Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 06:48

Florissante en la vieille Egypte, en la sacerdotale et magique Chaldée, aux siècles très lointains, puis encore enseignée à l’Ecole d’Alexandrie — l’Alchimie fut proscrite avec les Arts Secrets; elle devint Maudite comme eux et se renferma dès lofs dans le Mystère des fraternités occultes et hermétiques. Les Gnostiques, les Templiers, les Alchimistes, les Rose + Croix, conservèrent, transmirent l’Alchimie au travers du Moyen-âge, de là Renaissance, enfin des époques modernes. Et aujourd’hui, parallèlement aux autres branches de l’Hermétisme, mieux encore peut-être, l’Alchimie renaît; d’allure très scientifique, elle conquiert les meilleurs esprits. Les faits expérimentaux, d’ordre industriel, la confirment. Tiffereau, Strindberg, Emmens Brice, fabriquent de l’or. La Néo-Alchimie se constitue auprès de la traditionnelle Alchimie, prête à se confondre enfin en elle. Esquissons donc l’ensemble de la Spagyrique; voyons ce qu’est le Grand-Œuvre, la Pierre Philosophale, posons-en les conclusions pratiques.

 

Qu’est-ce que l’Alchimie tout d’abord ? L’Alchimie— nous dira Paracelse — est une science qui apprend à changer les métaux d’une espèce en une autre espèce. — Et Roger Bacon : L’Alchimie est la science qui enseigne à préparer une certaine Médecine ou Elixir, lequel étant projeté sur les métaux imparfaits, leur communique la perfection dans le moment même de la Projection.

Ces deux définitions sont excellentes, et nous verrons que les travaux modernes confirment le fond même de ces préceptes magistraux.

Au sens le plus bref ut le plus positif, l’Alchimie est bien l’Aride quintessencier les corps, de les transmuter, de les fabriquer par Synthèse.

L’Hyperchimie doit remplacer la chimie.

Mais ces définitions précisent surtout, et uniquement môme, la partie la plus grossière de l’Alchimie. Or, l’Alchimie est plus et mieux que l’Art ou la Science de fabriquer les métaux précieux. Elle se rattache intimement à l’Hermétisme, aux Sciences occultes dont elle constitue une branche importante. Elle emprunte ses Arcanes à la Kabbale, à la Magie, à l’Astrologie, elle enfante la médecine Spagyrique, car l’Occultisme s’inspire de l’Unité parfaite. Science Intégrale, il aboutit à la seule unité au moyen de la féconde loi de l’Analogie, entre autres.

L’Alchimie, en résumé, prise dans son ensemble si vaste, est une des branches de l’Hermétisme, qui s’attache particulièrement, sur le Flan Physique de la Nature, à l’étude de la Matière, de sa constitution, de sa genèse, de son évolution, et de ses transmutations.

Antique Science cultivée parles Mages, elle dévoila le Problème de l’Energie et de l’Atome, montrant l’identité de la Substance polarisée en Force et Matière qui se résolvent l’une en l’autre par le double courant d’Evolution et d’Involution, Aspir et Expir de l’Univers Vie ( ). A travers les Ages, l’Alchimie demeura plus ou moins obscurée, selon les temps, mais toujours intégrale, poursuivant le même but scientifique : l’Unité absolue de la Matière vivante, démontrée à l’aide de la Synthèse des Corps et des Métaux, lesquels dérivent tous d’un même Atome, sont constitués par les combinaisons diverses des atomes entre eux, ce qui permet d’opérer l’interchangeabilité des molécules, la transmutation des édifices atomiques.

L’Alchimie donnait donc — et donne — le moyen de fabriquer les corps les plus précieux, et parmi ceux-ci surtout l’Or, dont les hommes n’aperçoivent que l’utilité, mais dont l’Adepte connaît l’Essence, l’influence bénéfique sur l’organisme au point de vue thérapeutique, sur la Science au point de vue synthétique ; L’Or, élément très évolué, le plus haut sur l’échelle métallique, est le chef de file des métaux. Sa fabrication mène en conséquence à la synthèse des métaux qui le précédent.

Actuellement, l’Alchimie, comme nous le verrons plus loin, aboutit aux mêmes effets, mais l’Hermétisme ne prodiguant pas ses enseignements, et les Initiés étant rares, à côté de l’Alchimie traditionnelle, il s’est formé une Alchimie toute « expérimentale » tâtonnant, cherchant l’obtention de l’Or, de l’Argent par des procédés de laboratoire exotériques. C’est la Néo-Alchimie, dont on verra le définitif triomphe lorsqu’elle aura fusionné avec l’Alchimie traditionnelle, seule dépositaire des formules, des recettes parfaites conduisant au Grand-Œuvre par la Pierre Philosophale.

C’est à cette tache que se consacrent la Société Alchimique de France et la revue : l’Hyperchimie- Rosa Alchemica, organe d’union entre le Passé et l’Avenir.

 

ALCHIMIE TRADITIONNELLE. — Elle reste le privilège des Adeptes. Il faut avoir découvert l’Absolu, selon la parole des maîtres, pour en posséder la Clef. Savoir — Vouloir — Oser — Se Taire, résument toute Initiation, l’Initiation Magique comme l’Initiation Alchimique.

L’on ne s’étonnera donc point que nous ne donnions ici que les principes généraux servant à comprendre les auteurs anciens, très obscurs en leur symbolisme assez compliqué. Les termes employés sont souvent synonymes et symboliques.

Les Alchimistes basaient leurs connaissances sur le Quaternaire des Eléments et le Ternaire des spécifications actives des corps. Les opérations du Grand-Œuvre en résultaient.

Le Quaternaire comprenait : le Feu — l’Air— l’Eau — la Terre; le Ternaire : le Soufre, le Mercure, le Sel. — Mais les Alchimistes n’entendaient nullement par-là désigner les éléments ni les corps vulgaires. Par ces termes, ils ne représentaient, en aucun cas, des corps particuliers.

Ils considéraient les 4 Eléments comme des états différents, des modalités diverses de la Matière. Et c’est pourquoi ils disaient les 4 éléments constitutifs de toute chose. En effet, les Eléments, issus de la Substance Une, de la Matière Une, dont ils ne symbolisent que des modifications, des formes particulières dues à l’orientation des vortex et des atomes éthériques —les Eléments possèdent les qualités principales dont. ils sont synonymes. Ainsi l’Eau est synonyme de liquide, la Terre correspond à l’état solide, l’Air à l’élément gazeux, le Feu à un état plus subtil encore, tel que celui de la Matière radiante par exemple.

Puisque ces Eléments représentent les étals sous lesquels s’offre à nous la Matière, il était donc logique d’affirmer — et ce l’est encore— que les Eléments constituent l’Univers entier.

Pour les Alchimistes, les mots Sec. Humide, Froid, Chaud, signifiaient : matière solide, matière liquide, matière gazeuse et matière volatile. Aux 4 Eléments, on ajoutait souvent un cinquième état, sous le nom de Quintessence. La Quintessence peut se comparer à l’Ether des physiciens modernes. Les qualités occultes, essentielles lui appartiennent, de même que la chaleur naturelle appartient au Feu, la subtilité à l’Air, etc.

Les Eléments, enseignaient les Alchimistes, se transforment les uns en les autres, agissent les uns sur les autres, le Feu agit sur l’Eau au moyen de l’Air, sur la Terre au moyen de l’Eau ; l’Air est la nourriture du Feu, l’Eau l’aliment de la Terre ; de concert ils servent à la formation des mixtes, à la production totale de l’Univers. — Nous vérifions chaque jour ces préceptes : l’Eau se change en vapeur, en Air quand on la chauffe; les solides se liquéfient sous l’action des liquides dissolvants, et du Feu, etc.

Les Principes seconds: SoufreMercureSel, forment la Grande Trinité Alchimique. La Matière se différenciait, pour les Alchimistes, en 2 principes : Soufre et Mercure, dont l’union en diverses proportions, constituait les corps multiples, les innombrables composés chimiques.

Le troisième principe : Sel ou Arsenic, servait de lien entre les deux précédents, de jonction et d’équilibre, de point neutre (composé des deux).

Le Soufre, le Mercure et le Sel, considérés en eux-mêmes, ne sont que des abstractions servant à désigner un ensemble de propriétés. Mais, dérivant de la Matière première, le Soufre, le Mercure, le Sel, envisagés au point de vue pratique, sont en quelque sorte l’incarnation des Eléments; leur combinaison dans un corps est variable, et l’un des principes prédomine sur l’autre. Ils constituent, a l’état de quasi séparation, la quintessence respective des corps.

Le Soufre  symbolise l’ardeur centrale, le principe interne, actif, l’âme lumineuse des choses. Igné, il renferme le Feu qui tend à sortir. Dans un métal, le Soufre représente les propriétés visibles ; la couleur, la combustibilité, la dureté, la propriété d’attaquer les autres métaux.

Le Mercure  symbolise, abstraitement si l’on veut, la force vibratoire universelle, le fluide sonique, le principe passif, extrême des choses. Aqueux, il renferme l’Eau et l’Air, qui tendent sans cesse à entrer.—Dans un métal, le Mercure représente les propriétés occultes ou latentes : l’éclat, la volatilité, la fusibilité, la malléabilité. Ce mouvement divergent et convergent + et — de Soufre et Mercure, trouve son équilibre dans le principe stable ou sel : Le Sel  est donc la condensation du Soufre et du Mercure, l’aspect sensible, fixe, du corps, le réceptacle des énergies, ou substance propre. Pondérable, il correspond à la Terre.

Mais chimiquement parlant, est-il possible de rattacher ces termes aux théories actuelles ? Je le crois, car d’après ce que nous avons vu plus haut, le Soufre et le Mercure répondraient fort bien en somme — ainsi que l’a énoncé la brochure excellente: L’Idée Alchimique — aux radicaux dont nous parle la Chimie. Les radicaux, en effet, ne sont autres que des atomes ou des groupes d’atomes susceptibles de se transporter d’un composé dans un autre, par voie de double décomposition.

Les radicaux simples ou composés sont isolables ; et en vérité pourtant, personne ne les a jamais vus, palpés, au sens propre du mot, parce que ce sont là des réactions chimiques que l’on connaît par les résultats, les combinaisons, produits.

Eh bien ! il en est tout à fait de même pour le Soufre et le Mercure. Ils personnifient parfaitement les radicaux simples ou composés. Et cette analogie nous aide à comprendre la genèse, la constitution des corps et des métaux, formés par l’union, à divers degrés, du Soufre et du Mercure, comme l’enseignaient les Alchimistes.

Les radicaux Soufre, Mercure, en se transportant d’un composé à un autre, apportent l’ensemble nouveau de leurs propriétés, et donnent naissance au corps correspondant à leur radical actif et dominant.

Ces deux Principes : Soufre et Mercure, séparés dans le sein de la Terre, sont attirés sans cesse l’un vers l’autre, et se combinent en diverses proportions pour former métaux et minéraux, sous l’action du feu terrestre. Mais suivant la pureté de la cuisson, son degré, sa durée, et les divers accidents qui en résultent, il se forme des métaux ou des minéraux plus ou moins parfaits.

« La différence seule de cuisson et de digestion du Soufre et du Mercure, produit la variété dans l’espèce métallique », nous apprend Albert le Grand, et voilà condensée, la théorie excellente des Alchimistes, sur la genèse des métaux.

Pour résumer la question, nous pouvons définir le Soufre et le Mercure des Alchimistes, les principes essentiels de la Matière première universelle, principes qui forment la base, les radicaux de tous les métaux et minéraux.

 

La PIERRE PHILOSOPHALE—Le GRAND-ŒUVRE. — L’Art Spagyrique repose essentiellement sur la fermentation. Ceci signifie, en toute clarté, qu’il faut communiquer la vie aux métaux dans le laboratoire, vie latente en eux, qu’on doit les réveiller, provoquer leur activité par une sorte de résurrection, comme nous voyons que l’opère sans cesse la Nature en son éternel Hylozoïsme.

L’effort capital de l’Alchimie consiste a réduire les matières prochaines en leurs ferments, qui, réunis, constitueront la substance transmutatrice. Tout le Grand-Œuvre réside en la juste préparation des ferments métalliques.

Chaque métal possède en lui son propre ferment qu’il faut extraire : l’Or sera le ferment de l’Or, l’Argent le ferment de l’Argent, et ainsi de suite.

La confection de la Pierre s’effectue de cette manière :

De l’Or Solaire (ou Soufre secret) — on tire le Soufre.

De l’Argent Lunaire (ou Mercure secret) — on tire le Mercure.

Et selon certains Alchimistes, du mercure vulgaire, ou vif-argent, on extrait un sel particulier. — Ce sont là des ferments complémentaires, doués d’une activité considérable.

L’Or et l’Argent—seuls corps utilisables pour la Pierre, préparés en vue de l’Œuvre, portent le nom d’Or et d’Argent des Philosophes dans les vieux traités. Le Soleil et la Lune les symbolisent.

On les purifiait d’abord, l’Or par la cémentation ou l’antimoine, l’Argent par la coupellation, c’est-à-dire le plomb.

Le Soufre tiré de l’Or et le Mercure de l’Argent, constituent la matière prochaine de la Pierre, ce sont là les ferments, les radicaux de l’Or et de l’Argent, conjoints en Sel.

Mais comment extraire le Soufre et le Mercure de l’Or et de l’Argent des Philosophes ?

Nous touchons ici au Grand Arcane de l’Alchimie et de l’Hermétisme.

On ne trouvera jamais aucune explication formelle de ce problème, dans un aucun ouvrage, car ce secret ne saurait ‘être communiqué aux profanes.

Les Alchimistes enveloppent d’un symbolisme obscur, pour les non-initiés, ce chapitre mystérieux de la Science (3).

C’est au moyen du Dissolvant, du Menstrue, de l’Azoth extrait de la Magnésie que l’on tire le Soufre et le Mercure de l’Or et de l’Argent.

Qu’est-ce donc que l’Azoth ? quelle est cette Magnésie étrange, d’où provient l’Azoth ? Laissons seulement pressentir qu’il s’agit de la Lumière Astrale que l’Adepte doit savoir manier et attirer. On l’excite par un feu céleste, volatil, modification du fluide astral, et qui s’attire lui-même par la distillation hermétique d’une Terre nommée Magnésie, considérée comme mère de la Pierre.

De cette Magnésie, minière universelle, on (ire le Soufre et le Mercure suprêmes, initiaux, lesquels corporéifiés, conjoints en un Sel, constituent l’Azoth ou Mercure des Philosophes.

C’est ce dissolvant énergique, vivant pour ainsi dire, doué d’une puissance électromagnétique selon Stanislas de Guaïta, que l’on fait agir sur l’Or et l’Argent, afin d’en isoler les deux ferments métalliques dont nous avons parlé.

Pour manier les forces de la Nature, l’Ascèse personnelle s’impose. Il me semble donc inutile d’insister sur la nécessité d’une initiation hermétique sans laquelle nul ne saurait pratiquer l’Alchimie Magique Traditionnelle .

 

Poursuivons l’examen des opérations alchimiques de la Pierre : on congèle les solutions obtenues en les faisant cristalliser. On décompose par la chaleur les sels obtenus. Enfin après divers traitements — indiqués par A. Poisson dans son superbe ouvrage : Théories et Symboles des Alchimistes — on a le Soufre et le Mercure destinés à la Pierre. Ils forment la matière prochaine de l’Œuvre. On combine ces ferments issus de l’Or, de l’Argent et du Mercure vulgaire. On les enferme en un ballon clos bien luté. On place le matras sur une écuelle pleine de sable ou de cendres, et l’on chauffe au feu de roue, car la cuisson ménagée va donner à la masse la propriété de transmuter les métaux. — Les Alchimistes appelaient Athanor le fourneau spécial dans lequel ils mettaient l’écuelle et l’œuf.

Le feu se continue sans interruption jusqu’à la fin de l’Œuvre.

Dès le début, les corps entrent en réaction ; diverses actions chimiques se produisent : précipitation, sublimation, cristallisation, changements de couleurs. —La matière devient noire (symbolisée par la tête de corbeau) puis blanche (symbolisée par le cygne). A ce degré, elle correspond au Petit-Œuvre ou transmutation du Plomb, du mercure, du cuivre, en argent. Puis les teintes intermédiaires, variées, se montrent : vert, bleu, livide, iris, jaune, orange. Enfin le rouge rubis on parfait qui indique l’heureuse terminaison.

En résumé voici la marche générale:

1° (La matière étant préparée, c’est-à-dire les ferments étant extraits de l’Or et de l’Argent) : Conjonction ou coït : union du Soufre et du Mercure dans l’œuf. On chauffe. Apparition de la couleur noire.

— On est arrivé alors au 2e stade.

2° : La Putréfaction.

3° : Vient l’Ablution : la blancheur apparaît. La Pierre se lave de ses impuretés.

4° : La Rubification ; couleur rouge. L’Œuvre est parfait.

5° : Fermentation. — Son but est d’accroître la puissance de la Pierre, de la parfaire. On brise l’œuf, on recueille la matière rouge, la mêle à de l’Or fondu et à un peu d’Azoth ou Mercure des Philosophes, et l’on chauffe à nouveau. Puis on recommence une ou deux fois encore cette opération. La Pierre augmente de force. Elle transmue 1000 fois son poids de métal au lieu de 5 ou 10 fois. C’est ce que l’on nomme la Multiplication delà Pierre.

— Les métaux vils sont changés en Or et Argent. C’est la 6° opération ou Projection : on prend un métal : mercure, plomb, étain, on le fond, puis dans le creuset où se trouve le métal chauffé, on projette un peu de Pierre Philosophale enveloppée de cire. Après refroidissement, l’on a un lingot d’or, égal en poids au métal employé, ou moindre suivant la qualité de la Pierre.

L’Elixir rouge ou Grand Magistère se présente sous la forme d’une Poudre rouge éclatant et assez lourde.

Nous ne saurions mieux définir cette poudre qu’en l’assimilant à un énergique ferment qui provoque la transformation moléculaire des métaux, absolument comme un ferment change le sucre, en acide lactique par exemple. Dès lors pourquoi s’étonner de voir accorder à la. Pierre Philosophale la propriété d’agir à doses infiniment faibles, et les Alchimistes assurer qu’un grain de Pierre peut convertir en or une livre de mercure; le ferment agit aussi sur les matières organiques à doses infinitésimales ; la diastase transforme en sucre 2.000 fois son poids d’amidon. Rien de mystérieux donc dans Je rôle chimique et vital de la Pierre Philosophale !

 

PROPRIETES DE LA PIERRE PHILOSOPHALE. — Tous les hermétistes sont unanimes quant à ce point ; cet Elixir parfait est une poudre rouge, lourde, transformant les impuretés de la Nature.

« II fait évoluer rapidement, ce que les forces naturelles- mettent de longues années à produire; voilà pourquoi il agit, selon les adeptes, sur les règnes végétal et animal, aussi bien que sur le règne minéral, et peut s’appeler médecine des trois règnes », nous dit le grand et illustre Maître Papus dans son Traité Méthodique de Science Occulte.

La Pierre Philosophale jouit de trois propriétés générales :

1° Elle réalise la transmutation des métaux vils en métaux nobles, du plomb en argent, du mercure en or, et transforme les unes en les autres les substances métalliques. Elle permet aussi dé produire la formation des pierres précieuses, de leur communiquer un éclat splendide.

2° Elle guérit rapidement, prise à l’intérieur, sous forme de liquide, toutes les maladies, et prolonge l’existence. C’est l’Or Potable, l’Elixir de Longue Vie, la Panacée Universelle.

Elle agit sur lés Plantes, les fait croître mûrir et fructifier en quelques heures.

3° Elle constitue le Spiritus mundi et permet à l’Adepte de communiquer avec les êtres extraterrestres, de composer les fameux homuncules de la Palingénésie.

Les Rose + Croix possèdent ce triple privilège de la Pierre Philosophale, et comme tels sont illuminés, thaumaturges et alchimistes.

« Ces propriétés de la Pierre, conclurons-nous avec le Dr Papus, n’en constituent qu’une seule : renforcement de l’activité vitale. La Pierre Philosophale est donc tout simplement une condensation énergique de la Vie dans une petite quantité de matière, et elle agit comme un ferment sur le corps en présence duquel on la met. Il suffit d’un peu de Pierre Philosophale pour développer la vie contenue dans nue matière quelconque. »

 

LA NEO-ALCHIMIE. — La Néo-Alchimie se propose de rattacher la Chimie à l’Alchimie, en montrant l’identité du but poursuivi, en ce sens que la Synthèse Universelle et l’Unité de la Matière Première ressortent de l’une comme de l’autre. La Chimie n’est que la partie grossière et inférieure de l’Alchimie. Elle ne vivra qu’en se reliant à elle, à l’Alchimie qui la mènera vers les Principes.

L’Alchimie et la Chimie ne sont sœurs ennemies que pour les savants officiels. En réalité, elles doivent fusionner, car la Chimie est la fille de l’Alchimie et elle lui emprunte ses meilleures théories !

La Synthèse, la Synthèse raisonnée des corps, des métaux, voilà surtout le lien qui sert de trait d’union entra la Chimie et l’Alchimie ; la Synthèse, voilà le Fait sur lequel repose la Néo-Alchimie, science expérimentale, corroborant de plus en plus chaque jour la doctrine hermétique, aux yeux des modernes avides de réalisations industrielles utilisables.

La Néo-Alchimie ou Mathèse chimique (union des extrêmes : Analyse et Synthèse en une vivante Réalité, que je tends à constituer pour ma part, depuis plusieurs années déjà) s’appuie sur les principes ‘ mêmes de la Chimie qu’elle confronte sans cesse avec les doctrines des alchimistes afin de prouver l’identité des deux enseignements au point de vue expérimental et positif. De cette manière, on pourra élucider, grâce à une méthode impartiale et rigoureuse, les problèmes de la Composition de la Matière, de son Unité, des Atomes et des Molécules, de la Genèse et de l’évolution des Corps.

La Néo-Alchimie doit démontrer l’exactitude des opérations du Grand-Œuvre, dans la mesure du possible, la profondeur des Doctrines Alchimiques quant ù. l’étude de la Matière, de son animation et de ses transformations. Et pour cela, elle inspire les travaux chimiques, les théories modernes, les ramène à leur expression dernière qui est bien du domaine de l’Alchimie Traditionnelle. — La Chimie actuelle, en son ensemble, n’est qu’un balbutiement ; les chimistes ordinaires sont de simples garçons de laboratoire. Jamais ceux-là ne parviendront à découvrir la genèse intégrale des Corps, le maniement de l’Agent Universel, avec l’aide de qui se réalise la Pierre Philosophale.

Et dès lors, tout ce que l’Alchimiste peut tenter, c’est ceci : expliquer aux savants le sens véritable des théories chimiques des expériences, des synthèses, guider dans leurs recherches, leur assurer et leur montrer, grâce aux procédés de la Chimie vulgaire, que l’on peut parvenir à la démonstration des doctrines alchimiques, savoir : l’Unité de la Matière, la Fabrication industrielle des Corps Chimiques, la Synthèse des Métaux.

Mais la confection de l’Or Philosophal, cet Or supérieur à l’or chimico-physique connu, restera toujours une énigme, privilège des seuls Adeptes, fidèles à leur serment de silence !

 

L’Unité de la Matière est indéniablement prouvée parles phénomènes de l’Isomérie et de l’Allotropie des corps prétendus simples et composés. Il serait hors de propos d’entrer ici en de nombreux détails trop techniques. Contentons-nous donc seulement de faire remarquer que l’Allotropie des corps soi-disant simples démontre que, en réalité, ils sont composés, composés tous d’une même matière, des mêmes atomes diversement groupés, résultant d’une inégale condensation de particules éthériques. Les éléments chimiques sont polymères les uns des antres, à partir du plus léger sans doute :

Hydrogène ou Hélium. De là les composés différents, et de là aussi les faits d’isomérie, d’allotropie, consistant en propriétés chimiques diverses pour deux ou plusieurs éléments identiques par leur composition intrinsèque. L’Ozone, l’Hydrogène, le Chlore, le Soufre, l’Azote, le Phosphore, etc. et parmi les métaux: le Zinc, le Fer, le Nickel, le Cobalt, l’Etain, le Plomb, l’Argent et l’Or, présentent des états moléculaires multiples, différents, allotropiques en un mot. La classique Chimie constate ces exemples mais- s’obstine à n’en point poser la conclusion d’unité et de synthèse. La Synthèse des Métaux, qui corrobore ces cas précédents, la Synthèse de l’Or, existe pourtant. L’Alchimie pratique apparaît aujourd’hui, l’Alchimie aux industrielles tendances.

On fait de l’Or: M. T. Tiffereau, qui lutte pour sa découverte depuis près de cinquante ans, et qui a consigné ses travaux en un petit volume très curieux : L’Or et la Transmutation des Métaux, M. Tiffereau a obtenu des lingots d’or en dissolvant de l’argent uni à du cuivre, au sein d’un mélange d’acide nitrique ou d’acides nitrique et sulfurique concentrés, sous l’action de la lumière solaire. D’accord avec les vieux alchimistes, Tiffereau attribue à des ferments spéciaux les changements moléculaires des corps, les transmutations respectives. Réduire un métal en ses éléments, le réunir ensuite au ferment du corps que l’on veut produire, telle est l’idée très rationnelle qui préside aux expériences de M. Tiffereau. — Or les composés oxygénés de l’Azote devant, sans aucun doute, jouer un rôle important de fermentation sur les éléments métalliques : Carbone et Hydrogène entre autres, l’acide nitrique constitue l’agent tout indiqué de dissolution, sous l’influence de la chaleur, de l’électricité et de divers adjuvants comme l’acide sulfurique, l’iode, etc.

Le Suédois Auguste Strindberg, à la fois homme de lettres célèbre, et chercheur original, obtint des pellicules d’or en opérant au moyen de sulfate de fer, de chromate de potasse et de chlorhydrate d’ammoniaque. Il donnait ainsi naissance a de l’Or non fixé, non absolument mûri. — Et plus récemment l’on se souvient, à la suite des essais de Carey-Lea sur la dissociation de l’argent sous forme d’argent doré, de la découverte faite par Emmens (6). Il tient son procédé secret, mais il a révélé les principales lignes de sa méthode, dont voici la substance : « Si vous voulez essayer, dit-il, l’effet combiné de la compression et d’une température très basse, vous produirez aisément un peu d’or. Prenez un dollar mexicain (entièrement exempt d’or, sauf des traces peut-être) et mettez-le dans un appareil qui empêche ses particules de se répandre au dehors, lorsqu’il aura été divisé. Alors, soumettez-le à un battage puissant, rapide, continu et dans des conditions frigorifiques telles que des chocs répétés ne puissent produire même une élévation momentanée de température. Faites l’essai d’heure en heure, et à la fin vous trouverez plus que des traces d’or. »

Le Dr Emmens emploie dans sa fabrique d’or : Argentaurum Laboratory, une machine à grand rendement capable du produire des pressions de 800 tonnes par pouce carré. — La série des opérations qu’il fait subir aux dollars mexicains d’argent pour les changer en lingots d’argentaurum, est la suivante :

1° Traitement mécanique. — 2° Action d’un fondant et granulation. — 3° Traitement mécanique. — 4° Traitement par les composés oxygénés de l’azote, c’est-à-dire par l’acide nitrique modifié. (Ce moyen a été préconisé par Tiffereau, il y a 50 ans déjà, comme se plut à le reconnaître Emmens lui-même). — 5° Affinage.

L’Argentaurum (Or quelque peu spécial que nous placerions entre l’Argent et l’Or sur le tableau sériel de Mendeleeff, tandis que l’Or de la Pierre Philosophale prendrait place au-dessus de l’Or vulgaire) possède les apparences et les propriétés générales de l’Or. Le Bureau d’essai de la Monnaie de New-York l’achète comme or, en lingots, et le Dr Emmens ne doit pas faire de mauvaises synthèses, puisqu’il compte arriver à produire 1.550 kil d’argentaurum par mois, ce qui représente un bénéfice de plus de 46 millions par an !

Son compatriote Edward Brice assure fabriquer d’assez grandes quantités de métal précieux et cela semble réel car d’officiels chimistes analysèrent le produit de ses fours spéciaux (temp. de 5000 degrés ?) et en reconnurent la parfaite authenticité, au moyen de la formule de laboratoire que nous allons transcrire. Mais remarquons bien ce titre : formule de laboratoire...... Il y en a donc une autre.... . industrielle :

« Prenez 5 parties d’antimoine chimiquement pur ; 10 parties de soufre ; 1 partie de fer ; 4 parties de soude caustique. Mettez dans un creuset de graphite et maintenez au blanc pendant 48 heures. Prenez la masse qui résulte de la fusion : des scories et un bouton métallique, et pulvérisez le tout. Mêlez cette poudre ainsi que le métal qui y est incorporé, avec les scories pulvérisées. Combinez avec : 1 partie de charbon de bois ; 5 parties de litharge ou oxyde de plomb. Ajoutez 4 parties de soude caustique. Mettez le tout au creuset jusqu’à ce que vous ayez obtenu un bouton métallique : Scorifiez et coupellez la masse métallique. La parcelle qui constituera le résultat final sera de l’Or et de l’Argent. » —On voit que ce procédé consiste en la formation, d’abord d’un suinte d’antimoine, puis d’un suinte de fer, enfin d’un sulfite de plomb. La création de l’Or résulte du mélange.

 

Les faits prouvent donc bien, n’est-ce pas, que l’Or, l’Argent, les Métaux sont des produits de synthèse?

La Néo-Alchimie, par ses conclusions nettement expérimentales, démontre les doctrines de l’Hermétisme. Elle révèle l’ordre croissant des Eléments, la Loi de l’Evolution minérale, le mécanisme de l’Isomérie et de l’Allotropie, le secret de la genèse et de la composition des Métaux, des prétendus corps simples. Elle aboutit à la création d’une Science rationnelle et Unitaire.

Quant à l’Alchimie Magique (7), elle s’en vole jusqu’aux sphères de l’Infini, elle boit le Mystère même, le secret de la Vie et de la Quintessence.

Nous comparerions volontiers la Néo-Alchimie à une pyramide dont ta base repose sur la Terre et qui va toucher aux Cieux — et l’Alchimie a un faisceau lumineux qui descend du Ciel pour s’épanouir sur la Terre. Réunissons ces deux Savoirs, Ô Adeptes, et nous posséderons l’Intégrale Science : LA SYNTHESE DE L’ABSOLU!

NOTE : Ces quelques lignes pour ceux qui, déjà initiés à l’Alchimie, sont à même de comprendre entre les mots, et de s’élever jusqu’à l’Adeptat, par la préparation de la Pierre : L’Œuvre, en résumé, est simple. Il se réalise en fait d’ordre positif, au moyen de la revivification. des matières.

Il faut, en l’Azoth, énergie subtile, résoudre. dissoudre, régénérer, deux corps conjoints en un seul. (  et  formant le  ) Ces corps, comme l’Azoth qui en dériva et d’où ils proviennent (le cycle du serpent se mordant la queue) sont répandus dans la Nature (8).

Une fois conjoints et placés dans le matras, il reste à diriger le Feu terrestre ; le Feu volatil agira par lui-même, au sein de l’Œuf Philosophique. Tout ceci est rigoureusement exact. Je possède la Clef de la Pierre, communiquée par un Adepte.

Avec mon ami Jules Delassus, nous avons réalisé l’Œuvre et bientôt nous convaincrons les savants officiels.

Concentration vitale, ferment métallique, la Poudre de Transmutation constitue, en quelque aorte, une allotropie, une isomérie. Elle agit et transmute en Or les métaux imparfaits, par une énergique fermentation.

J’affirme que tout le secret de la Pierre tient en ces lignes et que nul alchimiste n’a jamais révélé l’Œuvre en moins de phrases et d’une façon aussi complète.

 

LA VIE DE LA MATIERE

 

Le « Bulletin de la Société Astronomique de France » de novembre publie un travail de M. Ch. Ed. Guillaume, Physicien du Bureau International des Poids et Mesures, sur « la Vie de la Matière. »  Ce rapport fut lu à la séance du 7 mars 1900, de la Société Astronomique.

Le savant physicien base son étude sur cette formule qu’il nous a empruntée textuellement, ce dont nous sommes très fier : « La Matière est une, elle vit, elle évolue ». (Placée en vedette à la première page de la revue L’Hyperchimie et de mes ouvrages ; La Vie et l’Ame de la Matière (paru en 1894), L’Hylozoïsme  (1895), L’Alchimie (1895), en lesquels : d’ailleurs elle est amplement développée. Il reconnaît que, partant de là, si la science officielle « considère encore la transmutation comme une opération au-dessus de nos moyens, on n’est pas éloigné d’admettre que le passage d’un élément à un autre soit une opération possible dans le sens absolu du mot. Comment expliquer la parenté évidente des corps chimiques, de ceux que nous  nommons les corps simples, si l’on n’admet pas une souche commune ? Tout nous dit que les éléments forment des familles, et il faudrait nier l’évidence pour affirmer qu’ils sont entièrement distincts.

Si nous ne nous faisons pas d’illusions — ajoute-t-il — quand nous affirmons que l’atome a pu être séparé en des éléments semblables quelle que soit la matière d’où il émane, nous touchons au rêve des alchimistes... Mais le seul fait que l’on a pu raisonnablement avoir recours à cette théorie montre combien la croyance à la complexité de la Matière est devenue chancelante. »

Si M. Ch. Ed. Guillaume veut bien prendre la peine de feuilleter à nouveau « L’Hyperchimie, » ainsi que mes différents ouvrages, entre autres « La Vie et l’Ame de la Matière » publié il y a sept ans, « L’Hylozoïsme » et « Comment on devient Alchimiste » il reconnaîtra, j’en suis convaincu, « la valeur scientifique » de mes propres idées. Je ne les défends pas ici par sotte vanité personnelle, mais seulement en l’honneur de la doctrine hermétique et alchimique.

Or, depuis sept ans j’écris ceci, et je le démontre : — Il ne peut y avoir de corps simples, car il n’y a pas de créations distinctes. Tout évolue insensiblement, tout vit. Les Eléments chimiques sont les « Espèces minérales » aussi peu fixes que les Espèces animales ou végétales qui en dérivent — et provenant également d’une souche primordiale par transformations.

La Transmutation des Eléments chimiques constitue leur évolution particulière et générique. L’Evolution est un changement « progressif. »

La Sélection Naturelle, l’influence des milieux, la lutte pour l’existence agissent sur les éléments chimiques, sur les corps, les atomes, les molécules, les cellules, sur toute la « Matière vivante ». Le transformisme organique, zoologique et végétal admis, il faut d’ailleurs bien découvrir le transformisme minéral.

La loi d’Unité gouverne l’Univers, des Soleils aux Atomes (9). Le Transformisme chimique repose sur des faits nombreux. Et je prétends les avoir mis en lumière (Voir Comment on devient Alchimiste, partie : Pratique).

Les phénomènes d’allotropie et d’Isomérie qui démontrent irréfutablement l’Unité de la Matière, peuvent s’expliquer au moyen de la Sélection « sexuelle » atomique et moléculaire, car les différences, les divergences, les variations résident dans la même espèce minérale. Elles sont très voisines. Elles indiquent la transition qui doit exister d’un genre chimique à l’autre.

Les changements progressifs des éléments chimiques divers et plus complexes, sont attribuables, eux, sans doute, a la Sélection Naturelle qui conserve les types à caractères le plus avantageux dans la lutte pour l’existence des éléments chimiques.

Exemples de sélection sexuelle : Les Phosphores, Or, Argent, Nickel, Fer, Soufre, Oxygène, Carbone, etc., etc.. allotropiques varient sous l’influence d’une sorte de sélection « sexuelle » différenciant la même souche.

Exemples de Sélection Naturelle: les séries évolutives, progressives: Chlore, Brome, Iode, Fluor, ou bien : Oxygène, Soufre, Sélénium. Tellure, etc. Azote, Phosphore, Arsenic, Antimoine, se polymérisent et se condensent sériellement sous l’influence de la Sélection Naturelle (10) qui agit sur l’ensemble des types, sur les grandes familles d’éléments, et facilite ainsi l’Evolution générale, par larges étapes. L’Hérédité des Atomes, des Molécules, transmet les propriétés acquises et fixe les chaînons intermédiaires. (Mémoire de la Matière.)

En résumé, les corps chimiques les plus élevés descendent des corps chimiques condensés primordiaux, de même que l’Homme et les quadrumanes proviennent des formes animales antécédentes.

L’Or descend de l’Argent, par exemple, comme l’Homme descend du Pithecantropus !

J’ai tenu à fixer en ces quelques lignes la théorie concise de l’Evolution minérale et à renvoyer aux sources mêmes, car si je suis heureux de voir des savants tels que M. Ch. Ed. Guillaume y adhérer aujourd’hui, au nom de la science officielle, je serais désolé que l’on oubliât que cette Doctrine Unitaire sort des fraternités initiatiques, rosicruciennes et alchimiques.

 

1. La Force devient Matière (Involution) et la Matière devient Force (Evolution), grâce au Mouvement. Ce cycle vient de l’Unité et s’y résorbe — car il s’y meut.

2. II y en u qui disent que le tancha (mercure sulfuré), par l’absorption des vapeurs du sang vert (principe mille, lumière, chaleur, activité), donne naissance à un minerai, le Kong-che, qui, au bout de 200 ans, devient du cinabre natif. Dès lors la femme est enceinte.

Au bout de 300 ans, ce cinabre se transforme en plomb ; ce plomb, au bout de 200 ans, se transforme en argent, et ensuite, au bout de 200 ans, après avoir subi l’action du K’i (l’esprit vital, astral) du tabo (Grande Concorde ?) — devient de l’Or. » (Encyclopédie chinoise). Mais, ajoute le commentateur japonais, c’est une opinion erronée.

Le sulfure de plomb donne naissance à l’argent.

Le soufre est l’origine des métaux. — (Encyclopédie chinoise.)

Les initiés méditerons ces notes. Nous les engageons à les rapprocher de nos commentaires personnels.

F.J.C.

3. Disons une fois pour toutes que : Soleil et Lune ; Or et Argent des Philosophes ; Mâle et Femelle ; Roi et Reine ; Soufre et Mercure sont synonymes.

4. La raison du secret, au point de vue social, est due au mauvais usage que la plupart des hommes feraient de l’Or. Ils ne l’emploieraient guère pour le Bien général. Puis une catastrophe universelle, par suite d’une crise monétaire effroyable, secouerait le monde. Rien n’irait mieux ; tout irait sans doute plus mal, et le Paupérisme persisterait comme auparavant.

5. Les transmutation historiques de Nicolas Flamel, Jean Dee, Kelley, Van-Helmont, Helvetius, Sendivogius, Lascaris, St. Germain, opérées du XIV° nu XVIII° siècle autoriseraient seules à ne point mettre en doute la réalité de la Pierre Philosophale à défaut d’autres considérations. Si les documents sur la Synthèse alchimique sont rares aujourd’hui, cela provient de la destruction des fameuses bibliothèques de Thèbes, de Memphis et d’Alexandrie qui renfermaient des quantités d’ouvrages précieux touchant les Sciences Sacrées. La tradition des Races Rouges, Noire et Jaune, leur Savoir, consignés en livres uniques, disparurent ainsi dans les flammes allumées par les mains sacrilèges de l’Homme. On sait que la bibliothèque d’Alexandrie fut brûlée par les chrétiens sous les ordres de l’évêque Théophile.

Les Sciences Occultes morcelées, transmises par des groupes d’initiés, n’ont point encore reconstitué leur Unité Intégrale.

6. Le Dr Emmens, le célèbre astronome Camille Flammarion sont, entre autres savants, membres honoraires de la Société Alchimique de France.

7. La Magie est la science naturelle (il n’existe rien de surnaturel ou hors de la Nature) des Essences et des Puissances.

8. Ce sont le S. et le M. des Ph. l’Or et l’Argent des Sages extraits de la Magnésie.

 

9. L’Univers est le corps de Dieu ; les Etres en sont l’Ame; Lui CELUI QUI EST, un est l’Esprit. Son Verbe unique, sous ses apparences multiples, régit Tout. Verbum caro factum est !

10. La transmutation de l’Arsenic en Phosphore opérée par M. Fitttca est une nouvelle preuve de l’action de la Sélection naturelle et du transformisme des éléments ;   qui ne fixent que partiellement les types.

Les composés polymères de la Chimie organique se rangent admirablement dans notre Evolutionnisme sériel (carbures d’hydrogène, etc.)

Repost 0
Published by F.Jollivet cASTELLOT - dans Alchimie
commenter cet article
26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 07:08

70

 

La troisième digestion donne à la terre qui vient d'être renouvelée un lait de rosée, et lui communique toutes les vertus spirituelles de la quintessence ; elle lie au corps l'âme vivifiante par l'entremise de l'esprit. Alors la terre possède en elle un riche trésor, et devient d'abord semblable à la Lune éblouissante, puis au Soleil rougeoyant : elle est dite d'abord terre de Lune, puis terre de Soleil, car elle naît, dans un cas comme dans l'autre, du mariage de l'un et de l'autre. Ni l'une ni l'autre terre ne craignent plus les rigueurs du feu, car toutes deux sont exemptes de toute tache, parce qu'elles ont été purifiées plusieurs fois de leur tare par ce feu (même), et en ont souffert un grave martyre, jusqu'à ce que tous les éléments aient été digérés ensemble.

 

71

 

La quatrième digestion est la consommation de tous les mystères du monde : par elle la terre étant changée en un très excellent ferment, fait lever elle-même tous les autres corps changés en un corps parfait, parce qu'elle a passé en la nature céleste de la quintessence, de sorte que sa vertu inspirée par l'esprit de l'univers est la panacée et la médecine générale de toutes les maladies de toutes les créatures. Le fourneau secret des philosophes te découvrira ce miracle de la nature et de l'art par des digestions renouvelées du premier régime de l'ouvrage. Sois juste dans tes œuvres afin que Dieu te soit propice, sans quoi le labourage de ta terre sera vain, car « cette moisson ne répondra pas aux vœux du paysan avare».

 

72

 

Tout le processus de l'Œuvre philosophique, n'est rien d'autre que solution et congélation. La solution est du corps, la congélation, de l'esprit, mais l'opération de l'un et de l'autre est une. Or le fixe et le volatil se mêlent et s'unissent parfaitement dans l'esprit, ce qui ne pourrait se faire, si d'abord le corps fixe n'avait été dissous et rendu volatil. Par la réduction, le corps volatil se fixe en un corps permanent, et la nature volatile passe en une nature fixe, tout comme la fixe était devenue volatile. Mais tout autant que les natures errent confuses même dans l'esprit, cet esprit qui leur est mêlé n'est pas pur et garde une nature moyenne entre le corps et l'esprit, le fixe et le volatil.

 

73

 

La génération de la Pierre se fait à l'exemple de la création du monde. En effet, il faut qu'elle ait d'abord son chaos et sa matière première, dans laquelle les éléments confus flottent jusqu'à ce que l'esprit de feu les sépare ; que des éléments séparés les plus légers soient portés en haut, et les plus lourds en bas ; que la lumière une fois née, les ténèbres reculent ; enfin que les eaux se rassemblent, et qu'apparaisse la terre sèche. Alors deux grands luminaires émergent successivement, et dans la terre philosophique sont produites les vertus minérales, végétales et animales.

 

74

 

Dieu créa Adam du limon de la terre, dans lequel étaient entées les vertus de tous les éléments, principalement celles de la terre et de l'eau qui constituent surtout la masse sensible et corporelle : dans cette masse Dieu souffla un souffle de vie, et la vivifia du Soleil de l'esprit saint ; au mâle il donna Eve pour femme, et les bénissant, il leur donna le précepte et la faculté de se multiplier. La génération de la Pierre philosophale n'est pas dissemblable de la création d'Adam : car il se forme d'abord un limon composé d'un corps terrestre et pesant, dissous par l'eau, et qui pour cela a mérité le nom célèbre de terre adamique : toutes les qualités et les vertus des éléments s'y trouvent. Puis une âme céleste lui est infusée par l'esprit de la quintessence et l'influx du Soleil, et enfin, grâce à la bénédiction et à la rosée du ciel, la vertu de se multiplier à l'infini, par le moyen de l'accouplement des deux sexes, lui est communiquée.

 

75

 

Le grand secret de l'ouvrage tient à la façon d'opérer, qui consiste tout entière dans le parfait régime des éléments. Car il faut que la matière de la pierre passe d'une nature en une autre : les éléments en sont tirés successivement et règnent tour à tour. Or chaque élément est sans cesse agité par les cercles de l'humide et du sec, jusqu'à ce que toutes choses, étant digérées par cette circulation, se reposent et prennent leur place.

 

76

 

Dans l'ouvrage de la Pierre, les autres éléments circulent sous la figure de l'eau, parce que la terre est résolue en eau, dans laquelle se trouvent tous les autres éléments : l'eau est sublimée en vapeur, la vapeur retombe en eau. Ainsi l'eau est agitée par un cercle infatigable, jusqu'à ce que, devenue fixe, elle cesse son agitation, et prenne sa place inférieure. Quand elle est devenue fixe, tous les autres éléments le deviennent avec elle. Ainsi ils se mêlent tous en elle, ils sont attirés par elle, ils vivent avec elle, et meurent en elle. La terre est donc leur tombeau commun et leur terme dernier.

 

77

 

L'ordre de la nature demande que toute génération commence par l'humide et se fasse dans l'humide ; donc dans l'ouvrage de la Pierre philosophale, la Nature doit être réduite en un ordre tout semblable. De sorte qu'il faut que la matière de la pierre, qui est terrestre, compacte et sèche, soit dissoute avant toute chose, et qu'elle s'écoule en l'élément de l'eau, qui est le plus proche d'elle : et alors Saturne sera engendré par le Soleil.

 

78

 

A l'eau agitée par sept tours ou révolutions, succède l'air, qui doit lui aussi circuler par autant de cercles et de réductions, jusqu'à ce qu'il se fixe et se dépose, et que Saturne étant chassé, Jupiter se saisisse des insignes et du gouvernement du Royaume. Par son avènement l'enfant philosophique est formé et nourri dans la matrice, et il vient ensuite au jour avec une face blanche et une teinte sereine, semblable à la splendeur de la Lune.

 

79

 

Enfin le feu de la Nature, qui aide les éléments dans leurs fonctions, de caché qu'il est devient manifeste, y étant excité et provoqué par un feu (à lui-même) interne. Alors le Safran teint le Lys, la rougeur se mêle à la blancheur sur les joues de l'enfant devenu plus robuste, et l'on prépare une couronne au Roi futur. Telle est la consommation du premier régime de l'ouvrage, et l'achèvement de la circulation des éléments, dont un signe apparaît quand toutes choses deviennent sèches, et que le corps vide d'esprit gît abattu, privé de pouls et de mouvement. Ainsi la Terre tient enfin dans le repos tous les autres éléments.

 

80

 

Le feu enté sur la Pierre est le maître qui préside à la Nature : il est le fils du Soleil, et son lieutenant, qui meut et digère la matière. Et c'est lui qui, en elle, achève et perfectionne tout, s'il réussit à obtenir la liberté : car y étant caché sous une écorce dure, il n'a point de forces. Procure-lui donc la liberté, afin qu'il puisse te servir. Mais prends garde de trop le presser, car ne pouvant supporter la tyrannie, il s'échapperait sans te laisser aucun espoir de retour. Attire-le donc tout doucement en le flattant, et après l'avoir attiré, conserve-le avec beaucoup de prudence.

 

81

 

Le premier moteur de la Nature est le feu externe, modérateur du feu interne et de tout l'ouvrage. Que le Philosophe en connaisse donc bien le régime, qu'il en observe les degrés et les points, car de lui dépend le salut ou la ruine de l'œuvre. Ainsi l'art vient au secours de la nature, et le philosophe est l'administrateur de l'un et de l'autre.

 

82

 

Par ces deux instruments de l'art et de la nature, la Pierre s'élève doucement avec beaucoup d'adresse, de la Terre vers le Ciel, et du Ciel redescend vers la Terre, parce que la Terre est sa nourrice, et que, portée dans sa matrice, elle reçoit à la fois la force des choses supérieures et des choses inférieures.

 

83

 

Les roues et les cercles.

 

La circulation des éléments se fait par deux sortes de roues, la majeure (ou étendue) et la mineure (ou étroite). La roue étendue fixe dans la Terre tous les éléments, et son cercle ne s'achève pas sans qu'elle soit venue à bout de l'ouvrage entier du soufre. La révolution de la roue mineure se termine par l'extraction et la préparation de chaque élément. Or dans cette roue il y a trois cercles, qui, par un certain mouvement inégal et confus, agitent la matière incessamment et diversement, et font tourner chaque élément plusieurs fois, et au moins sept. Ces cercles se succèdent néanmoins en ordre et tour à tour : et ils sont tellement bien accordés entre eux, que si l'un défaille, c'est en vain que les deux autres travaillent. Ce sont là les instruments de la Nature par lesquels les éléments sont préparés. Que le Philosophe considère donc le progrès de la Nature tel que je l'ai décrit à cette fin plus au long dans mon traité de Physique.

 

84

 

Chaque cercle a son mouvement propre. Les mouvements de ces cercles se produisent à l'endroit de l'humide et à l'endroit du sec, et ils sont tellement enchaînés les uns aux autres, qu'ils ne produisent tous ensemble qu'une opération, et ne font qu'un seul concert avec la Nature. Deux d'entre eux sont opposés, tant par leurs termes qu'à raison de leurs causes, et de leurs effets : car l'un, en desséchant, meut la matière vers le haut par la chaleur, l'autre, en humectant, la meut vers le bas par le froid. Le troisième cercle, qui représente le repos et le sommeil, cause la cessation des deux autres, en digérant (la matière) par une température parfaite.

 

85

 

De ces trois cercles, le premier est l'évacuation, dont le rôle est de bannir l'humide superflu de la matière, et d'en séparer le pur, le net et le subtil des lies grasses et terrestres. Or, dans le mouvement de ce cercle, peuvent naître de grands inconvénients et de graves dangers, parce qu'il concerne des choses toutes spirituelles, et qu'il rend exubérante la Nature.

 

86

 

En faisant mouvoir ce cercle, il y a deux choses auxquelles il faut prendre garde. La première, qu'il ne soit pas mû trop âprement, et l'autre, qu'il ne le soit pas plus longtemps qu'il n'est nécessaire. Le mouvement précipité cause dans la matière une confusion telle que la portion épaisse, impure et indigeste, et le corps qui n'est pas encore bien dissous, s'envolent avec l'esprit, et s'évaporent avec ce qui est dissous, pur et subtil. Par ce mouvement précipité les natures terrestre et céleste sont confondues, et l'esprit de la quintessence, corrompu par le mélange de la terre, perd sa pointe et devient débile. Tandis que par un mouvement trop long, la terre, trop vidée de son esprit, devient tellement languissante et sèche, qu'elle ne peut plus être facilement réparée et rendue à sa température. L'une et l'autre faute brûlent les teintures, et les font même s'évanouir.

 

87

 

Le second cercle, c'est la restauration, dont le rôle est de rendre par la boisson des forces au corps pantelant et débile. Le premier cercle a été un organe de sueur et de travail ; celui-ci est un organe de rafraîchissement et de consolation. Il agit en pétrissant et en ramollissant la terre, à la façon des potiers, afin qu'elle se mêle mieux.

 

88

 

II faut que le mouvement de ce cercle soit plus léger que le mouvement du premier, principalement dans le commencement de sa résolution et de son tour : de peur que les petits des corbeaux ne soient submergés dans leur nid par le regorgement des eaux, et que le monde naissant ne soit englouti par le déluge. Ce cercle est celui qui pèse l'eau et qui en examine la mesure, car il le distribue par la raison et la proportion géométriques. A la vérité, il n'y a presque point de plus grand secret dans toute la pratique de l'ouvrage, que le mouvement juste et équilibré de ce cercle : car c'est lui qui informe l'enfant philosophique, et lui insuffle l'âme et la vie.

 

89

 

Les lois du mouvement de ce cercle sont qu'il tourne lentement et par degrés, et qu'il répande (l'humide) avec retenue, de peur que s'il était trop précipité, il ne s'éloigne de sa juste mesure, et que le feu, tant naturel qu'enté, qui est l'architecte de tout l'ouvrage, une fois recouvert par les eaux ne perde sa vigueur, ou même ne s'éteigne. Il faut aussi que la nourriture solide et la liquide soient prises tour à tour, afin que la digestion se fasse mieux, et que la proportion du sec et de l'humide soit plus parfaite, car leur liaison indissoluble est la fin et le corps de l'ouvrage. Prends garde donc de mettre autant d'humide lorsque tu arroses, qu'il ne s'en est consumé dans la chaleur de l'évacuation, afin que la restauration, qui est corroborative, restitue autant de forces perdues que l'évacuation débilitante en aura enlevées.

 

90

 

Le troisième cercle, qui est la digestion, agit par un mouvement tacite et insensible : c'est pourquoi les philosophes disent qu'il s'accomplit dans un fourneau secret. Elle cuit la nourriture qu'elle a reçue et la change en parties homogènes du corps ; c'est pourquoi on l'appelle putréfaction parce que, comme la nourriture dans l'estomac, elle est corrompue avant de passer dans le sang et les parties similaires : de même cette opération broie l'aliment par une chaleur cuisante et stomacale, et la putréfie en quelque sorte afin qu'elle se fixe mieux et passe de la nature du mercure à celle du soufre. On l'appelle aussi inhumation, parce que l'esprit est par elle inhumé et enseveli comme un mort dans la terre. Parce qu'elle agit fort lentement, elle a besoin d'autant plus de temps. Les deux premiers cercles travaillent surtout à dissoudre, et celui-ci à congeler, bien que tous opèrent l'un et l'autre.

 

91

 

Les lois de ce cercle veulent qu'il soit mû par une chaleur de fumier très lente et néanmoins subtile, afin que les éléments volatils ne s'enfuient pas et que l'esprit ne soit pas troublé, au moment de sa conjonction très étroite avec le corps : tout se passe alors dans un loisir parfaitement tranquille. C'est pourquoi il faut surtout prendre garde que la terre ne soit troublée par aucun vent ni aucune pluie. Enfin il faut que ce troisième cercle succède sur le champ et dans son ordre toujours au second, comme le second au premier. Ainsi par des travaux interrompus et par des détours, ces trois cercles errants accomplissent une seule et entière circulation, qui répétée plusieurs fois convertit toute chose en terre et met la paix entre les ennemis.

 

92

 

La nature use du feu, de même que l'art à son exemple, comme d'un instrument et d'un marteau pour forger leurs ouvrages : donc dans les opérations de l'une et de l'autre, le feu est maître et magistrat. C'est pourquoi la connaissance des feux est par-dessus tout nécessaire à un philosophe, sans quoi, comme un autre Ixion, il tournera en un vain travail la roue de la nature à laquelle il est attaché.

 

93

 

Le nom de feu est homonyme parmi les philosophes, car il se prend quelquefois par métonymie pour chaleur, et ainsi il y a autant de feux que de chaleurs. Dans la génération des métaux et des végétaux la nature reconnaît un triple feu, à savoir le céleste, le terrestre et le greffé. Le premier coule du Soleil comme de sa source dans le sein de la terre : il émeut les fumées ou vapeurs du mercure et du soufre, desquelles sont créés les métaux, et se mêle à elles ; il excite le feu greffé dans les semences des végétaux, où il dort, et lui ajoute de petits feux pareils à des éperons, pour développer la végétation. Le second feu est caché dans les entrailles de la terre : par son impulsion et son action, les vapeurs souterraines sont poussées en haut par des pores et de petits tuyaux, et chassées du centre vers la surface du sol, aussi bien pour la composition des métaux là où la terre est comme enflée, que pour la production des végétaux, en putréfiant, en amollissant, et en préparant pour la génération leurs semences. Quant au troisième, qui est engendré du premier, c'est-à-dire du feu solaire, dans la fumée vaporeuse des métaux, s'étant mêlé dans leur menstrue, il forme une concrétion avec cette matière humide et y demeure comme retenu prisonnier par force, ou plutôt il y est attaché comme la forme du mixte. Il demeure là enté dans les semences des végétaux, jusqu'à ce qu'étant sollicité et ému par les rayons paternels, il agite et informe la matière intérieure, et devienne ainsi le sculpteur et l'économe du mixte tout entier. Mais dans la génération des animaux, le feu céleste coopère aussi insensiblement avec l'animal, car il est le premier agent dans la nature. La chaleur de la femelle répond à la chaleur terrestre, lorsqu'elle putréfie, fomente et prépare la semence : mais le feu enté dans la semence est le fils du Soleil, qui dispose la matière, et l'ayant disposée, l'informe.

 

94

 

Le triple feu.

 

Les Philosophes ont observé un triple feu dans la matière de leur Œuvre : le feu naturel, le non naturel, et le contre nature. Ils appellent feu naturel cet esprit de feu tout céleste qui est enté et gardé dans la profondeur de la matière, et qui lui est très étroitement attaché : à cause de la force du métal il devient hébété et inerte, jusqu'à ce qu'excité par l'artifice philosophique et une chaleur externe, il obtienne sa liberté et recouvre en même temps la faculté de se mouvoir. Car alors, en pénétrant, en dilatant et en congelant, il informe enfin la matière humide. Or, dans quelque mixte que ce soit où ce feu naturel soit mêlé, il y est le principe de la chaleur et du mouvement. Ils appellent feu non naturel celui qui, attiré d'ailleurs et survenant du dehors, a été introduit dans la matière par un artifice admirable, de sorte qu'il augmente et multiplie les forces du feu naturel. Mais ils appellent feu contre nature celui qui putréfie les corps composés, et qui corrompt le tempérament de la Nature. Celui-ci est imparfait, parce que trop faible et insuffisant pour la génération, il ne peut pas franchir les bornes de la corruption. Tel est le feu, ou la chaleur, du menstrue : néanmoins, c'est de manière impropre qu'on lui donne le nom de feu contre nature, puisqu'il est plutôt en quelque sorte conforme à la nature, après la forme spécifique : il corrompt en effet la matière, mais de telle sorte qu'elle soit disposée à la génération.

 

95

 

Cependant il est croyable que le feu corrupteur, qu'on appelle contre nature, ne soit autre que le feu naturel, mais seulement au premier degré de sa chaleur, car l'ordre de la nature requiert que la corruption précède la génération. Le feu naturel donc, conformément aux lois de la nature, fait l'une et l'autre, en excitant deux sortes de mouvements tour à tour dans la matière. Le premier est un mouvement lent de corruption, suscité par une chaleur débile, pour amollir et préparer le corps. L'autre mouvement est celui de la génération, plus vigoureux et plus fort, excité par une chaleur plus violente, afin d'animer et d'informer pleinement le corps déjà disposé par le premier. Deux sortes de mouvements se font donc, à deux degrés différents de chaleur, du même feu. Et il ne faut pas penser pour autant qu'il y ait deux sortes de feu, mais avec beaucoup plus de raison, il faut donner le nom de feu contre nature à celui qui détruit par la violence.

 

96

 

Le feu non naturel se convertit par des degrés successifs de digestion en le feu naturel, qu'il augmente et multiplie. Tout le secret consiste en la multiplication du feu naturel, qui ne peut seul, par ses propres forces, ni agir ni communiquer une teinture parfaite aux corps imparfaits ; car il se suffit seulement à lui-même, et n'a pas de quoi donner du sien. Mais, multiplié par le feu non naturel qui abonde merveilleusement en vertu de multiplier, il agite avec beaucoup plus de force et s'étend bien au-delà des bornes de la nature, teignant et perfectionnant les corps étrangers et imparfaits, par le moyen de la teinture qu'il a sucée, et de ce feu précieux qui lui a été ajouté.

 

97

 

Les philosophes appellent aussi leur eau un feu, parce qu'elle est souverainement chaude et pleine d'un esprit de feu : aussi la nomment-ils encore eau de feu : car elle brûle et consume les corps des métaux parfaits plus que le feu ordinaire. Cette eau les dissout parfaitement, alors même qu'ils résistent à notre feu, sans pouvoir aucunement être dissous par lui : pour cette raison, elle est aussi appelée eau ardente. Or ce feu de teinture est caché dans la racine et dans le centre de l'eau, où il se manifeste par deux sortes d'effet, à savoir par la dissolution du corps et par la multiplication.

 

98

 

La nature se sert de deux sortes de feu dans l'ouvrage de la génération, d'un interne et d'un autre externe. Le premier, ou feu naturel, qui gît dans les semences des choses et dans les mixtes, est caché dans leur centre, d'où il meut et vivifie le corps, en tant que principe du mouvement et de la vie. Mais l'autre, ou feu étranger, soit qu'il vienne du ciel, soit qu'il parte de la terre, réveille le premier, qui est comme enseveli dans le sommeil, et le pousse à agir ; car les petits feux vitaux qui sont empreints dans les semences, ont besoin d'un moteur externe afin de pouvoir eux-mêmes se mouvoir et agir.

 

99

 

II en va de même dans l'ouvrage philosophique ; car la matière de la pierre possède son feu intérieur et naturel, qui est en partie augmenté et accru d'un feu externe et étranger, grâce à la science philosophique. Ces deux feux s'unissent et s'allient fort bien intérieurement, d'autant qu'ils sont conformes et homogènes : l'interne a besoin de l'externe, que le philosophe lui ajoute selon les préceptes de l'art et de la nature, celui-ci provoque celui-là au mouvement. Ces feux sont comme deux roues, dont celle qui est cachée se meut plus vite ou plus lentement, selon la manière dont elle est poussée et incitée par celle qui est manifeste. Et ainsi l'art vient au secours de la nature.

 

100

 

Le feu interne tient le milieu entre le feu externe, son moteur et sa matière : de là vient que, de même qu'il est mû par celui-là, il meut pareillement celle-ci, et que s'il en est poussé avec véhémence ou avec modération, il opère de la même manière dans sa matière. Enfin, l'information de tout l'ouvrage dépend de la mesure du feu externe.

 

101

 

Celui qui ignorera les degrés et les points dans le régime du feu externe, qu'il n'entreprenne pas l'ouvrage philosophique. Car jamais il ne tirera la lumière des ténèbres, s'il ne sait conduire si bien les chaleurs, qu'elles ne passent d'abord par les moyennes, ainsi qu'il en va dans les éléments, dont les extrêmes ne se convertissent qu'en passant par les moyens.

 

102

 

Parce que tout l'ouvrage consiste dans la séparation et dans la parfaite préparation des quatre éléments de la pierre, il est nécessaire qu'il s'y trouve autant de degrés de feu, qu'il y a d'éléments, car chacun s'obtient grâce à un degré de feu qui lui est propre.

 

103

 

Ces quatre degrés de feu s'appellent le feu du bain, le feu des cendres, le feu de charbon, et le feu de flamme, lequel s'appelle aussi le feu de réverbération (opteticus). Or chaque degré possède ses points, au moins deux, et quelquefois trois ; car il faut régir le feu petit à petit, et par points, soit qu'on l'augmente, soit qu'on le diminue, afin qu'à l'imitation de la nature, la matière parvienne peu à peu et par degrés à son information et à son accomplissement ; car il n'y a rien de si contraire à la nature que ce qui est violent. Que le philosophe se propose donc pour objet de sa considération, l'approche ou l'éloignement lent du Soleil, qui nous verse la chaleur peu à peu selon le besoin des saisons, et qui tempère ainsi toutes choses, conformément aux lois de l'Univers.

 

104

 

Le premier point de la chaleur du bain s'appelle chaleur de la fièvre, ou chaleur du fumier. Le second point, simplement chaleur du bain. Le premier point du second degré du feu, c'est la chaleur simple des cendres, le second point, c'est la chaleur du sable. Mais les points du feu de charbon et du feu de la flamme n'ont point de nom particulier : ils se distinguent grâce à l'entendement, selon qu'ils sont plus ou moins violents ou modérés.

 

105

 

On ne trouve quelquefois que trois degrés de feu chez les Philosophes, à savoir le feu du bain, le feu des cendres et le feu ardent, qui comprend le feu de charbon et le feu de la flamme. Le feu de fumier est aussi quelque fois distingué de degré d'avec le feu du bain. Ainsi les auteurs, par une façon différente de parler, enveloppent souvent dans les ténèbres la lumière du feu des Philosophes, car la connaissance du feu passe parmi eux pour l'un des principaux secrets.

 

106

 

Dans l'œuvre au blanc, comme on ne tire que trois éléments, on n'a besoin que des trois premiers degrés de feu, car le dernier, c'est-à-dire le feu de la flamme, est réservé au quatrième élément qui achève l'œuvre au rouge. Par le premier degré se fait l'éclipse du Soleil et de la Lune. Au second, la lumière de la Lune commence à lui être rendue. Par le troisième la Lune retrouve la plénitude de sa clarté, et au quatrième, le Soleil est élevé au sommet suprême de la gloire. Que l'on donne donc, et que l'on administre le feu à chacune de ces parties selon la raison et la règle géométrique, de sorte que l'agent réponde à la disposition du patient, et que leurs forces soient également en balance réciproque.

 

107

 

Les Philosophes ont toujours eu grand soin de cacher la connaissance de leur feu, de sorte qu'ils n'en parlent presque jamais ouvertement, mais nous l'indiquent plutôt par la description de ses qualités et de ses propriétés que par son nom, l'appelant tantôt aérien, vaporeux et humide, tantôt sec et clair, et tenant de la Nature des Astres, d'autant mieux qu'il se peut augmenter ou diminuer facilement par degré selon la volonté de l'opérateur. Celui qui voudra avoir une connaissance plus parfaite du feu la trouvera dans les ouvrages de (Raymond) Lulle, qui découvre aux esprits sincères les secrets de la pratique, avec beaucoup d'ingénuité.

 

108

 

La Proportion.

 

Quant au conflit de l'aigle et du lion, il en est parlé diversement chez les auteurs. Comme le lion est le plus robuste de tous les animaux, il faut plusieurs aigles pour en venir à bout. Quelques-uns disent qu'il en faut trois pour le moins, ou même davantage, et même jusqu'à dix. Moins il y en a, plus la victoire est disputée et tardive, mais à mesure qu'il y en a beaucoup, la lutte dure moins, et le lion est plus tôt déchiqueté. Mais que l'on prenne le nombre de sept aigles, qui est le plus chanceux, selon Lulle, ou celui de neuf, en suivant Senior.

 

109

 

Les vaisseaux.

 

Il y a deux sortes de vaisseaux, dans lesquels les Philosophes font cuire leur ouvrage : l'un est le vaisseau de la nature, l'autre celui de l'art. Le vaisseau naturel, que l'on appelle aussi vaisseau philosophique, est la terre même de la pierre, qui est comme la femelle et la matrice où est reçue la semence du mâle, où elle se putréfie, et où elle reçoit la préparation pour la génération. Quant aux vaisseaux artificiels il en est de trois sortes, puisque le secret se cuit dans autant de vaisseaux.

 

110

 

Le premier vaisseau artificiel est fait d'une pierre transparente, ou d'un verre pétrifié. Quelques Philosophes en ont caché la forme et la figure sous une description énigmatique, en disant qu'il est composé tantôt de trois et tantôt de deux pièces, c'est-à-dire de l'alambic et de la cucurbite, et pour qu'il soit composé de trois, ils y ajoutent un couvercle.

 

111

 

Plusieurs auteurs ont inventé divers noms pour exprimer une multiplicité de vaisseaux qui seraient nécessaires à l'ouvrage philosophique, les appelant de différentes manières selon la diversité des opérations, afin de nous en dissimuler le secret. Car ils ont appelé les uns vaisseaux à dissoudre, les autres vaisseaux à putréfier, à distiller, à sublimer, à calciner, et autres dénominations semblables.

 

112

 

Mais à en parler franchement et sans supercherie, un seul vaisseau artificiel suffit pour tirer et obtenir les deux sortes de soufre, et un pour l'élixir : car la diversité des digestions ne réclame pas une diversité de vaisseaux. Il faut même prendre bien garde que l'on ne change ou que l'on n'ouvre les vaisseaux jusqu'à la fin du premier ouvrage.

 

113

 

II faut que la forme du vaisseau de verre soit ronde dans la cucurbite, ou bien ovale. Il faut que son col soit haut au moins d'une paume, ou davantage ; qu'il soit assez large au commencement, mais qu'il, aille en se rétrécissant vers l'ouverture, à la manière d'une fiole. Il faut qu'il ne comporte point d'aspérité ou d'inégalité, mais qu'il soit partout d'une épaisseur égale, afin de pouvoir résister à un feu long et aigu. La cucurbite s'appelle borgne parce qu'on la bouche et qu'on la lute exactement sur son pourtour avec le sceau hermétique, de peur que rien d'étranger n'y entre, ou que l'esprit ne s'en échappe.

 

114

 

II faut que le second vaisseau artificiel soit de bois, fait d'un tronc de chêne coupé en deux hémisphères concaves, où il faut fomenter l'œuf des Philosophes jusqu'à ce qu'il produise son poussin : voyez à ce sujet la Fontaine du Trévisan.

 

115

 

Les praticiens ont appelé leur fourneau le troisième vaisseau, parce qu'il contient les autres vaisseaux, où est toute la matière de leur œuvre. Les philosophes ont aussi tâché de nous en dissimuler le mystère et le secret.

 

116

 

L'Athanor.

 

Ce fourneau, qui est le gardien et le dépositaire de tous les mystères de l'ouvrage, a été appelé athanor ou immortel, à cause du feu perpétuel qu'il conserve. Car c'est en lui qu'on entretient un feu continuel, quoique parfois inégal, pour le régime de l'ouvrage. Il faut en effet que ce feu soit tantôt plus grand et tantôt plus petit, selon la quantité de la matière et la capacité du fourneau.

 

117

 

La matière du fourneau se fait de brique cuite, ou d'une terre grasse comme l'argile, parfaitement broyée, et préparée avec du fumier de cheval où on mêlera du crin, afin qu'elle n'éclate ni ne se fende sous l'effet d'une longue chaleur. Les murailles latérales de ce fourneau doivent être de l'épaisseur de trois ou quatre doigts, afin qu'ils puissent retenir la chaleur, et aussi mieux lui résister.

 

118

 

La forme du fourneau doit être ronde, et sa hauteur intérieure de deux pieds environ. On doit placer au milieu une lame de fer ou d'airain, également ronde, de l'épaisseur du dos d'un couteau, qui occupe presque la largeur intérieure du fourneau. Néanmoins elle doit être un peu plus étroite, et n'en doit point toucher les murailles, mais être appuyée sur trois ou quatre broches de fer jointes aux murailles. Il faut aussi qu'elle soit toute trouée à l'entour, afin que la chaleur passe à travers, et entre les flancs du fourneau et les bords de cette grille. Et il faut pratiquer dans les flancs, tant au-dessous qu'au-dessus de la grille, de petites portes, afin de pouvoir allumer le feu par celle d'en bas, et connaître la température de la chaleur par celle du dessus. A l'opposite de celle-ci, il faut faire une petite fenêtre de forme rhomboïde, garnie d'un verre, afin qu'en y approchant l'œil, on puisse apercevoir les couleurs que la lumière placée en face fera apercevoir. Que l'on mette sur le milieu de cette grille un trépied portant le vaisseau. Enfin il faut entièrement couvrir et boucher le fourneau, en bâtissant à tenons autour de ses flancs, une voûte faite de la même matière de brique cuite : il faut aussi clore fort bien la petite porte du dessus, de peur que la chaleur ne s'exhale.

 

119

 

Tu as là tout ce qui est nécessaire au premier ouvrage, dont la fin est la génération des deux soufres. Voici comment tu parviendras à leur composition et à leur perfection.

 

(Règle.) Prends un Dragon roux, généreux et belliqueux, ayant toute sa force native. Prends ensuite sept ou neuf aigles généreuses et vierges, dont la vivacité du regard ne s'émousse point aux rayons du Soleil. Place ces oiseaux avec le Dragon dans une prison claire et bien fermée, sous laquelle il faut allumer le bain, afin qu'ils soient excités au combat par cette tiède vapeur. Et bientôt ils se livreront une longue et rude bataille, jusqu'à ce que, vers le quarantième jour, les aigles commencent à déchirer la bête, laquelle en mourant souillera toute la prison d'une bave noire et venimeuse, dont les aigles, étant contaminées, seront contraintes de mourir. De la putréfaction de ces cadavres, il s'engendrera un corbeau, qui petit à petit dressera la tête, et, la chaleur du bain une fois augmentée, commencera à étendre ses ailes et à voler : il rôdera longtemps pour tâcher de trouver quelque faîte, grâce aux vents et aux nuages qui s'y soulèveront, mais prends bien garde qu'il n'en trouve pas. Enfin, blanchi par une pluie lente et longue et par la rosée du ciel, il se changera en cygne étincelant (de blancheur). Que la naissance du Corbeau soit pour toi la preuve de la mort du Dragon. En blanchissant le corbeau, tires-en les éléments, et distille-les selon la forme dans l'ordre prescrit, jusqu'à ce qu'ils soient fixes dans leur terre, et deviennent une sorte de poussière très blanche, très subtile, et très déliée. Ceci fait, tu posséderas ce que tu désires, en ce qui regarde l'œuvre au blanc.

 

120

 

Si, passant outre, tu veux obtenir l'œuvre au rouge, ajoutes-y l'élément du feu, qui manque à l'œuvre au blanc, sans remuer aucunement le vaisseau, et, le feu étant peu à peu renforcé par ses points, presse la matière jusqu'à ce que ce qui était caché devienne manifeste. Un indice en est quand la couleur citrine commence à apparaître. Réagis le feu du quatrième degré par ses points, jusqu'à ce qu'avec l'aide de Vulcain il naisse du Lys des rosés empourprées, et enfin l'amarante teinte d'une sombre rougeur de sang. Mais ne cesse point de réveiller le feu par le feu, jusqu'à tant que tu voies la matière s'achever en des cendres très rouges et impalpables. Que cette pierre rouge exalte ton esprit à continuer encore plus loin, sous les auspices de la Sainte Trinité.

 

121

 

L'Elixir.

 

Ceux qui ignorent les secrets de la Nature et de l'Art, croyant qu'ils ont mené leur ouvrage jusqu'au bout et ont accompli tous les préceptes du secret, lorsqu'ils ont trouvé le soufre, se trompent fort. En vain tenteront-ils la projection : car la pratique de la Pierre ne peut être achevée que par deux opérations, dont la première est la création du soufre ; mais la seconde, c'est la confection de l'élixir.

 

122

 

Le soufre des Philosophes est une terre très subtile, très chaude et très sèche, dans la racine et le centre de laquelle le feu naturel se cache et se multiplie merveilleusement. C'est pour cette raison qu'on a appelé ce soufre ou cette terre le feu de la pierre. Car il a en lui la vertu d'ouvrir et de pénétrer les corps des métaux, et de les convertir en son tempérament, et de produire son semblable : de là vient qu'il est pris pour le Père, et la semence masculine.

 

123

 

Afin que nous ne laissions rien en arrière sans en parler, qu'on sache que de ce premier soufre, il s'en engendre un second, et qu'il se multiplie ainsi jusqu'à la fin. Que le sage garde donc bien cette mine éternelle de feu céleste : car de la même matière dont s'engendre le soufre, il se multiplie aussi avec la même, en ajoutant une petite portion du soufre susdit dans la matière que l'on veut multiplier, à condition toutefois que cela se fasse avec pondération et mesure. Qu'on aille lire le reste dans Lulle, et qu'il suffise ici de l'avoir indiqué.

 

124

 

L'élixir se compose de trois sortes de matière, à savoir une eau métallique, ou un mercure sublimé, ainsi qu'il a été dit, un ferment blanc ou rouge selon l'intention de l'opérateur, et de la matière du deuxième soufre, le tout pris avec pondération et mesure.

 

125

 

Dans l'élixir parfait se rencontrent cinq qualités particulières et nécessaires, qui sont d'être fusible, permanent, pénétrant, teignant et (se) multipliant. Il emprunte la qualité de teindre et de fixer au ferment, celle de pénétrer au soufre, celle d'être fusible au vif-argent, qui est un milieu par lequel les teintures, à savoir celles du ferment et celles du soufre, se joignent et s'unissent. Quant à la vertu de multiplier, elle lui est versée et communiquée par l'Esprit de la quintessence.

 

126

 

Les deux métaux parfaits donnent aussi une teinture parfaite, parce qu'ils sont teints du pur soufre de la nature. Qu'on ne cherche donc point d'autres ferments des métaux ailleurs qu'en ces deux corps. Teins donc ton élixir blanc et rouge avec la Lune et le Soleil, car le mercure en reçoit le premier la teinture, et l'ayant reçue, la communique.

 

127

 

En composant l'élixir, prends garde de ne pas confondre les ferments, et de ne pas les mêler l'un pour l'autre, car chaque élixir veut être avec son ferment spécial et particulier, et avec ses propres éléments. Car naturellement les deux luminaires ont leur soufre différent, et leurs teintures distinctes.

 

128

 

Le second ouvrage se cuit dans un vaisseau pareil ou identique, dans le même fourneau, et avec les mêmes degrés de feu que le premier, mais il s'achève en bien moins de temps que le premier.

 

129

 

II y a trois humeurs dans la pierre, qu'il faut extraire successivement : à savoir l'aqueuse, l'aérienne et la radicale. Tout le soin et tout le travail de l'opérateur concernent l'humeur, et dans l'ouvrage de la pierre, il ne circule pas d'autre élément : car il faut avant toute chose que la terre soit résolue en humeur, et qu'elle se liquéfie. Quant à l'humeur radicale, qui passe pour un feu, elle est la plus gluante et la plus opiniâtre de toutes, parce qu'elle est comme ligotée, au centre de la Nature et de la substance, dont elle ne se sépare pas facilement. Tire donc ces trois humeurs par leurs roues, peu à peu et successivement, par dissolution et congélation. Par la réitération de la dissolution et la congélation, alternative et successive, s'accomplit en effet la roue étendue (cf. ci-dessus, ch. 83 ) et s'achève tout l'Œuvre.

 

130

 

La perfection de l'élixir consiste en l'union étroite et le mariage indissoluble du sec et de l'humide, de sorte qu'ils ne se séparent jamais : si bien qu'il faut que le sec s'écoule en une matière humide par la moindre chaleur, et devenue inaltérable à toutes les violences du feu. C'est une marque de sa perfection si, en en jetant tant soit peu sur une lame de fer ou d'airain chauffée au rouge, il y coule sans fumer.

 

131

 

Prends trois livres de terre rouge, ou ferment rouge, d'eau et d'air, autant de l'un que de l'autre le double, mêle bien et broie toutes ces choses, les réduisant en un amalgame qui devienne comme du beurre, ou comme une pâte métallique de sorte que la terre soit tellement ramollie qu'elle ne se sente pas sous les doigts. Ajoutes-y une livre et demie de feu, et fais digérer ces choses dans leur vaisseau bien bouché par un feu de premier degré, autant qu'il est nécessaire. Il faut ensuite tirer les éléments avec ordre chacun par leurs degrés de feu, lesquels par un mouvement lent seront enfin digérés et fixés dans leur terre, en sorte que rien de volatil ne pourra s'en échapper. Enfin la matière deviendra comme une roche claire, rouge et diaphane, dont tu prendras à plaisir une partie que, jetée dans un creuset sur un feu lent, tu abreuveras goutte à goutte de son huile rouge, jusqu'à ce qu'elle fonde entièrement et s'écoule, sans fumer. Ne crains pas qu'elle s'enfuie, car la terre, ramollie par ce doux breuvage, la retiendra dans ses entrailles. Et alors garde et retiens bien chez toi cet élixir parfait, réjouis-toi en Dieu, et sois discret.

 

132

 

Dans le même ordre et par la même méthode, on fait l'élixir blanc, pourvu qu'on se serve seulement dans sa composition des éléments blancs. Car son corps étant cuit et achevé, deviendra pareillement comme une roche blanche, resplendissante et pareille au cristal, qui, étant abreuvée et imprégnée de son huile blanche, deviendra fusible. Jette de l'un et de l'autre élixir une livre sur dix de vif-argent lavé, et tu en admireras l'effet.

 

133

 

Comme dans l'élixir les forces du feu naturel sont multipliées et redoublées merveilleusement, à cause de l'esprit de la quintessence qui y est insufflé, et que les accidents vicieux et adhérant aux corps, qui en ternissaient la pureté, enveloppant ainsi dans les ténèbres la vraie lumière de la Nature, en sont bannis par de longues et diverses sublimations et digestions. C'est pour cela que le feu naturel y étant comme dégagé de ses liens, et aidé du secours des forces célestes, agit très puissamment, renfermé qu'il est dans le cinquième élément. Qu'on ne trouve donc pas étrange s'il possède la vertu, non seulement de perfectionner les choses imparfaites, mais encore s'il a la faculté de se multiplier et de se perfectionner lui-même. Or la source de la multiplication est dans le Prince des luminaires, qui par la multiplicité infinie de ses rayons, engendre toutes choses en ce monde, et les ayant engendrées les multiplie, en versant dans leurs semences une vertu multipliante.

 

134

 

La méthode et la voie de multiplier l'élixir est triple. Pour la première prends une livre de l'élixir rouge, que tu mêleras dans neuf de son eau rouge, et mets-le tout à dissoudre dans un vaisseau approprié. Cette matière étant parfaitement dissoute et mêlée, coagule-la en la cuisant par un feu lent, jusqu'à ce qu'elle devienne ferme et semblable à un rubis ou à une lame (métallique) rouge, qu'il faut alors abreuver d'huile rouge de la manière susdite, jusqu'à ce qu'elle s'écoule. Ainsi tu obtiendras une médecine dix fois plus forte que la première, et qui pourtant se fait facilement, et en peu de temps.

 

135

 

Pour la seconde façon, prends une portion de ton élixir à volonté, mélange-la avec son eau en observant le poids et la proportion et place-la dans un vaisseau de réduction bien bouché, et dissous-la dans le bain par inhumation. Une fois qu'elle est dissoute, distille-la en séparant les éléments l'un après l'autre par leur propre feu, en faisant qu'ils se fixent à la fin comme dans le premier et le second ouvrage, — jusqu'à ce qu'elle se pétrifie. Abreuve-la d'huile alors, et projette. Cette voie est la plus longue mais la plus riche, car la vertu de l'élixir croît au centuple, vu que plus il devient subtil par opérations réitérées, plus il reçoit de forces et de vertus célestes et inférieures, et opère plus puissamment.

 

136

 

Pour la troisième manière, prends une once de l'élixir dont les vertus ont été ainsi multipliées, et jette-la sur cent de mercure lavé. En peu de temps, le mercure échauffé sur la braise se changera en un pur élixir dont, si tu jettes de même une once sur cent autres du même mercure, un Soleil très pur en naîtra aussitôt. La multiplication de l'élixir blanc doit se faire de la même manière. Cherche d'autre part les vertus de cette médecine pour guérir toutes les maladies et conserver la santé, ainsi que ses autres usages, dans Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle et autres Philosophes.

 

137

 

Le Zodiaque des Philosophes t'enseignera à chercher les époques de la Pierre. Car la première opération, et le régime pour obtenir le blanc, doit se commencer dans la maison de la Lune, et la seconde se terminer dans la seconde maison de Mercure. Mais la première opération pour parvenir au rouge se commence dans la seconde maison de Vénus, et la dernière se termine au second tribunal royal de Jupiter, de qui notre Roi très puissant recevra une couronne tressée de très précieux rubis. C'est ainsi que l'année, repassant sur ses propres traces, recommence ses révolutions.

 

138

 

Un Dragon à trois têtes garde cette Toison d'or. La première tête est issue des eaux, la seconde de la terre, la troisième de l'air. Néanmoins il faut que ces trois têtes n'en forment qu'une très puissante, qui dévorera tous les autres Dragons, et alors le chemin te sera frayé pour accéder à la Toison d'or. Adieu, lecteur studieux ! En lisant ce qui précède, invoque l'Esprit de la lumière éternelle, parle peu, raisonne beaucoup, et juge droitement.

 

Repost 0
Published by Jean d'Espagnet - dans Alchimie
commenter cet article
26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 07:04

1

Exhortation.

Le commencement de cette Science divine, c'est la crainte et le respect de Dieu ; sa fin, c'est la charité et l'amour du prochain. La mine d'or qu'elle nous fait découvrir doit être employée à renter des temples et des éta­blissements hospitaliers (xenodochiis) et à fon­der des Messes, afin qu'hommage soit rendu à Dieu de ce qu'on tient de sa libéralité. On doit encore user de cette mine pour secourir sa patrie lorsqu'elle est victime de quelque cala­mité publique, racheter des prisonniers et des captifs, et soulager la misère des pauvres.

2

La connaissance et la lumière de cette science sont un don de Dieu, qu'il révèle par une grâce spéciale à qui lui plaît. Que personne donc n'embrasse cette étude s'il n'a le cœur pur, et si, dégagé de l'attachement aux choses de ce monde et de tout désir coupable, il ne s'est entièrement voué à Dieu.

3

Les conditions de l'Œuvre.

La Science de faire la Pierre philosophale réclame une connaissance parfaite des opérations de la Nature et de l'Art concernant les métaux : sa pratique consiste à chercher les principes des métaux par résolution, et, une fois ces principes rendus beaucoup plus parfaits qu'ils ne l'étaient auparavant, à les rassembler derechef, afin qu'il en résulte une médecine universelle, (à la fois) très propre et très efficace à perfectionner les métaux imparfaits, et à rendre la santé au corps indisposé de quelque sorte de maladie que ce soit.

4

Ceux qui occupent un haut rang dans les charges et les honneurs, comme ceux qui sont continuellement embarrassés de leurs occupations particulières et nécessaires, ne doivent point prétendre à cette science. Elle veut l'homme tout entier, étant capable de le posséder à elle seule. Et certes, on ne songe plus à se lancer sérieusement dans des affaires de longue haleine, quand on y a pris goût : car elle fait mépriser comme fétu de paille tout ce qui n'est pas elle.

5

Que ceux qui entreprennent d'étudier cette doctrine se dépouillent de leurs mauvaises mœurs, et particulièrement qu'ils bannissent l'orgueil, qui est l'abomination du Ciel et la porte de l'Enfer ; qu'ils adressent à Dieu d'incessantes prières ; qu'ils multiplient les actes de charité ; qu'ils s'attachent peu aux choses de ce monde ; qu'ils fuient la conversation des autres hommes ; et qu'ils s'appliquent à jouir d'une tranquillité d'esprit parfaite, afin que leur entendement puisse raisonner plus librement dans la solitude, et placer plus haut ses efforts, car s'ils ne sont éclairés d'un rayon de la lumière divine, ils ne pénétreront jamais les arcanes de la vérité de cette science.

6

Les Alchimistes qui n'appliquent leurs pensers qu'à de continuelles sublimations, distillations, résolutions, congélations : qu'à extraire de différentes manières les esprits et les élixirs, et à bien d'autres opérations plus subtiles qu'utiles, qui les engagent dans autant d'erreurs diverses, se mettent au supplice pour leur seul plaisir ; jamais ils ne feront réflexion par leur propre génie sur la simple voie qu'emprunte la Nature, et jamais un rayon de Vérité ne viendra les éclairer et les guider. Cette trop laborieuse subtilité les écarte de la vérité, et submerge leur esprit dans des embarras, pareils aux Syrtes. Toute l'espérance qui leur reste, c'est de trouver un bon guide et un précepteur fidèle, qui, les ayant retirés de ces ténèbres, leur fasse apercevoir la pure clarté du Soleil de la vérité.

7

Un débutant en cette étude, s'il se sent doué d'un esprit clairvoyant, d'un jugement solide et arrêté, d'une inclination à l'étude de la philosophie, particulièrement à celle de la Physique ; s'il a, de plus, le cœur pur, les mœurs bonnes, et s'il est, en outre, étroitement uni à Dieu — même s'il n'est pas versé dans la Chimie — qu'il entre néanmoins dans la voie royale de la Nature, qu'il lise les livres des plus fameux auteurs en cette science, qu'il cherche un compagnon qui ait comme lui l'esprit juste et soit également porté d'inclination à l'étude, et ensuite, qu'il ne désespère point de réussir en son dessein.

8

Que celui qui recherche ce secret se garde bien de la lecture, et de la conversation des faux Philosophes. Car il n'y a rien de plus dangereux à ceux qui embrassent quelque science que le commerce d'un ignorant, ou d'un fourbe, qui veut faire passer pour des principes authentiques ses principes faux, par lesquels un esprit sincère et de bonne foi devient imbu d'une doctrine mauvaise.

9

Que celui qui aime la vérité ait peu de livres entre les mains, mais des meilleurs et des plus fidèles ; qu'il tienne pour suspect tout ce qui est facile à comprendre, particulièrement en ce qui concerne les noms qui sont mystérieux, et tout ce qui concerne les opérations secrètes. Car la vérité est cachée sous ces voiles, et jamais les Philosophes n'écrivent plus trompeusement que lorsqu'ils semblent écrire trop ouvertement, ni plus véritablement que lorsqu'ils cachent ce qu'ils veulent dire sous des termes obscurs.

10

Parmi les auteurs les plus célèbres qui ont écrit le plus subtilement, et le plus véridiquement, sur les secrets de la Nature et de la Philosophie occulte, Hermès (Trismégiste) et Morien entre les Anciens, semblent à mon avis, tenir le premier rang ; parmi les nouveaux, Bernard le Trévisan, et Raymond Lulle, pour lequel j'ai une vénération plus grande que pour tous les autres car, ce que ce Docteur très subtil a omis, personne d'autre ne l'a dit. Que l'on explore donc, et qu'on lise souvent son Premier Testament, et aussi son Codicille, comme si l'on devait en retirer un legs de grande valeur. Qu'à ces deux volumes, on ajoute les deux Pratiques du même auteur, ouvrages dont on peut tirer tout ce que l'on désire, particulièrement l'authenticité de la matière (première), le degré du feu, et en général tout le régime pour l'accomplissement du Grand-Œuvre ; et c est (précisément) ce en quoi les Anciens, dans le dessein de nous cacher le secret, ont été trop obscurs et trop réticents. Certes, on ne trouvera nulle part ailleurs démontrées plus fidèlement et plus clairement les causes cachées des choses, et les mouvements occultes de la Nature. Il traite peu, dans ses ouvrages, de l'eau première des Philosophes ; mais le peu qu'il dit de cette eau mystérieuse est très significatif.

11

Touchant donc cette eau limipide que beaucoup cherchent, et que peu rencontrent, bien qu'elle soit familière, s'offrant à tout le monde et servant à tout le monde, qui est la base de l'ouvrage philosophique, un gentilhomme Polonais anonyme, non moins plein d'érudition que de vivacité d'esprit, et dont le nom néanmoins a été indiqué par deux anagrammes qui en ont été faites, en a parlé dans sa Nouvelle Lumière Chimique, dans sa Parabole Enigmatique, et même dans son Traité du Soufre, assez au long et fort subtilement : il en a dit tout ce qui pouvait s'en dire, si clairement qu'on ne peut rien souhaiter de plus.

12

Les philosophes s'expriment plus librement et plus significativement par des caractères et des figures énigmatiques, comme par un langage muet, que par des paroles : témoin la table de Senior, les peintures allégoriques du Rosaire, et, dans Nicolas Flamel, les figures d'Abraham Juif ; et, parmi les œuvres modernes, les emblèmes secrets du très docte Michel Maier, dans lesquels les mystères des Anciens sont si clairement révélés et dévoilés qu'ils en sont comme des lunettes neuves, qui nous feraient paraître proche de nos yeux, et de la manière la plus lumineuse, la vérité antique et reculée par l'intervalle de plusieurs années.

13

Celui qui assure que le secret de la Pierre Philosophale surpasse les forces de la Nature et de l'Art, celui-là, dis-je, est entièrement aveugle, car il ignore le Soleil et la Lune.

14

La Matière de la Pierre.

Les philosophes, sous un langage varié, ont dit néanmoins la même chose en ce qui concerne la matière de cette Pierre ; de sorte que plusieurs, qui ne se ressemblent point en paroles, tombent d'accord cependant sur la chose elle-même. Leur façon de parler, pour être discordante, ne laisse pour autant aucune tache de fausseté ou d'ambiguïté à notre Science : vu qu'une même chose peut être exprimée en plusieurs langues, énoncée de diverses façons, représentée par des effigies différentes , et même, sous divers aspects, elle peut être nommée tantôt d'une façon, tantôt d'une autre.

15

Qu'on prenne donc garde à la signification diverse des mots. Car les Philosophes ont coutume d'expliquer leurs mystères par des détours trompeurs, et sous des termes douteux, et même le plus souvent, contradictoires en apparence, afin de protéger par des embarras et des voiles l'étude de ces vérités, mais non pour les falsifier ni pour les détruire. C'est pour cette raison que leurs écrits sont pleins de mots ambigus, dont le sens est équivoque. Certes, ils n'ont pas de plus grand soin que de dissimuler leur rameau d'or, qui est caché, comme dit le Poète ', dans les retraites secrètes d'une sombre forêt, laquelle est toute environnée de vallons qui y font régner des ténèbres éternelles ; et qui résiste à quelque force que ce soit. Il se laisse arracher seulement à celui qui pourra reconnaître les oiseaux maternels, et vers qui deux colombes, venant du ciel, dirigeront leur vol.

16

Celui qui cherche l'art de perfectionner et de multiplier les métaux imparfaits hors des métaux eux-mêmes, chemine dans l'erreur. Car il faut chercher dans la nature des métaux l'espèce métallique, comme dans l'homme celle de l'homme, et dans le bœuf celle du bœuf.


17

L'art et la nature.

Il faut confesser que les métaux ne peuvent se multiplier par l'instinct et par les forces de la seule nature ; que, cependant, la vertu de multiplier est cachée dans la profondeur de leur substance ; et qu'elle est manifestée et mise en évidence par le secours de l'art, dont la nature a besoin en cet ouvrage. Car l'un et l'autre sont requis pour le mener à bien.

18

Les corps les plus parfaits sont doués aussi d'une semence plus parfaite ; ainsi, sous la dure écorce des métaux les plus parfaits est cachée également une semence plus parfaite.

Si quelqu'un sait l'en tirer, il peut se vanter qu'il est dans le bon chemin ' : dans l'or est la semence de l'or, bien qu'elle soit cachée dans sa racine, et dans la profondeur de sa substance, plus fortement que dans les autres métaux.

19

Quelques Philosophes ont dit que leur ouvrage était composé du Soleil et de la Lune seulement ; quelques autres ajoutent Mercure au Soleil, d'autres veulent que ce soit du soufre et du mercure ; quelques-uns soutiennent que le sel de la nature, mêlé aux deux derniers nommés, n'occupe pas un moindre rang dans l'œuvre. Or, tous ces Philosophes, bien qu'ils aient écrit que leur Pierre était produite, tantôt à partir d'une seule chose, tantôt de deux, de trois, de quatre ou de cinq, néanmoins dans leur langage divers n'ont tous qu'une même intention et qu'un même but.

20

Pour nous, afin de lever toutes ces embûches et ces pièges, et pour parler sincèrement de bonne foi, nous assurons que l'ouvrage entier s'accomplit parfaitement grâce à deux corps seulement, à savoir le Soleil et la Lune dûment préparés. Car la Nature effectue avec ces deux corps une véritable génération naturelle, avec le secours de l'art, par l'intervention de l'accouplement entre le mâle et la femelle, d'où procède une lignée beaucoup plus noble que ses parents.

21

Or il faut que ces (deux) corps soient vierges et non corrompus, vivants et animés, et non pas morts comme ceux dont le vulgaire se sert : car comment peut-on attendre la vie de choses mortes ! On appelle corrompues les choses qui ont déjà souffert la copulation, et mortes celles qui, martyrisées par la violence du feu, ce tyran du Monde, ont rendu l'âme avec le sang : fuis donc ce fratricide qui, dans toute la conduite de l'ouvrage, cause ordinairement de grands maux.

22

Le Soleil est le mâle du Grand-Œuvre, car c'est lui qui donne la semence active et informante ; la Lune est la femelle, qui est aussi nommée la matrice et le vaisseau de la Nature, parce qu'elle reçoit en elle la semence du mâle, et la fomente au moyen de son menstrue. Néanmoins elle n'est pas entièrement privée de vertu active ; car c'est elle qui, la première, furieuse et aiguillonnée par l'amour, assaille le mâle, et se mêle avec lui, jusqu'à ce qu'elle ait satisfait ses amoureux désirs, et qu'elle en ait reçu la semence féconde : et elle ne se désiste pas de l'étreindre, jusqu'à ce qu'en étant engrossée, elle se retire tout doucement.


23

Par le nom de la Lune, les Philosophes n'entendent pas la Lune vulgaire, laquelle dans leur ouvrage est mâle, et fait dans l'accouplement la fonction de mâle. Qu'on ne soit pas malavisé au point de faire ainsi une alliance criminelle et contre nature de deux mâles et qu'on n'attende aucune lignée d'un tel accouplement. Mais que l'adepte joigne en un mariage légitime, avec la formule d'usage, Gabritius à Béia, le frère et la sœur, afin qu'il puisse en naître un glorieux fils du Soleil.

24

Ceux qui disent que le soufre et le mercure sont la matière de la pierre, comprennent par le soufre le Soleil et la Lune vulgaire, et par le mercure la Lune des philosophes. Ainsi le pieux Lulle parlant sans fard et sans déguisement, conseille à son ami, de n'opérer pour l'argent qu'avec le Mercure et la Lune, et pour l'or, avec le Mercure et le Soleil.

25

Que l'on ne se trompe donc point, en ajoutant à deux un troisième, car l'amour ne souffre point de compagnon et de tiers, et le mariage s'accomplit seulement entre deux : l'amour que l'on cherche au-delà n'étant plus un mariage, mais un adultère.

26

Néanmoins l'amour spirituel ne pollue point la virginité : Béia a donc pu sans crime, avant de donner sa foi à Gabritius, avoir contracté un amour spirituel, afin d'en devenir plus vigoureuse, plus blanche et plus propre aux choses du mariage.

27

La procréation des enfants est la fin d'un mariage légitime. Or, afin que l'enfant en naisse plus robuste et plus généreux, il faut que les deux époux soient nets de toute lèpre et de toute tache, avant que d'entrer dans le lit nuptial ; et il faut qu'il n'y ait en eux rien d'étranger ou de superflu, parce que d'une semence pure, procède une génération également pure. Par ce moyen, le chaste mariage du Soleil et de la Lune sera parfaitement bien consommé lorsqu'ils seront montés sur le lit d'amour, et qu'ils se seront mêlés. Celle-ci reçoit de son mari l'âme par ses caresses, et à l'issue de leur accouplement il naît un Roi très puissant, dont le père est le Soleil, et la Lune, la mère.

28

Celui qui cherche la teinture philosophique en dehors du Soleil et de la Lune, perd son huile et sa peine : car le Soleil fournit une teinture très abondante en rougeur, comme la Lune en blancheur. Ces deux corps sont les seuls que l'on nomme parfaits, parce qu'ils sont pleins de la substance d'un soufre très pur, parfaitement mondé par l'industrie ingénieuse de la nature. Teins donc ton mercure avec l'un ou l'autre de ces deux luminaires, car il est nécessaire qu'il soit teint au préalable, afin que lui-même puisse teindre.

29

Les métaux parfaits.

Les métaux parfaits contiennent en eux deux choses qu'ils peuvent communiquer aux imparfaits, à savoir la teinture et la fixation. Car pour autant qu'ils sont teints d'un soufre pur, c'est-à-dire d'un soufre blanc, et d'un (autre) rouge, et qu'ils sont fixés, autant leur teinture teint parfaitement, et ils fixent aussi parfaitement étant bien préparés avec leur propre soufre et leur propre arsenic. Autrement, ils n'ont pas la faculté de multiplier leur teinture.

30

Parmi les métaux parfaits, le mercure est le seul qui soit propre à recevoir la teinture du Soleil et de la Lune et à s'en imprégner, dans l'ouvrage de la Pierre philosophale ; afin qu'en étant pleinement imbus, ils puissent teindre suffisamment les autres métaux. Néanmoins, il doit être au préalable imprégné et pénétré de leur soufre invisible, afin d'être plus abondamment imbu de la teinture visible de ces corps parfaits, et qu'il puisse la communiquer avec usure.

31

Cependant, la foule des philosophes transpire et se torture à extraire la teinture de l'or lui-même. En effet, ils croient que la teinture se sépare du Soleil, et qu'une fois séparée, on peut en augmenter les vertus : mais « enfin l'espérance trompe les laboureurs avec des épis

vides » .

Car il ne peut se faire que la teinture du Soleil se sépare aucunement de son corps naturel, à cause de la perfection de celui-ci —, nul corps élémentaire plus parfait que l'or n'ayant été façonné par la nature —, laquelle procède de l'union forte et inséparable de son soufre tant pur que teignant avec son mercure, l'un et l'autre étant pour cela parfaitement préparés par la nature, qui ne permet pas que l'art puisse les séparer d'une vraie séparation. Si l'on tire par la violence du feu, ou celle des eaux corrosives, un peu de liqueur permanente du Soleil, il faut croire que l'on obtient une portion de son corps liquéfié par force, et non la séparation de la teinture. Car toute teinture suit son corps, et ne s'en sépare jamais. C'est là une illusion de l'art inconnue aux artisans eux-mêmes.

32

Même si l'on accorde que la teinture est séparable de son corps, il faut avouer cependant que cette séparation ne peut pas s'opérer sans la corruption du corps lui-même, et celle de la teinture ; vu que l'on violente l'or ou bien par le feu de fusion, ce destructeur de la Nature, ou bien par les eaux fortes, qui rongent plutôt qu'elles ne dissolvent. C'est pourquoi il faut nécessairement que le corps dépouillé de sa teinture et de sa toison d'or devienne en quelque sorte une chose vile et comme un poids inutile pour le désespoir de l'artisan, sa teinture toute corrompue ayant moins de force pour opérer.

33

Que ces philosophes-là jettent donc leur teinture dans le mercure, ou dans n'importe quel autre corps imparfait, et qu'ils les unissent aussi étroitement que les forces de l'art le permettent, ils seront cependant par deux fois frustrés de leur espoir : d'abord parce qu'ils expérimenteront que cette teinture ne pénétrera ni ne teindra ce corps, ce qui serait au-dessus des forces et du poids de la nature ; ce pourquoi, ils ne recevront par ce moyen aucun gain dont ils puissent réparer la dépense et l'abjection du corps ainsi dépouillé. Ainsi que le dit le proverbe : « la pauvreté mortelle croît lorsque le travail est à perte ». De plus cette teinture étrangère appliquée à un corps étranger ne lui donnera pas la fixation et la permanence parfaites nécessaires à ce qu'il puisse soutenir la touche, et résister à l'épreuve de Saturne.

34

Qu'ils changent donc tout de suite de route, et qu'ils ménagent mieux leur temps et leur dépense, les étudiants de l'alchimie qui se sont laissé mener jusqu'à présent par les vagabonds et les imposteurs ; qu'ils s'appliquent avec zèle à un ouvrage vraiment philosophique, afin qu'ils ne soient point sages trop tard comme les Phrygiens, et ne soient point forcés de s'exclamer avec le Prophète (Osée, VII) : « des étrangers ont dévoré le fruit de ma force ».

35

Plus de travail et plus de temps s'emploient dans l'Œuvre philosophique qu'il ne s'y fait de dépenses. Car il reste peu de frais à soutenir à celui qui possède la matière convenable. C'est pourquoi ceux qui tâchent d'accaparer de grandes sommes d'argent, et placent dans les dépenses le plus difficile secret de l'Œuvre, montrent plus de confiance en la bourse d'autrui qu'en leur savoir propre. Que l'apprenti trop crédule se garde donc de ces voleurs, car lorsqu'ils promettent des montagnes d'or, ils ne font que des embûches à votre or : ils réclament qu'un Soleil marche devant eux, parce qu'eux-mêmes déambulent dans les ténèbres.

36

Le Mercure philosophique.

De même que ceux qui naviguent entre Charybde et Scylla risquent le naufrage aussi bien ici que là, de même ils ne sont pas menacés d'un moindre péril ceux qui, aspirant à la conquête de la Toison d'or, flottent entre les équivoques du soufre et du mercure des Philosophes, ces deux écueils. Les plus perspicaces, par la lecture assidue des auteurs les plus graves et les plus sincères, et par la lumière d'un rayon du Soleil, ont acquis la connaissance du soufre, mais ils sont restés suspendus au seuil du mercure des Philosophes. Car les auteurs en ont parlé avec tant de détours et de méandres, et l'ont appelé de tant de noms ambigus, qu'on le découvre plutôt par une impétuosité d'esprit, et sans y penser, que lorsqu'on le cherche à force de raison et de sueur.

37

Pour immerger plus profondément leur mercure dans les ténèbres, les philosophes l'ont fait multiple, et en chaque partie et chaque régime du Grand Œuvre ils apportent le mercure, qui cependant est toujours différent. Ainsi n'en obtiendra jamais la connaissance parfaite quiconque ignorera l'une des parties de l'Œuvre.

38

Les philosophes ont reconnu principalement trois sortes de mercure : à savoir, après que soit accomplie la préparation du premier degré, et la sublimation philosophique, ils appellent alors cette matière leur mercure ou mercure sublimé.

39

Secondement, dans la seconde préparation, que les auteurs nomment la première (parce qu'ils omettent la première), le Soleil étant redevenu cru, et, dissous en sa première matière, ils appellent cette matière ainsi crue ou dissoute, le mercure des corps, ou des Philosophes. Alors cette matière s'appelle (aussi) Rebis ou Chaos, ou Monde entier, parce que tout ce qui est nécessaire pour l'œuvre s'y trouve et qu'elle suffit seule pour faire la pierre philosophale.

40

Enfin ils appellent quelquefois mercure des Philosophes, l'élixir parfait et la médecine teignante, quoique de manière impropre, car le nom de mercure ne convient qu'à ce qui est volatil (c'est pourquoi tout ce qui se sublime à quelque stade de l'ouvrage que ce soit, ils l'appellent aussi mercure) : mais l'élixir, parce qu'il est très fixe, ne doit pas être appelé du simple nom de mercure. Aussi l'ont-ils appelé leur mercure, à la différence du volatil. La voie droite pour étudier et discerner tant de mercures des Philosophes ne se montre vraiment qu'à ceux-là, « que chérit le juste Jupiter, ou qu'une ardente vertu a élevés jusqu'aux deux ».

41

L'élixir s'appelle mercure des Philosophes, à cause de sa ressemblance et de sa grande conformité avec le mercure céleste ; car celui-ci, bien que privé des qualités élémentaires, est néanmoins très propre à les influer : ce Protée versatile emprunte et accroît la nature et le génie des diverses planètes, à raison de l'opposition, de la conjonction, ou de l'aspect. L'élixir ambigu opère de même, car n'ayant aucune qualité particulière, il embrasse la qualité et la nature de la chose à laquelle il se mêle, et en multiplie les vertus et les qualités d'une façon merveilleuse.

42

Dans la sublimation philosophique du mercure, ou première préparation, un travail d'Hercule incombe (aussitôt) à celui qui travaille. En effet, sans Alcide, Jason eût tenté en vain son expédition en Colchide ; « A l'un des princes de montrer la toison dorée du célèbre bélier, comme s'il pouvait l'enlever ; à l'autre de soulever un tel fardeau ! »

Car le seuil est gardé par des bêtes à cornes furieuses, qui écartent, non sans dommage, ceux qui s'approchent témérairement. Seuls les insignes de Diane, et les colombes de Vénus adouciront leur férocité, si les destins t'y appellent.

43

Le Poète semble avoir voulu décrire la qualité naturelle de la terre philosophique et la manière de la cultiver, lorsqu'il chante « un sol gras que de forts taureaux retournent aussitôt, dès les premiers mois de l'année » et « la glèbe désagrégée qui se dissout grâce au zéphyr ».

44

Celui qui désignera la Lune des philosophes ou le mercure des Philosophes comme étant le mercure vulgaire, ou bien trompe sciemment (autrui), ou bien se trompe lui-même. En effet Geber nous enseigne que le mercure des Philosophes est bien en vérité un vif-argent, non cependant le vulgaire, mais celui qui en est extrait par le savoir philosophique.

45

L'expérience confirme l'opinion des plus graves philosophes, selon laquelle leur mercure n'est pas dans toute sa nature et dans toute sa substance le vif-argent vulgaire, mais qu'il en est l'essence la plus centrale et la plus pure qui puisse en tirer son origine, et être créée à partir de lui.

46

On nomme le mercure des Philosophes de différents noms ; tantôt on l'appelle terre, tantôt on l'appelle eau, pour divers motifs, et surtout parce qu'il est composé naturellement de l'une et de l'autre. Cette terre est subtile, blanche, sulfureuse : les éléments y sont fixes et l'or philosophique y est à l'état de semence. Tandis que l'eau est une eau-de-vie, c'est-à-dire ardente, permanente, extrêmement limpide, qu'on appelle aussi eau de l'or et de l'argent. Le mercure dont il est question ici, parce qu'il contient encore son soufre, qui se multiplie par le moyen de l'art, peut aussi s'appeler soufre de vif-argent. Enfin cette substance si précieuse est la Vénus des anciens, l'hermaphrodite douée des deux sexes.

47

Le vif-argent est en partie naturel, et en partie artificiel : sa part intrinsèque et occulte a sa racine dans la nature, et ne se peut tirer que par une purification préalable, et une sublimation faite avec science. La part intrinsèque est étrangère à la nature et accidentelle. Sépare donc le pur de l'impur, la substance des accidents, et rends manifeste ce qui était caché par les voies de la nature, ou bien désiste-toi entièrement. Car tel est le premier fondement de l'art et de tout l'ouvrage.

48

Cette liqueur sèche et très précieuse constitue l'humide radical des métaux ; c'est pourquoi quelques anciens l'ont appelée verre. Car le verre se tire de l'humide radical, qui adhère opiniâtrement aux cendres des choses et qui ne cède qu'à la violence d'un feu extrême ; cependant notre mercure naturel et central se manifeste grâce au feu très bénin, quoique assez long de la nature.

49

Les uns par la calcination, les autres par la sublimation, quelques-uns par le moyen de vases vitrifiants, d'autres d'entre le vitriol et le sel, comme d'entre ses vaisseaux naturels, ont voulu obtenir la terre philosophique et latente. D'autres ont enseigné qu'il fallait sublimer la chaux et le verre (dans le même but).

Mais nous, nous avons appris de la bouche du Prophète ' que Dieu au commencement créa le ciel et la terre, que la terre était stérile et déserte, que les ténèbres étaient sur la face de l'abîme et que l'esprit de Dieu était porté au-dessus des eaux ; et que Dieu dit que la lumière soit, et que la lumière fut ; et que Dieu vit la lumière, qui était bonne et qu'il sépara la lumière des ténèbres, etc. La bénédiction qui fut donnée à Joseph, rapportée par le même Prophète J, ce sera assez pour le sage : sa terre tirera sa bénédiction de Dieu, elle devra l'hommage de sa fécondité aux fruits du ciel, à la rosée, et aux eaux de l'abîme ; c'est aux fruits du Soleil et de la Lune, aux sommets des montagnes antiques, aux fruits des collines éternelles qu'elle rendra tribut. Prie donc Dieu de tout ton cœur, mon fils, afin qu'il te donne une portion de cette terre bénie.

50

Le vif-argent est tellement infecté par le défaut et le vice de son origine, qu'il en garde deux traces remarquables : la première, il l'a contractée par l'impureté de la terre qui s'est mêlée à sa génération, et qui continue à y adhérer par la congélation. L'autre, pareille à une hydropisie, est une maladie d'eau entre chair et cuir, qui provient d'une eau grasse et impure mélangée à la limpide, et que la nature n'a pas pu épuiser et séparer par contraction : cependant parce qu'elle est étrangère elle s'évapore à la moindre chaleur. Cette lèpre qui infeste le corps du mercure ne gît ni dans sa racine, ni dans sa substance, mais elle est accidentelle : c'est pour cela qu'elle s'en sépare facilement. L'imperfection terrestre s'en va grâce à un bain et à un lavage humide. L'imperfection aqueuse s'en va grâce à un bain sec, avec le secours du feu bénin de la génération. Ainsi par une triple ablution et purgation, le dragon dépouillé de ses écailles anciennes et de sa peau rugueuse se renouvelle.

51

La sublimation philosophique du mercure s'accomplit par deux moyens, en faisant sortir ce qui est superflu, et en faisant entrer ce qui manquait ; les choses superflues sont les accidents externes qui voilent l'étincelant Jupiter de la sombre sphère de Saturne. Ote donc cette écorce livide de Saturne, jusqu'à ce que l'astre pourpre de Jupiter brille à tes yeux. Ajoutes-y le soufre de la nature, dont le mercure possède déjà un grain, et comme un ferment, dont il contient autant qu'il lui en faut : mais fais aussi en sorte qu'il y en ait autant qu'il en faut pour les autres. Multiplie donc ce soufre invisible des philosophes, jusqu'à ce que le lait de la Vierge en soit exprimé : alors s'ouvre à toi la première porte.

52

Un dragon digne des Hespérides garde la porte du jardin des Philosophes, à l'entrée duquel une fontaine d'une eau très limpide, jaillissant de sept fissures, s'épanche tout autour. Il faut faire boire le dragon dans cette fontaine jusqu'au nombre magique de trois fois sept, et il faut le faire boire jusqu'à ce que, devenu ivre, il dépouille sa peau écailleuse : puissent être propices les divinités de Vénus lumineuse et de Diane cornue.

53

Trois espèces de très belles fleurs doivent être cherchées et trouvées au fond de ce jardin des philosophes : des violettes rouge vif, un lys blanc et l'amarante pourpre et immortelle. Non loin de la fontaine du seuil, les violettes printanières se présenteront d'abord à toi, et étant arrosées par des canaux d'un large fleuve doré, prendront la couleur très nette d'un saphir à peine obscur : le Soleil t'en donnera des présages. Tu ne cueilleras point ces fleurs si précieuses jusqu'à ce que tu aies composé la Pierre, car, cueillies fraîchement, elles ont plus de suc et de teinture : à ce moment-là, arrache-les avec soin, d'une main adroite et ingénieuse : en effet, si les destins n'y font point obstacle, elles suivront facilement, et une fleur étant arrachée, il en naîtra aussitôt une autre à sa place. Pour le lys et l'amarante, il faudra plus de soin et un plus long travail.

54

Les philosophes ont aussi leur Mer, où s'engendrent de petits poissons gras, qui brillent en écailles d'argent : si l'on sait les prendre et les envelopper dans un filet délié, on sera tenu pour un pêcheur très expert.

55

La Pierre des philosophes ' se trouve dans des montagnes très anciennes et coule de ruisseaux éternels. Ces montagnes sont d'argent, et ces ruisseaux sont d'or. C'est de là que proviennent et l'or et l'argent et tous les trésors des rois.

56

Quiconque voudra trouver la Pierre des philosophes devra entreprendre un long voyage : il lui est en effet nécessaire d'aller visiter les deux Indes, afin d'en rapporter des pierres très précieuses, et un or très pur.

57

Les philosophes tirent leur pierre de sept autres pierres, dont les principales sont d'une nature et d'une vertu opposées : l'une donne le soufre invisible, l'autre le mercure spirituel ;

celle-ci communique la chaleur et la sécheresse, l'autre la froideur et l'humidité. Ainsi, par leurs moyens, les forces des éléments sont redoublées et multipliées dans la Pierre. La première se trouve dans l'Orient, la seconde dans l'Occident ; l'une et l'autre ont la faculté de teindre et de multiplier et si la Pierre philosophale n'en puise sa première teinture, elle ne teindra, ni ne multipliera.

58

Pratique.

Prenez la Vierge ailée après qu'elle aura été très bien lavée, purifiée et engrossée de la semence spirituelle d'un premier mâle, restant néanmoins encore vierge et impolluée, bien qu'elle soit enceinte. Tu la découvriras à ses joues teintes d'une couleur vermeille ; allie-la, et accouple-la à un second mâle (sans que pour autant elle doive être soupçonnée d'adultère) de la semence corporelle duquel elle concevra à nouveau. Ensuite elle enfantera une lignée vénérable, qui sera de l'un et de l'autre sexe, et où prendra son origine une race immortelle de Rois très puissants.

59

Ayant parfaitement purgé l'Aigle et le Lion, renferme-les dans leur enclos transparent, et accouple-les, ayant étroitement fermé le vestibule, et en prenant soigneusement garde que leur baleine ne s'en exhale ou qu'un air étranger ne s'y insinue. Dans leur saillie, l'aigle déchirera et dévorera le lion et sera saisie ensuite d'un long sommeil, puis devenue hydropique par l'enflure de son estomac, elle se changera grâce à une merveilleuse métamorphose en un corbeau très noir, qui déployant petit à petit ses ailes, commencera à voler et dans son vol fera tomber l'eau des nuages, jusqu'à ce que, mouillé plusieurs fois, il quitte de lui-même ses plumes, et retombant en bas se change en un cygne très blanc. Que ceux qui ignorent les causes des choses, admirent cela dans leur étonnement, en considérant que le monde n'est rien d'autre qu'une métamorphose continuelle ; qu'ils admirent comment les semences des choses, lorsqu'elles sont parfaitement digérées, se changent en blancheur parfaite. Et que le philosophe imite la Nature dans son œuvre.

60

Les milieux et les extrêmes.

Pour donner la forme et la perfection à ses ouvrages, la Nature y procède de telle sorte qu'elle conduit la chose depuis le commencement de la génération jusqu'au dernier terme de la perfection par divers milieux, comme par divers degrés. Elle parvient donc à sa fin et à son but petit à petit et par degrés plutôt que par interruptions et par bonds, en limitant et en renfermant son ouvrage entre deux extrêmes distincts, et séparés par plusieurs milieux. Or, la pratique philosophique, qui doit imiter la nature dans la marche de son ouvrage, et dans la recherche de la Pierre, ne doit point s'écarter de la voie et de l'exemple de la Nature : car tout ce qui se fait hors de ses routes, constitue une erreur ou l'approche de l'erreur.

61

Les deux extrêmes de la pierre sont le vif-argent naturel, et l'élixir parfait : et les milieux par lesquels s'effectue tout le progrès de l'ouvrage, sont de trois sortes ; car ou bien ils regardent la matière, ou bien les opérations, ou bien les signes démonstratifs. Sur ces extrêmes et ces milieux roule tout l'accomplissement de l'œuvre.

62

Quant aux milieux matériels, ou qui concernent la matière de la pierre, il y en a divers degrés ; car les uns se tirent successivement des autres. Les premiers sont le mercure, sublimé philosophiquement, et les métaux parfaits. Bien que ceux-ci soient les derniers dans l'opération de la nature, ils tiennent lieu de milieux dans l'opération philosophique. De ces premiers sont tirés les seconds, à savoir les quatre éléments, qui sont tour à tour circulaires et fixes ; de ces seconds en sont encore issus les troisièmes, à savoir les deux sortes de soufre, dont la multiplication est le terme du premier régime de l'ouvrage. Les quatrièmes et derniers milieux sont les ferments et les onguents, avec leur poids et leur proportion justes, qui sont produits successivement dans

 

« Enfin du régime parfait de toutes ces choses se crée l'élixir parfait, qui est la dernière étape et le ternie de tout l'Œuvre... » l'ouvrage de l'élixir par le mélange des premiers. Enfin, du régime parfait de toutes ces choses se crée l'élixir parfait, qui est la dernière étape et le terme de tout l'Œuvre, où la Pierre des Philosophes se repose comme en son centre, et dont la multiplication n'est rien qu'un bref renouvellement des opérations susdites.

63

Les milieux qui regardent l'opération ou le régime (et qui sont également nommés les clés de l'œuvre) sont premièrement la dissolution ou liquéfaction ; deuxièmement, l'ablution ; troisièmement, la réduction ; quatrièmement, la fixation. Par la liquéfaction, les corps sont rendus à leur première matière, qui est fluide ; les choses cuites redeviennent crues, et alors (vient) l'accouplement du mâle et de la femelle, d'où s'engendre le corbeau ; et enfin la Pierre, par cette même liquéfaction, retourne en ses quatre éléments, ce qui se produit par le mouvement rétrograde des luminaires. L'ablution enseigne à blanchir le corbeau, et à changer Saturne en Jupiter, ce qui se fait par la conversion du corps en esprit. La fonction de la réduction est de rendre l'âme à la Pierre morte et inanimée, et de la nourrir d'un lait de rosée, tout spirituel, jusqu'à ce qu'elle ait pris vigueur. Dans ces deux dernières opérations, le Dragon se fait violence à lui-même, et se dévorant la queue, il se consume et s'épuise totalement, et enfin se change en la Pierre. En dernier lieu, l'opération de la fixation fixe les deux soufres dans leur corps : ceux-ci étant fixés, elle cuit graduellement au moyen de l'esprit qui est le médiateur des teintures, cette fermentation ; elle mûrit ce qui est cru, et adoucit ce qui est amer. Enfin, l'élixir fluide, en pénétrant et en léchant, engendre, perfectionne, et apporte le suprême degré de sublimité et d'excellence.

64

Les milieux qui concernent les signes démonstratifs, sont les couleurs qui apparaissent successivement et en ordre dans la matière, et qui en indiquent les affections et les passions, dont trois sont tenues pour les principales et critiques (quelques-uns en admettent une quatrième). La première, c'est la noire, qui est appelée la tête de corbeau, à cause de l'extrême noirceur qui arrive avec elle dans la matière ; son crépuscule et sa blancheur défaillante indiquent le commencement de l'action du feu de la nature, ou le commencement de la dissolution ; mais sa nuit la plus noire indique la perfection de la liquéfaction et de la confusion des éléments. Alors le grain commence à pourrir et à se corrompre, afin d'être plus propre à la génération. A la couleur noire succède la blanche, où gît la perfection du premier degré, celle du soufre blanc : alors, c'est là ce qu'on appelle la pierre bénie : c'est la terre blanche et feuilletée dans laquelle les Philosophes sèment leur or. La troisième couleur est la couleur citrine, qui se produit quand le blanc passe au rouge, et qui est comme un intermédiaire entre ces deux couleurs, étant mêlée de l'une et de l'autre, et pareille à l'aurore aux cheveux dorés, cette avant courrière du Soleil. La quatrième couleur, rouge ou sanguine, se tire de la blanche par le feu seul. Or, la blancheur, parce qu'elle est facilement altérée par toute autre couleur, commence aussi à s'effacer et à passer dès que l'aurore commence à y naître. Et la rougeur sombre accomplit l'ouvrage du soufre solaire, qui s'appelle la semence masculine, le feu de la pierre, la couronne royale, le fils du Soleil, et dans lequel se termine le premier travail de l'opérateur.

65

Outre ces signes essentiels et décisifs, qui adhèrent radicalement à la matière, et en indiquent les changements les plus importants, il y a encore une infinité d'autres couleurs apparentes et trompeuses, qui se font voir dans les vapeurs, comme l'arc-en-ciel dans les nuées, et se dissipent aussitôt, s'effaçant pour laisser place à d'autres, qui sont plutôt dans l'air que dans la terre. L'opérateur ne doit pas se mettre beaucoup en peine de celles-là, d'autant qu'elles ne sont pas permanentes, et ne sont pas issues de la disposition intrinsèque de la matière, mais du feu, qui peint et colore à son gré l'humide subtil, par hasard même ; bien que ce soit l'effet de sa chaleur.

66

Néanmoins, quelques-unes de ces couleurs étrangères, quand elles surviennent hors du moment propice, présagent à l'ouvrage quelque chose de sinistre. Ainsi, sa noirceur réitérée : il ne faut jamais souffrir qu'après que les petits des corbeaux aient quitté leurs nids, ils y retournent. Ou encore, une rougeur qui vient trop vite, car cette couleur-là ne doit apparaître qu'une fois, et seulement à la fin, car alors elle fait concevoir une sûre espérance de moisson. Si elle rougit la matière plutôt, elle est un signe de grande sécheresse, ce qui ne va pas sans un péril que seul le Ciel en répandant une pluie soudaine, peut détourner.

67

Les digestions de la Pierre.

Par digestions successives, comme par degrés, la Pierre philosophale acquiert de nouvelles forces, et enfin son entière perfection. L'ouvrage s'accomplit par quatre digestions, qui répondent et conviennent aux quatre opérations et régimes susdits, dont le feu est l'auteur, et le maître : c'est lui qui y fait et y introduit toutes les différences grâce auxquelles nous les avons distinguées.

68

La première digestion opère la dissolution du corps, au cours de laquelle a lieu le premier accouplement du mâle et de la femelle, le mélange de leurs deux semences, la putréfaction et la résolution des éléments en une eau homogène, l'éclipse du Soleil et de la Lune en la tête du Dragon. Enfin par elle le monde retourne à l'ancien chaos et à l'abîme ténébreux. Cette première digestion s'opère comme celle qui a lieu dans l'estomac par un temps de chaleur cuisante et débilitante, qui est plus propre à la corruption qu'à la génération.

69

Pendant la seconde digestion, l'esprit de Dieu vole au-dessus des eaux : la lumière commence à paraître et les eaux commencent à se séparer des eaux. Le Soleil et la Lune se renouvellent, les éléments sont tirés du chaos, afin que mélangés avec proportion par la vertu de l'esprit qui les gouverne, ils puissent refaire un monde nouveau ; un nouveau ciel et une nouvelle terre se forment. Ensuite tous les corps deviennent spirituels ; les petits des corbeaux ayant changé de plumes commencent à devenir colombes ; l'aigle et le lion s'embrasassent d'un nœud éternel. Cette régénération du monde se fait par le moyen d'un esprit de feu qui descend en forme d'eau et efface le péché originel : car l'eau des philosophes est le feu même, quand elle est émue et élevée par la chaleur du bain. Mais prenez garde que la séparation des eaux ne se fasse selon leur poids et leur mesure, de peur que celles qui restent sous le ciel ne noient la terre, ou que celles qui sont emportées au-dessus le ciel ne la laissent aride. « Qu'une eau trop avare n'imprègne pas ici le sable stérile ! » (Virgile.)

 

Repost 0
Published by Jean d'Espagnet - dans Alchimie
commenter cet article
26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 06:57

question :Qui es-tu ? réponse : Je suis un homme qui connaît la lumière et adhère à celle-ci.

Q. : Qu'est-ce qu'un tel homme ?

R. : C'est celui qui, après avoir reconnu la lumière, est illuminé par celle-ci, et y adhère entièrement ; qui sait et qui pratique tout ce que la vieille et authentique communauté de lumière a toujours su et pratiqué, que ce soit écrit dans le livre de la lumière ou non.

Q. : Par quel signe reconnaît-on un adhérent de la lumière ?

R. : Par le fait qu'il connaît le signe de la croix dans la nature, le grand symbole de la force de dissociation , de la sépara­tion du pur et de l'impur, du parfait et de l'imparfait ; qu'il évite tous les travaux non authentiques et les erreurs que rejettent unanimement les vrais maîtres de l'authentique communauté de lumière.

Q. : Comment se désigne l'adhérent de la lumière ? R. : II se désigne par le grand signe de la croix de la nature (+), par le signe de la grande force de dissociation ; il dit et entreprend tout au nom ou selon les attributs du feu, de la lumière et de l'esprit, et ainsi il conduit tout vers son Amen, ou vers son achèvement.

Q. : Combien y a-t-il de chapitres de l'authentique communauté de lumière, que doit connaître chaque adhérent de la lumière ?

R. : Il y en a cinq ; le premier concerne la vraie conviction et la foi, ou l'adhésion à la lumière ; le second, les sept moyens d'obtenir la lumière ; le troisième, les dix commandements de la lumière ; le qua­trième, la connaissance de la force créatrice qui agit, et de la forme pure. qui reçoit ; le cinquième, la science de la dissociation de la lumière.

CHAPITRE PREMIER

De l'adhésion à la lumière

Q. : Quel est le chapitre premier de la doctrine authentique de la lumière ?

R. : L'adhésion à la lumière et la connaissance de celle-ci ; car sans cette adhésion et cette connaissance, il n'est pas possible de faire agir une force, de réaliser et d'achever quelque chose.

Q. : A quoi doit croire et adhérer chaque fils de la lumière ?

R. : A tout ce que les hommes de lumière ont enseigné et rédigé dans les 12 articles de l'authentique communauté de lumière.

Q. : Quels sont les 12 articles de l'authentique communauté de lumière ?

R. : 1. J'adhère et je crois à une force créatrice du feu, qui a donné naissance au ciel et à la terre, ou encore à l'Extensum et au Concretum à ce qui est volatile et à ce qui est fixe. 2. J'adhère et je crois aussi à une lumière produite par cette force du feu, lumière qui est la maîtresse de l'univers ou la force toute-puissante dans la nature. 3. Cette lumière pure émanant du feu, est reçue par l'esprit le plus pur, et née de la forme la plus pure. 4. Cependant, elle a dû souffrir au royaume de l'impur ; elle a été dissociée, mortifiée et enfouie sous terre. 5. Alors la lumière descend au plus profond de la matière ; et au bout de 3 époques, c'est-à-dire après 3 réunions de trois forces spirituelles avec 3 formes purifiées, elle se redresse, à nouveau vivante. 6. Elle se rehausse jusqu'à la perfection suprême, en tant que force de lumière brillante du feu tout-puissant. 7. Et après avoir atteint à cette perfection suprême, elle est capable de rendre vivant tout ce qui est mort, et parfait tout ce qui est imparfait. 8. Je crois à l'esprit de lumière émanant du feu et de la chaleur, et je le connais. 9. La sainte, universelle et véritable communauté de lumière, association et union de ceux qui sont capables de lumière. 10. Abolition des maladies et de la misère. 11. Renouvellement de notre être. 12. Et félicité suprême de la vie.

Q. : En quoi consiste le principal contenu de ces 12 articles ?

R. : Il consiste, pour celui qui est capable de lumière, à suivre les lois de la lumière, qu'il reconnaît par la raison , et qu'il pratique par sa volonté ; à savoir, qu'il n'existe qu'une seule force universelle, en une substance et essence, et qu'en même temps celle-ci est triple dans son évolution force du feu en tant que force créatrice ; force de lumière en tant que force d'union ; et force de l'esprit, émanant du feu et de la lumière, en tant que force formatrice de toutes choses.

Cet esprit qui émane conduit tout à la perfection, et par des moyens ordonnés à l'achèvement suprême.

CHAPITRE SECOND

 Des 7 moyens d'obtenir la lumière

Q. : Quel est le chapitre second de la doctrine de la véritable commu­nauté de lumière ?

R. : Ce sont les 7 moyens d'obtenir la lumière, moyens que la com­munauté tient pour éminents et saints.

Q. : Qu 'est-ce qu 'un tel moyen ?

R. : Il s'agit d'une action visible par laquelle une force invisible réa­lise une perfection intérieure.

Q. : Combien y a-t-il de ces moyens ?

R. : Sept, et ils sont en analogie avec les sept sacrements. 1. Le bap­tême, par l'eau et la lumière. 2. La confirmation de la matière selon l'eau et la lumière. 3. La purification. 4. La réception de la lumière d'en haut dans l'essence et la substance. 5. La sanctification et le perfectionnement de l'objet (Sache). 6. L'huile d'en haut. 7. L'association du feu et de la lumière en un corps parfait.

Q. : Qu 'est-ce que le baptême par la lumière ?

R. : C'est le premier et le plus nécessaire des moyens d'association ; grâce à lui, la matière est purifiée par l'eau et par la parole agissant dans l'eau, et est reproduite en tant que corps nouveau et priait dans l'être de lumière.

Q. : Qu'est-ce que la confirmation ?

R. : La confirmation par la lumière est un moyen d'association par lequel la matière, préparée comme il est dit plus haut est fortifiée par l'huile de lumière et par l'esprit qui s'y trouve, et est rendue davantage capable de perfection.

Q. : Quel est le troisième moyen d'association ?

R. : C'est celui par lequel la lumière et le feu, sous les espèces formelles des principes du pain et du vin, reçoivent leur essence, dès qu'un prêtre ordinaire de la nature sait transformer ces prin­cipes sur l'autel.

Q. : Quel est le quatrième moyen d'association ?

R. : C'est le moyen grâce auquel le prêtre de la nature, capable de lumière, purifie la matière réceptive à la lumière, et à lui-même tous les effets de l'imperfection.

Q. : Quel est le cinquième ?

R. : C'est le moyen d'association grâce auquel la force pure de lumière, sous forme d'huile, se rehaussé jusqu'à la perfection des forces guérissantes.

 Q. : Que/ est le sixième ?

R. : Le sixième est celui grâce auquel la matière est sanctifiée et ren­due capable de lumière par 7 forces agissantes.

Q. : Quel est le septième ?

R. : C'est l'association parfaite de la lumière avec le feu grâce à un être intermédiaire qui émane de la lumière et du feu, et qui réalise la plus parfaite de toutes les associations.

CHAPITRE TROISIÈME

Des 10 commandements de la lumière

Q. : Quel est le chapitre troisième de la communauté de lumière ?

R. : Les 10 commandements de la lumière, au sujet desquels il est écrit : Si tu veux réaliser quelque chose, réalise-le par l'exécution des com­mandements ou de la loi.

Q. : Quels sont les 10 commandements de la lumière ?

R. : Ce sont les suivants :

1. Il n'y a pas plus d'une matière. 2. Les propriétés de cette matière doivent être utilisées dans l'ordre. 3. Dans 6 actions, la matière achève son travail journalier, puisque 3 forces produisent 3 êtres et elle se repose dans la septième force, en tant que plénitude de ses actions ; cette septième force doit être sainte pour toi en tant que sabbat de la lumière. 4. La lumière et le feu, en tant qu'élément passif et actif doivent t'inspirer le respect ; car le feu est l'élément mâle et la lumière l'élément femelle — ils sont le père et la mère de toutes choses. 5. Ne ravis pas à la lumière ce qui vivifie, afin que la matière, qui doit être rehaussée, ne meure pas. 6. Ne mélange pas ton ouvrage hors de l'ordre établi. Toute chose a son temps et ses rotations. Il est de ton devoir d'unir les forces dispersées. 7. Ne soustrais pas leurs propriétés à la lumière et au feu ; il est du devoir du sage de les faire agir entièrement. Il laisse à chacun ce qui lui appartient. 8. Ne prends pas pour vraie une fausse apparition, et n'accepte rien d'impur et d'étranger, qui ne serait pas capable d'absorber la lumière, afin que l'artifice ne te donne pas une fausse image. 9. L'esprit émanant' de la lumière et du feu ne désire aucune chose qui soit encore liée à d'autres, et qui ne soit pas détachée. 10. Par ailleurs, cet esprit ne désire aucune matière qui lui soit étrangère et non semblable.

Q. : En quoi consiste le contenu principal de ces lois de la lumière ?

R. : En ce que la lumière doit pénétrer entièrement ta matière ou substance,, afin que le feu soit entièrement uni par la lumière, et que l'esprit émanant de la lumière et du feu vivifie entièrement ta matière. Ceci est la première loi.

La seconde est similaire à celle-ci, à savoir : Tu dois traiter de la même manière la matière que tu travailles, et toute autre essence que tu veux amener à la perfection.

C'est à ces deux conditions principales que se rattache toute la science de la lumière, et tous ceux qui y adhèrent.

Q. : Quels sont les commandements de la communauté de lumière qui travaille ?

R. : Ils sont au nombre de cinq. Premièrement : Respecte, en tant que sacrés, les moments de repos dans le travail ; car la lumière a ses sab­bats, et le travailleur doit les fêter. Deuxièmement : Au cours de ces fêtes de lumière, consacre la substance du saint sacrifice ; laisse, par l'eau de lumière, le pur se séparer de l'impur, l'actif de l'inactif. Troisièmement: Dans ton travail, abstiens-toi de tout ce qui est contre la loi de lumière, aussi bien dans les forces et actions que dans les formes et essences  des choses ; celles-ci sont les 4 quatembres de l'école de lumière. Quatrièmement : Essaie, au moins une fois l'an, de discuter avec un ami raisonnable du progrès que tu fais, et de découvrir ce qui te gaie, afin que tu aies un soutien sur ton chemin, qui te mène à la perfection Cinquièmement : Aux époques que te désigne la raison, abstiens-toi aussi bien d'ouvrir ton cœur à d'autres que de te lier prématurément.

Q. : Pourquoi faut-il respecter les commandements de la communauté de lumière des vrais connaisseurs de la nature ?

R. : Parce que les lois de la lumière, ou conditions de la lumière, commandent que l'homme n'obéisse pas seulement à ce qui est nécessaire, à l'intérieur de la nature, pour atteindre le but fixé, mais éga­lement à ce qui est exigé à l'extérieur à cette fin ; en effet, le quatrième commandement de la lumière suppose ces exigences, et quiconque ne respecte pas ses bonnes ordonnances et ses préceptes sera tenu pour un pro fane et un homme de chair qui ignore les lois de l'esprit.

CHAPITRE QUATRIÈME

Q. : Quel est le chapitre quatrième de la communauté de lumière intérieure des véritables connaisseurs de la nature ?

R. : C'est la connaissance de l'analogie du saint Pater-noster adhérent , et du saint salut angélique adhérent, avec la force naturelle et la forme, naturelle la plus pure.

Q. : Quelle est cette analogie ?

R. : 1. Force suprême de la lumière, toi qui es le divin dans la nature, et qui demeures au plus profond de celle-ci comme dans le ciel, que soient sanctifiés tes attributs et tes préceptes. 2. Où tu es, tout est parfait ; que le règne de ta connaissance arrive parmi les tiens. 3. Que, dans tout travail, notre volonté unique soit toi, force de lumière qui agis Par toi-même ! Et de même que tu réalises tout dans la nature entière, réalise tout, également, dans notre travail. 4. Donne-nous de la rosée du ciel et du gras de la terre, les fruits du soleil et de la lune venant de l'arbre de la vie. 5. Et pardonne-nous toutes les erreurs que nous avons commises, faute de te connaître, dans notre travail, comme de notre cité nous voulons faire sortir de leur erreur ceux qui ont offensé nos principes ; ne nous abandonne pas à notre présomption et à notre propre science, mais délivre-nous de tout mal par l'achèvement de ton oeuvre. Amen.

 Analogie de l'Avé

Sois la bienvenue, source pure du mouvement propre forme pure capable de recevoir la force de lumière ! A toi seule s'unit la force de lumière de toutes choses. De toutes les formes réceptives, tu es la plus bienheureuse, et saint est le fruit que reçois, l'essence de la lumière et de la substance de chaleur unies. Forme pure, qui a engendré l'être le plus parfait, lève-toi pour devenir force de lumière pour nous, pendant que nous travaillons, et à l'heure où nous achevons l'ouvrage !

Q. : Quel est le contenu principal de tout le Pater-noster des enfants de lumière et de son analogie dans la nature ?

R. : Ils prient pour la somme de tous les biens spirituels et temporels pour le salut de l'âme et de la vie, pour obtenir de Celui qui est la force de lumière suprême — le divin dans la nature — la grande œuvre de la nature ; ils prient pour que Dieu les guide vers la sagesse, les préserve des erreurs dans leurs travaux, et leur enseigne à être bienfaisants envers les hommes, leurs frères, afin que soit réalisé ce que Dieu a promis aux des­cendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et que l'alliance de Dieu avec les hommes soit exécutée.

Q. : Pourquoi les enfants de lumière ont-ils également une analogie du salut angélique ?                      

R. : Afin que, non seulement, ils admirent ta grandeur de Dieu dans ta force toute-puissante de la nature (avec laquelle le Christ a une analo­gie), mais qu'également ils reconnaissent la splendeur de la forme virgi­nale la plus pure, dont l'analogie est la vierge Marie et à laquelle s'est unie la force supérieure afin de produire ce qui existe de plus parfait. Car, de même que le Saint-Esprit s'est uni à la vierge Marie pour pro­duire l'homme spirituel le plus parfait, de même l'esprit le plus pur de la nature s'unit à la matière la plus pure pour produire la forme physique la plus parfaite, le Rédempteur physique de la nature, qui amène à la perfec­tion tous les autres objets physiques, ce qui constitue le secret des sages. C'est pourquoi cet art ne peut être compris que de celui qui adhère au Christ ; et seules les analogies de la religion nous entraînent vers la connaissance suprême ; de même que l'expérience acquise par les enfants de lumière les conduit, également par analogie, à la connaissance des plus hauts mystères de la foi.

Q. : Ne suffit-il pas qu'un enfant de lumière sache et connaisse tout ce qui lui est prescrit ?

R. : Non ! Cela ne suffit pas, il doit également le pratiquer, et démontrer sa connaissance par ses œuvres ; c'est là-dessus qu'est fondée la science de la dissociation es enfants de lumière, science qui est en analogie avec la justice chrétienne.

CHAPITRE CINQUIÈME

Q. : Quel est le chapitre cinquième des enfants de lumière ?

R. : Il se compose de deux parties, à savoir qu'un adhérent de la lumière doit, par la grâce d'en haut qui est notre rosée, notre +, purifier partout l'impur, et réaliser le bien ; car la connaissance doit concorder avec l'exécution : cela veut dire que la théorie et la pratique doivent concorder ; ce n'est pas assez, pour un connaisseur de lumière, de connaî­tre l'art, il doit aussi savoir le pratiquer ; le savoir seul ne justifie pas, il faut aussi la pratique.

Q. : Quel est le mal qu'il faut fuir le plus dans notre science de la lumière ?

R. : Ce qui risque de priver l'homme de ce bien naturel suprême qui est la plus haute perfection de la nature.

Q. : Quels sont les principaux péchés ou erreurs que l'on peut commettre dans l'opération ?

R. : Ce sont les actions qui — aussi bien à l'égard de l'opération que dans l'application de ce trésor après l'opération — sont contraires aux fins de Dieu ; plus précisément, ce sont les suivantes : La trop forte éléva­tion par le feu. La trop forte concentration.Le gaspillage. L'excessive parcimonie de matière. La surcharge. L'inflammation. Le refroidissement. Au sujet de ces péchés principaux et mortels,,, qui tuent l'esprit, il est écrit : ceux qui le commettent n'obtiendront pas la perfection suprême dans la nature physique.

Q. : Combien y a-t-il d'infractions, ou de péchés chimiques, contre l'esprit de la nature ?                            

R. : 1. Tout bâtir sur cet esprit, présomptueusement, sans indulgence et sans raison, pécher contre sa miséricorde. 2. Désespérer aussitôt, lorsqu'on ne voit pas immédiatement son effet. 3. S'opposer à la connais­sance des vérités chimiques. 4. Jalouser ses frères pour la grâce dont ils bénéficient. 5. Endurcir son cœur contre les exhortations les plus salutai­res. 6. Demeurer dans l'ignorance. Ces infractions sont sans pardon, car elles ne pourront jamais être compensées dans l'ouvrage.

Q. : Quelles sont les infractions qui crient au ciel ?

R. : 1. Détruire délibérément l'ouvrage. 2. Profaner l'ouvrage. 3. En abuser pour opprimer les hommes. 4. Supprimer, à celui qui y a participé, son salaire mérité.

Q. : Quels sont les péchés chimiques étrangers ?

R. : 1. Conseiller à autrui l'erreur chimique. 2. Inciter autrui au Péché. 3. Consentir à l'erreur d'autrui. 4. Louer l'erreur d'autrui. 5. Se taire en présence de l'erreur d'autrui. 6. Fermer les yeux sur l'erreur d'autrui. 7. Participer aux erreurs d'autrui. 8. Défendre ces erreurs.

C'est ainsi que nous participons aux erreurs d'autrui, comme si nous les avions commises nous-mêmes.      

Q. : Suffit-il, lorsque l'on est en possession de l'ouvrage, de délaisser le mal et d'éviter le péché ?

R. : Non ! Il faut faire aussi le bien ; car Dieu n'accorde cette grâce qu'afin que l'homme ainsi gratifié puisse apporter les fruits mûrs de la perfection. Il doit également mener une vie juste et pieuse devant Dieu et devant les hommes, et, par de bonnes œuvres, faire honneur à sa haute vocation.

Q. : Combien y a-t-il de bonnes œuvres ?

R. : Trois.

1. Le sage doit avoir son âme toujours orientée vers Dieu et la sagesse. 2. Qu'il s'abstienne de tout ce qui n'est pas divin et sage. 3. Qu'il remédie partout aux besoins des hommes, ses frères.

Q. : A quoi servent les bonnes œuvres ?

R. : Les bonnes œuvres servent à rendre heureux tant l'individu que l'univers entier.

Q. : Quelles sont les œuvres corporelles de la miséricorde que peut réaliser le sage lorsqu'il a atteint la perfection suprême de la nature phy­sique ?

R. : 1. Il peut nourrir ceux qui ont faim. 2. Faire boire ceux qui ont soif. 3. Vêtir ceux qui sont nus. 4. Héberger les étrangers. 5. Guérir les malades. 6. Eveiller la matière morte.

Q. : Quelles œuvres spirituelles peut pratiquer ce même sage ?

R. : 1. Il peut punir le péché. 2. Informer les ignorants. 3. Prodi­guer ses conseils à ceux qui doutent. 4. Consoler ceux qui sont affligés. 5. Souffrir patiemment l'injustice.

Q. : Quelles sont les huit félicités chimiques ?

R. : Ce sont celles qui sont obtenues par la jouissance et la posses­sion de la plus haute perfection de la nature en tant que bien naturel suprême, et qui sont enseignées par saint Jean dans l'Apocalypse d'après la révélation du Seigneur. 1. A celui qui l'emportera, je donnerai à manger du fruit de l'arbre de la vie, qui se trouve dans le paradis de mon Dieu. 2. Celui qui l'emportera ne sera pas offense par la seconde mort. 3. A celui qui l'emportera, je donnerai à manger du pain céleste caché, et je lui donnerai une pierre blanche sur laquelle sera écrit un nouveau nom que personne ne comprend, sauf celui qui possède la pierre. 4. A celui qui l'emportera et qui gardera mon œuvre jusqu'à sa fin, je donnerai la puissance sur les nations ; et il mènera les peuples avec une verge de fer, et il les brisera comme les vases d'un potier ; il aura ce que j'ai hérité du père, et je lui donnerai une étoile du matin. 5. Celui qui l'emportera sera habillé de blanc, et je n'effacerai jamais son nom du livre de la vie, et je le confesserai publiquement devant mon père et les anges. 6. Celui qui l'emportera sera une colonne dans le temple de mon Dieu, et j'inscrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville sainte qui est la nouvelle Jérusalem descendant du ciel, et il saura mon nouveau nom. 7. Celui qui l'emportera, je le laisserai s'asseoir sur mon trône, tout comme je suis assis sur le trône de mon père parce que je l'ai emporté. 8. Celui qui sera le vainqueur obtiendra, par le droit de la suc­cession, tout ce qu'il désire et souhaite de moi ; je serai Dieu, et il sera mon fils.

Q. : Quels sont, dans cet art, les conseils évangéliques ou célestes ?

R. : Ils sont au nombre de trois : 1. Rester pauvres dans la richesse. 2. Rester abstinents, alors que nous pouvons jouir de tout. 3. Rester obéissants, alors que nous pouvons commander.

Q. : Quelles sont les 4 choses dernières ?

R. : 1 : La mort, en tant que mortification de la matière. 2 : Le juge­ment, ou la dissociation 3 : de ce qui est céleste et vivant 4 : vis-à-vis de ce qui est terrestre et mort. Pense, ô homme, pendant ton travail, à ces quatre choses dernières, et tu ne failliras pas dans ton ouvrage.

REMARQUES FINALES

La force la plus subtile est unie dans l'aimant à la matière la plus grossière.

La force divisible est apparentée au point indivisible.

Expérience

On peut décomposer l'aimant en autant de points que l'on veut ; les morceaux maintiennent ensemble les points et les pôles similaires.

Ce qui, dans le cas de l'aimant, se manifeste dans les parties exté­rieures, paraît se situer de façon imperceptible dans tous les corps. Sans aucun doute, tous ont leurs points et pôles des forces par lesquelles ils s'unissent à des corps similaires et repoussent les corps dissemblables.

D'après le principe de base Principium infinitorum similium, la struc­ture de l'univers entier, dans ce qu'il contient de plus grand et de plus petit, paraît cohérente et régie par des rapports magnétiques ; ainsi, ces rapports associent le plus subtil au plus grossier, et le plus grossier au plus subtil — tout cela suivant un ordre cohérent. L'égalité et l'inégalité découlent, toutes deux, d'un récipient unique qui est la force.

Problèmes

1. Comment une grandeur peut-elle être divisée en d'innombrables autres, de telle sorte que, du plus petit au plus grand, subsiste néanmoins toujours un rapport semblable ?

Ou bien : comment faire pour que d'innombrables puissances et séries de nombres (actus) se suivent les unes les autres en gardant une dépen­dance constante, de telle sorte que, dans l'infini, subsiste un rapport simi­laire ?

Ou bien : comment la force intérieure doit-elle être raccordée à la force extérieure pour que la forme cachée soit tournée vers l'extérieur? Etant donné que, dans les miroirs paraboliques, le foyer, se situe entre les tangentes et les sécantes, ne faudrait-il pas ajuster les tangentes aux sécantes si l'on veut atteindre le point le plus interne avec la forme extérieure selon des angles égaux ?                                       

Ne serait-ce pas possible de faire se rejoindre, dans l'air, en un ce tain endroit, les points harmoniques ? Que veut dire : faire la quadrature du cercle ? Ne serait-il pas contraire à la nature des choses d'imaginer que « faire la quadrature du cercle » signifie que l'on veut exprimer un cercle par un carré ? « Faire la quadrature d'un cercle », cela ne veut-il pas dire plutôt épuiser un espace cyclique avec des nombres rationnels, de telle sorte que, du plus petit au plus grand, il subsiste un rapport précis ? Comment trouver la racine et l'aire de chaque carré irrationnel ? Et comment la vraie proportion des lignes laté­rales et perpendiculaires ? Comment démontrer, à partir du contenu rationnel du triangle équilatéral (sans connaître à l'avance la ligne de carré de celui-ci), combien de pieds ou fragments contient le carré du triangle ? Qu'entendaient les anciens, en fait, par quadrature, et qu'entendaient-ils par Arithmetica novenaria ? Et quelles découvertes ferait le monde si 1''Arithmetica novenaria était associée à la quadrature ? Dans la physique, le Principium infinitorum similium ne règne-t-il pas en tant que Principium cognitionis ? Et dans la métaphysique et la théologie, le Principium unitatis ne peut-il pas être le Principium conscientiae ? Grâce à ces deux principes, l'éphémère et le passager ne peuvent-ils pas être saisis et rendus permanents ? N'est-ce pas une loi éternelle qui veut que le spirituel trouve sa subsistance dans le corporel, et que le spirituel soit enfermé dans un espace corporel ?

Cette corporéité ou ce « en quoi » , n'est-ce pas quelque chose qui pourrait être exprimé par le mot « espace » , une forme corporelle à l'intérieur de laquelle agit le spirituel ? N'y a-t-il pas 3 principes de base, et ceux-ci n'agissent-ils pas sous forme de 7 for­ces  ? Ces 3 principes de base ne sont-ils pas 3 sources d'auto­mouvement qui amènent 7 formes  à l'intérieur d'une même conception, les trois premières formes constituant le premier principe, la quatrième et la cinquième constituant le second principe, et la sixième et la septième constituant le troisième principe ?

En considérant l'univers, maintenu ensemble de façon aussi im­muable, l'être raisonnable doit conclure qu'il existe un éternel et indissolu­ble lien de la divinité qui maintient tout ensemble. Cependant, on voit aussi, dans le monde matériel, la fragilité ou l'éphémère, et dans l'éphé­mère l'impérissable.

L'homme peut connaître cela ; pour qu'il ait cette connaissance, il lui faut toutefois quelque chose qui la lui rende possible. Cette chose est la lumière intérieure, ou l'âme ; et d'autre part, la chose qui rend tout visible, c'est la lumière extérieure.

L'âme dont nous parlons est inconnue de l'homme en tant que lumière, aussi longtemps qu'il n'est pas né de Dieu, c'est-à-dire aussi longtemps qu'il considère les choses dans son esprit et dans l'esprit naturel et non dans l'esprit divin. Lorsqu'il commence à considérer Dieu dans notre esprit, il voit que Dieu est en dehors de tout espace et de tout temps de tout lieu et de tout mouvement ; et que néanmoins il doit y avoir en Dieu quelque chose qui se meut, qui ordonne l'espace et le temps, le lieu et toutes choses. Ce quelque chose, c'est la Parole, la Sagesse et la Splendeur de Dieu, et cette parole n'est pas une essence  idéale, mais quelque chose de corporel , par quoi le divin et l'humain dans sa forme la plus pure, le suprasensible et le sen­sible, le spirituel et le physique agissent conjointement :

    sur la réceptivité de l'homme vis-à-vis du divin ;

    sur la capacité d'élévation de l'homme charnel jusqu'au suprasensible ;

    sur la capacité du matériel  de se magnifier, pour se transformer en spirituel.

Repost 0
Published by Karl Von Eckartshausen - dans Alchimie
commenter cet article
25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 07:44

I. – De Quelques Méprises

Pour le commun des mortels, comme sans doute pour certains alchimistes (ou se croyant tels), l’alchimie est essentiellement « l’art de faire de l’or ». L’unique différence entre ceux-ci et ceux-là, c’est que les premiers tiennent un tel art pour chimérique alors que les seconds en affirment la réalité.

Quant aux profanes «éclairés», voire aux gens de science, leur appréciation est plus nuancée. S’ils supposent, en général, que la chimie a fait prompte et roide justice des recettes bizarres ou fallacieuses dont foisonnent les élucubrations des adeptes, ils concèdent, en revanche, que les théories scientifiques les plus récentes recoupent sur bien des points les idées des hermétistes (leurs « rêveries », disait-on encore aux jours, pas si lointains, de la chimie lavoisienne). Les conceptions d’aujourd’hui sur l’unité de la matière, sur l’inanité de la notion de corps « simples », sur la possibilité d’en opérer la transmutation, sur l’analogie universelle (l’atome, disent les savants, est un petit système solaire), etc., sont un involontaire hommage rendu aux hermétistes qui, de tous temps, n’ont jamais dit autre chose.

Peut-être, avant de condamner en bloc des opérations et manipulations apparemment défectueuses, les savants en place feraient-ils bien de se demander comment ces fols d’alchimistes ont pu tirer des principes aussi justes d’expériences aussi fallacieuses, alors que la chimie, depuis Scheele et Lavoisier, partant d’expériences rigoureuses, a dû brûler plus d’une fois ce qu’elle adorait la veille ? Inutile d’entamer ici des controverses superflues. Au surplus, l’alchimie – vraie – n’a nul besoin d’aller quémander quelque justification que ce soit chez les tenants de la moderne physicochimie.

Bien au contraire ! Car c’est peut-être pour avoir succombé à cette manie d’approbativité, pour avoir cédé au chimérique espoir de convertir quelques profanes aux convictions des fils d’Hermès que, de concessions en abandons, la plupart des hermétistes ont fini par se cantonner au seul domaine de la transmutation métallique, surtout depuis deux ou trois siècles – du moins dans leurs écrits publics. Et l’impression que l’alchimie n’est rien de plus qu’une sorte de mauvaise chimie, compliquée d’idées biscornues et de prétentions extravagantes, est bien celle que doit éprouver le profane en les lisant sans préparation.

Or, ce qui devait arriver arriva. Quelques chimistes, séduits par la largeur des vues philosophiques des disciples d’Hermès et impressionnés par leur unanimité doctrinale, ont cru de bonne foi qu’il suffirait de « rajeunir » une terminologie désuète, de transposer en termes de chimie moderne des manipulations décrites à demi-mot et de faire abstraction de la partie « mystique » de la doctrine pour réconcilier les inconciliables. Mais leurs efforts, en porte-à-faux, n’aboutirent qu’à créer un monstre hybride, baptisé « hyperchimie » et dont – à juste titre – ni chimistes ni alchimistes ne se soucièrent d’endosser la paternité, nul n’y reconnaissant plus les siens ! Les hyperchimistes, dont François Jollivet-Castelot fut le type le plus représentatif (1), restèrent à une ou deux exceptions près (Delobel, par exemple) des « souffleurs » patients et tenaces autant que mal inspirés et malchanceux. Précédent à méditer…

II. – La vivante Alchimie

Certes, la transmutation des métaux par voie alchimique est – toute théorie mise de côté – un fait sur lequel il est difficile d’ergoter. Et le seul livre du très officiel Louis Figuier, L’Alchimie et les Alchimistes, mentionne deux ou trois exemples de transmutations par projection (dont celle du savant Van Helmont, adversaire déclaré de l’Alchimie, offre toutes les circonstances de contrôle et d’impartialité souhaitables), dont une seule suffirait à prouver la réalité de l’art transmutatoire et l’avance considérable prise par les hermétistes sur MM. les physico-chimistes, nonobstant leur manque de fours électriques et de cyclotrons.

Mais la partie n’est pas le tout et si l’Alchimie n’était qu’une sorte de chimie transcendante ou de métallurgie secrète, nous ne pourrions l’estimer au point de rompre une lance en sa faveur.

Si l’or et les passions qu’il suscite, l’or et les maux qu’il provoque, l’or et les crimes qui lui font cortège avait été l’unique ou le principal but poursuivi par les alchimistes, si son éclat fascinateur avait été l’unique lumière de leur âme, nous ne pourrions que les plaindre et tenir à bon droit pour folie leur prétendue sagesse.
Mais en est-il vraiment ainsi ?

Si nous lisons de véritables initiés à la science d’Hermès, tels que Khunrath, Jacob Böhme, d’Eckhartshausen, Grillot de Givry ou l’admirable auteur de l’Hortulus Sacer, nous finissons par nous apercevoir que tout en discourant aussi de l’Œuvre métallique, ils parlent surtout d’autre chose.

Qu’est-ce à dire ?

Exposons le comme nous l’avons compris, sans prétendre avoir tout compris.

L’Alchimie vraie, l’Alchimie traditionnelle, est la connaissance des lois de la vie dans l’homme et dans la nature et la reconstitution du processus par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute adamique (2) a perdu et peut recouvrer sa pureté, sa splendeur, sa plénitude et ses prérogatives primordiales : Ce qui, dans l’homme moral s’appelle rédemption ou régénération (3) ; réincrudation dans l’homme physique ; purification et perfection dans la nature, enfin, dans le règne minéral proprement dit : quintessenciation et transmutation.

Son domaine embrasse donc tout le créé (4) et, pour l’humanité militante, toute la portion du créé qu’elle a entraînée avec elle dans sa déchéance et qui doit ressusciter avec elle et par elle, telle qu’elle fut avant la Transgression.

Quoique son domaine le plus central soit le plan spirituel, l’Alchimie connaît cent applications plus ou moins contingentes, à tous les degrés et sous tous les aspects de la vie.

Il existe donc une alchimie intellectuelle, une Alchimie morale, une sociale, une physiologique, une astrale, une animale, une végétale, une minérale, et bien d’autres encore. Mais l’Alchimie spirituelle demeure le modèle, la clé et la raison des autres. Et, conformément à l’énoncé d’Hermès dans la fameuse Table d’Émeraude, la connaissance d’une quelconque de ces adaptations (5) découvre implicitement celle de toutes les autres. L’univers est un et cette unité est le sceau de la Vérité.

Or le suprême Grand-Œuvre, le seul qui se puisse appeler sans outrance « la Voie de l’Absolu », c’est la réintégration de l’homme dans sa dignité primordiale (6) selon un processus rarement réalisé ici-bas (mais non irréalisable), processus que les anciens appelaient, croyons-nous, « l’Œuvre du Phénix » et qu’on peut lire, ici et là, entre les lignes de certains passages de la Bible, des Évangiles, de l’Apocalypse et de quelques ouvrages, rosicruciens ou autres, dont plus d’un ne semble pas traiter, à première vue, de ce qu’on entend vulgairement par « alchimie ».

Et cet Œuvre-là n’est ni du goût, ni dans les cordes des amateurs de « petits particuliers », des collectionneurs de recettes bonnes seulement à torturer inutilement les métaux, des fabricants d’homuncules, des distillateurs d’herbes, de sang, de moelle ou de sperme, ni de ceux qui ne rêvent de longévité corporelle que dans l’espoir misérable de rééditer les folies et les désordres d’une jeunesse tumultueuse !

Il est même, assez probablement, hors de la portée de plus d’un adepte admiré comme tel pour sa réussite, réelle ou supposée, dans le domaine de l’Alchimie métallique.
Car cette science (à tous les degrés de sa réalisation, y inclus la Pierre transmutatoire) est science de vie, science vive, science vivante à jamais – et science des Vivants (7). Et seuls les « Vivants » peuvent la pratiquer intégralement sans mensonge et sans dommage (8).

Telle est l’origine des malheurs qui ont émaillé, et parfois clos, l’existence de pas mal de faiseurs d’or qui n’étaient, hélas, rien de plus que des « faiseurs d’or » – sans parler de ceux qui ne furent que des « voleurs d’or » (9).

Il n’y a que celui qui a régénéré, avec l’assistance d’En-Haut, ses propres métaux microcosmiques et les a dépouillés de la lèpre des sept péchés qui peut de plein droit, de droit divin, régénérer à son gré les métaux physiques. Celui-là n’agit qu’à bon escient, dans la Lumière du Verbe (10).

Les autres – qui n’en sont pas là – ou bien font du Grand-Œuvre une simple opération magique (car l’on peut réaliser des transmutations apparentes par voie magique, mais ceci n’a rien à voir avec l’Alchimie) ou bien ont vu leurs efforts, leurs souffrances, leurs travaux, leur persévérance et leur charité couronnés d’or – physique – par la bonté du Ciel toujours indulgent envers les débutants de bon vouloir ; ou bien encore ont eu pour toute sagesse l’art d’écouter aux portes et d’espionner par le trou des serrures (11). Ceux-là, s’il en est qui aient réussi, se sont forgé avec leur or maudit une chaîne plus lourde que celle de bien des criminels de droit commun.

Il a été fait mention, quelques lignes plus haut, d’une catégorie de chercheurs, parfois heureux, qui représentent, pensons-nous, l’honnête moyenne des hermétistes. Ceux-là en sont, intérieurement, aux préliminaires de l’Œuvre du Phénix. Le Ciel (eu égard á leur bonne volonté et aux difficultés du début de la Voie) les inspire soit directement par une révélation intérieure, soit indirectement en les orientant vers un véritable Maître, leur permet d’accéder aux connaissances adéquates à telle partie de la science et met à leur portée les moyens de réalisation. Ceux-là ont aussi mandat d’agir, mais dans certaines limites et sous certaines conditions (dont le désintéressement, la patience dans les épreuves, la charité et l’humilité sont le plus universellement requises).

Mais ce droit est une grâce spéciale, par laquelle le Ciel escompte leur bonne volonté et fait crédit à leurs mérites.

III. – De l’Œuvre mystique et de l’Œuvre physique

En résumé, l’homme régénéré est la pierre philosophale de la nature déchue, de même que l’homme non régénéré est la materia bruta de ce Grand-Œuvre dont le Verbe divin est l’Alchimiste et l’Esprit Saint le feu secret : il y a deux Voies dans l’Œuvre, mais il n’y a qu’un Agent : l’Amour ! Et tous les vrais hermétistes chrétiens (12) – non les souffleurs – sont unanimes sur ce point (13) comme sur celui de la subordination de l’Œuvre physique à l’Œuvre mystique (14).

Quant à l’homme « physique », son Grand-Œuvre est sa transformation en « corps glorieux », en corps régénéré et incorruptible(15). Et cette transformation (d’une absolue rareté) n’est possible que parce qu’il n’en diffère que du fait de cet accident, de cet obscurcissement que la tradition chrétienne nomme la Chute. Le corps glorieux, c’est le corps de l’homme tel qu’il était avant la Chute (et ceci touche à un des aspects de la « résurrection de la chair ») ; le corps physique, c’est le corps glorieux tel que l’a transformé la Chute, rendu corruptible par les impuretés hétérogènes de tous les lieux traversés par lui lors de sa descente ici-bas (impuretés dont la racine est le « gluten » ou matière du péché dont parle à diverses reprises ce véritable alchimiste que fut d’Eckhartshausen).

Comme dans l’interne des métaux, il y a dans l’interne de l’homme une certaine « terre vierge », que les Aphorismes Basiliens nomment avec Paracelse le « limbe du grand et du petit monde » et que doit dégager des « immondices de la terre » et revivifier un « esprit tant du grand que du petit monde », pour suivre la même terminologie. Comme le dit Jacob (Révélation alchimique) : « La fin du grand œuvre est (pour l’adepte) de se débarrasser quand il voudra de la chair corruptible sans passer par la mort ».

Et St Paul ne nous dit-il pas que ce qui est semé corruptible est fait pour renaître incorruptible ? Non pour être « détruit » mais pour être « transfiguré ». Et ceci vaut universellement.

Le Grand-Œuvre physique et le Grand-Œuvre mystique sont analogues mais point identiques. Avoir réalisé le dernier c’est pouvoir réaliser souverainement le premier ; avoir réalisé le premier, c’est savoir quel chemin peut conduire à la réalisation du dernier mais ce n’est pas forcément avoir parcouru ce chemin. La nuance est de première importance.

IV. – Méthode Alchimique et Méthodes Profanes

Puisque nous parlons du Grand-Œuvre, profitons-en pour revenir sur un point capital, déjà effleuré, c’est-à-dire sur l’abîme qui le sépare des essais de transmutation par voie physico-chimique, essais auxquels la dissociation atomique donne un regain d’actualité.

Tout d’abord, remarquons à quels frais, avec quel gaspillage d’énergie, dans quels laboratoires titanesques (que nulle fortune privée ne pourrait s’offrir le luxe de financer) opèrent, en rangs serrés, nos modernes Faust. Cela pour aboutir d’ailleurs à des « transmutations » de l’ordre de un dix-millionième de gramme.

C’est la montagne qui enfante d’une souris !…

En regard, le Grand-Œuvre physique ne nécessite que quelques corps assez répandus, un peu de charbon, deux ou trois vases très simples, aucune des sources d’énergie que consomme, en véritable ogresse, la science actuelle et peut être accompli en entier par un seul homme avec patience et longueur de temps. Ceci pour obtenir des transmutations éventuellement massives.

Autre chose. La science d’aujourd’hui, dans sa furie de disséquer la matière aboutit, somme toute, à faire exploser l’atome en le désintégrant brutalement. Cet aboutissement lui interdit évidemment tout nouveau pas en avant dans la connaissance des choses, du moins par cette voie. Pour faire une comparaison grossière et regrettablement irrévérencieuse, nous ne voyons pas une bien fondamentale différence entre le geste du savant qui met l’atome en charpie afin de le mieux connaître et le geste de l’enfant qui brise un jouet mécanique dans le naïf espoir de « savoir ce qu’il a dans le ventre », comme on dit ! Seulement, le premier jeu s’avère infiniment plus dangereux que le second..

Et, en dépit d’une terminologie barbare qui s’allonge tous les jours, où les ions, les électrons, les protons, les neutrons, les deutons et autres ingrédients de la cuisine nucléaire jouent un rôle impressionnant, la matière demeure « terre inconnue ».

Comme si l’on pouvait, d’ailleurs, expliquer la matière par la matière ? …

Aussi, le bombardement atomique n’a pas fait exploser que l’atome. Il a mis en pièces du même coup tout l’édifice scientifique moderne. Et c’est au seuil de nos super-laboratoires qu’on pourrait graver la phrase fameuse : « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance ? »

Et ceux qui y entrent – les « initiés » tout au moins – ont en effet peu d’illusions quant à la valeur philosophique et métaphysique (16) de leurs recherches. Et sans doute également quant à leur contribution au bonheur de l’humanité…

Puisque nous parlons de désintégration atomique, rappelons un petit fait qui pourrait nous rendre enclins à quelque modestie.

Lors de certaines expériences métapsychiques on a vu des objets matériels – une bague en or, par exemple – dématérialisés sous les yeux des spectateurs, sans bruit ni explosion gigantesque, ni cyclotron. Puis on les a vus se rematérialiser quelques minutes plus tard, sans altération de poids, de substance ou de forme.

C’est que, dans la désintégration de la chimie nucléaire, les seuls éléments mis en œuvre sont des forces physiques, matérielles, et des agrégats de matière physique. Le résultat ne peut donc être qu’un changement d’équilibre matériel entre les dits éléments, quel que soit le degré de subtilité qu’on accorde à certains d’entre eux. Il ne s’agit toujours que de la matière en action sur de la matière, sous cette même modalité qui constitue la forme du monde où nous passons en tant que matériellement vivants. La vie et la matière, en tant que revêtues d’autres états – parfaitement inaccessibles aux investigations de la physico-chimie moderne – interviennent dans la désintégration métapsychique ci-dessus relatée, comme dans tout travail hermétique normal.

Non, cent fois non, la voie royale de l’hermétisme ne passe pas et ne passera jamais par les laboratoires de la science officielle, luciférienne dans ses principes et dans son inspiration, comme aussi dans ses résultats humains.

Et la possession de cette science extérieure, n’est pas faite pour favoriser l’accès du sanctuaire alchimique, au contraire. Notre ami regretté Auriger (qui joignait à ses connaissances hermétiques celles de l’ingénieur-chimiste et était donc bien placé pour juger) nous écrivait peu avant sa mort : « L’Alchimie est évidemment sœur de la mystique, il suffit de lire Jacob Böhme pour s’en convaincre, et c’est dans ce sens que j’ai répondu ces jours-ci à votre ami N.., qui m’avait écrit. Il s’excusait presque d’ignorer la chimie ; c’est au contraire un atout dans son jeu et il ne risquera pas d’avoir l’esprit faussé par les théories modernes sur la constitution de la matière. La chimie, telle que nous la concevons à l’époque actuelle, peut sans doute jouer un rôle utile en biologie et parfois en thérapeutique, mais quant au reste je lui dénie tout intérêt. Son rôle pendant l’accomplissement du Grand-Œuvre ne vaut guère plus que celui de la chaisière pendant le Saint Sacrifice de la Messe ! Je crois que sa connaissance constitue plutôt un obstacle à la perception claire des buts et des méthodes de l’alchimie. » Tout commentaire affaiblirait la portée de cette opinion particulièrement autorisée.

V. – Simples aperçus sur le Grand Œuvre

En résumé, dans l’œuvre métallique, l’artiste utilise comme agent – et c’est par là qu’il se différencie le plus profondément du chimiste – une énergie vivante et universelle qu’il n’est pas utile de préciser pour l’instant. Comme substrat, il se sert d’une substance purifiée, ranimée par cette énergie universelle et portée progressivement par lui au degré requis pour opérer la transmutation ou réincruder le composé humain.

Dans l’Œuvre spirituel, même processus : purification, simplification, descente de l’Esprit (non plus universel ou cosmique mais divin). Ce qui constitue le véritable et définitif « baptême de feu » dont parlait St Jean-Baptiste et que le Verbe de Dieu peut seul conférer.

Non seulement la description de l’œuvre physique s’adapte strictement aux phases de l’Œuvre spirituel, mais il est possible de tirer d’une description de l’Œuvre spirituel une adaptation parfaite à l’œuvre physique (pourvu qu’on ait de l’un ou de l’autre un peu plus qu’une connaissance simplement livresque et superficielle).

La première partie de l’Apocalypse de Jean s’adresse « aux Sept Églises qui sont en Asie » et promettent au « vainqueur », entre autres récompenses, « les fruits de l’Arbre de Vie », « la Manne cachée et le caillou blanc où est écrit un nom nouveau », « l’Etoile du Matin », etc., autant de symboles voilant des réalités qui, pour être « spirituelles » n’en sont pas moins précises et fort peu nuageuses.

Or, fait digne de méditation, tout ceci a ses palpables correspondances dans l’Alchimie élémentaire, où l’œuvrant s’adresse « aux sept métaux qui sont en la terre » et où le « vainqueur du dragon » doit aussi trouver successivement l’arbre de vie (qui pourrait être le Mercuredes Sages), la manne cachée, l’étoile du matin, et ainsi de suite.

Ceux qui sont familiarisés avec l’hermétisme comprendront parfaitement ce dont il s’agit et nous sauront gré d’en remettre l’interprétation à des temps meilleurs.
Quant aux autres, nous ne leur conseillons nullement de se livrer aux difficiles travaux de l’Œuvre, s’ils ne se sentent intérieurement appelés. C’est ici le lieu de citer l’avertissement qui clôt la lettre d’invitation aux Noces chimiques, de Valentin Andreae :

Examine-toi toi-même.
Si tu ne t’es pas purifié assidûment
Les Noces te feront dommage.
Malheur á qui s’attarde là-bas.
Que celui qui est trop léger s’abstienne.

Avertissement qui rappelle, non fortuitement, l’épisode évangélique du convive qui n’avait pas revêtu son habit de noces et qui est rejeté « dans les ténèbres extérieures où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (17) (Matthieu XXII).

Tout ce qui peut être dit sur la partie matérielle de l’Œuvre l’a été par les vrais adeptes, aussi complètement que possible. Ils ont seulement réservé ou décrit par énigmes lés travaux préparatoires, leur feu vivant et le nom de la matière brute d’où proviendra la pierre des philosophes. Ceux qui se sentent l’inspiration de travailler dans cette voie doivent s’adresser à eux et non à nous. Il nous suffira de leur donner quelques conseils très simples ou plutôt de les leur rappeler :

1° La vie minérale n’est pas une figure de rhétorique ; le minéral a sa fleur, son fruit, son temps de maturité.

2° Les opérations alchimiques sont – matériellement – simples. Parfois d’autant plus simples que leur description se fait plus compliquée.

3° Les conditions de temps et de température jouent un rôle capital. Comme les « vitamines » des aliments, les ferments métalliques se détruisent si la température dépasse le régime de cuisson requis.

4° Que l’inquisiteur de science se défie des petites recettes, qui traînent dans tant de bouquins : la Voie de l’Universel est universelle. Ce n’est pas que de telles recettes soient sans enseignement, mais elles ne valent que rapportées à la recherche de la voie, comme sujets de réflexions sur la marche de la nature et le sens de ses opérations.

5° Comme le dit Jacob, l’artiste doit préparer lui-même ses instruments de travail et purifier lui-même – précautionneusement – ses matières.

6° Une seule matière est la vraie matière. Une autre cependant est matière adjuvante. C’est là le nœud d’un problème délicat à résoudre et impossible à éluder.

7° L’alchimiste n’est pas un magiste. Et le feu qu’il emploie pour son œuvre n’est pas, malgré l’opinion de certains modernes, son propre « astral ». C’est cependant un feu « astral » si on l’envisage à un certain point de vue. Rien d’alchimique ne se fait sans lui, rien de chimique ne se fait avec lui. Connaître ce feu est aussi nécessaire avant de rien entreprendre que connaître ou soupçonner quelle est la matière.

8° Ne pas s’hypnotiser sur des questions de terminologie. Sous les étiquettes des termes de l’art se cachent des réalités fixes. Si certains ont changé les étiquettes, les réalités qu’ils désignent sont toujours semblables à elles-mêmes et c’est leur connaissance qui importe. Dans sa Révélation alchimique, concise mais assez explicite, Jacob dit (§§ 15 et Ì6) : « Toutes choses ont trois principes : le soufre, le sel, le mercure des sages. Tous trois forment l’Azoth vivant qui est le quatrième principe. Ces trois principes sont extraits de la matière première par l’Azoth des Sages. Cet Azoth est attiré des cieux par la glaise rouge, appelée Adama, là où la rosée est neutralisée par les vapeurs souterraines. » C’est un bel exemple de piège terminologique ! Éventer ce piège porte en soi sa précieuse récompense.

9° Il y a deux voies : la voie sèche ou voie abrégée, et la voie humide. La plus longue n’est pas moins riche en enseignements que la plus courte. La plupart des auteurs les mélangent assez inextricablement.

10° Dans la véritable Alchimie des Rose-Croix, un axiome doit être médité soigneusement : « Le grand Arcane est un esprit céleste descendant du soleil, de la lune et des étoiles, qui est rendu parfait dans l’objet saturnin par une cuisson continuelle jusqu’à ce qu’il ait atteint le degré de sublimation et la puissance nécessaire pour transformer les métaux vils en or. Cette opération s’accomplit au moyen du feu hermétique. La séparation du subtil et du grossier doit se faire avec soin, en ajoutant continuellement de l’eau ; car plus les matériaux sont terrestres, plus ils doivent être dilués pour être rendus mobiles. Continuez ce procédé jusqu’à ce que l’âme séparée soit réunie de nouveau au corps. »

Tout le processus est donc de séparer et de rassembler : corporiser l’esprit et spiritualiser le corps, ce, l’un par l’autre. Et l’Alchimie spirituelle procède de la même méthode. C’est pourquoi Jésus nous dit d’élever notre âme vers Dieu par la prière et de la réincorporer derechef par l’exercice de la charité, afin que nous devenions « un », comme il est « un » avec le Père.

11° La théorie précède la pratique et l’accompagne. La pratique ne supplée point à la théorie mais la démontre ou la condamne. Qui pratique sans une connaissance suffisante des principes et des méthodes risque fort de mourir dans la peau d’un souffleur. L’analyse spagyrique des métaux – comme par exemple la donne Roger Bacon – les notions essentielles de soufre, de sel, de mercure, de feu, et ainsi de suite doivent être étudiées et méditées avec assiduité, jusqu’à compréhension suffisante, avant tout travail vraiment utile.

12° Observez la nature !… Conseil souvent donné et rarement suivi. De même que celui-ci qui lui est analogue : L’art doit commencer son œuvre au point où la nature laisse la sienne. IÌ faut donc ouvrir ses yeux et regarder autour de soi. La terre enseigne quelque chose. La voûte étoilée aussi… Quel bon alchimiste pourrait faire un jardinier intelligent et pieux !

13° Les herbiers n’apprennent rien. Les métaux morts non plus. Une mine, fut-elle abandonnée, vaut dix laboratoires ; une promenade en forêt est parfois plus profitable à l’intellect et à l’âme que dix salles de musée. Il y a aussi une Alchimie esthétique : comment un beau clair de lune, une aurore roséeuse profitent à l’esprit et au cerveau sont un grave sujet de méditation !

14° L’œuvre métallique et les préparations spagyriques ont quelque analogie dans certaines opérations (en particulier dans le processus de la voie humide). Il y a toutefois des différences irréductibles entre ces deux sortes de travaux. Celui qui s’exerce à comprendre et à manipuler spagyriquement, comme préface ou préparation à ses travaux sur les métaux n’a pas tort, mais à la condition de se souvenir que tirer la quintessence d’un mixte est chose différente de tirer l’Elixir de la matière. C’est tout au plus une moitié de l’Œuvre.

15° Evitez-vous des complications superflues et des dangers possibles en laissant au mercure vulgaire son emploi le plus utile, qui est, sans conteste, de remplir la boule des thermomètres.

16° Travailler sur le vrai sujet et de la juste façon entraîne à un certain moment des dangers signalés, plus ou moins ouvertement, par les auteurs sérieux. Sachez que les connaissances les plus étendues en chimie ordinaire ne vous permettent pas de les prévoir et d’y parer. Fiez-vous plutôt à l’aide et à l’inspiration du Ciel : Orare et Laborare !

17° Etudiez les vieux auteurs et n’acceptez pas sans réserve les propos des spagyristes des dix-septième et dix-huitième siècles. Lisez et relisez sans découragement et avec simplicité. N’étudiez pas un hermétiste médiéval avec une mentalité de scientiste du vingtième siècle. Souvenez-vous parfois qu’on peut être d’autant plus hyperbolique qu’on serre de plus prés la réalité opératoire.

18° Négligez les fantaisies des occultistes modernes : Ni « l’électricité magnétisée» d’Eliphas Lévi, ni la « pile électrique» de Stanislas de Guaita, ni la « Volonté du Mage » de Jollivet-Castelot première manière, ne provoqueront jamais la moindre transmutation alchimique.

19° Les grandes époques de foi – et d’art – furent les époques bénies de l’Alchimie. Les époques de scepticisme marquèrent son déclin. Être alchimiste, c’est avoir la foi !

20° La Voie est étroite qui mène à la Vie ; étroite et pierreuse. Les chemins spacieux et faciles ne manquent pas pour ceux qui craignent de se blesser les pieds ou qui rêvent de faire fortune rapidement !… Le corps a faim de repos ; l’âme a soif d’épreuves. Nul n’a jamais cueilli la « rose des neiges » sans se blesser d’abord à ses épines. Comme les débuts de l’œuvre physique, les débuts de l’Œuvre spirituel sont « travaux d’Hercule », mais, comme son Mercure, l’alchimiste acquiert des forces en marchant.

21° Qui veut la Lumière, doit la demander d’abord à Dieu, le Père des Lumières. Qui veut parcourir la voie doit suivre Celui qui est La Voie. Vivre selon la vérité qu’on connaît, c’est faire descendre en soi un peu de la vérité qu’on ignore.

22° Que l’Esprit divin s’incarne dans les doubles eaux pour les glorifier, voilà tout le programme de l’Œuvre : Ignis et Azoth tibi sufficiunt, disent les Adeptes. Trouve d’abord en toi cette eau, dégage-la des superfluités et des ténèbres infernales, c’est là le travail préparatoire du véritable Grand-Œuvre. Quand cette purification qui t’incombe sera terminée, l’Esprit descendra. Mais ceci ne t’incombe pas. C’est Dieu qui choisira son heure. Tel est le vrai Grand-Œuvre, par lequel ton nom sera écrit dans le Livre de Vie. L’autre, le Grand-Œuvre physique, te sera donné par surcroît.

Les quelques remarques qui précèdent pourront, croyons-nous, rendre de menus services à ceux qui se croiraient « appelés ». Il ne dépend que de Dieu et d’eux qu’ils soient un jour « élus ». Nous n’avons pas voulu faire de ces quelques pages un « cours d’Hermétisme ».

Nous espérons avoir montré ce qu’est l’Alchimie véritable, dégagée de ses contrefaçons.

Au lecteur de juger si nous n’avons pas été trop présomptueux.

Source : http://www.esoblogs.net/6985/quest-ce-que-lalchimie/

Repost 0
Published by André Savoret - dans Alchimie
commenter cet article
25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 07:42

Le monde est aujourd’hui sans mystère : la conception rationnelle prétend tout éclairer et tout comprendre ; elle s’efforce de donner de toute chose une explication positive et logique, et elle étend son déterminisme fatal jusqu’au monde moral. Je ne sais si les déductions impératives de la raison scientifique réaliseront un jour cette prescience divine, qui a soulevé autrefois tant de discussions et que l’on n’a jamais réussi à concilier avec le sentiment non moins impératif de la liberté humaine. En tout cas, l’univers matériel entier est revendiqué par la science, et personne n’ose plus résister en face à cette revendication. La notion du miracle et du surnaturel s’est évanouie comme un vain mirage, un préjugé suranné. Il n’en a pas toujours été ainsi ; cette conception purement rationnelle n’est apparue qu’au temps des Grecs ; elle ne s’est généralisée que chez les peuples européens, et seulement depuis le XVIII° siècle. Même de nos jours bien des esprits éclairés demeurent engagés dans les liens du spiritisme et du magnétisme animal.

Aux débuts de la civilisation, toute connaissance affectait une forme religieuse et mystique. Toute action était attribuée aux dieux, identifiés avec les astres, avec les grands phénomènes célestes et terrestres, avec toutes les forces naturelles. Nul alors n’eût osé accomplir Une œuvre politique, militaire, médicale industrielle, sans recourir à la formule sacrée, destinée à concilier la bonne volonté des puissances mystérieuses qui gouvernaient l'univers. Les opérations réfléchies et rationnelles ne- venaient qu’ensuite, toujours étroitement subordonnées.

Cependant ceux qui accomplissaient l'œuvre elle-même ne tardèrent pas à s’apercevoir que celle-ci se réalisait surtout par le travail efficace de la raison et de l’activité humaine. La raison introduisit. à son tour, pour ainsi dire subrepticement, ses règles précises dans les recettes d’exécution pratique, en attendant le jour où elle arriverait à' tout dominer.

De là une période nouvelle, demi rationaliste et demi mystique, qui a précédé la naissance de la science pure. Alors fleurirent les sciences intermédiaires, s'il est permis de parler ainsi : l'astrologie, l'alchimie, la vieille médecine des vertus des pierres et des talismans, sciences qui nous semblent aujourd'hui chimériques et charlatanesques. Leur apparition a marqué cependant un progrès immense à un certain jour et fait époque dans l'histoire de l'esprit humain. Elles ont été une transition nécessaire entre l'ancien état des esprits, livrés à la magie et aux pratiques théurgiques, et l'esprit actuel, absolument positif, mais qui, même de nos jours, semble trop dur pour beaucoup de nos contemporains.

L'évolution qui s'est faite à cet égard, depuis les Orientaux jusqu'aux Grecs et jusqu'à nous, n'a pas été uniforme et parallèle dans tous les ordres. Si la science pure s'est dégagée bien vite dans les mathématiques, son règne a été plus retardé dans l'astronomie, où l'astrologie a subsisté parallèlement jusqu'aux temps modernes. Le progrès a été surtout plus lent en chimie, où l'alchimie, science mixte, a conservé ses espérances merveilleuses jusqu'à la fin du siècle dernier.

L'étude de ces sciences équivoques, intermédiaires entre la connaissance positive des choses et leur Interprétation mystique, offre une grande importance pour le philosophe. Elle intéresse également les sauvants désireux de comprendre l'origine et la filiation des idées et des mots qu'ils manient continuellement. Les artistes, qui cherchent à reproduire les œuvres de l'antiquité, les industriels, qui appliquent à la culture matérielle les principes théoriques, veulent aussi savoir quelles étaient les pratiques des anciens, par quels procédés ont été fabriqués ces métaux, ces étoffes, ces produits souvent admirables qu'ils nous ont laissés. L'étroite connexion qui existe entre la puissance intellectuelle et la puissance matérielle de l'homme se retrouve partout dans l'histoire : c'est le sentiment secret de cette connexion qui fait comprendre les rêves d'autrefois sur la toute-puissance de la science. Nous aussi, nous croyons à cette toute-puissance, quoique nous l'atteignions par d'autres méthodes.

 

 

LES SEPT METAUX ET  LES  SEPT  PLANETES

« Le monde est un animal unique, dont toutes les parties, quelle qu'en soit la distance, sont, liées entre elles d'une manière nécessaire. » Cette phrase de Jamblique le néoplatonicien ne serait pas désavouée par les astronomes et par les physiciens modernes, car elle exprime l'unité des lois de la nature et la connexion générale de l'univers. La première aperception de cette unité remonte au jour où les hommes reconnurent la régularité fatale des révolutions des astres; ils cherchèrent aussitôt à en étendre les conséquences à tous les phénomènes matériels et même moraux, par une généralisation mystique, qui surprend le philosophe, mais qu'il importe pourtant de connaître, si l'on veut comprendre le développement historique de l'esprit humain. C'était la chaîne d'or qui reliait tous les êtres, dans le langage des auteurs du moyen âge. Ainsi l'influence des astres parut s'étendre à toute chose, à la génération des métaux, des minéraux et des êtres vivants; aussi bien qu'à l'évolution des peuples et des individus. Il est certain que- le soleil règle, par le flux de sa lumière et de sa chaleur, les saisons de l'année et le développement de la vie végétale ; il est la source principale des énergies actuelles ou latentes à la surface de la terre. On attribuait autrefois le même rôle, quoique dans des ordres plus limités, aux divers astres, moins puissants que le soleil, mais dont la marche est assujettie à des lois aussi régulières. Tous les documents historiques prouvent que c'est à Babylone et en Chaldée que ces imaginations prirent naissance; elles ont. joué un rôle important dans le développement de l'astronomie, étroitement liée avec l'astrologie, dont elle semble sortie. L'alchimie s'y rattache également, au moins par l'assimilation établie entre les métaux et les planètes, assimilation tirée de leur éclat, de leur couleur et de leur nombre même.

Attachons-nous d'abord à ce dernier : c'est le nombre sept, chiffre sacré que l'on retrouve partout, dans les jours de la semaine, dans rémunération des planètes, dans celle des métaux, des couleurs, des tons musicaux.

L'origine de ce nombre paraît être astronomique et répondre aux phases de la lune, c'est-à-dire au nombre des jours qui représentent le quart de la révolution de cet astre. Le hasard fit que le nombre des astres errants (planètes), visibles à l'œil nu, qui circulent ou semblent circuler dans le ciel autour de la terre, s'élève précisément à sept : la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. A chaque jour de la semaine un astre fut attribué : les noms même des jours que nous prononçons maintenant continuent à traduire, à notre insu, cette consécration babylonienne.

Le nombre des couleurs fut pareillement fixé à sept ; cette classification arbitraire a été consacrée par Newton, et elle est venue jusqu'aux physiciens de notre temps. Elle remonte à une haute antiquité. Hérodote rapporte que la ville d'Ecbatane (Clio, 98) avait sept enceintes, peintes chacune d'une couleur différente. : la dernière était dorée; celle qui la précédait, argentée. C'est, je crois, la plus ancienne mention qui établisse une relation du nombre sept avec les couleurs et les métaux. La ville fabuleuse des Atlantes, dans le roman de Platon, est pareillement entourée par des murs concentriques, dont les derniers sont revêtus d'or et d'argent; maïs on n'y retrouve pas le mystique nombre sept.

Ce même nombre était aussi, nous l'avons dit, caractéristique des astres planétaires. D'après M. François Lenormant, les inscriptions cunéiformes mentionnent les sept pierres noires, adorées dans le principal temple d'Ouroukh en Chaldée, bétyles personnifiant les sept planètes. C'est au même symbolisme que se rapporte, sans doute, un passage du roman de Philostrate sur la vie d'Apollonius de Tyane (III, 41), passage dans lequel il est question de sept anneaux donnés à ce philosophe par le brahmane Iarchas.

Entre les métaux et les planètes le rapprochement résulte, non seulement de leur nombre, mais surtout de leur couleur. Les astres se manifestent à la vue avec des colorations sensiblement distinctes : Suus cuique color est,  dit Pline (II, xvi). La nature diverse de ces couleurs a fortifié le rapprochement des planètes et des métaux. C'est ainsi que l'on conçoit aisément l'assimilation de l'or, le plus éclatant et le roi des métaux, avec la lumière jaune du soleil, le dominateur du ciel. La plus ancienne indication que l'on possède à cet égard se trouve dans Pindare. La cinquième ode des Isthméennes débute par ces mots : « Mère du soleil, Thia, connue sous beaucoup de noms, c'est à toi que les hommes doivent la puissance prépondérante de l'or. »

Dans Hésiode, Thia est une divinité, mère du soleil et de la lune, c'est-à-dire génératrice des principes de la lumière (Théogonie, 371-374). Un vieux socialiste commente ces vers en disant : « De Thia et d'Hypérion vient le soleil, et du soleil l'or. A chaque astre une matière est assignée : au Soleil For, à la Lune l'argent, à Mars le fer, à Saturne le plomb, à Jupiter l'électrum, à Hermès l'étain, à Vénus le cuivre1 » Cette scolie remonte à l'époque alexandrine. Elle reposait, à l'origine, sur des assimilations toutes naturelles.

En effet, si la couleur jaune et brillante du soleil rappelle celle de l'or :

orbem Per duodena régit muadi sol aureus astra 2,

la blanche et douée lumière de la lune a été de tout temps assimilée à la teinte de l'argent. La lumière rougeâtre de la planète Mars, igneus d'après Pline, diaprés les alchimistes, a rappelé de bonne heure celle, du sang et celle du fer, consacrés à la divinité du même nom. C'est ainsi que Didyme, dans un extrait de son commentaire sur l'Iliade (I. V), commentaire un peu antérieur à Père chrétienne, parle de Mars, appelé l'astre du fer. L'éclat bleuâtre de Vénus, l'étoile du soir et du matin, rappelle pareillement la teinte des sels de cuivre, métal dont le nom même est tiré de celui de l'Ile de Chypre, consacrée à la déesse Cypris, nom grec de Vénus. De là le rapprochement fait par la plupart des auteurs. Entre la teinte blanche et sombre du plomb et celle de la planète Saturne, la parenté est plus étroite encore, et elle est constamment invoquée depuis l'époque alexandrine. Les couleurs et les métaux assignés à Mercure « l'étincelant » (, radians, d'après Pline) et à Jupiter « le resplendissant » () ont varié davantage, comme je le dirai tout à l'heure.

Toutes ces attributions sont liées étroitement à l'histoire de l'astrologie et de l'alchimie. En effet, dans l'esprit des auteurs de l'époque alexandrine, ce ne sont pas là de simples rapprochements ; mais il s'agit de la génération même des métaux, supposés produits sous l'influence des astres dans le sein de la terre.

Proclus, philosophe néoplatonicien du Ve siècle de notre ère, dans son commentaire sur le Timée de Platon, expose que « l'or naturel et l'argent et chacun des métaux, comme chacune des autres substances, sont engendrés dans la terre, sous l'influence des divinités célestes et de leurs effluves. Le Soleil produit l'or ; la Lune, l'argent ; Saturne, le plomb, et Mars, le fer. »

L'expression définitive de ces doctrines astrologico-chimiques et médicales se trouve dans l'auteur arabe Dimeschqî, cité par Chwolson (Sur les Sabéens, t. II, p. 380, 396, 411, 544). D'après cet écrivain, les sept métaux sont en relation avec les sept astres brillants, par leur couleur, leur nature et leurs propriétés : ils concourent à en former la substance. Notre auteur expose que, chez les Sabéens, héritiers des anciens Chaldéens, les sept planètes étaient adorées comme des divinités ; chacune avait son temple et, dans le temple, sa statue, faite avec le métal qui lui était dédié. Ainsi le Soleil avait une statue d'or ; la Lune, une statue d'argent; Mars, une statue de fer; Vénus, une statue de cuivre; Jupiter, une statue d'étain; Saturne, une statue de plomb. Quant à la

planète Mercure, sa statue était faite avec un assemblage de tous les métaux, et dans le creux ou versait une grande quantité de mercure. Ce sont là des contes arabes, qui rappellent les théories alchimiques sur les métaux et sur le mercure, regardé comme leur matière première. Mais ces contes reposent sur de vieilles traditions défigurées, relatives à l'adoration des planètes à Babylone et en Chaldée, et à leurs relations avec les métaux.

Il existe, en effet, une liste analogue dès le second siècle de notre ère : on la trouve dans un passage de Celse, cité par Origène (Opera, t. I, p. 646 ; Contra Celsum, I. VI, 22; édition de Paris, 1733). Celse expose la doctrine des Perses et les mystères mithriaques, et il nous apprend que ces mystères étaient exprimés par un certain symbole, représentant les révolutions célestes et le passage des âmes à travers les astres. C'était un escalier, muni de sept portes élevées, avec une huitième au sommet.

La première porte est de Plomb ; elle est assignée à Saturne, la lenteur de cet astre étant; exprimée par la pesanteur du métal3.

La seconde porte est d'étain ; elle est assignée à Vénus, dont la lumière rappelle l'éclat et la mollesse de ce corps.

La troisième porte est d'airain, assignée à Jupiter, à cause de la résistance du métal.

La quatrième porte est de fer, assignée à Hermès, parce que ce métal est utile au commerce, et se prête à toute espèce de travail.

La cinquième porte, assignée à Mars, est formée par un alliage de cuivre monétaire, inégal et mélangé.

La sixième porte est d'argent, consacrée à la Lune.

La septième porte est d'or, consacrée au Soleil ; ces deux métaux répondant aux couleurs des deux astres.

Les attributions des métaux aux planètes ne sont pas ici tout à fait les mêmes que chez les néoplatoniciens et les alchimistes. Ils semblent répondre à une tradition un peu différente et dont on retrouve ailleurs d'autres traces. En effet, d'après Lobeck (Aglaophamus, p. 936, 1829), dans certaines listes astrologiques, Jupiter est de même assigné à l'airain, et Mars au cuivre.

On rencontre la trace d'une diversité plus profonde et plus ancienne encore dans une vieille liste alchimique, reproduite à la fin de plusieurs manuscrits, et où le signe de chaque planète est suivi du nom du métal et des corps dérivés ou congénères.

La plupart des planètes répondent aux mêmes métaux que dans les énumérations ordinaires, à l'exception de la planète Hermès, à la suite du signe de laquelle se trouve le nom de l'émeraude. Or, chez les Egyptiens, d'après Lepsius, la liste des métaux comprenait, à côté de l'or, de l'argent, du cuivre et du plomb, les noms des pierres précieuses, telle que le mafek ou émeraude et le chesbet ou saphir, corps assimilés aux métaux, à cause de leur éclat et de leur valeur4. Il y a là le souvenir de rapprochements très différents des nôtres, mais que l'humanité a regardés autrefois comme naturels, et dont la connaissance est nécessaire pour bien concevoir les idées des anciens. Toutefois l'assimilation des pierres précieuses aux métaux a disparu de bonne heure, tandis que l'on a pendant longtemps continué à ranger dans une même classe les métaux purs, tels que l'or, l'argent, le cuivre et certains de leurs alliages, par exemple l'électrum et l'airain. De là des variations importantes dans les signes des métaux et des planètes.

Retraçons l'histoire de ces variations ; il est intéressant de la décrire pour l'intelligence des vieux textes.

Olympiodore, néoplatonicien du VIe siècle, attribue le plomb à Saturne; l'électrum, alliage d'or et d'argent, regardé comme un métal distinct, à Jupiter ; le fer à Mars, l'or au Soleil, l'airain ou cuivre à Vénus, l'étain à Hermès (planète Mercure), l'argent à la Lune. Ces attributions sont les mêmes que celles du scoliaste de Pindare cité plus haut; elles répondent exactement et point pour point à une liste initiale du manuscrit alchimique de Saint-Marc, écrit au xi° siècle, et qui renferme des documents très anciens.

Les symboles alchimiques consignes dans les manuscrits comprennent les métaux suivants, dont l'ordre et les attributions sont constants pour la plupart.

  L'or correspondait au. Soleil, relation que j'ai exposée plus haut. Le signe de l'or est presque toujours celui du soleil, et il est déjà exprimé ainsi, dans les papyrus de Leide.

  L'argent correspondait à la Lune et était exprimé toujours par le même signe planétaire.

  L'électrum, alliage d'or et d'argent, était réputé un métal particulier chez les Egyptiens, qui le désignaient sous le nom d'asem, nom qui s'est confondu plus tard avec le mot grec asemon, argent non marqué. Cet alliage fournit à volonté, suivant les traitements, de For ou de l'argent. 11 est décrit par Pline, et il fut regardé jusqu'au temps des Romains comme un métal distinct. Son signe était celui de Jupiter/attribution que nous trouvons déjà dans Zosime, auteur alchimique du m6 ou IVe siècle de notre ère.

Quand l'électrum disparut de la liste des métaux, son signe fut affecté à l'étain, qui jusque-là répondait à la planète Mercure (Hermès). Nos listes alchimiques portent la trace de ce changement5. En effet, la liste du manuscrit de Venise porte (fol. 6) : « Jupiter, resplendissant électrum. » Et ces mots se retrouvent, toujours à côté du signe planétaire, dans le manuscrit 2327 de la Bibliothèque nationale de Paris (fol. 17 recto, ligne -16), la première lettre du mot Zeus figurant sous deux formes différentes (majuscule et minuscule). Au contraire, un peu plus loin, dans une autre liste du dernier manuscrit (fol. 18 verso, ligne 5), le signe de Jupiter est assigné à l'étain.

4° Le plomb correspondait à Saturne : cette attribution n'a éprouvé aucun changement, quoique le plomb ait plusieurs signes distincts dans les listes.

Le plomb était regardé par les alchimistes égyptiens comme le générateur des autres métaux et la matière première de la transmutation. Ce qui s'explique par ses apparences, communes à divers autres corps.

En effet, ce nom s'appliquait, à l'origine, à tout métal ou alliage métallique blanc et fusible; il embrassait l'étain (plomb blanc et argentin, opposé au plomb noir ou plomb proprement dit, dans Pline) et les nombreux alliages qui dérivent de ces deux métaux, associés entre eux et avec l'antimoine, le zinc, le nickel, le bismuth, etc. Les idées que nous avons aujourd'hui sur les métaux simples ou élémentaires, opposés aux métaux composés ou alliages, ne se sont dégagées que peu à peu dans le cours des siècles. On conçoit d'ailleurs qu'il en ait été ainsi, car rien n'établit à première vue une distinction absolue entre ces deux groupes de corps. .

5° Le fer correspondait à Mars. Cette attribution est la plus ordinaire. Cependant dans la liste de Celse le fer répond à la planète Hermès.

Le signe même de la planète Mars se trouve parfois donné à l'étain dans quelques-unes des listes. Ceci rappelle encore la liste de Celse qui assigne à Mars l'alliage, monétaire. Mars et le fer ont deux signes distincts, quoique communs au métal et à la planète, savoir : une flèche avec sa pointe, et un , abréviation du mot , nom ancien de la planète Mars, parfois même avec adjonction d'un , abréviation de , « l'enflammé », autre nom ou épithète de Mars.

6° Le cuivre correspondait à Vénus, ou Cypris, déesse de l'île de Chypre, où l'on trouvait des mines de ce métal, déesse assimilée elle-même à Hathor,1a divinité égyptienne multicolore, dont les dérivés bleus, verts, jaunes et rouges du cuivre rappellent les colorations diverses.

Toutefois la liste de Celse attribue le cuivre à Jupiter et l'alliage monétaire à Mars. La confusion entre le fer et le cuivre, ou plutôt l'airain, aussi attribués à la planète Mars, a existé autrefois; elle est attestée par celle de leurs noms : le mot oes, qui exprime l'airain en latin, dérive du sanscrit ayas, qui signifie le fer6. C'était sans doute, dans une haute antiquité, le nom du métal des armes et des outils, celui du métal dur par excellence.

7° L'étain correspondait d'abord à la planète Hermès ou Mercure. Quand Jupiter eut changé de métal et fut affecté à l'étain, le signe de la planète primitive de ce métal passa au mercure.

La liste de Celse attribue l'étain à Venus, ce qui rappelle aussi l'antique confusion du cuivre et du bronze (airain, alliage d'étain).

8° Mercure. Le mercure, ignoré, ce semble, des anciens Egyptiens; mais connu à l'époque alexandrine, fut d'abord regardé comme une sorte de contre argent et représenté par le signe de la lune retourné. Il n'en est pas question dans la liste de Celse (IIe siècle). Entre le VIe siècle (liste Olympiodore le philosophe, citée plus haut) et le VIIe siècle de notre ère (liste de Stephanus d'Alexandrie, qui sera donnée tout à l'heure), le mercure prît le signe de la planète Hermès, devenu libre par suite des changements d'affectation relatifs à Pétain.

Ces attributions nouvelles et ces relations astrologico-chimiques sont exprimées dans le passage suivant de Stephanus : « Le démiurge plaça d'abord Saturne, et vis-à-vis le plomb, dans la région la plus élevée et la première; en second lieu, il plaça Jupiter vis-à-vis de l'étain, dans la seconde région; il plaça Mars le troisième, vis-à-vis le fer, dans la troisième région; il plaça le Soleil le quatrième, et vis-à-vis For, dans la quatrième région; il plaça Vénus la cinquième, et vis-à-vis le cuivre, dans la cinquième région ; il plaça Mercure le sixième, et vis-à-vis le vif-argent, dans la sixième région; il plaça la Lune la septième, et vis-à-vis l'argent, dans la septième et dernière région7. » Dans le manuscrit, au-dessus de chaque planète, ou de chaque métal, se trouve son symbole. Mais, circonstance caractéristique, le symbole de la pianote Mercure et celui du métal ne sont pas encore les mêmes, malgré le rapprochement établi entre eux, le métal étant toujours exprimé par un croissant retourné. Le mercure et l'étain ont donc chacun deux signes différents dans nos listes, suivant leur époque.

Voilà les signes fondamentaux des corps simples ou radicaux, comme nous dirions aujourd'hui.

Ces signes sont le point de départ de ceux d'un certain nombre de corps, dérivés de chaque métal et répondant aux différents traitements physiques ou chimiques qui peuvent en changer Fêtât ou l'apparence.

Tels sont : la limaille, la feuille, le corps calciné ou fondu, la soudure, le mélange, les alliages, le minerai, la rouille ou oxyde. Chacun de ces dérivés possède dans les listes des manuscrits un signe propre, qui se combine avec le signe du métal, exactement comme on le fait dans la nomenclature chimique de nos jours.

Les principes généraux de ces nomenclatures on donc moins changé qu'on ne serait porté à le croire, l'esprit humain procédant suivant des règles et des systèmes de signes qui demeurent à peu près les mêmes dans la suite des temps. Mais il convient d'observer que les analogies fondées sur la nature des choses, c'est-à-dire sur la composition chimique, démontrée par la génération réelle des corps et par leurs métamorphoses réalisées dans la nature ou dans les laboratoires, ces analogies, dis-je, subsistent et demeurent le fondement de nos notations scientifiques ; tandis que les analogies chimiques d'autrefois entre les planètes et les métaux, fondées sur des idées mystiques sans base expérimentale, sont tombées dans un juste discrédit. Cependant leur connaissance conserve encore de l'intérêt pour l'intelligence des vieux textes et pour F histoire de la science.

Repost 0
Published by Berthelot - dans Alchimie
commenter cet article
25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 07:36

Préface de l'auteur

La connaissance précieuse ne sera pas obtenue tant que l'âme n'aura pas assiégé, conquis et abattu le mal, ayant ainsi gagné la couronne de fleurs du Chevalier, que la Chasteté gracieuse et vierge pose sur le front du champion du Christ, après sa victoire. Alors la connaissance merveilleuse montera, mais sans la perfection.

Le premier point

Du Sang et de l'Eau de l'Ame

1. Tout ce qui est substance et tangible est dans ce monde. Etant donné que l'âme n'est ni une substance ni une entité en ce monde, ni son sang et ni son eau ne sont substance ou entité dans ce monde.

2. Il est certain que l'âme, avec son sang et son eau, réside dans le sang et dans l'eau extérieurs; mais sa substance est magique. Car l'âme est aussi un feu magique, et son image ou forme est créée dans la lumière (par la force de son propre feu et de sa propre lumière) émanant du feu magique; et pourtant celle-ci est une image véritable de chair et de sang, mais non pas dans son état original.

3. Comme la sagesse de Dieu a un être et cependant existe: la sagesse n'est pas un être. Ainsi l'âme avec son image possède une existence, et pourtant celle-ci, l'âme, n'est qu'un feu magique, mais sa subsistance prend sa source dans sa substance.

4. De même qu'un feu a besoin de substance pour brûler, ainsi le feu magique de l'âme a la chair, le sang, et l'eau. Il n'y aurait point de sang si la teinture du feu et de la lumière n'étaient point de l'eau. Cette teinture est l'entité ou la vie de la sagesse (qui a en elle toutes les formes de la Nature), et est l'autre feu magique.

5. Car elle donne toutes les couleurs; et de sa forme émane l'énergie divine de la nature douce de la lumière (c'est-à-dire: selon la propriété de la lumière qui est en elle); et selon la propriété du feu qui est en elle; elle est une subtilité de la transmutation. Elle peut mener toute chose à son degré le plus élevé; bien qu'elle ne soit pas un esprit vivant, mais l'entité suprême.

6. Ainsi, la teinture est la même entité dans l'eau, et elle introduit en cette dernière, les propriétés du feu et de la lumière, avec toutes les forces de la Nature par lesquelles elle transforme l'eau en sang; et ceci elle le fait dans l'eau extérieure et aussi bien que dans l'eau intérieure, de même qu'elle le fait au sang extérieur et intérieur.

7. Le sang intérieur de l'état de la substance divine est également magique; car c'est la Magie qui le transforme en substance. C'est le sang spirituel, que la nature extérieure ne peut atteindre (rügen), que par imagination. L'imagination intérieure introduit la volonté extérieure dans le sang intérieur, par ce processus, le sang et la chair de l'état de la substance divine sont corrompus, et la noble image de la ressemblance avec Dieu est éclipsée.

8. Le sang et la chair de l'âme résident dans le plus haut mystère, car ils sont l'état de la substance divine. Et lorsque le sang et la chair extérieurs meurent, ils tombent dans le mystère extérieur, et le mystère extérieur tombe dans le mystère intérieur.

9. Et chaque feu magique a son éclat et son obscurité en soi-même; ce qui cause la désignation d'un jour final de séparation: lorsque tous devront passer à travers un feu et seront éprouvés, ce qui déterminera ceux qui seront aptes, et ceux qui ne le seront pas. Alors toute chose retournera dans sa propre magie, et sera alors comme elle était depuis l'éternité.


Le deuxième point.

De l'élection de la grâce.
Du bien et du mal.

1.      Dieu seul, depuis l'éternité est tout. Son essence se divise en trois distinctions éternelles. La première est le monde-feu, la seconde est le monde des ténèbres, et la troisième est le monde-lumière. Et pourtant, il n'y a qu'une seule essence, l'une dans l'autre; mais l'une n'est pas l'autre.

2. Les trois distinctions sont pareillement éternelles et sans limites, ni ne sont restreintes ni dans le temps ni dans l'espace. Chaque distinction s'enferme en elle-même dans un être; et sa qualification est en accord avec sa propriété, et dans cette qualification réside aussi son désir, comme le centrum naturae (centre de la nature).

3. Et le désir est sa création, car le désir crée l'être où il n'y en avait point, et cela dans l'essence du désir, selon la propriété du désir. Et l'ensemble n'est qu'une Magia, ou la faim pour l'état d'être.

4. Chaque forme crée un être dans son désir; et chaque forme se remplit du miroir de sa propre clarté, et a sa vision dans son propre miroir. Sa vision est une ténèbre pour un autre mirroir, et sa forme est cachée pour un autre œil; mais dans la sensation, il y a une différence.

5. Car chaque forme dérive sa sensation de l'état originel des trois formes de la Nature, à savoir: l'aigre, l'amer et l'angoisse; et pourtant, dans ces trois formes, il n'y a aucune souffrance en soi, mais le feu y cause la douleur que la lumière transforme à nouveau en douceur.

6. La vraie vie est enracinée dans le feu; il y a un lien entre la lumière et les ténèbres. Ce lien est le désir avec tout ce dont il se remplit; c'est pour cela que le désir appartient au feu, et que sa lumière brille de ce feu. Cette lumière est la forme, pou la vue, de cette vie; et la substance introduite dans le désir est le bois à brûler dont le feu brûle, qu'il soit dur ou tendre; c'est aussi son royaume de paradis ou d'enfer.

7. La vie humaine est le lien entre la lumière et les ténèbres; elle brûlera dans celle à laquelle elle s'abandonnera. Si elle s'abandonne au désir de l'essence, elle brûlera dans l'angoisse, dans le feu des ténèbres.

8. Mais si elle s'abandonne à un néant, elle sera sans désir et tombera dans le feu de la lumière; et ainsi brûlera sans douleur; car elle n'apporte à son feu aucun combustible qui pourrait alimenter un feu. Comme il n'y a aucune douleur en elle, ni que la vie ne reçoit pas de souffrance, car elle (la vie) n'en contient aucune en elle-même; elle (la vie humaine) tombera dans la Magia première, qui est Dieu dans sa triade.


9. Lorsque naît la vie, celle-ci possède tous les trois mondes en elle. Elle sera contenue dans le monde auquel elle s'unira et c'est de ce feu qu'elle brûlera.

10. Car, lorsque la vie s'enflamme, elle est attirée par tous les trois mondes; et ils se meuvent dans l'essence, comme dans le premier feu qui s'enflamme. Quelle que soit l'essence que la vie, dans son désir, choisisse et reçoive; c'est de ce feu qu'elle brûlera.

11. Si la première essence dans laquelle la vie s'enflamme est bonne, alors le feu est aussi plaisant et bon. Mais si celle-ci est mauvaise et obscure, qu'il consiste d'une propriété de violente furie, alors le feu sera aussi un feu-furie, et il aura un désir correspondant, se conformant à la propriété de ce feu.

12. Chaque imagination désire seulement une essence pareille à elle-même et de la nature dont elle naquit originellement.

13. Actuellement, la vie de l'homme est pareille à une roue dont bientôt le point le phus bas deviendra le point le plus haut. Elle s'enflamme à chaque essence et se souille de chaque essence. Mais elle se baigne dans le mouvement du cœur de Dieu, une eau de gentillesse; et de cet endroit, elle est capable d'introduire un état de substance dans son feu-vie. L'élection de Dieu ne dépend pas de la première essence.

14. Car la première essence n'est que le Mysterium pour une vie; et la première vie ainsi que le feu dont elle s'enflamme, appartient au Mysterium dont elle a pris l'essence; que cette essence soit entièrement violente, ou une essence mixte, ou une essence de lumière en accord avec le monde-lumière.

15. La propriété dans laquelle la vie prend ascension est aussi celle dont brûlera sa lumière. Cette vie n'a pas d'élection et aucun jugement ne sera porté sur elle; car elle tient de sa propre condition primitive, et porte son jugement en elle-même. Elle se sépare de toute autre source (Qual); car elle ne brûle que de sa propre source, de son propre feu magique.

16. L'élection est en rapport avec ce qui est introduit, qui peut appartenir à la lumière, soit aux ténèbres. Car selon que ce qui est introduit appartienne à une propriété ou à une autre, ainsi sera aussi la volonté de sa vie. C'est ici que l'on peut savoir si elle est d'une nature de violente furie, ou d'une essence d'amour. Aussi longtemps qu'elle brûle d'un seul feu, elle est abandonnée par l'autre; et l'élection du feu dans lequel elle brûle se transmet à la vie, par ce même feu aussi longtemps qu'elle reste dans ce feu.

17. Mais si la volonté de ce feu (comme le punctum volant) plonge dans un autre feu et s'y enflamme, elle pourra allumer de ce feu la vie entière, et pourra rester dans ce feu.

18. Alors la vie renaît, soit au monde des ténèbres ou à celui de la lumière, (selon le monde dans lequel la volonté s'est enflammée), et alors surgit une autre élection. Et voila la raison pour laquelle Dieu tolère que l'homme enseigne, et il en est de même du diable. Chacun d'eux désire que la vie plonge dans son propre feu et s'y allume d'elle-même. Et ainsi l'un des mysterium saisit l'autre.


Le troisième point

Du péché.
De ce qu'est le péché et pourquoi c'est péché



1. Une chose qui est Une n'a ni commandement, ni loi. Mais si cette chose se mélange à une autre, il en résulte deux êtres distincts, existant comme un seul, mais aussi deux volontés, l'une opérant à l'encontre de l'autre. Voilà l'origine de l'opposition ou de l'inimitié.

2. Considérons l'opposition à Dieu. Dieu est Un et bon; sans aucune souffrance ou qualité limitée (Qual); et bien que toute source ou qualité (Qual) soit en Lui, Il n'est pas encore manifesté. Car le bien a absorbé le mal, le contraire de soi-même, et le garde enfermé dans le bien, tel un prisonnier; car le mal sera l'une des causes de la vie et de la lumière, mais non manifestée. Pourtant, le bien meurt dans le mal, afin de pouvoir se mouvoir dans le mal, sans souffrance ni sensation, en soi-même.

3. L'amour et l'inimitié sont une seule et même chose; mais chacune réside en soi-même, ce qui en fait deux choses distinctes. La mort est la ligne de démarcation entr'elles; et pourtant la mort n'existe pas, sauf que le bien meurt au mal, comme la lumière est morte à la morsure du feu et ne sent plus le feu.

4. Nous devons donc encore expliquer le péché dans la vie humaine. Voici: la vie est Une et bonne; mais s'il existe une autre qualité à l'intérieur d'elle-même, celle-ci devient une inimitié contre Dieu, car Dieu réside dans la vie la plus élevée de l'homme.

5. Cependant, aucune existence incommensurable ne peut résider dans une existence mesurable. Car dès que la vraie vie éveille la douleur en elle-même, celle-ci n'est plus identique au néant, dans lequel il n'y a pas de douleur. C'est pourquoi, l'une se sépare immédiatement de l'autre.

6. Car le bien - ou la lumière - est comme un néant; mais si quelque chose le pénètre, alors celui-ci devient autre chose que le néant, car la chose qui le pénètre réside en elle-même, en tourment (Qual); car là où il y a quelque chose, il doit aussi y avoir aussi une qualité (Qual) qui la crée et la maintienne.

7. Considérons maintenant l'amour et l'inimitié. L'amour ne possède qu'une seule qualité et une seule volonté; celui-ci ne désire que l'objet de son amour, et rien d'autre; car le bien est seulement l'Unité, et la qualité est multiple; et la volonté humaine, qui désire de multiple choses, apporte en elle-même et dans l'Unique (où réside Dieu), le tourment de la pluralité.

8. Car le multiple est ténèbre et assombrit la vie de la lumière; et l'Unique est la lumière, car Celui-ci s'aime Soi-même et ne possède aucun désir pour le multiple.

9. La volonté de la vie doit donc être dirigée vers l'Unique (comme vers le bien), et ainsi demeurer dans une qualité unique. Mais si celle-ci imagine une autre qualité, elle se rend elle-même enceinte de cette chose qu'elle désire.

10. Et si cette chose se trouve être sans fondation éternelle; elle aura une racine périssable et fragile. Alors la chose recherchera une racine pour assurer sa préservation, afin de subsister. Car chaque vie réside dans un feu magique, et chaque feu doit avoir une substance pour pouvoir brûler.

11. Cette même chose doit créer pour elle-même une substance selon son désir afin que son feu ait un combustible pour se nourrir. Aucun feu-source ne peut subsister dans le feu libre, car ce dernier ne peut l'atteindre, n'étant lui-même qu'une chose.

12. Tout ce qui subsiste en Dieu doit être libéré de sa volonté propre. Il ne peut y avoir aucun feu individuel brûlant à l'intérieur de soi-même, car le feu de Dieu doit être son feu. Sa volonté doit être unie à Dieu, afin que Dieu et la volonté et l'esprit de l'homme ne soient qu'une seule et même chose.

13. Car ce qui est Un ne peut pas être en désaccord ou en inimitié avec soi-même, puisque ne possédant qu'une volonté. Où qu'il aille, quoiqu'il fasse, il reste Un avec soi-même.

14. Une volonté unique ne peut avoir qu'une imagination unique, et l'imagination ne créer ou ne désire que ce qui s'assimile à elle-même. C'est de cette manière que nous devons comprendre la volonté contraire.

15. Dieu réside en toute chose; et rien ne Le contient, sauf si une telle chose est Une avec Lui. Mais si celle-ci sort de l'Unité, elle sort de Dieu et entre en elle-même, et devient alors différente de Dieu, en s'en séparant elle-même. Et voici que se manifeste la Loi qui veut que toute chose doive re-sortir de soi-même pour retourner dans l'Unité ou bien rester séparée de l'Unité.

16. Et voici comment on peut savoir ce qui est péché, et pourquoi c'est péché. Lorsqu'un être humain veut se séparer lui-même de Dieu, en une existence propre, il éveille son propre Soi et brûle de son propre feu, qui n'a pas la capacité du feu divin.

17. Car toute chose que la volonté pénétrera et dont elle prendra possession sera devenue étrangère à la volonté Une de Dieu. Car tout appartient à Dieu et rien n'appartient à la volonté de l'homme. Mais si celle-ci réside en Dieu, alors tout lui appartient aussi.

18. Donc, nous reconnaissons que le désir est péché. Car celui-ci est une attirance d'une séparation de l'Unité vers le multiple et l'introduction du multiple dans l'Unité. Il voudra posséder, et pourtant devrait être sans volonté. C'est par le désir que se cherche la substance, et c'est dans la substance que le désir allume un feu.

19. Chaque feu particulier brûle selon le caractère de son être propre; et voici comment naissent la séparation et l'inimitié. Car le Christ a dit: "Celui qui n'est pas avec moi, est contre moi; et celui qui n'amasse point avec moi, dissipe au lieu d'amasser." (Luc XI,23) Car celui-ci amasse sans Christ; et tout ce qui n'est pas en Lui, est en-dehors de Dieu.

20. Nous voyons donc que l'avarice est péché; car il s'agit d'un désir extérieur à Dieu. Et nous comprenons aussi que l'orgueil est péché, car celui-ci tendra à devenir sa chose propre, en se séparant de soi-même de Dieu, comme de l'Unité.

21. Car tout ce qui réside en Dieu doit se mouvoir en Lui, dans Sa volonté. Nous voyons donc que nous sommes tous en Dieu, comme une unité répartie en de nombreux membres; il va donc à l'encontre de Dieu, celui qui se sépare des autres, en se faisant lui-même un seigneur, comme l'orgueil peut le faire. L'orgueil se fera un seigneur, et Dieu est le seul Seigneur. Il y aura donc deux seigneurs, l'un se séparant de l'autre.

22. C'est pour cela que tout ce qui désire posséder en propre est péché et une volonté contraire, même s'il s'agit du boire ou du manger. Si la volonté imagine dans cet état, elle s'en remplit et en allume le feu propre, et dès lors, un autre feu brûle dans le premier et devient une volonté contraire et une erreur.

23. C'est pourquoi nous devons cultiver, en-dehors de l'opposition, une volonté neuve, qui s'abandonnera de nouveau dans l'Unité simple; et l'opposition devra être brisée et tuée.

24. Considérons maintenant le Verbe de Dieu devenu humain. Si l'homme y place son désir, il sortira de la douleur (Qual), de son feu propre et sera un nouveau-né dans le Verbe. Et ainsi la volonté naissante résidera en Dieu; mais la volonté première restera avarice, matérialité et pluralité.

25. De même, la pluralité du corps doit être brisée, et celle-ci doit périr et se détacher de la volonté naissante, alors la volonté naissante connaîtra une nouvelle naissance. Car dans l'Unité, celle-ci réabsorbe tout en soi-même, non avec un propre désir, mais avec son propre amour - un amour qui est uni à Dieu -, afin que Dieu soit entièrement en tout, et que Sa Volonté soit la volonté de toute chose; car en Dieu n'existe qu'une seule volonté.

26. Ainsi nous découvrons que le mal doit être subordonné à la vie du bien, pour autant que la volonté se retire à nouveau du mal, de soi-même, dans le bien; car le feu de la vie est constitué de férocité.

27. Mais la vie de la volonté de la vie doit être retournée contre elle-même, en conflit; car elle doit fuir sa férocité et ne plus la vouloir. Elle ne doit plus vouloir désirer, et cependant la volonté de son feu (c'est à dire la vie de son feu) désire et doit posséder le désir. Voici donc la chose: renaître dans la volonté.

28. Chaque volonté-esprit qui reste dans le désir du feu de sa vie (comme dans l'ardeur du bois pour le feu), ou qui y pénètre et possède le terrestre, reste séparée de Dieu aussi longtemps qu'elle possède ce qui est étranger, c'est à dire le terrestre.

29. Donc nous reconnaissons comment la superfluité du boire et du manger engendre le péché. Car la volonté pure, qui se sépare du feu de la vie, est noyée dans le désir et emprisonnée, et ainsi se trouve trop faible dans le combat. Car la source du feu (ou du désir) la garde captive et la remplit d'ardent désir, de telle manière que cette même volonté dirige son imagination dans le désir.

30. De même, la volonté placée dans le désir du boire et du manger est terrestre et est séparée de Dieu. Mais la volonté qui s'échappe du feu terrestre, brûle dans le feu intérieur et est divine.

31. La volonté qui s'échappe du désir terrestre ne s'élève pas du feu terrestre. Non, elle est la volonté du feu de l'âme, qui a été capturée et cachée par le désir terrestre. Elle ne désire pas rester dans le désir terrestre, mais veut retourner dans son Unité, en Dieu, de laquelle elle trouva originellement sa source.

32. Mais si celle-ci est gardée prisonnière du désir terrestre, elle sera enfermée dans la mort et souffrira l'agonie. Voici comment comprendre le péché.


Le quatrième point.

Comment le Christ rendra le Royaume à Son Père.


1. Lors de la création du monde et de tout être, le Père se mit en mouvement selon Sa propriété, c'est-à-dire par le centre de la Nature, par le monde ténébreux et le monde-feu. Ceux-ci continuèrent leur mouvement et leur domination jusqu'au moment où le Père se déplaça selon son cœur (et le monde-lumière), et Dieu devint homme. Ensuite, l'amour régna, la lumière vainquit la propriété de violente furie du Père et guida le Père dans le Fils avec amour.

2.Puis le Fils eut domination sur ceux qui s'attachèrent à Dieu; le Saint-Esprit (qui provient du Père et du Fils) attira les hommes vers la lumière d'amour, à travers le Fils, vers Dieu le Père.

3. Mais à la fin des temps, le Saint-Esprit reviendra au Père et aussi dans la propriété du Fils et les deux propriétés deviendront actives à l'instant. L'esprit du Père se révélera dans le feu et la lumière, mais également dans la violente colère du monde des ténèbres. Alors le royaume retournera au Père. Car le Saint-Esprit doit gouverner éternellement et être un révélateur éternel dans le monde-lumière aussi bien que dans le monde des ténèbres.

4. Car les deux mondes resteront immobiles; et le Saint-Esprit, qui provient du Père et du Fils, a le droit de régner éternellement dans les deux mondes, selon la nature et la propriété de chacun de ces mondes.

5. Lui seul sera le révélateur des merveilles. Et la domination éternelle qu'Il exercera avec l'Esprit, sera rendue au Père (qui est tout), par le Fils.


Le cinquième point.

De la magie. De ce qu'est la magie.
De ce qu'est le fondement de la magie.


1. La Magie est la Mère de l'éternité, de l'être de tous les êtres; car elle se crée elle-même et son entendement réside dans le désir.

2.Elle n'est elle-même qu'une volonté et cette volonté est le grand mystère de tous les miracles et de tous les secrets; mais elle se manifeste elle-même par l'imagination de la faim du désir d'exister.

3. C'est l'état originel de la Nature. Son désir crée une image (Einbildung). Cette image ou figure est seulement la volonté du désir. Mais le désir crée dans la volonté un être semblable à ce que contient la volonté.

4. La magie véritable n'est pas un être, mais l'esprit du désir de cet être. C'est une matrice sans substance, mais qui se manifeste dans un être de substance.

5. La Magie est l'esprit, et l'être est son corps; et pourtant les deux ne font qu'un, comme l'âme et le corps ne font qu'une seule personne.

6. La Magie est le plus grand secret, car elle est supérieure à la nature et elle crée la nature selon la forme de sa volonté. Elle est le mystère du Ternaire; c'est-à-dire qu'elle réside dans le désir, dans la volonté d'aspirer vers le cœur de Dieu.

7. Elle est la puissance formatrice dans la Sagesse éternelle, étant un désir dans le Ternaire, dans lequel l'éternelle merveille du Ternaire désire se manifester en coopération avec la Nature. C'est le désir qui s'introduit dans la Nature ténébreuse, et par la Nature dans le feu, et par le feu, par la mort ou la violence, dans la lumière de la Majesté.

8. Elle n'est pas Majesté, mais le désir en Majesté. Elle est le désir du pouvoir divin, et non pas le pouvoir lui-même, mais elle est la faim ou le désir ardent du pouvoir. Elle n'est pas la Toute-Puissance de Dieu, mais l'élément directeur de la Puissance et du Pouvoir de Dieu. Le cœur de Dieu est le pouvoir, et le Saint-Esprit est la révélation du pouvoir.

9. Elle n'est néanmoins pas seulement le désir du pouvoir, mais aussi de l'esprit conducteur; car elle contient Fiat en elle-même. Ce que l'Esprit-Volonté révèle en elle, elle le manifeste comme un être par l'aigreur qui est Fiat; tout cela s'accomplit selon le modèle de la volonté. Comme la volonté forme un modèle dans la sagesse, c'est ainsi que le désir de la Magie le reçoit; car elle a l'imagination dans sa propriété comme un ardent désir.

10. L'imagination est douce et tendre, elle ressemble à l'eau. Mais le désir est dur et sec, comme la faim; il durcit ce qui est tendre et on le trouve dans toute chose, car il est le plus grand être (Wesen) dans la Déité. Il guide ce qui n'a pas de fondement vers sa fondation et ce qui n'est rien vers quelque chose.

11. C'est dans la magie que se trouvent toutes les formes d'Etre de tous les êtres. Elle est une mère dans chacun des trois mondes et crée chaque chose d'après le modèle et la volonté de cette chose. Elle n'est pas l'entendement, mais un élément de création selon l'entendement et elle se prête au bien aussi bien qu'au mal.

12. C'est tout cela que la volonté modèle dans la sagesse, pourvu que la volonté de l'entendement y pénètre également, c'est ce qui reçoit son être de la Magie. Elle sert ceux qui aiment Dieu dans Son Etre, car elle créé la substance divine dans l'entendement et la prend de l'imagination, aussi bien que de la douceur de la lumière.

13. C'est la Magie qui crée la chair divine; et l'entendement est né de la sagesse, car celui-ci distingue les couleurs, les pouvoirs et les vertus. L'entendement conduit l'esprit vrai et juste par la bride; car l'esprit s'envole et l'entendement est son feu.

14. L'esprit n'est pas rebelle, il ne devrait pas s'opposer à l'entendement; mais être la volonté de l'entendement. Mais les sens, dans l'entendement s'envolent et sont rebelles.

15. Car les sens sont l'éclair de l'esprit-feu, ils apportent avec eux, dans la lumière, les flammes de la Majesté; et dans les ténèbres ils apportent avec eux l'éclair de la terreur, semblable à un féroce éclair de feu.

16. Les sens sont d'un esprit si subtil, qu'ils entrent en chaque être et absorbent chaque être en eux-mêmes. Mais l'entendement éprouve tout dans son propre feu; il rejette le mal et ne retient que le bien. Alors la Magie, sa mère, le prend le bien et lui donne l'être.

17. La Magie est la mère dont provient la Nature, et l'entendement est la mère provenant de la Nature. La Magie guide le feu féroce, et l'entendement sort sa propre mère: la Magie, du le feu féroce jusqu'à son propre feu.

18. Car l'entendement est le feu du pouvoir, et la Magie est le feu ardent; et pourtant il ne faut pas la comprendre comme un feu, mais comme le pouvoir ou la mère du feu. Le feu est appelé principe, et la Magie est appelée désir.

19. Tout est accompli par la Magie, le bon ainsi que le mauvais. Sa propre œuvre est Nigromantia, mais elle est distribuée à travers toutes les propriétés. Dans ce qui est bien, elle est bonne, et dans ce qui est mal, elle est mauvaise. Elle est utile aux enfants du Royaume de Dieu, et aux sorciers du royaume du diable; car l'entendement peut en faire ce qu'il lui plaît. Elle ne possède pas l'entendement, et pourtant elle comprend tout; car elle est la compréhension de toutes choses.

20. Il est impossible d'en mesurer la profondeur, car elle est depuis l'éternité la base et le fondement de toutes choses. Elle est un maître de philosophie ainsi qu'une la mère de philosophie.

21. Mais la philosophie conduit la Magie, sa mère, comme il lui plaît. Comme le divin pouvoir, c'est-à-dire le Verbe (ou le cœur de Dieu), conduit le Père sévère vers la douceur; ainsi la philosophie (ou l'entendement) conduit sa mère vers une qualité douce et divine.

22. La Magie est le livre de tous les savants. Ceux qui veulent apprendre doivent d'abord apprendre la Magie, que leur art soit plus élevé ou plus bas. Même le paysan des champs doit aller à l'école magique, s'il veut cultiver son champs.

23. La Magie est la meilleure théologie, car en elle, la vraie foi a sa fondation et sa demeure. Et celui qui la bafoue est un fou; car il ne la connaît pas et il blasphème Dieu et lui-même, et il est plus un jongleur qu'un théologien possédant l'entendement.

24. Il est comme quelqu'un qui se bat devant un miroir et ne connaît pas la cause de la dispute, car il mène un combat superficiel, le théologien injuste regarde la Magie dans sa réflexion et ne comprend rien à son pouvoir. Car elle est à la ressemblance de Dieu, et lui n'est pas divin, oui, il est diabolique même, selon la propriété de chaque principe. En somme: La Magie est l'Activité de l'Esprit-Volonté.


Le sixième point.

Du Mystère.
De ce qu'est le Mystère.


1. Le mystère n'est rien d'autre que la volonté magique qui est encore emprisonnée dans le désir. Il peut se modeler à volonté dans le miroir de la sagesse. Et de la manière dont il se modèle dans la teinture, il sera fixé et formé en Magie, et enfin amené en un être.

2. Car le Mysterium Magnum n'est rien d'autre que la faculté qu'a la Déité de se cacher, en compagnie de l'Etre de tous les êtres, de ce mystère en procèdent d'autres, et chaque mystère est le miroir et le modèle du suivant. Et voici la grande merveille de l'éternité, dans laquelle tout est inclus, et qui, de toute éternité, a été vue dans le miroir de la sagesse. Et rien ne passe qui n'ait été, de toute éternité, connu dans le miroir de la Sagesse.


3. Mais vous devez comprendre ceci selon les propriétés du miroir, selon toutes les formes de la Nature, c'est-à-dire selon la lumière et l'ombre, selon la compréhension et l'incompréhension, selon l'amour et le courroux, ou selon le feu et la lumière, comme il a été démontré ailleurs.

4. Le Magicien a le pouvoir, dans ce Mystère, d'agir selon sa volonté, et il peut faire ce qui lui plaît.

5. Mais il doit être armé dans cet élément même, dans lequel il pourrait créer; sinon, il sera rejeté au-dehors comme un étranger, et livré au pouvoir des esprits de cet élément, qui pourront le traiter comme bon leur semble. Rien de plus ne peut être dit à ce sujet, à cause de la tourba.

Emprunté au site de l'Ordre Martiniste des Pays-Bas : http://kingsgarden.org
Repost 0
Published by Jacob Boehme - dans Alchimie
commenter cet article
24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 08:22

Le profane qui demande à être initié aux mystères de la  Franc-Maçonneriepeut-il imaginer ce qui l’attend et les épreuves que celui-ci devra surmonter afin de recevoir la lumière ? Non, mais son instinct lui laisse entrevoir un « changement », une « transmutation » qui se prépare au plus profond de lui. Le chemin qu’il vient de prendre c’est celui de l’Initiation, du latin Initiare qui veut dire commencer, car c’est bien une quête initiatique que celui-ci vient d’entreprendre. Pourquoi cherche-t-il à être Initié ? Peut-être que son inconscient, fil conducteur de la plupart de ses actions, au travers d’un imperceptible murmure, que seul celui qui écoute avec son cœur peut espérer entendre, lui a révélé le but ultime de l’ « Homme » : la PURIFICATION. En effet, l’Initiation c’est la purification, purification de l’ « Homme Cosmique » qui après le drame de la Chute édénique, entraînant sa propre destruction, cherche à se régénérer afin de réintégrer le paradis perdu.

La première épreuve que le profane vivra pour entrer en Franc-Maçonnerie sera celle du cabinet de réflexion, nom étrange qui cache une pratique bien plus ancienne que la Maçonnerie elle-même. Le cabinet de réflexion est à mon sens, une des épreuves les plus importantes sur le chemin de l’Initiation, car c’est en son sein qu’il faudra « procéder à une sorte de décrassement intellectuel et moral ayant pour but de débarrasser l’esprit de tout ce qui empêche la lumière de parvenir jusqu’à lui » [1] Le cabinet de réflexion utilise le langage universel de la symbolique, afin de faire vivre au profane sa première épreuve, qui est celle de la terre. Il est écrit quelque part dans la Bible « tu es sorti nu du ventre de ta mère et tu retourneras nu dans le ventre de la terre. Tu n’emporteras rien en mourant, tu n’emporteras pas tes richesses avec toi », et en effet, avant que le profane ne rentre dans le cabinet de réflexion, on lui demande de se défaire de son argent et de déposer tous ses objets métalliques. À l’intérieur du cabinet de réflexion, le profane découvrira plusieurs symboles évoquant la mort, puis le postulant est invité à rédiger son « testament philosophique » car à cet instant précis il va mourir à sa vie profane, mais avant de renaître et de vivre pleinement sa seconde naissance, il se doit de faire un bilan et de répondre par écrit à trois questions : Quels sont les devoirs de l’homme envers lui-même ? Quels sont les devoirs de l’homme envers Dieu ? Quels sont les devoirs de l’homme envers l’humanité ?

Dans cet étroit cabinet de réflexion, aux murs peints en noir, dont la seule source lumineuse se trouve être une simple bougie dont la flamme vacille lentement, le profane, une fois que le bandeau lui est retiré, se trouve rapidement confronté aux nombreux symboles et inscriptions qui l’entourent. Puis peu à peu, il découvre un autre symbole, dont aucun support matériel ne peut exprimer la présence et qui pourtant est le plus important des symboles : le SILENCE. Il est dit que « quand se taisent les bruyantes passions du monde, le cherchant peut enfin écouter », ainsi le profane est invité à faire le silence, afin qu’il puisse écouter au plus profond de lui-même les paroles de sagesse que lui inspire son cœur. Le cabinet de réflexion est comme une caverne alchimique où se déroule un rite de purification, une matrice dans laquelle notre être renaîtra purifié, c’est un lieu où, si nous y passions plusieurs jours, nous pourrions y atteindre l’illumination intérieure. Lorsque le profane aura fait le silence sur les passions du monde qui l’entoure, et que par un savant contrôle de sa respiration il aura atteint une tranquille méditation, alors il commencera à devenir sensible aux messages qui l’entourent.

Face à lui, une inscription énigmatique l’invite à un voyage au plus profond de lui-même, et sans même le savoir il s’y prêtera, guidé dans sa démarche par le rythme du silence. V.I.T.R.I.O.L, énigme indéchiffrable, dont le profane ne comprendra intellectuellement le sens que bien plus tard, mais à cet instant précis, lorsqu’il se trouve dans l’œuf primordial, caverne alchimique aux pouvoirs de transmutations infinis, son inconscient n’aura aucune peine à comprendre cette inscription dont la valeur alchimique ne fait plus aucun doute. Les sept initiales, V.I.T.R.I.O.L, sont la révélation de l’opération du Grand Œuvre, aide -mémoire indispensable au profane, comme à l’Initié, car il révèle le processus alchimique de la transmutation de l’être comme des métaux. V.I.T.R.I.O.L, septénaire mystérieux dont le sens dévoilé révèle une parfaite connaissance des processus qui mènent à l’éveil, « Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem » : « Visite l’intérieur de la terre, et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Cette pierre que le profane doit trouver n’est autre que la pierre philosophale des alchimistes, et celle-ci se trouve au plus profond de chacun d’entre nous, elle ne se dévoile qu’à ceux qui par un travail intérieur sincère, sont arrivés au parfait équilibre pour ne faire qu’un : « Omnia ab uno, omnia ad unum », « Tout procède de l’Unité, tout tend vers l’Unité ».

Le ternaire alchimique est également présent, car indispensable au processus alchimique de formation de la pierre philosophale. Le Sel, le Soufre, et le Mercure expriment ensemble le véritable équilibre, auquel le profane doit tendre afin de se régénérer. Le Soufre représente l’énergie expansive, principe actif masculin et le Mercure représente l’énergie attractive, principe passif féminin, tandis que le Sel qui résulte de l’action du Soufre sur le Mercure, est neutre, résulta des deux principes, il est donc l’agent équilibrant, comme l’exprime avec perfection son symbole, un cercle divisé en deux par une diagonale qui le traverse, image parfaite de l’équilibre.

Le sablier qui se trouve posé devant le profane, est un attribut de Saturne, il symbolise le temps, il représente sur le plan matériel, donc terrestre, le temps qui s’écoule et qu’on ne peut inexorablement pas arrêter, chaque grain de sable qui tombe nous rapprochant irréversiblement du jour de notre mort. Le sablier représente encore autre chose, qui pour le profane n’est peut-être pas tout de suite perceptible, ce qui n’enlève rien à sa force évocatoire, car le sablier qui a tout pouvoir sur le plan terrestre ( matériel ), n’en a aucun sur le plan astral ou cosmique. Ce qui signifie, qu’une fois l’homme libéré des chaînes matérielles du temps terrestre, il pourra enfin réintégrer le temps initial, c’est-à-dire celui du commencement, de la création, l’instant primordial d’avant la chute, là ou le péché et les servitudes n’existaient pas.

Pour que ce rite de vie et de mort puisse être efficace et aboutir à la purification du profane, il lui faut encore un puissant symbole, un « témoin » psychique permettant de relier les vivants aux morts, un lien puissant exprimant la chaîne ininterrompue entre les Maîtres passés à l’Orient Eternel et le profane qui aspire à reprendre le flambeau en devenant Franc-Maçon à son tour. Ce « témoin » psychique est un véritable crâne humain posé près du profane, et devant lui se trouve écrit ces mots : « J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis ! », des mots lourds de significations. Ce crâne, réceptacle des forces supérieures, transmettra alors un dernier message au profane, comme le faisaient autre fois les têtes de mort parlantes qui enseignaient aux vivants. Elle lui dira : »Ce que tu vas voir, je l’ai déjà vu ; ce que tu vas vivre, je l’ai déjà vécu ; ce que tu vas entendre, je l’ai déjà entendu, je suis « la réalité telle qu’elle apparaît dépouillée de son décor sensible ; la vérité brutale, privée du voile des illusions », (O. Wirth) alors courage et bonne route ! Mais dans cette demeure alchimique, le crâne possède encore un autre secret, qui n’apparaît qu’au moment délicat de la sublimation alchimique, c’est celui du Caput mortem, lorsqu’il faut couper la tête, Caput mortem, afin de voir apparaître le cygne blanc, thème alchimique de la putréfaction. Mourir pour renaître à nouveau, c’est une loi universelle : « En vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jean 12 : 24). Puis le profane, qui peu à peu sortira de sa profonde méditation, lèvera les yeux vers le Coq, symbole solaire qui lui annoncera la fin de sa nuit éternelle, et le triomphe prochain de la lumière sur les ténèbres.

Lausanne, le 05 juillet 2005 Par Marcos Drake. Article extrait d’un livre à paraître de Marcos Drake.

Source :  http://www.esoblogs.net/110/le-cabinet-de-reflexion-ou-la-caverne-alchimique/

Repost 0
Published by Marcos Drake - dans Alchimie
commenter cet article
24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 08:19

PREFACE.

Dans leurs écrits les Philosophes se sont exprimés de bien des manières différentes, mais toujours énigmatiques. Ils nous ont légué une science noble entre toutes, mais voilée complètement pour nous par leur parole nuageuse, entièrement cachée sous un voile impénétrable. Et pourtant ils ont eu raison d'agir ainsi. Aussi, je vous conjure d'exercer avec persévérance votre esprit sur ces sept Chapitres, qui renferment l'art de transmuer les métaux, sans avoir à vous inquiéter des écrits des autres philosophes. Repassez souvent dans votre esprit leur commencement, leur milieu, leur fin, et vous y trouverez des inventions si subtiles que votre âme en sera remplie de joie.

 

CHAPITRE I

DÉFINITIONS DE L'ALCHIMIE.

Dans quelques manuscrits anciens, on trouve de cet art plusieurs définitions desquelles il importe que nous parlions ici. Hermès dit : " L'Alchimie est la science immuable qui travaille sur les corps à l'aide de la théorie et de l'expérience, et qui, par une conjonction naturelle, les transforme en une espèce supérieure plus précieuse. Un autre philosophe a dit : " l'Alchimie enseigne à transmuer toute espèce de métal en une autre, cela à l'aide d'une Médecine particulière, ainsi qu'on peut le voir par les nombreux écrits des Philosophes. " C'est pourquoi je dis : " l'Alchimie est la science qui enseigne à préparer une certaine Médecine ou élixir, laquelle étant projetée sur les métaux imparfaits, leur donne la perfection dans le moment même de la projection.

 

CHAPITRE II

DES PRINCIPES NATURELS ET DE LÀ GÉNÉRATION DES MÉTAUX.

Je vais parler ici des principes naturels et de la génération des métaux. Notez d'abord que les principes des métaux sont le Mercure et le Soufre. Ces deux principes ont donné naissance à tous les métaux et à tous les minéraux, dont il existe pourtant un grand nombre d'espèces différentes. Je dis de plus que la nature a toujours eu pour but et s'efforce sans cesse d'arriver à la perfection, à l'or. Mais par suite de divers accidents qui entravent sa marche, naissent les variétés métalliques, ainsi qu'il est clairement exposé dans plusieurs philosophes.

Selon la pureté ou l'impureté des deux principes composants, c'est-à-dire du Soufre et du Mercure, il se produit des métaux parfaits ou imparfaits, l'or, l'argent, l'étain, le plomb, le cuivre, le fer. Maintenant recueille pieusement ces enseignements sur la nature des métaux, sur leur pureté ou leur impureté, leur pauvreté ou leur richesse en principes.

Nature de l'Or : l'Or est un corps parfait composé d'un Mercure pur, fixe, brillant, rouge et d'un Soufre pur, fixe, rouge, non combustible. L'Or est parfait.

Nature de l'Argent : c'est un corps pur, presque parfait, composé d'un Mercure pur, presque fixe, brillant, blanc. Son Soufre a les mêmes qualités. Il ne manque à l'Argent qu'un peu plus de fixité, de couleur et de poids.

Nature de l'étain : c'est un corps pur, imparfait, composé d'un Mercure pur, fixe et volatil, brillant, blanc à l'extérieur, rouge à l'intérieur. Son Soufre a les mêmes qualités. Il manque seulement à l'étain d'être un peu plus cuit et digéré.

Nature du plomb : c'est un corps impur et imparfait, composé d'un Mercure impur, instable, terrestre, pulvérulent, légèrement blanc à l'extérieur, rouge à l'intérieur. Son Soufre est semblable et de plus combustible. Il manque au plomb, la pureté, la fixité, la couleur ; il n'est pas assez cuit.

Nature du cuivre : le cuivre est un métal impur et imparfait, composé d'un Mercure impur, instable, terrestre, combustible, rouge, sans éclat. De même pour son Soufre. Il manque au cuivre, la fixité, la pureté, le poids. Il contient trop de couleur impure et de parties terreuses incombustibles.

Nature du fer : le fer est un corps impur, imparfait, composé d'un Mercure impur, trop fixe, contenant des parties terreuses combustibles, blanc et rouge, mais sans éclat. Il lui manque la fusibilité, la pureté, le poids ; il contient trop de Soufre fixe impur et de parties terreuses combustibles. Tout alchimiste doit tenir compte de ce qui précède.

 

CHAPITRE III

D'OU L'OR DOIT RETIRER LA MATIÈRE PROCHAINE DE L'ÉLIXIR.

Dans ce qui précède on a suffisamment déterminé la genèse des métaux parfaits et imparfaits.

Maintenant nous allons travailler à rendre pure et parfaite la matière imparfaite. Il ressort des chapitres précédents que tous les métaux sont composés de Mercure et de Soufre, que l'impureté et l'imperfection des composants se retrouve dans le composé ; comme on ne peut ajouter aux métaux que des substances tirées d'eux-mêmes, il s'ensuit qu'aucune matière étrangère ne peut nous servir, mais que tout ce qui est composé des deux principes, suffit pour perfectionner, et même transmuer les métaux.

Il est très surprenant de voir des personnes, pourtant habiles, travailler sur les animaux, lesquels constituent une matière très éloignée, alors qu'elles ont sous la main une matière suffisamment prochaine dans les minéraux. Il n'est pas impossible qu'un Philosophe ait placé l'Œuvre dans ces matières éloignées, mais c'est par allégorie qu'il l'aura fait.

Deux principes composent tous les métaux et rien ne peut s'attacher, s'unir aux métaux ou les transformer, s'il n'est lui-même composé des deux principes. C'est ainsi que le raisonnement nous force à prendre pour Matière de notre Pierre, le Mercure et le Soufre.

Le Mercure seul, le Soufre seul ne peuvent engendrer les métaux, mais par leur union, ils donnent naissance aux divers métaux et à de nombreux minéraux. Donc il est évident que notre Pierre doit naître de ces deux principes.

Notre dernier secret est très précieux et très caché : sur quelle matière minérale, prochaine entre toutes, doit-on directement opérer ? Nous sommes obligé de choisir avec soin. Supposons d'abord que nous tirions notre matière des végétaux : herbes, arbres et tout ce qui naît de la terre. Il faudra en extraire le Mercure et le Soufre par une longue cuisson, opérations que nous repoussons, puisque la nature nous offre du Mercure et du Soufre tout faits.

Si nous avions élu les animaux, il nous faudrait travailler sur le sang humain, cheveux, urine, excréments, œufs de poule, enfin tout ce que l'on peut tirer des animaux. Il nous faudrait, là encore, extraire par la cuisson, le Mercure et le Soufre. Nous récusons ces opérations pour notre première raison. Si nous avions choisi les minéraux mixtes, telles que sont les diverses espèces de magnésies, marcassites, tuties, couperoses' ou vitriols, aluns, borax, sels, etc., il faudrait mêmement en extraire le Mercure et le Soufre par cuisson, ce que nous repoussons pour les mêmes raisons que ci-dessus. Si nous choisissions l'un des sept esprits comme le Mercure seul, ou le soufre seul, ou bien le Mercure et l'un des deux soufres, ou bien le soufre vif, ou l'orpiment ou l'arsenic jaune, ou l'arsenic rouge, nous ne pourrions les perfectionner; parce que la nature ne perfectionne que le mélange déterminé des deux principes. Nous ne pouvons faire mieux que la nature, et il nous faudrait extraire de cas corps le Soufre et le Mercure, ce que nous repoussons comme ci-dessus.

Finalement, si nous prenions les deux principes eux-mêmes, il nous faudrait les mêler selon une certaine proportion immuable, inconnue à l'esprit humain, et ensuite les cuire jusqu'à ce qu'ils soient coagulés en une masse solide.

C'est pourquoi nous écartons l'idée de prendre les deux principes séparés, c'est-à-dire le Soufre et le Mercure, parce que nous ignorons leur proportion et que nous trouverons des corps dans lesquels les deux principes sont unis dans de justes proportions, coagulés et conjoints selon les règles.

Cache bien ce secret: L'Or est un corps parfait et mâle sans superfluité ni pauvreté. S'il perfectionnait les métaux imparfaits fondus avec lui, ce serait l'élixir rouge. L'argent aussi est un corps presque parfait et femelle, et si par simple fusion, il rendait presque parfaits les métaux imparfaits, ce serait l'élixir blanc. Ce qui n'est pas et ce qui ne peut pas être, parce que ces corps sont parfaits à un seul degré. Si leur perfection était communicable aux métaux imparfaits, ces derniers ne se perfectionneraient pas et ce seraient les métaux parfaits qui seraient souillés par le contact des imparfaits. Mais s'ils étaient plus que parfaits, au double, au quadruple, au centuple, etc., ils pourraient alors perfectionner les imparfaits.

La nature opère toujours simplement, c'est pour cela que la perfection est simple en eux, indivisible et non transmissible. Ils ne pourraient entrer dans la composition de la Pierre, comme ferments, pour abréger l'œuvre ; ils se réduiraient en effet en leurs éléments, la somme de volatil dépassant la somme de fixe.

Et parce que l'or est un corps parfait composé d'un Mercure rouge, brillant, et d'un Soufre semblable, nous ne le prendrons pas comme matière de la Pierre pour l'élixir rouge ; car il est trop simplement parfait, sans perfection subtile, il est trop bien cuit et digéré naturellement et c'est à peine si nous pouvons le travailler avec notre feu artificiel ; de même pour l'argent.

Quand la nature perfectionne quelque chose, elle ne sait cependant pas le purifier, le parfaire intimement, parce qu'elle opère avec simplicité. Si nous choisissions l'or et l'argent, nous pourrions à grand peine trouver un feu capable d'agir sur eux. Quoique nous connaissions ce feu, nous ne pouvons cependant arriver à la purification parfaite à cause de la puissance de leurs liens et de leur harmonie naturelle ; aussi repoussons l'or pour l'élixir rouge, l'argent pour l'élixir blanc. Nous trouverons un certain corps, composé de Mercure et de Soufre suffisamment purs, sur lesquels la nature aura peu travaillé.

Nous nous flattons de perfectionner un tel corps avec notre feu artificiel et la connaissance de l'art. Nous le soumettrons à une cuisson convenable, le purifiant, le colorant et le fixant selon les règles de l'art. Il faut donc choisir une matière qui contienne un Mercure pur, clair, blanc et rouge, pas complètement parfait, mélangé également, dans les proportions voulues et selon les règles, avec un Soufre semblable à lui. Cette matière doit être coagulée en une masse solide et telle qua l'aide de notre science et de notre prudence, nous puissions parvenir à la purifier intimement, à la perfectionner par notre feu, et à la rendre telle qu'à la fin de l'Œuvre, elle soit des milliers de mille fois plus pure et plus parfaite que les corps ordinaires cuits par la chaleur naturelle.

Sois donc prudent ; car si tu as exercé la subtilité et l'acuité de ton esprit sur ces chapitres où je t'ai manifestement révélé la connaissance de la Matière, tu possèdes maintenant cette chose, ineffable et délectable, objet de tous les désirs des Philosophes.

 

CHAPITRE IV

DE LA MATIÈRE DE REGLER LE FEU ET DE LE MAINTENIR.

Si tu n'as pas la tête trop dure, si ton esprit n'est pas enveloppé complètement du voile de l'ignorance et de l'inintelligence, je puis croire que dans les précédents chapitres tu as trouvé la vraie Matière des Philosophes, matière de la Pierre bénite des sages, sur laquelle l'Alchimie va opérer dans le but de perfectionner les corps imparfaits à l'aide de corps plus que parfaits. La nature ne nous offrant que des corps parfaits ou imparfaits, il nous faut rendre indéfiniment parfaite par notre travail la Matière nommée ci-dessus.

Si nous ignorons la manière d'opérer, quelle en est la cause, sinon que nous n'observons pas comment la nature perfectionne chaque jour les métaux ? Ne voyons-nous pas que dans les mines, les éléments grossiers se cuisent tellement et s'épaississent si bien par la chaleur constante existant dans les montagnes, qu'avec: le temps elle se transforme en Mercure ? Que la même chaleur, la même cuisson transforme les parties grasses de la terre en Soufre ? Que cette chaleur appliquée longtemps à ces deux principes, engendre salon leur pureté ou leur impureté, tous les métaux ? Ne voyons-nous pas que la nature produit et perfectionne tous les métaux par la seule cuisson ? 0 folie infinie, qui donc, je vous le demande, qui donc vous oblige à vouloir faire la même chose à l'aide de régimes bizarres et fantastiques. C'est pourquoi un Philosophe a dit : " Malheur à vous qui voulez surpasser la nature et rendre les métaux plus que parfaits par un nouveau régime, fruit de votre entêtement insensé. Dieu a donné à la nature des lois immuables, c'est-à-dire, qu'elle doit agir par cuisson continue, et vous insensés, vous la méprisez ou vous ne savez pas l'imiter. " II dit de même : " Le feu et l'azoth doivent te suffire. " Et ailleurs : " La chaleur perfectionne tout. " Et ailleurs: " II faut cuire, cuire, recuire et ne pas s'en fatiguer. " Et en différents passages: " Que votre feu soit calme et doux ; qu'il se maintienne ainsi chaque jour, toujours uniforme, sans faiblir, sinon il s'ensuivra un grand dommage. — Sois patient et persévérant. — Broyé sept fois. Sache que tout notre magistère se fait d'une chose, la Pierre, d'une seule façon, en cuisant et dans un seul vase. — Le feu broyé — L'Œuvre est semblable à la création de l'homme. Dans l'enfance on le nourrit d'aliments légers, puis quand ses os se sont affermis, la nourriture devient plus fortifiante ; de même notre magistère est d'abord soumis à un feu léger avec lequel il faut toujours agir pendant la cuisson. Mais quoique nous parlions sans cesse de feu modéré, nous sous-entendons néanmoins que dans le régime de l'Œuvre il faut l'augmenter peu à peu et par degré jusqu'à la fin.

 

CHAPITRE V

DU VAISSEAU ET DU FOURNEAU.

Nous venons de déterminer la manière d'opérer, nous allons maintenant parler du vaisseau et du fourneau, dire comment et avec quoi ils doivent être faits. Lorsque la nature cuit les métaux dans les mines à l'aide du feu naturel, elle ne peut y parvenir qu'en employant un vaisseau propre à la cuisson. Nous nous proposons d'imiter la nature dans le régime du feu, imitons-la donc aussi pour le vaisseau. Examinons l'endroit où s'élaborent les métaux. Nous voyons d'abord manifestement dans une mine, que sous la montagne il y a du feu, produisant une chaleur égale, dont la nature est de monter sans cesse. En s'élevant elle dessèche et coagule l'eau épaisse et grossière, contenue dans les entrailles de la terre, et la transforme en Mercure. Les parties onctueuses minérales de la terre sont cuites, rassemblées dans les veines de la terre et coulant à travers la montagne, elles engendrent le Soufre. Comme on peut l'observer dans les filons des mines, le Soufre né des parties onctueuses de la terre rencontre le Mercure. Alors a lieu la coagulation de l'eau métallique. La chaleur continuant à agir dans la montagne, les différents métaux apparaissent après un temps très long. On observe dans les mines une température constante, nous pouvons en conclure que la montagne qui renferme des mines est parfaitement close de tous côtés par des rochers ; car, si la chaleur pouvait s'échapper, jamais les métaux ne naîtraient.

Si donc nous voulons imiter la nature, il faut absolument que nous ayons un fourneau semblable à une mine, non par sa grandeur, mais par une disposition particulière, telle que la feu placé dans le fond ne trouve par d'issue pour s'échapper quand il montera, en sorte que la chaleur soit réverbérée sur le vase, clos avec soin, qui renferme la matière de la Pierre. Le vaisseau doit être rond, avec un petit col. Il doit être en verre ou en une terre aussi résistante que le verre; on enfermera hermétiquement l'orifice avec un couvercle et du bitume. Dans les mines, le feu n'est pas en contact immédiat avec la matière du Soufre et du Mercure ; celle-ci en est séparée par la terre de la montagne. De même le feu ne doit pas être appliqué à nu au vaisseau qui contient la Matière, mais il faut placer ce vaisseau dans un autre vase fermé avec autant de soin que lui, de telle sorte qu'une chaleur égale agisse sur la Matière, en haut, en bas, partout où il sera nécessaire. C'est pourquoi Aristote dit dans la Lumière des lumières, que le Mercure doit être cuit dans un triple vaisseau en verre très dur, ou, ce qui vaut mieux, en terre possédant la dureté du verre.

 

CHAPITRE VI

DES COULEURS ACCIDENTELLES ET ESSENTIELLES QUI APPARAISSENT PENDANT L'OEUVRE.

Ayant élu la Matière de la Pierre, tu connais de plus la manière certaine d'opérer, tu sais à l'aide de quel régime on fait apparaître les diverses couleurs en cuisant la Pierre. Un Philosophe a dit " Autant de couleurs, autant de noms. Pour chaque couleur nouvelle apparaissant dans l'Œuvre, les Alchimistes ont inventé un nom différent. Ainsi à la première opération de notre Pierre, on a donné le nom de putréfaction, car notre Pierre est alors noire. "Lorsque tu auras trouvé la noirceur, dit un autre Philosophe, sache que dans cette noirceur se cache la blancheur, et il faut l'en extraire."

Après la putréfaction, la pierre rougit et on a dit là-dessus : " Souvent la pierre rougit, jaunit et se liquéfie, puis se coagule avant la véritable blancheur. Elle se dissout, se putréfie, se coagule, se mortifie, se vivifie, se noircît, se blanchit, s'orne de rouge et de blanc, tout cela par elle-même. "

Elle peut aussi verdir, car un philosophe a dit : " Cuis jusqu'à ce qu'un enfant vert apparaisse, c'est l'âme de la pierre. " Un autre a dit : " Sachez que c'est l'âme qui domine pendant la verdeur. "

II apparaît aussi avant la blancheur les couleurs du paon, un philosophe en parle en ces termes : " Sachez que toutes les couleurs qui existent dans l'Univers ou que l'on peut imaginer, apparaissent avant la blancheur, ensuite seulement vient la vraie blancheur. Le corps sera cuit jusqu'à ce qu'il devienne brillant comme les yeux des poissons et alors la pierre se coagulera à la circonférence. "

" Lorsque tu verras la blancheur apparaître à la surface dans le vaisseau, dit un sage, sois certain que sous cette blancheur se cache le rouge ; il te faut l'en extraire, cuis donc jusqu'à ce que tout soit rouge. " II y a enfin entre le rouge et le blanc une certaine couleur cendrée, de laquelle on a dit: " Après la blancheur, tu ne peux plus te tromper, car en augmentant le feu, tu arriveras à une couleur grisâtre. " " Ne méprise pas la cendre, dit un Philosophe, car avec l'aide de Dieu, elle se liquéfiera. " Enfin apparaît le Roi couronné du diadème rouge, si dieu le permet.

 

CHAPITRE VII

DE LA MANIÈRE DE PAIRE LA PROJECTION SUR LES MÉTAUX IMPARFAITS.

Comme je l'avais promis, j'ai traité jusqu'à la fin notre Grand Œuvre, Magistère béni, préparation des élixirs blanc et rouge. Maintenant nous allons parler de la manière de faire la projection, complément de l'Œuvre, attendu et désiré avec impatience. L'Elixir rouge, jaunit à l'infini et transforme en or pur tous les métaux. L'Elixir blanc blanchit à l'infini et donne aux métaux la blancheur parfaite. Mais il faut savoir qu'il y a des métaux plus éloignés que d'autres de la perfection et, inversement il y en a qui sont plus prochains. Quoique tous les métaux soient également amenés à la perfection par l'Elixir, ceux qui sont prochains, deviennent parfaits plus rapidement, plus complètement, plus intimement que les autres. Lorsque nous aurons trouvé le métal le plus prochain, nous écarterons tous les autres. J'ai déjà dit quels sont les métaux prochains et éloignés et lequel est le plus près de la perfection. Si tu es suffisamment sage et intelligent, tu le trouveras, dans un précédent chapitre, indiqué sans détour, déterminé avec certitude. Il est hors de doute que celui qui a exercé son esprit sur ce Miroir trouvera par son travail la vraie Matière, et saura sur quel corps il convient de faire la projection de l'Elixir pour arriver à la perfection.

Nos précurseurs qui ont tout trouvé dans cet art par leur seule philosophie, nous montrent suffisamment et sans allégorie, le droit chemin, quand ils disent : " Nature contient Nature, Nature se réjouit de Nature, Nature domine Nature et se transforme dans les autres Natures. " Le semblable se rapproche du semblable, car la similitude est une cause d'attraction ; il y a des philosophes qui nous ont transmis là-dessus un secret remarquable. Sache que la nature se répand rapidement dans son propre corps, alors qu'on ne peut l'unir à un corps étranger. Ainsi l'âme pénètre rapidement le corps qui lui appartient, mais c'est en vain que tu voudrais la faire entrer dans un autre corps.

La similitude est assez frappante ; les corps, dans l'Œuvre, deviennent spirituels et réciproquement les esprits deviennent corporels ; le corps fixe est donc devenu spirituel. Or, comme l'Elixir, rouge ou blanc, a été amené au delà de ce que sa nature comportait, il n'est donc pas étonnant qu'il ne soit pas miscible aux métaux en fusion, quand on se contente de l'y projeter. Il serait impossible ainsi de transmuer mille parties pour une. Aussi je vais vous livrer un grand et rare secret : il faut mêler une partie d'Elixir avec mille du métal le plus prochain, enfermer le tout dans un vaisseau propre à l'opération, sceller hermétiquement et mettre au fourneau à fixer. Chauffez d'abord lentement, augmentez graduellement le feu pendant trois jours jusqu'à union parfaite. C'est l'ouvrage de trois jours.

Tu peux recommencer alors à projeter une partie de ce produit sur mille de métal prochain, et il y aura transmutation. Il te suffira pour cela d'un jour, d'une heure, d'un moment. Louons donc notre Dieu, toujours admirable, dans l'Eternité.

Repost 0
Published by Roger Bacon - dans Alchimie
commenter cet article
24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 08:16

L'Art commence où la nature cesse d'agir ...


PRÉFACE

Beaucoup de Francs-Maçons rejettent l'Alchimie et la classent dans la catégorie des " fausses sciences " et des superstitions inhérentes à une époque d'obscurantisme. C'est que le terme d'Alchimie est assez rarement compris. Un Adepte récent : Fulcanelli, en son livre " Les Demeures Philosophales " s'est cependant longuement efforcé de faire comprendre tout ce qu'elle n'est pas, tout ce qu'elle ne saurait être. Etant entendu qu'on ne comprend vraiment ce qu'elle est qu'avec la Grâce de Dieu et l'aide d'un ami. Il est certain que l'Alchimie n'a jamais été un moyen artisanal de fabriquer de l'or, le soir au bout de sa table de cuisine. Il est certain aussi qu'elle n'est pas l'ancêtre de la moderne chimie, non plus que les premiers balbutiements de celle-ci. C'est la spagyrie, l'hyper-chimie qui assume ce rôle et il est certain que ceux qu'on appelait, non sans raillerie, les " souffleurs " ont obscurément contribué à créer ce que la science moderne nomme la chimie. Mais l'Alchimie, l'Alchimiste dont on représente ce dernier, le plus souvent sous les traits d'un vieux sage dont les yeux se sont usés dans les grimoires ; cet art et le Maître qui le professe sont sans rapport comme sans commune mesure avec ce à quoi s'intéresse la science et les scientifiques.


L'Alchimie c'est l'Art des transformations évolutives. L'évolution c'est la distance qui sépare l'Alpha de l'Oméga, l'Alpha c'est le Verbe Créateur, c'est la poussée initiale... L'Oméga c'est le terme. Louis Claude de Saint Martin dit : " L'origine se confond avec la fin des choses ". Mais ne nous limitons pas à ce qui a une vie apparente indiscutable. Tout ce qui existe vit et disons simplement que la vie se manifeste différemment dans chacun des règnes, que la conscience y est plus ou moins endormie et que chez l'homme ordinaire elle est le plus souvent à peine éveillée. Cette idée d'une conscience propre à tous les règnes y compris les minéraux, voire même d'une mémoire se trouve sous la plume d'un grand Maçon contemporain : J. Corneloup, en son livre : " D'Alpha à Oméga : la Vie ".

Dès lors si nous avons reconnu qu'une même loi assume l'évolution de tout ce qui existe quelque soit le règne envisagé ou l'ordre de grandeur circonscrit dans l'espace et le temps, si nous admettons que des processus invariables tendent à faire jaillir le maximum de perfection possible sur un être, ou une catégorie d'êtres donnée, toujours dans l'un quelconque des règnes. Si enfin nous jugeons concevable qu'il soit possible à l'homme de saisir cette loi en l'une des ses corrélations et de l'appliquer de telle façon qu'une évolution minérale qui réclamerait sans doute un nombre incalculable d'années, va se trouver réduite à un temps très court du fait que l'Art va supplanter la nature, alors nous concevons la somme de Sagesse qui se peut déduire d'une telle Opération. Cet Art, c'est l'Alchimie : l'ART ROYAL. Et nous voyons clairement que son but essentiel n'est pas de faire de l'or.

L'homme a tendance à rejeter tout ce qu'il ne comprend pas, ou tout du moins à le classer dans une catégorie qui lui est immédiatement accessible et le plus souvent il se contente de ces sortes de clichés. Pour l'ensemble des profanes, faute de pouvoir atteindre une compréhension raisonnable de la Franc-Maçonnerie, faute de pouvoir l'expliquer, ils échafaudent des invraisemblances, la ramenant au médiocre niveau de leur jugement. Pour les uns la F\ M\ est une organisation politique, clandestine puisque secrète, dont le but essentiel est de secouer dans l'ombre les fondements des Etats et des sociétés qui, d'aventure, se trouveraient contrecarrer des plans qui demeurent, en vérité obscurs... Pour d'autres il s'agit d'un mouvement anticlérical, ou d'une mafia dont les membres se distribuent, sous un manteau couleur de muraille, des places et des prébendes... Voire même une association de Mages malfaisants se livrant aux pires diableries. Que n'a-t-on dit, pas écrit ? Les débordements de Léo Taxil restent en filigrane dans les consciences profanes : le Franc-Maçon demeure un homme inquiétant ou un farfelu.

La Franc-Maçonnerie, dit-on, ne se comprend que vue de l'intérieur. Cela est vrai. Encore qu'il faudrait aussi comprendre que le Symbolisme est un langage universel et que s'il est écrit: " Frappez et l'on vous ouvrira... " il faut bien admettre que la porte qui s'ouvre est celle à laquelle on a frappé. L'objet de ce travail est l'Alchimie, c'est donc sous cet angle seulement que je traiterai de Maçonnerie. En précisant qu'il m'est arrivé de me demander ce que les colonnes J\ et B\ à l'entrée du Temple, le Soleil et la Lune à l'orient, les douze signes du Zodiaque entre autres, sans parler du cabinet de réflexion et de ce qui s'y trouve pouvaient bien représenter si on rejette à priori l'Alchimie. Mais un grand Maçon : Oswald Wirth, a assez abondamment traité de ces Symboles sous leur aspect Hermétique, aussi ne ferai-je que les signaler lorsqu'ils se présenteront.

Nous pouvons d'ores et déjà entrer dans ce qui fait l'objet de ce travail, car en tentant de définir ce qu'est la F\ M\ nous verrons qu'elle est en liens étroits avec l'Alchimie et que, bien mieux elle est une Alchimie.

- I - Entre l'ART ROYAL (l'Alchimie) et la VOIE ROYALE (la F\M\) nous allons dès lors essayer d'établir toutes les similitudes. Etant entendu que nous considérons comme analogue la " Minière des Sages " dans son gîte métallifère et le " profane initiable " dans le monde profane. Admettant d'autre part, ainsi que le précise René Guénon dans son livre " Aperçus sur l'initiation " que la Franc-Maçonnerie est une, sinon la grande voie de l'Initiation en Occident.

Tous les minerais, les Sages l'ont bien précisé, ne sont pas aptes à être employés dans l'Art d'Alchimie. Parmi les minerais il en est un seul qui convienne, et sa désignation par son nom profane est un des grands secrets de l'Art, mais tous les morceaux, toutes les parcelles de ce minerai recueillis dans la mine ne sont pas d'une égale qualité : ils sont plus ou moins purs ce qui rend la durée de l'Œuvre variable et les différentes Opérations plus ou moins délicates. De même tous les profanes ne sont pas initiables, il s'en faut. Et parmi ceux que le destin, le Karma a amené au bord de l'initiation, ou si l'on veut : parmi ceux que Dieu a appelé à " mûrir " plus vite, tous ne présentent pas les mêmes qualités, les mêmes possibilités. Car, ainsi que nous l'avons vu, c'est bien une maturation accélérée qui est le but de l'Alchimie et de l'Initiation, respectivement au minéral et à l'homme. Sans le concours de l'Art, la parcelle de " Minière des Sages ", comme l'homme resterait, l'une dans sa mine, l'autre dans le profane et l'évolution connaîtrait la lenteur et les échec de la nature.

Nous savons que c'est grâce à l'action du " Spiritus Mundi " que la " Pierre des Philosophes " va devenir la " Pierre Philosophale ". Au niveau du Minéral ce " Spiritus Mundi " est un Sel chimique, dont le nom profane est aussi un des grands arcanes de l'Art Alchimique. Au niveau de l'Initiation Maçonnique c'est un influx psychique, une action de la Loge en tant que vectrice des forces de l'Egrégore de l'Ordre. Je dirais bien qu'il s'agit là d'une corrélation du Saint-Esprit, aussi bien sur le plan de l'Initiation humaine que sur celui de l'Alchimie minérale, mais je sais que disant cela je vais m'attirer les véhémentes protestations aussi bien des Francs-Maçons que des Catholiques : Les premiers vont sans doute me suspecter de subordonner l'Initiation Maçonnique aux croyances particulières de l'Eglise Catholique ; les autres vont trouver blasphématoires de ramener le Saint-Esprit à l'action d'un sel chimique. Qu'importe, les Alchimistes me comprendront et ces lignes s'adressent à eux.

Le Grand'Œuvre Alchimique comporte ( en exceptant la pré-préparation) une première phase : la Préparation, comprenant elle-même deux opérations la mortification et la séparation. Par Mortification il faut entendre l'action de concasser, de broyer et de pulvériser la Materia Prima. Quant à la séparation c'est proprement la mort de cette Materia Prima puisque nous voyons l'Esprit et l'âme de l'être minéral quitter le corps, c'est à dire en termes Alchimiques : Le Sel et le Mercure séparés du Soufre.

Je précise encore que c'est l'aspect essentiellement initiatique de la F\M\que j'ai retenu, que c'est sous cet angle et sous cet angle seulement que je l'envisage. Donc au plan de l'homme, il y a bien quelque chose qui amène un être donné à solliciter l'Initiation Maçonnique. Là encore j'élimine les curieux, ceux que le goût du mystère ou tout autre motif encore moins avouable peuvent avoir conduit jusqu'au Parvis du Temple et ne retiens que ceux qui sont initiables ; c'est-à-dire ceux qui recevront avec fruit l'Initiation et s'engageront tout entier et sans restriction sur la Voie Royale. Il est plus que probable que ce quelque chose qui les aura amené à se poser des questions qui ne préoccupent habituellement pas leurs contemporains, des questions que ni les religions ni les philosophies ni aucune idéologies partielles et partiales du monde profane ne solutionnent pleinement, ce quelque chose, dis-je, sera une suite d'épreuves ayant rompu toutes les amarres qui maintiennent en place ( c'est-à-dire dans leurs illusions et leurs demi-vérités ) les profanes. Ces épreuves peuvent n'être pas physiques. Elles sont en tout cas le fait de la souffrance intérieure d'un homme qui se cherche : c'est la mortification... La Séparation c'est cette sensation éprouvée par l'Ame que LA VIE n'est pas cette vie ( je veux dire n'est pas que cette vie ) que nous ne sommes pas que cet ego à la recherche de ses puériles satisfactions, de ses bonheurs fugitifs et tronqués.
La Materia Prima est préparée. Le profane est à la porte du Temple. Le Grand'Œuvre va passer à la phase active.

1° INITIATION : Pour la Materia Prima c'est SOLVE. Il s'agit de rendre Eau, la Terre par le Feu. Les Matières vont mourir, tout va pourrir. L'entité minérale va cesser d'être en tant que telle et c'est au sein même de cette dissolution que va naître et croître le germe d'une vie nouvelle : La GRANULATION. C'est une loi universelle : Il faut qu 'un grain de blé soit mis en terre, qu'il y pourrisse, qu'il cesse d'être un grain de blé pour qu'un nouvel épi jaillisse du germe infime né de la pourriture même de ce grain.

Pour le profane, futur Maçon, c'est le premier degré de la Maçonnerie symbolique. Il est reçu Apprenti. Nous verrons plus en détail cette première Initiation qui est à elle seule, ainsi que l'a dit Oswald Wirth, toute la Maçonnerie . Contentons-nous, pour l'instant de constater l'étonnante similitude entre l'ascèse Maçonnique et le Grand'Œuvre. Toute la symbolique Maçonnique tourne évidemment autour de l'idée de construction. Le profane, c'est une pierre brute inutilisable comme telle dans la construction sacrée du Temple universel. L'Apprenti aura pour tâche de tailler cette pierre (cette pierre qui est lui-même) pour en faire une Pierre cubique propre à la construction envisagée. Pour mener à bien cette tâche deux outils seront à sa disposition, deux outils qui symboliseront son grade : Le maillet et le ciseau.

Le ciseau, passif, symbolise la pensée s'ouvrant à la Connaissance, les résolutions, aussi, prises par cette pensée enrichie de Lumière... Le maillet, actif, c'est la volonté qui va faire passer en acte, en réalité ce que l'esprit a perçu ou conçu. Dès lors, nous voyons que l'apprentissage consiste, en fait, à détruire, à dissoudre ( Solvere ) la personnalité profane. Non pas en lui superposant une autre personnalité. Je veux dire en lui apprenant une nouvelle science, une nouvelle morale, un nouveau " savoir-vivre ", mais au contraire en l'aidant à se réaliser, en le faisant être intégralement ce qu'il est. C'est-à-dire en faisant pourrir l'être fictif que les conditionnements naturels ont faits de lui et conjointement en faisant naître au sein de sa propre dissolution le germe de ce qu'il va être, de ce qu'il est, de ce qu'il devrait être. Car c'est bien de la mort du vieil homme que naît l'Initié. C'est bien durant la longue nuit dont parle Saint Jean de la Croix, qu'à leu le mariage de l'Ame avec son Divin Amant. Mais restons à la Maçonnerie : c'est bien de la destruction de la pierre brute, de son remodelage que naît la Pierre cubique.

Dans le Rituel " Ancien et Primitif de Menphis-Misraïm, le Grand-Expert s'adressant au candidat, avant que de frapper à la porte du Temple, lui dit : " S "initier, Monsieur, c'est apprendre à mourir ... ".
En fin de Solve l'Alchimiste coupe la " tête au Corbeau ", nous sommes alors en possession de la QUINTESSENCE. Le flacon sera ouvert pour permettre la Végétation. En Maçonnerie nous passons au Grade de Compagnon.

2° INITIATION : Alors que la caractéristique fondamentale de Solve était la putréfaction et la mort desquels naissait une vie nouvelle, la caractéristique de Coagula sera la construction et le perfectionnement de cette forme nouvellement née. Elle sera d'abord nourrie, tel un enfant, du " Lait Virginal ", c'est-à-dire du Sel philosophique qui a débuté Solve. Un axiome Alchimique nous dit en effet que " Toute chaleur activée dans un lieu humide donne la couleur Noire et que toute chaleur activée dans un milieu sec donne la couleur blanche, puis la couleur rouge ", car la Pierre au Blanc sera nourrie précisément de la QUINTESSCENCE.

Solve a vu la destruction de l'entité minérale en tant que Materia Prima. Du pourrissement et de la mort de cet être est né une Granulation germe d'un nouvel être plus pur et que les Maîtres ont appelé " l'Enfant-Roi ". C'est à porter ce germe à l'état adulte que va tendre Coagula. Et la Pierre rubifiée de la fin de Coagula est bien cet " Enfant " devenu adulte.

L'Apprenti Franc-Maçon, durant son apprentissage, et sous l'effet de ce que certains ont appelé le " travail de la Loge " a vu se dissoudre sa personnalité profane. Le ciseau de sa pensée s'est aiguisé sur l'universel et libre langage des Symboles. Et sans doute certains de ces Symboles ont commencé d'ouvrir pour lui leurs inépuisables trésors. Le Maillet de sa volonté a fait passer en acte, avec fermeté, dans sa vie ce que sa pensée a pu saisir de la mouvante Vérité ; et c'est ainsi que s'est formé en lui le fragile embryon du nouvel être, de l'Initié qu'il est en train de devenir. Tout autour de cet embryon c'est la nuit, car pour la première fois cet homme est libre. Il a rompu les amarres du profane : plus de morale toute faite. Plus de croyances acceptées globalement. Plus de vérités enseignées. Fini le confort de la vérité des autres, de la vérité pour tout le monde. Il ne reste qu'une expérience à vivre, qu'une lumière à découvrir dans l'obscurité de son incarnation, au fond de l'abîme d'un " moi " qui s'effiloche...
Dans la nuit ainsi que toute " génération " un Initié est né. Mais c'est un enfant si fragile... " J'ai trois ans, mon Frère " répond l'Apprenti-Maçon lorsqu'on lui demande son âge. Mais nous verrons plus tard pourquoi le Trois est le Nombre de l'Apprenti.

Toute l'Initiation, tout le travail du Compagnon aura pour objet de consolider ce germe naissant, d'élever cet enfant. La pierre est grossièrement taillée, il s'agit de la parfaire.

L'Apprenti a tué le profane, le Compagnon va développer en lui l'Initiation, il va s'affermir et devenir vraiment un Initié. Et nous verrons qu'en fin de compte un Franc-Maçon n'est jamais autre qu'un Compagnon. C'est-à-dire un de ceux qui partagent le même pain (Compagnon, du latin Cum : avec et panis : pain ) participe à la même construction sacrée : " Le Temple universel élevé A-la-Gloire-du-Grand Architecte-des-Mondes " 3°INITIATION : Nous arrivons à la dernière Opération Alchimique. En fin de Coagula, si l'Artiste a bien œuvré, il est en possession de la Pierre au Rouge. Mais nous savons que cette Pierre qui contient encore des impuretés est considérée par les Maîtres comme le " Faux-Prophète " de l'Apocalypse. Elle a atteint une certaine perfection intérieure, mais elle est inapte à opérer les transmutations des métaux vulgaires en or. Pour qu'elle soit à même d'opérer ces transmutations et de collaborer ainsi à la rédemption minérale, il lui faut être multipliée ,pour cela elle devra être à nouveau broyée, puis mourir comme durant Solve et repasser par toutes les Opérations jusqu'à ce qu'elle revienne au Rouge, alors en cet état elle pourra transmuter dix fois son poids. Et il sera possible de recommencer encore et toujours et à chaque fois elle multipliera sa puissance transmutatoire.
Au niveau du minéral, il y a des limites à cette Voie de Perfection, elles sont essentiellement définies par l'impossibilité pour l'Artiste d'opérer assez vite et pour les ballons de contenir une Chrysopée devenue liquide et radiante, etc.

Nous allons voir que la Maîtrise Maçonnique correspond très exactement à la Multiplication Alchimique. Le Franc-Maçon, à la fin de son temps de Compagnon est très exactement ( doit être très exactement ) en l'état de la Pierre fin Coagula. L'Initié, en lui a grandi, il a travaillé à l'œuvre commune de construction. Sa morale, il l'a construite lui-même dans son cœur. Ses croyances ne lui ont pas été apprises, elles sont le fruit d'une expérience et d'une méditation corollaire. L'Amour n'est pas pour lui une loi morale, c'est une Connaissance et il sait s'élever au-dessus de ma mêlée et trouver la Vérité là où elle se cache. Mais ce Temple, c'est un Temple intérieur, il l'a construit en lui, pour lui, il n'est pas encore capable de transformer ce qu'il touche, de régénérer ceux qui l'approchent ... Il n'est pas encore un Maître.

La Maîtrise c'est la Multiplication et nous verrons dans un instant que son appareil funèbre évoque parfaitement ce recommencement. Mais avant que d'aborder le détail des Initiations proprement dites, je voudrais préciser davantage ce que je n'ai fait qu'évoquer au sujet du Compagnon.
On considère d'ordinaire le deuxième Degré de Compagnon comme un Grade intermédiaire entre celui d'Apprenti et celui de Maître, et cela est vrai dans un certain sens. Mais en fait l'Apprentissage conduit à la Maçonnerie proprement dite. Car un Franc-Maçon n'est rien d'autre qu'un Compagnon et la Maîtrise est ce but jamais complètement atteint. Le F\M\ est donc un Compagnon sorti d'Apprentissage et en quête de Maîtrise. Car s'il y a une limite à la perfection des Multiplications Alchimiques, si la condition humaine implique elle aussi ces limites à la perfection Initiatique, la raison de l'homme sait que cet Absolu existe ( ou plutôt est ) bien que sans pouvoir le saisir parce qu'au-delà de toute raison humaine. Et la Voie Royale est cette Voie qui va indéfiniment vers la Maîtrise, vers l'Absolu. Le Franc-Maçon est ce Compagnon qui marche de tout son être, de toute sa volonté vers l'UNITE. C'est un " Pèlerin de l'Absolu ".

- II - Entrons plus avant dans le détail de la rituelie des trois Initiations Symboliques, et précisant que les Rituels sont innombrables dans leur forme et que je vais m'efforcer de glaner ça et là dans ce que j'ai vu et compris et qui a un indiscutable parallélisme Alchimique, étant entendu que toutes les autres interprétations qui ont pu être données ne sont pas fausses pour autant. Disons qu'elles sont à un autre niveau, qu'elles sont traitées autrement et qu'elles s'adressent à un autre entendement ? Le Symbole est universel.

La première phase de l'Initiation d'Apprenti c'est le " cabinet de réflexion ". C'est un local exigu, aménagé, en principe, dans une cave. Là, le récipiendaire séjourne un temps plus ou moins long. Il est assis sur un escabeau de bois devant un pupitre, afin d'y pouvoir rédiger son " testament philosophique ". Devant lui deux coupes : l'une contenant du sel, l'autre contenant du soufre. Puis une tête de mort. Ce réduit est le plus souvent éclairé par une chandelle. Au mur quelques inscriptions un peu grandiloquentes telles que : " Si la curiosité t'a conduit ici, va-t-en ... " ou : " Si tu es capable de dissimulation, tremble, on te pénétrera... " Mais insistons plutôt : " Si tu persévères, tu seras purifié par les Eléments, tu sortiras de l'abîme des ténèbres, tu verras la Lumière.... "

Enfin toujours au mur : un tableau sur fond noir sur lequel se détachent en blanc d'abord un coq, puis un sablier et une faulx, puis encore au-dessous, au centre, une tête de mort et de chaque côté les Symboles spagyriques du Soufre et du Sel, au milieu du tout, ces deux mots : " VIGILANCE - PERSEVERANCE ". Et pour finir, dans un autre coin du mur, l'inscription : VITRIOL.

Le symbolisme Alchimique me semble vraiment très visible. Le récipiendaire, dans cet " in space " souterrain c'est assurément la pierre des philosophes dans sa minière. Il en sera retiré par les offices du Frère Grand-Expert pour être conduit dans le Temple, tout comme le minerai pour être placé dans l'Athanor. La coupe de sel et la coupe de soufre, tout comme leurs symboles spagyriques peints sur le tableau se passe, je crois de commentaires. Le crâne humain et la tête de mort peints sur le tableau, c'est le " Caput mortuum " la Terre damnée des Philosophes ". Quand à la dernière sentence que j'ai citée, elle résume toute l'Alchimie : la première partie se rapporte indiscutablement à la phase Solve ( l'abîme des ténèbres ) et aux phases de Coagula qui lui font suite ( tu verras la Lumière ). Le coq symbolise l'élément volatil, souvent on lui oppose un quadrupède pour symboliser le " fixe ". La faulx et le sablier sont l'un et l'autre des Symboles propres à Saturne, planète qui régit l'Œuvre jusqu'à la fin du Corbeau où commence le régime de Jupiter. Enfin, s'il est deux mots qui peuvent parfaitement s'appliquer à l'Alchimie c'est assurément : Vigilance et Persévérance... Vitriol, c'est évidemment : " Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidum " soit : Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant ( par l'Art ) tu trouveras la Pierre cachée des Sages.

A un moment donné le F... Grand-Expert vient préparer le récipiendaire. Pour ce faire on lui retire son soulier gauche, on lui relève la jambe droite de son pantalon jusqu'au-dessus du genou, puis ne lui ayant laissé sur le buste que sa chemise, on lui dénude tout le côté gauche de la poitrine et on lui bande les yeux. C'est dans cet appareil qu'il sera conduit au Temple.

Nous n'insisterons pas sur le fait qu'il n'a qu'une chaussure. La similitude avec la légende de Jason est par trop évidente et nous savons que c'est la perte de cette chaussure qui décide de l'expédition des Argonautes et il est connu que cette légende, comme d'ailleurs toutes les légendes sont des récits Alchimiques. Par contre il y a lieu d'insister davantage sur le fait que cette " Préparation " du récipiendaire a pour objet de le mettre dans un état où il n'est " ni nu, ni vêtu ". Cette préparation ne serait-elle pas la Préparation Alchimique ? Opération qui, en fait a pour but d'épurer sommairement la Matière. Et ce candidat à l'Initiation Maçonnique " ni nu, ni vêtu " n'est-il pas la matière sommairement épurée ? De plus, si nous considérons l'Alchimie comme un éternel recommencement, l'abandon d'une partie des vêtements n'est-il pas la représentation de ce qui se passe durant Solve, lorsque lors de la " Mondification " toute une partie de soufre non amalgamable est abandonnée. il y a là, je pense une interprétation qui peut se faire en plusieurs " épaisseurs ", comme souvent en Alchimie. Le bandeau c'est, bien sûr, l'ignorance du profane et alchimiquement la pierre obscurcie par les terrestréités qu'elle contient.

Enfin le récipiendaire est introduit dans le Temple. Il doit presque ramper pour passer sous la porte " qui est très basse " disent les Rituels. C'est que, alchimiquement, le col du Ballon est très étroit. Le Temple c'est l'Athanor et dans le cas particulier de Solve c'est un Ballon soigneusement bouché, tout comme le Temple dont la porte est elle aussi soigneusement fermée. Le F\ Couvreur veille à ce que le Temple soit couvert...
L'initiation au Grade d'Apprenti se compose principalement de trois " voyages " qui sont chacun une purification par un Elément. On considère alors que le séjour dans le cabinet de réflexion, séjour souterrain, correspond à la purification par la Terre. Or au cours de la Préparation Alchimique, l'Agent Salin est bien utilisé sous son aspect de terre, et c'est bien comme Sel qu'il va permettre la Séparation. Nous sommes donc bien au début de Solve.

Le premier voyage dans le Temple sera la Purification par l'Eau. Parti de l'Occident sous la conduite de " l'Expert " il passe par le midi, l'Orient et revient par le Nord. Sa marche est semée d'embûches et de traquenards. Elle se déroule dans le bruit et le tumulte assourdissant des épées que les FF\ de la Loge frappent violemment sur le sol et des maillets que le Vénérable-Maître et les deux FF\ Surveillants heurtent à leurs plateaux respectifs. Revenu au Nord il est arrêté par le F\ 2ème Surveillant ( je laisse volontairement ce qui ne me paraît pas avoir un intérêt Alchimique très précis ). On plonge alors le bras du récipiendaire dans un seau d'eau. C'est la Purification symbolique par l'Eau.

Alchimiquement, il me semble tout à fait évident que nous sommes au début de Solve. Cette agitation de la Loge n'est-elle pas l'effervescence dans le Ballon, lorsque le Feu Salin excité par le 5ème Feu réveille les trois Feux de la Materia Prima et que s'affrontent les principes adverses. C'est dans cet affrontement que se fait la Conjonction, c'est bien au cours de cette Initiation que naît l'Initié. L'Eau, c'est le " Feu-Eau " qui ne mouille pas les mains et qui entraîne la liquéfaction propre à Solve. Ainsi le " mariage " dans les proportions de nature est symboliquement fait.

Le Deuxième Voyage : Purification par l'Air. Même itinéraire, mais ce n'est plus le grand bruit du premier voyage. Les épées effleurent légèrement le sol, comme un souffle. Il n'y a plus d'embûches, la voie est libre. Le candidat est conduit cette fois jusqu'au Midi où le F\ 1er Surveillant l'arrête. Le F\ Maître des Cérémonies souffle trois fois sur le front du néophyte. Le deuxième voyage est terminé. Ici une petite parenthèse : il y a inversion dans le " Rite Ecossais " de l'emplacement des Surveillants. J'ai suivi pour cette description le rituel de Menphis-Misraïm qui pour ce qui est de la place des Surveillants est semblable au Rituel du Grand-Orient. Ceci n'a du reste aucune importance dans ce travail consacré à l 'Alchimie. Je l'ai déjà précisé, les Rituels sont nombreux et cela prouve le caractère d'universalité de la Franc-Maçonnerie.

Alchimiquement ( seul aspect qui intéresse ce travail ), cette purification par l'Air me semble indiquer ce Feu énergétique ou 5ème Feu qui du début à la fin anime la Matière et permet d'en soumettre toutes les parcelles à l'action purificatrice et régénératrice de l'Agent Igné, qui permet aussi l'excitation de cet Agent. Enfin nous savons que ce Sel prend tour à tour l'aspect des quatre Eléments...

Le Troisième voyage : Purification par le Feu. Ici nul bruit, nulle embûche, mais arrivé à l'Orient, le récipiendaire se trouve environné par la flamme qui sort de la " pipe à lycopode ". Revenu à l'Occident, il entendra, comme lors des précédents voyages, le discours initiatique.
Ici, rien à préciser, l'Alchimie est la philosophie par le Feu . Ce voyage l'indique expressément. Il s'agit donc de l'Agent Igné. Je dirais même qu'il s'agit toujours de l'Agent igné, puisque celui-ci est le " Chaos des Sages " et qu'il contient en lui tous les Eléments. Il est donc tour à tour : Terre- Eau. Air, Feu, sans cesser d'être aussi et simultanément les trois autres Eléments.

Après ces trois voyages, le récipiendaire est conduit sur les Parvis, c'est-à-dire hors le Temple... Lorsqu'il y est réintroduit, tout est changé : Les Luminaires du Temple sont éteints, un Frère (Apprenti le plus souvent ) gît à l'Orient, les pieds sur le premier des trois degrés qui conduisent à la Chaire du Maître, un plastron rouge placé sur sa chemise simule le sang. Une torchère de chaque côté du " cadavre " donne la lumière à la Loge. Tous les FF... de l'Atelier ont chacun leur épée en main gauche et la tiennent brandie dans la direction du néophyte. On ôte le bandeau des yeux de ce dernier et le Vénérable lui dit que tel est le sort réservé au Maçon parjure. La scène peut être impressionnante étant donné le choc psychique qu'est pour le candidat sa première Initiation. J'avoue qu'elle le fut pour moi. Une initiation est une sorte de psychodrame comme une catharsis qui ne manque pas d'avoir ses répercussions profondes. Mais il faut bien avouer que si cette scène n'avait d'autre but que d'éveiller un sentiment de crainte chez le candidat et de faire passer en lui un salutaire frisson de frayeur, cela se réduirait à un enfantillage d'un goût, du reste assez douteux.
Restons donc à l'interprétation Alchimique du Rituel et constatons que l'obscurité règne dans le Temple et qu'à l'Orient, là où se lève la Lumière, gît un Apprenti la chemise ensanglantée. Nous sommes à la fin de Solve : l'obscurité c'est celle qui a été appelée " Corbeau ". Les épées pointées indiquent l'action incisive et pénétrante de l'Agent Salin. L'Apprenti gisant à l'Orient, c'est la Granulation. Le sang sur la chemise, c'est le " Sang du Dragon ", le " Sceau d'Hermès ". Solve est terminé, du moins dans sa phase de mort, il ne reste plus qu'à couper la " Tête au corbeau ".

Le candidat est alors reconduit dans les Parvis. Le Temple reprend son aspect accoutumé. Puis le récipiendaire y est amené, il boit alors le breuvage amer, puis il prête serment. Dans le Rituel de Menphis-Misraïm que j'ai sous les yeux, au début de l'initiation, le futur Apprenti boit le contenu d'une première coupe appelé liqueur de l'oubli. Cette liqueur a pour but " la dissolution de la personnalité profane ", or le breuvage amer est au contraire le breuvage de mémoire. C'est l' " Eau de Mnémosymée ".
" ... Quand vous l'aurez absorbée, votre possession sera totale. L'Ame occulte de la Franc-Maçonnerie toute entière sera passée en vous... " Je cite textuellement le Rituel.

Du point de vue Alchimique, la première coupe c'est le Sel Philosophique qui débute Solve et la coupe amère c'est le " Lait Virginal " qui débute Coagula ou le " Sang du Dragon " qui le termine. C'est, en tout cas ce qui permet le résurrection, l'accession à la Lumière. Tous les Symboles Maçonniques sont éclairés et le bandeau est arraché des yeux du néophyte. Ce bain de Lumière, c'est la Pierre au Blanc. Vêtu de sa blanche robe de lin, le ressuscité sort du sépulcre. L'homme ordinaire est mort, le glorieux renaît. La Franc-Maçonnerie compte un Frère de plus. L'Alchimiste sait qu'il arrive au terme de ses peines, encore un effort, et il sera en possession de la très précieuse Pierre Philosophale.

Ainsi se termine la première Initiation Maçonnique. Ainsi est vécue ce psychodrame qui met en jeu cet archétype fondamental de la mort et de la résurrection. mais ainsi que l'a précisé René Guénon (Aperçus sur l'Initiation ), le contenu Initiatique, de nos jours est virtuel. Il appartient donc à l'Initié de réaliser ce contenu virtuel et c'est à cette tâche que se livre l'Apprenti-Maçon. Il n'a, alchimiquement terminé son apprentissage que lorsque Solve est terminé en lui, c'est-à-dire lorsqu'il a dissous sa personnalité profane et que sur le cadavre de cette personnalité flotte la QUINTESSENCE ou cinquième essence surajoutée au quaternaire de sa forme et qui est le produit le plus pur de ce que contenait sa triple constitution.

Un dernier mot : si l'Apprenti a trois ans, c'est que le nombre 3 est son Nombre et ce Nombre trois est le sien parce que la Séparation lui a révélé la triple essence de son être et de toutes choses, car l'Unité n'est concevable qu'en sa triplicité.
.·. Trois était le Nombre de l'Apprenti. Cinq sera le nombre du Compagnon. Alchimiquement la " Tête au Corbeau a été coupée " et la QUINTESSENCE soigneusement rangée.

L'Apprenti-Maçon va donc recevoir son " augmentation de salaire ". Il va être reçu Compagnon. Il n'a plus les yeux bandés et il est directement introduit dans le Temple. Son Initiation va consister essentiellement en cinq voyages qu'il fera sous la conduite de F... Grand-Expert. Il portera chaque fois des outils différents. Je laisserai de côté ces manipulations d'outils de constructeurs dont la valeur symbolique est sans rapport, je crois, avec l'Alchimie. Chacun de ces voyages le conduira vers une " cartouche " dont il lira à voix haute les noms qui y sont inscrits.

1er voyage : Il est fait avec, en mains, le maillet et le ciseau, il conduit l'Apprenti vers une cartouche à l'ouest où il peut lire le nom des cinq sens.
2er voyage : L'Apprenti porte alors le niveau et la perpendiculaire, il rencontre au midi une cartouche portant les noms des ordres d'architecture.
3er voyage : Equerre et Compas en mains, l'Apprenti fait une troisième fois le tour de la loge. A l'Orient il peut lire les noms des Arts libéraux.
4er voyage : Muni du Compas et de la Règle, l'Apprenti trouve au nord les noms de cinq Philosophes antiques.
5er voyage : Cette fois c'est les mains libres que, toujours conduit par le F... Expert, l'Apprenti fait le tour de la Loge. Ce voyage c'est la " Glorification du Travail ". Seul le travail permet au Compagnon de développer en lui l'Initié nouveau-né.

Maçonniquement parlant, c'est la symbolique des outils qui est intéressante, mais il ne me semble pas qu'elle apporte rien de particulier à l'Alchimie.
Enfin après cette " Glorification du Travail ", le grand Symbole des Compagnons est révélé : c'est l'Etoile flamboyante et la lettre G .
Rien dans ce Rituel ne me paraît avoir de rapport direct avec l'Alchimie. Et pourtant cette Initiation qui a pour objet de consolider l'œuvre à peine ébauchée au grade d'Apprenti ma paraît assez semblable au Coagula de l'Alchimie. La " Glorification du Travail " va dans le même sens. La partie négative de la destruction du profane qui a été le propre de l'apprentissage est terminée. Il s'agit maintenant de construire l'Initié et ce qui me paraît intéressant du point de vue de l'Alchimie, c'est précisément cette insistance du Nombre cinq. Et le moment capital c'est assurément l'Etoile flamboyante et la lettre G.

Il est dit au Compagnon que cette lettre G veut dire Génie, Gravitation, Géométrie, Génération et Gnose. Pour ce qui est de l'Alchimie, les deux derniers termes me semblent particulièrement indiqués. En effet qui dit Alchimie dit GENERATION. Dieu seul a créé. L'homme ne peut que générer. Tel le semeur, qui par son geste, par son acte, va appeler une graine inerte à produire l'être végétal que, sans le savoir elle portait en elle. Mais pour cela la graine devra pourrir et mourir... On le voit, par ce mot de Génération, la lettre G est déjà toute l'Alchimie. Cela est encore complété par l'acceptation de Gnose. Car par Gnose, il faut certes entendre la connaissance des choses cachées, mais par Connaissance il faut comprendre, non la chose apprise par la bouche ou les écrits des autres, mais l'expérience vécue à l'intérieur de soi-même et ressentie comme une évidence. N'est-ce pas là toute la révélation de l'Alchimie ? Que dis-je ? sa raison d'être ...

Alchimiquement nous savons ce qu'est la Quintessence et le rôle qu'elle joue dans la dernière partie de Coagula. Maçonniquement c'est l'Etoile flamboyante, l'étoile à cinq branches qui symbolise la Quintessence. Durant son apprentissage, le Maçon, s'il a suffisamment médité et lutté a été constamment mis en présence des oppositions quaternaires et il a compris que ce n'est pas par hasard si sa Loge est un " carré long " qui s'étend dans les quatre directions des points cardinaux. Souvent il a dû se trouver au centre de cette croix des Eléments. (Crucis veut dire : creuset et croix). Or ce qui a jailli du fond de son être tel le sang de la crucifixion c'est la cinquième essence. C'est parce que s'est ajouté à lui cette Essence Spirituelle qu'il est devenu un Initié. Et il n'est Initié que dans la proportion où il s'est assimilé cette Quintessence ; car alors au quaternaire de la forme il a ajouté la Lumière de l'Esprit, ce qui fait de lui un Pentagrame. L'homme spirituel, l'homme régénéré s'inscrit dans un Pentagrame.
Au quaternaire des Eléments du " Chaos des Sages " s'est ajouté une cinquième essence. L'Alchimiste a en mains le " Mercure Philosophique ", il en nourrira plus tard sa Pierre.

C'est en lui que le Compagnon-Maçon va édifier sa première construction. Il va se construire lui-même pour pouvoir participer efficacement à l'œuvre de la Franc-Maçonnerie universelle : La construction du Temple. Car on ne reçoit que pour donner. N'oublions pas que l'apprentissage a dû dissoudre le " MOI ". C'est donc " NOUS " que dira le Compagnon en apportant sa modeste contribution à l'œuvre collective.
.·. La Pierre rubifiée de la fin de Coagula contient des impuretés. pour devenir la Pierre Philosophale il va falloir mourir et repasser par toutes les tribulations de Solve et de Coagula. C'est au prix de la mort que s'acquiert la vie éternelle.

La Loge a revêtu son funèbre appareil, elle est tendue de Noir. Les Maîtres se désolent de ne pouvoir poursuivre l'œuvre féconde de la Franc-Maçonnerie, car leur Maître, Hiram est mort. Trois Compagnons ont tenté successivement de s'emparer par la force du secret de la Maîtrise : Le premier était à la porte de l'Orient ; il a exigé ce secret, devant le refus d'Hiram de le lui livrer, il a asséné à ce dernier un coup de règle à la gorge. Le coup a dérapé et lui a frappé l'épaule lui paralysant le bras droit. Le deuxième attendait à la porte du Midi : même exigence, même refus d'Hiram, même violence. Mais cette fois c'est un coup d'équerre que reçoit le Maître, droit au cœur. Enfin un autre Compagnon l'attend à la porte d'Occident. Hiram refuse encore de livrer sous la menace le secret de la Maîtrise, il reçoit un furieux coup de maillet sur le front, il s'affaisse mort. Le forfait accompli, les Compagnons enterrent Hiram sous un amas de décombres au Nord du Temple... Tel est le drame symbolique.

Le Compagnon candidat à la Maîtrise va alors subir une épreuve : s'il se sent le cœur pur et la conscience tranquille, il devra enjamber le cadavre d'Hiram. Il le fait. Dès lors il va être identifié à Hiram et vivre personnellement ce drame.

Une mort volontaire avait permis au profane de renaître Initié, lors de sa réception au premier degré, et je pense l'avoir suffisamment démontré. Il s'agissait bien des Opérations de Solve et de la résurrection de la Pierre au blanc. Mais il faut une seconde mort à l'Initié pour atteindre à l'immortalité des Maîtres. Là, le Symbolisme est flagrant, il s'agit de la Multiplication.

Ainsi donc le Compagnon est assimilé à Hiram. Comme lui il sera frappé à l'épaule par la règle ( c'est-à-dire dans son corps ). Au cœur par l'Equerre ( c'est-à-dire dans son Ame ). Au front par le Maillet ( c'est-à-dire dans son esprit ). Alchimiquement : le Soufre, le Mercure et le Sel. Puis il sera étendu sous le drap mortuaire, son tablier sera rabattu sur son visage et un rameau d'acacia sera posé sur le drap. C'est le rameau d'acacia qui dans l'interprétation mythique du drame permettra de retrouver le " cadavre ".

Arrêtons - nous un instant : Nous sommes au stade de la Multiplication. Tout comme le Grand'Œuvre recommence. le drap mortuaire c'est évidemment le " Corbeau ". La Pierre au Rouge ( le Compagnon) a été traitée comme la Materia Prima (le profane) et atteinte dans sa triple constitution. Elle gît morte. Mais pourquoi donc ce rameau d'acacia sur le drap mortuaire ? Il est vrai que c'eût pu être une branche de chêne ou de fougère, car c'est bien là la " Fontaine occulte " d'où coule l' "Eau de Vie " (je remarque qu'en espagnol eau-de-vie se dit " aguardiente " littéralement : eau ardente). Voilà bien le " Feu-Eau qui ne mouille pas les mains " le grand arcane de l'Alchimie...

Examinons les détails rituéliques qui ne sont pas directement en rapport avec l'Alchimie ou qui obligeraient à des descriptions aussi longues qu'inutiles. les Maîtres vont alors essayer de rappeler à la vie leur maître Hiram dont le Compagnon-candidat-à-la-Maîtrise est la représentation. Pour cela le Deuxième Surveillant prononcera d'abord le nom d'une des colonnes du Temple placée à droite de l'entrée : JAKIN. Devant l'insuccès de ce mot à ressusciter le mort il se retirera en disant : " La chair quitte les os "... Le Premier-Surveillant prononce alors le nom de la deuxième colonne, celle de gauche : BOHAZ. C'est le même insuccès, il se retirera lui aussi en disant : " Tout se désunit ". Enfin au mot de MAK-BENAH ( Fils de putréfaction) Hiram, aidé par un Maître se lèvera de son tombeau.

JAKIN, c'est l'énergie créatrice masculine, c'est la force expansive qui part du centre de tout être : c'est le SOUFRE.
BOHAZ, c'est la réceptivité féminine, c'est l'énergie qui venant de l'extérieur pénètre toute chose : c'est le MERCURE.
MAK-BENAH, (fils de putréfaction) par son origine on reconnaît bien là le SEL et je crois qu'il n'y a rien d'autre à ajouter.

Le Compagnon a vécu la mort symboliquement tel le néophyte des antiques Mystères. En lui Hiram ressuscite et ainsi lui-même est-il ressuscité. Telle est l'ultime degré de la Maçonnerie symbolique : La Maîtrise. Comme la Pierre de fin Coagula, le Compagnon était souillé par des impuretés, comme elle il doit repasser par l'épreuve de la mort et de la pourriture.
" Car nul ne peut blanchir s'il n'a auparavant noirci... " Nul ne peut s'élever s'il ne s'est humilié... et nul ne peut atteindre la Vie éternelle s'il n'a connu la mort.

Le Grand Œuvre Alchimique est un éternel recommencement : La Pierre multipliée une fois peut être à nouveau soumise à une nouvelle mort, à une nouvelle résurrection, pour atteindre à plus de pouvoir rédempteur. Et puis encore ... jusqu'aux limites du possible qui sont les limites mêmes du présent cycle d'évolution minérale. Il reste toujours à la Pierre quelques parcelles d'impuretés, quelque infime souillure... Ce sont les restes de son ancienne nature de " minerai profane ".

Ainsi le Maître-Maçon sait qu'il n'est jamais au terme de la Maîtrise, car il lui reste toujours à détruire quelques parcelles de son " Moi " : de ce trompeur écran de la personnalité qui déforme le Nombre au point de n'en faire qu'un chiffre. Et, du reste s'il avait d'aventure conscience d'être parvenu à l'ultime point de quelque chose, une ligne infime, insaisissable, comme celle qui marque le Solstice, séparerait ce point final du commencement d'autre chose et tout serait à recommencer plus loin, plus haut selon ce processus invariable : SOLVE et COAGULA qui est la loi de l'Alchimie : La Chimie de AL.
\ " Etes-vous Maître-Maçon ? est-il demandé dans le catéchisme du grade de Maître.
Réponse : Eprouvez-moi, l'Acacia M'EST CONNU
Demande : Pourquoi répondez-vous ainsi ?
Réponse : Parce que l'Acacia est le symbole d'une vie indestructible dont les Mystères m'ont été dévoilés...

Ce texte est la copie conforme d'un texte écrit par Roger Caro dans son ouvrage : '' Rituel F.A.R.+C. et Deux Textes Alchimique Inédits ''

 Source : www.ledifice.net

Repost 0
Published by Roger Caro - dans Alchimie
commenter cet article

Présentation

  • : Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Contact

Blason de la RL Laurence Dermott

Loge-Dermott.gif

        727 ARTICLES

                       537 ABONNES 

Recherche

St Patrick blessing

 

 irish-flag-cd51f

May St. Patrick guard you wherever you go,

and guide you in whatever you do,

and may his loving protection

be a blessing to you always.

God save the Ireland

           

Michaël Collins

Danny Boy