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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 19:22
 
POUR VOUS, QUI SUIS-JE ?
“Jésus posa à ses disciples cette question : “Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ?” Ils dirent : “Pour les uns, Jean le Baptiste; pour d’autres, Elie; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes.” - “Mais, pour vous, leur dit-il, qui suis-je ?” Simon-Pierre répondit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” En réponse, Jésus lui dit : “Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux”.
On parle beaucoup de Jésus. Mais duquel s’agit-il ? Les chrétiens, et Matthieu le souligne bien, confessent sa filiation divine, et ce par la grâce de la foi. Pour d’autres, il s’agit seulement d’un prophète, d’un avatar, c’est-à-dire une des multiples incarnations de Visnu (divinité hindoue) ou de l’esprit christique ou de l’énergie cosmique...
C’est la question que nous posons maintenant au Nouvel Age.
1- REMONTER L’ECHELLE GNOSTIQUE
Dans la pensée gnostique, l’homme est considéré comme un dieu tombé du ciel, ou d’un paradis primitif.
Or, pour la foi chrétienne, il n’y a pas de paradis perdu : il y a le paradis annoncé, la Terre promise. Il y a le premier Adam, créature appelée dès le commencement à devenir filiale dans le Fils éternel. Nous sommes créés “vers” la réalisation du dessein de Dieu, et le salut fondamental est l’accomplissement de cette vocation. Notre regard de chrétiens est donc eschatologique, tourné vers Omega.
Le mouvement du courant gnostique lui est exactement à l’opposé de cette trajectoire révélée par Jésus Christ. Sa visée est un retour à une perfection primitive perdue, elle est “protologique”, c’est-à-dire uniquement fixée sur un passé perdu.
A) L’INCARNATION EST UNE DEGENERESCENCE
* Pour la pensée gnostique, ou plus exactement nouvel-âge, il n'y a qu'une seule Réalité, un seul Réel, une seule substance fondamentale, qu'on appelle "principe spirituel unique qui relie tout", ou bien Energie, ou encore Conscience universelle, ou Conscience cosmique ou divine, voire christique..., bref, le grand Tout.
Ainsi, à l'origine, tout est Un, tout est divin, tout est spirituel. Tout l'univers est un seul être divin. L'homme est donc divin, et par conséquent, illimité.
Arnaud Desjardins aime à parler de "notre nature divine" (AD185), en précisant :
"Les enseignements spirituels ou mystiques peuvent être classés en deux grandes catégories : dualistes et non dualistes, chaque catégorie comportant bien sûr des nuances. Les doctrines dualistes différencient nettement un Créateur et une création et les voies non dualistes affirment au contraire une réalité essentielle qui est à la fois réalité de l'homme et celle de Dieu et qui se situe donc au-delà de la distinction entre le Créateur et la créature".
* Cette Réalité primordiale, cette conscience divine, cette Energie émane dans le multiple que nous pouvons observer et que nous prenons pour le réel.
* Or, cette émanation est en fait une dégradation qui va de l'énergie pure à la matière pure.
Souvent, on décrit 7 degrés d'émanation, ou 7 degrés de conscience.
L'esprit chute ainsi dans la matière.
Cela s'appelle l'involution ou l'incarnation. L’incarnation est par conséquent une dégradation, une dégénérescence.
Rappelons-nous que dans la pensée gnostique, le corps, élément de la matière, est comme un cachot étroit où l’âme se cogne et suffoque. Quant à l’univers, pour le gnosticisme, sa création en était attribuée à un démiurge, c’est-à-dire à un dieu secondaire et néfaste, assimilé chez les tenants de cette doctrine au dieu de l’ancien testament.
* Ce multiple, cette matière que nous voyons est par conséquent une tromperie, une illusion, (maya, en vocabulaire oriental).
"Votre corps, d'une extrémité d'aile à l'autre, disait parfois Jonathan, n'existe que dans votre pensée qui lui donne une forme palpable. Brisez les chaînes de vos pensées et vous briserez aussi les chaînes qui retiennent votre corps prisonnier”.
Ces propos font penser à la récupération que fait le Nouvel Age de la technique holographique. L'objet que l'on voit, en trois dimensions, n'est en fait qu'une image-laser; il n'existe pas. Le monde serait ainsi : une construction de notre cerveau; c'est donc une illusion. Le “corps n'est rien d'autre qu'un effet de la pensée !” (JG83). D’où cette technique prônée par le nouvel âge qu’est la visualisation : vous pensez à quelque chose que vous désirez et par concentration de l’esprit, vous faites advenir la chose en question.
* Les individus eux-mêmes sont une manifestation du multiple.
Derrière ces “moi” multiples, il s'agit de discerner le seul réel, l'unique, le transpersonnel. Ce n'est pas l'individu, ce n’est pas la personne particulière qui compte, mais le Soi présent en chaque être, qui forme comme un ensemble dépassant les éléments distinctifs :
"toute la formation passa lentement sur le dos, par la droite, comme un seul et unique oiseau" (JG71).
* De la même façon, le temps et l’histoire n’ont aux yeux du gnostique aucune valeur. Seul compte ce passé lointain où la vraie connaissance faisait vivre les hommes dans une sorte de paradis perdu depuis. Et c'est par le moyen de la mémoire, mise en oeuvre par des techniques de “méditation”, qu'il faut remonter à la conscience et échapper à la roue du temps. Le seul but est par conséquent de sortir de cette impasse qu’est la création, de “briser l’histoire en morceaux et la révéler comme une imposture”. On mesure ici l’écart qui sépare la pensée gnostique de la pensée chrétienne : pour cette dernière, l’histoire, voulue par Dieu dans un monde créé par lui, prépare l’avènement du Christ et mûrit le salut de l’homme.
B) LA REMONTEE GNOSTIQUE
* Pour se sortir de cette déchéance, il faut, nous dit-on, remonter les degrés de l'échelle afin de retrouver l'état primordial fusionnel. Il faut retourner à la nature divine originelle.
Cette montée est appelée évolution ou ascension.
* Or, l'homme se situe entre involution et évolution. En lui se fait la rencontre de la matière et de l'esprit. L'esprit en lui est cloué sur la matière. C'est la crucifixion.
Plus précisément, l'homme serait en vérité un pur esprit par nature, mais en l’état actuel, cet esprit est fixé au corps, cette enveloppe dont on change au fil de l'évolution, au fil des réincarnations. Le corps ne fait donc pas partie de la nature humaine. L'homme est un "dieu tombé du ciel".
* Cependant, par un travail sur soi, l'être humain peut évoluer le long de l'échelle et remonter jusqu'à la fusion dans la conscience universelle. Par ses propres efforts, il peut arriver, grâce à des techniques appropriées, à se dégager de cette matière qui le retient et à remonter les marches jusqu'au degré ultime. Chacun est ainsi le principal agent de sa libération.
* Bien entendu, une seule vie ne suffit pas pour cette prise de conscience et le développement de toutes les potentialités de l'être, c'est-à-dire le retour à l’état divin primordial : "l'état en deçà de la dualité, avant la chute", selon l’expression d’Arnaud Desjardins.
Le film de Jonathan le Goéland est en fait un grand hymne à la réincarnation :
"Jonathan comprit qu'il y avait encore autant à apprendre sur le vol en ces lieux que dans l'existence dont il avait pris congé... As-tu idée du nombre de vies qu'il nous aura fallu vivre avant que de soupçonner qu'il puisse y avoir mieux à faire dans l'existence que manger, ou se battre, ou bien conquérir le pouvoir aux dépens de la Communauté ? Mille vies, Jon, dix mille! et cent autres vies ensuite avant que nous ne commencions à comprendre qu'il existe une chose qui se nomme perfection, et cent autres encore pour admettre que notre seule raison de vivre est de dégager cette perfection et de la proclamer" (AD49 & 50).
Plusieurs réincarnations sont donc nécessaires à l’esprit qui a chuté dans la matière et qui doit remonter l’échelle en parcourant tous les degrés de cette ascension. Il doit commencer par prendre conscience de son identité véritable : l’étincelle divine prisonnière en son corps, puis s’extirper de cette gangue jusqu'au degré suprême : la perfection.
"Et pourtant, le jeune Jonathan le Goéland, qui avait vécu derrière ses yeux dorés, était toujours présent car seule son enveloppe extérieure changeait. Il se sentait toujours un vrai goéland, mais déjà il volait beaucoup mieux que son ancien corps n'avait jamais volé" (JG47).
Ainsi, de corps en corps, de réincarnation en réincarnation, le goéland évolue inéluctablement vers la Perfection, le Vol absolu, sans limite aucune.
Arnaud Desjardins, au sujet du Christ ressuscité, parle d'un corps supérieur au corps physique :
"La résurrection du Christ ne doit pas être entendue au sens littéral grossier...” (AD164) - “Ne faut-il pas en conclure que le Christ est apparu non plus sous son corps physique mais sous son corps subtil comme le laisse entendre l'Évangile de Marc : “Il se manifesta sous un autre aspect à deux d'entre eux qui faisaient route pour se rendre à la campagne” (AD163).
* D'où l'intérêt des cheminements initiatiques, pour nous faire retrouver le savoir primordial et rendre notre potentiel de moins en moins limité, c’est-à-dire tout simplement pour "se libérer des limites de l'espace et du temps".
La libération gnostique, nous l'avons vu, réside dans la connaissance de notre soit-disant véritable identité : l'homme par nature est divin, il est le Christ cosmique, et donc il est par nature illimité comme Dieu :
"Chacun de nous, en vérité, est une idée du Grand Goéland, une image illimitée de la liberté... Le vol de précision n'est qu'un pas de plus franchi dans l'expression de notre vraie nature. Tout ce qui nous limite, nous devons l'éliminer. C'est le pourquoi de tout cet entraînement aux vols à haute vitesse et aux acrobaties aériennes...” (JG70).
Nous avons remarqué au passage l’expression : “tout ce qui nous limite, nous devons l’éliminer”...
* Cette connaissance est ésotérique. Cela signifie que le commun des mortels vit dans l’ignorance. Mais des maîtres, plus avancés que nous dans l'initiation et l'éveil à la conscience, nous font entrer dans le secret et nous permettent d’atteindre le noyau réservé aux seuls initiés.
"L'essence du christianisme se rattache à ce tronc central dont sont issues toutes les grandes religions" (AD105).
* Cette connaissance - la gnose - est le propre des esprits éveillés, de l'élite spirituelle, capable, seule, de pénétrer le secret et d'atteindre la gnose, c’est-à-dire la Connaissance, cette unité transcendante des religions, la religion universelle.
"La relation à Dieu... est, par essence, accessible à tous. Elle n'est pas pour autant le fait de tous. Toute conscience n'est pas éveillée à la perception de ce qui la fonde, mais dans chaque peuple et à chaque génération, des hommes et des femmes parviennent à des niveaux supérieurs de conscience. Ils accèdent à l'éveil, à la gnose, à la sagesse, à la perception intuitive du Réel..." (BB125).
C'est ainsi que Jonathan se plaint du "si petit nombre" de goélands qui “savent”. Déçu, il préfère rejoindre sur d'autres planètes des goélands qui partagent sa façon de pensée, "tous très intelligents et prompts à assimiler" l'enseignement des maîtres.
* Le troupeau ordinaire, lui, incapable de comprendre, se contente de l'enseignement parabolique et superficiel des religions, il se contente de la foi des Eglises. C'est l'exotérisme (l'extérieur, la surface des choses), bon pour les "membres du Clan" qui croupissent "misérablement au sol", pour reprendre l'expression de Jonathan. La masse a oublié ses origines célestes et vit par conséquent dans l’ignorance : aveuglée par la matière, l’âme ne connaît plus que les limites étroites de son cachot.
Rappelons que dans la pensée néognostique, chaque nation comme chaque ère zodiacale a sa religion : le christianisme pour l'Occident, l'islam au Proche-Orient, l'hindouisme ou le bouddhisme en Orient,... le judaïsme à l'ère du Bélier, le christianisme à l'ère des Poissons, etc... Mais, nous disent les gnostiques de tous les temps, au fond de toutes ces religions, il faut chercher le noyau secret et commun à toutes : la tradition primordiale que les hommes détenaient à l'origine sur un continent disparu, tradition que l'humanité a perdue et qui est cachée précisément sous la superficie des diverses religions. Des hommes ont su de siècles en siècles atteindre ce noyau : ils étaient initiés, mais ils étaient peu nombreux. L'ère du Verseau dans laquelle nous entrons, doit faire apparaître au grand jour ce fonds commun désormais accessible à tous les hommes. Ce sera enfin la religion universelle !
"Le fait qu'il s'agissait d'une abbaye chrétienne ne me préoccupait guère. J'aurais trouvé dans mon entourage un ashram hindou ou un dojo zen, ma réaction aurait sans doute été la même. Je n'étais pas en quête d'une religion avec ses dogmes et ses rites, mais en quête d'un art de vivre centré sur Dieu, et c'était ce que Boquen m'offrait. Le fait qu'il s'agissait d'un monastère chrétien n'était pour moi qu'un accident. Le christianisme n'y était, à tout prendre, qu'une modalité. Il n'était donné que par surcroît" (BB72). "J'étais entré à Boquen par soif de Dieu et résonance intérieure avec ce que me proposait la vie monastique. Le christianisme et a fortiori le catholicisme n'avaient joué aucun rôle essentiel dans l'histoire" (BB102).
En conséquence, l’humanité se partage en deux catégories :
- les "initiés", les "éveillés" qui eux, “savent”, et se veulent des "spirituels", des "mystiques", c’est l'élite qui sait;
- et la masse "religieuse" qui, elle, se contente des déchets distribués par nos religions, les "religieux", c’est-à-dire ceux qui se satisfont de croyance.
Cette idée est fortement symbolisée par le troupeau de goélands cherchant sa nourriture sur les tas d'ordures d'une décharge ou se battant pour manger les restes de poissons rejetés par les navires de pêche, tandis que Jonathan vole dans les hauteurs oxygénées :
"La plupart des goélands ne se soucient d'apprendre, en fait de technique de vol, que les rudiments, c'est-à-dire le moyen de quitter le rivage pour quêter leur pâture, puis de revenir s'y poser. Pour la majorité des goélands, ce n'est pas voler mais manger qui importe. Pour ce goéland-là cependant, l'important n'est pas de manger, mais de voler. Jonathan Livingston le Goéland aimait à voler par-dessus tout. Cette façon d'envisager les choses - il ne devait pas tarder à s'en apercevoir à ses dépens - n'est pas la bonne pour être populaire parmi les autres oiseaux du Clan" (JG13).
".... j'ai ainsi senti à un certain moment de ma propre recherche que je ne pouvais pas approfondir les Évangiles si je ne possédais pas les clés de leur langage et si je ne pouvais pas me référer au grec... J'ai vu notamment que les traductions des Évangiles en français trahissent une grande part de ce qui est le plus intéressant ou le plus important, même quand ces traductions sont annotées en bas de page, comme dans la Bible oecuménique” (AD68).
C) LE SALUT GNOSTIQUE EST UNE AUTOREDEMPTION
Dans la pensée gnostique, "rien en dehors de vous ne peut vous sauver, rien en dehors de vous ne peut vous donner la paix". Le salut gnostique est en fait une auto-rédemption.
Aussi, en termes “nouvel âge”, on parle de connaissance et non de foi, de perfection et non d’amour, de fusion et non de communion.
a- La connaissance et non la foi
"Oublie la Foi ! lui répétait Chiang [le vieux Maître de Jonathan] sans cesse. Tu n'avais nul besoin d'avoir la foi pour voler, tout ce qu'il te fallait, c'était comprendre le vol, ce qui d'ailleurs signifie exactement la même chose" (JG55).
Arnaud Desjardins, lui, prône les "connaissances ésotériques", "des connaissances réelles et non des croyances et de la bigoterie" :
"Vous ne pouvez vous fier à cent pour cent qu'à ce dont vous avez l'expérience, à ce que vous avez vérifié par vous-mêmes" (AD103).
"Si vous cherchez pistis dans un dictionnaire grec-français, vous trouverez connaissance puis vous trouverez foi parmi les différentes traductions possibles. Le mot epistemen en grec, qui a la même origine que pistis, a donné épistémologie qui signifie le plus couramment science" (AD137).
"Si vous admettez des vérités qui vous paraissent séduisantes mais dont vous n'avez pas la preuve physique, subtile ou métaphysique irréfutable, vous êtes vite en dehors du chemin de la vérité. Ne tenez pour vrai que ce dont vous êtes sûrs à cent pour cent. Même si on vous donne une très belle explication symbolique de la résurrection du Christ, vous ne pouvez pas avoir la certitude qu'elle soit vraie, elle ne peut donc vous être d'aucune utilité...
Il n'est tout de même pas possible que le christianisme soit à ce point inférieur à l'hindouisme qui, avec le védanta, représente l'un des sommets de la pensée métaphysique, ou au bouddhisme qui possède un tel ensemble de connaissances, ou au soufisme qui produit de tels maîtres ; le christianisme ne peut pas être uniquement cette religion boiteuse, tâtonnante et incomplète que l'on m'a inculquée depuis mon enfance...
J'ai ainsi pu vérifier que le christianisme contient lui aussi la plénitude de la science sacrée et des connaissance ésotériques...
Certes, retrouver l'authenticité du christianisme n'est pas toujours une tâche aisée. Les déviations sont nombreuses, l'absence de foi que dénonçait le Christ s'est généralisée; il ne subsiste souvent que la croyance ; la certitude et la vision ont disparu; il n'y a plus guère de chrétiens qui possèdent la foi, au plein sens du terme.
Le désarroi s'est immiscé partout dès le moment où l'on a affirmé que la connaissance et la religion étaient deux domaines absolument distincts et qu'un chercheur scientifique n'avait pas à mêler ses croyances religieuses à sa recherche... Mais la religion ne se ramène pas à une série de croyances naïves ou de dogmes arbitraires. C'est une connaissance et, osons dire le mot entre tous maudit pour tant de théologiens, une gnose.
Qu'il y ait des formes religieuses accessibles à la totalité de la population, surtout pour ceux qui ne sont pas portés à chercher par eux-mêmes la vérité, c'est non seulement naturel mais utile. Qu'il y ait une part de croyance dans la religion destinée aux fidèles qui ne sont pas appelés à vérifier ce qu'on leur enseigne, oui, mais la possibilité de vérifier, elle, doit toujours être offerte" (AD15).
"Or quelle connaissance de soi gagnez-vous en répétant : Je crois en Dieu le Père éternel et tout-puissant créateur du ciel et de la terre. Je crois en son fils Jésus-Christ né de la Vierge Marie, crucifié sous Ponce Pilate. Il est descendu aux enfers, il est ressuscité le troisième jour, il reviendra pour juger les vivants et les morts...» Réciter un credo n'augmente pas votre connaissance de vous-mêmes, donc n'augmente pas votre maîtrise de vous-mêmes...” (AD213).
Par conséquent, Arnaud Desjardins préfère rechercher dans les enseignements initiatiques et ésotériques une abondance de connaissances qu'on ne trouve pas dans la puérilité de ces petits manuels de vie intérieure” (AD231).
Ainsi, chaque religion est-elle dépassée pour atteindre le noyau commun à toutes croyances : au coeur du judaïsme, on trouve la kabbale, pour le christianisme la gnose proprement dite, pour l’islam le soufisme, etc.
C'est par des pratiques de modification du niveau de conscience, par les techniques et expériences d'éveil (d’où le succès actuel des stages), que l’on peut se sauver, c’est-à-dire se dégager peu à peu de son karma, ce fruit négatif produit par nos actes.
Pour Arnaud Desjardins, la résurrection elle-même s'obtient par ces techniques :
"Ayant consacré leur existence à mettre en oeuvre certaines techniques, ils ont, au sens ordinaire du mot, ressuscité” (AD163).
"Pour vivre le christianisme - pas le christianisme des hommes mais celui de Jésus-Christ tel qu'on le découvre à travers les quatre Évangiles plus celui de Thomas - il devient indispensable de faire appel à des techniques extérieures qui ont jadis existé en Occident mais qui ont été perdues" (AD37).
Pour Bernard Besret, l’élévation du niveau de conscience dépend de ces pratiques :
"C'est pourquoi les grandes traditions orientales accordent une telle importance aux techniques respiratoires. Elles conditionnent l'accès à un niveau de conscience plus élevé" (BB90).
Quant à Jonathan le Goéland, d'exercice en exercice, il développe ses pouvoirs. Cela s'appelle en langage “”nouvel âge”, les “techniques d'expansion de la conscience” :
".. heure par heure, chaque jour, ils s'exerçaient en vol aux techniques aériennes les plus avancées." "Par quelle magie avons-nous été transportés ici? ...question d'entraînement” (JG84).
Il suffit de visualiser un objectif, et la concentration l'atteint :
"Pour voler à la vitesse de la pensée vers tout lieu existant, dit-il, il te faut commencer par être convaincu que tu es déjà arrivé à destination... (JG54) alors Jonathan se concentra en pensée sur l'image des grands rassemblements de goélands survolant les rivages d'antan et avec l'assurance que donne l'habitude, il connut une fois encore qu'il n'était pas plume et os mais liberté et espace que rien au monde ne pouvait plus limiter” (JG59).
Cette concentration permet de "transcender" ses limites. De tels exercices sont appelés méditation !
Rien n'est alors impossible à l'initié :
"Tu dois pouvoir te rendre en tout endroit existant à tout moment où tu souhaites y aller, répondit l'Ancien. J'ai voyagé vers tous les pays et en toutes les époques auxquels j'étais capable de penser... (JG54) un beau jour, posé sur le rivage,Jonathan fermant les yeux et se concentrant, eut la révélation subite de ce que Chiang voulait dire: "Mais oui, c'est vrai! Je suis un goéland parfait et sans limites!... Quand Jonathan ouvrit les yeux, il se retrouva seul avec l'Ancien sur un rivage différent... (JG55) Nous sommes, de toute évidence, sur quelque planète dont le ciel est vert et à laquelle une étoile double tient lieu de soleil” (JG56).
Rien n'est impossible, ni l'autoguérison, ni l'autorésurrection.
Pour cela, Jonathan demande à un goéland paralysé d’avoir la foi en lui-même et en lui seulement.
Dans un autre passage, le goéland Fletcher Lynd rate un exercice et s'écrase contre une falaise :
"Pour lui, ce fut comme si ce roc était la porte massive et solide s'ouvrant brutalement sur un autre monde. Un sursaut d'effroi, le choc et le noir au moment de l'impact, puis il se retrouva dérivant dans un étrange ciel, sans mémoire, se ressouvenant, puis oubliant à nouveau, angoissé, triste et aussi navré, terriblement navré... (JG82) Fletcher, au pied du rocher, remua la tête, déploya ses ailes et ouvrit les yeux” (JG84).
Dans leur ignorance, les membres du clan estiment que Fletcher est mort. Et toujours par ignorance, ils crient qu’il est ressuscité... par Jonathan :
"Il vit! Lui qui était mort est maintenant vivant! Le Fils du grand Goéland! Il l'a touché du bout des ailes! Il l'a ressuscité!” (JG84).
Or, la mort n'existe pas, nous rappelle le conte. Ce n'est qu'un changement de niveau de connaissance ! Et Jonathan n’est pour rien dans l’histoire !
Ainsi donc le Paradis est-il au bout d'exercices de plus en plus pointus... "Quand finalement nous aurons transcendé l'espace et le temps...” (JG59); "le Paradis, c'est simplement d'être soi-même parfait... Sois persuadé, Jonathan, que tu commenceras à toucher au Paradis à l'instant même où tu accéderas à la vitesse absolue. Et cela ne veut pas dire au moment où tu voleras à quinze cents kilomètres à l'heure ou à quinze cents mille kilomètres à l'heure, ou même à la vitesse de la lumière. Car tout nombre nous limite et la perfection n'a pas de bornes. La vitesse absolue, mon enfant, c'est l'omniprésence...” (JG51);
"Il n'y a pas de limites” (JG87).
Il n’y a pas besoin non plus de la grâce, puisque tout est en nous et que le salut est affaire de connaissance et de techniques. Il s'agit seulement de se dégager de la gangue de la matière !
De même, puisque l'homme est divin, puisqu'il est illimité, il ne peut y avoir de transgression. Il n'y a pas de limites à franchir, il n'y a donc pas de péché. Il n'y a ni bien ni mal. Car est bien simplement ce qui me fait du bien. Le mal n'est qu'un blocage de la réalisation de soi, une ignorance, un inachèvement, un retard dans l'évolution vers l'absolu. Et ce mal est transitoire, l’évolution étant inéluctable :
"Souvenez-vous, péché a un sens technique précis : erreur, faux pas, manquer la cible... (AD148) J'ai accompli cette action. Tel que j'étais situé extérieurement, intérieurement, je ne pouvais pas ne pas l'accomplir" (AD147). Personne n'a jamais fait le mal, chacun n'a jamais fait que le bien tel qu'il le comprend... (AD252). C'est une manière de se situer à chaque instant : pour moi, tel que je suis, qu'est-ce qui est juste même si cela ne correspond pas à la morale officielle ? Peut-être dans cinq ans l'action juste pour vous sera-t-elle de faire le contraire de ce que vous faites aujourd'hui... (AD273).
Pour nous rapprocher de la compréhension, remplaçons provisoirement la notion de bien et de mal, avec tout son prestige, par celle de bon et de mauvais..” (AD253).
Pas de péché, pas de pardon... Il est vrai que les notions de péché et de pardon relèvent d'une vie relationnelle, et qui plus est d'une relation d'amour. Plus on aime, plus on a conscience de mal aimer, et plus on est sensible à la moindre offense faite à l'aimé. Or, on n'aime pas une énergie, on n'aime pas un Soi océanique, sans "Je" ni "Tu".
* La fusion et non la communion
C'est bien la raison pour laquelle, dans cette pensée gnostique, on parle de fusion et non de communion. L'individualité illusoire, parvenue enfin à la connaissance, se fond dans le grand Tout et y disparaît. Qu’on se souvienne des dernières image du film “Le grand bleu” où l’être humain devient peu à peu un petit point disparaissant au fond de l’océan.
Cette conception permet de comprendre la manière dont Bernard Besret parle de la prière :
"dans notre relation à Dieu, la prière, sous quelque forme que ce soit, silencieuse ou parlée, solitaire ou collective, est totalement superflue. Dieu n'en a aucun besoin. Nous communiquons avec lui par cela même que nous sommes. C'est infiniment plus exigeant que l'observation d'un rite ou la récitation d'une litanie. Cela ne tolère aucun échappatoire. En ce sens très profond, on peut dire, à la manière des manuels de dévotion, mais nullement dans leur perspective, que "notre vie tout entière est une prière". Mais en l'occurrence, il s'agit d'une prière qui se passe de tout mot et de toute formule... Ce n'est donc pas dans notre relation à Dieu qu'il faut chercher la raison que nous avons, malgré tout, de prier... (BB167).
(une citation de Marcel Légaut, commentée) : "Parler à Dieu, c'est se parler à soi-même avec des paroles vraies. Entendre Dieu, c'est s'entendre soi-même dire des paroles vraies”. On ne peut être plus clair sur le fait qu'il s'agit avant tout d'une affaire de l'homme avec lui-même, dans un effort de lucidité personnelle qui le met à nu devant lui-même. Dieu n'en est le partenaire qu'au second degré.
Dans cette logique, sa prière ne s'adresse pas à un Tu divin, encore que ce subterfuge psychologique n'est nullement à exclure, s'il est pédagogiquement efficace. Elle est plutôt une sorte de soliloque dans lequel l'homme se parle à lui-même, activant ainsi sa conscience du lien fondateur qui le relie à Dieu... L'adressant à moi-même dans le recueillement je me tiens devant Dieu - L'adressant à Dieu dans l'adoration j'entre en ma présence...
Notre dialogue avec Dieu n'est donc, sur le plan des phénomènes observables, qu'un monologue. C'est dans l'ordre même des choses qu'il en soit ainsi" (BB170 -172).
Même langage chez Arnaud Desjardins :
"Une forme plus raffinée du christianisme, qui n'est certes pas la plus généralisée, enseigne qu'il ne faut prier pour rien d'autre que la communion avec Dieu lui-même. Il ne faut demander à Dieu ni la santé ni la guérison si l'on est malade, ni même un métier si l'on est chômeur puisque Dieu sait mieux que nous ce qui nous convient, mais seulement la fusion avec lui” (AD122).
La prière, qui n'est plus ici une relation, c’est-à-dire ce parler "face à face, comme un homme parle à son ami" 48, ne saurait être "de chair", c'est-à-dire située de notre côté dans le temps et dans l'espace.
Le réalisme des psaumes par exemple choque le gnostique, qui fait la moue devant trop d'incarnation :
"Le chant des Psaumes, dont certains sont d'une grande beauté sapientielle, mais dont beaucoup d'autres sont d'inspiration guerrière, n'était tolérable à longueur de nuit dans nos monastères que parce qu'ils étaient chantés en latin et que, la musique répétitive de la psalmodie aidant, il était possible de faire totalement abstraction de leur contenu” (BB 191).
De la même façon, le “caritatif” qui authentifie notre foi, n’intéresse guère le courant gnostique. Le double commandement de l’amour éclairé par Jésus qui nous fait prier Dieu en disant “notre” Père, donc comme des frères, ne saurait se concrétiser en solidarité :
"Les auteurs de la traduction oecuménique de la Bible traduisent «parmi vous» au lieu de «en vous», avec ce commentaire que je cite parce qu'il est représentatif d'une certaine approche du christianisme donnant la primauté à l'insertion sociale sur la vie mystique : «On traduit parfois : en vous, mais cette traduction a l'inconvénient de faire du Règne de Dieu une réalité intime.» Non seulement les contemplatifs mais la très grande majorité des théologiens ont opté pour la traduction «au-dedans de nous», faisant du Royaume une réalité d'être et de conscience. Vouloir à tout prix démarquer le christianisme des mystiques hindoues ou bouddhistes centrées sur l'expérience intérieure a conduit de nombreux Occidentaux à se détourner de celui-ci pour boire aux sources orientales" (AD108).
Pour la foi chrétienne, l’Esprit Saint a mission de “poursuivre son oeuvre dans le monde et d’achever toute sanctification”, autrement dit d’actualiser au fil du temps la victoire du Christ par notre incorporation en Lui, laquelle nous fait devenir de plus en plus ce que nous sommes. Dans la pensée gnostique, au contraire, le temps n’est rien : "La différence majeure entre les deux traditions [Evangiles & apocryphes] tient à la place que l'une et l'autre attribuent à l'histoire dans l'accomplissement du salut de l'homme. Le christianisme officiel attend le salut d'événements à venir, du retour de Jésus parmi les hommes, et d'une résurrection des corps dans un futur difficile à pronostiquer. Pour Thomas, au contraire, le salut est donné ici et maintenant à celui qui veut bien s'ouvrir au Royaume qui l'habite déjà. La résurrection n'est pas à attendre dans un futur hypothétique, elle est déjà donnée à celui qui est éveillé..." (BB 206).
Certes... mais le salut de l’homme est-il une aventure solitaire ?
De même, gérer la création au service de l'humanité ne présente pas plus d'intérêt, puisque la création, nous l’avons vu, est une dégradation : "Dans notre société, les sciences sont devenues indépendantes et se sont de plus en plus morcelées au fur et à mesure qu'elles se spécialisaient... ces exploits n'intéressaient pas les autres civilisations donnant la primauté à l'expérience intérieure et beaucoup trop respectueuses de la vie et des forces de la nature pour songer à conquérir la planète ou l'espace” (BB30).
2] L’ECHELLE GNOSTIQUE N’EST PAS L’ECHELLE DE JACOB
Au chapitre 3 de l’évangile selon st Jean, Jésus avertit Nicodème qui lui confie sa quête intérieure : “nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme”.
De même, nous comprenons que l’élévation du Fils de l’homme réalise le songe de Jacob : “En vérité, en vérité, je vous le dis; vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme”.
Le Christ est “pontife” : il est venu pour nous faire passer de ce monde au Père : “Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. A présent je quitte le monde et je vais au Père” et “quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi”. C’est le va-et-vient du bon Pasteur...
Certes, ce personnage de Jésus, au moins en nos pays de civilisation chrétienne, est incontournable. Les nouveaux mouvements religieux se l'approprient, mais en en donnant une nouvelle version selon leurs propres conceptions.
 

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