmi les humbles, s'assit sur un trône plus que royal et ceignit sa tête de la Triple Couronne.

Alors la simplicité des premiers temps, sa morale, la bienfaisance, la fraternité, firent place à l'esprit d'autorité et d'intolérance, ainsi qu'aux dogmes les plus étranges et les plus arbitraires.

Mais ne nous attardons point à ces époques, qui cependant, ne manquèrent pas de grandeur : ne fut-ce pas une magnifique page dans le livre de l'Humanité, que ce sublime appel de Pierre l'Ermite au Concile de Clermont, faisant courir un fris­son guerrier dans les veines de ses contemporains ; la conquête des Lieux Saints, les Chrétiens possesseurs de ces régions lointaines où avait vécu, prêché et souffert l'inoubliable  Rédempteur ? Les Croisades se succédèrent, époque prestigieuse qui inspira tant d'actions d'éclat et qui, pour les peuples d'Occident, fut l'aurore de la liberté et de l'affran­chissement.

PRIEUR : L'établissement des Chrétiens à Jérusalem donna naissance aux Ordres chevaleresques, et la tradition veut que nous nous rattachions à celui dont nous allons retracer la courte mais glorieuse existence.

En 1108, Hugues de Paganis et Geoffroy de Saint Orner, tous deux natifs d'Auvergne, arrivèrent en Terre Sainte. Trois ans plus tard, ils se réunirent à sept autres gentilhomme le jour de la Sainte Trinité, et élurent Hugues de Paganis pour leur chef. Leur principal but était de protéger les pèlerins contre les Sarrasins et de tout sacrifier pour la défense de la Religion chrétienne.

PRÉFET : Ils se donnèrent le nom de Chevaliers de la Cité Sainte. Les neuf Fondateurs de cet Ordre étaient :

Hugues de Paganis,

Geoffroy de Saint Orner,

Guilbert Norfolk,

Philippe de Saint Maur,

Hildebrand Lavis de Scala,

Jacques de Durfart-Duras,

Martin de Rhodes,

Guillaume de Garnache,

Hugues, Sire de Lusignan.

PRIEUR : Dans le principe, ces neuf Chevaliers étaient errants, mais en 1115, le Roi Baudoin II leur donna asile dans l'enceinte du temple de Salomon, et en 1118 ils furent appelés CHEVALIERS DU TEMPLE ou TEMPLIERS.

Ils vivaient d'aumônes et de bienfaits des fidèles et, pendant neuf ans encore, ils limitèrent leur nombre à neuf. Quoiqu'issus des plus nobles Maisons, leur pau­vreté était si grande qu'un cheval servait à deux Chevaliers. Plus tard, voulant rappeler les commencements si modestes de leur Ordre ils adoptèrent un sceau représentant « un cheval monté par deux Chevaliers ».

PRIEUR : En 1128, au Concile de Troyes, ils furent reçus solennellement par l'Église Chrétienne et reçurent le Manteau Blanc. Saint Bernard leur donna leur Règle.

En 1147, le Pape Eugène III y ajouta la Croix Rouge. Dix ans plus tard, le Pape leur accorda le droit de posséder des terres et dès lors, leur prospérité ne connut plus de bornes.

Déjà avant le Concile de Troyes, l'Ordre comptait vingt-sept Chevaliers et tout de suite après, en 1128, il se forma trente Prieurés, composés chacun de vingt-sept Chevaliers. On convint de les diviser de cette manière, afin de mieux pouvoir couvrir les avenues du Temple et de Jérusalem.

On décréta que neuf Chevaliers auraient un Supérieur et qu'au dessus des Supérieurs serait nommé un Préfet, auquel les autres-devraient prêter obéissance. Plus tard, le Pape Eugène III donna le nom de Commandeurs à ces Supérieurs.

En 1183 l'importance de l'Ordre était devenue telle en Europe qu'il s'y divisait en Provinces et que le nombre de Provinces fut irrévocablement fixé à neuf.

DOYEN : A la fin du douzième siècle, les revenus de l'Ordre se montaient déjà à deux millions d'écus d'or, répartis sur ses neuf mille maisons.

Au siècle suivant, Richard, Roi d'Angleterre, lui vendit le Royaume de Chypre, conquis sur les Empereurs grecs.

Mais cette prospérité et cette splendeur devaient causer la perte des Templiers en attirant sur eux l'envie et la cupidité et bientôt Philippe le Bel, Roi de France, jura de consommer leur ruine.

Pour y mieux parvenir, il gagna à sa cause le Pape d'Avignon et celui-ci cita à son tribunal Jacques de Molay, Grand Maître de l'Ordre, qui lors faisait la guerre en Chypre et qui, sûr de son innocence, accourut à cet appel. Le Grand Maître, Parrain du fils du Roi, fut plongé dans un cachot. Partout on arrêta les Templiers, partout on les soumit aux tortures les plus affreuses pour leur extorquer des aveux, aussitôt après désavoués.

Enfin le 13 octobre 1311, au Concile de Vienne, l'Ordre fut déclaré extirpé et aboli... mais trois cent Pères refusèrent de s'associer à cette infâme sentence.

Le Pape Clément V y suppléa par la plénitude de la Puissance Apostolique et sanctionna le jugement.

Dès lors les supplices succédèrent aux supplices, jusqu'au 11 mars 1314, jour où furent brûlés Guy, dauphin d'Auvergne et Jacques de Molay, dernier Grand Maître de l'Ordre. Le peuple se jeta sur leurs cendres, les ramassa et les conser­va pieusement comme reliques.

PRÉFET : L'Histoire cède maintenant le pas à la Tradition secrète. Celle-ci nous enseigne que les Templiers échappés au désastre s'enfuirent en divers pays :

Pierre de Beaujeu se réfugia en Suède ; Pierre d'Aumont, Maître Provincial d'Auvergne, se défendit quelque temps, puis se sauva avec deux Commandeurs et cinq Chevaliers, tous déguisés en maçons. Leur nombre s'accrut jusqu'à quinze et leur premier refuge fut l'Irlande.

De là, ils gagnèrent l'île de Mull en Écosse et y rencontrèrent Georges Harris, Grand Commandeur d'Hamptoncourt, qui y vivait retiré avec quelques Frères. Ils tinrent conseil en cet endroit et, à la saint Jean 1312 ils résolurent de propager l'Ordre en secret en adoptant pour lui des symboles et emblèmes de la Maçonnerie.

Déjà plusieurs avaient changé de nom pendant leur fuite et d'Aumont avait pris celui de Mac Bénac.

Ce fut une tenue Chapitrale mémorable, celle dans laquelle d'Aumont fut élu Grand Maître. Et c'est depuis cette date que l'Ordre s'est propagé sous les for­mes extérieures qu'il a conservées jusqu'à nos jours. Puis on décréta, les noms symboliques en usage des Maçons pour conserver la mémoire du travestissement d'Aumont et de ses Frères. D'Aumont, très âgé, ne put soutenir une vie aussi pénible, et mourut déjà en 1313.

Alors Harris fut élu à sa place. Ce fut lui qui permit aux Chevaliers de se marier afin de pouvoir conserver et perpétuer l'Ordre dans leurs enfants parce que, dans ces temps désastreux, on n'osa jamais tenter d'initier un homme libre, ou au moins de lui donner des Connaissances supérieures au Grade de Maître.

Harris permit encore d'initier les hommes de tous états, civils ou ecclésiastiques, et même des membres de la Confession Grecque et de leur donner l'entrée dans l'Ordre. C'est lui enfin qui établit le sceau de l'Ordre représentant un Phénix, avec cette devise: « Perit ut vivat ». Le Phénix est l'emblème des Novices. C'est aussi le plus ancien symbole de la Maçonnerie, parce qu'il est l'image de l'Honneur qui ne périt que pour revivre, et de l'Ordre qui a péri dans les flammes pour renaître aussitôt de ses cendres.

DOYEN : Malgré les persécutions, l'Ordre s'est perpétué. Pierre de Beaujeu en assuma d'abord la Grande Maîtrise. D'Aumont lui succéda et mena les Chevaliers sur la route de l'exil. Harris les réorganisa, les consola et leur rendit le courage de vivre et la foi dans l'avenir.

PRIEUR : Ordre sublime ! Ton but dans la vie est toute la raison de vivre.  De l'enseignement du Maître, tu as gardé l'Amour du prochain, la Bienfaisance éclairée, le Respect des croyances d'autrui. Trois colonnes soutiennent ton Temple. Elles s'appellent la Foi, l'Espérance et la Charité. Tant qu'elles te soutiendront, il défiera la durée, et ne tombera qu'avec l'humanité.

DOYEN : La Tradition veut que l'Ordre se soit perpétué secrètement dans ses diverses Provinces, et que dans le Royaume Uni, il ait formé les Grades Supérieurs de la Maçonnerie. Dans les temps de sa prospérité, l'Ordre Templier avait été le protecteur des Loges de la contrée. A son tour proscrit et réduit à se cacher, il aurait été protégé et défendu par les Loges.

Les deux Systèmes ne cessèrent de se pénétrer sans jamais s'absorber, et ce fut évidemment l'origine des hauts Grades de la Maçonnerie Moderne.

PRÉFET : Longtemps seuls, nos Grades Supérieurs furent les seuls connus et les seuls pratiqués. Ils se recrutaient dans la Maçonnerie de Saint André et leur Ordre Intérieur se composait, comme de nos jours, de deux Degrés : Le Novice et le Chevalier.

Ils furent le fidèle soutien du Trône et de l'Autel. Ils accompagnèrent, la Royauté en exil et passèrent ainsi en France au XVIIème Siècle, pour de là se répandre un peu partout, se modifiant au contact d'autres milieux et d'exigences nouvelles. Les anciennes Provinces Françaises reprirent vie : C'étaient les IIème, IIIème et Vème de l'Ordre.

En France, comme en Allemagne, l'Ordre, pour conserver la pureté de ses origines, se rectifiait souvent au sein des Convents.

PRÉFET : Il luttait contre les infiltrations jésuitiques, se défendait des théories des alchimistes de l'époque, interdisait les discussions politiques et religieuses, toutes choses qui altéraient la sérénité des rapports entre Frères en semant la désunion et la défiance. Il conservait à ses admirables Rituels de Maître Écossais, de Novice et de Chevalier leur pureté originelle et leur grandeur incontestée.

Enfin, dans le Convent national des Gaules, en novembre 1778, les Provinces Françaises déclaraient vouloir renoncer à jamais à lotis les privilèges et à toutes les revendications profanes de l'ancien Ordre du Temple et reprendre dès lors le nom qu'avaient porté les donateurs avant d'avoir acquis aucune possession, à savoir celui de :

CHEVALIER DE LA CITÉ SAINTE.

Oui, mes Frères, vous êtes les continuateurs rituels de ces vaillants preux qui fon­dèrent jadis l'Ordre Bienfaisant des Chevaliers de la Cité Sainte et qui ont porté si glorieusement le titre de TEMPLIERS.

Après avoir formé l'Ordre Maçonnique le plus brillant du XVIIIème Siècle, et jeté de vives lueurs pendant le premier tiers du suivant, il s'est éteint un peu partout, s'écroulant avec la Société qu'il représentait et qui le composait, mais conservant un dernier foyer de lumière et de chaleur.

PRIEUR : L'évolution est une des grandes lois de la Nature. C'est une force qui brise toute résistance : pour vivre, il faut savoir regarder en avant et marcher tou­jours, car celui qui s'arrête ou recule disparaît de la scène. Regardez donc en avant, mes Frères : la vie est une lutte de tous les jours, la vie exige cette lutte, la victoire est à ce prix.

Il faut que chacun travaille, que chacun apporte sa pierre à l'édifice. Nous devons tous maintenir et propager nos principes de Foi et de Liberté de pensée, de Charité et de Bienfaisance, pour être dignes de l'Ordre et de ceux qui nous ont reçus dans son sein.

A la fin de ce récit, l'orgue se fait entendre pendant un certain temps et lorsque la musique se termine, le Maître des Cérémonies conduit le Candidat devant l'autel.

Grand PRIEUR : Écoutez maintenant la lecture de la formule des vœux d'Ordre par laquelle vous allez vous engager en qualité de Chevalier.

 

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Ecuyer Novice

Publié le 11 Août 2026 par T.D

Le Temple du Roi Salomon était une des sept merveilles de l'Antiquité. C'était aussi un édifice entièrement symbolique. Le plan de ce sanctuaire grandiose, ses constructions, ses ornements, ses bases, présentaient la synthèse de toutes les sciences : c'était l'univers, c'était la philosophie, c'était le ciel.

Salomon en avait conçu le plan, Hiram l'avait exécuté avec génie, les directeurs de travaux avaient la science des détails et les ouvriers travaillaient d'après les plans des Maîtres. Cette hiérarchie si rationnelle et si juste est prise dans la Franc-Maçonnerie pour le type de la société parfaite. Les Francs-Maçons veulent rebâtir le Temple, c'est- à-dire reconstruire la société sur les bases de la hiérarchie intelligente et de l'initiation progressive, indépendants de toute secte religieuse et de toute faction politique et c'est pour cela qu'ils se disent Francs-Maçons, c'est-à-dire constructeurs libres.

L'initiation, qui dans ses phases successives, cherche à soustraire la créature humaine à la domination de la matière pour la rendre plus accessible aux aspirations de son âme et à la voix de sa conscience, trouve sa sublime expression dans la devise du Maître Écossais : « MELIORA PRAESUMO ». C'est vous dire que les Maçons désireux de devenir un jour Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, doivent s'inspirer de l'esprit de celui qui fut le Maître Parfait, afin que, vivant dans la Foi, l'Espérance et la Charité, ils consacrent leurs efforts à conduire, par leur exemple, au Temple de la Sagesse, ceux qui en sont le plus éloignés.

Le but de l'initiation maçonnique paraîtra peut-être trop simple à ceux qui ont espéré des connaissances et un ordre différent. Aveugles qu'ils sont : la Sagesse n'est-elle pas son ouvrage ? N'est-ce pas elle qui enseigne la Justice, la Tempérance, la Prudence ? N'est-ce pas elle qui donne le Courage ? Seules vertus qui soient réellement utiles à l'homme en cette vie, car elles sont tout le secret de la Force en elle. C'est vers cette Sagesse que l'Ordre veut vous conduire, vers cette Sagesse, seule capable d'éclairer votre route et de vous mener aux sources du vrai bonheur.

Aujourd'hui nous voulons vous retracer l'origine et le but de la Franc- Maçonnerie. Ce ne sont pas des conjectures que nous voulons vous présenter, c'est l'histoire même de cette auguste institution dont nous allons vous esquisser les grands traits. Vous donner en détail l'histoire de l'initiation à travers les âges, serait, en effet, impossible puisque ce serait reprendre l'histoire de tous les peuples de la terre, et que c'est dans leur religion et dans leurs mystères qu'il faudrait en rechercher les traces et les vestiges.

Mes Frères, le Rituel maçonnique dit : « Comme le soleil commence son cours à l'Orient et répand la lumière dans le monde, de même aussi le Vénérable Maître se place à l'Orient pour mettre les Frères à l'ouvrage et éclairer la Loge de ses lumières ».

On s'accorde à reconnaître que l'Orient fut le berceau de l'initiation, c'est à dire que les peuples des pays qu'arrosent le Gange et l'Indus, guidés par leur imagi­nation idéaliste et contemplative, eurent la pensée originelle et la première appli­cation de ces mystères qui, bien des siècles plus tard, furent portés sur les bords du Nil par la secte des Gymnosophistes.

L'Inde contemporaine a conservé ses antiques Brahmanes qui seuls encore, ont le droit d'interpréter les Vedas ou Saintes Écritures Leurs symboles sont restés les mêmes et un cercle enfermé dans un triangle équilatéral est l'emblème de cette éternité fermée de Brahma, Vishnou et Shiva : la Vie et la Mort.

Les sociétés secrètes de l'Antiquité ont atteint leur plus grand épanouissement dans la vallée du Nil. De tous les points du monde, on accourait à leurs mystères d'Isis, de Sérapis et d'Osiris pour y acquérir instruction et édification.

L’initiation aux mystères égyptiens avait la plus haute valeur et était revêtue de tout l'éclat de la pompe orientale. C'est au sein des temples qu'elle avait lieu.

Le cortège passait au milieu de ces mystérieux sphinx qui semblaient « garder les avenues de l'édifice ». Puis on arrivait devant les deux obélisques isolés, comme les deux colonnes devant le temple de Salomon et qui étaient dédiés au dieu Soleil

Enfin l'imposant cortège entrait dans le Sanctuaire où se déroulait la cérémonie proprement dite.

Dans la haute Égypte, les Gymnosophistes avaient établi leur principale école dans l'île de Mérée, où l'on admire encore aujourd'hui les ruines de leurs temples magnifiques.

Dans la moyenne Égypte, le centre principal des mystères était à Memphis, près du sphinx colossal et de son temple hypogée dont l'origine remonte à plus de sept mille ans en arrière, non loin de la plus grande de ces gigantesques pyramides orientées aux quatre points cardinaux, et dont la singulière distribution intérieure semble bien avoir servi aux mystères et aux épreuves de l'initiation.

Quand le roi Cambyse, 525 ans avant notre ère, abattit la grande nation Égyptienne en la frappant au cœur, c'est-à-dire, en égorgeant ses prêtres et en ruinant ses temples, il y avait déjà un millier d'années que la Grèce avait puisé chez elle son enseignement hermétique, lui avait emprunté ses sociétés secrètes et institué ses fameux mystères de Samothrace et d'Éleusis.

Nous ne pouvons vous décrire ici ces merveilles de l'esprit humain, ni vous parler en détail de Pythagore et de ses continuateurs, de Socrate, du divin Platon et de Zénon, le chef des Stoïciens.

Nous vous rappelons que Socrate disait que la Morale est une science basée sur la connaissance de soi-même, qu'il apprit à ses disciples à distinguer entre toutes, les vertus que sont la Justice, la Tempérance, la Prudence et la Force qui est leur conséquence. Qu'il recommandait la pratique du bien comme source du bonheur. Qu'il croyait en l'immortalité de l'âme et enseignait l'existence d'un Dieu unique et sa Providence. Ce Juste qui n'eut que le tort de devancer son temps, fut condamné à boire la cigüe 400 ans avant Jésus-Christ.

Tous ces hommes formèrent des écoles et leurs doctrines se répandirent au loin dans le monde, si bien qu'en Judée, trois courants d'idées se dessinaient bien avant la naissance de Jésus :

- Les Pharisiens, conservateurs religieux,

- Les Sadducéens, conservateurs politiques,

- Les Esséniens, corporation plus religieuse que philosophique, rappelant par bien des traits communs, les Ordres monastiques, sorte d'association pythagoricienne mêlée d'austères pratiques des Stoïciens.

Ainsi donc l'initiation, après avoir vivifié l'Égypte et la Grèce, fit pénétrer sa chaleur bienfaisante en Palestine. Or, l'initiation n'était pas une science car elle ne renfermait ni règles, ni principes scientifiques, ni enseignement spécial. Ce n'était pas une religion puisqu'elle ne possédait ni dogme, ni discipline, ni rituel exclusivement religieux.

Mais elle était une école où l'on enseignait les Arts, les Sciences, la Morale, la Législation, la Philosophie et la Philanthropie, le culte et les phénomènes de la nature, afin que l'initié connût la vérité sur toutes ces choses.

Partout elle suscita des génies jusqu'au jour où se révéla le plus grand de tous. Celui qui prêcha la Paix, l'Amour, le Pardon des offenses. Celui qui releva le faible et infusa aux masses un sang nouveau puisé dans la Foi, l'Espérance et la Charité.

Des écoles philosophiques de la Judée, nous ne retiendrons qu'une seule, celle des Esséniens, dont l'histoire ne remonte peut-être qu'à 150 ans avant Jésus- Christ. C'était plutôt une corporation religieuse, sorte d'Ordre monastique, nous l'avons dit, constituée selon l'idée pythagoricienne et pratiquant les vertus stoïciennes. Loin de la flétrir ou de la combattre comme les écoles rivales, le Christ n'en fait jamais mention, ce qui viendrait à l'appui de la tradition qui le fait sortir, lui et quelques-uns de ses disciples, de cette caste des Esséniens.

Quant aux Thérapeutes, ils étaient, selon Philon, des Esséniens isolés et établis à l'étranger, surtout aux environs d'Alexandrie, où ils jouissaient d'une grande réputation comme guérisseurs et comme savants.

Les Esséniens n'habitaient pas les grandes villes de la Judée, mais ils formaient des sortes de monastères administrés chacun par un économe. Ils pratiquaient le mépris de la richesse, vivaient en commun du produit de leurs travaux, et se réunissaient pour prier, tournés vers l'Orient, et pour méditer les lois divines, dans un langage riche en allégories. Dans ces assemblées si graves, ils se ceignaient les reins d'une pièce de linge blanc, ils se mettaient à l'ordre, portant une main entre la poitrine et la barbe, tandis que l'autre pendait au côté (Philon).

Les Esséniens soumettaient leurs candidats à trois épreuves. Puis, lors de la cérémonie d'Initiation, leur remettaient une pioche ou hache, une robe blanche et le tablier déjà mentionné. Ils préféraient le célibat au mariage, mais élevaient volontiers les enfants pauvres. Ennemis de toute guerre et de toute violence, ils proscrivaient l'esclavage, et enseignaient que tous les hommes sont égaux entre eux. A leur entrée dans l'Ordre, ils devaient jurer obéissance à leurs supérieurs et promettre de ne jamais révéler à personne les mystères de l'Association, même s'il devait leur en coûter la vie. Leur maxime fondamentale était : Tu aimeras Dieu et ton prochain, tu seras vertueux.

Tels étaient ces grands spiritualistes qui furent les éducateurs du Christ. Aujourd'hui, je n'ai pas à vous retracer la vie et l'œuvre du grand crucifié, mais quand expira sur le Golgotha cette voix qui avait appelé les hommes à la liberté en apportant sur cette terre la Foi, l'Espérance et la Charité, l'œuvre resta. La flamme divine ne s'éteignit pas. Elle fut entretenue par les premières communautés chrétiennes, ainsi que par ces humbles contemplatifs répandus dans le désert et, petite lumière d'abord cachée aux profanes, devint un jour la Grande Lumière qui mit fin à toute une civilisation reposant sur le despotisme et l'esclavage.

Après le supplice du Christ, ses disciples se groupèrent autour de son frère, l'Apôtre Jacques, mais leur communauté conserva un caractère judaïque dont la loi mosaïque formait la base essentielle. Telle fut la première forme du christianisme. Elle ne survécut pas à la destruction de Jérusalem par Titus.

Pierre avait essayé, mais sans succès, de répandre la nouvelle doctrine. Étienne et Paul réussirent mieux, parce qu'ils l'affranchirent des observances mosaïques. Ce fut le, deuxième type de communauté. On n'exigeait plus que la confiance en Dieu et la pratique de la morale de Jésus.

Ces assemblées ou ecclesiae avaient l'organisation des synagogues. Elles étaient guidées par un ancien ou Vénérable, assisté lui-même de deux Surveillants, d'un Instructeur, enfin de Diacres qui fonctionnaient comme Maîtres des Cérémonies, Trésorier, Économe et Elémosinaire. Tous étaient élus par la communauté.

Peu à peu ces communautés se répandaient, franchissant leurs limites étroites, elles gagnèrent Alexandrie et l'Égypte, la Grèce, l'Asie Mineure. Un esprit nouveau pénétrait ces « ecclesiae ». On ne croyait plus au retour prochain du Christ et les néophytes apportaient avec eux le bagage scientifique et philosophique de leur époque, ainsi qu'un cérémonial spécial venu surtout de Grèce et qui devait, si rapidement, transformer ces   « ecclesiae » si simples au début, en associations secrètes où l'on n'entrait que par Initiation.

Ajoutons que celles-ci comportaient, au début, trois degrés : des Auditeurs, des Catéchumènes et des Fidèles.

L'enseignement fut tout symbolique et les néophytes, éprouvés par plusieurs scrutins successifs, étaient conduits dans la crypte, baignés dans l'eau lustrale, revêtus de la robe blanche, puis oints d'huile sacrée. Ils recevaient sur le front le signe mystérieux de la communauté : la croix. Enfin, ils récitaient le Credo et promettaient le secret. Le mot de passe le plus ordinaire était symbolisé par un poisson parce que les cinq lettres de ce mot donnaient les initiales des mots « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur »

Tel fut le troisième type d'organisation chrétienne. Il fut aussi celui de la Tradition Johannique. En effet, l'Évangile préféré semble avoir été celui selon saint Jean, livre essentiellement philosophique et donnant Jésus pour le Fils de Dieu et non pour son égal. Dans ces assemblées, la loi mosaïque, loi d'autorité, a disparu, mais la lutte pour ce même principe d'autorité, lutte séculaire et sans fin, va naître entre les Frères de saint Jean ou Johannites, qui voient en Jésus-Christ un Sage et un homme, et les Diocètes qui veulent lui conférer une naissance et une essence divine.

Nous sommes arrivés vers l'an 125 de notre ère. Les Chrétiens de saint Jean n'ont cessé de s'accroître, si bien qu'à l'époque des Croisades, ils couvraient de leurs sectes toute la Syrie. Aujourd'hui, on les retrouve encore en Mésopotamie.

En 1118, le Patriarcat de ces Chrétiens de la primitive église fut Conféré à Hugues de Paganis, fondateur de l'Ordre des Templiers, pour lui et ses successeurs, en même temps qu'une version spéciale de l'Évangile selon saint Jean lui aurait été confiée.

Très orthodoxes au début, les Chevaliers du Temple devinrent de fervents adeptes johannites dans leurs assemblées secrètes tout en conservant extérieurement les formes du culte romain, car les Diocètes l'avaient emporté et la lutte des deux sectes devait ensanglanter l'humanité dans les siècles à venir.

L'enseignement de saint Jean était appelé la Gnose et, vers la fin du siècle, ce Clément d'Alexandrie dont l'Église devait faire un saint, s'écriait ; « S'il fallait choisir entre le salut et la Gnose, il faudrait choisir la Gnose ». Comme nous sommes loin de ce Clément V qui fit périr sur le bûcher, les Chevaliers du Temple, Frères de saint Jean et gnostiques du XIVème siècle.

Tel était l'état de l'initiation lorsque, sous les étendards de Godefroy de Bouillon, les Croisés s'enrôlèrent pour voler à la conquête des lieux saints en 1095. Ce ne fut que plus tard, en 1118, sous le règne de Balduin II (son deuxième successeur) que furent fondés les Ordres illustres des Chevaliers de saint Jean et des Chevaliers du Temple de la Cité Sainte.

Les fondateurs de ce dernier Ordre furent Hugues de Paganis et Geoffroy de Saint Orner et sept autres Chevaliers. Au début, les Chevaliers ne pouvaient être plus de neuf mais, protégés par les Rois et bénis par les Papes, ils formèrent un Ordre connu pour sa prospérité prodigieuse. Partout ils exécutèrent des constructions considérables : églises, châteaux- forts et autres bâtiments pour lesquels ils employèrent un grand nombre d'architectes et d'ouvriers venus de toutes parts et surtout des Îles Britanniques.

L'Ordre avait son Temple à Londres, à Paris et dans toutes les villes importantes. A Genève, il possédait plusieurs domaines, notamment aux Eaux-Vives, à Fontenex, à Confignon, etc... mais il possédait surtout la Colline de Saint- Gervais, jadis couronnée par son antique crypte du IIIème siècle, qui enferma et protégea, ensuite, la Maison de l'Ordre, c'est à dire le Temple.

Grand Maître par la grâce de Dieu, le Chef de l'Ordre avait plus de puissance qu'un roi. Philippe le Bel rechercha sa protection contre le peuple insurgé de la capitale. Puis, jaloux de sa puissance et de ses incalculables richesses, le roi, mal conseillé par son orgueil et sa jalousie, s'associa avec le pape Clément V pour charger les Templiers des crimes et des vices les plus ignobles. Ainsi fut aboli, en octobre 1311, l'Ordre le plus illustre, merveille du         Moyen-Âge, que tous les princes, que tous les papes, avaient admiré et protégé.

Un grand nombre de Chevaliers furent arrêtés et suppliciés. Bien peu en réchappèrent. Mais aujourd'hui, la mémoire des Chevaliers de la Cité Sainte, si longtemps ternie, brille au ciel d'un nouvel éclat.

Qui pourrait arrêter la Vérité en marche ?

L'Ordre est toujours debout : Adhuc stat !

Les Templiers qui purent s'échapper se réfugièrent en divers pays. Les Chevaliers de saint Jean de Jérusalem, devenus Chevaliers de Malte héritèrent en partie de leurs possessions et leur donnèrent asile. L'Ordre devint, au Portugal, l'Ordre du Christ. En Écosse, il fut mieux accueilli et protégé que partout ailleurs.

La tradition veut, en effet, que quelques Chevaliers aient conduit les Templiers fugitifs en ce lointain pays. C'était le Comte de Beaujeu (dépositaire des archives de l'Ordre), Georges Harris et Pierre d' Aumont. Cette courageuse petite troupe aida le roi Robert Bruce à repousser l'invasion anglaise lors de la célèbre bataille de Bannockburn. Par gratitude, Robert Bruce institua l'Ordre Royal de Saint André du Chardon qui, dès 1134, fut le Grand Chapitre de Kilwinning.

Ainsi, les Loges maçonniques établies en Écosse de toute ancienneté, offrirent un asile aux Templiers fugitifs...

Mais c'étaient des Frères accueillant des Frères, car les uns et les autres étaient unis par les mêmes lois, par la similitude des signes et attouchements, des épreuves et des grades. Bien plus, le système templier et la constitution de cet Ordre survécurent en s'appuyant sur l'Ordre de Saint André et en devenant, ainsi, l'origine des hauts grades d'Écosse et d'Angleterre.

Si de là, nous sautons en 1650, nous arrivons à une période de crise pour la Maçonnerie. Le roi Charles Ier Stuart, ami et, d'autres l'affirment, grand protecteur de l'Ordre, venait d'être exécuté et, selon la tradition, les Maçons anglais avaient décidé d'envoyer leur délégation à Glenberg en Écosse pour s'assembler aux Maçons écossais. Pour mieux assurer le secret de leurs délibérations en ces temps de violence et de troubles, les Frères d'Écosse et d'Angleterre choisirent, pour leur réceptions comme pour le rituel, des symboles tout nouveaux. Ce fut l'histoire de la construction du Temple de Salomon et de son premier architecte, comme elle se trouve dans l'Ancien Testament. Ils pleurèrent le Maître assassiné, ils recherchèrent la Parole perdue, ils étaient eux-mêmes les enfants de la veuve. Ils inventèrent des signes, des mots, des attouchements nouveaux. Ils firent tout cela pour distinguer les patriotes de leur caste d'avec les traîtres.

Plus tard quand, après la mort de Cromwell, la patrie fut entre les mains d'une poignée de démagogues, le Général Monk, membre de la Grande Loge d'Édimbourg, devint l'espoir de la nation. La délégation maçonnique anglaise fut de nouveau envoyée à Glenberg et c'est alors que fut créé un grade supérieur sous le nom de Maître Écossais. Il reçut pour devise « Meliora praesumo » (mot à mot : j'entrevois des choses meilleures), son mot de passe fut l'anagramme de Pierre d'Aumont : « Notuma » et devint le siège de la direction secrète des affaires d'Écosse. Le Général Monk vainquit l'armée du Parlement, reprit Londres et rétablit sur le trône la famille royale des Stuart qui, par reconnaissance, conféra alors à la Maçonnerie le titre d'Art Royal. Les événements qui suivirent sont mieux connus et sont plutôt du domaine de l'histoire...

Notre système des hauts grades dérive du système Templier qui, apporté en France en 1668, se répandit de là dans les autres pays, l'Allemagne en particulier. Il comprenait à l'origine six grades : Apprenti, Compagnon, Maitre, Écossais de Saint André, Écuyer-Novice et Chevalier. Il fut rectifié en 1755 à Dresde, en 1772 à Kohlo, réorganisé en 1778 au Convent des Gaules et définitivement constitué au Convent de Wilhelmsbad et 1782.

Il dut alors renoncer à tout ce qui pouvait indiquer une intention de restauration politique de l'Ordre du Temple ; il en conserva toutefois l'admirable organisation et la hiérarchie si simple et si solide. S'il échangea son titre glorieux de Chevalier du Temple contre celui de Chevalier de la Cité Sainte qu'il portait à l'origine, ce fut peut-être ce qui le sauva, car les autres parties de l'Ordre entrèrent peu à peu en sommeil ou se transformèrent... Mais notre Ordre garda religieusement l'esprit et la règle de l'Ordre du Temple dont il est issu et de son grade suprême, il a fait un honneur auquel doit aspirer tout Novice qui s'efforce de conformer sa vie aux préceptes contenus dans la règle de l'Ordre.

Écuyer-Novice, mon cher Frère, dans les grades qui ont précédé, de nombreux symboles relatifs à l'homme physique, intellectuel et moral vous ont été chaque fois présentés. Qu'ils soient le sujet constant de vos pensées et de vos méditations et alors, leur sens caché n'aura plus de mystère pour vous.

C’en est assez pour vous montrer qu'à mesure que vous avancez dans l'Ordre Maçonnique, le cercle de votre horizon s'étend et s'élargit. Le grade qui vient de vous être conféré exige désormais de vous, une maîtrise plus complète, une discipline plus sévère, une conscience plus scrupuleuse.

Confiant dans le travail que vous avez accompli, convaincus par les preuves que vous nous avez données de la sincérité et de la noblesse de vos sentiments, nous vous ouvrons nos rangs avec joie. Entrez dans cet Ordre Intérieur qui doit être, pour tous ses membres, le sanctuaire sacré de l'amitié la plus pure et la plus désintéressée.

Si de nouveaux et de plus grands devoirs vous attendent, vous y trouverez aussi de nouveaux secours. L'étude approfondie de vous même et de votre destinée, vos expériences de la vie ont, sans doute, éclairé votre esprit et élevé vos pensées. Elles n'ont point encore donné à votre volonté la force invincible qui domine et maîtrise les appétits de la matière. C'est à la poursuite de cette force que nous vous convions. Vous la trouverez certainement si vous avez fait abstraction de vos préjugés et de votre égoïsme, si vous savez chercher, persévérer et souffrir.

La Vérité, qui est la grande émancipatrice, ne saurait se révéler à des âmes asservies, et la Lumière qui vient d'en haut, n'apparaît point à ceux qui ont les yeux fixés sur la terre.

C'est donc le front haut et l'esprit affranchi de toute servitude que vous irez à la recherche de la Vérité et que vous vous assurerez, à jamais, la tranquille possession des vertus maçonniques qui font l'homme de bien et le bon patriote, et qui rapproche le plus de l'idéal nos âmes éprises de Justice, si elles sont soutenues par la Foi, l'Espérance et la Charité.

Le Préfet : Mon cher Frère, l'Instruction que vous venez d'entendre (ou que vous lirez) mérite de votre part les plus sérieuses réflexions.

Vous êtes appelé à devenir Chevalier, mais ce titre ne se donne pas légèrement. Avant de le recevoir, vous devez fournir la preuve que vous avez la ferme volonté de travailler avec nous, de toutes vos forces à conduire les hommes à cette unité de vue et d'action sans laquelle ils ne pourraient réaliser leur ardent désir de paix et de bonheur. En symbolisant ce travail sous la forme de la recherche de la Parole perdue, on vous apprit, comme Maître Écossais qu'il ne suffisait pas, pour l'accomplir, de se reconnaître pour Fils d'un même Père Céleste, mais qu'il fallait encore, à l'exemple du Christ, savoir aimer et surtout savoir souffrir lorsqu'il s'agissait du bien de l'humanité entière.

On vous a enseigné que l'Ordre était chrétien.

Pour vous diriger dans votre nouveau grade, nous avons soumis à vos réflexions, dans la chambre de préparation, l'ancienne profession de foi des Chevaliers. L’importance de ce vénérable document réside avant tout dans le fait qu'il fut, des siècles durant, la formule destinée à unir entre eux les hommes de bonne volonté. Nous vous en recommandons non pas la lettre, mais plutôt l'esprit qui seul vivifie.

Nous n'ajouterons qu'un seul conseil. Souvenez-vous, mon Frère, que cette unité supérieure, à la réalisation de laquelle nous vous convions, ne réside pas dans un acquiescement facile à de vailles formules. L'homme cherchant ne pourra la trou­ver que dans la pratique constante de la loi de Justice, de Vérité et d'Amour que nous avons reçue du Christ, et qui est la source du bonheur de l'humanité.

Soyez juste, apprenez à aimer, consentez à souffrir.

Ayez confiance en Celui qui dirige les destinées des mondes : Vous serez alors assuré de la victoire.

Après une pause, le Préfet, s'adressant au Maître des Cérémonies, lui dit :

Le Préfet : Frère Maître des Cérémonies, veuillez conduire le nouvel Écuyer-Novice à sa place.

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Lettre de Jean Baptiste Willermoz à Charles de Hesse

Publié le 11 Août 2026 par T.D

Lyon, 10 septembre 1810.   

A Son Altesse Sérénissime le Prince Charles (de Hesse-Cassel, Vice-Roi de Norvège et du  Wolstein, Maître provincial de la Province de l'Ordre, Le frère J.-B. WILLERMOZ, oncle,Chancelier provincial de la IIe Province de l'Ordre, dite d'Auvergne, à Lyon.  

Monseigneur, Très Illustre et révérendissime Frère,

Près de vingt années se sont écoulées depuis que des circonstances impérieuses et de bien longue durée m'ont obligé de suspendre les relations de l'intime Fraternité qu'il m'était si  agréable, si consolant d'entretenir avec son Altesse Sérénissime, ainsi qu'avec le très illustre et sérénissime Frère Ferdinandus a Victoria dernier Grand Maître Général de l'Ordre, que l'inexorable mort nous a enlevé, dont je chérirai toujours la mémoire avec le souvenir de sa précieuse bienveillance, et qui, je n'en doute pas, est allé recevoir la récompense de ses vertus et de son grand amour pour notre divin Maître et Rédempteur, Jésus-Christ. Après un si long laps de temps et tant d'événements extraordinaires, Votre Altesse s'étonnera peut-être, en recevant la présente, d'y trouver la preuve de l'existence d'un homme qu'elle a daigné longtemps honorer de ses bontés, j'ose même dire de son amitié, et qu'elle a pu croire n'être plus dans ce monde.

Oui, Monseigneur, j'existe encore malgré les dangers multiples dont ma vie a été menacée dans les temps orageux, je jouis même d'une parfaite santé exempte jusqu'ici des infirmités de la vieillesse, quoique chargé de 8o ans qui seront révolus dans peu de mois, et malgré une maladie grave, dont je fus attaqué au commencement de l'année dernière, qui dès la première semaine fit désespérer de ma vie tous ceux qui m'entouraient et se termina heureusement ; mais la divine Providence m'a conservé presque seul, tant à Lyon qu'en France, de tous ceux qui, par leurs fonctions et par leur longue expérience, pouvaient être utiles à l'Ordre ; ce qui m'a excessivement embarrassé dans bien des cas, me voyant isolé et privé de tout secours.

Quoique éloigné corporellement de Votre Altesse, j'en ai été cependant souvent très rapproché par la pensée ; soit en relisant de temps en temps les lettres qu'elle m'avait fait l'honneur de m'écrire, du moins, celles qu'il m'a été possible de conserver, dans lesquelles se sont peinte la beauté de son âme, son grand amour pour la vérité, et qui m'ont rappelé des souvenirs bien chers et d'un grand intérêt ; soit en contemplant son portrait dont elle avait daigné me faire envoi, et qui orne maintenant mon cabinet.

Si la peinture en a été un peu altérée par 'les divers transports que j'ai été obligé d'en faire pour le cacher dons des temps, affreux, car s'il eût été découvert j'aurais infailliblement payé de ma tête sa conservation, je n'y reconnais pas moins tous les traits qui caractérisent votre personne et qui me le rendent précieux. J'ai pris aussi une vive part aux événements qui vous ont intéressés, tantôt en réjouissant, tantôt en affligeant votre cœur ; mais principalement à celui qui a placé sur le trône du Danemarck l'aimable princesse, votre fille aînée .Me permettrez-vous, Monseigneur, quelques questions sur des choses et sur des personnes, pour lesquelles, quoique vous tenant de moins près, vous aviez confiance et amitié. Qu'est devenu ce cher et digne Frère Baron d'Haugwitz (a Monte sancto), de Kapitz, et la sage école qu'il avait instituée par de solides instructions qui vous avaient été communiquées et dont plusieurs parties, essentielles sont dans mes mains ? Sa personne et cette école existent-elles encore ? A-t-il atteint le but final de ses travaux ? A-t-il été autorisé à les communiquer in plenis à des hommes préparés et choisis ?

Qu'est devenu le Frère Baron de Wœchter ? A-t-il rencontré le grand supérieur qu'il cherchait ? En a-t-il reçu le nec plus ultra des grandes connaissances qui lui étaient promises ? En aurait-il donné connaissance à V. et au Sérénissime Grand Maître Général avant sa mort ?

Qu'est devenu ce fameux chapitre illuminé de Suède, dont les Wœlner étaient les colonnes, qui sous la protection. de son chef le Sérénissime Frère (a sole vivificante) aujourd'hui sur le trône formaient à l'époque de Wilhemsbadt de si hautes prétentions et semblaient alors vouloir dominer en Allemagne ? Ce système qui fut rejeté par le Convent Général s'est-il répandu au-delà, s'est-il accrédité, existe-t-il encore ? Je n'ai eu jusqu'ici aucune connaissance qu'il ait pénétré en France. Qu'est devenu le Frère Schwartz (ab Urna) qui avait été nommé par le Convent Général Secrétaire Général de l'Ordre auprès de la personne du Sérénissime et Eminentissime Grand Maître Général, et archiviste du Grand Magister ? Existe-t-il encore ? Que sont devenues les archives générales de l'Ordre et les archives secrètes ? Ont-elle été à la mort du Sérénissime Grand Maître réunies et concentrées dans quelque main (il serait bien à souhaiter que ce fut dans les vôtres) ou dispersées dans plusieurs ? Enfin, existent-elles encore de manière à pouvoir suffire aux besoins des diverses provinces qui en réclameraient des actes ?

Excusez, Monseigneur, tant de questions, il vous sera facile de démêler mes vrais motifs en les faisant, pour ne pas les attribuer à une simple curiosité ; j’en aurais même quelques autres à faire, mais moins importantes, et je m'arrête ici pour ne pas abuser de vos bontés et ne pas me rendre importun.

Votre Altesse Sérénissime désire peut-être aussi de son côté d'apprendre ce qu'est devenu l'Ordre en France, et en quel état il se trouve aujourd'hui. J'entends ici par le mot Ordre l'ordre maçonnique intérieur et secret du régime rectifié à Wilhemsbad pour ne pas le confondre avec le régime du Rit français que suit la généralité des loges en France sous la direction du Grand-Orient de France à Paris.

Depuis l'époque de Wilhemsbad, la prospérité de l'Ordre dans le régime rectifié alla toujours en croissant, en France et en Italie, jusqu'en 1790 ; mais, en 1792, sa décadence fut prompte, et aussi rapide que dans tous les autres régimes, par la force des événements qui survinrent dans l'ordre politique, et l'année suivante, 1793, en acheva la ruine par la mort et la dispersion de ses membres les plus utiles. La cessation absolue de tous les travaux et l'extinction des loges et chapitres fut consommée en 1794. Cet état de choses a duré très longtemps et serait encore à présent à peu près de même ; car ce n'est encore que dans quelques cantons isolés que depuis quelques années on a commencé à se réveiller. Mais nous touchons à une époque mémorable qui parait devoir lui rendre bientôt son éclat à la faveur d'une haute protection que la divine Providence lui a procurée en France l'année dernière pour atteindre ce but ; ce dont j'aurai l'honneur, avant de finir la présente, d'instruire Votre Altesse. Mais, pour lui rendre plus sensible le tableau que je vais tracer et la série des événements, je dois en reprendre, les détails de plus haut, et même remonter jusqu'à des faits qui lui ont été déjà connus.

Votre Altesse se rappelle sans doute que le temps que les députés au Convent Général pouvaient accorder pour la durée de cette assemblée étant insuffisant pour perfectionner la multitude des travaux projetés, on s'occupa d'abord des plus importants ; on se borna ensuite à esquisser la réforme des grades symboliques et des deux de l'ordre intérieur. L'esquisse, des trois premiers considérée comme suffisante pour satisfaire la première impatience des o et des X et leur faire connaître le véritable esprit qui avait dirigé ce travail, fut imprimée et distribuée aux députés ; une commission spéciale prise dans le sein de l'assemblée parmi les Frères d'Auvergne et de Bourgogne, connus pour les plus instruits, fut chargée d'en faire plus à loisir la révision et la rédaction définitive, avec la faculté de s'adjoindre, à Lyon et, à Strasbourg, les Frères qu'ils jugeraient les plus capables de leur aider à perfectionner ce grand et important travail. Les bases du 4e grade furent aussi arrêtées, et Votre Altesse me confia personnellement les instructions et l'esquisse du tableau figurant la nouvelle Jérusalem et la Montagne de Sion surmontée de l'Agneau triomphant, le tout écrit de sa propre main et adopté par le Convent pour me diriger dans cette partie du travail. Les rituels français de Novices et de Chevaliers furent aussi pris pour base, de la révision de cette classe.

Cette commission divisée en deux sections à cent lieues de distance l'une de l'autre, reconnut dès la première année de 1783 que les communications par correspondance de chaque parcelle du travail, prolongeraient son ensemble pour bien des années, on chercha donc les moyens de parer à cet inconvénient. Les FF. de Bourgogne, pleins de confiance envers ceux d'Auvergne, qui offraient à Lyon un plus grand nombre d'hommes capables qu'à Strasbourg, engagèrent ceux-ci à se charger de l'ensemble de l'ouvrage ; sauf la communication à leur donner de chaque partie avant qu'elle fût définitivement arrêtée ; c'est sur ce plan que tout le travail fut exécuté.

La rédaction définitive ainsi concertée, ayant été adoptée par les trois provinces françaises et par celles d'Italie vers la fin de 1786, fut présentée à l'Eminentissime Grand Maître Général qui y donna son approbation en 1787 et dès lors ils furent publiés dans les X de France. L'époque de cette publication fut celle de la brillante prospérité du régime rectifié dont j'ai parlé plus haut. Les FF. des o du Rit français étant admis comme visitants dans les nôtres, frappés de la décence, de la gravité de nos cérémonies, de la solidité des principes moraux et religieux qui y étaient développés, et qui étaient si nouveaux pour eux, demandèrent avec un grand empressement d'être affiliés au régime rectifié. Des o entières demandèrent à y être réunies ; mais, manquant dans leur sein d'hommes capables de les diriger selon les vrais principes, on ne tarda pas à se repentir de les avoir pris en masse, et on se borna dès lors à un bon choix parmi les individus ; ce dont on a toujours eu lieu de s'applaudir. J'ignore si ces rituels symboliques ont été présentés aux. chapitres allemands et s'ils y ont été adaptés ; j'appris seulement quelque temps après que plusieurs de ces chapitres fortement attachés à leur système favori de restauration de I'O[rdre] du T[emple] auquel le Convent Général avait authentiquement renoncé, se montraient peu disposés à adapter des formes contraires à ce système.

Quoi qu'il en soit, après la révision des trois premiers grades symb., il paraissait convenable de faire celle du 4e, ce qui aurait complété cette classe et en aurait accéléré la publication.

Mais la commission se rappelant que le Convent avait considéré ce 4e comme intermédiaire entre le Symbolique et l'Intérieur, comme le complément du premier et préparatoire au second, enfin comme le point de liaison des deux. classes, crut devoir en suspendre la révision, et faire auparavant celles des deux rituels de Noviciat et de Chevalerie ; ces derniers n'exigeant point un travail ni long, ni difficile, et n'ayant plus besoin que d’être perfectionnés. Ceux-ci étant finis, la commission entreprit le travail du 4e dans les vues qui avaient été apportées de Wilhemsbad, elle s’en occupa longtemps avec une grande attention, sentant toute l'importance du travail qui lui était confié. Il était très avancé et presque fini lorsque les Etats Généraux de France furent convoqués. Plusieurs membres de cette commission jouissant d'une réputation distinguée, et appartenant aux Trois Ordres politiques, furent élus pour se rendre à cette assemblée ; leur départ faisant un grand vide dans la commission fit suspendre le travail jusqu'à un temps plus favorable pour le reprendre et ce temps n'est plus revenu. Elle remit entre mes mains tout ce qu'elle avait fait, ainsi que tous les renseignements, instructions et tableaux qui avaient été fournis par le Convent et par Votre Altesse, et j'en suis resté constamment dépositaire jusqu'à ce jour.

Les provinces, informées que l'ouvrage était très avancé et qu'il laissait une grande lacune dans la rectification générale qui avait été annoncée, ne cessèrent de réclamer la confection et l'envoi de ce 4e, mais il ne fut pas possible de les satisfaire ; car la divergence des opinions politiques ne tarda pas bien longtemps à diviser partout les esprits. Celui de discorde vient bientôt souffler son poison dans les loges comme partout ailleurs ; celles du régime rectifié, plus fermes dans les principes, résistèrent plus longtemps que les autres, mais furent ensuite entraînées par le torrent. Les Frères Grands Profès, disséminés çà et là, réunirent leurs forces, soutinrent courageusement les chocs et firent tête à l'orage le plus longtemps qu'il fut possible ; mais, à leur tour, ils furent accablés. La faux révolutionnaire moissonna les plus fermes appuis de l'Ordre, dispersa les hommes qui lui étaient le plus utile et la mort naturelle a ensuite enlevé successivement le peu qui restait de ceux-là. J'ai été seul épargné de tous ceux qui remplissaient des dignités ou de grandes charges dans la province. J'en bénis chaque jour la Providence en attendant qu'elle me trace la route que je dois suivre pour ce qui concerne l'Ordre.

Pendant la violence de cet orage épouvantable, la terreur s'empara des esprits dans toutes les provinces de l'Ordre ; chacun ne songeant qu'à sa propre sûreté et craignant de la compromettre en conservant quelques titres ou documents, on se hâta de les détruire, et partout les archives des X furent vidées. Les titres, documents, rituels et instructions furent réduits en cendre, et la disette en est depuis lors extrême partout. J'ignorais ce qui se passait dans les diverses contrées de la France ; car il n'était plus possible de correspondre nulle part. Mais, deux ou trois jours avant le commencement du siège qui menaçait la ville de Lyon, effrayé du danger que couraient les archives provinciales dont le dépôt m'était confié dans la maison de l'Ordre située hors de la ville je m'y transportai le plus secrètement possible, avec un seul servant d'armes courageux ; je vidai les armoires, j'entassai à la hâte ce qu'elles contenaient dans des malles, et je fus assez heureux pour les faire rentrer dans la ville le même jour, car dès le lendemain, il n'était plus temps ; le pont de communication de la ville à la maison d'Ordre ayant été rompu, et, trois jours après, cette maison et tout ce que je n'avais pu enlever fut brûlé et réduit en cendres. Une bombe tombée sur la maison en ville, où je venais de prendre un asile, mit en poussière une de ces malles remplie de registres, procès-verbaux et documents de tous genres. Après le siège, je me vis obligé par de nouveaux dangers plus pressants, qui me forcèrent de fuir et de me cacher, de réduire au plus petit volume ces archives, afin de pouvoir emporter avec moi ce que je n'avais pu enterrer ou déposer en mains sûres. J'ai été arrêté et emprisonné trois fois, et la troisième, le jour même où je fus condamné à la mort pour le lendemain, la chute de l'atroce tyran de la France, Robespierre, me rendit à la liberté.

C'est ainsi, Monseigneur, qu'au milieu des plus grands dangers de tous genres, j'ai eu le bonheur de conserver ce qu'il y avait de plus précieux dans ces archives détruites partout ailleurs, et que je me trouve encore possesseur des originaux, (les rituels et instructions de l'O. symbolique et de l'O. intérieur, de beaucoup de titres et documents, de quelques parties essentielles de mes correspondances privées soit avec Votre Altesse et l'Eminentissime Grand-Maître Général, soit avec les S.S. F.F. Duc de Sudermanie, aujourd'hui sur le trône de Suède Prince de Wirtemberg, régnant à Stutgard et le Prince Maximilien régnant en Bavière, qui, je crois, ne s'en ressouviennent guère et s'en occupent aujourd'hui encore moins, et avec beaucoup d'autres personnes d’un rang distingué en France et au dehors. Il me reste aussi quelques fragments d'une correspondance privée avec le Sérénissime défunt Duc de Glocester, avec lequel j'avais eu divers entretiens familiers, lorsqu'il passait à Lyon au retour de ses voyages d’Italie, accompagné d'un de ses amis et des miens. Le Sérénissime Frère, frappé de l'ordre et de la beauté des rituels et instructions du régime rectifié, par comparaison avec les rituels anglais dont il ne faisait aucun cas, avait formé le projet d'introduire notre régime en Angleterre, ce qui était l'objet de notre correspondance ; mais la guerre y a mis fin.

Ah ! Monseigneur, que les hommes, si nombreux aujourd'hui, qui ne veulent pas croire à une Providence active et directrice des événements, qui attribuent tout un hasard aveugle ou à des causes secondes, en méconnaissant la première, celle qui met en action toutes les autres, sont à plaindre ! Comment peuvent-ils expliquer autrement que par Elle, cette multitude d'événements généraux et particuliers d'un si grand intérêt ? Peut-on ignorer que si, pour parvenir à ses fins, elle trouve les vertus des hommes trop pures sur la terre, elle sait employer leurs passions, leurs vices leurs crimes même pour atteindre le but qu'elle s'est proposée ?

Un des événements qui m'a le plus consolé au milieu de tant de calamités, c'est d'avoir eu le bonheur de sauver les archives particulières du Collège métropolitain de France, séant à Lyon ; c'est-à-dire les instructions et documents de la classe secrète des Chevaliers Grands Profès et diverses notes scientifiques et historiques qui m'avaient été confiées privément par Vos Altesses à Wilhemsbad. C'est à cette classe, qui est le dernier grade en France du régime rectifié, qui était répandue en petit nombre, partout inconnue et dont l'existence même est soigneusement cachée depuis son origine à tous les Chevaliers qui n'ont pas encore été reconnus dignes ou capables d'y être admis avec fruit, qu'était due la prospérité du régime dont j'ai parlé plus haut C'est elle qui, dans les temps orageux a été le palladium et le conservateur des principes fondamentaux de l'Ordre, qui j'espère le redeviendra encore bientôt, comme elle peut aussi en devenir le tombeau partout où elle sera livrée à des hommes qui n'ont que de la curiosité et ne savent profiter de rien, ou à des hommes légers et insouciants, pour qui l'enveloppe est tout, et qui ne pénètrent jamais jusqu'aux noyaux. J'aurais été vraiment inconsolable si les archives de cette classe si précieuse eussent subi à Lyon, qui est son dépôt général, le même sort de destruction qu'elles ont éprouvé partout ailleurs. 

Lorsque l'homme vraiment extraordinaire qui gouverne aujourd'hui la France, si évidemment suscité par la divine Providence pour y rétablir l'ordre et la tranquillité intérieure, fut parvenu à étouffer les haines et les dissensions qui avaient fait tant de ravages, les débris des loges et des chapitres disséminés dans quelques parties de la France se réunirent et cherchèrent à reprendre quelque activité : mais les rituels et les instructions brûlés et détruits partout leur en ôtaient tous les moyens. Informé par la suite que j'en avais sauvé et conservé le dépôt provincial, on s'adressait à moi de tout côté pour en obtenir des copies, s'annonçant comme des Frères nus en tous genres ; mais il me fut impossible de satisfaire à ces demandes, n'ayant auprès de moi aucun copiste digne de ma confiance que j'accorde difficilement pour ces objets.

Les principaux établissements directoriaux de France étaient sans aucune activité ; je restais seul à Lyon ; la mort, les démissions anciennes et l'émigration avaient totalement éteint celui de Bourgogne à Strasbourg ; celui d'Occitanie à Bordeaux avait cessé d'exister avant même la Révolution. Vu son obstination, dans le système de restauration de l'Ordre du Temple et son refus d'adhérer aux décisions du Convent Général, tous ses droits de chapitre et de Directoire provincial avaient été transférés dès 1874 au Chapitre prioral de Septimanie à Montpellier, conformément au recès du Convent général. Celui-ci a depuis plusieurs années repris un peu d'activité. Dans le ressort d'Auvergne, partout où j'ai pu former un noyau de chevaliers Gr. Pr... capables de diriger sur les lieux les travaux, j'ai favorisé autant que j'ai pu de nouveaux établissements maçonniques. C'est ainsi qu'il en existe à Marseille, Aix, Avignon, etc., et un très important à Paris. Mais ils m'ont tous demandé instamment d'être constitués régulièrement par le Directoire d'Auvergne en loge réunie au régime rectifié.

C'est ici, Monseigneur, que j'ai été le plus embarrassé. Ce Directoire n'existait plus à Lyon que dans ma personne et ne pouvait, par conséquent constituer in plenis. Mais, considérant que, soit en qualité de Chancelier et d'Agent général de la province, soit en vertu des pouvoirs qui me furent personnellement délégués dès lors par le diplôme de fondation du défunt Révérentissime Maître Carolus ab Ense ; considérant aussi les besoins du moment et l'impossibilité d'y satisfaire autrement, j'ai pris sur moi d'accorder en ma susdite qualité à ces établissements des patentes de constitutions provisoires, pour leur valoir jusqu'à ce que le Directoire régulièrement composé puisse leur en accorder de définitives. Je prie instamment Votre Altesse qui connaît parfaitement les règles et usages de l'Ordre, de me dire avec sa franchise naturelle si j'ai dû agir ainsi, ou si j'ai trop pris sur moi, car je me trouve encore en ce moment dans le cas d'agir ainsi dans une autre partie.

Je viens de parler d'un établissement maçonnique formé à Paris en 18o8, et que j'ai ensuite constitué de même en Préfecture provisoire. Il y prospère beaucoup sous le titre de loge du Centre des Amis. C'est une pépinière de l'Ordre qui nous a déjà rendu de grands services. Car c'est par les soins des principaux membres de cette loge qui furent alors députés auprès de moi à Lyon, pour obtenir et copier les rituels, instructions et documents de tous les grades du régime, que nous devons l'honneur et l'avantage inappréciable d'avoir maintenant un chef, un protecteur et un Grand Maître national du régime rectifié en France dans la personne du Sérénissime Frère de Cambacérès, Prince Archi-Chancelier de l'Empire, Duc de Parmes, etc. (in ordine Eques Joannes Jacobus Regis a legibus), qui était déjà depuis quelques années Grand Maître des Loges du Rit français, dirigées par le Grand-Orient de France. Après avoir reconnu et apprécié les grandes différences caractéristiques qui sont entre le Régime rectifié et le Rit français, il a bien voulu accepter en juin 1809 l'élection que les deux Directoires d'Auvergne et d'Occitanie, seuls existant alors en France, ont fait de sa personne ; ce qui nous promet, vu le vif intérêt qu'il prend à la prospérité de l'Ordre, un avenir des plus satisfaisants pour nous, et dont les heureux effets pourraient un jour rejaillir sur l'Europe entière. Les deux provinces électrices ont ensuite formé à Paris un conseil d'administration nationale auprès de la personne du Sérénissime Grand Maître qui le préside ; il est composé quant à présent des quatre conseillers représentant les deux Provinces, d'un Chancelier National et d'un Secrétaire Général de la Chancellerie Nationale, qui sont tous Ch. Gr. Profès. C'est à ce conseil que se réfèrent toutes les affaires nationales.

La province de Bourgogne, éteinte depuis longtemps à Strasbourg, parait aujourd'hui vouloir prendre une nouvelle existence à Besançon. Quelques observateurs de l'ancienne Commanderie qui existait autrefois dans cette dernière ville, se réunissant à quelques-uns encore existants, dans les environs de Strasbourg, et appuyés de suffrage de ceux qui ont appartenu autrefois au Grand Prieuré d'Helvétie à Bâle, ont formé le projet de transférer le chef-lieu provincial et le siège magistral à Besançon. Ils ont à cet effet présenté requête vers la fin de 1809 au Sérénissime Grand-Maître qui, de l'avis, de son conseil d'administration et avec le consentement des provinces d'Auvergne et d'Occitanie, et après avoir rempli toutes les formalités prescrites par les lois et usages, vient d'accorder provisoirement leurs demandes, réservant le définitif à la décision d'un Convent général ou national. Cet événement qui me parait fort heureux complétera la principale organisation nationale.

J'ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini du 4e grade de Maître Écossais, avait été forcément suspendu en 1789 ; que la commission qui en avait été chargée avait remis alors entre mes mains, en se séparant, tout ce qui était nécessaire pour l'achever, et que cette lacune dans la totalité de la révision générale avait donné lieu à beaucoup d'instances faites de tout côté, que je n'avais pu satisfaire, n'osant pas prendre sur moi seul de compléter ce travail. Vingt années se sont écoulées en cet état ; mais l'année dernière, après l'a grande maladie que j'essuyai, me voyant rester seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en résulteraient si cette lacune dans le régime rectifié n'était pas remplie avant ma mort, j'osai entreprendre de le faire. Il ne restait qu'à lier les différentes parties du rituel, et à mettre la dernière main aux explications des tableaux et aux Instructions de ce grade. Ce rituel a été publié dans les loges réunies de France vers la fin de 1809 ; et il a été accueilli partout avec la plus grande satisfaction ; je regrette seulement que le défaut de copistes ne m'ait pas permis de le communiquer encore à tous les établissements maçoniques qui le demandent.

Pour pouvoir informer Votre Altesse de ce qui s’est passé d'intéressant dans nos contrées concernant l'Ordre, il m'a fallu entrer dans des détails qui auront pu fatiguer son attention. Je la prie d'excuser la longueur de cette lettre, le désordre même qui règne dans sa contexture, car commencée depuis plus d'un mois, elle doit inévitablement se ressentir de toutes les reprises et interruptions qu'elle a éprouvées. Ma main, depuis les fortes secousses morales que j'ai subies, me refuse son service pour toute écriture suivie. Je suis obligé d'emprunter celle de mon neveu (a lilio albo) fils aîné de mon frère (a concordia)pour écrire sous ma. dictée. Etant Chevr et Gr. Prof. il est le seul dont je puisse me servir pour des écritures confidentielles ; mais se trouvant excessivement occupé ailleurs tout le jour, il ne peut m'accorder de temps en temps que des moments bien courts. Vous voyez par là, Monseigneur, à quels titres je réclame votre indulgence.

Je suis entièrement retiré de toutes affaires extérieures, je vis depuis 15 ans dans un petit domaine rural dans l'intérieur de la ville, situé à l'une de ses extrémités, sur une colline où l'air est très favorable à ma santé ; la culture de la vigne et des fruits y occupe mes loisirs. J'y serais heureux si je n'avais eu le malheur de perdre, il y a deux ans, une épouse chérie à la suite d'un accouchement forcé avant terme. De tous les enfants que j'ai eu il ne me reste qu'un fils très bien constitué, mais âgé seulement de cinq ans et qui est destiné par la Providence à rester sans doute bientôt orphelin C'est là l'épine qui souvent fatigue mon cœur, mais je me soumets comme je le dois à toutes ses blessures.

Depuis bien longtemps, je désire d'avoir l’Honneur de vous écrire, mais je ne savais comment vous adresser et vous faire parvenir sûrement ma lettre. J'adresse celle-ci à Paris et j'ai tout lieu de croire que par l'organe de nos Frères, elle arrivera dans vos mains, ce que je désire beaucoup d'apprendre. Si Votre Altesse daigne m'honorer d'une réponse qui est bien désirée, elle me parviendra certainement à l'adresse qui suit ma signature, et en cas d'accidents sur ma personne, elle tomberait dans les mains d'un autre moi-même qui est membre de l'Orde Intr (a ponte alto) excellent Chevr Gr. Pr. mon ami et mon confident en tout, ayant le titre de Visiteur Général de la Province, mais qui par la nature et l'immensité de ses occupations civiles ne peut quant à  présent me seconder en rien.

Prêt à finir ma lettre, j'en reçois une fort inattendue, mais bien agréable du cher Fre Baron de Turkeim aîné (a flumine), ancien Chancelier provincial de la Vequi par ses talents distingués et sa très grande activité, fut bien utile à Wilhemsbad où il assista dans sa qualité de Visiteur Général de la même. Trompé par de faux avis, il croyait qu'après le siège de Lyon, j'avais été immolé comme des milliers d'autres bons citoyens par le fer des bourreaux de la France. Venant d'apprendre que j'existais encore, il s'est empressé de m'en témoigner son grand contentement avec une effusion de joie et d'amitié les plus touchantes. Dégoûté des grandes agitations de la scène du monde, mûri par son âge de 6o, ans, et s'étant démis depuis très longtemps de ses charges et dignités dans l'Ordre, pour vivre hors de la province qu'il a quitté depuis 20 ans, il se montre peu disposé à y reprendre aucun intérêt dans les choses ostensibles ; Maïs il conserve un invincible attachement à la Grande Profession des Chevrs et aux vérités sublimes qu'elle renferme, dont il fait son étude habituelle.

Intimement attaché à notre sainte religion chrétienne, son ambition s'est éteinte, sa grande vivacité est devenue très modérée ; sa raison s'abaisse avec plaisir devant la Croix, et se plie sous le joug de la foi en notre Seigneur et Maître J.-C. Enfin il se croit maintenant tel que je désirais de le voir il y a 25 ans, et il me remercie affectueusement d'y avoir un des premiers beaucoup contribué dès lors.

J'ai pensé qu'il serait agréable à Votre Altesse d'apprendre des nouvelles de l'existence et des heureux changements survenus dans un si digne et si aimable Frère, dans un homme auquel vous aviez accordé une bonne part dans votre estime ; et je n'ai pas craint d'en prolonger un peu la présente pour en saisir l'occasion. Je la finis enfin en vous priant, Monseigneur, d'agréer l'expression du plus sincère attachement à votre personne et du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, De Votre Altesse Sérénissime, Le très humble, très dévoué, et très, affectionné serviteur et Frère d'Ordre.  

J.-B. Willermoz

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Jean-Baptiste Willermoz, un franc-maçon mystique

Publié le 11 Août 2026 par T.D

Jean-Baptiste Willermoz. Un nom bien connu de tous les francs-maçons, et tout particulièrement des membres du Rite Écossais Rectifié, dont il est le principal auteur. Jean-Baptiste Willermoz est sans doute l’un des francs-maçons les plus illustres de la fin du XVIIIe siècle et l’un des principaux représentants du courant illuministe et mystique de la franc-maçonnerie. Dans sa soif de secret maçonnique, Jean-Baptiste Willermoz fut probablement l’un des meilleurs connaisseurs des systèmes maçonniques de son temps et il collectionna un grand nombre de rituels manuscrits. Il disait lui-même avoir reçu plus de soixante degrés maçonniques et joua un rôle considérable dans le développement des hauts grades du REAA  C’est la destinée et la personnalité de Jean-Baptiste Willermoz, dont le nom est souvent plus connu que l’histoire, que nous allons tenter de découvrir.

Un franc-maçon en quête perpétuelle

Fils aîné d’une fratrie de 13 enfants, Jean-Baptiste Willermoz est né en 1730 à Saint-Claude, en Franche-Comté, dans l’actuel département du Jura. Son père, Claude Catherin Willermoz, était mercier et toute la famille était très religieuse. L’un des frères de Jean-Baptiste devint même prêtre. À l’âge de 15 ans, Jean-Baptiste fut placé comme apprenti chez un mercier à Lyon. Entreprenant, industrieux et ambitieux, il se retrouva à la tête de son propre commerce de soie à l’âge de 24 ans, sans abandonner sa ferveur religieuse.

Catholique fervent et assidu, Willermoz n’était cependant pas satisfait de la simple foi. C’était un esprit en recherche, avide de percer les mystères des relations entre l’Homme et Dieu, et comme nombre de ses contemporains, il pensait que la franc-maçonnerie cachait les sublimes secrets qui répondraient aux aspirations les plus profondes de son âme. C’est pourquoi il fut reçu franc-maçon à l’âge de 20 ans, probablement au sein de la plus ancienne loge lyonnaise, Les Amis Choisis. A l’âge de 22 ans, il devint Vénérable de cette loge, puis l’année suivante, soit en 1753, il fut l’un des fondateurs d’une nouvelle loge, la Parfaite Amitié, dont il devint également le Vénérable. 

La carrière maçonnique de Willermoz commençait très fort, et il n’allait pas en rester là. La pratique des trois premiers grades ne lui révélèrent pas les profonds mystères auxquels il aspirait, mais il n’y avait pas encore de hauts grades à Lyon dans les années 1750. Ces degrés, qui fleurissaient un peu partout en France, étaient considérés avec méfiance par la Grande Loge de France, qui se montrait réticente à les reconnaître. Willermoz était convaincu que c’est dans les hauts grades que se cachaient les vrais secrets maçonniques et que les degrés symboliques n’en étaient que le porche d’entrée. Il s’attela à recevoir le plus de hauts grades et à se procurer le plus de rituels manuscrits possible. Il devint ainsi à n’en pas douter l’un des meilleurs connaisseurs de tous les hauts grades en usage en son temps, et il avoua avoir reçu plus de soixante degrés, de différents systèmes.

En 1760, Willermoz fut l’un des fondateurs de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, sorte de Grande Loge provinciale opérant dans le giron de la Grande Loge de France. Willermoz obtint même de la Grande Loge de France et de son Grand Maître le comte Clermont (1709-1771) une dérogation autorisant les loges lyonnaises à pratiquer les hauts grades écossais. La Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon développa ainsi un système en sept degrés, y compris les grades symboliques. Mais les connaissances que Willermoz ne cessait d’acquérir allaient amener la Grande Loge lyonnaise à adopter un système en 25 grades dès la deuxième année de son existence. Ce système était couronné par un grade de Chevalier de l’Aigle et du Pélican, Chevalier de St-André ou Maçon d’Hérédom, qui n’est autre que le Chevalier Rose-Croix en usage aujourd’hui sous différentes formes au Rite Écossais Ancien Accepté, au Rite Français Traditionnel et dans d’autres rites. C’est la première apparition de ce grade sous cette forme et il est vraisemblable que Willermoz en soit l’auteur. Il faut par ailleurs remarquer que le Kadosh ne figurait pas dans l’échelle des degrés pratiqués à la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon : Willermoz avait découvert ce grade grâce à des Frères de Metz, mais l’ayant jugé odieux et contraire aux valeurs maçonniques, il s’y opposa toujours.

Perpétuellement en quête du vrai secret maçonnique, Willermoz restait insatisfait des hauts grades usuels. Avec son frère Pierre-François Willermoz (1735-1799), médecin, chimiste et contributeur de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, il créa en 1763 un chapitre de Chevaliers de l’Aigle Noir, très secret et inconnu des francs-maçons ordinaires. On y cultivait l’hermétisme et l’alchimie. Accaparé par les tâches administratives de la Grande Loge lyonnaise, dont il fut brièvement le Grand Maître puis durablement le garde des sceaux et l’archiviste, Willermoz fut empêché d’y participer activement. Quelle déception, et même quel sentiment dégoût allait-il éprouver quand il s’aperçut que ce chapitre se consacrait essentiellement à une quête matérialiste, la recherche de la chrysopée, c’est-à-dire la production d’or par transmutation. S’il s’était intéressé à l’alchimie quelques années auparavant, il s’en était rapidement détourné, car pour lui, le vrai secret maçonnique ne pouvait être que purement spirituel et ne pouvait être entaché d’aucune considération matérielle.

Une rencontre déterminante pour Willermoz

C’est en 1767 que, de passage à Paris, Willermoz fit la rencontre de l’homme qui allait à jamais changer son existence et donner une nouvelle orientation à sa vie maçonnique et spirituelle : Joachim Martinès de Pasqually (1727(?)-1774). Ce personnage énigmatique, que l’on pense avoir été d’origine portugaise ou espagnole et descendant de marranes (juifs convertis de force au catholicisme dans la péninsule ibérique dès le XVe siècle), avait développé une doctrine spirituelle teintée de gnose, de mystique pythagoricienne et de kabbale, qui culminait dans une pratique de type occultiste. De manière très résumée, Martinès considérait que l’Homme originel était émané de Dieu garder les anges rebelles, captifs depuis la chute de Satan. Mais corrompu par ces esprits mauvais, l’Homme serait tombé à son tour. Le but de la doctrine martinézienne était de ramener l’Homme à son origine première. Mais selon Martinès, la Bible décrivait deux lignées d’hommes, la descendance de Caïn, réprouvée, et celle de Seth, la lignée des élus, qui seuls pouvaient espérer être réintégrés dans leur pureté originelle. Et pour attester que l’on était descendant de Seth, il fallait se livrer à des pratiques théurgiques extrêmement complexes pour entrer en contact avec des entités spirituelles, ce que les descendants de Caïn étaient réputés incapables de réaliser.

Martinès avait créé un ordre para-maçonnique pour abriter sa doctrine et ses pratiques, l’Ordre des Élus Coens de l’Univers, qui culminait dans le grade de Réau-Croix. Cet ordre représentait une sorte de sacerdoce occulte qui recrutait avec la plus grande prudence les francs-maçons qui semblaient dignes de découvrir ces mystères. Le siège de l’Ordre était situé à Bordeaux, où vivait Martinès, mais il avait également créé un Tribunal Souverain de son Ordre à Paris, sous la présidence d’un éminent franc-maçon de la Grande Loge de France, Jean-Jacques Bacon de la Chevalerie (1731-1821), natif de Lyon et ami de Willermoz. C’est lors d’une visite que Willermoz lui rendait à Paris en 1767 que Bacon lui révéla l’existence d’un ordre très secret qui répondait aux attentes des francs-maçons les plus exigeants et l’invita à s’y joindre. Willermoz accepta sans hésiter et fut initié par Martinès lui-même. Il pensait avoir enfin trouvé ce qu’il cherchait depuis tant d’années, embrassa la doctrine de Martinès avec enthousiasme et obtint de pouvoir ouvrir un Grand Temple Coen Lyon. Il se lia en outre d’amitié avec Louis-Claude de Saint-Martin, dit "Le Philosophe Inconnu" (1743-1803), secrétaire particulier de Martinès et lointain inspirateur du Martinisme moderne. 

S’il pensait avoir trouvé la connaissance qu’il avait si longtemps cherchée, Willermoz n’en parvint pas pour autant à obtenir la moindre manifestation surnaturelle lors des opérations théurgiques, auxquelles il se livrait avec assiduité et méticulosité. C’est l’un des aspects les plus touchants du personnage de Willermoz, que l’on voit ainsi persister à pratiquer avec la plus grande persévérance, sur les conseils épistolaires d’un Martinès qui trouve toujours de bonnes excuses pour expliquer ses échecs. Plus d’un se serait découragé, mais pas Willermoz

À partir de 1767, Willermoz se consacra principalement à la cause des Élus Coens, délaissant passablement la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon. Il faut dire à sa décharge qu’en 1768, une ordonnance du lieutenant général de police Sartine suspendait officiellement les activités maçonniques dans tout le royaume de France, suite à une rixe mémorable à l’entrée d’un temple parisien en décembre 1772. Même si cette mesure ne fut jamais complètement appliquée, la vie maçonnique française n’en fut pas moins ralentie jusqu’en 1774.

En 1772, Martinès embarqua pour Saint-Domingue pour y prendre possession d’un héritage. Il promettait revenir après une année, et continua à correspondre avec ses disciples restés en France, à un rythme évidemment moins soutenu qu’avant. Mais il tomba malade et mourut à Saint-Domingue en 1774. À partir de là, ses disciples commencèrent à se disperser et la plupart des Temples reprirent la forme de simples loges au sein de la Grande Loge de France, devenue depuis 1773 le Grand Orient de France. Seul subsista le Temple de Lyon, présidé par Willermoz. Mais privé de son fondateur, l’Ordre des Élus Coens ne pouvait pas survivre longtemps, d’autant plus que son nouveau chef de fait, Willermoz, n’avait jamais obtenu aucune manifestation lors de ses opérations. Il fallait à Willermoz une nouvelle structure pour y abriter la doctrine martinézienne, mais laquelle ?

La Stricte Observance Templière, une nouvelle opportunité pour Willermoz

Livré à lui-même depuis le départ de Martinès, Willermoz s’était intéressé à nouveau à la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, espérant en faire le noyau d’un nouveau Rite à connotation martinézienne dont il serait le fondateur. La tâche s’avérait difficile, car la Grande Loge était léthargique depuis 1768 et de plus, pour créer un nouveau rite, il fallait forcément trouver une légende qui puisse le légitimer. Willermoz se méfiait de la légende rosicrucienne, trop susceptible pour lui déboucher sur l’alchimie, qu’il rejetait. De même, il excluait la légende Templière, qu’il ne connaissait que sous la forme du Kadosh, qui lui faisait horreur

C’est alors qu’une opportunité inattendue se présenta à Willermoz, sous la forme d’un ordre maçonnique se réclamant des Templiers sans pour autant adopter la logique de vengeance des Kadosh : la Stricte Observance Templière allemande, fondée en 1751 par le baron de Hund (1722-1776).

En 1766 déjà, la loge St-Jean des Voyageurs à l’orient de Dresde, membre de la Stricte Observance Templière, avait tenté d’entrer en correspondance avec la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, mais la lettre était arrivée lors d’une absence de Willermoz, garde des sceaux et archiviste de la Grande Loge, qui n’en avait jamais eu connaissance. Mais il est probable qu’en 1766, Willermoz n’aurait pas vu un intérêt particulier à être en contact avec une loge de rite templier en Allemagne.

Il en alla tout autrement quand, en 1772, la loge La Candeur de Strasbourg fit à Willermoz l’éloge de la Stricte Observance Templière (connue des francs-maçons ordinaires sous le nom de Maçonnerie Réformée de Dresde), à laquelle elle venait d’adhérer. Les propos des Frères strasbourgeois laissaient entendre qu’ils avaient découvert un Ordre maçonnique qui, à la différence des autres, connaissait les vrais buts de la franc-maçonnerie. Il n’en fallait pas plus pour attirer l’attention de Willermoz, qui en déduisit un peu hâtivement que cet ordre abritait certainement une doctrine spirituelle très élevée, comparable à celle de Martinès. Il noua alors d’étroites relations avec les Frères strasbourgeois, commença à se renseigner sur le système allemand et écrivit au baron de Hund, pour évoquer une éventuelle demande d’adhésion des Frères lyonnais.

Ayant appris que la Stricte Observance Templière se donnait pour but de rétablir l’Ordre du Temple, Willermoz se montra prudent et demanda des garanties que le système templier allemand ne couvrait rien de répréhensible aux yeux des lois du royaume et de l’Église, et qu’il n’avait rien à voir avec le Kadosh. Il demanda également que les loges symboliques lyonnaises restent placées sous la juridiction du Grand Orient de France et que seuls les hauts grades soient placés sous la direction de l’Ordre. Le baron Weiler, qui avait déjà installé la Ve Province de l’Ordre (Bourgogne) à Strasbourg en 1772 fut chargé d’envoyer aux Frères lyonnais les documents nécessaires à une adhésion et se rendit à Lyon en mai 1773. Les tractations ayant abouti, une vingtaine de Frères lyonnais, qui devaient constituer le nouveau Chapitre, furent reçus Chevaliers le 21 juillet 1773, et le 25 juillet fut installée la IIe Province de l’Ordre (Auvergne). Les 11 et 13 août 1773, tous les nouveaux Chevaliers faisaient leur Profession Solennelle, atteignant ainsi le plus haut degré de l’Ordre, celui de Chevalier Profès.

Ayant rempli sa mission à Lyon, Weiler poursuivit sa tâche en se rendant à Montpellier et à Bordeaux, où il installa la IIIe Province de l’Ordre (Occitanie). La France comptait désormais trois Provinces Templières et bientôt quatre, puisque les Frères de Montpellier, estimant que le zèle des Chevaliers bordelais était trop tiède, se séparèrent de la IIIe Province pour en créer une nouvelle, celle de Septimanie. Les Provinces de l’Ordre dépassaient les frontières du royaume de France, puisque la IIe (Bourgogne) comprenait la Suisse alémanique, et la Ve (Auvergne) étendait sa juridiction sur la Suisse romande, Genève et le duché de Savoie.

Le succès semblait complet, mais Willermoz avait-il pour autant trouvé la structure qui lui permettait de faire vivre et de diffuser les doctrines de Martinès ? C’est ce que nous découvrirons dans un prochain article.

 

 

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Willermoz et le RER

Publié le 10 Août 2026 par T.D

Cet homme d'envergure, vous l'avez deviné, c'est J.-B. WILLERMOZ, le génie assimilateur et constructif.
Il est là, dans ce siècle, dans cette ville et dans ce complexe sacral des maçonneries encore balbutiantes, comme un pivot ou comme le centre d'un ensemble. Jurassien, né à St-Claude en 1730, il est venu à Lyon en 1745 et a été initié dans la Maçonnerie en 1750. Il est l'un des introducteurs, à Lyon, de la Stricte Observance Templière allemande issue des Convents de Unwürde en 1754, Altenberg en 1764 et Kohlo en 1772. On relira à ce sujet l'ouvrage de Le Forestier (1) et l'excellente introduction que lui a consacrée Antoine Faivre, spécialiste à la Sorbonne de l'ésotérisme chrétien au XVIIIe siècle. Professeur à l'université de Bordeaux, A. Faivre est en effet directeur d'études à l'École pratique des hautes études, section sciences religieuses, pour l'histoire des courants ésotériques et mystiques dans l'Europe moderne et contemporaine.
Or c'est le 21 juillet 1774 que le baron Von Weiler, Chevalier de l'Épi d'Or, préside le premier chapitre de la Province d'Auvergne composée de 20 chevaliers et de chevaliers Profès qui recevront quatre jours plus tard leur nom d'Ordre. C'est ainsi, nous dit Jean Saunier dans un remarquable article de feu Le Symbolisme, que J.-B. Willermoz devint l'eques " Baptista ab Eremo " avec la devise " Vox in deserto " et les armes : " d'Azur à un ermite avec une lance sur l'épaule ".

Willermoz cependant n'est pas seul. II y a, à côté de lui, Martinez de Pasqually né à Grenoble en 1722, environ 170 ans après la mort de Cornélius Agrippa dans la capitale delphinale : ce personnage étrange rédige, trois ans avant l'installation du chapitre de la Stricte Observance à Lyon et sept ans avant l'ouverture du Convent des Gaules, son fameux Traité de la Réintégration .
Willermoz doit beaucoup à Martinez : initié au martinézisme en 1767, il est ordonné Réau-Croix en 1768, l'année même de la mort de Martinez. Ainsi l'on constate que le passé strictement maçonnique de Willermoz n'est antérieur que de quelques années seulement à son passé martinézien, lequel à son tour précède de fort peu sa découverte du Templarisme de la S.O. et de la maçonnerie qui lui est connexe.
Trois couches successives correspondant à trois aspects de l'ésotérisme maçonnique : celui des loges maçonnico-chrétiennes, celui de la Kabbale et celui de la maçonnerie chevalière et templière pour terminer.
Voilà les trois ingrédients dont va se servir l'habile cuisinier lyonnais - car on ne peut plus parler ici du " fabriquant d'étoffes de soye et d'argent et commissionnaire en soyeries " - pour confectionner cette admirable pièce rectifiée aux saveurs et aux épices de Myrelingue la Brumeuse !
Puis il y a aussi, dans les relations de Willermoz, le comte et ambassadeur Joseph de Maistre, catholique ultramontain, considérant avec à peine un peu de curiosité les enchevêtrements de la mystique martinézienne et tenant au bout d'une pincette le templarisme maçonnique. Ce défenseur du pape, s'il est un ancien élève des pères jésuites et un ancien affilié des Congrégations, est aussi un maçon selon le concept anglais de la Maçonnerie. Né à Chambéry en 1753, il appartient à la loge les " Trois Mortiers " de cette ville, loge rattachée à la Grande Loge d'Angleterre. Bientôt il sera membre de la " Sincérité Écossaise " relevant de la S.O.T. et deviendra C.B.C.S. et Grand Profès.
Avec notre Savoyard, l'Eques a Floribus, on comprend aisément que c'est l'influence catholique la plus orthodoxe qui s'exerce sur Willermoz et qui y trouve un écho d'autant plus favorable que, finalement, et malgré les différences de tempérament et de culture, les deux hommes sont très près l'un de l'autre, par la pensée, le sentiment, la religion et parce qu'ils fréquentent le même univers maçonnique et para-maçonnique.
Oh, bien sûr, le Savoyard rejette avec un certain mépris l'idée de la " filiation templière maçonnique", chère à la S.O.T., alors que le Lyonnais ne la refuse point, mais avec cette prudence de nos gens qui disent en patois " méfiat ! ", et qui leur fait découvrir la solution vraie ou non contradictoire.
Nous ne saurions achever le parcours de cette galerie de portraits rhodaniens sans jeter un coup d'œil sur Louis Claude de Saint-Martin qui, bien que né à Amboise en 1743, vient demeurer à Lyon chez Willermoz entre 1773 et 1774, c'est-à-dire précisément l'année d'implantation de la S.O.T. à Lyon. Le " Philosophe Inconnu " est déjà maçon, martinézien même et Réau-Croix depuis 1772, et c'est dans l'appartement de Willermoz qu'il rédige son premier ouvrage Des Erreurs et de le Vérité en 1774. Reçu C.B.C.S. il abandonnera la Maçonnerie pour se plonger dans la mystique, qu'il connaît à travers Böhme et grâce à Mme de Böcklin et à Salzmann, mais sa fréquentation de Willermoz n'est pas, à mon sens, sans lointaine conséquence pour le Rite Rectifié. N'oublions pas que la cuisson de ce que j'appelle avec effronterie le " gâteau rectifié ", va durer quelque vingt-deux ans ! et ce qu'ajoute Saint-Martin à la recette lyonnaise c'est peut-être, au cours du temps, une légère pincée de théosophie chrétienne, à peine perceptible il est vrai, tant est substantielle la pâte maçonnico-templière du Rite.
Voilà mes chers frères comment je voulais définir dans cette première partie de mon exposé, l'aire originelle du Convent des Gaules. Une combinaison qualitative de la Franche-Comté, du Lyonnais, de la Savoie et du Dauphiné. Je m'y suis peut-être attardé avec trop de complaisance car c'est également ma formule " chromosomique " familiale.
Voilà pourquoi j'ai voulu peindre les hommes qui assistèrent Willermoz dans sa vie locale quotidienne. Il y en eut d'autres, nous le verrons bientôt, qui formeront avec lui une réelle communauté de travail pour la mise au point de ce Rite et je songe aux Strasbourgeois, aux Turckheim, à Salzmann, etc.
Pardonnez-moi si j'ai trop insisté sur les références culinaires et sacrifié à la chronique de James de Coquet.
En réalité, croyez-moi, il y a une divine cuisine " l'ars spiritualis ", la cuisine des anges, et comment ne pas évoquer ici l'humble frère Jean Van Leuwen, le cuisinier de Ruysbröck l'admirable qui, nous rapporte l'histoire, était dans la composition de ses mets, gratifié de faveurs mystiques égalant celles du Bienheureux ?
Et puis, bien qu'il s'agisse du Convent des Gaules et d'un sujet sacré, comment ne pas tolérer quelques faiblesses allégeant l'austérité du propos dès lors que nous sommes aussi dans la capitale incontestée de la gastronomie ?
Nous voici en tout cas parvenus au seuil de la seconde partie d'une étude plus spécialement vouée à l'analyse des apports intellectuels qui présidèrent à la création du Rite et à leurs conséquences pour la Maçonnerie.

Comme j'ai eu l'occasion de le faire observer dans d'autres conférences, ce sont peut-être ces différents apports qui donneront au rite son identité, apports que nous allons résumer. Le rite retient en effet :
" de la Maçonnerie spéculative récemment apparue en Grande-Bretagne, les rituels, mots, signes et l'ésotérisme des constructeurs, l'initiation et les trois grades bien connus,
- de la " Stricte Observance Templière " et d'un Templarisme qui remonte peut-être au chapitre dit de Clermont quant à ses sources lointaines (mais qui prend corps à Unwürde en 1754 et aux Convents d'Altenberg en 1764, Kohlo en 1772, Brunswick en 1775 et Lyon en 1778), une ossature normative pour l'ensemble des grades et la référence chevaleresque et templière,
- de Martinez, une sève secrète, à résonance judéo-chrétienne et fond salomonien, présente dans l'enchaînement des maximes et des tableaux et qui, à l'époque de Willermoz, jaillit visiblement au niveau de la " Profession ", celle de Chevalier Profès et Grand Profès,
- de J. de Maistre, l'intégrité chrétienne et quasi confessionnelle, avec un pressentiment de l'Évangile éternel et de ce que nous pourrions appeler aujourd'hui la " Tradition Primordiale " dans la perspective de René Guénon,
- de St-Martin, une religiosité chrétienne très priante,
- du XVIIIe siècle français, certains concepts religieux de ce temps, infirmés de nos jours : ainsi la définition des " pharisiens ", la loi d'amour réservée au Nouveau Testament, l'abolition de l'Ancienne Loi, la notion de fraternité limitée aux seuls chrétiens en maçonnerie, l'immortalité de l'âme, qui n'appartient pas au Credo, originel mais est une conséquence de la Résurrection de la Chair - entendue au sens hébraïque du mot - et de la Vie éternelle ou Vie du " monde qui vient ".

Ajoutons que l'" immortalité de l'âme " - à ne pas confondre avec l'âme supérieure ou âme d'immortalité -, est une notion platonicienne. Enfin on retiendra, outre les concepts religieux du "Siècle des lumières" (?), le goût de l'enflure verbale parfois élégante et celui du discours patriotique et redondant...
Quant à la doctrine, il est patent qu'elle s'alimente à une source biblique et qu'elle suit l'économie et même la chronologie Testamentaire jusque dans la suite sérielle des Temples. Tout tient au fond dans la correspondance symbolique entre le Temple de l'Homme et celui de l'Univers avec une matrice : le Temple de Salomon, puis une projection spirituelle qui va de la Milice de Terre Sainte à la Jérusalem céleste, enfin et d'abord, un modèle divin et éternel dans le Christ. Car le rite est chrétien et tous les apports que j'ai cités ont en commun, même chez les élus-coen de Martinez, la confession chrétienne des participants ou des adeptes ; historiquement c'est indéniable.
Autre remarque, la doctrine en question est admirablement ventilée et étagée dans les strates graduelles du Rite sans contradiction chronologique, sans anachronisme ou syncrétisme. Donc il s'agit véritablement d'un " Ordre " (et non d'un fourre-tout), d'une " cohérence " qui ne lasse pas de surprendre le maçon ou l'érudit maçonnisant de notre temps.
Sans doute, ce désir d'unicité organique et de spécificité religieuse fait-il peu de place à l'universalité de l'initiation maçonnique et à l'universalité traditionnelle d'un Art, qui est d'autant moins catégoriel que l'ésotérisme est forcément Un ! Mais ceci, au fond, ne concerne plus la structure et les caractéristiques du Rite mais beaucoup plus les critères d'entendement et les motivations du siècle = l'ouverture des esprits. On peut en effet penser que le Christ est le Verbe divin incarné, qu'il est dans le Père et le Père en lui et que l'Esprit Saint est ce lien de l'un à l'autre... sans pour autant croire que l'Éternel n'est... que chrétien ! Et l'Esprit souffle où il veut !
Ces problèmes ne se posent d'ailleurs pas à l'époque, ce d'autant que le détail de tous les rituels n'est point encore consigné en 1778. Le Convent des Gaules charge seulement Jean de Turckheim de rédiger les rituels de l'Ordre Intérieur et il spécifie que la classe symbolique ne comporte que les quatre degrés des rituels bleus et verts révisés par Salzmann, Willermoz, Braun, Paganucci et Perisse du Luc. Lesdits rituels sont arrêtés dans leurs grandes lignes en 1778. Ultérieurement ils subiront les modifications que j'ai signalées dans mon message de la Saint-Hughes 1978.
À Lyon on met en tout cas noir sur blanc - " l'Instruction par demandes et réponses ", concernant le symbolisme de la loge, et l'on définit les principes de base de la future " Règle Maçonnique " présentée ultérieurement au Convent Général de Wilhelmsbad et dont les ouvrages sur la maçonnerie et les Revues, comme feu Le Symbolisme, ont donné le texte in extenso.
Quant à l'" ordre Intérieur ", calqué sur celui du " Très Saint Ordre " de la Stricte Observance, il fait l'objet d'une première révision sous la plume de Jean de Turckheim, mais sans aller trop loin, en raison d'une question fondamentale : la nature des rapports entre le Temple et la Maçonnerie, aussi le Convent des Gaules ne se prononce-t-il pas sur cette question, il s'en remet aux décisions du prochain Convent Général, donc celui de Wilhelmsbad.
Ceci mérite cependant que l'on s'y arrête longuement car c'est autour de cette question templière que se joue la vraie personnalité du futur Rite Écossais Rectifié. En effet, tous les régimes maçonniques sont " templiers " au sommet, mais avec des nuances d'importance quant aux conceptions, nuances qui commandent la vision que l'on peut avoir de la Maçonnerie et de son ésotérisme.
Examinons les diverses thèses en présence :
- La première ne voit aucun lien historique ou spirituel, entre Templiers et Maçons ; elle est alignée sur un intégrisme catholique, celui-là même de Joseph de Maistre.
- La seconde écarte l'idée d'une filiation historique ininterrompue entre les Templiers et les grades maçonniques templiers, mais entend toutefois maintenir la perpétuation du souvenir de l'Ordre. D'où l'existence précisément de ces superstructures templières qui se prêtent à une commémoration vivante et rituellement sacrale. Ce pourrait être la thèse avalisée par les Knights Templar britanniques.
- La troisième excipe des rapports historiques étroits entre Templiers et Maçons en Europe et en Terre Sainte et de la parenté ésotérique ou initiatique des deux organisations auxquelles ils se référaient. Elle admet la probabilité d'un refuge offert par les loges de maçons aux Templiers persécutés et, partant, la probabilité d'une mystérieuse symbiose entre les deux ordres d'où devait sortir quelques siècles plus tard, le Templarisme maçonnique. Telle est la conception de Willermoz et de son entourage.
- La quatrième thèse, voit dans la maçonnerie la fille directe des Templiers, cette dernière n'ayant donc servi qu'à permettre la perpétuation secrète de l'O. Templier destiné à renaître de ses cendres tel qu'il était lors de sa disparition visible au début du XIVe siècle. C'est ici la raison première de la " Stricte Observance Templière " qui, bien sûr, fait sienne ladite légende.
Tout ceci nous ramène donc au débat central du régime rectifié, débat commencé au Convent des Gaules en 1778 et achevé vers 1782 au moment de Wilhelmsbad.
On sait que le Régime instauré à Lyon par le baron von Weiler, ami du baron de Hund, consacrait l'existence des provinces de l'Ordre Templier en France avec les sièges de Strasbourg (5e Province), Bordeaux (3e Province), Lyon (2e Province) (1). Or ce n'était pas sur cette division territoriale que discutaient les animateurs de l'Assemblée lyonnaise mais sur l'opportunité de conserver ou plutôt de modifier les rituels de chevaliers de la S.O.T. comprenant cinq classes : les chevaliers ayant accès à la Profession, les frères servants d'armes, les valets d'armes, les compagnons d'armes et les " frères socii " du Temple. Ces rituels rédigés en latin comportaient un serment à Dieu, au Christ, à la Bienheureuse Vierge Marie, au Bienheureux Père St Bernard et à tous les Saints avec promesse de suivre la règle du Temple donnée aux chevaliers par St Bernard. Il s'agissait bien d'une reconstitution de l'Ordre dissous au XIVe siècle et dans l'état organique où il était avant sa disparition.
La modification des rituels préconisée par les Français visait non seulement à la simplification synthétique, déjà bien admise et quasi fixée, mais à redéfinir le contenu didactique des rituels, et c'est là que l'on butait sur les légendes templières et, par la même occasion, sur les finalités du Templarisme maçonnique.
La phalange willermozienne devait immédiatement affirmer son accord sur un certain nombre de points, ainsi :
La renonciation à une reconstitution artificielle de l'Ordre Templier et à ses prétentions à la puissance économico-politique, dont rêvait sans doute la S.O.T.
L'orientation de la chevalerie maçonnique rectifiée vers des buts strictement spirituels qui furent ceux de l'O. Templier à ses débuts, d'où le changement de nom et l'appellation de Chevalier de le Cité Sainte à vocation d'intériorisation doctrinale ou " mystique " (ou Chevalier maçon de la Cité Sainte).
La recherche d'un lien entre Templiers et Maçons qui ne puisse être contesté, et c'est là qu'intervenait le choix entre l'une des thèses énumérées précédemment.
Ainsi prend corps le système des C.B.C.S. tel que Willermoz l'a établi, avec l'aide des maçons alsaciens Friedrich Rudolf Salzmann, Jean et Bernard de Turckheim. Quant à l'intériorité doctrinale du Rite en entier, elle découle d'une propédeutique spirituelle, confortée par l'articulation des grades et elle tient dans cette identité, déjà signalée, des Temples de l'Homme, de l'Univers et de Salomon, des Temples terrestres et céleste, avec le " modèle christique " offert par le " divin Réparateur ", terme inspiré par le martinézisme. Antoine Faivre notera justement dans son analyse de l'ésotérisme chrétien du XVIe au XXe siècle (1), je cite : " Au fond Willermoz a obtenu que les cadres de la Stricte Observance Templière servissent à l'enseignement des Coens " et c'est bien pour cela, comme l'indique toujours Antoine Faivre, qu'à l'époque de Willermoz la classe secrète de la Profession qui n'avait point encore disparu contenait " l'essentiel de la pensée martinéziste ".
Nous allons maintenant aborder la troisième partie de notre conférence plus directement consacrée aux instructions templières.

Nous avons relevé le fait que la S.O. avait sans discussion considéré la Maçonnerie comme une " création " du Temple, établissant ainsi une filiation ou une succession entre Templiers et Maçons historiquement contestable.
Willermoz en était parfaitement conscient. En revanche il était réceptif à l'opinion qui voyait une continuation d'un certain type entre les deux Ordres, mais une continuation en " sens inverse " de celle admise par la S.O. = la Maçonnerie ne procédant pas du Temple et pour cause, ne serait-ce que du point de vue chronologique. Les loges de maçons auraient par contre abrité des Templiers pourchassés et la postérité spirituelle templière menacée de disparition. Willermoz reconnaissait enfin l'existence d'une consanguinité initiatique entre Francs-Maçons et Templiers et c'est là un point de grande signification.

En réformant ainsi les légendes templières de l'Ordre, Willermoz accomplissait un exploit. Il permettait au Rite de se réclamer ouvertement du Temple, sans pour autant :
- premièrement : s'exposer à la facile critique concernant les contre-vérités historiques,
- secondement : prendre d'initiative canoniquement répréhensible, quant à la reconstitution pure et simple des formes de l'Ordre dissous dans son état dernier,
- troisièmement : s'aligner sur le contenu du Mémoire adressé par le comte Joseph de Maistre à l'Eques a Victoria, le duc Ferdinand de Brunswick Lunebourg, et dont l'argumentation faisait litière de tout templarisme maçonnique.
Du même coup, l'O. Intérieur épousait les normes d'un Ordre de Chevalerie chrétien, analogue par ses formes à ceux dont relevaient nombre de dignitaires de la Maçonnerie rectifiée et de la S.O.T. de l'époque : Malte, St-Lazare, Teutonique, etc. Cependant, et à la différence des Ordres chevaleresques, cette chevalerie rectifiée restait liée à la Maçonnerie et à la maintenance spirituelle du Temple Salomonien et " Templier ".
Nul doute que Willermoz ait, de cette façon, rassemblé les prolégomènes nécessaires à la saine intelligence des rapports entre Templiers et Maçons.
Certes à Lyon en 1778, on s'est bien gardé de trancher mais les jeux sont faits et, trois ans après le Convent des Gaules, Willermoz pourra écrire au prince Charles de Hesse, sa lettre célèbre du 8 juillet 1781 ; il faut en rappeler ici les termes tant elle est importante pour la saisie des racines intellectuelles du Rite dont nous commémorons aujourd'hui la naissance rhodanienne ; je cite : " Je ne pense pas non plus que l'on parvienne à persuader que les chevaliers templiers aient été les instituteurs ni de la vraie Maçonnerie, ni même de la Symbolique, soit à l'époque de la fondation, soit à celle de la destruction de leur Ordre... Mais je ne répugne point à croire, sans cependant en être persuadé, que cette " institution " secrète, déjà existante avant eux, ait été la source d'eux, qu'elle ait même servi si l'on veut de base à leur institution particulière : qu'ils aient cultivé et propagé par elle pendant leur règne, la science dont elle était le voile et qu'ils se soient ensuite couverts de ce voile même pour perpétuer parmi eux et leurs descendants la mémoire de leurs malheurs et essayer par ce moyen de le réparer. Tout cela, quoique dénué de preuves suffisantes, ne répugne pas néanmoins à la raison et pourrait être admis au besoin comme vraisemblable. Les annales anglaises déjà citées font mention d'une grande loge nationale tenue à York, l'an 926. C'est-à-dire environ deux siècles avant la fondation de l'Ordre des prétendus instituteurs de la Maçonnerie. Elles assurent aussi qu'il existait des maçons avant cette époque en France, en Italie et ailleurs, et certainement l'amour-propre national anglais aurait supprimé cette anecdote si elle n'avait pas quelque fondement réel. Il est donc vraisemblable que l'Ordre du Temple institué au commencement du XIIe siècle et dans le pays même qui est réputé pour avoir été le berceau des principales connaissances humaines, ait pu participer à la science maçonnique, la conserver et la transmettre indépendamment des autres classes d'hommes qui ont pu en faire autant. En un mot, si le prochain Convent Général est d'avis de conserver des rapports maçonniques avec l'ancien Ordre du Temple, je ne vois nul inconvénient à présenter cet Ordre comme ayant été dépositaire des connaissances maçonniques et conservateur spécial des formes symboliques ; mets j'en verrais beaucoup à le présenter comme instituteur parce que l'on pourrait trouver toujours et partout des contradicteurs très incommodes "
Notre Lyonnais de conclure sur ce point avec l'habileté qui lui est coutumière : " Je crois que tout cela pourrait s'arranger convenablement si l'on ne donne que pour vraisemblable ce qui ne pourrait être prouvé et non comme certain.
"Dermenghem remarquera dans son ouvrage consacré à Joseph de Maistre mystique : " À vrai dire Willermoz semble plutôt croire que la Maçonnerie a été propagée par les Templiers mais non instituée par eux. " Chronologiquement et techniquement, c'est l'évidence même.
En fait et en creusant encore la question, on s'aperçoit que le groupe de Willermoz et de ses amis n'est peut-être pas loin de découvrir, même s'il ne l'exprime pas exactement dans les termes que nous lui donnerions de nos jours après la lecture de Guénon notamment, l'existence d'une Tradition première dont procéderaient Maçonnerie et Templarisme. Ainsi, d'une part, s'expliqueraient les analogies
secrètes entre les deux Ordres et, d'autre part, se justifierait l'intégration des Templiers chez les Maçons. On retrouvera d'ailleurs ces notions dans les instructions de l'Ordre Intérieur et je crois qu'il convient, sans violer aucun secret, de citer ici un passage très court, mais combien suggestif, de l'instruction authentique d'Écuyer Novice :
" Ne confondez pas l'Ordre sublime, secret, primitif et fondamental, avec l'Ordre des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte, ni avec l'Ordre des Chevaliers Templiers. Tous sont sortis de cet Ordre caché. La Maçonnerie lui doit son existence et nous nous trouvons placés entre l'initiation symbolique et l'initiation parfaite pour aider à remonter jusqu'à cet Ordre primitif ceux que la divine miséricorde y appelle."
L'Instruction en cause soutiendra en outre qu'il existe une initiation originelle perpétuée dans les loges qui, dit le rituel, " sont de toute ancienneté " et que cette initiation première aurait de plus donné naissance à la chevalerie " sacrale " dotée de liens inconnus aux profanes et qu'enfin, c'est avec le Temple que la Maçonnerie a le plus d'affinités et de liens historiques.
Voilà donc, mes frères, le point dont on n'a pas débattu ouvertement et officiellement en 1778 mais dont les coordonnées sont dans toutes les têtes dès le Convent des Gaules. C'est en effet à son propos que va s'opérer la mutation de la Stricte Observance en Rite Rectifié et l'on peut dire que, dès 1778, et même un peu avant, il est au principe de toute la " problématique " rectifiée.
C'est tellement vrai que pour la fête du centenaire du Rite, le 3 décembre 1882 à Genève, le F. Édouard Humbert, ancien député Maître de " l'Union des Cœurs " et membre de la loge " Les Amis Fidèles " - deux loges genevoises - déclarait, dans son discours sur les origines et l'esprit du Régime Écossais Rectifié, je cite : " C'est à l'Ordre du Temple que quelques-uns ont fait dès longtemps remonter l'origine de la Franc-Maçonnerie et plus récemment celle du Régime Écossais Rectifié. À considérer le seul Régime Ecossais Rectifié, il ne paraît pouvoir se rattacher aux traditions templières que par une série de transformations et d'intermédiaires. Il a pu en provenir par greffes successives réitérées et en passant par toutes sortes de métamorphoses mais il n'en est point né, en tous les cas, comme la branche sort de l'arbre."
Notre auteur helvétique notait alors que depuis 1817 il ne fut plus question, pour la maçonnerie rectifiée, de se déclarer l'unique héritière des Templiers parce qu'il manquait d'actes authentiques officiels pour constater et prouver la filiation des deux ordres et il ajoutait : " Toutefois comme il y avait entre eux des rapports impossibles à nier, rapports prouvés par une tradition constante, par des monuments, par les hiéroglyphes mêmes des Tapis, on décida que ces rapports seraient conservés et consignés dans une instruction historique. "
Et voilà mes chers frères, la concrétisation de la pensée willermozienne. Voilà le profil du Rite et de ses perspectives templières. Tout cela est inclus dans le Convent des Gaules. Ces perspectives ne sont point encore proclamées ouvertement, car Willermoz faisait peut-être sien le conseil de " l'Homme de Cour " : " Le temps et moi, nous en valons deux autres. " En 1778 tout ceci semble clair et normatif pour le rite au yeux de Willermoz et des Strasbourgeois même si, ultérieurement, les relations entre Jean de Turckheim et Willermoz se détériorent et même si les idées de Saltzman et de Bernard de Turckheim sont appelées à s'écarter de celles de Willermoz ; nous n'en sommes pas là en novembre 1778, et Willermoz est fort loin de se douter d'ailleurs que les rituels de son Rite ne seront en fait définitivement achevés que bien après les deux Convents : celui des Gaules et celui de Wilhelmsbad. De toute façon l'architecture du Rite, telle que l'a tracée Willermoz, triomphera de tous les obstacles, comme a triomphé sa perspective templière.
Cependant, nous avons vu au passage que la doctrine retenue par les fondateurs du Rite était allusive, à propos des Templiers et des Maçons, à l'existence d'une " initiation primitive " dont procéderaient les uns et les autres.
Cette réflexion, dont on n'a pas encore pressenti au XVIIIe siècle les conséquences pour le Rite, nous conduit à traiter maintenant des ouvertures " ésotériques " du Rite Rectifié. Nous pourrions dire du Rite Rectifié de la fin du cycle, ou " post-guénonien " selon l'expression de quelques défenseurs de la Tradition.

Nous touchons désormais à l'exégèse symbolique et nous ne nous plaçons plus dans le cadre des limites formelles ou " formalistes " d'un siècle précis, celui de Willermoz.
Considéré dans son essence, fût-elle chrétienne, le Rite nous situe au début de la tradition à laquelle il se rattache (le Christianisme et la Maçonnerie), en même temps qu'aux fins ultimes du déroulement cyclique de cette tradition. Or, il y a là, des " possibilités ", au sens " guénonien " du terme, qui sont encore insoupçonnées lors de la gestation du rite rectifié, sauf peut-être dans la vision quasi prophétique de certains, car il y a une sorte de " prophétisme ", au sens noble du terme, de la Maçonnerie rectifiée résultant de la conjonction des courants biblico-chrétiens et maçonnico-templiers ; un prophétisme découlant de l'ésotérisme du Rite.
Nous abordons maintenant un thème fort délicat. Qui dit " ésotérisme " dit nécessairement perspective centrale et transhistorique. En l'occurrence ce n'est donc plus le Rite Écossais Rectifié, figé dans une interprétation du XVIIIe siècle, qui polarisera notre attention, mais ce que ce Rite détient essentiellement et potentiellement par rapport aux conceptions initiatiques de la Maçonnerie et dans le cadre spécifique de l'ésotérisme chrétien. À cet égard donc, le Christ y est bien évidemment, et même de façon précellente, " le Christ ". Mais, à ce niveau le plus éminent de tous, c'est la triplicité du pouvoir prophétique, sacerdotal et royal du Verbe Éternel qui domine toute perception spirituelle liée à l'aspect strictement ecclésial. Aussi les possibilités incluses dans la fonction du " Verus prophetas ab initio mundi per saocula currens ", ou encore du " Christus aeternus et filius dei et archangelus maximus ", selon la théologie de la première église de Jérusalem (1) et appelées à se développer dans cette fin de cycle, doivent-elles être présentes à l'esprit du maçon rectifié ouvert à l'ésotérisme.
À ce degré de connaissance, le Messie-Rédempteur se révèle dans son ipséité première de " Centre de tous les Centres " selon le terme des litanies, ou de " Lieu des Possibles ", deux expressions exprimant la même notion métaphysique. Or, qui ne voit qu'illuminé par ce soleil de pure intellection divine, le Christianisme, propre au Rite Rectifié, acquiert un rôle eschatologique accordé à la vision prophétique ? et qu'il évite de se muer en secte religieuse concurrente des églises dans le domaine qui est le leur et où s'exerce leur magistère incontesté.
Je crois d'ailleurs que les promoteurs du Rite ont envisagé ce danger de " cléricalisation " du Rite et que certains ont même entrevu cette dimension d'un prophétisme extra-temporel. Il y a chez Joseph de Maistre par exemple, un sens du prophétisme qui n'avait pas échappé à l'analyse de R. Guénon, soit que l'Eques a Floribus réfère au Christianisme né avant tous les siècles et dès lors extra-ecclésial, et à la " vraie Religion qui a bien plus de 18 siècles et qui naquit le jour que naquirent les jours " (1), soit encore qu'il recommande de se tenir " prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons à une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs " et d'ajouter " des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés " (2). Le comte dépassait donc amplement les étroitesses exégétiques.
Quant à Willermoz sa lettre du 3 février 1873, extraite avec d'autres du fonds Bernard de Turckheim, publiée et commentée par Antoine Faivre dans une récente livraison de la revue Renaissance Traditionnelle de M. R. Désaguliers, cette lettre montre que le Lyonnais ne sous-estimait pas les périls " sectarisants " du Rite. On en connaît le motif : Willermoz répond aux objections de Salzmann et B. de Turckheim qui souhaitaient la disparition de l'Ordre Intérieur de style trop immédiatement catholique à leurs yeux, mais désiraient conserver la " Profession ".
L'argumentation willermozienne repose sur la nécessité de maintenir, au contraire, des paliers dans l'ascension rectifiée : ceux du 4e degré et de l'Ordre Intérieur et il écrit : " Et que ferez-vous de ceux qui ont été mal choisis sinon des ennemis de l'Ordre et de ses principes qui, tout louables qu'ils sont par leur connexion avec la religion n'en deviendront que plus suspects au clergé et au gouvernement ? Comme il arrive aujourd'hui à Turin où l'on reproche aux Grands Profès d'être les instituteurs et les fauteurs d'une nouvelle secte de religion... et du moment qu'on mêle la religion à la maçonnerie, dans l'Ordre symbolique, on opérera sa ruine... Pour faire fructifier notre régime, nous mettons à découvert ses principes et son but particulier, nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse... ce danger, mes amis, qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on pense... " Eh oui, mais les " fondamentalistes intégristes " l'ont vite oublié en confondant le respect des Rituels et de son esprit, avec l'adoration d'une Écriture Sainte et la vénération du pur littéralisme.
Sans doute ce que Willermoz entend défendre dans cette lettre, que le professeur Antoine Faivre qualifie justement de " capitale pour la compréhension du willermozisme ", c'est la séparation entre l'ordre symbolique (comprenant le grade de Maître Écossais) et la grande Profession, en étageant, par progression, les affirmations chrétiennes du Rite qui ne culmineront qu'au sommet et au terme d'une montée doctrinale sélective. Nous n'en retiendrons que cette notion du danger sectarisant que nous dénommerions plutôt, de nos jours, un danger " d'exotérisation " (et qui est lié à l'exclusivisme).
Willermoz a raison, il ne s'agit aucunement de chimères mais de périls sous-jacents tant à la spécification religieuse du Rite qu'à l'horizon mental de ses membres.
En fait cette sectarisation du Rite ne correspond pas à la perception ésotérique dont Guénon, par exemple, nous a fait connaître la nature cognitive.
Alors mes frères, il existe un autre mode d'interprétation du Rite qui échappe aux limites temporelles et mentales du milieu historique qui fut le sien, en ce siècle, d'ailleurs fort peu traditionnel, de la Révolution française. Ce mode interprétatif affirme tout aussi bien, sinon mieux que celui évoqué précédemment, le Nom et la doctrine du Rédempteur, la foi en lui, qui découle des rituels de Maître Écossais et de l'Ordre Intérieur, mais il se trouve accordé aux données propres à l'ésotérisme et à l'Unité transcendante des diverses religions. Enfin il se garde de sécréter une église parallèle. D'aucuns qualifieraient cette modalité interprétative de " melkitsedeqienne " ou d'" abrahamique " en ce qu'elle s'étend aux sémites de chair, et aux sémites en esprit appelés à cette grâce par Celui que révère le Rite Rectifié et qui tire son sacerdoce du Roi-Prêtre Melkitsedeq.
Cette herméneutique du Rite et de sa substance rituelle, cette " sémiologie initiatique ", nous les découvrirons précisément dans les deux paliers du Rite : l'Écossais de St-André et la Chevalerie de l'Ordre Intérieur.

Voici le quatrième grade placé sous le patronage de St André, le saint qui nous vaut d'être réunis ce jour. Il achève le cycle maçonnique et ouvre le cycle chrétien et chevaleresque de l'ordre. Il unit le haut et le bas. Grade central, il synthétise les aspects qui auraient pu diverger de David, et par la Croix du premier Juif disciple de Jésus. Il unit aussi les deux Testaments, les deux peuples - le Juif et le Gentil.
Vous savez combien j'ai médité sur le rôle de notre Rite dans l'économie spirituelle du judéo-christianisme et dans les événements liés à une conjoncture cyclique très proche de nous peut-être... Eh bien l'herméneutique nous ouvre à la compréhension de " l'ésotérisme judéo-chrétien " propre à ce grade. Si le bijou unit les deux faces du Testament, comme la Bible unit les deux Alliances, ne serait-il pas allusif aux paroles de Paul dans Romains 11, 24 lorsqu'il s'adresse aux chrétiens de son temps en ces termes : " Si toi tu as été coupé de l'olivier sauvage et enté contrairement à ta nature sur l'olivier franc, à plus forte raison seront-ils entés - il s'agit des Juifs - selon leur propre nature, sur leur propre olivier.
" Certes l'Apôtre a en vue un événement qui touche au prophétisme, mais qui pourrait bien s'appliquer à une période où notre Rite aurait une place de choix, lors de la gloire de l'olive et qu'évoquent peut-être ces paroles de l'Ange à Zorobabel en Zaccharie 4, 11-14 = " Qui sont ces deux oliviers à la droite et à la gauche du chandelier ?... Qui sont ces deux grappes d'olivier qui se trouvent auprès des deux entonnoirs d'or, et d'où l'or découle ?... Il me dit : Ce sont les deux fils de l'onction qui se trouvent près du Seigneur de toute la Terre. " On sait que, dans la vision de Zaccharie, le Candélabre soutient sept lampes comme la Menorah, et que ce sont les sept yeux de l'Éternel qui parcourent toute la terre, alors que les deux fils de l'onction ou les deux oliviers sont Zorobabel et Jésus le Grand Prêtre.
N'est-il pas étrange de retrouver ainsi un symbole qui se rapproche manifestement de ceux décrits dans le degré de Maître Écossais de St-André ? Comment ne pas entrevoir alors dans ce Rite une propédeutique à la grande rencontre, à la grande symbiose des deux peuples : juifs et chrétiens ? Si je me trompe vous me pardonnerez de m'être laissé emporter un instant sur les ailes de l'Esprit et d'avoir fait fructifier le talent évangélique du Rite Rectifié dans une banque étrangère à celui-ci... mais en suivant pour ce faire le conseil du Christ lui-même !
Le second exemple nous est fourni par l'Ordre Intérieur. Nous avons vu comment le génie willermozien avait su dégager le templarisme rectifié de tous les apports artificiels qui en rendaient méconnaissables les traits d'authentique chevalerie spirituelle.
Le voici désormais situé parmi les milices chevaleresques sub regula et doté d'une fin religieuse et d'une éthique assez analogues à celles des autres Ordres de chevalerie. Lui aussi dispose d'un " code d'honneur " qui fait obligation au chevalier et selon les termes de l'ancienne tenure, de se mettre " au service de la veuve, de l'orphelin, de l'opprimé, de la justice et de la paix de Dieu d'abord " ; aussi ne faudra-t-il pas s'étonner de retrouver dans les rituels du Rite des formules identiques à celles des Ordres de chevalerie qui prirent leur essor dans le siècle précédant l'an mille et dans une large mesure sous l'influence de Cluny. C'est alors seulement que l'esprit du christianisme pénétra de plus en plus la caste des chevaliers, donnant naissance à la chevalerie organisée.
Là s'arrête pourtant la comparaison entre les Ordres de chevalerie et l'Ordre Intérieur Rectifié et là débute en revanche, l'aventure de la chevalerie initiatique. Pourquoi ? Précisément parce que Willermoz a su soucher l'Ordre Intérieur sur les quatre degrés maçonniques et maintenir le lien spirituel entre l'Ordre Intérieur et l'Ordre du Temple ou plutôt entre la chevalerie de la Cité Sainte et la Milice du Temple telle qu'elle était à l'origine de sa vocation et telle que la voulait sa fin célestielle, pour employer le langage de la Queste du Saint Graal. Dans cette perspective l'Ordre Intérieur, à l'instar de l'Ordre du Temple, doit être conscient de l'Unité d'être de toute la chevalerie d'Occident et d'Orient, chrétienne ou non. Or si l'adoubement liturgique eut pour but très louable et très saint " d'élargir ici-bas les frontières du Royaume de Dieu ", selon l'expression de Léon Gautier, il était en " mode religieux " la poursuite ininterrompue d'un rite pré-chrétien et de même extra-chrétien. Un rite d'initiation dont les Templiers, ces soldats du Christ, connaissaient le sens profond, ésotérique, celui-là même que nous revendiquons pour distinguer la chevalerie rectifiée de l'exotisme religieux.
Vous avez deviné que cette chevalerie initiatique, référée au Temple, est celle de la " Massenie du Saint Graal "à laquelle Guénon fait allusion dans son ouvrage l'Ésotérisme de Dante, ou qu'il rattache à la " Garde de la Terre Sainte ". Il mettra d'ailleurs les Templiers en rapport avec les " Gardiens de la Terre Sainte " lorsqu'il établira une relation entre le centre des Templiers, celui de Jérusalem et la mystérieuse Salem de Melkitsedeq.
Guénon accorde enfin aux Templiers le " don des langues ", conscience intérieure de la véritable unité doctrinale les rendant capables de communiquer avec les représentants des autres traditions (1). À propos de l'ésotérisme chevaleresque, il admet que les Templiers aient, je cite : " possédé un grand secret de réconciliation entre le Judaïsme, le Christianisme et l'Islamisme " et qu'ils " buvaient le même Vin que les Kabbalistes et les soufis. " C'est à cette occasion enfin qu'il conclut comme suit : " et Boccace leur héritier en tant que Fidèle d'Amour ne fait-il pas affirmer par Melkitsedeq que la vérité des trois religions est indiscutable parce qu'elles ne sont qu'une en leur essence profonde ".
Bref, nous voici parvenus, toujours en suivant le Rite Rectifié et ses étapes, et dans la ligne même de son ésotérisme judéo-chrétien, puis chrétien, puis chevaleresque, au point central où tout le monothéisme s'unifie, au centre à partir duquel l'universalisation noachite de la tradition d'Abraham devient visible, compréhensible et s'ouvre à toutes les Traditions initiatiques d'Orient et d'Occident :
- Avec l'Écossais de St-André, l'Ordre maçonnique se découvre chrétien... mais par la racine ésotérique de la Maçonnerie, les deux Alliances s'unissent là en un seul sceau, celui du Bouclier de David.
- Avec l'Ordre Intérieur, le Christianisme du Rite s'élève d'un degré en s'armant pour la défense du Christ, mais, par la racine ésotérique du Temple, les trois Traditions monothéistes se retrouvent là, dans la garde de la Terre Sainte et de son unique dépôt, au centre de tout l'Univers traditionnel d'Orient et d'Occident. Tel est le temple de la Cité Sainte typifié par la Chevalerie Templière d'Occident et que mon regretté filleul dans l'Ordre et ami très cher, Henry Corbin - auquel je rends aujourd'hui un ultime hommage -, a magnifiquement décrit dans l'introduction analytique aux Sept Traités des Compagnons Chevaliers de l'Islam iranien ; je le cite pour clore ce chapitre (2).
" Déjà entre les Templiers de St Bernard et les Templiers du Graal de Wolfram von Eschenbach et d'Albrecht von Scharfenberg il y a une progression dans un sens ésotérique qui n'est pas étranger à la gnose chevaleresque d'origine primordiale : la " fotowwat ". II y a plus. Jamais le souvenir du Temple et des Templiers n'a pu être déraciné en Occident. Il ne s'inscrit pas seulement dans la topographie où nous pouvons encore facilement en suivre les traces, mais aussi dans une aspiration secrète et continue des consciences. Aussi voyons-nous reparaître et revendiquer au XVIIIe siècle, avec la maçonnerie templière, l'héritage du Temple... Ce n'est point par des documents d'archives et des actes notariés que l'authenticité de cette descendance peut être garantie, bien que les traditions qui font état du rôle de l'Écosse pour sa transmission à travers les siècles obscurs, recèlent quelque chose qui n'est peut-être pas de l'histoire mais n'est pas non plus mythe ou pure légende. La résurgence de la chevalerie templière comme chevalerie mystique au cœur de l'ésotérisme en Occident au XVIIIe siècle est une illustration par excellence du passage de la chevalerie guerrière à la chevalerie mystique...
... "II est superflu de rappeler ici le passage de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie symbolique s'effectuant par le lien qui, au Moyen Age, unit les maçons constructeurs de cathédrales avec les Chevaliers du Temple. "
Ce lien... est celui de l'ésotérisme et d'un compagnonnage divin dont le traité iranien nous montre qu'il rassemble les hommes de désir ou les " Amis de Dieu " dans un ordre à vocation chevaleresque et prophétique dont Abraham le Père des croyants donne la personnification.
Une chevalerie transhistorique et finalement, par là même, transconfessionnelle, mais non point a-confessionnelle, une philoxénie spirituelle qui fait du chevalier et dans son for intérieur, un " errant " et un " étranger " sur terre, comme Dieu lui-même se qualifie dans un psaume. Un ami de tous les étrangers qu'il accueille à sa table et avec qui il rompt le pain, partage le sel et boit le vin comme le fit Abraham avec les trois entités angéliques. Une chevalerie qui n'a que faire des serments car, comme le dit une innovation heureuse de nos rituels, elle n'en peut rompre aucun si elle ne comprend dans son sein que des hommes aptes à saisir le sens caché des signes, que des hommes épurés et par là incapables de commettre vilenies et bassesses par la parole, l'acte, l'écrit, la manœuvre souterraine ou la dénonciation d'autrui, etc. Une chevalerie d'hommes, ni clercs ni pourtant laïcs, et qui habitent au sein du Temple johannite comme les " Gottes Freunde " de la mystique rhénane, d'hommes déjà morts à leur moi, même celui de leur justification religieuse, et qui ne " meurent " plus lors de la mort physique et de ce que l'Écriture nomme la " deuxième mort ".
Chevalerie précellente entre toutes, qui prend le sens de sodalité ésotérique et hiérarchique = un secret de condition divine, un secret de la double nature de l'Envoyé de Dieu !
J'en ai terminé avec cette évocation abrahamique et l'ésotérisme du Rite m'aura permis de joindre la mystique du Rhin à celle du Rhône, tout comme le Rite, né au Convent des Gaules, nouait la science et la foi des Strasbourgeois à celles des Lyonnais.
Sans doute, cette peinture ésotérique est-elle comme recouverte d'une brume qui sied à un tel type de description picturale. Vous ne me tiendrez pas rigueur car la même brume est celle de Lugdunum, énigmatique ; elle laisse à peine deviner les traits de tels de nos maçons rectifiés lyonnais, actuels, et ardents défenseurs du Rite de Jean-Baptiste Willermoz, dans cette ville secrète et mystérieuse où ils sont comme la postérité spirituelle des grands maçons dont j'ai évoqué la mémoire au cours de ce long exposé. C'est pour moi l'occasion de remercier particulièrement mon vieux compagnon de route Raymond Peillon, et bien sûr Michel-Henri Coste, Albert Girod, Paul Prudent et d'autres encore que je ne puis citer pour... éviter les oublis et qui me le pardonneront.

 

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Le RER , le but primitif de la Franc-Maçonnerie

Publié le 10 Août 2026 par T.D

“ Le régime Ecossais rectifié ne saurait être considéré comme un Rite maçonnique ordinaire. Seul sans doute de son espèce, c’est un rite de pensée, de pensée spirituelle et théosophique. C’est délibérément que les fondateurs − et entre eux tous JB Willermoz − ont présenté sur le tronc vigoureux mais désordonné et creux de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle la pensée mystique et théurgique de Martinez de Pasqually. Par cet acte, le devenir d’une partie de la FM s’est trouvé engagé dans une voie différente, difficile, mais ô combien exaltante. ”

Le RER est pratiquement le seul rite possédant une assise doctrinale élaborée en quelques années, pour l’essentiel de 1778 à 1785 pour les 3 premiers grades et 1809 pour les autres. Tous les documents originaux ont été conservés, y compris les échanges de correspondance entre ses principaux fondateurs et les comptes rendus détaillés des deux Convents lui ayant donné naissance − 1778 et 1782. Cette courte période lui confère une cohérence absolue dans ses développements et dans sa propédeutique.

Le RER s’architecture en trois grades symboliques Apprenti , Compagnon, Maître coiffés par un Grade charnière, Maître Ecossais de St-André, où il est affirmé “ici s’arrête la voie des symboles” et un Ordre Intérieur comportant deux degrés : Ecuyer Novice, grade transitoire, et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Le RER est Chrétien. Mais ce caractère chrétien est un caractère unitif, car il se situe hors de toute Eglise et de tout dogme. Les textes fondateurs sont parfaitement clairs à ce sujet et il n’y est nulle part fait référence à une Eglise particulière. Ainsi, Joseph de Maistre dans son Mémoire au duc de Brunswick, écrit peu avant le Convent des Wilhelmsbad en 1782, précisait que l’une des tâches de la Maçonnerie était d’œuvrer au rapprochement des Eglises. Et J.-B. Willermoz, dans une lettre datée de pluviôse, ventôse, an XIII (BM de Lyon Ms 5456) affirmait : “… mais les loges doivent être des écoles de morale Chrétienne et non pas de catholicisme.” Il faut être conscient que ce caractère chrétien affirmé réfère à un christianisme préconciliaire. Il fait référence à ce que les théologiens nomment “le christianisme primitif”.

Saint Augustin disait : “ En vérité, cette chose même que l’on appelle aujourd’hui religion chrétienne existait chez les Anciens et n’a jamais cessé d’exister depuis l’origine du genre humain, jusqu’à ce que, le Christ lui-même étant venu, l’on a commencé d’appeler chrétienne la vraie religion qui existait déjà auparavant. ” (Rétractations I, XIII, 3)

Si chaque Rite possède sa démarche propre, le RER est une voie spécifique, une voie d’ascèse nécessitant un travail permanent qui ne sera jamais achevé ; c’est un chemin qui, utilisant les principes fondamentaux de la F M communs à tous les Rites, tente de conduire ses membres dans une voie métaphysique, vers un au-delà de ce qui est contingent. Lon peut dire en trois mots que cest une voie triple dont les sentiers simbriquent étroitement :

 Une voie de purgation

 Une voie illuminative

 Une voie unitive

Ces trois expressions synthétiques, concernent l’être dans sa réalité ontologique et non dans son apparence sociale et dans sa persona. Ce triple sentier impliquera néces-sairement, à un moment ou à un autre, une démarche intérieure purement personnelle, voire solitaire, contrairement à ce qui se passe dans d’autres rites. :

“La maçonnerie fondamentale a un but universel que la morale seule ne pourrait remplir. La pratique de la saine morale et des devoirs de société sont à la vérité le but apparent des grades, mais ces vertus ne peuvent en être le but réel. Qu'auraient-elles alors besoin d'emblèmes, de mystères et d'initiation ?”

le RER puise sa doctrine à plusieurs sources dont les trois principales sont :

a) les rites primitifs maçonniques qui en forment le substrat, “le rite d’avant les rites”

b) les rituels de la Stricte Observance qui lui a donné sa voie chevaleresque

c) la théosophie de Martinès de Pasqually et les rituels de ses Elus Coëns de l’Univers. à laquelle se rattache sa dimension métaphysique. Cette dernière source devient parfaitement évidente au-delà du 3e grade. N’oublions jamais que les principaux fondateurs du RER étaient Elus Coëns.

De cette triple origine du Rite Rectifié résulte une superposition de significations qu’il n’est pas toujours aisé de démêler. Nous sommes en permanence face à un mélange de ces sources. Elles incluent des éléments sous-jacents de la théosophie de Martines de Pasqually éclairée par les premiers écrits du Philosophe Inconnu Louis-Claude de Saint-Martin, éléments souvent volontairement atténués par Jean-Baptiste Willermoz. Ils ne sont d’ailleurs, dans les grades symboliques, présentés que de façon indirecte et voilée sans la moindre explication. On ne les trouvera de façon à peu près claire que plus avant dans le Rite, mais là encore de façon partielle, atténuée, car leur explication constitue, ou doit constituer, le travail personnel des pratiquants du Rectifié. Pour voilés qu’ils soient, ils n’en sont pas moins une donnée essentielle pour la compréhension du Rite et de ses composants. C’est cette 3e source, fort complexe qui est dominante et induit toute la métaphysique du Rite.

Les instructions du RER enseignent que l’Homme primordial, émané du Principe Divin “à Son image et à Sa ressemblance” (Gen. 1), fut un être spirituel doté d’une forme glorieuse et incorruptible, vivant en parfaite unité de pensée et d’esprit avec son Créateur qu’il contemplait sans voile. Il s’est séparé de Dieu par sa propre volonté, se privant de la paix et de l'Unité constituant son essence d'être spirituel. Dès lors, il s’est trouvé revêtu d’un corps corruptible − remplacement de la “tunique de lumière” par la “tunique de peau” (Zohar I) − soumis aux rigueurs et aux contingences du monde matériel, tout en conservant au plus profond de lui sa nature d’être spirituel.

Cette double nature − spirituelle et matérielle − engendre des conflits permanents entre des aspirations contradictoires. Elles sont à l’origine des troubles que l’homme éprouve et sont à la source du désir (un terme revenant comme un leitmotiv au RER et à prendre dans son sens fort du XVIII° siècle et non dans son sens affaibli actuel qui en fait un synonyme d’envie) L’Homme devra apprendre à reconnaître et à maîtriser ses conflits pour parvenir à la “réconciliation” hypothétiquement suivie de la “réintégration” dans l’état primordial, qui est le but de l’initiation. Ceci est souligné par les Ins-tructions insistant sur le fait que la Providence lui octroya, nous dit la doctrine rectifiée, le secours de l’initiation, voie et moyen de retour à l’Unité.

C’est par un acte délibéré de l'Homme conçu libre (Deut. 11,26 & 30,19) que s’est produite la rupture des relations directes entre l'Homme et Dieu ; c'est par un acte de même nature, donc par un acte volontaire résultant d’un “vrai désir”, que la réconcilia-tion doit s'opérer. En 1778, Willermoz écrivait dans une instruction : “...conduire l'homme dans son état primitif et le rétablir dans les droits qu'il a perdus. Voilà mon cher Frère, le vrai, le seul but des initiations.”

Ainsi, il appartient au Maçon Rectifié, pour retrouver l’unité perdue avec son Créateur, d’actualiser en lui le principe de la véritable initiation. Il ne peut le faire que par la reconstruction de son Temple intérieur, pour tenter une réalisation effective.

Rite étant d’essence chrétienne, cette réconciliation de l’homme passe par une “participation” à Celui qui est “le Chemin, la Vérité et la Vie” (Jean 14,6) que certains de nos textes nomment “Le Grand Réparateur”.

Tout ceci est magnifiquement synthétisé par une phrase de J.-B. Willermoz à la fin des Instructions, une phrase qui nous offre la clef véritable du RER :
“… ne perdez pas de vue que l'Erreur de l'homme primitif le précipita du Sanctuaire au Porche [du Temple] et que le seul but de l'initiation est de le faire remonter du Porche au Sanctuaire.”

En cette simple phrase tiennent tout le secret et toute la réalité de la voie du RER. En cette simple phrase est tracé le cheminement et défini le travail du M Rectifié.

Tous les textes et documents essentiels sont disponibles, mais ils ne sauraient être suffisant s’il ne leur est adjoint un travail personnel et un vécu. Il en sera d’eux selon ces paroles de

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Le RER

Publié le 10 Août 2026 par T.D

Par Chemin47

Introduction

Je vous invite à consulter la planche "Les Rites Écossais" pour les précisions relatives aux mots "rite" et "écossais".

Le Rite Écossais Rectifié

D'où provient le Rite Écossais Rectifié ?

Le Rite Écossais Rectifié ou Régime Écossais Rectifié – en abrégé « R.E.R. » – est   un rite maçonnique d'essence chrétienne, fondé à Lyon en 1778. Commençons par en examiner les circonstances.

Alors que naissait, en Angleterre et en France, une Franc-maçonnerie souchée sur la tradition du métier de constructeur de cathédrales, se créait en Allemagne une Maçonnerie qui se prétendait l’héritière de la Tradition templière.

Il s’agissait de la « Stricte Observance Templière », un système de hauts grades maçonniques fondé par le baron Karl Gotthelf von Hund. Celui-ci prétendait avoir reçu son initiation de Charles-Edouard Stuart, roi d’Ecosse en exil.

Dans ce système allemand, l'aspect chevaleresque primait absolument sur l'aspect maçonnique, car il se voulait non seulement l'héritier, mais le restaurateur de l'ancien Ordre du Temple aboli en 1312.

La « Stricte Observance Templière » a très rapidement joui d’un grand prestige outre-Rhin. C’est dans cette obédience que furent initiés des Frères aussi célèbres que Goethe, Mozart et Haydn.

Des Maçons français avaient adhéré à cette Maçonnerie allemande puis avaient créé en France des Loges et Chapitres placés sous la juridiction de la Stricte Observance Templière.

En 1764, au Convent d’Altenberg, l’authenticité des déclarations du baron von Hund sur l’origine de ses pouvoirs maçonniques fut mise en question. Le baron von Hund prétendait en effet se référer à des « Supérieurs inconnus » dont il ne donna jamais les noms et dont l’existence même fut mise en doute.

Les Frères décidèrent qu’ils ne se soumettraient plus qu’à des responsables connus et librement choisis. C’est ainsi que ce Convent d’Altenberg rejeta catégoriquement l’obéissance à des supérieurs inconnus, nomma de nouveaux responsables pour les provinces d’Allemagne et simplifia l’organisation administrative de la S.O.T.

C’est à cette époque que naît probablement l’idée centrale de toute la vie de Jean-Baptiste Willermoz et qu’il s’efforcera de mener à bien en dépit de la brutale interruption des activités maçonniques causée par la Révolution d’abord, et la Terreur ensuite. Cette idée est celle de la réforme spirituelle de l’Ordre maçonnique, par un retour aux sources authentiques qu’il semblait avoir abandonnées.

Vers le milieu du 18ème siècle, la Maçonnerie française connaissait en effet des déviations et des innovations blâmables. C’est pourquoi certains Frères de la région lyonnaise ont décidé de retourner à ce qu’ils considéraient comme la véritable Maçonnerie des origines. Les Frères lyonnais et strasbourgeois ont alors préparé ensemble, à l’intention de trois provinces françaises, les rituels et les textes réglementaires qui allaient donner naissance au Rite Écossais Rectifié.

Les principaux artisans de cette réforme furent le lyonnais Jean-Baptiste Willermoz et le strasbourgeois Jean de Turkheim, chacun entouré d’une petite équipe de Frères. Ils arrivèrent au Convent des Gaules avec leur projet de réforme bien préparé et, malgré certaines oppositions, parvinrent à faire adopter le « Code maçonnique » auquel ils ajoutèrent une « Règle maçonnique ».

Cette réforme, appelée fréquemment « Réforme de Lyon », menée au cours des Convents de 1778 à Lyon et de 1782 à Wilhelmsbad a abouti à la création du Rite Écossais Rectifié en France, et aussi, peu de temps après, en Italie où Willermoz avait un solide contact. Le Convent de Wilhelmsbad a décidé de refondre les rituels et les règlements qui seront désormais exclusivement qualifiés de « rectifiés ».

Un peu plus tard, en Allemagne, la « Stricte Observance Templière » s’est éteinte.

Tentons à présent de synthétiser pourquoi on qualifie ce Rite Écossais de « Rectifié » ?

Pourquoi « Rectifié » ?

Notre B.A.F. Jean Van Win, m’a permis de mieux comprendre le sens de l’adjectif « rectifié » qui est synonyme de « réformé ». Il vient du verbe latin « rectificare », c’est-à-dire redresser, remettre dans le droit chemin. Le R.E.R. se dit donc réformé, rectifié par rapport à ce qu’était devenue la Maçonnerie française à l’époque de Jean-Baptiste Willermoz !

Notre B.A.F. Roland Bermann m’avait déjà mis sur la piste : « Rectifié » est le terme qui fut choisi en 1778 pour désigner notre Rite qui se voulait une refondation écartant toutes les dérives constatées et assez bien décrites dans le préambule du « Code des Loges réunies et rectifiées de France ».

Alors, en quoi consiste la réforme ou la rectification du Rite ?

La réforme du Rite Écossais Rectifié

La réforme du R.E.R. est issue de la volonté de Willermoz et de ses amis, de restaurer, dans un contexte délabré et chaotique, une Franc-maçonnerie française et si possible européenne, renouant avec son passé et ses fondements chrétiens et chevaleresques.

J’ai essayé de vous la synthétiser de la manière suivante :

  1. La Maçonnerie nouvelle est une société qui cultive la morale et la religion, qui transcende celle des églises particulières.
  1. Cette Maçonnerie se réfère aux principes les plus purs du christianisme qui deviennent assez semblables à ceux du droit naturel.
  1. Cette réforme aboutit à une synthèse et à une simplification : elle revient aux origines chrétiennes de la Maçonnerie, tout en écartant avec insistance les éléments hermétiques et alchimistes, dont Willermoz avait horreur.
  1. Les doctrines martinésistes perdent néanmoins leur poids dans le Régime rectifié, qui prend désormais une courbe nettement maçonnique et chevaleresque, avec une tendance finale proche d’une gnose johannique, c’est-à-dire d’une gnose chrétienne.

Pour élaborer le Régime Écossais Rectifié en 1778, Jean-Baptiste Willermoz y a intégré des éléments de l'ordre des « Elus Cohen » et a renoncé à l'héritage templier. Il s'est inspiré de différents systèmes initiatiques existant à l'époque, à savoir :

  1. l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l'Univers auquel se rattache le nom de Martines de Pasqually,
  2. la Stricte observance templière, Maçonnerie chevaleresque initialement établie en Allemagne milieu du 18ème siècle puis étendue au reste de l'Europe,
  3. l'Écossisme maçonnique, c’est-à-dire les divers Hauts Grades maçonniques dont l'organisation n'était pas encore formalisée à cette époque,
  4. la Maçonnerie bleue en trois grades (Apprenti, Compagnon, Maître) telle que pratiquée par la Franc-maçonnerie française à cette époque-là, c’est-à-dire au G.O.D.F. et qui est devenue l'actuel Rite Français.

Depuis, les rituels du R.E.R. n'ont pas ou que peu évolué.

Le Rite Écossais Rectifié est donc le résultat d'une évolution issue de la réforme de Dresde de 1774, jusqu'à la dernière révision approuvée par les Frères Lyonnais au Convent des Gaules de 1778.

Mais quelles sont les caractéristiques essentielles du Rite Écossais Rectifié ?

Les caractéristiques principales du R.E.R.

Une question me paraît essentielle parce qu’elle est régulièrement posée et fait l’objet de beaucoup de discussions : le Rite Écossais Rectifié est-il chrétien ?

Le Rite Écossais Rectifié semble en effet avoir un caractère chrétien mais si tel est le cas, ce caractère s’affiche comme non dogmatique et renvoie au christianisme primitif, voire judéo-chrétien, au travers de la composante martinésiste. Ce caractère tient à l’esprit du christianisme très dépouillé très proche du message originel du Christ, se référant à la loi d’Amour, mais sans typologie confessionnelle. C’est un rite de pensée, spirituelle et théosophique.

Disons que le R.E.R. est un rite d'essence chrétienne et qu’il a pour doctrine sous-jacente le « Traité de la réintégration des êtres », de Martinez de Pasquali. Si certains d’entre nous affirment, haut et fort, que le Rite Écossais Rectifié est chrétien, pour les responsables de notre obédience, ce christianisme est admis soit dans un sens strict faisant référence à la Sainte Trinité et à l'Incarnation du Verbe, soit dans un sens plus large du terme, c'est-à-dire sans référence aux dogmes de l’Eglise catholique.

Plus que déiste, ce rite est franchement théiste, ce qui explique ses problèmes à l’époque du scientisme triomphant. Pour le pratiquer, il faut croire en Dieu. Non seulement les Trois Grandes Lumières y sont présentes, mais surtout, le Volume de la Loi Sacrée contient la volonté révélée du Grand Architecte de l’Univers évoqué dans les rituels. Le caractère chrétien du Rite Écossais Rectifié est le résultat d’un choix délibéré et raisonné qui fut fait à l’époque de sa fondation.

Le « Code des Loges Réunies et Rectifiées » de 1778 déclare qu’ « aucun Profane ne peut être reçu Franc-maçon s’il ne professe la religion chrétienne ». Et la formule de notre serment comporte l’engagement « d’être fidèle à la sainte religion chrétienne ».

Rappelons que tous les rites étaient chrétiens au 18ème siècle et que toutes les Loges symboliques régulières sont des Loges de Saint-Jean ; précisons que c’est lui, saint Jean, qui inventa l’expression « Bien Aimé Frère » et que les Maçons réguliers prêtent traditionnellement leurs serments sur l'Evangile de saint Jean, cérémonial que le Rite Écossais Rectifié a conservé depuis 1778, et cette tradition a également été maintenue dans toutes les Loges de la G.L.R.B.

L'Ordre prescrit à ses membres non seulement la profession de la religion chrétienne, mais aussi une bienfaisance active envers tous les hommes ainsi que le respect de toutes les croyances et de toutes les idées et la défense des opprimés.

La deuxième caractéristique du Rite Écossais Rectifié est d’avoir un enseignement initiatique explicitement énoncé au fil de l'avancement de l'impétrant. Et cet enseignement prend pour fondement la doctrine chrétienne traditionnelle. Il incite l'homme, qui est image de Dieu, à retrouver sa ressemblance originelle avec son Créateur par des symboles, des maximes et des discours.

Se déclarer athée n’est pas compatible avec les prescriptions de la Maçonnerie régulière, donc avec celles de la G.L.R.B., et encore moins avec l’esprit et la finalité du R.E.R.

La finalité du Rite Écossais Rectifié

Précisons quelle est cette finalité : aider l’homme « déchu » à vivifier, par la voie de l’Initiation, la part de divinité qui demeure en lui après ce que l’on appelle symboliquement « la Chute », et lui donner les moyens, tel le Phénix renaissant de ses cendres, de réintégrer sa « nature divine » originelle.

Pour être reçu au sein d’une Loge « Rectifiée », faut-il donc croire en cette nature divine originelle de l’Homme ? Certains Frères adhèrent profondément à la doctrine du Rite ; d’autres se bornent à la respecter et à tenter de la comprendre. Il ne nous est pas demandé de rendre compte de nos convictions intimes. Nous sommes seuls juges de leur adéquation avec le rite ; nous sommes seuls juges de notre capacité ou de notre incapacité à poursuivre nos efforts dans l’Ordre Intérieur. Nous n’avons pas à nous juger les uns les autres. Aussi ne le faisons-nous pas. Il n’est qu’un seul Juge…

Une autre question se pose : faut-il être nécessairement chrétien pour fréquenter une Loge rectifiée belge ? Non, il faut tout simplement satisfaire aux exigences de la G.L.R.B., c'est-à-dire admettre que « l’obédience affirme l’existence de Dieu ». Les convictions religieuses ou philosophiques des candidats ne regardent finalement qu’eux-mêmes.

Mais alors pourquoi trouvons-nous un rite chrétien dans une Franc-maçonnerie qui se veut universaliste ?

En d’autres termes, comment un rite maçonnique peut-il se revendiquer d’une seule religion ou croyance, voire d’un seul mythe, alors que la Franc-maçonnerie est par définition universaliste et constitue le centre d’union de toutes les croyances ?

Qu’il me suffise de rappeler que :

  • la Franc-maçonnerie britannique et protestante est devenue universaliste et s’est ouverte à toutes les religions depuis 1813, date de la réconciliation et de l’union entre la Grande Loge des Anciens et celle des Moderns ;
  • en France, dès ses débuts en 1730, la Franc-maçonnerie était très majoritairement fréquentée par des catholiques apostoliques et romains, et que toutes les structures de l’Etat étaient soumises au pouvoir de l’Eglise catholique ;
  • enfin, en 1813 et sous Napoléon, la Franc-maçonnerie française est restée chrétienne par fidélité à ses origines sociologiques propres mais aussi par loyauté envers les valeurs qui ont constitué l’Ordre maçonnique moderne en 1717.

Tentons à présent de préciser la nature du caractère chrétien du Rite Écossais Rectifié.

La nature du caractère chrétien du Rite Écossais Rectifié

Les sources spirituelles du Rite Écossais Rectifié sont :

  • d’une part, la doctrine « ésotérique » de Martinez de Pasquali dont l'essentiel porte sur l'origine première, la condition actuelle et la destination ultime de l'homme et de l'univers ;
  • d’autre part, la tradition chrétienne indivise, nourrie des enseignements des Pères de l'Eglise avec comme fondement la foi en la Sainte Trinité et en la divino-humanité de Jésus-Christ.

Bien que certains prétendent le contraire, ces deux doctrines, non seulement ne se contredisent pas, mais se corroborent l'une l'autre. Tous les textes prouvent la parfaite orthodoxie, au regard de l'ensemble des confessions chrétiennes, du Rite Rectifié, qui s'occupe, non de ce qui divise les chrétiens, mais de ce qui les réunit.

Le christianisme du Rite Écossais Rectifié n’apparaît donc pas comme hérétique. Ni Willermoz ni Martinez n’étaient des théologiens mais ils étaient tous deux de bons catholiques traditionnels.

Jean-Baptiste Willermoz, Louis-Claude de Saint-Martin et Martinez de Pasquali sont considérés comme les « Pères Spirituels » du Rite. Pour en faire partie, il faut soit être chrétien, soit accepter sans réserve son caractère chrétien.

Jean-Baptiste Willermoz est resté davantage attaché au christianisme traditionnel que Martinez de Pasquali et Louis-Claude de Saint-Martin mais il a redéfini nombre d’articles de foi. Le résultat est un rite chrétien qui se situe en dehors de toute orthodoxie ecclésiale.

Je me suis personnellement longtemps demandé s’il fallait qualifier le Rite Écossais Rectifié de « chrétien » ou de « christique ». L’adjectif « chrétien » est relatif au christianisme. Il qualifie ce qui appartient à l’une des religions issues de la prédication du Christ. L’adjectif « christique » est relatif à Jésus-Christ. Il concerne la personne du Christ. Si quelques-uns ont nié l'existence de Jésus, personne n'a pu nier l'existence de la doctrine christique : c'est là le point essentiel.

Chrétien ou christique, n’est-ce pas un peu jouer sur les mots ? La littérature maçonnique laisse apparaître uniquement le terme « chrétien » pour caractériser le Rite Écossais Rectifié.

Nous dirons donc sans réserve que le Rite Écossais Rectifié, depuis sa création, n'a eu de cesse d'affirmer son caractère chrétien qui est, non point d'exclure, mais au contraire de rassembler en son sein tous ceux pour qui le Christ est bien le Fils de Dieu.

Le Rite Écossais Rectifié n'a jamais eu la prétention d'être le seul Rite maçonnique chrétien mais, compte tenu de sa spécificité doctrinale, qui consiste en un ésotérisme initiatique chrétien, il estime être un enrichissement pour la Maçonnerie universelle.

Pour en terminer avec le caractère chrétien du R.E.R., j’aimerais rappeler quelle est la doctrine ou le message du Christ car il me semble qu’on ne l’évoque pas assez.

Le message du Christ

Le Dieu chrétien est Amour et non terreur et domination. Il aime l’humanité entière. La morale chrétienne contient l’amour des ennemis, le courage de la vérité, le désintéressement, la responsabilité de l’existence, la hiérarchie des valeurs, le combat pour la liberté, la volonté de paix entre les hommes : aime Dieu de toutes tes facultés et, en fonction de cet amour, aime le prochain comme toi-même.

Le caractère chrétien du R.E.R. ne peut être altéré. Le R.E.R. est et reste un rite chrétien mais il doit être assorti de toutes les nuances qu’implique son exercice dans la société du 21ème siècle. Celle-ci n’est plus celle du 18ème siècle. L’évolution de la société et la structuration obédientielle de la Maçonnerie nécessitent de nos jours le placement des trois grades symboliques sous l’autorité d’une Grande Loge Régulière universellement reconnue.

Le caractère chrétien du R.E.R. doit être scrupuleusement préservé, en dépit des incompréhensions dues à l’ignorance.

Ce qui caractérise le Rectifié n’est pas uniquement son caractère chrétien, et ce caractère n’est pas une exclusivité du Rectifié.

Le R.E.R. est un rite extraordinairement homogène et cohérent. Il bénéficie d’une grande richesse ésotérique et symbolique. Il dévoile progressivement son enseignement en dehors de toute contrainte dogmatique ou confessionnelle, mais dans un cadre chrétien, ouvert à tout Maçon régulier comme à tout Profane croyant, animé d’un vrai désir de progression spirituelle et respectueux du caractère chrétien du rite dans son Esprit et non dans sa lettre.

Pour terminer l’exposé de cette recherche, j’examinerai enfin quelle est la méthode du Rite Écossais Rectifié.

La méthode du Rite Écossais Rectifié

Le Rite Écossais Rectifié est une voie particulière, spécifique, au sein de la Maçonnerie. Tout y est donné dès le premier grade. Mais sa plénitude ne deviendra évidente que beaucoup plus tard, et rien n’est accessible directement sans effort.

La pédagogie propre au Rite Écossais Rectifié consiste en effet à tout nous offrir dès l’abord, mais en le présentant de telle façon que nous soyons contraints d’effectuer un réel travail personnel qui seul peut être un facteur de progrès sur la voie de la réconciliation d’abord, préalable à celle de la réintégration de l’être.

Le Rite Écossais Rectifié joue de la dialectique du « caché – révélé » propre à tous les véritables enseignements ésotériques et initiatiques depuis les temps les plus reculés.

Tout est dit dès le premier grade, sans l’être réellement. Tout se trouve derrière un voile qu’il faut faire l’effort d’écarter pour approfondir et assimiler chaque donnée.

Chaque nouvelle étape vient préciser l’enseignement déjà reçu.

Tout n’est accessible que par l’effort du Cherchant qui devient Persévérant, ce qui le conduira nécessairement à devenir Souffrant. Car chaque étape provoquera des remises en question de croyances et d’acquis, ce qui n’est jamais facile à faire.

Au désir, il faudra joindre le courage et l’intelligence du cœur, celle qui conduit à la compréhension intime.

R:. F:. A. B.

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RECEPTION D'UN CHEVALIER-PROFES AU DEGRE DE  GRAND-PROFES.-

Publié le 9 Août 2026 par T.D

 

Le Chapitre des Grands-Profès étant assemblé, l'ouverture des Travaux étant effectuée comme dans le Chapitre de Chevaliers Bienfaisants, et après l'Amen de l'Invocation à Dieu, on ouvre au degré de Profès. Après le "Veni Creator" et le dernier Amen des Assistants, commence le Chapitre des Grands-Profès. Le Profès impétrant est debout devant l'Autel. Le Senior est à sa droite et lui remet le Formulaire contenant les réponses qu'il devra faire aux questions du Commandeur Grand-Profès.

oOo

Le Commandeur Grand-Profès :

"Mon Frère, que demandez-vous ?"

L'Impétrant :

"Je demande à être reçu et admis comme Grand-Profès en la Compagnie des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte du Très-Saint Sépulcre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Chevalier du Parfait Silence, Silencieux Inconnus…"

Le Commandeur :

"Frère Bien-Aimé, lorsque le Seigneur ordonna à Moïse, afin de l'aider en la conduite d'Israël, de choisir parmi le Peuple soixante-dix hommes sur lesquels Il répandrait les Dons de Son Esprit-Saint, Il lui fit cette recommandation : "Choisis ceux que tu sais être capables d'être comptés dans les Anciens du Peuple…". Vous avez sans doute été préfiguré parmi ces soixante-dix vieillards, Frère Bien-Aimé, si, avec l'aide de l'Esprit-Saint, conservant la Foi du Décalogue, vous faites la preuve de votre sagesse et de votre maturité par le Connaissance et par les Œuvres.

"La même significatin, mystique et préfigurative, apparaît dans le Nouveau Testaient, quand le Seigneur choisit soixante-douze Disciples et les envoya deux à deux devant lui pour préparer ses voies. Il voulait apprendre, par ses paroles et par ses actes, aux Agents qu'il envoyait ainsi, qu'ils devaient être parfaits en leur Foi et en leurs Œuvres, c'est-à-dire enracinés dans le double amour de Dieu et du prochain. Appliquez-vous donc, Frère Bien-Aimé, à être tel que, par la Grâce de Dieu, vous deveniez en votre sphère, le digne coopérateur de Moïse et des Apôtres, c'est-à-dire que vous repreniez la place qu'à l'aube des temps, l'Eternel avait confiés à l'Homme, quant à la Régénération Universelle… Mon Frère, veuillez vous agenouiller…"

Le Senior prend alors l'Evangile ouvert au prologue de Jean, et le dépose, tout ouvert sur la poitrine de l'Impétrant, lequel le retient en croisant ses avant-bras sur sa poitrine au signe du "Bon Pasteur".

Le Commandeur lui impose alors les deux mains ouvertes, pouces en équerre, index unis, sur le sommet de la tête et dit :

"Frère, recevez le Saint-Esprit… Que par la Bénédiction Céleste, votre tête soit ointe et sacrée dans l'Ordre des Grands-Prêtres !
Donnes-lui, Dieu Eternel, d'être par Toi, le Ministre de la Réintégration _en paroles et en œuvres, par la Puissance des Signes et des Prodiges… Donnes-lui, Seigneur, les clés du Royaume d'En-Haut pour qu'il ne fasse pas des Ténèbres la Lumière, ni de la Lumière les Ténèbres. Qu'il soit au service des sages comme des insensés, des savants comme des ignorants. Par le Père Créateur, par le Fils Rédempteur, par l'Esprit Conservateur…"

Le Senior présente au Commandeur l'Huile d'Onction sur un plateau. Le Commandeur prononce la formule de sacralisation de l'Huile, main droite ouverte au-dessus :

Le Commandeur :

"Je vous exorcise, Huile et Aromates, créatures de l'Eternel, afin que toute illusion et toute puissance de l'Esprit Ténébreux s'éloigne de vous à jamais. Que par ce rejet et par la vertu de l'Esprit-Saint, vous deveniez, convenablement mêlées, 1e titre d'adoption filiale pour celui qui va être revêtu de votre onction, N..... (prénoms de l'Impétrant), Eques....... (nom d'Ordre). Nous Te supplions donc, Seigneur, Dieu Tout-Puissant, par Jésus-Christ Ton Fils, Notre Rédempteur, de sanc + tifier par Ta Sainte Béné + diction cette Huile et ces Aromates, Tes Créatures, et de les remplir de la vertu de Ton Esprit-Saint Conservateur. Fais donc, Seigneur, que Ta sanctification, une fois répandue dans l'Homme par cette Onction, la corruption de la Première Nature soit anéantie, et que son Ame, devenue semblable à Ton Saint Temple d'En-Haut, exhale la suave odeur que produit l'innocence de la vie. Que cette Huile et ces Aromates, convenablement mêlées et revêtues de Ta Sainte Béné + diction, soient, pour tous ceux qui renaîtront et de l'Eau du Baptême et du Feu de Ton Saint-Esprit, un Chrême de salut qui les rende participants de la Vie Eternelle et les mette aux rangs de Tes mineurs Elus. Par le Père Créateur, par le Fils Rédempteur, par l'Esprit-Conservateur… Ainsi soit-il…"

Les Assistants :

"Ainsi soit-il…"

Le Commandeur, de son pouce droit humecté d'huile, trace une croix de saint André (le khi grec, initiale de Christos, et de Kyrios-Seigneur) entre les sourcils de l'Impétrant, puis, au sommet de la tête, un petit cercle coupé d'une croix diamétrale, en disant :

"Recevez l'Esprit-Saint. Que l'Eternel qui a bien voulu vous élever à la dignité mystérieuse des grands-prêtres, vous signe Lui-même de la liqueur de Son onction mystérieuse, qu'il vous donne la fécondité spirituelle par l'abondance de ses Bénédictions, pour que tout ce que vous bénirez soit béni, que tout ce quo vous sanctifierez soit sanctifié. Recevez également le pouvoir de transmettre, légitimement et régulièrement, ce que vous recevez en ce jour, pour le bien de l'Ordre et pour celui de l'Humanité tout entière. Et que comme l'olivier fertile, l'Eternel vous l'accorde par Sa Grâce. Par le Père Créateur, par le Fils Rédempteur, par l'Esprit-Conservateur… Ainsi soit-il…"

Les Assistants :

"Ainsi soit-il…"

Le Commandeur :              (Lit le Psaume CXXXIII) :

"Car c'est une chose excellente pour des Frères, d'être unis ensemble. C'est comme l'Huile précieuse qui, répandue sur la tête, descend sur la barbe, sur la barbe d'Aaron, descendant ensuite sur le bord de son vêtement, comme la rosée du mont Hermon descend ensuite sur la montagne de Sion… Car c'est là que l'Eternel envoie la Bénédiction et la Vie pour l'Eternité…"

Le Commandeur pose ses deux mains à plat sur les épaules de l'Ordiné et dit :

Le Commandeur :

"N.....(prénom), Eques.....(nom d'Ordre), je te crée et constitue Grand-Profès en l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte du Très-Saint Sépulcre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Chevalier du Parfait Silence, Silencieux Inconnus…"

Le Commandeur dit alors le Psaume LXXIIl

"Seigneur, donne Tes jugements au Roi et Ta justice au Fils du Roi. Il jugera Ton peuple avec Justice, et Tes malheureux avec équité. Les montagnes porteront la paix pour le peuple, et les collines aussi, par l'effet de Ta justice. Il fera droit aux malheureux du peuple, il sauvera les enfants du pauvre, et il écrasera l'oppresseur. On Te craindra tant que subsistera le soleil, tant que paraîtra la lune, de génération en génération. Il sera comme une pluie qui tombe sur un terrain fauché, comme des ondées qui arrosent la campagne. En ses jours, 1e juste fleurira et la paix sera grande, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lune. Il dominera alors d'une mer à l'autre, et du fleuve aux extrémités de la terre. Devant lui, les habitants du disert fléchiront le genou et ses ennemis lècheront la poussière. Les rois de Tarsis et des Iles paieront des tributs, les rois de Saba et de Séba offriront des présents, tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les Nations le serviront, car il délivrera le pauvre qui crie et le malheureux qui n'a point d'aide. Il aura pitié du misérable et de l'indigent, et il sauvera la vie des pauvres. Il les affranchira de l'oppression et de la violence. Leur sang aura du prix à ses yeux. Ils vivront et lui donneront l'or de Séba. Ils prieront pour lui sans cesse, et ils le béniront chaque jour. Les blés abonderont dans le pays, au sommet des montagnes, et leurs épis s'agiteront comme les arbres du Liban. Les hommes fleuriront dans les villes comme l'herbe de la terre. Son nom subsistera à toujours, aussi longtemps que le soleil il se perpétuera. Par lui, on se bénira mutuellement, et toutes les nations le diront heureux.

Béni soit donc l'Eternel Dieu, le Dieu d'Israël, qui seul fait des prodiges. Béni soit à jamais son Nom glorieux et que toute la Terre sait emplie de Sa Gloire…"

Le Senior replace alors l'Evangile et fait relever l'Impétrant devenu le nouvel Ordiné. Le Commandeur reprend sa place de l'autre côté de l'Autel.

Le Commandeur :

"Je n'ai point besoin, mon cher Frère, de vous souligner que les paroles de ce Psaume ne doivent point être prises à la lettre, mais que bien au contraire elles nous révèlent un aspect de la Régénération future, aussi bien que des Esprits qu'il nous appartient de soumettre de nouveau à l'Eternel…"

Le Commandeur vient alors se placer à droite de l'Ordiné et le Senior à sa gauche. Ce dernier lui remet le texte de l'Invocation ci-après, qu'il devra dire seul. Tous trois s'agenouillent, et l'Ordiné commence la lecture :

L'Ordiné :

"Prosterné devant Toi, ô Dieu Vivant, Action du Père, Sauveur Universel, j'ose Te demander la confirmation de l'Election et de l'Ordination que je viens de recevoir sous les trois puissances divines que le Créateur accorda à son serviteur Zorobabel, pour l'entière délivrance de la Captivité où fut réduit le peuple d'Israël par la force de ses prévarications. A cet exemple, ô Dieu Puissant et Miséricordieux, je ne prosterne devant Toi pour t'offrir tout mon être et le soumettre à Ta Puissance, à Ta justice, à Ta clémence.

"Qu'il Te plaise, ô mon Dieu, de délivrer mon âme pénitente de l'esclavage les Démons et de la servitude de leurs intellects, afin que sous Ta sainte garde, et sous Ta protection, je sois dépouillé de toute passion et de toute affection mondaine, et ne sois plus revêtu et pénétré que de sentiments spirituels, pour la plus grande gloire du Père Créateur + du Fils Rédempteur + de l'Esprit Saint Conservateur + et pour celle de Ton fidèle serviteur et élu (il se nomme par ses prénoms et nom), N....., qui ne veut plus vivre, agir, et mourir qu'en Dieu… Amen + Amen + Amen + …" 

Les Assistants :

"Ainsi soit-il…"

Les Frères se relèvent, le Commandeur reprend sa place à l'Orient et dit :

Le Commandeur :

"Frères, formons la Chaîne fraternelle…"

On forme la Chaîne, le Commandeur dit le Pater Noster, et tout le reste du Rituel se déroule ensuite comme pour

a)- le Chapitre de Profès et sa fermeture,

b)- le Chapitre de Chevaliers Bienfaisants et sa fermeture.

OBSERVATIONS.-

Etant donné sa longueur, (elle constitue un exposé complet de toute la doctrine Martiniste traditionnelle, telle qu'on la concevait au XVIIIème siècle, directement extraite des enseignements de don Martinez de Pasquallis), l'Instruction des Grands-Profès était remise en lecture au nouvel Ordiné, avec interdiction d'en prendre copie.

C'est d'ailleurs ainsi que les Révérends Frères Eques a Rosae Caritatis et Eques a Voluntate en eurent connaissance, sans le copier, à Genève.

Toutefois, cette remise avait lieu au cours d'une Cérémonie assez simple, qu'on trouvera d'ailleurs reproduite aux pages 248 à 251 du livre de Paul Vulliaud : "Joseph de Maistre franc-maçon", (Paris 1926, Nourry éditeur).

Il y est dit que "la forme de cette Instruction a quelque fois varié selon les temps et les circonstances, mais le fond, qui est invariable, est toujours resté le même…"

Les pages 252 à 257 nous donnent d'ailleurs, en cet ouvrage, le canevas que doit suivre cette Instruction doctrinale. Il ne suffit que d'en parcourir les titres de ses cahiers pour se convaincre qu'il ne s'agit que du Martinisme le plus traditionnelle, et qu'elle s'apparente aux exposés de ce genre usités dans les initiations martinistes dites de “Saint-Martin".

Elle pourrait être résumée par les sujets mêmes de chaque cahier mais on pourrait tout aussi bien faire un résumé suffisamment clair et ordonné du "Traité de la Réintégration des Etres" de don Martinez de Pasquallis.

--- o0o---

VII – ADDITIF.-

"Dieu Tout-Puissant, Créateur et Conservateur du genre humain, Distributeur de tous les Dons Spirituels, Eternel Fondateur de notre salut, daignes Seigneur envoyer des Cieux Ton Esprit-Saint Consolateur, et sur cet Anneau et cette Pierre, symbole et rappel de celle constitutives de Ta Sainte Cité Céleste, répandre Ta Sainte Béné + diction, afin qu'ils soient pour N..... (prénom) une armure puissante contre toutes les forces déchaînées du Monde Inférieur. Par Jésus-Christ Notre Seigneur, ainsi soit—il…"
(La croix (+) qui est tracée au moment du prononcé du mot "Béné + diction", est faite avec le pouce dextre, imbibé de l'Huile d'Onction).

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