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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 08:09

Au risque de me perdre, je me laisse submerger par ce tourbillon d'idées. Il surgit sans crier garde et je plonge dans un autre univers. Cette musique m'entraîne loin d'ici, dans un monde irréel.
Au risque de me perdre, je la laisse m'imprégner. Il me plait d'écrire et mes doigts s'hasardent et glissent au rythme de leurs accents rocailleux. Mille paysages viennent se heurter aux yeux de mon âme. Tantôt de belles vallées moqueuses, tantôt des monts et des prairies à perte de vue. Tout en nuances, rien n'est là par hasard.
Au risque de vous perdre, ne vous y fiez pas. Sous ce chapelet de mots rauques, cette voix sibylline cache de la rondeur tout en dissimulant de la douceur. Leurs mots gutturaux résonnent tout en me parlant de cette terre que j'affectionne tant. Ce voyage glauque prend alors une destination particulière. Avec délice, je prends mon envol.
Au risque de nous perdre, il n'est qu'illusion sinistre mais fouler ce sol caillouteux s'avère goûteux. Désir réel de tout connaître, de les comprendre, de les aimer, découvrir leurs mythes et leurs légendes, parcourir les monts, les landes restent pour moi, mon paradis.
Au risque de me perdre, je songe pourtant à leur enfer et à tout ce sang versé pour que ce soir, le chant du rossignol me parvienne jusqu'au cœur de mon âme. Au passage, je respire l'air frais. L'iode de la mer flotte et m'apporte bien plus qu'un bien être certain. Inconfortable situation qui m'anime par tant de découvertes. La haine flirtant avec l'amour qui cohabite avec cette folle passion. Poison violent que tout ceci m'entraîne bien plus loin encore.
Au risque de me perdre, j'étale sur ces pages les soubresauts qui me blessent et qui m'attristent. Ils m'attisent tant que je me sens déchirée entre l'envie de rire ou de pleurer. Sensation étrange qui pourtant me plaît. Je patauge dans la rosée du petit matin qui tarde à se lever. Immobiles petites choses blanches, petits murets ou moutons endormis ? Le voile du brouillard titille mon champ d'observation.
Au risque de me perdre, je plane dans cet air nouveau qui vient de loin. A l'ouïe, je la suis. J'arrive aux portes de cette bourgade. La musique m'invite. Des rires moqueurs n'interloquent. Ne soyez pas étonné si cela vous choque. C'est ainsi par ici. Rien n'est semblable et tout reste amical. Du fond de leurs yeux, remarquez bien cette petite flamme qui vacille. Ne vous méprenez pas, le vent n'a rien à y voir.
Au risque de ne pas les perdre, je n'hésite pas le moins du monde à les suivre. Comme il est tentant de les accompagner dans leurs délires! Avec cette envie soudaine qui vous prend, laissez-vous aller et vous serez surpris par le tambourinement de vos mains que vous croyez non-expertes. Vous serez sans doute encore plus étonnés de voir que vos pieds les accompagnent par leurs rythmes endiablés.
Au risque de me perdre, je survole Dublin, ses contrées sauvages.
Je monte de plus en plus haut, au risque de me brûler les ailes. Un souffle d'air encore tiède me ramène. Réceptive, je ne peux que tout entrevoir. Mystérieux changements qui amorcent ma chute vertigineuse, je passe en rase motte sur les feuillages des arbres: destination inconnue. Telle l'aiguille d'une boussole, je vacille. Descente brusque mais sans heurts violents, tout n'est que stratagème. Un filet d'or m'accapare. Inutile de me débattre, je ne suis pas en danger.
Au risque de me perdre, je me promène dans un vaste parc. Musique, chants, tout est douceur et candeur. Des ombres fugitives se dessinent et jouent. J'essaie de les suivre. Trop tard, ils déploient leurs ailes et me quittent. Terre de mythes et de légendes, qui étiez-vous, petites ombres fragiles ?
Au risque de me perdre, j'avance droit devant moi. Ne pas souhaiter rentrer, sans jamais me retourner. Tout me semble furtif et pourtant les cris plaintifs sont bien réels. Dans ce parc qui m'appelle et m'interpelle, je me laisse guider par les pleurs. Je reste là à écouter les doléances de tout cet être qui s'élance tel un cierge vers le ciel. Imposante stature qui me garde captive. Seules les odeurs vagabondent. Je reste attentive, les yeux tournés vers le firmament. Rien ne peut venir me distraire. J'écoute et j'apprends. Personne n'entend. Seul, le bruissement du feuillage couvre le récit de son lourd secret.
Au risque de me perdre, je vous livre son affliction qu'il a cru bon me narrer.
Cet arbre qui hurlait son désespoir d'avoir dû par un beau soir d'été, prendre le dernier souffle de ses valeureux guerriers. Que de larmes n'a-t-il pas déjà versés ! Toi qui reste le dernier témoin silencieux de tant de lâcheté des hommes, tu dois savoir pour l'avoir vu que le genre humain est des plus cruels.
Au risque de me perdre, j'aimerais vous raconter ce qu'il m'a dit un soir d'hiver. Son cœur en lambeau, déchiré par tant de haine gratuite, avide de cupidité, je sais qu'il sait. Et si les pas de danses résonnent si fort, n'est-ce pas pour apprendre au monde entier qu'ils sont toujours là ?
Au risque de vous perdre, je crois bien que cela vous poussera loin d'ici mais tant pis, je ne vous pousserai pas aux limites du supportable. Au risque de me perdre, je ne peux pas vous révéler tant de chagrin et tant de laideur et pourtant, il faudrait bien que vous sachiez qu'avec tant de rancœur, on ne rebâtit pas le monde.
Au risque de nous perdre, sachez pourtant que ses branches auraient voulu céder pour ne pas les perdre. Ils sont pourtant partis et l'arbre n'est pas guéri malgré les ans, malgré le vent qui a séché ses pleurs et même les rayons du soleil n'ont pas pu le faire refleurir. Le faisceau qu'il aime est émit par la lune qui par ce soir de bonne fortune lui a narré une histoire triste qui se termine par des chants et des jeunes gens qui dansent sur cet air vieillot d'autrefois. Une flûte résonne surmontant le souffle jaloux du vent. Cet air enjôleur déploie avec courtoisie sa rage de vaincre. Lui se laisse émouvoir et déploie ses feuilles pour atteindre son orateur. Pour quelques heures, il se laisse bercer dans le vent flatteur.
Au risque de ne pas le perdre, arrêtez-vous si vous passez à Dublin.
Vous le reconnaîtrez. Il est le gardien du passé qui ne veut pas se perdre dans l'insouciance du futur. Il n'a plus guère de larmes à verser et pourtant, au risque de me perdre, je garderai au plus profond de mon âme, ses lourds secrets.
Au risque de ne pas les perdre, j'imprime dans ma mémoire, les visions d'horreur que mon cœur ne supporte plus. Que d'horreur pour leur honneur qui les a conduit dans les ténèbres de la nuit. Au risque de me perdre, je veux rester sur une dernière note d'espoir et je vous demande pardon d'avance si vous avez risqué vous aussi, de vous perdre.
Il est loin pourtant, ce temps où les hommes se faisaient la guerre en Eire. Je ne parviendrai pas à me taire pour que cette paix fragile tienne. Prenez garde à vous, messieurs les coquins qui la jalousent. Elle est le trophée tant espéré de tout ce sang versé. Issue fatale pour tous ceux qui n'ont eu cesse d'espérer et d'obtempérer. Soyez enfin apaisé car la paix tant convoitée est arrivée. Les couleurs flottent dans un ciel qui n'est pas toujours gris. La pluie qui mouille vos routes et pavés sont les larmes de joie qui vous parviennent d'entre les cieux. Elles rendent plus vertes vos vallées et augmentent de plusieurs tons votre gamme déjà large de verts. Du firmament là-haut, je sens bien qu'ils en sont fiers. N'entendez-vous pas ce bruit de fond qui s'étend à l'infini ? Ont-ils eu le temps de prendre une dernière Guinness avant de rejoindre l'au-delà ?
Au risque de me perdre, j'espère qu'ils poursuivront leur route sans se perdre. Que leurs chants les accompagnent partout où ils se rendront !
Au risque de nous perdre, je préfère songer qu'il en restera ainsi jusqu'à la nuit des temps. Que le frère du Sud embrasse celui du Nord. Que celui du Nord enlace le Sud et qu'il ne fasse plus qu'une grande famille des plus unies. Qu'importe que tu croies, à tort où a raison, que le plus fort l'emportera. Diviser n'est pas gagner.
Lui, il a pris le risque de se perdre en regagnant Cork, son comté.
En passant dans les rues de Dublin, sans se faire prendre. Il savait bien qu'un jour ou l'autre, les ailes de la mort viendraient le frôler. Son vélo ne pouvait le perdre et il est passé de ci de là, sans se soucier qu'il pouvait perdre à ce petit jeu-là. Michael, tant que tu restais sur tes gardes en jouant avec tes espoirs et tes peurs, celles-ci te préservaient de la mort. Pourquoi as-tu cessé de douter ?
Eux, tes compagnons qui croyaient te perdre t'ont poussé à te rendre sur cette terre hostile. Que de débats, que de temps pour te rendre compte que le droit, tu n'en avais pas vraiment. Issue sans espoir, tu as bien fini par t'en rendre compte mais bien trop tard.
Au risque de se perdre, se démêlant dans ce complot, il lui a fallut de l'audace pour tenir en haleine ses adversaires. Le culot a payé. Tu as gagné leur retrait mais tu savais déjà que tu t'étais vendu. Pour ceux qui n'avaient pas compris, c'était ça mais toi, tu savais car tu voyais bien plus loin. Dans cette tourmente, au risque de te perdre, tu allais comme l'agneau t'offrir en sacrifice afin que plus jamais, sur le sol irlandais, des morts ne viennent émailler les pavés.
Lui, il ne pouvait les perdre et il a dû trancher.
Statuer devenait dangereux surtout lorsque le choix est épineux.
Personne n'a voulu comprendre mais il a tenu envers et contre tous.
Au risque de les perdre, eux qui se disaient leurs amis, ils t’ont laissé te débattre dans l'autre camp afin de ramener le traité qui devait faire d'elle une nouvelle république mais qui n'a eu que l'ombre de celle-ci.
Pourtant, au risque de déplaire, il a tenu bon et a relevé le défi.
Ils peuvent aujourd'hui, se balader le long des quais sans être inquiétés
Mais qui songe à cet homme qui a prit le risque de tout perdre ?
Au risque de me perdre, il m'a souvent épaté par ses façons de faire.
Et il a su les faire taire même s'il savait d'avance qu'il prenait des risques de se perdre. Et qui viendra démentir qu'il savait avant de rentrer, qu'il avait signé son arrêt de mort. Pour lui, perdre sa vie pouvait le faire renaître dans les générations suivantes. Il était sans nul doute, en avance sur son temps. Il a joué, aimé et n'a pourtant pas obtenu de l'or.
Plus tard, l'Europe est ainsi née avec son manteau de réconfort. Je souhaite qu'elle aussi ne prenne pas le risque de nous perdre, qu'elle console les cœurs embrumés de douleur qui ne veulent plus mourir sur le champ d'honneur, qu'elle brise le sceau des complots et qu'elle garde dans son sein ses derniers enfants orphelins de bonheur.
Afin de ne pas nous perdre, qu'elle soit vigilante, qu'elle aide les miséreux et qu'elle conserve avant tout les vraies valeurs.
Au risque de ne pas se perdre, elle prend tous ces peuples sous son aile.
Qu'importe qu'il soit du Nord, du Sud, de l'Est ou de l'Ouest. L'heure est venue de nous serrer les coudes afin de ne plus nous perdre au jeu terrible et peu convenant de la guerre.
Territoire d'autrefois, il a fallu du temps aux hommes de bonnes volontés pour s'accepter les uns les autres sans se chercher ni de les perdre afin d'agrandir leur vanité.
Lui n'a pas son nom écrit en long et en large dans toutes les rues de son pays, et pourtant, avec son humour, il a fait gagner le droit de la liberté.
Poussant le vice jusqu'à leur souhaiter la bonne journée puis s'en est allé vers la fin de son voyage avec sa destinée sur la pointe des pieds.

Source : http://mon-irlande.skynetblogs.be/archive/2008/04/19/poeme-sur-l-irlande.html

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Published by Ansty - dans Irlande
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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 08:17

Le 17 mars, jour de la fête nationale en Irlande, est l’occasion pour le peuple irlandais de célébrer Saint Patrick, son saint patron. Mais grâce à la diaspora irlandaise, la Saint Patrick est aujourd’hui fêtée des Etats-Unis à l’Australie, partout où les irlandais ont émigré. Un nombre toujours plus importants de non irlandais fêtent également la Saint Patrick, histoire de se sentir irlandais un jour dans l’année ! La tradition veut que le jour de la Saint Patrick, on porte des habits de couleur verte. Dans de nombreuses villes d’Irlande et du monde entier, des parades donnent l’occasion aux irlandais d’afficher leur attachement à leurs racines. La Saint Patrick est également un bon prétexte à descendre quantité de verres de bière irlandaise ou de whiskey, en écoutant de la musique irlandaise !

La Saint Patrick en Irlande

D’abord simple fête religieuse, la Saint Patrick est un jour férié en Irlande depuis le Bank Holiday Ireland Act de 1903, voté sur proposition du député irlandais James O’Mara. Le même O’Mara fit passer plus tard une loi interdisant l’ouverture des pubs le 17 mars, loi qui fut valable jusque dans les années 70 ! La première parade de la Saint Patrick en Irlande se tint à Dublin en 1931. Elle constitue encore la principale manifestation de la Saint Patrick sur l’île verte, attirant 500 000 spectateurs en 2006. Depuis 1996, sous l’impulsion du gouvernement irlandais, la parade de Dublin se déroule dans le cadre d’un festival de 5 jours, le Saint Patrick’s Festival, qui est une vitrine de l’Irlande et de sa culture. D’autres parades se tiennent dans les principales villes d’Irlande : Cork, Belfast, Galway, Derry, Kilkenny, Limerick, Waterford, ... La plus importante en dehors de Dublin est celle de Downpatrick, en Irlande du Nord, là même ou est enterré Saint Patrick, qui rassemble 2 000 participants et 30 000 spectateurs. A l’occasion de la Saint Patrick, de nombreux irlandais portent un trèfle ou un petit drapeau irlandais sur la veste, certains portent des objets verts dans les cheveux, d’autres se font peindre des trèfles sur les joues, tout est bon pour marquer sa fièreté d’être irlandais. Et bien sûr les pubs se remplissent le soir, dans une atmosphère festive et populaire ! A noter que la couleur verte n’a pas toujours été appréciée par les irlandais, puisque autrefois on considérait qu’elle portait malheur : le petit peuple irlandais (les lutins et les farfadets) appréciant le vert, les enfants qui portaient trop de vert risquaient fort de se faire enlever ...

Depuis les années 90, les dirigeants politiques irlandais ont pris l’habitude de représenter l’Irlande à travers le monde à l’occasion de la Saint Patrick, essentiellement dans les pays où la communauté irlandaise est importante (Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, ...). Une belle manière d’assurer un lien entre la diaspora irlandaise et les irlandais ! Il est par exemple de tradition que le chef du gouvernement irlandais offre un bol de trèfles au président des Etats Unis d’Amérique à l’occasion de la Saint Patrick.

En Irlande du Nord, la Saint Patrick, fête catholique, a longtemps été considérée par les loyalistes comme un « festival de républicains irlandais » ... Les parades de la Saint Patrick étaient donc financées grâce à des fonds privés. Mais il y a quelques années, la ville de Belfast a décidé de participer au financement de la parade de Belfast, à condition que la parade ne soit pas politisée (par exemple par la présence de drapeaux de la République d’Irlande) et qu’elle réunisse ensemble loyalistes et républicains.

Si vous projetez d’assister aux festivités de la Saint Patrick en Irlande (en particulier à Dublin), réservez longtemps à l’avance, car les vols vers l’Irlande et les hôtels de Dublin sont pleins à craquer pendant une semaine !

La Saint Patrick hors d’Irlande

Principale destination des émigrés irlandais, les Etats-Unis sont sans aucun doute le pays (hors d’Irlande) qui fête le plus la Saint Patrick. C’est même à Boston, en 1737, que se tint la première parade de la Saint-Patrick. La ville a d’ailleurs toujours la réputation d’être la plus irlandaise des villes américaines. En dehors de Boston, les parades les plus anciennes se tiennent à Philadelphie, Chicago, Morristown (New Jersey), Savannah (Géorgie), San Francisco, Pittsburgh, Butte (Montana), ... Mais la plus célèbre et la plus importante se tient à New York, depuis 1756. En 2006, 150 000 participants ont remonté la 5ème avenue de Manhattan, devant près de 2 millions de spectateurs ! La parade est menée par le 69ème régiment d’infanterie (issu en 1851 d’une milice d’émigrés catholiques irlandais), suivi par des fanfares militaires, des associations culturelles, des organisations d’émigrés, etc ... En dehors des parades, de nombreux américains s’habillent de vert, des villes s’habillent de vert (Chicago colore même sa rivière en vert !), certaines équipes de base ball (les Chicago White Sox ou les Boston Red Sox par exemple) remplacent même leur tenue habituelle par des tenues vertes !

Hormis les Etats-Unis, la Saint Patrick est fêtée au Canada, en particulier à Montreal qui accueille la plus grande parade du pays depuis 1824. La Saint Patrick est même un jour férié dans la province de Terre Neuve et du Labrador. La Saint Patrick est également jour férié dans la petite île de Montserrat, dans les Caraïbes, en souvenir de la fondation de l’île par des réfugiés irlandais des îles voisines de Saint Kitts and Nevis. En Europe, la Grande-Bretagne est évidemment en tête des festivités. Londres accueille une parade depuis 2002, mais la plus grande se tient à Birmingham, qui se présente comme la 3ème plus grande parade de la Saint Patrick dans le monde, après celles de New York et Dublin. De nombreux irlandais viennent également assister aux courses de chevaux du Cheltenham Festival, qui coïncide habituellement avec la Saint Patrick. Munich, Copenhague ou Moscou sont d’autres exemples de villes accueillant des parades de la Saint Patrick. Mais c’est bien le monde entier qui a une partie de son coeur en Irlande le 17 mars !

En France, la Saint Patrick est malheureusement peu fêtée, à l’exception bien sûr des pubs irlandais qui permettent aux passionnés de la l’île verte, irlandais ou non, de se rassembler pour avaler des pintes de Guinness et écouter de la musique irlandaise ! Depuis une dizaine d’années, le Festival Interceltique de Lorient organise à chaque Saint Patrick un concert géant en région parisienne. Après les Nuits Celtiques du Stade de France pendant plusieurs années, c’est aujourd’hui le Palais Omnisport de Paris Bercy qui accueille de nombreux spectateurs pour la Nuit de la Saint-Patrick. Au programme : pipe bands, bagadou, danseurs et danseuses irlandaises, choeurs gallois, stars de la musique celtique, ... Une fête qui rassemble donc des artistes celtes, au-delà des seuls irlandais, une grande campagne promotionnelle pour le Festival Interceltique de Lorient qui se déroule quelques mois plus tard ...

Source : http://www.terresceltes.net/17-mars-la-Saint-Patrick.html

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 10:03

Le trèfle

Le trèfle (shamrock en anglais) est un symbole de l’Irlande reconnu dans le monde entier. Mais en connaissez vous les raisons ? Il faut en fait remonter à l’an 433, dans le comté de Meath, dans l’est de l’Irlande. La légende raconte que Saint Patrick alluma un feu pascal sur un cairn à proximité du village de Slane, pour promulguer la chrétienté dans toute l’Irlande. Un geste qui provoqua la fureur de Laoghaire, haut roi païen d’Irlande, qui avait demandé à ce qu’aucun feu ne brûle dans les environs de Tara, siège de la royauté d’Irlande ... Mais sur les conseils avisés de ses druides, celui-ci se calma et vint à la rencontre de Saint Patrick. Les membres de sa suite, à l’exception d’un certain Erc, n’eurent malheureusement que du dédain pour Patrick, qui dans sa colère tua les gardes du roi en invoquant un tremblement de terre ... Susceptible le garçon ! Une fois sa colère apaisée, il expliqua le principe de la Trinité chrétienne au roi Laoghaire à l’aide d’un trèfle à trois feuilles. Bien que sceptique, le roi accepta de laisser Patrick poursuivre sa mission d’évangélisation de l’Irlande.

La harpe

La harpe de Brian Boru, connue également comme harpe de Trinity College, apparaît entre autres sur les pièces de monnaie irlandaises, les documents officiels de la République d’Irlande, le drapeau de la présidence irlandaise ... et sur le logo d’une fameuse bière irlandaise ! Un symbole très ancien puisque c’est vraisemblablement David, un des premiers rois d’Irlande, qui en fit son emblème. La mythologie irlandaise est également sans doute pour beaucoup dans l’adoption de la harpe comme symbole de l’Irlande. La légende ranconte que la première harpe appartenait à Dagda, chef des Tuatha De Danaan. C’était une harpe magique, capable de jouer toute sorte de mélodies seule, sur ordre de Dagda. Les De Danaan étaient en guerre avec les Fomoires et ceux-ci réussirent à voler la harpe à Dagda. Dagda et deux autres dieux, Lugh, dieu de la lumière, et Ogma, dieu de l’art, partirent à la recherche de la harpe et la retrouvèrent dans une forteresse des Fomoires. Sur l’ordre de Dagda, la harpe s’envola et tua neuf Fomoires. Puis elle joua l’air des lamentations et les femmes se mirent à pleurer ... Puis elle joua l’air du sourire et les garçons se mirent à rire ... Enfin elle joua l’air du sommeil et l’armée ennemie s’endormit !

Le drapeau irlandais

Le drapeau national de l’Irlande, An Bhratach Náisiúnta en gaëlique, est un drapeau tricolore, vert, blanc et orange. Ce drapeau a été imaginé par Thomas Francis Meagher, nationaliste irlandais qui faisait partie des fondateurs du mouvement révolutionnaire Young Ireland. Après avoir étudié la Révolution de juillet en France en 1830, il s’inspire du drapeau tricolore français pour créer un drapeau tricolore irlandais, symbolisant la paix (couleur blanche) entre la majorité catholique (couleur verte) et la minorité protestante (couleur orange). Le drapeau tricolore irlandais, symbole de l’Irlande unie derrière les barrière religieuses, est brandi pour la première fois en public à Waterford, le 7 mars 1848, à l’occasion d’un meeting de Daniel O’Connell. Lors de la création en 1919 du First Dail (parlement irlandais créé par les députés nationalistes élus en 1918 et qui ne reconnaissent pas le parlement du Royaume-Uni), le drapeau tricolore devient le drapeau de la République d’Irlande autoproclamée. Mais l’Etat libre d’Irlande créé en 1922 à l’issue de la guerre d’indépendance ne proclame aucun symbole national, et il faudra attendre la Constitution de 1937 pour que l’usage devienne officiel et que le drapeau tricolore devienne le drapeau officiel de la République d’Irlande.

Après la division de l’Irlande, le drapeau tricolore irlandais devient en Irlande du Nord le symbole de la lutte des républicains catholiques pour la réunification de l’Irlande. Du coup son utilisation est interdite en Irlande du Nord par le Flags and Emblem Acts de 1954, qui autorise la police nord irlandaise à retirer tout drapeau pouvant remettre en cause la paix. Assez étrangement cette loi ne concerne pas le Union Jack, pourtant symbole du "colonisateur" brittanique ! Aujourd’hui encore la question du drapeau tricolore en Irlande du Nord reste sensible. Les accords de Belfast en 1998 ont néanmoins abouti à quelques compromis et le Union Jack n’apparaît plus qu’à quelques occasions sur les bâtiments officiels nord-irlandais. En tout cas il est curieux d’observer qu’un drapeau qui symbolisait à l’origine la paix entre protestants et catholiques apparaisse aujourd’hui comme un symbole de division entre les deux communautés ...

L’hymne national

De nombreuses chansons irlandaises sont de véritables étendards de l’Irlande à travers le monde (par exemple « The fields of Athenry » chanté à Lansdowne Road, Croke Park ou Celtic Park, ou « Dirty old town », grand classique irlandais), mais une seule chanson, Amhrán na bhFiann, a le statut d’hymne national de la République d’Irlande. Les paroles et la musique ont été composées en 1907 par Peadar Kearney. Les paroles sont alors écrites en anglais, sous le titre Soldier’s Song, et seront traduites en gaëlique irlandais par Bulmer Hobson. L’hymne est d’ailleurs chanté en gaëlique aujourd’hui. Publiée pour la première fois en 1912 dans le journal Irish Freedom, elle est chantée par les rebelles lors de l’insurrection de Pâques 1916 puis dans les prisons brittaniques. Elle devient officiellement hymne national de la République d’Irlande en 1926.

De même que des débats récurrents animent le monde politique français au sujet de la Marseillaise, une polémique monte progressivement au sujet de Amhrán na bhFiann, des intellectuels irlandais proposant son remplacement par un nouvel hymne national. On lui reproche une certaine difficulté pour les musiciens (comme le témoignent quelques ratés aux JO de Los Angeles en 1984 ou de Sydney en 2000), mais surtout des paroles guerrières et ... anti-brittaniques ! Pas étonnant quand on se rappelle le contexte dans lequel la chanson a été écrite ! Du coup l’hymne est pour beaucoup de nationalistes irlandais le symbole de l’Irlande réunifiée et est chantée par exemple avant tous les matchs des compétitions organisées par la Gaelic Athletic Association. Mais les unionistes nord-irlandais rejettent l’utilisation de Amhrán na bhFiann comme symbole de toute l’Irlande. Du coup l’Irish Rugby Football Union a demandé au chanteur Phil Coulter en 1995 d’écrire un hymne pour toute l’Irlande. Ireland’s Call est aujourd’hui joué avant chaque matchs d’une équipe nationale de toute l’Irlande (d’abord le rugby, rejoint par les équipes de hockey et de cricket). L’hymne national de la République d’Irlande, Amhrán na bhFiann, n’est lui joué que pour les matchs se déroulant en République d’Irlande (ce qui explique que les matchs de rugby joués à Dublin commencent par deux hymnes irlandais !).

Source : http://www.terresceltes.net/Les-symboles-irlandais.html

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 08:29

Galway City

Porte d’entrée du Connemara, Galway (jumelée avec ma bonne ville de Lorient) laisse un souvenir inoubliable à tous ceux qui y séjournent pendant leur périple en Irlande. Et pourtant, bien que les rues colorées du centre donnent un certain charme à la ville, pas de véritables curiosités touristiques pour attirer le chaland dans cette ville de 80 000 habitants. Mais Galway, c’est avant-tout une atmosphère festive, grâce à une forte population étudiante cosmopolite et à un afflux de touristes qui s’arrêtent ici avant de visiter le Connemara ou les îles d’Aran. On ne compte pas en ville les bars, restaurants, discothèques, et surtout les excellents pubs qui font la réputation de Galway ... L’ambiance animée toute l’année monte encore d’un ton pendant les festivals de l’été, pendant lesquels les pubs ont le droit d’ouvrir 24 heures sur 24 ! Rajoutez que la ville compte de nombreuses solutions d’hébergement et que les tarifs restent abordables, et vous comprendrez le succès de Galway !

Petite Histoire de Galway

La ville est née à l’emplacement d’un village de pêcheurs, Claddagh, à l’embouchure de la River Corrib. Les anglo-normands s’emparèrent en 1232 de ce territoire appartenant aux O’Flaherty et y construisirent une citadelle et une ville fortifiée en 1270. Il est d’ailleurs possible que le nom gaëlique de Galway (« Gaillim ») vienne du mot gaëlique gaill qui signifie « étranger ». La ville est dirigée par 14 familles (ou tribus) de marchands après une charte accordée par Richard II en 1396, ce qui vaut encore aujourd’hui à Galway le surnom de « Cité des Tribus ». Pendant plusieurs siècles, la cité se développe grâce au commerce avec le Portugal et l’Espagne, tout en maintenant avec ses voisins irlandais des relations tumultueuses. La ville est détruite par Cromwell puis Guillaume d’Orange au XVIIème siècle. La ville ne s’en remettra pas avant plusieurs siècles, renaissant de ses cendres dans les années 90 grâce à l’arrivée d’industries technologiques de pointe et au boom économique irlandais. Galway est désormais une des villes les plus dynamiques d’Irlande et même d’Europe, attirant de plus en plus de nouveaux habitants de toutes origines. Une ville champignon et cosmopolite en somme, une de celles qui ont le vent en poupe en Irlande !

Le chien de Galway

Une légende circule à Galway, selon laquelle le premier à avoir posé le pas en Amérique venait de Galway ! On raconte en fait que Christophe Colomb fit une pause à Galway avant de partir à la recherche d’une autre route vers les Indes, pour en fait découvrir l’Amérique. A l’occasion de cette halte, un jeune irlandais du nom de William embarqua avec son chien. Bien plus tard, le chien tout excité à la vue de la terre ferme fut le premier à sauter du bateau et nager vers les rives. Le premier à avoir posé le pied (ou plutôt la patte !) sur le continent américain était donc ... un chien de Galway !

Visiter Galway

Le coeur de la ville n’est pas très étendu et se visite facilement à pied en 2 heures (en ne comptant pas évidemment les ravitaillements au pub !!!). La ville s’étend de part et d’autre de la River Corrib, mais c’est la rive est qui est la plus intéressante à visiter. Je vous propose une visite de la ville en partant de l’imposante cathédrale Saint Nicolas qui surplombe la River Corrib. Une cathédrale récente puisqu’elle a été consacrée par le cardinal de Boston en 1965 ! Au pied de la cathédrale, le Salmon Weir Bridge se trouve en aval d’un barrage sur la River Corrib. En mai et juin, lorsque les saumons remontent la rivière, il est possible de voir des bancs entiers de saumons franchir le barrage en sautant. Pas très loin de là, derrière la mairie, des bateaux proposent des croisières sur le Lough Corrib. Un chemin aménagé part du Salmon Weir Bridge et longe la River Corrib jusqu’à Wolfe Tone Bridge. Arrivé à Wolfe Tone Bridge, détour recommandé sur l’autre rive de la River Corrib pour une balade sympa sur Claddagh Quay, Nimmo’s Pier puis South Park. Cette promenade permet de longer la River Corrib puis Galway Bay, avec des vues sympas sur Galway, au milieu des cygnes et des mouettes. On peut même pousser jusqu’à Salthill, station balnéaire de Galway, à quelques kilomètres de là. Revenons à Wolfe Tone Bridge pour pénétrer dans le « quartier latin » de Galway, un plateau piétonnier aux maisons plus colorées les unes que les autres, grouillant de pubs, de discothèques, de restaurants, ... On y trouve les pubs les plus réputés de Galway : The Quays, le Tig Coili, le King’s Head et plein d’autres que vous ne manquerez pas de découvrir ! Pendant la saison touristique, de nombreux musiciens et artistes de rue attroupent les passants, créant une ambiance très festive. A l’est de ce plateau piétonnier, Eyre Square est la place centrale de Galway, dédiée au président Kennedy qui fit une visite triomphale à Galway en 1963. Récemment rénovée, elle est devenue un lieu de passage très animé et très agréable. En haut de la place, une belle sculpture couleur rouille représente une voile de hooker, le bateau traditionnel du comté de Galway. En quittant Eyre Square par le sud, on rejoint Commercial Dock, le quartier portuaire de Galway. En longeant le bassin vers l’ouest, The Long Walk et ses petites maisons colorées permet de retrouver la River Corrib et revenir à Wolfe Tone Bridge en passant par Spanish Arch. Ce dernier vestige d’une porte d’entrée de la ville a été baptisé ainsi en mémoire des liens commerciaux entretenus par Galway avec l’Espagne pendant plusieurs siècles. Juste à côté, le Galway City Museum (entrée gratuite en haute saison, pas chère le reste de l’année) présente des objets en rapport avec l’Histoire de Galway.

Inagh Valley

S’infiltrant entre les massifs montagneux des Maumturk Mountains et des Twelve Bens, la Inagh Valley propose des paysages parmi les plus beaux et les plus sauvages du Connemara. Des panoramas facilement accessibles puisque la vallée est traversée par une route, la R344, qui fait partie d’un circuit panoramique plus important, la Connemara Loop. Cette route démarre quelques kilomètres après Recess, sur la N59 entre Galway et Clifden. La route longe sur une grande partie de la vallée le superbe Lough Inagh, au pied des Twelve Bens. Des deux côtés de la route, les massifs des Maumturk Mountains et des Twelve Bens se présentent dans toute leur majesté, offrant des panoramas somptueux. Après avoir longé le Lough Inagh, la route traverse de vastes étendues de tourbières jusqu’à retrouver la N59, au niveau du Kylemore Pass, entre Clifden et Leenane.

La Lough Inagh Valley se fait donc facilement en véhicule motorisé (et c’est une des raisons de son "succès" !), mais elle est également un lieu propice aux marcheurs. Elle est en particulier traversée par un des plus beaux chemins de randonnée de l’ouest de l’Irlande, le Western Way. Ce sentier de 250 km de long démarre près de Oughterad, sur la rive sud du Lough Corrib, et traverse les comtés de Galway et de Mayo. Il pénètre dans la Lough Inagh Valley par Mamean (aussi appelé Saint Patrick’s Bed), un col des Maumturk Mountains surplombant le petit village de Derryvoreada. Puis il longe la vallée au pied des Maumturk Mountains, jusqu’au Kylemore Pass puis jusqu’à Leenane. Plusieurs heures de marche en perspective ... Mais on peut parcourir une partie de ce sentier pour faire une marche plus courte, par exemple monter le petit col de Mamean. Pour atteindre le point de départ de cette petite balade, suivre la petite route à droite, direction Mamean, juste avant l’hôtel planté en plein milieu de la vallée. Au bout de quelques kilomètres sur une petite route très étroite et envahie par les moutons, on arrive à un petit parking sur la gauche. Une porte métallique dont les grilles forment le mot « Mamean » vous annonce sans équivoque que vous êtes au bon endroit ! Après une grosse demie-heure de montée, on arrive au sommet du col, avec un superbe panorama sur la Lough Inagh Valley à l’ouest et la Maam Valley à l’est. Un petit oratoire dédié à Saint Patrick (idéal en cas d’averse !), de nombreuses croix et des petits monticules de pierres rappellent qu’ici, tous les ans, le 17 mars, se déroule un pèlerinage en l’honneur de qui vous savez !

Côte sud du Connemara

Il y a deux manières de rejoindre Clifden et le Connemara depuis Galway City. Le chemin le plus direct suit la N59 en longeant par le sud le Lough Corrib, les Maumturk Mountains puis les Twelve Bens. Mais un autre itinéraire, plus long, permet de rejoindre Clifden en longeant la côte sud du Connemara via la R336. Désespérément rectiligne entre Galway et Inveran, la côte devient ensuite une véritable dentelle, succession de baies, de plages, d’îles et de presqu’îles, parmi lesquelles les routes se faufilent.

Spiddal

Quittons donc Galway City par la R336 qui longe la côte nord de Galway Bay, avec par temps clair une vue sur les montagnes du Burren de l’autre côté de la baie. Au coeur de cette région désolée, Spiddal (An Spideal en gaëlique) est une station balnéaire assez touristique, avec sa plage pavillon bleu, Prom Beach, ses alignements de B&B le long de la route, ses pubs réputés qui vibrent au son de la musique irlandaise pendant la saison touristique, ses restaurants et ses boutiques de souvenir. A l’entrée de Spiddal la Collaiste Chonnactest une université gaélique fondée en 1910 par la Ligue Gaélique. Elle assure des stages d’irlandais pendant l’été et se vante de compter parmi ses premiers élèves deux héros de l’indépendance irlandaise : Eamon De Valera et Patrick Pearse. Rien d’étonnant, car on est ici en plein Gaeltacht, en pleine terre de langue irlandaise.

Costelloe et ses environs

Quelques kilomètres après Spiddal, la côte devient beaucoup plus découpée alors qu’on approche de Costelloe (Casla en gaélique). Juste avant Costelloe, le port de pêche de Rossaveal, le plus important du comté de Galway, est le principal point d’embarquement pour les merveilleuses îles d’Aran. Le village de Costelloe , au fond de Cashla Bay, est un village carrefour, porte d’entrée de la presqu’île de Carraroe et de trois îles reliées à la terre ferme par des ponts : Lettermore Island, Gorumna Island et Lettermullan Island. Des paysages tristes, plats et rocailleux, entrecoupés de lacs, avec de nombreuses maisons posées un peu partout. Bref, rien de spectaculaire ... Ceux qui ont peu de temps pour visiter le Connemara passeront donc leur chemin ! Les paysages sont beaucoup plus intéressants quand on quitte Costelloe vers le nord, en retrouvant la R336 qui longe des landes, des tourbières et des lacs parsemés de petites îles, avec quelques arbres et maisons isolés dont on se prend à penser qu’ils ont été plantés là juste pour la photo ! Dans la région de nombreuses maisons en ruines, sans doute vestiges des vagues d’émigration qui ont vidé la région de sa population pendant plus d’un siècle après la Grande Famine. A noter que c’est depuis Costelloe qu’émet la station de radio na Gaeltachta, radio en langue gaélique.

La péninsule de Carna

La R340 qu’on croise au bout de quelques kilomètres permet de rejoindre Carna, au coeur d’une large péninsule bordée par Kilkieran Bay à l’est et Bertraghboy Bay à l’ouest. Un peu en retrait de la R340, accessible par un petit chemin vers la gauche qu’on rate facilement, le Pearse’s Cottage est un petit musée consacré à Patrick Pearse, héros de l’indépendance irlandaise. Il venait profiter de ce cadre calme pour se reposer et écrire ... Il y donnait également des cours de gaélique, une habitude dans la région ! Pour les plus pressés, possibilité de couper par une petite route pour rejoindre directement Cashel, sans faire le tour de la péninsule de Carna. Pour les autres, la R340 longe Kilkerian Bay, au pied des Cnoc Mordain (353 mètres au point culminant), jusqu’au petit port de pêche de Kilkerian, spécialisé dans la transformation des algues et du saumon. Quelques kilomètres plus loin, à la sortie du village de Ardmore, à l’endroit où la R340 tourne vers la droite à angle droit, ne pas rater la route très étroite sur la gauche qui mène au bout d’une centaine de mètres à un B&B et à une plage immense et magnifique, largement découverte à marée basse. En reprenant la R340, on arrive à Carna, renommée pour la qualité de ses chantiers navals qui construisaient les Galway hookers, voiliers traditionnels du comté de Galway. Possibilité de pêcher la truite dans les nombreux lacs autour de Carna. De Carna on rejoint Glinsk, en coupant à travers les terres via la R340 ou en longeant la côte par des petites routes. A partir de Glinsk, on longe Bertraghboy Bay : paysages superbes, côte très découpée, nombreux îlots, estran, ... On prend ensuite la R342 pour rejoindre Cashel, au fond de Cashel Bay. Ce petit port peu actif est dominé par Cashel Hill, une colline de 310 mètres de haut, au sommet de laquelle on a un panorama magnifique sur Bertraghboy Bay au sud et les montagnes du Connemara au nord.

Roundstone

Un peu plus loin, on emprunte la R341 en direction de Roundstone, un des plus beaux villages du Connemara. Ce vieux village de pêcheurs aux rues pentues et aux maisons colorées s’est développé dans un cadre naturel magnifique, protégé par l’île de Inishnee et dominé par le mont Errisbeg (299m), dont on peut atteindre le sommet en 2 heures de marche (avec comme récompense un panorama magnifique puisque le mont est le seul relief de la région). Par temps clair (ce qui n’a hélas pas été mon cas), le port bénéficie d’une vue sur les Twelve Bens au loin. A 5 minutes de marche du centre du village, un ancien monastère franciscain abrite le Michael Killeen Park, un centre artisanal qui accueille entre autres Malachy Kearns, surnommé Malachy "Bodhran", fabricant de bodhrans de réputation mondiale. On peut visiter son atelier et bien sûr acheter un de ses fameux bodhrans (atelier ouvert en été uniquement). Roundstone est également réputé pour deux magnifiques plages de sable blanc, parmi les plus belles du Connemara : Gorteen Bay et Dogs Bay, à quelques kilomètres du village sur la route de Ballyconneely. A Gorteen Bay, un cimetière surplombant la plage offre un cadre de rêve à ceux qui y reposent pour l’éternité. Dommage que quelques mobilhomes viennent gâcher un peu le plaisir

Ballyconneely

En continuant à longer la côte, on arrive à Ballyconneely, porte d’entrée d’une péninsule qui s’avance entre Ballyconneely Bay au sud et Mannin Bay au nord. La côte est une succession de criques, d’innombrables îlots et de plages sublimes qui cernent une grand partie de la péninsule. La route en direction de Silverhill à partir du centre de Ballyconneely mène à Bunowen Pier, petit port de pêche avec une jolie petite plage et une fumerie de saumons. Juste à côté, le Connemara Golf Club est un des plus beaux 18 trous d’Irlande, au bord d’une plage magnifique ... malheureusement gâchée par une armée de mobilhomes ! Ballyconneely est réputé mondialement pour ses élevages de poneys du Connemara, plusieurs champions ayant grandi ici. La légende raconte que la race est née du croisement avec des pur-sangs arabes, arrivés en Irlande suite au naufrage d’un navire espagnol au large de Slyne Head. Dans un tout autre registre, l’inventeur italien Guiglielmo Marconi installa à Ballyconneely en 1905 sa station de télégraphe sans fil. De cette station, il émit en 1907 le premier message transatlantique sans fil vers Cap Breton, en Nouvelle-Ecosse. Pas loin de là, John Alcok et Arthur Whitten Brown s’écrasèrent avec leur avion le dimanche 14 juin 1919, "réussissant" le premier vol transatlantique, en effectuant la traversée depuis Terre Neuve en un peu plus de 16 heures. Les deux pilotes sortirent indemnes du crash (sans doute l’effet amortisseur du sol spongieux irlandais !), mais Charles Lindbergh devait avoir un meilleur attaché de presse puisque c’est lui qui est passé à la postérité comme ayant réussi le premier vol transatlantique ... en 1927, soit huit ans plus tard !

De Ballyconneely, on arrive rapidement à Clifden en longeant Mannin Bay. Fin de cet itinéraire sur la côte sud du Connemara ...

Clifden et ses environs

Souvent considérée comme la capitale du Connemara, Clifden est une station balnéaire agréable de 2 000 habitants, coincée entre Clifden Bay et le massif des Twelve Bens. Une situation géographique idéale donc pour découvrir tous les charmes de la région. Du coup les touristes y affluent pendant la saison estivale : à éviter donc pour ceux qui sont venus chercher le calme en Irlande ! La ville a le charme typique des villes touristiques de l’ouest irlandais : maisons colorées, rues animées, nombreux pubs et restaurants, ... Le 3ème jeudi d’août, Clifden accueille le Pony Show, l’une des plus belles foires aux poneys d’Irlande. La fête est en fait un concours qui désigne les meilleures bêtes par catégorie (sexe, âge, ...), les participants étant vendus aux enchères le lendemain (les bêtes, pas les éleveurs !). Evidemment, comme on est en Irlande, les fûts de Guinness se vident à vue d’oeil et la musique retentit dans les pubs de Clifden !

La Sky Road

Mais quittons la ville pour découvrir les alentours de Clifden. Et d’abord une route mythique : la Sky Road. Cette route étroite fait le tour de la péninsule de Kingstown, à l’ouest de Clifden, offrant des panoramas magnifiques sur une côte découpée. Il paraît même qu’on peut y voir un des plus beaux couchers de soleil du monde ... La route démarre à gauche après le supermarché Supervalue, au bout de la rue principale de Clifden. Suivre ensuite les panneaux Sky Road, en privilégiant la Upper Sky Road, plus spectaculaire. La route grimpe rapidement en dominant Clifden Bay jusqu’à un parking avec un panorama extraordinaire sur le bout de la péninsule de Kingstown. En bas de la descente, au premier carrefour, la route très étroite en face (le genre de route sur laquelle on prie pour ne croiser aucun véhicule ...) mène à une jolie plage de sable blanc faisant face à Iniskturk. La Sky Road se poursuit ensuite sur la partie nord de la péninsule de Kingstown, avec des paysages moins spectaculaires, et se termine sur la N59, quelques kilomètres au nord de Clifden.

Claddaghduff et Cleggan

On peut poursuivre par une autre balade côtière, moins spectaculaire que Sky Road, en prenant à gauche en direction de Claddaghduff après quelques kilomètres sur la N59 en direction de Westport. Après avoir longé un bras de mer faisant face à Sky Road, on atteint Claddaghduff, petit village aux maisons éparses. Depuis la superbe plage de Omey Strand, on peut accéder à marée basse à Omey Island, à pieds ou en voiture. Le tour à pied de l’île est une des balades incontournables de la région. L’été, Omey Strand accueille des courses de chevaux. Entre Claddaghduff et le port de Cleggan, on longe une côte découpée faisant face à Inishbofin, avec quelques maisons colorées qui dominent de jolies criques. Ne pas rater les superbes plages près des Cleggan Lobester Fisheries ! Cleggan, petit port de pêche qui cultive son art du désordre, est le point de départ des ferries qui desservent l’île de Inishbofin (compter 45 minutes de traversée). Jolie baie abritée, avec une plage sympa. On rejoint la N59 à Moyard, après avoir longé la baie de Cleggan puis le charmant Ballynakill Lough.

Bog Road

Autre balade intéressante depuis Clifden, au sud cette fois-ci : la Bog Road. Facile à rater, car mal indiquée ... Quittez Clifden en prenant la direction de Roundstone et de Ballyconneely. Au bout de quelques kilomètres, la route tourne à angle droit vers un pont au fond de Clifden Bay ; prendre alors tout droit avant le pont, en direction de Lough Fadda House. La route traverse une immense zone de tourbières et de lacs, sans le moindre arbre. Au loin, on devine (dans la brume !) la silhouette des Twelve Bens. Envoûtant ... La route se termine quelques kilomètres au nord de Roundstone. Un itinéraire sympa à faire en vélo, pour s’imprégner de l’atmosphère des lieux !

Connemara National Park

Le Connemara National Park, créé en 1980, couvre 2 000 hectares de tourbières, de landes, de prairies, de collines et de montagnes. Le parc comprend certains sommets des fameuses Twelve Bens, une chaîne de montagnes culminant à 729 mètres (Benbaun). Le territoire couvert aujourd’hui par le parc correspond en grande partie aux anciens domaines de l’abbaye de Kylemore et de la Letterfrack Industrial School (les locaux de l’école sont d’ailleurs aujourd’hui occupés par les bâtiments du parc national). Ce territoire accueillait des activités humaines, essentiellement des pâturages. Aujourd’hui la zone est totalement sauvage, même si des vestiges de cette occupation humaine demeurent visibles à certains endroits du parc. Outre son rôle touristique, le parc accueille également des étudiants qui effectuent des recherches sur la faune et la flore du Connemara.

L’entrée du parc se situe juste avant Letterfrack en venant de Clifden. Outre un parking, on y trouve la direction du parc national et un Visitors Centre très intéressant (gratuit, tout comme l’entrée dans le parc), qui vous permettra d’en apprendre plus sur les tourbières, que les irlandais appellent souvent le bog : origine des tourbières, faune, flore, exploitation, avenir, etc ... On y apprend par exemple que le Connemara (comme d’ailleurs une grande partie de l’Irlande) était autrefois couvert de forêts de pins qui ont été détruites par l’Homme, essentiellement pour laisser la place à des pâturages. Cette déforestation, l’acidité des sols et la pluviométrie importante sont à l’origine du développement de ces zones humides que sont les tourbières. On y apprend également que les tourbières sont un remarquable milieu de conservation, et qu’on y découvre régulièrement des corps humains encore bien conservés, propices à l’émergence de légendes et de croyances ... L’exposition est en anglais évidemment, mais un petit fascicule en français résume grossièrement l’exposition. Un coffee shop permet également de reprendre quelques forces après les randonnées. Car ce sont bien les randonnées qui constituent le principal intérêt du Connemara National Park. Trois circuits de randonnées en boucle partent depuis le Visitors Centre. Un circuit court, un circuit moyen ... et un circuit long. Le circuit court présente peu d’intérêt, le circuit moyen offre de belles vues sur la presqu’île de Renvyle mais c’est le circuit long qui est le plus intéressant, puisqu’il permet de grimper au sommet de Diamond Hill, une colline de 445 mètres de haut, avec des panoramas magnifiques tout au long de la montée et au sommet de la colline. Le sentier est très bien aménagé, des ponts en bois permettant de traverser les zones humides, et ne présente donc aucune difficulté particulière, sinon une ascension un peu raide sur la fin. Mais c’est difficile de monter en altitude tout en restant tout le temps sur du plat, n’est-ce pas ! Le vent peut toutefois rendre l’ascension pénible et même délicate par moments. Evidemment, comme pour toute randonnée en Irlande, ne pas oublier de s’équiper correctement (chaussures de marche, coupe-vent ou vêtement de pluie, de quoi boire et manger), car le temps change vite en Irlande. En tout cas les efforts déployés pour la montée sont largement récompensés par le panorama qu’on a au sommet : vue à 360°, portant sur la presqu’île de Renvyle et Tully Mountain, le Kylemore Lough (au bord duquel se trouve la fameuse Kylemore Abbey), les Maumturk Mountains, les Twelve Bens et les tourbières vers Clifden. Tout simplement extraordinaire par temps clair ! Compter entre 2 et 3 heures de marche pour l’aller-retour, selon la forme physique ... et le nombre de « pauses photo » ! Ne pas hésiter à partir tôt le matin, ça permet d’avoir la montagne pour soi alors qu’en journée les circuits de randonnée sont très fréquentés. Les randonneurs les plus aguerris, eux, n’hésiteront pas à descendre directement de Diamond Hill dans la vallée de la Polladirk River pour aller grimper les Twelve Bens toutes proches ! J’ai même croisé un randonneur belge qui plantait sa tente sur les sommets pour passer la nuit !

Joyce Country

Le Joyce Country désigne une région à cheval sur le comté de Galway et le comté de Mayo. Le Joyce Country ne tire pas son nom du fameux écrivain irlandais James Joyce comme on aurait tendance à le croire, mais plus simplement d’une rivière, la River Joyce qui coule dans une vallée entre Leenane et Maum. Le Joyce Country s’étend de cette vallée jusqu’à l’isthme étroit séparant le Lough Mask et le Lough Corrib, au coeur duquel se trouve Cong (comté de Mayo), considérée comme la capitale du Joyce Country. Pour découvrir cette région aux paysages attachants, je vous invite à un circuit partant de Leenane, au fond du magnifique fjord de Killary Harbour.

De Leenane à Cong via le Lough Nafooey

De Leenane, suivre la R336 (direction Connemara Loop) qui longe la River Joyce à travers une large vallée dominée par les Maumturk Mountains au sud et le massif de Devil’s Mother au nord, avec des sommets souvent dans les nuages. Au bout de quelques kilomètres, on pénètre dans une zone de Gaeltacht. Au milieu de la vallée, prendre à gauche une petite route en direction du Lough Nafooey. Aucun risque de se tromper, c’est l’unique carrefour entre Leenane et Maum ! La route grimpe rapidement vers un plateau de tourbières, dominées par le Maumtrasna (673 mètres), point culminant des Partry Mountains. Paysages très sauvages et tout simplement magnifiques. La route descend ensuite brutalement vers le Lough Nafooey, offrant une superbe vue sur la vallée. On pénètre alors pendant quelques kilomètres dans le comté de Mayo pour longer le Lough Nafooey, dans un des plus beaux paysages de la région. Un peu plus loin, après Finny, on traverse un pont qui enjambe un bras du Lough Mask (une route panoramique fait le tour de ce lac, mais je n’ai pas eu l’occasion de tester ...). Quelques barques en contrebas de la route attendent leurs pêcheurs, les autres profiteront de la vue superbe ! On repasse alors dans le comté de Galway, pour quelques kilomètres seulement, le temps d’atteindre Cong, capitale du Joyce Country.

Cong

Ce joli petit village s’est développé sur l’isthme de 5 kilomètres de large séparant le Lough Mask et le Lough Corrib (le nom gaëlique Conga désigne d’ailleurs une zone étroite de terre), une zone boisée et parcourue par des rivières plus charmantes les unes que les autres. Un cadre bucolique qui a charmé beaucoup de visiteurs, dont John Ford qui y a tourné en 1951 son plus célèbre film, « L’Homme Tranquille », avec John Wayne et Maureen O’Hara. Et il faudrait être aveugle pour ne pas le savoir en visitant Cong, car de nombreux commerces se sont baptisés en hommage au film ! Pour les amoureux de cinéma, un petit musée, le Quiet Man Cottage Museum, revient sur le tournage du film, avec des projections régulières. L’autre attraction du village est son abbaye, Cong Abbey, qui remonte au VIIème siècle mais qui fut détruite à deux reprises (par le feu au XIIème siècle puis par le normand William de Burgo en 1203). Les vestiges actuels datent de la reconstruction de l’abbaye, au début du XIIIème siècle. Pour ne rien cacher, ce ne sont pas les plus beaux vestiges d’abbaye en Irlande, loin de là. Par contre les jardins autour des ruines ne manquent pas de charme et abritent Monk’s Fishing House, un curieux petit bâtiment construit sur une rivière et qui aidait vraisemblablement les moines à pêcher du poisson. En traversant la rivière, on peut emprunter un sentier permettant de descendre le cours de la rivière jusqu’à Ashford Castle, un magnifique château-hôtel construit par la famille de Burgo au XIIIème siècle, ayant appartenu à la fameuse famille Guinness, et racheté en 1939 par Noel Huggard qui en a fait une des adresses les plus prestigieuses du monde. La liste des visiteurs célèbres est impressionnante : John Wayne et Maureen O’Hara (qui y ont séjourné à l’occasion du tournage de « L’Homme Tranquille »), Alex Ferguson (entraîneur écossais de Manchester United), Ronald Reagan, la princesse Grace et le prince Rainier, Sharon Stone, Robin Williams ou Woody Allen pour n’en citer que quelques-uns ! L’accès au parc est payant en théorie, mais à ma grande surprise personne ne m’a dérangé lors de ma visite ... Peut-être en va-t-il autrement en haute saison ? Au pied du château, une compagnie propose des croisières sur le Lough Corrib (d’autres bateaux partent du centre de Cong, mais en haute haute saison uniquement apparemment).

De Cong à Maum via le Lough Corrib

Quittons Cong pour revenir sur nos pas et prendre la R345 qui descend après Clonbur vers le Lough Corrib. Magnifique panorama sur le lac et ses nombreux îlots. Le Lough Corrib est le plus grand lac d’eau douce en Irlande et un véritable paradis pour les pêcheurs, comme en témoigne le nombre impressionnant de barques qui essaiment sur le lac ! Près de Cornamona, quelques tables de pique-nique au bord du lac offrent un cadre très agréable pour casser la croûte. La R345 continue à longer le Lough Corrib, jusqu’au petit village de Maum dans lequel on retrouve la River Joyce et la vallée qui ramène vers Leenane et Killary Harbour…

Source : http://www.terresceltes.net/-Galway-Connemara-.html

Commentaire : au bout de la Sky Road, là où la route rejoint le ciel, nous sommes sur le Chemin qui mène au Grand Architecte...

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 08:12

Les SAS ont été engagés dans le conflit nord-irlandais dès le début des « Troubles », en 1969, le premier déploiement remontant apparemment à 1966. Ce déploiement en vêtements civils à l'intérieur du Royaume-Uni était hors norme pour le SAS, qui voyait l'occasion de tester les techniques contre-insurrectionnelles et contre-terroristes qu'il développait. Les détachements SAS se limitaient à la collecte de renseignement, et pour ce faire, utilisaient parfois des femmes du Women's Royal Army Corps (WRAC) pour le travail en civil, des couples attirant moins l'attention que des hommes seuls. À l'été 1969, le D Squadron du 22 SAS fut déployé en uniforme dans la province. Cependant, la guerre du Dhofar sollicita à partir de 1971 l'essentiel des ressources du SAS, réduisant drastiquement le nombre d'hommes déployés en Irlande du Nord.

 

En 1971, la 39 Brigade à Belfast organisa le travail de surveillance en civil avec la création d'une unité dédiée, la Military Reaction Force (MRF). En octobre 1972, renseignée par un agent double, l'armée républicaine irlandaise provisoire (PIRA) attaqua un véhicule banalisé de la MRF, tuant un soldat. Un audit par une équipe comprenant au moins un membre du SAS mena à la réorganisation de ces activités. Les opérations furent placées sous un contrôle plus centralisé, et accompagnées d'un meilleur entraînement, par la création d'une Special Reconnaissance Unit (SRU) comptant 130 personnels. Le SAS était largement impliqué dans ces activités, puisque selon un rapport de 1974, un officier et 30 soldats de la SRU devaient « reprendre » leur service au 22 SAS après une période d'environ quatre mois. L'unité de surveillance en civil fut surtout connue sous le nom de 14 Intelligence Company (14 Int). En partie organisée par le SAS, elle était la seule unité de renseignement de l'armée britannique ne dépendant pas de l'Intelligence Corps. Elle fournissait un détachement (« the Det ») à chacune des trois brigades stationnées en Irlande du Nord. Des individus du SAS et du SBS y étaient régulièrement affectés, mais l'unité était cantonnée à un rôle de renseignement uniquement.

 

En janvier 1976, le gouvernement britannique annonça publiquement l'envoi du D Squadron en Irlande du Nord. Le SAS opérait en constituant des postes d'observation pour collecter du renseignement, en tendant des embuscades sur des caches d'armes de la PIRA, et en menant des arrestations de suspects dangereux. Il se peut également que des opérations secrètes en République d'Irlande aient eu lieu : le SAS fut accusé par la PIRA d'avoir enlevé un de ses membres, Sean McKenna, en République d'Irlande en mars 1976, et des SAS furent arrêtés par la police irlandaise quelques kilomètres au sud de la frontière en mai 1976, provoquant un incident diplomatique. En 1978, plusieurs « bavures » du SAS lors d'embuscades entraînèrent la mort de civils. Avant même ce déploiement, le SAS était déjà devenu la cible de la communication de l'IRA et des mouvements pour les droits civiques, qui accusaient le SAS à chaque fois qu'une opération en civil était connue (en fait, généralement effectuées par la 14 Intelligence Company) ainsi que d'être responsables de meurtres sectaires commis par des extrémistes loyalistes.

 

Les actions du SAS à cette époque étaient parfois mal menées, finissant par des échecs et causant la ruine de milliers d'heures d'efforts de renseignement. Le 2 mai 1980, lors d'un raid hâtivement préparé sur une maison à Belfast, une unité de SAS se trompa de maison. Le groupe de l'IRA visé par le raid put mettre en batterie une mitrailleuse M60 et tua le capitaine Herbert Westmacott. En conséquence, au début des années 1980, le système de déploiement par lequel les escadrons faisaient chacun leur tour une rotation de quelques mois fut arrêté et remplacé par une troop ayant reçu une formation et une préparation spécifiques à l'Irlande du Nord. Cette troop, parfois appelée Ulster Troop, était placée avec la 14 Intelligence Company sous un commandement commun appelé Intelligence and Security Group (Northern Ireland).

 

En plusieurs occasions, grâce à de bons renseignements, le SAS parvint à tendre des embuscades contre des membres de l'IRA en pleine action. Le 8 mai 1987, vingt-quatre soldats du SAS, visiblement bien informés à l'avance, attendirent un groupe de la PIRA devant dynamiter un poste de police à Loughgall. Le groupe SAS en embuscade fut même mis au courant par radio du modèle et de l'immatriculation d'un véhicule volé pour commettre l'attentat avant que le propriétaire eut prévenu les autorités du vol. Les huit hommes de l'IRA furent abattus après qu'ils eurent ouvert le feu sur le poste de police et déclenché l'explosion. Deux innocents en voiture arrivèrent sur les lieux pendant la fusillade, les SAS les prirent pour des complices et ouvrirent le feu, tuant l'un d'entre eux.

 

L'opération "Flavius". En mars 1988, des SAS en civil surveillèrent trois membres de l'IRA à Gibraltar qui préparaient la pose d'une bombe. Alors qu'ils étaient suivis à pieds, une voiture de police ne participant pas à l'opération alluma sa sirène, faisant se retourner un des hommes qui regarda un des SAS dans les yeux. Craignant d'être repérés, les SAS sortirent leurs armes et, craignant que les membres de l'IRA ne soient armés ou ne déclenchent une bombe par une commande à distance, les abattirent. Il s'avéra que les trois personnes abattues n'étaient pas armées et que leur bombe n'était pas encore posée, déclenchant une nouvelle fois une controverse sur les actions du SAS.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Special_Air_Service

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 08:32

En 1986, le mouvement provisoire promet une escalade militaire majeure et une avancée politique significative. En novembre 1986, Danny Morrison prédit même la victoire d’ici l’an 2000 (Our Day Will Come: Interview with Danny Morrison, Sunday News, 16 novembre 1986). Pour cette escalade militaire, entre août 1985 et septembre 1986, l’IRA provisoire importe plus de 150 tonnes d’armes et d’explosifs en provenance de Libye. En novembre 1987, les autorités françaises saisissent 150 autres tonnes d’armes et d’explosifs destinés aux Provisoires sur le navire Eskund. La livraison la plus importante dans ces importations était un lot de quatre tonnes d’explosif militaire Semtex qui permit aux Provisoires d’intensifier leurs opérations.

Utilisé par l’IRA pour la première fois le 28 octobre 1986, le Semtex a deux fois la puissance du Frangex qui jusque-là était l’explosif de prédilection des Provisoires. Jusqu’aux cessez-le-feu de 1994 et 1997, chaque bombe, chaque mortier et autres engins explosifs utilisés par l’IRA incorporait du Semtex sous une forme ou une autre. Grâce à cela, le nombre d’explosions dans le Nord passe de 254 en 1986 à 384 en 1987 puis 458 en 1988 – c’était le nombre le plus élevé d’explosions depuis sept ans et les quantités d’explosifs utilisées étaient les plus importantes depuis onze ans. Mais il devient de plus en plus difficile à l’IRA d’infliger des pertes à l’armée britannique.

En 1988, 21 soldats britanniques sont tués dans le Nord, en 1989 ce nombre tombe à 12, 7 en 1990, 5 en 1991 et 4 en 1992 (Liam Clarke and Kathryne Johnston, Martin McGuiness: From Guns to Government, Edinburgh: Mainstream Publishing, 2001, p.190). Il était de plus en plus clair que la campagne de l’IRA dans le Nord de l’Irlande devenait de plus en plus difficile à poursuivre. Selon une estimation crédible, à la fin des années 80, 70% des opérations planifiées par les Provisoires dans le Nord devaient être abandonnées par crainte de détection. Sur les 30% restants, seul un cinquième réussissait, les autres étant empêchées par les forces de sécurité (Gary McGladdery, The Provisional IRA in England: The Bombing Campaign 1973-1997, Dublin: Irish Academic Press, 2006, p.142).

Il n’est donc guère surprenant qu’en 1992 l’IRA tue presque autant de ses propres membres soupçonnés d’être des mouchards –six- que de membres des forces de sécurité (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.328). Une autre estimation sérieuse nous dit qu’à partir de la fin des années 80 et durant les années 1990, environs 9 opérations sur 10 de l’IRA devaient soit être annulées, soit étaient un échec. (Brendan O Brien, The Long War: The IRA & Sinn Fein, Dublin: The O Brien Press, third revised and updated edition, 1999, p.157). Et selon Ed Moloney, jusqu’en 1994, 8 opérations sur 10 des Provisoires dans le Nord étaient détectées par les forces de sécurité (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, second revised and updated edition, 2007, p.527). Les forces de sécurité capturent beaucoup de dépôts d’armes de l’IRA: 76 en 1987, 66 en 1988 et plus de 60 en 1989 (Kevin Toolis, Rebel Hearts: Journeys within the IRA’s soul, London: Picador, 1995, p.215).

Ceci força les Provisoires à utiliser de plus en plus d’armes et d’explosifs de fabrication artisanale. Les Provisoires devaient de plus en plus baser leur campagne sur leur unité basée dans le South Armagh « car les forces de sécurité avaient la haute main partout ailleurs. Le South Armagh était la dernière base sûre dont ils disposaient. » (Toby Harnden, Bandit Country: The IRA and South Armagh, London: Hodder and Stoughton, 2000, p.320).

Il est donc guère surprenant que cinq des six soldats britanniques tués en 1993 fussent tués là-bas.

Vu qu’il était de plus en plus difficile pour l’IRA de tuer des militaires britanniques en Irlande, les Provisoires furent obligés d’étendre leur campagne en Angleterre et ailleurs en Europe. Entre janvier 1988 et juin 1990, l’IRA mena 17 opérations en Allemagne et au Benelux, tuant 11 personnes dont deux touristes australiens pris pour des soldats, un enfant de six mois et l’épouse d’un militaire. La campagne de l’IRA en Angleterre durant cette période tue 14 soldats, dont onze tués dans un attentat contre une école de musique militaire le 22 septembre 1989. L’armée britannique dominait tellement le terrain en Irlande du Nord que Peter Brooke, le secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord, déclara que les militaires britanniques en Europe et en Angleterre sont dans une position plus dangereuse que ceux basés en Irlande du Nord (David McKittrick, Endgame: The Search for Peace in Northern Ireland, Belfast: The Blackstaff Press, 1994, p.234).

« La situation plus sûre en Ulster durant les années 1990 était d’être membre des forces de sécurité, car de moins en moins d’entre eux étaient tués par les organisations républicaines. » (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.229).

Non seulement les pertes de l’armée britannique dans le Nord étaient à leur niveau le plus bas depuis les années 1970, mais les effets politiques de la mort d’un soldat là-bas étaient très faibles (Toby Harnden, Bandit Country: The IRA and South Armagh, London: Hodder and Stoughton, 2000, p.318). Parallèlement à cela, l’IRA était en difficulté a cause d’une série d’opérations qui aboutirent à la mort de civils, sans intention de la donner. La pire était l’explosion a Enniskillen le 8 novembre 1987, dans laquelle onze civils furent tués. Dans les neuf mois qui suivirent l’attentat d’Enniskillen, 18 autres civils perdirent la vie lors d’opérations de l’IRA, ce qui représentait un taux plus élevé que d’habitude (Ed Moloney, op. cit. p.341). Cela mit les Provisoires dans une position difficile.

Non seulement l’escalade militaire des Provisoires était un échec, mais le mouvement faisait face à des pertes et non des gains politiques. Electoralement, le Sinn Fein faisait face à des pertes croissantes, perdant en termes autant absolus que relatifs sa compétition avec le nationalisme constitutionnel. Dans le Sud, malgré la décision des Provisoires d’abandonner l’abstentionnisme, le Sinn Fein Provisoire avait des résultats humiliants. Aux élections du parlement de Dublin en 1987, les 27 candidats du Sinn Fein obtiennent 32.933 votes soit 1,7% et aucun d’entre eux n’est élu. En 1989, c’est encore pire, les 14 candidats obtiennent 20.003 votes, soit 1,2%. En 1992, les résultats sont encore plus catastrophiques, les 41 candidats du Sinn Fein recueillant 26372 votes – 1,6%.

Lors des élections locales de juin 1991 dans le sud, le Sinn Fein ne réussit à faire élire que 6 de ses 59 candidats – six conseillers municipaux sur 883 soit 0,7%. Quant aux élections européennes, le Sinn Fein obtient 34.226 votes (2,3%) en 1989 et 33823 votes (3%) en 1994. Dans le Nord le parti était aussi en déclin et le gouffre entre le Sinn Fein et le SDLP s’approfondissait.

Aux élections locales de 1989, le SDLP obtient 129.557 votes (21%) et 121 conseillers municipaux (un gain de 20) alors que le Sinn Fein obtient 69.032 votes (11,2%) et 43 conseillers municipaux (une perte de 16). Si en 1985 le SDLP avait 42 conseillers municipaux de plus que le Sinn Fein, en 1993 le SDLP en avait 75 de plus avec 138.619 votes (22%) et 127 conseillers municipaux comparés aux 78.092 votes (12,4%) et 51 conseillers obtenus par le Sinn Fein. Aux élections européennes de 1989, John Hume (le leader du SDLP) humilie le Sinn Fein en obtenant 136.335 votes (25,5%) presque le triple des 48.987 votes (9,1%) obtenus par Danny Morrison, et le vote du Sinn Fein pour la première fois depuis 1982 tombe en-dessous des 50.000 voix.

Aux élections européennes de 1994, le Sinn Fein obtient 55.215 votes (environ10%). Les élections au parlement de Westminster marquent le point le plus bas de la stratégie du fusil et du bulletin de vote. Si aux élections de 1987, le vote du Sinn Fein décline à 83.389 votes (11,4%) comparés aux 154.087 (21,1%) obtenus par le SDLP, Gerry Adams avait tout de même réussi à se faire élire parlementaire pour Belfast-ouest; alors qu’en 1992 celui-ci perd son siège au profit du SDLP. En 1992, le SDLP obtient 184.445 votes (23,5%) compares aux 78.291 (10%) obtenus par le Sinn Fein. Si en 1983 le Sinn Fein représentait 42% du vote nationaliste dans le nord, en 1992 il n’en représentait plus que 29,8%.

Les forces de sécurité infligent également des pertes très importantes à l’IRA. Rien qu’en 1987 et 1988, 26 volontaires de l’IRA sont tués, 14 abattus par le SAS (Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, p.260). Le 8 mai 1987 une des meilleures unités de l’IRA est prise dans une embuscade à Loughall. Huit volontaires furent tués, ce qui représentait la perte la plus importante de l’IRA depuis 1921. Il y a de bonnes raisons de penser qu’il y a eu trahison dans cet incident (Ed Moloney, op.cit. chapitre onze et passim).

Il est intéressant de noter que le chef de l’unité tué a Loughall, Jim Lynagh, avait la particularité d’être un maoïste et un stratège militaire hors pair (Toby Harnden, Bandit Country: The IRA and South Armagh, London: Hodder and Stoughton, 2000, p.247). Au moment où ils ont été tués dans cette embuscade, ils cherchaient a rompre avec la direction de Gerry Adams et étaient partisans d’une guerre populaire prolongée.

Entre 1987 et 1992, 21 volontaires de l’IRA sont abattus dans des embuscades organisées par le SAS. Après Loughall entre 1987 et 1992, les activistes de l’IRA étaient tués a un rythme cinq fois plus rapide que d’ordinaire. Cette accélération pourrait être une coïncidence, mais cela semble à peine possible. Les statistiques montrent que les Provisoires étaient presque finis partout où ils opéraient.

A l’été 1988, ils arrivaient à tuer deux fois plus de militaires britanniques. Mais le total diminue chaque fois de moitié au cours des années qui suivent. » (George Brock, Who really brought peace to Belfast? Times Literary Supplement, 27 février 2008). Réorganisés, armés et entraînés par les services secrets britanniques, les groupes loyalistes intensifient leur campagne d’assassinats, terrorisant la population nationaliste et la poussant à demander la paix à tout prix.

Si durant les années 1980 les groupes loyalistes etaient responsables d’environs 25% des morts du conflit, à partir du début des années 1990 ceux-ci sont responsables de plus de 50% des morts. Entre janvier 1988 et leur cessez-le-feu le 13 octobre 1994, les loyalistes furent responsables de la mort de 229 personnes, dont 207 etaient des meurtres sectaires [à motivation confessionnelle]. En 1989-1993, ils réussissent à tuer 26 membres de l’IRA, du Sinn Fein ou de leur famille. « Ces attaques meurtrieres contre les deux ailes du mouvement republicain par le SAS ou les Loyalistes… jouèrent sans aucun doute un rôle important dans la décision de l’IRA de déclarer un cessez le feu en 1994. » (Peter Taylor, The Provos: the IRA and Sinn Fein, London: Bloomsbury, 1998, p.311).

Le 30 mars 1992, Gerry Adams déclare que la stratégie du ‘fusil et bulletin de vote’ est périmée, et Martin McGuiness indique qu’elle a été remplacée par une stratégie ‘d’un bulletin de vote dans une main et une solution dans l’autre’. (A ballot paper in one hand and a solution in the other, An Phoblacht Republican News, 2 avril 1992, p.2). Ils n’étaient arrivés a cette conclusion que parce que le mouvement provisoire était en train de perdre autant sur le plan militaire (le fusil) que sur le plan politique (le bulletin de vote).

C’est l’Etat britannique qui est arrivé à limiter les options du mouvement provisoire plutôt que l’IRA qui a réussi à limiter les options politiques du gouvernement britannique. La ‘solution’ mentionnée par Martin McGuiness est le document ‘Towards a Lasting Peace’ (Vers une paix durable) adopté par le Sinn Fein en 1992. Celui-ci propose une alliance du mouvement provisoire avec les partis du nationalisme constitutionnel comme le SDLP et le gouvernement de Dublin pour faire pression diplomatique sur l’Etat britannique afin que celui-ci ‘persuade’ les unionistes que leur avenir se trouve dans une Irlande unie.

Quand les Provos sont arrivés à construire cette alliance, ce n’était pas eux qui en déterminaient les termes, mais le nationalisme constitutionnel. Pour rendre cette alliance possible, le mouvement Provisoire a dû faire des concessions idéologiques majeures et accepter l’interprétation que le nationalisme constitutionnel donne au concept d’autodétermination, donner plus d’importance au ‘consentement’ des unionistes qui jusque-là était dénoncé par les républicains comme un veto, et même réviser l’analyse de la présence britannique en allant jusqu’à donner un rôle positif au gouvernement de Londres!

La nouvelle stratégie des Provisoires telle qu’elle est développée dans ‘Towards A Lasting Peace’ « marque noir sur blanc la mutation radicale qui se passait au sein du républicanisme », surtout si on le compare au document ‘A Scenario For Peace’ de 1987. Vers une Paix Durable « était important non seulement pour ce que le document disait mais aussi pour ce qu’il ne disait pas. L’analyse du colonialisme et de l’impérialisme avait disparu, mais encore plus fondamental l’exigence d’un retrait britannique avait elle aussi disparue. En 1972, l’IRA donnait trois ans au gouvernement britannique pour se retirer d’Irlande; en 1987 ce fut étendu à la vie d’un parlement soit cinq ans. En 1992, non seulement il n’y avait aucune limite dans le temps… mais le Sinn Fein reconnaissait que la Grande Bretagne pouvait jouer un rôle positif en Irlande. » (Brian Feeney, Sinn Fein: A Hundred Turbulent Years, Dublin: The O Brien Press, 2002, p.378).

Si on compare le document de 1987 (http://www.sinnfein.ie/contents/15210) avec celui de 1992 (http://www.sinnfein.ie/contents/15212) ou les discussions entre le Sinn Fein et le SDLP en 1988 (http://www.sinnfein.ie/contents/15215) avec le document Hume-Adams de 1993 (http://www.sinnfein.ie/humes-adams-statements) on voit bien que ne sont pas le SDLP ou le gouvernment de Dublin qui ont modifié leurs positions, mais le mouvement Provisoire qui a adopté la position du nationalisme constitutionnel, selon laquelle il ne peut y avoir d’autodetermination sans le consentement d’une majorité dans le nord. Ceci « marque de fait la défaite idéologique du Républicanisme Provisoire… et le commencement de son absorption dans le nationalisme constitutionel. » (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.247).

Le républicanisme était progressivement dilué dans le nationalisme constitutionel. Selon certains, un moment-clé qui a vu cette tendance devenir dominante était la conférence interne du 7-8 mai 1988 à Dublin où une stratégie centrée sur la lutte des classes et le socialisme proposee par Jim Monaghan, Rose Dudgade et Philip Ferguson (dans un document intitulé ‘Republicanising the Social and Economic Struggle’) a été rejetée en faveur d’une strategie axée sur le pan-nationalisme defendue par Tom Hartley dans son document ‘Towards A Broader Base?’. (Martyn Frampton, The Long March: The Political Strategy of Sinn Fein 1981-2007, Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2009, p.55).

Parallèlement à cela le mouvement provisoire est engagé dans des pourparlers avec le gouvernement britannique. Les Provisoires tirèrent la conclusion que le gouvernement britannique préférait à présent dialoguer et négocier avec eux plutôt que s’affronter à eux. Mais l’objectif central du gouvernement britannique était « d’inclure des républicains mais d’exclure le républicanisme » (Anthony McIntyre, Why Stormont Reminded me of Animal Farm, Sunday Tribune, 12 avril 1998). Ce point est fondamental. Le prix de l’inclusion de républicains dans les négociations et le processus de paix émergent est l’exclusion du républicanisme.

Cela veut dire dialoguer avec des dirigeants républicains et des organisations républicaines, mais sur la base de paramètres politiques excluant les objectifs politiques du républicanisme. Le processus de paix a peut-etre inclus des républicains, mais de la Déclaration de Downing Street de 1993 aux Accords du Vendredi Saint de 1998, le processus a toujours été basé sur l’alternative au républicanisme, développé par l’Etat britannique depuis 1972: une solution ‘interne’ (partage de pouvoirs dans le Nord) avec une dimension ‘externe’ (organismes transfrontaliers etc) greffée dessus.

Les revendications républicaines traditionelles (comme les trois demandes dans les années 70) n’ont jamais été incorporées dans les négociations et aucune d’entre elles n’apparut dans les Accords du Vendredi Saint. « Ce que l’Etat britannique accordait aux républicains – en les autorisant à prendre part à des négociations dans lesquelles ils peuvent parler d’Irlande unie sans avoir de chances de le réaliser – était l’équivalent d’une opportunité de creuser un tunnel pour aller sur la lune. » (Anthony McIntyre, Sinn Fein stance hinders Republican cause, Sunday Tribune, 20 juillet 1997).

Cela était évident si on examine les paramètres politiques du processus de paix. Comme l’ecrit Lord David Trimble: « Crucialement, il a été clairement expliqué (aux républicains) qu’il y avait des pré-conditions avant qu’il y ait des négociations. Ces conditions furent cristalisées plus tard dans la Déclaration de Downing Street de 1993 comme étant : mettre fin à la violence, s’engager à utiliser des moyens purement pacifiques et démocratiques. Tout aussi crucial était l’engagement du gouvernement britannique de défendre le principe qu’il n’y aurait pas de changement dans le statut constitutionnel de l’Irlande du Nord sans le consentement d’une majorite là-bas, et son refus de se laisser convaincre par l’idée d’une Irlande unie. Tout cela prédeterminait le résultat des négociations en 1998. Ces préconditions furent définies en mars 1991 et en 1992 en l’abscence du Sinn Fein.

Quand les républicains établirent leur cessez-le-feu en 1994, ils acceptaient de fait ces paramètres pour les négociations. » (David Trimble, Ulster’s Lesson for the Middle East: don’t indulge extremists, The Guardian, 25 octobre 2007). La Déclaration de Downing Street du 15 décembre 1993 fournit les paramètres des négociations et du processus de paix. Comme le rappelle Peter Taylor, « c’était essentiellement un document unioniste renforçant le veto unioniste que les Provisoires essayaient de détruire depuis des annees. » (Peter Taylor, The Provos: the IRA and Sinn Fein, London: Bloomsbury, 1998, p.343).

Parmi ses douze points, la Déclaration de Downing Street mentionne le veto unioniste pas moins de huit fois. La réaction des Provisoires à la Déclaration de Downing Street était intéressante: « Les Provisoires avaient immédiatement rejeté le traité de Sunningdale en 1973. Ils avaient condamné –parfois violemment- l’accord anglo-irlandais douze ans plus tard, tout en reconnaissant qu’il contenait des éléments positifs. Quand ils furent confrontés à la Déclaration de Downing Street, les Provissoires hésitaient. » (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.251).

Le Sinn Fein cherchait a obtenir des ‘clarifications’ au sujet de la Déclaration, sans l’accepter mais sans non plus la rejeter. Le 22 février 1995, les gouvernements de Londres et de Dublin publient les Joint Framework Documents proposant une issue possible des négociations: un partage de pouvoir dans le nord avec des organismes transfrontaliers tout en renforcant le veto unioniste. La réaction des Provisoires à ces documents fut positive. Finalement, fin janvier 1996, la commission Mitchell établit six principes auxquels tous les participants au négociations doivent adhérer. Cela inclut de renoncer à l’utilisation de la force et le désarmement des groupes armés. Le Sinn Fein décide d’adhérer aux principes de la commission Mitchell.

Ceci était en contradiction avec la constitution de l’IRA. Les Provisoires acceptaient donc la définition de l’Etat britannique de ce qui est ‘démocratique’ et légitime comme opposition. Quand le Sinn Fein est finalement admis aux négociations en septembre 1997, les paramètres politiques était dejà fermement établis. D’un point de vue republicain, la Déclaration de Downing Street, les Framework Documents et les Principes de la commission Mitchell auraient dû être immédiatement rejetés. Mais les Provisoires les acceptèrent tous les trois en pratique. C’est pour cela que quand l’IRA déclare un cessez-le-feu le 19 Juillet 1997, le programme républicain était descendu jusqu’à vouloir « renégocier l’union » avec la Grande Bretagne plutôt que d’y mettre fin (Another chance for progress, An Phoblacht Republican News 24 juillet 1997, p.9).

Les Provisoires n’ont pas « républicanisé » le processus de paix, en fait le processus de paix etait un moyen de « de-républicaniser » le Sinn Fein comme ses paramètres le prouvent. (Brendan O’Muirthile, Strategic Republicanism: Neither strategic nor republican, The Blanket).

Alors que le processus de paix se développait, les Provisoires décident de donner une importance primordiale à une campagne en Angleterre. L’organisation investit ses meilleures ressources dedans, même si c’etait au détriment des sa campagne dans le nord (Gary McGladdery, The Provisional IRA in England: The Bombing Campaign 1973-1997, Dublin: Irish Academic Press, 2006, p.214). Les Provisoires arrivent à mener des opérations spectaculaires. Le 7 février 1991, la PIRA tire au mortier contre le 10 Downing Street. Le 10 avril 1992, deux bombes détruisent 325.000 métres carrés dans le centre de Londres obligeant le gouvernement britannique à payer £800 millions de dommages. Le 14 avril 1993, une bombe dans le quartier financier de Londres détruit 278.000 mètres carrés de bureaux, infligeant plus de £300 millions de dégâts.

Un mythe dit que ces attaques spectaculaires ont forcé le gouvernement britannique à négocier avec les Provisoires – la crainte d’endommager la City aurait poussé le gouvernment de John Major à négocier avec l’IRA. Mais « c’est l’opposé qui est vrai » (Brian Feeney, Sinn Fein: A Hundred Turbulent Years, Dublin: The O Brien Press, 2002, pp.395-396). « Il est clair que le processus de paix était déjà sur pieds quand la violence est réapparue en Angleterre. » (Gary McGladdery, op.cit. p.143). Les bombes a Londres en 1992 et 1993 n’avaient pas pour but de forcer le gouvernement britannique à négocier, mais à augmenter la marge de manœuvre des républicains une fois que les négociations auraient lieu (Gary McGladdery, op.cit. p.159).

Dans ses Mémoires, le premier ministre britannique John Major explique que pour les Provisoires « une offre de paix devait être accompagnée de violence pour prouver à leur base qu’ils ne capitulaient pas. » (John Major, The Autobiography, Harper Collins, 1999, p.433). Plus grande est la capitulation, plus forte est la bombe… Mais les succès des forces de sécurité font que les Provisoires ne sont en mesure de mener qu’une seule opération majeure en Angleterre après juillet 1993, quand ils mènent, entre le 8 et le 13 mars 1994, trois attaques au mortier contre l’aéroport d’Heathrow.

Le gouvernement britannique n’était prêt à autoriser les Provisoires à prendre part aux négociations que s’il y avait un cessez-le-feu; la même condition qui avait été posée par les nationalistes constitutionels pour leur collaboration avec le Sinn Fein. Pour cette raison, l’IRA Provisoire déclare un cessez-le-feu le 31 août 1994. Les Provisoires ont dû aussi prendre cette décision car leur campagne armée était profondement affaiblie par les succès de forces de sécurité (cf Jack Holland et Susan Phoenix, Phoenix: Policing the Shadows, London: Hodder & Stoughton, 1996, pp.265-269 et Jack Holland, op.cit. pp.253-262 pour un portrait des capacités de l’organisation au moment du cessez-le-feu). En ce sens, le cessez-le feu de 1994 représente une victoire pour l’Etat britannique (Rogelio Alonso, The IRA and Armed Struggle, London: Routledge, 2006, pp.150).

Le cessez-le-feu prit fin le 10 février 1996 à cause d’une opposition croissante au sein de l’IRA. L’IRA mène alors une activité limitée qui malgre quelques opérations bien menées durant les premiers mois s’avère être un échec (Jim Cusack, Resumption of armed struggle has not been a success from the IRA’s point of view, The Irish Times, 19 juillet 1997 et Ed Moloney,op.cit, pp.442-443 et 458-460). C’est pour cette raison que l’IRA Provisoire n’a pas trop le choix et doit décréter un nouveau cessez-le-feu le 19 juillet 1997.

Ces deux cessez-le-feu reprentent moins la capitulation de l’IRA Provisoire que son « échec stratégique ». (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.215).

Quand les Provisoire rejoignent finalement les négociations en septembre 1997, ils n’avaient en rien contribué à en déterminer les paramètres; et sur base de la Déclaration de Downing Street, Framework Documents et les principes de la Commission Mitchell, leur resultat probable s’annonçait comme quelque chose à quoi le républicanisme s’était toujours opposé. Quand en décembre 1997 Tony Blair rencontre pour la premiere fois officiellement Gerry Adams à Downing Street, il lui demande s’il est prêt à accepter « qu’il n’y a aucune possibilité d’une Irlande unie ». Tony Blair fut soulagé de constater que Gerry Adams « était prêt à accepter qu’il devra se satisfaire de quelque chose qui ne sera pas une Irlande unie » comme résultat des négociations (Jonathan Powell, Great Hatred, Little Room. Making Peace in Northern Ireland, London: The Bodley Head, 2008, p.23).

Les Provisoires jouèrent un rôle marginal dans les négociations qui aboutirent aux Accords du Vendredi Saint le 10 avril 1998. Le SDLP et l’UUP jouerent le role central; le Sinn Fein n’a eu qu’un rôle périphérique et sa contribution s’est essentiellement limitée aux sections sur les libérations conditionelles anticipées de prisonniers et la législation sur la langue irlandaise (cf Thomas Hennessey, Negotiating the Belfast Agreement, in Brian Barton and Patrick J Roche (eds), The Northern Ireland Question: The Peace Process and the Belfast Agreement, Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2009, pp.38-56).

Pour résumer, l’Accord du Vendredi Saint stipule qu’en échange de la reconnaissance par les nationalistes et les républicains de la légitimité de la souveraineté britannique sur l’Irlande du Nord (et de ce fait le gouvernement de Dublin modifia sa constitution en ce sens) et de l’acceptation qu’il n’y aura pas de changement de cela sans le consentement d’une majorité dans le Nord, les Unionistes acceptent de partager le pouvoir avec les nationalistes et les républicains et une coopération limitée avec le gouvernement de Dublin. L’Accord comprend aussi une série de législations pour lutter contre la discrimination, la libération conditionelle des prisoniers dans les deux ans, une réforme de la police et la destruction de l’armement des groupes armés.

Fournir une analyse détaillée de l’Accord du Vendredi Saint (ou des raisons pour lesquelles les Provisoires pensent qu’il donne les moyens d’une transition vers une Irlande unie) dépasse de loin le cadre de cet article, mais il faut répondre à la question de savoir si celui-ci représente une avancée ou une défaite pour le républicanisme. Les Provisoires disent que les Accords du Vendredi Saint ne représentent pas une défaite pour le républicanisme. Danny Morrison par exemple écrit que le gouvernement britannique ne pouvait pas vaincre l’IRA ni l’IRA vaincre le gouvernement britannique, et donc si les Provisoires n’ont pas gagné, ils n’ont pas perdu non plus (Danny Morrison, The war is over…Now we must look for the future, The Guardian, 11 mai 1998).

Mais son raisonnement est faux. « L’objectif politique de l’IRA Provisoire était de forcer le gouvernement britannique à se retirer. Elle a échoué. L’objectif stratégique de l’Etat britannique était de forcer l’IRA Provisoire à accepter qu’il ne se retirerait pas d’Irlande sans le consentement d’une majorité dans le Nord. Il a réussi. » (Anthony McIntyre, We, the IRA, have failed, The Guardian 22 mai 1998).

L’Accord du Vendredi Saint ne satisfait même pas les critères minimum que le Sinn Fein avait établi pour accepter le résultat des négociations (voir par exemple l’article de Gerry Adams dans Ireland on Sunday le 8 mars 1998. Voir aussi Gerry Adams, Change needed for North’s transition, The Irish Times, 13 mars 1998). Ailleurs, Danny Morrison indique que parmi « les pilules amères que le processus de paix à forcer les républicains à avaler » il y a: « la suppression des Articles 2 et 3 de la constitution irlandaise (souveraineté sur le Nord), le retour d’une assemblée d’Irlande du Nord, l’abandon de la politique d’abstentionisme dans le nord, l’obligation de s’appuyer sur des commissions de l’Etat britannique pour déterminer les futur des droits de l’homme, l’égalité et la police, la reconnaissance implicite de la nécessité du consentement unioniste sur la question constitutionelle » (Danny Morrison, Stretching Republicans Too far, The Guardian, 13 juillet 1999).

Il ajouta plus tard: « les républicains prennent part à une Assemblée dont ils n’ont jamais voulu. Le gouvernement britannique n’a jamais indiqué l’intention de se retirer. L’armée britannique demeure présente dans certaines zones nationalistes. La police n’a pas été réformée. Les problèmes d’égalité et de justice n’ont toujours pas été résolus. » (Danny Morrison, Get on with the business of peace, The Guardian, 14 octobre 2002). « Mais Morrison évite de conclure de ce catalogue de désastres que le processus de paix a été une défaite abjecte pour les républicains. » (Gerard Murray and Jonathan Tonge, Sinn Fein and the SDLP From Alienation to Participation, London: Hurst & Company, 2005, p.234).

Même d’un point de vue réformiste ou nationaliste constitutionnel, l’Accord du Vendredi Saint apparaît comme une défaite. Dans une analyse célèbre, Austin Currie (un ancien membre influent du SDLP) souligne le fait que le traité de Sunningdale de 1973 répondait beaucoup mieux à l’intérêt du nationalisme que les accords du vendredi saint. (Austin Currie, All Hell Will Break Loose, Dublin: O’Brien Press, 2004, pp.431-435). Si les Provisoires defendent l’Accord du Vendredi Saint, alors pourquoi ceux-ci se sont-ils opposé au traité de Sunningdale ? Et si les Provisoires avaient raison de s’opposer au traité de Sunningdale en 1973, pourquoi défendent-ils l’Accord du Vendredi Saint alors que celui-ci est moins bien que l’Accord 25 ans plus tôt ?

Cela soulève la question très grave de savoir pourquoi tant de gens sont morts à cause du conflit entre 1973 et 1998, alors qu’une meilleure solution était déjà disponible en 1973.

Le plus grave d’un point de vue républicain, lorsque les Provisoires souscrivent à l’Accord du Vendredi Saint, c’est que cet accord « a rendu légitime ce qui a longtemps été consideré comme étant illégitime » (Martyn Frampton, The Long March: The Political Strategy of Sinn Fein 1981-2007, Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2009, p.108). Comme le souligne Eamonn McCann: « En acceptant le principe qu’il n’y aura pas de changement dans le statut constitutionnel du Nord de l’Irlande sans le consentement d’une majorité là-bas, le Sinn Fein abandonne l’idée qui était au cœur de sa tradition et qui avait fourni la justification politique et morale de la campagne républicaine et de l’existence de l’IRA. » (Eamonn McCann, Historical Handshakes do not reflect street-level reality, Sunday Business Post, 8 April 2007).

Pour résumer donc, l’Accord du Vendredi Saint représente premièrement une défaite pour le républicanisme, deuxièmement, en l’acceptant les Provisoires échangent le républicanisme contre le nationalisme constitutionel, et troisièmement, l’Accord soulève la question de pourquoi les Provisoires ont tué des centaines de personnes vu que presque tout ce qu’offre l’Accord du Vendredi Saint était dejà disponible 25 ans plus tôt en 1973…

Le 10 mai 1998 un congrès du Sinn Fein Provisional approuve à 331 contre 19 l’Accord du Vendredi Saint. Comment expliquer que le gros « des familles des volontaires de l’IRA tués, des ex-grévistes de la faim, d’ex-evadés de prisons et des milliers de sympathisants » comme le rappelle Danny Morrison (Danny Morrison, A time to build trust, The Observer, 22 avril 2001) soient restés loyaux au mouvement Provisoire et à sa direction alors que celui-ci a abandonné les principes républicains et transformé l’hérésie en orthodoxie?

Le fait d’être ‘loyal au mouvement’ plutôt qu’à l’idéologie est le facteur décisif. « La direction du mouvement a toujours exploité notre loyauté » rappelle Brendan Hughes (Interview with Brendan Hughes, Fourthwrite, printemps 2000). Pour les Provisoires, il fallait maintenir l’unité du mouvement à tout prix (voir par exemple les articles United We Stand et Forward in Unity dans An Phoblacht Republican News du 7 mai 1998). Cela indique la primauté de l’unité organisationelle sur l’unité autour de principes idéologiques. C’est la version irlandaise de la maxime sociale-démocrate « le mouvement est tout, les principes ne sont rien ». (Etienne Balibar, The Philosophy of Marx, London: Verso, 1998, 89).

Une fois que le mouvement a pris le pas sur les principes, le républicanisme devient ce que qui arrange la direction du mouvement. « Ainsi le ‘républicanisme’ qui déclarait ‘pas de retour a Stormont’ en 1997, restait du ‘républicanisme’ quand il acceptait des portefeuilles ministériels à Stormont en 1999. » (Gerard Murray and Jonathan Tonge, op.cit., p.261). L’intervention des prisonniers en faveur de l’Accord du Vendredi Saint a aussi été importante. Si les Provisoires ne signaient pas l’Accord du Vendredi Saint, leurs prisonniers auraient encore été condamnés à de longues années de détention. Mais grâce à l’Accord de 1998, 242 prisonniers dans le Nord et 57 autres dans le sud bénéficient d’une libération anticipée et conditionelle (ils n’ont pas été amnistiés).

Gerry Adams remarquait que « les prisoniers libérés sont les meilleurs ambassadeurs pour le processus de paix » (Jonathan Powell, Great Hatred, Little Room. Making Peace in Northern Ireland, London: The Bodley Head, 2008, pp.100-101). Son propos est de contrer les déclarations d’un porte-parole de l’IRA en 1975: « Supposons qu’on obtienne la libération de tous les prisonniers, une amnistie générale, le retrait de toutes les troupes britanniques dans leurs casernes, ce serait le retour à la case depart, à là où nous en étions en 1969. » (Paul Bew and Henry Patterson, The British State and the Ulster Crisis, London: Verso, 1985, p.84)

Quand le 8 mai 2007, presque dix ans après les Accords du Vendredi Saint, les Provisoires décident de partager le pouvoir avec Ian Paisley, ils achevaient leur intégration dans institutions que leur mouvement à la base était censé détruire. Le 28 juillet 2005, l’IRA Provisoire publie un communiqué disant que sa campagne armée prend fin pour de bon et que ses membres doivent agir par des moyens purement pacifiques et légaux, et que de ce fait l’organisation va détruire son arsenal (Irish Republican Army orders an end to armed campaign, An Phoblacht Republican News, 28 juillet 2005, p.3). Si le Provisional Sinn Fein voulait pleinement prendre part aux institutions étatiques du nord et du sud, il lui fallait reconnaître que le gouvernement de Londres et de Dublin possède le monopole de la force légitime (par définition) et ne pouvait pas avoir de lien avec une ‘milice privée’ – il ne peut y avoir qu’une seule armée légitime.

Entre 2001 et 2005, l’IRA Provisoire se trouve donc forcée de détruire ce qui restait de son arsenal. En acceptant de détruire son arsenal dans ces conditions, les Provisoires discréditent et criminalisent la résistance à la domination britannique: « A la base les républicains acceptent l’idée que les armes utilisées par Francis Hughes, le gréviste de la faim, pour tuer un membre du SAS sont contaminées par quelque chose qui ne contamine pas les armes utilisées par les paras pour tuer les victimes de Bloody Sunday. » (Anthony McIntyre, ‘Another victory for unionism’ Sunday Tribune du 4 juillet 1999). De même, il n’y a aucun précédent dans l’histoire irlandaise d’un groupe insurgé détruisant volontairement ses armes sur l’ordre de l’ennemi. (Ed Moloney, op.cit., pp.491-492).

Pour achever leur passage dans l’Etat, les Provisoires devaient finir par reconnaître la légitimité de l’appareil répressif d’Etat. On ne peut pas avoir des ministres qui font des lois et refuser de reconnaître la police dont le rôle est de les faire respecter! Et il est illogique de reconnaître la légitimité de certains appareils d’Etat et pas d’autres. « Si le Sinn Fein doit achever sa transformation de groupe révolutionnaire en parti constitutionnel qui cherche à avoir des positions dans les gouvernements des deux côtés de la frontière, soutenir la police est un devoir essentiel. » (Editorial, Irish News, 29 décembre 2006). Le 28 janvier 2007, un congrès du Sinn Fein décide de reconnaître la légitimité de la police et de collaborer avec celle de l’Etat britannique en Irlande du Nord. Le Sinn Fein Provisoire a même récemment exigé qu’une unité spéciale de la police soit mise en place pour combattre les républicains qui continuent la lutte armée! (Adrian Rutherford and Deborah McAleese, Dissident Attacks prompt calls for special PSNI unit, The Belfast Telegraph, 10 mars 2010).

L’IRA Provisoire n’a pas encore été dissoute, mais ce n’est pas parce qu’elle envisage un jour de continuer la lutte. Selon le chef du groupe parlementaire du Sinn Fein Provisoire dans le sud, la raison en est que si elle était dissoute, un groupe ‘dissident’ pourrait alors avoir le monopole sur l’appellation IRA (Paul O’Brien, Ó Caoláin: IRA a bulwark against dissident republicans, Irish Examiner, 6 mars 2008).

Qu’est-ce qui explique que le mouvement républicain Provisoire ait si radicalement changé de position entre 1970 et 2010? Pour comprendre sa transformation, il faut étudier ses contradictions réelles.

Premièrement, était-ce une lutte de libération nationale ou une lutte pour les droits civiques? Etait-ce pour lutter contre la discrimination et les inégalités au sein du Nord ou bien pour abolir la présence britannique?

Le mouvement Provisoire a été fondé explicitement contre la stratégie du mouvement pour les droits civiques mais aujourd’hui il ré-écrit l’histoire comme étant en continuité avec le mouvement des droits civiques. Le mouvement Provisoire – contrairement aux campagnes précédentes de l’IRA qui se basaient purement sur une lutte de libération nationale – a précisément eu une base de masse car il incarnait « une lutte pour les droits civiques déguisée en lutte de libération nationale » (Frank Burton, The Politics of Legitimacy: Struggles in a Belfast Community, London: Routledge and Kegan Paul, 1978, p.121). Sans le dossier des droits civiques, le mouvement n’aurait jamais eu la même intensité.

Deuxièmement, la base des Provisoires ne luttait pas contre la présence de l’Etat britannique en tant que telle, mais la façon dont se comportait cet Etat quand il est en Irlande – contre la forme de la domination plutôt que contre la domination elle-même. Si l’Etat change sa politique, la base réagit différemment. Après tout, la population nationaliste dans le Nord a toujours vu l’Etat non seulement comme source d’oppression mais aussi comme source de revenus.

Troisièmement la tradition républicaine dans le Nord a historiquement été faible. Ce qui était fort était le « defenderisme » (des milices protégeant la population catholique). Les Provisoires étaient beaucoup plus en continuité avec la tradition defenderiste que la tradition républicaine.

Quatrièmement, le mouvement Provisoire a développé une relation très ambiguë avec le nationalisme constitutionnel, entre confrontation et collaboration. Ces ambiguïtés idéologiques ont finalement mené à sa dissolution dans le nationalisme constitutionnel.

Cinquièmement le mouvement a cherché, dès les années 1980, à faire fonctionner les institutions qu’en théorie il était censé detruire. Cela ne pouvait que faciliter son intégration dans le système auquel il était opposé.

 Source : http://liberationirlande.wordpress.com/histoire-de-lira-provisoire-1970-76/histoire-de-lira-provisoire-1987-2007/

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Published by Liam O’Ruairc - dans Irlande
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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 08:29

L’année 1977 marque un tournant très important dans le conflit. A partir de ce moment, il est clair que l’Etat britannique a pu endiguer la violence politique dans le nord de l’Irlande et la réduire à ce qu’un ministre caractérisait comme « un niveau acceptable ».

La capacité opérationnelle du mouvement républicain subit un déclin graduel à partir de la seconde moitié des années 1970. Fin 1976, la police affirme avoir éliminé des unités entières de l’IRA et indique que le nombre d’activistes emprisonnés avait doublé comparé à 1975. Entre 1976 et 1979, plus de 3.000 personnes accusées d’appartenir à l’IRA seront sous poursuite judiciaire (Pat Walsh, Irish Republicanism and Socialism: The Politics of the Republican Movement 1905 to 1994, Belfast: Athol Books, 1994, p.170).

En 1977, le secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord se vantait d’écraser l’IRA « comme du dentifrice ». Avec 112 tués, 1977 représentait l’année la moins sanglante en Irlande du Nord depuis 1970. En 1978, il y avait encore moins de morts: 81. Particulièrement intéressant du point de vue de l’Etat, seuls 33 membres de la police et de l’armée ont été tués en 1978, contre 46 en 1977 et 52 en 1976. « L’IRA perdait lentement la guerre. » (Kevin Kelley, The Longest War: Northern Ireland and the IRA, London: Zed Books, 1982, p.283).

Dans une interview majeure en 1978, un porte parole de l’IRA avoue « une réduction marquée des activités militaires. » (There will be no ceasefire until the end, Republican News 5 août 1978, pp.6-7). « L’IRA était réduite à un niveau tel que mener des opérations était de plus en plus difficile et où le soutien à ses activités déclinait (Pat Walsh, ibidem, p.171).

De plus, à partir de 1976, le gouvernement britannique commence à retirer ses troupes d’Irlande du Nord pour les remplacer par des policiers et des régiments locaux – c’est la politique dite d’ « Ulsterisation ».

Si en 1972 il y avait 21.000 soldats britanniques en Irlande du Nord pour 15.500 policiers (RUC) et membres du régiment local de l’armée (UDR), en 1980 l’appareil répressif d’Etat était constitué de 19.000 policiers et UDR pour 12.000 soldats britanniques. En partie à cause de cela, c’est devenu de plus en plus difficile pour les activistes républicains d’infliger des pertes à l’armée britannique. De 1976 jusque dans les années 1990, deux tiers des forces de sécurité tuées par l’IRA appartenaient à l’UDR et la police et l’autre tiers a l’armée britannique; alors qu’entre 1971 et 1975 c’était l’inverse: deux tiers des forces de sécurité tues par l’IRA appartenaient à l’armée britannique et le tiers restant à la police et à l’UDR. (Jonathan Tonge, Northern Ireland, Cambridge: Polity Press, 2006, p.71).

« A l’exception de l’année 1979, à partir de 1976 le nombre de tués dans les forces de sécurité locales a toujours dépassé le nombre de morts de l’armée britannique. « (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.325). Au milieu des années 1980 pour chaque soldat britannique tué en Irlande du Nord, il y avait huit membre de la police et des régiments locaux tués. (Jonathan Tonge, ibibem, p.71). Les forces de sécurité locales ont payé un prix très lourd. Les policiers étaient visés en civil ou en uniforme, 199 policiers à plein temps ont été tués, de même que 101 réservistes et 19 autres après qu’ils eurent quitté la police. Sur les 763 militaires tués au cours du conflit, 204 appartenaient aux régiments locaux. 162 d’entre eux ont été tués alors qu’ils étaient en civil, et 60 autres furent tués après avoir quitté l’armée.

Vers 1977-1978, l’IRA se réorganise et met en place une stratégie de ‘guerre prolongée’ « qui va durer vingt ans ou plus ». (« The military struggle will not slow down to relate to Sinn Fein’s political activity » Michael Farrell interviews two spokespersons authorised to speak on behalf of the leadership of the IRA, Magill, juillet 1983 et Vincent Browne, The IRA’s Twenty-Year War, Magill, août 1982, pp.8-10).

Fin 1978 l’IRA annonce que l’organisation « se consacrait et se prérarait à une guerre prolongée ». (IRA geared to a long war, Republican News, 9 décembre 1978). La réorganisation de l’IRA apparaissait initialement comme un succès: le nombre de personnes arrêtées tombe de 1380 en 1977 à 550 en 1980. De plus 62 membres des forces de sécurité sont tuées par l’IRA en 1979, nombre le plus élevé depuis 1973.

Le 22 mars 1979 est la journée ou l’IRA mène le plus d’attaques à la bombe dans son histoire, 49 attentats a la bombe dans l’espace de 90 minutes visant des banques et des bâtiments publics dans 21 villes du Nord de l’Irlande. Le 27 août 1979, l’IRA mène son attaque la plus meurtrière du conflit contre l’armée britannique, tuant 18 paras à Narrow Water dans une double attaque à la bombe. Le même jour l’organisation exécute Lord Mountbatten dans le Sud de l’Irlande.

Ce genre de succès et opérations spectaculaires faisait oublier le fait que le concept de « guerre prolongée » était une admission de faiblesse, et que c’était plus facile pour l’Etat britannique de gérer les effets de cette « guerre prolongée » que l’offensive intensive de la première partie des années 1970 (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.188). Comme le dit Pat Walsh, « aucune armée ne choisit une guerre prolongée si elle est en mesure d’en faire une de courte durée. Les ‘guerres prolongées’ sont un signe de faiblesse militaire. » (Pat Walsh, ibidem, p.207).

De plus, vue à long terme, la réorganisation de l’IRA en centralisant beaucoup de ses départements va faciliter sa pénétration par les services secrets britanniques. (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, second revised and updated edition, 2007, pp.160-161 et 317-318)

En 1977, le mouvement républicain reconnaît ses faiblesses politiques. Dans un discours lu par Jimmy Drumm, le mouvement admet que « le gouvernement britannique n’est pas en train de se retirer » et qu’ « une guerre de libération victorieuse ne peut pas être basée exclusivement sur les opprimés dans le Nord et sur la présence de l’armée britannique. La haine et le ressentiment ne sont pas suffisant pour rendre la guerre durable. » C’est pour cela que le mouvement encourage « de prendre position sur les luttes économiques et sociales quotidiennes de la population » et créer « des liens entre le mouvement républicain et les travailleurs et les syndicalistes radicaux » de manière à « assurer un soutien de masse pour la lutte armée dans le Nord ». (Bodenstown Oration, Republican News, 18 juin 1977, p.7).

Ce dernier point est très important. Pour les républicains, l’agitation économique et sociale est typiquement vue comme une diversion de la lutte armée. La référence aux « travailleurs » et « luttes économiques » était essentiellement instrumentale. Ce n’est pas que le mouvement républicain avait bougé radicalement à gauche, mais s’il voulait freiner son déclin, il lui fallait trouver le soutien des travailleurs pour générer « un soutien de masse pour la lutte armée dans le Nord ».

Il est d’ailleurs intéressant de noter que lorsque en 1979 un journaliste demande à Gerry Adams si il y a une influence marxiste au sein du Sinn Fein; Adams répond: « D’abord, si il y a une chose qui doit être dite catégoriquement c’est qu’il n’y a aucune influence marxiste au sein du Sinn Fein, ce n’est pas une organisation marxiste. Je ne connais personne au Sinn Fein qui est marxiste ou qui est influencé par le marxisme. » (The brit propaganda tag – from ‘fascist’ to ‘communist’, An Phoblacht / Republican News 3 novembre 1979, pp.10-11).

Gerry Adams dira à nouveau la même chose dix ans plus tard dans une interview donnée au magazine Playboy dans l’édition américaine d’avril 1989. Pour renforcer ce point, le Sinn Fein et l’IRA font une déclaration officielle disant que les organisations n’ont rien à voir avec le marxisme et sont juste basées sur la Proclamation de 1916. (‘IRA’s republican socialism is a radical native brand’ et ‘Sinn Fein statement of aims’, An Phoblacht / Republican News 3 novembre 1979, pp.10-11).

Il fallut attendre 1983 pour que l’objectif du mouvement passe d’ « un règne de justice sociale basé sur les principes chrétiens » à « un règne de justice sociale basé sur les principes républicains et socialistes en accord avec la Proclamation de 1916 et le Programme Démocratique de 1919 de Dail Eireann ». (A party on the move, An Phoblacht / Republican News, 17 novembre 1983, p.7)

Ce qui allait donner un regain de vie au mouvement républicain était la politique de criminalisation des prisonniers républicains par le gouvernement britannique. Le gouvernement britannique abolit le 1er mars 1976 la Catégorie de Statut Spécial qui différenciait les détenus politiques des détenus de droit commun. Si quelqu’un était condamné le 28 Février 1976 il avait encore droit au statut de catégorie spéciale, mais si c’était le jour d’après il était détenu de droit commun.

Le 16 septembre 1976, le premier détenu républicain condamné après le 1er mars 1976 passe au nouveau régime. Celui-ci refuse de porter l’uniforme de prison et reste nu avec une couverture. La protestation des couvertures (Blanket Protest) est née.

Au printemps 1977, il y avait 70 prisonniers participant à cette protestation, et en avril 1978, ils étaient 300 (Liam Clarke, Broadening the Battlefield: The H-Blocks and the Rise of Sinn Fein, Dublin: Gill and Macmillan, 1987, pp.65-66). A l’automne 1980, il y avait 1365 prisonniers républicains, et sur les 837 qui ne bénéficiaient pas du statut de catégorie spéciale, 341 menaient la protestation des couvertures et grèves de l’hygiène. (J Bowyer Bell, The Secret Army: The IRA, Dublin: Poolbeg, revised third edition, 1997, p.492).
C’était donc une minorité des prisonniers républicains qui luttaient dans les prisons. En mars 1978, suite à la violence des gardiens de prison, les prisonniers commencent une grève de l’hygiène (dirty protest). (Sur la grève de l’hygiène et des couvertures voir en particulier: Brian Campbell, Laurence McKeown and Felim O’Hagan (eds), Nor Meekly Serve My Time: The H-Block Struggle 1976-1981, Belfast: Beyond The Pale, 1994).

L’IRA réplique en attaquant les gardiens de prison. En avril 1980, 18 de ceux-ci ont été exécutés. Cela peut sembler étrange aujourd’hui, mais la situation dans les Blocs H n’était pas une priorité pour le mouvement républicain. Dans une interview majeure en août 1978, un membre de la direction de l’IRA ne mentionne même pas la situation dans les prisons, et dans un article de trois pages faisant le bilan de l’année 1979, le journal du mouvement consacre une colonne de moins de 2.5 cm à la situation dans les prisons (Liam Clarke, Broadening the Battlefield: The H-Blocks and the Rise of Sinn Fein, Dublin: Gill and Macmillan, 1987, pp.91-92).

Ceux qui militaient le plus intensément pour les prisonniers étaient les familles et communautés des prisonniers organisés dans les Relative Actions Committees (RAC). Le RAC était très radical et disait que le combat des prisonniers était avant tout politique – faisait intégralement partie de la lutte contre l’impérialisme britannique. Mais le mouvement républicain cherche une autre stratégie: faire pression sur l’église catholique, les partis bourgeois du Sud de l’Irlande, le SDLP ou les directions syndicales pour que ces forces poussent le gouvernement britannique à changer de position.

C’est pour cela que sous la pression du mouvement républicain; le RAC se liquide dans le National H-Block Committee qui ouvre ses portes à ces autres forces sociales et politiques. Au lieu d’être politique, le combat des prisonniers est redéfini comme ‘humanitaire’, pas comme une question de lutter contre l’impérialisme mais pour lutter pour de meilleures conditions de détention. (Determination and Unity, An Phoblacht / Republican News 27 octobre 1979, p.1).

Cela eut des conséquences importantes car la base politique de la lutte des prisonniers était limitée a ce qui était acceptable pour l’église catholique, les partis bourgeois et les bureaucrates syndicaux. (Pour une discussion approfondie de cela voir: David Reed, Ireland: Key to the British Revolution, London: Larkin Publications, 1984).

« Les activistes de gauche qui n’approuvaient pas la stratégie générale de faire pression sur l’église catholique, Fianna Fail ou le SDLP furent vigoureusement attaqués par le Sinn Fein. » (Pat Walsh, Irish Republicanism and Socialism: The Politics of the Republican Movement 1905 to 1994, Belfast: Athol Books, 1994, pp.181-182).

Les activistes de gauche disaient que pour soutenir les prisonniers, il fallait organiser une campagne basée sur la classe ouvrière et demander des grèves immédiates. Mais: « L’agitation pan-nationaliste visant à amener Fianna Fail, le SDLP et l’église Catholique à soutenir les prisonniers était en contradiction avec les idées de lutte de classes et grèves générales pour soutenir les prisonniers. » (Pat Walsh, ibidem, p.184).

Gerry Adams considérait l’appel à la grève générale comme « un non-sens d’extrême gauche » et « irréaliste ». (Kevin Kelley, The Longest War: Northern Ireland and the IRA, London: Zed Books, 1982, p.331 et Pat Walsh, Irish Republicanism and Socialism: The Politics of the Republican Movement 1905 to 1994, Belfast: Athol Books, 1994, p.190).

En 1981, des émeutes à Dublin entre la police irlandaise et des jeunes après une manifestation de soutien aux prisonniers font que le Sinn Fein dénonce les jeunes car les soutenir aurait aliéné les forces ‘respectables’ du nationalisme constitutionnel (David Reed, Ireland: The Key to the British Revolution, London: Larkin Publications, 1984, pp.358-359) C’était la première fois qu’il y avait collaboration et non confrontation entre le républicanisme et le nationalisme constitutionnel, et cela allait ouvrir bientôt la porte au réformisme.

Les prisonniers vivant dans des conditions de détention de plus en plus intolérables finissent par organiser deux grèves de la faim en 1980 et 1981 pour obtenir les cinq demandes du National H Block Committee. La grève de la faim de 1981 a eu pour résultat la mort de dix prisonniers entre mai et août 1981.

Bobby Sands, Francis Hughes, Ray McCreesh et Patsy O’Hara meurent en mai, Joe McDonnell et Martin Hurson meurent en juillet, Kevin Lynch, Kieran Doherty, Tom McElwee et Micky Devine meurent en août. Sept des grévistes de la faim morts appartenaient à l’IRA et trois à l’INLA. Ce n’est qu’en octobre 1981 que sous la pression des familles des prisonniers et de l’église catholique que les grèves de la faim sont arrêtées. (David Beresford’s Ten Men Dead, London: Grafton, 1987). Après les grèves de la faim, les prisonniers obtinrent de facto les droits associés au statut de catégorie spéciale. (Laurence McKeown, Out of Time: Irish Republican Prisoners Long Kesh 1972-2000, Belfast: Beyond The Pale, 2001 pour une excellente analyse de l’expérience des prisonniers).

Durant les grèves de la faim, pour accroître la pression sur les gouvernements, le mouvement républicain décide de présenter un certain nombre de prisonniers comme candidats aux élections. Bobby Sands fut élu député avec 30.492 votes. Dans le sud, neuf prisonniers récoltent 42.798 votes et deux grévistes de la faim sont élus au parlement de Dublin. Un troisième était à 400 votes de se faire élire. Cela encouragea une faction du mouvement républicain tentée par l’électoralisme.

La grève de la faim de 1981 est à présent sujette à une importante controverse. En 2005, Richard O’Rawe, qui en 1981 était un des dirigeants des prisonniers de l’IRA et des grévistes de la faim publia un livre intitule « Blanketmen ». Selon Richard O’Rawe, alors que le quatrième gréviste était mourant, le gouvernement britannique proposa de concéder quatre des cinq demandes des prisonniers pour mettre fin à la grève de la faim. L’offre britannique était acceptable aux yeux des prisonniers et un message fut envoyé à Gerry Adams pour l’indiquer. (Richard O Rawe, Blanketmen: an untold story of the H-Block hunger strike, Dublin: New Island Books, 2005, pp. 180 et 254).

Mais Adams opposa son veto. Il avait besoin que la grève de la faim continue pour lancer sa plateforme électorale. Comme le dit Ed Moloney, cela implique que « Thatcher a tué 4 grévistes de la faim et Adams 6 pour faire avancer ses ambitions politiques ».

En août 1981, un républicain se fait élire pour le siège de Bobby Sands avec 31.278 votes. Le fait que les grèves de la faim continuaient a joué un rôle important dans cette victoire. A-t-on laissé 6 des grévistes de la faim mourir pour le faire élire? (Richard O Rawe, Blanketmen: an untold story of the H-Block hunger strike, Dublin: New Island Books, 2005, p.254).

La réaction d’Adams et ses supporters aux affirmations de O’Rawe a été pleine de contradictions et de mensonges, alors que de plus en plus de matériel et de sources indépendantes confirment la version de O’Rawe. (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, second revised and updated edition, 2007, pp.571-572 et Paul Bew, Ireland: The Politics of Enmity 1789-2006, Clarendon: Oxford University Press, 2007, p.530).

Les grèves de la faim revitalisèrent le mouvement républicain comme cela n’avait pas été le cas depuis Bloody Sunday. Le mouvement de masse qui déclinait sans cesse depuis 1972 connut une recrudescence. La présence de 100.000 personnes aux funérailles de Bobby Sands montre la colère des nationalistes ordinaires. Cependant, du point de vue militaire, les républicains étaient endigués. Durant les sept mois de grèves de la faim (de mars à octobre), IRA et INLA combinées n’arrivent à tuer que 30 membres des forces de sécurité, moins que ces organisations avaient réussi à tuer au cours des sept premiers mois de 1977 lorsque la lutte armée était en déclin (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.159). D’un point de vue militaire « en 1980-1981 l’IRA n’était certainement pas en train de gagner. » (J Bowyer Bell, The Secret Army: The IRA, Dublin: Poolbeg, revised third edition, 1997, p.487).

Les succès électoraux au cours de la grève de la faim ont eu des conséquences importantes. En 1981, l’IRA déclarait que sa position sur la politique électorale et parlementaire « était claire et simple… en dehors d’une démocratie souveraine des 32 comtés, l’IRA ne prendra pas part a ce qu’on appelle la politique constitutionnelle. » (IRA attitude on elections, An Phoblacht / Republican News, 5 septembre 1981, p.20).

Cependant, avant la fin des années 1980, le mouvement républicain allait être graduellement incorporé au sein des institutions qu’il était sensé détruire à cause de « la pression des considérations électorales et le développement du clientélisme. » (Henry Patterson, The Politics of Illusion: Republicanism and Socialism in Modern Ireland, London: Hutchinson Radius, 1989, p.192). Cela conduisit à une position de plus en plus réformiste et opportuniste.

Les succès électoraux au cours de la grève de la faim ont convaincu une faction au sein du mouvement républicain autour de Gerry Adams de poursuivre sur cette voie. Cette faction avance la stratégie dite « du fusil et du bulletin de vote » pour utiliser l’expression de Danny Morrison. (‘By ballot and bullet’ An Phoblacht Republican News 5 novembre 1981, p.2).

L’objectif de cette stratégie n’était pas de créer un autre parti électoral mais d’introduire une autre tactique dans la lutte anti-impérialiste et attaquer le nationalisme constitutionnel du SDLP. (Voir par exemple les raisons avancées dans ‘Revolutionary politics’ An Phoblacht Republican News, 25 avril 1985, p.2 et aussi ‘Ballots and bombs: electoral tactics complement armed struggle’ An Phoblacht Republican News, 18 février 1982, p.1).

En octobre 1982, les 12 candidats du Sinn Fein pour l’Assemblee d’Irlande du Nord obtinrent 64.191 votes and 5 sièges (10,1%) comparés aux 118.891 votes et 14 sièges (18.8%) obtenus par le SDLP. Aux élections de Westminster en 1983, le Sinn Fein fit encore mieux avec 102.701 votes (13,4%) contre 137.012 pour le SDLP (17,9%).

Au cours de cette élection, Gerry Adams réussit à se faire élire comme député de Belfast-ouest et Danny Morrison était à 78 votes de se faire élire deputé de Mid-Ulster. Comme le but du Sinn Fein était de détruire l’Etat, les candidats élus étaient ‘abstentionnistes’ – refusaient de prendre part aux institutions ennemies. Le Sinn Fein resta limité à un certain seuil électoral et n’arriva pas à supplanter le SDLP. Cela a été clair à partir des élections européennes de 1984 où John Hume du SDLP obtint 151.399 votes (22,1%) ce qui était bien plus que les 91.476 (13,3%) obtenus par le Sinn Fein. Le Sinn Fein avait beaucoup de mal à dépasser le tiers de l’électorat nationaliste nord-irlandais. Il ne représentait qu’une minorité de la minorité nationaliste.

Qui votait Sinn Fein et pourquoi? Ceux qui votaient Sinn Fein n’étaient pas un électorat traditionnel, mais se concentraient parmi les quartiers nationalistes socialement et économiquement défavorisés. Le parti se présentait comme représentant les travailleurs et les jeunes par opposition au SDLP qui représentait les classes moyennes et plus âgées. (Brian Feeney, Sinn Fein: A Hundred Turbulent Years, Dublin: The O Brien Press, 2002, p.312. Voir aussi Henry Patterson, The Politics of Illusion: Republicanism and Socialism in Modern Ireland, London: Hutchinson Radius, 1989, p.197).

La raison pour laquelle le Sinn Fein arrivait à obtenir des votes de ces catégories sociales était moins pour son républicanisme ou son soutien à l’IRA, mais parce que le parti arrivait à obtenir pour son électorat plus d’allocations sociales, logements sociaux etc. que les autres partis. En 1983 le parti avait 28 locaux dans des quartiers où le SDLP n’en avait aucun (Brian Feeney, Sinn Fein: A Hundred Turbulent Years, Dublin: The O Brien Press, 2002, p.317).

Le parti était le meilleur moyen pour faire pression sur les services sociaux pour obtenir plus d’allocations et d’avantages. Les journalistes constataient qu’ « à partir de 1984, le Sinn Fein s’était établi dans les ghettos de Belfast et Derry comme étant le moyen le plus efficace pour faire pression sur les services publics et sociaux et possédait plus de locaux dans ces quartiers que tous les autres partis politiques nord-irlandais réunis. » (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.412).

Pour obtenir des investissements et allocations sociales signifiait que le Sinn Fein devait en pratique coopérer et collaborer avec des institutions qu’il était censé en théorie détruire. Il y avait un danger croissant que les activistes républicains se transforment d’activistes révolutionnaires en « travailleurs sociaux ». (Eamon Collins with Mick McGovern, Killing Rage, London: Granta, 1997, p.221).

Dans ses prospectus électoraux le Sinn Fein expliquait: « Tout en œuvrant pour la destruction du système, le Sinn Fein croit qu’il est juste d’obtenir un maximum d’avantages de ce même système. » (Cite dans Henry McDonald, Gunsmoke and Mirrors: How Sinn Fein dressed up defeat as victory, Dublin: Gill&Macmillan, 2008, p.115).

Ces développements encouragèrent une vision de l’Etat comme n’étant plus seulement une source d’oppression mais aussi une source de revenus (Henry Patterson, The Politics of Illusion: Republicanism and Socialism in Modern Ireland, London: Hutchinson Radius, 1989, pp.207-208).

Cela développait un rapport clientéliste avec l’Etat Britannique. La nature du travail que les activistes du Sinn Fein menaient sur le terrain était explicitement de nature social-démocrate, Gerry Adams le soulignait : « Ce qui est vite devenu apparent, c’est le parallèle entre le type de stratégie adoptée sur le terrain par le Sinn Fein sur des sujets comme la sécurité sociale, les logements sociaux et celle des activistes du Labour Party (parti travailliste britannique) à Londres et ailleurs. » (Gerry Adams, in Martin Collins (ed) Ireland After Britain, London: Pluto Press, 1985, p.3)

L’étape suivante était non seulement de coopérer avec l’Etat « ennemi » mais d’y participer (Kevin Bean, The New Politics of Sinn Fein, Liverpool University Press, 2007). En mars 1983, le Sinn Fein obtint son premier conseiller municipal élu dans le Nord depuis les années 1920. En avril 1985, le Sinn Fein prit part aux élections locales dans le Nord et obtint 59 conseillers municipaux élus avec 75.686 votes (11,8%).

L’éditorial du journal du parti, An Phoblacht, promettait: « Dans les mairies des Six Comtés, les élus du Sinn Fein vont remettre en question l’Etat lui-même, et c’est pour cette raison qu’ils sont vus comme un danger par les Loyalistes et les soi-disant nationalistes constitutionnels. » (No Illusions, An Phoblacht Republican News, 2 mai 1985, p.1).

Mais quelques années plus tard, il était clair que l’attitude du Sinn Fein vis-à-vis de l’Etat s’était clairement transformée comme l’indiquait le journal du parti: « Comme l’observait un conseiller municipal du Sinn Fein, ‘les loyalistes et les fonctionnaires de l’Etat étaient vraiment plein d’appréhensions a l’idée de voir le Sinn Fein dans les chambres municipales, mais ils ont très vite vu que nous étions très raisonnables. Nous avons même reçu l’admiration et le respect des medias hostiles et des agences gouvernementales, qui tous sont en contact quotidien avec le Sinn Fein à tous les niveaux. » (Advancing Under Attack-Sinn Fein In The Council Chambers’, An Phoblacht Republican News 2 mars 1989, pp.8-9).

En théorie, l’objectif républicain était de détruire l’Etat. C’est ce que tentait la lutte armée de l’IRA. Mais alors que l’IRA posait des bombes dans les mairies en tant que symbole de l’Etat, les élus du Sinn Fein acceptaient en pratique ce même Etat et essayaient de le faire fonctionner.

Quand il s’agissait de gérer des mairies et autres organisations municipales il n’y avait pratiquement pas de différences entre le Sinn Fein et les autres partis constitutionnels.

Mairtin O’Muilleor, un conseiller municipal du Sinn Fein bien connu à Belfast admet,: « Quand il s’agit des sujets typiquement discutés pour la gestion des municipalités, nous ne sommes qu’à peine quelques degrés plus à gauche que le SDLP. » (‘Broadening the Base’, An Phoblacht Republican News, 30 juin 1988, p.3).

Une autre contradiction était que l’IRA considérait l’appareil judiciaire comme cible légitime – l’organisation est responsable de la mort de 3 juges, 4 magistrats et un fonctionnaire procureur – le Sinn Fein utilisait ce même appareil judiciaire pour faire des procès aux Unionistes qui refusaient aux élus du Sinn Fein de participer à des réunions des sous-comités de la municipalité. « Les républicains exploitent le système qu’ils affrontent » conclut le journaliste David McKittrick (David McKittrick, Endgame: The Search for Peace in Northern Ireland, Belfast: The Blackstaff Press, 1994, p.248)

Le développement du Sinn Fein a eu des conséquences importantes pour la lutte armée. D’abord cela demandait une division des ressources humaines et financières entre la lutte armée et la participation électorale, ce qui créa une tension entre les deux – l’argent investi dans les activités électorales ne pouvait pas être investi dans la lutte armée.

On estime que 80% des ressources financières du mouvement républicain étaient investies dans les élections à partir du milieu des années 1980. Il est vrai que depuis les interventions électorales, la lutte armée était en chute libre. En 1981, l’IRA était responsable de la mort de 44 soldats et policiers, en 1982 cela tombait a 40, l’année suivante à 33. En 1984, cela tombait encore plus bas, à 28. En 1985 ça montait à 29, mais en 1986 ça retombe a nouveau à 24 (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.416).

Au cours de la décennie 1980–1990, l’IRA tua moins de soldats britanniques (96) qu’elle n’en avait tués au cours de la seule année 1972 (103) ! (John Newsinger, British Counterinsurgency: From Palestine to Northern Ireland, Basingstoke: Palgrave, 2002, p.187). La participation aux élections avait été vendue aux activistes de base du mouvement comme un moyen de faire avancer la lutte, mais bientôt un nombre croissant d’activistes commencèrent à soupçonner que la lutte n’était qu’un moyen de faire avancer les élections!

Le porte parole de cette tendance n’était autre qu’Ivor Bell, le Chef d’Etat Major de l’IRA. Celui-ci soupçonnait « que la lutte armée était ouverte et fermée comme un robinet pour servir les besoins électoraux du Sinn Fein » plutôt que l’inverse. (Kevin Rafter, Sinn Fein 1905-2005: In the Shadow of Gunmen, Dublin: Gill&Macmillan, 2005, p.195).

Ivor Bell était un activiste très influent: il a été commandant de la Brigade de Belfast, chef du Commandement Nordiste, Adjudant General, membre du Conseil de l’Armée et Directeur des Opérations. Lui et sa tendance argumentaient que « le fait que le rôle du Sinn Fein n’a cessé de croître montrait que la direction actuelle du mouvement était au mieux inepte, et au pire cherchait à mettre fin a la lutte armée à petit feu et par des moyens détournés. Le moyen le plus aisé de mettre fin a la lutte armée est d’utiliser le Sinn Fein, les meilleures ressources du mouvement seront investies dans le parti, ce qui aura pour conséquence de lentement mais sûrement neutraliser l’IRA. » (Eamon Collins with Mick McGovern, Killing Rage, London: Granta, 1997, p.220).

En mai 1985, Ivor Bell et ses supporters sont accusés par Gerry Adams de chercher à ourdir un coup d’Etat au sein du mouvement républicain, et seront exclus et menacés de mort si ceux-ci tentent de créer une organisation rivale. (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, second revised and updated edition, 2007, pp.242-245 et Rogelio Alonso, The IRA and Armed Struggle, London: Routledge, 2006, p.123).

Les interventions électorales du Sinn Fein n’étaient pas quelque chose de nouveau. Ce qui était nouveau a partir des années 1980 étaient l’électoralisme; c’est à dire au lieu d’utiliser les tactiques électorales pour faire avancer la lutte, la lutte était utilisée de façon opportuniste pour faire avancer les avantages électoraux. Par exemple, en 1982, les candidats du Sinn Fein devaient signer une déclaration donnant un soutien à la lutter armée. La constitution du parti disait: « Tout candidat pour des élections locales et nationales, de même que tout matériel de propagande électorale doit sans ambigüité exprimer son soutien à la lutte armée. (An Phoblacht / Republican News, 4 novembre 1982).

Adams déclara même que si un jour le Sinn Fein « prenait la décision inimaginable et sans précédents de répudier la lutte armée de l’IRA, le parti devra se trouver un autre président. » (An Phoblacht / Republican News, 7 novembre 1985). Mais le gouvernement britannique introduisit une loi selon laquelle pour être candidat aux élections il faudra obligatoirement signer une déclaration répudiant et condamnant les activités et organisations illégales.

En 1989, le Sinn Fein autorisa ses candidats à signer cette déclaration ‘anti-violence’. Quand il s’agissait de choisir entre les élections et soutenir la lutte armée de l’IRA, le parti opta pour l’électoralisme (Robert W. White, Provisional Irish Republicans: An Oral and Interpretive History, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1993, pp.162-163).

On peut donc soutenir la thèse que la légalisation du Sinn Fein dans le Nord par le gouvernement britannique en 1974 était une tentative consciente de créer des divisions dans le mouvement républicain et de le conduire vers la politique constitutionnelle (David Reed, Ireland: The Key to the British Revolution, London: Larkin Publications, 1984, p.407). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si en 1985 un repenti de l’IRA explique à la police que le moyen le plus sûr de neutraliser l’IRA est d’encourager le développement du Sinn Fein (Eamon Collins with Mick McGovern, Killing Rage, London: Granta Books, 1997, pp.295-296).

L’opération la plus spectaculaire menée par l’IRA au cours des années 1980 fut l’attentat de Brighton. Le 14 octobre 1984, une bombe explosa lors de la conférence annuelle du parti conservateur britannique, tuant cinq personnes et Margaret Thatcher y échappant de très peu. Les effets combinés de l’ascension électorale du Sinn Fein et de l’attentat de Brighton poussèrent les gouvernements de Londres et de Dublin à lancer une initiative constitutionnelle pour y remédier.

L’Accord Anglo-Irlandais de 1985 donna un rôle consultatif au gouvernement de Dublin dans les affaires du Nord et promet une série de reformes pour améliorer la position des nationalistes dans le Nord. L’Accord Anglo-Irlandais rencontra une certaine popularité au sein de la communauté nationaliste dans le nord et renforça l’hégémonie du SDLP qui était un fervent partisan de l’accord. La réaction du mouvement républicain à l’Accord Anglo Irlandais était au mieux ambiguë et au pire frôlait l’opportunisme. Ceci pouvait se voir clairement dans une interview de Gerry Adams au sujet de l’Accord.

D’un côté il le dénonçait car ça renforçait les intérêts de l’Etat britannique, mais d’un autre il saluait l’Accord car il allait améliorer les conditions de vie de la communauté nationaliste dans le nord. (‘London-Dublin Accord -what next?’, An Phoblacht / Republican News, 12 décembre 1985, pp.4-5). MLR Smith note avec raison: « En essayant de se faire créditer pour les concessions qui vont améliorer et reformer un Etat que le mouvement voulait détruire, les républicains remettaient en question leur position traditionnelle qui était que le Nord était un Etat irréformable. Cela donna lieu à un certain nombre de critiques au sein du mouvement au sujet de la position confuse qui d’un côté s’oppose à l’accord anglo-irlandais, mais de l’autre essaye de se faire créditer pour les bénéfices qu’il pourrait apporter. » (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, pp.174-175).

Cela indiquait une tension entre l’objectif de détruire l’Etat du Nord d’une part, et de le reformer d’autre part. « La tension croissante entre la volonté de rejeter l’Etat et la partition et en même temps de soutenir la réforme de ces mêmes institutions, allait de plus en plus définir la nature ambiguë de la politique républicaine au cours des années à venir. » (Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, p.242).
Le terme le plus adéquat pour caractériser la lutte armée de l’IRA à partir du milieu des années 1980 est: réformisme armé.

Le mouvement républicain faisant face à des difficultés croissantes dans le Nord, la faction autour de Gerry Adams commença à faire pression pour abandonner la politique d’abstentionnisme électoral dans le sud. Dans les 26 comtés, le Sinn Fein avait des résultats électoraux variés lors des élections locales, nationales et européennes. Lors des premières élections post-1969, le parti réussit à faire élire 26 conseillers municipaux en 1974. En 1979, lors des élections locales le parti reçut 29.798 votes et réussit à faire élire 30 conseillers municipaux. En juin 1985 le parti récolta 45.054 votes et 39 sièges municipaux.

Le parti participa pour la première fois aux élections générales en 1982. Les sept candidats du parti ne reçurent que 16.894 votes, soit 1,2%. Le Sinn Fein eut des résultats respectables aux élections européennes de 1984 avec 54.672 votes, soit 4,8%.

Si le parti prenait part aux élections, la stratégie du mouvement était de ne pas prendre part au parlement de Dublin, mais d’essayer de développer une « situation de double pouvoir », c’est à dire des structures de pouvoir révolutionnaire alternatives à l’Etat afin finalement le renverser. (Brendan O’Brien, The Long War: The IRA & Sinn Fein, Dublin: The O’Brien Press, third revised and updated edition, 1999, p.49).

Un document préparé par Ruairi O’Bradaigh en juillet 1983 souligne que « l’essence d’une situation revolutionnaire est le double pouvoir », ce qu’il faut c’est « renverser la machine et non essayer de l’utiliser ». (Brendan O Brien, The Long War: The IRA & Sinn Fein, Dublin: The O’Brien Press, third revised and updated edition, 1999, p.114).

Mais Adams et ses partisans argumentaient que l’abstentionnisme et la stratégie du double pouvoir n’étaient pas des principes, mais des ‘tactiques’, et qu’il était possible de rejoindre l’Etat pour le détruire de l’intérieur, et pour cela voulaient que si des députés du Sinn Fein étaient élus au parlement de Dublin, qu’ils y prennent part et le reconnaissent comme légitime.

Vu que cela était interdit par la constitution autant du Sinn Fein que de l’IRA, une conférence spéciale est organisée en 1986 pour chacune des deux organisations.

Le sujet était très sensible, vu que c’était à cause du même sujet que la scission de 1969-70 avait eu lieu. (Pour une comparaison éclairée entre 1969 et 1986 voir: Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, second revised and updated edition, 2007, pp. 72-73 et 99, et Robert W. White, Ruairi O’Bradaigh: the life and politics of an Irish revolutionary, Bloomington and Indianapolis: Indiana University Press, 2006, p.300).

Adams et ses partisans triomphent mais leurs opposants – qui n’étaient autres que les fondateurs et dirigeants de l’IRA Provisoire – soulignent des irrégularités qui font que la décision d’abandonner l’abstentionnisme dans les 26 comtés est en contravention avec la constitution du mouvement (Voir: Ed Moloney, ibidem, pp.296-297 et Robert W. White, Ruairi O’Bradaigh: ibidem, p.309-310).

Ruairi O’Bradaigh et Daithi O’Conaill forment donc Republican Sinn Fein et IRA – Continuity Army Council, qu’ils considèrent comme n’étant pas une ‘scission’ ou une nouvelle organisation, mais un maintien du mouvement républicain intact et une préservation de son intégrité. C’est le ‘véritable’ mouvement car il n’a pas violé la section 1b de la constitution alors que les autres s’en excluent à cause de cela.

La plupart des fondateurs de l’IRA et du Sinn Fein provisoires de 1969-1970 suivent O’Bradaigh et O’Conaill en 1986 (Robert W. White, Provisional Irish Republicans: An Oral and Interpretive History, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1993, p.157).

La raison principale pour laquelle Adams a réussi à faire accepter sa stratégie est que lui et ses partisans promettent d’intensifier la lutte armée. (The Politics Of Revolution, The main speeches and debates from the 1986 Sinn Fein Ard-Fheis including the presidential address of Gerry Adams, Dublin, 1986, p.11).

Ils jurent que ce n’est pas une dérive réformiste. Martin McGuinness parle alors pour l’IRA en disant: « Je peux garantir au nom de la direction du mouvement que nous n’avons aucune intention d’aller à Westminster ou Stormont. (…) Notre position est claire et ne va jamais, jamais, jamais changer. La guerre contre la domination britannique va continuer jusqu’au jour de la libération. (…) Nous vous mènerons à la République. » (The Politics Of Revolution, The main speeches and debates from the 1986 Sinn Fein Ard-Fheis including the presidential address of Gerry Adams, Dublin, 1986, pp.26-27).

La ‘guerre contre la domination britannique’ allait prendre fin huit ans plus tard et treize ans après le même Martin McGuinness allait être ministre de la couronne britannique à Stormont…

La plupart des historiens et commentateurs sont d’accord sur le fait que la décision de 1986 marque le moment ou les Provisoires ont « rejoint le système » que le mouvement était sensé détruire. (Brendan O’Brien, The Long War: The IRA & Sinn Fein, Dublin: The O Brien Press, third revised and updated edition, 1999, p.49 et M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.171).

Comme l’explique Ruairi O’Bradaigh: « Comment peut-on prétendre être une organisation révolutionnaire si on prend part aux institutions étatiques que l’organisation affronte? » (Robert W. White, Ruairi O’Bradaigh: op.cit, p.298)

Immédiatement après le congrès de 1986 le Sinn Fein commença à prendre ses distances avec le socialisme et à abandonner la rhétorique de gauche. « Adams déclarait que si c’était le devoir de la gauche de soutenir Sinn Fein, Sinn Fein n’était pas une organisation socialiste. » (Liam Clarke, Broadening the Battlefield: The H-Blocks and the Rise of Sinn Fein, Dublin: Gill and Macmillan, 1987, p.239).

Il est interessant aussi de noter qu’en 1986, Gerry Adams écrivit qu’il n’y avait aucune chance que l’Irlande devenienne un « Cuba en Europe ». (Gerry Adams, The Politics of Irish Freedom, Dingle: Brandon, 1986, p.97)

Après les grèves de la faim, beaucoup d’activistes d’extrême gauche avaient rejoint le Sinn Fein dans l’espoir de le radicaliser et le pousser vers la gauche. Gerry Adams et ses partisans se méfiaient beaucoup de ceux-ci. Dans son discours présidentiel en 1983, celui-ci déclarait: « Nous devons faire attention à ne pas être identifiés avec l’extrême gauche, et si notre lutte a un contenu social et politique… nous devons cependant éviter toute tendance qui réduirait notre base de soutien. » (Gerry Adams, Presidential Address, An Phoblacht Republican News 17 novembre 1983, pp.8-9).

La conclusion de Adams était: « Le combat républicain à ce stade-ci ne doit pas se qualifier de ‘socialiste républicain’. Cela impliquerait l’exclusion d’éléments non-socialistes. » (Gerry Adams, The Politics of Irish Freedom, Dingle: Brandon, 1986, p.132). Le danger est que « ça réduirait notre base de soutien potentiel et permettrait a d’autres partis de dire qu’ils sont ‘republicains’ sans être socialistes, le Fiana Fail et le SDLP par exemple. » (Gerry Adams, Signposts to Independence and Socialism, Dublin: Republican Publications, 1988, p.13).

Dans une intervention dans un journal interne au mouvement, Danny Morrison écrivait que le mouvement républicain devait éviter de devenir un « club d’esperanto marxiste ». Et dans une interview en 1986, il expliquait: « Sinn Fein, comme le maintiennent ses dirigeants, n’est pas une organisation marxiste, et beaucoup de ses dirigeants comme Gerry Adams et Martin McGuinness sont des catholiques très pratiquants. » (Henry Patterson, The Politics of Illusion: Republicanism and Socialism in Modern Ireland, London: Hutchinson Radius, 1989, pp.198 et 185).

Dans un interview très célèbre, un journaliste demanda a Gerry Adams si un vote pour le Sinn Fein était un vote pour le socialisme, le président du Sinn Fein répliqua: « le socialisme n’est pas d’actualité ». (What’s on the agenda now is an end to partition, The Irish Times, 10 décembre 1986, p.13).

Beaucoup de prisonniers de l’IRA ont été très influencés par le marxisme (voir par exemple: Irish Republican Prisoners of War, Questions of History, 1987).

Un groupe d’entre eux fut charge de mettre sur pied un programme d’éducation politique pour le mouvement, mais celui-ci fut censuré et avorté par la direction car trop à gauche. De tout cela, plusieurs dizaines de prisonniers de l’IRA conclurent que la bataille pour le socialisme était perdue au sein du mouvement et que le Sinn Fein se métamorphosait en parti de votes plutôt qu’en parti d’idées de gauche. Menés par deux ex-grévistes de la faim de 1980, Tommy McKearney et Tom McFeeley, ils forment la League of Communist Republicans (Ligue des Communistes Republicains) et scissionnent de l’IRA en 1986-87 (cf. League of Communist Republicans, From Long Kesh to A Socialist Republic, 1989)

Si le mouvement prenait ses distances avec le socialisme, il cherchait par contre à se rapprocher du gouvernement de Dublin et du SDLP. Si en 1981, les grévistes de la faim dénonçaient le SDLP comme « un amalgame de nationalistes de classe moyenne sans principes, d’une direction sans courage » (Why We Ended the Hunger Strikes, An Phoblacht / Republican News, 10 octobre 1981, pp.12-13), en 1988 le Sinn Fein déclarait que « plutôt que dénoncer le parti, les républicains doivent avoir une approche constructive avec le SDLP. » (‘Broadening the Base’, An Phoblacht / Republican News, 30 juin 1988, p.3).

Le mouvement cherchait a construire une alliance avec son principal rival politique et électoral. (Gerry Adams, A Pathway To Peace, Cork and Dublin: Mercier, 1988, p.73). Déjà, durant les élections de 1982 et 1983, tout en dénonçant le SDLP, le Sinn Fein appelait à un front uni entre les deux partis. Dans une interview en 1985 avec la BBC, Gerry Adams appelait à une unité « pan-nationaliste » avec le SDLP (BBC, Behind The Headlines, 31 janvier 1985).

A l’opposé, le Sinn Fein rejetait violemment la proposition de Bernadette Devlin McAliskey en 1986 de construire un front commun d’organisations républicaines et de gauche contre l’accord anglo-irlandais (Pat Walsh, Irish Republicanism and Socialism: The Politics of the Republican Movement 1905 to 1994, Belfast: Athol Books, 1994, p.229).

Le fait que le mouvement cherchait à construire une alliance avec des forces qui étaient beaucoup plus hostiles à l’IRA qu’au gouvernement britannique ne pouvait qu’affaiblir le républicanisme.

 Source : http://liberationirlande.wordpress.com/histoire-de-lira-provisoire-1970-76/histoire-de-lira-provisoire-1976-86/

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Published by Liam O’Ruairc - dans Irlande
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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 09:34

Le Gouvernement Provisoire de la République d’Irlande

Au Peuple d’Irlande

Irlandais et Irlandaises : Au nom de Dieu et des générations disparues desquelles elle a reçu ses vieilles traditions nationales, l’Irlande, à travers nous, appelle ses enfants à rallier son étendard et à frapper pour sa libération.

Après avoir organisé et entraîné ses hommes dans son organisation révolutionnaire secrète, la Fraternité Républicaine Irlandaise, et ses organisations armées, les Volontaires d’Irlande et l’Armée des Citoyens Irlandais, après avoir patiemment perfectionné sa discipline, et attendu résolument le moment opportun pour se révéler, elle saisit l’instant où, soutenue par ses enfants exilés en Amérique et ses courageux alliés en Europe, mais comptant avant tout sur ses propres forces, elle frappe avec la certitude de vaincre.

Nous proclamons le droit du peuple d’Irlande à la propriété de l’Irlande et au contrôle sans entraves de sa destinée, son droit à être souverain et indivisible. La longue usurpation de ce droit par un peuple et un gouvernement étranger n’a pas supprimé ce droit, car il ne peut disparaître que par la destruction du peuple irlandais.

A chaque génération, les Irlandais ont affirmé leur droit à la liberté et à la souveraineté nationale ; six fois durant les trois derniers siècles ils l’ont affirmé par les armes. En nous appuyant sur ce droit fondamental et en l’affirmant de nouveau par les armes à la face du monde, nous proclamons la République d’Irlande, Etat souverain et indépendant, et nous engageons nos vies et celles de nos compagnons d’armes à la cause de sa liberté, de son bien-être, et de sa fierté parmi les nations.

La République d’Irlande est en droit d’attendre et requiert l’allégeance de tous les Irlandais et Irlandaises. La République garantit la liberté civile et religieuse, des droits égaux et l’égalité des chances pour tous ses citoyens et déclare être résolue à rechercher le bonheur et la prospérité de la nation entière et de toutes ses composantes, avec une égale sollicitude pour tous les enfants de la nation, oublieuse des différences soigneusement entretenues par un gouvernement étranger qui a séparé dans le passé une minorité de la majorité.

Avant que nos armes ne trouvent le moment opportun pour établir un Gouvernement National permanent, représentatif de tous les Irlandais et élu par tous ses hommes et femmes, le Gouvernement Provisoire, désormais constitué, administrera les affaires civiles et militaires de la République pour le compte du peuple.

Nous plaçons la cause de la République d’Irlande sous la protection de Dieu le Très-Haut, dont nous invoquons la bénédiction sur nos armes, et nous prions pour qu’aucun de ceux qui servent cette cause ne la déshonore par couardise, inhumanité ou rapine. En cette heure suprême, la nation irlandaise doit, par sa valeur, sa discipline, et par la disposition de ses enfants au sacrifice pour le bien commun, prouver qu’elle est digne de l’auguste destinée à laquelle elle est appelée.

Signé au nom du Gouvernement Provisoire :

THOMAS J. CLARKE
SEAN McDIARMADA
P. H. PEARSE
JAMES CONNOLLY
THOMAS McDONAGH
EAMONN CEANNT
JOSEPH PLUNKETT

Source : http://liberationirlande.wordpress.com/histoire-de-tara/proclamation-de-la-republique-de-1916/

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 08:42

Document publié dans Saoirse en novembre 1997 qui fait partie d’une série d’études sur le caracère néo-colonial du Free State.

Quand on ouvre un livre ou un magazine et qu’on y trouve un chapitre ou un titre du genre ‘L’Eglise et l’Etat dans l’Irlande moderne’, la tendance naturelle est de le refermer brutalement avec un grognement et de le jeter dans un coin. Cette réaction est compréhensible, étant donnée la façon dont moult plumitifs ont saboté ce thème. Le fait que tant d’encre ait été versée là-dessus tend à obscurcir le fait que c’est un sujet d’une importance considérable. Que l’Eglise catholique se soit acharnée ou non à restreindre les droits des chauds lapins dans le Saorstát [l'Etat libre d'Irlande], seule question vraiment importante aux yeux des intellectuels et des journalistes, est d’une importance mineure, comparé à la façon dont l’Eglise soutient l’exploitation coloniale de l’Irlande.

Il y a une grande question qui sépare nettement les autorités ecclésiastiques des laïcs catholiques en Irlande, c’est celle de la domination britannique. L’Eglise institutionnelle maintient, et a toujours maintenu, que l’implication de l’Angleterre dans les affaires irlandaises est légitime. Mais la grande masse des fidèles pense autrement.

Les origines du problème

Lorsque l’Empire romain finit par s’effondrer et que les envahisseurs barbares arrivèrent en masse en Europe de l’ouest, la seule institution qui survécut au déluge fut l’Eglise catholique. L’Eglise, qui était le lieu de conservation des arts et savoirs anciens, commença d’une certaine façon à ressembler au défunt empire.

L’évêque de Rome, qui était traditionnellement « premier parmi ses pairs », s’éleva graduellement jusqu’à l’autorité suprême, gouvernant l’Eglise comme les empereurs romains gouvernaient l’empire, au moyen d’évêques qui ressemblaient aux gouverneurs des provinces de l’ancienne Rome. Les papes en vinrent à affirmer qu’ils étaient l’autorité suprême en Europe, qu’ils pouvaient déposer les rois et attribuer les trônes à leurs favoris.

Les Normands qui conquirent l’Angleterre en 1066 étaient une bande plutôt impie, mais qui reconnaissait que la religion était une grande force politique. Au Moyen-âge, quand un évêque mourait, son successeur était élu par le clergé du diocèse. Mais les Normands introduisirent le Statut de Praemunire (qui est toujours en vigueur !) selon lequel il n’y aurait qu’un candidat à ces élections : le candidat du roi.

Le premier Primat normand d’Angleterre, l’évêque Lanfranc, se mêla tout de suite des affaires irlandaises, en affirmant son autorité sur les colonies scandinaves en Irlande. Lors des siècles suivants, les seigneurs et évêques anglo-normands visitaient régulièrement Rome, racontaient des histoires à dormir debout sur l’Irlande et proposaient leurs services pour y remédier, si le pape voulait bien leur donner l’autorisation. On appelait ces gens les « partisans de Rome » et leurs activités en Irlande pendant des siècles firent beaucoup de mal.

Le pape Adrien IV

Un seul anglais fut jamais élu pape : il s’agit de Nicholas Breakspear, qui prit le nom d’Adrien IV (1154-1159). On le persuada d’écrire une lettre donnant à Henry II, roi d’Angleterre, le pouvoir de conquérir l’Irlande et de la rattacher à ses autres possessions.

Tous les évêques d’Irlande acceptèrent ce don de l’Irlande au monarque anglais, et firent serment de loyauté envers Henry lorsqu’il visita l’Irlande. Mais ni Henry ni ses successeurs ne purent conquérir tout le pays. Suite aux premiers chocs de l’invasion, les Irlandais s’organisèrent et résistèrent, et ce ne fut qu’au moment de la guerre de Cromwell que le pays fut vraiment débordé et conquis.

Les Anglo-normands tentèrent d’imposer les statuts de Praemunire en Irlande et de nominer leur propre Primat, mais les ecclésiastiques irlandais n’étaient pas d’accord et élirent leur propre archevêque d’Armagh. La querelle arriva jusqu’à Rome et la papauté résolut le problème en nommant alternativement des Allemands et des Italiens à Armagh. Cependant, ces archevêques continuaient à arborer la prétention de l’Angleterre à la domination suprême.

La remontrance d’Ó Néill

En l’an 1315, une confédération de dirigeants irlandais proposa à Edward Bruce, frère du Roi Robert d’Ecosse, de devenir roi d’Irlande et de les aider à expulser les envahisseurs. D’autre part, Donal Ó Néill abdiquait formellement, en faveur d’Edward, sa prétention à la Haute-Royauté. De même, Donal envoya au pape une lettre remarquable lui demandant de retirer l’autorisation [de conquérir l’Irlande] du pape Adrien, et lui soumettait une liste des cruautés infligées aux Irlandais suite à cette conquête. Il disait entre autres choses qu’un évêque anglais enseignait que le fait de tuer un Irlandais n’était pas un crime, et que d’ailleurs lui-même pouvait tuer un Irlandais et dire la messe juste après.

Le pape fit suivre cette lettre au roi d’Angleterre (Edouard II le débauché) qui répondit que tout cela n’était que mensonges. Edward Bruce fut battu et tué à la Bataille de Faughart et le complot fit long feu, et les papes continuèrent à défendre la domination britannique de l’Irlande. En pratique, dans les zones où les Anglais étaient dominants, on imposait des évêques anglais, ailleurs, c’était des évêques irlandais. Ces deux groupes s’appréciaient modérément.

Après la Réforme

Au 16è siècle, l’Angleterre était gagnée presqu’entièrement par le protestantisme luthérien, alors que l’Irlande était en grande majorité catholique. Mais l’Eglise institutionnelle en Irlande continuait de reconnaître le monarque anglais en tant qu’autorité légitime de l’Irlande. Même l’archevêque Plunkett, martyr, ne doutait pas que le Roi Charles, qui le pendait, était son prince légitime. Pendant plus de deux cents ans, la foi catholique a été cruellement persécutée par le gouvernement anglais, mais à la fin du 18è siècle ceci se calma.

Les prêtres se formaient dans les séminaires de France, de Belgique et d’Espagne, et avec le déclin de l’ancienne société gaélique, ils devinrent des leaders communautaires. Comme ils vivaient en Europe continentale, il s’appropriaient certaines idées radicales qui y émergeaient, ce qui effraya tant les autorités cléricales et civiles en Irlande qu’une alliance entre elles eut lieu, ce qui eut pour résultat l’ouverture d’un séminaire en Irlande où les prêtres seraient formés sous étroite surveillance, pour exclure tout fauteur de trouble en puissance. C’est ainsi que fut fondé le séminaire de Maynooth.

Daniel O’Connell

Au 19è siècle émergea une figure politique catholique : Daniel O’Connell. Il correspondait au type du politicien moderne, au sens où il était prêt à tout pour arriver à ses fins. (D’ailleurs, comme la plupart des politiciens dans un contexte colonial, il était un menteur et un escroc). Il fit alliance avec les autorités catholiques : en échange de l’obtention de « l’émancipation catholique », il leur demandait de soutenir sa campagne pour le ‘Rappel’ [l’abrogation de l’Acte d’Union entre l’Irlande et le Royame-Uni, de 1801]. Ces deux campagnes étaient faussées : l’émancipation catholique ne fit que permettre à des catholiques de sièger au parlement de Westminster, où ils étaient débordés par le nombre et dénués de pouvoir. Quant au ‘Rappel’, s’il avait été obtenu, il n’aurait apporté aucun bienfait.

O’Connell cherchait consciemment à profiter pour ses propres fins de la division ethno-confessionnelle de l’Irlande, qui était jusque-là l’instrument du gouvernement, et construisit une machine politique faite en majorité de prêtres catholiques. Pour financer ses activités politiques, il fit en sorte que les prêtres prélèvent une dîme sur les laïcs : la ‘rente catholique’. Pendant la première moitié du 19è siècle, O’Connell domina la scène politique en Irlande et canalisa entièrement les énergies politiques du peuple irlandais en direction de l’exigence, ou de l’écran de fumée, du ‘Rappel’.

O’Connell et son parti à Westminster ne firent aucun effort pour apporter la moindre réforme au gouvernement de l’Irlande : et de fait, O’Connell fit cause commune avec les éléments les plus réactionnaires dans l’opposition aux progrès et aux réformes. Le résultat final de toute la carrière politique du « Libérateur » [épithète homérique attribuée à O’Connell] ne fut pas le Rappel, mais la Famine.

Après la Famine

Le 19è siècle vit le développement rapide des moyens de communications : les chemins de fer, le transport maritime, les télégraphes et la poste. Aucune organisation ne s’en réjouit davantage que le Vatican. Des communications plus rapides et plus sûres lui permettaient de resserrer son contrôle, et Rome commença à s’intéresser plus directement aux affaires de l’Eglise catholique en Irlande. Au milieu du 19è siècle, il y avait deux écoles de pensée opposées dans la hiérarchie ecclésiastique en Irlande, et une guerre froide et amère entre elles.

La première, représentée par l’archevêque Murray de Dublin, voulait l’accommodation avec le gouvernement et l’acceptation stoïque de son mauvais gouvernement. La seconde, qui avait pour champion l’archevêque MacHale de Tuam, cherchait à contrecarrer l’exploitation coloniale de l’Irlande. Ce désaccord était bien connu de tous, et le Vatican voulait faire quelque chose. En 1850, à la mort de l’archevêque d’Armagh, Paul Cullen fut désigné comme son successeur.

Cullen était natif du comté de Tipperary, mais avait vécu en Italie depuis l’âge de douze ans. Il avait été professeur d’Hébreu, puis recteur du collège irlandais à Rome. Il semble clair que Cullen, qui devint le premier cardinal irlandais de l’histoire, avait été envoyé avec la mission de rappeler à l’ordre les Irlandais. Dès qu’il arriva, il convoqua un synode, le premier depuis l’invasion normande, et s’en servit pour montrer qui était le patron.

Cullen et le nationalisme

Paul Cullen était accusé par les nationalistes d’être un unioniste et par les unionistes de ne pas l’être assez. En fait, il soutint le nationalisme de type O’Connell, bien qu’il semble qu’il le fit pour conjurer une alternative encore pire à ses yeux. Après la Famine, la question de la terre devint plus importante que celle du Rappel, et les implications de cette question le terrifiaient.

Dans son esprit, le nationalisme était inséparable de la franc-maçonnerie, idée qui pouvait être vraie à l’époque en Italie, mais absurde en Irlande. Il est possible que les officiels du Château de Dublin [siège du gouvernement britannique de l’Irlande] aient agité à dessein ce chiffon rouge sous son nez (ces officiels eux-mêmes étant en majorité des franc-maçons). Il est vrai que Cullen est intervenu pour sauver la vie d’un Fenian condamné à mort : Thomas Burke. Mais pour le cardinal, l’Eglise était tout. Il n’avait aucun intérêt pour l’Irlande ou son peuple, sauf si cela pouvait être utile à l’Eglise. Il tenta même de transformer le Parti Irlandais à Westminster en agence catholique.

Lorsque l’archevêque Murray mourut en 1852, Cullen démissionna de son siège à Armagh et prit celui de Dublin. Une auto-démission, certes, mais qui avait un sens : c’est à Dublin que tout se passait, le Château et le Vice-Roi y résidaient. Il critiqua publiquement les prêtres qui s’impliquaient dans la politique, au sens des partis politiques. Mais lui-même ne faisait que cela, de la politique. Cullen était arrivé en Irlande après avoir vécu en Italie pendant la majeure partie de sa vie. Contrairement au clergé d’Irlande, il n’avait pas peur du gouvernement ou des protestants. Son idée fondamentale était que l’Eglise catholique et la couronne britannique avaient en quelque sorte la garde partagée de l’Irlande, chacune dans sa sphère d’influence.

Le gouvernement, ayant ses raisons, joua le jeu, et cette approche, depuis lors, est demeurée le fondement de la politique de l’Eglise en Irlande. Le long règne du cardinal Cullen (1850-1878) a vu l’Eglise catholique se développer en tant qu’organisation de plus en plus rigide et autoritaire, réduisant les laïcs à l’obéissance passive, leur attribuant trois fonctions : prier, payer et obéir. Le clergé se retira dans un isolement narcissique, maintenant le minimum de contact avec les laïcs : parlant au-dessus d’eux dans l’office ou à-travers les grilles du confessionnal. A l’église, le clergé faisait les cérémonies dans un mauvais latin, alors que les fidèles, sur les bancs, égrenaient leurs chapelets.

Des barrières de méfiance s’élevèrent. Des questions comme la condamnation par l’Eglise de l’agitation agraire ou du mouvement Fenian contribuèrent à éloigner le clergé de la société irlandaise. Un vieux proverbe disait : « Sois poli et vague avec le clergé ». Lorsque les prêtres étaient ordonnées, ou que les moines et nonnes prononçait leurs vœux, il leur semblait qu’une frontière invisible avait été franchie, comme celle qu’un enfant adopté franchit en oubliant ses parents naturels, et dans ce passage l’Irlande perdait toute prétention à leur loyauté. Telle était la situation au début de la lutte pour l’indépendance, qui eut des conséquences tragiques. Dans le prochain numéro [de Saoirse] nous examinerons le rôle joué par l’Eglise catholique dans la création du Free State et le maintien de la domination anglaise.

Au début du 20è siècle, la majorité du clergé avait été formée à Maynooth, et nombre d’évêques avaient servi comme professeurs dans ce séminaire. Par conséquent, la plupart des évêques avaient pris leur poste sans être passés par l’expérience du travail paroissial, qui les aurait adoucis. Avant de quitter Maynooth, les séminaristes de dernière année tiraient au sort leur future affectation. Comme dans d’autres secteurs de la vie sociale en Irlande, la promotion dans l’Eglise ne dépendait pas des capacités des gens.

Maynooth était une institution payante, et bien qu’un système de bourses existât, la majorité des séminaristes venaient de familles qui pouvaient payer ces études. Les séminaristes étaient donc plutôt les fils des classes les plus aisées : professions libérales, employés de l’administration britannique, commerçants, et paysans riches. Pour les fils des familles les plus pauvres, il restait deux voies pour accéder à la prêtrise : soit rejoindre un ordre missionnaire, soit recevoir une bourse d’un diocèse australien ou américain, et devenir prêtre là-bas. Par conséquent, les éléments les plus susceptibles d’embrasser des idées radicales étaient aspirés vers l’étranger : d’ailleurs, il y eut des plaintes d’Australie au sujet de prêtres fauteurs de troubles, débarqués d’Irlande.

Apparut la coutume d’envoyer des prêtres récemment ordonnés passer quelques années en tant qu’hommes à tout faire dans les paroisses d’Angleterre. Les effets de ces séjours sur des jeunes hommes qui n’avaient qu’une faible expérience du monde étaient funestes : ils revenaient en Irlande avec l’influence de la mentalité qu’ils avaient rencontrée là-bas, dans cette société insulaire et complaisante.

Le première guerre mondiale

Quand, en août 1914, l’Angleterre déclara la guerre à l’Allemagne, on rivalisa dans le clergé protestant, toutes confessions confondues, de zèle fanatique pour l’effort de guerre. Le clergé catholique avait une attitude plus réservée : dans les empires centraux, l’Autriche-Hongrie était fortement catholique et en Allemagne, les catholiques jouissaient de droits égaux à ceux des protestants, et l’Etat traitait avec déférence l’Eglise catholique. Au contraire, les « alliés occidentaux » : l’Angleterre, la France, la Belgique, puis plus tard le Portugal, l’Italie et les USA, tous avaient des gouvernements dominés par les éléments franc-maçons qui avaient plus ou moins contrarié l’Eglise catholique. Par conséquent, quand l’Eglise suivit le conseil mal avisé de John Redmond impliquant le Irish Party dans l’effort de guerre, elle le fit sans réel enthousiasme, et le cardinal Logue alla jusqu’à déconseiller aux prêtres de s’engager en tant qu’aumôniers militaires.

Le Soulèvement et ses suites

Le Soulèvement de 1916 avait été au départ condamné par les dirigeants de l’Eglise, puis leur hostilité s’adoucit après coup. Le courage et la haute tenue des volontaires, outre le fait qu’ils étaient presque tous des catholiques pratiquants, fit grande impression, et la vague générale de sympathie pour les insurgés affecta le clergé. L’évêque de Limerick, O’Dwyer, initialement hostile au nationalisme, fit une déclaration de soutien. Et l’archevêque Walsh de Dublin intercéda en faveur de Roger Casement.

Mais la hiérarchie continuait à s’opposer au séparatisme. Bien que cette opposition prenait la forme de syllogisme moraux, il est clair qu’elle était basée sur la conclusion que l’Angleterre était trop forte et que la cause républicaine n’avait aucune chance de succès. Le cardinal Logue disait, à propos du programme de Sinn Féin, que c’était « un rêve impossible qu’aucun homme dans son bon sens ne pouvait souhaiter voir se réaliser. »

Dans les deux années qui suivirent le Soulèvement, le soutient grandit peu à peu, et atteignit son pic lorsque le gouvernement britannique tenta d’introduire la conscription en Irlande. C’était une question que la hiérarchie ne pouvait pas éluder : elle fut obligée de prendre parti dans le camp de l’anti-conscription, dont le fer de lance était Sinn Féin. L’archevêque anglican de Dublin, Dr. Bernard, disait cyniquement, mais à juste titre, que les évêques catholiques avaient décidé de faire cause commune avec Sinn Féin, de peur de perdre toute influence s’ils ne le faisaient pas.

Le fait qu’il s’agissait pour l’Eglise de sauver sa peau avait été dénoncé par le frère Walter MacDonald, professeur de théologie morale à Maynooth, qui publia un livre de citations en latin montrant que, d’après les enseignements de l’Eglise catholique, la domination de l’Irlande par l’Angleterre était légitime et que la prétention irlandaise à l’indépendance ne tenait pas. Dans ses Mémoires, MacDonald écrivait : « Je vis, avec dégoût, des évêques irlandais, ici et aux Etats-Unis, se faire l’écho de phrases toutes faites sur l’auto-détermination, le droit des nations, le gouvernement par le consentement, et autres choses encore… indignes d’hommes qui sont censés maîtriser la science de l’éthique telle qu’elle est enseignée dans nos écoles… et qui doivent savoir que tout au long du Moyen-Age, quand l’Europe était gouvernée selon l’esprit de l’Eglise, on faisait peu de cas du consentement des peuples assujettis ! »

La guerre d’indépendance [‘Tan War’]

Pendant la guerre d’indépendance, la hiérarchie cherchait à la fois à donner la chasse avec les chiens impérialistes, tout en courant avec les lièvres républicains : et ce faisant elle récolta le soupçon dans les deux camps. La hiérarchie était divisée sur la ligne à suivre au sujet de l’indépendance. Un élément exacerbait les choses : pendant la Première Guerre mondiale, les églises protestantes en Grande-Bretagne et en Irlande avaient jeté toute leur énergie dans l’effort de guerre et avaient épuisé leurs cartouches, ce qui fait que plus personne ne les prenait au sérieux.

Pour remplacer la religion, l’establishment britannique développa un culte de la loyauté à la monarchie, et le mot « républicain » devint une insulte. Le cardinal Logue répétait aux Britanniques que les catholiques d’Irlande étaient dévoués à leur seigneur royal, sauf un tout petit nombre d’extrémistes. Les leaders de l’Eglise étaient aussi contre la rupture de la connexion avec l’Angleterre, puisqu’ils redoutaient que celle-ci n’empêche le maintien de ses activités missionnaires et autres dans le reste de l’empire britannique.

Les succès républicains firent baisser l’hostilité de l’Eglise, qui fit même des gestes de soutien, mais aucune position unitaire ne se dégagea chez les évêques. Les évêques ne réagissaient pas différemment des autres membres de la classe gombeen [terme difficile à traduire signifiant ‘usurier’ et ‘combinard’] dont ils étaient tous issus : ce qu’ils voulaient surtout, c’est se trouver du côté des gagnants, et quand les républicains ressemblaient à des gagnants, ils étaient prêts à les suivre.

Le Traité

La signature inattendue du Traité de 1921 fut une divine surprise pour la hiérarchie : si on leur avait demandé d’écrire un traité, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Dès le départ, ils firent cause commune avec les éléments pro-traité, et lorsque la Guerre Civile se déclencha, ils n’hésitèrent pas à frapper d’excommunication ceux qui prenaient le parti des anti-traités. Le soutien de l’Eglise fut probablement le plus grand facteur qui mena les pro-traités à la victoire .

L’Eglise dans le Saorstát [Free State]

L’Eglise catholique avait joué un rôle crucial dans l’établissement du Saorstát, et le clergé se sentait d’une certaine façon co-propriétaire de cet Etat. Seán Ó Faolain a dit un jour que le clergé voyait le Saorstát comme une « volaille à plumer », et c’est bien ce qu’il fit, comme tous les autres d’ailleurs. Il n’y a jamais eu un patriotisme du Free State : les gens qui étaient impliqués dans sa création et son administration n’étaient là que pour en tirer quelque chose.

Pendant plus de 50 ans, l’Eglise a été la force interne la plus importante dans le Free State. Les dirigeants du Saorstát avaient besoin de l’Eglise : ils avaient besoin de tout le soutien possible. Quant aux leaders de l’Eglise, ils adoptaient l’idée qu’il y avait au-dessus des lois de l’Etat, une loi morale reçue de Dieu, dont les évêques sont les gardiens et les interprètes. Par conséquent, les évêques faisaient souvent des déclarations sur des question d’intérêt public, que l’Etat suivait presque toujours. Le Saorstát prenait de plus en plus les attributs d’une théocratie.

Evidemment, les premiers leaders du Saorstát étaient tellement méprisables que l’aiguillon du clergé faisait, souvent, plus de bien que de mal. De même, les conflits entre l’Eglise et l’Etat et les désaccords sur les affaires éthiques sont aussi vieux que la chrétienté, et sont peut-être destinés à durer jusqu’à la fin des temps. Les dirigeants religieux ont été sévèrement critiqués pour avoir parlé sur certains sujets, et on leur a reproché, avec une égale acrimonie, de ne pas l’avoir fait sur d’autres. Dans le contexte du Saorstát, le clergé intervenait principalement dans deux circonstances : quand il voyait apparaître quelque chose qui menaçait son pouvoir, et quand il y avait un souci se rapportant à sa pudibonderie bourgeoise.

Un exemple suffira. En 1943, le ministère de la santé du Saorstát acheta un vieux manoir à côté de la ville de Galway, pour le transformer en hôpital. Pas loin de là, il y avait l’immeuble des novices de l’ordre rédemptoriste. Le prieur s’opposait au projet, parce que, disait-il, la vue des nonnes passant près des fenêtres aurait perturbé les novices dans leurs prières. Le médecin pensa que cette raison était extravagante, mais offrit quand même en échange de financer la pose de fenêtres givrées sur toute la façade donnant sur l’hôpital, ce que le prieur refusa.

Peu de gens savent que De Valera avait un jeune frère qui était prêtre rédemptoriste aux USA. Bien que ces histoires avaient lieu au beau milieu de la Deuxième Guerre mondiale, le prieur s’arrangea pour faire traverser l’Atlantique à cet homme, afin qu’il en parle personnellement à Dev [surnom de De Valera], ce qu’il fit. Le projet fut donc arrêté, et le bâtiment fint par devenir une usine. Cet épisode est tout à fait typique de cette bêtise mêlée de mauvaise foi ["mullarkey"] constante dans le clergé.

Le plateau

De 1922 à 1965 environ, le Saorstát était stagnant. Bien qu’indépendant en théorie, il avait tous les aspects d’une colonie arriérée et négligée. Pour l’Eglise catholique, le point central de ce long plateau fut le congrès eucharistique de 1932, qui n’était qu’une cérémonie triomphaliste et une manifestation publique de l’obéissance de l’Etat à l’Eglise. Mais le Saorstát devait se faire une raison : le soutien de l’Eglise était vital à sa survie.

Le parallèle le plus proche est celui de la France sous le régime de Vichy. Après la débâcle de 1940, la France fut réduite au rang d’Etat fantoche de l’Allemagne et le gouvernement français avait été complètement discrédité. Il fit alors toutes sortes de concessions à l’Eglise catholique, parce qu’il avait besoin de son appui. A long terme, cette collaboration n’apporta absolument rien de bon à l’Eglise en France. Une erreur répandue consiste à envisager l’Eglise catholique en Irlande comme un monolithe. En réalité, la hiérarchie était rarement d’accord sur quoi que ce soit. Les évêques avaient trop de pouvoir dans leurs diocèses. Un nonce papal a un jour adressé cette plainte à Rome : « il n’y a pas d’évêques en Irlande. En Irlande, j’ai vu 26 papes. »

Si l’on considère les primats, on voit des hommes ayant des avis variés sur le colonialisme. Certains ont eu des tendances patriotiques sincères, comme le cardinal Ó Fiaich et le cardinal MacRory, il y eut des opportunistes comme le cardinal Logue, des partisans des Britanniques comme le cardinal Conway et des « saboteurs » comme le cardinal Daly. Quant aux ordres religieux, ils étaient indépendants de la hiérarchie et suivaient leurs propres buts. Néanmoins, il est permis de faire des généralisations sur la mentalité du clergé catholique, principalement formé à Maynooth. Il est intéressant de considérer les carrières de deux anciens étudiants de Maynooth, ayant quitté le séminaire avant l’ordination : Kevin O’Higgins et John Hume.

Jansénisme ou calvinisme?

Le caractère unique du catholicisme irlandais a souvent été commenté, défavorablement en général. A un moment, la thèse dominante était que ce caractère venait de l’influence de l’hérésie janséniste. Bien que l’Eglise catholique ait quelques particularités qui la rattachent aux enseignements de l’évêque Jansen (par exemple la « première communion » est une invention janséniste), la véritable et funeste influence a été produite par des siècles de compétition avec les sectes protestantes et de réactions à leurs accusations et critiques. Cela a débouché sur une religion focalisée entièrement sur le péché, qui soupçonne toute chose heureuse, joyeuse ou satisfaisante, d’être probablement pécheresse.

Vatican II et ses suites

Le Deuxième Concile du Vatican a été appelé par le pape Jean XXIII pour mener une réforme radicale de l’Eglise catholique. De retour du Concile, les évêques irlandais déclarèrent que rien n’avait changé, alors qu’en réalité c’était de grands changements. Dans le domaine où les effets se sont vus tout de suite, en ce qui concerne la “réforme liturgique”, les évêques irlandais laissèrent les évêques anglais diriger la manœuvre, et un langage anglais insipide fut imposé dans la liturgie.

Partout en Irlande, de la cathédrale St. Patrick à Armagh aux églises de village les plus reculées, les sanctuaires furent étripés et des ouvrages en fer forgé ou en pierres furent brisés et mis sous scellé, détruisant l’unité esthétique de chaque église et laissant une trace du philistinisme du clergé. La vandalisation de la cathédrale de Killarney n’est pas le moindre des péchés de l’ex-évêque Casey. (Il faut remarquer que les églises contrôlées par les ordres religieux ont dans l’ensemble moins souffert).

Les Troubles du Nord

Le déclenchement des “Troubles du Nord” en 1969 montra que le clergé catholique n’avait rien appris ou qu’il n’avait rien oublié. Les mêmes vieilles condamnations furent répétées à l’envi, comme si rien ne s’était passé depuis 100 ans, depuis les Fenians. Il faut reconnaître que tant que l’Angleterre tient les six comtés, la hiérarchie a un couteau sous la gorge et que son action est bridée. Cela dit, il ne fait aucun doute que les condamnations ont été dans l’ensemble sincères et qu’elles reflètent en effet la pensée de la classe sociale dont le clergé est principalement extrait.

Récemment, une série de scandales, couplée à certains développements dans le monde auquel l’Eglise a du mal à s’ajuster, ont fait en sorte que le clergé catholique a pataugé lamentablement, incapable de se tracer une ligne de conduite. Trop de fierté conduit à la ruine ! De la fierté et de l’arrogance il y en a eu, et la ruine est venue en temps voulu.

Source : https://liberationirlande.wordpress.com/eire-nua/leglise-catholique-et-le-colonialisme-en-irlande/

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 08:37

 « S’il fut jamais un temps où les hommes publics eussent le devoir de s’expliquer clairement, s’il fut jamais un temps où ces fléaux du genre humain qu’on nomme les politiciens dussent se départir de leur duplicité et de leur fourberie, voici venu ce moment. Soyez assurés que le peuple de ce pays ne tolérera plus de voir son bonheur se jouer entre un petit nombre de familles rivales ; soyez assurés que ce peuple sait aujourd’hui où réside son intérêt véritable. Il lui faut chasser les hommes qui se sont élevés de leur propre chef, sans autre objet que de s’agrandir eux-mêmes et leurs familles aux frais du public et il lui faut mettre au premier rang des hommes qui représenteront la nation, qui seront comptables devant elle et qui s’occuperont de ses affaires. »
Arthur O’Connor devant la Chambre des Communes d’Irlande – 4 mai 1795 .

On peut dire que l’histoire moderne de l’Irlande, au sens propre du terme, commence en 1691 avec la fin des « guerres williamites». L’ensemble de la vie politique du pays au cours des 200 ans qui vont suivre ne prend tout son sens, ne peut être compris, qu’à la lumière du conflit qui opposa le roi d’Angleterre Jacques II et le prétendant au trône, le Prince Guillaume d’Orange. L’évolution politique de l’Irlande n’a cessé, jusqu’à aujourd’hui et pour notre génération, d’être largement influencée par l’attitude des diverses catégories de la population à l’égard de ce conflit prolongé qui s’est achevé par la reddition de Sarsfield et de la garnison de Limerick aux forces du parti williamite qui les assiégeaient.

Il n’y eut pourtant jamais de guerre, dans toute l’histoire de l’Irlande, où le peuple eût moins de raisons de s’engager dans un camp ou dans l’autre.

Il est hélas indiscutable que les Catholiques irlandais de l’époque ont combattu comme des lions pour le roi Jacques. [ Les « Jacobites » sont les partisans de Jacques II, roi d'Angleterre chassé du trône par la Révolution de 1688. Exilé en France, il tenta de reprendre la couronne à son gendre Guillaume III d'Orange en montant une expédition à partir de l'Irlande]

Indiscutable aussi le fait que les Catholiques irlandais ont versé des fleuves de sang, qu’ils ont pulvérisé leur fortune pour tenter de maintenir le roi Jacques sur le trône. Mais il est tout aussi indiscutable que cette lutte ne les concernait pour rien au monde. Le roi Jacques était l’un des plus indignes représentants d’une race indigne, à avoir jamais accédé au trône.

« Le pieux, le valeureux, l’immortel » Guillaume n’était qu’un aventurier se battant pour son propre compte, avec une armée recrutée parmi les soudards sans fortune de toute l’Europe, qui se souciaient aussi peu du protestantisme que de la vie humaine. Il est indiscutable enfin, qu’aucune de ces deux armées n’avait le moindre droit de prétendre qu’elle était une armée patriote combattant pour la libération de la nation irlandaise.

Les louanges qui furent prodiguées à Sarsfield et à l’armée jacobite sont fort loin de se justifier. On peut même se demander si, dans une époque plus éclairée et plus patriote que la nôtre, on ne les accusera pas quasiment de trahison, pour avoir détourné le peuple irlandais de sa fidélité à la cause de l’indépendance nationale et l’avoir entraîné dans une guerre pour le compte d’un tyran étranger. D’autant que ce tyran, alors même que le peuple combattait pour lui, contrecarrait les efforts du Parlement de Dublin pour échapper à la mainmise du Parlement anglais.

Le conflit entre Guillaume et Jacques pouvait être une occasion idéale pour la population irlandaise opprimée d’essayer de se libérer alors que leurs forces étaient déchirées par la guerre civile. Mais l’occasion fut manquée et la population vint prendre rang dans les factions opposées de ses ennemis. On en découvrira la raison sans difficulté.

La petite et haute noblesse catholique qui se trouvait à la tête du peuple irlandais à cette époque se composait de gens qui, tous, possédaient des propriétés considérables dans le pays, mais sur lesquelles, tout catholiques qu’ils fussent, ils n’avaient pas plus de droits ni de titres que le moindre aventurier de Cromwell ou de Guillaume. Les terres qu’ils détenaient avaient auparavant appartenu au peuple irlandais, c’est-à-dire qu’il s’agissait de terres tribales. Ainsi, seuls les paysans (qui étaient depuis lors réduits à l’état de simples tenanciers précaires) étaient les propriétaires légitimes du sol.

En revanche, les beaux chevaliers du roi Jacques étaient soit les descendants de gens qui avaient acquis des terres lors de confiscations antérieures aux spoliations de la conquête ; soit de gens qui avaient pris parti pour l’oppresseur contre leurs propres compatriotes et qui furent autorisés à conserver leurs biens en récompense de leur trahison ; soit enfin de gens qui avaient accepté de réclamer au gouvernement anglais qu’il leur accorde un titre de propriété personnelle sur les terres des hommes de leur clan.

De tant d’intrigues on ne pouvait espérer voir naître une véritable action nationale : dans tous leurs actes publics, du premier jusqu’au dernier, ils se comportèrent comme une faction anglaise et rien d’autre. Quels qu’aient été leurs désaccords avec les Williamites, ils s’entendaient parfaitement du moins sur un point : la soumission du peuple irlandais. On comprendra sans difficulté que, même si la guerre s’étaït achevée par la défaite complète de Guillaume et le triomphe de Jacques, le sort des Irlandais, du point de vue agraire comme du point de vue national, n’aurait pas été notablement amélioré.

Le patriotisme indéniable du petit peuple ne change rien à cette vérité. Il ne voyait que le nouvel ennemi venu d’Angleterre, tandis qu’il était prêt, avec une générosité inconsciente, à doter le vieil ennemi anglais installé en Irlande de toutes les vertus et de tous les attributs des patriotes irlandais.

Pour caractériser plus précisément l’attitude des dirigeants jacobites en Irlande, nous pourrions invoquer les résultats de la grande colonisation de terres de 1675. On avait alors cadastré onze millions d’acres [1 acre fait environ 0,4 hectare], les colons protestants en possédant quatre millions à la suite de confiscations antérieures. On ne toucha pas aux terres qui avaient été acquises de cette façon, mais on distribua le restant comme suit (mesures en acres) :

Aux soldats ayant servi en Irlande : 2.367.715
A 49 officiers : 497.001
Aux « aventuriers » (qui avaient prêté de l’argent) : 707.321
Aux détenteurs d’une « provision » (à qui on avait promis des terres) : 477.873
Au Duc d’Ormond et au Colonel Butler : 257.518
Au Duc d’York : 169.436
Aux évêques protestants : 31.526

Quant aux terres laissées aux Catholiques, on les distribua aux « gentilshommes » catholiques comme suit (mesures en acres) :

A ceux reconnus « innocents », c’est-à-dire qui n’avaient pas combattu pour l’indépendance mais soutenu le gouvernement : 1.176.510
Aux détenteurs d’une « provision » (promesse de terres) : 497.001
Titulaires d’une jouissance nominale : 68.260
Restitutions : 55.396
Aux personnes envoyées dans le Connaught sous Jacques Ier : 541.330

On pourra donc constater que, sauf pour le Connaught [Le Connaught, depuis Jacques I", servait de lieu de déportation des populations catholiques chassées par la « plantation » de colons protestants. Les « aventuriers » étaient chargés de la répression et de l'exploitation du pays après la grande révolte de 1641, à la suite de l'Adventurer's Act de 1642], toutes les terres que possédaient les gentilhommes catholiques en Irlande ont été acquises selon les procédés que nous avons décrits auparavant : comme butin de la conquête ou comme fruits de leur trahison.

Et même dans le Connaught, où les terres étaient des tenures féodales dépendant de la Couronne d’Angleterre, leurs possesseurs avaient dû passer un accord directement avec l’envahisseur pour abolir les droits communautaires du clan au profit de leurs revendications personnelles. Ce fut là la seule véritable raison des dirigeants irlandais de cette époque pour refuser de lever l’étendard national au lieu de la bannière d’une faction anglaise. Ils ne combattaient pas pour la libération de l’Irlande, pour permettre à la nation de recouvrer ses droits. Ils combattaient pour garantir à la classe sociale qui jouissait alors du privilège de piller le peuple irlandais, qu’elle n’allait pas être à son tour contrainte de céder la place à une nouvelle horde de voleurs de terres.

On a fait grand cas de leurs efforts pour faire abroger la Loi Poyning [La loi Poyning a placé le Parlement de Dublin sous le contrôle du Parlement de Londres] et pour donner par ailleurs plus nettement force de loi aux résolutions du Parlement de Dublin, comme si ce genre d’attitude était la preuve qu’ils désiraient sincèrement libérer le pays, et non pas uniquement assurer leur propre mainmise sur le pouvoir. Mais de telles affirmations, sous la plume de certains auteurs, démontrent simplement une nouvelle fois combien il est difficile d’interpréter les faits historiques si l’on n’est pas guidé dans cette tâche par un principe directeur fondamental.

En ce qui nous concerne, nous pouvons faire profiter nos lecteurs d’une méthode d’interprétation socialiste de l’histoire. Ils comprendront ainsi plus aisément pourquoi les classes dirigeantes ont sans cesse cherché dans le passé à conquérir le pouvoir politique pour garantir leur domination économique (ou, plus simplement, pour soumettre les masses socialement) ; et pourquoi la libération des travailleurs, même au sens politique, ne peut être qu’incomplète et aléatoire tant qu’ils n’auront pas arraché aux classes dirigeantes la possession de la terre et des moyens de production des richesses.

Cette hypothèse, cette lecture de l’histoire, telle que la propose Karl Marx, le plus grand penseur moderne et le premier socialiste scientifique, la voici : « A toute époque historique, le mode de production économique et d’échange dominant et le régime social qui en est le résultat nécessaire, constituent la base sur laquelle s’édifie, et à partir de laquelle seule peut s’expliquer, l’histoire politique et intellectuelle de cette époque » [cette citation est en fait d'Engels, Préface à l'édition de 1888 du Manifeste du Parti Communiste]

En Irlande, à l’époque de la guerre williamite, « le mode de production économique et d’échange dominant » était le mode de production féodal fondé sur l’appropriation privée de terres volées au peuple irlandais. Ainsi, toutes les luttes politiques de cette époque se rattachaient à des intérêts matériels, un groupe d’usurpateurs cherchant à garder la mainmise sur ces terres tandis que l’autre cherchait à s’en emparer. En d’autres termes, si l’on analyse selon notre méthode le problème du Parlement Jacobite mis en place par Jacques II, on a immédiatement l’explication des prétendus efforts patriotiques des gentilhommes catholiques.

Efforts tout autant destinés à préserver leurs propres droits de propriété qu’à empêcher le Parlement anglais de s’autoriser à intervenir ou à réglementer ces droits. Le prétendu Parlement Patriote fut en réalité, comme tous les autres Parlements qui aient jamais siégé à Dublin, un pur ramassis de voleurs de terres assistés de leurs laquais ; leur patriotisme n’a été que la volonté de se réserver les biens dérobés à la paysannerie indigène.

Lorsqu’ils s’élevaient contre l’influence anglaise, il s’agissait de celle de leurs complices anglais qui réclamaient avidement leur part de butin. Sarsfield et ses partisans ne sont pas plus devenus des patriotes irlandais par opposition au pouvoir du roi Guillaume, qu’un Whig irlandais privé de sa charge ne devient patriote par haine des Tories qui se sont substitués à lui.

[C'est à la veille de la Révolution de 1688, sous Charles II et Jacques II, que les deux partis apparaissent. Les Whigs (d'un nom écossais signifiant « conduire ») étaient le parti anticatholique opposé aux prétentions du duc d'York, frère de Jacques II, qui était resté catholique, et contre lequel ils firent voter, au moment des « guerres williamites », le Bill d'exclusion de 1689. Les Tories (mot qui vient précisément d'un terme irlandais désignant les rebelles s'opposant aux troupes anglaises) étaient au contraire les partisans catholiques du duc d'York.].

Les forces qui s’affrontèrent sous les murs de Derry ou de Limerick n’étaient pas celles d’Angleterre et d’Irlande, mais de deux partis politiques anglais luttant pour s’emparer du pouvoir. Et les chefs des « Oies Sauvages Irlandaises » n’ont pas versé leur sang sur les champs de bataille européens par fidélité envers l’Irlande, comme nos historiens font semblant de le croire, mais parce qu’ils s’étaient rangés du côté des perdants dans un affrontement politique purement anglais.

C’est ce qu’illustre parfaitement l’attitude des vieux Franco-irlandais à l’époque de la Révolution française. Ils sont entrés en masse comme volontaires dans l’armée anglaise pour l’aider à abattre la jeune République : l’Europe put donc assister au spectacle de républicains irlandais récemment exilés combattant pour la Révolution française, face aux enfants des aristocrates irlandais anciennement exilés combattant sous la bannière de l’Angleterre pour abattre cette Révolution. Il était temps que nous apprenions à faire la part de la vérité sur ces problèmes et à débarrasser nos yeux des écailles qu’y avaient accumulées, en réécrivant l’histoire à leur manière, nos politiciens ignares et sans scrupules.

D’un autre côté, il faut tout autant se souvenir que, lorsque le roi Guillaume eut définitivement vaincu ses ennemis en Irlande, il adopta une conduite prouvant que lui et ses partisans étaient animés par les mêmes sentiments et les mêmes considérations de classe que leurs adversaires. A la fin de la guerre, Guillaume confisqua un million et demi d’acres, et les distribua comme suit aux nobles pillards qui l’accompagnaient :

Il donna à Lord Bentinck 135.300 acres ; 103.603 à Lord Albemarle ; 59.667 à Lord Conningsby ; 49.517 à Lord Romney ; 36.142 à Lord Galway ; 26.840 à Lord Athlone ; 49.512 à Lord Rochford ; 16.000 au Dr. Leslie ; 12.000 à M. F. Keighley ; 12.000 à Lord Mountjoy ; 7.083 à Sir T. Prendergast ; 5.886 acres au Colonel Hamilton.

Ce sont là quelques-uns des hommes dont les descendants, s’il fallait en croire certains Irlandais apparemment sains d’esprit, pourraient se convertir au « nationalisme » si l’on prêchait l’« union des classes ».

N’oublions pas non plus, pour nous en tenir à cette preuve de sa sincérité religieuse, que Guillaume fit don de 95.000 acres, volées au peuple irlandais, à sa maîtresse Elizabeth Villiers, Comtesse d’Orkney. Cependant le Parlement irlandais s’interposa vertueusement, récupéra les terres, et les distribua à ses amis les plus proches, d’autres aventuriers, les Loyalistes irlandais.

Source : http://liberationirlande.wordpress.com/2011/06/13/james-connolly-les-jabobites-et-le-peuple-irlandais/

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Published by James Connolly - dans Irlande
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