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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 19:30

Frédéric Vauth : Quelle est l’origine du Grand Orient des États-Unis ?
John Slifko : À l’origine, le constat de nombreux frères découragés par une certaine bureaucratie obédientielle et l’immobilisme du système. Ces frères ont décidé de s’intéresser à ce qui se faisait ailleurs, de découvrir un autre pan de l’histoire maçonnique de redécouvrir leurs origines, l’histoire maçonnique. Ceci ne s’est pas fait en un jour, les idées se sont précisées peu à peu, des tentatives, des expériences ont été menées ici ou là amenant finalement au Grand Orient des USA. Si la maçonnerie libérale et traditionnelle, mixte ou féminine, était représentée aux États-Unis sa composante masculine américaine n’existait pas. Ce courant maçonnique si important en Europe et sur d’autres continents a désormais sa version américaine.

F.V. : Quelle actualité pour le Grand orient des USA ?
J.S. : Sans conteste la signature d’un traité d’amitié avec le Grand Orient de France a été une étape importante pour nous ainsi que la réception de patentes concernant le Rite Moderne et le Rite Écossais Ancien et Accepté sans oublier les ordres de Sagesse du Rite Français.

F.V. : Quels sont les rituels pratiqués, ou pouvant être pratiqués au sein du Grand Orient des USA ?
J.S. : C’est dans un premier temps le Rite Moderne (rite français moderne rétabli) et le Rite Écossais Ancien et Accepté, mais un rite américain spécifique est aussi à l’étude. Notre Grand Orient souhaite que ces rituels soient pratiqués avec la même rigueur, le même respect de la Tradition qu’en Europe. Une fois ces rituels établis nous souhaitons également nous intéresser au Rite de Salomon, pratiqué au Canada par Oitar, mais aussi au Rite Rectifié qui a toujours suscité un grand intérêt ici. Pour nos frères américains ces rituels sont non seulement intellectuellement motivants grâce aux planches, mais aussi esthétiquement très plaisants.

F.V. : Quels seront les spécificités de ce rite encore à l’étude ?
J.S. : C’est un rituel qui permettrait de retourner à l’essentiel, de capturer les enseignements et l’esthétique des rituels tels qu’ils étaient pratiqués à l’origine en Europe.

F.V. : Quelle politique pour les hauts grades ?
J.S. : Dans un premier temps, bien sur, nous allons nous consacrer aux loges symboliques. Mais nous avons reçu les ordres de Sagesse du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France et nous allons les transmettre aux États-Unis. Le premier chapitre devrait ouvrir en 2009 à Los Angeles.

F.V. : Et le Rite Écossais ?
J.S. : Nous sommes bien sur très intéressés, mais sommes encore seulement à l’étape du projet et des premiers contacts.

F.V. : Quels sont les relations du GO USA avec les autres organisations maçonniques américaines ?
J.S. : Les relations sont excellentes et très constructives avec les obédiences « libérales » : la fédération américaine du droit Humain, le Georges Washington Union, Les loges américaines du Grand Orient de France sans oublier nos soeurs des Grandes Loges féminines de Belgique aux États-Unis et nos soeurs de la Grande Loge Féminine de France au Canada. Ces relations sont bien sur notre priorité autant pour l’aide que nous avons reçue que pour celle que nous souhaitons aussi apporter.

F.V. : Et les Grandes loges disons... « classiques » ?
J.S. : Les relations existent mais de façon informelle, hors des réunions maçonniques, par exemple à l’occasion de recherches académiques. Ce sera à nous, peu à peu, de faire découvrir la franc-maçonnerie européenne traditionnelle à ces frères. Si ce n’est en loge cela sera peut être par des publications, des conférences et pourquoi pas des articles d’Initiations magazine !

F.V. : Et la maçonnerie noire américaine, les loges de Prince Hall ?
J.S. : Avec les loges de Prince Hall, nous essayons d’établir au mieux des relations de confiance et de fraternité. Mais nous n’avons pas encore de contact direct. L’histoire des loges de Prince Hall est l’exemple même d’un sujet très mal connu historiquement. Nous aimerions particulièrement retrouver les traces des relations des loges de Prince Hall avec la Grande Loge de France et le Grand Orient de France, contacts soutenus mais qui semblent avoir été oubliés ou occultés.

F.V. : Quel est le portait type d’un maçon du Grand Orient américain ?
J.S. : Il n’y a pas de portrait type ! D’autant plus que nos loges s’adressent à un plus vaste public que ce qui était jusqu’à présent proposé par la maçonnerie américaine. C’est plutôt un homme entre trente et cinquante ans avec un goût développé pour l’humanisme, une spiritualité laïque et une grande curiosité intellectuelle. Disons que les maçons du Grand Orient sont aussi bien des personnes animées par une recherche spirituelle, qu’une volonté humaniste, certains sont athées et cette diversité est notre richesse. Beaucoup sont engagés dans les mouvements des droits de l’homme ou les exigences environnementales, d’autres enfin sont particulièrement présents dans les mouvements de défense de la liberté de presse. Des engagements, des préoccupations finalement très maçonniques.

F.V. : Remarquez-vous une répartition géographique ?
J.S. : S’il était évident que les grandes villes de la côte Est et de la côte Ouest seraient représentées, New-York, Washington, Los Angeles et San Francisco, nous avons remarqué très rapidement que les demandes d’affiliations, d’initiations proviennent de toutes les grandes régions. Ceci est sans doute dû à internet, aux groupes de discussions maçonniques qui nous permettent désormais très rapidement de nous faire connaître et de rencontrer ceux qui sont intéressés par notre démarche.

F.V. : Quel est l’engagement d’un maçon américain dans la cité ?
J.S. : L’engagement du maçon américain n’est pas une nouveauté, les maçons américains ont toujours été très engagés mais c’est un engagement important en faveur des organisations caritatives. Cet engagement philanthropique de la maçonnerie américaine est exceptionnelle, à titre d’exemple, la Grande loge du Minnesota a apporté à l’Université de cet État une aide de plusieurs millions de dollars ! Notre engagement, sera plus modeste, nous avons par exemple décidé de soutenir en tant que Grand Orient des organisations reconnues comme « Amnesty international ».

F.V. : Vous avez été élu en juin 2007, comment est désigné le Grand Maitre dans votre Obédience ?
J.S. : J’ai été élu par le conseil exécutif pour une durée de 2 ans, renouvelable. Habituellement aux États-unis, les Grands Maitres sont élus pour une seule année ce qui n’est sans doute pas suffisant pour établir un programme et faire progresser une organisation.

F.V. : Quels sont vos projets ?
J.S. : Quatre points essentiels à notre stade de développement actuel : Construire des loges stables et saines travaillant sur le modèle traditionnel européen, avec des travaux de recherches, des planches. Des loges respectant une progression mesurée entre les degrés maçonniques permettant l’approfondissement du rituel et du symbolisme maçonnique. Ceci est une demande forte de nos candidats à l’initiation. Maintenir, enrichir nos relations avec les loges Traditionnelles Libérales d’Amérique du Nord. Développer des relations entre notre franc-maçonnerie et la société américaine ainsi que les loges de type anglo-américain.
Enfin nous travaillons déjà de façon soutenue sur des projets permettant la rencontre entre le monde universitaire et la franc-maçonnerie. Une communauté d’interêt philosophique qui a existé aus Etats-Unis mais qui n’existe plus que sous la forme philanthropique.

F.V. : Plus précisément, quelles ont été ces relations?
J.S. : lorsque les États-Unis se sont construits, la maçonnerie américaine a joué un rôle majeur dans le développement de l’édition, de la presse, de la diffusion d’ouvrage. C’était un engagement en faveur de la diffusion de la culture : librairie, bibliothèque jusqu’à l’éducation ou la création d’universités ouvertes à tous. Ces relations si proches de l’idéal maçonnique du XVIIIe siècle ne demandent qu’à être revivifiées. Et malheureusement ces racines humanistes avaient été oubliées…

F.V. : Mis à part le courant libéral que vous avez défini, la maçonnerie américaine est elle conservatrice ?
J.S. : Si Certains peuvent le percevoir ainsi cela n’a pas toujours été le cas... et un équilibre doit être trouvé. La franc-maçonnerie doit s’équilibrer entre tradition et renouveau.
Pouvez-vous nous parler de ce qui est proposé l’année prochaine pour la conférence sur l’histoire des femmes et de la franc-maçonnerie à L’UCLA (Université de Californie Los Angeles) ?

F.V. : Que va t il se passer en pratique ?
J.S. : Oui, ce sera un événement très particulier pour la franc-maçonnerie et le monde universitaire. Il y aura une conférence internationale sur l’histoire des Femmes dans la franc-maçonnerie prévue les 6, 7 et 8 mars 2009 à l’Université de Californie Los Angeles. Cette conférence amènera d’autres symposium à l’UCLA et dans d’autres universités et collèges américains. La librairie et le Musée de la Grande loge unie d’Angleterre seront partenaires de l’événement avec le centre de recherche en franc-maçonnerie de l’université de Sheffield en Angleterre. Le centre d’Études Féminines de l’UCLA sera également partenaire. Une petite exposition aura lieu sur place et sera aussi présentée sur internet accompagnée des articles de la conférence. Il s’agit une étude globale et comparative au sujet de l’histoire des femmes dans la franc-maçonnerie. Et nous aurons la participation de chercheurs et de francs-maçons anglais, français et américains.

F.V. : Des obédiences féminines sont-elles parties prenantes ?
J.S. : La Grande Loge Féminine de France, la Grande Loge Féminine de Belgique collaborent au projet, mais aussi le droit Humain américain et le Grand Orient des USA. Nous pensons que le Grand Orient de France participera également.

F.V. : Que peut-on, momentanément, en conclure ?
J.S. : Ceci est juste un aperçu de ce que nous pouvons réaliser dans le futur. Laissez-moi dire ceci pour finir, qui peut surprendre vos lecteurs en Europe : sur les dix dernières années soixante thèses ont été rédigées sur divers aspects de la franc-maçonnerie.
Il y a de grandes possibilités de recherches concernant le passé, le présent et le futur de la franc-maçonnerie et ainsi que sur sa place dans la société civile.
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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 06:22


Grand Secrétaire de la Grande Loge des Anciens il joua un rôle majeur dans la constitution de la franc-maçonnerie par son œuvre l'Ahiman Rezon.
Irlandais catholique, né dans un milieu modeste, il immigre en Angleterre en 1746 où il exerce plusieurs petits métiers comme peintre en bâtiment payé à la journée, marchand de vin ou courtier.
Initié à 20 ans dans la loge n°26 à Dublin dont il deviendra Vénérable, c'est en rejoignant l'Angleterre, qu'il s'attire le mépris de l'aristocratie et de la Grande Loge des Modernes par sa condition sociale et ses origines irlandaises.
Sa "carrière" maçonnique est remarquable : Grand Secrétaire de la Grande Loge des Anciens de 1752 à 1771, puis Grand Maître Adjoint de 1771 à 1777 et de 1783 à 1787. Il présentera son livre : Ahiman Rezon en 1751, livre qui connaîtra de nombreuses éditions dont la première en 1756.

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:52

La Rencontre " a pour but de vous faire découvrire, les vies, les doctrines et les relations de trois des plus importants personnages de la Franc-Maçonnerie.
Ils nous ont légué un héritage fondamental, sous forme d'écrits et de rituels.
Martines de Pasqually à été le créateur de l'Ordre des Elus Coëns, Willermoz du Régime Ecossais Rectifié et Saint Martin inspira le système qui devait porter son nom, le Martinisme.
Ils ont vécu tous les trois pendant les " années décisives " de la maçonnerie, le 18ème siècle où tous les systèmes de hauts grades actuels se sont mis en place.
La Providence les a fait se rencontrer en 1766 pour Pasqually et Willermoz et en 1768 pour Pasqually et Saint Martin.
De 1768 à 1772, date du départ de Martines à St Domingue, leurs vies se sont croisées, l'un visitant l'autre, le troisième travaillant pour le premier..
De cette rencontre, mes Frères, il est sorti des doctrines et des systèmes, à la fois complexes et organisés.
Nous avons décidé de vous présenter Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin en imaginant un débat post-mortem, où ils se présenteraient puis exposeraient leurs doctrines et enfin, sous forme d'interview croisées, ils évoqueraient leurs relations, parfois conflictuelles, mais surtout respectueuses et admiratives.

JOURNALISTE : Mes frères Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin je vais tout d'abord vous demander de vous présentez.
Dom Martines à vous l'honneur

MP : Merci. Mes Bien Aimés frères, je m'appelle Joachim Martines de Pasqually, je suis né en 1710 à Grenoble. Mon père était d'origine espagnole et ma mère française.
On dit ne savoir que peu de choses de ma vie. Et pourtant de culture classique, j'ai embrassé la carrière des armes en 1737. J'ai servi en Espagne en Corse et en Italie avec le grade de lieutenant.
En 1754, j'ai quitté l'armée pour me consacrer entièrement à ma vie spirituelle.
Cela n'a pas été chose facile, même si l'époque s'y prêtait.
Pour terminer avec ma vie profane, j'ai épousé en 1767 Marguerite- Angélique de Colas de Saint Michel qui m'a donné deux fils dont l'un est malheureusement mort en bas âge.
Je suis parti en 1772 pour St Domingue, pour le recouvrement de la succession d'un de mes lointains parents. J'y décéderait deux plus tard avec le sentiment d'avoir accompli l'œuvre de ma vie.

JOURNALISTE : Dom Martines, parlez nous de votre engagement maçonnique.

MP : en 1754, je suis arrivé à Montpellier avec une mission que je définirait ainsi : je ne suis qu'un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de Maçon, afin de leur faire voire véritablement qu'ils sont réellement hommes-Dieux, étant créés à l'image et à la ressemblance de cet Etre tout-puissant.
Mon père, Franc Maçon, avait reçu de Charles Edouard Stuart, en 1738, une patente qu'il était autorisé à me transmettre. Après avoir longuement étudié la religion de mes ancêtres, la Bible et surtout l'Ancien Testament, mais aussi le Talmud et la mystique juive, j'ai décidé de créer mon Ordre maçonnique.
Pendant 20 ans, jusqu'à ma mort, je me suis entièrement consacré à la formation et au développement de cet Ordre en ouvrant des temples à Montpellier, Avignon, Marseille, Toulouse , Lyon et à Paris où je suis venu en 1767 et où j'ai initié les Frères Willermoz et Saint Martin.

JOURNALISTE : merci Dom Martines pour cette présentation qui nous permet de mieux vous connaître, je passe la parole à Jean-Baptiste Willermoz.

JBW : la première chose que je voudrai faire avant de vous parler de moi est de remercier le Grand Architecte pour m'avoir fait rencontrer mon Maître Martines ici présent et pour m'avoir accordé une très longue vie..94 ans dont 74 consacrés à la Franc-Maçonnerie, j'ai eu tout le temps pour créér mon Régime et je le dois à la bienveillance de Notre Père à Tous.
Je suis né à Lyon en 1730 ;
Ma vie profane et mon activité de marchand de soieries à été tout entière au service de la Franc-Maçonnerie.
J'ai été initié à 20 ans. Deux ans après, je suis devenu Vénérable de ma Loge..A l'époque et pour peu que vous soyez dévoué et motivé, l'Ordre n'imposait pas les délais qu'ils vous impose aujourd'hui.. Et c'est heureux car je n'imaginais pas alors, l'ampleur de ma mission.
Jusqu'en 1772 je me consacre tout entier à la pratique des nombreux grades en vigueur à cette époque. Je fonde la Loge " La Parfaite Amitié " en 1753 et m'implique dans la Grande loge des Maîtres Réguliers de Lyon.
En 1767, j'ai la chance de rencontrer Dom Martines et d'être admis dans l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers.
J'ai trouvé ce que je cherchais, un enseignement profond reposant sur des bases fondamentales et des pratiques rituelliques de haut niveau.
Je me souviens avoir écrit à cette époque " Quelques heureuses circonstances me procurèrent dans un de mes voyages d'être admis dans une société bien composée et peu nombreuse dont le but, qui me fut développé hors des règles ordinaires et me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger de ceux que je ne connaissais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C'est le seul où j'ai trouvé cette paix intérieure de l'âme, le plus précieux avantage de l'humanité relativement à son être et à son principe. "
Cependant et mon Maître me pardonnera mais déjà à cette époque, je constate qu'il manque une organisation solide et efficace pour transmettre ces savoirs.
Louis Claude de St Martin, après le départ de notre Maître pour St Domingue, me fait la joie et l'honneur de venir s'installer chez moi à Lyon. Nous y avons de fructueux échanges sur nos doctrines et notre vision de la Franc-Maçonnerie.
Après le départ de Dom Martines, le Grand Architecte de l'Univers m'a permis d'entendre parler d'un système intéressant et bien organisé et de contacter son fondateur Karl von Hund.

INTERRUPTION

JOURNALISTE : Je crois que notre frère Karl von Hund est dans notre atelier..Mon Frère pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre Rite ?

KVH (l'invité surprise)
Mes frères résumer en quelques mots l'œuvre de toute ma vie.. Pas facile.
J'ai bâti mon système maçonnique en Allemagne entre 1751 et 1755, sur les fondations de l'Ordre du Temple ; Notre but, poursuivre l'œuvre d'Hugues de Payns et de ses chevaliers. L'Ordre du Temple n'est pas mort avec Jacques de Molay..Certes il a été dissout par la papauté, mais à resurgit au travers de la Franc-Maçonnerie.
Mon grand regret est de ne pas avoir été suivi par mes frères allemands qui après m'avoir fait confiance, se sont ralliés aux idées du Frère Eques Ab Eremo ,ici présent, au Convent de Wilhelmsbad, 6 ans après ma mort en 1782. Penser que qu'il n'y a qu'une filiation spirituelle entre l'Ordre du Temple et la Franc-Maçonnerie est pour moi une hérésie.
Puisque vous me donnez la parole mon Frère, j'ajouterai que j'ai le sentiment d'avoir été utilisé par notre Frère Willermoz qui s'est servi de l'organisation de mon Système pour développer le Régime Ecossais Rectifié et j'avoue trouver cette attitude peu fraternelle.

JOURNALISTE : mon Frère Jean-Baptiste, vous avez la parole

JBW : je tiens à remercier mon Frère Karl von Hund. Sans lui, sans ses enseignements, sans son aide et l'appui de son envoyé, le Baron von Weiler, je n'aurai jamais pu créer les base du Régime Ecossais Rectifié.
Notre Frère Karl a su créer un système solide, complet avec des protecteurs puissants et c'est grâce à son intermédiaire que j'ai pu rentrer en contact avec eux et imposer ultérieurement mes idées à Wilhelmsbad.. Cependant sa doctrine était sa faiblesse. Penser qu'un Ordre officiellement dissout pouvait revendiquer ses richesses et ses terres était non seulement dangereux politiquement, mais sans fondement historique.
La Franc-Maçonnerie est l'héritière spirituelle de l'Ordre du temple et c'est cet héritage qui est transmis dans les rituels du Régime Ecossais Rectifié, cet héritage avec la puissance de la doctrine de Dom Martines.. Mais j'en reparlerai ultérieurement ;

JOURNALISTE : revenons à votre parcours maçonnique.

JBW : après Wilhelmsbad je me suis consacré à la rédaction et à la mise en place des rituels du RER, à son organisation et à son développement. En 1809 j'ai pu terminer la rédaction du 4ème Grade, le Maître Ecossais de St André.
A la fin de ma vie, j'ai découvert le magnétisme et le mesmérisme, en obtenant des cahiers d'instructions de l'agent inconnu. Expérience passionnante qui n'a pas été sans me rappeler les opérations théurgiques effectuées avec Dom Martines , mon Maître trop tôt disparu.
J'ai quand même réussi à me remarier à l'automne de ma vie avec une très jeune femme de et je vous l'avoue mes frères cela a été une bénédiction du Grand Architecte !

JOURNALISTE : quelle vie !

LCSM : ça va être difficile d'en dire autant! Mon Frère Jean-Baptiste à eu la chance de se marier à un âge avancé avec une jeune et fraîche donzelle, j'ai toujours refusé ce lien même si l'on m'a demandé deux fois en mariage..Homme libre j'étais et homme libre je suis resté !!

JBW : je reconnais là l'esprit parfois caustique de mon Frère Louis Claude !

LCSM : à moi donc ! Je suis né à Amboise en 1743 dans un e famille dite de petite noblesse.
Après des études de droit je devins avocat ce qui ne me passionna guère.
A 22 ans, en 1765, je suis sous-lieutenant au Régiment de Foix. La carrière des armes me laisse beaucoup de temps libre et j'en profite pour parfaire mes recherches ésotériques.. Et oui, comme Dom Martines et Jean-Baptiste, je me suis senti très tôt attiré par la spiritualité.
La même année un de mes amis officier me fait admettre dans l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers, fondé par Dom Martines.
En 1768 je rencontre enfin Dom Martines et deviens son secrétaire 3 ans plus tard.
Malheureusement Dom Martines part en 1772 et je retrouve bien seul. Jean-Baptiste me propose de le rejoindre à Lyon, et j'y reste deux ans. Cette période me permet de faire le point sur ma quête spirituelle et je rédige mon premier livre " Des erreurs de la Vérité ".
Je remercie mon Frère Jean-Baptiste pour son amitié et son soutient, sans lui cet ouvrage n'aurait jamais pu être écrit ! Il faut dire qu'à cette époque je n'avais plus un sou, me retrouvant sans travail.
Malgré tout je me suis éloigné des maçons lyonnais. Le travail collectif, les complications des assemblées cérémonielles et le rigorisme des rites maçonniques auxquels Jean-Baptiste restait profondément attaché me paraissaient loin de l'initiation authentique, celle du cœur.
En 1775 , à Paris, tout en restant fidèle aux enseignements de Dom Martines, je comprends que la véritable spiritualité est interne et qu'elle n'a pas besoins des opérations théurgiques pour se manifester.
Entre 1782 et 1802, j'ai beaucoup écrit et ma modestie m'empêche ici de vous donner la liste de tous mes ouvrages. Les plus connus sont cependant : Le ministère de l'Homme Esprit, l'Homme de Désir et le Tableau naturel des rapports qui unissent Dieu , l'Homme et l'Univers.
Je me flatte à titre purement profane, d'avoir été reçu par les plus grands et d'avoir eu les faveurs de nombreuses dames de la Cour. Il paraîtrait même qu'on m'y surnomma le Philosophe Inconnu.. Allusion aux Supérieurs Inconnus ?! La maçonnerie à cessé de m'intéresser et en 1795 je demandais à être officiellement rayé de toutes les listes de l'Ordre.
Après cette époque je me rapprochait de Jacob Boehme dont la spiritualité me paraissait être un complément important aux enseignements de Dom Martines.
En 1803, je décède à 60 ans d'une vie trop courte, mais qui m'a apporté beaucoup.

JOURNALISTE : merci mes Frères pour ces présentations..
Je voudrais maintenant que vous nous parliez de vos rites et doctrines.. Je sais l'exercice est difficile car on ne résume pas en quelques mots l'œuvre de toute une vie, mais nos Frères ici présents aimeraient en savoir un peu plus sur vos quêtes maçonniques et spirituelles.

LCSM : pour ce qui est de la Franc-Maçonnerie même si elle a été à l'origine de ma quête, je m'en suis séparé car elle ne répondait pas suffisamment à mes exigences spirituelles.

JOURNALISTE : parlez nous de celles -ci

LCSM : L'idée essentielle qui se dégage de ma pensée est celle de la réintégration finale de l'homme au sein de la divinité.
Eloignons donc de nous les idées criminelles et insensées de ce néant, auquel des hommes aveugles enseignent que nous devons notre origine. N'avilissons pas notre être : il est fait pour une distinction sublime, mais elle ne peut l'être plus que son Principe ; puisque selon les simples lois physiques, les êtres ne peuvent s'élever qu'au degré d'où ils sont descendus. Et cependant ces lois cesseraient d'être vraies et universelles, si le principe de l'homme était le néant. Mais tout nous annonce assez nos rapports avec le centre même, producteur de l'universalité immatérielle, et de l'universalité corporelle, puisque tous nos efforts tendent continuellement à nous les approprier l'une et l'autre, et à en attacher toutes les vertus autour de nous. Observons encore que cette doctrine, sur l'émanation de l'être intellectuel de l'homme, s'accorde avec celle qui nous enseigne que toutes nos découvertes ne sont en quelque sorte que des réminiscences. On peut dire même que ces deux doctrines se soutiennent mutuellement : car si nous sommes émanés d'une source universelle de la vérité, aucune vérité ne doit nous paraître nouvelle ; et, réciproquement, si aucune vérité ne nous paraît nouvelle, mais que nous n'y apercevions que le souvenir ou la représentation de ce qui était caché en nous, nous devons avoir pris connaissance dans la source universelle de vérité... " On peut dire d'avance que tous les êtres créés et émanés dans la région temporelle, et l'homme par conséquent, travaillent à la même ouvre, qui est de recouvrer leur ressemblance avec leur principe, c'est-à-dire de croître sans cesse jusqu'à ce qu'ils viennent au point de produire leurs fruits, comme il a produit les siens en eux. Voilà pourquoi l'homme, ayant la réminiscence de la lumière et de la vérité, prouve qu'il est descendu du séjour de la lumière et de la vérité..."
Je dois aussi vous évoquer ce qu'est pour moi" l'homme de désir ".
D'un côté la magnificence de la destinée naturelle de l'homme est de ne pouvoir réellement et radicalement appéter par son désir que la seule chose qui puisse réellement et radicalement tout produire. Cette seule chose est le désir de Dieu ; toutes les autres choses qui entraînent l'homme, l'homme ne les appète point, il en est l'esclave ou le jouet. D'un autre côté, la magnificence de son ministère est de ne pouvoir réellement et radicalement agir que d'après l'ordre positif à lui prononcé à tout instant, comme par un maître à son serviteur, et cela par la seule autorité qui soit équitable, bonne, conséquente, efficace, et conforme à l'éternel désir.
Pour moi le seul véritable Temple de l'Homme est son esprit. L'homme, découvrant la science de sa propre grandeur, apprend qu'en s'appuyant sur une base universelle, son Etre intellectuel devient le véritable Temple, que les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l'environnent et le suivent partout ; que le Sacrificateur, c'est sa confiance dans l'existence nécessaire du Principe de l'ordre et de la vie ; c'est cette persuasion brillante et féconde devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ; que les parfums et les offrandes, c'est sa prière, c'est son désir et son zèle pour le règne de l'exclusive. Unité ; que l'autel, c'est cette convention éternelle fondée sur sa propre émanation, et à laquelle Dieu et l'Homme viennent se rendre, pour y trouver l'un sa gloire et l'autre son bonheur ; en un mot que le feu destiné à la consommation des holocaustes, ce feu qui ne devait jamais s'éteindre, c'est celui de cette étincelle divine qui anime l'homme et qui, s'il eut été fidèle à sa loi primitive, l'aurait rendu à jamais comme une lampe brillante placée dans le sentier du Trône de l'Eternel, afin d'éclairer les pas de ceux qui s'en étaient éloignés ; parce qu'enfin l'homme ne doit plus douter qu'il n'avait reçu l'existence que pour être le témoignage vivant de la Lumière et de la Divinité.
Mon Maître Martines de Pasqually m'a montré le chemin vers la Vérité . Sans lui je n'aurais pas pu comprendre ce but noble et magnifique de l'Homme qui doit retourner vers la Lumière, mais je ne pense pas que cette réintégration passe doivent obligatoirement avoir le concours des gardiens invisibles. Elle se fait à mon sens, plus par le travail que l'Homme accomplit en interne sur lui-même et c'est pour cela que l'initiation et la quête maçonnique m'ont à une époque donné le moyen de travailler à ma réintégration, même si son côté collectif et réglementé m'ont convaincu de la démarche individuelle.
Je n'ai d'ailleurs de mon vivant créé aucun système maçonnique. Après ma mort, et à l'écoute de ma spiritualité l'Ordre dit Martiniste a été construit sur 4 grades à l'instar des rites maçonniques mais en privilégiant l'initiation et la transmission individuelles.
Mes Frères, la vraie quête est individuelle. Vous seuls pouvez ouvrir vos cœurs et prier pour atteindre le but suprême : redevenir l'Image de Dieu. .....
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:41

Exposons brièvement la doctrine de Martinez, du moins ce que nous croyons en avoir saisi dans son ouvrage "LE TRAITE DE LA REINTEGRATION DES ETRES" qui reste très obscur. L'idée force du Traité est aussi celle qui soutient les travaux théurgiques de l'Ordre des Elus Cohens et les développements philosophiques de L.C. de Saint- Martin, cette idée est la chute de l'homme hors du domaine spirituel dans la matière d'où il doit maintenant accomplir son retour vers l'esprit. Sa vision cosmogonique est comparable à celle de nos physiciens modernes avec la théorie d'extension et rétraction de l'Univers. Tout est parti de Dieu et tout doit y revenir. L'homme a donc subi une chute allant au-delà du plan prévu par Dieu pour l'incarnation de l'esprit dans la matière. S'étant séparé en conscience de son créateur, il fut rejeté de son Sein et s'est retrouvé emprisonné dans la matière.

Le monde matériel est lui-même un monde d'exil et de châtiment, créé tout spécialement pour servir de prison à ceux parmi les premiers êtres émanés de la Divinité qui, par leur propre volonté et sous l'impulsion de l'orgueil, ont voulu agir de façon séparative et autonome. C'est pourquoi la matière est comme le nomment les Hindous, "Maya", une illusion.

L'homme lui-même vient en second dans cette création, après la chute des anges devenus démons et que Martinez appelle Esprit Pervers. Ce sont eux qui ont commencé la chute. L'homme primordial collectif que la Kabbale nomme "Adam Kadmon", fut créé avec pour mission de régner sur le monde matériel, afin de le restaurer dans l'unité première. La "prévarication" de l'homme est une répétition de celle des esprits pervers. Adam, étant la dernière des créatures, régnait sur les anges et sa place était privilégiée dans la création. Il était créé dans une forme glorieuse, c'est là le véritable Paradis Terrestre, "Terre élevée au-dessus de tous sens", comme le dit Martinez. Or, appelé à être le Créateur d'une postérité de Dieu dans la forme glorieuse égale à lui-même, Adam voulut créer par sa propre volonté et donna, ainsi, naissance à une postérité impure précipitée dans la matière.


"Adam, rempli d'orgueil, traça six circonférences en similitude de celles du Créateur, c'est-à-dire qu'il opéra les six actes de pensées spirituelles qu'il avait en son pouvoir pour coopérer à sa volonté de créateur. Il exécuta physiquement et en présence de l'esprit séducteur sa criminelle opération." (1)

Et telle fut la conséquence de son acte criminel :

"Mais, dira-t-on, à quel usage a donc servi à Adam cette forme de matière qu'il avait créée ? Elle lui a servi a faire naître de lui une postérité d'hommes en ce que le premier mineur Adam, par sa création de forme passive matérielle, a dégradé sa propre forme impassive, de laquelle devaient émaner des formes glorieuses comme la sienne pour servir de demeure aux mineurs spirituels que le Créateur y avait envoyés. Cette postérité de Dieu aurait été sans borne et sans fin si l'opération spirituelle du premier mineur avait été celle du Créateur, ces deux volontés de création n'auraient été qu'une en deux substances".

C'est alors que l'homme fut chassé de son corps glorieux pour habiter le monde matériel au milieu des animaux, car c'est de cette terre qu'il avait sorti l'objet de sa prévarication. Si Adam avait eu la mauvaise volonté d'agir contre le Créateur, par contre, la pensée lui avait été suggérée par les "Esprits Pervers". Il n'est donc pas responsable de cette pensée mauvaise. C'est la volonté qui soumet l'être, soit à la pensée mauvaise démoniaque, soit à la pensée bonne des créatures angéliques. Il y a donc un intellect mauvais et un intellect bon, le premier est conséquence de la chute et le second vient de Dieu. Ceci sera développé par L.C. de Saint-Martin pour qui l'intellect, s'il a séparé l'homme du divin, doit le réconcilier par la gnose.


La communication directe entre Dieu et l'humanité est coupée depuis la chute. L'intellect est dans une aberration qui l'enchaîne aux sens physiques et la conséquence en est l'idolâtrie du fait scientifique et la philosophie du siècle des Lumières. La gnose est une véritable "Charité Intellectuelle" que Martinez dans son traité, puis Saint-Martin dans ses ouvrages, offrent à l'humanité. De "pensant", par la chute , l'homme est devenu "pensif" et pour s'unir à nouveau à "Sophia", la Sagesse, l'homme doit faire appel aux intermédiaires. Ce sont les bons esprits que dans ses invocations théurgiques il demande à pouvoir commander par la grâce de Dieu. Il chasse les mauvais esprits toujours prêts à l'influencer négativement. Le "Philosophe inconnu" pour son compte, délaissera les pratiques rituelles théurgiques pour s'orienter vers une voie cardiaque interne, faisant appel à l'intercession du Christ.

Après cette chute et cette malédiction divine, Adam parvint à obtenir le pardon divin et sa création, quoique matérielle, fut à nouveau considérée. Il confessa son crime avec un sincère repentir et fut donc en partie réuni dans ses premières vertus et puissance, conformes aux lois de la réconciliation. Mais alors naquit Caïn (2), postérité maudite et déchue d'Adam. Deux autres enfants de même nature succédèrent à Caïn. Adam ne parvenant pas à obéir aux instructions de tempérance du Créateur allait dans un profond dégoût de lui-même. Enfin, Abel fut conçu dans l'harmonie divine et ainsi se fit une postérité glorieuse, car le culte qu'Abel rendait au Créateur était le type réel que le Créateur devait attendre de son premier mineur. C'est pourquoi Seth, puis Noé, représentent la lignée des Prophètes, des Elus possédant la connaissance et les vertus de rétablir les opérations divines. Cette filiation raciale, comme tout le récit, est à comprendre comme un mélange de fiction allégorique et de faits ésotériques d'où la difficulté d'interprétation. Caïn naquit de la passion, il y a donc dans cette version de la chute un deuxième stade tel que l'on imagine le péché originel dans la Bible, c'est-à-dire de nature sexuelle.

Après la première réconciliation, il fut ordonné à l'homme de croître et multiplier. "Adam et Eve exécutèrent cet ordre avec une si furieuse passion des sens de leur matière, que le premier homme retarda par là son entière réconciliation". On comprend qu'il y ait alors deux postérités et deux humanités. La seconde postérité d'Adam, qui est celle de Seth, s'est rendue susceptible de réconciliation. Celle de Caïn doit encore être réconciliée. "Elle paie encore le tribut à la justice du Créateur". Ceux qui composent l'Assemblée des élus qui seuls ont été réconciliés par la venue du Christ sont missionnés dans le plan du rachat divin et reçoivent l'inspiration intellectuelle, la gnose, SOPHIA, ce sont les "illuminés".

Dans cette perspective, Martinez lui-même mais aussi J. Boehme, Swedenborg et Saint-Martin sont des missionnés de Dieu éclairés par la lumière intellectuelle. Ce sont des "mineurs" d'après la terminologie de Martinez, le mot pourrait être rapproché de "Jiva". L'âme personnelle émanée du Tout des Hindous, ce sont des mineurs qui, bien que la postérité d'Adam, sont de purs pensants et non pensifs. D'autres mineurs furent émanés avant Adam par la seule volonté divine, ce sont les envoyés du Père dont parle Papus (3). Le plus grand d'entre eux étant le Christ, il y a aussi Enoch, Noé béni dans sa descendance, Sem, Cam et Japhet, Melchisedec et Abraham. On peut encore ici faire un parallèle avec la doctrine hindoue des Avatars ou fils de Dieu (4). Dans les milieux Martinistes du XIXème siècle, le grand thaumaturge dit "le Maître Philippe de Lyon" (5) sera tenu pour un tel être.

Mais revenons sur la notion de ces justes qui, bien qu'étant de notre humanité, ont gardé le contact avec la pensée divine et accomplissent les plans du Créateur, car c'est justement certains de ces êtres que Balzac a fait surgir dans sa Comédie Humaine, lui-même se considérant sans doute comme un illuminé dans le sens que nous avons donné à ce terme avec Martinez de Pasqually. Il nous faut citer le mage de Bordeaux : "Quoique ces êtres soient consolés dans leurs afflictions et assurés de leur réintégration, cela n'empêche pas que leurs tourments soient considérables de ne pouvoir jouir parfaitement de la vue de l'esprit consolateur qui leur parle. Ils sentent cependant que tout ce qu'ils éprouvent est juste, relativement à la prévarication du premier homme et un serment que le Créateur a fait que ni le premier homme, ni aucun de sa postérité ne soient réintégrés dans le cercle divin avant le grand combat qui doit se livrer par le vrai Adam ou Réaux entre la terre et les cieux, pour le plus grand avantage des mineurs". Si ces justes qui reposent dans la sphère saturnienne après leurs incarnations sont comparables à ce que l'hindouisme appelle les Vibhutis (6), la vision eschatologique de Martinez est aussi celle exprimée dans le Mahabarata et la Baghavad Gita d'un affrontement final entre les forces du bien et du mal.

Le Réaux est celui qui a retrouvé ses pouvoirs d'origines, c'est le Rose-Croix, le Réalisé, mais la réintégration complète ne pourra se faire que lorsque le dernier humain aura été réconcilié car chaque être humain est une cellule de l'Adam Kadmon, participe en tant que tel au grand corps de l'humanité et doit réintégrer le plan de conscience prescrit à l'origine pour les mineurs émanés. La doctrine de Martinez est d'une certaine complexité et reste d'une interprétation délicate, attendu qu'il est difficile de faire la part entre ce qui est symbolique, allégorique et ce qui se veut un exposé précis de l'aventure spirituelle de l'homme et du cosmos. Une bonne connaissance de base en numérologie, en kabbale et des écrits bibliques est d'un grand secours pour son exégèse.

L'Ordre des Elus Cohens offrait à ses membres une technique théurgique basée sur cette doctrine et transmettait aux disciples avancés une initiation visant à la régénération spirituelle de l'homme. Initiation qui, comme nous allons le voir, existe encore de nos jours. Après une propagande de 1758 à 1760, à Lyon et dans le midi de la France, Martinez de Pasqually s'installe à Bordeaux en 1762. Il quittera cette ville en 1772 pour Saint Domingue. L'ordre débute ses activités en 1762.

Louis Claude de Saint-Martin rencontre le Maître en 1768 et deviendra son secrétaire en 1771. L'Ordre se désagrège juste après la mort de Martinez en 1774, car ses deux plus proches disciples délaissent ce canal et diffusent l'enseignement à leur manière. Willermoz, riche marchand de Lyon, essaya d'infuser la doctrine de Martinez dans l'Ordre Maçonnique de la "Stricte Observance Templière" fondé par la baron Von Hund, ce qui donna le rite des "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte". Quant à Saint-Martin, il s'était écarté assez tôt du courant maçonnique et il préféra diffuser l'enseignement en l'adaptant selon ses lumières personnelles par ses ouvrages et oralement à travers des cercles d'amis parmi lesquels quelques-uns reçurent l'initiation en provenance de Pasqually. Cette initiation encore véhiculée par certains Ordres Martinistes, semble être d'une grande importance et reste une énigme. Est-elle comparable au Consolamentum des Cathares et à la transmission apostolique des églises chrétiennes ? Peut-être s'agit-il de la transmission de l'Esprit, de l'Eglise intérieure, celle de Saint-Jean ; c'est de cette seule Eglise que se réclamait véritablement Honoré de Balzac.

Ni Pasqually, ni Willermoz, ni Saint-Martin n'ont jamais fondé l'Ordre Martiniste. Celui-ci fut créé par le grand occultiste Gérard Encausse (dit Papus) en 1891, et il l'anima jusqu'en 1916, date de sa mort. (lire la suite)

(1) Lire "Le Traité de la Réincarnation des Etres" de Martinez de Pasqually
(2) (2) Caïn, qui signifie "Enfant de ma douleur".
(3) Lire "La Réincarnation" de Papus
(4) Lire "La doctrine des Avatars" de Michel Coquet
(5) Lire "Le Maître Philippe de Lyon" de Philippe Encausse
(6) A propos de Vibhuti, voici la définition donnée par Sri Aurobindo : "Le Divin apparaît comme Avatar dans les grandes époques de transition et comme Vibhuti pour aider aux transitions moindres."

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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 16:26


 Extrait des "Enseignements secrets de Martines de Pasqually (F von Baader)

 

..« lorsqu'en 1760 Martinès de Pasqually se présenta aux Loges de St Jean Réunies de Toulouse, sans autres références qu'une charte hiéroglyphique et quelques lettres, son titre d'Écuyer et ses fonctions d'Inspecteur général de la Loge des Stuwards excitèrent quelque soupçon. Une si haute fonction dans l'Art Royal et les marques d'estime et de reconnaissance que le prétendant Stuart semblait témoigner à Martinès parurent probablement peu en rapport avec la simplicité d'aspect de ce dernier. D'ailleurs depuis 1747, époque à laquelle les Fidèles Écossais de Toulouse avaient reçu leur constitution de sir Samuel Lockart, lieutenant de Charles Stuart, ces loges avaient eu à souffrir des manoeuvres de plusieurs aventuriers qui, successivement, s'étaient présentés comme envoyés du grand chapitre de Clermont, chargés de compléter l'instruction des frères de Toulouse, alors qu'ils ne visaient qu'à un trafic lucratif de chartes et de titres falsifiés.


Martinès fut donc accueilli avec une méfiance bien justifiée par les tromperies dont presque toutes les loges avaient déjà été plus ou moins victimes. Mais si, dans le but évident de prouver sa bonne foi, il crut devoir négliger les formes ordinaires pour exposer ouvertement sa mission et ses moyens devant un atelier symbolique, les résultats vinrent malheureusement prouver qu'il commit en cette circonstance une faute irréparable. C'est que, comme nous l'avons déjà écrit ailleurs, Martinès méconnut trop souvent le rôle des loges symboliques dites loges bleues. Il le regretta plus tard et, convaincu des grands embarras que son caractère ouvert joint à ce qu'il appelait sa « trop grande facilité » avaient suscités à son œuvre, il résolut alors de s'en remettre à son Tribunal Souverain de Paris pour les demandes d'admission ou de constitution qui lui étaient adressées. Donc, Martinès n'eut pas la prudence d'attendre l'occasion de réaliser ses pouvoirs, et, sans étudier préalablement l'organisation d'un chapitre, il s'ouvrit directement en loge bleue de ses divers projets. Il en résulta ce qui résultera toujours de semblables propositions. Les frères devant qui Martinès résuma, un peu à la manière de Ramsay, une sorte de plan parfait de la Franc-Maçonnerie, dans lequel il parlait successivement de la mystérieuse construction de l'ancien et du nouveau temple, des Chevaliers lévites, des Cohenim-Leviym et des Élus Coëns, ces frères, disons-nous, écoutèrent avec déférence les explications théoriques du Grand Inspecteur; mais lorsqu'il fut question de certaines démonstrations moins théoriques, tous désirèrent vivement recevoir ces nouvelles instructions. Martinès, de son côté, trop avancé pour reculer, était aussi trop désireux de prouver sa bonne foi pour ne pas se rendre aux sollicitations de l'assemblée; mais, ne pouvant contenter tous les assistants, il proposa d'exécuter quelques travaux avec le concours de trois maîtres que le sort désignerait.

Le résultat de tout ceci fut déplorable. Martinès en deux épreuves fut couvert de confusion, et les trois maîtres devant qui il avait opéré déposèrent en loge un rapport tel que, sur la proposition du frère Raymond, et, malgré les hésitations de quelques membres, l'expulsion immédiate de Martinès fut décidée.


Martinès quitta précipitamment Toulouse, en laissant d'ailleurs quelques dettes qui achevèrent de le perdre dans l'esprit des francs-maçons de cette ville.

Cette aventure un peu ridicule ne découragea pas Martinès, mais elle eut pour heureux résultat de lui faire apporter plus de prudence dans ses relations avec les loges relevant de son obédience. D'ailleurs il n'eut pas toujours semblable déconvenue. La loge de Josué, à l'orient de Foix, le reçut avec honneur et, après la fondation de son temple, prit le titre de Temple des Elus Écossais.

Ce fut par les membres de ce temple que Martinès commença à se faire connaître aux maçons de Bordeaux, ville dans laquelle il avait projeté d'établir le centre de ses opérations. Bordeaux était déjà en 1761 un centre très actif de Franc-Maçonnerie; on y comptait trois ou quatre loges dont deux particulièrement importantes, l'Anglaise et la Française. L'Anglaise, qui était la plus ancienne, était en discussions continuelles avec la Grande Loge de France, dont elle s'arrogeait les droits en dépit de la décision prise par lord Harnouester. C'est ainsi qu'elle créa un grand nombre de loges bâtardes, tant à Bordeaux que dans les pays environnants, qui ne furent définitivement réintégrées que vers 1775. Aussi, ce ne fut pas à elle que Martinès s'affilia, mais à la Française. Cette dernière loge, placée sous l'administration de la Grande Loge de France, se recommandait particulièrement par le choix de ses membres, dont plusieurs étaient des personnages éminents du Parlement de Bordeaux.


Martinès présenta donc, sous les auspices du comte Maillai d'Abzac, du marquis de Lescourt et de deux commissaires de la marine, la demande d'affiliation suivante :


« Le soussigné,

« Supplie très humblement la très respectable Loge de vouloir bien lui faire l'honneur de l'affilier, et il fera en reconnaissance des voeux au Grand Architecte de l'Univers pour la prospérité des maçons répandus sur la surface de la terre et de cette respectable Loge, »

Signé : Martinès, Écuyer.

Sa demande fut acceptée, et Martinès s'efforça dès lors de sélecter selon les formes ordinaires les membres de ses divers degrés d'instruction.

Tout allait pour le mieux et Martinès avait déjà instruit un certain nombre de frères, entre autres les deux frères d'Aubenton, Morin, de Case, Bobie, Lexcombart, de Jull Tafar, de Lescourt et d'Abzac, lorsque le 26 août 1762, la Française reçut une lettre des Loges de St Jean Réunies. Par cette lettre, les francs-maçons de Toulouse informaient la Française des infructueux essais de Martinès dans leur ville, et lui conseillaient de ne rien entreprendre et de n'édifier aucun temple sans un minutieux contrôle des titres de ce frère. Ils laissaient entendre que les titres du grand Inspecteur devaient être de son invention, parce que lui-même n'était qu'un simple ouvrier en voitures et que, si sa condition rendait déjà suspecte la possession de semblables titres, son échec démontrait d'ailleurs clairement que lui, Martinès, n'avait aucun des pouvoirs attachés à ces titres; parce qu'enfin la loge avait eu connaissance de plusieurs créances oubliées par Martinès lors de son départ de Toulouse, et que cela suffisait pour le signaler à l'attention de tous les membres de la confrérie.

La Française répondit immédiatement que les titres du P. M. Martinès étaient parfaitement réguliers; que, outre les témoignages de plusieurs frères de l'orient d'Avignon, le T. I11. frère Roubaux avait envoyé une attestation détaillée à ce sujet; qu'en ce qui concernait les pouvoirs du P. M. Martinès, la bonne foi de ce frère ne pouvait être suspectée, vu qu'il avait donné de ces pouvoirs des marques évidentes; qu'enfin, la Française elle-même avait acquitté depuis plus de six mois la dernière des créances dont il était question, ainsi qu'il était facile de s'en assurer, et que le retard apporté dans le règlement de ces dettes n'était pas imputable à une mauvaise volonté, mais au mauvais état des affaires temporelles du frère Martinès.

Bien que cette lettre eût détruit les inquiétudes des francs-maçons de Toulouse, avec lesquels, d'ailleurs, la Française resta en excellents termes, l'affaire ne laissa pas d'avoir de fâcheuses suites dans Bordeaux même. Le peu qui s'en ébruita au travers des mystères dont s'entourent les loges permit à quelques mécontents de se livrer à des suppositions désobligeantes pour la Française. Cependant cette loge ne fut pas inquiétée. Elle continua ses travaux jusqu'à la fin de 1764, époque à laquelle, son temple étant parachevé, elle prit le nom de Française élue Écossaise, nom sous lequel elle fut inscrite sur les tableaux de la Grande Loge de France, le 1er février 1765.


C'est à partir de cette année que de mauvais compagnons, que Martinès avait cru devoir expulser du temple des francs élus écossais, furieux de ne pas avoir été initiés dans les mystères que leur avait dévoilés la malencontreuse lettre des francs-maçons de Toulouse, s'efforcèrent de ruiner complètement le temple de la Française élue Écossaise. A cet effet, ils intriguèrent auprès des loges bâtardes de Bordeaux, où ils s'étaient fait affilier en dépit de tous les règlements maçonniques, et réussirent à produire contre Martinès une bulle dans laquelle ils s'appuyaient sur les anciennes plaintes des Loges St Jean Réunies et sur les prétendues injustices dont ils avaient été eux-mêmes victimes pour demander à la Grande Loge de France la fermeture de la Française élue Écossaise. Ils s'abusaient étrangement, car bien que la Française élue Écossaise travaillât en sa qualité d'atelier symbolique sous l'obédience de la Grande Loge de France, il était évident que cette Grande Loge n'accueillerait pas les plaintes de gens qui ne relevaient plus de son autorité. Leur pétition resta donc sans résultat. Cependant, l'année suivante, ils crurent avoir gain de cause : La Grande Loge de France désirait, en effet, depuis longtemps faire réviser les constitutions d'un grand nombre de loges dont les patentes, à la suite de la confusion des pouvoirs, avaient été délivrées par des chapitres ou des conseils. Le 15 août 1766, elle rendit donc un arrêt par lequel toutes Ies constitutions étaient suspendues avec défense d'en demander de nouvelles ailleurs qu'à la Grande Loge. Le temple de la Française élue Écossaise fut donc fermé; Martinès se rendit à Paris muni de ses divers titres, et ses ennemis exultèrent d'une suspension qu'ils croyaient devoir être définitive. Ils ne se réjouirent pas très longtemps.


Martinès ne resta que quelques mois à Paris pour ses différentes constitutions et aussi pour une affaire de mécanique qui ne voulait pas aboutir; mais il profita de ce court séjour pour recruter les éléments de son Tribunal Souverain et pour se créer de nombreuses relations dans les loges de province, grâce aux députés que ces loges avaient envoyés à Paris à la suite du décret du 14 août.

La Franc-Maçonnerie était en pleine effervescence; car les frères du parti Lacorne, qui étaient membres de chapitres, avaient violemment protesté contre le décret de la Grande Loge de France. Évincés aux élections de 1765, ils avaient publié un libelle contre les nouvelles élections et, sommés de se rétracter, les plus obstinés s'étaient vus bannir de la Grande Loge par les quatre décrets de 1765-1766, sans cesser cependant de faire usage de leurs constitutions. C'est à la suite de ces faits, d'où résultaient pour la Grande Loge de France les plus grandes difficultés administratives, que cette Grande Loge avait rendu le décret du 14 août 1766 et invité les loges à faire viser leurs constitutions.

Ces constitutions furent rapidement visées par les frères Chaillon de Jonville et De Lachaussée qui délivrèrent aussi les diplômes et les lettres de constitution et réglèrent tous les comptes que les envoyés des loges leur présentèrent.

Cependant Martinès s'était mis en rapport avec plusieurs éminents maçons : les frères Bacon de la Chevalerie, Willermoz, Fauger d'lgneaucourt, de Lusignan, de Loos, de Grainville, Rozé et quelques autres, auxquels il donna ses premières instructions et à l'aide desquels, à l'équinoxe de mars 1867, il posa les bases de son Tribunal Souverain de Paris. Il nomma substitut le frère Bacon de la Chevalerie, et partit de Paris peu. après, en promettant de revenir au mois de septembre. Il fit route vers Bordeaux en visitant successivement les diverses loges clandestines d'Amboise, de Blois, de Tours, de Poitiers, et s'arrêta à La Rochelle où il se présenta à la loge l'Union Parfaite, loge qui travaillait sous les auspices de la Grande Loge de France depuis le 9 mars 1752 et qui désirait vivement obtenir des constitutions pour les degrés de perfection. Martinès conféra quelques grades à quatre membres de cette loge et les adressa au Tribunal Souverain de Paris. Il se dirigea alors vers Bordeaux où il arriva au commencement de juin 1767, et où il rouvrit son temple à la grande surprise de ses ennemis.


Ces derniers d'ailleurs ne se tinrent pas pour battus. Ils trouvèrent un allié dans un certain Bonnichon, homme aussi orgueilleux et cupide qu'il était inconscient. Ce Bonnichon vivait surtout d'expédients; il avait fait la connaissance de Martinès en 1766 et avait été ordonné par lui Rose-Croix et membre du Tribunal Souverain de Paris. Avec une incroyable impunité il commit de nombreux abus de confiance : vendant des grades qu'il ne pouvait délivrer et intrigant à Paris, à Lyon et même à Bordeaux pour acquérir de l'importance et discréditer son Grand Souverain. C'est ainsi qu'il ordonna irrégulièrement plusieurs frères et qu'il leur remit des instructions de son invention. Après de nombreuses plaintes des frères de Bacon de la Chevalerie, Willermoz et De Lusignan, Martinès se décida enfin à chasser Bonnichon du temple de Bordeaux en le « laissant à la miséricorde du Grand Architecte de l'Univers ».

Bonnichon, furieux d'avoir été démasqué, s'entendit avec un sieur Blanchet et quelques autres pour calomnier Martinès devant les magistrats de Bordeaux. Ils l'accusèrent notamment « d'enseigner sous prétexte de Maçonnerie des doctrines contraires à la religion chrétienne ». Martinès répondit en accusant Bonnichon « d'escroquerie sous prétexte de Maçonnerie », en donnant les preuves de cette accusation; mais en refusant de porter plainte. Les magistrats suffisamment édifiés ordonnèrent alors à Bonnichon de quitter Bordeaux dans les vingt-quatre heures.


Cela eu lieu en janvier 1769. Deux mois après, à la suite d'une affaire scandaleuse, la police contraignit le sieur Blanchet à quitter également Bordeaux. Ces différents événements ne furent pas sans éclairer complètement un certain nombre de maçons restés jusque là hostiles à l'oeuvre de Martinès, et qui demandèrent alors à être affiliés à la Française élue Écossaise. C'est ainsi que furent affiliés au mois de novembre 1769 les frères Duroy d'Hauterive, de Calvimont, de Saignant-Deseru, de Montillac, de Pitrail-Puységur, Carraccioli, Isnard, etc. Plusieurs loges demandèrent aussi des constitutions que Martinès fut contraint de leur refuser, parce que sa propre bulle ne l'autorisait pas à fonder deux établissements dans la même ville. Ces loges, que le décret du 14 août 1766 avait si fort embarrassées, essayèrent alors d'obtenir des constitutions de Dublin, mais aussi vainement, parce que les concordats s'y opposaient. Il n'y eut pas jusqu'aux ennemis acharnés de Martinès qui ne vinrent lui faire des excuses et lui dire qu'ils avaient été indignement trompés par Ies misérables Bonnichon et Blanchet. Ils demandèrent à être réintégrés, mais Martinès resta inébranlable et ne fut plus inquiété.


Ainsi, dès le commencement de 1770, l'oeuvre maçonnique de Martinès n'eut plus à souffrir d'attaques extérieures. Elle avait à Bordeaux un grand nombre d'adhérents; des loges à Montpellier, à Avignon, à Foix, à Libourne, à La Rochelle, à Eu, à Paris, à Versailles, à Metz, etc., et il semblait devoir prospérer. Mais l'affaire Bonnichon avait été comme le signal d'une série de dissentiments intérieurs dont l'étude est de la plus grande importance pour l'histoire des Élus Coëns, puisque ces dissentiments devaient amener en moins de dix ans la décadence de l'oeuvre de Martinès.

Bien que l'affaire Bonnichon se fût heureusement terminée, les frères Bacon de la Chevalerie, de Lusignan et Willermoz avaient été peu satisfaits de la façon dont Martinès avait négligé leurs nombreux avis. Ils le firent voir au Grand Souverain à propos d'un règlement de dettes demandé par le frère de Grainville, comme condition de l'établissement définitif de Martinès à Paris. Martinès avait en effet à cette époque plus de deux mille livres de dettes dans Bordeaux. Par suite du mauvais état de ses affaires, il n'avait pu se rendre à Paris en septembre 1767 comme il l'avait promis à son Tribunal Souverain. Ce dernier l'avait sollicité à plusieurs reprises de venir compléter l'instruction des frères de Paris et de Versailles, et lui avait enfin demandé de quitter définitivement Bordeaux pour se fixer dans la capitale. Martinès l'eût fait volontiers, mais il ne voulait pas quitter Bordeaux en y laissant des dettes dont on n'eût pas manqué de rendre responsable la Française élue Écossaise, et qui eussent complètement compromis son oeuvre de réalisation. Le frère de Grainville qu'il entretint de ses perplexités crut bien faire en écrivant au Tribunal souverain pour lui demander d'avancer la somme nécessaire au règlement des dettes du Grand Souverain. II écrivit dans le même sens au frère Willermoz à Lyon.


Le 16 mars 1769 le P. M. Bacon de la Chevalerie, substitut, répondit en substance qu'il était prêt à contribuer pour sa part à tons les frais du déplacement du Grand Souverain; mais que le Tribunal Souverain attendait vainement depuis deux ans la réalisation des promesses de Martinès ; que les frères de l'orient se plaignaient, non sans raison, d'être négligés, et que quelques-uns d'entre eux avaient même manifesté des doutes peu bienveillants à l'égard du Grand Souverain ; que dans ces conditions, et bien que lui, de la Chevalerie, se fût porté maintes fois garant de la bonne foi de Martinès, il était prudent de ne pas continuer à mécontenter des frères à qui on ne pouvait reprocher qu'un excès de zèle et dont on attendait quelques sacrifices. De son côté Willermoz écrivit le 29 avril à Martinès une lettre dans laquelle il exposait le mécontentement de Bacon de la Chevalerie et de De Lusignan pour la trop grande indulgence du Grand Souverain à l'égard du sieur Bonnichon. Dans ce factum il traitait assez durement son Grand Souverain. Émettant des doutes sur sa clairvoyance et sur sa science, il se plaignait surtout de ne pas encore avoir, au bout de deux ans, une preuve des pouvoirs de Martinès; d'en être réduit à se contenter des. témoignages du P. M. Substitut, et de n'avoir encore pu, faute d'instruction, poser les bases d'un temple à Lyon, Martinès laissa passer le gros de l'orage et répondit qu'il était tout disposé à communiquer les cérémonies et instructions, tant générales que particulières ; mais qu'il redoutait qu'on ne les étudiât pas mieux que celles qu'il avait données précédemment, parce qu'il lui semblait que les frères étaient plus désireux d'être avancés dans l'ordre que déterminés à travailler à leur instruction. Cependant il expédia un certain nombre d'instructions.


Mais ce n'était pas ce que désiraient surtout Bacon de la Chevalerie et Willermoz, Le premier voulait attirer Martinès à Paris, auprès du Tribunal Souverain; et le second, tout en désirant recevoir personnellement des preuves des pouvoirs du Grand Souverain, aurait surtout voulu fonder un établissement à Lyon. Au commencement de 1770 ils firent donc de nouvelles propositions à Martinès qui répondit par une longue lettre, dans laquelle, tout en se plaignant du trop grand zèle du frère De Grainville, il refusait les offres pécuniaires du Tribunal Souverain. Il annonçait que sa dette était sur le point d'être acquittée et morigénait ses Rose-Croix de leur manque de confiance. Enfin il laissait entendre qu'il avait connaissance de certaines fautes, en se contentant de plaindre ceux qui manquaient aux devoirs de leur charge.

Ce dernier trait est important, car il nous montre que Bacon de la Chevalerie avait, déjà à cette époque, commis quelques irrégularités dans l'exercice de son ministère.

Bacon de la Chevalerie, dont Willermoz devait quelques années plus tard reprendre les projets, était, en effet, tout récemment entré en relations avec plusieurs émissaires de la Stricte Observance templière d'Allemagne. Ils projetaient de réaliser en France, dans un but politique assez nébuleux, une sorte de concentration maçonnique analogue à celle qui était tentée en Allemagne, depuis une dizaine d'années, par les templiers du baron de Hund dont nous avons déjà parlé. Bacon de la Chevalerie, maçon actif mais ambitieux, espérait que, les premières difficultés aplanies, Martinès ratifierait les traités de son substitut et favoriserait un mouvement que ce dernier avait été amené à considérer comme très important par les envoyés templiers Stelter et Draeseke. Il estimait surtout que les Elus Coëns trouveraient dans la Stricte Observance, dont on lui vantait les ressources et le crédit et qui comprenait effectivement beaucoup de personnages titrés et influents, un vaste champ de recrutement et un puissant levier.

Il n'y avait qu'un léger nuage sur toutes ces belles conceptions du substitut, nuage que Bacon de la Chevalerie ne connut pas ou auquel il n'attacha aucune importance : c'était que l'énorme système de la Stricte Observance ne reposait que sur le vide et les ténèbres, et ne se soutenait que de promesses et de tromperies, tout en étant étroitement gouverné par ses Supérieurs Inconnus.


Mais Martinès de Pasqually savait à quoi s'en tenir sur le régime des templiers allemands et sur ces fameux S. I. que l'on devait connaître quelques années plus tard, lorsque, après avoir vainement tenté de s'emparer du Grand Orient de France, ils furent successivement démasqués par leurs propres partisans.

Le Grand Souverain et son substitut ne pouvaient donc s'entendre. Peut-être y avait-il entre eux d'autres sujets de brouille, car il semble que le frère Bacon de la Chevalerie ne remplissait pas toujours les conditions exigées dans les travaux des Élus Coëns : « Un jour, a-t-il raconté, que je n'étais pas parfaitement pur, je combattais tout seul dans mon petit cercle, et je sentais que la force supérieure d'un de mes adversaires m'accablait, et que j'allais être terrassé. Un froid glacial, qui montait de mes pieds vers le coeur, m'étouffait, et prêt à être anéanti, je m'élançai dans le grand cercle poussé par une détermination obscure et irrésistible. Il me sembla en y entrant que je me plongeais dans un bain tiède délicieux, qui remit mes esprits et répara mes forces dans l'instant. J'en sortis victorieux, et, par une lettre de Pasqually, j'appris qu'il m'avait vu dans ma défaillance et que c'était lui qui m'avait inspiré la pensée de me jeter dans le grand cercle de la Puissance Suprême ».

Quoiqu'il en soit, Martinès de Pasqually et Bacon de la Chevalerie se séparèrent assez mécontents l'un de l'autre. Bacon de la Chevalerie cessa de faire des prosélytes à des doctrines qui, disait-il, l'avaient rendu fort malheureux, et il se confina désormais dans la pratique des degrés symboliques et philosophiques.


Mais, en 1771, les relations entre Martinès et son substitut n'étaient pas encore aussi tendues qu'elles le furent un an plus tard, lorsque Martinès, convaincu des intrigues fusionnistes de Bacon de la Chevalerie, résolut de le suspendre de ses fonctions et de le remplacer par T. P. M. Deserre. Aussi, au mois d'août 1771, se rendit-il, accompagné du frère De la Borie, auprès du Tribunal Souverain de Paris. Il compléta l'instruction des anciens et des nouveaux Rose Croix de cet orient, installa définitivement le temple de Versailles et repartit pour Bordeaux au mois d'octobre. Là, bien que toujours tourmenté par ses affaires temporelles, il continua ses divers travaux maçonniques. Notamment, le 17 avril 1772, il ordonna Rose Croix, le frère Deserre et le frère De Saint-Martin dont nous reparlerons longuement dans la suite de cette Notice.

Martinès de Pasqually devait quitter définitivement Bordeaux le 5 mai 1772 pour aller recueillir une succession à Port-au-Prince.

Nous avons écrit dans notre précédente Notice que « peu d'années après le départ de Martinès de Pasqually pour les Antilles, une scission se produisit dans l'Ordre qu'il avait si péniblement formé; certains disciples restant très attachés à tout ce que leur avait enseigné le maître, tandis que d'autres, entraînés par l'exemple de Saint-Martin, abandonnaient la pratique active pour suivre la voie incomplète et passive du mysticisme ». En effet, durant les cinq années qu'il passa à la loge de Bordeaux, Saint-Martin avait déjà manifesté quelque éloignement pour les travaux de Martinès de Pasqually, et tendait déjà à s'affranchir du dogmatisme rituélique des loges et à le rejeter comme inutile. Mais à la vérité il ne tenta rien avant la mort de Martinès, survenue en 1774; tandis qu'un autre frère, le R. C. Du Roy d'Hauterive, n'attendit pas cet événement pour manifester dès 1773 des tendances fâcheuses pour le rite des Elus Coëns.

Nous n'avons malheureusement pas la lettre qui mentionnait les agissements du T. P. M. Du Roy d'Hauterive et nous devons nous contenter de la réponse du Grand Souverain, réponse dont le passage suivant est d'ailleurs suffisamment explicite :


« Quant à l'égard de ce qu'aurait pu dire le T. P. M. Du Roy, je vous instruis du contraire. Il ne suffit pas de penser comme nous pour être un franc et légitime maçon et un parfait chevalier des temples particuliers et généraux, car alors serait élu ou G. A. qui voudrait s'il avait eu en mains les instructions et explications secrètes de ces grades, et l'Ordre serait à la merci complète de tous les défaillants, comme vous pouvez le comprendre. Aussi les propos du T. P. M. Du Roy m'étonnent de la part d'un frère instruit qui, quand il combattait nos établissements, me reprochait des vues semblables à celles qu'il aurait aujourd'hui. Cependant voyez et instruisez-moi de sa façon d'agir envers nos membres, et je vous exhorte à veiller à ce que tous nos postulants aient bien reçu leurs instructions dans le symbolique, ou qu'ils les reçoivent comme émules selon ce que j'ai mandé à mon T. S. de Paris. Pour le reste faites-en la collation selon mes propres instructions et avec le cérémonial que vous aurez du P. M. Substitut.

« Faute de quoi vous ferez des membres sans aucun des pouvoirs de leur grade et (qui) ne seront d'aucune utilité à l'Ordre encore qu'on les avance après de semblables profanations, et ainsi vous n'auriez pas nui à l'Ordre seul mais plus gravement aux sujets désireux de s'instruire et de progresser dans le bien. De plus vous ne devez pas prendre exemple sur ma bien trop grande facilité à récompenser le bon vouloir de quelques émules qui ne remplissaient pas les conditions; mais vous souvenir de tous les ennuis que m'a procurés cette facilité et cela lors de nos établissements de Bordeaux et dans la personne des sieurs Lardy, Duguers (Bonnichon) et autres, par suite de quoi je me suis résolu à abandonner au conseil de mes T. S. tout ce qui m'est adressé. C'est un pâtiment auquel je me résigne volontiers dans l'intérêt de l'Ordre. »

Votre affectionné frère et maître »

DON MARTINÈS DA PASQUALLY. G. S.


On voit d'après cet extrait que, déjà à la fin de 1773, le frère du Roy d'Hauterive semblait considérer le cérémonial des divers grades comme une chose fort accessoire, et cherchait très probablement à faire partager son opinion par quelques membres de l'Ordre. Ce qui est certain, c'est que d'Hauterive se sépara de l'Ordre quelques années plus tard; et l'on peut se demander s'il n'y a pas une relation entre les tendances manifestées par d'Hauterive en 1773 et la ligne de conduite que devait tenir Saint-Martin dans la suite.

Le fait est qu'un peu avant la mort de Martinès de Pasqually, Saint-Martin se rendit à Lyon où il fit avec d'Hauterive une série de conférences dans la loge de Willermoz, La Bienfaisance, et où il écrivit son premier livre intitulé des Erreurs et de la Vérité : « C'est à Lyon, dit-il, que j'ai écrit le livre intitulé des Erreurs et de la Vérité; je l'ai écrit par désoeuvrement et par colère contre les philosophes. J'écrivis d'abord une trentaine de pages, que je montrai au cercle que j'instruisais chez M. de Villermas (sic), et l'on m'engagea à continuer. Il a été composé vers la fin de 1773 et le commencement de 1774, en quatre mois de temps, et auprès du feu de la cuisine, n'ayant pas de chambre où je pusse me chauffer. Un jour même, le pot de la soupe se renversa sur mon pied et le brûla assez fortement. »

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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 15:53


Extrait de " Le Philosophe Inconnu, réflexions sur les idées de Louis-Claude de Saint-Martin, théosophe."

Louis-Claude de Saint-Martin était né d’une famille noble, le 18 janvier 1743, à Amboise, en Touraine, à quelques lieues de la patrie de Descartes, qui n’a pas été sans influence sur lui, et non loin du berceau de Rabelais, qu’il semble vouloir rappeler dans le poème bizarre du Crocodile.

Quoiqu’il ait beaucoup parlé de lui ; on n’a presque aucun détail sur sa famille, sur les circonstances privées de son enfance et de sa jeunesse. C’est moins sa vie dans le temps et avec les hommes, que sa vie intérieure et avec lui-même, dont il aime à s’entretenir.

Il a écrit ces belles paroles :

« Le respect filial a été, dans mon enfance, un sentiment sacré pour moi. J’ai approfondi ce sentiment dans mon âge avancé, et il n’a fait que se fortifier par là: Aussi, je le dis hautement, quelque souffrance que nous éprouvions de la part de nos père et mère, songeons que sans eux nous n’aurions pas le pouvoir de les subir et de les souffrir, et alors nous verrons s’anéantir pour nous le droit de nous en plaindre ; songeons enfin que sans eux nous n’aurions pas le bonheur d’être admis à discerner le juste de l’injuste ; et, si nous avons occasion d’exercer à leur égard ce discernement, demeurons toujours dans le respect avec eux pour le beau présent que nous avons reçu par leur organe et qui nous a rendu leur juge. Si même nous savons que leur être essentiel est dans la disette et dans le danger, prions instamment le souverain Maître de leur donner la vie spirituelle en récompense de la vie temporelle qu’ils nous ont donnée »

Il gardait de sa belle-mère un tendre souvenir ; mais le témoignage qu’il lui rend, dicté par une vive reconnaissance, nous laisse entrevoir, sous le voile un peu mystique du langage, que cette affection n’était pas sans inquiétude et sans contrainte.

« J’ai une belle-mère, disait-il, à qui je dois peut-être tout mon bonheur, puisque c’est elle qui m’a donné les premiers éléments de cette éducation douce, attentive et pieuse, qui m’a fait aimer de Dieu et des hommes. Je me rappelle d’avoir senti en sa présence une grande circoncision intérieure qui m’a été fort instructive et fort salutaire. Ma pensée était libre auprès d’elle et l’eût toujours été, si nous n’avions eu que nous pour témoins ; mais il y en avait dont nous étions obligés de nous cacher comme si nous avions voulu faire du mal »

Au collège de Pont-Levoy, où il fut envoyé vers l’âge de dix ans, il lut le beau livre d’Abbadie : l’Art de se connaître soi-même, et cette lecture paraît avoir décidé de sa vocation pour les choses spirituelles. Cependant, ses études terminées, il lui fallut suivre un cours de droit, et, cédant au désir de son père, il se fit recevoir avocat du roi au siége présidial de Tours. Mais les fonctions assidues de la magistrature ne pouvaient retenir cette intelligence méditative et profonde, plus capable de remonter aux sources mêmes du droit que de s’astreindre à la lettre de la jurisprudence. Il renonça bientôt à la magistrature pour embrasser la profession des armes, et ce ne fut pas l’instinct [9] militaire qui lui fit prendre l’épée ; car « il abhorrait la guerre, » quoiqu’il « adorât la mort » mais il trouvait dans les loisirs d’une garnison cette espèce d’indépendance que le barreau ne laisse ordinairement ni à l’esprit ni aux habitudes.

Ce fut à Bordeaux que, affilié avec plusieurs officiers du régiment de Foix à l’une des sociétés fondées par Martinez Pasqualis, il suivit les leçons de ce maître, en qui il reconnaissait « des vertus très-actives, » mais dont il s’éloigna depuis pour se donner tout entier au fameux cordonnier de Gorlitz, Jacob Boehm, le prince des théosophes allemands. « Excepté mon premier éducateur Martinez Pasqualis, disait-il, et mon second éducateur Jacob Boehm, mort il y a cent cinquante ans, je nai vu sur la terre que des gens qui voulaient être maîtres et qui n’étaient pas même en état d’être disciples »

Martinez, selon le témoignage de Saint-Martin, avait la clef active des spéculations théosophiques de Boehm. Il professait l’erreur d’Origène sur la résipiscence de l’être pervers à laquelle le premier homme aurait été chargé de travailler. Cette idée paraît à Saint-Martin digne du plan universel, mais il prétend n’avoir à cet égard aucune démonstration positive, excepté par l’intelligence. « Quant à Sophie et au Roi du Monde, dit-il encore, Martinez Pasqualis ne nous a rien dévoilé sur cela, et nous a laissé dans les notions ordinaires de Marie et du démon. Mais je n’assurerai pas pour cela qu’il n’en eût pas la connaissance. » On voit reparaître dans ces obscurs et téméraires enseignements cette distinction entre la doctrine livrée au vulgaire et celle dont le sanctuaire ne s’ouvre que pour un petit nombre dinitiés, cette doctrine ésotérique qui n’est que le système des castes intellectuelles ; et dont le christianisme a horreur.

Martinez Pasqualis était venu à Paris en 1708 ; et pendant les dix années de son séjour en cette ville, il se fit de nombreux prosélytes ; qui ; vers 1775, formèrent une secte connue sous le nom de Martinistes, et très répandue dans lAllemagne et dans le Nord. Saint-Martin venait de publier à Lyon son livre des Erreurs et de la Vérité, et cet cette circonstance a pu concourir avec la similitude du nom à faire passer le disciple pour le fondateur de l’école. Après le départ de Martinez, mort en 1779 au Port-au-Prince, lécole se fondit à Paris dans la Société des Grands Profès et dans celle des Philalèthes. Invité en 1784 à cette dernière réunion, où il ne sagissait en apparence que de combiner les doctrines de Martinez et de Swedenborg, Saint-Martin refusa de s’y rendre. Il dédaignait la recherche du grand œuvre et les opérations de la franc-maçonnerie ou plutôt, selon toute probabilité, il refusait de s’associer à ces ténébreuses menées qui creusaient l’abîme où la religion, la monarchie, la société tout entière allaient périr.

Les manifestations sensibles lui révélaient, dans la doctrine de Martinez, une science des esprits, dans la doctrine de Swedenborg une science des âmesles phénomènes du magnétisme somnambulique appartenaient ; suivant lui, à un ordre inférieur, mais il y croyait. Cherchant dans une conférence avec Bailly à convaincre ce savant de l’existence d’un pouvoir magnétique où l’on ne pouvait soupçonner la complicité du malade, il signala plusieurs opérations faites sur des chevaux que l’on traitait à Charenton par le magnétisme. « Que savez-vous, dit l’illustre membre des trois académies, si les chevaux ne pensent pas ? — Monsieur, lui répondit Saint-Martin, vous êtes bien avancé pour votre âge.»

Dans cette même année 1781, il rédigea un mémoire sur cette question proposée par l’Académie de Berlin : « Quelle est la meilleure manière de rappeler à la raison les nations, tant sauvages que policées, qui sont livrées aux erreurs et aux superstitions de tout genre ? » L’intention de cette niaiserie philosophique est évidente. C’était le temps où les Nicolaïtes ou illuminants, Aufklärer, précurseurs immédiats de Weishaupt et des illuminés, comparaient hautement le divin Maître au célèbre Bouddha tartare, le Talé-lama [Dalaï-Lama]. Saint-Martin entreprit de démontrer que la solution demandée était impossible par les seuls moyens humains : ce n’était pas la réponse que voulait l’Académie, et la question ayant été remise au concours pour l’année suivante, un pasteur de l’Église française, nommé Avillon, obtint le prix en donnant au problème une solution platonicienne La thèse qu’il avait soutenue en face de l’Académie de Berlin, Saint-Martin la développa quatorze ans plus tard dans ses « Réflexions d’un observateur sur la question proposée par l’Institut (de France) : Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d’un peuple ? » (An VI, 1798.)

Je reviendrai sur ce sujet.

C’est à peu près vers cette époque de sa vie que, pendant un séjour qu’il fit à Strasbourg, il dut à l’une de ses amies, madame Boecklin, de connaître les écrits du célèbre Jacob Boehm. Il avait déjà dépassé les [13] dernières limites de la jeunesse, et cependant il se mit avec ardeur à l’étude de la langue allemande, afin d’entendre les ouvrages de ce théosophe qu’il regarda toujours depuis « comme la plus grande lumière humaine qui eût paru.» Cette admiration exaltée jusqu’au fanatisme lui inspirait ces paroles bizarres :

« Ce ne sont pas mes ouvrages qui me font le plus gémir sur cette insouciance générale ; ce sont ceux d’un homme dont je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers, mon chérissime Boehm. Il faut que l’homme soit entièrement devenu roc ou démon pour n’avoir pas profité plus qu’il n’a fait de ce trésor envoyé au monde il y a cent quatre-vingts ans »

Dans un voyage qu’il fit en Angleterre en 1787, il se lia avec l’ambassadeur Barthélemy et connut William Law, éditeur d’une version anglaise et d’un précis des livres de Jacob Boehm. Il y vit un vieillard nommé Best, qui avait la propriété de citer à chacun très à propos des passages de l’Écriture. « En me voyant (c’est Saint-Martin qui parle), il commença par dire de moi : Il a jeté le monde derrière lui. Ce qui me fit plaisir. Ensuite il me cita le troisième verset de Jérémie, chap. 33 : Clamor ad me et exaudiant te, et docebo te grandia et ferma quce nescis : Criez vers moi, et je vous enseignerai des choses grandes et sûres que vous ne savez pas. Cela me fit aussi beaucoup de plaisir ; mais ce qui m’en fit davantage, c’est que cela se vérifia dans la quinzaine " En 1788, il alla visiter Rome et l’Italie avec le prince Alexis Galitzin, qui disait à M. de Fortia d’Urban : [14] : « Je ne suis véritablement un homme que depuis que j’ai connu M. de Saint-Martin. » Il vit l’Allemagne et la Suisse: Il voyageait plutôt en sage qu’en artiste ou en poète. « Je n’ai jamais goûté bien longtemps, disait-il, les beautés que la terre offre à nos yeux ; le spectacle des champs, les paysages. Mon esprit s’élevait bientôt au modèle dont ces objets nous peignent les richesses ou les perfections. »

A son retour ; quoique retiré du service, il fut fait chevalier de Saint-Louis.

Ses recherches sur la science des nombres amenèrent entre Lalande et lui une liaison passagère. Le théosophe qui voyait Dieu partout pouvait-il s’accorder longtemps avec le géomètre qui éliminait Dieu de partout?

Le Maréchal de Richelieu voulait le mettre en rapport avec Voltaire qui mourut dans la quinzaine Il aurait eu plus d’agrément, il le croyait du moins et plus de succès auprès de Rousseau ; mais il ne le vit jamais.

« Rousseau ; dit-il ; était meilleur que moi… Il tendait au bien par le cœur ; j’y tendais par l’esprit, les lumières et les connaissances. Je laisse cependant hommes de l’intelligence à discerner ce que j’appelle les vraies lumières et les vraies connaissances ; et à ne pas les confondre avec les sciences humaines, qui ne font que des ignorants et des orgueilleux  »

[Les charmes de la bonne compagnie, suivant un de ses biographes ; lui faisaient imaginer ce que pouvait valoir une réunion plus parfaite dans ses rapports intimes avec son principe. C’est à cet ordre de pensées qu’il ramenait ses liaisons habituelles avec les personnes du rang le plus élevé ; telles que le duc d’Orléans, le maréchal de Richelieu, la duchesse de Bourbon, la marquise de Lusignan, etc. Ce fut en partie chez cette dernière, au Luxembourg, qu’il écrivit le Tableau naturel.

Il dicta l’Ecce Homo à l’intention d’une « amie de cœur, » la duchesse de Bourbon, princesse dont la destinée fut tant à plaindre ; femme séparée du dernier prince de Condé et mère du dernier duc d’Enghien, persécutée, chassée par la révolution qu’elle avait acceptée ; et dans les ennuis de l’exil réduite à demander au meurtrier de son fils la faveur de revoir la France

Revenue depuis de ses erreurs mystiques à la pratique simple de la religion, elle se laissait alors entraîner au merveilleux de l’ordre inférieur, comme le somnambulisme et les prophéties d’une visionnaire, Suzanne Labrousse, dont lex-chartreux dom Gerle et l’évêque constitutionnel Pontard étaient les ardents prosélytes.

« A moins que la Clef divine n’ouvre elle-même l’âme de l’homme, dit Saint-Martin dans cet ouvrage, dès l’instant qu’elle sera ouverte par une autre clef, elle va se trouver au milieu de quelques-unes de ces régions (d’illusion ou de lumière douteuse), et elle peut involontairement nous en transmettre le langage. Alors, quelque extraordinaire que nous paraisse ce langage, il se peut qu’il n’en soit pas moins un langage faux et trompeur ; bien plus, il peut être un langage vrai sans que ce soit la Vérité qui le prononce, et, par conséquent, sans que les fruits en soient véritablement profitables »

Saint-Martin pensait sans doute à son illustre amie, quand il laissait échapper de son cœur ces paroles touchantes :

« J’ai par le monde une amie comme il n’y en a point. Je ne connais qu’elle avec qui mon âme puisse s’épancher tout à son aise et s’entretenir sur les grands objets qui m’occupent... Nous sommes séparés par les circonstances. Mon Dieu, qui connaissez le besoin que j’ai d’elle, faites-lui parvenir mes pensées et faites-moi parvenir les siennes, et abrégez, s’il est possible, le temps de notre séparation »

Il disait encore

« Il y a eu deux êtres dans ce monde en présence desquels Dieu m’a aimé. Aussi, quoique l’un d’eux fut une femme (ma B.), j’ai pu les aimer tous deux aussi purement que j’aime Dieu, et, par conséquent, les aimer en présence de Dieu, et il n’y a que de cette manière que l’on doive s’aimer si l’on veut que les amitiés soient durables»

Le saint pénitent de Tagaste, s’accusant de la trop vive douleur qu’il a ressentie de la perte dun ami, s’écrie d’un accent plus pieux et plus sûr « Heureux qui vous aime, ô Dieu ! et son ami en vous, et son ennemi pour vous ! Celui- là seul ne perd aucun être cher, à qui tous sont chers en celui qui ne se perd jamais[ »

La révolution française survint. Saint-Martin fut du petit nombre des hommes éminents qui eurent l’intelligence de ce grand événement. Supérieur aux passions politiques, il l’accepta avec cette religieuse épouvante que répand dans les âmes recueillies la vue des justices divines. Il ne perdit pas son temps à maudire ce terrible passage de notre histoire ; le premier il le jugea. Vers le temps où il publia sa Lettre à un ami sur la révolution, publication antérieure aux célèbres Considérations du comte de Maistre, il écrivait ces paroles remarquables :

«La France a été visitée la première, et elle l’a été très sévèrement, parce qu’elle a été très coupable. Ceux des pays qui ne valent pas mieux qu’elle, ne seront pas épargnés quand le temps de leur visite sera arrivé. Je crois plus que jamais que Babel sera poursuivie et renversée progressivement dans tout le globe ; ce qui n’empêchera pas qu’elle ne pousse ensuite de nouveaux rejetons qui seront déracinés au jugement final »

Ma mémoire ne me rappelle rien dans ses écrits imprimés qui fasse une allusion précise aux mémorables événements de cette époque, si ce n’est peut-être cette pensée que je lis dans ses Œuvres posthumes :

« Une des choses qui m’a le plus frappé dans les récits qui m’ont été faits de la conduite de Louis XVI lors de son procès, a été de ce qu’il aurait été tenté, comme roi, de ne pas répondre à ses juges, qu’il ne reconnaissait pas pour tels, mais de ce qu’il oublia sa propre gloire, disant que l’on ne pourrait pas savoir ce que ses réponses pourraient produire et qu’il ne fallait pas refuser à son peuple la moindre des occasions qui pourraient l’empêcher de commettre un grand crime. J’ai trouvé beaucoup de vertu dans cette réponse»

Au moment même où « le torrent de la révolution roulait en flots de sang, à la lueur des incendies, au bruit de la guerre» Saint-Martin ; retiré à Amboise pour rendre à son vieux père les derniers soins et les derniers devoirs, entretenait une correspondance suivie sur les plus hautes questions de la métaphysique et de la théosophie avec le baron suisse Kirchberger de Liebisdorf, membre du conseil souverain de la république de Berne

Singulier contraste entre le bruit épouvantable que fait tout ce siècle qui croule et ce paisible dialogue sur les mystères de l’âme, sur les mystères des nombres ; sur toutes les questions relatives à l’infini et à l’ordre futur ! Ce contraste est surtout remarquable dans une lettre datée du 25 août 1792, où ; racontant en quelques mots la sanglante journée du 10 :

« Les rues, dit-il, qui bordent l’hôtel où je loge étaient un champ de bataille ; l’hôtel lui-même était un hôpital où l’on apportait les blessés ; et en outre il était menacé à tout moment d’invasion et de pillage [20] (l’hôtel de la duchesse de Bourbon). Au milieu de tout cela, il me fallait, au péril de ma vie, aller voir et soigner ma sœur à demi lieue de chez moi... »

Il ajoute presque aussitôt :

« Je suis dans une maison où madame Guyon est très en vogue. On vient de m’en faire lire quelque chose. J’ai éprouvé à cette lecture combien l’inspiration féminine est faible et vague en comparaison de l’inspiration masculine. Dans Boehm je trouve un aplomb d’une solidité inébranlable ; j’y trouve une profondeur, une élévation, une nourriture si pleine et si soutenue que je vous avoue que je croirais perdre mon temps que de chercher ailleurs ; aussi j’ai laissé là les autres lectures. »

Ces paroles étaient en même temps une petite leçon adressée à Kirchberger, qui, lui, cherchait ailleurs, qui cherchait partout, et dont la curiosité s’étendait à des objets dont Saint-Martin faisait fort peu de cas.

«La maçonnerie dont vous me parlez, lui écrivait-il en 1794, je ne la connais point et ne puis vous en rendre aucun compte. Vous savez mon goût pour les choses simples, et combien ce goût se fortifie en moi par mes lectures favorites. Ainsi tout ce qui tient encore à ce que je dois appeler la chapelle,s’éloigne chaque jour de ma pensée... Quant aux ouvrages de Swedenborg, mon opinion est imprimée dans l’Homme de désir... Je vous avoue qu’après de semblables richesses qui vous sont ouvertes (les œuvres de Jacob Boehm), et dont vous pouvez jouir à votre aise à cause de votre langue et de tous les avantages terrestres que la paix politique vous procure, je souffre quelquefois de vous voir me consulter sur des loges et sur d’autres bagatelles de ce genre, moi qui, dans les situations pénibles en tous sens où je me trouve, aurais besoin qu’on me portât sans cesse vers ce pays natal où tous mes désirs et mes besoins me rappellent, mais où mes forces rassemblées tout entières sont à peine suffisantes pour me fixer par intervalle, vu l’isolement absolu où je vis ici sur ces objets. Je me regarde comme le Robinson Crusoé de la spiritualité, et, quand je vous vois me faire des questions dans ces circonstances, il me semble voir un fermier général de notre ancien régime, bien gros et bien gras, allant consulter l’autre Robinson sur le chapitre des subsistances ; je dois vous dire ce qu’il lui répondrait : « Monsieur, vous êtes dans l’abondance et moi dans la misère ; faites-moi plutôt part de votre opulence. »

Le moment d’ailleurs n’était pas favorable aux idées mystiques. La théosophie même devenait suspecte. La prétendue conjuration de Catherine Théos, la mère de Dieu, et les folles prédications auxquelles l’ex-chartreux dom Gerle se livrait dans l’hôtel même de la duchesse de Bourbon, appelèrent l’attention du gouvernement révolutionnaire sur l’innocente correspondance du philosophe inconnu avec le baron de Liebisdorf. Dans la lettre que je viens de citer, Saint-Martin invoque à l’appui de ses réflexions des avertissements d’une autre nature.

« Dans ce moment-ci, ajoute-t-il, il est peu prudent de s’étendre sur ces matières. Les papiers publics auront pu vous instruire des extravagances spirituelles que des fous et des imbéciles viennent d’exposer aux yeux de notre justice révolutionnaire. Ces imprudentes ignorances gâtent le métier, et les hommes les plus posés dans cette affaire-ci doivent eux-mêmes s’attendre à tout ; c’est ce que je fais, parce que je ne doute pas que tout n’ait la même couleur pour ceux qui sont préposés pour juger de ces choses, et qui n’ont pas les notions essentielles pour en faire le départ. Mais en même temps que je prévois tout, je suis bien loin de me plaindre de rien. Le cercle de ma vie est tellement rempli et d’une manière si délicieuse, que, s’il plaisait à la Providence de le fermer dans ce moment, de quelque façon que ce fût, je n’aurais encore qu’à la remercier. Néanmoins, comme on est comptable de ses actions, faisons-en le moins que nous pourrons, et ne parlons de tout ceci dans nos lettres que succinctement»

Dès le 21 mai de l’année précédente, il écrivait à son ami :

« Celle de vos lettres qui a été accidentellement retardée est du 5 avril. Votre dernière, du 14 mai, a été aussi retenue au comité de sûreté générale à Paris, d’où elle m’a été renvoyée avec un cachet rouge par-dessus votre cachet noir. Vous voyez combien il est important de ne nous occuper que des choses qui ne sont pas de ce monde. »

Mais l’autre monde n’était plus même un asile sûr pour les méditations de la pensée suspecte. La police révolutionnaire ne comprenait pas que l’on pût se réfugier là de bonne foi et sans une arrière-pensée de contre-révolution. Saint-Martin avait cependant donné des preuves suffisantes de son désintéressement politique. Quoique noble, il n’avait pas émigré ; chevalier de Saint-Louis, il avait fait son service dans la milice bourgeoise et monté la garde au Temple, prison et tombeau de Louis XVII ; trois ans auparavant, son nom était inscrit sur la liste des candidats proposés par l’Assemblée nationale pour le choix d’un gouverneur de ce jeune prince. Ces gages de soumission donnés à la République ne purent le mettre à l’abri d’un mandat d’arrêt, sous la prévention de complicité dans l’affaire de Catherine Théos. Fort heureusement le 9 thermidor vint le soustraire au jugement du sanguinaire tribunal. Car il faut bien reconnaître à ce sauvage régime le mérite d’une activité rare ; il n’a laissé passer aucune tête éminente sans la persécuter, l’outrager ou l’abattre !

En méditant sur ces faits étranges et si pleins d’enseignements, Saint-Martin disait encore :

« Je crois voir l’Évangile se prêcher aujourd’hui par la force et l’autorité de l’esprit, puisque les hommes ne l’ont pas voulu écouter lorsqu’il le leur a prêché dans la douceur, et que les prêtres ne nous l’avaient prêché que dans leur hypocrisie. Or, si l’esprit prêche, il le fait dans la vérité, et ramènera, sans doute l’homme égaré à ce terme évangélique où nous ne sommes plus absolument rien et où Dieu est tout. Mais le passage de nos ignorances, de nos souillures et de nos impunités à ce terme ne peut être doux. Ainsi je tâche de me tenir prêt à tout. C’est ce que nous devrions faire, même quand les hommes nous laisseraient la paix ; à plus forte raison quand ils joignent leurs mouvements à ceux qui agitent naturellement tout l’univers depuis le crime de l’homme. Notre royaume n’est pas de ce monde ; voilà ce que nous devrions nous dire à tous les moments et exclusivement à toute autre chose sans exception, et voilà cependant ce que nous ne nous disons jamais, excepté du bout des lèvres. Or, la vérité qui a annoncé cette parole ne peut permettre que ce soit une parole vaine, et elle rompt elle-même les entraves qui nous lient de toutes parts à cette illusion apparente, afin de nous rendre à la liberté et au sentiment de notre vie réelle. Notre révolution actuelle que je considère sous ce rapport, me paraît un des sermons les plus expressifs qui aient été prêchés en ce monde. Prions pour que les hommes en profitent. Je ne prie point pour n’être pas compris au nombre de ceux qui doivent y servir de signe à la justice ; je prie, pour ne jamais oublier l’Évangile, tel que l’esprit veut le faire concevoir à nos cœurs, et, quelque part où je sois, je serai heureux, puisque j’y serai avec l’esprit de vérité.»

Vers la fin de l’année 1794, il dut revenir à Paris dont il était expulsé comme noble par le décret du 27 germinal an II. Voici quelles circonstances le rappelaient.

L’échafaud de Robespierre venait de rendre la liberté à la France. La terreur, fatiguée de crimes, commençait à défaillir. Mais sur ce sol si profondément remué tout n’était plus que sang et décombres. La dispersion du clergé, l’abolition des ordres religieux et des corporations enseignantes, enveloppés dans la ruine de l’ancien gouvernement, laissaient la France à ses profondes ténèbres. L’impiété elle-même en fut épouvantée : Impia æternam timuerunt secula noctem. Elle eut peur de la nuit qu’elle avait faite et de l’état sauvage dans lequel grandissaient les générations nouvelles. Il s’agissait donc de ranimer « le flambeau des sciences prêt à s’éteindre ; » il s’agissait de « garantir la génération suivante des funestes effets du vandalisme. » « A la vue des ruines sur lesquelles l’ignorance et la barbarie établissaient leur empire, » il fallait bien reconnaître que l’instruction était le premier mobile de la félicité publique Mais il ne s’agissait pas seulement de répandre l’instruction, il fallait former des instituteurs ; tel était le but des écoles normales.

« Dans ces écoles, disait le rapporteur du projet, Lakanal, ce n’est pas les sciences que l’on enseignera, mais l’art de les enseigner. Au sortir de ces écoles les disciples ne devront pas être seulement des hommes instruits, mais des hommes capables d’instruire. Pour la première fois sur la terre, la nature, la vérité, la raison et la philosophie vont donc avoir aussi un séminaire.»

Puis il ajoute :

« Aussitôt que seront termines, à Paris, ces cours de l’art d’enseigner les connaissances humaines, la jeunesse savante et philosophe qui aura reçu ces grandes leçons ira les répéter à son tour dans toutes les parties de la République d’où elle aura été appelée... Cette source de lumière si pure, si abondante, puisqu’elle partira des premiers hommes de la République en tout genre, épanchée de réservoir en réservoir, se répandra d’espace en espace dans toute la France, sans rien perdre de sa pureté dans son cours. Aux Pyrénées et aux Alpes l’art d’enseigner sera le même qu’à Paris, et cet art sera celui de la nature et du génie... La raison humaine, cultivée partout avec une industrie également éclairée, produira partout les mêmes résultats, et ces résultats seront la recréation de l’entendement humain chez un peuple qui va devenir l’exemple et le modèle du monde. »

Ainsi, pour que la nation française devînt incontinent l’exemple et le modèle du monde, il ne fallait rien moins que recréer lentendement humain.

Telle était donc la manie de ce siècle terrible ; détruire, que dis-je détruire ? anéantir les ruines mêmes, afin de créer ex nihilo, afin de créer comme Dieu, sans Dieu ! Aussi les hommes de ce temps n’ont-ils été puissants qu’à l’œuvre de destruction. Pour détruire ; l’homme suffit ; mais pour rétablir et fonder, Dieu ne. permet pas qu’on se passe de lui.

Saint-Martin fut choisi comme élève à l’École normale par le district d’Amboise, mais obligé de remplir certaines formalités, vu sa tache nobiliaire qui lui interdisait le séjour de Paris jusqu’à la paix. Voici comme il envisageait d’abord cette mission inattendue.

 

« Elle peut, disait-il, me contrarier sous certains rapports ; elle va me courber l’esprit sur les simples instructions du premier âge: Elle va aussi me jeter dans la parole externe ; moi qui n’en voudrais plus entendre ni proférer d’autre que la parole interne. Mais elle me présente aussi un aspect moins repoussant : c’est celui de croire que tout est lié dans notre grande révolution ; où je suis payé pour voir la main de la Providence. Alors ; il n’y a plus rien de petit pour moi, et ne serais-je quun grain de sable dans l’édifice que Dieu prépare aux nations je ne dois pas résister quand on m’appelle ; car je ne suis que passif dans tout cela... Le principal motif de mon acceptation est de penser qu’avec l’aide de Dieu je puis espérer ; par ma présence et mes prières, d’arrêter une partie des obstacles que l’ennemi de tout bien ne manquera pas de semer dans cette grande carrière qui va s’ouvrir et d’où peut dépendre le bonheur de tant de générations... Et, quand je ne détournerais qu’une goutte du poison que cet ennemi cherchera à jeter sur la racine même de cet arbre qui doit couvrir de son ombre tout mon pays, je me croirais coupable de reculer.

Il arriva à Paris dans les premiers jours de janvier 1795 ; mais l’ouverture des conférences fut retardée. Le projet n’était pas mûr ; il s’éloignait déjà du but simple de son institution.

« Je gèle ici faute de bois, écrivait-il à Kirchberger, au lieu que dans ma petite campagne je ne manquais de rien. Mais il ne faut pas regarder à ces choses-là ; faisons-nous esprit, il ne nous manquera rien ; car il n’y a point d’esprit sans parole, et point de parole sans puissance. »

Les conférences ne tardèrent pas à justifier toutes ses prévisions, et quelles difficultés les principes spiritualistes trouveraient à se faire entendre en présence de ces chaires et de cet auditoire incrédules.

« Quant à nos écoles normales, écrit-il encore, ce n’est encore que le spiritus mundi tout pur, et je vois bien qui est celui qui se cache sous ce manteau. Je ferai tout ce que les circonstances me permettront pour remplir le seul objet que j’aie eu en acceptant ; mais ces circonstances sont vaines et peu favorables. C’est beaucoup si, dans un mois, je puis parler cinq ou six minutes, et cela devant deux mille personnes à qui il faudrait auparavant refaire les oreilles »

Il trouva cependant une occasion éclatante de rompre en visière à l’esprit du siècle et de proclamer hardiment ses propres principes. « J’ai jeté une pierre [29] dans le front d’un des Goliath de notre École normale ; les rieurs n’ont pas été pour lui, tout professeur qu’il est. » Mais il n’eut pas le loisir de poursuivre à son gré cette piquante controverse avec le professeur Garat. Les écoles normales furent dissoutes le 30 floréal de cette même année, mesure qu’il regarda dès lors comme un événement heureux. Ces écoles n’avaient d’autre but que de continuer l’œuvre des philosophes et de perpétuer le système d’impiété qu’ils avaient, disait-il, « assez provigné en France depuis soixante ans. » Et il ajoutait :

« Je regarde comme un effet de la Providence que ces écoles-là soient détruites. Ne croyez pas que notre révolution française soit une chose indifférente sur la terre : je la regarde comme la révolution du genre humain... C’est une miniature du jugement dernier, mais qui doit en offrir toutes les traces, à cela près que les choses ne doivent s’y passer que successivement, au lieu qu’à la fin tout s’opérera instantanément»

De retour dans son département, Saint-Martin fut membre des premières réunions électorales ; mais sa vie publique devait se borner à son passage à l’École normale et à son démêlé avec le professeur d’analyse de l’entendement humain : il ne fit jamais partie d’aucune assemblée politique. Il poursuivit son active correspondance avec le baron de Liebisdorf. Les deux amis, qui ne devaient point se voir en ce monde, s’envoyèrent mutuellement leur portrait. Le discrédit [30] des assignats ayant réduit Saint-Martin à une extrême détresse, Kirchberger lui fit passer dix louis d’or. Le premier mouvement de Saint-Martin fut de les renvoyer sur-le-champ ; un second le retint. La fierté de Rousseau lui eût paru plus dans la mesure, si elle eût été fondée sur la haute foi évangélique qui donne et crée les moyens de ne connaître aucun besoin. « Mais., dit-il, quoique sa ferme philosophie me paraisse toujours très estimable sans s’élever à ce point, elle ne m’a pas paru assez conséquente ; car s’il prêche tant l’exercice des vertus et de la bienfaisance, il faut donc aussi leur laisser un libre cours quand elles se présentent.Saint-Martin reçut les dix louis, et, à son tour, il put offrir plus tard à Kirchberger) dont la maison de Morat fut pillée par les Français, plusieurs pièces d’argenterie:qui lui restaient.

Les dernières années de sa vie s’écoulèrent en silence dans des relations studieuses avec des amis. Il tenait un journal de ses liaisons, et regardait comme des acquisitions précieuses celle qu’il ajoutait aux précédentes :

« Il y a plusieurs probabilités, disait-il, que ma destinée a été de me faire des rentes en âmes, Si Dieu permet que cette destinée-là s’accomplisse, je ne me plaindrai pas de ma fortune, car cette richesse-là en vaut bien d’autres»

Il était homme de bien et charitable: On lit dans les Archives littéraires de l’année 1804 une conversation sur les spectacles entre M. de Gérando et le philosophe  inconnu: De Gérando lui demandait un jour pourquoi il n’allait plus au théâtre : était-ce rigidité de principes, ou défaut de loisir ? Après un peu d’hésitation ; Saint-Martin lui répondit :

« Rien n’est plus simple. Je suis souvent parti de chez moi pour aller au théâtre. Chemin faisant ; je doublais le pas ; j’éprouvais une vive agitation par une jouissance anticipée du plaisir que j’allais goûter: Bientôt, cependant ; je m’interrogeais moi-même sur la nature des impressions dont je me sentais si puissamment dominé: Je puis vous le dire :je ne trouvais en moi que l’attente de ce transport enivrant qui m’avait saisi autrefois lorsque les plus sublimes sentiments de la vertu, exprimés dans la langue de Corneille et de Racine, excitaient les applaudissements universels. Alors une réflexion me venait incontinent : Je vais payer, me disais-je, le plaisir d’admirer une simple image ou plutôt une ombre de la Vertu !.. Eh bien ! avec la même somme je puis atteindre à la réalité de cette image ; je peux faire une bonne action au lieu de la voir retracée dans une représentation fugitive. Je n’ai jamais résisté à cette idée ; je suis monté chez quelques malheureux que je connaissais ; j’y ai laissé la valeur de mon billet de parterre ; j’ai goûté tout ce que je me promettais au spectacle, bien plus encore, et je suis rentré chez moi sans regrets. »

D’une constitution frêle et n’ayant reçu de corps qu’un projetà peine sur le seuil de la vieillesse, il eut l’avertissement de l’ennemi physique qui avait enlevé son père. Il pressentit sa fin et la vit s’approcher avec une vive espérance. La mort, qui attriste la nature, n’était à ses yeux que le signal du départ ardemment désiré.

« La mort, disait-il, est-ce qu’il y en a encore ? Est-ce qu’elle n’a pas été détruite ?... La mort ! Est-ce la mort corporelle que le sage compterait pour quelque chose ? Cette mort n’est qu’un acte du temps. Quel rapport cet acte du temps pourrait-il avoir avec l’homme de l’éternité ? » -- Il disait encore : « L’espérance de la mort fait la consolation de mes jours ; aussi voudrais-je qu’on ne dît jamais l’autre vie, car il n’y en a qu’une.

Quelques mois avant de mourir il écrivait :

« Le 18 janvier 1803, qui complète ma soixantaine, m’a ouvert un nouveau monde ; mes expériences spirituelles ne vont qu’en saccroissant. J’avance, grâce à Dieu, vers les grandes jouissances qui me sont annoncées depuis longtemps et qui doivent mettre le comble aux joies dont mon existence a été constamment accompagnée dans ce monde.»

Dans l’été de 1803, il fit un dernier voyage à Amboise, visita quelques vieux amis, et revit encore une fois la maison où il était né.

Au commencement de l’automne de la même année, après un entretien avec un savant géomètre sur le sens mystérieux des nombres : « Je sens que je m’en vais, dit-il : la Providence peut m’appeler ; je suis prêt. Les germes que j’ai tâché de semer fructifieront. Je pars demain pour la campagne d’un de mes amis. Je rends grâces au ciel de m’avoir accordé la faveur que je demandais. »

Le lendemain, il se rendit à Aulnay, dans la maison de campagne du sénateur Lenoir-Laroche.Le soir, après un léger repas, il se retira dans sa chambre, et bientôt il se sentit frappé d’apoplexie. Il put cependant dire quelques mots à ses amis accourus auprès de lui les exhortant à mettre leur confiance dans la Providence et à vivre entre eux en frères « dans les sentiments évangéliques. » Puis il pria en silence et expira vers onze heures du soir, sans agonie et sans douleurs, le 13 octobre 1803 (22 vendémiaire an XII).

Je lis dans les Soirées de Saint-Pétersbourg qu’il mourut sans avoir voulu recevoir un prêtre. Aucune biographie ne fait mention de ce refus. Mais il est clair que Saint-Martin ne croyant ni à l’Église ni à la légitimité du sacerdoce catholique, le ministère du prêtre devait être indifférent à sa mort comme à sa vie. Ne disait-il pas : « Ma secte est la Providence ; mes prosélytes, c’est moi ; mon culte, c’est la justice ? » Et n’osait-il pas dire aussi : « Oui Dieu, j’espère que malgré mes fautes tu trouveras encore en moi de quoi te consoler ! » Quand on est parvenu dès ici-bas à cette intimité familière avec Dieu, il est évident que son Église et ses sacrements deviennent inutiles.

Tant de confiance étonne de la part d’un homme si éclairé sur les misères du cœur de l’homme et qui devait l’être sur les misères de son propre cœur ! Mais il est des temps malheureux où les intelligences, même les plus élevées, semblent chanceler dans leurs propres lumières. Détourné de la voie simple par l’influence de ces erreurs qu’il combattait chez les philosophes, sa religion et sa vertu mêmes lui sont devenues un piége, et il n’a pas su s’en préserver. Il a cru à la mission du Réparateur, mais il n’est pas entré dans le sens pratique de ses enseignements ; il a accueilli avec amour la parole de la Sagesse incarnée et le sacrifice du Calvaire, mais il n’a pas compris la perpétuité sur la terre de cette parole et de ce sacrifice ; il a cru en la divinité de Jésus-Christ, mais il n’est pas entré dans l’humilité de Jésus-Christ, et, après une vie de méditation, de prière et de culte intérieur, il a eu ce triste courage de mourir hors de la voie du salut ; il est mort en philosophe, à la manière de Porphyre ou de Plotin.

Il navait jamais été marié. Lui-même raconte ce arriva quand une occasion vint à s’offrir.

 « Je priai, dit-il ; un peu de suite pour cet objet, et il me fut dit intellectuellement, mais très clairement : Depuis que le Verbe s’est fait chair, nulle chair ne doit disposer d’elle-même sans qu’il en donne la permission. Ces paroles me pénétrèrent profondément, et, quoiqu’elles ne fussent pas une défense formelle, je me refusai à toute négociation ultérieure.»

Toujours communications intimes avec Dieu ! toujours cette illusion d’être l’objet de la prédilection divine ! On ne saurait après cela s’étonner de l’immense et naïf orgueil qui perce à chaque ligne des Pensées où il a voulu se peindre.

« J’ai été gai, dit-il, mais la gaieté n’a été quune nuance secondaire de mon caractère ; ma couleur réelle a été la douleur et la tristesse, à cause de l’énormité du mal »

Il s’applique la parole du prophète. Il semble gémir du mal qui se fait chaque jour sur la terre, comme si lui-même n’y avait aucune part : c’est la plainte de l’ange ou le gémissement de l’agneau qui porté lés péchés du monde !

Ne dit-il pas

« Je nai rien avec ceux qui n’ont rien ; j’ai quelque chose avec ceux qui ont quelque chose ; j’ai tout avec ceux qui ont tout. Voilà pourquoi j’ai été jugé si diversement dans le monde et la plupart du temps si désavantageusement ; car, dans le monde, où sont ceux qui ont tout ? où sont même ceux qui ont quelque chose ? »

Ne dit-il pas encore : « Dieu sait si je les aime, ces malheureux mortels ! »

Jamais un apôtre n’a parlé ainsi !

Dans la sphère restreinte et timide de son action il finit par se prendre sérieusement pour un voyant, pour un consolateur donné à la terre ; c’est partout le ton d’un être inspiré, d’un homme dépositaire de plus de vérités qu’il n’en saurait communiquer aux mortels, d’un homme supérieur à l’homme ! « Pour prouver que l’on est régénéré, dit-il, il faut régénérer tout ce qui est autour de nous» Cela est vrai ; mais quel mort spirituel Saint-Martin a-t-il donc ressuscité ? A-t-il jamais pu dire au fils de la veuve : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » Son œuvre est loin de répondre à l’ambition de sa parole. Cependant il n’a pas été sans influence sur son temps, et, quoique ses livres soient généralement peu connus, un grand nombre de ses pensées ont été mises en circulation par des écrivains supérieurs, M. de Maistre, entre autres, qui l’avait lu attentivement, et qui l’appelait le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.(entretiens de stpet). Malgré l’énormité de ses erreurs, cet homme a servi la cause de la vérité, et l’on ne saurait oublier que le premier il donna le signal de la réaction spiritualiste contre les doctrines sceptiques et athées du XVIIIè siècle. Il est peut-être le seul laïque qui ait osé dire alors une parole pieuse et touchante comme celle-ci « A force de répéter mon Père, espérons qu’à la fin nous entendrons dire mon fils. »


 

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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 08:27

 

Les premières traces d’une présence de l’Ordre maçonnique en Asie remontent à 1730 environ. Commençant en Inde, la propagation de la Franc-Maçonnerie s’est faite en grande partie au gré de l’expansion de l’Empire britannique: Malaisie, Birmanie,  Ceylan,  Hong  Kong.  Il  faut  cependant  mentionner,  en  dehors  de l’Empire britannique, le développement d’une Franc-Maçonnerie aux Philippines, débutant au XIXème siècle avec des Loges espagnoles. Quant au Japon, il a vu la constitution en 1957 d’une GL souveraine, formée de Loges précédemment placées sous l’autorité de la GL des Philippines.

Actuellement, la Franc-Maçonnerie asiatique connaît des sorts très différents se- lon les Etats. Elle est inexistante dans les pays vivant sous régime communiste (Chine,  Cambodge,  Laos,  Vietnam,  Corée  du  Nord),  avec  une  exception,  la Birmanie, où travaillent 13 Loges. Elle est en voie d’extinction ou inexistante dans des pays vivant sous une dictature nationaliste ou militaire (Pakistan, Indonésie). Les Philippines constituent une exception notable, puisqu’une Franc-Maçonnerie florissante a coexisté pendant près de 20 ans avec un régime dictatorial. La Corée du Sud est aussi un cas exceptionnel, qui s’explique cependant par le fait que les 5 Loges actives dans ce pays sont fréquentées principalement par des militaires américains.

Dans plusieurs anciennes colonies comme l’Inde, le Sri Lanka ou la Birmanie, la composition  des  Loges,  essentiellement  occidentale  à  l’origine,  a  évolué  sans heurts vers une majorité indigène. Actuellement, l’un des aspects les plus remar- quables de la Franc-Maçonnerie asiatique est l’extraordinaire diversité ethnique et religieuse que l’on peut rencontrer à l’intérieur des Loges. Il semble cependant que des problèmes économiques soient souvent un obstacle à l’adhésion de membres potentiels, et que le coût des cotisations opère une sélection en faveur des citoyens les plus fortunés dans des pays où le niveau moyen des salaires est encore très bas.

 

BANGLADESH

 

Dans ce pays à majorité musulmane, une seule Loge a survécu jusqu’à nos jours; il s’agit de la Loge «Star No 4444 EC», reconnue par la GLU d’Angleterre en 1922.

 

BIRMANIE

 

Organisations faîtières:

 

GL de District de Birmanie

(sous l’autorité de la GLU d’Angleterre):  10 Loges.

Grande Loge de District de Birmanie

(sous l’autorité de la GL d’Ecosse):  3 Loges.

 

Dans cette ancienne colonie britannique, des Loges anglaises se sont créées à partir de 1847, suivies par des Loges écossaises. La plus ancienne Loge anglaise encore en activité est la Loge «Star of Burma No. 614 EC», fondée aux environs de 1850. Une douzaine de Loges travaillent aujourd’hui encore en Birmanie; la majorité des membres sont d’ethnie chinoise ou birmane. La Franc-Maçonnerie birmane semble bien tolérée par les autorités politiques, ce qui s’explique sans doute par le fait qu’un bon nombre de Francs-Maçons birmans sont des personnalités reconnues dans le pays.

 

BRUNEI

 

Ce protectorat britannique possède deux Loges: la Loge «Brunei No. 1545 SC», sous l’égide de la GL d’Ecosse, et la Loge «Berakas No. 8560 EC», sous l’égide de la GLU d’Angleterre.


CHINE

 

De 1767 à 1949, la Chine continentale a abrité de nombreuses Loges appartenant à diverses organisations faîtières (GG LL d’Angleterre, d’Ecosse, d’Irlande, du Massachusetts et des Philippines). En 1949, les Loges philippines fondèrent la GL de Chine, qui émigra à Formose (Taïwan) lors de la victoire communiste. La GL de Chine travaille selon une version du rituel américain Webb. Elle est reconnue comme régulière par les GG LL américaines et canadiennes et par nombre de  GG  LL  européennes,  mais  pas  par  les  GG  LL  d’Angleterre,  d’Ecosse  et d’Irlande.

En 1993 on recensait 9 Loges réunissant 755 membres.

 

CORÉE DU SUD

 

Organisations faîtières:

 

GL de District d’Extrême-Orient (sous l’autorité de la GL d’Ecosse):   3 Loges en Corée du Sud.
GL des Philippines:  2 Loges.

 

La plus ancienne Loge de Corée est la Loge «Han Yang No. 1048 SC», créée en 1910 sous l’égide de la GL d’Ecosse. Actuellement, les effectifs des Loges sud-coréennes sont constitués essentiellement de militaires américains.

 

 HONG KONG

 

Organisations faîtières:

 

GL de District de Hong Kong et d’Extrême-Orient (sous l’autorité de la GLU d’Angleterre):  12 Loges. GL de District d’Extrême-Orient (sous l’égide de la GL d’Ecosse): 5 Loges à Hong Kong.
GL d’Irlande: 2 Loges.

 

Les plus anciennes Loges travaillant à Hong Kong sont la Loge «Royal Sussex No.  501  EC»  fondée  à  Canton  en 1844,  la  Loge  «Cosmopolitan  No.  428  SC» fondée en 1864 et la Loge «Erin No. 463 IC» fondée en 1929. Les Loges de Hong Kong  sont  fréquentées  en  majorité  par  des  Britanniques,  avec  une  proportion relativement élevée de membres d’ethnie chinoise. Nul doute que la fin du man- dat bitannique en 1997 aura apporté d’importants changements.

 

INDE

 

Organisations faîtières:

 

GL d’Inde: 250 Loges. 4 GG LL de District (Bengale, Bombay, Madras, Inde du Nord) (sous l’autorité de la GLU d’Angleterre): 70 Loges.

2 GG LL de District (Inde orientale, Inde occidentale) (sous l’autorité de la GL d’Ecosse):  9 Loges.

GL Provinciale d’Irlande en Inde (sous l’égide de la GL d’Irlande): 10 Loges.

 

La Franc-Maçonnerie indienne a une très longue histoire. Ses débuts furent liés à l’armée britannique et à l’East Indian Company, qui possédait des concessions sur une grande partie du territoire indien. La première Loge d’Obédience anglaise, aujourd’hui éteinte, fut fondée en 1730. La deuxième fut la Loge «Star in the East No.  67  EC»,  qui  travaille  actuellement  encore  à  Calcutta.  Les  plus  anciennes Loges  écossaise  et  irlandaise  encore  actives  sont,  respectivement,  la  Loge «Perseverance No. 338 SC», fondée à Bombay en 1847, et la Loge «St Patrick

No. 319 IC», fondée à Bombay en 1911. La diffusion précoce de la Franc-Maçonnerie en Inde a été largement le fait de

Loges militaires, dont le lieu de réunion se déplaçait au gré des mouvements de la troupe. Par la suite, l’accroissement des effectifs des Loges sur tout le territoire indien entraîna la création de GG LL de District, placées sous les autorités respectives des GG LL d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande.

Ce n’est qu’à partir du début du XIXème siècle que les Loges commencèrent à être fréquentées par des Indiens de souche. La Franc-Maçonnerie semble avoir at- tiré  tout  particulièrement  les  Parsis,  fortement  représentés  dans  les  Loges  de Bombay, de même que les Sikhs et les Hindous. Les musulmans paraissent avoir été plus réservés. A partir du milieu du XXème siècle, les effectifs de la Franc- Maçonnerie indienne se trouvèrent constitués d’une majorité de non-européens. Une  des  conséquences  de  cette  évolution  fut  la  constitution  en  1961  de  la  GL d’Inde, formée au départ de 145 Loges qui renoncèrent à leur appartenance an- glaise, écossaise et irlandaise. Cette séparation se fit sans conflit, et la GL d’Inde coexiste actuellement avec les trois GG LL britanniques, qui renoncent formelle- ment à parrainer de nouvelles Loges en Inde, mais qui continuent d’administrer les Loges qui n’ont pas voulu se joindre à la GL indigène.

La  GL  d’Inde  compte  actuellement  288  Loges,  regroupant  plus  de  15’500 membres. Elle est subdivisée en quatre GG LL Régionales (Inde du Nord, Inde du Sud, Inde occidentale, Inde orientale), chacune possédant son GM Régional et ses Grandes Organisations faîtières d’Officiers Régionaux.

 

JAPON

 

Organisations faîtières:

 

GL du Japon:  8 Loges totalisant 2900 membres

GLU d’Angleterre:   1
Loge GL d’Ecosse:  2
Loges GL du Massachusetts:    1
Loge GL des Philippines:  3 Loges

 

L’histoire  maçonnique  du  Japon  commence  pendant  la  seconde  moitié  du XIXème  siècle,  par  la  création  de  Loges  anglaises  et  écossaises.  Sur  8  Loges, seules  trois  survécurent  à  la  deuxième  guerre  mondiale. Après  la  guerre,  sous l’occupation américaine, plusieurs nouvelles Loges apparurent, placées sous l’au- torité de la GL des Philippines ou de la GL du Massachusetts. En 1957, 15 des Loges patronnées par les Philippines se réunirent pour fonder la GL du Japon, alors que trois décidèrent de rester sous l’administration de la GL des Philippines. Au moment de sa fondation, la GL du Japon comptait 10’500 membres. En 1984, elle n’en avait plus que 4’000. Cette diminution s’explique par la réduction de la présence militaire au Japon. En effet, près de 90% des effectifs de la GL du Japon sont constitués d’occidentaux, et les travaux de la plupart des Loges se font en anglais.  Les  Loges  japonaises  travaillent  selon  une  version  du  rituel  américain Webb.

 

MALAISIE

 

Organisations faîtières:

 

GL de District de l’Archipel oriental (sous l’autorité de la GLU d’Angleterre): 18 Loges.
GL de District du Moyen-Orient (sous l’autorité de la GL d’Ecosse): 7 Loges.
GL d’Irlande:      1 Loge.

 

La Malaisie est un Etat formé par la réunion de deux anciennes colonies britan- niques: Malaya et North Borneo. La première Loge du pays, aujourd’hui dispa- rue, a été fondée en 1809 à Penang. La plus ancienne Loge encore active est la Loge «Royal Prince of Wales No. 1555 EC», fondée en 1875, alors que la plus ancienne Loge écossaise est la Loge «Scotia No. 1003 SC», qui date de 1906. Ces deux Loges travaillent à Penang.  

Les Loges sont constituées en majeure partie de citoyens malais, mais les ethnies chinoises et indiennes sont les plus représentées.


NEPAL

 

Une seule Loge travaille dans ce pays, la Loge «Kathmandu of Nepal No. 8194 EC», fondée en 1967 et rattachée à la GL de District du Bengale (sous l’autorité de la GLU d’Angleterre).

 

PAKISTAN

 

Organisations faîtières:

 

GL de District du Pakistan (sous l’autorité de la GLU d’Angleterre): 2 Loges.

 

Jusqu’à la séparation des deux Etats en 1947, l’histoire maçonnique du Pakistan se confond avec celle de l’Inde. La première Loge anglaise fut la Loge «Hope and Perseverance No. 782 EC», fondée à Lahore en 1858. Plusieurs Loges écossaises ont été créées à partir de 1847, mais toutes sont aujourd’hui éteintes.  

Si la Franc-Maçonnerie pakistanaise a pu travailler dans de bonnes conditions jusqu’au coup d’état de 1977, elle doit faire face depuis cette date à des conditions très  défavorables  dues  au  régime  de  dictature  militaire.  En  1983,  seules  deux Loges anglaises travaillaient encore dans le pays.

 

PHILIPPINES

 

Organisation faîtière:

 

GL des Philippines:  252 Loges.

 

L’existence   de   la   Franc-Maçonnerie   aux   Philippines   semble   remonter   au XVIIIème siècle, comme en témoigne un acte du gouvernement espagnol ordon- nant le bannissement de l’Ordre maçonnique et l’expulsion de ses membres. La première Loge dont l’existence soit documentée fut créée en 1856, sous l’égide du Portugal. En 1880, le GO d’Espagne parraina 4 Loges, qui commencèrent à admettre des membres d’origine philippine. Avec le passage du pays sous domi- nation américaine en 1898, de nombreuses Loges furent fondées sous l’égide de GG LL américaines, de même que trois Loges du GO de France et deux Loges de la GL d’Ecosse.  

L’année 1917 vit la fondation de la GL des Philippines, réunissant des Loges pla- cées   précédemment   sous   autorité   californienne,   espagnole   ou   portugaise. Actuellement, toutes les Loges faisant partie de la GL des Philippines (effectifs en 1993:14670 membres) travaillent selon une forme du rituel américain Webb très semblable à celui pratiqué en Californie. Il reste cependant une Loge («Perla del Oriente No. 1034 SC») dépendant de la GL d’Ecosse. On peut aussi mentionner l’existence de deux organismes irréguliers, la Gran Logia del Archipelago

Filipino et le Grande Oriente Filipino.

 

SRI LANKA

 

Organisations faîtières:

 

GL de District de Sri Lanka

(sous l’autorité de la GLU d’Angleterre): 9 Loges.

Grand Inspectorat de Sri Lanka (sous l’autorité de la GL d’Irlande): 3 Loges.

GL d’Ecosse:  1 Loge.

 

La plus ancienne Loge de Sri Lanka encore en activité date de la fin du XVIIIème siècle. Elle fut créée sous l’égide des Pays-Bas pendant la domination hollandaise de Ceylan, passa sous l’autorité du GO de France au moment de l’occupation fran- çaise de la Hollande, puis fut intégrée en 1838 à la GLU d’Angleterre sous l’ap- pellation de Loge «St John of Colombo No. 454 EC». Depuis le passage de Ceylan sous domination britannique en 1796, de nombreuses Loges militaires se sont développées, qui ont ensuite donné naissance à des Loges permanentes placées sous autorité anglaise, écossaise ou irlandaise. Actuellement, les Loges sont formées en majorité de citoyens sri-lankais appartenant à des com- munautés religieuses très diverses.

 

SINGAPOUR

 

Organisations faîtières:

 

GL de District de l’Archipel oriental (sous l’autorité de la GLU d’Angleterre):  8 Loges à Singapour.

GL du Moyen-Orient (sous l’autorité de la GL d’Ecosse): 2 Loges à Singapour.

GL d’Irlande: 1 Loge.

 

Comme ancienne colonie britannique, Singapour a une longue histoire maçon- nique. La Loge anglaise «Zetland in the East No. 508 EC» est la plus ancienne, datant de 1845. Actuellement, les Loges de Singapour comptent une proportion élevée de membres d’origine chinoise.

 

THAILANDE

 

La Loge «St John No. 1072 SC» est la seule Loge travaillant en Thaïlande. Elle fait partie de la GL de District du Moyen-Orient, sous l’autorité de la GL d’Ecosse.

Source GLSA

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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 08:18

 

La Maçonnerie a débuté vers 1740 sur le continent africain. La première Loge connue date de 1772: la Goede Hoop Lodge No. 18 créée à Cape Town sous les auspices   du   GO   de   Hollande.   Les   Loges   étant   essentiellement   formées d’Européens (plus particulièrement Anglo-Saxons), leur développement se fera très  lentement;  ce  n’est  que  depuis  la  deuxième  guerre  mondiale  qu’une  aug- mentation significative des membres est enregistrée.

 

Deux  facteurs  jouent  un  rôle  important  dans  le  développement  de  la  Franc- Maçonnerie africaine:

 

1.  La politique: La décolonisation du continent africain verra apparaître de nom- breux gouvernements autoritaires, voire totalitaires qui rapidement forcèrent les obédiences maçonniques à se mettre en sommeil ou les amenèrent à dis- paraître totalement. Dans les pays musulmans (principalement en Afrique du Nord),  l’opposition  religieuse,  accompagnée  de  l’intolérance  des  gouverne- ments créa des difficultés considérables pour les Maçons.

2.  La discrimination raciale: l’ouverture aux non-blancs ne se fera que très len- tement à partir du début du siècle et commençant par les expatriés indiens des colonies britanniques. Ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale et grâce surtout à l’indépendance des pays africains, que la discrimination raciale com- mença à disparaître. Mise à part la situation en pleine évolution de l’Afrique

du  Sud,  il  est  à  noter  qu’aujourd’hui,  la  majorité  des  Loges  est  formée d’Africains sur lesquels reposent les espoirs du développement de l’Art Royal dans ce continent.

 

SITUATION DES DIFFÉRENTES OBÉDIENCES

 

L’appartenance des Loges aux différentes obédiences européennes suit naturelle- ment l’appartenance politique des colonies. En dehors d’une influence mineure des obédiences allemandes, portugaises, espagnoles, belges et italiennes liées spé- cifiquement à certains pays, on peut constater deux grands courants en rapport avec, d’une part la Maçonnerie anglo-saxonne «régulière» (Angleterre, Ecosse et Irlande, parfois France [GNLF]) et d’autre part la Maçonnerie française «irrégu- lière» (Grand Orient et Grande Loge de France).

Les premiers ont tout naturellement été rapidement présents dans les colonies bri- tanniques,  en  commençant  par l’Afrique  du  Sud  (1811),  le  Ghana  (1859),  le Nigeria (1867) puis le Zimbabwe (ex-Rhodésie - 1893), la Tanzanie (1903) et le Kenya (1904). La Zambie (1924) et la Namibie (1925) suivront entre les deux guerres mondiales.

Les obédiences françaises du GO et de la GL de France ont essaimé dans les co- lonies  françaises  et  plus  particulièrement  en Algérie,  dès  1832,  au  Cameroun, Zaïre, Togo, Bénin et Gabon, Sénégal, Madagascar, Maroc, Dahomey, Guinée, Cote d’Ivoire et Tunisie. Dans certains pays comme le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo, une lutte  d’influences  se  manifeste  entre  obédiences  régulières  et  irrégulières.  Au Togo on trouve des Loges régulières et irrégulières françaises, mais aussi certaines dépendant de l’Angleterre et de l’Ecosse. Ces dernières provenaient du Ghana, ex-colonie anglaise où la Maçonnerie est florissante. Dans les autres pays, cette

«concurrence» se fait essentiellement entre organisations françaises.

D’autres pays ont vu la Franc-Maçonnerie disparaître face aux problèmes poli- tiques, à l’opposition du gouvernement ou de milieux religieux (principalement musulmans). C’est notamment de cas de l’Angola, de l’Egypte (Maçonnerie clan- destine), de l’Ethiopie, de la Libye, du Mozambique, de la Somalie, du Soudan

et de l’Ouganda.

 

SITUATION DE QUELQUES PAYS PARTICULIERS

 

Afrique du Sud

 

4 organisations faîtières:  GG LL d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, GO

de Hollande.

Nombre de Loges: 483, respectivement 270, 154, 58 et 1; en réalité

il en existe plus de 600.

 

La Maçonnerie en Afrique du Sud est extrêmement diverse et complexe de par son histoire, ses particularités raciales et linguistiques. Ce sont les Hollandais qui fondèrent la première Loge à Cape Town en 1772, suivis par les Anglais en 1811. Les Ecossais et les Irlandais apparaîtront dès 1860. Jusqu’en 1961 ces quatre Obédiences coexistèrent en Afrique du Sud au travers de leurs districts et provinces et la Maçonnerie y prit un essor considérable. Une GL de l’Afrique du Sud fut alors créée, en avalisant l’indépendance et les Rituels de chaque Obédience. Toutefois le GO de Hollande renonça à reconnaître de nouvelles Loges d’Afrique du Sud. Actuellement les Maçons peuvent choisir libre-

ment leur Obédience. De  nombreux  Temples  possèdent  une  bibliothèque  et  un  musée.  Mentionnons particulièrement  celui  de  la  Loge  «Goede  Hoop»  à  Cape Town,  berceau  de  la Franc-Maçonnerie sud-africaine, ainsi que le Freemasons’ Hall à Johannesburg. Il abrite 4 Temples, dont le plus vaste permet d’accueillir 280 personnes, des salles à manger, un musée et une bibliothèque qui compte parmi les plus importantes de

l’hémisphère sud. Ce bâtiment appartient à l’Obédience anglaise mais il est ouvert aux autres obédiences et reçoit les tenues de plus de 130 Loges. Les difficultés de trouver des locaux adéquats font que certaines Loges se réunissent dans des bâtiments publics ou des églises. Une   pratique   répandue   aussi   dans   d’autres   pays   est   celle   des   «Loges d’Instruction»  qui  permettent  de  répéter  le  rituel.  L’appartenance  à  plusieurs Loges ou Obédiences est fréquente et communément admise. Les Loges anglaises travaillent principalement au Rite Émulation, alors que les

Écossais utilisent le SAC (South African Constitution Lodges), issu d’un Rituel du GO de Hollande.

Signalons enfin que les deux tiers des Loges travaillent en anglais et la plupart des autres en afrikaner. Quelques-unes pratiquent la langue allemande ou encore le grec.  

La discrimination raciale semble toujours exister dans les Loges bien que l’ou- vrage consulté n’en fasse pas vraiment mention. Il est en tout cas certain que ce sont  d’abord  les  Indiens  qui  furent  les  premiers  non-blancs  acceptés  dans  les Loges et que l’initiation de Noirs reste encore très limitée.

 

Ghana

 

3 organisations faîtières: GG LL d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande.

Nombre de Loges:  87, respectivement 44, 28, 15.

 

La  première  Loge,  reconnue  par  les Anglais,  sera  crée  à  Cape  Coast  en  1859 («Gold Coast Lodge No. 773»). La GL Écossaise ne sera présente qu’à partir de 1921  («Progressive  Lodge  No.  1261»)  et  les  Irlandais  suivront  en  1956  («St Patrick Lodge No. 793»).  

L’acceptation de la Maçonnerie par la communauté non-blanche du Ghana assu- rera un rapide développement des Loges durant ces dernières décennies et cer- taines sont maintenant uniquement composées de Noirs. L’influence des obédiences reste forte dans le rituel et la vie des Loges. Toutefois l’habillement peut être moins formel selon l’appartenance ethnique des Frères. Les réunions ont toujours lieu le soir et débutent entre 17h.30 et 20h.00.

Le gouvernement ghanéen a tenté de prendre le contrôle des Loges au début des années 80 et garde une influence sur le déroulement de la vie maçonnique dans ce pays.

Kenya

 

2 organisations faîtières:  G LL d’Angleterre et d’Ecosse.

Nombre de Loges:  24, respectivement 20 et 4.

 

Cette colonie britannique, relativement stable et prospère, n’a vu l’apparition de la Maçonnerie que tardivement. Ce n’est qu’en 1904 que la première Loge sera fondée par les Anglais, suivis, deux ans plus tard, par les Ecossais. La création de nouvelles Loges se fera lentement, surtout après la fin de la deuxième guerre mondiale. Une Loge irlandaise sera créée en 1950.  

Les tenues sont organisées le soir, entre 18h.30 et 19h.30 et sont suivies d’une agape (Loges anglaises) ou d’un «moment d’harmonie» (Loges écossaises). Un toast au président et à la République du Kenya fait partie des coutumes. Compte tenu du climat, des habits de safari sont parfois acceptés au lieu du traditionnel complet sombre.

 

Namibie

 

2 organisations faîtières:  GG LL d’Angleterre et d’Ecosse.

Nombre de Loges:  12, respectivement 6 et 6.

 

La Namibie (anciennement Afrique du Sud-Ouest) était primitivement une colo- nie allemande. Les trois Loges fondées à l’époque disparurent à la fin de la pre- mière guerre mondiale. Une d’entre elles «Zum Kreuz des Südens No. 1613» fut recréée en 1928, puis mise en sommeil en 1933 sous la pression des nazis. Elle réapparut en 1965, sous les auspices de la Grande Loge d’Ecosse mais travaille selon le rituel Schroeder et en langue allemande.

5 autres Loges dépendent des Ecossais qui précédèrent les Anglais en créant la Loge «Caledonian No. 1307» en 1923. Une d’entre elles travaille en afrikaner («Benguela No. 1616»). C’est en 1925 qu’ apparut la première Loge anglaise, («Damaraland Lodge No. 4758»), suivie de 5 autres après la seconde guerre mondiale.  

La GL d’Afrique du Sud a ouvert une Loge en Namibie il y a une dizaine d’an- nées («Makalani No. 114»).

 

Nigéria

 

3 organisations faîtières:  GG LL d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande.

Nombre de Loges:   85, respectivement 27, 49 et 9.

La Maçonnerie est très développée dans ce pays depuis 1867, date de la fonda- tion de la Loge «Lagos No. 1171» par les Anglais. Les premières Loges irlandaise et écossaise n’apparaîtront qu’à partir de 1896 («McDonald No. 197») et

1915 («Academic No. 1150»). Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la GL d’Ecosse s’est rapidement développée pour devenir l’Obédience la plus importante du pays en passant de 9 à 49 Loges, présentes dans toutes les villes importantes.

Entre  les  deux  guerres  mondiales,  certaines  Loges  refusèrent  l’admission  des Noirs, d’autres devenant mixtes ou à prédominance indigène. Ces problèmes ra- ciaux ont maintenant disparu. Les travaux des Loges commencent vers 19 ou 20h. et sont souvent suivis d’une agape   rituelle   à   laquelle   sont   invités   gracieusement   les   Frères   visiteurs. L’hospitalité des Loges nigériennes est réputée.

 

Maroc

 

3 organisations faîtières: GO de France, GO d’Italie, GL de France.

Nombre de Loges:   une  dizaine?  (non  répertoriées  dans  les  listes américaine et allemande)

 

C’est le GO de France qui introduisit la Franc-Maçonnerie dans cette colonie fran- çaise en 1891, suivi peu après de la GL de France et du GO d’Italie. En 1902 et en  1927,  deux  Loges  reconnues  par  les  Ecossais  et  les Anglais  apparaissent  à Tanger mais elles seront rapidement déplacées à Gibraltar.  

L’indépendance du Maroc en 1956 n’a pas changé grand chose dans la présence hétérogène des Obédiences maçonniques. Toutefois une GL du Maroc («Atlas») fut crée à Casablanca en 1967, réunissant trois Loges et portée sur les «fonds bap- tismaux» par la Grande Loge Suisse Alpina! Vers la fin des années 1980, à la suite

du décès du Frère Colombo, ces trois Loges ont cessé d’exister (voir à ce sujet l’étude historique in Masonica No 7).

 

Zambie

 

3 organisations faîtières:  GG LL d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande.

Nombre de Loges:  30, respectivement 12, 12 et 6.

 

La Franc-Maçonnerie est bien représentée dans cette colonie britannique depuis 1924 («David Livingstone No. 1321 SC»). Comme dans d’autres pays africains, les  Loges  dépendent  de  membres  fondateurs  provenant  des  obédiences  européennes.  L’appartenance  à  plusieurs  Loges,  même  d’obédience  différente,  est commune.  Peu  après  l’indépendance  de  la  République  de  Zambie  (ancienne Rhodésie du Nord), l’existence de la Maçonnerie fut remise en cause pendant une dizaine d’années. Les Loges du nord du pays (la région des mines de cuivre) sont toujours à pré- dominance  européenne.  Dans  d’autres  Loges,  ce  sont  les  Asiatiques,  nés  en Zambie, qui ont rejoint la Maçonnerie et pourraient ainsi l’aider à se développer, au détriment des Africains, peu présents. Les Loges étant composées en grande majorité d’Européens qui restent deux à trois ans dans ce pays, il en résulte une grande mobilité dans les Loges. Une des conséquences est que, pour une Tenue, les  différents  plateaux  peuvent  être  attribués  à  des  Frères  peu  expérimentés. Parfois aussi, l’initiation d’un profane et son accession à des responsabilités im- portantes au sein de la Loge se fait en peu d’années.

Les Loges se réunissent vers 19h. mais les visiteurs sont priés de venir une heure plus tôt. L’habillement varie du complet sombre, aux habits de safari, en passant par le kilt traditionnel écossais dans certains cas. Les Loges anglaises travaillent au rite Ellis Robbins, très proche d’Emulation.

Lors des Tenues, les visiteurs sont reçus formellement et sont priés d’apporter les souhaits  fraternels  de  leur  Loge.  Les  Tenues  sont  généralement  suivies  d’une agape rituelle à laquelle sont invités les visiteurs. Ces derniers sont souvent priés de prendre la parole après les nombreux toasts prévus au programme.

Des activités sociales sont fréquemment organisées: barbecues, films, tournois de golf et soirées pour les épouses...

 

Zimbabwe

 

4 organisations faîtières: GG LL d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, GO

de Hollande.

Nombre de Loges: 68, respectivement 31, 8, 22 et 7.

 

Les premières Loges anglaises datent de 1893-95 avec l’arrivée des premiers im- migrants en Rhodésie. Le fondateur du pays, Cecil Rhodes était Franc-Maçon et encouragea le développement de l’Art Royal dans ce pays. Les Loges écossaises et irlandaises suivirent au début du siècle. Quant aux Loges hollandaises, elles ap- parurent après la seconde guerre mondiale, en provenance d’Afrique du Sud.

L’indépendance du Zimbabwe en 1980 et l’arrivée d’une majorité noire au gou- vernement provoqua le départ de nombreux Européens, dont des Maçons. Bien que le gouvernement n’ait pas pris de position négative face à la Maçonnerie, le nombre de membres des Loges est en régression. Les Tenues ont lieu généralement vers 19h.30 ou parfois le samedi après-midi. Elles sont suivies d’une agape rituelle ou d’un repas informel aux frais de chaque personne présente. Les visiteurs sont les bienvenus et reçus officiellement selon

le rang et l’obédience de chacun. Il est intéressant de souligner que le Zimbabwe possède une Loge de recherche dénommée Harare. Elle publie une revue trimestrielle d’un excellent niveau avec des articles de recherche et d’autres consacrés à la vie maçonnique dans ce pays.

Source GLSA

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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 07:49

LA FRANC-MAÇONNERIE EN AMÉRIQUE CENTRALE

 

L’Amérique centrale, qui inclut dans cette présentation les Caraïbes, est formée d’une mosaïque d’états. L’histoire de cette partie du monde est assez tourmentée et la durée de vie des régimes politiques en place très variable. Certains états tels le Honduras, Belize n’ont pas d’activité maçonnique notable.

Les brusques changements de régime ne créent pas des conditions politiques fa- vorables à la Maçonnerie surtout si, comme cela a été le cas au Nicaragua, le gou- vernement mis en place se proclame d’extrême gauche. Il devient alors difficile d’obtenir une information fiable sur l’état de la Maçonnerie dans le pays.

Les pays de l’Amérique centrale dont la stabilité politique est la meilleure pos- sèdent  souvent  une  activité  maçonnique.  Ce  sont  leurs  Grandes  Loges  qui  ont aussi été à même de nouer des relations internationales d’une certaine ampleur. Toutefois,  il  est  rare  que  le  nombre  de  Loges  dépasse  25  pour  un  pays  donné (Mexique excepté). Dans les Caraïbes, la plupart des Loges régulières sont dépendantes de GG LL de district de la GLU d’Angleterre, certaines d’entre elles relèvent de la GL d’Ecosse ou  d’Irlande;  Porto  Rico,  Saint  Domingue  et  Cuba  font  exception.  Cuba  est d’ailleurs  un  cas  particulier  remarquable  à  tous  égards.  Haïti  possède  une  GL, mais celle-ci n’a pas conclu de liens d’amitié avec des obédiences anglo-saxonnes reconnues.

Nous   évoquons   ci-dessous   brièvement   la   Maçonnerie   des   différents   pays d’Amérique Centrale.

 

COSTA RICA

 

Une activité maçonnique est répertoriée dès 1867. Elle fut réduite dans les années 1875-1883,  vu  l’hostilité  du  clergé  catholique  de  l’époque,  mais  le  travail  des Ateliers reprit peu après. En 1899, quatre Loges du Costa Rica formèrent la GL du  Costa  Rica.  Cette  obédience  compte  une  dizaine  d’Ateliers  et  environ  400 membres. Les Rites Écossais et d’York y sont pratiqués.

 

EL SALVADOR

 

La  Maçonnerie  ne  s’implanta  pas  au  Salvador,  qui  est  le  plus  petit  pays  de l’Amérique centrale, avant 1850-1860. En 1898, sept Loges du Honduras et du Salvador formèrent une GL, qui disparut lors de la guerre opposant peu après le Salvador,  le  Honduras  et  le  Guatemala.  La  GL  Cuscatlan  de  la  république  du Salvador a été fondée en 1912. Elle possède 12 Loges et environ 350 membres. Le Rite Écossais et le Rite d’York sont pratiqués.

 

GUATEMALA

 

La Maçonnerie au Guatemala a été affectée par l’instabilité politique de ce pays, tout particulièrement dans la première moitié du XXème siècle. La première Loge fut fondée en 1881, dépendante d’une obédience colombienne. Cette influence fut d’ailleurs  prépondérante  jusqu’en  1903,  où  8  Loges  formèrent  La  GL  de  la République du Guatemala. La Maçonnerie subit jusqu’à la fin des années 50 des vicissitudes graves sous les dictatures qui se succédaient. En 1958, la démocratie fut restaurée. Depuis cette date, la Maçonnerie a pu prospérer. La GL possède 31 Loges et 700 adhérents. Les Rites d’York et Écossais sont utilisés. Bien que la majorité des Loges travaillent en espagnol, une travaille en anglais et une en allemand; cette dernière pratique le Rite de Schroeder.

 

MEXIQUE

 

La situation de la Maçonnerie au Mexique peut paraître confuse. Ceci est peut- être dû à l’effervescence politique de ce pays, qui a subi depuis 1810 environ 100 révolutions et vécu l’avènement de 80 régimes politiques différents.

La Maçonnerie y a vu le jour au tout début du XIXème siècle par l’installation d’Ateliers  dépendant  de  la  GL  d’Espagne  (ou  du  GO),  de  Pennsylvanie,  de Louisiane et de New-York. Toutefois, ces obédiences ne tardèrent pas se distan- cer des Ateliers mexicains; en effet, il est prouvé que de nombreux révolution- naires de la première moitié du XIXème siècle étaient Maçons. Ainsi, en 1827, deux  GG  MM  se  réclamant  de  GG  LL  travaillant  au  Rite  Ecossais  et  au  Rite d’York s’affrontaient en lutte armée pour la présidence du Mexique. Des tenta- tives infructueuses d’unification de la Maçonnerie eurent lieu en 1830 et 1890. La GL d’York a pu nouer des liens d’amitié avec les principales obédiences eu- ropéennes. Elle travaille principalement en anglais et au Rite d’York. Elle a été créée à la suite d’un schisme apparu au sein de la GL «Vallée de Mexico» qui tra- vaillait au Rite Ecossais et en espagnol. Cette dernière obédience jouit de certains liens d’amitié internationaux.

 

PANAMA

 

La situation de l’Etat du Panama fut longtemps particulière, car la région du ca- nal était une zone largement contrôlée par les Etats-Unis. La première Loge fut créée en 1821 par un groupe de Maçons se réclamant du GO d’Espagne, mais dis- parut assez rapidement. Des Loges avaient été fondées en 1854 et en 1884, mais seules  deux  étaient  encore  actives,  sous  juridiction  colombienne,  lorsque  les Américains arrivèrent pour la construction du canal en 1903. Les Américains, tout d’abord intégrés dans les Loges panaméennes, puis dans une Loge dépendant de la GL d’Ecosse, ne tardèrent pas à fonder des Ateliers ratta- chés à la GL du Massachusetts en 1906 et localisés dans la zone du canal. En 1913, sept Loges de Maçons panaméens formèrent le GL du Panama. Il s’ensui- vit  un  certain  nombre  de  tractations  dont  la  conséquence  fut  que  la  GL  du Massachusetts reconnut la juridiction de la GL du Panama sur tout le pays, à l’ex- ception de la zone du Canal qui lui restait attribuée. Depuis que les Américains

se sont retirés du canal en 1982, l’activité maçonnique a décru sensiblement. La GL du Panama compte 9 Ateliers totalisant environ 500 membres. Elle tra- vaille en espagnol (sauf une en anglais), en majorité au Rite Écossais. Quelques Loges ont adopté le Rite d’York.

 

CUBA

 

Incroyable, mais vrai, il existe une GL régulière et reconnue qui travaille à Cuba en dépit du régime communiste de Fidel Castro. Elle compte 324 Loges, 20’000 membres et travaille au Rite Écossais en espagnol. Fondée en 1859, c’est une des plus importantes GG LL de l’Amérique centrale et des Caraïbes. L’activité maçonnique commença en 1804 par la création d’une Loge dépendant de  la  GL  de  Pennsylvanie.  Cette  influence  américaine  se  poursuivit  jusqu’en 1828, date à laquelle un décret espagnol proscrivit la Franc-Maçonnerie. Dès 1859 toutefois, trois Ateliers formèrent la Grande Loge de Colon, mais son développement fut freiné par des conflits internes et une nouvelle persécution due à la révolution contre l’Espagne en 1868. Une nouvelle GL apparut en 1876, la «Gran Logia de la Isla de Cuba», non reconnue par son aînée. Sous le protectorat américain instauré dès 1898, la Maçonnerie put se développer, jusqu’à l’avènement de la dictature de Batista à la fin des années trente.

La réunification des deux GG LL, effective dès la fin des années 40 par la pré- pondérance de la «Grande Loge de Colon», fut officielle en 1951; à cette date, la dite  GL,  dès  lors  seule  obédience  existante,  prit  le  nom  de  «Grande  Loge  de Cuba».  L’expansion  pendant  les  années  50  fut  rapide,  les  effectifs  passant  de 22’000 à 35’000 membres entre 1950 et 1959. A cette date, Fidel Castro prit le pouvoir, mais n’interdit pas la Franc-Maçonnerie. La pression du gouvernement s’accrut toutefois en 1977 par des mesures administratives tatillonnes. Il infligea aussi des amendes d’un total de plus de cent mille dollars aux Loges (et à la GL), coupables notamment d’avoir aidé financièrement les veuves et filles de Maçons emprisonnés ou exécutés comme ennemis du gouvernement. Sous ce régime, le nombre de Maçons a régressé; en 1993, on dénombrait 314 Loges totalisant plus de 22’000 Frères.

 

RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / RÉPUBLIQUE D’HAITI


Deuxième île des Antilles après Cuba, elle est coupée en deux: à l’ouest, Haïti, à l’est la République Dominicaine, autrefois dénommée Saint Domingue, appellation qui est demeurée pour sa capitale. Christophe Colomb découvre l’île en 1492 et lui donne le nom d’Hispaniola. En 1697, la France occupe la partie occiden- tale et au XVIIIème siècle, la région est l’une des plus prospères des colonies françaises grâce à la production de sucre et de café. En 1791, Toussaint l’Ouverture mène la révolte des esclaves qui lui vaudra d’être emprisonné  au  Fort  de  Joux,  près  de  Pontarlier.  Par  la  suite,  l’île  connaît  une longue période d’instabilité, de révoltes et de dictatures. De riche qu’elle était, elle  sombre  dans  le  chaos  et  l’endettement  nécessitant  l’intervention  des  Etats Unis qui occupent Haïti de 1934 à 1957.

 

Haïti

 

De nombreuses Loges s’épanouissent dès 1738 ou 1740 sous l’influence anglaise et surtout du GO de France jusqu’à la Révolution française. Parallèlement aux vi- cissitudes politiques, la Maçonnerie connaît des hauts et des bas. En 1844, la sé- cession de la partie espagnole de l’île donne naissance à la République de Saint Domingue ou Dominicaine. Le GO d’Haïti date de 1824; il compte actuellement 40 Loges et quelque 6000 membres.

 

République Dominicaine

 

Un GO s’y constitue en 1850 et une GL en 1865. Les deux obédiences fusion- nent  en  1866  avec  un  total  de  10  Loges  pour  former  la  GL  de  la  République Dominicaine. Actuellement, elle compte 26 Loges totalisant 1200 membres et en- tretient des relations régulières avec le GO d’Haïti. Les Antilles d’alors, et Saint Domingue en particulier, ont joué un rôle capital dans la constitution et le développement des Hauts Grades et la création des deux juridictions (Sud et Nord) par la filière Bordeaux - Morin - Londres - New York - Charleston (cf. Chap. 9.9.3 et 11.3.13.1).

 

PUERTO RICO

 

Des  Loges  furent  fondées  sur  cette  île  par  le  GO  de  France  et  la  GL  du Massachusetts au XVIIIème siècle déjà. Porto Rico étant une colonie espagnole, cette  activité  fut  proscrite  rapidement  et  l’interdiction  demeura  jusqu’en  1859. Dès 1867, la GL de Cuba et le GO d’Espagne installèrent des Loges, mais toute activité fut à nouveau proscrite par le gouvernement espagnol en 1874. En 1884, une GL provinciale cubaine fut établie avec 10 Loges; elle se transforma en GL de Porto Rico en 1885. Suivit une nouvelle persécution espagnole en 1896, mais elle reprit ses activités à la fin de la guerre hispano-américaine de 1898. La GL de  Porto  Rico  comporte  72  Loges  et  environ  3800  membres.  Les Ateliers  tra- vaillent  en  majorité  en  espagnol  au  Rite  Écossais.  Une  minorité  de  Loges  tra- vaillent au Rite d’York en anglais.

 

LA FRANC-MAÇONNERIE EN AMÉRIQUE DU SUD

 

Quoique cela puisse surprendre, la Franc-Maçonnerie existe pratiquement dans tous les pays d’Amérique du Sud. Son évolution a bien entendu été largement dé- pendante des conditions politiques du pays concerné et de l’hostilité manifestée par les gouvernements et subsidiairement par le clergé catholique. Par conséquent, l’histoire et la formation des GG LL et/ou GG OO des pays d’Amérique du Sud ne se sont pas déroulées sans heurts. Il peut ainsi arriver que le visage de la Franc- Maçonnerie, pour ces pays, ne présente pas toujours un caractère très unifié.

Ainsi, la Colombie ne présente pas moins de sept GG LL, dont trois seulement sont régulières et reconnues plus ou moins largement, ce qui peut paraître confus. La  GLU  d’Angleterre  entretient  des  relations  d’amitié  avec  les  GG  LL  de Barranquilla, Bogotà, et Cartagena, mais la GL d’Irlande ne reconnaît que celle de Cartagena. Ces trois GG LL ne comptabilisent en tout que 35 Loges et 2700 membres. Leurs ateliers pratiquent le rite Écossais. Les quatre autres GG LL ne comptabilisent probablement pas plus de 25 à 30 Ateliers. Par contre la Bolivie possède une GL depuis 1929 seulement, mais cette dernière est reconnue par les obédiences européennes. Elle comporte 28 Loges et environ 1500 membres; ses Ateliers travaillent en espagnol au Rite Écossais ou au Rite d’York. Un autre exemple est celui du GO d’Uruguay qui comporte environ 50 Loges et 2000 membres. Cette obédience fut considérée comme irrégulière dès les années 50, car elle avait renoncé à la présence de la troisième Grande Lumière sur l’au-

tel. En 1982 toutefois, 11 GG LL des Etats-Unis d’Amérique et celle de l’Afrique du Sud avaient rétabli des liens d’amitié, basés sur des évidences objectives que cette irrégularité avait été corrigée.

Néanmoins,  les  pays  qui  présentent  le  plus  grand  nombre  de  Loges  sont L’Argentine  (75),  Le  Brésil  (plus  de  500),  le  Chili  (151),  le  Pérou  (138)  et  le Vénézuela (91); ils peuvent se targuer d’une Obédience mondialement reconnue et surtout d’une histoire maçonnique relativement importante. Pour situer cette Maçonnerie, nous évoquerons leurs principales caractéristiques.


ARGENTINE

 

La première Loge fut fondée en 1795 sous l’égide du GO de France. Les pre- mières Loges anglaises apparurent en 1806 et la GL de Pennsylvanie en implanta une en 1825. Toutes les Loges constituées furent néanmoins supprimées par le gouvernement en 1846. Dès 1853 toutefois, une renaissance de l’activité maçon- nique était déjà effective.

Cette renaissance permit, en 1860 déjà, à la GLU d’Angleterre de conclure un traité d’amitié avec la GL d’Argentine. Contre une reconnaissance par la GLU d’Angleterre, la GL d’Argentine permettait aux Loges anglaises de rester dans le giron de leur Obédience-mère. En  1957,  la  GL  d’Argentine  a  fusionné  avec  une  Obédience  argentine  non  re- connue, le «Federal Argentino Council», un Suprême Conseil de Rite Écossais, menant à la constitution d’une seule GL souveraine. La GL d’Argentine compte 69 Loges (dont 37 à Buenos Aires) et environ 2250 adhérents. Le Rite pratiqué est principalement le Rite Écossais. Pour sa part, la GLU d’Angleterre a main- tenu sous sa juridiction 22 Loges travaillant en anglais.

 

BRÉSIL

 

La situation au Brésil est loin d’être limpide; en effet, l’obédience maçonnique la plus ancienne est le GO du Brésil. Dès 1920, mais surtout à partir de la deuxième moitié du XXème siècle, sont nées 22 GG LL dont la juridiction est calquée sur les  différents  états  du  Brésil.  Cette  situation  est  complexe,  car  les  GG  LL  des Etats-Unis d’Amérique et du Canada tendent à reconnaître les 22 GG LL alors que les GG LL d’Angleterre, d’Irlande, d’Ecosse et de l’Europe continentale ont plutôt noué de longue date des relations avec le GO. C’est donc essentiellement

de cette Obédience qu’il sera question. La présence de Loges maçonniques au Brésil peut être attestée dès 1797. En 1822, trois Loges françaises formèrent le GO du Brésil sous le patronage de Dom Pedro, l’empereur brésilien. Ces Loges ne tardèrent pas à être fermées par ce dernier qui leur trouvait une couleur politique. Dès 1831, à l’abdication de l’empereur, une renaissance de l’activité maçonnique était observée. Toutefois celle-ci resta chao- tique jusqu’en 1883, année où la majorité des Loges adhérèrent au GO, alors sous le feu de l’hostilité du clergé catholique. Cette unité se perpétua jusqu’en 1920, où  un  schisme  provoqué  à  l’origine  par  un  conflit  de  compétence  entre  Loges bleues et Suprême Conseil apparut dès 1927. Il perdure malheureusement encore aujourd’hui.

La GLU d’Angleterre noua des relations d’amitié et conclut un traité avec le GO dès  1935,  en  donnant  l’exclusivité  de  sa  reconnaissance  pour  le  Brésil  à  cette Obédience. En échange, elle gardait sous sa juridiction des Loges anglaises qui sont aujourd’hui au nombre de 11 (GL Anglaise de District). Le GO du Brésil pratique en majorité le Rite Écossais. Les GL se répartissent le territoire comme indiqué au chapitre 6.3.5.

 

CHILI

 

La première Loge fut fondée à Valparaiso en 1850 sous l’égide du GO de France. Son activité se poursuivit et se concrétisa par la fondation en 1862 de la GL du Chili  qui  comptait  originellement  4  Ateliers.  Toutefois,  les  GG  LL  d’Ecosse, d’Angleterre  et  de  Hambourg,  régissaient  aussi  des  Loges  travaillant  sous  leur égide.  Les  Loges  de  langue  allemande  rallièrent  la  GL  du  Chili  peu  avant  la deuxième guerre mondiale, lors de la suppression de la GL de Hambourg par les nazis. Le clergé catholique romain, du moins jusqu’à la fin de la deuxième guerre mon- diale, s’est opposé de manière extrêmement virulente à la Franc-Maçonnerie; il s’est ingénié à l’éradiquer par tous les moyens. Les Maçons chiliens tiennent pour acquis que les incendies qui ont détruit les Temples de Valparaiso et de Santiago avaient pour cause cette hostilité. En conséquence, la Maçonnerie chilienne passe pour être une des plus discrètes du continent sud-américain. La GL du Chili compte 168 Loges et environ 6000 adhérents. Elle pratique le Rite Écossais, à l’exception des Loges de langue allemande qui ont adopté le Rite de Schroeder. Il existe en plus trois Loges ressortissant de la GL du Massachusetts, une Loge anglaise et quatre Loges écossaises.

 

PÉROU

 

Le début de la Maçonnerie péruvienne est lié à l’indépendance de ce pays en 1820. Une GL fut fondée en 1831, mais ne tarda pas à disparaître. Entre 1860 et 1870, la GL d’Ecosse fonda 12 Ateliers. La situation resta quelque peu chaotique jus- qu’en 1882, où 5 Loges péruviennes et 5 Loges écossaises fondèrent la GL du Pérou, Obédience qui subsiste actuellement. En 1892, le GM en titre décida la suppression du Volume de la Loi sacrée sur l’autel, décret qui fut aboli moins d’une année plus tard. Cet épisode provoqua, semble-t-il, un certains discrédit temporaire de cette GL auprès des principales instances maçonniques internationales. Malgré un schisme temporaire de 2 ans survenu en 1945, la GL du Pérou resta une et indivisible jusqu’en 1966, lorsque 4 Loges dissidentes fondèrent une Obédience non reconnue. La GL du Pérou comprend 158 Loges et 6240 adhérents. Ses Ateliers pratiquent en majorité le Rite Écossais, quoique certains aient opté pour le Rite d’York (sous l’influence écossaise).


VÉNÉZUELA

 

Il  n’est  pas  impossible  que  la  Maçonnerie  se  soit  implantée  par  le  biais  de l’Espagne  dès  1808,  mais  les  sources  historiques  seraient  actuellement  insuffi- santes pour le prouver. Il existait toutefois dès 1824 des Loges relevant de l’au- torité des GG LL d’Angleterre et d’Ecosse, mais leur activité fut stoppée par un décret  gouvernemental  bannissant  l’activité  de  toutes  les  sociétés  secrètes  en 1827. Après l’abolition de ce décret en 1838, une GL et un GO furent constitués, qui fusionnèrent en 1865 pour former le GO National du Vénézuela. En 1916 cette Obédience se transforma par la fondation simultanée de la GL de la République du Vénézuela  et  du  Suprême  Conseil,  orgasnismes  qui  maintiennent  des  liens d’amitié serrés. La GL de la République du Vénézuela compte 4500 membres répartie entre 118 Ateliers travaillant selon le Rite Écossais.

Source GLSA

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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 07:41

 

Il  semble  que  la  Maçonnerie  ait  pénétré  en  Suède  vers  1730,  en  provenance d’Angleterre  après  avoir  transité  par  la  France.  En  1735,  on  relève  la  création d’une première Loge à Stockholm qui, par la suite, prit le nom de « Den Nordiska Första » (La Première [Loge] Nordique). Cette Loge travaillait aux trois premiers grades. La première Loge de Saint André date de 1756. Elle travaillait aux 4ème, 5ème  et  6ème  grades  et  adopta  plus  tard  le  titre  distinctif  de  « Den  Nordiska Cirkeln » (Loge du Cercle Nordique).

 

Le Rite Suédois, appelé aussi scandinave, apparaît au début de 1759. Il comporte actuellement dix grades subdivisés en trois groupes plus un onzième dit suprême. Ce rite fut réglé en 1780 par une commission placée sous la direction du duc Carl von Södermanland, le futur roi Charles XIII.

Les trois premiers grades sont analogues à ceux de la Maçonnerie de St Jean des autres pays. Les trois suivants (IV à VI) sont inspirés du RER de Saint André : les deux premiers sont conférés simultanément au cours d’une même cérémonie, tan- dis que le troisième l’est ultérieurement. Le Frère qui a accédé au VIème degré peut être reçu, après un certain délai d’at- tente, dans la subdivision suivante, le Chapitre. Les quatre degrés capitulaires sont conférés par la GL provinciale ; ce sont tous des grades chevaleresques compor- tant un titre particulier et le septième tient lieu d’introduction au Chapitre.

Le « Fondé de pouvoir » du Grand Maître préside le Suprême Conseil de l’Ordre maçonnique suédois qui se compose des Officiers supérieurs de l’Ordre ainsi que des sept Grands Maîtres provinciaux et du Maître de Chapelle de Finlande. Tous sont porteurs du XIème degré.

 

En 1811, le roi Charles XIII créa l’Ordre civil royal qui n’était conféré qu’à des Francs-Maçons ayant atteint le XIème degré. Les Vénérables des Loges de St Jean et de St André sont, dans la plupart des cas, revêtus du Xème grade et portent les décors de leur rang dans l’exercice de leur Office. Lors de toutes les Tenues, on arbore les marques extérieures (cordon et ta- blier) de son grade.  Aucun Officier ne doit avoir dépassé l’âge de 75 ans. En principe, le Vénérable et les autres Officiers ne restent pas dans leur fonction au-delà de six années. Les  locaux  maçonniques  de  Suède  comportent  fréquemment  plusieurs  pièces (Temples, salles etc.) ce qui ne manque pas d’impressionner les récipiendaires lors de leur initiation.

 

Une particularité de la Maçonnerie scandinave réside dans les associations fraternelles  qui  obéissent  à  une  réglementation  formelle. A  l’exception  du  grand Stockholm, on les rencontre dans la plupart des cas dans les petites aggloméra- tions qui ne comportent pas de Loge. Ces associations jouent un rôle important en tant que Loges d’instruction et connaissent un rituel rigoureux ; les Officiers et les Frères présentent des conférences et débats sur des sujets maçonniques. Bien entendu, les membres de ces associations doivent être affiliés à une Loge de St Jean, de St André ou à un Chapitre.

 

Le  Rite  Suédois  décrit  plus  avant  est  également  pratiqué  en  Norvège,  au Danemark, et en Islande et, dans une certaine mesure, dans les Loges finnoises parlant le suédois. On peut affirmer, qu’exception faite de la langue, le rite sué- dois est dans sa forme et dans le contenu des rituels le même pour tous les pays scandinaves. Comme déjà dit, il comporte onze grades mais le passage de l’un au suivant n’est pas automatique. En plus d’une participation assidue aux travaux, on  exige  des  Frères  la  preuve  qu’ils  possèdent  une  bonne  connaissance  de  la Maçonnerie. En réalité, il faut compter plusieurs années pour obtenir une pro- motion dans un grade supérieur. Le rite, resté actuel jusqu’à nos jours, est celui qui fut instauré en 1800. Toutes les Loges de St Jean ou de St André ainsi que les Chapitres jouissent d’une cer- taine autonomie, tout en restant soumis à l’autorité du GM provincial.

Mentionnons encore, qu’à l’exception de la GL finlandaise qui travaille en finnois et ne relève pas du système suédois, tout comme la « Freimaurerlauget » du Danemark et la « Polarstjernen » d’Oslo, la Maçonnerie des pays scandinaves est fortement imprégnée par le christianisme. Tout candidat doit se faire connaître comme chrétien s’il veut être reçu.

 

Les  relations  entre  l’Ordre  et  la  Couronne  remontent  à  1770,  lorsque  le  roi Gustave III et ses deux frères, les ducs Charles (qui deviendra le roi Charles XIII) et Frédéric-Adolphe furent initiés. La GL de Suède s’est constituée en 1760 ; en 1774, le duc Charles en devint le GM. En tant que tel, il garda cette charge jusqu’à sa mort en 1818. Tous les rois qui succédèrent à Charles XIII furent les GM jusqu’à Gustave VI Adolphe inclus. Son fils aîné, Gustave Adolphe, périt lors d’un accident d’aviation en 1947, alors que son propre fils, l’actuel roi Charles XVI Gustave, n’avait que 9 mois. Lorsque le roi Gustave VI Adolphe mourut en 1973, son fils cadet, le prince Bertil, duc de Hallande, devint le nouveau GM. A sa mort en 1997, la lignée des GM de sang royal s’interrompit. Depuis 1973, année où Charles XVI Gustave monta sur le trône, ce dernier devint le protecteur de l’Ordre.

Depuis 1997, tout comme au Danemark, en Norvège et en Islande, la charge de GM est assumée par une personnalité issue de la bourgeoisie. Le premier « roturier » ayant accédé à ce poste est l’industriel Gustaf Piehl. Depuis  novembre  1997,  l’Ordre  maçonnique  suédois  compte  une  Loge  de  re- cherche  « Carl  Friedrich  Eckleff »  forte  de  27  membres  actifs. Adresse  de  son siège : Bangårdsgatan 3, SE – 73520 Uppsala. En collaboration avec la Loge de recherche danoise « Friederich Münter », elle publie une chronique annuelle du nom de Acta Masonica Scandinavica dont le premier tome a paru en 1998.

Souce GLSA

 

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