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La verte Erin, des origines celtiques à l’indépendance chèrement conquise (extrait)(2)

Publié le 6 Janvier 2013 par X dans Irlande

L’Irlande coloniale du XVIIIe siècle, du traité de Limerick à l’acte d’union

 

Le XVIIIe siècle s’avère moins tumultueux que la période précédente. Il marque le triomphe de la nouvelle classe coloniale protestante, l’Ascendancy, dont les succès économiques ne font que renforcer la position. Dublin devient d’ailleurs le symbole de cette réussite. Ses privilèges reposent sur des piliers que rien ne semble pouvoir entamer : les protestants, maîtres des terres, ne laissent que 3 % du territoire aux catholiques qui continuent pourtant de représenter plus de 75 % de la population. Ils détiennent le monopole du pouvoir politique : l’inéligibilité des catholiques, la pratique des « bourgs pourris », la vénalité rendent complètement dérisoire la représentativité du Parlement, dont l’Église établie, anglicane ou presbytérienne, se fait le relais intransigeant. L’Irlande catholique, condamnée au servage et au silence par le démantèlement systématique du traité de Limerick, se voit obligée de se transformer en une société secrète, souterraine, contrainte à l’occultation.
Mais les lois pénales et le marasme économique entretenu par le mercantilisme de l’Angleterre finissent par mécontenter la classe minoritaire protestante elle-même. La question d’Irlande au XVIIIe siècle n’est donc plus seulement religieuse, elle est également politique et économique. Pour les mêmes raisons qui ont conduit les colons américains à s’insurger, les protestants irlandais, qu’ils soient anglicans ou presbytériens, grands propriétaires ou industriels, seront les premiers à dénoncer les abus du gouvernement anglais : la loi Poynings, l’acte déclaratoire de 1720, l’exécutif du Château et son chef, le lord-lieutenant, qui ne rend aucun compte aux autorités locales… Ce nationalisme colonial sonne le glas du jacobitisme qui avait jusque-là incarné les timides velléités d’indépendance des partisans vaincus d’une dynastie ingrate. Mais il faut attendre la tourmente des années révolutionnaires pour que certains, comme Wolfe Tone, aillent jusqu’à réclamer l’indépendance et non plus seulement un simple droit de regard sur les actions du gouvernement.

1692 : Nul ne peut siéger au Parlement ni remplir aucune charge civile, militaire ou ecclésiastique, sans avoir prêté le serment d’allégeance et de suprématie et souscrit une déclaration contre la transsubstantiation. Les catholiques sont donc inéligibles au Parlement de Dublin. Ils ne seront même plus électeurs après 1727.

1693 : Sarsfield, combattant dans les armées de Louis XIV, est mortellement blessé à la bataille de Landen. Ses derniers mots sont : « Si seulement c’était pour l’Irlande ! »

1695-1727 : Les lois pénales créent un arsenal de mesures discriminatoires réglant la vie des catholiques du berceau à la tombe, visant à exclure l’immense majorité de la population de toute position de force et de responsabilité. Quand un propriétaire catholique meurt, ses biens sont partagés entre tous ses enfants au lieu d’être transmis à l’aîné, à moins que l’un d’eux ne se convertisse au protestantisme. Il leur est interdit de posséder un cheval de plus de cinq livres, d’envoyer leurs enfants étudier à l’étranger pour y recevoir un enseignement catholique… Les prêtres non assermentés en sont réduits à célébrer la messe dans les granges et à dispenser l’instruction dans les hedge schools (« écoles des buissons »).

1697 : Loi de bannissement de tous les papistes, moines, jésuites… Seul le bas clergé irlandais est toléré.

1698 : Le roi promet de faire tout son possible pour décourager les manufactures de laine d’Irlande. William Molyneux, un whig anglais né à Dublin, voit son livre La cause de l’Irlande brûlé par le bourreau : il s’y faisait le porte-parole de bon nombre d’Anglo-Irlandais en prônant l’indépendance du Parlement de Dublin.

1700 : Le huguenot français Louis Crommelin, originaire de Saint-Quentin, est autorisé à faire venir de France et de Hollande familles, matériel et rouets pour développer l’industrie du lin. À sa mort en 1727, la valeur des exportations, dynamisées par la création en 1711 de la Chambre du Lin, était passée de 6 000 à 200 000 livres.

1704 : Le Conseil privé d’Angleterre rajoute une clause au « projet de loi destiné à prévenir le développement futur du papisme » : toute personne occupant un emploi public doit recevoir le sacrement de la communion selon le rite anglican. Cette mesure touche donc aussi les presbytériens, même s’il est vrai que la discrimination à l’encontre des protestants dissidents restera largement lettre morte.

1704 : Parution du Conte du tonneau de Jonathan Swift. Né à Dublin en 1667, Swift a suivi des études de théologie à Trinity College avant de partir pour l’Angleterre pour devenir, en 1689, le secrétaire du grand diplomate anglais sir William Temple. Sa carrière dans le clergé anglican est très vite bloquée en raison de ses origines insulaires, mais également en raison de la verve satirique qui imprègne ses écrits. Dans le Conte du tonneau, qui déplut fortement à la reine Anne, il n’hésite pas à attaquer tour à tour le pape, Luther et Calvin.

1707 : Union anglo-écossaise. De nombreux députés adjurent la reine Anne de hâter la conclusion d’un arrangement similaire pour l’île, pensant que l’Irlande aurait tout à gagner à un tel rapprochement.

1709 : Tous les prêtres enregistrés doivent prêter serment d’abjuration ou s’exiler. L’Église catholique entre dans la semi-clandestinité, sans qu’aucun effort d’évangélisation ne soit entrepris par ailleurs par l’Église établie. Le combat pour la terre se confond vraiment maintenant avec le combat pour la liberté religieuse.

1711 - 1713 : Dans le Connaught, destructions systématiques du bétail par les Houghers, un groupe secret défendant les droits traditionnels des paysans, pour protester contre l’extension des pâtures.

1713 : Swift devient doyen de Saint-Patrick à Dublin. Il comprend rapidement qu’il ne pourra pas monter plus haut dans la hiérarchie ecclésiastique et renonce l’année suivante à sa carrière politique pour mettre ses talents de polémiste au service de l’Irlande, dont il dénonce avec ardeur l’exploitation économique.

1714 : À la mort de la reine Anne, son frère Jacques III Stuart est écarté du trône parce que catholique : la couronne d’Angleterre échoit à George Ier, l’électeur de Hanovre.

1718 - 1720 : Le cardinal Alberoni tente de faire débarquer une troupe de jacobites préalablement regroupés en Espagne. Mais l’Irlande, consciente de l’impuissance du prétendant, ne bouge pas.

1719 : Le pays est toujours gouverné dans un esprit d’intolérance. En effet, le vice-roi, haut fonctionnaire anglais, ne réside pas en Irlande et le gouvernement effectif revient donc à un lord-justicier, généralement l’archevêque anglican d’Armagh, primat d’Irlande. Un Acte de tolérance est néanmoins accordé aux dissenters.

1720 : Un Acte déclaratoire renforce encore la dépendance du royaume d’Irlande et sa soumission à la couronne de Grande-Bretagne : la juridiction d’appel est transférée à la Chambre des lords d’Angleterre.

Années 1720 : Swift publie une série d’ouvrages contre l’exploitation économique de l’Irlande. En 1720, dans l’Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais, il propose de « brûler tout ce qui vient de l’Angleterre, sauf le charbon ».

1724 - 1725 : Lettres du drapier de Swift, suite à l’affaire Wood. Ce dernier, un brasseur d’affaires, avait obtenu en 1722 du roi d’Angleterre une patente l’autorisant à frapper une monnaie de cuivre de mauvais aloi en Irlande. En dépit des critiques soulevées par ses pratiques douteuses, Wood se faisait fort « d’enfoncer ses pièces dans la gorge des Irlandais ». La polémique déclenchée par Swift, sur le terrain économique d’abord, puis moral et politique, permit de mettre fin au privilège de Wood.

1726 : Voyages de Gulliver de Swift, violente satire de la société anglaise. Elle est suivie trois ans plus tard de sa Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à charge à leurs parents ou à leur pays, qui suggère, sur le mode de l’ironie cruelle, de faire de ces enfants des mets délicats pour les riches.

1740 - 1741 : La famine fait quatre cent mille morts. Des bandes armées, comme les White boys ou encore les Oakboys multiplient les actions terroristes dans le nord et le Munster.

19 octobre 1745 : Mort de Swift. S’il était irlandais, il appartenait avant tout à la minorité dirigeante, de langue anglaise et de religion anglicane qui n’avait que du mépris pour la plèbe catholique. Mais il a souffert à son tour de la condescendance des Anglais aux yeux desquels tous les habitants de l’île voisine restaient des barbares. S’il a été longtemps sévère envers sa patrie d’origine (« D’elle rien ne naît qui ne soit malfaisant… les hommes n’y sont que des rats ou des fouines… »), l’échec de sa carrière anglaise en fit le champion de la cause irlandaise, comme en témoigne sa troisième Lettre du Drapier : « Le peuple d’Irlande n’est-il pas né aussi libre que celui d’Angleterre ?… Suis-je un homme libre en Angleterre pour me transformer en esclave, au bout de six heures, en traversant le canal Saint-George ? » À la fin de sa vie, s’exprimant plus en patriote qu’en défenseur de la minorité dirigeante, il a largement contribué à développer l’esprit national irlandais.

1759 : Entrée au parlement d’Henry Flood, qui devient rapidement le chef de l’opposition nationale. Anglican convaincu, il ne pense encore, comme Swift, qu’à une nation protestante, mais pleinement indépendante. Fondation de la brasserie Guinness.

1760 : Un poète écossais, Macpherson, publie une quinzaine de poèmes prétendument traduits du gaélique. Ce sont des faux, mais les aventures d’Ossian ou de Fingan, le roi des Fianna, enchantent un public déjà sensible au charme du préromantisme.

1766 : Exécution de Nicolas Sheehy qui a dénoncé le paiement des rentes et de la dîme.

1767 : Le nouveau vice-roi, lord Townshend, reçoit l’ordre de résider à Dublin. Le roi George III fait là un geste pour l’Irlande qui s’est montrée fidèle pendant la guerre de Sept Ans.

1768 : Henry Flood fait voter l’Octennial Act qui limite à huit ans la durée du mandat parlementaire qui était jusque-là pratiquement viager. Le nouveau Parlement ose même rejeter un projet de loi de ressources financières. D’une façon plus générale, les années 1760 voient le renforcement du nationalisme colonial, fruit de la rancœur de l’Ascendancy contre l’exploitation économique et politique de la colonie et de son humiliation face au mépris de l’aristocratie anglaise.

1775 : Henry Grattan est élu député au Parlement. Cet avocat protestant y demande l’adoucissement des mesures anticatholiques, puis l’abrogation des lois pénales. Le sentiment national prend de plus en plus le pas sur les querelles religieuses, que le scepticisme caractéristique des Lumières rend moins vives.

1776 - 1779 : Arthur Young donne un tableau détaillé de l’Irlande, où il stigmatise les lois pénales décourageant les catholiques de travailler, le poids de la dîme, l’absentéisme des landlords…

1778 : La loi Gardiner autorise les catholiques à prendre des baux de durée indéfinie et à hériter.

Avril 1778 : L’aventurier américain d’origine écossaise John Paul Jones fait un raid sur Belfast qui sème la panique, à un moment où tous redoutent la perspective d’un débarquement franco-espagnol. Londres, qui avait dégarni l’Irlande pour envoyer des troupes en Amérique, accepte alors la formation d’une armée de « Volontaires irlandais » pour assurer la défense du pays. Dès l’année suivante, ces Irish Volunteers, dirigés par le duc de Leinster, comptent bientôt 40 000 membres. On y admet bientôt des catholiques. Mais une fois passé le danger d’invasion, ces hommes restent mobilisés pour réclamer la liberté du commerce (« Free Trade or else »).

1779 - 1780 : La liberté d’exportation de la laine et du négoce avec les colonies est accordée. Il faut dire que les Volontaires n’hésitent pas à défiler dans les rues et à boycotter les produits britanniques pour dénoncer les mesures restrictives contre l’économie irlandaise. Ils sont soutenus à la Chambre des communes par Edmond Burke, irlandais d’origine, qui n’hésite pas à dénoncer les lois pénales comme « une machine d’oppression et de dégradation d’un peuple et d’avilissement de la nature humaine elle-même, comme jamais il n’en était né de l’ingéniosité perverse de la nature humaine ».

1780 : L’armée des Volontaires rassemble désormais plus de 80 000 hommes placés sous les ordres du comte de Charlemont, un ami de Flood et de Grattan.

1782 : Les Volontaires, enhardis par leurs premiers succès dans le domaine de l’économie, passent désormais aux revendications politiques. Sous la houlette de Grattan, ils se rassemblent en convention nationale à Dungannon pour condamner la loi Poynings et l’interférence du Conseil privé et du Parlement anglais dans les affaires d’Irlande.

1782 : La « Constitution de 1782 » accorde l’indépendance législative à l’Irlande, en abrogeant partiellement la loi Poynings : le Parlement de Dublin n’est plus tenu de solliciter l’approbation du Conseil privé anglais avant de voter un bill. Les restrictions commerciales sont également abrogées. Grattan s’écrie : « L’Irlande est maintenant une nation ! » Au Parlement, toujours aussi peu représentatif, le chef de file du bloc anglais, Lord Fitzgibbon, espère que les progrès économiques auront à terme raison des chimères de l’indépendance constitutionnelle. En face, le parti patriote se divise. Flood estime l’indépendance législative incomplète sans réforme parlementaire. Par ailleurs, il ne conçoit qu’une nation protestante tandis que Grattan semble prêt à accorder l’égalité des droits civiques aux catholiques. La même année, une seconde loi Gardiner accorde sans restriction le droit de propriété aux catholiques. Le culte romain peut être célébré « sans pompe ni éclat ».

Novembre 1783 : Réunis en convention nationale à Dublin, les Volontaires ne suivent pas Grattan dans sa volonté d’émancipation des catholiques. C’est donc privée du soutien populaire que la Convention doit faire face à l’hostilité du gouvernement qu’elle conteste et du Parlement qu’elle menace. Sa dissolution est bientôt prononcée par lord Charlemont. C’est la fin de la dissidence coloniale.

1783 : Création de la banque d’Irlande. 10 % de son capital sont souscrits par des marchands catholiques. La célèbre verrerie de Waterford rouvre ses portes, du fait de l’abrogation des lois pénales relatives à l’économie.

1784 : La Foster’s Corn Law interdit pratiquement l’importation de blés étrangers, obligeant les Irlandais à augmenter leurs emblavures. Mais cela n’améliore pas la condition paysanne, la population ne cessant de s’accroître.

1784 : Fondation en Ulster d’une société secrète, les Peep of day boys, qui deviendra en 1795 un mouvement politico-religieux fortement structuré plus connu sous le nom d’ordre d’Orange. Pour y entrer, on prêtait ce serment : « Au nom de Dieu tout-puissant, je jure solennellement de soutenir le roi et le gouvernement, et de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour exterminer tous les catholiques d’Irlande. »

1789 : Fitzgibbon devient lord-chancelier.

1789 : Les débuts de la Révolution française rencontrent un écho favorable auprès des dissenters et des catholiques, politiquement et socialement asservis, qui constituent des clubs à Dublin et à Belfast. Le radicalisme protestant trouve bientôt son porte-parole en la personne de Théobald Wolfe Tone, un jeune avocat épiscopalien du barreau de Dublin à qui le légalisme d’un Grattan semble dépassé.

1791 : Durant l’automne, Wolfe Tone participe avec James Napper Tandy à la fondation de la société des Irlandais unis de Belfast : influencée par les idéaux français et la franc-maçonnerie, l’association se donne pour mission d’obtenir une réforme complète de la législation fondée sur le principe de la liberté civile, politique et religieuse. Elle prend pour emblème la harpe et pour devise « Recordée, elle va se faire entendre ».

1791 : Naissance des chantiers navals de Belfast.

1792 : Wolfe Tone devient secrétaire du Comité catholique qui s’est radicalisé et s’est réorganisé. Un tel rapprochement entre les confessions inquiète les autorités qui décident d’accorder davantage de droits aux catholiques, sans toutefois leur octroyer le droit de vote.

14 février 1793 : Un nouveau Relief bill confère le droit de vote aux tenanciers catholiques d’un freehold de 40 shillings. Le vote n’est pas secret et les catholiques restent toujours inéligibles. Par ailleurs, une série de textes répressifs conduisent à la dissolution de la société des Irlandais unis.

1795 : Ouverture du séminaire de Maynooth. À l’heure où la révolution ferme les collèges irlandais de France, il sera très marqué par les idées contre-révolutionnaires.

4 janvier 1795 : Arrivée d’un nouveau vice-roi, le libéral lord Fitzwilliam. Connu pour ses sympathies catholiques, il prévoit de confier le gouvernement à Grattan. Le chancelier Fitzgibbon et les orangistes organisent alors une violente réaction conduisant à son rappel à Londres, le 19 février, et à son remplacement par lord Camden.

Juin 1795 : Wolfe Tone s’embarque pour les États-Unis avant de rejoindre la France l’année suivante, « avec 100 guinées en poche, inconnu et sans recommandations, afin de renverser le gouvernement anglais de l’Irlande » (Wellington). Grâce au soutien de Carnot et de Hoche, il finit par gagner le Directoire à son projet d’invasion libératrice de l’Irlande.

Décembre 1796 : Une expédition commandée par Hoche quitte Brest. Mais seuls quinze bâtiments atteignent la baie de Bantry le 23 décembre et une tempête ne tarde pas à les disperser. Pas un seul coup de canon n’a été tiré, alors qu’une milice protestante, la Yeomanry, fait régner la terreur dans le pays.

1797 : Création de la Bourse de Dublin.

1798 : L’organisation révolutionnaire des Irlandais unis, devenue clandestine, est décapitée par l’arrestation de meneurs comme Arthur O’Connor ou encore Edward Fitzgerald.

23 ou 24 mai 1798 : Début de la « Grande Rébellion ». Déjouée à Dublin, peu suivie dans le nord épuisé par la dictature militaire du général Lake, l’insurrection se propage comme une traînée de poudre dans le sud-est où, comme en Vendée, des milices paysannes se constituent sous la direction de prêtres comme John Murphy. Le 30 mai 1798, les insurgés prennent Wexford. Les deux camps rivalisent d’atrocités.

21 juin 1798 : Le camp rebelle de Vinegar Hill, près d’Enniscorthy, est écrasé par le général Lake. Les insurgés se réfugient dans les monts Wicklow où les autorités entreprennent de construire une route militaire pour les débusquer.

22 août 1798 : Une nouvelle escadre française, commandée par le général Humbert cette fois, débarque en Irlande et doit capituler au début du mois de septembre, dans des conditions honorables. Mais les alliés irlandais des Français sont tous exécutés.

15 octobre 1798 : Une petite escadre commandée par l’amiral Bompard arrive dans le Donegal. Wolfe Tone qui sert à bord du navire amiral est reconnu, arrêté et traîné à Dublin.

19 novembre 1798 : Mort de Wolfe Tone, à qui les juges ont refusé la grâce d’être fusillé. Pour éviter la potence, le jeune homme s’est tranché la gorge. Considéré par beaucoup comme l’initiateur du nationalisme républicain, il a défendu avec ardeur l’idée d’une Irlande unie, militante et fraternelle, transcendant les clivages religieux et économiques, qui allait s’ajouter ou se joindre au rêve d’une Irlande gaélique miraculeusement libérée de la domination anglaise. Les masses sont néanmoins restées hermétiques à son discours trop aligné sur les idéaux révolutionnaires condamnés par l’Église, comme elles l’avaient finalement été à celui de Grattan. Mais elles ont été sensibles à la fin tragique de celui qui a inauguré la tradition républicaine des martyrs de la cause nationaliste et le mythe romantique de l’Irlande éternelle.

1799 : Un premier projet d’union à la Grande-Bretagne est repoussé au Parlement de Dublin.

7 juin 1800 : À force de corruption et d’intimidation, le Parlement irlandais vote par 153 voix contre 88 les actes d’union déjà votés par Westminster qui créent le Royaume-Uni. Dans l’esprit de Pitt et du vice-roi Cornwallis, seule cette union peut permettre de pacifier l’île, à condition néanmoins de s’accompagner de l’émancipation des catholiques (une innovation moins dangereuse à l’échelle d’un royaume désormais à majorité protestante).

Ier janvier 1801 : Le nouveau régime constitutionnel entre en vigueur. Le Parlement de Dublin est supprimé, l’Irlande étant désormais directement représentée à Londres par cent députés et trente-deux lords, tous protestants. Le poste de vice-roi et le Conseil privé sont maintenus. Le rouage essentiel du gouvernement devient le secrétariat en chef pour l’Irlande.

L’impossible union et la grande famine

« L’Angleterre doit à présent former une union avec la nation irlandaise plutôt qu’avec un parti en Irlande. » La majorité des membres de l’Ascendancy protestante ne voient pourtant dans l’Union qu’un moyen de maintenir leur domination et trouvent un allié de poids en la personne de George III lui-même, qui déclare qu’« à l’avenir, il considérera tout homme qui proposerait de nouvelles concessions aux catholiques comme un ennemi personnel ». À titre d’exemple, 187 lois répressives seront votées au cours du siècle dans le but de restreindre, suspendre ou supprimer les libertés publiques dont l’Irlande était censée jouir au même titre que tous les habitants du Royaume-Uni. Ce n’est donc que contrainte et forcée que l’Angleterre acceptera de légiférer pour améliorer la misérable condition sociale des paysans catholiques, avant de devoir se pencher sur la question de l’autonomie d’« un pays qui est pour l’Angleterre un miroir où elle n’aime pas se regarder » (Lord Fitzwilliam). Cette dernière est toujours défendue par les élites ralliées au nationalisme, lasses de voir leur île faire figure d’annexe agricole et de marché incontournable des produits manufacturés anglais, ulcérées de voir Dublin ravalée au rang de ville de province après l’âge d’or de la fin du XVIIIe siècle. Néanmoins, les défenseurs de l’indépendance doivent choisir entre deux options : s’engager dans un mouvement pacifiste, parlementaire, réformiste, fort du soutien de l’Église et cela dans le but d’obtenir une réelle autonomie interne, ou bien opter pour le combat révolutionnaire, romantique, visant à une rupture totale avec l’Angleterre. Il lui faut enfin se décider à la mise en œuvre d’un projet laïc, ou se résigner à voir le discours nationaliste devenir l’apanage de la majorité catholique.

Juillet 1803 : Robert Emmet, un jeune nationaliste protestant, attaque le château de Dublin. Sa tentative d’insurrection se solde par une émeute, facilement réprimée par les autorités. En dépit de la défense de son avocat, John Philpot Curran, le père de sa fiancée, Robert Emmet est condamné à mort. Incarnation du jeune héros romantique, il prend immédiatement place dans le folklore national aux côtés des martyrs irlandais.

1806 : La société secrète des Threshers s’insurgent contre le paiement de la dîme au clergé anglican et ravagent les comtés de Sligo, Mayo, Cavan, Leitrim et Longford.

1808 - 1834 : Le poète Thomas Moore évoque son attachement à la culture gaélique dans ses « Mélodies irlandaises ».

1813 : Le cabinet britannique propose à l’Église catholique d’Irlande quelques concessions, moyennant un veto du roi sur la nomination des évêques. L’intervention d’un jeune avocat, Daniel O’Connell, fait échouer le projet. Cet avocat d’une trentaine d’années, appartenant à une vieille famille aristocratique gaële, catholique fervent effrayé par les excès de la Révolution française, acquiert rapidement une emprise profonde sur le peuple irlandais. Ses talents d’orateur lui permettent de rallier Grattan contre le projet de concordat. Il groupe autour de lui une grande partie du clergé irlandais, dont la nouvelle génération sortant de Maynooth est devenue plus nationaliste qu’au XVIIIe siècle.

1814 : Fondation du collège de jésuites de Clongowes Wood.

1815 : La fin du blocus contre l’Angleterre marque le fléchissement des prix agricoles. Les pâtures, jugées plus rentables, entament la superficie des emblavures et de nombreux tenanciers sont expulsés. Certains émigrent aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. D’autres rallient les sociétés secrètes (Whiteboys, Ribbonmen) qui s’en prennent aux fermes et aux cultures des protestants. Le secrétaire pour l’Irlande, Robert Peel, crée une force de police spéciale chargée de la répression des troubles : la Royal Irish Constabulary. Entre 1801 et 1846, 17 lois répressives (coercion acts) viseront à juguler ces troubles agraires. Par ailleurs, à l’exception notable de l’Ulster, l’industrie irlandaise périclite, dans la mesure où elle cesse peu à peu d’être protégée contre la concurrence britannique.

1823 : Pour remplacer le Comité catholique supprimé en 1812, O’Connell fonde l’Association catholique, soutenue par le clergé irlandais et financée par le peuple, à raison d’une souscription mensuelle d’un penny. La puissance sociale considérable des prêtres, restés jusque-là à l’écart de la politique active, est désormais canalisée, ce qui ne fait que renforcer la défiance des protestants libéraux à l’égard du mouvement. Avec l’aide de Richard Sheil, O’Connell discipline ses troupes dont les principales armes deviennent la résistance passive et les manifestations de masse réclamant l’émancipation des catholiques et une réforme agraire. Gustave de Beaumont évoque à cette époque « un état de guerre constitutionnelle, de paix sans cesse agitée, d’état intermédiaire entre le régime des lois et l’insurrection ».

1824 : Thomas Moore rencontre un certain succès en publiant Les mémoires du capitaine Rock, qui raconte l’histoire du chef d’une société secrète.

1826 : L’influence de l’Association est telle qu’elle met en échec lord George Beresford lors d’une élection dans le comté de Waterford, que sa famille possédait en grande partie. De façon générale, en dépit de la publicité du vote, les Irlandais ont désormais le courage de voter contre les candidats des landlords. L’Association se charge d’indemniser les électeurs qui sont punis pour leur hardiesse.

1828 : En dépit de son inéligibilité, O’Connell se présente contre un protestant libéral, Fitzgerald, à l’élection de Clare qu’il remporte triomphalement. Sa victoire est annulée, car il refuse de prêter le serment antipapiste de 1692.

1829 : Bill d’émancipation des catholiques. La modification de la formule du serment d’allégeance leur permet désormais, comme aux dissenters l’année précédente, de remplir tous les emplois publics, sauf la royauté, la régence, la chancellerie et la lieutenance d’Irlande. Mais Wellington, dans le même temps, prononce la dissolution de l’Association catholique et élève le cens électoral, réduisant de façon conséquente le nombre d’électeurs catholiques.

1831 : Création d’écoles primaires confessionnelles dites « nationales », qui doivent contribuer à l’intégration de l’Irlande au sein de l’ensemble britannique dominé par l’Angleterre. Les progrès de la langue et de la culture anglaises s’en trouvent favorisés.

1834 : O’Connell, désormais député, demande officiellement aux Communes l’abrogation de l’Union : 523 voix contre 38 se prononcent contre une telle mesure.

1835 : À la chambre des Communes, libéraux et conservateurs s’équilibrent. Les Whigs ont besoin de l’appoint des voix irlandaises. O’Connell accepte de s’entendre avec eux sur un programme modéré : c’est le pacte de Lichfield House, première manifestation d’une longue collaboration entre constitutionnalistes irlandais et libéraux anglais. Thomas Drummond, sous-secrétaire pour l’Irlande, en appliquant avec rigueur le principe de l’égalité religieuse et en refusant de se laisser inféoder aux intérêts de l’Ascendancy coloniale, incarne cette nouvelle politique. Il n’hésite pas à rappeler aux landlords que « la propriété a ses obligations tout comme ses droits ».

1836, 1837, 1839 : La culture de la pomme de terre connaît de façon récurrente des crises partielles et localisées.

1838 : O’Connell remporte son combat contre la dîme que tout Irlandais, même catholique, devait payer à l’Église établie. Depuis des années, l’agitation suscitée par son recouvrement avait pris l’allure d’une véritable guerre (la « tithe war »). L’amnistie fiscale, la réduction du taux de la dîme et sa conversion en rente foncière réussissent à calmer les esprits.

1840 : La mort de Drummond fait perdre un solide allié à O’Connell. Leur collaboration avait permis d’obtenir des concessions comme la dissolution officielle de l’ordre d’Orange en 1835, l’extension à l’Irlande de la Loi sur les pauvres de 1838 et l’accès des catholiques à l’administration locale. O’Connell décide néanmoins d’aller plus loin dans ses revendications qui se font désormais plus politiques et crée l’Association pour la révocation de l’Acte d’Union (Repeal Association).

1841 : O’Connell est élu maire de Dublin.

1842 : Création du journal The Nation par un groupe de « Jeunes Irlandais » venant de tous les horizons confessionnels.

1843 : Point culminant de la campagne du bouillonnant et décidément très populaire O’Connell, qui organise plus de trente meetings durant cette seule année 1843, en des lieux chargés de sens pour les Irlandais. Ainsi, le 15 août, 250 000 personnes viennent l’écouter sur la colline de Tara. À Tuam, le leader n’a pas hésité à déployer l’Union Jack sur le clocher de la cathédrale pour bien marquer sa loyauté envers l’Angleterre. Mais en dépit du légalisme de O’Connell et de son aversion pour toute action violente, l’Angleterre prend peur et envoie des troupes en Irlande. Les autorités interdisent, le 7 octobre, le rassemblement grandiose que O’Connell souhaitait tenir sur la rive de Clontarf où Brian Boru avait vaincu les Scandinaves en 1014. Arrêté, le leader préfère annuler le meeting. C’est la fin de l’action non violente des masses populaires.

1844 : Le procès intenté à O’Connell est si scandaleux que la sentence est cassée par la Chambre des lords. Mais en acceptant d’annuler le meeting et en s’adressant aux lords pour faire réviser son procès, O’Connell s’est déconsidéré aux yeux de certains de ses partisans.

1845 : Désaccord entre les membres de la Jeune Irlande et O’Connell quand le gouvernement établit des collèges universitaires « neutres » à Belfast, Cork et Galway. O’Connell crie au scandale et dénonce le caractère non confessionnel de ces établissements, tandis que la jeune génération se félicite d’un tel rapprochement œcuménique. Par ailleurs, jusqu’en 1847, Thomas Davis (qui meurt en septembre 1845 du choléra) et ses amis de la Jeune Irlande publient les 22 ouvrages de la Library of Ireland, destinés à instruire le peuple dans l’histoire et la littérature d’Erin. Ils cherchent en effet à investir le terrain de l’éducation et de la culture, délaissé par O’Connell, trop absorbé par les luttes matérielles et politiques. « Un peuple sans sa langue n’est que la moitié d’une nation. Une nation se doit de conserver sa langue plus que ses territoires. C’est une barrière plus sûre et une frontière plus importante que forteresses et fleuves. Perdre votre langue maternelle et apprendre celle de l’étranger, c’est la pire marque de la conquête : c’est l’âme que l’on charge de chaînes. » La même année enfin voit la réorganisation de l’ordre d’Orange, l’organe essentiel du régime colonial, trop puissant pour être inquiété par les autorités.

1845 : Début de la Grande Famine qui dure jusqu’en 1849. Vingt ans avant la catastrophe, Walter Scott disait déjà de la paysannerie irlandaise : « Leur pauvreté n’est pas exagérée, ils sont au bord de la misère humaine. » 45 % des fermes sont si petites (5 acres ou moins) qu’il est en effet impossible de faire vivre une famille de façon décente, en ayant par ailleurs les fermages à payer. Aussi, quand une importante partie de la récolte de pommes de terre, le principal aliment de la majorité des paysans (qui vivent de la pomme de terre comme les Chinois du riz, a-t-on écrit), est détruite par un champignon, la catastrophe, humaine et culturelle, prend une ampleur sans précédent. L’île qui comptait encore en 1845 quelque 9 millions d’habitants, verra sa population descendre à 4 millions d’âmes avant la fin du siècle et continuer à diminuer au XXe siècle encore. Il faut dire que durant les seules années 1846-1849, un million et demi de personnes meurent de faim ou de maladie, tandis qu’un autre million choisit de quitter l’Irlande, ouvrant les vannes d’une émigration qui finira par fortement inquiéter le pouvoir politique. L’émigration, certes, existait déjà : mais elle n’avait jusqu’alors concerné que des élites (clercs, aristocrates, soldats) qui, pour des raisons essentiellement politiques et religieuses, s’exilaient sur le vieux continent. Ce sont désormais les populations les plus pauvres qui partent outre-Atlantique ou en Grande-Bretagne, où elles sont en général mal accueillies par des Anglais ou des Américains protestants craignant l’arrivée de cette nouvelle main d’œuvre bon marché qui ne tarde pas à constituer un sous-prolétariat misérable. C’est dans les années 1850 que naît aux États-Unis la société nativiste des Know Nothing, revendiquant l’Amérique aux Américains. En 1900 néanmoins, un tiers de la population new-yorkaise est irlandaise. Au-delà de cette hémorragie humaine, l’Irlande est également touchée dans son âme : en ravageant tout particulièrement l’ouest de l’île, cette Irlande de l’Irlande, la famine détruit davantage la langue gaélique que les sept siècles d’occupation anglaise. Face à la catastrophe, le gouvernement réagit tardivement et de façon insuffisamment conséquente. Peel fait bien acheter durant l’automne pour 100 000 livres sterling de maïs aux États-Unis ; mais le libre-échangisme lui interdit d’impliquer davantage l’État dans la résolution de la crise dont il a d’ailleurs du mal à mesurer l’étendue. Il met sur pied un plan de secours contre la famine, le chômage et la maladie et développe également une politique de travaux publics dont la mise en œuvre s’avère difficile.

1846 : Le groupe parlementaire irlandais se divise : William Smith O’Brien, opposé à la collaboration avec les libéraux, fonde la Confédération irlandaise. La récolte de pommes de terre est cette fois entièrement détruite. Un nouveau Coercion Bill permet au lord-lieutenant de proclamer une sorte de loi martiale et de faire face aux premiers troubles : à défaut de nourriture, l’Angleterre choisit d’envoyer des soldats.

1847 : Mort de O’Connell qui s’était retiré de la politique l’année précédente. Par son acceptation du jeu parlementaire et par son emploi préférentiel de l’anglais, il a contribué à l’anglicisation de l’Irlande, tout en éveillant la conscience politique des masses catholiques. En faisant de l’Église le relais de son action, il a néanmoins définitivement perdu pour la cause irlandaise l’Ulster presbytérien. L’élan impulsé par son action politique s’était brisé avec la catastrophe de la Grande Famine.

1847 : L’Irish Poor Law met les indigents à la charge des contribuables et des grands propriétaires, pourtant presque tous en faillite. Certains sont contraints d’expulser des tenanciers pour restreindre la population des assistés.

1848 : La « Jeune Irlande », qui paraît trop intellectuelle et trop peu religieuse aux yeux des masses catholiques, se divise. Certains, comme John Mitchell, qui prêche l’insurrection dans son journal United Irishman (il y enseigne comment saboter les voies ferrées ou faire sauter les ponts), préconise la révolution agraire. D’autres, comme Gavan Duffy et Smith O’Brien, se refusent à lancer l’Irlande exsangue dans toute nouvelle rébellion. Pourtant, encouragés par les succès apparents des mouvements révolutionnaires européens de 1848, les « Jeunes Irlandais » préparent un soulèvement et entrent en contact avec un représentant de la IIe République, Lamartine. La plupart des révolutionnaires sont arrêtés avant de passer à l’action et l’insurrection n’est pas suivie par les masses : c’est une escarmouche insignifiante à Ballingarry (« la bataille du carré de choux de la veuve Mac Cormack »), le 30 juillet 1848, qui met un terme à l’aventure. La Jeune Irlande entre néanmoins dans la mémoire nationale, et son drapeau tricolore va devenir le symbole du mouvement républicain. Plusieurs chefs s’exilent aux États-Unis. Quant à Mitchell, il est condamné à quatorze ans de déportation.

1849 : Suppression presque totale des droits sur le blé (Corn Laws) grâce à Peel, un conservateur rallié aux idées libre-échangistes. La majorité protectionniste du parti tory ne pardonne pas cette trahison à son leader. Mais cette mesure ne change pas grand-chose en Irlande, car le gouvernement ne songe pas une seule fois à se départir de la sacro-sainte théorie du « laisser faire, laisser passer » et du principe de non intervention : rien ne doit entraver la libre concurrence et l’initiative privée. Ainsi voit-on toujours d’énormes quantités de produits exportés vers l’Angleterre. « Pendant la famine, pour un navire chargé de grains qui entrait dans un port irlandais, six partaient avec un chargement analogue » (John Mitchell). L’Incumbered Estates Act permet aux landlords, eux-mêmes gravement touchés par la crise, de vendre leurs propriétés endettées. En dix ans, une grande partie de la terre irlandaise va ainsi changer de mains, rachetée à des fins purement spéculatives par des hommes d’affaires. Une nouvelle aristocratie foncière, encore plus étrangère que la précédente à la réalité irlandaise, se constitue.

12 juillet 1849 : à Dolly Brae, 1 400 orangistes prennent d’assaut une colline tenue par un millier de Ribbonmen.

Août 1849 : Visite de la jeune reine Victoria.

 

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La verte Erin, des origines celtiques à l’indépendance chèrement conquise (extrait)(1)

Publié le 6 Janvier 2013 par X dans Irlande

L’île des Saints et des Savants (Ve-VIIIe siècles)

 

L’Irlande, perdue aux confins de l’Europe occidentale, recueille et renouvelle la grande tradition du monachisme gréco-oriental, avant de participer à la restauration de la vie monastique et à l’évangélisation du monde germanique. Elle laisse un corpus de textes conséquent, l’un des plus riches de ces temps obscurs, qu’elle illumine par ailleurs par la richesse de son artisanat et la beauté de ses manuscrits.

431 : Selon le chroniqueur Prosper d’Aquitaine, le pape Célestin Ier envoie le diacre Palladius comme premier évêque de l’Irlande.

432 - 461 : Évangélisation de saint Patrick. Ce jeune Romain de Bretagne insulaire est enlevé par des pirates scots et emmené comme esclave en Irlande où, six années durant, il garde les moutons en Antrim. Après avoir suivi des études sur le continent à Saint-Germain d’Auxerre, il retourne en 432 en Irlande qu’une vision l’a poussé à évangéliser. Il obtient de réels succès, surtout dans le nord-est où il a l’intelligence de s’adresser directement aux rois, entraînant ainsi la conversion de clans entiers sans que le sang d’aucun martyr ne coule. Il introduit par ailleurs l’écriture latine dans un pays qui ne connaissait jusqu’alors que l’écriture oghamique : cette dernière, constituée de traits et de points, semblait néanmoins déjà fortement influencée par l’alphabet des Romains. En 445, il fonde près du site royal des Ulaid, Emain Macha, l’église d’Armagh, qui deviendra la capitale religieuse de l’Irlande. S’il faut attendre 544 pour voir l’avènement d’un ard ri chrétien, si en 565 encore, saint Ruadan juge nécessaire de maudire la capitale païenne de Tara, l’île n’en est pas moins largement évangélisée. Le christianisme irlandais s’approprie beaucoup d’éléments de l’ordre ancien : la légende rapporte que saint Patrick affrontait au cours de joutes oratoires Ossian, le fils de Finn Mac Cumaill, le chef des guerriers Fianna, revenu de la « terre de l’éternelle jeunesse » pour confronter l’hédonisme aux pratiques ascétiques de la nouvelle religion. Les moines se font ainsi les propagateurs du merveilleux celtique et passent maîtres dans l’art du conte. L’art chrétien irlandais est également la synthèse de deux traditions, une synthèse qui s’accomplit dans un isolement à peu près complet, l’île échappant à l’ouragan germanique tandis que l’Empire romain s’effondre sous la ruée des Barbares. À la faveur de cet isolement, l’Église d’Irlande affiche ses particularités et son indépendance : contrairement aux pays occidentaux ayant connu la rigueur de la domination romaine, la cellule fondamentale de l’organisation religieuse n’est pas le diocèse ni son église épiscopale, mais le monastère, mieux adapté au cadre rural ainsi qu’à la structure politique et sociale de l’île. Les écoles monastiques prennent le relais des écoles druidiques, tandis que les abbés se considèrent davantage comme les chefs de leur monastère que comme les représentants de Rome, qui peine à organiser le clergé séculier. Appartenant aux grandes familles, ils ne manquent pas de participer aux incessantes querelles politiques. La sécularisation croissante, la richesse matérielle et le patronage laïc mécontentont fortement la papauté qui s’oppose aussi au clergé insulaire sur le problème de la date de Pâques, de la tonsure en hache ou encore des modes d’administration du baptême.

VIe siècle : Expansion du monachisme irlandais. De nombreux monastères sont fondés dans l’île : Clonmacnoise par saint Ciaran, Glendalough par saint Kevin, Kildare par sainte Brigitte…Tous ont en commun la règle rigoureuse et ascétique qui organise la vie des moines et dont témoigne la rédaction de pénitentiels drastiques. La forme de pénitence la plus utilisée par les moines irlandais est l’exil volontaire (légende de saint Brendan le Navigateur), qui les pousse bientôt à sillonner l’Europe, de l’Islande à la Volga.

563 : Saint Colomba, ou Columbkille, du sang royal des O’Neill, fonde à Iona, sur une île proche de la côte ouest de l’Écosse, un monastère appelé à jouer un grand rôle dans la christianisation des Pictes et de la Northumbrie. Son monastère devient la capitale religieuse du royaume écossais des Dal Riata. Le saint semble avoir été par ailleurs l’un des premiers à réglementer la caste des filid, les poètes. De façon générale, la bienveillance des Églises celtiques pour les poètes et autres récitateurs professionnels est un élément essentiel de la survivance de la littérature irlandaise.

575 : À l’assemblée de Druim Ceta, Collumbkille arrive à faire annuler la sentence de bannissement portée contre les filid, auxquels on reprochait les excès de leurs satires. Il obtient le maintien de leur organisation et de leur hiérarchie. Un poème, « Amra Choluim Chille », atteste de la gratitude portée au saint par l’ordre des poètes.

Vers 590 : Saint Colomban (v. 543-615), un moine de Bangor, quitte l’Irlande avec une dizaine de disciples, dans une démarche pénitentielle qui le conduit à partir sur le continent pour offrir un modèle de vie spirituelle rigoureuse. On lui doit la fondation de Luxeuil, grand centre de la chrétienté celte en Gaule, d’Annegray et de Fontaines. Il influence fortement l’aristocratie franque en répondant à son souci de « fonder dans le sacré le pouvoir familial ». Il meurt en 615 dans son monastère de Bobbio, en laissant de nombreux disciples : saint Gall, saint Killian, l’apôtre de la Franconie, saint Fursy, le fondateur de Lagny, saint Gobain, saint Fiacre… Il est considéré, au même titre que saint Benoît, comme le fondateur du monachisme occidental.

635 : Fondation de Lindisfarne par saint Aidan.

VIIe - VIIIe siècles : Âge d’or de l’Irlande dont les monastères sont des centres d’études et d’artisanat renommés dans tout l’Occident. La décoration du célèbre Livre de Kells, chef-d’œuvre de l’enluminure irlandaise réalisé à Iona, le Livre de Durrow, un autre évangéliaire, le « calice d’Ardagh » ou encore la « broche de Tara » sont autant de joyaux sortis des mains des enlumineurs et des orfèvres, qui mélangent les grands thèmes chrétiens aux ornements celtiques (spirales, entrelacs…). À l’abri des troubles continentaux, l’île, pourtant tardivement évangélisée et restée à l’écart de l’influence romaine, devient le refuge de la culture classique et le point de départ d’une reconquête spirituelle. Les moines, à l’ombre des grandes croix modelées en ronde bosse dont les bras sont pris dans un cercle, sauvent de l’oubli un certain nombre d’ouvrages antiques, tout en continuant de transcrire les poèmes et les récits des filid. Ils s’approprient ainsi le patrimoine scientifique des druides : dès le VIIIe siècle, l’abbé Fergal défend l’idée de la sphéricité de la Terre. Les étudiants accourent de l’Europe entière pour parfaire leur formation : Dagobert, dans sa jeunesse, passe quelques années à Slane près de Tara. La Renaissance carolingienne doit elle aussi beaucoup à l’Irlande, « l’Hibernie entière passant les mers au mépris des tempêtes, et venant avec ses troupeaux de philosophes se jeter sur nos rivages » (Héric d’Auxerre) : parmi les lettrés que l’on rencontre dans les écoles impériales, on trouve des hommes tels que le savant Alcuin, formé à Clonmacnoise, le grammairien Clément, le géographe Dicuil, le théologien Dungal. Au IXe siècle encore, Jean Scot Érigène perpétuera cette tradition auprès de Charles le Chauve.

Des invasions scandinaves à la conquête anglo-normande (IXe -XIIe siècles)

La relative prospérité de l’Irlande ne peut que susciter l’intérêt des Vikings. Leurs razzias vont bientôt terroriser le pays, dont les chefs sont incapables d’assurer la protection, et entamer la richesse des monastères insulaires, cibles privilégiées des hommes du Nord. Mais en s’installant puis en s’assimilant progressivement à la population locale, les Norvégiens et les Danois ne tardent pas à tisser des réseaux commerciaux maritimes qui ajoutent à la prospérité d’une économie jusqu’alors largement pastorale. Dublin devient, en ces temps obscurs, l’un des ports les plus actifs d’Europe occidentale.

795 : Première apparition des Vikings qui attaquent notamment Iona. Chaque printemps marque bientôt le retour de ces raids de pillage, avant que les pirates ne fondent des bases permanentes, points de départ de fructueuses expéditions vers l’intérieur. L’infériorité de l’armement, le manque d’unité politique et la rivalité entre les O’Neill de Tara au nord et les Eoghan de Cashel au sud ont raison de toute velléité de résistance de la part des populations gaéliques. La crainte s’empare de l’ensemble de la population, comme de ce moine qui écrit : « Le vent est farouche cette nuit. Du moins les guerriers sauvages de Norvège ne courront pas les mers d’Irlande. »

806 : Les moines d’Iona abandonnent leur île, trop exposée aux pillards, pour Downpatrick et Kells.

830 : Torgeist, un chef norvégien, saccage Armagh.

841 : L’une des bases d’opération des Norvégiens, située près d’un gué de branchages sur la Liffey, devient Dublin. Les Vikings sont ainsi les fondateurs des villes dont l’Irlande était jusqu’alors entièrement dépourvue. Dans les années suivantes naissent Waterford à l’embouchure de la Suir, Cork près de l’embouchure de la Lee, Limerick près de celle du Shannon…

848 : Mael-Sechnaill, haut roi (ard ri) d’Irlande, écrase une armée viking à Forach dans le comté de Meath.

IXe siècle : Formation d’alliances généralement peu durables entre les roitelets locaux et les Scandinaves, marquant un premier pas vers la fusion. C’est à cette époque que s’élèvent les fameuses tours rondes en pierre, qui servaient sans doute d’abri et de réserve en cas d’attaque.

900 - 908 : Cormac Mac Culinan, roi-évêque de Cashel, rédige le plus ancien dictionnaire comparé européen de langue vernaculaire.

902 : Les Vikings sont chassés de Dublin avant de s’y établir de nouveau quelques années plus tard.

908 : Bataille de Belach Mughna qui voit la victoire des O’Neill de Tara au nord sur les Eoganachta de Cashel au sud.

914 : Seconde vague d’invasions vikings, davantage concentrée dans le sud, autour de Waterford.

967 : Brian Boru, roitelet d’un tuath du Munster, chasse les Danois de Limerick avec l’aide de son frère, Mahon.

976 : Brian Boru devient roi de Cashel et entreprend la conquête du Leinster.

999 : Brian Boru défait les hommes du Leinster à Glenn Mama.

1002 : Brian Boru oblige le ard ri Malachy II à lui céder la dignité suprême, avant de se proclamer « empereur des Irlandais ». Pour la première fois depuis cinq siècles, la couronne de ard ri échappe à la famille des O’Neill.

1014 : L’épouse répudiée de Brian Boru forme une coalition contre lui. Profitant de ces querelles internes, les Danois débarquent en Irlande, dans l’idée de mettre un terme à la tentative d’unification qui menace la sécurité de leurs bases. La bataille de Clontarf, le 23 avril, marque la défaite des Scandinaves et de leurs alliés du Leinster. Mais Brian Boru est assassiné dans sa tente par un fuyard au moment du triomphe. Désormais néanmoins, les hommes du Nord n’allaient plus constituer une menace et allaient progressivement s’assimiler à la population irlandaise.

1014 - 1022 : Les O’Neill reprennent le titre d’ard ri.

1022 - 1103 : Les descendants de Brian Boru, les O’Brien, occupent la dignité de hauts rois, toujours disputée avec les O’Neill et les O’Connor, rois du Connaught. La confusion politique la plus totale règne en Irlande jusqu’en 1070, aucun roi de province ne réunissant assez de puissance pour soumettre ses ennemis et rendre quelque légitimité au trône.

1052 : Le roi du Leinster chasse le dernier roi scandinave de Dublin, qui devient la capitale effective du pays, en supplantant définitivement Tara.

1072 - 1086 : Le petit-fils de Brian Boru revendique la royauté suprême.

 

De l’Irlande anglo-normande à la colonie anglaise (XIIe siècle-milieu du XVIe)

 

C’est à l’appel d’un roitelet celte que les Anglo-Normands interviennent dans les affaires de l’Irlande. Les différentes expéditions féodales qui se succèdent alors marquent le début de la colonisation de l’île dont l’aristocratie locale et la féodalité étrangère vont se disputer les terres. Mais les colons sont trop peu nombreux pour imprimer leur loi à l’ensemble du territoire. Sensibles comme les Vikings à la force d’attraction de la culture gaélique, ils adoptent les mœurs et les coutumes indigènes. L’Irlande se divise ainsi bientôt en trois ensembles : l’Irlande gaële, dont le fractionnement et la perpétuelle désunion continuent de freiner l’émergence de tout projet collectif ; l’Irlande des seigneurs anglo-normands qui, dans les domaines taillés à la pointe de l’épée jusqu’à la fin du XIIIe siècle, se montrent soucieux d’imposer l’ordre féodal à la turbulence celtique ; enfin, l’Irlande véritablement coloniale du « Pale » (le terme désigne une zone clôturée) qui s’étend de Dublin à Dundalk. Ses habitants ne tardent pas à considérer les aventuriers normands comme des « Anglais dégénérés ». Ils n’en régneront pas moins en « presque rois » jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Début du XIIe siècle : Compilation du Livre du Leinster, la saga gaélique retraçant les exploits de Finn et de sa milice guerrière. L’ouvrage témoigne de l’intérêt toujours persistant des Irlandais pour le merveilleux de leur tradition nationale préchrétienne. À cette époque, de façon plus générale, à cette époque la plupart des textes épiques de l’Irlande ont été compilés par des moines qui n’en négligent pas pour autant les commentaires des Saintes Écritures et les vies de saints. Élaborée entre l’arrivée des Celtes et celle des Scandinaves, cette matière est variée et généralement regroupée dans quatre grands cycles. Le cycle mythologique évoque les anciens dieux d’Irlande, les Tuatha de Dannann (Livre des Conquêtes) ; le cycle d’Ulster offre un tableau saisissant de la société héroïque, peuplée de rois, de reines et de vaillants guerriers. Son principal récit, le Tain, rapporte les hauts faits qui ont émaillé le règne du roi Conchobar, parmi lesquels ceux de son neveu, Cuchulainn. Fils de Lug, ce héros que l’on présente souvent comme l’Héraklès celtique, s’oppose aux menées de la reine du Connaught, Medb, qui veut s’emparer du taureau brun de Cooley. Le cycle du Leinster (ou Cycle ossianique) retrace quant à lui les aventures des Fianna. Enfin, le Cycle historique retranscrit la vie de différents rois celtes.

1101 : Le synode de Cashel transforme la structure de l’Église. La simonie, les abbés laïcs, le mariage des clercs et l’inceste (que tolérait la loi irlandaise, le code brehon) sont condamnés.

1111 : Le synode de Rathbreasail divise le pays en douze diocèses, répartis en deux provinces métropolitaines, Armagh et Cashel.

1132 : Saint Malachie devient archevêque d’Armagh, après avoir été abbé de Bangor et évêque de Connor. Disciple préféré de saint Bernard, il introduit la règle cistercienne dans l’île et réorganise l’Église celtique sur un modèle plus conforme à l’ordre romain : il met par exemple un terme à la succession héréditaire au siège d’Armagh. Encouragée par le pape Innocent II, son action sera relayée quelques années plus tard par l’archevêque de Dublin, saint Laurent O’Toole. L’Irlande commence ainsi à perdre son originalité par rapport au reste de la Chrétienté.

1142 : Saint Malachie fonde l’abbaye cistercienne de Mellifont, dans le comté de Louth.

1152 : Le synode de Kells-Mellifont divise l’Irlande en 36 diocèses et quatre archevêchés (Cashel, Tuam, Dublin et Armagh). Il marque véritablement la fin de l’ère des anciens monastères irlandais et l’affirmation de la puissance d’une Église séculière. L’archevêque d’Armagh obtient le statut de primat, ce qui met un terme à la domination de Canterbury sur l’Église d’Irlande.

1155 : Par la bulle Laudabiliter, le pape Adrien IV, d’origine anglaise, concède à Henri II Plantagenêt et à ses successeurs la souveraineté sur l’Irlande, à condition d’y soutenir la réforme de l’Église.

1156 - 1186 : Règne de Rory O’Connor, dernier souverain à porter le titre si convoité de haut roi.

1166 : Dermot Mac Murrough, roi du Leinster, est renversé par ses vassaux et dépossédé de sa couronne par le haut roi régnant Rory O’Connor. Il demande de l’aide au roi d’Angleterre qui voit là une occasion d’intervenir indirectement dans les affaires d’Irlande. Henri II Plantagenêt l’autorise donc à lever une armée chez ses barons des marches galloises (Fitzgerald, FitzEtienne, FitzStephen…). Ils seront nombreux à le suivre avec enthousiasme pour s’emparer de nouvelles terres à la pointe de l’épée : ils n’ont en effet rien à attendre d’Henri II qui leur reproche leur participation aux troubles civils qui ont menacé antérieurement le pouvoir royal.

1167 : Le roi déchu du Leinster revient en Irlande avec ses aventuriers normands.

1170 : Richard Fitzgilbert de Clare, comte de Pembroke, appelé « Strongbow » (« arc fort ») débarque à son tour en Irlande. Dermot Mac Murrough lui a promis la main de sa fille avec la perspective d’hériter un jour du royaume du Leinster. Il s’empare de Waterford et de Dublin.

1171 : À la mort de Dermot, Strongbow devient roi du Leinster, ce qui provoque un soulèvement de l’île. Les Anglo-Normands cessent d’être des mercenaires pour se poser désormais en rivaux des rois celtes. Il résiste néanmoins à Rory O’Connor qui l’assiège dans Dublin. Henri II, inquiet des succès de son vassal, décide d’intervenir pour réaffirmer son autorité sur ses entreprenants barons et débarque à Waterford. Strongbow ne cherche pas à lui résister et lui prête hommage. Il renonce à son titre royal et se voit nommé comte de Leinster. Durant l’hiver 1171-1172, Henri II reçoit ainsi l’hommage de presque tous les chefs gaëls du sud qui pensent ainsi se protéger de la rapacité des Normands. Seuls les roitelets du nord restent fidèles à Rory O’Connor.

1172 : Le pape Alexandre III confirme la souveraineté du Plantagenêt sur l’Irlande et sa mission d’y réformer l’Église. Lors d’un synode à Cashel, les évêques reconnaissent à leur tour l’autorité du roi sur l’île. Henri II décide de conserver comme domaine de la Couronne Waterford, Wexford et Dublin, qui devient le quartier général de la colonie et son château le symbole de la domination anglaise. Avant de partir, il nomme pour le représenter un judiciar qui deviendra plus tard le lord-lieutenant d’Irlande.

1173 : Le premier justicier d’Irlande, Hugues de Lacy, s’empare du royaume de Meath. Les Irlandais, qui se croyaient pourtant désormais à l’abri des exactions des barons normands, se révoltent.

1175 : Le traité de Windsor consacre la suzeraineté anglaise, tous les royaumes irlandais devant payer tribut à la Couronne. Il marque la fin théorique de l’indépendance irlandaise et le début de la politique anglaise de neutralisation des uns et des autres par l’entretien d’un état d’hostilité latent. Henri II conserve personnellement Dublin et les anciens pays danois, constituant le Pale, véritable colonie soumise à la loi anglaise. Rory O’Connor, désormais vassal du roi, est confirmé comme roi du Connaught et comme roi suprême des régions non conquises.

1176 : À la mort de Strongbow, le Leinster revient à la couronne anglaise.

1177 : Fondation de Belfast par Jean de Courcy. Le futur Jean sans Terre est nommé dominus Hiberniae, seigneur de l’Irlande.

1185 : Jean sans Terre débarque en Irlande pour mater une rébellion de Rory O’Connor qui a cherché, en vain, à reprendre son indépendance. Il est accompagné par de nouveaux seigneurs en quête de terres, comme Thiébaud Gautier, fondateur de la famille des Butler qui deviendront plus tard les comtes d’Ormond.

1210 : Jean sans Terre vient réaffirmer son autorité sur les barons rebelles, crée des comtés qu’il place sous l’autorité de shérifs et ordonne l’observation des lois et coutumes anglaises à ses vassaux. C’est là la dernière visite d’un souverain anglais jusqu’en 1394.

1235 : Richard de Burgo s’empare du Connaught.

1258 : Les Irlandais s’unissent contre les ambitions croissantes des Anglo-Normands et reconnaissent Brian O’Neill comme roi d’Irlande.

1260 : Brian O’Neill est tué à la bataille de Down. Sa tête est exposée à la Tour de Londres.

1263 : Le Roi de Norvège, Haakon IV, à qui les Irlandais pensaient offrir la couronne, est battu par les Écossais.

1268 : Arrivée dans les armées irlandaises des gallowglasses, des mercenaires étrangers, mi-écossais, mi-gaéliques. Leur présence permet d’entamer la supériorité militaire des Anglais.

1270 : Gautier de Burgo et le justicier royal Ralf d’Ufford sont défaits à Athankip.

1276 : Pour se protéger de la voracité des barons, les Irlandais proposent cette fois de l’argent au roi d’Angleterre en échange de l’extension de la loi anglaise à l’ensemble de l’Irlande.

1297 : Un Parlement est créé sur le modèle anglais, dans le Pale uniquement.

1315 : Les Irlandais se tournent vers Édouard Bruce, le frère de Robert Ier d’Écosse qui vient de battre les Anglais à Bannockburn en 1314.

1315 - 1317 : Famine.

1316 : Les chefs irlandais rebelles sont défaits à Athenry.

1318 : Édouard, couronné roi d’Irlande en 1316, est tué devant Dundalk.

1320 : Le roi d’Angleterre Édouard II accorde le bénéfice de la Grande Charte à l’Irlande anglaise uniquement.

1328 : Les Butler sont faits comtes d’Ormond par le pouvoir anglais.

1349 - 1350 : La peste noire enlève un tiers de la population irlandaise, essentiellement dans les villes.

1361 : Un édit d’Édouard III déclare qu’« aucun Irlandais de race, appartenant à la nation irlandaise, ne sera fait maire, bailli ou officier en aucun lieu soumis au roi, ni n’aura canonicat ou bénéfice parmi les Anglais ». Ces derniers redoutent en réalité la force d’attraction de la culture gaélique qui conquiert les Normands, ces « Anglais dégénérés » qui menacent désormais de ruiner la fragile tête de pont du Pale.

1366 - 1367 : À l’initiative de Lionel de Clarence, troisième fils d’Édouard III et vice- roi d’Irlande, le Parlement est convoqué pour freiner l’assimilation des Anglo- Normands par une série de mesures législatives. Les « statuts de Kilkenny » interdisent ainsi aux Anglais de parler gaélique, d’épouser des Irlandaises, de se conformer au droit brehon… Ils garderont force de loi jusqu’en 1613, mais seront souvent peu respectés, sans que cela suscite des réactions des souverains anglais plus préoccupés par leurs affaires continentales. Aux XIVe et XVe siècles, l’Irlande restera dominée par les grandes familles anglo-normandes celtisées, (Butler et Fitzgerald), qui s’identifient progressivement à l’Irlande et détestent les hommes envoyés par Londres pour la gouverner.

1390 : Art Og Mac Murrough, roi du Leinster, ravage les domaines des Anglais en Kildare, Wexford et Carlow.

1394 - 1395 : Inquiet de l’indépendance des chefs gaëls et des barons anglo-irlandais, Richard II débarque à Waterford. À l’issue d’une véritable promenade militaire, il laisse le gouvernement de l’Irlande à Robert Mortimer.

1399 : La mort de Mortimer pousse le roi à revenir en Irlande. Mais la révolte d’Henri de Lancastre le contraint bientôt à rentrer en Angleterre. Il comptait sur les grandes familles, comme les Butler de la maison d’Ormond ou les Fitzgerald de Desmond et de Kildare, pour représenter les intérêts de la Couronne. Aucun roi d’Angleterre ne reviendra dans l’île avant 1689.

1447 : Richard, duc d’York, est nommé lieutenant en Irlande par le faible roi Henri VI. Il va entraîner l’île dans la guerre des Deux-Roses.

1460 : Les colons déclarent au Parlement irlandais qu’ils ne se sentent pas liés par les lois promulguées à Westminster.

1468 : Thomas Fitzgerald, comte de Desmond, est exécuté à Drogheda pour trahison.

1477 - 1513 : Les Fitzgerald de Kildare, une famille fortement celtisée mais toujours fidèle au roi d’Angleterre, occupent la dignité de lord-député. Avec Garret Mor, l’un des plus grands représentants de cette dynastie anglo-irlandaise, l’Irlande peut paraître au bord de l’autonomie.

1485 : L’avènement des Tudors est marqué par un sérieux effort pour reprendre l’Irlande en main. Henri VII se méfie notamment de Garret Mor qui a pris parti pour les York.

1491 : Un aventurier flamand se faisant passer pour le fils d’Édouard IV est à l’origine de troubles yorkistes en Irlande. Garret Mor est emprisonné et remplacé par un Anglais, sir Edward Poynings, chargé de ramener l’île « à une totale et complète obéissance ».

1494 : Le nouveau lord-député rassemble le Parlement à Drogheda et y fait voter ce que l’on appelle la loi Poynings : cette dernière réitère les obligations des statuts de Kilkenny et stipule qu’aucune loi votée par le Parlement irlandais ne peut être valable sans le sceau du roi d’Angleterre. Une telle subordination de la législation d’Irlande à celle de l’Angleterre durera jusqu’en 1782. Par ailleurs, la division de l’Irlande en pays anglais d’une part, et pays rebelle ou ennemi d’autre part, est réaffirmée. La limite occidentale du Pale, depuis l’embouchure de la Liffey au sud, jusqu’à Dundalk au nord, est fortifiée.

1496 : Les troubles yorkistes ayant cessé, Garret Mor est restauré dans ses fonctions de lord-député. Il vit jusqu’en 1513, en « presque roi ».

1534 : Son fils Garret Og, qui lui a succédé en suivant la même politique d’arbitre entre Anglais et Irlandais, est accusé de trahison et emprisonné à la Tour de Londres où il meurt. Désormais, le lord-lieutenant sera toujours anglais.

1535 : Son fils, « Silken » Thomas se rebelle à son tour. Mais il est défait à Maynooth où tous ses partisans sont pendus. Il est exécuté deux ans plus tard après s’être rendu de lui-même aux autorités anglaises.

1539 : La cause de son jeune garçon, Gerald, âgé de 10 ans, est défendue par la ligue geraldine (Mac Carthy, Offaly, O’Neill du nord).

1552 : Contraint à l’exil durant de longues années (qu’il passa à la cour de Florence et en France), Gerald rentre en Irlande après avoir effectué sa soumission, marquant la fin du rôle politique des Fitzgerald de Kildare.

 

Le temps des plantations et des guerres de Religion (milieu du XVIe siècle - fin du XVIIe)

 

L’époque moderne marque un changement important dans l’histoire de l’Irlande : l’Angleterre, qui avait jusqu’alors usé ses ressources dans la conservation de son domaine continental, va désormais accroître la pression sur les peuples celtiques de l’archipel. Il s’agit pour elle d’assurer avant toute autre chose sa sécurité sur son flanc ouest, afin d’éviter que l’Irlande ne devienne l’enjeu des ambitions des puissances européennes et l’aboutissement des intrigues du pape, de l’Espagne ou encore de la France. Par ailleurs, les grands feudataires sont peu à peu éliminés du jeu politique, tandis que l’exploitation économique, à travers la politique de plantations, a raison de la société gaélique que la conquête militaire du Moyen Âge n’avait pas désintégrée, loin de là. En effet, alors que les deux communautés s’équilibraient et se côtoyaient depuis des siècles, leur identité de groupe va commencer à se définir, par opposition aux nouveaux arrivants anglais et à la Réforme. Le conflit de nationalité n’est pourtant pas encore la règle : des clans celtes sont fidèles à la Couronne et les rebelles se battent moins pour l’Irlande que pour asseoir localement leurs droits face à la nouvelle communauté anglaise. Constituée d’administrateurs protestants, de planteurs et d’ecclésiastiques, cette dernière convoite les terres de l’Irlande comme d’autres celles du Nouveau Monde. Elle ne cache pas sa volonté « d’extirper les Irlandais du sol de leur île » (« root them out ») et de supplanter l’ancienne élite anglo-normande.

1536 : Henri VIII fait adopter par le Parlement irlandais l’Acte de Suprématie de 1534 qui a consacré sa rupture avec Rome. Ce vote entraîne la dissolution des abbayes, couvents et monastères et permet à la nouvelle Église anglicane d’Irlande de recevoir les dépouilles de sa rivale, l’Église catholique celte. Mais ses réformes touchent essentiellement la liturgie et il faut attendre le règne d’Édouard VI puis d’Élizabeth pour que soient imposés de véritables changements doctrinaux. Néanmoins, sur les 32 évêques qui avaient été nommés par le pape avant la rupture, seuls dix reconnaissent l’autorité spirituelle du roi.

1541 : Un nouveau Parlement est réuni au cours duquel Henri VIII, qui avait jusque-là porté le titre de « Lord » ou de « Seigneur », se fait reconnaître « Roi d’Irlande ». Il comble d’attentions les puissants chefs celtes du nord et de l’ouest, qui abandonnent leurs terres que la Couronne leur restitue à titre de concessions féodales. Le roi d’Angleterre encourage l’assimilation et élève à la pairie les descendants de la noblesse normande et des roitelets celtes : O’Neill est ainsi fait comte de Tyrone. De nombreux chefs se laissent séduire par la perspective d’un pouvoir féodal assuré et automatiquement transmissible à leur fils aîné. Mais leur indocilité, la sédition encouragée par les agents de la Contre-Réforme, la pression des milieux d’affaires anglais de la gentry et du Pale, avides de terres à coloniser, compromettent définitivement cette politique.

1556 - 1557 : Début de la politique des plantations sous le règne de la catholique Marie Tudor : les districts de Leix et d’Offaly, territoires des O’Moore et des O’Connor, sont confisqués au profit de la Couronne et transformés en Queen’s County et King’s County. Le but de cette politique est de créer des noyaux fidèles au milieu d’une population peu sûre. Les colons sont tenus de n’utiliser que de la main-d’œuvre anglaise, qui sera rapidement découragée par les raids punitifs des Celtes spoliés.

1559 : Mort du comte de Tyrone qui avait accepté d’abandonner entièrement son nom de O’Neill et le titre de roi auquel la tradition lui donnait droit. Son fils cadet, Shane, répudie tout titre anglais, tandis qu’Élisabeth fait élever à l’anglaise l’un de ses petits-fils, Hugh O’Neill.

1560 : Une Église d’Irlande est établie sur le modèle de l’Église anglicane d’Angleterre. La nouvelle religion touche essentiellement les colons des premières plantations et les populations les plus anglicisées du Pale.

1562 : Par son Acte de Suprématie et d’Uniformité, Élisabeth impose le service protestant et déclenche le début des persécutions religieuses en s’attaquant cette fois directement au dogme catholique.

1567 : Élisabeth liquide la révolte de Shane O’Neill. Elle installe des fonctionnaires anglais à la tête de chaque province.

1567 - 1571 : Neuf plans de colonisation de l’Irlande sont soumis au gouvernement anglais. La plupart des initiatives privées ne remportant que des succès fort mitigés, l’État s’apprête à prendre le relais.

1569 - 1573 : Première révolte du Munster : les Grands, conduits par le chef des Fitzgerald, James Fitzmaurice, se mobilisent « pour la défense de l’Irlande et de la foi ». En réalité, il s’agit davantage d’un nouvel épisode de la lutte entre les Grands d’Irlande et la couronne anglaise.

1575 : Fitzmaurice va lui-même chercher de l’aide en Espagne auprès du Roi Catholique Philippe II.

1576 : Walter Devereux, le comte d’Essex, reçoit la moitié du comté d’Antrim.

1579 - 1583 : Deuxième révolte du Munster qui se soulève sous la direction du chef des Fitzgerald, désormais comte de Desmond. Des Espagnols et des Italiens débarqués dans le Kerry, à Smerwick, pour leur venir en aide, sont passés au fil de l’épée par les soldats de Walter Raleigh qui ne manque pas de prendre sa part des terres confisquées à cette occasion : 200 000 hectares sont ainsi distribués à des colons anglais et aux fidèles serviteurs de la reine.

1580 : Dans le Pale, révolte de « Vieux-Anglais » catholiques, c’est-à-dire des vieilles familles anglo-normandes établies en Irlande avant les plantations.

1582 : Selon un fonctionnaire anglais, la disette fait plus de 30 000 morts dans le Munster.

1583 : Gerald de Desmond est exécuté, ce qui signifie l’élimination de la grande famille des Fitzgerald de Desmond après celle des Fitzgerald de Kildare.

1588 : Le désastre de l’Invincible Armada renforce la position des Anglais. Bon nombre de naufragés, échoués sur les côtes de l’île, sont massacrés par les Irlandais ou remis aux mains des Anglais. Un des membres de l’expédition, l’Espagnol Cuellar, a laissé une description du peuple irlandais : « La coutume de ces sauvages est de vivre comme des fauves dans les montagnes… Ils y habitent des huttes de chaume. Grands marcheurs, ils supportent bien le travail. Par leurs luttes sans trêve, ils contiennent les soldats de la reine d’Angleterre. Le pays par ici, à trente lieues à la ronde, n’est que tourbières. Leur plus grand plaisir est de se voler les uns les autres. Apprend-on qu’un hameau voisin possède bestiaux ou autres biens, on part de nuit à l’attaque et l’on s’entretue. […] Bref, il n’y a dans le pays ni ordre ni justice et chacun fait ce qui lui semble bon. »

1591 : Fondation par Élisabeth de Trinity College à Dublin. Fermée aux catholiques, l’université devient un important foyer d’influence anglaise et protestante.

1593 : Hugh O’Neill, en dépit de son éducation anglaise, devient le plus grand seigneur de l’Irlande.

1594 : Révolte des comtes de Tyrone (Hugh O’Neill, qui se veut « roi d’Ulster » sur ses terres) et de Tyrconnell (Hugh O’Donnell). Conscients de leur infériorité technique du point de vue militaire, ils recrutent des professionnels parmi les Galloglaigh (des soldats étrangers, écossais pour la plupart) et les Buannadha ou Bonnachts (des mercenaires irlandais). Ils infligent une cuisante défaite aux Anglais le 13 juin à Clontibret. Les comtes d’Ulster proposent alors la couronne d’Irlande à Philippe II, avant de se soumettre à l’automne.

1598 : Le poète Edmund Spenser, secrétaire du lord-lieutenant Arthur Grey de Wilton, écrit A view of the present state of Ireland (qui ne sera publié qu’en 1633). Il y plaide en faveur des méthodes les plus expéditives en Irlande, en prônant notamment les vertus de la famine organisée pour mettre fin aux révoltes.

14 août 1598 : À Yellow Ford, en Ulster, O’Neill met une nouvelle fois en déroute une armée anglaise. Le Connaught, le Munster, le Meath et le Leinster se soulèvent croyant avoir trouvé l’homme providentiel capable d’unir enfin les Irlandais dans leur lutte contre la couronne anglaise. Les colons du Munster prennent la fuite sans demander leur reste.

1599 : Élisabeth envoie alors une armée de 16 000 hommes sous le commandement de son favori, le comte d’Essex, investi des fonctions de lord-lieutenant. Il rencontre le chef des rebelles sur les bords de la rivière Lagan, au gué d’Aclint, à la lisière des comtés de Louth et de Monaghan. Une trêve de six semaines est instaurée.

1600 : Essex est remplacé par lord Mountjoy, tandis que sir George Carew est fait président du Munster. Forts de leurs 20 000 hommes, ils divisent et traquent l’ennemi sans répit, mais préfèrent éviter l’affrontement direct et détruire systématiquement fermes, récoltes et troupeaux. Des garnisons sont établies jusqu’à Derry, au cœur du territoire ennemi.

21 septembre 1601 : Tandis que Clément VIII accorde une indulgence aux combattants de la foi, 3 500 Espagnols commandés par don Juan d’Aguila débarquent dans la baie de Kinsale et font face aux soldats de Mountjoy. O’Neill et O’Donnell traversent l’Irlande à marche forcée pour prendre à revers les troupes anglaises, bientôt décimées par la faim et la maladie. Mais les Irlandais opèrent une manœuvre inconsidérée en attaquant le 24 décembre : ils sont défaits par une redoutable contre- attaque de la cavalerie anglaise.

30 mars 1603 : Lors du traité de Mellifont, le comte de Tyrone se soumet. Il renonce au titre gaélique de « The O’Neill » ainsi qu’à toute alliance avec l’étranger. Il s’engage par ailleurs à introduire les coutumes anglaises sur ses terres. Cet accord va marquer la fin progressive de la traditionnelle organisation politique de l’Irlande et le déclin sans retour de la société gaélique.

1604 - 1616 : Le lord-député d’Irlande, Chichester de Belfast, pratique une politique d’apaisement, appliquant avec modération les lois contre les catholiques.

1607 : « Fuite des comtes » (« Flight of the Earls ») ; le comte de Tyrone, se sentant menacé, s’enfuit pour le continent avec une centaine de parents et de partisans et se réfugie à Rome. Jacques Ier confisque leurs terres.

1608 : Début de l’anglicisation et de la colonisation massive de l’Ulster, la province la plus gaélique d’Irlande, désormais divisée en neuf comtés quadrillés par les agents de la Couronne. Les nouveaux colons arrivent surtout du Yorkshire et des Basses Terres d’Écosse : ils seront près de 100 000 dans les années 1650. Ces non-conformistes (presbytériens, baptistes…) se partagent plus de 200 000 hectares qu’ils sous-louent ensuite aux fermiers irlandais, relégués à la condition misérable de tenanciers. À une population pastorale gaélique et catholique succède ainsi une population agricole anglo-saxonne, anglicane ou presbytérienne.

1613 : La ville de Derry est concédée à une société londonienne et devient Londonderry.

Avril - mai 1613 : Une Chambre des communes majoritairement protestante est élue au Parlement. Pour la première fois, l’ensemble de l’île est représenté. Les statuts de Kilkenny sont abrogés : la loi est désormais la même pour tous. Le Bill of Attainder entérine les confiscations. De rebelle, l’Ulster allait désormais se muer en auxiliaire dévoué de la Couronne. Aucune révolte ne permettant de justifier de nouvelles confiscations, on fait appel à des légistes qui jouent de la substitution du droit féodal au droit celtique, rendant la plupart des titres de propriété irlandais contestables. Par abus de droits et chicanes, une grande partie des territoires de la rive orientale du moyen Shannon est ainsi livrée à la rapacité des colons et ce d’autant plus facilement que les jurys acceptant de confirmer les confiscations se voient accorder un pourcentage sur les domaines expropriés.

1625 : Charles Ier succède à Jacques Ier. Les Vieux-Anglais, par peur d’être à leur tour spoliés par les colons, lui proposent 120 000 livres sterling contre la confirmation de leurs titres de propriété et l’autorisation de la pratique publique du culte catholique. Pour pouvoir soutenir financièrement sa guerre contre l’Espagne, le roi accepte ces « graces ». Mais la réaction de l’intérêt protestant est immédiate.

1629 : Le roi revient sur ses promesses et fait interdire l’exercice public du culte catholique. L’interruption manu militari d’une messe à Dublin provoque une émeute le 26 décembre.

1632 : Le nouveau gouverneur de l’Irlande, Thomas Wentworth, divise pour régner. Il préconise de « se servir de l’indigène pour soumettre et gouverner le planteur et du planteur pour soumettre et gouverner l’indigène ». Un projet de plantation dans le Connaught, qui avait été différé par la politique des graces, voit le jour.

1639 : Wentworth fait bientôt l’unanimité contre lui (vieux et nouveaux Anglais, puritains d’Ulster…) en foulant aux pieds les aspirations des différentes composantes de la population de l’île. Il est rappelé à Londres auprès de Charles Ier qui le nomme comte de Strafford, avant de le renvoyer en Irlande investi du la charge de lord-lieutenant. Il cherche alors à y lever une grande armée pour voler au secours du roi, bientôt mis à mal par l’invasion du nord de l’Angleterre par les Écossais. L’Irlande est alors impliquée dans les troubles constitutionnels qui vont ravager l’île voisine.

23 octobre 1641 : Tandis que guerre civile menace en Angleterre, une rébellion tenant tout à la fois de la jacquerie et de la réaction nationale éclate à Dublin, par réaction à la politique de dépossession systématique et d’exclusion par un puritanisme de plus en plus sectaire. Le Parlement anglais résonne bientôt de déclarations martiales : selon sir John Clotworthy, « la conversion des papistes irlandais ne pourra être réalisée qu’avec une bible dans une main et une épée dans l’autre. » Si l’attaque perpétrée contre le château de Dublin échoue, la surprise est totale en Ulster, où les rebelles sont menés par sir Phelim O’Neill. Les spoliés de 1606-1610 massacrent les colons anglais et écossais. Dans les deux camps, les atrocités se multiplient : à Portadown, Manus Roe O’Cahan fait noyer 80 colons avec femmes et enfants. Quelques temps plus tard, sir Charle Coote fait massacrer, avec une rare férocité, les rebelles du Wicklow. À ceux qui lui reprochent de faire boucherie des nouveau-nés et des enfants, il répond : « Les lentes deviennent des poux. » Plus de 10 000 personnes meurent de faim, de maladie et dans les combats. En Angleterre, où l’on n’hésitera pas à parler de 200 000 morts, on incrimine la sauvagerie des Irlandais et la perversité de leur religion.

24 février 1642 : À Londres, le Parlement vote l’Adventurer’s act qui concède les futures confiscations aux spéculateurs avançant l’argent nécessaire pour mener à bien la reconquête de l’île.

22 mars 1642 : Les vicaires et évêques de la province ecclésiastique d’Armagh se réunissent à Kells et excommunient ceux de leurs coreligionnaires qui soutiennent le gouvernement de Dublin.

10 - 13 mai 1642 : Lors d’une assemblée de clercs et de laïcs à Kilkenny est fondée la Confédération catholique d’Irlande, qui se donne pour mot d’ordre : « Pour Dieu, le roi et la patrie, les Irlandais unis. » Elle élabore une constitution de type fédéraliste avec un pouvoir très décentralisé.

juillet 1642 : Owen Roe O’Neill, neveu du grand Hugh O’Neill, débarque dans le Donegal avec des officiers et du matériel, après avoir passé trente ans au service des Espagnols avec qui il avait combattu à Kinsale. Il est rejoint par de nombreux émigrés qui ne tardent pas à investir les charges militaires. Au détriment d’une véritable stratégie d’ensemble, chaque province se donne bientôt pour chefs un soldat de métier et un soldat de la foi. La confusion est bientôt totale en Irlande qui voit ses terres investies par quatre armées différentes : celle de la Confédération catholique, aux mains de généraux désunis et jaloux de leurs prérogatives ; l’armée royale, dirigée par le comte d’Ormond qui ne songe qu’à porter assistance au roi ; l’armée du Parlement anglais ; l’armée écossaise, chargée de mener la guerre en Ulster.

28 mars 1646 : Charles Ier, représenté par Ormond, signe un traité avec la Confédération catholique, afin de pouvoir recevoir des renforts d’Irlande. Mais sa marge de manœuvre est réduite s’il veut éviter de s’aliéner les protestants. Il refuse ainsi de reconnaître l’égalité des droits. Les catholiques qui, depuis le début de la révolte, n’ont eu de cesse de clamer leur fidélité au roi acceptent de soutenir le souverain qui n’a même plus d’armée depuis juin 1645. Le nonce apostolique Rinuccini, partisan de la guerre à tout prix, dénonce le traité et excommunie tous ceux qui s’y rallient. Il sait pouvoir compter sur Owen Roe O’Neill qui vient d’écraser les Écossais à Benburg.

Juin 1647 : Débarquement du colonel Michael Jones, avec une armée de 2 000 soldats aux gages du Parlement. Il vole de victoire en victoire.

1647 : Ormond préfère livrer Dublin aux parlementaires ennemis de son roi plutôt que de la voir tomber aux mains des confédérés catholiques.

20 mai 1648 : Contre l’avis du nonce Rinuccini, une nouvelle trêve est signée entre le conseil suprême de Kilkenny et lord Inchiquin qui vient de passer dans le camp du roi emprisonné. O’Neill, qui était l’âme de la résistance, négocie une trêve avec les Écossais.

17 janvier 1649 : Ormond et les confédérés signent un nouveau traité au moment où Charles Ier est exécuté (30 janvier). Le gouvernement confédéré est remplacé par douze commissaires. Ormond fait proclamer le prince de Galles roi d’Angleterre et d’Irlande sous le nom de Charles II.

Février 1649 : Rinuccini qui, par son intransigeance, a été le fossoyeur de la Confédération quitte l’Irlande.

15 août 1649 : Cromwell et ses « Côtes de fer » débarquent à Ringsend avec 8 000 fantassins, 4 000 cavaliers et une artillerie conséquente. « Maudit soit celui dont l’épée ne sera pas teinte de sang ! Maudit celui dont l’épée ne s’abreuvera pas de sang irlandais, qui ne les récompensera pas au double pour leur infernale trahison contre les Anglais, qui ne fera pas d’eux des monceaux sur des monceaux de morts et de leur pays un repaire pour les dragons, un étonnement pour les nations ! »

Septembre - octobre 1649 : Siège de Drogheda, place forte royaliste commandée par un Anglais catholique, puis de Wexford par les armées de Cromwell. Les deux villes seront tour à tour livrées au pillage et leur population passée au fil de l’épée. Par la suite, la plupart des villes se rendent à la première sommation.

6 novembre 1649 : Mort d’Owen Roe O’Neill.

27 mars 1650 : Cromwell s’empare de Kilkenny, mais les Irlandais lui tiennent tête à Clonmel.

26 mai 1650 : Cromwell quitte l’Irlande, laissant à son gendre Ireton le soin de continuer la guerre contre les royalistes.

16 août 1650 : Afin de gagner définitivement à sa cause les Écossais qui viennent de le proclamer roi, Charles II déclare à Dumferline qu’il revient sur les concessions du traité de 1649. Cette traîtrise est le coup de grâce administré à la cause royaliste. La plupart de ses chefs ne tardent pas à s’exiler.

1651 : Ireton s’empare de Limerick. Par ailleurs, battu par Cromwell en Angleterre, Charles II doit s’exiler.

1652 : La dernière place royaliste, Galway, tombe après un siège de neuf mois. Selon sir William Petty, plus de 500 000 Irlandais sont morts durant les onze années qui ont saigné le pays.

12 août 1652 : Pour rembourser les Adventurers et payer ses Côtes de fer, Cromwell fait voter l’Act for the Settling of Ireland, une loi de confiscation des terres qui touche les trois quarts de l’Irlande. Une centaine de chefs militaires et de responsables catholiques sont condamnés à mort. Seules vingt-six familles catholiques conservent leurs biens. Cromwell entreprend par ailleurs la reconstruction du pays selon trois objectifs. Les éléments hostiles doivent être éliminés par l’exil ou la déportation (aux Caraïbes, à la Barbade où des Irlandais seront vendus comme esclaves). La population indigène doit être cantonnée « en enfer ou en Connaught » : les catholiques ont jusqu’au 1er mai 1654 pour se regrouper dans les régions les plus pauvres de l’île, avec l’interdiction formelle de retraverser le Shannon. Ce projet irréalisable ne pourra être pleinement mis en œuvre. Enfin, le reste de l’île est appelé à être colonisé par une classe de petits propriétaires protestants. Si le pouvoir et la propriété passent effectivement des mains des catholiques à celles des protestants, le Cromwellian settlement ne crée pas la communauté de petits possédants qui aurait fait de l’Irlande une province occidentale de l’Angleterre. En revanche, il est à l’origine d’un système de propriété latifundiaire typiquement colonial, fonctionnant au profit de landlords dont la plupart ne résident pas dans le pays, abandonnant leurs terres à l’avidité des régisseurs.

1653 : Proclamation de l’union législative de l’Irlande et de l’Angleterre. Le Parlement de Dublin est supprimé.

Septembre 1658 : À la mort de Cromwell, les catholiques ne détiennent plus qu’un tiers de la propriété terrienne, principalement dans les terres médiocres du Connaught.

14 mai 1660 : Charles II est proclamé roi d’Irlande.

1661 : Ormond redevient lord-lieutenant d’Irlande. Il fera preuve d’une certaine tolérance envers les catholiques.

8 mai 1661 : Fin de l’union législative avec l’Angleterre. Le Parlement irlandais qui n’avait pas siégé depuis vingt ans se réunit : sur 260 députés, un seul est de confession catholique.

1662 : Un deuxième Act of Settlement statue sur la légitimité des confiscations. Un tiers seulement des terres seront finalement récupérées par les Vieux-Anglais. La plupart des Gaëls d’Ulster ne récupèrent pas leurs biens.

À partir de 1663 : Plusieurs Cattle Acts interdisent l’exportation de bétail sur pied irlandais vers l’île voisine. Les Navigation Acts imposent par ailleurs que tous les produits en provenance ou à destination de l’Irlande voyagent sur des navires anglais et transitent par l’Angleterre.

1680 : Une nouvelle loi interdit à l’Irlande d’exporter vers l’Angleterre toute espèce de gros et de petit bétail et de produits laitiers. Elle porte un coup mortel à l’économie essentiellement agricole de l’île.

Ier juillet 1681 : Exécution d’Olivier Plunkett, pendu au gibet de Tyburn, avant que son cadavre ne soit démembré à la hache par le bourreau. Il était accusé d’avoir participé à un prétendu complot papiste. Il sera canonisé en 1975.

1685 : Ormond fait voter une « Loi pour encourager les étrangers protestants à se fixer et résider dans le royaume ».

Février 1685 : Le second fils de Charles Ier, le catholique Jacques II, monte sur le trône. Un immense espoir naît en Irlande où, pour complaire à ses coreligionnaires, il place Richard Talbot, frère du dernier archevêque de Dublin, et descendant des O’Donnell, à la tête de l’armée avec le titre de comte de Tyrconnell.

1687 : Richard Talbot est fait lord-lieutenant d’Irlande, à la place du comte de Clarendon. Il favorise ostensiblement les catholiques qui sont bientôt majoritaires dans la magistrature et au Conseil privé. Les protestants craignent pour leur vie et leurs biens et soutiendront l’appel anglais à Guillaume d’Orange.

1688 : La « Glorieuse Révolution » est marquée en Irlande par une bien curieuse guerre : des Irlandais se battent pour le roi d’Angleterre, les rebelles sont les Anglais, des Français s’opposent à d’autres Français. Tandis qu’à l’appel de Tyrconnell se rassemblent les « jacobites » soutenant le roi, un petit corps d’armée orangiste tient l’Ulster, où les protestants se réfugient dans Derry et Enniskillen.

12 mars 1689 : Soutenu par Louis XIV, Jacques II débarque à Kinsale avec une centaine d’officiers français. Il est accompagné par le comte d’Avaux, ambassadeur de Louis XIV, dont les écrits racontent « la guerre des deux rois ». Sans aller jusqu’à abroger le Poynings Act qui avait institutionnalisé la sujétion de l’île à l’Angleterre, il accepte que Westminster cesse de légiférer pour l’Irlande. Il se prononce également pour la restitution des terres confisquées après 1641 seulement.

Avril - 31 juillet 1689 : Échec du siège de Derry par les jacobites, durant lequel quinze mille personnes meurent de faim ou de maladie. Tous les ans, les protestants d’Irlande du Nord célèbrent encore, le 12 juillet, la mémoire des apprentis qui fermèrent les portes de la cité à l’arrivée des troupes de Jacques II.

Été 1689 : Le maréchal de Schomberg, qui sert Guillaume d’Orange, arrive en Irlande.

Mars 1690 : Quarante et un vaisseaux français débarquent à Cork des troupes dirigées par le comte de Lauzun. En retour, cinq régiments irlandais s’embarquent pour le continent où ils constitueront le noyau de la Brigade irlandaise qui figurera sur le rôle de l’armée française jusqu’en 1791. Elle s’illustrera notamment lors de la bataille de Fontenoy en 1745.

Ier juillet 1690
: Bataille de la Boyne. Guillaume d’Orange et Schomberg, forts d’une armée de 36 000 hommes, battent les troupes de Jacques II qui prend la fuite, alors que ses partisans tiennent encore l’ouest du Shannon. Il retourne en France, humilié et déconfit. Cet événement est encore célébré le 12 juillet par les orangistes d’Ulster comme le triomphe du protestantisme sur le papisme. Le pape, qui entretenait de forts bons rapports avec Guillaume d’Orange, n’a pourtant jamais soutenu la cause jacobite.

27 août 1690 : Guillaume échoue devant Limerick, défendue par Patrick Sarsfield, le fils d’un des héros de la révolte de 1641. Mille cinq cents orangistes sont tués.

8 mai 1691 : Capitulation de Limerick.

12 juillet 1691 : Les jacobites du marquis de Saint-Ruth sont battus par von Ginkel à la bataille d’Aughrim.

21 juillet 1691 : Reddition de Galway.

3 octobre 1691 : Signature du traité de Limerick par Sarsfield et les représentants de Guillaume d’Orange. Un pardon général est accordé aux jacobites qui pourront s’exiler. Les catholiques se voient garantir les droits qui leur ont été assurés sous Charles II : liberté de culte, accès aux professions libérales et au Parlement, droit de porter les armes. Il est par ailleurs stipulé que le serment de fidélité au gouvernement ne devra pas heurter leurs convictions religieuses. Mais dans un

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Les élucubrations d'un vieux Maître Apprenti (extrait)

Publié le 5 Janvier 2013 par Frère Jacques

(* élucubrations: s'emploie surtout au pluriel et Ironiquement. Élaboration progressive, œuvre ou théorie résultant de recherches longues et patientes.)  Je me présente: Frère JACQUES, nom prédestiné! Pensez donc, le Frère Jacques. Bien que connaissant la chanson, rassurez-vous, mon intention n'est nullement de vous endormir.

Je ne vais pas parler d'alchimie, ni de magie, pas même de géométrie. Je ne suis possesseur d'aucun secret, pas même celui de transformer du plomb en or. Dans mon temple intérieur, il n'y a pas d'Athanor, je n'ai pas trouvé non plus dans ma cave de grimoire poussiéreux révélant le secret de la longévité. Non, rien de tout cela.

Par contre, je vous le dis simplement, l'orateur à qui vous faites la faveur de prêter attention ce soir est (n'ayons pas peur des mots) un génial inventeur. Eh oui! Après bien des années d'observations, j'ai mis au point un appareil à mesurer la fraternité que j'ai appelé pompeusement le FRATERNOMÈTRE. Comment se présente-t-il ?

Le module est de forme pyramidale. La base est de couleur bleue, le sommet rouge. Sur le côté gauche (côté cœur) une première graduation bleue de 1 à 3, puis une deuxième rouge de 3 à 33. On peut améliorer le système pour certaines obédiences en allant jusque 99. Une cotation de 1 à 10 à l'intérieur de chaque degré permet de noter la fraternité à chaque niveau. Il y a bien une graduation au-dessous de zéro, couleur noire, mais je ne peux croire que l'appareil puisse servir à ce niveau dans le cadre de notre philosophie.

Comment réagit l'instrument vous demandez-vous? Systématiquement en fonction des diverses catégories de frères et de sœurs œuvrant au sein de nos ordres. Il suffit de se trouver à proximité du FRATERNOMÈTRE Qui réagit selon la couleur des auras. Mon invention n'étant pas encore brevetée, vous comprendrez ma discrétion et ma réticence à vous en dire davantage. Toutefois, mes observations m'ont permis de dresser une nomenclature, qui n'est d'ailleurs pas exhaustive, ayant fait réagir mon invention.

Bien sûr si par hasard au cours de cette énumération certains frères croyaient reconnaître un des nôtres, il ne s'agirait que d'une coïncidence, les Frères présents sur ces colonnes ne pouvant être concernés. Mais sait-on jamais? Un visiteur inconnu? De toute façon, on a toujours une possibilité d'essayer de se corriger. A chaque catégorie, je me suis permis de consulter le FRATERNOMÈTRE. Je vous ferai part de la citation ... Cet appareil qui va révolutionner les obédiences ne peut se tromper.

Si vous le permettez, je vais donc les citer : Classifications et notations qui évidement n'engagent que moi.

Les AMBITIEUX: Dès leur arrivée dans notre ordre, ils rêvent de brûler les étapes, ils se voient "vénérable" au bout de quelques mois et veulent par tous les moyens occuper un poste en vue, n'hésitant pas le cas échéant à dresser les Frères les uns contre les autres pour arriver à leurs fins. Ils sont atteint d'une grave maladie: la "cordonnite" et ont des décors chamarrés d'or. Ils ne pensent pas un seul instant que le passage d'un degré à un autre est une borne kilométrique indiquant l'amplitude de la fraternité sur l'autoroute qui mène à l'initiation. Je survolerai le cas de frères qui, dans la vie profane, ont atteint leur niveau d'incompétence. Ils ont vaguement conscience qu'ils ne sont rien mais voudraient tant avoir de l'importance que cela devient pour eux obsessionnel et les métamorphose (à fortiori si on leur confie une fonction) en petit tyranneaux, au mieux adjudants de quartier, n'ayant rien à voir avec nos règles de fraternité. Ceux-là en vérité peuvent être, à la rigueur dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les ORGUEILLEUX: Sous des prétextes les plus futiles, ils prennent la parole et ne la redonnent plus, pour faire étalage de leur science, de leur situation matérielle ou professionnelle, etc... Ils n'ont en aucun cas laissé leurs métaux à la porte du temple. Ils ignorent le mot "égalité" et cultivent le narcissisme à grande dose. Bienheureux si l'on échappe à une contre-conférence n'ayant pas forcément rapport avec le sujet évoqué par le frère au banc d'éloquence. Certains de ces Frères me font penser à ces vieux chevaux courant à Auteuil à qui on a mis les œillères afin qu'ils ne se rendent pas compte de ce qui se passe autour d'eux. L'humour, ils ne connaissent pas : pensez donc, ils sont chargés de refaire le monde ... On ne plaisante pas avec les gourous!! Ceux-là en vérité sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les PAONS : Dignitaires, cousins des deux précédentes espèces, ils se distinguent par leur ton péremptoire. Inutile de leur demander qui ils sont, ils vous le diront à la première occasion. Ils connaissent tout, ce sont des puits de science, du moins, ils le croient. Je suis allé au zoo, c'est vrai qu'ils sont beaux ces paons lorsqu'ils font la roue. Sont-ils intelligents? Pas forcément. Il en est de même de ces faux spiritualistes qui sillonnent nos ateliers. Si par malheur vous vous hasardez à faire une objection, rapide rappel à l'ordre: "Je suis Maître depuis 1925". Il est 18°,33°,90°, que sais-je? Ils connaissent Alphonse, Jules, Paul ou Untel. A les entendre, il est évident que si le Grand Maître a pris telle décision, c'est sur leur conseil et les voilà partis dans des discussions filandreuses, tellement filandreuses qu'ils ont parfois du mal à suivre eux-mêmes le fil de leurs idées. On se demande ce qu'ils font dans les Loges bleues qui ne sont pour eux que de la roupie de sansonnets, peuplées de jeunes galopins ayant tout à apprendre. Ils ont le verbe haut, emphatique. Rien ne peut leur faire plus plaisir que si vous les écoutez béats d'admiration devant tant de connaissances. El1e est bien loin la cérémonie d'initiation. Ceux-là en vérité sont moyennement des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 5

Les DOGMATIQUES : Ces Frères font de la Franc-maçonnerie une religion. Ils assistent aux tenues 8 jours sur 7, ne peuvent comprendre que les autres Frères aient des obligations professionnelles ou familiales! Au nom de la tolérance, ils sont les plus intolérants qui soient. Ils se retrouvent souvent, du fait qu'ils ont négligé leur travail, à pointer au bureau de chômage le plus proche, quand ce n'est pas dans le pire des cas devant un juge, car leurs compagnes, lassées de jouer les Pénélopes ont demandé le divorce. En vérité, ces Frères là sont  Dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les FAINÉANTS: (Ils se disent débrouillards). Contrairement à d'autres, ils  ne veulent occuper aucun poste, ne faire aucune enquête et ne participer à aucuns travaux. Ce sont, selon notre langage imagé, des "plantes vertes" ou des potiches. Ils n'ont pas conscience que si tous les Frères avaient le même comportement, on pourrait mettre l'atelier en sommeil. Trop de Frères viennent épisodiquement quand ça leur chante ou que cela ne les dérange pas trop. On n'est pas Maçon 3 heures par mois, mais chaque heure du jour. A tous les Frères arrivés au grade de Maître qui pensent avoir atteint leur bâton de maréchal, je leur dis qu'ils se trompent lourdement, c'est le contraire: que c'est là, à ce moment précis que tout commence. Ceux-là, en vérité, peuvent être  aussi dangereux.                        

 FRATERNOMÈTRE : 3

Les PEUREUX : Ils laissent leur voiture à 1 Km du temple, ne veulent figurer sur aucun annuaire, sur aucune convocation. Ils craignent jour et nuit d'être découverts, à croire qu'ils ont attrapé une maladie honteuse. Ils ne mettront pas l’autocollant sur le pare-brise de leur voiture, c'est trop risqué! Lorsqu'ils se rendent à une tenue, ils surveillent le rétroviseur pour voir s'ils ne sont pas suivis. Tout juste s'ils n'achètent pas des chaussures à semelle de crêpe pour qu'on ne les entende pas se diriger vers le temple. Ils ont la peur chronique de perdre leur place si on apprend qu'ils sont Francs-Maçons. Rassurez-vous, plusieurs années s'écoulent, ils sont toujours en place ! Ils seront les premiers à nous trahir, voire à nous dénoncer en période troublée. De toute façon, ils nous quitteront. Ceux-là en vérité sont des Frères très dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les LUNETTES ROSES : Contrairement à la catégorie que je viens d'évoquer, ces Frères sont prolixes. Ils sont atteints de "maçonnite". Je m'explique: ils voient des Maçons partout: le curé, le cantonnier, le vidangeur, le Ministre, ils sont tous Maçons. D'ailleurs, ils tiennent leurs renseignements de sources sûres: "on lui a dit!!!" A la télévision, du perchiste au reporter, ils voient des Maçons partout: celui-ci à une pochette triangulaire, l'autre a un point sur la cravate, le troisième met les pieds en équerre. Ce ne sont que des Maçons ! A croire qu'ils sont tous venus d'Amérique pour faire souche en France. Si on leur prouve le contraire, ils ne sont pas décontenancés pour autant: "Alors, c'est un Maçon sans tablier", comme si cela pouvait exister! A quoi sert l'apprentissage, le chemin parcouru vers l'initiation? Hélas, si certains pensent qu'il y a des Maçons sans tablier, force est de constater que derrière certains tabliers, il n'y a malheureusement pas que des maçons. Ceux-là en vérité ne sont pas forcément dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les INDISCRETS: Cette catégorie est redoutable. Ce sont des bavards impénitents, ils ne peuvent garder aucun secret, et sont de véritables moulins à paroles, au bout de quelques minutes d'entretien, ils ont énuméré une cinquantaine de noms, n'importe où, n'importe quand à n'importe qui. Ils se promènent avec des insignes gros comme des phares de voiture. Ils vous aperçoivent, même accompagnés, ils vous sautent au cou pour vous embrasser. Ils vous téléphonent et égrènent des "mon Frère" à n'en plus finir sans se soucier s'ils ne vous portent pas préjudice. Ils vous envoient du courrier à votre travail sans se préoccuper si le courrier est ouvert par vous ou pas. A la période des vacances, ils vont gentiment vous envoyer une carte sans enveloppe mais vous assurent de leurs pensées les plus fraternelles et les plus maçonniques.  Si après cela votre entourage ignore que vous êtes Maçons, ce ne sera pas de leur faute, mais ce ne sera pas pour autant qu'ils vous retrouveront le cas échéant une autre place si vous perdez votre emploi. Ceux-là en vérité sont extrêmement dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les POLITICIENS: ils viennent en Loge tester leur pourcentage électoral et le nombre de voix à recueillir éventuellement dans l'assistance. Ils se fâchent parfois avec les Frères qui ne partagent pas leurs idées. Assidus en période électorale, ils retombent ensuite dans une douce torpeur pour ne se souvenir de vous qu'au bon moment. C’est tout juste s'ils ne collent pas leurs affiches dans les parvis. Élus, ils redeviendront rares, car très pris par leurs charges (c'est eux qui le disent !). Déboutés, ils accuseront la société, la franc-maçonnerie en particulier, de n'avoir rien compris et de ne pas avoir été le tremplin espéré. En vérité, ces Frères-là peuvent être dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 4

Les MÉCHANTS: Ceux-ci n'écoutent une planche, une conférence, que pour coincer l'orateur. Quand ils ont trouvé la faille, ils n'écoutent plus. Ils vont commencer par vous féliciter et pan! pan! pan! ... ils tirent à boulets rouges sur ce malheureux conférencier.

Ce sont des distributeurs automatiques de boules noires. Ces Sherlock Holmes en herbe décèlent tout de suite d'énormes défauts au pauvre profane qui passe sous le bandeau (il est vrai que pour le présentateur, son filleul est toujours la perle rare) mais tout de même où est la tolérance dans tout cela ? Ils ont oublié qu'un atelier les a accueillis en toute fraternité et peut-être beaucoup d'indulgence. Une autre sous-catégorie dans cette classification : ceux qui passent leur temps à tout critiquer, à leurs yeux, rien n'est bien: l'exécution du rituel, la tenue vestimentaire, la longueur des réunions, le choix et le lieu des agapes, etc ... A les entendre, seuls les amis qu'ils ont présentés sont intelligents, les autres .... bof !!! Le plus beau cadeau qu'on puisse leur faire serait un miroir. Mais je doute qu'ils veuillent bien s'en servir, et pourtant, ça leur rendrait le plus grand service. On ne peut pas dire que' la mansuétude soit leur qualité essentielle, et ce sont souvent eux les artisans de la sclérose de certains ateliers. Ceux-là en vérité sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les OBÉDIENTIELS : J'aurai pu vous parler d'un Ordre où il y a obligation, pour entrer, de croire en un Dieu révélé. "Interdiction de visiter les mécréants ... Interdiction de ceci... Interdiction de cela ... Souscription obligatoire pour ceci ... Paiement pour cela ... etc ... etc ... " Étant un homme libre, j'ai pu retrouver ma plénitude et ma tranquillité, ouf !.., en me libérant de ce carcan intolérant. Parlons plutôt des Obédiences qui nous concernent, dites "libérales". Pour les Obédientiels, seule leur Obédience est bonne, les autres ne sont que de vagues sous-produits ou ersatz. A les entendre, ils appartiennent à la race élue. Pourtant, toutes ont leur raison d'exister. Que de temps gagné si l'on savait éviter ces querelles de clocher. Ne serait-il pas plus sage et raisonnable de ne point s'abaisser à des jalousies vaines et stupides, et d'œuvrer pour tout ce qui peut nous rassembler, nous grandir. Je parle en connaissance de cause, les ayant presque toutes pratiquées. Il me reste encore la grande Loge Féminine, mais je ne suis pas certain qu'elles m'accepteraient. Je reconnais pourtant que MISRAÏM est la Rolls de la spiritualité. Vous voyez, moi aussi je me laisse entraîner. Mais, pour justifier mes "voyages", ne dit-on pas qu'une petite grenouille au fond d'un puits ne voit qu'un petit coin de ciel? Ceux-là, en vérité, ne sont pas dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 6

Les DRAGUEURS: Ils sévissent dans les Obédiences mixtes ou féminines (du moins j'ose l'espérer, mais sait-on jamais !...) Ils ne viennent pas au Tenues pour pratiquer le Rituel ou écouter une planche, pour eux, c'est un problème mineur. Non, ils viennent pour la CHOSE : la philosophie ? Non, je le répète, pour la chose. Comme dirait Nougaro, pour eux, le problème qui se pose: séparer 50 Kg de chair rose de 50 grammes de nylon.

L'œil de velours, l'attitude avantageuse, ils repèrent leur proie en attendant de les accoster en chambre humide. Leur nombre d'or à eux, c'est 90 (vous l'avez compris, c'est le tour de poitrine). Il n'y a pas plus dévoués qu'eux pour raccompagner une Sœur ... Toutefois, et heureusement pour la Maçonnerie, ils oublient que nos sœurs n'ont pas les mêmes objectifs et viennent, elles, pour une fraternité sans arrière pensée.  En vérité, ces Frères ne sont pas forcément dangereux. Allez, la chair est faible !

FRATERNOMÈTRE : 6

Les AGAPEUX : Parfois doublés d'éthylisme prononcé, ces Francs-Maçons de comptoir sont indéracinables du bar. Si vous ne prenez pas avec eux quelques verres, vous êtes classés mauvais Maçon. Ils ont des haleines de cow-boy endurcis, parfois du mal à s'exprimer, et offrent un spectacle lamentable aux Frères sur les colonnes. Mais ne boudons pas notre plaisir, je vous avoue que j'ai une certaine admiration pour leur capacité d'ingurgitations ...

Les colonnes J. et B. représentent pour eux une marque de whisky (publicité non payée).  La Franc-maçonnerie n'est pour eux que prétextes à ripailles ou foirail, ce sont des professionnels des agapes. Ce sont souvent ces frères qui s'élèvent contre le montant des capitations, alors qu'ils dépensent le double en boissons. En vérité, ces Frères-là sont dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 5

Les FANTAISISTES: Parole d'honneur vous pouvez compter sur eux, ils seront toujours présents à vos côtés. La main sur le cœur, ils vous remercient de les avoir accueillis, parole, ils n'auront qu'un atelier. Après cette confession de foi, ils courent s'inscrire dans plusieurs loges, voire plusieurs obédiences. Vous ne les revoyez plus pendant deux mois puis ils reviennent décontractés, étonnés que l'on puisse leur rappeler leurs engagements. A ce propos, je suis toujours béat d'admiration devant les Frères qui ont tellement d'occupations le soir à 19 h 30, et ce, justement le jour de leur tenue, d'autant plus qu'en principe, celle-ci se déroule toujours à une date régulière. D'ailleurs s'ils ne sont pas présents (ce qui a leurs yeux n'est pas forcément indispensable), c'est que dans le monde profane, eux, ils œuvrent, ils sont efficaces, et bien voyons !!! C'est pourquoi je leur suggère de trouver une obédience qui initie par correspondance ... Ces infidèles, ou amnésiques, sont en vérité des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les MYSTÉRIEUX: Ils parlent à voix basse ... qu'aux seuls maîtres, naturellement. Ce sont de grands initiés et probablement détenteurs des secrets du GRAAL (mais chut ! Ne le dites surtout pas !), secrets que vous pourrez peut-être, un jour indéterminé, être amenés à comprendre. Mais, est ce bien sûr? Car eux, "les Maîtres", appartiennent à une Élite et vous ne représentez que de vulgaires parias. Je me demande s'ils ont bien compris le sens de l'initiation? En tout cas, on ne peut dire qu'ils œuvrent pour une grande cohésion. En vérité, ces Frères là peuvent être dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 4

Les RÉGLEMENTEUX: Ceux-ci brandissent le règlement en toutes occasions: Article 18, article 44, article 158, page tant. Ils paralysent l’atelier. Ils ne se rendent pas compte qu'ils créent un mauvais climat. Un règlement au sein d'une assemblée fraternelle ne devrait être consulté qu'à la dernière extrémité, en cas de litige problématique, le bon sens devant prendre le pas en toute occasion. Peut-être serait-il bon de leur rappeler qu'ils ne sont pas au centre des impôts ou dans un tribunal quelconque. Notre excellent frère CLEMENCEAU n'a-t-il pas dit que l'interprétation d'un règlement ne dispensait pas d'être intelligent. En vérité, ces Frères sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les INGRATS: Ils viennent vous contacter pleins de sollicitude et de modestie. "Mon Frère, pourrais-tu me faire obtenir dans le monde profane un travail, une intervention, une accession à un autre poste, l'obtention d'un appartement, tu serais le meilleur des frères". Tout cela évidemment demande du temps, un engagement personnel, et n'est pas forcément garanti de réussite. Si vous échouez, vous vous exposez à leurs vindictes. Si vous réussissez, ils vous dresseront des couronnes et vous assureront de reconnaissance et amitié éternelle qui, dans le meilleur des cas, se limiteront à six mois. Après, ils ne vous connaîtront plus et même au jour de l'an, sans être outre mesure protocolaire, oublieront de vous présenter leurs bons vœux. Soyez heureux si, à votre insu, ils ne disent pas du mal de vous. Il est vrai que RÂMA YANA dit: "Les sages prescrivent des punitions pour les meurtriers, les voleurs, les ivrognes et autres pécheurs, mais aucune expiation ne peut effacer la faute de ceux qui ont commis le crime d'ingratitude". Ceux-là en vérité sont des Frères ... peut-être pas dangereux, mais sûrement pas généreux!

FRATERNOMÈTRE : 1

Les RUMEURISTES : Ah, les rumeuristes ! ... ils vous attirent dans un coin discret, avec des airs de conspirateurs. En général, cela commence ainsi: "Surtout, tu me promets de ne pas répéter, ... c'est sous le maillet... je vais te confier un secret."  Là, je vais prendre un exemple complètement bidon, mais qui somme toute n'est pas toujours éloigné de la réalité: "J'ai vu un Frère embrasser l'épouse d'un Grand Officier, il la serrait de près " ... Ils vous disent ça avec un air entendu qui en dit long ... et c'est parti. 4 ou 5 intermédiaires et au bout de la chaîne la rumeur s'est amplifiée : "Sa femme le trompe, ils ont des amants, des enfants clandestins, ils se battent ... si, si, ils sont criblés de dettes, ils sont ruinés ... " Que sais-je encore! Démesure, mensonge, méchanceté, bêtise: tel est le résultat de ces rumeurs à coup sûr jamais positives.  "Je vais te confier un secret... Ne le répète pas ... sous le maillet. .. "STOP, ARRÊTEZ, de grâce, ARRÊTEZ! Je ne veux plus vous écouter. Si vous avez des informations ou des renseignements, adressez-vous aux intéressés. Ayez le courage de combattre ces fléaux, hélas trop fréquents dans nos obédiences, afin de clore définitivement la bouche à ces gens qui n'ont pas lieu d'exister dans nos Loges. Ces inconscients et irresponsables pourraient vous faire condamner à mort à votre insu. En vérité, ces gens-là sont extrêmement dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 0

Les SANS GÊNE: En toute fraternité, ils viennent chez vous sans avertir, à n'importe quelle heure, avec une préférence marquée pour les heures des repas. Ils ne repartent plus, ou avec beaucoup de mal ... Quelle présence ! Ils vous "bouffent" littéralement les neurones, on pourrait les assimiler à certaines petites bêtes qui s'accrochent obstinément, ce sont de véritables enzymes gloutons. Heureux s'ils ne fouillent pas dans le buffet, la bibliothèque, etc ... (si, si, cela existe, je l'ai vu), ignorant que le fait d'être Frère ou Sœur n'est pas incompatible avec une bonne éducation. Ils tutoient votre compagne sans attendre l'accord de celle-ci. (Elle est leur belle-sœur !) Ils sont étonnés que vous ne puissiez leur prêter de l'argent, comme si cela était normal. Allons, voyons ! Au cas où cela est possible et que vous acceptiez, ils vous rembourseront (ça arrive ...) quand ils le pourront, en auront le temps, sans se soucier qu'ils puissent vous mettre en difficulté (moi d'abord, les autres ensuite). En vérité, ces Frères sont des gens dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 0

Les AFFAIRISTES : Ah les affairistes ! Quel mal ont-ils pu faire à la franc Maçonnerie! Pour eux le sigle F\M\ représente le Fric Maximum. Leurs activités sont beaucoup plus intenses sur les parvis, les fraternelles, qu'à l'intérieur de nos temples. Quand vous pensez que des pseudo-Frères inscrits au G.I.T.E. n'ont pas mis les pieds dans des ateliers depuis de nombreuses années, on croit rêver ... si, si, vérifiez! D'autres, sous couvert de fraternité, vous comptent le prix fort, ne soignent pas forcément l'accueil ni la qualité de leur produit (une plaisanterie, peu fraternelle je vous l'accorde, circulait dans nos obédiences : on reconnaissait l'endroit où les Frères avaient déjeuné au nombre de boutons qu'ils avaient sur la figure). Ils sont en quête d'adresses, de numéros de téléphone et se renseignent sur les activités professionnelles des Frères et des Sœurs. Ils ne demandent pas le nom de l'Atelier; mais la profession. Leur mot de passe : "Donne-moi ton premier chiffre, je te donnerai le second". La franc-maçonnerie est devenue leur second métier, sinon le premier. La spiritualité, ils s'en moquent comme de leur première chemise, leur fraternité se borne aux bénéfices réalisés. C'est pourquoi il est toujours recommandé de s'adresser au Vénérable maître pour toutes les sollicitations, quelles qu'elles soient. Cela ne veut surtout pas dire qu'il ne faut pas nous entraider, bien au contraire, mais il y a la manière. En vérité, ces frères sont des gens extrêmement dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 0

Je m'arrête dans mon énumération. Bien sûr j'en oublie (volontairement ou non). En cherchant, on trouverait certainement d'autres personnages types, mais n'avons-nous pas dit le principal ?

Commentaire : chacun pourra mettre des noms derrière ces classifications ! J’avoue que ça me démange ! Notre Frère a oublié, les COCUS ! , ceux qui sont restés fidèles à des Frères qui n'en valaient pas la peine . En ce moment il y en a pas mal et j'en fait partie.

 

 

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L’homme dans son intégrité

Publié le 5 Janvier 2013 par GLSA dans Planches

Rechercher d'où vient l'alchimie, quel est son âge, c'est retrouver le même cheminement, les mêmes incertitudes et le même foisonnement de suppositions que lorsque, remontant le temps, on recherche les origines de la franc-maçonnerie.

Il semble pourtant que l'hypothèse qui réunit le plus de suffrages est celle qui fait naître l'alchimie, il y a bien longtemps, lorsque les hommes ont commencé à travailler les métaux, activité qui les a naturellement orienté vers une exploitation du feu et des premiers éléments chimiques permettant d'en modifier le comportement. Les artisans qui par leur travail firent des étoffes à partir de fils et grâce à l'action d'autres végétaux et minéraux en changèrent la couleur et la résistance, ceux qui travaillant la terre l'ont durcie puis rendue propre à conserver les aliments, ceux-là ont certainement contribué à la naissance de l'Art sacré. La légende s'est construite sur les tours de mains, l'enseignement, et les résultats. Les artistes ont comparé leur travail à celui du Créateur, d'autant que leurs œuvres étaient largement utilisées pour orner les lieux ou temples des religions naissantes. Elles servaient d'objets de culte, et à parer les ministres, ceux-ci ayant largement contribué à sanctifier le travail. Tenu par une main, l'outil ne se mouvait que par l'esprit de celui qui le tenait, en modelant la matière sur la réalité subjective de la nature ambiante.

Le temps s'est écoulé et les techniques se sont perfectionnées, la pensée de l'homme s'est enrichie au point de trouver son accomplissement dans cette affirmation de Teilhard de Chardin «Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais de la Matière devenant Esprit». Cette phrase est une bonne définition qui non seulement correspond à la démarche alchimique mais à bien d'autres voies que l'homme a su construire pour s'évader de sa condition matérielle.

Le temps de l'athanor

Au cours du temps l'on retrouve une «tradition » alchimique en Egypte vers le IVe siècle avant notre ère, partagée avec les Grecs qui ne laissent rien passer sans se l'approprier, les dieux et l'ésotérisme devenant même leur seul commerce. Selon Pierre A. Riffard «une nouvelle voie vers l'absolu venait d'être tracée. Avec l'alchimie l'homme cherche les secrets du monde non plus vers le ciel mais dans la terre, le travail manuel devient œuvre de salut». Nous pourrions presque dire à la suite de cette définition que l'alchimie est une religion laïque, si nous ne craignions le néologisme que cette association implique.

Avec l'avènement du christianisme puis l'éclatement de l'Empire romain d'Occident, la tradition hermético-alchimiste s'occulte en Occident pour refaire surface à partir du XIXIIe s. où commence une seconde période par l'intermédiaire des cultures juive et arabe (d'où son nom al'kymia qui viendrait de Qimia, nom de l'Egypte ancienne qui aurait donné en arabe al ou el en hébreux. Al, c'est Dieu, Kimia ou Kimit signifiant «terre noire», le nom symbolique du pays des pharaons. Al ajouté à kimia donnerait «Terre de Dieu».

L'Antiquité abrite les premiers pas de la nouvelle science. L'approche philosophique de l'étude de la matière est rigoureuse, liée aux découvertes métallurgiques, chimiques et naturelles. C'est la nature qui dirige les pas de l'homme dans sa découverte. L'artisan qui ne se connaît pas encore comme alchimiste poursuit les associations dans son atelier et se découvre l'instrument de ou des dieux.

Le Moyen Age, la grande époque de la foi, voit le travail de l'artisan s'ouvrir. Ce dernier n'est plus seulement l'instrument, son esprit a mûri, il suit la voie tracée par la nature, il recherche de nouvelles combinaisons devant le mener en avant. Son travail devient tâtonnement, il se tourne vers la matière non plus pour créer avec le ou les dieux mais construire une vie différente, devenir lui-même le métal le plus parfait. Il lie son sort au mythe, son univers se rétrécit. C'est le temps de l'athanor.

Artisan de lui-même

La Renaissance lui ouvre d'autres voies, qu'il explore. La cornue fait son entrée, la synthèse dispute la première place aux régimes des feux et de la combustion. Une nouvelle génération d'alchimistes recherche dans les plantes et les analogies naturelles une spiritualité qui s'appuiera sur la médecine et prendra bientôt le pas, elle aussi, sur l'expression originale qui faisait de l'homme l'instrument. La recherche de la pureté des métaux, celle de l'affranchissement des maladies et déviances de la vie deviennent l'unique préoccupation de l'alchimiste.

L'homme ne peut cependant nier son essence, ses pas retrouvent le sens du sacré en découvrant que les métaux ne sont que des matériaux dont la place est fixée de toute éternité. Comme les plantes ils participent au cycle de la vie. L'homme redevient un artisan, un artisan de lui-même toutefois. Son travail ne vise plus en premier lieu à se libérer en créant de l'or ou à s'affranchir des maladies et de la vieillesse, mais par la découverte de sa propre complexité il renoue le dialogue avec son esprit et peut en devenir le créateur. La Table d'Emeraude d'Hermès Trismégiste dit en substance: «Toutes les choses sont et proviennent d'Un, par la médiation d'Un. / Toutes les choses sont nées de cette chose unique (…) / Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut/Et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas; / Par ces choses se font le miracle d'une seule chose.

Les éléments du Grand Œuvre sont le soufre, le mercure et le sel, le feu et l'eau, l'activité et la passivité, les influences terrestres et célestes. La matière, si elle est diverse, pesante et obscure, n'est pourtant pas inerte et privée de vie. Pour atteindre sa régénération il faut réaliser trois étapes au travers d'opérations longues, délicates et complexes, accomplies selon une règle rigoureuse. La materia prima est d'abord réduite, décomposée et mise en «putréfaction». C'est l'œuvre au Noir, l'apprenti. L'étape suivante réalise sa purification et donne l'œuvre au Blanc, le compagnon. Enfin, l'aboutissement, l'œuvre au Rouge correspond à la transmutation finale, soit au maître. Il est évident pour tous que l'alchimie ou tout au moins son langage a pénétré le rituel maçonnique, peut-être à l'occasion des héritages des métiers - les articles publiés dans Alpina de juin-juillet dernier sur l'histoire des cathédrales en font abondamment référence - ou simplement par l'intermédiaire des Rose-Croix. Cette fraternité alchimique née d'une sorte de canular monté vers 1614 par un étudiant en théologie protestante d'origine souabe, Johan Valentin Andreae, comprenait trois textes: La réforme de l'Univers, la Fama Fraternitatis et Une brève réponse à l'estimable Fraternité de la Rose Croix suivie par la publication des Noces chimiques de Christian Rosenkreutz en 1459. Ces écrits eurent un succès fantastique en Allemagne, en Angleterre et en France, trois pays que l'on peut considérer comme les berceaux de la franc-maçonnerie spéculative.

La conscience de l'unité

Il nous faut parler des alchimies qui ont vu le jour ou se sont développées sous différentes civilisations. D'abord, l'alchimie magique et astrologique tendance dite chinoise et arabe qui aurait pour origine l'Egypte, bien sûr, mais aussi la Chaldée. Cette version se base sur une magie dite naturelle qui n'a rien à voir avec la sorcellerie. La source arabe la plus connue nous vient des écrits de Ya'kub ibn Ishak ibn Sabbah al-Kindi, qui dans le Liber de radiis stellicis traite du mouvement des étoiles et de la collision des rayons censés produire une infinité de combinaisons influençant le cours de la vie. Dans une moindre mesure mais à l'échelle humaine le feu, la couleur et les sons émettent des radiations qu'il importe de connaître et de maîtriser. L'alchimie de la Nature et de l'Amour tendance dite arabe se veut initiatique ou spéculative, reposant sur un travail sur soi, affirmant que tout est conscience et que l'existence est issue d'une énergie première: le Chaos.

Il y eut l'alchimie que nous appellerons d'Alexandrie, ville dont la population se composait essentiellement de Grecs, d'Egyptiens et de Juifs qui pour beaucoup étaient convertis à la nouvelle religion. Le Dr ès lettres Louis Ménard souligne ceci dans son livre sur Hermès Trismégiste paru en 1983: «Les Egyptiens étaient chez eux, les Grecs ne se croyaient étrangers nulle part et les Juifs au contraire tenaient à rester étrangers partout; seulement hors de leur pays, ils n'aspiraient pas à la domination, ils se contentaient de l'hospitalité. Dès lors il devenait plus facile de s'entendre. Les livres attribués à Trismégiste sont un trait d'union entre les dogmes du passé et ceux de l'avenir, et c'est par là qu'ils se rattachent à des questions vivantes et actuelles, représentant les derniers monuments du paganisme, nés dans un mélange de civilisation qui portaient des idées anciennes et s'ouvraient aux nouvelles, ils sont la passerelle entre un monde qui finit et un monde qui commence». Ces idées se sont greffées sur les deux nouvelles religions et elles ont d'abord emprunté le vecteur des conquêtes arabes, passant par l'Espagne elles sont venues réveiller le vieux courant originel. Cette alchimie-là s'est nourrie des faiseurs d'or, de la Kabbale, du Poimandrès, du Coran et de l'Evangile de saint Jean. Plus tard elles emprunteront la route des croisades, pour raviver en Occident le foyer sous l'athanor. A chacune de ces alchimies ses mérites. Toutes prônent l'intégration de l'homme au sein de la création par la conscience de l'unité entre tous ses éléments.

Créer l'Esprit en devenir

Certains font état de différences fondamentales entre l'alchimie et la franc-maçonnerie. Pour eux l'alchimiste est un homme seul qui travaille dans le secret de son laboratoire avec pour objectif premier son salut individuel. L'alchimie est fondamentalement gnostique alors que le franc-maçon ne se retranche pas du monde. Si son objectif prioritaire est également une régénération individuelle, c'est pour contribuer à l'édification du temple de l'humanité. Pour d'autres, en revanche, «on est seul parmi les hommes», pour paraphraser Antoine de Saint- Exupéry, et le chemin maçonnique est très proche de celui de l'alchimie par le travail intérieur qu'il exige, les analogies du rituel faisant appel aux images, aux sons, aux mises en situation. L'alchimiste n'est pas un souffleur (faiseur d'or) mais sa transformation n'a d'autre but que celui de transformer l'humanité en commençant par lui-même.

Depuis la nuit des temps l'homme cherche à atteindre l'inaccessible étoile mais quelle est elle? Lors de l'initiation souvent on avertit le récipiendaire de l'inutilité de ses efforts pour atteindre la Lumière. Drôle de fraternité, où ceux qui n'ont pas réussi dans leur quête dénient aux plus jeunes la possibilité de parvenir là où ils croient n'être pas parvenus. Peut être que l'étoile n'est inaccessible qu'à ceux qui ne croient pas en elle. L'alchimiste est un homme de foi qui entreprend de porter un rêve.

Sa foi lui fait transformer un mythe en réalité. Le mythe est la toile de fond de toutes les œuvres humaines, l'alchimie en est une et non des moindres. La découverte alchimique la plus importante est l'homme, ainsi que l'illustre le texte de La Table d'Emeraude. A l'instar de l'univers, l'homme est composé d'une multitude d'étoiles et pourtant unique. De par son côté individuel l'enseignement alchimique préserve l'homme dans son intégrité. En adhérant à une collectivité, à une pensée collective et sectaire on cesse d'exister en tant qu'homme. Fondre celui-ci dans l'idée, telle est la faute originelle de toutes les sociétés, qu'elles soient religieuses, philosophiques ou politiques. Léonard de Vinci disait qu'un homme seul s'appartient totalement, s'il est en compagnie, ne serait-ce que d'un seul compagnon, il ne s'appartient plus que de moitié. S'il a plus d'un compagnon il s'enfonce davantage dans cet état.

La démarche maçonnique est aussi la construction d'une réalité à partir d'un mythe. Elle repose sur la foi, le foyer qu'il faut entretenir sous l'athanor pour créer l'Esprit en devenir. L'atelier maçonnique tient la place du laboratoire de l'alchimiste. Ce dernier reste seul face à l'immensité de l'universel; le franc-maçon, lui, est seul dans l'univers de sa loge. Deux milieux où se rejoignent tous les extrêmes. Si le maçon sait trouver la porte de sortie de son atelier il pourra comme l'alchimiste connaître l'univers, les dieux et lui-même.

Source : http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/

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L’Art Royal Alchimie et Initiation

Publié le 5 Janvier 2013 par M\ G\ dans Planches

L’ Art Royal est présent dans le cabinet de réflexion.
Puis avec cette phrase, véritable programme communiqué au néophyte :
« Maintenant, la parole est donnée au Frère Orateur pour exposer succinctement le sens et le but de l’Art Royal ».
Toute réflexion approfondie passe de l’analyse qui sépare à la synthèse qui recompose. « L’Art royal, art qui sépare et qui unit » écrivait Albert le Grand.
Dans son traité sur l’Optique, Newton écrit : « La transformation des corps en lumière et de la lumière en corps est très conforme au cours de la nature, qui semble se complaire aux transmutations ».
( question 30).

On peut utiliser les symboles alchimiques dans le cadre d’une introspection, afin d’avancer dans le « connais-toi toi-même ». ( V.I.T.R.I.O.L : Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem soit :Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée. ).
Le processus alchimique passe par plusieurs opérations qui ont lieu dans l’athanor, foyer où elles s’effectuent :
-la putréfaction, couleur noire, œuvre au noir, (négredo). Correspond à la mort symbolique, nécessaire pour qu’une régénérescence soit possible.
-la résurrection, par la perte de la couleur noire, œuvre au blanc(albédo) ; purification.
-la rectification, passage par les couleurs de l'arc-en-ciel, qui peut symboliser la diversité des connaissances ou les divers aspects psychiques, avant de parvenir au rouge (couleur du phénix ou du pélican); c'est l'œuvre au rouge (rubedo).

Dès le premier degré, la voie à prendre est donnée; c'est la voie du symbole; la pensée symbolique est la clé; l'accès en est facilité par le fait que le langage courant est lui-même symbolique ; le mot "clé" que je viens d'employer en est un bon exemple. Le verbe, la parole, est symbole. Chaque mot a une définition précise et s’ouvre secondairement à d’autres sens, selon une interprétation qui évolue avec les connaissances que nous acquérons, et selon notre intuition et notre désir ou notre intérêt pour la vie de l’esprit ou pour la vie intellectuelle. Le symbole, visible, est la porte de l’invisible. Arthur Rimbaud, qui avait tout compris du symbolisme, écrivait « alchimie du verbe » et « le bateau ivre » rend compte de son état psychique du moment.

Nous avons plutôt l'habitude d'engranger dans notre mémoire sous forme de savoir ce que nous apprenons, et d'en rester là, satisfaits de notre acquisition, sanctionnée par un diplôme ou un avancement. Nous sommes tous avides d’avancement, qui se confond avec la reconnaissance. Pourtant l'essentiel n'est pas d'engranger, mais, à partir des symboles, de s'ouvrir à cette vie de l'esprit, à un chemin de recherche, à un chemin de pensée libérée pour une compréhension nouvelle. Si nous en étions tous conscients beaucoup chercheraient moins les signes visibles de reconnaissance, les rubans, les baudruches.
J'appelle ici pensée la raison réflexive accompagnée de l'imagination active, créatrice de sens.
L'Art Royal est une voie royale, une métaphore de l’initiation maçonnique.
On accède facilement au sens symbolique des métaux. L'or, le plomb, tout le monde en saisit les associations possibles. Mais par la suite, pour d'autres théories, pour d'autres doctrines, pour d'autres phrases du rituel, nous devrons conserver l'esprit du symbole, notamment envers les textes sacrés, et toujours se détacher du sens premier.

Voici deux citations de Roger Bacon (XIII°siècle) :
" L'Alchimie est la science immuable qui travaille sur les corps à l'aide de la théorie et de l'expérience, et qui, par une conjonction naturelle, les transforme en une espèce supérieure plus précieuse“.
"Je dis de plus que la nature a toujours eu pour but et s'efforce sans cesse d'arriver à la perfection, à l'or. Mais par suite de divers accidents qui entravent sa marche, naissent les variétés métalliques".

Il s’agit peut-être pour le maçon de s’appliquer cette sentence à lui-même. L’or, c’est l’excellence, la lumière, le rayonnement solaire, la joie solaire de l’homme libéré, les joies de l’esprit, l’aboutissement auquel travaille l’homme perfectible.
Et encore ces citations ; celle d’un célèbre alchimiste, Zosime de Panopolis : « Le grand soleil produit l’Œuvre car c’est par le soleil que tout s’accomplit ».
Et d’Hermès Trismégiste : « Achevé, accompli est ce que j’ai dit de l’opération du soleil ». Le feu, agent actif de l’alchimie, est sur terre comme le représentant délégué du soleil.

Dans l’expression : l’alchimie travaille sur les corps, on remarque que l’évolution et le changement impliquent d’être éprouvés par le corps, le vécu, notre psychisme intimement lié au corps. Il ne s‘agit pas ici de spéculation abstraite.

L’alchimie repose sur des croyances que la science moderne a heureusement détrônées. Mais nous y avons perdu une relation profonde avec la Nature, à laquelle on donnait les traits d’Isis dans la Tradition, comme on pourrait en avoir avec une personne très chère, en harmonie avec le Tout-Un, ou l’un-tout. Vivre aujourd’hui dans les bureaux et dans les voitures fait que pour nous la Nature n’est plus qu’une toile de fond sans beaucoup de présence.

L’art, dans l’expression « art royal » est l’équivalent de technique, comme on le rencontre encore dans des expressions comme « ouvrage d’art » ou « école des arts et métiers ». Le technicien est celui qui possède un savoir qu’il s’est donné la peine d’acquérir, et qu’il met en pratique pour réaliser une œuvre. C’est là tout le travail maçonnique. La franc-maçonnerie spéculative réalise la jonction entre Art, artisanat, maçonnerie opérative, et spéculation intellectuelle ayant pour but la spiritualisation de l’homme. C’est un artisanat de l’esprit. L’art de l’architecture sert de support à cette jonction qui voit ennobli le travail d’exécution, dans un cadre sacré, prélude au travail de conception du Maître. Lequel doit se poursuivre jusqu’à réalisation de l’or spirituel.

L’Art Royal est l’art de faire de l’or à partir de n’importe quel métal, y compris avec le plomb tout enténébré, rivé à son état de matière, à la Terre, comme enchaîné par les passions humaines (la corde au cou de nos rituels). Ce qui est lourd ne peut s’élever ; dans le psychisme les passions non maîtrisées ont cette force d’attachement de la corde au cou. La purification, période d’épreuves par le feu libère le mental, et libère le désir de connaissance, qu’inaugure l’œuvre au blanc. Puis vient l’embrasement de l’amour ardent, qui réalisera l’œuvre au rouge. Dans une tautologie redondante, Hildegarde von Bingen, mystique rhénane du 12°siècle, déclarait : “Je suis ardée par l’ardeur de l’ardent “. Désir ardent de Dieu dont elle est comme embrasée.

Ce que l’homme ne connaît pas, il l’imagine ; les amis de la sagesse, qu’ils soient philosophes ou religieux, sont porteurs d’un idéal du Juste et du Bien qui compose avec ce qu’ils imaginent afin de construire un édifice théorique satisfaisant pour l’intellect, en lequel ils peuvent croire et sur lequel s’appuyer. Ainsi chacun est appelé à préparer d’abord, à construire ensuite, son Temple intérieur où puisse être reçu Dieu, ou le Principe, ou le Un-Tout, ou la Grande Lumière, selon son vocabulaire préféré. L’alchimiste, lui, travaille au Grand œuvre, veut obtenir l’élixir d’éternité, la pierre philosophale.
L’aspiration à trouver, quitte à la créer, l’harmonie qui procure son sens à l’univers amène à hiérarchiser les métaux, au nombre de sept, en relation avec les 7 planètes : « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » (Hermès Trismégiste). Ainsi le soleil est associé à l’or, la lune à l’argent, le mercure à mercure, le cuivre à vénus, le fer à mars, l’étain à jupiter, le plomb à saturne.

Eclairons cette symbolique par quelques autres représentations du désir de perfection, de spiritualité, qui, semble-t-il, peut illuminer tout homme (enfin presque).
Pour Platon, par le discours de Diotime dans le Banquet, on s'élève de la beauté des corps, de degré en degré, jusqu'à la beauté morale, puis à la beauté des Formes, jusqu'à contempler la beauté absolue, pure Forme.
Pour Plotin on s'élève de l'âme (figuré par la lune qui reçoit sa lumière du soleil, à l'intellect (émané de l'Un) jusqu'à la lumière de l'Un.
Dans le Yoga, la conscience s'élève de chakra en chakra, de degré en degré le long de la Kundalini, colonne d’énergie parallèle à la colonne vertébrale, jusqu'à l'élévation suprême, jusqu'à l'éveil spirituel.
On pourrait établir une comparaison avec l’arbre des Séphiroth sur lequel le Kabaliste pratique la méditation mystique.

A partir de la Foi en une évolution du monde vers la perfection finale voulue par Dieu, l’Art Royal procède de ce puissant désir d’unifier la Nature et la foi grâce à la connaissance des lois de la création, que l’alchimiste met en œuvre pour accomplir le Grand œuvre.
L’alchimiste veut échapper à la mort par la pénétration des lois de la Nature, et leur pratique, leur mise en chantier, grâce au travail et à la connaissance. Il croit avoir percé les mystères de la Nature, et voir la vérité sous le voile d’Isis, qui est aussi le voile de l’impétrant.

Le Grand œuvre conduira à la Vie parfaite, éternelle, que l’Or spirituel symbolise.
Dans l’Art Royal, le monde et l’être même du praticien de cet art sont confondus. Il n’y a pas, comme le rationalisme nous y invite dans tout ce qui occupe habituellement notre esprit moderne, séparation entre le monde et le moi. L’alchimiste progresse avec le travail de l’œuvre qui est sa propre réalisation spirituelle. Le métier fait l’homme.
Son état psychique évolue avec la progression de ses pratiques sur la matière de l’œuvre, grâce au souffre, au mercure, et au sel, sous l’action du feu d’origine divine, feu ardent, feu soleil grand maître des métamorphoses, comme le montre la succession des saisons.

L’alchimiste croit en l’unité originelle de la création, en l’unité fusionnelle parfaite que le devenir a divisé, dégradé en ses éléments. Unité absolue de la Nature et de Dieu que l’art royal retrouvera au terme de la transformation des métaux. Chaque métal marquant une synthèse, une étape de transformation. Chaque métal correspond à un état psychique. Passant alternativement de la dissolution (solvere) de la matière sous l’action purificatrice du feu (œuvre au noir) à une nouvelle coagulation (coagulare) de ses éléments, par étapes progressives. A la fin des temps, les métaux auront changé d’état et seront devenus de l’or. De même nous pouvons évoluer, c’est-à-dire changer, à travers nos états psychiques jusqu’au vécu d’une spiritualité.

En devenant franc-maçon, vous êtes entrés, mes Frères, dans une démarche d’évolution vers la parole que vous êtes venu chercher ici. La parole perdue est au dedans de nous-mêmes, au fond de notre propre puits (V.I.T.R.I.O.L), inséparable de votre pensée.
Ce qui nous est donné dans le cabinet de réflexion, juste avant le passage du monde ancien au monde nouveau, sacré, de l’atelier maçonnique, c’est le viatique de tout le parcours à venir dans cette Odyssée que constituent les degrés du rite écossais.

Ce que l’Art Royal nous dit, c’est que, quel que soit le métal dont nous sommes faits, il est possible de progresser afin d’atteindre le rayonnement lumineux et joyeux de l’or spirituel. Seul le trop vil métal ne se prêterait pas à une évolution, ( hélas certains en sont faits, reconnus pour la forme comme initiés, comme nous venons de le constater à la direction de l’Obédience).
Cette réalisation passera par l’œuvre au noir, qui commence au cabinet de réflexion, initiant un « connais-toi toi-même » par des épreuves. Dans l’athanor, qui peut représenter notre intériorité, ou encore la loge maçonnique, où se font les mutations psychiques, l’œuvre blanche, neutre, d’observation après décantation précédera l’embrasement final de l’œuvre au rouge, l’embrasement du désir, dernière phase alchimique et son couronnement. Celle qui rendra l’adepte « aussi rayonnant que jamais ».

Nos aspirations sont symboliquement figurées dans l’alchimie, création de l’imaginal. Imaginal : produits de l’imagination quand elle est orientée vers l’harmonie avec le rayonnement divin que l’homme imagine, veut voir, en lequel spontanément il croit comme il peut croire en la Beauté.
Cherchons donc sans cesse l’idée sous le symbole ; idée qu’il nous appartient d’extraire de la gangue de l’obsolète alchimie. On y trouvera une métaphore de l’initiation effective proposée au maçon, une métaphore de la transformation du profane en initié, bien au-delà de l’initiation formelle qu’il vient de vivre au 1°degré.

L'alchimie symbolise la transformation intérieure dans notre approche de la spiritualité qu'il s'agit de reconnaître en nous alors que nous l'écartons sans cesse de notre conscience, si nous situons le divin hors de nous-mêmes, comme les religions l'enseignent.

J’ai dit. Source :
www.ledifice.net

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Manuel de la Pierre des Philosophes

Publié le 5 Janvier 2013 par Paracelse dans Alchimie

II faut savoir comment la Pierre des Philosophes, que nous appelons Baume perpétuel et parfait, se prépare et comment son action se manifeste. Prenons un exemple commun, le feu, et disons comment il nous apparaît et comment sa chaleur se manifeste : le feu est excité par la silice ; mais, ce feu ne se manifeste s'il n'est mis en contact avec une matière amie, bois, résine, huile ou autre corps facilement inflammable. Et plus on lui fournira de matière inflammable plus il sera violent. De même, la Pierre des Philosophes ou Baume perpétuel ne manifeste sa puissance que lorsqu'elle est en contact avec le corps humain. Si cette Pierre est préparée avec la matière voulue et conformément aux principes de la Philosophie, elle renouvelle et restaure les organes de la vie, comme le bois qu'on apporte réveille le feu qui se meurt.

 

Il est clair que la matière de ce Baume qui guérit le corps humain de tous les accidents est complexe. Aussi, avant de trouver la vraie matière, faut-il longuement travailler, et, lorsqu'on l'a trouvée, faut-il la manier soigneusement et s'en servir avec prudence et modération. Dans ces conditions seulement cette Médecine purgera le sang de ses diverses impuretés et rendra la santé.

 

Le médecin probe doit posséder la vraie science et ne pas être ambitieux.; il ne doit pas aimer la pompe et les discussions, se fier à l'apothicaire, il doit connaître les maladies et les indispositions. Or, vous, médecins ineptes, vous soignez vos malades à l'aide seul de votre orgueil et de votre ignorance ! Un tel péché ne devrait pas rester impuni. C'est un crime prémédité et, commis dans le but de voler d& l'argent. Ces médecins qui se disent savants ne connaissent pas les remèdes qu'ils prescrivent et ne savent pas comment l'apothicaire doit les préparer. Et l'apothicaire les connaît encore bien moins.

 

A la vérité. Docteurs et Apothicaires ne s'occupent point de la santé de leurs clients, ils ne pensent qu'à emplir leur bourse. Lorsque eux-mêmes sont malades, ils ne prennent  pas les remèdes qu'ils prescrivent aux autres. Aussi, importe-t-il de dénoncer ces crimes. Mais, je crains bien que ces chiens enragés ne se laissent pas mater facilement.

 

Pour revenir à mon sujet (dont m'a écarté l'intérêt que je porte aux pauvres malades) je vais dire comment il faut préparer la Pierre des Philosophes et comment s'en servir. Sachez donc que beaucoup d'anciens ont décrit la matière de la Pierre en paroles allégoriques dans le but d'abuser les hommes inintelligents. Ensuite, Galien remplaça ces histoires par ses folies. Et ces folies sont si bien ancrées dans les pauvres cerveaux qu'elles subsistent encore. Or, dis-moi, médecin de l'école de Galien, d'où vient ta doctrine? As-tu déjà guéri la lèpre, l'hydropisie ? Tu te tais, tu ne sais que répondre, tu es forcé de reconnaître Théophraste pour maître. Si tu veux vraiment t'instruire, lis ce que j'écris, et tu comprendras que le corps humain n'a point besoin de tes herbes.

 

Quant à tes pilules, elles n'agiront sur le corps que lorsque tu l'auras purgé de ses impuretés. Sinon, elles feront autant de mal que de bien. Il est donc préférable de ne pas s'en servir. Tes sirops ne servent à rien non plus, leur goût amer et répugnant amène des nausées, ils aggravent le mal, causent des douleurs, opèrent par des moyens contraires à la nature. Je ne parle môme pas de tes autres médicaments absurdes et idiots.

 

Si nous voulons imiter la Nature et employer une médecine naturelle, cherchons ce qu'il y a de meilleur pour conserver la santé. Les métaux ont une grande affinité avec le corps humain, ils peuvent agir efficacement sur lui. Car, comme l nomme, ils sont formés de Soufre, de Mercure et de Se] occultes. Appliquer le Semblable au Semblable voilà le grand secret de la médecine, voilà l'Arcane.

 

J'ai déjà dit, dans mes autres livres, comment le Soufre, le Mercure et le Sel forment les métaux. Je ne parlerai donc ici que de la Pierre des Philosophes.

 

Sache donc que de la plus petite chose on peut tirer une autre chose. Chaque chose est formée, engendrée, multipliée et détruite selon sa nature, on peut voir ce qu'elle a été et ce qu'elle sera, et les accidents qui lui arriveront ne seront dus qu'à ses imperfections originelles. La nature seule peut guérir le mal causé par ces accidents ; le feu ne le pourrait. Pourtant, la Pierre des Philosophes le peut aussi. Si tu veux employer la vraie matière dans la confection de la Pierre, il faut chasser de cette matière les impuretés, et foi mer de cette matière et de sa correspondante une troisième matière. La matière de la Pierre est naturellement imparfaite ; et, imparfaite, elle ne peut faire ce qu'elle fera, une fois parfaite ; pas préparée, elle ne donne qu'un ouvrage à moitié achevé ; elle a besoin pour le parachever de sa correspondante. Le microcosme nous fournit un exemple, le principe vital de l'homme qui ne peut parachever son œuvre tant qu'il n'a été mis en contact avec sa matière correspondante, c'est-à-dire avec le principe féminin.

 

Il faut d'abord réduire là Pierre en sa matière première, il faut que sa partie interne devienne sa partie externe et vice versa. Ainsi dégagée, cette semence pourra se réunir à l'autre dans le vase voulu ; le feu les y rendra pins parfaites et leur donnera la faculté de restaurer le corps humain ou purifier les métaux. C'est le Mystère de la nature, et tout médecin devrait le connaître. Pour parler pins clairement de la matière et de la préparation de cette précieuse médecine, je dirai aux fils de la doctrine aimant la vérité qu'ils doivent savoir ceci : La Nature a engendré une certaine chose dans laquelle sont mystérieusement cachés 1, 2, 3, dont la vertu conserve ta santé, chasse les imperfections, protège la vieillesse.

 

An sujet de la préparation de cette médecine, Galien, Rasés et leurs successeurs ne savent rien. Cette préparation, en effet, n'est pas la même que celle des pilules, et les vaches suisses ne peuvent

la comprendre. Et puis, les opérations de cette préparation sont presque célestes. Cette médecine purifie et restaure les métaux, ainsi que je l'ai dit dans mes Archidoxes. Que celui qui a des oreilles entende, qu'il cherche si Théophraste dit la vérité ou des mensonges, s'il parle en démon ainsi que toi, sophiste idiot.

 

Préparation de la Matière de la Pierre.

 

Prends de l'électre en limaille, mets-le dans son sperme afin de le laver de ses impuretés, purge le par l'antimoine selon la méthode alchimique. Ensuite, résous dans l'estomac d'une autruche rendue plus forte par l'âcreté d'un aigle. Lorsque l'électre sera consommé, tu n'oublieras pas de le ramener à son essence spirituelle qui est transparente et semblable à l'ambre. Puis, ajoute d'électre la moitié de ce que tu avais mis dans l'aigle étendu ; sors le fréquemment de l'estomac d'autruche : tu obtiendras ainsi l'électre spirituel.

 

Quand l'estomac d'autruche sera fatigué, il faudra lui redonner des forces. Quand il aura perdu son âcreté, tu ajouteras do la quintessence de tartre en quantité suffisante pour que sa partie rouge forme un dépôt de l'épaisseur de quatre doigts. Répète l'opération jusqu'à ce qu'il devienne blanc. Cela fait, sublime: ainsi, l'électre atteint la blancheur de l'aigle exalté et est transmuté.

 

Voilà la préparation de notre médecine. Cette médecine servira dans toutes les maladies où la médecine ordinaire ne peut servir. Selon l'usage que tu en voudras faire, tu la transformeras en eau, en huile ou en poussière rouge.

 

En vérité, je te le dis : le meilleur fondement de la médecine est dans l'électre. Sans doute, dans les autres minéraux il y a aussi de grands arcanes, mais, outre le long travail que ces arcanes exigent pour en être tirés, ils sont souvent plus dangereux qu'utiles. Le médecin doit savoir tout cela.

 

Les médecins de l'école de. Galien, qui consultent, non l'expérience, mais leur seule sottise, disent que l'électre est un poison. Je concède que, pendant sa préparation, il est an poison. Mais, il n'est point démontré qu'après sa préparation il le demeure : car la nature (bien que certaines têtes de gazelle ne veulent pas le comprendre) incline toujours vers la perfection ; à plus forte raison inclinera-t-elle vers la perfection si on lui adjoint l'art. Bien plus, je concède qu'après la préparation l'électre est encore un poison, et poison plus violent qu'avant la préparation : eh bien, étant donné que le semblable cherche son semblable, ce poison va s'attacher aux maladies incurables, non pour leur permettre de suivre leur cours et de nuire, mais pour s'emparer de son semblable, l'absorber jusqu'à la racine et le nettoyer comme le savon nettoie l'étoffé. Aussi, ce venin, comme tu l'appelles, est-il plus efficace que ton axonge dont se servent les médecins de l'école de Galien. L'arcane qui se cache dans notre médicament renferme une Essence qui ne peut être comparée à aucun poison et diffère de l'argent vif dont tu as coutume de te servir, autant que le ciel diffère de la terre. C'est pourquoi cette médecine est appelée médecine bénite de Dieu et n'est pas révélée à tous.

 

Je ne suis pas né pour le repos ni pour la paresse. Ce n'est pas dans un vase de nuit, c'est en me promenant, en vagabondant, comme tu dis dédaigneusement, et grâce à un long travail que j'ai trouvé ce secret. Toi, tu tiens ta science des grimoires poussiéreux de nigromantie.

 

Suite et fin de la préparation.

 

Ton électre détruit comme il a été dit, si tu veux continuer et arriver au but, prends d'électre détruit et rendu volatil la quantité que tu désires parfaire, mets-la dans l'Œuf philosophique, scelle-le de façon à ce que rien ne s'évapore, laisse l'Œuf dans l'Athanor jusqu'à ce que, de lui-même, sans aucune addition, l'électre commence à se résoudre, comme l'île qui au milieu de la mer se désagrège chaque jour, et devienne finalement noir. Cette couleur noire est l'oiseau qui, la nuit, yole sans ailes et auquel la première rosée céleste donne, par coction, ascension et descension, la couleur noire de la tête du corbeau ; la tête du corbeau est remplacée par la queue du paon, puis, par les plumes du cygne : enfin, arrive la couleur rouge qui est la marque de la nature du feu, lequel feu chasse toutes les maladies du corps et ranime les membres froids.

 

Selon l'opinion de tous les Philosophes, cette préparation ne demande qu'un vase, qu'un fourneau, qu'un feu.

 

Ainsi, cette médecine est parfaite et presque céleste ; elle restaure le corps humain et débarrasse les métaux de toutes leurs impuretés ; personne ne peut atteindre et comprendre un tel arcane sans l'aide de Dieu.

 

Mais, sache que cet électre n'aura point d'effet s'il n'a parcouru 3 fois le cercle des 7 au nombre 21. Aussi, dois-tu, lorsque tu détruis ton électre et le rends spirituel, te servir de l'arcane du tartre pour enlever les impuretés. Cet arcane ne demeurera pas, mais il aura aidé à atteindre le nombre voulu. C'est ainsi que, de lui-même, dans l'œuf philosophique, le feu se transforme en eau philosophique, que les Philosophes appellent eau visqueuse. Il m'est défendu d'écrire certaines choses touchant ce mystère. Cet art est, en effet, un don de Dieu. Ainsi soit-il.

 

Usage de la Pierre.

 

Je dois dire, maintenant, comment il faut employer cette médecine. Sache donc qu'il faut la prendre à très petite dose, et dans du vin ou autres liquides semblables.

 

Il me reste encore à donner la raison de l'obscurité que beaucoup relèveront dans mes écrit». Cette raison c'est qu'il ne faut pas donner des perles aux cochons ni une longue queue aux chèvres. La nature ne leur en a pas donné. Dieu a révélé le secret à assez de gens. Moi, j'écris pour l'initié.

 

Si tu suis ma recette, ta médecine sera semblable à l'air qui pénètre tout et est partout, elle chassera les maladies et apportera la santé. C'est la source du véritable or potable. Ce livre doit toujours être consulté par le fils de la Doctrine. Qu'il soit rendu grâce à Dieu. Ainsi soit-il.

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Epître du feu philosophique

Publié le 4 Janvier 2013 par Jean Pontanus dans Alchimie

Moi, Jean Pontanus, qui suis allé en plusieurs régions et royaumes afin de connaître certainement ce que c'est que la Pierre des Philosophes-, après avoir parcouru tous les côtés du monde, je n'ai trouvé que des faux Philosophes et des trompeurs. Néanmoins, étudiant toujours dans les livres des Sages, et mes doutes s'augmentant, j'ai trouvé la vérité ; mais nonobstant que j'eusse la connaissance de la matière, j'ai erré deux cents fois avant que de trouver l'opération et pratique de cette vraie matière.

Premièrement, j'ai commencé mes opérations par les putréfactions du Corps de cette matière, pendant neuf mois, et je n'ai rien trouvé. Je l'ai mise au bain-marie pendant quelques temps, et j'ai semblablement erré. Je l'ai tenue et posée dans un feu de calcination pendant trois mois, et j'ai mal opéré. Tous les genres et manières de distillations et sublimations, comme disent ou semblent dire les Philosophes - tel Geber, Archélaüs et presque tous les autres - je les ai tentés et essayés, et n'ai pareillement rien trouvé. Enfin, j'ai tâché de parvenir et parfaire le sujet de tout l'Art d'Alchimie, de toutes les manières imaginables, qui se font par le fumier, le bain, les cendres, et par mille autres genres de feux, dont les Philosophes font mention dans leurs livres ; mais je n'ai rien découvert de bon.

C'est pourquoi, je me mis pendant trois ans continuels à étudier les livres des Philosophes, entre autres le seul Hermès, les brèves paroles duquel comprennent tout le magistère de la Pierre ; quoiqu'il parle assez obscurément des choses supérieures et inférieures, du Ciel et de la Terre.

Toute notre application et notre soin, donc, ne doit être qu'à la connaissance de la vraie pratique, dans le premier, le second, et le troisième oeuvre. Ce n'est point le feu de bain, de fumier, ni de cendres, ni aucun de tous les autres feux que nous chantent les Philosophes, et nous décrivent dans leurs livres.

Qu'est-ce donc que ce feu qui parfait et achève tout l'oeuvre, depuis le commencement jusqu'à la fin ? Certainement tous les Philosophes l'ont caché ; mais, pour moi, touché d'un mouvement de pitié, je le veux déclarer avec l'entier accomplissement de tout l'oeuvre.

La Pierre des Philosophes est unique, et une, mais cachée et enveloppée en la multiplicité de différents noms, et avant que tu la puisses connaître tu te donneras bien de la peine ; difficilement la trouveras-tu de ton propre génie. Elle est aqueuse, aérienne, ignée, terrestre, flegmatique, colérique, sanguineuse et mélancolique. Elle est un soufre et pareillement Argent vif.

Elle a plusieurs superfluités, qui, je t'assure par Dieu vivant, se convertissent en vraie et unique Essence, moyennant notre feu. Et celui qui sépare quelque chose du sujet - croyant cela nécessaire-, ne connaît assurément rien à la Philosophie. Car le superflu, le sale, l'immonde, le vilain, le bourbeux, et, généralement toute la substance du sujet, se parfait en corps spirituel fixe, par le moyen de notre feu. Ce que les Sages n'ont jamais révélé, et, fait que peu de gens parviennent à cet Art ; s'imaginant que quelque chose de sale et de vilain doit être séparé.

Maintenant il faut faire paraître, et tirer dehors les propriétés de notre feu ; s'il convient à notre matière selon la manière dont j'ai parlé, c'est-à-dire s'il est transmué avec la matière. Ce feu ne brûle point la matière, il ne sépare rien de la matière, ne divise ni n'écarte les parties pures des impures, ainsi que disent tous les Philosophes, mais convertit tout le sujet en pureté. Il ne sublime pas comme Geber fait les sublimations, et Arnaud pareillement, et tous les autres qui ont parlé des sublimations et distillations. Il se fait et parfait en peu de temps.

Ce feu est minéral, égal et continuel, il ne s'évapore point, si ce n'est qu'il soit trop excité ; il participe du soufre, il est pris et provient d'ailleurs que de la matière. Il rompt, dissout, et congèle toutes choses, et semblablement congèle et calcine ; il est difficile à trouver par l'industrie et par l'Art. Ce feu est l'abrégé et le raccourci de tout l'oeuvre, sans prendre autre chose, du moins peu, et ce même feu s'introduit et est de médiocre ignition ; parce qu'avec ce petit feu tout l'oeuvre est parfait, et sont faites, ensemble, toutes les requises et dues sublimations.

Ceux qui liront Geber et tous les autres Philosophes, quand ils vivraient cent millions d'années, ne le sauront comprendre ; car ce feu ne se peut découvrir que par la seule et profonde méditation de la pensée, ensuite on le comprendra dans les livres, et non autrement. L'erreur en cet Art, ne consiste qu'en l'acquisition de ce feu, qui convertit la matière en la Pierre des Philosophes.

Etudies-toi donc à ce feu, parce que si moi-même je l'eus premièrement trouvé, je n'eus pas erré deux cents fois sur la propre matière. A cause de quoi je ne m'étonne plus si tant de gens ne peuvent parvenir à l'accomplissement de l'oeuvre.

Ils errent, ont erré et erreront toujours, en ce que les Philosophes n'ont mis leur propre agent qu'en une chose, qu'Artéphius a nommée, mais il n'a parlé que pour lui. Si ce n'est que j'ai lu Artéphius, que je l'ai entendu et compris, jamais je ne serais parvenu à l'accomplissement de l'oeuvre.

Voici quelle est cette pratique : il faut prendre la matière avec toute diligence, la broyer physiquement et la mettre dans le feu, c'est-à-dire dans le fourneau ; mais il faut aussi connaître le degré et la proportion du feu. A savoir, il faut que le feu externe excite tant seulement la matière ; et, en peu de temps ce feu, sans y mettre les mains en aucune manière, accomplira assurément tout l'oeuvre. Parce qu'il putréfie, corrompt, engendre et parfera tout l'ouvrage, faisant paraître les trois principales couleurs, la noire, la blanche, la rouge. Et moyennant notre feu la médecine se multipliera si elle est conjointe à la matière crue, non seulement en quantité mais aussi en vertu.

Recherches donc de toutes les forces de ton esprit ce feu, et tu parviendras au but que tu t'es proposé ; car c'est lui qui fait tout l'oeuvre, et il est la clef de tous les Philosophes, laquelle ils n'ont jamais révélée dans leurs livres. Si tu penses bien profondément aux propriétés du feu ci-dessus, tu la connaîtras, mais non autrement.

Donc, touché d'un mouvement de pitié, j'ai écrit ceci ; mais, et afin que je me satisfasse, le feu n'est point transmué avec la matière, comme je l'ai dit ci-dessus. J'ai bien voulu le dire et en avertir les prudents de ces choses, pour qu'ils ne dépensent pas inutilement leur argent, mais qu'ils sachent auparavant ce qu'ils doivent chercher, et, par ce moyen, parviendront à la vérité de l'Art ; non pas autrement.

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Liber secretissimus

Publié le 4 Janvier 2013 par George Ripley dans Alchimie

 

Prenez notre Antimoine Artificiel, et non pas l'Antimoine naturel tel qu'il vient de la terre, car il est trop sec pour notre travail, et a trop peu d'humidité, ou onctuosité en lui, mais prenez dis-je notre Antimoine Artificiel, qui est abondamment rempli de la Rosée des Cieux et de la graisse et onctuosité de la terre, dans laquelle des Huiles précieuses et de riches Mercures sont par nature étroitement enfermés, et cachés aux yeux de tous les ignorants qui se raillent des merveilleux et grands mystères du Dieu tout Puissant, pour qu'ils ne puissent pas voir, ni comprendre, ce qu'il à caché dans le plus évident, commun et méprisable commencement de toutes Choses par tout le Monde.  

Car notre Corps Antimonial ne doit être révélé qu'aux enfants de l'Art, qui croient fermement en la permanente vérité de cela, et par amour fraternel et charité nous disons, qu'il est fait d'un Soufre, et de deux Mercures, qui sont appelé autrement par les Sages Philosophes, Soleil, Lune et Mercure, ou comme certains d'entre eux disent plus clairement, Sel, Soufre et Mercure, qui sont les trois différentes et distinctes substances et corps, bien que pour la plupart nous les appelons une seule Chose, car au terme de notre ouvrage ils sont fait une seule chose, qui est notre admirable Elixir, et ils ont chacun d'eux une origine, et tendent ensemble à une même fin. Aussi si nous n'avions pas dans notre œuvre un aspect ternaire de ces Planètes, et ne commencions notre œuvre par une Trinité, tout serait travail inutile et sans profit.  

Aussi si vous désirez bien œuvrer en notre Art, nous vous souhaitons de commencer avec notre Trinité minérale, et par cela notre Antimoine Artificiel est fait. Prenez alors dans le premier commencement de cet ouvrage, ces trois nobles Parents, qui sont immédiatement imprégnés des qualités fortes et subtiles des quatre éléments, et dans leurs mûres et naturelles proportions, dans lesquelles proportions vous ne devez pas vous égarer, car si vous le faites, vous ne pourrez jamais réduire ces corps en notre Chaos véritable, et vous serez contraint de recommencer à nouveau, ce qui vous sera un découragement pénible). Mettez-les dans une bonne et forte cucurbite ou vaisseau de verre, et fermez le bien en haut, de façon qu'aucun esprit ne s'exhale, car s'ils trouvent une ouverture pour s'évaporer, vous échouerez, car vous perdrez et dissiperez les fleurs de notre Or. Lorsque ce Vaisseau est bien clos, mettez-le dans le four des Philosophes, dans les Cendres ou dans le sable avec un feu tempéré dessous, pendant l'espace d'un Mois Philosophique, qui est de six semaines entières, et durant ce temps nos corps grossiers seront dissous et mortifiés et seront prêts à une génération plus royale. Durant le temps de cette dissolution et putréfaction nos trois nobles Parents, assassins contre nature de chacun d'ente eux, ne se ménageront pas toute cruauté pour s'extraire le sang vital de chacun d'entre eux, et donc sont cuits dans leur propre sang versé, et ils deviennent doux et tendres, comme du beurre, et sont fait une seule chose, sans différence ou distinction. Lorsque vous avez amené votre œuvre à ce point, remerciez Dieu et soyez heureux que par sa Grâce et Merci vous avez obtenu notre Chaos noir et ténébreux, qui est la Chose véritable écrite par tous les Philosophes, notre masse confuse, et le sol primordial de tous nos Secrets, car en lui gît invisible, notre Or et notre Argent, notre Soufre et Mercures, notre Eau Cristalline, nos Huiles et Teintures, et nos quatre Eléments que vous devez rendre visible et apparent aux yeux de tous, car autrement rien ne peut s'accomplir, et jamais vous ne pourrez obtenir l'espérance de votre désir argenté et doré. Ces Mercures, Eaux, Huiles, Teintures, et Eléments, rendez-les visibles et évidents. Après que les Mois ci-dessus soient écoulés, votre vaisseau étant froid, ouvrez-le, et coiffez-le d'un chapiteau, placez-le dans notre Bain, ajustez le récipient à l'ouverture du chapiteau, fermez bien les jointures, et tirez toute l'eau insipide et fade, que vous mettrez à part dans un flacon bien bouché, mettez un nouveau récipient, et au bain de cendre et par un feu plus fort, tirez-en toute la fumée Blanche, qui est appelée notre Air, Teinture d'argent et Lait virginal, que vous garderez aussi à part dans un flacon bien bouché. Puis enfin mettez un nouveau récipient, et au bain de sable avec le feu le plus fort que vous puissiez faire, séparez la fumée rouge, qui est appelée notre feu naturel, notre Teinture dorée et humidité radicale des corps Elémentaux, continuez le feu aussi longtemps qu'il n'y ait plus de gouttes ou vapeurs rouges, puis diminuez le feu par degrés, fermez bien le récipient avec de la cire, pour que les esprits ne puissent s'enfuir, car ceci est appelé notre Liqueur bénite, et croyez moi il n'y a pas de plus puissant poison dans tout le Monde que celui-là, par conséquent tenez-le fermé, et ne le touchez pas jusqu'à ce que nous l'indiquions. C'est maintenant le travail de l'Art, car la Division et la Séparation, est le seul travail de l'Art et de l'Artiste, et non point de la Nature ; car ici la Nature est forcée par l'adresse de l'Ouvrier, de renoncer et de se séparer de ses Eléments bien aimés, qu'elle garde précieusement enchaînés et enclos dans ses entrailles, et qui par la violence du feu extérieur ont été par force extrait d'elle. En vérité le premier Ouvrage de Solution et de Mortification est la Seule opération de la Nature, car les Matières étant encloses dans leur donjon, là la Nature les atténue, les dissous et les putréfient, et les force à rétrograder à nouveau en leur propre première matière, qui est une humeur et substance  visqueuse, d'où au commencement les quatre éléments ont été formés et engendrés. Et dans ce premier travail, l'Artiste n'est rien d'autre qu'un faiseur de feu, qui donne à la Nature la force et le pouvoir d'œuvrer sur les matières, car sans le feu pour exciter la Nature ne pourrait rien effectuer, mais elle resterait inutile et en attente, et ceci en regard à la froideur du Mercure, car le froid prédomine, la chaleur demeure  enchaînée et impassible, mais quand le feu extérieur active et provoque l'indignation de l'ardent Menstrue Salé, elle s'empare du corps gras et onctueux du Soufre, et extrait sa chaleur naturelle et sa partie ardent, et alors tous deux s'embrassent et travaille le froid Mercure, et ils broient et dispersent tous ses membres en plus petits atomes qui volent dans les rayons du Soleil, et alors la chaleur devient prédominante.  

De par cela en ce Premier Œuvre l'Opérateur n'est rien d'autre que le fidèle administrateur de la Nature, qui en ce cas, peut être effectué par l'homme le plus simple et le plus illettré du Monde.  

Mais dans le travail secret de la conjonction de nos Eléments, la Nature et l'Art, s'accompagnent ensemble main dans la main, car ici l'Artiste trouve et  imbibe, et la Nature fixe et congèle, ce que nous montrerons ci-après, lorsque nous parlerons de cet ouvrage.  

Le premier œuvre de la solution réduit notre Trinité et notre composé Antimonial en une gomme verte, appelée le Lion Vert, laquelle gomme se sèche modérément, mais prenez bien garde de ne point brûler ses fleurs, ni de détruire sa verdeur, car en elle demeure son Ame, qui est notre principal Secret. Et notre second œuvre manifeste ces choses, qui étaient auparavant cachées à la vue, et rend visible et distinct nos quatre éléments. Mais dans ce second œuvre, si vous extrayez notre Air et notre feu avec l'eau flegmatique, ils seront plus naturellement et aisément tiré de leur prison infernale, et avec moins de perte de leurs Esprits que par la première voie décrite.  

Après que la division soit parfaitement célébrée, vous devez trouver sur les côtés de la Cucurbite, et aussi dans le haut de l'Alambic, un givre blanc comme la congélation d'une vapeur, ou comme du Mercure sublimé, que vous garderez avec circonspection en un flacon de verre bien bouché, car en lui gît caché un grand secret, par lequel vous pourrez abréger votre ouvrage, de moitié de temps, et en moitié moins de labeur, qu'on pourrait le faire autrement, ce qui permettra de le faire avec un plus grand bénéfice et facilité et à moindre dépense.  

De la Purification de notre Base.  

Il est plus que certain, que le feu extérieur est pour nous un grand ami, et sa nature est telle, qu'il ne peut endurer aucune impureté en toute chose, par conséquent au jour du Jugement, le feu Elémentaire purifiera, nettoiera et brûlera toute la terre impure sur laquelle nous marchons, et la purgera de toutes ses crasses et immondices.  

Ainsi doit-il en être de même en notre œuvre. C'est pourquoi après la séparation de notre Eau, Air et Feu hors de notre terre, enlevez les noires fèces qui demeurent au fond de notre Vaisseau, que l'on appelle Notre Dragon, et broyes-les en poudre subtile, dans deux creusets lutés ensemble, dans un four à potier, ou de verrier, ou fourneau à vent, jusqu'à ce qu'elle soit blanchâtre ou grise, cette Chaux devra être gardée à part, car elle est la Base et la Fondation de notre Œuvre, on l'appelle maintenant mars, et notre Terre Blanche Fixe.  

De la Purification de notre Eau Défaillante.  

Mais afin que vous ne perdiez point de temps et que vous n'attendiez pas, pendant que la Terre est calcinée, distillez l'Eau qui fut premièrement tirée de notre Composé, et cela sept fois, jusqu'à ce qu'elle soit claire comme le Cristal, mais faites cela avec elle seule, et n'y ajoutez aucune autre chose, et alors vous aurez notre pure rivière d'Eau de Vie, qui le pouvoir et la vertu de revivifier le corps mort d'où elle fut tirée, et le rendre blanc et brillant comme de l'Albâtre pur. Comme pour nos autres Eaux ardentes, elles sont si fixes et permanentes, qu'aucun feu ne pourra de nouveau les élever de leurs substances, mais elles demeureront dans le feu, jusqu'au jugement dernier sans aucune perte ni exhalaison.  

Toutes choses étant désormais purifiées à l'extérieur comme à l'intérieur, maintenant commence le travail de l'Art et de la Nature, en lequel, l'un doit inséparablement porter secours à l'autre, car s'ils refusent de s'aider mutuellement, toutes les sueurs et labeurs précédant ne sont d'aucune utilité, car Nature ne peut joindre nos éléments disjoints sans l'assistance d'un Artiste expert ; ni l'Artiste ne peut coaguler les éléments mis ensemble sans la Nature, c'est pourquoi la Nature implore l'aide de l'Artiste avec un Adjuna me, et ego adjunabose. Et par conséquent l'Artiste ayant vu auparavant ce que la Nature a fait pour lui, en dissolvant et purifiant les corps, est prêt à l'aider.  

Du Travail de la Conjonction des Eléments.  

Prenez les fèces mentionnées ci-dessus appelées mars, ou Notre Dragon, qui dévore sa propre queue, et mettez-les dans un vaisseau de verre sans crainte d'en remplir la moitié, et versez dessus de notre eau de Vie rectifiée en quantité suffisante pour recouvrir la Chaux en poudre, cela fait, fermez incontinent le vaisseau avec un chapiteau aveugle, dûment luté au reste du corps, et mettez-le dans les cendres chaudes, jusqu'à ce que la Chaux ait bue et coagulée toute la Liqueur, ce qui sera fait en huit jours, alors de huit en huit jours, imbibez ladite Chaux de sa propre eau, et lorsqu'elle n'en boira plus, mais est très blanche et brille comme les Yeux des Poissons, et sera pleine de Lames Cristallines, alors, ladite Chaux étant très sèche, sortez-la du vaisseau, et séparez d'icelle, toutes les Lames Cristalline, et broyez-les en Poudre ; mettez cette poudre que nous appelons le soufre de nature, ou la terre foliée, dans un autre vaisseau, et versez dessus notre fumée Blanche appelée Lait Virginal, par un feu modéré coagulez-les ensemble, et continuez ce Travail jusqu'à ce que presque tout l'Air ait été bu, et soi devenue fixe et permanente. Puis sortez la matière, et mettez-la en poudre et incéré-la goutte à goutte avec la partie de son Air réservé, jusqu'à ce qu'elle devienne liquide comme du Miel et fonde et flue comme de la Cire, sur un charbon et ne s'évapore point, alors vous avez la parfaite Pierre Blanche, et la Médecine Argentée, qui transmute tous les corps des métaux imparfaits en Lune véritable et parfaite.  

Du Travail au Rouge  

Lorsque vous aurez obtenu notre Pierre Blanche de la manière dite ci-dessus, partagez-la en deux parts égales, et sur l'une d'elle mettez la quatrième partie de Mercure sublimé, tous deux étant pulvérisé, mélangez-les bien ensemble, et mettez-les en un vaisseau bien luté, et mettez en votre four, et laissez-le là l'espace d'un mois avec un feu tempéré, jusqu'à ce qu'il ne fasse plus qu'un corps, puis prenez en une partie que vous pourrez projeter pour votre besoin, quant à l'autre partie vous pourrez toujours la multiplier avec du sublimé, or de l'Argent-vif qui ait été purifié par le Sel et le Vinaigre, jusqu'à la fin de vos jours, soustrayant ainsi et multipliant suivant votre plaisir.  

Mais pour le Rouge, prenez l'autre part réservée de votre Pierre Blanche, pulvérisez-la, et la mettez en un vaisseau, versez dessus un peu de notre eau ardente, ou Teinture Dorée, et coagulez-les ensemble sur un feu modéré, de crainte que votre vaisseau ne se rompe par la force du venin et pouvoir insurmontable de notre Mercure Rouge et ardent, faites cela une ou deux fois, jusqu'à parfaite fixité, puis sortez la matière et mettez-la en poudre, et incérez-la dans un creuset avec ladite Huile rouge, ou Eau ardente, jusqu'à ce qu'elle flue comme de la Cire, comme il fut fait avec la Médecine Blanche, alors vous avez notre pierre rouge sombre semblable à la couleur de l'Hématite, qui est capable de faire des miracles sur la terre, mais il n'est point de notre intention de les révéler à cette heure, laissant cela pour être expérimenté par ceux que le Dieu Puissant pense être digne d'être enseigné, par ceci notre bref et petit livre petit, mais concis et substantiel, Dieu à qui nous devons perpétuellement remerciement et louanges, car tu nous as doté de ce Savoir.  

Du Raccourci du Grand Œuvre, qui épargne la moitié de l'Ouvrage et du Temps.  

La poudre Blanche, dont nous avons parlé précédemment et dont nous vous avons dit de réserver, qui est le parfait Soufre de la Nature, et la Terre Foliée, qui ne nécessite ni imbibition, ni digestion pour le blanc ; prenez la et broyez la finement, puis imbibez-la avec quatre parties de notre susdit Air ou Lait Virginal.  

Mais observez en même temps, que vous devez avoir grande provision de notre Eau, Air et Feu, et ceux-ci extrait hors de cinq ou six composés différents, ou Chaos, de façon qu'après que vous ayez conduit un Chaos hors du Four, vous devez présentement en mettre un nouveau, et cela successivement l'un après l'autre, et séparer leurs éléments, car autrement vous voudrez des eaux et des huiles pour l'imbibition, incération, et multiplication, et si votre œuvre doit être interrompue par manque de telles matières, tout est perdu et vous n'arriverez à rien, car dès que vous commencez, vous devez procéder sans arrêt ni interruption jusqu'à la complète fin.  

Mais pour notre sujet, ayant imbibé le Givre susdit, et coagulez le tout à un feu doux, jusqu'à ce que tout soit bu, imbibez et coagulez alors deux fois de plus jusqu'à fixité, après cela mettez en poudre, et incérez, avec un peu de notre Air par goutte, comme vous avez fait pour la médecine blanche précédemment, jusqu'à ce qu'il flue comme de la cire sur un fer porté au rouge, et ne s'évapore point, alors vous avez la parfaite Pierre Blanche, faite en moitié de temps, et avec moitié mois de labeur, ce qui est un précieux joyau et un grand Secret.  

Du Raccourci de l'œuvre au Rouge.  

Prenez le tout, ou la moitié, de notre Pierre Blanche, faites à partir du Givre mentionné, et pulvérisez-la, mettez dans un fort œuf de verre, et imbibez-la avec un peu de notre ardent Mercure Rouge, et mettez sur un faible feu, par crainte de casser le verre, coaguler en une poudre sèche, puis imbibez et coaguler deux fois encore jusqu'à ce que tout soit fortement fixé, puis prenez la matière et pulvérisez-la, et incérez-la avec notre susdite Huile goutte à goutte dans un fort creuset sur un feu modéré, jusqu'à ce qu'elle flue comme de la cire, comme précédemment mentionné. Alors vous avez la parfaite Pierre Rouge avec moins de travail, dépense de temps et d'argent, et ce Secret n'a jamais été dévoilé auparavant par aucun des Anciens Philosophes, car ils étaient envieux de leurs rares Mystères, que nous avons maintenant entièrement dévoilé, pour l'honneur de Dieu, et pour votre bien, de façon que vous puissiez effectuer le saint Œuvre de Charité et Merci suppléant abondamment et soulageant les orphelins et les veuves, rachetant les prisonniers et les captifs, spécialement ceux qui ont souffert pour l'amour de notre Saint Seigneur et Sauveur, Jésus Christ.   

Notre Pierre Blanche est Multipliée par imbibition réitérée, coagulation, et incération, avec notre Lait Virginal, car plus vous faites cela, plus elle s'accroît en quantité, et elle devient de cette façon plus subtile et pénétrante, et converti plus de métal avec une moindre quantité.  

Notre Pierre Rouge est multipliée de la même manière, par réitérée imbibition, coagulation, et incération avec notre Huile ardente, ou Mercure Rouge, et ce cette façon vous pouvez l'accuer tellement, qu'elle sera capable nous seulement de pénétrer les métaux, mais aussi les Pierres les plus dures, et n'importe autres Choses dites dans Tout le Monde.  

N'importe qui obtiendra ces Médecines, aura des Trésors incomparables, surpassant tous les Trésors de ce Monde.

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La métamorphose des métaux

Publié le 4 Janvier 2013 par Philalethes dans Alchimie

Chapitre I. 

De la revendication de notre Art, ses Etudiants et ses Méthodes.

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out hommes qui dévouent leurs existences à l’étude de n’importe quel art, ou toute sorte d’occupation ont devant leurs yeux le but de leurs efforts, la perfection de la chose qu’ils poursuivent. Mais bien peu atteignent le but de leurs espoirs : il y a beaucoup d’architectes, mais peu de maître d’œuvre en cet art ; beaucoup d’étudiants en médecine, mais peu comme Hippocrate ou Galien ; beaucoup de mathématiciens, mais peu tel le prolifique Archimède ; beaucoup de poètes, mais peu capable de se ranger au même rang qu’Homère. Cependant même les hommes qui n’ont rien de plus qu’un savoir respectable propre, sont capable d’être utile à la société. 

Parmi ceux qui s’adonnent à la transmutation des métaux, il ne peut y avoir rien de pire que la médiocrité des réalisations. Un homme qui étudie cet Art, doit ou avoir tout, sinon rien. Un Alchimiste qui connaît seulement la moitié de son art, ne récolte rien d’autre que le désappointement ainsi que la perte de temps et d’argent ; bien plus, il s’expose lui-même à la moquerie de ceux qui méprisent notre Art. En vérité, ceux qui atteignent avec succès le but du Magistère, non pas seulement des richesses infinies, mais aussi les moyens de poursuivre  la vie et maintenir la santé. Voilà pourquoi c’est la quête la plus populaire de toute l’humanité. Tous ceux qui ont lu quelques « Recettes » s’arrogent le titre de Sage, et conçoivent les espoirs les plus extravagants,  et pour se donner des apparences d’hommes sages se mettent à construire des fourneaux et à équiper leurs laboratoires, avec des Alambics et Distillatoires, et approchent l’œuvre avec la merveilleuse apparence d’érudits. Ils adoptent un jargon obscur, parlent de la première matière des métaux, et discutent avec un air entendu de la rotation des éléments, et du mariage de Gabritius avec Beya. Dans le même temps cependant ils ne succèdent jamais à provoquer aucune métamorphose des métaux, excepté celle de leur or et argent en cuivre et en bronze.

Lorsque les méticuleux critiques notre Art voient cela, ils tirent de ces constants insuccès, la conclusion que notre Art est un mélange de fiction et d’imposture ;  tandis que ceux qui se sont ruinés par leur folie confirment cette suspicion en abusant de la crédulité des autres, prétendant qu’ils ont acquis quelque habilité par la perte de leur argent. 

Dans cette voie le chemin pour le débutant est semé de difficultés et de pestilentes désillusions de toute sorte ;  et par la faute de ces escrocs, qui se donnent eux-mêmes de si beaux airs d’érudition et de savoir, notre Art lui-même est tombé en complet discrédit, car ces personnes bien sûr n’en connaissent absolument rien. Le débutant trouve extrêmement difficile de distinguer entre le faux et le vrai en ce vaste Labyrinthe qu’est l’Alchimie. Bernard le Trévisan l’averti d’éviter ces personnes comme la peste qui font tant de vides et vaines promesses ; voilà pourquoi j’ai écrit ce Traité pour guider l’aveugle, et instruire l’égaré. Je désire tout d’abord, nettoyer notre Art des calomnies dont il a fait l’objet, puis décrire la qualification des ses étudiants et ses méthodes de procéder. Après ces explications préliminaires, je m’attacherai à la description de l’Art lui-même. 

Avant de continuer, je voudrai élever mes plus sérieuses protestations contre cette méthode de raisonnement que certains sophistes déçus ont utilisé à la charge de cette science. La perversité de certains de ces professeurs menteurs ne peut rien prouver pour ou contre son authenticité. Une telle position ne peut seulement être bonne que si elle est fondée sur des arguments basés sur des relations naturelles ; mais il est impossible de trouver de tels arguments. La lumière de la Nature est trop éclatante pour être assombrie par ces obscurantistes. J’espère que mon livre montrera que la Transmutation des Métaux, à partir d’un état imparfait à un état parfait est une réalisation réelle et véritable, effectuée en coopération entre la Nature et l’Art. La seule chose qui distingue un métal d’un autre, est son degré de maturité, qui est bien entendu plus grand dans les métaux les plus précieux ; la différence entre l’or et le plomb n’est pas une question de substance, mais une question de digestion ; dans les métaux communs la coction n’a pas été suffisante pour purger les impuretés métalliques. Si par un moyen quelconque, ces superfluités de matière impure peuvent être organiquement enlevées des métaux communs, ils deviendront alors de l’or et de l’argent. Ainsi les mineurs nous disent que le plomb s’est en plusieurs cas transformé en argent dans les entrailles de la terre ; et nous prétendons que la même chose peut être produite en bien moins de temps par les moyens de notre Art. C’est un fait que le Mercure qui est généré dans les entrailles de la terre est la substance commune à tous les métaux —  puisque ce Mercure entre en combinaison avec toute sorte de métal — ce qui ne serai pas le cas s’il n’était pas naturellement de leur espèce. Par l’Art et l’aide de la Nature, le Mercure peut être successivement conjoint à tous les métaux, afin que l’un ou l’autre avec la même couleur et fluxibilité, puisse par ensuite montrer et exprimer la vraie température et propriétés d’eux tous. Plus encore, tous les métaux peuvent être dissout par le vif-argent — et cela ne pourrait sûrement pas être s’il n’était de la même substance. Plus encore, le Mercure du plomb peut devenir celui du fer, et le Mercure du fer celui du cuivre ; tandis que le Mercure de l’étain peut même être transmuté en celui de l’argent ou de l’or — un fait qui démontre triomphalement la substantielle affinité de tous les métaux. De l’antimoine aussi, on peut obtenir un bon Mercure, que certains Artistes sont capables de changer en mercure métallique. C’est aussi un fait bien établi que le Mercure obtenu de tout corps métallique ou minéral possède les propriétés d’absorber le Mercure commun en sa propre nature ; de même le Mercure commun peut devenir à son tour celui de tous les métaux. Ces arguments, ne montrent-ils pas qu’il n’y a qu’un seul Mercure, et que dans les différents métaux il est seulement différencié par leur différent degré de digestion et de pureté ? Je ne vois pas comment on peut répondre à ces arguments. Il est possible en faite que quelque personnes stupides puissent alléger pour réfuter notre raisonnement qu’elles ne peuvent accomplir toutes ces transformations chimiques sur lesquels il est basé ; mais de tels opérateurs justifieraient grandement leur ignorance s’ils avançaient cela contre la réalité de notre Art. Ils ne doivent pas faire de leur peu d’entendement la mesure ou le standard des possibilités de la Nature. A tout point de vue, mes paroles ont autant de valeur que les leurs (et mieux encore, car ils ne peuvent jamais prouver le contraire), et j’affirme le plus positivement et le plus solennellement, que j’ai de mes propres mains effectué chacune des expériences  que j’ai décrit ; et j’en connais beaucoup d’autres dont les expériences ont démontré que ces choses étaient vraies. Comment votre opposant peut-il se prévaloir contre des témoins oculaires par une simple négation ? Mon témoignage est justifié par des hommes tels que Albertus, Raymond, Riplée, Flamel, Morien et une multitude d’autres. Je confesse que les transformations dont j’ai parlé ne sont pas faciles à accomplir, mais quiconque a la Clef de notre Art peut ouvrir toutes les portes, et a pouvoir sur tous les secrets de la Nature. Mais cette Clef n’est possédée seulement que par ceux qui ont une connaissance pratique et théorique des procédés naturels. Je pourrais ici mentionner diverses mutations des métaux, comme par exemple celle de Mars en Vénus, par l’acide vert du vitriol, de Mercure en Saturne, de Saturne en Jupiter, de Jupiter en Lune, lesquelles opérations, en vérité, plusieurs vulgaires chimistes (bien éloigné des sommets de l’art) savent effectuer. Je pourrai aussi ajouter ce qui est seulement connu de quelques philosophes, qu’il y a une substance secrète intermédiaire entre les métaux et les minéraux, dont les vertus célestes mélangées produisent un certain métal sans nom, qui est, à proprement parlé, non point un métal, mais un Chaos, ou Esprit, car il est entièrement volatile : et par ce tous les métaux peuvent être évolué sans l’Elixir transmutatoire, même l’or, l’argent et le mercure. L’auteur de la « Nouvelle Lumière » l’appelle Chalybs, et c’est la véritable clef et premier principe de notre Art. Pourquoi alors les Sages ont-ils caché toutes ces choses, et les ont-il énoncée paraboliquement pour les vrais fils de science ? Il y a-t-il moins de vérité à cause de cette raison ? Tout ce qui est nécessaire pour perfectionner et développer une substance imparfaite, est la douce action digestive d’un agent homogène. Cet agent est l’or, aussi hautement mûr que la digestion naturelle et artificielle puisse le produire, et un millier de fois plus parfait que le métal commun du même nom. L’or, ainsi exalté, pénètre radicalement, teint et fixe les métaux. Nous pouvons illustrer ce fait scientifique de la manière suivante. Si vous prenez six livres d’argent, et le dorez avec une seule once d’or, vous pouvez après étirer votre argent en fils de la plus grande finesse, et toujours percevoir distinctement en chaque fils le brillant de l’or. Si alors ce métal, mort, corporel et terrestre (ce qui a un corps bien sûr, n’a pas le pouvoir d’entrer en un autre corps) peut produire un si merveilleux effet, semble-t-il incroyable que l’esprit de cet or qui peut pénétrer et animer le corps d’autres métaux, ne les transforme en sa propre nature ? Si nous avions cette teinture spirituelle, n’est-il pas clair qu’elle ferait intérieurement ce que l’on voit le corps de l’or faire extérieurement ? Souvenez-vous que notre Teinture est la Quintessence de l’or, et est infiniment plus parfaite que le simple corps de l’or ne puisse être jamais ; et qu’il a par conséquent un pouvoir infiniment plus grand de diffuser sa qualité essentielle. Si l’or donc entre spirituellement en un autre métal, il l’assimilera simplement à sa propre nature. Nous décrirons plus loin la méthode de cette ingestion spirituelle. Ajoutons seulement en cet endroit, où nous discourons du bien fondé de la transmutation métallique, que la semence est la perfection de toute substance qui possède de la semence ; que ce qui n’a point de semence est imparfait. C’est alors comme les poètes le chantent : « L’or contient les semences de l’or, bien quelles soient profondément cachées ». L’or n’est pas seulement parfait, mais est aussi la chose la plus parfaite de son espèce (à savoir les métaux). Si l’or a une semence, elle doit être contenue dans l’eau, qui est la demeure des esprits, la semence étant un certain moyen spirituel de conserver toutes espèces. Si l’or doit être dissout dans le but d’extraire sa semence, la dissolution devra s’effectuer par le moyen de cette même eau métallique. Lorsque cette dissolution est faite, l’or abandonne sa forme terrestre, et prend une forme liquide. Maintenant, l’or étant à la fois le point de départ et le but de tout ce processus de génération, il est clair que toutes les opérations intermédiaires doivent avoir un caractère homogène, à savoir, elles doivent consister en  graduelles modifications de la semence de l’or. Les opérations de notre Art doivent commencer par la dissolution de l’or ; et doivent se terminer par la restauration de la qualité essentielle de l’or. Mais, comme le négatif ne peut jamais devenir positif, la forme finale de notre or doit être essentiellement différente de sa forme initiale. La forme finale est grandement plus noble que l’initiale comme le feu qui est plus subtil et spirituel que la terre. Ce que j’ai écrit est suffisant pour le sincère étudiant de notre Art ; et ce livre n’est pas destiné aux critiques hostiles et pointilleux. Par conséquent, je continuerai maintenant et ajouterai un mot ou deux sur les aptitudes de ceux qui veulent étudier cette noble science. Comme je l’ai mentionné, notre Art est tombé en disgrâce, à cause de la stupidité et malhonnêteté de beaucoup de ses professeurs. Il y a d’ignorants artisans, qui n’ayant pas d’habilité, ni suffisamment de cervelle pour un commerce honnête, s’immiscent en notre Art, et bien sûr, perdent bientôt tout ce qu’ils possèdent. D’autres, sont seulement encore plus ignorants que ceux-là ; et ont trop hâte de faire de l’or avant d’avoir seulement maîtrisé les rudiments de science naturelle ; et bien sûr ils échouent, et dépensent tous leurs biens, empruntent à leurs amis, s’abusent eux-mêmes et les autres avec l’espoir d’infinies richesses, apprennent à parler dans un jargon semi-philosophique, et offre un prétexte aux détracteurs de notre Art. Et d’autres encore qui ont véritablement un savoir véritable du secret, mais qui donnent à contrecœur aux autres la lumière qui a éclairé leur propre sentier, et qui par conséquent écrivent à son sujet dans un langage  désespérément embrouillé, que le débutant perplexe est incapable de comprendre. A ce groupe appartiennent Geber, et Lulle qui auraient rendu un bien plus grand service à l’étudiant, s’ils n’avaient pas trempé leur plume dans l’encre. La conséquence de ceci est que celui qui entreprend cette étude se retrouve soudainement perdu dans le labyrinthe embrouillé de l’erreur et du doute, sans personne pour le guider. Je vais dons essayer de lui donner quelques conseils avisés sur le meilleur moyen d’arriver au but. 

En premier lieu, il doit faire ses opérations en grand secret de façon à ce qu'aucune personne méprisante ou injurieuse en ait connaissance ; car rien ne peu plus décourager le débutant que la moquerie, les sarcasmes, et les bons conseils d’étrangers bien pensant. Plus encore, s’il ne réussi pas, le secret le protégera de la dérision et de la persécution des tyrans avides et cruels. En second lieu, celui qui veut réussir dans l’étude de cet Art, doit être persévérant, industrieux, studieux, doux, et d’un bon tempérament, étudiant attentif, n’étant pas facilement découragé ni paresseux ; il peut travailler en coopération avec un ami, mais pas plus, et doit être capable de garder ses propres avis, il est aussi nécessaire qu’il ait un petit capital pour se procurer l’équipement nécessaire ainsi que la nourriture et les vêtements pendant le temps qu’il poursuit cette étude, afin que son esprit ne soit pas distrait par le besoin et l’anxiété. Avant tout, il doit être honnête, ayant la crainte de Dieu, pieux et saint. Etant ainsi, il doit étudier la Nature, lire les livres des meilleurs Sages, qui ne sont ni imposteurs ni envieux, et les étudier nuit et jour ; qu’il ne soit pas trop passionné pour toute idée pratique avant qu’il ne l’ait consciencieusement testée, et trouvée en harmonie non seulement avec l’enseignement des Sages, mais aussi avec celui de la Nature. Et après cela qu’il embrasse la partie pratique de l’ouvrage en modifiant sans cesse ces opérations jusqu’à ce qu’il aperçoive les signes qui sont décrits par les Sages. Et qu’il ne désespère pas des mauvais chemins qu’il emprunte, car les plus grands philosophes ont appris le plus par leurs erreurs. Comme guide en ses opérations il trouvera toute la lumière dont il a besoin dans le traité suivant. 

Chapitre II. 

De l’Origine de cet Art et de ses Ecrivains ; ses Principes Métalliques Fondamentaux, et la Production Graduelle des Métaux et Minéraux.

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ermès, que l’on appelle Trimégiste, est généralement regardé comme le Père de cet Art ; mais il existe différentes opinions en ce qui concerne son identité. Certains disent qu’il fut Moïse ; mais tous s’accordent à dire qu’il fut un philosophe très clair voyant, le premier auteur sur le sujet, et était aussi d’origine Egyptienne. D’autres disent qu’Enoch inventa cet Art, et avant l’arrivée du Déluge l'écrivit dans ladite table d’émeraude, qui fut par la suite trouvée par Hermès dans la vallée d’Hébron. Beaucoup affirment qu’il était connu d’Adam, qui le révéla à Seth ; que Noé dans l’Arche posséda le secret, et que Dieu le révéla à Salomon. Mais je ne suis pas d’accord avec ceux qui affirment que notre Art a une origine mystique, et par conséquent le rende ridicule au yeux du monde méprisant. S'il est fondé sur la vérité éternelle de la Nature, pourquoi devrai-je me mettre martel en tête pour savoir si tel ou tel antédiluvien personnage eut ou n’eut pas le savoir ? Il est suffisant pour moi de savoir qu’il est maintenant certain et possible, que l’Art ait été pratiqué par des initiés durant plusieurs centaines d’années, et sous les latitudes les plus distantes ; on doit aussi noter que la plupart de ces écrits sont tous d’un style obscur, figuratif, allégorique et embrouillé, et que certains d’entre-eux ont actuellement mélangé le faut à la vérité dans le but de confondre les ignorants, et qu’ils ont existé à travers les âges, dans différentes nations et en différentes langues, et n’ont pas diversement traité d’une opération, mais montrent tous un merveilleux et frappant accord en regard des caractéristiques principales de leur enseignement — accord qui est absolument inexplicable, excepté si on suppose que notre Art est quelque chose de plus qu’un simple labyrinthe de mots confus. Notre Art est le plus clairement expliqué par Bernard le Trévisan, Riplée l’Anglais, Flamel le Français, Sendivogius l’auteur de la « Nouvelle Lumière », l’auteur anonyme de « l’Arcane d’Hermès », qui écrivit aussi Enchiridon Physicæ Restituaæ, et « L’Echelle des Philosophes », le grand « Rosaire », le Traité de Dionysius Zachaire, les travaux de Morien, les travaux de Egidus de Vadis, le poème d’Augurellus intitulé « Faire de l’Or », les travaux de Pierre Bonus de Ferrara, et « l’Abrégé du Rosaire ». Que l’étudiant se procure un ou plus de ces précieux ouvrages sur Alchimie ou d’autres similaires, et qu’il étudie les secrets de la Nature avec la lumière par laquelle ces ouvrages les éclairent. Il trouvera un savoir de science naturel, et plus particulièrement de minéralogie, indispensable à ses desseins. 

Tous les philosophes nous disent qu’il y a quatre éléments, lesquels composent toutes choses, et dont par le moyen de leurs diverses combinaisons, toutes choses sont produites. Mais la vérité est qu’il n’y a seulement trois éléments, à savoir, ceux qui de leur propre nature sont froid — l’air, l’eau, et la terre. Le manque de chaleur que nous voyons en eux est proportionnel à leur distance au soleil. Je ne considère pas le Feu comme un élément. Il n’y a point de feu, excepté le feu commun qui brûle dans l’âtre ; et sa chaleur est essentiellement destructive. La chaleur qu’il y a dans les choses est soit le produit de la lumière, ou du mouvement, ou de la vie, ou de processus d’altération. Le Feu n’est pas un élément, mais un voleur qui larcine sur les produits des quatre éléments ; c’est un violent mouvement corruptif causé par le choc de deux principes actifs. Nous voyons alors qu’il provient de deux autres substances, n’étant pas lui-même une substance — le résultat de l’active coopération d’un combustible et d’un comburant. Le froid est la nature et la caractéristique des trois éléments, et ils possèdent la chaleur seulement comme un accident. D’ailleurs il est vrai que les objets sont formés par un mélange de ces trois éléments, car des choses dissemblables ne peuvent jamais réellement s’unir, vu que l’union est un mélange complet et concrétion des plus petits atomes ou molécules de deux substances. Mais un tel mélange est possible dans le cas de deux matières dissemblables, comme par exemple, entre l’eau et la terre (ou l’eau et le vin) ; ils acceptent d’être séparé à n’importe quel moment par le fait de la disproportion de leurs particules les plus petites. Il peut être dit que pour l’intérêt de l’union, les éléments grossiers deviennent aussi subtils que les autres ; mais si cela était le cas, si pour effectuer l’union l’eau devenait aussi subtile que l’air, cela signifierai simplement que l’eau est devenue air, une assomption qui par conséquent échouerai pour prouver la possibilité d’une amalgamation de l’eau et de l’air. N’est-ce pas une supposition plus simple et plus crédible que seulement l’eau ou l’air, quoiqu’il en soit, entre dans la composition de n’importe quel objet donné ? Mais si certains persistent toujours d’affirmer cette permutation des éléments (qui après tout, ne voudrait seulement dire que toutes choses sont faites d’air), laissez-moi demander une humble question,  part l’activité de quel agent sont-il ainsi transmutés ? De plus on serai aussi en droit de demander qu’elle est l’utilité de cette permutation de l’air en eau, et de l’eau en air ? Que peut effectuer la terre convertie en eau, ou l’eau convertie en air, qui ne puisse être aussi bien accompli par l’eau et l’air d’origine ? Ce serai un processus difficile et inutile de permanente transmutation qui n’aurait pour but aucune raison utile, et il est évident que la Nature ne fait rien en vain. Si l’on devait dire que la terre raréfiée en eau est comme l’eau, bien que pas exactement de l’eau, ma réponse serai que c’est un simple jeu de mots, et si la terre raréfiée est seulement comme l’eau, mais pas réellement eau, il n’est pas possible qu’elle se combine avec elle dans ses particules les plus infimes ; donc cette hypothèse ne fait rien gagner. Nous pouvons alors conclure que toutes choses tirent leur origine d’un élément, qui ne peut être la terre ou l’air. Je pourrais prouver cela longuement si l’espace n’était limité. Il s’ensuit donc que l’eau doit être le premier principe de toutes choses, à savoir, de tous les corps concrets en ce monde ; la terre est l’élément fondamental en lequel tous les corps croissent et sont préservés ; l’air est le véhicule en lequel ils croissent et par le moyen duquel les vertus célestes leur sont communiquées. La semence de toutes choses a été mise par Dieu dans l’eau. Cette semence se montre ouvertement parfois, comme dans les végétaux, et est parfois gardée dans les bourses comme les animaux ; et est cachée dans les profondeurs de l’être essentiel comme dans les métaux. La semence est mise en action par sa forme (à savoir, une certaine influence céleste appropriée) coagule l’eau matérielle, et passe par une série de processus de fermentation (la fermentation étant le principe de toute transmutation) jusqu’à ce qu’elle est produit ce pourquoi elle est destinée. Si la semence est métallique, alors, elle génère en premier un liquide sec, qui ne mouille pas les mains, à savoir le Mercure, la mère de tous les métaux. Le Mercure peut-être décrit comme étant la véritable première matière des métaux ; car tant que l’eau élémentaire n’est pas devenue Mercure il ne peut être affirmé avec aucun degré de certitude qu’un métal ou minéral doit en provenir. L’eau est en elle-même potentiellement la semence soit d’un animal, d’un végétal ou d’un minéral ; mais le Mercure est de l’eau différenciée métalliquement, à savoir, c’est de l’eau passée à ce stade de développement, en lequel elle ne peut plus longtemps produire rien d’autre que des substances minérales. Le Mercure est donc la semence commune de l’or, l’argent, le cuivre, l’étain, le fer, le plomb, etc. ; leur différence ne peut seulement être vue que dans leur degré de digestion. Le digestif n’est pas n’importe quel soufre gras qui est mis en action du dehors ; car le Mercure contient en lui le principe actif de son développement, à savoir, la chaleur interne due aux influences célestes, provoquant sa vitalité, et dépendant de la disposition de la matrice. Ces influences célestes agissent de part le monde ; mais leur exact mode d’action est déterminé par la nature potentielle des semences ; si la vie interne est métallique, le cours de son développement par l’action des agents extérieurs sera aussi métallique. De plus le Mercure se développe seulement où les influence externes (céleste et terrestre) peuvent le mettre en action. En toute autre endroit il apparaîtra une substance froide, morte, et sans vie. Mais au centre de son origine il est vivifié par l’action des influences célestes, transporté par l’intermédiaire de l’air, d’où résulte de la chaleur, à laquelle la vie est nécessairement associée. Alors la matrice dans laquelle le Mercure est placé, lui est alors plus ou moins adaptée, voire pas du tout ; et en raison de ces différents degrés d’adaptation, la substance demeure soit inerte, soit plus ou moins parfaitement développée ; l’imperfection du développement donne les métaux imparfaits, tandis que le développement parfait donne de l’or ou de l’argent ; mais tous les métaux différenciés par le degré de leur digestion ou maturité, ont la même première matière, à savoir le Mercure. Les sédiments et impuretés que l’on trouve en abondance dans les métaux communs, ne font pas parti du Mercure originel mais sont ajoutés par la suite par quelques souillures durant le processus de la coagulation, ou à cause d’impuretés contenues dans la matrice où s’effectue la génération (fermentation) métallique. Mais je vais maintenant poursuivre du sujet spécial de ce Traité, à savoir, la restauration ou la multiplication de l’or et de l’argent. 

Chapitre III. 

De la génération de l’Or et de l’Argent à partir de la Substance Mercurielle, et de la Possibilité d’amener les Métaux Imparfaits à la Perfection. 

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e la source ci-dessus décrite (le Mercure) nous suivons la naissance de l’or, et de sa sœur l’argent ; il représente cette substance amenée à la perfection par le moyen de la digestion. La perfection est de deux sortes, rudimentaire ou complète, partielle ou entière. La complète perfection (la digestion complète de tout ce qui est crud et l’élimination de toutes les impuretés) est le but ultime de la Nature ; et elle l’a atteint en notre or, qui par sont éclat éclaire toute la terre. Elle peut être appelée perfection rudimentaire, pas dans l’absolu mais relativement, lorsqu’elle est comparée avec les principaux corps imparfaits. Ces corps sont formellement ou essentiellement imparfaits dans la composition et l’impur prédomine sur le pur, de sorte qu’ils ne pourraient jamais d’eux-mêmes ( par développement naturel) atteindre la perfection ; c’est le cas de tous les métaux excepté l’or et l’argent. Mais lorsque le pur est libéré de la tyrannie corruptive de l’impur, et prend le dessus, nous avons une perfection rudimentaire, bien que le développement du corps puisse toujours être incomplet. Ces parties cruds et impuretés originellement n’appartiennent pas à la substance métallique, et on est capable de les en séparer; si elles sont parfaitement purgées avant la coagulation, on obtient un métal parfait. Mais même si elles sont coagulées ensembles avec le Mercure, il est toujours possible de les séparer de lui, et donc de parfaire le Mercure. C’est sur cette possibilité que notre Art est fondé ; et le travail consiste à effectuer cette séparation. Les métaux communs contiennent le même mercure que l’or ; si nous pouvons libérer ce Mercure de ses impuretés qui empêchent son développement, il doit devenir parfait, à savoir, devenir de l’or. Si nous pouvions trouver quelque agent de séparation qui pourrait effectuer cette tâche pour les métaux impurs, il serait aussi un agent de digestion, à savoir il vivifierai la digestion intérieure du Mercure qui est depuis longtemps au tombeau. Un tel agent de séparation est notre divin Arcane, qui est l’esprit céleste de l’eau possédant un ardent pouvoir de pénétration. Comparé avec l’or commun, c’est ce qu’est l’âme en comparaison avec le corps ; et ayant atteint le plus haut degré de fixité corporelle, il absorbe le Mercure des métaux communs en sa propre nature, et les protège du feu tandis que les impuretés sont brûlées. Le Mercure des métaux communs (sauf le Mercure de l’or), si ils sont exposés au feu sans une telle protection, ne seraient pas capable d’en affronter l’épreuve, mais (n’ayant pas de cohésion avec son corps impur et ne possédant aucune fixité en lui-même) s’évaporerait simplement, et laisserait les impuretés devant être brûlées. Mais notre Arcane, étant une substance à la fois spirituelle et homogène, est capable d’entrer en une parfaite union atomique avec les métaux imparfaits, de les absorber en sa propre nature les faisant comme lui, et communique à ce Mercure sa propre fixité, et le protège du feu, alors quand le feu à brûlé toutes les impuretés, ce qui reste est bien sûr l’or ou l’argent pur, en fonction de la qualité de la Médecine — qui à partir de là (comme tout autre or ou argent) est capable de résister à l’épreuve. Donc vous voyez que, comme il est souvent dit, nous ne professons pas de créer de l’or et de l’argent, mais seulement de trouver un agent qui —  en accord avec son homogénéité et spiritualité — est capable d’entrer en union intime (atomique) et maturante avec le Mercure des métaux communs. Et nous prétendons que notre Elixir est capable, par l’intense degré de sa fixité et de sa couleur, de communiquer ces qualités à n’importe quelle substance homogène qui ne les possèdent pas. 

Chapitre IV. 

De la Semence de l’Or ; et si les autres Métaux ont une semence. 

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a semence est le moyen générique de propagation donné à toutes les choses imparfaites ci-après ; c’est la perfection de chaque corps ; et quiconque n’a pas de semence doit être considéré comme imparfait. Si les métaux ont une semence, ils ne la perdent pas dans la coagulation, qui est l’effet de la perfection (ou plutôt des conditions parfaites). Maintenant dans toute chose contenant une semence la maturité signifie le parfait développement des semences, et c’est la raison pour laquelle cette semence métallique n’est par conséquent certainement pas détruite par la coagulation (le processus de maturation). Si l’on demande si tous les métaux ont une semence, ma réponse est, que la semence de tous les métaux est la même ; mais en certains elle est trouvée près de la surface et en d’autres éloignée. Toute semence métallique est la semence de l’or ; car en regard des autres métaux, l’or est le but de la Nature. Si les métaux communs ne sont pas or, c’est seulement à cause d’empêchements accidentels ; potentiellement ils sont tous or. Mais bien sûr, cette semence de l’or peut être plus aisément obtenue de l’or mûr lui-même. Donc, ce serai un travail inutile que d’essayer de l’obtenir de l’étain ou du plomb par quelques procédés laborieux, alors qu’on peut facilement l’obtenir de l’or même. Souvenez-vous que je parle maintenant de la semence métallique, et non point du mercure. Le plomb doit être multiplier, non point dans le plomb, mais seulement dans l’or ; car sa semence ne peu devenir fertile que lorsqu’elle atteint la maturité de l’or. On peut admettre que l’argent à sa propre semence, puisqu’il y a une Teinture multiplicative blanche (et aussi une rouge). Mais la Teinture Blanche est réellement contenue dans la Rouge ; et la semence de l’argent n’est rien d’autre qu’une modification de celle de l’or. La blancheur de l’argent est le premier degré de perfection, le jaune de l’or en est le second est le degré et le plus élevé. Car la mère de notre Pierre (l’argent des Sages) est blanche, et communique sa blancheur à notre or, d’où la source jaillissante des deux parents est premièrement blanche, comme sa mère, puis rouge grâce au sang royal de son père. 

Chapitre V. 

De la vertu de la semence de l’or, et où on peut le plus facilement la trouver. 

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ans le but d’obtenir ce moyen pour la perfection des métaux imparfaits, nous devons nous souvenir que notre Arcane est l’or exalté à son plus haut degré de perfection qui puisse être obtenu par l’action de la Nature et de l’Art. Dans l’or, la Nature a atteint le terme de ses efforts ; mais la semence de l’or est toujours quelque chose de plus que parfait, et pour la cultiver nous devons par conséquence demander l’aide de l’Art. La semence des métaux est encore plus complètement cachée à la vue que celle des animaux ; néanmoins son extraction est du domaine de notre Art. La semence des animaux et des végétaux est une chose différente, et peut être coupée et être séparément montrée ; mais la semence des métaux qui est diffuse dans tout le métal, et est contenue dans ses parties les plus infimes, ne peut être discernée de son corps : son extraction est par conséquent une tâche qui peut être un fardeau pour le plus expérimenté des philosophes ; les vertus de tout le métal doivent être renforcées, pour les convertir en sperme ou semence, qui par circulation, reçoit la vertu des supérieurs et des inférieurs, puis devient ensuite une forme sainte ou vertu céleste, qui peut la communiquer à ceux qui sont en rapport avec elle  par homogénéité de matière. En ce qui concerne la Pierre, tout l’or est sa substance. L’endroit où la semence réside est — approximativement parlant — l’eau ; et pour parler proprement et exactement, la semence est la plus petite partie du métal, et est invisible ; mais cette présence invisible est diffusée dans toute l’eau de son espèce, et y déploie sa vertu, rien d’autre que l’eau n’étant visible, nous devons donc conclure d’un point de vue rationnel que cet agent intérieur (qui est à proprement parlé la semence) est réellement là. D’où nous appelons toute l’eau semence, de la même manière que nous appelons le grain semence, bien que le germe de vie soit seulement une infime particule du grain. Mais la vie séminale n’est pas distincte de la substance restante des métaux ; au contraire, elle est inséparablement mêlée aux parties les plus infimes du corps. En règle générale cependant, nous décrivons la totalité de notre eau dorée comme étant la semence de l’or, car cette vertu séminale y prévaux de la plus subtile manière. Les Sages ont appelé cette vertu séminale le ferment caché, le poison, ou le feu invisible ; de plus ils ont dit que c’était un feu, ou que ce feu résidait dans l’eau ; ils différenciaient l’âme et l’esprit, le premier étant le véhicule et le second la vertu active. Si l'on se demande pourquoi nous décrivons l’eau comme le siège de la semence, ou esprit séminal, qu’on se rappelle qu’au commencement l’Esprit de Dieu planait sur la surface des eaux, à savoir, les pénétrait avec Son pouvoir céleste vivifiant. Ainsi depuis le premier jour de la Création, l’eau a été la source et l’élément de toutes choses. Car l’eau seule contient les semences de toutes choses ; chez les végétaux elles sont portées par l’air crud ; chez les animaux préservées dans les bourses ; tandis que chez les minéraux elles sont diffusées dans toute la substance ; néanmoins, la semence ne peu jamais quitter sa demeure originelle (à savoir l’eau). Les choses sont préservées par la provenance de leur origine ; car la cause de leur origine étant enlevée, les choses qui en sont l’effet cessent d’exister ; d’où la multiplication et nutrition de toutes choses est dans l’eau et par l’eau. Les végétaux sont générés et nourris par le Teffas aqueux de la terre ; les animaux par le chyle liquide ; les métaux par le liquide mercuriel. Les animaux préservent leur semence dans leurs bourses, et au moment voulu la projettent dans la matrice appropriée, où elle se moule premièrement en un fœtus tendre et compact, et ce fœtus étant nourri par le liquide femelle menstruel, croît ainsi jusqu’à sa naissance. Puis il est nourri de lait jusqu’à ce qu’il puisse supporter des nourritures plus consistantes ; mais cette nourriture solide ne devient pas un réel nutriment avant que l’estomac ne l’ait converti en un chyle liquide (comme par exemple les os dans l’estomac d’un chien). De la même manière les métaux gardent leur parfaite semence où elle ne peut être vue ; mais même là elle est préservée en l’eau. Alors l’Artiste l’extrait, et la met dans sa propre matrice appropriée, où elle est entretenue et où elle grandit, jusqu’à (par le moyen de la corruption) quelle atteigne sa glorification. C’est l’opération la plus difficile, parce que les Métaux, en qui la semence est cachée, sont si fermement et étroitement compactes, qu’ils ne céderont pas à la violence, mais seulement à un doux et délicat processus chimique. Alors je vous dis, qu’il y a une matrice en laquelle l’or (s'il y est introduit) émettra, de lui-même sa semence, jusqu’à ce qu’il en soit affaibli et meure, et par sa mort soit régénéré en le plus glorieux Roi, qui recevra alors le pourvoir de délivrer tous ses frères de la crainte de la mort.

Chapitre VI. 

De la Manière et des Moyens d’extraire cette Semence. 

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ue les choses les plus belles soient les choses les plus difficile à produire est expérimenté par tous les hommes, et on ne doit pas s’étonner, par conséquent, que les plus glorieuses des opérations sublunaires ne sont atteintes que par une grande quantité de difficultés. Si un étudiant de cet Art est effrayé par un dur labeur, qu’il s’arrête au seuil. Quand en vérité, le Père des Lumières a confié la Clef de l’Art à un homme, ce qui reste à faire est simplement un jeu d’enfant ; ses yeux sont ravis à la vue des signes les plus glorieux, jusqu’à ce que le temps de la moisson arrive. Sans cela erreur et vexation en seront le résultat. Par conséquent l’homme sage, avant que de commencer l’ouvrage, sera bien avisé d’en connaître les signes. Que les fils du savoir apprennent que l’objectif principal de notre Art est la manifestation de la semence cachée de l’or, qui ne peut être effectuée que par une complète et parfaite volatilisation de ce qui est fixe, et la subséquente corruption de sa forme particulière. Car ouvrir l’or de cette manière est le plus grand secret du monde. Ce n’est pas fait par une dépravation corrosive du métal, ni par l’usuelle méthode de dissolution, mais pas notre solution philosophique du métal dans l’eau mercurielle, par le moyen d’une calcination préalable du mercure (faite au moyen de l’agent), qui est produit par la subtile rotation et conversion des éléments ; cette calcination de plus est la mortification de notre liquide homogène avec l’élément sec lui appartenant ; après quoi le sec est tellement ressuscité par le moyen de ce même liquide, que la parfaite vertu mûre, extraite de la substance par le solvant, est la cause de cette calcination et solution. Ici donc, il n’y point d’utilité pour l’action d’un corrosif. L’or, qui est la substance la plus résistante et la plus fixe au feu, est volatilisé et aucun simple corrosif ne pourra accomplir un tel parfait changement de sa nature. Le puissant agent requis pour cet usage doit être homogène, bien disposé, et spirituel, à savoir, il doit être de l’espèce du corps (de l’or), et aussi suffisamment fort pour le dominer ; et pénètre jusqu’au cœur, en laissant chaque particule d’or véritablement or. L’or n’abandonne pas aisément sa nature, et se battra pour sa vie, mais notre agent est suffisamment fort pour le soumettre et le tuer, et ensuite, il a aussi le pouvoir de le ressusciter à la vie, et de changer ses restes inertes en un corps pur.

Chapitre VII. 

Du Premier Agent ou Matrice, en laquelle notre Semence doit être émise et où elle doit être mûrie. 

I

l reste à trouver un Agent, au moyen duquel l’opération susdite puisse être effectuée. Pour cela il nous faut une eau homogène. Car nous avons vu que la semence de l’or est scellée, et ne peut demeurer effective qu’en l’eau, et cette eau doit être homogène avec le corps, ou autrement elle ne pourrait pas pénétrer toutes les épaisses enveloppes qui protègent la semence. D’une manière générale, c’est-à-dire, chaque agent qui exerce une action générative sur quelque chose, la transmue (autant que possible) en sa propre nature. L’agent donc, doit être de la même espèce que le corps qui doit être dissout, et plus encore, pur de tous sédiments ou mélange. De même, alors que l’or est fixe et corporel, l’agent doit être hautement volatil et spirituel ; l’or est épais et grossier, notre Agent est subtil, l’or est mort, notre Agent est vivant : en sorte que notre Agent doit avoir toutes les qualités que l’or n’a pas, et qu’il doit partager avec l’or. Donc nous concluons que seul le Mercure est la véritable Clef de notre Art ; car en vérité c’est l’eau sèche décrite par les Sages, qui bien qu'elle soit liquide ne mouille pas les mains, ni rien qui n’appartienne pas à l’unité de la substance. Le Mercure est le gardien, notre baume, notre miel, huile urine, rosée de mai, mère, œuf, fourneau secret, four, vrai feu, venin de Dragon, Thériac, vin ardent, Lion Vert, Oiseau d’Hermès, Poulet d’Hermogènes, épée à deux tranchants dans la main du (Chérubin qui garde l’Arbre de Vie), etc. etc. c’est notre véritable vaisseau secret, et le Jardin des Sages, dans lequel notre Soleil se lève et se couche. C’est notre Minéral Royal, notre triomphante Saturnie végétale, et la baguette magique d’Hermès, au moyen de laquelle il façonne les formes selon son désir. C’est en parlant de cette eau que les Sages disent : «  Que les Alchimistes se vantent autant qu’ils veulent, mais sans cette eau la transmutation des métaux est impossible. Dans la Nature, elle n’est pas comme celle que nous utilisons en notre Art ; c’est la chose la plus commune, et en même temps le trésor le plus précieux au monde… Par conséquent, Fils du Savoir, faites très attention à mes paroles : Prenez ce qui  est en soi le plus impur, la femme prostituée, purgez-la radicalement de toutes ses souillures, et en extrayez ce qui est le plus pur, nommément notre menstrue (solvant), le Diadème Royal. » Notez que je vous ai dit en peu de mots tout ce qui ennoblie le Sage, le sauve de l’erreur, et le conduit vers les plus merveilleux champs de délices… L’arcane que nous recherchons n’est rien de plus que l’or exalté à son plus haut degré de perfection, par l’opération de la Nature assistée par notre Art. Lorsque le sperme caché dans le corps de l’or est révélé par le moyen de notre Art, il apparaît sous la forme du Mercure, puis est exalté en quintessence qui est premièrement blanche, et par le moyen d’une continuelle coction devient rouge. Tout ceci est l’œuvre de notre Agent Homogène, notre Mercure Pontique, qui est pur cristallin sans transparence, liquide sans humidité, et en sorte une véritable eau Divine, que l’on ne trouve pas sur la terre, mais qui est préparée par les mains du Sage avec la coopération de la Nature, que nous savons, avons vu, avons fait, et possédons encore, et que nous voulons aussi faire savoir au vrais étudiants de notre Art, tandis que nous souhaitons le cacher au indignes. 

Chapitre VIII. 

Concernant la Généalogie du Mercure des Sages, son Origine, Naissance, et des Signes qui le précèdent et l’accompagnent. 

Q

uelques sophistes arrogants et vantards, qui ont lu dans les livres que notre Mercure n’est pas le Mercure commun, et qui savent que nous l’appelons par différent noms, ne rougissent pas d’aller plus avant comme prétendants à la connaissance de cet Art, et prennent sur eux-mêmes de décrire ce solvant comme diaphane et limpide, ou comme une gomme métallique qui est permiscible avec les métaux, bien qu’en réalité il ne connaissent rien à son sujet. On pourrait dire de même de ceux qui voudront extraire notre Mercure des herbes ou d’autres substances encore plus fantastiques. Cette gente ne sait pas pourquoi les Sages n’utilise pas le Mercure tel qu’il est vendu par les apothicaires comme substance. Ils sont au courant du fait, mais ne sont pas familier avec ses causes ; et la conséquence est l’idée qu’ils ont que tout ce qui change la nature du Mercure commun, le convertira en celui des Sages. Mais en regard de ces folles personnes, j’ai déjà donné notre opinion…Tous les métaux comme je l’ai démontré dans le deuxième chapitre, on le même principe substantiel, à savoir, le Mercure. De cette proposition, il s’ensuit que la substance du Mercure commun est homogène avec celle des autres métaux, et si le Mercure des sages est l’homogène eau métallique, elle ne peut différer du Mercure commun seulement en rapport de sa pureté et de sa chaleur. La première substance du Mercure commun est celle de tous les autres métaux, à savoir, notre Mercure. Aussi longtemps qu’il demeure dans les filons de la terre, en une place parfaitement adaptée à sa génération, et est à l’abris de l’air crud, il maintient son mouvement et sa chaleur intérieur, qui sont la cause de tout développement métallique. Mais s’il est gâté par un accident, ou si l’endroit n’est plus adapté à lui, le mouvement intérieur est arrêté, et la vie germinale gelée comme d’un œuf qu’une poule a délaissé après l’avoir couvé un certain temps. C’est la raison pour laquelle ceux qui ont essayé de digérer le Mercure commun par le moyen d’une chaleur artificielle ont échoué grotesquement tout comme ceux qui ont essayé d’incuber artificiellement un œuf pourri. Nous avons une masse métallique crud, non digérée, froide, et non mûre, qui désire la forme de notre Mercure, contre laquelle elle doit échanger la sienne, si elle doit devenir ce que nous cherchons. En gardant cette fin à l’esprit, ses déficiences sont doubles ; sa nature est empêchée par des superfluités de matières étrangères, et elle ne possède pas la vertu spirituelle requise. Ses superfluités consistent en une lèpre terrestre, et une hydropisie aqueuse. La vraie chaleur sulfureuse au moyen de laquelle elle pourrait purger ses superfluités, lui fait défaut. L’Eau en vérité est la matrice, mais aucune matrice ne peut recevoir un germe vital sans chaleur. Alimentez donc votre Mercure (commun) avec le feu intérieur dont il a besoin, et il se débarrassera bientôt de tous ses sédiments superflus. Si vous pouvez effectuer cela vous avez accompli le grand exploit des Sages. Jupiter recouvrira son empire ; les noirs nuages de Saturne sont dispersés, et la fontaine scintillante jaillit claire et pure. Cette substance dissoudra l’or au moyen de la véritable solution philosophique, qui est complètement différente de ce que le fou peut faire utilisant des eaux corrosives qui détruisent seulement la nature métallique. Ce Mercure (avec) l’or et l’argent produit naturellement l’Arcane, ou or potable, comme tous les adeptes savent et témoignent. 

Je conclurai ici ce Traité, car tout ce qui reste à dire sera traité dans un Traité spécial.

 

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L'Alchimie des énergies

Publié le 4 Janvier 2013 par Robert MINGAM dans Planches

 

Vénérable Maître en Chaire, Vénérables maîtres qui décorez l’Orient, et vous tous mes Sœurs et mes Frères en vos Degrés et Qualités.

La planche que je vous présente ce soir s’intitule « L’ALCHIMIE DES ENERGIES ». Peut être aurai-je du y ajouter en sous titre, « en Loge d’Apprenti », puisqu’ il n’y sera question que de symboles pouvant être développés au Premier degré.

Parler de l’Alchimie des Energies, c’est avant tout en définir les effets pour en rechercher les causes, car celle-ci n’est pas qu’une science consistant à transformer de « vils » métaux en or. Elle est aussi un Art, celui de la transformation spirituelle, voir de la transmutation, d’un état vers un autre état. L’initiation maçonnique serait alors, elle aussi, une œuvre alchimique, puisqu’elle permet au Néophyte de pleinement se réaliser, en s’identifiant à l’œuvre qu’il accomplit. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église » disait Jésus à son disciple Simon. Moins dogmatique, la franc-maçonnerie propose au nouvel Initié, de s’identifier à la Pierre Brute, symbole à partir duquel il travaillera au progrès de l’humanité.

L’Alchimie est partout présente en maçonnerie : A commencer dans le Cabinet de Réflexion où le profane découvre sans toujours en connaître le sens, les trois principes hermétiques que sont le sel, le souffre et le mercure. Mais l’Alchimie des énergies quant à elle, va encore bien plus loin car bien qu’impalpable, celle-ci transforme en profondeur toutes les choses et tous les êtres qu’ils soient minéraux, végétaux où animaux.

Cette énergie à laquelle nous nous référons en Loge et dont nous parlons si peu, est à la source même de notre spiritualité de Francs-maçons. Certes nous faisons l’apologie spéculative de la lumière sous toutes ses formes, qu’elle soit visible ou spirituelle, mais elle se limite trop souvent à quelques phrases tirées de nos rituels. Seul un petit nombre de symboles attestent de sa présence comme le soleil, la Lune ou le Delta Lumineux.  

Quelques autres encore éclairent faiblement l’Autel des Serments, le plateau des trois principaux officiants, et les colonnettes qui ceinturent sur trois côtés le Tapis de Loge. Mais ce ne sont pas seulement ces lumières plus suggérées qu’efficientes qui régénèrent nos énergies positives. C’est un agglomérat savamment orchestré d’énergies multiples créé par des mots, des gestes des déplacements et de nombreux autres symboles qui contribuent à produire des émotions susceptibles de réaliser un égrégore métaphysique.

Si les deux sources énergétiques symbolisées par les astres solaire et lunaire éclairent la Loge de leurs bienfaits, c’est surtout celle résultant du frottement entre le cœur magmatique et la croute densifiée de notre planète conjuguée aux deux premières qui engendre la vie. C’est l’opposition, voir la complémentarité des énergies cosmique (2) et tellurique (3) qui créé le mouvement vibratoire nécessaire à toute activité, voir à toute émotion. Manifestation du divin pour les uns, ou phénomène scientifiquement inexpliqué pour les autres, ces énergies sont nécessaires à toute forme de vie. On sait, par exemple, qu’avant de mourir, un homme pourrait rester deux mois sans se nourrir, dix à quinze jours sans boire et quelques minutes sans respirer, mais qu’à la seconde même où il perd son énergie, celui-ci perd la vie. C’est cette énergie qui, dans notre corps physique, a la même fonction, la même activité que dans la nature ou dans l’univers.

Le Soleil, premier symbole manifesté de cette énergie qui bombarde notre planète et qui, après transformation dans les couches stratosphériques, crée des conditions de vie, nous rappelle que la lumière que nous percevons pourrait s’affirmer comme l’ineffable présence d’un principe que d’ancienne civilisation avait qualifié de noms divers, que les religions nomment Dieu et que les Maçons du rite Ecossais Ancien Accepté ont, depuis le Manifeste du Convent de Lausanne de 1875, la sagesse d’invoquer sous l’appellation de Grand Architecte de l’Univers.

Aucune initiation véritable n’a jamais réellement adoré l’astre solaire, mais la partie exotérique de presque toutes les religions fait référence à sa lumière à cause de ses pouvoirs créateurs et bénéfiques.

Même si nous pouvons expliquer et reproduire artificiellement les principes naturels de la propagation des ondes magnétiques, il nous est impossible de déterminer l’essence même de cette énergie qui nous baigne et nous anime.

Sans énergie, la lumière qui éclaire les formes, les reliefs, les couleurs et les distances n’existeraient pas. Aussi, parce que l’énergie engendre la lumière, la chaleur et la vie, celle-ci est initiatrice des sciences, des religions et des arts. Elle est un outil de création.

Nos cinq sens en sont la conséquence puisque la fonction créant l’organe, sa lumière a créé nos yeux et sa chaleur a travaillé notre corps pour créer les organes de la sensation. C’est peut être pourquoi dans certains rituels d’origine compagnonnique les différents voyages en font état.

Cette énergie que l’on pourrait qualifier de verticale, engendre des phénomènes magnétiques dès qu’elle rencontre de la matière. On parle alors d’Ondes de forme qui peuvent avoir une incidence positive ou négative sur l’environnement, qu’il soit minéral, végétal, animal. Les civilisations qui nous ont précédées attestent d’une connaissance intuitive très précise de ces phénomènes radiesthésiques (1), notamment dans l’implantation de leurs sites mégalithiques et de leur architecture sacrée. Ce n’est certainement pas par pure coïncidence que la plupart des sites réputés pour être de hauts lieux de spiritualité, se retrouvent à l’emplacement même des lieux de culte païen d’autrefois, eux mêmes implantés sur des anomalies géologiques mesurables à la surface du sol.

Aussi, que l’on observe les pierres levées de Carnac, les Grandes Pyramides égyptiennes, ou les Cathédrales Gothiques du Moyen-âge, toutes témoignent d’un savoir transcendant.

En observant le ciel, et en analysant l’influence du rayonnement solaire sur leur cadre de vie, nos aînés ont pu élaborer des hypothèses et des techniques afin de l’utiliser et d’en manipuler les effets. Les puissants s’en sont bien sûr emparés pour en faire un outil de pouvoir spirituel et d’asservissement temporel en l’amalgamant aux superstitions profanes. Cependant, c’est aussi par le ressenti des phénomènes magnétiques que différentes sciences ou pseudo-sciences ont vu le jour. Car leurs applications sur la nature et sur l’humain sont multiples, diverses et variées.  

Que ce soit intuitivement ou scientifiquement, l’homme a toujours su s’identifier à la nature et à ses lois. Peut être qu’autrefois, ne disposait-il que d’outils archaïques et rudimentaires, mais ce sont ces outils, tels que la baguette de coudrier ou le pendule du sourcier qui depuis des millénaires, et par convention mentale, permettaient de chercher de l’eau, là où elle ne semblait pas se trouver.

Aujourd’hui, la géobiologie, cette science réputée nouvelle mais vieille de plusieurs millénaires, nous permet, grâce aux moyens techniques de notre époque, d’émettre des théories plutôt que des hypothèses sur la nécessité d’harmoniser toutes choses avec la nature. A présent, ce n’est plus par convention mentale mais par une approche scientifique que les archéologues mesurent l’intensité vibratoire des lieux qu’ils observent. L’homme antenne d’autrefois, a laissé la place aux antennes électroniques. Le pendule et autres matériaux obsolètes ne pouvant garantir l’absence de toutes interprétations sensorielles, ce sont des appareils ultra sensibles bardés de capteurs et reliés avec des ordinateurs, qui sont utilisés par nos scientifiques (compteur Geiger etc…) et nous permettent désormais de mesurer ces vibrations qui créent ou qui affectent notre vie, et d’en tirer des enseignements tant médicaux que thérapeutiques.

Depuis le 19e siècle de nombreux savants se sont intéressés aux phénomènes magnétiques. Les travaux du médecin allemand Ernst HARTMANN de l’Université de Heidelberg, qui nous ont permis de constater que depuis la nuit des temps, les bâtisseurs connaissaient et utilisaient intuitivement la structure de rayonnement radioactif terrestre pour implanter leurs édifices sacrés. Hendrik Antoon LORENTZ Prix Nobel de physique en 1902), a permis quant à lui, de démontrer que tout vibre dans l’Univers, la matière dite « inerte » comme la matière vivante, et que tout ce qui vibre émet des ondes longitudinales « linéaires » et, ou, tourbillonnantes. Le professeur Georges LAKHOVSKY a lui aussi mis en évidence, les relations essentielles existantes entre les radiations cosmiques et les phénomènes vitaux. Celui-ci devait aboutir à la conception que la vie est engendrée par les radiations, entretenue par elles et détruite par déséquilibre oscillatoire. D’autres encore, comme CHAUMERY et BELIZAL qui étudièrent la physique micro-vibratoire, ont fait progresser la science, notamment en ce qui concerne ses applications dans le domaine des phénomènes nucléaires.

Tout vibre dans l’Univers, et tout est en concordance. Notre bien aimé et défunt Frère Pierre DAC résumait cela en disant « Tout est dans tout… et réciproquement ». Les mots que nous prononçons, les idées que nous développons, les opinions que nous formulons, les émotions mêmes que nous ressentons, tout est perceptible sur un plan énergétique.

Désormais, la science peut même reproduire ce qu’elle ne peut expliquer en matière de phénomènes extra sensoriaux : La propagation des ondes cérébrales par télépathie par exemple. On sait que le cerveau humain, animé par une énergie vitale, peut agir comme transmetteur vers un cerveau récepteur réglé sur sa fréquence. Les scientifiques se sont emparés du concept pour inventer la radio, le téléphone, le G.P.S. même, et toutes sortes d’ondes polluantes annihilant celles bien moins puissantes que nous possédons en nous.

« Le poids des mots » disait la publicité de Paris Match. Ces mots que nous prononçons détiennent une quantité phénoménale de pouvoirs. Ce ne sont pas qu’un assemblage de lettres, ce sont des vibrations qui tendent à créer des émotions toxiques ou bienfaisantes. On sait par exemple que l’hébreu et le sanskrit sont appelées « langues vibratoires », et que lorsque les indiens prononcent des mantras, leurs vibrations sont censées s’élever dans l’univers avant de redescendre sous forme de manifestations physiques. En ce sens, chaque être humain peut être un magicien. Par une simple réflexion il peut changer le cours d’une vie. Si par exemple, nous disons à un ami que la couleur de son visage est celle de personnes ayant le cancer, cette simple remarque, s’il la prend au sérieux, pourrait engendrer ce mal en lui, et le tuer en moins d’une année. La parole est féconde et sa puissance peut être redoutable, surtout lorsqu’elle est manipulatrice.

En Loge, la parole est un outil de perfectionnement. Les travaux que nous y présentons sont réputés élever notre esprit, mais aussi notre niveau vibratoire. C’est pourquoi le choix des mots contenus dans nos rituels est si important, et qu’il peut être dommageable d’en modifier le sens caché, car l’esprit du rite pourrait en être affecté.

Les phrases prononcées au cours de nos tenues, associées aux symboles représentés dans la Loge, qui par leur fonction, leur nature et leur couleur émettent des ondes de forme susceptibles d’entrer en résonnance avec chacun de nous, sont censées contribuer à l’universalité de ce puissant égrégore qui unit tous les francs-maçons possédant (ou non) le pouvoir de s’y accorder.

Chaque symbole présent dans notre Loge peut avoir une triple interprétation. Sur un plan exotérique, ce peut être un objet usuel, un vêtement, un outil ou un mobilier. Sur un plan ésotérique, l’objet peut être comparé à son utilisateur. On parle alors de symbolisme. Sur le plan énergétique, on l’identifie à une lumière, à des ondes sonores ou à des ondes de formes réfractées. Chacun peut y voir ce qu’il veut y trouver. C’est pourquoi nous ne pouvons qu’avoir des avis différents sur le vécu des symboles que nous utilisons.

Cependant, qu’il en soit conscient ou non, lorsqu’il fait ses invocations à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers et au Progrès de l’Humanité, le Vénérable Maître appelle sur lui l’énergie d’en haut en élevant son épée Flamboyante, représentation jupitérienne de la manifestation divine. Face à lui, à la porte du temple, le Couvreur dirige alors son épée vers le sol, faisant ainsi circuler l’énergie du Zenith au Nadir de la Loge.  

Autre symbole fort de nos cérémonies, lorsque le Maître des Cérémonies et le Grand Expert forment la Voûte sacrée au pied de l’Orient. Cette figure géométrique n’est pas sans rappeler le cône de lumière issu de la direction du soleil venant éclairer la Terre, et plus symboliquement, les trois symboles de la Franc-maçonnerie placés sur l’Autel des Serments. C’est pourquoi dans certains rites dits spiritualistes, le pommeau de la canne du Maître des Cérémonies qui symbolise le soleil source de toutes vies, est au sommet du triangle ainsi formé, et que les deux pointes dirigées vers le sol, symbolisent sa manifestation sur les Colonnes du Nord et du septentrion (6). Symboliquement, son énergie réfractée verticalement à midi plein sur les trois grandes lumières que sont l’Equerre, le compas et la Règle est censée se réfléchir dans toutes les directions proposées par l’onde de forme des outils, c'est-à-dire vers les 8 plateaux des officiants de la Loge.

Cette action invocatoire du rituel n’est pas sans rappeler le schéma Pyramidal égyptien dont la forme protège en son centre la chambre de Haute Initiation que les profanes appellent la Chambre du Roi (5).

Bien entendu, les sceptiques ne sont pas obligés d’adhérer à ce que je suggère, car je ne détiens aucune vérité sinon la mienne, mais les mesures enregistrées par nos scientifiques concernant les intensités vibratoires à l’intérieur de la forme pyramidale, attestent notamment de son pouvoir momificateur..

Ces énergies qui circulent en nous et autour de nous sont aujourd’hui quantifiables. Pour en faciliter l’utilisation, notamment en géobiologie, nos savants utilisent des unités sans attributs, considérés comme des unités d’effet sur une échelle de 0 à 20 000 unités, basées sur les longueurs d’onde connues en physique (1 Aengströem = 10 millionièmes de millimètre) et de fréquence en Giga Hertz (1 Giga Hertz = 1 milliard de vibrations par seconde).

Ainsi, la vitalité d’un individu en bonne santé se situerait-elle aux environs de 6500 unités, mais ce ne serait qu’avec 7000 à 8000 unités qu’il possèderait sa pleine énergie vitale. En dessous de 6500 unités, le lieu serait affaibli et pourrait être nocif à toute matière vivante. C’est pourquoi, un individu soumis à une intensité inférieure à la sienne, tend toujours à équilibrer ses forces telle une pile neuve mise en série avec une pile usagée. Celui-ci perd alors de sa puissance au profit du plus faible. Lorsque sa vitalité tombe à 3000 unités, un homme est déjà très affaibli. Il peut alors développer toutes sortes de maladies. Mais à 1000 unités il a déjà un pied dans la tombe. Inversement, un individu soumis à l’influence d’une intensité vibratoire supérieure à la sienne, se chargerait en énergie vitale et améliorerait durablement son état de santé.

Il a été démontré scientifiquement que certaines maladies répertoriées en fonction de la vibration qui les caractérisent, correspondraient à une diminution plus ou moins forte de cette intensité. A titre d’exemple, la longueur d’onde mesurée sur des cancéreux, a toujours été située entre les valeurs limites de 4500 à 4900 unités. C’est pourquoi certains patients ont recours à des magnétiseurs afin de contribuer à leur régénération cellulaire (dans la mesure bien sûr, où l’état pathologique est encore réversible), plutôt que de se faire traiter par chimiothérapie qui, en détruisant les cellules atteintes, pourrait affaiblir d’autant leur vitalité énergétique.

D’autre part, on sait pour l’avoir expérimenté, qu’un individu moyennement intelligent, soumis à l’action d’un rituel dont la vocation est de le préparer à partager une réflexion ou le contraindre à une certaine analyse, va élever son taux vibratoire, proportionnellement à son degré de réceptivité, d’attention et de compréhension.

C’est pourquoi, lorsque les travaux prennent fin et que les maçons forment la Chaîne d’Union, ceux-ci partagent souvent d’une façon inconsciente, le fruit de leurs émotions, en équilibrant cette énergie qu’ils ont acquise avec celle de leurs Sœurs et de leurs Frères. Comme dans l’exemple précité, des piles neuves mises en séries avec des piles usagées, le niveau vibratoire des Sœurs et des frères les plus attentifs, ou réceptifs aux travaux du jour (par exemple ceux qui auraient apprécié cette planche), s’affaiblit au profit des moins favorisés (j’entends, ces autres qui auraient trouvé mon discours soporifique), donnant à chacun le sentiment de vivre sur une même longueur d’onde, voir d’éprouver le sentiment d’un amour fraternel partagé.

Ainsi, la Chaîne d’Union ne serait pas qu’un symbole magico-cosmique agissant sur le mental des participants. Elle donnerait un sens à nos travaux en renforçant notre Egrégore (4), tenue après tenue.

Quand il pense énergie, l’Initié voit la lumière qu’il va chercher dans sa Loge et qu’il nomme Connaissance, Spiritualité, parfois Dieu, Grand Architecte de l’Univers ou Fraternité Universelle. Cependant, il peut aussi être cette lumière que d’autres viennent chercher. Car celui qui veut imiter un savant, un philosophe, un saint ou plus simplement un Initié, reçoit quelques particules de ses vertus.

Plus il aura le désir de partager, d’éclairer, d’instruire et d’aider ses Frères, plus son Aura augmentera et s’élargira jusqu’à devenir rayonnante et lumineuse. Plus il dépensera certaines énergies pour le bien des autres, plus il se sentira rechargé d’énergies nouvelles.

Notre quête et notre but à nous Francs-maçons, est tout autant de chercher que d’offrir. Si comme l’écrivait Isaac Newton, « Les hommes élèvent trop de murs et ne construisent pas assez de ponts », nous essayons, quant à nous, de transmettre et de perpétuer cette lumière entrevue le jour de notre initiation. Physique ou spirituelle, la lumière est une énergie vitale, un élément essentiel à la vie. Symbolisée dans nos Loges, elle suggère la nécessité de donner un sens à chacun de nos actes.

La spiritualité que nous venons chercher n’est pas une échappatoire mais une élévation de l’esprit qui peut se faire dans la foi ou dans l’athéisme, c’est affaire personnelle, une pensée libre, ou une libre pensée. C’est une réflexion sur le pourquoi du monde, sur le pourquoi de quelque chose plutôt que rien, dans une communion de pensées qui cherche à élever l’homme vers la compréhension de ce monde. Et à ce titre, la Franc-maçonnerie peut participer à cette réflexion en apportant à l’homme certains outils que sont le symbole et le rituel.

J’ai dit

Source : http://www.ordoabchaos.net/pages/l-alchimie-des-energies.html

 

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