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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Rite d'adoption : la compagnonne.

Publié le 6 Août 2026 par T.D

26 Mars 2017

Rédigé par La Maçonne

Ce degré est certainement bien plus sophistiqué que l'on imagine de prime abord. Il s'agit, en effet, dans l'ensemble d'une mise en scène soignée comportant tout une symbolique qui, si elle a le défaut d'être un peu trop moralisatrice, n'en est pas moins captivante.

Comme pour mes deux premières présentations au sujet du premier degré, je me suis basée sur les trois mêmes sources datées de 1775, 1787 et de 1856.

Le décor de la loge.

En 1775, la loge représente, purement et simplement, pour ne pas dire carrément, le jardin d'Eden. En bas de la loge, se trouve représenté un fleuve et un arbre de vie. Il y a 5 lumières (3 au midi, 2 au nord). Devant le vénérable de la loge est dressé une table, sur lequel se trouve un plat avec des pommes, une tasse avec une pâte liquide entourant un pommier au centre.

En 1787, le décor de la loge se complexifie. Elle garde le même décor que celui du premier degré. Cependant, elle possède ce que le livre appelle « un appartement de droite » qui figure le jardin d'Eden. S'y trouve le fleuve sortant de rochers, une verdure luxuriante, l'arbre de vie avec des pommes suspendues et un serpent dont la tête est mobile.

Devant la porte, se trouve une table recouverte d'un tissu noir avec un cadre représentant la mort et la représentation de Caïn tuant Abel. Curieusement, on trouve aussi un réchaud allumé avec une terrine remplie d'esprit de vin sur dans lequel on jette une poignée de sel qui est localisée « en bas » de la loge. Bien sûr, on retrouve l'autel (devant le vénérable) sur lequel se trouve une « auge sacrée » de petite taille remplie de farine diluée avec de l'eau (la fameuse pâte liquide) et une petite truelle. Ces deux objets sont en argent ou en vermeil. Le tableau de loge est identique à celui du premier degré à la différence que l'on y trouve que l'arche de Noé sur la montagne et une colombe avec un rameau d'olivier.

La version de 1856 préserve l'essentiel de ce décor et l'enrichit. Le coin représentant le jardin d'Eden est caché.

Le fleuve n'apparaît pas. Certainement, trop difficile à représenter. Branche d'arbre et autres éléments verdoyants y ont toutes leur place. Une table est dressée sur laquelle on trouve un cadre représentant Adam et Eve, un arbre de vie, un serpent à la tête mobile et une certaine quantité de bougie éteinte.

Au lieu de se contenter d'une simple table avec une représentation d'un squelette, un coin de la loge est aménagé spécialement. Le rituel ne précise pas s'il est caché mais on peut l'imaginer. Ce coin est tendu de noir avec une profusion d'ossements et de larmes. Dans ce lieu exprimant la joie de vivre, se dresse une table recouverte de noir avec une représentation d'un squelette comme en 1786.

Le rituel d'élévation.

Le rituel le plus complet et le plus compréhensible pour nous, pauvres esprits du 21ème siècle, est celui de 1786 (comme quoi). Le Manuel de la Franc-maçonnerie de 1856 n'évoque le décor de la loge, les mots et signes (que j'évoquerais en fin de cet article, parce que c'est quelques chose!) et l'instruction de ce degré. Quant à la version de 1775, le rituel manquerait de précision.

Comme je l'ai fait pour le grade d'apprentie, j'ai organisé ce rituel sous la forme que nous connaissons.

 

Préparation de la récipiendaire.

Les puristes du rituel apprécieront. En 1775, la récipiendaire est conduite par l'inspectrice dans une salle sombre à qui on demande de retirer sa boucle d'oreille gauche. En 1786, on retire à la récipiendaire la totalité de ses bijoux et sa jarretière gauche. Au lieu d'être avec l'inspectrice, elle est avec l'orateur qui lui explique qu'elle devra obéir à toutes les épreuves qui lui seront données. Elle entrera les yeux bandés. Vraisemblablement, dans la version de 1856, la sœur n'a plus les yeux bandés d'où la nécessité de cacher les différents coins aménagés de la loge.

Le rituel. 

Lors de l'ouverture de la loge, le vénérable lit l'instruction du premier degré une branche d'olivier à la main gauche.

La soeur introductrice la fait placer entre les deux officières, et fait avertir le vénérable que la soeur qui désire monter au second grade de la maçonmerie est présente; et que, pour preuve de sa soumission à tout ce qu'on exigera d'elle, elle a remis ses bijoux et sa jarretière.(L'orateur les porte sur l'autel. )

Le grand maître : « Ma chère soeur, c'est avec un plaisir extrême que je vois votre zèle à vouloir parvenir à la connaissance de nos mystères; cependant, quoique vous nous confirmiez de plus en plus dans l'idée que nous avions conçue de vous, je me crois encore obligé de vous engager à ne rien précipiter. Sachez que si vous commettiez une seule faiblesse, il ne nous serait plus permis de vous recevoir parmi nous : voyez si vous voulez être reçue à ce prix ».

La sœur doit répondre « Oui ». Le vénérable commande au frère inspecteur de lui faire faire deux fois le tour du tableau de loge et de la faire passer par l'épreuve du feu afin de persuader les membres de la loge de son courage.

La sœur est conduite auprès de l'esprit de vin.

Le vénérable : « C'en est assez, mon frère, nous devons être content de sa soumission.

(En s'adressant à la récipiendaire.)

Vous,ma chère soeur, ne craignez rien, souvenez-vous que la bonne foi est sacrée chez les maçons ; le bandeau que vous avez sur les yeux nous assure de la vôtre, et nous présente l'état d'innocence , dans lequel vivaient nos premiers pères, se confiant aveuglément dans les promesses du créateur.

Continuez, ma chère soeur, à vous soumettre à tout, il ne vous reste plus qu'une épreuve à,passer pour entrer dans notre sanctuaire; et quoiqu'elle soit terrible , elle n'est pas au dessus de la vertu courageuse. Nous allons vous conduire dans un lieu de délices,où vous achèverez de nous convaincre de l'estime que nous devons faire de votre amitié.

Allez, ma chère soeur , puissent la sagesse et la prudence vous inspirer surtout ce qui vous reste à faire, et vous ramener vers moi avec des marques certaines de votre innocence ».

Le frère inspecteur conduit la récipiendaire dans le coin où est aménagé le jardin d'Eden et la laisse à sa réflexion.

Un membre de la loge lui donne, alors, une pomme l'invitant à la manger en lui expliquant que c'est une marque d'obéissance pour être reçue. Bien sûr, la sœur obéit.

A peine, a-t-elle commencé à manger la pomme, qu'un bruit de tonnerre se fait entendre – genre « fin du monde » - La loge, dans le cadre de sa préparation, doit avoir prévu de quoi faire le bruit adéquat. Le membre de la loge s'éloigne subrepticement. L'orateur se précipite vers la sœur qui vient de déclencher la colère divine. Il lui retire son bandeau et lui dit :

"Malheureuse ! Qu'avez-vous fait ? Est-ce ainsi que vous pratiquez les leçons de sagesse que l'on vous a données? Se pourrait-il que vous méconnaissiez ces sentiments d'honneur et de vertu, premier fondement de notre ordre ? Quoi ! au mépris des promesses que vous a faites le grand maître de récompenser votre courage et votre prudence, vous vous laissez séduire par ce monstre.

(Il lui montre le serpent duquel on fait remuer la téte.) qui n'a d'autre but que celui de corrompre votre innocence ; quelle récompense devez-vous attendre d'une pareille faiblesse?"

On peut imaginer facilement que la pauvre sœur traverse un grand moment de solitude après cela ! Le pire, c'est que cela continue dans la même veine.

L'orateur lui dit : « Suivez-moi , madame, et sortons au plus vite d'un lieu qui vous rappellerait sans cesse votre faute »

L'orateur la conduit entre les deux colonnes. L'inspecteur récupère la pomme mordue et l'amène au vénérable.

Le vénérable dit à la récipiendaire : « Je vois trop, madame, le peu de compte que vous avez fait des sages conseils que je vous ai donnés ; mais sans compter l'oubli de vos devoirs, connaissez l'excès des malheurs que votre inconséquence a causé ».

Apparaît un autre élément du décor. On fait lire à la sœur l'inscription sur le tableau représentant le squelette qui dit « Le crime a vaincu l'innocence. »

Le vénérable : Que dois-je faire, mes frères.

L'inspecteur : Consulter votre sagesse et suivre nos lois. 

Le vénérable : Je vous entends, mon frère ». A la récipiendaire, lui disant d'un "air respectueux et confiant " : "Madame, c'est avec une douleur extrêune que nous avons vu votre faute ; mais quelque qu'elle soit, l'indulgence, qui fait la base de notre société, me permet pas de vous la reprocher davantage et pour vous faire connaître entièrement le caractère des vrais maçons , persuadés comme ils le sont des faiblesses de l'humanité, apprenez que tous les frères et soeurs ici présents vous pardonnent, et moi tout le premier, à condition que vous allez prêter devant nous, et sur cet autel, un serment authentique de n'employer jamais d'autre vengeance envers ceux que vous connaîtrez coupables; le voulez-vous, madame ?". 

La récipiendaire ayant répondu oui, tous les frères et soeurs applaudissent. Ensuite on fait avancer l'aspirante à l'autel, par quatre pas, commençant par le pied droit ; puis le vénérable la fait mettre à genoux , et prononce avec elle son obligation.

« Je jure et m'engage, en présence de cette respectable assemblée , et sous les peines que m'impose ma précédente obligation , de ne jamais révéler à aucune apprentie , le secret de compagnonne. Je promets de plus d'aimer, protéger et secourir mes frères et soeurs , toutes les fois que j'en trouverai l'occasion , de ne point manger de pépins de pomme, vu qu'ils contiennent le germe du fruit défendu ; en outre , de garder sur moi cette nuit, la jarretière de l'ordre, et de n'en point découvrir les mystères aux profanes.Je promets toutes ces choses, aux risques d'encourir l'indignation de mes frères et soeurs ; c'est pourquoi je prie dieu de m'être en aide.Ainsi soit-il »

Le vénérable relève la récipiendaire. Il trempe dans l'auge sacrée il la lui passe cinq fois sur les lèvres, et lui dit : « C'est le sceau de la discrétion que je vous applique ; on vous apprendra bientôt la morale qu'il renferme. Reprenez ce fruit , il est le symbole d'un grand mystère et de notre ordre et de notre religion ; recevez aussi notre jarretière, comme étant l'emblême d'une amitié parfaite ».

Alors faisant passer la soeur du côté de l'Afrique , il continue , en disant : « Nous avons des signes et des paroles pour nous reconnaître, en qualité de compagnonne; comme dans le grade précédent. Le signe se fait, en portant le petit doigt de la main droite sur l'oeil droit fermé. On répond à ce signe , en mettant le petit doigt de la main droite sous le nez, le pouce dessus, l'index sur le sourcil, et les autres doigts sur l'oeil. La parole est Belba , qui signifie çonfusion; le mot de passe est Lamasabacthani, qui veut dire : Seigneur, je n'ai péché que parce que vous m'avez abandonnée ».

Les autres versions & analyse. 

Je vous laisse vous débrouiller avec le signe de ce grade à ce rite qui, d'ailleurs, est un chouia plus simple mais pas plus heureux dans les autres versions.

La version de 1785 ne mentionne nullement cette dramatisation de la pomme. Il est simplement demandé à la sœur de manger la pomme sans croquer les pépins « sources du péché ». Quant à la scène de l'auge sacrée, il s'agissait d'appliquer un emplâtre sur la bouche de la récipiendaire et de donner cinq coups à l'aide de la petite truelle. On appréciera la délicatesse de la version de 1787. 

Contrairement à ce que l'on peut lire, il n'est nullement rappelé aux sœurs Compagnonnes (et aux femmes de l'époque) que l'origine du péché originel est strictement féminin. Même au 18ème siècle, on savait qu'il a fallu l'intervention du diable, lui-même, pour convaincre Eve, alors que Eve a suffi pour convaincre ce benêt d'Adam.

Ce rituel s'il avait été masculinisé aurait nécessité de faire apparaître une femme (en carton?) à la place du serpent .... Rien, donc, de surnaturel, finalement. Certes, la représentation du féminin (et donc des femmes) dans ce rituel n'a rien à voir avec les glorieuses amazones qui réclamaient des armes, le pouvoir, et le droit à l'instruction ... 

Or, la subtilité se situe à la fin de ce rituel. Ces compagnonnes détiennent « la connaissance », c'est-à-dire les « mystères », pour avoir croqué la pomme avec ou sans les pépins. Autant dire que ce rituel remercie Eve d'avoir sortie l'humanité du jardin d'Eden, une humanité condamnée à l'innocence mais à l'ennuie de ne pas savoir ou connaître. Si ce rituel destiné à des femmes frise l'hérésie, les auteurs s'en sortent plutôt bien appelant à la vertu, à l'innocence mais aussi à l'obéissance et à la soumission. Le comble est le mot de passe et sa signification. Il n'existe d'ailleurs que dans cette version de 1787. En 1856, on se contentait simplement d'Eva et de Belba (Babel). Il est tiré de Mathieu 27:46, qui fait dire à Jésus, agonisant sur sa croix, « Éli, Éli, lama sabachthani? » c'est-à-dire: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » Il fallait oser. 

La qualité ésotérique de ce rituel est évidente, tant il recouvre l'état de l'humanité, symbolisé par la période avant et après la chute.

On notera aussi l'épreuve du feu pour tester le courage de la récipiendaire, la présence du bandeau (symbole de l'obéissance à dieu) comme le retrait de la totalité des bijoux symbole de l'humilité et du détachement des biens matériels. La version de 1785 ne prévoyait que le retrait de la boucle d'oreille gauche ! Le tableau de loge, lui-même, avec l'arche de Noé seul et le retour de la colombe, signification du premier bienfait de dieu vis-à-vis de l'humanité (après avoir été chassé du jardin d'Eden).

Comme il s'agit de franc-maçonnerie, les symboles de construction n'est pas absente. Tout d'abord, le mot : "Babel" (confusion), mais la présence de l'arche de Noé qui est expliqué dans l'instruction.

R. Pour se sauver, lui et sa famille, de la punition générale ; de même les maçons viennent en loge, pour se soustraire aux vices qui règnent si souvent dans les autres sociétés. :

D. Comment Noé a-t-il construit cette arche ? .

R. Par l'ordre, et d'après les plans que le grand architecte de l'univers lui en donna, et dont la morale doit servir de règle aux maçons, afin de se garantir contre la corruption générale.

D. Pourquoi les autres hommes n'en profitèrent - ils point ? -

R Parce qu'aveuglés par de fausses lumières, ils critiquèrent l'ouvrage du grand maître , qui, pour punition, les livra à l'endurcissement, ce qui les précipita dans l'abîme.

D. De quelle forme étoit cette arche ?

R. Elle avoit quatre étages, qui comprenoient trente coudées de haut; elle était (lire cette étude de la Loge de Recherche Dermott)longue de trois cents coudées , et large de cinquante.

D. De quel bois cet édifice était-il construit ?

R. De cèdre, bois que l'écriture nous dit être incorruptible ; ce qui symbolise le vrai maçon, qui doit être vertueux pour le seul plaisir de l'être , et se mettre au dessus des préjugés et de la calomnie.

D). Quelle forme avoit les planches ?

R. Eles étoient toutes égales et bien aplanies, ce qui nous démontre l'égalité parfaite qui doit régner entre nous, et qui doit être fondée sur la ruine de l'amour-propre. 

D. Comment l'arche était-elle éçlairée ?

R. Par une seule croisée pratiquée dans le haut du quatrième étage.

D. Quel oiseau Noé fit-il sortir pour savoir si les eaux étoient retirécs ?

R. Le corbeau , qui ne revint point, image de tous faux frères , qui , se parant des traits de la sagesse, négligent les inno- cens plaisirs de la maçonnerie , pour jouir en particulier des criminelles voluptés des sens.

D. Quel fut l'oiseau que Noé fit sortir après le corbeau ?

R. La colombe, qui rapporta une branche d'olivier, symbole de la paix qui doit régner entre les maçons.

On y trouve aussi  les notions d'égalité, de paix et donc de fraternité. 

Dans la version de 1856 (Manuel de la Franc-maçonnerie), le rituel d'élévation n'est pas présentée. L'arche de Noé est complètement occulté. Il n'y a pas de description de tapis de loge et aucune mention de ce dernier dans l'instruction du grade.

Ce manuel reprend les 7 degrés du Rite Français et les 33 du REAA. Noé apparaît dans le signe du 21ème degré du REAA : "Allonger les trois premiers doigts de la main droite; le F.\ en fait autant, puis il prend les doigts au premier en disant : Frédéric II. Le premier frère répond' en prenant les doigts de l'autre : Noé." Ce degré est appelé Noachite ou Chevalier Prussien du fait que selon la légende de ce degré pour la période de 1856, ce degré fait hommage à Frédéric II, Roi de Prusse, soi-disant signataire d'une constitution (qui s'avère être un faux). 

Le mythe de Noé est aussi le mythe fondateur avant qu'il ne soit supplanté par Hiram (en 1730). Est-ce que les rédacteurs de ce rituel  destiné aux femmes en avaient connaissance en 1787 (voir même 1775)? C'est peu probable.

Les rituels d'adoption étaient-ils faits pour des bécasses? Vu la richesse de ce rituel, il est difficile d'imaginer qu'il s'adressait à des femmes qualifiées de futiles ou pour créer une sous-franc-maçonnerie, utilisant finalement toutes les ficelles du rituel et s'ouvrant à l'ensemble des thèmes généralement abordés en franc-maçonnerie : une humanité nouvelle. 

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Franc-maçonnerie d'adoption : la cérémonie de réception de l'appentie "franche-maçonne"

Publié le 6 Août 2026 par T.D

3 Janvier 2017

Rédigé par La Maçonne

Vous avez découvert les décors, le catéchisme et les particularités liées à la franc-maçonnerie au travers de trois textes publiés à des dates différentes 

La présentation de la cérémonie de réception d'une nouvelle apprentie pose, par contre, plusieurs difficultés. Tout d'abord, il n'y a aucun rituel de le « Manuel de la franc-maçonnerie », document le plus récent. Ensuite, les deux autres textes présentent cette cérémonie sous forme d'un récit.

Ce qui en complique l'analyse. Le dernier point est, comme vous allez le constater, s'il y a des similitudes, les deux cérémonies sont différentes. Le récit le plus complet demeure celui de 1775. Celui de 1787, à l'instar du catéchisme, semble avoir été expurgé de l'essentiel. Afin de faciliter la lecture, je présente chaque cérémonie sous une forme plus contemporaine avec les dialogues et les annotations nécessaires liées aux mouvements des protagonistes.

La cérémonie de 1775 (in L'ADOPTION ou la Maçonnerie des Femmes, en trois grades – auteur inconnu – publié « à la Fidélité – chez le Silence »).

Préparation.

La récipiendaire est mise dans un lieu sombre, où il y aura une lumière et une tête de mort. A priori, elle n'est pas seule. La dernière reçue lui demande si elle entre en franc-maçonnerie de sa propre volonté, et si elle a toutes les informations requises.

L'état de la récipiendaire est importante. Il est, par ailleurs, indiqué dans cet ouvrage que les récipiendaires doivent être « saines, sans grossesse, ni mois (menstrue?) et qu'elles ayent un frère qui réponde pour elle ».

Comme pour les hommes, la récipiendaire voit sa tenue modifiée. On lui retire sa jarretière gauche qui est remplacée par un ruban bleu (d'une aune), sa manchette et son gant droit. Elle a, bien sûr, les yeux bandés.

Rituel (ou presque).

La Surveillante frappe 5 coups,

Le Vénérable frappe 5 coups.

« Voyez ma soeur ce qu'on demande ?

La soeur : C'est une Dame (ou Demoiselle) qui demande à être reçue franche-maçonne.

La soeur ferme la porte, se met à l'ordre

« C'est une soeur (il faut certainement lire « une dame ») qui désire être maçonne »

Vénérable : « Demandez-lui si c'est sa dernière volonté et si elle a fait ses réflexions, qui la présente, son nom, son surnom et ses qualités, et si elle désire passer par toutes les épreuves nécessaires. »

La surveillante s'acquitte de sa tâche et revient avec la soeur introductrice.

Le Vénérable questionne celui [un frère] qui propose sa candidature, s'il l'a connaît et si elle a les dispositions requises pour être initiée.

Le Vénérable demande aux frères et aux soeurs si personne ne s'y oppose.

Tous les assistants lèvent les mains sur la loge tracée en étant tous à l'ordre.

Le Vénérable dit à la soeur introductrice de faire entrer la récipiendaire.

La soeur va se placer auprès du Vénérable pour faire à la récipiendaire un petit discours sur l'Ordre. L'inspecteur place la récipiendaire en bas (?) de la loge pour faire passer les épreuves.

Le Vénérable - Est-ce votre volonté d'être reçue Franche-Maçonne.

La Récipiendaire - Oui

Le Vénérable - ne vous est-il jamais arrivé de croire & d'avoir des idées contraires à notre Ordre ?

La Récipiendaire - non Vénérable.

Illustration : dame d'honneur de Marie-Antoinette 

L'inspecteur la laisse un moment à ses réflexions (on ne sait pas si elle reste à l'intérieur de la loge) et la fait passer sous la voûte d'acier [les frères présents ont tous une épée]

Voyage : du nord à l'occident, deux fois le tour des terrines allumées au dessus desquelles il lui fait mettre les mains [épreuve du feu]

L'inspecteur - Elle a voyagé.

La récipiendaire est mise face au squelette [qui apparaît, pour le coup, aussi subitement dans le texte que dans la cérémonie]

Vénérable : - faites- lui voir l'horreur de son état et l'origine du péché, ce qu'elle a été, ce qu'elle est , & ce qu'elle deviendra.

Le bandeau de la récipiendaire est retiré – les frères terribles l'encadre avec leurs flambeaux.

Le Vénérable – laissez-lui faire de sérieuses réflexions sur son état présent , ensuite vous la ferez passer de la mort à la vie , en me l'amenant vers l'étoile de l'orient par cinq pas.

Les deux frères terribles la tournent vers l'étoile (située à l'orient, derrière le vénérable).

La récipiendaire est conduite par l'inspecteur à l'orient, elle est à genoux.

Le Vénérable - Madame , vous allez être admise dans un Ordre très respectable, il ne s'y passe rien contre la Religion , l'état & la vertu ; la serment que vous avez fait paraître dans les épreuves que l'on vous a fait faire , la probité & la vertu de celui qui vous présente nous font des sûrs garants de votre façon de penser; achevez ce grand ouvrage, en ; répétant l'obligation formidable qui doit vous unir à nous. »

Obligation.

"Sur la connaissance que j'ai du grand soleil de lumière , qui a tiré du chaos les quatre éléments pour en former la sublime architecture de l'univers ; je promets de tenir, garder et cacher sous le cadenas du silence le secret de la Maçonnerie & de ne le point révéler qu'à un Frère ou à une Soeur , que j'aurai reconnu pour tel ou telle ; après l'examen le plus exact , je consens que si je manque à ma parole , d'être exposée à la honte de l'infamie que tous maçons réserve aux parjures ; je promets de plus d'écouter , obéir , travailler et me taire ; le tout sous peine d'être frappée du glaive de l'Ange exterminateur & que les entrailles de la terre s'entrouvrent sous moi pour y être engloutie ; je désire , pour m'en garantir , qu'une portion du feu qui réside dans les plus hautes régions de l'air éclaire mon coeur , le purifie & le conduise dans le sentier de la vertu. Ainsi soit-il. Je promets de plus & m'engage de coucher cette nuit avec (Ici le Vénérable s'arrête un instant ) la jarretière de l'Ordre"  Sur cette jarretière , qui est de peau blanche sont écrit Vertu et Silence.

Ensuite le Vénérable lui donne le mot et le signe d'Apprentie; le mot d'Apprentie est Feix Feax.

Le signe se fait en portant les deux derniers doigts de la main droite à la main gauche ; la réponse est de couler & descendre l'échelle avec les deux mains. [je vous laisse vous exercer]

Le Vénérable embrasse la Récipiendaire ,

Le Vénérable : « je change le nom de Madame (ou de Mlle) en celui de Soeur »

Le vénérable donne la fameuse jarretière. La Soeur introductrice ôte le ruban bleu et aide la récipiendaire à mettre la jarretière en place.

L'inspecteur lui donne un tablier. 

Inspecteur : - Ce tablier vous représente , il doit vous faire souvenir de la candeur que doit avoir une Maçonne.

L'inspecteur lui fait le « baiser d'association », lui fait répéter le signe et le mot. La nouvelle initiée est ensuite placée du côté du Nord pour entendre le discours de l'orateur. 

La cérémonie de 1787 (in « la vraie maçonnerie d'adoption » par un Chevalier de tous les ordres)

CHAMBRE DE RÉFLEXION.  La « Chambre » de réflexion est tendue de noir, est éclairée que par une lampe suspendue au dessus d'une table recouverte d'un drap noir sur laquelle se trouve une tête de mort.

Le rituel.

Le grand-maître frappe cinq coups.

Le Vénérable - Mes chères soeurs, inspectrice et dépositaire, engagez nos chers frères et soeurs, tant du côté de l'Afrique que de l'Amérique, de vouloir bien nous aider à ouvrir la loge d'apprentie maçonne, en faisant notre office par cin

Soeur Inspectrice - Mes chers frères et soeurs du côté de l'Afrique, vous êtes engagés de la part du vénérable grand maitre et de la grande-maîtresse, de vouloir bien leur aider à ouvrir la loge d'apprentie maçonne, et de faire notre office par cinq.

Soeur dépositaire répète ces paroles.

Le Vénérable : - à moi, mes chers frères et soeurs,

L'acclamation : frappe cinq fois dans les mains et crie cinq fois « Vivat ».

Le Vénérable - Quels sont les devoirs d'une apprentie maçomne ?

Réponse d'une des deux soeurs dépositaires ou inspectrices - Obéir, travailler et se taire.

Le vénérable - Obéissons, travaillons et taisons-nous sur tous nos mystères envers les profanes.

[le catéchisme fait son entrée et sa sortie]

Le frère orateur conduit la récipiendaire. Il lui bande les yeux « aussitôt qu'elle est rentrée », « puis lui fait un discours pathétique sur la vertu et la charité, et la laisse à ses réflexions. »

Ce passage montre une certaine confusion dans le déroulement des événements. En effet, ensuite, il frappe à la porte de la loge pour entrer !

La soeur introductrice frappe cinq fois « en dedans » et fait avertir le vénérable par les officiers qu'on frappe à la loge en maçon.

Le vénérable - Il faut voir qui frappe. Si c'est un profane, de l'écarter, mais que si c'est un maçon ou maçonne de l'admettre.

L'introductrice entrouvre la porte de la loge.

L'orateur : - C'est une élève de la sagesse, qui désirerait être reçue maçonne ».

La soeur introductrice referme la porte et annonce la récipiendaire.

Le Vénérable – par qui est-elle présentée ?

Le frère ou la soeur à qui cette question s'adresse, se place entre les deux officières;

Le Vénérable – reconnaissez-vous à la récipiendaire toutes les qualités nécessaires pour faire une bonne maçonne ?

Le frère ou la soeur répond. Le vénérable leur fait prêter serment.

Le vénérable – y-a-t-il quelqu'un qui s'oppose à la réception ?

Vote des frères et soeurs en levant la main.

S'il n'y a pas d'opposant,

Le Vénérable - Bénis soient nos travaux, nous allons donc donner encore un soutien à la vertu; nous ne pouvons trop nous en réjouir , applaudissons, mes frères ».

Le Vénérable – Soeur introductrice, instruisez vous du nom de l'apprentie, de ses qualités civiles, et sur-tout de sa religion. »

La soeur obéit.

Le vénérable : - Faites entrer la récipiendaire.

Aussitôt l'orateur lie les mains de l'aspirante avec une chaîne de fer-blanc, et la remet à l'introductrice qui l'introduit en loge.

[Les soeurs de la GLFF pratiquant le REAA savaient déjà que les chaînes avaient été préservées du rituel d'adoption. Ce qu'elles ignoraient est que ce symbole existe depuis la haute antiquité … heu .. je veux dire au moins 1787.]

La récipiendaire est placée, les yeux bandées et les mains attachées, entre la soeurs inspectrice et dépositaire.

Le Vénérable demande : - qu'est-ce qui vous amène et qu'elles sont les idées que vous avez sur la maçonnerie ?

Voyage : Après que l'aspirante a satisfait à tout , le frère inspecteur lui fait faire deux fois le tour des cinq terrines , et la ramène entre les deux soeurs dépositaire et inspectrice.

Le vénérable – voulez vous recevoir la lumière ?

La récipiendaire – oui.

Le vénérable frappe cinq coups. L'inspecteur retire le bandeau.

Les frères se mettent devant formant une voûte d'acier cachant les soeurs.

[On notera que le cérémonial de « rendre la lumière » est plus précis que dans la précédente version. On sait qui retire le bandeau à la profane.] 

Le fait de cacher les soeurs est de créer l'étonnement de la récipiendaire, qui s'attendait à voir des femmes.

Le vénérable la sermonne sur « l'imprudence qu'elle a commise en voulant entrer dans

une société qu'elle ne connaissait pas, et voir que sa pudeur pouvait être en danger »

Le vénérable : - Cependant, madame, nous voulons bien croire que l'inconséquence, ni même la curiosité n'ont aucune part à votre démarche, et que l'idée avantageuse que vous avez conçue de la maçonnerie est l'unique objet qui vous engage à vous faire recevoir par nous ; mais malgré la confiance et l'estime que vous nous inspirez, avant que de vous révéler nos plus secrets mystères, je dois vous apprendre que le grand point de la maçonnerie est de rendre la société aussi parfaite qu'elle peut l'être, et que le caractère du vrai maçon est d'être juste et charitable ; au dessus des préjugés , nous devons fuir l'artifice et le mensonge; toujours guidés par la vertu, nous ne devons être occupés que de nous acquérir l'estime générale, et mériter l'amitié de nos frères et soeurs. Voilà , madame, une légère idée des devoirs que vous allez vous imposer : nous sommes con

vaincus que vous n'aurez point de peine à les remplir; l'engagement que vous allez contracter , en vous liant étroitement à nous, vous confirmera dans ce que vous devez à la religion , à l'état et à l'humamité. Persistez-vous toujours dans les sentiments d'être initiée dans notre ordre ?Trouverai-je en vous une femme forteet courageuse » ?

la récipiendaire doit répondre : « Oui ».

Le Vénérable : - Mes chers frères et soeurs, ouvrons-lui la porte de la vertu et détachez-lui ses fers. Il faut être libre pour entrer dans nos temples ».

Puis s'adressant à la récipiendaire : -Venez à moi, madame, en traversant cette voûte de fer et d'acier.

Le frère inspecteur conduit la récipiendaire, la fait mettre à genoux devant l'autel, lui fait poser la main droite sur l'évangile et lui fait prêter son obligation.

Obligation :

En présence du grand architecte de l'univers, qui est Dieu, et devant cette auguste assemblée, je promets et jure solennellement, de garder et retenir fidèlement dans mon coeur tous les secrets des maçons et de la maçonnerie , qui vont m'être confiés, sous les peines d'être déshonorée et méprisée ; et de plus, être frappée du glaive de l'ange exterminateur ; mais pour m'en garantir , puisse une portion de l'esprit divin, descendre dans mon âme pour me faire parvenir au plus haut degré de la vertu. Dieu me soit en aide. Ainsi soit-il

Conclusion.

La version de 1787 est nettement plus moralisatrice – et on peut dire un peu moins « féministe » - si on peut dire – que celle datant de 1775.

La présence de la jarretière a, par ailleurs, aucun sens – à part être une référence masquée à « l'Ordre de la Jarretière » qui serait à l'origine des bleues de la franc-maçonnerie (cf Roger Dachez).

Si le décor est riche en symboles dans les deux versions, on peut être déçu de ne voir aucune allusion à ceux-ci dans l'une et l'autre des deux cérémonies de réception, réduites – pour nous, soeurs et frères du 21ème siècle formés à des longueurs ritueliques – à une simple convention de pure forme.

A contrario, une maçonne du 18ème siècle (au moins en 1775) découvrait l'étoile dès sa réception alors que pour les frères de la même époque il leur faut attendre le grade de compagnons et – comme le progrès n'existe pas – il nous a fallu attendre,nous hommes et femmes du 21ème siècle, la maîtrise. Par ailleurs, la version de 1775 est enrichie par un passage de la mort à la vie – une renaissance – 

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Préliminaires

Publié le 5 Août 2026 par T.D

Nous dirons plus, nous espérons que l'époque n'est pas éloignée où des SS\ dignitaires, qui se seront distinguées par de bonnes directions de travaux, par des lectures philosophiques, seront admises à nos séances, où, après 3 à 5 mois de tenues, elle deviendraient aptes à remplir des emplois comme adjointes aux dignitaires. Convenons que c'est alors que lés travaux maçonniques deviendraient attrayants. Que dé progrès dans l'instruction, dans la morale mise en action, dans l'union des cœurs, dans le respect de tous et de soi-même, dans l'épurement des idées, des sentiments et dès passions ! La maçonnerie serait le vrai lien des nations. Si le frottement des peuples produit la civilisation, la réunion des deux sexes sous le maillet de l'Ordre, généraliserait la pratique des vertus.

 La hideuse hypocrisie de mœurs succomberait sous l'égide de la raison universelle et du bon sens de tous ; la confiance serait générale. Supposons pour oratrice-adjointe d'une de nos loges, une sœur comme madame Emile de Girardin, comme madame la comtesse de Rémusat, comme l'illust\ Rachel ; ou une sœur comme madame la comtesse d'Argoust (Daniel Stern), comme madame Louis Collet ou madame George Sand, qui ne viendrait pas s'y affilier ou s'y faire initier pour entendre leurs discours qui seraient des objets d'émulation, de travail et d'étude pour nos jeunes maçons si lents à produire ?

Vous verriez vos travaux embellis par la présence de savantes ladies dont l'instruction ne demande qu'à se répandre ; repoussées, en Angleterre, de toute réunion intime dénommes, quel bonheur n'éprouveraient-elles pas à demander dans vos temples un asile pour leurs mérites. Les dames étrangères, dont le savoir serait à la même hauteur, solliciteraient la même faveur et deviendraient d'utiles membres correspondants ; les journaux maçonniques ne resteraient plus stériles. C'est dans nos loges épurées que se trouverait l'élite de la France, qui, plus tard, serait, par l'influence féminine, imitée par les autres nations, et la francmaçonnerie sauverait une seconde fois l'humanité.

Les femmes instruites, celles qui honorent leur sexe et qui illustreraient la maçonnerie sont pénétrées de ces vérités. Que répondre à une femme de maçon qui s'exprime ainsi, dans le Freemason's quaterley review, année 1845, publiant la lettre suivante, signée : Une femme de Francmaçon, où se trouve ce passage ! Feu lord Durham était d'avis qu'on ne pouvait, sans injustice, exclure les femmes de la jouissance des privilèges maçonniques, et il y avait tout lieu d'espérer qu'il emploierait son influence pour faire cesser l'ostracisme dont elles sont frappées. Sa mort a anéanti toutes ces espérances, et, depuis, la question n'a plus été remise sur le tapis. En parlant de l'exclusion lancée contre les femmes, dans les temps anciens, lord Durham faisait remarquer à ses frères qu'il existait une grande différence dans la position relative des deux sexes à cette époque comparativement au siècle actuel.

 Il rappelait que les femmes devaient être nécessairement placées dans une condition inférieure, alors que la force physique ou l'habileté à manier l'épée suffisait seule pour assurer la prééminence d'un homme sur un autre ; mais il se plaisait à reconnaître qu'aujourd'hui, les femmes possèdent au même degré que les hommes les qualités qui rendent dignes d'être admises à la participation des bienfaits maçonniques, c'est-à-dire la loyauté de caractère, l'aptitude à apprécier la science, sinon à la découvrir, la délicatesse de sentiments, le dévouement et la sincérité d’âme.

Un ancien historien de 1646 raconte qu'à dater de l'époque où Elias Ashmole, l'un des derniers Rose-Croix d'Angleterre, devint freemason, le caractère de la maçonnerie s'est graduellement modifié, que les frères, au lieu de se livrer à des opérations actives, se sont bornés à disserter sur certaines doctrines et certaines théories abstraites. Dès lors, la nécessité d'exclure les femmes a cessé d'exister ; les progrès de leur éducation et la position qu'elles ont conquise dans le monde moral, ne permettent plus de les considérer comme des créatures inférieures. Depuis un siècle, la littérature de presque tous les peuples civilisés a surabondamment fourni des preuves de leur puissance intellectuelle, et aujourd'hui que l'on reconnaît généralement combien est utile et importante l'influence des mères sur le caractère de leurs fils, n'est-il pas certainement à désirer qu'elles puissent être admises dans le temple où ces mêmes fils reçoivent, dit-on, de précieuses instructions ?

On ne cesse de proclamer que la maçonnerie tend à purifier et à élever l'âme, que ses préceptes inculquent toutes les vertus; qu'un homme ne peut être bon maçon sans devenir, par cela même, meilleur mari, meilleur père, meilleur ami, meilleur citoyen ; puisque tels sont les fruits des doctrines qu'on leur enseigne, ne s'ensuit-il pas que, si on initiait les femmes à la connaissance de ces mêmes doctrines, elles deviendraient, elles aussi, meilleures épouses, meilleures mères, meilleures amies pour leurs maris, et meilleures institutrices pour les jeunes citoyens que leur devoir est de guider dans les sentiers de la loyauté et de la vérité. — « Qu'on ne croie pas que cette demande des femmes soit dictée par une vaine curiosité de pénétrer dans les mystères de la maçonnerie.

Eh, mon Dieu ! ces mystères, rien ne leur serait plus facile que de les connaître, sans avoir besoin d'être admises à entrer dans l'intérieur du sanctuaire ; elles n'auraient pour cela qu'à user de l'ascendant qu'elles ont sur leurs maris, ou à profiter de leurs dispositions expansives au sortir des libations d'un dîner maçonnique. De deux choses l'une : ou l'on admet qu'elles sont instruites de ces mystères, et alors il faut reconnaître que, quoi qu'on en dise, les femmes sont capables de garder un secret, ou elles ne le connaissent pas, et, dans ce cas, on doit leur rendre cette justice, qu'elles sont trop jalouses de l'honneur de leurs maris pour profiter des instants de faiblesse ou d'abandon, et les engager à violer un serment sacré. » — Nous sommes de l'avis de notre sœur d'Angleterre.

 

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Les loges d’adoption : fonctionnement & rituels (2)

Publié le 5 Août 2026 par T.D

15 Avril 2014

Rédigé par La Maçonne

Fonctionnements des loges d’adoption

Avant d’entrer dans le détail des rituels, il est intéressant de savoir comment fonctionnaient ces loges mixtes et, en particulier, de comprendre la place des femmes dans ces loges.

Margaret Jacob et Janet Burke dans leur « critique féministe »* présentent une évolution des places allouées aux sœurs au fil des années. Inutile de préciser à tout amateur d’histoire de la maçonnerie, que celle-ci que ce soit dans sa forme, son fonctionnement et ses rituels n’a jamais été figée et réduite à une seule expression. La franc-maçonnerie, en France, a toujours été traversée de plusieurs courants de pensée, plusieurs modèles d’organisation et surtout plusieurs rituels dont elle est d’ailleurs pour une bonne partie la seule responsable, dont ce que nous appelons les « hauts grades ».

La place des femmes dans les loges d’adoption a donc suivi la même logique. Ainsi, si au départ, les femmes étaient, vers 1760-70, encore réduites à se contenter d’un acte de présence lors des tenues, peu à peu elles prennent les maillets et s’installent dans leurs rôles. C’est vers 1775, qu’elles peuvent voter – reçues aux grades de maîtres, le rituel mentionnait l’erreur des maçons de n’avoir pas accepté les femmes plus tôt, assurant qu’il s’agissait surtout d’une ignorance de leur temps. Le maître de loge assure « la possibilité de réunir les deux sexes » dans les loges, et continue : « la lumière s’est enfin introduite dans les espaces qu’occupaient les ténèbres ; nos profondes études dans l’art de la Maçonnerie nous ont aidés à trouver le vrai moyen de perfectionner nos édifices ; c’est par le secours de nos Sœurs qui ont apporté avec elle un Cœur qui renferme les cinq colonnes de notre Ordre ».*

Dans la « Vraie maçonnerie d’adoption » de Louis Guillemain de Saint-Victor (1779), les sœurs prennent place et dirigent les tenues.

Les loges du 18ème siècle étaient particulièrement onéreuses et en fonder une- – généralement de ses propres deniers – nécessitaient une aisance certaine. Ainsi, en dehors des locaux et des décors – qui n’étaient pas en carton – il était recommandé d’avoir vaisselles, argenteries et tout ce qu’une bonne table aristocrate pouvait nécessiter et l’emploi de domestiques pour le service et la tranquillité des lieux. Chaque nouveau degré nécessitait en outre, une nouvelle tenue. Les cotisations étaient élevées, même si pour la "loge du Juste", les membres avaient des capitations vraisemblablement calculées en fonction de leur revenu.

Les rituels.

Nos rituels ont été adoptés par les français des anglais à l’arrivée de la franc-maçonnerie en France. Durant une période difficile à estimer, le système utilisé était un système en deux degrés : apprentis et maîtres, le maître étant appelé « compagnons ». A partir des années 1760, apparaît en provenance d’Angleterre, les « Ancients » dont une des caractéristiques étaient un système à trois degrés : Apprentis, Maîtres (appelés compagnons, ce qui ne facilite pas la lecture), et Maître Secret. On ne peut pas assurer que ce rituel soit spécifiquement anglais et une note sur Jakin&Boaz de 1766 montrent que les français et les anglais partageaient leurs copies sans aucune pudeur.

A la même époque, se développe un autre système de trois degrés intégrant un grade intermédiaire entre Apprenti et Maître, le grade de Compagnon. Ce tout coexistait sur une période allant jusque la Révolution de 1789, pour aboutir à des systèmes complexes de hauts grades – dont des systèmes à 4 degrés : Apprentis, Compagnons, Maître et Maître Secret. Le premier système à 7 degrés apparaît, considéré comme source de l’actuel Rite Français, en 1758.

De ce goût, peut-on dire cette manie française, d’ajouter des degrés, là où il n’en avait pas, de modifier des rituels, là où cela n’était pas demandé, il apparaît presque rassurant que les rituels d’adoption soient construits dans une même diversité. Les auteures Margaret Jacob et Janet Burke appellent d’ailleurs cette façon de faire : « l’écossisme » ajoutant sans même en rire que le point culminant est un système en 33 degrés. J’adore ces clins d’œil de l’histoire. Une note de la traductrice mentionne qu’il s’agit (seulement) des hauts grades et non pas de "l'écossisme" que nous connaissons aujourd'hui.

Le plus ancien rituel qui nous reste – en langue française – est celui de « la loge du Juste » de la Haye (Pays Bas) datant de 1751. Le rituel suivant, français, date de 1763 et est du Comte de Clermont, Grand Maître de la Grande Loge (de France).

Pour le coup, je vais même finir par admettre à l’actuelle Grande Loge de France une filiation avec la première Grande Loge de France, tant ils aiment la Tradition ! Ce rituel de 1763, œuvre du genre et même des deux genres, a servi de base à la rédaction des rituels suivants. Les multiples éditions des différents rituels – parfois même plusieurs fois dans une même année – montrent l’importance des loges d’adoption.

Contrairement à ce que l’on évoque, ces rituels d’adoption reprenait la même symbolique que les loges masculines : allégorie sur les vertus du frères et de la sœur, égalité des hommes (et des femmes), allusion biblique et bien entendu les symboles dits des « bâtisseurs ». Peu à peu, sont supprimés les allusions sur les « défauts féminins », cette Eve qui ne doit « pas manger les pépins de la pomme, car ils sont les pépins du vice ».

Nous sommes assez loin d’estimer qu’il existait une sous-maçonnerie dédiée aux femmes. Il suffit d’entendre pour cela les témoignages des contradicteurs et de leurs défenseurs.

La Franc-maçonnerie des Dames et ses détracteurs.

Si quelque chose n’a pas d’intérêt, elle connaît peu de détracteurs. Si elle n’est pas subversive, encore moins. Tout comme, les hauts grades, la Maçonnerie des Dames, ces loges mixtes pullulant un peu partout, regroupaient les femmes de la bonne société, mais aussi se trouvant à proximité des loges militaires, des loges de bourgeois et notables provinciaux. Elles n’ont pas existés sans causer quelques émois chez nos frères français.

Ces détracteurs vont devenir les héros des nôtres, qui voient en la maçonnerie mixte et féminine, une sous-maçonnerie « nécessaire » mais peu fréquentable. Comme aujourd’hui, les historiennes notent, que cela ne les empêchaient pas de visiter ces loges d’adoption. De mœurs légères (nous étions quand même au 18ème siècle et notre siècle paraît être un siècle de bigots), ces femmes tentatrices, éloignées de leur rôles de reproductrices, ces femmes indiscrètes et faibles – le beau sexe – qui n’a que le droit d’être beau, qui dénature les « mystères de notre ordre ».

Le Grand Orient qui a réorganisé les loges avaient, d’ailleurs, un discours double. Ainsi peut-on trouver ceci : « ... Nous avons dû permettre les travaux d'adoption, mais en même temps les tenir à distance. Un titre, un tableau, un timbre même ne sont que des accessoires dont se sert la maçonnerie, mais qui n'en font point partie, qui ne sont pas « Elle ». Ce sont travaux intérieurs qu'il n'est point permis de confondre, ce sont nos mystères dont on ne doit jamais s'occuper en loge d'adoption ».

Oui, les pauvres frères, ils n'avaient guère le choix!

Jusqu’aux découvertes des travaux de ces deux américaines, il était facile de considérer, à la faveur des seuls commentaires des détracteurs de leur époque, que ces premières maçonnes étaient dupes, soumises et trompées par une ressemblance à la maçonnerie. Ces dernières d’ailleurs développent largement ce point dans leur « Critique féministe »*.

Ce serait sans tenir compte des spécificités des rituels de ces femmes. On se demandera plus exactement si les dupes n’étaient pas, finalement, ces mêmes frères qui fustigeaient l’existence de ces loges, comme le sont, tout autant dupes, nos contemporains qui se réclament d'une Tradition.

Lilithement vôtre,

L’âme féminine sort de la même source que celle qui est revêtue d’un corps masculin, et ayant la même œuvre à faire, le même ennemi à combattre et les mêmes fruits à espérer doit donc par conséquent avoir les même armes.
Lettre de Louis-Claude de Saint-Martin à Willermoz. **

 

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Les loges d’adoption : les premières franc-maçonnes (1)

Publié le 5 Août 2026 par T.D

12 Avril 2014

Rédigé par La Maçonne

Naissance

Jusqu’à présent, les historiens s’entendaient pour estimer que les premières loges d’adoption remontaient entre 1755-1760, comme le mentionne Françoise Jupeau-Réquillard. Alors, il n’existait pas de preuve, rappelle Margaret C. Jacob.

La première trace écrite concerne la « loge du Juste » de la Haye, fondée en 1751 au Pays Bas et effectivement attachée à l’obédience. Les recherches des historiennes démontrent qu’elle ne fut pas unique au Pays Bas.

En 2002, Margaret C. Jacob s’est penchée sur les quelques 750 cartons remis au Grand Orient de France par les Russes.* Elle a découvert l’existence d’une loge d’adoption en 1742 à Bordeaux. L’histoire est pour le moins cocasse. La « loge anglaise » de Bordeaux fut fondé en 1742 par des français et des anglais. Un frère, prêtre catholique, fut suspendu trois mois pour avoir fait visiter la « Loge Anglaise » à des femmes. Un autre frère s’insurge dans les mémoires de la loge de l’existence d’une loge de femmes (qui rappellons-le était mixte) et les frères décidèrent « dans toute leur sagesse » d’y mettre fin. Malheureusement, en dehors de ce témoignage, nous ne possédons pas de trace et, encore moins, le nom de cette loge.

On peut, sans mentir, aujourd’hui considérer que les loges d’adoption, loges mixtes ont apparues très tôt en France.

Une spécificité française ?

La question, qui se pose, encore aujourd’hui, est pourquoi, finalement dès le début de l’histoire de la maçonnerie en France, des femmes sont entrées en maçonnerie.

L’interdit d’initiation des femmes apparaissant dans les Constitutions d’Anderson est toujours d’actualité dans les pays anglo-saxons, où ne se trouvent que ce que nous appelons « maçonnerie régulière ».

L’Ordre de l’Etoile Orientale (Order of the Eastern Star) est un exemple de ce qui est convenu de considérer comme ce qui est admis pour les femmes. Cet ordre philantropique destiné aux parentes des franc-maçons, théiste, a pour centre de réflexion les valeurs morales judéo-chrétiennes (fille, veuve, femme, sœur et mère), et la représentation des qualités morales destinées aux femmes. Son mode de fonctionnement est mixte, avec des plateaux – où ce qui en tient lieu – réservé aux hommes et d’autres aux femmes.

Les obédiences féminines anglaises, dont l’origine remonte malgré-tout au mouvement féministe français du Droit Humain, ont finalement été obligées de se plier aux commandements masculins, revenant sur le droit chemin bien tracé par les hommes. Tout ceci pour espérer quelques reconnaissances parcimonieusement données. Elles ont eu la possibilité d’être reçues en tenue de « brother », telles qu’elles s’appellent, dans un atelier masculin dont les travaux ont été suspendus. Une française ne peut qu’ironiser longtemps sur la condescendance des frères anglais, sinon regretter qu'une obédience féminine s'en trouve satisfaite.

La situation des françaises et leur approche de la franc-maçonnerie est bien différente et l’a été depuis le début. Elles veulent tout et veulent être partout. Elles sont entrées en franc-maçonnerie parce que tout simplement cela leur était interdit. Elles ne pouvaient ni l’admettre, étant de rang et de situation égale sinon supérieur à bien des membres de loges masculines, mais surtout le comprendre.

Ses premières maçonnes étaient issus, comme d’ailleurs tous les franc-maçons de cette période, des milieux dirigeants : aristocrates, bourgeois, et artistes. La société du 18ème siècle était mixte, difficile d’échapper alors à la présence de femmes, instruites et cultivées, tenant salon, actives et menant leur existence en toute indépendance. « Les femmes vivent et pensent comme les hommes. Seul le fait d’être de temps en temps enceintes, les distingue de leurs compagnons, écrit en substances la Princesse Palatine.** »

Elles avaient leur réseau amical comme ce que nous pouvons considérer un réseau professionnel. Guère chapotée par les hommes, elles pouvaient avoir des emplois à la cour, des activités artistiques reconnues et diffuser les idées du siècle des Lumières. Ainsi, explique Françoise Jupeau-Réquillard, elles ont tout simplement forcé les portes. Elles ne sont pas non plus les épouses ou parentes de frères. A Dijon, en 1782, sur 12 sœurs, trois seulement pouvaient revendiquer un tel statut.

Seulement, cette seule raison ne suffit pas à expliquer leur entrée en loge. L’égalité est la valeur la plus vantée et déclamée depuis l’origine de la franc-maçonnerie. Egalité entre hommes, aidé par le secret des loges, qui pouvaient voir des personnalités différentes se rencontrer. Mais aussi égalité entre homme et femme.

Ce sont bien des frères qui, si la porte n’est pas forcée par les femmes, le leur ouvre pour qu’elles puissent connaître, tester et "jouir de cette précieuse égalité, le seul bonheur qui leur manque dans le rang où le sort les a jetés". Dans le manuel des franc-maçonnes de 1787, les sœurs sont décrites « aussi libres et aussi raisonnables que les hommes ». Ils ignoraient alors, que dans leur toute naïve approche de cette égalité entre les hommes et les femmes, il ouvrait la porte à ce qui s’appellera le féminisme.

L’entrée des femmes en maçonnerie n’est pas la seule subversion que les français conduisaient dans leurs loges. Il y avait une subversion, qui appartient à notre approche contemporaine de la maçonnerie : les hauts grades. So french.

 

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Rituel de la maçonnerie d'adoption au 18ème siècle.

Publié le 4 Août 2026 par T.D

22 Décembre 2016

Rédigé par La Maçonne

Comme on ne cesse de le lire, la maçonnerie dite d'adoption serait une maçonnerie pour couturière usant et abusant d'une symbolique censée éveillée la « nature féminine ». Il n'en est rien même au 18ème siècle.

J'ai ainsi lu pour vous plusieurs textes issue d'un livre « la vraie maçonnerie d'adoption » publiée en 1787, recoupé par la lecture d'un autre texte daté approximativement de 1775 notant quelques différences et pour terminer « le Manuel de la Franc-maçonnerie » daté 1856 qui, grâce à l'informatique, se trouvent très facilement.

La loge : fonctionnement & décors. 

En 1787, les loges d'adoption étaient ouvertes aux visiteurs uniquement possédant le grade de compagnons. Il s'agit d'une particularité apparaissant avec le GODF lorsque celui-ci, désireux de se débarrasser des loges d'adoption et des femmes, a tenté de les limiter comme, d'ailleurs, l'épisode de la réception de Voltaire le montre.

Les ouvertures et fermetures se font par 5 coups à distance égale. Seul trois officiers détiennent le maillet : le grand-maître appelé vénérable maître en 1775, la soeur inspectrice et la soeur dépositaire – l'équivalent des 1ère et 2ème surveillantes. La grande maîtresse n'avait aucun rôle à part décoratif (1775). Dans la version de 1856, cette « grande maîtresse » tient le premier maillet.

Ce sont les soeurs inspectrice et dépositaire qui font tout le travail. Les frères présents ne sont là que pour les aider – des sortes de serviteurs. La prise de parole se fait en levant la main, comme nous connaissons encore, ou en faisant une demande faite à l'oreille des officiers, méthode qui s'est perdue dans les limbes des vieux manuels maçonniques.

Le cordon est bleu moiré, en sautoir, avec au bout une truelle aussi bien pour les soeurs que pour les frères. Dans la version de 1775, c'est un peu plus compliqué. Il y a effectivement le vénérable maître revêtu d'un cordon bleu ou noir, avec une même truelle, mais il doit avoir un chapeau sur la tête (pas un borsélino, hein?), une épée nue à la main gauche, une truelle à la droite et un maillet … qu'il tient aussi (fort heureusement, on n'a pas gardé le geste ! ). 1856, simplifie certainement la tenue et le décorum, la truelle du cordon disparaît – certainement trop « masculin » pour ces dames – au profit d'une échelle de cinq échelons.

Devant le vénérable de 1775, sur la table, il y a une grande et une petite cuvette, dans la petite de la cire pour faire le sceau et dans l'autre une truelle (encore une!). Les frères présents doivent, quant à eux, tenir une épée nue pour former la voûte d'acier. Un grand inspecteur est, quant à lui, placé à l'occident. Il porte un cordon bleu. Son symbole est un petit marteau.

Les soeurs sont toujours coiffées. Elles portent ainsi que les frères un même tablier blanc, une truelle pendue à un ruban bleu. Deux frères terribles décorent aussi la loge derrière le grand inspecteur.

La version de 1787 précise que les soeurs sont assises sur le rang devant. Les frères gardent leur épée en main.

La loge, en 1787, est tendue de rouge. L'entrée s'appelle l'Europe, à l'extrémité c'est l'Asie et à gauche (en entrant), c'est l'Amérique et à droite l'Afrique.

En « Asie » (autrement dit l'orient), il y a un dais rouge frangés d'or, avec un autel et huit figurines peintes représentant : la sagesse, la prudence, la force, la tempérance, l'honneur, la charité, la justice et la vérité. Dans la partie Europe (à l'entrée) se trouvent le frère inspecteur et inspectrice et dépositaire (les surveillants) disposant d'une table.

On note pour les tableaux de loges des modifications sensibles. Dans la version de 1787, il s'agit d'un simple tapis représentant les quatre parties du monde désignées par quatre figures peintes.

En 1775, il était un peu plus élaboré. Il est toujours un tapis placé au centre de la pièce, sur lequel est écrit : « voyez la planche ci-contre ». L'arche de Noé flottant sur les eaux, la tour de Babel et l'échelle de Jacob sont représentés.

Derrière le grand inspecteur se trouve une table sur lequel se trouve un squelette peint au naturel sur un fond de toile noire, s'y trouve aussi (?) un pommier chargé de fruit. Le pied de l'arbre est entouré d'un serpent, Adam est à droite et Eve à gauche. « cet arbre doit être fait en relief ou en carton découpé. ». A côté de cette table se trouvent les deux frères terribles, le chapeau enfoncé sur la tête et tenant chacun un flambeau.

Derrière le vénérable, il y a une grande étoile en relief, avec devant une glace en forme de porte, le tout couvert d'un « voile de taffetas couleur de feu ». A côté du vénérable, il faut croire que l'on se soit quelque peu lâché sur la décoration de la loge, il y a deux tabourets, avec deux terrines auxquelles on met le feu

L'acclamation, pour ces deux recueils du 18ème siècle, est « vivat » (cinq fois). En note de bas de page sur la version de 1775, on peut ainsi lire :

« Comme vivat est en usage dans la maçonnerie adomhiramite , bien des maçons prétendent que, par finesse, il faudroit dire EVA ; mais ce mot n'ayant aucune signification dans notre langage , c'est un ridicule qu'il ne faut pas imiter, vu que vivat prime l'applaudissement non seulement chez les François , mais chez les latins desquels nous tenons ce mot. »

Ridicule qui fut atteint au 19ème siècle à en croire le troisième document : « le Manuel de la Franc-maçonnerie » publié en 1856. Dans sa présentation sur la franc-maçonnerie d'adoption, il précise ceci : « Cet ordre consiste en cinq grades principaux, les trois premiers qui sont : apprentie, compagnonne et maîtresse, sont obligatoires; les deux autres sont appelés hauts grades , et ne sont que de satisfaction, ce sont la maîtresse parfaite et la sublime écossaise; le fond de ces grades est tiré de l'histoire de l'Ancien-Testament. »

Si les textes précédents faisaient de la maçonnerie féminine, une maçonnerie proto-féministe, elle est présentée – alors qu'elle n'existe pratiquement plus lors de la publication de cet ouvrage – comme une fausse maçonnerie tout juste bonne à rappeler à ces dames « les vertus de leur sexe ».

Pour la loge, les choses se sont simplifiées. Les soeurs se réunissent dans le même local que ceux des hommes. Il est donc bleu, même autel, même dais. Sur les deux colonnes / climat, Afrique et Amérique (qui reste a priori à la même place), deux rangs de sièges sont aussi nécessaires sans que des précisions soient données à ce sujet.

La tableau de loge garde sa sophistication relevée plus haut avec quelques détails en plus: huits pieds de longs, quatre de large. A l'Europe, un soleil – à l'opposé, la lune – l'arche de Noé sur le mont Ararat, la tour de babel et entre les deux, une échelle de cinq échelons. La loge est éclairée par cinq cassolettes – deux aux côtés du tableau de loge et deux autres devant la soeur dépositaire et inspectrice et la cinquième sur la table de la vénérable. Une étoile à cinq branche est toujours présente sur le dais derrière la vénérable. Apparaît, par contre, une bible et une épée nue sur l'autel qui n'existaient pas dans les versions du 18ème siècle. L'apparition des bibles dans les loges datent, en effet, du 19ème siècle.

La grande inspectrice (avec le 1er surveillant) est placée à la tête de la colonne d'Amérique et la soeur dépositaire (avec le 2nd surveillant) sur la colonne d'Afrique. L'acclamation est, par contre, EVA (dit trois fois !) – les signes et les attouchements sont expliqués -

L'instruction de l'apprentie. 

Si les cérémonies de réception sont certainement bien plus intéressantes à étudier que les catéchismes (ou instructions) des apprenties, c'est pourtant ces derniers que je souhaite vous faire découvrir, exposant le corpus symbolique des loges d'adoption du 18ème siècle jusqu'au 19ème siècle.

« Je le crois ». C'est une réponse certainement les plus fortes à la question rituelle que l'on connaît encore : « êtes vous franc-maçonnes ? ». Si cette première réponse survit aux modifications, les réponses suivantes varient sensiblement d'une instruction à l'autre.

« Pourquoi le croyez-vous seulement ? »

1775 Parce qu'une Apprentie n'est sûre de rien.

1787. C'est que la maçonnerie étant un assemblage de toutes les vertus, il n'appartient à aucun bon maçon et maçonne de se persuader être parfaits, et surtout à une apprentie, dont les sentiments ne sont pas encore assurés

(note de l'auteur en 1787 :  Dans un grand nombre de loges, au lieu de cette réponse honnête et juste, c'est une impertinence humiliante , que l'on fait adresser aux femmes par les femmes mêmes ; et pour comble de ridicule, bien des frères y applaudissent.).

1856 - C'est qu'il est de la prudence humaine de douter de tout, et qu'une apprentie n'est sûre de rien.

L'apprentie n'est sûre de rien - du moins, peut-on dire qu'elle cultive le doute sur ce qu'elle peut être ou considérer être.

La porte de fer & d'acier.

La version de 1775 est plus courte que celle de 1787 - et la version de 1856, bien que plus tardive est très proche de celle de 1775. Rien n'indique d'ailleurs quels ont été les usages d'une formule ou l'autre.

L'apprentie fut reçue, dit-elle, sous une porte (ou voûte) de fer et d'acier. Que signifie-t-elle ? « Force & stabilité de notre ordre » pour les versions de 1775 et 1856 – alors que celle de 1787 lui font répondre : « Comme la solidité d'une voûte dépend de la jonction et liaison des pierres, qui toutes aboutissent à un point central, de même chaque membre de notre ordre doit aspirer à l'honneur, point essentiel lui fait notre force, et que nous devons joindre à cette amitié sincère et vertueuse qui caractérise les vrais maçons. ». Hé ben ! Nous sommes assez loin d'un simple exercice de couture.

L'instruction continue ainsi :

D. Pourquoi cette voûte est-elle de fer et d'acier.

R. Pour vous avertir que nous devons fuir les criminels plaisirs de l'âge de fer, si nous voulons jouir de l'innocente volupté de l'âge d'or.

Illustration : tablier d'adoption du 19ème siècle.  

Noé, Babel & Jacob. 

Les trois symboles de ce degré ; hormis Adam & Eve qui apparaît que dans un seul des trois documents, sont trois symboles de constructions : l'arche de Noé, la tour de Babel et l'échelle de Jacob – qui peut aussi entrer dans cette catégorie.

Noé – qui comme on le sait fut un mythe qui a précédé celui d'Hiram (avant 1730) – S'il n'est pas repris dans une quête du Secret antédiluvien, il demeure toutefois, présent en maçonnerie d'adoption. La Tour de Babel est l'autre construction mythique et biblique.

Quant à l'échelle de Jacob, qui est le bijou de la Vénérable maîtresse en 1856 mais avec 5 échelons, il est aussi le signe de l'apprentie. Echelle qui conduit au ciel, les échelons définissant les différentes étapes, la symbolique n'en est pas moins solide.

L'apprentie étant reçue entre « Entre la tour de Babel & l'échelle de Jacob & au pied de l'arche de Noé. », c'est à dire entre deux accès célestes possibles : un bon, promis à une future construction – celle de la « maison de dieu » c'est-à-dire le « Temple de Jérusalem » - et un mauvais, promis à la destruction et à la colère divine.

Au pied de l'arche de Noé, l'apprentie est l'héritière de l'ancienne humanité que représente Noé, détentrice de ses secrets et aussi fondatrice d'une nouvelle humanité – cela, bien sûr, aidée par la franc-maçonnerie.

Ce bref aperçu symbolique de la maçonnerie d'adoption au 1er degré montre bien qu'elle était élaborée suivant un modèle masculin. La symbolique dite de « bâtisseurs », que les femmes ne sont pas censées comprendre, est bien plus présente, faisant le tour – si je puis dire – de tous les bâtiments bibliques, même ceux qui prennent l'eau ou se font démolir, dès le premier degré alors que les frères n'en voient rien.

C'est surprenant de lire ou d'entendre des frères au 21ème siècle estimer que cette maçonnerie faisait appel à des symboles genrés et stéréotypés quand ils n'en réclament pas pour les femmes. Ignorance, certes. Qui connaît de nos jours ces rituels ? Mais surtout, cela reflète autant une incompréhension du fait maçonnique de leur part – il s'agit de symboles spéculatifs - que la marque de leur étroitesse d'esprit à une époque où les femmes deviennent architectes, ingénieures et mathématiciennes dans le monde profane.

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Les Mysteres d’Eleusis

Publié le 4 Août 2026 par T.D

Introduction

Les mystères les plus célèbres sont sans conteste ceux de Déméter à Éleusis, bourgade attique annexée par Athènes au VIIème siècle avant notre ère. Déjà centre d’un culte dédié à la déesse de l’agriculture dès la plus haute Antiquité, Éleusis a acquis un rayonnement exceptionnel grâce aux cérémonies d’initiation qui s’y déroulaient chaque année et dont la finalité était d’assurer aux initiés le bonheur dans l’au-delà. Si les Mystères d’Éleusis étaient frappés du sceau du secret, on peut toutefois lever, au moins un peu, le voile sur les rites qui s’y déroulaient.

La Grande Déesse Maternelle de la Terre, divinité de la fertilité et déesse des « Mystères d'Éleusis », comptait parmi les douze grands dieux olympiens.

Dans la religion grecque antique, les mystères d’Éleusis faisaient partie d'un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis, à 20 km au sud-ouest d'Athènes.

Consacrés à Déméter et sa fille Perséphone, ils figurent parmi les plus célèbres et sur lesquels nous avons plus d'informations que tout autre culte grec, depuis le témoignage le plus ancien (dans l'Hymne homérique à Déméter), jusqu'à la suppression de ce culte par l'empereur romain Théodose en 393.

Située en bordure de la mer dans la fertile plaine de Thria, Éleusis est l'un des lieux sacrés de la Grèce antique.

La cité fut un état indépendant sous la conduite des Eumolpides, avant d'être annexé par les Athéniens au VIIème siècle avant Jésus-Christ. Les Grecs y construisirent le sanctuaire des « Grandes Déesses » dédié à Déméter, la déesse du blé, et à sa fille Korê, assimilée à Perséphone qui symbolisait la réapparition de la vie à chaque printemps.

Les mystères, d'origine préhellénique, plongeaient leurs racines dans de vieux rites chtoniens  liés à la fertilité et à la fécondation de la terre. La déesse associée à la semence était Perséphone, enlevée par Hadès (Pluton). Sa mère, Déméter s'en plaignit à Zeus et menacera de détruire les récoltes s'il n'intervenait pas.

Les Mystères d'Éleusis, peut-être sous l'influence de l'orphisme , deviendront une religion de salut. Le mystère central, dans chacune de ces deux sectes, était celui de la mort et de la résurrection, symbolisé par la décomposition de la graine dans la terre et sa réapparition sous la forme d'un être vivant qui s'élève vers la lumière.


Les Mystères d'Éleusis comportaient des cérémonies d'initiation complexes qui se déroulaient en deux temps :

  1. Les candidats étaient d'abord initiés aux Petits Mystères qui étaient célébrés au printemps dans le faubourg athénien d'Agra.
  2. Ils participaient, six mois plus tard, aux Grands Mystères durant une dizaine de jours. Ils devenaient mystes après avoir été purifiés puis se rendaient en procession solennelle jusqu'au sanctuaire, en empruntant la Voie sacrée qui reliait Athènes à Éleusis. L'initiation secrète avait lieu à l'intérieur du sanctuaire, dans le Télestérion.

Origine mythologique du culte

Selon la mythologie grecque, Perséphone, fille de Zeus et de Déméter, fut enlevée par Hadès pour être son épouse et la reine des Enfers, alors qu'elle cueillait des fleurs dans les prairies d'Enna en Sicile. Les cultures cessèrent de croître dans les champs alors que Déméter parcourait le monde à la recherche de sa fille. Un jour, alors qu'elle errait sur les terres de Grèce sous les traits d'une vieille mendiante, elle entra dans la cité d'Éleusis et demanda l'hospitalité. Les citoyens l'accueillirent avec une grande générosité et, en reconnaissance, la déesse dévoila sa véritable identité et récompensa ses bienfaiteurs : elle leur dévoila ses mystères et la maîtrise de l'agriculture.

Par la suite, Déméter retrouva sa fille mais elle ne put être entièrement libérée des Enfers, puisque ceux qui mangent la nourriture des morts ne peuvent retourner chez les vivants et que Perséphone avait mangé sept pépins d’une grenade (fruit associé au mariage) offerte par Hadès. Zeus décréta toutefois que Perséphone passerait huit mois de l'année sur terre durant la saison des cultures avec sa mère et le reste de l'année, pendant l'hiver, en compagnie d'Hadès.

Le culte des Mystères

Les rituels des Mystères étaient toujours accomplis par les prêtres de Déméter. Parmi les plus connus d'entre eux, on retrouve Céléos et son fils Triptolème, à qui Déméter avait donné la tâche d'enseigner l'agriculture et de semer le blé sur Terre.

Ce prêtre avait aussi institué les Éleusinies, fêtes associées au culte. Parmi les autres premiers prêtres se trouvaient Dioclès, Eumolpos et Polyxène. On célébrait le culte dans le télestérion d'Éleusis.

L'aspect principal de ce culte se construisait autour de la culture du blé et le cycle des cultures.

Tous les initiés préservaient les secrets de la religion et croyaient fermement qu'ils connaîtraient eux aussi une vie après la mort à cause de leur initiation à ces mystères. Comme la divulgation des rites était strictement défendue et qu’aucun auteur n’a trahi ce secret, aucun écrit ne documente avec précision les cérémonies.

L'Hymne homérique à Déméter est la principale source de données sur les rituels. Très respectés, ces mystères attiraient des visiteurs de toute la Grèce. Il existe des preuves de la pratique d'un culte sur ce site dès l'époque mycénienne : le magnifique télestérion, « salle d'initiation » qui date de l'époque de Pisistrate au 6ème siècle av. J.-C. et de nombreux bas-reliefs et sculptures qui en témoignaient.

Annuellement, il existait deux célébrations des mystères d’Éleusis : les Grands mystères et les Petits mystères. Ces derniers avaient généralement lieu au printemps. C’était alors que les prêtres purifiaient les mystes et que l’on sacrifiait un cochon à Déméter.

L'initiation aux Mystères

Les Petits Mystères, ouverts à tous, avaient lieu à Agraï, à l’est d’Athènes, sur les rives du fleuve Ilissos. Ils se déroulent principalement sous la forme de rites de purification dans les eaux du fleuve. C’est au cours des Petits Mystères que débutait l’instruction des candidats à l’initiation. Ces derniers, à la fin des cérémonies, prenaient le nom de mystes, c’est-à-dire des « initiés ».

Les Grands Mystères duraient une dizaine de jours, d’après la durée de l’errance de Déméter à la recherche de sa fille. En septembre, avant l’automne, on se préparait aux cérémonies préliminaires qui se déroulaient à l’extérieur. Ces rites n’étaient accessibles qu’aux seuls mystes.

Ils débutaient par le départ d’une procession de jeunes hommes, les éphèbes, se rendant d’Athènes jusqu’à Éleusis pour y chercher les hiéras, des reliques sacrées. Celles-ci étaient ensuite rapportées voilées jusqu’à Athènes, où elles étaient déposées dans le sanctuaire de l’Éleusinion, un sanctuaire à la base de l’Acropole.

Les cérémonies se poursuivaient pour les mystes – candidats dignes des mystères – par un bain purificateur dans la mer, où était également plongé un porcelet qui était ensuite sacrifié. Une période de jeûne s’écoulait avant que la procession des mystes suive la statue d'Iacchos, les hiéras et les prêtres en direction d’Éleusis le long de la route sacrée. Une nouvelle procession partait alors d’Athènes pour retourner à Éleusis et y rapporter les hiéras. À Éleusis se déroulaient des célébrations de Déméter et Perséphone et des sacrifices en leur honneur.

Après avoir rompu le jeûne en consommant le kykéôn (nourriture à base de blé), le rite secret d’initiation avait lieu dans le télestérion, où les mystes recevaient des révélations des initiés et accédaient au salut et à la vie après la mort. C’est très probablement ainsi que se passait l'initiation aux Grands Mystères.

Sous le sceau du secret

Seuls les initiés avaient le droit de pénétrer dans le Télestérion et d'assister aux mystères. Nul n'avait le droit d'en révéler le secret sous peine de mort. Il est donc difficile de savoir précisément ce qui se passait lors de ces cérémonies. Celles-ci comprenaient probablement des représentations sacrées de la quête terrestre de Déméter à la recherche de sa fille Perséphone. Les initiés eux-mêmes entraient alors dans la peau de Déméter, errant dans le Télestérion plongé dans l’obscurité. La fin de la quête de la déesse et la réapparition à la surface de Perséphone était signifiée par le retour de la lumière dans le temple et la présentation aux initiés d’un épi de blé.

Les Grands Mystères comprenaient une seconde étape, à laquelle ne pouvaient participer que ceux qui avaient été initiés depuis une année au moins. Il s’agissait certainement aussi d’une représentation sacrée, mais qui, évoquant l’union de Déméter et de Zeus, se rapprochait plus d’un culte de la fertilité. C’était à la fin de cette étape que les initiés prenaient le nom d’époptes – « ceux qui savent ».

Quiconque parlait le grec et n’avait pas commis d’homicide était admissible à participer aux rituels. Les participants se constituaient : des mystes (nouveaux initiés) qui y participaient pour une première fois pour y être initiés, des mystes initiés y retournant une seconde fois pour passer à un niveau supérieur, des époptes qui étaient passés à ce niveau et des prêtres qui présidaient aux rites.

Parmi ceux qui dirigeaient la cérémonie, on trouvait quatre ministres : l’Hiérophante (celui qui révèle les choses sacrées), le Dodonque (chef des lampadophores), le Hierocéryce (chef des hérauts sacrés) et l'Assistant (dont le costume symbolisait la lune). L'archonte-roi d'Athènes était le surintendant de la cérémonie.

La cérémonie était également dirigée par une multitude de « ministres » subalternes répartis en différentes classes. Les Mystères étaient ouverts à tous, riches comme pauvres, hommes libres comme esclaves, hommes comme femmes. La plupart des empereurs romains se sont d'ailleurs fait initier à ces Mystères.

Le sanctuaire cessa toute activité après sa mise à sac par Alaric Ier et les Wisigoths en 395. Cependant, d'après Carl Gustav Jung dans son « Essai d'exploration de l'inconscient », les Mystères d'Éleusis « furent finalement supprimés au début du 7ème siècle de l'ère chrétienne ».

Les Mystères d’Eleusis, d’un point de vue maçonnique

De toute la hiérarchie d'initiations que l'on peut déceler, organisée en 7 étapes : Petits Mystères, Grands Mystères, Epoptie, et ensuite Holoclères, Sacerdoce, Initiation royale, Initiation suprême, on voit se dégager l'appétit de purification, l'ambition de se libérer des contraintes, des astreintes, de la matière, de la gangue de chair et de corps et l'aspiration, au-delà des passions, aux retrouvailles avec soi-même, libéré des chairs et des sangs, le goût d'appréhender le Monde et la Vie, la véritable Vie, qui serait celle de l'Esprit, curieusement tendu vers l'Un, l'Unité, par réunion de la Pensée et de l’Âme.

Le chemin vers cette vérité apparaît long et difficile, impose des guides appelés « mystagogues », des recherches et des efforts … Il s'engouffre dans une descente sous terre, par l'Obscur, revient dans une ascension vers la Lumière, sur le chemin haut de la Vérité, avec l'espoir de parvenir dans la vie à la Connaissance.

Au travers du Mythe et de ses Mystères, on perçoit l'angoisse de l'éphémère et du sens de la vie individuelle qui conduit à la mort, avec la question lancinante du Sens. Pourquoi cette descente ? Pourquoi cette incarnation de la Pensée et de l'Âme, dans la chair, la matière, la douleur, le quotidien ? Et quel destin après la mort ? Et déjà l'idée d'avoir à préparer le séjour dans l'Au-delà, en vivant la mort, avant de mourir, pour s'assurer du bonheur dans l'Autre monde.

Et qui, mieux que des morts, qui connaissent déjà le royaume d'Hadès, peuvent enseigner, initier le Chemin et le Destin, la Vie après la mort ? Qui mieux que Coré, qui revient chaque printemps des mondes souterrains, pour dire aux hommes mortels ce qui s'y passe, ce qu'il faut faire, et comment ?

Au moins, malgré le secret, sait-on que les mystères font mourir le myste, font parcourir le chemin du mort qui se dépouille de sa parole, de sa fortune, de ses vêtements même, en allant nu, dans le gouffre étroit, obscur, un bandeau sur les yeux, reconnaître le parcours pour ressusciter en remontant vers la Lumière, en Haut. Aspiration à la Vie, guidé par ceux qui connaissent. Initiés holoclères, mieux que quiconque.

Au moins sait-on que le Mystère montre, révèle, annonce le Chemin et la Direction et rassérène, en ouvrant les voies du Bonheur, malgré la « faute folle » qui condamne les mortels à vieillir, à mourir, qui intègre la mort à la vie, faisant comprendre la mort comme la fin naturelle de !a vie, en laissant l'espérance de la Vie, au-delà de la Mort.

Des indices, des signes, des symboles sont donnés, lisibles, perceptibles par le Franc-maçon, qui croit les reconnaître pour avancer en pays familier, au point de retrouver ses sources de Tradition et ses moyens de connaissance, trouvant à relier ses propres pratiques rituelles à un fond antique universel, donnant sens à ses propres mystères modernes qui s'en trouvent éclairés.

Que la Vérité soit inséparable des moyens de sa recherche et qu'elle se tienne dans l'indicible, que son appréhension relève de l'Intuition et qu'elle passe par l’Émotion éclaire le processus des rites et la kyrielle des symboles !

Que la Vérité soit accessible parce qu'il y a des Lois compréhensibles par l'esprit de l'homme, même si cette appréhension est difficile, peut rasséréner l’Âme angoissée, puisqu'il est possible d'y parvenir, même si on ne sait pas parcourir tout le chemin jusqu'à la plus haute lumière : « Car jamais l'œil ne verrait le soleil s'il n'était semblable au soleil et l’Âme ne verrait pas le beau si elle n'était devenue belle ». (Platon).

Du peu que l'on connaisse de ces Mystères, si bien gardés, si peu transgressés, de ces Mystères « qu'il est impossible de pénétrer », on sait quand même que l'initiation au troisième grade fait à l'Epopte la Révélation ultime par le symbole de l’Épi de blé moissonné en silence appelé « l'illuminateur parfait » et du Phallus dressé pour la génération.

Par ce chemin, l'Initié voyage de l'obscurité vers la Lumière sous le mystère du Sceau dépouillé de tout ce qui est corps et âme, réduit à la Monade qui n'a ni qualité physique, ni dimensions, ni liens dans l'espace « Unité parfaite, principe des choses matérielles choses matérielles et spirituelles ». Le voilà qui descend un long couloir obscur, en silence, les yeux bandés à la recherche de la Lumière et de la raison qui gouverne le monde (le Logos), symbolisées par l'Arbre de Vie où l'on cueille un fruit, sous le mystère du Sceau, qui le conduit dans le chemin. Aidé par un mystagogue, il progresse vers la Lumière lointaine, élevée.

Par cette ascension hors de la caverne, il accède à la Vérité, Lumière éclatante, contemplation du dieu, révélation du « dieu unique », « identique par essence à tous les dieux ». C’est la révélation de l'Un, Unité dans la Lumière éclatante, au moment où l'on moissonne l'épi de blé, symbole du Phallos qui symbolise lui-même « autre chose » pour la Connaissance Intuitive ; l'épi gorgé des lumières du soleil, symbole de la vie semée dans l'homme à sa naissance.

Le « phallos dressé pour la génération » gorgé de toutes les énergies de l'homme, rassemble la Lumière de vie pour générer, perpétuer, renaître et exprimer l'essentiel de la vie, la vie essentielle.

Or, dans l'initiation, l’hiérophante qui s'unit à la prêtresse de Déméter pour célébrer l'Union, est rendu infécond par la ciguë et l'accouplement se précipite dans le spirituel. Le Phallos pour symbole de la Lumière semée dans l'homme qui naît, symbole de la raison humaine produit de l'union de la Pensée et de l'Âme.

Les rites des Mystères d’Eleusis sont restés mystérieux

La divulgation des rites secrets était rigoureusement interdite. Les Mystères d’Eleusis étaient extrêmement populaires au-delà même des limites de la Grèce, au point que la salle d’initiation, le Télestrérion, atteignit finalement une surface de deux mille six cents mètres carrés. Malgré le nombre immense des fidèles, aucun auteur ancien n’a jamais commis le sacrilège de rompre cet interdit. Nous savons seulement qu’ils étaient destinés à séparer les initiés, appelés à jouir éternellement de la vraie vie au-delà de la mort, des non-initiés destinés au bourbier infernal. Après avoir rompu le jeûne et absorbé le Kykéôn, simple bouillie de blé commémorant le premier repas de Déméter à Eleusis, les mystes recevaient des initiés une révélation bouleversante.

Pour conclure, du moins provisoirement

Les Mystères ont été célébrés à Eleusis pendant près de deux mille ans, même si certaines cérémonies ont pu être modifiées au fils des ans. On distingue les Petits Mystères, les rites des Grands Mystères et l'expérience finale, l'epopteia.

Les Mystères d’Eleusis étaient consacrés au culte des deux déesses, Déméter, l’antique Terre Mère préhellénique, et Perséphone ou Coré, la fille qu’elle conçut de Zeus. Déméter est identifiée à Cérès par les Romains. Déesse agraire, elle est associée au blé et à l’abondance et occupe une place importante dans la religion grecque.

Les Eleusinies sont les fêtes les plus connues du culte des deux déesses. Elles auraient été institués à l’initiative de Triptolème, fils de Céréos, qui avait reçu de Déméter la mission de répandre le blé partout dans le Monde. Elles semblent provenir de cultes agraires primitifs assez fortement modifiés en syncrétisme avec des cultes dionysiaques et l’Orphisme. Elles étaient annuellement célébrées dans le Télestrérion d’Eleusis et faisaient participer le fidèle à la résurrection de l’enfant divin revenu de l’empire de la mort. L’Orphisme, en raison de la concordance des mythes orphites et éleusiniens, réussit à s’infiltrer dans la religion athénienne, influençant les rites des Mystères.

L’initiation éleusinienne assurait par elle-même le salut et la future survie personnelle du myste. Définitivement sauvé par les vertus magiques de cette entremise extérieure, il n’était tenu à aucun comportement éthique ou moral particulier. En cela, au moins autant que par les préoccupations relatives à la vie future et la tendance au monothéisme héritée de l’Orphisme, les Mystères Eleusiniens ont préparé le passage du paganisme aux cultes modernes, et tout particulièrement au Christianisme.

R:. F:. A. B.

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Les Mystères d’Eleusis

Publié le 4 Août 2026 par T.D

Par Jean-Jacques Zambrowski

Pour les croyants, et en particulier dans la religion chrétienne, le mystère désigne le plan divin de salut conçu par Dieu de toute éternité, révélé par Jésus-Christ. Chacun connaît la phrase de la liturgie catholique « il est très grand le mystère de la Foi ». La notion de mystère a été développée dans le christianisme en rapport avec une conception néotestamentaire et plus particulièrement paulinienne du mystère – c’est-à-dire inspirée de la pensée de Saint-Paul selon laquelle le mystère s’identifie avec la révélation de Dieu en Jésus-Christ et la résurrection de ce dernier.

Ce n’est pas de ce mystère-là que l’Apprenti Franc-maçon est en quête, au moins dans la spécificité de la démarche qu’il entreprend en étant initié.

En fait, ce n’est aujourd’hui aucune de ces deux acceptions du mot « mystère » que nous allons explorer. Remarquons que ce mot « mystère » est au singulier, ce qui le différencie du mot « mystères » qui désigne un enseignement mystique, caché à ceux qui n’y sont pas initiés.

Il nous faut donc commencer par définir ce qu’est un enseignement mystique. 
L’adjectif « mystique » qualifie les pratiques et les croyances visant à une union entre l’homme et la divinité. Il sert à qualifier ou à désigner des expériences spirituelles de l’ordre du contact ou de la communication avec une réalité transcendante non discernable par le sens commun.

Pour Corbin et Scholem, il existe bien deux histoires : l’histoire quotidienne, apparente, qui déplie son canevas d’événements sous nos yeux, et l’histoire sacrée, invisible, qui agit sur un autre plan de la réalité, celui de l’âme :

« Le symbole mystique est la représentation exprimable de quelque chose qui se trouve au-delà de la sphère d’expression et de communication, quelque chose qui vient d’une sphère dont la face est, pour ainsi dire, tourné à l’intérieur et en dehors de nous. »

« Mystique » vient de l’adjectif grec μυστικός (mustikos). C’est un mot de la même famille que le verbe μυέω (muéô) qui signifie « initier, enseigner », d’où dérive aussi, bien sûr, le nom μυστήριον (mustérion) qui a donné « mystère ». Mais ce verbe μυέω (muéô) dérive lui-même du verbe μύω (múô), qui veut dire fermer, clore. C’est ce qui signifie « travailler à couvert » ou encore « enfermons nos secrets dans un lieu sûr et sacré »…

Evoquons ici une célébration empreinte de spiritualité, en même temps qu’une expérience initiatique, l’accès à des enseignements de l’ordre du sacré et du divin, donc réservés à ceux qui en étaient jugés dignes.

temple du Parthénon

Nous allons en effet évoquer les célébrations organisées chaque année dans la ville d’Éleusis, en l’honneur de la déesse Déméter.

Éleusis était une petite cité de l’Attique à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Athènes, en bordure de mer. La grande cité l’avait annexée au VIIème siècle avant notre ère.

De toutes les fêtes grecques de l’Antiquité, la plus célèbre était celle qui y était organisée en l’honneur de Déméter, déesse de l’agriculture, des moissons et de la fertilité du sol.

Déméter était la fille de deux Titans, Cronos et Rhéa. Cronos (à ne pas confondre avec Chronos) lui-même était le fils d’Ouranos, le Ciel et la Vie, et de Gaia, la Terre. Ouranos et Gaia, divinités primordiales du Ciel et de la Terre, formaient le premier couple divin de la mythologie.

Cronos avait épousé sa sœur Rhea, considérée comme déesse de la fertilité.

Cronos et Rhéa eurent six enfants, dont Zeus, mais aussi Hestia, la déesse du feu et du sacré, Héra, protectrice des femmes, déesse du mariage, gardienne de la fécondité du couple et des femmes en couches, Hadès, maître des Enfers, Poséidon, dieu de la Mer et des Océans et finalement Déméter, la déesse de l’agriculture et des moissons.

Déméter eût plusieurs enfants, dont Perséphone appelée également Corê, ce qui signifie « la jeune fille ». Les dieux ne se souciaient guère de l’inceste ni des mariages consanguins.

Quand Hadès, souverain des morts, enleva sa nièce Perséphone alors qu’elle cueillait des fleurs, pour l’épouser et en faire la reine des Enfers, sa sœur Déméter, qui était donc la mère de cette Perséphone, partit à la recherche de sa fille.

Elle prit à cet effet la forme d’une vieille femme nommée Doso, et erra pendant neuf jours et neuf nuits. Mais elle avait dû, pendant ce temps, délaisser les récoltes de la Terre. Se rendant compte qu’une famine menaçait les mortels, Zeus décida d’envoyer son messager Hermès à Hadès pour lui demander de rendre Perséphone à sa mère.

Mais Hadès était rusé. Il avait fait manger à Perséphone, sa fiancée captive, sept pépins d’une grenade qu’il lui avait offerte. Elle ignorait que c’était un piège pour la garder avec lui, car il était établi que quiconque mangeait dans le royaume des morts ne pouvait plus le quitter.

Zeus, le dieu suprême, fut ému du sort ainsi réservé à Perséphone ; il obtint qu’elle passât l’hiver aux Enfers et le reste de l’année avec sa mère. C’est ainsi que débuta, selon la mythologie grecque, le cycle des saisons.

 Or il se trouve qu’en cherchant sa fille sous le nom et l’apparence de la vielle Doso, Déméter, qui n’avait pris aucune nourriture ni aucune boisson depuis le début de sa quête, avait pu trouver un abri chez Céléos, roi d’Éleusis. Celui-ci avala convainc de mettre fin à son jeûne en lui offrant une coupe de kykéon, une boisson à base de vin, d’orge et de fromage de chèvre râpé. C’est pour le remercier que Déméter initia Céléos aux mystères et lui enseigna l’agriculture.

Cette histoire a été chantée dans les Hymnes homeruques – 33 – À Déméter sur lesquels nous reviendrons plus tard.

Plus exactement, Déméter, pour transmettre aux humains l’art et les techniques des semis et du labour, choisit de les enseigner à Triptolème, l’un des deux fils du roi Céléos, à charge pour Triptolème de transmettre cet art au reste des humains. Certaines traditions rapportent que Déméter lui aurait aussi donné des grains de blé afin qu’il les répande sur la Terre.

On comprend donc pourquoi Déméter était célébrée par les habitants de villes et des villages grecs. Les fêtes de Déméter étaient en effet célébrées dans toutes les citées grecques, en Crète, à Lacédémone, etc. Mais les Athéniens, qui se considéraient comme les premiers hommes à avoir pratiqué l’agriculture, leur donnaient une ampleur, une importance, toutes particulières. Et en hommage au rôle du roi Céléos dans le don de l’agriculture, c’est dans la ville d’Éleusis, qu’ils célébraient ces fêtes

On comprend, en ayant à l’esprit l’importance de Déméter dans une société essentiellement agricole et fortement spiritualisée, combien ces festivités étaient au centre de la vie sociale.

En considérant la généalogie de Déméter, en particulier qui étaient ses grands-parents (le Ciel et la Terre), ses parents (la règle et la fertilité), et ses frères et sœurs – dont Zeus le maître de l’Olympe -, on comprend que le culte qui lui était rendu était au cœur même de la vie, au cœur du renouvellement de la nature à chaque printemps, au cœur de la création tout entière telle que l’esprit avait voulu qu’elle soit manifestée.

Nous en arrivons ainsi aux fêtes qui lui étaient dédiées, les fameux Mystères d’Éleusis.

Ces fêtes de Déméter étaient donc des Mystères, au sens d’expériences et d’enseignements mystiques, c’est-à-dire réservés à des initiés, reconnus comme aptes à les recevoir et préparés à cet effet.

Ces mystères étaient divisés en Grands Mystères et Petits Mystères. C’est par ces derniers qu’il nous faut commencer.

Les petits Mystères, étaient dédiés à Déméter, mais plus particulièrement consacrés à sa fille Perséphone. Ils étaient célébrés non pas à Éleusis mais à Agra, une petite cité proche d’Athènes, dans le mois d’Anthestérion, c’est-à-dire entre le 22 février et le 21 mars.[1]

Les cérémonies se déroulaient sur les bords du fleuve Ilissos, principalement sous la forme de rites de purification dans les eaux du fleuve (il est de nos jours pratiquement intégralement canalisé et souterrain et il n’arrive que très rarement à la mer).

On pense aujourd’hui que les Petits Mystères furent institués pour les étrangers, exclus dans les premiers temps de la participation aux Grands Mystères, qui constituaient les Mystères d’Éleusis proprement dits, et qui étaient réservés initialement aux seuls citoyens. La participation aux Petits Mystères n’était pas ouverte à tous, mais constituait une faveur accordée très rarement, à des étrangers qui compensaient le défaut de leur naissance par un mérite éclatant. Concrètement, il semble qu’au cours de leur évolution, les mystères d’Éleusis se sont ouverts d’abord à tous les Grecs, puis à tout homme ou femme, riche ou pauvre, libre ou esclave, parlant grec et n’ayant pas commis d’homicide. Les spécialistes ont retrouvé des textes identifiant parmi ceux qui la reçurent, Héraclès (pour qui ils auraient été créés), Castor et Pollux, Asclépios, ou encore Hippocrate.

Avec le temps, l’accès aux Petits Mystères devint plus accessible. Leur rôle devint de préparer aux Grands Mystères, dont ils étaient une préfiguration.

C’est au cours des Petits Mystères que débutait l’instruction des candidats à l’initiation. Ces derniers, à la fin des cérémonies, prenaient le nom de mystes, c’est-à-dire d’ « initiés ».

Ils ne pouvaient assister que de loin aux cérémonies auxquelles ils aspiraient, toujours accompagnés de leur parrain, le mystagogue, celui qui conduit un myste. En véritables mystes, ils considéraient ce dernier état comme celui de l’aspiration à la perfection. Puis, après plusieurs mois, 6 ou plus probablement 12, l’intervalle n’est pas certifié, les mystes étaient admis à la véritable initiation, c’est-à-dire aux Grands Mystères.

Longtemps, faute de document, la cérémonie secrète de de l’initiation nous est demeurée inconnue. Mais les découvertes des archéologues et l’Hymne à Déméter d’Homère nous ont permis il y a quelques années d’en connaître le programme, même si la phase la plus secrète reste encore mystérieuse aujourd’hui.

On sait cependant que quatre officiants présidaient la cérémonie d’initiation.

  • Le premier était l’Hiérophante, ou celui qui révèle les choses sacrées,
  • le deuxième était le Dodonque, ou chef des Lampadophores, c’est-à-dire des porteurs de flambeaux,
  • le troisième portait le titre de Hiérocéryce, ce qui signifie chef des hérauts sacrés,
  • tandis que le quatrième était l’Assistant à l’autel. On sait qu’il portait un vêtement allégorique représentant la Lune.

À côté des officiants, se tenaient les représentants de la Cité et des citoyens. L’archonte-roi était le surintendant de la fête[2]. Il avait pour adjoints quatre administrateurs nommés par le peuple, deux étant choisis dans les familles sacerdotales et deux indifféremment tirés du reste des citoyens.
Il y avait encore un grand nombre de ministres subalternes distribués en plusieurs classes,

Ces fêtes duraient 9 jours.

– Le 1er jour était celui de l’arrivée et des premières assemblées.

– Le 2ème jour était consacré aux purifications, sous la forme de bains de mer. Un porcelet était également plongé dans la mer avant d’être sacrifié. Un jeûne était respecté par les participants.

– Au 3ème jour, du millet et de l’orge récoltés dans un champ autour d’Éleusis étaient offerts en sacrifice. Contrairement à la pratique habituelle, selon laquelle les prêtres étaient autorisés à prélever une dîme sur ce qui était destiné à être offert en sacrifice aux dieux, aucun prélèvement n’était permis sur les céréales récoltées pour être offertes lors des fêtes de Déméter, et qui de ce fait et en cette circonstance étaient considérées comme particulièrement sacrées. On en conservait d’ailleurs une part, année après année.

– Le 4ème jour était marqué par une procession solennelle, au cours de laquelle une corbeille était placée sur un chariot traîné par des bœufs, grâce auquel on transportait ces reliques sacrées d’Éleusis à Athènes, où on plaçait ces offrandes dans l’Éleusinion, un temple dédié à Déméter situé au pied de l’Acropole.

– Le 5ème jour était appelé le jour des Torches, car à la nuit tombée, hommes et femmes couraient les rues, des flambeaux à la main, imitant ainsi symboliquement Déméter cherchant sa fille Perséphone.

– Le 6ème jour était nommé Iacchos, du nom d’un personnage dont on ne sait exactement quel était le lien de parenté avec Déméter – peut-être un fils qu’elle aurait eu avec Zeus lui-même- mais qui en tout état de cause semble l’avoir accompagnée dans ses recherches. Ce serait en fait un des visages de Dionysos, le dieu de la vigne, du vin et de ses excès, de la folie et de la démesure.

– Le 7ème jour était dédié aux jeux gymniques. Le vainqueur de ces jeux se voyait récompensé par une mesure d’orge.

– Le 8ème jour était consacré à initier ceux qui ne l’étaient pas encore. Ce 8ème jour était appelé Epidaura en mémoire d’Asclépios – Esculape – qui était venu d’Epidaure pour être admis à l’initiation. Esculape était fils d’Apollon. Il fût foudroyé par Zeus pour avoir ressuscité les morts, avant d’être placé dans le ciel sous la forme de la constellation du Serpentaire.

Son attribut principal est le bâton d’Esculape, autour duquel s’enroule un serpent. C’est le fameux caducée, symbole de la médecine. Il eût plusieurs enfants, dont Hygie et Panacée et une descendance nombreuse, en particulier une dynastie de médecins exerçant à Cos, dont Hippocrate fût le membre le plus illustre.

Les Grecs, puis les Romains, en firent le dieu de la médecine.

– Le 9e jour était appelé Plémochoé. C’est le nom d’un vase d’une quinzaine de centimètres de hauteur, peu profond et aux bords évasés, posé sur un pied assez épais. Lors des Fêtes de Déméter, on remplissait d’eau et de vin deux de ces récipients, dont l’un était placé à l’est, et l’autre à l’ouest, et on les renversait en répétant des mots chargés d’un sens mystérieux.

Après ces neuf jours de procession le prêtre faisait son entrée dans une grande salle, le télestérion. C’était en fait une salle immense qui atteint, à l’apogée du culte, une surface de 2 600 m2.

Seuls les initiés avaient le droit de pénétrer dans le Télestérion et d’assister aux mystères.

Se trouvaient donc uniquement dans le téléstérion, outre les prêtres et les autres officiants, des mystes qui avaient été initiés aux Petits Mystères un an auparavant – qui y étaient admis pour une première fois afin d’ y être initiés -, et des mystes initiés y retournant une seconde fois pour passer à un niveau supérieur. Il y avait en effet un deuxième degré, une seconde étape, à laquelle ne pouvaient participer que ceux qui avaient été initiés depuis une année au moins.

La cérémonie d’accession à ce deuxième degré prenait très vraisemblablement la forme d’une représentation sacrée mais qui, évoquant l’union de Déméter et de Zeus, se rapprochait plus d’un culte de la fertilité. C’était à la fin de cette étape que les initiés prenaient le nom d’époptes un nom qui signifie « ceux qui savent ». Les époptes étaient bien entendu admis dans le télestérion lors de la célébration des Grands Mystères..

On peut aujourd’hui encore admirer ce qu’il reste de cette « salle d’initiation » qui date de l’époque de Pisistrate au 6ème siècle avant notre ère, et en particulier de nombreux bas-reliefs et sculptures.

Après son entrée solennelle, le prêtre prenait place sur un trône, et on lui offrait à boire une coupe de kykéon, la boisson à base de vin, d’orge et de fromage de chèvre râpé, la même que le roi d’Éleusis Céléos avait donné à Déméter pour la revigorer. Puis le prêtre sacrifiait un porcelet au milieu d’un vacarme épouvantable et entouré de danseurs et de musiciens.

Tout ne nous est pas connu des rituels secrets qui se déroulaient alors. Le secret a été bien gardé.

On sait cependant que la cérémonie se faisait durant la nuit. Les initiés s’assemblaient près du temple, dans une enceinte assez vaste pour contenir un peuple nombreux. Ils portaient des couronnes de myrte, et se lavaient les mains à l’entrée du portique. À leur tour, ils buvaient le kykéon, le breuvage sacré.

Puis un grain de blé était présenté, comme une hostie dans l’ostensoir, et contemplé en silence. C’était la scène de l’époptie ou de la contemplation. A travers ce grain de blé, les époptes honoraient Déméter en tant qu’initiatrice aux mystères de la vie.

Puis après divers autres préparatifs, l’officiant leur posait une série de questions, auxquelles ils répondaient par une formule qui, elle, nous est parvenue.

Les mystes se déclaraient inféodés à Déméter en prononçant la fameuse formule :

« J’ai jeûné, j’ai bu le kykéon, j’ai pris du panier, j’ai remis la coupe dans la corbeille et de la corbeille dans le panier. »

Lorsqu’ils avaient fait cette réponse, on les faisait passer rapidement par des alternatives continuelles de lumière et de ténèbres une multitude confuse d’objets divers passait sous leurs yeux, plusieurs voix se faisaient entendre. Enfin, on terminait la cérémonie en exposant à leurs yeux l’objet de leur attente, une robe symbole de leur statut d’initié, et ils se retiraient au milieu des acclamations.

Rien n’était plus expressément défendu que de divulguer les mystères.

L’Hymne à e Demeter attribue a Homer évoque « les beaux rites, les rites augustes qu’il est impossible de transgresser, de pénétrer, ni de divulguer ».

Révéler le secret, ou se le faire communiquer sans y avoir droit, étaient deux crimes d’égale gravité.

On ne pouvait avoir aucune relation avec ceux qui avait trahi les secrets de l’initiation. Ils étaient bannis de la société, on évitait de se trouver avec eux dans le même vaisseau, d’habiter la même maison, de respirer le même air.

Bien entendu, l’entrée du temple était rigoureusement interdite aux profanes. Et on ne plaisantait pas ; deux jeunes gens qui avaient osé braver l’interdit furent jugés et condamnés à mort. Mais leur procès n’eût lieu qu’après la fin des Fêtes, car pendant ces 9 jours, il n’était permis de juger personne les tribunaux étaient fermés, les affaires suspendues.

Et c’était un crime, puni de mort, de présenter une requête dans le temple d’Éleusis.

Une loi formelle défendait aux femmes, même de haut rang, de se faire mener au temple dans des chariots, et la peine encourue pour un aussi grave manquement était une amende considérable.

Après chaque célébration des mystères, l’Archonte, présidait un tribunal d’initiés, constitué d’une assemblée des prêtres pour examiner les exactions commises pendant les cérémonies. Un homme accusé d’avoir déposé un rameau sur l’autel sacré fût ainsi condamné à 100 drachmes d’amende, le drachme, une pièce de 3 grammes et demi d’argent, représentant le prix d’une journée de travail.

Ce culte et tout ce qui l’entourait dura plusieurs siècles, en fait près de deux mille ans, jusqu’à sa suppression par l’empereur romain Théodose en 393. Deux ans plus tard, en 395, le sanctuaire fut mis à sac par Alaric Ier et les Wisigoths.

Comment comprendre le sens de ces Mystères, et quel rapport avec l’initiation maçonnique ?

Il faut pour cela lire Homère, et ses Hymnes a Demeter

Bien que la Franc-maçonnerie ne soit pas directement dérivée de ces mystères, de nombreuses sources soulignent des parallèles symboliques et structurels, souvent interprétés comme des influences indirectes via les traditions ésotériques antiques. Ces similarités portent sur les rituels d’initiation, les thèmes existentiels et les bénéfices spirituels, mais des différences notables existent en termes de contexte et de finalité.

Pour structurer cette comparaison, appuyons-nous sur les éléments clés de l’hymne.

Certains éléments rappellent évidemment aux Franc-Maçonnes et Francs-Maçons qui ont connu aussi une initiation ritualisée, leur propre initiation.

De même que les rites et rituels maçonniques peuvent être rattachés pour certains à des célébrations païennes – par exemple à la célébration des fêtes solsticiales, ou à ce qui touche au blé, au vin, etc -, de même, les mystères, d’origine préhellénique, plongeaient leurs racines dans de vieux rites chtoniens liés à la fertilité et à la fécondation de la terre.

Nous venons d’évoquer le blé, un élément fondamental que l’on retrouve au cœur de nombreuses mythologies, expression de la vie et de sa perpétuation.

Le blé, c’est d’abord un grain que l’on met en terre, qui s’y décompose et qui arrosé par l’eau, réchauffé par la lumière du soleil, se transforme en une jeune pousse, qui émerge peu à peu de la terre et revit sous une forme nouvelle. Ainsi s’accomplit le cycle des générations, ainsi s’accomplit le cycle vie-mort-renaissance. À certains degrés, les Francs-Maçons font appel au symbolisme du blé, au travers du pain, certes symbole de nourriture spirituelle, mais aussi de vie, de vitalité.

La scène de l’époptie ou de la contemplation était une invitation à prendre conscience de la beauté et de l’harmonie de l’univers, cet Ordre du monde, cet Ordo que nous voulons voir prévaloir plutôt que le Chao.

Nous pourrions encore évoquer le rôle des lumières, des flambeaux, de la musique, du tintamarre, mais aussi du silence. Nous pourrions évoquer la loi du silence, le culte du secret, ou encore nous interroger sur le rôle du mystagogue, celui qui conduisait et accompagnait les impétrants comme le Second Surveillant suit les Apprentis. Le mystagogue, l’introducteur, avait pour fonction de faire entrer le myste dans un monde social et spirituel nouveau, car la société des initiés forme une société de purs, de saints.

Mais le plus important est sans doute la finalité de la démarche elle-même : l’initiation et le parcours maçonnique ont pour but d’accéder à la sagesse et de se préparer à mourir.

Pour recadrer leur année sur le cycle des saisons les grecs ajoutaient périodiquement un mois de 30 jours entre les sixième et septième mois habituels. Il n’y a donc pas de correspondance linéaire entre notre année de 365 ou 366 jours et l´année grecque antique de 354 ou 384 jours.

Bien que non directement liés historiquement, ces parallèles sont souvent vus comme des échos d’une tradition ésotérique universelle, où l’initiation représente une « renaissance » intérieure.

Mais on voit bien que les Mystères d’Éleusis faisaient partie intégrante d’une pratique religieuse dogmatique par nature alors que l’initiation maçonnique est adogmatique par nature. Le GADLU n’est pas nécessairement un dieu pour les francs-maçons.

Ainsi, l’initiation est-elle une voie d’élévation vers la Sagesse et la Connaissance, une voie d’espérance.

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La Franc-maçonnerie : la patrie des mystères

Publié le 3 Août 2026 par T.D

Par Charles Albert Delatour

La Franc-Maçonnerie est souvent présentée comme un « système de moralité, voilé d’allégorie et illustré par des symboles ». Mais pourrait-elle être plus que cela ? Ses origines anciennes et ses profondes racines mystiques peuvent-elles nous révéler une vision de la Franc-Maçonnerie bien plus grandiose que celle que nous concevons habituellement ?

« C’est une drôle de chose de rentrer à la maison. Rien ne change. Tout a la même apparence, la même sensation, même l’odeur. Vous réalisez que c’est vous qui avez changé. »

Eric Roth

Vous êtes-vous déjà demandé quelle est la véritable signification du mot « chez soi » ? L’interprétation la plus simple serait d’assimiler le foyer à l’espace physique dans lequel nous vivons. Mais le terme « chez soi » évoque-t-il quelque chose de différent des quatre murs du bâtiment ? Quels éléments, pourrions-nous nous demander, constituent en fait un « chez soi » ? J’ai le sentiment que nos maisons servent de réceptacles à une histoire remarquable qui nous lie à nos ancêtres par des liens profonds et anciens de signification. Nous ne savons peut-être pas d’où viennent ces coutumes et ces symboles ni ce qu’ils signifient, mais leur présence enrichit la trame de nos vies. De même, la franc-maçonnerie est souvent saluée comme la « Maison des Mystères ». Qu’est-ce qui fait alors du Temple un « chez soi » et quels sont les liens mystiques qui unissent les francs-maçons aux traditions des Mystères ?

Pour répondre à ces questions essentielles, un bref voyage dans l’histoire de l’évolution de l’artisanat s’impose.

D’où vient la Franc-maçonnerie ?

L’étude des origines et de l’évolution de la franc-maçonnerie demeure l’un des sujets les plus déroutants. Les récits historiques indiquent que le 24 juin 1717, la franc-maçonnerie est apparue à Londres en tant qu’entité visiblement organisée, comme sortie de nulle part. Bien que tous les scénarios soient possibles, certains historiens avisés se demandent si cet événement s’est déroulé exactement de cette manière.

Pour remonter aux origines de l’art, de nombreux spécialistes s’accordent à dire qu’il faut commencer par des origines extrêmement anciennes. Le frère franc-maçon Manly Palmer Hall va jusqu’à dire que l’ordre maçonnique serait né « dans l’enfance de l’humanité », une date qui fait encore débat dans les cercles scientifiques mais que l’ésotérisme situe à environ 18,5 millions d’années. Selon lui, l’ésotérisme himalayen a joué un rôle crucial en dotant l’Égypte de sa sagesse légendaire qui s’est ensuite retrouvée dans la franc-maçonnerie. Dans ses écrits, il cite des historiens grecs classiques qui rapportent explicitement que certains concepts mystiques ont été apportés en Égypte depuis l’Inde. Ces concepts mystiques renvoient à un ensemble de connaissances sur le cosmos, le divin et l’être humain. Ils traitent des aspects visibles mais, plus particulièrement, des dimensions invisibles, métaphysiques ou spirituelles.

En considérant « l’enfance de l’humanité » comme la période de naissance potentielle de l’édifice maçonnique, nous avons affaire à un citoyen très âgé, un ancien sage qui a parcouru de vastes distances au fil du temps.

Ce chemin ancien commence avec la sagesse ésotérique cachée de la Fraternité himalayenne, où se trouve l’origine des Védas et des Upanishads, écrit le frère HP Blavatsky. Il se déploie ensuite en Égypte, progressant à travers les Mystères grecs et romains et Pythagore, culminant avec les gnostiques ultérieurs. La transmission de la connaissance occulte dans la tradition occidentale se poursuit ensuite à travers les sectes gnostiques et les Arabes, évoluant vers l’alchimie, pour finalement atteindre les Templiers. De là, elle fut transmise à des groupes tels que les Rosicruciens et leurs contemporains, y compris les Francs-Maçons.

Tout cela suggère un héritage complexe légué par les mystères aux générations futures via une chaîne de doctrines métaphysiques interconnectées. Les personnes sans éducation et sans intérêt pour les traditions mystiques et l’ésotérisme peuvent considérer les écoles de mystères, comme celles d’Égypte, comme de simples sites de rituels païens, ornés de hiéroglyphes étranges et d’immenses structures construites par d’innombrables ouvriers. Cependant, les personnes ayant une compréhension plus profonde, en particulier celles qui ont subi les rituels d’initiation maçonnique, reconnaîtront un lien entre ces traditions métaphysiques et les écoles de mystères modernes, dont la franc-maçonnerie fait partie.

Le livre « Rayons et Initiations » nous donne une déclaration stupéfiante selon laquelle les anciens mystères, y compris la franc-maçonnerie, « contiennent la clé du processus évolutif, cachée dans les nombres et dans les mots ; ils voilent le secret de l’origine et de la destinée de l’homme, lui décrivant dans des rites et des rituels le long chemin qu’il doit parcourir. »

Quels sont les signes qui permettent à l’enseignement maçonnique de justifier une responsabilité aussi cruciale en tant qu’agent de l’avancement de l’évolution du monde ? Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Le livre fondateur du Frère CW Leadbeater, « Aperçus de l’histoire maçonnique », décrit quatre écoles principales qui existent à l’heure actuelle et qui ont agi comme des « foyers » de la pensée maçonnique. Chacune d’entre elles a sa propre approche unique des Mystères.

Les quatre écoles de pensée maçonnique

École authentique – Considère la franc-maçonnerie comme un aspect de la recherche, de l’érudition et de la philanthropie.

École anthropologique – Applique les découvertes de l’anthropologie à l’étude de l’histoire maçonnique comme les signes et les symboles dans les peintures murales, les sculptures et les bâtiments anciens des principales races du monde.

L’École Mystique – Déclare que les degrés de l’Ordre sont symboliques de certains états de conscience qui doivent être éveillés chez l’initié individuel s’il aspire à gagner les trésors de l’esprit.

L’École Occulte – Forme toute la nature, physique, émotionnelle et mentale, jusqu’à ce qu’elle devienne une expression parfaite de l’esprit divin intérieur et puisse être utilisée comme un instrument de service efficace pour l’évolution de l’humanité.

Ces quatre écoles (et d’autres) cherchent à découvrir des éléments des traditions des mystères et à les restaurer dans leur beauté, leur intention et leur nature originelles. Dans la littérature théosophique, on nous dit qu’un processus en trois étapes est envisagé pour cette restauration. La première phase comprend une élévation généralisée de la conscience et de la prise de conscience dans tous les aspects de l’existence humaine. Ensuite, une réorientation économique complète se déroulera dans la deuxième phase. La troisième phase, intimement liée aux Mystères, impliquera la présentation publique de la Troisième Initiation comme un rite significatif.

Pourquoi est-il si difficile d’imaginer un monde où les mystères anciens nous emmènent bien au-delà des frontières du quotidien ? Peut-être est-ce parce que de nombreux groupes maçonniques sont imperméables à la spiritualité en général. Mais, nous dit-on, si l’on met de côté l’accent mis sur la spiritualité, le symbolisme, les rituels et les leçons de la franc-maçonnerie auront une grande valeur instructive pour l’humanité. L’éveil spirituel est le retour ultime à la maison. C’est la découverte d’un foyer que l’on ne peut jamais quitter et la prise de conscience que l’on n’a jamais été ailleurs que chez soi.

« Ce qui était un mystère ne le sera plus, et ce qui était voilé sera désormais révélé ; ce qui avait été retiré émergera à la lumière, et tous les hommes verront et se réjouiront ensemble. » – Aphorisme ancien

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La Franc-Maçonnerie et les Anciens Mystères

Publié le 3 Août 2026 par T.D

On parle beaucoup aujourd’hui de la « Franc-Maçonnerie et des Anciens Mystères », et de leurs relations, mais en général sans plus d’explication sur le sujet ni de questionnement sur le pourquoi ou le comment.

On peut dire que les Anciens Mystères se réfèrent à ce corps d’enseignement dont l’origine remonte à des temps immémoriaux, relatif aux véritables objectifs spirituels de l’existence humaine, déterminant à l’échelle individuelle le but à atteindre, les raisons et objectifs à l’arrière-plan du dessein de l’âme à travers la forme, et les étapes séquentielles des disciplines auxquelles se soumettre pour réaliser ces objectifs étape par étape. Tout ceci afin d’arriver finalement à la maîtrise de soi (la tâche la plus difficile au monde), et d’exprimer ainsi la divinité sur le plan physique, au moyen de l’être spirituel intérieur et au travers de la forme. Le principe fondamental des véritables Écoles des Mystères repose sur l’évolution de cet être intérieur, l’âme, sur son propre plan. C’est le sentier ésotérique. Un facteur  secondaire requiert la coopération de la personnalité à travers laquelle s’incarne l’âme pour cette entreprise. C’est le sentier exotérique— le plus familier pour les étudiants de la Sagesse immémoriale. Mais le succès sur ce « sentier de retour » demande la coopération des deux polarités d’un seul être, l’intérieure et l’extérieure.

Les Anciens Mystères incluent aussi une vaste présentation des plus grands objectifs du Tout Macrocosmique, des relations de la partie (les individus et l’humanité pris comme un vaste centre au sein de l’ensemble) avec et dans ce Tout, et du Tout avec la partie (au moyen des Lois de Correspondance et d’Analogie), ainsi que des relations existant à l’intérieur de ce Tout entre de plus grands groupes et de formidables entités spirituelles et cosmiques.

Ces Anciens Mystères furent à l’origine donnés à l’humanité par la Grande Loge d’en Haut, et contiennent la totalité des indications relatives au processus évolutif, cachée dans les nombres, le rituel, les mots et la symbologie ; lesquels voilent le secret de l’origine de l’homme et de sa destinée, dépeignant pour lui, par les rites et le rituel, le long, long sentier qu’il lui faut emprunter pour retourner à la lumière.

Il s’agit par conséquent d’une grande dissertation sur les objectifs de l’existence, léguée par « ceux qui ont emprunté ce chemin avant nous », les véritables Connaissants—et non de simples érudits (parce que le connaissant est toujours plus grand que la connaissance)—une dissertation sur le pourquoi, le quand et le comment de cette existence résumée dans la nomenclature de la Sagesse Immémoriale sous le terme de Plan. Le Plan se référant essentiellement à la croissance, à la maturation et au développement toujours plus large de la conscience vers une plus grande Lumière.

Dans les Écoles des Mystères des âges passés, telles que celles de l’Inde, les écoles Zoroastriennes, Chaldéennes, celles de l’Égypte et de la Grèce, l’une des méthodes majeures pour l’entraînement et l’enseignement des néophytes était la représentation de rites et rituels indiquant par l’allégorie et le symbole certains préceptes des Anciens Mystères. Préceptes qui enseignaient l’origine des choses, la nature de l’esprit humain, ses relations avec le corps, et les méthodes pour le purifier et le restaurer à un niveau supérieur de vie et d’expression. Ils présentaient également le plus large tableau des interrelations existant dans et entre ces plus grandes Entités spirituelles du tout Macrocosmique.

Cette méthode de représentation des Anciens Mystères illustrés par l’allégorie et le symbole a été préservée à travers les âges, et demeure ici même aujourd’hui sous la forme de la Maçonnerie moderne. C’est pourquoi la Maçonnerie et les Anciens Mystères sont souvent appariés et mis ainsi en relation, bien que les raisons en demeurent quelque peu énigmatiques pour beaucoup, et même pour de nombreux Maçons. La Maçonnerie est  étroitement liée à la restauration des Mystères et a préservé ces indications tout au long des temps en vue de cette restauration, patiemment attendue afin de servir de base pour les enseignements requis, et de structure sur laquelle présenter l’histoire de la progression de l’homme sur le Sentier de Retour.

On ne peut nier qu’une part importante de la Maçonnerie moderne ait été déformée et se soit cristallisée, ni qu’une vie nouvelle doive lui être insufflée et que de grands changements doivent être apportés dans la conscience et l’entraînement de ceux qui travaillent dans et au moyen de cette voie de vérité ; la Maçonnerie a également perdu la véritable vie qui l’animait, mais elle a préservé dans ses formes et rituels cette vérité qui peut être retrouvée. Ainsi les faits ésotériques, le détail et la structure des Anciens Mystères ont survécu et continuent d’exister au sein des Travaux Maçonniques pour ceux qui peuvent le voir, et ce même dans le squelette et les contours de son activité actuelle. La Maçonnerie a encore un grand avenir, parce que dans sa forme moderne réside le germe de l’effort futur, et qu’elle reste l’une des formes majeures à travers lesquelles les Anciens Mystères seront finalement restaurés en tant que partie naturelle du programme de vie des hommes pour l’ère Aquarienne qui arrive. Mais cela demandera en tout premier lieu, pour ceux qui œuvrent en elle et par elle, un réapprentissage drastique des disciplines des enseignements ésotériques.

Les Anciens Mystères seront restaurés, les anciens Landmarks seront de nouveau reconnus—ces points de repère que la Maçonnerie a scrupuleusement préservés et qui ont été si soigneusement « embaumés » dans ses rituels, attendant le jour de leur restauration et de leur résurrection. Les Mystères sont, en dernière analyse, la véritable source de révélation, mais c’est seulement à une époque ultérieure, lorsqu’un certain progrès aura été fait par l’humanité elle-même, que la révélation à venir pourra être donnée en toute sécurité.

Par le travail de ses degrés, et particulièrement ceux de la Loge Bleue, ainsi que ceux de la Marque et de la S.A.R., la Maçonnerie a préservé à travers ses représentations cérémonielles les véritables objectifs du rituel du point de vue des Anciens Mystères. C’est-à-dire relier l’intérieur avec l’extérieur, relier le monde intérieur de la signification avec le monde extérieur de la forme, déclenchant ainsi entre ces deux pôles un flux réciproque d’énergie au moyen de la technique de l’invocation et de l’évocation, l’une des principales techniques spirituelles de la Maçonnerie œuvrant en formation de groupe.

Il est largement reconnu qu’on ne peut prouver les origines de la Maçonnerie, ni en retracer la ligne droite et inflexible de révélation. On peut cependant admettre que la Maçonnerie, telle qu’elle est connue actuellement, est l’héritage d’un très ancien passé, et que l’humanité n’a jamais été laissée sans rites et cérémonies ou symboles (sous une forme ou une autre) à travers lesquels les Maîtres Artisans du monde ont entraîné les constructeurs du Temple.

Nous n’avons par conséquent pas l’intention de plonger dans l’histoire voilée des origines de la Maçonnerie, ni ne sommes en position de le faire. Néanmoins, en ce qui concerne sa forme actuelle, on peut « correctement supposer », et selon toute probabilité, que durant leur séjour en Égypte, de nombreux et éminents leaders Juifs furent initiés aux Mystères Égyptiens. Et qu’en quittant le pays pour fonder leur « nouvelle nation », ces anciens sages Juifs établirent une continuité des Enseignements, illustrés et symbolisés par la nomenclature de cette nation. Ils y ajoutèrent ingénieusement le thème du constructeur et de la construction en plus de ce qu’ils avaient appris des Égyptiens sur la source de la Lumière. Ainsi, bien que leur intention fut métaphorique et symbolique en ce qu’elle concernait le travail du constructeur interne, l’âme, bâtissant un Temple de Lumière (le Corps Egoïque) à travers lequel la divine Shekinah peut se manifester sur terre, cette importante contribution à l’émergence continue des Anciens Mystères fut, semble-t-il, sagement « cachée » au sein des prétendues guildes de bâtisseur du Moyen-Age. Et ce juste sous le nez des « Chrétiens », qui les auraient autrement persécutés pour hérésie. Mais maintenant, à la lumière d’un jour nouveau, une fraîche contribution est sur le point d’être apportée au travail magique de la Maçonnerie, sur la base de l’héritage légué par ceux qui nous apportèrent ce symbolisme des Constructeurs. Encore une fois, le « constructeur » (le Maçon) et la « construction » (le Temple) sont des métaphores relatives aux processus et aux efforts internes d’évolution. Et quel beau symbole !

Une Loge est un lieu où se rencontrent les Maçons, où ils travaillent et étudient ensemble les Anciens Mystères.

Un Temple est un groupe d’âmes réunies pour travailler ensemble à la mise en œuvre des objectifs de la Déité.

Mais un autre facteur spécifique des Anciens Mystères, dont la Maçonnerie a été et demeure la gardienne, est lié au progrès et au développement séquentiel de la conscience sur le Sentier de Lumière au moyen d’une série d’accomplissements gradués culminant dans les cinq initiations majeures que nous enseignent ces Anciens Mystères. La vérité concernant l’initiation est contenue tout entière ici dans la Maçonnerie, pour ceux qui peuvent la voir et la reconnaître. Ces étapes s’échelonnent du stade de débutant sur le Sentier, lorsque l’âme « entre » et commence à prendre le contrôle de sa personnalité, jusqu’à celui de l’adepte triomphant, le maître ressuscité. Ainsi la Maçonnerie a-t-elle préservé les enseignements relatifs aux objectifs spirituels à atteindre, et demeure-t-elle la gardienne du Plan au sein de l’humanité, car cette dernière n’a jamais été laissée sans témoins de son immuable objectif spirituel.

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