Malgré leur proximité géographique, les deux Etats de la péninsule ibérique ne vécurent pas depuis le XVIIème siècle une histoire commune. Il est dès lors nor- mal que leur Maçonnerie respective se soit développée à peu près indépendam- ment l’une de l’autre. Si l’on parle ici de Maçonneries au pluriel, c’est que l’Espagne aussi bien que le Portugal connurent sur leur territoire la cohabitation
de nombreuses obédiences plus ou moins rivales.
ESPAGNE
La première Loge espagnole fut constituée en 1728 à Madrid sous l’égide de l’Angleterre. Dès 1740 le roi Philippe V mit en sévère application la bulle ponti- ficale de 1738 et chargea l’Inquisition de sévir à l’encontre des membres de l’Ordre, ce qui n’empêcha toutefois pas son développement de se poursuivre. La situation devint dramatique avec la seconde bulle fulminée en 1751 par Benoît XIV; l’Inquisition procéda avec une rare rudesse. Les choses s’arrangèrent dès l’avènement du roi Charles III et une Grande Loge Provinciale put se constituer
en 1766 sous les auspices de Londres. Elle se déclara indépendante en 1780 sous
le vocable de GO d’Espagne.
L’ère napoléonienne débuta en 1807 et permit la constitution d’un nouveau GO assujetti à celui de France qui s’établit dans les bâtiments mêmes de l’Inquisition. En 1808, un Suprême Conseil du Rite Ecossais irrégulier fut constitué, remplacé trois ans plus tard par un autre, régulier celui-là, venu de France; le GO originel vint s’y rattacher en 1820.
Le retour au pouvoir du roi Ferdinand VII en 1814 porta un coup dur à la Maçonnerie et les persécutions de l’Inquisition reprirent; la révolution (ou guerre civile) manquée de 1825 déchaîna la répression et de nombreux Maçons réputés furent pendus. Presque totalement exterminé, l’Ordre ne survécut que misérable- ment jusqu’en 1868, avec toutefois un bref sursis à la mort de Ferdinand VII en 1853. La reine Isabelle qui lui succéda relança les persécutions, bien que l’Eglise catholique ait alors perdu une grande partie de son influence. Après sa destitution
en 1868, elle fut remplacée par Amédée de Savoie qui était Franc-Maçon, ce qui permit à l’Ordre de reprendre force et vigueur. Dès 1869 un GO National se re- forma et le Portugal fonda à son tour un GO Ibérique. On assista alors à une pro- lifération d’obédiences si bien qu’en 1877 on n’en comptait pas moins de cinq qui se combattaient mutuellement, suivies d’autres encore en 1881 et 1889. Une tentative avortée de réunification avait eu lieu en 1885. Il fallut que les persécu- tions reprissent qui eurent pour conséquence la suppression de toutes les obé- diences.
Ce regroupement devint enfin effectif en 1898 lorsque se constituèrent la «Gran Logia Simbolica Catalana-Balear», puis le «Gran Oriente Español» et la «Gran Logia Española», dans un désir unanime de reconstruction sociale. Cependant cette euphorie fut de relative courte durée puisqu’en 1922 l’ancien GO se disso- cia en pas moins de sept obédiences; l’union nécessaire pour résister aux mou- vements dictatoriaux des années 1920 fit cruellement défaut dès l’avènement de Miguel Primo de Rivera (1923) et du franquisme qui suivit. L’interdiction de l’Ordre fut même suivi de massacres: l’appartenance à une Loge était passible de 15 à 20 ans d’emprisonnement et même 30 pour les Hauts Grades avec repré- sailles sur les membres de la famille. On a pu dénombrer plus de 10’000 arresta- tions de personnes soupçonnées d’être Francs-Maçons et le GO d’Espagne s’exila au Mexique. Bien qu’il dût tolérer la présence de Loges dans les bases améri- caines d’Espagne, Franco ne voulut jamais changer d’attitude envers l’Ordre qu’il accusa des pires méfaits jusqu’à sa mort en 1975.
Les Maçons exilés en Amérique latine rentrés au pays tentent dès 1976 de réani- mer les feux et fondent deux GG LL qui fusionneront en 1978 sous la dénomi- nation de Union de GL-Orient d’Espagne. Parallèlement deux obédiences s’étaient constituées l’une avec charte du GO de France, l’autre sous l’égide de
la GLNF. Pour des raisons de reconnaissance, la première perdit ses effectifs au bénéfice de la seconde. Le 6 novembre 1982, la GL des Francs-Maçons du REAA fut créée à laquelle s’affilièrent douze Loges civiles – dont quatre à Barcelone et trois à Madrid – rattachées jusqu’alors à la GLNF. Par la suite, huit autres Loges
se sont encore constituées. Les Loges militaires des bases américaines sont de- meurées sous la juridiction de la GLNF.
Forte aujourd’hui de 39 Loges (16 travaillent au Rite Réconciliation/Emulation, 16 au REAA et 4 au Rite Rectifié) et de plus de 1000 Frères, la GL d’Espagne est en plein développement. Elle est reconnue par de nombreuses GG LL d’Europe (dont l’Alpina) et d’Amérique du Nord. Les pourparlers avec la GLU d’Angleterre se poursuivent.
PORTUGAL
La première Loge dont il soit fait mention au Portugal date de 1735. Elle fut créée sous égide anglaise et trouva rapidement un développement réjouissant. Trois ans plus tard, la bulle fulminée par Clément XII contraignit les Maçons portugais à œuvrer dans l’ombre; ils subirent de graves persécutions suivies des galères et même de la peine de mort. Cette situation dura jusqu’à l’accession au trône d’un roi libéral, Joseph II en 1750. Cette période de tolérance prit fin avec le règne de la Reine Marie Ière qui lui succéda en 1777; les peines de prison et de bannisse- ment furent nombreuses et bien des Maçons préférèrent s’exiler. Malgré cela l’Ordre put se maintenir dans la clandestinité et réussit à constituer une GL et installer un GM entre 1802 et 1804. L’occupation française de 1807 permit à la Maçonnerie de recouvrer une entière liberté, sans toutefois empêcher la Grande Loge de devoir interrompre ses tra- vaux, pour des raisons autres que politiques, il est vrai. La proclamation de la mo- narchie constitutionnelle en 1820 lui donna un nouvel essor, de courte durée hé- las. Dès 1823 le roi Jean VI rétablit les anciens privilèges et interdit la Franc-Maçonnerie. Le clergé put alors donner libre cours à sa vindicte et orga- nisa une nuit de la Saint-Barthélémy contre l’Ordre. Cette situation précaire dura jusqu’à l’abdication de Dom Miguel en 1834 auquel succéda Pierre IV qui était Franc-Maçon.
Dès lors la Maçonnerie portugaise se conforta mais fut en butte à des rivalités entre grandes villes. Lisbonne et Porto constituèrent chacune une GL avec son GM. L’année 1844 vit l’apparition de quatre nouvelles Loges dotées de chartes irlandaises, qui avaient été précédées en 1841 par la création d’un Conseil Souverain d’origine brésilienne intitulé GO de Lusitanie.
En 1849, alors qu’on ne recensait pas moins de 4 obédiences rivales, une tenta- tive de fusion permit le regroupement de trois d’entre elles sous l’appellation de GO de Lusitanie, qui, hélas ne tarda pas à connaître une scission entre 1859 et 1869.
Il faut attendre 1869 pour voir la situation s’éclaircir et les rivalités entre obé- diences se dissiper par la création du «Grande Oriente Lusitano Unido» En 1872, le GO d’origine irlandaise rejoignit cette obédience pour s’en séparer lorsque des influences politiques devinrent trop perceptibles dans la Maçonnerie portugaise. En 1882, nouveau schisme suivi d’un autre en 1897. Cette situation d’instabilité perdura jusqu’en 1914 pour qu’enfin unie, la Maçonnerie portugaise trouvât un climat plus serein. Les choses demeurèrent en l’état jusqu’à l’avènement d’un ré- gime dictatorial en 1926. En butte aux persécutions de l’Etat, l’Ordre fut supprimé par Salazar en 1935. Il comptait alors 120 Loges et 10’000 membres.
Après la chute du dictateur en 1968, la Maçonnerie portugaise put renaître pru- demment de ses cendres et rétablir dès 1974 un «Grande Oriente» qui compte en- viron 250 membres. Aligné à l’origine sur le GO de France, sa reconnaissance par les autres obédiences se poursuit à petits pas.
Source GLSA
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