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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Rites Egyptiens : déclaration de Cagliostro

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire des Rites Egyptiens


« Je ne suis d'aucune époque ni d'aucun lieu ; en dehors du temps et de l'espace, mon être spirituel vit son éternelle existence et, si je plonge dans ma pensée en remontant le cours des âges, si j'étends mon esprit vers un mode d'existence éloigné de celui que vous percevez, je deviens celui que je désire. Participant consciemment à l'Etre absolu, je règle mon action selon le milieu qui m'entoure.


Mon nom est celui de ma fonction et je le choisis, ainsi que ma fonction, parce que je suis libre ; mon pays est celui où je fixe momentanément mes pas.  Datez-vous d'hier, si vous le voulez, en vous rehaussant d'années vécues par des ancêtres qui vous furent étrangers ; ou de demain, par l'orgueil illusoire d'une grandeur qui ne sera peut-être jamais la vôtre ; moi, je suis Celui qui Est.


Je n'ai qu'un père : différentes circonstances de ma vie m'ont fait soupçonner à ce sujet de grandes et émouvantes vérités ; mais les mystères de cette origine, et les rapports qui m'unissent à ce père inconnu, sont et restent mes secrets ; que ceux qui seront appelés à les deviner, à les entrevoir comme je l'ai fait, me comprennent et m'approuvent.  Quant au lieu, à l'heure où mon corps matériel, il y  a quelque quarante ans, se forma sur cette terre ; quant à la famille que j'ai choisie pour cela, je veux l'ignorer ; je ne veux pas me souvenir du passé pour ne pas augmenter les responsabilités déjà lourdes de ceux qui m'ont connu, car il est écrit : "Tu ne feras pas tomber l'aveugle." Je ne suis pas né de la chair, ni de la volonté de l'homme ; je suis né de l'esprit.  Mon nom, celui qui est à moi et de moi, celui que j'ai choisi pour paraître au milieu de vous voilà celui que je réclame.


Celui dont on m'appela à ma naissance, ce qu'on m'a donné dans ma jeunesse, ce sous lesquels, en d'autres temps et lieux, je fus connu, je les ai laissés, comme j'aurais laissé des vêtements démodés et désormais inutiles.

Me voici : le suis Noble et Voyageur ; je parle, et votre âme frémit en reconnaissant d'anciennes paroles ; une voix, qui est en vous, et qui s'était tue depuis bien longtemps, répond à l'appel de la mienne ; j'agis, et la paix revient en vos coeurs, la santé dans vos corps, l'espoir et le courage dans vos âmes.  Tous les hommes sont mes frères ; tous les pays me sont chers ; je les parcours pour que, partout, l'Esprit puisse descendre et trouver un chemin vers vous. Je ne demande aux rois, dont je respecte la puissance, que l'hospitalité sur leurs terres, et, lorsqu'elle m'est accordée, je passe, faisant autour de moi le plus de bien possible ; mais je ne fais que passer.  Suis-je un Noble Voyageur ?

Comme le vent du Sud, comme l'éclatante lumière du Midi qui caractérise la pleine connaissance des choses et la communion active avec  Dieu, je viens vers le Nord, vers la brume et le froid, abandonnant partout à mon passage quelques parcelles de moi, me dépensant, me diminuant à chaque station, mais vous laissant un peu de clarté, un peu de chaleur, un peu de force, jusqu'à ce que je sois enfin arrêté et fixé définitivement au terme de ma carrière, à l'heure où la rose fleurira sur la croix. Je suis Cagliostro.


Pourquoi vous faut-il quelque chose de plus ? Si vous étiez des enfants de Dieu, si votre âme n'était pas si vaine et si curieuse, vous auriez déjà compris !

Mais il vous faut des détails, des signes et des paraboles. Or, écoutez ! Remontons bien loin dans le passé, puisque vous le voulez.


Toute lumière vient de l'Orient ; toute initiation, de l'Égypte ; j'ai eu trois ans comme vous, puis sept ans, puis l'âge d'homme, et, à partir de cet âge, je n'ai plus compté. Trois septénaires d'années font vingt et un ans et réalisent la plénitude du développement humain. Dans ma première enfance, sous la loi de rigueur et justice, j'ai souffert en exil, comme Israël parmi les nations étrangères.

Mais, comme Israël avait avec lui la présence de Dieu, comme un Metatron le gardait en ses chemins, de même un ange puissant veillait sur moi, dirigeait mes actes, éclairait mon âme, développant les forces latentes en moi.  Lui était mon maître et mon guide.


Ma raison se formait et se précisait ; je m'interrogeais, je m'étudiais et je prenais conscience de tout ce qui m'entourait ; j'ai fait des voyages, plusieurs voyages, tant autour de la chambre de mes réflexions que dans les temples et dans les quatre parties du monde ; mais lorsque je voulais pénétrer l'origine de mon être et monter vers Dieu dans un élan de mon âme, alors, ma raison impuissante se taisait et me laissait livré à mes conjectures. Un amour qui m'attirait vers toute créature d'une façon impulsive, une ambition irrésistible, un sentiment profond de mes droits à toute chose de la Terre au Ciel, me poussaient et me jetaient vers la vie, et l'expérience progressive de mes forces, de leur sphère d'action, de leur jeu et de leurs  limites, fut la lutte que j'eus à soutenir contre les puissances du monde ; je fus  abandonné et tenté dans le désert ; j'ai lutté  avec l'ange comme Jacob, avec les hommes et avec les démons, et ceux-ci, vaincus, m'ont appris les secrets, qui concernent l'empire des ténèbres pour que je ne puisse jamais m'égarer dans aucune des routes d'où l'on ne revient pas.

Un jour après combien de voyages et d'années le Ciel exauça mes efforts : il se souvint de son serviteur et, revêtu d'habits nuptiaux, j'eus la grâce d'être admis, comme Moïse, devant l'Eternel. Dès lors je reçus, avec un nom nouveau, une mission unique. Libre et maître de la vie, je ne songeai plus qu'à l'employer pour l’œuvre de Dieu. Je savais qu'il confirmerait mes actes et mes paroles, comme je confirmerais son nom et son royaume sur la terre.  Il y a des êtres qui n'ont plus d'anges gardiens ; je fus de ceux-là.


Voilà mon enfance, ma jeunesse, telle que votre esprit inquiet et désireux de mots la réclame ; mais qu'elle ait duré plus ou moins d'années, qu'elle se soit écoulée au pays de vos pères ou dans d'autres contrées, qu'importe à vous ? Ne suis-je pas un homme libre ? jugez mes mœurs, c'est-à-dire mes actions ; dites si elles sont bonnes, dites si vous en avez vu de plus puissantes, et, dès lors, ne vous occupez pas de ma nationalité, de mon rang et de ma religion.

Si, poursuivant le cours heureux de ses voyages, quelqu'un d'entre vous aborde un jour à ces terres d'Orient qui m'ont vu naître, qu'il se souvienne seulement de moi, qu'il prononce mon nom, et les serviteurs de mon père ouvriront devant lui les portes de la Ville Sainte. Alors, qu'il revienne dire à ses frères si j'ai abusé parmi vous d'un prestige mensonger, si j'ai pris dans vos demeures quelque chose qui ne m'appartenait pas ! »

 

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RER : mémoire sur la bienfaisance

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER


MÉMOIRE SUR LES IDÉES QUE L'ORDRE DOIT ATTACHER AU TERME DE BIENFAISANCE


adopté par le Convent et joint à ses actes sur son ordres.

par Henri de VIRIEU

 

Il s'agit de fixer invariablement le véritable sens que l'Ordre doit attacher au terme de bienfaisance, qui est le cri universel et le point de ralliement de tous les Francs-Maçons. Tous en effet s'en servent également, tous en font la base de leurs systèmes, tous veulent qu'elle dirige également et les formes et les actes de notre institution. Mais faute de s'être entendus sur la véritable signification de cette expression, quoique tous aient en apparence le même objet, tous varient dans les applications, et presque tous, se bornant à des points de vue particuliers d'une chose qui ne devait être considérée que dans son ensemble le plus vaste, se sont renfermés dans des sphères trop rétrécies, d'où il est résulté une multitude de systèmes différents sur la manière dont l'Ordre doit diriger ses travaux. Tous ces systèmes, occupés uniquement à propager les branches particulières, de la bienfaisance qu'ils prennent pour son véritable tronc, sont susceptibles d'être conciliés facilement lorsqu'on cessera de particulariser ce qui doit être général, lorsqu'on ne bornera plus le sens d'un mot destiné à exprimer une vertu dont l'essence est d'être sans bornes comme l'amour de l'Être éternel pour toutes les créatures qui en est le principe.


Ce n'est point dans des discussions académiques ni grammaticales que nous devons chercher la solution qui nous occupe. C'est au fond du cœur que doit exister l'image qu'il s'agit d'exprimer. Lui seul doit juger si le tableau est conforme au modèle ; et si, après avoir entendu ce mémoire, le cœur, satisfait des idées qu'il renferme, se sent entraîné, leur donne son approbation, il ne faut pas aller plus loin : la question est décidée, et un Ordre aussi complètement voué à faire le bien ne peut hésiter à adopter un sens qui ouvre la carrière la plus vaste pour remplir de la manière la plus étendue qu'on puisse concevoir son objet sacré. D'ailleurs, supposé que le sens que l'Ordre adoptera diffère en quelque chose du sens vulgaire, peut-on lui refuser le droit de déterminer par lui-même l'étendue des idées qu'il veut attacher au nom d'une chose qui fait la base et le mobile de tous ses travaux?

La vertu qu'on nomme bienfaisance est cette disposition de l'âme qui fait opérer sans relâche en faveur des autres le bien, de quelque nature qu'il puisse être. Cette vertu embrasse donc nécessairement un champ immense, car son essence étant d'opérer le bien en général, tout ce que l'esprit peut concevoir de bien dans l'univers est de son ressort et doit être soumis à son action. C'est de cette manière que l'homme doit envisager et pratiquer la vertu par laquelle il se rend le plus semblable à son principe infini dont il est l'image, à ce principe de bonté qui, voulant sans cesse le bonheur de toutes ses productions sans exception, agissant sans cesse pour le procurer, est ainsi éternellement et infiniment bienfaisant.


Telle est donc l'idée que l'on doit se former de la bienfaisance, qu'elle doit s'étendre sans exception à tout ce qui peut être véritablement bon et utile aux autres, qu'elle ne doit négliger aucun des moyens possibles de l'opérer. Celui qui se borne à donner des secours pécuniaires à l'indigence fait à la vérité un acte de bienfaisance, mais ne peut légitimement obtenir le titre de bienfaisant; non plus que celui qui croit avoir satisfait à tout en protégeant l'innocence, ou celui qui se réduit à soulager ses Frères souffrants, ou même celui qui dans un ordre bien supérieur ferait consister toute sa bienfaisance à éclairer et instruire ses semblables.


Car tous ces biens pris séparément ne sont que des rameaux divers du même arbre, qu'on ne peut isoler sans les priver de leur vie. Mais celui-là seul mérite véritablement le titre de bienfaisant, qui, pénétré de la sublimité de son essence, considérant la grandeur de sa nature formée à l'image et à la ressemblance du principe éternel de toute perfection, l'œil fixé sur cette source infinie de toute lumière, de tout bien, pour l'imiter et accomplir ainsi les devoirs sacrés qui lui sont imposés par sa nature, sont que, de même que la bonté éternelle embrasse tous les êtres, tous les temps, tous les lieux, de même la bienfaisance, qui n'est que la manifestation de la bonté, doit être sans bornes; que créé à la ressemblance divine, il viole sa propre loi lorsqu'il oublie le devoir d'imiter sans relâche son modèle, et qu'il ne manifeste son existence à tous les êtres que par ses bienfaits; que né pour être l'organe de cette infinie bonté, il ne doit jamais fermer une main destinée à en répandre, à en propager les effets, qui selon les circonstances et ses moyens il donne, conseille, protège, soulage, instruit, qui pense et agit sans cesse pour le bien de ses semblables, ne cesse d'agir que pour recommencer, fait que cette tâche est celle de toute la durée de son existence, et qui enfin, si les bornes de ses facultés ne lui permettent pas de parcourir à la fois cette immense carrière, embrasse au moins dans son cœur, sa volonté, ses désirs, tous les moyens imaginables d'opérer le bien et tous les êtres susceptibles d'en ressentir les effets.


C'est donc s'abuser profondément que d'accorder le titre général de bienfaisance à des actes particuliers de cette vertu dont l'essence est d'embrasser sans exception tous ceux qui peuvent tendre à faire le bien de l'humanité.

Notre Ordre respectable ayant pour objet la manifestation de cette vertu, n'en doit pas plus borner les applications que le sens: rien de ce qui peut être utile à l'humanité, sans en excepter ses propres membres, qui sont les premiers appelés à recueillir les fruits précieux de l'institution qui les unit, ne doit lui être étranger, et sa devise générale devrait être : Boni nihil a me alienum puto.


Cessant donc de morceler la bienfaisance, ainsi qu'on l'a presque toujours fait, de la diviser en une infinité de branches isolées, et par conséquent de l'affaiblir, de la dégrader, réunissons au contraire toutes celles qu'il est possible de concevoir pour en former la Bienfaisance générale de l'Ordre. Répandu ou destiné à se répandre sur toute la surface de la terre, possédant dans son sein des membres de tous les rangs, de tous les états, de tous les pays, réunissant ainsi ou susceptible de réunir au plus haut degré tous les genres de connaissances, de talents et de moyens, gardons-nous d'atténuer les résultats qu'on doit attendre d'une si grande combinaison de forces, que la bienfaisance universelle de l'Ordre, uniforme dans son principe, c'est-à-dire active, éclairée et fondée sur l'amour le plus ardent de l'humanité et le respect le plus profond pour les lois du Grand Architecte de l'Univers, soit dans ses applications aussi variée que les besoins de l'humanité. Que toutes les parties de l'Ordre et tous ses membres s'accordent simplement à donner sans cesse l'exemple pratique de la vertu, de l'attachement et du respect pour la divinité et ses lois, du patriotisme, de la soumission au Souverain et aux lois, en un mot : de toutes les vertus religieuses, morales et civiles, parce que cette manière d'être utile à l'humanité, en même temps qu'elle est la plus efficace, est universelle et n'admet aucune exception ni pour les temps, ni pour les lieux, ni pour les circonstance.

Quant aux biens particuliers que notre institution peut répandre sur la famille humaine, qu'ils dépendent des moyens, des facultés, des circonstances, des localités de chaque établissement et de chaque individu. Que dans un lieu nos établissements fondent des moyens de soulager les pauvres et les malades, que dans un autre ils ouvrent des asiles à l'indigence et à la vieillesse, qu'ici l'on élève des orphelins, que là on établisse des écoles où chacun puisse apprendre ce qu'il doit à Dieu, à son Souverain, à sa patrie, à ses frères, à lui-même; où l'on puisse cultiver et favoriser tous les genres de connaissances utiles au bonheur de l'humanité et capables de porter les hommes au bien et à la vertu, que chaque établissement, chaque individu soit certain d'avoir rempli les vues de l'Ordre lorsque, suivant sa situation et ses moyens, il aura accompli dans sa sphère le genre de bien qui aura pu y être de la plus grande utilité. En un mot, je le répète, qu'aucun genre de bienfaisance ne nous soit étranger, que ce soit là le lien commun qui réunisse toutes les parties de l'Ordre, que quels que soient les systèmes que l'on pourra adopter ailleurs, ils aient tous ces principes pour base immuable, et pour objet premier fondamental inaltérable de faire à l'humanité le plus de bien possible, dans le sens le plus étendu que l'esprit peut concevoir.


Ce plan, tout vaste qu'il est, n'a rien qui doive ni qui puisse effrayer. Il n'exige absolument que cette pureté d'intention et cet amour du bien que tous les régimes s'accordent à supposer et qui doivent nous caractériser tous. Malheur à celui dont le cœur desséché et corrompu ne goûterait pas des principes aussi satisfaisants, il n'est en aucune manière digne de nous appartenir, nous devons le repousser s'il se présente, ou l'éloigner de nos temples s'il les habite.

D'ailleurs ce plan, n'ayant rien d'uniforme que les principes de vertu qui en font la base, s'accommode naturellement dans ses détails à tous les systèmes honnêtes, à tous les talents, à tous les moyens, à toutes les localités, à toutes les circonstances. Est-il en effet une seule vertu extérieure qui puisse trouver autant d'aliments, autant d'occasions de se manifester, qui soit susceptible d'une aussi grande diversité d'applications Puisqu'il n'est pas un seul instant de la vie où elle ne puisse s'exercer et que, quelqu'active qu'elle puisse être, le nombre infini des besoins de l'humanité, sans cesse renaissants, sera toujours infiniment plus grand que celui des secours que notre faiblesse nous permet de leur opposer, une correspondance exacte et fraternelle dont le Chef général de l'Ordre soit le centre et les archives provinciales et priorales le dépôt, doit suffire pour conserver l'ensemble, et la pureté des principes, mettre toutes les Parties de l'Ordre à même de jouir de tous les biens divers qui doivent s'opérer dans tous les lieux où il étendra ses bienfaits, et d'y participer au moins par leurs applaudissements et leurs désirs, s'ils ne le peuvent par leurs actes mêmes.


C'est ainsi que l'Ordre doit envisager le sens du terme de bienfaisance. C'est ainsi qu'en l'adoptant dans la plus grande étendue dont il soit susceptible, cet Ordre si répandu, si éclairé doit se tracer une carrière de bienfaisance, aussi vaste que le principe vivant dans lequel cette vertu prend sa source, principe qui n'est, je le répète, que cette bonté, cet amour infini du Grand Architecte de l'Univers pour toutes ses créatures, que tout homme, né à l'image et ressemblance divine, est tenu d'imiter, et dont il trouve au fond de son cœur de si délicieuses récompenses lorsqu'il est fidèle à cette loi imprimée si profondément dans tout son être. Enfin c'est ainsi que tous les projets particuliers se peuvent concilier en entrant dans les vues générales, que l'Ordre, consacré sans réserve au bien de l'humanité, ne se manifestant que par ses bienfaits, se fera chérir et respecter à jamais et assurera pour toujours son existence et sa tranquillité


A Circulis

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RER : lettres de Martinez de Pasqually à Jean-Baptiste Willermoz

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER


Lettre n° 6

(Instructions détaillées pour les opérations : cercles, luminaires, habillement, parfums. Récit d'un violent ouragan à Bordeaux.

(1)   A remarquer la prescription de placer une bougie comme symbole de la présence sympathique du Maître aux opérations magiques.

(2)    A noter la signification attribuée aux écharpes, c'est-à-dire la séparation des trois principes constitutifs de l'être humain : corps, âme, esprit.)


Bordeaux, 11 septembre 1768

Au Nom Du Grand A. D. L’univers amen + amen + amen + amen

Joie Paix Salut Et Bénédiction soient données à celui qui m’entends

Du Grand Orient Des Orients Universels Bordeaux

L’an Maçonnique 333. 357. 579. 601 De 1. R. 2448 D. L. h. 57 28 D. M. 45 Du Christ 1768.

Du Dernier et premier quartier de la septième et huitième Lune de la susdite année ce 11 septembre 1768

Salut au Grant Orient De France Lyon. Salut à Notre T. h. T. R. et T. P. Maître de Willermoz.


T h. T. R. et P. Maître


Je vous écris pour la première et dernière fois de notre année mystérieuse, Equinoxiale qui est composée d’un Equinoxe à l’autre pour vous prévenir d’être à votre angle Est d’observation le 27 le 28 et le 29 du présent mois de septembre pour i recevoir votre ordination sympathique de vertu et puissance relativement à votre dignité et qualité de R. + vous vous conduirez à cet égard conformément que vous trouverez ici joint n’attendez plus de moi aucun autre avis de ma part à ce sujet au contraire j’attendrai votre journal ternaire ; ne soyez point surpris si je prolonge le jour de nos opérations pour être notre Equinoxe général et de correspondance, je l’ai prolongé pour faciliter le temps convenable de quelqu'un de vos frères Réaux qui n’est point trop à son aise pour cet ouvrage Je commencerai demain sans faute à ouvrir les circonférences d'opération de Réaux et les tiendrai ouvertes en les poursuivant jusqu’aux Solstices d’hiver en cas d’évènement temporel contre quelqu'un de nos principaux chef, Et de l’ordre en général

Vous êtes averti au Nom De l’éternel de vous trouver . prosterné . dans le cercle qui est vers ouest, ou .4 le Mot de I. A. B. est écrit à minuit précis du 27 au 28 bien entendu que vous ne ferez cette prosternation qu’après avoir tracé entièrement tous les attributs qui sont dans votre quart de cercle en commençant par sa figure et finissant partout ce qui lui est généralement dépendant tel que l’on vous l’a donné a Paris ; .7 vous placerez trois bougies à l’angle de votre quart de cercle, une au cercle intérieur du cercle qui est dans votre quart de cercle sur la barre ouest .8 écrit RAP vous mettrez également .9 deux bougies à chaque extrémité de votre quart de cercle, et .10 une seule au centre des quatre sur milieu de la seconde ligne qui partage .11 les noms et les hiéroglyphes qui y sont écrit dedans cette seule lumière est le symbole de .12 ma présence sympathique à vos opérations. Le cercle ou vous devez faire votre prosternation sera à deux pieds de distance de l'angle d’ouest qui est en face de l’angle ouest où votre quart de cercle sera tracé après cette préparation faite, vous ferez votre prosternation.

(Prosternation et habillement.)

Vous serez habillé de sur vous veste culotte et bas noir dénué de tout métal, pas même une épingle sur vous, vous n’aurez pas même vos souliers aux pieds lors de votre prosternation, mais vous les aurez au pied en pantoufle lors de vos invocations attendre qu’il faut que vous soyez fixé s'il était possible pour être plus parfaitement en règle vous vous feriez faire des souliers de chapeau avec une semelle de liège afin de n’avoir rien dans le lieu et sur vous d'immonde et d'impur voilà pourquoi on appelle mule du pape, vous devez m’entendre ensuite vous aurez sur votre premier habillement une longue robe blanche autour de laquelle il y aura une grande bordure couleur de feu d’environ un pied de large et autour des manches qui seront faite à façon d’aube il y aura pareillement une bordure couleur de feu d’environ un demi pied il y aura pareillement autour du collet de la dite robe une doublure de la même couleur en dehors dudit collet d’environ un travers de doigt vous aurez de plus sur vous toutes les couleurs de l’ordre savoir le cordon bleu céleste en sautoir au col sans aucun attribut ensuite le cordon noir passé de droite à gauche après le Grand cordon rouge passé de gauche à droite ensuite l’écharpe rouge de droite à gauche autour de la ceinture, en bas au dessous du ventre, ensuite vous passerez l’écharpe vert d’eau de gauche à droite ceinte sur la poitrine l'emplacement de ses deux écharpes sur votre corps font allusion aux séparations matérielles animales et spirituelle ; étant ainsi habillé, vous sortirez la lumière qui est allumée dans votre cercle de prosternation vous la placerez sur votre droite hors du dit cercle, en suite vous vous prosternerez dedans tout allongé de ventre sur terre et vous appuierez votre front sur vos deux poings fermés cette prosternation durera sans mot dire six minutes qui sera le temps de votre ordination de vertu ensuite vous vous lèverez debout, et vous irez allumer toutes les bougies qui sont dans le quart de cercle avec la bougie qui était dans votre cercle de prosternation sans doute qu’elle sera allumée du feu nouveau et lorsque tout est allumé vous allez faire votre prosternation dans votre quart de cercle en rangeant les deux bougies qui y sont dedans aux extrémités du quart de cercle et lorsque vous prononcerez quelqu’un des noms qui sont tracés vous demanderez à Dieu en vertu de la puissance qu’il avait donné à ses serviteurs tels et tels en nommant tous les noms écrits dans l’angle de vous accorder la grâce que vous lui demandez d'un cœur sincère et véritablement contrit et soumis et que pour vous assurer de sa miséricorde il vous fasse répéter l’hiéroglyphe ou quelqu'une des hiéroglyphes que vous aurez tracé devant vous avec de la craie blanche au milieu de la chambre entre votre quart de cercle et votre cercle de retraite qui est vers ouest où vous serez toujours placé lorsque vous voudrez travailler à l’avenir en attendant votre temps que je vous changerai d'ouvrage qui vous sera plus avantageux et plus lucratif peut-être que celui d'un apprenti après vos deux prosternation vous relèverez les mots des deux cercles de même que ceux qui sont autour du quart de cercle le genou droit et les deux mains en équerre de plat sur la terre vous dirais en relevant trois mots « in quacunque die tel tel tel invocavero Te velociter exaudi me » (quand que ce soit que je t’invoque, exauce-moi promptement) ; après que vous aurez fait toutes ses choses vous prendrez vos parfums que vous mettrez dans un petit plat de terre neuf dans lequel il y aura du charbon allumé avec du feu nouveau et vous irez parfumer votre quart de cercle des et votre cercle de retraite qui est vers ouest.

Parfum

· pour 4 sol du safran

· 4 sol d’encens mâle

· 4 sol de fleur de soufre

· 4 sol de graine de pavot blanc et noir

· 4 sol de clous de girofle

· 4 sol de cannelle blanche en bâton ou autre

· 4 sol mastic en larme gommé en bâton ou autre

· 4 sol *sandara* gommé

· 4 sol noix muscade

· 4 sol graine de parasol

mêler le tout ensemble et ensuite en jeter une bonne pincée dans le dit plat à poignée en suite le passer en forme de cercle autour du quart de cercle ensuite remettre trois bonnes pincées dudit parfum dans le dit plat où est le feu nouveau et encenser pendant quatre fois l’angle d'ouest, après cette cérémonie faite ; vous ferez les invocations que je vous enverrai par le premier courrier n’ayant point absolument le temps de vous les transcrire.

Heureux ! d’un événement qui permet au beau-père de se rapprocher de Dieu et gêne financière étant pressé pour faire faire des réparations que le dernier ouragan à occasionné à mon beau-père de quoi je ne suis point absolument fâché d’autant plus que cet évènement le fera rentrer en lui-même et aura plus de religion à l’avenir qu’il en a eu par le passé il est vrai que je serai un peu gênés pour nos pensions n'importe pourvu que cet évènement le convertisse nous avons eu ici un ouragan si fort qu’il a mis le clocher de St Michel à bas, tous les arbres des allées de Tourni sont en partie tous coupés par le milieu et les autre tous ébranchés plusieurs maisons, vignes et arbres de la campagne ont été mis a bas et surtout chez mon beau-père que non seulement la grêle lui a emporté quinze tonneaux de vin, l’ouragan lui a enlevé tout le reste et a mis à bas sa maison il faut le mettre cependant à l’abri des insultes du temps ; voilà ce qui m’empêche à ne pas vous envoyer le tout à la fois.

Vous observerez pendant les trois jours d'opération de dire le matin votre office du St Esprit le soir dans la chambre vous travaillerez les sept psaumes et la litanie des Saints vous entrerez dans votre laboratoire deux heures avant l'heure de minuit afin de pouvoir tout retracer de nouveau.

Je vous enverrai les bénédictions les exorcismes avec les invocations vous avez assez de temps devant vous pour être au travail les jours indiqués le premier jour de votre opération vous ne sortirez de votre cercle de retraite qu’à une heure et demi près de deux heures après minuit vous observerez de dîner ces jours là à midi précis et finirez de manger à une heure fixe, vous ne prendrez plus rien d'aliment que jusque que vous ayez fini votre opération vous pouvez boire de l’eau si vous en avez besoin mais point de café ni liqueur quelconque. Voilà un précis juste de ce que vous devez faire ainsi que je vous l’ai promis.

Je vous souhaite joie paix et santé dan votre travail que l’éternel veille sur vous et vos ouvrages qu’il les bénisse les prospère et les tienne ainsi que vous pour un temps immémorial à sa sainte garde.

Don Martines De Pasqually G. Souverain

Priez et demandez les secours nécessaires pour votre sœur vous ferez autant que moi à ce sujet si votre intention et votre prière sont pures et sincère ainsi que je viens de faire pour un de nos frères que les médecins d’ici avaient presque entièrement désespéré vu la complication de sa maladie. Il est délivré par la grâce De Dieu.

J’écris également à tous les R.+ pour être prêt les jours indiqués.

Lettre 18

(Le retard éprouvé par Willermoz dans la satisfaction de ses désirs envers la Chose ne peut être attribué qu'à l'irrégularité de sa réception de Réaux +, le Maître Substitut n'ayant le droit ni le pouvoir de faire aucun Réaux +. Pour rectifier cette irrégularité, Martines recourra à l'ordination par correspondance sympathique; dans ce but, il donne des instructions à Willermoz sur la façon d'opérer conjointement avec lui, ainsi que des indications sur ce qu'il pourra voir ou ressentir à la suite de ses travaux. Il cite le nom de plusieurs frères ayant obtenu des résultats. Il spécifie les prix à payer pour les divers grades. Martines a déménagé, son logeur étant en prison pour avoir tenté de violer et assassiner la cuisinière de Martines. En P. S., Martines décide que dorénavant aucun frère ne sera ordonné Réaux + sans produire un journal de ses opérations. Il est inquiet sur l'état de santé de La Chevalerie.)


Au Nom Du G. AR. D. L. + amen +

Joie Paix Et Bénédictions sur qui m'entend

Du G. OR. Des OR. Universel Bordeaux 333. 357. 579. 601. 2448. 5730. 45. 1770 Du Dernier et premier quartier de la 2ème Lune de la susdite année ce 16 février.

Salut au G. OR. D. OR. De Lyon


T. h. et T. P. Maître,


Je suis enchanté de l'heureuse arrivée du paquet que je vous ai envoyé, vous devez voir par là combien je cherche à vous faire travailler et à vous procurer sans difficultés ni doute le véritable but de la chose que vous avez de bonne foi embrassé. Je ne puis attribuer le retardement de votre satisfaction envers la chose qu'à l'irrégularité de votre réception de Réaux + d'autant plus qu'elle a été faite hors de saison, l'autre que vous avez été travaillé par un homme impropre pour cela qui vous a reçu et ordonné clandestinement ainsi que vous devez le comprendre, par les différentes reprises, que l'on a faites à votre réception de Réaux + Vous avez été reçu par un homme qui n'avait aucun droit ni pouvoir à cet égard, le Maître Substitut universel n'ayant lui-même le droit et le pouvoir de transmettre sa puissance pour faire aucun Réaux + ni donner aucun grade supérieur, sinon de transmettre son pouvoir pour les grades d'apprenti jusqu'au Maître Chevalerie et non plus. Voila P. Maître ce que je sais pouvoir vous être contraire, c'est pourquoi j'ai recours à l'ordination de correspondance sympathique pour réparer le faux de votre réception de Réaux +

Je vous poursuivrai encore les Equinoxes pour vous sortir de l'erreur dont on vous a plongé par les irrégularités de votre admission aux cercles. J'espère et j'ose espérer que cette dernière opération pourra vous remettre en grâce avec la chose ; ne négligez rien pour vous rendre au lieu destiné de votre ordination, ainsi qu'il vous sera indiqué dans ma lettre vous vous transporterez extraordinairement dans quelque chambre convenable à votre ouvrage ainsi qu'il vous a été expliqué jadis par moi, vous ferez un cercle avec de la craie blanche au milieu de votre chambre, vous tracerez aussi votre C. D. C. |quart de cercle| vers l'angle d'est qui sera éclairé à l'ordinaire, cela fait vous vous prosternerez la face en terre dans le cercle que vous aurez fait au centre de votre chambre, ledit cercle aura environ six pieds de diamètre le sommet de votre tête étant en prosternation regardera l'angle d'est où sera marqué le quart de cercle, vous vous prosternerez le 22 du mois prochain jour d'Equinoxe pour recevoir votre ordination à dix heures précises du soir et vous resterez prosternés prêt de demie heure la face vers terre et, moi je serai dans mon angle à neuf heures précises du soir pour travailler pour moi, et pour vous je resterai dans cet opération jusqu'à une heure d'après minuit, lorsque vous aurez resté l'heure indiquée dans votre prosternation, vous irez éteindre vos lumières ordinaires qui sont à votre quart de cercle, et vous effacerez tout ce que vous aurez tracé et vous vous retirerez chez vous. Le 25 dudit mois de mars prochain vous retracerez exactement les mêmes choses que vous aurez faites pour votre ordination soit cercle, et C. d. C.|quart de cercle| vous aurez tout prêt fait votre tracé à onze heure du soir précises, tout étant prêt vous commencerez par les invocations dernières que je vous ai envoyées après vous suivrez votre travail ordinaire premier vous observerez de ne point mettre de bougie au centre de votre cercle, qui sera tracé au milieu de votre chambre, vous y tracerez les lettres que je vous marque dans ma lettre ledit mot sera entre vos jambes pendant tout le temps de votre travail vous travaillerez pendant vos trois jours le dernier paquet que je vous ai envoyé, quoique cet ouvrage ne soit que pour le mercredi, et le samedi, les circonstances où vous êtes, me forcent à vous faire replier sur cet ouvrage, pendant les trois jours de votre opération, n'importe les jours ; à grands maux, grands remèdes ; le dernier ouvrage que je vous ai envoyé, vous vous en servirez après cette dernière opération, tous les jours qui vous sont seulement indiqué par ledit paquet vous pouvez en faire usage toutes les semaines, tous les mois ou deux ou trois fois par année conformément votre volonté lorsque vous vous sentirez bien disposé pour faire ce travail, cet ouvrage ne donne point de sujétion, Je n'ai rien à vous prescrire là-dessus, sinon que vous vous conformiez à ce qu'il est dit dans ce que je vous ai envoyé, pour l'avenir vous ne tracerez aucun tracé ni cercle ni autre chose, attendu que cette opération peut se faire par tout lieux, sans autre forme de procédé. Les visres sont blanc, bleu, blanc rouge clair enfin elles sont mixtes ou toute blanche couleur de flamme de bougie blanche, vous verrez des Etincelles rouges; vous sentirez la chair de poule sur votre corps, tout cela annonce le principe de l'attraction que la chose fait avec celui qui travaille ; tachez T. P. Maître de vous procurer quelqu'une de ses choses, puisque des simples émules que j'ai ici sous l'ordre du Grand Architecte voient de nuit, et de jour, sans lumière, ni bougie ni autre feu quelconque, cela ne me surprend point d'eux parce qu'ils sont entièrement donnés à la chose et ordonnés en règle, en cela ils vous font passer leurs certificats de vision fait et signé de leur propre main pour que vous soyez convaincu de leur succès dan l'Ordre, vous aurez attention de les faire passer au P. Maître Substitut pour qu'il voit clairement le succès de ses Vénérables Maîtres, ils sont quatre le premier le frère de Chevalerie, gentilhomme, ancien capitaine du Régiment, l'autre est le frère Desere second capitaine de l'artillerie sous commandant de l'artillerie de château de Bordeaux ; et l'autre le frère de Fournié ancien bourgeois vivant de ses revenus de Bordeaux, neveu du Grand prieur des Augustins de Paris. Si le frère Baron de Calvimont était, il aurait également donné son certificat, mais il le donnera d'abord son retour de ses terres s'il en fallait d'autre, il y aurait celui des Vénérables frères Cabony, Schild, Marcadé, ces derniers sont dans le même cas que les premiers, voilà P. Maître des personnes assez instruites et éclairées qui ne voudraient point tromper la Chose ni tromper les hommes de bonne foi par des illusions et se tromper eux-mêmes aussi ils ont consigné de quoi contribuer à tous les frères de leurs Etablissements .soit pour ameublement et pour leur constitution, afin d'être en règle selon les conventions que j'ai faites avec mon tribunal souverain à Paris. Vous connaissez les hommes, ils se replient toujours sur leur simple volonté ils disent toujours que ce n'est point les constitutions des frères qui ne suivent en rien et pour rien la chose qui doit les instruire et les conduire aux buts où ils veulent aller par la Chose ce qui a pu donner occasion à ce propos c'est que j'ai écrit plusieurs lettres au Tribunal Souverain à ce sujet en égard les sollicitations de tous les frères que j'ai à Bordeaux de prévenir le tribunal Souverain sur leurs bonne volonté à suivre l'Ordre, et à se mettre en règle ainsi que je les ai exhortés ne voyant de sa part aucune réponse, il semble envisager quelque mépris de la part du Tribunal Souverain contre eux, ce qui pourrait le déterminer à ne point en vouloir recevoir d'autre que de ma part conformément au statut général, Je ne vois en conséquence faire passer la requête de ses frères et le prix des constitutions au Tribunal Souverain n'ayant reçu de lui aucune réponse à ce sujet, ils ont tout suspendu, cependant je verrai de ramener les esprits à cet égard, en me reposant sur votre représentation faite à ce sujet au Tribunal Souverain lorsque vous serez à Paris pour le mois d'avril prochain.

Je vous fais part que l'on doit recevoir au premier jour Monsieur le marquis de Ségur, cousin Du Cordon bleu, et Monsieur le marquis de Calvimont oncle du frère baron de Calvimont. Je suis convenu avec le P. Maître Substitut que le Tribunal Souverain ne donnera que les constitutions et moi, je me charge de donner toutes les cérémonies des différentes réceptions, mon Tribunal Souverain n'ayant ni le temps, ni la santé convenable pour se donner entièrement à cela ; tous les frères que j'ai ici ont payé ainsi que tous les frères de votre Orient leurs grades, ils ne se récrient point de l'argent qu'ils doivent donner pour leurs constitutions ni pour leur ameublement, il ne faut point qu'ils craignent de placer leur argent à des choses aussi utiles et avantageuses à l'homme de désir. Le prix des constitutions se monte à deux louis d'or pour chaque grade si vous êtes grande mère loge, comme je vous ai accordé le titre verbalement à Paris vous aurez le pouvoir de donner jusqu'au grade de G. Architecte ; ce qui fait en tout 16 louis d'or en comptant depuis le grade d'apprenti, Compagnon, Maître particulier, Maître grand Elu,, apprenti Compagnon Maître Chevalerie et Maître Grand Architecte. Je suis en même de faire extraire toutes les cérémonies des réceptions des différents grades de même que des Catéchisme et différentes explications générales et secrètes, J'ai un secrétaire de confiance qui écrit sous moi depuis près d'une année J'ai rectifié tout ce que le Sieur du Guers a fait de son chef, touchant l'Ordre, en cela il faudra que vous suiviez l'ordre que j'ai donné pour payer les peines et soins que mon secrétaire se donne pour toutes les écritures qu'il fait pour les différents temples qui seront de notre affiliation. Le volume des écritures est fort considérable puisqu'il lui faut pour le moins plus de deux mois de temps pour transcrire tout ce qu'il faut pour un grand temple et bien deux bons mois pour donner tout ce qu'il faut pour un simple temple, en conséquence il revient de droit au frère secrétaire 86 h. ne voulant point multiplier considérablement les Etablissements relativement à la difficulté qu'il me paraît à trouver des sujets propres à être admis dans notre Ordre ; Je vous dirai que j'ai reçu hier une lettre du P. Maître de Chevalerie où il me demande le pouvoir d'avancer en grade le frère Barbarin qui reste à Lorient avec le P. Maître de Chevalerie qui me certifie les progrès de ce frère m'assurant qu'il voit beaucoup et entend ; en conséquence je lui enverrai ce qu'il faut pour le faire parvenir au grade de Grand Architecte. Voyez par tout ce que je vous dis la possibilité de la chose, et la nécessité qu'il y a de se joindre à elle ; elle n'abandonne point ceux qui la suivent et se communique à ceux qui véritablement la cherchent avec désir il n'y a point à douter sur l'Ordre que vous avez embrassé de pas une de ses vérités ; ainsi tenez ferme c'est pour vous que je parle ; vous aurez la bonté de faire parvenir ou de présenter vous-même au Tribunal Souverain lesdits journaux pour qu'il n'y aie cause d'ignorance du progrès desdits frères ainsi que de leur zèle à suivre définitivement la Chose jusqu'à sa fin ; ainsi je vous exhorte de même que tous les frères de votre Orient à faire ce que je vous ai dit, vous aurez lieu d'être content. Je n'ai rien plus à vous dire, vous agirez à ce sujet comme vous le jugerez à propos ; Je vous prie de me faire réponse à lettre vue et m'accuser la réception des journaux. Je ne suis plus logé chez le Sieur Carvallo ancien juif à cause de l'assassinat qu'il a voulu commettre sur ma cuisinière et cela pour vouloir jouir d'elle, il est livré à la justice qui l'a décrété on le poursuit vivement à la Tournelle. C'est pour la troisième fois que cela lui est arrivé. C'est bien un malheureux Hébreu perverti et non converti en ce qu'il a abjuré pour épouser une créature chrétienne. Mon adresse est dans la même rue, maison Poiraud près la porte de la monnaie ; J'ai eu ma femme dangereusement malade elle s'est portée imprudemment à une perte considérable, hors d'état d'être soignée par la faculté sinon que par moi, en présence de quelques frères, elle est encore alitée mais entièrement s'il plaît à Dieu hors de danger. Dieu la tienne à sa sainte garde comme je le désire éternellement pour vous et pour nous tous il n'est pas de plus grand médecin que celui qui est et qui sera jusqu'à la fin des siècles amen.

D. M. Pasqually G. Souverain

Je vous préviens que personne plus parviendra au grade de Réaux croix qu'il ne me produise un journal et que le journal n'aie été bien scrutiné ainsi que le frère, c'est le seul moyen que les Réaux + puissent tenir bon.

Je suis fort inquiet du rétablissement de la santé du P. Maître de La Chevalerie Je ne vous cacherai point qu'il risque beaucoup pour sa santé, s'il ne se ménage pas mieux à l'avenir ne lui faite point part de ce que je vous dis craindre de lui faire de la peine.

Tachez P Maître de me dire l'intention du Tribunal Souverain savoir s'il veut aller avant ou s'il veut se replier sur son état de Réaux croix. Je le crois plutôt propre pour cela que pour mener la chose vu leurs grandes occupations et leur peu de santé.

Lettre 19

(Instructions relatives aux opérations : luminaires, cercles, lettres, encensements...)


Au Nom du Grand AR. de L'Univers Joie paix et Béni soit qui m'entend du grand orient des orient.

Bordeaux L. M. 333. 357. 579. 2448. 5729, du m. 45. du Christ E. V. 1770 du second et dernier quartier de la seconde Lune ce 13 mars.


T. R. M.


Je réponds à toutes vos questions. 1° L'emplacement des bougies, |elles| sont parfaitement bien placées par le nombre de dix, et par le nombre de huit, vous pouvez suivre exactement l'illumination que vous me marquez dans votre quart de cercle et vous ne changerez rien à cette illumination. La bougie placée à l'ouest hors du quart de cercle doit être retirée et même un peu obscurcie afin de laisser la liberté aux choses qui doivent paraître libres de toute lumière élémentaire, attendu que les choses portent avec elles leur clarté soit blanches, rouges ou autrement ainsi que je vous l'ai marqué par unes dernières lettres.

L'illumination de l'Est doit cesser d'être éclairée lorsque vous faites les contemplations, et qu'il n'y ait absolument que la seule susdite lumière à l'ouest, vous observerez pour éteindre vos lumières de commencer par celles qui sont au bas du quart de cercle, en commençant par les deux qui sont vers midi marquées à la lettre M R après avoir effacé le mot, ensuite vous allez éteindre celles qui sont vers septentrion marquées à la lettre W G. De là, vous allez éteindre les deux bougies qui sont dans l'intérieur des deux rayons qui sont au haut de l'angle saillant vers Est, en commençant toujours de prononcer le mot qui est inscrit l'effacer avec la main et ensuite éteindre la bougie. On commencera toujours vers le midi pour éteindre c'est-à-dire par la lettre O Z ensuite vous irez éteindre en même règle celle qui est à l'autre extrémité marquée à la lettre I. A. Ensuite vous irez éteindre aux mêmes usages celle qui est tout à fait dans l'angle d'Est, ainsi que vous aurez fait pour les autres. Cela fait vous viendrez vous placer dans le grand cercle qui est au milieu de votre quart de cercle où est marqué la lettre R A P vous relèverez tous les mots qui sont tracés autour dudit cercle, en commençant par relever celui qui donna vers ouest à la lettre I A. Ensuite vous allez relever celui qui va vers le midi et de là, à celui qui est vers le nord et ensuite celui qui est vers l'Est, ces quatre mots relevés qui vous signifient les quatre régions célestes et ceux qui les dirigent spirituellement. Cela fait vous prendrez à la main la bougie qui est au centre dudit cercle pour vous éclairer à lire vos invocations et mettrez le mot marqué à la lettre R A P entre vos jambes et ensuite ferez toutes vos invocations quelconques. Cela fait vous effacerez le mot R A P et éteindrez la bougie et viendrez vous placer au cercle de retraite debout ayant la face tournée vers l'Est pour faire votre observation et vous aurez entre vos jambes le mot marqué à la lettre I A B. Vous observerez que la bougie qui est placée dans le cercle de retraite est celle que vous devez cacher.

Le temps étant venu de vous retirer vous replacerez la bougie que vous avez retiré de son même cercle comme elle était ci devant, vous relèverez également les mots qui sont autour dudit cercle, de même que celui du Centre aux mêmes usages et cérémonies qui vous avez fait à ceux qui sont autour du grand Cercle qui est au centre de votre quart de cercle. La bougie qui me représente sera éteinte après les invocations faites, en disant béni soit Celui qui m'assiste et qui m'entend O. bagniakim amen. On observera de relever tous les mots quelconques ayant le genou droit en terre le genou gauche relevé on observera encore d'allumer une bougie à celle qui brille dans le cercle de Retraite avant qu'elle soit éteinte pour avoir de la lumière pour faire ce que l'on jugera à propos, cette dernière lumière placée au cercle de Retraite étant celle qui doit servir pour l'observation des passes et y ayant consacré un mot elle doit être éteinte comme les autres pour faire le renvoi de l'esprit qui est attaché à elle. Les étoiles qui sont sur le haut du mur de l'est et de l'ouest ne doivent point être mises dans un cercle, elles doivent être tracées tout simplement avec les lettres qui les environnent. Quant à l'égard du cercle qui doit vous servir pour l'ordination, il sera placé entre le cercle de retraite et les deux rayons de votre quart de cercle, vous observerez pour ce jour là de reculer votre cercle de retraite et de rétrécir |'retraisir'| votre quart de cercle pour y placer le cercle de cinq pieds huit pouces de diamètre, votre taille de hauteur n'ayant pas 6 pieds. Il faut de toute nécessité que votre corps soit exactement renfermé dans un cercle, voila pourquoi on le met plutôt de six pieds qu'au-dessous pour les Ordinations.

Vous trouverez marqué dans votre même feuille l'endroit fixe où il vous faut placer le cercle d'ordination.

Lorsque vous aurez allumé toutes les bougies de votre travail vous réciterez vos sept Psaumes de David, ensuite vous parfumerez votre cercle de retraite pendant trois fois, de là vous allez encenser les deux petits cercles qui sont au bas du quart de cercle marqués à la lettre M R par trois encensement à chacun, vous en ferez autant aux deux autres qui sont au bas dudit quart de cercle vers septentrion marqués à la lettre W G Ensuite vous allez encenser le cercle qui est au centre du quart de cercle marqué à la lettre R A P par trois encensements comme aux autres, ensuite vous irez faire le même encensement aux deux petits cercles qui sont au haut de l'angle saillant en commençant par celui qui est marqué à la lettre Z ensuite à celui qui est marqué à la lettre I A par trois encensements comme à tous les autres, ensuite vous donnerez quatre encensements au petit cercle qui est positivement dans l'angle saillant dudit quart de cercle marqué à la lettre I W ce qui fera en tout vingt huit coups d'encensement qui produiront le nombre mystérieux de dix. Le cercle de prosternation et les lettres du mot qu'il vous faut employer pour votre ordination sont marqués au bas de votre quart de cercle ainsi que vous le verrez et que vous l'exécuterez tel.

Je vous préviens que je vais travailler pour le rétablissement général de la santé de ma femme. L'ayant déjà travaillée depuis plus de douze jours et n'ayant obtenu qu'une très faible lueur de sa guérison je la recommande à votre travail pour obtenir tous ensemble de l'Eternel son parfait rétablissement sa maladie étant des plus singulières et sans fièvre ; quant à l'égard des certificats que je vous ai envoyé il n'y a aucun soupçon d'illusion directement ni indirectement, ni variation, ni changement de temps de jours ni de saison qui puisse persuader et convaincre lesdits sujets à se laisser surprendre par des choses illusoires ni par des propos sophistiques, ils portent de plus des faits qui vous paraîtraient encore plus surprenants que leurs journaux, puisque j'ai fait usage de leurs même journaux qui m'ont très bien réussi dans les recherches que j'ai faites et que j'ai très bien interprétées sur les évènements présents et futurs qui m'ont très parfaitement réussi avec succès par la grâce du grand AR. de L. Vous commencerez vos prosternations avant de parfumer. La première se fait au cercle de retraite, la seconde à la lettre M R, la troisième à la lettre W G, la quatrième à la lettre R A P, la cinquième à la lettre Z, la sixième à la lettre I A, et la septième à la lettre 1 W, après les prosternations faites vous parfumerez comme je vous l'ai dit, voilà tout ce que je peux vous dire, P. M. touchant ce que vous me demandez, ayant très peu de temps à moi à donner pour votre instruction, tenez-vous prêt pour le 22 courant 25. 26. et 27. aussi courant. Ce qui se fait au midi est fort bon, vous commencerez par EX|orcismes|. et Exc|ommunications|on vers le midi qui seront faites immédiatement après ou avant l'invocation où on suivra le rang où sera placé les dites Excon dans les Inv. Vous me dites que vous devez vous rendre à Paris vers le mois d'avril prochain où le puissant M. de Chevalerie doit s'y rendre également pour prendre des arrangements définitifs pour le bien général de L'Ordre c'est ce que je désire ardemment et que l'Eternel bénisse votre entreprise à tous pour ce sujet Je n'y contribuerai pas moins par mon travail prochain pour qu'il daigne vous favoriser tant spirituellement que temporellement et vous tienne pour un temps immémorial à sa sainte garde. Amen +++

Don Martines De Pasqually

Souverain

J'ai fait partir votre lettre pour le P. M. Chevalerie

commentaires

RER : lettres de Jean-Baptiste Willermoz à Charles de Hesse (1781)

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER


Lettre 1 – 8 juillet 1781

Publié par van Rinjberk in Episodes de la vie ésotérique (1780 – 1824) Derain Lyon 1938, réédition Editions d’aujourd’hui, 1980 . Original conservé dans les archives de la GL Nationale à Copenhague.

JBW y définit les différents types de sciences, revient sur la filiation templière, mais semble aussi tenter d’être mis en rapport avec le baron Haugwitz qu’il pense posséder des sources qu’il ignore.


Pour pouvoir faire mieux connaître à V.A.S. sur quoi je fonde moi-même ma propre opinion, je devrai remonter à des définitions générales, telles que je les connais dans cette matière.

Je dirai donc d’abord qu’il me paraît essentiel de ne pas confondre la vraie Maçonnerie avec la Maçonnerie symbolique. L’une renferme en elle une science très vaste dont elle est le moyen, l’autre est sous une dénomination conventionnelle l’école dans laquelle on étudie d’une manière préparatoire cette science voilée sous des figures. L’une doit être, sous différents noms, aussi ancienne que l’existence même de l’homme dégradé ; l’autre est beaucoup plus moderne, quoique déjà fort ancienne, et sa dénomination actuelle paraît devoir être nécessairement postérieure à la dernière révolution qu’à subi le temple de Jérusalem, qui est devenu son type fondamental. Cette école étant née dans le silence du mystère et du secret, l’époque de sa naissance reste perdue dans l’obscurité des siècles qui se sont écoulés depuis le dernier saccagement du Temple. Je ne pense pas que l’on puisse jamais parvenir à lui assigner incontestablement une époque fixe. Je ne pense pas non plus à persuader que les Chev. T. les instituteurs de la vraie maçonnerie ni même de la symbolique, soit à l’époque de la fondation, soit à celle de la destruction de leur ordre, cette assertion sans preuve étant démontrée par les Annales maçonniques anglaises, lesquelles quoique contestées, aussi sans preuves, seront toujours d’un grand poids contre elle. Mais je ne répugne point de croire, sans cependant en être persuadé, que cette institution secrète, déjà existante avant eux, ait été la source d’eux ; qu’elle ait même servi, si l’on veut, de base à leur institution particulière ; qu’ils aient cultivé et propagé par elle pendant leur règne la science dont elle était le voile et qu’ils se soient ensuite couverts de ce voile même pour perpétuer parmi eux et leurs descendants la mémoire de leurs malheurs et essayé par ce moyen de les réparer. Tout cela, quoique dénué de preuves suffisantes, ne répugne pas néanmoins à la raison, et pourrait être admis au besoin comme plus ou moins vraisemblable. Les annales anglaises déjà citées font mention d’une grande loge nationale tenue à York l’an 926, c’est-à-dire environ deux siècles avant la fondation de l’Ordre des prétendus instituteurs de la Maçonnerie ;  Elles avouent aussi qu’il existait des maçons avant cette époque en France, en Italie et ailleurs, et certainement l’amour-propre national anglais aurait supprimé cette anecdote si elle n’avait pas quelque fondement réel. Il est donc vraisemblable que l’ordre du T. institué au commencement du XII° siècle et dans le pays même qui est réputé avoir été le berceau des principales connaissances humaines, ait pu participer à la science maçonnique, la conserver et la transmettre indépendamment des autres classes d’hommes qui ont pu en faire autant. En un mot, si le prochain congrès général est d’avis de conserver des rapports maçonniques avec l’ancien Ordre du T., je ne vois nul inconvénient à présenter cet Ordre comme ayant été dépositaire des connaissances maçonniques et conservateur spécial des formes symboliques ; mais j’en verrai beaucoup à le présenter comme instituteur, parce que l’on pourrait trouver toujours et partout des contradicteurs très incommodes.

Je reviens donc au fond de la question. Je pense qu’il existe pour l’homme actuel une science universelle par laquelle il peut parvenir à connaître tout ce qui se rapporte à son composé ternaire d’esprit, d’âme et de corps dans les trois mondes créés, c’est-à-dire dans la nature spirituelle, dans celle animale (1) temporelle et dans celle élémentaire corporelle. Je ne fais point ici mention du quatrième monde, le divin, parce qu’il n’est plus donné à l’homme dans son état actuel d’y lire immédiatement, et si parfois il y lit encore, ce n’est plus que subsidiairement. Par cette science il peut espérer de s’approprier les vertus des trois mondes et de s’en procurer les fruits. La science universelle, embrassant les trois natures, se subdivise aussi en trois classes ou genre de connaissances naturelles et relatives ; et chacune de ces classes est encore susceptible de subdivisions particulière, ce qui multiplie beaucoup les branches des connaissances humaines. Mais comme les deux natures inférieures (2) sont pour ainsi dire confondues en une seule qui est dénommées nature sensible, il en résulte que toutes les connaissances qui s’y rapportent sont aussi confondues en un seul et même genre qui embrasse plusieurs espèces, d’où il résulte que ceux qui en suivent spécialement une espèce ne s’entendent pas toujours avec ceux qui en suivent une autre, quoique du même genre.

Je diviserai donc la masse entière des connaissances en deux genres seulement, et pour les distinguer je nommerai l’un supérieur et l’autre inférieur, mais, comme l’un et l’autre sont exclusivement du domaine de l’être intellectuel ou actif de l’homme, et nullement du ressort de sa nature inférieure passive, le premier peut augmenter son bien-être temporel par le secours des deux genres et multiplier par eux les jouissances propres à sa nature et à son état actuel mixte. (3)

Cependant la première espèce sera toujours supérieure relativement à son but qui est tout spirituel. Par elle l’intelligence, se dégageant en quelque sorte du sensible auquel elle est liée, s’élève à sa plus haute sphère, et je suis fondé à croire que dans celle-là se trouve la connaissance du vrai culte et du vrai ministère sacerdotal, par lequel le ministre offre son culte à l’Eternel par la médiation de notre divin seigneur et maître J.-C. pour la famille ou la nation qu’il représente. C’est aussi dans celle-là seulement (4) que j’ai reçu des lumières et des instructions et dans laquelle j’ai eu le bonheur d’acquérir quelques preuves qui feront toujours la consolation de ma vie. Peut-être aussi ai-je trop négligé les occasions de m’instruire de ce qui concerne la classe que je nomme inférieure ; du moins je me le suis reproché depuis que j’ai eu lieu de me persuader que les connaissances de celle-ci peuvent servir d’échelons pour arriver à la première et peut-être aussi de moyens pour y opérer plus virtuellement, mais j’ai été longtemps combattu par la crainte d’être trop attiré par l’appât des succès dans la sensible et d’être par là excité à m’arrêter au milieu de ma route comme cela est arrivé à plusieurs autres ; de sorte que m’étant toujours efforcé de planer au-dessus du sensible et ayant été toujours soutenu dans mes efforts par quelques succès rares à la vérité, mais certains, je n’ai vu que les superficies des connaissances qui s’y rapportent et je n’en ai point sondé la profondeur, ce qui fait que je suis peu en état de les bien dessiner et de bien déterminer ni leur espèce ni leur étendue, et par cette raison je me suis déterminer à chercher de nouveau et à saisir les occasions que j’ai négligées ci-devant de m’instruire dans les connaissances de celle-ci. Si j’y parviens, ce sera alors seulement que je pourrai juger plus sainement l’ensemble du tout et apprécier chaque partie ; peut-être aussi devenir plus utile à d’autres que je ne puis l’être à présent.

Je ne doute donc pas que la 2è classe ne renferme des connaissances très précieuses pour l’homme et si je la nomme inférieure, c’est seulement par comparaison à l’objet à l’objet unique de la première car dans la nature tout est grand, utile, majestueux et sublime pour celui qui y cherche avec une intention pure. Mais aussi on y voit plusieurs systèmes très différents qui ont néanmoins beaucoup d’analogie entre eux dans leurs buts ou dans leurs moyens. Je n’entends parler ici que de ceux qui peuvent conduire à quelques connaissances des sciences naturelles, et nullement de ceux qui n’ont aucun rapport direct avec celles-là. Je ne veux même pas faire mention de la science de l’évocation des esprits que quelques-uns, surtout en Allemagne, ont appliquée à la maçonnerie, parce que ce qu’il y a de bon dans cette science appartient à une classe plus élevée et ce qui s’y trouve de mauvais devrait être toujours ignoré ; je ne citerai même que les principaux de ceux qui en ce genre sont venus à ma connaissance.

L’un prétend que la maçonnerie enseigne l’alchimie ou l’art mercuriel de faire la pierre philosophale et voudrait voir les Loges meublées de fourneaux et d’alambics.

L’autre, dédaignant l’art mécanique des souffleurs et même l’or qu’ils cherchent avec tant d’ardeur, donnent un sens plus relevé à la science hermétique et paraît employer pour son œuvre d’autres moyens. Il fait espérer qu’en retrouvant la parole perdue que cherchent les maçons, on obtiendra une panacée universelle par laquelle on guérira toutes les maladies humaines et on prolongera la durée ordinaire de la vie.

Un autre enfin, prenant un vol encore plus élevé prétend qu’on enseigne aux vrais maçons l’art unique ou la science du grand œuvre par excellence par laquelle selon lui l’homme acquiert la sagesse, opère en lui-même le vrai Christianisme pratiqué dans les premiers siècles de l’ère chrétienne et se régénère corporellement en renaissant par l’eau et par l’esprit selon le conseil qui fut donné à nicodème qui s’en effraya. Celui-ci assurant qu’il connaît la vraie matière de l’œuvre ainsi que les vrais vases, fourneaux et feu de la nature par lesquels il l’opère, assure aussi que par la conjonction du soleil et de la lune et en pratiquant exactement ce qui est indiqué emblématiquement par les trois premiers grades symboliques, il sera produit un enfant philosophique, par les vertus duquel le possesseur prolongera aussi ses jours, guérira les malades et spiritualisera pour ainsi dire son corps, s’il a eu assez de courage et assez de confiance pour aller chercher la vie jusque dans les bras de la mort. Je m’arrêterai là, ces systèmes et surtout les deux derniers embrassent généralement ce que tous les autres n’indiquent que partiellement.

Je ne puis savoir encore auxquels de ces systèmes celui du Cher Frère baron Haugwitz (5) se rapporte le plus. L’explication qu’il donne des mots Jakin et Boaz, et ce qu’il indique relativement aux propriétés du 3è grade paraît assez ce rapporter à ce que je connais des deux derniers que j’ai cités. De plus, il m’est parvenu par diverses voies que sa Loge à Goerlitz en Silésie a pour but spécial la science hermétique, mais je crois devoir suspendre en tout mon jugement jusqu’à ce que j’ai reçu la traduction dont V.A.S. m’annonce qu’il veut bien s’occuper pour moi.

Quoi que je n’aie aucune notion fixe sur les voies par lesquelles ces connaissances aussi anciennes que le monde se trouvent unies au christianisme et ont même été perfectionnées par lui, je ne répugne point d’admettre la possibilité que Saint Jean l’Evangéliste, qui a traité avec tant d’énergie et de sublimité de l’essence du sacré Verbe divin, ait réuni les anciens professeurs des sciences naturelles  et ait perfectionné leurs connaissances par la lumière de l’Evangile, lesquelles sont ainsi parvenues jusqu’à nous ; mais une telle filiation qui ne serait démontrée que par une simple vraisemblance sera-t-elle de grand poids pour ceux qui cherchent la vérité, surtout si on y fait intervenir sans titre réel l’Ordre des Templiers ? Je crois cependant que tout cela pourrait s’arranger assez convenablement si on ne donne que pour vraisemblable ce qui ne pourrait être prouvé, et non comme certain. Tout dépendra donc du genre de preuves ou de probabilité que le cher Frère baron d’Haugwitz serait en état de produire.

Mais je pense que le point le plus essentiel dans la conjoncture présente, si on veut établir une fois pour toutes dans le régime une base fixe et invariable, est de ne présenter, en ce moment, de réforme aux maçons qu’un but réel et possible dans son espèce et dont l’effet puisse devenir certain pour ceux qui, ayant été suffisamment préparés et éprouvés, suivront fidèlement les moyens qui seraient indiqués par le système même. Si on ne les nourrissait à l’avenir comme par le passé que de principes vagues de théorie, sans leur garantir la certitude du succès de manière de manière à ce qu’ils puissent s’attendre à recevoir indubitablement par la pratique même les effets qui leur seraient promis, il est à craindre que, lassés déjà par bien des promesses illusoire que leur fait en général la Maçonnerie, ils ne s’en lassent tout à fait.

Le système de l’Ordre des Grands Profès diffère essentiellement des précédents en ce que, ne promettant aucun résultat physique et n’annonçant qu’un but spirituel moral à la portée de tous ceux qui y sont admis, il remplit parfaitement le but. Mais si à ce premier on en joint un autre, ainsi qu’il me paraît possible, qui promette quelques succès physiques dans la science naturelle, avant de l’annoncer on doit, ce me semble, s’être assuré de pouvoir donner au Elus des moyens certains de se procurer la preuve de la vérité.

 

(1)   c’est-à-dire, dans la langue de l’époque : qui se rapporte à l’âme.

(2)   La nature corporelle et la nature animale.

(3)   Actuel par opposition à originel, mixte car mi-sensible et mi-spirituel. Provient directement des thèses de M. de P.

(4)   Réau-Croix des Elus Coëns

(5)   Animateur d’une société maçonnico-mystique, les Frères de la Croix et fort prisé par le Prince.

Lettre 2 12 octobre 1781

Copie des manuscrits : Martines de Pasqually, van Rijnberk, Derain Lyon 1938, réédition Editions d’aujourd’hui, 1980. Original conservé dans les archives de la GL Nationale à Copenhague.

 

Le Prince avait transmis à Willermoz cinq questions formulées par le baron d'Haugwitz. Elles ont été probablement à peu près les suivantes

1. Qui est l'auteur et, rédacteur des instructions secrètes des grades de Chevaliers Profès et Grands Profès ?

2. Qui est le chef ou Maître en chaire de ces deux grades ?

3. Quel est le but et la constitution de l'Ordre des Elus Coëns ?

4. Quel est le but des instructions des deux grades de Chevaliers Profès et Grands Profès ?

5. Cette fraternité, formée à Lyon possède-t-elle le vrai degrés des Elus ?

Willermoz y répond par une longue épître emplie de détails sur sa propre vie, mais aussi très importants pour l'Histoire de Martines. En voici quelques passages.

 

Lyon, ce 12 octobre

"Pour répondre sommairement aux questions que me propose Votre Altesse Sérénissime, je lui confesse que je suis le seul auteur et le principal rédacteur des deux instructions secrètes de Profès et de Grand Profès qui lui ont été communiquées ainsi que des Statuts, formules et prières qui y sont jointes, et aussi d'une autre instruction qui précède ces deux-là, laquelle est communiquée sans mystère et sans engagement particulier à presque tous les chevaliers le jour même de leur vestition ou seulement quelques jours après ad libitum ; celle-ci qui contient des anecdotes fort connues et aussi une délibération du convent national de Lyon, fait le complément de la réception et prépare de loin aux deux autres qui restent secrètes et dont le susdit convent national n'eut aucune connaissance...

"Au commencement de l'année 1767 j'eus le bonheur d'acquérir mes premières connaissances dans l'Ordre dont j'ai fait mention à V. A. S. ; celui qui me les donna étant favorablement prévenu pour moi par ses informations et examen, m'avança rapidement, et j'obtins les 6 premiers degrés. Un an après, j'entrepris un autre voyage dans cette intention et j'obtins le septième et dernier qui donne le titre et le caractère de chef dans cet Ordre ; celui de qui je les reçus (en fait il est reçu par Bacon de la Chevalerie) se disait être l'un des sept chefs souverains universels de l'Ordre et a prouvé souvent son savoir par des faits : en suivant ce dernier je reçus en même temps le pouvoir de conférer les degrés inférieurs en me conformant pour cela à ce qui me fut prescrit. Cependant je n'en fis nul usage pendant quelques années que j'employai à m'instruire et à me fortifier, autant que mes occupations civiles purent me le permettre ; ce fut seulement en 1772 que je commençai à recevoir mon frère médecin, et peu après les frères Paganucci et Périsse du Luc que V. A. S. aura vus sur le tableau des Gr. Prof. et ces trois sont devenus depuis lors mes confidents pour les choses relatives que j'ai eu la liberté de confier à d'autres.

"Il est essentiel que je prévienne ici V.A.S. que les degrés, du dit Ordre renferment trois parties. Les trois premiers degrés instruisent sur la nature divine, spirituelle, humaine et corporelle ; et c'est spécialement cette instruction qui fait la base de celles des Gr. Profès que V.A.S. pourra le reconnaître par leur lecture ; les degrés suivants enseignent la théorie cérémonielle préparatoire à la pratique qui est exclusivement réservée au 7e et dernier. Ceux qui sont parvenus à ce degré, dont le nombre est très petit sont assujettis à des travaux ou opérations particulières qui se font essentiellement en mars et septembre. Je les ai pratiqués constamment et je m'en suis très bien trouvé... Quoique les premiers des dits grade; soient enveloppés de quelques formes maçonniques qui sont abandonnées dans les grades plus élevés, je reconnus bientôt que cet Ordre avait un but plus élevé que celui que l'on attribuait à la maçonnerie...

"Au commencement de 1778, il s'éleva de grands troubles dans les provinces d'Occitanie et d'Auvergne ; la 1ère n'y voulut prendre aucune part ; la seconde offrit sa médiation : les troubles furent un peu apaisés, mais pour en détruire le germe, la province de Bourgogne désira un congrès national qui peut établir une reforme dans l'administration reconnue défectueuse. Son chancelier le R.f. a Flumine s'adressa à moi pour en faire goûter le projet à celle d'Auvergne ; je crus trouver là l'occasion que je cherchais depuis longtemps : je la saisis , mais ne voulant. pas absolument être reconnu pour l'auteur des instructions secrètes qui paraîtraient, il me fallait des coopérateurs discrets pour m'aider à les produire. Je communiquai donc mon projet à unes confidents susmentionnés et aussi au digne frère Salzmann qui se trouvait à Lyon depuis longtemps et que je venais de recevoir dans les premiers degrés de l'Ordre. Ils l'approuvèrent tous et m'encouragèrent à l'exécuter sans délai. Ils furent aussi d'avis que pour faciliter l'exécution il était indispensable de mettre aussi dans la confidence le Fr. a Flumine de Strasbourg dont on m'assura la discrétion. Je me conformai à cet avis et je mandais au dit fr. a Flumine que toute réforme maçonnique qui serait destituée de bases fixes et lumineuses ne produirait jamais que des effets éphémères, que j'étais dépositaire de quelques connaissances qui pouvaient s'adapter à la maçonnerie, au cas qu'elles ne lui eussent, appartenu primitivement ; que j'étais prêt à favoriser de tout mon pouvoir son projet de reforme d'administration et des rituels de l'Ordre intérieur, si de son côté il voulait s'engager à favoriser le mien pour la partie scientifique sur ce point, m'assurer de sa discrétion pour toujours sur ce point et soutenir le voile qui cacherait l'auteur de ses instructions ; que sans cela je ne pouvais pas me résoudre à prendre part à rien me trouvant excessivement lassé d'occupations si considérables et si infructueuses. Il accepta ma proposition, nous convînmes des 3 classes de l'Ordre : le symbolique, intérieur et prof. Il se chargea de préparer tout le travail de l'Ordre intérieur je me chargeai de la révision des grades symboliques et de tout ce qui concernerait la nouvelle classe secrète des Grands Profès. Je fus aidé dans la réforme de la symbolique par le fr. Saltzmann et par mes autres confidents. Je penchais beaucoup à supprimer des dits grades, tout ce qui se rapportait essentiellement aux évènements particuliers de l'Ordre des Templiers et gênait d'autour en liaison des choses plus essentielles, mais on objecta que par cette suppression on rompait toute liaison de la symbolique avec l'Ordre intérieur et tout rapport entre les loges françaises et les loges allemandes. On jugea aussi qu'il conviendrait de conserver dans le 4e grade les principaux traits caractéristiques des divers écossismes de la maçonnerie française pour servir un jour de point de rapprochement avec elle, ces différentes combinaisons reconnues nécessaires alors ; gênèrent excessivement les unes que je me proposais qui se rapportaient toutes à un seul objet; mais on crut devoir attendre qu'un convent général de l'Ordre entier eut prononcé sur la continuation ou la suppression des rapports maçonniques avec l'Ordre des Templiers pour pouvoir prendre à cet égard un essor plus libre.

"Quant aux instructions secrètes mon but en les rédigeant fut de réveiller les maçons de notre régime de leur fatal assoupissement ; de leur faire sentir que ce n'est pas en vain qu'on les a toujours excités à l'étude des symboles, dont par leur travail et un plus de secours ils peuvent espérer- de percer le voile. De les ramener à l'étude de leurs propres natures ; de leur faire entrevoir leur tâche et leur destination. Enfin de les préparer à vouloir devenir hommes. Lié d'une part par mes propres engagements, et retenu de l'autre par la crainte de fournir des aliments à une frivole curiosité ou de trop exalter certaines imaginations si on leur présentait des plans de théorie qui annonceraient une Pratique, je me vis obligé à n'en faire aucune mention et même à ne présenter qu'un tableau très raccourci de la nature des êtres, de leurs rapports respectifs ainsi que des divisions universelles.

"Tout ce que j'y ai inséré concernant la partie scientifique n'est du tout point de mon invention ; je l'ai puisé dans les connaissances que j'ai acquises dans l'Ordre que j'ai cité déjà plusieurs fois à V.A.S. ainsi que les rapports généraux du Temple de Jérusalem avec l'Homme général lesquels je suis autorisé à croire fondés sur la vérité et sont essentiellement du ressort de l'ancienne maçonnerie dont ce temple est la base fondamentale. L'histoire du feu sacré sous Néhémie se trouvant consignée dans des anciens grades maçonniques estimés bons, on se détermina par cette raison à la conserver dans les nouveaux ; mais comme je n'en puis garantir l'authenticité je ne m'opposerais pas à sa suppression si elle répugne ailleurs.

"Quant à la partie historique de la maçonnerie, elle est fondée sur les notions que j'ai pu acquérir par les recherches les plus exactes en ce genre, j'y ai donc inséré celles qui m'ont paru être les plus justes et les plus probables, dont quelques-unes sont rectifiées par mes propres connaissances dont j'ai cité la source, mais je ne pourrais point offrir de garants authentiques des autres.

"Pendant que je m'occupais de cet ouvrage, le frère Turckheim dont le génie est très actif et qui était plus maître que moi de son temps, avait mis le sien en état d'être délibéré. Aussitôt il pressa extrêmement le terme du congrès national projeté. Il fallut le convoquer et me dépêcher de finir mon travail qui se ressentit malgré moi de la précipitation avec laquelle il fallut le terminer. Je me flattai de pouvoir le réviser ensuite pour en faire usage dans quelques occasions privées et, même d'y joindre l'explication des nombres dont j'ai parlé ci-devant. Mais le loisir nécessaire pour un ouvrage si abstrait et qui exige une liberté d'esprit entière m'a toujours manqué, depuis vraisemblablement me manquera encore longtemps.

"Le congrès étant assemblé et ma rédaction étant à peu prés finie, dans laquelle je fus aidé pour les choses de style et d'arrangement par un de mes confidents très versé en ce genre (le frère Périsse du Luc) et aussi l'un des plus avancés dans les connaissances fondamentales ; mes dits confidents qui se trouvèrent en même temps chargés de députations au congrès, y proposèrent qu'il fut formé une commission spéciale qui serait chargée de requérir et de revoir les divers renseignements qu'il serait possible de se procurer sur la partie scientifique relative à la maçonnerie primitive.

"Les chanceliers d'Auvergne et de Bourgogne furent chargés de ce soin et autorisés par le congrès de former un comité de conférences avec tous ceux qui fourniraient quelques éclaircissements sur ces matières ; il s'engagea pour laisser une plus grande liberté aux coopérateurs de ne point exiger la communication des papiers originaux qui pourraient être produits dans ce comité, ni de connaître quels seraient les frères qui les produiraient s'ils ne voulaient pas être connus ; on annonça même que l'on avait déjà reçu préliminairement de la part de quelques frères étrangers qui ne voulaient pas être nommés des papiers très importants sur cet objet, à la traduction desquels on allait travailler de suite : c'est ce qui est cause que presque tous les Grands Profès de Lyon et des autres collèges établis depuis lors ailleurs, sont persuadés qu'ils possèdent sont venues originairement d'Allemagne ou d'Italie et le vrai auteur n'est point connu. Le congrès se réserva seulement d'avoir connaissance, du résultat des conférences du comité, ce qui donna lieu à l'instruction préliminaire ostensible dont j'ai parlé plus haut et dont on fait actuellement une copie pour VV. AA. SS. Le but particulier de cette instruction approuvée par le congrès fut de réveiller l'attention des nouveaux chevaliers sur des choses essentielles de l'Ordre et de préparer aux frères Grands Profès la liberté de ternir des conférences privées entre eux sans donner aucun ombrage aux autres membres des chapitres ce qui a parfaitement réussi jusqu'à présent.

"Ce travail ainsi consommé, les deux chanceliers qui avaient présidé le comité admirent aux grades de Profès et de Grands Profès ceux des dignitaires et officiers des chapitres qui se trouvaient alors à Lyon et on leur présenta les instructions secrètes, comme étant des papiers importants adressés par des frères étrangers qui avaient annoncé au congrès, et dont on venait d'achever la traduction ; après ceux-là seulement que le comité secret avait reconnu digne de cette communication, on procéda à la réception de ceux qui avaient été les confidents de ma rédaction ; au moyen de quoi tout soupçon de connivence entre eux et, moi fut absolument écarté...

".....De plus quoiqu'il existe ici depuis dix à neuf ans une petite société composée de ceux que j'ai reçu à divers degrés dans l'Ordre que je professe, laquelle n'est connue que de ceux qui la forment, maçons et autres, cependant quelques frères qui sont aujourd'hui Grands Profès présumaient depuis longtemps que j'avais acquis quelques connaissances sur ces matières dont j'aimais à m'entretenir avec quelques amis particuliers. Je n'ai donc point répugné de déclarer au collège métropolitain que je trouvais les principes et doctrines contenues dans les instructions des Grands Profès conformes à ceux dont j'avais antérieurement acquis la connaissance ailleurs. Cet aveu a déterminé une confiance plus grande en moi et en ceux que j'ai dénommé et m'a donné plus de liberté pour expliquer dans les conférences journalières les sens obscurs de quelques passages des dites instructions.

"La marche qui a été tenue et qui m'avait parue nécessaire pour le principe de cet établissement aurait été pénible à soutenir longtemps : elle a aussi, j'en conviens, bien des inconvénients, mais ils vont en diminuant à mesure que la mémoire des moyens qui furent employés pour la fondation s'affaiblit et ils sont bien récompensés par les grands biens qui en sont résultés. On peut dire avec vérité que la maçonnerie a totalement changé de face depuis deux ou trois ans partout où les nouveaux grades symboliques ont été adoptés et les collèges secrets établis, surtout à Lyon, Grenoble, Turin, Naples, je pourrais même dire aussi à Strasbourg par les soins du frère Saltzmann, mais les effets n'ont pas été si marqués qu'ailleurs parce que ce digne frère n'a pas été bien secondé et a rencontré beaucoup d'obstacles...

" .... Je m'aperçois aussi que je n'ai pas répondu à la 5ème question, savoir cette fraternité formée à Lyon possède-t-elle le vrai degré des Elus ? Pour répondre à cette question il faudrait que le Frère Haugwitz voudrait bien me dire nettement, et sans aucun voile en quoi consiste son vrai degré des élus ? Quel en est le but et le terme présent et futur ? Enfin, quel sens il attache à ces mots ? et c'est en cela que je lui demande à mon tour une preuve de sa confiance... il faut commencer par s'entendre clairement, sur l'objet. Le 7ème grade que je possède, est vraiment le degré des Elus dans cette classe, puisqu'on y trouve des preuves évidentes de sa vérité. Quelques-uns de mes frères s'en sont rapprochés, mais ne la possèdent pas encore..."

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RER : Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824)

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER


Jean-Baptiste Willermoz, né à Lyon le 10 juillet 1730 et mort dans la même ville le 29 mai 1824, fut un Maçon d'une envergure exceptionnelle, comme il ne s'en rencontre pas beaucoup par siècle. C'est indéniablement une des personnalités les plus éminentes et les plus considérables de l'histoire de la Maçonnerie - surtout de la Maçonnerie française, mais pas uniquement d'elle, et qui exerça sur son évolution une influence déterminante. Véritable père fondateur du Régime Ecossais Rectifié, il fut l'architecte en chef d'un édifice qui subsiste encore durablement malgré d'étonnantes vicissitudes. Il a longtemps été de mode d'adopter à son sujet un ton dénigrant et persifleur, qu'on retrouve à l'envi sous la plume de Paul Vulliaud, d'Alice Joly, de René le Forestier, de Pierre Chevallier… Le tournant fut pris en 1973 lorsque, dans son Esotérisme au XVIIIe siècle, Antoine Faivre, le premier, écrivit : « On peut dire qu'il atteignit une haute spiritualité et que sa largeur de vue était peu commune. Il se montra doué autant pour la méditation et l'illumination intérieure que pour l'organisation ou l'administration. La Révolution a failli être fatale à son œuvre ; mais on le considère toujours comme l'un des plus grands personnages de l'histoire maçonnique. » (p. 176). Depuis lors, en particulier avec la remise au jour de nombreux documents d'archives, la grandeur du personnage s'est imposée de plus en plus.


Issu d'une ancienne famille de bourgeois de Saint-Claude (dont le patronyme s'orthographiait originellement Vuillermoz), et qui était, d'après des documents de famille, d'origine espagnole lointaine, son père s'était installé à Lyon comme marchand mercier. Jean-Baptiste, aîné de douze frères et sœurs, fut très jeune projeté dans la vie active : mis en apprentissage auprès d'un commerçant en soieries à l'âge de 14 ans, il monta à 24 ans sa propre manufacture ; peu avant Wilhelmsbad, une notice le décrit comme « fabricant en étoffes de soie et d'argent et commissionnaire en soieries. » Il vendit son établissement en 1782 tout en conservant des intérêts dans la maison de mercerie en gros de son frère Antoine et de son beau-frère Pierre Provensal, époux de sa sœur aînée Claudine.

Même s'il consacra à la Franc-Maçonnerie l'essentiel de sa longue vie, il s'engagea activement dans la vie de la cité en se conformant à l'esprit des règles qu'il avait lui-même édictées pour les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, c'est-à-dire en mettant ses facultés d'organisateur et d'administrateur au service de la religion et de la bienfaisance au sens large du terme : il fut successivement ou simultanément administrateur de l'hôtel-dieu (notamment durant la période périlleuse de la Terreur, en 1793) puis des hospices civils de Lyon, membre du conseil de fabrique (c'est-à-dire du conseil paroissial) de Saint-Polycarpe, conseiller général du département du Rhône, il s'occupa d'instruction primaire, devint agriculteur passionné… Willermoz fut tout sauf un Maçon en chambre.


C'est néanmoins par son œuvre maçonnique qu'il est passé à la postérité. Initié en 1750 à l'âge de 20 ans dans une loge dont on ignore le nom, il franchit très rapidement tous les échelons. Elu Vénérable à peine deux ans plus tard, en 1752, il ressent la nécessité de mettre de l'ordre dans une situation marquée « par des abus qui s'accréditaient de plus en plus » et il contribue à former, en 1760, la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, reconnue en 1761 par la Grande Loge de France. Après en avoir été le Président en 1762-63, il obtient d'en devenir le « Garde des sceaux et archives », fonction qui devait avoir ses préférences dans tous, ou presque tous, les organismes auxquels il appartint car, tirant parti de la correspondance d'affaires qu'il entretenait avec l'Europe entière, il pouvait ainsi se livrer à une de ses activités favorites : recueillir, étudier et comparer les rituels de tous les grades possibles. Et cela indubitablement par goût de collectionneur, mais aussi pour des raisons bien plus profondes, qu'il exposera dans une lettre de novembre 1772 au baron de Hund, le fondateur de la Stricte Observance : « Depuis ma première admission dans l'Ordre, j'ai toujours été persuadé qu'il renfermait la connaissance d'un but possible et capable de satisfaire l'honnête homme. D'après cette idée, j'ai travaillé sans relâche à le découvrir. Une étude suivie de plus de 20 ans, une correspondance particulière fort étendue avec des frères instruits en France et au dehors, le dépôt des archives de l'Ordre de Lyon, confié à mes soins, m'en ont procuré bien des moyens… » Et il constitue, à l'effet d'étudier tous les « hauts grades » dont il se procurait la connaissance et d'en être en quelque sorte le « laboratoire », un chapitre réservé à une « petite société » : le chapitre des Chevaliers de l'Aigle noir, dont il confia la présidence à son frère Pierre-Jacques.


Le but de ces recherches, à savoir le véritable but de la Franc-Maçonnerie, lui fut révélé lorsqu'il fut admis en mars 1767, par Martines de Pasqually en personne, dans son Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers. Dans une lettre, également de 1772, à un autre dignitaire de la Stricte Observance, le baron de Landsperg, Willermoz s'en explique avec discrétion mais avec netteté : « Quelques heureuses circonstances me procurèrent l'occasion dans mes voyages d'être admis dans une société bien composée et peu nombreuse, dont le but qui me fut développé hors des règles ordinaires me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger ceux que je ne connais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C'est le seul où j'ai trouvé cette paix intérieure de l'âme, le plus précieux avantage de l'humanité, relativement à son être et à son principe. » De fait, convaincu d'avoir découvert la vérité de la Maçonnerie, Willermoz ne s'en départira jamais et demeurera inébranlablement fidèle, en dépit des apparences, et quoi qu'on ait prétendu, à son initiateur Martines, à sa doctrine et à son Ordre.

Après l'avoir reçu, comme il vient d'être dit, au cours d'une cérémonie empreinte d'émotion (que Willermoz devait relater en 1781 à Charles de Hesse), le Grand Souverain, qui avait décelé ses capacités, le nomma peu après « Inspecteur général de l'Orient de Lyon et Grand Maître du Grand Temple de France ». En mai 1768, le Substitut Universel de l'Ordre des Elus Coëns, Bacon de la Chevalerie l'ordonna Réau-Croix ; bien que cette ordination ait été opérée sur autorisation de Martines, celui-ci éprouva des doutes sur sa parfaite régularité, et il décida de la confirmer deux ans plus tard, en mai 1730, par la « voie sympathique », c'est-à-dire à distance - méthode fréquente pour les opérations des Elus Coëns, notamment les travaux d'équinoxe.

Willermoz prit très au sérieux les fonctions qui lui avaient été conférées et, méticuleux comme il l'était, il fut, parmi les disciples de Martines, le plus pressant pour obtenir de lui des rituels, instructions et autres documents qui faisaient défaut aux Coëns pour travailler ; à cet égard, sa correspondance avec Saint-Martin, lorsque celui-ci fut devenu secrétaire de Martines, est des plus précieuses, de même que les notes que lui-même établit pour la pratique des rituels coëns. Par dérogation à la règle qu'il s'était imposée pour les autres systèmes, y compris le sien, à savoir le Régime Ecossais Rectifié, il tint à conserver la conduite du Temple de Lyon, et il le maintint en effet en activité bien après la désagrégation de l'Ordre des Elus Coëns, jusqu'aux premiers troubles de la Révolution. Preuve du respect révérencieux que Willermoz portait à l'œuvre de son maître, il n'apporta aucun changement, même léger, à l'Ordre des Elus Coëns, qu'il laissa complètement à l'écart de sa grande entreprise de réforme - de rectification - de la Maçonnerie. Enfin, en ce qui concerne l'homme, en dépit des tiraillements ou des agacements réciproques, inévitables de la part de personnes aux natures aussi caractérisées et aussi contrastées, il lui porta toujours la plus grande considération en tant que maître initiateur, écrivant à son sujet, dans son extrême vieillesse, en 1821 : « Cet homme extraordinaire auquel je n'ai jamais connu de second. »


C'est que Willermoz avait adhéré d'emblée, et définitivement, à la doctrine de la réintégration, doctrine dont il estima dès lors qu'elle avait été, et devait être toujours, à la base de la Maçonnerie primitive et authentique ; si elle était absente de tel ou tel système maçonnique, c'était la marque que celui-ci était « futile ou dégoûtant » ou encore « apocryphe », disait-il en empruntant le terme et l'idée à Martines.

La découverte de la doctrine de Martines ne dissuada nullement Willermoz de continuer ses enquêtes sur tous les systèmes maçonniques qui venaient à sa connaissance et de solliciter de ses nombreux correspondants, souvent princiers, tel Charles de Hesse, des échanges de « lumières ». Mais on s'est complètement mépris sur le sens de ces démarches, qu'on a présentées comme une quête incessante et toujours inassouvie de la vérité. Rien n'est plus erroné. Cette vérité, Willermoz était convaincu de l'avoir reçue, et elle le satisfaisait entièrement. S'il continuait à la chercher ailleurs que dans l'Ordre de Martines, c'était dans un tout autre but : celui de réunir en un faisceau tous les systèmes maçonniques authentiques - authentiques parce que, par hypothèse, ils véhiculaient la même doctrine, ou encore, pour reprendre une image qu'il utilisa souvent, pour réunir les branches issues d'un même tronc. Cette « réunion générale de tous les rites et systèmes maçonniques » était une idée qui le poursuivit longtemps et qu'il exposa publiquement devant le Convent de Wilhelmsbad ; et elle trouva son écho dans la titulature officielle des Loges du Régime Ecossais Rectifié, qui est : « Loges réunies et rectifiées de France ».

Ce n'est pas autrement qu'il faut interpréter son adhésion et celle des deux groupes dont il était le principal inspirateur, à Strasbourg et à Lyon, à la Stricte Observance, dite encore Maçonnerie réformée ou rectifiée de Dresde. Cette adhésion se fit sur la base d'un quiproquo complet : lorsque le baron de Weiler, émissaire de Charles de Hund, parlait de « rétablir l'Ordre dans son premier état », il sous-entendait par là le rétablissement de l'Ordre du Temple aboli en 1313, là où Willermoz comprenait le retour à la Maçonnerie primitive telle que Martines l'enseignait ; aussi avoua-t-il plus tard à Charles de Hesse être « tombé de son haut » en ne trouvant dans la Stricte Observance « qu'un système sans bases et sans preuves » et qu'une « profonde ignorance sur les choses essentielles ». La preuve - s'il en était besoin - du prix que Willermoz attachait à la doctrine de Martines est qu'il ressentit la nécessité, après le départ pour Saint-Domingue du Grand Souverain, puis sa mort, d'organiser chez lui, à Lyon, de janvier 1774 à octobre 1776, des « instructions » ou « leçons » auxquelles Saint-Martin, d'Hauterive et lui-même participèrent tantôt comme instructeurs, tantôt comme secrétaires de séance.


Cependant, à quelque chose malheur est bon. La parfaite connaissance que Willermoz avait du panorama maçonnique français et européen l'avait assez vite persuadé que le système de Martines était vraiment trop hétérogène par rapport à la Maçonnerie du temps pour pouvoir s'implanter durablement, a fortiori pour supplanter les autres. Cela tenait, pour le fond, à la doctrine et, pour la forme, au fait qu'il était en vérité une crypto-maçonnerie ou, si l'on peut dire, une « Maçonnerie au-delà de la Maçonnerie ». Or pourtant, selon Willermoz, la doctrine était la seule vraie, la seule à exprimer l'authentique vérité de la Maçonnerie.


C'est alors qu'il eut l'idée géniale de constituer son propre système qui transmettrait, à la fois par l'enseignement et par l'initiation, cette vérité et qui, de surcroît, protègerait en son for intérieur l'Ordre des Elus Coëns. Le résultat fut le Régime Ecossais Rectifié, qui devait être officiellement sanctionné, sur le plan national, par le Convent des Gaules, à Lyon (novembre-décembre 1778) puis, sur le plan international, par le Convent de Wilhelmsbad, en Allemagne (août-septembre 1782).

Ce Régime est doté d'une architecture concentrique, par cercles successifs, qui sont au nombre de trois :


 1)la classe symbolique ou Ordre maçonnique, avec ses quatre grades : Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Ecossais ;


 2)l'Ordre intérieur, lequel est chevaleresque, avec ses grades, ou plutôt ses étapes, d'Ecuyer Novice - qui est une période probatoire - et de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Ces deux premiers cercles constituent ce que Willermoz appelle les « classes ostensibles » du Régime. Elles empruntent l'essentiel de leurs formes extérieures aux grades maçonniques et chevaleresques en vigueur en France et en Allemagne (usages de ce qu'on appellera plus tard le Rite français, grades « écossais », Stricte Observance) - moyennant des adaptations non négligeables exigées par la doctrine.

3)Vient ensuite un troisième cercle, la « classe secrète » de la Profession et de la Grande Profession, innovation majeure de Willermoz, dans laquelle « les Frères des classes inférieures qui en sont jugés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques » (art. 1er des statuts).

Ces trois cercles, ou classes, constituent le Régime Ecossais Rectifié. Pourtant, enchâssé, en son cœur, se trouve un quatrième cercle, protégé sous le voile du mystère, et qui est le nec plus ultra : l'Ordre des Elus Coëns. Mais aucune confusion n'est possible : bien que situé au centre du Régime Rectifié, l'Ordre Coën n'est plus le Régime Rectifié ; en passant de l'un à l'autre, on change de monde. En particulier, Willermoz s'attache à proscrire, dans les classes du Régime, tout ce qui pourrait s'apparenter fût-ce à une esquisse de pratiques théurgiques, comme par exemple la kabbale ou l'alchimie, ces pratiques étant l'exclusivité de l'Ordre Coën.

En revanche, ce que les deux, Ordre Coën et Régime Rectifié, ont en commun, c'est la doctrine de la réintégration, cette « science de l'homme », pour reprendre la formule de Joseph de Maistre, que la Maçonnerie a pour fonction d'enseigner et de mettre en œuvre initiatiquement. Sa substance initiatique, et par conséquent, son rituel initiatique, sont entièrement fondés sur : 1) la chute de l'homme de son état originel glorieux, et 2) son retour, sa réintégration par l'initiation dans cet état primitif, laquelle initiation, pour pouvoir opérer, exige l'intercession et l'action du « Grand Réparateur », qui est le Christ.

Ce thème, Willermoz l'a reçu des enseignements de Martines. Mais il l'a reçu aussi de la lecture des Pères de l'Eglise. En effet, ce que l'on sait peu, c'est que Willermoz avait une solide culture religieuse ; il avait été élève des Jésuites et, en dépit de son activité professionnelle précoce, il ne cessa jamais de chercher à s'instruire, ce qu'il pouvait aisément, puisqu'il y avait plusieurs prêtres dans sa propre famille, sans parler de son entourage maçonnique. C'est ainsi que le fonds maçonnique de Lyon conserve de ses notes de lecture sur des Pères de l'Eglise, en particulier les Pères grecs (dont les traductions étaient moins rares qu'on le croit communément). Or le thème de la chute et de la réintégration est ce que les Pères, depuis saint Irénée de Lyon, ont exprimé par le thème de l' « image et ressemblance » : l'homme a été créé à l'image de Dieu et selon sa ressemblance ; la chute lui a fait perdre la ressemblance mais l'image, empreinte divine, demeure inaltérée ; reste à réacquérir ou à reconquérir la ressemblance. Tel est l'objet et le but de l'initiation : le retour de la difformité à la conformité, de l'état déchu à l'état d'avant la chute.


Tout le système élaboré par Willermoz, c'est-à-dire le Régime Ecossais Rectifié, est modelé, et ses formes, adaptées, pour permettre à l'initiation d'opérer de cette façon-là.

En outre, Willermoz, convaincu que l'intelligence est un talent reçu de Dieu - talent que, selon la parabole évangélique, l'homme a le devoir de faire fructifier - double le processus initiatique par un processus pédagogique : il rédige une série d' « instructions » qui se succèdent de grade en grade afin d'exposer de plus en plus clairement et complètement cette doctrine de la réintégration dans tous ses aspects, non seulement anthropologiques, mais cosmologiques et théosophiques. Ces instructions culminent dans l'Instruction secrète des Grands Profès, où éclate son génie métaphysique, comme d'ailleurs aussi dans celles des « leçons de Lyon » qui sont de son cru ; car il y donne de la métaphysique de Martines une présentation particulièrement lumineuse.

Les mêmes qualités : logique, clarté, sens des nuances, qualité de l'expression, caractérisent le Préavis, véritable discours-programme qu'il prononça devant le Convent de Wilhelmsbad le 29 juillet 1782 afin de présenter à la fois le Régime et son inspiration. Willermoz était véritablement aussi doué pour les concepts et pour l'écriture que pour l'organisation ; c'était à l'évidence un esprit de premier ordre.

Ce qu'il importe néanmoins de souligner avec force, c'est que, si Willermoz s'est toujours défendu d'être le véritable auteur des instructions dont il était le rédacteur, il a également cru sur parole Martines lorsque celui-ci affirmait, lui aussi, ne faire que transmettre une très ancienne tradition, quasiment immémoriale. En fait, pour l'un comme pour l'autre, cette tradition, c'est-à-dire à la fois la doctrine, qui est science de l'homme, science de la réintégration de l'homme, et l'initiation qui va avec, sont le fait d'un unique « Haut et Saint Ordre », dont l'origine est aussi ancienne que le monde, et dont aussi bien l'Ordre des Elus Coëns que le Régime Ecossais Rectifié sont des manifestations temporelles, d'où leur harmonie en quelque sorte préétablie. Haut et Saint Ordre dont la fonction est de rétablir le vrai Temple, le temple de l'Homme où réside l'Esprit, par et dans le Christ - autre manière de décrire la réintégration.

Lorsqu'il mourut en 1824 à l'âge vénérable de 94 ans, peut-être Willermoz eut-il le sentiment que son œuvre s'éteindrait avec lui, voire qu'elle s'était déjà éteinte avant lui. On sait qu'il n'en fut rien, et que le Régime Ecossais Rectifié, dans toutes ses classes, reprit plus tard vigueur, sans parler de l'Ordre des Elus Coëns. Cela excède le champ de la présente étude. Cependant, on peut maintenant dire - ce qui n'était pas forcément vrai il y a seulement cent ans - que l'œuvre de Willermoz est toujours, et même plus que jamais, d'actualité.

Jean-François Var


Bibliographie sommaire

 La Franc-Maçonnerie, n° 19 de la revue « Dix-huitième siècle » (Garnier, 1987). (Notamment l'article de L. Hammermayer, La Crise de la Franc-Maçonnerie européenne et le Convent de Wilhelmsbad).

 Actes du Convent national des Gaules tenu à Lyon (1778) (prés. E. Mazet in Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, n° 11, 2e série, 1985).

 Actes du Convent de Wilhelmsbad (pub. partielle par J.-F. Var in Les Cahiers Verts, bulletin intérieur du Grand Prieuré des Gaules, n°s 7 (1985) à 9 (1988).

 Les Leçons de Lyon aux Elus Coëns, un cours de martinisme au XVIIIe siècle par Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Jacques du Roy d'Hauterive, Jean-Baptiste Willermoz (prés. et éd. par R. Amadou, Paris, Dervy, 1999).

 Robert Amadou, Honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) (L'Initiation, 1985, n° 3).

 Robert Amadou, Anthologie de Jean-Baptiste Willermoz (L'Initiation, 1985, n° 4).

 Robert Amadou, Martinisme (2e éd. Les Auberts, Institut Eléazar, principalement chap. I, II et III).

 Antoine Faivre, L'Esotérisme au XVIIIe siècle en France et en Allemagne (Paris, Seghers, 1973).

 id. plusieurs chapitres dans Accès de l'ésotérisme occidental (2e éd. Paris, NRF, 1996).

 Alice Joly, Un mystique lyonnais et les secrets de la Franc-Maçonnerie, 1730-1824 (Mâcon, Protat, 1938 ; reprint Paris, Demeter, 1986).

 René Le Forestier, La Franc-Maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles (éd. A. Faivre, Paris, Aubier-Montaigne, 1970, reprint Paris, La Table d'Emeraude, 1987).

 Steel-Maret, Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie (Lyon, 1893 - rééd. R. Amadou, Genève, Slatkine, 1985, avec une introduction : De l'Ordre, Présentation du Régime Ecossais Rectifié).

 Gérard van Rijnberg, Episodes de la vie ésotérique, 1780-1824 (Derain, 1948 ; reprint « Les Introuvables », Ed. d'Aujourd'hui).

 Paul Vuilliaud, Les Rose-Croix lyonnais au XVIIIe siècle (Nourry, 1929).

 Jean-François Var, L'Essor du Phénix, Jean-Baptiste Willermoz et la naissance du Régime Ecossais Rectifié (in : Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, n° 19, 2e série, 1989).

 id. L'Esotérisme chrétien et le Régime Ecossais Rectifié (in : Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, n° 31, 2e série, 1995).

 id. Jean-Baptiste Willermoz, son œuvre (Cahier Geoffroy de Saint-Omer, Grande Loge Régulière de Belgique, Nivelles, 1982).

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RER : règle maçonnique en neuf points 1782

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER


 

PROLOGUE.

O toi qui viens d’être initié aux leçons de la sagesse ! fils de la vertu et de l’amitié ! prête à nos accents une oreille attentive, et que ton âme s’ouvre aux préceptes mêles de la vérité ! Nous t’enseignerons le chemin qui mène à la vie heureuse ; nous t’apprendrons à plaire à ton Auteur, et à développer avec énergie et succès tous les moyens que la Providence te confia, pour te rendre utile aux hommes, et goûter les charmes de la bienfaisance.


ARTICLE PREMIER
.

Devoirs envers Dieu et la Religion.

§ 1er.— Ton premier hommage appartient à la Divinité. Adore l’Être plein de majesté, qui créa l’univers par un acte de sa volonté, qui le conserve par un effet de son action continue, qui remplit ton cœur, mais que ton esprit borné ne peut concevoir ni définir. Plains le triste délire de celui qui ferme les yeux à la lumière et se promène dans les ténèbres épaisses du hasard que ton cœur, attendri et reconnaissant des bienfaits paternels de ton Dieu, rejette avec mépris ces vains sophismes, qui prouvent ta dégradation de l’esprit humain, lorsqu’il s’éloigne de sa source. Élève souvent ton âme au-dessus des êtres matériels qui t’environnent, et jette un regard plein de désir dans les régions supérieures, qui sont ton héritage et ta vraie patrie. Fais à ce Dieu le sacrifice de ta volonté et de tes désirs ; rends-toi digne de ses influences vivifiantes, remplis les lois qu’il voulut que tu accomplisses comme homme dans ta carrière terrestre. Plaire à ton Dieu, voilà ton bonheur : être réuni à jamais à lui, voilà toute ton ambition, la boussole de tes actions.

§ II.— Mais, comment oserais-tu soutenir ses regards, être fragile ! qui transgresses à chaque instant ses lois et offenses sa sainteté, si sa bonté paternelle ne t’eût ménagé un réparateur infini ? Abandonné aux égarements de ta raison trouverais tu la certitude d’un avenir consolant ? Livré à la justice de ton Dieu, où serait ton refuge ? Rends donc grâce à ton Rédempteur ; prosterne toi devant le Verbe incarné, et bénis la Providence qui te fit naître parmi les Chrétiens. Professe en tous lieux la divine Religion de Christ, et ne rougis jamais de lui appartenir. L’Évangile est la base de nos obligations ; si tu n’y croyais pas, tu cesserais d’être Maçon. Annonce dans toutes tes actions une piété éclairée et active sans hypocrisie, sans fanatisme ; le Christianisme ne se borne pas à des vérités de spéculation : pratique tous les devoirs moraux qu’il enseigne, et tu seras heureux, tes contemporains te béniront, et tu paraîtras sans trouble devant le trône de l’Éternel.

§ III.— Surtout, pénètre-toi de ce principe de charité et d’amour, base de cette sainte Religion : plains l’erreur sans la haïr et sans la persécuter : laisse à Dieu seul le soin de juger, et contente-toi d’aimer et de tolérer. Maçons ! Enfants d’un même Dieu ! réunis par une croyance commune en notre divin Sauveur ! que ce lien d’amour nous unisse étroitement, et fasse disparaître tout préjugé contraire à notre concorde fraternelle !


ARTICLE II

Immortalité de l’âme.

§ 1er.— Homme ! Roi du monde ! chef-d’œuvre de la création lorsque Dieu l’anima de son souffle ! médite ta sublime destination. Tout ce qui végète autour de toi, et n’a qu une vie animale, périt avec le temps, et est soumis à son empire ton âme immortelle seule, émanée du sein de la Divinité, survit aux choses matérielles, et ne périra point. Voilà ton vrai titre de noblesse sens vivement ton bonheur, mais sans orgueil ; il perdit ta race, et te replongerait dans l’abîme. Être dégradé ! malgré ta grandeur primitive et relative, qu’es—tu devant l’Éternel ? Adore le dans la poussière, et sépare avec soin ce principe céleste et indestructible des alliages étrangers ; cultive ton âme immortelle et perfectible, et rends—ta susceptible d’être réunie à la source pure du bien, lorsqu’elle sera dégagée des vapeurs grossières de la matière. C’est ainsi que tu seras libre au milieu des fers ; heureux au sein même du malheur, inébranlable au plus fort des orages, et que tu mourras sans frayeur.

§ II.— Maçon ! si jamais tu pouvais douter de la nature immortelle de ton âme, et de ta haute destination, l’initiation serait sans fruit pour toi ; tu cesserais d’être le fils adoptif de ta sagesse, et ta serais confondu dans la foule des êtres matériels et profanes qui tâtonnent dans les ténèbres.


ARTICLE III.

Devoirs envers le Souverain et la Patrie.

§ 1er.— L’Être suprême confia d’une manière plus positive ses pouvoirs sur la terre au souverain ; respecte et chéris son autorité légitime sur le coin de la terre que tu habites ; ton premier hommage appartient à Dieu, le second à ta Patrie.
L’homme errant dans les bois sans culture et fuyant ses semblables, serait peu propre à remplir les vues de la Providence, et à saisir toute la masse du bonheur qui lui est réservé. Son être s’agrandit au milieu de ses semblables ; son esprit se fortifie par le choc des opinions : mais, une fois réuni en société, il aurait à combattre sans cesse l’intérêt personnel et les passions désordonnées ; et l’innocence bientôt succomberait sous la force ou sous la ruse. Il fallut donc des lois pour le guider, et des chefs pour les maintenir.

§ II.— Homme sensible ! tu révères tes parents : honore de même les pères de l’État, et prie pour leur conservation : ils sont les représentants de la Divinité sur cette terre. S’ils s’égarent, ils en répondront au Juge dos fois ; mais, ton propre sentiment peut te tromper, et jamais Le dispenser d’obéir. Si tu manquais à ce devoir sacré, si ton cœur ne tressaillait plus au doux noms de Patrie et de ton souverain, le Maçon te repousserait de son sein comme réfractaire à l’ordre public, comme indigne de participer aux avantages d’une association, qui mérite la confiance et l’estime des gouvernements, puisqu’un de ses principaux mobiles est le patriotisme, et que, jalouse de former les meilleure citoyens elle exige que ses enfants remplissent, avec le plus de distinction et par les motifs les plus épurés, tous les d ir de leur état civil. Le guerrier le plus courageux, le juge le plus intègre, le maUre le plus doux, le serviteur le plus fidèle, le père le plus tendre, l’époux le plus constant, le fils le plus soumis, doit être le Maçon, puisque les obligations ordinaires et communes du citoyen ont été sanctifiées et renforcées par les vœux  libres et volontaires du Maçon, et qu’en les négligeant il joindrait à la faiblesse l’hypocrisie et le parjure.


ARTICLE IV.

Devoirs envers l'Humanité en général.

§ 1er.— Mais, si le cercle patriotique qui t’ouvre une carrière si féconde et si satisfaisante, ne remplit pas encore toute ton activité ; si ton cœur sensible veut franchir les bornes des empires, et embraser avec ce feu électrique de l’humanité tous les hommes, toute s les nations ; si, remontant à la source commune, tu te plais à chérir tendrement tous ceux qui ont les mêmes organes, le même besoin d’aimer, le même désir d’être utile et une âme immortelle comme toi, viens alors dans nos Temples offrir tes hommages à la sainte Humanité ; l’univers est la patrie du Maçon, et rien de ce qui regarde l’homme ne lui est étranger.

§ II.— Vois avec respect cet édifice majestueux, destiné à resserrer les liens trop relâchés de la morale : chéris une association générale d’âmes vertueuses, capables de s’exalter ; répandue dans tous les pays où la raison et les lumières ont pénétré ; réunie sous la bannière sainte de l’humanité ; régie par des lois simples et uniformes. Sens enfin le but sublime de notre saint Ordre ; consacre ton activité et toute ta vie à la bienfaisance ; ennoblis, épure et fortifie cette généreuse résolution, en travaillant sans relâche à ta perfection, te réunissant plus intimement à la Divinité.


ARTICLE V.

Bienfaisance.

§ Ier.— Créé à l’image de Dieu, qui a daigné se communiquer aux hommes et répandre sur eux le bonheur ; rapproche-toi de ce modèle infini, par une volonté constante de verser sans cesse sur les autres hommes, toute la masse de bonheur qui est en ton pouvoir : tout ce que l’esprit peut concevoir de bien, est le patrimoine du Maçon.

§ II.— Vois la misère impuissante de l’enfance, elle réclame ton appui : considère l’inexpérience funeste de la jeunesse, elle sollicite tes conseils : mets ta félicité à la préserver des erreurs et des séductions qui la menacent : excite ou elle les étincelles du feu sacré du génie, et aide—la à les développer pour le bonheur du monde.

§ III.— Tout être qui souffre ou gémit, a des droits sacrés sur toi ; garde-toi de les méconnaître ; n’attends point que le cri perçant de la misère te sollicite ; préviens et rassure l’infortuné timide ; n’empoisonne pas, par l’ostentation de tes dons, les sources d’eau vive où le malheureux doit se désaltérer ; ne cherche pas la récompense de ta bienfaisance dans les vains applaudissements de la multitude : le Maçon la trouve dans le suffrage tranquille de sa conscience, et dans le sourire fortifiant de la Divinité, sous les yeux de laquelle il est sans cesse placé.

§ IV.— Si la Providence libérale t’a accordé quelque superflu, garde—toi d’en faire un usage frivole et criminel ; elle voulut que, par un mouvement libre et spontané de ton âme généreuse, tu rendisses moins sensible la distribution inégale des biens, qui entrait dans ses plans : jouis de cette belle prérogative. Que jamais l’avarice, la plus sordide des passions, n’avilisse ton caractère, et que ton cœur se soulève aux calculs froids et arides qu’elle suggère. Si jamais il venait à se dessécher à son souffle triste et intéressé, fuis nos ateliers de charité, ils seraient sans attrait pour toi, et nous ne pourrions plus reconnaître en toi l’ancienne image de la Divinité.

§ V.— Que ta bienfaisance soit éclairée par la religion, la sagesse et la prudence : ton cœur voudrait embrasser les besoins de l’humanité entière : mais ton esprit doit choisir les plus pressants et les plus importants. Instruis, conseille, protége, donne, soulage, tour à tour : ne crois jamais avoir assez fait, et ne te repose de tes œuvres que pour montrer une nouvelle énergie En te livrant ainsi aux élans de cette passion sublime, une source intarissable de jouissances s’apprête pour toi : tu auras sur cette terre l’avant-goût de la félicité céleste : ton âme s’agrandira, et tous les instants de ta vie seront remplis.

§ VI.- Lorsque enfin tu sens les bornes de ta nature finie, et que ne pouvant suffire seul au bien que tu voudrais faire, ton âme s’attriste, viens dans nos Temples : vois le faisceau sacré de bienfaits qui nous unit, et concourant efficacement selon toutes tes facultés aux plans et aux établissements utiles que l’association Maçonnique te présente, et qu’elle réalise, félicite toi d’être citoyen de ce meilleur monde : goûte les doux fruits de nos forces combinées et concentrées sur un même objet ; alors tes ressources se multiplieront, tu aideras à faire mille heureux au lieu d’un, et tes vœux seront couronnés.


ARTICLE VI.

Autres devoirs moraux envers les hommes.

§ Ier.– Aime ton prochain autant que toi-même et ne lui fais jamais ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit. Sers-toi du don sublime de la parole, signe extérieur de ta domination sur la nature, pour aller au-devant des besoins d’autrui, et pour exciter dans tous les cœurs le feu sacré de la vertu. Sois affable et officieux, édifie par ton exemple : partage la félicité d’autrui sans jalousie. Ne permets jamais à l’envie de s’élever un instant dans ton sein, elle troublerait la source pure de ton bonheur, et ton âme serait en proie à la plus triste des furies.

§ II.— Pardonne à ton ennemi ; ne t’en venge que par tes bienfaits ; ce sacrifice généreux, dont nous devons le sublime précepte à la Religion, te procurera les plaisirs les plus purs et les plus délicieux : tu redeviendras la vive image de la Divinité qui pardonne, avec une bonté céleste, les offenses de l’homme et le comble de grâces malgré son ingratitude. Rappelle-toi donc toujours que c’est là le triomphe le plus beau que la raison puisse obtenir sur l’instinct, et que le Maçon oublie les injures, mais jamais les bienfaits.


ARTICLE VII.

Perfection morale de soi-même.

§ Ier.– En te dévouant ainsi au bien d’autrui, n’oublie point ta propre perfection, et ne néglige pas de satisfaire les besoins de ton âme immortelle. Descends souvent dans ton cœur, pour en sonder les replis les plus cachés. La connaissance de soi— [même est le grand pivot des préceptes Maçonniques. Ton âme est la pierre brute qu’il faut dégrossir : offre à la Divinité l’hommage de tes affections réglées, de tes passions vaincues.

§ II.— Que des mœurs chastes et sévères soient tes compagnes inséparables, et te rendent respectable aux yeux des profanes :
que ton âme soit pure, droite, vraie et humble. L’orgueil est l’ennemi le plus dangereux de l’homme, il l’entretient dans une confiance illusoire de ses forces. Ne considère point le terme où Lu os venu, il ralentirait ta course : fixe celui où tu dois arriver : la courte durée de ton passage te laisse à peine l’espoir d’y atteindre : ôte à ton amour-propre l’aliment dangereux de la comparaison avec ceux qui sont derrière toi : sens plutôt l’aiguillon d’une émulation vertueuse, en voyant des modèles plus accomplis devant toi.

§ III.— Que jamais ta bouche n’altère les pensées secrètes de ton cœur, qu’elle en soit toujours l’organe vrai et fidèle ; un Maçon qui se dépouillerait de la candeur, pour prendre le masque de l’hypocrisie et de l’artifice serait indigne d’habiter avec nous, et semant la méfiance et la discorde dans nos paisibles Temples, il on deviendrait bientôt l’horreur et le fléau.

§ IV.— Que l’idée sublime de la toute-présence de Dieu te fortifie, te soutienne ; renouvelle chaque matin le vœu de devenir meilleur ; veille et prie, et lorsque sur le soir ton cœur satisfait te rappelle une bonne action, on quelque victoire remportée sur toi-même, alors seulement repose tranquillement dans le sein de la Providence, et reprends de nouvelles forces.

§ V.— Étudie enfin le sens des hiéroglyphes et des emblèmes que l’Ordre te présente. La nature même voile la plupart de ses secrets ; elle veut être observée, comparée et surprise souvent dans ses effets. De toutes les sciences dont le vaste champ présente les résultats les plus heureux à l’industrie de l’homme et à l’avantage de la société, celle qui t’enseignera les rapports entre Dieu, l’univers et toi, comblera les désirs de ton âme céleste et t’apprendra à mieux remplir tes devoirs.

ARTICLE VIII
Devoirs envers les Frères.

§ 1°.– Dans la foule immense des êtres, dont cet univers est peuplé, tu as choisi par un vœu libre les Maçons pour tes frères. N’oublie donc jamais que tout Maçon, de quelque communion chrétienne, pays ou condition qu’il soit, en te présentant se main droite, symbole de la franchise fraternelle, a des droits sacrés sur ton assistance et sur ton amitié. Fidèle au vœu do la nature, qui fut l’égalité, le Maçon rétablit dans ses Temples les droits originaires de la famille humaine ; il ne sacrifie jamais aux préjugés populaires, et le niveau sacré assimile ici tous les états. Respecte dans la société civile les distances établies ou tolérées par la Providence : souvent l’orgueil les imagina ; il y en aurait à les fronder, et à vouloir les méconnaître. Mais garde—toi surtout d’établir parmi nous des distinctions factices, que nous désavouons : laisse tes dignités et tes décorations profanes à la porte, et n’entre qu’avec l’escorte de tes vertus. Quel que soit ton rang dans le monde, cède le pas dans nos Loges au plus vertueux, au plus éclairé.

§ II.— Ne rougis jamais en public d’un homme obscur mais honnête, que dans nos asiles tu embrassas comme frère quelques instants auparavant ; l’Ordre rougirait de toi à son tour et te renverrait avec ton orgueil, pour l’étaler sur les théâtres profanes du monde.
Si ton frère est en danger, vole à son secours, et ne crains pas d’exposer pour lui ta vie. S’il est dans lu besoin, verse sur lui tes trésors, et réjouis—toi d’en pouvoir faire un emploi aussi satisfaisant : tu as juré d’exercer la bienfaisance envers les hommes on général, tu la dois de préférence à ton frère qui gémit. S’il est dans l’erreur, et qu’il s’égare, viens à lui avec les lumières du sentiment, de la raison , de la persuasion ; ramène à la vertu les êtres qui chancellent, et relève ceux qui sont tombés.

§ III.— Si ton cœur ulcéré par des offenses vraies ou imaginaires, nourrissait quelque inimitié secrète contre un de tes frères, dissipe à l’instant le nuage qui s’élève : appelle à ton secours quelque arbitre désintéressé ; réclame sa médiation fraternelle : mais ne passe jamais le seuil du Temple avant d’avoir déposé tout sentiment de haine et de vengeance. Tu invoquerais en vain le nom de l’Éternel, pour qu’il daignât habiter dans nos Temples, s’ils ne sont purifiés par les vertus des frères et sanctifiés par leur concorde.


ARTICLE IX.

Devoirs envers l’Ordre.

§ Ier.- Lorsque enfin tu fus admis à la participation des avantages qui résultent de l’association Maçonnique, tu lui abandonnas en échange tacitement une partie de ta liberté naturelle :
accomplis donc strictement les obligations morales qu’elle t’impose ; conforme-toi à ses sages règlements et respecte ceux que la confiance publique a désignés pour être les gardiens des bis et les interprètes du vœu général. Ta volonté dans l’Ordre est soumise à celle de la loi et des supérieurs : tu serais un mauvais frère, si tu méconnaissais jamais cette subordination nécessaire dans toute société, et la nôtre serait forcée de t’exclure de son sein.

§ II.— Il est surtout une loi dont tu as promis à la face des cieux la scrupuleuse observance : c’est celle du secret le plus inviolable sur nos rituels, cérémonies, signes et la forme de notre association. Garde—toi de croire que cet engagement est moins sacré que les serments que tu juras dans la société civile. Tu fus libre on le prononçant : mais tu ne l’es plus de rompre le secret qui te lie. L’Éternel que tu invoquas comme témoin, l’a ratifié : crains les peines attachées au parjure : tu n’échapperais jamais au supplice de ton cœur, et tu perdrais l’estime et la confiance d’une société nombreuse, qui aurait droit de te déclarer sans foi et sans honneur.

 

Si les leçons que l’Ordre t’adresse pour te faciliter le chemin de la vérité et du bonheur, se gravent profondément dans ton âme docile et ouverte aux impressions de la vertu ; si les maximes salutaires, qui marqueront pour ainsi dire chaque pas que tu feras dans la carrière Maçonnique, deviennent tes propres principes, et la règle invariable de tes actions ; ô mon frère quelle sera notre joie ! tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l’initiation Maçonnique fait son objet principal. Tu redeviendras la créature chérie du Ciel : ses bénédictions fécondes s’arrêteront sur toi ; et méritant le titre glorieux de sage , toujours libre, heureux et constant, tu marcheras sur cette terre l’égal des Rois, le bienfaiteur des hommes, et le modèle de tes frères.

 

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RER : recès du convent de Wilhelmsbad 1782

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER


Nous Grand Maître général, Maîtres Provinciaux, Grands Officiers, Préfets et Députés des Chapitres du St O des Chevaliers Bienfaisants et des Francs-Maçons, réunis sous le régime rectifié, légitimement assemblés en convent général à Wilhelmsbad près de Hanau pour affermir l'édifice maçonnique confié à nos soins, rectifier les principes et le but de cet Ordre ancien, et réunir ses différentes parties par des liens communs et durables, avons arrêté et statué ainsi qu'il suit.

 


Convaincus dès les premiers pas de nos travaux, que pour entretenir l'activité entre les diverses parties de l'Ordre, et établir peu à peu une uniformité de principes, rits et obligations, il était nécessaire de créer un centre respectable où elles viendraient toutes aboutir, et considérant que notre régime doit sa conservation aux soins infatigables du Ser.me F Ferdinandus a Victoria in Seculo (Duc de Brunswick et Lunebourg) nous n'avons cru pouvoir mieux solenniser notre reconnaissance qu’en Le confirmant dans la dignité de Chef Suprême de toutes les Loges rectifiées, qui Lui a déjà été conférée au convent de Kohlo en 1772, et y ajoutant celle de Grand Maître Général de toutes les provinces de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants et des Maçons Rectifiés, que le vœu unanime de toutes les nations s'est empressé de lui offrir. 

Enjoignons en conséquence à tous les Chapitres, Loges et frères qui suivent notre régime, de Lui rendre en cette qualité l'hommage dû aux vertus éminentes dont Il présente sans cesse le modèle. 

Lui avons transmis par un acte solennel, et exprimant notre confiance entière, 1e droit de convoquer et présider les convents généraux et de diriger par le secours des Maîtres Provinciaux et autres chefs, les divers établissements de l'Ordre. Et avons reçu en échange de Lui une capitulation, gage des principes sages qui le dirigeront dans l'administration de l'Ordre, et de la liberté qui doit en animer les travaux. Enjoignons pareillement à tous les établissements tant maçonniques que de l'Ordre Intérieur de reconnaître pour secrétaire général de l'Ordre entier le R F ab Urna (Schwarz) et d'ajouter foi à tout ce qui sera expédié de sa part, comme chargé de la confiance particulière de l'Eminent.me Grand Maître. Pour faire passer enfin à la postérité un monument de notre heureuse réunion sous un Chef commun et respectable par tant de vertus, nous avons arrêté, qu'il serait frappé une médaille avec son buste et une devise relative à l'époque fortunée de notre convent.

 

II


Un de nos premiers soins s'est tourné vers l'authenticité du système que nous avons suivi jusqu'aujourd'hui et le but final, où il doit conduire nos frères. 

Apres plusieurs recherches curieuses sur l'histoire de l'Ordre des Templiers, dont on dérive celui des Maçons, qui ont été produites, examinées et comparées dans nos conférences, nous nous sommes convaincus qu'elles ne présentaient que des traditions et des probabilités sans titres authentiques, qui puissent mériter toute notre confiance. et que nous n'étions pas autorisés suffisamment à nous dire les vrais et légitimes successeurs des T, que d'ailleurs la prudence voulait que nous quittions un nom, qui ferait soupçonner le projet de vouloir restaurer un Ordre proscrit par le concours des deux puissances, et que nous abandonnions une forme qui ne cadrerait plus aux mœurs et aux besoins du siècle. 

En conséquence nous déclarons, que nous renonçons à un système dangereux dans ses conséquences, et propre à donner de l'inquiétude aux Gouvernements. Et que si jamais quelque Chapitre ou quelque frère formait le projet de restaurer cet Ordre, nous le désavouerions comme contraire à la première loi du Maçon, qui lui ordonne de respecter l'autorité souveraine. A cet effet et pour décliner à jamais toute imputation sinistre et démentir les bruits semés indiscrètement dans le public : nous avons dressé un acte souscrit par nous tous et au nom de nos commettants, par lequel nous consacrons cette détermination sage, et protestons au nom de tout l'Ordre des Francs-maçons réunis et rectifiés devant Dieu et nos frères, que l'unique but de notre association est de rendre chacun de ses membres meilleur et plus utile à l'humanité par l'amour et l'étude de la vérité, l'attachement le plus sincère aux dogmes, devoirs et pratiques de notre sainte religion chrétienne, par une bienfaisance active, éclairée et universelle dans le sens le plus étendu et par notre soumission aux lois de nos patries respectives.

 

III


Nous ne pouvons cependant nous dissimuler, que notre Ordre a des rapports réels et incontestables avec celui des T prouvés par la tradition la plus confiante, des monuments authentiques et les hiéroglyphes mêmes de notre tapis ; qu'il parait plus que vraisemblable que l'initiation maçonnique plus ancienne que cet Ordre, a été connue à plusieurs de ces Chevaliers et a servi de voile à quelques autres au moment de leur catastrophe pour en perpétuer le souvenir. En conséquence, et pour suivre tous les vestiges d'un Ordre, qui parait à un grand nombre de frères avoir possédé des connaissances précieuses, et auquel nous devons la propagation de la science maçonnique nous nous sommes crus obligés de conserver quelques rapports avec lui et de consigner ces rapports dans une instruction historique. et comme nous devons à l'ancien système un plan de Coordination utile et des divisions avantageuses pour maintenir le bon ordre, et qu'en renversant la forme extérieure de notre gouvernement nous romprions sans motif les liens, qui unissent les différentes parties ; nous avons arrêté, que ces rapports seraient conservés dans un Ordre équestre, connu, sous le nom de Chevaliers Bienfaisants et chargé du régime et de l'administration des classes symboliques. 

Nous avons divisé la réception dans cet Ordre intérieur en deux époques avons arrêté le rituel pour la réception des novices, qui doivent être instruits des devoirs, dont ils contractent l'engagement, et avons approuvé l'esquisse du cérémonial de l'armement même des chevaliers, qui reçoivent cette dignité comme récompense de leurs efforts dans la carrière de la bienfaisance, qui nous a été présentée, et dont la rédaction a été confiée au F a flumine (de Turckheim). Mais comme quelques Provinces ou Préfectures pourraient avoir quelque raison particulière, pour ne pas se servir de cette dénomination de Chevaliers Bienfaisants et de la formule de leur réception, ou être gênés par des circonstances locales, dont nous remettons le jugement à la prudence de notre Éminentissime GMG nous voulons et entendons leur laisser la liberté d'y ajouter les modifications jugées convenables, sans rompre ou altérer pour cela leur union avec l'ensemble de l'Ordre, dont la connexion plus étroite a été un des principaux mobiles de nos travaux.

Avons accordé pareillement aux trois Provinces françaises, qui depuis leur réforme nationale avaient adopté le titre de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, auquel elles attachaient un prix particulier, la liberté de continuer de s'en servir. 

En conservant enfin à cette Chevalerie chrétienne une croix, un habillement uniforme, les noms d'Ordre et la bague pour se reconnaître, nous prescrivons pour les dates I'usage de l'Ere du salut et du calendrier réformé, en abolissant dans les actes celui de l'Ere de l'Ordre établie auparavant. 

 

IV


Notre attention principale s'est portée sur les rituels des trois premiers grades, base commune de tous ceux, qui s'appellent Maçons. Occupés à réunir sous une seule bannière les autres régimes, nous sentions, qu’il était impossible de l’effectuer, sans conserver tous les emblèmes essentiels et en séparer ceux que l’esprit du système y avait ajoutés. 

Pénétrés intimement, que les hiéroglyphes de ce tableau antique et instructif, tendaient à rendre l'homme meilleur et plus propre à saisir la vérité, nous avons établi un comité, pour rechercher avec le plus grand soin, quels pouvaient être les rituels les plus anciens, et les moins altérés; nous les avons comparé avec ceux arrêtés au Convent des Gaules, qui contiennent des moralités sublimes et en avons déterminé un pour les grades d'Apprenti, Compagnon et Maître, capable de réunir les Loges divisées jusqu'ici, et qui se rapprochât le plus de la pureté primitive. Nous publions ce travail, et invitons nos Loges à le méditer et à le suivre ; permettant aux Provinces, qui auraient des observations à y faire, de les communiquer à notre Emment.me GM Général d'ici à un an. 

Et comme dans presque tous les régimes il se trouve une classe Ecossaise, dont les rituels contiennent le complément des symboles Maçonniques, nous avons jugé utile d'en conserver une dans le nôtre, intermédiaire entre l'Ordre symbolique et intérieur; avons approuvé les matériaux fournis par le comité des rituels, et chargé le RF ab Eremo, (WiIIermoz) d'en faire la rédaction.

Nous avons lieu d'espérer qu'établissant pour première loi des principes de tolérance pour les autres régimes, et ceux d'une bienfaisance active, éclairée et universelle pour caractéristiques du nôtre ; nous obtiendrons la réunion désirée avec tous les bons Maçons : but que nous nous proposons principalement, et déclarons que nous ne reconnaîtrons pour fausses et contraires à la vraie Maçonnerie, que ces grades dont les principes seraient opposés à la religion, aux bonnes mœurs et aux vertus sociales.

 

V


Malgré que nos Loges se soient toujours empressées d'enseigner à leurs membres les préceptes de la morale la plus pure et de graver surtout dans le cœur des nouveaux reçus les leçons de la sagesse et de la vertu : nous avons cru devoir faire composer une règle générale pour tous les Maçons, qui leur traçât avec énergie ce qu'ils doivent à Dieu, à leur prochain, à eux mêmes, à leurs frères et à l'Ordre en général; nous avons par conséquent adopté une règle, écrite dans les deux langues, pour être lue au Candidat lors de son initiation, et avons donné pareillement notre sanction à une paraphrase de cette même règle contenue en neuf articles, pour être soumise à sa méditation ultérieure et être lue quelquefois l'année dans nos Loges.

Et comme les Chevaliers Bienfaisants se dévouent plus particulièrement à la défense de notre sainte religion chrétienne, de l'innocence opprimée et de l'humanité souffrante, et que nos fonds sont consacrés à des établissements de bienfaisance, nous avons fait rédiger une règle, qui leur expliquât d'une manière plus positive leurs engagements et les principes, qui doivent diriger l'Ordre Equestre ; voulons et entendons, que cette règle, soit adoptée par tout Chevalier, comme norme de sa conduite dans l'Ordre, et lui soit lue lors de sa réception soit dans l'original latin, soit dans une des traductions.

 

VI


Le défaut d'un bon code de lois, qui établisse d'un côté autant d'uniformité qu'il est possible entre les différents établissements sans trop gêner d'un autre côté les convenances locales, est cause des variations et des schismes que l'Ordre des Maçons a éprouvé jusqu'ici. Nos Convents antérieurs ont déjà senti la nécessité d'y porter remède, et celui des Provinces françaises a fourni des esquisses précieuses : nos vues ont dû s'arrêter sur le même objet, et nous avons vu avec plaisir un plan pour classer les différentes parties de cette législation, par le F a Fonte Irriguo (de Kortum). Nous en avons discuté plusieurs principes, et nous les communiquerons à toutes les Préfectures pour faire leurs observations sur ce travail. Mais nous aurions prolongé nos séances au delà du temps limité par les occupations civiles de nos députés, si nous avions voulu en entreprendre la rédaction.

Nous nous sommes donc bornés, à approuver l'introduction à ce code, dans laquelle on fait sentir la nécessité des lois positives, les abus et les erreurs, qui jusqu'ici ont infesté l'Ordre; les moyens de lui rendre sa pureté, et le précis des vues générales de l'Ordre, et des principes, qui doivent diriger la conduite de ses établissements et de ses membres. Nous enjoignons aux Loges de méditer souvent cette introduction: et estimons qu'on s'en servira avec succès pour donner aux Loges d'un régime étranger une idée favorable du nôtre et les amener à la réunion que nous désirons. 

Nous avons enfin chargé les FF a Fonte Irriguo, a Circulis (Comte de Virieu) a Lilio Convallium (Bode) a Flumine (de Turckheim) de la rédaction de ce code, les priant chacun d'en faire deux, dont l'un trace des principes simples et fondamentaux, qui puissent convenir à toutes les Provinces, et l'autre soit détaillé et motive les différentes lois générales et locales même, qu'ils croiront les meilleures pour que chaque Province puisse y puiser à son choix ce qui lui sera le plus convenable. 

Nous comptons envoyer le travail de ces quatre frères aux Provinces, et lorsque celles-ci auront communiqué leurs observations sur ces ouvrages, nous remettrons tous ces matériaux au Fab Equo Bellicofo (de Rosskampff) que nous avons désigné comme une personne agréable à tous, pour rédiger un seul code général.
 

VII


Apres avoir fixé un centre commun, nous devions nous occuper des parties constituantes et supérieures dans l'Ordre et revoir la matricule générale des Provinces qui relèvent immédiatement du Grand Maître Général. 

Faisant donc droit sur les demandes du Grand Prieuré d'Italie, ci-devant un des deux grands Prieurés de la Ville accordées depuis plusieurs années par le voeu unanime des Provinces, exprimées vis-à-vis du Ser.me F a Victoria, nous le séparons du grand Prieuré d'Allemagne et y joignant l'Archipel et la Grèce, le proclamons Province du S 0 considérant en outre, qu'ayant renoncé au système de restauration de l'Ordre des Templiers, il serait peu conséquent et peu analogue à cette détermination de conserver l'ancien Ordre de la matricule : nous recevons entre nos mains toutes les grandes charges de l'Ordre annexées jadis aux maîtrises provinciales, sans qu'aucun membre individuel, de l'Ordre puisse en être revêtu dorénavant. Abrogeons les anciennes dénominations des Préfectures et Commanderies comme relatives entièrement à l'Ordre des Templiers, déclarons que le nombre des Provinces ne devra pas être borné nécessairement à celui de IX mais qu'il dépendra des circonstances et des besoins de l'Ordre; que cependant pour le moment nous ne voyons pas de nécessité de l'augmenter, puisque les deux Provinces qui portaient le nom d'Aragon et de Léon dans l'Ordre, ne sont pas en activité, qu'il nous reste peu d'espoir de porter les établissements Maçonniques de la Grande Bretagne à une réunion solide et convenable, et que nous croyons devoir déclarer ces trois places vacantes. Partant de ce principe nous assignons le premier rang à celle de la Basse-Allemagne, qui portait jusqu'ici, dans l'Ordre le nom de VII.e comme à la plus ancienne des restaurées; conservons à l'Auvergne, l'Occitanie et la Bourgogne leur rang de II. III. et V. que cette dernière a déclaré expressément vouloir conserver; accordons le titre de IV. à l'Italie; celui de VI.e à la haute Allemagne et vu la requête des établissements du S 0 dans les états Autrichiens, tendant à être réunis conformément aux voeux de leur Auguste Souverain en une Province, ou corps national, et le consentement des autres Provinces, surtout de celles spécialement intéressées, proclamons la Province d'Autriche VIIe dans l’Ordre, la composant des chapitres de Vienne, Hongrie et Transylvanie, et y ajoutant la Préfecture de Prague, et les établissements en Galicie et Lodomérie, appartenant jusqu' aujourd'hui à la I.e Démembrons en outre la Lombardie Autrichienne du ressort de la IV.e et la Flandre Autrichienne de celui de la V.e pour les réunir à cette nouvelle Province. et désirant enfin ménager toutes les voies de conciliation au Chapitre national de la Suède, dont nous ne pouvions reconnaître l'érection en IX.e Province, comme faite sans le concours des autres Provinces; mais considérant en même temps que la Russie, qui devait faire partie du ressort de la Suède d'après d'anciennes conventions, était un pays vaste, réuni sous une souveraine puissante, qui verrait avec peine une dépendance étrangère, et contenant déjà beaucoup d'établissements d'ordre prêts à embrasser notre régime, et qui avoient demandé expressément d'être réunis en Province séparée; nous proclamons la Russie VIII.e Province du S 0et laissons ouvert le rang de IX.e pour le Chap. de la Suède, qui paraît attacher quelque prix à ce titre et à cette dénomination et avec lequel nous nous empresserons de renouer les liens de la fraternité dès que des circonstances heureuses nous en présenteront les moyens.

Et comme nous avons adopté le principe, de réunir dans un ressort les établissements, qui sont sous une même domination du moment que l'autorité souveraine parait le désirer; nous faisons droit sur la demande faite au nom du Révérendissme Maître Provincial et de la IVe Province dite Italie ; pour réclamer la Préfecture de Chambéry, qui avait jusqu'à ce jour fait partie de la II.e Province. 

Les limites entre les trois Provinces françaises enfin, ayant été changées par le Convent national des Gaules, nous les rétablissons dans l'état où elles étaient avant cette époque, surtout entre la Il.e et III.e ; invitons la II.e et V.e à définir les leurs à l'amiable, à recourir en cas de différent à l'arbitrage de S.E.G.M. G. et surtout la II.e à dédommager la V.e par une répartition plus égale de leur ressort; de la partie considérable qui vient d'être retranchée à la dernière par les cessions faites à la Province d'Autriche. 

VIII


Les Préfectures relèveront immédiatement des Provinces sans instances intermédiaires des Prieurés ; si nous désirons d'un côté, que cette forme soit observée dans les Provinces nouvellement établies, nous n'entendons pas d'un autre gêner la volonté et les vues locales de celles qui existent déjà sous une autre forme, et accordons nommément à la II.e et IVe Province la liberté nécessaire de conserver les divisions de leur Provinces en Prieurés, et de subordonner leurs Préfectures à ceux ci. 

Ayant déjà conclu avec la Loge nationale d'Hollande il y a trois ans un traité d'union et de fraternité, qui a été suivi peu après de l'établissement d'un Chap. à La Haye, nous avons admis le Député de ce Corps natio­nal à nos conférences, et celui ci nous ayant exposé le vœu du Chap. des Bataves, de devenir grand Prieuré de la VI.e ayant son Directoire et son Chapitre séparé de celui de la haute Allemagne, et immédiatement soumis au Ser. M.e Provincial, sans l'intervention d'un Chap. Provincial, nous élevons ledit Chapitre des Bataves de l'avis et de consentement du Sen. F a Leone Resurgente, Maître Provincial de la VI.e (Prince Charles de Hesse - Cassel) et de son conclave Provincial, en grand Prieuré exempt, et reconnaissons pour grand Prieur le Ser.e FFridericus a Septem Sagittis (Prince Frédéric de Hesse-Cassel.) 

Les FF de la Pologne nous ayant fait une demande pareille par le F a Fonte Irriguo leur Député ; nous n'avons pas encore cru leurs établissements consolidés suffisamment pour pouvoir y déférer, et les retenons encore quant à présent sous le Chap. Provincial de la I.e mais en même temps nous avons statué, qu'en cas que plusieurs établissements réunis sous une seule domination, jalouse de leur indépendance, nous demandassent une existence séparée, et qu'il n'y eut pas encore un nombre de Chapitres convenable, pour être érigés en Province, ou que d'autres motifs s'y opposassent; on pourra leur accorder le rang et titre de grand Prieuré exempt, immédiatement, soumis à notre GM. Général. 

Quant au G. Prieuré d'Helvétie, nous entendons, que le concordat, qui a été fait entre lui et notre Chap. provincial de la V.e soit exécuté et maintenu, et que les établissements Maçonniques de la Suisse jouissent des exemptions qui leur y sont assurées, en continuant de reconnaître le Maître et Chap. Provincial de la V.e pour leurs supérieurs. 

 

IX


Rien ne nous tenant à cœur autant que de faire régner la concorde et la bonne harmonie entre les différents établissements d'une même Province, nous voyons avec peine la mésintelligence qui divise depuis plusieurs années les deux Prieurés de Bordeaux et de Montpellier dans la III.e Prov.e. La médiation de notre Em. G. M. Général et des II.e et V.e Provinces ayant été infructueuses jusqu'ici, nous espérions les terminer en ce Convent à la satisfaction commune ; mais le Chap. de Bordeaux n’ayant pas répondu à l'invitation de comparaître en Convent, celui de Montpellier a réclamé nos conseils fraternels et un arrêt conciliatoire, quoique définitif sur les limites, privilèges et rapports de ces deux Loges ; nous les invitons donc à se rapprocher et à oublier le passé. chargeons les FF a Circulis et a Capite Galeato (Marquis de Chefdebien) d'interposer à cet effet leurs bons offices : autorisons le Chap. de Montpellier à exercer d'ici à la fin de 1783 dans tout le ressort de son Prieuré, et passé cette époque, dans tout celui de la IlI.e Prov.e tous les droits des supérieurs, jusqu'à ce que le Cha.e de Bordeaux accède aux arrêtés de ce convent, et approuve ce que Montpellier aura fait dans l'intervalle : avertissons le Chap. de Bordeaux de ne pas procéder à une élection d'un Maître Provincial sans le concours de celui de Montpellier, et autorisons ce dernier passé le 1er janvier 1784 d'y procéder seul en cas que Bordeaux ne se soit pas mis en règle d'ici à ce terme : entendons enfin qu'en cas de formation du nouveau Chap. Provincial on partage les charges entre les deux Prieurés et qu'un commissaire de S. E. le G.M. G. y assiste la première fois, pour y remplir les fonctions de médiateur.
 


SE le G. M. G. ayant trouvé convenable pour le bien de la I.e Province, que son Directoire soit transféré de Brunswick, nous proposons aux Grands Officiers et Préfectures, de l'établir à Weymar vu la sûreté dont on y jouira pour les archives. Transférons pareillement de l'avis et vœu du Maître Provincial et du Chap. de la VI.e le Directoire de la haute Allemagne de Meinungen à Heidelberg, et en proclamons Président le R F a Tumba Sacra (Baron de -DablBerg). Sur la demande faite au nom des FFet  du Palatinat et accueillie favorablement par la VI.e Province, nous proclamons en son nom la Préfecture du Palatinat: reconnaissons pareillement sur le consentement de la I.e Province le Chapitre Prépositural de Brémen comme Préfecture exempte : et érigeons enfin de l'exprès consentement du Révérendissime M.e Provincial du Chap. Provincial et Visiteur général de la V.e la Commanderie du S 0 à Metz en Préfecture régulière, sauf à la faire installer légalement par un Commissaire de la Province. 

 

XI


Pour assurer le bon ordre dans nos Loges et en voir épurer de plus en plus la composition, nous avons dès actuellement fixé quelques principes, qui doivent entrer dans le nouveau code. Nous établissons donc les Loges Ecossaises composées des Ecossais de l’arrondissement et présidées par le Commandeur de maison Député-Maître, comme Inspectrice et première instance des Loges bleues ou symboliques; n'accordant aux Ecossais d'autre prérogative en Loge bleue que celle des Maîtres, à moins qu'ils soient officiers de la Loge lesquels formeront un Comité à la demande des Vénérables pour préparer les affaires à délibérer par devant les Loges.

Fixons dorénavant le nombre essentiel de ceux ci à sept, savoir le Vénérable, les deux Surveillants, l'Orateur, le Secrétaire, le Trésorier et Éléemosinaire, auxquels chaque Loge pourra adjoindre un Maître des Cérémonies et un Économe ; enjoignons aux Loge de ne recevoir aucun Candidat au dessous de 21 ans accomplis, et prouvé par extrait baptistaire, en faisant remise d'un an à ceux qui seront présentés par leurs pères, membres de la Loge ; mais en n'accordant aucune dispense et exigeant que jusqu'à l'âge de 25 ans on rapporte le consentement du père, à moins que le fils ne soit émancipé, et pour ne pas multiplier à volonté les réceptions et borner le nombre des membres par Loge nous faisons la loi expresse, que jamais aucune Loge ne pourra être composée de plus de 54 frères et que du moment que ce nombre sera rempli, on ne puisse recevoir qu'en cas de vacance. 

Nous avons enfin arrêté, qu'au défaut du Vénérable Maître, la Loge ne soit pas présidée par l'Ex-maître, mais que le droit de Présidence soit alors dévolu au 1er Surveillant et que celui - là rentre du moment de la cessation de ses fonctions, dans la classe des Ecossais et ne conserve d'autre prérogative que celle de porter à la boutonnière une petite marque, de son ancienne dignité. 

XII


Et comme enfin nous sommes plus jaloux de persuader que de contraindre, et que nous reposant tranquillement sur la bonté de nos intentions, nous n'avons eu d'autre but que celui d'épurer notre régime et d'y réunir tous les frères, qui sont animés de l'amour du bien; nous n'avons pas jugé convenable d'exiger une acceptation pure et simple de nos Chapitres mais nous leur laissons la liberté d'examiner d'ici à la fin, de 1783 nos opérations et de déclarer au bout de ce terme, s'ils veulent en acceptant le travail du Convent continuer d'adhérer à notre régime, ou s'ils préfèrent de s'associer à tel autre. Nous ne craignons pas d'avancer que celui qui sera fondé sur les bases les plus solides et qui enseignera avec le plus de succès les vérités religieuses et morales, et les vertus sociales et patriotiques; présentera les moyens les plus efficaces pour exercer la bienfaisance dans toute son étendue, devra nécessairement entraîner la confiance de tous ceux, qui savent apprécier ces avantages. 

Nous Grand Maître Général & membres Capitulaires du Convent réitérons et déclarons, que ces arrêtés sont conformes aux délibérations générales et doivent guider les Chapitres et les Loges auxquelles ils seront dûment insinués par les Directoires Provinciaux.

En foi de quoi nous les avons tous signé de notre nom.
Fait à Wilhelmsbad le I.er septembre 1782.

Signé par le Président et tous les Députés présents au Convent.

Concordat cun Originali
in Archivo Mag.
Generalis deposito.

 

commentaires

RER : code de 1778

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER


INTRODUCTION.


N UL ordre, nulle société ne peut exister sans lois. L'exécution de ces lois assure la prospérité de la société ; leur oubli ou leur infraction en amène la décadence & la ruine.


LA
sagesse de celles qui dirigent l' Ordre Maçonnique, aussi respectable par son ancienneté que par son utilité, l'a fait triompher du temps & de ses adversaires, malgré les atteintes que lui ont portées quelques-uns de ses membres , soit par leurs vices personnels , soit par les abus multipliés, qu'ils ont tâché d'y introduire. S'il a perdu de son ancienne splendeur dans quelques contrées de l'Europe c' est à ces membres corrompus qu'il faut l' attribuer, le vulgaire ayant injustement rendu réversible sur le corps entier ce qui le scandalisait dans des individus, qui , malgré le beau nom dont ils se paraient étaient cependant tout-à-fait étrangers à l' Ordre Maçonnique. Mais les mêmes vertus , qui l'ont préservé , peuvent encore lui rendre toute fa gloire , & même il n'a jamais cessé d' en jouir dans les lieux où la pratique. de ces vertus a été la base de tous ses travaux.


ON
ne peut cependant se dissimuler, que cette espèce de Maçons qui prétendent avoir acquis ce titre par la cérémonie de leur réception , quelque irrégulière qu'elle ait été, se sont multipliés considérablement dans certaines contrées, où il se trouvait peu ou point d' établissements réguliers ; ignorant les véritables lois de l' Ordre ils en ont créées d'arbitraires , qui favorisaient leur ambition & leur cupidité ; ils ont porté dans ces nouvelles & nombreuses sociétés le goût pour l' indépendance & pour les plaisirs bruyants que l' Ordre a toujours condamné , & pour soutenir l'espèce de considération ; qui était nécessaire à leurs vues intéressées . & qu'ils avaient surpris par les dehors mystérieux d'une fausse science, ils ont surchargé leurs cérémonies de nouvelles productions toujours plus chimériques & plus absurdes les unes que les autres, & dont le plus grand nombre des Maçons a été longtemps la dupe.


M
AIS tandis que l' erreur multipliait ainsi les prosélytes, les vrais Maçons plus circonspects dans leur marche & plus difficiles dans leur choix faisaient des progrès lents mais assurés Moins jaloux de captiver la multitude que d'acquérir de dignes Frères , ils attendaient en gémissant que le prestige eut cédé , & que reconnaissant l'erreur dans laquelle on avait été entraîné , on marquât un désir sincère d'entrer dans les vues. légitimes de l'Ordre & de suivre scrupuleusement les lois, en le dépouillant de tout intérêt personnel & de tout esprit de domination. Mais dédaignant par principe ces grands moyens, qui assujettissent les volontés ils ne devaient attendre cette importante révolution que du temps & de la disposition libre des esprits.


CEPENDANT
quelques Maçons plus zélés qu' éclairés mais trop judicieux pour se nourrir longtemps de chimères, & lassés d'une anarchie dont ils sentaient le vice, firent des efforts pour se soustraire à un joug aussi avilissant. Des Loges entières dans diverses contrées, sentant la nécessité d'un centre commun dépositaire d' une autorité législative se réunirent & coopérèrent à la formation de divers grands Orients. C’était déjà de leur part un grand pas vers la lumière mais à défaut d'en connaître le vrai point central & le dépôt des lois primitives, elles

suppléèrent au régime fondamental par des régimes arbitraires particuliers ou nationaux, & par les lois qui ont pu s'y adapter. Elles ont eu le mérite d' opposer un frein à la licence destructive, qui dominait partout, mais ne tenant point à la chaîne générale , elles ont rompu l'unité en variant les systèmes.

DES Maçons de diverses contrées de France , convaincus que la prospérité & la stabilité de l'Ordre Maçonnique dépendaient entièrement du rétablissement de cette unité primitive., ne trouvant point chez ceux , qui ont voulu se l'approprier , les signes , qui doivent la caractériser, enhardis dans leurs recherches par ce qu'ils avoient appris sur l'ancienneté de l' Ordre des Franc-maçons, fondé sur la tradition la plus constante , sont enfin parvenus à en découvrir le berceau ; avec du zèle & de la persévérance ils ont surmonté tous les obstacles & en participant aux avantages d'une administration sage & éclairée , ils ont eu le bonheur de retrouver les traces précieuses de l'ancienneté & du but de la Maçonnerie.


UNE
autre erreur bien commune & bien dangereuse enfantée dans ces temps de troubles & d'anarchie que nous déplorons , & accréditée depuis par l' usage . consistait à regarder les fonds d'une Loge , provenant des réceptions, comme lui appartenant en propre , sans reddition de compte à ses supérieurs ; de-là la multitude de Loges formées sans constitutions légales pour favoriser la cupidité de quelques prétendus maîtres & de ceux, avec qui ils voulaient bien partager les produits de leur trafic. De-là encore ces dépenses énormes employées en banquets trop somptueux, & en futiles & magnifiques décorations qui n'étant plus surveillées ont absorbé des fonds, dont la destination était bien plus précieuse , & ont été comme autant de larcins faits aux vues de bienfaisance qui caractérisent l'Ordre, & qui devaient le rendre. respectable aux yeux des profanes.

IL était toutefois aisé , en réfléchissant sans intérêt personnel d' après les principes d' une raison éclairée, de reconnaître que les Loges ne font que des sociétés particulières, subordonnées à la société générale, qui leur, donne l' existence & les pouvoirs nécessaires pour la représenter dans cette partie d'autorité qu'elle leur confie; que cette autorité partielle émane de celle qui réside essentiellement dans le centre commun & général de l'Ordre, représenté, par ces Corps préposés à l' administration générale & particulière des différents districts & au maintien & à l'exécution de ses lois; qu'aucune d'elles ne peut exister régulièrement, que par un consentement exprès des chefs légitimes de l'Ordre, constaté par la patente de constitution qu'ils lui donnent à la charge de se conformer aux lois statuts & règlements de l'Ordre, sans laquelle tous les actes de la Loge seraient nuls & clandestins, & les rétributions qu'elle exigerait, une véritable concussion; qu'en vertu de cette constitution, la, Loge acquiert à la vérité la faculté & le pouvoir de recevoir légitimement au nom de l'Ordre dans les quatre grades maçonniques, & de percevoir les rétributions prescrites , mais que le produit de ces rétributions appartient proprement à l'Ordre en général, vu que les Loges n'agissent, & ne peuvent agir – qu’ en vertu des pouvoirs qu elles en ont reçus.


IL
s' enfuit que l'Ordre , devant pourvoir au bien-être de tous ses établissements doit céder aux Loges sur ce produit tout ce qui est nécessaire à leur entretien, & un excédent, qui puisse les mettre en état, par une sage économie, de remplir d'une manière satisfaisante & solide les vues bienfaisantes de l' institut ; mais qu'il peut & doit s'en réserver une portion, pour l' exécution des mêmes projets pour l’Ordre en général , & pour subvenir aux frais considérables dune administration aussi étendue qu'elle est importante., Cette manière de voir plus sage & plus vraie, en prévenant les déprédations & les dépenses inutiles & immodérées, aurait produit en France les effets les plus salutaires, & aurait rendu l'Ordre des Maçons aussi respectable aux yeux du vulgaire qu'il a été avili par les abus. Pour s'en convaincre, il ne faut que jeter les yeux sur les contrées du nord de l'Europe, où l'esprit de l’ institut s'est mieux conservé . On verra avec autant de plaisir que de surprise les immenses secours , que les Directoires ont procuré dans toutes les circonstances calamiteuses, & les établissements patriotiques qu'ils y ont formé pour le soulagement de l'humanité. Pourquoi donc les Maçons français aussi compatissants & généreux qu' aucun autre peuple de l’ Europe, ne s'empresseraient-ils pas d'imiter de si grands exemples, en s'unissant à un régime si utile & si satisfaisant, surtout lorsqu'ils auront la certitude , que le dépôt des produits & son emploi est rigoureusement surveillé & administré avec sagesse. C'est ce dont ils vont être instruits par le précis du gouvernement général & particulier de l'Ordre.

PRÉCIS

Du gouvernement général de l’Ordre

des Franc- maçons, d’après les lois

fondamentales , observées dans le

régime réformé & rectifié


 
L’ ORDRE entier de la Franc - maçonnerie rectifiée est gouverné par un Grand- Maître général, par des grands - Maîtres nationaux & Administrateurs provinciaux, & par  des Directoires Écossais & des grandes Loges Écossaises, qui ont sous leur inspection ou tout l’ Ordre en entier, ou une nation, ou une province, ou un district, ou un département particulier.

    CHAQUE Grande Loge Écossaise est composée d’un Chef ou Président , des officiers nécessaires à la régie de son département & des Députés – Maîtres, qui y sont compris, & qui sont chargés d’inspecter chacun les Loges de son arrondissement particulier, & d’en rendre compte à la grande Loge Écossaise.

   CHAQUE Directoire Écossais est composé de son Président , des représentants des Grandes Loges Écossaises, & des officiers nécessaires à l’administration de son district.

    LES grands Directoires provinciaux sont composés d’un Administrateur général,d’un visiteur, d’un chancelier, & des Représentants des Directoires & Grandes Loges Écossaises.

    LE grand Directoire national enfin est présidé par le Grand – Maître national , comme chef principal de la nation, des administrateurs provinciaux, des présidents des Directoires, & des conseillers & officiers nécessaires pour sa régie & pour son administration.

    PAR le moyen de l’ ordre ainsi établi, les Loges & établissements inférieurs sont régulièrement représentés dans les corps supérieurs, & concourent à tous les actes qui en émanent. L’autorité réside dans tout l’ Ordre assemblé régulièrement en Convent général. Les Convents nationaux & provinciaux peuvent fixer la législation particulière d’une nation ou province, en tant qu’elle n’est pas contraire aux lois générales de l’Ordre.

    LES causes litigieuses maçonniques sont jugées en première instance par le Comité Écossais de chaque Loge , présidé par le Vénérable Maître. De –là elles peuvent être portées par appel à la grande Loge Écossaise ; de là au Directoire Écossais, & enfin en dernier ressort au grand Directoire national, mais sans effet suspensif.

    LES objets de finance, qui regardent la Loge, sont discutés dans le Comité Écossais, & ensuite communiqués à la Loge entière, & les comptes sont visés par le Député- Maître & envoyés à la grande Loge Écossaise, pour y être examinés. On ne peut disposer des fonds d’une Loge qu’avec le consentement de ses membres. La même chose a lieu pour les caisses des établissement supérieurs.

    C’est d’après ces principes, que sont rédigés les Règlements généraux à l’usage des Loges réunies ; Règlements qui sont d’autant plus à la convenance de chacun, que tout engagement dans quelque classe ou établissement de l’Ordre que ce soit, admet & autorise de droit les réserves de ce qu’on doit au Souverain, au gouvernement, à la religion qu’on professe, & aux devoirs particuliers de l’état qu’on a embrassé.

   TOUT Frère, reçu dans une Loge rectifiée, ou affilié à ses travaux, est tenu de signer ce Code Maçonnique, & de promettre de s’y conformer & de concourir à en maintenir l’exécution. Il est permis cependant à chaque Loge de faire des Règlements particuliers sur ce qui dépend de son local, pourvu qu’ils ne soient pas contraires à ces Règlements généraux & qu’ils soient approuvés par la grande Loge Écossaise, ou par le Directoire Écossais dont elles dépendent. Ils seront joints alors aux premiers, & signés de tous les Frères de la Loge.

   ON trouvera placé en tête de ces règlements généraux les qualités qu’on exige dans le Franc- maçon, membre d’une Loge réunie, les devoirs moraux qui lui sont imposés, les soins que prennent les Loges rectifiées pour la conduire & le bien-être de leurs membres, & l’esprit de fraternité & la liaison intime entre les Frères, qui caractérisent les Loges réunies & rectifiées. 

Des qualités & des devoirs d’un

 vrai Franc- Maçon


LE premier engagement  du Franc -maçon en entrant dans l’Ordre, est d’observer fidèlement ses devoirs envers Dieu, son Roi, sa patrie, ses Frères & soi – même. Il ne le prête après qu’on s’est assuré du respect qu’il porte à la Divinité, & de l’importance qu’il attache aux devoirs de l’honnête- homme . La cérémonie de sa réception, tout ce qu’il voit & entend, lui prouve que tous les Frères sont pénétrés de l’amour du bien. Tous se sont engagés par les promesses les plus saintes, d’aimer & de pratiquer la vertu, de se vouer à la charité & à la bienfaisance, & de respecter les liens, qui les unissent  l’Ordre & à leurs Frères.

LES temps sont passé où, méconnaissant l’esprit de la vraie Franc-maçonnerie, on n’a jugé du mérite d’un candidat que par l’augmentation des fonds ; où l’obligation maçonnique n’était qu’un jeu de mots, & les cérémonies de réception qu’un amusement puéril & souvent indécent ; ces temps, où l’on rougissait en public de ce qu’on approuvait en Loge, a où l’on craignait de rencontrer dans la société civile un homme,qu’on venait d’embrasser comme Frère. Ils sont passés ces temps malheureux, la honte de la maçonnerie, & nous tirerons le rideau sur des abus, auxquels une sage réforme a porté remède.

 FIDÈLE aux lois primitives de l’Ordre, la Franc-maçonnerie d’après le régime réformé & rectifié, exige dans le candidat un désir sincère de devenir meilleur & d’appartenir à un Ordre, qui ne se montre au dehors que par des bienfaits, & qui compte parmi ses membres ce qu’il y a de plus respectable dans la société civile. On fait des perquisitions exactes sur son caractère, ses principes & ses moeurs, & on s’informe soigneusement, si son cœur est ouvert aux cris des malheureux, & s’il fait aimer & apprécier les douceurs de l’amitié. Si on n’a pas proscrit toute perception pécuniaire, c’est qu’on a vu, qu »en renonçant à tout objet d’économie& de finance, on se priverait de la principale ressource pour faire le bien. Il suffit qu’on soit persuadé, que l’argent qu’on donne est administré avec sagesse & employé utilement. C’est mériter la reconnaissance d’un homme bien né que se servir des moyens qu’il offre pour faire des actes de bienfaisance.

LES Loges réunies & rectifiées regardent donc les mœurs avec raison comme un objet important & digne de toute leur attention. C’est surtout à l’égard des jeunes Maçons que cette attention se manifeste. Dès qu’un homme a été jugé digne d’être associé aux travaux maçonniques, il est sûr de trouver dans ses frères des guides sages & prudents ; tous les yeux sont ouverts sur sa conduite. On le reprend avec douceur, lorsqu’ il tombe dans quelque faute , il est ramené quand il a le malheur de s’égarer, il est soutenu dans ses entreprises difficiles, on lui témoigne hors de la Loge comme dans son enceinte les égards dus à son mérite ; quelles que puissent être les barrières que la fortune ou la distance des états aient mis entre eux. Si des exhortations secrètes & fraternelles ne suffisent pas pour ramener un jeune Maçon qui s’est égaré, on a recours à des moyens plus efficaces ; on le suspend d’un certain nombre d’assemblées, ou on l’exclut totalement. Car l’indulgence serait déplacée & même criminelle dans les cas, où elle compromettrait la réputation d’un Ordre, qui a le pus grand intérêt à la conserver intacte. En pareil cas le jugement d’exclusion ou de longue suspension doit être notifiées à toutes les Loges réunies & rectifiées, non seulement pour qu’elles s’y conforment, mais aussi pour soutenir par cet acte de rigueur & d’éclat la vertu chancelante des faibles. Mais on ne doit punir que pour corriger. Si donc un  tel frère revenait à lui & changeait de conduite, la Loge s’empressera de le réhabiliter, avec la même publicité, qu’elle avait donné à son inconduite.

C’ EST en veillant religieusement sur la discipline maçonnique & en pratiquant scrupuleusement les vertus que l’Ordre enseigne, qu’on réussira à déraciner entièrement les préjugés du vulgaire contre notre Institut, & qu’on rassurera tous les hommes sur le genre & l’objet de nos travaux. Un père éclairé, une mère tendre désireront le moment qu’ils redoutaient jusqu’ici, celui qui ouvrira à leurs enfants les portes de notre temple. On s’accoutumera à regarder nos Loges comme des écoles de bienfaisance, & on envisagera la réception d’un homme, comme le garant de son mérite.

LES voyageurs, séparés  de leurs amis, ont plus besoin que d’autres de l’ attention & des soins paternels des Loges. L’on ne se contente donc pas de les pourvoir de certificats ; on les recommande spécialement à l’amitié & à la bienfaisance des Loges & des frères, qui les composent, & les prie de remplacer auprès d’eux les frères qu’ils viennent de quitter, de les aider de leur conseil & de leur crédit, & de les secourir dans le besoin en les assurant de la réciprocité la plus parfaite. 

 CES soins bienfaisants, imposés comme devoirs stricts & indispensables, deviennent pour les vrais Franc - Maçons des sentiments nécessaires à leur bonheur ; indépendamment de l’estime publique, la pratique des vertus procure des jouissances vraies & durables à ceux, qui les remplissent fidèlement. C’est en aimant qu’on se fait aimer, & ce n’est que quand on inspire ce sentiment, que l’exemple des vertus qu’on donne, produit des effets salutaires & durables.

 

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REAA : decret N°8 du 15 décembre 1808

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du REAA


Concernant les distances à observer dans la collation des différens degrés, ainsi que les Cordons, Bijoux, et autres marques distinctives des divers degrés du rit Écossais ancien et accepté.

 

Le suprême conseil :

Considérant que son décret du 27 novembre 1806, porte, article 5, qu'il arrête chaque année, le 21 mars, le tableau de ceux qui ont été promus aux degrés supérieurs , au 18e ;

Qu'il porte encore, article 6, qu'il ne reconnaît, comme promus à ces degrés, que ceux dont les noms sont compris, chaque année, sur ce tableau, ou qui en présentent un diplôme accordé, dans les autres états et empires, par une puissance dogmatique régulièrement constituée, antérieurement à l'organisation du suprême conseil, et qui aura été visé par lui ;

Que le même décret porte, article 8, que le suprême conseil indiquera incessamment les cordons et bijoux dont les membres du rit écossais ancien et accepté doivent se décorer clans les ateliers maçonniques.

Plusieurs membres du conseil ayant fait observer :


1°. Que l'on voit dans les ateliers maçonniques, beaucoup de maçons décorés de cordons et bijoux dont les noms ne sont point compris sur le tableau ci-dessus énoncé, et qui ne représentent pas même le diplôme du degré.

2. Que la plupart des cordons et bijoux ne sont point conformes à ceux prescrits par les cahiers.

3. Et qu'enfin les hauts degrés sont concédés avec une telle facilité, qu'on ne peut plus, en quelque sorte, les considérer comme la récompense de services rendus à l'Ordre, ou d'une instruction recommandée par les instituts ; que cette excessive facilité provient principalement de ce qu'on n'observe point les distances voulues par les grandes constitutions, pour passer d'un degré à un degré supérieur.

Le suprême conseil croit devoir rappeler aux vrais maçons, qu'une de leurs principales obligations, est de concourir, isolément et collectivement à tout ce qui peut assurer l'éclat et la splendeur du rit écossais ancien et accepté, en observant strictement les principes qui seuls peuvent régulariser la collation des degrés ; en observant la plus parfaite uniformité dans les décors, bijoux et autres ornemens maçonniques dont il est impossible de s'écarter sans dénaturer le symbole, des hiéroglyphes qui enveloppent les mystères de la haute maçonnerie, et enfin en mettant plus de réserve dans la communication des sciences mystérieuses, et plus de sévérité dans la collation des degrés auxquels on ne doit arriver que progressivement, et non avec cette rapidité avec laquelle on voit les maçons passer des degrés symboliques aux plus élevés.

En conséquence le suprême conseil a décrété les dispositions suivantes :


ART. 1.
Le suprême conseil arrêtera, le 21 mars 1809, le tableau de ceux qui, à cette époque, seront reconnus par lui comme régulièrement promus aux degrés supérieurs au 18e, jusques et y compris le 33e degré.

ART. 2. Le suprême conseil invite en conséquence les maçons résidens dans l'étendue de l'empire français, qui ont été élevés aux hauts degrés du rit écossais ancien et accepté, soit en France, soit dans les autres états et empires, par une puissance dogmatique ayant la faculté de les concéder, de faire passer au suprême conseil, avant le 1er mars 18o9, leurs diplômes, ou une copie authentique, pour être visés par lui, et être ensuite compris sur le tableau général qui sera arrêté le 21 mars.

ART. 3. Le suprême conseil invite en outre les ateliers du rit écossais ancien et accepté, à observer scrupuleuse-ment les distances voulues par les instituts, statuts et règle-mens généraux, pour le passage d'un degré à un degré supérieur ; et à ne décorer ceux qui y seront élevés, que des cordons et bijoux spécialement affectés au rit , afin de maintenir la pureté de la dogmatique dans les emblêmes et dans les hiéroglyphes qui en consacrent le mystère.

ART. 4. Le suprême conseil, considérant que les distances pour passer d'un degré à un autre degré supérieur, jusques et y compris le 181 degré, ont été fixées par les grandes constitutions du 6e jour de la 51e semaine de la 7e lune de l'ère hébraïque 5762, article 2, mais que les distances n'ont point été fixées pour tous les degrés, jusques et y compris le 32e, arrête qu'elles seront observées ainsi qu'il suit :

Savoir :

Distances prescrites pour les dix-huit premiers degrés du rit écossais ancien et accepté, par les grandes constitutions du 6e jour de la 31e semaine de la 7e lune de l'ère hébraïque 5762.


Première classe.

De la proposition à l’initiation : 3 mois.
Du premier au deuxième degré : 5 mois.
Du deuxième au troisième : 7 mois.

Total 15 mois.

Deuxième classe.

Du troisième au quatrième : 3 mois.
Du quatrième au cinquième : 3 mois.
Du cinquième, au sixième : 3 mois.
Du sixième au septième : 5 mois.
Du septième au huitième : 7 mois.

Total 21 mois

Troisième classe.


Les neuvième dixième et onzième degrés se donnent par communication.

Quatrième classe.

Du huitième au douzième : 1 mois.
Du douzième au treizième : 3 mois.
Du treizième au quatorzième : 1 mois

Total 5 mois.

Cinquième classe.

Du quatorzième au quinzième : 1 mois.
Du quinzième au seizième : 1 mois.
Du seizième au dix-septième : 3 mois.
Du dix-septième au dix-huitième : 1 mois.
Du dix-huitième au dix-neuvième : 3 mois.

Total 9 mois.

Sixième classe.


Les dix-neuvième, vingtième et vingt-unième degrés seront donnés par communication.

Du dix-huitième au vingt-deuxième degré : 3 mois.

Les vingt-troisième, vingt-quatrième, vingt-cinquième et vingt-sixième degrés seront donnés par communication.

Du vingt-deuxième au vingt-septième degré : 1 mois.

Total 4 mois.

Septième classe.


Le vingt-huitième degré sera donné par communication.

Du vingt-septième au vingt-neuvième degré : 5 mois.

Le trentième degré sera donné par communication.

Du vingt-neuvième au trente-unième degré : 5 mois.

Du trente-unième au trente-deuxième : 5 mois.

Total 15 mois.

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REAA : manifeste du convent de Lausanne 1922

Publié le 3 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du REAA


Depuis trop longtemps, et dans ces derniers temps surtout, la Maçonnerie a été l'objet des plus

injurieuses attaques. Au moment où le Convent, après examen attentif des anciennes constitutions du Rite écossais ancien et accepté, conservant avec un religieux respect les sages dispositions qui le protègent et le perpétuent, délivre la Maçonnerie de vaines entraves et veut la pénétrer de plus en plus du souffle de liberté qui anime notre époque; au moment où sur des bases inébranlables, il sanctionne une intime alliance entre les Maçons du monde entier, le Convent ne peut se séparer sans répondre par une éclatante manifestation à de déplorables calomnies et à d'énergiques anathèmes.

Avant tout, aux hommes qui, pour se présenter à la Franc-Maçonnerie, veulent connaître ses principes, elle les proclame par la déclaration suivante, qui est son programme officiel et dont les expressions ont été arrêtées par le Convent.

 

Déclaration de Principes


La Franc-Maçonnerie proclame, comme elle a proclamé dès son origine, l'existence d'un principe créateur, sous le nom de Grand Architecte de l'Univers.

Elle n'impose aucune limite à la recherche de la vérité, et c'est pour garantir à tous cette liberté qu'elle exige de tous la tolérance.

La Franc-Maçonnerie est donc ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance.

Elle interdit dans les ateliers toute discussion politique et religieuse; elle accueille tout profane, quelles que soient ses opinions en politique et en religion, dont elle n'a pas à se préoccuper, pourvu qu'il soit libre et de bonnes mœurs.

La Franc-Maçonnerie a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes; c'est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi: obéir aux lois de son pays, vivre selon l'honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l'humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique.

Voilà ce que la Franc-Maçonnerie adopte et veut faire adopter à ceux qui ont le désir d'appartenir à la famille maçonnique.

Mais à côté de cette déclaration de principes, le Convent a besoin de proclamer les doctrines sur lesquelles la Maçonnerie s'appuie; il veut que chacun les connaisse.

Pour relever l'homme a ses propres yeux, pour le rendre digne de sa mission sur la terre, la Maçonnerie pose le principe que le Créateur suprême a donné à l'homme, comme bien le plus précieux, la liberté; la liberté, patrimoine de l'humanité toute entière, rayon d'en haut qu'aucun pouvoir n'a le droit d'éteindre ni d'amortir et qui est la source des sentiments d'honneur et de dignité.

Depuis la préparation au premier grade jusqu'à l'obtention du grade le plus élevé de la Maçonnerie écossaise, la première condition sans laquelle rien n'est accordé à l'aspirant, c'est une réputation d'honneur et de probité incontestée.

Aux hommes pour qui la religion est la consolation suprême, la Maçonnerie dit: Cultivez votre religion sans obstacle, suivez les inspirations de votre conscience; la Franc-Maçonnerie n'est pas une religion, elle n'a pas un culte; aussi elle veut l'instruction laïque, sa doctrine est toute entière dans cette belle prescription: Aime ton prochain.

A ceux qui redoutent avec tant de raison les dissensions politiques, la Maçonnerie dit: Je proscris de mes réunions toute discussion, tout débat politique; sois pour ta patrie un serviteur fidèle et dévoué, tu n'as aucun compte à nous rendre. L'amour de la patrie s'accorde d'ailleurs si bien avec la pratique de toutes les vertus !

On a accusé la Maçonnerie d'immoralité ! Notre morale, c'est la morale la plus pure, la plus sainte; elle a pour base la première de toutes les vertus: l'humanité. Le vrai Maçon fait le bien, il étend sa sollicitude sur les malheureux, quels qu'ils soient, dans la mesure de sa propre situation. Il ne peut donc que repousser avec dégoût et mépris l'immoralité.

Tels sont les fondements sur lesquels repose la Franc-Maçonnerie et qui assurent à tous les membres de cette grande famille l'union la plus intime, quelle que soit la distance qui sépare les divers pays qu'ils habitent; c'est entre eux tous, l'amour fraternel. Et qui peut mieux attester cette vérité que la réunion même de notre convent ?

Inconnus les uns des autres, venant des pays les plus divers, à peine avions-nous échangé les premières paroles de bienvenue que déjà l'union la plus intime régnait entre nous; les mains se serraient fraternellement, et c'est au sein de la plus touchante concorde que nos résolutions les plus importantes ont été prises d'un assentiment unanime.

Francs-Maçons de toutes les contrées, citoyens de tous les pays, voilà les préceptes, voilà les lois de la Franc-Maçonnerie, voilà ses mystères. Contre elle les efforts de la calomnie demeurent impuissants, et ses injures resteront sans écho; marchant pacifiquement de victoire en victoire, la Franc-Maçonnerie étendra chaque jour son action morale et civilisatrice.

 

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