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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 08:11

Introduction

Ce rituel, publié au début des années soixante par Théo Venckeleer dans la Revue Belge de Philologie et d’Histoire, est un fragment de texte occitan inclu dans un document plus volumineux.
Ce manuscrit, portant la côte « 269 », faisait partie d’un fond de documents vaudois rassemblés au XVIIe siècle. il ne fut reconnu comme d’origine cathare qu’au siècle dernier. Il est daté de la seconde moitié du XIVe siècle, ce qui est tardif pour un ouvrage cathare.
Déodat Roché en attribuait la rédaction à un auteur cathare influencé par les positions des garatistes de l’église de Concorezzo. La traduction du chercheur belge comportant quelques erreurs, c’est à partir du document original que Anne Brenon effectua une nouvelle traduction qui fut ajoutée à l’ouvrage de René Nelli « Écritures cathares » à l’occasion d’une révision qu’elle fit de l’ouvrage.

Qualités et défauts

L’intérêt majeur de ce texte est qu’il offre une approche détaillée — bien plus que ne le font les deux autres rituels disponibles — de la catéchèse cathare.
Malheureusement, ce texte pose plusieurs problèmes, certains liés à la personne qui en a effectué la retranscription initiale, d’autres liés à son contenu même.
En effet, « la Glose du Pater » montre une qualité de copie nettement inférieure à celle du traité de « l’Église de Dieu ». Cela est à attribuer au copiste initial dont la graphie et la qualité sont sans rapport d’un texte à l’autre d’après Anne Brenon.
Mais, essayons de voir les choses d’un peu plus près.

« L’Église de Dieu »

Cette partie constitue un véritable traité, à l’image de celui du « Livre des deux Principes » de Jean de Lugio. Comme ce dernier, il s’agit clairement d’un texte à usage interne à l’église cathare et non d’un ouvrage de prédication à destination des croyants. On y retrouve tous les fondamentaux de la doctrine cathare.
Ce qui est marquant et typiquement cathare est la mise en avant de prééminence du sens intelligible d’un texte sur son sens littéral. Cette particularité marquera clairement la différence entre le catharisme et le catholicisme.

« La Glose du Pater »

Ce texte correspond à l’enseignement précédant la transmission de la Sainte Oraison qui faisait d’un sympathisant, un vrai croyant autorisé à réciter le Pater en compagnie des Bons Chrétiens.
Ce qui frappe au premier abord, c’est l’abondance de références prises dans l’Ancien Testament quand les deux autres rituels en appellent eux au Nouveau Testament, même si c’est plus sensible dans le « Rituel occitan de Lyon » que dans le « Rituel latin de Florence » quoique ce dernier soit infiniment plus avare de telles citations que l’ouvrage de Dublin.
Les explications verbeuses cherchant à présenter la création divine selon une hiérarchisation en sept niveaux fut considéré par Déodat Roché comme une influence d’Origène. En effet, la tentative de rapprochement qu’opère ce texte avec les positions de l’église romaine sont manifestes.
C’est sur cette base que Anne Brenon proposa d’attribuer ce document à Didier de Concorezzo, garatiste et fils majeur de l’évêque Nazaire. Cet adversaire acharné de Jean de Lugio aurait, par ce texte, tenté d’infléchir encore plus la position — déjà très mitigée du monisme de son église — pour la rapprocher encore de la position de l’église catholique romaine.
On retrouve également dans ce texte l’énoncé de la théorie traducianiste qui permettait aux monistes d’intégrer le péché originel dans une doctrine cathare, là où les dyarchiens le rejetaient formellement.
Si Didier de Concorezzo est validé comme auteur vraisemblable de ce texte, il faut rappeler qu’il était considéré comme favorable à la notion de jugement dernier et de punition divine, se basant pour cela sur l’« Interrogatio Johannis », apocryphe chrétien du IIe siècle donné aux monistes italiens par une église bogomile.
Enfin, cette partie semble s’éloigner fortement des écrits cathares en ce sens que sa compréhension des Écritures est trop souvent littérale ce qui est l’opposé de la méthode cathare que nous avons vu précédemment.

Conclusion

Que faut-il retenir de ce rituel ?
Je pense qu’il faut savoir lui reconnaître sa qualité de traité cathare exposant clairement et méthodiquement les fondamentaux de la doctrine cathare.
Cependant, je n’y vois pas un ouvrage supérieur aux autres textes cathares, bien au contraire, en raison de ce que je viens d’expliquer dans le chapitre précédent.
Sans compter que l’on peut craindre légitimement que les vaudois qui l’ont conservé aient pu, le modifier ou ne garder que les fragments correspondant à leurs vues.
À l’instar de Déodat Roché — et l’on ne peut que rendre hommage à l’intégrité intellectuelle de ce farouche partisan d’une mystique cathare — on doit se garder de tout débordement mystique à la lecture de ce document, comme on pu le faire certains.
Au total, je le trouve intéressant, surtout pour ce qui est du traité de « L’Église de Dieu », mais sans rapport avec la qualité du traité de Jean de Lugio.

Source : http://www.catharisme.eu/religion/doctrine-chretienne-cathare/rituel-dublin/

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Published by Éric de Carcassonne - dans Cathares
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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 08:08

Au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit.

Nous désirons donner, selon le témoignage des Saintes Ecritures, la connaissance et la compréhension de l'Eglise de Dieu. Ladite Eglise n'est faite ni de pierre, ni de bois, ni de toutes autres choses faites de main d'homme, ainsi qu'il est écrit dans les Actes des Apôtres: "Dieu ne réside pas dans des maisons faites de main d'homme.".

Car cette Eglise est la réunion des fidèles et des saints hommes en laquelle Christ demeure et demeurera jusqu'à la fin des siècles, comme le dit le Seigneur: "Et voici, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde". Et dans l'Evangile de Jean: "Si quelqu'un m'aime. il gardera ma parole et mon Père l'aimera, nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui". Et il dit aussi: "... si vous m'aimez. gardez mes commandements, et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir car il ne le voit ni ne le connaît. Mais vous, vous le connaissez, car il demeure en vous et il sera en vous".

Paul parle de cette Eglise, plus loin dans l'Epître aux Corinthiens: "... ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu et que l'esprit habite en vous? Si quelqu'un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira: car le temple de Dieu est saint et c'est ce que vous êtes".

Et aussi: "... ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu.

Et aussi: "Car nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l'a dit: J'habiterai et je marcherai au milieu d'eux; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. C'est pourquoi, Sortez du milieu d'eux, Et séparez-vous, dit le Seigneur; Ne touchez pas à ce qui est impur, Et je vous accueillerai. Je serai pour vous un père, Et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout puissant. "

Et Paul dit aussi à Timothée: " Je t'écris ces choses, avec l'espérance d'aller bientôt vers toi, mais afin que tu saches, si je tarde, comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Église du Dieu vivant, la colonne et l'appui de la vérité. " Et il dit encore aux Hébreux: "Christ est comme Fils sur sa maison; et nous sommes sa maison". Mais dans l'Evangile de Matthieu, Christ dit de cette Eglise à Pierre: "Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle". Et Luc dit dans les Actes des Apôtres: "L'Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, s'édifiant et marchant dans la crainte du Seigneur, et elle s'accroissait par l'assistance du Saint-Esprit".

Et le Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Evangile de Matthieu: "Si ton frère a péché, va et reprends le entre toi et lui seul. S'il t'écoute tu as gagné ton frère mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes afin que l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Eglise: et s'il refuse aussi d'écouter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain".

Mais l'Eglise du Christ ne pourrait faire toutes ces choses si elle était en construction comme celles qu'on appelle des églises, car de telles constructions ne peuvent ni marcher, ni entendre, ni parler. Car Paul dit de cette Eglise sainte du Dieu vivant aux Ephésiens: "Christ a aimé l'Eglise et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, par la parole de vie, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau, afin de faire paraître devant lui cette Eglise glorieuse, sans taches ni rides, ni rien de semblable, mais sainte et impeccable".

Et cette Eglise pure et sainte est la chambre du Saint-Esprit, comme il a été démontré plus haut, de laquelle Christ dit: "Car ce n'est pas vous qui parlerez mais c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous".

II.

Cette Eglise de Dieu, dont nous parlons, a reçu tel pouvoir de notre Seigneur Jésus-Christ que les péchés sont pardonnés par ses prières, comme Christ le dit dans l'évangile de Jean: "Recevez le Saint-Esprit; ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus". Et Matthieu dit: "Il leur donna pouvoir de chasser les mauvais esprits". Et Marc écrit: "Il leur donna le pouvoir de chasser les démons"; et Luc: "Il leur donna pouvoir sur tous les démons".

Et Christ dit encore dans l'évangile de Matthieu: "Si ton frère refuse d'écouter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Je vous dis encore que si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux".

Et Pierre dit dans son épître: "Car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles sont attentives à leurs prières". Et Jacques dit: "Car la prière du juste a une grande valeur". Car Christ dit dans l'évangile de Marc: "C'est pourquoi je vous le dis: tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir". Et il dit encore: "Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils saisiront les serpents, ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris".

Mais pour ceux qui souffrent de la maladie du péché, Jacques révèle la manière de guérir l'infirmité de l'âme: "Quelqu'un parmi vous est-il malade? Qu'il appelle les Anciens de l'Eglise, et que les Anciens prient pour lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur, et la prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera et s'il a commis des péchés il lui seront pardonnés".

Pour cette raison et beaucoup d'autres, il s'est avéré que seules les prières de la sainte Eglise du Christ peuvent remettre les péchés, ainsi que Christ le dit: "Tous ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés, et tous ceux à qui vous retiendrez leurs péchés, ils leur seront retenus".

Mais si d'aucuns sont si aveugles et si ignorants pour penser qu'il déclara que ce pouvoir n'advint et ne fut donné qu'aux seuls apôtres, qu'ils étudient l'évangile de Jean où Christ dit: "Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des siècles". Et encore: "Cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive". Pour ces raisons, il est certain que le pouvoir détenu par l'Eglise de Christ est maintenu et le sera jusqu'à la fin.

III.

Cette Eglise s'abstient de tuer et ne consent pas à ce que le meurtre soit commis. Car Notre Seigneur Jésus-Christ dit: "Si tu veux entrer dans la vie, ne soit pas meurtrier". Et il dit encore: "Vous avez entendu qu'il a dit aux anciens: tu ne tueras point: celui qui tue mérite d'être puni par les juges. Mais moi je vous dit que quiconque se met en colère contre son frère, mérite d'être puni par les juges". Et Paul dit: "Tu ne tueras point". Et Jean dit dans son épître: "Et vous savez que le meurtrier n'a pas la vie éternelle".

Et il est dit dans l'Apocalypse que "les meurtriers sont hors de la cité sainte". Et il dit encore que "tout homme qui tueras par l'épée sera tué par l'épée". Et aussi que "la part des meurtriers sera en l'étang ardent du feu et de soufre".

Et Paul dit aux Romains pleins d'envie, de meurtres, de querelles, de fraudes et de malice: "Ceux qui commettent de telles choses sont dignes de mort" et non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font.

IV.

Cette Eglise s'abstient de l'adultère et de toutes les impuretés, car notre Seigneur Jésus-Christ dit: "Tu ne commettras point l'adultère". Et il dit aussi dans l'évangile de Matthieu: "Vous avez appris qu'il a été dit aux Anciens: tu ne commettra point d'adultère. Mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère dans son coeur avec elle". Et encore: "C'est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les adultères et les impudicités et toutes les choses souillent l'homme".

Et dans le livre des Prophètes, il est écrit: "Celui qui commet un adultère dans la folie de son coeur, détruit son âme". Et Paul dit aux Ephésiens: "Que ni la fornication, ni aucune espèce d'impureté ne soient nommées parmi vous". Il dit aussi: "Et sachez bien qu'aucun impudique, impur ou cupide n'a d'héritage dans le royaume du Christ".

Il est dit aux Galates: "Les oeuvres de la chair sont manifestes: ce sont la fornication, l'impureté, l'impudicité, la luxure, etc... Et ceux qui commettent de telles choses n'hériteront pas du royaume de Dieu". Et il dit encore aux Corinthiens: "Ne vous trompez pas: ni les impudiques, ni les cupides, ni les adultères n'hériteront du royaume de Dieu". Et il dit aux Hébreux: "Dieu jugera les impudiques et les adultères".

Et dans l'Apocalypse il est écrit: "Les impudiques seront jetés hors de la cité sainte". Et Jean dit encore que "la part des adultères sera dans l'étang ardent de feu et du soufre" et que c'est la seconde mort.

V.

Cette Eglise s'abstient de tous les vols: car notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'évangile de Matthieu: "tu ne voleras point". Et Paul dit aux Ephésiens: "Que celui qui volait ne vole plus: mais qu'il travaille, en faisant de ses mains ce qui est bien pour avoir de quoi donner". Et il dit aussi aux Romains: "Tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain". Et Pierre dit dans son épître: "Qu'aucun de vous ne souffre comme meurtrier, ou comme voleur, ou comme s'ingérant dans les affaires d'autrui".

VI.

Cette Eglise s'abstient du mensonge et des faux témoignages: car notre Seigneur Jésus-Christ dit: "Tu ne mentiras point".

Et Pierre dit dans son épître: "Si quelqu'un veut aimer la vie, et voir des jours heureux, qu'il préserve sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses".

Et Paul dit aux Romains: "Tu ne porteras pas de faux témoignages"; et également aux Ephésiens: "C'est pourquoi renoncez au mensonge et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain".

Et dans l'Apocalypse Christ dit : "qu'il n'entrera dans la cité sainte rien de souillé ni personne qui se livre à l'abomination et au mensonge".

Et il dit encore que "sera rejeté de la cité sainte tout homme qui aime et pratique le mensonge"; et aussi que "la part des menteurs sera dans l'étang ardent de soufre et de feu".

C'est pourquoi Paul dit aux Colossiens: "Ne mentez pas les uns les autres". Et dans le livre des Prophètes, il est écrit: "La bouche qui ment détruit l'âme".

VII.

Cette Eglise s'abstient de jurer: car notre Seigneur Jésus-Christ a dit dans l'évangile de Matthieu: "Ne jurez aucunement, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car c'est son marchepied, ni par Jérusalem parce que c'est la ville du grand roi, ni par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu".

Mais en outre, après avoir interdit de jurer, il enseigne comment l'on doit parler, disant: "Que votre parole soit oui, oui, non, non", comme s'il disait: ce que tu as dans le coeur, dis le seulement par des mots, sans jurer.

Car le Christ dit que: "Ce qui est en plus vient du malin".

Ce qui est du diable est appelé le mal dont nous demandons à Dieu, dans nos prières, de nous délivrer, disant: "Délivrez-nous du mal".

Mais à l'encontre de ce précepte, la maligne Eglise romaine dit et affirme que l'homme doit jurer et dit que Dieu jura et que les anges aussi. Mais en raison de cela, s'ils ont juré nous ne le devons pas; car ni à Dieu ni aux anges n'a été donné le commandement de ne point jurer.

Et Paul dit que là où il n'y a pas de loi, il n'y a pas de transgression. C'est pourquoi on ne doit pas jurer, car il nous est prescrit de ne point le faire; car si l'on jure, on se parjure souvent.

Il est ainsi manifeste que plus de cent mille parjures ont été faits par la maligne Eglise Romaine.

C'est pourquoi Jacques, l'Apôtre, qui avait entendu la vérité de notre Seigneur Jésus-Christ dit dans son épître: "Avant toute chose, mes frères, ne jurez ni par le ciel, ni par la terre, ni par aucun autre serment. Mais que votre oui soit oui, et que votre non soit non, afin que vous ne tombiez pas sous le jugement".

Et c'est pourquoi l'Eglise du Christ ne jure pas; car si elle le faisait, elle transgresserait la loi du Christ qui a dit: "Ne jure pas".

VIII.

Cette Eglise s'abstient du blasphème et des malédictions; car Jacques a dit: "Si quelqu'un croit être religieux sans tenir sa langue en bride mais en trompant son coeur, la religion de cet homme-là est vaine".

Et Paul dit aux Ephésiens : "qu'il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise", et il dit encore : "Que toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie disparaissent de milieu de vous".

Et aux Colossiens il dit : "Renoncez à toutes ces choses, à la colère, à l'animosité, aux blasphèmes, aux mauvaises paroles".

Et Pierre dit dans l'épître: "Ne rendez pas le mal pour le mal; bénissez au contraire car c'est à cela que vous avez été appelés, afin d'hériter la bénédiction. Si quelqu'un en effet veut aimer la vie et voir des jours heureux, qu'il préserve sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses".

Car Jésus-Christ dit qu'au jour du jugement, "les hommes rendront compte de toutes les paroles vaines qu'ils auront proférées.

Car par tes paroles tu seras justifié et par tes paroles tu seras condamné".

Et à cause de la bénédiction juste, quand sera venu le jour du jugement, ils seront appelés bénits.

Et les méchants, qui auront usé de la malédiction, seront appelés maudits, comme le révèle l'évangile de Matthieu: "Lorsque Christ sera assis sur le trône de sa gloire, il séparera les mauvais des bons; et il dira aux bons: venez vous qui êtes bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui a été préparé pour vous...; et aux mauvais il dira: retirez-vous de moi, maudits, allez au feu inextinguible".

IX.

Cette Eglise garde et observe tous les commandements de la loi de vie, car Jacques dit dans son épître: "Quiconque observe toute la loi mais pèche en un seul point, devient coupable de tous.

Car celui qui dit: tu ne commettras point d'adultère, a dit aussi: tu ne tueras point. Or si tu ne commets point d'adultère mais que tu commettes un meurtre, tu deviens transgresseur de la loi".

Et Christ dit: "Ou bien dis que l'arbre est bon et que son fruit est bon, ou bien dis que l'arbre est mauvais et que son fruit est mauvais".

Et c'est pourquoi l'Eglise de Dieu désire que tous ses fruits soient bons pour ressembler à son bon maître et guide Jésus-Christ: car tout ce qu'il a enseigné aux autres, il l'a fait et accompli auparavant dans ses oeuvres en sorte que si d'aucuns ne veulent pas croire en lui par ses paroles, qu'ils croient du moins en lui par ses bonnes oeuvres. Ce dont il dit dans l'évangile de Jean: "Si vous ne voulez pas croire aux paroles, croyez en les oeuvres".

C'est pourquoi Pierre dit: "Christ a souffert pour nous, nous laissant un exemple afin que nous suivions ses traces. Lui qui n'a commis de péché et dans la bouche duquel ne s'est point trouvé de fraude". Ainsi l'Eglise de Dieu, qui est dite corps du Christ, désire suivre son chef Jésus-Christ.

D'où Paul dit: "Il a tout mis sous les pieds de Christ, et lui, il l'a donné pour chef à toute l'Eglise qui est son corps". Et aussi: "Vos corps sont les membres de Christ".

Ainsi, puisque les vrais chrétiens sont membres de Christ, il leur incombe d'être saints, purs et chastes et exempts de tout péché comme leur chef Jésus-Christ, car Jean écrit: "Quiconque demeure en lui ne pèche point et quiconque pèche ne l'a pas vu et ne l'a pas connu".

Il dit encore: "Tout homme qui déclare demeurer en Christ, doit marcher comme il a lui-même marché". Et il dit encore: "Si nous disons que nous sommes en communion avec lui et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité; mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion avec lui".

C'est pourquoi il dit: "Qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste".

X.

Cette Eglise souffre les persécutions, les tribulations et le martyre au nom du Christ; car il a lui-même souffert dans la volonté de sauver et purifier son Eglise et pour lui montrer par sa parole et ses oeuvres que, jusqu'à la fin du monde, elle aura à souffrir la persécution, les insultes et les malédictions, comme il l'a dit dans l'évangile de Jean: "Ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront"; et dans l'évangile de Matthieu: "Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice car le royaume des cieux est à eux.

Heureux serez-vous lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira de vous toute sorte de mal à cause de moi.

Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous".

Et il dit encore: "Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups"; et encore: "Vous serez haïs de tous les hommes à cause de mon nom; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé, Et quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre".

Notons bien tous ces propos du Christ qui contredisent la maligne Eglise romaine.

Car elle n'est pas persécutée pour le bien ou la justice qu'elle aurait en elle, mais au contraire c'est elle qui persécute et tue ceux qui refusent d'accepter ses péchés et ses agissements. Elle ne fuit pas de villes en villes mais régente les villes, les bourgs et les provinces et trône superbement dans les fastes de ce monde, étant la crainte des rois, des empereurs et des autres barons.

Elle n'est pas d'avantage comme un agneau au milieu des loups mais plutôt comme un loup parmi les brebis ou les chèvres; car elle s'efforce de tyranniser les païens, les juifs et les gentils.

Et avant tout, elle tue et persécute l'Eglise du Christ qui supporte tout avec patience, comme l'agneau n'opposant aucune résistance au loup.

C'est pourquoi Paul dit: "C'est pour toi qu'on nous met à mort tout le jour, qu'on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie".

Mais à l'opposé de cela. les prêtres de l'Eglise romaine n'éprouvent aucune honte à dire qu'ils sont les brebis et les agneaux du Christ, et à déclarer que les loups sont l'Eglise du Christ qui est persécutée par eux.

Il y a là une contradiction car dans les temps passés, les loups persécutaient et tuaient les brebis; maintenant tout serait renversé car les brebis seraient si enragées qu'elles mordraient, persécuteraient et tueraient les loups.

Et les loups seraient si patients qu'ils se laisseraient dévorer par les brebis.

Mais l'Eglise romaine dit encore: "nous ne persécutons pas les hérétiques pour leurs bonnes oeuvres, mais à cause de la foi, parce qu'ils refusent de la recevoir.

Notons comme elle semble bien être la fille de ceux qui tuèrent Christ et les apôtres; car ils ont tué et persécuté et ils le feront jusqu'à la fin parce que les saints dénoncent leurs péchés et leur prêchent une vérité qu'ils ne peuvent comprendre.

C'est pourquoi Christ leur dit dans l'évangile de Jean: "Je vous ai fait voir plusieurs bonnes oeuvres venues de mon Père: pour laquelle me lapidez-vous? Et ils répondirent: nous ne te lapidons pas pour une bonne oeuvre mais pour un blasphème".

Ainsi, il est évident que depuis l'origine du monde les loups ont tué et persécuté les brebis et les méchants ont persécuté les bons et les pécheurs ont persécuté les saints.

Et c'est pourquoi Paul dit: "Tout homme qui veut vivre saintement en Jésus-Christ sera persécuté".

Notons qu'il ne dit pas "persécutera" mais "sera persécuté".

Et Jésus Christ dit à son Eglise dans l'évangile de Jean: "L'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu".

Notons qu'il ne dit pas: "l'heure vient où vous persécuterez et ferez mourir les hommes et rendrez un culte à Dieu".

Et Jésus Christ le bon, dit encore aux persécuteurs: "Voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous les tuerez et les crucifierez et vous les battrez avec des verges et vous les persécuterez de villes en villes".

Et dans les Actes des Apôtres, les apôtres disent: "Car, par les nombreuses tribulations et persécutions, nous entrons dans le royaume des cieux".

Et c'est pourquoi Jean l'apôtre dit: "Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait".

XI.

Cette Eglise délivre le saint baptême spirituel qui est l'imposition des mains par laquelle est donné le Saint-Esprit et duquel Jean-Baptiste dit: "Celui qui vient après moi vous baptisera du Saint-Esprit".

C'est pourquoi, lorsque notre Seigneur Jésus Christ vint du trône de sa gloire pour sauver son peuple, il prescrivit à son Eglise de baptiser les autres hommes de ce baptême, comme il le dit dans l'évangile de Matthieu: "Allez et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit".

Et il leur dit dans l'évangile de Marc: "Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création.

Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera perdu". Mais la maligne Eglise romaine, comme un aveugle guidant des aveugles, dit que le Christ référait au baptême d'eau que donnait Jean-Baptiste avant que Christ ne prêche.

Ceci peut être réfuté en plusieurs points: si le baptême que donne cette Eglise était celui que Christ a donné à son Eglise, alors presque tous ceux qui l'ont reçu seraient condamnés, car le Christ dit: "Ceux qui ne croiront pas seront perdus".

Or ils baptisent les petits enfants qui ne peuvent croire en rien et qui n'ont pas l'entendement du bien et du mal; ils les condamneront ainsi par leur parole.

Mais si les gens sont sauvés par le baptême temporel de l'eau, alors le Christ est venu mourir en vain car ils avaient déjà le baptême d'eau.

Il est certain que l'Eglise du Christ baptisait d'un autre baptême que celui de Jean-Baptiste, comme le montre Jean l'évangéliste lorsqu'il dit: "Mais quand Jésus sut que les pharisiens avaient appris qu'il faisait et baptisait plus de disciples que Jean (toutefois Jésus ne baptisait pas lui-même ses disciples) ..."

Et Jean-Baptiste l'a lui-même clairement affirmé, disant: "Je vous ai baptisés d'eau, mais il vous baptisera du Saint-Esprit".

Cependant, Jean n'était venu baptiser d'eau que pour conduire le peuple à croire au baptême du Christ et pour lui rendre, à lui dont il prêchait la venue, un ferme témoignage.

Car l'Esprit Saint ne devait descendre sur aucun de ceux que baptisait Jean, hormis Jésus, ce par quoi il devait reconnaître le Christ, qui baptiserait du Saint-Esprit.

Sinon il n'aurait point su qui était le Christ, comme il l'a dit dans l'évangile de Jean: "Je ne le connaissait pas, mais c'est afin qu'il soit manifesté à Israël que je suis venu baptiser d'eau.

Car j'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et s'arrêter sur lui.

Je ne le connaissais pas; mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau m'a dit: celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et s'arrêter, c'est celui qui baptise du Saint-Esprit.

Et j'ai vu, et j'ai rendu témoignage qu'il est le Fils de Dieu". C'est pourquoi Jean baptisait; car, baptisant dans l'eau, il devait reconnaître Christ et le désigner au peuple comme étant celui qui donnerait l'autre baptême.

Mais de ces deux baptêmes, Paul a montré qu'un seul assure le salut car il dit: "Une seule foi, in seul baptême".

Et Luc dit dans les Actes des Apôtres quel baptême est donné par l'Eglise de Dieu et montre bien que la baptême d'eau est moindre, disant: "Quand Paul vint à Ephèse, il trouva là certains disciples et leur demanda s'ils avaient reçu l'Esprit après avoir cru.

Et ils lui dirent nous n'avons même pas entendu dire qu'il y eût un Saint-Esprit.

Et Paul leur dit: de qui avez-vous été baptisés? et ils dirent: du baptême de Jean.

Alors Paul leur dit: Jean a baptisé du baptême de repentance, disant de croire en celui qui venait après lui, c'est-à-dire en Jésus.

Ayant entendu ces choses, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Et quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit Saint vint sur eux".

Notons que si ceux qui, étant d'âge mûr, étant croyants de coeur et connaissant le bien et le mal, n'avaient pas reçu l'Esprit par le baptême d'eau, comment donc, par ce même baptême, les petits enfants qui n'ont pas de croyance ni la connaissance du bien et du mal, pourraient-ils le recevoir?

Luc affirme encore, disant: "Quand les apôtres qui étaient à Jérusalem, eurent appris que la Samarie avait reçu la parole, ils envoyèrent Pierre et Jean.

Ceux-ci, lorsqu'ils furent arrivés, prièrent pour eux afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit car il n'était pas encore descendu sur aucun d'eux; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors les apôtres leur imposèrent les mains et ils reçurent le Saint-Esprit".

Et Paul dit à Timothée qu'il avait baptisé de ce baptême: "Je t'exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l'imposition des mains".

Et ainsi fit Ananias en baptisant Paul.

Et on voit que beaucoup d'autres qui n'étaient pas les apôtres donnaient ce baptême, juste en l'ayant reçu de la Sainte Eglise, car l'Eglise du Christ l'a gardé sans interruption et le gardera jusqu'à la fin, ainsi que le Christ a dit: "Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde".

Et Pierre montre clairement que nul n'est sauvé sans ce baptême, disant: "Comme aux jours de Noé, un petit nombre, c'est-à-dire huit, furent sauvés par l'arche, de la même manière, le baptême vous sauve...".

Ainsi, tout homme qui n'est pas baptisé de la sorte n'est pas sauvé comme ceux qui étaient en dehors de l'arche périrent dans le déluge; car il est dit: "de la même manière, le baptême vous sauve..." Cela suffit à propos du baptême.

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 13:10

Les Cathares étaient donc des Chrétiens hétérodoxes. Cela veut simplement dire qu'ils n'adhéraient pas aux dogmes de l'Eglise Catholique Romaine, et qu'ils manifestaient, par rapport à elle, un besoin de transformation spirituelle et sociale. Ils dénonçaient les mœurs dissolues et l'immoralité des clercs et préconisaient le retour aux enseignements de l'Église primitive. La pensée cathare semble cependant avoir été influencée par par les croyances bogomiles et des philosophies dualistes venues du Moyen Orient. Les Cathares professaient que le monde où nous vivons n'est pas la création directe de Dieu. C'est l'œuvre de Satan, son organisateur cruel. L'âme de l'Homme fut crée à l'origine par le Dieu bon véritable, mais elle demeure indéfiniment prisonnière des corps matériels créés par Satan. Les envoyés de Dieu proposent aux hommes une voie de salut permettant d'échapper à ce cycle de pénibles réincarnations perpétuelles. Le Christ est venu enseigner cette doctrine de salut, non pas en tant qu'homme mais seulement en esprit. Le clergé cathare poursuit son œuvre dans l'Eglise véritable des "Croyants", dans l'action des "Parfaits", ou "Bonshommes", rituellement ordonnés par le sacrement du "Consolamentum". L'Eglise romaine est une fausse église. Tous ses dogmes et sacrements sont à rejeter tout autant que l'Ancien Testament.      

                 

Après que l'Inquisition eut envoyé au bûcher Guillaume Belibaste, le dernier "Parfait", elle s'attacha à la destruction des derniers Cathares et de leurs livres. On ne retrouva de leurs écrits que trois fragments très courts sans aucun texte cohérent. L'Église fit du Catharisme le symbole même de l'hérésie. Son histoire ne nous parvint qu'au travers des registres judiciaires rapportant les interrogatoires menés à charge et forcément partiaux. Au 20e siècle, quelques documents incontestables furent retrouvés. Ils ne représentent ensemble que la matière d'un seul livre, mais l'importance des contenus contraste avec le néant précédent. Dans cette courte liste, on trouve deux apocryphes chrétiens, "l'Ascension d'Isaïe" et "l'Interrogatio Ioannis ou Cène secrète", une traduction du Nouveau Testament en langue occitane, deux traités dogmatiques partiellement reconstitués, "le Livre des deux principes et le Traité anonyme", et trois rituels, "le Rituel occitan de Lyon, le Rituel latin de Florence, et le Rituel occitan de Dublin". On peut regrouper ces documents en trois catégories. Il y a dans la première quelques textes connus par ailleurs, dont on sait maintenant que les Cathares les utilisaient habituellement dans leurs prêches. La seconde regroupe les deux traités doctrinaux ou polémiques mettant en évidence les spécificités de la religion cathare, et la dernière enfin rassemble les trois rituels.     

 

L'Ascension d'Isaïe est un apocryphe chrétien daté du 2e siècle que l'on croyait perdu. Au début du 19e, il réapparut en divers endroits et en différentes langues et versions. En France, René Nelli publia plus récemment de larges extraits de la version éthiopienne avec des commentaires de Déodat Roché. Le lien ci-dessus vous conduira à une autre traduction de synthèse. L'ouvrage fait partie des textes utilisés par les Cathares quoiqu'ils ne les aient pas écrits. Le première partie conte le martyre du prophète scié en deux sur l'ordre de Manassé. La seconde partie, dont usaient les Cathares dans leurs prédications, la "Vision d'Isaïe", décrit une cosmogonie théologique septuple. C'est aux prophètes hébreux Ezéchias et Michée, ainsi qu'à son fils Iosheb, qu'Isaïe aurait conté la vision de sa propre montée à travers les sept cieux. Il assista d'abord aux violents et éternels combats auxquels se livrent les "anges" de "Sathan". Puis l'ascension se poursuivit dans chaque ciel organisé semblablement au précédent mais avec une magnificence croissante. Au milieu s'y trouve un trône magnifique environné d'anges qui chantent la gloire de celui qui règne. Parvenu au faîte de l'ascension, Isaïe eut la révélation de la mission de Jésus Christ, non pas homme mais esprit subordonné au Père comme aussi l'Esprit Saint. Pour l'Église, cette hétérodoxie s'apparenterait au docétisme.          

 

Les Cathares utilisaient aussi un autre texte, "l'Interrogatio Ioannis" ou "La Cène secrète". Ce "Questionnement de Jean" est un apocryphe d'origine probablement bogomile, daté de la fin du 11e siècle. Dans ce dialogue, Jean pose à Jésus des questions théologiques auxquelles répond le texte. Il en existe deux versions latines. L'une provient des archives de l'Inquisition de Carcassonne, (Fond Doat). Elle a été traduite par le P. Benoist en 1691 puis par Doellinger en 1890 et par Ivanof en 1925. La seconde est à la Bibliothèque Nationale de Vienne, et elle a été aussi éditée par Doelinger puis par Reitzenstein en 1929. J'utilise ici la version française publiée par René Nelli dans "Ecritures Cathares" en 1959. "Lorsque Jean demanda ce qu'était Satan avant la chute, Jésus répondit qu'il était le splendide ordonnateur de toutes choses mais qu'il voulut se faire égal au Très Haut. Il séduisit de nombreux anges qu'il entraina dans sa condamnation. Lorsqu'il fut tombé, il invoqua le Père qui en eut pitié et lui accorda tous pouvoirs pendant sept jours". Le texte établit que ces sept jours sont ceux de la Genèse biblique. Il décrit la création de l'Homme et de la Femme auxquels Satan fit des corps de limon puis y enferma deux grands anges qui en éprouvèrent beaucoup de chagrin. Il leur enjoignit ensuite de faire œuvre de chair dans ces corps de boue, mais, dit le texte, "ils ne savaient pas faire le péché".

 

Satan fit alors pour eux un Paradis avec des fruits interdis. Il planta un roseau et y cacha un serpent qui les poussait à manger du fruit du Bien et du Mal. Et Satan entra dans le serpent mauvais et versa sur la femme une concupiscence ardente qu'il assouvit "avec la queue du serpent" (dicit libro). C'est pourquoi les hommes ne sont plus appelés Fils de Dieu mais bien Fils du Serpent et ils feront sa volonté diabolique jusqu'à la fin des siècles../.. Et comment Adam et Eve formés par Dieu pour garder ses commandements peuvent-ils être livrés à la mort ? "En réalité, le Père n'a créé par l'Esprit Saint que toutes les vertus de Cieux. Mais c'est par leur désobéissance que les hommes ont reçu ces corps de boue et ont donc été livrés à la mort". Comment un esprit peut-il naître dans un corps de boue. "Issus des anges tombés des cieux, les hommes reçoivent dans le corps de la femme la chair issue de la concupiscence de la chair. L'esprit naît de l'esprit, et la chair de la chair". Et jusqu'à quand Satan règnera-t-il sur les hommes ? "Mon Père lui a donné sept jours, mais il m'envoya pour que j'enseigne aux hommes à distinguer le vrai Dieu du démon. Et Satan confia alors à Moïse trois bois pour me crucifier, et il lui fit enseigner sa loi aux fils d'Israël et conserver ces bois pour moi. Avant que je descende, le Père envoya un ange appelé Marie afin qu'elle soit ma mère, J'entrais en elle par l'oreille et ressortit de même".

 

Pour les Cathares, il n'était absolument pas concevable que le Fils de Dieu ait pu s'incarner dans un corps de chair, œuvre du mauvais principe. Ils croyaient donc que le Christ s'était seulement "adombré" en Marie, ne recevant rien d'elle. Par contre, dans l'Évangile de Luc, on lit que l'Esprit de Dieu viendra sur elle et que la puissance de Dieu "l'obombrera", (la couvrira de son ombre). Or, le verbe latin "obumbrare" signifie bien "couvrir de son ombre", mais le verbe utilisé par les Cathares, "adumbrare", signifie "ébaucher, esquisser, dessiner vaguement comme une ombre". Par conséquent, pour les Cathares, le Fils de Dieu ne s'est pas incarné réellement mais seulement en apparence, Il n'a pas en réalité pris un corps de chair mais seulement cette apparence, cela et tout ce qui s'en est ensuivi jusqu'à sa mort sur la croix.

 

"Satan informa son ange Elie (appelé Jean Baptiste) baptisant dans l'eau, qu'il verrait descendre et demeurer le Saint Esprit en forme de colombe sur celui qui baptiserait dans l'Esprit et dans le Feu . Ainsi me connut-il". L'homme peut-il être sauvé par le baptême de Jean ? "Sans mon baptême pour la rémission des péchés, nul ne pourra trouver le salut en Dieu, car Je suis le pain de vie descendu du septième ciel. Seuls ceux qui mangent ma chair et boivent mon sang seront appelés Fils de Dieu". Qu'est cette chair et qu'est ce sang ? "Avant que le Diable ne fût tombé, les anges demandaient le pain supra substantiel par l'oraison "Pater Noster". Mais les déchus ne le peuvent plus". Est-ce pécher de prendre femme et de se marier ? "Tous ne comprennent pas cette parole, sans la grâce reçue de la comprendre. Il y a des eunuques qui le sont par eux mêmes". Quel sera, Seigneur, le signe de ta venue ? Cela sera quand le nombre des justes sauvés sera accompli. Alors Satan furieux sera délivré des chaînes et fera la guerre aux justes qui appelleront le Seigneur. Le Soleil s'obscurcira, les étoiles tomberont du ciel et le signe du Fils sera révélé. Tous les peuples comparaitront pleins d'effroi devant le Tribunal de Dieu. Le Fils de l'Homme se révèlera dans sa gloire. Il attirera les justes, les pécheurs seront renvoyés aux enfers, et avec la permission du Père, les esprits autrefois crédules, sortiront de leur prison".

 

Les deux traités authentiques

 

Le Livre des deux principes et le Traité Cathare anonyme

 

Le "Livre de deux principes" (Liber de duobus principiis) est parvenu jusqu'à nous dans un seul manuscrit daté de la fin du 13e siècle. Il a probablement été écrit par Jean de Luigo de Bergame, vicaire de l'évêque cathare des Albanenses de Desenzano (dualistes absolus). Conservé à la Bibliothèque nationale de Florence, il a été publié en 1939 par le Père Dondaine. C'est le seul exposé théologique authentiquement cathare qui a été retrouvé. Il contient des fragments, des résumés et des développements polémiques que j'exposerai dans l'ordre du manuscrit. L'ouvrage comprend sept traités intitulés : De liberio arbitrio, de creatione, de signis universalibus, compendium ad intructionem rudium, contra Garatenses, de arbitrio, de persecutionibus. Les trois premiers, (du libre arbitre, de la création, et des signes universels) constituent la controverse sur les deux principes. Le Compendium, (Abrégé pour l'instruction des ignorants), expose brièvement la portée de la doctrine des deux principes sur la Création. Le Traité contre les Garatenses, contra Garatenses, réunit quelques fragments dévoilant les divergences doctrinales entre les deux courants cathares (dualistes absolus et relatifs). Le court traité de arbitrio reprend le thème des deux principes dans des fragments disparates, et le recueil de persecutionibus rassemble diverses citations préparant les fidèles cathares aux persécutions qui les attendent.

 

Le premier traité expose qu'il n'y a pas de "libre arbitre" dans l'Homme. L'auteur réfute plusieurs propositions imputées à des adversaires supposés. Un être, quel soit-il, dit-il, est né pour le Bien, ou pour le Mal. Si un homme n'a pas été fondé pour le Bien, n'en ayant donc pas la volonté et n'étant pas capable de le distinguer du Mal, il n'a pas la capacité de faire son salut. Car, si un être pouvait faire autre chose que le fruit de son essence, rien n'empêcherait que le Diable ne devint Christ et le Christ, Satan, l'impossible devenant possible. Si l'Homme peut faire le Mal, c'est qu'il fut, à l'origine, voulu et pensé par le Dieu bon, tout puissant et omniscient, comme capable de le faire, tout au moins dans le temps. Et donc, (du moins pour les Albanenses), le Mal n'est qu'une épreuve temporaire, tolérée par ce Dieu bon. Elle est temporellement vécue dans la succession des incarnations, mais elle épuise, progressivement et par elle-même, son contenu dans l'éternité, et finalement tous les anges perdus reviendront en Dieu. Puisque le Dieu bon ne peut être la cause ni le principe de tout mal, il faut reconnaître l'existence de deux principes, celui du Bien et celui du Mal. Toutes les actions individuelles sont inspirées par l'un de ces principes, du Bien ou du Mal. Seul le vrai Dieu peut sauver les âmes qui ne sont, en elles-mêmes, ni responsables, ni punies, ni récompensées. Et l'âme qui est sauvée l'a toujours été.

 

Le traité suivant se propose également de réfuter d'éventuelles propositions adverses. Il s'agit des différentes acceptions possibles des mentions scripturaires de l'acte de Création. Pour l'auteur, ces mentions n'ont jamais le sens d'une création à partir du néant. Elles impliquent toujours la transformation d'essences préexistantes, toutes issues du vrai Dieu, lequel a créé et fait l'univers entier, en lui et de sa propre substance. "Créer" ou "Faire" ont donc trois acceptions dont le premier genre est d'ajouter quelque chose aux essences d'êtres déjà très bons. Ainsi l'Écriture dit-elle "Dieu forma l'homme du limon de la Terre, il répandit sur son visage su souffle de vie, et l'homme devint vivant et animé". De même, le second genre est d'ajouter aux essences d'entités mauvaises, ce qui permet de les améliorer. "Si quelqu'un est à Jésus-Christ, il est devenu une nouvelle créature". Le troisième genre permet à un être entièrement mauvais, (comme le Démon ou ses ministres), d'accomplir temporairement ce qu'il désire mais ne saurait réaliser par ses propres forces. Le vrai Dieu tolère alors un temps cette malice. "Sur toutes les nations et sur tous les hommes, Dieu fait régner l'hypocrite à cause des péchés du peuple". Par ces trois modes, l'auteur prétend donc, en définissant le sens qui s'attache dans les Écritures aux termes universels, montrer que le vrai Dieu a créé et fait l'univers entier, et qu'il a tout fondé en Jésus-Christ.

 

L'appellation "signes universels", objets du troisième traité, concerne les termes généraux qui désignent un ensemble de choses, (des mots tels que "tout", "toutes choses", ou des expressions analogues). Dans les Écritures, ces signes ont plusieurs acceptions. Ils peuvent désigner l'ensemble des choses ou êtres purs et bons, ou celui des impurs, pécheurs ou méchants. L'auteur cite les Écritures pour mettre en garde contre de possibles confusions. Le quatrième traité, "Abrégé pour servir à l'instruction des ignorants", condense la doctrine de Albanenses appuyée sur les Écritures pour la mettre à la portée des "Croyants". Le vrai Dieu tout puissant ne peut faire le Mal car il ne le veut pas. Il ne peut pas créer un autre Dieu, et puisqu'il ne peut faire le Mal, il existe donc une autre puissance qui est le Mal. Les Écritures disent que Dieu détruira un jour le Mal pour toujours. Il faut absolument croire qu'il existe un autre principe très puissant dans le Mal, dont Sathanas tire sa puissance. Les Écritures disent aussi qu'il existe d'autres dieux et une éternité mauvaise distincte de celle du Dieu bon. Le Dieu mauvais est celui qui a fait le Ciel et la Terre et tout les êtres visibles de ce Monde mais il n'est pas le véritable Créateur. Et ce mauvais Dieu a ordonné de prendre par la force le bien d'autrui et de commettre des homicides. Il a maudit le Christ, n'a pas tenu ses promesses et s'est laissé voir dans le monde temporel.

 

Le cinquième traité, "Contre les Garatenses", présente beaucoup d'intérêt car il permet d'approcher la principale divergence doctrinale avec le second courant cathare, les "dualistes mitigés". L'auteur combat leur idée qu'il n'existe qu'un seul Créateur très saint dont le mauvais Prince de ce monde fut d'abord une créature. Par la suite, celui-ci corrompit les quatre éléments et en format l'homme et la femme et tous les corps visibles. S'ils croient, dit-il, qu'il n'y a qu'un seul vrai créateur du visible comme de l'invisible, ils ne devraient pas rejeter sa sainte création en condamnant l'œuvre de chair ni en demeurant végétariens. Ils disent que cette corruption s'est opérée contre la volonté de Dieu, et ils doivent donc admettre qu'il existe un autre principe, capable de corrompre les quatre saints éléments, contre sa volonté ou avec sa permission. Car ils enseignent aussi que cette permission donnée fut mauvaise et vaine, et l'on voit qu'elle le fut. Alors, ce Dieu qui aurait donné cette permission maligne serait lui-même la cause première du Mal, et ceci est la contradiction de la doctrine des Garatenses. Le sixième traité revient sur l'affirmation de l'absence du libre arbitre avec quelques arguments supplémentaires. Le dernier traité, "de persecutionibus", prépare les fidèles aux persécutions attendues en rappelant celles que subirent les prophètes, le Christ, les apôtres et tous ceux qui les suivirent.

 

Quoique incomplet, le "Traité cathare anonyme" est le second ouvrage cathare qui nous soit parvenu. Le Père Dondaine en a retrouvé un court fragment dans le "Liber contra Manichéos" à la Bibliothèque Nationale. Un fragment plus important se trouve à la cathédrale de Prague. Il contient dix-neuf chapitres sur les trente-cinq de l'original. Ces extraits ont été publiés en 1961 par Christine Thouzellier. Les citations cathares sont insérées dans une réfutation prononcée par Durand de Huesca. On y retrouve la vision cathare du Monde et de la Création, avec deux "époques", la nôtre tirée du néant, et qui y retournera, et l'autre peuplée de créatures incorruptibles et éternelles. Notre monde est tout entier mauvais. Il ne vient pas du Père ni du Christ. C'est le royaume de Satan. Nous résidons sur une terre étrangère. C'est dans l'autre royaume que sont le Ciel nouveau, la Terre nouvelle et la nouvelle Jérusalem. En s'appuyant sur les textes relatifs à la venue du Christ, les Cathares, dit l'auteur, en arrivent à poser deux créations, l'une bonne et l'autre mauvaise. Ce qui est ici bas n'est rien, "nihil", et ce n'est donc pas l'œuvre du vrai Dieu. C'est ce que prouverait le prologue de Jean : "sine ipso factum est nihil", (le rien a été fait sans lui). La suite du verset, "quod factum est in ipso vita erat", (ce qui a été fait (les créatures), en Lui (le Verbe) était vie), prouve que la bonne création est spirituelle.

 

Les trois rituels

 

Le dernier groupe de document cathares retrouvés au 20e siècle comporte trois rituels, "le Rituel occitan de Lyon, le Rituel latin de Florence, et le Rituel occitan de Dublin". Le Rituel de Lyon est contenu dans un manuscrit en occitan, donné à l'Académie des Sciences, Belles lettres et Arts de la ville de Lyon par le bibliothécaire protestant de Nîmes en 1815. Il date des environs de 1250. Il contient un Nouveau Testament et un texte de 13 pages identifié depuis comme un rituel cathare par le théologien Reuss. Le texte en fut édité à Iéna par Cunitz puis traduit en français par Léon Clédat qui en publia également une reproduction lithographique en 1887. Vingt ans plus tard, un chercheur dominicain, le Père Dondaine, publia deux textes latins découverts à la Bibliothèque de Florence. Il s'agissait du traité théologique dit "Livre des deux principes" et d'un rituel cathare partiel, "le Rituel de Florence". Le troisième document est inclus dans un manuscrit occitan daté du 14 siècle. Il fut retrouvé parmi des écrits vaudois conservés à la Bibliothèque vaudoise du Trinity College de Dublin. Il se compose d'un sermon préparatoire au Consolamentum et d'un commentaire du Pater. Il a d'abord été publié par Théo Venckeleer, puis par Deodat Roché en 1970, puis encore revu par Anne Brenon et ajouté à la dernière édition des "Écritures Cathares de René Nelli.

 

Il a été dit du Catharisme que c'était une religion sans temples ni sacrements. Le culte public ne consistait qu'en rares assemblées de prières dans des lieux ordinaires (servicium). Les fidèles s'y rassemblaient en petit nombre pour y entendre les sermons et enseignements, confesser collectivement leurs fautes et s'en faire absoudre, prier et participer au repas rituel. Deux rituels sacramentels initiatiques étaient parfois intégrés à ces assemblées. Par la "Tradition", la transmission de l'Oraison dominicale (Pater Noster), les "auditeurs ordinaires devenaient des "Croyants", et par le "Baptême spirituel" ou "Consolation", (Consolamentum), ils devenaient des "Parfaits Chrétiens". Les rituels de Lyon et de Florence sont assez cohérents dans leurs présentations de ces liturgies qui semblaient donc bien fixées. Au cours de la cérémonie de Tradition, le récipiendaire, parrainé par un ancien de la communauté, était présenté à "l'Ordonné", un Parfait établi, qui lui expliquait la signification du rite. Puis il en recevait le livre des Évangiles. Le fidèle devenu "Croyant" devait faire son "melioramentum", une demande du pardon de ses fautes et de la bénédiction de l'officiant, et prendre l'engagement de réciter le Pater dans toutes les circonstances prévues par le rituel, mais ces obligations ne bouleversaient pas sa vie.

 

Source : http://jacques.prevost.free.fr/cahiers/cahier_34.htm

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 11:00

Une dissidence religieuse, qui a pris naissance et s'est développée dans le Languedoc au XIIe siècle, a tenu dans l'histoire de la chrétienté et dans l'histoire de la France une place considérable. À partir de 1233, elle a été combattue par l'Inquisition pontificale. Ces faits, considérés actuellement, assurent aux « cathares » un important capital de sympathie. Ils ont été promus héros emblématiques du combat pour la liberté et de la résistance à l'oppression. Toutefois, malgré sa vulgarisation, voire sa banalisation, l'histoire de cette dissidence n'est pas aussi bien connue qu'on pourrait le croire...

Une histoire mal connue

La première cause de cette méconnaissance réside dans le fait qu'il n'existe pratiquement pas de sources directes sur cette dissidence. L'information qui la concerne a été produite par ses adversaires, qu'il s'agisse d'œuvres polémiques, comme le traité d'Alain de Lille (composé vers 1190-1195) et celui de Durand de Losque (écrit vers 1220), ou de manuels élaborés par les inquisiteurs et d'actes de procès instruits par eux. Cette documentation est fatalement déformante. Une seconde raison vient de ce que l'histoire de la dissidence méridionale a été l'objet de combats très vifs dans la suite des temps. Dénoncée par les catholiques comme diabolique, anarchiste et nihiliste, elle a été, au contraire, louée par les réformés comme l'expression de la vraie foi. Ses adhérents ont été considérés par les anticléricaux comme des martyrs exemplaires du fanatisme religieux, et par les républicains comme les victimes de la monarchie associée à l'Église. Aujourd'hui, elle est souvent présentée comme l'une des composantes de la personnalité régionale du Midi toulousain, l'incarnation d'un passé perdu, en même temps que d'un Moyen Âge méridional idyllique, préfiguration d'un futur souhaité de tolérance, de culture et de démocratie.

La naissance du catharisme

Pour bien saisir « le phénomène cathare », il faut d'abord comprendre que l'hérésie n'est pas une donnée totalement extérieure à l'Église et que leurs histoires, affrontées, participent d'un même mouvement. L'institution ecclésiale se définit et s'affirme par rapport à des aspirations spirituelles, qu'elle rejette dans la marginalité et la dissidence, puis condamne comme hérétiques. Jusqu'au XIe siècle, l'Église occidentale demeure une fédération d'Églises provinciales. Elle ne s'unifie et se centralise fortement, en se rassemblant autour du souverain pontife, qu'après 1050, au cours de la réforme dite « grégorienne ». Celle-ci opérée, la défense de l'unité de foi et la menace de l'hérésie constituent un des leviers de ce processus d'unification, lui-même générateur de dissidences qui se multiplient dans la chrétienté latine. Ces dernières sont dès lors présentées comme une entité unique, l'« hérésie », effet de perversions diaboliques et orientales anciennes : l'arianisme et le manichéisme, relayés dans les Balkans par les bogomiles et les Bulgares. Ce discours de combat aboutit à l'idée d'une contre-Église universelle, organisée sur le modèle de celle de Rome et mettant en danger le salut de l'humanité. Ce portrait de l'hérésie, dessiné avec sincérité par ceux qui l'ont établi, travestit la réalité objective ; on ne saurait tenir pour vraie, comme le font encore trop d'historiens, cette construction « idéologique » des XIIe et XIIIe siècles. Notons à cet égard que conférer l'appellation générique de « catharisme » à des dissidences écloses en des régions éloignées les unes des autres et à des périodes diverses entretient l'illusion d'une unité religieuse et organique de « l'hérésie », qui n'a jamais existé dans les faits et qui fausse toutes les perspectives. Cet usage, instauré depuis une quarantaine d'années seulement, n'a aucune justification historique. À partir de 1209, les dissidents du Midi ont été désignés par les croisés sous le nom d'Albigeois ; quant aux inquisiteurs, ils n'emploient que le terme d'hérétiques. Il n'est pas davantage exact de chercher des origines lointaines à une dissidence qui s'inscrit très clairement dans le prolongement de la réforme ecclésiastique du XIe siècle, fondée sur le retour à la vie évangélique. Le catharisme – gardons le terme par commodité d'emploi – n'est pas un corps de doctrine constitué dès l'origine pour gagner les esprits. Il s'élabore progressivement, à partir d'un évangélisme radical, que certains des clercs, initialement sans doute, opposent à l'Église en tant qu'institution, et aux prêtres, soutenant que seul un comportement conforme à l'Évangile fonde la vérité. Au cours de ces polémiques, et par une logique déductive implacable, il en résulte une longue chaîne de rejets : ceux des ministres du culte, des sacrements qu'ils délivrent et enfin de la doctrine qu'ils professent. Une lecture fondamentaliste du Nouveau Testament aboutit à une dichotomie radicale entre le royaume de Dieu, perfection absolue, et le monde de la terre et de la chair, corruptible et éphémère, tout entier œuvre du diable, l'Église romaine comprise. Ce dualisme trouve également à s'alimenter dans le christianisme roman, qui fait une large place aux démons, dans la spiritualité monastique, fondée sur le mépris du monde et l'ascèse corporelle, et dans la réflexion théologique du XIIe siècle. Il apparaît comme la radicalisation scolastique de l'antagonisme entre le Bien et le Mal et pose une antinomie ontologique entre Dieu, parfait, infini, éternel, et l'univers sensible, fini et imparfait. Le dualisme n'est donc pas le principe du catharisme, il n'en est qu'un aspect secondaire.

Un christianisme né dans les élites

Les cathares appuient leur foi sur la Bible, à l'exclusion de toute autre source. Leur oraison est le Notre Père. Toutefois, leur doctrine du salut est très éloignée de l'orthodoxie. Leur théologie met en avant l'Esprit et la Pentecôte, plutôt que le Christ de la Passion. Pour eux, celle-ci n'a eu lieu qu'en apparence, Jésus n'ayant pu revêtir une tunique de chair qui l'aurait soumis au démon. L'Eucharistie n'est pas davantage concevable. La Rédemption, le salut ne viennent que du « baptême d'Esprit et de feu » que confère le clergé des Bonshommes, ainsi nommés car ils sont porteurs de l'Esprit, lo Be en occitan. Ce baptême, dit consolament, consolation, puisqu'il consiste dans la réception de l'Esprit Paraclet, est également sacrement d'ordre pour les adultes en pleine force auxquels il est administré, et sacrement de pénitence absolutoire pour les mourants. Ceux qui l'ont reçu gagnent la lumière de l'univers divin ; les autres reviennent sur terre, pour avoir une chance nouvelle de mener une vie digne, conforme aux préceptes de l'Évangile et de bénéficier du baptême salvateur. Dans cette eschatologie, il n'y a de place ni pour le Jugement dernier ni pour l'Enfer, puisque l'au-delà n'est que perfection. Le catharisme conjugue au pessimisme pour l'immédiat un espoir immense pour l'éternité : tout le monde, finalement, sera sauvé.Cet optimisme pour les derniers jours et le baptême in extremis qui lave de toutes fautes, – si l'on a suivi les prescriptions du Christ –, constituent, à coup sûr, des facteurs de promotion très large que l'Église ne leur offre pas à ce moment. Un autre trait de sa modernité est qu'il offre à ses fidèles un contact direct avec la parole du Christ, énoncée en langue vernaculaire, et une prédication construite, persuasive, adaptée, ainsi qu'une sociabilité religieuse faite de rencontres en petits groupes. À cette évocation, très sommaire, des origines et des caractères du catharisme, on saisit qu'il s'agit d'une religion à la fois savante et appropriée à de nouvelles demandes, écloses dans les élites, qui rejettent la passivité où les cantonne le rituel liturgique pour une approche plus directe et plus personnelle de Dieu. Il est donc assez logique que le catharisme ne recrute que parmi les notables. On connaît bien, pour le Languedoc, les cathares d'un long XIIIe siècle, du moins ceux qui figurent dans les registres des inquisiteurs, soit environ quarante mille. Parmi eux, on trouve très peu de paysans, ni aucun des prolétaires qui composent 40 % de la population des villes. Apparaissent seulement des marchands, des hommes de loi et des notaires, auxquels se joignent beaucoup de petits nobles, habitant les cités ou bien les bourgs et les châteaux. Quoi qu'on en ait dit, la religion cathare n'engendre aucune rupture sociologique ; elle n'est pas un facteur de transformation sociale. La sociabilité cathare épouse des structures qui lui préexistent et qui la modulent, tout particulièrement celles de la famille, et le catharisme ne transcende nullement les clivages sociaux : ils persistent en son sein, même à l'occasion des cérémonies liturgiques. Les hiérarchies traditionnelles s'y expriment, les femmes y restent dans une position subordonnée. L'adhésion des élites à la dissidence tient à plusieurs raisons. D'abord des raisons culturelles et anthropologiques : essor du personnalisme, du raisonnement, maîtrise de la lecture, de l'écriture, souci d'un contact individuel avec la parole de Dieu sans la médiation des prêtres. Ensuite une situation existentielle difficile : du fait de facteurs variés, dont le principal est l'absence de droit d'aînesse, la petite aristocratie méridionale se paupérise et se trouve menacée de déclassement social ; la constitution d'États princiers, ceux des comtes de Toulouse et ceux des vicomtes d'Albi, Carcassonne et Béziers – la famille des Trencavel –, la place en situation de dépendance accentuée. Quant à l'élite de la richesse commerciale, elle n'est pas reconnue socialement – la fortune mobilière a mauvaise réputation dans un monde de terriens – et les bourgeoisies urbaines, politiquement brimées, ne réussissent pas, au XIIe siècle, à conquérir le pouvoir dans les villes. Leur mal-être porte assez naturellement ces milieux vers le catharisme, qui refuse toute valeur au monde, à l'Église et à la société, et dont le clergé mène une vie exemplaire.

De la répression...

Son caractère élitiste en fait une religion minoritaire, concernant au plus entre 2 et 5 % de la population languedocienne. Cette faiblesse numérique et son absence de tout caractère populaire favorisent sa disparition rapide, quand la répression s'abat sur lui, laquelle prend deux formes successives : la croisade et l'Inquisition. Le meurtre du légat pontifical, Pierre de Castelnau, en janvier 1208, correspond à une mise en cause radicale du pouvoir du pape. Innocent III prétend soumettre les princes à son autorité – principe théocratique contesté à la fois par les rois de France et d'Angleterre et les villes italiennes. Il cherche depuis longtemps à étendre le magistère de Rome sur l'Église et les grands seigneurs du Midi toulousain. Ayant supporté l'échec de la quatrième croisade, détournée vers Byzance, il pense que la reconquête du tombeau du Christ passe par l'élimination du chancre de l'hérésie en Occident. Il déchaîne donc la croisade en pays chrétien, fait inouï, mais parfaitement logique. L'efficacité spirituelle de cette dernière s'avère totalement nulle. On le voit dès que s'affirme le reflux des croisés, en 1216 : s'ouvre alors la plus brillante période du catharisme occitan... L'Inquisition est bien plus redoutable. L'établissement de cette juridiction, appliquée uniquement à l'hérésie et relevant exclusivement du pape, participe de l'affirmation du pouvoir pontifical évoquée plus haut. Innocent III, le premier, par la bulle Vergentis in senium fulminée en mars 1199, définit l'hérésie comme un crime de lèse-majesté divine, ce qui revient, en corollaire, à qualifier d'hérésie toute atteinte à l'autorité du vicaire du Christ. Grégoire IX, en établissant l'Inquisition, s'ouvre une possibilité d'intervention en tous lieux, au prétexte de la défense de la foi. Le système, établi d'abord en Italie contre l'empereur Frédéric II et ses alliés, est étendu à la France en 1233. Mise en place pour préserver le salut et la vie éternelle des chrétiens, l'Inquisition anéantit largement les prérogatives judiciaires des seigneurs et des consulats urbains, qui s'opposent à elle. Par là, le combat contre l'hérésie la nourrit un temps, et même en provoque une dernière flambée, entre 1280 et 1305, à Carcassonne et Albi notamment. L'Inquisition substitue à la procédure accusatoire publique une procédure d'office totalement secrète, à huis clos et sans avocat. Malgré ses aspects arbitraires, elle offre autant de garanties que les justices traditionnelles, qui soumettent les accusés à une présomption de culpabilité et les obligent à subir l'épreuve, fort aléatoire, du fer rouge, ou d'autres de même style, pour prouver leur innocence. Les enquêtes fouillées et exhaustives des inquisiteurs laissent ses chances à l'accusé, s'il n'est pas coupable, et les faux témoins encourent la prison perpétuelle. L'Inquisition prononce cependant des châtiments sévères : la remise au bras séculier – c'est-à-dire le bûcher –, la prison, qu'elle instaure comme peine afflictive, le port de signes infamants – des croix, homologues à la rouelle des juifs. Elle recourt à des techniques modernes : elle se constitue une mémoire écrite, fortement structurée, avec des répertoires commodes, révolution analogue à celle de l'informatique. Non seulement juge, mais aussi confesseur, l'inquisiteur aime obtenir du prévenu un aveu qui ouvre la voie au repentir, à la pénitence et au salut. Pour l'obtenir, il utilise la pression carcérale, et, le cas échéant, la torture, autorisée par Innocent IV à partir de 1252. Celle-ci, pratiquée dans toutes les juridictions séculières, n'est pas spécifique de l'Inquisition et s'inscrit dans la logique de la lèse-majesté divine. Ce crime horrible doit être reconnu et purgé. S'il n'est pas exclu que des aveux dictés par les inquisiteurs aient été extorqués à quelques témoins, le cas semble rare.Il est difficile de dresser le bilan de l'Inquisition. Elle a sans doute fait brûler moins d'accusés que les croisés. À Albi, par exemple, pour l'époque 1286-1329, elle a identifié deux cent cinquante cathares et n'en a condamné que 6 % (environ 0,2 % des Albigeois de la période). Mais, à la différence de la croisade qui rend solidaires tous les habitants d'une ville assiégée, l'Inquisition, isolant des familles et des individus, déstabilise les noyaux de l'oligarchie et vient rompre les solidarités. À cet égard, il convient de ne pas s'abuser quant aux actes de foi, cérémonies pénitentielles au cours desquelles sont prononcées les condamnations : ce ne sont probablement pas des moments d'affliction générale et de terreur ; cette liturgie de pénitence marque un retour à l'ordre, à l'harmonie, la fin d'une fracture. Elle est ressentie comme une purification de la communauté chrétienne, la restauration de son Alliance avec Dieu. Effaçant le crime horrible de l'hérésie, résorbant les différences par l'exclusion ou le retour au bercail des brebis galeuses, elle renouvelle d'autant mieux la cohésion de l'assistance qu'elle lui paraît une garantie de vie éternelle. Cérémonies du triomphe de l'Église qui retrouve son unité, les actes de foi sont des fêtes où s'exprime la liesse d'un peuple, dont l'identité s'affirme par opposition à ceux qui sont châtiés. Il convient, pour bien comprendre ces faits, de ne pas transporter – avec anachronisme – le rejet du totalitarisme qui caractérise l'époque contemporaine. L'Inquisition, bien sûr, ne pourrait rien sans l'appui constant des pouvoirs temporels. En Languedoc, elle bénéficie du soutien sans faille de la monarchie capétienne, dont elle favorise l'installation en ruinant les pouvoirs antérieurs et en établissant l'unité religieuse.

... au déclin

L'Inquisition a-t-elle vaincu le catharisme ? En contraignant le clergé cathare à la clandestinité et à l'exil, en rendant son renouvellement difficile, elle a sans doute contrarié sa survie, mais elle ne l'a pas fait disparaître. Ce serait, au demeurant, le seul cas dans l'histoire où la violence aurait, sans génocide, triomphé d'une foi. Dans le cas du Languedoc, bien d'autres facteurs ont joué : l'implantation de la dynastie capétienne, le déclin de la petite chevalerie – qui ne peut survivre qu'en s'engageant au service du roi – ce qui implique son retrait de l'hérésie, et la promotion du patriciat urbain par les offices de la monarchie, qui a besoin de spécialistes du droit, de l'écrit et de la finance. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, l'hérésie perd sa base sociale, d'autant que les milieux porteurs du catharisme font l'objet d'une reconquête pastorale par les ordres mendiants – lesquels, empruntant à bien des égards la voie ouverte par les Bonshommes : ascèse, simplicité de la prédication, parole d'échange et non plus d'autorité, répondent aux demandes spirituelles ayant contribué à l'essor de l'hérésie. Ils mettent en place de nouvelles modalités de la pénitence, qui perd son caractère public ; les obligations des fidèles échappent désormais à la contrainte externe et se déplacent du plan social à la conscience individuelle ; le prêt à intérêt et les pratiques marchandes s'en trouvent facilités. L'insistance mise sur le purgatoire ouvre à tous la possibilité d'un rachat et l'espoir du salut, d'autant que la doctrine de l'Église s'assouplit pour mieux épouser le mouvement de l'économie. Enfin, la théologie positive, qui valorise la nature et le monde, correspond mieux à la situation concrète des élites ayant longtemps adhéré à la dissidence que le pessimisme des Bonshommes niant la validité de l'univers visible. Cette pastorale, bien accordée à la société nouvelle, les ramène à l'orthodoxie ; elle joue un rôle très supérieur à celui de la répression inquisitoriale dans la réduction du catharisme, résiduel dès 1270.

Instrumentalisation et médiatisation

La question cathare, examinée sans passion, en tenant compte, hors de tout préjugé, des données culturelles, spirituelles et sociales des XIIe et XIIIe siècles et de leur évolution, diffère sensiblement de la présentation qui en est donnée le plus souvent. Il faut éviter de projeter les combats d'une époque sur une autre, en tordant la réalité. Le catharisme est un christianisme évangélique, d'une haute élévation spirituelle et d'une grande exigence morale, que sa radicalité achemine au dualisme ; il voit dans le monde d'ici-bas, corrompu, la création d'un second principe, opposé à Dieu, celui du Mal, Satan. À la suite des clercs du Moyen Âge, qui l'ont exploitée pour porter leurs condamnations, on a trop accordé d'importance à cette donnée, tout à fait annexe. L'anticléricalisme fondamental qui sous-tend la dissidence a pu lui rallier quelques adhérents d'origine populaire, mais elle est restée un phénomène élitiste, ne revêtant aucunement en Languedoc un caractère « national ». La répression qu'elle a subie, à coup sûr vigoureuse et violente, n'a pas été responsable de son effacement, dû bien plutôt à un aggiornamento de l'Église opéré par les ordres mendiants. Elle a peu marqué les mémoires dans les décennies immédiatement consécutives aux événements : il ne subsiste qu'un seul manuscrit de la Chanson de la croisade. En revanche, à partir du XVIe siècle et du développement de la Réforme protestante, elle a été considérée comme l'expression exemplaire de la barbarie et de l'intolérance, conférant aux cathares la qualité de héros de la liberté. Après la seconde guerre mondiale, la décolonisation et la « guerre froide », qui ont exalté résistance et libération, cette image, largement médiatisée, a pris une valeur et une portée universelles, expliquant la vogue dont jouissent actuellement les cathares et le catharisme, et les pèlerinages humanistes qui conduisent bien des voyageurs sur les lieux où se conserve la mémoire de leur persécution, ainsi Minerve ou Montségur.

Source : http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/catharisme_et_cathares_en_languedoc.asp

 

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Published by Jean-Louis Biget - dans Cathares
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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 13:05

C/ Existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps ?  

D/ L’Ame peut-elle quitter le corps et dans l’affirmative sous quelle condition ?  

Les interrogations que nous venons de poser étant proches, sinon complémentaires, nous tenterons d’y répondre simultanément. Le Zohar s’exprime en ces termes : « Le Saint béni Soit-il créa l’homme en réunissant la poussière des quatre côtés du monde (microcosme). Il fit son corps à l’endroit du Sanctuaire d’en bas et lui insuffla l’âme de vie du Sanctuaire d’en-haut. L’âme comprend trois degrés. Elle a trois appellations, à l’instar du mystère supérieur : Nefech, le souffle vital ; Rouah, l’esprit, Nechamah, l’âme. Nefech est l’échelon inférieur. Rouah, est la faculté qui domine l’échelon précédent et le maintient en vie. Nechamah est l’échelon supérieur qui domine le tout. Ces trois échelons animent les humains qui doivent servir leur Auteur. Nefech est l’organisation physique. Rouah couronne l’homme qui témoigne du souci de se purifier. Nechamah l’habite, une fois qu’il s’est élevé par les deux précédentes facultés et qu’il est devenu digne de servir son auteur. L’homme est alors intégralement parfait. Il est digne du monde à venir, il est aimé du Saint béni Soit-Il, ainsi qu’il est écrit : Je possède ce qu’il faut pour gratifier ceux qui m’aiment » (Prov VIII, 21). Qui sont ceux qui m’aiment ? Ceux que l’âme sainte anime » Il existe dans la kabbale une échelle de l’âme qui passe du souffle, à l’esprit, à l’âme. Cette graduation s’inscrit dans une mystique vers laquelle l’homme doit s’acheminer, sur le fait de cette échelle, le Zohar atteste : « Il est écrit : « Mon âme (naphschi) te désire pendant la nuit ». Donc le mot « nephesch » désigne l’âme à l’état de sommeil. Et l’écriture ajoute : « Et mon esprit (rouah) te cherche lorsque je me réveille au point du jour ». Donc « Rouah » désigne l’âme à l’état de veille. Mais que l’on n’imagine pas que « nephesch » et « rouah » soient deux espèces différentes ; il n’en est rien ; elles ne forment qu’une seule et même essence, puisqu’elles ne peuvent exister qu’unies l’une à l’autre. Au-dessus de « nephesch » et de « rouah » il y a une essence supérieure qui les domine ; et cette essence est appelée « neschama » (âme). « Nephesch » est le degré inférieur, il est le soutien du corps qu’il nourrit ; il ne peut qu’exister uni au corps, et le corps ne peut exister qu’uni à lui. Ensuite il devient le piédestal de « rouah » ; « rouah » est donc au-dessus de « nephesch » uni au corps ainsi qu’il est écrit : « Jusqu’à ce que l’Esprit (rouah) soit répandu sur nous du haut du ciel » (Isaïe XXXII, 15). Lorsque l’homme possède « nephesch » et « rouah », il devient susceptible de recevoir « neschama », de manière que l’essence de beaucoup supérieure à « nephesch » et à « rouah » et aussi plus secrète que les deux autres. Il résulte donc de ce qui précède que le corps de l’homme sert de piédestal à un autre piédestal qui est « nephesch », cet autre piédestal sert à « rouah » et « rouah » sert à son tour de piédestal à « neschama ». Que l’on approfondisse ces degrés de l’esprit humain et l’on y découvrira le mystère de la Sagesse éternelle, car c’est la Sagesse éternelle qui a formé ces échelles de l’esprit humain à l’image du Mystère suprême » À la lecture de ces deux textes complémentaires, la kabbale envisage dans sa méditation et sa révélation sur l’Ancien Testament, l’idée, le principe d’une évolution dans la fixation spirituelle de l’âme au corps. Parmi les premiers Pères, Justin en son Dialogue avec Tryphon évoque l’idée selon laquelle l’âme hors du corps empêche ce dernier de continuer à vivre : « L’homme n’existe pas toujours et le corps ne subsiste pas perpétuellement uni à l’âme ; lorsque cette harmonie doit se briser, l’âme abandonne le corps et l’homme n’existe plus. De même aussi, lorsque l’âme cesse d’exister, l’esprit de vie s’échappe d’elle ; l’âme n’existe plus et s’en retourne au lieu d’où elle avait été tirée ». Mais avec l’âme, l’Écriture évoque l’idée d’une puissance ce qui suppose une énergie, une dynamique en action. À propos de Jean le Baptiste, il est dit : « Lui-même le précèdera avec l’esprit et la puissance d’Élie pour retrouver le coeur des pères vers les enfants, les indociles vers le bon sens des justes et pour apprêter au Seigneur un peuple préparé ». (Luc I, 17)Comme le rappelle Origène en son Commentaire sur l’Évangile de Jean VI, paragraphe 66, l’esprit est autre chose que l’âme et ce que l’on appelle puissance est autre chose que l’esprit et que l’âme. Il convient de compléter la citation précédente par cette autre de l’Apôtre : « L’Esprit Saint surviendra sur toi, la puissance du Très Haut te couvrira : c’est pourquoi l’enfant sera saint et on l’appellera fils de Dieu » (Luc I, 35). La puissance d’Élie est pour Jean-Baptiste, et la puissance du Père est pour Jésus-Christ. Si donc, l’âme et l’esprit sont liés à une puissance, différente selon les personnes, et sans atteindre la situation du Christ Incarné qui est la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité, il existe donc bien le discernement d’une échelle des puissances dans la Création Naturelle de Dieu, selon l’exégèse que l’on peut tenter de réaliser à travers le Nouveau Testament comme les kabbalistes l’ont fait à partir de l’Ancien Testament. Existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps, les kabbalistes l’ont affirmé par l’accès de l’être à ces niveaux d’évolution pour leur âme, et il semble que l’on puisse par contre déduire cette idée chez les Pères de l’Église selon laquelle sur le plan spirituel on retrouve cette échelle, cette hiérarchie, cette dynamique. Saint Paul, le grand Apôtre écrit aux Romains : « De même selon l’Écriture il fut dit à Pharaon : “Je t’ai suscité pour montrer en toi ma puissance, et pour que mon nom soit glorifié sur toute la terre ». Ainsi donc il fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut. Alors tu me diras : « De quoi se plaint-il donc ? car qui peut résister à sa volonté ? » Et je te répondrai [en te citant tes prophètes] : « O homme, qui es-tu, toi qui disputes ainsi avec Die ? Le vase d’argile dira-t-il au potier : « Pourquoi m’as-tu donné telle forme ? ». De la même masse d’argile le potier n’a-t-il pas le droit de faire tel vase pour un usage d’honneur, tel autre pour un usage plus vil ? Si donc Dieu, voulant manifester sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté pendant une longue attente des vases de colère fabriqués pour périr ; et pour montrer la richesse de sa gloire sur les vases de miséricorde qu’il a préparés pour la gloire » (Romains IX, 17-24). Tertullien en son traité la Résurrection des morts explique bien que les vases évoqués par l’Apôtre sont les hommes : « Ainsi la boue s’est-elle effacée, absorbée dans la chair. Quand ? Lorsque l’homme devint une âme vivante sous le souffle de Dieu (Gen II, 7), qui, bien sûr, était chaud, et capable, en quelque sorte, d’assécher la boue pour en faire une autre substance, comme une poterie, c’est à dire la chair. Ainsi est-il possible au potier, en réglant bien le souffle du feu, de transformer l’argile en un matériau plus robuste, et de tirer d’une forme, une forme nouvelle, plus commode que la première, constituant désormais une catégorie propre, avec un nom à elle. Car s’il est écrit : « Est-ce que l’argile dira au potier … ? » (Rom IX, 20), c’est à dire l’homme à Dieu, et si l’Apôtre dit : « dans des pots de terre (2 Cor IV, 7), l’argile c’est l’homme, parce qu’il était auparavant de la boue, et la poterie c’est la chair, parce qu’elle est sortie de la boue sous l’effet de la chaleur du souffle divin ». Le Maître Alexandrin expliquera ensuite ce message de l’Apôtre en son Traité des Principes : « Si donc quelqu’un se purifie des fautes dont je parle, il sera un vase noble, sanctifié, utile au Seigneur, propre à toute oeuvre de bien (II Tim 20-21). Si donc quelqu’un est purifié, il devient un vase noble ; celui qui au contraire a négligé d’éliminer les actes d’impudicité, celui-là devient un vase vil ». Par la purificationdes fautes, il y a ascension de l’âme passant d’un vase vil à un vase noble, et cela éventuellement par le fait de la grâce ou par la progression individuelle et s’il convient d’évoquer encore – et toujours – le Maître d’Alexandrie, le Père des Pères de l’Églises, il conviendra ensuite que nous expliquions ce « jugement » qu’il émet en ses Homélies sur Jérémie : « Avant de t’avoir façonné dans le ventre de ta mère je te connais (Jér. I, 5). Si le Seigneur connaissait tous les hommes, car il faut rapprocher de ce verset les mots » Je ne sais pas parler » (Jér. I, 6), il n’aurait pas dit à Jérémie comme une chose exceptionnelle : « je te connais ». Donc Dieu connaît les hommes éminents, il connaît ceux qui sont dignes d’être connus de lui, en somme « Le Seigneur a connu les siens » (II, Tim II, 19), les indignes au contraire, Dieu ne les connaît pas et le Sauveur ne les connaît pas d’avantage, lui qui a dit : « Je ne vous ai jamais connus ». (Matth. VII, 23) Connaître veut dire naître avec. Connaître Dieu c’est naître avec Dieu et là réside l’un des mystères de la Prière sacerdotale lorsque le Christ Jésus dialoguant avec son Père, répond : « Et moi, je te prie pour eux. Je ne te prie pas pour le monde ; mais pour ceux que tu m’as donnés ; parce qu’ils sont tiens, – oui, tout ce qui est mien est tien et tout ce qui est tien est mien, – et j’ai glorifié en eux ». (Jean XVII, 9-11) « Et ce n’est pas seulement pour ceux-ci que je prie, mais aussi pour ceux qui par leur parole croient en moi, afin que tous ils soient un » (Jean XVII, 20, 21). Si le Christ a accompli la réintégration de tous les êtres, c’est à Gethsémani. La face contre terre, le Christ n’est pas en situation de doute, mais, sans pour autant défaillir, le Sauveur tressaille devant le spectacle que représentent tous les péchés du monde, non pas comme devant une peur, mais comme une preuve physique de son acceptation dans l’abnégation. À côté de cette réintégration de tous les êtres accomplie par le Christ vient notamment se greffer la prière en faveur de ceux pour qui le Seigneur prie particulièrement, et qui par leur fonction de disciples vont à leur tour agir et prier pour ceux qui ne sont point encore parvenus à ce niveau spirituel qu’est la réconciliation avec la Très Sainte Trinité et qui est la naissance non pas selon la fibration de la chair, du sang ou de la volonté de l’homme, mais la naissance avec Dieu. Dieu connaît les autres êtres, toutes ses créatures, mais il connaît ses disciples dans la mesure où le Christ les reconnaît : « Epheta ! Recevez le souffle de l’Esprit Saint, acceptez la parole divine, soyez illuminés par la vraie connaissance. Aujourd’hui, le Christ vous a reconnu ». et cette formule qui appartient à la liturgie baptismale de l’Eglise GnostiqueApostolique fait ressortir ce principe de la Reconnaissance qui se trouve donc, – nous le verrons plus loin dans le cadre de notre analyse plus poussée du Baptême -, une Re-Naissance avec Dieu, et nous revenons ainsi à l’entretien de Jésus avec Nicodème. La présentation qui précède n’est pas contraire à la pensée des philosophes anciens et Jamblique par exemple en son Traité de l’âme, déclare : « En outre les âmes pures et parfaites vont loger dans les corps d’une manière pure, sans être affectées de passions et sans être privées de la fonction intellectuelle ; pour les âmes de nature contraire, c’est le contraire. Mais Atticus et d’autres Platoniciens, ne sont pas de cet avis : ils unissent toutes les âmes aux corps selon un mode unique de rencontre ; d’une manière toujours identique dans toute incorporation des âmes ; ils font exister d’abord l’âme irrationnelle, désordonnée et immergée dans la matière, et, quand cette âme a été bien ordonnée, ils la font en surplus s’unir à l’âme raisonnable ». Ceci nous ramène à l’idée des vases évoqués par l’Apôtre. L’un des points essentiels de la théologie de l’Hermétismec’est que c’est à l’âge de raison que l’être acquiert le discernement de la route qu’il doit choisir pour son âme, et cet âge est celui de la puberté, thèse que reprendra Tertullien en son Traité sur l’Ame (chapitre 38), conscience venant vers l’âge de 14 ans qui débouchera chez ces philosophes grecs apparentés à l’Hermétisme et à la Gnose sur la valeur morale de notre choix de vie, et dans le choix du genre de vie à la puberté, accompli par l’âme dans le corps, Jamblique ajoute : « Les genres de vie se distinguent soit comme les meilleurs caractérisés selon Platon par la purification, l’élévation et le perfectionnement de l’âme, soit comme les pires, opposés aux précédents par les caractères contraires ». Le bon choix c’est de connaître Dieu, c’est à dire donc de Re-Naître et Hermès dans le Poimandrès évoque cette situation : « Dieu ayant ainsi parlé, la Providence, par le moyen du destin et de l’armature des sphères, opéra les unions et établit les générations, et tous les êtres se multiplièrent chacun selon son espèce, et celui qui s’est reconnu soi-même est arrivé au bien élu entre tous, tandis que celui qui a chéri le corps issu de l’erreur de l’amour, celui-là demeure dans l’obscurité, errant, souffrant dans ses sens les choses de la mort ». Hermès évoque au paragraphe 21, la connaissance que l’homme peut avoir de Dieu par l’analogie de sa propre constitution où étant fait de vie et de lumière, il peut découvrir ce qu’est Dieu qui est Vie et Lumière. Ces deux voies, nous les retrouvons dans la Didaché qui commence par ces mots : « Il y a deux voies l’une de la vie, l’autre de la mort ; mais la différence est grande entre ces deux voies ». Ces deux voies ne conduisent pas à un manichéisme, mais à l’ajournement de l’âme vers sa purification, la mort comme seconde voie est le résultat de cette autre attitude de l’homme qui ne cherche pas Dieu et c’est pourquoi le Christ répond à propos du disciple qu’Il aimait à Pierre : « Si je veux que celui-là continue jusqu’à ce que je vienne que t’importe ? Toi, suis-moi ! » (Jean XXII, 22) Les stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps appartiennent à deux modes, le spirituel et le temporel que représente l’âge de raison, fixé par les philosophes grecs et Tertullien à quatorze ans. L’âme peut-elle quitter le corps ? Plotin en ses Ennéades répond : « Ne faut-il pas dire plutôt que l’âme est présente au corps comme le feu est présent à l’air, car le feu est présent à l’air sans être présent, il y est présent tout entier sans être mêlé à rien, et il reste lui-même en pénétrant l’autre. Et quand il se retire de l’air où il produit la lumière, il s’en va sans en rien emporter ; de sorte qu’on pourrait dire que c’est l’air qui est dans la lumière avec autant de raison qu’on dit que la lumière est dans l’air. C’est pourquoi Platon parlant de Psyché et du Cosmos dit fort bien que Psyché n’a pas été placée toute entière dans le corps du Tout, mais seulement il y a d’elle dans le corps ce qui est nécessaire de son être à l’être du corps, mais rien de ce qui n’est pas nécessaire : ce qui indique clairement qu’il y a des puissances de Psyché dont le corps n’a pas besoin. Et il en est de même des autres âmes ». Jamblique à propos de la façon dont l’âme se sert du corps répond toujours en son Traité de l’Ame : « Car les uns disent qu’elle ressemble à la fonction du pilote sur un navire, duquel le pilote peut aussi se détacher séparément ». Le navire c’est le corps ; le pilote, c’est l’âme et Plotin avant Jamblique précisait au chapitre précédent de ses Ennéades : « On dit que l’âme est dans le corps comme le pilote dans un navire. C’est exact pour exprimer que l’âme est quelque chose qui peut être à part de ce qu’est le corps ». Porphyre en son Traité à Gavros : Sur la manière dont l’embryon reçoit l’âme, précise un point très important et qui complète Plotin et Jamblique, celui selon lequel l’âme non seulement n’est pas captive du corps que cette dernière ne dépend pas de l’ordre corporel, mais encore qu’elle a lieu en vertu d’une aptitude.« Ce drame qu’on nous offre ainsi de la capture de l’âme est lui aussi pure fiction, et nullement le fait de connaisseurs, mais de gens qui de nouveau ignorent que l’âme n’est pas capturée, comme par la main ou par un lien ou au moyen d’une cage : car pour tout dire d’un mot, sa capture n’est pas de l’ordre corporel, elle n’a lieu qu’en vertu d’une aptitude, comme le feu non plus ne laisse pas prendre par un lien ou par la main, mais seulement en vertu de l’aptitude de la matière combustible ». Quelle est cette aptitude qu’évoque Porphyre, n’est-elle pas explicitement évoquée dans ce passage de son traité : « Ainsi en va-t-il aussi du petit corps de l’embryon qui est dans le sein et en train de se rendre accordé à une âme : avant d’avoir reçu le degré suffisant d’accord avec l’âme, il ne la possède pas ; a-t-il été accordé, aussitôt il possède, présente en lui, l’âme qui doit l’utiliser ; mais tant que l’accord fait défaut, l’âme n’est pas présente, bien que le monde soit tout rempli et gorgé d’âmes ». L’absence de l’âme propre au corps qui lui est destinée est donc possible chez tous ces philosophes qu’il s’agisse de Jamblique ou de Plotin, par exemple et Porphyre d’ajouter qu’en ce cas d’absence, une âme impropre peut venir dans le corps ; ce qui deviendra le phénomène de possession ; bien même après que l’accord ait été conclu. Il y a donc possibilité chez ces philosophes que l’âme propre quitte ultérieurement le corps : « Si cet accord est rompu, le corps peut sans doute admettre des âmes d’une autre sorte, par exemple des âmes de vers de cadavres et de vers de terre, mais il s’est séparé de l’âme qui lui était appropriée et consonante ». Ceci est-il contraire à l’enseignement des Pères et à la théologie chrétienne ? Si Porphyre enseigne que le corps peut recevoir une âme impropre, Justin déclarera en son Dialogue avec Tryphon que le corps peut recevoir une âme impropre : « Et les âmes jugées indignes de cette vision, que leur arrive-t-il ? dit-il Elles sont emprisonnées sans le corps de quelque animal et c’est là leur châtiment Elles savent donc pourquoi, elles sont dans ce corps et qu’elles ont commis un péché ?Je ne le pense pas ». Le problème qui nous occupe n’est pas d’examiner le bien fondé ou non de la régression dans l’idée de métempsycose mais de savoir si l’âme vivante n’est pas communiquée seulement à ceux qui sont les disciples de Dieu, sans que cela empêche les autres de mener une vie selon un autre monde. Justin en son Dialogue avec Tryphon évoquant Isaïe XLII, 5-13 explique : « Vous avez compris, amis, que Dieu dit qu’il donnera sa gloire à celui qu’il a établi Lumière des nations, et à nul autre, et non point comme disait Tryphon que Dieu se réserve à lui-même sa gloire ». Irénée de Lyon déclare dans son traité Contre les Hérésies : « L’homme parfait est un mélange et une union de l’âme, recevant l’esprit du Père liée à la chair qui est formée à la ressemblance de Dieu. C’est pourquoi l’Apôtre dit : « Nous prêchons la sagesse aux parfaits (I Cor II, 6), disant parfaits ceux qui ont reçu l’Esprit de Dieu et parlent toutes les langues par l’Esprit de Dieu, comme il parlait Lui-même… l’Apôtre les appelle des spirituels : ils sont spirituels par la communication de l’Esprit et non par défaut et suppression de la chair, et selon simplement le seul Esprit… Quand cet Esprit mêlé à l’âme, est uni à la créature, à cause de l’effusion de l’Esprit, l’homme est devenu spirituel et parfait : et c’est lui qui a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais si l’Esprit vient à manquer à l’âme, l’homme en cet état est vraiment un homme animal, et, abandonné à l’état charnel, il sera imparfait : il a bien l’image (de Dieu) en son corps créé, mais il n’assume pas la ressemblance par l’Esprit ». Cette distinction a été faite par le Christ, à Gethsémani, dans le cadre de la prière sacerdotale, la gloire de Dieu, le Christ la communique à ses disciples et non au monde :« Moi, je leur ai donné ton Verbe, et le monde les hait, parce qu’ils ne sont pas de ce monde, non plus que moi, je ne suis de ce monde… Oui, comme toi Père tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi en nous ils soient un, afin que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé. Oui, je leur ai donné, moi la gloire que tu m’as donnée : qu’ils soient un comme nous sommes un ». (Jean XVII, 14 et 21 et 22) Il serait aisé de multiplier les exemples patristiques, mais nous alourdirions notre propos. Il apparaît que l’Ame se fixe au corps sous réserve d’une évolution spirituelle vers Dieu et quitter le corps devenu animal, à l’occasion d’une tension inverse, et pour conclure provisoirement cet ensemble de quatre points, nous citerons quelques vers du Miserere de Marius Victorinus, un grand Père de l’Eglise qui est trop oublié : « Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ aie pitié de moi ! J’ai aimé le monde, parce que tu avais fait le monde ; j’ai été prisonnier du monde, alors que le monde jalouse les tiens ; maintenant je hais le monde, parce que maintenant j’ai goûté l’Esprit. Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ, aie pitié de moi ! Seigneur secours ceux qui sont tombés ! Secours ceux qui se repentent ! Car, par ton divin arrêt, par ta sainte décision, mon péché même fait partie du mystère du salut ! Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ, aie pitié de moi !Seigneur, je connais ton commandement ! Je sais que la loi du retour, en mon âme est gravée ! Oui, je me hâte, si tu m’ordonnes de revenir à toi, ô notre Dieu ». Le baptême d’eau ou de repentance accompli par Jean le Baptiste passe par la conversion. Cette conversion suppose une faculté autonome de conscience, que les Pères, nous l’avons entrevu, désignent sous le nom de Puissance et chez les philosophes néoplatoniciens sous le nom d’aptitude, par laquelle l’âme s’insère dans le corps. En plusieurs instants des Evangiles, Marc X, 13-16, Luc XVIII, 15-17, Matthieu XIX, 13-16 il est manifesté que les disciples gourmandent ceux qui se présentaient des petits enfants au Christ : « Alors on lui présenta des enfants pour qu’il pose les mains sur eux et prie ; mais les disciples les tançaient ; Jésus leur dit : Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le règne des cieux est à leurs pareils. Il posa les mains sur eux et s’en alla« . Si le Christ ne rejette pas les enfants, c’est bien entendu parce que partie intégrante de Sa création Jésus n’a perdu aucune de ses créatures, pas même le Fils de Perdition pour que l’Ecriture soit accomplie. L’enfant est un être important dans l’économie divine car c’est à son exemple que l’homme doit revenir et cet exemple est celui de la pureté qui débouche sur l’état d’innocence sinon d’absence de péchés : « Oui je vous le dis, si vous ne vous retournez pas et ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Règne des cieux. Celui qui s’abaissera comme cet enfant, c’est lui le plus grand dans le règne des cieux« . (Matthieu XVIII, 3-5)Le retour à l’état d’innocence passe par la conversion et la pénitence. Le baptême de pénitence est un baptême d’eau. Tertullien à propos de ce symbolisme de l’eau écrit en son Traité du Baptême : « Au commencement, est-il écrit, Dieu fit le ciel et la terre. Or la terre était invisible et chaotique et les ténèbres couvraient l’abîme et l’esprit de Dieu était porté sur les eaux ». Homme, il te faut vénérer cet âge reculé des eaux, car c’est une matière qui date de l’origine. Révère aussi sa dignité, puisqu’elle était le siège de l’Esprit divin qui le préférait alors aux autres éléments. Les ténèbres étaient encore informes, sans l’ornement des astres, l’abîme était sombre, la terre non ébauchée, le ciel mal dégrossi : seule l’eau, matière parfaite dès l’origine, féconde et simple, s’étendait transparente comme un trône digne de son Dieu« . Le Dr A.E. Chauvet en son magistral ouvrage sur l’Esotérisme de la Genèsetraduit le verset 2 de la Genèse ainsi : « Le vivant Esprit reçu et transmis par l’Angélie fécondait et incubait les manifestations, virtuelles des Eaux primordiales, Milieu-Contenant Universel, dont les Productions futures de l’Univers sensible, jusqu’alors indistinguées constituaient le contenu« . (Genèse I, 2) C’est l’eau qui contient les Productions futures de l’Univers sensible et l’on comprend dès lors que Tertullien ajoute : « C’est cette première eau qui enfanta tout ce qui vit pour qu’on n’ait pas lieu de s’étonner si, dans le baptême, les eaux encore produisent la vie« .L’eau enfante ce qui vit, le baptême d’eau est un baptême d’enfantement vers la vie et dans le récit de la Genèse c’est aux eaux que Dieu commanda en premier de produire des animaux vivants. L’eau est le lieu, l’élément privilégié qui prépare la manifestation du Christ dans le monde. Jésus est d’abord « baptisé » dans le Jourdain par Jean, et se montre alors la gloire de Dieu : « Si tôt immergé, Jésus remonta des eaux et voilà que les cieux s’ouvrirent, il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voilà que, des cieux, une voix dit : Celui-ci est mon fils, l’aimé dont je suis content » (Matthieu III, 16 et 17) et le premier miracle de Jésus se réalise avec noces de Cana dans le cadre de l’Evangile de Jean (II, 7-10) : « Jésus leur dit : Remplissez d’eau les urnes. Et ils remplirent jusqu’en haut. Il leur dit : Puisez maintenant et portez-en au chef. Ils en portèrent. Quand le chef goûta l’eau devenue du vin, il ne sut pas d’où il provenait, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient« . L’eau devenue vin aux noces de Cana préfigure la Sainte Cène qui transubstantera le vin en Corps du Sauveur et ces noces de la terre anticipent les noces eucharistiques qui préfigurent la Communion dans la Nouvelle Jérusalem. La figure de l’eau est un point essentiel donc de la vie de Jésus et Tertullien en son Traité du Baptême écrit : « Jamais le Christ n’apparaît sans l’eau ! Lui-même est baptisé dans l’eau ; invité à des noces, c’est l’eau qui inaugure les commencements de sa puissance. Annonce-t-il la Parole ? Il convie ceux qui ont soif à boire son eau éternelle ! Traite-t-il de la charité ? Il reconnaît comme oeuvre d’amour le verre d’eau donné au prochain. Près d’un puits il répare ses forces. Il marche sur l’eau, il la traverse volontiers ; il lave avec l’eau les pieds de ses disciples… quand il est condamné à la Croix, l’eau intervient encore, c’est pour les mains de Pilate. Quand il est transpercé, l’eau jaillit de son côté, c’est par la lance du soldat« . Le mystère de l’eau est fondamental dans la théologie scripturaire et sacramentelle : elle apparaît comme le témoin de ce qui est pur et illuminé. La liturgie gnostique fait dire au célébrant lorsqu’il verse le vin dans le calice : « Un des soldats transperça avec sa lance le côté du Seigneur. Il en sortit du sang et de l’eau, pardon du monde entier. Celui qui l’a vu en rendit témoignage et son témoignage est véridique« . L’eau est donc assimilée au pardon, à la repentance qu’à l’occasion du Lavabo le célébrant manifeste par cette prière encore : « Je ne me lave pas les mains, Seigneur, comme ceux qui sont innocents, et je frémis de me tenir devant votre autel, car je sais que je suis un grand pécheur. Par votre grâce infinie, que cette eau me lave de la souillure de mes péchés et efface les traces de mes iniquités dans l’océan de votre clémence. O Dieu, dissipez la rouille de m es péchés et des offenses, dans votre bonté et votre miséricorde. Amen« . A côté du mystère du repentir figure celui de la conversion. Il est deux textes du Nouveau Testament qu’il convient de garder en mémoire : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi : c’est moi qui ai fait choix de vous et qui vous ai établis mes envoyés, pour que vous portiez du fruit, du fruit qui demeure et pour vous accorder ce que vous demanderez au Père en mon nom« . (Jean XV, 16) « Saül qui exhalait encore la menace et le meurtre à l’égard des disciples du Seigneur, s’approcha du Grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin de lier hommes et femmes qu’il trouverait de cette voie et de les amener à Jérusalem. Il y alla et, comme il approchait de Damas, une lumière du ciel l’éblouit soudain et, tombant par terre, il entendit une voix qui lui disait : Saül, Saül, pourquoi me poursuis-tu ? Il dit : Qui es-tu Seigneur ? Et lui : Je suis Jésus que tu poursuis. Mais lève-toi entre dans la ville et on te dira ce que tu dois faire« . (Acte IX, 1-7) Saül se relèvera de terre, aveugle, ne mangeant ni ne buvant pendant trois jour. « Il y avait à Damas un disciple appelé Ananie. Le Seigneur lui dit : « Lève-toi, va dans ce qu’on appelle la rue Droite et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saül de Tarse ; car le voilà qui prie et il a vu un homme appelé Ananie, qui entrait et qui posait les mains sur lui pour qu’il voie… Le Seigneur lui dit : Va, car c’est pour moi un outil de choix pour porter mon nom devant les nations, les rois et les fils d’Israël ; car je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom« . (Actes IX, 10-13 et 15-17) Le mystère de la conversion passe par le mystère du repentir et le mystère de la souffrance réparatrice passe par celui non moins énigmatique de la violence que l’on a imposé antérieurement à d’autres. Ce point dernier a été entrevu dans le cadre de notre étude précédente à propos des conditions de l’alliance. Il fallait que Paul persécute les chrétiens avec acharnement pour connaître une nuit intérieure aussi profonde que par son passé. Cette profondeur s’inscrit dans l’abîme intérieur qui est l’une des lectures du Prologue de Saint Jean I, 5 : « Et la lumière lui dans la Ténèbre Et la ténèbre n’a pas compris. »Alta rappelle naturellement en sa traduction et son commentaire de Jean que le texte dit bien la Ténèbre et non les Ténèbres, pour indiquer – dit-il – aux esprits réfléchis que ce texte veut suggérer non pas un dogme, mais un mystère. La ténèbre de chaque homme doit recevoir la lumière qui est le Christ. Il est des hommes qui n’ont point compris cette présence parce qu’ils ne sont pas descendus assez dans les ténèbres de leur coeur. Le préfixe « Com », comme, « con » signifie avec et comprendre, c’est prendre avec, mais l’on ne peut prendre avec quelque chose que ce que l’on a de cette chose, il faut encore qu’elle existe en quantité suffisante pour prendre avec, proportionnellement, autant, de cette autre chose qui présentement pour la ténèbre est la Lumière. Le texte suivant de l’Apocalypse III, 16 : « Parce qu’ainsi tu es tiède et ni froid, ni chaud, je vais te vomir de ma bouche » est à prendre en considération, car le tiède n’a pas assez de ténèbre pour accueillir d’avantage de lumière, à l’inverse le froid qui est un puits immense d’accueil et du chaud qui possède déjà toute la lumière, ou du moins suffisamment. La ténèbre intérieure comme la ténèbre de la Genèse n’est pas un lieu de conscience en tant que tel : ce point est fondamental et il n’est pas un contenu, et le Dr. A.E. Chauvet traduit fort remarquablement ce Prologue de Genèse I, 2 en son Esotérisme de la Genèse : « Déjà pourtant la Ténèbre, Puissance de concentration et de compression agissait sur l’Abîme, contenant universel…« Si l’homme n’a pas pris conscience de son péché comment parviendra-t-il à se purifier?La lumière provoque un tourbillon dans l’abîme de notre coeur jusqu’alors empli de la ténèbre et transmue – si on l’accepte – cette ténèbre, en lumière, qui est à la fois conscience engendrant le repentir et qui débouche sur l’Amour. « Ceux qui habitent le pays de l’ombre, sur eux un lumière a brillé« (Isaïe IX, 1) Paul accepte cette lumière lui qui habitait le pays de l’ombre, parce qu’il a prié et sa prière est le lieu transfigurateur de son repentir, et l’on ne peut se repentir que si l’on a péché. L’Apôtre ne nous dit-il pas : « Vous avez été ténèbre autrefois, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur : vivez donc comme des enfants de lumière ; et le fruit de la lumière c’est toute sainteté, toute justice, toute vérité« . (Ephésiens V, 8) La conversion passe par le choix accompli par le Christ en faveur de chaque créature, non pas que chaque créature ne puisse être choisie, mais elle est appelée et c’est la vocation par Dieu. Dès lors qu’elle est prête à entendre Son appel. Origène le grand Origène, le Maître d’Alexandrie écrit à propos du Prologue de Jean en son Commentaire sur Saint Jean : « La Parole sacrée sait que les commandements sont une lumière ; Isaïe dit « Car tes ordonnances sont une lumière sur la terre », ainsi que David au Psaume 18 : « la loi du Seigneur est pleine de lumière, elle éclaire les yeux ». Mais qu’il existe à côté des ordonnances et des lis, une lumière de connaissance, nous le découvrons chez l’un des douze petits prophètes : « Semez pour vous en vue de la justice, vendangez en vue d’un fruit de vie, éclairez-vous d’une lumière de connaissance »… « D’autre part les ténèbres sont prises dans le sens des actions mauvaises ; le même Jean nous l’apprend dans son épître en disant : « Si nous prétendons être en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité » et, plus loin, « Qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres » et, enfin, « Qui hait son frère est dans les ténèbres, il va et vient dans les ténèbres, il ne sait où il se dirige parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux »… « Remarque bien cette (parole) : dieu est lumière, et en Lui il n’y a pas de ténèbres » ; n’a-t-elle pas été prononcé parce qu’il n’existe pas une seule ténèbre mais deux, si l’on considère les genres, ou même, puisqu’on trouve en chaque individu beaucoup de mauvaises actions et d’opinions fausses, c’est qu’il y a beaucoup de ténèbres, dont aucune n’est en Dieu. Quant au saint, à qui le Sauveur déclare : « Vous êtes la lumière du monde, il n’est pas dit que le Saint est la lumière du monde et qu’en lui il n’y a pas de ténèbres« . Dieu est lumière et il n’y as pas en Lui de ténèbre parce qu’il est l’Amour ; c’est la Lumière, mais il en est une autre qui permet de communier à la Lumière Primordiale, Originelle, c’est celle de la Connaissance, qui est s’il s’agit de la Connaissance de Dieu, de naître avec Dieu ! Dieu s’est fait pour que l’homme s’approche le plus possible de Dieu ! Si le Christ s’est chargé de nos ténèbres c’est pour abolir notre mort en anéantissant les ténèbres qui sont en notre âme et Origène d’ajouter encore : « Cette Lumière qui est dans le Verbe et qui également la Vie « brille dans les ténèbres » de nos âmes et s’établit là même où (demeuraient) les princes de ce monde de ténèbres ceux qui ne sont pas d’une fermeté assez absolue pour être appelés, une fois éclairés, ‘Fils de Lumière’« . Il s’opère une transformation de ces ténèbres en lumière et lorsque le Maître Alexandrin évoque le Psaume 117 : « Dieu a fait des ténèbres sa retraite« , il précise : « D’une manière plus paradoxale, je pourrais dire aussi des ténèbres prises en bonne part qu’elles se hâtent vers la lumière, la saisissent et deviennent lumière, parce que n’étant pas connues, ces ténèbres changent de valeur pour celui qui auparavant ne voyait pas, de telle manière que, après avoir été instruit, il déclare que la ténèbre qui était en lui est devenue Lumière, une fois qu’elle a été connue« . Nous revenons ainsi au mystère de la conversion qui passe par le mystère du repentir, qui est celui de la conscience. Après l’explication du Notre Père, on comprend qu’immédiatement après, alors, apparaisse dans le rituel cathare du Consolamentum cette exhortation : « Voilà pourquoi vous devez comprendre, si vous voulez recevoir cette oraison, qu’il faut vous repentir de tous vos péchés et pardonner à tous les hommes, vu que dans l’Evangile le Christ dit : « Si vous ne remettez pas aux hommes leurs péchés, votre Père céleste ne vous remettra pas non plus vos péchés ». De même, il convient que vous vous décidiez dans votre coeur à mettre en pratique cette sainte oraison tout le temps de votre vie, si Dieu vous accorde de recevoir la grâce, selon la coutume de l’Eglise de Dieu… » Le Baptême d’eau est le baptême du repentir et de la conversion : c’est la première étape du Baptême de l’Esprit et c’est pourquoi, en conclusion à la première étape du Consolamentum, il est dit : « Que l’ordonné commence alors le perdonum. Qu’il dise ensuite l’oraison comme c’est la coutume ; la prière terminée ainsi que les « grâces » que le croyant dise alors avec respect devant l’Ordonné : « Bénissez, ayez pitié de nous, amen ! Qu’il nous soit fiat le Seigneur selon ta parole ». Et que l’Ordonné dise : « Que le Père, le Fils et le Saint Esprit vous remettent tous vos péchés ! » Il n’y a pas dans le Catharisme de mépris ni de rejet du Baptême de repentance qui est rappelé à l’occasion de cette première partie et le rituel d’affirmer : « De même personne ne doit penser que, par ce baptême que vous avez l’intention de recevoir, vous deviez mépriser l’autre baptême, votre premier christianisme et le bien quel qu’il soit que vous avez fait ou dit jusqu’à présent, mais vous devez comprendre qu’il vous faut recevoir le saint ordinamentum du Christ en supplément de celui qui était insuffisant pour votre salut« .  

III – Le Baptême d’Esprit et de Feu : Deuxième étape du Consolamentum  

Que l’on s’entende bien ! Si le Baptême d’eau ou de repentance ne suffit pas pour acheminer vers la vie éternelle, cela ne signifie pas qu’il n’ait point de vertus, mais ces vertus du baptême de repentance préparent d’autres grâces qui elles permettent au chrétien de parvenir à la Nouvelle Jérusalem. Sur ce point nous renvoyons le lecteur à notre précédente étude . Le Baptême d’Esprit et de Feu est le Sacrement de la Confirmation dans l’occident chrétien et de la chrismation dans l’Orthodoxie : dans le cadre du catharisme il est l’une des formes du Consolamentum. « Quand Simon vit que l’Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur présenta de l’argent« . (Actes VIII, 18) L’imposition des mains en vue de la réception du Saint Esprit est distincte du Baptême : « Les apôtres à Jérusalem, entendirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu et ils leur envoyèrent Pierre et Jean qui y descendirent et prièrent pour eux pour qu’ils reçoivent le Saint Esprit, car il n’était encore tombé sur aucun d’eux : ils avaient seulement été immergés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils imposèrent les mains sur eux et eux recevaient l’Esprit Saint« . (Actes VIII, 14-18) Il convient de retenir avant d’aller plus outre, cet autre passage des Actes XIX, 1-7 : « Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul parcourut le haut pays et vint à Ephèse. Il y trouva quelques disciples et leur dit : Avez-vous reçu le Saint Esprit depuis que vous avez la foi ? Ils lui dirent : Nous n’avons pas même entendu parler d’un Saint Esprit ! Il leur dit : Quelle immersion avez-vous donc reçue ? Ils dirent l’immersion de Jean. Paul leur dit : l’immersion par Jean immergeait pour la conversion, il disait au peuple de se fier à celui qui venait après lui, c’est à dire à Jésus. A ces paroles, ils se firent immerger au nom du Seigneur Jésus. Et comme Paul posait les mains sur eux, l’Esprit Saint vint vers eux, et ils parlaient en langues et prophétisaient« . Ainsi apparaît dans l’esprit des disciples qu’il y a plusieurs immersions et que la première ou le baptême de repentance et de conversion, donne la foi. Le baptême de l’Esprit offre la possibilité de parler les langues et de prophétiser, en un mot de témoigner. Il y a un jeu de mot entre le fait de parler des langues pour témoigner envers toutes les nations et a réception des langues de feu qui le jour de la pentecôte se partagent et se posent sur chacun des apôtres. Ce phénomène est antérieurement présent dans l’Ancien Testament en divers lieux mais le fait le plus marquant est sans doute en les Nombres XI, 25 : « Iahvé descendit dans le nuée et lui parla. Il reprit de l’esprit qui était sur lui et en mit sur les soixante dix hommes, les anciens. Or, dès que l’Esprit se reposa sur eux, ils prophétisèrent, mais ils ne recommencèrent pas« . Le Talmud nous précise que s’il survient une lacune dans la perfection morale du prophète, le don de la prophétie se perd, soit pour un temps, soit définitivement. A la suite du verset 25, le texte de poursuit ainsi : « Deux hommes étaient restés dans le camp, le nom de l’un était Eldad et le nom du deuxième était Meydad. L’esprit se reposa sur eux, car ils étaient parmi les inscrits, mais ils n’étaient point sortis vers la Tente, et ils prophétisaient dans le camp. Un jeune homme courut l’annoncer à Moïse et dit : « Eldad et Meydad prophétisent dans le camp ! ». Josué, fils de Noun, ministre de Moïse depuis son adolescence, prit la parole et dit : « Mon seigneur Moïse empêche les ! » Mais Moïse lui dit « Es-tu jaloux pour moi ? Qui fera que tout le peuple de Iahvé mettrait son esprit sur eux ! » Puis Moïse se retira dans le camp, Lui et les anciens d’Israël » (Nombres XI, 26-31) Comme le rappelle le rabbin Elie Munk : « Les deux prophètes Eldad et Médad furent particulièrement appréciés pour leur modestie et leur humilité. Ils en furent par cinq fois, distingués des autres anciens. Ceux-ci prédisaient juste ce qui se passerait le lendemain au sujet des cailles ; Eldad et Médad annonçaient ce qu’il adviendrait dans les jours futurs. Les autres prophétisaient seulement pour un jour, mais eux reçurent le don de prophétie pour toute leur vie. Les autres moururent dans le désert, tandis qu’Eldad et Médad étaient encore chefs du peuple après la mort de Moïse. Leurs noms sont mentionnés dans l’Ecriture, alors que les noms des autres n’y figurent pas. Enfin l’ensemble des anciens a reçu le don de prophétie de Moïse, mais eux deux le tinrent directement de Dieu » Il y a une attitude de modestie et d’humilité qu’il convient de posséder lorsque l’on reçoit l’Esprit Saint et nous revenons aux vertus morales de repentance et de conversion acquises par le baptême d’eau qui préparent à la réception et à l’épanouissement du Baptême d’Esprit. L’Eglise Gnostique Apostolique en sa liturgie de la Confirmation offre ce préambule qui rappelle une première fois la baptême des Eglises Apostoliques : « Mon frère (ma soeur) vous venez aujourd’hui demander à l’Eglise de Dieu, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, le sacrement de la Confirmation : vous allez tout à l’heure confirmer votre foi et vous engager au service de l’Eglise. L’Eglise à son tour vous confirmera dans la fonction sacerdotale que vous endosserez en devenant membre de l’Eglise Priante, Souffrante, Militante. « Par votre baptême, vous étiez entré dans le corps mystique du Christ et votre âme, acquise à Dieu, avait accepté la Parole Divine. Après avoir été pris en charge, avec la grâce de Dieu, par l’Eglise ; aujourd’hui, par la Confirmation, vous allez être consacré par l’Esprit Saint, pour agir dans le monde, au Nom de Notre Seigneur car : « Jadis vous étiez ténèbres, mais maintenant vous êtes Lumière dans le Seigneur ; conduisez-vous comme de vraies lumières » (Ephésiens V, 8) – Le Catéchumène est devenu chrétien. Le chrétien est devenu disciple de Notre Seigneur Jésus+Christ ; et parce que vous aspirez, pour autant que cela soit possible à la faiblesse humaine, à devenir Ami du Sauveur, portant avec Lui, la Croix du monde, je vous appelle, mon frère, au Nom de l’Eglise du Dieu Vivant, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, à travailler pour la Réconciliation Universelle » Dans le cadre de la deuxième partie du Sacrement, l’E.G.A. demande au baptisé de renouveler sa renonciation au Prince de ce monde et son adhésion au Christ, engagement pris non seulement une première fois à l’occasion de son baptême et la troisième partie commence ainsi : « Mon Frère (Ma Soeur) vous venez de renouveler votre engagement baptismal, d’une façon solennelle et pour toujours. Ayez en mémoire constamment, cette adresse du Sauveur : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous demande. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ignore ce que fait son maître ; je viens de vous appeler amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez porter du fruit, et un fruit permanent« (Jean XV, 14-17) « Mon Frère, vous avez reçu l’enseignement de l’Eglise du Dieu Vivant, devenez pour toujours l’Ami de Notre Seigneur Jésus+Christ, en devenant membre de l’Eglise Priante, Souffrante, Militante.« Vous allez recevoir les sept dons de l’Esprit Saint, ces arrhes qu’évoque l’Apôtre : « Or celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a consacrés par l’Onction, c’est Dieu ; c’est Lui aussi qui nous a marqués de son sceau et qui a mis dans nos coeurs, ces arrhes de l’Esprit » (II Cor I, 21-23). Ces arrhes : vous les avez reçus au baptême, vous allez en recevoir d’autres pour que vous puissiez mener à bien votre fonction dans l’Eglise et qu’ayant reçu ces prémices de l’Esprit, il convient que vous n’oubliez jamais « que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu réside en vous » (I Cor III, 16).« Mon Frère, vous engagez-vous au service de l’Eglise du Dieu Vivant, Une, Sainte, Catholique, et Apostolique, cette Eglise dont la pierre d’angle est le Christ ? » Devenir le Temple de Dieu est possible dans le cadre de la liturgie de la Confirmation ou chrismation par l’Esprit Saint, dont Saint Jean annonce l’actualisation, et la mise en place du baptême d’Esprit, par ces paroles : « L’homme sur lequel tu verras l’Esprit descendre d’en haut et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint. Or j’ai vu, et je rends donc témoignage que celui là est le Fils de Dieu » (Jean I, 33-55) Le jour suivant, André, frère de Simon ayant entendu cette parole avait rejoint le Christ et ayant rencontré peu après Simon il lui déclare : « Nous avons trouvé le Messie, lui dit-il, ce qui signifie « Le Christ » ; et il l’amena à Jésus » (Jean I, 41) et comme le rappelle avec justesse le père Cyrille Argenti en son étude sur la Chrismation : Jean se sert du mot grec « christos », participe passé du verbe « chrio », oins. Avant d’en venir au sens de l’onction dans l’Eglise et le Nouveau Testament, examinons dans quelles circonstances s’établit cette onction dans l’Ancien Testament.  

A/ La chrismation dans l’Ancien Testament  

« Puis tu feras approcher Aaron et ses fils de l’entrée de la tente du rendez-vous, tu les laveras dans l’eau. Tu prendras les habits et tu revêtiras Aaron de la tunique, du manteau d’éphod, de l’éphod et du pectoral, puis tu l’enlaceras de la bande de l’éphod. Puis tu mettras le turban sur sa tête et tu placeras le diadème de sainteté sur le turban. Tu prendras l’huile d’onction et tu la verseras sur sa tête, tu l’oindras« . (Exode XXIX, 4-8) Rachi note que « cette onction également se faisait sous la forme d’un KI grec. On lui mettait de l’huile sur la tête et entre les sourcils, et on l’établit avec les doigts« . Rachi à propos d’Exode XXX, 26 et 29 note encore : « Toutes les onctions se faisaient en forme de KI grec, sauf celles des rois qui se faisaient en forme de couronne » et par ailleurs : « Tu les sancitifieras : cette onction les sanctifie, pour les rendre saints au plus haut degré« . Le rabbin Elie Munk pour sa part précise en son commentaire des versets cités que, pour R, Moské, Isserles et Racant ; du fait qu’il y a homonymie entre les mots hébreux onction et attraction, il découle que : « L’huile d’onction a la vertu d’attirer sur la tête de celui qui la reçoit l’esprit divin. L’huile a été choisie parce qu’elle est le prototype de la manière inflammable qui s’allume au premier contact de l’étincelle qui vient d’en haut. Ainsi, l’oint du Seigneur est-il susceptible d’attirer l’inspiration dès que la flamme d’en haut a jailli pour aller allumer la lumière de son esprit« . La chrismation consacre donc les rois et les prêtres, tel Aaron, comme il est dit « Le prêtre oint… » (Lévitique IV, 5) et « Alors Samuel prit la fiole d’huile et en versa sur sa tête, puis il le baisa et dit : « N’est-ce pas Iahvé qui t’a oint comme chef sur son peuple Israël… Alors fondra sur toi l’Esprit de Iahvé, tu prophétiseras avec eux et tu seras changé en un autre homme« . (I Samuel X, 1 et 6) Nous retrouvons les prémices des charismes inhérents au baptême de l’Esprit : le don de prophétiser, de parler, en un mot de témoigner comme l’évoque ce passage entrevu des Actes XIX, 1-7. L’oint est donc Roi, Prêtre et Prophète !… Avec Rachi et les rabbins il y a rapport à mettre en évidence entre l’onction et l’attraction, le feu de l’huile et le feu divin. Ceux qui reçurent des ordinations valides du temps où les Eglises Apostoliques conservaient des rituels d’ordination sérieux, nous comprendront, quant à la surprise dont certains me firent part lorsqu’à la suite de la cérémonie d’ordination, leurs mains notamment les brûlaient… Feu de l’huile et feu divin sont étroitement liés par la consécration du Saint Chrème, fait qui débouche sur ce que ce n’est plus l’huile qui agit comme telle mains l’onction par l’Esprit dont nous parle Isaïe XI, 2 et 3 : « Sur lui se posera l’Esprit de Iahvé, esprit de sagesse et de discernement, esprit avisé et vaillant, esprit de connaissance et de crainte de Iahvé ; il l’inspirera dans la crainte de Iahvé« . L’Esprit offre des dons qui préparent aux sept grâces de la Confirmation : l’Esprit de Sagesse, l’Esprit d’Intelligence, l’Esprit de Connaissance, l’Esprit de Force, l’Esprit de Science, l’Esprit de Piété, l’Esprit de Crainte de Dieu.  

B/ La Chrismation dans le Nouveau Testament  

Le Christ est l’Oint : « Nous avons trouvé le Messie, c’est à dire le Christ » déclare André à son frère Simon. Nous avons trouvé le Messie, ce qui signifie « Oint ». « En ces jours-là Jésus vint de Nazareth de Galilée et il fut immergé par Jean dans le Jourdain. Aussitôt en remontant des eaux, il vit les cieux se fendre et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. Et une voix vint des cieux : Tu es mon fils, l’aîné dont je suis content« . (Marc I, 9-12) C’est immédiatement après son immersion (en grec, « baptisma ») que fut révélé aux hommes l’onction de Jésus dans l’Esprit, c’est à dire sa chrismation le manifestant comme Christ. Certes, nous n’enseignerons pas comme certains que Jésus est devenu le Christ à cet instant : Il est Dieu de toute éternité, mais Il manifeste sa qualité divine et son unité de Nature avec le Père et l’Esprit par la présence de l’Esprit et le témoignage de Père : « Tu es mon fils, l’aimé dont je suis content« . Les Pères nous enseignent à la suite de Saint Irénée que Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu. Le Christ Jésus est l’Oint du Père et il s’est fait homme pour transmettre son onction à tous les hommes. Cette onction est accordée par un scénario en deux temps : la mort et la résurrection : le baptême et la chrismation : « Oubliez-vous donc que tous, quand nous avons été baptisés en Christ Jésus, nous avons été plongés dans sa mort ? oui ! par le baptême nous avons été ensevelis avec lui dans la mort : afin que comme Christ a été ressuscité des morts par la gloire du Père, ainsi nous marchions désormais dans une vie nouvelle« . (Romains VI, 3-6) La glorification dans le Christ s’établit par Sa résurrection et le Christ de proclamer : « Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves de vie jailliront de son sein, comme dit l’Ecriture. » Il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux descendu parce que Jésus n’était pas encore monté dans la gloire« . (Jean VII, 38-40) L’onction ou chrismation, c’est la Pentecôte qui nous transmet le don de Dieu, le Saint Esprit, et l’on comprend dès lors cette adresse de l’Apôtre aux Corinthiens dans sa deuxième épître II, 14-16 : « Mais grâces soient rendues à Dieu qui partout nous fait triompher dans le Christ et qui par vous manifeste en tous lieux le parfum de sa gnose ! Car nous sommes un parfum du Christ vers Dieu« .  

C/ La Chrismation chez les Pères  

Irénée de Lyon en sa Démonstration de la prédication Apostolique déclare : « En effet le Fils en tant qu’Il est Dieu, reçoit du Père, c’est à dire de Dieu, le trône de l’éternelle royauté et l’huile de l’onction, plus abondamment, que ses autres compagnons ; et l’huile d’onction, c’est l’Esprit dont Il est oint, et ses compagnons sont les prophètes, les justes, les apôtres, et tous ceux qui reçoivent participation à sa royauté, c’est à dire ses disciples« . Tertullien en son traité Le Baptême déclare encore : « Je ne veux pas dire que ce soit dans l’eau que nous recevions l’Esprit Saint. Mais purifiés dans l’eau par le ministre de l’ange, nous sommes préparés à recevoir l’Esprit Saint… Ensuite à la sortie du bain, nous recevons une onction d’huile bénite, conformément à la discipline antique. Selon celle-ci on avait coutume d’élever au sacerdoce par une onction d’huile répandue de la corne : c’est ainsi qu’Aaron fut oint par Moïse. Aussi étaient-ils dits « Christs », de « chrisma » qui signifie onction et qui donna aussi son nom au Seigneur. Cette onction est devenue spirituelle puisqu’il fut oint de l’Esprit de Dieu le Père… Puis on nous impose la main en appelant et en couvrant l’esprit Saint par une bénédiction… Alors cet Esprit très saint sortant du Père descend avec complaisance sur ces corps purifiés et bénis ; il se repose sur les eaux du baptême comme s’il reconnaissait là son ancien trône, lui qui sous la forme d’une colombe est descendu sur le Seigneur« . Hippolyte de Rome en la Tradition apostolique précise : « Ensuite quand il sera remonté, il sera oint par le prêtre de l’huile d’action de grâces avec ces mots : « Je t’oins d’huile sainte au nom de Jésus+Christ ». Et ainsi chacun après s’être essuyé se rhabillera et ensuite ils entreront dans l’Eglise. L’Evêque en leur imposant les mains dira l’invocation : « Seigneur Dieu, qui les a rendus dignes d’obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes d’être remplis de l’Esprit-Saint et envoie sur eux ta grâce, afin qu’ils te servent suivant ta volonté, car à toi est la gloire, P

ère et Fils avec l’Esprit Saint, dans la Sainte Eglise, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen ». Ensuite, en répandant de l’huile d’action de grâces de sa main et en posant celle-ci sur la tête, il dira : « Je t’oins d’huile sainte en Dieu le Père tout puissant et dans le Christ Jésus et dans l’Esprit Saint ». Et après l’avoir signé au front, il lui donnera le baiser et dira : « le Seigneur soit avec toi« . Cyrille de Jérusalem précise en ses Catéchèses Baptismales et Mystagogiques : « Lorsque baigné dans les eaux du Jourdain, et leur ayant communiqué les effluves de sa divinité, le Christ en fut remonté, le Saint Esprit fit en personne irruption sur Lui, le semblable se reposant sur son semblable. De même, remontés de la cure aux saintes eaux, vous reçûtes la chrismation, la marque dont fut chrismé le Christ. Or cette chrismation est l’Esprit Saint… Le Christ en effet n’a pas été chrismé par les hommes, d’huile ou de baume matériel, mais le Père l’ayant préétabli sauveur de tout l’univers, le chrisma du Saint Esprit… Et de même que le Christ fut réellement crucifié, enseveli et ressuscité, et que vous aussi, par votre baptême, vous avez été admis à participer symboliquement à sa croix, à son tombeau et à sa résurrection, ainsi en est-il de la chrismation : le Christ était chrismé d’une huile joyeuse et spirituelle, entendez de l’Esprit Saint qu’on appelle huile d’exultation, parce qu’Il est précisément la source de l’exultation spirituelle ; quant à vous, vous avez été chrismes d’un baume qui vous a rendus participants et associés au Christ« . Ambroise de Milan pour sa part rappelle les vertus attachées à la chrismation : « Après cela vient le sceau spirituel dont vous avez entendu parler aujourd’hui dans la lecture. Car après la fontaine, il reste encore à rendre parfait quant à l’invocation de l’évêque l’Esprit Saint est répandu… qui sont comme les sept vertus de l’Esprit. (105) « Ainsi donc rappelle-toi que tu as reçu le sceau spirituel, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de forces, l’Esprit de connaissance et de piété ; l’Esprit de la sainte crainte, et garde ce que tu as reçu. Dieu le Père t’a marqué de son sceau, le Christ Seigneur t’a confirmé et il a mis l’Esprit dans ton coeur comme gage ainsi que tu l’as appris par la lecture de l’apôtre« . L’onction est un sceau de Dieu, c’est la marque visible de la Pentecôte, c’est l’attestation de la réception du Saint Esprit, l’huile comme prototype de la matière inflammable constitue l’actualisation des langues de feu reçues par les Apôtres, et le rite de l’imposition des mains apparaît avec Ambroise de Milan « en appelant et en conviant l’Esprit Saint par une bénédiction« .  

D/ La Chrismation dans le Catharisme  

Le Rituel Cathare rappelle ces divers points quant à l’ordination, quant à l’imposition des mains, quant à la communion avec et dans le Saint Esprit : « Vous devez donc comprendre que telle est la raison de votre présence ici devant l’Eglise de Jésus+Christ, c’est à dire à l’occasion de la réception de ce saint baptême de l’imposition des mains et du perron de vos péchés ; à cause de la demande d’une bonne conscience adressée à ! dieu par les bons chrétiens. Voilà pourquoi vous devez comprendre que de même que vous êtes temporellement devant l’Eglise de Dieu, où le Père, le Fils et l’Esprit-Saint habitent spirituellement, de même vous devez être spirituellement avec votre âme devant Dieu et le Christ et l’Esprit-Saint, préparé à recevoir ce saint orninamentum de Jésus+Christ« . Le Rituel de la Confirmation de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive pour sa part offre cette prière pendant que l’évêque impose les deux mains au-dessus de la tête du Baptisé maintenant confirmé : « Remplissez-le de votre dignité, marquez du digne de l’invincible croix du Christ, ce frère et du sceau de votre Esprit, pour qu’il possède la vie éternelle qui est de vous connaître avec votre Fils et votre Esprit : un seul Dieu, de vous aimer et de suivre vos commandements. Nous vous le demandons, moi ministre indigne et avec cette communauté, l’Eglise Une, Sainte, Catholique (Universelle) et Apostolique, par Notre Seigneur Jésus+Christ dans le même esprit Saint, à Vous louange, adoration, action de grâces, aux siècles des siècles. Amen. » Le célébrant prend alors l’ampoule de Saint Chrême et faisant successivement le signe de la croix sur le front, les yeux, le nez, la bouche, les mains, les pieds du confirmé, il dit chaque fois : « Le Sceau du Saint Esprit« . Cette distinction du rite de l’imposition des mains comme étape distincte et postérieure au Baptême est fondamentale dans le Catharisme. Elle prend sa source en cette parole de Jésus que relate Jean XIV, 16-18 : « Et moi je demanderai au Père, et il vous donnera un autre collaborateur qui puisse demeurer éternellement avec vous : l’Esprit de la Vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il n’en a ni la connaissance, ni l’idée ; mais vous vous le connaissez et c’est pourquoi il restera auprès de vous et sera en vous ». Cette venue de l’Esprit Saint si elle se trouve actualisée dans le baptême de Jésus par Jean est postérieure pour les hommes au baptême de repentance et le rite baptismal s’effectue en deux temps : « Ils lui prescrivent d’abord un temps de pénitence, de pureté et de prière continue. Puis ils lui imposent sur la tête l’Evangile de Jean, invoquant le Saint Esprit et récitent le Pater Noster. Après cette sorte de baptême, ils lui prescrivent à nouveau un temps d’éducation plus précise, de vie plus ascétique, de prière plus pure, puis demandent des témoignages sur le point de savoir s’il a tout observé. S’il a accompli fidèlement au témoignage des hommes comme des femmes, ils l’amènent à un rite d’initiation réitérée. Le plaçant en face de l’Est, ils lui posent l’évangile sur la tête, les présents, hommes et femmes, lui imposent les mains récitant leur rite« . Dans cet itinéraire de l’âme vers Dieu, le Saint Esprit pour l’ensemble des Pères est l’intervention privilégiée en faveur de l’homme. Clément d’Alexandrie à l’égard de Marie Madeleine répandant un flacon de parfum de grand prix sur le Christ nous explique le sens de cette scène : « Et si je ne vous parais trop insister, les pieds parfumés du Seigneur, ce sont les apôtres qui, comme l’annonçait la bonne odeur de l’onction, ont reçu le Saint Esprit. Les apôtres qui ont parcouru la terre et prêché l’Evangile sont représentés par les pieds du Seigneur, au sujet desquels l’Esprit exprime encore par le psalmiste cet oracle : « Adorons au lieu où ses pieds se sont posés« . [Ps. 131, 7] C’est à dire là où sont parvenus ses pieds, les apôtres, par qui il a été prêché jusqu’aux extrémités de la terre« . Il y a un rapport étroit entre le parfum et l’Esprit Saint. Cette remarque dès lors de celui qui fut le maître d’Origène est à retenir dans cette adresse aux femmes : « Il faut absolument que, chez nous, les hommes exhalent non pas l’odeur des parfums mais celle des vertus, et que la femme répande la bonne odeur du Christ, l’onguent royal, et non pas l’odeur des poudres et des parfums et qu’elle s’oigne de l’onguent immortel de la sagesse, qu’elle se délecte de ce parfum saint qu’est l’Esprit. C’est celui que le Christ prépare aux hommes qui sont ses disciples : un onguent de bonne odeur, qu’il a composé avec les aromates célestes. C’est de ce parfum que le Seigneur, lui aussi, est oint, comme David l’a indiqué : « C’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile d’allégresse, de préférence à tes compagnons ; de tes vêtements de dégage le parfum de la myrrhe, de l’aloès et de la cannelle« . Cette actualisation du pardon de Marie Madeleine lorsqu’elle verse le parfum, et plus encore de sa purification, est attestée par le Christ disant à Simon : « Tu ne m’as pas oint la tête d’huile : mais elle m’a oint les pieds de parfum. Grâce à cela, je te le dis, beaucoup de péchés lui sont remis car elle a beaucoup aimé. Mais à celui à qui on remet peu aime peu. Alors il dit à la femme : tes péchés te sont remis« . (Luc VII, 46-49) Origène à propos de l’huile nous offre un sens nouveau : « Toute âme a besoin de l’huile de la miséricorde divine, et nul ne peut échapper à la vie présente s’il est privé de l’huile de la miséricorde céleste« . Cette huile, c’est le Saint Esprit qui « purifie toutes les souillures en accordant la rémission des péchés« . Ce point est fondamental. Il nous permet de comprendre cette remarque du Maître Alexandrin : « Dans les Psaumes également il est écrit : « Tu enlèveras leur esprit et ils disparaîtront, et ils retourneront à leur terre. Tu enverras ton Esprit, et ils seront créés et tu renouvelleras la face de la terre » (Ps. 103, 29-30) ; cette phrase s’applique clairement à l’Esprit Saint qui, une fois les pécheurs et les hommes indignes écartés et morts, se créera pour lui-même un peuple nouveau et renouvellera la face de la terre, lorsque les hommes par la grâce de l’Esprit, abandonneront le vieil homme avec ses actions (cf. Col III, 9) et commenceront à vivre d’une vie nouvelle (Cf. Rom VI, 4). Et il est tout à fait juste de dire que ce n’est pas en tous, ni en ceux qui sont chair, que l’Esprit Saint habitera, mais en ceux dont la terre aura été renouvelée. (cf. Ps. 103, 30) : c’est pour cela enfin que l’Esprit Saint était transmis par l’imposition des mains des apôtres (cf Act. 8, 18) après la grâce et le renouvellement du baptême (cf. Tite III, 5) » (114). La réception de l’Esprit indépendante du Baptême est conditionnelle à l’abandon du vieil homme en vue d’entrer en une vie nouvelle. Dans le cadre du rituel de la Confirmation de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive, il est procédé dans le cours de la troisième partie du rite à la tonsure du baptisé qui va être oint, et le célébrant ajoute immédiatement à l’égard du nouveau tonsuré : « Gardez toujours en votre coeur cet avertissement du Sauveur : « Si l’on veut venir à ma suite, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix et me suivre ainsi. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la recouvrera ». (Matthieu XVI, 24, 26). Mon Frère, gardez et portez toujours l’image de la couronne divine. Agissez de telle sorte que votre transformation ne s’arrête pas à l’extérieur, mais que votre coeur dégagé des embarras du monde et les désirs du siècle, s’ouvre à jamais aux splendeurs de l’éternelle grâce. Amen » Recevoir l’Esprit ; c’est entrer en Communion avec Dieu. Si l’Esprit est notamment la relation d’amour entre le Père et le Fils, tout en ne procédant que du Père et sans n’être que cela, la liturgie de la Sainte Messe de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive fait dire au célébrant après qu’il ait récité le deuxième évangile, fixe celui-ci qui est la Prière Sacerdotale : « Que tous les hommes soient Un dans l’Amour, comme le Fils est Un avec le Père dans l’Esprit. Amen« . Origène considère à juste titre sa douzième Homélie sur les Nombres, que le chrétien est amené à vivre quatre étapes : l’offrande de sa foi et de son amour, en contre partie la réception des dons du Saint Esprit, en troisième lieu le fait qu’il nous faut mourir au monde, enfin parvenu à la perfection il nous est donné le paradis. Comment cela se peut-il produire ? « Le Verbe de Dieu qui est le Seigneur Jésus est l’Epoux et le Mari de l’âme pure et chaste« . A l’égard de cette union il n’est point possible de citer un extrait, il faut lire l’ensemble que constituent les Homélies sur le Cantique des Cantiques d’Origène. L’onction est la marque du Saint-Esprit. Le baptême d’Esprit et de Feu permet au baptisé de devenir membre de l’Eglise priante, souffrante et militante et d’agir ainsi en faveur de la réconciliation universelle.

 

Source : http://www.esoblogs.net

 

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Published by Jean-Pierre Bonnerot - dans Cathares
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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 09:30

A Déodat Roché qui dans les sphères de l’au-delà

poursuit le cheminement spirituel si pur, qu’il manifesta

par le témoignage de sa vie.

In mémoriam

Le Catharisme se veut et se trouve être la religion de salut fondée sur le Nouveau Testament. Il apparaît dans l’histoire comme l’une des manifestations du courant gnostique chrétien qui, sans chercher à s’opposer à l’Église Romaine, tente de demeurer fidèle aux exigences du christianisme primitif, pour apporter aux hommes ce que les Églises Apostoliques n’avaient voulu ou su offrir à leurs fidèles, dans l’application de la doctrine. La prise en compte du salut de Lucifer et la responsabilité de l’homme dans la transfiguration du Cosmos est l’une des nombreuses prises de conscience de la pensée cathare. Il en est de nombreuses autres, qu’à l’occasion d’une série d’articles nous aborderons, choisissant d’évoquer présentement la théologie du Baptême dans l’Esprit Saint et le Feu, parce que les Églises chrétiennes n’en perçurent pas l’importance. Pour pallier cette carence, le Catharisme a mis en place le Consolamentum et érigé une théologie spirituelle inhérente à ce rite, – à ce sacrement ! – et qui prend pour base les écrits du Nouveau Testament et la Foi des Pères de l’Église Primitive. L’oeuvre n’est pas polémique ; les Cathares n’ont-ils pas offerts à l’histoire une leçon d’amour et de non-violence lorsqu’à l’inverse un Dominique sera canonisé pour son zèle ? et cet ensemble d’articles n’a point pour vocation de solliciter une réhabilitation car la force des armes physiques ne saurait corrompre ou souiller la Foi des Purs. Les calomnies et les mensonges ne peuvent modifier une doctrine qui n’a besoin de personne pour se justifier. Notre tentative est bien autre. Diffamé, le Catharisme dans ses fondements chrétiens n’a pas toujours eu des docteurs pour la présenter et sans prétendre être l’un d’eux, nous nous devons par contre, comme historien des idées, de révéler ce qui fut caché : la pleine orthodoxie de la doctrine cathare, puisque, comme le rappelle Maurice Magre :  Le silence est l’arme la plus puissante du mal »

La doctrine des trois Baptêmes des trois naissances et des trois morts

« Or un homme d’entre les Pharisiens qui s’appelait Nicodème et magistrat des Juifs, vint vers lui la nuit et lui dit : Rabbi, nous voyons bien que tu es un docteur venu de la part de Dieu ; car nul ne saurait opérer les prodiges que tu fais, si Dieu n’était avec lui. - En vérité, en vérité je te le dis, répliqua Jésus, à moins de renaître, nul ne saurait voir le Royaume de Dieu.- Mais, objecta Nicodème, comment un homme déjà âgé peut-il renaître ? peut-il rentrer dans le ventre de sa mère pour recommencer une nouvelle naissance ? - En vérité, en vérité, je te le dis, reprit Jésus, si quelqu’un ne naît de l’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; il faut naître de l’esprit pour être esprit. Ne sois donc pas si stupéfait que j’aie dit : Il vous faut renaître ! » (Jean III, 1-9). Naître de l’eau et de l’Esprit ! Dans le cadre de l’Église Primitive, le baptême d’eau était le baptême de repentance prêché par Jean le Baptiste par cette voix qui crie dans le désert : « Redressez le chemin du Seigneur » (Jean I, 23) ; mais cette cérémonie préparait à un autre baptême aux tout autres vertus et, lorsque Jean verra venir Jésus vers lui, ne s’écrira-t-il pas : « Voici venir l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde, dit-il, celui dont j’ai prêché : “Derrière moi vient quelqu’un qui est mon aîné et mon supérieur”. Je ne le connaissais pas mais celui qui m’a donné mission de baptiser dans l’eau m’a dit : “L’homme sur lequel tu verras l’Esprit descendre d’en haut et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint. Or j’ai vu et je rends donc témoignage que celui-là est le Fils de Dieu” ». (Jean I, 29-32). À propos de Jésus qui baptise dans l’Esprit Saint, il est rapporté dans deux des Synoptiques, cette phrase de Jean le Baptiste : « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le Feu » (Matthieu, III, 11 et Luc III, 16). Cette phrase relie le baptême dans l’Esprit Saint au baptême dans le Feu de telle sorte qu’il ne s’agit que d’un seul sacrement de régénération par le Christ. Si donc l’Eglise a envisagé le baptême de Feu comme étant celui du martyre, il conviendrait mieux de le considérer – et nous le prouverons – comme le baptême de Désir, au sens le plus spirituel du terme. Avant d’aller plus outre, réfléchissons un instant sur l’emploi des mots « eau et Esprit » dans l’entretien de Jésus avec Nicodème. « [Dans le Principe] Élohim créa les cieux et la terre. La terre était déserte et vide. Il y avait des ténèbres au-dessus de l’abîme et l’esprit d’Élohim planait au-dessus des eaux » (Genèse I, 1-3) Rachi en son Commentaire du Pentateuque écrit à l’égard de ce verset 2 : « Le souffle de Dieu planait. Le trône de la Majesté Divine se tenait dans les airs et planait à la surface des eaux, par la seule force du souffle de la parole du Saint Béni-soit-Il et par Son ordre. Telle une colombe qui plane sur son nid » Or, l’Esprit Saint qui planait sur les surfaces des eaux, ne va-t-il pas planer de nouveau sous forme d’une colombe au-dessus de Jésus-Christ lors du baptême par Jean ? Il convient de rapprocher Genèse I, 2 du Psaume XXXIII 6-8 : « Par la parole de Iahvé les cieux ont été faits et par le souffle de sa bouche toute leur armée. Il rassemble, comme dans une outre, les eaux de la mer, il met les flots dans des réservoirs ». L’Esprit et l’eau précèdent la création originelle qui s’achève « provisoirement » avec la création de l’homme devenu une âme vivante. Avec la chute, la création est entravée dans son devenir originel, et il convient que l’homme soit restauré dans sa condition première pour permettre la délivrance de la nature assujettie à la vanité : sur ce point, nous renvoyons le lecteur intéressé à notre étude sur Satan. Pour permettre à l’homme de retrouver sa condition première, l’Esprit et l’eau vont de nouveau être présents dans le cadre du Baptême qui lavera la faute originelle, et ce sacrement sera instauré et actualisé lors du baptême de Jésus par Jean : ce rite est une nouvelle création en ce fait qu’il débouche pour l’homme vers une nouvelle naissance à Dieu. Grégoire de Naziance en son Homélie pour le Saint-Baptême, signale : « Il est trois espèces de nativités reconnues par les Écritures ; la première est corporelle, la deuxième vient du baptême et la troisième procède de la résurrection… toutes ces formes de nativités, il est bien évident que mon Christ les a honorées ; la première par cette insufflation primordiale qui inaugure la vie physique, la deuxième par son Incarnation et le baptême qu’Il se conféra lui-même ; la troisième par l’Ascension qu’il avait lui-même prédite ; ainsi qu’il fut le premier né parmi de nombreux frères, il fut aussi jugé digne de renaître le premier d’entre les morts » Cette présence de l’Esprit Saint lors des deux premières naissances, Grégoire de Naziance la signale explicitement, elle est la condition de la restauration de l’homme dans la vie divine et Jean Scot évoque cet aspect en son Commentaire sur l’Évangile de Jean : « La naissance selon l’esprit, celle dont le Seigneur parle maintenant en ces termes : « S’il ne naît de nouveau ». C’est par cette naissance que la nature humaine commence à retourner vers son ancienne dignité, dont elle était déchue » Dans le cadre des deux premières naissances – la troisième n’ayant pas encore eu lieu – l’eau et l’Esprit sont donc présents : « telle une colombe qui plane sur son nid ».

L’Église enseigne en son Credo qu’il n’y a qu’un seul baptême pour la rémission des péchés mais reconnaît trois baptêmes quant à la forme.

1 le Baptême d’eau ou le baptême de repentance

2 le Baptême d’esprit ou le sacrement de la confirmation ou chrismation

3 le Baptême de Feu qui devrait être plus exactement le Baptême de Désir ou le martyre.

Origène et Ambroise de Milan quant à eux précisent qu’ils connaissent trois sortes de morts et le Maître Alexandrin explique : « Quelles sont ces trois morts ? On vit pour Dieu et on est mort au péché selon l’apôtre. Cette mort est bienheureuse : on meurt au péché. C’est de cette mort qu’est mort mon [Seigneur] : Car la mort dont il mourut fut la mort au péché. Je connais encore une autre mort par laquelle on meurt à Dieu, celle dont il s’agit dans la parole : l’âme pécheresse elle-même mourra. Je connais aussi une troisième mort, selon laquelle nous croyons communément que ceux qui ont quitté leurs corps sont morts : par exemple Adam vécut 930 ans et mourut » L’idée des trois baptêmes, des trois naissances et des trois morts est beaucoup plus complexe que l’on ne se l’imagine.

1 A propos de la mort au péché, l’homme y est appelé par le baptême et Saint Paul de s’écrier : « Que dirions-nous alors ? Nous persisterons dans le péché pour que la grâce opère une fois de plus ! Non certes ! Nous qui sommes morts au péché comment vivons-nous encore dans le péché ? Oubliez-vous donc que tous, quand nous avons été baptisés en Christ Jésus, nous avons été plongés dans sa mort ? Oui ! par le baptême nous avons été ensevelis avec lui dans la mort : afin que comme le Christ a été ressuscité des morts par la gloire du Père, ainsi nous marchions désormais dans une vie nouvelle : car si nous avons été implantés en lui dans le symbole de sa mort, c’est pour ressusciter avec lui » (Romains VI, 1-7)

2 A propos de la mort à Dieu, il est écrit en Ezechiel XVIII, 4 : « Voici toutes les vies sont à moi, la vie du père et la vie du fils sont à moi. La personne qui pêche c’est elle qui mourra ». Ce verset est à rapprocher de Deutéronome XXIV, 16 : « Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils et les fils ne seront pas mis à mort pour les pères : chacun sera mis à mort pour son propre péché ». Il importe toutefois de se souvenir des leçons du Judaïsme dans le commentaire de la Thora et Rachi commente ainsi le verset qui précède : »Chacun mourra pour son péché. Mais celui qui n’est pas encore un homme ne pourra mourir pour un péché de son père, les petits enfants peuvent mourir par le péché de leur père par décret céleste« . Le problème de la mort des enfants innocents a souvent préoccupé le Judaïsme qui à travers Deutéronome XXII, 7 : « laisse la mère, laisse-la, et les petits tu pourras les prendre; ainsi tu seras heureux et tu prolongeras tes jours » perçoit l’idée d’épreuves selon laquelle « Celui qu’il aime, l’Eternel le met à l’épreuve tel un père, le fils qui lui est cher » (Proverbes III, 12) et Rabbi Simon ben Yo’haï explique : « Si un père perd son fils, il ne doit pas se plaindre, car c’est un signe que l’Éternel l’aime ». Il n’est pas sans intérêt d’évoquer Rachi et quelques autres maîtres du Judaïsme, cela n’est pas contraire à la réflexion philosophique du christianisme puisque dans la seconde moitié du XIIIe siècle les philosophes et les théologiens chrétiens traduisent en latin avec beaucoup de soin des passages du Talmud et de Rachi. Gardons en mémoire Exode XX, 5-7 : « Car moi, Iahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, punissant la faute des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération, pour ceux qui me haïssent, et faisant grâce jusqu’à la millième pour ceux qui m’aiment et observent mes commandements ». Il n’y a pas de contradiction entre Deutéronome XXIV, 16 et Exode XX, 5-7 et ils ne s’opposent pas. Par ce dernier verset se dessine l’idée de communion des Saints qui sera l’un des apports les plus marquants de la théologie chrétienne. Le Zohar en son explication d’Exode XX, 5 précise à son égard : « Et pourtant pourquoi faut-il que meurent ces malheureux enfants qui sont sans péché et sans reproche ? Où est ici le jugement juste et équitable du Maître du monde ? Si ce sont les péchés des parents qui sont cause de leur mort, alors vraiment, ils n’ont « personne pour les consoler ». Mais en vérité les larmes versées par ces « opprimés » agissent comme intercesseurs et les défenseurs pour les vivants qu’ils protègent ; et par la vertu de leur innocence, par la puissance de leur intercession, un lieu est, en son temps, préparé pour eux, auquel ne peuvent accéder ou prétendre les hommes même les plus justes, car le Saint, béni soit-Il, aime en vérité ces petits enfants d’un amour éminent et sans pareil. Il les unit à lui et tient prêt pour eux un lieu céleste tout proche de lui. C’est à leur propos qu’il est écrit : « Par la bouche des enfants et des nourrissons, Tu as fondé Ta puissance » » (Psaume XIII, 3)

3 La mort « commune » qui marque la séparation de l’âme et du corps n’est pas si banale qu’on se le peut imaginer et à cet égard, Ambroise de Milan nous dit : « La troisième tient du milieu : elle parait bonne aux justes et terrible au grand nombre ; quoiqu’elle libère tous les hommes, peu s’en réjouissent. Ce n’est pas sa faute mais celle de notre faiblesse : nous sommes captivés par les plaisirs sensuels et les délices de cette misérable vie, et nous tremblons d’arriver au bout d’une course où nous avons rencontré plus d’amertume que de plaisir. Je ne parle pas pour ces hommes saints et sages qui gémissaient sur la longueur de ce pèlerinage ; ils jugeaient meilleur d’être dessous, d’être avec le Christ, ils allaient jusqu’à maudire le jour de leur naissance comme celui qui a dit : « Périsse le jour où je suis né” ». (Job III, 3) (11). À travers ces trois morts qu’évoquent Origène et Ambroise, il est possible de dresser une analogie avec les trois naissances qu’énonce Grégoire de Naziance et la doctrine des trois baptêmes.

1 Au Baptême de repentance ou baptême d’eau correspond la naissance selon la chair et la mort au péché ;

2 Au Baptême d’Esprit et de Feu correspond la naissance au baptême et la mort à Dieu ;

3 Au Baptême de Désir correspond la résurrection et la mort physique comme séparation de l’âme et du corps.

Existe-t-il une opposition entre ces trois formes ? Certes non ! L’ensemble de ces tris naissances et de ces morts s’inscrit dans un seul Baptême dans le cadre duquel le chrétien vit le Sacrement depuis son catéchuménat dans lequel il s’inscrit à l’occasion de sa naissance terrestre, jusqu’au stade de la rédemption que connaîtra celui qui bénéficiera de la mort physique où le corps devenu inutile et dissous laissera l’âme libre d’aller dans le Royaume de Dieu. Il convient de renaître pour entrer dans le Royaume. Si l’Église Primitive comprit le sens de cette adresse du Christ à Nicodème – nous le verrons plus loin – les structures ecclésiales depuis de nombreux siècles choisirent de ne pas en percevoir les conséquences doctrinales et liturgiques préférant considérer cette parole du Christ comme une phrase symbolique et Jean Chrysostome à propos de son homélie sur l’entretien de Jésus avec Nicodème s’exclame, par exemple : « Reprenons donc la suite des paroles de notre évangile. Nicodème était tombé dans des considérations terre-à-terre, il avilissait ce qu’avait dit Jésus-Christ, l’entendant d’une naissance charnelle » Nous verrons plus outre qu’il convient de ne point entendre ces termes selon un mode symbolique, que constitue la réponse de Jésus à Nicodème.

Le Baptême d’eau ou de repentance : Première étape du Consolamentum

La préparation, l’introduction au Baptême de repentance accompli par le Baptiste passe par la conversion : « En ces jours-là arrive Jean Baptiste, il proclame dans le désert de Judée : Convertissez-vous, le règne des cieux est proche ». (Matthieu III, 1-3) et Jean d’ajouter à propos de ce qu’il fait :  laquelle le Catharisme s’opposa toujours à l’administration de ce rite avant l’âge de sept ans : « Le baptême donné aux enfants avant l’âge de sept ans ne vaut rien » Dans cette prise en compte de l’âge de sept ans, figure peut-être, sans en percevoir les motifs, l’idée de certains courants religieux chrétiens qui considèrent que l’âme ne se fixe définitivement dans le corps qu’à l’âge de sept ans, ce que le savoir populaire nomme à ce propos, l’âge de raison. Avant d’aller plus outre, il convient, à la lumière de la Tradition, d’évoquer un certain nombre d’aspects quant à l’âme :

. l’âme préexiste-t-elle à la création du corps ?

. à quel instant l’âme s’unit-elle au corps ?

. existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps ?

. l’âme peut-elle quitter le corps et dans l’affirmative sous quelle condition ?

A/ L’Ame préexiste-t-elle à la création du corps ?

Le terme âme, apparaît pour la première fois dans la Bible, dans le cadre de la création de l’homme : « Alors Iahvé Élohim forma l’homme, poussière provenant du sol et il insuffla en ses narines une haleine de vie et l’homme devint une âme vivante ». (Genèse II, 7) Avant d’envisager l’exégèse chrétienne, revenons un instant au judaïsme dans le cadre du commentaire de Rachi sur le Pentateuque qui, à l’égard de ce verset écrit : « Il l’a formé d’éléments d’ici-bas et d’éléments d’en-haut. Le corps d’en bas ; l’âme d’en-haut. Car le premier jour avait été créé les cieux et la terre. Le deuxième jour Il a dit : Que la terre ferme apparaisse ne bas. Le troisième jour Il a créé les luminaires, en haut. Le quatrième jour Il a dit : Que les eaux pullulent etc, en bas. Il fallait bien le cinquième jour achever avec le monde d’en haut et avec le monde d’en bas. Sinon il y aurait eu jalousie dans l’oeuvre de la Création, l’un des deux aurait dépassé l’autre d’une journée de création ». Ce qu’il convient de retenir c’est le principe d’alternance et de complémentarité du haut et du bas dans le plan divin de la Création. Les auteurs classiques de l’exégèse de la Thora expriment des idées originales qui méritent d’être soulignées avant d’aller plus outre à propos de ce verset : « En recevant le souffle de vie « dans la face », l’homme fut élevé au-dessus des créatures, au sens physique comme au sens moral. Il présente de ce fait le plus parfait contraste avec la plante. Celle-ci rivée au sol, tire la sève de sa vie des racines donc de ses extrémités inférieures. Chez l’animal le centre vital se situe au coeur, à la partie centrale du corps. Mais chez l’homme la vie est liée à l’esprit, à « la face », à la couronne de son être. L’homme porte ses regards vers en haut, il reçoit toutes ses forces « d’en haut », quand il espère, quand il désire, quand il pense. La vie insufflée dans la face porte l’homme et elle le soutient, si bien qu’il tombe lorsqu’il perd conscience ». Le fait qu’Adam possède une âme vivante issue du souffle de Dieu, a des raisons d’ordre mystique, il s’opère une alliance entre Iahvé Élohim et l’homme selon laquelle l’humain créé à l’image de Dieu doit tendre à Sa ressemblance et Carlo Suarèsd’écrire en son Commentaire de la Genèse : La Kabbale des Kabbales au sujet de ce verset 7, à propos d’Adam : « Il n’est pas l’aboutissement des espèces. Il est leur origine. Au verset 7 (sous l’égide de ce 7), il lui est accordé le « souffle des vivants », et voici un Aleph dans le sang, voici un Adam « surgir vivant pour les exigences du souffle de vie » En complément à ce qui précède, l’enseignement du Zohar précise : « Une tradition nous apprend que par la force de la volonté du Roi Suprême, un arbre puissant poussa. Il est la plus élevée de toutes les plantes d’en haut. Il embrasse les quatre points cardinaux du monde et ses racines s’étendent sur un espace de cinq cents lieues. Toutes les volontés sont suspendues à cet Arbre ; nulle volonté n’est bonne, si elle ne concorde avec celle de cet arbre. A son pied sourdent les eaux qui donnent naissance à toutes les mers. C’est de son pied que toutes les eaux créées au moment de la création se dirigent dans diverses directions ; c’est de là qu’émanent toutes les âmes du monde. Avant de descendre dans ce monde, les âmes entrent dans le Jardin ; et, en sortant, elles reçoivent sept bénédictions et sont exhortées de servir, à leur sortie du Jardin, de pères aux corps, c’est à dire de guider les corps paternellement en les maintenant dans la bonne voie ; car, quand l’image céleste, c’est à dire l’âme est sur le point de descendre en ce monde, le Saint Béni-Soit-Il, la conjure d’observer les commandements de la Loi, et de faire Sa volonté ; il lui confie en outre cent clefs, auxquelles correspondent les cent bénédictions que l’homme doit prononcer chaque jour » Nous citerons encore deux passages du Zohar qui précisent : « Tous ceux qui conduisent les hommes dans les diverses générations existaient, en image, au ciel, avant leur venue en ce monde. La tradition nous apprend que toutes les âmes des hommes étaient déjà gravées au ciel sous la forme des corps qu’elles étaient destinées à animer, avant même leur descente ici-bas » et d’autre part : « Remarquez que toutes les âmes dans ce monde qui sont le fruit des oeuvres du Saint Béni-Soit-Il, ne forment avant leur descente sur la terre, qu’une unité, ces âmes faisant, toutes parties d’un seul et même système. Et lorsqu’elles descendent en ce bas monde, elles se séparent en mâles et femelles ; et ce sont les mâles et les femelles qui s’unissent… Ce n’est qu’après leur descente en ce monde, qu’elles se séparent, chacune de son côté, et vont animer deux corps différents, celui d’un homme et celui d’une femme. Et c’est le Saint -Béni-Soit-Il qui les unit de nouveau ensuite, lors du mariage » Ces passages du Zohar sur la descente de l’âme sont à relier à l’affirmation de Jésus à Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis ; répliqua Jésus, à moins de renaître, nul ne saurait voir le royaume de Dieu » (Jean III, 3) car il est dit encore en Jean III, 13 : « Et nul n’est monté au ciel sinon celui qui du ciel est descendu ». Ce verset fait bien entendu appel à l’idée de la préexistence des âmes que nous allons analyser bientôt, mais aussi à celle de l’origine céleste de l’âme, article de foi que nous retrouvons dans l’Hermétisme et dans les gnoses apparentées à l’Hermétisme comme celles que manifestent des philosophes tels que Numénius, Porphyre, Jamblique, Plotin, et que l’on retrouve aussi par exemple dans les Oracles Chaldaïques. Déjà antérieurement, cette croyance figurait chez les Pythagoriciens, mais il n’est pas ici le lieu de traiter des philosophies et des gnoses païennes, c’est pourquoi, nous renvoyons le lecteur, afin d’une première approche aux tentatives de Louis Rougier et R.P. Festugière, par exemple. L’Ancien Testament possède en plusieurs versets, cette affirmation de la préexistence de l’âme : « Avant même que je te forme dans le ventre, je te connaissais, et avant que tu sortes du sein, je t’avais consacré, je t’avais placé comme prophète pour les nations ». (Jérémie I, 5) « J’étais un enfant d’un bon naturel, j’avais reçu en partage une âme bonne, ou plutôt, étant bon, j’étais rentré dans un corps sans souillure ». (Sagesse VIII, 19) Le judaïsme en son orthodoxie et la doctrine kabbalistique professent la migration des âmes et le lecteur appréciera peut-être cette adresse de l’éminent professeur Gershom. G. Scholem, toutefois en pensant qu’il y a d’autres points d’accord, sans doute : « L’unique doctrine dans laquelle cathares et kabbalistes se rencontrent sur un point capital est celle de la migration des âmes ». Origène en ses Homélies sur Jérémie n’évoque présentement pas l’idée de préexistence des âmes et son exégèse du verset cité ci-dessus s’inscrit en ces termes : « Avant de t’avoir façonné dans le ventre de ta mère je te connais, qu’ils soient dits à Jérémie ou au Sauveur, lis la Genèse, observe ce qu’il y est dit de la création du monde et tu remarqueras que l’Écriture s’exprime d’une manière très dialectique, en évitant de dire : Avant de t’avoir fiat dans le ventre de ta mère je te connais. En effet lorsque l’homme « à l’image » a été créé, « Dieu dit : Faisons un homme à notre image et à notre ressemblance ». Il n’a pas dit : Façonnons ; mais quand il a pris, « du limon de la terre », il n’a pas « fait » l’homme, il a « façonné » l’homme et il plaça dans le paradis l’homme qu’il avait « façonné », pour le travailler et le garder. Si tu peux, vois ce qui distingue les mots « faire » et « façonner » et pourquoi le Seigneur, s’adressant soit à Jérémie, soit au sauveur, a évité de dire : Avant de t’avoir « fait » dans le ventre de ta mère je te connais : la raison en est que ce qui a été « fait » n’est pas dans un ventre, mais c’est ce qui est façonné à partir du limon de la terre qui est créé dans un ventre » Il n’était pas sans intérêt d’évoquer cette exégèse qui dans le Peri Archon à propos de ce même verset offre l’idée complémentaire de la préexistence de l’âme : « Le prophète Jérémie lui aussi le montre clairement : « avant d’être façonné dans le sein maternel ». Jérémie était connu de Dieu et « avant de sortir de la matrice » il a été sanctifié par Dieu et a reçu encore enfant, la grâce de la prophétie : … Il y a eu, pour ceux, dont les âmes avant de naître dans un corps avaient commis une faute dans leurs sentiments ou dans leurs mouvements, des causes antécédentes qui ont amené la divine providence à des les juger dignes de subir à bon droit cet état… Il est vraisemblable que ces mouvements sont causes de mérites avant même que les âmes agissent en ce monde ; et ainsi en fonction de ces causes ou de ces mérites, le plan de la divine providence fait qu’elles endurent du bien ou du mal aussitôt leur naissance, dirais-je, avant » Pour l’heure nous constatons le prudence d’Origène : il l’expliquera et nous le laisserons parler à propos de ce passage de Genèse XXV, 22-27 : « Comme les fils s’entrechoquaient dans son sein, elle dit : « S’il en est ainsi, pourquoi moi ? ». Elle alla donc consulter Iahvé et Iahvé lui dit : « Deux nations sont dans ton ventre et deux peuplades de tes entrailles essaimeront : l’une des peuplades sera plus forte que l’autre et l’aîné servira le cadet ! » Quand furent accomplis les jours de son enfantement, voici qu’il y avait des jumeaux dans son ventre ! Le premier sortit, il était roux, tout semblable à un manteau de poils. On l’appela du nom d’Esaü. Après cela sortit son frère. Sa main tenait le talon d’Esaü et on l’appela du nom de Jacob ». Le rabbin Elie Munk en La voix de la Thora à l’égard du verset 22 écrit : « En tout état de cause, l’Écriture tient à nous faire comprendre que l’hostilité irréductible qui sépare les deux frères Jacob et Esaü pendant toute leur existence n’a pas son origine en des motifs de jalousie ou de rivalité politique et économique, etc., mais qu’elle remonte à des divergences congénitales de caractère qui se manifestèrent, dès avant leur naissance, dans le sein maternel ». Origène en ses Homélies sur la Genèse écrit cette prudence énoncée : « Mais que sont ces privilèges de naissance, pourquoi Jacob a-t-il supplanté son frère, pourquoi est-il né lisse et nu, alors qu’assurément tous les deux ont été conçus, comme dit l’Apôtre, « d’un seul homme », « Isaac notre Père », ou bien pourquoi Esaü est-il tout entier hirsute, hérissé et pour ainsi dire recouvert de la crasse du péché et du mal, ce n’est pas mon intention de l’expliquer. Car si je veux creuser profond et, découvrir les filets d’eau vive qui se cachent, les Philistins aussitôt vont arriver et me chercher querelle, ils vont soulever contre moi disputes et chicanes et se mettre à remplir mes puits de leur terre et de leur boue. En vérité ; si ces Philistins me laissaient faire, moi aussi je m’approcherais de mon Seigneur, de mon très patient Seigneur qui dit : « Je ne repousse pas celui qui vient à moi » ; je m’approcherais, et, comme ses disciples qui lui dirent « Seigneur qui a péché, lui ou ses parents, pourqu’il soit né aveugle ? ». Je l’interrogerais moi aussi, et je lui dirais : « Seigneur qui a péché, cet Esaü ou ses parents, pour qu’il soit né de la sorte tout entier hirsute et hérissé, pour qu’il soit supplanté par son frère dans le sein de sa mère ? Mais si je fais mine d’interroger et de scruter là-dessus la parole divine, les Philistins aussitôt me cherchent noise et me chicanent. Aussi nous abandonnerons ce puits, nous l’appellerons « inimité » et nous en creuserons un autre ». Il serait loisible à l’égard de l’Ancien Testament de multiplier les exemples quant à la préexistence de l’âme et le fait vaut pour le Nouveau Testament pour lequel nous évoquerons quelques passages aussi, avant d’en venir à la façon dont les Pères de l’Église conçurent l’idée de la préexistence et de la migration des âmes. Le lecteur garde en mémoire l’entretien de Jésus avec Nicodème évoqué dès le début de la première partie de cette étude (Jean III, 1-9). Dans le Nouveau Testament, nous choisirons deux autres textes, l’un tiré de l’Évangile, l’autre de l’Apôtre Paul, afin de compléter ce qui précède : « Les disciples lui demandèrent : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Élie doit venir d’abord ? Il répondit : Oui, Elie vient et il va tout rétablir, mais je vous dis qu’Elie est déjà venue et, au lieu de le reconnaître, il lui ont fait ce qu’ils ont voulu. De même ils vont aussi faire souffrir le Fils de l’Homme. Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean Baptiste » (Matthieu XVII, 10-14). Ce passage est à relier à Luc I, 15-18 : « Car il sera grand devant le Seigneur, il ne boira ni vin, ni rien de fermenté, il sera rempli de l’Esprit Saint dès le ventre de sa mère, et il retournera beaucoup de fils d’Israël vers le Seigneur leur Dieu. Lui-même le précèdera avec l’esprit et la puissance d’Elie ». Pour faire corollaire à ces deux textes voici deux passages de l’Apôtre : « Mais nous – j’entends ceux qui sont des élus conformes à la prédestination, -nous savons qu’à ceux qui aiment Dieu tout contribue à leur bien. Car ceux qu’il a prévus, semblables à l’image de son Fils, il les a prédestinés pour que son Fils fut le Premier Né d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, c’est pour les glorifier ». (Romains VIII, 28-31) « Lorsque Rebecca, conçut deux fils jumeaux de notre père Isaac, le choix de Dieu, en se déclarant avant qu’ils fussent nés et n’eussent donc fait ni bien ni mal, manifeste bien que ce ne sont pas les oeuvres mais la volonté de dieu qui détermine son choix lorsqu’il dit à Rebecca : « Le plus grand sera le serviteur du plus petit » et de même il est écrit : « J’ai aimé Jacob et haï Esaü ». Alors nous dirons donc qu’il y a injustice de Dieu ? Non certes ! » (Romains IX, 10-15) Origène à l’égard de ce passage aux Romains s’exclame : « Alors, en scrutant les Ecritures avec plus de soin au sujet d’Esaü et de Jacob on trouve qu’il n’y a pas d’injustice de la part de Dieu, quand, avant leur naissance et avant qu’ils aient fait quoi que ce soit, dans cette vie évidemment, il est dit que l’aîné servira le plus jeune, et on trouve de même qu’il n’y a pas d’injustice dans le fait que Jacob ait supplanté son frère dans le sein de sa mère, si on pense qu’il a été aimé de Dieu, avec raison jusqu’à être préposé à son frère à cause des mérites d’une vie précédente, bien entendu » Le « Bien entendu » a son importance ! …En ce qui touche Luc I, 15-18, Origène écrit sur Jean I, 21 : « Donc si d’une part on n’ignorait pas que Jean était fils de Zacharie et si d’autre part les juifs de Jérusalem envoyaient une délégation pour demander par l’intermédiaire des Lévites et des prêtres : « Est-ce toi Elie ? » il est clair qu’ils posaient cette question parce qu’ils croyaient que la doctrine de la réincarnation était vraie, puisque conforme à la tradition de leurs pères et nullement étrangère à leur enseignement ésotérique. Jean répond donc : “Je ne suis pas Elie, parce qu’il ignore sa propre existence antérieure” ». La doctrine de la préexistence de l’âme et de la réincarnation est très ancienne et fortement présente dans la doctrine orthodoxe chrétienne et la pensée des premiers pères, comme nous allons le montrer. A propos de la question Comment voir Dieu, Justin en son Dialogue avec Tryphon manifeste naturellement sa croyance en la réincarnation : - « Est-ce lorsque l’âme est encore dans le corps qu’elle a besoin de Dieu ou lorsqu’elle l’a quitté ?

- Tant qu’elle est dans la forme humaine, l’âme, dis-je, peut acquérir cette vision par l’esprit ; mais c’est surtout lorsqu’elle est dégagée du corps et rendue à elle-même, qu’elle atteint ce qu’elle avait toujours désiré.

- Est-ce qu’elle s’en souvient lorsqu’elle retourne dans un homme ?

- Je crois que non, dis-je »

Avant d’aller plus outre, il convient de régler un malentendu avec conséquences tragiques qui persiste depuis deux mille ans dans la philosophie chrétienne et qui aujourd’hui est encore existant chez les théologiens et les philosophes c’est l’idée de métempsychose assimilée au principe de la réincarnation, et il y a encore quelques mois nous devions expliquer la différence entre ces deux mots à un éminent philosophe chrétien, professeur titulaire de philosophie médiévale à la Sorbonne et correspondant de l’Institut, comme beaucoup d’autres, que nous admirons, sans exception, par ailleurs. Un exemple suffira – et qui excusera les historiens des idées, contemporains : Jérôme en son Traité sur les erreurs contenues dans le Livre des Principes d’Origène écrit tout en citant ce texte d’Origène : « Il ajoute ensuite : « A moins qu’on ne veuille donner le nom d’obscurité et de ténèbres à ce corps épais et terrestre dont nous sommes revêtus, et dans lequel nous reprendrons une nouvelle vie lorsque ce monde sera fini et qu’il nous faudra passer dans un autre monde ». N’est-ce pas là soutenir ouvertement la métempsychose de Pythagore et de Platon ? » La réincarnation est le principe selon lequel l’âme humaine après la mort passe après un stade plus ou moins long dans un autre corps humain. La métempsychose est une idée selon laquelle l’âme au cours de sa migration s’incarne dans une corporéité appartenant à un stade différent de la nature pouvant ainsi passer du minéral, au végétal, puis de l’animal à l’humain selon le principe d’une évolution des divers stades de la nature et une purification progressive de l’âme en migration. Le propos de Jérôme est impropre : jamais Origène n’a envisagé ou adhéré à l’idée de la métempsychose et si Grégoire de Nysse adhère au principe de la réincarnation – nous allons le percevoir bientôt – il condamne la métempsychose : « Les tenants de la première hypothèse, ceux qui soutiennent qu’avant de venir vivre dans un corps les âmes se trouvent dans une sorte de cité, ne se sont pas purifiés, me semble-t-il, des doctrines grecques, des fables sur la métempsychose. Un examen fera apparaître que cette idée se laisse entraîner, de toute nécessité, jusqu’à cette affirmation que la tradition prête à l’un de leurs sages : le même individu est homme, passe dans un corps de femme, vole avec les oiseaux, devient arbuste, vit enfin dans les eaux. Ah certes, il n’est pas loin de la vérité, s’il parlait de lui ! Réellement une telle doctrine est bien digne du bavardage des grenouilles ou des geais, de l’intelligence des poissons ou de l’insensibilité des chênes ». Deux remarques, en matière de réincarnation, l’âme n’a pas de sexe, mais se réincarne toujours sur le même plan : humain ; d’autre part la métempsychose ne connaît pas de phénomène d’involution et l’on passe des règnes dits les moins subtils au règne humain par évolution et selon la même progression. Origène condamne la métempsychose au profit de la réincarnation. Évoquant le Traité sur la Prière ce texte du maître Alexandrin : « Enfin si vous voulez revivre, vous le demandez à nouveau, vous méprisez ce que vous avez désiré et vous recherchez la nourriture céleste et ce qui est beau ». Cécile Blanc en son introduction au Commentaire sur Saint Jean écrit : »Faut-il pour concilier ce texte avec les précédents, admettre avec F.H. Kettler, une réincarnation mitigée, jamais dans des corps d’animaux… » Revenons maintenant aux textes de Matthieu et Luc. À cet égard, Origène et dans le cadre de son Commentaire sur Jean, écrit : « À ce propos, il faudra examiner ce qu’est au sens propre, la réincarnation et en quoi elle diffère de l’incarnation et si celui qui affirme la réincarnation maintient en conséquence que le monde est incorruptible ». Les Pères de l’Église n’ont jamais élaboré en dogme le principe de la réincarnation et de la préexistence des âmes, c’était un article de la foi des premiers Pères, et l’on comprend dès lors cette remarque d’Origène : « Mais c’est ailleurs qu’il faudra étudier en elle-même et avec plus d’attention et approfondir davantage la question de l’essence de l’âme, de l’origine de son existence, de son entrée dans ce corps terrestre, des éléments de la vie de chacune, de sa délivrance ici-bas, et voir s’il est possible ou non qu’elle pénètre une seconde fois dans un corps, si ce sera ou non selon le même cycle et le même arrangement, dans le même corps ou dans un autre, et, si c’est dans le même, s’il restera identique à lui-même selon la substance et selon les qualités et si l’âme se servira toujours du même corps ou en changera ». Saint-Jérôme en sa lettre à Démétriadès laisse bien entendre que la doctrine de la réincarnation était partie intégrante de la foi des premiers chrétiens : « Pourquoi tel homme a-t-il reçu le jour dans telle providence ? D’où vient que ceux-ci naissent de parents chrétiens, tandis que ceux-là prennent naissance au milieu des nations les plus barbares, étrangers à la nation d’un Dieu ? Après avoir ainsi blessé les coeurs simples par cette morsure du scorpion, ils injectent dans la plaie qu’ils ont faite leur poison dangereux. Puis ils ajoutent : « Si l’enfant à la mamelle, celui dont le sourire et la joie enfantine témoignent seuls qu’il connaît sa mère, qu’il n’a encore fait ni bien ni mal, si cet enfant dis-je, est possédé du démon ou accablé de maux qui fuient les méchants et qui s’acharnent au contraire sur les serviteurs de Dieu ; si tout cela arrive, pensez-vous que ce soit le pur effet du hasard ? Si donc, poursuivent-ils, ces jugements sont la manifestation réelle de la colère divine, ils se justifient par eux-mêmes et témoignent de la haute justice de Dieu, en amenant cette conséquence que les âmes des hommes ont habité le céleste séjour, et qu’en punition de certains péchés commis jadis elles ont été placées et pour ainsi dire ensevelies dans des corps humains, et précipitées dans cette vallée de larmes pour expier leurs anciennes iniquités. « Ainsi s’exprime à ce sujet le prophète roi : « J’ai péché avant de m’être humilié ». Et ailleurs « Faites sortir mon âme de sa prison mortelle ». Et encore : « Sont-ce les propres péchés de cet homme ou de ceux de ses parents qui l’ont fait naître aveugle ? » Et autres semblables passages à l’appui de leurs erreurs ». « Cette impie et détestable doctrine fut pratiquée jadis en Égypte et en d’autres parties de l’Orient. Elle y jouit encore d’un certain crédit… » Nous avons perçu que Jérôme reconnaissait que la doctrine de la préexistence de l’âme était connue des premiers chrétiens. Qu’elle jouisse d’un crédit certain, c’est un fait, plus que d’un crédit puisque outre Justin, Tertullien manifeste cette foi en son Apologétique qui condamne la métempsychose et reconnaît la réincarnation : « Comme si la raison quelle qu’elle soit, qui justifie la migration des âmes de corps en corps, n’exigeait pas aussi que les âmes soient rappelées dans les mêmes corps. Etre rappelées, en effet, c’est être ce qu’elles ont été, c’est à dire si elles ne sont pas revêtues d’un corps humain et du même corps, ce ne seront plus les âmes mêmes qui ont existé… Il faudrait rechercher, à loisir, une foule de passages, d’acteurs, si nous voulions nous amuser à examiner en quelle bête chacun à paru renaître. Mais il faut plutôt songer à défendre notre thèse : nous soutenons qu’il est bien plus raisonnable de croire qu’un homme redeviendra un homme, homme pour homme, et pas autre chose qu’un homme ; de telle sorte que l’âme gardant sa nature, reprendra la même condition, sinon la même figure ». et, nous pouvions prendre beaucoup d’autres pères, Marius Victorinus en ses Traités Théologiques sur la Trinité à propos de la préexistence de l’âme écrit : « J’ajoute encore en secret, un grand mystère. De même que la trinité la plus divine qui est une, en tant qu’elle est par soi, a produit par mode de rayonnement, l’âme dans le monde intelligible, constituant, en son hypostase et substance propre, cette âme que nous appelons substance au sens propre du mot, de même l’âme, trinité une, elle aussi, mais seconde, a achevé la manifestation dans le monde sensible, parce que cette âme, tout en restant là-haut, a engendré des âmes qui viennent en ce monde » Origène parle avec prudence, Victorinus aussi. Origène condamne la métempsychose, Tertullien et Grégoire de Nysse, aussi. Nous serions en mesure de multiplier les exemples et les citations, et Grégoire de Nysse évoquant le sort de ceux qui ne sont pas présentement purifiés, écrit en sa Catéchèse de la Foi : « Quant à ceux dont les passions se sont invétérées et qui n’ont eu recours à aucun moyen d’effacer la souillure, ni eau du sacrement, ni invocation de la puissance divine, ni repentir qui les aurait amandés, de toute nécessité ceux-là doivent recevoir eux aussi la place qui correspond à leur conduite. Or, l’endroit qui convient à l’or, s’il est altéré c’est le creuset du raffineur pour qu’une fois écarté le vice qui s’était mélangé à ces pécheurs, leur nature, après de longs siècles, revienne à Dieu pure et intacte ». Ce n’est pas une thèse en faveur d’une quelconque préfiguration de la doctrine catholique romaine du purgatoire, car Grégoire explique encore : « Au lieu de se diriger vers la nature incréée, il revint à la création qui a son origine et sa servitude, il est ramené à la naissance qui vient d’en bas, et non à celle qui vient d’en haut » À travers cet examen très rapide de la doctrine des premiers Pères – et nous n’avons pas évoqué l’École d’Alexandrie avec un Clément par exemple – il apparaît que la condamnation de la doctrine de la préexistence des âmes et du retour porte d’une part sur la condition inadmissible de l’idée d’une chute précosmique ou sur la possibilité de la métempsychose. Le fait de la réincarnation et de la préexistence en soi, qu’affirment parmi beaucoup d’autres Justin, Clément, Tertullien, Victorinus, Origène, Grégoire de Nysse, ne fut jamais condamnée ni contraire à la métaphysique chrétienne. A propos des condamnations, il convient de méditer le contenu de celles-ci : Le premier Concile de Braga en ses Anathématismes contre les Priscillianistes, érige les canons suivants : « Si quelqu’un dit, les âmes humaines ont d’abord péché dans les demeures célestes et que c’est pour cela qu’elles ont été précipitées sur terre dans des corps humains, comme l’a dit Priscillien, qu’il soit anathème. » « Si quelqu’un pense que les âmes humaines sont liées à des astres qui règlent leurs destinées comme les païens et Priscillien l’ont dit, qu’il soit anathème » Et l’on fera attribuer au Synode de Constantinople en 543 : « Si quelqu’un dit ou pense que les âmes des hommes préexistent, en ce sens qu’elles étaient auparavant des esprits et des saintes puissances qui, lassées de la contemplation de Dieu, se seraient tournées vers un état inférieur, que pour ce motif, s’étant refroidies dans leur amour et dès lors ayant été appelées âmes, elles avaient été envoyées dans des corps pour leur châtiment, qu’il soit anathème » Tous les historiens sérieux ont remarqué et noté avec justesse et justice qu’il n’y a pas eu de condamnation en concile ni de condamnation d’Origène ; mais un anathème contre l’Origénisme, qui n’avait plus rien à voir avec la pensée du Maître Alexandrin, et cela hors concile, dans le cadre d’un ensemble de préceptes déformés et erronés, cela ne figurant donc d’ailleurs pas dans les actes du dit Concile de Constantinople mais dans le cadre de conversations à l’ouverture du dit concile : « Elle ne signifie pas non plus que les hérésies reprochées par les anathématismes antérieurs au Concile furent telles dans sa pensée. En fait, on ne s’intéressait qu’aux moines origénistes contemporains et l’on faisait d’Origène la source dont se réclamaient ces derniers. Historiquement parlant, il est possible d’affirmer que son insertion dans une liste d’hérétiques ne le concerne pas vraiment. Il reste qu’elle entraînera par l’action de la police impériale, la destruction de la plus grande partie de son oeuvre dans la langue originelle. » N’est-il pas intéressant pour clore momentanément la présente interrogation : l’âme préexiste-t-elle à la création du corps ? d’évoquer Saint Augustin qui précise dans la Cité mystique de Dieu : « N’est-il pas plus infiniment honnête de croire au retour unique de l’âme en son propre corps, qu’à tant de retours en tant de corps divers… Ainsi, plusieurs platoniciens se trompent quand ils croient l’âme fatalement engagée dans ce cercle sans fin de migrations et de retour ». Le retour dans le même corps humain, oui ; mais ce n’est pas encore la résurrection ; et la transmigration sans fin, non ; Saint Augustin a raison, il s’associe à la pensée de tous les Pères que nous venons de citer.

B/ A quel instant l’âme s’unit-elle au corps ?

Le Zohar, à propos de l’allégorie de Jonas émet des remarques qu’il convient d’évoquer : « La narration de Jonas est une allégorie de ce qui arrive à l’âme lorsqu’elle descend dans un corps. Pourquoi l’âme est-elle appelée Jonas ? Parce que quand l’âme s’associe au corps, c’est elle qui subit un préjudice. « Jonas » signifie porter préjudice, ainsi qu’il est écrit : « Ne portez pas préjudice à votre prochain » (Lév. XXV). Jonas s’embarque : c’est l’âme qui s’embarque ici-bas pour traverser l’océan de la vie ». Pour entendre ce texte, il convient de le faire suivre de celui-là :  Lorsque le Saint, béni-Soit-il, fut sur le point de créer le monde, il décida de façonner toutes les âmes qui seraient attribuées, chacune en son temps, aux enfants des hommes ; chaque âme fut formée exactement selon le même modèle que le corps qu’elle était destinée à habiter. Les passant en revue, il vit que certaines âmes tomberaient en ce monde dans des voies corrompues. A chacune, quand vient son temps, le Saint, Bénit-Soit-Il, ordonne de venir à Lui et Lui dit : “Va, descends en tel endroit, en tel corps ». Mais parfois l’âme répond : « Maître de l’Univers, je suis contente de rester en ce royaume et je n’ai nul désir de le quitter pour un autre corps où je serai asservie et souillée ». Alors le Saint, Néni-Soit-Il, répond : « Ton destin est, et a été depuis le jour où je t’ai façonnée, d’aller en ce monde là. » L’âme comprend qu’elle ne peut désobéir, descend malgré elle et entre en ce monde ». L’âme dans la Révélation biblique est créée et elle n’est pas, par nature, consubstantielle à Dieu, mais elle s’inscrit dans la création du corps, elle s’intègre dans ce temps car le Lévitique XVII, 11-15 précise un certain nombre de points importants : « Car l’âme de la chair est dans le sang et, moi, je l’ai mis pour vous sur l’autel, pour faire propitiation pour vos âmes, car c’est le sang qui fait propitiation pour l’âme. C’est pourquoi j’ai dit aux fils d’Israël : Personne d’entre vous ne mangera de sang et l’hôte qui séjourne au milieu de vous en mangera pas de sang. Tout homme des fils d’Israël et des hôtes qui séjourne au milieu d’eux, qui aura chassé du gibier, bête ou oiseau qui se mange, il répandra son sang et le couvrira de poussière. Car l’âme de toute chair est son sang dans son âme et j’ai dit aux fils d’Israël : vous ne mangerez pas du sang d’aucune chair, car l’âme de toute chair est son sang ; chacun de ceux qui en mangeront sera retranché. »

On peut déduire de ce passage plusieurs points :

- l’âme de toute chair est son sang sans son âme.

- il convient de répandre le sang de la bête dans la poussière.

Si l’âme de toute chair est son sang dans on âme, il n’est pas dit que l’âme soit le sang mais que le sang est le lieu d’habitation, le lieu de circulation de l’âme, dans le corps. Ainsi le Rabbin Elie Munk précise à propos de ce verset : « Le sang des animaux, tels que les bêtes sauvages et les volatiles, qui « contient l’âme » sera couvert de terre par respect pour l’âme, de même qu’il a été ordonné d’ensevelir le corps humain, par respect pour lui. » Cela n’est pas seulement une question de respect, si le sang est le lieu et le véhicule de l’âme, et puisque le sang est partie intégrante et intérieure du corps, si ce dernier doit revenir à la terre, le sang comme le corps doit suivre le même précepte de Dieu envers l’homme après sa chute : « Tu es poussière et tu retourneras en poussière » (Genèse III, 19). Mais de quel sang s’agit-il ? A la suite de Saint Paul, Origène enseigne qu’il y a deux hommes en chacun de nous : « Comment est-il dit que l’âme de toute chair est le sang ? C’est là le grand problème. Or tout comme l’homme extérieur a pour homonyme l’homme intérieur, ainsi en va-t-il pour ses membres ; et l’on peut dire que chaque membre de l’homme extérieur se retrouve, sous ce nom, dans l’homme intérieur » (47) et le Maître Alexandrin ajoute : « Puisque tu retrouves tous ces éléments du corps matériel dans l’homme intérieur, ne doute plus que le sang aussi, sous le même nom que le sang matériel et tout comme les autres parties du corps existe dans l’homme intérieur. C’est ce sang-là qui se répand de l’âme du pécheur. Et en effet : Du sang de vos âmes il sera demandé compte. Il n’a pas dit : de votre sang ; mais du sang de vos âmes » On ne peut, à partir de cette distinction de l’homme intérieur et de l’homme extérieur, dissocier l’âme du corps comme le rappellera Tertulien par exemple, en son traité la Résurrection des morts : « En fait ni l’âme n’est à elle seule l’homme, puisqu’elle a été introduite après coup dans un moulage d’argile déjà appelé homme (Gen. II, 7), ni la chair n’est l’homme sans âme, cette chair qui, lorsque l’âme s’en est allée, reçoit le nom de cadavre. Ainsi le mot « homme » est-il comme une sorte d’agrafe qui tient liées ensemble les deux substances, puisqu’elles ne peuvent exister sous ce nom que dans leur assemblage » À quel instant s’unit-elle au corps ? Origène interroge le lecteur comme lui-même se pose ce problème, en le Traité des Principes : « Au sujet de l’âme, toutefois – est-elle introduite par l’intermédiaire de la semence, si bien que sa raison ou existence doit être tenue pour insérée dans les semences corporelles, ou bien a-t-elle un autre principe et ce principe est-il engendré ou inengendré, et entre-t-elle dans le corps de l’extérieur, ou non -, cela n’est pas clairement précisé dans la prédication ». Tertullien pour son compte demeure aussi perplexe en son traité La Résurrection des morts : « Mais l’a-t-il placée ou ne l’a-t-il pas plutôt introduite dans la chair, mêlée à elle ? En un alliage si compact, qu’on ne peut guère juger si c’est la chair qui est le support de l’âme, ou l’âme celui de la chair, si c’est la chair qui est au service de l’âme ou l’âme au service de la chair ». Certains ont prétendu percevoir chez le Pasteur Hermas la négation de la trinité corps, âme et esprit, que nous n’avons point perçu. Le fait méritait d’être souligné puisque selon la critique classique le Pasteur n’évoque pas le principe de l’âme, mais cela ne signifie pas qu’il en conteste l’existence, quand un Ignace d’Antioche par contre en sa Lettre aux Philadelphiens écrit : « Ils seront eux aussi honorés par le Seigneur Jésus-Christ, en qui ils espèrent de chair, d’âme et d’esprit, dans la foi, la charité, la concorde ». Justin avoue aussi son ignorance sur ce qu’est dans ce Dialogue avec Tryphon : « Les philosophes ne savent donc rien sur ce point, puisqu’ils ne savent pas ce que c’est que l’âme ?- Il ne paraît pas ». Les philosophes ne sont pas seulement ceux du platonisme et du stoïcisme, c’est aussi les philosophes chrétiens ; seul est affirmé le principe selon lequel le corps est la maison de l’âme : « Ce corps que Dieu en effet a façonné en Adam est devenu « la maison » de l’âme insufflée par Dieu, comme vous pouvez tous le comprendre ». À propos de cette insufflation Irénée de Lyon écrit en son Traité Contre les Hérésies : « Ils ne voient pas comment, de même qu’au début de notre création en Adam ce souffle de vie qui venait de Dieu, uni à la matière créée, anima l’homme et manifesta l’animal raisonnable, de même à la fin le Verbe du Père et l’Esprit de Dieu, unis à l’antique substance de la création d’Adam, ont fait l’homme vivant et parfait, recevant le Père parfait ; ainsi, de même que dans l’être animal nous sommes tous morts, de même dans l’être spirituel nous sommes tous vivifiés ». Cette différence entre le souffle de vie et l’Esprit Saint tient notamment dans le fait que le premier est possédé par l’homme avec des limites alors que le second reçoit dans on infinité l’homme qui se donne à lui. Il n’y a donc pas pour l’instant chez les Pères d’idée précise sur la façon dont l’âme s’unit au corps, si ce n’est Irénée dans une affirmation qui sera reprise par Tertullien : ces deux éléments, l’âme et le corps s’inscrivent au même moment dans un schéma de destinée. Tertullien en son Apologétique écrit : « Quant à nous, l’homicide nous étant défendu une fois pour toutes, il ne nous est pas même permis de faire périr l’enfant conçu dans le sein de sa mère, alors que l’être humain continue à être formé par le sang. C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître et peu importe qu’on arrache l’âme déjà née ou qu’on la détruise au moment où elle naît. C’est un homme déjà ce qui doit devenir un homme ; de même, tout fruit est déjà dans le germe ». Tertullien comme Athénagore croit à l’animation immédiate de l’embryon d’une part et que ce fait provient d’autre part de ce que l

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Published by Jean-Pierre Bonnerot - dans Cathares
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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 08:36

ZOROASTRE ET LE MAZDÉISME

C'est au VIe siècle (av J.C.) que naît Zoroastre et la tradition dualiste qui se poursuivra avec les Esséniens, les Gnostiques, les Manichéens, les Ariens, les Pauliciens, les Bogomiles, les Patarins, les Cathares... Réformateur de l'antique religion iranienne (le Mazdéisme, fondé sur deux principes : le Bien et le Mal), Zoroastre vivait en Médie. On dit que Pythagore était l'un de ses disciples. La Vérité, disait-il, lui avait été révélée par la « Grande Lumière », le Soleil, représentant pour les dualistes, et notamment pour les Cathares, le Symbole sacré. En résumé, notre monde se trouvait être à un état intermédiaire, la vie étant le produit d'un affrontement entre les forces du Bien, la Lumière (Ahura Mazda), et les forces du Mal, les Ténèbres (Ahriman). A la suite de nombreuses défaites, surviendrait la victoire de Mazda dont lui, Zoroastre, était le prophète.
Le croyant devait accomplir sur la terre de bonnes actions, s'efforcer d'avoir de bonnes pensées et de dire de bonnes paroles, pour favoriser l'action des «Immortels Bienfaisants» (puissances intermédiaires entre le Ciel et la Terre). Quand viendrait le Jugement dernier, à la chute d'Ahriman, Mazda, le «Seigneur sagesse», ouvrirait le Livre où les actions de chacun étaient consignées. Enfin, ce serait un Messie qui annoncerait au monde la défaite du Mal.

LES ESSÉNIENS

Au IIe siècle avant J.C. apparaît alors, au sein du judaïsme, la secte des Esséniens. Cette communauté Juive fortement influencée par le Zoroastrisme, qui se disait l'unique dépositaire du sacerdoce hébraïque, vivait (comme le feront plus tard les Cathares) dans le plus parfait ascétisme ; chasteté, régime sans viande, vie en communauté, méditation, prière, etc… Elle étudiait aussi les sciences et pratiquait l'astrologie, prévoyant ainsi la venue du Sauveur.
Les Esséniens, ainsi que les Cathares, croyaient en la réincarnation ; mieux encore, ils en avaient la connaissance. Ainsi, au travers de vies successives, l'homme parvenait-il lentement à se libérer du Mal. Comme eux, les Cathares accordaient aussi à la puissance de la lumière une importance capitale; ils se refusaient catégoriquement à accepter des dogmes rigides et recherchaient, pour méditer et prier, des lieux d'une grandeur imposante, propices à l'élévation de l'âme.

L'INFLUENCE GNOSTIQUE DANS LE MANICHÉISME

Manès

En l'an 216 après J.C., en Babylonie, naît Manès qui intègre au dualisme de Zoroastre le Christianisme primitif ainsi que l'enseignement religieux de Bouddha.
Ses parents sont perses et font partie des Mandéens, une secte gnostique. Par deux fois, à douze et vingt-quatre ans, il aurait été visité par un ange, messager du «Roi du Paradis des Lumières», qui lui aurait ordonné d'abandonner la secte mandéenne, de se faire connaître et de proclamer bien haut sa doctrine.
Après un pèlerinage aux Indes, Manès revient en Iran et se met à prêcher. Nombreux sont ses adeptes. Mais lorsque le deuxième fils du roi des Sassanides monte sur le trône, les mages zoroastriens de la Cour parviennent à le faire condamner. Il meurt en prison en 277.
Manès considère Zoroastre, Bouddha et Jésus «Le Lumineux» comme des prophètes messagers du Père. Lui-même en étant un, le dernier. Dans sa doctrine, on retrouve naturellement la lutte entre le Bien et le Mal agrémentée de variantes. Il existe deux mondes, celui du haut où règne «le Roi du Paradis des Lumières» et celui du bas dont le «Prince des Ténèbres» est le souverain. Pour en avoir eu soudain la vision, le Prince des Ténèbres désire la Lumière et lance vers le monde du haut ses démons à l'assaut. De la surprise du Roi du Paradis jaillira la «Mère de Vie», de laquelle émanera le «Premier Homme».
Ce dernier étant vaincu par le Prince de l’obscurité, une parcelle divine reste donc emprisonnée dans la matière. Perdu, l'homme adresse à sept reprises une prière au Père qui envoie vers lui «L'Esprit Vivant » et la « Mère de vie» pour le ramener en son royaume. Mais son «enveloppe» demeurant prisonnière des Ténèbres, «le Père organise le monde afin d'aider à son salut...».
Ainsi, le croyant, conscient de sa nature double, devra partir à la recherche de sa lumière intérieure afin de se dépouiller de son enveloppe charnelle, œuvre du Mal, et retrouver Dieu.
Les Manichéens se divisent en «Elus» (que les Cathares nommeront Parfaits, Purs ou encore Bonshommes) et en «Auditeurs» (Les Croyants chez les Cathares). Prières et impositions des mains pour transmettre l'Esprit constituent leurs simples rituels. La religion de Manès devait s'étendre en Palestine, en Egypte, en Afrique du Nord.
Par l'Espagne, la Gaule, l'Italie et Rome, elle s'introduit en Asie centrale et, au XIIe siècle, atteint la Chine. Incontestablement, le Manichéisme s’avère largement imprégné de Gnosticisme.
Les Gnostiques possèdent la connaissance de tout ce qui a rapport avec Dieu, l'Etre suprême, et au Christ (que certains considèrent comme un prophète, d'autres comme le fils unique de Dieu). Des élus, les Purs, se distinguent parmi eux (de même que chez les Manichéens et Cathares)… et seuls ces initiés à la connaissance enseignée par Jésus ont le pouvoir d'en délivrer le message rédempteur. Dans le Gnosticisme, théologie ne signifie pas religion. Celle-ci se résume en trois points : Connaissance, Sagesse et Vie. Les simples croyants doivent s'attacher le plus possible à ne point faire le mal, mais l'âme, même la plus noire, n'est jamais définitivement perdue ; elle peut, à force de volonté, retrouver la lumière.

DES PAULICIENS AUX BOGOMILES

Sur l'origine des Pauliciens, les avis sont partagés. Certains pensent que les frères Pierre et Paul, fils de Manichéens, en seraient les fondateurs ; d'autres que ce serait Paul de Samosate, l'évêque hérétique d'Antioche, vivant au IIIe siècle. Toujours est-il que les Pauliciens, comme les Zoroastriens et les Manichéens, sont dualistes et croient en l'existence de deux mondes : celui de la Lumière, créé par Dieu, et celui des Ténèbres, créé par le Démon. Ils s'affirment Chrétiens mais renient la croix du calvaire, instrument de supplice. Le Soleil symbolise aussi pour eux le Verbe lumineux sacré. Cette fraternité est persécutée à Byzance durant près de trois siècles pendant lesquels elle résiste vaillamment. Hélas, finalement, les vaincus se dispersent en 872. Regroupés pour la plupart dans la péninsule Balkanique, ils établissent au sud du Danube un royaume d'où ils propagent l'hérésie dualiste. Ainsi apparaissent, vers 970, en Bulgarie, les Bogomiles. Leur message d'inspiration paulicienne est, à peu de choses près, semblable à la doctrine cathare; il prêche essentiellement le retour à la pureté et le rejet de la tutelle de l'Eglise. Cette religion se répand en Bosnie, en Serbie. C'est au début du XIe siècle, alors qu'elle gagne l'Italie du Nord (où elle se maintient jusqu'à la fin du XIVème siècle) et le Midi de la France, que les évêques, sentant l'Eglise Romaine menacée jusque dans ses Etats, se mettent mutuellement en garde contre ces hérétiques… en utilisant le terme de «cathares», dont l'origine viendrait du grec «catharos» signifiant «pur».
Sortant de l'ombre, la religion cathare devient, avant le milieu du XIIe siècle, quasiment officielle, avec ses traditions et une organisation hiérarchique. L'évêque hérétique bulgare Nicétas vient même, en 1167, de Constantinople à St-Félix de Caraman (près de Toulouse) pour réunir en concile les évêques cathares des nouvelles églises languedociennes.
«Le Catharisme n'était plus une secte ni un mouvement d'opposition à l'Eglise établie, c'était une véritable Eglise...» écrit Zoé Oldenbourg dans son remarquable ouvrage ‘le Bûcher de Montségur’.
Peut-être l'hérésie cathare, comme tant d'autres hérésies, n'aurait-elle laissé que quelques traces dans l'histoire de notre pays si l'Église, en 1209, n'avait lancé contre cette terre chrétienne une croisade qui, au fil des ans, devait se transformer en une guerre de conquête.

LES ARIANISTES

Tout au début du IVe siècle, l'autorité de l'Église se trouve également contestée par les Arianistes.
Né à Alexandrie vers l'an 300, le prêtre Arius, en fondant l'Arianisme, ne fait que reprendre l'ancienne doctrine d'Origène (IIe siècle av. J.C.) qui n'admet point la consubstantialité des trois personnes de la Trinité. Pour lui, le Père Eternel, jamais créé, avait créé le Fils et l'Esprit Saint.
Arius, excommunié par le Concile de Nicée en 325, meurt à Constantinople en 340. L'Arianisme gagne cependant l'Occident et s'étend en Aquitaine et en Languedoc. L'invasion des Francs a depuis fort longtemps détruit cette hérésie quand les Cathares apparaissent en Occitanie ; mais, peut-être, cette terre en gardait-elle secrètement quelques traces la prédisposant à accueillir favorablement une doctrine nouvelle qui, elle aussi, allait s'opposer à celle de l'Église de Rome.

AUX ORIGINES DU CATHARISME : LES BOGOMILES.

Qui sont-ils, ceux dont le nom exprime les amis de dieu ? En réalité, le Bogomilisme est simultanément un mouvement hérétique dualiste «néomanichéen» basé sur la doctrine de Mani, et l'aboutissement d'un événement socio-religieux. Il prend une importance grandissante de l'Arménie au Midi de la France, mais c'est en Arménie, au VIIe siècle, que surgit et se répand en une vague déferlante le mouvement néo-manichéen. Le premier écrit officiel relatant les faits date de 972. C'est le célèbre «Traité contre les Bogomiles» du prêtre Cosma. On y lit « ... ils dénoncent les riches, ils ont horreur du Tsar, ils ridiculisent les supérieurs, condamnent les nobles et défendent à tous les esclaves d'obéir à leur maître ». La description est on ne peut plus précise et se passera de tout commentaire... Il n'est donc pas étrange que le mouvement ait rencontré un vif intérêt parmi le petit peuple exploité chaque jour davantage par l'autorité féodale de l'époque.
Quant à la doctrine, elle est essentiellement axée sur la croyance d'une lutte perpétuelle entre la lumière et les ténèbres, l'une et l'autre présentées par un dieu bon et un dieu mauvais. Seule une régénération de l'esprit peut vaincre le mal régnant en maître sur un monde qui est en réalité l'expression d'un perpétuel champ de bataille entre les deux antagonistes. Auditeurs et Parfaits étaient les seules divisions autorisées par le Manichéisme. Ces hommes et femmes s'abstenaient de manger la viande, les oeufs, les laitages, de verser le sang, bien entendu. Ils devaient en outre renoncer totalement à tous les biens terrestres, richesses et autres privilèges ou titres. Évidemment, ils renonçaient aux commerces de la chair... On distingue généralement deux directions dans le courant bogomile. Une croyance, originaire du ‘Livre de Job’ tiré de l'Ancien Testament, fait intervenir un fils de dieu bon se rebellant contre l'autorité paternelle. Cette interprétation est encore admise de nos jours. Si le nouveau testament est toléré par les Bogomiles, ils observent certains refus catégoriques : celui des images et des icônes et la négation inconditionnelle du pouvoir séculier et ecclésiastique... Par certains de ces aspects, les Pauliniens se voient suspectés d'idées islamiques par l'empire de Byzance.
Devant l'ampleur de la propagation de l'hérésie, les papes Innocent III puis Grégoire IX décident de moyens pour endiguer puis réduire le développement hérétique chez les bosniaques slaves. Rien n'y fait vraiment. L'Eglise, en s'imposant comme force suprême dans la vie socio-religieuse, comme dans son prolongement spirituel, se rend fortement impopulaire face à la tolérance de son antagoniste. Ainsi, dans les pays d'Europe, l'organisation hérétique se calque sur l'original des pays slaves et ce, avec succès, jusqu'au milieu du XVe siècle.
Rien de très précis ne filtra jamais jusqu'à nous sous forme d'écrits formels.
Il ne peut manquer d'y avoir d'étranges analogies de doctrines entre les deux mouvements pour qu'il n'y ait jamais de connivence étroite ou origine du mouvement émanant des influences de l'autre. De fait, la venue des Balkans du pape Niquinta, prêchant le dualisme, fut décrite par le procès-verbal de la réunion des Cathares et de leurs évêques à St Félix de Caraman, en 1167.
Conrad, légat du pape en France en 1223, rend compte : « Les hérétiques ont un pape qui habite aux confins de la Bulgarie, de la Croatie et de la Dalmatie», ce pays qui n'est autre que la Bosnie ! Ce personnage, apparemment reconnu des Albigeois, dépêche un représentant à Toulouse. Belismanza, anathématisé en 1221 par le synode serbe, se trouve ainsi chef spirituel des Cathares italiens et pourrait de ce fait être cet «antipape»... Ceci étaie formellement l'importance de la Bosnie, «phare» des doctrines cathares d'Europe du sud.
Les Bogomiles tiennent en haute estime la lecture et l'enseignement des Evangiles. Ils font souvent appel aux apocryphes afin que soit accessible et compréhensible l'enseignement spirituel diffusé au peuple. Ces apocryphes mettent souvent en scène l'Ancien et le Nouveau Testament et traitent essentiellement de l'avenir de l'homme, du ciel et des enfers.
Il est vrai que tous les écrits ne furent pas originaires des Bogomiles. Beaucoup étant anonymes, souvent ils sont d'office attribués à des apôtres ou martyrs chrétiens et apparaissent sous forme d'actes, visions, évangiles et jeux de questions-réponses. Le plus répandu est le «livre secret» relatant la scène et la discussion de Jean, apôtre, questionnant Jésus. Ce dernier lui rapporte ce que fut l'univers dans son éternité divine et sa comparaison avec le monde de l'époque. Il lui explique qu'à sa deuxième descente sur terre il sauvera les justes et précipitera dans les feux éternels le mal et ses représentants, rétablissant ainsi le royaume de la lumière après avoir mis fin aux ténèbres dans lesquelles nous errons...
Le livre s'achève sur un monde sans chagrin ni douleur.
«Dieu essuiera toute larme de leurs yeux et le fils régnera auprès de son père dans les siècles des siècles.». «Ce livre secret» est connu sous les versions de Vienne et de Carcassonne.
«La mer de Tibériade» est un autre ouvrage présentant Dieu et Satanaël créateurs du monde. Ce livre relate qu'il y avait seulement deux éléments au début du monde : dieu, en l'air, en haut, et en bas, une mer dite « l'autre élément ». Dieu voit un oiseau sur cette étendue d'eau. Satanaël est cet oiseau. Il demande à l'oiseau d'aller au fond des mers récupérer de la poussière... pour en faire la Terre. Il est question du combat de Dieu et de Satanaël, de l'origine de l'homme, de son passage au paradis et du fruit que lui fit manger Satan...
Il est encore question des liens entre le démon et l'homme chassé du paradis et du salut de la race humaine grâce à la venue du Christ une seconde fois sur terre…

LE COMMENCEMENT DU MONDE

Dieu appelle Satanaël le premier archange qu'il crée... et qui se révolte bientôt contre l'autorité divine. Michel, resté fidèle, chasse le malin et ses légions hors de la sphère céleste... Certains restèrent en suspension dans les airs, d'autres churent à terre. Les derniers, enfin, s'engloutirent dans les eaux. Dieu se reposa le septième jour après avoir durant six jours créé toutes choses et créatures puis Adam et Eve sur terre.
Il leur donne l'Eden en leur recommandant de ne jamais consommer les fruits de l'arbre de la connaissance afin de ne pas sombrer dans le péché. Satan, après avoir planté la vigne, prend la forme du serpent et invite Eve à manger la pomme. Eve la mange... Adam se rappelle trop tard l'ordre divin... la pomme s'arrêtant dans sa gorge sur l'instant… Adam et Eve sont condamnés à être jetés hors du paradis et descendre dans la génération. La sentence divine punira le serpent à ramper éternellement sur son ventre. L'homme est ! Son esprit est originaire des anges et sa chair de terre... L'histoire reste cependant inachevée.
La tentation d'Eve est relatée dans le «Livre Secret». Pour les Bogomiles, l'arbre du péché est la vigne libérant l'esprit. Les textes bogomiles reprennent souvent la chute des archanges, que l'on retrouve au fil du célèbre livre d'Henoch et du précédent «La Mer de Tibériade», en réalité « lac de Tibériade ». Cette légende du commencement du monde est traduite d'un manuscrit de la bibliothèque nationale de Ploudiv. Etant donné la langue utilisée, il est indéniable qu'elle fut écrite en Bosnie.
Les Bogomiles, héritiers des Manichéens, soulignent les contradictions des Ancien et Nouveau Testaments. Rejetant dans l'Ancien Testament les écrits de Moïse inspiré, d'après Mani, par Satan, relatant un dieu hypocrite, violent, protégeant meurtriers et voleurs, ce qui contrastait terriblement avec celui du Nouveau Testament où Dieu n'est qu'amour, pardon et espérance.
En Yougoslavie, l'esprit bogomile est encore tenace et se devine en filigrane au travers des personnalités de l'art et de la culture : poètes, écrivains, musiciens... Il y est encore possible de discerner la tradition primordiale, celle de l'esprit et de la lumière... En est-il de même en notre beau pays de France qui se targue d'être terre d'hospitalité pour tous les déshérités de l'âme, du coeur ou de l'esprit ? Pourrons-nous encore, honnêtement, impartialement, rechercher les parallèles entre diverses doctrines aboutissant finalement à la pure vérité ? Nous autres, «champions des causes perdues», en nous tournant vers notre passé, notre histoire... le pourrons-nous encore?...

Seconde partie : Leur foi et la région lyonnaise

L'Inquisition ayant détruit la plupart des livres cathares, c'est à la lumière de quelques documents, rescapés miraculeusement, et de ceux laissés par les Inquisiteurs que les historiens ont réussi, autant que possible, à pénétrer la pensée cathare. Mais l'Inquisition, à n'en pas douter, était partiale, et la vérité, à travers leurs textes, s'en est souvent trouvée déformée.
Bien que le Catharisme ait emporté dans son massacre beaucoup de ses secrets, il nous est toutefois permis, grâce aux nombreuses études effectuées par des chercheurs sérieux, de nous représenter ce que fut le cheminement spirituel de ceux que l'Eglise désignait sous le nom de Cathares, et que le peuple appelait «Bons Hommes», ou encore «vrais Amis de Dieu».
Il existait deux Eglises pour les Cathares : l'Eglise bénigne du «Dieu unique et bon» et l'Eglise maligne (l'Eglise Romaine) du Démon. Cette dernière ne pouvant prêcher que le mensonge, ils rejetaient donc l'Ancien Testament et la Loi de Moïse, «l'homme abusé par le Diable», mais acceptaient les Evangiles, avec une vénération particulière pour celui de Saint Jean qui reconnaissait en Jésus, comme eux, un être de lumière envoyé du Logos, Verbe lumineux sacré.

La doctrine cathare

De tradition dualiste, cette doctrine fortement imprégnée de gnosticisme et de manichéisme repose, évidemment, sur la croyance en deux principes : le Bien et le Mal.
A ce sujet, il semble qu'il y ait eu chez les théologiens cathares des «dualistes absolus» et des «dualistes mitigés». Sans chercher à entrer dans le détail, il convient simplement de dire que, pour les «absolus», les deux principes sont éternels… le Bien et le Mal ont toujours existé. Le Démon, s'étant introduit dans le royaume lumineux de Dieu, corrompt des anges et les entraîne dans le monde de la matière et des Ténèbres. Pour les «mitigés», seul le Bien a toujours existé, le Mal et la matière ayant été créés par un ange déchu. Cependant, il n'a jamais été rapporté que ces légères divergences d'opinion aient soulevé des discussions au sein de la communauté cathare. Et moins encore parmi les croyants, très certainement incapables de saisir de telles nuances. Penchons-nous donc sur la doctrine. La terre (monde matériel et sensible) ainsi que l'homme, créature de chair, sont créations du Diable. Mais, ce dernier, incapable de donner la vie, attire vers lui par ruse les âmes du Ciel, créées par Dieu, qu'il emprisonne dans une vile enveloppe charnelle.
Dieu, qui est toute pureté, bonté et Sagesse, n'est cependant pas tout-puissant, le Mal ne devant être vaincu qu'à la fin des temps. Il ne peut avoir aucun contact avec le Mal et le monde du Prince des Ténèbres, c'est pourquoi il envoie son second fils Jésus (le premier ayant été Satan), avec mission d'enseigner aux âmes déchues le chemin du retour dans leur monde de lumière. Notons au passage que le Christ n'est point l'égal du Père, il n'en est qu'une émanation. Il n'y a pas non plus un Dieu en trois personnes : le Fils et le Saint-Esprit, tous deux descendus sur terre, procèdent également de Dieu. Le Christ n'a jamais eu de corps matériel, la Vierge ne lui ayant donné naissance qu'en apparence car elle était un ange ayant pris les traits d'une femme.
On peut objecter que, de ce fait, la croix du calvaire ne doit pas être vénérée ; elle inspire même de l'horreur aux Cathares. Les Cathares admettant que le corps du Christ était immatériel, il est troublant de constater à quel point la crucifixion leur faisait horreur. Pourquoi y attachaient-ils donc une aussi grande importance si Jésus n’avait pas vraiment souffert ?
Ainsi, tous les objets que l'Eglise considère comme sacrés sont produits du Malin : images, médailles, statues, reliques... Et les saints, serviteurs de «l'Eglise maligne», sont ses créatures. Les Cathares, pourtant, respectent les prophètes et les Apôtres sur lesquels descendit l'Esprit Saint de la Pentecôte.
Le Démon reconnaissant le Message divin, cherche à le faire mourir : mais ce n'est là qu'une vision qui abuse les ennemis de Dieu. Le Christ ayant accompli sa mission est simplement retourné auprès du Père. Son Eglise (l'Église Cathare) garde en elle l'Esprit Saint et console les âmes égarées.
C'est alors que, pour détruire l'oeuvre de Jésus, le Prince du Mal élève une fausse Eglise qu'il nomme Chrétienne : l'Eglise de Rome. Il en découle donc que tous les sacrements provenant de cette «Eglise du Diable» sont sans aucune valeur et n'apportent point le salut. La matière étant impure, l'eau du baptême, les saintes huiles ou l'hostie ne peuvent véhiculer l'Esprit !
Ces dogmes, et particulièrement ceux ayant trait à la Trinité, l'Incarnation, la Passion et la Crucifixion, choquèrent bien évidemment les Catholiques ; mais, ce qu'ils reprochaient par dessus tout aux Cathares c'était la négation pure et simple de leur Eglise. Une Eglise qui s'était éloignée de ses fidèles par la faute de ses prêtres, ignorants pour la plupart, ou plus préoccupés par le temporel.
Le peuple, lui, aspire à une spiritualité vivante ; il cherche des guides qui exalteraient la foi, qui donneraient l'exemple et seraient plus proches de lui. Et les Parfaits Cathares répondent à tout cela. Ils se disent héritiers d'une tradition bien plus ancienne que celle de l'Eglise romaine, basée sur «l'enseignement des Apôtres.» Et il semble, qu'en partie du moins, ils aient été dans le vrai : «le rituel cathare, dont nous possédons actuellement deux textes datant du XIIIe siècle, montre que cette Eglise possédait sans doute des documents fort anciens, directement inspirés des traditions de l'Eglise primitive (lire ‘Le Bûcher de Montségur’ -Grasset- de Zoé Oldenbourg)...
En effet, les Cathares apportent aux fidèles le Christ de l'Evangile. Le Livre unique, vrai, qu'ils rendent accessible à tous en le traduisant en langue vulgaire. Et l'attitude de l'Eglise Catholique, qui refuse que soient traduits du latin les livres sacrés, devait encore favoriser, dans le Midi, l'expansion du Catharisme.

La réincarnation

Si, à la fin des temps, le Mal est définitivement vaincu et toutes les âmes errant encore sur terre retournent vers Dieu, elles doivent accomplir, ici-bas, une longue épreuve à travers plusieurs vies humaines. La mort n'est que le passage d'une vie à une autre, et la dépouille, corps de boue, oeuvre du Diable, retourne, sans cérémonie, sans cercueil, à la terre. Mais, de préférence, hors des cimetières catholiques. L'âme ne quittant le corps qu'après trois ou quatre jours, les Parfaits, pour la guider, demeuraient tout ce temps auprès du mort.
L'Enfer, tel que se le représente à cette époque l'Eglise Catholique, n'existe pas pour les Cathares. L'Enfer, c'est la dure épreuve que l'âme, au cours de ses vies successives, subit en ce monde de ténèbres pour trouver le salut. En résumé, la réincarnation est donc un long supplice qui ne cesse que lorsque toutes les âmes célestes retrouvent le chemin salvateur de la lumière menant à Dieu.

Sur ce principe, les Cathares reconnaissent la doctrine hindoue de la métempsycose et du karma. Les justes peuvent se réincarner dans un corps chaque fois plus propice à leur élévation spirituelle, jusqu'à atteindre à la perfection, retrouver leur corps spirituel et rejoindre leur patrie perdue. Par contre, les méchants et les criminels reviennent dans un corps avili par des vices, des tares héréditaires ; parfois même dans un corps animal. C'est pourquoi tuer, homme ou bête, est un crime grave, car en interrompant avant l'heure la pénitence d'une âme, on retarde ses possibilités d'accéder à une vie meilleure et sa réconciliation avec l'Esprit.
Voilà l'une des deux raisons pour lesquelles les Cathares ne mangeaient pas de viande ; l'autre étant que la chair était de nature impure. Ainsi, toute nourriture provenant de la procréation, oeufs, lait et les produits à base de lait, ne pouvaient être consommés.

En conclusion, la réincarnation apporte aux croyants cathares plus qu'un espoir, la certitude d'une rédemption à plus ou moins brève échéance. Bien qu'ils se sachent incapables de jamais atteindre la perfection des «Bons Hommes» qui, par amour et esprit de sacrifice, acceptent de redescendre du Ciel dans l'abominable monde de la matière pour aider à l'évolution des âmes demeurées en arrière, ils se sentent libérés de l'angoisse du péché car il leur suffit de vouloir le Bien. D'autre part, la théorie des réincarnations met riches ou pauvres, seigneurs ou vilains, hommes ou femmes, sur un même pied d'égalité. Elle abolissait aussi tout esprit de supériorité chez ceux qui, dans la vie présente, se trouvaient appartenir à une classe sociale élevée.

Les Vaudois ou « Pauvres de Lyon »

C'est à la même époque que le Catharisme que les Vaudois venus de Lyon s’installent en Languedoc. Cette secte évangélique, très proche du Christianisme orthodoxe, qui ne représente pas une religion nouvelle, est cependant, pour son anticléricalisme, classée hérétique par l'Eglise. Les Vaudois eurent un assez grand nombre de fidèles en terre Occitane et partagèrent, au temps de la Croisade et de l’Inquisition, le sort des Cathares.
En 1160, Pierre Valdo, un riche marchand de Lyon touché par la grâce, décide de vivre comme les Apôtres. Il quitte femme et enfants en leur laissant la moitié de ses biens, distribue l'autre aux pauvres et s'en va par les routes porter au petit peuple la bonne parole.
Il fait bientôt de nombreux adeptes parmi des laïcs, comme lui : hommes et femmes qui l'accompagnent dans sa vie errante et dans ses prêches. Valdo et les siens y commentent à leur manière les Saintes Ecritures (ils ont pour l'Ancien et le Nouveau Testament le plus profond respect), mais ne se privent pas de critiquer les «mauvais bergers» de l'Eglise, corrompus par l'argent. Bien que différant entièrement des Cathares dans leur croyance, ils ont avec ceux-ci, sur certains points, des opinions communes.
Aussi, refusent-ils les sacrements du baptême des enfants, l'Eucharistie, et ne croient-ils pas, non plus, à la Communion des Saints. Comme les Cathares, ils n'ont pas d'Eglise et se divisent en croyants et initiés qui reçoivent l'Esprit par l'imposition des mains. Comme les Cathares, enfin, ils ne connaissent qu'une prière, le Pater, ne font jamais de serment, condamnent le mensonge et vivent pauvrement.
Déclarés hérétiques en 1184, ils sont chassés de Lyon par l'archevêque de la ville, Jean de Belles-Mains. Poursuivant leur mission évangélique, les Vaudois gagnent la Lombardie et le Languedoc.
Venu le temps des persécutions, ils affronteront la mort avec le même courage que les Cathares. Réfugiés en Savoie et en Piémont, les rescapés des massacres deviendront protestants durant la Réforme.

Lyon et le Catharisme ?

Le Catharisme est essentiellement un phénomène social, politique et surtout religieux dans le Sud-Ouest de la France où il prend toute l'ampleur que nous lui connaissons aujourd'hui.
Il est un peu moins connu en Champagne, dans la Marne, où là aussi pourtant il se répand de façon notoire. Là encore, on assiste aux terrifiantes persécutions, horreurs et désolations. Le triste phénomène, une fois de plus, laisse le souvenir d'hommes, de femmes n'opposant à l'intolérance et à la brutalité que leurs foi, tolérance et manifestations de l'amour du prochain.
Il est dit que du château de Mont Wimer, Fortunatus, un manichéen chassé par St Augustin, convertit le prince Widomar et que « la secte s'est propagée dans les différentes parties de la terre »... Une tradition raconte qu'avant Montségur, en 1239, se déroule un autodafé au mont Wimer où 180 cathares choisirent la mort par le bûcher plutôt que d'abjurer leur foi. 180 morts déjà !... 5 ans plus tard, il y en aura 200 à Montségur.
Les célèbres foires de Champagne véhiculent déjà les idées généreuses... Allemagne, Flandres, Angleterre, Champagne, Orléanois, Languedoc, Piémont, Bulgarie... Les origines et les modes de pénétration du Catharisme sont connus par les témoignages et chroniques ainsi que par la relation des ‘questions’ appliquées.
Les sites fortifiés, immobiles et glorieux souvenirs d’événements majeurs, subirent des remaniements débouchant irrémédiablement sur l'oubli, ça et là émaillé de quelques bribes de souvenirs délaissés.
Quant aux écrits, Déodat Roché les disait « montagnes plus hautes que les Pyrénées mêmes » ... Certes, ces documents sont inépuisables … mais hélas d'une seule origine. Et nous devons, en la matière, apprécier l’anachronisme qui fait que le Catharisme n'est connu qu'à travers les écrits de ses destructeurs. Les seules bases qui nous restent sont les procès d'Inquisition, les chansons de la croisade, teniers et registres paroissiaux ou de notaires royaux... Et il nous faut un travail de fourmis, une patience inconcevable pour mener à bien la moindre recherche ; bribe après bribe, mot par mot, pour finir par retrouver parfois une trace terne... un pas sur le chemin.
Combat de l'absurde se traduisant par des tonnes ‘d'écrits’ d'un côté contre trois seuls documents de l'autre. Les uniques pièces cathares écrites, d'origine indiscutable, sont au nombre de trois... Un traité cathare du début du XIIIe siècle, découvert à la bibliothèque de Prague par le père A. Dondaine ; Le manuscrit A 6.10 de Dublin de la ‘Collection Vaudoise’, publié par le Pr Th. Keeler ; et enfin ‘Novim Testamentum’ (Bible cathare) de la bibliothèque de la ville de Lyon.
Trop peu de choses, peu d'études sur cette pièce unique, de valeur inestimable, qui ne laissa pas indifférents certains rares chercheurs. « Bernard Ydras, lié d'amitié avec les frères Prêcheurs, se vit commander par Pierre Valdo, chef de la secte des Vaudois, les premiers livres de la bible en langue romane ». Ce fait est rapporté par Échard, historien dominicain et relaté par Etienne de Bourbon dit de Belleville. Puis Marguerite d'Oingt en relatera l'existence dans ses écrits pour en trouver une autre relation dans la thèse de Miss Scheels, anglaise étudiant « tout ce qui se rattache à la secte des Vaudois »...
L. Clédat, professeur à la Faculté de Lyon, propose enfin, en 1887, la reproduction complète et sa traduction de cette pièce de bibliothèque. Il en parle en ces termes :
« Ce précieux et unique manuscrit renferme une copie de la traduction en langue romane du midi (langue d'oc) du nouveau testament, traduction faite au commencement du XIIIe siècle pour l'usage cathare ou Albigeois, à peu près à l'époque où les croisades contre ces sectaires sont dans leur première ardeur.
Le document présente un texte, sur parchemin à deux colonnes, tracé en caractères mixtes de la seconde moitié du XIIIe siècle, orné de lettres capitales colorées en rouge et bleu. Il offre les évangiles de St Mathieu, de St Marc, de St Luc, de St Jean, les actes des Apôtres, l'Apocalypse, les épîtres et un rituel cathare comprenant (en 13 pages) un acte de confession, un acte de réception d'un catéchumène, un acte de réception d'un croyant au nombre des élus (Bons Hommes), des règles pour la prière et un acte de consolation. Toutes ces pièces ont une réelle importance comme archive à consulter avec fruit pour l'histoire de l'ancienne langue provençale, celle des variations de la Bible, l'histoire ecclésiastique et la connaissance des pratiques et croyances des Albigeois ».
L'abbé de Sauvages, au XIIIe siècle, le consultait pour son dictionnaire languedocien-français. En 1835, F.F. Fleck en relate une étude allemande. Enfin, ce manuscrit fut donné à la bibliothèque du palais St Pierre de Lyon par Jean-Julien Trelis, bibliothécaire de la ville de Nîmes. Chassé de cette dernière pour protestantisme par la réaction royaliste, il se réfugia à Clermont puis à Lyon où il décède en 1831... le 24 juin !

Sommes-nous face au hasard des événements ou la prédestination des faits... mais nous nous retrouvons dans la région Lyonnaise ! C’est aussi ce secteur qui abrite le point de ralliement, début 1209, des troupes engagées par le Nord de la France pour la croisade. Il s’agit d’un exceptionnel rassemblement pour cette époque : une cavalerie forte de deux mille hommes, appuyée par près de deux cent mille hommes à pieds, le tout encadré et suivi d'une intendance à la démesure de la vague déferlante...
Cette région Lyonnaise, début de la fin, ne saurait-elle pas être également un jour la conclusion évidente de cette fabuleuse épopée... et voir se réaliser un juste retour des événements. On pourrait douter que quoi que ce soit ait lieu en matière de mémoire ‘catharisante’. Si Lyon possède, dans la plus grande indifférence, un document unique en la matière, il est possible de trouver d’étranges indices, tendant à disparaître, à peu de distance au sud. Et c’est ainsi que, çà et là, on trouve dans la région du Pilat, aux confins du Jarez, d'étranges légendes, récits, chroniques ayant échappé à l'attention des chercheurs... D'étranges ‘boné-gens’ (bonnes gens) circulant, colportant leur connaissance, leur parole, leurs soins aux plus pauvres. ‘Des gens de Toulouse’ se cachent dans quelques châteaux, fermes, castels de l'étrange famille de Roussillon dont on ne sait, en fait, rien sur ses origines... Des tombes à motifs discoïdaux, des caves de réunions où s'enseignait le véritable Dieu... Et ces testaments, dernières volontés, s'achèvent par « et mener notre vie à sa bonne fin »… comme l’a écrit une certaine dame Béatrix de Roussillon ! Légendes de ‘croix tracées au sang humain’ pour rester éternelles... Vrai? Faux? La mémoire, elle, est restée indélébile et tenace, vrai défi au temps et à l'oubli... « Des recherches, des travaux, des écrits surgissent et apportent à la lumière des éléments nouveaux... » mais, de ces éléments retrouvés, qu’en feront nos ténors ?

Source : http://www.france-secret.com/

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Published by Lucienne Julien et André Douzet - dans Cathares
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