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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 07:19

LE CHRISTIANISME PRIMITIF ET LES EPOQUES CONSECUTIVES
Dans l’histoire de l’Eglise, les différents âges qui suivirent le christianisme primitif sont amplement décrits. C’est pourquoi, dans notre exposé, nous nous occuperons aussi brièvement que possible de ces différentes époques. La durée de ces âges peut être approximativement divisée ainsi: Le temps de l’Eglise primitive jusque vers l’an 100 p. Ch.; l’époque suivante est celle de l’âge post-apostolique, qui commence au deuxième siècle et se développa jusqu’au Concile de Nicée (325); puis c’est l’établissement de l’église d’Etat dans l’empire romain; puis une période allant jusqu’au moyen-âge; ensuite apparaît la Réformation qui apporte un nouveau commencement; après cela viennent les divers mouvements de réveil, l’introduction du Plein Evangile et enfin le rétablissement de l’Eglise dans son état originel, lequel précède le retour de Christ.
Les divers exposés sur l’histoire de l’Eglise ne présentent entre eux aucune image uniforme. Beaucoup ont émis des suppositions qui, par la suite, sont devenues des légendes, rapportées par d’autres comme des faits déjà réalisés. En plus de cela, il est clair que pour un historiographe orienté vers le catholicisme les choses apparaissent tout autres que pour celui de tendance protestante.
Une vue d’ensemble sur chacune de ces époques en particulier et sur son développement propre est nécessaire pour pouvoir tirer une comparaison avec le christianisme primitif. Ce n’est que de la bouche des apôtres que nous avons reçu la “doctrine des apôtres”. Un écrit, qui fut découvert en 1873 dans un couvent et publié dix ans plus tard, et que l’on supposait avoir été rédigé entre les années 80 et 120 p. Ch., a été arbitrairement appelé “Symbole des apôtres” ou “Didache”; cet écrit n’a véritablement rien de commun avec l’enseignement des apôtres du Seigneur Jésus. Il en est de même en ce qui concerne le “Credo apostolique” dont on a délibéré et que l’on a préparé au 4ème siècle seulement lors de différents conciles: cela ne peut pas être attribué aux apôtres. C’est de cette manière que prirent involontairement naissance les falsifications et les altérations de la Parole de Dieu qui furent cependant considérées comme vraies. C’est uniquement dans le livre même des Actes des apôtres, ainsi que dans les épîtres écrites par les apôtres, lesquelles sont contenues dans le Nouveau Testament, que nous trouvons la vraie doctrine apostolique. Ceux-ci étaient des hommes ayant entendu la Parole de Dieu de la bouche même de leur Seigneur, et ils L’ont transmise selon Son ordre. Par eux l’Eglise du Nouveau Testament a reçu la pure Parole de Dieu, la Parole non falsifiée, Laquelle seule porte le Sceau divin.
Paul, qui avait été appelé d’une manière surnaturelle pour être destiné à être un instrument choisi, avait été adjoint aux apôtres primitifs par le Seigneur Lui-même. C’est lui qui, sur la base d’une mission directe reçue du Seigneur, pouvait dire: “Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’aussi je vous ai enseigné…” (1 Cor. 11.23). Il a écrit la plus grande partie de toutes les épîtres, c’est-à-dire exactement 100 chapitres contenant 2325 versets, alors que, par exemple, Pierre n’a écrit que 8 chapitres avec 166 versets. Paul avait reçu l’Evangile de la même manière que les prophètes avaient reçu la Parole: par révélation (Gal. 1.11,12). C’est pourquoi l’avertissement qu’il nous donne dans Galates 1.8 nous pénètre jusqu’à la moelle des os: “Mais quand nous-mêmes, ou quand un ange venu du ciel vous évangéliserait outre ce que nous vous avons évangélisé, qu’il soit anathème”. Ce qui n’est pas en accord avec l’évangile primitif des premiers apôtres se trouve sous la malédiction. De ce point de vue-là c’est réellement à un christianisme faussé que nous avons à faire, lequel se trouve donc sous la malédiction; c’est cela que les critiques avaient sous leurs yeux lors de leurs exposés.
Les quatre évangélistes rendent témoignage du Sauveur. Ils décrivent Sa vie, Son action, de Sa naissance jusqu’à Sa mort, Sa résurrection et Son Ascension. A ce sujet les synoptiques des évangiles de Matthieu, Marc et Luc, en se complétant l’un l’autre, nous donnent une vue d’ensemble. Par contre, Jean ne s’occupe ni de Bethléhem, ni de la généalogie, mais il fait un “vol en hauteur”, et dès le premier verset du 1er chapitre il montre tout de suite qui est véritablement Christ. Les quatre Evangiles donnent une vue d’ensemble du salut que Dieu a accompli en Christ ici sur terre. Les quatre évangiles sont dignes de foi parce qu’ils nous ont été laissés en partage par des témoins oculaires, lesquels ont également entendu de leurs propres oreilles ce qui a été dit (2 Pier. 1.16-18; 1 Jean 1.1-3).
Les Actes des apôtres nous présentent en premier lieu comment l’Eglise primitive a été fondée de manière surnaturelle par l’effusion du Saint-Esprit (chap. 2). Il s’agit là réellement d’un événement qui vient du Ciel. Dans sa première prédication, l’apôtre Pierre, rempli du Saint-Esprit, annonce de la part de Dieu à ceux qui veulent devenir croyants la nécessité d’une repentance, d’une conversion, d’un baptême biblique dans l’eau (v.38), et d’une même expérience que celle faite par les 120: celle du baptême de l’Esprit. Il leur dit de la part de Dieu: “… car à vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui” (v.39). Dieu seul sauve et ajoute à Son Eglise, par le Saint-Esprit, ceux qui deviennent croyants (Actes 2.47).
L’Eglise primitive était formée de personnes ayant réellement fait une expérience avec Dieu. Ceux qui étaient devenus croyants furent baptisés dans l’eau, puis d’une manière surnaturelle dans le Saint-Esprit, afin qu’ils deviennent des membres d’un seul Corps (1 Cor. 12.13). Ils étaient munis des dons de l’Esprit (1 Cor. 12.7-11), ils portaient les fruits de l’Esprit (Gal. 5.22,23). Ainsi, de même que Dieu avait en Christ un corps comme temple, dans lequel Il habitait et par le moyen duquel Il agissait, ainsi l’Eglise primitive, composée de la troupe des rachetés, formait le Corps du Seigneur (1 Cor. 12.12) dont Il était la Tête (Col. 1.18) et qu’Il employait afin de continuer Son ministère. Jésus dit: “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie” (Jean 20.21). Afin que les multiples tâches de ce Corps puissent être réalisées, Il établit dans l’Eglise des apôtres, des prophètes, des pasteurs, des docteurs et des évangélistes (Eph. 4.11).
Dans le christianisme primitif il n’y avait pas de dignitaires. Il y avait seulement des hommes dignes de la haute vocation à laquelle ils avaient été appelés, et qui accomplissaient leur ministère sous la direction et l’inspiration du Saint-Esprit. Les premiers chrétiens ne connaissaient pas de clergé ni de prédicateurs fonctionnaires, mais au contraire c’était l’ensemble de l’Eglise des rachetés nés de nouveau qui était une sacrificature royale et un peuple saint (1 Pier. 2.9; Apoc. 1.6). Les cinq ministères que nous venons de mentionner ne limitent pas leur activité à une église locale mais ils sont destinés à l’ensemble de l’Eglise. Les dirigeants des églises locales, c’est-à-dire les surveillants ou anciens prenaient soin des églises locales, souveraines. Ceux qui parmi eux avaient la direction étaient appelés évêques et devaient être mariés (1 Tim. 3.1-7; Tite 1.5-8). Il y avait même des assemblées locales avec plusieurs évêques, c’est-à-dire avec plus d’un ancien pour diriger l’Eglise (Phil. 1.1). Ceci est en accord avec Jacques 5.14 où il est écrit que lorsqu’un croyant tombe malade, celui-ci doit faire venir les anciens de l’église. Lorsque Paul et Barnabas vinrent à Jérusalem, ils y furent reçus par l’assemblée des apôtres et des anciens (Actes 15.4). Dans le christianisme primitif régnait encore cet ordre divin de l’Eglise.
Pour prendre soin des tâches pratiques de l’église locale, des diacres avaient été nommés, lesquels devaient être également mariés (1 Tim. 3.8-13). Ceci était nécessaire pour que les évêques et les diacres puissent, par leur expérience pratique, conseiller et aider les membres de l’assemblée à s’en sortir dans leurs divers problèmes conjugaux et familiaux. L’Eglise primitive ne connaissait pas du tout la fonction d’évêque telle qu’elle est exercée aujourd’hui. D’après 1 Timothée 3.15, l’Assemblée du Dieu vivant, fondée par Christ, est le fondement ainsi que la colonne, c’est-à-dire l’élément qui soutient la Vérité. Ni des interprétations particulières, ni le mensonge et la fausseté n’ont en aucune manière de place en Elle. C’est au travers d’Elle, en tant qu’institution divine sur la terre, que la volonté de Dieu devrait être faite sur la terre comme dans les Cieux.
Dans le premier temps qui suivit la fondation de l’Eglise du Nouveau Testament, on trouvait en Elle la pure proclamation de l’Evangile, les doctrines bibliques et la pratique de la Parole exercée par les apôtres. L’Eglise primitive était un organisme imprégné de la Vie de Christ et conduit par l’Esprit; c’est-à-dire qu’elle n’était pas une dénomination organisée.
Plus tard, Paul et les autres apôtres eurent déjà à s’expliquer avec des docteurs qui apportaient l’hérésie, ainsi qu’avec des séducteurs. Dès lors commença un développement pluraliste. Plusieurs courants spirituels progressèrent parallèlement et simultanément. L’un d’eux était composé de véritables croyants dirigés par la Parole et l’Evangile de Dieu tels que les apôtres établis par Dieu avaient apportés, et qui vivaient ces choses dans la pratique de chaque jour. Jean le confirme par ces paroles: “… celui qui connaît Dieu nous écoute; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas; à cela nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’erreur” (1 Jean 4.6).
Les autres orientations de foi consistent en un mélange de vérité et d’interprétations propres, mélange qui tourna plus tard en doctrines. De tels hommes sont désignés par les Saintes Ecritures comme de “faux frères” qui s’introduisent dans le ministère sans avoir reçu un appel divin. Paul le résume ainsi: “… et cela à cause des faux frères furtivement introduits, qui s’étaient insinués…” (Gal. 2.4). C’étaient des hommes qui annonçaient un autre Jésus, qui avaient reçu un esprit différent et prêchaient un évangile différent (2 Cor. 11.4). Pierre met en garde les croyants contre les faux frères qui introduisent furtivement des enseignements de perdition (2 Pier. 2.1-3). L’apôtre Jude s’exprime ainsi sur cette tendance par ces paroles: “Malheur à eux, car ils ont marché dans le chemin de Caïn, et se sont abandonnés à l’erreur de Balaam pour une récompense, et ont péri dans la contradiction de Coré” (Jude 11). Les faux frères ont faussé la Parole, ceux qui se sont trompés ont conduit dans l’erreur. C’est ainsi que les différentes orientations religieuses sont apparues.
Jean voit, en ces courants qui s’écartent de la Parole, le commencement du mouvement antichrist. “Anti” signifie “contre” et par conséquent tout ce qui n’est pas en accord avec Christ et Sa Parole est contre Lui, et par là même est “antichrist”. Il écrit: “Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun d’eux des nôtres” (1 Jean 2.19). Paul appelle de telles gens des “loups cruels” (Act. 20.28-30). Dans Apocalypse 2.2 il est dit des croyants véritables qui étaient capables de discernement: “… et tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs”. Comment pouvaient-ils éprouver à coup sûr et constater que ces hommes se prétendant apôtres ne l’étaient pas? C’est en vérifiant s’ils prêchaient ce que Pierre et Paul avaient prêché. Ce qui est à éprouver doit toujours l’être en le comparant avec la prédication et la pratique apostoliques, lesquelles sont la seule échelle de référence valable. Donc la question se posait déjà en ce temps-là de savoir quelle était la Vérité, et quelle était l’erreur.
Dans les passages bibliques que nous venons de citer, il est clairement question de bifurcations, de faux courants religieux se développant parallèlement à la foi de l’Eglise de Jésus-Christ. Avant la fin du premier siècle il y avait déjà différentes fausses doctrines et du mélange; les uns se tenaient à l’enseignement de Balaam, les autres à la doctrine des Nicolaïtes, d’autres encore écoutaient une femme désignée du nom de Jésabel, laquelle prétendait être prophétesse et enseignait (Apoc. 2.20).
Afin que nous sachions exactement ce qui est juste, la pure doctrine des apôtres nous a été laissée en héritage dans les Saintes Ecritures. On y trouve mentionnées également les diverses doctrines introduites par des personnes non autorisées. L’injonction: “Eprouvez toutes choses” (1 Thess. 5.21) est encore et toujours valable. Beaucoup se sont approprié cette Parole, mais dans la pratique ils ne l’emploient pas correctement. Ils ont éprouvé les autres selon le niveau de leur propre connaissance, selon le point de vue de leur propre doctrine et pratique, et ce faisant ils ont complètement perdu de vue qu’auprès de Dieu il y a une seule échelle des valeurs capable d’éprouver toutes choses, et qui peut être employée en toutes circonstances. Cette échelle est le témoignage complet de la Parole de Dieu, qui se trouve être la Bible.
Au 2ème siècle, les diverses orientations religieuses se développèrent à côté de l’Eglise du Dieu Vivant, Laquelle croit et agit pour toujours de la manière dont Christ l’a enseigné au travers des apôtres. Les enseignements qui avaient déviés de la Parole devinrent de plus en plus en vogue. On avait élargi le chemin étroit ainsi que la porte étroite. Chaque tendance religieuse s’efforçait d’appeler à soi le plus grand nombre de membres possible, comme c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui. Cependant cette promesse est toujours valable pour la véritable Eglise de Jésus-Christ: “Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume” (Luc 12.32). Les brebis du petit troupeau ne prennent garde qu’à la voix du Bon Berger, Celui qui a donné Sa vie pour les brebis; c’est-à-dire qu’elles ne prennent garde qu’à Sa Parole. Cette “ecclesia” a été de tout temps la petite troupe de ceux qui ont entendu l’appel à sortir de la confusion et qui suivent le Berger sans compromis.
Dans les temps post-apostoliques s’élevèrent Polycarpe († 155), lequel avait encore cheminé avec l’apôtre Jean, ainsi qu’Irénée († 202), un disciple de Polycarpe, lesquels se distinguèrent comme défenseurs de la vraie foi. Cependant, en examinant les choses de plus près, on voit qu’il ne s’agissait déjà plus exclusivement de la publication du pur héritage de la foi apostolique primitive. On peut voir clairement que, de l’organisme divin de l’Eglise primitive, le pas vers l’organisation humaine avait été fait.
Le développement de cet âge jusqu’au concile de Nicée en 325 p. Ch. est contradictoire. Vu uniquement de l’extérieur, le christianisme dégénéré se propagea toujours plus, sous toutes ses formes, jusqu’à être reconnu par l’Etat du temps de l’empereur Constantin, de telle manière qu’il devint alors une puissance qui était à prendre au sérieux dans l’empire romain tout entier. La foi devint une nouvelle philosophie. Les traditions orientales, mélangées avec la culture helléniste, diluèrent fortement la substance de la foi primitive. Les controverses sur ce qu’on appelle la “christologie” entrèrent en lice et agitèrent les âmes.

Source : http://www.missionfoibiblique.net/ctepoques.htm

 

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Published by Ewald Frank - dans Christianisme primitif
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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 07:30

Depuis la première année sainte de l’Église de Boniface VIII en 1300, les temps ont bien changé, comme le visage de Rome qui accueille les pèlerins. Mais la démarche demeure la même : aller prier aux Limina Apostolorum, ou « Mémoires des apôtres », ces lieux sacrés de Rome où sont conservés et vénérés les tombeaux des apôtres Pierre et Paul, grâce auxquels la Ville est devenue le centre de l’unité catholique. Dès le IIe siècle, les fidèles se rendent à Rome pour voir et vénérer les trophées des apôtres Pierre et Paul, et contempler sa basileia, sa royale majesté. Au IVe siècle, le pèlerinage de Rome devient en Occident le parallèle de celui qui, en Orient, conduisait à Jérusalem au tombeau du Seigneur.C’est parce que Pierre est venu à Rome et qu’il y a été enseveli après son martyre qu’irrésistiblement les pèlerins ont afflué vers Saint-Pierre, lieu de sa sépulture, et que le pape, son successeur, s’est établi à son voisinage. Les deux faits ont la même origine. L’emplacement de la basilique Saint-Pierre n’a pas été choisi arbitrairement. L’édifice s’élève au-dessus de la tombe ; très précisément, le cœur de la basilique, l’autel de la confession, a été édifié au-dessus de sa sépulture. Son Éminence le Cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical de la culture et auteur de Rome Pèlerinage (Bayard-L’Emmanuel, 1997) relate ici comment la tradition et les épîtres de la fin du Ier siècle se sont trouvées confirmées par les fouilles archéologiques menées depuis 1940 dans les Grottes vaticanes et à Saint-Paul-hors-les-Murs.

Le témoignage de la tradition

Une tradition immémoriale affirme que Pierre, venu à Rome implanter l’Église au cœur de l’empire y périt martyr. Que pouvons-nous dire de sûr à ce sujet à la lumière de l’histoire et de l’archéologie ? Les zones d’ombre se sont progressivement réduites depuis que le pape Pie XII fit entreprendre des travaux gigantesques, à l’occasion de la sépulture de son prédécesseur, le pape Pie XI. Une première constatation s’impose, et elle est capitale. Aucune voix ne s’est jamais élevée dans l’Antiquité contre cette croyance du martyre de Pierre à Rome. Cet argument a silentio, du silence, a une grande force. Quant aux textes allégués en faveur de la tradition, il s’agit de l’épître de saint Clément de Rome aux Corinthiens et de l’Épître aux Romains de saint Ignace d’Antioche. Clément, l’évêque de Rome, écrit aux Corinthiens vers la fin du Ier siècle pour apaiser les dissensions qui divisaient la communauté chrétienne. Dans sa lettre, il évoque la multitude innombrable des fidèles qui ont péri à Rome pendant la persécution de Néron, et en particulier les apôtres Pierre et Paul : « Jetons les yeux sur nos excellents apôtres : Pierre qui, victime d’une injuste jalousie, souffrit non pas une ou deux, mais de nombreuses fatigues et qui, après avoir rendu son témoignage, s’en est allé au séjour de gloire qui lui était dû. C’est par suite de la jalousie et de la discorde que Paul a montré le prix de la patience […] et, ayant rendu son témoignage devant ceux qui gouvernent, il a quitté le monde et s’en est allé au saint lieu ». Clément a peut-être connu personnellement les deux apôtres. Des allusions de sa lettre on peut légitimement déduire que c’est Rome qu’il évoque, cette ville dont il est l’évêque et d’où il écrit. C’est de Smyrne qu’Ignace, évêque d’Antioche en Syrie, écrit son épître aux Romains, sous le règne de Trajan, peut-être en 107. « Je ne vous donne pas des ordres, leur écrit-il, comme Pierre et Paul ; ils étaient des apôtres, et moi, je ne suis qu’un condamné ; ils étaient libres, et moi, jusqu’à présent, je suis esclave ; mais si je souffre, je deviendrai un affranchi de Jésus-Christ en qui je ressusciterai libre ». On ne peut qu’être frappé par la mention conjointe des deux apôtres, à qui Ignace rendra bientôt témoignage, à Rome précisément, par son propre martyre.

Au début du IIIe siècle apparaît la tradition selon laquelle l’apôtre Pierre aurait été crucifié la tête en bas, comme le pèlerin peut le voir sur un très beau relief du XVe siècle dans les Grottes vaticanes. La cruauté de Néron rend ce supplice possible, mais rien ne permet de l’affirmer avec certitude. Par contre, c’est sur des bases solides que repose la tradition du martyre et de la sépulture de Pierre au Vatican pendant la persécution de Néron, décrite par une célèbre page des Annales de Tacite. Après l’incendie criminel de l’an 64, il ne subsistait à Rome aucun autre lieu capable d’abriter de tels sinistres et grandioses spectacles. Le Circus Maximus avait été endommagé par le feu et le Circus Flaminius était trop petit. Les Romains avaient coutume de placer les croix des condamnés le long des voies. On peut penser que celle de Pierre a été dressée, avec d’autres mentionnées par Tacite, le long d’une de ces routes au voisinage du cirque.

Quant à la tradition bien affirmée de la sépulture de Pierre au Vatican, le premier document qui l’atteste est un célèbre passage de Gaïus, que nous a conservé l’historien Eusèbe. Celui-ci, dans son Histoire ecclésiastique, rapporte la polémique de ce docte prêtre romain avec Proclus, membre de la secte hérétique montaniste, dans les dernières années du IIe ou les premières années du IIIe siècle. Pour affaiblir l’autorité de l’Église romaine, Proclus exaltait la présence en Asie Mineure de la tombe de l’apôtre Philippe et d’autres grands personnages de la chrétienté primitive. Gaïus répliqua avec force : « Mais moi, je puis te montrer les trophées des saints apôtres. En effet, si tu veux te rendre au Vatican ou sur la voie d’Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui ont fondé cette Église ». Gaïus parle de « trophées ». On ne peut réduire la signification de ce terme à de simples monuments commémoratifs, dans ce contexte polémique qui oppose ces trophées à des insignes tombes d’Asie Mineure. Le raisonnement, autrement, serait sans aucune portée. Il s’agit d’un mot grec, tropaion, qui signifie « monument de victoire », entendons ici de la victoire obtenue par les deux martyrs au nom de Jésus-Christ : en subissant la mort, ils entraient victorieusement dans la vie avec le Ressuscité.

Ainsi, dès la fin du IIe siècle apparaît le ferme témoignage que Pierre avait au Vatican sa tombe glorieuse, comme Paul avait la sienne sur la voie d’Ostie. Dans le Vatican de Néron, un monument s’imposait par son importance. C’était le cirque commencé par l’empereur Caligula (37-41) et terminé par Néron (54-68). Les fouilles ont pu le localiser le long du côté sud de l’actuelle basilique Saint-Pierre, entre l’Arco delle Campane et la Piazza di Santa Marta, c’est-à-dire à ga ornement était l’obélisque dressé en son centre, que, d’après Pline l’Ancien, Caligula avait fait venir tout exprès d’Égypte. C’est ce même obélisque que le pèlerin peut contempler aujourd’hui au centre de la place Saint-Pierre, où il fut transféré en 1586 par l’architecte Domenico Fontana sur l’ordre du pape Sixte Quint. Les fouilles récentes ont permis de retrouver les fondations primitives de l’obélisque.

On sait aussi, grâce aux mêmes fouilles, que, dès le Ier siècle, la plaine vaticane recevait des tombes le long des voies qui la traversaient. Cet antique usage est bien attesté, comme le pèlerin ledécouvre en voyant les tombeaux qui bordent la via Appia. Riches et pauvres s’y côtoyaient, ces derniers se glissant dans les petits espaces demeurés libres entre les somptueux tombeaux érigés pour les patriciens romains. Rien d’étonnant à ce qu’un pauvre crucifié, reconnaissable après sa mort – il n’avait été ni défiguré par le feu, ni broyé par les fauves – soit recueilli par les fidèles et que son cadavre soit déposé dans une fosse creusée dans le sol nu.

Les fouilles de Pie XII

Le pape Pie XI avait exprimé le désir d’être enterré ad caput Sancti Petri, au plus près de la tombe de l’apôtre Pierre. Pour accéder à ce vœu, son successeur Pie XII fit entreprendre, en juillet 1940, les travaux nécessaires à la mise en place du lourd sarcophage dans les Grottes vaticanes. On appelle ainsi le sous-sol de la basilique Saint-Pierre, formé par la différence de niveau entre l’ancienne et la nouvelle basilique. Ses voûtes basses, supportées par des pilastres qui le divisent en trois nefs, soutiennent le pavement de l’édifice actuel. À peine eut-on atteint 0,20 m de profondeur, au cours des travaux, qu’apparut le pavement de l’ancienne basilique constantinienne, puis, sous ce pavement, un grand nombre de sépultures chrétiennes. En creusant plus profondément, on découvrit des murs de fondation de l’antique sanctuaire et une nécropole romaine – celle-ci peut se visiter aujourd’hui en obtenant une autorisation préalable – que la construction de ce dernier avait ensevelie. L’exploitation scientifique de ce chantier d’une ampleur imprévue devait fournir des informations importantes et incontestées. Deux campagnes de fouilles furent successivement menées, de 1939 à 1949, puis de 1953 à 1958. L’examen du sol révéla une donnée étonnante : pour créer la base nécessaire à la construction de l’édifice de Constantin, ses architectes avaient dû à la fois remplir de terre et entrecouper d’œuvres massives de soutènement une zone encore non utilisée de la nécropole, et en même temps entailler une partie de la colline du Vatican. Pourquoi Constantin avait-il choisi, pour bâtir sa basilique, un endroit déjà occupé par un cimetière, et par ailleurs si peu favorable, car le sol argileux demandait d’importants travaux de drainage et des travaux de terrassement à flanc de coteau ? Tout aurait dû lui faire écarter ce site. Tout, sauf la tradition vivante à son époque de la présence du tombeau de Pierre, tout près du lieu de son martyre. Les pilastres qui supportent la voûte des Grottes vaticanes, sous la nef centrale de la basilique, reposent sur un fond artificiellement formé d’un mélange d’argile et de sable. L’édifice est érigé au-dessus de l’endroit où la tradition localisait la tombe de Pierre. Les fouilles ont exhumé une tombe pauvre, appelée thêta, recouverte de tuiles, dont l’une porte un sceau que l’on peut dater du règne de l’empereur Vespasien (69-79). Tout le matériel trouvé aux alentours immédiats remonte à la même époque : fragment de petite lampe portant la marque de son atelier de fabrication, morceaux de verre irisé et doré à l’égyptienne.

La nécropole païenne

Une nécropole plus récente a été mise au jour, qui remonte aux IIe et IIIe siècles. Cette nécropole païenne commença à accueillir des tombes chrétiennes, comme le révèlent les inscriptions des monuments funéraires. C’est ainsi que le petit sépulcre païen des Julii de la seconde moitié du IIe siècle se transforme en sépulcre chrétien, à la première moitié du IIIe siècle. En sa décoration lumineuse, on retrouve les scènes chères aux chrétiens. Sur les murs se succèdent les images du Bon Pasteur, du pêcheur mystique, de Jonas englouti par le monstre marin, ce qui symbolise le Christ descendu aux enfers et ressuscité après trois jours à la lumière des cieux. Et, au plafond, parmi les sarments couleur émeraude d’une vigne symbolique, s’élève, sur un quadrige tiré par des chevaux blancs, la radieuse représentation du Christ-Soleil, glorieuse image de la résurrection espérée. Le contraste est grand entre la richesse de cette décoration et l’humilité de la position de cette tombe, entre deux autres sépulcres qui l’étouffent, pour ainsi dire, à l’intérieur de la nécropole. C’est que rien n’était excessif pour décorer un édifice dont le privilège était de se trouver au voisinage immédiat de la memoria de Pierre.

La « memoria » de Pierre

Les fouilles ont en effet démontré que l’autel central de la basilique Saint-Pierre est construit exactement au-dessus de la memoria de l’apôtre. C’est Clément VIII qui l’a fait édifier (1592-1605). En descendant sous le riche baldaquin de bronze du Bernin, on remonte du flamboyant XVIe siècle renaissant vers les siècles passés, grâce aux dispositions de Jean-Paul II qui a remis en communication directe l’autel de la Confession de Pierre avec son tombeau, caché depuis cent cinquante ans par la grande statue de Pie VI à genoux, de Canova. Sous l’autel de Clément VIII se trouve un autre autel, celui de Calixte II (1119-1124), et, sous celui-ci, un autre encore, de Grégoire le Grand (590-604), encastré dans l’autel de Calixte II. En allant au-dessous, on rencontre un monument constantinien de forme quadrangulaire revêtu de marbre blanc et de porphyre rouge. Constantin l’a lui-même dédié à l’apôtre. Il remonte peut-être aux cérémonies commémoratives de la victoire décisive du pont Milvius, le 28 octobre 312.

Le Mur rouge

Entre ses murs de marbre, ce monument constantinien enferme une construction plus ancienne, un petit édicule. Considéré manifestement par l’empereur comme digne d’un exceptionnel respect, cet édicule est élevé sur une petite place rectangulaire de 8 mètres du nord au sud et de 4 mètres d’est en ouest, appelée conventionnellement par les chercheurs le campo P. Les chambres funéraires qui l’entourent remontent aux années 130 à 150. Sur le côté ouest se dresse un mur appelé Mur rouge, à cause de la couleur rouge vif dont il est peint. Derrière, un chemin – clivus – donnait accès à d’autres chambres funéraires. En dessous de ce chemin, un égout permettait l’écoulement des eaux. Les tuiles dont il est recouvert portent un sceau indiquant les propriétaires, personnages historiques bien connus, puisqu’il s’agit d’Aurelius Caesar, le futur empereur Marc Aurèle, et de sa femme, Faustina Augusta. Nous sommes donc entre 146, date à laquelle Faustina prit le nom d’Augusta, et 161, où le nouvel empereur prit le nom de Marc Aurèle. Certaines des tombes fort modestes qui s’appuient sur le Mur rouge témoignent par leurs tuiles d’une origine antérieure. Quant au petit édicule, le plus important pour le pèlerin, il subit diverses destructions et déformations, qui n’empêchent pourtant pas une sérieuse reconstitution. Deux niches superposées sont creusées dans le Mur rouge. Entre elles s’avance, comme une table, une plaque de travertin soutenue par deux colonnettes de marbre blanc ; celle de gauche est encore bien visible dans la maçonnerie ajoutée à une époque postérieure. Dans le pavé, une ouverture fermée par une dalle, et d’une orientation différente, donnait sur une sorte de cachette doublée de petites plaques de marbre, où l’on a retrouvé des ossements, des restes de vieilles étoffes, des morceaux de verre, des pièces de monnaie. Nul doute qu’on y ait déposé quelques restes alors jugés dignes du plus grand respect.

Le trophée de Gaïus

Si tous les archéologues ne s’accordent pas en tout point, le pèlerin peut du moins avoir la certitude, en ce lieu sacré, de l’existence d’un édicule construit dans la nécropole vaticane vers 160, et inclus par Constantin dans son monument érigé en mémoire de saint Pierre. Il s’agit sans aucun doute du fameux trophée dont parlait le prêtre Gaïus quelques années plus tard. L’identité de l’édicule du Mur rouge et de ce trophée est désormais admise par tous les savants. Cet édicule n’a pu être construit en ce point que fort malaisément. Une raison impérieuse commandait donc de le situer là, et non pas ailleurs. Quelle autre raison, pour ce point précis, sinon la présence en ce lieu d’une dépouille mortelle déjà vénérée en cet endroit même ? Peut-on aller plus loin et assurer avec certitude que la tombe de Pierre existait réellement sous l’édicule ? Les fouilles ont révélé des indices d’une fosse antique, dont l’orientation est la même que celle de l’ouverture dont nous avons parlé plus haut, et qui est différente de celle de l’édicule lui-même. Les ossements humains qui ont été retrouvés sous les fondations du Mur rouge n’ont, à l’examen scientifique, révélé aucun rapport avec l’apôtre Pierre. Mais à l’intérieur du monument constantinien, les fouilles ont fait apparaître en 1941 un loculus large de 0,77 m sur 0,29 et haut de 0,315, revêtu à l’intérieur de bandes de marbre grec, creusé dans le mur préexistant, le mur G pour les spécialistes, postérieur au Mur rouge, mais antérieur au monument constantinien qui l’a respecté et inclus. Il contenait, lors de l’inventaire, du plâtras tombé de haut, jusqu’à mi-hauteur, avec des ossements qui y étaient mêlés. On recueillit ces ossements dans une petite caisse de bois et on les déposa dans un lieu voisin situé dans les Grottes vaticanes.

La cachette et la caissette

Aussi surprenant que la chose paraisse, ils y restèrent longtemps oubliés ! Et devant la cachette vide, les spécialistes formulèrent naturellement l’hypothèse qu’elle avait été destinée à recevoir les restes de Pierre. Ainsi s’exprimèrent le père Antoine Ferma en 1952, Jérôme Carcopino en 1953, le père Engelbert Kirschbaum et Pascal Testini en 1957. C’est Margherita Guarducci qui redécouvrit en 1953 la caissette de bois contenant le matériel prélevé dans la cachette. Outre les os, elle contenait aussi de la terre, des fragments de plâtre rouge, de petits restes d’étoffe précieuse et deux fragments de marbre. Tout cela fut confié à l’examen scientifique du professeur Venerando Correnti. Après une longue et minutieuse analyse, le savant conclut, en juin 1963, que les ossements appartenaient à un seul individu de sexe masculin, de constitution robuste, âgé au moment de sa mort de soixante à soixante-dix ans. Les analyses expérimentales du tissu mêlé à la terre révélèrent de l’or authentique, de l’étoffe teinte de vraie pourpre, et de la terre analogue à celle du lieu.

Conclusions de l’enquête

Cette enquête permet de conclure, en récapitulant les données de l’analyse. Selon une tradition séculaire, Pierre vint à Rome et y subit le martyre sous le règne de Néron dans les jardins du Vatican, près du cirque impérial, situé le long du côté sud de la basilique actuelle. L’existence dans la nécropole voisine de tombes chrétiennes dans un cimetière païen s’explique par la conviction que la sépulture de Pierre était dans le voisinage immédiat. Seule cette conviction explique qu’aient été affrontées les difficultés énormes pour ériger en cet endroit la basilique constantinienne, malgré la nécessité de bousculer des tombes et d’opérer des travaux de terrassement considérables, à mi-pente de la colline. Le monument constantinien en l’honneur de Pierre était donc considéré comme le sépulcre du martyr. À l’intérieur de ce monument-sépulcre, le loculus creusé dans le mur G fut revêtu de marbre à l’époque de Constantin, et ne fut jamais violé jusqu’à sa découverte en 1941, lors des fouilles entreprises sur l’ordre du pape Pie XII. De ce loculus proviennent les ossements conservés dans un lieu voisin, où ils furent repris en 1953. Ces ossements sont donc ceux qui, au temps même de Constantin, ont été considérés comme les restes mortels du saint apôtre Pierre. Leur examen anthropologique le confirme. Le tissu de pourpre tissé de fils d’or dans lequel ils furent enveloppés atteste la haute dignité qu’on leur attribuait, en parfaite consonance avec le porphyre royal qui ornait l’extérieur du monument. La terre qui les entoure comme d’une croûte s’est révélée à l’examen pétrographique correspondre au sable marneux où fut creusée la tombe primitive, alors qu’en d’autres lieux du Vatican la terre est constituée d’argile bleue ou de sable jaune. Tous ces éléments forment entre eux comme les anneaux d’une chaîne qui conduit à identifier ce qui a été conservé des ossements de Pierre. Ce fut, après examen personnel, la conviction du pape Paul VI, qui déclara en célébrant les saints apôtres Pierre et Paul, le 29 juin 1976 : « Pour ce qui est de saint Pierre, nous avons la chance d’être parvenus à cette certitude – annoncée par Pie XII, notre prédécesseur de vénérée mémoire – que la tombe de saint Pierre est ici, en ce vénérable lieu où a été construite cette solennelle basilique qui lui est consacrée et où nous sommes rassemblés en ce moment dans la prière. »

Pierre et Paul

On ne peut dissocier Pierre et Paul. L’Église de Rome a été fondée par les deux apôtres. L’un et l’autre y sont morts martyrs. Et le pèlerinage le plus antique conduit à vénérer leurs restes mortels. L’histoire de Saint-Paul-hors-les-Murs, pour être moins complexe que celle de la basilique Saint-Pierre, n’en est pas moins ténébreuse. Le pèlerin qui arrive à la moderne basilique ne soupçonne rien des siècles passés, puisqu’un malencontreux incendie détruisit les 15 et 16 juillet 1823 presque entièrement la première basilique.

Comment pouvons-nous reconstituer l’histoire ? Paul, l’apôtre des Gentils, appartient à une famille d’origine juive, établie à Tarse en Cilicie, – la Turquie actuelle – où elle a acquis droit de cité romain. Après ses voyages missionnaires, il va porter le produit d’une collecte à Jérusalem. Poursuivi par le ressentiment tenace des Juifs, il est arrêté et conduit à Césarée devant le procurateur Félix. Celui-ci le garde prisonnier pendant deux ans. Devant Festus qui lui succède, Paul en appelle à César, puisqu’il est citoyen romain. C’est en 60 qu’il arrive à Rome, après un naufrage sur les rivages de Malte. De 61 à 63, il jouit de ce qu’on appelle la custodia libera, ce qui lui permet d’écrire plusieurs de ses épîtres et d’annoncer le royaume de Dieu avec assurance. Fit-il, de 63 à 66, une dernière tournée apostolique en Orient ou vers l’Espagne ? Rien ne permet de répondre à cette question. En 66, en tout cas, il est de nouveau prisonnier à Rome. Et il a la tête tranchée sur la route de Rome à Ostie, en 67.

Le témoignage de Luc

Il vaut la peine de relire, après le récit de la tempête et du naufrage que nous a laissé saint Luc, auteur des Actes des Apôtres, l’évocation de l’arrivée à Rome et la prédication de l’apôtre intrépide, au cœur de l’empire romain. C’est sur cette page missionnaire que se termine la grande fresque des Actes des Apôtres brossée par le médecin compagnon de Paul.

« C’est trois mois plus tard que nous avons pris la mer sur un bateau qui avait hiverné dans l’île ; il était d’Alexandrie et portait les Dioscures comme enseigne. Nous avons débarqué à Syracuse pour une escale de trois jours. De là, bordant la côte, nous avons gagné Reggio. Le lendemain, le vent du sud s’est levé et nous sommes arrivés en deux jours à Pouzzoles. Nous avons trouvé là des frères qui nous ont invités à passer une semaine chez eux. Voilà comment nous sommes allés à Rome. Depuis cette ville, les frères qui avaient appris notre arrivée sont venus à notre rencontre jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois-Tavernes. Quand il les vit, Paul rendit grâces à Dieu : il avait repris confiance.

Lors de notre arrivée à Rome, Paul avait obtenu l’autorisation d’avoir un domicile personnel, avec un soldat pour le garder. Trois jours plus tard, il invita les notables juifs à s’y retrouver. Quand ils furent réunis, il leur déclara :

« Frères, moi qui n’ai rien fait contre notre peuple ou contre les règles reçues de nos pères, je suis prisonnier depuis qu’à Jérusalem j’ai été livré aux mains des Romains. Au terme de leur enquête, ces derniers voulaient me relâcher, car il n’y avait rien dans mon cas qui mérite la mort. Mais l’opposition des Juifs m’a contraint de faire appel à l’empereur sans avoir pour autant l’intention de mettre en cause ma nation. Telle est la raison pour laquelle j’ai demandé à vous voir et à m’entretenir avec vous. En réalité, c’est à cause de l’espérance d’Israël que je porte ces chaînes… »

Ils lui répondirent : « Nous n’avons reçu, quant à nous, aucune lettre de Judée à ton sujet, et aucun frère à son arrivée ne nous a fait part d’un rapport ou d’un bruit fâcheux sur ton compte. Mais nous demandons à t’entendre exposer toi-même ce que tu penses : car, pour ta secte, nous savons bien qu’elle rencontre partout l’opposition ».

Ayant convenu d’un jour avec lui, ils vinrent le retrouver en plus grand nombre à son domicile. Dans son exposé, Paul rendait témoignage au Règne de Dieu et, du matin au soir, il s’efforça de les convaincre, en parlant de Jésus, de sortir de la loi de Moïse et des prophètes. Les uns étaient convaincus par ce qu’il disait, les autres refusaient de croire…

Paul vécut ainsi deux années entières à ses frais et il recevait tous ceux qui venaient le trouver, « proclamant le Règne de Dieu et enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ avec une entière assurance et sans entraves » (Actes 28, 11-31).

La via Appia

Je n’ai jamais pu fouler les pavés de l’antique voie appienne, la via Appia, sans évoquer cette arrivée à Rome du vigoureux apôtre, épuisé par les épreuves, prisonnier entravé par les chaînes du Christ, mais toujours intrépide pour annoncer l’Évangile. De longue date, il avait désiré voir Rome pour porter la bonne nouvelle dans ce haut lieu de l’empire.

Des riches patriciens ou des pauvres esclaves, qui pouvait se soucier du petit Juif arrivant avec d’autres prisonniers, encadrés par un détachement de soldats, dans le va-et-vient de la grande foule cosmopolite vaquant à ses affaires et à ses plaisirs ? Selon l’usage, Paul passa sans doute dix jours au corps de garde du camp des prétoriens sur le mont Coelius. Burrhus, préfet des prétoriens, autrement dit le chef de la police impériale, ayant pu se convaincre de la véracité du bon témoignage rendu au prisonnier par le gouverneur Festus, l’autorisa à prendre un logement hors du camp, avec toujours son bras droit enchaîné au bras gauche du soldat chargé de le garder.

Martyre et sépulture

Dans les Actes, saint Luc rapporte le séjour romain de Paul et son annonce de l’Évangile, d’abord aux Juifs, jusqu’à la fin abrupte du récit. La seule chose qui soit certaine sur cette période de captivité est l’écriture, par l’apôtre, des lettres aux Colossiens, aux Éphésiens et à Philémon. Dans cette considérable marge d’incertitudes et d’hypothèses, il semble prudent d’admettre que Pierre vint à Rome alors que Paul, contre lequel aucune charge n’avait été retenue, avait fini par être libéré ; que Paul y revint après son dernier périple missionnaire, après aussi les hécatombes de Néron, où Pierre avait péri crucifié et avait été furtivement enseveli un soir d’automne par quelques fidèles. En arrivant à Rome vers l’année 67, Paul trouvait une communauté chrétienne décimée et humiliée. Quelles que soient les conditions de son retour, il ne dut pas enseigner longtemps sans être dénoncé et arrêté. C’est alors qu’il aurait dicté sa dernière lettre à Timothée, comme son testament spirituel. Condamné, Paul devait avoir la tête tranchée, supplice réservé aux citoyens romains. D’après le témoignage d’Eusèbe, son martyre eut lieu la quatorzième année du règne de Néron, soit entre juillet 1967 et juin 1968. La tradition rapporte que la tête, en rebondissant trois fois sur le talus, y aurait fait jaillir trois sources, nos modernes Tre Fontane. Rien ne permet d’accréditer cette version de caractère légendaire, adoptée par saint Grégoire, mort en 604.

Pour Paul comme pour Pierre, la proximité du lieu du supplice et du tombeau semble un fait historique. Pour Paul, ce lieu était voisin du Tibre, les décapitations se faisant généralement au long des fleuves. Un sarcophage de la fin du IVe siècle représente du reste la décapitation de saint Paul près d’un fleuve. Attesté dès la première moitié du IVe siècle, le culte liturgique supposait la présence d’un sanctuaire ad corpus édifié à cet endroit. Or celui-ci est situé, comme pour Pierre, dans la nécropole qui bordait la route, au milieu de tombes païennes portant des urnes, des inscriptions, des peintures et des stucs qui vont des derniers temps de la république jusqu’au IVe siècle, à deux kilomètres des murs d’Aurélien et de la porte du même nom. Sans avoir pour la sépulture de Paul les mêmes détails que pour celle de Pierre, nous avons la même certitude : la tombe de l’apôtre des Gentils se trouve au-dessous de l’autel majeur de l’actuelle basilique Saint-Paul-hors-les-Murs. Il y eut d’abord en cet endroit une construction constantinienne. Un mur c suite.

« Paulo Apostolo marthyr »

La construction d’une basilique monumentale sur cet emplacement remonte en 386, un demi-siècle après la mort de Constantin. Les empereurs Valentinien II, Théodose et Arcadius écrivent alors au préfet de Rome, Salluste, pour s’assurer de l’approbation du Sénat et du peuple romain pour ce projet destiné à édifier une grande basilique remplaçant celle qui avait été « anciennement » consacrée à saint Paul. À 1,37 m sous la table d’autel actuelle, une plaque de marbre de 2,12 m sur 1,27 m porte l’inscription – datant selon les uns de la première, selon les autres de la seconde moitié du IVe siècle – PAULO APOSTOLO MART. La plaque est composée de plusieurs morceaux rapportés. Seul celui qui porte le mot PAULO est muni de trois orifices, un rond et deux carrés, qui ne peuvent qu’être liés au culte funéraire de saint Paul. En effet, l’orifice rond, le seul qui n’abîme pas l’inscription, et qui donc peut lui être contemporain, est relié à un petit puits qui devait rejoindre la tombe. La présence sur le marbre des traces d’un couvercle métallique articulé, permettant d’ouvrir et de fermer à volonté l’orifice, semble bien le rapporter, ainsi que son conduit, à l’usage attesté par ailleurs aux catacombes de verser des parfums dans les tombeaux chrétiens. Un poème de Prudence, du début du Ve siècle, fait allusion à cet usage. Cependant, ce culte a ensuite changé de forme : les deux puits carrés sont venus abîmer l’inscription PAULO. Ils furent construits plus tard pour rejoindre, à des niveaux différents, le puits rond. Ainsi le bloc de maçonnerie sous-jacent a été retravaillé avant que l’on repose l’ancienne plaque, dont il est impossible, dans l’état actuel, de se représenter l’état primitif, encore qu’elle soit le témoin vénérable d’un culte vraisemblablement antérieur à la grandiose construction de 386.

Telles sont les données de l’archéologie, qui rejoignent ce qu’écrivait le prêtre Gaïus, déjà cité, dans sa lettre au montaniste Proclus : « Je puis te montrer les trophées des Apôtres. Que tu ailles au Vatican ou sur la route d’Ostie, tu y rencontreras les trophées de ceux qui ont établi l’Église romaine ».

Beaucoup d’incertitudes demeurent sur ces temps reculés. Qui furent les premiers chrétiens de Rome ? Quels ont été les premiers missionnaires ? L’histoire ne nous le dit pas. Nous savons seulement que saint Paul parle de l’Église de Rome comme d’une Église nombreuse, connue, célèbre par sa foi et ses œuvres. Quand il arrive dans la ville, saint Luc nous précise au livre des Actes des Apôtres que les frères de cette ville viennent à sa rencontre sur la voie appienne. Nous savons les martyres et la sépulture de Pierre au Vatican, ensuite de Paul sur la voie d’Ostie.

Depuis lors, comme l’assure le vieil adage, tous les chemins mènent à Rome. Et découvrir la Rome de Pierre et Paul est pour le moderne Romée une réponse au vœu de Paul : « Il faut aussi que je voie Rome » (Actes des Apôtres 19, 21).


Paul Poupard
Avril 2002
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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 06:33

On nous présente souvent l’histoire des évangiles comme le témoignage véridique et d’inspiration divine de l’histoire du Nazaréen Jésus. Les 4 évangiles pourtant ne sont pas des sources fiables pour cerner le personnage historique de Jésus. Les évangiles n’ont pas été écrit par des témoins directs de la vie de Jésus, mais par des personnages qui n’ont même pas connu des témoins directs et qui n’ont fait qu’écrire les mythes qui s’étaient créés autour du personnage de Jésus. L’évangile de Marc selon les historiens a été écrit d’une manière certaine vers l’an 70 de notre ère, soit 40 ans après la mort du Nazaréen. L’évangile de Matthieu a été composé vers l’an 90 en Égypte. L’évangile de Luc aurait été composé vers l’an 80. L’évangile de Jean est le plus tardif : autour de 110 de notre ère. Comme on peut voir la 1ère génération de chrétiens n’a laissé aucun écrit. C’est seulement à la 2ème génération de chrétiens qu’on commence à structurer des groupes. Pourquoi ? Tout simplement parce que la première génération de chrétiens, celle qui a connu Jésus, a suivi les paroles de Jésus : en effet Jésus a dit clairement que l’arrivée du paradis serait avant la fin de sa génération. « La fin des temps, la parousie ou l’apocalypse » qui étaient des sujets très à la mode dans la Palestine du 1er siècle, étaient attendues d’une manière sûre et certaine par ceux qui avaient connu Jésus. Il est clair que Jésus n’a jamais voulu fonder une nouvelle religion et qu’il avait seulement voulu redonner des valeurs religieuses et morales à son peuple juif qui se sentait trahis par leurs prêtres du Sanédrin qui collaboraient avec le pouvoir de l’occupant romain. Comme pour Dieu dans l’ancien testament, le message ne s’adresse pas à l’humanité toute entière, mais se réduit à un message aux juifs qui veulent rester fidèles à l’Eternel, le dieu d’Israël. N’oublions pas que Jésus ust rabbin et en tant que tel il respecte la foi de ses ancêtres et ne prône aucune autre religion nouvelle. Jésus s’est attaqué a certains rouages de la loi juive de l’époque non pas pour créer une religion nouvelle, mais pour inciter ses congénères à retrouver la loi de Moïse dans son esprit et non dans sa forme. Rappelons qu’à l’époque la Palestine pullule de prophètes, de messies en tout genre qui prédisent tous l’arrivée très très proche de la fin des temps. Les actions qu’ils proposent sont parfois différentes, mais l’esprit en gros est toujours le même : « Rome la païenne occupe notre territoire, profane nos lieux sacrés avec les statues de leurs Dieux païens, il faut se débarrasser d’eux et de nos prêtres du Sanédrin qui sont leurs collaborateurs ».
Jésus meurt vers l’an 30 et ses adeptes, les années passantes, qui ne voit toujours pas arriver le paradis sur terre commencent à se poser des questions. C’est à cette époque qu’apparaît un christianisme qui commence à séparer de ses racines juives et de ses premiers adeptes. Paul de Tarse (St-Paul), un juif de culture grecque et citoyen romain, au service de Rome, qui pourchassait les chrétiens, retourne sa veste et dit avoir vu Jésus après sa mort dans une vision et se met à prêcher un christianisme qu’il s’invente lui-même car il n’avait jamais connu en personne Jésus. Rapidement il se met à faire du message purement hébreu de Jésus, un message pour l’humanité entière. Il apporte des modifications profondes : la possibilité de convertir des non-juifs à la religion nouvelle et qui ne seraient pas obligés d’être circoncis ou de respecter la loi de Moïse dans son entier. Cette idée horripile tellement les adeptes de Jésus restés à Jérusalem et fidèles aux enseignements de leur rabbin Jésus, qu’ils s’engueulent par deux fois avec Paul de Tarse et ses adeptes. La rupture est totale. Ceci se passe environ 15 ans après la mort du Nazaréen. La communauté chrétienne primitive restée à Jérusalem et dirigée par le propre frère de Jésus, Jacques, va se dissoudre aux début des années 60 de notre ère lorsque Rome décide d’écraser tous les soulèvements de Palestine par une grande action militaire qui va durer plusieurs années. Non seulement la communauté de Jacques va disparaître, mais d’autres mouvements juifs comme les Zélotes ou les Esséniens. C’est le début d’un chapitre dramatique pour le peuple juif : la diaspora.
La communauté chrétienne primitive disparue, que reste-t-il ? Et bien les chrétiens des différentes communautés créées par Paul de Tarse : on en trouve en Anatolie, en Égypte, en Grèce et bientôt même à Rome. Ces communautés ne vont pas tarder à se fâcher entre elles et même à se faire de véritables guéguerres. Très tôt va naître encore une nouvelle tendance du christianisme : la Gnose. Et ainsi de suite, jusqu’à obtenir une quantité incroyable de sectes chrétiennes qui ne s’aiment pas beaucoup entre elles et qui s’agressent régulièrement. Il faudra attendre l’an 325 pour que soit imposé par décret une unité des dogmes et une interdiction de toutes les autres tendances du christianisme primitif. Les autres tendances seront persécutées par la nouvelle orthodoxie chrétienne et naîtra ainsi le catholicisme. C’est dans l’ambiance de sectes chrétiennes qui s’opposent entre elles que sont écrits les évangiles dans les différentes communautés du 1er siècle. C’est pour cela qu’il n’y aucune unité entre les évangiles et qu’elles se contredisent énormément. La quantité de contradictions est impressionnante. Un exemple parmi tant d’autres : la découverte du tombeau vide de Jésus. Selon Jean (20 : 1 ) Marie-Madelaine était seule. Selon Matthieu (28 : 1 ) les femmes sont deux : « Marie-Madelaine et l’autre Marie ». Selon Marc (16 : 1 ) elles sont trois : « Marie-Madelaine, Marie mère de Jacques et de Jésus, et Salomé ». Selon Luc (24 : 9 ) elles sont plusieurs : « Marie-Madelaine, Jeanne, Marie mère de Jacques et de Jésus, et d’autres femmes ». Vous me direz, ce ne sont que des détails, mais quand ces détails contradictoires s’élèvent à plus de 100, on peut commencer sérieusement à avoir des doutes sur l’inspiration divine des auteurs, et donc de la réalité des faits. Remarquez au passage que Jésus n’est pas le seul fils de Marie… la question de la virginité de cette dernière devient compliquée…voire très douteuse !
Selon 2 évangiles, Jésus serait né à Bethléem, et selon les 2 autres il serait né à Nazareth ; l’histoire des rois mages est contée seulement par Marc, les autres n’en font même pas mention tellement que ça leur paraissait gros ! Ainsi de suite… là aussi, pour ceux que le sujet intéresse, je conseille tout simplement de lire les 4 évangiles en parallèle et de constater par eux-mêmes.
Les communautés primitives du christianisme semblent avoir puisé dans les mythologies des peuples environnants certains mythes fondamentaux du christianisme.
Puisqu’il est sujet de la virginité de la mère de Jésus, il est intéressant de savoir que les chrétiens parlent pour la 1è fois de la virginité de Marie en l’an 380, et il est curieux de remarquer que Zoroastre (le célèbre prophète perse) est né d’une vierge (quelques siècles avant Jésus…). Adonis, Dieu babylonien, est né de la vierge nommée Ishtar. Mitra, le grand Dieu indo-européen du soleil et des forces célestes, est né d’une vierge dans une étable et sa naissance était célébrée depuis toujours le 25 décembre de chaque année. Ça n’est que lors du concile de l’an 325 qu’a été décidé que la naissance de Jésus serait célébrée le 25 décembre, et non autour du mois de Mars comme ça se faisait jusqu’à là. Le christianisme récupérait ainsi la fête païenne du solstice d’hiver, la fête de Mitra et du « Sol invictus et natalis », le soleil invaincu et naissant. La conversion des païens devait être ainsi plus facile et commençait par là la lente et sûre déviation des traditions païennes au profit d’un christianisme absolutiste, intolérant et conquérant.
Le Dieu Dionysos est lui aussi né d’une vierge. Dionysos avait le pouvoir de changer l’eau en vin (tiens, ça rappelle le passage des noces de Canaan où Jésus fait soit-disant la même chose). Dionysos est fils de Zeus, père des Dieux, comme le Nazaréen fils de Dieu. Lors des fêtes du Dieu Bacchus (l’équivalent romain de Dionysos) le prêtre prenait un morceau de viande et disait dans son rituel : « Prenez mangez, ceci est le corps du maître ». Ensuite il prenait du vin et disait : « prenez et buvez, ceci est le corps du maître qui vous donne son âme ». Ça ne vous rappelle pas un peu l’eucharistie chrétienne inventée en 120 après le Nazaréen ?
La naissance de Bacchus se fêtait elle aussi le 25 décembre et sa résurrection se fêtait au mois d’avril. Ça commence à faire beaucoup de similitudes quand même ! Au-delà d’un certain nombre de similitudes, ça ne peut plus être dû au hasard, mais plutôt au plagia. Les chrétiens lors de la composition de leurs évangiles ont allègrement puisé dans les mythes païens. Ils auraient au moins pu être reconnaissants au lieu de chercher à exterminer toute trace de paganisme en Europe et dans le monde comme ils ont fait pendant les 2000 ans qui ont suivi !
L’évangéliste Jean a puisé dans le mythe du Dieu grec Hermès qui était le messager des Dieux. Ce Dieu était connu pour visiter le monde des hommes sous forme de jeune berger portant une brebis sur les épaules, tout comme Jean représente Jésus dans son évangile (10 : 11 et 10 : 26 ).
Rapidement les chrétiens vont abandonner le shabbat (Samedi) comme jour de repos au profit du dimanche, qui chez les païens est le jour du Soleil (dies solis). Ainsi on récupère encore une fois une fête païenne en la dénaturant.
Presque toutes les fêtes païennes vont être récupérées par les chrétiens, qui veulent faire disparaître le paganisme d’une manière définitive. Quelques exemples :
Noël (voir plus haut), le solstice d’été (Feux de la St-Jean), fête romaine de la lumière et Imbolc celte (Chandeleur), la fête celte de Shamain (Toussaint),…etc
Le christianisme allait devenir au cours des siècles suivants une puissance religieuse intolérante aux humeurs massacrantes, une puissance financière sans partage, et une puissance politique impliquée dans les rouages les plus corrompus de l’histoire. Pendant plus de mille ans, les chrétiens vont s’acharner à soumettre ou à exterminer tous les païens d’Europe, les derniers officiellement sur la liste seront les païens baltes au 14è siècle. Et cela est sans compter tous les autres massacres dû à l’inquisition par exemple.
Mais ça, c’est une autre histoire…

Source : http://www.lesfilsdodin.com/grimoir/christianismeprimitif.htm

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Published by Hathuwolf Harson - dans Christianisme primitif
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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 06:34

Il existe en Israël de nombreuses sectes, dont les Nazoréens mal connus, (gardiens ?). Au 1er siècle apparaissent les Zélotes, extrémistes théocrates dont l’action terroriste provoqua la destruction de Jérusalem par Titus. D’autres courants plus modérés sont bien connus. C’est Flavius Josèphe qui parle le premier des différents groupes actifs en Judée, dans l’environnement pré-chrétien. L’historien juif les présente comme des écoles philosophiques analogues à celles des Grecs. Mais ici, les positions religieuses et politiques sont toujours liées. Les divers partis religieux se combattent farouchement et associent l’action politique énergique pour la conquête du pouvoir avec un ardent militantisme pour imposer leurs conceptions spiritualistes.

Les Saducéens sont les représentants de l’aristocratie sacerdotale. Privilégiés, fortunés et très conservateurs, ils détiennent l’essentiel du pouvoir. Attachés au strict Judaïsme traditionnel et pratiquant un ritualisme rigoureux, ils refusent toutes les innovations populaires et les croyances nouvelles, telles les promesses de fin du monde, la foi en la résurrection, la hiérarchie angélologique.

Les Pharisiens sont d’origines plus simples, petits propriétaires, artisans et ouvriers, bien plus proches du peuple dont ils reflètent les aspirations religieuses. Ils contestent les privilèges du clergé et lui opposent leurs rabbins, ou sages, qui militent pour une application plus mesurée et plus humaine de la Loi. Quoique Jésus soit probablement issu de ce milieu, ils ont été sévèrement critiqués par les Evangiles car ils faisaient étalage de leurs vertus.

  • Sous les Romains, la royauté est abolie. Un pontife pharisien règne au Temple, et le parti détient le monopole des interprétations juridiques permettant l’application concrète de la Loi.

Les Esséniens constituent la troisième école. Mal connue, elle mérite qu’on lui accorde un peu d’attention. Son importance a été confirmée par la découverte des Manuscrits de la Mer Morte, en 1947, dans des grottes du désert de Judée, à proximité de Khirbet Qumrän, où l’on a également retrouvé les ruines d’un grand monastère essénien. Les manuscrits et les ruines de Qumrän authentifient différents textes considérés jusque là comme apocryphes. Ils permettent d’identifier un groupe bien séparé du reste la société judaïque du ~1er siècle, c’est-à-dire une véritable secte.

L’ordre essénien forme une véritable communauté monachique pratiquant le noviciat, le célibat, la mise en commun des biens, la charité fraternelle, une discipline austère, et le strict respect de la Loi de Moïse. Les infractions sont sanctionnées par l’exclusion. Les Esséniens se disent détenteurs de révélations secrètes ésotériques et de la connaissance du temps, et ils ont un calendrier particulier, beaucoup plus précis que celui des Juifs. Leur pensée semble avoir été influencée par les Grecs et les Iraniens dualistes. Ils ont une angélologie très foisonnante. Ils croient que le monde est l’objet de l’affrontement de deux groupes de puissances invisibles, les Esprits de Lumière, l’armée de Dieu, et les Esprits des Ténèbres commandés par Bélial.

Les Esséniens se considèrent comme la communauté mère autour de laquelle le Peuple de Dieu doit s’organiser pour préparer la victoire de la lumière sur les ténèbres et l’établissement du Royaume. En ces temps prochains, les douze tribus adopteront la doctrine et constitueront une grande communauté essénienne. La guerre apocalyptique finale opposera Israël aux fils de perdition promis à la destruction. Au début du ~1er siècle, un prêtre essénien, le Maître de Justice, aurait rédigé la Règle réorganisant la communauté ainsi que divers autres textes, puis aurait été supplicié et tué par un prêtre du Temple, (Hyrcan II), avant la prise de Jérusalem par les Romains, en ~63. Son exécution fut suivie de persécutions. Les Esséniens prétendent que la profanation du Temple est la punition infligée par Dieu pour toutes ces exactions. Cela renforce leurs attentes d’un prophète, et d’un messie-roi suivi d’un messie-prêtre avant les temps eschatologiques d’un Fils d’Homme et la fin du Monde. Or, précisément, comme celle des Esséniens, la doctrine du Christianisme originel est essentiellement eschatologique. Comme beaucoup d’Hébreux, les nouveaux Chrétiens croient alors que la fin du Monde est imminente. Le Salut approche, le Mal sera vaincu, et le royaume de Dieu va être fondé. Un nouveau ciel et une nouvelle terre seront créés, et la nouvelle Jérusalem céleste, apparaîtra, descendant des cieux. Très logiquement, les Chrétiens se disent donc étrangers ici-bas, dans le Monde, mais ils ont redoutable attitude intolérante.

Nous avons vu combien les peuples de l’Antiquité étaient tolérants, considérant qu’aucune tradition religieuse ne pouvait prétendre posséder seule la vérité révélée peu à peu par les dieux.

Celle-ci est révélée par les dieux. Elle se répand dans l’humanité sous différentes formes.
Chaque peuple, chaque culte porte une part des secrets divins.

Pour comprendre, ce qui ne signifie pas accepter, l’intolérance, l’intransigeance, voire le fanatisme qui ont ultérieurement marqué la marche triomphante du Christianisme, il faut absolument revenir sur les particularités de la religion hébraïque dont il est issu. Elles ont d’ailleurs été largement exposées au précédent chapitre.

Cette religion repose sur l’affirmation de l’identité particulière de la nation d’Israël. Les Hébreux sont un peuple saint, choisi entre tous, donc meilleur que les autres. Leur dieu vivant se tient présent en permanence, au sein de la communauté, au cœur de l’Arche d’Alliance. Cette alliance privilégiée avec le Dieu créateur est l’expression religieuse de la souveraineté nationale. En tant que peuple choisi par l’autorité du seul dieu souverain, les Hébreux ne sont aucunement soumis aux autorités terrestres.

Leur unique loi est le Décalogue, la règle dictée à ses vassaux par le suzerain YHWH, créateur du Monde. Ils en sont les dépositaires exclusifs. La loi concerne tous les domaines et tous les détails de la vie religieuse et sociale. L’obéissance est obligatoire. Les obligations incontournables comportent la circoncision des jeunes garçons, répandue chez tous les Sémites, le sabbat, repos hebdomadaire rigoureux, et de nombreux tabous divers, notamment alimentaires. La pratique des autres cultes est interdite. Israël ne peut servir qu’un dieu car YHWH, le Vivant, est un dieu jaloux. Par ailleurs, comme les Amorrites, les Hébreux attachent une grande importance aux paroles extatiques prononcées par les prophètes, et les considèrent inspirées par Dieu lui-même. Issus d’Israël dont ils ne sont pas encore séparés, les Paléochrétiens maintiennent ces traditions hébraïques. Ils prétendent demeurer ce peuple élu parmi tous les autres et ils attendent aussi la fin prochaine du Monde. Et, comme les Esséniens, leurs probables précurseurs, ils se veulent chargés d’une mission sacrée, faire de leur propre Dieu le seul Dieu universel.

Bien évidemment, cela provoque l’incompréhension puis l’hostilité générale lorsque le Christianisme commence à se répandre dans la Gentilité. Dans notre culture traditionnelle, les fidèles des autres cultes sont généralement appelés païens, (mot de mépris désignant des paysans). Ce terme est tellement chargé de connotations péjoratives imméritées, qu’il ne permet plus d’en parler sereinement. Je les appellerai donc les Gentils, ancien terme désignant les étrangers, ceux qui ont une autre religion que le Judaïsme, le Christianisme, ou l’Islamisme. L’hostilité moqueuse des Gentils face à la prétention intransigeante des Paléochrétiens va croître en proportion du développement du Christianisme. Nous voyons qu’elle est déjà assez acerbe au cours du 2ème siècle dans le discours ironique que Celse prête aux Chrétiens dans sa Polémique anti-chrétienne.

Nous sommes ceux à qui Dieu révèle et prédit tout. C’est pour nous seuls qu’il gouverne..
négligeant l’univers et le cours des astres..C’est pour nous seuls que tout a été fait
et est organisé pour nous servir.

A l’origine du Christianisme, il y a initialement une simple secte hébraïque, parmi les autres. Son activité ne concerne apparemment qu’Israël, et non pas la Gentilité. Je n’ai été envoyé qu’aux tribus perdues de la maison d’Israël. (Matthieu, 15,24).

Dans le désert de Judée, un personnage messianique prêche alors à tous les Juifs, quels qu’ils soient, la repentance en vue du tout prochain Jugement dernier. Il purifie les repentis dans le Jourdain par un bain qui est aussi un baptême de pardon. L’annonce eschatologique est habituelle, mais l’extension du salut aux pécheurs ordinaires, au commun coupable du petit peuple, est particulièrement novatrice et surprenante compte tenu des origines esséniennes de Jean le Baptiste. Jésus témoigne, par son propre baptême, de son adhésion à ces idées nouvelles, affirmant aussi qu’il rompt avec son milieu habituel, probablement pharisien.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée.
C’est le premier et le plus grand des commandements. Et voici le second qui lui est semblable.
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent
toute la loi et les Prophètes.

(Matthieu, 22, 36).

C’est sur la base de la grâce divine offerte aux pécheurs repentants qu’il entreprend sa prédication personnelle. Celle-ci est révolutionnaire sur plusieurs plans. Elle affirme non pas l’imminence eschatologique de l’instauration matérielle du Royaume de Dieu, mais bien sa présence actuelle et permanente dans le cœur des hommes. Elle réduit les rigoureuses et tatillonnes exigences de la Loi hébraïque à la seule obligation de l’amour de Dieu et du prochain. A tous, elle offre immédiatement la grâce divine et la paix de l’âme. Bien évidemment cette provocation attire sur Jésus l’hostilité et la haine des éminences sacerdotales. Elle le conduit finalement à la crucifixion avec la participation des autorités romaines. Le groupe des disciples proclame alors sa résurrection puis réduit son activité publique à la seule ville de Jérusalem, se repliant dans une communauté semi-monastique pour approfondir sa doctrine messianique dans le cadre de la religion hébraïque.

Nous avons vu que de nombreux Juifs vivent hors de Palestine, dans tout le Bassin oriental de la Méditerranée, tout particulièrement en Egypte et à Alexandrie. Quoique imprégnés de culture grecque, ils reviennent souvent vers Israël. Certains disciples proviennent de ces colonies. Ces hellénistes désirent répandre activement les idées de la communauté, rejetant toute prudence à l’égard du terrorisme zélote. Inquiet, le groupe de Jérusalem, se constituant en Eglise, finit par les exclure et ils s’en vont fonder ailleurs les diverses églises missionnaires dont témoignent les Épîtres, en Samarie, en Phénicie, en Syrie, ou à Chypre.

Ces missions connaissent une extension considérable au sein de la diaspora israélite. Elle nécessite la mise en place d’un coordinateur intelligent et efficace qui est trouvé en la personne de Saül de Tarse (Paul). Converti à la suite du martyre d’Etienne par les Zélotes, il réussit à faire admettre, à Jérusalem, que les Gentils pouvaient devenir chrétiens sans passer préalablement par le Judaïsme et la circoncision. L’apport de Paul au Christianisme est vraiment immense. Il l’a hellénisé et organisé, en mettant en place des structures efficaces d’évêques et de presbytres et en créant des sacrements. Il l’a surtout profondément transformé en y introduisant la notion du rachat collectif des hommes par la mort de Jésus, un salut offert par la seule grâce de Dieu, non plus en récompense du mérite individuel des fidèles. Son action a été décisive pour assurer le succès et la rapide extension de cette religion de salut universel, facile à comprendre, agréable à pratiquer, qu’il a rendue accessible aux hommes de toutes les nations.

La révolte zélote de 66 entraîne la destruction de Jérusalem, la démolition du Temple, et une effroyable répression. L’état d’Israël cesse d’exister et la communauté hébraïque se raidit, se rassemblant autour des rabbins de Jamia. Tout rapprochement avec le Judaïsme devient impossible. Comme les Juifs, les Chrétiens refusent de sacrifier au culte impérial, bravant l’autorité civile, ce qui provoque quelques persécutions. La nouvelle religion se sépare complètement de l’ancienne. Elle élabore ses propres rites et cérémonies en empruntant beaucoup aux cultes à mystères auxquels elle aurait pu joindre sa lumière. Mais, persuadée de l’importance de sa mission sacrée, elle va affronter les autres croyances et travailler fanatiquement à leur totale élimination.

L’Empire entre les mains.

En 325, pour régler les querelles qui empoisonnent les relations des églises, Constantin convoque le concile œcuménique de Nicée. Appropriant le pouvoir doctrinal et les structures sacerdotales, il déclare que le Christianisme est la religion de l’Etat. Mais le véritable instaurateur du Christianisme autoritaire est l’empereur Théodose. La conversion des empereurs donne à l’intransigeance chrétienne l’appareil du pouvoir et ses terribles moyens de coercition. Elle s’en sert durement. En 382, l’autel de la Victoire, symbole de la religion romaine, est enlevé du Sénat malgré les protestations de Symmaque, le Préfet de Rome.

Nous réclamons le respect pour les dieux de nos pères, les dieux de notre patrie. Il est juste de croire que tous les hommes adorent le même Un. Car nous regardons les mêmes étoiles,
le même ciel nous recouvre, le même univers nous entoure. Qu’importe le moyen par lequel chacun de nous atteint la vérité. On ne peut parvenir par une seule voie à un si grand mystère.

En 391, tous les cultes traditionnels des Gentils sont interdits dans l’Empire, les flambeaux s’éteignent et les temples sont détruits. Et, en 435, il devient obligatoire d’être chrétien, sous peine de mort.

Le doux prophète galiléen prêchait la liberté, la tolérance, le salut par la seule grâce et l’amour de Dieu et des hommes. Le destin de la religion fondée en son nom fut d’établir impitoyablement sur les structures romaines, l’empire d’un Dieu jaloux, à l’image du vieux Dieu biblique, forçant la conversion, par le fer et le feu, le viol des consciences et la torture, la prison et les bûchers. Derrière nos blanches cathédrales, cette ombre obscure, hélas, demeure. Dans le paganisme, nous dit J.J.Rousseau, où chaque état avait son culte et ses dieux, il n’y avait pas de guerres de religions.

En charge institutionnelle du contrôle de la justesse des actes et des consciences jusqu’à la tête de l’Empire, le Christianisme monte en puissance. Il se heurte vite au pouvoir, excommuniant Théodose, (qui n’est pas un saint et a fait massacrer de nombreux prisonniers), obtenant même de lui une pénitence publique en 390. Après la soumission spectaculaire du puissant empereur de Rome, plus rien ne peut arrêter l’Eglise. Au cours des siècles suivants, après l’interdiction des cultes traditionnels et la destruction des temples, le Christianisme s’attache à effacer progressivement et méticuleusement toutes leurs traces. Il construit ses sanctuaires dans les lieux consacrés, sur les monuments religieux et les ruines des temples détruits. Il plaque ses fêtes votives sur les vieilles célébrations des cieux et des saisons et superpose ses propres symboles aux anciennes évocations des dieux. Il impose à tous ses propres rites initiatiques et interdit la magie.

La magie tente le lier le ciel avec des moyens de la Terre. Sans bien percevoir que ses propres pratiques sont aussi des rites magiques, le Christianisme combat très vigoureusement, dés sa fondation, la divination et la magie et, bien au-delà d’elles, toutes les philosophies et religions orientales d’Egypte, d’Etrurie, d’Inde, de Perse, de Grèce, ou d’ailleurs, qui exercent les formes traditionnelles de culte et d’enseignement. On pratique alors couramment des sacrifices magiques et des rites de théurgie, on évoque les dieux et les esprits des morts, on utilise des moyens divers de divination (mantique). On observe chez l’individu, la présence de démons personnels, (du corps, de l’âme, de l’intellect). Ainsi désigne-t-on les phénomènes ou pulsions présents dans la psyché humaine. On croit aussi que le destin des hommes est une fatalité fixée à la naissance, inscrite dans le zodiaque et les planètes, lesquelles sont les manifestations visibles ou les corps physiques des dieux. L’astrologie permet donc de prévoir ce destin.

  • Voici ce que nous disait Kafka de la magie. Il est parfaitement concevable que la splendeur de la vie se tienne prête à coté de chaque être et toujours dans sa plénitude, mais qu’elle soit voilée, enfouie dans les profondeurs, invisible, lointaine. Elle est pourtant là, ni hostile, ni malveillante, ni sourde. Qu’on l’invoque par le mot juste, par son nom juste, et elle vient. C’est là l’essence de la magie, qui ne crée pas mais invoque.

En ce qui concerne la magie, les anciens exerçaient surtout la magie maléfique, l’anathème, le mauvais sort jeté sur l’ennemi. Religion et magie étaient souvent confondues. Le Christianisme les a séparés. Mais les civilisations pré-chrétiennes de la Gentilité ne se laissent pas effacer sans réagir. Les cultures, les philosophies mystiques, les pratiques cultuelles et les mythes en usage se défendent âprement. Malgré les risques graves, les philosophes et les penseurs récupèrent les principes spiritualistes et cultuels de la sagesse antique, menacés de disparition. Les traditions rivales du Christianisme, sont bâties sur des reformulations syncrétiques d’héritages issus des enseignements de la philosophie grecque, (surtout néo-platonicienne), de l’Hermétisme récent, et sur les fondements des cultes égyptiens et assyro-babylonniens parfois associés au dualisme iranien. Nous allons maintenant nous pencher un peu sur les écoles syncrétiques issues des traditions néo-platoniciennes gréco-romaines et égyptiennes. Les divers aspects liés à l’Hermétisme et aux religions gnostiques seront développés le prochain chapitre.

La tolérance doit tolérer l’intolérance, afin de demeurer.

Plotin et le Néo-Platonicisme.

 Le Néo-Platonicisme est une doctrine philosophique à orientation mystique, fondée par Ammonius Saccas. Produit de la rencontre des civilisations grecques et orientales, elle apparaît à Alexandrie puis s’étend jusqu’à Rome, entre le 2ème et le 5ème siècle. Les Néo-Platoniciens transforment la philosophie rationalisante en une véritable science théologique. Avec Plotin, dans sa forme romaine, la doctrine est établie sur les fondements de plusieurs théories associées.

  • Une théorie de l’être. Toutes choses émanent du Un, (Bien ou Intelligence universelle), par dégradations successives, et l’Etre se manifeste par trois hypostases, Un, Intelligence, et Âme.
  • Une théorie du salut. Par la conversion ou mouvement de retour vers le Un, l’âme individuelle peut retrouver l’unité originelle jusqu’à se fondre en elle.

Chez les Néo-Platoniciens, la religion devient une démarche individuelle tout intérieure. Ils renoncent aux justifications philosophiques et métaphysiques excessivement rationalisantes des croyances. Ils abandonnent aussi les pratiques religieuses qui sont considérées comme des artifices que le culte utilise pour asservir les fidèles en influençant leur imagination (surtout chez les Romains). Chez Plotin, la prière est avant tout une démarche intellectuelle, un puissant effort volontaire de l’intelligence pour élever l’homme au niveau du divin. Dans l’œuvre de Platon, ils s’intéressent surtout au Parménide, et c’est pourquoi je vous ai donné un aperçu de cet ouvrage dans le précédent chapitre.

Cette transformation de la philosophie en science théologique se traduit par deux attitudes. La première est celle d’un syncrétisme poussé. Les Néo-Platoniciens tendent à réunir toutes les traditions humaines accessibles, de quelque nature qu’elles soient, littéraires, musicales, mythiques, cultuelles, ou philosophiques. Ils les reconnaissent comme des analogies relatives aux manifestations variées des mêmes dieux. Ils les combinent et les utilisent donc en tant que matériaux pour la construction de l’édifice théologique qu’ils proposent. La seconde est une démarche de mise en ordre, une tentative de hiérarchisation chronologique visant à attribuer à chaque divinité identifiée une place exacte dans l’histoire et dans le rang au sein du panthéon syncrétique reconstruit.

  • Les mythes, s’ils sont vraiment des mythes, doivent séparer dans le temps les circonstances du récit et distinguer bien souvent les uns des autres des êtres qui sont confondus et ne se distinguent que par leur rang ou par leurs puissances.

Les mythes, disent-ils, recèlent toute la structure de la réalité du monde, laquelle englobe le monde sensible et les dieux. Cherchant à révéler les secrets immanents qu’ils recouvrent, les Néo-Platoniciens vont établir quatre catégories de mythes, théologique, physiques, psychologiques, et matériels. Concernant ces derniers, ils recherchent dans les corps les traces laissées par leur origine divine. Puis ils tenteront d’établir des pratiques de magie sympathiques permettant de remonter jusqu’aux dieux. Mais ils s’intéressent surtout à l’interprétation des mythes théologiques.

  • Puisque, en principe, nous dit Proclus, toutes choses dérivent et de l’Un et de la Dyade postérieure à l’Un, et sont de quelque manière mutuellement unies, mais ont aussi une nature antithétique, comme il y a une sorte d’antithèse entre le Même et l’Autre, le Mouvement et le Repos, et que toutes les réalités du monde participent à ce genre, on ne saurait que bien faire en considérant l’opposition qui pénètre tout le réel. (Ceci est une façon un peu compliquée de nous prier d’admettre que c’est l’opposition des contraires qui assure l’équilibre de ce monde).

A mesure que progresse la christianisation des structures politiques et administratives, la pratique des cultes antiques devient dangereuse et plus clandestine. Leurs derniers adeptes la pratiquent en petites communautés avec beaucoup de piété. Ils la transforment en une démarche religieuse de plus en plus spiritualiste et mystique. Les manifestations publiques et les sacrifices sanglants sont remplacés par des petites cérémonies cultuelles quotidiennes et privées. Elles comportent des prières et des pieuses allocutions, on y brûle de l’encens et on y chante des hymnes qui sont réputés inspirés par les dieux. Les métaphysiciens mystiques néo-platoniciens ont composé un grand nombre de très beaux hymnes dont la plupart ont été systématiquement détruits. Voici, par exemple, un hymne composé par Ploclus, ou Procklos, un Néo-Platonicien grec né en 412, déjà cité plus haut pour son discours sur la structure dialectique du monde.

Ecoute-moi, ô Athéna,
toi dont le visage rayonne une pure lumière.
Conduit à bon port l’errant que je suis sur la Terre.
En récompense de mes saints hymnes en ton honneur,
donne à mon âme lumière pure, amour et sagesse.
Par ton amour, insuffle à mon âme assez de force
et d’une telle vertu qu’elle se retire des creux de la Terre
et remonte à l’Olympe vers la demeure du Père.
Aie pitié de moi, Déesse aux doux conseils,
parce que je me flatte d’être à toi,
ô Salvatrice des mortels, ne permet pas que,
gisant à terre, je tombe en proie et en butin
aux mains des Punisseuses
qui me font frissonner.

Jamblique, témoin de la tradition païenne.

 Jamblique est un philosophe néo-platonicien, né en Syrie vers l’an 250. Il se fixe d’abord à Alexandrie, et il y réside environ vingt ans, puis il retourne en Syrie et fonde une école à Apamée. Initié aux doctrines ésotériques des Egyptiens et des Chaldéens, il pratique le Néo-Platonicisme syrien comme la vraie religion, en l’opposant au Christianisme. Il considère que tous les Chrétiens sont des athées. Il meurt en 330. Les textes cités ci-après sont extraits de la réponse d’un néo-platonicien syrien traditionnel, (égyptien), à la lettre d’un romain rénovateur rationaliste. La forme littéraire établie comme une réponse à une lettre est commune à l’époque.

  NR. J’ai parfois tronçonné les phrases pour faciliter la lecture, lorsqu’elles étaient trop longues ou alambiquées, mais je n’ai pas modifié le vocabulaire. Quelques courtes explications sont entre parenthèses. Les rappels du texte de Porphyre sont en italique, ceux de Jamblique sont droits.

Réponse à une lettre de Porphyre, ardent disciple de Plotin, questionnant Anébon, disciple de Jamblique, au sujet des contradictions et des absurdités qu’il constate dans les traditions des Assyriens et Chaldéens, par rapport au Néo-Platonicisme rationalisant romain et à l’apparition d’une religion toute intérieure. Jamblique répond, sous le pseudonyme de Maître Abammon, pour défendre les traditions et les pratiques des Egyptiens, (Les références à l’astrologie, aux sacrifices et aux méthodes de divination ne sont pas reprises dans cet extrait).

1 - Tu as l’air de croire que " la même connaissance vaut pour les choses divines et pour les autres, quelles qu’elles soient, et que les contraires fournissent le membre opposé, comme c’est l’ordinaire dans les problèmes dialectiques ". En réalité, ce n’est pas du tout pareil. La connaissance des dieux est à part, séparée de toute opposition. Elle ne consiste pas dans le fait qu’on la concède maintenant ou qu’elle prend naissance. De toute éternité, elle coexistait dans l’âme en une forme unique.

2 - Conçois donc comme du limon tout le corporel, le matériel, l’élément nourricier et générateur, ou toutes les espèces matérielles de la nature qu’emportent les flots agités de la matière, tout ce qui reçoit le fleuve du devenir et retombe avec lui, ou la cause primordiale, (préalablement installée en guise de fondement), des éléments et de toutes leurs puissances. Sur ces bases, le Dieu auteur du devenir, de la nature entière, de toutes les puissances élémentaires, lui qui est supérieur à celles-ci et s’est révélé dans sa totalité sorti de lui-même et rentré en lui-même, immatériel, incorporel, surnaturel, inengendré, indivis, préside à tout cela et enveloppe en lui-même l’ensemble des êtres. Et parce qu’il a tout embrasé et se communique à tous les êtres du monde, il est apparu sortant d’eux. Parce qu’il est supérieur à tout et souverainement simple en lui-même, il apparaît comme séparé, transcendant, sublime, éminent de simplicité, en lui-même au-dessus des puissances et des éléments cosmiques.

3 - Avant les êtres véritables et les principes universels il y a un Dieu qui est l’Un, le Tout Premier même par rapport au Dieu et Roi premier. Il demeure immobile dans la solitude de sa singularité. Aucun intelligible, en effet, ne s’enlace à lui, ni rien d’autre. Il est établi comme modèle du Dieu qui est à soi-même un père et un fils, et est le Père unique du vrai Bien, car il est le plus grand, premier, source de tout, base des êtres qui sont les premières Idées intelligibles. A partir de ce Dieu Un se diffuse le Dieu qui se suffit, c’est pourquoi il est à soi-même un père et un principe car il est principe et dieu des dieux, monade issue de l’un, antérieure à l’essence et principe de celle-ci. De ce deuxième dieu, en effet, dérivent la substantialité et l’essence, aussi est-il appelé le père de l’essence, car il est l’être par antériorité à l’être, principe des intelligibles, aussi le nomme-t-on Premier Intelligible.

4 - Tu dis maintenant que " La plupart des Egyptiens font dépendre notre libre arbitre du mouvement des astres ". Ce qu’il en est, il faut te l’expliquer plus longuement, en recourant aux conceptions hermétiques. D’après ces écrits, l’homme a deux âmes. L’une est issue du Premier Intelligible, et elle participe aussi à la puissance du démiurge. L’autre est introduite en nous à partir de la révolution des corps célestes. C’est en celle-ci que se glisse l’âme qui voit Dieu, (la précédente). Les choses étant ainsi, celle qui descend des mondes, (... célestes, la fatalité inscrite dans le Zodiaque), en nous, accompagne la révolution de ces mondes, tandis que l’âme issue de l’Intelligible, présente en nous selon le mode propre à l’intelligible, est supérieure au cycle des naissances. C’est par elle que, délivrés de la fatalité, nous remontons vers les dieux intelligibles. (...).

5 - Mais tout dans la nature n’est pas non plus lié à la fatalité. Il est un autre principe de l’âme, supérieur à toute nature et à toute connaissance, selon lequel nous pouvons nous unir aux dieux, nous tenir au-dessus de l’ordre cosmique et participer à la vie éternelle et aux activités des dieux supra-célestes. Selon ce principe, nous sommes capables de nous libérer nous-mêmes. En effet, quand agissent les meilleures parties de nous-mêmes et que l’âme s’élève vers les êtres supérieurs, elle se détache des parties inférieures. A la place de sa vie elle acquiert une vie nouvelle et se donne à un autre ordre, en abandonnant complètement le précédent. (...). Dés leur première descente, Dieu a envoyé les âmes dans l’intention qu’elles retournent à lui. Il n’y a donc pas de changement par suite d’une telle élévation, ni de conflit entre les descentes et les remontées des âmes. De même, en effet, que dans le tout, le devenir et cet univers-ci dépendent de l’essence intellective, de même, dans l’ordre des âmes, leur souci du monde créé s’accorde avec la libération du devenir.

Nous avons vu que la tolérance était très large au sein de la Gentilité, et que les mentalités avaient beaucoup évolué. On constate bien, dans ces derniers exposés, à quel point les multiples divinités étaient considérées comme les manifestations diversifiées d’une grande divinité universelle. Les extraits choisis ci-dessus montrent aussi que la pensée néo-platonicienne égyptienne ou syrienne, quoique restées très conformiste vis-à-vis de la religion égyptienne antique, avait atteint un très haut degré de cérébralité et de mysticisme. Il en était d’ailleurs de même en ce qui concernait le Néo-Platonicisme romain et les autres doctrines en compétition à l’époque. Elles étaient devenues admirables sur le plan intellectuel, mais fort complexes, hors de portée pour le petit peuple commun.

La religion chrétienne, relativement simpliste enseigne qu’un envoyé divin réalise le salut universel par la seule grâce divine (et par le moyen d’un rachat lié à au sacrifice rituel du Fils de Dieu). L’obtention du salut est plus facile puisqu’il est collectif et extérieur au mérite personnel des hommes. Sur ces bases comparatives, et en y ajoutant l’effet de la mise en œuvre de la puissance de l’appareil impérial, on comprend mieux qu’elle se soit rapidement et largement développée.

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 06:07

INTRODUCTION :

Définition : Le terme Judéo-chrétien comme sa composition l’indique, désigne donc en premier lieu tous les chrétiens d’origine ou de race juive, aussi bien ceux de la Diaspora, appartenant à l’hellénisme, que ceux de Jérusalem et de Palestine. Il prend alors une nuance doctrinale, car il s’applique à des convertis restés généralement plus attachés à la loi et plus jaloux des prérogatives d’Israël que ceux de la Diaspora. Le type de ces Judéo-chrétiens est décrit dans les Actes. Il ne faut pas confondre Judéo-chrétien avec « Judaïsant » : c’est l’étranger qui imite les Juifs, qui se conforme à leurs croyances et à leurs pratiques. Par extension on appelle Judaïsants ceux qui voulaient imposer aux païens convertis la pratique de la loi Juive. Ils appartenaient sans aucun doute à l’Eglise Judéo-chrétienne ; Mais ils ne se contentaient pas comme les autres Judéo-chrétien de rester fermement attachés à la loi, ils prétendaient l’imposer aux païens convertis. Après le concile de Jérusalem, les Judaïsants qui s’obstinèrent, formèrent un groupe dissident à tendances pharisiennes qui se sépara de la foi orthodoxe. On distingue parfois plusieurs sortes de Judaïsants : seuls les fanatiques obstinés, qui firent de la pratique de la Loi une condition indispensable au salut des païens et furent les ennemis acharnés de St Paul, méritent cette appellation et formèrent dans la suite une secte hérétique.

OBJET DE L’ARTICLE :

Exposer l’Histoire Doctrinale

Dégager la physionomie religieuse des 1ers groupements de chrétiens issus du Judaïsme.

Etudier leur attitude à l’égard de la Loi et des prérogatives d’Israël.

Eclairer par-là les origines chrétiennes au moment où L’Eglise prend pleine conscience de son autonomie et de sa mission universelle.

LES SOURCES QUI NOUS FONT CONNAITRE LES JUDEO-CHRETIENS SONT :

Les livres du Nouveau Testament
Les Actes des Apôtres.
Les Epîtres aux : Galates, de St Jacques - Corinthiens, aux Hébreux.
Le 1er Evangile nous renseigne indirectement sur les milieux Judéo-chrétiens et pour lesquels il fut écrit
Flavius Josèphe et Eusèbe de Césarée
Les 1ers écrivains ecclésiastiques, les écrits rabbiniques...

I- LES JUDEO-CHRETIENS DE L’EGLISE PRIMITIVE :

Les 1ers convertis à Jérusalem étaient tous Juifs. Groupés autour des 12, ils formaient une secte à l’intérieur du Judaïsme. Ils fréquentaient le Temple, célébraient les fêtes, observaient le Sabbat et les jeûnes, faisaient circoncire leurs enfants. Ils se distinguaient par la foi en Jésus comme Messie, Fils de Dieu, mort et ressuscité, élevé au ciel et « fait Seigneur et Christ ». (Actes, II,36). Ils exigeaient le repentir et la conversion pour avoir la rémission des péchés, en attendant le Salut, « le rétablissement de toutes choses » (Actes, III, 21). Les Judéo- chrétiens gardaient l’enseignement des Apôtres dont, l’objet principal était la messianité de Jésus. Convaincus qu’ils formaient la portion du peuple choisi destiné à hériter du royaume à venir, ils sentaient la nécessité d’observer scrupuleusement la Loi de Dieu. Jésus n’avait-il pas dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des pharisiens et des scribes, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (Math, V,19). Aussi ne leur venait-t-il pas à l’esprit que la Loi pût être abolie ou cesser d’être obligatoire.

Ils se regardaient comme des « frères » et mettaient leur bien en commun. On entrait dans la communauté Judéo-chrétienne par Le Baptême. C’était pour eux une initiation : Chacun devait se repentir et être baptisé « au nom de Jésus -Christ », pour obtenir le pardon des péchés et recevoir ensuite le St. Esprit (Actes,II,38). Ils fréquentaient quand même la synagogue pour entendre lire et expliquer la Loi. Ils avaient cependant leurs réunions et leur vie religieuse propres. S’assemblant dans les maisons privées, « ils persévéraient dans la doctrine des Apôtres et dans l’union dans la fraction du pain et dans les prières » (Actes -II, 42). Le repas en commun était suivi de la célébration de L’Eucharistie. La Communion trouvait son expression dans les repas pris en commun, avec la réception de L’Eucharistie. Après le baptême, les néophytes recevaient l’Esprit-Saint. Le Saint-Esprit était donné généralement par l’imposition des mains des Apôtres. Poussés par l’Esprit, les Apôtres et aussi les fidèles prêchaient avec assurance au nom de Jésus (Actes, IV,31). Ils enseignaient dans le Temple et dans les maisons. Les autorités juives, prêtres et sadducéens, plutôt que les pharisiens en prirent ombrage et leur suscitèrent de l’opposition. Car, les Apôtres en prêchant un Messie donnaient l’impression d’agitateurs politiques provoquant des attroupements. L’aspect politique de l’affaire préoccupait les sadducéens plutôt que l’aspect religieux.

II- HEBREUX ET HELLENISTES :

Malgré le sentiment de fraternité qui animait les premiers fidèles, la communauté Judéo-chrétienne de Jérusalem se composa dés l’origine de 2 éléments nettement différenciés :
Les Hébreux
Les Hellénistes Les hébreux étaient les Juifs originaires de Jérusalem ou de la Palestine parlant araméen et stricts observateurs de la Loi. Les Hellénistes étaient les juifs de la Diaspora. A Jérusalem, il y en avait un grand nombre de toutes les parties du monde romain. Ils y avaient leur synagogue et parlaient le grec (ils étaient de langue et d’éducation grecques).De très bonne heure si ce n’est dés le commencement, des juifs hellénistes s’adjoignirent à la communauté des « Galiléens ». Les hellénistes n’avaient point tous, tendance à abandonner la Loi (comme ou l’a prétendu) Mais ils la comprenaient d’une façon plus humaine, plus universaliste et plus morale. Ils n’avaient pas au même degré, la haine de l’étranger.

Le dissentiment qui éclata entre les hébreux et les hellénistes n’était point dû uniquement à la diversité de la langue ou d’éducation. Le Judaïsme hellénistique était regardé par les hébreux comme un Judaïsme inférieur. Ainsi les préjugés traditionnels pouvaient se faire sentir même chez les chrétiens et expliquer dans une certaine mesure les incidents qui donnèrent lieu à l’institution des diacres (Actes, VI, 159).

A en juger par leurs noms, les diacres semblent avoir été des juifs hellénistes. La fonction assignée aux 7 n’était pas du tout identique à celle des diacres dans la deuxième moitié du 1er siècle. Etienne et Philippe, les seuls dont nous sachions quelque chose, avaient un rôle beaucoup plus important que celui « des diacres » dans les épîtres pastorales. Ces ministres de la 1ère heure avaient cependant une fonction religieuse, ils étaient remplis de l’Esprit Saint, et de la Sagesse. St. Etienne fut lapidé parce que son discours adressé aux Juifs représentait la tendance Judéo-chrétienne hellénistique celle qui animera dans la suite les propagateurs de la foi. Il leur reprochait de n’avoir point compris la notion d’un culte spirituel et universel et de rester attachés au particularisme et au formalisme légal. Les hellénistes furent dispersés par la persécution qui suivit la mort de St. Etienne. Ainsi, ce furent les hellénistes qui répandirent la foi dans la Judée, la Samarie et jusqu’en Phénicie dans l’île de chypre et à Antioche. Moins formalistes à l’égard de la loi que les hébreux de Jérusalem, plus aptes qu’eux à comprendre la religion « en esprit et en vérité », ils étaient qualifiés pour être des agents de l’expansion chrétienne auprès des Juifs de la Diaspora et surtout auprès des Grecs. Entre les deux tendances se place Barnabé, converti de la première heure, l’ami et le compagnon de St. Paul, très considéré dans l’Eglise de Jérusalem, où il avait séjourné longtemps, il apparaîtra comme le principal personnage de l’Eglise d’Antioche et jouera un rôle important dans l’Eglise Judéo-chrétienne. Il introduira St. Paul dans l’Eglise mère et calmera les appréhensions des chrétiens de Jérusalem. Il servira à diverses reprises comme de trait d’union entre les deux Eglises.

III- L’EXPANSION JUDEO-CHRETIENNE :

A Jérusalem, la 1ère expansion chrétienne s’était faite par l’apostolat des 12 et des premiers disciples.

A Damas où la colonie juive était très importante, la foi chrétienne pénétra de très bonne heure - Anani était sans doute un converti de la 1ère heure.

A Samarie, Philippe l’un des 7 annonça l’Evangile. Les Juifs les haïssaient et les méprisaient.

Le cas de St. Paul, Juif hébreu, admis dans l’Eglise par Anani, ne souleva aucune question de principe. Il provoqua un sentiment de surprise et de crainte : A Damas, il fallut un ordre divin pour qu’Anani se décidât à l’admettre, et à Jérusalem, ce fut sur l’intervention de Barnabé, qu’il put prendre contact avec les disciples.

IV- L’ENTREE DE PAIENS DANS L’EGLISE :

Le centurion Corneille fut la 1ère recrue faite chez les païens. L’Eglise de Jérusalem des Judéo-chrétiens reconnaissait que les païens pouvaient être admis à la foi sans passer par le Judaïsme. Les Judéo-chrétiens tout en admettant la légitimité de la conversion des païens, restaient strictement attachés à la loi. Même convertis, les Juifs de Jérusalem n’avaient point abandonné la conscience de leur supériorité comme peuple choisi et la foi au Messie Jésus leur semblait inséparable de la pratique intégrale de la Loi.

Les hellénistes chassés de Jérusalem affluèrent à Antioche - L’Eglise s’y développa composée d’éléments divers, grecs d’origine et Juifs parlant grec, et elle devint ainsi particulièrement apte à jouer un rôle dans la diffusion du Christianisme. Il y eut donc d’assez bonne heure à Antioche une communauté Chrétienne composée, si ce n’est uniquement, du moins en grande partie de gentils incirconcis avec lesquels les Judéo-chrétiens stricts observateurs de la loi ne pouvaient fraterniser.

L’Eglise d ’Antioche devint bientôt la 1ère Eglise de la gentilité et le centre le plus important de l’expansion chrétienne. Envoyé par les Judéo-chrétiens de Jérusalem. Barnabé alla à Antioche constata la grâce de Dieu et comprit qu’il fallait faire d’Antioche un centre missionnaire. Il alla à Tarse pour prendre Paul avec lui. Ce fut à Antioche que l’Apôtre partit pour ses missions et que l’Evangile se répandit dans le monde romain.

Ainsi, l’Eglise Primitive tout en gardant son unité se divisa en 2 fractions :

Celle de Jérusalem plus formaliste plus attachée à la lettre de la loi et aux prérogatives d’Israël.

Celle d’Antioche, plus accessible à l’idée universelle et plus accueillante aux païens.

Deux problèmes se posaient :

1- Allait-on admettre les païens à un rang d’égalité avec les juifs ? Faillait-il leur imposer la circoncision et la loi ?

2- Les Judéo-chrétiens devaient-ils observer strictement la loi dans leur relation avec les païens convertis surtout dans les repas de la communauté ? La 1ère question malgré l’attitude de Pierre vis-à-vis du centurion converti, a quand même donné lieu à un grave conflit aboutissant à la crise des Judaïsants.

La 2ème a causé divers incidents dont ceux d’Antioche (Gal, 11,11 sq) et de Jérusalem - (Act, XXI, 20-24) sont les plus caractéristiques.

D’ailleurs, Jésus ne s’était prononcé sur aucune de ces deux questions. Il avait bien laissé entendre que les païens devaient faire partie de la foi nouvelle et non plus au Judaïsme universel. Il avait donné aux apôtres la mission d’instruire « tous les peuples ». Il avait aussi condamné le formalisme des pharisiens et donné à la loi un sens et un esprit nouveau.

V- LES JUDAISANTS :

Au cours d’une première mission, Paul et Barnabé avaient converti des multitudes de païens sans leur imposer la loi. Les chrétiens d’Antioche ne font aucune objection. Ils semblent trouver la chose toute naturelle. Egalement en Phénicie et à Samarie. Il n’en fut pas de même à Jérusalem. Il y avait dans l’Eglise- mère plus d’un chrétien qui n’avait pas approuvé sans réserve la conduite de Pierre baptisant Corneille sans lui imposer la loi. Ceux qu’animait l’esprit pharisien estimèrent que le moment était venu d’agir : Pour eux l’œuvre de Paul et de Barnabé était une erreur qu’il fallait combattre. On devait imposer aux gentils la loi et la circoncision. Telle était la thèse des « Judaïsants », les ennemis acharnés de l’apôtre. Quelques-uns se trouvaient à Antioche et à Jérusalem.

A Jérusalem, « quelques-uns de la secte pharisienne, qui avaient cru » tiennent le même langage que les Judaïsants d’Antioche. St. Paul, les désignera dans l’Epître aux Galates (11,4) sous le nom de « faux frères intrus, qui s’étaient glissés pour épier la liberté » qu’il avait dans le Christ Jésus.

Il fut convenu par la suite que Jacques, Céphas et Jean prêcheraient aux circoncis, Barnabé et Paul aux Païens (Gal 11, 9). St. Pierre dans une assemblée générale, fit allusion au centurion Corneille et sa famille et ne voulut pas qu’on imposât aux païens le joug de la loi.

Enfin Jacques, lui aussi, admit la légitimité de la conversion des païens. Il demanda seulement qu’ils aient à s’abstenir « des souillures des idoles, de la fornication, de la viande étouffée et du sang ». C’était une concession aux Judéo-chrétiens. Ces interdits représentaient l’esprit de la loi qu’ils avaient coutume d’entendre lire dans les synagogues.

Malgré ces restrictions, la thèse de St. Paul triomphait. Tite païens converti, ne fut point forcé d’être circoncis. Voyant la partie perdue, les Judaïsants avaient dû exiger au moins cette concession et même un bon nombre de Judéo-chrétiens « Loin de nous soumettre à eux, déclare St. Paul, nous ne leur cédâmes pas un instant » (Gal 11, 5). Ainsi, leur défaite était complète : La réunion des apôtres et de l’Eglise de Jérusalem avait sanctionné l’évangile paulinien du salut des païens sans la loi. L’égalité des Juifs et des païens devant la grâce du salut avait été reconnue et du discours de Pierre l’on pouvait même conclure à l’inutilité de la loi pour tous les chrétiens. Mais quand même les Judéo-chrétiens se sentaient tenus de l’observance de la loi car elle représentait à leurs yeux la volonté de Dieu et fait partie des prérogatives d’Israël.

VI- LES ENNEMIS DE ST PAUL :

Les Juifs non convertis avaient fait à l’apôtre, dés le commencement de son ministère, une opposition violente. Ils le poursuivaient pour attenter à ses jours. De leur côté, les Judaïsants l’attaquaient également d’une façon moins violente mais plus sournoise. Ils faisaient du christ un auxiliaire de la loi et de la justice, d’après les conceptions rabbiniques et non un principe de salut universel. D’après eux, au sujet de St. Paul, n’ayant pas connu le Christ pendant sa vie terrestre, il était inférieur à ces premiers disciples et devait leur rester subordonné. De fait, les Judaïsants se réclamaient de l’Eglise-mère où les pratiques juives étaient encore en honneur. Mais ils outrepassaient les instructions ou les enseignements des apôtres en regardant la circoncision et l’observance de la loi comme indispensable au salut des païens. La position des Judaïsants ne représente point celle de l’Eglise-mère Judéo-chrétienne de Jérusalem. St. Paul lutte seulement contre un groupe de perturbateurs sans scrupules et non contre l’Eglise primitive comme le prétendent certains historiens. En effet, l’Eglise Judéo-chrétienne avaient admis que les païens pouvaient être sauvés sans la pratique de la loi et que la foi au Christ n’exigeait pas la circoncision. St. Paul - St. Jacques et les autorités de l’Eglise Judéo-chrétienne avaient été d’accord sur ce point au concile. Il y avait donc entre eux communauté de vues et la thèse du salut par la foi sans la loi n’était plus particulière à l’apôtre.

L’Epître aux Galates est un acte affranchissant le chrétien de la loi et du pharisaïsme et le poussant à suivre l’Esprit et non la chair.

St. Pierre, ayant pris le repas avec le centurion Corneille à l’exemple du Christ qui avait mangé avec les publicains et les pécheurs a trouvé une opposition de la part des frères de Jérusalem, qui n’admettaient pas ce « Libéralisme ». Alors, St. Pierre se sépara d’eux et entraîna avec lui tous les autres juifs sauf St. Paul qui resta seul avec les gentils. Ainsi tous les chrétiens non juifs se trouvaient relégués comme à un rang inférieur et il s’élevait une barrière entre les deux fractions de la communauté des Judéo-chrétiens du concile de Jérusalem à la fin de l’âge apostolique. Le concile de Jérusalem avait clarifié la situation. Le problème de l’admission des païens à la foi était résolu et l’Eglise de Jérusalem dans l’ensemble avec ses dirigeants restait en communion avec St. Paul, Barnabé et l’Eglise d’Antioche. Le groupe pharisien des Judaïsants s’était détaché de l’enseignement des apôtres et avait cessé d’appartenir au christianisme authentique.

De leur côté, les Judéo-chrétiens de Palestine continuaient d’observer scrupuleusement la Loi. St. Jacques leur chef était encore vers l’an 50 associé à Pierre et à Jean. Mais 58, il semble bien être le seul dirigeant. Son zèle pour la Loi et sa piété lui avaient conquis l’estime de tous même des Juifs non convertis. Ainsi l’épître de Jacques, quel qu’en soit le rédacteur, représente l’esprit du Judéo- christianisme en dehors des tendances Pharisiennes ; d’un christianisme, il est vrai, encore à peine dégagé du Judaïsme mais cependant authentique dans son enseignement moral et écho direct de la doctrine du Christ.

Malgré l’attitude conservatrice de l’Eglise mère, les juifs palestiniens furent de plus en plus hostiles au fur et à mesure qu’elle s’organisa en communauté indépendante. Vers l’an 62 l’opposition se transforma en une persécution violente, dont Jacques « le Juste » fut la victime.

Les Judéo-chrétiens de Jérusalem et de Palestine en général se trouvèrent ainsi, peu d’années avant la ruine de Jérusalem dans la pénible alternative de choisir entre la religion de leurs pères et la foi en Jésus.

L’Epître aux Hébreux ne défend point aux Juifs devenus chrétiens d’observer leur loi et leurs coutumes mais elle les exhorte à découvrir, par delà la lettre des ordonnances, la vérité supérieure qu’elles recouvrent. L’épître semble bien avoir été écrite pour des Judéo-chrétiens de Palestine déjà hellénisés et qui par attachement à l’ancien culte, risquaient d’apostasier. Dans son ensemble, l’épître invite les Judéo-chrétiens de Palestine à se dégager du Judaïsme sans crainte et sans regret. Etant chrétiens, ils n’ont plus ici de « cité permanente » mais attendent la « cité future », la Jérusalem céleste (XIII,14). Pour aller au Christ et bénéficier de son sacrifice, il faut « sortir du camp » c’est-à-dire de Jérusalem et du Judaïsme. La destruction du Temple et de la ville qui allait suivre, donne à cet appel l’allure d’une prophétie tragique. St. Matthieu montre comment les Judéo-chrétiens devaient défendre l’Evangile en face du Judaïsme. La ruine de Jérusalem en 70, fut une catastrophe. L’Eglise de Jérusalem perdait ainsi son importance et le centre de la chrétienté se déplaçait au profit d’Antioche et de Rome. Les Judéo-chrétiens dispersés rentrèrent en Judée sous Trajan (98-117). Au temps d’Adrien en 130, la ville fut hellénisée et les païens convertis formèrent la grande majorité des fidèles et eut pour évêque Marc qui fonda la nouvelle Sion.

A la fin de l’âge apostolique, les Judéo-chrétiens se divisèrent en plusieurs sectes. Ceux qui n’avaient pas l’esprit pharisien dont les descendants ont été appelés « Nazaréens ». La secte des « ébionites » est une secte hérétique, formée des descendants des Judaïsants intransigeants. Aux Judéo-chrétiens hérétiques se rattache la secte des « éclésaïtes ».

CONCLUSION :

Pierre, Paul et Barnabé avaient libéré le Christianisme d’un élément caduc et imparfait. Le principe Juif et le principe Chrétien du Salut représentaient en effet deux conceptions différentes de la religion : l’une formaliste, légale et assez primitive, conception étroite liée à une race, un pays..... l’autre celle du Christ, plus spirituelle, plus parfaite, plus franchement universelle « en esprit et en vérité ». Les Judaïsants en s’obstinant dans leur intransigeance avaient abandonné l’esprit de l’Evangile et avaient rompu avec le Christianisme authentique. Judéo-chrétiens de leur côté, en restant attachés pour eux-mêmes à la pratique de la Loi Juive, se posaient en héritiers directs des prérogatives d’Israël. Mais ils représentaient une forme de Christianisme qui ne pouvait que végéter et disparaître. De fait, ils ne pouvaient maintenir leur idéal religieux qu’en escomptant une prochaine conversion en masse de la nation juive, s’ils avaient un moment caressé cet espoir, ils furent déçus par les évènements. Il fallait auparavant que s’accomplît le dessein de Dieu appelant à la foi « La plénitude des gentils » (Rom, XI, 25). Dictionnaire de la Bible

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 05:58

I

L'histoire du Christianisme primitif offre des points de contact remarquables avec le mouvement ouvrier moderne. Comme celui-ci le christianisme était à l'origine le mouvement des opprimés, il apparaissait tout d'abord comme religion des esclaves et des affranchis, des pauvres et des hommes privés de droits, des peuples subjugués ou dispersés par Rome. Tous les deux, le christianisme de même que le socialisme ouvrier, prêchent une délivrance prochaine de la servitude et de la misère; le christianisme transporte cette délivrance dans l'au-delà, dans une vie après la mort, dans le ciel ; le socialisme la place dans ce monde, dans une transformation de la société. Tous les deux sont poursuivis, et traqués, leurs adhérents sont proscrits et soumis à des lois d'exception, les uns comme ennemis du genre humain, les autres comme ennemis du gouvernement, de la religion, de la famille, de l'ordre social. Et malgré toutes les persécutions, et rnême directement servies par elles, l'un et l'autre se frayent victorieusement, irrésistiblement leur chemin.

Trois siècles après sa naissance, le christianisme est reconnu comme la religion d'État de l'empire mondial de Rome : en moins de 60 ans, le socialisme a conquis une position telle que son triomphe définitif est absolument assuré.

Par conséquent, si M. le professeur A. Menger, dans son, Droit au produit intégral du travail, s'étonne de ce que sous les empereurs romains, vu la colossale centralisation des biens-fonds et les souffrances infinies de la c1asse travailleuse, composée pour la plupart d'esclaves, " le socialisme ne se soit pas implanté après la chute de l'empire romain occidental ", -- c'est qu'il ne voit pas que précisément ce " socialisme ", dans la mesure où cela était possible à l'époque, existait effectivement et arrivait au pouvoir -- avec le Christianisme. Seulement ce christianisme, comme cela devait fatalement être étant données les conditions historiques, ne voulait pas réaliser la transformation sociale dans ce monde, mais dans l'au-delà, dans le ciel, dans la vie éternelle après la mort dans le " millenium " imminent.

Déjà au moyen-âge le parallélisme des deux phénomènes s'impose lors des premiers soulèvements de paysans opprimés, et notamment, des plébeins des villes. Ces soulèvements, ainsi, que tous les mouvements des masses au moyen-âge portèrent nécessairement un masque religieux, apparaissaient comme des restaurations du christianisme primitif à la suite d'une corruption envahissante [Note : A ceci les soulèvements du monde mahométan, notamment en Afrique,forment un singulier contraste. L'Islam est une religion appropriée aux Orientaux, plus spécialement aux Arabes, c'est-à-dire, d'une part à des citadins pratiquant le commerce et l'industrie, d'autre part à des Bedouins nomades. Là réside le germe d'une collision périodique. Les citadins, devenus oppulents et luxueux, se relâchent dans l'observance de la " Loi " . Les Bedouins pauvres, et, à cause de leur pauvreté, de moeurs sévères, regardent avec envie et convoitise ces richesses et ces jouissances. Ils s'unissent sous un prophète, un Madhi, pour châtier les infidèles, pour rétablir la loi cérémoniale et la vraie croyance, et pour s'approprier, comme récompense, les trésors des infidèles. Au bout de cent ans, naturellement, ils se trouvent exactement au même point que ceux-ci ; une nouvelle purification est nécessaire ; un nouveau Madhi surgit ; le jeu recommence. Cela s'est passé de la sorte depuis les guerres de conquête des Almoravides et des Almohades africains en Espagne jusqu'au dernier Madhi de Khartoum qui bravait les Anglais si victorieusement. Il en fut ainsi, ou à peu près, des bouleversements en Perse et en d'autres contrées mahométanes. Ce sont tous des mouvements, nés de causes économiques, bien que portant un déguisement religieux. Mais, alors même qu'ils réussissent, ils laissent intacts les conditions économiques. Rien, n'est changé, la collision devient périodique. Par contre, dans les insurrections populaires de l'occident chrétien, le déguisement religieux ne sert que de drapeau et de masque à des attaques contre un ordre économique devenu caduc ; finalement cet ordre est renversé; un nouveau s'élève, il y a progrès, le monde marche.] , mais derrière l'exaltation religieuse se cachaient régulièrement de très positifs intérêts mondains. Cela ressortait d'une manière grandiose dans l'organisation des Taborites de Bohème sous Jean Zizka, de glorieuse mémoire ; mais ce trait persiste à travers tout le moyen-âge, jusqu'à ce qu'il disparaît petit à petit, après la guerre des paysans en Allemagne, pour reparaître chez les ouvriers communistes après 1830. Les communistes révolutionnaires français, de même que Weitling et ses adhérents, se réclamèrent du christianisme primitif, bien longtemps avant que Renan ait dit : " Si vous voulez vous faire une idée des premières communautés chrétiennes, regardez une section locale de l'Association internationale des travailleurs. "

L'homme de lettres français qui, à l'aide d'une exploitation, de la critique biblique allemande sans exemple, même dans le journalisme moderne, a confectionné le roman ecclésiastique, les Origines du Christianisme, ne savait pas tout ce qu'il y avait de vrai dans son dire. Je voudrais voir l'ancien internationaliste, capable de lire, par exemple, la seconde épître aux Corinthiens, attribuée à Paul, sans que, sur un point tout au moins, d'anciennes blessures ne se rouvrissent chez lui. L'épître tout entière, à partir du VIIIe chapître, retentit de l'éternelle complainte, trop connue hélas : " les cotisations ne rentrent pas." Combien des plus Zélés propagandistes, vers 1865, eussent serré la main de l'auteur de cette lettre, quel qu'il soit, avec une sympathique intelligence, en lui murmurant à l'oreille : " Cela t'est donc arrivé, frère, à toi aussi ! " Nous autres aussi nous pourrions en conter long là-dessus, -- dans notre association aussi les Corinthiens pullulaient, -- ces cotisations qui ne rentraient pas, qui insaisissables, tournoyèrent devant nos yeux de Tantale, mais c'étaient là précisément les fameux millions de l'Internationale.

L'une de nos meilleures sources sur les premiers chrétiens est Lucien de Samosate, le Voltaire de l'antiquité classique, qui gardait une attitude également sceptique à l'égard de toute espèce de superstition religieuse, et qui, par conséquent, n'avait pas de motifs (ni, par croyance païenne ni par politique) pour traiter les, chrétiens autrement que n'importe quelle association religieuse. Au contraire, il les raille tous pour leur superstition, aussi bien les adorateurs de Jupiter que les adorateurs du Christ : de son point de vue, platement rationnaliste, un genre de superstition est tout aussi inepte qu'un autre. Ce témoin, en tout cas impartial, raconte, entre autre chose, la biographie d'un aventurier Pérégrinus, qui se nommait Protée de Parium sur l'Hellespont. Le dit Périgrinus débuta dans sa jeunesse en Arménie, par un adultère fut pris en flagrant délit et lynché selon la coutume du pays. Heureusement parvenu à s'échapper, il étrangla son vieux père et dut s'enfuir. " Ce fut vers cette époque qu'il se fit instruire dans l'admirable religion des chrétiens, en s'affiliant en Palestine avec, quelques-uns de leurs prêtres et de leurs scribes. Que vous dirai-je ? Cet homme leur fit bientôt savoir qu'ils n'étaient que des enfants, tour à tour prophête, thiasarque, chef d'assemblée, il fut tout à lui seul, interprétant leurs livres, les expliquant, en composant de son propre fonds. Aussi nombre de gens le regardèrent-ils comme un dieu, un, législateur, un pontife, égal à celui qui est honoré en Palestine, où il fut mis en croix pour avoir introduit ce nouveau culte parmi les hommes. Protée ayant été arrêté par ce motif, fut jeté en prison. Du moment qu'il fut dans les fers, les Chrétiens, se regardant comme frappés mirent tout en oeuvre pour l'enlever ; mais ne pouvant y parvenir, ils lui rendirent au moins toutes sortes d'offices avec un zèle et un empressement infatigables. Dès le matin on voyait rangés autour de la prison une foule de vieilles femmes de veuves et d'orphelins. Les principaux chefs de la secte passaient la nuit auprès de lui, après avoir corrompu les geôliers : ils se faisaient apporter des mets, lisaient leurs livres saints ; et le vertueux Pérégrinus il se nommait encore ainsi, était appelé par eux le nouveau Socrate. Ce n'est pas tout ; plusieurs villes d'Asie lui envoyèrent des députés au nom des Chrétiens, pour lui servir d'appui, d'avocats et de consolateurs. On ne saurait croire leur empressement en pareilles occurences pour tout dire en un mot, rien ne leur coûte. Aussi Pérégrinus, sous le prétexte de sa prison, vit-il arriver de bonnes sommes d'argent et se fit-il un gros revenu. Ces malheureux se figurent qu'ils sont immortels et qu'ils vivront éternellement. En conséquence ils méprisent les supplices et se livrent volontairement à la mort. Leur premier législateur leur a encore persuadé qu'ils sont tous frères. Dès qu'ils ont une foîs changé de culte, ils renoncent aux dieux des Grecs, et adorent le sophiste crucifié dont ils suivent les lois. Ils méprisent également tous les biens et les mettent en commun, sur la foi complète qu'ils ont en ses paroles. En sorte que s'il vient à se présenter parmi eux un imposteur, un fourbe adroit, il n'a pas de peine a s'enrichir fort vite, en riant sous cape de leur simplicité. Cependant Pérégrinus est bientôt délivré de ses fers par le gouverneur de Syrie. "

A la suite d'autres aventures encore, il est dit : " Pérégrinus reprend donc sa vie errante, accompagné dans ses courses vagabondes par une troupe de chrétiens qui lui servent de satellites et subviennent abondamment à ses besoins. Il se fit ainsi nourrir pendant quelque temps. Mais ensuite ayant violé quelques-uns de leurs préceptes (on l'avait vu, je crois, manger d'une viande prohibée), il fut abandonné de son cortège et réduit à la pauvreté " (Traduction Talbot).

Que de souvenirs de jeunesse s'éveillent, en moi à la lecture de ce passage de Lucien. Voilà, tout d'abord, le " Prophète Albrecht " qui, à partir de 1840 environ, et quelques années durant, rendait peu sûres -- à la lettre -- les communautés communistes de Weitling en Suisse. C'était un homme grand et fort, portant une longue barbe, qui parcourait la Suisse a pied, à la recherche d'un auditoire pour son nouvel évangile de l'affranchissement du monde. Au demeurant, il paraît avoir été un brouillon assez inoffensif, et mourut de bonne heure. Voilà son successeur moins inoffensif, le Dr George Kuhlmann de Holstein, qui mit à profit le temps où Weitling était en prison, pour convertir les communistes de la Suisse française à son évangile à lui, et qui, pour un temps y réussit si bien qu'il gagna jusqu'au plus spirituel, en même temps que le plus bohême d'entre eux, Auguste Becker. Feu Kuhlmann donnait des conférences, qui furent publiées à en 1845, sous le titre : Le nouveau monde ou le royaume de l'esprit sur la terre. Annonciation. Et dans l'introduction rédigée selon toute probabilité par Becker, on lit : " Il manquait un homme dans la bouche de qui toutes nos souffrances, toutes nos espérances et nos aspirations, en un mot, tout ce qui remue le plus profondément notre temps, trouvât une voix. Cet homme qu'attendait notre époque, il est apparu. C'est le Dr George Kuhlmann de Holstein. Il est apparu, avec la doctrine du nouveau monde ou du royaume de l'esprit dans la réalité. "

Est-il besoin de dire que cette doctrine du nouveau monde n'était que le plus banal, sentimentalisme, traduit en une phraséologie demi-biblique, à la Lamennais, et débité avec une arrogance de prophète. Ce qui n'empêchait pas les bons disciples de Weitling de porter ce charlatan sur leurs épaules, comme les chrétiens d'Asie avaient porté Pérégrinus. Eux qui, d'ordinaire, étaient archi-démocratiques et égalitaires, au point de nourrir des soupçons inextinguibles à l'égard de tout maître d'école, de tout journaliste, de tous ceux qui n'étaient pas des ouvriers manuels, comme autant de " savants " cherchant à les exploiter, se laissèrent persuader par ce si mélodramatiquement équipé Kuhlmann, que dans le " nouveau monde " le plus sage, id est Kuhlmann, réglementerait la répartition des jouissances et qu'en conséquence, dans le vieux monde déjà, les disciples eussent à fournir les jouissances par boisseaux au plus sage, et à se contenter, eux, des miettes. Et Perégrinus-Kuhlmann vécut dans la joie et dans l'abondance tant que cela durait.

A vrai dire, cela ne dura guère ; le mécontentement croissant des sceptiques et des incrédules, les menaces de persécution du gouvernement Vaudois, mirent fin, au royaume de l'esprit à Lausanne : Kuhlmann disparut.

Des exemples analogues viendront, par douzaine, à la mémoire de quiconque a connu par expérience les commencements du mouvement ouvrier en Europe. A l'heure prèsente des cas aussi extrêmes sont devenus impossibles du moins dans les grands centres ; mais dans des localités perdues, où le mouvement conquiert un terrain vierge, un petit Pérégrinus de la sorte pourrait bien compter encore sur un succès momentané et relatif. Et ainsi que vers le parti ouvrier de tous les pays affluent tous les éléments n'ayant plus rien à espérer du monde officiel, ou qui y sont -- brûlés tels que les adversaires de la vaccination, végétariens, les anti-vivisectionnistes, les partisans de la médecine des simples, les prédicateurs des congrégations dissidentes dont les ouailles ont pris le large, les auteurs de nouvelles théories sur l'origine du monde, les inventeurs ratés ou malheureux, les victimes de rééls ou d'imaginaires passe-droits, les imbéciles honnêtes et les deshonnêtes imposteurs, -- il en allait de même chez les chrétiens. Tous les éléments que le procès de dissolution de l'ancien monde avait libéré, étaient attirés, les uns après les autres, dans le cercle, d'attraction du christianisme, l'unique élément qui résistait à cette dissolution -- précisément parce qu'il en était le produit tout spécial, et qui, par conséquent, subsistait et grandissait alors que les autres éléments n'étaient que des mouches éphémères. Point d'exaltation, d'extravagance, d'insanité ou d'escroquerie qui ne se soit produite dans les jeunes communautés chrétiennes et qui temporairement et en de certaines localités n'ait rencontré des oreilles attentives et de dociles croyants. Et comme les communistes de nos premières communautés, les premiers chrétiens étaient d'une crédulité inouïe à l'égard de tout ce qui semblait faire leur affaire, de sorte que nous ne savons pas, d'une façon positive, si du grand nombre d'écrits que Pérégrinus a composés pour la chrétienté il ne se soit pas glissé des fragments par ci, par là, dans notre Nouveau Testament.

II

La critique, biblique allemande, jusqu'ici, la seule base scientifique de notre connaissance de l'histoire du Christianisme primitif, a suivi une double tendance.

L'une de ces tendances est représentée par l'école de Tubingue, à laquelle, dans une acception plus large, appartient aussi D. F. Strauss. Elle va aussi loin dans l'examen critique qu'une école théologique saurait aller. Elle admet que les quatre évangiles ne sont pas des rapports de témoins oculaires, mais des remaniements ultérieurs d'écrits perdus, et que quatre tout au plus des épîtres attribuées à Saint-Paul sont authentiques. Elle biffe, comme inadmissibles, de la narration historique, tous les miracles et toutes les contradictions ; de ce qui reste elle cherche à sauver tout ce qui est sauvable, et en cela transparaît son caractère d'école théologique. Et c'est grâce à cette école que Renan, qui, en grande partie se fonde sur elle, a pu, en appliquant la même méthode, opérer bien d'autres sauvetages encore. En outre de nombre de narrations du Nouveau Testament plus que douteuses, il veut nous en imposer quantités de légendes de martyres comme authentiquées [ou authentifiées - le terme a disparu- note du transcripteur] historiquement. Dans tous les cas, tout ce que l'école de Tubingue rejette du Nouveau Testament comme apocryphe ou comme n'étant pas historique, peut être considéré comme définitivement écarté par la science.

L'autre tendance est représentée par un seul homme -- Bruno Bauer. Son grand mérite est d'avoir hardiment critiqué les évangiles et les apostoliques, d'avoir été le premier à procéder sérieusement dans l'examen, non seulement des éléments juifs et gréco-alexandrins, mais aussi des éléments grecs et gréco-romains qui ouvrirent au christianisme la voie à la religion universelle. La légende du christianisme né de toutes pièces du judaïsme, partant de la Palestine pour conquérir le monde au moyen d'une dogmatique et d'une éthique arrêtées dans les grandes lignes, est devenue impossible depuis Bauer ; désormais elle pourra tout au plus continuer de végéter dans les facultés théologiques et dans l'esprit des gens qui veulent " conserver la religion pour le peuple ", même au prix de la science. Dans la formation du christianisme, tel qu'il à été élevé au rang de religion d'État par Constantin, l'école de Philon d'Alexandrie, et la philosophie vulgaire gréco-romaine, platonique et notamment stoïque, ont eu leur large part. Cette part est loin d'être établie dans les détails, mais le fait est démontré, et c'est là, d'une manière prépondérante, l'oeuvre de Bruno Bauer ; il a jeté les bases de la preuve que le christianisme n'a pas été importé du dehors, de la Judée, et imposé au monde gréco-romain, mais qu'il est, du moin dans la forme qu'il a revêtu comme religion universelle, le produit tout spécial de ce monde. Naturellement, dans ce travail, Bauer dépassa de beaucoup le but, comme il arrive à tous ceux qui combattent des préjugés invétérés. Dans l'intention de montrer l'influence de Philon, et surtout de Sénèque, sur le christianisme naissant, même au point de vue littéraire, et de représenter formellement les auteurs du Nouveau Testatment comme des plagiaires de ces philosophes, il est obligé de retarder l'apparition de la nouvelle religion d'un demi-siècle, de rejeter les rapports contraires des historiens romains, et, en général de prendre de graves libertés avec l'histoire reçue. Selon lui, le christianisme, comme tel, n'apparaît que sous les empereurs Flaviens, la littérature du Nouveau Testament que sous Hadrian, Antonin et Marc-Aurèle. De cette sorte disparaît chez Bauer tout fond historique pour les narrations du Nouveau Testament relatives à Jésus et à sesdisciples ; elles se résolvent en légendes où les phases de développement internes et les conflits d'âme des premières communautés sont attribués à des personnes plus ou moins fictives. Ni Galilée ni Jérusalem, mais bien Alexandrie et Rome sont, d'après Bauer, les lieux de naissance de la nouvelle religion.

Par conséquent, si l'école de Tubingue dans le résidu, incontesté par elle, de l'histoire et de la littérature du Nouveau Testament, nous a offert l'extrème maximum de ce que la science peut, de nos jours encore, laisser passer comme sujet à controverse, Bruno Bauer nous apporte le maximum de ce qu'elle peut y attaquer. Entre ces limites se trouve la vérité. Que celle-ci, avec nos moyens actuels, soit susceptible d'être déterminée, paraît bien problématique. De nouvelles trouvailles, notamment à Rome, dans l'Orient et avant tout en Égypte, y contribueront bien davantage que toute critique.

Or, il y a dans le Nouveau Testament un seul livre dont il soit possible, a quelques mois près, de fixer la date de rédaction ; lequel a dû être écrit entre juin 67 et janvier ou avril 68, un livre qui, par conséquent, appartient aux tous premiers temps chrétiens, qui en reflète les notions avec la plus naïve sincérité et dans une langue idiomatique correspondante ; qui, partant, est à mon sens, autrement important pour déterminer ce que fut réellement le christianisme primitif que tout le reste du Nouveau Testament, de beaucoup postérieur en date dans sa rédaction actuelle. Ce livre est la, soi-disant Apocalypse de Jean ; et comme , par surcroît, ce livre, en apparence le plus obscur de toute la Bible, est devenu aujourd'hui, grâce à la critique allemande, le plus compréhensible et le plus transparent de tous, je demande à en entretenir le lecteur.

Il suffit de jeter un coup d'oeil, sur ce livre pour se convaincre de l'état d'éxaltation de l'auteur et du " milieu ambiant " où il vivait. Notre " Apocalypse " n'est pas la seule de son espèce et de son temps. De l'an 164, avant notre ère, d'où date la première qui nous ait été conservée le livre dit de Daniel, jusqu'à environ 250 de notre ère, la date approximative du Carmen de Commodien, Renan ne compte pas moins de 15 " Apocalypses " classiques parvenues jusqu'à nous, sans parler des imitations ultérieures. (Je cite Renan parce que son livre est le plus accessible et le plus connu en dehors des cercles professionnels). Ce fut un temps où à Rome et en Grèce, mais bien davantage encore en Asie-Mineure, en Syrie et en Egypte, un mélange disparate des plus crasses superstitions de tous les pays était accepté sans examen, et complété par de pieuses fraudes et un charlatanisme direct, où la thaumaturgie, les convulsions, les visions, la divination de l'avenir, l'alchimie, la kabbale et autres sorcelleries occultes tenaient le premier rôle. Ce fut là l'atmosphère où le Christianisme primitif prit naissance, et cela au milieu d'une classe de gens qui, plus que tout autre était ouverte à ces imaginations surnaturelles. Aussi bien les gnostiques chrétiens d'Egypte, comme, entre autres choses, le prouvent les papyrus de Leyde, se sont-ils, au IIe siècle de l'ère chrétienne, fortement adonnés à l'alchimie, et ont-ils incorporé des notions alchimistes dans leurs doctrines. Et les mathematici chaldéens et juifs qui, d'après Tacite, furent à deux reprises, sous Claude et encore sous Vitellius, chassés de Rome pour magie, ils n'exercèrent pas d'autres arts géométriques que ceux que nous retrouverons au coeur même de l'Apocalypse de Jean.

A cela s'ajoute que toutes les apocalypses se reconnaissent le droit de tromper leurs lecteurs. Non seulement, en règle générale, sont-elles écrites par de tout autres personnes que leurs auteurs prétendus, pour la plupart plus modernes, par exemple le livre de Daniel, le livre d'Hénoch, les Apocalypses d'Esdras, de Baruch, de Jude, etc., les livres sibyllins, mais ils ne prophétisent au fond que des choses arrivées depuis longtemps et parfaitement connues de l'auteur véritable. C'est ainsi qu'en l'an 164, peu de temps avant lamort d'Antiochus Épiphane, l'auteur du livre de Daniel fait prédire à Daniel, censé vivre, à l'époque de Nabuchodonozor, l'ascendant et le déclin de la domination de la Perse et de la Macédoine, et le commencement de l'empire mondial de Rome, en vue de prédisposer ses lecteurs, par cette preuve de ses dons prophétiques, à accepter sa prophétie finale : que le peuple d'Israël surmontera toutes ses tribulations et sera enfin victorieux. Si donc l'Apocalypse de Jean était réellement l'ouvrage de l'auteur prétendu, elle constituerait, l'unique exception dans la littérature apocalyptique.

Le Jean, qui se donne pour l'auteur, était en tout cas un homme très considéré parmi les chrétiens de l'Asie-Mineure. Le ton les épîtres missives aux sept communautés nous en est garant. Il se pourrait donc que ce fut l'apôtre Jean, dont l'existence historique, si elle n'est pas absolument authentiquée, est du moins très vraisemblable. Et si cet apôtre en était effectivement l'auteur, ce ne serait que tant mieux pour notre thèse. Ce serait la meilleure preuve que le christianisme de ce livre est le véritable, le vrai christianisme primitif. Il est prouvé, soit dit en passant, que la Révélation ne procède pas du même auteur que l'Evangile ou les trois épîtres également attribuées à Jean.

L'Apocalypse consiste en une série de visions. Dans la première, le Christ apparaît, vêtu en grand-prêtre, marchant entre sept chandeliers d'or, qui représentent les sept communautés asiatiques, et dicte à " Jean " des lettres aux sept " anges " de ces communautés. Dès le début la différence perce d'une manière frappante entre ce christianisme-ci et la religion universelle de Constantin formulée par le Concile de Nicée. La trinité non seulement est inconnue, elle est ici une impossibilité. A la place du Saint-Esprit unique ultérieur, nous avons les " sept esprits de Dieu ", tirés, par les rabbins, d'Esaïe, XI, 2. Jésus-Christ est le fils de Dieu, le premier et le dernier, l'alpha et l'oméga, mais nullement lui-même Dieu, ou l'égal de Dieu ; il est au contraire " le principe de la création de Dieu ", par conséquent une émanation de Dieu, existant de tout temps, mais subordonnée, analogue aux sept esprits mentionnés plus haut. Au chap. XV, 3, les martyrs au ciel " chantent le cantique de Moïse, serviteur de Dieu et le cantique de l'agneau ", pour la glorification de Dieu. Jésus-Christ est crucifié à Jérusalem (XI, 8), mais il est ressuscité (I. 5, 8), il est l'agneau qui a été sacrifié pour les péchés du monde, et avec le sang duquel les fidèles de tous les peuples et de toutes langues sont rachetés à Dieu. Ici gît la conception fondamentale qui permit au Christianisme de s'épanouir en religion universelle. La notion que les Dieux, offensés par les actions des hommes, pouvaient être propitiés [rachetés - terme mystique - note du transcripteur] par des sacrifices, était commune à toutes les religions des Sémites et des Européens ; la première conception fondamentale révolutionnaire du Christianisme (empruntée à l'école de Philon) était, que par un grand sacrifice volontaire d'un médiateur, les péchés de tous les temps et de tous les hommes étaient expiés une fois pour toutes -- pour les fidèles. De la sorte disparaissait, la nécessité de tout sacrifice ultérieur, et par suite la base de nombre de cérém onies religieuses. Or, se débarasser de cérémonies qui entravaient ou interdisaient le commerce avec des hommes de croyances différentes, était la condition indispensable d'une religion universelle. Et nonobstant, si ancrée dans les moeurs populaires était l'habitude des sacrifices, que le catholicisme, qui réadopta tant de coutumes païennes, jugea utile de s'accommoder à ce fait en introduisant tout au moins le symbolique sacrifice de la messe. Par contre, nulle trace dans notre livre du dogme du péché originel.

Ce qui surtout caractérise ces épîtres missives ainsi que le livre tout entier, c'est que jamais et nulle part il ne vient à l'idée de l'auteur de se désigner, lui et ses co-religionnaires, autrement que comme juifs. Aux sectaires de Smyrne et de Philadelphie, contre lesquels il s'élève, il reproche : " Ils se disent être juifs et ne le sont pas, mais sont de la Synagogue de Satan " de ceux de Pergame, il dit : " Ils retiennent la doctrine de Balaam, lequel enseignait Balac à mettre un scandale devant les enfants d'Israël, afin qu'ils mangeassent des choses sacrifiées aux idoles et qu'ils se livrassent. à la fornication. " Ce n'est donc pas à des chrétiens conscients que nous avons affaire ici, mais à des gens qui se donnent pour juifs ; leur judaïsme, sans doute, est une nouvelle phase de développement de l'ancien ; c'est précisément pour cela qu'il est le seul vrai. C'est pourquoi, lors de l'apparition des saints devant le trône de Dieu, viennent en premier lieu 144.000 juifs, 12.000 de chaque tribu, et seulement ensuite l'innombrable foule des païens convertis à ce judaïsme renouvelé. Notre auteur, en l'an 69 de notre ère était loin de se douter qu'il représentait une phase toute nouvelle de l'évolution religieuse, appelée à devenir un des éléments les plus révolutionnaires dans l'histoire de l'esprit humain.

Ainsi, on le voit, le Christianisme inconscient d'alors était à mille lieues de la religion universelle, dogmatiquement arrêtée par le Concile de Nicée. Ni la dogmatique, ni l'éthique ultérieure ne s'y rencontre ; en revanche, il y a le sentiment qu'on est en lutte contre tout un monde et que l'on sortira vainqueur de cette lutte ; une ardeur belliqueuse et une certitude de vaincre qui font complètement défaut chez les chrétiens de nos jours et ne se rencontrent plus qu'à l'autre pôle de la société, -- chez les socialistes.

En fait, la lutte contre un monde tout-puissant, et la lutte simultanée des novateurs entre eux, est commune à tous d'eux, et aux chrétiens primitifs et aux socialistes. Les deux grands mouvements ne sont pas faits par des chefs et des prophètes, -- bien que les prophètes ne manquent ni chez l'un ni chez l'autre, -- ce sont des mouvements de masses. Et tout mouvement de masses est, au début, nécessairement confus ; confus, parce que toute pensée de masses se meut, d'abord, dans des contradictions, parce qu'elle manque de clarté et de cohérence ; confus, encore, précisément à cause du rôle qu'y jouent les prophètes, dans les commencements. Cette confusion se manifeste dans la formation de nombreuses sectes qui se combattent entre elles avec au moins autant d'acharnement que l'ennemi commun du dehors. Cela se passa ainsi dans le Christianisme primitif ; cela se passa de même dans les commencements du mouvement socialiste, pour si chagrinant que cela fut pour les honnêtes gens bien intentionnés qui, prêchèrent l'union, alors que l'union n'était pas possible.

Est-ce que, par exemple, l'Internationale était tenue en état de cohésion par un dogme unitaire ? En aucune façon. Il y avait là des communistes selon la tradition française d'avant 1848, qui eux, à leur tour, représentaient des nuances différentes, des communistes de l'école de Weitling, d'autres encore, appartenant à la ligue régénérée des communistes ; des Proudhoniens qui étaient l'élément prédominant en France et en Belgique, des Blanquistes ; le parti ouvrier allemand ; enfin, des anarchistes Bakounistes, qui, un moment, eurent le dessus -- et ce n'étaient là que que les groupes principaux. A dater de 1a fondation de l'Internationale il a fallu un quart de siècle pour effectuer la séparation d'avec les anarchistes d'une manière définitive et générale, et pour établir un accord tout au moins sur les points de vue économiques les plus généraux. Et cela avec nos moyens de communication, les chemins de fer, les télégraphes, les villes industrielles monstres, la presse et les réunions populaires organisées.

Même division en innombrables sectes chez les premiers chrétiens, division qui justement était le moyen d'amener la discussion et d'obtenir l'unité ultérieure. Nous la constatons déjà dans ce livre, indubitablement le plus ancien document chrétien, et notre auteur fulmine contre elle avec le même emportement qu'il déploie contre le monde pécheur du dehors tout entier. Voilà tout d'abord les Nicolaïtes, à Ephèse et à Pergame ; ceux qui. se disent être juifs, mais, qui sont la synagogue de Satan, à Smyrne et Philadelphie ; les adhérents de la doctrine du faux prophète, désigné comme Balaam, à Pergame ; ceux qui se disent être des prophètes et qui ne le sont pas, à Ephèse ; enfin, les partisans de la fausse prophétesse, désignée comme Jézabel, à Thyatire. Nous n'apprenons rien de plus précis sur ces sectes ; seulement des successeurs de Balaam et de Jézabel, il est dit qu'ils mangent des choses sacrifiées aux idoles et se livrent à la fornication.

On a essayé de représenter ces cinq sectes comme autant de chrétiens Pauliens, et toutes ces épîtres comme étant dirigées, contre Paul, le faux apôtre, le prétendu Balaam et " Nicolas ". Les arguments peu soutenables qui s'y rapportent, se trouvent réunis chez Renan, Saint Paul (Paris, 1869, pages 303-305,367-370). Tous, ils aboutissent à expliquer nos épîtres missives par les Actes des Apôtres et les épîtres dites de Paul ; écrits qui, dans leur rédaction actuelle, sont de 60 ans postérieurs à la Révélation ; dont les données relatives à celles-ci sont donc plus que douteuses, et qui, de plus, se contredisent absolument entre elles. Mais ce qui tranche la question, c'est qu'il n'a pu venir à l'esprit de notre auteur de donner à une seule et même secte cinq désignations différentes deux pour la seule Ephèse (faux apôtres et les Nicolaïtes) et deux également pour Pergame (les Balaamites et les Nicolaïtes), et cela en les désignant expressément comme deux sectes différentes. Toutefois, nous n'entendons pas nier que parmi ces sectes il ait pu se trouver des éléments quo l'on considérerait aujourd'hui comme des sectes Pauliennes.

Dans les deux passages où l'on entre dans des particularités, l'accusation se borne à la consommation de choses sacrifiées aux idoles et à la fornication, les deux, points sur lesquels les juifs -- les anciens aussi bien que les juifs chrétiens -- étaient en dispute perpétuelle avec les païens convertis. De la viande provenant des sacrifices païens était non seulement servie aux festins où refuser les mets servis pouvait paraître inconvenant, et devenir dangereux, elle était vendue aussi dans les marchés publics où il n'était guère possible de discerner à la vue si elle était koscher ou non. Par la fornication ces mêmes juifs n'entendaient pas seulement le commerce sexuel hors du mariage, mais aussi le mariage dans les degrés de parenté prohibés, ou bien encore entre juifs et païens, et c'est là le sens qui, d'ordinaire, est donné au mot dans le passage des Actes des Apôtres (XV, 20 et 99). Mais notre Jean a une façon de voir à lui en ce qui concerne le commerce sexuel permis aux juifs orthodoxes. Il dit (XIV, 4), des 144.000 juifs célestes : " Ce ,sont ceux qui ne se sont pas souillés avec les femmes, car ils sont vierges ". Et de fait, dans le ciel de notre Jean, il n'y a pas une seule femme. Il appartient donc à cette tendance, qui se manifeste également en d'autres écrits du Christianisme primitif, qui tient pour péché le commerce sexuel en général. Si, en outre, l'on tient compte de ce fait qu'il appelle Rome la grande prostituée avec laquelle les rois de la terre ont forniqué et qui a enivré du vin de sa prostitution les habitants de la terre -- et les marchands de la terre sont devenus riches de l'excès de son luxe, il nous est impossible de comprendre -- le mot de l'épître dans le sens étroit que l'apologétique théologique voudrait lui attribuer, à seule fin d'en extraire une confirmation pour d'autres passages du Nouveau Testament. Bien au contraire, certains passages indiquent clairement un phénomène commun à toutes les époques profondément troublées, à savoir qu'en même temps qu'on ébranle toutes les barrières on cherche à relâcher les liens traditionnels du commerce sexuel. Dans les premiers siècles chrétiens, à côté de l'ascétisme qui mortifie la chair, assez souvent la tendance se manifeste d'étendre la liberté chrétienne aux rapports, plus ou moins affranchis d'entraves, entre hommes et femmes. La même chose est arrivée dans le mouvement socialiste moderne.

Quelle sainte indignation n'a pas provoqué après 1830, dans l'Allemagne d'alors -- " ce pieux pouponnat ", comme l'appelait Heine -- , la réhabilitation de la chair Saint-Simonienne ! La plus indignée fut la gent aristocratique qui dominait à l'époque, (je ne dis pas la classe aristocratique, vu qu'en 1830 il n'existait pas encore de classes chez nous) et qui, pas plus à Berlin que dans leurs propriétés de campagne ne savaient vivre sans une réhabilitation de la chair toujours réitérée. Qu'eussent-ils dit, les bonnes gens, s'ils avaient connu Fourier, qui met en perspective pour la chair bien d'autre cabrioles. Une fois l'utopisme dépassé, ces extravagances ont fait place à des notions plus rationnelles, et en réalité, bien plus radicales, et depuis que l'Allemagne, du pieux pouponnat de Heine, est devenu le centre du mouvement socialiste, on se moque de l'indignation hypocrite du vieux monde aristocratique.

C'est là tout le contenu dogmatique des épîtres. Quant au reste, elles excitent les camarades à la propagande énergique, à la fière et courageuse confession de leur foi à la face de leurs adversaires, à la lutte sans relâche contre l'ennemi du dehors et du dedans ; et pour ce qui est de cela elles auraient pu, tout aussi bien, être écrites par un enthousiaste, tant soit peu prophète, de l'Internationale.

III

Les épîtres missives ne sont que l'introduction au vrai thème de la communication de notre Jean aux sept communautés de l'Asie Mineure et, par elles, à toute la juiverie réformée de l'an 69, d'où la chrétienté est sortie plus tard. Et ici nous entrons dans le sanctuaire le plus intime du christianisme.

Parmi quelles gens les premiers chrétiens se recrutèrent-ils ? principalement parmi les " fatigués et chargés ", appartenant aux plus basses couches du peuple, ainsi qu'il convient à un élément révolutionnaire. Et de qui ces couches se composaient-elles ? Dans les villes, d'hommes libres déchus -- de toute espèce de gens, semblables aux mean whites des états esclavagistes du Sud, aux aventuriers et aux vagabonds européens des villes maritimes coloniales et chinoises, ensuite d'affranchis et surtout d'esclaves ; sur les latifundia d'Italie, de Sicile et d'Afrique, d'esclaves ; dans les districts ruraux des provinces, de petits paysans, de plus en plus asservis par les dettes. Une voie commune d'émancipation pour tant d'éléments divers n'existait pas. Pour tous le Paradis perdu était derrière eux ; pour l'homme libre déchu, la polis, cité et état tout ensemble, de laquelle ses ancêtres avaient autrefois été les libres citoyens ; pour les prisonniers de guerre, esclaves, l'ère de la liberté, avant l'assujettissement et la captivité ; pour le petit paysan, la société gentile, et la communauté du sol anéanties. Tout cela la main de fer du Romain conquérant avait jeté à bas. Le groupement social le plus considérable que l'antiquité ait su créer, était la tribu et la confédération des tribus apparentées, groupement basé, chez les Barbares, sur les ligues de consanguins ; chez les Grecs, fondateurs de villes, et les Italiotes, sur la polis, comprenant une ou plusieurs tribus. Philippe et Alexandre donnèrent à la péninsule hellénique l'unité politique, mais il n'en résulta pas la formation d'une nation grecque. Les nations ne devenaient possibles qu'après la chute de l'empire mondial de Rome. Celui-ci mit fin une fois pour toutes aux petits groupements ; la force militaire, la juridiction romaine, l'appareil pour la perception des impôts, dissolvèrent complètement l'organisation intérieure transmise. A la perte de l'indépendance et de l'organisation particulière, vint s'ajouter le pillage par les autorités militaires et civiles, qui commençaient par dépouiller les asservis de leurs trésors, pour ensuite les leur prêter de nouveau, afin de pouvoir de nouveau les pressurer. Le poids des impôts et le besoin d'argent qui en résultait, achevaient la ruine des paysans, introduisaient une grande disproportion dans les fortunes, enrichissaient les riches et appauvrissaient tout à fait les pauvres. Et toute résistance des petites tribus isolées ou des villes à la gigantesque puissance de Rome était désespérée. Quel remède à cela, quel refuge pour les asservis, les opprimés, les appauvris, quelle issue commune pour ces groupes humains divers, aux intérêts disparates ou opposées ? Il fallait bien, pourtant, en trouver une dût un seul grand mouvement révolutionnaire les embrasser tous.

Cette issue se trouva ; mais non pas dans ce monde. Et, en l'état des choses d'alors, seule, la religion pouvait l'offrir. Un nouveau monde s'ouvrit. L'existence de l'âme après la mort corporelle était petit à petit devenu un article de foi généralement reconnu dans le monde romain. De plus, une façon de peines et de récompenses pour les trépassés, suivant les actions commises de leur vivant, était partout de plus en plus admise. Pour les récompenses, à la vérité, cela sonna un peu creux ; l'antiquité était de sa nature trop matérialiste pour ne pas attacher infiniment plus de prix à la vie réelle qu'à la vie dans le royaume des ombres ; chez les Grecs l'immortalité passait plutôt pour un malheur. Advint le christianisme, qui prit au sérieux les peines et les récompenses dans l'autre monde, qui créa le ciel et l'enfer ; et voila trouvée la voie pour conduire les fatigués et les chargés de cette vallée de larmes au Paradis éternel. En fait, il fallait l'espoir d'une récompense dans l'au-delà pour arriver à élever le renoncement au monde et l'ascétisme stoïcien-philonien en un principe éthique fondamental d'une nouvelle religion universelle capable d'entraîner les masses opprimées.

Cependant la mort n'ouvre pas d'emblée ce paradis céleste eux fidèles. Nous verrons que ce royaume de Dieu, dont la nouvelle Jérusalem est la capitale, ne se conquiert et ne s'ouvre qu'à la suite de formidables luttes avec les puissances infernales. Or, les premiers chrétiens se représentaient ces luttes comme imminentes. Dès le début notre Jean désigne son livre comme la révélation de ce qui doit " arriver bientôt " ; peu après, au verset 3, il dit : " Bienheureux est celui qui lit et ceux qui écoutent les paroles de cette prophétie, car le temps est proche " ; à la communauté de Philadelphie, Jésus-Christ fait écrire. " Voici, je viens bientôt ". Et au dernier chapitre, l'ange dit qu'il a manifesté à Jean, " les choses qui doivent arriver bientôt ", et lui commandé : " Ne cachette point les paroles de la prophétie du livre, parce que le temps est proche ", et Jésus-Christ lui-même dit, à deux reprises, versets 12 et 20 : " Je viens bientôt ". Nous verrons par la suite combien tôt ce bientôt était attendu.

Les visions apocalyptiques que l'auteur fait maintenant passer sous nos yeux, sont toutes, et pour la plupart littéralement, empruntées à des modèles antérieurs. En partie, aux prophètes classiques de l'ancien Testament, surtout a Ezéchiel, en partie aux apocalypses juives postérieures, composées d'après le prototype du livre de Daniel, et surtout au livre d'Hénoch, déjà rédigé, du moins en partie, à cette époque. Les critiques ont démontré jusque dans les moindres détails, d'où notre Jean a tiré chaque image, chaque pronostic sinistre, chaque plaie infligée à l'humanité incrédule, bref, l'ensemble des matériaux de son livre en sorte que non seulement il fait montre d'une pauvreté d'esprit peu commune, mais encore il fournit lui-même la preuve que ses prétendues visions et convulsions, il ne les a pas vécues, même en imagination, comme il les a dépeintes.

Voici, en quelques mots, la marche de ces apparitions. Jean voit Dieu assis sur son trône, un livre fermé de sept sceaux à la main ; devant lui est l'agneau (Jésus) égorgé, mais de nouveau vivant, qui est trouvé digne d'ouvrir les sceaux. L'ouverture des sceaux est suivie de signes et de prodiges menaçants. Au cinquième sceau Jean aperçoit sous l'autel de Dieu les âmes des martyrs qui avaient été tués pour la parole de Dieu : " et elles criaient à haute voix, disant, jusqu'à quand, Seigneur, ne juges-tu point et ne venges-tu point notre sang de ceux qui habitent sur la terre ? " Là-dessus on leur donne à chacun une robe blanche et les engage à patienter encore un peu ; il reste d'autres martyrs qui doivent être mis à mort. Ici il n'y a donc nulle question encore de la " Religion de l'amour " du" aimez ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent ", etc., ici l'on prêche ouvertement la vengeance, la saine, l'honnête vengeance à tirer des ennemis des chrétiens. Et il en est ainsi tout le long du livre. Plus la crise approche, plus les plaies, les jugements pleuvent dru du ciel, et plus notre Jean éprouve de la joie à annoncer que la plupart des hommes ne se repentent toujours pas, et refusent de faire pénitence pour leurs péchés ; que de nouvelles plaies doivent fondre sur eux ; que Christ doit les gouverner avec une verge de fer et fouler le pressoir du vin de la colère de Dieu, mais que néanmoins les mécréants restent endurcis. C'est le sentiment naturel, éloigné de toute hypocrisie, qu'on est en lutte, et que, à la guerre comme à la guerre. A l'ouverture du septième sceau apparaissent sept anges avec des trompettes : chaque fois qu'un ange sonne de la trompette, il arrive de nouvelles horreurs. Au septième éclat de la trompette, sept nouveaux anges entrent en scène, portant les sept fioles de la colère de Dieu qui sont versées sur la terre, et de nouveau il pleut des fléaux et des jugements ; en majeure partie une fatigante répétition de ce qui a déjà eu lieu nombre de fois. Puis vient la femme, Babylone, la grande prostituée, vêtue de pourpre et d'écarlate, assise sur plusieurs eaux, enivrée du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus, c'est la grande cité qui a son règne sur les rois de la terre. Elle est assise sur une bête qui a sept têtes et dix cornes. Les sept têtes sont sept montagnes, ce sont aussi sept " rois ". De ces rois, les cinq sont tombés ; l'un est, le septième doit venir, et après lui vient un huitième qui sort des premiers cinq, qui était, blessé à mort, mais qui a été guéri.

Celui-ci, régnera sur la terre 42 mois, ou trois ans et demi (la moitié d'une semaine d'années de sept ans), persécutera les fidèles jusqu'à la mort et fera triompher les profanes. Ensuite se livre la grande bataille décisive, les saints et les martyrs sont vengés par la destruction de la grande prostituée, Babylone, et de tous ses partisans, c'est-à-dire de la grande majorité des hommes ; le diable est précipité dans l'abîme, y est enchaîné pour mille ans, pendant lesquels règne le Christ avec les martyrs ressuscités. Quand les mille ans sont accomplis le diable est délié : suit une dernière bataille de spectres dans laquelle il est définitivement vaincu. Une seconde résurrection a lieu, le reste des morts, ressuscitent et comparaissent devant le trône de Dieu (non pas du Christ, remarquez bien) et les fidèles entrent par un nouveau ciel, une nouvelle terre et une nouvelle Jérusalem dans la vie éternelle.

De même que tout cet échafaudage est dressé avec des matériaux exclusivement juifs, pré-chrétiens, de même il offre presque exclusivement des conceptions juives. Depuis que les choses allaient mal pour le peuple d'Israël, à partir du. moment où il devenait tributaire de l'Assyrie et de Babylone, jusqu'à son assujetissement aux Seleucides, c'est-à-dire d'Isaïe jusqu'à Daniel, on prophétisa, aux heures des tribulations, un sauveur providentiel. Au chap. XII, 1, 3, de Daniel se trouve la prophétie de la descente de Micaël, l'ange gardien des juifs, qui lesdélivrera dans leur détresse ; " beaucoup de morts ressusciteront ", il y aura une sorte de jugement dernier, " et ceux qui en auront amené plusieurs à la justice luiront comme des étoiles, à toujours et à perpétuité ". De chrétien, il n'y a là que l'insistance sur l'imminence du royaume de Jésus-Christ et sur la félicité des ressuscités, particulièrement des martyrs.

C'est à la critique allemande, et surtout à Ewald, Lücke et Ferdinand Benary que nous sommes redevables de l'interprétation de cette prophétie, pour autant qu'elle se rapporte aux événements de l'époque. Grâce à Renan, elle a pénétré dans d'autres milieux que les cercles théologiques. La grande prostituée, Babylone, signifie, on l'a vu, la ville aux sept collines. De la bête sur laquelle elle est assise, il est dit XVII, 9, II : " Les sept têtes sont sept montagnes. Ce sont aussi sept rois, les cinq sont tombés; l'un est et l'autre n'est pas encore venu; et quand il sera venu il faut qu'il demeure un peu de temps. Et la bête qui était et qui n'est plus, c'est aussi un huitième roi, elle vient des sept mais elle tend à sa ruine. "

La bête est donc la domination mondiale de Rome, représentée successivement par sept empereurs, dont l'un est blessé à mort et ne règne plus, mais a été guéri, et va revenir, afin d'accomplir le règne du blasphème et de la rébellion contre Dieu. " Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre. Il lui est aussi donné puissance sur toute tribu, langue et nation ; de sorte qu'elle sera adorée par tous ceux qui habitent sur la terre, dont les noms ne sont pas écrits au livre de l'agneau ". -- " Et elle faisait que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, prenaient une marque, ou le nom de la bête ou le nombre de son nom. Ici est la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence, compte le nombre de la bête, car c'est un nombre d'hommes, et son nombre est six cent soixante-six ". (XIII 7.118.)

Constatons seulement que le Boycott est mentionné ici comme une mesure à employer par la puissance romaine contre les chrétiens -- qu'il est donc manifestement une invention du diable -- et passons à la question de savoir qui est cet empereur romain qui a déjà régné, qui a été blessé à mort et qui revient comme le huitième de la série pour jouer l'Antéchrist.

Après Auguste, le premier, nous avons ; 2, Tibère ; 3, Caligula ; 4, Claude ; 5, Néron ; 6, Galba. " Cinq sont tombés, lui est. " A savoir : Néron est déjà tombé, Galba est. Galba régna du 9 juin 68 jusqu'au 15 janvier 69. Mais aussitôt qu'il fut monté sur le trône, les légions du Rhin se levèrent sous Vitelius, cependant qu'en d'autres provinces d'autres généraux préparèrent des soulèvements militaires. A Rome même les prétoriens se soulevèrent, tuèrent Galba et proclamèrent Othon.

Il résulte de ceci que notre apocalypse a été écrite sous Galba, vraisemblablement vers la fin de son règne, ou au plus tard, pendant les trois mois (jusqu'au 15 avril 69) du règne d'Othon, le septième. Mais qui est le huitième, qui a été et n'est pas ? Le nombre 666 nous l'apprendra.

Parmi les Sémites, -- les Chaldéens et les Juifs -- de cette époque, un art magique était en vogue, basé sur la double signification des lettres. Depuis environ 300 ans avant notre ère les lettres hébraïques étaient également employées comme chiffres : a = 4, b = 2, gr = 3, d = 4, et ainsi de suite. Or les devins cabbalistes additionnaient ensemble les valeurs numériques des lettres d'un nom, et à l'aide de la somme totale obtenue, par la formation de mots ou de combinaisons de mots d'une égale valeur numérique qui comportaient des inductions, cherchèrent à prédire l'avenir du porte-nom. Pareillement, des mots furent exprimés dans cette langue des chiffres. On appelait cet art d'un nom grec, ghematriak, géométrie ; les Chaldéens qui l'exerçaient comme un métier, et que Tacite dénote comme des mathematici, furent chassés de Rome.

C'est au moyen justement de cette mathématique qu'a été produit le nombre 666. Derrière lui se cache le nom d'un des premiers cinq empereurs romains. Or Irénée, à la fin du IIe siècle, outre le nombre 666, connaissait la variante 616 qui, elle aussi, datait d'un temps où l'énigme des chiffres était encore connu. Si la solution répond également aux deux nombres la preuve en est faite.

Ferdinand Benary à trouvé cette solution. Le nom est Néron. Le nombre est fondé sur Néron Kesar, la transcription hébraïque -- ainsi que le constatent le Talmud et les inscriptions palmyriennes -- du grec Nerôn Kaisar, Néron empereur, que portait comme légende la monnaie de Néron, frappée dans les provinces de l'Est de l'empire. Ainsi : n (nun) = 50, r (resch) = 200, v (vav) pour 0 = 6, n (nun) = 50, R (Raph) = 100, s (samech) = 60, et r (resch) = 200, total = 666. Or, en prenant pour base la forme latine, Nero Caesar, le second n (nun) est supprimé, et nous obtenons 666 - 50 = 616, la variante d'Irénée.

Effectivement, l'empire romain, au temps de Galba, était en désarroi. Galba lui-même, à la tête des légions d'Espagne et de la Gaule avait marché sur Rome pour renverser Néron ; celui-ci s'enfuit et se fit tuer par un affranchi. Et non seulement les prétoriens à Rome, mais encore les commandants dans les provinces, conspiraient contre Galba ; partout surgissaient des prétendants au trône, faisant des préparatifs pour se diriger avec leurs légions sur la capitale. L'empire semblait livré à la guerre intestine ; sa chute paraissait imminente.

Pour comble, le bruit se répandit que Néron n'était pas mort, mais seulement blessé, qu'il s'était réfugié chez les Parthes, qu'il passerait l'Euphrate et viendrait avec une force armée pour inaugurer un nouveau et plus sanglant règne de terreur. L'Achaie et l'Asie en particulier furent mises en émoi par de tels rapports. Et justement au moment où l'apocalypse a dû être composée, parut un faux Néron qui s'établit dans l'île de Cythnos, la Thermia moderne, dans la mer d'Egée, près de Patmos et de l'Asie-Mineure, jusqu'à ce qu'il fut tué sous Othon. Quoi d'étonnant à ce que parmi les chrétiens, en butte aux premières grandes persécutions de Néron, l'opinion se soit propagée qu'il devait revenir comme Antéchrist, que son retour et une nouvelle et plus sérieuse tentative d'extermination de la jeune secte serait le présage et le prélude du retour de Christ, de la grande bataille victorieuse contre les puissances de l'enfer, du règne de mille ans à établir " bientôt "et dont l'arrivée certaine fit que les martyrs allèrent allègrement à la mort.

La littérature chrétienne des deux premiers siècles donne assez d'indices que le secret du chiffre 666 était alors connu de nombre de personnes. Irénée qui ne le connaissait plus, savait, par contre, comme beaucoup d'autres jusqu'à la fin du IIIe siècle, que la bête de l'apocalypse signifiait Néron qui revenait. Puis cette dernière trace se perd et notre apocalypse est livrée à l'interprétation fantastique de devins orthodoxes ; moi-même j'ai connu encore des vieilles gens qui d'après les calculs du vieux Johann Albrecht Bengel attendaient le jugement dernier pour l'an 1836. La prophétie s'est réalisée à la lettre. Seulement le jugement dernier n'atteignit pas le monde des pécheurs, mais bien les pieux interprètes de l'Apocalypse eux-mêmes. Car en cette même année de 1836 F. Benary fournit la clef du nombre 666 et mit un terme à tout ce calcul divinatoire, à cette nouvelle ghematriak.

Du royaume céleste réservé aux fidèles, notre Jean ne nous offre qu'une description des dehors. D'après les notions de l'époque, la nouvelle Jérusalem est d'ailleurs construite sur un plan suffisamment grandiose : un carré de 1.200 stades de côté = 2.227 kilomètres, plus que la moitié des Etats-Unis d'Amérique, bâtie en or et pierres précieuses.

Là habite Dieu, au milieu des siens et les éclaire à la place du soleil ; la mort n'est plus et il n'y a plus ni deuil, ni cri, ni travail; un fleuve d'eau vive coule à travers la ville, sur ces bords croit l'arbre de la vie portant douze fruits, et rendant son fruit chaque mois, et les feuilles de l'arbre sont " pour la santé des gentils " (à la façon d'un thé médicinal, selon Renan. L'Antéchrist, p. 452.) Là vivent les saints aux siècles des siècles.

De telle sorte était fait le christianisme dans son foyer, l'Asie-Mineure, vers l'an 68, autant que nous le connaissons. Nul indice d'une Trinité -- en revanche, le vieux Jéhovah, un et indivisible, du judaïsme décadent où il s'élève du dieu national juif à l'unique, au premier, Dieu du ciel et de la terre, où il prétend dominer sur tous les peuples, promettant la grâce aux convertis et exterminant les rebelles sans miséricorde, fidèle en cela à l'antique parcere subjectis ac debellare superbos. Aussi est-ce Dieu lui-même qui préside au jugement dernier et non pas Jésus-Christ, comme dans les récits ultérieurs des Évangiles et des Épîtres. Conformément à la doctrine persane de l'émanation familière au judaïsme décadent, le Christ est l'agneau émané de Dieu de toute éternité, il en est de même des " sept esprits de Dieu " bien qu'occupant un rang inférieur, et qui doivent leur existence à un passage poétique mal compris (Isaïe XI, 2). Ils ne sont pas Dieu ni l'égal de Dieu, mais soumis à lui. L'agneau s'offre de son plein gré comme sacrifice expiatoire pour les péchés du monde, et pour ce haut fait se voit expressément promu en grade dans le ciel ; dans tout le livre ce sacrifice volontaire lui est compté comme un acte extraordinaire et non comme une action jaillissant avec nécessité du plus profond de son être. Il est bien entendu que toute la cour céleste des anciens, des chérubins, des anges et des saints ne fait pas défaut. Pour se constituer en religion, le monothéisme a dû de tout temps faire des concessions au polythéisme, à dater du zendavesta. Chez les juifs la conversion aux dieux païens et sensuels persiste à l'état chronique jusqu'à ce que, après l'exil, la cour céleste, modelée sur le type persan, accommode un peu mieux la religion à l'imagination populaire. Le christianisme, lui aussi, même après qu'il eut remplacé le raide et immuable Dieu des juifs par le mystérieux Dieu trinitaire, différencié en lui-même, n'a pu supplanter le culte des antiques dieux parmi les masses que par le culte des saints. Ainsi, le culte de Jupiter, selon Fallmerayer, ne s'est éteint dans le Péloponnèse, dans la Maïna, en Arcadie, que vers le IXe siècle (Hist. de la péninsule de la Morée, I, p. 227). Ce n'est que l'ère bourgeoise moderne et son protestantisme, qui écartent les saints à leur tour et prennent enfin au sérieux le monothéisme différencié.

Notre apocalypse ne connaît pas davantage le dogme du péché originel ni la justification par la foi. La foi de ces premières communautés, d'humeur belliqueuse joyeuse, diffère du tout au tout de celle de l'église triomphante postérieure ; à côté du sacrifice expiatoire de l'agneau, le prochain retour de Christ et l'imminence du règne millénaire en constituent le contenu essentiel ; et ce par quoi, seule, elle se manifeste, c'est l'active propagande, la lutte, sans

relâche contre l'ennemi du dehors et du dedans, le fier aveu de leurs convictions révolutionnaires devant les juges païens, le martyre courageusement enduré dans la certitude de la victoire.

Nous l'avons vu, l'auteur ne soupçonne pas encore qu'il est autre chose que juif. En conséquence, aucune allusion, dans tout le livre, au baptême ; aussi bien y a-t-il des indices que le baptême est une institution de la seconde période chrétienne. Les 144.000 juifs croyants sont " scellés ", non baptisés. Des saints au ciel il est dit : " Ce sont ceux qui ont lavé, et blanchi leurs longues robes dans le sang de l'agneau " : pas un mot du baptême. Les deux prophètes qui précèdent l'apparition de l'Antéchrist (ch. XI) ne baptisent pas non plus et au ch. XIX, 10, le témoignage de Jésus n'est pas le baptême mais l'esprit de la prophétie. Il était naturel dans toutes ces circonstances de parler du baptême, pour peu qu'il fut déjà institué. Nous sommes don c autorisés à conclure avec une presque certitude que notre auteur ne le connaissait pas et qu'il ne s'introduisit que lorsque les chrétiens se séparèrent définitivement d'avec les Juifs.

Notre auteur est également dans l'ignorance du second sacrement ultérieur -- l'eucharistie. Si dans le texte de Luther le Christ promet à tout Thyatirien, ayant persévéré dans la foi, d'entrer chez lui et de faire la communion avec lui, cela donne une fausse apparence. Dans le grec on lit deipnéso, je souperai (avec lui), et le mot est ainsi correctement rendu dans les bibles anglaises et françaises. De la Cène comme festin commémoratif il n'est pas question.

Notre livre avec sa date si singulièrement authentiquée, est indubitablement le plus ancien de la littérature chrétienne tout entière. Aucun autre n'est écrit dans une langue aussi barbare, où fourmillent les hébraïsmes, les constructions impossibles, les fautes grammaticales. Seuls, les théologiens de profession, ou autres historiographes intéressés, nient que les Evangiles et les Actes des Apôtres sont des remaniements tardifs d'écrits aujourd'hui perdus et dont le mince noyau historique ne se découvre plus sous la luxuriance légendaire, que les trois ou quatre lettres apostoliques, encore reconnues pour authentiques par l'école de Tubingue, ne représentent plus, après la pénétrante analyse de Bruno Bauer, que des écrits d'une époque postérieure, ou, dans le meilleur cas, des compositions plus anciennes d'auteurs inconnus, retouchées et embellies par nombre d'additions et d'interpolations. Il est d'autant plus important pour nous de posséder dans notre ouvrage, dont la période de rédaction se laisse établir à un mois près, un livre qui nous présente le christianisme sous sa forme la plus rudimentaire, sous la forme où il est à la religion de l'État du IVe siècle, achevée dans sa dogmatique et sa mythologie, à peu près ce que la mythologie encore vacillante des Germains de Tacite est à la mythologie de l'Edda, pleinement élaborée sous l'influence d'éléments chrétiens et antiques. Le germe de la religion universelle est là, mais il renferme encore indistinctement les mille possibilités de développement qui se réalisent dans les innombrables sectes ultérieures. Si ce plus ancien morceau du christianisme qui devient a pour nous une valeur toute particulière, c'est qu'il nous apporte dans son intégrité ce que le judaïsme -- sous la puissante influence d'Alexandrie -- a contribué au christianisme. Tout le reste est adjonction occidentale, gréco-romaine. Il a fallu la médiation de la religion juive monothéiste pour faire revêtir au monothéisme érudit de la philosophie vulgaire grecque la forme sous laquelle seul il pouvait avoir prise sur les masses. Une fois cette médiation trouvée, il ne pouvait devenir religion universelle que dans le monde gréco-romain, en continuant de se développer, pour s'y fondre finalement, dans le système d'idées où avait abouti ce monde.

Source : http://www.marxists.org/francais/marx/94-chris.htm

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Published by Friedrich Engels - dans Christianisme primitif
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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 07:59

Doctrine du Seigneur enseignée aux nations par les douze Apôtres.

I. Il y a deux chemins : l'un de la vie, l'autre de la mort ; mais il est entre les deux chemins une grande différence.

Or le chemin de la vie est le suivant : « d'abord, tu aimeras Dieu qui t'a créé ; en second lieu, tu aimeras ton prochain comme toi-même ; et ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait, toi non plus ne le fais pas à autrui. »

Et voici l'enseignement signifié par ces paroles : « Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis, jeûnez pour ceux qui vous persécutent. Quel mérite, en effet, d'aimer ceux qui vous aiment! Les païens n'en font-ils pas autant? Quant à vous, aimez ceux qui vous haïssent », et vous n'aurez pas d'ennemis (Notes critiques). « Abstiens-toi des désirs charnels » et corporels. « Si quelqu'un te donne un soufflet sur la joue droite, présente lui l'autre aussi, et tu seras parfait; si quelqu'un te requiert de faire un mille, fais-en deux avec lui ; si quelqu'un t'enlève ton manteau, donne-lui encore ta tunique ; si quelqu'un t'a pris ton bien, ne le réclame pas », car tu n'en as pas le pouvoir. « Donne à quiconque t'implore, sans rien redemander », car le Père veut qu'il soit fait part à tous de ses propres largesses. Heureux celui qui donne, selon le commandement ! car il est irréprochable. Malheur à celui qui reçoit ! certes si le besoin l'oblige à prendre, il est innocent; mais, s'il n'est pas dans le besoin, il rendra compte du motif et du but pour lesquels il a pris ; il sera mis en prison, examiné sur sa conduite et « il ne sortira pas de là qu'il n'ait rendu le dernier quart d'as ». Mais il a été dit également à ce sujet : « Laisse ton aumône se mouiller de sueur dans tes mains, jusqu'à ce que tu saches à qui tu donnes ».

II. Deuxième commandement de la doctrine : « Tu ne tueras pas, tu ne seras pas adultère, » tu ne souil-leras point de garçons, tu ne commettras ni fornication, « ni vol, » ni incantation, ni empoisonnement; tu ne tueras point d'enfants, par avortement ou après la naissance ; « tu ne désireras pas les biens de ton prochain. Tu ne te parjureras pas, tu ne diras pas de faux témoignage », tu ne tiendras pas de propos médisants, tu ne garderas pas de rancune. Tu n'auras pas deux manières de penser ni deux paroles : car la duplicité de lan-gage est un piège de mort. Ta parole ne sera pas menteuse ; pas vaine non plus, mais remplie d'effet. Tu ne seras ni avare, ni rapace, ni hypocrite, ni méchant, ni orgueilleux; tu ne formeras pas de mauvais dessein contre ton prochain. Tu ne dois haïr personne ; mais tu dois reprendre les uns, et prier pour eux, et aimer les autres plus que ta vie.

III. Mon enfant, fuis tout ce qui est mal et tout ce qui ressemble au mal. Ne sois pas irascible, car la colère mène au meurtre; pas jaloux, ni querelleur, ni violent, car c'est de là que viennent les meurtres. Mon enfant, ne sois pas convoiteux, car la convoitise mène à la fornication; ne sois pas répandu en propos obscènes et en regards effrontés, car tout cela engendre les adultères. Mon enfant, n'observe pas le vol des oiseaux, car cela mène à l'idolâtrie; garde-toi des incantations, des calculs astrologiques, des purifications superstitieuses, refuse même de les voir et de les entendre, car tout cela engendre l'idolâtrie. Mon enfant, ne sois pas menteur, car le mensonge mène au vol ; pas avide d'argent ou de vaine gloire, car tout cela engendre les vols. Mon enfant, ne sois pas adonné aux murmures, car ils mènent au blasphème; ni insolent et malveillant, car tout cela engendre les blasphèmes. Au contraire sois doux, car « les doux auront la terre en partage ». Sois patient, miséricordieux, sans malice, paisible et bon ; tremble continuellement aux paroles que tu as entendues. Tu ne t'élèveras pas toi-même, tu n'ouvriras pas ton âme à la présomption. Ton âme n'adhérera pas aux superbes, mais tu fréquenteras les justes et les humbles. Tu accueilleras comme autant de biens les événements qui t'arrivent, sachant que rien ne se fait sans Dieu.

IV. Mon enfant, souviens-toi nuit et jour de celui qui t'annonce la parole de Dieu ; honore-le comme le Seigneur, car là où est annoncée sa souveraineté, là est aussi le Seigneur. Recherche tous les jours la com-pagnie des Saints, afin de te réconforter par leurs conversations. Tu ne feras point de schisme, mais tu mettras la paix entre ceux qui se combattent. « Tu jugeras avec justice » ; tu ne feras pas acception de la per-sonne en reprenant les fautes. Tu ne demanderas pas avec inquiétude si une chose arrivera ou non.

 « Ne tiens pas les mains étendues quand il s'agit de recevoir, et fermées quand il faut donner ». Si tu possèdes quelque chose grâce au travail de tes mains, donne afin de racheter tes péchés. Ne balance pas avant de donner, mais donne sans murmure et tu reconnaîtras un jour qui sait récompenser dignement. Ne repousse pas l'indigent, mets tout en commun avec ton frère et ne dis pas que tu as des biens en propre, car si vous entrez en partage pour les biens immortels combien plus y entrez-vous pour les biens périssables?

Tu ne retireras pas la main de dessus ton fils et ta fille; mais dès leur enfance tu leur enseigneras la crainte de Dieu. Tu ne commanderas pas avec aigreur à ton esclave ou à ta servante qui mettent leur espérance dans le même Dieu que toi, de peur qu'ils ne perdent la crainte de Dieu, qui est au-dessus des uns et des autres; car il n'appelle pas suivant la qualité de la personne, mais il vient à ceux que l'esprit a préparés. Pour vous, esclaves, vous serez soumis à vos seigneurs comme à une image de Dieu, avec respect et avec crainte.

Hais toute hypocrisie et tout ce qui déplaît au Seigneur ; ne mets pas de côté les « commandements du Seigneur, mais observe » ceux que tu as reçus « sans rien ajouter ni rien retrancher ». Dans l'assemblée, tu feras l'exomologèse de tes péchés et tu n'iras pas à la prière avec une conscience mauvaise.

Tel est le chemin de la vie.

V. Voici maintenant le chemin de la mort. Avant tout il est mauvais et plein de malédiction : « meurtres, adultères », convoitises, « fornications, vols, » idolâtrie, pratiques magiques, empoisonnements, rapines, « faux témoignages », hypocrisie, duplicité du cœur, « ruse, orgueil, malice », arrogance, « avarice », obscénité de langage, jalousie, insolence, faste, « forfanterie », absence de toute crainte. Persécuteurs des hommes de bien, ennemis de la vérité, amateurs du mensonge, qui ignorent la récompense de la justice, « qui ne s'attachent pas au bien » ni au juste jugement, qui sont en éveil, non pour le bien, mais pour le mal, qui sont loin de la douceur et de la patience, qui « aiment la vanité », qui « courent après la récompense », qui n'ont pas de pitié pour le pauvre et ne se mettent point en peine des affligés, qui méconnaissent leur propre créateur, « meurtriers d'enfants », et meurtriers par avortement des créatures de Dieu, qui se détournent de l'indigent et accablent les opprimés, avocats des riches, et juges iniques des pauvres, pécheurs de part en part! Puissiez-vous, ô mes enfants, être préservés de tous ces gens-là !

VI. Veille « à ce que nul ne te détourne » de ce chemin de la Doctrine, car celui-là t'enseigne en dehors de Dieu. Si tu peux porter tout entier le joug du Seigneur, tu seras parfait; sinon, fais du moins ce qui est en ton pou voir. Quant aux aliments, prends sur toi ce que tu pour ras ; mais abstiens-toi complètement des viandes offertes aux idoles, car c'est là un culte rendu à des dieux morts.
VII. Pour le baptême, donnez-le de la manière sui vante: après avoir enseigné tout ce qui précède, « baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », dans de l'eau courante. S'il n'y a pas d'eau vive, qu'on baptise dans une autre eau et à défaut d'eau froide, dans de l'eau chaude. Si tu n'as (assez) ni de l'une ni de l'autre, verse trois fois de l'eau sur la tête « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Que le baptisant, le baptisé et d'autres personnes qui le pourraient, jeûnent avant le baptême ; du moins au baptisé ordonne qu'il jeûne un jour ou deux auparavant.

VIII. « Que vos jeûnes n'aient pas lieu en même temps que ceux des hypocrites » ; ils jeûnent en effet le lundi et le jeudi ; pour vous, jeûnez le mercredi et le vendredi. [2] « Ne priez pas non plus comme les hypocrites », mais de la manière que le Seigneur a ordonné dans son évangile :

Priez ainsi :

Notre Père qui est au ciel,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton royaume arrive,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui le pain nécessaire à notre existence,
Remets-nous notre dette
Comme nous remettons aussi la leur à nos débiteurs,
Et ne nous induis pas en tentation,
Mais délivre-nous du mal » ;
Car à toi est la puissance et la gloire dans les siècles !

Priez ainsi trois fois par jour.

IX. Quant à l'eucharistie, rendez grâce ainsi. D'abord pour le calice :

Nous te rendons grâce, ô notre Père,
Pour la sainte vigne de David ton serviteur,
Que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur.
Gloire à toi dans les siècles !
Puis, pour le pain rompu :
Nous te rendons grâce, ô notre Père,
Pour la vie et la science
Que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur.
Gloire à toi dans les siècles !

Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été recueilli pour devenir un seul tout,

Qu'ainsi ton Eglise soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton royaume,

Car à toi est la gloire et la puissance par Jésus-Christ dans les siècles !

Que personne ne mange et ne boive de votre eucharistie, si ce n'est les baptisés au nom du Seigneur, car c'est à ce sujet que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens. »

X. Après vous être rassasiés, rendez grâce ainsi :

Nous te rendons grâce, « ô Père Saint ! »
Pour ton saint nom
Que tu as fait habiter dans nos cœurs,
Pour la connaissance, la foi et l'immortalité
Que tu nous as révélées par Jésus ton serviteur.
Gloire à toi dans les siècles !
C'est toi, maître tout-puissant,
Qui as « créé l'univers » à l'honneur de ton nom,
Qui as donné aux hommes la nourriture et la boisson en jouissance pour qu'ils te rendent grâces ;
Mais à nous tu as donné une nourriture et un breuvage spirituel et la vie éternelle par ton serviteur.
Avant tout, nous te rendons grâces, parce que tu es puissant.
Gloire à toi dans les siècles !
Souviens-toi, Seigneur, de délivrer ton Eglise de tout mal,
Et de la rendre parfaite dans ton amour.
Rassemble-la des quatre vents, cette Eglise sanctifiée,
Dans ton royaume que tu lui as préparé,
Car à toi est la puissance et la gloire dans les siècles !
Vienne la grâce et que ce monde passe !
« Hosanna au Dieu de David ! »
Si quelqu'un est saint, qu'il vienne !
Si quelqu'un ne l'est pas, qu'il fasse pénitence !
Maran Atha,
Amen.

Laissez les prophètes rendre grâce autant qu'ils voudront.

XI. Si quelqu'un vient à vous et vous enseigne tout ce qui vient d'être dit, recevez-le ; mais si le prédica-teur lui-même, étant perverti, enseigne une autre doctrine, et travaille à détruire, ne l'écoutez pas ; enseigne-t-il, au contraire, pour accroître la justice et la connaissance du Seigneur, recevez-le comme le Seigneur.

A l'égard des apôtres et des prophètes, agissez selon le précepte de l'Evangile, de la manière suivante :

Que tout apôtre arrivant chez vous soit reçu comme le Seigneur ; mais il ne restera qu'un seul jour, ou un deuxième en cas de besoin ; s'il reste trois jours, c'est un faux prophète. A son départ que l'apôtre ne reçoive rien, sinon du pain pour gagner un gîte ; s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète.

Vous n'éprouverez et ne critiquerez aucun prophète qui parle en esprit : car « tout péché sera remis, mais ce péché-là ne le sera pas ». Tout homme qui parle en esprit n'est pas prophète, mais seulement s'il a les façons de vivre du Seigneur. C'est donc d'après leur conduite que l'on distinguera le faux prophète et le vrai prophète. Ainsi tout prophète qui ordonne en esprit de dresser une table, s'abstient d'en manger, à moins qu'il ne soit un faux prophète ; et tout prophète qui enseigne la vérité, mais sans faire ce qu'il enseigne, est un faux prophète ; et tout prophète éprouvé, véridique, qui opère en vue du mystère terrestre de l'Eglise, mais qui n'instruit pas les autres à exécuter les choses qu'il fait lui-même, ne doit pas être jugé par vous : car c'est Dieu qui le jugera, et d'ailleurs les anciens prophètes ont agi de même. Quiconque vous dit en esprit : Donnez-moi de l'argent ou quelque autre chose, vous ne l'écouterez pas; mais s'il prie qu'on donne pour d'autres indigents, que nul ne le juge.

XII. Tout homme « qui vient au nom du Seigneur » doit être accueilli ; ensuite éprouvez-le pour le juger, car vous devez discerner la droite et la gauche. Si le nouveau venu ne fait que passer, secourez-le de votre mieux; mais il ne demeurera chez vous que deux ou trois jours, si c'est nécessaire ; s'il veut s'établir chez vous, et qu'il soit artisan, qu'il travaille et qu'il se nourrisse ; mais s'il n'a pas de métier, que votre prudence avise à ne pas laisser un chrétien vivre oisif parmi vous. S'il ne veut pas agir ainsi, c'est un trafiquant du Christ ; gardez-vous des gens de cette sorte.

XIII. Tout vrai prophète voulant s'établir chez vous « mérite sa nourriture » ; pareillement le docteur véritable gagne lui aussi, comme « l'ouvrier, sa nourriture ». Tu prendras donc, du pressoir et de l'aire, des bœufs et des brebis, les prémices de tous les produits, tu les donneras aux prophètes, car ils sont vos grands-prêtres ; et si vous n'avez pas de prophète, vous donnerez aux pauvres Si tu fais du pain, prélève les prémices et donne-les selon le commandement. De même, si tu ouvres une amphore de vin ou d'huile, prélèves-en les prémices et donne-les aux prophètes. Sur ton argent, sur tes vêtements, sur toute sorte de richesse, prélève les prémices, selon ton appréciation, et donne-les selon le commandement.

XIV. Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces, après avoir d'abord confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur. Celui qui a un différend avec son compagnon ne doit pas se joindre à vous avant de s'être réconcilié, de peur de profaner votre sacrifice, car voici ce qu'a dit le Seigneur : « Qu'en tout lieu et en tout temps, on m'offre un sacrifice pur ; car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon nom est admirable parmi les nations ».

XV. Ainsi donc, élisez-vous des évêques et des diacres dignes du Seigneur, des hommes doux, désintéressés, véridiques et éprouvés ; car ils remplissent eux aussi, près de vous, le ministère des prophètes et des docteurs. Donc ne les méprisez pas ; car ils sont les hommes honorés d'entre vous, avec les prophètes et les docteurs.
Reprenez-vous les uns les autres, non avec colère, mais pacifiquement, comme vous le tenez de l'Evangile ; et si un homme offense son prochain, que personne ne converse avec lui, qu'il n'entende un mot de personne avant qu'il ait fait pénitence. Pour vos prières, vos aumônes et toutes vos actions, faites-les comme vous le trouverez marqué dans l'Evangile de notre Seigneur.

XVI. « Veillez » sur votre vie ; ne laissez ni « s'éteindre vos lampes » ni se détendre « la ceinture de vos reins » ; mais « soyez prêts car vous ignorez l'heure où notre Seigneur viendra ». Assemblez-vous fréquemment pour rechercher ce qui intéresse vos âmes, car tout le temps de votre foi ne vous servira de rien, si au dernier moment vous n'êtes devenus parfaits. Car aux derniers jours on verra se multiplier les faux prophètes et les corrupteurs, les brebis se changer en loups et l'amour en haine. Avec les progrès de l'iniquité, les hommes se haïront, se poursuivront, se trahiront les uns les autres ; et alors paraîtra le Séducteur du monde, se donnant pour Fils de Dieu ; il fera « des signes et des prodiges », la terre sera livrée entre ses mains, et il commettra des iniquités telles qu'il n'en fut jamais commis depuis le commencement des siècles.

Alors toute créature humaine entrera dans le feu de l'épreuve : « beaucoup se scandaliseront » et périront ; » mais ceux qui auront persévéré » dans leur foi « seront sauvés » par Celui-là même qui aura été un objet de malédiction. Alors « apparaîtront les signes » de la vérité : premier signe, les cieux ouverts ; deuxième signe, le son de la trompette; troisième signe, la résurrection des morts ; non de tous, il est vrai, mais, selon qu'il a été dit : « le Seigneur viendra et tous les saints avec lui ». Alors le monde « verra » le Seigneur « venant sur les nuées du ciel ».

Source : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/didache.htm

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 06:24

L’Histoire du Christianisme va se raccrocher aux « Actes des Apôtres » souvent remaniés, faut-il le dire, ils invitent à suivre l’expansion du christianisme qui est avant tout « œuvre de l’Esprit ». Malheureusement ces Actes ne recouvrent qu’une partie des premiers balbutiements de l’Histoire du Christianisme Primitif. Les divers autres documents qui ont fini par être tenus pour vrais sont très souvent, étayés de suppositions, ou trop tardifs, et sont plus ou moins enjolivés! Il faut attendre 1873 (!) pour qu’on découvre dans une bibliothèque de Constantinople un livre, un petit livre titré : « Didachè », ou « Doctrine des 12 Apôtres », sans nom d’auteur, probablement ayant vécu à la charnière du 1er et du IIe siècle. Le document émane d’une communauté juive convertie au christianisme. Il y est question de la morale chrétienne, du Baptême, de la hiérarchie intercommunautaire et de vie sociale en général. L’auteur insiste sur la charité, l’hospitalité et le secours mutuel qui doivent être pratiqués. Il écrit que l’unité, la sainteté, l’universalité doivent caractériser l’Eglise et que le symbole de cette unité est « le pain rompu ».

Alinéa en forme de doute ! Aujourd’hui, là, de nos jours, les athées ultra rationalistes nient la personnalité du Christ. Au crédit de leurs dires, l’histoire de Jésus n’est consignée ni dans les actes officiels ni dans les annales de l’empire romain. Les Evangiles relatent des évènements qui par leur côté spectaculaire devraient se retrouver, dans les chroniques de l’époque où ils se situent, il n’en est rien, par exemple: le massacre des nouveaux nés sous Erode, l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem, le ciel qui s’assombrit et le rideau du Temple qui se déchire lorsqu’il meurt sur la croix, les flammes qui descendent sur les apôtres, la foule qui « parle en langue » lors de la Pentecôte etc. Rien de cela! Dans ce climat de remise en question, une étrange déclaration, en 1955, le Pape Pie XII devant un Congrès d’historiens déclare que la question de l’existence de Jésus, pour les catholiques, relève de la foi et non de la science, voilà qui peut laisser perplexe ! Il est avancé qu’il ne serait simplement et naturellement que le fils d’un homme et d’une femme, sans intervention de Dieu, se sera l’opinion d’Arius, né en 256, 270, il soutiendra que Jésus était une simple créature tirée du néant n’ayant reçu le privilège d’être le Fils de Dieu que par adoption. Arius fut tout naturellement anathémisé, on pense qu’il mourut empoisonné en 336. Cette théorie eût de si nombreux partisans que « l’Arianisme » faillit de peu l’emporter sur le christianisme ! Une autre hypothèse avancée, c’est celle selon laquelle Jésus serait devenu l’incarnation du Christ, Fils de Dieu qu’au moment de son baptême dans le Jourdain... pour une durée de trois ans. Le Christ est alors le Fils de Dieu, partie intégrante et indissoluble de la Sainte Trinité! Plusieurs éminentes personnalités affirment que les renseignements du Nouveau Testament à propos de la mort et de la résurrection de Jésus. sont tout bonnement des copies d’enseignements venant de ce qu’on a appelé les « religions à mystères ». Il est à noter que le Baptême n’est pas une innovation chrétienne, les disciples se le sont appropriés, en ont fait un geste d’entrée dans la communauté, ils l’ont enrichi par le mystère pascal. Au 1er siècle plusieurs de ces religions à « Mystères » tentaient de s’imposer, elles apparaissaient, disparaissaient, se transformaient, elles tentaient leur chance ! Chacune d’elles étaient construites autour d’un mythe, elles avaient toutes en commun, Mort et Résurrection. Retour à nos sources référents : les « Actes des Apôtres », oeuvre de Luc le compagnon de Paul.

Nouvelle tentative pour trouver le ou les fondateurs de l’Eglise Primitive !

Les « Actes des Apôtres » nous présentent comment l’Eglise primitive a été fondée : d’une manière surnaturelle par l’effusion du Saint Esprit. Dans la relation de sa première prédication, « remplit du Saint Esprit » fondateur, Pierre annonce de la part de Dieu à ceux qui veulent devenir croyants, faire partie de cette Eglise la nécessité d’une repentance, d’une conversion, d’un baptême biblique par immersion dans l’eau, donné, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit. Ce baptême doit être accompagné d’une imposition des mains, d’une onction d’huile consacrée et de la remise d’un vêtement blanc. « Dieu seul sauve et ajoute à son Eglise, par le Saint Esprit, ceux qui deviennent croyants ». (Actes 2.47). « Et ceux là devenaient des membres d’un seul corps (1 Cor. 12.13) « Ils étaient munis des dons de l’Esprit ». (Cor. 12.7-11)

Ce qui se colporte sur ce Jésus de Nazareth, Fils de Dieu et Sauveur des hommes n’est pas sans provoquer des remous, des railleries dans une société où domine une culture à la fois raisonneuse et syncrétiste. Des intellectuels comme Cerce dénoncent même le péril que représentent ces fables qui circulent, pour l’ordre public. Autour de Jacques, se regroupent assez nombreux ceux qui veulent rester attachés aux observances juives, en particulier à la circoncision, c’est ce qu’on a appelé le « parti des hébreux » parti soutenu par les Pharisiens. Antioche la libérale se voit mettre au pilori : « En confondant le peuple élu d’Israël dans la tourbe de toute provenance, qui va forcément envahir l’Eglise, les novateurs d’Antioche tournent le dos aux prérogatives défendues par les membres de la communauté mère de Jérusalem », ils y a abandon de leur part du particularisme juif. « Dès lors, coupées des eaux vivantes du grand fleuve chrétien, s’abreuvant bientôt à des sources maléfiques, les communautés demeurées obstinément judéo-chrétiennes furent condamnées à disparaître dans les sables de l’Histoire ».

L’importance de Jérusalem dans l’émergence du christianisme est évidente, c’est la ville centralisatrice où se décident les conditions d’accueil des païens dans la communauté. Tout part et rayonne de Jérusalem. Dans la tradition d’Israël, Jérusalem est présentée d’ailleurs comme le lieu vers lequel monteront les nations aux temps eschatologiques

Qui sont les Apôtres, leur rôle ?! On trouve le mot « Apôtre » dans la Bible grecque des Septante où il a le sens d’« envoyé plénipotentiaire », il désigne les témoins de la résurrection de Jésus ; on retrouve le mot dans l’Evangile de Matthieu (19.28) où là il désigne symboliquement le peuple de la fin des Temps. Paul fera usage de ce titre quand il sera introduit auprès des Apôtres par Barnabé.

La « Bonne Nouvelle », la promesse d’un Royaume de Dieu se répand comme le feu sur herbe sèche, cette « Bonne Nouvelle » désigne un but à poursuivre, un idéal à promouvoir, désigne un bienfait suprême où se résume le don de Dieu ; (Matt.IV,17, VI,10,33). Quels sont les facteurs qui ont favorisé amplement l’expansion du christianisme : sa vocation universelle et œcuménique, la clarté de sa doctrine monothéiste ; l’organisation rigoureuse de ses communautés; une propagande habile, et puis le fait que cette religion bien qu’orientale ait été très ouverte, tout cela attira; une doctrine sociale hardie la rendit très populaire chez les humbles, les démunis. Les « Actes » parlent d’une mise en commun par les « frères », de leurs biens, l’argent était équitablement réparti, un service aux indigents existait. Cette façon de vivre rappelle fortement la communauté de Qumram qui bien que judaïque était en rupture totale avec le judaïsme officiel jugé impur. Juste un mot : le monastère de Qumram se préparait activement à vivre la fin d’un monde corrompu. Jésus fut très certainement admis au noviciat de la secte lequel durait deux ou trois ans. La communauté Esséniennes pratiquaient un culte spirituel, où il y avait le partage du pain, la charité et la solidarité étaient un devoir, les sacrifices sanglants y étaient formellement exclus, contrairement aux hébreux qui se livraient encore à la coutume du sacrifice de la brebis. Pour Luc le partage des biens matériels était un signe d’une vie chrétienne authentique, « les Biens de la Terre sont à la disposition de tous ».

Une colère de regret :

Le Christianisme Primitif s’inscrivit comme une religion des pauvres, de la main tendue. Hélas « ce beau Christianisme » deviendra avec le temps passant une puissance religieuse intolérante, une puissance financière sans partage, une puissance politique impliquée dans les rouages les plus corrompus de l’Histoire avec en toile de fond ses fastes et ses crimes! Cette mise en commun des richesses prônée par les premiers chrétiens a été reprise au XIXème siècle avec les phalanstères ! Engels trace d’ailleurs un parallèle entre la situation de ces premières communautés chrétiennes et celles des communistes de la Première Internationale.

Petites et grandes nouvelles.

Plusieurs sectes à caractère ésotérique, d’inspiration tout à fait, authentiquement chrétiennes émergent dans la confusion au premier siècle et ont pour Maître secret un certain Apollonius de Tyane, on s’est même demandé s’il n’était pas le Christ lui-même ! Les miracles qu’il accomplissait le désignaient, sa vie exemplaire, son enseignement religieux, à la fois populaire et élevé firent une impression profonde sur les foules, alors, confusion sur les personnages ? Il est d’ailleurs tout à fait impensable que les disciples ne l’aient pas rencontré, il enseignait que l’on honore Dieu par la pureté du cœur. On ne peut passer sous silence un autre personnage, contemporain de Jésus, il s’agit de Simon le Magicien dit aussi Simon le Mage, personnage hors du commun, taxé par les Judéo-chrétiens d’hérétique redoutable, il était originaire de Samarie. Souvenons-nous que les Samaritains étaient considérés par les Juifs comme racialement impurs et schismatiques. Il n’hésite pas à se présenter comme la grande Puissance divine en personne, il n’est pas son envoyé ou son prophète, il EST. Le diacre Philippe le rencontre à Samarie, où « il exerçait la magie et jetait le peuple dans l’émerveillement ». Simon est frappé des prodiges accomplis par les disciples de Jésus, et il jure, lance le défi de ressusciter lui aussi si on l’enterre. Il sollicite et reçoit le baptême. A la suite il aurait demandé à Pierre et Jean le privilège de conférer le Saint Esprit, fut-ce en achetant ce pouvoir ! Mais où cela devient curieux c’est quand il est avancé que Simon le Magicien ne serait en fait qu’une représentation déformée de Paul…

Tout l’enseignement de Jésus, un Jésus gnostique est orienté vers la prise de conscience par l’homme de son identité véritable et de la confiance qu’il doit avoir dans les possibilités de réalisation de son individualité. Jean le Théologien, « le bien aimé du Seigneur » condamnera la catéchèse du rachat des péchés de l’homme par le sacrifice d’un Sauveur.

Les Evangiles (Bonnes Nouvelles) ne sont pas une « histoire » au sens ordinaire prêté à ce mot, ni une géographie, ni une compilation désordonnée de tout ce qu’on pouvait savoir hypothétiquement sur Jésus, se sont des textes dont tous les éléments ont été coordonnés et harmonisés au plus simple, pour des gens simples. Par exemple, dans cet esprit, à l’époque d’Irénée, Tatien (v. 120-apr 173) philosophe païen converti, dans son récit « Diatessaron » harmonise… unifie les quatre Evangiles, naturellement avec sa sensibilité ! Au cours du IIe siècle un certain nombre d’écrits vont être peu à peu rassemblés à droite à gauche pour argumenter la vie du Christ, certains seront laissés de côté parce qu’ils ne font pas à l’examen l’unanimité au sein des communautés, ou qu’ils ne reflètent pas la foi de toutes les Eglises, ces écrits porteront le nom d’« Apocryphes ». Un Evangile apocryphe, celui de Thomas, qualifié de « cinquième Evangile » insiste sur l’importance de la Connaissance, et s’attache aux seules paroles de Jésus, « le Vivant ». Cet Evangile consiste en cent paroles de Jésus. « Pour s’ouvrir à la Connaissance, les hommes doivent avoir au fond d’eux-mêmes la nostalgie de leur Être essentiel », et, avoir cette interrogation : « Qui suis-je ? ». C’est à partir, disons de la première moitié du IIe siècle, que les chrétiens vont se définir avec une certaine unanimité. Ce passage de Justin de Naplouse paraîtra peut-être un peu long, mais il est tellement inactuel qu’il a sa place !

« Autrefois nous prenions plaisir à la débauche, aujourd’hui la chasteté fait nos délices. Nous pratiquions la magie, aujourd’hui nous sommes consacrés au Dieu bon en non engendré. Nous étions avides d’argent, aujourd’hui nous mettons en commun ce que nous possédons, nous partageons avec quiconque est dans le besoin. Les haines, les meurtres nous opposaient les uns aux autres, les différences des mœurs ne nous permettaient pas de recevoir l’étranger dans notre maison. Aujourd’hui après la venue du Christ, nous vivons ensemble, nous prions pour nos ennemis, nous cherchons à gagner nos injustes persécuteurs, afin que ceux qui auront vécu conformément à la sublime doctrine du Christ puissent espérer les mêmes récompenses de Dieu, le Maître du monde ».

Concluons avec quelques passages de cette apologie sous forme d’une lettre adressée à Diognète, qui décrit la vocation et l’existence chrétiennes à une époque où la société païenne est souvent méprisante et hostile, écrit qui est à dater de 190:

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes […] leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne sont pas comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine. [ ] Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel […] Leur âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible » etc.

Une facette importante de cette Histoire Universelle : quelles places les femmes ont-elles occupées dans la société du temps de Jésus ? Les Apocryphes du « Christianisme Primitif » les valorisent, confirment bien qu’elles ont joué un rôle actif dans la vie de Jésus : Elisabeth, la prophétesse Anne, la veuve de Naïm, les femmes qui aident jésus dans son ministère, les femmes qui se lamentaient, ils soulignent l’importante présence de bien d’autres femmes… oui citons encore : Marie de Magdala, Marthe et Marie. Curieusement les Epîtres de Paul ignorent Marie, et méprisent, infériorisent d’une manière générale les femmes ; Paul est misogyne… peut-être pour cette simple raison ? Paul avait acheté une très belle femme dans un lupanar de Tyr, elle lui fit cadeau dit-on d’une maladie qui lui resta comme une écharde dans sa chair. Malgré son ressentiment les femmes vont tenir une place de premier plan dans les fondations pauliniennes. Il faut citer Priscille, Phoebé, ministre de l’Eglise de Cenchrées, Chloé, Apphia, Elodie…

Marc, 16, 6. 7, témoigne: « Alors que tous les disciples masculins auraient fui, trahi ou renié, les femmes auraient été présentes au pied de la Croix et auraient assisté à la mort de Jésus. C’est elles aussi qui auraient accompagné la mise au tombeau et qui, revenant le lendemain sur les lieux aurait trouvé ce tombeau vide. C’est dès lors les femmes qui auraient été les premières à recevoir l’annonce de la résurrection et à s’entendre confier la mission de porter la nouvelle aux disciples de Pierre. (Marc 16, 6.7).

Un coup de tonnerre ! Une découverte fortuite, capitale (?): les documents de Nag Hammadi. Ils sont écrits en copte, ils forment treize volumes sur papyrus ; cachés vers l’année 350, ils sont retrouvés en 1945. Ils seront reconstitués patiemment, étudiés, et encore étudiés, après une très longue période passée dans un coffre fort ! Ces documents, se composent de textes religieux et hermétiques, mais aussi d’écrits qui révéleraient des secrets sur le Christ, des secrets jugés hérétiques par Rome car s’écartant des dogmes et des traditions sur lesquels l’Eglise s’appuie. Ces documents qui datent en gros du 4e siècle n’ont donc rien de vraiment « primitifs », ils ont tendance à faire l’impasse sur certains traits bien humains… trop humains (?) du Christ, relatés par les Apôtres: « Jésus avait un corps humain, il a été parfois fatigué et a connu la faim, il a eu des émotions et des expériences humaines », les Apôtres Jean et Matthieu sont parfaitement clairs sur ces points. Mis à part cela ces documents apportent des renseignent précieux sur un mouvement : le gnosticisme qui intégré au Christianisme lui donne une coloration qui va faire de l’Evangile apocryphe de Thomas, laissé de côté, une pièce maîtresse du Christianisme Primitif. Tout de suite il apparaît que les Gnostiques envisageaient les choses divines comme une connaissance intérieure et secrète transmise par la Tradition et par l’Initiation. L’auteur du cinquième Evangile présente les clés retrouvées d’une Gnose, dont les racines profondes plongent en Orient.

« Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et qu’a écrites Didyme Judas Thomas le Jumeau de Jésus » logions, 13 :

« Jésus dit à ses disciples :

Comparez-moi, Dîtes-moi à qui Je ressemble.

Simon Pierre lui dit : Tu ressembles à un ange juste.

Matthieu lui dit : Tu ressembles à un philosophe sage.

Thomas lui dit : Maître ma bouche n’acceptera absolument pas que je te dise à qui Tu ressembles.

Jésus dit : Je ne suis pas ton Maître, car tu as bu. Tu t’es enivré à la source bouillonnante que Moi j’ai mesurée. Et il le prit, Il se retira, Il lui dit trois mots.

Or quand Thomas revint voir ses compagnons, Ceux-ci l’interrogèrent :

Que t’as dit Jésus ?

Si je vous disais une des paroles qu’Il m’a dites, vous prendriez des pierres,

Vous les jetteriez contre moi Et le feu sortirait des pierres Et elles vous brûleraient ».

Tirons une racine.

La Gnose implique une ferveur qui diminue jusqu’à annuler la distance entre moi et l’Autre. A la limite je suis l’Autre et « si les gnostiques ont proposé du monde une image dualiste, ce n’est pas parce que leur esprit les prédisposait à voir, face à toute entité une entité contraire, mais parce que devant la présence omniprésente et angoissante du mal, il était nécessaire de lui proposer quelque chose ». Elle est fondamentalement « non duel ». Un tel raisonnement allait à l’encontre de toute la prédication apostolique !

La création de notre Monde, son origine:

de l’Être Suprême inconnu vient une série d’émanations ou « aéons » qui sont des êtres spirituels d’un haut niveau capables de communiquer avec l’Être Suprême. Un des aéons inférieurs, qui n’est pas en contact direct avec l’« Être Suprême », va être responsable de la Création. Même si elle n’est pas totalement mauvaise, la Création est comparable à « une sphère » d’où les humains enfermés doivent s’échapper s’ils veulent se réintégrer à Dieu. Jésus enseigne que cette « aventure » est accidentelle, l’homme pourra lui même dans son enveloppe charnelle, connaître la joie de la libération. Le seul moyen qu’il a pour échapper à cette « Création maladroite et douloureuse » c’est la « Gnose » qui amène à la connaissance parfaite du vrai Dieu. Le salut consiste à surmonter l’ignorance qui accable l’homme, il peut y parvenir par sa connaissance de son soi intime. La mission du Christ a été de venir comme émissaire du Dieu Suprême, apporter la Gnose. Pour les Gnostiques, le Christ en tant qu’Être divin n’a pas eu de corps humain, il n’est pas mort, n’est pas ressuscité. Il a soit habité temporairement un homme, Jésus, soit pris une apparence humaine, une simple illusion.

Troublant Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 2-10.

Troublant Evangile de Saint Thomas…

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Elie leur apparut avec Moïse, et ils s’entretenaient avec Jésus… ».

En écrivant ces lignes des noms de personnages que je considère en charge de messages me sont venus à l’esprit : Boehm, Martines de Pasqually, Louis Claude de Saint Martin, Swedenborg ! Ces personnages furent certainement eux aussi … missionnés… à divers degrés. C’est à la suite d’une lecture que j’ai rencontré celui qui fut peut-être plus grand gnostique paléochrétien du début du IIe siècle : Basilide, un élève de Ménandre, disciple de Simon le Magicien ! Il imaginait 365 cieux habités par des intelligences de différents degrés, il prétendait que le monde avait été créé par des intelligences du dernier ordre. Le Livre alexandrin des secrets d’Enoch parlent lui des 12 étages qui séparent Dieu des hommes, dont 9 lui sont invisibles et forment le Plérome de la Divinité. En notre XXI ème siècle beaucoup de semi chrétiens (?) considèrent Jésus seulement et surtout comme un personnage historique, un illuminé qui a été déifié par la foule. La Tradition juive fait état de plusieurs cas d’enfants nés de femmes s’étant purifiées pour obtenir du Seigneur la naissance d’un enfant missionné. Musulmans et Juifs disent : « Le Messie Jésus » n’est que le fils de Marie.

Je terminerai cette esquisse « resserrée » du Christianisme ou des Christianismes, sur cette profession de foi de Martines de Pasqually : « La chute est universelle. Tous les êtres sont tombés. Se relèveront-ils, se réconcilieront-ils avec le Créateur ? Seront-ils réintégrés dans leurs prérogatives et droits primitifs. Cette réintégration est possible, elle sera universelle. Les esprits qui actionnent et opèrent dans le surcéleste, le céleste et le terrestre, étant destinés à accomplir la manifestation temporelle de la justice et de la gloire du Créateur, ont des puissances et des opérations spirituelles temporelles bornées par leur assujettissement au temps [….] C’est pour avoir fait la volonté de Dieu que Jésus Christ, revêtu de la nature humaine, est devenu le Fils de Dieu lui-même. En imitant son exemple ou en conformant notre volonté à la volonté divine, nous entrerons comme lui dans l’union éternelle de Dieu ».

La communauté chrétienne primitive disparue reste t’il un quelque chose de leur christianisme, l’Eglise catholique « a t’elle fait le ménage? ». D’un imbroglio d’émergences, le catholicisme l’a emporté, il a balayé nombre de croyances, de vérités qui le gênaient comme par exemple la réincarnation. Sur ce sujet Flavius Josèphe notera dans ses écrits que les Pharisiens, se réservaient la possibilité d’envisager une réincarnation. Pour cette croyance on torturera, on brûlera, Rome a pratiqué sur des siècles une sorte de remake romain ! … Oui, il reste le courant Gnostique qui fascine ceux qui s’en approchent, par la lumière qu’il leur permet de distinguer. Pour la Gnose, le Dieu de l’Ancien Testament n’est qu’un ange déchu qui n’a aucune prééminence sur les autres Puissances. Le Dieu de Lumière ne pouvant être créateur des ténèbres, se sont des puissances qui ne connaissent pas Dieu qui ont crée le Monde où nous vivons, qui le gouvernent. Les Gnostiques « chrétiens » voient, concèdent tout à fait comme un moyen valable, et, c’est là une cassure totale avec Rome, de s’ouvrir à d’autres Puissances issues des mystères, grecs, des ancestrales religions orientales, pour redonner à l’homme la pureté qui l’habitait avant Adam et Eve.

« Les temps sont venus. »


« Seigneur, j’ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.

Je vois, je sens qu’il faut vous aimer. »

Verlaine

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

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