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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 14:52

Les origines

 

L’histoire des rites maçonniques est naturellement très liée à celle de l’apparition et des premières

décennies de la Franc-Maçonnerie spéculative. Celle-ci trouve ses sources dans la Grande-Bretagne

du XVIIe siècle et là seulement. C’est en Angleterre, entre 1725 et 1751, que le vieux patrimoine

rituel de la Maçonnerie opérative écossaise sera réorganisé pour l’usage des "spéculatifs". Cette

réorganisation aboutira à la fixation de deux grandes familles de rituels maçonniques pour les

grades symboliques : "Modernes" et "Anciens". Tous les Rites maçonniques pratiqués dans le

monde relèvent de l’une ou l’autre de ces deux familles – ou parfois des deux dans des proportions

variables – quelles que soient par ailleurs leurs appellations souvent trompeuses.

La création en 1717 de la Première Grande Loge de Londres et Westminster marque l’apparition de

la Franc-Maçonnerie spéculative obédientielle. Son magistère sera cependant contesté en 1751 avec

l’apparition d’une seconde Grande Loge se revendiquant – bien sûr – des "Anciens". Contrastant

avec le monolithisme qu’on lui connaît depuis le XIXe siècle, la vie maçonnique anglaise fut

marquée pendant 62 ans – de 1751 à 1813 – par une vive opposition entre ces deux Grandes

Loges… elles mêmes défiées par deux autres "petites" Grandes Loges pendant quelques années.

Pourtant, en 1799, la Franc-Maçonnerie anglaise faillit disparaître brutalement. Craignant que les

effets de la Révolution Française ne gagnent la Grande-Bretagne, le gouvernement entreprit dans

les années 1790 d’établir une loi interdisant "les sociétés séditieuses et illégales"… au premier rang

desquels les sociétés secrètes. La Franc-Maçonnerie ne fut finalement épargnée par cette

interdiction qu’en mettant en avant son loyalisme – dont témoignait la présence de grands du

Royaume à sa tête – et en acceptant un processus d’unification et de réorganisation. Le "Secret and

unlawfull societies act" mesure politique de contrôle social, fut donc à l’origine de l’Union de 1813

entre la Grande Loge des Modernes et la Grande Loge des Anciens. Sans nier les éventuels enjeux

sociaux que pouvait recouvrir la querelle des "Anciens" et des "Modernes", celle-ci se concentra

autour de vives divergences sur la question du rituel maçonnique. La question du rituel et d’une

synthèse entre celui des "Anciens" et celui des "Modernes" fut donc centrale dans la formation de

la Grande Loge Unie d’Angleterre. Pour traiter ce problème délicat une "Loge de Réconciliation" fut constituée
 et élabora – entre 1814 et 1816 – un rituel reflétant l’union des deux courants. Ce que l’on devrait appeler le Rite Anglais, c’est-à-dire le rituel de référence de la Grande Loge Unie d’Angleterre, était né. Les spécialistes

considèrent en général qu’il emprunte beaucoup plus aux usages des "Anciens" qu’à ceux des

"Modernes" qui y sont très estompés. Ainsi, paradoxalement le Rite Français est aujourd’hui le seul

représentant de la tradition rituelle des "Modernes", c’est-à-dire de la Première Grande Loge ! On

doit noter que la "Loge de Réconciliation" intégra aussi au nouveau rituel des éléments empruntés à

un best-seller des années 1780, l’ouvrage de William PRESTON "Illustrations of Freemasonry" qui

présentent de nombreuses gloses morales sur les symboles maçonniques. Une fois le rituel élaboré,

encore fallait-il le diffuser. Les Anglais ayant toujours été respectueux de l’interdiction d’écrire et a

fortiori d’imprimer les rituels, on décida de constituer quelques loges spéciales où les frères

pourraient venir voir des démonstrations et apprendre le nouveau rituel. Ainsi furent notamment

constituées les Stability Lodge of instruction en 1817 et l’Emulation Lodge of Improvement en

1823. Ces loges d’instruction du nouveau rituel comptaient chacune d’anciens membres de la Loge

de Réconciliation. Elles étaient censées toutes enseigner le nouveau rituel – qu’il convient

d’appeler Rite Anglais – et c’est ce qu’elle firent. Ces Loges d’Instruction développèrent

cependant, sur des points secondaires, voire tout à fait mineurs, des usages spécifiques. C’est

pourquoi le Rite Anglais connaît plusieurs "working", expression dont la meilleure traduction est

probablement "style". Les différences entre les "working" (quelques formulations différentes,

variantes dans la façon de faire le signe…) Stability, Emulation – ou encore… Universal, West

End, Taylor’s, Oxonian – sont cependant minimesaux regards de celles qui distinguent, dans la

tradition maçonnique française, les Rites Français, Ecossais Ancien Accepté ou Rectifié. Dans le

sillage de l’expansion britannique, le Rite Anglais connu une grande diffusion à travers le monde,

les hasards de l’histoire firent que c’est surtout sa variante Emulation qui s’implanta "oversea". A

tel point que pour beaucoup de maçons qui n’eurent pas la chance de naître britannique, le Rite

Anglais, style Emulation devint tout simplement le Rite Emulation.

StyleEmulation ou non, le Rite Anglais est marqué par le contexte religieux anglais et par l’esprit

qu’entendait lui donner le Duc de Sussex (le Premier Grand Maître, en 1813, de la Grande Loge

Unie d’Angleterre et l’une des personnalités les plus importantes de l’histoire maçonnique

anglaise). Comme tous les rituels du XVIIIe siècle et du début du XIXe, le Rite Anglais propose

clairement une perspective métaphysique théiste. L’Angleterre abritant plusieurs dizaines de

dénominations ou églises professant les idées les plus diverses en matière de christianisme, elle n’a

jamais connu de "question cléricale" et la dimension religieuse n’est jamais apparue comme

entravant la liberté de conscience à laquelle les britanniques sont par ailleurs fort attachés comme

en témoigne leur tradition juridique. On doit aussi rappeler qu’à la demande expresse du Duc de

Sussex – dont les sentiments philosémites étaient bien connus – tous les éléments symboliques

faisant plus ou moins références au christianisme ont été supprimés dans les rituels par la Loge de

Réconciliation. Paradoxalement jusqu’en 1848, le Rite Anglais est, d’une certaine manière, plus

laïque que le Rite Français ! Fixé dans le premier quart du XIXe siècle le Rite Anglais s’est

maintenu à peu près tel quel jusqu’à aujourd’hui. On doit aussi souligner que les Anglais n’ont

jamais été très regardants sur les réelles croyances théistes de leurs adeptes. Ainsi, la Franc-

Maçonnerie et le Rite Anglais – singulièrement dans sa version Emulation– ont accompagné

l’expansion coloniale britannique. La Grande Loge Unie d’Angleterre a donc compté de nombreux

frères hindouistes, bouddhistes ou confucéens dont les convictions en l’existence d’un Dieu

personnel et en sa volonté révélée sont pour le moins discutables.

 

Les grades complémentaires, grades latéraux (ou side-degrees) :

 la Marque et le Nautonier de l’Arc Royal

 

La Grande Loge Unie d’Angleterre ne reconnaît pas de hauts grades, mais en dehors des trois

grades de la maçonnerie bleue, ce style de travail a pour prolongement des grades latéraux, dits

"side degrees", qui ne donnent cependant à ses membres aucune prérogative particulière en loge

bleue. Il existe une maçonnerie de Marque, conférée aux maîtres maçons. Ces loges sont sous la

juridiction de la Grande Loge de Marque, fondée en 1856 en Angleterre. Ce grade qui a sans aucun

doute une origine opérative en relation avec les tailleurs de pierre permet au maître maçon

d'approfondir le maniement de ses outils, de trouver sa place sur le chantier en proposant et faisant

enregistrer une marque personnelle du métier. Il existe aussi le grade de Nautonier de l’Arc Royal

(Ark Mariner), très peu pratiqué en France, qui fait référence à la construction de l’arche de Noé,

premier constructeur de l’humanité.

 

Le Royal Arch

 

L’autre complément au grade de maître qui est le Royal Arch (souvent traduit par Royale Arche

mais plus rigoureusement par Arc Royal) travaille en Chapitres. Contrairement à la Marque il est

considéré comme grade d’achèvement et de perfection du grade de maître. En effet en 1813, l’Acte

d’Union des Anciens et des Modernes précise que "la pure et ancienne maçonnerie consiste en trois

grades, et rien de plus, en y incluant l’Arche Royale" (The holy Royal Arch). Ses travaux sont

pratiqués dans des chapitres souchés sur une loge et portant souvent le même titre distinctif. Un

Chapitre est présidé par trois officiers principaux qui forment un collège hiérarchisé. Ces trois

officiers directeurs sont investis symboliquement chacun des trois fonctions royale, prophétique et

sacerdotale, représentant trois personnages bibliques en rapport avec la reconstruction du Temple

de Jérusalem après l’exil de Babylone. La nécessité d’avoir été vénérable installé pour accéder au

Royal Arch est une règle de la Grande Loge des Anciens, qui ne fut jamais pratiquée des Modernes.

En Angleterre, depuis 1823, il n’est plus obligatoire d’avoir été un Maître installé pour accéder à ce

degré, sauf pour devenir principal d’un Chapitre.

 

Le Rite Anglais, Style Emulation, en France

 

Le Rite Anglais, Style Emulation, arriva en France au XXe siècle dans le sillage de la nouvelle

petite obédience installée en France avec le soutien de Londres, la Grande Loge Nationale

Indépendante et Régulière (GLNIR) devenue depuis Grande Loge Nationale Française (GLNF).

Aujourd’hui, le Rite Anglais Style Emulation y représente à peu près un quart des mille loges de

l’obédience. C’est par l’intermédiaire de la scission en 1958 de la GLNF en GLNF Opéra –

devenue depuis Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) – que le Rite Anglais

s’implanta dans la Maçonnerie libérale. Aujourd’hui, la GLTSO compte une vingtaine de "Loges

Emulation", de même que la Loge Nationale Française (LNF) possède quatre Ateliers à ce rite. Par

l’intermédiaire de sa Fédération Britannique, l’Ordre Mixte International Le Droit Humain connaît

aussi le Rite Anglais (dans une variante appelée Sidney), quatre loges le pratiquent en France.

Il est de nouveau pratiqué depuis 2002 au Grand Orient de France. De nouveau, puisque qu'on

retrouve sa trace au XIXe siècle sous l'impulsionalors de notre Frère Germain Haquet. Celui-ci

passa une grande partie de sa vie aux "Amériques". A son retour, il joua un rôle important dans le

développement du Rite Ecossais en métropole. Mais lors de son séjour américain, il s'était

également impliqué dans "Ancienne Maçonnerie d'York - il appartint alors à la Loge "L'Aménité" à

Philadelphie. Il alluma ainsi au sein du Grand Orient de France les Feux d'un Chapitre de l'Arc

Royal en 1817 sous le titre distinctif "Le Phénix" à l'Orient Paris. De nombreux dignitaires dont les

Frères Ragon ou Des Etangs y furent reçus. Ce Chapitre fonctionna de 1817 jusqu'aux années 1830.

Le 6 septembre 2002, le Convent a ratifié le protocole d’accord entre le GODF et le Suprême

Grand Chapitre de l'Ancienne Maçonnerie d'York et de l'Arc Royal du GODF. Ainsi, les Frères du

Grand Orient de France pratiquant le Rite Emulation peuvent poursuivre leur cheminement

personnel au sien de Loges de la Marque et de Chapitre de Royal Arch.

 

De la spécificité et des caractéristiques du style Emulation

 

Le rituel doit être su "par cœur" par les officiers de la loge, ce qui lui donne solennité et rigueur

dans son observance de la vertu de l’oralité. Dans ce style de travail, la pratique et la

compréhension du rituel constituent la base du système de transformation et d’assimilation du

maçon. Le maçon idéal s’identifie au rituel.

Emulation demande à ses participants la croyance au Grand Architecte de l’Univers, la présence sur

l’autel des trois grandes lumières, le volume de la loi sacrée, l’équerre et le compas ainsi que le

respect des Anciens Devoirs. Le volume de la loi sacrée, pris au sens large, permet d’accueillir des

maçons, se réclamant d’une des trois branches de la Tradition abrahamique, car si c’est le plus

souvent la Bible, ouverte au prologue de Saint-Jean, il est possible d’y trouver l’Ancien Testament

ou le Coran, lors de la prestation de serment du postulant. Pour certains historiens, Emulation est

considéré comme une tradition de maçonnerie opérative anglaise du XVIIe siècle, recueillie à

travers les loges des Anciens et des Modernes, qui remonterait au Moyen Age chrétien, mais dans

un but d’universalisme, elle fut volontairement déchristianisée. Il est d’usage lors de chaque tenue de
la loge de Perfectionnement Emulation que les travaux soient ouverts au premier, deuxième et troisième
grades. L’axe de la pratique de ce rituel, est basé sur l’harmonie de la loge, qui le met correctement en

œuvre. Il n’est pas d’usage de présenter des travaux ou des planches en loge, et si cela doit se faire

exceptionnellement, lors d’une tenue régulière, les travaux sont alors suspendus, le temps de la

lecture de la planche à l’ordre du jour. De même, il est d’usage que toutes les discussions se déroulent
en comité ou en loge d’instruction ou encore lors des agapes qui suivent chaque tenue. En effet, une
agape rituelle obligatoire suit toujours immédiatement la tenue, favorisant et facilitant les échanges et
connaissances mutuelles des Frères, comme celle des Frères visiteurs invités à s’y associer.
Ces agapes doivent rester sobres sans que ne soient jamais abordés les sujets politiques et
religieux, de même,  il ne doit être, ni en bien, ni en mal, dit quoi que ce soit, des Frères.
Des "santés d’obligations" ponctuent le rythme de ces agapes, accompagnées d’invocations d’ouverture
 et de clôture.

Le recrutement d’un profane se fait par connaissance ou cooptation, il a un parrain qui est aussi

souvent son présentateur auprès des membres de la loge. A Emulation, le candidat ne subit ni

audition sous le bandeau, ni l’épreuve du cabinet de réflexion telle qu’on l’entend dans les rites

pratiqués en France, ni épreuves par les éléments. En revanche sa préparation vestimentaire, "ni nu,

ni vêtu" est importante. Avant d’être admis dans la loge, le candidat séjourne dans un cabinet de

méditation (ou chambre de réflexions).

Pour beaucoup le rituel peut paraître dépouillé, plus particulièrement lors des réceptions aux grades

d’apprenti et de compagnon. En fait, la rigueur et le caractère strict de la gestuelle de ce rituel en

expriment la signification profonde tout au long de son déroulement.

L’accent est mis sur les instructions d’Emulation qui explicitent les cérémonies de passage,

donnant des descriptions matérielles allégoriques et spirituelles des symboles, invitant chaque

franc-maçon à réfléchir, étudier et méditer davantage à chaque étape, franchie. A cet égard, les

tableaux de loge peints soutiennent particulièrement cette étude, car ils sont censés retracer tous les

symboles du grade étudié. Diverses versions de ces tableaux existent, mais les plus utilisées furent

celles peintes en 1845, à la demande de la Grande Loge Unie d’Angleterre, par le peintre Harris qui

réalisa les trois tableaux d’apprenti, compagnon et maître.

En raison de l’importance et de la solennité de ces réceptions, chaque candidat à l’un des trois

grades symboliques est reçu solennellement et toujours seul, afin qu’il soit le réceptacle privilégié

de l’initiation qu’il reçoit. Les cérémonies sont marquées par une invocation et une prestation de

serment particulièrement solennelle, agenouillé, devant l’autel des serments, suivi d’une

exhortation prononcée par le Vénérable Maître.

Chaque Vénérable remplit un mandat d’une année afin de permettre à tous les maîtres de la loge

d’être investis de la plus haute fonction de direction, qui correspond à l’achèvement d’un cycle de

progression. La spécificité du vénéralat à Emulationest que le nouveau Vénérable est investi de sa

charge au cours d’une cérémonie ésotérique qui l’installe officiellement dans la fonction du

prophète et roi Salomon. Cette cérémonie spécifique a été exportée et mise en activité dans d’autres

rites en France, notamment au Rite Français Moderne Rétabli et au Rite Ecossais Rectifié, alors

qu’elle n’en faisait pas partie à l’origine. Cette installation ésotérique est transmise lors d’une

cérémonie annuelle par le Vénérable sortant, qui devient le Passé Maître immédiat (P.M.I.) dès

qu’il a installé le Vénérable Maître nouvellement élu. Le Passé Maître Immédiat siège à l’Orient,
à la gauche du Vénérable en chaire, il ouvre et ferme le volume de la loi sacrée et dispose les outils
lors de l'ouverture des travaux à chaque grade. Son bijou particulier témoigne de sa connaissance
du métier et prouve qu’il est un maître confirmé. Dans sa nouvelle fonction, il supervise tout, étant
le bras et l’assistant du vénérable dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit dans l’Art royal,
plus il est censé être humble.

L’usage des Intendants est spécifiquement anglais et n’a jamais existé au rite Français. Par contre

"Le Guide du Maçon écossais", datant des premières années du XIXe siècle à Edimbourg, rituel de

référence initial du R.E.A.A., mentionne bien leurs fonctions, ayant hérité aussi à l’origine de cet

usage des Anciens. Au fil du temps, l’office de Diacre, mal compris au R.E.A.A., a été

définitivement supprimé de ce rite et ses attributions sont réparties de nos jours entre, l’Expert et le

Maître des cérémonies, montrant bien l’importancede cette fonction à l’origine, conservée telle

quelle à Emulation.

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 19:24

Les origines

 

L'histoire des rites maçonniques est naturellement très liée à celle de l'apparition et des premières décennies de la Franc-Maçonnerie spéculative. Celle-ci trouve ses sources dans la Grande-Bretagne du XVIIe siècle et là seulement. C'est en Angleterre, entre 1725 et 1751, que le vieux patrimoine rituel de la Maçonnerie opérative écossaise sera réorganisé pour l'usage des "spéculatifs". Cette réorganisation aboutira à la fixation de deux grandes familles de rituels maçonniques pour les grades symboliques : "Modernes" et "Anciens". Tous les Rites maçonniques pratiqués dans le monde relèvent de l'une ou l'autre de ces deux familles – ou parfois des deux dans des proportions variables – quelles que soient par ailleurs leurs appellations souvent trompeuses.

La création en 1717 de la Première Grande Loge de Londres et Westminster marque l'apparition de la Franc-Maçonnerie spéculative obédientielle. Son magistère sera cependant contesté en 1751 avec l'apparition d'une seconde Grande Loge se revendiquant – bien sûr – des "Anciens". Contrastant avec le monolithisme qu'on lui connaît depuis le XIXe siècle, la vie maçonnique anglaise fut marquée pendant 62 ans – de 1751 à 1813 – par une vive opposition entre ces deux Grandes Loges… elles mêmes défiées par deux autres "petites" Grandes Loges pendant quelques années. Pourtant, en 1799, la Franc-Maçonnerie anglaise faillit disparaître brutalement. Craignant que les effets de la Révolution Française ne gagnent la Grande-Bretagne, le gouvernement entreprit dans les années 1790 d'établir une loi interdisant "les sociétés séditieuses et illégales"… au premier rang desquels les sociétés secrètes. La Franc-Maçonnerie ne fut finalement épargnée par cette interdiction qu'en mettant en avant son loyalisme – dont témoignait la présence de grands du Royaume à sa tête – et en acceptant un processus d'unification et de réorganisation. Le "Secret and unlawfull societies act" mesure politique de contrôle social, fut donc à l'origine de l'Union de 1813 entre la Grande Loge des Modernes et la Grande Loge des Anciens. Sans nier les éventuels enjeux sociaux que pouvait recouvrir la querelle des "Anciens" et des "Modernes", celle-ci se concentra autour de vives divergences sur la question du rituel maçonnique. La question du rituel et d'une synthèse entre celui des "Anciens" et celui des "Modernes" fut donc centrale dans la formation de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Pour traiter ce problème délicat une "Loge de Réconciliation" fut constituée et élabora – entre 1814 et 1816 – un rituel reflétant l'union des deux courants. Ce que l'on devrait appeler le Rite Anglais, c'est-à-dire le rituel de référence de la Grande Loge Unie d'Angleterre, était né. Les spécialistes considèrent en général qu'il emprunte beaucoup plus aux usages des "Anciens" qu'à ceux des "Modernes" qui y sont très estompés. Ainsi, paradoxalement le Rite Français est aujourd'hui le seul représentant de la tradition rituelle des "Modernes", c'est-à-dire de la Première Grande Loge ! On doit noter que la "Loge de Réconciliation" intégra aussi au nouveau rituel des éléments empruntés à un best-seller des années 1780, l'ouvrage de William PRESTON "Illustrations of Freemasonry" qui présentent de nombreuses gloses morales sur les symboles maçonniques. Une fois le rituel élaboré, encore fallait-il le diffuser. Les Anglais ayant toujours été respectueux de l'interdiction d'écrire et a fortiori d'imprimer les rituels, on décida de constituer quelques loges spéciales où les frères pourraient venir voir des démonstrations et apprendre le nouveau rituel. Ainsi furent notamment constituées les Stability Lodge of instruction en 1817 et l'Emulation Lodge of Improvement en 1823. Ces loges d'instruction du nouveau rituel comptaient chacune d'anciens membres de la Loge de Réconciliation. Elles étaient censées toutes enseigner le nouveau rituel – qu'il convient d'appeler Rite Anglais – et c'est ce qu'elle firent. Ces Loges d'Instruction développèrent cependant, sur des points secondaires, voire tout à fait mineurs, des usages spécifiques. C'est pourquoi le Rite Anglais connaît plusieurs "working", expression dont la meilleure traduction est probablement "style". Les différences entre les "working" (quelques formulations différentes, variantes dans la façon de faire le signe…) Stability, Emulation – ou encore… Universal, West End, Taylor's, Oxonian – sont cependant minimes aux regards de celles qui distinguent, dans la tradition maçonnique française, les Rites Français, Ecossais Ancien Accepté ou Rectifié. Dans le sillage de l'expansion britannique, le Rite Anglais connu une grande diffusion à travers le monde, les hasards de l'histoire firent que c'est surtout sa variante Emulation qui s'implanta "oversea". A tel point que pour beaucoup de maçons qui n'eurent pas la chance de naître britannique, le Rite Anglais, style Emulation devint tout simplement le Rite Emulation.

Style Emulation ou non, le Rite Anglais est marqué par le contexte religieux anglais et par l'esprit qu'entendait lui donner le Duc de Sussex (le Premier Grand Maître, en 1813, de la Grande Loge Unie d'Angleterre et l'une des personnalités les plus importantes de l'histoire maçonnique anglaise). Comme tous les rituels du XVIIIe siècle et du début du XIXe, le Rite Anglais propose clairement une perspective métaphysique théiste. L'Angleterre abritant plusieurs dizaines de dénominations ou églises professant les idées les plus diverses en matière de christianisme, elle n'a jamais connu de "question cléricale" et la dimension religieuse n'est jamais apparue comme entravant la liberté de conscience à laquelle les britanniques sont par ailleurs fort attachés comme en témoigne leur tradition juridique. On doit aussi rappeler qu'à la demande expresse du Duc de Sussex – dont les sentiments philosémites étaient bien connus – tous les éléments symboliques faisant plus ou moins références au christianisme ont été supprimés dans les rituels par la Loge de Réconciliation. Paradoxalement jusqu'en 1848, le Rite Anglais est, d'une certaine manière, plus laïque que le Rite Français ! Fixé dans le premier quart du XIXe siècle le Rite Anglais s'est maintenu à peu près tel quel jusqu'à aujourd'hui. On doit aussi souligner que les Anglais n'ont jamais été très regardants sur les réelles croyances théistes de leurs adeptes. Ainsi, la Franc-Maçonnerie et le Rite Anglais – singulièrement dans sa version Emulation – ont accompagné l'expansion coloniale britannique. La Grande Loge Unie d'Angleterre a donc compté de nombreux frères hindouistes, bouddhistes ou confucéens dont les convictions en l'existence d'un Dieu personnel et en sa volonté révélée sont pour le moins discutables.

 

Les grades complémentaires

 

Les grades latéraux (ou side-degrees) : la Marque et le Nautonier de l'Arche Royale

 

La Grande Loge Unie d'Angleterre ne reconnaît pas de hauts grades, mais en dehors des trois grades de la maçonnerie bleue, ce style de travail a pour prolongement des grades latéraux, dits "side degrees", qui ne donnent cependant à ses membres aucune prérogative particulière en loge bleue. Il existe une maçonnerie de Marque, conférée aux maîtres maçons. Ces loges sont sous la juridiction de la Grande Loge de Marque, fondée en 1856 en Angleterre. Ce grade qui a sans aucun doute une origine opérative en relation avec les tailleurs de pierre permet au maître maçon d'approfondir le maniement de ses outils, de trouver sa place sur le chantier en proposant et faisant enregistrer une marque personnelle du métier. Il existe aussi le grade de Nautonier de l'Arche Royale (Ark Mariner), très peu pratiqué en France, qui fait référence à la construction de l'arche de Noé, premier constructeur de l'humanité.

 

Le Royal Arch

 

L'autre complément au grade de maître qui est le Royal Arch (souvent traduit par Royale Arche mais plus rigoureusement par Arc Royal) travaille en Chapitres. Contrairement à la Marque il est considéré comme grade d'achèvement et de perfection du grade de maître. En effet en 1813, l'Acte d'Union des Anciens et des Modernes précise que "la pure et ancienne maçonnerie consiste en trois grades, et rien de plus, en y incluant l'Arche Royale" (The holy Royal Arch). Ses travaux sont pratiqués dans des chapitres souchés sur une loge et portant souvent le même titre distinctif. Un Chapitre est présidé par trois officiers principaux qui forment un collège hiérarchisé. Ces trois officiers directeurs sont investis symboliquement chacun des trois fonctions royale, prophétique et sacerdotale, représentant trois personnages bibliques en rapport avec la reconstruction du Temple de Jérusalem après l'exil de Babylone. La nécessité d'avoir été vénérable installé pour accéder au Royal Arch est une règle de la Grande Loge des Anciens, qui ne fut jamais pratiquée des Modernes. En Angleterre, depuis 1823, il n'est plus obligatoire d'avoir été un Maître installé pour accéder à ce degré, sauf pour devenir principal d'un Chapitre.

 

Le Rite Anglais, Style Emulation, en France

 

Le Rite Anglais, Style Emulation, arriva en France au XXe siècle dans le sillage de la nouvelle petite obédience installée en France avec le soutien de Londres, la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière (GLNIR) devenue depuis Grande Loge Nationale Française (GLNF). Aujourd'hui, le Rite Anglais Style Emulation y représente à peu près un quart des mille loges de l'obédience. C'est par l'intermédiaire de la scission en 1958 de la GLNF en GLNF Opéra – devenue depuis Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) – que le Rite Anglais s'implanta dans la Maçonnerie libérale. Aujourd'hui, la GLTSO compte une vingtaine de "Loges Emulation", de même que la Loge Nationale Française (LNF) possède quatre Ateliers à ce rite. Par l'intermédiaire de sa Fédération Britannique, l'Ordre Mixte International Le Droit Humain connaît aussi le Rite Anglais (dans une variante appelée Sidney), quatre loges le pratiquent en France.

Il est de nouveau pratiqué depuis 2002 au Grand Orient de France. De nouveau, puisque qu'on retrouve sa trace au XIXe siècle sous l'impulsion alors de notre Frère Germain Haquet. Celui-ci passa une grande partie de sa vie aux "Amériques". A son retour, il joua un rôle important dans le développement du Rite Ecossais en métropole. Mais lors de son séjour américain, il s'était également impliqué dans "Ancienne Maçonnerie d'York - il appartint alors à la Loge "L'Aménité" à Philadelphie. Il alluma ainsi au sein du Grand Orient de France les Feux d'un Chapitre de l'Arc Royal en 1817 sous le titre distinctif "Le Phénix" à l'Orient Paris. De nombreux dignitaires dont les Frères Ragon ou Des Etangs y furent reçus. Ce Chapitre fonctionna de 1817 jusqu'aux années 1830.

De la spécificité et des caractéristiques du style Emulation 

Le rituel doit être su "par cœur" par les officiers de la loge, ce qui lui donne solennité et rigueur dans son observance de la vertu de l'oralité. Dans ce style de travail, la pratique et la compréhension du rituel constituent la base du système de transformation et d'assimilation du maçon. Le maçon idéal s'identifie au rituel.

Emulation demande à ses participants la croyance au Grand Architecte de l'Univers, la présence sur l'autel des trois grandes lumières, le volume de la loi sacrée, l'équerre et le compas ainsi que le respect des Anciens Devoirs. Le volume de la loi sacrée, pris au sens large, permet d'accueillir des maçons, se réclamant d'une des trois branches de la Tradition abrahamique, car si c'est le plus souvent la Bible, ouverte au prologue de Saint-Jean, il est possible d'y trouver l'Ancien Testament ou le Coran, lors de la prestation de serment du postulant. Pour certains historiens, Emulation est considéré comme une tradition de maçonnerie opérative anglaise du XVIIe siècle, recueillie à travers les loges des Anciens et des Modernes, qui remonterait au Moyen Age chrétien, mais dans un but d'universalisme, elle fut volontairement déchristianisée.

Il est d'usage lors de chaque tenue de la loge de Perfectionnement Emulation que les travaux soient ouverts au premier, deuxième et troisième grades.

L'axe de la pratique de ce rituel, est basé sur l'harmonie de la loge, qui le met correctement en œuvre. Il n'est pas d'usage de présenter des travaux ou des planches en loge, et si cela doit se faire exceptionnellement, lors d'une tenue régulière, les travaux sont alors suspendus, le temps de la lecture de la planche à l'ordre du jour.

De même, il est d'usage que toutes les discussions se déroulent en comité ou en loge d'instruction ou encore lors des agapes qui suivent chaque tenue. En effet, une agape rituelle obligatoire suit toujours immédiatement la tenue, favorisant et facilitant les échanges et connaissances mutuelles des Frères, comme celle des Frères visiteurs invités à s'y associer. Ces agapes doivent rester sobres sans que ne soient jamais abordés les sujets politiques et religieux, de même, il ne doit être, ni en bien, ni en mal, dit quoi que ce soit, des Frères. Des "santés d'obligations" ponctuent le rythme de ces agapes, accompagnées d'invocations d'ouverture et de clôture.

Le recrutement d'un profane se fait par connaissance ou cooptation, il a un parrain qui est aussi souvent son présentateur auprès des membres de la loge. A Emulation, le candidat ne subit ni audition sous le bandeau, ni l'épreuve du cabinet de réflexion telle qu'on l'entend dans les rites pratiqués en France, ni épreuves par les éléments. En revanche sa préparation vestimentaire, "ni nu, ni vêtu" est importante. Avant d'être admis dans la loge, le candidat séjourne dans un cabinet de méditation (ou chambre de réflexions).

Pour beaucoup le rituel peut paraître dépouillé, plus particulièrement lors des réceptions aux grades d'apprenti et de compagnon. En fait, la rigueur et le caractère strict de la gestuelle de ce rituel en expriment la signification profonde tout au long de son déroulement.

L'accent est mis sur les instructions d'Emulation qui explicitent les cérémonies de passage, donnant des descriptions matérielles allégoriques et spirituelles des symboles, invitant chaque franc-maçon à réfléchir, étudier et méditer davantage à chaque étape, franchie. A cet égard, les tableaux de loge peints soutiennent particulièrement cette étude, car ils sont censés retracer tous les symboles du grade étudié. Diverses versions de ces tableaux existent, mais les plus utilisées furent celles peintes en 1845, à la demande de la Grande Loge Unie d'Angleterre, par le peintre Harris qui réalisa les trois tableaux d'apprenti, compagnon et maître.

En raison de l'importance et de la solennité de ces réceptions, chaque candidat à l'un des trois grades symboliques est reçu solennellement et toujours seul, afin qu'il soit le réceptacle privilégié de l'initiation qu'il reçoit. Les cérémonies sont marquées par une invocation et une prestation de serment particulièrement solennelle, agenouillé, devant l'autel des serments, suivi d'une exhortation prononcée par le Vénérable Maître.

Chaque Vénérable remplit un mandat d'une année afin de permettre à tous les maîtres de la loge d'être investis de la plus haute fonction de direction, qui correspond à l'achèvement d'un cycle de progression. La spécificité du vénéralat à Emulation est que le nouveau Vénérable est investi de sa charge au cours d'une cérémonie ésotérique qui l'installe officiellement dans la fonction du prophète et roi Salomon. Cette cérémonie spécifique a été exportée et mise en activité dans d'autres rites en France, notamment au Rite Français Moderne Rétabli et au Rite Ecossais Rectifié, alors qu'elle n'en faisait pas partie à l'origine. Cette installation ésotérique est transmise lors d'une cérémonie annuelle par le Vénérable sortant, qui devient le Passé Maître immédiat (P.M.I.) dès qu'il a installé le Vénérable Maître nouvellement élu.

Le Passé Maître Immédiat siège à l'Orient, à la gauche du Vénérable en chaire, il ouvre et ferme le volume de la loi sacrée et dispose les outils lors de l'ouverture des travaux à chaque grade. Son bijou particulier témoigne de sa connaissance du métier et prouve qu'il est un maître confirmé. Dans sa nouvelle fonction, il supervise tout, étant le bras et l'assistant du vénérable dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit dans l'Art royal, plus il est censé être humble.

L'usage des Diacres est spécifiquement anglais et n'a jamais existé au rite Français. Par contre "Le Guide du Maçon écossais", datant des premières années du XIXe siècle à Edimbourg, rituel de référence initial du R.E.A.A., mentionne bien leurs fonctions, ayant hérité aussi à l'origine de cet usage des Anciens. Au fil du temps, l'office de Diacre, mal compris au R.E.A.A., a été définitivement supprimé de ce rite et ses attributions sont réparties de nos jours entre, l'Expert et le Maître des cérémonies, montrant bien l'importance de cette fonction à l'origine, conservée telle quelle à Emulation.

Sublime Loge Initiatique Mixte 


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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 16:10

Au nombre des Rites (1) pratiqués à la Grande Loge Nationale Française, figure le Rite Émulation. Contrairement à une erreur fréquente, il n'est pas le Rite officiel de la Grande Loge Unie d'Angleterre, laquelle n'a d'ailleurs pas de Rite officiel, et il n'est pas davantage le seul Rite anglais. Parmi ceux pratiqués Outre‑Manche (Bristol, Logic, Taylor, West End, etc.), et qui sont d'une même famille, ne différant que par des variantes parfois infimes, le Rite Émulation est cependant le plus important. Le Rite pratiqué en France sous son nom en comporte également quelques‑unes par la force des choses (2).

Nous examinerons dans ce bref article

1)     L'histoire du Rite

2)     Sa conception propre de la Franc‑Maçonnerie

3)     L'Esprit dans lequel il est pratiqué.

 

I

HISTOIRE DU RITE


Lorsque la Franc‑Maçonnerie, d'opérative qu'elle était, se fit spéculative (3), au terme d'une longue évolution poursuivie de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle, son Rituel s'était naturellement modelé sur cette évolution.  Ce qu'était notre Rituel primitif nous est connu, mais imparfaitement, par les 'Old Charges' et les 'Early masonic cathechisms' pour l'Angleterre et par une abondante floraison de divulgations antimaçonniques pour la France (4). Ce Rituel nous apparaît comme d'une extrême simplicité : ouverture et clôture rituelles, prière initiale et finale, obligation prêtée par le candidat, communication des secrets, agape. Là se bornait le Rituel d'origine, celui dont tous les Rites maçonniques devaient sortir, puis se ramifier et se différencier.  Au XVIIIe siècle, surtout après que notre grade de maître eût fait son apparition (5), associé à sa légende thématique dont l'origine demeure une énigme, le Rituel s'étoffe.  L'un après l'autre, les éléments de la Franc‑Maçonnerie moderne viennent s'agglutiner autour du noyau primitif.  Beaucoup de fioritures seront éphémères. D'autres adjonctions subsisteront et telles parties archaïques s'avéreront les plus solides.

Cette même époque fut marquée par la rivalité des 'Antients' et des 'Moderns', qui ne se termina qu'en 1813 par l'Art of Union d'où sortit la moderne Grande Loge Unie d'Angleterre.  La recherche historique a mis en évidence, de nos jours, que la "réconciliation" des Antients et des Moderns fut, en fait, la victoire des Antients, dont le principal grief contre les Moderns était d'avoir laissé tomber en désuétude des portions du Rituel particulièrement vénérables par leur ancienneté. Le Rite Emulation devait ainsi, si l'on ose dire, sortir de l'œuf.

Par crainte des divulgations, mais aussi pour des motifs plus profonds, et dont l'explication appartient aux sociologues, le Rituel primitif s'était longtemps transmis par la seule transmission orale.  Lorsque la Maçonnerie se fit spéculative, l'antique interdiction d'écrire subsista, assortie de ses terribles peines symboliques.  Ainsi s'explique que de nos jours encore, le candidat doit s'obliger à ne jamais "écrire, buriner, sculpter, marquer, etc" les secrets, et cela bien que le Rituel soit aujourd'hui, non seulement écrit, mais ‑ sauf précautions cryptographiques et omissions voulues ‑ imprimé.

Nos anciens Frères s'étaient trouvés, en 1813, devant une difficulté grave comment concilier 1e respect de l'interdiction d'écrire et la nécessité de protéger le Rituel contre d'inévitables altérations de ville à ville, voire de loge à loge, si ce dernier était abandonné à tous les aléas d'une transmission purement orale ?  La Grande Loge avait recommandé qu'il y eût une parfaite unité (perfect unity) du Travail maçonnique, mais n'était‑ce pas préconiser l'alliance de l'eau et du feu ?

La difficulté fut résolue grâce à une institution nouvelle : les loges d'instruction.  La loge d'instruction était une sorte de loge fictive, destinée à faire répéter les cérémonies tout comme lors des "répétitions" des pièces de théâtre.  Elles ont survécu jusqu'à nous. Qu'est‑ce, au demeurant, qu'une initiation, sinon un véritable drame sacré ?  Le protagoniste n'en est d'ailleurs pas le Vénérable mais l'initié.  C'est dire le non‑sens qu'il y a à la lire.  Qui a compris cela comprendra tout l'esprit du Rite Émulation.  L'année 1823 vit naître l'Émulation Lodge of Improvement, à laquelle se consacra jusqu'à sa mort un maçon d'élite, Peter Gilkes (1765‑1833). Une lignée de grands ritualistes devait lui succéder jusqu'à notre époque.  Depuis 1823, il n'est pas un vendredi où l'Emulation Lodqe of Improvement ne se soit réunie à 18 heures, précises, dans le but de répéter les cérémonies des trois grades symboliques.  Le Rituel d'origine fut ainsi conservé dans sa pureté de manière stricte et, pourrait‑on dire, ombrageuse, par pure transmission orale, et est demeuré, à une virgule près, celui de 1813, immuable et inaltéré.  Si l'on considère que Peter Gilkes lui‑même avait été initié à la British Lodge n° 8 en 1786, nous tenons le chaînon qui relie le rite Émulation à celui pratiqué à une époque beaucoup plus ancienne, et l'on peut dès lors voir en lui le plus "pur" de tous les Rites maçonniques.

Un réseau de loges d'instruction devait, depuis lors, se répandre sur le globe.

L'archaïque malédiction contre qui oserait écrire le Rituel ne pouvait cependant survivre dans les sociétés modernes.  Dès le XVIIIe siècle, un parjure nommé Prichard divulgua les rituels des trois grades dans sa Masonry dissected (1730).  Il a rendu aux historiens le service de les renseigner sur ce qu'étaient nos cérémonies de son temps, mais il fut aussi durant des décennies la providence des Vénérables desservis par une mauvaise mémoire ou paresseux, qui le lurent en cachette.  Quelques éditions du Rituel virent ensuite le jour sans être des "divulgations" antimaçonniques, mais à titre privé.  La Grande Loge ferma les yeux, même lorsque fut ainsi imprimé à l'usage des chapitres le Rituel du Royal Arch, mais jamais elle n'autorisa l'existence d'un Rituel officiel. En 1969, 1'Emulation Lodqe of Improvement finit par céder et publia une version du Rituel Emulation, mais autorisée (authorized version) par elle seule, non par la Grande Loge.

La francisation du Rite a son histoire, inséparable de celle de la G.L.N.F.  D'abord pratiqué par les seules loges anglophones de notre Obédience, il fut adopté en 1927 par la R.L. Confiance n° 25 et, depuis lors, il est celui de plus du tiers des loges de l'Obédience.  Une première traduction française des rituels s'étant avérée défectueuse, ces derniers furent révisés sous la Grande Maîtrise du T.R.G.M. Ernest Van Hecke.

L'obédience eut enfin, à son tour, ses loges d'instruction.

 

II

SA CONCEPTION PROPRE DE LA FRANC‑MACONNERIE


Minoritaire dans notre pays, le Rite Émulation étonne le Frère visiteur qui assiste à une de ses Tenues pour la première fois.  Il n'y retrouve pas, en effet, des rites qu'il tenait pour essentiels, notamment la purification par les Éléments.

S'il lisait les plus vieux rituels français, il ne les y trouverait pas davantage.  Ces derniers proviennent d'un phénomène capital, survenu dans la seconde partie du XVIIIe siècle : l'adjonction de l'Hermétisme.  Il naquit en Europe centrale du réveil des curiosités alchimiques, puis passa en France.  Oswald Wirth a admirablement expliqué son évolution et la symbiose extraordinaire qui s'ensuivit.  Plaqué sur le Rituel d'origine, lequel était tiré du seul art de construire, il devait, par le canal de la Stricte Observance, être à l'origine de tout l'Écossisme.  Le R.E.R., puis le R.E.A.A. en sortirent successivement.  La traditionaliste et archaïsante Angleterre, elle, demeura rétive.  Sans doute eut‑elle ses alchimistes, dont Elias Ashmole, mais aussi bien d'autres.  Le phénomène d'absorption qui avait vu jour sur 1e Continent ne passa pas cependant la Manche, ou alla se perdre dans quelques Side Dégrées.  Le Rituel de base demeura jalousement fidèle à "l'opératisme" des origines, et lorsqu'en plein XXe siècle il reviendra en France, traversant la Manche en sens inverse, nos Loges de Rite Émulation ne feront que 1e retrouver (6).

Son passage par l'Angleterre et la mentalité anglaise lui a insufflé cette force qui fait de lui la colonne dorique du Temple, comme son allergie aux fantaisies imaginatives.  L'hypothèse guénonienne d'une "Tradition" primordiale, ignorée de l'histoire scientifique, lui demeure inconnue ou incompréhensible.  Son réalisme ne saurait lui faire place.  Il s'est dégagé de même de la vieille conception mythique de l'histoire de l'Ordre, grâce aux travaux poursuivis depuis 1884 par l'illustre loge Quator Coronati n° 2076, et de ce que l'on a appelé la Légende dorée maçonnique.  Il ne se donne ni pour le continuateur de légendaires loges de Saint‑Jean ni pour celui des Templiers, ni moins encore de la Gnose.

Le solide bon sens britannique continue ainsi à soutenir le Rite Émulation à la manière dont le tuteur soutient l'arbre, et cela non seulement en France mais à la surface du globe.  S'ensuit‑il cependant que sa conception propre de la Franc‑Maçonnerie soit une sorte de "rationalisation" ?  Conduit‑elle à en faire une discipline trouvant sa place en épistémologie parmi les autres ? et à se trouver rangée, fût‑ce dans une niche d'honneur, parmi les classifications scientifiques (7) ?

Le croire serait lui retirer son âme. Certes, un concept nouveau a fait de nos jours son apparition, directement issu du long effort des Quator Coronati, concept auquel nous avons proposé de donner un nom : celui de maçonnologie.  Alain le Bihan l'a heureusement défini "l'intégration du fait maçonnique dans les sciences de l'homme".  Le contenu interne du message maçonnique ne tient pas cependant dans cette définition.  Le profane, si érudit soit‑il, consacrerait‑il sa vie, voire sa thèse, à l'étude de l'Ordre, ne l'étudiera jamais qu'à la manière des civilisations disparues, tel un assyriologue ou autre spécialiste.  L'objet de notre quête se trouve au plus profond du for interne.

Après avoir dit ce que, dans la conception Émulation, la nôtre, la Franc‑Maçonnerie n'est pas, essayons de tirer au clair ce qu'elle est.

L'erreur fondamentale est de la présenter comme une école de pensée, cliché commode mais faux.  Pareille conception n'a pas pour elle la tradition du XVIIIe siècle, où les "travaux" au sens moderne n'existaient pas.  (Le livre d'Amiable, qualifié à bon droit par Jean Baylot d'"incroyablement romancé" a trop contribué à accréditer l'idée, erronée, que les loges de l'époque, et plus particulièrement Les Neuf Soeurs, auraient été le véhicule des Lumières).  Si la Maçonnerie était telle, les aspirants à la connaissance seraient, à coup sûr, fondés à lui préférer l'enseignement profane, de l'école du soir au Collège de France, suivant leurs aptitudes.

Un "irrégulier" au talent d'envergure, Albert Lantoine, a repris, pour parler des "planches" et de leur ridicule trop fréquent les étrivières de Juvénal. Nous préférons passer la truelle ...

L'Art Royal se place sur une autre longueur d'ondes et le Rite Émulation ne fait que rejoindre nos plus anciens prédécesseurs lorsqu'il place le dialogue suivant dans la bouche du Vénérable et d'un candidat au Passage

‑ Qu'est‑ce que la Franc‑Maçonnerie ?  (What is Freemasonry ?)

‑ Un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l'allégorie au moyen de symboles.  (A peculiar system of morality, veiled in allegory and illustrated by symbols).

La définition, véritable et authentique, de l'Ordre, de ses buts et de sa signification spirituelle, nous a été léguée en ces deux phrases par nos ancêtres et les déviations de la Voie substituée importent peu, qu'elles soient pseudo‑mystiques ou pseudo‑rationnelles.  Le mot important, le mot‑clef, est ici l'adjectif particulier.  L'Ordre n'est pas une école de pensée mais une école de morale, une ascèse.  Ce qu'elle offre à ce constructeur symbolique qu'est l'initie est une technique propre en vue de sa moralisation, tirée de ce que les Constitutions d'Anderson appellent la Géométrie, terme qui, chez lui, est synonyme de l'Art de construire.  Un sujet pourrait être titulaire des plus hauts diplômes universitaires mais ne pas être initiable, sa pierre brute ne se transformera jamais en pierre cubique et demeurera une roche poreuse.

En quoi ce système particulier, cette ascèse consistera‑t‑elle ?  Essentiellement en une transposition de l'opératif dans le spéculatif.  Tout est centré autour de cette transposition.  Les rites d'ouverture, de suspension et de reprise des travaux, de clôture ont deux sens : l'un opératif, l'autre ésotérique.  Il en va de même de la deuxième et de la troisième Grandes Lumières, dès lors qu'elles reposent complémentaires et parlantes, sur la première la "plus importante des trois".  Le même double sens sera affirmé ‑ et avec quelle force ! ‑ dans l'explication des Outils, celle du tablier et celle de la planche tracée.  L'ésotérisme sera porté à son plus haut degré à propos de tel point mystérieux au milieu d'un cercle appelé le Centre.  Pourquoi ? Les initiés le savent.

Le but suprême de cette ascèse se définit, en termes figurés, l'édification du Temple de Salomon, entendons par là celui qui est au plus profond de chaque initié, lequel ne travaillera pas, dès lors, à la seule construction d'une oeuvre humaine, contingente et périssable, mais A.L.G.D.G.A.D.L.U.

Et c'est là, sous le voile du pauvre langage humain, le Secret maçonnique.

 

III

ESPRIT DANS LEQUEL IL EST PRATIQUE


Il existe sur le Rite Émulation beaucoup d'idées "reçues", pour reprendre le mot ironique de Flaubert.  Il ne conviendrait pas à la mentalité française.  Son obligation du "par cœur" serait propre à en dégoûter les intelligences.  Sa prédominance excessive du Rituel sur les planches développerait le psittacisme au détriment de la réflexion.

La première critique sera vite réfutée.  Nous avons vu que le Rite dérive d'un Rite plus ancien et qui fut le seul pratiqué en France, avant que les deux Rites écossais y fussent connus.  Par sa sobriété grave, il s'apparente, en outre, à l'esprit classique le plus français.

La nécessité de pratiquer le Rituel par cœur ‑ au moins dans le maximum du possible et sans fétichisme littéral ‑ ne se justifie plus aujourd'hui pour les mêmes raisons qu'autrefois.  Le vrai motif, c'est la profondeur du Rituel.  Nombreux sont les Frères sincères qui en ont fait l'expérience : plus on l'approfondit, plus on le découvre, et, dès lors, plus on s'initie.  Un mot peut découvrir brusquement des horizons insoupçonnés.  C'est là le salaire de l'ouvrier‑constructeur qui l'a mérité.  Celui qui, au contraire, lit en loge triche.  Il n'assimilera dès lors son Rituel que superficiellement.  Parfois même il restera profane, et cela quelles que soient les dorures dont il sera recouvert.

La prédominance du Rituel sur les planches doit être comprise.  Le Rite Émulation n'a jamais interdit les planches, mais professant à bon droit que le cœur de la Maçonnerie est dans son Rituel, il les réserve pour les Tenues où il n'y a ni initiation, ni passage, ni élévation à faire.  Faire prédominer les planches ne peut se faire qu'au dam du Rituel.  Un programme de conférences chargé interdit d'initier les candidats un par un ou conduit à bâcler.  La conclusion se tire d'elle‑même.

L'utilité des planches n'apparaît qu'à un niveau élevé.  Ce sera l'objet de loges spécialisées, dites loges de recherches, qui, pour mieux remplir leur tâche, s'abstiendront d'initier.  L'exemple des Quator Coronati a fait preuve de l'excellence de cette conception.

Soulignons enfin, en conclusion, le rôle de l'agape.  Ce n'est pas là un simple repas cordial, pris entre camarades pour finir la soirée.  Dans la conception Émulation, l'agape a un caractère rituel et est soudé à la Tenue.  De là son caractère obligatoire, car elle n'est pas autre chose que la continuation des travaux sous une autre forme.  Les ouvriers avant bien travaillé ont mérité de "casser la croûte ensemble" (8).  C'est un nouvel exemple de la transposition opérative, mais l'ambiance y change du tout au tout.  Celle d'une Tenue en loge doit demeurer grave, solennelle, ainsi qu'il convient dès lors que le V.S.L. est ouvert sur l'autel.  Si des désaccords ou des discussions existent entre Frères, c'est dans les coulisses, en comité ou ailleurs, qu'elles doivent se régler.  Jamais en loge ouverte.  Ainsi s'explique aussi la cessation en loge du tutoiement, comme tout un cérémonial que la vie profane ignore.  A l'agape, rien de tel.  Verre en main, sous la présidence d'un Vénérable généralement débonnaire, l'amitié fuse et la joie éclate.  Les tristesses ou les cruautés de la vie sont à l'extérieur, et le Tuileur monte la garde.

Et, en rafales salubres, les toast eux‑mêmes se font symbole, celui de l'amour fraternel.

 

 

(1)  Rappelons ici la différence de sens de ce mot, selon qu'il est écrit avec un R majuscule ou un r minuscule. On nomme Rite une branche particulière de la Franc‑Maçonnerie : Rite Emulation, Rite Ecossais, etc., comparable aux "liturgies" de l'Eglise, auxquelles le terme distinctif de "Rite" a été donné également (Rite romain, Rite byzantin, Rite maronite, etc.). On nomme rite tel acte cérémoniel. Ex. : le rite du dépouillement des métaux.

(2) I1 importe de distinguer l'essentiel de l'accessoire. En dehors de ce que 1e Rituel prescrit comme substantiel, de simples habitudes ont inévitablement tendance à s'intaller. Les vieux maçons ont trop tendance à les tenir pour sacro‑saintes pour la seule mais insuffisante raison qu'ils les ont "toujours vu pratiquer" dans leur loge. Par exemple, l'usage, au cours d'une installation, de saluer le nouveau Vénérable "en passant, mais sans tourner la tête". Saluer quelqu'un sans le regarder est absurde. La force d'une habitude n'en a pas moins prévalu, et le Rite Emulation n'a rien, touchant à ces vétilles, à envier aux autres.

(3) Contrairement à une erreur naïve, répandue jadis surtout en Allemagne, les Opératifs ne possédaient pas un Rituel au sens où nous l'entendons et leurs cérémonies de réception n'étaient pas des initiations. L'on n'y communiquait que des "secrets" de métier, tel le Mason's word et les signes, destinés à réserver l'embauche aux seuls ouvriers qualifiés. Une autre erreur à ne pas commettre est de confondre la Maçonnerie opérative médiévale avec le "Compagnonnage", organisation toute française et qui n'apparut qu'au XVIe siècle. Cf. notre livre Les mythes maçonniques (Payot, 1974), chap. II.

(4)  La réceotion mystérieuse (1737), Catéchisme des francs maçons (1744). L'Ordre des francs maçons trahis (1744). Le Sceau romzu (1745). La désolation des entrepreneurs modernes (1747). Le Maçon, démasqué (1751), etc.

(5) C'est‑à‑dire vers 1725. Si la cérémonie d'installation d'un Vénérable se fait toujours actuellement au grade de compagnon, c'est que cette cérémonie date d'une époque où ce grade était encore le grade suprême, antérieur à l'apparition du grade de maître. I1 n'est pas de preuve plus tangible de sa haute antiquité.

(6)  Ainsi s'explique aussi l'absence de l'Orateur au Rite Émulation, déjà connu en France à l'époque du Discours de Ramsay, mais que la maçonnerie anglaise devait continuer à ignorer et que, dès lors elle ne pouvait nous retransmettre.

(7) Pareille "rationalisation" a existé. Ce fut celle, au siècle dernier ‑mais non au XVIIIe siècle ‑, du Grand Orient de France. On peut y voir une erreur symétrique de l'erreur "mythique".

(8)  Aussi est‑ce, pensons‑nous, une erreur que d'organiser des "banquets blancs".  La Franc‑Maçonnerie régulière ignore les "Tenues blanches".  Or, qu'est‑ce qu'un banquet maçonnique, sinon, comme nous l'indiquons, qu'un déplacement de la Tenue?  Le Rituel 1e dit en toutes lettres en parlant du "passage du travail au repos" lors d'une suspension.  Or, l'agape, jadis, en était une.  Il en va tout autrement de la "soirée des dames" (ladies night), généralement annuelle, destinée à honorer les épouses.  Au gai XVIIIe siècle, certaines invitations portaient même "Wives and sweet hearts".  Depuis l'ère victorienne, elles sont tombées en désuétude en Angleterre et la G.L.N.F. ne les a pas fait revivre ...


ALEC MELLOR 

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