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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 09:59

Publié par le blog de Montaleau, provenant de Cyrille de trois points infos


Un rituel libéré ? Chiche !

Au Rite Français du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France les Souverains Chapitres sont "souverains". Ils ont la liberté d'élaborer leur rituel, quitte à respecter les valeurs fondamentales du Rite et celles du Grand Orient de France. Ayant pratiqué comme beaucoup de frères du Grand Orient de France le rite français en loge bleue et le rite écossais ancien et accepté dans les "hauts" grades puisqu'il n'y avait alors que cette possibilité, nous avons assisté à la fin du XXème siècle à la résurrection du Rite Français pour les grades "dits de Sagesse". D'abord avec une relative indifférence et ensuite avec un prudent scepticisme parce que la rumeur des parvis faisait courir l'idée que ce Rite Français était autant sinon plus " christique " que le Rite Ecossais Ancien Accepté.

Lorsque nous avons eu la curiosité d'accéder aux textes, ce sont d'abord les ressemblances entre les deux rites qui ont retenu notre attention : même fond légendaire, même présence de la bible dans la structure intime du rituel avec de surcroît un aspect farce relevant des Monty Python qui, pour être amusant peut-être, semblait conduire le symbolisme aux limites du simplisme et aux frontières d'un ridicule meurtrier. C'est dire que cela ne correspondait à aucune de nos attentes et ne donnait aucune raison de changer de rite pour tomber de Charybde en Scylla.

Nos attentes

A force d'observer le fonctionnement du Grand Orient de France, en participant à ses activités dans le respect de ses traditions et de son histoire et dans la culture de ses valeurs, nous étions venus, comme beaucoup de frères, à rêver d'un rituel qui serait libéré de sa gangue religieuse, biblique, judéo-chrétienne. Ce rituel idéal serait dégagé de ses prétentions chevaleresques qui - pour être supposées traditionnelles - n'en sont pas moins obsolètes. Il serait aussi nettoyé de ses référents à des moyens de violence - épées, poignards - dont sans doute la force de l'habitude empêchait de voir l'inanité ou le ridicule.


Pour être plus explicite
Il nous semblait urgent que la franc-maçonnerie se libère de la tutelle biblique hébraïsante, chrétienne et catholico-protestante et que, dans ses structures institutionnelles au niveau du rituel, elle s'ouvre naturellement vers toutes les sources de tradition, toutes les formes et tous les moyens de la connaissance pour en explorer les corrélations, les apports et les démarches et s'approcher de leurs secrets. Il nous semblait urgent de libérer les symboles de leur personnalisation judaïque (Hiram, Salomon, Zorobabel, Temple de Jérusalem …) qui les étrécit en les réduisant à une localisation géographique, hébraïque occidentale : celle-ci a pu avoir une justification historique ou politique dans le passé mais elle semble aujourd'hui abusivement réductrice.

D'autre part il nous semblait utile d'affranchir le rituel du poids de ses ambitions chevaleresques qui relèvent d'une tradition parfaitement datée historiquement, sociologiquement et politiquement et de ce fait évidemment obsolète. Et s'il fallait proposer des modèles, porteurs de valeurs fortes qui servent de parangon mobilisateur, ouverts sur l'avenir, nous suggérerions de promouvoir le "chevalier" en "Citoyen". De fait le citoyen bénéficie de deux siècles de promotion dans notre république laïque, révolutionnaire à vocation démocratique. Il constitue le peuple souverain source légitime de tous les pouvoirs. Il porte des valeurs aussi "nobles" que celles de la chevalerie. Il a de nombreuses fois démontré sa pugnacité, son dévouement dans la défense de la nation, son sens de l'honneur, du courage et de la fidélité ainsi que celui du sacrifice.

Enfin il nous semblait urgent - profitant du mouvement - d'éliminer l'arme blanche (épée, poignard….) de l'arsenal de notre société de pensée initiatique qui prétend l'utiliser comme support, symbole et moyen de notre recherche philosophique et spirituelle. L'érection de cet instrument en outil symbolique de notre démarche sur les chemins de la connaissance relève bien sûr du leurre : on argue que l'épée peut être présentée comme un symbole de l'Egalité datant d'une époque aristocratique où la noblesse tenait le haut du pavé avec le privilège de porter les armes pour défendre la société. Au XVIIIème siècle l'aristocratie aurait octroyé ce privilège à la roture qui fréquente la loge pour casser la tradition ségrégationniste, fondement de la société féodale aristocratique inégalitaire.

Dans cette perspective ce symbole - si symbole il y a - est donc fortement connoté historiquement (XVIIIème siècle) et de plus censément dépassé depuis que l'Egalité est inscrite dans la Constitution de nos Républiques et aux frontons des édifices publics. On observe aussi que l'idée de "désarmer" les loges passe aux yeux de certains de nos frères pour une manifestation de naïveté répréhensible face aux dangers qui menacent la société : on ne voit pas cependant qu'on aie jamais érigé en symbole la plume ou le crayon.

Il n'empêche que ceux-ci ont toujours été les instruments de la pensée qui se libère et de réflexion qui avance sur le chemin des vérités. Mais on voit bien au contraire que Moïse a éliminé à l'arme blanche trois mille des siens parce que ceux-ci ne pratiquaient pas la bonne religion de la bonne manière, à son retour du Mont Sinaï, d'où il rapportait les Tables de la Loi. La maîtrise des armes n'a guère servi dans l'histoire qu'à assurer la domination de ceux qui les détiennent pour la seule justification qu'ils en sont les détenteurs. Quant au peuple qui est assujetti par ces armes, il n'y trouve pas le moyen de sa liberté alors qu'on lui interdisait de lire et écrire pour le maintenir dans l'assujettissement. Convenons que pour nos usages, la règle, l'équerre et le maillet se révèlent des substituts autrement efficaces pour notre approche de la vérité et du centre de l'idée.


Le rituel de Blois

Nous appellerions ce rituel par dérision "rituel libéré" pour le distinguer des rituels français dits "Modernes", du Régulateur des chevaliers maçons de 1801. Car, à discuter avec des initiateurs de la résurrection du Rite français dans les années 1990, nous avions découvert que chaque Souverain Chapitre avait la liberté de son rituel, quitte à respecter les " fondamentaux " du Rite Français au sein du G.O.D.F.

C'est cette liberté qui nous a engagés à faire le pas, à mettre au point notre rituel et à créer à Blois le Souverain Chapitre " Je Doute " en mars 2002. Nous avons simplement tranché tous les liens qui renvoient impérativement ou insidieusement sur les livres de la Bible (Ancien et Nouveau Testament). Et cela suffit à faire apparaître la richesse fondamentale d'un Rite ouvert dès lors dans sa structure sur l'entier des hommes.


Concrètement :

Le nom d'Hiram est effacé : il nous reste le concept de l'Architecte qui construit, conçoit, dirige le chantier. C'est dire le Maître par définition. Ce n'est plus le constructeur du seul Temple de Salomon. C'est peut-être Dédale, ou le constructeur anonyme des pyramides, des ziggourats ou des cathédrales. C'est librement chaque frère qui reprend le flambeau et construit son temple intérieur.

Le nom de Salomon est effacé : il nous reste le Souverain, c'est-à-dire la source fondamentale des pouvoirs. Le souverain n'est plus réduit à une incarnation historique et biblique. Il s'incarnera selon les époques dans tel type de monarque, de roi … Ou aujourd'hui dans le "Peuple" source de toute légitimité qui n'est soumis à personne, à aucune autorité supérieure et génère la loi humaine, sociale, politique ...

Zorobabel évincé : il nous reste le franc-maçon persécuté. L'histoire du XXème siècle est suffisamment tragique pour le franc-maçon (Allemagne, Espagne, France..) pour y trouver à nourrir cet aspect du mythe. Joaben, l'Elu tiré au sort, devient l'Ouvrier qui œuvre à l'édification de la justice pour dépasser la vengeance. Albibalc se réduit au Meurtrier. (Meurtrier du père).

Le "chevalier" expulsé est promu en "Citoyen." La réalité concrète du rôle du chevalier dans l'histoire de la société occidentale ne permet pas de justifier sa présence dans la mythologie maçonnique comme parangon de valeurs morales exemplaires alors même que le peuple citoyen a conquis sa liberté et sa dignité et peut travailler en conscience à promouvoir ses valeurs lui-même.

L'arme blanche (épée ou poignard) est rangée au placard pour être avantageusement remplacée par la Règle, l'Equerre ou le Maillet. Accessoirement nous avons aussi éliminé l'aspect farce Monty Python des têtes coupées fichées sur un pieu et maculées de sang. On préserve la symbolique en exposant simplement les outils des trois mauvais compagnons associés à leur devise.

Tout le système légendaire des "hauts" grades reste donc intact. Mais il est débarrassé de sa chape de plomb biblique hébraïsante et peut révéler son infinie richesse. Ainsi libéré, il élargit son champ d'interprétation et permet de nourrir toutes les directions de recherche sans s'étrécir sur une seule source obligée enkystée dans sa structure.

Depuis sa création, l'atelier se montre exigeant quant au respect du rituel qui crée un lieu et un espace-temps rigoureux au sein desquels la réflexion se libère de ses carcans, s'ouvre à tous les champs de la tradition et s'examine dans sa propre genèse. Le fond légendaire est intégralement présent. Il sert de support et de catalyseur à la recherche des frères qui s'appuient sur l'apport de nos anciens pour entrer librement dans un présent ouvert sur l'avenir. Comme il se doit la symbolique est soumise au libre examen de chacun sans être contraint à de subreptices renvois institutionnels et dogmatiques vers les livres bibliques.

Le titre du souverain chapitre "Je Doute" implique chacun dans son intime : s'il n'interdit pas les convictions, il retient de les asséner comme des vérités. Chaque frère poursuit sa démarche à son pas, dans la direction qui s'ouvre à lui. Il fait part de ses découvertes bien persuadé qu'il ne s'agit que d'étapes nouvelles dont la remise en cause lui permettra d'aller plus loin, s'il peut trouver une lumière occasionnelle dans les contributions de ses frères.

Pas de maître à penser. Pas de guide. Ni gourou, ni prêtre, ni pasteur, ni rabbin. Aucun imam. Aucune autorité de référence. Aucun pouvoir de l'un sur l'autre. Aucune sujétion. Ni devoir d'obéissance et de fidélité. Chacun rencontre en soi-même ses propres exigences sans se trouver jamais justifié d'imposer à qui que ce soit des rigueurs fantasmatiques. Seulement des francs-maçons, maîtres souverains, citoyens libres sur le chemin de l'à-venir. Des frères sceptiques à qui l'on essaie d'expliquer notre démarche de libération vis à vis de toute référence religieuse et de la bible eurent cette remarque : "Mais alors il ne reste plus rien ?". Amusant !… Comment mieux justifier l'urgence de notre démarche ?

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 10:23

« L'heureuse révolution qui s'opère, en présageant l'union des esprits et des cœurs de tous les Français, est, pour le vrai Maçon, le plus digne sujet d'actions de grâces au Grand Architecte de l'Univers ; après le tribut d'hommages rendu à la sagesse suprême, il convient, pour l'édification des Frères répandus sur la surface du globe, et pour confondre les profanes assis dans les ténèbres, de manifester authentiquement la joie pure et sincère que le vrai Maçon ressent du rétablissement de l'ordre et du règne de la justice et de la charité : ces motifs sont dignes de l'attention des Frères, je les prie d'y prêter toute leur attention et de m'aider de leurs conseils. »

« Le triomphe de la liberté et du patriotisme est le triomphe le plus complet du vrai Maçon. C'est de nos Temples et de ceux élevés à la saine philosophie que sont parties les premières étincelles du feu sacré qui, s'étendant rapidement de l'Orient à l'Occident, du Midi au Septentrion de la France, a embrasé le cœur de tous ses citoyens.

« La magique révolution qui, sous nos yeux, opère en si peu de jours, doit être célébrée, par les disciples fidèles du véritable Maître, avec un saint enthousiasme dont les profanes ne peuvent partager les douceurs. Les cantiques que les vrais Enfants de la Veuve chantent maintenant sur la montagne sacrée, à l'ombre de l'acacia, retentissent au fond de nos cœurs et, les mains levées vers le Grand Architecte de l'Univers, nous devons tous conjurer notre Maître de porter à l'auteur de tout ce bien l'hommage de notre vive gratitude.

« Les principes d'égalité, de justice et d'humanité que, sous la sceptre de fer d'un prince, bourreau de ses sujets les plus fidèles et sous le gouvernement tyrannique de la Féodalité, les martyrs de notre Ordre développaient avec tant d'énergie à nos Pères dans l'Art royal, le roi de vingt-cinq millions d'hommes libres, Louis XVI enfin, vient de les consacrer à jamais dans son empire.

«Aucun de vous, mes Très Chers Frères, n'ignore que notre Respectable Grand Maître, le duc d'Orléans, a concouru plus que personne à l'heureuse révolution qui vient de s'opérer. Empressons-nous d'entrer dans ses vues, signalons notre joie et ne craignons pas de la faire éclater par des actes de bienfaisance aux yeux de tous nos concitoyens.

«Qu'il est beau, mes Très Chers Frères, le jour où un roi citoyen vient annoncer qu'il veut commander à un peuple libre et former de son superbe empire une vaste Loge dans laquelle tous les bons Français vont véritablement être Frères ! Qu'il soit gravé dans nos fastes, en caractères brûlants d'amour, cet événement aussi glorieux pour les Français que pour leur Roi, dont les annales du monde ne présentent aucun exemple. Que les soldats citoyens qui, par leur dévouement à la chose publique et leur noble marche sous les drapeaux de la liberté, ont sauvé la Patrie, reçoivent les hommages de notre admiration et de notre profonde reconnaissance.

« Dans les transports de joie qui nous animent, faisons retentir les voûtes du Temple de la Charité, de l'Egalité et de la Liberté, de nos cris éclatants et répétés de : Vive la Nation ! Vive le Roi ! Vive le Grand Maître des Maçons français, leur ange tutélaire et celui de tous les bons citoyens. »

SOURCE : LE BLOG DE MONTALEAU

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 16:44

Le 14 janvier 1848, le Grand Orient examinait un rapport que lui adressait la Commission permanente, sur cette question:

Comment rendre à la Maçonnerie le caractère religieux qui lui est propre ?

Le Frère Blanchet, Rapporteur de la Commission, commence par parler du caractère religieux des initiations de l'antiquité, du déisme des Juifs, de la régénération et de la rédemption de l'homme par la mission du Christ. Il fait planer ensuite sur toutes les religions les dogmes de fraternité et de tolérance enseignés par la Maçonnerie, qu'il rattache aux trois vertus théologales : la Foi, l'Espérance et la Charité ; et c'est dans la Charité surtout qu'il fait consister le caractère religieux de la Maçonnerie.

  C'est la Charité qui réalise parmi les hommes la bienfaisance divine...

Bien souvent on vous a dit que le devoir de la Maçonnerie était de se mettre à la tête du progrès, et de prendre l'initiative du mouvement social; on vous a dit souvent que, si votre Institution menaçait ruine, c'était pour avoir manqué à cette mission, et pour s'être laissé distancer dans la course du monde profane.

Reproche irréfléchi ! Prétention ambitieuse, dont le succès même nous deviendrait funeste ! Pour se mettre à la tête du mouvement social, il faudrait avoir la puissance de le diriger vers le but moral ; et cette puissance, nous ne la possédons pas ; et le mouvement actuel nous pousserait vers un but diamétralement contraire à celui que nous nous proposons.

 Sans doute, la Maçonnerie eût été digne d'admiration, si elle eût pris l'initiative d'établissements véritablement utiles; si, la première, elle eût fondé des hospices, des crèches, des salles d'asile. C'est encore, il faut l'avouer, un rôle assez beau pour elle que l'imitation des exemples qu'on lui reproche de n'avoir pas donnés. Votons-lui des remercîments pour la fondation de la Maison de Secours. Sachons-lui gré des efforts qu'elle tente pour l'établissement de crèches et de salles d'asile. Mais gardons-nous d'excéder nos forces; gardons-nous surtout d'appeler le monde profane au secours de nos œuvres de bienfaisance. Nous constaterions notre impuissance. Au lieu de marcher en tête d'un mouvement généreux, nous nous mettrions à sa remorque.

Comprenons mieux la mission que nous impose notre religion maçonnique. C'est dans la retraite de nos Temples, loin du tumulte des passions profanes, à l'abri de leurs tristes entraînements, que nous devons nous livrer entre nous au mutuel enseignement de la morale. Eclairés par les lumières que la sagesse suprême départit à chacun de nous à des degrés divers, réciproquement corrigés de nos imperfections par de fraternelles leçons, nous apporterons ensuite dans le monde des sentiments épurés au saint foyer. Heureux, en offrant de bons exemples aux profanes, de leur inspirer le désir de s'associer aux travaux d'amélioration et de perfectionnement qui constituent la charité morale; c'est dans nos Temples que doivent s'exercer aussi, nos œuvres de charité. C'est à nos Frères d'en être les auteurs, les dispensateurs, les ministres.

La charité n'est possible qu'à la condition de posséder les trésors qu'elle doit répandre. Comment composer ce trésor, si ce n'est par la contribution imposée à chacun des membres de l'association, dans la limite de ses facultés comparées aux besoins généraux de l'Ordre ?

Pour réformer les abus qui menacent de détruire notre belle et utile Institution, il faut à l'égard des néophytes se montrer scrupuleux sur les conditions de moralité, et non moins exigeant sur les conditions pécuniaires. A l'égard des initiés, il faut tenir sévèrement la main à l'exécution des engagements contractés.

Par là seulement, nous obtiendrons les moyens de répandre, en même temps, les bienfaits de la charité morale et de la charité matérielle; et en exerçant envers nos Frères malheureux cette délégation de la bienfaisance suprême, nous rendrons à la Divinité le culte le plus digne d'elle, et à la Maçonnerie le caractère religieux qui lui est propre.

Le Grand 0rient : Considérant que le caractère de la Maçonnerie est essentiellement religieux, en ce sens que la charité, commandée par toutes les religions, est le but principal de la Maçonnerie ;

Considérant que si, depuis quelque temps, ce caractère religieux a paru s'affaiblir, cela tient sans doute à l'invasion des passions profanes, et par suite à l'oubli des prescriptions réglementaires;

 Considérant que la première condition de l'initiation est de posséder les qualités qui permettent aux récipiendaires d'exercer dignement la bienfaisance;

Considérant qu'il importe de ne pas laisser la mendicité pénétrer dans le Temple sous forme d'initiation ;

— Arrête : —

Art. 1er. A partir du prochain, aucune réception aux différents grades ne pourra avoir lieu qu'à la charge, par les récipiendaires, dont les qualités morales auront été, au préalable, sérieusement examinées, de payer une somme supérieure au prix actuel des initiations, et qui pourrait être….etc. »

Un Frère pensa que ce n'était pas assez de le baser sur la charité, et qu'il fallait proclamer les deux principes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme.

Un autre émit l'avis que, si le Grand-Orient pouvait épurer la Maçonnerie, en s'assurant par lui-même des qualités morales et de la position sociale des candidats, tous les hommes de bien voudraient devenir Maçons, et qu'alors apparaîtrait le caractère religieux de l'Institution.

La Constitution du Grand Orient de France du 10 Aout 1849, précise:

Dans son article premier :

La Franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique,  philosophique et progressive, a pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme ; elle a pour objet l’exercice de la bienfaisance, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et la pratique de toutes les vertus. Sa devise a été de tous temps : Liberté, Egalité, Fraternité.

Dans son article quatre :

La Franc-maçonnerie, ne demande compte à aucun de ses membres de ses convictions à l’égard des différentes religions existant sur la surface du globe. Elle interdit formellement dans les réunions Maçonniques, toute discussion en matière religieuse qui aurait pour objet soit la controverse entre les différentes religions, soit le prosélytisme en faveur d’un culte quelconque.

Publié par le blog de Montaleau

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 19:36

Il semble bien que la France fut le premier pays à bénéficier de la nouvelle mode, la Franc- Maçonnerie. Ce fut d'abord par les soins de stuardistes, des Ecossais en exil.

Selon le mémoire de, de Lalande, longtemps suspect mais réhabilité par Pierre Chevallier à la suite de recherches récentes, quatre maçons anglais, partisans de Charles-Edouard Stuart, connus et bien identifiés constituèrent une Loge à Paris, soit en 1725, soit en 1726, sous le nom de Saint-Thomas, en souvenir de Thomas Beckett. Charles Radclyffe, futur comte de Derwentwater en 1731, qui deviendra Grand Maître des Loges françaises par la suite en fut l'animateur et probablement le Maître de Loge.

 On n'a jamais su où il avait été reçu maçon, ni même s'il l'avait été. On a laissé entendre que Ramsay lui aurait donné cette qualité. Or celui-ci a été admis en mars 1731 à la Loge Horn de Londres, et Radclyffe né en 1693 avait quitté l'Angleterre en 1716. Quant à Maclean, également Grand Maître après le duc de Wharton (1728 à 1731) - et avant Derwentwater qui le fut en 1736, il était né à Calais, séjourna à Edimbourg jusqu'à 1721, puis à Paris de 1721 à 1726, retourna en Ecosse de 1726 à 1728, rentra en France où il servit dans l'armée française. On ne sait où il a été reçu maçon.

Quelle maçonnerie apportaient donc en juin 1726 Charles J Radclyffe et ses amis ? Rien d'autre que ce qui existait à l'époque et décrit soit par le Registre de la Grande Loge d'Edimbourg, soit par les Constitutions d'Anderson en 1723. Une maçonnerie à deux degrés à la symbolique à peine ébauchée, mais déjà pourvue d'une finalité très vague il est vrai, « Etre le Centre de l'Union », un système administratif relativement structuré, mais limité aux critères de régularité, éventuellement une légende historique glorieuse qui lui conférait sa noblesse, le tout assorti d'un secret mystérieux sur la nature duquel tout le monde se perdait y compris ceux qui le possédaient.

L'implantation de la Maçonnerie se fit lentement au cours des années qui suivirent la création de la Loge Saint-Thomas. Elle reste toujours très confuse. Si l'on s'en tient aux seuls documents authentiques, deux nouvelles loges naquirent, l'une en 1729, les Arts Sainte-Marguerite, l'autre en 1730. Selon le Registre de la Grande Loge d'Angleterre du 17 mars 1731 et constituée régulièrement le 3 avril 1732, sous le numéro 90 et le nom de « The King's Head » butcher Row at Paris ce que l'on peut traduire par « à l'enseigne du Roi » rue de la Boucherie. On voit en elle la Loge Saint-Thomas au Louis d'Argent, ou Saint-Thomas n° 2, car elle provenait d'un essaimage de la première Loge du même nom, ou encore « Au Louis d'Argent », du fait que King's Head et Louis d'Argent doivent tirer leur identité de la pièce de monnaie en argent en cours à l'époque, qui portait gravée l'effigie du Roi de France. Puis viennent la Loge du Duc de Richmond dont on sait qu'elle travaillait en 1734, soit à Paris, soit à Aubigny-sur-Nère dans le Berri chez Louise de Keroualle, duchesse de Portsmouth où elle reçut Desaguliers, Montesquieu et quelques autres, en 1735 la Loge de Bussy-Aumont, en 1736 la Loge Constos-Villeroy du nom de ses deux vénérables successifs.

Quant à la province, nous trouvons Bordeaux 1732, Valenciennes 1733 Metz 1735, etc. Selon le Tableau des Loges du Royaume de France établi le 6 novembre 1744, il y avait eu à cette date et depuis 1726 20 Loges à Paris, 19 en province et, assez surprenant, 5 Loges militaires, soit 44 au total. Et c'est à partir de cet instant que ce qui devait devenir l'Ordre Maçonnique en France, prit son essor.

On ne peut dire quand fut constituée la première Grande Loge de France. Le plus ancien document connu daté de 1735 ne la mentionne pas : son titre : « Règles et devoirs de l'Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France. » dans lequel Mac Lean est qualifié de « présent Grand Maître de la Très Honorable Fraternité des Francs-Maçons du Royaume de France » et son prédécesseur, le duc de Wharton « Grand Maître des Loges du Royaume de France ». Et si le texte qui donne pouvoir au Baron Scheffer de constituer des Loges en Suède indique « ... qu'elles seront subordonnées à la Grande toge de France », il y a lieu de rappeler que lorsqu'elles s'assemblaient « en Grande Loge », ce n'était que la réunion des officiers maîtres et surveillants de tout ou partie des Loges de Paris sous la présidence du Grand Maître. Or, ni les règlements de 1743, ni les constitutions accordées à la Loge de Lodève en 1744, ni les statuts de 1745 dressés par la Loge Saint-Jean de Jérusalem de Paris, non plus que ceux de 1755 ne mentionnent une Grande Loge de France en tant qu'autorité directrice suprême. Les Loges, dans leur presque totalité, et surtout celles de province, se plaçaient d'elles-mêmes sous l'obédience du Grand Maître dont elles sollicitaient la protection et plus encore la garantie de régularité, critère majeur à l'époque. Cette tendance se généralisa à partir de 1743, après que le comte de Clermont eût accédé à la Grande Maîtrise. Est-ce à son instigation que fut établi « ... le deuxième jour de la première semaine du troisième mois de l'an de la Lumière 5747 et de l'ère vulgaire 1747 » ce document qui voulait consacrer l'hégémonie d'un organisme central directeur de l'ensemble des Loges du Royaume de France, et qui paraît avoir échappé à la sagacité des chercheurs ?

« Règlements de la Très Respectable Grande Loge de France, dressés pour toutes les Loges régulières du Royaume, sous les auspices du Très Sérénissime Frère, Louis de Bourbon, comte de Clermont, Grand Maître de l'Ordre en France ». C'est un manuscrit de 15 pages foliotées 36 à 50, comportant 121 articles numérotés de 1 à 121, qui se termine par les mentions suivantes :

« Délibéré statué et arrêté à la T.R.G. Loge de France assemblée régulièrement le deuxième jour.

Copie collationné par nous secrétaire général sur l'original, par mandement signé, Labadie.

Extrait sur la copie envoyée à la Loge de la Douce Egalité de lorient davignon ».

On ne sait rien de la Loge La Douce Egalité, cependant attestée par deux autres documents - Labadie (ou Labbady, ou Labady) maître de la Loge l'Ecossaise de Salomon, personnage connu et remuant, était substitut pour la province du secrétaire général de la Grande Loge de France Zambault en 1765. On ne saurait, avec ces simples renseignements, fixer une date précise à cette copie. Le texte de 1747 est important en ce sens qu'il détermine pour la première fois une procédure destinée à recenser l'ensemble des Loges du Royaume et de leurs membres, à leur donner « ... des constitutions et des règlements généraux pour établir l'uniformité du Travail » à charge pour elle, Grande Loge, de répercuter le Tableau général de l'Obédience à ses composantes. Plus, une série de mesures fixant minutieusement le fonctionnement des Loges, les rapports qu'elles pouvaient avoir entre elles, ainsi qu'avec la Grande Loge, les conditions de leur régularité et de celle elle des maçons. Au travers des articles un embryon de secrétariat administratif avec six inspecteurs circulant dans toute la France, et défrayés de leurs dépenses, trésorier, secrétaire etc.

Le texte de 1747 n'a rien de commun dans sa rédaction avec ceux de 1755 et 1760, ni d'ailleurs dans ses principales dispositions, et ces deux derniers statuts semblent ignorer qu'il y ait une Grande Loge de France. Il faudra attendre le 19 mai 1763 pour que soit créé le premier sceau en même temps que l'arrêt de nouveaux statuts qui institutionnalisera la Grande Loge de France. Ce qui n'empêchera pas que, jusqu'au moment où le Grand Orient, qui lui succèdera, s'installera le 12 août 1774 en location dans les locaux du Noviciat des Jésuites, elle ne possédera pas de secrétariat permanent ni un quelconque endroit pour ses archives. Les réunions se faisaient au domicile de celui de ses membres qui voulait bien lui donner asile.

Bien qu'elle soit venue d'Angleterre, à aucun moment la maçonnerie française ne connut une Grande Loge anglais de France, c'est-à-dire une Grande Loge Provinciale de France sous la dépendance de la Grande Loge d'Angleterre, ce dont cette dernière ne manqua pas de se plaindre.

Publié par l'excellent blog de Montaleau

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 17:48

..La franc-maçonnerie qui s'implante en France vers 1725, dans le sillage d'exilés politico-religieux britanniques, est issue de la Grande Loge de Londres, d'inspiration Moderne. 

Le rite des futurs Modernes est traduit en français. Il est pratiqué par la quasi-totalité des loges qui se créent dans le royaume et ne semble pas avoir de nom. A partir de ce rite, à Lyon et en Alsace, va s'élaborer avec d'importants apports juifs, christiques, et chevaleresco-templiers, le Régime Rectifié. 

L'apparition d'autres systèmes maçonniques, dits presque toujours"écossais", la volonté du Grand Orient de France d'organiser et de contrôler la franc-maçonnerie française, et le désir de nombreuses loges d'avoir une version universelle des rituels, provoquent la fixation d'un rite" Moderne" qualifié en 1785-1786 de "Français". Au sein du Grand Orient, pour les grades bleus, dans la 4ème chambre dite Chambre des Grades, créée en 1782, et au sein du Grand Chapitre Général de France, quelques frères, notamment Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau, ont mené à bien ce travail. 


En 1785, le modèle français est à peu près fixé. Aux trois grades symboliques d'esprit Moderne, s'ajoutent quatre ordres supérieurs : Élu Secret, Grand Élu Écossais, Chevalier d'Orient et Souverain Prince Rose-Croix. En 1786 le Grand Orient propose un texte de référence pour les trois grades bleus, diffusé sous la forme de copies manuscrites. L'ensemble est désigné sous le nom de Rite Français. Pourtant. si certains des quatre grades supérieurs sont peut-être français, les trois premiers sont d'origine anglaise Moderne. L'objectif est en fait de se distinguer des divers systèmes dits écossais, souvent élaborés ou synthétisés en France, mais qui viennent rarement en droite ligne d'Écosse.

 La Révolution passée, en 1801, 1e Grand Orient le fixe en le faisant imprimer dans le Régulateur.  On notera qu'au début du siècle, ledit Régulateur du maçon (1801) inspiré du Rite des Modernes, et le Guide des maçons écossais (1803), en partie inspiré du Rite des Anciens, texte de référence du Rite Écossais Ancien et Ac­cepté, divergent plus sur la forme que sur l'esprit. Pourtant la concurrence de ces deux rites conduit à un effet de nomination. 


Au XIX' siècle, Rite Moderne devient équivalent de Rite Français. C'est ainsi que Vuillaume emploie les deux termes. Ils s'appliquent aussi bien aux trois premiers grades qu'aux quatre ordres supérieurs, mais l'un ou l'autre terme est historiquement contestable quand il désigne l'ensemble.

Le terme de Rite Français va ensuite s'imposer tandis que celui de Rite Moderne va tomber en désuétude dans le dernier tiers du XIX" siècle. Notons cependant qu'en Belgique, où les pesanteurs nationalo-linguistiques n'ont pas imposé l'adjectif "Français", le qualificatif "Moderne" est toujours utilisé. Quoi qu'il en soit, durant tout le XIX" siècle, la différenciation entre Régime Français et écossisme va aller croissant. Si le Rite Français est très majoritaire au Grand Orient de France, quelques-unes de ses loges travaillent au Rite Écossais Ancien et Accepté.        

En 1858, une nouvelle rédaction du Rite Français dit Murat, du nom du Grand Maître, est publiée "idéologiquement", le texte n'est guère différent de celui du Régulateur. Le nouveau modèle continue de définir la maçonnerie de manière "classique", dans la tradition andersonienne. On reste dans l'héritage de la philosophie des Lumières, et dans un spiritualisme assez fade et assez flou pour ne pas trop gêner les consciences. Notons cependant que ce premier toilettage se fait dans une obédience qui, depuis l'amendement Charles Duez adopté le 13 avril 1849, précise que la franc-maçonnerie "a pour base l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme".  
 

L'après-Convent de 1877 conduit à des retouches plus hardies. En 1879, le Grand Collège des Rites, chargé par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient, fait disparaître des rituels les formules trop ouvertement religieuses, comme la référence au Grand Architecte de l'Univers, les devoirs envers Dieu au 1°, l'explication métaphysique de la lettre G au 2° et l'invocation à Dieu du signe d'horreur au grade de maître. En 1886, une commission de 12 membres, présidée par l'avocat Louis Amiable (1837-1897), procède à une nouvelle révision adoptée en Conseil de l'Ordre les 15-16 avril. Le nouveau rituel français, qui prendra le nom de son principal rédacteur, est accompagné d'un "rapport sur les nouveaux rituels pour les loges" rédigé par Amiable lui-même. Ce codicille explique que le nouveau texte, en partie inspiré des rituels du Grand Orient de Belgique, se réfère grandement au positivisme. Sa philosophie générale est la "neutralité entre les diverses croyances" et le fait que"les données certaines fournies par l'état actuel de la science devaient être par nous mises à profit". Daniel LIGOU a présenté les violentes critiques adressées au rituel Amiable par Oswald WIRTH. Un rapport d'Amiable, adopté par le Grand Collège des Rites et transmis par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient à toutes les loges en mars 1896, clôt provisoirement le débat.  

Durant ce demi-siècle, les quatre ordres supérieurs tombent en désuétude. Le rituel Amiable, quelque peu modifié en 1907 sous l'autorité du Grand Commandeur Jean-Baptiste Blatin,  restera en l'état jusqu'en 1938, date où, sur l'initiative d'Arthur Groussier, alors Grand Maître du Grand Orient pour la 9" fois, un nouveau modèle du Rite Français est adopté. La nouvelle version est une tentative de retour aux sources symboliques du système français, et non une nouvelle mouture encore plus ultra positiviste. 


En 1955, la version définitive du rituel Groussier, légèrement aménagée dans la forme sous l'autorité de Paul Chevalier est imprimée et diffusée. Malgré quelques apports et quelques ajouts opérés par un certain nombre de loges, le rituel Groussier est toujours en vigueur. 

Dans le long travail de reconstruction des obédiences dans l'après-guerre, des maçons érudits et/ou versés dans les recherches initiatiques ou symboliques souhaitent retrouver ou revivifier les potentialités de la tradition maçonnique française du XVlIIème siècle, héritière des Modernes.

Ainsi, au sein du Grand Orient de France, des maçons regrettent que les frères attirés par le symbolisme et le respect des pratiques rituelles quittent le Rite Français pour l'écossisme. Ce petit groupe pense que l'on peut concilier option symbolique et rigueur rituelle au sein du Régime Français. Avec l'accord de Francis Viaud, alors Grand Maître du Grand Orient de France, il est décidé de "réveiller" le Rite Français dans sa version originale. A cet effet est créée la loge du Devoir et de la Raison (1955). Ses membres auraient pu utiliser le modèle imprimé du Régulateur (1801). Ils préfèrent essayer de reconstituer à partir de ce dernier, mais en y incluant des ajouts tirés de divers documents du XVl!l" siècle, un rituel proche de celui qui est pratiqué dans la franc-maçonnerie française adolescente. Ainsi naît le Rite Moderne Français Rétabli "Moderne", puisqu'il s'inscrit dans la tradition de la Grande Loge Anglaise des Modernes "Français" car il est fidèle à la version implantée en France et traduite en français "Rétabli" pour affirmer que le texte est le résultat d'un travail de reconstruction, de recomposition et de restitutions historiques, symboliques et philologiques. 


Aujourd'hui, le Rite Français Groussier est largement dominant au Grand Orient de France où il est exclusivement pratiqué par 750 loges (80% de l'effectif) et à la Grande Loge Mixte Universelle (38 loges sur 100). Il est légèrement majoritaire au sein de la Grande Loge Mixte de France (41 loges sur 75).  Depuis 1972 il est également pratiqué au sein de la Grande Loge Féminine de France, le Grand Orient ayant accordé une patente "française" à l'obédience féminine. 

Le Rite Moderne Français Rétabli est utilisé par 7 loges du Grand Orient tandis que 4 autres ateliers de cette obédience maçonnent au Rite Français Ancien, version voisine du Rétabli. Quelques frères de la rue Cadet, fondateurs ou affiliés à la Grande Loge Nationale Française Opéra devenue Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra apportent en 1958, le Rétabli à la nouvelle obédience où un dixième des ateliers l'utilisent encore. En 1968 les frères qui fondent la Loge Nationale Française apportent le Rite Moderne Français Rétabli qui donnera, après un long et minutieux travail "d'archéologie symbolique" pour retrouver des documents encore plus originaux, le Rite Français Traditionnel. 

Lors de la remise de la patente du Rite Français par le Grand Orient à la Grande Loge Féminine de France, quelques loges féminines adoptent également le Rite Français Moderne Rétabli. 

La Grande Loge Indépendante et Symbolique des Rites Unis-Humanilas issue d'une scission de la Loge Nationale Française, compte également quelques loges travaillant au Rétabli. 

39 loges du Grand Orient et quelques ateliers de la Grande Loge Féminine de France ont adopté le Rite Français Moderne d'après le Régulateur de 1801. 


En 1978, des frères de la Loge Nationale Française rejoignent la Grande Loge Nationale Française en y apportant le Rite Français Traditionnel. Londres, consultée le juge un peu trop"chrétien". Aussi l'obédience du boulevard Bineau a-t-elle préféré adopter le Rite Français d'après le canon du Régulateur de 1801. Aujourd'hui, une centaine d'ateliers de la Grande Loge Nationale Française le pratiquent. 


Ce panorama complexe montre combien les équations (Rite Français = Grand Orient de France et Rite Français = version Groussier) méritent d'être nuancées. De plus, ce tableau ne tient pas compte de diverses retouches ou réécritures apportées par des maçons ou des loges à l'une des trois grandes versions du Rite Français, ni des querelles picrocholines et des discours matamoresques des uns et des autres pour prouver l'authenticité, l'historicité et la véracité des diverses rédactions peu"orthodoxes". Quoi qu'il en soit, le Rite Français utilisé dans l'une des trois versions "historiques", proches dans la forme mais parfois différentes dans l'esprit, n'est plus majoritaire au sein de la franc-maçonnerie française, où il est rejoint  -voire dépassé - par le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Source : le blog de Montaleau

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 13:36

Juillet-août 1785, le Grand Orient de France (G.O.D.F.) fixe, pour les Loges de sa correspondance, le rituel des trois premiers Grades. Les cahiers manuscrits qui sont approuvés correspondent toujours au rituel en pratique au sein des Loges du Rite Français de la G.L.N.F.
1784-86, le Grand Chapitre Général de France arrête les rituels de Hauts Grades, répartis en quatre Ordres. Les cahiers manuscrits de ces quatre Ordres correspondent aux rituels pratiqués aujourd'hui au sein du Grand Chapitre Français.
2 février 1788, le Grand Chapitre Général de France abandonne son autonomie pour constituer au sein du G.O.D.F. le Chapitre Métropolitain. Le système en 7 Grades du G.O.D.F.qui est en place sera par la suite dénommé Rite Français.
1801, impression et publication, sous le titre de "Régulateur du Maçon" pour les Grades symboliques et de "Régulateur des Chevaliers Maçons" pour les Hauts Grades, de l'ensemble des sept rituels du Rite Français.

HISTOIRE CONTEMPORAINE

  • Juin 1979, retour du Rite Français au sein de la régularité avec l'apport de Frères venus du G.O.D.F, de la G.L.T.S Opéra et de la Loge Nationale Française. Consécration des deux premières Loges : "Les Anciens Devoirs" N° 238 et "Saint Jean Chrysostome" N° 239.
  • 9 février 1999, signature d'un protocole d'accord entre Claude CHARBONNIAUD Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française (G.L.N.F) et Roger GIRARD Suprême Commandeur du Grand Chapitre Français, soulignant l'identité parfaite de leurs conceptions de la Franc-Maçonnerie Régulière et reconnaissant l'autorité et la régularité du Grand Chapitre Français (G.C.F) pour régir les Hauts Grades du Rite Français.

Présentation du Rite Français

On entend par "Rite Français'' le Rite consistant en les rituels et règlements élaborés dans les années 1780 et adoptés officiellement, en 1785 pour les trois grades "bleus'' ou "symboliques'' et entre 1784 et 1786 pour les hauts grades. Ce sont ces documents - essentiellement les rituels, retranscrits sous une forme plus adaptée à l'usage des Loges et des Chapitres d'aujourd'hui - qui sont la base de la pratique actuelle du Rite Français, à la G.L.N.F. en ce qui concerne les grades bleus, et au sein du Grand Chapitre Français en ce qui concerne les hauts grades.

 

Un fait très important que nous voulons souligner : les rituels dont nous venons de parler n'ont existé et n'ont été diffusés au XVIIIe siècle que sous forme manuscrite. En 1801 ils ont été imprimés sous le titre de Régulateur du Maçon pour les grades bleus et sous celui de Régulateur des Chevaliers Maçons pour les hauts grades. Il en résulte que le Rite Français, est souvent caractérisé, surtout en ce qui concerne les grades bleus, comme le Rite du Régulateur du Maçon de 1801. Cette appellation est malheureuse, en ce qu'elle semble indiquer que le Rite en question prend son origine en 1801 seulement. En réalité il date des années 1780. Il est difficile de lui assigner une date parfaitement déterminée, parce que l'élaboration des rituels et leur adoption constituent un processus qui s'est étendu sur plusieurs années. L'adoption définitive constituant l'aboutissement du processus.

Il faut d'autre part noter qu'on entend parfois assigner au Rite Français une origine antérieure à 1780. Il nous est par exemple arrivé d'entendre dire que le Rite Français existait déjà vers 1760. Ce genre d'affirmations résulte d'une confusion sur ce que l'on entend par "Rite Français''. La seule définition précise qu'on peut donner de ce Rite est celle que nous avons donnée au début de la présente note, et elle situe son origine historique dans les années 1780, pas avant. Bien entendu, lorsqu'il fut mis au point dans ces années-là, ce Rite ne fut pas une création ex nihilo. Avant 1780, il existait une pratique maçonnique française ayant des caractères relativement homogènes, et le Rite Français tel que nous l'avons défini est profondément enraciné dans cette pratique antérieure.

De façon générale, nous croyons pouvoir dire qu'aucun des Rites pratiqués aujourd'hui ne peut prétendre à une origine historique antérieure à 1780. En revanche, tous ces Rites sont plus ou moins fortement enracinés dans des traditions antérieures à 1780, dont chacun d'eux constitue une mise en oeuvre particulière. Or un Rite ne peut pas être défini par les traditions dans lesquelles il s'enracine, comme si ces traditions étaient son bien propre, alors qu'il les partage avec d'autres Rites qui les mettent en oeuvre d'une manière différente de la sienne. La définition d'un Rite inclut nécessairement la manière particulière dont il a mis en oeuvre les traditions plus anciennes qui lui sont plus ou moins communes avec d'autres, et on ne peut lui assigner une origine historique antérieure à l'époque où cette mise en oeuvre particulière a été réalisée. Ainsi, insistons-y encore, l'origine historique du Rite Français doit être située dans les années 1780, pas plus tôt et pas plus tard ; ce qui d'ailleurs suffit à faire de lui un des plus anciens Rites actuellement pratiqués, puisque aucun Rite actuellement pratiqué ne peut prétendre à une origine historique plus ancienne.

Faisons maintenant quelques remarques sur l'appellation "Rite Français''. Cette appellation ne remonte pas à l'origine historique du Rite telle que nous venons de la préciser. Encore moins remonte-t-elle, bien sûr, aux origines de la Maçonnerie française. Elle n'apparaît pas, en fait, avant les dernières années du XVIIIe siècle. A partir de cette époque, et tout au long du XIXe siècle, elle désigne le "Rite Français'' tel que nous l'avons défini, c'est-à-dire le système en sept Grades adopté aux dates mentionnées. Toutefois, le Grand Orient lui-même n'a pas dès l'origine baptisé son système â "Rite Français''. Cette appellation n'apparaît jamais ni dans les rituels et règlements originels, ni dans les délibérations au cours desquelles ces rituels et règlements ont été approuvés. La plus ancienne occurrence que nous connaissions de l'appellation "Rite Français'' se trouve dans un procès-verbal de délibération de la Chambre d'Administration du Grand Orient en date du 25 décembre 1799, où il est question d'une loge constituée à l'orient de New York "sous le Rit français". Toutefois cette appellation n'était pas encore bien fixée à ce moment, puisqu'une autre délibération, du 24 mars 1800, parle encore simplement du "système du Grand Orient".

En fait, l'appellation semble avoir été forgée par opposition à celle de "Rite Ecossais''. Le terme "écossais'' renvoie à l'origine aux hauts grades : il a d'abord qualifié une certaine classe de hauts grades. Par la suite, son sens a parfois été étendu pour désigner - ainsi que le terme "Ecossisme'' - l'ensemble de la Maçonnerie des hauts grades. Et enfin, comme il n'y avait pas au XVIIIe siècle la séparation stricte qui existe aujourd'hui entre hauts grades et grades bleus, l'appellation d' "Ecossais" en est venue à être appliquée par certains Rites à l'ensemble de leur système, y compris les grades bleus. C'est ainsi qu'il existait dans les dernières années de l'Ancien Régime un système qui n'est plus pratiqué aujourd'hui en France et qui s'intitulait officiellement Rite Ecossais Philosophique - appellation qui apparaît dans des documents avignonnais des années 1780, car ce Rite avait été élaboré en Avignon. Ce Rite, tel qu'il était pratiqué dans ces années-là, différait assez peu de celui du Grand Orient dans les grades bleus, il en différait surtout dans les hauts grades. En ce qui concerne le Rite que nous appelons "Rite Ecossais Rectifié'', il existait également dans les années 1780, mais ne s'appelait pas encore ainsi, il s'appelait seulement "Rite Rectifié''. Cependant, il était gouverné, y compris dans ses grades bleus, par des organismes qui s'intitulaient "Directoires Ecossais'', ce qui permettait de concevoir ce Rite comme étant "écossais'' dans l'ensemble de ses grades, et explique qu'il ait été finalement appelé "Rite Ecossais Rectifié''. Ainsi, en face de Rites qui s'intitulaient "écossais'' ou se prêtaient à être conçus comme tels, on comprend que le système du Grand Orient de France ait été appelé "français'' . Mais ce n'est pas là une appellation officielle qui lui aurait été donnée dès l'origine, c'est une appellation accidentelle qui s'est peu à peu imposée dans l'usage.

Les Rituels adoptés officiellement nous sont connus à travers plusieurs manuscrits antérieurs à la Révolution qui nous sont parvenus en bon état. Certains de ces manuscrits ont d'ailleurs été récemment publiés en fac-simile. Pour les grades bleus d'abord, ces rituels n'étaient eux-mêmes que le résultat de l'uniformisation et de la codification des pratiques des loges françaises, en prenant ici le mot "françaises'' en son sens géographique et national et non en référence à un Rite quelconque. Ces pratiques, antérieurement à 1780, nous sont assez bien connues par différentes sources. Tout d'abord, par des divulgations dont la plus ancienne (la divulgation du lieutenant de police Hérault) remonte à 1737. Ces divulgations ont souvent un caractère commercial, ce qui peut faire suspecter leur véracité, mais elles peuvent être recoupées avec une deuxième classe de sources, qui sont les procès intentés par l'Inquisition, dans différents pays (Portugal, Italie), à des Maçons qui avaient été initiés et avaient pratiqué la Maçonnerie en France. A partir de ces deux sortes de sources, qui se révèlent cohérentes entre elles, on peut se faire une idée assez exacte de la pratique maçonnique des loges françaises dans les années 1740. Un peu plus tard, on a des rituels qui proviennent des loges elles-mêmes et qui témoignent donc directement de leur pratique, par exemple le rituel donné par un manuscrit de la bibliothèque de la ville de Lyon intitulé "grade d'Apprentif des Loges de Lyon en 1772", et beaucoup d'autres qui ne sont généralement pas datés avec précision. On a également dans les livres d'architecture des Loges, sinon des compte rendus détaillés des rituels des cérémonies, du moins des allusions au rituel qui aident à se faire une idée de la pratique maçonnique.
A partir de toutes ces sources, on peut finalement arriver à connaître ce qu'était la pratique générale des loges françaises avant l'élaboration des rituels du Rite Français, pratique qui a servi de toile de fond à cette élaboration et lui a fourni ses matériaux.

Trois conclusions se dégagent et doivent être soulignées.

  1. La pratique rituelle française était relativement homogène. Cette homogénéité n'était pas uniformité. Elle n'excluait pas des différences d'une loge à l'autre mais rien ne permet d'attribuer à de telles différences la signification de différences caractéristiques de Rites. Des différences qui nous apparaissent aujourd'hui comme caractéristiques de Rites, par exemple l'ordre différent des mots du premier et du deuxième grades, n'existaient pas alors dans la Maçonnerie française, et les différences qui existaient n'étaient pas perçues ainsi. En fait, la notion de Rites différents dans les grades bleus n'apparaît pas dans les documents de l'époque, elle n'apparaît que pour les hauts grades.
    Il est important de souligner cette unité essentielle de la pratique rituelle française au niveau des grades bleus, parce que certains historiens considèrent que la Maçonnerie française du XVIIIe siècle était partagée en deux grands courants, l'un que l'on caractérise comme "hanovrien'', et qui serait lié à la Grande loge anglaise de 1717, l'autre qui serait indépendant de celle-ci, voire en opposition avec elle, et que l'on caractérise comme "stuartiste'' parce qu'il serait lié au milieu des émigrés stuartistes. Le premier courant serait libéral et "progressiste'', le second, autoritaire et conservateur. Sans vouloir entrer dans l'examen des questions complexes que soulève cette conception, disons que rien dans nos sources n'indique qu'il y ait eu deux Rites qui auraient correspondu à ces courants. Il est vrai qu'il existait des loges constituées par la Grande Loge anglaise de 1717 et d'autres qui étaient nées de façon complètement indépendantes d'elle et avaient souvent été fondées par des émigrés stuartistes, mais rien n'indique qu'il y ait eu des différences de pratique rituelle caractéristiques de ces deux sortes de loges. Au contraire, autant que nos sources nous permettent d'en juger, elles pratiquaient toutes, en substance, la même Maçonnerie.
  2. Cette pratique commune à la Maçonnerie française était en conformité avec celle de la Grande Loge anglaise de 1717, tant dans les Loges qui avaient été constituées par elle que dans les autres. Ici, il y a une opposition qui est certainement pertinente et qui doit être prise en compte, c'est celle des deux Grandes Loges anglaises, dites des "Modernes'' et des "Anciens'', dont la rivalité a marqué l'histoire de la Maçonnerie anglaise pendant toute la deuxième moitié du XVIIIe siècle, et encore au début du XIXe jusqu'à leur union en 1813. La première de ces deux Grandes Loges est celle de 1717. La seconde est celle qui se constitua en 1753 et qui reprochait à la première d'avoir altéré les anciens usages de la Maçonnerie. Les membres de la Grande loge de 1753 appelèrent "Modernes'', par dérision, ceux de la Grande Loge de 1717, et s'intitulèrent eux-mêmes "Anciens'' pour exprimer leur prétention d'être fidèles aux anciens usages. Nous connaissons les principaux points de rituel sur lesquels la pratique des "Anciens'' différait de celle des "Modernes'', dont le plus remarquable était l'ordre des mots du premier et du deuxième grades, et on constate dans nos sources que sur tous ces points la pratique française coïncidait avec celle des "Modernes''. La deuxième conclusion est donc que non seulement la Maçonnerie française présentait une nette homogénéité, mais que dans son fond commun elle était en accord avec la pratique rituelle des "Modernes''.
    On pourrait croire que c'est pour cette raison que le Rite Français est aussi appelé "Rite Moderne''. On n'aurait pas tout à fait tort, mais les choses sont plus compliquées que ça, et nous reviendrons sur la véritable origine de cette appellation.
  3. Malgré cette unité essentielle, la pratique rituelle de la Maçonnerie française présentait, nous l'avons admis, des variations entre les loges. Ces variations devaient inévitablement apparaître dès l'instant qu'il n'y avait pas de rituels officiels. La première Grande Loge de France paraît bien n'en avoir jamais eu, et le Grand Orient de France n'en a eu qu'en 1785 (rappelons que nous parlons ici des grades bleus).

L'origine de ces variations n'est pas toujours claire. Donnons en deux exemples.

Le premier sera celui de l'acclamation. On trouve dans la Maçonnerie Française deux acclamations, Vivat et Houzzai (cette dernière diversement orthographiée suivant les sources, mais cette variation orthographique est sans signification). La première est attestée par exemple dans le rituel des loges de Lyon de 1772 à l'ouverture des travaux, et plus anciennement, mais pour la loge de table seulement, dans des divulgations des années 1740 comme Le Secret des Francs Maçons de l'abbé Pérau (1744). C'est cette acclamation qui a été retenue par le Grand Orient de France dans son rituel de 1785. L'acclamation Houzzai, utilisée aujourd'hui par le Rite Ecossais Ancien et Accepté , apparaît dans l'édition de 1738 des Constitutions d'Anderson (sous la forme huzzah) . En France, elle apparaît dans une divulgation de 1751 (Le Maçon démasqué) à la loge de table. Elle était utilisée par la Mère Loge Ecossaise de Marseille, et par les Loges qui en dérivaient. Il est possible qu'elle ait été à l'origine une particularité (en France) de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, mais ce n'est pas prouvé.

Le deuxième exemple est celui de la disposition des chandeliers. Les sources françaises les plus anciennes mentionnent trois chandeliers disposés "en triangle'', mais les textes ne précisent pas la situation de ce triangle par rapport à la loge. L'iconographie laisse apparaître là aussi des variations. La disposition la plus anciennement et la plus fréquemment attestée est celle que le Rite Français tel que nous le pratiquons a conservée , en accord avec une gravure qui illustre le Régulateur du Maçon de 1801. Mais la disposition que l'on trouve au Rite Ecossais Rectifié et au Rite Ecossais Ancien et Accepté est aussi attestée dans certains tableaux de loge et dans certains rituels . D'autres dispositions sont également attestées par certaines gravures. Ces chandeliers avaient pourtant à l'origine une signification symbolique précise, qui semble d'ailleurs avoir été quelque peu perdue de vue dans les années 1780 : ils représentaient le Soleil la Lune et le Maître de la Loge. Nous ignorons l'origine des variations de position que nous observons. En tout cas, il n'apparaît pas, comme nous l'avons dit, qu'elles aient été perçues comme des différences caractéristiques de Rites.

Mais la principale conséquence de l'absence de rituels officiels, et en même temps la principale source de variations dans la pratique des loges, a été la liberté qu'ont eu les rituels d'évoluer. Les rituels primitifs étaient relativement simples par rapport à l'état dans lequel nous les voyons maintenant, qui est le résultat de cette évolution. Tout en conservant le même noyau primitif, ils ont été considérablement développés et enrichis. Le développement le plus ancien consiste apparemment en les trois voyages que l'on fait faire au récipiendaire autour de la loge pendant l'initiation. Ces trois voyages sont attestés dès le Secret des Francs Maçons de l'abbé Pérau (1744). On ne les retrouve pas dans la Maçonnerie anglaise, ni écossaise (au sens géographique du terme), et rien dans les sources anglo-écossaises n'indique qu'ils s'y soient jamais trouvés. C'est ce qui donne à penser qu'ils ne se trouvaient pas non plus dans la Maçonnerie française primitive, et qu'ils constituent un développement proprement français.

D'autres développements sont venus plus tard, par exemple les épreuves par l'eau et par le feu. Elles n'étaient pas encore pratiquées à Lyon en 1772, où on se contentait des trois voyages sous la forme la plus dépouillée, et il en est de même des versions les plus anciennes du Rite Ecossais Rectifié (1778 et 1785). C'est actuellement le Rite Français qui conserve ces épreuves sous leur forme la plus ancienne, où il n'y a que l'eau et le feu. Le Rite Ecossais Rectifié dans sa dernière version (1787) comprend trois épreuves par le feu, l'eau et la terre, qui véhiculent une signification propre à la doctrine de ce Rite . Le Rite Ecossais Ancien et Accepté, de son côté, a ajouté à l'eau et au feu l'air et la terre, donnant ainsi à ces épreuves une signification alchimique qu'elles n'avaient pas d'abord. Mais cette dernière addition sort de la période que nous considérons, tandis que celle qui apparaît dans la dernière version du Rite Ecossais Rectifié est de l'extrême fin de la période .

On peut encore citer d'autres développements, comme l'épreuve du sang et celle du calice d'amertume. On trouve aussi dans certains rituels une épreuve du fer rouge, que le Grand Orient de France n'a pas retenu dans son rituel de 1785, la jugeant sans doute dangereuse ou exagérément dramatique. Toutes ces innovations contribuaient à la diversification de la pratique rituelle, dans la mesure où elles étaient adoptées par certaines loges et non par d'autres.

Depuis les années 1770, un besoin de mise en ordre et d'uniformisation se faisait vivement sentir, et beaucoup de loges réclamaient du Grand Orient la rédaction de rituels officiels. Pour les grades bleus, leur mise au point fut pour l'essentiel l'oeuvre d'un groupe de Frères qui appartenaient à la Chambre des Grades du Grand Orient de France, et dont le plus connu est Roéttiers de Montaleau. Ils y travaillèrent au cours de l'année 1783, puis leur travail fut soumis à diverses relectures et corrections avant d'être finalement approuvé en 1785, comme on l'a dit. Le préambule du rituel d'apprenti, qui vaut pour l'ensemble des trois grades, indique bien à quel besoin cette rédaction répondait : 
"Un autre point, non moins important, est l'uniformité depuis longtemps désirée dans la manière de procéder à l'initiation. Animé de ces principes, le Grand Orient de France s'est enfin occupé de la rédaction d'un protocole d'initiation aux trois premiers grades, ou grades symboliques. Il a cru devoir ramener la Maçonnerie à ces usages anciens que quelques novateurs ont essayé d'altérer, et rétablir ces premières et importantes initiations dans leur antique et respectable pureté. Les loges de sa correspondance doivent s'y conformer de point en point, afin de n'offrir plus aux Maçons voyageurs une diversité aussi révoltante que contraire aux vrais principes de la Maçonnerie".

On remarque que dans ce texte l'intention d'uniformisation s'accompagne d'une intention de retour aux « usages anciens » et à leur "antique et respectable pureté". Cela doit être pris cum grano salis. S'il y a dans le rituel de 1785 un effort authentique de sobriété dans les cérémonies, il n'est en aucune façon la restauration du rituel de l'initiation tel qu'il était dans les débuts de la Maçonnerie en France. Les innovations ont été triées, mais non toutes éliminées ; au contraire plusieurs d'entre elles ont été retenues et officialisées, comme on le voit suffisamment par les exemples que nous avons donnés.

Cette entreprise de mise en ordre et d'uniformisation n'était pas la première du genre, et elle n'est pas isolée dans la Maçonnerie française des années 1780. Elle avait eu au moins un précédent en dehors du Grand Orient. C'est celui de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, dont nous savons qu'elle avait adopté dès 1774 des rituels officiels qu'elle communiquait aux loges auxquelles elle accordait des constitutions, avec obligation pour ces loges de se conformer à ces rituels . Nous avons d'autre part fait mention du rituel intitulé "grade d'Apprentif des Loges de Lyon en 1772". Il pourrait s'agir, bien que ce ne soit pas certain, du rituel officiel de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon . Il semble donc - et il est assuré dans le cas de la Mère Loge Ecossaise de Marseille - que des autorités maçonniques de province avaient précédé le Grand Orient dans son entreprise. D'autre part, il y a dans les années 1780 une entreprise contemporaine et parallèle à celle-ci, et dont le résultat nous est parvenu : c'est celle qui a produit les rituels du Rite Ecossais Rectifié. L'élaboration des rituels du Rite Français se situe donc dans un mouvement plus large, qui correspondait à une nécessité ressentie un peu partout dans la Maçonnerie française.

On peut, à partir de cette étude historique, préciser la place du Rite Français, sinon dans l'ensemble de la Maçonnerie pratiquée dans le monde, du moins dans celle qui est pratiquée en France.

La meilleure manière de caractériser la place du Rite Français est de dire qu'il est le représentant le plus fidèle, parmi les rites actuellement pratiqués en France, de la pratique commune de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle. Cela résulte de ce que nous avons déjà dit, à savoir qu'il n'est pas autre chose que le résultat d'une entreprise de mise en ordre et d'uniformisation de cette pratique. Cela répond, croyons-nous, à une question qu'on entend souvent poser : quelle est la spécificité du Rite Français ? A cette question nous répondons volontiers que la spécificité du Rite Français est de n'en pas avoir. Si en effet il en a une, elle n'est autre que celle qui consiste à être représentatif d'un certain tronc commun maçonnique, à partir duquel se sont différenciés, comme des rameaux, d'autres rites doués de caractères distinctifs.

La comparaison avec le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous permet également d'éclaircir un point que nous avons effleuré, mais que nous avons laissé en suspens : celui de l'origine de l'appellation "Rite Moderne''. Cette appellation, pas plus que celle de "Rite Français'', n'a été choisie par les fondateurs du Rite, elle ne s'est introduite que plus tard. En fait, elle a d'abord été donnée, de l'extérieur, au Rite Français, par les Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui à l'imitation de la Grande Loge anglaise des "Anciens'', intitulaient leur propre Rite "Rite Ancien'' et intitulaient le Rite Français "Rite Moderne''. Cela apparaît bien dans le Guide des Maçons Ecossais, dans lequel le Vénérable, après avoir instruit le nouvel initié des mots, signes et attouchements du grade d'apprenti, lui dit : 
"Mon Frère, la Maçonnerie est connue dans tout l'univers, quoiqu'elle soit divisée en deux Rits , qu'on distingue par Rite ancien et Rit moderne. Néanmoins ils reposent sur les mêmes bases, sur les mêmes principes. Nous travaillons sous le Rite ancien, ou écossais , parce qu'il est la plus pure essence de la Maçonnerie, parce qu'il est le même qui nous a été transmis par les premiers fondateurs de l'Ordre . Voici actuellement les mots, signes et attouchements du Rit moderne [...] ".

Malgré l'intention polémique qu'il comportait, ce rattachement du Rite Français à la Grande Loge anglaise dite des "Modernes'' n'était pas sans fondement dans la mesure où, comme nous l'avons dit, la pratique rituelle française codifiée dans le rituel de 1785 et dans le Régulateur du Maçon de 1801 était conforme à celle de cette Grande Loge, sans que pour autant celle-ci ait joué un rôle exclusif, ni même prépondérant, dans l'introduction de la Maçonnerie en France. Les Maçons du Rite Français, quoique sensibles à l'intention péjorative qui avait présidé à son introduction, ne purent empêcher le succès que connut l'appellation de "Modernes'', et durent s'en accommoder, tout en ne perdant pas une occasion d'affirmer que le Rite "Moderne'' n'était pas moins ancien que le Rite "Ancien''. Quant à nous, sans entrer dans cette querelle, nous ne pouvons que constater que l'appellation de "Rite Moderne'' et celle de "Rite Français'' s'imposèrent assez rapidement, comme synonymes l'une de l'autre, au cours de la première ou des deux premières décennies du XIXe siècle.
Il faut noter que l'appellation de "Rite Moderne'' s'étendit même au système des hauts grades du Rite Français, alors que dans ce cas, contrairement à ce qui se passe pour les grades bleus, elle n'a plus l'ombre d'une justification historique. Les hauts grades du Rite Français n'ont rien à voir, pas plus que ceux du Rite Ecossais Ancien et Accepté, avec la grande Loge des "Modernes'', qui ne pratiquait pas de hauts grades. Les uns et les autres sont pris dans le fonds commun des hauts grades qui foisonnaient en France au XVIIIe siècle.
L'histoire de l'origine des hauts grades du Rite Français comporte des péripéties assez complexes. Nous ne ferons qu'en rappeler les principaux points. Le travail fut commencé par la Chambre des Grades du Grand Orient de France, créée en 1782 avec la mission précise de mettre au point le système de hauts grades destiné à devenir le système officiel du Grand Orient. Ce travail était guidé par le même souci de mise en ordre et d'uniformisation que nous avons vu présider à la mise au point des rituels des grades bleus. Déjà, dans les grades bleus, ce travail avait comporté un aspect de sélection parmi les développements rituels qui étaient survenus au cours d'un demi-siècle de Maçonnerie française (par exemple certaines épreuves un peu trop grand-guignolesques avaient été rejetées). Cet aspect de sélection s'imposait encore bien plus pour les hauts grades, car ces derniers foisonnaient et se présentaient sous un grand nombre de versions différentes dans lesquelles on trouvait le meilleur et le pire. Aussi la Chambre des Grades commença-t-elle par un travail préliminaire de documentation, qui consistait à collecter des cahiers de grades, à les étudier, à les classer, afin de pouvoir dans une deuxième étape rédiger à partir de là les grades qui seraient retenus.

La Chambre des grades s'acquitta de cette tâche documentaire avec beaucoup de sérieux, mais pour des raisons qui ne sont pas bien connues elle ne passa jamais à la deuxième étape, celle de la rédaction des hauts grades. A partir du début de 1783, elle s'occupa, comme on l'a vu, de la rédaction des grades bleus, quoique ce n'ait pas été là la tâche qui lui avait été initialement assignée. Le travail de rédaction des hauts grades fut réalisé dans le cadre d'un organisme qu'une partie des membres de la Chambre des Grades, sous la conduite de Roéttiers de Montaleau (toujours lui), créèrent en marge du Grand Orient le 2 février 1784, et qui s'appela le Grand Chapitre Général de France. Ces Frères n'avaient pas l'intention de s'ériger en un organisme rival du Grand Orient, mais seulement, semble-t-il, d'avoir les coudées franches pour réaliser le travail de rédaction des hauts grades comme ils l'entendaient, et de remettre ensuite au Grand Orient le résultat de ce travail.

Les animateurs du Grand Chapitre Général de France avaient l'intention de réunir leur Grand Chapitre au Grand Orient de France, et ils ouvrirent à cette fin des négociations avec celui-ci. Ces négociations traînèrent en longueur pour différentes raisons qui n'ont qu'un intérêt plus ou moins anecdotique . Elles aboutirent enfin à la réunion attendue, dont le principe fut voté dans la 178e assemblée du G.O.D.F., le 4 mai 1787, et dont les modalités furent précisées dans les assemblées suivantes. Par cette réunion, le système mis au point par le Grand Chapitre Général de France devenait le système officiel de hauts grades du Grand Orient.

En quoi consistait ce système ?
Les membres du Grand Chapitre Général de France, s'appuyant sur le travail de documentation qu'ils avaient réalisé dans la Chambre des Grades, classèrent les haut grades en cinq « ordres ». Cette notion d'ordre était une nouveauté, et elle ne doit pas être confondue avec celle de grade. Un ordre est un ensemble de grades, chaque grade pouvant lui-même exister en plusieurs versions. Le premier ordre comprenait les grades d'Elu, mais aussi un certain nombre d'autres grades qui se conféraient habituellement entre la maîtrise et les grades d'Elus. Le deuxième ordre comprenait les grades d'Ecossais. Le troisième ordre comprenait essentiellement un seul grade, celui de Chevalier d'orient, et il en était de même du quatrième ordre, correspondant au grade de Rose-Croix. Tous les grades qui n'entraient pas dans les ordres précédents furent réunis dans un cinquième ordre. Le Grand Chapitre Général de France décida de rédiger, pour chacun des quatre premiers ordres, un grade unique relevant de cet ordre. Pour le premier ordre, ce fut le grade d'Elu Secret, pour le deuxième ordre celui de Grand Elu Ecossais. Pour le troisième ordre, on arrêta une version du grade de Chevalier d'Orient, et pour le quatrième ordre une version du grade de Rose-Croix. Ces quatre grades étaient destinés à être pratiqués. Pour le cinquième ordre, on ne rédigea pas de grade, car les grades qui relevaient de cet ordre n'étaient pas destinés à être pratiqués, mais seulement étudiés. C'est ainsi que la carrière initiatique d'un Maçon du Rite Français, dans les hauts grades, passe par quatre grades : le grade d'Elu secret, qu'il reçoit dans le Chapitre ouvert en son premier ordre ; le grade de Grand Elu Ecossais, qu'il reçoit dans le Chapitre ouvert en son deuxième ordre ; le grade de Chevalier d'orient, qu'il reçoit dans le Chapitre ouvert en son troisième ordre ; et le grade de Chevalier Rose-Croix, qu'il reçoit dans le Chapitre ouvert en son quatrième ordre.

Lorsqu'on compare les hauts grades du Rite Français avec les hauts grades d'autres Rites, on se rend compte que les différents systèmes de hauts grades ont été faits à partir d'une même matière, à savoir ce foisonnement de grades qu'offrait la Maçonnerie française d'avant 1780. Chaque Rite a traité cette matière à sa façon, en choisissant de retenir plus ou moins de grades, en conservant distincts des grades voisins ou au contraire en les réduisant en un seul. C'est pourquoi il y a des thèmes que l'on retrouve dans plusieurs systèmes, mais dans l'un on les trouve dans des grades différents, tandis que dans l'autre on les trouve réunis dans un seul grade.

Le choix des grades retenus, et de la version particulière qui en a été adoptée ou rédigée, la mise en relation des grades les uns avec les autres, la progression ménagée de l'un à l'autre, donnent à chaque Rite son caractère propre. Cela vaut entre les hauts grades, cela vaut aussi entre eux et les grades bleus, car, pour le Rite Français en tout cas, tous ces grades ont été conçus comme formant un tout cohérent (n'oublions pas que le travail sur les grades bleus et le travail sur les hauts grades a été fait par les mêmes hommes).
Ce caractère exprime un esprit, et il y a incontestablement un esprit du Rite Français comme il y a un esprit de chacun des autres Rites. Nous ne chercherons pas cependant à le définir ici, nous en tenant au point de vue historique qui a été le nôtre tout au long de cette note. L'esprit d'un Rite ne peut pas se laisser enfermer dans quelques phrases lapidaires, surtout lorsque, comme c'est le cas pour le Rite Français, il n'a pas de doctrine explicite, son esprit s'exprimant uniquement à travers ses rituels. Lorsqu'on veut dire en quelques phrases l'esprit d'un Rite, même quand il a une doctrine, on est guetté par les approximations, les réductions et les malentendus. En fait, l'esprit d'un Rite ne se laisse découvrir que de l'intérieur, par la fréquentation assidue et la pratique de ses rituels.

Source : le blog de Montaleau

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 09:05

(Bibliothèque de Lyon. Fonds Costes. ms 5937 (307)


Lorsque le jour de réception d’un profane est arrivé et que l’heure indiquée a sonné, le Vénérable entre en Loge, précédé de ses deux Surveillants, qui doivent examiner si personne ne s’est glissé et caché dans la Loge. S’en étant bien assuré, ils disent au Maître des Cérémonies de faire entrer tous les Frères en commençant par les plus hauts grades. Lorsque toute la Loge est assemblée, le Vénérable frappe un coup et dit :

“ Mes Frères, aidez-moi à ouvrir la Loge. Frère premier Surveillant, quel est le devoir des Surveillants ?”

Le premier Surveillant : “ C’est de voir si la Loge est couverte ”.

Le Vénérable : “ Frère premier Surveillant, assurez-vous de l’intérieur, tandis que le Frère deuxième Surveillant s’assurera de l’extérieur de la Loge.”

Le premier Surveillant dit au deuxième Surveillant :

“ Frère deuxième Surveillant, tandis que je vais tuiler l’intérieur, ayez soin de tuiler l’extérieur de la Loge, écartez-en les profanes.”

Le Frère deuxième Surveillant ayant mis la Loge à couvert, frappe trois coups sur l’épaule du premier Surveillant et lui dit :

“ Frère premier Surveillant, la Loge est couverte à l’extérieur.”

Le premier Surveillant dit :

“ Vénérable, la Loge est parfaitement couverte, tant en dehors qu’en dedans, nul profane ne peut voir ni entendre nos mystères, nous pouvons commencer.”

Le Vénérable frappe trois coups et dit :

“ A l’ordre, mes Frères.”

Le premier et le deuxième Surveillants répètent et tous les Frères en apprentif.

 

OUVERTURE DE LA LOGE

 

Le Vénérable : “Frère premier Surveillant, que venez-vous faire ici ? ”

Le premier Surveillant : “Vénérable, vaincre mes passions, soumettre mes volontés et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.”

Le Vénérable : “Etes-vous Maçon ? ”

A.  : “Mes Frères et compagnons me reconnaissent comme tel.”

D.  : “A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ? ”

A.  : “Au signe, au mot et à l’attouchement.”

D.  : “Qu’entendez-vous par signe ?”

A.  : “Tout ce qui a rapport à mon obligation, ou bien toute équerre, niveau ou perpendiculaire.  ”

D.  : “Qu’entendez-vous par attouchement ?”

A.  : “Certaines manières réglées et mystérieuses prendre la main pour se reconnaître.”

D.  : “Qu’entendez-vous par le mot ?”

A.  : “Une parole consacrée et mystérieuse qui sert à nous faire reconnaître.”

D.  : “Donnez-moi le signe d’appr:. ”

On le donne

D.  : “Que signifie-t-il ?”

A.  : “Il me rappelle mon obligation et la peine à laquelle je me suis soumis qui est d’avoir la gorge coupée au cas que je devienne parjure.”

D.  : “Donnez l’attouchement au Frère le plus voisin de colonne pour qu’il me parvienne par le midy. Le Frère deuxième Surveillant fera de même de son côté pour qu’il me parvienne par le septentrion.”

On le fait

Le Vénérable : “Quel est le mot d’app:. ?”

Le premier Surveillant : “Je vous le donnerai comme je l’ai reçu.”

On le donne

Le Vénérable : “Où se tient le Vénérable en Loge ?”

Le premier Surveillant : “A l’Orient.”

Le Vénérable : “Pourquoi ?”

Le premier Surveillant : “Comme le soleil commence sa carrière de ce côté, de même le Vénérable s’y tient pour ouvrir la Loge, I’éclairer et mettre les ouvriers au travail.”

Le Vénérable : “A quelle heure s’ouvre la Loge d’appr:. ? ”

Le premier Surveillant : “A midi” (dans quelques Loges, on dit à la première heure).

Le Vénérable : “Quelle heure est-il ?”

Le premier Surveillant : “Midi plein” (la 1ère d’un jour très brillant).

Le Vénérable : “Pourquoi dites-vous cela ?”

Le premier Surveillant : “Parce que le grade d’apprentif est le premier.”

Le Vénérable frappe en app. et dit : “Puisqu’il est midi plein, Frères premier et deuxième Surveillants, avertissez chacun sur votre colonne que la Loge d’app:. est ouverte. ”

En disant cela, le Vénérable et tout l’Orient font le signe d’app:.

Le premier Surveillant interpelle les Frères qui sont sur sa colonne, chacun par ses qualités et grades, et dit que la Loge d’app:. est ouverte. En disant cela, il fait le signe d’app:. et tout le midy le fait en même temps que lui.

Le Vénérable Surveillant fait de même, ainsi que la colonne du Septentrion.

Le Vénérable et tous les Frères ayant fait ensemble la triple acclamation, s’écrient:.:.:. ...

 

FORMULE DE RECEPTION

 

Le Vénérable : “Mes Frères, nous sommes assemblés pour procéder à la réception au grade d’apprentif, de M. N. qui a été admis unanimement par le tenu de la dernière assemblée de laquelle le Frère secrétaire va vous lire le verbal.”

Le Frère secrétaire fait lecture dudit verbal.

Le Vénérable : “Mes Frères je vous prie de réitérer votre consentement si vous persistez dans la même intention. Si quelqu’un de vous a quelques raisons valables d’opposition, qu’il les dise hardiment, nous sommes tous Maçons, par conséquent discrets.”

Le Vénérable frappe un coup pour avertir les Frères de donner leur consentement en étendant la main droite sur le tracé de la Loge. Le consentement étant donné, le Vénérable députe un Frère pour préparer le profane, avant que le Frère Terrible sorte de la Loge.

Le Vénérable dit au Frère proposant : “Le discernement que cette Loge a toujours connu en vous, et le zèle que vous avez témoigné pour le service de l’art royal, nous sont garantie que le sujet proposé vous est parfaitement connu, et que vous nous répondez foi de Maçon des bonnes qualités du récipiendaire. C’est sur votre témoignage qu’il va être introduit, mais souvenez-vous que vous vous engagez formellement pour lui, et que vous nous répondez personnellement de ce profane. N’oubliez pas que vous vous engagez de plus à l’instruire de notre doctrine et de nos mystères. Je vous déclare au nom de cette Loge qu’il ne sera point admis à aucun autre grade, qu’il ne nous ait donné des preuves de sa condition, de sa sagesse, de son zèle. C’est à ces conditions m.c.f. que la Loge vous accepte pour répondant. Allez donc avec le Frère Préparateur le mettre dans l’état convenable à sa réception.”

Le Surveillant Proposant et le Frère Préparateur sortent ensemble et vont auprès du récipiendaire dans la Chambre des réflexions ; ils doivent l’aborder d’un air sérieux et poli. Le proposant lui fait une exhortation et lui dit qu’il espère n’avoir point à rougir de ce qu’il l’a proposé à la Loge. Il lui demande la rétribution prescrite par les règlements et le laisse entre les mains du Frère Préparateur. Il rentre en Loge et remet au Frère Trésorier les droits de réception de la part du Profane.

Le Surveillant Préparateur ayant fait quelques questions au récipiendaire, relatives à la démarche qu’il fait de se présenter pour être reçu, il doit lui présenter le danger des épreuves auxquelles il va être soumis et l’importance des obligations qu’il va contracter. Que la démarche qu’il fait est de la plus grande conséquence ; une fois engagé, il ne pourra plus s’en dédire, qu’il examine sérieusement ses dispositions, ses forces et son courage ; il est encore libre de se retirer, s’il a le moindre regret.

S’il le voit dans une ferme résolution, il lui dira d’un ton ferme :

“ Monsieur, êtes-vous déterminé à obéir aveuglément et sans résistance, sur tout ce que je vais exiger de vous ? ”

Si le récipiendaire répond OUI, le Surveillant Préparateur poursuit :

“ Donnez-moi donc votre épée (s’il en a une), votre argent, votre montre, votre tabatière si elle est en métal, vos bagues, tous vos bijoux, vos boucles de souliers, de jarretière, même ceinture de culotte enfin tout ce que vous avez sur vous de métal sans oublier même les épingles. Cette précaution est absolument nécessaire.

Il ajoute, après avoir fait tout cela :

“Ce n’est pas encore assez Monsieur, il faut ôter vos jarretières, mettre votre soulier gauche en pantoufles, découvrir à nu votre genouil droit, quitter votre habit et votre veste, sortir votre bras gauche hors de la chemise, découvrir votre poitrine et votre mamelle gauche, vous voilà actuellement dans l’état où vous devez vous présenter. Voyez à présent, Monsieur, le cas que nous faisons des parures et des ajustements profanes. En ouvrant sur votre situation actuelle les yeux de l’âme, fermez ceux du corps, vous allez en être privé pour quelque temps. Heureux si le premier usage que vous en ferez est pour apercevoir la véritable lumière. Le bandeau mystérieux dont je vais les couvrir, va vous faire perdre de vue tous les objets qui ont jusqu’à présent fixé vos regards profanes. Etes-vous dans la ferme résolution de faire ce sacrifice à notre ordre ? Vous devez bien sentir que toutes ces préparations nous rendent absolument maîtres de vous. Vous êtes en notre pouvoir. c’est vous-même qui vous y êtes livré de votre propre mouvement, nous sommes assez généreux pour vous remettre en liberté si vous vous repentez de cette démarche. Nous n’exigerons pas même le secret de votre part sur ce qui s’est déjà passé. Ainsi, consultez-vous et ne faites rien dont vous dussiez vous repentir.”

Si le récipiendaire persiste, on lui met le bandeau sur les yeux en lui demandant sa parole d’honneur qu’il ne voit pas. En fait, le Frère Préparateur, le laissant en cet état à sa réflexion, rentre en Loge et vient rendre compte au Vénérable des dispositions du récipiendaire en lui apportant tous ses métaux.

Le Vénérable ayant donné ordre au Frère Préparateur d’aller chercher le profane, il va le prendre dans la Chambre des Réflexions par la main droite, lui fait appuyer de la gauche la pointe de l’épée sur la poitrine, en cet état le conduit jusqu’à la porte de la Loge à laquelle il frappe en Maçon. Le deuxième Surveillant en avertit le premier et celui-ci le Vénérable qui dit de voir ce que c’est. Le Vénérable Surveillant entrouvre et demande qui frappe ? Le Surveillant Préparateur répond : “ C’est un gentilhomme profane qui demande à être reçu Maçon ”. Le deuxième Surveillant referme et rend cette réponse au Vénérable par le premier Surveillant.

Le Vénérable dit :

“Demandez-lui son nom, son surnom, son pays, son âge, sa profession et sa religion.”

Le Frère Préparateur rend réponse à toutes ces questions.

Le Vénérable : “Demandez-lui encore s’il est dans les dispositions d’être fidèle à la Religion, à son Prince, à l’Etat, à l’Ordre du Maçon, d’aimer et de secourir ses Frères ”

On rend réponse

Le Vénérable : “ Demandez au Frère Préparateur si ce profane est en état décent et s’il est soumis à toutes les épreuves que nous lui avons proposées.”

Le deuxième Surveillant lui ayant rendu réponse, le Vénérable frappe en Maçon et dit : “Introduisez le profane en la manière accoutumée.”

Le deuxième Surveillant ouvre la porte. Le Frère Préparateur ayant introduit le récipiendaire entre les deux Surveillants, lui dit : “ C’est dans ce moment terrible M. , que vous devez vous armer de courage, j’ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour vous mettre en état d’être reçu Maçon, c’est à vous d’achever par votre fermeté et votre constance, la carrière que vous avez commencée. Je vous abandonne à présent pour ne vous plus revoir de ma vie, à moins que vous ne vous rendiez digne de devenir mon Frère. Adieu, Frère Surveillant, je vous remets ce profane, vous en répondez à présent ”. Le Frère deuxième Surveillant lui met la main sur l’épaule gauche et lui saisit le bras gauche, il dit alors :

“Frère premier Surveillant, le profane est entre nos mains.”

Le premier Surveillant met sa main gauche sur l’épaule droite du récipiendaire et lui saisit le bras droit. Il dit alors :

“Vénérable, le profane est entre nos mains, nous sommes Maîtres de lui.”

Le Vénérable ayant frappé en Maçon, tous les Frères se lèvent et se tiennent debout sans remuer, cracher ni moucher. Alors, le Vénérable, s’adressant au récipiendaire, lui dit d’un ton ferme et imposant :

“M. N. N., que pensez-vous faire ici ?”

“N’est-ce point la fin de curiosité qui vous amène ici, parlez vrai ?”

“Quel autre motif a pu vous déterminer, vous qui n’avez aucune idée de nos mystères ?”

“Vous sentez-vous assez de force et de courage pour supporter les épreuves par lesquelles il vous faudra nécessairement passer, quelque violente qu’elles puissent être ?”

“Etes-vous dans la disposition sincère d’aimer vos Frères, de les secourir dans leur besoin, les aider de vos lumières et de vos conseils, de votre bourse même, autant que vos moyens vous le permettront et de risquer votre vie pour secourir un de vos Frères en danger de perdre la sienne ?”

“Pouvez-vous, sans indiscrétion et sans nommer personne, ni la donner à connaître, nous confier en nous racontant quelque trait de bienfaisance de votre part ? Vous ne devez pas comprendre sous ce titre l’aumône faite à un pauvre, dont l’importunité a été peut-être l’unique cause, il nous faut des faits réels et que vous puissiez accorder avec la discrétion d’un galant homme.”

Si le récipiendaire a cité quelque action bienfaisante de sa part, le Vénérable lui dira :

“Nous n’attendions par moins, Monsieur, de votre grandeur d’âme et de la noblesse des sentiments qui vous ont ouvert ce Temple de la bénéficience ; ce que vous venez de nous dire est d’un augure très flatteur pour notre Loge, voilà Monsieur, des actions qui nous assurent des qualités de nos candidats. Après une action d’humanité aussi belle, nous ne devons plus avoir de méfiance à votre égard, nos craintes commencent déjà à s’évanouir. Les épreuves qui vous restent à subir vont pour jamais nous attacher à vous par des liens indissolubles. Mais, avant d’aller plus loin, je dois vous assurer que la fausseté des imputations que des ennemis jaloux nous font chaque jour, les foudres du Vatican injustement lancées contre nos temples, en ont respecté les murs : une fausse prévention ayant fait élever des orages contre nous, la sagesse du Maçon les a dissipés, notre conduite et nos œuvres nous ont fait connaître. Etre fidèle à la Religion, à son Prince, à l’Etat, aimer ses Frères, les aider dans leurs besoins, étendre nos vues de bienfaisance jusque sur le profane, fuir et détester le vice, plaindre les vicieux sans les haïr, voilà en abrégé Monsieur quels sont nos devoirs, nos lois, notre morale, si dans la suite vous apercevez le contraire de ce que je vous dis vous pouvez vous devez même le révéler, le publier : ainsi, n’ayez aucun regret de vous engager dans un Ordre respectable, cet honneur et cette faveur insigne sont recherchés tous les jours par des princes, des nobles et des roturiers. Ils se font gloire de se donner le doux nom de Frère. Selon ce que vous venez d’entendre, quelles sont vos dispositions ? Parlez librement, nous ne demandons que des sujets sincères et vrais. Qu’une fausse honte de vous désister de votre entreprise, ne vous engage pas à faire une démarche qui put vous causer un repentir. Vous êtes libre de profiter de ce moment de liberté qui vous reste, elle va expirer et il ne nous sera plus possible de vous la rendre ; voulez-vous vous retirer, partir ? ”

On laisse le profane à ses réflexions pendant un moment, après lequel, s’il persiste, le Vénérable ordonne au Frère deuxième Surveillant de le faire voyager.

Le deuxième Surveillant prend alors le récipiendaire et le fait voyager trois fois autour de la Loge, en commençant par le Septentrion et finissant par le Midi. Après chaque tour, les Frères secouent leur tablier. Le récipiendaire ayant fini ses voyages, le Vénérable Surveillant dit : “ Frère premier Surveillant, je vous remets le profane, commencez vos fonctions, les miennes sont finies.”

Le Vénérable dit alors au premier Surveillant de reconduire le profane à l’Orient. Le récipiendaire étant alors au pied du trône, le Vénérable lui dit : “ Monsieur, les épreuves que vous avez subies sont légères en comparaison de celles que vous avez à essuyer, je vous en avertis afin que vous puissiez agir en pleine liberté ; persistez-vous avec le même courage que vous avez témoigné jusqu’à présent ? ”

 Après la réponse du candidat, on le fait asseoir sur un tabouret et le Vénérable lui adresse le discours suivant :

“ Monsieur, I’empressement que vous avez montré pour entrer dans le très ancien, très respectable et illustre Ordre des Frères Maçons et le témoignage authentique que notre cher Frère, votre proposant, nous a rendu de vos qualités, nous font un présage heureux que vous possédez les vertus nécessaires pour parvenir au Temple de la Vérité. Mais, avant de vous dévoiler nos mystères sacrés, il faut qu’au nom de cette respectable société, dont j’ai l’avantage d’être le chef, j’entre avec vous dans le détail des qualités qui doivent caractériser un vrai Maçon. Sans chercher à combattre les préjugés répandus contre notre Ordre, préjugés dont la fausseté se démontre au premier examen, je vais m’attacher uniquement à vous rappeler les dispositions que nous exigeons de vous et les règles auxquelles il faudra nécessairement vous soumettre pour arriver à la perfection dont il est le but. Tous les législateurs politiques n’ont pu former des établissements durables ; quelque sages qu’aient été leurs lois, elles n’ont pu s’étendre dans tous les pays et dans tous les siècles. Comme elles avaient dans chaque Etat des vues particulières, elles n’ont pu devenir universelles, ni convenir au goût et au génie de chaque nation. L’amour de la patrie mal entendu et la diversité des intérêts, détruisant bientôt chez les uns et les autres, l’amour de l’humanité. Dès lors, le monde entier, qui dans sa primitive institution ne devait former qu’une république universelle, dont chaque nation était une famille et chaque particulier un enfant, vit la discorde, la haine, la jalousie, l’orgueil, le vil intérêt lui déchirer le flanc ; tous les membres épars de ce grand corps sanguinolent et se détruisant bientôt par eux-mêmes. Ce fut pour faire revivre et répandre ces anciennes maximes, prises dans la nature même de l’homme, que notre Ordre fut établi. Voulant par là, réunir tous les hommes d’un esprit éclairé et d’une humeur douce et agréable, non seulement par l’amour des beaux arts, mais encore plus par les principes de la vertu la plus éprouvée. Telle a été Monsieur, l’intention de nos ancêtres, quelle obligation n’avons-nous pas à ces hommes supérieurs, qui uniquement guidés par le désir d’un bien général, ont imaginé un établissement dont le seul but est la réunion des esprits et des œuvres cimentée par les liens de la plus solide vertu ? La saine morale est l’étude la plus essentielle de notre société. Les beaux arts et la contemplation de la nature viennent ensuite nous distraire agréablement en élevant notre esprit vers le Créateur. Si les Ordres religieux furent établis pour rendre les hommes plus parfaits, les Ordres militaires pour inspirer l’amour de la gloire ; l’Ordre des Francs-Maçons fut institué pour former des hommes aimables, de bons citoyens et de bons sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles observateurs des lois de l’amitié et plus amateurs de la vertu, que des récompenses qui lui sont dues. Nous bannissons de nos Loges toutes disputes pouvant altérer la tranquillité de l’esprit, la douceur des mœurs et les sentiments d’amitié que nous devons à nos Frères. C’est là qu’uniquement occupés du soin de nous instruire, nous pratiquons le bien et démasquons le vice. C’est là que l’orgueil est forcé de plier et qu’une aimable égalité est substituée aux vains titres de grandeur et de noblesse. C’est là enfin, que la Charité, la mère et le principe des autres vertus, y brille dans tout son éclat et embellit un Ordre dont elle est le soutien et le fondement. Loin de rien entreprendre contre les intérêts de la Religion, du Prince et de l’Etat, nos vœux les plus sincères ne tendent qu’à la gloire du suprême architecte de l’univers, qu’à la prospérité du souverain qui nous gouverne et à la splendeur de l’Etat dans lequel nous vivons. Mais un profond silence sur des matières si respectables nous est expressément ordonné, sous peine d’exclusion irrévocable. Enfin, les dernières qualités que nous exigeons encore de vous, sont une discrétion à toute épreuve sur tous les secrets qui vous ont été révélés, une volonté ferme et constante d’aimer vos Frères, de les protéger, de les secourir dans leurs besoins, de les éclairer de vos lumières, de les édifier par vos bons exemples, de sacrifier tout ressentiment personnel, et de rechercher en un mot, tout ce qui peut contribuer à la paix, à la concorde et à l’union de la Société. Je ne sais Monsieur, si j’aurai réussi dans le plan que je viens de vous offrir des obligations que vous allez contracter, mon dessein a été de vous frayer la voie que vous devez suivre, j’espère que l’ardeur que vous témoignez suppléera à tout ce qui me reste à vous dire. Puisse le Grand Architecte de l’Univers, nous accorder toute la satisfaction que nous nous promettons, et que votre initiation s’accomplisse pour la plus grande gloire, la prospérité de l’Ordre et votre avancement dans la perfection. Selon ce que je viens de vous dire, Monsieur, êtes-vous résolu de prononcer avec toute la liberté d’esprit, l’engagement et l’obligation que je vais vous dicter ? Etes-vous dans la ferme résolution et la signer et sceller de votre sang ? En ce cas-là, Monsieur, mettez-vous à genoux, pour venir vous-même, découvrez la place de votre cœur, à nu ; la pointe de ce compas doit reposer dessus, tandis que vous prononcerez le serment redoutable qui va vous ouvrir la porte de notre Temple. Levez la main droite vers le trône de l’Etre Suprême qui vous voit et vous entend, répétez avec moi.”

A l’instant où le profane va prononcer son engagement, le Vénérable frappe le coup de silence, tous les Frères s’approchent en tournant sur lui la pointe de leurs épées. Le premier Surveillant dit alors brusquement au récipiendaire :

“Arrête, téméraire ! Tu vas prononcer l’arrêt de mort. Tremble dans ce moment redoutable. Si ton cœur n’est pas d’accord avec ta bouche, retire-toi.”

Le Vénérable lui fait répéter mot à mot la formule suivante :

 

FORMULE

 

“Oui ! grand Dieu, je promets d’être fidèle à ta sainte religion, à mon souverain et à ma patrie, d’aimer et de secourir mes Frères dans leurs besoins, autant que mes facultés et la providence me le permettront. Je promets un attachement et une fidélité inviolables à l’Ordre respectable du Franc-Maçon. Je promets, en homme d’honneur, de garder très étroitement le secret sur les mystères qui me seront confiés, étant résolu fermement, de perdre plutôt la vie que de révéler à un profane, rien de ce qui a rapport à la Maçonnerie. Plutôt que de manquer à ma parole, je préférerai avoir la gorge coupée, mon corps brûlé et mes cendres jetées au vent. Que le Grand Architecte de l’Univers soit à mon aide et me préserve d’oublier mes engagements.”

Le Vénérable dit ensuite :

“Vous voilà maintenant engagé d’une manière irrévocable, il n’est plus en votre pouvoir de vous rétracter, vous nous appartenez bien légitimement, puisque vous vous êtes donné volontairement à nous. Je compte qu’en répétant avec moi, vous avez senti la force et l’étendue des obligations que vous contractiez et que vous êtes bien dans l’intention de les exécuter. Voyons à présent si votre sang est aussi pris que votre volonté.”

En donnant trois coups de maillet sur la tête du compas qui repose sur son cœur, il lui dit :

“Par le pouvoir dont cette respectable Loge m’a revêtu, je vous reçois Maçon. Levez-vous. Le titre de Frère va désormais vous appartenir et je vais proclamer votre admission aux quatre parties de ce Temple.”

“Frères premier et deuxième Surveillants, Vénérables passés Maîtres, Vénérable en exercice, Off. Dign:. M en F:. G:. qui composez cette R:. L:. reconnaissez le F:. N pour apprentif Maçon et applaudissons à son admission.”

 

On fait la triple acclamation.

 

“Frère premier Surveillant, reconduisez le Frère à l’Occident et mettez-le en état de voir la Lumière.”

Le premier Frère l’emmène à l’Occident, lui ôte les bandeaux et ne les laisse tomber que lorsque le Vénérable a frappé le troisième coup du signal, à l’instant deux Frères placés aux deux côtés du récipiendaire jettent sur une bougie allumée une pincée de poix résinée, pour faire une grande flamme au moment où il voit le jour. Lorsque le bandeau est levé, le premier Surveillant dit au Vénérable : “Tout est prêt”. Les Frères ont eu soin de tourner la pointe de leurs épées contre le récipiendaire et le Vénérable dit : “Mon Frère, ces épées dont vous voyez la pointe dirigée contre votre cœur, vous annoncent le châtiment qui vous serait réservé si jamais vous deveniez indiscret, de même qu’elles vous assurent du secours que vous devez attendre de vos Frères, si vous étiez dans le cas d’en avoir besoin.”

Le Vénérable frappe ou remet les épées : le Patron du récipiendaire vient l’embrasser et le conduit hors de la Loge pour le faire habiller. Il le conduit ensuite entre les deux Surveillants, lesquels avertissent le Vénérable que le récipiendaire demande à être revêtu en Maçon. Le Vénérable ordonne à son Frère premier Surveillant de faire monter les trois marches d’escalier et de faire avancer le récipiendaire par trois pas d’app:.. Le récipiendaire étant en face du Vénérable, le Vénérable dit :

“ M:. C:. F:. vous entrez dans un nouveau monde, bien différent de celui dont vous sortez. Il faut vous dépouiller de toutes les passions qui pourraient affaiblir les heureuses dispositions que nous avons remarquées en vous, décoré des ornements maçonniques dont nous allons vous revêtir. Faites-nous connaître de plus en plus votre zèle et votre attachement à vos devoirs, que vous êtes digne de la faveur signalée que nous allons vous faire, et justifier notre choix par votre exactitude à les remplir. Je vais commencer à vous dévoiler nos mystères, mais ne croyez pas parvenir tout d’un coup dans le sanctuaire de la vérité. Un voile épais vous la cachera encore longtemps (ou pendant quelque temps), ce n’est que dans le dernier des hauts grades, que vous la verrez toute nue ; nous allons seulement vous confier quelques objets de la Maçonnerie qu’on appelle allégorique, méritez par votre conduite que nos emblèmes vous soient expliqués.”

 

HISTOIRE DU GRADE

 

“Quoique notre Ordre soit fort ancien, pour des raisons que vous saurez ensuite, nos ancêtres ont jugé à propos de fixer la première époque de la Maçonnerie à la construction du Temple, sous le règne de Salomon. Comme cet édifice était considérable, il était nécessaire d’établir un Ordre pour faire exécuter sans confusion tous les différents ouvrages. Le sage roi établit donc différentes classes d’ouvriers à qui il confia les différents travaux. La première classe était celle des apprentifs. Leur devoir était d’aider les compagnons et de dégrossir les pierres brutes, enfin on les chargea des ouvrages plus aisés, comme de porter les matériaux dont on pouvait avoir besoin. On leur donna un tablier, qui est la marque de tout Maçon, un signe, un attouchement et un mot pour se faire reconnaître, car sans cette précaution, il aurait été impossible de les distinguer des autres pour payer chaque fois le salaire convenu.

“Il fut assigné à chaque classe un lieu où ce payement devait leur être fait. Les apprentifs se rendirent auprès d’une colonne nommée JAKIN, qui était à gauche du parvis du Temple. Là, après avoir donné le signe, le mot et l’attouchement convenus, ils recevaient leurs salaires. Ce sont ces mêmes signes, attouchement et mot qui sont parvenus jusqu’à nous sous le secret le plus inviolable et que je vais vous communiquer.”

Le Vénérable la lui donne

“ Je vous revêts de ce tablier, plus noble et plus ancien que le cordon de la Toison d’Or et que vous devrez toujours, porter en Loge. Sa blancheur vous dénote la conduite d’un vrai Maçon. Je vous donne aussi ces gants, symbole de la pureté des mœurs d’un Maçon dont les mains ne doivent jamais se prêter à aucune action malhonnête. Quoique dans nos Loges nous n’admettions pas de femmes, cependant le cœur d’un Maçon est sujet à des faiblesses attachées à notre nature. Il peut aimer, il doit estimer le beau sexe. Je vous remets donc ce gant de femme, M:. F:. R:. à condition que vous ne le donniez qu’à une personne estimable par ses mœurs et en qui vous aurez remarqué des qualités dignes de fixer le cœur d’un galant homme. Etant assuré à présent de la générosité de votre âme, je n’hésite plus à vous rendre vos métaux et vos bijoux, persuadé de la disposition où vous êtes à les sacrifier au soulagement de vos Frères dans le besoin.

“Je vous félicite (en l’embrassant) à présent M:. C:. F:. du bonheur que vous avez d’être Maçon. C’est un avantage bien grand pour vous et vous le reconnaîtrez un jour. Allez vous faire connaître à vos Frères.”

Le Surveillant des Cérémonies conduit le récipiendaire à tous les Surveillants de la Loge auxquels il donne le signe, le mot et l’attouchement. Il revient ensuite le dire au Vénérable qui lui dit : “ Il me reste à vous donner le mot de passe pour entrer dans nos Loges : allez vous placer M:. C:. F:. pour entendre l’instruction que va vous donner le C:. F:. orateur, au nom de la Loge”.

 

DISCOURS DE L’ORATEUR

 

Le discours fini, on ramène le récipiendaire entre les Surveillants pour lui expliquer le tableau, ensuite le Vénérable ordonne au Frère premier Surveillant de le faire travailler sur la pierre brute. Il le fait en apprentif, après quoi on applaudit au travail du N:. Récipiendaire.

Le Vénérable ordonne ensuite au Frère Surveillant de faire la lecture des règlements que le N:. doit signer.

S’il n’y a plus de travail à faire, on ferme la Loge de la manière suivante, cependant le Vénérable invite auparavant le récipiendaire à signaler son entrée dans l’Ordre, par quelque aumône en faveur des pauvres ; le récipiendaire ayant donné l’exemple, on fait courir le tronc des pauvres.

 

INSTRUCTION

 

Le Vénérable D.  : “Etes-vous Maçon ?”

Le 1er Surveillant : “ Mes Frères et compagnons me reconnaissent pour tel.”

D.  : “Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Maçon ?”

N.  : “Parce que j’étais dans les ténèbres et que j’ai voulu voir la lumière.”

D.  : “Qui vous a engagé à vous faire recevoir Maçon ?”

N.  : “Mon propre désir et ma sincère volonté.”

D.  : “Que vous en a-t-il coûté ?”

N.  : “La Lumière et mes métaux.”

D.  : “A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ?”

N.  : “Au signe, au mot et à l’attouchement.”

D.  : “Donnez-moi le signe ; on le donne ”

D.  : “Que signifie-t-il ?”

N.  : “Il me rappelle mon obligation par laquelle j’ai consenti à avoir la gorge coupée, si je deviens parjure à mes engagements.”

D.  : “Donnez-moi l’attouchement.”

N.  : “On le donne au Vénérable Surveillant.”

D.  : “Donnez-moi le mot.”

N.  : “Je vous le donnerai comme je l’ai reçu” (on l’épelle).

D.  : “Que veut dire ce mot ?”

N.  : “Le Seigneur est mon espérance.”

D.  : “D’où vient ce mot ?”

N.  : “D’une colonne qui était à la gauche du parvis du Temple auprès de laquelle les Apprentifs allaient recevoir leur salaire.”

D.  : “ Quel est le mot de passe d’Apprentif ?”

N.  : “ TUBALCAIN.”

D.  : “Que veut dire ce mot ?”

N.  : “C’est le nom du premier ouvrier dont il soit fait parler dans l’écriture.”

D.  : “Qu’entendez-vous par signe ?”

N.  : “Tout équerre, niveau ou perpendiculaire.”

D.  : “Qu’entendez-vous par attouchement ?”

N.  : “J’entends la façon de se prendre la main pour se reconnaître entre Frères.”

D.  : “Qu’entendez-vous par parole ?”

N.  : “Un mot sacré et mystérieux qui sert à me faire reconnaître pour Apprentif.”

D.  : “Quel est le point parfait de votre entrée ?”

N.  :  C’est la manière de se camper et de marcher en Maçon.”

D.  : “Qui vous a introduit en Loge ? ”

N.  : “Un gentilhomme de mes amis, que j’ai ensuite reconnu pour Maçon.”

D.  : “Comment avez-vous été annoncé en Loge ?”

N.  : “Par trois grands coups.”

D.  : “Que signifient-ils ?”

N.  : “Trois passages de l’Ecriture Sainte : Demandez et vous recevrez ; Cherchez et vous trouverez ; Frappez et on vous ouvrira.”

D.  : “Que vous ont produit ces trois coups ?”

N.  : “Le deuxième Surveillant qui m’a fait voyager 3 fois d’Occident en Orient par le Septentrion et 3 fois d’Orient en Occident par le Midy.”

D.  : “Quand êtes-vous entré en Loge, qu’avez-vous vu ?”

N.  : “Rien que l’esprit humain puisse comprendre.”

D.  : “Pourquoi ?”

N.  : “Parce que j’étais privé de la véritable Lumière.”

D.  : “Comment étiez-vous habillé, quand on vous a introduit en Loge ?”

N.  : “J’étais nu, ni vêtu, ni chaussé, ni déchaussé mais cependant d’une manière décente et séparé de tous métaux.”

D.  : “Pourquoi étiez-vous séparé de tous métaux ?”

N.  : “Parce que dans le temps où l’on construisit le Temple de Salomon, tous les matériaux étaient taillés et prêts à être mis en œuvre, de sorte que l’on n’entendit frapper aucun coup de marteau.”

D.  : “Pourquoi dans ce voyage mystérieux, vous faisait-on lever le pied et baisser la tête ? ”

N.  : “Parce que lors de la construction, il fallait lever le pied pour passer sur les matériaux et baisser la tête pour passer sous les échafauds.”

D.  : “Qu’avez-vous fait après vos voyages ?”

N.  : “J’ai contracté une obligation à laquelle je serai fidèle même au péril de ma vie.”

D.  : “Où vous a-t-on conduit après cette obligation ?”

N.  : “Aux extrémités des ouvrages pour voir la Lumière.”

D.  : “Quand on vous a donné la Lumière, qu’avez-vous vu ?”

N.  : “Trois grandes Lumières le soleil, la lune et l’étoile flamboyante ou le Vénérable ”

D.  : “Expliquez-moi cela ?”

N.  : “Comme le soleil éclaire pendant le jour et la lune pendant la nuit, de même l’étoile flamboyante ou le Vénérable, préside à la Loge pour l’éclairer de ses sages conseils et de ses lumières.”

D.  : “Comment êtes-vous parvenu au Temple ?”

N.  : “Par un escalier à 3 marches et par 3 pas en équerre, à la manière des Maçons.”

D.  : “Que signifient ces 3 marches et ces 3 pas ?”

N.  : “Les 3 voyages mystérieux, ou l’épreuve que l’on m’a fait subir.”

D.  : “Comment voyagent les Apprentifs ?”

N.  : “D’Occident en Orient pour chercher la Lumière.”

D.  : “Comment vous appelez-vous ?”

N.  : “HORUS, qui veut dire silence.”

D.  : “Quel âge avez-vous ?”

N.  : “Trois ans et plus.”

D.  : “Qu’est-ce que cela veut dire ?”

N.  : “Les années d’épreuve que l’on exigeait jadis avant d’être reçu Maçon.”

D.  : “Dans quelle Loge avez-vous été reçu ?”

N.  : “Dans une Loge juste et parfaite.”

D.  : “Qu’appelez-vous une Loge juste et parfaite ?”

N.  : “Trois la forment - Cinq la composent - Sept la rendent juste et parfaite.”

D.  : “ Comment appelez-vous votre Loge ?”

N.  : “La Loge Saint-Jean.”

D.  : “Ou est-elle située ?”

N.  : “Dans un lieu saint et sacré, tel que la Vallée de Josaphat.”

D.  : “Sur quoi est-elle fondée ?”

N.  : “Sur trois grandes colonnes : SAGESSE, FORCE et BEAUTE ; sagesse pour entreprendre, force pour exécuter, beauté pour orner.”

D.  : “Quelle est la forme de votre Loge ?”

N.  : “La même que celle d’un globe.”

D.  : “Quelle est sa longueur ?”

N.  : “De l’Orient à l’Occident.”

D.  : “Quelle est sa largeur ?”

N.  : “Du Septentrion au Midi.”

D.  : “Quelle est sa profondeur ?”

N.  : “Depuis la surface jusqu’au centre.”

D.  : “Sa hauteur ?”

N.  : “Un espace immense.”

D.  : “Qu’entendez-vous par là ?”

N.  : “Que le globe terrestre renferme tous les Maçons, lesquels ne composent qu’une seule et même Loge.”

D.  : “Où se tient le Vénérable en Loge ?”

N.  : “A l’Orient.”

D.  : “Pourquoi ?”

N.  : “Comme le soleil ouvre sa carrière de ce côté, de même le Vénérable s’y tient pour ouvrir la Loge, mettre les ouvriers en œuvre et les éclairer de sa Lumière.”

D.  : “Où se tiennent les Frères Surveillants ?”

N.  : “A l’Occident.”

D.  : “Pourquoi ?”

N.  : “Comme le soleil termine sa carrière de ce côté, de même les Surveillants s’y tiennent pour fermer la Loge, payer les ouvriers et les envoyer contents.”

D.  : “Où se tiennent les Apprentifs ?”

N.  : “Au Septentrion.”

D.  : “Pourquoi ?”

N.  : “Afin que de ce côté obscur ils puissent considérer les travaux des compagnons.”

D.  : “Avez-vous reçu des gages ?”

N.  : “Oui, Vénérable.”

D.  : “Où les avez-vous reçus ?”

N.  : “A la colonne J.”

D.  : “A quelle heure se ferme la Loge ?”

N.  : “A minuit.”

D.  : “Quelle heure est-il ?”

N.  : “Minuit plein.”

 

Le Vénérable frappe trois coups et dit : “Puisque la Loge se ferme à minuit, et qu’il est minuit plein, Frères premier et deuxième Surveillants, avertissez chacun sur votre colonne que la Loge d’Apprentif est fermée ” , en disant cela, le Vénérable et tout l’Orient font le signe d’apprentif.

Le premier Surveillant frappe et annonce que la Loge est fermée. Il fait le signe, de même que la colonne du midy.

On fait la triple acclamation.

Le deuxième Surveillant fait de même avec le Septentrion.

 

Rituel publié par A. Ladret in “Le grand siècle de la Franc-Maçonnerie “  1976  p113

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 08:53

Grades Symboliques :

1º Grade - Apprenti

2º Grade - Compagnon

3º Grade - Maître

 

Grades Philosophiques :

1° Ordre - 4º   Grade - Élu

2° Ordre - 5º   Grade - Élu Écossais

3° Ordre - 6º   Grade - Chevalier d’Orient ou de l'Épée

4° Ordre - 7º   Grade - Chevalier Rose-Croix

5° Ordre - 8º Grade - Chevalier de l'Aigle Blanc et Noir, Chevalier Kadosh Philosophique, Inspecteur du Rite.

                 - 9º Grade - Chevalier de la Sagesse - Grande  Inspecteur du Rite.

 

Les trois premiers Grades se réunissent dans des Loges Symboliques, affiliées aux Obédiences Symboliques.

Les Grades 4 à 7 se réunissent  dans des  Sublimes Chapitres.

Le Grade 8 se réunit dans le Grand Conseil.

Le Grade 9 se réunit dans le Suprême Conseil.


Chevalier de la Sagesse : discours du Grand Orateur :

Mes Très chers Frères,

 

Lorsque, profane encore, vous fûtes placé dans la chambre des réflexions, vous avez fait le choix du pain, de l’eau, de la lumière et de la vie, rejetant les emblèmes de stérilité qu’étaient le sel, le soufre et le crâne.

Depuis ce moment déjà lointain, vous avez suivi avec constance, sinon toujours avec facilité, la voie dans laquelle vous étiez entré, et dont le livre qui vous a été montré tout à l’heure vous a retracé les étapes, les épreuves et les enseignements. A travers ces étapes, comme par autant de degrés, vous êtes enfin parvenu au grade suprême de Chevalier Rose Croix, dans lequel vous avez appris à connaître la nouvelle Loi et les trois vertus qui en sont les colonnes et les principes. Soutenu par la Foi au front serein, l’Espérance aux regards consolateurs et la Charité au cœur enflammé, vous êtes devenu digne de connaître la Parole sacrée et de contempler la rose mystique. Conservez, mon cher F, plus que jamais intacte votre confiance en cette voie intérieure et secrète qui vous a conduit jusque là, qui permet de redonner forme aux outils et de rendre son éclat à l’Etoile Flamboyante.

Nous avons ce soir attiré spécialement votre attention sur un des aspects les plus fondamentaux des enseignements qui sont contenus dans ce grade suprême, à savoir celui qui concerne la Sagesse. Comme toutes les autres vertus la Sagesse prise absolument est un attribut divin, et de façon dérivée une vertu humaine. Mais elle enveloppe aussi en elle-même toutes les autres vertus, comme elle enveloppe tous les êtres, car c’est par elle que le Grand Architecte a tout conçu avant que de créer. Prise en son essence, elle reste éternellement cachée dans le sein de la Divinité, et la Parole, dont nous parle le Livre saint sur lequel vous avez prêté tous vos serments, est sa manifestation. Elle a été à vos côtés dès le début de votre carrière maçonnique, où l’on vous présenta la triade Sagesse, Force, Beauté, pour vous enseigner que la première est la source et le principe des deux autres, et elle vous a ensuite accompagné tout au long du chemin que nous avons évoqué.

La sagesse est pour l’homme le premier des sept dons de l’Esprit Saint. C’est un reflet de la Sagesse divine que Dieu a mis en lui en le créant. De là procèdent les six autres dons qui sont l’intelligence, le conseil, la vaillance, la science, la crainte de Dieu et la piété. L’intelligence est la connaissance intime que nous avons du projet de Dieu sur nous et de notre destinée spirituelle. Le conseil, lié aux vertus de justice, de tempérance et de prudence, est le jugement qui nous permet de discerner en toutes choses ce qui est conforme à ce projet et ce qui lui est contraire. La vaillance, liée à la vertu de force ainsi qu’à celles de foi et d’espérance, est l’ardeur que nous mettons à réaliser ce projet divin, et cette confiance en Dieu grâce à laquelle nous résistons au découragement qui peut parfois nous tenter. La science est la connaissance de nous-même, de notre nature, de notre état et de nos rapports avec l’univers, science qui produit plutôt l’humilité que l’orgueil et qui, jointe au don de conseil, nous permet d’oeuvrer au mieux à la réalisation du projet divin. La crainte de Dieu est la conscience que nous avons de Sa transcendance absolue, du mystère de Son essence, et de notre dépendance totale vis à vis de Lui de qui nous tenons l’être. La piété, liée à la vertu de charité, est la communion intime avec ce Dieu transcendant qui est en même temps Amour, et qui est le principe de l’amour mutuel qui nous unit les uns aux autres quand nous sommes ensemble en communion avec Lui.

Soyez donc convaincu que ce n’est pas sans raison que les professeurs de l’art des Sages, les vrais Maîtres, adoptèrent pour chef celui dont vous avez occupé un jour le trône, celui auquel l’Eternel dit : « Parce que tu ne m’as demandé ni une longue vie, ni des richesses, ni la mort de tes ennemis, j’ai fait selon ta parole, je t’ai donné un cœur sage. »

Soutenus par cette confiance et cette conviction, redoublons tous ensemble d’efforts et travaillons avec constance et patience. Nous soutiendrons ainsi, à leur tour, le zèle de tous les Maçons, persuadés qu’ils seront, par notre exemple, que l’art qu’ils professent doit les conduire dans le sanctuaire de la vérité, par la pratique des vertus et la grâce du Grand Architecte de l’univers.

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:31
Un blog très bien documenté pour tous ceux qui s'intéressent au Rite Français :

http ://montaleau.over-blog.com

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:30

Il faut bien prendre conscience que le Rite Français ne s'appelle comme ça que depuis très peu de temps. Tout d'abord, l'expression Rite Français apparaît très rarement dans les documents, des vingt dernières années du 18ème siècle, et elle commence vraiment à apparaître au début du I9eme siècle. Alors pourquoi ?

 

Eh bien tout simplement parce que jusqu'à cette époque là, en France, il n'y a qu'une seule maçonnerie. Pourquoi est-ce qu'on éprouve le besoin, au début du 19ème, ou tout à fait à la fin du I8ème de dire qu'il y a le Rite Français? Tout simplement parce qu'à côté, on trouve autre chose, par exemple le Rite Ecossais Rectifié, par exemple le Rite Ecossais philosophique, par exemple au début du 19ème, le Rite de Misraïm et plus tard le rite de Memphis. C'est donc pour se distinguer des nouveaux rites, et je ne parle pas du Rite Ecossais Ancien et Acepté très tardivement arrivé, en 1804, en France en tous cas, que le Rite Français a pris son nom.

Donc ça c'est la première notion qu'il faut avoir présente à l'esprit. Le Rite Français, c'est la tradition indivise de la maçonnerie française dans tout le 18ème siècle. Les Frères au 18ème siècle ne se préoccupaient pas de savoir à quel rite on travaille dans sa loge. C'était la Maçonnerie. Et la maçonnerie, c'est ce qu'on appelle depuis la fin du 18ème siècle le Rite Français. C'est la première chose. Mais ensuite ça va encore plus loin. On va voir dans quelques instants comment on peut historiquement le définir. En réalité il résulte,  de la greffe en terre française de la Maçonnerie d'origine anglaise. La Maçonnerie spéculative est née en Angleterre, uniquement en Angleterre, rien qu'en Angleterre, nulle-part ailleurs.

Donc que se passe-t-il vers 1725 quand la Maçonnerie apparaît en France ? Ce sont des britanniques, je dis volontairement des britanniques parce qu'il y a des anglais, des écossais et même des irlandais qui viennent installer la maçonnerie en France. Leur motivation n'est pas l'envie de transmettre la maçonnerie à la France. Ils sont plutôt obligés de fuir l'Angleterre en raison d'un conflit dynastique et religieux. C'est parce que la plupart d'entre eux sont Jacobites, d'autres Hanovriens. Pendant environ une quarantaine d'années ils ne vont pas arrêter de faire l'aller et retour de part et d'autre de ce que nous appelons la Manche et que les anglais appellent le British Channel.

Et alors que font-ils à Paris ? Ils font leur maçonnerie à eux La maçonnerie qu'ils connaissent, la maçonnerie anglaise. Et d'ailleurs les français n'étaient pas les bienvenus puisque l'un des premiers à avoir exercé les fonctions de Grand Maître, le comte de Derwentwater dit : « Ecoutez, nous sommes à Paris, nous ne l'avons pas choisi, mais alors surtout, n'admettons jamais les français. Parce que si on admet les français dans la maçonnerie, ça sera la fin de tout. » Finalement on a admis les français, et ça n'a pas été la fin de tout, mais ça a été le début des ennuis, quand même. On s'aperçoit, quand on regarde les textes de cette époque jusqu'en 1751, d'une chose très simple et qu'il faut rappeler. Jusqu'en 1751, il n'existe rigoureusement aucune différence entre le rituel maçonnique anglais et le rituel maçonnique français. C'est le même. Quand on nous dit alors qu'il y a la tradition maçonnique anglaise, moi je dis, à l'instar de l'expression d'un archevêque, à la fin du l9ème siècle, disant que la France est la fille ainée de l'Eglise, la France c'est aussi la fille ainée de la maçonnerie. C'est-à-dire que la tradition maçonnique initiale de la maçonnerie spéculative s'est forgée dans les cinquante premières années du I8eme siècle à partir d'un ensemble de rituels qui étaient uniques, commun à l'Angleterre et à la France. Or le problème en Angleterre, et c'est là que ça devient très intéressant, c'est qu'en 1751 apparaît un événement fondamental dans l'histoire de maçonnique anglaise ; l'apparition d'une deuxième Grande Loge. Une deuxième grande loge rivale de la première, et qui va s'appeler la Grande Loge des Anciens. Pendant soixante ans, les deux vont être en conflit. En 1813, ces deux Grandes Loges vont fusionner pour donner l'actuelle Grande Loge dite Unie, à cause de l'union des deux Grandes Loges d'Angleterre. Elles vont alors mettre au point un rituel dit de l'union. Or pour des raisons complexes qu'on ne va pas examiner aujourd'hui, quand elles ont mis au point le rituel de l'union, c'est le rituel des anciens qui, sur l'essentiel, l'a emporté. Sur beaucoup de points, pas sur tous. De sorte que la tradition maçonnique anglaise initiale, à partir de ce moment là, est présente où? Elle n'est plus présente en Angleterre, elle n'est plus présente que dans le Rite Français qui en est l'héritier direct.

 C'est ça qu'il faut bien comprendre. C'est que la tradition du Rite Français, c'est l'héritage de la première maçonnerie spéculative franco-anglaise qui n'existe plus en Angleterre. Elle a trouvé sa filiation et son refuge dans le Rite Français. C'est donc une responsabilité énorme que celle du Rite Français puisqu'à travers ce rite, on véhicule les traditions les plus anciennes de la Franc-maçonnerie spéculative.

Pour poursuivre sur ce point des origines historiques et traditionnelles, je voudrais insister sur deux aspects :

Le premier, c'est qu'il n'existe pas de rituel de référence du Rite Français au 18ème siècle. Parce qu'il n'existe pas au I8ème siècle de rituel de référence d'aucun rite. A cette époque-là, le rituel maçonnique n'est pas du tout fixé comme nous, nous l'entendons, un texte dactylographié, et puis on suit ligne par ligne, et tout est écrit. Le rituel dont dispose un vénérable de l'époque est court il ne faut pas que ce soit trop long, parce qu'il n'y a pas de photocopieuse ni de machine à écrire et encore moins d'ordinateur, et qu'il faut tout copier à la main. Donc le souci que l'on a c'est que ça soit le plus court possible. Qu'est ce qu'un vénérable de 1750 a sous les yeux ? Nous en avons des exemplaires. Ce sont des petits livrets généralement. Le rituel dit, par exemple pour ouvrir la loge, « en loge mes Frères ». Ensuite le vénérable fera quelques demandes et réponses du catéchisme. Donc on choisit dans les instructions, quelques demandes et réponses, puis le vénérable dira, « mes Frères la loge est ouverte ». C'est tout. Rituel d'ouverture de 1745. On pourrait multiplier les exemples. Ce que l'on voit, c'est que, au fur et à mesure que le temps passe, il y a une tendance à écrire de plus en plus précisément les textes. Il y a donc une tendance à les faire de plus en plus longs. Le premier rituel qu'on connaisse décrivant une initiation, au grade d'apprentif-compagnon, comme il était dit puisqu'on recevait dans le même mouvement, le même soir, en même temps apprenti et compagnon, c'est la fameuse divulgation du lieutenant de police René Hérault, la « réception d'un franc-maçon » en 1737.

 Nous nous sommes amusés un jour à le mettre en scène en chronométrant. On s'aperçoit alors que l'ouverture et la fermeture de la loge et la réception d'apprentif-compagnon, tout compris, à Paris en 1737, ça demande environ vingt minutes si on ne se presse pas trop. On ajoute simplement qu'on a laissé le candidat livré à ses réflexions pendant une heure. Si on compte cette heure dans la cérémonie, mais à mon avis ce n'était pas une heure, plus vingt minutes pour ouvrir, pour fermer et pour faire la cérémonie d'apprentif-compagnon c'était court. Mais il faut préciser qu'après se déroulaient des agapes qui, elles, duraient trois à quatre heures. Elles sont manifestement la part la plus importante de la cérémonie à cette époque. Je crois donc que ça c'est très important de le rappeler. Le Rite Français hérite des traditions maçonniques les plus anciennes le la maçonnerie spéculative franco-anglaise du début du 18ème siècle, et c'est un rite qui n'est pas fixé Verbatim. Même si pour des raisons administratives, on va de plus en plus l'écrire.  

La seule chose qu'on puisse dire, c'est qu'il existe un moyen d'identifier le Rite Français. Le moyen d'identifier le Rite Français, c'est de regarder les points communs, le nucleus constant de tous les rituels qu'on connaît avant 1750. Quand on fait ce travail-là, vous savez, c'est comme si on mettait des transparents les uns sur les autres. On finit par voir tout ce qui se superpose. Tout ce qui se superpose, c'est la structure de base. Je pense que pour définir le Rite Français, il vaut mieux raisonner comme ça, en structure symbolique fondamentale. Et là, il y a des choses qui sont absolument claires. On peut les énumérer rapidement. Il y a un vénérable à l'orient deux surveillants à l'occident. Ça c'est la première structure fondamentale de la première Grande Loge de Londres. Trois chandeliers disposés comme ils sont là, bien entendu. L'autre disposition des chandeliers, dite disposition écossaise, n'apparaît en France que vers 1760 ou 1770 au plus tôt, et a une tout autre signification, même si on dit qu'en 1751, à la mère loge écossaise de Marseille ça existait. Mais comme on n'a pas les rituels d'origine, on ne peut pas l'affirmer. Enfin le tableau au centre de la loge, et puis bien entendu l'ordre J et B des mots sacrés.

Avec ces éléments là, on a déjà le décor du rituel, les fondamentaux du Rite Français. Ensuite, pour les cérémonies, ça commence à devenir un peu plus compliqué parce qu'au départ elles sont très simples. Je vous rappelle l'initiation d'apprentif-compagnon du lieutenant de police René Hérault : le candidat a les yeux bandé, il frappe trois fois à la porte de la loge. On le reçoit, on lui fait faire trois fois le tour de la loge, sans rien lui dire, sans lui faire de leçon, sans lui poser de question. Pendant ce temps les Frères font du bruit et jettent de la poix-résine sur les chandelles pour faire des étincelles, des crépitements et effrayer le candidat. Puis ensuite, il vient à l'orient, il prête son obligation d'apprentif. On lui fait taire de nouveau trois tours, et il devient compagnon.

Ça, c'est la structure du Rite Français. Vous voyez qu'à partir de là, tout le reste est en quelque sorte une espèce d'explicitation d'un contenu fondamental très implicite. Il faut simplement que cette explicitation soit conforme aux traditions fondatrices du Rite Français, c'est-à-dire qu'on se situe dans une perspective chrétienne ouverte et œcuménique. N'oublions pas que les origines sont anglaises. C'est-à-dire dans un pays protestant qui, dès la fin du 17° siècle, a établi une paix civile sur la base d'une tolérance de toutes les confessions chrétiennes. Par conséquent c'est un christianisme qui est ouvert et on peut dire non confessionnel. 

On se réfère à une époque de l'histoire maçonnique où la vie maçonnique n'était pas réglée par des textes administratifs visés par une autorité centrale. Ça n'existait pas. D'ailleurs. Louis de Clermont, Grand Maître de 1743 à 1771 ne s'est jamais appelé Grand Maître de la Grande loge de France. L'obédience s'appelait Grande Loge de France, Louis de Clermont était appelé Grand Maître de toutes les loges régulières du royaume, ce qui n'a absolument pas la même signification. La seule chose qu'on demandait à la Grande Loge c'était d'envoyer un diplôme pour dire : vous avez le droit de travailler. Et ils se fichaient complètement de savoir ce que les loges pouvaient faire.

Donc c'est aussi à l'image de la France de l'ancien régime, encore une fois l'histoire d'une institution singulière comme la maçonnerie, ne doit jamais être séparée de l'histoire générale, et ça c'est un péché de certains historiens de la maçonnerie de considérer que la maçonnerie est dans une bulle. Elle est dans une vie sociale, une histoire sociale. Et l'histoire de l'ancien régime, c'est quoi ? C'est la décentralisation jusqu'à ratomisation, personne n'est responsable de rien et tout le monde est responsable de tout. Le pouvoir central n'existe quasiment pas. Eh bien la maçonnerie se constitue à cette image. Bien entendu, cette façon de faire est pleine d'inconvénients.

 Mais ce qui est intéressant dans le Rite Français, c'est que justement il y a cette dimension de liberté. Elle se réfère à un moment de la maçonnerie où quand on change une virgule du rituel, la voûte étoilée ne va pas s'effondrer, mais où il y avait une structure fondamentale. Et autour de cette structure fondamentale, il y a une marge de variation qui dépend d'une tradition locale, d'une vision à un moment donné de ce que peut être la maçonnerie. C'est justement dans cette possibilité de variation autour d'une structure que réside à mon sens la richesse, le dynamisme, la vie du Rite Français.

J'en termine là-dessus. Il est très important de conserver cette idée-là parce que, ne l'oublions pas, nous sommes à travers le Rite Français les derniers détenteurs de la plus ancienne tradition de la maçonnerie spéculative.

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