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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

LE SILENCE DE L’APPRENTI

Publié le 19 Août 2026 par T.D

A l'heure où certains FF:. s'interrogent sur la règle du silence qui s'impose aux Apprentis en Loge, notre F:. Alain avec sa longue expérience du Rite et son érudition, nous apporte les éclaircissements et les précisions nécessaires à la bonne compréhension de cette règle.

Qu'il en soit ici chaleureusement remercié.

Très Vénérable,

mes Biens Aimés Frères,

Je dois d’abord vous avouer, avoir songé à laisser quelques minutes de silence, ponctuées d’un « J’ai dit Très Vénérable » ce moment de Silence aurait peut-être permis à nous tous de se remettre dans la peau de l’Apprenti qu’ils ont été et qu’ils sont peut-être encore aujourd’hui, au fond d’eux-mêmes.

J’avoue aussi que le thème du silence est si vaste, avec de multiples variantes tant positives que négatives, qu’il m’est aussi plus facile de le restreindre à celui de mon propos de ce soir.

Le Silence, du latin silencium, signifie « absence de bruit » comme par ex,(le silence de la nuit), le fait de se taire, (donc garder le silence), passer sous silence, (ne pas parler de, omettre volontairement), silence radio (absence de nouvelles, d’informations, etc...) il y a aussi des silences techniques, liés à la loi, à la justice, la minute de silence, pour nous souvenir d’êtres chers, l’omerta ou le silence du milieu, mafieux ou terroriste, briser le silence, en finir avec le secret, etc.….il a donc des significations multiples, différentes et contraires, en étant, à la fois, approbateur, réprobateur, inquisiteur, hypocrite, etc.….

Plus symboliquement le silence représente aussi le repos de l’âme, la paix, la sérénité, il occupe une place privilégiée dans tous les courants spirituels, comme facteur concomitant de l’élévation de l’âme par la pratique de la prière, situation de solitude silencieuse censée rapprocher du divin, comme les pratiques de l’ermitage ou de la retraite monastique, « reste dans ta cellule et ta cellule t’apprendra tout » disait St Benoît.

Il est très souvent plus profond que la parole, supérieur à elle, car en permettant l’écoute, il permet de se nourrir de la parole des autres, pour parler de façon plus pertinente.

Dans la tradition occidentale, le silence est l’outil de l’apprentissage. Faire silence, c’est écouter, c’est se rendre disponible à la parole de l’autre. C’est aussi se rendre sensible à ce qui se passe au-delà du langage, par ex l’élève est silencieux parce qu’il doit apprendre. Vécu de manière individuelle et d’une manière plus commune, le silence en soi est vecteur de disponibilité.

L’apprentissage traditionnel est initiation, imitation pour le perfectionnement. Le passage du seuil est possible parce que la personnalité profane est reléguée au second plan. Elle se tait pour faire place à un nouveau mode d’insertion au monde, celui de l’accès au sacré, mais aussi l’accès au secret.

Je vais donc aborder, le Silence du grade d’Apprenti : comment le définir

Tout d’abord, il faut distinguer le silence extérieur (l’absence de bruit) du silence intérieur (le contrôle des pensées spontanées). La règle imposé à l’Apprenti consiste bien sûr en une interdiction de parole, mais vise aussi à lui montrer le chemin du silence intérieur. Tout ébloui encore par ce qu’il vient de vivre et d’éprouver, le nouvel Apprenti ignore, que de surcroît, il a reçu un don précieux : celui de la loi du silence.

Tout d’un coup, dans ce nouvel univers qu’est sa Loge, notre nouveau Frère se trouve confronté à la réalité du silence. Il aurait cependant tellement à dire, à exprimer, à témoigner, peut-être ! Il ne le pourra désormais qu’à de rares moment précis et sous certaines conditions, notamment lors de l’appel des membres de la Loge et quand le Vénérable s’adressera directement à lui.

Très rapidement on lui enseignera les racines profondes de cette loi : la tradition initiatique remonte à une époque où les livres étaient inconnus. Qui voulait s’instruire, devait alors observer, méditer, deviner et se taire. Jadis parmi les tailleurs de pierres du moyen-âge, l’Apprenti se soumettait à l’autorité paternelle d’un Maître, qu’il s’engageait à servir pendant 7 ans. Il était admis aux réunions corporatives, mais uniquement à titre d’auditeur muet et passif. Il était là pour s’instruire en silence et n’avait pas droit aux débats et aux votes. Et puis un jour il devenait Compagnon et dès lors n’était plus soumis à la loi du silence. La Franc-Maçonnerie actuelle, procède de même.

Qu’est-ce que le Silence Intérieur

Ce sont les pensées qui s’apaisent, un individu moyen, voit en effet des milliers d’idées se former chaque jour dans son cerveau. Il s’agit souvent de situations vécues, de problèmes à résoudre, de choses à faire ou à ne pas oublier, de regrets, d’angoisses, d’appréhensions ou de croyances auto-entretenues.

Notre activité mentale prolifique est difficile à maitriser. Elle nous maintient dans un monde illusoire, limite notre réflexion et au final, nous éloigne de nous-même et de la Lumière.

L’homme est un être de langage, il ne cesse de penser, de réfléchir, de cogiter, de parler, de théoriser. Toutefois si la parole est le propre de l’homme, elle est souvent jugée moins noble que le silence. La parole risque de mener à la confusion à l’erreur ou au conflit, alors que le silence permet d’écouter, d’observer, de sentir, de ressentir. Le silence serait ainsi un point d’appui pour accéder à d’autres niveaux de « compréhension ».

La pensée et le raisonnement permettent le maniement des sciences : c’est l’accès au savoir.

Le silence permet quand à lui d’entrer dans une dimension supérieure : celle de la Connaissance.

Vécu de manière individuelle et d’une manière plus prosaïque, le silence en soi est vecteur de disponibilité.

Le Silence : un symbole au cœur de l’Initiation.

La cérémonie d’Initiation est marquée par le silence, à l’exception des deux premiers voyages, qu’effectue le candidat.

Dans la chambre des réflexions, le néophyte doit rester silencieux. Il est amené à une réflexion lente, posée, presque méditative. On lui demande de s’abandonner à lui-même pour rédiger son testament. Face à lui, des écrits et des objets évoquent le silence et la mort, tels une nature morte.

Il accomplit ensuite ses voyages initiatiques dans une atmosphère bruyante, mais qui va en s’apaisant. Le dernier voyage se faisant sans bruit. Ainsi le bruit symbolise les passions qui agitent l’homme, le silence est au contraire un espace de recueillement et de sérénité, il représente le potentiel de Lumière que le nouvel initié porte en lui. 

Au cours des tenues, ce silence va devenir pour l’Apprenti celui de la méditation et de la réflexion, celui de l’observation et de l’écoute qui vont l’accompagner dans le cadre de son apprentissage, avec humilité et dans le respect inhérent à toute hiérarchie opérative.

 Le silence lui permet de suivre sa voie à son rythme, d’intégrer et de comprendre le rituel, d’observer les symboles qui l’entourent, de suivre les déambulations des Frères, de participer au cérémonial qui donne vie à la Loge, dans un confort qui le libère de toute intervention et de tout sermon. 

                                                            

Être Apprenti, c’est accepter d’être silencieux, d’être à l’écoute de l’autre, je ne sais ni lire, ni écrire, je ne peux qu’épeler.  

A ce sujet le manuscrit GRAHAM nous apprend :  (* voir en fin d'article)

« Dans leurs rapports les uns avec les autres, la plupart des hommes se règlent sur le comportement et sur les paroles des autres hommes…...C’est pourquoi, il est recommandé aux Apprentis de se taire. C’est seulement lorsque l’Apprenti aura assimilé en silence, les diverses données de la connaissance et de la tradition et qu’il sera parvenu en silence à incorporer suffisamment de vertus, qu’ayant terminé son apprentissage, il pourra alors proférer une parole agissante et utile, un verbe salutaire »

Première leçon d’humilité et de patience que nous rappelle le précepte selon lequel « il ne faut parler que si notre parole est plus belle que le silence » et qui prend toute sa dimension, tant dans la vie maçonnique que dans le milieu profane et que certains d’entre nous ont sûrement déjà pratiqué.

A ce titre le silence de l’Apprenti l’invite à prendre du recul et à multiplier les angles de vue. Cette posture conduit directement à la fraternité et à la paix aussi bien extérieure, qu’intérieure.

Le silence, élément essentiel du rituel et de nos valeurs, il y est omni présent, total à certains moments, relatif le reste du temps, quand seul le Vénérable ou celui à qui il a accordé la parole, s’exprime. Il s’agit alors d’une marque de respect et d’attention, envers notre rituel, envers celui qui s’exprime.

Le silence n’est donc pas un objectif, mais un moyen pour mieux se trouver, se retrouver, avoir conscience de sa place dans l’univers et du fait que l’on fait partie d’un tout. Le silence est un moyen pour parvenir à la connaissance, à la Lumière.  

Le silence est un chemin vers soit même qui favorise l’écoute de l’autre et qui favorise la descente en soi. Il est surtout un chemin intime, une voie de libération.

De manière plus générale, le silence permet de se concentrer sur la parole de l’autre, au lieu de se focaliser sur l’expression de sa propre pensée. Cette écoute favorise l’ouverture et l’enrichissement mutuel.

Il s’agit donc de prendre conscience des influences qui font ce que nous sommes à un moment donné : c’est la connaissance de soi.

C’est alors que l’Apprenti pourra commencer à tailler sa pierre brute, à retirer les éléments qui font obstacle. Il purifiera son ego, clarifiera ses pensées, rectifiera ses opinions.

Le silence qui nous est imposé, lors de notre apprentissage, est l’un des outils les plus précieux qui soient mis à notre disposition lors de notre entrée en Franc-Maçonnerie.

Dégrossir sa pierre brute, se taire en maitrisant ses passions, écouter en réinvestissant par la réflexion les connaissances acquises, tels sont les objectifs assignés à l’Apprenti.

Avant de conclure, je vous livre ces deux citations parmi tant d’autres sur le Silence.

« Le silence n’a jamais trahi personne » Blaise Pascal

« Nos décors n’étaient pas riches et notre Temple, vieux et dénudé,

Mais nous connaissions les anciens Landmarks et les observions à la lettre,

L’un après l’autre, les Frères prenaient la parole et aucun ne s’agitait,

Comme je voudrais me retrouver en bon Maçon, dans ma Loge d’antan »

Extrait du poème de Rudyard Kipling « La Loge-Mère »

Et maintenant pour conclure, et comme le dit si bien le 1er Surveillant.

« Très Vénérable, les colonnes sont muettes ».

  J’ai dit Très Vénérable.

TIF Alain J.

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Le silence initiatique

Publié le 19 Août 2026 par T.D

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Selon la définition du Larousse, ‘’le silence est l’absence de bruit dans un lieu calme’’, alors que le silence est absent d’un endroit bruyant ou agité, que seule une injonction orale peut rétablir intimant un ordre aux présents, celui de faire silence, ou aux passants par l’écriture du mot ‘’Silence’’ sur un panneau qui s’impose par exemple aux abords d’une zone hospitalière.

……..Il est également des cas où le silence se manifeste grâce à l’interruption brutale et forcée d’un vacarme, d’un chahut débordant, d’un bavardage incommodant, ou encore d’une interdiction de nuisances sonores réglementées dans l’espace public (salles d’études, d’examens et files d’attente, musée, bibliothèque, lieux de culte, ….). Il peut prendre par surprise et traduire une brutale hostilité par la réponse suggestive d’un profond silence, dit glacial. En revanche, une volonté acharnée à ne point répondre aux appels à répétition auprès d’un proche, un ami, une relation, peut susciter un tourment persistant chez celui qui s’interroge, autant que songer à un manque de courage à affronter une question laissée sans réponse. Ou bien ‘’rester sans voix’’, non par humilité mais par discrétion ou dans la réserve ; ne serait-ce pas un renoncement à toutes répliques susceptibles de générer une polémique dans un débat sans fin ? Une autre définition nous est proposée, selon laquelle ‘’le silence est absence de sons’’, affirmation à nuancer si l’on considère que le silence n’est pas abstraction totale de sons, mais perception d’UN son, contrairement aux bruits qui ne peuvent échapper à personne surtout s’ils sont désordonnés et discordants.

         En effet, silence et bruit naissent de leur dualité ; ils sont antagonismes qui s’attirent et chacun renferme un terreau de l’autre. Ainsi, nous pouvons saisir chez l’enfant, qui hurle plus ou moins fort, une souffrance ou un chagrin difficile à opprimer, mais aussi un cri de joie ; chez les plus grands un appel au secours, d’autant que la violente secousse d’un bruit annonce bien souvent un accident ou un danger, telle la sirène d’une ambulance ou celle des pompiers. Nous ne pouvons rester insensibles aux bruits quand ils dénoncent la peur, la souffrance, ou traduisent la douleur d’un deuil, mais aussi l’allégresse tant manifestée lors d’une réunion familiale ou amicale, les vœux de Bonne Année, les klaxons des voitures qui accompagnent les mariés le jour de leurs noces, les applaudissements, etc.  Si certains silences pèsent, angoissent, inquiètent et effraient, ils sont oppressants et empêchent tous mots pour dire l’innommable, pendant que d’autres sont le miroir d’une expression artistique qui a pour objet d’extérioriser, sans parole, la pensée et de la communiquer au travers de peintures, fresques, vitraux, sculptures et taille de la pierre, etc.  Ainsi donc le silence est une absence de sonorité, qui se manifeste dans les ‘’voix du silence’’ d’un grand nombre de chefs d’œuvre, titre d’un imposant ouvrage d’André Malraux, que j’ai emprunté pour l’intitulé de ce Travail. Après tout, la surdité qui prive les personnes de perception des sons, tels Beethoven et Gabriel Fauré, ne les a pas empêchés de composer la musique qu’ils entendaient intérieurement ; comme dans la composition des œuvres musicales, on relève de brefs silences marqués par une pause avant que l’orchestre n’enchaine dans une reprise à la sonorité retentissante.

         Dans l’hindouisme, le Maître n’enseigne pas seulement au moyen de paroles. Ramana Maharshi (1879-1950), l’un des grands Maîtres spirituels de l’Inde contemporaine, disait que ‘’le langage muet de cœur à cœur vaut tous les langages.  Toute conversation doit finir par le silence’’ et ‘’l’instruction spirituelle la plus éclatante, la Vérité, est exposée dans le silence’’. Dans la tradition juive, l’expérience de l’invisibilité de Dieu, constatée par Moïse au mont Sinaï, est fondatrice. Le silence est la forme la plus éloquente de la Révélation. Il a été rapporté à propos du Rabbin Nahman de Bratslav (Ukraine, 1772-1810), fondateur de la dynastie hassidique de Bratslav, mouvement religieux juif au XVIIIe siècle, que son silence au milieu d’une foule s’entendait d’un bout du monde à l’autre. Les moines chrétiens n’ont cessé d’attester la suprême valeur du silence et les mystiques de souligner qu’il était la voie royale pour approcher Dieu.  Isaac de Ninive ou Isaac le Syrien, ascète mystique et théologien, évêque de l’Eglise d’Orient (VIIe siècle), disait que le silence est le mystère du monde à venir et la parole est l’organe du monde présent.

……….Pour tous les participants aux Travaux en Loge et y compris pour les Apprentis particulièrement soumis au silence complet, celui-ci leur procure une perception lumineuse et respectueuse. Il est source de pensée et de symbolisme, sans offrir la possibilité d’une prise de parole spontanée, qui pourrait être délivrée à tort ou à travers, dès lors qu’il n’est pas de mise de surcharger le silence de propos inconsidérés. Si le silence est porteur de réflexion et de conception en toute liberté, toute prise de parole formulée dans une critique négative serait nuisible à la créativité ou seulement à une parcelle de réalité suggestive.  Ainsi, dans le Temple le renoncement à la parole ouvre notre conscience aux voix du silence. Nombreuses et riches de découvertes jusqu’alors voilées, celles-ci sont la substance de notre esprit, où les pensées se projettent dans ce qui était inexprimable et latent, mais tues par manque de confiance en soi ou par crainte de se prononcer sur un sujet non maitrisé. Au plus profond des voix intérieures, le silence est la condition de notre propre présence dans le Temple parmi ceux qui nous entourent. Sans que nous paraissions défaillants, nous sommes non pas muets mais simplement silencieux, parce que le silence signe notre présence effective. Comblé au-delà de tout langage par les Officiers et les Membres sur les Colonnes ou marqué par l’absence de propos pour d’autres, tous se placent  néanmoins dans une écoute attentive du silence,  lequel symbolise la pleine communion entre tous.

………Chez le cherchant, persévérant et souffrant, l’esprit a soif de silence, parce que le bruit est impuissant à le rassasier. Le bruit sert tout au plus une dispersion éphémère et une évasion qui nuisent à sa progression dans la compréhension du contenu des Rituels, jusqu’à l’empêcher de retenir bien des messages, qui lui donneront accès aux Mystères de la Franc-Maçonnerie.  Pour illustrer mon propos, je me réfère à Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), théologien allemand, dans sa définition du silence comme suit : ‘’Le Silence contient une admirable puissance de clarification, de purification et de compréhension de l’essentiel’’.  Par ailleurs, ne dit-on pas ‘’le Silence est d’or, la Parole est d’argent’’ ?  De ce vieil adage, découle le fond d’une pensée dissimulée ou imparfaitement révélée, parce que le silence peut être plus éloquent que la parole. L’Apprenti muet serait-il à associer à l’un des trois singes qui ont pour noms :  Mizaru (celui qui ne voit pas), Kikazaru (celui qui n’entend pas) et Iwazaru (celui qui ne parle pas). Ceux-ci ne font-ils pas silence en restant sans réplique, et sans intervenir en toutes circonstances dont ils sont les témoins ? ; comme l’Apprenti s’expose seulement en un homme silencieux dans le Temple, et les Maçons en général pas plus bavards face aux Profanes, et en ce cas tous sont contraints au respect d’une autre règle, celle du Secret des Loges.

………Pour les Francs-Maçons invités ou convoqués à une Tenue, ils se réunissent en un lieu paisible et secret à l’abri du tumulte du monde profane. Si l’Apprenti se soumet au Silence durant les Travaux rituels, il n’est pas seul à observer le Silence.  En effet, tous les Membres de la Loge pénètrent dans le Temple, sous la conduite du Maître des Cérémonies qui les mène à leur place dans le silence, malgré leur entrée souvent ponctuée d’un morceau de musique, non perturbateur mais propice à la méditation. En effet, le Rite Ecossais Primitif, né au sein des Régiments Ecossais et Irlandais, cultive l’écoute de la Marche de Robert Bruce jouée dans les Armées lors de la revue des Troupes pour affirmer leur prestige.  C’était une tradition en vigueur sous les règnes de Louis XIV et de ses successeurs autant qu’en Ecosse et en Irlande, maintenue durant les deux guerres mondiales et aujourd’hui encore dans les hymnes nationaux et diverses commémorations. A cet égard Robert Ambelain précise que cette Marche de la Garde royale des Stuart ne doit jamais être interrompue, comme on ne coupe pas la parole à quelqu’un qui l’a prise.

Au plus profond de chacun des Membres, règne un silence intérieur où sont perçus les sons au fur et à mesure que se suivent les actes rituels dans le silence absolu, parce que c’est dans le silence que l’écho des résonances produit une vibration commune à tous les participants. Les Rites maçonniques, dont le REP, contiennent des sons qui reflètent des sensations (liesse, allégresse, détresse, …)  proches ou éloignés des bruits envahissants et familiers de la vie profane évoqués ci-avant.  Durant les Travaux rituels, dirigés par le Vénérable, la prise de parole est donc réglementée par le Rituel proprement dit, où certaines interventions sont calées sur un son ou une parole, par lesquels tous se reconnaissent en tant que tel, notamment les coups de Maillet et les coups frappés à la Porte du Temple. Quand circule la Parole et que plus personne ne la demande, le Premier Surveillant annonce au Maître de Loge que le silence règne entre les Colonnes.

Avec la Colonne d’Harmonie et les coups précités, d’autres éléments sonores rattachés au symbolisme numérique rythment certains actes rituels, tels que :

  • la Batterie simple aux trois Grades symboliques,
  • la Batterie d’Allégresse dite ‘’triple’’,
  • L’acclamation écossaise qui suit les Batteries aux deux premiers Grades,
  • la Batterie de deuil (sans Acclamation),
  • le Signe de détresse suivi d’un cri. 

Le silence dans la Loge

………Le Cérémonial initiatique, à quelque Grade que ce soit, est purement une invitation du Vénérable faite dès l’ouverture de la Loge. Par cette déclaration prononcée dans le Silence, il fait un appel à l’aide et sollicite l’attention des participants pour une parfaite audition, ‘’Debout mes Frères, aidez-moi à ouvrir la Loge…’’ ou encore ‘’Mes Frères, aidez-moi à créer un nouveau Maçon’’, à la suite de quoi les Surveillants reprennent comme suit ‘’Frères de la Colonne du Sud et du Nord, assistez-nous’’.   Joindre le silence au Rituel, c’est tout simplement apprendre à se laisser guider durant les Travaux. Que ce soit debout ou assis, la parole ne nous appartient pas, autant qu’une réponse choisie, mais de suivre rigoureusement le Rituel à partir des paroles du Maître de Loge puis de celles des Surveillants. Nous pouvons considérer que le Rituel nous ouvre les voix du silence.  

…….Apprendre le silence, c’est faisable par une présence corporelle et une mobilisation de l’esprit sollicité à participer activement aux actes rituéliques.  

…….Respecter le silence durant lequel nous apprenons l’obéissance et la discipline, qui nous ouvrent la voie de l’écoute attentive et celle de la juste mesure de la parole, parce que la première fonction du Rituel est de prêter attention. VIVRE LE RITUEL permet de saisir son sens et son essence pour nous ouvrir alors d’autres portes, qui nous introduisent dans la Sagesse et la Connaissance, dans l’éveil de l’intelligence de tous qui font l’égrégore de la Fraternité.  Ecouter le Silence nous libère de la force d’attraction qu’exerce sans cesse l’égo pour le réduire si ce n’est le détruire, afin d’éclairer dans la clarté la Sagesse que nous venons chercher en Loge, la sagacité, et le respect de l’autre. Il ne suffit pas de faire silence durant les Travaux en Loge, mais de vivre le Silence sans le subir, le supporter, ni même l’accepter, mais le vouloir, le connaître et sauvegarder le vécu en Loge. Prenons toutefois le soin de ne pas confondre silence et mutisme. Le silence est le seul moyen qui stimule la faculté d’écoute, tandis que le mutisme est une fermeture. Il est une pause, telle que pratiquée en solfège.

………Le Rituel est à la source du déploiement de la Fraternité, faisant abstraction de soi-même. Tous reçoivent sans distinction de Grades, le même enseignement et les mêmes instructions, hors de tout encombrement de bruitage, de propos illusoires qui pourraient obstruer et empêcher toute compréhension. Dans une atmosphère sereine et paisible, qui est le propre du Temple maçonnique comme celui d’un lieu de culte où les fidèles se retrouvent dans le silence et la paix, il est donné à chacun, au moins le temps d’une Tenue, la possibilité de se soustraire aux futilités et à la matière, de se réfugier dans une attitude d’apaisement et de recueillement, si ce n’est de recul pour se recentrer sur soi-même mais avec tous les participants ; parce que tous sont responsables de leurs paroles et de leurs actes. Il peut très bien s’agir de la nudité du cœur et de l’esprit, parce que le silence dépouille, pour se focaliser sur le Rituel qui éclaire de l’intérieur, et surtout parce que le silence est pur.

Le silence des Apprentis

……….Le Silence est à respecter par tous et à tous les Grades. Toutefois pour celui qui est en phase d’apprentissage, il est soumis à un scrupuleux silence qui lui interdit toutes interventions, et notamment la prise de parole. C’est pourquoi, et selon le Règlement Intérieur de la Loge, lors de l’appel des Membres par le Secrétaire, l’Apprenti se lève et c’est le Second Surveillant qui répond à sa place ‘’présent en Loge’’. Bien que privé de la parole, il s’attache aux facultés de l’intelligence qui lui octroie le pouvoir de comprendre et de retenir ce qu’il est appelé à découvrir ; et pour ce faire il met en éveil les sens de la vue, de l’ouïe, y compris celui de l’odorat (myrrhe et encens). La force du silence est à considérer par l’Apprenti telle une règle d’écoute qui lui permet de pénétrer le Rituel et de le respecter. Le silence, qui tait tout bruit, anéantit toute légèreté sujette à la culture insipide du monde profane sans Sagesse.

…….Le silence cohabite entre l’esprit et le cœur du Maçon silencieux qui aspire ardemment à approcher la Connaissance. Le silence génère la lutte contre les paroles vaines et les mauvaises pensées ; mais aussi contre les a priori pour s’emparer de la voix intérieure, qui refoule les écarts de langage. Par le silence et l’écoute, le Maçon est en mesure de dompter le Rituel et d’approcher les symboles qu’il contient. Il trouvera toujours un appui auprès des plus anciens et de la Chaîne fraternelle. Il ne manquera pas de se ressourcer dans les conseils et orientations du second Surveillant pour s’assurer de sa bonne compréhension du Rituel. Et lorsque deux Apprentis sont initiés ensemble, ils sont jumeaux et s’entraident l’un l’autre, comme auprès des Compagnons et des Maîtres qui seront témoins de leur Réception. C’est ainsi que la fermeture des Travaux est annoncée à l’Assemblée en ces termes : ‘’Que notre Loge prospère et soit une véritable Union de Maçons. Retirons-nous à présent sous la Loi du Silence (ou dans le Secret de la Loge).’’

(Travail déposé sur le site en mai 2016)

 

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Le silence en franc-maçonnerie : parole absente, présence habitée

Publié le 18 Août 2026 par T.D

Le silence précède tout. Avant la lumière, avant la parole, avant même le regard échangé entre deux Frères, il y a le silence. En franc-maçonnerie, ce silence n’est jamais vide : il est matière, seuil, présence. Il enveloppe le profane au moment de son passage, puis il l’accompagne longtemps encore, comme une exigence intérieure. Le silence est moins une absence de bruit qu’une invitation à l’écoute – une écoute profonde, désarmée, sans objet. Il n’est ni décoratif, ni passager. Il est fondateur. Et peut-être est-ce là la première vérité maçonnique : rien ne commence sans le silence.

Le silence imposé : première épreuve de l’Apprenti

Le silence ne se choisit pas, il se reçoit. C’est ainsi que l’Apprenti en fait l’expérience : non comme une discipline volontaire, mais comme une contrainte initiale, obscure et déroutante. Rien ne lui est expliqué, rien ne lui est transmis en mots. On lui demande d’écouter, mais rien ne semble parler. On lui enjoint d’apprendre, mais sans maître apparent. Il entre dans une pédagogie inversée, où le sens ne vient pas de ce qui est dit, mais de ce qui est retenu.

Ce silence, d’abord subi, devient peu à peu un miroir. Il ôte les parades, les justifications, les postures. Il oblige à faire face, à plonger sans béquilles dans ce que l’on est, sans plus pouvoir se dissimuler derrière le langage. Et ce dévoilement-là, bien plus que les épreuves spectaculaires, constitue l’une des premières secousses de l’initiation.

Le silence, un miroir intérieur

Car le silence agit — sans bruit, sans geste, sans parole. Il travaille en profondeur, il ronge les certitudes, il dénude l’ego. Il fait tomber les masques, non par violence, mais par abandon. Ce que l’Apprenti apprend, ce n’est pas à parler un nouveau langage, mais à désapprendre l’ancien. Il découvre que la parole n’est pas le début du savoir, mais ce qui en résulte, lorsque le silence a suffisamment décanté ce qui devait s’effacer.

Ainsi, le silence n’est pas le vide, mais la matrice. Non pas une absence à combler, mais une présence à consentir. Il ne précède pas l’initiation comme une simple condition extérieure, mais il en constitue déjà la première forme intérieure — silencieuse, mais agissante.

Le silence du Temple : une architecture intérieure

Le silence de la Loge ne ressemble à aucun autre. Il ne se contente pas d’être absence de bruit : il est une qualité de l’espace, une façon qu’a le lieu d’être habité. Il ne renvoie pas seulement au recueillement ou à la solennité, mais à une transformation de la perception elle-même. On entre dans ce silence comme on entre dans un autre temps, dans une respiration plus lente, plus dense.

Ce silence-là ne naît pas de lui-même. Il surgit dès que les colonnes sont dressées, que les éléments rituels sont ordonnés selon le Rite, et que la Lumière paraît pour les Frères et les Sœurs. Alors, sans qu’aucune consigne ne soit donnée, quelque chose se suspend. Le monde extérieur cesse de s’imposer. L’espace se referme sur lui-même, mais sans exclusion : il se recueille. Et dans cette concentration, un silence particulier s’installe — non pas imposé, mais accueilli.

Le silence, porte du secret 

Ce silence structure l’espace autant qu’il en émane. Il donne au Temple sa cohérence invisible. Il enveloppe les gestes, rythme les déplacements, souligne les regards. Il n’interdit pas la parole, mais la fonde : il devient son contrepoint nécessaire, sa préparation intérieure. Ce n’est plus un simple rituel : c’est une condition de présence.

Il relie les Frères et les Sœurs sans mots, mais sans équivoque. Il rend possible un type de lien qui n’a pas besoin d’explication, ni d’adhésion verbale. Dans ce silence, chacun se découvre à soi-même, tout en étant relié à l’ensemble. Il ouvre un espace intérieur que le monde profane ne sollicite jamais, un lieu nu, fragile, mais profondément vivant.

Il n’est pas seulement respect ou recueillement : il devient respiration commune, manière d’être ensemble autrement. Dans le silence du Temple, tout s’accorde sans se confondre, et ce qui nous lie n’est plus de l’ordre du discours, mais d’une présence partagée, discrète, vibrante. C’est là, peut-être, que commence le véritable langage maçonnique — un langage sans mots, tissé d’écoute, de retenue, et de disponibilité.

Le silence comme matrice de la parole maçonnique

Il faut avoir longtemps traversé le silence pour qu’une parole mérite d’être entendue. Dans le Temple, la parole ne jaillit jamais à la légère. Elle ne répond pas à une injonction de dire, encore moins à une volonté de convaincre. Elle émerge lentement, à partir d’un silence habité, traversé, mûri. Ce silence n’est pas une simple attente — il est un temps de fermentation. Il ne précède pas la parole comme un moment préparatoire, mais en constitue la substance intérieure. La parole véritable, celle qui touche, ne vient pas en plus du silence : elle vient du silence.

Parler en Loge, c’est toujours courir le risque de la parole juste. Et ce risque n’est pas technique, ni rhétorique : il est existentiel. Il engage celui qui parle dans la totalité de ce qu’il est. Il exige d’avoir entendu, non pas seulement les autres, mais ce qui, en soi, fait résistance ou consentement. Dans le silence, les paroles inutiles tombent d’elles-mêmes. Elles n’ont plus de prise. Ne subsiste que ce qui, au-delà des idées ou des opinions, mérite d’être offert à l’Assemblée comme un acte.

Le silence ne se contente pas de précéder la parole : il la borde, il l’enveloppe, il lui donne sa forme et sa limite. Il empêche le bavardage, il protège l’essentiel. Dans ce rapport précis au silence, la parole maçonnique devient autre chose qu’un discours : elle devient dépôt, offrande, engagement. Elle se retire autant qu’elle s’avance.

Et lorsque la parole surgit ainsi du silence — non pour remplir un vide, mais pour prolonger une écoute — elle ne cherche plus à s’imposer. Elle ne se justifie pas. Elle ne convainc pas. Elle invite. Elle propose. Elle laisse une trace parce qu’elle a été déposée dans un espace devenu réceptif.

Et c’est sans doute cela, au fond, qui distingue la parole maçonnique : elle ne prétend pas clore, mais ouvrir. Et ce qu’elle ouvre, c’est encore du silence.

Silence profane, silence initiatique : un écart révélateur

Il existe d’autres silences, hors du Temple. Mais ceux-là n’ouvrent pas, ils referment. Ils ne recueillent pas, ils figent. Il y a le silence pesant des non-dits familiaux, celui de la honte ou de la peur. Il y a le silence des foules, qui n’écoute rien, qui passe sans mémoire. Il y a aussi celui, plus insidieux, des discours creux, où le bruit des mots dissimule une absence de sens, une fatigue de vivre. Ces silences-là sont saturés, non par la parole, mais par l’impossibilité de dire.

Et pourtant, ils nous sont familiers. Le monde profane est plein de silences — mais ce sont des silences sans élan, sans direction. Des silences clos, souvent contraints, parfois résignés. Des silences que l’on subit faute de pouvoir parler, ou que l’on impose pour éviter d’entendre. À force d’habitude, ils deviennent presque confortables. On finit par s’y lover, comme dans une forme de paix. Mais cette paix-là est stérile, car elle ne fait advenir rien d’autre qu’elle-même.

Le silence initiatique est d’un tout autre ordre. Il n’est pas l’ombre portée de la parole absente, mais l’espace préparé pour qu’une parole vraie puisse advenir. Il n’est pas le retrait, mais la mise en disponibilité. Il ne découle pas de la peur, ni de la soumission, mais d’une exigence intérieure. Il est creux fertile, creuset, athanor même, et non enfermement.

L’initié apprend à discerner entre ces silences. Il les reconnaît à leur poids, à leur rythme, à leur tension intérieure. Il sait que certains silences rendent sourd, quand d’autres affinent l’écoute. Il découvre que se taire ne suffit pas à être dans le silence, pas plus que parler ne suffit à en sortir. Et c’est peut-être là l’un des premiers fruits du chemin initiatique : ne plus confondre le silence avec le mutisme, ni la parole avec le bruit.

Le silence à travers les degrés : de l’épreuve à la maîtrise

Le silence de l’Apprenti est imposé. Il fait partie des règles, mais aussi du choc. L’Apprenti, soudain privé de parole, découvre que l’on peut être là sans intervenir, regarder sans commenter, écouter sans répondre. Il entre dans le monde de la retenue, de l’observation, du décentrement. Ce silence n’est pas simple absence de bruit, mais soustraction de soi. Il désarme. Il désoriente. Il suspend les automatismes et dégage un espace de vacance où quelque chose de plus profond peut émerger. Il est l’épreuve de la non-maîtrise, le début de l’effacement.

Mais ce silence n’est pas statique. Il évolue. Au grade de Compagnon, il se transforme. Ce n’est plus un silence subi, mais un silence qui devient langage implicite. Le Compagnon, s’initiant à l’art de bâtir, découvre que le monde ne parle pas en phrases, mais en formes, en proportions, en rapports. Le silence devient alors intervalle, rythme, mesure. Il apprend que ce qui fait la solidité d’un arc, ce n’est pas seulement la pierre, mais l’espace entre les pierres. Il comprend que le trait juste ne supporte pas le bavardage, et que chaque mot, comme chaque ligne, doit avoir sa nécessité.

Dans ce silence-là, la parole prend un autre poids. Elle s’accorde à la géométrie. Elle s’allège de toute démonstration inutile. Elle devient trace, non discours. Et le silence, devenu comme une trame invisible de l’harmonie, permet de pressentir qu’il existe une parole qui ne s’impose pas, mais qui s’inscrit — avec justesse — dans la structure du monde.

Quant au Maître, il revient du silence de la tombe. Il a goûté à l’ombre. Il a chuté dans l’inconnu, touché à la déréliction. Ce silence n’est plus seulement pédagogie, il devient épreuve de vérité. Il n’enseigne rien : il dépouille. Le Maître ne parle pas davantage parce qu’il sait que certaines choses ne peuvent plus se dire. Il sait que la parole peut trahir, trop vite, trop tôt. Il sait aussi que le silence, désormais, est l’un des noms possibles de la présence.

C’est un silence dense, mais hospitalier. Un silence qui ne pèse plus sur lui, mais qui le soutient. Il n’a plus à le craindre ni à le supporter : il s’y tient. Il y respire. Le silence du Maître n’est plus un passage, mais une demeure.

Le silence institué : du réceptacle au dépôt

Ce silence intérieur, exploré dès l’initiation, n’est pas seulement un climat de l’âme. Dans les degrés suivants, il prend forme, s’institue, se charge d’une valeur rituelle explicite. Le 4e degré du Rite Écossais Ancien Accepté, celui de Maître Secret, en est une expression emblématique : le silence y devient devoir, protection, serment. Le sceptre du Très Puissant Maître — le Sceau du Secret — en est le rappel visible. On n’y apprend pas à se taire : on y devient responsable de ce qui ne peut être transmis autrement que par la fidélité au non-dit.

Le Sceau du Secret au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA)

Il ne s’agit donc plus seulement d’un silence d’écoute, mais d’un silence gardien. Le silence comme réceptacle devient alors silence comme dépôt.

Le silence, encore

Le silence ne s’explique pas. Il se traverse, il s’éprouve. Il résiste aux définitions, comme tout ce qui touche à l’essentiel. Le silence maçonnique n’est pas d’abord une absence, ni une interdiction, ni un refus, ni un retrait. Il est d’abord une modalité de la présence. Il ne fait pas taire pour contraindre, mais pour permettre. Il ouvre un intervalle où quelque chose d’autre peut advenir — une parole juste, une écoute entière, une rencontre réelle.

Ce silence ne disparaît pas lorsque les travaux se ferment. Il poursuit son œuvre, discrètement, dans les replis du quotidien. Il accompagne le regard, allège les gestes, densifie les silences que l’on croyait vides. Il s’invite parfois au détour d’un souvenir, d’un doute, d’une parole retenue. Il fait irruption au cœur du profane, comme un rappel. Il nous redit, sans bruit, qu’il existe un autre rythme possible.

Le silence ne se possède pas. Il ne s’enseigne pas. Il s’apprivoise, et parfois, il nous échappe. Il ne laisse pas de trace visible, mais il transforme tout ce qu’il traverse. Il modifie notre manière d’être au monde, d’écouter les autres, de nous écouter nous-mêmes.

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Philosophie du Silence

Publié le 18 Août 2026 par T.D

Si nous avons choisi aujourd’hui de vous proposer une approche plus philosophique du « silence », c’est tout simplement pour que ce travail nous donne à réfléchir, à nous interroger, qu’il nous incite à questionner ce silence, non pas pour le démasquer mais pour écouter ce qu’il a, à nous dire, ce que nous avons à nous dire.

Mais comment, tout d’abord, pouvons-nous donner un sens au silence ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour donner un sens au silence, il nous faudra le faire parler, l’habiller de mots, lui donner un sens que l’on soupçonne, transformer l’interrogation qu’il présente en tentatives rhétoriques.

Mais qu’est-ce donc que le silence ?

Dans son sens originel, le silence est l'état de la personne qui s'abstient de parler ; dans son sens le plus courant, c'est l’absence de bruits, de sons indésirables, de tout ce qui est audible.

Il peut être également valorisé (comme étant parfois la meilleure réponse). « la parole est d'argent mais le silence est d'or » « parce que c’est aussi une forme de discrétion » ; il existe beaucoup d'expressions ou citations sur le silence.

Dans la vie profane, la société valorise la communication : le silence y est alors considéré par opposition comme nocif ( « on doit briser la loi du silence » .. une attitude silencieuse inquiète, intrigue ses interlocuteurs).

Mais encore !

Soulignons en premier lieu, le caractère décalé presque inaccessible du silence dans notre quotidien à travers nos comportements sociaux. Dans nos villes où nous sommes assaillis par la prolifération des bruits de toutes sortes, médias, sonneries de téléphones portables, klaxons, musique d’ambiance, le silence en devient presque inquiétant, étrange ou plutôt étranger à l’homme. Il fait figure d’exception dans notre quotidien et il est de plus en plus rare dans nos vies actives, il occupe de moins en moins de place.

Dans toutes les activités de l’homme, ne cherche-t-il pas justement à se projeter en dehors de lui-même, de façon à fuir ce silence intérieur qu’il sait présent mais oh combien inquiétant ? Quel est donc ce silence que l’homme cherche à fuir ?

Le silence semble être vécu comme un vide angoissant, un non être, comme si en faisant silence, on perdait la véritable notion des choses et l’on s’aventurait dans un monde inconnu, qui nous est fondamentalement étranger.

Il n’est effectivement pas facile d’appréhender le véritable silence, ce silence intérieur dont Pascal disait : « c’est dans le divertissement que l’homme se perd et dans le silence qu’il se trouve ». Au silence reviendrait donc, une épaisseur d’être, une valeur ontologique, une réalité qui serait constitutive de l’être spirituel que nous sommes.

Pourquoi devons-nous rechercher le silence ?

La première leçon du Boudha est « fais silence en toi et écoute ».

Comme il vient d’être dit, dans la vie profane, tout bouillonne : nos vies quotidiennes, les rythmes de travail (chronophages) , les idées , les ressentis , les projets , les déceptions…...aussi il est nécessaire de temps en temps de faire silence …..afin de percevoir ce qui se passe vraiment en nous, au delà de tout ce brouhaha ambiant …..faire silence pour se dégager de ces choses futiles et bien souvent superficielles qui nous envahissent au quotidien.

Aussi, lorsque reçue A. : il m'a été imposé le silence , je ne l'ai pas vécu comme une brimade , bien au contraire !!

Médusée par tout ce que je voyais et entendais lors des premières tenues, le silence m’est rapidement apparu comme un refuge salvateur, une manière de me mettre en capacité d'appréhender peu à peu mes premiers pas d'A.°. En toute sérénité, au calme... il me permettrait de m’imprégner de mon rite et de m'isoler mais pas dans la solitude.

Peu à peu, je comprenais que le silence allait me permettre d'accéder à une plus grande conscience, qu'il était une invitation à prendre le temps , non seulement d'écouter mais surtout d'entendre ce que mes F. : et S. : , l'Autre , avait à nous dire .

Puis le silence s’imposât comme un outil supplémentaire dans mon chemin maçonnique, outil qui allait m’être fort utile par la suite et encore aujourd’hui ..tel une mise en pratique du célèbre « connais-toi toi-même de Socrate ».

Mais quelle réalité exprime-t-il ? Peut-on seulement la nommer ?

Revenons un instant dans les couloirs du temps.

Le silence est immatériel, il est le temps du recueillement, de la réalisation morale de l’action, du constat de l’instant.

Dans la Genèse, Dieu crée le monde en six jours en le nommant « Aux premiers temps était le Verbe et le Verbe était Dieu ». Le Silence du 7ème jour correspond donc à une période de repos, un temps consacré à la contemplation de la réalisation.

Tout instant de silence semble donc bien donner au Temps sa pleine densité ainsi que son envergure temporelle. La minute de silence lors d’une cérémonie de commémoration ne semble-t-elle pas longue, ne perçoit-on pas comme une espèce de soulagement dans l’assemblée lorsqu’elle se termine ?

Le Silence nous fait il peur ?

Assurément oui je pense, car chacun redoute qu'avec lui, l'armure puisse se fendre, face au miroir , face à nous même ...

On le redoute car on craint qu'il ne nous renvoie à notre propre solitude et c'est une erreur car selon moi, le silence est un véritable compagnon de route maçonnique :

En faisant l'effort de chercher pourquoi il est imposé aux A. : on en comprend mieux la valeur et les enseignements.

Que nous apporte-t-il en réalité ?

Savoir se taire, ce sont les premiers pas vers la sagesse ; on apprend le silence et notre esprit se transforme petit à petit.

Parler pour parler demande peu d'efforts mais écouter l'autre demande une grande attention (voire de gros efforts pour certains ou certaines); aussi le silence devient un nouvel outil permettant de se construire et pour apprendre à écouter.

Au grade d'A.°., il est donc primordial car l'apprentissage se fait essentiellement par l'observation et l'écoute .

Il y a donc bien un temps pour se taire et un autre temps pour parler.

A l’intérieur du Temple, le silence du Rituel permet l’extension de la temporalité, il ne tient aucunement compte de l’écoulement du temps profane car le maçon travaille de midi à minuit. Le silence prend ainsi toute sa signification, toute sa place dans cet espace où règne l’intemporalité.

Pour le Maçon, le Silence revêt plusieurs niveaux de sens.

Il constitue, en premier lieu, le creuset du rapport à lui-même à travers la symbolique qui lui est proposée lors de son séjour dans le cabinet de réflexion. Le silence qui y règne est propice à l’interprétation des symboles présents. Le silence prend ici, ses racines dans une tradition initiatique qui remonte à une époque où les livres étaient rares, voire inexistants. Qui voulait s’instruire devait, avant tout, observer, méditer et se taire. L’usage de la parole se voulait révérencieuse. La seule attitude de l’apprenti, du néophyte ou de l’apprenant, était la pratique du silence, pour pouvoir entendre l’enseignement du Maître.

« S’interdire de parler pour s’astreindre à écouter est une excellent discipline intellectuelle lorsque l’on veut apprendre à penser ».

Le Silence pourrait donc se définir comme outil de maîtrise de l’impulsivité verbale.

Il n’est pas nécessaire d’user de la parole pour travailler et mériter salaire : voilà un des enseignements ce que j’ai retiré après deux ans passés sur la Colonne du Nord.

Pour l’A. : (comme pour encore le C.°. ) le silence doit lui permettre de freiner ses impulsions , sa bouillonnante et première envie d’intervenir et de prendre la parole en Loge .

Il bride son égo.

Loin de nous priver de nos autres sens, le silence bien au contraire les renforce, pour une meilleure réflexion .

le Silence est une véritable discipline spirituelle : « se taire et écouter « puis « écouter et se taire « :

Voilà deux étapes successives que j’ai appréhendé au cours de mon apprentissage : dans un 1er temps, on se tait pour pouvoir écouter au mieux ; dans un 2nd temps, on a bien entendu mais on se tait, on n’intervient pas, car ce n’est pas encore le moment.

Le silence réduit l’impulsivité verbale parce qu’au-delà de la tranquillité et de la concentration nécessaire à la compréhension de ce qui se passe en tenue, il permet de se contrôler, de faire preuve d’humilité et de tempérance.

Il permet, comme le professait SENEQUE, d’imposer le silence à ses passions……et pas seulement lorsque l’on est apprenti.

Pendant tout le cheminement initiatique du franc-Maçon, ce rapport au silence sera la condition de sa maturation de sa pensée. Toute parole qui prend son sens au sein du rituel porte en elle ce souffle du silence que l’on perçoit à travers le temps que l’on prend pour le dire.

Pour le Franc-Maçon, faire silence n’est pas une invitation mais son devoir, cela devient le silence de l’écoute et de l’humilité. Le silence est également celui du Frère ou de la Sœur qui n’interrompt pas celui qui après l’avoir demandé, a obtenu la parole. Dans le Temple, l’on demande la parole alors que l’on garde le silence. Le silence reste donc la règle, le recours à la parole, l’exception.

Le Silence est donc l’outil de maîtrise de l’impulsivité verbale avant de devenir celui qui permettra l’éveil de l’Initié.

le Silence de l’Eveil :

Le Silence crée les conditions propices à une transformation intérieure et ce, dès le Cabinet de Réflexion ..

Le Rituel et ses silences ouvrent la voie au calme intérieur :

Ainsi, avant d’entrer dans le Temple ,le Maitre des Cérémonies nous appelle au silence sur les parvis. puis le VM. Le silence nous aide à faire le vide et à chasser de nos esprits les 1000 et une choses qui bouillonnaient quelques minutes encore avant que nous n’entrions …

De même, le silence prend une forme physique en ce que nos gestes sont mesurés, la déambulation rythmée , la parole contrôlée .. tout y contribue.

Puis arrive le silence que je qualifierai de mental : le corps au repos à l’écoute de ses F et S.°. , les capacités d’analyse se mettent en éveil .

Accéder au silence, c’est aller au plus profond de soi, un long travail d’alchimiste ; il permet d’atteindre des profondeurs insoupçonnées de l’être et nous conditionne pour devenir partie de l’Egrégore de la Loge.

Mais de quelle façon ?

Le principe même de l’égrégore maçonnique se manifeste par ce silence durant la chaîne d’union, chaîne qui rassemble les esprits et les cœurs. Il unit, bien plus que tout discours, l’intime adhésion de chacun et fait vivre intensément les préceptes de Solidarité et de Fraternité. C’est dans ce silence qui magnifie la symbolique des mains jointes que se révèle la communion des cœurs et des esprits.

En pénétrant dans le temple, c’est bien dans un espace-temps différent que nous entrons, un espace dans lequel le silence, la renonciation au langage donnent au rituel et à la symbolique toute sa force.

Il existe, nous l’avons compris des « temps de silence » comme il existe des « lieux de silence.

Les lieux de culte, quels qu’ils soient, imposent le silence. Dans ces enceintes sacrées, le silence exprime à la fois le rapport au Divin ainsi que « ce qui ne peut pas se dire » devant ce qui nous dépasse. En s’imposant ce silence, nous reconnaissons notre petitesse, face à ce qui nous dépasse, que nous soyons croyants ou non.

Dans un musée, le silence est celui du rapport esthétique à l’œuvre. En faisant silence, nous nous laissons envahir par sa présence, nous en comprenons le sens, le message. Il n’y a que le silence qui nous permet de ressentir l’intégralité du message. La parole est alors hors de propos, incongrue, seul le silence révèle la subjugation des sens devant la beauté.

C’est le lieu, la situation, qui donne pour une grande part le sens à ce que les paroles ne peuvent exprimer. Le silence dévoilé recouvre alors et tait aux yeux du monde, ce que l’âme crie en secret.

Outre le rapport au temps et à l’espace, le silence établit également un rapport à autrui. Il devient alors ce miroir que l’on tend à l’autre afin qu’il contemple lui-même sa colère ou son injustice.

Le silence bénéficie de cette force, de cette particularité qui lui permet, comme une onde, d’absorber et d’annihiler le coup porté. Il n’y a, dans le langage, aucune force brute qui ne se dilue dans le silence de l’interlocuteur.

Mais garder le silence, rester sans voix devant la personne aimée, révèle l’intensité des sentiments portés à la personne. C’est lorsque l’on est éperdument amoureux que l’on perd ses moyens, que l’on ne trouve plus ses mots.

Enfin, par-delà le rapport au temps, à l’espace et à autrui, le silence est ce qui permet la rencontre avec soi-même.

L’absence de mots ébranle notre forteresse intérieure, bouscule nos certitudes et montre la voie pour poursuivre cette quête de ce silence qui nous apaise.

C’est d’ailleurs dans cette « rencontre intérieure » qu’est le silence du méditant qu’apparaît pleinement notre condition d’éternel cherchant. La difficulté « à rester dans le silence » est toujours renouvelée et les enseignements que cela nous apporte toujours différents.

Dans ce silence intérieur, nous écoutons non ce que nous disons, mais ce qui SE dit.

Le silence fait donc partie intégrante du parcours du FM. :

Le silence maçonnique n’est pas seulement imposé à l’intérieur du temple mais aussi à l’extérieur ;

Il y a le silence intérieur auquel nous appelle le VM. : mais aussi le silence qui règne sur les colonnes lors de la fermeture des travaux ; on le retrouve encore pendant la chaine d’union lorsque nos pensées s’unissent pour un F.°. ou une S.°. ou encore un proche qui sont dans la douleur, confrontés à la maladie ( c’est un peu la « minute de silence citoyenne « )

La position à l’ordre est un rappel de l’interdiction de trahir les secrets qui nous été révélés : le silence est donc bien en étroite relation avec le secret, nous ne devons rien révéler de nos travaux, une fois à l’extérieur.

Enfin tout maçon a un devoir de silence et de discrétion concernant la qualité maçonnique d’une S. : ou d’un F. :

Je ne résiste pas à l’envie de vous citer cette phrase de LAO TSEU ( issue du Tao te King ) , qui donne une haute valeur au silence et à sa portée :

« ceux qui connaissent ne parlent pas, ceux qui parlent ne connaissent pas » .

Terminons si vous le voulez bien mes TTCCFF, mes TTCCSS, par une leçon d’humilité. Le paradoxe que nous avions posé au début de ces travaux, nous le retrouvons à la fin de cette planche : pour dire le Silence, il faut l’habiller de mots. Nous sommes donc condamnés à préjuger plus qu’à exposer ce que le silence nous invite à découvrir.

Car il est lieu d’expérience, expérience personnelle s’il en est et indicible par principe, tel est notre secret.

Ainsi, « si le langage est le propre de l’homme », c’est le silence qui figure le lieu de sa plus grande humanité, puisque c’est celui de sa spiritualité.

Le Silence ne se dit pas.

Il est un lieu de découverte et de rencontre de nul autre que soi-même.

Ne plus dire : « Je Pense donc je Suis », mais,

« Je ne suis vraiment ce que je suis que lorsque le « JE » se tait enfin ».

R.°.L.°. Lune et Soleil d’Écosse

O.°. d’Aix En Provence

LS&ML

 

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Les Francs-Jardiniers : Un Héritage Vivant entre Nature et Symbolisme

Publié le 18 Août 2026 par T.D

 

Voici quelques lignes tirées de la présentation de notre TCF Dominique Freymond lors de sa conférence du 11 novembre passée. Vous retrouverez la présentation complète ici-bas !

L’Ordre des Francs-Jardiniers, fondé au XVIIe siècle en Écosse, est bien plus qu’une simple société fraternelle. Porté par une passion pour l’art des jardins, cet ordre mêle symbolisme, rituels ésotériques et préoccupations actuelles comme l’écologie et le développement durable. Retour sur son histoire fascinante et ses traditions uniques.

L’Origine : Une Alliance entre Nature et Communauté

Né dans une Écosse tumultueuse du XVIIe siècle, l’Ordre avait pour but initial de rassembler les jardiniers amateurs et professionnels. Ces loges, comme celles d’Haddington (1676) et de Dunfermline (1715), servaient à transmettre des savoirs pratiques, tout en promouvant des valeurs d’entraide et de solidarité.

À cette époque, le jardinage symbolisait non seulement la culture de la terre, mais aussi celle de l’esprit. Les membres voyaient dans leur art un moyen de se rapprocher de la nature, de la société et, dans une vision plus spirituelle, de Dieu.

Les Rituels et Symboles : Une Connexion avec l’Éden

Les rituels des Francs-Jardiniers s’appuient sur des symboles universels tirés de l’Ancien Testament, notamment le Jardin d’Éden. Le parcours initiatique d’un membre reflète la quête spirituelle d’Adam après sa chute. À travers des outils comme la bêche ou le râteau, le jardinage devient une métaphore de la transformation intérieure : cultiver ses vertus, tailler ses défauts, et semer les graines d’un monde meilleur.

Parmi les éléments distinctifs, les « quatre joyaux » (l’autel, l’arche, l’arc-en-ciel et la colombe) incarnent des idéaux tels que la foi, la paix et la gratitude.

Une Évolution marquée par le Temps

L’Ordre a connu son apogée au XIXe siècle, avec plus de 10 000 membres en Écosse. Cependant, les guerres mondiales et l’évolution des systèmes sociaux ont fragilisé les loges. La modernisation de l’horticulture et la disparition des loges historiques, comme celle d’Haddington en 1953, ont marqué un déclin.

Aujourd’hui, l’Ordre connaît un renouveau. Des loges modernes, telles que «Zum Goldenen lOlivenzweig   » en Suisse ou « Acacia Lodge » en Australie, perpétuent ses traditions, adaptées à des préoccupations contemporaines comme l’écologie et la spiritualité centrée sur la nature.

Similitudes avec la Franc-Maçonnerie

Comme la Franc-Maçonnerie, l’Ordre des Francs-Jardiniers repose sur des mythes, des légendes et un système de rites initiatiques. Toutefois, leur approche se distingue par un lien direct avec la nature et une symbolique fortement ancrée dans le jardin.

Conclusion : Cultiver l’Héritage et l’Avenir

L’Ordre des Francs-Jardiniers allie tradition et modernité. Ses valeurs de fraternité, de solidarité et de respect pour la nature résonnent plus que jamais dans un monde en quête de durabilité et d’harmonie.

Cet ordre nous invite à voir le jardin non seulement comme un espace de beauté, mais comme une école de vie où chaque geste, qu’il s’agisse de semer ou de récolter, est porteur de sens.

 

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Les Francs-Jardiniers

Publié le 17 Août 2026 par T.D

Fondé en Ecosse dans les années 1650, l'Ordre des Francs-Jardiniers s'est rapidement développé en Angleterre puis en Irlande. Son principal objectif étant le partage des connaissances liées au métier, cette société amicale a basé ses activités sur l'entraide mutuelle. Aujourd'hui, elle se développe non seulement au Royaume Uni, mais également en France, en Allemagne, à Monaco, en Espagne, aux Philippines et en Afrique du Sud. 

Historique
Env 1650 : Naissance de sociétés de jardiniers écossais pour l’entraide, pour promouvoir et pour réglementer leur profession.

1676 : Compte-rendu de Haddington Lodge, daté du mois d'août attestant de l’existence d'une "loge une, première".

1715 : Création d’une loge similaire à Haddington, à Dunfermline.

1780 : Publication du Dictionnaire des Jardiniers par Philippe Miller (1691-1771) botaniste d'origine écossaise, chef-jardinier du Chelsea Physic Garden, pionnier de l’horticulture.

1782 : Création des loges Lothian et Fife à Édimbourg.

1796 : Création de 3 nouvelles loges à Arbroath, Bothwell et Cumbnathan.

1817 : Création de la loge : British Order of Ancient Free Gardeners (->1972)

1817 : Création de la loge Newton Heath (numéro 99) à Manchester.

1821 : Création de loge Lasswade.

1822 : Création de loge Penicuik.

1845 : Création de loges Stratheden à Letham.

1849 : Lasswade St Paul's Lodge of Free Gardeners a invité des délégués à une réunion pour ouvrir une grande loge. Il y en avait une en Angleterre depuis un certain temps - l'Ordre britannique des jardiniers libres.

1849 : Création de la loge : l'Ancient Order of Free Gardeners (->1958) à St Paul à Lasswade regroupant 5 loges) à Édimbourg. La numérotation des lodges a été introduite : Lasswade est numéro 1 et Penicuik numéro 2.

1859 : Création de la loge : St Andrew Order of Ancient Free Gardeners Friendly Society (->1974)

1879 : l'Ordre de l'Ouest a ouvert la St Andrew Order of Ancient Free Gardeners Friendly Society.

1880 : L'Ordre apparaît pour la première fois dans le PO Directory dans les années 1880 sous le nom d'Ancien Ordre des jardiniers libres situé à Édimbourg et à Leith.

1911 : Réunion des loges des anciens ordres, britanniques et occidentaux et les sociétés non affiliées au total ils représentaient 70 à 80 lodges soient 12 000 francs-jardiniers.

1912 : Regroupement de 44 loges de Francs-jardiniers se regroupent pour fonder officiellement l'Ancient Order of Free Gardeners (Scotland) National Insurance Association. 
L' Ancien Ordre, l'Ordre de l'Ouest (St Andrews) et "l'Ordre écossais" se sont combinés aux fins de l'approbation de la Loi sur l'assurance nationale créant à cet effet l'Association nationale d'assurance de l'Ancien Ordre des jardiniers libres (Écosse). Cependant, chaque loge (et ordre) participant a maintenu sa propre identité et ses propres traditions.

1928 : 79ème conférence annuelle de la Grande Loge de l'Ancien Ordre des Jardiniers libres (plaçant l'origine de cet organisme en 1849.)

2022 : L' I.O.F.G (d'après leur site facebook) a des Loges au Royaume-Uni, en Belgique, en France (une "branche" française existe), en Allemagne, à Monaco, en Espagne, aux Philippines et en Afrique du Sud.

11 Décembre 2022 : création du Jardin : "Les Jardiniers du Temple" à Lyon. Ordre de Franc-Jardinerie mixte, libre et totalement indépendant. 7 membres fondateurs.

Quand le maçon devient jardinier. Pourquoi être jardinier en plus de maçon ? Qu'apporte la jardinerie à un Maître Maçon ?

Notre démarche se veut une voie parallèle, complémentaire à la Franc-Maçonnerie Traditionnelle initiatique. Tout membre du Jardin aura au préalable été initié au troisième degré dans une loge maçonnique régulière mixte, féminine ou masculine.

Ce critère d’admission a pour but de réunir des personnes venant d’horizons différents mais liées par une culture commune du symbolisme.
L’interaction entre la Franc-Maçonnerie et notre Jardin se base sur un lien de filiation et nous acceptons donc les sœurs ou frères visiteurs désirant découvrir notre rituel. Cependant, nous affirmons rester dans une démarche indépendante et n’avons aucunement besoin de reconnaissance de la part d’une obédience maçonnique.

L’ordre des Francs-Jardiniers qui existe depuis plusieurs siècles, aurait pu disparaître mais a, fort heureusement, rebourgeonné depuis quelques décennies dans de nombreux pays. Notre Franc-Jardinerie a une identité propre à nos rituels qui sont volontairement différents de ceux pratiqués par l’Ordre International des Francs-Jardiniers. Cette différence ne nous empêche pas de reconnaître les autres ordres de Francs-Jardiniers. Les visites peuvent être envisagées au cas par cas.

Les Jardiniers du Temple se réunissent 4 fois par an pour célébrer l’entrée dans une nouvelle saison, lors de tenues aux solstices et aux équinoxes.
Chaque tenue commence par la création du jardin (en extérieur comme en intérieur), suivie de l’ouverture et de la cérémonie saisonnière spécifique : solstice d'été, équinoxe d’automne, solstice d’hiver ou équinoxe de printemps.

Les Jardiniers proposent alors à l’ensemble des jardiniers et des visiteurs présents, des "semis", "plants" ou "récoltes". Ce sont des écrits de taille plus ou moins importante, dont la liste a été transmise à tous dans l’invitation à la tenue.

La "récolte", équivalent de la planche en Franc-Maçonnerie, donne lieu à des échanges entre Francs-Jardiniers. Il en est de même avec le "plant" (équivalent de la minute symbolique).
Le "semis" est un écrit court sur un outil ou un symbole. Il n'est pas discuté et peut être ajouté à la dernière minute sans être préalablement présent dans l’ordre du jour.
Nous avons également la "moisson", une récolte co-écrite et lue par 2 ou plusieurs Francs-Jardiniers.

Huit Francs-Jardiniers sont chargés du bon déroulement des travaux. Il sont répartis dans le Jardin comme suit :
- 4 aux 4 points cardinaux,
- les 4 autres entre les premiers.

- les 4 fonctions aux points cardinaux :

Maître du Jardin

Seul Jardinier regardant l’Ouest, il est situé à l'EST (Orient), le Maître du Jardin comme son nom l’indique ouvre, ferme, dirige et donne une vision au jardin.
Il introduit toutes les cérémonies saisonnières, fait circuler la parole, veille au bon déroulé de l’ordre du jour et au bien être de tous.

1er Chef Jardinier

Situé au SUD (Midi), le 1er Chef Jardinier assiste le Maître du Jardin dans le bon déroulement de celui-ci.

2nd Chef Jardinier

Situé au NORD (Septentrion), le 2nd Chef Jardinier assiste le Maître du Jardin dans le bon déroulement de celui-ci.

Gardien du Portail

Situé à l’OUEST (Occident), face au Maître du Jardin, le Gardien du portail en détient la clé.


- Les quatre fonctions suivantes :

Digne Guide

Le Digne Guide est basé au Sud-Est. Il se déplace régulièrement afin d’accompagner les jardiniers ou visiteurs. Détenteur de la lettre A dont il marque le Jardin en début de tenue, il délimite la cloture du jardin et le début des travaux.

Secrétaire

Le Secrétaire siège au Nord-Est, proche du Maître du Jardin. Il rend compte des précédents échanges. Il préserve ainsi la mémoire du Jardin.
Avant les rencontres, il veille à la constitution d’un ordre du jour varié, harmonieux, cohérent et juste ainsi qu’à sa diffusion et à son archivage.
Il a en charge aussi les communications (hors lien de solidarité et de fraternité de l’Hospitalier) et compte-rendus des échanges des comités administratifs (hors comités d’apprentis et de compagnons).

Intendant

Depuis le Nord-Ouest, l’Intendant pourvoit en tant que de besoin à l’apport de tout ce qui est nécessaire à l’ouverture des travaux. Il finalise la sacralisation du Jardin et est responsable de la terre et des graines des jardiniers. Armé du Greffoir de l’Equerre et du Compas, il répond à la demande du Maître du Jardin.

Hospitalier

La Fraternité, le bien-être et la solidarité sont fondamentales dans notre Jardin, et plus largement dans notre association et philosophie. L’Hospitalier depuis le Sud-Ouest veille scrupuleusement à cela.

Notre jardin est généralement installé en intérieur, dans un Temple maçonnique, et parfois en extérieur, dans un jardin ou dans la nature.
Il est toujours symboliquement orienté avec son portail à l’Ouest.
Une allée au Nord et une au Sud permettent de rallier l’Ouest à l'Est, où siège le Maître du Jardin entouré de la Lune et du Soleil.

Notre parterre de jardin, élément central, est un carré long, appelé le "Tapis Vert". Il est composé de carrés et rectangles en nombre, position et couleur spécifiques et symboliques.

Il se compose de la manière suivante :
4 couleurs, 4 nuances de vert
4 saisons de notre hémisphère : printemps, été, automne et hiver avec les 2 équinoxes et les 2 solstices.
12 carrés :
• 4 points cardinaux : est, sud, ouest, nord
• 4 éléments : Terre, Air , Eau , Feu
• 4 qualités élémentaires : le chaud, le froid, le sec, l'humide.
24 rectangles : 24 heures

Un écrin est réservé à quelque chose de précieux que l’on veut conserver tel un bijou.
La terre, et tout particulièrement celle conservée dans l’écrin des JDT placé au centre du Tapis vert, est de grande valeur. En effet, elle est constituée du mélange des 7 terres apportées par les 7 fondateurs lors de la cérémonie de création du premier Jardin. C’est sur ces terres mêlées et à jamais intimement liées que seront ouvertes les tenues et passés les serments, ce qui lui vaut son caractère sacré.

La terre est la matrice de la vie, celle qui accueille et qui donne sans compter. Elle procure le confort d'une température favorable et sera le support nourricier de la future plante en lui apportant les éléments nutritifs favorables à son développement. Elle est aussi l'un des 4 éléments avec l’Air, l’Eau et le Feu. Elément qui, fécondé par l’eau tombée du ciel et éclairé par les rayons de feu du soleil, filtrés par l’air, peut engendrer la vie. Matière première épaisse, obscure, qui contient tout en elle-même, et en particulier les 4 éléments.

Adam a été créé à partir de la terre. Alors que le mot "Adam" signifie "homme", la racine du nom adama en hébreu signifie "terre". Ainsi, placé dans le Jardin d'Eden qu'il est chargé de garder et de cultiver, Adam est le symbole de l'Etre primordial.

Pour les Jardiniers du Temple, Adam, représentant l'humanité, est symboliquement le premier Franc-Jardinier. Il est placé dans le paradis d'Eden, jardin dans lequel il s'émerveille, travaille avec la Nature et se nourrit.
Eden abrite l’Arbre de Vie, symbole de protection et de sagesse et l’arbre de la Connais-sance du bien et du mal. Eve, puis Adam, croquent le fruit défendu de ce dernier, ce qui a entraîné leur expulsion du jardin et la perte de leur innocence.
Le fleuve qui irrigue le Jardin d'Eden se divise en quatre bras, qui se nomment Phison, Gihon, Hiddekel et Euphrate.

L'histoire de Noé est l'un des grands récits narratifs de l'humanité.
Pour nous, Franc-Jardiniers, Noé est avant tout un homme de la terre, un homme du sol. Avant même qu'il ne pose pied sur la terre régénérée, c'est la plante qui annonce le retour du vivant : un rameau d'olivier vert, fragile, minuscule, porté par une colombe, symbole d'une immense espérance concrète et active.

Ainsi, le végétal précède l'homme ; il est la première promesse du jardin à venir.
Noé choisit de faire vivre cette espérance par un geste humble, presque invisible : il plante une vigne, qui est une plante lente, exigeante et vulnérable. Cet acte silencieux nous dit l'essentiel de sa nature, celle d'un homme attentif, patient et en relation avec le vivant. Noé renoue ainsi un fil entre ciel et terre, entre le temps des hommes et celui du sacré. Son geste est à la fois jardinier et sacerdotal.
Père symbolique de toute l'humanité, Noé transmet une posture : s'agenouiller devant le vivant, lire une terre, écouter les saisons. À nous, jardiniers, son histoire ne dit pas quoi faire, elle montre comment être : ne pas maîtriser la nature, ne pas la conquérir mais travailler avec elle en s'inscrivant dans le temps long, avec l'humilité de celui qui sait qu'il ne verra pas toujours les récoltes ou l'aboutissement de son travail. Qui, sous l'arc-en-ciel d'une alliance universelle, lentement, recommence, saison après saison, en cultivant, en transmettant et en remettant sans cesse son ouvrage.

Salomon, le bâtisseur. Il revêtit tout l'intérieur de son Temple avec du bois : des plaques de cèdre sur les murs, du sol au plafond et des planches de cyprès sur le sol. Dans le sanctuaire, destiné à protéger l'Arche d'Alliance, il sculpta deux chérubins en bois d'olivier.

Notre Jardin s'apparente à ce Temple, qui symbolise pour le Jardinier, la poursuite du travail initiatique. Salomon nous invite ainsi à porter la spiritualité partout dans le monde considérant la Nature comme principe sacré omniscient, la Lumière comme guide, les Eléments comme repères.

Les abeilles comptent parmi les plus anciens insectes que la vie terrestre ait connus. Elles sont un élément central, même vital, pour la nature et la survie de l'humanité.
L’abeille est comme nous Francs-Jardiners, elle possède des outils pour travailler la nature.

L’abeille nous renvoie à la dualité, de par sa physionomie et son fonctionnement :
- elle est striée de jaune et de noir, tel l’ombre et la lumière
- elle alterne entre sa ruche et l’extérieur, passant ainsi de l’ombre à la lumière : comme une alliance entre la quête du sublime et la descente dans ses profondeurs. Elle retire des choses de ses expériences à l’extérieur pour nourrir la ruche, qui symboliquement représente son monde intérieur. L’abeille peut être ainsi vue comme l’âme de la nature.
- Enfin elle est un animal à double facette de par la douceur de son miel et la dureté de son dard qui provoque d’âcres douleurs.

Les abeilles ont également une symbolique très riche, en voici quelques-unes : symbole d’une rectitude dans le travail et l’organisation, de fertilité et d'abondance, de dévouement, de douceur et bienveillance, la sagesse et la connaissance, et bien d’autres encore. Les abeilles sont un symbole puissant et polyvalent, elles sont à elles seules un éco système assurant le cycle de la vie.

C’est un travail d’équipe et de communauté que nous renvoie l’image de la ruche: elle symbolise le travail assidu, la coopération, et la notion que le tout est plus grand que la somme de ses parties. Elle rappelle l'importance du travail d'équipe et de la collaboration pour atteindre des objectifs communs. Cela nous demandera ordre et organisation. En effet, les abeilles vivent dans une ruche bien organisée, avec des rôles clairement définis pour chaque membre de la colonie. La ruche symbolise donc l'ordre, la discipline et la structure. Qualités nécessaires à la réalisation et l’épanouissement de notre jardin.

Le serpent est l'un des animaux les plus ambivalents et les plus mystérieux. Présent dans le Jardin d'Eden, on lui reproche d'avoir tenté Eve de goûter au fruit défendu. Et pourtant, n'est-ce pas grâce à lui que, depuis lors, l'humanité peut bénéficier de son libre arbitre ?

Symbole de vie et de mort : d'un côté force destructrice, responsable du chaos et de la chute de l'Homme, de l'autre force créatrice de par son côté régénérateur dans le cycle de la vie. Son venin est à la fois poison et antidote, incitant à la prudence et à la vigilance. Le Serpent questionne.

Sa présence sur le tapis vert encourage le Jardinier a, comme lui, changer de peau à bon escient, induisant ainsi la transmutation de l’ancien en nouveau, pour une transformation intérieure vers plus d'humanité et de spiritualité.

La bêche est l’un de nos quatre outils présents sur le tapis au 1er degré avec le râteau, la fourche et le balai à gazon. Ces outils anciens, manuels, simples, tous constitués d’une partie bois et métal sont "officiellement" présentés, au postulant à l’entrée dans le Jardin et plus largement pour l’entrée sur le chemin initiatique des Jardiniers du Temple.

Chaque outil est lié aux potentialités d'un ensemble de forces dont il faut connaître l'énergie pour savoir la réguler et la maîtriser avec discernement, afin de composer son jardin personnel et partagé.

Dans le calendrier républicain les outils sont mis à l’honneur le 10ème, 20ème et 30ème jour de chaque mois, la bêche, assez importante par sa fonctionnalité et par son nom, était attribuée au 10ème jour du mois de ventôse et correspond généralement au 28 février de notre calendrier grégorien.

Outil horticole, à large lame trapézoïdale ou rectangulaire, qu'on enfonce dans le sol avec le pied et qui sert à retourner le sol par un mouvement de levier, la bêche est également appelée pelle-bêche. Elle est faite d’un long manche en bois, qui peut être légèrement courbé pour un travail plus aisé de la terre, et d’une pièce de travail en fer. Certaines bêches se terminent en T au bout du manche pour donner plus d’appui et donc plus de force dans le travail.

Elle sert à retourner et à ameublir la terre, on voit la toute l’importance de ces travaux préparatoire à tout projet d’envergure. C’est également à cette étape que la fumure peut être apportée afin d’enrichir les travaux.

Le râteau est un outil agricole courant utilisé pour ratisser et ameublir le sol, ramasser les feuilles mortes ou d'autres débris, ou encore niveler des surfaces. Il est utilisé pour nettoyer et aménager des espaces extérieurs. 

En conséquence, il peut symboliser le désir d'ordre, de propreté et de beauté dans l'environnement.
Le râteau est souvent utilisé dans le jardinage pour préparer le sol pour la plantation. Il peut symboliser la préparation nécessaire pour la croissance future, que ce soit dans un jardin littéral ou dans la vie en général. Il est souvent associé au travail manuel et à l'effort physique. Il symbolise le dur labeur, la persévérance et l'humilité, car il est utilisé pour effectuer des tâches parfois ingrates et exigeantes.
A noter que le râteau est donc un outil polyvalent qui peut être utilisé dans différentes situations. Cela peut symboliser l'importance de l'adaptabilité et de la flexibilité dans la vie, la capacité à s'ajuster aux circonstances changeantes.
Enfin, dans la culture japonaise et ses jardins zen, le râteau est synonyme de créativité : c’est dans un contexte artistique mais aussi de recherche de plénitude que le râteau peut être utilisé pour créer des motifs décoratifs dans le sable ou dans d'autres matériaux.

La fourche, en tant qu'outil agricole traditionnel, est utilisée pour récolter des cultures souterraines comme les pommes de terre ou les betteraves. Elle est alors associée à la récolte, à l'abondance et à la nourriture.

Elle est aussi un outil utilisé pour labourer la terre, retourner le sol et préparer le terrain pour la plantation. Elle est souvent associée au travail acharné et à l'effort physique requis dans l'agriculture.
La fourche a souvent deux ou plusieurs dents qui peuvent être utilisées pour saisir ou soulever la terre. Dans ce contexte, elle peut symboliser la dualité, la capacité à faire des choix et à prendre des décisions.
En raison de sa forme bifurquée, la fourche peut symboliser le choix de chemin ou de direction dans la vie. Elle rappelle que chacun doit faire des choix qui peuvent influencer son destin.

Le balai à gazon, également appelé râteau à gazon ou râteau de jardin, est un outil de jardinage conçu pour ramasser les feuilles mortes, l'herbe coupée et d'autres débris sur la pelouse ou dans le jardin.

Humble parmi les outils du jardinier, il incarne la maîtrise et la persévérance. Face à la bêche, au râteau et à la fourche, il vient parfaire l’ouvrage dans un mouvement horizontal, discret mais essentiel.
Il symbolise le désir d'ordre, de propreté et de beauté dans l'environnement. Il rappelle l'importance de maintenir un espace extérieur propre et bien entretenu.

Comme le rappelait Boileau - "Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage" - il symbolise l’effort répété, la quête d’un perfectionnement sans fin. Outil d’entretien et de vigilance, il rappelle au Maître Jardinier que rien n’est jamais acquis : la nature commande, et l’homme apprend à se tenir à sa juste place.
Par sa délicatesse, le balai redresse les brins d’herbe, éclaire les racines, révèle l’essentiel. Au Japon, son cousin le kumade trace dans le gravier la paix intérieure. Car entretenir, c’est "tenir entre", maintenir le lien vivant entre l’homme et son œuvre.
Dans la lenteur du geste s’exprime une sagesse profonde pour raviver sans cesse la flamme du vivant.

Deux outils indispensables à la création de notre jardin. Sous le contrôle de l'Equerre et du Compas, les francs-jardiniers complètent notre accomplissement personnel, intellectuel et spirituel. Rectitude et harmonie les aident ainsi à oeuvrer ensemble pour le bien individuel et collectif.

L'équerre nous apporte la précision, en tant que tel, elle symbolise l'ordre, la structure, l'organisation, l’exactitude et la rigueur dans la mesure et la construction. Elle nous garantit la qualité du travail et l'importance de bâtir sur des fondations solides. Elle fait également écho à une notion d’Équité et justice : L'équerre étant le symbole de la justice dans de nombreuses cultures. Elle représente l'idée d'équité, de rectitude morale et de conformité aux normes éthiques. Afin d’assurer le respect et l’humanité au sein de toute communauté. L'équerre, en tant qu'outil qui crée des angles droits, symbolise également l'équilibre. Elle rappelle l'importance de maintenir un équilibre dans différents aspects de la vie, qu'il s'agisse de l'équilibre entre le travail et la vie personnelle ou entre les aspects spirituels et matériels de l'existence.

Le compas est l'instrument utilisé pour tracer des cercles, des arcs et des angles dans la géométrie et la construction. Il est également un symbole riche en significations dans divers contextes : Le compas est souvent associé à la dualité, car il se compose de deux bras mobiles. Ces bras peuvent être ouverts et fermés, symbolisant ainsi la dualité et l'opposition apparente. Cependant, ils travaillent ensemble pour créer des formes harmonieuses, ce qui représente l'unité dans la diversité.
Le compas est utilisé pour créer des formes et des motifs. En tant que tel, il symbolise la créativité, le pouvoir de création et la capacité à donner une forme concrète à des idées abstraites. C’est avec un compas que nous pouvons tracer des cercles, nous renvoyant ainsi au Cercle de la Vie : et donc au cycle de la vie, la continuité et l'éternité. Le cercle est une forme sans fin, ce qui nous rappeler notre action dans le jardin avec l'idée de renaissance et de renouvellement.

Ajouté à l’équerre et au compas des Francs-maçons, le couteau à greffer trône au centre de notre Jardin. Outil et symbole suggérant la Nature, il illustre aussi notre volonté de nous greffer les uns aux autres pour collaborer et s’entre-aider dans le travail. Le fruit de nos récoltes n’en sera que meilleur.

Le couteau à greffer est un outil important dans le jardin notamment pour réaliser des greffes, il permet de fusionner deux parties de plantes distinctes afin d'en former une seule. Ce processus permet de créer de nouvelles variétés de plantes.

Il permet aussi d'améliorer leur résistance aux maladies, leur rendement ou leurs caractéristiques. Le couteau à greffer est donc associé à plusieurs symboliques tel la transformation et la création: Il symbolise ainsi la capacité de l'homme à transformer et à améliorer la nature pour répondre à ses besoins.

Ou en encore la patience et la persévérance: La greffe est une technique délicate qui demande du temps et de la patience. Le couteau à greffer rappelle la persévérance requise pour réussir ce processus, tout comme dans la vie où la réalisation de projets peut nécessiter du temps et des efforts constants.
L'union et la collaboration: Le couteau à greffer unit deux parties de plantes différentes pour en former une seule. Cela peut symboliser l'importance de l'union et de la collaboration dans la réalisation de projets ou d'objectifs communs.
La transmission des connaissances: La technique de greffe a été transmise de génération en génération, et le couteau à greffer est un outil qui symbolise la transmission du savoir-faire et des connaissances liées au jardin.
Avec le couteau à greffer, nous sommes amenés à couper les vices et greffer les vertus. Sa présence nous rappelle l'importance de la vie et de sa sauvegarde. Il nous permet aussi de greffer d'autres Francs-Jardiniers dans une chaîne de fraternité et de solidarité.

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Cantique du Quantique pour un franc-maçon

Publié le 17 Août 2026 par T.D

Par Solange Sudarskis

9 mai 2023

Un conte dialogal écrit avec le TCF Raphaël Massarelli [1].

Ellimac. Il y a peu de jours, comme je partais de ma maison, je vis un homme de la connaissance, mon ami Ithloaèdes, je l’appelais de loin et le rejoignis. Ithloaèdes ! Je te cherchais justement pour te demander ce qui s’était passé avec Kyrios le jour où vous allèrent souper à l’académie. En t’y rendant, je t’avais entendu marmonner très embarrassé, à plusieurs reprises : Vite une question,  j’ai la réponse ! Vite une question, j’ai la réponse ! On dit que toute la conversation roula sur l’origine de toute chose, et je meurs d’envie d’entendre ce qui s’était dit de part et d’autre sur ce sujet. Conte-le-moi donc, je te prie. D’ailleurs, pouvons-nous mieux employer le chemin qui nous reste d’ici à notre tenue ?

Ithloaèdes. Je te rassure sur mes prétentions. Cette histoire n’avait commencé que par une boutade ! Un jour, me promenant seul, en souvenir d’une galéjade, j’avais murmuré, en plaisantant, «Vite une question, j’ai la réponse».  Kyrios, venant derrière moi, m’entendit, me mit au défi et me donna rendez-vous à l’académie pour le lendemain où je m’y rendais et c’est ainsi qu’il me questionna.

Kyrios. Tu as la réponse ? Bien, alors dis-moi, Ithloaèdes, y a-t-il une origine à toute chose ? Comment et pourquoi le monde existe et comment ce monde a la forme qu’il a ? D’où vient l’ordre sensible des choses ? Comment a pu émerger, à partir de rien, une organisation de l’énergie, de la matière et du vivant ? Comment peut-on connaître la vérité ?

Ithloaèdes. Tu es bien généreux et libéral, mon ami : je ne demande qu’une question simple, et tu en donnes une variété ; une seule aurait suffi. Alors, disons que si ta première question est : comment comprendre la constitution d’un système complexe à partir de rien, ma réponse est : on n’est pas sûr de savoir comment cela se passe. La quête du début de toute chose, celle que les physiciens désignent par Big-bang, est une grande affaire scientifique, non encore élucidée.

C’est pour cela qu’on l’appelle théorie du Big-bang car ce n’est qu’un ensemble de notions, d’idées, de concepts abstraits, de tentatives de répliques mathématiques de l’univers qui demandent continuellement à être confirmés. De manière simpliste, certains physiciens considèrent que le Big-bang est une singularité, une chose étrange pourrait-on dire, que nous sommes résignés à tenir pour un grand mystère. En effet, sur ce qu’il y avait avant la singularité qu’est le Big Bang, pourrait commencer le débat sur l’éventualité d’un Dieu créationniste, sur un principe organisateur tel qu’on le retrouve avec le Brahman principe de toutes choses, le démiurge de Platon, le premier moteur immobile d’Aristote, le logos des stoïciens, le grand horloger de Voltaire, le dieu nature de Spinoza, et même le GADLU.

Kyrios. Je t’arrête, mon ami, laissons plutôt aux théologiens le soin de dire comment on va au ciel et aux astrologues le soin de dire comment va le ciel. Revenons sur terre et laisse-moi poser une question autrement. Comment peut-on penser l’émergence de quelque chose, à partir de composantes qui avaient au départ des propriétés totalement différentes les unes des autres ? En somme et pour exprimer cela d’une façon plus simple : on dit que le tout est davantage que la somme des parties qui le constituent, sais-tu si cela est vrai ?

Ithloaèdes. C’est tout à fait exact, c’est une manifestation des systèmes physiques connue depuis plus d’un siècle. Scientifiques et sociologues ont démontré qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de chacun de ses éléments constitutifs pris individuellement. Comme un fameux physicien français (Poincaré) aimait à dire dans ses cours de Physique : «une maison est faite de briques, mais un tas de briques ne fera jamais une maison !». Cela veut dire qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de la connaissance de ses éléments les plus simples, car on ne donne, ainsi, qu’une vision très approximative de la réalité du tout. En somme, c’est le contraire de la démarche réductionniste analytique qui accepte, conformément à la méthode que proposait Descartes, de réduire le tout à ses parties, pour mieux le comprendre.

Kyrios. Veux-tu dire que devrions-nous cesser d’être cartésiens ?

Ithloaèdes. Peut-être ! Pour un nombre croissant de scientifiques en tout cas, le réductionnisme est une entreprise qui risque de reposer sur une erreur de conception fondamentale. Au plan d’une vision générale sur l’Univers, le concept de l’émergence ne permet pas de comprendre immédiatement pourquoi le monde est ce qu’il est, et moins encore ce qu’il deviendra. Il permet juste de comprendre qu’aucune théorie réductionniste ne permettra jamais d’analyser et reproduire la complexité du monde.

Kyrios. Pour comprendre cela, faudrait-il, alors, revenir à la possibilité d’utiliser une vision «holistique» de la complexité du Tout. C’est-à-dire une vision d’ensemble, globale qui admet qu’il faut essayer de comprendre la totalité produite par composition de ses simples constituants ?

Ithloaèdes. Je pense que ce serait une possibilité, par exemple : si on fait un tas avec 9 briques, son poids se réduit à la somme des poids de chaque brique, il n’y a pas d’émergence. Mais prends une miche de pain, il est facile de voir que celle-ci possède des qualités qui ne peuvent être considérées comme la somme de ses ingrédients ; sa texture est totalement différente de celles de ses composants, blé, eau, sel, levure, feu… avant leur mélange. La miche est une émergence. Les propriétés émergentes du pain proviennent de l’interaction entre ses ingrédients et le pain qu’on obtient est bien plus que la somme de ses constituants essentiels. La nature du vivant ressemble plus au pain qu’au tas de briques. Si nous regardons un organisme vivant, celui-ci est, évidemment, plus que la somme de ses organes.

Un autre exemple : Prenons une molécule d’oxygène, qui compose la plupart des substances. Si nous prenons une bouteille remplie d’oxygène pur, non mélangé à une autre substance, elle semble vide, l’oxygène est invisible à l’œil nu, inodore et au poids négligeable. Il en est de même pour l’hydrogène. Cependant quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront immédiatement en liquide visible, en eau qui, elle, aura un poids.

Kyrios. Cela veut-il dire que le monde est constitué par des strates imbriquées d’émergences et pour les comprendre, il suffirait d’admettre qu’un niveau est constitué à partir d’éléments du niveau précédents lorsque ceux-ci s’organisent et s’intègrent ensemble pour donner quelque chose de nouveau, en d’autres termes pour créer quelque chose en plus d’eux-mêmes ?

S’il en est ainsi, alors on peut comprendre pourquoi la pierre qui constitue la clé d’une voûte n’est pas une pierre comme une autre car, en fermant la voûte, elle la solidarise, la constitue en un tout qui tient. Elle crée la voûte dans sa relation d’équilibre des forces avec les autres pierres en tant que structure architecturale dans laquelle il suffit d’enlever une pierre quelconque pour que l’édifice s’écroule et devienne un tas de pierres.

De même aucun élément d’un circuit ne vaut grand-chose en lui-même par sa matérialité, mais, le fait de se fermer, comme dans une chaîne d’union, de faire cercle ensemble, assure la continuité et établit, dans ce cas, la circulation d’un flux d’émotions, d’échanges entre FF  et SS.  Ce qui émerge à ce stade c’est donc la totalité comme telle, qui vaut bien plus que la somme des éléments du circuit. 

Le Bigbang

Ithloaèdes. Certes, toutefois, on considère qu’il y a émergence dès lors que les ensembles constitués par cette organisation complexe sont stables et qu’ils ont des propriétés propres, différentes de leurs composants antérieurs. L’émergence peut donc se définir par rapport à l’idée d’une organisation du monde selon des degrés de complexité croissante, succession qui ne peut être réduite à ses degrés élémentaires. Maintenant, il faut se représenter l’immense champ des technologies émergentes et convergentes, aujourd’hui disponibles susceptibles de fournir des briques pour la construction d’êtres artificiels, jusqu’à des populations de robots dotés de propriétés absolument inattendues et qu’on prétend qu’ils pourraient dépasser en intelligence les humains. Mais cela reste, aux yeux des scientifiques, un rêve romanesque fou et cependant non des moindres, les européens et les américains s’y investissent déjà.

Kyrios. Que le grand cric me croque et me fasse avaler ma barbe ! Comment apprécier ce monde robotisé dont tu me parles au regard du progrès humain que cela pourrait apporter.

Et maintenant,  en admettant une complexification croissante d’un niveau à un autre, je me demande ce qui se passe dans le vivant. Comme on le sait, nous sommes constitués des mêmes atomes que la terre et les étoiles, mais comment ces éléments se composent-ils pour constituer la vie ? Est-ce un résultat de la complexité ?

Ithloaèdes. On peut en effet expliquer la vie ainsi, une complexité de relations entre les atomes qui forment des molécules, qui forment des cellules, qui forment des tissus, des organes, des organismes. Et tu peux même observer ces effets de la complexité au cours de l’évolution à des niveaux surprenant comme par exemple celui de la conscience.

Il y a un exemple à ce sujet qui pourrait expliquer le vivant par un théorème qui a pris le nom de Bose -Einstein, théorème, on s’en doute très compliqué sur les fluides quantiques[2], mais sur la base duquel,  des éléments simples peuvent fusionner en un seul et unique élément. C’est le principe philosophique qui implique que le Tout donne le Un.

Ce concept, peut être appliqué au vivant et observé au cours de l’évolution des espèces. La plus simple forme de vie est donnée par les bactéries et les protozoaires. Ces dernières sont des cellules qui vivent comme des individus dotés de mini-consciences car elles peuvent réagir à l’environnement qui les entoure.

Au cours des millénaires, des cellules semblables aux protozoaires ont formé des colonies, puis des individus plus complexes où les cellules se sont spécialisées en des fonctions diverses. De sorte que leur ensemble, suivant le théorème de Bose-Einstein donne, à partir de nombre de cellules différentes, un seul individu qui aura une seule conscience et non plus un ensemble de mini-consciences.

Cela peut évoluer et se complexifier jusqu’à la conscience humaine, qui, sur Terre, est l’exemple le plus complexe du vivant. Ainsi, d’organismes primaires capables de réactions élémentaires,  on arrive à des organismes qui peuvent écrire et déclamer l’Iliade ou le Mahâbhârata.

Voici comment une conscience peut émerger d’un ensemble d’atomes.

De même, les robots, que j’ai évoqués plus haut, modifieront probablement l’homme lui-même ; ils pourraient donner lieu à des prothèses dont certaines sont déjà utilisées en chirurgie réparatrice, voire dégager une certaine autonomie. L’émergence renvoie à un monde qui n’est pas figé, un monde en évolution dans lequel de nouvelles formes d’existence peuvent apparaître.

Kyrios. Si je comprends correctement ton raisonnement sur l’émergence de la conscience, j’aurais envie de dire que l’existence même de l’homme pourrait avoir modifié tous les niveaux antécédents. Il y a, par émergence, formation d’une hiérarchie de niveaux d’organisation, mais  l’ensemble ne forme pas un monde stratifié. Il s’agit plutôt d’une imbrication, car les niveaux ne sont pas disjoints et empilés, mais comme internes les uns aux autres et interactifs entre eux. Par exemple, la nature, au sens large, qui a permis l’émergence de l’homme s’en est trouvée profondément modifiée par lui. Alors, en cascade, on remonterait à la modification du niveau primordial du Big Bang et en allant encore au-delà, le GADLU lui-même serait potentiellement modifiable par nous en le faisant évoluer à notre image ! D’ailleurs, la kabbale, me semble-t-il,  explique que le Nom de Dieu lui-même est abimé chaque fois que le mal est fait volontairement.

Mais dis-moi, Ithloaèdes, tous ces nouveaux concepts dont tu viens de me parler, s’approchent-ils de la notion de réel, nous découvrent-ils un autre côté du visible ?

Ithloaèdes. Des changements ont bien eu lieu en ce sens, ils concernent l’extraordinaire avancée technologique que nous sommes en train de vivre. Ils sont essentiellement dus à une série de découvertes faites en physique il y a un siècle, d’abord par Einstein avec sa théorie de la Relativité, puis par plusieurs physiciens qui ont développé ce qu’on a appelé la mécanique quantique et puis la physique quantique.

Celle-ci décrit, dans le temps et l’espace, la structure et l’évolution des phénomènes physiques à l’échelle de l’atome et même en-dessous, à l’échelle subatomique. Je te rappelle qu’il y a autant d’atomes dans un verre d’eau qu’il y a de verres d’eau dans l’océan. La partie la plus petite de l’existant serait, par convention, un quantum, un quelque chose. À l’observation, si on la grossissait à l’échelle du système solaire, elle aurait la taille d’un arbre.  Ce monde quantique ne peut pas être décrit dans les termes de temps et d’espace de la physique de Newton, celle de la mécanique, du mouvement, de la masse, de la force, de l’énergie, etc.

Au niveau de l’atome nous savons qu’il y a un monde qu’on a considéré depuis le départ comme bizarre et applicable seulement à l’infiniment petit, avant que l’on ne se rende compte, dans les années 1970, qu’on pouvait l’appliquer aussi à l’infiniment grand, à l’étude de l’origine de l’univers.

Dans cette physique, les objets quantiques sont comme des fenêtres ouvertes sur quelque chose dont on ne peut rien dire en termes littéraires. Je te donne un exemple avec le principe de superposition quantique. Ce principe énonce qu’une composante élémentaire d’un atome, appelons-la particule, peut être localisée à deux, et même plusieurs, endroits en même temps. On dit que la particule est à la fois ici et là-bas, on utilise aussi le terme plus explicite d’intrication

Pire encore, une telle particule quantique se présente sous deux états simultanément. Elle est particule, c’est-à-dire elle a une masse, un poids, et au même temps elle est une onde, c’est-à-dire de l’énergie. Elle est en somme dans un état qu’on a aussi défini de superposition.

On appelle cette onde-particule, ondicule. Elle peut rester sous cette forme indéfiniment, tant qu’elle n’est pas observée. Il suffit, en d’autres termes que quelqu’un l’observe pour qu’elle devienne soit exclusivement onde, soit exclusivement particule. Une onde est comme une vague qui se déplace, qui transporte de l’énergie, sans transporter de matière avec une fréquence vibratoire.

Kyrios. Puisque notre corps biologique ne nous permet d’accéder qu’à une gamme limitée de fréquences vibratoires, veux-tu dire que les observateurs créent un réel qui ne serait qu’une vérité partielle ?

Ithloaèdes. Oui, mais… Au début de la physique quantique, on pensait que l’observation devait être humaine et donc représenter le résultat d’une conscience. Mais plus récemment on s’est rendu compte que l’observateur ne doit pas nécessairement être un humain. Il semblerait en effet qu’il suffit qu’une autre particule ou une onde «observe» une autre ondicule pour que celle-ci devienne onde ou particule… Cela semble démontrer que les ondicules ont une certaine propriété que l’on pourrait définir de miroir de conscience.

Kyrios. Mille millions de tonnerres de Brest ! Ce que tu me dis est incroyable !  Explique-moi en quoi ce monde quantique peut-il exister car je ne le vois pas, comment pouvons-nous dire que cette table que je regarde est faite comme tu me dis ? Il y a là quand même un grand mystère qui tiendrait à la nature énigmatique des ondicules avant que l’on ne les observe ; ton électron, par exemple, qui est une ondicule, avant qu’on ne l’observe, peut devenir particule à l’observation, c’est-à-dire de la matière ?

Ithloaèdes. Oui, c’est bien ainsi et vice-versa une ondicule peut devenir une onde. Cela est effectivement mystérieux. Et pourtant même Einstein, qui défendait l’existence d’une réalité indépendante de l’observation, a fini par admettre que l’ondicule est selon ses termes un «champ fantôme», son existence n’est pas réelle au sens où nous l’entendons. Ce serait ce que l’on a appelé un champ de force.

Kyrios. Tu veux dire que la réalité s’actualise seulement sous l’effet de l’observation d’une conscience ? La conscience de chaque individu serait alors responsable de sa propre réalité et chacun la construirait comme un tunnel à travers ce mystérieux monde d’interactions quantiques.

Ithloaèdes. Et oui, c’est ce qui faisait dire à Eisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique : «Ce que l’on observe n’est pas la nature en soi, mais la nature telle que l’expose notre méthode pour interroger» et il ajoutait «que l’interaction entre l’observateur et l’objet provoque des changements conséquents et incontrôlables qui modifient le système observé». En d’autres termes ce qui importe ce ne sont pas «sujet et objet», mais la relation qui s’établit entre eux.

Kyrios. J’imagine combien cette théorie peut paraître absurde. Elle l’était, en tout cas, pour Einstein qui posait cette question, avec un pincement d’ironie : «La lune existerait-elle quand même, si personne ne l’observait ?» Il ne savait pas le grand physicien que même un photon est doté de connaissance et que….. mais oui, mais c’est bien sûr ! L’univers entier est conscient et il s’observe en permanence ! C’est pour cela que les diamants existent au plus profond de la terre avant d’être découverts, que les poèmes ou la peinture ou la musique existent de tout temps dans l’attente de leurs auteurs. Si je comprends bien, c’est par cette observation, ou permets-moi de dire cette conscience universelle, à laquelle appartiennent la lune, les diamants, toi, moi aussi, qu’est extraite la totalité de notre réel de tout ce qu’il aurait pu être.

Mais continue, je t’en prie, dis-moi autre chose sur la nature de ce monde quantique.

Ithloaèdes. Premièrement, c’est un monde peuplé à 99,9% de vide ! Dans les atomes, entre le noyau et les électrons qui lui tournent autour il y a tellement d’espace que l’on peut affirmer que les atomes sont essentiellement formés de vide. Cela d’ailleurs se reproduit à bien plus large échelle dans l’espace cosmologique. De plus, la matière n’est en réalité qu’une forme d’énergie, il y en a même tellement que certains scientifiques affirment qu’il y a plus d’énergie dans 1 cm3 d’espace vide qu’il n’y en a dans toute celle que nous appelons matière de l’Univers !

Kyrios. Génial ! Une partie de cette énergie pourrait donc devenir une énergie utilisable. Elle constituerait alors une source d’énergie propre et renouvelable, comme celle du vent ou du soleil.

Ithloaèdes.  Des recherches très sérieuses sont faites en ce sens, on parle d’énergie libre. Mais poursuivons avec le quantique.

Deuxièmement, une ondicule est à la fois présente en tout point et nulle part, son existence est alors définie en termes de «champs de probabilité». On entre alors dans un monde de quasi science-fiction, puisque cette onde est présente jusqu’à dans des milliers d’endroits en même temps !

On dit que l’onde est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas. Toutefois l’observation va arrêter cette dispersion. Seulement des consciences peuvent être des observateurs. Sans cette conscience, il y aurait cette superposition de possibilités en expansion. Chaque conscience crée ce que tu appelles son tunnel de réalité, parmi tous ceux probables, mais ce n’est pas la Vérité. C’est dire qu’une observation, ce qui revient à mettre de l’information sur quelque chose, extrait cette chose de toutes ses probabilités d’être pour la rendre matériellement existante dans le monde macroscopique, à savoir le nôtre.

Troisièmement, contrairement à la théorie d’Einstein selon laquelle rien ne peut se déplacer plus rapidement que la lumière, on sait aujourd’hui que l’espace dans lequel est contenu notre univers s’épande à une vitesse supérieure à celle de la lumière.

Quatrièmement, prenons deux particules créées en même temps. Selon le principe d’intrication dont je t’ai parlé, si on en expédie une extrêmement loin de l’autre et si on lui fait quelque chose, c’est-à-dire si on l’observe ou qu’on la manipule, l’autre réagira à l’instant même en se présentant dans le même état résultant. On peut en conclure que, soit l’information peut voyager à une vitesse instantanée, ce qui est considéré en l’état de la science comme impossible, soit les deux particules sont toujours connectées. La conclusion est que tout reste très probablement en contact.

Kyrios.

 Ce qui m’intrigue, c’est qu’il n’y a donc pas d’évolution dans le monde quantique puisqu’il exclut le temps ; on pourrait dire qu’il n’est, n’a été et ne sera toujours qu’en termes de potentialités réalisées ou pas. Dans ce monde quantique, alors, paradoxalement, il ne peut y avoir d’émergence puisqu’il n’y a pas d’avant, ni d’après, seulement une actualisation de la création par des consciences qui ne sont pas qu’humaines ?

Ithloaèdes. Si, il y a un avant et un après, puisque il y a eu, selon la théorie, un moment zéro ! On est arrivé à connaître l’âge de l’Univers à un millionième de milliardième de seconde après le Big Bang. Donc il devrait y avoir eu un avant et un après.

Kyrios. En définitive il faut jongler avec deux mondes, celui d’Einstein qui régit les objets massifs (mondes, étoiles et galaxies) et où le temps peut changer comme changent  les trois autres dimensions, et celui de l’infiniment petit (immédiatement après le Big Bang) où il y a eu une soupe quantique, dont on ne sait rien sauf que tout était et n’était pas ; un monde incompréhensible.

Ithloaèdes. La science n’a pas résolu la compréhension de ce passage. Mais surtout les particules de la matière originale qui a émergé du Big Bang, bien que dispersées dans l’accroissement de l’univers, sont restées en contact, ce qui voudrait dire que les particules qui nous composent, nous les humains, sont toujours connectées à toutes les autres particules de l’univers, que tout n’est que UN.

Kyrios. Cela me semble déranger les lois, les observations et les philosophies. Ces différents mondes emboités n’existeraient pas indépendamment les uns des autres, de manière inséparable. Et si je comprends bien,  les divers niveaux de la matière, de la vie, de l’homme et de la société interagissent sans cesse entre eux. C’est pourquoi Max Planck a pu dire : «Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui entraîne les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière».

 Est-ce bien ce que cela implique ?

Ithloaèdes. Oui, d’ailleurs, depuis fort longtemps pour la philosophie orientale, la nature est un continuum, il n’y a pas de différence entre matière et énergie. Dans cette approche intellectuelle les opposés ne se détruisent pas mais essaient de s’accorder, de se compléter et de ne faire qu’Un. Le Taoïsme enseignait déjà que le deux devient trois, en ne considérant que le rapport qui existe entre les opposés. L’ensemble est ce que l’on nomme le «Un», le Tao. Enfin et pour éclaircir cela, le dialogue qui s’installe entre les opposés, le Yin et le Yang par exemple, ne peuvent se révéler que par leurs échanges. D’où la conclusion philosophique que les opposés existent et n’existent pas, qu’ils sont dans des états superposés au sens quantique.

La pensée occidentale, quant à elle, raisonne trop souvent en termes de dualités, par exemple  le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, le blanc et le noir, l’être et le non-être, et cætera. Elle est, ainsi, incapable de comprendre que le deux forment le Un.

Relation, trame, tissu voilà comme on peut voir le monde, un ensemble intriqué de fils formant un tissu multidimensionnel au dessin d’une extraordinaire complexité. Et cela est le tout et en même temps le Un.

Kyrios. Donc, si je comprends bien cet Univers, ce monde dans lequel nous vivons représente le Un ?

Ithloaèdes. Pas tout à fait, car il est arrivé un instant après le début du Big Bang, on peut donc se poser la question qu’y avait-il avant le Big Bang ?

D’un point de vue philosophique, le Un doit inclure tout ce qui existe dans notre espace-temps comme dans les autres univers que certains imaginent  et dans ce qui les contient, car il doit bien exister un contenant. Il suffit d’imaginer que, si la théorie du Big Bang est correcte, au départ, au temps zéro de la vie de l’univers, celui-ci, sa masse et son énergie étaient contenues dans un point dont la masse était énorme et la dimension équivalente, peut-être à celle d’un petit pois. Puis l’explosion et l’inflation qui suivirent formèrent l’univers que nous connaissons. L’unité forma le tout. Cela veut aussi dire que nous sommes en contact encore avec ce tout car tel que nous le voyons l’univers est Un, c’est la science et la philosophie qui nous le disent. Le Un est avant le zéro cosmique.

Mais laissons de côté maintenant cet étrange ballet entre philosophie et physique, car j’ai envie, à mon tour, de te poser une question : Est-ce que le temple maçonnique, en tant que représentation du cosmos, offre des symboles qui nous mettraient sur la voie d’une telle analyse ?

Kyrios. Bien sûr, tout le temple lui-même et, dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité.

C’est l’enseignement majeur de la formation de l’apprenti. Le monde ne peut nous apparaître que sous une forme duale, mais son unité est à rechercher avec le 3. Prenons l’exemple du pavé mosaïque : il est la réconciliation des deux extrêmes que l’ont peut nommer ténèbres et lumière, bien et mal, blanc et noir, Dieu et Diable, infini négatif et infini positif, et, même, masculin et féminin.  Toutefois, parmi les nombres présents dans le Temple qui se donnent à voir, à entendre ou à pratiquer, le nombre 3 paraît le plus utilisé de tous, il est représenté par une multitude de symboles : les trois grandes lumières, les trois piliers lorsqu’ils sont présents, les trois pas de l’apprenti, les coups de maillets, les rythmes d’acclamations, etc. Ce trois est un nombre d’énumération. Cependant, seul le 3 en tant que ternaire, rétablit ce que le 2 a troublé en tant que dualisme, en tant qu’opposition, pas le 3 en tant que dénombrement. En fait, seul le ternaire fait davantage : le passage du 2 au 3 permet de dominer le dualisme, de l’effacer même, non en le niant, mais en le ramenant à l’unité préexistante dans un mouvement ascensionnel ; ses formes symboliques seraient ce qui se présente comme opposé avec, par exemple le pavé mosaïque, comme complémentaire avec les 2 colonnes, la lune et le soleil et, bien sûr, comme triangulaire avec le Delta lumineux.

Ithloaèdes. Alors le delta lumineux pourrait également évoquer le quantique, dans ce cas l’œil serait l’idée de l’observation ?

Kyrios. Pourquoi pas puisque le triangle, pointe en haut, est ce que l’on appelle une triade, c’est-à-dire l’unité qui se donne à voir dans sa manifestation duale et les échanges entre tous ses composants, en somme le Un et le Tout, son émergence. Le point unique du haut du triangle est l’unité d’où tout procède ; tout est de la même essence que lui. Le sommet serait le Un, non pas le nombre mais le principe, qui précède et contient le zéro cosmique du big bang. Déjà pour Pythagore, le sommet d’un tel triangle est dit  le père, le côté gauche est la duade, la mère, le côté droit représente le fils que l’on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies. La base est l’univers réalisé en ce que l’on peut imaginaliser en père-mère-fils dans le monde phénoménal et, en même temps, unifié dans le monde primordial de l’unité. Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ithloaèdes. Le triangle pointe en bas, est aussi un ternaire, son symbolisme diffère-t-il ?

Kyrios. Le triangle pointe en bas peut être interprété, dans une visée mystique, comme un retour à l’unité, le chemin pour s’unir au créateur. Mais c’est aussi deux termes préalables qui génèrent un troisième terme, une sorte d’émergence comme dans le ternaire «thèse, antithèse, synthèse». Le troisième terme généré est une affaire d’interprétation personnelle. Je dirai que ce sont des tunnels de réalité (au sens où on les a définis) alors que le triangle pointe en haut est un universel.

Ithloaèdes. Alors, l’origine verbale du mot «symboliser», «reconnaitre, mettre ensemble, assembler»  se situe dans le contexte du ternaire ? Car, n’est-ce pas une façon de retrouver l’unité sous-jacente avec ce qui est épars ? Par exemple, la réalisation de ce que nous appelons l’égrégore ne fait-elle pas émerger une structure d’unanimité, quelque chose comme un essaim ? L’égrégore, perçu du point de vue quantique,  pourrait très bien n’être que la manifestation spirituelle de l’intrication de nos particules avec celles des FFø et SSø mais aussi avec celles de tout l’univers, cela est montré visiblement par l’entrelacement de la chaîne d’union, en tout cas c’est une hypothèse.

Kyrios.  Si tous les êtres ne cessent jamais d’actualiser l’Unité, par contre, ils perdent de vue ce rattachement. Le symbole nous permet de comprendre que, quel que soit le sens du mouvement, à l’ensemble, préside l’Unité ou le retour à elle. Leur  connaissance s’est obscurcie, d’où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue «autonomie» de l’individu. Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est.  Il écrivait : «C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est  impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être… Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d’unité par le seul mental. Cette conception est dans la philosophie orientale qui conclut : «ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie». Après tout, si l’Énergie est la seule vie, et la Raison  la borne de l’encerclement de l’Énergie, à chacun de choisir d’être au cœur des choses ou à leur périphérie ; ce n’est pas trop de toute une vie pour confronter, l’un par l’autre, ce monde où nous sommes et ce monde qui est en nous.

Ithloaèdes. Voilà, Ellimac, ce que fut, pour l’essentiel, notre entrevue avec Kyrios. Mais je vais te résumer en quelques mots ce que nous sommes parvenus à comprendre. Tout est Un, le Un est avant le Zéro Cosmique,  tout n’est que mouvement que nous appelons énergie, les choses ne nous sont perceptibles que parce que le mouvement donne l’illusion de la matière, nous n’existons que parce que nos cellules communiquent entre elles, nous sommes cet échange, cette animation. C’est pourquoi il n’est peut-être pas suffisant de se penser en termes de «qui suis-je» mais qu’il faut aussi s’interroger en ces termes : «que suis-je» ? Quelle est mon essence ? Quelle interférence de tunnels de réalité me fait exister ? Quelles sont les consciences, y compris la mienne et mon inconscient, qui objectivent ma vie ? Ne suis-je sujet actif, créateur de réel que lorsque je mets une information sur ce qui m’entoure ?  Si je me vois comme je suis, ne suis-je pas aussi comme tu me vois ?

Et maintenant que nous sommes presque arrivés à Garibaldi, Ellimac, permets-moi une question : pour  harmoniser ce qu’est la vie, ne suffit-il pas de générer la plus rayonnante des connexions avec ce qui nous entoure ?

Ellimac. Comme le dit le Tao te Qing, «parler beaucoup épuise sans cesse ; mieux vaut garder le milieu»; alors de tout ce que tu m’as rapporté, j’ai juste un mot à te proposer pour te répondre : rien que de le prononcer, il irradie, comme une lumière primordiale, des myriades d’émergences, il est l’essentiel du mot animer, c’est le verbe «Aimer».


1 Planche présentée en 2015 (ce qui explique que du seul point de vue scientifique les propos sont dépassés) avec le TCF Raphaël Massarelli, Docteur d’État ès Sciences, Professeur Emérite des Universités, Trophée d’Or de l’Ordre des Physiothérapeutes au Liban, participant à de nombreuses sociétés savantes, responsable des Conventions Internationales, auteur et coauteur de centaines d’articles et d’ouvrages spécialisés internationaux, Chevalier des Palmes Académiques, … Un CV de savant de dizaines de pages dont l’importance est impossible à reproduire ici.

2 « Le gaz parfait de bosons devait subir à basse température une transition de phase,  amenant un nombre macroscopique de particules dans leur état fondamental. Le condensat obtenu est un fluide quantique car cette transition se produit lorsque les effets de statistique quantique commencent à se manifester, autrement dit lorsque la distance inter-atomique devient de l’ordre de la longueur de cohérence des ondes de matière. »

 

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Transformation de l’énergie : du quantique au temple intérieur

Publié le 17 Août 2026 par T.D

Pa r la Redaction

Par Rosmunda Cristiano

Il existe des mots qui ont traversé les siècles sans perdre de leur force. L’un d’eux est « énergie ». On le retrouve dans les livres de physique, dans les pages des philosophes, murmuré dans les temples maçonniques et invoqué lors d’heures de méditation silencieuse. Et pourtant, chaque fois que nous le prononçons, il semble véhiculer une signification nouvelle, plus intime, plus secrète. La physique moderne nous a appris que rien ne se crée ni ne se détruit : l’énergie se transforme. C’est un flux constant qui change de forme, passant de la matière à la lumière, de la chaleur au mouvement.

C’est la danse invisible qui assure la cohésion du cosmos. Lorsqu’un électron passe d’une orbite à une autre, lorsqu’une étoile s’effondre, lorsqu’un cœur se remet à battre après une frayeur soudaine, l’énergie est toujours présente pour orchestrer le tout. Les physiciens diraient que l’énergie est la capacité d’accomplir un travail. Mais pour ceux qui suivent un chemin initiatique, cette définition technique n’est que le premier voile.

Lorsque le franc-maçon franchit le seuil du Temple, il apporte avec lui une énergie brute, semblable à une pierre informe. C’est l’énergie des habitudes, des peurs, des désirs et du conditionnement. Au fil du temps, grâce aux rituels, aux méditations et aux moments de silence partagés, quelque chose change. Ce n’est pas la vie extérieure qui se transforme soudainement, mais la façon dont cette énergie intérieure est canalisée.

Énergie sinusoïdale direction chaos est.

L’énergie sans direction, c’est le chaos.

Symboles alchimiques, bougie, crane, élixirs

Le travail maçonnique consiste, en définitive, à donner une direction au chaos intérieur. Dans la vision ésotérique, l’énergie n’est pas seulement un fait physique, mais une qualité subtile de la conscience. Les anciens l’appelaient prana, pneuma, spiritus .

En franc-maçonnerie, on l’entrevoit dans les symboles de la Lumière, dans le feu du candélabre, dans la chaleur silencieuse de la chaîne de l’union. Chaque geste rituel, chaque pas sur le sol en damier, chaque mot murmuré crée une modulation d’énergie. Il ne s’agit pas de magie au sens naïf du terme, mais d’une discipline intérieure : apprendre à maîtriser son propre champ énergétique, ses émotions, ses pensées, afin qu’elles ne soient plus des maîtres mais des instruments.

Lux in tenebris lucet.

La lumière brille dans l’obscurité.

L’homme du commun porte ses ombres sans les reconnaître, les combattant ou les fuyant souvent. Le franc-maçon, en revanche, est appelé à les affronter, à les éclairer de l’intérieur. L’énergie qui le transforme n’est pas un éclair surgissant de l’extérieur, mais une étincelle qui se réveille.

C’est ce « quelque chose » que l’on ressent lors de l’initiation, lorsque l’obscurité n’est pas seulement l’absence de lumière, mais aussi la possibilité d’une naissance. C’est l’énergie du symbole qui agit, lentement mais sûrement, au cœur même de la psyché. Nombreux sont les Frères qui ont été témoins de cette transformation.

Albert Pike a écrit :

« Le but de la franc-maçonnerie n’est pas de remplir l’esprit de dogmes, mais d’y allumer une lumière. »

Cette lumière est une énergie consciente, le passage d’une connaissance simple à un sentiment profond. Il ne s’agit pas d’un changement d’opinion, mais d’un changement de vibration. Dans le rituel maçonnique, l’énergie circule selon une géométrie précise.

L’équerre, le compas, l’équerre de réglage ne sont pas que des objets décoratifs : ce sont des outils qui nous rappellent que l’énergie doit être ordonnée, mesurée et élevée.

Ordo ab chao.

L’ordre issu du chaos

Ce n’est pas qu’un slogan : c’est un processus dynamique.

Le chaos est fait de passions désordonnées, de réactions instinctives, de paroles hâtives. L’ordre n’est pas répression, mais harmonisation. Il survient lorsque la force intérieure cesse d’être un fleuve impétueux qui submerge et devient un ruisseau qui irrigue, nourrit et désaltère.

Un franc-maçon change lorsqu’il apprend à reconnaître la qualité de son énergie quotidienne. Il y a des jours où l’on se sent lourd, dense, presque « matériel ».
D’autres jours, tout semble léger, fluide, comme si la réalité s’écoulait avec moins de friction. Les rituels, même les plus simples, servent à rétablir la cohérence. Entrer dans le temple, enfiler des gants, ajuster son tablier, s’asseoir en silence : chaque action est un petit levier d’énergie.

Agere sequitur esse.

L’action découle de l’être.

En modifiant progressivement son état intérieur, on modifie également la façon dont on gesticule. Travailler sur son énergie permet aussi d’accéder à une dimension plus subtile, que beaucoup qualifieraient de mystique. Les soirs où tout semble s’effondrer, où les certitudes humaines s’écroulent, une question silencieuse peut surgir : d’où vient réellement cette force qui me permet de tenir debout ?

Dans ces moments-là, l’énergie n’est pas seulement personnelle. C’est comme si l’on puisait à une source plus vaste et impersonnelle, que certains appellent Dieu , d’autres le Grand Architecte , d’autres encore simplement l’Amour .

In ipso vivimus, movemur et sumus.

En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être.

Le franc-maçon qui traverse son désert existentiel découvre qu’il n’est jamais tout à fait seul. Les rituels, en effet, agissent non seulement sur l’individu, mais aussi sur la chaîne qui unit les Frères.

Dans cette chaîne d’union, les cœurs vibrent à l’unisson et les énergies individuelles fusionnent en un champ commun. Dans ce cercle silencieux, chacun porte son fardeau, son combat, mais aussi son espoir. Il ne s’agit pas d’un simple geste symbolique : c’est un acte énergétique puissant.

Ubi duo vel tres congregati sunt, ibi vis maior est.

Là où deux ou trois sont réunis, la force est plus grande.

Le Temple devient ainsi un laboratoire d’énergie partagée. Comment, dès lors, un franc-maçon évolue-t-il avec le temps ?

Peut-être pas de la manière spectaculaire que l’ego souhaiterait. Il ne devient ni omnipotent, ni infaillible. Elle change parce qu’elle apprend à ressentir. Elle devient plus sensible aux mouvements subtils de l’âme, aux blessures des autres, aux murmures de la conscience. L’énergie qui était auparavant dispersée dans les conflits, les plaintes et les jugements commence à se diriger vers la construction, la compréhension et la guérison.

C’est comme si, peu à peu, la pierre brute révélait des surfaces lisses. Non pas parfaites, mais plus conscientes. Sur ce chemin, une erreur n’est pas un échec, mais un écart qui indique un changement de cap. L’important n’est pas de ne jamais tomber, mais de ne jamais rester à terre.

De l’aspera à l’astra.

À travers les obstacles, jusqu’aux étoiles.

Allégorie alchimique extraite de l’Alchimie de Nicolas Flamel

Les difficultés deviennent alors des moments de forte intensité énergétique, des occasions de transformer l’expérience en or potentiel de la sagesse. À ce stade, la question la plus authentique n’est peut-être pas « De combien d’énergie ai-je ? » mais « Où est-ce que je la dirige ? »

Chaque pensée est une graine, chaque mot un véhicule, chaque geste une forme d’énergie que nous libérons dans le monde.

Un franc-maçon qui a travaillé sur lui-même sait qu’il ne contrôle pas tout, mais il reconnaît qu’il a une responsabilité : celle de choisir, instant après instant, d’alimenter la peur ou la confiance, la division ou le lien, les ténèbres ou la lumière. Pourtant, au milieu de ces choix quotidiens, une certitude subtile, presque timide mais tenace, demeure : nous ne sommes jamais coupés de la source. Même lorsque nous nous sentons abattus, épuisés, confus, l’énergie qui nous a engendrés continue de circuler sous la surface de notre lassitude.

Fides est energia cordis.

La confiance est l’énergie du cœur.

C’est cette force qui nous permet de recommencer, de nous relever, de garder espoir même après les nuits les plus sombres. S’il y a un message à retenir de ce voyage, c’est celui-ci : rien n’est perdu. Ni larmes, ni luttes, ni doutes sincères.

Tout est rassemblé, transformé, sublimé, d’une manière que nous ne comprenons souvent qu’après coup. L’énergie qui semble fragmentée aujourd’hui pourrait se révéler demain comme la trame d’une mosaïque plus vaste. Continuez à travailler sur vous-même, en ayant confiance en la Lumière même lorsque vous ne pouvez pas la voir. Car, dans le silence de ton temple intérieur, une force humble mais infatigable murmure :

Tu n’es pas qu’un fragment. Tu fais partie de la Source.

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UNIVERS QUANTIQUE ET MONDE SEPHIROTIQUE

Publié le 16 Août 2026 par T.D

Ces 2 territoires intellectuels que sont la Kabbale hébraïque et la physique quantique semblent être à mille lieux l’un de l’autre, et ne jamais devoir se rencontrer : l’un est ésotérique, l’autre exotérique, l’un est prosaïque, l’autre métaphysique. En fait, une approche « intuitive » les rend beaucoup plus proches qu’on ne le penserait de prime abord, tout simplement parce que l’esprit humain utilise des voies qui se réfèrent toujours à un « logiciel » universel, qui est celui de la Vie. Il sera ensuite possible, grâce à l’esprit critique cultivé en franc-maçonnerie de décliner ce logiciel sur des « lignes de force » aussi différentes qu’une approche rationnelle, fatalement discursive ou qu’une approche holistique, forcément globalisatrice. L’initié, qui n’est pas contraint par les indispensables outils mathématiques que manipulent les spécialistes, pourra ainsi « comparer » ces 2 territoires, en se réclamant uniquement de spéculations personnelles, et non de faits objectivés. Il ne s’agira pas ici de définir une vérité, ou de confronter les idées d’une doxa toujours en évolution, mais de voir en quoi une forme de préscience, d’inspiration ou de conscience, éprouvée par l’exercice initiatique, pourrait rejoindre une forme de réalité, fut-elle partielle ou subjective. L’Arbre Sephirotique est un des totems de la Kabbale hébraïque, il est d’essence ésotérique et symbolique, mais c’est aussi et surtout un modèle intuitif, relié à d’autres modèles intuitifs qui habitent le cerveau de nos scientifiques, où se recoupent archétypes, postulats et équations s’approchant au mieux d’une réalité pensée.

C’est ce lien intuitif qui permettra à des initiés de pouvoir entendre cet arbre comme ce que Kant appelait un schème, c’est-à-dire une représentation intermédiaire entre les phénomènes perçus par les sens et les catégories de l'entendement. Cela permettra aussi, le cas échéant, de prolonger philosophiquement des trajectoires scientifiques inachevées : c’est par exemple la « théorie du tout », dont la coloration semble métaphysique, mais qui est aussi une tentative d’unifier les 4 forces définies par la physique, à savoir la gravité, l’électromagnétisme, l’interaction dite faible, et celle dite forte.

Par quel biais pourrait-on percevoir une similarité entre le monde quantique et le monde initiatique porté par l’ésotérisme de la Kabbale hébraïque, dont l’émergence respective dans la culture humaine est séparée de 17 siècles ?  Eh bien, par l’exercice de la franc-maçonnerie, déterminée comme « une discipline discrète mais non secrète ». Cette discipline n’est pas en lien direct avec les domaines considérés, elle se contente d’établir des cheminements de pensée, cultivant une souplesse intellectuelle permettant d’établir des ponts entre des objets a priori inconciliables. En effet, la recherche initiatique se doit, dans un souci d’efficience, de toujours s’en tenir à un « quant-à-soi méthodologique » bien précis, et à un usage « parcimonieux » des symboles afin de se « perdre » le moins possible dans les méandres d’une pensée ostensible certes indispensable, mais qui nous masque souvent une partie de la réalité.

Cette parcimonie n’a rien de morale : elle s’établit selon sa signification leibnizienne, qui veut que le principe de parcimonie soit celui d’une forme d’optimisation que d’aucuns qualifient à tort d’optimisme.  Dans ce cas de figure, la discrétion, qui est une parcimonie d’attitude ou de position, deviendra incontournable, cette « mise en situation » favorisant l’introspection et toute la finesse analytique qui en découlera. Mais ce terme de « discret » signifiera aussi autre chose, collant tout autant à la réalité du phénomène quantique. Nous devons en effet définir le terme de discret selon son étymologie première, fondamentale. Vers 1165, cet adjectif, emprunté au latin discretus, lui-même participe passé de discernere, signifiait « divisé, séparé, interrompu », puis, à basse époque, « apte à juger, prudent, juste ». Discret s’est aussi constitué au début du XIVème siècle sur la notion mathématique de discontinuité, et donc de « rupture » dans un environnement apparemment homogène. L’objet de cette discontinuité sera ce qu’on appelle en physique quantique des « grains » d’énergie, ou quanta.Cette discontinuité va provoquer une inévitable coexistence entre les parties qui la constituent. En franc-maçonnerie, l’usage mimétique de cette coexistence et de ses tenants s’appelle le symbolisme. Le symbolisme est véritablement le viatique de la franc-maçonnerie moderne, il n’existe que dans le cadre de la complémentarité des parties, de l’assemblage de constituants, du mimétisme des composants, ces parties étant, suivant le moment, ou bien jointes (symbolé) ou bien disjointes (symbolum). Cette incertitude d’état du symbole recoupe celle, nous le verrons, des quanta dont la localisation n’est jamais précisément définie, car ils évoluent dans un univers si petit qu’ils échappent à l’espace-temps relativiste : c’est pourquoi on parle, plutôt, à leur propos, d’une onde censée illustrer, par son tracé, la plausibilité de présence à tel ou tel endroit, tel ou tel moment, sans plus.

En physique quantique, les particules sont si peu localisables qu’on obère leur matérialité, et donc leur localisation en y substituant, je le répète, une « fonction d’onde » qui est une « zone de probabilité » censée représenter leur hypothétique positionnement : c’est ce qu’on appelle la superposition quantique : une particule existe simultanément dans une infinité de positionnements possibles. C’est un peu la même chose avec l’Arbre Séphirotique : plus qu’un réseau est-il une superposition d’états que sont en fait les déclinaisons possibles du principe divin, les fonctions d’onde étant représentées par les 22 liaisons possibles, appelées sentiers, entre lesdites Séphiroth. Chaque Séphirah sera alors quantifiable par ce qui la délimite et comparable à un quantum.

Pour filer la métaphore, nous pourrions voir une voiture comme un agrégat, un corpuscule, et sa trajectoire GPS comme un parcours prédéterminé, comme l’onde probabiliste de sa présence à tel ou tel moment du parcours, l’ensemble voiture-trajectoire constituant, dans son entièreté, une seule et unique entité bien trop élusive pour être formalisée par nos sens. Pour être tout à fait précis, il conviendrait de faire ces mesures à partir d’un endroit éloigné, l’espace géostationnaire, par exemple, où la vision rendrait insécable le véhicule de ses trajets Cette mesure probabiliste rejoindrait en cela l’incertitude qui gouverne les quanta quant à leur « consistance », définie à la fois comme ondulatoire et corpusculaire. Cette dualité constitutive trouvera écho dans l’Arbre Séphirotique, composé de l’« ondoiement » de 22 chemins, appelés « sentiers », reliant les 10 séphiroth, concrétions mentales qualifiables alors de « corpusculaires ». Cette approche à l’avantage de pouvoir être sommairement imaginable par un point, pour le corpuscule, le granulaire et simultanément par une oscillation pour l’onde décrite.

L’onde, issue du latin unda, désigne à l’origine l'eau mobile, courante, constitutive de l'humain mais également sujette à un mouvement permanent, qui donc la transforme par l'intérieur, de manière sporadique et sinueuse. Cette onde est unificatrice, c’est pourquoi l’Arbre Séphirotique est composé en fait de 32 chemins, 22 continuels, les sentiers, et 10 concrescents, les séphiroth. Enfin, au XIVème siècle, l’onde acquerra le sens abstrait de « ce qui affecte de manière intermittente », et qui donc laisse la place, à tout moment, au quantum en tant que « principe pesant ».  Une phrase du 3ème degré du REAA ne dit pas autre chose : Q- : « Comment êtes-vous parvenu à cet endroit ? », R- : « Par 3, 5 et 7 marches séparées par 2 repos ».

Q- : « Comment êtes-vous parvenu à cet endroit ? », R- : « Par 3, 5 et 7 marches séparées par 2 repos».

Les repos constituent ici des stases nécessaires à l’assimilation d’une forme de dynamique vertueuse représentée par les marches, (identifiables aux séphiroth) qu’on ne gravit que par le mouvement, lui-même cadencé à la fois par son caractère escalatoire (des formes et des idées), et par une scansion permise par la progressivité et l’acutesse des nombres impairs (identifiables aux 22 sentiers). Il faut en effet imaginer l’Arbre Séphirotique comme une mouvance perpétuelle, où interagissent stations et mouvements. L'onde contourne les obstacles en les épousant, elle permet de garder du mouvement et donc de la liberté, tout en posant une réflexion précise et profonde sur cette intrication complexe qui se mène en permanence entre Nature et Individu, entre fonction d’onde et quanta, entre sentiers et séphiroth.

Cette intrication existe donc en physique sous le doux nom d’« intrication quantique ». Elle signifie que l’état d’un objet quantique conditionne celui d’un autre objet quantique, quel que soit la distance qui les sépare. Lorsque deux particules deviennent intriquées, elles semblent instantanément coordonner leurs états.  Cette propriété extraordinaire met sans doute en jeu le « bruit de fond ondulatoire » du vide quantique, dont les lignes de force entre 2 quanta, qui emplissent ce vide, vont se voir modifiées, cette « dissonance du milieu » servant alors d’information transmise, sous forme d’ondulations, à qui de droit.  Pour illustrer ce propos, prenons l’exemple des poissons, aptes à détecter d’infimes différences de pression barométrique dans le milieu aqueux, différences générées par le mouvement, par exemple d’un requin évoluant à 500 m de là.

Les mouvements ondulatoires du requin vont modifier la pression aquatique attenante, qui sera perçue par les détecteurs du poisson, car sa fluctuation sera transmise aux ondes de l’eau. C’est aussi le principe maçonnique d’exemplarité, dans lequel point n’est besoin de liens très proches pour voir son comportement influer sur autrui et inversement. Cette exemplarité sera d’autant plus forte que l’égrégore, ce tissu invisible, conjonctif et fraternel, sera plus épais, et que donc la transmission se fera plus intensément. De cette intrication découle une autre propriété remarquable, l’holisme quantique, dans lequel la somme des propriétés de 2 particules quantiques, même éloignées, est supérieure à celle de leur combinaison. Cela nous renvoie à la célèbre formule 1+1=3, dite de la tri-unité, ou pensée ternaire, dans laquelle le tiers inclus est représenté par l’initié lui-même.

L'onde est aussi une manifestation qui renvoie à une source, puissante mais bien souvent ineffable. Cette source ineffable est objectivée en physique quantique par ce qu’on appelle le vide quantique, vide supposé car transparent à l’intellect rudimentaire de l’être humain. Il s’agit en fait d’un endroit que l’on pourrait assimiler à un tissu nourricier, partout présent, uniquement rempli de « fonctions d’onde », c’est-à-dire d’oscillations correspondant à une probabilité de présence de ces quanta, particules fantastiquement énergétiques mais dépourvues de masse signifiante. Cette absence de masse, qui est, je l’accorde, difficile à concevoir pour un profane, signe pourtant cette apparente existence d’un vide et correspond, nous allons le voir, à l’Ein des kabbalistes. Pour les maçons, la fort célèbre devise « Ordo ab Chao » sera en fait la meilleure façon, par le chaos, d’imaginer ce vide. Par exemple, le vide quantique n’a de vide que le qualificatif ou que l’observation physique macrocosmique.

Il est en fait « vibratoire » : ce terme, ambigu, peut prêter à confusion, par son imprécision ou son caractère fumeux ; il faut concevoir le « vide » quantique non comme une forme d’absence de tout élément, mais comme le terrain de jeu de phénomènes si subtils qu’ils ne peuvent être définis qu’au travers d’un levier mi-symbolique mi- scientifique, celui de la fonction d’onde. Le chaos est foncièrement une « potentialité non ordonnancée » de laquelle sortira un agencement progressif, une « matière arrangée » ainsi apte à être conçue et reçue par l’intellect humain, et, partant, à s’infléchir sous l’action d’un principe différenciateur, qu’on appellera, c’est selon, Dieu, le GADLU ou l’Ein Sof (« sans limite ») des kabbalistes. Nous parlerons alors de vide parce que la petitesse et la célérité de l’ensemble n’apparaîtra pas à notre regard, bien trop lent et trop obtus pour détecter une présence en son sein.

Ces kabbalistes ont poussé la différenciation jusqu’à distinguer 3 « univers » dans cet ineffable : l’Ein, où la négation est un principe, et le néant une expression infiniment cyclique. L’Ein Sof, où l’absence de limites constitue malgré tout un seuil de plausibilité de l’existence (car la négation s’applique là à un substantif). L’Ein Sof Aur, enfin, qui voit apparaitre la lumière-principe (Aur) comme un signal sortant du bruit primordial. Pour établir une similarité avec l’univers quantique, il faut savoir que la 1ère révolution quantique vit la lumière physique définie comme une onde électromagnétique, portée par une dualité ondulatoire et corpusculaire. Il n’y a bien sur aucun lien structurel entre la lumière physique, et celle, métaphysique dont parlent souvent les francs-maçons, si ce n’est être un lien ontologique, caractérisé par des qualités de puissance, de fugacité et d’élusivité.

En fait, il faut considérer cette tripartition de l’Ein Sof comme une manière de générer, même au sein de cet ineffable, une dynamique (dont le 3 est le nombre symbolique), un élan ternaire propre à ensuite se « retirer » (Tsimtsoum en hébreu), afin de découvrir (dans les 2 sens du verbe) , l’expression en l’homme du divin, c’est-à-dire l’Arbre Séphirotique. Il faut considérer cette ternarisation comme une triangulation

Définir par exemple 2 univers ramènerait ceux-ci à une vision binaire, non ineffable, car détenue par l’homme en général ; en définir 4 n’apporterait rien de plus, puisque le processus d’identification symbolique s’arrête au nombre 3, et serait reproduit rel quel à la simple adjonction d’une unité supplémentaire. Même au niveau de l’Ein Sof Aur, nous restons dans une dimension archétypique, que l’on retrouve parfaitement illustrée dans le tableau du 28ème degré, où le soleil-principe, qui est plus que le simple luminaire, ensemence, irrigue toute une suite articulée et hiérarchique de symboles à même de reproduire ce délicat passage du principe à la matière. Cette approche particulière permet donc de proposer une alternative au phénomène intuitif de continuum, que l’on rencontre communément : la gravité, le sable, l’eau, la pensée, l’intelligence, le temps et l’univers semblent formés d’un tissu « conjonctif », s’écoulant sans obstacles, une sorte de « fluide métaphysique » continu.

C’est une forme d’adaptation de la chair à des principes mécanistes dont on a du mal à se départir, et qu’on ne peut alors concevoir, faute de mieux, que sous forme d’un flux. La notion de continuum semble alors intuitivement plus avancée que celle de « grain » (quanta, en latin) car elle nous emmène intuitivement vers l’image d’une affluence, d’une dynamique ou d’un essor qui évoque intuitivement l’esprit, l’intelligence ou la pensée. En fait, la notion de continuum symbolise un biais d’attrition, une carence de perception de l’individu à se servir d’un concept, n‘y voyant que son aspect corrélé, voire même, comme dans les fonctions d’ondes vibrant dans le vide quantique, que la corrélation elle-même. Ceci corrobore la théorie de la Relativité générale d’Einstein, qui décrit l’Espace-temps comme continu et lisse alors que la théorie quantique le décrit comme étant « discret (constitué d’unités discrètes) et agité », donc non-localisé.

L’ondulation, l’écoulement, la stillation plaisent à l’intellect, qui y voit une forme de spiritualisation de la pensée et de la matière. Cette vision n’est pas fausse, mais partielle : elle deviendra plus aboutie lorsqu’on y associera ce que les physiciens appelèrent donc les quanta, constituants ultimes des protons, électrons et neutrons, qui sont des condensats d’énergie discontinus et indivisibles, des sortes de « paquets » (on parle d’ailleurs de « paquets d’onde ») résistant, à très petite échelle à cette « fluidité ontologique » supposée. Pour faire un autre lien entre quanta et séphiroth, les physiciens parleront ainsi, à propos de ces particules singulières, de « couleur » et de « saveur » particulières, qualifiant de façon ambiguë lesdites particules, et trahissant quelque part la difficulté à caractériser dans le monde commun cette physique si particulière.

Cette « coloration » et cette « saveur » seront transposées dans l’Arbre Séphirotique en valeurs qualifiant les émanations divines, que matérialise chaque séphirah, valeurs morales, métaphysiques, voire situationnelles, mais obéissant aussi à un « prosaïsme confessionnel » dont seul le judaïsme est capable : couronne, beauté, force, miséricorde, Connaissance, intelligence, gloire, etc… Il ne faut surtout pas voir cette quantification des séphiroth comme une façon de les apprivoiser, de les réduire à une simple fonction mécaniste, car quantifier n’est pas rendre « plus prosaïque », c’est même plutôt le contraire, car cette « finitude transitoire » du concept, et c’est là un euphémisme, se prêtera parfaitement à sa collusion avec l’idée d’un syncrétisme mouvant, d’une transformation perpétuelle et d’une amplification sporadique permise par l’induction créatrice des 22 sentiers reliant les 10 séphiroth. La force de l’Arbre séphirotique sera qu’il est tellement archétypal qu’on ne pourra se résoudre, à son égard à une seule interprétation possible : on pourra y voir aussi bien un « boulier métaphysique », un gradient, une arborescence, un corridor ou un organe spéculaire, c’est-à-dire un portrait où se mirent nos attitudes et notre intellect, nous permettant, excusez cette redondance, de « spéculer », c’est-à-dire de compléter sans cesse l’approche relativiste du monde qui nous entoure. La vision la plus adéquate, mais en même temps la plus abstraite consisterait peut être à voir dans l’Arbre Séphirotique un « champ des possibles », pouvant exister sous 2 états très ponctuels, celui des séphiroth, qui symboliseraient une confluence « localisée et temporaire » et celui des 22 sentiers, qui ne sont autres autre que ce même champ, mais envisagé de façon potentielle, diffuse, non localisée.

Métaphoriquement, cet arbre serait assimilable au sang, seul tissu conjonctif liquide de l’organisme, fait d’« éléments figurés », les globules, plaquettes et consorts, et de plasma, sorte de fluide nutritif fait d’eau et de minéraux, échangeant sans cesse par les lois de l’osmose avec ces éléments « solides » précités. Alors bien sûr, un globule reste toujours un globule, et les transformations du plasma ne changent qu’à la marge la forme et la constitution des éléments qui y baignent. Alors que la physique quantique opère à la limite de la métaphysique.  Ce qui veut tout simplement dire qu’une découverte dans ces domaines-limites se partagera nécessairement entre le « dit » objectif, versé au dossier du prosaïque et un « non-dit » transitoire, versé au dossier « métaphysique ».

La métaphysique est alors ce qui nourrira les espoirs de découvertes les plus controversés. Rien d’anormal là-dedans, la métaphysique sera toujours ce domaine à l’ambivalence nécessaire : on a coutume, et c’est un contre-sens, à voir le radical méta- comme une temporalité : la métaphysique serait après la physique, au-delà de celle-ci, mais cet au-delà n’a pas de valeur temporelle, il est travaillé par l’homme qui sait se montrer « dépassé » sans se perdre…Et cette boussole s’appelle la métaphysique. Dans cet esprit, la vision que requiert l’Arbre Séphirotique se devra d’être avant tout globale, sur un mode méditatif, où l’attention passera de pôle en pôle sans jamais s’« attacher » à une valeur particulière.

On retrouve là l’esprit général de la franc-maçonnerie, qui est d’émanciper les personnes qu’elle contribue à construire, dans un objectif de souveraineté intellectuelle et d’autonomie fonctionnelle. Les exemples proposés peuvent être vus comme des illustrations un peu naïves, voire simplistes ; il n’en demeure pas moins, et c’est là leur force, que tout est lié dans ce bas monde, fut-il microcosmique ou macrocosmique. La limite entre physique et métaphysique est de toute façon toujours mise à rude épreuve : si vous lisez des ouvrages de scientifiques portés sur l’aspect fondamental de leur recherche, il y a toujours un moment où ils décrochent dans leur analyse prosaïque, et où leur seule échappatoire est de digresser pour faire diversion, ou simplement pour marquer leurs limites. 

C’est tout l’intérêt de ces disciplines médianes, que sont la physique quantique et l’étude séphirotique Cette approche sera néanmoins conditionnée au fait que nous ayons préalablement étudié chaque séphirah dans son essence propre. Nonobstant une vertu précise alléguée à chaque séphirah, leur essence pure n’existe pas, en fait, de façon définitive, étant, du point de vue quantique, plus le condensat de diverses valeurs que d’une valeur unique. Cette relativité est une force, comme elle l’est en franc-maçonnerie, car elle n’impose aucun dogme définitif. Il existe en effet une grandeur qualitative pour chaque émanation divine séphirotique, témoignant de son usage dans un entre-soi à la fois séculier et régulier. Mais en même temps, ses relations inaliénables avec les autres séphiroth tendent à relativiser la « tessiture » de la valeur morale qui est attribuée à chacune. 

Ainsi, par exemple, la 5ème séphirah, nommée Gevurah, « force » ou « rigueur », interagit-elle avec la miséricorde (Chesed), la gloire (Hod) et l’intelligence (Binah) ; elle sera donc, à un instant T, un peu de toutes celles-là, en quantité variable. Nous appellerons, en physique quantique, cette capacité à épouser différentes valeurs la superposition quantique, où chaque quanta existe simultanément sous des différentes valeurs, ce qui multiplie à l’infini le nombre de localisations possibles. Á sa façon l’Arbre Séphirotique est également une superposition de 10, voire 11 séphiroth, dans la mesure où ces canaux que sont les sentiers, sont effectifs. Autre corrélation intuitive, validée par l’expérimentation scientifique : la physique quantique a classifié les particules quantiques en 2 grandes catégories, les fermions et les bosons.

Il s’agit là d’un autre niveau d’analyse, plus catégoriel, et d’une certaine façon holistique, dans laquelle les fermions constituent la détermination d’une certaine « granularité » fondamentale de la réalité, d’une forme de matérialité. En effet, ces particules quantiques subissent comme les autres une forme d’incertitude sur leur position, mais bénéficient de ce qu’on appelle le principe d’exclusion, grâce auquel chaque électron ne peut pas occuper la place d’un autre, sans quoi ladite matière s’effondrerait sur elle-même. Pour filer la métaphore, le principe d’exclusion peut être expliqué par le jeu des chaises musicales : 6 chaises, 7 candidats, puis 5 chaises et 6 candidats, etc…. Á chaque tour, un candidat sera exclu afin que la « trame » de chaises, c’est-à-dire l’aspect solide de la matière demeure prépondérant sur le balai « labile » des candidats.  

Ce principe permet une alternative à la non-localisation, créant la représentation mentale d’un solide, illustrant la répartition ontologique de ces éléments, qu’on peut symboliser, s’agissant de l’Arbre séphirotique, par l’image « arrêtée » des séphiroth, où chacune subit l’influence des autres, mais sans possibilité de s’y substituer. L’autre grande catégorie sera celle des bosons, particules ne bénéficiant pas du principe d’exclusion précédemment cité, et donc se constituant en « flux », en faisceau transmetteur de forces. Il est assez contre-intuitif d’imaginer ces « grains d’énergie » comme des forces, mais cela est rendu effectif par les collisions rendues possibles (car non exclues) entre lesdits bosons, ces derniers libérant à ce moment une partie de leur énergie en forces propagatrices, à l’image d’un liquide, dont les molécules « glissent » les unes sur les autres. Nous y verrons aussi les 22 sentiers de l’Arbre Séphirotique, de même substance que les 10 séphiroth, mais possiblement fluctuantes.  En fait, plus que d’un gradient ou d’une échelle il s’agira, avec l’Arbre Séphirotique, d’une matrice, telle celles mises en avant par la pensée chinoise, où l’on puise çà et là des « causes » diverses, qui donneront alors des effets proprement « imprévisibles », car non linéaires. L’Arbre Séphirotique est en fait une image captée, et même « capturée » de ces quantifications appelées séphiroth, qui sont, selon l’explication commune, des « versants possibles » de la manifestation divine. Arithmosophiquement, il s’agit là d’une redondance, car le nombre « 10 » signifie l’unité réalisée, et donc les aspects divins qui en découlent, ce qui valide la situation des séphiroth.

Il en est de même pour les 22 sentiers, le nombre « 22 » symbolisant le nombre de lettres de l’alphabet hébraïque, mais aussi phénicien, éthiopien, hiératique égyptien, c’est-à-dire l’occurrence de lire, et donc de lier, en associant l’antagonisme des forces cosmiques (le « 20 »), à l’antagonisme des tendances individuelles (le « 2 »). Dit en termes moins fumeux, il s’agit de « rassembler tout ce qui est susceptible d’être épars ». Ces sentiers assurent non seulement leur liaison, mais également la possibilité de nuancer une valeur primitivement « entière » : c’est pourquoi chaque Séphirah est « nommée », ce qui permet de la qualifier, sur divers plans, moraux, philosophique, initiatique, épistémologique, mais aussi de la quantifier, c’est-à-dire d’en faire une « substance momentanément finie ».

Dans le domaine ésotérique, rien n’est négligeable, ni indépendant de ce qui l’entoure. Á cet égard, le milieu dans lequel « baignent » les séphiroth, qui leur permet donc d’exister et de se situer, connait son équivalent en physique quantique par le champ dit « de Higgs », qu’on peut définir comme une sorte de « viscosité de fond », qui va conférer aux particules quantiques, définies au départ comme une fonction d’ondes, une certaine masse (sauf chez le photon qui n’a pas de masse). Cette masse sera objectivée au niveau des séphiroth par une figure que certains qualifient trop vite de sphère ou de « boule ». Il s’agit plutôt ici de configurer ces limites selon des traits curvilignes fermés, en lien rotond avec le Divin.

On pourrait aussi comparer cet arbre à un tableau de loge, qui sera, au-delà des significations et des relations symboliques multiples qui s’établissent entre ces composants, un lieu d’équilibre entre lesdites entités, et d’autre part avec le « bain métaphysique » duquel elles émergent et dans lequel elles évoluent. Le tableau de loge est, dirions-nous aujourd’hui, un écosystème qui se suffit à lui-même, mais qui est constitué à la fois de symboles émergents, propres au grade : ce sont les images illustrant ledit tableau, et d’un « fonds diffus », d’un tissu nourricier invisible, d’un environnement ineffable constitué de tout ce qui n’est pas visuellement présent et qui constitue l’arrière-plan dudit tableau. Cet ineffable constitue aussi, nous l’avons déjà signalé, l’Ein Sof des kabbalistes, assimilable au vide quantique. Mais l’Arbre Séphirotique n’est pas seulement une interface, ou un juste milieu entre monde divin et monde tangible : il se suffit à lui-même, apparaissant comme un appareil auto-géré, auto-régi, le protégeant en fait de toute velléité excessive du dévot ou de l’impie.

Pour cela, sa fonction suprême, celle de la Connaissance, se devra d’être objectivée au sein même de son appareil. Da’ath, la 11ème Séphirah, dite « invisible », nichée dans le cœur battant de l’arbre kabbalistique des Séphiroth signifie en effet « Connaissance » : ce statut fait qu’elle n’est pas qualifiable en tant que telle, puisqu’elle est, déjà par elle-même, la qualification suprême, et la garantie à elle seule de toute la légitimité d’exister de l’Arbre Séphirotique. Da’ath est une forme de mise en abyme de cette Connaissance qui imprègne chaque Séphirah dans ses liaisons avec les autres Séphiroth. Nous pourrions dire que Da’ath est un « passeur » providentiel, dans son étymologie subsidiaire, c’est-à-dire qu’elle pourvoie au lien entre 2 mondes. Par sa transcendance discrète, Da’ath renvoie les autres séphiroth à leur qualité d’avatar, elle permet d’ajouter à la compréhension du divin par l’articulation entre ces Séphiroth, une finitude qui fait qu’elle se suffit à elle-même.

Si cette séphiroth est « cachée », c’est d’abord parce qu’elle apparait en filigrane du plan d’expression de l’Arbre, qu’elle est un pont invisible entre ce que j’ai appelé plus tôt, s’agissant de la physique quantique, le « Champ de Higgs », fonds diffus et nourricier, profond, et les autres séphiroth, plus ostensibles et de ce fait plus limitées dans leur valeur significative. Da’ath n’est donc pas proprement dissimulée, elle opère simplement sur un plan intermédiaire, entre les autres séphiroth et l’Ein Sof. L’élusivité de Da’ath connait un équivalent en physique quantique, le boson de Higgs, très furtif, d’ailleurs découvert en dernier parmi les particules quantiques, et qui, comme elle, possède des caractéristiques qui le distingue des autres quanta, cedifférentiel constitutif permettant d’agir derechef sur ces derniers.

Le boson de Higgs pourrait, à l’instar de Da’ath, être dit « invisible ou caché », car ce qui caractérise les autres quanta est chez lui absent : sa présence donne de la « viscosité » aux autres quanta, c’est-à-dire une masse à ce qui n’était qu’une fonction d’ondes ; conséquence : la théorie ne lui prévoit pas de masse, puisqu’il ne peut pas être à la fois, à l’instar de Da’ath, une référence et un « référé ».   De plus, le boson de Higgs n’a pas cette signature qu’on appelle le spin, qui est une sorte de « rotation intrinsèque » caractéristique des quanta, il interagit uniquement avec lui-même, et son existence est trop brève (de l'ordre de 10 puissance moins 22 secondes) pour qu'on le détecte directement.

Bref, ce qu’il faut retenir de Da’ath et du Boson de Higgs, c’est qu’ils échappent quelque part à la « ligne éditoriale » de leurs domaines respectifs, tout en y appartenant quand même : cette asymétrie est fondamentale, car elle permet de créer un point d’ancrage, extérieur par définition, apte à « densifier », à autonomiser peu ou prou ce système. L’Arbre Séphirotique, comme l’univers quantique, peuvent donc être qualifiés, excusez le caractère « désincarné » de cette approche, de « conurbations » de concepts définis sur le papier par des valeurs mathématiques, morales ou métaphysiques qu’il conviendra, pour l’initié, de « dépasser » en faisant usage d’un syncrétisme dont la portée dépendra du caractère, de la culture, de la conscience et de l’intelligence dudit initié. Si la réflexion est cohérente, rien ne sera jamais faux.

Simplement la réflexion se situera à des niveaux variables, elle demeurera plastique, et c’est ce formalisme de la plasticité qui permettra d’avancer dans « les voies de la Connaissance ». L’Arbre Séphirotique tout comme le modèle quantique ne sont donc pas à proprement parler, didactiques, d‘abord parce que leur fonction n’est pas celle-là , mais celle d’établir des ponts entre 2 autres milieux ; ensuite , et c’est une conséquence de la précédente, parce qu’ils offrent d’emblée toute leur structure à l’impétrant, afin que celui-ci puisse prendre la mesure de ce qui lui est soumis, et c’est là le « piège » : tout est exposé, mais rien n’est véritablement visible, chaque Séphirah, chaque quantum possédant une spécificité qui existe par la valeur qui lui est attribuée, mais aussi par sa position relative dans le schéma prescrit.

Cette aptitude est séduisante car elle décrit des phénomènes subtils, attractifs, quelquefois contre-intuitifs qui ne doivent pourtant pas « masquer » le caractère nécessairement subjectif de leur étude. Le modèle quantique, par exemple, ne se marie pas au modèle relativiste, et donc pas à ce modèle prégnant chez le franc-maçon, celui de la mesure.

Alors que le simple fait de tenter de mesurer un effet quantique se heurte à ce qu’on appelle la « décohérence », dans laquelle toute intrusion, ne serait-ce que visuelle, si infime soit-elle, provoque ce qu’on nomme un « effondrement quantique », où les lois régissant ce monde infiniment cessent immédiatement d’exister et basculent suivant les lois de la physique classique, relativiste. Ce terme de « décohérence » est péjoratif, car nous aurions tout aussi bien pu définir le passage du quantique à la physique classique comme une « recohérence relativiste » il porte en fait, par ce qualificatif, toute l’impuissance de la communauté scientifique à observer et maintenir en l’état cet effet.

L’effondrement quantique n’est pas un acte de révélation et d’émanation, mais, au contraire, un acte de restriction, d’où son épithète péjorative. On peut ainsi le rapprocher de la Chute adamique, depuis l’Eden, monde indifférencié vanté par la religion, où tout est potentialité, vers le monde discursif tel que nous le connaissons qui est, d’après la Bible, endroit de douleur et siège du Mal, en tant que pendant à l’inévitable Bien.  Ce retrait existe aussi dans La Kabbale, sous le nom de Tsimtsoum. Cet acte de « retrait ontologique » qualifie au mieux le passage de l’Ein Sof à sa manifestation en séphiroth.  Le retrait d’un milieu par rapport à un autre a cet avantage de ne laisser à aucun moment un « espace » neutre entre les 2 : ce qui est laissé est instantanément occupé par le milieu récepteur, en l’occurrence ici celui de l’Arbre Séphirotique, du monde tangible, et de l’espace-temps qui se crée.

Le Soleil-principe ne peut être, à l’origine, que principiel, puisqu’il se trouve en amont des anges, et non le simple luminaire placé au-dessus de l’Orateur, en loge symbolique. Il n’est perceptible, à l’instar des 3 modulations de l’Ein Sof, qu’au travers de 3 substrats successifs, aptes à moduler sa vigueur. Le 1er filtre sera celui du cercle pointé, le 2ème un triangle apposé sur le disque principiel : ce triangle va donner au Soleil-principe de l’étendue nuançant par essence une perception trop violente qui affecterait notre esprit. Le Soleil-principe ici ne signifierait rien s’il n’était lu par le prisme de ce triangle, qui lui confère la capacité à être un tant soit peu agissant, le triangle donnant au Soleil-principe un principe de dimension et de quantité à même d’en faciliter l’approche.

Enfin, les 3 S « postés » aux 3 sommets du triangle (Sagesse, Saint et Science) complètent ledit triangle, le renforcent, car il s’agit là de vertus proprement humaines.

La sentence LUX EX TENEBRIS, disposée entre Principe et matière, libère paradoxalement l’intelligence humaine, en tombant, par la Chute Adamique ou l’effondrement quantique, dans le manifesté. De façon presque naturelle, les Keroubim ou Chérubins, à la fois protecteurs et intercesseurs vont trouver leur place immédiatement à l’extérieur de cette sentence, pour border et rendre intelligible la liaison entre Principe et Nature. Ensuite le monde tangible va pouvoir se décliner en de nombreux archétypes tels que les 4 éléments alchimiques, les 3 états du feu, symbolisés par des bougies ; le Temple de Salomon flanqué des 2 colonnes ; l’Agneau ; le Caducée ; les 3 états de l’Être et la symbolique des nombres. Le caractère didactique, car fragmenté, compartimenté, des tableaux de loge précédents ne demande plus ici à être apprécié selon un ordre sérié, mais dans une mouvance qui n’en est une que pour les non-initiés…

Thierry Didier.

 

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Quand la Kabbale rencontre la science

Publié le 16 Août 2026 par T.D

Trois points d’interface

par Yits'hak Ginsburgh

Une démonstration de la façon dont trois aspects majeurs de la théorie scientifique moderne interagissent merveilleusement avec les concepts clés de la tradition kabbalistique.

1) La quête de l’unité

La science, dans sa quête pour révéler l’unité sous-jacente au sein de la nature, se retrouve constamment à revenir aux origines de l’univers – au « jour un » (yom e’had) de la Création. L’univers, dans son état actuel, est trop froid et trop solide pour que l’on puisse y trouver l’indication d’une telle unité. C’est seulement au sein de l’énergie et de la chaleur qui régnaient au tout début du temps et de l’espace que toutes les forces et tous les éléments de la nature pouvaient fusionner pour ne faire qu’un. Telles sont les prémisses qui sous-tendent les théories du champ unifié et du « big bang ». Si l’on recherche l’unité encore plus profonde qui lie « l’existence » à la « non-existence », il devient alors nécessaire de proposer des théories encore plus obscures – comme la théorie des cordes – qui relèvent presque de la métaphysique.

La recherche de l’unité commence avec le principe généralement admis dans la physique moderne que le temps partage une « géographie » commune avec l’espace : de même que tous les points de l’espace coexistent selon un continuum unique, tous les points dans le temps – passés, présents et futurs – se répartissent simultanément au sein du même réseau.

Beaucoup admettent actuellement que le processus cosmologique qui a produit ce continuum d’espace-temps s’est déroulé en quatre étapes, dont les trois premières émanent des théoriciens des « cordes », tandis que la dernière est populairement connue sous le nom de « théorie du big bang ». En premier lieu, les propriétés et les relations mathématiques qui régissent l’espace-temps devaient être définies ou « créées ». Ensuite, en un seul saut quantique, « l’existence » a spontanément émergé de cette « abstraction ». À ce moment-là, une grande « inflation » de l’univers se produisit, lors de laquelle il s’étendit, instantanément, de l’ordre de 1050. Finalement, le « big bang » déchaîna la pleine poussée de sa force à partir d’un point unique à l’intérieur de cet univers étendu. Dès lors, l’univers tel que nous le connaissons commença à se dilater, quoiqu’infiniment plus lentement qu’il ne l’avait fait jusque-là, se figeant dans son état actuel au fur et à mesure que ses éléments structurels se refroidissaient.

En termes kabbalistiques, ces quatre étapes peuvent être considérées comme correspondant à la séquence des quatre lettres du Nom ineffable de D.ieu – Youd Hé Vav Hé, le modèle sur lequel repose toute méditation dirigée vers D.ieu et la Création. La première lettre de Son Nom, Youd, un point minuscule, représente la « contraction » initiale (le tsimtsoum) de la Lumière Divine à partir de laquelle fut créé le vide primordial de l’espace et du temps. La seconde lettre de Son Nom, le Hé développé dans l’espace, représente l’émergence initiale de l’être créé ex nihilo. La troisième lettre, le Vav linéaire (dont la valeur numérique est 6), symbolise l’extension soudaine de cet être dans les six directions de l’espace. Il suggère également à la prémisse contenue dans la théorie des cordes qu’il existe six autres dimensions cachées qui sont effectivement « enveloppées » au sein des quatre que nous identifions communément. Enfin, la répétition de la lettre Hé à la fin du Nom de D.ieu suggère une fois de plus l’idée d’expansion – désignant cette fois-ci l’expansion finale de l’univers par laquelle il s’est installé dans sa forme divinement assignée.

L’hypothèse d’une unité sous-jacente au sein de la Création entraîne avec elle la croyance concomitante en un état de symétrie parfaite ayant caractérisé l’univers naissant. (Les mathématiques de la physique moderne utilisent des groupes de symétrie lorsqu’elles veulent exclure des phénomènes conceptuels « indésirables » comme les infinis.) Au fur et à mesure que progressent les étapes de la création, cet état initial de symétrie dans l’univers semble s’effondrer. Ainsi, tout retour à l’unité primordiale de la création semblerait impliquer un retour correspondant à la symétrie maximale.

Le dernier verset de la section de la Torah de Béréchit (Genèse 5,8) évoque le ‘hen (amabilité ou faveur) que Noé trouva aux yeux de D.ieu. Le terme ‘hen est compris dans la pensée ‘hassidique comme impliquant le genre particulier de beauté gracieuse qui découle d’une symétrie innée. Noé, qui représentait le dernier vestige de la grâce naturelle demeurée dans la Création après le grand déclin moral qui provoqua le déluge, fut identifié aux yeux de D.ieu comme une source de ‘hen, comme l’exprime le fait que les lettres hébraïques de son nom – le noun et le ‘het – forment une image miroir du mot ‘hen. Ainsi, le ‘hen que Noé trouva aux yeux de D.ieu suggère de manière figurative l’identification d’une symétrie suffisante au sein de la Création pour susciter la compassion divine et sauver le monde de la destruction totale. La pupille de l’œil est appelée en hébreu ishon – littéralement « petit homme » –, faisant peut-être allusion à l’image de Noé qui occupait le centre de la vision de D.ieu lorsque Celui-ci évaluait l’avenir de Sa création.

La Torah désigne communément l’œil comme étant l’instrument de mesure du ‘hen. Le rôle que joue la symétrie dans le processus de la perception visuelle s’exprime clairement par la fonction du cristallin, la lentille qui projette sur la rétine une image inversée qui est par la suite retraitée par le cerveau pour produire l’image rectifiée que nous percevons réellement. Cela nous indique que la façon de découvrir le ‘hen caché de l’univers est d’imaginer une « inversion » de la réalité, dans laquelle la Divinité est pleinement révélée tandis que l’aspect matériel de la Création passe dans l’abstraction.

2) Le principe d’incertitude et la conscience de la foi

À côté de l’unité sous-jacente de la nature, le centre d’intérêt le plus « éclairé » de la recherche scientifique moderne peut être considéré comme étant celui de la relation intime entre la conscience et les lois de la réalité physique.

Le principe d’incertitude de la physique quantique, qui établit en substance l’impossibilité de déterminer simultanément certaines paires de phénomènes subatomiques (comme la position et la quantité de mouvement), implique que l’acte même de l’observation humaine – ou « conscience » – affecte nécessairement l’une des propriétés que l’on observe. Les physiciens ne sont pas d’accord sur le degré de conscience nécessaire à la mesure de la réalité physique. Néanmoins, l’idée demeure – soutenue par la métaphysique correspondante de la Kabbale – que la conscience à la faculté de déterminer par elle-même la nature du monde que nous cherchons à connaître.

Le principe d’incertitude est un bon exemple de la façon dont les principes fondamentaux de la physique moderne peuvent contredire les axiomes du bon sens. Au bout du compte, le courage intellectuel de contester le consensus de la raison découle de la force suprarationelle de la foi inhérente à l’âme divine de l’homme. Avant l’avènement de la physique quantique, la science croyait que le déterminisme dirigeait l’univers. Avec le principe d’incertitude, il est désormais évident que la nature ne peut pas être expliquée en termes de pure causalité. Au maximum, nous pouvons parler de « probabilité », ce qui permet de réintégrer au débat scientifique des phénomènes tels que le libre arbitre et la responsabilité morale qui, du fait de leur caractère « non scientifique » supposé, avaient été totalement rejetés par les penseurs scientifiques antérieurs.

La litanie de la physique moderne est remplie d’attaques au bon sens : la vitesse de la lumière reste constante, quelles que soient les circonstances de sa mesure ; les changements énergétiques dans l’univers se produisent à intervalles « quantiques » fixes (la constante de Planck) plutôt que par incréments contigus. Ces deux « constantes » dans la nature – « c » (la vitesse de la lumière) et « h » (l’unité d’énergie quantique) – changent à jamais la façon dont nous concevons des concepts classiques tels que « l’infini » et « zéro » ». Une troisième « constante » dans la nature, dérivée des deux précédentes et placée, en quelque sorte, entre celles-ci, est « l’inverse de la constante de structure fine », égale au nombre « pur » (c’est-à-dire sans dimension) de 137. (Le nombre 137 est aussi l’équivalent numérique du mot Kabbalah en hébreu.) Ensemble, ces trois constantes forment un ensemble qui correspond à la séquence des étapes dans le service de D.ieu, expliquée ailleurs dans la tradition ‘hassidique.

3) La descente de la création à une position de repos

Une autre base de la physique moderne est citée comme le postulat selon lequel toutes les structures physiques tendent vers leur niveau d’énergie le plus bas possible. Ce principe fondamental est reflété dans la doctrine kabbalistique des « mondes descendants », dans laquelle la Création est vue comme descendant de l’énergie infinie de l’Être divin jusque dans la stase de la réalité matérielle.

La finalité de cette descente est de procurer à D.ieu une dira beta’htonim – une « demeure dans les domaines inférieurs » – où la Gloire de Son Royaume pourrait être manifeste de par l’effet du service de la Torah et des mitsvot sur l’ordre créé.

La révélation de la Majesté divine qui accompagnera la rectification finale de notre monde physique éclipsera de loin toute révélation antérieure de Divinité dans l’histoire de la Création. C’est pour cette raison que la tendance à « descendre dans la matérialité » domina l’état initial de sublime symétrie qui caractérisait la création naissante. L’univers recherche cet « état d’énergie le plus faible » à partir duquel il est destiné à manifester une symétrie radicalement nouvelle au sein de la Création : celle qui harmonisera la perfection primordiale de D.ieu avec le domaine déficient de la réalité matérielle.

Dans la Kabbale, la propriété de « descente » associée au royaume matériel atteint son expression ultime dans l’eau, qui par nature coule du haut vers le bas, cherchant le plus bas point. La propriété opposée de l’ascension spirituelle est représentée dans la flamme du feu, qui consume la matière dans sa tentative d’ascension. Au final, la force de gravité associée à l’eau surpasse la force de légèreté liée au feu, de même que l’enracinement du monde dans la matérialité dépasse son désir intérieur d’être consumé dans la Divinité.

Selon la plupart des physiciens, l’univers a déjà atteint son plus bas niveau de distribution d’énergie. Cela signifierait, selon la foi kabbalistique, que le monde est sur le point d’entrer dans un nouvel état de symétrie. On peut considérer que c’est le Chabbat qui fournit la meilleure métaphore de cette nouvelle réalité.

Nous devrions imaginer la Création comme un processus qui passe d’un état sabbatique d’équilibre et d’harmonie à un autre. Le premier « Chabbat » – caractérisé par l’extension infinie de la Lumière Divine qui imprégnait à l’origine toute la réalité – était le reflet de la « première pensée » de D.ieu concernant la création imminente qui allait avoir lieu : que celle-ci soit construite sur le principe de « din », la mesure stricte contribuant à la forme idéale. La symétrie impliquée par ce programme était d’une parfaite uniformité, inspirée par l’Unité absolue de la Lumière Divine à partir de laquelle elle avait été conçue.

Une intention plus profonde, cependant, apparut avec la décision de D.ieu d’appliquer conjointement avec le din, le principe de ra’hamim, la compassion divine. C’est cet attribut qui fut responsable de la forme « tolérante » que prit finalement la Création, celle qui accueillit en son sein les imperfections de la réalité matérielle finie. Ayant commencé sa « descente », l’univers s’engagea sur chemin mystérieux menant au « Chabbat à venir », lorsque le monde sera délivré de son agitation et de sa turbulence.

Cette représentation des principes contraires à l’œuvre dans la Création se reflète dans le célèbre Midrash qui décrit comment les deux attributs de ‘hessed (« Bienveillance ») et emeth (« Vérité ») ont comparu devant D.ieu avant la Création pour aborder la question de si le monde devait effectivement être créé. La Vérité exigea que ce monde ne soit pas créé, car il finirait par se remplir de « l’asymétrie » des mensonges et de la fausseté ; la Bienveillance, arguant qu’une création matérielle ne peut jamais se justifier, demanda que le monde soit néanmoins créé, ne serait-ce que par le mérite de la bonté de D.ieu, ainsi que l’occasion qu’il nous donne d’enrichir notre prochain.

Le Midrash conclut bien sûr que D.ieu privilégia la position de la Bienveillance, relatant qu’Il « jeta la Vérité à terre », un acte reflétant Son désir que l’idéalisme strict soit tempéré par l’empathie et la considération des limites de l’existence finie. Il y a, dans cet acte, le désir implicite que « la Bienveillance et la Vérité se rencontrent, que la Justice et la Paix s’embrassent, que la Vérité jaillit de la terre et que la Justice regarde du Ciel » (Psaumes 85, 11-12). C’est la symétrie révélée entre la Bienveillance et la Vérité qui sera manifeste au sein de la Création au moment où celle-ci entrera dans son jour de Chabbat éternel.

Pour qu’elle puisse reconnaître le but et le destin véritables de la Création, il est nécessaire que l’Âme Divine se revêtisse d’un corps physique. C’est seulement alors que l’homme pourra accomplir la Volonté de D.ieu à travers l’étude de la Torah et le service des mitsvot. Au bout du compte, l’accomplissement de ce mandat suscitera un esprit divin révolutionnaire qui demeure latent dans l’univers. L’éveil réussi de cet esprit exposera la véritable intention de D.ieu lorsqu’Il causa la descente de la Création : la sanctification ultime de Son Nom et de son Royaume avec l’ascension de l’Humanité et de toute réalité à un plan infiniment plus élevé que celui auquel ils se trouvaient initialement.

La majesté de l’âge messianique – le Chabbat éternel du futur – est une réalité que nous construisons lentement à travers la discipline divinement révélée de la pensée, de la parole et de l’action qui façonnent chaque jour de vie en ce monde. C’est une discipline qui – en nous permettant d’affiner notre conscience de la perfection divine qui sous-tend la réalité – nous rend tous les architectes d’un nouvel ordre mondial.

La perfection du Chabbat est immuable et éternelle ; seule notre conscience est soumise aux changements et à la distorsion qui lui sont imposés par la coquille matérielle dans laquelle elle est enfermée. En neutralisant l’effet de cette coquille, nous libérons simplement la conscience naturelle du divin que possède l’âme de sorte qu’elle puisse s’affirmer de la manière la plus forte et mettre ainsi en évidence l’essence véritable de la réalité matérielle. Ainsi, l’aboutissement de ce processus exige que chaque dernier semblant d’être matériel soit éclairé et « clarifié » par notre conscience du divin. C’est la raison pour laquelle la Création doit descendre à son niveau le plus bas avant que la symétrie cachée du Chabbat puisse se manifester à jamais.

Notre réalité physique actuelle ne laisse guère penser à la grandeur future à laquelle elle est destinée. Ce que nous percevons de la « descente de la Création » est le phénomène physique de « l’entropie » par lequel l’univers semble avancer inexorablement dans le temps vers une décomposition de plus en plus grande. La force de l’entropie se reflète dans le concept kabbalistique de Tohou (chaos). La défaite finale du Tohou devant la force du Tikoun (ordre rectifié et symétrie) n’est pas évidente au plan macrocosmique de l’expérience humaine, tout comme le renversement du temps et beaucoup d’autres phénomènes prouvés de la réalité quantique ne le sont pas.

Mais du royaume merveilleux de la réalité subatomique – le microcosme caché que seul D.ieu peut « connaître » directement –, de nombreux indices de la vraie nature de la Création apparaissent. Les particules élémentaires se déplacent vers l’arrière dans le temps, en laissant des « empreintes » qui sont observables expérimentalement. Ainsi, l’on peut dire que la force de Tikoun – l’entropie négative – réside dans le domaine de l’infiniment petit. L’homme accède à cette force en se rendant lui-même tout aussi petit et humble afin de partager la vision dégagée de D.ieu de la réalité.

En conclusion, nous voyons maintenant comment trois principes fondamentaux de la science moderne – l’unité sous-jacente de la nature, l’incertitude incorporée à la réalité subatomique et la tendance de l’univers à une dissipation croissante – finissent par « embrasser » la croyance kabbalistique à trois moments : le passé primordial (la croyance dans l’unité divine initiale à partir de laquelle la création fut conçue), le moment présent continu (la croyance en la construction permanente de la réalité par la conscience raffinée), et le futur en développement (la croyance en l’unité supérieure qui s’affirmera lorsque chaque élément de la Création sera éclairé par l’âme).

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