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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 07:43

Cette brève présentation de la musique irlandaise et de son histoire n’a aucune prétention exhaustive, voire ethnomusicologique. Nous ne sommes ni chercheurs, ni même spécialistes de ce domaine.
De très nombreuses études et documents couvrent ce sujet, principalement bien sûr, en langue anglaise.
Mais il nous a semblé intéressant de donner au profane francophone quelques clefs sur cette musique pour la replacer dans son environnement. Cette synthèse est illustrée par les vidéos qui nous ont semblé les plus représentatives; pour agrémenter le texte, certes, mais surtout parce que ces exemples sonores et visuels le rendent bien plus explicite.
Pour nous, musiciens amateurs  pratiquant une musique traditionnelle exotique, il est aussi important de connaître son origine, sa trajectoire, les contextes dans lesquels elle est créée et interprétée, d’apprécier sa place dans la société irlandaise et son avenir que de la jouer et de tirer plaisir de sa beauté mélodique et de ses rythmes frénétiques.
Le seul but de cette partie du site est donc de vous faire entrevoir que, derrière ces successions de notes, il y a un monde, il y a une histoire.
Que les spécialistes soient indulgents et rectifient nos propos, si besoin est.
Pour en savoir plus et consulter nos sources, vous trouverez largement à la fin de ce texte de quoi approfondir le sujet.

 

1 PRESENTATION ET BREF SURVOL HISTORIQUE

S’il vous fallait dire ce qu’est “ la musique française ”, comment vous y prendriez-vous ? Sans doute en expliquant qu’on ne peut pas parler d’une musique, mais de musiques, marquées par les époques, les régions, les styles, les répertoires... Vous pourriez peut-être établir de subtiles filiations avec des musiques d’ailleurs, d’au-delà les frontières, montrer l’influence des immigrations, faire un partage en musiques savantes et musiques populaires et d’autres distinctions encore.
Et bien pour l’Irlande, la difficulté est à peu près du même ordre. On entend déjà les protestations : « Mais non, l’Irlande c’est différent, c’est une musique populaire, traditionnelle, bien vivante, reconnaissable entre mille... C’est celle des pubs enfumés et chaleureux, c’est celle des sessions entre amis ou en famille... »
Mais quoi de commun entre les chants guerriers de la période celte, la musique teintée d’italianisme du harpiste Turlough O’Carolan au XVIIIème siècle et la fusion irlando-jazz du groupe Moving Hearts du début des années 1980 ? Et comment parler d’une Irlande qui serait tout à la fois la terre des premiers peuplements, celle des propagateurs du christianisme, celle des royaumes guerriers féodaux, celle de l’invasion anglaise, celle de la grande famine qui fit perdre au pays deux millions d’habitants ? Une Irlande qui resterait la même dans la résistance opiniâtre à l’occupation britannique ou dans l’intégration européenne, transformée en « tigre économique » à coup de législation du travail « souple » et de capitaux de toutes origines ? Oui vraiment, comment parler de la musique irlandaise ?
Sujet complexe, objet d’investissements affectifs variés, cette musique fait parler. La perception que l’on peut en avoir tient autant du rêve et des désirs que de la musicologie, ce qui vaut pour ses auditeurs, mais surtout pour ses acteurs.
Et pourtant, il est vrai aussi qu’on la reconnaît entre toutes, qu’elle garde par delà les siècles et les diversités régionales une capacité unique à émouvoir et à réjouir, à plonger dans la mélancolie brumeuse ou à déclencher une irrépressible envie de danser... Oui, finalement, elle doit bien exister ! Alors donnons-en quelques repères sans autre prétention que d’en faire un bref survol.

1.1 Une histoire singulière


L’histoire de la musique traditionnelle irlandaise, telle qu’elle nous apparaît en ce début de XXIème siècle, est assez étonnante.
Telle le phénix (ou la population irlandaise), elle a réussi, au prix d’évolutions, à traverser les siècles, alors qu’elle aurait pu disparaître.
Elle a survécu en traversant de nombreuses crises, portée plusieurs fois par le volontarisme de militants parfois plus intéressés pas ses aspects nationaux et identitaires que festifs ou sociaux. On se bornera ici à donner quelques jalons. Cette histoire est un peu comparable à un grand puzzle dont manqueraient de très nombreuses pièces. C’est particulièrement vrai pour ses lointaines origines dont on ne sait presque rien. Du Moyen-âge, à part la harpe « de Brian Boru » pieusement conservée au Trinity College, peu d’informations nous sont parvenues. Pour la période allant du XVIème au XVIIIème siècle, le puzzle se complète un peu, grâce aux textes écrits, aux récits de voyage. C’est à la fin de cette période que les ultimes représentants de l’ordre bardique disparaissent et que sont publiés les premiers recueils de leur musique. Des rassemblements musicaux sont même organisés afin de sauver ces mélodies de l’oubli. C’est aussi à cette époque que les maîtres de danse commencent à sillonner les campagnes en vivant de leur art et de leur enseignement, suscitant un engouement croissant des populations rurales. En 1845 survient le traumatisme majeur de l’histoire de l’Irlande : la grande famine, démultipliée par la rapacité du système colonial britannique.
En provoquant la mort d’un million de personnes, elle ébranlera la vieille société gaélique traditionnelle.
En entraînant l’émigration d’un autre million d’Irlandais, elle propagera la diaspora irlandaise à travers le monde. Avec leurs baluchons, les émigrants emporteront leur musique et leur nostalgie du pays natal.
A ce moment de son histoire, la musique traditionnelle, en Irlande, est engagée dans une lente décrépitude, qui est le sort de toutes ces musiques populaires traditionnelles quand se défait le tissu social qui les a vu naître et prospérer.
Le début du XXème siècle voit cette musique gagner une nouvelle popularité grâce à deux phénomènes indépendants et éloignés géographiquement.
En Irlande, alors en pleine effervescence nationaliste, et en route vers son indépendance, les militants décident que l’autonomie politique du pays doit aller de pair avec la renaissance d’une culture gaélique.
Ils lancent donc des programmes de réhabilitation et de repopularisation dans tous les domaines qui marquent la différence avec la culture de l’envahisseur : la langue, les sports, la littérature, le théâtre et bien sûr la musique et la danse.
Outre-Atlantique, dans les grandes métropoles où ils représentent d’importantes minorités, les Irlando-Américains, tout en soutenant financièrement les luttes d’indépendance de la mère patrie, cultivent la nostalgie de leur culture gaélique. C’est là que joueront les meilleurs musiciens, là que la communauté musicale sera particulièrement active. Et là aussi que, grâce à l’industrie phonographique naissante et à l’énorme demande des immigrés, vont être enregistrés les premiers témoignages sonores de l’irish music.
Les disques produits dès les années 1920, en traversant l’Atlantique, contribueront à revitaliser une pratique musicale moribonde en Irlande.
C’est aussi aux États-Unis, à Chicago, que sera réalisé l’ouvrage de collectage qui deviendra la bible de générations de musiciens : le « O’Neil », (du nom de son auteur), dont la première édition recense un millier de morceaux. La musique des Irlando-Américains des années vingt marquera profondément le genre. Et aujourd’hui encore, presque un siècle après, un immense musicien comme Frankie Gavin, considère que non seulement cette période est l’âge d’or de la musique irlandaise, mais aussi que la musique produite alors est le modèle et l’idéal musical vers lequel il faut tendre.
Pendant l’entre-deux guerres, et jusqu’au début des années soixante, alors que la situation politique se normalise, que l’Irlande s’urbanise lentement, et qu’elle quitte un peu plus la société rurale et isolée (et sans doute à cause de ces facteurs), l’intérêt pour ces musiques décline peu à peu.
Un demi-siècle après la grande période des luttes pour l’indépendance, une nouvelle vague de militants, culturels ceux-ci, va se lever. Collectages, études, ouverture d’ateliers : les ingrédients d’une seconde renaissance sont en place. Les écoles de musique fleurissent dans tout le pays, assurant la formation de milliers de musiciens qui vont porter la pratique musicale à un niveau jamais atteint, tant pour la qualité des interprètes que pour le nombre de pratiquants.
De ce creuset sortiront des groupes, qui feront connaître la musique traditionnelle aux quatre coins du monde, les sessions vont se créer et devenir une forme majeure de la pratique de la musique vivante ...et un argument commercial de poids pour les pubs!
Dans les années 1990, le corollaire de cette revitalisation massive sera la commercialisation du genre, via la world-music, les groupes folk-rock voire punk-folk, les grandes machines à tourner comme « Riverdanse » ou le « retour des Celtes » (Où étaient-ils donc partis ?). Mais tout en cette époque court le risque de devenir marchandise : pourquoi pas un bon produit comme la musique irlandaise ? Chacun est juge. Mais cette santé commerciale est aussi l’un des aiguillons de la vitalité d’une musique aux multiples facettes.
Puisse Saint Patrick lui prêter longue vie.

 

1.2 “ Au commencement était le chant... ”

Les auteurs qui ont étudié la musique irlandaise pensent que le chant a cappella peut être considéré comme le modèle de référence de toute exécution musicale traditionnelle. Le chant en gaélique plonge ses racines au plus profond de l’histoire du pays et malgré le recul de la vieille langue, la tradition s’est perpétuée à travers les grandes ballades en anglais. Le chant témoigne de toutes les époques, de tous les événements heureux ou malheureux marquant la vie des hommes. A coté des “ chants de Cour ” composés à la gloire des mécènes et des notables, on trouve des chants relatant le déchirement de l’immigration, le travail de forçats sur les bateaux au long cours, des chants de travail, des complaintes amoureuses, des chants patriotiques ... Aujourd’hui encore les chanteurs pratiquant le gaélique et les chanteurs anglophones -bien plus nombreux- sont l’objet d’une véritable ferveur populaire. Pour s’en convaincre, rien de pareil qu’une longue session de nuit dans la salle paroissiale d’un village : tant que les musiciens jouent, la vie sociale continue, on boit force thé, on partage les biscuits et les conversations vont bon train ; mais quand une chanteuse, jeune ou âgée, entame un air, tout se fige alors dans une écoute recueillie et complice, mélange de plongée en soi et d’attention aux moindres variations et subtilités de l’interprétation… Et les vivas qui saluent la performance sont à la hauteur du plaisir partagé.
Outre ces milliers de chanteurs anonymes et souvent talentueux, l’Irlande contemporaine compte avec Mairead Ni Mhaonaigh, Nollaig Casey, Triona O’Dhomhnaill, Tommie Fleming des interprètes inspirés du chant en gaélique, et Dolores Keane, Mary Black, Christie Moore, Andy Irvine et tant d’autres, font vibrer les foules par leurs compositions ou leurs interprétations du répertoire en anglais. Mais l’influence du chant va bien au-delà ; c’est un modèle d’interprétation pour bien des musiciens et un illustre piper (joueur de cornemuse) comme Willie Clancy répétait toujours que le secret de l’interprétation d’un slow air (mélodie lente) réside dans la reproduction avec l’instrument des subtilités de la voix humaine...

1.3 “ Et ils dansent ”

n 1913, le grand collecteur de musique traditionnelle Francis O’Neill écrit dans son livre Irish Minstrels and Musicians que “ L’amour de la danse apparaît comme étant inhérent aux Irlandais et constitue un des traits essentiels du caractère national ”. L’histoire de la danse en Irlande n’est pas aisée à reconstituer. Cette activité séculaire a bien failli disparaître au cours du XXème siècle après avoir connu une période de grande diffusion aux XVIIème et XVIIIème. De nombreux témoignages montrent que ce loisir se répand alors dans tout le pays et dans toutes les couches de la population. Son influence devient déterminante pour le style de musique en Irlande. Un répertoire varié, marqué selon les régions, va se constituer pour accompagner les danses exécutées en solo ou en groupe : les jigs, les reels, danses dérivées des quadrilles continentaux, les polkas importées d’Europe centrale, les hornpipes, les slides. Ces danses vont rester jusqu’aux premières décennies du XXème siècle la distraction la plus appréciée des Irlandais de tous âges. Mais les luttes pour l’indépendance, la position hostile de la hiérarchie catholique, l’émigration massive, l’évolution de la vie rurale vont contribuer pour leur part à réduire progressivement la pratique de la danse à des milieux très fermés. Il faudra attendre les années cinquante et la naissance du Comhaltas Ceoltóiri Eireann, l’association de promotion culturelle, pour que renaissent des réunions régulières de danseurs, qu’apparaisse une politique de collectage systématique ainsi qu’un enseignement visant à remplacer la transmission traditionnelle défaillante. Aujourd'hui, le renouveau est assuré. Si la danse solo reste pour l’essentiel cantonnée aux épreuves de concours, la danse de groupe, le set dancing, connaît un engouement grandissant, en Irlande et ailleurs. La danse a profité du renouveau culturel et notamment musical et elle donne à son tour du sens à cette musique renouvelée : celui de donner envie de danser.

1.4 “ Honneur aux groupes... ”

On ne saurait parler du renouveau de la musique d’Irlande sans évoquer l’apport décisif des groupes des années soixante-dix et quatre-vingt. Certains sont désormais de “ véritables mythes ” comme on dit à une époque où les mots perdent facilement leur poids. Il faut leur rendre cette justice : ces groupes ont fait beaucoup pour la musique irlandaise et pour la musique traditionnelle.
Citons d’abord le groupe vétéran, celui des ambassadeurs infatigables de la musique irlandaise depuis 1963 : The Chieftains (d’après le nom donné aux petits seigneurs de l’Irlande médiévale). Réunis autour de Paddy Moloney, les musiciens de ce groupe perpétuent un style mis à l’honneur par Sean O’Riada au milieu du siècle, mélange de tradition bien vivante et d’influence de la musique classique. Mais c’est aussi un groupe qui sait organiser régulièrement les associations les plus osées : musique de Chine, chanteurs stars du rock, etc. Leur discographie compte plus d’une quinzaine de volumes.
Citons ensuite LE groupe qui a marqué, celui par qui tout a changé, Planxty. Une association d’une rare élégance, et d’une inventivité renversante, entre Christy Moore, Andy Irvine, Lyam O’Flynn, Donald Lunny, Johnny Moynihan, Matt Molloy (les trois premiers en permanence, les autres à différentes époques). On écoutera avec plaisir les disques qui ont émaillé cette aventure entre 1972 et 1975 : Planxty, The well below the valley, The woman I loved so well...A peu près à la même époque éclatait un nouvel orage dans le ciel mouvementé de la musique irlandaise, le groupe The Bothy Band, composé pour l’essentiel de Micheal O’Dhomhnaill, de Triona Ni Dhomhnaill, de Kevin Burke, de Matt Molloy, de Donald Lunny et de Paddy Keenan. Jamais on n’avait joué aussi vite les morceaux que quand ceux-là montèrent sur scène ! Un nouveau style était né, qui fait encore beaucoup d’émules aujourd’hui, celui du gros son et du punch d’enfer sur fond de jigs et de reels à la cadence impeccable même à un tempo démoniaque... L’aventure tourna court, malheureusement, faute d’une gestion sérieuse des affaires du groupe, mais les disques Old hag you have killed me ou Out of the wind into the sun restent des morceaux d’anthologie.
Autre groupe phare, mais durable celui-ci, De Dannan, constitué autour du fiddler (violoniste) virtuose Frankie Gavin. Ce groupe existe depuis 1974 et continue à tourner régulièrement en Irlande, aux États-Unis et en Europe avec diverses formations. Les disques les plus représentatifs sont Star spangled Molly et The mist covered mountains of home. On pourrait encore citer The boys of the lough, Clannad, Altan, Danu, Dervish, Flook... La liste serait longue. Retenons que certains parmi ces groupes ont fait plus pour le renouveau de la musique en Irlande que bien des projets de développement culturel. Mais leur éclosion n’aurait pas été possible sans le travail acharné, les efforts inlassables de militants culturels et politiques qui maintinrent dans les années cinquante et soixante le flambeau de la culture populaire irlandaise. C’est en grande partie grâce à ces musiciens et ces danseurs qui surent faire vivre et revivre la tradition populaire d’Irlande et la faire connaître avec éclat dans le monde entier qu’aujourd’hui elle est plus vivante que jamais.

2 LA PRATIQUE CONTEMPORAINE - QUELQUES CLEFS

2.1 Bodhrán, feadog, uilleann pipes et autres bizarreries...

Comme toutes les musiques populaires, la musique irlandaise a intégré peu ou prou les instruments qui sont apparus au fil des siècles. Les musiciens et les facteurs d’instruments irlandais ont aussi créé des instruments caractéristiques. On trouve donc côte à côte des instruments bien connus comme la harpe, le violon, la flûte traversière, l’accordéon, la guitare, le piano... et d’autres plus locaux comme le tin whistle, le bodhrán (prononcez bowrann) et la cornemuse irlandaise connue sous le nom d'uilleann pipes.
On ne saurait traiter ce chapitre sans aborder en tout premier lieu la harpe irlandaise. L’Irlande en a fait un emblème national, son utilisation est attestée dans les temps les plus reculés de l’histoire de ce pays et c’est peut-être, avec la voix, le plus ancien instrument utilisé en Irlande. La harpe irlandaise est de taille plus petite que la harpe de concert que l’on connaît mieux. Elle est équipée de cordes métalliques et se joue avec les ongles ce qui lui donne un son caractéristique. Si un musicien mythique comme Turlough O’Carolan était harpiste et que sa mémoire reste attachée à l’instrument, la harpe a connu une désaffection importante à partir du XVIIIème siècle. De nos jours, cet instrument porteur de la tradition la plus ancienne n’a pas encore toute la place qu’il mérite, malgré le talent de musiciennes comme Kathleen Loughnane ou Katrien Delavier (hélas décédée). Cette dernière -française- enregistra deux excellents disques consacrés à l’instrument et participa au groupe Hempson spécialisé en musique ancienne d’Irlande.

Fiddle, c’est le nom donné au violon en musique irlandaise. Les Irlandais, mais aussi les Ecossais et les Anglais, distinguent nettement violin, pour le répertoire classique, et fiddle, qui désigne à la fois l’instrument et le style en musique traditionnelle. Et le fiddler joue du fiddle ! L’instrument lui-même ne diffère pas du violon classique, si ce n’est par l’utilisation de cordes métalliques. C’est l’instrument roi de la musique irlandaise. Des styles régionaux spécifiques se sont créés au fil des siècles et subsistent encore de nos jours malgré une tendance lourde à l’uniformisation sous l’influence de la musique enregistrée et des “ grands noms ”. Parmi ceux-ci on citera les anciens comme Johnny Doherty, Michael Coleman, James Morrison... Et les contemporains comme Sean Keane, Kevin Burke, Charlie Lennon, Paddy Glackin, Frankie Gavin...

La timber flute est la flûte traversière en ébène, qui se répandit chez les musiciens traditionnels quand la flûte métallique équipée du “ Système Boehm ” s’implanta chez les musiciens classiques ; les flûtes en bois, démodées, devinrent tout d’un coup financièrement accessibles. Les flûtistes se sont rapidement taillé une place de choix parmi les musiciens irlandais. Les styles des comtés de Sligo, de Galway et de Clare sont devenus célèbres. Les interprètes les plus réputés sont Michael Tubridy, Seamus Tansey, et plus près de nous Dessie Wilkinson et surtout Matt Molloy, l’un des flûtistes les plus inspirés que nous ayons eu l’occasion d’entendre.

Le feadog ou tin whistle est une flûte métallique ; en fait un simple tuyau de laiton percé de trous que l’on raccorde à un sifflet (whistle). Evidemment, tout est dans l’art de percer les trous, de fabriquer le bon sifflet et d’en jouer ! Instrument d’apprentissage, instrument de voyage, c’est aussi un instrument à la sonorité unique qui a ses virtuoses comme Mary Bergin, Miko Russel, Paddy Moloney, Winnie Kilduff...

Le low whistle, c’est le grand frère du tin. Accordé une octave plus bas, il donne un son grave et velouté qui se prête à merveille aux airs lents.

Le bodhrán est un tambour : une peau de chèvre tendue sur un bâti en bois de forme cylindrique. On connaît mal l’histoire de cet instrument. Traditionnellement, il était associé aux fêtes de la moisson et du battage. On en joue en le posant verticalement sur la cuisse et en frappant sa peau à main nue ou, le plus souvent, avec un stick, mailloche de bois à deux têtes permettant de produire des roulements et de nombreux effets. Le musicien module le son en faisant varier la pression sur la peau. Son utilisation dans les groupes date des années soixante.

La cornemuse irlandaise s’appelle uilleann pipes (du gaélique et de l’anglais : littéralement “ cornemuse de coude ”), ou organ pipes en référence aux riches sonorités produites par les drones (bourdons) et les “ régulateurs ”, ou encore union pipes en référence à l’accord entre le chanter (chalumeau) où se joue la mélodie et les régulateurs qui servent à l’accompagnement. Comme toute cornemuse, c’est d’abord un sac que l’on remplit d’air (à l’aide d’un soufflet en l’occurrence), air qui est ensuite distribué entre les différentes parties “ chantantes ” de l’instrument. L’affaire demande « un peu » d’habitude... Créé pour jouer à l’intérieur des édifices, l'uilleann pipes présente une sonorité assez douce, surtout pour les instruments accordés en do ou en si ; ceux accordés en ré sont plus brillants et mieux adaptés au jeu en groupe.
Cette cornemuse à bien failli disparaître dans les années 1950/1960 : les derniers artisans-facteurs étaient morts en emportant leur savoir-faire et seuls restaient “ jouables ” les instruments construits au XIXème siècle et ceux fabriqués dans les années trente par Léo Rowsome, célèbre musicien, pédagogue et génial constructeur de pipes. Il faudra attendre les années quatre-vingt pour retrouver puis dépasser la qualité de fabrication des grands maîtres du XIXème siècle grâce notamment à l’ingénieur français Alain Froment.
Les grands pipers sont nombreux, dans différents styles. On citera Patsy Touhey, Seamus Ennis, Felix et Johnny Doran, Willie Clancy -hélas disparus- ainsi que, pour notre plus grand plaisir : Lyam O’Flynn, Paddy Moloney, Paddy Keenan, Finbar Furey, Davy Spillane... et bien d’autres jeunes talents.

 

Avec l’accordéon et le concertina, nous revenons en terrain connu. Ces deux instruments, remontant à la première moitié du XIXème siècle, sont très proches l’un de l’autre : alimentation en air par un soufflet central, mélodie jouée sur des claviers à boutons, anches métalliques, mécanisme en bois ou en métal…. Ces deux instruments ont été adoptés au cours du siècle passé en Irlande. Les grands noms de l’accordéon sont Joe Burke, Joe Cooley, Bobby Casey par le passé et plus récemment Tony Mac Mahon, Seamus Beagley, Martin O’Connor, Jackie Daly, Sharon Shannon... Le concertina a été rendu célèbre par Elisabeth Crotty ou Mrs Dalton, c’est maintenant Mary Mac Namara et Noël Hill qui en sont les représentants les plus talentueux.

 

Depuis les trente dernières années, l’accompagnement aux cordes s’est répandu largement en musique irlandaise. Qu’il s’agisse de guitare, de bouzouki ou de mandoline. Ces instruments ont apporté une couleur nouvelle aux formations musicales traditionnelles et une “ pêche ” bien dans l’air du temps. On trouve dans ce domaine quelques grands noms de la musique irlandaise d’aujourd’hui : Donald Lunny, Johnny Moynihan, Andy Irvin, Arty Mac Glynn...L’accompagnement de la musique irlandaise au piano est venu assez tardivement et a surtout marqué le style irlando-américain. Il reste cependant assez rare même s’il a pu servir à une époque à donner quelques “ lettres de noblesse ” à la musique traditionnelle. On peut aussi rencontrer, plus ou moins fréquemment, quelques banjos, harmonicas et autres bones (os de bœuf ou de moutons utilisés comme percussions).


2.2 “ Reels, slides, hornpipes et slow airs... ” - Les genres musicaux


Divers rythmes (correspondant souvent à des pas de danses différents) composent la musique irlandaise le plus souvent jouée en mode majeur. Les voici présentés par ordre d’importance et de popularité décroissante.

 

Le reel
A tout seigneur, tout honneur : le reel. Il représente à lui tout seul les deux tiers du répertoire.
4/4 rapide, présentant un balancement entre le temps et le contretemps.

La jig
L’autre genre spécifique de la musique irlandaise.
Existe en trois variétés : 6/8 ; 9/8 (slip jig) et 12/8 (single jig)
Son nom vient probablement, au XVIème siècle, d’une danse italienne : la giga.

La polka
Mélodie binaire, en 2/4. Originaire d’Europe de l’Est, elle connut, vers la fin du XVIIIème siècle, un succès foudroyant et se répandit alors dans toute l’Europe.
En Irlande, on ne la trouve pratiquement que dans le Kerry et dans la région de Cork.

Le slide
En 12/8, très rapide. Encore une spécialité des zones Kerry/Cork.

Le hornpipe
Musique en 4/4, moins rapide que le reel, caractérisé par ses triplets (proche du triolet classique).
Le nom proviendrait d’un instrument de musique à anche double du XVIème siècle, construit a partir d’une corne d’animal.

Le Slow air
C’est une mélodie lente ou très lente, écrite pour un instrument en solo, et pour l’écoute seule.
Une variété en est le planxty : écrit pour la harpe, en l’honneur d’un noble ou d’un riche mécène.
Turlough O'Carolan (1670-1738), fut le compositeur quasi exclusif de ces planxties.

Marche
Genre présent dans toutes les traditions et même en musique classique. Peut être plus ou moins rapide.
Généralement en 4/4, parfois en 6/8. On trouve aussi, plus ou moins anecdotiques selon les régions et les époques des valses et des mazurkas d’origine continentale, ainsi que des barndances ou des Highland flings, d’origines écossaises.

2.3 Step, set, battering... : Les danses

Si l’on ne peut éviter de parler de danses dans une présentation de la musique irlandaise, c’est parce que la majorité des pièces instrumentales sont des musiques de danse. C’est cette fonction initiale de la musique, à l’origine des morceaux, qui explique leurs caractéristiques (métrique, longueur et …vitesse). Un répertoire musical varié, spécifique selon les régions, s’est constitué au fil du temps pour accompagner les danses exécutées en solo ou en groupes.
On n’a pas de description détaillée des danses avant la seconde moitié du XIXème siècle. Certains auteurs font remonter la tradition de danse à l’Irlande préchrétienne, influencée beaucoup plus tard par les danses continentales et particulièrement les quadrilles français. En littérature, presque toutes les références aux danses ne parlent que de “Round and Long dances” (danses de groupe en figures). Plus tard -vers la fin du XVIIIème- on commence à trouver des informations sur l’activité des maîtres de danse qui ont inventé et enseigné les steps. Ces danses compliquées seraient des variations savantes réalisées à partir des pas simples des danses de groupe et des figures importées des quadrilles français et écossais, adaptés pour la musique traditionnelle. Le grand public a récemment eu connaissance de la danse irlandaise grâce aux grands spectacles commerciaux tels que Riverdance ou Lord of the Dance. Mais ceux-ci ne sont qu’adaptation aux goûts et attentes de l’industrie du show-business, d’une forme de danse traditionnelle irlandaise, parmi toutes les autres.
On peut diviser les genres entre danses de spectacle (performance dance) et danses sociales (social dance).

Danses de spectacle

Stepdance
La danse de spectacle pratiquée en solo, nommée stepdance, est caractérisée par des pas très rapides et précis, exécutés le buste droit et les bras inertes. Il existe plusieurs formes de step dancing en Irlande, mais le style le plus connu est celui du Munster, codifié dans les années vingt par An Coimisiún le Rincí Gaelacha, « la Commission de danses irlandaises ». Ces danses, enseignées dans des écoles spécialisées dès la petite enfance, sont pratiquées exclusivement en compétitions ou en spectacles publics, par des danseurs habillés en costumes chatoyants particulièrement ornés et portant des chaussures spéciales.  On est bien loin du « Sunday Best » (le costume du dimanche) des champions des générations passées.  

Les danses socialessont pratiquées en bals appelés céilì (prononcer kéli), et sont une pratique bien vivante. Elles se répartissent en céilì et en set dancing. Elles sont dansées dans les bals appelés également céilì. Complication supplémentaire, le nom gaélique céilì signifie « réunion sociale avec danses et musiques irlandaises » et l’adjectif céilì spécifie un type de danse.

Céilì dance
Le céilì dancing - terme inventé à la fin du XIXème siècle par la Ligue Gaélique pour les distinguer des sets -danses basées sur des quadrilles, perçues par les patriotes comme danses d’importation- est pratiqué par un nombre plus ou moins important de couples de danseurs. C’est durant l’entre-deux-guerres que la pratique du céilì dancing a connu son apogée. Il s’agit de danses rapides et complexes dont les différentes figures sont annoncées par le calleur. Elles sont chorégraphiées et ont un auteur connu.


Céilì dance

Set dance
Les danses de set demandent une pratique régulière. Influencées par les quadrilles français, elles sont exécutées par une formation de quatre (plus rarement deux) couples et sont articulées en plusieurs figures composées de parties. Le pas de chaque figure peut varier selon la région et les participants du set. Un set nécessite donc au minimum huit personnes (ou un multiple de huit). Les genres musicaux -reel, jig, slide, polka et hornpipe- se mêlent souvent au sein d’un même set. Parfois le nom du set indique sa provenance (Kilfenora set, Clare lancers set). Aujourd’hui, il existe plus de cent sets différents, collectés un peu partout en Irlande, avec d’importantes variations régionales. Les sets de Cork et du Kerry utilisent surtout les jigs et les polkas; par contre ceux du Clare sont dansés sur des reels. certains sets, comme le Clare Lancers sont dansés avec un style doux, glissant, mais d’autres sets de la même région utilisent le battering (claquements des pieds sur le sol, fournissant une rythmique supplémentaire et provoquant une montée d’enthousiasme chez danseurs et musiciens). Le battering serait une réminiscence des pas des anciens maîtres de danse et de leurs step dancing.
Même si les danses sociales sont des danses de loisirs, dans l’esprit et dans leur pratique, l’association Comhaltas en organise tout de même des championnats.

Le set dancing est devenu relativement populaire et on peut le pratiquer un peu partout en Europe, aux États-Unis et en Australie.
Chaque semaine ou presque, aux quatre coins d’Irlande, sont organisés des ateliers et des bals de set dancing. On vient de loin souvent pour danser sur la musique de tel céilì band ou pour suivre les cours de tel maître de danse. Le moindre village peut devenir célèbre par le festival de danses qu’on y organise une fois l’an. Les sociétés de set dancing se multiplient. Des sites Internet se chargent de diffuser toutes les informations et les calendriers. On peut même participer à des croisières sur des paquebots où officient deux ou trois céilì bands pour assurer les bals de l’après-midi et du soir… Si le public de ces rencontres est souvent d’âge mûr (mais d’une forme éclatante), de nombreux jeunes sont là pour assurer la relève, avec brio.
Le renouveau de la danse a favorisé la multiplication des groupes musicaux spécialisés dans l’animation de ce genre de bals. Le céilì band est une formation qui apparaît au début du XXème siècle, dont la seule finalité est la danse : les rythmes sont très rapides, le nombre de musiciens sur scène est important (à l’origine pour développer la puissance sonore nécessaire pour quelques centaines de danseurs pas particulièrement silencieux). Véritable genre à part entière, si les marges d’interprétation individuelle y sont des plus réduites, l’ensemble forme une imposante « machine à danser » soulevant l’enthousiasme de salles entières. Il s’agit souvent de formations locales, familiales parfois, mais il en existe aussi de véritables (ou quasi) professionnelles qui sillonnent le pays à longueur d’année. Parmi les formations les plus célèbres citons : Abbey Céilì Band, Tulla Céilì Band, Kilfenora Céilì Band

2.4 Sessions partout

Si les céilì sont autant une activité sociale que chorégraphique, le renouveau de la pratique musicale en Irlande a suscité également l’apparition d’une façon originale de partager cette musique : la session. Avatar traditionnel des bœufs et autres jams, la session privilégie plutôt le côté relationnel que la stricte pratique musicale.
Se déroulant le plus souvent dans un lieu public, la session est un rassemblement informel, et plus ou moins organisé, de musiciens qui se retrouvent pour jouer ensemble. Contrairement au concert où les musiciens jouent pour le public, en session, les intervenants jouent d’abord pour leur plaisir, en se souciant peu de qui est autour à les écouter. La présence du public reste marginale et discrète, et en tout cas absolument pas nécessaire à la réussite d’une bonne séance.
Les applaudissements en fin de morceau, qui se généralisent de plus en plus, marquent toutefois la réintroduction d’une distanciation acteurs/spectateurs et la rupture du lien entre une communauté et ses musiciens. Reflet d’une époque dans laquelle même la fête et le plaisir se spécialisent et où la « participation » consiste à assister passif à un événement puis à agiter frénétiquement les mains toutes les trois minutes ?
Une session standard se déroule ainsi : un musicien commence à jouer un tune, et ceux qui le connaissent le reprennent. L’étiquette des bons «sessionants» prescrit de ne jouer que les morceaux que l’on maîtrise. Toute l’alchimie de la session réussie consiste donc à équilibrer les standards que tous les musiciens pourront jouer et les pièces plus rares qu’ils écouteront avec plaisir. Dans les open sessions tous ceux qui savent jouer de la musique irlandaise sont bienvenus. Souvent, on trouve un (ou des) leader plus où moins connu qui tire la session, mais parfois l’on s’en passe. De temps en temps, un musicien ou un chanteur présente un slow air ou un chant, exécuté en solo. Actuellement, ce sont surtout les sessions qui maintiennent vivante la tradition musicale, en favorisant la circulation et l’échange des morceaux, des styles, des interprétations.
L’image des pubs enfumés (avant l’interdiction !) avec les musiciens tassés autour de tables chargées de verres de Guinness est devenue un cliché. C’est cela que l’on cherche au cours des voyages en Irlande, c’est cela que l’on essaye de recréer un peu partout. Et c’est autour et pendant les sessions -comme pour toute activité sociale- que les participants se confrontent, que naissent les tendances, les comportements typiques, les nombreuses blagues et anecdotes, et que des groupes se forment. Cette pratique amateur est toutefois altérée par les exigences modernes : la spontanéité initiale des sessions est maintenant souvent remplacée par l’initiative des patrons de pubs qui invitent, en les payant, des musiciens. Et ceci, soit pour créer l’ambiance, soit pour attirer d’autres musiciens (et de la clientèle…).
Remarquons, pour clore ce paragraphe, l’imprévisible diffusion de cette pratique : outre bien sûr dans tout l’espace anglo-saxon (diaspora oblige) et en France (qui entretient depuis la Révolution un lien privilégié avec l’Irlande) on peut trouver des sessions un peu partout dans le monde, à Düsseldorf, Budapest ou Tokyo. Bon, en cherchant un peu parfois, mais ça le mérite bien, non ?

3 LA CELTIE ET LA MUSIQUE CELTIQUE

« Ah vous jouez de la musique irlandaise, c’est de la musique celtique, non ? » combien de fois les musiciens n’ont-ils pas entendu cette baliverne récurrente, et dont il semble prométhéen d’en débarrasser le profane!
Aux incompréhensions sur la musique irlandaise s’est ajouté le fait que la culture celtique est toujours perçue comme mystérieuse et mystique ; et cela a libéré l’imagination des gens. Même si la musique celtique a dû être entendue pour la dernière fois à l’époque de Jules César. Autant la Celtie (ou la zone celtique), peut être située historiquement (et même préhistoriquement), autant la notion de « musique celtique », laisse bon nombre de musiciens un peu… perplexes.
Si par « musique celtique » on entend « musique traditionnelle qui est jouée dans les anciennes zones celtiques » : oui, pourquoi pas !
Mais, selon un tel critère, on peut décréter qu’il existe une musique « méditerranéenne » qui englobera, pêle-mêle, la sardane catalane et le rébétiko grec, le raï algérien et le flamenco andalou. Curieuse famille, non ? S’il existe un cousinage réel et de très nombreux points communs entre musique irlandaise et écossaise, ces ressemblances commencent à se distendre avec la musique anglaise pour devenir inexistantes en passant le Channel. Sans même parler de la Galice (en attendant le Morvan, vieille terre celte si il en est, et bien avant la Bretagne et l’Irlande !). La « musique celtique » est une construction idéologique, une représentation des faits sans rapport avec la réalité. Et bien sûr, comme toute idéologie qui prospère, elle a sa raison d’être, sinon elle ne survivrait pas. Mais là, on s’écarte sensiblement des explications musicales.
Et raison d’être ou pas : elle tord le cou à la réalité : la « musique celtique », cela n’existe que comme vaste fourre-tout musicologique !

Source : http://unpeufrais.free.fr/hmi.html

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