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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 08:49

Comme de nombreuses fêtes du calendrier moderne, nous célébrons la Chandeleur sans véritablement savoir ce que représente cette fête, ni qu’elle était déjà observée bien avant le christianisme dans le monde celtique, et notamment en Bretagne et en Irlande.

Il n’est pas lieu ici par manque de place de faire un exposé sur le calendrier celtique ancien. Contentons-nous de dire ou de rappeler qu’il s’agissait d’un calendrier fondamentalement lunaire (comme le calendrier juif par exemple) articulé autour du calendrier solaire. Ainsi l’ancienne année celte comptait 12 mois lunaire de 28 jours et introduisait régulièrement (tous les cinq ans environ) des mois intercalaires pour s’accorder avec le calendrier solaire.

De ce fait, autour des deux solstices aisément remarquables – et remarqués par l’archéologie plus que par la littérature –, la tradition mythique celtique et notamment irlandaise mentionne quatre grandes fêtes celtiques – remarquées, elles, davantage par la littérature que par l’archéologie – à savoir (en donnant plusieurs de leurs appellations) : Samhain-Samonios (1er-2 novembre), Imbolc-Brigantia (1er-2 février), Beltaine-Beltan (1er-2 mai), Lugnasad-Lammas (1er-2 août).

Remarquons plusieurs choses : 1. Elles durent deux jours comme la plupart des fêtes traditionnelles anciennes (sans oublier que les journées de quasiment toutes les anciennes sociétés du monde commençaient au crépuscule de la veille : ainsi la fête de Samhain commençait au crépuscule du 31 octobre, devenu la fête d’Halloween, littéralement en français la « vigile de Toussaint » et le 2 novembre est devenu la fête des morts). 2. Elles reviennent régulièrement tous les 3 mois. 3. En revanche, les dates données ci-dessus se réfèrent à un calendrier solaire moderne. Anciennement, avec un calendrier lunaire, elles n’étaient pas fixes, mais tombaient à la pleine lune la plus proche. 4. Ces quatre fêtes seraient liées à la célébration de l’année agricole.

 

Pour en revenir spécifiquement à la fête de début février, on la connaît sous différents noms : Imbolc ou Oimelc, Brigantia, Birgit… Autant de terminologies qui, finalement, confine aux mêmes idées.

Imbolc était la contraction d’imb-folc, évoquant une idée de lustration ou de purification.[1](Oimelc, l’une des appelations irlandaises, n’est ostensiblement qu’une déformation d’Imbolc). A travers cette étymologie, on en a fait une fête de célébration de la lactation des brebis, ce qui participe de cette même idée de purification, à travers l’aspect blanc, immaculé, du lait (en pensant qu’en celtique ancien, les mots pour « blanc » veulent aussi dire « sacré ». Voir gwen en breton.) Et cette idée de blancheur ou de pureté, nous renvoient à l’autre nom de la fête Birgit ou Brigantia qui n’est autre que celui de la grande déesse cosmique celtique qui signifiait « la très brillante » ou la « très noble ».

Comme le soulignait Miranda Green (Les mythes celtiques, Le Seuil, Coll. Points Sagesse, 1995), « cette fête se rattachait au culte de Brigite [autre nom de Birgit/Brigantia] déesse aux fonctions multiples, qui protégeait les femmes en couches, présidait à la récolte des céréales servant à faire la bière et était également associée à la poésie et à la prophétie. » Elle était aussi la détentrice de la coupe de souveraineté et de connaissance – une des origines du mythe du Graal –, la gardienne du feu (purificateur), donc du foyer. Et c’est là que cette fête est particulièrement intéressante par rapport à Kildare, puisque cette grande déesse tutélaire de l’Irlande Birgit/Brigitte est devenue, avec la christianisation, sainte Brigitte, patronne de l’Irlande (avec saint Patrick), toujours célébrée le 1er février (mais nous allons y revenir).

 

Imbolc était l’équivalent pour le monde celtique des lustrations romaines (autre fête de purification comme leur nom l’indique), des Lupercales et autres fêtes de Proserpine célébrées à la même période). Pour remplacer dans l’esprit des fidèles ces fêtes païennes romaines importantes – où, précisément on portait des cierges et des torches –, le pape Gélase Ier instaura la Chandeleur, la « fête des chandelles » célébrant la purification de la Vierge et de la présentation de son fils au Temple. Le célèbre moine catholique érudit Bède de Jarrow, dit Bède le Vénérable (VIIème-VIIIème siècle en Angleterre), dit lui-même que la Chandeleur n’a fait que remplacer les fêtes païennes. Cette fête était très importante jadis (au Moyen-âge) puisqu’elle faisait partie des fêtes chômées.

 

Pour en rester pour l’instant sur le symbolisme d’Imbolc, cette fête était donc notamment dédiée à la grande déesse Mère, la Vierge céleste Birgit, et à son fils Oengus, le jeune Soleil (réapparaissant particulièrement en cette période de début de l’hiver où les jours rallongent visiblement. La galette ou la crêpe que l’on prépare pour cette fête sont une évocation solaire). Il  n’est pas étonnant par conséquent que la chandeleur soit devenue la fête de la purification de la Vierge et de la présentation de son fils au Temple.

 

Comme le notait Raymonde Reznikov dans Les Celtes et le druidisme : racines de la tradition occidentale, Dangles, St Jean de Braye, 1994, « Imbolc fut certainement la plus désagréable des fêtes du calendrier celtique pour les moines irlandais qui s’employèrent à en occulter totalement le sens. »

 

Alors, reparlons justement de Brigitte et de Kildare. Cette fête d’Imbolc est importante pour la ville irlandaise qui est chère à notre comité. Brigitte, la déesse comme la sainte, est intimement liée à cette ville (au demeurant, signalons que la vraie sainte Brigitte au regard de l’église post-Vatican II est la Brigitte suédoise bien ultérieure : 1303-1373 ; Vatican II ayant supprimé quantité de saints anciens de sa liste, saints bien souvent très populaires, tels que saint Georges, saint Hubert ou saint Nicolas, sous prétexte qu’il n’était pas attesté et n’étaient que des réminiscences de dieux païens. Dans les faits, assez subtilement, ils ont été rangés dans les personnages à « mémoire facultative », car il n’était naturellement pas possible de supprimer immédiatement des personnages aussi populaires auprès des fidèles qui n’auraient pas compris, mais il ne devenait plus officiel dans l’Église comme le sont les saints faisant l’objet, selon leur rang d’importance, de « fête » [les apôtres ou Etienne] ou « mémoire obligatoire » [p. ex. Jeanne d’Arc, Thérèse de Lisieux ou Vincent de Paul]).

Le site de Kildare fut, anciennement, celui du culte de la grande déesse cosmique liée au chêne (arbre cosmico-céleste s’il en est).

A Kildare, se trouvait le couvent de la mythique sainte Brigitte (patronne de l’Irlande, morte théoriquement en 525) Elle se serait retirée en ermitage à l’intérieur d’un chêne creux (le chêne étant dédié chez les Celtes d’Irlande à la triple déesse mère), en somme dans la « cellule du chêne », en irlandais ancien, Kill-dara (qui donna son nom au monastère et à la ville qui se développèrent autour). Dans ce couvent brûlait un feu éternel[2], comme dans le temple de la déesse romaine Vesta (Vesta, la pure, la vierge, d’où l’idée de purification renforcée par la puissance purificatrice du feu), feu que fit éteindre l’archevêque Harry de Dublin sous prétexte qu’il était (à juste titre) une pratique païenne. Il fut ensuite rallumé et ne s’éteignit définitivement que sous le règne de Henry VIII d’Angleterre.

Il y aurait beaucoup à dire naturellement sur Imbolc, Birgit et tous les mythes fabuleux qui y sont associés. Mais ayant été déjà suffisamment long, permettez-moi de conclure par cette vieille invocation d’Imbolc, issue du fond des âges et rapportée par le semi-légendaire Colum Cill (devenu saint Colomba en transcription moderne) où le nom de Brigitte – la sainte – a remplacé celui de Birgit – la déesse :

« Que Brigide, la vierge et la bonne,

Brigide notre flambeau et notre soleil

Brigide, la rayonnante et l’invisible,

Nous conduise au royaume éternel. »

 

Arnaud



 

 

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Published by Arnaud - dans Irlande
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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 16:03
Abbeyknockmoy (Irish: Mainistir Chnoc Muaidhe , meaning "Abbey of Muaidh's Hill") is a village and parish in County Galway, Ireland.
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Published by Thomas Dalet - dans Irlande
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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 13:28

 

1. Patrice, pécheur ignorant, je confesse que j'ai été établi évêque en Irlande. Je suis certainement persuadé que c'est de Dieu que j'ai reçu ce que je suis. J'habite au milieu des païens barbares, prosélyte et exilé pour l'amour de Dieu. Il est témoin si c'est ainsi. Ce n'est pas que je désirais faire sortir de ma bouche quelque chose d'aussi dur et d'aussi âpre. Mais je suis poussé, excité par le zèle de Dieu et de la vérité du Christ, pour l'affection que je porte à mes proches et à mes fils, auxquels j'ai livré patrie et parents et mon âme jusqu'à la mort. Si j'en suis digne, j'ai fait vœu à Dieu d'enseigner les gentils, bien que je sois méprisé par certains.

2. C'est de ma main que j'ai écrit et composé ces paroles qui doivent être données et livrées et envoyées aux soldats de Coroticus. Je ne dis pas à mes concitoyens, ou aux concitoyens des saints Romains, mais aux concitoyens des démons, à cause de leurs mauvaises œuvres. Comme des ennemis, ils vivent dans la mort, compagnons des Scots et des Pictes apostats,[1]  comme s'ils voulaient se gorger du sang d'innocents chrétiens que j'ai engendrés innombrables à Dieu, et que j'ai confirmés dans le Christ.

3. Le lendemain du jour où les néophytes, en vêtement blanc, furent oints du chrême — il sentait encore sur leur front pendant qu'ils étaient égorgés et sacrifiés par le glaive des gens nommés ci-dessus — j'ai envoyé une lettre avec un saint prêtre que j'ai enseigné dès l'enfance, avec des clercs, pour qu'ils nous accordassent quelque chose du butin, ou quelques-uns des captifs baptisés qu'ils avaient pris. Ils firent des risées d'eux.

4. Aussi je ne sais sur qui m'affliger davantage, sur ceux qui ont été tués ou ceux qu'ils ont pris, ou ceux que le diable a violemment pris dans ses rets. Par un châtiment éternel, ils seront esclaves avec lui, parce que celui qui fait un péché est esclave et est appelé fils du diable.

5. Aussi, que tout homme craignant Dieu sache qu'ils me sont étrangers à moi et au Christ mon Dieu, pour qui j'accomplis une mission ; parricide, fratricide,[2]  loups rapaces dévorant le peuple du Seigneur comme du pain. Comme il dit : « Les injustes ont détruit ta loi, Seigneur », que dans les derniers temps il avait implantée très bien et avec bonté, et elle avait été enseignée par la faveur de Dieu.

6. Je ne fais pas abus de pouvoir. Je lie partie avec ceux qu'il a appelés et a prédestinés à prêcher son Evangile dans des persécutions non petites, jusqu'à l'extrémité de la terre, quoique l'ennemi nous porte envie par la tyrannie de Coroticus qui ne craint ni Dieu ni les prêtres qu'il a choisis et auxquels II a accordé la suprême et sublime puissance : ceux qu'ils lieraient sur terre seraient liés aussi aux cieux.

7. Aussi, je vous en supplie, saints et humbles de cœur, il n'est pas permis de flatter de tels hommes, ni de prendre avec eux nourriture ou boisson, et vous ne devez pas recevoir d'eux des aumônes jusqu'à ce qu'ils fassent pénitence suffisante à Dieu en versant des larmes et qu'ils délivrent les serviteurs de Dieu et les servantes baptisées du Christ pour lesquels il est mort et a été crucifié.

8. Le Très-Haut refuse les dons des injustes. Celui qui offre un sacrifice sur la subsistance des pauvres est comme celui qui tue un fils en présence de son père. «Les richesses, dit-il, qu'il a amassées injustement seront vomies de son ventre, l'ange de la mort l'entraîne, la colère des dragons le tourmentera, la langue de la couleuvre le tuera », un feu inextinguible le ronge. C'est pourquoi « malheur à ceux qui se remplissent des choses qui ne sont pas à eux. » Ou : « A quoi sert à l'homme de gagner le monde entier si c'est au détriment de son âme ? »

9. Il serait long de discuter en détail ou de faire connaître et de recueillir dans toute la Loi des témoignages sur une telle cupidité. L'avarice est un péché mortel : « Tu ne désireras pas le bien de ton prochain. Tu ne tueras pas. Un homicide ne peut être avec le Christ. Celui qui hait son frère est regardé comme homicide (7). » Ou : « Celui qui ne chérit pas son frère demeure dans la mort. » Combien plus coupable est celui qui a souillé ses mains dans le sang des fils de Dieu qu'il venait d'acquérir aux extrémités de la terre, par l'exhortation de notre petitesse.

10. Est-ce que c'est sans Dieu, ou selon la chair, que je suis venu en Irlande ? Qui m'a poussé — lié par l'Esprit — à ne voir personne de ma parenté ? Est-ce de moi que vient cette pieuse miséricorde que j'exerce à l'égard de cette nation qui m'a pris autrefois et a pillé les serviteurs et les servantes de la maison de mon père. Je fus libre selon la chair. Je suis né d'un père décurion. Car j'ai vendu ma noblesse — je n'en rougis et ne m'en repens pas — dans l'intérêt des autres. Enfin je suis serviteur dans le Christ d'une nation étrangère à cause de la gloire ineffable de la vie éternelle qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur.

11. Et si les miens ne me connaissent pas, un prophète ne reçoit pas d'honneur dans sa patrie, fous ne sommes peut-être pas du même troupeau et nous n'avons pas un seul Dieu pour père comme il dit : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. » Il n'est pas convenable que l'un détruise et que l'autre bâtisse. Je ne cherche pas ce qui est à moi. Ce n'est pas ma grâce, mais c'est Dieu qui a mis cette sollicitude dans mon cœur pour que je fusse un des chasseurs ou des pêcheurs que Dieu jadis a prédits pour les derniers temps.

12. On me hait. Que ferai-je, Seigneur ? Je suis tout à fait méprisé. Voilà que tes brebis sont mises en pièces et volées autour de moi, et par ces larrons susdits, sur l'ordre de Coroticus à l'esprit hostile. Il est loin de l'amour de Dieu, celui qui livre les chrétiens aux mains des Scots et des Pictes. Des loups rapaces ont dévoré le troupeau du Seigneur qui assurément en Irlande croissait très bien avec le plus grand soin. Et les fils des Scots et les filles des rois devenus moines et vierges du Christ, je ne puis les énumérer. C'est pourquoi : « Que l'injure faite aux justes ne te plaise pas ; même jusqu'aux enfers elle ne plaira pas. »

13. Qui d'entre les saints n'aurait horreur de se récréer ou de prendre part à un festin avec de tels gens ? Ils ont rempli leurs maisons des dépouilles des chrétiens morts. Ils vivent de rapines, ils ne connaissent pas, les malheureux, le poison, et présentent des mets mortels à leurs amis et à leurs fils, comme Eve ne comprit pas qu'en réalité elle transmettait la mort à son mari. Ainsi sont, tous ceux qui font le mal. Ils fabriquent la mon éternelle pour leur châtiment.

14. Voici la coutume des Gaulois chrétiens romains. Ils envoient des hommes saints et propres à cette mission chez les Francs et les autres gentils avec plusieurs milliers de sous pour racheter les captifs baptisés ; toi, tu les tues le plus souvent, et tu les vends à une nation étrangère qui ignore Dieu. Tu livres les membres du Christ comme à un lupanar. Quel espoir as-tu en Dieu, ou qui est de ton avis, ou qui t'entretient de paroles flatteuses ? Dieu jugera. Car il est écrit : « Ce ne sont pas seulement ceux qui font le mal, mais même ceux qui consentent qui doivent être condamnés. »

15. Je ne sais que dire de plus, en parlant des défunts fils de Dieu, que le glaive a touchés durement, au-delà de toute mesure. Car il est écrit : « Pleurez avec ceux qui pleurent. » Et encore : « Si un seul membre souffre, que tous les membres souffrent avec lui. » C'est pourquoi l'Eglise pleure et se lamente sur ses fils et ses filles, que le glaive n'a pas encore tués, mais qui sont bannis et déportés dans des terres lointaines, où le péché opprime ouvertement et abonde impudemment. Là les hommes libres sont vendus, les chrétiens réduits en servitude, surtout par les très indignes, très mauvais apostats, les Pictes.

16. C'est pourquoi je crierai haut avec tristesse et chagrin : très beaux et très aimables frères et fils que j'ai engendrés dans le Christ, je ne puis vous énumérer, que vais-je faire pour vous ? Je ne suis pas digne de Dieu ni de venir en aide aux hommes. L'iniquité des injustes a prévalu sur nous. Nous sommes devenus comme étrangers. Peut-être ne croient-ils pas que nous avons reçu un baptême, ou que nous avons un seul Dieu pour Père. C'est pour eux une indignité que nous soyons nés en Irlande. Comme il dit : « Est-ce que vous n'avez pas un seul Dieu ? Pourquoi avez-vous abandonné chacun votre prochain ? »

17. C'est pourquoi je m'afflige pour vous, je m'afflige, vous qui m'êtes très chers. Mais aussi, je me réjouis en moi-même. Je n'ai pas travaillé pour rien, ou mon pèlerinage n'a pas été en vain. Et il s'est commis un crime si horrible et indicible ! Grâces à Dieu, c'est en croyants baptisés que vous êtes partis du monde pour le paradis. Je vous vois. Vous avez commencé à vous retirer là où il n'y aura plus ni nuit, ni deuil, ni mort, mais vous bondirez comme des veaux débarrassés de leurs liens, et vous écraserez les injustes, et ils seront en cendre sous vos pieds.

18. Vous donc, vous régnerez avec les apôtres et les prophètes et les martyrs, vous aurez les royaumes éternels, comme il l'atteste lui-même, disant : « Ils viendront de l'orient et de l'occident et ils s'assoiront avec Abraham et Isaac et Jacob dans le royaume des cieux. » «Au dehors sont les chiens, et les magiciens, et les homicides ; et les menteurs et les parjures » auront leur part dans l'étang du feu éternel. L'apôtre ne dit-il pas justement : « Là où le juste à peine sera sauvé, où se reconnaîtra le pécheur et l'impie transgresseur de la loi? »

19. Car Coroticus, avec ses scélérats rebelles au Christ, où se verront-ils ? Eux qui distribuent des jeunes femmes baptisées comme récompense, et pour un misérable règne temporel, qui passe en vérité en un moment, comme la nuée ou la fumée qui est dispersée par le vent. Ainsi les pécheurs trompeurs périront à la face de Dieu, mais que les justes soient au festin, en grande constance, avec le Christ ; ils jugeront les nations et domineront les rois injustes dans les siècles des siècles. Amen.

20. Je témoigne devant Dieu et ses anges qu'il en sera comme il l'a communiqué à ma maladresse. Ce ne sont pas mes paroles, mais celles de Dieu et des apôtres et des prophètes, qui n'ont jamais menti, que j'ai exposées en latin. Celui qui croira sera sauvé et celui qui ne croira pas sera condamné. Car Dieu a parlé.

21. Je vous supplie que tout serviteur de Dieu soit prêt à être le porteur de cette lettre, pour qu'en aucune façon elle ne soit soustraite par quelqu'un, mais bien plutôt qu'elle soit lue devant tout le peuple, en présence de Coroticus lui-même, pour que Dieu leur inspire de venir à résipiscence à Dieu, en sorte qu'ils se repentent, même tardivement, d'avoir agi comme des impies — homicide à l'égard des frères du Seigneur — et qu'ils délivrent les captives baptisées qu'ils ont prises auparavant pour mériter de vivre en Dieu et qu'ils soient sains ici et pour l'éternité. Paix au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Amen !

Source : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/patrick/coroticus.htm

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Published by X - dans Irlande
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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 13:22

 

     1. Moi, Patrick le pécheur, je suis le plus rustique et le moindre de tous les fidèles, et méprisable pour un très grand nombre : J'ai eu pour père le diacre Calpurnius, un des fils du prêtre Potitus, qui fut au village de Bannavem Taberniae. Il avait aux environs une petite ferme où je fus fait captif. J'avais alors environ seize ans. J'ignorais le vrai Dieu et je fus emmené en captivité en Irlande avec tant de milliers d’hommes, selon ce que nous avions mérité, car nous nous étions éloignés de Dieu et nous n'avions pas gardé ses préceptes, et nous n'avions pas obéi à nos prêtres qui nous avertissaient de notre salut. Et le Seigneur lança sur nous la colère de son ressentiment et nous dispersa chez beaucoup de gentils, même jusqu'à l'extrémité de la terre, où maintenant on peut voir ma petitesse parmi les étrangers.

2. Et c’est là que Dieu ouvrit l'intelligence de mon incrédulité, pour que, bien que tard, je me rappelasse mes fautes et que je me tournasse de tout cœur vers le Seigneur mon Dieu qui jeta un regard sur mon humilité et eut pitié de la jeunesse de mon ignorance et me garda, avant que je le connusse et avant que je fusse sensé et que je distinguasse entre le bien et le mal, et me fortifia et me conseilla comme fait un père pour son fils.

3. C'est pourquoi je ne puis taire — et il n'est pas à propos de le faire — tant de bienfaits et tant de grâces que le Seigneur a daigné m'accorder dans la terre de ma captivité, car voici ce que nous devons rendre en échange : c'est qu'après la compréhension et la connaissance de Dieu nous exaltions et confessions ses merveilles devant toute nation qui est sous tout le ciel.

4. Car il n'y a et il n'y a eu jamais auparavant et il n'y aura après cela pas d'autre dieu que Dieu le père non engendré, sans commencement, de qui vient tout commencement, qui tient tout comme nous l'avons dit, et son fils Jésus-Christ que nous attestons avoir existé toujours avec le Père avant l'origine des temps, spirituellement chez le Père, ineffablement engendré avant tout commencement. Et par lui ont été faites les choses visibles et les choses invisibles ; il s'est fait homme et après avoir vaincu la mort il a été reçu dans le ciel vers son Père. El il lui a donné tout pouvoir sur tout nom de choses célestes, terrestres et infernales, et que toute langue lui confesse que le Seigneur et le Dieu, c'est Jésus-Christ, en qui nous croyons. Et nous attendons son arrivée, qui se produira bientôt, comme juge des vivants et des morts, qui rendra à chacun selon ses œuvres. Et il a versé en abondance en nous le Saint-Esprit, don et gage d'immortalité qui fait que les croyants et les obéissants soient enfants de Dieu et cohéritiers du Christ, que nous confessons et adorons comme un seul Dieu dans la Trinité au nom sacré.

5. Car il a dit lui-même par le prophète : « Invoque-moi au jour de ta tribulation et je te délivrerai et tu me magnifieras. » Et il a dit encore : « Il est honorable de révéler et de confesser les œuvres de Dieu. »

6. Cependant, quelque imparfait que je sois sur beaucoup de points, je désire faire connaître à mes frères et parents ma nature pour qu'ils puissent comprendre le vœu de mon âme.

7. Je n'ignore pas le témoignage de mon Seigneur, qui atteste dans le psaume : « Ta perdras ceux qui disent un mensonge. » Et il a dit encore : « La bouche qui ment tue l'âme. » Et le même Seigneur a dit dans l'Evangile : « Tout mot oiseux qu'ont dit des hommes, ils en rendront compte au jour du Jugement. »

8. D'où j'ai dû fortement craindre, avec frayeur et tremblement, cette parole, au jour où personne ne pourra se soustraire ou se dérober, mais où tous, nous devrons rendre compte même des plus petits péchés devant le tribunal du Seigneur Christ.

9. C'est pourquoi j'ai jadis pensé à écrire, mais j'ai hésité jusqu'à maintenant : j'ai craint en effet de m'exposer aux langues des hommes, parce que je n'ai pas étudié, comme d'autres qui ont été parfaitement imbus de la loi et des lettres sacrées, de la même façon de l'un et de l'autre, et qui n'ont jamais changé de langue depuis leur enfance mais l'ont toujours de plus en plus perfectionnée. Car notre discours et nos paroles sont traduits en une langue étrangère, et on peut facilement prouver par la saveur de ma façon d'écrire comment j'ai été élevé et instruit dans le langage, parce que, dit le Sage, « c'est par la langue que l'on découvrira le sens et la science et l'enseignement de la vérité ».

10. Mais à quoi sert une excuse, même véridique, surtout avec la présomption ? Puisque je désire moi-même dans ma vieillesse ce que je n'ai pas acquis dans ma jeunesse, parce que mes péchés m'empêchèrent de savoir à fond ce que j'avais lu auparavant. Mais qui peut me croire, même si je dis ce dont j'ai parlé tout d'abord ? Adolescent, et même presque enfant en paroles, j'ai été fait captif avant de savoir ce que je devais chercher, désirer ou éviter. D'où, aujourd'hui, je rougis et je crains fortement de dévoiler mon incapacité, parce que, n'étant pas savant, je ne puis m'expliquer en peu de mots. Car, comme l'Esprit désire, l'affection développe les âmes et les sentiments.

11. Mais s'il m'avait été donné ce qui a été donné aux autres, cependant je ne garderais pas le silence à cause de ce que je dois rendre [à Dieu]. Et si, par hasard, il semble à quelques-uns que c'est là de la prétention, avec mon ignorance et ma langue embarrassée, il est pourtant écrit : « Les langues qui balbutient apprendront rapidement à parler de paix ». Nous devons d'autant plus le désirer, « nous qui sommes, dit-il, la lettre du Christ en vue du salut jusqu'à l'extrémité de la terre », même non instruite, mais réfléchie très fortement, écrite en vos cœurs, non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant.

12. Car, moi qui étais d'abord rustique, exilé et ignorant, qui ne sais pas prévoir pour l'avenir, je sais avec certitude que, avant d'être humilié, j'étais comme une pierre qui gît dans un bourbier profond, et Celui qui est puissant est venu et dans sa miséricorde m'a pris et, en vérité, m'a élevé en haut et m'a placé au haut du mur. Et c'est pourquoi je devais crier pour rendre quelque chose au Seigneur, en échange de tant de ses bienfaits ici et dans l'éternité, dont l'esprit humain ne peut estimer la valeur.

13. Aussi étonnez-vous, grands et petits qui craignez Dieu et vous, maîtres de rhétorique, écoutez et examinez. Qui m'a appelé, sot que j'étais, du milieu de ceux qui semblent être sages et instruits de la loi et puissants en paroles et en toute chose ? Et c'est moi, qui suis détesté de ce monde, qu'il a inspiré plus que les autres, tel que j'étais, pourvu que, avec crainte, respect et sans plainte, je fusse fidèlement utile à la nation où l'amour du Christ m'a transporté et à laquelle il m'a donné pour ma vie, si j'en suis digne, afin que je la serve avec humilité et sincérité.

14. Dans la mesure de la foi à la Trinité, il faut distinguer, sans appréhender le danger, faire connaître le don de Dieu et la consolation éternelle et répandre partout le nom de Dieu, sans crainte et avec confiance, pour qu'encore après ma mort je laisse un héritage à mes frères et à mes fils, que j'ai baptisés dans le Seigneur, au nombre de tant de milliers d'hommes.

15. Et je n'étais pas digne, ni tel que le Seigneur accordât cela à son esclave après les malheurs et tant de misères, après ma captivité, après beaucoup d'années, et me donnât tant de grâces chez cette nation, comme jamais je n'en ai espéré ni imaginé dans ma jeunesse.

16. Mais, après être arrivé en Irlande, chaque jour je faisais paître des troupeaux, et fréquemment dans le jour je priais ; de plus en plus, me venait l'amour de Dieu et la crainte de Lui et ma foi s'accroissait et l'Esprit agissait, en sorte qu'en un seul jour je disais jusqu'à cent prières et presque autant la nuit, comme je demeurais dans les forêts et la montagne. Avant le soleil, je m'éveillais pour prier, par la neige, par la gelée, par la pluie, et je ne ressentais aucun mal, et il n'y avait nulle paresse en moi, comme je le vois maintenant, parce qu'alors l'Esprit bouillonnait en moi.

17. Et là, une nuit, dans mon sommeil, j'entendis une voix me dire : « Tu jeûnes bien, tu vas aller bientôt vers ta patrie. » Et derechef, après un peu de temps, j'entendis me répondre : « voilà que ton navire est prêt. » Et ce n'était pas auprès, mais il y avait peut-être deux cent mille pas. Et je n'avais jamais été là, et je n'y avais personne de connaissance. Et ensuite, je pris la fuite et je me séparai de l'homme chez qui j'avais été six ans, et j'allais, par la force de Dieu qui me dirigeait dans le bon chemin, et je n'eus aucune crainte jusqu'à ce que je parvinsse à ce navire.

18. Et le jour où j'y parvins, le navire avait quitté sa place et je dis que j'avais de quoi naviguer avec eux et cela déplut au pilote et il répondit violemment avec indignation : « Ne cherche pas à aller avec nous. » Et après avoir entendu cela, je me séparai d'eux pour venir à la cabane où je logeais, et en chemin, je me mis à prier, et avant d'avoir terminé mon oraison, j'entendis l'un d'eux qui criait fort après moi : « Viens vite, car les hommes t'appellent, » et aussitôt je retournai vers eux. Et ils se mirent à me dire : « Viens, car nous te recevons de bonne foi. Fais amitié avec nous comme tu voudras. » Et en ce jour, je refusai de me laisser adopter par eux, à cause de la crainte de Dieu, mais pourtant j'espérais qu'ils viendraient à la foi de Jésus-Christ parce qu'ils étaient des gentils, et pour cela je me tins avec eux et aussitôt nous partîmes.

19. Et après trois jours, nous atterrîmes et nous voyageâmes vingt-huit jours dans un désert et les vivres leur manquèrent et la faim s'empara d'eux. Et, un jour, le pilote se prit à me dire : « Toi, chrétien, qu'est-ce que tu dis ? Ton Dieu est grand et tout-puissant. Ne peux-tu donc prier pour nous ? Car nous sommes en danger de famine, et il est difficile que nous puissions voir quelque homme. » Or, moi je leur dis clairement : « Tournez-vous avec foi et de tout cœur vers le Seigneur mon Dieu, à qui rien n'est impossible, pour qu'il vous envoie aujourd'hui de la nourriture sur votre chemin pour vous rassasier, car partout il en a en abondance. » Et avec l'aide de Dieu, il fut fait ainsi. Voilà qu'un troupeau de porcs apparut à nos yeux sur le chemin et ils en tuèrent un grand nombre, et ils restèrent là deux nuits, et ils furent bien restaurés, et leurs chiens furent rassasiés ; (car beaucoup d'entre eux avaient lâché pied et étaient restés en route à demi morts). Et, après cela, ils rendirent de très grandes grâces à Dieu, et je fus honoré à leurs yeux, et à partir de ce jour ils eurent des vivres en abondance. Même ils trouvèrent du miel sauvage et m'en offrirent une partie. Et un d'entre eux dit : « Ceci est offert en sacrifice.» Dès lors, grâces à Dieu, je n'y goûtai point.

20. Mais, la même nuit, je dormais et Satan me tenta fortement, ce que je me rappellerai tant que je serai dans ce corps. Et il tomba sur moi comme un immense rocher et je n'avais aucune force dans les membres. Mais d'où me vint-il à l'esprit d'appeler Hélie ? Et aussitôt je vis dans le ciel un soleil se lever et pendant que je criais : « Hélie, Hélie », de toutes mes forces, voici que la splendeur de ce soleil tomba sur moi, et aussitôt toute lourdeur disparut de moi. Et je crois que j'ai été secouru par le Christ mon Seigneur, et que son Esprit appelait à mon aide. Et j'espère qu'il en sera ainsi au jour de ma détresse, comme il a dit dans l'Evangile : « En ce jour, atteste le Seigneur, ce n'est pas vous qui parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous. »

21. (Et de nouveau, après de nombreuses années, je fus encore fait captif,[4]   et, la première nuit que je restai avec eux, j'entendis une réponse divine me dire : « Tu seras deux mois avec eux. » Ce qui arriva. La soixantième nuit, le Seigneur me tira de leurs mains.)

22. Et aussi, dans le voyage, il nous pourvut de vivres, de feu et d'abri chaque jour jusqu'cà ce que nous fussions arrivés tous le dixième jour. Comme je l'ai déclaré plus haut, nous voyageâmes à travers le désert pendant vingt-huit jours. Et la nuit où nous arrivâmes vers les hommes, nous n'avions en vérité pas de vivres.

23. Et de nouveau, après quelques années, j'étais en Grande-Bretagne avec mes parents qui me reçurent comme leur fils, et me demandèrent instamment que maintenant, après tant de tribulations que j'avais endurées, je ne les quittasse plus jamais. Et là, je vis dans une vision de la nuit un homme du nom de Victoriens, venant comme de l'Irlande avec des lettres innombrables. Et il me donna une d'elles et je lus le commencement de la lettre qui était : « La voix d'Irlande », et en récitant le commencement de la lettre, je pensais au moment même entendre la voix de ceux qui étaient près de la forêt de Foclut, qui est près de la mer occidentale, et ils s'écriaient comme d'une seule bouche : « Nous te prions, saint enfant, de venir et de te promener encore parmi nous. » Et je fus touché dans mon cœur et je ne pus lire plus avant et ainsi je m'éveillai. Grâces soient rendues à Dieu de ce qu'après de nombreuses années le Seigneur leur accorda ce que demandait leur cri !

24. Et une autre nuit, je ne sais, mais Dieu sait si c'était en moi ou à côté de moi, en des mots très habiles que j'ai entendus et que je n'ai pu comprendre, sinon à la fin de la prière, il s'exprima ainsi : « Celui qui a donné sa vie pour toi, c'est lui-même qui parle en toi. » Et ainsi je m'éveillai plein de joie.

25. Et de nouveau je le vis priant en moi-même, et j'étais comme à l'intérieur de mon corps, et je l'entendis prier sur moi, c'est-à-dire sur l'homme intérieur, et il y priait fortement avec des gémissements. Et, pendant cela, j'étais stupéfait, et je m'étonnais et me demandais qui était-ce qui priait en moi, mais, à la fin de la prière, il dit comme s'il était l'Esprit, et ainsi je me réveillai et me rappelai l'apôtre disant : « L'Esprit vient en aide aux faiblesses de notre prière. Car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit même demande à notre place avec des gémissements inénarrables » que l'on ne peut exprimer par des paroles. Et encore : « Le Seigneur notre avocat, demande pour nous. »

26. Et quand je fus tenté par quelques-uns de mes anciens qui vinrent, qui opposèrent mes péchés à mon laborieux épiscopat, en ce jour, je fus fortement poussé à tomber là et pour l'éternité. Mais Dieu épargna bienveillamment le prosélyte et le pèlerin par la grâce de son nom, et me secourut beaucoup, alors qu'on me foulait aux pieds, pour que je ne tombasse pas malement dans la souillure et l'opprobre. Je prie Dieu que ce ne leur soit pas compté pour péché.

27. Ils trouvèrent une occasion au bout de trente ans, à propos d'une parole que j'avais avouée avant d'être diacre. Plein d'anxiété et l'esprit affligé, je confiai à mon meilleur ami ce que j'avais fait dans mon enfance, un jour, plutôt même une heure, parce que je n'étais pas encore en état de triompher. Je ne sais, mais Dieu sait si j'avais alors quinze ans, et je ne croyais pas au Dieu vivant depuis mon enfance, mais je restai dans la mort et l'incrédulité, jusqu'à ce que je fusse bien châtié et humilié en vérité par la faim et la nudité, et cela chaque jour.

28. Au contraire, je ne partis pas de moi-même pour l’Irlande avant d'être presque défaillant. Mais cela fut plutôt bon pour moi, car c'est ainsi que le Seigneur me corrigea et me rendit propre à être aujourd'hui ce que j'étais loin d'être autrefois, à prendre soin et à m'occuper du salut des autres, alors qu'à ce moment je ne pensais même pas à moi.

29. Donc, le jour où je reçus des reproches des gens que j'ai dits plus haut,[7]   j'eus, la nuit, une vision nocturne. Il y avait un écrit déshonorant contre ma face. Et, pendant cela, j'entendis une réponse divine me disant : « Nous avons vu avec peine la face de celui qui est désigné par son nom dévoilé. » Et il ne dit pas : « Tu as vu avec peine », mais « nous avons vu avec peine » comme s'il s'était en cela joint à moi. Comme il a dit : « Celui qui vous touche, c'est comme s'il touchait la pupille de mon œil ».

30. Aussi je rends grâces à Celui qui me réconforta en toute chose, au point de ne pas me détourner de partir là où j'avais résolu d'aller et aussi de mon œuvre que j'avais apprise du Christ mon Seigneur, et, à partir de ce moment, je sentis en moi une vertu non petite, et ma foi était approuvée devant Dieu et les hommes.

31. Aussi, je dis avec audace que ma conscience ne me blâme pas ici et pour l'avenir. J'ai Dieu pour témoin, que je n'ai pas menti dans les discours que je vous ai racontés.

32. Mais je suis plus affligé pour mon meilleur ami que nous ayons mérité d'entendre une telle réponse. Lui, à qui j'ai confié même mon âme ! Et j'ai appris par quelques frères avant cette défense — car je n'étais pas présent, et je n'étais pas en Grande-Bretagne et l'histoire ne vient pas de moi — qu'il m'avait soutenu pendant mon absence. Même, il m'avait dit de sa bouche : « Voici que tu vas être élevé au rang d'évêque. » Je n'en étais pas digne. Mais d'où vient qu'après, devant tous, bons et mauvais, il me déshonora publiquement, alors que, auparavant, de lui-même, il avait été joyeusement bienveillant pour moi, ainsi que le Seigneur, qui est plus grand que tous.

33. J'en dis assez. Mais cependant je ne dois pas cacher le don de Dieu, qu'il nous a accordé sur la terre de ma captivité, parce qu'alors je l'ai beaucoup cherché, et que là je l'ai trouvé, et il m'a sauvé de toutes les iniquités. Je crois ainsi à cause de son Esprit qui habite en moi et qui a opéré en moi jusqu'à ce jour. J'ose donc encore. Mais Dieu sait que si c'était un homme qui m'eût parlé ainsi,[8]   peut-être je me serais tu par amour du Christ.

34. Aussi donc, je rends, sans me lasser, grâces à mon Dieu, qui m'a gardé fidèle au jour de ma tentation, en sorte qu'aujourd'hui je lui offre avec confiance en sacrifice, comme une victime vivante, mon âme, au Christ mon Seigneur qui m'a sauvé de toutes mes détresses, et que je dis : « Que suis-je, Seigneur, ou quelle est ma vocation, que tu m'as ouvert tant de puissance divine ? en sorte que, aujourd'hui, chez les gentils, j'exalte et je magnifie ton nom partout où j'aurai été ; non seulement dans le bonheur, mais aussi dans l'épreuve ; en sorte que tout ce qui m'adviendra de bien ou de mal, je dois l'accueillir également, et toujours rendre grâces à Dieu, qui m'a montré sans aucun doute de croire en lui perpétuellement, et qui m'a entendu, en sorte que moi, ignorant, dans les derniers jours, j'entreprends cette œuvre si pieuse et merveilleuse, au point d'imiter ceux auxquels le Seigneur auparavant a autrefois prédit qu'ils annonceraient son Evangile en témoignage à tous les gentils avant la fin du monde. Et donc, comme nous l'avons vu, cela a été fait. Voilà que nous sommes témoins que l'Evangile a été prêché jusqu'au pays au-delà duquel il n'y a personne.

35. Il serait long d'énumérer toute mon œuvre en détails ou partiellement. Je dirai brièvement comment le Dieu très saint m'a délivré de la servitude et des douze périls où mon âme a été en danger, outre beaucoup d'embûches et de choses que je ne puis exprimer en mots. Je ne ferai pas injure aux lecteurs, mais j'ai comme garant Dieu qui connaît toutes choses, même avant qu'elles soient, comme la réponse divine m'a averti, très souvent, moi quoique pauvret et ignorant enfant.

36. D'où me vint cette sagesse, qui n'était pas en moi qui ne savais pas le nombre des jours et ne connaissais pas Dieu ? D'où me vint ensuite ce don si grand et si salutaire de connaître Dieu et de le chérir, à condition que je quittasse patrie et parents ?

37. Et beaucoup de présents m'étaient offerts avec des pleurs et des larmes. Et j'offensai, contre ma volonté, quelques-uns de mes anciens, mais, Dieu me guidant, je ne consentis en aucune façon, et je ne leur donnai point mon assentiment ; ce n'est pas grâce à moi, mais c'est Dieu qui est vainqueur en moi, et qui résiste à eux tous, depuis que je suis venu chez les gentils d'Irlande prêcher l'Evangile et supporter les outrages des infidèles — comme de m'entendre reprocher mon voyage, — et de nombreuses persécutions qui allèrent jusqu'à me charger de liens, et donner ma condition libre pour le profit des autres. Et si j'en étais digne, je suis prêt à donner même ma vie, sans hésiter et très volontiers pour son nom, et je souhaite de la dépenser ici jusqu'à la mort si le Seigneur me l'accordait.

38. Car je suis très redevable à Dieu, qui m'a donné tant de grâces, pour que beaucoup de peuples par moi renaissent en Dieu et ensuite soient confirmés et que partout des clercs soient ordonnés pour eux, pour un peuple qui est récemment venu à la foi et que le Seigneur a pris des extrémités de la terre, comme il l'avait autrefois promis par ses prophètes : « Vers toi viendront les gentils des extrémités de la terre, et ils diront : « Nos pères ont acquis de fausses idoles et il n'y a en elles aucune utilité. » Et encore : « Je t'ai établi comme une lumière chez les gentils pour que tu sois pour leur salut jusqu'à l'extrémité de la terre. »

39. Et c'est ici que je veux attendre la promesse de Celui qui ne trompe jamais, comme il promet dans l'Evangile : « Ils viendront de l'orient et de l'occident et du sud et du nord, et ils s'assoiront avec Abraham et Isaac et Jacob », comme nous croyons que les croyants viendront du monde entier.

40. C'est pourquoi il faut pêcher bien et avec soin, comme le Seigneur avertit et enseigne en disant : « Venez derrière moi et je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes. » Et encore il dit par les prophètes : « Voici que j'envoie beaucoup de pêcheurs et de chasseurs », dit Dieu, et cetera. Aussi, il était très nécessaire de tendre nos rets pour prendre une grande multitude et foule pour Dieu, et pour que partout il y eût des clercs qui baptisassent et exhortassent le peuple indigent et besogneux, comme le Seigneur indique dans l'Evangile et enseigne, disant : « Allez donc maintenant enseigner tous les gentils, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai recommandé et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du siècle. » Et encore il dit : « Allez donc dans le monde entier prêcher l'Evangile à toute créature ; celui qui aura cru et aura été baptisé sera sauvé ; mais celui qui n'aura pas cru sera condamné. » Et encore : « Cet évangile du règne sera prêché dans le monde entier en témoignage à tous les gentils, et alors viendra la fin. » Et de même, le Seigneur, prédisant par le prophète, dit : «Et il arrivera dans les derniers jours, dit le Seigneur, je répandrai de mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos fils verront des visions, et vos vieillards songeront des songes, et, à la vérité, en ces jours je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront. » Et chez Osée il dit : « J'appellerai mon peuple ce qui n'était pas mon peuple, et ayant obtenu la miséricorde celui qui n'avait pas obtenu la miséricorde. Et il arrivera que dans l'endroit où l'on a dit : vous n'êtes pas mon peuple, là ils seront appelés les fils du Dieu vivant. »

41. C'est pourquoi, en Irlande, ceux qui n'ont jamais eu aucune notion de Dieu, et qui n'ont adoré jusqu'à maintenant toujours que des idoles et des choses immondes, comment sont-ils devenus récemment le peuple du Seigneur et sont-ils appelés fils de Dieu ? Les fils des Scots et les filles des rois on les voit être des moines et des vierges du Christ.

42. Il y avait une femme bénie, Scote de naissance, noble, très belle, grande, que j'ai baptisée, et quelques jours après, elle vint vers nous pour une cause quelconque, et nous découvrit qu'elle avait reçu une réponse par la volonté de Dieu, et qu'il l'avait avertie d'être une vierge du Christ, et d'approcher elle-même de Dieu. Grâces à Dieu, six jours après, elle saisit très bien et très avidement ce que toutes les vierges de Dieu font ; ce n'est pas avec le consentement de leurs pères, mais elles souffrent persécution et d'injustes reproches de leurs parents ; cependant leur nombre augmente davantage, et nous ne savons pas le nombre de ceux de notre race qui sont nés ici, outre les veuves et les personnes continentes. Mais ce sont celles qui sont retenues en esclavage qui souffrent le plus ; elles endurent continuellement jusqu'aux terreurs et aux menaces ; mais le Seigneur a donné sa grâce à beaucoup de mes servantes, car, quoiqu'on le leur défende, elles l'imitent cependant avec courage.

43. Aussi, même si j'avais voulu les quitter et partir en Grande-Bretagne — et j'y étais volontiers préparé — vers ma patrie et mes parents, et non pas seulement cela, mais même jusqu'en Gaule visiter mes frères et voir la face des saints de mon Seigneur, Dieu sait que je désirais cela beaucoup mais ; je suis lié à l'Esprit qui m'atteste que, si je fais cela, il me désigne comme coupable et j'ai peur de perdre le labeur que j'ai commencé, et ce n'est pas moi, mais le Seigneur Christ qui m'a commandé de venir et d'être avec eux le reste de ma vie, si le Seigneur le veut et m'a gardé loin de toute voie mauvaise, pour que je ne pèche pas devant lui.

44. J'espère que je le devais, mais je ne me fie pas à moi tant que je serai dans ce corps mortel, parce qu'il est fort celui qui s'efforce chaque jour de me détourner de la foi et de la chasteté de la vraie religion que je me suis proposée jusqu'à la fin de ma vie, pour le Christ mon Seigneur. Mais la chair ennemie entraîne toujours vers la mort, c'est-à-dire aux séductions qui doivent se terminer en infortunes. Et je sais en partie en quoi je n'ai pas mené une vie parfaite, comme aussi les autres croyants, mais je me confesse à mon Seigneur et je ne rougis pas en sa présence parce que je ne mens pas : depuis que je l'ai connu dès ma jeunesse, l'amour de Dieu et la crainte de Lui ont crû en moi, et jusqu'à maintenant, avec l'aide de la faveur du Seigneur, j'ai gardé la foi.

45. Rie et insulte qui voudra ; pour moi, je ne me tairai pas et je ne cache pas les signes et les merveilles qui m'ont été indiqués par Dieu, beaucoup d'années avant qu'ils fussent, car il connaît tout, même avant les temps du monde.

46. Aussi devrai-je sans cesse rendre grâces à Dieu qui a toujours été indulgent pour ma sottise et ma négligence, et non en seul endroit, et ne se fâche pas violemment contre moi, qui lui ai été donné comme aide, et je n'ai pas vite acquiescé à ce qui m'avait été montré et à ce que l'Esprit me suggérait. Et le Seigneur a eu pitié de moi dans des milliers de milliers, parce qu'il a vu que j'étais prêt, mais que je ne savais en échange que faire de ma situation, parce que beaucoup de gens s'opposaient à cette mission. Même, entre eux, derrière mon dos, ils racontaient et disaient : « Celui-là, pourquoi se jette-t-il dans le danger, au milieu d'ennemis qui ne connaissent pas Dieu ? » Ce n'était pas par méchanceté, mais cela ne leur semblait pas à propos ; comme j'atteste moi-même que je l'ai compris, à cause de ma rusticité. Et je n'ai pas vite reconnu la grâce qui était alors en moi. Et maintenant il me semble à propos que j'aurais dû le faire auparavant.

47. Maintenant donc, j'ai simplement découvert à mes frères et à mes compagnons de servitude qui m'ont cru, pourquoi j'ai prédit, et je prédis de fortifier et confirmer votre foi. Puissiez-vous, vous aussi, imiter de plus grandes choses et faire des choses préférables ! Ce sera ma gloire parce que « un fils sage est la gloire de son père ».

48. Vous savez, et Dieu aussi, comment j'ai vécu avec vous dès ma jeunesse, dans la foi, à la vérité, et dans la sincérité du cœur. Même à l'égard des gentils parmi lesquels j'habite, j'ai toujours gardé la bonne foi, et je la garderai. Dieu le sait, je n'ai circonvenu aucun d'eux et je ne pense pas qu'à cause de Dieu et de l'Eglise j'excite une persécution contre eux et nous tous, et que pour moi on blasphème le nom du Seigneur ; car il est écrit : « Malheur à l'homme à cause de qui le nom du Seigneur est blasphémé. »

49. Car, si je suis inhabile en toute chose, cependant j'ai tenté quelque peu de veiller sur moi, à cause des chrétiens, mes frères, et des vierges du Christ et des femmes religieuses qui me donnaient d'eux-mêmes de petits présents et jetaient sur l'autel leurs ornements, et je les leur rendais. Et ils se scandalisaient que je le fisse. Pour moi, je le faisais dans l'espoir de l'immortalité, pour me préserver avec soin en toute chose, car les infidèles pouvaient m'employer à quelque titre ainsi que le ministère de mon service, et je ne devais pas donner lieu aux incrédules de me diffamer ou de me décrier.

50. Par hasard, quand j'ai baptisé tant de milliers d'hommes, ai-je attendu de quelqu'un d'entre eux même la moitié d'un scripulum[9]   ? Dites-moi et je vous le rendrai. Et quand le Seigneur a ordonné quelque part des clercs par ma médiocrité et mon ministère, je leur ai donné gratuitement ; et si j'ai demandé à quelqu'un d'entre eux même le prix de ma chaussure, reprochez-le-moi et je vous rendrai davantage.

51. J'ai dépensé pour vous pour qu'on me reçût, et parmi vous, et partout où j'allais pour vous au milieu des dangers, même jusqu'aux parties extrêmes au-delà desquelles il n'y avait personne, et où jamais personne n'était parvenu pour baptiser, et ordonner des clercs, ou confirmer les gens ; par le don du Seigneur, j'ai tout fait très volontiers pour votre salut.

52. De temps en temps, je donnais des présents aux rois, outre que je donnais un salaire à leurs fils qui m'accompagnent, et néanmoins, ils me saisirent avec mes compagnons. Et ce jour-là, ils avaient très grand désir de me tuer. Mais le temps n'était pas encore venu. Et ils ravirent tout ce qu'ils trouvèrent avec nous et me chargèrent de fers. Et le quatorzième jour, le Seigneur me délivra de leur pouvoir et tout ce qui était à nous nous fut rendu à cause de Dieu, ainsi que les excellents amis dont nous nous étions pourvus auparavant.

53. Vous savez par expérience combien j'ai dépensé pour ceux qui me guidaient dans tous les pays que je visitais fréquemment ; car je pense que je ne leur distribuai pas moins que le prix de quinze hommes[10]   pour que vous jouissiez de moi, et je jouirai toujours de vous pour Dieu. Je ne m'en repens pas, et ce n'est pas assez pour moi. Je dépense encore et je dépenserai en plus. Le Seigneur a le pouvoir de me donner ensuite de quoi me dépenser pour vos âmes.

54. Voici que j'invoque Dieu comme témoin de mon âme que je ne mens pas, et ce n'est pas pour avoir une occasion de flatterie ou d'avarice que je vous ai écrit, ni parce que j'espère de l'honneur de quelqu'un de vous. Car il me suffît de l'honneur que l'on ne voit pas encore, mais qui est confié au cœur. Fidèle est celui qui a promis ; il ne ment jamais.

55. Mais je vois déjà dans le siècle présent que je suis exalté outre mesure par le Seigneur, et je n'étais ni digne ni tel qu'il m'accordât cela, puisque je sais très sûrement que la pauvreté et le malheur me conviennent mieux que les richesses et les délices. Mais le Seigneur Christ a été pauvre pour nous. Pour moi, je suis misérable et malheureux ; quoique je désire des richesses, je n'en ai pas et je ne méjuge pas moi-même, car chaque jour je m'attends ou à la mort, ou à être circonvenu, ou à être réduit en servitude, ou à quelque attaque. Mais je ne crains rien de cela à cause de la promesse des cieux, parce que je me suis mis dans les mains du Dieu tout-puissant qui domine partout, comme dit le prophète : « Mets ta pensée en Dieu, et lui-même t'entretiendra. »

XXV. 56. Voici maintenant que je recommande mon âme à mon Dieu très fidèle, pour lequel j'accomplis une mission dans ma bassesse, seulement parce qu'il n'accepte personne et m'a choisi pour cet office, afin que je fusse un de ses moindres ministres.

57. Comment lui rendrai-je tout ce qu'il m'a accordé ? Que dire, que promettre à mon Seigneur ? Car je ne vois rien qu'il ne m'ait donné, mais il scrute les cœurs et les reins parce que je désire assez et trop et j'étais prêt à ce qu'il me donnât à boire son calice, comme il l'a accordé à d'autres qui l'aimaient.

58. Aussi puissé-je obtenir de mon Dieu de ne me séparer jamais de son peuple qu'il a acquis aux extrémités de la terre. Je prie Dieu de me donner la persévérance et de daigner me rendre témoin fidèle jusqu'à mon passage, à cause de mon Dieu.

59. Et si j'ai jamais imité quelque chose de bien à cause de mon Dieu que je chéris, je lui demande de m'accorder de verser mon sang avec ces prosélytes et captifs pour son nom, même si je devais manquer de sépulture ou que mon misérable cadavre fût partagé membre à membre aux chiens ou aux bêtes féroces, ou que les oiseaux du ciel le dévorassent. Je crois très sûrement que, si cela m'arrivait, j'aurais gagné mon âme avec mon corps, parce que, sans aucun doute, en ce jour-là, nous ressusciterons dans la clarté du soleil, c'est-à-dire dans la gloire du Christ, notre rédempteur, comme fils du Dieu vivant et cohéritiers du Christ, et conformes à son image future à lui-même, puisque c'est de lui, et par lui, et en lui que sont toutes choses et qu'à lui est la gloire dans les siècles des siècles. Amen. C'est en lui, en effet, que nous régnerons.

60. Car ce soleil que nous voyons, sur l'ordre de Dieu, se lève chaque jour pour nous, mais il ne régnera jamais et sa splendeur ne durera pas ; et tous ceux qui l'adorent viendront normalement malheureux au châtiment. Mais nous qui croyons et adorons le vrai Soleil, le Christ qui ne périra jamais, ni lui, ni celui qui a fait sa volonté, mais demeurera éternellement, de même que le Christ demeurera éternellement, lui qui règne avec Dieu le Père tout-puissant, et avec le Saint-Esprit, avant les siècles, et maintenant, et pendant tous les siècles des siècles. Amen.

61. Voici qu'encore et encore je vais exposer brièvement les paroles de ma confession. Je témoigne en vérité et en exaltation de cœur devant Dieu et ses saints anges que je n'ai jamais eu aucune occasion, sauf l'Evangile et ses promesses, pour revenir jamais vers cette nation d'où j'avais eu peine à m'échapper auparavant.

62. Mais je prie ceux qui croient et qui craignent Dieu, quiconque daignera regarder et recevoir cet écrit, que Patrick, le pécheur ignorant, a écrit en Irlande, que personne ne dise jamais que c'est par mon ignorance que j'ai fait ou montré quelque petite chose pour plaire à Dieu, mais pensez et qu'on croie vraiment que c'était un don de Dieu. Et cela est ma confession avant que je meure.

Source : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/patrick/confession.htm

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Published by X - dans Irlande
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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:54
L’IRA était consciente que plus la trêve durerait, plus ce serait difficile de relancer la lutte armée, et c’est pour cela que l’organisation y mit fin après deux semaines et chercha à intensifier ses opérations. Fin juillet 1972, 95 personnes étaient tuées, alors qu’au cours du conflit aucun mois n’avait vu autant de morts. (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.109). Le 21 juillet 1972, l’IRA fait exploser 22 bombes dans le centre de Belfast en une heure. Neuf civils seront tués et 130 blessés dans ce qui fut appellé le « vendredi sanglant ». Le‘vendredi sanglant’ fournit au gouvernement britannique l’occasion de mobiliser 21.000 soldats et d’envahir et saturer les quartiers républicains le 31 juillet 1972 – c’est l’Opération Motorman. L’Operation Motorman représente un tournant important du conflit. La capacité militaire de l’IRA avait atteint son sommet au cours de l’été 1972, mais celle-ci va décliner constamment après l’Operation Motorman. Si on compare déjà les trois semaines avant et après Motorman, les explosions passent de 180 à 73 et les fusillades de 2.595 à 380, le nombre de militaires tués de 18 à11 (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.110) « A la fin de l’été il était clair que l’ascension militaire des Provisoires avait pris fin. » (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.233). A partir de ce moment la capacité opérationnelle de l’IRA entre dans un déclin continu. En 1972, l’IRA était responsable de la mort de 103 soldats britanniques, 17 policiers et 25 membres du régiment local UDR. En 1973, le nombre de soldats tués par l’IRA tombe à 58, les policiers à 13 et 8 UDR; soit une diminution de plus de 50%. En 1974, seuls 28 soldats britanniques seront tués par l’IRA, ainsi que 15 policiers et 7 membres de l’UDR, ce qui représente encore une diminution de 50%. Et en 1975, 14 soldats britanniques furent tués par l’IRA, ainsi que 16 membres de la police et UDR (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.246-247). En comparaison, l’IRA essuie des pertes qui ne font qu’augmenter. En 1972, l’année la plus sanglante du conflit, il y avait eu 10.682 fusillades et 1.382 attentats à la bombe et 531 personnes furent condamnées à des peines de prison pour terrorisme. En 1973, il y avait une diminution de prés de 50% du nombre de fusillades (5.018) et explosions (978), mais près de trois fois plus de personnes furent condamnées à des peines de prison pour ces actes – soit 1.414 personnes. En 1974, 6.186 fusillades et explosions furent recensées et 1.362 personnes furent condamnées. Et en 1975, fusillades et explosions tombèrent à 3.887 actions répertoriées, et 1.197 personnes furent condamnées à des peines de prisons pour ces activités (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.320). Pour essayer de reprendre l’initiative, l’IRA cherche à étendre sa campagne en Angleterre a partir de mars 1973, et qui sera à son sommet d’intensité en 1974-75 pour essayer de contrecarrer ses revers en Irlande. (Gary McGladdery, The Provisional IRA in England: The Bombing Campaign 1973-1997, Dublin: Irish Academic Press, 2006 pour la meilleure étude sur le sujet) Non seulement l’IRA était endiguée militairement, mais le soutien à l’organisation commençait à sérieusement décliner et le républicanisme devenir de plus en plus marginalisé. Par exemple les Provos appelèrent à boycotter l’élection de juin 1973 pour une Assemblée d’Irlande du Nord. « Le boycott n’a eu quasiment aucun impact dans le Nord… Même dans les quartiers républicains, il y eut plus de votants le 28 juin que d’abstentionnistes. » (Kevin Kelley, The Longest War: Northern Ireland and the IRA, London: Zed Books, 1982, p.198). Comme l’écrit cet auteur sympathisant des Provos : « comme le montre l’échec de l’appel des Provos à boycotter les élections à l’Assemblée, le soutien de masse à la campagne de l’IRA au sein de la minorité catholique était au plus bas depuis le commencement du conflit. » (Kevin Kelley, The Longest War: Northern Ireland and the IRA, London: Zed Books, 1982, p.199). Le principal stratège de l’IRA, Daithi O’Conaill admit dans une interview d’août 1973 que la popularité du mouvement républicain avait beaucoup baissé : « Les choses n’allaient pas fort pour les Provos à l’automne 1973. » (Kevin Kelley, The Longest War: Northern Ireland and the IRA, London: Zed Books, 1982, p.206). L’IRA devenait de plus en plus «marginalisée » politiquement. (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.262). Cela peut être illustré par le résultat des élections générales dans le fief républicain de Belfast-ouest en plein conflit le 28 février 1974. Si le Sinn Fein était alors interdit, Albert Price était le candidat républicain représentant les sœurs Price alors en grève de la faim en Angleterre. 73% de l’électorat de Belfast-ouest participa à ces élections, Albert Price reçoit 5.662 votes (11,9%) mais Gerry Fitt, le candidat du SDLP reçoit quatre fois plus de votes avec 19.554 voix (41%). Le mouvement républicain devenait de plus en plus marginalisé, car le gouvernement britannique avait mit au point son alternative au républicanisme. La stratégie politique du gouvernement britannique fut développée en 1973-1974. Son alternative au républicanisme consiste en un gouvernement local en Irlande du Nord dans lequel Nationalistes et Unionistes partagent le pouvoir avec des organismes transfrontaliers pour reconnaître la « dimension irlandaise ». Cette alternative au républicanisme se matérialisa dans le traité de Sunningdale en 1974. Il faut souligner que ces paramètres développés alors par le gouvernement britannique comme alternative au républicanisme sont exactement les mêmes que ceux des accords du vendredi saint de 1998. Il n’y a quasiment rien dans les Accords de 1998 qui n’avait pas déjà été proposé en 1973-1974, et d’un point de vue nationaliste, ce qui avait été proposé en 1974 était mieux que ce qui a été négocié en 1998! Sunningdale était populaire parmi la population nationaliste mais ces initiatives constitutionnelles étaient violemment rejetées par le mouvement républicain (Voir Sean MacStiofain, Memoirs of Revolutionary, Edinburgh: Gordon Cremonesi, 1975, 329-330, aussi Provisionals reply, An Phoblacht , 30 March 1973 et également Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973 pp.89-90). Pour Ruairi O’Bradaigh qui alors était le président du Sinn Fein, Sunningdale représentait « un pas en arrière plutôt qu’un pas en avant pour la lutte de libération ». (Ruairi O’ Bradaigh, Our People Our Future, Dublin: Sinn Fein, 1973, pp.31-32, 43, 50-52, 59-60).
L’objectif du mouvement républicain était de détruire le partage du pouvoir et les organismes transfrontaliers avant que ceux-ci ne détruisent le républicanisme. Les nationalistes constitutionnels qui soutenaient Sunningdale comme une pierre d’achoppement vers une Irlande unie étaient violemment dénoncés par le mouvement républicain. (Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, 165-166). Gerry Adams en 1986 accusa le SDLP d’être le premier parti nationaliste partitioniste parce qu’il soutenait l’accord de Sunningdale. (Gerry Adams, The Politics of Irish Freedom, Dingle: Brandon, 1986, p.110). L’ironie de l’histoire est bien sûr que 25 ans après en 1998, le Sinn Fein et les Provisoires allaient capituler finalement pour moins que ce que le SDLP avait pu obtenir en 1973-1974! Quand les loyalistes rompirent les accords de Sunningdale en mai 1974, cela fut salué par les républicains. Il y avait même des appels particulièrement bizarres pour que l’IRA joigne ses forces avec les groupes loyalistes contre le partage des pouvoirs et les organismes transfrontaliers! (Voir Invitation to the UDA, Republican News, 16 February 1973, et Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, p.162)  
Le 10 février 1975 une trêve bilatérale entre le mouvement républicain provisoire et le gouvernement britannique est établie. (Ce n’était donc pas un ‘cessez-le-feu’ unilatéral comme en 1994). Le mouvement républicain avait accepté une trêve car le gouvernement britannique parlait de « structures de désengagement » d’Irlande après l’échec de Sunningdale. (Robert W. White, Ruairi O’Bradaigh: the life and politics of an Irish revolutionary, Bloomington and Indianapolis: Indiana University Press, 2006, p.235). " A partir de janvier 1975, le gouvernement britannique envoya des signaux montrant qu’il cherchait à se retirer d’Irlande, que ces signaux fussent délibérés ou accidentels, ils étaient réels. » (ibidem, p.246). Cependant des politiciens britanniques et des hauts fonctionnaires de l’Etat ont plus tard admis que le véritable but de la trêve était de chercher à affaiblir et diviser le mouvement républicain (Paul Bew and Henry Patterson, The British State and the Ulster Crisis, London: Verso, 1985, p.87). Durant les années 1990, le gouvernement britannique a ouvertement admis qu’il avait cherché à « arnaquer »le mouvement républicain au cours de la trêve de 1975 (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.240). Le Secrétaire d’Etat britannique Merlyn Rees à plus tard écrit que son but « était de mettre en place des conditions dans lesquelles la capacité opérationnelle de l’IRA Provisoire soit affaiblie. Plus la trêve durerait, plus difficile serait pour eux la relance d’une campagne militaire. » (Merlyn Rees, Northern Ireland: a personal perspective, London: Methuen, 1985, p.224. Voir aussi pp.180-181). C’est dans ce contexte que le gouvernement britannique était délibérément ambigü sur son intention de se retirer d’Irlande. Pour que la trêve continue et fragmente le mouvement républicain, la seule chose qu’il fallait faire c’était de continuer à parler de ‘retrait’. (Paul Bew and Henry Patterson, The British State and the Ulster Crisis, London: Verso, 1985, p.87). Il n’est pas évident que du point de vue républicain la trêve de 1975 ait été un désastre comme certains l’ont affirmé plus tard. (Robert W. White, Ruairi O’Bradaigh: the life and politics of an Irish revolutionary, Bloomington and Indianapolis: Indiana University Press, 2006, p.307). La trêve prit officieusement fin le 11 novembre 1975, et l’IRA essaya avec difficulté de relancer sa campagne militaire.  
Si l’IRA était en trêve avec l’Etat britannique, elle faisait face au problème de centaines de civils catholiques assassinés par des groupes loyalistes dans ce que la presse appelle des ‘meurtres confessionnels’ (‘sectarian murders’). En 1972, les organisations loyalistes sont responsables de la mort de 193 personnes, 81 en 1973, 93 en 1974, 114 en 1975 et 113 en 1976. 504 civils majoritairement catholiques sont assassinés durant cette période pour le seul fait d’être catholiques (John Newsinger, British Counterinsurgency: From Palestine to Northern Ireland, Basingstoke: Palgrave, 2002, p.177). D’après des statistiques de la Commission Européenne des Droits de l’Homme, des 121 victimes de meurtres religieux en 1972, 81 étaient catholiques et 40 protestantes. En 1973, c’étaient 56 catholiques et 31 protestants. En 1974 c’étaient 61 catholiques et 31 protestants. La tendance générale pour des‘meurtres confessionnels’ est que deux tiers des victimes sont catholiques et un tiers protestants; et la moitié de ces protestants sont tués par des groupes loyalistes qui les ont pris pour des catholiques. (Bill Rolston and David Miller (eds), War and Words: The Northern Ireland Media Reader, Belfast: Beyond the Pale Publications, 1996, pp.383 et 400).
Les années 1975 et 1976 sont des années où il y avait peu d’actions de l’IRA contre l’Etat britannique mais où il y a eu le plus de meurtres confessionnels: 150 et 175. Durant ces années, l’IRA tue beaucoup plus de civils que de membres des forces de sécurité. Durant la trêve, sur une période de deux mois, l’IRA tue pas moins de 40 civils protestants pour le seul fait d’être protestants. Quand en juin 1975 l’IRA reconnut qu’un de ses membres a été abattu alors qu’il posait une bombe dans un bar protestant à Besbrook « ce n’était rien d’autre qu’une reconnaissance directe par l’IRA que l’organisation attaquait des cibles civiles protestantes. » (Kevin Kelley, The Longest War: Northern Ireland and the IRA, London: Zed Books, 1982, p.238). L’incident le plus connu eut lieu lorsque le 4 janvier 1976, apres qu’une série de catholiques ont été assassineés, l’IRA arrête un bus de travailleurs, sépare les catholiques des protestants et exécute à l’arme automatique les dix travailleurs protestants. Plus tard, quand un porte-parole de l’organisation fut interrogé au sujet de cette action, il répondit « Pouquoi pas? Après tout elle mit fin aux attaques loyalistes dans le coin. » Il est douteux que ces actions de représailles aient été sanctionnées à un haut niveau de l’organisation, après tout beaucoup d’entre elles furent revendiquées sous des noms bidons comme‘force d’action républicaine’ etc. S’il n’était pas dans l’intérêt de la direction de l’IRA de se lancer dans une guerre contre les protestants d’Irlande du Nord, à l’échelle locale le mouvement était sous immense pression pour que quelque chose soit fait ou ait l’air d’être fait contre les loyalistes réels ou supposés. La question de savoir si oui ou non la campagne de l’IRA était ‘anti-protestante’ a été souvent débattue (Voir Robert White, The Irish Republican Army: An Assessment of Sectarianism, Terrorism and Political Violence, volume 9 issue 1, 1997 pour la meilleure étude sur le sujet). On peut conclure que si l’IRA a occasionnellement commis des ‘meurtres confessionnels’ contre des civils protestants, on ne peut pas parler de campagne systématique. Et sur les 134 civils protestants tués par l’IRA dans des meurtres confessionnels, 91 ont été tués au cours de la période 1974-1976, ce qui montre que ces actions sont très limitées dans le temps. On ne peut pas parler de ‘guerre de religion’ ou d’une campagne ‘œil pour œil’ entre organisations républicaines et loyalistes. Selon une étude sociologique: « A peu près un tiers des morts dues au conflit entre 1966 et 1994 sont des ‘meurtres confessionnels’ au sens où les personnes ont été assassinées pour la seule raison qu’elles sont perçues comme étant catholiques ou protestantes. Cela représente 750 personnes tuées par des groupes loyalistes (soit 80% de toutes les personnes tuées par des loyalistes) et 150 personnes tuées par des républicains (soit 10% de toutes les personnes tuées par des organisations républicaines). » (Robbie McVeigh, in P.Clancy et al. (eds) Irish Society: Sociological Perspectives, Dublin: Institute of Public Administration, 1995, pp.621-622). La direction de l’IRA Provisoire a fait de son mieux pour négocier avec les loyalistes la fin des assassinats confessionnels. En 1976- 1977 une quantité de réunions secrètes eurent lieu pour mettre un terme aux meurtres confessionnels. C’est peut-être une des raisons pour laquelle la violence loyaliste chute drastiquement. De 113 morts en 1976, ils sont responsables de seulement 19 morts en 1977, 6 en 1978 et 12 en 1979. En 1986, le mouvement provisoire promet une escalade militaire majeure et une avancée politique significative. En novembre 1986, Danny Morrison prédit même la victoire d’ici l’an 2000 (Our Day Will Come: Interview with Danny Morrison, Sunday News, 16 novembre 1986). Pour cette escalade militaire, entre août 1985 et septembre 1986, l’IRA provisoire importe plus de 150 tonnes d’armes et d’explosifs en provenance de Libye. En novembre 1987, les autorités françaises saisissent 150 autres tonnes d’armes et d’explosifs destinés aux Provisoires sur le navire Eskund. La livraison la plus importante dans ces importations était un lot de quatre tonnes d’explosif militaire Semtex qui permit aux Provisoires d’intensifier leurs opérations.
Utilisé par l’IRA pour la première fois le 28 octobre 1986, le Semtex a deux fois la puissance du Frangex qui jusque-là était l’explosif de prédilection des Provisoires. Jusqu’aux cessez-le-feu de 1994 et 1997, chaque bombe, chaque mortier et autres engins explosifs utilisés par l’IRA incorporait du Semtex sous une forme ou une autre. Grâce à cela, le nombre d’explosions dans le Nord passe de 254 en 1986 à 384 en 1987 puis 458 en 1988 – c’était le nombre le plus élevé d’explosions depuis sept ans et les quantités d’explosifs utilisées étaient les plus importantes depuis onze ans. Mais il devient de plus en plus difficile à l’IRA d’infliger des pertes à l’armée britannique.
En 1988, 21 soldats britanniques sont tués dans le Nord, en 1989 ce nombre tombe à 12, 7 en 1990, 5 en 1991 et 4 en 1992 (Liam Clarke and Kathryne Johnston, Martin McGuiness: From Guns to Government, Edinburgh: Mainstream Publishing, 2001, p.190). Il était de plus en plus clair que la campagne de l’IRA dans le Nord de l’Irlande devenait de plus en plus difficile à poursuivre. Selon une estimation crédible, à la fin des années 80, 70% des opérations planifiées par les Provisoires dans le Nord devaient être abandonnées par crainte de détection. Sur les 30% restants, seul un cinquième réussissait, les autres étant empêchées par les forces de sécurité (Gary McGladdery, The Provisional IRA in England: The Bombing Campaign 1973-1997, Dublin: Irish Academic Press, 2006, p.142).
Il n’est donc guère surprenant qu’en 1992 l’IRA tue presque autant de ses propres membres soupçonnés d’être des mouchards –six- que de membres des forces de sécurité (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.328). Une autre estimation sérieuse nous dit qu’à partir de la fin des années 80 et durant les années 1990, environs 9 opérations sur 10 de l’IRA devaient soit être annulées, soit étaient un échec. (Brendan O Brien, The Long War: The IRA & Sinn Fein, Dublin: The O Brien Press, third revised and updated edition, 1999, p.157). Et selon Ed Moloney, jusqu’en 1994, 8 opérations sur 10 des Provisoires dans le Nord étaient détectées par les forces de sécurité (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, second revised and updated edition, 2007, p.527). Les forces de sécurité capturent beaucoup de dépôts d’armes de l’IRA: 76 en 1987, 66 en 1988 et plus de 60 en 1989 (Kevin Toolis, Rebel Hearts: Journeys within the IRA’s soul, London: Picador, 1995, p.215).
Ceci força les Provisoires à utiliser de plus en plus d’armes et d’explosifs de fabrication artisanale. Les Provisoires devaient de plus en plus baser leur campagne sur leur unité basée dans le South Armagh « car les forces de sécurité avaient la haute main partout ailleurs. Le South Armagh était la dernière base sûre dont ils disposaient. » (Toby Harnden, Bandit Country: The IRA and South Armagh, London: Hodder and Stoughton, 2000, p.320).
Il est donc guère surprenant que cinq des six soldats britanniques tués en 1993 fussent tués là-bas.
Vu qu’il était de plus en plus difficile pour l’IRA de tuer des militaires britanniques en Irlande, les Provisoires furent obligés d’étendre leur campagne en Angleterre et ailleurs en Europe. Entre janvier 1988 et juin 1990, l’IRA mena 17 opérations en Allemagne et au Benelux, tuant 11 personnes dont deux touristes australiens pris pour des soldats, un enfant de six mois et l’épouse d’un militaire. La campagne de l’IRA en Angleterre durant cette période tue 14 soldats, dont onze tués dans un attentat contre une école de musique militaire le 22 septembre 1989. L’armée britannique dominait tellement le terrain en Irlande du Nord que Peter Brooke, le secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord, déclara que les militaires britanniques en Europe et en Angleterre sont dans une position plus dangereuse que ceux basés en Irlande du Nord (David McKittrick, Endgame: The Search for Peace in Northern Ireland, Belfast: The Blackstaff Press, 1994, p.234).
« La situation plus sûre en Ulster durant les années 1990 était d’être membre des forces de sécurité, car de moins en moins d’entre eux étaient tués par les organisations républicaines. » (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.229).
Non seulement les pertes de l’armée britannique dans le Nord étaient à leur niveau le plus bas depuis les années 1970, mais les effets politiques de la mort d’un soldat là-bas étaient très faibles (Toby Harnden, Bandit Country: The IRA and South Armagh, London: Hodder and Stoughton, 2000, p.318). Parallèlement à cela, l’IRA était en difficulté a cause d’une série d’opérations qui aboutirent à la mort de civils, sans intention de la donner. La pire était l’explosion a Enniskillen le 8 novembre 1987, dans laquelle onze civils furent tués. Dans les neuf mois qui suivirent l’attentat d’Enniskillen, 18 autres civils perdirent la vie lors d’opérations de l’IRA, ce qui représentait un taux plus élevé que d’habitude (Ed Moloney, op. cit. p.341). Cela mit les Provisoires dans une position difficile.
Non seulement l’escalade militaire des Provisoires était un échec, mais le mouvement faisait face à des pertes et non des gains politiques. Electoralement, le Sinn Fein faisait face à des pertes croissantes, perdant en termes autant absolus que relatifs sa compétition avec le nationalisme constitutionnel. Dans le Sud, malgré la décision des Provisoires d’abandonner l’abstentionnisme, le Sinn Fein Provisoire avait des résultats humiliants. Aux élections du parlement de Dublin en 1987, les 27 candidats du Sinn Fein obtiennent 32.933 votes soit 1,7% et aucun d’entre eux n’est élu. En 1989, c’est encore pire, les 14 candidats obtiennent 20.003 votes, soit 1,2%. En 1992, les résultats sont encore plus catastrophiques, les 41 candidats du Sinn Fein recueillant 26372 votes – 1,6%.
Lors des élections locales de juin 1991 dans le sud, le Sinn Fein ne réussit à faire élire que 6 de ses 59 candidats – six conseillers municipaux sur 883 soit 0,7%. Quant aux élections européennes, le Sinn Fein obtient 34.226 votes (2,3%) en 1989 et 33823 votes (3%) en 1994. Dans le Nord le parti était aussi en déclin et le gouffre entre le Sinn Fein et le SDLP s’approfondissait.
Aux élections locales de 1989, le SDLP obtient 129.557 votes (21%) et 121 conseillers municipaux (un gain de 20) alors que le Sinn Fein obtient 69.032 votes (11,2%) et 43 conseillers municipaux (une perte de 16). Si en 1985 le SDLP avait 42 conseillers municipaux de plus que le Sinn Fein, en 1993 le SDLP en avait 75 de plus avec 138.619 votes (22%) et 127 conseillers municipaux comparés aux 78.092 votes (12,4%) et 51 conseillers obtenus par le Sinn Fein. Aux élections européennes de 1989, John Hume (le leader du SDLP) humilie le Sinn Fein en obtenant 136.335 votes (25,5%) presque le triple des 48.987 votes (9,1%) obtenus par Danny Morrison, et le vote du Sinn Fein pour la première fois depuis 1982 tombe en-dessous des 50.000 voix.
Aux élections européennes de 1994, le Sinn Fein obtient 55.215 votes (environ10%). Les élections au parlement de Westminster marquent le point le plus bas de la stratégie du fusil et du bulletin de vote. Si aux élections de 1987, le vote du Sinn Fein décline à 83.389 votes (11,4%) comparés aux 154.087 (21,1%) obtenus par le SDLP, Gerry Adams avait tout de même réussi à se faire élire parlementaire pour Belfast-ouest; alors qu’en 1992 celui-ci perd son siège au profit du SDLP. En 1992, le SDLP obtient 184.445 votes (23,5%) compares aux 78.291 (10%) obtenus par le Sinn Fein. Si en 1983 le Sinn Fein représentait 42% du vote nationaliste dans le nord, en 1992 il n’en représentait plus que 29,8%.
Les forces de sécurité infligent également des pertes très importantes à l’IRA. Rien qu’en 1987 et 1988, 26 volontaires de l’IRA sont tués, 14 abattus par le SAS (Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, p.260). Le 8 mai 1987 une des meilleures unités de l’IRA est prise dans une embuscade à Loughall. Huit volontaires furent tués, ce qui représentait la perte la plus importante de l’IRA depuis 1921. Il y a de bonnes raisons de penser qu’il y a eu trahison dans cet incident (Ed Moloney, op.cit. chapitre onze et passim).
Il est intéressant de noter que le chef de l’unité tué a Loughall, Jim Lynagh, avait la particularité d’être un maoïste et un stratège militaire hors pair (Toby Harnden, Bandit Country: The IRA and South Armagh, London: Hodder and Stoughton, 2000, p.247). Au moment où ils ont été tués dans cette embuscade, ils cherchaient a rompre avec la direction de Gerry Adams et étaient partisans d’une guerre populaire prolongée.
Entre 1987 et 1992, 21 volontaires de l’IRA sont abattus dans des embuscades organisées par le SAS. Après Loughall entre 1987 et 1992, les activistes de l’IRA étaient tués a un rythme cinq fois plus rapide que d’ordinaire. Cette accélération pourrait être une coïncidence, mais cela semble à peine possible. Les statistiques montrent que les Provisoires étaient presque finis partout où ils opéraient.
A l’été 1988, ils arrivaient à tuer deux fois plus de militaires britanniques. Mais le total diminue chaque fois de moitié au cours des années qui suivent. » (George Brock, Who really brought peace to Belfast? Times Literary Supplement, 27 février 2008). Réorganisés, armés et entraînés par les services secrets britanniques, les groupes loyalistes intensifient leur campagne d’assassinats, terrorisant la population nationaliste et la poussant à demander la paix à tout prix.
Si durant les années 1980 les groupes loyalistes etaient responsables d’environs 25% des morts du conflit, à partir du début des années 1990 ceux-ci sont responsables de plus de 50% des morts. Entre janvier 1988 et leur cessez-le-feu le 13 octobre 1994, les loyalistes furent responsables de la mort de 229 personnes, dont 207 etaient des meurtres sectaires [à motivation confessionnelle]. En 1989-1993, ils réussissent à tuer 26 membres de l’IRA, du Sinn Fein ou de leur famille. « Ces attaques meurtrieres contre les deux ailes du mouvement republicain par le SAS ou les Loyalistes… jouèrent sans aucun doute un rôle important dans la décision de l’IRA de déclarer un cessez le feu en 1994. » (Peter Taylor, The Provos: the IRA and Sinn Fein, London: Bloomsbury, 1998, p.311).
Le 30 mars 1992, Gerry Adams déclare que la stratégie du ‘fusil et bulletin de vote’ est périmée, et Martin McGuiness indique qu’elle a été remplacée par une stratégie ‘d’un bulletin de vote dans une main et une solution dans l’autre’. (A ballot paper in one hand and a solution in the other, An Phoblacht Republican News, 2 avril 1992, p.2). Ils n’étaient arrivés a cette conclusion que parce que le mouvement provisoire était en train de perdre autant sur le plan militaire (le fusil) que sur le plan politique (le bulletin de vote).
C’est l’Etat britannique qui est arrivé à limiter les options du mouvement provisoire plutôt que l’IRA qui a réussi à limiter les options politiques du gouvernement britannique. La ‘solution’ mentionnée par Martin McGuiness est le document ‘Towards a Lasting Peace’ (Vers une paix durable) adopté par le Sinn Fein en 1992. Celui-ci propose une alliance du mouvement provisoire avec les partis du nationalisme constitutionnel comme le SDLP et le gouvernement de Dublin pour faire pression diplomatique sur l’Etat britannique afin que celui-ci ‘persuade’ les unionistes que leur avenir se trouve dans une Irlande unie.
Quand les Provos sont arrivés à construire cette alliance, ce n’était pas eux qui en déterminaient les termes, mais le nationalisme constitutionnel. Pour rendre cette alliance possible, le mouvement Provisoire a dû faire des concessions idéologiques majeures et accepter l’interprétation que le nationalisme constitutionnel donne au concept d’autodétermination, donner plus d’importance au ‘consentement’ des unionistes qui jusque-là était dénoncé par les républicains comme un veto, et même réviser l’analyse de la présence britannique en allant jusqu’à donner un rôle positif au gouvernement de Londres!
La nouvelle stratégie des Provisoires telle qu’elle est développée dans‘Towards A Lasting Peace’ « marque noir sur blanc la mutation radicale qui se passait au sein du républicanisme », surtout si on le compare au document ‘A Scenario For Peace’ de 1987. Vers une Paix Durable « était important non seulement pour ce que le document disait mais aussi pour ce qu’il ne disait pas. L’analyse du colonialisme et de l’impérialisme avait disparu, mais encore plus fondamental l’exigence d’un retrait britannique avait elle aussi disparue. En 1972, l’IRA donnait trois ans au gouvernement britannique pour se retirer d’Irlande; en 1987 ce fut étendu à la vie d’un parlement soit cinq ans. En 1992, non seulement il n’y avait aucune limite dans le temps… mais le Sinn Fein reconnaissait que la Grande Bretagne pouvait jouer un rôle positif en Irlande.» (Brian Feeney, Sinn Fein: A Hundred Turbulent Years, Dublin: The O Brien Press, 2002, p.378).
Si on compare le document de 1987 (http://www.sinnfein.ie/contents/15210) avec celui de 1992 (http://www.sinnfein.ie/contents/15212) ou les discussions entre le Sinn Fein et le SDLP en 1988 (http://www.sinnfein.ie/contents/15215) avec le document Hume-Adams de 1993 (http://www.sinnfein.ie/humes-adams-statements) on voit bien que ne sont pas le SDLP ou le gouvernment de Dublin qui ont modifié leurs positions, mais le mouvement Provisoire qui a adopté la position du nationalisme constitutionnel, selon laquelle il ne peut y avoir d’autodetermination sans le consentement d’une majorité dans le nord. Ceci «marque de fait la défaite idéologique du Républicanisme Provisoire… et le commencement de son absorption dans le nationalisme constitutionel. » (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.247).
Le républicanisme était progressivement dilué dans le nationalisme constitutionel. Selon certains, un moment-clé qui a vu cette tendance devenir dominante était la conférence interne du 7-8 mai 1988 à Dublin où une stratégie centrée sur la lutte des classes et le socialisme proposee par Jim Monaghan, Rose Dudgade et Philip Ferguson (dans un document intitulé ‘Republicanising the Social and Economic Struggle’) a été rejetée en faveur d’une strategie axée sur le pan-nationalisme defendue par Tom Hartley dans son document ‘Towards A Broader Base?’. (Martyn Frampton, The Long March: The Political Strategy of Sinn Fein 1981-2007, Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2009, p.55).
Parallèlement à cela le mouvement provisoire est engagé dans des pourparlers avec le gouvernement britannique. Les Provisoires tirèrent la conclusion que le gouvernement britannique préférait à présent dialoguer et négocier avec eux plutôt que s’affronter à eux. Mais l’objectif central du gouvernement britannique était «d’inclure des républicains mais d’exclure le républicanisme » (Anthony McIntyre, Why Stormont Reminded me of Animal Farm, Sunday Tribune, 12 avril 1998). Ce point est fondamental. Le prix de l’inclusion de républicains dans les négociations et le processus de paix émergent est l’exclusion du républicanisme.
Cela veut dire dialoguer avec des dirigeants républicains et des organisations républicaines, mais sur la base de paramètres politiques excluant les objectifs politiques du républicanisme. Le processus de paix a peut-etre inclus des républicains, mais de la Déclaration de Downing Street de 1993 aux Accords du Vendredi Saint de 1998, le processus a toujours été basé sur l’alternative au républicanisme, développé par l’Etat britannique depuis 1972: une solution‘interne’ (partage de pouvoirs dans le Nord) avec une dimension ‘externe’(organismes transfrontaliers etc) greffée dessus.
Les revendications républicaines traditionelles (comme les trois demandes dans les années 70) n’ont jamais été incorporées dans les négociations et aucune d’entre elles n’apparut dans les Accords du Vendredi Saint. « Ce que l’Etat britannique accordait aux républicains – en les autorisant à prendre part à des négociations dans lesquelles ils peuvent parler d’Irlande unie sans avoir de chances de le réaliser – était l’équivalent d’une opportunité de creuser un tunnel pour aller sur la lune. » (Anthony McIntyre, Sinn Fein stance hinders Republican cause, Sunday Tribune, 20 juillet 1997).
Cela était évident si on examine les paramètres politiques du processus de paix. Comme l’ecrit Lord David Trimble: « Crucialement, il a été clairement expliqué (aux républicains) qu’il y avait des pré-conditions avant qu’il y ait des négociations. Ces conditions furent cristalisées plus tard dans la Déclaration de Downing Street de 1993 comme étant : mettre fin à la violence, s’engager à utiliser des moyens purement pacifiques et démocratiques. Tout aussi crucial était l’engagement du gouvernement britannique de défendre le principe qu’il n’y aurait pas de changement dans le statut constitutionnel de l’Irlande du Nord sans le consentement d’une majorite là-bas, et son refus de se laisser convaincre par l’idée d’une Irlande unie. Tout cela prédeterminait le résultat des négociations en 1998. Ces préconditions furent définies en mars 1991 et en 1992 en l’abscence du Sinn Fein.
Quand les républicains établirent leur cessez-le-feu en 1994, ils acceptaient de fait ces paramètres pour les négociations. » (David Trimble, Ulster’s Lesson for the Middle East: don’t indulge extremists, The Guardian, 25 octobre 2007). La Déclaration de Downing Street du 15 décembre 1993 fournit les paramètres des négociations et du processus de paix. Comme le rappelle Peter Taylor, « c’était essentiellement un document unioniste renforçant le veto unioniste que les Provisoires essayaient de détruire depuis des annees. » (Peter Taylor, The Provos: the IRA and Sinn Fein, London: Bloomsbury, 1998, p.343).
Parmi ses douze points, la Déclaration de Downing Street mentionne le veto unioniste pas moins de huit fois. La réaction des Provisoires à la Déclaration de Downing Street était intéressante: « Les Provisoires avaient immédiatement rejeté le traité de Sunningdale en 1973. Ils avaient condamné –parfois violemment- l’accord anglo-irlandais douze ans plus tard, tout en reconnaissant qu’il contenait des éléments positifs. Quand ils furent confrontés à la Déclaration de Downing Street, les Provissoires hésitaient. » (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.251).
Le Sinn Fein cherchait a obtenir des ‘clarifications’ au sujet de la Déclaration, sans l’accepter mais sans non plus la rejeter. Le 22 février 1995, les gouvernements de Londres et de Dublin publient les Joint Framework Documents proposant une issue possible des négociations: un partage de pouvoir dans le nord avec des organismes transfrontaliers tout en renforcant le veto unioniste. La réaction des Provisoires à ces documents fut positive. Finalement, fin janvier 1996, la commission Mitchell établit six principes auxquels tous les participants au négociations doivent adhérer. Cela inclut de renoncer à l’utilisation de la force et le désarmement des groupes armés. Le Sinn Fein décide d’adhérer aux principes de la commission Mitchell.
Ceci était en contradiction avec la constitution de l’IRA. Les Provisoires acceptaient donc la définition de l’Etat britannique de ce qui est‘démocratique’ et légitime comme opposition. Quand le Sinn Fein est finalement admis aux négociations en septembre 1997, les paramètres politiques était dejà fermement établis. D’un point de vue republicain, la Déclaration de Downing Street, les Framework Documents et les Principes de la commission Mitchell auraient dû être immédiatement rejetés. Mais les Provisoires les acceptèrent tous les trois en pratique. C’est pour cela que quand l’IRA déclare un cessez-le-feu le 19 Juillet 1997, le programme républicain était descendu jusqu’à vouloir « renégocier l’union » avec la Grande Bretagne plutôt que d’y mettre fin (Another chance for progress, An Phoblacht Republican News 24 juillet 1997, p.9).
Les Provisoires n’ont pas « républicanisé » le processus de paix, en fait le processus de paix etait un moyen de « de-républicaniser » le Sinn Fein comme ses paramètres le prouvent. (Brendan O’Muirthile, Strategic Republicanism: Neither strategic nor republican, The Blanket).
Alors que le processus de paix se développait, les Provisoires décident de donner une importance primordiale à une campagne en Angleterre. L’organisation investit ses meilleures ressources dedans, même si c’etait au détriment des sa campagne dans le nord (Gary McGladdery, The Provisional IRA in England: The Bombing Campaign 1973-1997, Dublin: Irish Academic Press, 2006, p.214). Les Provisoires arrivent à mener des opérations spectaculaires. Le 7 février 1991, la PIRA tire au mortier contre le 10 Downing Street. Le 10 avril 1992, deux bombes détruisent 325.000 métres carrés dans le centre de Londres obligeant le gouvernement britannique à payer £800 millions de dommages. Le 14 avril 1993, une bombe dans le quartier financier de Londres détruit 278.000 mètres carrés de bureaux, infligeant plus de £300 millions de dégâts.
Un mythe dit que ces attaques spectaculaires ont forcé le gouvernement britannique à négocier avec les Provisoires – la crainte d’endommager la City aurait poussé le gouvernment de John Major à négocier avec l’IRA. Mais « c’est l’opposé qui est vrai » (Brian Feeney, Sinn Fein: A Hundred Turbulent Years, Dublin: The O Brien Press, 2002, pp.395-396). « Il est clair que le processus de paix était déjà sur pieds quand la violence est réapparue en Angleterre. »(Gary McGladdery, op.cit. p.143). Les bombes a Londres en 1992 et 1993 n’avaient pas pour but de forcer le gouvernement britannique à négocier, mais à augmenter la marge de manœuvre des républicains une fois que les négociations auraient lieu (Gary McGladdery, op.cit. p.159).
Dans ses Mémoires, le premier ministre britannique John Major explique que pour les Provisoires « une offre de paix devait être accompagnée de violence pour prouver à leur base qu’ils ne capitulaient pas. » (John Major, The Autobiography, Harper Collins, 1999, p.433). Plus grande est la capitulation, plus forte est la bombe… Mais les succès des forces de sécurité font que les Provisoires ne sont en mesure de mener qu’une seule opération majeure en Angleterre après juillet 1993, quand ils mènent, entre le 8 et le 13 mars 1994, trois attaques au mortier contre l’aéroport d’Heathrow.
Le gouvernement britannique n’était prêt à autoriser les Provisoires à prendre part aux négociations que s’il y avait un cessez-le-feu; la même condition qui avait été posée par les nationalistes constitutionels pour leur collaboration avec le Sinn Fein. Pour cette raison, l’IRA Provisoire déclare un cessez-le-feu le 31 août 1994. Les Provisoires ont dû aussi prendre cette décision car leur campagne armée était profondement affaiblie par les succès de forces de sécurité (cf Jack Holland et Susan Phoenix, Phoenix: Policing the Shadows, London: Hodder & Stoughton, 1996, pp.265-269 et Jack Holland, op.cit. pp.253-262 pour un portrait des capacités de l’organisation au moment du cessez-le-feu). En ce sens, le cessez-le feu de 1994 représente une victoire pour l’Etat britannique (Rogelio Alonso, The IRA and Armed Struggle, London: Routledge, 2006, pp.150).
Le cessez-le-feu prit fin le 10 février 1996 à cause d’une opposition croissante au sein de l’IRA. L’IRA mène alors une activité limitée qui malgre quelques opérations bien menées durant les premiers mois s’avère être un échec (Jim Cusack, Resumption of armed struggle has not been a success from the IRA’s point of view, The Irish Times, 19 juillet 1997 et Ed Moloney,op.cit, pp.442-443 et 458-460). C’est pour cette raison que l’IRA Provisoire n’a pas trop le choix et doit décréter un nouveau cessez-le-feu le 19 juillet 1997.
Ces deux cessez-le-feu reprentent moins la capitulation de l’IRA Provisoire que son « échec stratégique ». (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.215).
Quand les Provisoire rejoignent finalement les négociations en septembre 1997, ils n’avaient en rien contribué à en déterminer les paramètres; et sur base de la Déclaration de Downing Street, Framework Documents et les principes de la Commission Mitchell, leur resultat probable s’annonçait comme quelque chose à quoi le républicanisme s’était toujours opposé. Quand en décembre 1997 Tony Blair rencontre pour la premiere fois officiellement Gerry Adams à Downing Street, il lui demande s’il est prêt à accepter « qu’il n’y a aucune possibilité d’une Irlande unie ». Tony Blair fut soulagé de constater que Gerry Adams « était prêt à accepter qu’il devra se satisfaire de quelque chose qui ne sera pas une Irlande unie » comme résultat des négociations (Jonathan Powell, Great Hatred, Little Room. Making Peace in Northern Ireland, London: The Bodley Head, 2008, p.23).
Les Provisoires jouèrent un rôle marginal dans les négociations qui aboutirent aux Accords du Vendredi Saint le 10 avril 1998. Le SDLP et l’UUP jouerent le role central; le Sinn Fein n’a eu qu’un rôle périphérique et sa contribution s’est essentiellement limitée aux sections sur les libérations conditionelles anticipées de prisonniers et la législation sur la langue irlandaise (cf Thomas Hennessey, Negotiating the Belfast Agreement, in Brian Barton and Patrick J Roche (eds), The Northern Ireland Question: The Peace Process and the Belfast Agreement, Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2009, pp.38-56).
Pour résumer, l’Accord du Vendredi Saint stipule qu’en échange de la reconnaissance par les nationalistes et les républicains de la légitimité de la souveraineté britannique sur l’Irlande du Nord (et de ce fait le gouvernement de Dublin modifia sa constitution en ce sens) et de l’acceptation qu’il n’y aura pas de changement de cela sans le consentement d’une majorité dans le Nord, les Unionistes acceptent de partager le pouvoir avec les nationalistes et les républicains et une coopération limitée avec le gouvernement de Dublin. L’Accord comprend aussi une série de législations pour lutter contre la discrimination, la libération conditionelle des prisoniers dans les deux ans, une réforme de la police et la destruction de l’armement des groupes armés.
Fournir une analyse détaillée de l’Accord du Vendredi Saint (ou des raisons pour lesquelles les Provisoires pensent qu’il donne les moyens d’une transition vers une Irlande unie) dépasse de loin le cadre de cet article, mais il faut répondre à la question de savoir si celui-ci représente une avancée ou une défaite pour le républicanisme. Les Provisoires disent que les Accords du Vendredi Saint ne représentent pas une défaite pour le républicanisme. Danny Morrison par exemple écrit que le gouvernement britannique ne pouvait pas vaincre l’IRA ni l’IRA vaincre le gouvernement britannique, et donc si les Provisoires n’ont pas gagné, ils n’ont pas perdu non plus (Danny Morrison, The war is over…Now we must look for the future, The Guardian, 11 mai 1998).
Mais son raisonnement est faux. « L’objectif politique de l’IRA Provisoire était de forcer le gouvernement britannique à se retirer. Elle a échoué. L’objectif stratégique de l’Etat britannique était de forcer l’IRA Provisoire à accepter qu’il ne se retirerait pas d’Irlande sans le consentement d’une majorité dans le Nord. Il a réussi. » (Anthony McIntyre, We, the IRA, have failed, The Guardian 22 mai 1998).
L’Accord du Vendredi Saint ne satisfait même pas les critères minimum que le Sinn Fein avait établi pour accepter le résultat des négociations (voir par exemple l’article de Gerry Adams dans Ireland on Sunday le 8 mars 1998. Voir aussi Gerry Adams, Change needed for North’s transition, The Irish Times, 13 mars 1998). Ailleurs, Danny Morrison indique que parmi « les pilules amères que le processus de paix à forcer les républicains à avaler » il y a: « la suppression des Articles 2 et 3 de la constitution irlandaise (souveraineté sur le Nord), le retour d’une assemblée d’Irlande du Nord, l’abandon de la politique d’abstentionisme dans le nord, l’obligation de s’appuyer sur des commissions de l’Etat britannique pour déterminer les futur des droits de l’homme, l’égalité et la police, la reconnaissance implicite de la nécessité du consentement unioniste sur la question constitutionelle » (Danny Morrison, Stretching Republicans Too far, The Guardian, 13 juillet 1999).
Il ajouta plus tard: « les républicains prennent part à une Assemblée dont ils n’ont jamais voulu. Le gouvernement britannique n’a jamais indiqué l’intention de se retirer. L’armée britannique demeure présente dans certaines zones nationalistes. La police n’a pas été réformée. Les problèmes d’égalité et de justice n’ont toujours pas été résolus. » (Danny Morrison, Get on with the business of peace, The Guardian, 14 octobre 2002). « Mais Morrison évite de conclure de ce catalogue de désastres que le processus de paix a été une défaite abjecte pour les républicains. » (Gerard Murray and Jonathan Tonge, Sinn Fein and the SDLP From Alienation to Participation, London: Hurst & Company, 2005, p.234).
Même d’un point de vue réformiste ou nationaliste constitutionnel, l’Accord du Vendredi Saint apparaît comme une défaite. Dans une analyse célèbre, Austin Currie (un ancien membre influent du SDLP) souligne le fait que le traité de Sunningdale de 1973 répondait beaucoup mieux à l’intérêt du nationalisme que les accords du vendredi saint. (Austin Currie, All Hell Will Break Loose, Dublin: O’Brien Press, 2004, pp.431-435). Si les Provisoires defendent l’Accord du Vendredi Saint, alors pourquoi ceux-ci se sont-ils opposé au traité de Sunningdale ? Et si les Provisoires avaient raison de s’opposer au traité de Sunningdale en 1973, pourquoi défendent-ils l’Accord du Vendredi Saint alors que celui-ci est moins bien que l’Accord 25 ans plus tôt ?
Cela soulève la question très grave de savoir pourquoi tant de gens sont morts à cause du conflit entre 1973 et 1998, alors qu’une meilleure solution était déjà disponible en 1973.
Le plus grave d’un point de vue républicain, lorsque les Provisoires souscrivent à l’Accord du Vendredi Saint, c’est que cet accord « a rendu légitime ce qui a longtemps été consideré comme étant illégitime » (Martyn Frampton, The Long March: The Political Strategy of Sinn Fein 1981-2007, Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2009, p.108). Comme le souligne Eamonn McCann:« En acceptant le principe qu’il n’y aura pas de changement dans le statut constitutionnel du Nord de l’Irlande sans le consentement d’une majorité là-bas, le Sinn Fein abandonne l’idée qui était au cœur de sa tradition et qui avait fourni la justification politique et morale de la campagne républicaine et de l’existence de l’IRA. » (Eamonn McCann, Historical Handshakes do not reflect street-level reality, Sunday Business Post, 8 April 2007).
Pour résumer donc, l’Accord du Vendredi Saint représente premièrement une défaite pour le républicanisme, deuxièmement, en l’acceptant les Provisoires échangent le républicanisme contre le nationalisme constitutionel, et troisièmement, l’Accord soulève la question de pourquoi les Provisoires ont tué des centaines de personnes vu que presque tout ce qu’offre l’Accord du Vendredi Saint était dejà disponible 25 ans plus tôt en 1973…
Le 10 mai 1998 un congrès du Sinn Fein Provisional approuve à 331 contre 19 l’Accord du Vendredi Saint. Comment expliquer que le gros « des familles des volontaires de l’IRA tués, des ex-grévistes de la faim, d’ex-evadés de prisons et des milliers de sympathisants » comme le rappelle Danny Morrison (Danny Morrison, A time to build trust, The Observer, 22 avril 2001) soient restés loyaux au mouvement Provisoire et à sa direction alors que celui-ci a abandonné les principes républicains et transformé l’hérésie en orthodoxie?
Le fait d’être ‘loyal au mouvement’ plutôt qu’à l’idéologie est le facteur décisif. « La direction du mouvement a toujours exploité notre loyauté »rappelle Brendan Hughes (Interview with Brendan Hughes, Fourthwrite, printemps 2000). Pour les Provisoires, il fallait maintenir l’unité du mouvement à tout prix (voir par exemple les articles United We Stand et Forward in Unity dans An Phoblacht Republican News du 7 mai 1998). Cela indique la primauté de l’unité organisationelle sur l’unité autour de principes idéologiques. C’est la version irlandaise de la maxime sociale-démocrate « le mouvement est tout, les principes ne sont rien ». (Etienne Balibar, The Philosophy of Marx, London: Verso, 1998, 89).
Une fois que le mouvement a pris le pas sur les principes, le républicanisme devient ce que qui arrange la direction du mouvement. « Ainsi le‘républicanisme’ qui déclarait ‘pas de retour a Stormont’ en 1997, restait du‘républicanisme’ quand il acceptait des portefeuilles ministériels à Stormont en 1999. » (Gerard Murray and Jonathan Tonge, op.cit., p.261). L’intervention des prisonniers en faveur de l’Accord du Vendredi Saint a aussi été importante. Si les Provisoires ne signaient pas l’Accord du Vendredi Saint, leurs prisonniers auraient encore été condamnés à de longues années de détention. Mais grâce à l’Accord de 1998, 242 prisonniers dans le Nord et 57 autres dans le sud bénéficient d’une libération anticipée et conditionelle (ils n’ont pas été amnistiés).
Gerry Adams remarquait que « les prisoniers libérés sont les meilleurs ambassadeurs pour le processus de paix » (Jonathan Powell, Great Hatred, Little Room. Making Peace in Northern Ireland, London: The Bodley Head, 2008, pp.100-101). Son propos est de contrer les déclarations d’un porte-parole de l’IRA en 1975: «Supposons qu’on obtienne la libération de tous les prisonniers, une amnistie générale, le retrait de toutes les troupes britanniques dans leurs casernes, ce serait le retour à la case depart, à là où nous en étions en 1969. » (Paul Bew and Henry Patterson, The British State and the Ulster Crisis, London: Verso, 1985, p.84)
Quand le 8 mai 2007, presque dix ans après les Accords du Vendredi Saint, les Provisoires décident de partager le pouvoir avec Ian Paisley, ils achevaient leur intégration dans institutions que leur mouvement à la base était censé détruire. Le 28 juillet 2005, l’IRA Provisoire publie un communiqué disant que sa campagne armée prend fin pour de bon et que ses membres doivent agir par des moyens purement pacifiques et légaux, et que de ce fait l’organisation va détruire son arsenal (Irish Republican Army orders an end to armed campaign, An Phoblacht Republican News, 28 juillet 2005, p.3). Si le Provisional Sinn Fein voulait pleinement prendre part aux institutions étatiques du nord et du sud, il lui fallait reconnaître que le gouvernement de Londres et de Dublin possède le monopole de la force légitime (par définition) et ne pouvait pas avoir de lien avec une ‘milice privée’ – il ne peut y avoir qu’une seule armée légitime.
Entre 2001 et 2005, l’IRA Provisoire se trouve donc forcée de détruire ce qui restait de son arsenal. En acceptant de détruire son arsenal dans ces conditions, les Provisoires discréditent et criminalisent la résistance à la domination britannique: « A la base les républicains acceptent l’idée que les armes utilisées par Francis Hughes, le gréviste de la faim, pour tuer un membre du SAS sont contaminées par quelque chose qui ne contamine pas les armes utilisées par les paras pour tuer les victimes de Bloody Sunday. » (Anthony McIntyre, ‘Another victory for unionism’ Sunday Tribune du 4 juillet 1999). De même, il n’y a aucun précédent dans l’histoire irlandaise d’un groupe insurgé détruisant volontairement ses armes sur l’ordre de l’ennemi. (Ed Moloney, op.cit., pp.491-492).
Pour achever leur passage dans l’Etat, les Provisoires devaient finir par reconnaître la légitimité de l’appareil répressif d’Etat. On ne peut pas avoir des ministres qui font des lois et refuser de reconnaître la police dont le rôle est de les faire respecter! Et il est illogique de reconnaître la légitimité de certains appareils d’Etat et pas d’autres. « Si le Sinn Fein doit achever sa transformation de groupe révolutionnaire en parti constitutionnel qui cherche à avoir des positions dans les gouvernements des deux côtés de la frontière, soutenir la police est un devoir essentiel. » (Editorial, Irish News, 29 décembre 2006). Le 28 janvier 2007, un congrès du Sinn Fein décide de reconnaître la légitimité de la police et de collaborer avec celle de l’Etat britannique en Irlande du Nord. Le Sinn Fein Provisoire a même récemment exigé qu’une unité spéciale de la police soit mise en place pour combattre les républicains qui continuent la lutte armée! (Adrian Rutherford and Deborah McAleese, Dissident Attacks prompt calls for special PSNI unit, The Belfast Telegraph, 10 mars 2010).
L’IRA Provisoire n’a pas encore été dissoute, mais ce n’est pas parce qu’elle envisage un jour de continuer la lutte. Selon le chef du groupe parlementaire du Sinn Fein Provisoire dans le sud, la raison en est que si elle était dissoute, un groupe‘dissident’ pourrait alors avoir le monopole sur l’appellation IRA (Paul O’Brien, Ó Caoláin: IRA a bulwark against dissident republicans, Irish Examiner, 6 mars 2008).
Qu’est-ce qui explique que le mouvement républicain Provisoire ait si radicalement changé de position entre 1970 et 2010? Pour comprendre sa transformation, il faut étudier ses contradictions réelles.
Premièrement, était-ce une lutte de libération nationale ou une lutte pour les droits civiques? Etait-ce pour lutter contre la discrimination et les inégalités au sein du Nord ou bien pour abolir la présence britannique?
Le mouvement Provisoire a été fondé explicitement contre la stratégie du mouvement pour les droits civiques mais aujourd’hui il ré-écrit l’histoire comme étant en continuité avec le mouvement des droits civiques. Le mouvement Provisoire – contrairement aux campagnes précédentes de l’IRA qui se basaient purement sur une lutte de libération nationale – a précisément eu une base de masse car il incarnait « une lutte pour les droits civiques déguisée en lutte de libération nationale » (Frank Burton, The Politics of Legitimacy: Struggles in a Belfast Community, London: Routledge and Kegan Paul, 1978, p.121). Sans le dossier des droits civiques, le mouvement n’aurait jamais eu la même intensité.
Deuxièmement, la base des Provisoires ne luttait pas contre la présence de l’Etat britannique en tant que telle, mais la façon dont se comportait cet Etat quand il est en Irlande – contre la forme de la domination plutôt que contre la domination elle-même. Si l’Etat change sa politique, la base réagit différemment. Après tout, la population nationaliste dans le Nord a toujours vu l’Etat non seulement comme source d’oppression mais aussi comme source de revenus.
Troisièmement la tradition
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Published by X - dans Irlande
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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:44
Voici le premier volet d’une extraordinaire synthèse politique, qui cherche à saisir dans toute sa complexité et en profondeur le parcours de la grande force historique qu’a été l’IRA provisoire. Le parcours est reconstitué étape par étape, avec un point de vue à la fois lucide et très avancé. Libération Irlande et tous les francophones remercient chaleureusement son auteur Liam O’Ruairc. C’est à l’année 1968 que remonte le début du conflit contemporain dans le Nord de l’Irlande. A cause du conflit, 18 personnes sont tuées en 1969, 28 en 1970, 180 en 1971 et 496 en 1972, l’année la plus meurtrière du conflit. Ce qui est central pour expliquer cette escalade est le conflit entre l’IRA (Provisoire) et l’Etat britannique. Le conflit entre l’IRA et l’armée britannique a été le plus intense dans la période entre 1971 et 1976. C’est durant cette période de cinq ans que l’IRA tue plus de 50% des personnes qu’elle est responsable d’avoir tuées au cours des quatre décennies de la période 1969-2009 (Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, 379-380). Quand le conflit recommença, non seulement l’IRA était une partie insignifiante de l’échiquier politique, mais la partition de l’Irlande et la domination britannique n’étaient pas mises en question. Les catholiques nationalistes dans le Nord de l’Irlande se considéraient comme étant discriminés et demandaient les mêmes droits civiques que les autres citoyens. Ils exigeaient d’être des citoyens a part entière du Royaume-Uni, pas la réunification de l’Irlande. C’était une quête d’égalité dans le cadre de l’Etat britannique, pas des exigences pour la libération nationale.
C’est fin 1969 et début 1970 qu’apparaissent pour la première fois l’IRA et le Sinn Fein dits ‘Provisional’ (Provisoires). Il faut bien souligner qu’à l’époque c’étaient des groupuscules politiquement marginaux. En 1969 et pour beaucoup de 1970, ils jouèrent un rôle assez périphérique et ne faisaient pas partie des principaux acteurs politiques de l’époque. L’IRA Provisoire est issue d’une scission au sein de l’IRA qui eut lieu le 18 décembre 1969, le Provisional Sinn Fein d’une scission basée sur la même raison le 11 janvier 1970. Les Provisoires accusaient la direction du mouvement d’alors de manœuvres interdites par la constitution de l’organisation, et se proclamaient le mouvement républicain authentique car ils étaient les seuls à être fidèles et à maintenir la constitution du mouvement. Dans un communiqué les Provisoires avancent les raisons suivantes pour leur scission: « 1. La reconnaissance des parlements de Stormont, Westminster et Leinster House. 2. Un socialisme perverti menant à la bureaucratisation. 3. Les méthodes internes utilisées dans le mouvement. 4. L’incapacité d’organiser la défense de Belfast et des autres villes du Nord en août 1969. 5. Une stratégie politique menant objectivement à consolider le parlement de Stormont au lieu de le détruire. » (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973, pp.10-11) Le facteur de loin le plus significatif dans la scission est le point 1 suivi du point 5. Pour l’IRA Provisoire il y a une contradiction fondamentale pour une organisation révolutionnaire de reconnaître et de participer aux institutions qu’elle est censée détruire. Cela ouvre la voie au réformisme, pas à la révolution. On entend fréquemment dire que la cause fondamentale de la scission de 1969-1970 était que l’IRA était incapable de défendre les catholiques lors de pogroms loyalistes en août 1969. IRA alors semblait synonyme de ‘I Ran Away’ [‘Je me suis enfui’] (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, 118). Cette explication est inexacte et confond deux événements distincts. Il ne faut pas confondre la fondation de l’IRA Provisoire fin 1969 avec le fait que le 22 septembre 1969 la Brigade de Belfast s’est désaffiliée de l’organisation parce qu’elle a été incapable de fournir des armes pour la défense des quartiers catholiques. Le fait que ce groupe a par la suite rejoint l’IRA Provisional ne doit pas faire oublier que la formation de l’IRA Provisional n’était pas primordialement due à l’incapacité de défendre les quartiers catholiques. Comme l’a expliqué des années plus tard Billy McKee (un des fondateurs du mouvement) même si les pogroms de 1969 n’avaient pas eu lieu et que la population catholique n’avait pas été attaquée, la scission aurait quand même eu lieu car la non-reconnaissance de la légitimité des parlements ennemis était un point de principe fondamental (Peter Taylor, The Provos: the IRA and Sinn Fein, London: Bloomsbury, 1998, p.66). Quand l’IRA Provisoire a été créée, l’élément nordiste n’était d’ailleurs pas dominant: sur les 20 membres de la direction; 18 venaient du sud de l’Irlande, de même que cinq des sept membres du Conseil de l’Armée (Robert W. White, Provisional Irish Republicans: An Oral and Interpretive History, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1993, 133). Cependant, il est juste de dire que les événements d’août 1969 expliquent pour beaucoup le fait que la population nationaliste catholique ait pu se tourner vers l’IRA Provisoire.
Ces événements furent un traumatisme pour les catholiques de Belfast. Le bilan d’un pogrom organisé par des Loyalistes le 14-15 août 1969 était de six morts, cinq d’entre eux Catholiques. 150 maisons furent incendiées, dont l’ensemble d’une rue (Bombay Street) et des centaines de personnes furent expulsées de leurs domiciles au cours des jours qui suivirent.
Une commission gouvernementale établit que sur les 1820 familles à Belfast qui furent expulsées de leur domicile au cours des mois de juillet, août et septembre 1969, 1505 d’entre elles (soit 82,7%) étaient catholiques. La même commission calcula que 5,3% des foyers catholiques a Belfast furent expulsés contre 0,4% des familles protestantes (Michael Farrell, Northern Ireland: The Orange State, London: Pluto Press, 262-263). Le 23 février 1974, une autre commission gouvernementale annonça que 60.000 personnes avaient reçu l’ordre de quitter leur domicile en Irlande du Nord entre 1969 et 1973, ce qui représentait le déplacement de population le plus important en Europe depuis la seconde guerre mondiale. (Roger Faligot, The Kitson Experiment: Britiain’s Military Strategy in Ireland, London: Zed Press, 1983, 120) La majorité d’entre elles était catholique, et il est clair que cela contribua beaucoup à chercher la protection de l’IRA pour que cela ne se reproduise plus. Un autre point important à souligner est que contrairement a aujourd’hui où le Sinn Fein essaie de créer une continuité entre la lutte pour les droits civiques et la lutte armée de l’IRA, l’IRA et le Sinn Fein provisoires avaient été formés explicitement parce qu’ils rejetaient la stratégie et le mouvement des droits civiques. Alors que le mouvement républicain ‘officiel’ définissait le problème dans le Nord comme étant la discrimination contre les catholiques et l’absence de droits civiques et la stratégie à suivre comme un mouvement de masses pour les droits civiques visant à réformer le parlement local de Stormont; le mouvement républicain ‘provisoire’ définissait le problème comme une lutte de libération nationale ne visant pas à abolir les discriminations contre les nationalistes mais à abolir la domination britannique et son parlement de Stormont (opposer par exemple Deasun Breathnach, ‘Why Stormont must go’, An Phoblacht , septembre 1970 à Anthony Coughlan, ‘Stormont: to abolish or not to abolish?’, United Irishman, mai 1970). Même s’ils avaient une rhétorique plus traditionaliste, les Provisoires avaient une position en pratique beaucoup plus radicale et militante. (Voir David George, These are the Provisionals, New Statesman, 19 novembre 1971 et Left or Right? éditorial de An Phoblacht du 11 janvier 1974) La priorité immédiate du mouvement républicain provisoire était de se préparer à la guerre. Ses trois objectifs fondamentaux étaient clairs: 1. Que le gouvernement britannique reconnaisse le droit du peuple d’Irlande à déterminer librement son propre futur, 2. Que le gouvernement britannique déclare son intention de se retirer dans un laps de temps déterminé, 3. Que le gouvernement britannique declare une amnistie générale. (Daithi O Conaill, Three basic war aims, Republican News, 5 août 1978, p.8)Au début 1970, le Conseil de l’Armée élabore ses priorités stratégiques. Dans une première phase, l’organisation allait donner la priorité à la défense des quartiers catholiques contre les loyalistes. Dans une seconde phase, la défense allait être combinée avec des actions de représailles contre l’armée britannique et la police si celles-ci maltraitent ou tuent des civils catholiques. Dans une troisième phase, l’organisation passera à une offensive générale. (Sean MacStiofain, Memoirs of Revolutionary, Edinburgh: Gordon Cremonesi, 1975, pp.145-146) C’était une stratégie très réaliste et cohérente basée sur l’inévitabilité des confrontations. Il était clair que lors de la prochaine saison des marches loyalistes, des confrontations seraient inévitables. Ces confrontations allaient offrir aux Provos l’opportunité de prouver qu’ils sont les ‘défenseurs’ de la population nationaliste. Il était également clair que tôt ou tard, l’armée britannique allait être utilisée par les Unionistes pour réprimer la population catholique, et que des civils seraient tués ou blessés par les militaires. Dans un contexte d’hostilité croissante contre l’armée britannique, une offensive générale pourrait donc être lancée. Les événements se passèrent comme les Provisoires l’avaient prévu. Le 27 juin 1970, lors d’émeutes à Ardoyne, l’IRA tue trois loyalistes. Le même jour, des loyalistes essayent d’attaquer le quartier catholique de Short Strand à Belfast. L’IRA défend le quartier et tue trois assaillants. Ces deux interventions de l’IRA établirent sa réputation de défenseur de la minorité catholique, IRA n’était plus synonyme de ‘Je me Suis Enfui’ comme en 1969. A cause de la colère de la classe politique unioniste face à ces incidents, l’armée britannique perquisitionne le quartier de Lower Falls à Belfast entre le 3 et 5 juillet 1970 à la recherche d’armes que la population nationaliste considérait comme nécessaire pour sa défense. Les perquisitions étaient souvent brutales, et l’armée britannique tua cinq civils et en blessa beaucoup d’autres. Jusqu’alors, aucune de ces armes n’avait été utilisée contre l’armée britannique. Ce genre d’expérience fit que très vite l’armée britannique devint impopulaire parmi la population nationaliste du Nord de l’Irlande. « L’expérience du gaz lacrymogène, des matraques et des mauvais traitements par l’armée était le meilleur argument de recrutement pour les Provisoires. » (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, 151). Gerry Adams indiqua des années plus tard que les perquisitions de Juillet 1970 « rendirent absolue l’opposition à l’armée britannique à Belfast… Après cela, le recrutement à l’IRA devint massif. » (Gerry Adams, The Politics of Irish Freedom, Dingle: Brandon, 1986, 55). D’après l’armée britannique, après juillet 1970, l’IRA à Belfast passa de 100 membres en mai-juin 1970 à plus de 800 en décembre de la même année. (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.59). S’il est certes vrai que l’IRA espérait une rupture entre la communauté nationaliste et l’armée britannique, néanmoins très peu de gens suggèrent que l’organisation ait orchestré les premiers affrontements. (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.99) L’organisation n’était pas encore prête à affronter l’armée britannique, ne fut-ce que par manque d’armes. L’IRA était trop occupée en 1970 à s’organiser, s’entraîner et s’armer et reste pour cette raison dans l’ombre la plus grande partie de l’année. Ce n’est que le 29 septembre 1970 que le mouvement annonce qu’il est pleinement organisé (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973, p.20).
A partir d’avril 1970, les émeutes entre jeunes nationalistes et troupes britanniques deviennent de plus en plus fréquentes. L’armée britannique annonce qu’elle n’hésitera pas à abattre les émeutiers. L’IRA répond que si c’est le cas, elle mènera des opérations de représailles (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973, p.15) L’IRA passe bientôt des actions de défense à des actions de représailles. Début 1971, le Conseil de l’Armée de l’IRA provisoire autorise des actions armées contre les soldats britanniques. Le 6 février 1971, l’IRA provisoire tue son premier soldat britannique. C’était le premier militaire anglais tué en Irlande depuis 1921 et le premier des 503 soldats britanniques à être tués dans le conflit dans le Nord de l’Irlande. A la mi-juillet 1971, dix soldats britanniques avaient été tués depuis février. Pour rétablir l’ordre, le gouvernement décrète le 9 août 1971 l’internement sans procès de gens soupçonnés d’être des républicains. Des centaines de nationalistes seront emprisonnés sans procès. Jusqu’à ce son abolition fin 1975, 2158 internements eurent lieu.
Beaucoup des internés furent victimes de tortures. En 1975, le ministre britannique de l’intérieur avoua que l’Etat avait dû payer des compensations à 473 personnes pour les sévices infligés par l’armée et la police, et le gouvernement britannique fut jugé coupable de traitements inhumains et dégradants par la cour européenne des droits de l’homme (Kevin Kelley, The Longest War: Northern Ireland and the IRA, London: Zed Books, 1982, p.155)
L’internement fut un désastre politique pour l’Etat britannique, ses effets politiques furent de radicaliser la communauté catholique et d’augmenter son soutien à l’IRA provisoire. Non seulement l’internement ne réussit pas à détruire l’IRA, mais la capacité opérationnelle de celle-ci ne cessait d’augmenter. En 1971 l’IRA provisoire fut responsable de la mort de 86 personnes, plus de quatre fois le nombre de personnes qu’elle avait tué au cours des deux années précédentes. Le nombre de personnes tuées par l’armée britannique quant à lui augmente par six et s’élève à 45 victimes. En 1971, 44 militaires britanniques seront tués, plus de deux tiers d’entre eux après le 9 août, et 23 activistes de l’IRA provisoire perdront la vie, tous après l’introduction de l’internement, sauf quatre (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, revised and updated edtion, 2007, p.103). Après l’internement, l’IRA passe des opérations de représailles à l’offensive totale. En 1971-1972 il y avait en moyenne 17 fusillades et 4 attaques à la bombe par jour en Irlande du Nord (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.100). Le 30 janvier 1972, durant une manifestation contre l’internement, l’armée britannique ouvre le feu et tue 14 manifestants. Cet incident connu sous le nom de ‘Dimanche Sanglant’ (Bloody Sunday) eut pour conséquence de donner à l’IRA provisoire la plus grosse vague de soutien de masses de son histoire (Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, p.148-154). Ce sont littéralement des milliers de personnes qui cherchaient à rejoindre ses rangs. De 1970 à 1972, le mouvement républicain provisoire réussit a se transformer d’une petite organisation d’influence limitée à un mouvement d’insurrection de masse. « En moins de trois ans, l’IRA Provisoire passa du groupe des 26 hommes ayant élu son Conseil de l’Armée en une guérilla comptant 1500-2000 combattants. » (Robert W. White, Provisional Irish Republicans: An Oral and Interpretive History, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1993, p.63).
En 1969 à Derry, l’IRA avait 20 membres. Dans la seule ville de Derry, on estime que plus de 1.000 personnes ont été emprisonnées pour activités liées à l’IRA, ce qui est un chiffre élevé pour une ville ne comptant que 50.000 catholiques. A Belfast en 1969, l’IRA avait moins de 50 membres. Fin 1971, l’organisation avait plus de 1.200 activistes dans la ville (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, revised and updated edtion, 2007, p.103 et 363). Pour avoir une idée de la taille du mouvement, il suffit de regarder le nombre de républicains qui ont été emprisonnés depuis 1969. Patrick Bishop et Eamon Mallie estiment qu’entre 8.000 et 10.000 activistes de l’IRA provisoire ont été emprisonnés jusqu’en 1987 (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.12). En 1995, une estimation était que 16.000 républicains avaient été ou étaient emprisonnés (Kevin Toolis, Rebel Hearts: Journeys within the IRA’s soul, London: Picador, 1995, p.151)
L’estimation la plus récente et la plus précise dit qu’il y a 18.000 ex-prisonniers républicains en Irlande, Grande-Bretagne, Europe et USA, dont 5000 vivent a Belfast-ouest (Jim Gibney, Ex-prisoners should enjoy same rights as others, The Irish News, 1er mai 2008).
Ces chiffres « suggèrent qu’une proportion très élevée des hommes de la classe ouvrière catholique nord-irlandaise après 1969 sont passé dans les rangs de l’IRA. »
(Brendan O’Leary, Mission Accomplished ? Looking Back at the IRA, Field Day Review, Numéro 1, 2005, p.234).
Le mouvement républicain n’était pas une affaire de ‘terrorisme individuel’ mais l’expression armée d’un mouvement de masse. L’IRA était responsable de 18 morts en 1970, 86 en 1971 et 234 en 1972. L’escalade de l’insurrection a eu un impact politique significatif. « En 1972, l’IRA réussit à avoir un impact et une influence sur la politique sans précédent au cours des 50 dernière années, une chose qui aurait été tout simplement inimaginable trois ans plus tôt. » (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.231) L’IRA baptise 1972 « l’année de la victoire ». L’IRA était à présent une partie centrale de l’échiquier politique. Comme l’explique le stratège britannique MLR Smith: « La stratégie de l’IRA jusqu’en 1972 eut un grand succès. L’IRA avait réussi à s’implanter dans la communauté catholique. De là, l’organisation réussit à lancer une campagne militaire qui métamorphose un besoin de protection et de protestation contre des griefs sociaux et économiques en une remise en question non seulement de la compétence du régime de Stormont, mais de la légitimité même de l’Etat d’Irlande du Nord. Cela représentait une victoire majeure pour les Provisoires. » (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.102). Ce n’étaient plus les droits civiques qui étaient au centre du débat politique, mais la fin de la domination britannique. Comme le dit Daithi O’Conaill, le principal stratège du mouvement: « Aujourd’hui, ce qui est central, c’est le conflit entre la liberté de l’Irlande et la détermination de l’Angleterre à maintenir sa domination. Tous les autres sujets sont subordonnés à cette question centrale. Il ne peut y avoir de compromis sur la question fondamentale de qui peut déterminer le futur de l’Irlande: le parlement britannique ou le peuple irlandais? (…)
Nous demandons à l’Angleterre de nous donner ce que les USA ont donné au Vietnam, la France à l’Algérie, et l’Angleterre à ses anciennes colonies de Palestine, Chypre et Aden. La Grande-Bretagne a grandi en prestige en se retirant de ces pays, et elle gagnera le respect universel en se retirant de sa première et dernière colonie. » (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973).
C’est l’incapacité de l’unionisme à se réformer et les erreurs et échecs du gouvernement britannique qui expliquent que les Provisoires ont pu se développer à ce point, plus que la popularité de l’idéologie républicaine. Ce sont les pogroms loyalistes, la brutalité de l’armée britannique en 1970, l’internement en 1971 et Bloody Sunday qui amenèrent bon nombre de nationalistes à soutenir l’IRA. Comme l’explique Gerry Adams: « Des milliers de personnes qui n’avaient jamais été républicains apportaient a présent leur soutien actif a l’IRA, et bon nombre d’autres qui rejetaient jusqu’a présent la lutte armée l’acceptaient désormais comme une nécessité pratique. » (Gerry Adams, Before the Dawn, Heineman, 1996, p.142). Si les pogroms d’août 1969 et les attaques loyalistes « sont importants pour expliquer pourquoi les Républicains Provisionals sont devenus, au contraire de la militance républicaine de 1956-1962, un mouvement de masse », ce sont surtout « les erreurs et excès de l’armée britannique entre 1970 et 1972 qui contribuèrent à la croissance des Provisoires, plutôt que les attaques loyalistes de 1969. » (Gerard Murray and Jonathan Tonge, Sinn Fein and the SDLP From Alienation to Participation, London: Hurst & Company, 2005, p.257). Pour prouver cela, il suffit de regarder l’intensité de la répression. Parmi les 500 premières victimes du conflit, autant avaient été tuées par l’armée que par des explosions.
Plus de 75.000 personnes furent arrêtées entre 1971 et 1986, ce qui veut dire que 3% de la population du Nord de l’Irlande a été arrêtée en quinze ans. Si on on examine ces chiffres en termes d’affiliation confessionnelle, un catholique nord-irlandais sur quatre entre l’âge de 16 et 44 ans a été arrêté au moins une fois.
Entre 1971 et 1986, il y a eu pas moins de 338.803 perquisitions à domicile, ce qui représente 75% des domiciles nord-irlandais!
En termes d’affiliation religieuse, chaque domicile catholique a été en moyenne perquisitionné et fouillé à au moins deux reprises durant cette période, mais certaines maisons de familles républicaines ont été perquisitionnées dix fois ou plus (Paddy Hillyard, Political and Social Dimensions of Emergency Law in Northern Ireland, in Anthony Jennings (ed), Justice Under Fire: The Abuse of Civil Liberties in Northern Ireland, London: Pluto Press, 1988, p.197). Toute cette répression a été la plus intense durant la période 1971-1976, où plus de 250.000 perquisitions à domicile ont eu lieu. 17.000 domiciles sont perquisitionnés en 1971, 36.000 en 1972, et 75.000 en 1973 et 1974.
Chaque jour, plus de 5000 véhicules sont arrêtés et fouillés, et entre le 1er avril 1973 et 1er avril 1974, le nombre de fois que des véhicules sont arrêtés et fouillés s’élève au chiffre astronomique de quatre millions, pour une population d’un million et demi d’habitants!
(John Newsinger, British Counterinsurgency: From Palestine to Northern Ireland, Basingstoke: Palgrave, 2002, p.168).
Comme l’admet un militaire britannique spécialiste de la contre-insurrection, toute cette répression « aliéna profondément » la population nationaliste. (Paul Dixon, Northern Ireland: The Politics of War and Peace, Palgrave, 2001, p.119). Ce qui est très important de souligner c’est que les catholiques ne devenaient pas idéologiquement républicains, mais réagissaient à la discrimination sociale et économique, à la violence loyaliste et à la brutalité de l’armée. Pour les gens à la base, la lutte était moins une lutte pour la libération nationale qu’une lutte pour les droits civiques par d’autres moyens [c’est ce que soulignait déjà l’anthropologue Frank Burton en 1978 dans son livre The Politics of Legitimacy: Struggles in a Belfast Community (London: Routledge and Kegan Paul, 1978) la meilleure étude jamais réalisée sur un quartier républicain et son fonctionnement]. Ils utilisaient le républicanisme comme moyen de continuer la lutte pour les droits civiques. Ils ne protestaient pas contre la présence britannique en Irlande en tant que telle, mais contre la politique du gouvernement britannique. Les républicains idéologiques étaient une minorité. C’est une contradiction fondamentale qui allait avoir avec le temps des conséquences politiques importantes. Apres le Dimanche Sanglant, l’IRA passe à l’escalade. Le fer de lance de la lutte armée de l’IRA était sa campagne d’attentats à la bombe. Jusqu’à ce que l’IRA déclare un cessez-le- feu en 1994, l’organisation était responsable de plus de 16.500 explosions et plus de 2.000 bombes incendiaires. L’organisation avait 18 ‘recettes’ pour fabriquer ses explosifs, 17 types de détonateurs, de même que 16 versions de mortiers et 15 types de grenades. Entre le dimanche sanglant et le moment ou l’IRA déclare une trêve unilatérale en mars 1972, l’organisation revendique plus de mille attaques. (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973, p.53). L’IRA déclare cette trêve unilatérale de trois jours pour montrer au gouvernement britannique que l’organisation était sous contrôle effectif et qu’une trêve était objectivement possible (Sean MacStiofain, Memoirs of Revolutionary, Edinburgh: Gordon Cremonesi, 1975, p.238). Le plus grand succès de l’IRA Provisoire fut que ses actions poussèrent le gouverment britannique à abolir le régime unioniste de Stormont le 24 Mars 1972, chose que même ses ennemis reconnaissent. (Voir Robert W. White, Provisional Irish Republicans: An Oral and Interpretive History, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1993, p.84). Selon MLR Smith, objectivement on peut dire que la campagne de l’IRA « renversa Stormont en soulignant son incapacité à gérer l’ordre et à se reformer ». (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.101). Si l’abolition de Stormont représente la victoire militaire et politique la plus importante de l’histoire de l’IRA Provisoire, la nouvelle situation allait créer de nouveaux problèmes. L’abolition de Stormont le 24 mars 1972 avait rectifié le grief le plus important de la population catholique dans le Nord et généra une division fondamentale qui allait s’accroître avec le temps. Comme l’explique Pat Walsh: « Une part substantielle du soutien de la population catholique à l’IRA était basée non sur l’opposition à l’Etat britannique en tant que tel, mais sur l’hostilité au gouvernement de Stormont comme centre du pouvoir protestant… Quand l’administration directe de Londres fut introduite et le parlement protestant suspendu, la campagne de l’IRA devait être menée sur une base purement anti-britannique. La communauté catholique était en faveur de négociations plutôt que de continuer la lutte armée. Elle commença à faire pression sur l’IRA pour que celle-ci déclare une trêve… L’abolition de Stormont causa même la confusion au sein des rangs républicains. Certains étaient en faveur d’une trêve. Dave O Connell (= Daithi O’ Conaill, principal stratège du mouvement) a dû nier des rumeurs publiques selon lesquelles l’organisation était au seuil d’une scission au sujet d’une trêve… Les Provisoires étaient évidemment face à un dilemme. S’ils mettaient fin a leur campagne à ce stade, tout ce qu’ils auraient gagné n’aurait été que l’abolition de la domination protestante. Dans les circonstances de l’administration directe de Londres, les catholiques dans le Nord étaient susceptibles de devenir moins nationalistes sur le long terme. » (Pat Walsh, Irish Republicanism and Socialism: The Politics of the Republican Movement 1905 to 1994, Belfast: Athol Books, 1994, p.124-126) .L’introduction par l’IRA au printemps 1972 de la voiture piégée et du fusil Armalite permit d’intensifier ses activités (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, revised and updated edtion, 2007, p.114-116). En juin 1972, elle inflige plus de pertes à l’armée britannique qu’au cours des autres mois (Patrick Bishop et Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.220). C’est dans ce contexte que l’IRA déclare une trêve du 26 juin au 9 juillet 1972 et qu’une délégation de l’IRA comprenant son Chef d’Etat-Major Sean MacStiofain, son principal stratège Daithi O’Conaill, le commandant de la Brigade de Belfast Seamus Twomey et ses adjoints Ivor Bell et Gerry Adams, et le commandant de la Brigade de Derry Martin McGuiness se rendent à Londres pour des pourparlers avec des représentants du gouvernement britannique. L’importance symbolique de l’événement était énorme: c’était la première fois depuis 1921 qu’un gouvernement britannique parlait avec l’IRA. Les exigences de l’IRA étaient premièrement que le gouvernement britannique reconnaisse que c’est au peuple d’Irlande dans son ensemble de déterminer le futur de l’île, deuxièmement que le gouvernement britannique déclare son intention de se retirer, retrait devant être effectué en trois années, troisièmement que le gouvernement britannique déclare une amnistie pour les personnes emprisonnés à cause du conflit (Sean MacStiofain, Memoirs of Revolutionary, Edinburgh: Gordon Cremonesi, 1975, p.282). Mais le gouvernement britannique n’avait aucune intention de céder à ces trois exigences. L’Etat britannique utilisait la trêve pour évaluer la direction de l’IRA, pour identifier et renforcer les ‘modérés’ aux dépens de ceux qui avaient une ligne plus dure et essayer de pousser l’IRA dans un cessez-le-feu prolongé duquel il lui serait difficile de sortir. Ce qui est déjà clair à l’époque c’est que la stratégie britannique était d’encourager l’ascension d’une faction ‘modérée’ au sein du mouvement républicain avec laquelle le gouvernement pourrait passer un accord. Par exemple, le 20 juin 1972 Gerry Adams et Daithi O’Conaill rencontrent Frank Steele des services secrets britanniques MI6 et Philip Woodfield du Northern Ireland Office du gouvernment britannique. Dans son rapport au premier ministre (PRO, PREM 15/2009, Note of a Meeting with Representatives of the Provisional IRA, 21 June 1972), Woodfield souligne que: « il ne fait aucun doute que ces deux-là veulent un cessez-le-feu et une fin permanente de la violence », Adams « a l’air respectable et respectueux », ses réponses à chaque question « étaient raisonnables et modérées », son comportement et attitude « étaient sans rapport avec la campagne de bombes et fusillades indiscriminées dont ils sont des responsables importants. » On peut donc penser que Gerry Adams avait été identifié dès 1972 par le gouvernement britannique comme l’homme qu’il leur fallait, et qu’ils ont tout fait pour favoriser son ascension.
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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 15:05

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Published by Thomas Dalet - dans Irlande
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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 16:10

juste une présentation d'un homme que j'admire

Michael James Collins (en Irlandais Miceál Ó Coileáin – né le 16 octobre 1890 et mort le 22 août 1922) est un leader révolutionnaire irlandais. Il a été Ministre des Finances de la République Irlandaise, leader de l’Irish Republican Brotherhood, Directeur des services secrets de l’IRA, membre de la délégation irlandaise durant les négociations du traité anglo-irlandais, et président du Gouvernement Provisoire et Commandant en chef de l’Armée Nationale Irlandaise.
Il a été assassiné en août 1922, pendant la guerre civile irlandaise.

Sa jeunesse
Michael James Collins est né à Woodfield, près de Clonakilty, dans le Comté de Cork en 1890. la plupart de ses biographies donnent comme date de naissance le 16 octobre 1890 mais sa tombe mentionne le 12 octobre. Sa famille (les muintir Uí Choileáin) était au Moyen Âge les seigneurs de Uí Chonaill près de Limerick, mais comme beaucoup de nobles irlandais, ils ont été dépossédés de leurs terres et furent réduits au niveau de simples fermiers. A la fin du XIXe siècle les Collins sont des fermiers vivant plus confortablement que la moyenne. Michael Collins est le troisième garçon et le dernier né parmi huit enfants. Son père était membre des Fenians.
Enfant à l'intelligence vive, Michael fut initié très tôt au nationalisme par son propre père, puis par son maître d'école Denis Lyons lui-même membre de l’Irish Republican Brotherhood. Il devait également rappeler combien les récits de James Santry, le forgeron chez lequel il aimait passer de longues heures en sortant de classe, avaient laissé sur son esprit une trace indélébile. Michael a 7 ans lorsque son père disparaît. Soucieuse d'assurer son avenir, sa mère l'envoie suivre les cours qui préparent l'examen d'entrée dans le service des Postes britanniques. Il passe les épreuves avec succès et il part pour Londres où il rejoint l'une de ses sœurs. Il a alors 15 ans. Il vivra 10 ans dans la capitale britannique. Il travaille d'abord pour les services financiers de la Poste, mais changera ensuite d'employeur à plusieurs reprises. Très vite, il rejoint les cercles irlandais de Londres et, en 1909, il prête le serment qui fait de lui un membre de l'I.R.B. Il devait par la suite occuper le poste le plus élevé de l'organisation. La Première Guerre Mondiale éclate en 1914 et, à Dublin, les dirigeants de l'I.R.A. sont bien décidés à exploiter les difficultés de l'Angleterre pour faire valoir les droits de l'Irlande à l'indépendance. Ayant eu vent de préparatifs, Michael donne sa démission —il travaillait alors pour une firme américaine—et rentre en Irlande au début de l'année 1916.

L'insurrection de Pâques 1916
Michael Collins commença à se faire un nom durant l'insurrection de Pâques 1916. Étant un remarquable organisateur et étant doué d'une intelligence supérieure, il était très respecté à l'IRB. Tant et si bien qu'il est nommé Conseiller financier du comte Plunkett, le père d'un des organisateurs de l'insurrection de 1916, Joseph Plunkett.
Quand vint le moment de l’insurrection, Collins combattit au côté de Patrick Pearse et de ses hommes à la Poste centrale de Dublin. L’insurrection fut un désastre militaire. Pendant que de nombreux indépendantistes célébraient le sens du sacrifice et pensaient que l’insurrection avait au moins eu le mérite d’exister, Collins, lui, enrageait contre ce qu’il percevait comme de l’amateurisme et du manque d’organisation surtout dans le choix des cibles comme la Poste centrale, un bâtiment impossible à défendre et d’où toute retraite était impossible. Collins était partisan d’une guerre de guérilla avec des troupes ultra-mobiles pouvant attaquer n’importe où, pouvant se retirer rapidement avec un minimum de pertes mais en ayant un maximum d’efficacité.
Comme beaucoup d’insurgés, Collins fut arrêté et envoyé au camp d’internement de Frongosh au Pays de Galles. Au moment de la libération des insurgés, il était déjà devenu un des leaders du Sinn Féin, un petit parti nationaliste qui avait été rapidement infiltré par les vétérans de l’insurrection de 1916. Dès octobre 1917 Collins devient membre de l’exécutif du parti et directeur de l’Organisation des Irish Volunteers, Eamon de Valera étant le président des deux mouvements.

le premier Dáil
Comme tous les principaux membres du Sinn Féin, Michael Collins fut choisi pour se présenter aux élections législatives en 1918. Avec une écrasante majorité, Collins fut élu et devint donc Député (MP) du sud du Comté de Cork. Contrairement aux élus du Irish Parliamentary Party, les élus Sinn Féin décidèrent de ne pas siéger à Westminster mais installèrent un parlement irlandais à Dublin. Ce nouveau parlement appelé Dáil Éireann se réunit pour la première fois à Mansion House à Dublin en janvier 1919.
De Valera et les principaux députés du Sinn Féin furent arrêtés. Collins, toujours bien renseigné par ses réseaux d’espions, fit mettre en garde les leaders du parti et échappa aux arrestations. Pensant que cela ferait de la publicité pour son parti, De Valera fit passer la consigne d’ignorer ces menaces d’arrestation. En l’absence de De Valera, c’est Cathal Brugha qui fut élu "Príomh Aire", c’est-à-dire premier ministre.
En avril 1919 Collins fit évader De Valera de la prison de Lincoln. En 1919 Collins occupa plusieurs charges. Pendant l’été il fut élu Président de l’IRB. En septembre il fut nommé Directeur des Services de renseignements de l’IRA. La guerre d’indépendance commença le jour de la première session du nouveau parlement irlandais par l’assassinat de deux policiers dans le Comté de Tipperary.

Ministre des Finances
En 1919, le déjà très occupé Collins reçoit une nouvelle charge quand De Valera le nomme Ministre des Finances. Alors que la plupart des ministères n’ont qu’une existence toute théorique du fait des menaces d’arrestations voire d’assassinat provenant des Royal Irish Constabulary, des Black and Tans, des Auxiliaries ou de l’armée britannique, Collins se lança dans une grande organisation de son ministère. Il organisa la collecte d’argent pour financer la nouvelle république irlandaise. Collins lança un grand emprunt qui eu tellement de succès que Lénine lui même en entendit parler et lui envoya un émissaire pour lui emprunter de l’argent, offrant en échange les bijoux de la couronne russe (ces bijoux furent conservés à Dublin, oubliés pendant un certain temps, avant d'être retrouvés par hasard dans les années 1930)
Les résultats obtenus par Michael Collins furent impressionnants. Entre la création d’un groupe spécial d’assassins appelés les Douze apôtres chargés des basses œuvres de l'IRA et de l'IRB, à l’emprunt national pour financer la république ; entre le leadership de l’IRA à la gestion effective du gouvernement quand De Valera voyage à l’étranger ou est retenu aux États-Unis, Collins devient petit à petit un personnage incontournable. En 1920 sa tête est mise à prix par les autorités britanniques à la somme très élevée pour l’époque de 10.000 livres sterling. Dans le même temps, et à cause de son omniprésence, Collins se fait de nombreux ennemis dans son propre camp. Les deux principaux sont Cathal Brugha, le ministre de la Défense et surtout Eamon de Valera. Leur rivalité fut très forte, au point que de Valera essaya plusieurs fois d’envoyer Collins aux États-Unis pour l’éloigner de l’Irlande.

Le Traité anglo-irlandais
Lors de la négociation du Traité anglo-irlandais, De Valera nomma une équipe de délégués plénipotentiaires ayant le pouvoir de signer un traité sans en référer systématiquement au gouvernement de Dublin, et dirigé par Arthur Griffith et Michael Collins. Après une longue hésitation et pensant que De Valera l’accompagnerait dans cette négociation, Collins accepta de se rendre à Londres.
Le Traité anglo-irlandais officialise la création d’un nouvel État irlandais indépendant sous le nom d'État libre d'Irlande (Irish Free State). Les négociations portaient sur la possibilité de permettre aux six comtés du nord où les protestants étaient majoritaires de se retirer du nouvel État irlandais. Si cela devait arriver les Britanniques et les Irlandais devaient mettre en place une commission devant tracer la frontière entre les deux États. Collins souhaitait ainsi réduire au minimum la taille de la future Irlande du nord et la rendre par la même occasion économiquement non viable.
Le Traité établit aussi le nouvel État irlandais comme un dominion avec un parlement bicaméral, le pouvoir exécutif étant détenu par le Roi mais exercé par un gouvernement irlandais élu par la chambre des députés, le Dáil Éireann.
Les républicains les plus durs crièrent immédiatement au scandale, accusant les délégués d’avoir soldé l'Irlande en lui conférant un statut de dominion à l’intérieur de l'Empire britannique et en l’obligeant à prêter un serment d’allégeance à la couronne.
Le Sinn Féin lui aussi condamna le Traité, De Valera rejoignant les forces anti-traité. Ses opposants clamaient haut et fort qu’il était bien sûr au courant des tractations en cours.

La guerre civile et la mort de Collins
D’après la constitution approuvée en 1919, le Dáil Éireann continue d’exister. De Valera démissionna de sa présidence et provoqua une nouvelle élection dans le but de détruire le traité nouvellement approuvé. Cependant, Arthur Griffith, partisan du traité, remporta les élections et prit la présidence. Il forma un gouvernement dans lequel Collins tint la place de Premier Ministre (President of the provisional Government) et de Ministre des Finances.
Les opposants au traité, qui avaient refusé d’approuver le Traité au Dail, se retirèrent de l’assemblée et formèrent en opposition un "gouvernement républicain" sous la direction de De Valera. Ce fut le lancement de la guerre civile.
Vers le milieu de l'année 1922, Michael Collins abandonna ses responsabilités au gouvernement et devient le commandant en chef de l’armée nationale. Lors d’une de ses campagnes militaires, Collins dut se déplacer dans son comté natal de Cork. Sur la route, au lieu dit Béal na mBláth ("la bouche des fleurs"), le convoi de Collins fut prit dans une embuscade. Au cours des 45 minutes d’échange de coups de feu, Collins fut atteint d’une balle mortelle. Il était âgé de 31 ans.
Michael Collins est enterré à Dublin au cimetière de Glasnevin.

 

Source : http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t4287-michael-collins

 

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 16:00

          Après que je me suis préoccupé, durant de longues années, de la question irlandaise, j’en suis venu à la conclusion que le coup décisif contre les classes dominantes anglaises (et il sera décisif pour le mouvement ouvrier du monde entier) ne peut pas être porté en Angleterre, mais seulement en Irlande.

Le 1er janvier 1870, j’ai préparé pour le Conseil général une circulaire confidentielle en français (car ce sont les publications françaises, et non allemandes, qui ont le plus d’effet sur les Anglais) à propos du rapport entre la lutte nationale irlandaise et l’émancipation de la classe ouvrière, c’est-à-dire de la position que l’Internationale devrait adopter sur la question irlandaise.

Je vous en donne ici très brièvement les points essentiels :

L’Irlande est la citadelle de l’aristocratie foncière anglaise. L’exploitation de ce pays ne constitue pas seulement l’une des sources principales de sa richesse matérielle, en même temps que sa plus grande force morale. De fait, elle représente la domination de l’Angleterre sur l’Irlande. L’Irlande est donc le grand moyen grâce auquel l’aristocratie anglaise maintient sa domination en Angleterre même.

D’autre part, si demain l’armée et la police anglaises se retiraient d’Irlande, nous aurions immédiatement une révolution agraire en Irlande. Le renversement de l’aristocratie anglaise en Irlande aurait pour conséquence nécessaire son renversement en Angleterre, de sorte que nous aurions les conditions préalables à une révolution prolétarienne en Angleterre. La destruction de l’aristocratie foncière est une opération infiniment plus facile à réaliser en Irlande qu’en Angleterre, parce que la question agraire a été jusqu’ici, en Irlande, la seule forme qu’ait revêtu la question sociale, parce qu’il s’agit d’une question d’existence même, de vie ou de mort, pour l’immense majorité du peuple irlandais, et aussi parce qu’elle est inséparable de la question nationale. Tout cela abstraction faite du caractère plus passionné et plus révolutionnaire des Irlandais que des Anglais.

En ce qui concerne la bourgeoisie anglaise, elle a d’abord un intérêt en commun avec l’aristocratie anglaise : transformer l’Irlande en un simple pâturage fournissant au marché anglais de la viande et de la laine au prix le plus bas possible. Elle a le même intérêt à réduire la population irlandaise ‑ soit en l’expropriant, soit en l’obligeant à s’expatrier ‑ à un nombre si petit que le capital fermier anglais puisse fonctionner en toute sécurité dans ce pays. Elle a le même intérêt à vider la terre irlandaise de ses habitants qu’elle en avait à vider les districts agricoles d’Écosse et d’Angleterre . Il ne faut pas négliger non plus les 6 à 10 000 livres sterling qui s’écoulent chaque année vers Londres comme rentes des propriétaires qui n’habitent pas leurs terres, ou comme autres revenus irlandais.

Mais la bourgeoisie anglaise a encore d’autres intérêts, bien plus considérables, au maintien de l’économie irlandaise dans son état actuel.

En raison de la concentration toujours plus grande des exploitations agricoles, l’Irlande fournit sans cesse un excédent de main-d’œuvre au marché du travail anglais et exerce, de la sorte, une pression sur les salaires dans le sens d’une dégradation des conditions matérielles et intellectuelles de la classe ouvrière anglaise.

Ce qui est primordial, c’est que chaque centre industriel et commercial d’Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L’ouvrier anglais moyen déteste l’ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l’ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l’Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L’Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l’ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande.

Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.

Mais le mal ne s’arrête pas là. Il passe l’Océan. L’antagonisme entre Anglais et Irlandais est la base cachée du conflit entre les États-Unis et l’Angleterre. Il exclut toute coopération franche et sérieuse entre les classes ouvrières de ces deux pays. Il permet aux gouvernements des deux pays de désamorcer les conflits sociaux en agitant la menace de l’autre et, si besoin est, en déclarant la guerre.

Étant la métropole du capital et dominant jusqu’ici le marché mondial, l’Angleterre est pour l’heure le pays le plus important pour la révolution ouvrière ; qui plus est, c’est le seul où les conditions matérielles de cette révolution soient développées jusqu’à un certain degré de maturité. En conséquence, la principale raison d’être de l’Association internationale des travailleurs est de hâter le déclenchement de la révolution sociale en Angleterre. La seule façon d’accélérer ce processus, c’est de rendre l’Irlande indépendante.

La tâche de l’Internationale est donc en toute occasion de mettre au premier plan le conflit entre l’Angleterre et l’Irlande, et de prendre partout ouvertement parti pour l’Irlande. Le Conseil central à Londres doit s’attacher tout particulièrement à éveiller dans la classe ouvrière anglaise la conscience que l’émancipation nationale de l’Irlande n’est pas pour elle une question abstraite de justice ou de sentiments humanitaires, mais la condition première de leur propre émancipation sociale.

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 15:55
Le XVIIIe siècle s’avère moins tumultueux que la période précédente. Il marque le triomphe de la nouvelle classe coloniale protestante, l’Ascendancy, dont les succès économiques ne font que renforcer la position. Dublin devient d’ailleurs le symbole de cette réussite. Ses privilèges reposent sur des piliers que rien ne semble pouvoir entamer : les protestants, maîtres des terres, ne laissent que 3 % du territoire aux catholiques qui continuent pourtant de représenter plus de 75 % de la population. Ils détiennent le monopole du pouvoir politique : l’inéligibilité des catholiques, la pratique des « bourgs pourris », la vénalité rendent complètement dérisoire la représentativité du Parlement, dont l’Église établie, anglicane ou presbytérienne, se fait le relais intransigeant. L’Irlande catholique, condamnée au servage et au silence par le démantèlement systématique du traité de Limerick, se voit obligée de se transformer en une société secrète, souterraine, contrainte à l’occultation.
Mais les lois pénales et le marasme économique entretenu par le mercantilisme de l’Angleterre finissent par mécontenter la classe minoritaire protestante elle-même. La question d’Irlande au XVIIIe siècle n’est donc plus seulement religieuse, elle est également politique et économique. Pour les mêmes raisons qui ont conduit les colons américains à s’insurger, les protestants irlandais, qu’ils soient anglicans ou presbytériens, grands propriétaires ou industriels, seront les premiers à dénoncer les abus du gouvernement anglais : la loi Poynings, l’acte déclaratoire de 1720, l’exécutif du Château et son chef, le lord-lieutenant, qui ne rend aucun compte aux autorités locales… Ce nationalisme colonial sonne le glas du jacobitisme qui avait jusque-là incarné les timides velléités d’indépendance des partisans vaincus d’une dynastie ingrate. Mais il faut attendre la tourmente des années révolutionnaires pour que certains, comme Wolfe Tone, aillent jusqu’à réclamer l’indépendance et non plus seulement un simple droit de regard sur les actions du gouvernement.

1692 : Nul ne peut siéger au Parlement ni remplir aucune charge civile, militaire ou ecclésiastique, sans avoir prêté le serment d’allégeance et de suprématie et souscrit une déclaration contre la transsubstantiation. Les catholiques sont donc inéligibles au Parlement de Dublin. Ils ne seront même plus électeurs après 1727.

1693 : Sarsfield, combattant dans les armées de Louis XIV, est mortellement blessé à la bataille de Landen. Ses derniers mots sont : « Si seulement c’était pour l’Irlande ! »

1695-1727 : Les lois pénales créent un arsenal de mesures discriminatoires réglant la vie des catholiques du berceau à la tombe, visant à exclure l’immense majorité de la population de toute position de force et de responsabilité. Quand un propriétaire catholique meurt, ses biens sont partagés entre tous ses enfants au lieu d’être transmis à l’aîné, à moins que l’un d’eux ne se convertisse au protestantisme. Il leur est interdit de posséder un cheval de plus de cinq livres, d’envoyer leurs enfants étudier à l’étranger pour y recevoir un enseignement catholique… Les prêtres non assermentés en sont réduits à célébrer la messe dans les granges et à dispenser l’instruction dans les hedge schools (« écoles des buissons »).

1697 : Loi de bannissement de tous les papistes, moines, jésuites… Seul le bas clergé irlandais est toléré.

1698 : Le roi promet de faire tout son possible pour décourager les manufactures de laine d’Irlande. William Molyneux, un whig anglais né à Dublin, voit son livre La cause de l’Irlande brûlé par le bourreau : il s’y faisait le porte-parole de bon nombre d’Anglo-Irlandais en prônant l’indépendance du Parlement de Dublin.

1700 : Le huguenot français Louis Crommelin, originaire de Saint-Quentin, est autorisé à faire venir de France et de Hollande familles, matériel et rouets pour développer l’industrie du lin. À sa mort en 1727, la valeur des exportations, dynamisées par la création en 1711 de la Chambre du Lin, était passée de 6 000 à 200 000 livres.

1704 : Le Conseil privé d’Angleterre rajoute une clause au « projet de loi destiné à prévenir le développement futur du papisme » : toute personne occupant un emploi public doit recevoir le sacrement de la communion selon le rite anglican. Cette mesure touche donc aussi les presbytériens, même s’il est vrai que la discrimination à l’encontre des protestants dissidents restera largement lettre morte.

1704 : Parution du Conte du tonneau de Jonathan Swift. Né à Dublin en 1667, Swift a suivi des études de théologie à Trinity College avant de partir pour l’Angleterre pour devenir, en 1689, le secrétaire du grand diplomate anglais sir William Temple. Sa carrière dans le clergé anglican est très vite bloquée en raison de ses origines insulaires, mais également en raison de la verve satirique qui imprègne ses écrits. Dans le Conte du tonneau, qui déplut fortement à la reine Anne, il n’hésite pas à attaquer tour à tour le pape, Luther et Calvin.

1707 : Union anglo-écossaise. De nombreux députés adjurent la reine Anne de hâter la conclusion d’un arrangement similaire pour l’île, pensant que l’Irlande aurait tout à gagner à un tel rapprochement.

1709 : Tous les prêtres enregistrés doivent prêter serment d’abjuration ou s’exiler. L’Église catholique entre dans la semi-clandestinité, sans qu’aucun effort d’évangélisation ne soit entrepris par ailleurs par l’Église établie. Le combat pour la terre se confond vraiment maintenant avec le combat pour la liberté religieuse.

1711 - 1713 : Dans le Connaught, destructions systématiques du bétail par les Houghers, un groupe secret défendant les droits traditionnels des paysans, pour protester contre l’extension des pâtures.

1713 : Swift devient doyen de Saint-Patrick à Dublin. Il comprend rapidement qu’il ne pourra pas monter plus haut dans la hiérarchie ecclésiastique et renonce l’année suivante à sa carrière politique pour mettre ses talents de polémiste au service de l’Irlande, dont il dénonce avec ardeur l’exploitation économique.

1714 : À la mort de la reine Anne, son frère Jacques III Stuart est écarté du trône parce que catholique : la couronne d’Angleterre échoit à George Ier, l’électeur de Hanovre.

1718 - 1720 : Le cardinal Alberoni tente de faire débarquer une troupe de jacobites préalablement regroupés en Espagne. Mais l’Irlande, consciente de l’impuissance du prétendant, ne bouge pas.

1719 : Le pays est toujours gouverné dans un esprit d’intolérance. En effet, le vice-roi, haut fonctionnaire anglais, ne réside pas en Irlande et le gouvernement effectif revient donc à un lord-justicier, généralement l’archevêque anglican d’Armagh, primat d’Irlande. Un Acte de tolérance est néanmoins accordé aux dissenters.

1720 : Un Acte déclaratoire renforce encore la dépendance du royaume d’Irlande et sa soumission à la couronne de Grande-Bretagne : la juridiction d’appel est transférée à la Chambre des lords d’Angleterre.

Années 1720 : Swift publie une série d’ouvrages contre l’exploitation économique de l’Irlande. En 1720, dans l’Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais, il propose de « brûler tout ce qui vient de l’Angleterre, sauf le charbon ».

1724 - 1725 : Lettres du drapier de Swift, suite à l’affaire Wood. Ce dernier, un brasseur d’affaires, avait obtenu en 1722 du roi d’Angleterre une patente l’autorisant à frapper une monnaie de cuivre de mauvais aloi en Irlande. En dépit des critiques soulevées par ses pratiques douteuses, Wood se faisait fort « d’enfoncer ses pièces dans la gorge des Irlandais ». La polémique déclenchée par Swift, sur le terrain économique d’abord, puis moral et politique, permit de mettre fin au privilège de Wood.

1726 : Voyages de Gulliver de Swift, violente satire de la société anglaise. Elle est suivie trois ans plus tard de sa Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à charge à leurs parents ou à leur pays, qui suggère, sur le mode de l’ironie cruelle, de faire de ces enfants des mets délicats pour les riches.

1740 - 1741 : La famine fait quatre cent mille morts. Des bandes armées, comme les White boys ou encore les Oakboys multiplient les actions terroristes dans le nord et le Munster.

19 octobre 1745 : Mort de Swift. S’il était irlandais, il appartenait avant tout à la minorité dirigeante, de langue anglaise et de religion anglicane qui n’avait que du mépris pour la plèbe catholique. Mais il a souffert à son tour de la condescendance des Anglais aux yeux desquels tous les habitants de l’île voisine restaient des barbares. S’il a été longtemps sévère envers sa patrie d’origine (« D’elle rien ne naît qui ne soit malfaisant… les hommes n’y sont que des rats ou des fouines… »), l’échec de sa carrière anglaise en fit le champion de la cause irlandaise, comme en témoigne sa troisième Lettre du Drapier : « Le peuple d’Irlande n’est-il pas né aussi libre que celui d’Angleterre ?… Suis-je un homme libre en Angleterre pour me transformer en esclave, au bout de six heures, en traversant le canal Saint-George ? » À la fin de sa vie, s’exprimant plus en patriote qu’en défenseur de la minorité dirigeante, il a largement contribué à développer l’esprit national irlandais.

1759 : Entrée au parlement d’Henry Flood, qui devient rapidement le chef de l’opposition nationale. Anglican convaincu, il ne pense encore, comme Swift, qu’à une nation protestante, mais pleinement indépendante. Fondation de la brasserie Guinness.

1760 : Un poète écossais, Macpherson, publie une quinzaine de poèmes prétendument traduits du gaélique. Ce sont des faux, mais les aventures d’Ossian ou de Fingan, le roi des Fianna, enchantent un public déjà sensible au charme du préromantisme.

1766 : Exécution de Nicolas Sheehy qui a dénoncé le paiement des rentes et de la dîme.

1767 : Le nouveau vice-roi, lord Townshend, reçoit l’ordre de résider à Dublin. Le roi George III fait là un geste pour l’Irlande qui s’est montrée fidèle pendant la guerre de Sept Ans.

1768 : Henry Flood fait voter l’Octennial Act qui limite à huit ans la durée du mandat parlementaire qui était jusque-là pratiquement viager. Le nouveau Parlement ose même rejeter un projet de loi de ressources financières. D’une façon plus générale, les années 1760 voient le renforcement du nationalisme colonial, fruit de la rancœur de l’Ascendancy contre l’exploitation économique et politique de la colonie et de son humiliation face au mépris de l’aristocratie anglaise.

1775 : Henry Grattan est élu député au Parlement. Cet avocat protestant y demande l’adoucissement des mesures anticatholiques, puis l’abrogation des lois pénales. Le sentiment national prend de plus en plus le pas sur les querelles religieuses, que le scepticisme caractéristique des Lumières rend moins vives.

1776 - 1779 : Arthur Young donne un tableau détaillé de l’Irlande, où il stigmatise les lois pénales décourageant les catholiques de travailler, le poids de la dîme, l’absentéisme des landlords…

1778 : La loi Gardiner autorise les catholiques à prendre des baux de durée indéfinie et à hériter.

Avril 1778 : L’aventurier américain d’origine écossaise John Paul Jones fait un raid sur Belfast qui sème la panique, à un moment où tous redoutent la perspective d’un débarquement franco-espagnol. Londres, qui avait dégarni l’Irlande pour envoyer des troupes en Amérique, accepte alors la formation d’une armée de « Volontaires irlandais » pour assurer la défense du pays. Dès l’année suivante, ces Irish Volunteers, dirigés par le duc de Leinster, comptent bientôt 40 000 membres. On y admet bientôt des catholiques. Mais une fois passé le danger d’invasion, ces hommes restent mobilisés pour réclamer la liberté du commerce (« Free Trade or else »).

1779 - 1780 : La liberté d’exportation de la laine et du négoce avec les colonies est accordée. Il faut dire que les Volontaires n’hésitent pas à défiler dans les rues et à boycotter les produits britanniques pour dénoncer les mesures restrictives contre l’économie irlandaise. Ils sont soutenus à la Chambre des communes par Edmond Burke, irlandais d’origine, qui n’hésite pas à dénoncer les lois pénales comme « une machine d’oppression et de dégradation d’un peuple et d’avilissement de la nature humaine elle-même, comme jamais il n’en était né de l’ingéniosité perverse de la nature humaine ».

1780 : L’armée des Volontaires rassemble désormais plus de 80 000 hommes placés sous les ordres du comte de Charlemont, un ami de Flood et de Grattan.

1782 : Les Volontaires, enhardis par leurs premiers succès dans le domaine de l’économie, passent désormais aux revendications politiques. Sous la houlette de Grattan, ils se rassemblent en convention nationale à Dungannon pour condamner la loi Poynings et l’interférence du Conseil privé et du Parlement anglais dans les affaires d’Irlande.

1782 : La « Constitution de 1782 » accorde l’indépendance législative à l’Irlande, en abrogeant partiellement la loi Poynings : le Parlement de Dublin n’est plus tenu de solliciter l’approbation du Conseil privé anglais avant de voter un bill. Les restrictions commerciales sont également abrogées. Grattan s’écrie : « L’Irlande est maintenant une nation ! » Au Parlement, toujours aussi peu représentatif, le chef de file du bloc anglais, Lord Fitzgibbon, espère que les progrès économiques auront à terme raison des chimères de l’indépendance constitutionnelle. En face, le parti patriote se divise. Flood estime l’indépendance législative incomplète sans réforme parlementaire. Par ailleurs, il ne conçoit qu’une nation protestante tandis que Grattan semble prêt à accorder l’égalité des droits civiques aux catholiques. La même année, une seconde loi Gardiner accorde sans restriction le droit de propriété aux catholiques. Le culte romain peut être célébré « sans pompe ni éclat ».

Novembre 1783 : Réunis en convention nationale à Dublin, les Volontaires ne suivent pas Grattan dans sa volonté d’émancipation des catholiques. C’est donc privée du soutien populaire que la Convention doit faire face à l’hostilité du gouvernement qu’elle conteste et du Parlement qu’elle menace. Sa dissolution est bientôt prononcée par lord Charlemont. C’est la fin de la dissidence coloniale.

1783 : Création de la banque d’Irlande. 10 % de son capital sont souscrits par des marchands catholiques. La célèbre verrerie de Waterford rouvre ses portes, du fait de l’abrogation des lois pénales relatives à l’économie.

1784 : La Foster’s Corn Law interdit pratiquement l’importation de blés étrangers, obligeant les Irlandais à augmenter leurs emblavures. Mais cela n’améliore pas la condition paysanne, la population ne cessant de s’accroître.

1784 : Fondation en Ulster d’une société secrète, les Peep of day boys, qui deviendra en 1795 un mouvement politico-religieux fortement structuré plus connu sous le nom d’ordre d’Orange. Pour y entrer, on prêtait ce serment : « Au nom de Dieu tout-puissant, je jure solennellement de soutenir le roi et le gouvernement, et de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour exterminer tous les catholiques d’Irlande. »

1789 : Fitzgibbon devient lord-chancelier.

1789 : Les débuts de la Révolution française rencontrent un écho favorable auprès des dissenters et des catholiques, politiquement et socialement asservis, qui constituent des clubs à Dublin et à Belfast. Le radicalisme protestant trouve bientôt son porte-parole en la personne de Théobald Wolfe Tone, un jeune avocat épiscopalien du barreau de Dublin à qui le légalisme d’un Grattan semble dépassé.

1791 : Durant l’automne, Wolfe Tone participe avec James Napper Tandy à la fondation de la société des Irlandais unis de Belfast : influencée par les idéaux français et la franc-maçonnerie, l’association se donne pour mission d’obtenir une réforme complète de la législation fondée sur le principe de la liberté civile, politique et religieuse. Elle prend pour emblème la harpe et pour devise « Recordée, elle va se faire entendre ».

1791 : Naissance des chantiers navals de Belfast.

1792 : Wolfe Tone devient secrétaire du Comité catholique qui s’est radicalisé et s’est réorganisé. Un tel rapprochement entre les confessions inquiète les autorités qui décident d’accorder davantage de droits aux catholiques, sans toutefois leur octroyer le droit de vote.

14 février 1793 : Un nouveau Relief bill confère le droit de vote aux tenanciers catholiques d’un freehold de 40 shillings. Le vote n’est pas secret et les catholiques restent toujours inéligibles. Par ailleurs, une série de textes répressifs conduisent à la dissolution de la société des Irlandais unis.

1795 : Ouverture du séminaire de Maynooth. À l’heure où la révolution ferme les collèges irlandais de France, il sera très marqué par les idées contre-révolutionnaires.

4 janvier 1795 : Arrivée d’un nouveau vice-roi, le libéral lord Fitzwilliam. Connu pour ses sympathies catholiques, il prévoit de confier le gouvernement à Grattan. Le chancelier Fitzgibbon et les orangistes organisent alors une violente réaction conduisant à son rappel à Londres, le 19 février, et à son remplacement par lord Camden.

Juin 1795 : Wolfe Tone s’embarque pour les États-Unis avant de rejoindre la France l’année suivante, « avec 100 guinées en poche, inconnu et sans recommandations, afin de renverser le gouvernement anglais de l’Irlande » (Wellington). Grâce au soutien de Carnot et de Hoche, il finit par gagner le Directoire à son projet d’invasion libératrice de l’Irlande.

Décembre 1796 : Une expédition commandée par Hoche quitte Brest. Mais seuls quinze bâtiments atteignent la baie de Bantry le 23 décembre et une tempête ne tarde pas à les disperser. Pas un seul coup de canon n’a été tiré, alors qu’une milice protestante, la Yeomanry, fait régner la terreur dans le pays.

1797 : Création de la Bourse de Dublin.

1798 : L’organisation révolutionnaire des Irlandais unis, devenue clandestine, est décapitée par l’arrestation de meneurs comme Arthur O’Connor ou encore Edward Fitzgerald.

23 ou 24 mai 1798 : Début de la « Grande Rébellion ». Déjouée à Dublin, peu suivie dans le nord épuisé par la dictature militaire du général Lake, l’insurrection se propage comme une traînée de poudre dans le sud-est où, comme en Vendée, des milices paysannes se constituent sous la direction de prêtres comme John Murphy. Le 30 mai 1798, les insurgés prennent Wexford. Les deux camps rivalisent d’atrocités.

21 juin 1798 : Le camp rebelle de Vinegar Hill, près d’Enniscorthy, est écrasé par le général Lake. Les insurgés se réfugient dans les monts Wicklow où les autorités entreprennent de construire une route militaire pour les débusquer.

22 août 1798 : Une nouvelle escadre française, commandée par le général Humbert cette fois, débarque en Irlande et doit capituler au début du mois de septembre, dans des conditions honorables. Mais les alliés irlandais des Français sont tous exécutés.

15 octobre 1798 : Une petite escadre commandée par l’amiral Bompard arrive dans le Donegal. Wolfe Tone qui sert à bord du navire amiral est reconnu, arrêté et traîné à Dublin.

19 novembre 1798 : Mort de Wolfe Tone, à qui les juges ont refusé la grâce d’être fusillé. Pour éviter la potence, le jeune homme s’est tranché la gorge. Considéré par beaucoup comme l’initiateur du nationalisme républicain, il a défendu avec ardeur l’idée d’une Irlande unie, militante et fraternelle, transcendant les clivages religieux et économiques, qui allait s’ajouter ou se joindre au rêve d’une Irlande gaélique miraculeusement libérée de la domination anglaise. Les masses sont néanmoins restées hermétiques à son discours trop aligné sur les idéaux révolutionnaires condamnés par l’Église, comme elles l’avaient finalement été à celui de Grattan. Mais elles ont été sensibles à la fin tragique de celui qui a inauguré la tradition républicaine des martyrs de la cause nationaliste et le mythe romantique de l’Irlande éternelle.

1799 : Un premier projet d’union à la Grande-Bretagne est repoussé au Parlement de Dublin.

7 juin 1800 : À force de corruption et d’intimidation, le Parlement irlandais vote par 153 voix contre 88 les actes d’union déjà votés par Westminster qui créent le Royaume-Uni. Dans l’esprit de Pitt et du vice-roi Cornwallis, seule cette union peut permettre de pacifier l’île, à condition néanmoins de s’accompagner de l’émancipation des catholiques (une innovation moins dangereuse à l’échelle d’un royaume désormais à majorité protestante).

Ier janvier 1801 : Le nouveau régime constitutionnel entre en vigueur. Le Parlement de Dublin est supprimé, l’Irlande étant désormais directement représentée à Londres par cent députés et trente-deux lords, tous protestants. Le poste de vice-roi et le Conseil privé sont maintenus. Le rouage essentiel du gouvernement devient le secrétariat en chef pour l’Irlande.
 Source : http://www.clio.fr/
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