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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:23

27 Décembre 1773: Le Grand Orient

« La rédaction des grades maçonniques exigeant de grandes lumières et beaucoup de zèle la part des Frères qui voudraient s'en occuper , le Grand Orient, a établi une commission spécialement chargée de ce travail et il a nommé les Très Respectables Frères Bacon de la Chevallerie, Comte Stroganoff  et Baron Toussainct Commissaires pour préparer ce grand ouvrage. Tous les Frères qui ont des connaissances maçonniques sont invités à les confier à l'un ou l'autre de ces Frères, qui pourront à leur tour adjoindre à leurs travaux tels Frères instruits qu'ils jugeront à propos pour, après la rédaction, en être rendu compte au Grand Orient et en obtenir la sanction. »


24 Mars 1776
: Le Grand Orient

« Il a été mis en délibération si la commission nommée pour rédiger les grades sera augmentée. Après qu'il avait été fait lecture des avis des trois chambres, vu le Frère Orateur et ses conclusions, le Grand Orient a arrêté, à l'unanimité des voix, que la commission sera augmentée et a nommé pour nouveaux commissaires, outre les trois anciens, les Grands Officiers, les Officiers d'honneur et les Frères marquis d'Arcombal, de la Chaussée, de Lalande, Morin, Targe, Gouillard, Guillotin, Pingré et Savalette de Lange. »


26 Janvier 1781
: La Grande Loge du Conseil


« Le but de l'assemblée était de s'occuper de la rédaction des grades. En conséquence il a été fait lecture du travail du Vénérable Frère Salivet sur cet objet, travail présenté aux trois Chambres, et pour lequel elle avait demandé une Grande Loge de Conseil.

Il a été mis en délibération si la Grande Loge du Conseil croit avantageux de faire des réceptions dans le Grand Orient ou d'employer tout autre moyen pour rédiger les Grades. Les Frères ayant fait leurs observations, le Vénérable Frère Orateur a donné ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait des réceptions dans le Grand Orient. Le scrutin délivré et recueilli, la Grande Loge de Conseil a été d'avis, à la pluralité de vingt et une voix contre trois, qu'il doit être fait des réceptions dans le Grand Orient.

Quelques Frères, ont ensuite offert des protocoles de réceptions et d'autres ont observé qu'il faudrait, avant  de rien statuer sur ces protocoles les communiquer à neuf Vénérables des Loges de Paris que l'on prierait de les examiner. En conséquence il a été mis en délibération si un protocole donné sera présenté immédiatement à la Grande Loge du Conseil ou s'il sera communiqué avant à neuf Vénérables des Loges de Paris. Le Vénérable Frère Orateur a conclu à ce que les protocoles soient portés immédiatement à la Grande Loge du Conseil et les conclusions ont été adoptées à la pluralité de vingt une voix contre six ;

Il a ensuite été observé que le travail qui sera fait pour les réceptions ne pouvant être qu'un travail préparatoire dont la Grande Loge du Conseil n'a pas été chargée et pour lequel même il a été nommé une commission, ce travail ne pouvait être fait dans la Grande Loge du Conseil, mais que les trois Chambres pouvaient  se réunir et s'occuper de ce travail qu'elles présenteront ensuite au Grand Orient qui l'approuvera s'il le juge convenable.

En conséquence il a été proposé d'arrêter que les trois ateliers se rassembleront le vendredi  neuf de mois prochain sous la dénomination des trois ateliers à l'effet d'entendre des projets relatifs à la réception d'apprentis, ce qui, sur les conclusions du Vénérable Frère Orateur, a été arrêté à la pluralité des voix ».

Les trois chambres réunies, vont consacrer dix huit assemblées à l'étude et à la rédaction des trois Grades Symboliques ;


12 Avril 1782 
: Les Trois Chambres Réunies


«  Les Chambres sont revenues sur leur travail de la dernière assemblée, et il a été proposé de donner en communication à la Chambre des grades tout ce que l'atelier a fait sur les trois grades symboliques, et la prier d'examiner ce travail et de donner son avis.

La proposition a été mise en délibération, et le Vénérable Frère Orateur a conclu à ce qu'elle fut adoptée. Le scrutin a été délivré et recueilli et les trois chambres ont arrêté à la pluralité de dix voix contre quatre, que leur travail sur les grades symboliques sera communiqué à la quatrième chambre, laquelle sera priée de l'examiner et de donner son avis.

Les trois chambres ont ensuite arrêté qu'elles suspendraient leurs assemblées jusqu'au jour ou la quatrième chambre aura remis au secrétariat le travail des trois grades symboliques, avec son avis, et que dès cet instant les trois chambres seront convoquées pour le vendredi suivant ».

La chambres des grades, va consacrer seize assemblées à l'étude et à la rédaction des trois Grades Symboliques ;


10 Février 1784
: La Chambre des Grades


« Après cette lecture la chambre a arrêté que les trois grades symboliques et les observations qu'elle a faites sur chacun d'eux seraient renvoyés aux trois chambres réunies, et que la chambre d'administration serait priée d'en ordonner la convocation ».

Les trois chambres réunies vont encore consacrer six assemblées à l'étude et à la rédaction des trois grades symboliques;


8 Juin 1784
: Les Trois Chambres Réunies


"Les Trois Chambres ont aussi arrêté que les rédactions et les instructions des trois grades symboliques seraient présentées à la première assemblée du Grand Orient".
 

24 Juin 1784 : Le Grand Orient


« Les Vénérables Frères Orateurs ont présentés la rédaction des trois premiers grades faite par les trois chambres.

Mis en délibération s'il sera nommé ou non des commissaires pour examiner cette rédaction. Conclusion du Vénérable Frère Peyrilhe qu'il soit nommé des commissaires, conclusions adoptées.

Le Grand Orient à prié les neufs loges ci-après nommées : la Bienfaisance, les Amis réunis, la Fidélité, les Cœurs Simples de l'Etoile Polaire, la Réunion des Etrangers, la Triple Lumière, Saint Nicolas de la Parfaite Egalité, l'Amitié et le Contrat Social, de nommer chacune un député pour examiner la rédaction des grades et faire leurs observations sur des feuilles séparées sans toucher au manuscrit et ce par tiers. En conséquence, les Députés des trois premières loges feront leur travail et remettront le manuscrit, les trois autres députés ensuite etc. Il sera écrit à ces neufs loges de choisir un député dans les neuf jours ».


11 Janvier 1785
 : La Chambre des Grades


« Quelques frères ayant représenté qu'il était important de terminer le travail des grades symboliques, la question a été mise en délibération et la chambre a arrêté que les autres chambres seraient invitées de se joindre à elle pour prier le Grand Orient de fixer un délai pendant lequel les commissaires chargés de l'examen de la Rédaction des trois grades symboliques seraient tenus de la terminer ; et attendu qu'ils ont été nommés le 24 Juin dernier, la chambre prie le Grand Orient de statuer qu'ils termineront leur travail dans l'espace de trois mois, après quoi ils le remettront au Grand Orient dans l'état ou il se trouvera ».


24 Juin 1785
 : Le Grand Orient


«  Il a été représenté par le vénérable Frère Roettiers de Montaleau qu'un grand nombre de loges se plaignent que depuis longtemps on leur  promet les règlements ainsi que les grades symboliques, que le travail des commissaires chargés de rédiger devrait être entièrement achevé, et que les termes qui leur ont été donnés pour le mettre à sa perfection sont expirés et au-delà. Le Vénérable Frère Roettiers de Montaleau a prié le Grand Orient de prendre un parti pour donner aux loges de la correspondance la satisfaction qu'elles demandent à cet égard et qu'elles attendent avec une juste impatience ».


15 Juillet 1785
 : Le Grand Orient

« Le Grand Orient s'est occupé de l'affaire pour laquelle il s'est assemblé extraordinairement concernant l »examen définitif de la rédaction des trois premiers grades ».

Les Rituels sont votés:

          Le Grade d'Apprenti le 15 Juillet 1785

          Le Grade de Compagnon le 29 Juillet 1785

          Le Grade de Maitre le 12 Août 1785


  26 Aout 1785 : Le Grand Orient


« Après avoir donné tous ses soins et toute son attention à l'examen définitif des trois  grades symboliques dans les différentes séances qu'elle a tenues pour cet effet, l'assemblée s'est occupée des moyens de les faire parvenir aux loges de la correspondance et des précautions qu'il conviendrait de prendre tant pour en empêcher la publicité que pour  diminuer les frais qu'ils occasionneront.

Un Frère ayant observé que la manière de promulguer les grades était un objet assez intéressant  pour prendre toutes les précautions que la prudence pourrait suggérer, en conséquence qu'il estimait que les Chambres devaient être consultées et que c'était même un des cas où leur avis paraissait le plus nécessaire.

Les Frères s'étant réunis à cette observation, il a été arrêté que les Chambres seraient consultées sur la manière la plus sure de promulguer les grades et de les faire parvenir aux loges.

L'avis de la Chambre d'Administration sera donné le 7 Novembre 1785, celui de la Chambre de Paris le 11 Janvier 1786 et celui de la Chambre des Provinces le 23 Mars 1786.


7 Avril 1786
 : Le Grand Orient


« La communication de ces différents avis donnée, le Vénérable Frère Oudet secrétaire général a fait lecture de son travail sur la même question, en conséquence duquel la Chambre d'Administration s'est déterminée à donner son avis.

Le Vénérable Frère Dauptain a aussi fait lecture de son rapport à la Chambre de Paris sur le même objet.

L'assemblée se trouvant suffisamment éclairée par le travail lumineux de ces deux Frères, la matière a été mise en délibération et les Vénérables Frères ont été priés de faire leurs observations, ensuite de quoi le Vénérable Frère Suë orateur de la Chambre d'Administration a donné se conclusions tendantes à ce que les grades soient envoyés manuscrits aux Loges.

Le scrutin délivré et recueilli les conclusions ont été adoptées à la pluralité de vingt deux voix contre treize.

Le Grand Orient a ensuite arrêté que la Chambre d'Administration serait chargée de surveiller et de diriger ce travail ».

10 Juillet 1786: Circulaire du Grand Orient adressée aux Loges

"L'uniformité dans les travaux des ateliers qui suivent notre Rite, a toujours été l'un des principaux objets qui ont excité notre attention; mais pour parvenir à établir cette uniformité, il était indispensable de faire une nouvelle rédaction des Grades, qui sont la base et les premiers éléments de l'Art Royal.

Quoique souvent distrait, malgré lui, de ce travail, par les soins multipliés et sans cesse renaissants de son administration, le Grand Orient vient enfin d'y mettre la dernière main...

La totalité des grades ne sera jamais envoyée à la fois; il en sera fait deux paquets, qui partiront à des jours différents".


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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:19

1. Honore le Grand Architecte de l'Univers.

2. Aime ton prochain. Ne fais point le mal. Fais le bien.

3. Laisse parler les hommes.

4. Le vrai culte du Grand Architecte consiste dans les bonnes mœurs. Fais donc le bien pour l'amour du bien lui-même. Tiens toujours ton âme dans un état pur.

5. Pour paraître dignement devant le Grand Architecte de l'Univers, aime les bons, fuis les méchants, plains les faibles, mais ne hais personne.

6. Parle sobrement avec les grands, prudemment avec tes égaux, sincèrement avec tes amis, doucement avec les petits, tendrement avec les pauvres.

7. Ne flatte point ton frère : c'est une trahison. Si ton frère te flatte, crains qu'il ne te corrompe.

8. Ecoute toujours la voix de ta conscience.

9. Sois le père des pauvres ; chaque soupir que ta dureté leur arrachera augmentera le nombre de malédictions qui tomberont sur ta tête.

10. Respecte l'étranger voyageur ; aide-le, sa personne est sacrée pour toi.

11. Evite les querelles ; préviens les insultes.

12. Mets toujours la raison de ton côté.

13. Respecte les femmes ; n'abuse jamais de leur faiblesse et meurs plutôt que de les déshonorer.

14. Si le Grand Architecte te donne un fils, remercie-le, mais tremble sur le dépôt qu'il te confie.

15. Sois pour cet enfant l'image de la divinité.

16. Fais que jusqu'à dix ans il te craigne, que jusqu'à vingt il t'aime, que jusqu'à ta mort il te respecte.

17. Jusqu'à dix ans, sois son maître ; jusqu'à vingt ans, son père, jusqu'à la mort, son ami.

18. Pense à lui donner de bons principes plutôt que de belles manières ; qu'il te doive une droiture éclairée et non une frivole élégance.

19. Fais-le honnête homme plutôt qu'habile homme.

20. Si tu rougis de ton état, c'est orgueil ; songe que ce n'est pas la place qui t'honore ou te dégrade, mais la façon dont tu l'exerces.

21. Lis et profite ; vois et imite ; réfléchis et travaille.

22. Rapporter tout à l'utilité de tes frères, c'est travailler pour toi-même.

23. Sois content partout, de tout et avec tout.

24. Réjouis-toi de la justice.

25. Courrouce-toi contre l'iniquité ; souffre sans te plaindre.

26. Ne juge pas légèrement les actions des hommes.

27. Ne blâme point et loue encore moins.

28. C'est au Grand Architecte de l'Univers qui sonde les cœurs à apprécier son ouvrage.

29. La Concorde grandit ce qui est petit.

30. La Discorde annihile ce qui est grand.

31. Voici l'épreuve des épreuves, celle où t'attendent, ricanantes et blêmes, les influences mauvaises, dans l'espoir de te voir trébucher et retomber dans les ténèbres extérieures.

32. Si tu y résistes, le Phœnix, succédant à l'Alcyon va éclore pour toi.

33. Le monde n'a pas conscience des supériorités naissantes. Prends donc la sainte habitude de souffrir le mépris de ceux qui valent moins que toi.

34. Pénètre-toi de cette vérité qu'il ne te sera jamais rendu justice, sinon lors de ton avènement dans la Lumière.

35. Il faut que tu deviennes complètement indifférent à l'opinion des hommes, ce qui est plus facile à exprimer qu'à réaliser.

36. Que t'importe de passer dans la foule pour une vague unité, lorsque tu as conscience de ta Royauté intellectuelle ?

37. Œuvre selon ta conscience, sans te soucier du résultat.

38. Accepte la gloire comme un fardeau, et ne la désire pas, sinon la gloire éternelle, celle des Philosophes : l'Absolu.

39. Si tu recherches l'assentiment humain, tu marches vers les ténèbres, tu es hors de la Voie.

40. Si tu désires être un Saint pour que l'on te reconnaisse comme tel, il est certain que tu ne le deviendras jamais.

41. Anéantis-toi, mon Disciple, dans un abîme d'humilité. Sois infime parmi les infimes.

42. Abaisse-toi et tu te transfigureras un jour, et tu te réveilleras brillant et radieux, dans l'embrassement du Roi de Gloire, du Roi oriental séant sur son trône, comme disent les vieux maîtres, et tu entreras dans la Mer pourprée qui est le Magistère des Philosophes.

43. Mais tu n'es encore que le mercure lépreux qui a fait mourir le Soleil de justice sur l'effigie du quaternaire, souviens-t'en.

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:06

En France, où rien n'est jamais simple, la situation de la maçonnerie, à l'aube du XIX° siècle, était particulièrement complexe.


Après la mort du comte de Clermont (16 juin 1771), cinquième Grand Maître de la "Grande Loge de Paris, dite de France", un schisme divisa la franc-maçonnerie française.


Le Grand-Orient de France avait été fondé en 1773 par une assemblée de députés des loges de Paris et des provinces réunis en "Grande Loge Nationale" sous la direction énergique du duc de Montmorency-Luxembourg. Après l'adoption, le 26 juin de cette année-là, de nouveaux statuts qui prévoyaient, entre autres, l'amovibilité des maîtres de loge, le duc de Chartres, cousin du Roi, fut installé le 22 octobre. Mais la Grande Loge Nationale n'avait pu rallier à ses vues tous les maîtres de loges parisiens dont certains étaient, on peut les comprendre, très attachés à l'inamovibilité de leur fonction, privilège que voulait supprimer la jeune obédience. Les rebelles se constituèrent donc en "Très Respectable Grande Loge de France", ou plutôt affirmèrent continuer la Grande Loge, laquelle souvent se qualifia de "Grand-Orient de Clermont", voire "seul grand et unique Grand-Orient de France». Le 10 septembre 1773, elle annonça la liste de ses Grands Officiers, ne reconnaissant pour Grand Maître que le défunt comte de Clermont et pour administrateur-général le duc de Montmorency-Luxembourg, lequel ne put que protester contre l'abus fait de son nom.

Schisme donc, lequel dura jusqu'en 1799, sans cependant que diffèrent les rituels et les grades pratiqués. Cette maçonnerie-là était bien "française", c'est à dire "moderne", dans la droite ligne de l'héritage britannique quoique accommodée à l'imagination latine, et ce depuis les premières divulgations parisiennes. Prenons garde d'y voir l'équivalent du schisme anglais, anciens contre modernes, qui faisait rage de l'autre côté de la Manche, moins encore de cette fracture toujours béante qui sépare aujourd'hui maçonneries "libérale" et, si l'on veut, "dogmatique". La différence était surtout sociologique : la Grande Loge était parisienne, roturière et bourgeoise, le Grand-Orient national, aristocratique et de bon ton, dans ses cercles dirigeants tout au moins.

Les deux obédiences firent preuve d'un grand libéralisme en matière de rituels, qu'ils fussent pratiqués dans les loges bleues ou les chapitres. Le Grand-Orient passa un traité d'alliance avec les directoires du Rite Ecossais Rectifié en 1776, leur laissant le contrôle de leurs loges, et, en 1781, avec la loge parisienne de Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social, Mère-Loge pour la France du Rite Ecossais Philosophique, à qui il laissa faculté d'affilier à ses hauts-grades les loges qui le désireraient.

Le Grand-Orient n'en constitua pas moins, le 18 janvier 1782, une "Chambre des Grades" qui, en un louable effort, élabora un Rite « du Grand-Orient », plus tard dénommé Rite Français, qui fut adopté en Assemblée Générale au début de l'année 1786. Les trois grades bleus furent alors codifiés, mais ils ne seront édités collectivement qu'en 1801, en un recueil de trois cahiers, pour le vénérable et les deux surveillants, intitulé « Le Régulateur du Maçon ».

L'avant-propos du rituel de 1786 souligne la volonté de la chambre des grades de codifier un ensemble rituel unique à l'usage des loges de l'obédience :


Un autre point non moins important est l'uniformité depuis longtemps désirée, dans la manière de procéder à l'initiation. Animé de ces principes, le G\O\
de France, s'est enfin occupé de la rédaction d'un protocole d'initiation aux trois premiers grades, ou grades symboliques. Il a cru devoir ramener la maçonnerie à ces usages anciens que quelque novateurs ont essaÿé d'altérer, et d'établir ces premières et importantes initiations dans leur authentique et respectable pureté. Les loges de sa correspondance doivent donc s'y conformer de point en point...

En outre, le Grand-Orient reconnaissait cinq "Ordres" supérieurs, gérés par un Grand Chapitre Général de France que le Grand-Orient s'incorpora en 1786 ou 1787. Les quatre premiers "Ordres", Elu, Ecossais, Chevalier d'Orient et Rose-Croix, reprenaient les degrés supérieurs apparus dans les années 1740-1760 à la fécondité sans pareille. Le cinquième, de même, "comprenait tous les grades physiques et métaphysiques de tous les systèmes particulièrement ceux adoptés par des associations maçonniques en vigueur". En clair tous les grades supérieurs au Rose-Croix étaient réunis dans ce 5e Ordre, le Kadosch excepté qui avait été reconnu "faux, fanatique et détestable" en 1766.

Le Grand-Orient, soit en son Grand Chapitre soit par ses traités d'alliance avec les directoires Ecossais Rectifiés et la loge-mère du Contrat Social, se voulait donc le dépositaire et le gardien de tous les grades "Ecossais" pratiqués à Paris et en province. Le cinquième Ordre devait se réunir le premier mardi de chaque mois mais on ne sait s'il le fit jamais. Certains le croient et pensent qu'il travaillait au grade de Chevalier du Soleil.

La révolution passa par-là, qui donna aux frères d'autres préoccupations que de maçonner à l'unisson. Après la tourmente terroriste, le Grand-Orient reprit ses travaux en 1796 sous l'impulsion d'Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau (1748-1808) qui refusa la succession du duc d'Orléans, lequel avait renié l'ordre dès février 1793 et fut guillotiné le 3 novembre de la même année. Devenu "Grand Vénérable", Roëttiers eut à cœur, non seulement la résurrection du Grand-Orient, mais aussi la réunion des deux grands corps maçonniques d'avant la révolution. Il y réussit par le concordat d'union, signé par des commissaires des deux obédiences le 21 mai 1799, puis sanctionné par le Grand-Orient le 23 mai et par la Grande Loge dans une assemblée extraordinaire le 9 juin. La réunion des deux G.O. de France fut consommée dans l'allégresse le 22 juin 1799.


1.1 La résistance écossaise

Quelques loges « Ecossaises » ne partageaient pas ce bel enthousiasme.

La résistance s'incarna en un homme, Antoine-Firmin Abraham (1753-1818), « chevalier de tous les Ordres maçonniques ». Né à Montreuil-sur-mer le 3 septembre 1753, premier commis de la marine et secrétaire de La Fidèle Union à Morlaix, créateur de la loge Les Elèves de Minerve le 1er février 1802, « il fut le premier qui eut le courage en France d'arborer l'étendard de l'Ecossisme ».

De 1800 à 1802, il fit paraître le « Miroir de la Vérité, dédié à tous les Maçons », en quatre volumes dont le contenu est énuméré dans la bibliographie de Fesch. Le 3ème volume contient la plupart de ses écrits sur l'écossisme : Première circulaire à tous les Maç\ Ecoss\ en France - Circulaire de la R\ L\ de la Parfaite Union, O\ de Douay et sa profession de foi sur l'Ecoss\- Motifs du traité d'union entre le G\ O\ de France et les directoires français - Réflexions sur l'existence du soi-disant G\ Chap\ Général de France...

Abraham ne mâchait pas ses mots : sa condamnation du Rite Français était sans appel. Dans sa « Circulaire aux Maçons Ecossais » (juin 1802), il écrivait notamment :


Les hauts-grade, en France, ne ressemblent en rien à ceux reconnus dans l'Allemagne, la Russie, la Prusse, la Suède, le Danemark, les Etats-Unis d'Amérique, l'Angleterre, l'Irlande et l'Ecosses ; le Rhin et les mers sont devenus, pour les Francs-Maçons, ce que le Styx fut pour les anciens, la séparation des vivants et des morts... Je vous invite vivement à notifier au Grand-Orient de France, de concert avec les maçons Ecossais, votre ferme et inébranlable résolution de conserver, dans votre atelier, ce Rit précieux en ce qui concerne les hauts-grades » (Miroir de la Vérité, Tome III : 64-67, cité par Lantoine, II, 135).

La diatribe mérite qu'on s'y arrête. En effet, que dit-elle sinon que les hauts-grades du GODF n'étaient pas ceux pratiqués dans les pays étrangers, contrairement aux hauts-grades « Ecossais ». Or, les degrés additionnels anglo-saxons, Royal Arch, Mark ou Knight Templar pour ne parler que d'eux, répandus en Angleterre et aux Etats-Unis, n'étaient pas les hauts-grades « Ecossais » de France !

L'Ecosse connaissait certes l'Ordre d'Hérédom de Kilwinning, implanté en France à Rouen et Paris avant la révolution, mais elle ignorait tout des innovations « Ecossaises ». Les pays germaniques avaient vu l'essor des Ordres templiers issus de la Stricte Observance, revus par Eckleff en Suède, Zinnendorf en Prusse et Willermoz à Lyon. Certains grades « Ecossais », le Rose-Croix notamment, étaient connus outre-manche mais ils ne différaient guère de leur homologue du Grand-Orient. Bref, Abraham se trompait de cible.

La question se pose, légitime : qu'étaient ces loges « Ecossaises » sinon des loges conférant des hauts-grades ? Connaissaient-elles une forme particulière de grades bleus, c'est à dire une méthode spécifique d'amener les impétrants à la maîtrise qui les différencie des loges classiques du temps ? Certes, dans les pays de langue anglaise cohabitaient, plutôt mal, deux traditions, celle de la Grande Loge de 1717, dite des « Modernes », et celle de la Grande Loge « selon les anciennes constitutions », fondée en 1751 à Londres par des maçons irlandais. Si on peut, par analogie, parler à leur sujet de « Rite ancien » et de « Rite moderne », ce serait une faute d'extrapoler cette situation au continent. « Ecossais » et « ancien » n'étaient pas synonymes, pas plus d'ailleurs que « Français » et « moderne » ! Cela dit, l'influence « ancienne » était inexistante en France et tous les rituels continentaux du XVIII° siècle, qu'ils se disent « Ecossais » ou non, se rattachaient peu ou prou à la tradition « moderne », sans cependant la copier servilement.


1.2 Rite Moderne et Rite Ancien

Pendant plusieurs décennies, la « première » Grande Loge fondée à Londres en 1717 fit la loi en Angleterre. C'est à elle que l'on doit la tripartition des grades et l'introduction de la légende d'Hiram, véritables landmarks sans laquelle il ne peut y avoir de franc-maçonnerie. Ses rituels ne sont connus que par des divulgations, dont la plus essentielle reste le « Masonry dissected » de Samuel Prichard (1730). Lorsque la maçonnerie fut introduite en France, les premiers adeptes de ce qui devait devenir la Grande Loge de France en adoptèrent tout naturellement les usages avant de les adapter et de les développer selon leur sensibilité propre. Ils en gardèrent l'essentiel, qui reste aujourd'hui la base même du Rite Français :

Les deux surveillants sont placés à l'ouest de la loge

Le ternaire Soleil-Lune-Vénérable sont les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, représentées par les trois chandeliers d'angle placés autour du tableau de la loge.

La loge est supportée par trois colonnes (Sagesse-Force-Beauté)

Les « mots » J ... et B... sont ceux respectivement des 1er et 2ème grades

Au 3ème grade, « l'ancien mot de maître », Jéhovah, n'est pas « perdu » mais seulement remplacé par un mot de circonstance, M... B... La clef du grade est l'expérience mystique que connaît le néophyte lorsqu'il est couché dans la tombe qui porte le nom du Très-Haut.

En 1751 fut instituée, à Londres toujours, la « Très Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Francs et Accepté », dont les membres étaient pour la plupart d'origine irlandaise. Cette innovation vint rompre la belle unité britannique, d'autant que les Grandes Loges d'Irlande et d'Ecosse la reconnurent bientôt la jeune obédience comme seule régulière, car seule fidèle aux « anciens usages ». De fait, leur bouillant Grand Secrétaire, Laurence Dermott, n'eut de cesse qu'il n'ait dénoncé les « déviations » de la première Grande Loge, leur reprochant pêle-mêle d'avoir simplifié et déchristianisé les rituels, omis les prières, inversé les mots sacrés des premier et deuxième grades, abandonné la cérémonie « secrète » d'installation d'un vénérable et, surtout, rejeté le grade de Royal Arch. Sans trop de vergogne, il qualifia de « Modern » les tenants de la plus ancienne Grande Loge, ce qui permit de nommer « Antient », ou Ancienne, sa toute récente obédience.

En 1760, une autre divulgation, les « Three Distinct Knocks... », révéla la teneur des rituels « anciens dont les différences essentielles avec le Rite moderne méritent d'être soulignées :

Le premier et le second surveillants ont chacun en main une colonne de 20 pouces, qui représentent les deux colonnes du Temple de Salomon.

Le second surveillant est placé au milieu de la colonne du midi, tandis que le premier surveillant se tient à l'ouest (ils sont en fait postés devant les portes du temple)).

Ils sont assistés par deux diacres, fonction d'origine irlandaise, l'un situé à la droite du vénérable, l'autre à la droite du premier surveillant.

Les chandeliers, toujours associés au ternaire soleil-lune-maître de la loge mais dénommés « petites lumières « (lesser Lights ), sont placés à la droite du vénérable et des surveillants.

La bible, l'équerre et le compas, placés sur l'autel devant le vénérable, sont appelés « Grandes Lumières de (ou plutôt « dans ») la Maçonnerie ».

Les mots sacrés sont B... au 1er grade et J... au 2ème.

L'ancien mot de maître est perdu par la mort d'Hiram car il faut être trois pour le prononcer (c'est la fameuse « règle de trois » déjà évoquée dans les premiers catéchismes britanniques). Salomon et le roi de Tyr ne peuvent donc plus le communiquer aux nouveaux maîtres qui doivent se contenter d'un mot de substitution.

La France, à l'époque, ne connut rien de ces développements et continua, comme par le passé, à ne pratiquer que le Rite moderne, embelli, augmenté, enrichi certes, mais fondamentalement identique à lui-même. L'écossisme que prônait Abraham n'était finalement rien d'autre, pour les grades bleus, qu'un avatar du Rite moderne de Prichard.


 

Rite moderne

Rite ancien

Mots de passe

Communiqués durant la cérémonie, avec les autres « secrets ».

Communiqués au candidat avant l'entrée dans la loge.

Disposition des colonnes

J au nord-ouest, B au sud-ouest

B au sud-ouest, J au nord-ouest

Mots sacrés

J au 1er grade, B au 2ème grade

B au 1er grade, J au 2ème grade

Disposition des surveillants

Tous deux à l'ouest, le 1er au sud, le 2ème au nord

Le 1er à l'ouest, le 2ème au sud

Diacres

Absents

Présents

Grandes Lumières

Soleil, lune, maître de la loge

Bible, équerre, compas

« Ancien » mot du maître

Substitué mais connu

Substitué car perdu (règle de trois)


1.3 L'anathème du Grand-Orient

Abraham ne manquait pas de partisans. Outre sa loge, les Elèves de Minerve , et celle de La Parfaite Union de Douai, il pouvait compter sur l'appui de la Mère-Loge Ecossaise de Marseille qui n'avait jamais reconnu l'autorité du GODF, du chapitre provincial d'Hérédom de Kilwinning, fondé à Rouen en 1786, et de quelques loges, telle La Réunion des Etrangers à Paris, fondée en 1784 par un maçon danois. Le mouvement prit suffisamment d'ampleur pour que le GODF décide, le 12 novembre 1802, de formuler un arrêté déclarant irrégulières les loges professant des Rites étrangers à ceux reconnus par lui et défendant aux loges de sa juridiction de leur donner asile et de communiquer avec elles sous peine d'être rayées de ses tableaux. Cet arrêté appela la protestation de la Parfaite Union de Douai (18 décembre 1802) et celle (21 février 1803) de la Réunion des Etrangers qui se déclara choquée d'avoir été taxée d'irrégularité « sur sa persévérance à conserver le titre de Loge Ecossaise ».

Elle l'avait pris dès 1788 et repris lors de son réveil.... Les principaux officiers du G.O y étaient accueillis avec tous les honneurs consacrés par l'usage, et jamais ils n'ont témoigné la moindre peine de voir le Vivat de leurs remercîments couvert par le Houzay Ecossais. La R\ L\, persuadée que l'humeur ou le caprice de quelques officiers du G\ O\ ne peut changer la nature et l'essence des choses ; que l'Ecossisme est le seul Rit qui ait conservé dans toute leur pureté les principes et les Statuts qui nous ont été transmis de la Montagne Sainte qui est indubitablement le berceau de notre Ordre ; que les autres Rits n'en sont que des déviations plus ou moins éloignées... a pris le parti qui lui convenoit, et qu'elle a dû prendre, celui de se procurer le droit incontestable de rester L\ Ecossaise » (Gout, 1985 : 31).

Mais cela ne nous apprend pas en quoi cette maçonnerie « Ecossaise » différait de celle du Grand-Orient. Il ne suffit pas de fulminer un anathème. Encore faut-il qu'il repose sur des faits précis. Force est de constater que nous restons sur notre faim car aucun des protagonistes de l'époque n'apporte d'éléments substantiels au débat. Constater que le Houzay remplaçait dans les loges Ecossaises le Vivat français peut paraître insuffisant et l'évocation de la montagne (imaginaire) d'Hérédom, « berceau indubitable de l'Ordre », ne peut raisonnablement être considéré comme un véritable casus belli. En-dehors de toutes considérations proprement rituelles, les différences essentielles résidaient dans le refus d'utiliser les rituels rédigés par le GODF et dans les prérogatives accordées aux détenteurs des hauts-grades Ecossais. L'usage ne datait pas d'hier et les « Règlements généraux » établis en 1743 « pour servir de règle à toutes les loges du royaume » évoquaient déjà, pour les réfuter d'ailleurs, les prétentions et prérogatives des Maîtres Ecossais. L'usage s'en était cependant largement répandu. Ce qui permit à Gout d'écrire :

Une loge Ecossaise, c'était en effet une loge bleue restée fidèle aux rituels des degrés symboliques antérieurs à l'instauration du Rite Français, uns loge au sein de laquelle les Frères revêtus des hauts-grades recevaient des honneurs particuliers ; et qui, en général, croyaient observer les usages de l'ancienne maçonnerie d'Ecosse.

On pourrait ajouter à cette description la conviction, déjà affirmée dans le discours du chevalier Ramsay (1686-1743) et reprise par la plupart des systèmes de hauts-grades continentaux, que l'origine de la Franc-maçonnerie devait se chercher au temps des croisades et non chez les opératifs des siècles passés.


1.4 Le Rite Ecossais Philosophique

Les adversaires du Rite Français ne constituaient pas un corps homogène et rien ne permet d'affirmer que leurs loges pratiquaient un rituel uniforme. Il suffit d'ailleurs de constater que certains des composants de cette mouvance, l'Ordre d'Heredom de Kilwinning notamment, étaient eux-mêmes des organismes de hauts-grades, sans rituel bleu défini. Le Rite Ecossais Philosophique (REP), pratiqué par certains, était probablement ce qui ressemblait le plus à un Rite aux contours reconnaissables.

D'origine avignonnaise, voire marseillaise, apparu vers 1774, ce Rite était celui de la loge parisienne de Saint Jean du Contrat Social créée en 1770 et travaillant selon les rituels d'Avignon depuis 1776. Elle avait, en 1781, négocié avec le GODF un concordat qui lui accordait le droit de créer des ateliers supérieurs de son Rite en France et des loges bleues à l'étranger. Bien que la loge soit tombée en sommeil durant la révolution, son Rite s'était maintenu dans quelques loges de France et notamment dans la Parfaite Union de Douai qui le pratiquait depuis 1784.

Les rituels du REP sont connus. La bibliothèque du Suprême Conseil pour la Belgique en conserve plusieurs exemplaires, identiques à ceux publiés il y a 20 ans par R.Désaguliers, provenant de la loge d'Avignon, Saint Jean de la Vertu persécutée.

Leur lecture montre que ces rituels ne différaient guère de ceux en usage dans les loges françaises du temps. Les « instructions » d'Avignon et du Régulateur ne diffèrent que par la présentation et l'ordre des questions-réponses.

J'en reprendrai les éléments principaux

Les officiers sont disposés selon l'usage « moderne » : le vénérable à l'Orient, le 1er surveillant au Sud-Ouest devant la colonne B, le 2ème surveillant au Nord-Ouest devant la colonne J.

Les mots sacrés sont « J... » au 1er grade, « B... » au 2ème grade et « M... »  au 3ème grade. L'inversion des mots décidée par la Grande Loge des Modernes en 1730 (ou 1739) était respectée, comme elle le sera dans toutes les loges françaises au XVIII° siècle, y compris dans les loges « écossaises ».

Les trois grandes lumières sont le soleil, la lune et le maître de la loge.

Les mots de passe, communiqués pendant la cérémonie, sont « Tub... » au 1er grade, « Schi ... » au 2ème grades et « Gib... » au 3ème grade.

Les voyages du candidat au 1er grade sont marqués par les purifications par l'eau et le feu.

La lettre G, dévoilée au 2ème grade, signifie « Gloire à Dieu, Grandeur au Vén\ et Géométrie à tous les Maçons ». Elle désigne le Grand Architecte de l'Univers.

Point essentiel, la version de la légende d'Hiram est celle qui était en usage en France depuis l'introduction du grade de maître : l'ancien Mot de Maître, Jehova, n'est pas perdu lors de la disparition de l'architecte. Il est seulement remplacé par un mot de substitution M...B ... Ceci est un élément fondamental car le Rite des « Anciens » affirmait au contraire que seuls trois le connaissaient. La mort d'Hiram empêchait qu'il fût encore communiqué et le choix d'un mot de substitution devenait ainsi bien plus qu'une marque de prudence.

Si Rite Ecossais et Rite Français étaient foncièrement identiques, il nous faut cependant souligner une différence conséquente : la disposition des grands chandeliers autour du tapis de la loge, décrite par les Règlements généraux de la Respectable mère Loge Saint Jean d'Ecosse de la Vertu persécutée, à l'Orient d'Avignon », datés de 1774, cités par René Désaguliers dans son article essentiel de 1983.

Au milieu du Temple et sur le pavé, séra tracé avec de la craïe, le tableau connu de tout Maçon. Il y aura trois grands chandelliers portant chacun un flambeau : placés, l'un au coin du tableau, entre l'Orient et le midi ; les deux autres à l'Occident, l'un entre le midi & l'Oüest, l'autre entre l'Oüest & le Nord.

Or cette disposition, SE-SO-NO, qui nous paraît familière puisque c'est celle du Rite Moderne Belge, n'était pas celle des premières loges françaises. Les « tableaux » illustrant les premières divulgations et les gravures célèbres de Lebas montrent invariablement les chandeliers aux angles NE-SE-SO. Dans la confession de John Coustos aux inquisiteurs portugais, en 1743, nous lisons que le vénérable maître, siégeant à l'Est, était flanqué de deux bougies tandis qu'une troisième brillait à l'Ouest auprès de deux surveillants, disposition confirmée par les divulgations françaises, à condition de bien les lire :

Dans les Loges régulières & bien achalandées, ces Chandeliers hauts comme des Chandeliers d'Autel, sont communément de forme triangulaire & décorés des attributs de la Maçonnerie. Les quatre points Cardinaux marqués sur le Dessein règlent la place des trois Cierges, du Grand Maître & des deux surveillants. On met une de ces lumières à l'Orient, l'autre au Midi, & la troisième à l'Occident. Le Grand-Maître se place à l'Orient, entre la lumière d'Orient & celle du Midi.

Les loges du GODF avaient conservé cette disposition comme le montrent les illustrations du « Régulateur du Maçon » (1801) : la loge d'apprenti y est éclairée par trois bougies portées par trois grands chandeliers triangulaires placés aux angles N.E., S.E. et S.O. Il s'agit là d'un autre exemple de la fidélité du « Rite Français » aux traditions de la Grande Loge anglaise dite des Modernes puisque cette disposition était celle des « nouvelles loges selon les instructions de Désaguliers », selon un texte fondamental anglais du début du siècle précédent. Les loges françaises suivaient ainsi la coutume de la maçonnerie dite plus tard « moderne », celle de la Grande Loge de 1717.

La signification de ces lumières était donnée par Prichard qui, dans son « Masonry dissected » de 1730, écrivait :

Q. Have you any Lights in your Lodge ? A. Yes, Three.
Q. What do they represent ? A. Sun, Moon and Master-Mason.
N.B. These Lights are three large Candles placed on high Candlesticks (my italics).
Q. Why so ? A. Sun to rule the Day, Moon the Night, and Master-Mason his Lodge.

Les rituels français avaient fait un pas de plus en les dénommant « Grandes Lumières »

Que vîtes-vous lorsque vous fûtes reçu maçon ?
Trois Grandes Lumières disposées en équerre, l'une à l'Orient, l'autre à l'Occident et la troisième au Midi.
Que signifient ces trois Grandes Lumières ?
Le soleil, la lune et le maître de la loge.

Si la loge anglaise était éclairée par trois lumières, elle était supportée par trois « piliers », Sagesse, Force et Beauté, représentées par le vénérable maître et les deux surveillants. Les deux Grandes Loges « Moderne » et « Ancienne » étaient, pour une fois, d'accord sur ce point. Les divulgations des années 1760 (The Three distinct Knocks Or the Door of the most Antient Free-Masonry [...]) et de 1762 ( Jachin and Boaz or an authentic key to the door of Free-Masonry [....]) rapportaient le même dialogue :

Mas. What supports your Lodge ?
Ans. Three great Pillars.
Mas. What are their Names ?
Ans. Wisdom, Strength and Beauty.
Mas. Who doth the Pillar of Wisdom represent ?
Ans. The Master in the East.
Mas. Who doth the Pillar of Strength represent ?
Ans. The Senior Warden [in the West].
Mas. Who doth the Pillar of Beauty represent ?
Ans. The Junior Warden [in the South].

Les premières divulgations françaises allaient plus loin et affirmaient l'assimilation de ces « piliers » aux colonnes J et B du temple de Salomon (« pillar » se traduit indifféremment par colonne ou pilier, alors qu'en français, colonne désigne un support de forme circulaire, pilier désignant un support de forme quelconque). Lorsqu'il décrit le tableau de la loge, le « Nouveau Catéchisme des Francs-Maçons » (p.41) est très explicite :

Au dessous [de la fenêtre d'Orient], où ils supposent  un troisième Pilier, Beauté. Sur l'une des deux Colonnes réelles, Force & un grand J. qui veut dire JaKhin, & sur l'autre Sagesse & un grand B. qui veut dire Booz, & dans le centre de l'Etoile Flamboyante paroit un grand G.

 

Oublions la disposition variable, et parfois fantaisiste, de Sagesse, Force et Beauté. L'important est l'assimilation des « supports » de la loge aux deux colonnes J et B du temple de Salomon et leur association très forte aux deux surveillants. Le rituel de compagnon (1767) de la loge du marquis de Gages, La Vraie et Parfaite Harmonie à l'orient de Mons ne disait rien d'autre :

La colonne des apprentis porte les lettres J-F pour Jakin et Force ; la colonne des compagnons les lettres B-B pour Boaz et Beauté.

D'où le schéma suivant :

 

 

Fig. 2 : Disposition de la loge française

 

En résumé, la loge française:

est supportée par trois colonnes, Sagesse-Force-Beauté, dont deux ne sont autres que les colonnes, J et B, du temple de Salomon, auxquelles sont associées les Surveillants, la troisième, imaginaire, l'étant au Maître de la loge ;
elle est éclairée par trois lumières disposées en équerre aux angles de la loge : le soleil, la lune et le Maître de la loge.

Le déplacement des lumières dans la loge avignonnaise modifiait radicalement la géographie de la loge et les associations symboliques qu'elle recelait. En effet, l'article suivant des Règlements généraux stipulait:

Toute assemblée de Maçons sera appelée Loge et sera présidée par un frère qu'on nommera Vénérable, et par deux autres frères qu'on appellera Surveillants qui représentent les Trois Lumières ou les Trois Colonnes de la Loge, laquelle aura encore pour Officiers un Orateur, un Secrétaire, un trésorier, un garde des Timbres et Sceaux, deux Maîtres des Cérémonies, un Maître Ordonnateur des Banquets et deux Infirmiers et Aumôniers (souligné par moi).

Alors que les colonnes et les lumières constituent deux ternaires distincts dans la loge Française, ils sont ici fondus en un ensemble unique réunissant les trois officiers principaux, les chandeliers et les supports de la loge, ensemble illustré par la disposition nouvelle des chandeliers d'angle. Tout naturellement, les colonnes J et B en perdront leur fonction de support de la loge.

L'instruction du grade d'apprenti du Rite Ecossais Philosophique contient en germe l'annonce de cette fusion :

D : Qu'avez-vous vu quand on vous a donné la Lumière ?
R : Trois grandes lumières ; le Soleil, la Lune & le Vén\ ...
D : N'avez-vous point vu d'autres Lumières ?
R : Trois grands flambeaux qui représentent le Vén\ et les Surv\

Ceci permit à R. Désaguliers d'écrire en 1983 :

C'est à mon sens, cette disposition des chandeliers-colonnes autour du tapis-carré long et leur association étroite avec le Vénérable et les deux Surveillants qui fonda le « Rite Ecossais » pour les trois premiers grades.

Concluons rapidement :

Dans une loge Ecossaise,
 le Vénérable Maître et les deux Surveillants sont à la fois lumières (les grands chandeliers) et colonnes (Sagesse-Force-Beauté, supports de la loge),
 les trois grands chandeliers, par un glissement sémantique bien compréhensible, deviennent donc aussi les trois piliers-supports de la loge,
 les deux colonnes J et B perdent leur signification originelle pour n'être plus que les colonnes des apprentis et des compagnons,
 le ternaire traditionnel, Soleil-Lune-Vénérable Maître, est maintenu mais son association aux chandeliers a disparu.

 

 Le tout peut être résumé par une grille assez simple :

 

Rite Français

Rite Ecossais

Disposition des colonnes

J au NO, B au SO

J au NO, B au SO

Disposition des surveillants

J au NO, B au SO

J au NO, B au SO

Disposition des lumières (flambeaux d'angle)

NE, SE, SO

SE, SO, NO

Acclamation

Vivat, Vivat, Vivat

Houzey, Houzey, Houzey

Grandes lumières

Soleil, lune, maître de la loge

Soleil, lune, maître de la loge

 

La seule différence significative est la fusion, au Rite Ecossais, des colonnes et des lumières, fusion induite par leur déplacement aux mêmes angles que les colonnes.

Rien dans tout cela ne justifie la condamnation d'Abraham. La maçonnerie « Ecossaise » différait peut être de la maçonnerie française classique, mais pas d'une façon aussi radicale que le prétendait le chantre de l'écossisme. Toutes deux relevaient de l'influence du « Rite Moderne » introduit en France avec l'Ordre maçonnique mais adapté aux sensibilités locales. Le point de rupture ne se trouvait pas dans les rituels des grades bleus mais bien dans le désir de conférer, comme par le passé, les hauts-grades dans les loges et le refus de l'autorité « dogmatique » du Grand-Orient. Il n'est pas exagéré, me semble-t-il, d'avancer que la résistance des loges Ecossaises fut provoquée par la volonté centralisatrice du GODF et non par l'abandon d'une certaine tradition initiatique imaginaire.

Quoiqu'il en soit l'ostracisme du Grand-Orient prépara le terreau qui permit l'éclosion, en France, d'un Rite jusque là inédit, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, car, sans l'appui inconditionnel des "Ecossais" condamnés par le Grand-Orient, les protagonistes de 1804 n'auraient pu mener leur entreprise à bien.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 16:14

Le Rite Français est le nom donné par le Grand Orient à un système de 7 grades. Il a été instauré par le Grand Chapitre Général en 1786. Il porte également le nom de Rite Moderne, ou Rite Français Moderne.


Il comporte les grades suivants :
Les trois grades de la Maçonnerie Bleue, 1, Apprenti 2, Compagnon 3, Maître ;

4, Premier Ordre de Rose-Croix, Maître Élu (ou Élu) ;

5, Second Ordre de Rose-Croix, Maître écossais (ou Écossais) ;

6, Troisième Ordre de Rose-Croix, Chevalier d’Orient (ou Chevalier d’Orient ou de l’Épée) ;

7, Quatrième Ordre, Souverain Prince - Rose Croix.

On trouve en outre la version suivante : Loges Bleues : 1, Apprenti 2, Compagnon 3, Maître ; Grades de perfectionnement 4, Élu Secret 5, Grand Élu Écossais ; Grade de Chapitres Grades chevaleresques 6, Chevalier d’Orient ou de l’Épée 7 Souverain Prince Rose-Croix.

Également, fin dix-neuvième et au début de 1900, le système suivant de Sept grades auquel s’ajoutent trois grades inspirés du Rite écossais :Grade d’Apprenti, Grade de Compagnon, Grade de Maître, Grade d’Élu correspondant au XIième du Rite Écossais, Grade d’Écossais, correspondant au 14ième, Grade de Chevalier d’Orient, correspondant au 17ième, Grade de Rose Croix, correspondant au 18ième.


A partir de 1860, les loges françaises chapitrales eurent le droit de donner le Grade de Rose Croix, directement à partir du Grade de Maître en supprimant le Grade d’Élu, d’Écossais, et de Chevalier d’Orient, ce qui donnait l’échelle de 4 grades pour l’accession au grade de Rose-Croix, ou 18ième.degré. On trouve également les grades suivants, où il y aura pratiquement coïncidence entre le rite français et le rite écossais (31 à 33) : Grade de Chevalier Kadosch, (30ième) Grade d’Inquisiteur Inspecteur Commandeur, 31ième degré, (Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur au rite écossais), Grade de Souverain Prince de Royal secret, 32ième (Sublime Prince du Royal secret au rite écossais), Grade de Grand Inspecteur Général, 33ième (Souverain grand inspecteur Général au rite écossais). Dans ce cas, le rite français se confond parfois avec le Rite Écossais.


Particularités du système.

 Dans le rite français d’origine, la Rose Croix est l’axe et le sommet du Rite, comme dernier degré, avec le symbole du nombre Sept. Ce nombre est un des nombres du grade de Maître. « Il s’agit du nombre le plus élevé des grades symboliques à cause de sa double valeur scientifique et traditionnelle ». « Les sept marches du Temple indiquent, au moral, les sept arts libéraux qui élèvent les maçons qui les pratiquent, en même temps qu’elles signifient les sept vices capitaux qu’ils ont foulés au pied pour s’élever à la Maîtrise de soi-même ». « La réunion du nombre trois et du nombre 4, soit sept représente la perfection. Sept frères rendent une loge juste et parfaite. (Dans le Rite Français, sept Maîtres au grade de Maître suffisent et sept Maîtres participent aux recherches d’Hiram). Ce système est copié, selon Naudon du Rite à Sept Degrés, pratiqué préalablement par les Chapitres Parisiens, à l’origine du Système Lyonnais ainsi que celui de la Mère Loge de Marseille. Les 7 grades de la Mère Loge Écossaise de Marseille, en version typographique furent édité en 1812, déjà pratiqués en 1751, et ceux-ci sont considérés comme une source du rite français.

La Grande Loge Provinciale de Lyon a été créée par Willermoz en 1760 qui réunit trois Loges, L’Amitié, La Parfaite Amitié et les Vrais Amis. Les grades de Lyon étaient les suivants (entre autres) : Apprenti, Compagnon, Maître ; Maître Parfait ; Maître Élu ; Maître écossais ; Chevalier d’Orient. En fusionnant le grade de Maître Parfait et de Maître Élu, on obtint le Grade de Maître Élu. Le Grade d’Élu permet de conférer les 4,5,6,7,8,9,10,11 ; le Grade d’écossais, les 12,13,14 ; le Grade de Chevalier d’orient, les 15,16,17 ; le Grade de Souverain Rose Croix le 18ième

Disposition du Temple. Lumières. Titres. Officiers. Dénomination.

Basé sur le rectangle et le carré long, le temple porte plusieurs noms selon le grade. Il y a trois fenêtres, à l’Est, au Sud et à l’Ouest. Petite et grande lumière. Pour Naudon, le terme « petite lumière » est facultatif. Il représente le Soleil, la Lune et le Maître de Loge. Inspiré de la maçonnerie anglaise, il est symbolisé par un chandelier à trois branches remplaçant les chandeliers simples sur l’autel du vénérable. Pour Naudon, les trois grandes lumières sont en fait sur le plateau du vénérable, alors que l’on trouve l’installation des trois grandes lumières (volume de la loi, équerre et compas) sur l’autel des serments (comme au REAA) avec une étoffe bleue, bordée de rouge lorsque le récipiendaire prête serment. Pour Vuillaume, il n’y a pas d’autel des serments au premier grade, ni au second.

Naudon souligne que le terme « trois grandes lumières » n’est pas utilisé au rite français. Comme au rite français le plateau du vénérable et l’autel des serments sont confondus en un seul, il semble que les deux options existent au rite français, alors qu’en maçonnerie symbolique le plateau du vénérable et l’autel doivent être séparés. En tout état de cause, la symbolique du rite exige la séparation des outils, des objets et des symboles qui figurent à part dès le quatrième grade. Nombre de Lumières

Au premier grade : trois lumières (rite écossais).

Au grade de compagnon : cinq lumières éclairent la loge (rite écossais).

Au troisième : neuf lumières groupées par trois, un groupe à l’est, un au sud et le dernier à l’ouest (rite écossais).

Au quatrième : un chandelier avec une bougie jaune dans le premier appartement ; dans le troisième appartement six grandes lumières sur le mur, et un chandelier à neuf branches du côté du midi.

Au cinquième grade : pas de décoration spéciale dans la première chambre ; dans la seconde, ou voûte secrète, vingt-sept lumières telles que un groupe de neuf lumières formant triangle à l’orient, du côté du midi ; un groupe formant un cercle par huit lumières et la neuvième au centre, à l’occident près du premier surveillant ; le dernier groupe de 9 bougies sur deux lignes par six et trois près du second surveillant. Dans la dernière salle, un chandelier à sept branches en or et sept lampes allumées. La pierre cubique à pointes renvoie aux mêmes nombres, soit 3x3=9, ainsi qu’aux nombres 3, 5, 7, 9.

Au sixième grade, décoration simple dans la chambre de préparation ; pas de lumières déterminées dans la seconde chambre ou Conseil, en nombre suffisant pour très bien éclairer ; dans le troisième appartement (séparé par un parvis ou une antichambre de la seconde) soixante-dix lumières en dix groupes de sept, représentant les soixante-dix années de captivité lors du règne de Cyrus, en Babylone.

Au septième grade, les lumières sont celles du Souverain Prince Rose Croix du 18ième du Rite Écossais, trente-trois lumières en cire jaune, en trois groupes de onze dans le premier appartement. Dans le troisième appartement, trente-trois lumières de cire blanche par groupe de onze. Officiers Les officiers sont les lumières des ateliers symboliques, soit le Vénérable, deux Surveillant aux pieds des colonnes, l’Orateur et le Secrétaire.

Au premier grade, ils sont selon le tuileur de Vuillaume, douze, avec deux experts chargés de remplacer les surveillants et parfois le vénérable après les surveillants, en cas d’absence.

Au quatrième grade, le Président est « Très Sage » ; le premier Surveillant « Grand Inspecteur » ; le second « Sévère Inspecteur » et les autres officiers sont « Élus secrets ».

Au cinquième grade, Le Président est « Très Sage », les Surveillants « Grands Surveillants » et les autres membres sont « Sublimes Maîtres ».

Au sixième grade, le Président est « Souverain Maître » ; l’Orateur « Grand Maître du Palais » ; le premier Surveillant « Général Grand Maître de la cavalerie » ; le second surveillant « Général Grand Maître de la milice » ; le garde des sceaux « Grand Maître de la chancellerie » ; le trésorier « Grand Maître des finances » ; le secrétaire « Grand Maître des dépêches » ; et il y a un « Grand Maître des Cérémonies ». Le récipiendaire porte le nom de Zorobabel et les membres sont Chevaliers qui travaillent d’une main et combattent de l’autre.

Au dernier Grade, qui correspond sensiblement au 18ième du rite écossais, le Président est « Très Sage et parfait Maître », les surveillants sont « Très excellents et parfaits » ; les officiers « Très puissants et parfaits » ; les Chevaliers sont « Très respectables et parfaits ».

Au premier point de la réception, le titre de Parfait est supprimé. Colonnes. Dans le Rite Français, les colonnes sont inversées par rapport au Rite Écossais et au Rite Rectifié. La colonne Boaz est à droite en entrant, la colonne Yakin (Jakin, Jachin) se trouve à gauche. Le premier surveillant se trouve au pied de la colonne B, avec les compagnons dans le prolongement, et le second se trouve au pied de la colonne J avec les apprentis dans le prolongement. Il y a croisement. Les Maîtres siègent à droite ou à gauche.

Les trois premiers grades correspondent à quelques différences près aux trois premiers grades du R.E.A.A. Les grades suivants sont d’inspiration symbolique Rose Croix. Tapis de Loge. Place du tapis. Placé à l’identique au Rite écossais pour les trois premiers degrés. Dans le troisième appartement dénommé Loge, au quatrième. Dans la troisième chambre dénommée « Temple dans sa perfection », au cinquième. Dans le second appartement, dénommé « salle dite d’Orient », ou Conseil, dans le sixième.

Dans le septième grade, au milieu de la salle dite Loge dans le premier appartement, et dans la troisième sur le pavé (le tuileur de Vuillaume indique un tracé de loge des Souverains Rose Croix second appartement, mais cette pièce était considérée comme un lieu de réprobation) Titre Nommée Loge aux trois premiers degrés ;

Au quatrième, Loge mais séparée en trois appartements : le premier est appelé chambre de préparation, le second chambre obscure ou caverne ; le troisième Loge, ou Conseil.

Au cinquième degré, Loge séparée en trois chambres ou appartements. Première chambre de préparation, la seconde voûte secrète ; la troisième, « Temple dans sa perfection » divisée en deux parties. La Loge, ou Sublime Loge, se nomme Voûte secrète en ouvrant, Voûte sacrée en se fermant.

Au sixième grade, la loge est découpée en trois appartements. Le premier est la chambre de préparation ; le second est la salle dite d’Orient, Cour du Roi de Perse, ou Conseil de Cyrus ; le troisième est la salle d’occident avec une antichambre, ou parvis, ou lieu où se trouvent les Chevaliers.

Au septième, la Loge est divisée en trois appartements, le premier où à lieu l’ouverture des travaux pour les réceptions ; la seconde chambre représente le lieu de réprobation ; la troisième est la Loge qui prend le titre de Souverain Chapitre de Rose Croix, de l’Aigle Noir, du Pélican, d’Heredom, ou de Saint André d’Écosse, anciennement selon le rite écossais.


Autres éléments. Âge. Mots de Passe.


Âge. au premier grade : trois ans. au second : cinq ans. au troisième : sept ans et plus. grade d’élu : neuf semaines sur sept ans. grade d’écossais : neuf ans. grade de chevalier d’orient, dix semaines d’années. grade de rose-croix : trente trois ans.

Mots de passe. 1er Thabalkain (Tubalcaïn) 2ième Schibboleth 3ième Ghiblim (et non Giblim) 4ième Abibalang ou Abibala 5ième El-Hhanan (et non Eleanam, ou Elehanam) 6ième Jangaborou Hammaïm ou Jaavorou Hammaïm 7ième Emmanuel Deus Nobiscum Réponse : Pax Vobis ou Paix Profonde. Mots sacrés. 1er Jachin (Jakin) imprononçable 2ième Booz qui s’épelle 3Ième Mak-Benah 4ième Nekam ; Réponse : Nechah (Nekah) 5ième Schem-Ham’Phoras (nouveau rituel schem, hamm, phorasch) 6ième Juda, réponse Benjamin 7ième INRI non prononçable.

Salaires Le terme « recevoir son salaire » signifie recevoir des pairs la récompense de son travail maçonnique. L’augmentation de salaire signifie la promotion par passage d’apprenti à compagnon, de compagnon à Maître, expression qui n’est plus employée pour les grades supérieurs. Le terme prendra alors le nom d’élévation. Dans les deux cas, il s’agit d’une cérémonie d’initiation conférant un grade supérieur.

Au 1er, les Apprentis reçoivent leur salaire près de la colonne J.

Au 2ième, les Compagnons reçoivent leur salaire à la colonne B.

Au 3ième, les Maîtres reçoivent leur salaire dans la chambre du milieu, où l’on accède par l’escalier à vis.

Références. Dictionnaire Maçonnique de Ligou. Travaux sur le R.E.A.A. de Naudon. Tuileur de Vuillaume. Tuileurs du Rite Écossais et des Hauts Grades. Rituels divers. P.S. Il convient de noter que les rituels modernes ont simplifié la complexité d’origine des systèmes écossais, de la maçonnerie de perfection, des architectes, des élus et des grades chevaleresques. De même le symbolisme et les instructions ont été réduits et de nombreux mots ont changé et de signification et d’écriture.

 

 

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