Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 19:24

 

Ces quelques notes introductives sont essentiellement tirées de The Royal Ark Mariner Degree : Its Origin and History, du R.F.R.M Handfield-Jones, M.C , Grand Bi­bliothécaire de la G.L. des M.M.M. d'Angleterre, &c., pu­blié en 1968. Tout Frère intéressé par l'histoire et les ori­gines du rituel de ce Grade se reportera avec profit au mo­numental ouvrage du T.R.F le Rév Neville Barker Cryer, An G M Prov (Surrey) The Arch and the Rainbow tra­duit en français par le Prof. Georges Lamine, sous le titre L'Arche et l'Arc-en-Ciel, et devant paraître fin 1998.

Les premières "Constitutions" manuscrites ou "An­ciens Devoirs", le Poème REGIUS de 1390 environ (mais copie d'un texte des années 1350), contiennent à la ligne 537, la première allusion à Noé et au Déluge :

 

« (...) l'effroi restant / après la fin du Grand Deluge... »

(A C) ou « (…) bien après que - chose effroyable - /

Le Déluge de Noé eut déferlé (...) » (EM).


Vingt ans plus tard, le manuscrit COOKE reprend et développe l'épisode. Noé y est cité six fois et soixante-cinq lignes (257 à 320) sont consacrées, non pas seule­ment à Noé et à l'Arche, mais aux causes et circonstances du Déluge et aux colonnes portant les sciences.

Ainsi, dès le milieu du XIV° siècle l'histoire de Noé apparaît associée à la Maçonnerie

La première édition des Constitutions d'Anderson nous apprend en 1723 « qu'enfin Noé, neuvième descendant de Seth, reçût commandement de Dieu de bâtir une Grande Arche, bien faite en bois, elle fut fabriquée selon les principes de la Géométrie et les règles de la Maçonnerie », et plus loin « NOÉ et ses trois fils Japhet, Sem et Cham, tous Maçons authentiques, continuèrent après le déluge les arts et traditions antédiluviens et les dif­fusèrent largement à leur postérité croissante »

En 1726, le manuscrit GRAHAM ajoute bien plus en­core, rapportant « que Sem, Cham et Japhet eurent à se rendre sur la tombe de leur père Noé pour tenter d'y découvrir quelque chose qui les guiderait jusqu'au puissant secret (…) chacun admettra que toutes les choses nécessaires au nouveau monde se trouvaient dans l'Arche avec Noé ».

En 1738, la deuxième édition des Constitutions d'Anderson  est plus précise dans sa partie légendaire : « quand la Destruction du Monde fut proche, Dieu commanda a Noé de construire la Grande Arche ou Château flottant. Cet édifice quoique de bois uni­quement, fut fabriqué selon les règles de la Géométrie. A son bord montèrent Noé, ses fils et après avoir pris le Chargement d'Animaux selon l'Ordre di­vin, ils furent sauvés dans l'Arche, quand tous les autres périrent dans le Déluge » et parle plus loin des « Noachides ou Fils de Noé - le premier nom des Maçons selon les antiques traditions ». Et quelques pages plus loin, dans le premier des "Anciens Devoirs", il est dit : « un Maçon est tenu par son Engagement d'obéir à la Loi morale, en vrai Noachide ou fils de Noé », et plus loin, référence est faite aux « trois Grands Ar­ticles de Noé ».

On remarquera en passant que cette légende noachide (ou noachite) dut certainement servir de canevas au Troi­sième Grade original et fut peut-être la base de la légende plus récente de la mort d'Hiram.

Chacun sait la floraison des grades et ordres à partir des années 1740. Plusieurs de ceux-ci constituent aujour­d'hui la base de notre grade de Nautonier de l'Arche.

En 1871, à Londres, une Grande Loge des Nautoniers de l'Arche Royale se dota de Statuts comprenant une longue présentation historique. L'ensemble se fonde sur une Charte de 1793 qui est un faux manifeste. Toutefois, seul le document est faux. Ce qu'il relate, en in­ventant les dates et les preuves, est assez exact dans les grandes lignes. C'est ce que nous allons voir maintenant.

La première collation authentique et avérée de ce Gra­de fut à Bath en 1790, quand un certain William Boyce « prit les grades de la Croix Rouge et aussi le Nautonier de l'Arche Royale », bien qu'un faisceau de coïncidences per­mettent de le penser connu à Portsmouth dès 1778 et peut-être à Londres vers 1772.

Un scandale électoral, relaté en 1830 dans une histoire locale, nous le montre aussi à Ipswich en juin 1790 quand « une personne du nom de Noé Sibley fonda un club ou association, prétendue branche de la Franc-Maçonnerie, appelée les Bons Samaritains ou Maçons de l'Arche, dont le serment d'admission faisait obligation à chacun d'une entraide totale en toutes circonstances, et Sir John Hadley D'Oyly (le candidat à l'élection) était Bon Samaritain. Leurs processions à travers les rues étaient un vrai spectacle une réplique de l'Arche de Noé et toutes sortes de décors et bannières y étaient promenées. »

Ebenezer Sibly, astrologue et plus tard chirurgien, ini­tié à la Loge N°79 (Anciens) de Portsmouth en 1784, ap­paraît lié à ce Grade par un rituel manuscrit conservé à la G.L.M.M. M. d'Angleterre, « La Loge d'Arche Royale ou le II Fe grade du Maçon d'Arche, développé en forme d'Instruction, par Ebenezer Sibly, Député Glrancil Noé, 1790 », qui contient, entre autres, une « Exhortation à la Digne Fraternité des Nautoniers d'Arche Royale » et un rituel dont les secrets et mystères sont ceux de « ce Grade Suprême de l'Ancienne Franc-Maçonnerie intitulé Noachi­te ou Nautonier d'Arche » et le châtiment, le même que de nos jours.

A cette période, Thomas Dunckerley était Grand Maître Provincial pour le Comté de l'Essex où se déroula l'épisode politique déjà vu. Si rien n'assure absolument que Dunckerley possédait alors ce Grade, gageons que les deux hommes s'étant rencontrés, peut-être pour des mo­tifs de discipline maçonnique, « l'infatigable fondateur » ait alors été fort intéressé.

Quoiqu'il en soit, le Freemason's Magazine relate dans sa livraison d'août 1794, à la page 147, « 16 août - L'anniversaire de son Altesse Royale le Duc d'York fut célébré avec toute la pompe maçon­nique par l'Ordre des Chevaliers Templiers demeurant à Londres, auxquels s'était jointe la Société des An­ciens Maçons de l'Ordre Diluvien d'Arche Royale et de Marque, réunis à la Taverne du Surrey, dans le Strand, sur convocation de Monsieur Thomas Dunc­kerley, Grand Maître et Grand Commandeur de ces Ordres Unis. »

Il semble donc bien que Dunckerley ait pris le contrôle de la Grande Loge des Nautoniers de 1793, devenant chef des Ordres ainsi unis. Après sa mort en 1794, Lord Ran­cliffe fut installé Grand Maître des Ordres Unis du Temple et de Malte puis, par ailleurs, des Ordres de la Croix Rou­ge de Rome et de Constantin, ainsi que Grand Comman­deur des N.A.R. en 1796, avec Noé Sibly comme Député Grand Noé et Robert Gull, Assistant Grand Noé. A la fin de la même année, Lord Rancliffe donna pouvoir à Robert Gill, Charles Sinclair, William Jones, William Cooper et Isaac Mosley d'octroyer Patentes et dispenses aux Nauto­niers de l'Arche régulièrement immatriculés. On retrouve­ra le dernier nommé trois ans plus tard, aux Amériques.

Un incendie ayant ravagé la demeure de Robert Gill, rien ne nous est parvenu de ses importantes archives amassées au long de sa riche carrière maçonnique. Dès 1799, à la mort de Noé Sibly, la Grande Loge des Nau­toniers commença à décliner, pour bientôt sombrer dans l'oubli

En 1816, puis en 1843, le F. John F.Dorrington, Grand Commandeur Noé (vraisemblablement en vertu de sa propre autorité) tenta, sans grand succès, de ressusciter la Grande Loge. Sa ténacité et ses efforts devaient pourtant, vingt-cinq ans plus tard, porter leurs fruits. Les membres de la Loge de Marque St Mark, « assemblés en loge de Nautoniers de l'Arche Royale », publièrent dans le pério­dique le Freemason : « NAUTONIERS DE L'ARCHE ROYALE - Un vaisseau de la Très Ancienne et Honorable Fraternité des Nautoniers d'Arche Royale se présenta au large de l'Hôtel George, à Aldermanbury, sur le coup des sept heures du soir, le lundi 2 mai 1870, sous le commandement de Père Noé, ayant à son bord les Nautoniers d'A.R. Marsh comme Sem, Hub­bard comme Japhet et Vesper comme P.N. Le vaisseau dû­ment amarré, l'Arche fut solennellement ouverte et les frères suivants, ayant prêté l'Ancienne Obligation de cette Honorable fraternité, montèrent à bord comme Nautoniers d'A.R. (suivent huit noms). L'Arche fut ouverte au grade de Sem et Japhet et ces chaires furent successivement occupées par les Nautoniers d'A.R. Marsh, Cubitt, Church, Levander et Morton Edwards. Après une pause, et la sor­tie des autres Nautoniers, Hubbard, Levander et Edwards furent passés dans la Chaire de Premier Principal. Durant ces cérémonies, la Patente « Gill » de la Fraternité était sur la table du Scribe. L'Arche fut dûment fermée, le vaisseau prit le large, les Nautoniers d'Arche se retrouvèrent au Banquet et, après une soirée agréablement passée, se sé­parèrent. »

Morton Edwards, sculpteur connu, était Grand Offi­cier de Marque. Le 13 mai 1870, à son domicile, à Londres, John Dorrington le nommait et investissait com­me Deputé Grand Noé et Grand Scribe de l'Ordre, au mo­ment même où un comité était constitué par la Grande Loge de Marque pour « étudier les rituels des grades d'Arche de Noé, Lien et Lutte (Link and Wrestle) et Très Excel­lent Maître ». Le 14 juin, le Chanoine George Portal, Grand Maître de la Marque, était élevé Nautonier et passé dans la Chaire de Noé par la Loge Old Kent, en compa­gnie plusieurs de ses Grands Officiers.

En août, le comité faisait rapport. Le grade semblait avoir été pratiqué depuis 1790 au moins, au sein d'ateliers autonomes ou de Loges de Marque de Temps Immémo­rial, il ne présentait rien de préjudiciable à l'Ancienne Maçonnerie, rien ne semblait empêcher qu'il soit prati­qué sous l'autorité de la Grande Loge de Marque, et il re­commandait que les Loges de Marque désirant le prati­quer y soient autorisées par le Grand Secrétaire, par une Charte spéciale, aux conditions à déterminer.

La Grande Loge, réveillée en juillet 1870, par patente de Dorrington, avait maintenant Edwards comme Grand Commandeur Noé ainsi qu'un collège complet de Grands Officiers et, au moins sur le papier, des Grands Inspec­teurs dans de nombreux pays.

En juin 1871, la Grande Loge de Marque désavouait Morton Ed­wards, l'un de ses Grands Officiers, et déclarait prendre le Grade de Nautonier sous sa protection. Ed­wards fit la sourde oreille pour ne se laisser convaincre qu'en 1884. Un rituel du Grade, publié en 1884, encore en circulation, indique dans l'Obligation l'allégeance due au « Grand Commandeur Noé ».

Depuis 1871, en Angleterre, ce Grade est pratiqué sous l'égide de la Grande Loge de Marque, où il s'est dévelop­pé avec dynamisme. Depuis 1994, il semble acquérir une certaine autonomie et se diriger vers le statut de Grande Loge agrégée, dont il jouit en France depuis la Constitu­tion de la Grande Loge le 31 mai 1997.

En Ecosse, il est administré (sous l'égide d'une Grande Loge des Nautoniers intégrée), par le Grand Chapitre de la Sainte Arche Royale et pratiqué au sein de « Loges et Conseils », conjointement avec celui de Chevalier de la Croix Rouge, Croix Rouge de Daniel ou « Passe de Babylone. »

Aux États-Unis, le Grade, reçu d'Écosse en 1931, est agrégé depuis 1932 à la série des grades contrôlés par le Grand Conseil des Grades Maçonniques Alliés et encore pratiqué de manière autonome par quelques rares Loges, essentiellement situées en Nouvelle Angleterre.



 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Rites et rituels
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Contact

Blason de la RL Laurence Dermott

Loge-Dermott.gif

        729 ARTICLES

                    603    ABONNES 

Recherche

St Patrick blessing

God save the Ireland

           

Michaël Collins