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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 19:17
INTRODUCTION
Au chapitre 17 du livre des Actes des Apôtres, nous lisons :
“Invité à s’expliquer devant l’Aréopage, Paul, debout au milieu d’eux, fit ce discours : “Citoyens d’Athènes, je constate que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en parcourant la ville, et en observant vos monuments sacrés, j’y ai trouvé, en particulier, un autel portant cette inscription : ‘Au dieu inconnu’. Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer.
Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il contient, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas les temples construits par l’homme, et ne se fait pas servir par la main des hommes. Il n’a besoin de rien, lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le reste.
A partir d’un seul homme, il a fait tous les peuples pour qu’ils habitent sur toute la surface de la terre, fixant la durée de leur histoire et les limites de leur habitat; il les a faits pour qu’ils cherchent Dieu et qu’ils essayent d’entrer en contact avec lui et de le trouver, lui qui, en vérité, n’est pas loin de chacun de nous. En effet, c’est en lui qu’il nous est donné de vivre, de nous mouvoir, d’exister; c’est bien ce que disent certains de vos poètes : ‘Oui, nous sommes de sa race’.
Si donc nous sommes de la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité ressemble à l’or, à l’argent ou à la pierre travaillés dans l’art et l’imagination de l’homme. Et voici que Dieu, sans tenir compte des temps où les hommes l’ont ignoré, leur annonce maintenant qu’ils ont tous, partout, à se convertir. En effet, il a fixé le jour où il va juger l’univers avec justice, par un homme qu’il a désigné; il en a donné la garantie à tous en ressuscitant cet homme d’entre les morts.”
Ce discours de Paul nous introduit au cœur même de notre sujet. En effet, l’être humain, avec sa bonne volonté et sa raison, est un quêteur de sens. Habité par les questions fondamentales de la vie, il tente d’y répondre et sa pensée élabore diverses conceptions du divin, ce dieu inconnu avec lequel il tente d’entrer en relation.
Chrétiens, nous sommes dans la situation de Paul : nous avons fait une expérience religieuse, dont nous essayons déjà de vivre nous-mêmes. Et en même temps, parce que nous sommes heureux d’avoir, comme André, “trouvé le Messie”, nous devenons témoins de cette révélation, nous la partageons, nous la proposons à nos contemporains qui d’une manière ou d’une autre, explicitement ou implicitement, sont en recherche. Nous nous présentons ainsi comme les disciples de Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur.
Sur la route du témoignage, nous rencontrons entre autres des adeptes du Nouvel Age, cette nouvelle gnose, qui parlent aussi de Jésus ou plutôt du Christ, mais différemment. Jésus y demeure objet de référence - Occident oblige -, mais seulement comme l’un des multiples avatars du divin cosmique.
- I -
TU NOUS AS FAITS POUR TOI, SEIGNEUR, ET NOTRE COEUR EST SANS REPOS TANT QU’IL NE DEMEURE EN TOI
Le parcours de saint Augustin, résumé dans ce titre, illustre bien notre sujet. En relisant ses Confessions, comment ne pas être frappé par l’actualité de son cheminement ? Dans sa quête, le jeune Augustin commence en effet par chercher sa nourriture dans les multiples voies païennes, gnostiques, manichéennes plus précisément. Jusqu’au jour où il découvre au plus profond de lui-même cette Présence plus intérieure à lui-même que lui-même.
L’être humain est un quêteur du sens des choses et de son existence, il est un pèlerin de l’absolu, que Jésus accompagne sur le chemin d’Emmaüs.
1- L’ETRE HUMAIN, UN QUÊTEUR DE SENS
A) LES ÊTRES HUMAINS, DES ETRES METAPHYSIQUES
L’être humain, et c’est son originalité dans la création, est un être “métaphysique”. Normalement, il ne se contente pas de vivre la “physique” de sa situation ni d’évoluer dans son cadre de vie; mais il réfléchit sur son état et s’interroge sur sa condition.
“Un simple regard sur l’histoire ancienne montre d’ailleurs clairement qu’en diverses parties de la terre, marquées par des cultures différentes, naissent en même temps les questions de fond qui caractérisent le parcours de l’existence humaine : Qui suis-je ? D’où viens-je et où vais-je ? Pourquoi la présence du mal ? Qu’y aura-t-il après cette vie ?... Ces questions ont une source commune : la quête de sens qui depuis toujours est présente dans le coeur de l’homme, car de la réponse à ces questions dépend l’orientation à donner à l’existence”.
Chaque âge, chaque groupe a ainsi esquissé ses réponses et ses dieux. Un culte s’est amorcé à partir des instincts de vie : l’homme, petit et fragile devant les forces de la nature, a commencé par chercher à se les concilier en divinisant le tonnerre ou les astres par exemple. Inéluctablement fauché par la mort, il a magnifié la fécondité et imaginé l’au-delà.
Ainsi, la route humaine se tisse-t-elle au gré de cette longue quête de connaissance et de sens. Le fruit des réflexions nous donne ces innombrables et complémentaires idéologies, théories et conceptions, doctrines, systèmes et religions qui jalonnent le long périple des terriens.
“Sous des modes et des formes différentes, [la philosophie] montre que le désir de vérité fait partie de la nature même de l’homme. C’est une propriété innée de sa raison que de s’interroger sur le pourquoi des choses, même si les réponses données peu à peu s’inscrivent dans une perspective qui met en évidence la complémentarité des différentes cultures dans lesquelles vit l’homme”.
B) UN PARCOURS DEJA GUIDE PAR L’ESPRIT CREATEUR
Cette interrogation de l’homme fait partie du plan de Dieu. Celui-ci ne lui a-t-il pas donné une intelligence ?
Au verset 20 du chapitre premier de la lettre aux Romains, nous lisons : “Depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les oeuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité”.
La constitution dogmatique “Dei Verbum” du concile Vatican II souligne à son tour cette première étape de l’aventure spirituelle qu’est la connaissance naturelle de “Dieu”, c’est-à-dire par la raison : “Le saint Concile reconnaît que ‘Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées’”.
Le cœur de l’homme est alors rempli de cet “émerveillement suscité en lui par la contemplation de la création” 4. Il se prend à s’émerveiller devant la beauté d’un lever de soleil, un chant d’amour jaillit de son coeur à la vue de sa compagne, une action de grâce monte en lui devant son enfant blotti dans ses bras.
Premiers pas d’un chemin intérieur, balbutiements d’une religion, c’est-à-dire d’un au-delà de soi et du magma cosmique, amorces d’une ouverture à autre chose que soi. Premières poussées de cet Esprit qui planait sur les eaux matricielles du commencement.
Premiers regards bientôt vers une transcendance à l’oeuvre derrière tant de beauté et de grandeur : “Adam connut sa femme; elle enfanta un fils et lui donna le nom de Seth. Un fils naquit à Seth aussi, et il lui donna le nom d’Enosh. Celui-ci fut le premier à invoquer le nom de Yahvé”.
Premiers essais de relation à l’Etre, ce “Je-Suis” inconnu et mystérieux, au-dessus de soi et de tout. Premières intuitions et expériences du divin absolu.
Ainsi, au fil du temps et de la vie, sur toute la terre, la raison droite et la bonne volonté s’efforcent d’aller, de façons diverses et de plus en plus approfondies, au-devant de l’inquiétude du coeur humain en proposant des voies, c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés : “Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd’hui, troublent profondément le coeur humain : Qu’est-ce que l’homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? Qu’est-ce que le bien et qu’est-ce que le péché ? Quels sont l’origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Qu’est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort ? Qu’est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence, d’où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ? Depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui, on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la Divinité suprême, ou encore du Père. Cette sensibilité et cette connaissance pénètrent leur vie d’un profond sens religieux. Quant aux religions liées au progrès de la culture, elles s’efforcent de répondre aux mêmes questions par des notions plus affinées et par un langage plus élaboré”.
Il est même “possible de reconnaître, malgré les changements au cours des temps et les progrès du savoir, un noyau de notions philosophique dont la présence est constante dans l’histoire de la pensée... on peut reconnaître une sorte de patrimoine spirituel de l’humanité où sont formulés les principes premiers et universels de l’être” d’où découlent des conclusions cohérentes d’ordre moral.
Aussi, le concile Vatican II nous invite à discerner dans les religions ce qui est vrai et saint, c’est-à-dire ce qui est tout simplement suscité par l’Esprit qui anime l’unique race humaine. Car ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines, “apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes”. Ce sont là en fait des “pierres d’attente de l’Evangile”.
Bien entendu, les accidents de parcours et les perversions ne manquent pas. Et le risque de l’intolérance n’est jamais loin. “La capacité spéculative, qui est propre à l’intelligence humaine, conduit à élaborer, par l’activité philosophique, une forme de pensée rigoureuse et à construire ainsi, avec la cohérence logique des affirmations et le caractère organique du contenu, un savoir systématique. Grâce à ce processus, on a atteint, dans des contextes culturels différents et à des époques diverses, des résultats qui ont conduit à l’élaboration de vrais systèmes de pensée. Historiquement, cela a souvent exposé à la tentation de considérer un seul courant comme la totalité de la pensée philosophique. Il est cependant évident qu’entre en jeu, dans ces cas, une certaine “superbe philosophique” qui prétend ériger sa propre perspective imparfaite en lecture universelle”.
“Il en est résulté diverses formes d’agnosticisme et de relativisme qui ont conduit la recherche philosophique à s’égarer dans les sables mouvants d’un scepticisme général. Puis, récemment, ont pris de l’importance certaines doctrines qui tendent à dévaloriser même les vérités que l’homme était certain d’avoir atteintes”.
Ainsi, l’homme créé cherche à tâtons sa Source. Une raison droite implique qu’il demeure, quelle que soit d’ailleurs sa religion, un être de désir et veille à ne jamais boucler sur lui-même et ses découvertes. Qu’il demeure un pèlerin de la Source qu’on ne saurait capturer, et qui nous emmène toujours plus loin. Que le quêteur de sens reste toujours ouvert à l’Autre.
2] LA PEDAGOGIE DE DIEU
L’Esprit créateur plane sur cette quête. Mais Dieu est un pédagogue. Qu’est-ce à dire ? La pédagogie est signe du souci vrai de l’autre : souci de sa différence lorsqu’on veut communiquer avec lui, souci de son cheminement qui implique la prise en compte de ses rythmes et capacités. On a quelque chose à partager, mais il s’agit d’un partage avec une personne déterminée qui doit être en mesure d’accueillir ce partage. Parents et éducateurs pratiquent cela au quotidien.
Le cheminement spirituel de l’humanité est comparable à la maturation d’un enfant. Il y faut du temps, il y faut de la patience.
C’est même une aventure, avec tous les risques inhérents à une croissance, avec le risque de la liberté et donc des ruptures.
Nous touchons là au mystère de l’Amour créateur. Les hommes ne sont pas des petits robots ou des marionnettes perfectionnées, objets d’un caprice divin. Ils sont de vrais partenaires de l’Alliance voulue par Dieu.
A) DIEU EST EXTASE D’AMOUR
Dieu est Amour. Or, l’amour ne saurait être solitaire. La révélation ultime de Dieu nous laisse précisément entrevoir qu’il est communion trinitaire : l’Inengendré n’est que don à cet Autre, ce Fils de même nature que lui, cet Engendré qui reçoit tout du Père et lui donne une plénière réponse d’amour, et ce, dans le Souffle éternel qui les unit.
Mais cette communion du Père, du Fils et de l’Esprit ne boucle pas sur elle-même. Si nous contemplons l’icône de la Trinité peinte par Andreï Roublev, nous remarquons bien cette ouverture, comme une porte d’entrée au sein même de l’intimité divine.
B) FAISONS L’HOMME
L’amour n’est que source jaillissante. D’où la création, ce don de la vie à une humanité différente de son auteur et existant réellement à part entière. Dieu veut que l’homme soit autre que lui.
Avec un unique projet : que nous devenions participants de la nature divine, participants de la communion trinitaire.
C’est la raison pour laquelle Yahvé entre en alliance avec l’humanité, dans le respect de ses différences et de sa finitude, avec tout ce que cela peut comporter aussi de risque.
“Dieu dit : ‘Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance’”. Et “Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol” 11. Le Père esquissa l’homme en regardant son Fils Unique. Le Père Varillon a cette expression : “Le Christ est la matrice de l’humanité”.
“Qu’il soit béni, le Dieu et Père de notre Seigneur, Jésus, le Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant que le monde fût créé, pour être saints et sans péchés devant sa face grâce à son amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ... Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous a faite dans le Fils bien-aimé... Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre”.
Dieu a mis l’humanité en route comme des parents “mettent en route” un enfant. Il a placé l’homme et la femme dans un contexte favorable à leur croissance : “Yahvé Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé...; Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la...” 14. Encore une fois, Dieu a fait de ses créatures des partenaires à part entière.
Lui qui est Tout, sans commencement et sans fin, sans la moindre limite, a voulu l’homme libre dans sa réponse, et pour cela, comme la mer se retire pour laisser place à la terre, il s’est comme retiré de la création, c’est-à-dire qu’il s’est comme interdit de manière générale de tout interventionnisme : à la créature de jouer sa partie, à elle de mûrir son fiat comme Marie au jour de l’annonciation.
C) LE TEMPS DE LA MATURATION
Pour donner cette réponse d’homme libre - dans la conscience et la volonté - il faut du temps, il faut des étapes de maturation. C’est l’histoire de l’humanité. “En Orient comme en Occident, on peut discerner un parcours qui, au long des siècles, a amené l’humanité à s’approcher progressivement de la vérité et à s’y confronter”.
L’unique projet de Dieu, l’Alliance avec une humanité totalement partenaire, se réalise donc au fil d’étapes, au fil d’alliances successives, elles-mêmes adaptées au rythme de cet homme situé dans l’espace et le temps, avec des moyens pédagogiques ajustés aux limites non seulement de sa capacité naturelle mais encore à celles engendrées par son péché et sa misère.
En effet, la route n’est pas forcément une ligne droite; peu importe, Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Les hommes ne sont pas à l’abri des embûches du voyage : il arrive même qu’ayant connu Dieu, nous explique la lettre aux Romains 16, ils perdent “le sens dans leurs raisonnements” et que leur coeur inintelligent s’enténèbrent : “dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’hommes corruptibles...” Ayant troqué la vérité entrevue de Dieu contre le mensonge, n’ayant pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, ils se retrouvent alors livrés à leur esprit sans jugement avec les fruits de mort et de malheur que cela peut produire. La liberté de l’homme n’est décidément pas une illusion.
Mais Dieu est infiniment patient et sans repentance, il sera toujours le Fidèle de l’Alliance.
Ainsi, au milieu des innombrables autels dressés au dieu inconnu, parmi les multiples temples faits de main d’hommes, plus loin même que l’émerveillement de la raison naturelle, Dieu façonne un Peuple de croyants. C’est la longue généalogie du Messie qui commence 17 : “Voici la table des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham”, ce croyant qui reçoit le don de la promesse et de l’Alliance. C’est le berceau du Fils de l’homme qui est expressément façonné sur environ 1850 ans.
“Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées”, dit la lettre aux Hébreux 18. Dieu vient au secours de notre finitude, désormais il guide explicitement les pas de l’homme. Comment en effet pourrions-nous connaître l’Au-delà de tout créé par nos seules forces ? et qui plus est, par des forces blessées par le péché ? C’est toute la supplication de l’Ancien testament : “viens, Seigneur... !” Dieu éduque son peuple pour que puisse monter sur les lèvres de celui-ci la réponse d’un amour éclairé et libre.
A travers ces pionniers, l’humanité franchit alors l’étape de la foi, qui n’est point relégation de la raison, mais qui va plus loin tout en étant en cohérence avec elle.
Notre finitude atteint alors une étape dans sa relation au mystère infini de Dieu :“outre les vérités que la raison naturelle peut atteindre, nous sont proposés à croire les mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont divinement révélés”. La foi, qui est fondée sur le témoignage de Dieu et bénéficie de l’aide surnaturelle de la grâce, est effectivement d’un ordre différent de celui de la connaissance philosophique. Celle-ci, en effet, s’appuie sur la perception des sens, sur l’expérience, et elle se développe à la lumière de la seule intelligence. La philosophie et les sciences évoluent dans l’ordre de la raison naturelle, tandis que la foi, éclairée et guidée par l’Esprit, reconnaît dans le message du salut la “plénitude de grâce et de vérité” que Dieu a voulu révéler dans l’histoire et de manière définitive par son Fils Jésus Christ.
3] A LA PLENITUDE DES TEMPS
Respectueuse de notre rythme et de notre capacité, “La révélation de Dieu s’inscrit donc dans le temps et dans l’histoire” 21. C’est comme un fruit, une attente qui mûrit. Et
“Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils; il est né d’une femme, il a été sujet de la Loi juive pour racheter ceux qui étaient sujets de la Loi et pour faire de nous des fils. Et voici la preuve que vous êtes des fils : envoyé de Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos coeurs, et il crie vers le Père en l’appelant “Abba !”. Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu”.
L’Eglise est consciente d’être dépositaire d’un message qui a son origine en Dieu même. La connaissance qu’elle propose à l’homme ne lui vient pas de sa propre spéculation, fût-ce la plus élevée, mais du fait d’avoir accueilli la Parole de Dieu dans la foi.
“Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté 24, par lequel les hommes ont accès auprès du Père par le Christ, Verbe fait chair, dans l’Esprit Saint, et sont rendus participants de la nature divine”.
C’est là une initiative pleinement gratuite, qui part de Dieu pour rejoindre l’humanité et la sauver. En tant que source d’amour, Dieu désire se faire connaître, et la connaissance que l’homme a de lui porte à son accomplissement toute autre vraie connaissance que son esprit est en mesure d’atteindre sur le sens de son existence.
Le don de Dieu, après avoir été désiré, peut enfin être accueilli. Et en fait, le fruit de l’arbre de la connaissance révélée est double. Dieu le Tout-Autre, Dieu l’Inconnaissable se donne à connaître. Mais en même temps qu’il nous révèle son intimité, il nous donne d’y pénétrer.
A) CONNAITRE DIEU
La quête spirituelle de l’humanité, guidée par les prophètes, débouche sur Jésus de Nazareth, considéré lui-même par beaucoup de ses contemporains comme un prophète puissant en paroles et en actes. Certains se demandent s’il n’est pas “le” Prophète ultime. Ainsi, les apôtres eux-mêmes, chercheurs assoiffés de Dieu, se sont mis à sa suite. Mais on sent bien le décalage qui existe encore entre l’offre et la demande. Philippe dit à Jésus 26 : “Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit”. Autrement dit, fais-nous connaître le vrai Dieu et on aura atteint le but.
Jésus en effet est venu pour faire connaître les profondeurs de Dieu. Mais précisément, au point culminant de la révélation, Il ne nous parle pas de Dieu, mais du Père. Or, comment connaître quelqu’un comme un père sans parler d’un fils, comment découvrir Dieu-le-Père en dehors de sa relation avec son Fils ? “Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père.” Seul le Fils peut être témoin du Père.
“Pour vous, qui suis-je ?” Jésus n’est pas un prophète, un de plus, sur la route qui conduit à Dieu, mais “dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, il (Dieu) nous a parlé par ce Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Reflet resplendissant de la gloire du Père, expression parfaite de son être, ce Fils qui porte toutes choses par sa parole puissante...”.
Ainsi, “après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître”.
Celui que l’on appelle “Dieu”, peut enfin être nommé véritablement : “Père”, “Abba”, parce que le Fils l’a pleinement dévoilé.
B) NAITRE AVEC DIEU
Mais la lettre aux Hébreux poursuit avec cette expression : “au moment d’introduire le Premier-Né dans le monde à venir”. Non seulement Jésus est le Fils unique du Père, mais il en est le Premier-Né. Il y a donc des frères; il y a donc des fils ! Car “le créateur et maître de tout voulait avoir une multitude de fils à conduire jusqu’à la gloire”.
Connaître Dieu en effet nous conduit nous-mêmes à renaître d’en haut selon l’expression johannique. Connaître Dieu est bien une quête de sens, mais pas seulement une recherche théorique. La connaissance de Dieu nous fait devenir ce que nous sommes en vérité : des créatures appelées depuis le commencement à devenir les fils et les filles de Dieu, des créatures ayant pour vocation la divinisation, c’est-à-dire la participation, par don, de la nature divine, de la vie même de Dieu. Ce qu’est Jésus de toute éternité et par nature, nous avons à le devenir par grâce.
Telle est la vraie connaissance, celle qui fait naître avec. Nous sommes comme le nageur qui a pénétré dans l’Océan et qui s’avance au large. Plus il nage, plus il communie et donc plus il connaît.
La vraie connaissance est toujours liée à l’amour.
4] JE SUIS L’ALPHA ET L’OMEGA
Toute la pédagogie divine, toute la recherche de l’humanité avec ses tâtonnements, tout conduisait à cette naissance, il y a deux mille ans à Bethléem, d’un homme - vrai homme -, qui en même temps est le Fils unique de Dieu - vrai Dieu -, Dieu-fait-homme pour toujours, “ce Fils qui... après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine au plus haut des cieux” comme dit la lettre aux Hébreux.
On comprend l’émotion du pape Jean-Paul II au cours de son pèlerinage jubilaire en Terre Sainte : "Là, je contemplerai les lieux où le Christ a donné sa vie et l'a ensuite reprise dans la résurrection, nous faisant don de son Esprit. Là, je voudrai crier encore une fois la grande et consolante certitude que "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle... O lieu de la Terre, lieu de la Terre sainte... tu es un lieu de rencontre".
Là, il y a deux mille ans, “Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu”... En Jésus de Nazareth, enfin, “Voici l’Homme”, voici Adam tel que le Père l’avait projeté. En lui, “tout est accompli”...
“Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est lui-même fait chair, afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et récapitule toutes choses en lui. Le Seigneur est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent tous les désirs de l’histoire et la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les coeurs et la plénitude de leurs aspirations. C’est lui que le Père a ressuscité d’entre les morts, a exalté et fait siéger à sa droite, le constituant juge des vivants et des morts”.
A) LE VERBE DE DIEU EN NOTRE LANGAGE HUMAIN
Au premier chapitre de l’Apocalypse, (ou Révélation) de Jésus-Christ, ce dernier proclame : “Je suis l’alpha et l’oméga”. En effet, il est “le premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé... Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui”. Il est aussi “le commencement, le premier-né d’entre les morts, puisqu’il devait avoir en tout la primauté. Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total”.
Celui qui est l’Alpha et l’Oméga, en faisant route avec nous, nous a fait connaître le dessein de Dieu. Et “la révélation de Jésus Christ est définitive et complète. On doit en effet croire fermement que la révélation de la plénitude de la vérité divine est réalisée dans le mystère de Jésus Christ, Fils de Dieu incarné, qui est “le chemin, la vérité et la vie” (Jn 14,6) : “Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler” (Mt 11, 27); “Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique-engendré, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître (Jn 1, 18); “En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa plénitude (Co 2, 9-10)”.
Aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de Jésus Christ à la fin du temps.
B) LA REPONSE FILIALE INCARNEE
Jésus de Nazareth est non seulement ce Verbe venu nous faire connaître le Père, mais il est encore le Fils qui a délivré en notre chair la réponse filiale.
Seul le Fils de Dieu et Fils de l’Homme pouvait aimer jusque-là; seul celui qui est un avec le Père, pouvait ainsi, pour nous et à notre tête, “aller au Père”.
Non seulement il nous a dévoilé notre vocation, mais il l’a accomplie... pour nous. Il est “à la fois le médiateur et la plénitude de toute la révélation”.
Jésus “achève la Révélation en l’accomplissant”. Il est le lieu même de notre salut. Il est le salut en personne. Par Jésus-Christ, avec lui et en lui, nous sommes devenus des fils. Aussi, à la suite des Apôtres, pouvons-nous proclamer qu’ “il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés”.
Jésus est le Seigneur de tous : “on peut et on doit dire que Jésus-Christ a une fonction unique et singulière pour le genre humain et pour son histoire : cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue. Jésus est en effet le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous”.
Dès lors, pour nous, le salut ne pourra être que participation et incorporation.
Et c’est là tout le rôle du second Paraclet, l’Esprit Saint, qui poursuit son oeuvre sans le monde et achève toute sanctification. Le Fils s’est consacré lui-même dans notre chair pour que nous soyons nous-mêmes consacrés et l’Esprit du Fils actualise en nous cette consécration, il nous filialise.
“Le lien entre le mystère salvifique du Verbe fait chair et celui de l’Esprit est donc clair, qui en fin de compte introduit la vertu salvifique du Fils incarné dans la vie de tous les hommes, appelés par Dieu à une même fin, qu’ils aient précédé historiquement le Verbe fait homme ou qu’ils vivent après sa venue dans l’histoire : l’Esprit du Père, que le Fils [glorifié] donne sans mesure les anime tous”.
5] LES TEMOINS DE “JE-SUIS-LA-VERITE”
Les disciples de Jésus, ainsi éclairés, sont établis témoins de la Révélation. L’Eglise a pour mission en quelque sorte d’être la visibilité du salut opéré par, avec et en Jésus-Christ. En elle, “nous vivons et nous anticipons dès maintenant ce qui sera l’accomplissement du temps”.
Cependant, elle n’est pas le seul lieu du salut, elle n’est pas une arche de Noé exclusive. Elle est encore une fois la visibilité du salut, le sacrement du salut, c’est-à-dire le signe et le laboratoire du salut. Mais l’action salvifique de Jésus Christ, avec et par son Esprit, s’étend à toute l’humanité, au-delà des frontières visibles de l’Eglise. Traitant du mystère pascal, où le Christ associe déjà maintenant le croyant à sa vie dans l’Esprit et lui donne l’espérance de la résurrection, le Concile affirme : “Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le coeur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal... Tous ceux et toutes celles qui sont sauvés, participent, bien que différemment, au même mystère de salut en Jésus Christ par son Esprit”.
En effet, “Le concours de médiations de types et d’ordres divers n’est pas exclu, mais celles-ci tirent leur sens et leur valeur uniquement de celle du Christ, et elles ne peuvent être considérées comme parallèles ou complémentaires”.
Quant à l’Eglise, elle est elle-même en route. Gardant dans son coeur tous ces événements et pénétrant toujours plus profondément dans le mystère, “tandis que les siècles s’écoulent, [elle] tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu” 39. Elle sait que “toute vérité atteinte n’est jamais qu’une étape vers la pleine vérité qui se manifestera dans la révélation ultime de Dieu : “Nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. A présent, je connais d’une manière partielle; mais alors je connaîtrai comme je suis connu” (1 Co 13, 12)”.
L’Eglise doit demeurer en tenue de service pour remplir au milieu des hommes, ses frères, une “diaconie de la vérité” 41, en gardant dans son coeur, comme la Vierge Marie, tous ces événements, en scrutant les Ecritures et les signes des temps.
L’Esprit et l’Epouse disent : “Viens !”. Celui qui entend, qu’il dise aussi : “Viens !” Celui qui a soif, qu’il approche. Celui qui le désire, qu’il boive l’eau de la vie, gratuitement... “Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous les hommes”
.
TRANSITION
Ainsi, pour être sauvés, il ne s’agit pas forcément d’être chrétiens. La “bonne volonté”, la droiture de conscience, sont en elles-mêmes, parce qu’en adéquation au Créateur et Père de tous, qui agit en tous et par tous, des terres d’accueil du salut opéré par Jésus Christ, même si cela n’est pas explicite.
Ceci dit, il convient maintenant d’analyser le message énoncé par le courant du Nouvel Age, la version actuelle de cette gnose vieille de deux mille ans.
Auparavant, relisons cette invitation du P. Jean Vernette dans son livre “Le Nouvel Age” :
"La montée en puissance des mouvements du Nouvel Age est l'une des expressions du retour du religieux sous sa forme de néo-paganisme et de gnose.
Elargissons donc en finale notre propos au surgissement de la nouvelle religiosité contemporaine. Il représente en effet l'un des défis majeurs pour l'évangélisation à l'approche de l'an 2000. Avons-nous les moyens de cette nouvelle mission ? C'est une question.
L'Eglise en nos pays a dû en effet s'équiper pastoralement au lendemain de la guerre, et avec une rare capacité d'invention missionnaire, pour l'évangélisation d'un homme incroyant et sécularisé dont on avait toutes raisons de penser qu'il serait le modèle dominant en Occident. Et cette perspective a mobilisé l'essentiel des forces apostoliques. Or, voici que surgit un homme "religieux" et païen que l'on n'attendait guère. Et c'est à lui qu'il faut annoncer l'Evangile. Dans sa propre langue.
Car si "l'Esprit-Saint nous parle par l'incroyance", comme le disait Paul VI, il nous parle aussi par le paganisme, la gnose et la nouvelle religiosité. Par les mouvements du Nouvel Age. Il n'est pas interdit d'y déceler même parfois des "pierres d'attente de l'Evangile". A condition de savoir discerner fermement. Il s'agit donc : de prendre en compte le religieux après l'avoir exorcisé, de répondre à l'intérieur du christianisme aux attentes qu'il exprime, de l'évangéliser en ce qu'il a d'évangélisable.
Tout d'abord, il importe de savoir répondre à certains appels de l'homme contemporain. Besoin d'une vision unifiée des choses, désir de convivialité et de chaleur humaine, aspirations à la "vraie vie" par-delà la "vie vraie", recherche d'une aventure spirituelle par un retour à la Source originelle: ces attentes sont à prendre au sérieux.
Dans ses aspects mystiques par exemple, le Nouvel Age propose une forme de religiosité qui rejoint le sentiment religieux contemporain en certains de ses déplacements. Nous avons alors à en tenir compte avec discernement lorsque nous proposons la foi chrétienne.
Déplacement premier : de l'adhésion à la recherche, du "discours" (sur la doctrine) au "parcours" (aujourd'hui on est toujours "en recherche"...). Il n'y a certes pas à avaliser cette quête errante de spirituel, car la foi est assurance en la Parole "sûre" du Verbe de Dieu. Mais à éviter de présenter le christianisme comme un système rigide et clos où tous les aiguillages seraient faits d'avance. Car Dieu est Quelqu'un que l'on cherche avant d'être un énoncé notionnel uniquement clos dans une définition : c'est la leçon de tous les mystiques.
Déplacement de la religion à la Sagesse. Beaucoup sont davantage en quête de paix intérieure et de spiritualité que de dogmes et d'institutions religieuses. Il y a alors à discerner, car le refus du dogme est souvent une autre forme du subjectivisme et du relativisme doctrinal. Mais aussi à remettre en valeur le christianisme comme Sagesse : sagesse du corps, paix du coeur, harmonie avec la création; celles de François de Sales, de Bernard de Clairvaux, de François d'Assise. Le christianisme comme Voie -"la Voie", disent les premiers chrétiens-; une Voie qui vaut toutes les voies orientales. Comme initiation qui vaut toutes les gnoses initiatiques. Et ce, en retournant à notre patrimoine spirituel, aux catéchèses mystagogiques du baptême, à la symbolique des Pères de l'Eglise, au sain ésotérisme du langage de la pierre chez les bâtisseurs de cathédrales, à la vision biblique de la nature comme livre de Dieu.
Déplacement enfin du notionnel à l'émotionnel. Les enfants du Verseau veulent expérimenter Dieu "en direct", dans une sorte d'appétit sauvage qui pousse vers les groupes chauds où l'on chante, où l'on danse, où l'on est bien ensemble. Sans confondre spirituel et irrationnel, il y a donc à retrouver le sens du corps dans la prière, de la fête dans la liturgie, des symboles "charnels" qui parlent au coeur et aux sens : eau et lumière, flamme et encens, gestuelle et icônes. A nous interroger sur le climat froid et compassé de certaines de nos célébrations.
Alors on pourra évangéliser le religieux. Après l'avoir au préalable exorcisé, car il n'est pas toujours saint ni sain. On avait voulu chasser la religion de nos sociétés occidentales en la déclarant aliénante. Mais "chassez la religion, elle revient au galop!". Et voici qu'elle revient, à l'approche de l'ère nouvelle, sous des formes bien confuses où l'ivraie est inextricablement mêlée au bon grain. Aussi faut-il procéder à une sérieuse dépollution des formes maladives de ce maquis qui peut devenir empoisonné. C'est un premier travail d'écologie spirituelle préalable nécessaire à toute évangélisation du religieux. Car le christianisme est la conversion à Jésus-Christ d'une dimension religieuse constitutive de l'homme, mais qui est païenne à l'origine.
Les dieux du paganisme sont respectables certes, comme l'expression tâtonnante de la Voie et de la Vérité. Ils ne sont pas le vrai Dieu, révélé par Jésus qui est seul la Voie et la Vérité.
Le désir qui met en route certains vers les contrées mystiques du Verseau et les égare dans les opiums de Katmandou et les rêveries de l'étrange, est cependant parfois en germe le désir de Dieu. Tout comme le désir de l'eau chez la Samaritaine, cette soif très banale et à ras de terre, était en germe le désir de l'eau vive. Encore fallait-il que quelqu'un lui révèle et son désir et l'eau qui le comblerait. Cette révélation, c'est l'évangélisation.
Elle consistera alors:
- à identifier ce qui est christianisable : la défense de la nature, la redécouverte de l'intériorité, la recherche de paix et d'unité. Et ce qui ne l'est pas : le culte du moi, le syncrétisme négateur de toute révélation, les multiples caricatures de l'authentique spirituel;
- à redécouvrir les propres richesses de notre Credo. Si nous ne parlons plus de la communion des saints, les gens iront chercher dans le channelling spirite la réponse à leurs questions sur la communication avec leurs morts. Si nous ne parlons plus de la résurrection de la chair, des fins dernières, de la vie éternelle, ils rejoindront les 23% d'Européens qui croient déjà à la réincarnation;
- à réapprendre à dire en direct l'Evangile, au milieu du vacarme des mille bateleurs vantant chacun leur marchandise au grand cirque de la nouvelle religiosité. C'est le kérygme pour la seconde évangélisation de l'Occident, chère à Jean-Paul II.
Nous accueillons dans l'Eglise, et avec coeur grand ouvert, des gens qui sont demandeurs de quelque chose. Sans doute avons-nous aussi à nous déplacer parfois pour aller à ceux qui ne sont demandeurs de rien, mais chercheurs de quelque chose : de Quelqu'un ? C'est-à-dire à rejoindre les hommes dans les régions où ils posent leurs questions et tracent leurs itinéraires de recherche. Même si leurs moeurs, leur vocabulaire, leurs centres d'intérêts nous déconcertent grandement. Comme Paul de Tarse entendant en songe l'appel du Macédonien à apporter l'Evangile sur des terres nouvelles, ne s'agirait-il pas pour nous aussi d'aller aux croyants hors frontières ? A l'approche de l'an 2000 et de l'ère du Verseau...
Dans sa réponse à l’appel du Macédonien, Paul a fait une double expérience. Il a touché du doigt l’incompatibilité d’une pensée philosophique gnostique avec la révélation de Jésus Christ : “Quand ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns riaient, et les autres déclarèrent : ‘Sur cette question nous t’écouterons une autre fois’”. “Cependant quelques hommes s’attachèrent à lui et devinrent croyants”...
En fait, l’ivraie est mêlée au bon grain. Les vrais quêteurs existent, honnêtes et disponibles. Bien entendu, les intentions de certains prophètes actuels sont plus mercantiles, superficielles, voire expressément hostiles à la foi chrétienne. Pour naviguer dans cette nouvelle culture, il convient d’en connaître les tenants et les aboutissants, un peu comme les chrétiens des communautés johanniques affrontés aux gnostiques primitifs, lesquels parlaient eux aussi du Logos mais ne mettaient pas le même sens sous le même vocable.
Trois exemples pris dans la littérature de ce courant actuel nous aideront à en saisir les attentes et les dangers. Il s’agit de :
1- Jonathan Livingston le Goéland. Sans doute connaît-on plus le film que le livre. “Jonathan Livingston le Goéland" est un conte initiatique; c'est l'histoire d'un jeune goéland qui échappe au sort de son clan en expérimentant des techniques audacieuses de vol. Cette oeuvre a servi parfois de fil conducteur à des retraites de profession de foi; des parents ont choisi, à cause d’elle, de donner à leur enfant le prénom de Jonathan. Il est vrai que les images par elles-mêmes ont pu séduire : un goéland entre ciel et mer. Dans une première lecture, on peut être sensible au courage et à la persévérance de Jonathan qui refuse la routine de ses congénères pour bâtir lui-même sa vie, dans l'épanouissement de toutes ses virtualités : s'il a des ailes, c'est qu'il est fait pour voler ! C'est "un goéland luttant pour échapper à la servitude, entrevoyant lui aussi dans le vol autre chose qu'un moyen de locomotion permettant d'aller ramasser un croûton de pain jeté d'une barque". Nous ne sommes pas des êtres réduits à "métro-boulot-dodo"! Les efforts de Jonathan le conduisent à la sagesse et à l'idée même que la mort n'existe pas. Cette invitation au dépassement d’une vie matérialiste et à la réalisation de son potentiel est positive.
Simplement, le message de ce conte n’est sans doute pas celui que l’on croit. Une étude plus approfondie permettra de le comprendre. En effet, un second regard nous révèle que le récit est issu d'une toute autre inspiration. En fait, tous les thèmes gnostiques s'égrainent au long des péripéties et des aventures de notre jeune goéland. Par exemple : le refus de la condition de la masse ignorante, l'entreprise de libération appuyée uniquement sur les forces de l'individu, les conditions de la future vie tissées à même ce qui a été appris au cours de la précédente, les pouvoirs illimités, la réincarnation, la fusion finale dans la pensée du Grand Goéland, etc...
2- Un livre écrit par Arnaud Desjardins, auteur dont la spiritualité a séduit et continue de séduire certains de nos contemporains, même chrétiens, en recherche. Il s’agit de “En relisant les Evangiles...”
3- Une autobiographie de Bernard Besret, ancien prieur de Boquen, cette communauté monastique en vogue dans les années 1960 : “Confiteor”.
Ces trois expressions vont alimenter notre interrogation sur le Christ version nouvel age.

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Published by Gamaliel21 - dans Spiritualité
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