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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 07:15

L'Arbre de Vie

D'après un spécialiste du mysticisme de la Qabalah, Gershom Sholem, le monothéisme ne peut trouver sa véritable raison d'être que dans une tension et un va-et-vient entre les deux pôles extrêmes du tout ou rien. "Tout" est l'adhésion totale au divin ou la recherche du divin en toute chose, entraînant de ce fait les avatars de l'idolâtrie et du polythéisme. "Rien" est la vacuité de toute spiritualité, la négation de toute transcendance, la matière étant origine et fin. Liés à la recherche d'absolu, ces deux pôles extrêmes engendrent les intégrismes et la violence. La spiritualité du monothéisme est une recherche du divin, à travers ses deux aspects transcendant et immanent, excluant de se fixer à l'un ou l'autre des pôles extrêmes. Elle implique le mouvement et la mobilité de l'être, à la recherche de la zone d'équilibre et d'apaisement personnel entre les extrêmes, tout en évitant de s'en approcher.

La Tradition de la Qabalah qui n'est qu'une tendance de "la stricte voie tracée", offre précisément à chacun la possibilité d'évoluer dans le sens de l'équilibre, par la construction d'une arborescence appelée "Arbre de Vie" et par le cheminement dans ses sentiers, dans le but de sentir et de repérer la voie du milieu. Elle offre la possibilité de discerner entre les dualités qui nous habitent, tant sur le plan pratique que sur le plan éthique. L'être humain baigne dans le mélange du bien et du mal, agit avec intuition et jugement, réagit par la rigueur et la miséricorde, vit à travers des comportements actifs et passifs, masculin et féminin... Encore faut-il en être conscient.

La connaissance du divin passe par la connaissance de soi, mais on peut aussi inverser la proposition. La démarche de réflexion et de cheminement liée à l'Arbre de Vie pose un acte et crée des repères, facilitant de ce fait la relation avec le divin. Celle-ci est une vibration autorisant une approche, un simple effleurement.

On peut appréhender l'Arbre de Vie comme un modèle de l'esprit se reflétant dans tous les actes de la vie matérielle ou comme une transposition des archétypes humains dans un univers aux limites du cerveau humain, allant jusqu'aux frontières du divin. Appelé monde intermédiaire, cet espacement est le résultat de séparations successives résultant du processus de la création et de l'éloignement progressif du divin. Comparable à un sas entre le monde spirituel et le monde matériel, ce monde est inaccessible au profane. Mais un individu préparé peut le sentir, le percevoir ou s'en rapprocher.

L'infini "ayn sof" est une "unité sans limite" qui règne dans l'éternité. Cette unité est aussi une volonté sans finalité, sans besoin et sans détermination. De cette volonté naît la pensée ou le projet de créer l'univers: l'origine du déclic est la Cause des Causes, le secret absolu et insondable, la grande interrogation qui sépare la foi de l'incrédulité. Le résultat de cette pensée est ce double mouvement simultané de retrait et d'émanation, qui équivaut en fait à une immobilité sur le plan ontologique. Le mouvement de retrait aboutit à faire le vide, à obtenir le "néant" et à laisser une place à la création. Le mouvement inverse est celui de l'émanation qui aboutit à remplir ce néant de lumière, une "lumière sans limite". C'est la "Sagesse du Commencement".

Globalement l'"unité sans limite" s'est déjà retirée dans son immobilité, en ne laissant qu'une "trace", presque un souvenir que l'homme fait revivre par son action et par sa propre pensée. D'où le schéma d'un Arbre de Vie, agencement spécifique des "attributs" du divin, de cette trace du "sans limite", pour la saisir ne serait ce qu'un instant, une fraction de seconde avant qu'elle ne s'évanouisse dans l'espace et le temps. L'être humain cherche à conserver cette petite parcelle de lumière, cette étincelle qui lui est parvenue. Il cherche à la faire vivre à travers les branches et les noeuds de cet "Arbre de Vie", appelés lettres et séphirot.

Sur le plan matériel, l'être humain est un être fini qui ne peut réaliser cette sauvegarde qu'avec ses limites. Il est ainsi amené à illustrer le fond de sa pensée par des images et des schémas. Mais comment représenter l'idée que l'on se fait d'émanations, de flux de lumière, d'écoulement de rosée, d'attributs émanant d'un être infini, à la fois lointain et proche, sans tomber dans l'anthropomorphisme? Et il est encore plus difficile d'exprimer en langage humain compréhensible l'idée que l'on se fait de la pensée de D. eu égard au monde créé.

La Tradition a essayé de combler ce fossé en proposant cette notion de "séfirah" qui a reçu les désignations les plus étranges et les plus poétiques: parole, lumière, force, source, saphir, mesure, couronne…. Ce mot dérive de la racine s/p/r qui a plusieurs sens: numération (nombre, recensement), narration (récit, livre), transparence (saphir, sphère). Pour se fixer les idées on peut dire que les séfirot sont les vases créés par l'épanchement de la lumière originelle, celle qui provient du mouvement de retrait et d'émanation de l'unité "sans limite". Ces vases sont aussi bien des récepteurs que des transmetteurs, aussi bien des récipients que des outils de la création.

Tant les lettres de l'alphabet peuvent être aisément appréhendées comme les briques élémentaires du langage, de la création et de l'action, dans la construction de l'univers, tant les séfirot apparaissent comme des entités abstraites, difficiles à concevoir. Plus l'être humain parvient à élever son âme et à tendre vers son côté infini, plus il est capable de les sentir ou de les comprendre. En fait, il faut savoir ici que le monde intermédiaire des forces-séfirot et des signes-lettres coïncide avec le monde des anges et des âmes, qui sont deux aspects d'une même unité, à l'image de la lumière qui est à la fois ondes et particules.

L'Arbre de Vie est la construction centrale de la Qabalah. Il est une image universelle de l'unité fracturée dans le décimal. Pour se fixer les idées, le nombre dix peut être représenté par des choses aussi concrètes que des oiseaux ou des fruits; ici il s'agit de notions abstraites comme la sagesse, la compassion ou le discernement.

Malgré ou grâce à son anthropomorphisme, l'Arbre de Vie est une image qui plaît. Elle est comme une empreinte subtile que le monde spirituel a laissé dans le subconscient de l'homme, ou dans sa mémoire profonde. Des approches différentes et variées sont pourtant nécessaires pour en préciser le contour malgré leur caractère infini, et même si on est amené à se répéter.

 

Volonté de donner et désir de recevoir

 

Créature du divin, et contrairement à celui-ci, l'être humain a été conçu avec des désirs et des besoins. Parmi ceux-ci, le besoin d'un Créateur et le désir de recevoir de ce Créateur.

Pour certains êtres humains la notion du divin est innée et, dès l'enfance, ils ont besoin de D. et ils en font la recherche intuitivement. D'autres constatant un jour que le monde matériel qu'ils vivent est insuffisant à leur plénitude, recherchent un "autre" monde ailleurs, un monde perdu ou oublié pour les nostalgiques, un monde à recréer ou à inventer pour les utopistes. Une recherche spirituelle commence alors pour assouvir ce besoin naissant. Pour d'autres encore, ce besoin spirituel est entravé ou refoulé pour diverses raisons, et ceux-ci n'éprouveront peut-être jamais d'expérience spirituelle.

Les imperfections du monde créé sont nécessaires pour laisser une place à l'homme qui a un besoin de parfaire ce qui est créé. Parmi ces imperfections, il y a le mélange du bien et du mal: avec son libre arbitre, l'homme doit appréhender la responsabilité du choix. L'équilibre de l'univers dépend de ce choix, et c'est ainsi que l'homme participe à l'évolution de l'univers. La Tradition propose, comme image du bien, un coffre contenant des pierres précieuses et entouré par un serpent venimeux. Pour accéder au bien, il faut savoir maîtriser le serpent du mal, le neutraliser ou se débarrasser de lui. Au-delà d'un choix, l'accès au bien nécessite un effort, voire une conquête.

D'après la Tradition de la Qabalah, toutes les âmes du monde forment une seule âme, celle de l'Adam primordial. Comme la lumière est une parcelle de l'infini "ayn sof" et que l'âme est une parcelle de l'Adam primordial, l'âme est aussi une parcelle de lumière. Mais elle est aussi un vase, un réceptacle et elle reçoit ce qui est donné par le Créateur. Nous avons d'un côté une volonté de donner, de l'autre côté un désir de recevoir. On vient de décrire le lien qui unit le Haut et le Bas dans la même aventure, le Bas étant une émanation volontaire du Haut.

Une échelle des âmes a été créée de façon que par l'étude, par la prière ou par les bonnes actions, l'homme puisse s'élever progressivement du matériel vers le spirituel, du désir de recevoir vers le désir de donner. Par sa propre volonté, l'âme grimpe, échelon par échelon, les différents niveaux jusqu'à ressembler à son Créateur, dans le désir de donner. Au niveau le plus bas, l'homme est un "corps de matière", puisqu'il naît comme un "âne sauvage", un onagre, avec "un total désir de recevoir pour soi". Au fur et à mesure de la montée de l'âme, la lumière émanant du Créateur se révèle à travers ces vases, qu'on a appelé "séfirot". Il y a ainsi un double mouvement de montée et de descente qui s'interpénètre ou s'entrelace. Mais au sommet, l'essence du Créateur reste voilée.

Les différents vases, chacun à son niveau, reçoivent et réfléchissent cette lumière. On dit que la lumière réfléchie est la voyelle qui permet de prononcer un mot et que l'empreinte de cette lumière est la consonne. Un mot émis et prononcé est le reflet du mouvement de lumière qui crée les réceptacles, les vases, les séfirot. Par la prière, par des paroles de réconfort à ceux qui sont dans la détresse ou par la répétition des noms divins, on recrée ici bas le désir de recevoir pour donner et on restitue la lumière incidente en la renforçant.

 

Les vases brisés et la voie du retour

 

Les attributs divins ou séfirot constituent la trame de l'Arbre de Vie et sont aussi les vases de l'épanchement de la lumière primordiale. Trop forte, cette première lumière craquela les vases réceptacles qui n'étaient pas à sa mesure. Après la transgression du premier homme, les sept vases inférieurs de l'arbre se sont brisés en morceaux contenant des restes d'étincelles de la lumière originelle. Cette dislocation coïncide avec l'exil de l'homme, avec l'éloignement du divin et avec le déclenchement des forces du mal, qui se sont mélangées aux forces du bien. La "présence divine" ou Shékhinah, s'est estompée: elle est devenue "veuve", ayant perdu sa Résidence, "le Royaume sur terre" et elle a dû se séparer de son époux. L'homme est devenu orphelin ou "fils de la Veuve", ayant été chassé de l'Eden. Tout n'est néanmoins pas perdu.

La brisure des vases ne ferme pas la porte à une éventuelle réparation des morceaux épars. L'Arbre de Vie peut être appréhendé par une pensée libre et volontaire. On peut profiter de l'onde refluante pour essayer de trouver la vague qui permet d'accéder à une spiritualité dépouillée de tout dogme et de tout sectarisme. Le chandelier à sept branches est l'image symbolique de ces étincelles, à partir desquelles il est possible d'allumer une à une les sept lampes et de préparer ainsi la lumière du retour. Choisir la voie du retour, c'est en quelque sorte remonter par la pensée l'Arbre de Vie et réparer ce qui a été brisé ou déformé, par son action.

Retrouver le parfum de l'Eden primordial est laissé au libre arbitre de l'homme. D'un côté, par la prière ou par la méditation, par le mérite des bonnes actions ou par la recherche et l'étude, l'homme peut commencer à restaurer ce qui a été brisé. D'un autre côté, par un retour sur soi, il peut séparer du mélange et de la confusion, les écorces du mal, pour retrouver le fruit caché du bien.

Mais la liberté de choix joue dans les deux sens: devant l'éclipse du divin, la voie est aussi ouverte à l'homme isolé qui recherche l'unité originelle, de trouver dans la magie un substitut de pouvoir, l'enfonçant de plus en plus dans la folie.

 

La Shékhinah

 

La présence du divin dans l'univers créé est appelée la Résidente ou "shékhinah". Dans l'histoire du peuple hébreu, elle apparaît comme la Gloire de l'Eternel, le guidant dans ses déambulations du désert, parlant à ses prophètes et à ses chefs, dans le sanctuaire de la Tente du Rendez-vous et dans celui du Temple de Jérusalem. D'après la Tradition, lorsque le peuple accomplit la loi, la shékhinah se rapproche de lui en dix étapes, comme elle l'a fait entre l'époque de l'alliance d'Abraham et celle de la construction du Temple par Salomon. Inversement lorsque le peuple transgresse cette loi, la shékhinah remonte vers sa source et s'estompe en dix étapes également, comme ce fut le cas lors de la destruction du Temple.

La shékhinah est à la fois l'aspect "féminin" du divin et son aspect le plus vivant, le plus proche de l'homme. Elle subit l'exil avec la Communauté d'Israël, quittant le Lieu de sa Résidence, le Temple. Après la destruction de celui-ci, la Shékhinah est envahie par l'Autre Côté, elle est ligotée par les "écorces du Mal", devenant sa prisonnière. Or la force de ces liens dépend du comportement de l'être humain. Si ce dernier transgresse les commandements divins, la shékhinah reste tributaire. S'il les accomplit, elle est libérée et rejoint son Lieu virtuel, la séphirah Royaume, la dixième et la dernière, celle qui est au contact avec l'univers humain.

D'après la tradition de la Qabalah, toute activité humaine peut trouver un sens si elle est transformée progressivement, si on parvient à élever un acte banal et profane vers son côté sacré, par le rituel, la prière, la méditation, les bonnes actions. Ceci revient à défaire les écorces du mal qui emprisonnent et qui cachent les étincelles du bien et à rassembler celles-ci pour obtenir la lueur qui va transformer notre vision du monde. D'après la théorie de Louria, par notre réparation et aussi par notre perfectionnement progressif en une ou plusieurs vies, on arrivera à libérer et à élever notre âme et on parviendra ainsi à reconstituer ou à restaurer l'unité primordiale.

Cette volonté de Rédemption et ce désir d'unification du divin sont aussi étroitement liés aux temps messianiques. Par son comportement, l'homme doit pouvoir atteindre l'équilibre précaire et fugace entre la droite et la gauche, entre la miséricorde et la rigueur, de la dualité en lui. Dans notre Arbre de Vie intime, il y a toujours un mouvement à la recherche de cet équilibre précaire. Ce mouvement est en fait nécessaire pour trouver la voie du milieu, en tâtonnant. Il est produit par un excès de rigueur ou un défaut de miséricorde, ou vice et versa. L'exagération durable vers l'un ou l'autre des deux pôles, allant de l'excès à l'insuffisance de rigueur ou de l'abus au défaut de miséricorde accélère le mouvement, le rend plus ample, voire incontrôlable et le fait basculer "ailleurs", vers l'Autre Côté. Ce basculement a lieu au niveau de l'attribut Royaume, exutoire de tous les flux supérieurs et celui où réside la Shékhinah. On se retrouve alors à l'envers du décor, dans le domaine de Satan, de l'illusion, où la face négative des séphirot brille par le mal, l'injustice et la violence. Un rictus pervers y remplace le rire innocent.

L'action humaine restaure le divin et, en libérant la shékhinah des forces du mal, elle rapproche le monde des temps messianiques. La défaite totale du mal ne peut être réalisée que dans cette perspective eschatologique. En fait, elle n'est pas souhaitable dans un monde imparfait, car l'Autre Côté concourt à l'équilibre du monde, au statu quo entre les univers matériel et spirituel et à la mise en évidence du bien. Et dans l'attente de l'ère messianique, par l'accomplissement des rites et des commandements, on peut contenir et maîtriser le mal, en le repérant, et en le séparant du bien.

Source : http://soued.chez.com/qabalah3.htm 

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Published by Albert SOUED - dans Kabbale
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