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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Moabon ou Mac Benac'h - Hiram au tombeau

Publié le 28 Août 2026 par T.D

14 Avril 2008 , Rédigé par Lurker

Emmanuel Levinas, dans son ouvrage « l’éthique et l’infini », déclarait que la « Connaissance est toujours une adéquation entre la pensée et ce qu’elle pense ». Comme un écho à cette affirmation, il est facile de constater que l’action divine se manifeste toujours en présence de la Foi. Cela se vérifie, que cette dernière soit l’objet d’une affirmation radicale ou expression d’un doute sur la nature du monde. Tout se déroule comme si la pensée humaine n’avait d’autre objet que de créer de la réalité là où elle n’est pas, et que celle-ci prenne corps ici et dans un autre temps.

Les Maîtres maçons s’identifient symboliquement au Maître légendaire Hiram et l’ensemble de la cérémonie d’élévation à ce grade rappelle que l’état de Maîtrise ne peut avoir d’existence que dans le cadre d’un cycle. Nous sommes Maîtres ici car nous avons été Apprentis ailleurs, même si le souvenir de cela reste assez obscur. Tout aussi bien, nous sommes encore Apprentis parce que l’on est toujours le débutant de l’étape suivante et que ce présent n’a pas d’existence fors l’illusion.

C’est dans les documents les plus anciens de la Franc-maçonnerie, le manuscrit « Cooke» de 1400 ou le « Dumfries n°4 » entre autres, qu’apparaît Hiram dans le paysage maçonnique au titre de « Maître maçon » alors que les plus anciennes traces de cérémonies du troisième degré n'apparaissent que dans les années 1726 dans les chroniques de la société « philomusicae » de Londres sur laquelle je reviendrai le mois prochain, soit ici, soit chez mes amis de l'APRT... suivez le web... Presque absent de la Bible, Hiram, dont le nom n’est mentionné que 19 fois, et encore, en faisant l’amalgame entre le Roi de Tyr et l’architecte du Temple reste le héros fondateur du mythe maçonnique et ce, de façon avérée depuis au moins 1730. Ce dernier ne se manifeste, pour la première fois que dans le premier livre des Rois, chapitre 7, verset 13. Le moins que l’on puisse dire est qu’Hiram ne joue pas un rôle majeur dans les écritures. C’est seulement vers 1727, dans le manuscrit « Wilkinson » que l’on aperçoit le « tombeau d’Hiram » pour la première fois. Le manuscrit « Graham » de 1726 nous offre à la même époque, le récit d’une « re-lévation » ( résurrection ) ritualisée du corps d’Hiram au moyen du « mot de Maître ». Ce document décrit comment Le Maître (entendez le Vénérable ) qui effectue cette « re-lévation » constate : « marrow in this bone », c’est à dire ; « la moelle est dans cet os ».

On le voit, Hiram et son tombeau offrent déjà un intéressant jeu de pistes historique tout autant que d’intéressantes questions. Pourquoi lui ?. Cependant, il est bon de se pencher sur la portée symbolique du mythe. Tout d’abord, qui est Hiram ? En répondant à cette question, on comprendra peut-être le pourquoi de sa « re-lévation ».

La Bible dit qu’Hiram est « le fils d’une Veuve de la tribu de Nephtali », et qu’il était rempli de « sagesse ( « Hokhmah » ), d’intelligence ( « Binah » ) et de science ( c’est à dire de Connaissance – La couronne - « Kether »). Un rapide examen de l’Arbre des Sephiroth nous permet de constater qu’il s’agit des Trois premières Sephiroth. Celles qui correspondraient au Vénérable, au Secrétaire et au Trésorier c’est à dire au sommet de l’arbre si les Loges de cette époques avaient été dessinées de la même manière qu’aujourd’hui.

Hiram représente, en Maçonnerie, le modèle mythique de l’Homme fait. Il est le complément, l’aboutissement de l’archétype Apprenti conçu pour exister mais, contrairement à ce dernier et par complémentarité, Hiram est créé pour mourir. Sa « re-lévation », sa résurrection prend alors un jour nouveau car il s’agit ici non seulement du cycle de vie ( HY ) céleste ( RAM ), qui descend sur le monde pour poser les fondations du Temple. Mais aussi de la nature même de la continuité de la Vie. Pour traduire en langage clair, de l’intelligence Humaine en charge de sa propre évolution, de sa propre amélioration. Ce qui parait logique puisque le Temple est le symbole de l’Homme.

Ainsi, Hiram est à la fois l’Homme et le paradigme enseveli dans le tombeau du corps et qui doit s’en libérer… ressusciter. L’image est assez messianique et si l’on ajoute qu’Hiram est bien souvent appelé Hiram Abi, que l’on constate que ce nom, Abi signifie « Mon Père », on peut alors traduire l’ensemble de cette partie du mythe par :

« Mon esprit est prisonnier de mon corps ».

L’Etre supérieur en l’Homme est donc prisonnier de son propre corps, comme d’un tombeau de chair. De la à penser que le Tombeau d’Hiram est son propre corps…. Dans le déroulement mythique décrit par le rituel, le Tombeau d’Hiram occupe chronologiquement deux places distinctes. Tout d’abord déposé à même le sol, quelque part à l’extérieur du Temple, son corps est transporté, sur l’ordre du Roi Salomon, dans le Saint des Saints où l’on construit pour lui une sépulture.

La place de ce second tombeau appelle deux remarques importantes. La première concerne sa position dans le Saint des Saints car ce lieu ne peut être rendu impur par la présence de corps morts, les règles du judaïsme étant ce qu’elles sont, il est impensable que le Roi Salomon ait pu, même une seconde, imaginer déposer un cadavre à cet endroit du Temple.

Ce point particulier du symbolisme de la Maîtrise semble indiquer clairement l’influence de la Kabbale chrétienne parmi les fondements de la maçonnerie Mais aussi, et plus fondamentalement dans le sens de notre analyse, cela semble indiquer que ce tombeau est vide. Hiram ayant été « relevé », sa présence n’est que symbolique. D’autre part, et je m’arrêterai là, il n’y a qu’un seul élément qui puisse ressembler à un tombeau dans le Saint des Saints….

Le constat d’un tombeau vide découlant de l’interdiction des corps morts, ou d’une enveloppe humaine laissée comme une peau si l’on n’aborde pas l’étude du contenu, reste la question de la « re-lèvation » d’Hiram.

On sait, par la pratique du rituel maçonnique, que le Maître fut ressuscité par l’accolade et plus particulièrement par le « Mot de Maître ». On pense alors aux rituels de mort et de résurrection pratiqués par la plupart des peuples et à l’issu desquels le « Maître » est censé laisser place à son élève, ressusciter dans son disciple par la transmission du « souffle porteur de vie». Dans ces rituels le Maître « recouvre la vie » à travers l’Apprenti qu’il a choisi. Aujourd’hui, en franc-maçonnerie, ce sont des Compagnons qui jouent ce rôle, entendons, bien entendu, « les compagnons du Maître » le maintiennent debout par les cinq points de la perfection et les mots sont prononcés… alors le Maître ressuscite… matérialise l’égrégore du groupe, met des énergies en mouvement et ces énergies font acte. C’est alors que le « franc-maçon devient, par le fait de sa réception au troisième degré, le fils et le successeur d’Hiram ».

N’est ce pas le propre de ce qui est vivant que d’utiliser l’énergie pour la convertir, la transmuter ?

La pratique de la Maçonnerie matérialise la création de la vie en ce qu’elle permet de donner à l’Homme les outils de son évolution, qu’il choisisse ou non de les utiliser cela n’a que peu d’importance, nous sommes toujours dans la logique développée dans la première partie de cet exposé.

Ce n’est pas l’usage que l’on en fait qui permet l’existence des symboles, mais bien le contraire. Seule leur compréhension dépend de notre libre arbitre.

Mais, penchons nous quelque peu sur le contenu du Tombeau…

La symbolique maçonnique crée de la Vie en ce qu’elle décrit comme Mort l’absence de perspectives humaines, l’absence d’évolution. Si on craint la Mort, comment peut-on espérer ouvrir les yeux sur soi-même puisqu’on a même pas ouvert les yeux sur sa Vie ! Dès lors, la « peau » est vide, le tombeau est vide…

Cet état d’aveuglement est bien connu des orientaux pour ce qu’il laisse à penser que l’illusion, la Maya, est la réalité. L’Homme vivrait dans une caverne sur les murs de laquelle danseraient des ombres.

Nous allons voir que nous n’en sommes pas loin. Quel est donc le Mot qui a ressuscité Hiram ? Au rite Français il s’agit de « Mac Benach » Ce mot relève d’une pratique assez ancienne puisqu’il figure déjà dans un rituel de 1770. De nombreuses interprétations ont été avancées, notamment chez Thomas Payne ( 1737-1809) qui y voit une origine druidique par l’usage de termes celtiques qui voudraient dire « fils (mac) de la Veuve (Benac) ». Ou encore, depuis 1751, « La chair se sépare des os ».

Cependant, pour le développement qui nous occupe, on notera que Beneh signifie « engendrer » et Maq « putréfaction », il s’agit de revenir d’entre les Morts et, en termes alchimiques cela se rapporte au fait de « naître de la putréfaction » qui désigne une part du Grand Œuvre.

Nous pouvons alors compléter le message de résurrection par les actes du rituel : « Il ( Le Très Vénérable Maître ) s'approche du récipiendaire, pose le pied droit contre le sien, genou contre genou; de la main droite il lui embrasse le poignet de façon que les paumes des deux mains soient l'une contre l'autre et lui passe le bras gauche sous l'épaule gauche, ayant, par ce moyen l'estomac contre l'estomac, puis, avec l'aide des deux surveillants, il le relève et lui dit à l'oreille, en lui donnant l'accolade par trois fois les syllabes du mot Mac Benac. »

C’est bien la « relèvation » du corps qui porte libération et le « Mot », le souffle qui porte la vie, qui libère le prisonnier. Symboliquement parlant, le mouvement, tel qu’il est décrit et rappelle celui qui est Traditionnellement pratiqué dans la plupart des initiations. Dans tous les cas, le cinquième point s’effectue bouche contre bouche. On comprend bien, d’ailleurs, que la passation du souffle, de la Parole, représenté symboliquement par le « Mot », ne saurait s’effectuer autrement puisque c’est par la bouche que s’exprime la pensée humaine, « Parole du Maître », y compris quand celui-ci confie à un autre le soin de parler à sa place. La Parole est répétée et les mots sont ceux de l’autre indiqués par le rituel ou par les mots de l’Exode : « Tu lui parleras et tu mettras les paroles dans sa bouche. Moi, je serai avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous indiquerai ce que vous devrez faire »

Mais, n’oublions pas notre Tombeau et l’hypothèse de son déplacement vers le Temple. Selon notre mythe fondateur, c’est après trois jours d’absence d’Hiram que le Roi Salomon le fit chercher par d’autres Maîtres de son entourage. Considérant que cette absence pouvait signifier la divulgation du Mot de Maître, il ordonne que le premier mot prononcé serait le Mot de Substitution, par cet acte, il efface la Parole Créatrice de la mémoire des hommes, les plongeant dans le silence. Lorsque les Maîtres eurent ramené le corps sans vie d’Hiram, « il fit faire un tombeau des plus superbes dans le sanctuaire et reprenant notre Maître par les cinq points de perfection, il le fit inhumer et mettre dans le cercueil faisant mettre une plaque d'or dessus où il fit graver l'ancien mot de Maître qui était « Jéhovah » et puis ils fit tendre sa chambre de deuil et voulut que l'on le portât dans tout son royaume ».

Cette mention datant de 1763 et précisant la nature de l’ancien mot est assez instructive dans la mesure où elle finit de rattacher la légende d’Hiram au mythe des origine. En effet, on sait qu’à cette époque le terme « Jehovah », souvent utilisé par les Rose-Croix, se substituait au tétragramme. Rappelons nous que nous avions, un peu plus haut, parlé de l’Homme double, image de l’adéquation entre la « pensée » et « ce qu’elle pense », image d’une éthique qui prendrait la forme de l’équilibre. Comment cet « homme double » peut-il prendre place dans la « relèvation » dont nous parlons depuis un moment ?

Notre réalité, ce soir, est l’image sur les parois de la caverne ou les symboles sur les murs du Cabinet de réflexion. Les trois grade forment un cycle et le séjour d’Hiram au cœur de la Terre correspond au séjour du profane au cœur du cabinet de réflexion, il naîtra de sa propre dissolution, de l’oubli de son ego. Cette image prend la forme d’un Mot : Mac Bénach, étrangement ressemblant à un autre : Makpélàh, la grotte du Mont Moriah, à Hebron, le Tombeau d’Abraham, lieu aujourd’hui interdit dans laquelle il est dit que le patriarche découvrit les tombes d’Adam et d’Eve et dont l’étude nous amènerait ici un peu trop loin  et à d’autres grades, particulièrement ceux du REAA.

Tout nous ramène à la grotte, caverne d’où naît la vie et depuis laquelle elle se transmet, n’oublions pas que le Nom du Maître, Hiram, HRM, est aussi Hermès, le trois fois Maître, et comme le dit la Table d’Emeraude :« Le Père de tous les talismans du monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. ». Séparer le pur de l’impur forme l’œuvre alchimique, transformer le plomb en or est une part du cœur de l’œuvre, ainsi, de la putréfaction peut naître la Lumière… rien ne se perd, rien ne se crée… L’Homme qui fut initié Apprenti et qui devient Maître par le rituel d’ « exaltation » comprend qu’il était déjà un Maître mort a qui l’on a donné la Vie… que cette vie ne fait rien d’autre de lui qu’un Apprenti condamné au silence sur ce qu’il ignore… Tout n’est que symbole… et la Parole s’écrit… dans les langues sémitiques, seules les consonnes sont indiquées comme signifiantes, leur vocalisation indique seulement l’orientation du sens… ainsi HiRaM est aussi HaReM qui désigne la « chose cachée », le « lieu obscur »… Tout cela est cohérent, et laisse à penser que la seule chose qu’ait jamais contenu le Tombeau d’Hiram déposé au cœur du Temple ne contient rien d’autre que la « Vie ». Cela laisse aussi à penser que le cœur du Temple dont il est question n’est autre que le Cabinet de Réflexion dont chacun d’entre nous se souvient…mais si le Tombeau dont nous parlons est l’enveloppe vide d’Hiram et qu’aucun corps ne puisse être transporté à cet endroit, quel élément Salomon a-t-il pu amener dans le Saint des Saint sinon le Verbe, le « souffle » créateur de vie, la Parole dont on a, avec le temps, perdu le secret et qui ne doit être prononcée qu’à cet endroit par une seule personne… ? C’est peut-être pourquoi les gardiens doivent se taire…

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DE LA SUBSTITUTION

Publié le 27 Août 2026 par T.D

Les deux premiers degrés du REAA ont pour objet la construction progressive du maçon. La méthode utilisée sera la méthode symbolique. Elle va permettre, par le biais de sa mécanique particulière, d’utiliser des outils déjà bien connus quant à leur usage profane. Ainsi, grâce à l’interprétation faite sienne de ladite méthode, tout initié va pouvoir travailler selon sa sensibilité ou son profil avec des supplétifs constants, tels que le maillet, le ciseau, le compas, etc… L’outil deviendra alors un invariant incontournable qui permettra aux singularités de chaque initié de se voir projetées dans des circonstances codifiées qui sont celles de l’exercice maçonnique et de ses modalités, en tenue régulière comme en cérémonie d’initiation. Parallèlement à cette spécification qui fait de l’initié un être unique et indivis, chaque personne ne diffère qu’infiniment peu du point de vue génomique d’un autre individu, et présente, plus largement, des similarités avec tout ce qui l’entoure, arrangement moléculaire, chimie commune, ordonnancement en général. Même les productions humaines, tels les temples et les églises suivent des lignes structurelles qu’on retrouve chez l’initié en termes de modèles de construction et de sacralisation de l’esprit.

Ce sont ces supports communs qui permettront l’application du principe d’analogie. Ce principe est fondamental car il conditionne tout le mécanisme de l’existence. Nous ne vivons et voyons qu’à travers le prisme de ce mécanisme qui utilise à plein l’entendement binaire qui est le nôtre. L’existence ne comporte en effet fondamentalement que deux versants : soi et le reste de l’Univers. Ce schéma indépassable conditionnera tout notre entendement. Ainsi, quels que soient les actes de notre vie, nous ne pourrons jamais prendre en compte plus de deux éléments à la fois. C’est ce même mécanisme mimétique qui structure le langage informatique courant. Même en informatique quantique, qui connait une infinité d’états possibles, ceux-ci ne seront jamais au bout du compte que la prise en considération l’une après l’autre d’un rapport de deux valeurs.

Le principe d’analogie va surfer sur ce fonctionnement duel en identifiant ce qui, dans l’espèce humaine, peut fonctionner en harmonie avec une autre entité quelle qu’elle soit. Comme le dit le célèbre adage alchimique, «l’analogie est l’unique clé de la Nature ». Tout homme comprend et applique le principe d’analogie en permanence : lorsqu’il regarde un vase, il le cerne, le distingue de son contexte, puis le replace dans un concert général qui est celui de l’universalité des choses. Il faut voir l’analogie autant comme une dynamique que comme une forme de statut, de socle, d’un univers dont ne pourra pas se départir l’initié, si avancé soit-il. Quand nous regardons l’univers ou notre prochain, nous regardons en fait l’analogie dans son essence : c’est d’ailleurs, sans rien dévoiler, le sens profond de la figure majeure du 30ème degré du REAA. Par contre, l’initié pourra trouver, à l’intérieur de ce principe, matière à exister d’une façon un peu différente de celle du profane qui, lui, se contentera d’accompagner et de vivre cette analogie. Cette façon de se distinguer s’appellera la substitution.

L

’être humain ne se contentera donc pas de surfer sur l’analogie, il fait œuvre de cette analogie, qui le baigne autant qu’elle le dirige. Comme son nom l’indique, l’analogie met en jeu 2 intervenants, qui se mesurent, se collètent et finalement s’épousent. L’homme existe, au sein de ce duel, en tant que tiers inclus, la différence entre initié et profane sera ce qu’il fera de cette position : le profane n’y verra qu’une direction possible, qui sera la perspective choisie pour la continuation de sa pensée et de son action. Par contre, l’initié aura la capacité de créer un mouvement intrinsèque à la fois dépendant de l’analogie, puisque créé en son sein, et en même temps original et transitoire : on l’appellera pensée ternaire. La pensée ternaire, si fondatrice pour un franc-maçon, sera une façon non pas de s’extraire de l’analogie, ce qui est impossible et conduirait à notre inexistence, mais d’y développer une approche originale qui ne sera en aucun cas une manière de s’en éloigner, mais au contraire de s’y arrimer afin de créer cette animation particulière et transitoire qu’on appellera substitution. Le terme de substitution a une connotation péjorative par son étymologie, qui signifie : « établir en dessous ».

Le substitut est alors fréquemment rapporté à un subordonné, qui seconde ou remplace le titulaire (substitut du procureur, etc…). Dans l’initiatique, et plus particulièrement au REAA, où le déisme d’un principe architectural universel existe, tout acte est en fait substitution à ce principe premier dénommé GADLU, puisque le GADLU est censé représenter une forme de totalité potentielle. La substitution ne vaut, dans l’initiatique, que par son caractère transitoire : autant cette substitution peut-elle, dans le milieu profane, aboutir à une nouvelle orthodoxie, autant est-elle, dans l’espace maçonnique, l’objet d’une transmutation éphémère visant simplement à accompagner l’initié sur des chemins subsidiaires dont l’intérêt résidera exclusivement dans la potentialité à se souvenir de ce qu’il aura vécu. Ensuite, ce retour à l’initial, mais pourvu de connaissances nouvelles (« Le Maître reparaît plus radieux que jamais ») ne sera en aucun cas un recul, car l’art initiatique ne possède pas de flèche du temps ou de l’espace, il est holistique. L’initié pourra, par ce biais, éprouver des chemins attenants.

Si l’on veut filer la métaphore, la substitution sera, pour paraphraser une sentence nietzschéenne, la vibration d’une corde tendue entre les 2 termes de l’analogie. Cette vibration ne rompra à aucun moment la continuité, simplement ledit fil, en oscillant, s’autorisera momentanément une trajectoire propre. C’est l’acte même de substitution qui fabriquera cette nouveauté, cette voie originale, retournant au terme de cet acte à un statut initial posé depuis toujours. Comment finalement engendrer cette distinction, éphémère mais aussi intriquée dans le mouvement général de la vie ? En usant de la seule échappatoire possible, aussi efficace que temporaire, aussi puissante qu’inféodée, celle de la voie substituée. Le souci avec l’analogie est qu’elle représente stricto sensutout ce que nous pouvons imaginer et faire ; elle est tellement monopolistique qu’il est impossible d’en sortir.  Partant, l’initié devra tenter de se transformer, de modérément s’ « égarer »  mais sans jamais pouvoir mettre de côté cet incontournable « pensum » qu’est l’analogie. Il pourra le faire grâce au mécanisme délicat de la substitution. « Il faut dégager le subtil de l’épais » nous dit le 7ème précepte de la Table d’Emeraude, l’épais étant ici le principe d’analogie, structurel et indépassable, et le subtil ce qu’on peut en retirer de léger, de fin, de précieux, mais aussi de labile, à savoir la substitution. La substitution n’est pas un état, mais une circonstance, nous parlons d’ailleurs de mot ou d’homme substitué au participe passé. La substitution s’entend selon son radical étymologique sub- « sous », entendu dans son sens de « délié, ténu », et non sous l’angle d’une quelconque hiérarchie. Mais comment créer un mécanisme de substitution ? Eh bien, en s’appuyant sur la mécanique symbolique : celle-ci guide l’homme vers ses spécificités tout en lui ouvrant l’accès à la connaissance, mais la méthode façonne aussi, en sous-main, l’individu, appuyant discrètement sur ce qui fait son universalité, en créant ce que j’appellerais des « canaux de similarité » sur lesquels pourront se greffer des éléments d’analogie. Exemple de canal de similarité, la construction individuelle, qu’on peut rapprocher de la construction d’un édifice : ce sera tout l’objet des grades dits de Perfection et d’Exil.

A

utre exemple, celui de l’incarnation, à rapprocher de la symbolique de la rose et de la croix, ce sera l’objet du 18ème degré et de sa centralité intestine. Enfin la philosophie, entendue comme un viatique, un aliment, une couleur qui vivifiera le tracé existentiel bâti un temps sur l’analogie, puis dans un autre temps sur l’incarnation nous sera contée par le prisme des degrés du 19ème au 30ème du REAA. Tout le fil initiatique du REAA sera alors bâti en analogie à la représentation de ce GADLU, à savoir le Temple matériel de Salomon lors des degrés de Perfection et d’Exil, le temple de l’esprit pour cette forme incarnée du divin lors du degré de CR+C, et enfin d’un Temple exclusivement constitué de la somme des rapports établis entre l’initié et le principe créateur, à savoir les degrés philosophiques, et son maître à penser , le Commandeur, Être commandeur du Temple signifie donc prendre la mesure de cet ensemble de relations. Il s’agit là d’une forme hautement perfectionnée du temple, dans laquelle priment sur le temple lui-même les liens qui se font et se défont, et qui accordent donc aux dynamiques d’analogie et de substitution une primauté sur la station, le statut et le fixe.

 Le Temple du commandeur rappelle la création, après l’Exil, des synagogues, mot qui signifie « assemblées », et qui constituent un espace sacré indéfiniment reconstitué, les synagogues n’existant symboliquement que durant le temps du rassemblement des fidèles.  La symbolique peut donc déceler et créer un modèle général, applicable à tous, transformant chaque impétrant selon des lignes de force qui lui sont propres. Mais la symbolique a aussi ceci d’universelle qu’elle crée en chacun des cheminements interpersonnels qui échappent, eux, à la différenciation et qui font que chaque être humain soumis à un même outil se verra peu ou prou façonné par ledit outil de façon assez semblable d’une personne à une autre. La substitution rassemble et distingue à la fois, selon une véritable « tenaille cognitive », qui travaille l’initié à deux niveaux, un niveau immédiat qui nous emmène dans notre construction individuelle, et un niveau que je qualifierais de long et profond dans son installation collective en l’homme, révélant chez chacun d’entre nous une forme de similarité et de continuité relatives à notre espèce. C’est le mélange de ces 2 voies, distinctive et collective à la fois, qui tordra, tel un levier, et qui sculptera, tel un ciseau métaphysique notre nature et notre destinée. La substitution, par la liaison qu’elle apportera entre 2 volontés ontologiquement opposées sera un moyen de créer du mouvement, de la transformation, puis, au bout du bout, de se réaligner au sein d’un ensemble statutaire, apparemment statique et figé.

L

a substitution ne peut porter que sur des choses tangibles : mots, corps, édifices, etc…car ce tangible-là n’a pas la possibilité de s’échapper du réel, et c’est d’ailleurs ce qu’on lui demande. La substitution devient alors, dans la recherche initiatique, le seul moyen d’avancer, parmi des hommes ou des évènements qui nous ressemblent. Car la caractéristique principale du monde initiatique, différencié du monde ordinaire, est de posséder un axe visible, là où le profane évoluera au hasard des circonstances. C’est cet axe autour duquel auront lieu toutes les transformations de l’initié. Il n’est qu’à regarder en détail les circonstances des cérémonies d’initiation à tout degré, elles suivent toujours un axe autour duquel se greffent des évènements particuliers, propres au grade considéré.

Et donc, comment peut-on appeler un changement, un basculement qui respecte le fil rouge de cet axe ? une substitution. Le miracle, au sens large, est aussi selon moi de ce tonneau, substituant un réel à un autre réel, mais dans une passation qui demeure invisible. La substitution est donc magnifiquement symbolisée par la cérémonie d’exaltation, au cours de laquelle le candidat suivra un axe invariable, sans jamais s’en départir, et au sein duquel il subira une substitution qui le verra à terme « reparaître plus radieux que jamais ». Il aura alors pu connaitre des remaniements intimes plus ou moins profonds, mais sans jamais dévier de cet axe qui le ramènera au bout du compte à une position similaire mais non identique, avec néanmoins ce surplus de Connaissance qui en fera un homme à la fois nouveau et identique à celui du début, c’est-à-dire à un homme substitué.Spatialement et géométriquement, on se rend compte que cet axe virtuel est posé dès l’entrée du candidat, et qu’il n’y dérogera pas de toute la cérémonie, ce sera la condition sine qua none à son initiation au grade de maître.

En même temps, diverses postures, déambulations, événements vont s’effectuer, mais toujours au sein même de cet indéfectible axe structurel qui est ici celui de l’analogie. Cette unité sera rendue par le caractère « filaire » du parcours de l’impétrant : celui-ci rentre dans le Temple en son milieu, progresse à reculons et torse nu, c’est-à-dire qu’on travaille sa corporéité en l’alignant sur cet axe géométrique de la loge, simplement en faisant varier les circonstances et les conditions. Il se retourne ensuite devant le cadavre face à l’alignement de ce dernier et l’enjambe. Cet enjambement à une double signification, il permet de visualiser dans sa chair une progression mêlant les 2 corps ; et en même temps cette enjambement permet au candidat de maintenir son positionnement axial, tout en vivant un évènement particulièrement singulier, dans les 2 sens du terme. Cet axe sera l’endroit au sein duquel se vivront les métamorphoses du vivant : nudité partielle (fragilisation), marche à reculons (déséquilibre), arrachage du tablier (violence et soupçon), retournement (désorientation) enjambement (confusion et transformation) coup létal (basculement). Tous ces actes patents se cantonneront selon une ligne irréfragable dont ils ne dérogeront pas, avec toute la puissance qu’une telle restriction impose.

Cantonner ces actes, à la fois sur le temps court de la cérémonie, et l’espace court d’un axe indépassable permet de les sublimer, exactement de la même façon qu’on fait passer un solide directement à l’état gazeux, en augmentant simplement pression et température. Le reste est à l’avenant, à savoir que le coup létal, le gisant, la recherche et la découverte du cadavre, et enfin la régénérescence et le relèvement du nouveau maître poursuivront ce travail filaire. Il peut sembler a priori antinomique de parler de la cérémonie du 3ème degré comme étant celle d’une exaltation, car nous venons en effet de voir en quoi une transformation contrainte, dans le temps et dans l’espace pouvait être efficiente, imposée entre les étroites limites des 2 tenants de l’analogie, représentée au début de la cérémonie par le candidat, et à la fin, quelques mètres plus loin par le nouveau maître. En fait, ce terme d’exaltation se justifie à divers égards qui se recoupent, à savoir qu’on n’est jamais aussi libre qu’à l’intérieur d’un cadre qui nous éprouve en permanence, et que la liberté est donc d’abord intérieure.

Ensuite parce que si le substantif « exaltation » emprunte au latin chrétien exaltatio « action de s'élever, de se dresser », il signifiera aussi, lors de l’avènement de la chimie moderne (1680) « se dépouiller de toutes choses impures ». L’analogie avec la chimie organique est frappante : on parle d’exaltation et de sublimation lorsque, je le répète, un corps passe directement de l’état solide à l’état gazeux, avec l’évidente comparaison sacrificielle qui fait passer, par l’holocauste biblique, de la consumation de la matière lourde et grossière du sacrifié à l’avènement des cendres minérales, mais surtout de l’esprit, léger et subtil qui caractérise son humanité. Mais l’exaltation, toujours par analogie à la chimie organique,  permet aussi  une catharsis, en séparant , à partir d’un même objet , ce qu’il y a en lui d’invariant, d’insécable, de noble, et les « vices,  impuretés », ou métaux qui y sont accolés, et qui , eux, resteront au fond de la cornue  : « La chair quitte les os […] Tout se désunit »  reflètera ainsi à la fois une forme de spiritualisation de l’initié,  par l’extirpation des métaux parasites, et recomposant ensuite, par la, concrétion, le  nouveau corps purifié , c’est-à-dire le nouveau maître. Sur le plan métaphysique, la substitution de l’initié se comprend facilement.

E

n effet, la franc-maçonnerie, comme toute pratique initiatique, est holistique, c’est-à-dire qu’elle prend en compte en permanence la totalité des chemins possibles nés de l’avancée de l’initié. Comme il est bien sûr impossible à l’entendement humain de considérer pleinement tous les choix que l’initié ne fera pas, c’est sous l’appellation générale et duale de mot substitué et de Parole Perdue que sera rassemblée la totalité des états possibles, totalité que j’assimilerais ici au terme générique de Verbe ou de logos. Pour créer le mot substitué, il conviendra alors d’envisager la Parole Perdue come l’accessit à cette substitution : la parole ordinaire est verbeuse, dans le bon sens du terme, c’est-à-dire solaire, volatile, discriminante, fécondante et révélative. Sa fonction est inséminatrice, elle a l’acutesse de sa singularité et de sa propension à rapidement envahir l’espace et les cerveaux. Dès qu’elle se perd, sa légitimité se transforme. En tout cas elle s’uniformise, ne formant plus avec les autres pertes qu’un fonds commun. En fait, on parle de mot substitué, car le mot est l’agrégation à un moment déterminé d’une parole, d’un contexte, d’une circonstance.

La parole ne peut pas, elle, être substituée, car elle est déjà mouvement par elle-même, elle peut simplement être ou ne pas être. Le mot obéit, lui, à des mouvances qui sont d’autant plus efficaces qu’elles sont incarnées. Là où la Parole est perdue, le mot est substitué : la parole travaille sur le registre de la manifestation à tout crin, elle a cette vertu d’être ostensible, déclarative, et sa perte occupe encore une place importante, à la façon dont un enfant se construit sur l’absence d’un parent parti ou décédé. La parole perdue crée ainsi un appel d’air initiatique, où ne manquera pas de s’engouffrer le mot substitué, la nature initiatique ayant horreur du vide existentiel. L’exaltation soumet un équilibre entre le mot ou l’attitude substituée d’une part, et l’arborescence de choix possibles non réalisés, d’autre part, qu’on appelle Parole Perdue. Ceci est en fait le sens ésotérique profond du mobile de l’assassinat d’Hiram Abif : le narratif évoque le refus de Maître Hiram de donner le mot aux 3 mauvais compagnons.

En fait, en ne donnant pas ce mot, Maître Hiram ne tranche pas dans l’arborescence infinie des choix possibles, le mot substitué se contentant alors de donner le change sans affecter la structure intime de l’univers. Mais on ne trompe pas impunément l’Univers, et l’attitude cavalière de Maître Hiram va se payer comptant. Ce dernier va être assassiné, et les 3 mauvais compagnons se perdre dans la nature, au moins durant un temps. On parlera donc de substitution : ce sera le seul moyen, à prenant appui sur ces « canaux de similarité » d’avancer au sein même de cette analogie sans la trahir, sans la dévoyer. Je vous citerai cette définition subsidiaire de l’analogie, qui me paraît très parlante « Action qui détermine l'apparition dans la langue de nouvelles formes à partir de correspondances qui existent entre des termes d'une même classe ». Ces nouvelles formes pourront alors se substituer aux anciennes, sans déroger au sacro-saint principe d’analogie. Lorsqu’on sort l’analogie du son carcan inertiel de l’analogie, il va nous être possible d’avancer en son sein, sans en dévoyer le message : ce sera l’objectif de la substitution.

C

ette dynamique me fait penser en chimie, aux émulsionnants, substances ajoutées à un milieu par nature instable, le stabilisant par leurs capacités à se lier avec les opposés générateurs de ce déséquilibre. La substitution est de ce tonneau : c’est un émulsionnant initiatique : sans négativer le principe de toute façon incontournable d’analogie, elle exploite en son sein les ressemblances et les différences en s’y liant. L’enjambement du cadavre obéit à cette dynamique faite à la fois d’une distanciation et d’un amalgame à ce corps perdu. La substitution préserve donc les fondamentaux là où la Parole perdue les met sur le bas-côté. La parole n’est jamais véritablement perdue, car le fait de la qualifier comme telle la fait subsister, là où le mot se verra, lui, substitué ; l’étymologie de ces 2 verbes est voisine. Subsister, dont le préfixe est emprunté au latin subsistere « s'arrêter, faire halte, rester, demeurer, résister, tenir bon », est formé de sub- (dessous) et de sistere « placer, poser, se poser, s'arrêter, résister ». Substituer emprunte, lui, au latin substituere « mettre sous, mettre à la place, substituer (un héritier) », formé de sub- et de statuere « établir, poser ». Dans ce cadre, subsister et substituer conditionnent des changements qui vont ou bien dans un axe de continuité qui les légitime, ou bien à côté dudit axe, donc perdu, au moins pour un temps. Le fait même que ces verbes se ressemblent fortement, tout en différant subtilement dévoile le mécanisme de l’analogie, faite d’un va et vient subtil qui lie et écarte en permanence les 2 tenants pour conserver leur intégrité, tout en les versant dans un même élan. Le mot est une concrétion, une finalité, un aboutissement, le produit de la civilisation : à cet égard, il ne peut quitter la sphère du vécu, il n’a pas les moyens de s’« échapper » et donc de se perdre . Tout au plus pourra-t-il être substitué, c’est-à-dire remplacé mais dans un contexte similaire. La Parole, elle, est source, induction, création, elle a cette caractéristique de pouvoir être « perdue », c’est-à-dire mise de côté par l’orthodoxie du moment. Que cette perte soit transitoire ou définitive n’a que peu d’importance, c’est sa valeur absolue qui en conditionne la portée. Si l’on voulait utiliser une image, la Parole serait, dans un son, la porteuse, c’est-à-dire cette trame modifiable à l’envi mais jamais remplaçable, simplement émaillée d’accidents ponctuels qu’on appelle les mots.

Le mot est dans le monde, il lui est consubstantiel, indispensable à l’exercice initiatique qui côtoie sans jamais l’atteindre ce que l’on nomme communément le principiel, l’essence, le GADLU ou Dieu, mais toujours à partir d’une réalité qui est celle du rite et du rituel. La formalisation du mot en condamne l’échappement, il se voit cantonné au monde tangible auquel il appartient tout entier, et c’est bien là qu’il aura une utilité. Le mot correspond à une station du verbe, à son agrégation lorsque les circonstances le rendent possible. On pourrait dire que le mot apparaît et se signale de façon impromptue lorsque les circonstances l’amènent à être utile. Utile est un qualificatif fondamental dans l’esprit du REAA. Au-delà de sa similarité étymologique avec le substantif « outil », utile signifiait au début du 16ème siècle « qui possède les revenus et non le fonds d'une terre ». On pourrait assimiler les revenus aux mots, et le fonds à la Parole Perdue. Ces circonstances sont présentes quand elles imposent, comme dans la Tradition et l’exemplarité, un échange entre humains, dans une promiscuité nécessaire à la transmission dudit mot.

C

’est pourquoi chaque grade possède un mot sacré, et presque tous (à part le 13ème degré, qui est déjà dans son essence un passage) un mot de passe. Le mot est l’interface du verbe ou de la parole, fécondant, et de l’être humain, c’est-à-dire de la matière fécondable ou fécondée. Le mot est aussi une interface dont l’envers serait sacré, et l’avers serait « de passe ».  A cet égard, le terme de mot de passe est un pléonasme, dans la mesure où le mot même est déjà l’indice d’une passation entre 2 milieux ou 2 êtres. On utilise néanmoins cette acception car l’initiatique place, à côté du mot de passe le mot dit sacré, qui invite à dépasser un seuil, à franchir un palier permettant à l’initié d’être reconnu et de ne pas se perdre lorsqu’il n’est plus, comme le dit le rituel d’ouverture au 1er degré, dans le monde profane. Par exemple, le mélodrame vécu par Hiram Abif va permettre de décliner ce verbe entre, d’une part la parole perdue, c’est-à-dire tout ce qui sera laissé de côté, du fait même des circonstances, et le mot substitué, véritable survivance d’une situation. Tous les mots sacrés qui caractériseront chacun des grades ultérieurs au 3ème degré sont, dans leur principe, substitués, c’est-à-dire rapportés à un narratif particulier sanctionnant une situation nouvelle et originale, mais toujours référée à un objet particulier.

Ainsi la cérémonie d’exaltation deviendra le Kaïros, c’est-à-dire le point de confluence entre candidat à la maîtrise et ce qui lui sera donné à voir et à apprendre. On lui associe communément le verbe ou le logos, qui a la faculté à se disséminer, se propager, tout simplement parce qu’il est d’une nature différente du milieu à partir duquel il voyage. Pour qu’il y ait propagation, il faut effectivement que ce qui voyage soit de nature différente du milieu dans lequel il baigne, sans quoi ne s’en différentierait-il pas. Si le narratif colore de morale le mélodrame d’Hiram Abif, et sa volonté de ne pas donner aux 3 compagnons le mot des maitres, c’est parce que cette morale est la façon la plus directe de raconter une histoire, de la rendre crédible et compréhensible par tous. La morale a cette vertu de s’adresser à tout un chacun, mais aussi au collectif. Elle est puissante, en particulier dans le monde judéo-chrétien, par les leviers culturels, voire cultuels qu’elle met en branle, celui du mal, du bien, du pécher et de la rétribution théologique en général.

En un mot, la morale est la façon la plus efficace à même de concerner les plus rétifs. Hiram Abi n’existe donc que par sa mort, c’est sa trace qui nous guide, son cadavre que l’on enjambe et sa réapparition en avatar qui permettra de s’y substituer. Cette substitution n’est en rien anodine : Exotériquement, elle permet, par son caractère peu offensif, de ne pas écorner l’image radieuse du vieux Maître. Ésotériquement, la substitution va installer le jeune Maître sans générer une culpabilité toujours nuisible aux nouveaux arrivants. Ainsi le nouveau Maître qu’on devient peut « reparaître plus radieux que jamais », sans être alourdi du syndrome de l’imposteur. Cette légitimité est fondamentale, car elle donnera une force, une solidité et une constance appréciables, qualités dont l’addition s’appellera souveraineté. Le relèvement du maître, entendu autant dans son acception maritime de mesure, que dans son acception posturale, s’effectuera alors par les 5 points parfaits de la maîtrise : il s’agit là de la reconstitution de chevilles ouvrières co-formées par la disposition en miroir de 5 points, et donc de leur analogie structurelle.

Lorsque le candidat a subi le coup létal et qu’il est allongé sur le sol, les 7 maîtres le cherchent symboliquement sans pouvoir le trouver physiquement : à ce moment, le candidat est dans un entre-soi dans lequel l’incarnation, tout comme l’exaltation n’ont pas leur place : l’analogie a alors cesser d’exister ; c’est pourquoi les 7 maîtres tournent autour du nouveau maître sans pouvoir le découvrir, il n’est alors pas visible symboliquement. Seul un rameau d’acacia, porteur d’une forme de verdeur cyclique, de renaissance intemporelle, bornera puis permettra d’identifier sa sépulture. Ce rameau fera revivre, par délégation, un lien analogique qui, de ce fait, va sauter aux yeux des 7 maîtres incarnés. Là où la Parole est perdue, le mot est substitué : la parole travaille sur le registre de la manifestation à tout crin, elle a cette vertu d’être fécondante, ostensible, solaire, déclarative, et sa perte occupe encore une place importante, à la façon dont un enfant se construit sur l’absence d’un parent parti ou décédé. La parole perdue crée ainsi un appel d’air initiatique, où ne manquera pas de s’engouffrer le mot substitué, la nature initiatique ayant horreur du vide existentiel.

Thierry Didier

 

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Moabon

Publié le 25 Août 2026 par T.D

27 Mars 2008 , Rédigé par Lurker

"La parole sacrée, est celle que je vous ai donnée à l'oreille en vous
relevant; on la donne en recevant et donnant l'accolade en trois
temps, une syllabe à chaque temps: elle signifie,
la chair quitte, les os."
Régulateur du Maçon. Heredon VL 5802
« Moabon » est  bien connu des Maîtres Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ce mot peut avoir plusieurs significations et l'une de celles qui lui sont attribuées est « le fils du Père ». Il n’est pas question d’en faire le tour ici, mais de souligner un petit élément qui peut être intéressant au chercheur qui étudie les Ecritures.

On sait que Moabon est donné en substitution du Mot perdu et que les instants durant lesquels il est prononcé sont particulièrement importants dans la cérémonie dans la mesure où il est admis que sa prononciation  est liée et conditionne la relévation.

Dans la légende d'Hiram 
on sait que celui ci vient de la tribu des Nephtalis, forgerons Moabites et qu’il est fils d’une Veuve. Voyons et décortiquons ces quelques informations et surtout, replaçons en quelques éléments dans le contexte vétéro-testamentaire dont on connaît l’importance dans nos rituels.

 Ab ( Aleph – Beth ) signifie 
« Pere dans le sens de qui détient la source patrimoniale. C’est ce même mot qui devient « Abi » pour désigner Hiram Moab est une forme prolongée de Abi par l’adjonction du préfixe « M’ » qui ajoute une conception qui signifie « issu du propre Père de sa Mère ». De fait, cela se rapporte bien à l’acte qui est à l’origine de cette naissance ; le rapport incestueux des filles de Loth d’où est né Moab. Il est bon, aussi, de noter que Loth, qui a fuit Sodome avant sa destruction est « exilé » dans une grotte et qu’il disparaît après l’acte incestueux. On ne parle plus de lui après Gen. 19. Ce qui laisse à penser qu’il aurait terminé sa vie dans cette grotte, oublié de tous et oublié de Dieu. Le texte biblique laisse entendre qu’il aurait terminé ses jours dans l’abandon, la fuite de Sodome n’aurait pas été salvatrice, son conflit avec Dieu s’est aggravé. La punition de l’Eternel n’est pas la Mort mais l’ignorance, l’abandon de l’âme. Cette ignorance de l'Eternel a un objet précis, la continuité de l'Histoire. Loth ne sert plus les desseins de l'Eternel, ce sera sa descendance qui portera le message divin malgré lui. Contrairement à son épouse, Loth n’est pas torturé par son passé au point de s’en sentir prisonnier, il ne s’est pas retourné pour faire face à une destinée écrite, comme s’il subissait, pour sa part, une plus grande culpabilité muée en individualisme. Il sera contraint d'assumer l'avenir. Sa mort, son abandon fait des enfants de ses filles des enfants sans Père, des fils de veuves en quelque sorte. La punition est d’ailleurs ambiguë car elle s’adresse à Moab, le fils de l’aînée qui devient le « fils de sa Mère issu du Père », c’est à dire l’enfant de l’inceste. Alors que l’autre fils Ben Ammi, « Le fils de Mon Peuple », père des Ammonites ne sera pas désigné de la même manière infamante, comme si l’acte d’inceste n’était condamnable que pour la fille aînée, comme si l’on considérait que le fait d’avoir imité sa sœur dédouanait la plus jeune fille de la faute.  C'est sur cette faute que s'appuie l'interdit formel pour les enfants d'Israël d'épouser des Moabites en expiation de l'époque durant laquelle ils habitèrent dans la vallée des Acacias et adoptèrent le culte de Baal-Peor ainsi que les pratiques impures auxquelles ils se livrèrent avec les filles du pays ( Nb 25 ; 1-3 ). Sur la colère de l'Eternel et ses conséquences, l’Ecriture semble quelque peu ambigüe. Il semble bien que nous soyons en présence d’au moins deux éléments qui permettent de penser à une certaine mansuétude de l’Eternel dans la mesure où, contrairement aux Interdits formulés, Ruth, Moabite, offre, de par son mariage avec Boaz, un élément de la lignée de David, donc, de Jésus. Et, second élément, celui de la tribu des Nephtalis, forgerons Moabites d’où est issu ‘Hiram Abi La colère et l’abandon sont donc deux éléments de cette histoire, comme la vengeance sera l’un des éléments de l’histoire mythique des hauts grades…

Le pays de Moab est donc, pour la Genèse, d’une part, un pays né de l’inceste, mais aussi, par extension, celui où les femmes mauvaises dominent. Il y a ici un lien avec un autre symbole maçonnique très fort : l’Acacia. En effet, l'Ecriture s’attarde sur les débauches du peuple d'Israël au pays de Moab, dans la vallée de Cithim qui est le nom de l’Acacia
 On notera au passage que ce mot, Cithim et d’orthographe hébraïque identique à Shittim, qui signifie aussi acacia. La mutation capitulaire de « SH » à « CE » n’est pas anodine puisqu’elle est identique à celle de Schibboleth. D’autre part, Shittim est un pluriel, celui de « shithah » qui veut dire approximativement « le feu du savoir caché ». relever ‘Hiram par les cinq point de la Maîtrise aurait donc pour signification « le feu marche avec moi ».
Mais, là n’est pas la question.

Si les descendants d’Hiram Abi viennent de la vallée du Shithim, alors, il est naturel que cet arbre soit celui qui ait fourni la branche posée sur sa tombe, et il n’est pas surprenant que celui qui est né à Moab soit aussi celui qui bâtit le Temple de l’Eternel pour les mêmes raisons que l’Eternel exige que le bois d’acacia qui servit à bâtir les hôtels du Veau d’Or dans le Sinaï et ceux de Baal des filles de Moab.

« Moabon » est, de ce fait, lié à l’Acacia 
par l’étymologie du nom et indiquerait, au moment où il est prononcé dans le rituel, c’est à dire à la relévation d’Hiram, une forte dominante de l'ambivalence propre aux conflits entre les forces contraires dont l'énergie est souvent mise à l'épreuve. Les forces contraires sont généralement vouées à la perte à l’exception des instants où elles sont imbriquées dans les desseins de l’Eternel. Ici, il est bien évident que symboliquement, Moab est protégé par sa condamnation et que cette protection a pour objet de le contraindre à offrir sa lignée au rédempteur. Tout autant que l'acacia lui-même protège la Loi, conservée dans l'arche, la Loi qui est la source du Message. L'acacia comme Moabon est donc, en quelque sorte, l’image du libre choix et de la connaissance, du libre-arbitre de l'homme, le « connais-toi toi-même » qu'il y a lieu de protéger.

Concernant les mots et particulièrement les substitutions, un de nos FF lecteur a attiré mon attention sur le mot GABAON qui est utilisé dans les rituels anglo-saxon de type York et Emulation durant la cérémonie d'ouverture de la Loge des Maitres Intallés. Sans entrer dans le détail, ce mot fait référence à la "place élevée" où fut scellée l'Alliance. Sur ce point "élevé" je renvoie les intéressés aux Rituels des Nautoniers de l'Arche Royal et à  l'Arche Royale et pour le reste, et bin je vais laisser la Parole à Albert Galatin MacKey, sortez vos dicos ( cela va faire plaisir à mes lecteur anglicistes ) :
 

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Les secrets véritables des Maîtres Maçons. Les mots substitués

Publié le 25 Août 2026 par T.D

Publié le 21 Juin 2013 par Alain BOUCHET

D. - Comment voyagent les Maîtres Maçons ?
R. - de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient et par toute la terre
D. - Dans quel but ?
R. - pour chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars et répandre partout la Lumière
D. - Qu’est-ce qui a été perdu ?
R. - les secrets véritables des Maîtres Maçons.
D. – Comment ont-ils été perdus ?
R. – par « Trois Grands Coups » qui ont causé la fin tragique de notre R\M\ HIRAM
(Instruction au 3ème D\)
Le mythe, qui voit dans la mort de HIRAM la perte des secrets véritables des Maît\ Maç\ nous invite donc à rechercher ce qu’est le secret de la F\M\ et ce sujet est un des éléments de base sur lequel s’édifie notre quête Maç\.
Cette soi-disant perte est un symbole mystérieux et je ne prétends pas retrouver quoi que ce soit … mais on peut toujours en parler entre nous


I. De la nécessité du mythe et son contexte.

Ainsi donc, l’histoire commence par un deuil qui est la conséquence d’un meurtre, c’est dire que l’ambiance générale est à la tristesse et que les MM\ MM\ présents épanchent leur chagrin par des larmes libératrices.
Le T\V\M\déplore, en parlant de Hiram, que « hélas, lui seul possédait le secret de l’œuvre en cours d’exécution ». Voilà le problème posé. Aussitôt le T\V\M\ pense à « l’après Hiram » et il interroge « qui oserait maintenant se présenter pour lui succéder ? ».
La réponse viendra plus tard mais déjà par cette question, à ce moment-là, les FF\ sont invités à ne pas s’apitoyer sur eux-même. D’ailleurs le T\V\M\ intervient sur le plan moral par cette injonction « ne perdons pas courage » et il indique la conduite à tenir dans l’immédiat :
- « arracher les restes à ses meurtriers », il est pragmatique
- « rendre les honneurs funèbres à sa dépouille » : pour le respect et la dignité dus au défunt enfin, pour ouvrir le champ des possibles, tout cela avec dit-il « l’espoir de recueillir quelques traces de sa science ».
Outre le chagrin, quelles sont les émotions qui habitent les FF\ à ce moment-là ? Quel est leur état d’esprit ?
Vraisemblablement ressentent-ils la colère et la révolte, l’incompréhension, le dégoût, le désir de justice qui mène à la recherche des coupables - avec un désir de vengeance ?
Car après avoir été capturés les meurtriers subissaient, d’après la loi de cette époque, le châtiment suprême pour venger le défunt et sa famille.
Nous connaissons la suite et la fin de l’histoire qui nous amène sur un tout autre plan que celui de considérations matérielles, obscures, brutales et bornées.
Mais revenons sur le chantier à la tombée de la nuit de cette journée-là.
Hiram resté seul dans l’enceinte du temple reçoit deux coups puis un troisième qui est fatal. Il pouvait sauver sa vie en satisfaisant la volonté de ses agresseurs mais il choisit « la mort plutôt que de violer le Secret qui lui a été confié ». Cette mort ressemble donc à un sacrifice, un de plus dans la longue histoire des mythes à travers les époques. Hiram reste fidèle à son engagement, à ses idéaux.
Quant au comportement des Comp\, il est moins clair.
En effet, ils accumulent ce qui ressemble à des erreurs. Pourquoi avoir enseveli le corps si près du lieu du crime ? Pourquoi planter un Acacia en ce lieu ? lequel des trois Comp\ a eu cette idée, quel était son dessein ?
En laissant de tels indices, ils donnent l’impression de vouloir être retrouvés.
Et cela arrange bien les chercheurs que nous sommes.
Alors, que savons-nous ?!
Nous disons que Hiram a respecté ses serments solennels jusqu’au sacrifice. En sommes-nous sûrs ? Et si le mythe nous mentait ? Et si Hiram avait parlé ?
C’est une hypothèse, pas une provocation.
Un autre départ serait alors que les Comp\ se retrouveraient très embarrassés avec de bien encombrants secrets. En effet, en tant que créateur de l’œuvre, Hiram avait en tête la totalité de son projet architectural. Les Comp\, eux, n’avaient qu’une connaissance fragmentaire et imparfaite des plans et de l’idée « divine » détenue par Hiram puisque ces Comp\ n’étaient que des exécutants. Ils auraient été reçus avec les MM\. Qu’auraient-ils faits ? Qu’auraient-ils dits ? Combien de temps auraient-ils tenu sans être démasqués ?
Mais la vérité est que Hiram n’a rien révélé et qu’il a été mortellement privé de la parole, ce qui nous pénalise, nous les MM\ MM\. Intuitivement nous comprenons que Hiram était au service du bien. Il était un homme bon, animé par un « esprit divin » au contraire des Comp\ que l’ignorance, le mensonge et l’ambition rendaient dépendants de l’esprit du mal.
Cet esprit cherchait à ravir la puissance du premier pour prendre sa place. Et temporairement, le mal l’a emporté.
Et que déplorons-nous le plus ? La perte de secrets ou le fait que les mauvais Comp\, en assassinant Hiram sont parvenus à détruire l’esprit d’harmonie qu’il symbolisait ?
C’est en quelque sorte une mort libératrice mais qui condamne les MM\ MM\ à la liberté.
Il est bien entendu nécessaire que Hiram meurt. Avec ou sans mauvais Comp\, le temple n’aurait-il pas été achevé ?
Il faut se rappeler que deux autres personnes détiennent les clés du savoir et d’une certaine Connaissance. Il s’agit des deux Rois : Salomon et Hiram Roi de Tyr qui, de par leur fonction royale sont investis de pouvoirs particuliers. Ils forment un tri-magistère qui organise le chantier et s’assure du bon déroulement des travaux.
Mais sans la mort de Hiram nous aurions été privés d’une histoire édifiante, édifiante dans le sens d’élévation spirituelle.
De nombreux mythes sur la condition humaine rendent nécessaire la désobéissance, la révolte ou la transgression face à une autorité toute puissante.
Dans l’histoire biblique du commencement, Adam et Eve passent outre un commandement divin et ils acquièrent indûment la connaissance du Bien et du Mal. Cela provoque un changement d’état et de plan de conscience ce qui les rend semblables aux dieux (au pluriel).
Nous comprenons que nos besoins physiques primaires (biologiques) et psychiques nous lient par leur fonctionnement automatique. Par la transgression nous avons la faculté de nous en affranchir sans pour autant nous en abstraire, ce qui serait un non-sens.
Plus tard, Moïse brisera les Tables de la Loi et plus tard encore Judas trahira Jésus. Pour ne citer que ceux-là car les rebellions sont nombreuses dans les Ecritures.
Des récits représentatifs émanent d’autres cultures, je pense au mythe d’Isis et d’Osiris que je n’aborde pas non pas par désintérêt mais parce que je me sens plus à l’aise dans le domaine judéo-chrétien.
Et malgré la mort du Maît\, paradoxalement, l’édifice sera achevé.

II. De l’outil au Logos

Ce paradoxe permet d’aborder les divers aspects de la Parole qui est l’outil qui donne forme au récit, que les mots habillent et que le nom désigne.
Tout d’abord, la Parole véhiculerait-elle des secrets que nous ignorons pour n’en avoir pas conscience ou par ignorance ?
Les trois premiers chapitres de la Genèse nous livrent quelques clés pour comprendre le processus de création par Dieu et Adam.
Au commencement, Dieu sépare la lumière et les ténèbres. Il appelle la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». Le fait de nommer organise le temps par séparation et spécification.
Ensuite Dieu crée l’homme à son image, ainsi que la femme.
La divinité crée par le pouvoir et la force de la Parole sur une Terre informe et vide. Aucun témoin n’intervient dans cette première étape qui symbolise l’état d’inconscience du monde.
Dans le chapitre II, Dieu modèle les bêtes sauvages et confie à Adam le soin de les nommer. Adam est ainsi préparé à prendre conscience de son environnement.
Le chapitre III voit Adam et Eve émerger dans le conscient. Le serpent, nouvel acteur, entre en jeu et il dialogue avec Eve pour lui proposer de manger le fruit défendu. Celle-ci accepte et en offre à Adam qui reste étrangement silencieux.
C’est ainsi que le couple entre dans le monde du langage et de l’expérience au prix d’importantes modifications de leur état primordial. Mais l’homme conserve le souvenir de son ancien pouvoir - celui de nommer - et qu’il vient de perdre en étant chassé du Paradis.
Dans les Traditions Egyptiennes et bibliques, seuls certains prêtres connaissent le secret du nom divin et ont le pouvoir de le prononcer. A condition toutefois de savoir le prononcer correctement sinon la mort frappera l’imprudent.
Paroles et mots servent jusqu’ici à nommer des individualités : Dieu, homme, animaux ou objets dans un but métaphysique le plus souvent.
La parole est aussi utilisée socialement pour satisfaire des obligations politiques ou religieuses. La Grèce antique a vu l’éclosion de nombreuses écoles qui exaltaient la puissance de la parole. Celle-ci parfois coupée de la réalité proposait d’accéder à une connaissance logique et désincarnée. Son apprentissage vise l’efficacité et ne nécessite ni connaissance de soi, ni connaissance de l’autre car seule l’intellectualisation du langage est recherchée.
Ces philosophies qui conviennent au monde profane vont à l’encontre de ce que nous imaginons en Maç\ car pour nous elles sont source d’ignorance.
Les secrets véritables qui ont été perdus ne sont pas du même ordre. Les mauvais Comp\ pensaient qu’ils relevaient de la communication d’un savoir alors que notre recherche se place sur le plan de la Connaissance synonyme ici de qualité d’être.
Je m’arrête aussi sur l’épisode Babylonien représentatif des dangers du langage soi-disant unique.
Cette légende nous dit que Noé et les siens ont bâti une ville et une tour dont le sommet atteint le ciel. Leur but est de s’installer durablement et de ne pas disperser leur force. Ils parlent tous la même langue, sont unis et réussissent dans leurs entreprises.
La manifestation de cet orgueil déplaît à Dieu qui les disperse sur toute la surface de la terre car, dit-il, « tout ce que les hommes entreprennent ensemble leur réussit ».
Ce pourrait être une bonne chose mais connaissant les hommes, n’est-ce pas là plutôt une illustration du risque totalitaire ? Un seul peuple, un seul langage, une seule parole dans la bouche d’un seul chef ?
Quelle place aurait été donnée aux étrangers ou à ceux qui refusent dogmatisme et fanatisme ?
Les mots avaient perdu leur sens ce qui rendait la parole incompréhensible ou bien le dialogue devenait un simple bavardage.
De la confusion des langues naît l’obligation pour l’homme de rassembler ce qui est épars, à condition de savoir chercher, savoir et vouloir trouver ce qu’il pense être perdu.

III. Chercher ce qui a été perdu

Une chose est sûre : nous savons où retrouver un Maît\ perdu. On le retrouverait « entre l’Equerre et le Compas », ou bien « au Centre du Cercle ».
Et par un heureux hasard, retrouverait-il lui-même à cet endroit les secrets véritables des MM\ MM\ ?!
Ainsi, est-il permis de penser que ces secrets symboliquement disparus avec Hiram auraient un rapport avec l’Unité ?
Au XII ème siècle, des philosophes ont utilisé le cercle – symbole de l’espace clos – pour définir Dieu. La phrase est bien connue : « Dieu est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part ».
Ils parvenaient à dire la vertigineuse problématique du cercle avec ses rapports du centre à la périphérie, et la difficulté de trouver les places respectives de Dieu et de l’homme.
Nous, Maç\, reprenons la démarche Adamique sur le plan des idées. En nommant les animaux, Adam les faisait exister par le moyen de sons organisés qui contenaient la plénitude de ce qu’il désignait. C.à.d. la chose elle-même ou le « ça », avec le sens de son expression qui permet de situer le « ça » dans l’espace et dans le temps tout en précisant sa fonction, sa finalité, son usage, etc.
Ce que les Esotéristes appellent : « la multiplicité dans l’Unité primordiale »
Cette langue merveilleuse et parfaite a été perdue lorsque le 1er couple a heureusement failli aux obligations qui les rendaient semblables aux Dieux.
En accédant à la Connaissance, ils ont appris l’expérience individuelle qui peut être expliquée, démontrée, imitée voire transmise mais qui demeure rigoureusement incommunicable. Adam et Eve nous disent de quitter le domaine de l’intellect pour entrer dans le devenir pour espérer Etre.
Peut-être notre mémoire nous rappelle-t-elle ce monde-là lorsque par nos rituels nous sacralisons l’espace et le temps ? S’agit-il de nostalgie ou de l’espoir de retrouver pour un moment une étincelle de perfection ?
Pour nous mortels, la quête de sens consiste aussi à tenter de comprendre l’ordre des choses. La multiplicité des éléments qui apparaissent indépendants les uns des autres peut-elle être reliée par une Loi qui les gouvernerait tous ?
Nous rassemblons ce qui est épars, comme par exemple les pierres, pour qu’elles deviennent Temple qu’il faut ici comprendre dans son sens de Connaissance et d’Unité.

IV. Les mots forcément substitués

Quels mots allons-nous utiliser pour construire ? Des mots forcément substitués à la langue originelle.
Nous avançons prudemment. Tout d’abord, nous épelons, puis au grade Comp\ nous donnons un mot de passe au risque de le mal prononcer. Au 3ème D\ le F\ 1er Surv\ revient de l’Occident avec un mot de passe et un mot de Maît\ que le T\V\M\ approuve jusqu’à ce que, dit-il, les mots véritables puissent être retrouvés. Il est clairement entendu qu’il s’agit-là d’un arrangement, d’un accommodement …
Mais plus qu’un mot, le Maç\ devient comme un Dieu qui grave les Tables de la Loi pour lui-même, les autres Maç\ s’y employant aussi.
Il est souhaitable que l’homme ne commette pas l’erreur mainte fois répétée dans l’histoire de faire de cet homme le centre du monde, conséquence d’un nombrilisme désastreux qui altère les vertus de l’espérance. Peut être devons-nous avoir à l’esprit que la voie Maç\ et sa méthode favorisent la connaissance de soi et la transformation de soi pour permettre l’émergence naturelle de la Loi morale.
Les Maç\ travaillent donc à tailler les Tables de la Loi jusqu’à ce que la Loi s’y révèle d’elle-même.
Pour cela, nous allons sans cesse du silence intérieur à la parole qui rend possible le dialogue. Il n’est pas dit que les aller-retour dans la verticalité doivent se faire dans le silence. Mais pour l’horizontalité il est certain que seul le langage permet d’échanger avec nos semblables. Encore que …
Mais je m’en tiendrai au REAA qui nous dit que l’on transmet en substitution la première parole prononcée lors de la découverte de la dépouille de Hiram.

Frédéric Dard, alias San Antonio, fait dire à l’un de ses personnages : « les autres font ce qu’ils veulent de tes paroles tandis que tes silences les affolent ».
Le silence est l’épreuve que subissent les Ap\ jusqu’à ce qu’ils accèdent au grade de Comp\. Je dis épreuve car pour beaucoup c’est une période difficile qui n’est pas prolongée au-delà du grade d’Ap\.
Le silence est ici une ascèse à durée limitée contrairement à d’autres spiritualités – exotériques le plus souvent – qui érigent le silence en discipline de vie.
La discipline Maç\ vise, bien sûr, à apprendre aux Ap\ à « enfermer nos secrets dans un lieu sûr et sacré », qui est le cœur.
Car il n’a jamais été bénéfique pour personne de « jeter des perles devant les porcs », comme le dit durement l’Ecriture. On ne peut communiquer un secret à qui n’a pas vocation pour le connaître. La suite du verset dit pourquoi : « de peur qu’ils se retournent contre vous pour vous déchirer ».
Oui, mais parfois le silence fait peur. Quant à la parole elle peut être dangereuse, parfois aussi. Ou simplement remplir un espace immense et intervenir dans les divers aspects de la vie des individus ou des sociétés.
L’épisode biblique de la résurrection de Jésus (qui devient Christ) illustre cela. Les femmes qui suivaient Jésus de son vivant se rendent à son sépulcre dont elles trouvent l’entrée ouverte et le tombeau vide de son occupant.
Dans cette histoire aussi la mort retire la parole au protagoniste. Mais depuis 2000 ans ne peut-on dire que son absence est parlante ?

Le Temple dit de Salomon a été détruit deux fois au cours de son histoire. Et entre temps, il a été profané à plusieurs reprises. Où étaient les MM\ MM\ pendant ces périodes troubles ? Où s’assemblaient-ils ? Participaient-ils à d’autres constructions ? Quels mots utilisaient-ils pour exprimer leurs secrets ? Comment ont-ils préservé leurs secrets ?
Pour eux, je ne sais pas. Pour nous, aujourd’hui, j’ai quelques idées.
La démarche Maç\ qui est collective est pratiquée par des hommes individuellement faibles, mais forts lorsqu’ils s’assemblent en L\. Forts ils resteront s’ils quittent la L\ avec la volonté de pratiquer fidèlement le Devoir.
Mais on parle à l’extérieur du Temple avec des mots également substitués car il faut « penser en Maç\ et parler en profane » ai-je lu récemment.
Toutefois dans l’enceinte sacralisée, nous « rassemblons ce qui est épars » en utilisant les mots substitués du REAA car seul l’usage de ces mots limite les risques de dispersion dans la manœuvre de recentrage.

Le choix des mots substitués que nous utilisons est, ou a été, l’objet de discussions. J’aimerais être kabbaliste pour en discourir à mon aise. Ce n’est pas le cas. Je préfère donc retenir que le mot est le véhicule de l’idée.
La narration biblique de l’histoire du peuple d’Israël est un cheminement de substitution en substitution.
Souvenons-nous : L’Eternel ordonne un sacrifice à Abraham et son fils semble être le sacrifié alors qu’au dernier moment un bélier le remplacera sur l’Autel.
Plus tard, la Loi morale s’inscrit dans le Décalogue ; la transmission orale devient Loi écrite, gravée. En termes d’interdictions pour certains préceptes : « tu ne … ». Sachant ce qu’il ne faut pas faire, il appartient aux hommes de s’organiser librement socialement. La substitution est double puisque l’expression de la Loi change de forme et que l’homme bénéficie à cet instant de la capacité de prendre des initiatives personnelles et collectives.
Plus tard encore, au cours de son ministère Jésus dit être venu pour accomplir la Loi et non pas la détruire. L’ancienne alliance devient nouvelle – du moins pour les chrétiens – et les sacrifices n’ont plus lieu d’être puisqu’il se propose en victime expiatoire pour l’humanité. Le plan de conscience est une fois encore modifié.
De Jésus il est dit dans le rituel de réception au 2ème D\ qu’ « il vint annoncer à l’Occident la Bonne Nouvelle de la Fraternité humaine : Aimez-vous les uns les autres ».
Que penser de l’application de ces simples mots au cours des 2000 ans écoulés ?
Les disciples de Jésus dispenseront la pensée de leur Maître par des écrits dont les mots et leur sens vont du plus simple au plus complexe et constituent la Loi morale.
La Maç\ et les Maç\ y trouve la Sagesse, la Force et la Beauté - ainsi que l’Amour - pour relever de nombreux Temples temporairement à terre.
Hiram, notre semblable, est soulevé par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise et le T\V\M\lui communique aussitôt les syllabes du Mot Sacré des Maîtres. Ils nous reviendront en écho, enrichis de son expérience.
C’est ainsi que, avec des Mots nous bâtissons le 3ème Temple idéal et éternel.
Mon F\ MOHABON, je suis à l’écoute de tes Secrets véritables et de tes Mots substitués.

J’ai dit.

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Les mots substitués du Maître Maçon, interprétation

Publié le 24 Août 2026 par T.D

25 avril 2019

Les mots substitués du Maître Maçon : quelle est leur signification ? Pourquoi le mot véritable est-il perdu ? Pourquoi cette substitution ? Tentative d’interprétation.

D : Qu’est-ce qui a été perdu ?
R : Les secrets véritables des Maîtres Maçons
D : Comment ont-il été perdus ?
R : Par « trois grands coups » qui ont causés la fin tragique de notre R.M. Hiram
D : De quelle manière avez-vous été reçu M. Mac. ?
R : Par les « Cinq points parfaits de la Maîtrise » et par le « mot substitué » que m’a communiqué le T.V.M.
D : Que peut signifier ce mot ?
R : Les significations qui lui sont habituellement attribuées sont diverses. Si on l’interprète d’après l’Hébreu, tout comme les autres mots de nos rituels, « Mohabon » signifie « Poseur de pierres polies » et par extension « Constructeur, ou ordonnateur ». Le mot « Mac Benac » signifie : « Chef des constructeurs, ou Architecte » ; On peut en déduire que les deux versions tendent à la même signification.
D’après la légende du grade, il avait été convenu que le premier mot qui aurait été prononcé en découvrant le cadavre d’Hiram : « C’est l’Architecte ! » serait adopté comme mot sacré, substitué au Mot Véritable, connu d’Hiram et perdu avec lui.

Instruction

En outre, lors de la fermeture des travaux en Chambre du Milieu, le T.V.M. (à qui le 1er Surveillant vient de communiquer les Mots Substitués) déclare : « Je les approuve et les confirme et déclare qu’ils désigneront désormais tous les Maîtres Maçons du monde entier jusqu’à ce que les mots véritables puissent être retrouvés. »

L’interprétation de ces passages du rituel semble évidente : le but de la quête du Maître est de retrouver ce qui a été perdu c’est à dire les secrets véritables du Maître.

Tentons de donner une interprétation des mots substitués du Maître Maçon.

Les mots substitués du Maître Maçon : interprétation

Le rituel du passage au 3ème degré REAA, tout comme les précédents, contient la transmission d’un mot sacré, à ne pas confondre avec le mot de passe

Au 3ème degré, on nous apprend que ce mot n’est qu’une substitution au mot véritable. Ainsi, le degré auquel nous accédons n’est pas un aboutissement : nous sommes des hommes inachevés tout comme le temple dans lequel Hiram, venant constater l’avancement des travaux, fut assassiné.

C’est donc bien à la poursuite de la construction du temple et par analogie à notre propre construction que nous sommes conviés.

Mohabon : « C’est l’Architecte ! »

Le mot substitué Mohabon signifie « C’est l’Architecte ! » Si nous mettons en perspective ce mot avec ceux des deux premiers degrés (Boaz et Jakin) nous obtenons une phrase qui prend du sens : La force est en lui, il établira : c’est l’Architecte.

La notion de substitution apparaît dans les rituels dès les années 1720. Les versions françaises de 1744 à 1751 présentent l’ancien Mot de Maître comme étant le Nom ineffable. Cet ancien nom, Jéhovah, était bien connu des Maîtres Maçons mais jamais inscrit dans les rituels.

La signification est claire : nous sommes en présence du divin, mais ce dernier ne peut être connu ni nommé.

« C’est l’Architecte ! » évoque alors une prise de conscience : Dieu est là, mais nous ne savons pas qui il est. Nous ne le connaissons pas, nous n’avons pas les moyens de l’aborder ni de le comprendre, tout simplement parce que l’ignorance, le fanatisme et l’ambition font obstacle, nous masquent la Vérité.

Cependant, en passant à l’acte, les Trois Mauvais Compagnons se sont démasqués. En apparaissant clairement à notre conscience, ils nous ont paradoxalement aidé à réaliser le caractère essentiel de ce que nous avons perdu. Autrement dit, c’est en reconnaissant que nous sommes ignorants, fanatiques et ambitieux que nous pouvons laisser place au Créateur en nous.

Les mots substitués ou l’impossibilité de nommer

Nommer c’est créer. Or, seul le Créateur peut créer, et donc nommer et se nommer. Penser pouvoir nommer, c’est se prendre pour Dieu : funeste décentrage qui rappelle le péché originel.

Autrement dit, nommer c’est Connaître. En ce sens, le Nom n’est pas un simple vocable car il renferme en lui l’essence de l’être nommé, ce qui renvoie en outre à une sorte de pensée pure, sans langage.

On retrouve l’impossibilité de nommer dans de nombreuses traditions spirituelles et religieuses où on s’interdit toute représentation de la divinité. Dans ces mêmes traditions, Dieu est Verbe :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
Prologue de l’évangile selon Saint Jean

Mohabon comme Boaz et Jakin sont des mots empruntés à l’hébreu qui, dans un premier temps, semblent très mystérieux aux oreilles du néophyte. Ils ne sont que des sons vocaux, des supports symboliques qui suggèrent sans révéler.

C’est ce que l’on retrouve par exemple dans les Mantras, sons vocaux issus des profondeurs de l’être dont la répétition est une des techniques de base des écoles initiatiques. Parmi ces sons reviennent souvent ceux qui correspondent à la prononciation des lettres O, A et M : comment ne pas penser à Mohabon ? Ainsi, ces sons primordiaux réveillent notre mémoire innée, mémoire commune à tous les hommes.

Ainsi, nous pourrions dire que l’initiation au troisième degré marque le passage de l’homme psychique à l’homme spirituel. Le chemin initiatique suggère l’importance de laisser part à l’inexprimable et à l’incommunicable : l’intuition doit supplanter nos facultés psychiques ou mentales, seul moyen d’accéder à des états supérieurs de conscience. Beaucoup de choses devront donc être abandonnées pour pouvoir renaître à la Vérité et à la Vraie Vie.

Un début de réponse…

Le rituel d’initiation au 3ème degré fait de chaque nouveau Maître un potentiel Hiram, suggérant ainsi la possibilité de retrouver ce qui a été perdu. Le Mot Substitué nous fixe le but, but qui nécessite une quête mais nous impose aussi un devoir, celui de la transmission initiatique.

A ce stade, l’Initié doit aller au-delà des mots en découvrant leur signification cachée, subtile et universelle. Ici, le mot au sens spirituel renvoie à un au-delà, à une réalité invisible ou sacrée Ceci nous invite à d’incessants allers et retours entre l’Orient et l’Occident pour rechercher ce qui a été perdu, réunir ce qui est épars, pour enfin revenir vers le centre primordial

N.B. : « Mohabon » est parfois associé à l’expression anglaise « marrow in the bone » (la moëlle est dans l’os), évoquant un potentiel de vie toujours présent après la mort.

 

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Le Mot Substitué

Publié le 24 Août 2026 par T.D

29.05.2012 

Par anck131

1°) LE CONTEXTE, notre RITUEL

la cérémonie d’élévation

C’est dans l’obscurité, en Chambre du Milieu, après une marche à reculons que, retourné vers l’Orient, le C. devient spectateur du deuil de ses F présents.

L’impétrant est conduit à l’Orient, devant le tombeau du Maître, qu’il a préalablement enjambé selon instructions reçues, et c’est à cet endroit, à hauteur du compas qu’il reçoit les 3 coups fatidiques donnés, via les outils du C. (dont le maillet du T. V.M.)

A ce moment là le C. en passe d’élévation devient acteur : il prend la place d’HIRAM et se trouve allongé, tête à l’Occident (équerre) et pieds vers l’Orient (compas), le corps recouvert d’un linceul (passage par la peau, Osirification).

Sa sépulture sera gardée par 3 F. avant que le Roi SALOMON, symbolisé par le T.V.M., accompagné des 2 V.M.S. ne vienne lui redonner vie.

Le second S. essaiera en vain via l’attouchement et le mot d’A.

Le premier n’aura pas plus de réussite avec l’attouchement et le mot de C.

C’est alors que le VM déclare « Seuls, nous ne pouvons rien ; aidez-moi » et, avec l’aide des deux surveillants, il parviendra à le relever par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise, en lui chuchotant à l’oreille le mot : « MOABON ».

Cette alchimie résulte donc de l’intervention d’un trio et non d’un seul…

Le nouveau M. se voit détenteur des secrets du grade de M. dont 2 mots : 1 mot de passe « TULBACAIN » et le mot sacré « MOABON » ou « MAK-BENAH » selon le rite, mot qui ne peut s’échanger qu’à voix basse. Notre nouveau M. est alors âgé de 7 ans et +

l’instruction au 3° degré

Pour l’approche du thème à traiter, on relèvera 3 des 49 questions réponses :

Qu’êtes vous venu faire ici ? * Chercher la parole du Maître qui s’était perdue

Comment a-t-on pu retrouver la parole perdue ? * Les Maîtres convinrent que le premier Mot qui serait prononcé, en retrouvant le MAITRE, leur servirait à l’avenir pour se reconnaître.

Quel est ce Mot et que signifie-t-il ? * Ce mot ne peut se donner qu’en position des « Cinq Points Parfaits de la Maîtrise », c’est « MOABON » et veut dire le Fils du Père ou la Vie Nouvelle

On observera également que les M. voyagent de l’ Occident à l’Orient, sur toute la surface de la terre pour chercher ce qui été perdu, rassembler ce qui est épars…

2°) POURQUOI ET QU’EST-CE QU’UN MOT SUSTITUE ?

Les loges bleues de la franc-maçonnerie se composent d’une progression symbolique de 3 grades dont le dernier repose encore plus sur une allégorie du cycle de la mort et de la renaissance.

L’homme s’inscrit dans un cycle de résurgence de ses expériences vécues et de son devenir au travers d’elles.

Selon la légende, tout homme élevé au grade de M. a reçu un mot substitué parce que le vrai mot a été perdu à la mort d’HIRAM.

Ce n’est pas un mot de reconnaissance (mot de passe ou mot secret) comme aux deux premiers degrés. Le Mot Substitué, lui, a un autre sens, une autre dimension : il est là pour remplacer la parole perdue. La parole est une suite de mots que l’on prononce. Or l’A. ne sait qu’épeler et le C. ne peut prononcer…

Parole perdue et mot(s) substitué(s) sont indissociables car la mort d’HIRAM symbolise essentiellement la perte de l’unité originelle, le paradis perdu. HIRAM représente le Temple de Salomon, sa mort symbolise la destruction du Temple. Or dans la tradition hébraïque on ne pouvait prononcer le Nom ineffable de DIEU qu’à l’intérieur dudit Temple… d’où la nécessité de trouver un mot de substitution.

La parole perdue rappelle la puissance initiale du Verbe au commencement de la Genèse : l’homme primordial détenait la parole créatrice, il lui suffisait de nommer une chose pour lui donner vie. Le mot du Maître, le mot SACRE est le nom ineffable car inexprimable : il relève d’une connaissance de l’omniscience et de l’omnipotence du Principe créateur ; le nommer correspondrait à le manifester à l’instant, or nul humain ne saurait appréhender la quintessence divine ! D’où la nécessité d’un mot à portée humaine : le mot substitué.

Par ailleurs, à la mort d’HIRAM, rien ne nous certifie que ce dernier n’aurait pas révélé le mot sacré aux 3 mauvais C. : le M. est mort et les 3 C. volatilisés …

Le doute peut subsister. Il convenait donc de se prémunir contre le risque éventuel de voir le mot sacré divulgué.

Substituer vient du latin : sub qui veut dire sous et statuere qui signifie placer ; c’est donc mettre quelque chose à la place d’une autre, remplacer un mot par un autre mais pas par analogie, pas par un mot impliquant un rapport de ressemblance avec le précédent. Le mot substitué ne signifie pas en lui-même, il autorise seulement la reconnaissance, l’identification.

La substitution c’est l’élimination d’un mot par un autre qui en a pris le sens. Ainsi, le tombeau d’HIRAM se substitue au corps de ce dernier : il n’est pas la représentation du squelette mais figure l’absence. Le mot substitué se trouve donc être le sens de la parole perdue : il manifeste l’absence de cette parole, il est le signe matériel de quelque chose d’invisible. La substitution se réfère à l’essentiel et renvoie à un au-delà qui appartient à l’esprit, à une réalité sacrée.

Le mot substitué n’est là que pour nous faire penser à ce qui a été perdu pour tenter de retrouver l’Histoire. La substitution permet le remplacement d’une absence par une présence, elle-même métaphore d’une autre présence, celle de l’univers symbolique ; ainsi la pierre tombale se substitue au corps disparu et à l’âme absente du mort. On peut alors parler de double substitution.

La Franc Maçonnerie est une réflexion sur le sens de la parole perdue métaphorisée au plan physique par l’escamotage du corps d’HIRAM auquel se substitue tout postulant au grade de M. Le paradoxe est que le symbole essaie de ramener l’invisible par le visible afin de donner à penser ; le symbole ne doit pas ressembler complètement et ne pas être analogue à l’idée qu’il représente en s’y substituant.

C’est par le jeu de substitutions successives de signes qu’émerge le sens… Nommer le signe qui s’est substitué à la chose : c’est faire revivre la chose qui n’existe que par des signes pour lui trouver son essence, son sens premier et profond.

3°) LE MOT SUBSTITUE ET LA LEGENDE D HIRAM

le déroulement de la cérémonie d’élévation

La mise en scène de la mise à mort et du relèvement d’HIRAM constitue le mythe fondateur de la F.M. spéculative : complot de 3 mauvais C. (convoitise, ignorance, jalousie) pour assassiner HIRAM qui va périr par les mêmes outils qui ont servi à la construction du Temple (dualité de l’utilisation du savoir tant pour le bien que pour le mal). Triple mise à mort, physique, sentimentale et mentale pour affranchir HIRAM du plan matériel, psychique et mental et permettre à l’élevé, de renaître sur le plan divin. Ce dernier se retrouve symboliquement mort, au centre de la Loge, au milieu du cercle où les éléments les plus opposés se rapprochent, allongé sur le pavé mosaïque, lieu par excellence de la réconciliation des contraires où l’on cherche à rassembler ce qui est épars..

Neuf M. partis à la recherche d’HIRAM, sur la demande de Salomon, vont convenir de prononcer 3 syllabes en une position donnée pour relever, redonner vie au défunt. Ces trois syllabes deviendront le nouveau mot de M.

Par le relèvement d’HIRAM et donc l’élévation, le nouveau Maître qui passe de l’horizontale à la verticale, de l’équerre au compas. Devient le fils spirituel d’HIRAM.

L’architecte assassiné survit alors en chacun de nous sous la forme d’un Maître intérieur : la conscience.

Analyse de la cérémonie d’élévation

La Parole n’est pas totalement perdue : ce qui l’a été c’est la conception de l’Unité, d’où le besoin de trouver une solution de remplacement dite de substitution.

La parole perdue représente le secret de l’initiation véritable avec une nouvelle naissance.

Ainsi l’A. (Pierre brute), après une phase de silence au cours de laquelle il se dégrossit, acquiert des faces plus unies (Pierre cubique) et devient C. avec mission de polir ces faces afin de leur enlever peu à peu leur rugosité (Pierre Cubique à Pointe).

Par l’élévation, liée à la transmission de la parole perdue, le nouveau M. deviendra une pierre indispensable à la Loge pour participer à une communion d’hommes individualisés, mais rassemblés par un même idéal via des rites communs.

Ce mythe met en exergue un rite initiatique : HIRAM qui, par ses enfants, ressuscitera d’entre les morts, drame symbolique reprenant les mystères de l’Antiquité païenne et les rites d’initiation chez les primitifs.

Cette légende nous vient du Talmud (2° S. après J.C.) et nous apparaît en 1726, avec la parution de l’écrit de Monseigneur GRAHAM où Sem, Cham, et Japhet durent se rendre sur la tombe de leur père Noé pour y découvrir, en trois étapes, le secret caché de l’existence de DIEU, secret perdu par la mort de son détenteur.

Ce récit est à rapprocher de l’histoire égyptienne du dernier roi de Thèbes, avec son voyage des morts vers les étoiles et la disparition du roi qui a préféré mourir plutôt que de livrer le secret gardé par un trio, d’où la parole perdue.

La Bible cite HIRAM en tant que fondeur de la mer d’airain du temple de Salomon mais nous dit peu sur ce personnage.

Le conte de Gérard De NERVAL est beaucoup plus prolixe et revisite ce mythe.

Le Coran s’attache également à cette légende.

Enfin on ne saurait omettre le rapprochement de ce mythe avec celui d’Osiris, fils du ciel et de la terre, victime de son frère « Seth » représentant le désordre, le chaos. Isis, sa sœur- épouse, partira à la recherche de son âme pour le ramener à la vie. Son amour, symbole de la régénération et de la vie éternelle, au travers de larmes argentées partagées avec 9 dieux, permettra de retrouver le corps.

Selon RAGON : Hiram serait le substitut du Christ ou d’Osiris, Isis figurerait la Loge, Horus, fils de la veuve et de Lumière, représenterait le C. élevé et Seth celui qui met la Parole en pièces et la disperse. Osiris peut alors apparaître comme la chute de l’âme dans le tombeau représentant le Verbe ou Parole perdue en attente d’une renaissance... La mort symbolique d’HIRAM, comme celle d’Osiris ou celle du Christ, annonce non pas une destruction de l’Etre, mais un renouvellement, une métamorphose.

On ne peut s’empêcher de faire un lien avec DIEU associé à l’épi de blé liant ce qui vient d’en haut à ce qui est en bas par les mystères de la germination ou faire un parallèle entre le M. enterré à même le sol et le nouvel A., seul dans le cabinet de réflexion, se préparant à de nouvelles épreuves ?

Le mythe d’HIRAM s’inspire aussi des mystères d’Eleusis, de Ceres et de Mithra ; analogie également possible avec la descente aux enfers de Dionysos avant de ressusciter et de devenir immortel.

La légende d’HIRAM est étroitement liée aux histoires de VIRGILE (Livre VI) : descente d’Enée au pays des ombres et sa quête, armé d’un rameau d’or, pour retrouver Polydore assassiné, fils de PRIAM, roi de Troie.

Ces similitudes et rapprochements conduisent à penser que ces récits sont volontairement inachevés pour favoriser la réflexion perpétuelle sur le sens du divin (de la putréfaction ressurgit la Lumière)

4°) TRADUIRE LE MOT SUBSTITUE

Si les mots de passe des deux premiers degrés sont compréhensibles par l’A. et le C. puisque se rapportant à des repères logiques liés à notre place dans la loge, en revanche le mot de M. est plus hermétique car non lié à l’espace sacré mais à un récit mythique.

Qui plus est, il est le produit d’une corruption phonétique !

La Bible nous parle d’un certain « Makhi » et de « Makhbanaï » sans plus de précisions avec le mot substitué si ce n’est que l’on peut imaginer une origine biblique à ce dernier. « Macbannaï » signifierait « mon pauvre fils ».

En 1725 un manuscrit nous parle de « Macboe and Boe » qui voudrait dire « de la moelle dans l’os », idée reprise dans l’ouvrage de GRAHAM, un an plus tard.

Le premier mot prononcé serait « Mah-Hah-Bone » ou « Marrow Bone » qui se prononcerait « Machaben » ou « Mac benach », ce qui nous rapproche de notre mot de la GLNF « MOABON » ce qui pourrait vouloir dire « du père » puisqu’un F.M. devient, par l’élévation au 3° degré, fils de la mort et successeur d’HIRAM.

Notons que MOABON était le nom d’un des neuf M. élus, de même que Jakin et Boaz.

Phonétiquement et approximativement ce mot est devenu « MachBenah» ou « Mac –benac » (à traduire par «la chair quitte les os »)

La doctrine est partagée et quelques auteurs affirment que MAHABON ou MOABON et leurs variantes seraient une déformation de l’hébreu MAH HABONEH qui signifierait « le Bâtisseur, le constructeur, l’architecte » ou bien « Moelle dans l’os », à traduire par la permanence de la vie au travers d’une mort – renaissance.

Au R.E.A.A., le mot substitué se dit MOABON et signifie étymologiquement : issu du père (MOAB) et fils du père (BEN). L’homme ressuscité de son tombeau devient, après être mort à la terre, fils du ciel, fils de la Lumière.

Chacun de nous porterait en lui la conscience divine.

Au rituel français ce mot substitué se traduit « MAC BENACH » ce qui signifierait « fils de la Veuve » ou « la chair quitte les os ». « BENETH » veut dire engendrer et «MAQ » : putréfaction, formule alchimique pouvant correspondre à « naître de la putréfaction » : la chair est corrompue et les moelles sont vivantes. C’est la putréfaction qui crée : l’édification est issue de la décomposition.

Le choix du mot M.B.N. pourrait, au travers de la résurrection du F. élevé, figurer la re-naissance du Templier pour la reconstruction de l’Ordre du Temple : HIRAM représenterait alors le grand Maître de l’ordre des templiers (J.B. MOLAY dont les initiales correspondent à celles des mots de passe ou sacré des 3 grades de la maçonnerie bleue) ?

De la Bible au débuts de la Franc-maçonnerie spéculative un mot existe dont les appellations varient mais sont finalement proches.

En fait ce qui semble important, plus que la traduction littérale du ou des mots substitué(s), c’est la nécessité de trouver un mot de remplacement pour retrouver la parole perdue.

Le mot de M., dit mot substitué, ne peut et ne doit être simple et facile d’accès afin de remplir son rôle discriminatoire.

Il pourrait être rapproché d’une autre colonne, invisible aux yeux du profane, la colonne médiane, symbole de l’équilibre dans l’arbre séphirotique de la Kabbale…

Ce mot semble être une passerelle de transmission initiatique.

5°) PORTEE DU MOT SIMULE

Les M. Maçons s’identifiant symboliquement à HIRAM rejoignent un cycle concentrique où la maîtrise n’est que la suite logique des deux grades précédents.

L’A est choisi pour son aptitude à recevoir la Lumière, sa discipline pour vivre une métamorphose intérieure.

Pour devenir C. il doit passer du fil à plomb (activité héritée du monde profane) au niveau (passivité de l’ouvrier parfait)… D’où la naissance de l’équerre, de la lettre T (le tau mystérieux tracé dans l’air par HIRAM), du maillet du T.V.M. et de la croix (symbole de la mort mystique).

L’élévation se produit en chambre du milieu, dont l’entrée désigne la ligne qui sépare la mort de la vie, lieu de sublimation de la conscience avec clef de voûte au dessus de l’arc royal s’appuyant sur les deux colonnes. C’est ici que l’on peut trouver la résurrection, la rédemption grâce à la pierre philosophale, l’élixir de longue vie : le mot de Maître.

L’éternité a pour représentation la circonférence et l’élévation consiste à passer de l’équerre au compas c'est-à-dire de la croix au cercle.

Le mot de M. ne peut se transmettre individuellement : il faut être trois pour le communiquer (tout comme il faut 3 C. pour stopper la chaîne de transmission).

Nécessité de trouver un mot substitué, mais ce qui est substitué ne peut remplacer que très partiellement ce qui était à l’origine… Quand le corps d’HIRAM est retrouvé, la tradition est rétablie mais amoindrie du fait du remplacement du mot sacré par un mot de substitution.

Le mot même HIRAM contient l’idée de vivifier en élevant. HIRAM, fils de sagesse, de science et d’intelligence, est le modèle mythique de l’Homme fait. Complément de l’ A. conçu pour exister, HIRAM est créé pour mourir et donner renaissance. Il représente le cycle de vie (HY) céleste (RAM) : vie élevée qui descend sur le monde (l’homme) pour bâtir le Temple et la continuité de la Vie par transmutation de l’énergie au travers de Dieu enseveli dans le tombeau du corps, force divine qui doit ressusciter.

C’est par la transmission du mot substitué que le C. devient le fils et successeur d’HIRAM.

Si la gestuelle permet la relévation du corps, c’est le mot soufflé qui porte la vie et libère le prisonnier. Le cinquième point parfait se porte comme une passation du souffle de la Parole représentée symboliquement par le « Mot »

Il appartient aux F.M. de réunifier l’ancien Mot Sacré (JEHOVAH) car ce mot était composé des deux parties du Nom divin, séparées par la chute.

La recherche de ce qui est perdu consiste donc en la recherche de l’être dans son essence intrinsèque, dans son principe originel avant la chute, quête pour retrouver l’état paradisiaque.

La parole perdue ne serait en fait qu’oubliée conformément à la théorie de la réminiscence de PLATON selon laquelle tout est en nous… Faut-il pouvoir encore accéder à cette richesse intérieure…

Pour ressusciter il nous faudrait alors descendre dans notre propre tombeau : s’analyser, se parfaire, poursuivre le travail sur pierre brute : le 3° degré serait la suite logique du cheminement de l’A. et du C. ?

Si A. et C. ne savent ni lire, ni écrire mais seulement épeler, le M. lui a la capacité de lire et d’écrire au livre de vie du G.A.D.L.U. puisqu’il travaille sur la planche à tracer. Les 3 grades forment un cycle.

Le séjour d’HIRAM au coeur de la terre correspond à celui du profane dans le cabinet de réflexion : il va naître de sa propre dissolution, de l’oubli de son ego.

Nous portons tous à l’intérieur de nous un noyau divin en la personne de notre maître intérieur.

En maçonnerie : la transmission est essentielle. Le M. doit mourir (chute) pour ressusciter (élévation) en un disciple afin que perdure la chaîne initiatique.

Selon notre rituel le M. se donne à celui qui sera son fils spirituel en lui transmettant le don de la vie éternelle pour renaître en lui. Fils, crée non de chair mais d’esprit, pour maintenir le père vivant en ce monde.

C’est la transmission du mot substitué qui permet cette résurrection, alchimie par laquelle de l’homme ancien renaîtra l’homme nouveau au 7ème jour.

 

 

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La parole substituée

Publié le 24 Août 2026 par T.D

Par Solange Sudarskis

27 avril 2021

La Franc-Maçonnerie est une réflexion sur le sens d’une parole perdue, métaphorisée au plan physique par l’escamotage du corps d’Hiram, auquel se substitue tout postulant au grade de maître.

La Tradition nous assure que les hommes parlaient une seule langue sacrée avant l’édification de la Tour de Babel, cause de sa perversion et, pour le plus grand nombre, de l’oubli total de cet idiome sacré. L’histoire de la Tour de Babel laisse penser qu’il y avait un pouvoir de vérité dans une seule langue primitive caractérisée par une correspondance parfaite entre les mots et les choses. Mais la perte de cette langue et son remplacement par une multiplicité de langues vernaculaires font désormais écran à ces vérités dont l’homme se trouve coupé.

Le récit biblique fait apparaître de nombreuses paroles substituées comme les tables de la loi originelles écrites de la main de Dieu, remises à Moïse, mais qui sont détruites et remplacées par celles connues sous le nom de décalogue qui, elles, sont gravées par Moïse[1].

Il existe une analogie frappante entre le fait de substituer, dans la tradition hébraïque, au tétragramme imprononçable YHVH les noms d’Adonaï, ou d’Élohim, ou de l’évoquer par le vocable Hachem (le Nom) et le fait de substituer, dans la tradition maçonnique, à l’ancien mot YHVH, le mot sacré dont les initiales sont M.B:. Comment une parole prononcée pourrait-elle remplacer l’imprononçable si ce n’est qu’en la considérant comme un symbole qui continuera à hanter énigmatiquement son sens à chercher.

Un autre mot substitué, en français, donne lieu à l’exclamation du mot d’horreur, lors de la découverte du corps, que certains traduisent par : ah ! Seigneur mon Dieu ! Au Rite York, il est dit que lorsque le signe de détresse ne peut être fait, il est possible de lui substituer une parole appelant à l’aide : «Oh ! Seigneur mon Dieu, n’y a-t-il- pas d’aide pour le fils de la veuve ?» Le signe et les mots ne doivent jamais être donnés ensemble.

Dans la symétrie du silence qu’Hiram oppose à ses agresseurs, protégeant ainsi son secret, une parole de substitution est dévoilée au maître qui l’interroge sur le sens ontologique et métaphysique du silence et de la parole. Cette parole refondatrice est un labyrinthe qui égare et cependant conduit vers la recherche de cette parole perdue. Cette quête de Vérité, représentée par Platon sous l’allégorie de la sortie de la caverne, se fait en remontant de la signification jusqu’à la plénitude du sens. Si la perfection était là dès l’origine, c’est vers cette origine que doit tendre le maître pour retrouver l’essence des choses.

Si l’on restitue la forme correcte des mots substitués du degré de maître, on s’aperçoit, dit René Guénon, que «ces mots, en réalité, ne sont pas autre chose qu’une question, et la réponse à cette question serait le vrai mot sacré ou la parole perdue elle-même, c’est-à-dire le véritable nom du Grand Architecte de l’Univers». Si la Parole perdue s’apparente à un des noms du GADLU (entendue comme la Divinité créatrice et organisatrice), le travail de recherche devrait s’articuler autour du Nom, de l’Essence et de l’Être.

La substitution de la parole perdue par le mot sacré, substitution du corps par l’esprit, fonde la valeur initiatique du 3ème degré. La parole audible ne serait que la partie inférieure du sens, l’initié doit en découvrir la partie céleste, subtile ou volatile (et donc non verbale !). La substitution renvoie à un au-delà, à un invisible. Pour atteindre le sens, il faut en référer à un au-delà qui appartient à l’esprit ou qui n’est qu’esprit. Le sens est donc ce qui se substitue à une réalité invisible ou sacrée. Des eaux inférieures il nous faut remonter vers les eaux d’en haut. Comme la philosophie même de la Franc-Maçonnerie nous enseigne qu’il ne peut y avoir de mort sans résurrection – pas de décadence sans restauration ultérieure – sur le même principe, il s’ensuit que la perte de la Parole doit supposer son rétablissement éventuel[2].

Le nouveau maître est la substitution vivante au maître Hiram bien mort. Cette substitution a valeur de matérialisation de l’absence. Mais elle n’est qu’un maillon d’une longue série de substitutions successives dans la progression initiatique : le passage d’un grade à l’autre nous permet de découvrir, par le truchement de la substitution de nouveaux symboles à d’autres, que c’est précisément par le jeu de la substitution successive de signes qu’émerge le sens[3]»

L’histoire de la Franc-Maçonnerie atteste une entreprise effrénée de création de Hauts Grades à la recherche de la Parole perdue. Les auteurs de la légende fondatrice l’avaient-ils construite volontairement comme un récit ouvert ou n’avaient-ils pu que la laisser inachevée ? se demande Roger Dachez.

Un langage apologique, métaphorique, allégorique ou symbolique laisse place aux interprétations multiples et s’oppose à une parole figée, à un sens fixé. Comme le dit Marc-Alain Ouaknin, les sept couleurs de l’arc-en-ciel font obstacle à la couleur blanche de l’idéologie.

[1] Exode ; 34, 27 et 28.

[2] Mackey, ENCYCLOPEDIA OF FREEMASONRY AND ITS KINDRED SCIENCES, au mot  Lost word, p.1113 : themasonictrowel.com/ebooks/freemasonry/eb0091.pdf

[3] Christophe Vallée. 

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L'Écossisme ou la Haute Maçonnerie(extrait)

Publié le 23 Août 2026 par T.D

Dans la FM, les trois premiers degrés (Apprenti, Compagnon, Maître) sont dits symboliques ou “bleus”. L’Écossisme désigne l’ensemble des hauts grades proposés au-delà de la Maîtrise : des étapes supplémentaires qui prolongent le parcours intérieur par de nouveaux récits, des symboles plus élaborés et une réflexion morale affinée. On y avance par degrés, chacun étant une étape de travail avec sa cohérence, ses mots, ses gestes et son enseignement. Présentation du rite le plus influent de la franc-maçonnerie.

Origines historiques de l’Écossisme (18ème siècle)

Premières apparitions des hauts grades « écossais »

La naissance de l’Écossisme maçonnique remonte à la première moitié du 18ème siècle, quelques décennies après l’établissement de la franc-maçonnerie dite moderne. Alors que la Grande Loge de Londres (fondée en 1717) ne pratiquait que les trois grades symboliques, des grades supplémentaires commencent à émerger dans les années 1730-1740. Ces grades au-delà de Maître prennent l’appellation générique d’« écossais », un qualificatif dont le sens exact est débattu – il pourrait aussi bien évoquer une origine géographique (réelle ou mythique) en Écosse qu’un statut maçonnique élevé différent de la maîtrise ordinaire.

Les historiens ont mis en évidence plusieurs faits marquants jalonnant l’aurore de l’Écossisme. En Angleterre, on trouve dès 1735 la mention du grade de Scots Master Mason (Maître Écossais) à Bath. En France, la première mention du grade de Maître Écossais apparaît en 1737 dans le journal de l’avocat Barbier. Ce grade – le plus ancien des hauts grades – semble avoir été introduit en France par des jacobites écossais exilés (fidèles à la dynastie Stuart) venus s’établir à Saint-Germain-en-Laye auprès du roi déchu Jacques II. En effet, de nombreux gentilshommes écossais ou irlandais réfugiés en France après la Glorieuse Révolution de 1688 étaient francs-maçons, et ils jouèrent un rôle notable dans l’apparition de hauts grades mêlant idéaux chevaleresques et allusions politiques (comme l’espérance du rétablissement des Stuart).

Pour comprendre le contexte des premiers « grades écossais », il faut rappeler qui étaient les Stuart. Cette dynastie règne d’abord sur l’Écosse (depuis 1371), puis sur l’Angleterre et l’Irlande quand Jacques VI d’Écosse devient Jacques Iᵉʳ d’Angleterre en 1603. Après les bouleversements du 17ème siècle (guerres civiles, République de Cromwell, Restauration), Jacques II monte sur le trône en 1685. Son renversement lors de la Glorieuse Révolution (1688) au profit de souverains protestants (Guillaume III et Marie II), puis la succession hanovrienne au 18ème siècle, déclenchent un long mouvement de fidélité dynastique : le jacobitisme.

Les jacobites (du latin Jacobus, Jacques) soutiennent d’abord Jacques II, puis ses héritiers en exil : James Francis Edward Stuart (dit le Vieux Prétendant) et Charles Edward Stuart (le Jeune Prétendant). Leurs motivations sont multiples :

  • dynastiques : continuité héréditaire et refus d’une déposition jugée illégitime ;
  • religieuses : espérance d’un régime plus favorable au catholicisme, notamment en Irlande et dans une partie de l’Écosse ;
  • politiques : préférence pour une monarchie plus forte face au Parlement, à rebours de l’équilibre né en 1688 ;
  • identitaires : en Écosse, des clans des Highlands et des milieux hostiles à l’Union de 1707 voient dans la cause stuart un moyen de préserver institutions et traditions.

La cour stuart en exil est accueillie à Saint-Germain-en-Laye. Autour d’elle gravite un milieu d’Écossais et d’Irlandais – officiers, gentilshommes, lettrés – au service de la France. Plusieurs fréquentent les loges françaises. Ils apportent avec eux un imaginaire chevaleresque (fidélité, honneur, combat pour un ordre juste) et des récits qui vont nourrir la naissance de hauts grades au milieu du 18ème siècle.

C’est dans cette atmosphère que s’impose le titre de “Maître Écossais” : au départ, un grade supérieur au-delà de la Maîtrise, attesté en Angleterre (1735) et en France (1737). Le terme « écossais » ne désigne pas seulement une provenance géographique : il signale aussi une couleur symbolique faite de chevalerie, de références bibliques et, parfois, d’allusions aux épreuves historiques vécues par les partisans stuart.

Un événement souvent cité comme déclencheur du courant “écossais” est le fameux Discours du chevalier de Ramsay en 1736. Ramsay, franc-maçon écossais et partisan jacobite, prononça à Paris un discours (publié en 1738) qui proposait une origine chevaleresque des francs-maçons en faisant remonter l’Ordre aux chevaliers croisés. Bien que les historiens relativisent sa portée immédiate, ce texte inspira durablement l’imaginaire maçonnique : il ouvrit la voie aux thèmes de la chevalerie et de la Terre sainte dans les rituels, et lança la veine des hauts grades de type « chevaleresque ». Ainsi, dès les années 1740, on voit apparaître des degrés tels que Chevalier d’Orient (ou de l’Épée) qui introduisent des motifs de chevalerie biblique et de délivrance du Temple. De même, des grades d’Élus – centrés sur la vengeance des meurtriers d’Hiram – et des grades d’Architecte ou d’Intendant des Bâtiments enrichissent les légendes maçonniques au-delà du 3ème degré.

Parallèlement, les années 1740-1750 voient la constitution des premières loges ou chapitres de hauts grades en France. À Bordeaux, la loge La Parfaite Harmonie est fondée en 1744-45 et fonctionne comme une Mère-Loge écossaise délivrant les nouveaux grades supérieurs ; le négociant Étienne Morin en faisait partie. À Paris, une première Loge Écossaise est attestée en 1747, devenant en 1752 un Souverain Conseil administrant plusieurs grades sublimes. Il est notable qu’en 1743, la Grande Loge de France (présidée par Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont) avait formellement condamné le grade de Maître Écossais dans ses ordonnances, signe de la tension qui existait entre la maçonnerie symbolique “officielle” et ces innovations spontanées. Néanmoins, loin d’enrayer le mouvement, ces interdictions témoignent de la prolifération anarchique des hauts grades à travers le pays dans la décennie 1750.

Foisonnement au siècle des Lumières et structuration progressive

Entre 1750 et 1780, l’Écossisme maçonnique connaît un essor fulgurant, quoique désordonné, en France et en Europe continentale. Une multitude de nouveaux grades et systèmes complets se créent, portés par l’engouement pour l'esoterisme , la chevalerie et les mystères templiers. On voit ainsi fleurir toute une constellation de rites “écossais” aux titres évocateurs : Écossisme réformé de Saint-Martin, Rite écossais d’Heredom (lié à l’Ordre supposé d’Heredom de Kilwinning), Rite écossais primitif, Rite écossais rectifié, Rite écossais des Sublimes Élus de la Vérité,... Chacun de ces systèmes propose son échelle de grades (parfois jusqu’à 20 ou 25) avec ses légendes propres. Par exemple, l’Ordre du Royal Secret (dont Étienne Morin est un propagateur majeur) rassemble dès les années 1760 un ensemble de hauts grades jusqu’au 25ème degré (dénommé Prince du Royal Secret). De son côté, en Allemagne, le baron von Hund lance vers 1750 la Stricte Observance Templière, une maçonnerie composée de grades secrets qui prétend renouer directement avec l’Ordre des Templiers – cette « fable templière » aura un grand retentissement et influencera aussi la France.

Dans ce foisonnement, deux tendances principales se dégagent sur le plan doctrinal : d’un côté, un courant mystique, illuministe et chevaleresque, très présent dans les hauts grades (grades de chevaliers, alchimie, théosophie chrétienne) ; de l’autre, un courant rationaliste et humaniste conforme à l’esprit des Lumières. Loin de s’exclure, ces deux courants coexistent au 18ème siècle au sein de la franc-maçonnerie. Il n’est donc pas surprenant de voir cohabiter des degrés très spiritualistes et d’autres davantage teintés de philosophie éclairée ou de symbolisme universel. Par ailleurs, le succès des hauts grades s’explique aussi sociologiquement : dans une société d’Ancien Régime encore très hiérarchisée, ils offrent aux aristocrates et notables des titres maçonniques nobiliaires et un ésotérisme séduisant, ce qui aide à les attirer durablement en loge.

Face à la prolifération des rites écossais, des efforts de structuration et de synthèse vont émerger dans la seconde moitié du 18ème siècle. La Grande Loge de France, quoique n’ayant juridiction que sur les grades symboliques, cherche à mettre de l’ordre dans les « sublimes degrés » qui échappent à son contrôle. Sous l’impulsion de francs-maçons éclairés comme Jean-Baptiste Willermoz à Lyon ou Jean-Jacques de Roëttiers de Montaleau à Paris, on tente de regrouper et codifier les hauts grades en systèmes cohérents. Deux entreprises majeures illustrent cette structuration :

  • Le Régime Écossais Rectifié (R.E.R.) : ce rite est élaboré en France par Willermoz et ses confrères, à partir de la Stricte Observance Templière allemande combinée aux enseignements mystiques de Martinès de Pasqually. Un premier convent des Gaules à Lyon en 1778 fixe les grandes lignes du système, puis le convent universel de Wilhelmsbad en 1782 entérine la fondation du Régime Écossais Rectifié en abandonnant la filiation templière directe tout en conservant une chevalerie symbolique chrétienne. Le RER est ainsi définitivement codifié à la veille de la Révolution, avec ses propres grades et codes.
  • Le Rite Français (dit aussi Rite Moderne) : à Paris, au sein du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴ fondé en 1773), le haut gradé Roëttiers de Montaleau entreprend de synthétiser le maelström des hauts grades en un ensemble réduit. En 1784-1786, le Grand Chapitre Général de France qu’il anime fusionne avec un groupe concurrent (Chapitre du Dr Gerbier) et établit une échelle de seulement 4 Ordres au-delà de la maîtrise. Ce Rite Français en « 4 ordres + 1 » – le dernier étant l’Ordre du Rose-Croix – vise à concentrer l’essentiel des hauts grades en quelques étapes symboliques fortes. Adopté par le Grand Orient, il sera publié en 1801 dans le Régulateur du Maçon.

Malgré ces tentatives de rationalisation, tous les maçons n’adhèrent pas aux solutions proposées, et certaines querelles de rites subsistent. C’est finalement un autre système, venu d’outre-Atlantique, qui va s’imposer peu après : le Rite Écossais Ancien et Accepté. Ce rite, élaboré entre les Antilles françaises et les États-Unis, aboutit à un corpus de 33 degrés formalisé en 1801 à Charleston (Caroline du Sud) et introduit en France en 1804 par le frère Auguste de Grasse-Tilly. Sous le Premier Empire, la franc-maçonnerie française comptera ainsi trois grands systèmes de hauts grades fonctionnant en parallèle : le Régime Écossais Rectifié (avec 4 grades supérieurs au-delà des 3 symboliques), le Rite Français (4 ordres au-delà des 3 degrés) et le Rite Écossais Ancien Accepté (33 degrés englobant les 3 symboliques). Ces trois rites – auxquels viendra s’ajouter plus tard le Rite dit Égyptien de Memphis-Misraïm (99 degrés) en 1881 – restent aujourd’hui les principales voies de la haute maçonnerie en France.

Les principaux rites de l’Écossisme maçonnique

Le Rite Écossais Ancien et Accepté (R∴É∴A∴A∴)

Le Rite Écossais Ancien et Accepté est sans doute le plus connu des rites de hauts grades, pratiqué aujourd’hui dans le monde entier. Son origine remonte à l’Ordre du Royal Secret propagé par Étienne Morin. Mandaté en 1761 pour porter la « Sublime Maçonnerie de Perfection » dans les colonies du Nouveau Monde, Morin diffuse aux Antilles un système de hauts grades initialement structuré en 25 degrés, appelé Rite de Perfection. Avec l’aide du frère Henry A. Francken, il organise à Saint-Domingue et en Amérique du Nord des loges et chapitres de Perfection, conférant notamment le grade sommital de Prince du Royal Secret. Ce corpus est doté de Constitutions et Règlements (notamment en 1762) et sera complété plus tard par les fameuses Grandes Constitutions datées de 1786 et attribuées – probablement de façon légendaire – au roi de Prusse Frédéric II.

Après la guerre d’Indépendance américaine, les porteurs de ce rite (appelés Inspecteurs) se multiplient, et l’idée émerge d’élargir le système. C’est à Charleston, en Caroline du Sud, qu’un groupe de hauts gradés mené par John Mitchell et Frederick Dalcho décide vers 1798-1801 d’ajouter huit degrés aux 25 existants pour aboutir à un ordre à 33 degrés : le Rite Écossais Ancien et Accepté. Le 31 mai 1801, ils fondent le Suprême Conseil du 33ème degré pour les États-Unis d’Amérique, première instance du genre, avec pour Grand Commandeur le colonel Mitchell. Le R∴É∴A∴A∴ est né. Peu après, en 1804, Auguste de Grasse-Tilly – qui avait participé à Charleston aux travaux du nouveau rite – installe à Paris un Suprême Conseil de France et introduit officiellement le Rite Écossais Ancien Accepté dans la maçonnerie française. Celui-ci va rapidement prospérer : au 19ème siècle, il deviendra l’un des rites majeurs en Europe et en Amérique latine, et au 20ème siècle le rite maçonnique le plus pratiqué au monde.

Le Rite Écossais Ancien Accepté comprend 33 degrés au total. Les trois premiers sont les degrés symboliques (Apprenti, Compagnon, Maître), généralement administrés par les obédiences traditionnelles (Grandes Loges ou Grands Orients) dans des loges bleues. Au-delà, les degrés 4 à 33 forment les hauts grades propres au Rite, organisés en plusieurs corps successifs. Classiquement, on trouve : la loge de perfection (grades 4 à 14), le chapitre de Rose-Croix (grades 15 à 18), le Conseil de Kadosh ou Aréopage (grades 19 à 30) et le Consistoire (31 et 32), le 33ème degré étant conféré par distinction comme grade suprême. Chaque pays possède en principe un Suprême Conseil souverain pour administrer l’ensemble des hauts grades du Rite, dirigé par un Souverain Grand Commandeur. Ce dernier degré, dit de Grand Inspecteur Général, confère le titre honorifique de 33ème et dernier degré.

Le R∴É∴A∴A∴ est un rite très riche symboliquement, qui incorpore de multiples traditions spirituelles et philosophiques héritées du Siècle des Lumières. Il a été conçu à la fin du 18ème siècle de manière à intégrer les grandes idées de l’époque pour expliquer le monde et l’Homme : émancipation de la raison, héritage de l’hermetisme réveil de l’idéal chevaleresque, exaltation de la tolérance universelle. Chaque degré du Rite développe une thématique particulière et une leçon morale. Pour exemple, le 12ème degré (Grand Maître Architecte) aborde la sagesse et l’architecture universelle, le 18ème degré (Chevalier Rose-Croix) propose une haute réflexion spirituelle sur la fraternité et l’espoir en s’inspirant du christianisme ésotérique, le 30ème degré (Chevalier Kadosh) met en scène la vengeance symbolique des Templiers et l’idéal de justice face à la tyrannie. D’autres grades, comme Chevalier d’Orient et d’Occident (17ème) ou Prince du Royal Secret (32ème), renvoient à des motifs bibliques (retour de l’exil, reconstruction du Temple) ou ésotériques (synthèse finale des mystères). L’ensemble du Rite Écossais Ancien Accepté se veut un ordre initiatique traditionnel, spiritualiste et universaliste, apte à « coller » à chaque époque tout en transmettant un patrimoine symbolique ancien. Aujourd’hui, ce Rite demeure pratiqué sur tous les continents, que ce soit dans la franc-maçonnerie libérale ou dans la maçonnerie dite régulière (sous l’intitulé Ancient and Accepted Scottish Rite dans les pays anglo-saxons).

Le Rite Écossais Rectifié (R.E.R.)

Le Rite Écossais Rectifié – ou plus exactement Régime Écossais Rectifié – est un système maçonnique de hauts grades fondé sur des principes chrétiens et chevaleresques assumés. Son élaboration, complexe, s’est déroulée en France dans les années 1770 sous l’impulsion du lyonnais Jean-Baptiste Willermoz. Celui-ci, disciple du théurge Martinès de Pasqually et membre de la Stricte Observance Templière, chercha à « rectifier » (réformer) cette dernière en y intégrant une dimension spirituelle plus épurée et en écartant la tutelle d’illustres Supérieurs Inconnus fictifs. Après un convent préliminaire à Lyon en 1778 (Convent des Gaules) et plusieurs réunions en Allemagne, le Convent général de Wilhelmsbad en 1782 consacre officiellement le Régime Écossais Rectifié. Ce convent, présidé par le duc Ferdinand de Brunswick, réunit des délégués de toute l’Europe maçonnique. Les participants y décident notamment d’abandonner toute prétention à une filiation historique directe avec l’Ordre du Temple (qui caractérisait la Stricte Observance), tout en conservant la légende templière comme source d’inspiration symbolique. Ils adoptent des rituels révisés pour les degrés symboliques et hauts grades, intégrant aussi certains éléments mystiques de l’Ordre des Élus Coëns de Martinès. Le résultat est un rite cohérent, profondément christianisé, qui sera pratiqué surtout en France, Suisse et plus tard en Belgique.

Le R.E.R. comporte originellement six grades au total, dont les deux derniers relèvent d’un ordre chevaleresque chrétien interne. Les grades 1 à 3 (Apprenti, Compagnon, Maître) constituent les grades symboliques rectifiés, avec des rituels très proches de la tradition française du 18ème siècle. Le 4ème grade, propre au R.E.R., est celui de Maître Écossais de Saint-André (appelé aussi Maître Écossais, ou Maître Écossais Vert) : il fait office de pont entre la loge symbolique et l’ordre intérieur. Au-delà, le Régime comprend un Ordre Intérieur subdivisé en deux étapes : d’abord le grade d’Écuyer Novice (5ème), puis celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (C.B.C.S., 6ème grade). Ces deux grades chevaleresques sont conférés au sein de Préfectures et de Grands Prieurés, en dehors des loges bleues. Notons qu’historiquement, le Régime Écossais Rectifié prévoyait encore deux degrés secrets ultérieurs (dit Profès et Grand Profès, purement spirituels), mais ceux-ci n’ont été que rarement pratiqués.

Le Régime Rectifié se singularise par son essence chrétienne déclarée. Ses rituels et obligations imposent dès l’origine aux membres d’« être fidèles à la religion chrétienne » et de vivre selon les vertus de la chevalerie évangélique (charité, humilité, dévouement). Le R.E.R. représente en quelque sorte la branche mystique et spiritualiste de la franc-maçonnerie des Lumières : il s’inscrit dans le courant illuministe du 18ème siècle, qui coexistait alors avec le courant rationaliste plus voltairien. Sur le plan symbolique, les trois premiers degrés rectifiés restent assez proches de la maçonnerie “classique”, quoique enrichis de quelques particularités (insistance sur la réintégration spirituelle de l’homme déchu, influence des écrits de Saint-Martin et de l’illuminisme chrétien). C’est surtout dans les hauts grades que la spécificité ressort : le Maître Écossais de Saint-André prépare le candidat à entrer dans la chevalerie intérieure en le liant à l’Ordre de Saint-André (saint patron des Écossais) et en le dotant de la parole perdue retrouvée. Puis, le chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte est invité à défendre symboliquement une “Cité sainte” (image de la Jérusalem céleste) par ses vertus et ses actes de bienfaisance. Le choix du terme Bienfaisant indique l’importance de la philanthropie et de la morale chrétienne dans ce rite. Le mythe templier affleure en arrière-plan (les C.B.C.S. se considèrent comme des successeurs spirituels des chevaliers du Temple, engagés dans un combat allégorique contre le Mal), mais il ne s’accompagne d’aucune revendication d’héritage historique réel – au contraire, la rupture avec la lignée templière effective fut prononcée en 1782.

Le Rite de Perfection et les autres rites écossais historiques

Le Rite de Perfection (Ordre du Royal Secret) mérite une mention particulière car il constitue l’ancêtre direct du Rite Écossais Ancien Accepté. Comme évoqué plus haut, il s’agit d’un système de hauts grades à 25 degrés formé progressivement par Étienne Morin et ses collaborateurs dans les années 1760. Son sommet, le 25ème degré intitulé Prince du Royal Secret, coiffe une séquence de grades comprenant notamment le Maître Parfait, le Maître Élu, le Chevalier d’Orient, le Chevalier Rose-Croix et le redoutable Chevalier Kadosh. Diffusé d’abord aux Antilles (Saint-Domingue, Jamaïque) puis en Amérique du Nord (New York, Charleston), le Rite de Perfection fut la première concrétisation d’un “haut système” écossais unifié. S’il n’est plus pratiqué en tant que tel de nos jours (hormis par quelques organisations dites Cernéennes se réclamant de la filiation de Morin), son intégration quasi complète dans le Rite Écossais Ancien Accepté en fait un jalon essentiel de l’histoire de l’Écossisme.

Doctrine et dimensions symboliques de l’Écossisme

Thématiques et philosophie des hauts grades

Les hauts grades écossais se distinguent des degrés symboliques de base par l’approfondissement des thèmes initiatiques et l’élargissement du cadre historique et légendaire. Alors que les trois premiers degrés se concentrent sur la construction (et la perte) du Temple de Salomon et sur des enseignements moraux fondamentaux, les grades au-delà du Maître explorent de nouveaux horizons spirituels, philosophiques et ésotériques.

Une caractéristique marquante de l’Écossisme est l’introduction massive du motif chevaleresque. De nombreux hauts grades font de l’initié un chevalier investi d’une mission symbolique. Le Chevalier d’Orient (présent dans plusieurs rites, vers le 15ème degré) transforme le Maçon en défenseur du peuple hébreu libéré de Babylone, combattant pour rebâtir le Temple. Le Chevalier Rose-Croix fait du Maçon un pèlerin spirituel méditant sur la parole du Christ et la résurrection symbolique. Le Chevalier Kadosh, lui, l’élève au rang d’un vengeur mythique des Templiers, incarnant la justice immanente contre l’arbitraire des puissants. Ces figures chevaleresques servent à transmettre des valeurs de bravoure, d’honneur, de droiture morale, tout en inscrivant la franc-maçonnerie dans une continuité imaginaire avec les ordres chevaleresques du passé.

À côté de la chevalerie, les hauts grades intègrent des éléments prononcés de spiritualité religieuse et mystique. Dans le Rite Écossais Rectifié, cette dimension est explicitement chrétienne : le but est la réintégration de l’homme en Dieu, via une purification intérieure, selon la théologie mystique du 18ème siècle. Dans le Rite Écossais Ancien Accepté, la spiritualité est plus œcuménique mais bien présente : le degré de Rose-Croix (18ème) en est l’exemple le plus célèbre, véhiculant un message de foi, d’espérance et de charité sous un voile allégorique christique (la rose éclose sur la croix). D’autres grades empruntent aux textes bibliques ou apocryphes des scénarios édifiants – le Prince de Jérusalem (16^e) fait ainsi revivre l’histoire d’Esdras et de la reconstruction du Temple, symbole d’un nouvel espoir après l’épreuve de l’exil. L’inspiration biblique côtoie parfois l’inspiration ésotérique : le Chevalier du Soleil (grade d’illuminisme alchimique apparu vers 1750) propose un enseignement imprégné des idées vitalistes de Paracelse avec un tableau de loge inspiré de l’Azoth de Basile Valentin. Ce syncrétisme est typique de l’Écossisme : il incorpore volontiers des éléments d’hermétisme, de kabbale et d’alchimie dans ses rituels. On retrouve ainsi des références aux symboles alchimiques (soufre, mercure, sel) dans certains grades, à la science des nombres et des lettres sacrées, ou encore aux arcanes astrologiques, autant d’éléments étrangers aux grades bleus mais prisés au siècle des Lumières dans les cercles initiés.

Sur le plan philosophique et moral, les hauts grades approfondissent la réflexion éthique du franc-maçon et l’adaptent aux enjeux de l’époque. Nés en plein siècle des Lumières, ils intègrent les idéaux de progrès moral et d’émancipation intellectuelle propres à ce mouvement. Des grades comme Grand Écossais de Saint André ou Grand Inspecteur Inquisiteur mettent l’accent sur la connaissance de soi, la recherche de la vérité et la lutte contre l’ignorance et le fanatisme. D’autres, tel Souverain Prince Rose-Croix, enseignent la tolérance universelle et la fraternité transcendant les dogmes. Globalement, l’Écossisme a servi de véhicule pour diffuser au sein de la franc-maçonnerie des concepts humanistes et des valeurs des Lumières (liberté de conscience, perfectibilité de l’homme, primauté de la raison éclairée par la foi ou la sagesse). Ceci coexiste avec l’autre versant plus occulte : on observe ainsi un délicat équilibre entre rationalisme et occultisme dans nombre de hauts grades, reflet de la dualité de la culture du 18ème siècle. L’exemple du Rite Écossais Ancien Accepté est parlant : il a su intégrer à la fois la tradition hermétique et l’idéal rationaliste, en témoigne la succession d’influences du 12ème, 18ème et 30ème degrés déjà évoquée.

Enfin, il convient de souligner la dimension initiatique interne des hauts grades écossais. Plus on s’élève dans la hiérarchie des degrés, plus l’enseignement est présenté comme profond, potentiellement accessible à un cercle réduit de maçons éprouvés. Cette gradation vise moins à créer une élite ésotérique qu’à fournir un parcours pédagogique par étapes : chaque degré est censé apporter une “lumière” nouvelle à l’initié méritant. En ce sens, les hauts grades complètent la formation du Maître maçon en élargissant son horizon intellectuel et spirituel. Ils invitent le franc-maçon à une quête continue de perfectionnement, symbolisée par l’échelle ascendante des degrés (parfois représentée dans l’iconographie par l’échelle de Jacob ou une échelle mystérieuse à plusieurs échelons). On notera toutefois que cette progression n’est pas à comprendre dans un sens d’autorité ou de supériorité : dans la franc-maçonnerie régulière, un 33^e degré n’a aucune autorité sur un Maître Maçon de 3^e degré dans une loge bleue. La progression écossaise est avant tout intérieure et symbolique, chaque grade étant “supérieur” seulement par la connaissance qu’il confère et non par le pouvoir qu’il délègue.

Sources doctrinales et influences de l’Écossisme

Les multiples inspirations de l’Écossisme reflètent l’éclectisme culturel du 18ème siècle. On peut en distinguer quatre principales :

  • L’idéal chevaleresque médiéval : c’est l’une des sources les plus évidentes. Le mythe des Templiers est omniprésent dans l’histoire des hauts grades. La fameuse légende templière – selon laquelle les franc-maçons seraient les héritiers des chevaliers du Temple dissous au 14ème siècle – apparaît dès les années 1750 en Allemagne et en France. Elle fournit une trame romanesque à plusieurs rites (Stricte Observance, Rectifié, Kadosh du R∴É∴A∴A∴), même si elle est reconnue comme une fiction historique. Au-delà des Templiers, l’Écossisme puise dans la chevalerie un symbolisme de la lutte du Bien contre le Mal, de la quête du Temple (spirituel) perdu et de la restauration d’un ordre juste. Des degrés comme Chevalier de l’Épée, Chevalier de l’Aigle, Chevalier du Soleil, Chevalier de Saint-André, déclinent sous diverses formes la figure du chevalier maçon, tantôt croisé, tantôt templier, tantôt chevalier mystique. Cet imaginaire chevaleresque confère aux hauts grades prestige et verticalité, tout en servant de véhicule à une éthique exigeante (courage, loyauté, sens du sacrifice).
  • La spiritualité judéo-chrétienne et biblique : nombre de hauts grades s’enracinent dans des épisodes de l’Ancien Testament ou font référence à la tradition chrétienne. Outre les exemples déjà cités (grades d’Orient et de Rose-Croix), on peut mentionner le grade de Noachite (ou Chevalier Prussien, 21ème du R∴É∴A∴A∴) qui évoque la légende du juste Noé, celui de Prince de Liban (22^e) qui fait allusion aux ouvriers du bois de cèdre envoyés par Hiram, ou encore Écossais de Saint André dans le R.E.R. qui place le rite sous le patronage d’un apôtre. La dimension spirituelle s’exprime aussi dans les prières, invocations et beatitudes qui émaillent les rituels de hauts grades. Dans les rites explicitement chrétiens (R.E.R., certains chapitres du Rite Français), la doctrine s’apparente à un ésotérisme chrétien : le but ultime est l’union à Dieu (la vision de la Sainte Cité au R.E.R., la parole retrouvée au Rose-Croix signifiant le Verbe divin). Même dans le R∴É∴A∴A∴, qui est ouvert à toutes les religions monothéistes, on perçoit l’influence de la théologie judéo-chrétienne (par ex. usage fréquent du Ternaire 3-5-7, allusion à la Nouvelle Jérusalem). Cette source doctrinale ancre l’Écossisme dans une tradition moraliste et théologique : il s’agit d’élever l’âme du maçon vers des principes divins universels, au-delà du simple décorum chevaleresque.
  • L’ésotérisme hermétique et occultiste : parallèlement à la religion révélée, l’Écossisme emprunte aux courants ésotériques et aux sciences occultes de la Renaissance. Comme indiqué, le grade du Chevalier du Soleil est un exemple de greffe alchimique dans la maçonnerie. De même, le grade de Philosophe Inconnu (dérivé des enseignements de Louis-Claude de Saint-Martin, appelé ainsi le “philosophe inconnu”) apparaît dans certaines variantes de rites écossais, prônant une forme de théosophie mystique. La Kabbale, popularisée par des auteurs comme Martinez de Pasqually et plus tard Eliphas Levi a aussi laissé des traces : le symbolisme des 10 sephiroth se retrouve dans le degré de Chevalier du Royal Axe (ou Prince du Liban) via les 10 colonnes de l’édifice, les 22 lettres hébraïques sont évoquées dans le degré de Prince du Tabernacle,... Les hauts grades ont servi de refuge à des notions ésotériques que la maçonnerie bleue, plus rationnelle, n’intégrait pas. Le grade de Maître Écossais dès son apparition vers 1740 comportait un mot sacré mystérieux (Mahaban) et des allégories ésotériques sur la parole perdue que n’avaient pas les trois premiers grades. L’influence du rosicrucianisme est patente dans le degré de Rose-Croix (le nom même vient de la fraternité mythique des “Rose-Croix” du 17ème siècle). Ainsi, l’Écossisme a agrégé divers courants occultes – alchimistes, néoplatoniciens, kabbalistes, mystiques – qui existaient en marge de la société érudite depuis la Renaissance. Cette dimension ésotérique confère aux hauts grades une profondeur symbolique supplémentaire, mais peut aussi les faire apparaître plus “obscurs” aux yeux des non-initiés, tant les références y sont multiples et parfois cryptiques.
  • La philosophie morale et les Lumières : enfin, le contexte du 18ème siècle a imprégné l’Écossisme d’un certain rationalisme et d’idéaux philosophiques. On trouve dans les rituels des hauts grades des références explicites aux vertus cardinales (prudence, tempérance, force, justice), aux devoirs de l’homme et du citoyen, voire aux droits naturels. Le Rite Écossais Philosophique (comme son nom l’indique) mettait l’accent sur la quête de la sagesse et le perfectionnement moral de l’homme. De façon générale, les hauts grades prétendent conduire le maçon vers une sagesse supérieure, une gnose maçonnique, qui englobe la morale universelle. Il s’agit d’achever l’édification intérieure esquissée dans la loge bleue : si le Maître Maçon a reçu la lumière, le haut initié doit apprendre à en rayonner pleinement dans le monde. Cette philosophie de l’illumination progressive est en accord avec l’esprit des Lumières, qui valorise l’idée de progrès de l’esprit humain. D’ailleurs, le R∴É∴A∴A∴, né en 1801, se décrira plus tard comme un ordre « progressif » où l’on s’élève par degrés de connaissance et de mérite. On peut voir là l’influence de la franc-maçonnerie américaine post-indépendance (Charleston), teintée d’idéaux démocratiques : au 30ème degré Kadosh, l’accent est mis sur la lutte contre la tyrannie et l’obscurantisme, ce qui fait écho aux valeurs républicaines naissantes. En somme, la philosophie des hauts grades oscille entre une quête de vérité ésotérique et un engagement éthique dans la société : les “Chevaliers maçons” sont invités à travailler à la fois à leur perfection spirituelle et au bonheur de l’humanité, concrétisant la double injonction de s’améliorer soi-même pour améliorer le monde.

Olivier d’Aeternum

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Liberté et Écossisme

Publié le 23 Août 2026 par T.D

La liberté est affaire de compromis. Compromis entre l’exercice volontaire de ses choix, le respect d’autrui et celui de la loi.
Le libre arbitre est affaire de jugement, éclairé par la conscience, sur des choix et des actes, au regard de l’éthique.
Ainsi, le choix, qui relève du libre arbitre, semble être circonscrit à la liberté de trouver un compromis, celui de réaliser ses désirs selon sa conscience, dans le respect de la loi et d’autrui.

Sur un plan social, on a coutume de dire que trop de liberté creuse les inégalités, que trop d’égalité obère la liberté, et qu’en principe la fraternité permet le juste partage... Mais a-t-on tout dit pour autant ? Que convient-il de s’accorder à soi-même et de tolérer aux autres pour une liberté réciproque raisonnable ? Derrière ce que nous croyons être notre liberté se cachent le mensonge et l’aveuglement à nous-même, la permissivité à notre égard, l’indifférence aux autres et l’ignorance ou la transgression de la loi. En fait, la liberté nécessite, de manière consubstantielle, une aptitude à se commander qui devrait s’acquérir tout au long de la quête.

Si l’éthique maçonnique, dans sa transmission orale, invite à un humanisme de bon aloi, les rituels de l’Écossisme, quant à eux, marquent des progressions et des régressions, des tentatives bénéfiques et des échecs qui se veulent pédagogiques et qui n’ont d’autre but que de mettre en exergue les faiblesses humaines pour en faire l’expérience.

Ainsi, les sensations de liberté sont-elles tour à tour guidées par les émotions, les instincts, l’empathie ou la loi morale selon les grades. Et les actions sont conduites par impulsion, intérêt, bienveillance ou devoir. Alors, comment concilier désirs, nécessité, croyances, altérité et humanisme ?

Le grade d’Apprenti, au-delà de la contrainte du silence et de l’euphorie de la découverte, met le Maçon au pied du mur qu’il doit édifier. L’espoir de la construction d’un monde meilleur demeure le moteur du devenir. Tout est à refaire, comme pour conjurer les frustrations profanes qui ont conduit en Maçonnerie. Un projet est en route.

Le grade de Compagnon, dans le prolongement du grade précédent, bâtit un véritable espace de liberté par l’apport essentiel du travail comme outil d’émancipation, et pour une œuvre collective à dimension humaine et solidaire. Chacun tient la juste place symbolique qu’il doit occuper, selon ses qualités et ses qualifications, sous l’autorité incontestée de Maîtres reconnus. Tout paraît aller de soi, dans un monde harmonieux. Il n’y a plus ici de contraintes apparentes, hormis celles d’une discipline salutaire. L’Art est la joie des hommes libres, dira un rituel.

Le grade de Maître déstabilise cet édifice en mettant en scène la face sombre du visage humain. En sortant de leurs prérogatives et des règles établies, les Compagnons abusent de la liberté qui leur a été donnée parce qu’elle ne leur correspond pas. Cette prise de pouvoir meurtrière engendre désordre, doutes et iniquités. Tout est à refaire.

Les deux premiers grades sont-ils un leurre au regard du troisième et des suivants ?

Au 4e grade, le Maître Secret met en exergue son libre arbitre pour tenter de reconsidérer l’usage des valeurs, pour percevoir une vérité qui se veut différente de celle admise communément, pour apprendre à penser par lui-même, se dégager des contingences, des faux-semblants et de l’idolâtrie. Il s’agit de tirer les leçons du passé, de voir le monde autrement, par devoir et raison, et discerner les vrais leviers d’action.

Au 5ème grade, le Maître Parfait, en ne gardant que le meilleur du Maître défunt, entreprend le dépassement de ce qui est maintenant révolu et poursuit ainsi son propre affranchissement, son émancipation par rapport à la tutelle de pseudo maîtres à penser.

Au 6e grade, le Secrétaire intime, par son implication, sa responsabilité et la réconciliation qu’il réalise, favorise une plus grande intelligence sociale et se libère des divisions. Un nouvel ordre est en marche, actif et participatif.

Au 7e grade, les Prévôts et Juges, qui possèdent les plans de l’édifice, montrent leur aptitude à commander, à se commander, avec justice et justesse, ordre et concorde, pour éviter tout abus. Un pouvoir régulateur, qui s’exerce aussi sur soi-même, s’instaure et s’affirme ici.

Au 8e grade, l’Intendant des bâtiments entretient et perpétue l’ouvrage pour étayer et pérenniser ce nouvel équilibre libérateur. Tout est maintenant à sa juste place.

L’arrêt de la construction depuis le 3e degré, sa déconstruction structurée et son entretien méthodique ensuite, contribuent à porter ici un libre jugement sur l’œuvre.

Au 9e grade, le Maître Elu cherche à se libérer d’une partie de lui-même par la force justicière. En assouvissant une vengeance symbolique nécessaire contre le mal enfoui en lui, il tente de se vaincre, de se surmonter, en vue de se forger une liberté et obtenir la clémence de sa conscience pour la brutalité de la méthode.

Au 10e grade, l’Illustre Elu des 15 poursuit la libération violente de ce qui pèse sur sa conscience, par un châtiment public démonstratif. Si les méthodes et les règles de vie sont encore disproportionnées, l’animalité semble symboliquement vaincue.

Au 11e grade, le Sublime Chevalier Elu institue une gouvernance libératrice du poids des iniquités et des contraintes passées en répartissant les responsabilités. Cette partition, au-delà de la division apparente, n’a pour but que de mettre en place des relais de pouvoir pour un équilibre régulateur. Le processus de justice est en marche.

Mais quelle est la latitude réelle de l’impétrant dans ces 3 grades d’Elu, où la sélection s’opère successivement par tirage au sort, par désignation et par élimination ?

Au 12e grade, changement de registre : le Grand Maître Architecte développe sa volonté pour se libérer des contingences par la création. Les institutions étant en fonction et la vengeance étant assouvie, un nouveau projet peut redémarrer. On se tourne ici délibérément vers le devenir et l’universalisme. Chacun peut participer : les portes ne sont plus gardées.

Mais rien n’est pérenne. La liberté dépend aussi des autres. Les sociétés, les édifices, aussi bien construits fussent-ils, ne résistent pas au destin et aux luttes des civilisations. Le Temple, convoité parce que symbole de puissance, est détruit.

Au 13e grade, le Chevalier de Royal Arche, esclave de la matérialité, en explorant les ruines du passé, mais aussi ses propres sous-sols pour chercher d’antiques vérités, côtoie les limites de sa connaissance, de sa culture et de son entendement pour trouver l’horizon de son propre être, la mesure de lui-même, de sa propre liberté, celle de se mouvoir dans son espace intérieur, celle de dire selon sa pensée et son langage. Des portes s’ouvrent par le hasard des mots, comme par leurs vertus, sur l’indicible et l’impossible.

Au 14e grade, le Grand Elu de la Voûte Sacrée, Parfait et Sublime Maçon, fort de ses trouvailles, affirme son identité. Mais il doit retourner, dénué d’illusions, parmi ses congénères, en captivité à Babylone, cité de l’esclavage à un autre pouvoir, symbole du paraitre et de l’illusion, monde de servitudes. Cependant, il est censé avoir démystifié la culture communément admise et pris la mesure du possible. Il s’est pourfendu sans complaisance pour s’affirmer. Il sait qu’il est toujours prisonnier de sa condition, de sa culture, de son passé, de lui-même et de ses semblables (le centre de l’idée demeure entre le mot indicible et un vain symbole), qu’il est pleinement responsable de sa soumission, de son assujettissement, par nécessité souvent, par compromis parfois aussi. La parole qu’il prononcera sera sans aucun doute libératrice, car à travers les grades de perfection, il a pu entrevoir les faiblesses de ses pensées et de ses actions, le sens de leur finitude et de leur temporalité.

Au 15e grade, les Chevaliers d’Orient et de l’Epée sont libérés par leur geôlier, Cyrus, qui, effrayé par les prédictions entrevues dans un songe qu’il aurait fait, les a instruits dans l’art de la guerre pour les laisser partir reconstruire le Temple. Il y aurait long à en dire sur le plan psychanalytique : le bourreau est celui par qui la liberté peut advenir. Mais rien n’est acquis puisqu’ils devront combattre face à l’ennemi pour passer le pont qui mène au monde promis. Cette Liberté De Passer est une conquête collective mais temporaire, dans la mesure où les constructeurs doivent encore lutter pour reconstruire le temple, la truelle d’une main et l’épée de l’autre. Ici, liberté de passer rejoint liberté de penser et de vivre ensemble, mais dans la confrontation et l’adversité. Le triangle émotionnel et dramatique mis en scène à ce grade (Cyrus dominateur, Zorobabel victime et Samaritains boucs émissaires), où le rôle de sauveur passe des mains de Cyrus à celles de Zorobabel et ses troupes, donne au développement du thème de la liberté un visage nouveau et complexe, bien au-delà de la simple liberté de passer essentiellement évoquée à ce grade. La relation entre les protagonistes, auxquels chacun peut s’identifier tour à tour, devient ambiguë et quelque peu perverse au fur et à mesure du récit. Cependant chaque parti semble y trouver son intérêt, exceptés les Samaritains, nouvel ennemi, usurpateurs de l’identité initiale, coupables de représenter le soi ancien, duquel les héros cherchent à se séparer à tout prix, obnubilés par la reconstruction. A ce grade, on a dépassé le divin, le mystique et la magie, puisés dans le passé et les ruines des deux degrés précédents, pour adopter une tactique, une stratégie guerrière de reconquête, y compris dans la réédification du Temple. Le Maçon devient Chevalier. Armé, il entre dans une logique de l’honneur et du combat.

Au 16e grade, le Prince de Jérusalem est à nouveau obligé de solliciter le dominant étranger, Darius, l’autre, le puissant, pour obtenir la liberté de construire ensemble dans la légitimité du pouvoir. Les illusions d’un monde où la place de chacun paraissait acquise tombent une nouvelle fois, y compris au sein de sa propre ethnie. Jérusalem symbolise ce qui fût perdu et qu’il importe encore ici de retrouver à ce stade de l’initiation : l’âge d’or, l’idéal du grade de Compagnon. Mais les conditions ont bien changé. Une autorité de justice sociale institutionnalisée donne une patente pour œuvrer et, de fait, le pouvoir de commander. Légitimité, liberté, autorité et commandement vont de pair. La lutte continue. La répression et les lois (fussent-elles illusoires) maintiennent la croyance en un avenir meilleur.

D’une certaine façon, les 13e, 14e, 15e et 16e grades forment un tout cohérent où chaque acteur tient un rôle particulier, qui évolue entre nécessités, besoins, désirs et fantasmes.
–  Nabuchodonosor, représente le conquérant, le puissant, le rival agressif et destructeur, mégalomane et envieux des fastes du Temple, de ses avantages et de sa gloire. Il symbolise la frustration, la convoitise et le pouvoir. Sa force conduit le peuple des israélites à l’épreuve de l’exil, comme punition d’avoir su réaliser un tel édifice.
–  Cyrus apparaît aux yeux des israélites comme le libérateur, le sauveur. En réalité, rongé par le remords et la peur de la perte de son pouvoir à la suite d’un songe prémonitoire dans lequel il voit Nabuchodonosor enchaîné, il entre dans une phase de négociation, de séduction, de manipulations, de chantage et d’échanges avec Zorobabel, qui, par ailleurs s’avèrent infructueux. S’il initie le peuple à l’art de la guerre pour reconquérir Jérusalem, c’est parce qu’il estime vraisemblablement que le Temple en ruines ne vaut plus un clou au regard de sa déchéance probable ! Ses motivations n’ont rien d’altruistes…
–  Darius incarne une autorité légitime qui parachève l’épisode et permet un nouveau projet de vie par la loi, le décret. Son intérêt est convergent avec celui des Israélites.
–  Le peuple symbolise les initiés. D’abord vaniteux, puissant et fort d’un Temple si majestueux aux yeux des autres, il attire les envieux qui le combattent et le conduisent en exil. Puis, soumis et asservi, il apparaît quelque peu masochiste, n’existant que dans la souffrance et se sentant responsable de sa culpabilité. Il va évoluer au fil des grades. Conduit par le mage Guibulum dans les voutes souterraines du Temple pour retrouver ses racines, tenter de découvrir les mystères du passé et mesurer les limites de son moi, il prend désormais pour chef guerrier Zorobabel « de la tribu de Juda, prince de sang de David, le premier parmi les égaux, libre par état, et captif par disgrâce » dit le rituel, qui va résister au feu et passer les eaux… Zorobabel, incorruptible, résistant à la tentation des richesses et du pouvoir dans un premier temps, va conduire le peuple à la victoire, en chef de guerre, mais sans gloire. Il échoue d’abord dans son combat par les armes, et n’obtient finalement la liberté de passer qu’en abandonnant à ses adversaires la délégation de pouvoir (bagues et rubans) que Cyrus lui avait conférée. Mais surtout il va désormais assouvir sa volonté de puissance par la reconquête et la reconstruction du Temple en ruines. De victime, il devient à son tour dominateur, persécuteur et harceleur des Samaritains, estimant être investi de la mission et du devoir de reprendre le bien de ses ancêtres. Acharnement, volonté délibérée, ou victime de la manipulation de Cyrus dans le piège duquel il est tombé à son insu ? Enfin, n’ayant pas réussi par la truelle qui cimente et l’épée qui défend, il s’en remet au pouvoir et à la loi de Darius pour œuvrer, comme si la force seule était inopérante. Nouvel échec personnel ou bien réussite totale à tout prix ?
–  Les Samaritains, quant à eux, sont les boucs-émissaires du scénario. Dans la légende, ils ne sont pas des ennemis ancestraux. Habitants de la Samarie, ils représentent 10 des 12 tribus d’Israël dont il est question au 11e grade, hors Juda et Benjamin (mots prononcés lors de l’attouchement du 15e grade) et ont contribué jadis à la construction du temple en transportant les cèdres du mont Liban. Selon Esdras 4, 1 à 3, ils proposèrent même à Zorobabel et les siens de reconstruire le Temple ensemble. Ces derniers, possessifs et fiers, refusèrent. C’est à partir de là que les Samaritains cherchèrent à entraver la construction. Ils résistent à l’épée au 15e degré pour plier, sous l’effet d’une pseudo légitimité étrangère, au 16e, car le Temple, vassalisé, reste propriété de Babylone… (Notons qu’ils ne sont pas cités dans le rituel du 15e de Bordeaux, et qu’ils sont les ennemis à combattre sur le pont de l’Euphrate dans le rituel du site de la juridiction du REAA.)

Alors, ce peuple et ses leaders auxquels l’initié maçon est censé s’identifier, sont-ils victimes des autres ou victimes d’eux-mêmes ? Sont-ils bourreaux d’eux-mêmes ou bourreaux des autres ? Quelle marge de manœuvre les rituels leurs laissent-ils ? On dit que les rites servaient à préserver la paix dans les sociétés primitives, mais qu’ils ont pour vocation de conditionner le peuple dans nos sociétés dites civilisées ! Sont-ils alors l’objet de leur destin, de leur acharnement à construire et reconstruire un Temple qu’ils ont par trop sacralisé ? Sont-ils manipulés par leur entourage, la société et ses lois ? L’art de la guerre, le maniement des armes auquel ils ont été initiés, leur ont-t-ils réellement servi ? Etape initiatique nécessaire, répondront d’aucuns, comme pour éprouver leur sens guerrier…

Au 17e grade, changement de décor : le Chevalier d’Orient et d’Occident incarne le juste, en conscience avec lui-même, celui qui pense et agit sans erreur ni écart, celui qui a rectifié maintes fois, et qui peut ainsi juger en toute sérénité parce qu’il s’est libéré de ses contingences individuelles. Il est libre et assez fort pour accepter toutes les destructions. « Il y aura toujours devant (lui) une porte ouverte et que personne ne pourra fermer » dit le rituel. Les vérités scellées du livre intérieur à soi (mystères du ciel, énigmes des origines, perspectives insondables de l’avenir : fin des temps, jugement dernier des hommes, avènement d’un temps nouveau) s’ouvrent dans un fracas apocalyptique que les êtres libres, purs et forts sont capables de surmonter, alors que les impies seront symboliquement châtiés. La liberté est mise à l’épreuve de la destruction.

Mais changer l’homme n’est pas changer le monde. Dérèglements et iniquités perdurent. Les Temples sont à nouveau démolis et, pire, les outils dispersés. Il convient d’en tirer un nouvel enseignement et apprendre à vivre autrement, sans temple, et bientôt dans l’errance et le nomadisme. Ainsi va la vie.

Au 18e grade, le Chevalier Rose+Croix n’a plus besoin d’espace sacré : le temple est détruit, l’espace est (enfin) ouvert et ne se refermera plus ensuite. La liberté semble tout entière dans la libération du carcan et dans l’abandon (provisoire !) de l’obsession croissante qu’est devenu le Temple au fil des grades, car il n’est pas une fin en soi, fut-elle symbolique. Et nul doute que le Temple mystique, prophétique ou extatique de substitution, révélation subite et vision spirituelle éthérée, ne soit qu’une impasse pour beaucoup d’entre nous. La carapace nécessaire au processus initiatique pour la réalisation d’une acculturation par rapport au monde profane n’est plus utile. Tout devient transparent, l’ouverture brise les barrières entre l’intérieur et l’extérieur. La liberté intérieure rend disponible et permet l’altérité. Une loi nouvelle, plus humaniste et plus forte, ouvre les perspectives d’un monde nouveau. Mu par la foi, porteur d’une parole d’espoir, libéré de lui-même, le Chevalier pourra peut-être œuvrer pour l’amélioration de la société. Mais, quelle part de liberté reste-t-il aux Maçons qui gardent de ce grade une vision sacrificielle et doloriste, malgré la devise « j’ai ce bonheur » ? Liberté de se sacrifier ou bien simple exercice du devoir ? A quel moment le devoir devient-il sacrifice ?

L’affranchissement progressif vécu au cours de ces 4 degrés chapitraux donne toute sa qualité à l’Initié qui, du « bien bon maçon » reconnu dans les Loges de Perfection, devient le Franc Maçon, le Maçon affranchi, promis par le cursus maçonnique au 18e degré. On a abandonné (provisoirement) la force pour magnifier l’altérité, l’altruisme et l’agapè. Mais l’empathie et l’action altruiste sont-elles suffisantes pour la construction d’un monde meilleur et plus éclairé ? Si cette étape chapitrale demeure le cœur du processus, nul doute que la suite de l’initiation sera nécessaire pour développer la méthode symbolique indispensable à l’action individuelle et sociale. Des voies multiples vont s’ouvrir, qu’il faut aussi connaître pour en faire de justes usages.

Au 19e grade, le Grand Pontife ne se bat plus sur des ponts, mais il les construit pour relier deux rives, deux mondes. C’est lui qui donne maintenant la liberté de passer. C’est un passeur qui ouvre des voies vers une spiritualité, mais, n’en doutons pas, la Jérusalem céleste du rituel, édifice mystique pour d’aucuns, ne remplacera pas les ruines de l’ancien temple. Elle ne demeurera qu’une espérance, une promesse, une croyance, une idéologie, une illusion supplémentaire. Mais elle fait aussi partie de notre imaginaire anthropologique, culturel et cultuel.

Au 20e grade, le Maître Ad Vitam semble avoir l’éternité de la maîtrise devant lui. Est-ce un leurre, une illusion, la réminiscence des pratiques du début du 18ème siècle, ou bien une possibilité acquise par la sagesse ? S’il porte en lui les lumières de ses ancêtres comme le dit le rituel, il serait fâcheux qu’il prenne la liberté d’en abuser. Rien n’est pérenne, tout n’est que tentative et impermanence, mais ces tentations de puissance existent.

Au 21e grade, le Chevalier Prussien subit l’échec d’avoir voulu construire une tour qui mène jusqu’aux portes du ciel (comme il s’était fait refouler de la porte de son infini au 14e grade), pour se retrouver gisant dans les mines de sel prussiennes. La liberté a ses limites, dans les profondeurs comme dans l’élévation, mais il faut oser les explorer pour prendre la mesure du possible, au risque de la dispersion et de l’exil.

Au 22e grade, le Prince du Liban, armé d’une Royale Hache, tranche les cèdres car ils ne peuvent s’élever jusqu’au ciel. Leur utilité est bien sur la terre, pour étayer et bâtir… Il rompt ainsi les liens avec l’illusoire, se débarrasse de l’inutile pour s’en libérer et trouver le juste usage.

Au 23e grade, le Chef du Tabernacle voit les limites de sa raison et perd une partie de sa liberté dans la mesure où il lui préfère des sacrifices et des offrandes qui relèvent indubitablement de croyances incantatoires. Ce retour en arrière, dans la traversée du désert, évoque bien l’empreinte dont est marqué l’esprit et sa part d’irréfléchi, prête à des pratiques idolâtres que l’on croyait oubliées. Notre inconscient est aussi notre destin et il nous mène souvent sans que nous le sachions.

Au 24e grade, le Prince du Tabernacle, prêt à sanctifier le Temple, s’égare dans les mêmes errements superstitieux face à l’attitude déviante de l’indétrônable Salomon, susceptible de mettre l’institution en péril. Non seulement des limites sont posées, mais des régressions sont toujours possibles. L’initié en sortira cependant grandi, libéré de l’idolâtrie qu’il vouait à l’image du « juge étalon » dont l’emblématique sagesse est déchue vers la fin de ses jours. Tout passe. On ne voit plus avec les mêmes yeux.

Au 25e grade, le Chevalier du Serpent d’Airain est libéré de ses chaînes qui sont une entrave à sa liberté, pour effectuer son ascension sur la montagne et rencontrer le reptile qui guérit des morsures de la vie. Mais, le talisman qu’il érige avec le serpent autour du Tau ne doit pas devenir un nouveau gri-gri, une nouvelle superstition qui enfermerait encore… Puissant symbole de vie et d’espoir nécessaire ou bien petitesse et déréliction de l’esprit fétichiste à qui il faut des amulettes pour béquilles ?

Au 26e grade, l’Écossais Trinitaire, Prince de Mercy, cherche à se libérer de sa peur morale et physique alors qu’il choisit de s’élancer dans le vide, mais il perçoit clairement sa dépendance au monde matériel lors de l’ascension de l’échelle des vertus théologales qui mène vers un troisième ciel parfait, ouvert, mais qui reste à explorer. Cependant, la Vérité statufiée en palladium à ce grade, si elle peut délivrer de l’erreur, ne doit pas confiner à une autre idolâtrie, pas plus que les ailes dont est affublé le récipiendaire ne lui permettront l’envol... Il reste sanglé pendant le saut, attaché à la vie, mais peut-être un peu plus fort face à son destin. Le troisième ciel est-il de ce monde ?

Ces 4 degrés ajoutés au rite de Perfection, issus de l’Ordre des Ecossais Trinitaires, confinent pour partie à un fétichisme lié à des cultes anciens qu’il convient de relativiser.

Au 27e grade, le Grand Commandeur du Temple aura les mains libres de ses entraves alors qu’il lui sera annoncé : « je vous délie du joug de la servitude des hommes, vous ne serez plus soumis à aucun frère, tous vous respecteront, il n’y a que votre souveraine Cour qui vous égale ». Egalité, respect, liberté, et devoirs réciproques, sont les valeurs cardinales de ce grade qui réunit autour d’une table ronde.

Au 28e grade, le Chevalier du Soleil, se libère de ses dernières illusions, par un retour aux Lois de la Nature, là où « le mal et ses manifestations font partie de l’harmonie universelle » et ou « toute harmonie se renouvelle sans cesse par le jeu des forces contraires », (même si ces notions on été introduites tardivement). C’est pour cela que certains rituels laissent la liberté nécessaire d’entrevoir la même action selon deux points de vue opposés (l’un intéressé et vil, l’autre humaniste et sage), comme descente du piédestal édénique sur lequel l’humain se place trop souvent. Il faut bien se résoudre à voir le monde et les hommes tels qu’ils sont. Pas d’angélisme, une simple remise en place lucide de la perfectibilité de l’homme, fonds de commerce de la Maçonnerie. La violence semble inscrite dans nos gènes et la Vérité est tout entière contenue dans notre cœur, là où elle s’est réfugiée par crainte de ce que les hommes en ont fait. Elle ne se manifeste que si on sait l’y trouver et la délivrer, par delà le bien et le mal.

Au 29e grade, le Grand Ecossais de Saint André, chevalier bâtisseur, commet l’erreur de vouloir imposer sa vérité dans des lieux orientaux habités par d’autres mœurs, d‘autres croyances. Infiltrés par l’ennemi, les Chevaliers reviennent pourtant, accueillis en vainqueurs en Ecosse. Des limites à la liberté sont à nouveau posées, là où les croyance ou la raison deviennent dogme. « Vénérer la raison pure, servir la Vérité, protéger la Vertu, combattre pour le Droit », crédos du grade, ne sont universalisables que dans la mesure du respect des autres cultures. Il faut ainsi savoir revenir d’où on est issu après les nécessaires voyages, qui ne doivent pas se confiner à des guerres idéologiques, saintes ou colonialistes (ou à des conquêtes mercantiles, pourrait-on ajouter aujourd’hui).

Ce 3e point de rebroussement (après celui des 13e et 21e degrés) ne sera pas le dernier du processus, le haut de l’échelle du grade suivant en sera un autre.

Au 30e grade, le Chevalier Kadosh, qui clame « Fais ce que dois, advienne que pourra », semble conquis par une liberté totale, celle d’un justicier, qui cherche réparation à partir d’un camp itinérant. La progression initiatique, avec ses connaissances acquises, ses vertus éprouvées et ses vices réprouvés, pourrait ainsi permettre l’action en opposition aux « puissances du mal ». Le Chevalier Kadosh, qui cherche « la lumière de la liberté pour ceux qui n’en abusent pas », ne se contente pas d’être soumis à une législation, il s’érige en législateur. En « soldat de l’universel », il se prescrit la loi à laquelle il obéit pour accomplir sa liberté. Car la liberté ne peut être en dehors de toute loi. Par la raison comme juge de la morale, l’homme a la faculté de se donner la loi qu’il ne peut trouver ailleurs qu’en lui. Sa conscience lui donne de surcroît l’autonomie de sa propre détermination par rapport à cette loi, pour son bon usage dans l’action. Mais comment le Chevalier Kadosh, dans sa croisade et son combat réparateurs, dans sa conjuration des maléfices, peut-il se prévaloir de la suffisance de son devoir, de l’innocence de son intention, de la justesse de son action et de l’impunité des conséquences de ses actes, même si ses armes pures peuvent aussi se retourner contre lui ? La conviction, fut-elle lucide, suffit-elle à justifier l’action ? Et ce nec plus ultra, qui domine les connaissances, les valeurs et les vertus de l’échelle, est-il le sommet de la conscience du Maçon Ecossiste, ou bien l’abîme de sa déréliction ?

Au 31e grade, le Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur acquière la liberté de juger dans le Grand Tribunal du monde, mais avec équité et responsabilité, sans pour autant prononcer de sentence. La liberté du grade consiste à interpréter la loi, aveugle aux cas particuliers, pour gommer les inégalités. Mais exercer sa faculté de juger, c’est aussi savoir discerner dans la limite de l’entendement, selon une grille de lecture éthique de la vie et des valeurs morales de référence. Aussi, la liberté est-elle subordonnée aux principes judicatifs inhérents aux mœurs, et plus encore, à l’humain. Le maçon retrouve une place apaisée à ce grade où la loi et la justice se substituent aux combats tragiques de la liberté contre la fatalité. L’ordre est symboliquement rétabli. Il en est fini de la vengeance, du châtiment, de la justice archaïque, salomonienne ou divine, qui faisaient office de destinée. Une fonction nouvelle de régulation et de modération se met en place.

Au 32e grade, le Vaillant et Sublime Prince du Royal Secret pratique un art de vivre sous-tendu par un idéal de liberté raisonnable, car savoir-faire et savoir-quoi-faire vont de pair. Mais, si le rituel évoque une convergence solidaire et un ralliement de circonstance, c’est pour poursuivre un combat pour « le droit à la liberté de conscience » dans le camp du rendez-vous, destination finale, où l’on se tient prêt à assiéger le Temple initial devenu citadelle, car reconstruit, fortifié et occupé par d’autres communautés de pensées aux convictions différentes, ennemies ancestrales. La lutte continue et la guerre n’aura d’issue que pour ceux qui mourront. « J’ai été ce que vous êtes, vous serez ce que je suis » rappelle utilement le rituel. L’homme semble être condamné à veiller et guerroyer pour sa survie, mais aussi pour des croyances, voire des idéologies, auxquelles il s’identifie.

La Maçonnerie fonde sa méthode initiale sur le thème de la construction d’un édifice solidement ancré, puis de son appropriation, par tous les moyens, en vue d’une possession sédentaire qui s’avère illusoire, pour finir, d’exils en destructions, de reconstructions en échecs, en une errance nomade, réparatrice d’abord, justicière ensuite et combative enfin. Est-ce là la destinée du Maçon ? Libérer ses frustrations ou son agressivité dans l’impermanence, se battre pour ou contre quelque chose, c’est forcément détruire, détruire ce que d’autres ont bâti, détruire (volontairement ou non) ce que l’on a soi-même construit, quoi qu’il en coûte.

Cette analyse schématique vient-elle borner l’espoir de liberté de l’initié, héros tragique sur le chemin du devenir ?

Au 33e grade, le Souverain Grand Inspecteur Général est partagé entre le sentiment d’accomplissement d’un parcours achevé et celui de la perspective d’un cycle à recommencer sans cesse dans un monde ouvert. Le grade invite à regarder avec lucidité le cheminement maçonnique pour s’apercevoir qu’un grade ne vient pas en écraser un autre. L’attachement à l’Ordre incite à les pratiquer tous simultanément, comme si un front qui contient passé et présent avançait dans la temporalité, pour un avenir prometteur. La libération, si tant est qu’elle se réalise, ne se pratique pas par l’oubli, même si le cursus invite à épurer les connaissances.

La liberté de l’Ecossisme est avant tout engagement et responsabilité dans un monde improbable en marche, et tous les grades comportent leur part de vérité.

En effet, si la majorité des grades met en perspective une liberté sous-tendue par la conscience d’une volonté raisonnable, ils sont entrecoupés par d’autres, moins humanistes, mais tout aussi humains (trop humains peut être !), qui mettent en scène la satisfaction de besoins immédiats, souvent par la force et la violence. Ces derniers, dont l’origine peut être attribuée aux nécessités, mais sans doute aussi essentiellement aux croyances, se soldent souvent par des échecs formateurs qui relancent l’épopée de l’Ecossisme. D’autres, dont le fondement a trait à la conscience d’un monde plus grand que soi, mettent en exergue l’ouverture d’esprit et l’altérité. D’autres, enfin, exacerbent la nécessaire expression de l’ego et l’horizon de sa finitude dans laquelle la liberté est circonscrite.

Le cursus maçonnique du REAA, à travers son symbolisme, ses mises en situation et ses mythes, fait apparaître ainsi les facettes d’une Liberté complexe, non monolithique et sans cesse remise en question. Et pourtant, le sens philosophique du parcours laisse à penser que le Maçon a la vocation d’être un juste, un faiseur de lois, qu’il est censé créer en avançant sur le chemin de la vie. En contrepoint, la posture du Maçon dans les Consistoires, derniers espaces de travail du REAA, donne l’impression que le parcours initiatique, loin de le changer, lui fournit au contraire les outils et les armes nécessaires pour le conforter dans ses convictions initiales. Seul son regard sur lui-même et sur le monde change, mais son for intérieur semble immuable. Mieux outillé et mieux armé, aguerri à l’art de la rhétorique, souvent caparaçonné dans un prêt à penser maçonnique, il saura user de l’éloquence nécessaire pour expliquer ce qu’il est, ce en quoi il croit, avec des références culturelles acquises en Loge, mais son fonds éthique, celui qui a permis sa cooptation initiale au sein de l’Ordre, parait demeurer le même. En effet, dès que le consensus humaniste de forme est dépassé dans le discours en Loge, chacun reste campé sur ses positions. Rares sont les conversions, qu’elles soient progressives ou cathartiques. L’adage « On ne devient ce que l’on est que parce que l’on est ce que l’on devient », semble ici se vérifier. Les croyances de chacun sont finalement le moteur de l’existence, ce qui reste permanent en soi, sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Alors, la Maçonnerie est-elle un alibi pour se donner une bonne conscience humaniste ?

La vie est une lutte permanente, contre l’entropie pour tous, mais aussi contre la peur pour certains, (moins chanceux ?), qui se battent contre eux-mêmes et contre les autres pour exister. Combats nécessaires ou bien vaines gesticulations, combats médiocres ou bien sentiment d’exister ? Et pourtant, c’est à ce prix que les libertés se conquièrent. Un être qui perd son énergie vitale perd sa place parmi ses congénères ; c’est la dure loi de l’évolution des espèces. Aussi, on peut estimer, faute d’autres explications, qu’il existerait un instinct salvateur, souvent belliciste, supérieur à la légalité, qui transparaît dans les mœurs et qui échappe à la cognition, parce que nécessaire à la survie. Les luttes nous confirment que nous vivons, et la maçonnerie n’échappe pas à ces combats. Théoriquement non inféodé, le Maçon se doit cependant de défendre ce que l’on appelle l’Ordre, notion au demeurant maçonniquement floue, au risque de compromettre une part de sa liberté. Ainsi, les luttes sont immorales au 3e degré pour acquérir un pouvoir illusoire, vengeresses aux 9e et 10e degrés pour retrouver un équilibre psychologique, à la fois guerrières, salvatrices et illusoires aux 15e et 16e degrés, pour trouver une liberté tant attendue et pouvoir continuer à bâtir, réparatrices au 30e degré, conquérantes aux 29e et 32e degrés, mais sont-elles légitimes pour autant ?

Curieuse destinée que celle de l’homme, qui se croit libre mais ne fait que « danser dans ses chaînes »… Seuls sa conscience et son libre arbitre peuvent être ses guides. Mais quelle latitude, quelle liberté espérer dans la pourtant nécessaire décision et dans l’action contingente ? Avons-nous la liberté de nos choix ? Freud répond à ce questionnement par un pessimisme réaliste, sans aucun doute partial, mais qui pousse à la réflexion : « le libre arbitre c’est le choix de la névrose ». Cette idée de libération dans la contrainte montre somme toute que l’homme, prisonnier de sa condition, ne sait la dépasser qu’à la hauteur du mythe et de la culture qu’il génère, et dans l’épaisseur du langage, qui s’oppose bien souvent à la recherche de la parole vraie, à la délivrance du sens emprisonné.

« Sans sol, sans ordre, sans origine, l’être n’est pas, dit Heidegger, il lui faut une histoire ».

« La vie, quand elle n’est pas souffrance, est jeu » déclare Emil Cioran et, quel que soit le moyen employé (ordre, violence, force, altruisme, amour), la liberté demeure située entre croyance, désir et nécessité. La sagesse n’est-elle pas finalement qu’une acceptation, un compromis, voire une compromission avec le destin, en même temps que la discipline des désirs ? Il semble bien, qu’en revendiquant notre liberté de penser, pourtant dotés de raison et d’esprit critique, de volonté et de détermination, nous soyons simplement condamnés à espérer

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Aux Origines de l'Ecossisme, une curiosité : le Grade d'Écossais Parisien

Publié le 23 Août 2026 par T.D

18 Mai 2012 , Rédigé par Lurker

Dans les années 1740, on trouve à Paris un grade dit Écossais de Paris ou Écossais de Clermont. C'est d'ailleurs dans un document parisien daté du 11 décembre 1743 que la Grande Loge de France, qui deviendra Grand orient, condamne ce qui apparaît comme une nouveauté dans le paysage maçonnique. C'est dans cette note que l'on rencontre, pour la première fois l'adjectif « écossais » pour désigner une pratique maçonnique particulière dont la particulier est de n'être pas constituée des grade d'apprenti, compagnon et maître. Ce qui suit est le rituel de l'un de ces grades, celui d'Ecossais Parisien.

La loge doit être tendue couleur de feu et éclairée par sept lustres rouges, trois au midi, trois au nord et un à l'orient; les trois placés au midi et au nord sont de trois, cinq et sept lumières. Et celui de l'orient en contiendra quinze, ce qui représente les quinze Maîtres qui furent choisis pour la recherche de notre Père Hiram, mon ou vif; les autres lustres représentent l'escalier fait en forme de vis pour monter à la Chambre du Troisième, qui se monte par trois, cinq et sept. Tous les Frères qui composent la loge doivent être habillés de noir, décorés d'un grand cordon rouge où pend un Triangle sur lequel est un Compas; ils auront leurs tabliers bordés de rouge.

Ouverture de la Loge

Le Très Respectable, qui représente le roi Salomon, se nomme Très Excellent; il frappe trois, cinq et sept coups; les Surveillants, qui se nomment Adonhiram, qui est le nom de celui qui remplaça Hiram après sa mort, répondent aussi par trois, cinq et sept coups; cela fini, tous les Ecossais portent la main droite au front, qui signifie le signe d'entrée et le Très Excellent dit : « Mes Frères, aidez-moi à ouvrir la Loge »; il l'ouvre par la première question 1.

Réception

Si la loge est assemblée pour une réception, le Maître des Cérémonies doit introduire le récipiendai­re; il frappe [par] trois, cinq et sept; les Surveillants demandent alors la permission au Très Excellent de voir qui frappe à la porte du Temple; ce qui leur étant accordé, le Premier Surveillant s'en va à la porte où il frappe trois, cinq et sept coups; ensuite, il ouvrira lentement un peu la porte et demandera à celui qui frappe ce qu'il demande; le Maître des Cérémonies doit répondre : « C'est un Maître Elu qui demande à être reçu Ecossais »; le Premier Surveillant ferme et va rendre compte au Très Excellent de ce qu'il a trouvé à la porte et la réponse qu'on lui a faite; le Très Excellent le charge de voir s'il a les qualités requises et, en ce cas, de l'introduire. Etant entré, le Premier Surveillant le conduit au bas de la loge tracée, qui est la partie occidentale; et là, il lui fait monter les sept degrés et le conduit au Tombeau d'Hiram par trois pas d'Apprenti; après quoi le Sur­veillant feint de lui donner le premier coup; ensuite, il le fait avancer jusqu'à l'arche par trois pas de Compagnon et lui donne le deuxième coup; de là, il le fait avance jusqu'au pied du trône du Très Excel­lent par trois pas de Maître, et on lui fait donner le mot de Maître ordinaire, après quoi on lui donne le troisième coup de maillet; ensuite, on le fait asseoir sur un fauteuil vis-à-vis du Très Excellent et au milieu de la loge; on le couvre d'un voile de taffetas blanc, bordé de noir, dans le milieu duquel est pein­te l'Etoile Flamboyante, ayant quelques taches rou­ges pour marquer le sang d'Hiram et dans le milieu sont peintes les lettres J.J.J. Etant ainsi couvert, le Très Excellent lui dit : « Mon cher Frère, vous représente

Hiram fors de sa fosse et placé dans le Saint des Saints par ordre de Salomon; c'est en mémoire de sa mon` et de sa pompe funèbre que nous vous plaçons de même afin que vous l'ayez toujours présent; après que l'on eut rendu les derniers devoirs à Hiram, Salomon choisit Adonhiram, fils de Helder, qui avait inspection sur les ouvriers qui travaillaient au Liban à la coupe du bois; ce fut sur lui qu'il se reposa pour remplacer Hiram, étant le seul qui put avoir cet avantage à cause de ses rares talents. Salomon par sa grandeur (comme était autrefois Hiram) le fit passer de la Chambre du Milieu à la Chambre du Troisième, et ce fut là qu'il lui a donné k même mot qu'il avait autrefois donné à Hiram, avec ordre de le donner à six Maîtres ex­perts, qui avaient aidé à retirer Hiram de sa fosse et le mot dont ils étaient convenus lorsqu'ils étaient à la recherche d'Hiram en cas qu'ils le rencontrassent, ainsi qu'il est arrivé, fut donné à trois mille six cents experts qui travaillaient dans la Chambre du Milieu; cette Chambre du Troisième était, mon cher Frère, celle où travaillait Hiram et le mi Salomon pour dresser les plans et les projets qui devaient servir à la construction du Temple, n'étant pas possible ni même vraisem­blable qu'ils eussent pu travailler ailleurs avec autant d'atten­tion qu'en exigeait un ouvrage si immense »

Le discours fini, on ôte le voile du récipiendaire; le Très Excellent, s'étant approché de lui, dit : Je vais vous relever, mon Tris Cher Frère, de la même manière fut retiré de la fosse; mais comme l'avant-bras était pourri, on fut obligé de le relever par k coude, par trois se­cousses » Après quoi, on le fait approcher aux pieds du Très Excellent où il prête son Obligation à Jehova en ces termes :

Serment

Je promets et m'engage solennellement devant le Grand Architecte de l'Univers et les excellents Frères de cette Loge, de tenir, garder et cacher le secret Maître.Ecossais, de ne »mais le révéler pas même à un Maçon, sous quelque pré­texte que ce puisse être; je promets de ne jamais l'écrire ni graver, sous peine d'être déshonoré Ainsi que Dieu me soit en aide !

Aide

Après quoi, le Très Excellent décore le récipien­daire du cordon de Maître Ecossais, en lui disant : « Cette couleur rouge est pour vous faire ressouvenir que notre Père Hiram prefira répandre son sang plutôt que de révéler le secret qui lui avait été confié. »

L'attouchement est en se prenant le coude sans se donner la main.

Le premier signe est de porter la main droite sur le ventre et de la retirer tout le long du ventre, ce qui est relatif d'avoir le ventre coupé.

Le deuxième signe est de porter la main droite au front, en le touchant seulement du pouce, et les au­tres doigts étendus, en levant les yeux au ciel.

Le troisième signe, que nous appelons signe d'appel, est de porter les mains jointes, les doigts croisés, élevés sur la tête, mais, comme le signe est trop marqué, les Frères ne s'en servent qu'en Loge.

Il y a quatre mots pour se reconnaître dont deux sacrés et deux profanes; les deux sacrés sont Jehova, Joachim, qui signifient à vous seul Eternel. Le troisième est Giblin, qui signifie excellent Maître et c'est là le mot d'Ecossais, le quatrième Gabaon, qui est le nom de la Chambre du Troisième.

Catéchisme

D. Etes-vous Ecossais ?

R. Oui, je le suis, car je connais les trois lettres J.J.J. D. Qu'entendez-vous par ces trois lettres ?

R. Deux paroles hébraïques sacrées.

D. Comment êtes-vous entré dans le Temple ? R. Par sept degrés.

D. Que signifient-ils ?

R. Que la Maçonnerie a sept grades.

D. Quels sont-ils ?

R. Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Parfait, Maître Elu, Maître Ecossais et Chevalier de l'Orient.

D. Comment avez-vous été fait Ecossais ?

R. Par trois, cinq et sept.

D. Que signifient ces nombres ?

R. Les quinze experts qui retrouvèrent le corps d'Hiram et le retirèrent de la fosse.

D. Donnez-moi l'explication de chacun de ces membres et que signifie le nombre trois ?

R. Que trois gouvernent la Chambre du Milieu. D. Pourquoi cela ?

R. La Maçonnerie est l'emblème de la nature, elle gouverne comme le Grand Architecte a gouverné la Grande Loge de l'Univers; et le nombre trois est l'indice de la triple propriété divine toute puissante en toute science.

D. Pourquoi cinq ?

R. A cause des cinq ordres d'architecture.

D. Pourquoi sept ?

R. Parce que sept ne substitue qu'a un seul.

D. Cela ne signifie-t-il pas autre chose ?

R. Que le premier, le second et troisième, la perfec­tion du monde fut accomplie; et la perfection de ces trois unités représente la triple essence : or, la Divinité prévenue de l'incarnation du Verbe, ajoutant donc cette unité représentée par le Fils aux deux autres, c'est-à-dire avec le Père et le Saint-Esprit, elle forme un nombre triangulaire qui, toutefois, ne doit pas être considéré que sous une seule vérité. Donc, si on ajoute le pre­mier nombre de ces trois jours de la perfection du monde, avec l'unité de Dieu considéré dans les trois égalités, vous avez trois jours, un seul Dieu considéré en trois personnes, ce qui, ajouté en une formule, vous avez le nombre septénaire qui est la signification de la Création du monde en général, ou ce que Dieu resta pour le créer.

D. Pourquoi le nombre de trois fois vingt-sept ?

R. Parce que ce nombre est la valeur kabbalistique des lettres qui composent nos mots sacrés selon l'alphabet des anges; pour expliquer cela, il faut savoir que les trois mots sacrés, que Dieu avait donné lui-même en parlant à Moïse, composent toutes les unités, ensemble sept lettres, et comme nous connaissons trois personnes en Dieu, toutes trois égales en puissance et ne fai­sant q'un seul en tout, il est vrai de dire que cha­cune de ces Puissances contiennent des lettres d'où elles tirent leur Principe. Donc trois fois vingt-sept fait la supputation angélique de quatre-vingt-un ans dont les kabbalistes donnent la clef.

D. Que signifie le mot kabbaliste ?

R. Ceux qui portaient anciennement ce nom étaient parmi les Hébreux ceux que nous appelons docteurs en religion.

D. Quel chemin avez-vous fait pour devenir Ecossais ?

R. J'ai passé de la Chambre du Milieu à celle du Troisième.

D. Comment appelez-vous cette Chambre ?

R. Gabaon.

D. Pourquoi ?

R. Parce que Gabaon était un lieu fort élevé dans la sainte Cité; c'était l'endroit où David et Salomon offraient des holocaustes au Seigneur, et c'était en conséquence de sa mémoire que Salomon donna ce nom au lieu le plus élevé du Temple.

D. Qu'avez-vous vu dans cette Chambre ?

R. Une grande lumière que la vue avait de la peine à soutenir.

D. D'où venait-elle ?

R. De l'Etoile Flamboyante.

D. Qu'avez-vous vu ?

R. Le vrai signe, le vrai attouchement et le mot ou Parole qui n'a jamais été perdue.

D, Combien y a-t-il de signes ?

R. Trois.

D. Donnez le premier

R. C'est de se couper le ventre avec la main.

D. Comment appelez-vous le deuxième ?

R. Le signe de caractère, qui est de porter la main droite au front, ce qui est propre à l'Écossais. D. Comment appelez-vous le troisième ?

R. Le signe d'appel qu'on ne doit jamais donner qu'en loge.

D. Combien avez-vous d'attouchements ?

R. Un par trois.

D. Combien de mots ?

R. Quatre, dont deux sacrés et deux profanes.

D. Quels sont les deux sacrés ?

R. Jehova, Jeachi

D. Que signifient-ils ?

R. A vous seul Eternel, qui renferme les attributs divins.

D. Quels sont les profanes ?

R. Guibelin, Gabaon.

D. Que signifie Guibelin ?

R. Excellent Maître; c'est le nom que portent les Ecossais. Et Gabaon [est] celui de la Chambre du Troisième.

D. Qui vous a confié toutes ces choses ?

R. Celui qui est représenté dans le Tableau.

D. Comment le nommez-vous ?

R. Le roi Salomon.

D. Dans quel temps vous l'a-t-il donné ?

R. Après la mort de notre Père Hiram.

D. A combien le donna-t-il ?

R. A sept.

D. Pourquoi à sept ?

R. Parce que sept furent constitués en un seul. D. Comment appelez-vous le Premier Expert ?

R. Adonhiram, fils d'Herda; il était commis sur les tribus qui travaillaient au Liban pour couper les bois qui devaient servir à la construction du Temple.

D. Que signifie l'Etoile Flamboyante au-dessus de la Chambre du Troisième ?

R. Les cinq rayons qui conduisirent les mages venus de l'orient au lieu où résidait la Divinité.

D. Pourquoi cinq rayons ?

R. Pour marquer les cinq ordres d'architecture des­quels les Francs-Maçons décorent le Temple dé­dié au Seigneur.

D. Que veut dire le cercle qui est au milieu ? R. Que Dieu n'a ni commencement ni fin.

D. Pourquoi votre Loge est-elle appelée loge de saint Jean-Baptiste ?

R. Parce que saint Jean est le premier qui a donné de justes Paroles pour la perfection de l'Edifice. D. Quel âge avez-vous ?

R. Trois fois vingt-sept ou quatre-vingt-un ans. D. Que signifie ce nombre ?

R. Le nombre mystique adoré des anges ou le cube kabbalistique.

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