Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 09:49

Q : Etes-vous Maçon ?

R : Mes Frères et Compagnons me reçoivent comme tel.

Q : Comment saurai-je que vous êtes Maçon ?

R : Par les signes, attouchements et points parfaits de [mon] entrée.

Q : Que sont les signes ?

R : Toutes équerres, niveaux et perpendiculaires.

Q : Que sont les attouchements ?

R : Certaines griffes.

Q : Donnez-moi le premier (1) et je vous donnerai le second.

R : Je garde.

R : Je cache.

Q : Que cachez-vous ?

R : Tous les secrets ou mystères d'un Maçon ou de la Maçonnerie.

Q : Que sont les secrets ?

R : Des signes, des attouchements et de nombreux mots.

Q : Avez-vous quelque mot en tant que Maçon ?

R : J'en ai.

Q : Donnez-m'en un.

R : Je l'épellerai avec vous.

Ou : Donnez-moi la première, je vous donnerai la seconde.

1 __________B.

2 __________O.

3 __________A.

4 __________Z.

1 __________BO.

2 __________AZ.

 

Voir chapitre 3 du 2e Livre des Chroniques, verset 17, où vous trouverez que Boaz était le nom de la colonne de gauche devant le Temple, et Jachin celle de droite.

 Très respectable, le Maître et les Compagnons de la Sainte Loge de Saint Jean, d'où je viens vous saluent, vous saluent, vous saluent par trois fois mes Frères.

Q : Que vîtes-vous avant d'être admis en Loge ?

R : Le dernier Apprenti, l'épée nue à la main.

Q : Comment avez-vous été admis en Loge ?

R : Par trois grands coups.

Q : Qui vous introduisit dans la Loge ?

R : Le Second Surveillant.

Q : Comment vous fît-il entrer ?

R : Il me conduisit autour de la Loge d'Est en Ouest et me présenta au Premier Surveillant.

Q : Que fit-il de vous ?

R : Il me conduisit par trois grands pas vers le Maître.

Q : Que fit de vous le Maître ?

R : Il me reçut Maçon.

Q : Comment fûtes-vous reçu Maçon ?

R : Ni assis, ni debout, ni nu, ni vêtu, mais selon les formes requises.

Q : Que sont les formes requises ?

R : Avec le genou dénudé en terre dans les branches de l'équerre et ma main gauche sur la Bible, ma main droite étendue, avec le compas sur le sein gauche dénudé ; [dans cette disposition] je pris l'obligation solennelle du Maçon.

Q : Pouvez-vous la répéter ?

R : Je le peux.

Q : Répétez-la.

R : Moi, par ceci, je promets solennellement et déclare en présence de Dieu tout puissant, de garder et de cacher tous les secrets ou mystères d'un Maçon ou de la Maçonnerie qui m'ont été révélés jusqu'ici, vont l'être maintenant, ou le seront ultérieurement ; de ne les dire ou les révéler à personne sauf à un Frère ou Compagnon après un examen dans les formes ; de ne pas les écrire, ouvrager, marquer, représenter ou graver sur tout support mobile ou immobile ; sous une peine qui ne serait pas moindre que d'avoir la gorge tranchée, ma langue arrachée du fond de la bouche, le cœur arraché du sein gauche et enseveli dans les sables de la mer, à une encablure du rivage, là où la marée descend et monte deux fois en 24 heures, mon corps devant être réduit en cendres, et les cendres dispersées à la surface de la terre, de sorte qu'il n'y ait plus souvenance de moi. Ainsi que Dieu me soit en aide.

Il baise la Bible.

Q : Que vîtes-vous quand vous fûtes introduit dans la Loge ?

R : Trois grandes lumières.

Q : Que représentent-elles ?

R : Le Soleil, la Lune et le Maître Maçon.

Q : Pourquoi cela ?

R : Le Soleil pour présider au jour, la Lune à la nuit, et le Maître Maçon à la Loge.

Q : Où se tient le Maître ?

R : A l'Est.

Q : Pourquoi cela ?

R : Comme le Soleil se lève à l'Est pour ouvrir le jour, le Maître se tient à l'Est pour ouvrir la Loge et mettre les ouvriers au travail

Q : Où se tient le Surveillant ?

R : A l'Ouest.

Q : Pourquoi cela ?

R : Comme le Soleil se couche à l'Ouest pour clore le jour, il renvoie les ouvriers du travail

Q : Où se tient le Compagnon du métier ?

R : Au Sud.

Q : Pourquoi cela ?

R : Pour garder et cacher ; et pour accueillir les Frères étrangers

Q : Où se tient l'Apprenti entré ?

R : Au Nord.

Q : Pourquoi cela ?

R : Pour garder et cacher, recevoir des instructions et protéger la Loge.

Q : Comment votre Loge est-elle disposée ?

R : Exactement d'Est en Ouest  comme le sont ou devraient l'être tous les lieux sacrés.

Q : Où se tient-elle ?

R : Sur une terre sacrée, dans la Vallée de Josaphat ou ailleurs.

Q : Quelle est sa hauteur ?

R : Des pieds et des pouces innombrables.

Q : Quelle est la forme de votre Loge ?

R : Un carré long.

Q : Pourquoi cela ?

R : C'est la forme de la tombe de notre Grand Maître Hiram.

Q : Qu'y a-t-il au centre de votre Loge ?

R : La lettre G.

Q : Que signifie-t-elle ?

R : Géométrie.

Q : Avez-vous des bijoux immobiles dans votre Loge ?

R : Nous en avons.

Q : Combien ?

R : Trois.

Q : Quels sont-ils ?

R : Le pavé mosaïquele parpaing et la pierre dégrossie.

Q : Quels est leur premier usage ?

R : Le pavé mosaïque pour que le Maître y trace ses plans, le parpaing pour que les Compagnons du métier éprouvent leurs outils dessus et la pierre dégrossie pour que les Apprentis entrés apprennent à travailler dessus.

Q : Avez-vous des bijoux mobiles dans votre Loge ?

R : Nous en avons.

Q : Combien ?

R : Trois.

Q : Quels sont-ils ?

R : L'équerre le niveau et le [fil à] plomb.

Q : Quel est leur usage ?

R : L'équerre pour voir si les pierres d'angles sont posées d'équerre ; le niveau pour voir si elles sont posées de niveau et le [fil à] plomb pour élever des perpendiculaires.

Q : Quels sont les meubles de la Loge ?

R : La Bible, le Compas et l'Equerre.

Q : Comment votre Loge est-elle soutenue ?

R : Par trois grands piliers.

Q : Que signifient-ils ?

R : La Sagesse pour inventer, la Force pour soutenir et la Beauté pour orner.

Q : Quel est le nom d'un Maçon ?

R : Giblin.

Q : Quel est le nom d'un fils de Maçon ?

R : Lewis (8).

Q : Où est sa place ?

R : Sous les gouttières de la Loge.

Q : Quel est son privilège ?

R : D'être reçu Maçon avant tous les autres.

Q : Combien composent une Loge ?

R : Cinq Maçons libres et acceptés réunis en un même lieu et selon les usages.

Q : Combien font une Loge juste et parfaite ?

R : Sept.

Q : Que sont-ils ?

R : Un Maître, deux Surveillants, deux Compagnons du métier et deux Apprentis entrés.

Q : Avez-vous vu votre Maître aujourd'hui ?

R : Oui.

Q : Comment était-il vêtu ?

R : D'une veste jaune et d'une culotte bleue.

Q : Où gardez-vous vos secrets en tant que Maçon ?

R : Dans une boîte d'os qui ne s'ouvre ni ne se ferme sans clé d'ivoire ; neuf pouces ou une boucle à ma bouche (9).

Q : Avez-vous des principes ?

R : Oui.

Q : Que [sont-ils] ?

R : Les définitions sont dans Euclide.

Un point est ce qui n'a pas d'étendue.

Une ligne est une longueur sans largeur.

Une surface a seulement une longueur et une largeur.

Un volume a une longueur, une largeur et une profondeur.

Q : Qu'est-ce qu'un Maçon ?

R : Un homme né d'une femme, Frère d'un Roi, Ami d'un Prince et Compagnon d'un Seigneur.

Q : Qu'avez-vous appris comme Maçon ?

R : Comme Maçon opératif à tailler la pierre et élever des perpendiculaires ; comme Gentilhomme Maçon, le secret, la moralité et la camaraderie.

Q : Comment êtes-vous devenu Maçon ?

R : Par mon propre désir et la recommandation d'un ami.

Q : D'où venez-vous ?

R : De la Sainte Loge de Saint Jean.

Q : Où avez-vous été reçu Maçon ?

R : Dans une Loge juste et parfaite.

Q : Comment souffle le vent ?

R : D'Est en Ouest.

Q : Quelle heure est-il ?

R : Minuit plein.

Q : A quoi sert la nuit ?

R : A entendre et le jour à voir.

Q : De quel métal est-elle faite ?

R : Ni d'argent, ni d'or, ni d'étain, ni de bronze, de fer ou d'acier mais la langue de bonne réputation [est celle] qui parle de la même façon derrière un Frère et devant lui.

Q : Si un Maçon est perdu, où doit-il être retrouvé ?

R : Entre l'équerre et le compas.

Q : Pourquoi cela ?

R : Parce qu'un Maçon se révèle toujours sur l'équerre et se tient à l'intérieur du compas.

Quand une ou plusieurs personnes sont en société et que vous les connaissez comme non Maçons, les formules ordinaires sont : «Il pleut», ou «il goutte», ou «la maison n'est pas couverte», ou «couvrez la maison» etc.

Quand un Maçon vous donne quelque chose, et vous demande : «Qu'est-ce ça sent ?» ; la réponse est : «le Maçon».

Q : Quel est l'âge d'un Maçon ?

R : Trois fois sept.

Q : Quand on vous demande quel âge vous avez :

R : En tant qu'Apprenti, moins de sept ans.

Q : Compagnon, moins de quatorze ans.

R : Quand vous êtes Maître, trois fois sept.

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans old charges
commenter cet article
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 09:46

Quelques questions que les maçons ont coutume de poser à ceux qui ont le mot, avant de les reconnaître.


Question 1 : Etes-vous maçon ?

Réponse : Oui.

Q. 2 : Comment le connaîtrai-je ?

R. : Vous le connaîtrez en temps et lieu convenables.

Remarques : la dernière réponse ne doit être faite qu'en présence de gens qui ne sont pas maçons. Mais en l'absence de telles gens vous devriez répondre : par signes, conventions et autres points de mon entrée.

Q. 3 : Quel est le premier point ?

R. : Dites-moi le premier point, je vous dirai le second. Le premier est de celer  et cacher ; le second : «sous une peine qui ne saurait être moindre»  qui consiste alors à vous c....r la g...e, car vous devez faire ce signe quand vous dites cela.

Q. 4 : Où avez-vous été entré ?

R. : A l'honorable Loge.

Q. 5 : Qu'est-ce qui fait une Loge véritable et parfaite ?

R. : Sept maîtres, cinq apprentis entrés, à un jour de marche d'un bourg, là où on n'entend ni un chien aboyer, ni un coq chanter (4).

Q. 6 : Ne peut-on pas former à moins une Loge véritable et parfaite ?

R. : Oui, cinq maçons et trois apprentis entrés, & c.

Q. 7 : Et à moins [encore] ?

R. : Plus on est, plus on rit, moins on est, meilleure est la chère.

Q. 8 : Quel est le nom de votre Loge ?

R. : Kilwinning.

Q. 9 : Comment se tient votre Loge ?

R. : Est et Ouest, comme le temple de Jérusalem.

Q. 10 : Où se tint la première Loge ?

R. : Dans le porche du temple de Salomon.

Q. 11 : Y a-t-il des lumières dans votre Loge ?

R. : Oui, trois (5) : le nord-est, le sud-ouest, et le passage de l'est (6). La première désigne le maître maçon, la seconde le surveillant, la troisième le compagnon poseur (7).

Q. 12 : Y a-t-il des bijoux dans votre Loge ?

R. : Oui, trois : [un] parpaing, un pavé d'équerre et un large ovale (8).

Q. 13 : Où trouverai-je la clé de votre Loge ?

R. : A trois pieds et demi de la porte de la Loge, sous un parpaing et une motte verte. Mais sous le repli de mon foie, là où gisent tous les secrets de mon coeur

Q. 14 : Qu'est la clé de votre Loge ?

R. : Une langue bien pendue.

Q. 15 : Où se trouve la clé ?

R. : Dans la boîte d'os.

Après que les maçons vous ont examinés par toutes ces questions ou par quelques-unes d'entre elles, et que vous y avez répondu avec exactitude et fait les signes, ils vous reconnaîtront, non pas cependant pour un maître maçon ou compagnon du métier, mais seulement pour un apprenti, c'est pourquoi ils vous diront : je vois que vous avez été dans la cuisine, mais je ne sais pas si vous avez été dans la salle.

R. : J'ai été dans la salle aussi bien que dans la cuisine.

Q. 1 : Etes-vous compagnon du métier ?

R. : Oui.

Q. 2 : Combien y a-t-il de points du compagnonnage ?

R. : Cinq, à savoir : pied à pied, genou à genou, coeur à coeur, main à main et oreille à oreille. Faites alors le signe du compagnonnage (10), et serrez la main [de votre interrogateur], et vous serez reconnu pour un véritable maçon. Les mots sont dans le premier livre des Rois, ch. 7, v. 2l et dans le deuxième livre des Chroniques, ch. 3, dernier verset

La manière de donner le mot du maçon.


Tout d'abord vous devez faire agenouiller la personne qui va recevoir le mot, et après force cérémonies destinées à l'effrayer, vous lui faites prendre la Bible et, plaçant sa main droite dessus, vous devez l'exhorter au secret, en le menaçant de ce que, s'il vient à violer son serment, le soleil dans le firmament et toute la compagnie témoigneront contre lui, ce qui sera cause de sa damnation, et qu'aussi bien les maçons ne manqueront pas de le tuer. Puis, après qu'il a promis le secret, ils lui font prêter serment comme suit : Par Dieu lui-même et vous aurez à répondre à Dieu quand vous vous tiendrez nu devant lui au jour suprême, vous ne révélerez aucune partie de ce que vous allez entendre ou voir à présent, ni oralement, ni par écrit ; vous ne le mettrez jamais par écrit, ni ne le tracerez avec la pointe d'une épée, ni avec aucun autre instrument, sur la neige ou le sable, et vous n'en parlerez pas, si ce n'est avec un maçon entré ; ainsi que Dieu vous soit en aide.


Après qu'il a prêté le serment, on l'emmène hors de la compagnie, avec le plus jeune maçon, et quand il est suffisamment effrayé par mille postures et grimaces ridicules. il doit apprendre dudit maçon la manière de se tenir à l'ordre, ce qui est le signe, et les postures et paroles de .son entrée, qui sont comme suit :


Quand il rentre dans la compagnie, il doit d'abord faire un salut ridicule, puis le signe, et dire : Dieu bénisse l'honorable compagnie. Puis, retirant son chapeau d'une manière très extravagante qui ne doit être exécutée que dans ces circonstances (comme le reste des signes), il dit les paroles de son entrée, qui sont comme suit : Me voici, moi le plus jeune et le dernier apprenti entré, qui viens de jurer par Dieu et saint Jean (12), par l'équerre, le compas et la jauge commune (13), d'être au service de mon maître à l'honorable loge, du lundi matin au samedi soir, et d'en garder les clés, sous une peine qui ne saurait être moindre que d'avoir la langue coupée sous le menton, et d'être enterré sous la limite des hautes marées, où nul ne saura [qu'est ma tombe]. Alors, il fait à nouveau le signe, en retirant la m..n sous le m....n devant la g...e, ce qui signifie qu'on l. l.. c...a au cas qu'il manque à sa parole.

Ensuite, tous les maçons présents se murmurent l'un à l'autre le mot, en commençant par le plus jeune, jusqu'à ce qu'il arrive au maître maçon, qui donne le mot à l'apprenti entré.


Maintenant, il faut remarquer que tous les signes et mots dont on a parlé jusqu'ici appartiennent à l'apprenti entré. Mais pour être un maître maçon ou compagnon du métier il y a plus à faire, et c'est ce qui suit.

Tout d'abord, tous les apprentis doivent être conduits hors de la compagnie, et il ne doit rester que des maîtres. Alors, on fait de nouveau agenouiller celui qui doit être reçu membre du compagnonnage, et il prête le serment qui lui est présenté de nouveau. Ensuite, il doit sortir de la compagnie avec le plus jeune maçon pour apprendre les postures et signes du compagnonnage, puis, en rentrant, il fait le signe des maîtres et dit les mêmes paroles d'entrée que l'apprenti, en omettant seulement la jauge commune. Alors, les maçons se murmurent l'un à l'autre le mot en commençant par le plus jeune comme précédemment, après quoi le nouveau maçon (14) doit avancer et prendre la posture dans laquelle il doit recevoir le mot, et il murmure au plus ancien maçon : les dignes maîtres et l'honorable compagnie vous saluent bien, vous saluent bien, vous saluent bien.

Alors le maître lui donne le mot et lui serre la main à la manière des maçons, et c'est tout ce qu'il y a à faire pour faire de lui un parfait maçon.

Repost 0
Published by Thomas Dalet
commenter cet article
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 09:41

Le grand secret ou la manière de donner le mot du maçon.

 

Tout d'abord vous devez faire mettre à genoux la personne qui va recevoir le mot, et après forces cérémonies

destinées à l'effrayer, vous lui faites prendre la Bible et, plaçant sa main droite dessus, vous devez l'exhorter au secret, en le menaçant de ce que, s'il vient à violer son serment, le soleil dans le firmament et toute la compagnie témoigneront contre lui, ce qui sera cause de sa damnation, et qu'aussi bien ils (1) ne manqueront pas de le tuer. Puis, après qu'il a promis le secret, ils lui font prêter serment comme suit :

Les mots J et B.
 

Par Dieu lui-même, puisque vous aurez à répondre à Dieu quand vous vous tiendrez nu devant lui au jour suprême, vous ne révélerez aucune partie de ce que vous allez entendre ou voir à présent, ni oralement, ni par écrit; vous ne le mettrez jamais par écrit, ni ne le tracerez avec la pointe d'une épée, ni avec aucun instrument, sur la neige ou le sable, et vous n'en parlerez pas, si ce n'est avec un maçon entré ; ainsi que Dieu (vous) soit en aide.

Après qu'il a prêté ce serment, on l'emmène hors de la compagnie avec le plus jeune maçon, et quand il est suffisamment effrayé par mille postures et grimaces ridicules, il doit apprendre dudit maçon la manière de se tenir à l'ordre. ce qui est le signe. les paroles et postures de son entrée et c'est comme suit :


Me voici, moi le plus jeune et le dernier apprenti entré, qui viens de jurer par Dieu et saint Jean, par l'équerre, le compas et la jauge commune, d'être au service de mon maître à l'honorable loge, du lundi matin au samedi soir, et d'en garder les clés, sous une peine qui ne saurait être moindre que d'avoir la langue coupée sous le menton, et d'être enterré sous la limite des hautes marées, où nul ne saura (qu'est ma tombe). Alors, il fait à nouveau le signe, en retirant la m..n sous le m....n devant la g...e, ce qui signifie qu'on l. l.. c...a au cas qu'il manque à sa parole.

Ensuite tous les maçons présents se murmurent l'un à l'autre le mot, en commençant par le plus jeune, jusqu'à ce qu'il arrive au maître-maçon, qui donne le mot à l'apprenti entré.


Maintenant, il faut remarquer que tous les signes et mots dont on a parlé jusqu'ici appartiennent à l'apprenti entré. Mais pour (être) un maître-maçon ou compagnon du métier. il y a plus à faire, comme il suit. Tout d'abord tous les apprentis doivent être conduits hors de la compagnie, et il ne doit rester que des maîtres.

Alors, on fait de nouveau agenouiller celui qui doit être reçu membre du compagnonnage, et il prête le serment qui lui est présenté de nouveau. Ensuite il doit sortir de la compagnie avec le plus jeune maître pour apprendre les paroles et signes du compagnonnage, puis en rentrant, il fait le signe de maître et dit les mêmes paroles d'entrée que l'apprenti, en omettant seulement la jauge commune. Alors, les maçons se murmurent l'un à l'autre le mot en commençant par le plus jeune comme précédemment, après quoi le jeune maître doit avancer et prendre la posture dans laquelle il doit recevoir le mot, et il murmure (au plus ancien maçon)  les dignes maçons et l'honorable compagnie d'où je viens vous saluent bien, vous saluent bien, vous saluent bien)

Alors, le maître-maçon lui donne le mot et lui serre la main et après lui tous les maçons font de même  et c'est tout ce qu'il y a à faire pour faire de lui un parfait maçon.

 

Quelques questions que les maçons ont coutume de poser à ceux qui disent avoir (5) le mot, avant de les reconnaître.


Question 1: Etes-vous maçon ?

Réponse: Oui, en effet, je le suis.

Question 2 : Comment le connaîtrai-je ?

Réponse: Vous le connaîtrez en temps et lieu convenable.

NOTA : La dernière réponse ne doit être faite qu'en présence de gens qui ne sont pas maçons. Mais en l'absence de telles gens vous devrez répondre : par signes et autres conventions d'entrée.

Q. 3 : Quel est le premier point ?

R. : Dites-moi le premier et je vous dirai le second.

Le premier est de celer et cacher ; le second : sous une peine qui ne saurait être moindre que d'avoir la gorge coupée. Mais vous devez faire le signe quand vous dites cela.

Q. 4 : Où avez-vous été entré ?

R. : A l'honorable loge.

Q. 5 : Ou'est-ce qui fait une vraie loge parfaite ?

R. : Sept maîtres, cinq apprentis, à un jour de marche d'un bourg, là où on n'entend ni un chien aboyer, ni un coq chanter.

Q. 6 : Ne peut-on pas former à moins une vraie loge parfaite ?

R. : Quatre maîtres, trois apprentis entrés, et le reste comme précédemment.

Q. 7 : Et à moins encore?

R. : Plus on est, plus on rit, et moins on est, meilleure est la chère.

Q. 8 : Quel est le nom de votre loge ?

R. : La loge de Kilwinning.

Q. 9 : Comment se tient votre loge ?

R. : Est et ouest, comme le temple de Jérusalem.

Q. l0 : Où se tient la première loge ?

R. : Dans le porche du temple de Salomon.

Q. 11 : Y a-t-il des lumières dans votre loge ?

R. : Trois, le nord-est, le sud-ouest, et le passage de l'est. La première désigne le maître maçon, la seconde [le surveillant] (6), et la troisième le compagnon du métier.

Q. 12 : Y a-t-il des bijoux dans votre Loge ?

R. : Trois, (un) parpaing, un pavé d'équerre, et un marteau bretté

Q. 13 : Où trouverai-je la clé de votre loge ?

R. : A trois pieds et demi de la porte de la loge, sous le parpaing et une motte verte.

Q. 14 : Qu'entendez-vous par un parpaing et une motte verte ?

R. : J'entends non seulement sous un parpaing et unemotte verte, mais sous le replis de mon foie là où gisent cachés tous les secrets de mon coeur.

Q. 15 : Qu'est la clé de votre loge ?

R. : Une langue bien pendue.

Q. 16 : Où se trouve la clé de votre loge ?

R. : Dans la boîte d'os.

Après que les maçons vous ont examiné par toutes ces questions ou par quelques-uns d'entre elles, et que vous y avez répondu avec exactitude et fait le signe, ils vous reconnaîtront, non pour un maître- maçon ou compagnon du métier, mais seulement pour un apprenti, c'est pourquoi ils ajouteront :

Q. 17 : Je vois que vous avez été dans la cuisine, mais je ne sais pas si vous avez été dans la salle.

R. : J'ai été dans la salle aussi bien que dans la cuisine.

Q. l 8 : Etes-vous compagnon du métier ?

R. : Oui.

Q. 19 : Combien y a-t-il de points du compagnonnage ?

R. : Cinq, à savoir 1°) pied à pied, 2°) genou à genou 3°) coeur à coeur, 4°) main à main, 5°) oreille à oreille. Ce sont là les points du compagnonnage Et, par une poignée de mains, vous serez reconnu pour un vrai maçon.

Q. 20 : Où trouve-t-on les mots ?

R. : En I Rois, chap. 7e, verset 21, et II Chron. 3e chap. dernier verset.

 

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans old charges
commenter cet article
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 09:36

Description du mot et des signes des Francs-Maçons.

Ils se reconnaissent d'abord par des signes, puis ils vont s'entretenir à l'écart. L'un des signes consiste en un mouvement de la main droite en travers de la poitrine, de gauche à droite, le bout des doigts passant à trois ou quatre pouces au-dessous du menton ; un autre à retirer son chapeau de la main droite, avec les deux premiers doigts au-dessus du bord, le pouce et les autres doigts au-dessous, et à lui faire faire un mouvement de gauche à droite avant de le remettre sur la tête ; un autre encore consiste, en buvant, à faire avec son verre un mouvement transversal de gauche à droite sous le menton ; un autre à prendre son mouchoir par un coin avec la main droite, à le jeter par-dessus l'épaule gauche en le laissant prendre dans le dos, et à faire ainsi quelques pas ; si un maçon voit quelqu'un faire cela, il le suivra et lui serrera la main. Leur poignée de main, pour les compagnons, consiste à se saisir mutuellement la main droite en pressant avec l'ongle du pouce la troisième jointure de l'index ; leur poignée de main de maître, à se saisir mutuellement la main droite en appuyant fortement les ongles des quatre doigts sur le carpe ou l'extrémité du poignet, tout en enfonçant l'ongle du pouce juste entre la seconde jointure du pouce et la troisième de l'index. Toutefois, certains disent que la poignée de main de maître se fait comme je viens de le dire, à ceci près que le médius doit aller un peu plus loin d'un pouce ou de la longueur de trois grains d'orge, de manière à toucher une veine qui vient du c¦ur.

Un autre signe consiste à placer le talon droit dans le creux du pied gauche de manière à former une équerre, et à faire quelques pas en arrière et en avant, en marquant un bref arrêt tous les trois pas et en plaçant les pieds en équerre comme précédemment. Si des maçons vous voient faire cela, ils viendront bientôt à vous.

Si vous arrivez quelque part où il y a des outils de maçon, disposez les en forme de croix ils ne tarderont pas à s'apercevoir qu'un de leurs frères en Franc-Maçonnerie est passé par-là ; on encore, si un frère arrive quelque part où il y a des Francs-maçons au travail, il peut prendre quelques-uns de leurs outils et les disposer en équerre : c'est un signe pour se faire connaître.


Il peut aussi prendre un de leurs outils ou son propre bâton de voyage, et frapper doucement sur le mur ou sur l'ouvrage en disant : « ceci est bose ou creux » ; s'il y a un frère présent sur le chantier il répondra : « c'est plein », et ces mots sont des signes pour se reconnaître mutuellement.

Quelques-uns uns font usage d'un autre signe qui est de plier le bras droit en équerre en plaçant la paume de la main gauche sur le c¦ur. Un autre consiste à regarder de côté vers l'est tout en tordant la bouche vers l'ouest ; un autre à plier le genou droit en tenant la main levée vers l'est et, de nuit ou dans l'obscurité, ils se racleront la gorge deux fois doucement et une fois plus fort comme s'ils essayaient d'expulser un os ou un morceau de nourriture de leur gosier, puis ils diront : « le jour sert à voir, la nuit à entendre » ; un autre signe consiste à vous envoyer une épingle pliée ou un morceau de papier découpé en forme d'équerre : quand vous le recevez, votre serment vous fait une obligation d'accourir aussitôt, en quelque lieu et en quelque compagnie que vous soyez ; s'ils vous font les signes du chapeau ou de la main précédemment décrits, vous devez accourir, deviez-vous descendre du haut d'un clocher, pour savoir ce qu'ils désirent et pour les aider.


Celui qui veut vous faire savoir qu'il a besoin d'argent vous présentera un bout de tuyau de pipe ou quelque chose d'approchant, en disant : « pouvez-vous me changer un penny ? » Si vous avez de l'argent, dites oui, si vous n'en avez pas, dites non. Quelques-uns uns manifesteront leur besoin d'argent en tirant leur couteau du fourreau et en le donnant à un frère, soit en présence d'autres personnes, soit seuls ; si le frère a de l'argent, il prend le couteau, le met dans son fourreau et le rend à l'autre, sinon il le rend tel qu'il l'a reçu, c'est ce que beaucoup font en dépit de leur serment, et il y a ainsi beaucoup de signes auxquels ils refusent de répondre quoiqu'ils y soient tenus par serment.

Un autre signe encore est de tirer son mouchoir de la main droite et de se moucher, puis, le tenant à bout de bras devant soi, de le secouer deux fois doucement et une fois plus fort. Un autre est de frapper à une porte deux petits coups et un fort. Ils ont encore un autre signe dont ils se servent à table, en buvant, lorsque le pot ne circule pas assez vite ils disent : « voyez le traître ! ».

Pour s'adresser à un maçon en France, en Espagne ou en Turquie (disent-ils), le signe consiste à s'agenouiller sur le genou gauche et à lever la main droite vers le soleil : alors le frère étranger ne tardera pas à venir vous relever. Mais, croyez-moi, celui qui se met à genoux en comptant là dessus risque fort d'y rester longtemps ; et ceux qui attendent que quelqu'un remarque leurs signes risquent d'attendre aussi longtemps que les Juifs espéreront leur Messie qui, selon leur croyance, doit venir de l'Orient.


Voici maintenant leur entretien secret par demandes et réponses.


Q : Êtes vous maçon ?

R : Oui, je suis franc-maçon.

Q : Comment le saurai-je ?

R : Par la perfection de mes signes, gestes convenus, et les premiers points de mon entrée.

Q : Quel est le premier signe ou geste convenu &endash;- montrez-moi le premier et je vous montrerai le second.

R : Le premier est celer et cacher, et garder secret, sous une peine qui ne saurait être moindre que d'avoir la langue coupée dans la gorge.

Q : Où avez-vous été fait maçon ?

R : Dans une loge juste et parfaite ou juste et légitime.

Q : Qu'est-ce qu'une loge juste et parfaite ou juste et légitime ?

R : Une loge juste et parfaite, c'est deux apprentis entrés, deux compagnons du métier et deux maîtres ; on peut être plus ou moins ; plus on est, plus on rit, moins on est, meilleure est la chère ; mais en cas de nécessité cinq suffiront, c'est-à-dire deux apprentis entrés, deux compagnons du métier et un maître, sur la plus haute colline ou la vallée la plus profonde du monde, là où l'on n'entend ni un coq chanter ni un chien aboyer.

Q : De qui tirez-vous vos principes ?

R : D'un plus grand que vous.

Q : Qui sur terre peut être plus grand qu'un Franc-Maçon ?

R : Celui qui fut transporté au plus haut pinacle du temple de Jérusalem.

Q : Votre loge est-elle fermée ou ouverte. ?

R : Elle est fermée.

Q : Où se trouvent les clés de la porte de la loge ?

R : Dans une boîte close ou sous un pavage à trois coins, à environ un pied et demi de la porte de la loge.

Q : De quoi est faite la clé de la porte de votre loge ?

R : Elle n'est faite ni de bois, ni de pierre, ni de fer, ni d'acier, ni d'aucun métal ; c'est la langue du bon renom qui ne dit que du bien d'un frère dans son dos aussi bien que face à face.

Q : Combien de bijoux y a-t-il dans votre loge ?

R : Il y en a trois : le pavé d'équerre, l'étoile flamboyante et le fil à plomb.

Q : Quelle est la longueur du câble de votre loge ?

R : Autant qu'il y a du repli de mon foie à la racine de ma langue.

Q : Combien y a-t-il de lumières dans votre loge ?

R : Trois : le soleil, le maître, et l'équerre.

Q : Quelle est la hauteur de votre loge ?

R : Des pieds, des aunes et des pouces sans nombre : elle atteint le ciel.

Q : Comment se tenait votre loge ?

R : Est et ouest, comme tous les saints temples.

Q : Quelle est la place du maître dans la loge ?

R : A l'est, est la place du maître dans la loge, et le bijou repose en premier sur lui et il met les hommes au travail. Ce que les maîtres ont semé le matin les surveillants le moissonnent l'après-midi.

 

Dans certains endroits ils s'entretiennent comme suit :

 

Q : Où le mot a-t-il été donné pour la première fois ?

R : A la tour de Babylone.

Q : Où fut convoquée la première loge ?

R : Dans la chapelle de saint Jean.

Q : Comment se tenait votre loge ?

R : Comme ladite sainte chapelle et tous les autres saints temples, est et ouest.

Q : Combien y a-t-il de lumières dans votre loge ?

R : Deux, une pour y voir en entrant et une pour y voir en travaillant.

Q : Par quoi avez-vous prêté serment ?

R : Par Dieu et l'équerre.

Q : Par-dessus ou par-dessous les vêtements ?

R : Par-dessous.

Q : Sous quel bras ?

R : Sous le bras droit.

Q : Dieu soit favorable à tous les vénérables maîtres et compagnons de la vénérable loge d'où vous venez, et à vous, bon compagnon. Quel est votre nom ?

R : J ou B.

Puis, donnant la poignée de main, il dira « Frère Jean vous salue bien. »

R : Dieu vous salue bien, cher frère.


Une autre salutation consiste à donner la poignée de main de maître ou de compagnon en disant : le très vénérable, les maîtres et compagnons de la vénérable loge d'où nous venons vous saluent, vous saluent, vous saluent bien ; alors, il répondra : Dieu vous salue bien, cher frère.

Ils ont un autre mot qu'ils appellent le mot de maître, et c'est Mahabyn, qu'ils divisent toujours en deux mots. Ils se tiennent debout l'un contre l'autre, poitrine contre poitrine, les chevilles droites se touchant par l'intérieur, en se serrant mutuellement la main droite par la poignée de main de maître, l'extrémité des doigts de la main gauche pressant fortement les vertèbres cervicales de l'autre ; ils restent dans cette position le temps de se murmurer à l'oreille l'un Maha et l'autre, en réponse, Byn.


Le serment

Vous garderez secret le mot du maçon et tout ce qu'il recouvre.

Vous ne l'écrirez jamais, directement ni indirectement ; vous garderez tout ce que nous-mêmes ou vos instructeurs vous ordonnerons de garder secret, vis-à-vis de tout homme, femme ou enfant, et même vis-à-vis d'une souche ou d'une pierre, et vous ne le révélerez jamais sinon à un frère ou dans une loge de Francs-Maçons, et vous observerez fidèlement les devoirs définis dans la Constitution.

Tous ces points vous promettez et jurez de les garder et de les observer fidèlement sans aucune espèce d'équivoque ou de restriction mentale, directe ou indirecte.

Ainsi que Dieu vous soit en aide par le contenu de ce livre.

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans old charges
commenter cet article
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 09:28

 

 Grâces soient rendues à Dieu, créateur du ciel et de la terre et de toute chose qui s'y trouve de ce qu'il ait voulu engager sa glorieuse divinité dans la création de tant de choses utiles à l'humanité.

Car il fit toutes choses pour qu'elles fussent obéissantes et soumises à l'homme.

Car il créa tout ce qui est comestible et bon pour l'homme. De plus, il lui a donné la compréhension et la connaissance de diverses sciences et arts pour lui permettre de travailler afin d'arriver, en gagnant sa vie, à réaliser différentes choses qui plaisent à Dieu et lui procurent bien et confort.

Si je devais les énoncer ce serait trop long, mais je dois vous en exposer certaines, pour vous apprendre comment la science de la géométrie commença et qui en furent les inventeurs, ainsi que d'autres techniques comme il est dit dans la Bible et en d'autres livres.

Vous devez savoir qu'il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L'une d'elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c'est la science de la géométrie.


Les sept sciences ont les noms suivants :


La première qu'on appelle fondement des sciences a pour nom grammaire, elle enseigne à parler correctement et à bien écrire.

La seconde est la rhétorique, elle enseigne à parler avec grâce et beauté.

La troisième est la dialectique qui enseigne à distinguer la vérité du faux et on l'appelle communément l'art de la sophistique.

La quatrième s'appelle l'arithmétique, elle enseigne l'art des nombres, comment calculer et faire des comptes de toutes choses.

La cinquième, la géométrie, enseigne toutes les dimensions et mesures, et le calcul des poids de toutes sortes.

La sixième est la musique qui enseigne l'art de chanter selon des notes par la voix, l'orgue, la trompe, la harpe et tout autre instrument.

La septième est l'astronomie qui enseigne le cours du soleil, de la lune et des autres étoiles et planètes du ciel.

Nous voulons parler principalement de l'invention de la noble science de la géométrie et dire qui en furent les fondateurs. Comme je l'ai déjà dit, il y a sept sciences libérales, c'est-à-dire sept sciences ou arts qui sont libres et nobles par eux-mêmes, lesquels sept n'existent que par géométrie. Et la géométrie est, on peut le dire, la mesure de la terre. Géométrie vient de geo qui veut dire "terre" en grec et metrona qui signifie "mesure", c'est-à-dire mesurage de la terre.

Ne vous étonnez pas que j'aie dit que toutes les sciences n'existent que grâce à la géométrie, car il n'y a pas métier ou travail fait de main d'homme qui ne se fasse par la géométrie et la raison en est évidente, car si un homme travaille de ses mains il travaille avec un certain outil et il n'y a pas d'instrument concret au monde qui n'ait son origine naturelle dans la terre et à la terre ne doive retourner. Et il n'existe aucun instrument, c'est-à-dire d'outil de travail qui ne soit basé sur des proportions.

Proportion implique mesure, et l'outil ou instrument appartient à la terre. Or la géométrie est mesure de la terre si bien que je peux dire que les hommes vivent tous de la géométrie, car tous les hommes ici-bas vivent du travail de leurs mains.

Je voudrais vous donner bien d'autres preuves de ce que la géométrie est la science qui fait vivre tous les hommes intelligents, mais j'abandonne ici ce point qu'il serait long de développer car à présent je voudrais avancer dans mon sujet.


Vous devez savoir que parmi tous les arts du monde, en tant que métier d'homme, la maçonnerie a la plus grande réputation et forme la majeure partie de cette science de la géométrie, comme il est dit et noté dans les récits de la Bible et chez le Maître des Histoires . Et dans le Polychronicon , chronique qui a fait ses preuves, dans les traités connus sous le nom de Bède , le De Imagine Mundi , les Étymologies d'Isidore , et dans Méthode évêque et martyr.

Et bien d'autres encore disent que la maçonnerie est l'élément principal de la géométrie ce qui peut se dire car elle fut la première à être inventée comme il est noté dans la Bible au premier livre, celui de la Genèse, au chapitre 4 (Genèse 4, 17). En outre les docteurs précités s'accordent là-dessus et certains d'entre eux l'affirment plus ouvertement et plus clairement que ce n'est dit dans la Genèse.


La descendance directe d'Adam, au cours du 7e âge adamique avant le déluge comprenait un homme appelé Lamech, lequel avait deux femmes, l'une nommée Ada et l'autre Sella. Par la première femme Ada il eut deux fils, l'un appelé Jabel (Yabal) et l'autre Jubal (Yubal).

L'aîné Jabel fut le premier à inventer la géométrie et la maçonnerie. Et il construisit des maisons et son nom se trouve dans la Bible : il est appelé le père de ceux qui habitent sous des tentes, c'est-à-dire des maisons d'habitation.

Il fut le maître maçon de Caïn et chef de tous ses travaux quand il construisit la cité de Hénoch, qui fut la première cité à être jamais construite. Et elle fut construite par Caïn fils d'Adam, et il la donna à son propre fils Hénoch et donna à la ville le nom de son fils et l'appela Hénoch, mais elle s'appelle maintenant Effraym.

C'est là que pour la première fois, la science de la géométrie et de la maçonnerie fut pratiquée et mise au point comme science et art. Aussi pouvons-nous dire qu'elle fut la base et le fondement de toute science et technique. et cet homme Jabel fut aussi appelé Pater Pastorum.

Le Maître des Histoires ainsi que Bède, le De Imagine Mundi, le Polychronicon et bien d'autres disent qu'il fut le premier à partager le sol afin que tout homme pût savoir quel était son terrain personnel et y travailler comme à son propre bien. En outre, il partagea les troupeaux de moutons si bien que chacun sut quels étaient ses moutons, aussi pouvons-nous dire qu'il fut l'inventeur de cette science.

Et son frère Jubal ou Tubal, fut l'inventeur de la musique et du chant comme Pictagoras le dit d'après le Polychronicon, Isidore dit de même dans ses Étymologies au 6e livre : il y note qu'il fut l'inventeur de la musique, du chant, de l'orgue et de la trompe et qu'il inventa cette science en écoutant le rythme des marteaux de son frère, qui était Tubal-Caïn.

Tout comme la Bible, en son chapitre 4e de la Genèse, dit que Lamech eut de son autre femme, qui s'appelait Sella, un fils et une fille dont les noms furent Tubal-Caïn pour le fils et Naama pour la fille. Certains disent, suivant le Polychronicon, qu'elle fut la femme de Noé mais nous ne saurions l'affirmer.

Vous devez savoir que son fils Tubal-Caïn fut l'inventeur de l'art du forgeron et des autres arts des métaux, c'est-à-dire, du fer de l'acier, de l'or et de l'argent selon certains docteurs. Quant à sa s¦ur Naama elle inventa le tissage, car auparavant on ne tissait pas mais on filait et maillait les tissus et on se faisait les habits qu'on pouvait. Naama inventa l'art de tisser et c'est pourquoi on l'appela art de femme.

Or ces trois frères et s¦ur apprirent que Dieu voulait se venger du péché par le feu ou par l'eau et ils s'efforcèrent de sauver les sciences qu'ils avaient inventées. Ils réfléchirent, et se dirent qu'il existait deux sortes de pierre dont l'une résiste au feu &endash; cette pierre s'appelle marbre &endash; et l'autre flotte sur l'eau - et on l'appelle lacerus .

Ainsi imaginèrent-ils d'écrire toutes les sciences qu'ils avaient inventées sur ces deux pierres ; au cas où Dieu se vengerait par le feu le marbre ne brûlerait pas et s'il choisissait l'eau, l'autre pierre ne coulerait pas.

Ils demandèrent à leur frère aîné Jabel de faire deux piliers de ces deux pierres à savoir de marbre et de lacerus et d'inscrire sur ces deux piliers toutes les sciences et techniques qu'ils avaient inventées. Il fit ainsi et acheva tout avant le Déluge.

S'ils savaient bien que Dieu allait envoyer sa vengeance, ils ignoraient par contre, si ce serait par le feu ou par l'eau. Par une sorte de prophétie ils savaient que Dieu allait envoyer l'un au l'autre. Ils écrivirent donc leurs sciences sur les deux piliers de pierre. Certains disent qu'ils gravèrent les sept sciences sur les pierres, sachant qu'allait venir un châtiment.

De fait Dieu envoya sa vengeance si bien que survint un tel déluge et que toute la terre fut noyée. Et tous les hommes sur terre périrent sauf huit : Noé et sa femme, ses trois fils et leurs femmes. De ces trois fils descend toute l'humanité. Ils avaient pour noms Sem, Cham et Japhet. Ce déluge fut appelé le Déluge de Noé car lui et ses enfants en échappèrent.

Et bien des années après ce déluge, on trouva les deux piliers et, suivant le Polychronicon, un grand clerc, du nom de Pictagoras trouva l'un et Hermès, le philosophe, trouva l'autre. Et ils se mirent à enseigner les sciences qu'ils y trouvèrent inscrites.


Toutes les chroniques et histoires, de clercs et la Bible surtout attestent de la construction de la Tour de Babylone. On en trouve le récit dans la Bible, Genèse chapitre 11. Comment Cham fils de Noé engendra Nemrod, comment celui-ci devint puissant sur terre et grandit tel un géant et quel grand roi il fut. Le commencement de son royaume fut le royaume de Babylone proprement dit, Arach, Archad, Chalan et le pays de Sennar. Et ce même Nemrod entreprit la tour de Babylone et il enseigna à ses ouvriers l'art de la maçonnerie à beaucoup de maçons, plus de soixante mille.

Et il leur accordait affection et protection, comme il est écrit dans le Polychronicon et chez le Maître des Histoires et en maints autres traités, sans compter le témoignage de la Bible au même chapitre 11 où il est dit qu'Assur, qui était proche parent de Nemrod, sortit du pays de Sennar et bâtit la ville de Ninive et plateas et bien d'autres encore.

Il est logique que nous exposions clairement de quelle manière les instructions du métier de maçon furent inventées et qui donna pour la première fois son nom à la maçonnerie.

Vous devez savoir ce qui est dit dans le Polychronicon et chez Méthode évêque et martyr : Assur était un noble seigneur de Sennar qui demanda au roi Nemrod de lui envoyer des maçons et des ouvriers spécialisés capables de l'aider dans la construction de la ville qu'il avait l'intention d'entreprendre.

Et Nemrod lui envoya trente centaines de maçons. Quand ils furent prêts à partir, il les convoqua pour leur dire « allez chez mon cousin Assur pour l'aider à construire une ville : mais veillez à bien vous conduire. Je vous donnerai donc des instructions à notre profit commun. Une fois auprès de ce seigneur veillez à être loyaux envers lui comme vous le seriez envers moi et faites loyalement votre travail et votre métier. Tirez-en un salaire raisonnable selon votre mérite. En outre, aimez-vous comme si vous étiez frères et restez unis loyalement. Que celui qui a un grand savoir l'enseigne à son compagnon. Veillez à bien vous conduire vis-à-vis de votre seigneur et entre vous. Que je puisse ainsi être remercié pour vous avoir envoyés et vous avoir appris le métier ».

Ils reçurent ainsi leurs instructions de celui qui était leur maître et seigneur, et partirent chez Assur bâtir la cité de Ninive dans le pays de plateas et bien d'autres villes qu'on appelle Cale et Jesen, qui est une grande ville entre Cale et Ninive.

C'est de cette manière que l'art de la maçonnerie fut pour la première fois présenté comme science, avec des instructions.


Les aînés qui nous précédèrent parmi les maçons firent mettre ces instructions par écrit : Nous les possédons maintenant parmi nos propres instructions dans le récit d'Euclide.

Nous les y avons vues rédigées à la fois en latin et en français. Mais il conviendrait que nous exposions maintenant comment cet Euclide s'intéressa à la géométrie, comme il est rapporté dans la Bible et en d'autres récits. Dans le 12e chapitre de la Genèse on nous dit comment Abraham vint au pays de Canaan, comment Notre Seigneur lui apparut et lui dit : « Je donnerai ce pays à ta descendance ». Mais une grande famine survint et Abraham prit Sara sa femme avec lui et alla en Égypte, avec l'intention d'y rester tant que durerait la famine,. Abraham était un homme sage et un grand clerc. Il connaissait les sept sciences et enseigna aux Égyptiens la science de la géométrie. Or notre noble clerc Euclide était son étudiant et apprit sa science. C'est lui qui lui donna pour la première fois le nom de géométrie car on la pratiquait avant qu'elle ne fût nommée géométrie. Il est dit dans les Étymologies d'Isidore, au livre cinq, qu'Euclide fut l'un des inventeurs de la géométrie et qu'il la nomma ainsi. Car de son temps il y avait au pays d'Égypte un fleuve nommé le Nil, et il se répandait si loin dans les terres que les gens ne pouvaient y habiter. Alors Euclide leur apprit à construire de grandes digues et fossés pour se protéger de l'eau. Par la géométrie il mesura le pays et le partagea en lots. Il ordonna à chacun d'enclore son propre lot de digues et de fossés. Le pays alors abonda en toutes sortes de rejetons, en jeunes gens et jeunes filles. Il y eut telle foule de jeunes qu'ils ne pouvaient plus vivre à l'aise.

Les seigneurs du pays se rassemblèrent et tinrent conseil pour savoir comment aider leurs enfants qui n'avaient pas de subsistance convenable, comment s'en procurer pour eux-mêmes et leurs enfants si nombreux. Parmi l'assemblée se trouvait Euclide. Quand il vit que personne ne trouvait de solution il leur dit « Voulez-vous confier vos fils à mes directives et je leur enseignerai une science telle qu'ils en vivront noblement, à condition que vous me juriez de suivre les directives que je donnerai à tous. » Le roi du pays et tous les seigneurs y consentirent. Il était logique que tous consentissent à cette affaire qui leur était profitable et ils confièrent leurs fils à Euclide pour qu'il les dirigeât à son gré et leur enseignât l'art de la maçonnerie.

Il lui donna le nom de géométrie à cause du partage des terrains, comme il l'avait enseigné aux gens du temps de la construction des digues et fossés mentionnés ci-dessus pour se protéger de l'eau. C'est Isidore qui dit dans ses Étymologies qu'Euclide appelle cette technique la géométrie.

Ainsi notre noble savant lui donna un nom et l'enseigna aux fils des seigneurs du pays dont il avait la charge. Et il leur donna pour instruction de s'appeler mutuellement compagnons et pas autrement parce qu'ils étaient du même métier, de naissance noble et fils de seigneurs. En outre celui qui serait le plus expert serait directeur de l'ouvrage et on l'appellerait maître.

Bien d'autres instructions se trouvent inscrites au Livre des instructions. Ainsi ils travaillèrent pour les seigneurs du pays et construisirent des cités, châteaux, temples et demeures seigneuriales. Tout le temps que les enfants d'Israël habitèrent en Égypte ils apprirent l'art de la maçonnerie.


Après qu'ils furent chassés d'Égypte ils arrivèrent en terre promise qui s'appelle maintenant Jérusalem. L'art y fut exercé et les instructions observées, ainsi que le prouve la construction du temple de Salomon, que commença le Roi David. Le Roi David aimait bien les maçons et leur donna des instructions fort proches de ce qu'elles sont aujourd'hui.

A la construction du Temple au temps de Salomon, comme il est dit dans la Bible au premier livre des rois chapitre cinq Salomon avait quatre-vingt mille maçons sur son chantier et le fils du roi de Tyr était son maître maçon. Il est dit chez d'autres chroniqueurs et en de vieux livres de maçonnerie que Salomon confirma les instructions que David son père avait données aux maçons. Et Salomon lui-même leur enseigna leurs coutumes, peu différentes de celles en usage aujourd'hui. Et dès lors cette noble science fut portée en France et en bien d'autres régions.

Il y eut autrefois un noble roi de France qui s'appelait Carolus secundus, c'est-à-dire Charles II. Et ce Charles fut choisi roi de France par la grâce de Dieu et aussi de sa naissance. Certains disent qu'il fut choisi par suite des événements, ce qui est faux puisque selon la chronique il était du sang des rois.

Ce même roi Charles fut maçon avant d'être roi. Après être devenu roi il accorda affection et protection aux maçons et leur donna des instructions et coutumes de son invention, qui sont encore en usage en France. Il leur ordonna aux maîtres et compagnons de tenir une assemblée une fois par an, d'y venir discuter et prendre des mesures concernant tout ce qui n'irait pas.

Peu de temps après arriva saint Adhabelle en Angleterre, et il convertit saint Alban au christianisme. Saint Alban aimait bien les maçons et le premier, il leur donna leurs instructions et coutumes pour la première fois en Angleterre. Il ordonna qu'on leur payât des gages suffisants pour leur travail. Il y eut ensuite un noble roi en Angleterre appelé Athelstan dont le plus jeune fils aimait bien la science de la géométrie. Il savait bien qu'aucun métier ne possédait la pratique de la science de la géométrie aussi parfaitement que celui des maçons, aussi leur demanda-t-il conseil et apprit-il la pratique de cette science correspondant à la théorie. Car il était instruit de la théorie. Il aimait bien la maçonnerie et les maçons et devint maçon lui-même. Et il leur donna les instructions et les noms en usage aujourd'hui en Angleterre et en d'autres pays. Il ordonna qu'on les payât raisonnablement.

Il obtint une patente du roi d'après laquelle ils pouvaient tenir une assemblée à leur convenance, quand ils verraient venu le moment opportun. On trouve mention de ces instructions, coutumes, assemblée et directives dans le Livre de nos instructions : je laisse donc ce point pour l'instant.

Bonnes gens, voici la cause et les circonstances des origines premières de la maçonnerie. Il arriva jadis que de grands seigneurs n'aient pas assez de revenus pour pouvoir établir leurs enfants nés libres, car ils en avaient trop. Ils délibérèrent donc sur le moyen d'établir leurs enfants et de leur montrer comment vivre honnêtement. Ils envoyèrent chercher de savants maîtres en la noble science de la géométrie afin que par leur savoir, ils leur montrent quelque honnête moyen de vivre.

Lors l'un d'eux, qui s'appelait Euglet , qui était fort subtil et savant inventeur, instaura une technique qu'il appela la maçonnerie. Cet art lui fournit l'honnête enseignement pour les enfants des grands seigneurs, à la demande des pères et au gré de leurs enfants.


Après un certain temps, quand ils eurent appris avec grand soin, ils ne furent pas tous capables de pratiquer l'art en question ; aussi le maître Euglet ordonna-t-il que ceux qui possédaient un meilleur savoir fussent honorés et il commanda qu'on appelât maître ceux qui étaient experts, afin qu'ils instruisent les moins habiles. Ils étaient appelés maîtres pour leur noblesse d'esprit et leur savoir. Néanmoins il commanda que ceux qui avaient moins d'esprit ne fussent pas appelés serviteurs ni sujets mais compagnons à cause de la noblesse de leur naissance.

C'est de cette façon que l'art en question commença en d'Égypte sous le magistère d'Euglet. Puis il se répandit de pays en pays, et de royaume en royaume.

Après bien des années, au temps du roi Athelstan qui fut jadis roi d'Angleterre, sur son ordre et celui d'autres grands seigneurs du pays, pour redresser de graves défauts trouvés chez les maçons, ils fixèrent une certaine règle entre eux.

Chaque année ou tous les trois ans comme le jugeraient nécessaire le roi et les grands seigneurs du pays et toute la communauté, des assemblées de maîtres maçons et compagnons seraient convoquées de province en province et de région en région par les maîtres. A ces congrégations les futurs maîtres seraient examinés sur les articles ci-après et mis à l'épreuve en ce qui concerne leurs capacités et connaissances, pour le plus grand bien des seigneurs qu'ils servent et le plus grand renom de l'art en question. En outre, ils recevront comme instruction de disposer avec honnêteté et loyauté des biens de leurs seigneurs, et ce, du haut en bas de l'échelle, car ils sont leurs seigneurs tout le temps qu'ils paient un salaire pour leur service et leur travail.


 Article un.

Tout maître doit être compétent et loyal envers le seigneur qu'il sert, disposer de ses biens loyalement comme il le ferait des siens propres, ne pas donner une plus grande paye à aucun maçon que celle qu'il mérite, vu le manque de céréales et de vivres dans la région ; et n'accepter aucune faveur afin que tous soient récompensés d'après leur travail.


 Article deux.

Tout maître sera prévenu de venir à cette congrégation afin d'y venir ponctuellement sauf s'il a quelque excuse. Cependant s'il est convaincu de rébellion à de telles congrégations ou de faute impliquant préjudice à son seigneur et tort à notre art, il ne doit avancer aucune sorte d'excuse, sauf s'il est en danger de mort et, bien qu'il soit en danger de mort, il doit informer de sa maladie, le maître qui préside au rassemblement.


 Article trois.

Aucun maître ne prendra d'apprenti pour un stage inférieur à sept années au minimum parce que celui qui aurait un stage plus court ne serait guère capable d'être à la hauteur de son art, ni de servir loyalement son seigneur en s'appliquant comme un maçon doit le faire.


 Article quatre.

Aucun maître, quel qu'en soit l'avantage, ne prendra d'apprenti né de sang servile, car son seigneur à qui il est asservi l'enlèverait à notre métier et il l'emmènerait avec lui hors de la loge ou de l'endroit de son travail ; ses compagnons risqueraient alors d'aller à son aide, de provoquer une altercation, et mort d'homme pourrait s'en suivre. Cela est interdit. Sans compter que son métier débuta avec des enfants de grands seigneurs de naissance libre, comme il est dit ci-dessus.


 Article cinq.

Aucun maître ne donnera plus qu'il mérite à son apprenti pendant son apprentissage afin d'en tirer profit, ni pas assez pour que le seigneur du chantier où il travaille puisse tirer quelque profit de son enseignement.


 Article six.

Aucun maître, par avarice ou âpreté au gain, ne prendra d'apprenti à enseigner qui soit difforme, c'est-à-dire ayant quelque défaut qui l'empêche de travailler comme il le devrait.


 Article sept.

Aucun maître ne doit être complice, apporter secours ou procurer aide et assistance à un rôdeur venu voler. À cause de ces expéditions nocturnes on ne saurait accomplir son travail et labeur de jour.

Dans ces conditions ses compagnons pourraient se mettre en colère.

 Article huit.

S'il arrive qu'un maçon excellent et compétent vienne chercher du travail et trouve un ouvrier incompétent et ignare, le maître du chantier doit accueillir le bon maçon et renvoyer le mauvais, pour le bien de son seigneur.


 Article neuf.

Aucun maître ne doit en supplanter un autre car il est dit dans l'art de la maçonnerie que nul ne finirait aussi bien un travail entrepris par un autre, à l'avantage de son seigneur, aussi bien que l'autre le commença dans l'intention de le finir lui-même.


 Autres conseils.

Ces conseils viennent de divers seigneurs et maîtres de différentes provinces et congrégations de maçonnerie.

 Premier point.

Il faut savoir que qui désire embrasser l'état de l'art en question doit d'abord principalement aimer Dieu et la sainte Église et tous les saints et son maître et ses compagnons comme ses propres frères.

 Second point.

Il doit accomplir loyalement la journée de travail t pour laquelle il reçoit son salaire.

 Troisième point.

Il peut tenir secret l'avis de ses compagnons en loge et chambre et partout où maçons se retrouvent.

 Quatrième point.

Il ne doit faire aucune malfaçon dans l'art en question, ne porter préjudice, ni ne soutenir aucun règlement nuisible au métier ou à quiconque du métier.

Au contraire il doit le soutenir en tout honneur autant qu'il le peut.

 Cinquième point.

Quand il recevra son salaire, qu'il le fasse humblement au moment fixé par le maître et qu'il remplisse les conditions de travail et de repos convenues et fixées par le maître.

 Sixième point.

Si quelque dispute surgit entre lui et ses compagnons il doit rester tranquille et obéir humblement aux ordres de son maître ou du responsable de son maître au cas où le maître serait absent, jusqu'au prochain congé et s'arranger alors avec ses compagnons, en dehors d'un jour de travail, si non, ce serait préjudiciable à leur travail et au bien du seigneur.

 Septième point.

Qu'il ne convoite pas la femme ni la fille de ses maîtres ni de ses compagnons sauf dans les liens de mariage et n'entretienne pas de concubines, de crainte des disputes qui pourraient survenir.

 Huitième point.

S'il lui arrive de devenir responsable sous l'autorité de son maître, qu'il soit un intermédiaire loyal entre son maître et ses compagnons, qu'il s'active pendant l'absence de son maître pour l'honneur du maître et le bien du seigneur qu'il sert.

 Neuvième point.

S'il est plus savant et plus subtil que son compagnon qui travaille avec lui dans sa loge ou dans quelque autre endroit et qu'il s'aperçoit qu'il risque de blesser la pierre sur laquelle il travaille par manque de science, il peut lui apprendre comment faire et il peut corriger la taille. Il lui en touchera un mot et l'aidera pour le plus grand bien de leur mutuelle affection et afin que l'¦uvre pour le seigneur ne soit pas abîmée.

Quand le maître et les compagnons, prévenus, se sont rendus à de telles congrégations, en cas de besoin, le shérif de la région ou le maire de la cité ou le conseiller de la ville où se tient la congrégation devra être compagnon et associé au maître de la congrégation pour l'aider contre les rebelles et faire prévaloir les lois du royaume.

Tout d'abord les nouveaux qui ne furent jamais instruits auparavant reçoivent des instructions suivant lesquelles ils ne doivent jamais être voleurs ni complices de voleurs, qu'ils doivent loyalement accomplir leur journée de travail et gagner le salaire qu'ils recevront de leur seigneur ; qu'ils rendront des comptes véridiques à leurs compagnons dans les affaires qui le requièrent et leur accorderont attention et affection comme à eux-mêmes.

Ils doivent être loyaux au roi d'Angleterre et au royaume et observer de toute leur force les articles mentionnés ci-dessus. Après quoi on s'enquerra de savoir si un maître ou compagnon, prévenu, à contrevenu à l'un de ces articles, ce qui, dans l'affirmative, devra alors être discuté.

C'est pourquoi il faut savoir que si un maître ou compagnon, convoqué à l'avance à de telles congrégations, se révolte et refuse de venir ou bien s'il a enfreint l'un des dits articles, et que cela peut être prouvé, il devra abandonner son art de maçon et renoncer à son métier. S'il a l'audace de continuer, le shérif de la région où on risque de le trouver au travail doit le mettre en prison, confisquer tous ses biens et les remettre au roi jusqu'à ce que le pardon royal lui soit octroyé et manifesté. C'est principalement pourquoi ces congrégations sont prévues afin que chacun, du haut en bas de l'échelle, soit bien et loyalement servi en cet art de maçonnerie par tout le royaume d'Angleterre.

 Amen ainsi soit-il.

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans old charges
commenter cet article
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 09:07

« Je ne suis d'aucune époque ni d'aucun lieu ; en dehors du temps et de l'espace, mon être spirituel vit son éternelle existence et, si je plonge dans ma pensée en remontant le cours des âges, si j'étends mon esprit vers un mode d'existence éloigné de celui que vous percevez, je deviens celui que je désire. Participant consciemment à l'Etre absolu, je règle mon action selon le milieu qui m'entoure.


Mon nom est celui de ma fonction et je le choisis, ainsi que ma fonction, parce que je suis libre ; mon pays est celui où je fixe momentanément mes pas.  Datez-vous d'hier, si vous le voulez, en vous rehaussant d'années vécues par des ancêtres qui vous furent étrangers ; ou de demain, par l'orgueil illusoire d'une grandeur qui ne sera peut-être jamais la vôtre ; moi, je suis Celui qui Est.


Je n'ai qu'un père : différentes circonstances de ma vie m'ont fait soupçonner à ce sujet de grandes et émouvantes vérités ; mais les mystères de cette origine, et les rapports qui m'unissent à ce père inconnu, sont et restent mes secrets ; que ceux qui seront appelés à les deviner, à les entrevoir comme je l'ai fait, me comprennent et m'approuvent.  Quant au lieu, à l'heure où mon corps matériel, il y  a quelque quarante ans, se forma sur cette terre ; quant à la famille que j'ai choisie pour cela, je veux l'ignorer ; je ne veux pas me souvenir du passé pour ne pas augmenter les responsabilités déjà lourdes de ceux qui m'ont connu, car il est écrit : "Tu ne feras pas tomber l'aveugle." Je ne suis pas né de la chair, ni de la volonté de l'homme ; je suis né de l'esprit.  Mon nom, celui qui est à moi et de moi, celui que j'ai choisi pour paraître au milieu de vous voilà celui que je réclame.


Celui dont on m'appela à ma naissance, ce qu'on m'a donné dans ma jeunesse, ce sous lesquels, en d'autres temps et lieux, je fus connu, je les ai laissés, comme j'aurais laissé des vêtements démodés et désormais inutiles.

Me voici : le suis Noble et Voyageur ; je parle, et votre âme frémit en reconnaissant d'anciennes paroles ; une voix, qui est en vous, et qui s'était tue depuis bien longtemps, répond à l'appel de la mienne ; j'agis, et la paix revient en vos coeurs, la santé dans vos corps, l'espoir et le courage dans vos âmes.  Tous les hommes sont mes frères ; tous les pays me sont chers ; je les parcours pour que, partout, l'Esprit puisse descendre et trouver un chemin vers vous. Je ne demande aux rois, dont je respecte la puissance, que l'hospitalité sur leurs terres, et, lorsqu'elle m'est accordée, je passe, faisant autour de moi le plus de bien possible ; mais je ne fais que passer.  Suis-je un Noble Voyageur ?

Comme le vent du Sud, comme l'éclatante lumière du Midi qui caractérise la pleine connaissance des choses et la communion active avec  Dieu, je viens vers le Nord, vers la brume et le froid, abandonnant partout à mon passage quelques parcelles de moi, me dépensant, me diminuant à chaque station, mais vous laissant un peu de clarté, un peu de chaleur, un peu de force, jusqu'à ce que je sois enfin arrêté et fixé définitivement au terme de ma carrière, à l'heure où la rose fleurira sur la croix. Je suis Cagliostro.


Pourquoi vous faut-il quelque chose de plus ? Si vous étiez des enfants de Dieu, si votre âme n'était pas si vaine et si curieuse, vous auriez déjà compris !

Mais il vous faut des détails, des signes et des paraboles. Or, écoutez ! Remontons bien loin dans le passé, puisque vous le voulez.


Toute lumière vient de l'Orient ; toute initiation, de l'Égypte ; j'ai eu trois ans comme vous, puis sept ans, puis l'âge d'homme, et, à partir de cet âge, je n'ai plus compté. Trois septénaires d'années font vingt et un ans et réalisent la plénitude du développement humain. Dans ma première enfance, sous la loi de rigueur et justice, j'ai souffert en exil, comme Israël parmi les nations étrangères.

Mais, comme Israël avait avec lui la présence de Dieu, comme un Metatron le gardait en ses chemins, de même un ange puissant veillait sur moi, dirigeait mes actes, éclairait mon âme, développant les forces latentes en moi.  Lui était mon maître et mon guide.


Ma raison se formait et se précisait ; je m'interrogeais, je m'étudiais et je prenais conscience de tout ce qui m'entourait ; j'ai fait des voyages, plusieurs voyages, tant autour de la chambre de mes réflexions que dans les temples et dans les quatre parties du monde ; mais lorsque je voulais pénétrer l'origine de mon être et monter vers Dieu dans un élan de mon âme, alors, ma raison impuissante se taisait et me laissait livré à mes conjectures. Un amour qui m'attirait vers toute créature d'une façon impulsive, une ambition irrésistible, un sentiment profond de mes droits à toute chose de la Terre au Ciel, me poussaient et me jetaient vers la vie, et l'expérience progressive de mes forces, de leur sphère d'action, de leur jeu et de leurs  limites, fut la lutte que j'eus à soutenir contre les puissances du monde ; je fus  abandonné et tenté dans le désert ; j'ai lutté  avec l'ange comme Jacob, avec les hommes et avec les démons, et ceux-ci, vaincus, m'ont appris les secrets, qui concernent l'empire des ténèbres pour que je ne puisse jamais m'égarer dans aucune des routes d'où l'on ne revient pas.

Un jour après combien de voyages et d'années le Ciel exauça mes efforts : il se souvint de son serviteur et, revêtu d'habits nuptiaux, j'eus la grâce d'être admis, comme Moïse, devant l'Eternel. Dès lors je reçus, avec un nom nouveau, une mission unique. Libre et maître de la vie, je ne songeai plus qu'à l'employer pour l’œuvre de Dieu. Je savais qu'il confirmerait mes actes et mes paroles, comme je confirmerais son nom et son royaume sur la terre.  Il y a des êtres qui n'ont plus d'anges gardiens ; je fus de ceux-là.


Voilà mon enfance, ma jeunesse, telle que votre esprit inquiet et désireux de mots la réclame ; mais qu'elle ait duré plus ou moins d'années, qu'elle se soit écoulée au pays de vos pères ou dans d'autres contrées, qu'importe à vous ? Ne suis-je pas un homme libre ? jugez mes mœurs, c'est-à-dire mes actions ; dites si elles sont bonnes, dites si vous en avez vu de plus puissantes, et, dès lors, ne vous occupez pas de ma nationalité, de mon rang et de ma religion.

Si, poursuivant le cours heureux de ses voyages, quelqu'un d'entre vous aborde un jour à ces terres d'Orient qui m'ont vu naître, qu'il se souvienne seulement de moi, qu'il prononce mon nom, et les serviteurs de mon père ouvriront devant lui les portes de la Ville Sainte. Alors, qu'il revienne dire à ses frères si j'ai abusé parmi vous d'un prestige mensonger, si j'ai pris dans vos demeures quelque chose qui ne m'appartenait pas ! »

 

Repost 0
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 08:57

MÉMOIRE SUR LES IDÉES QUE L'ORDRE DOIT ATTACHER AU TERME DE BIENFAISANCE


adopté par le Convent et joint à ses actes sur son ordres.

par Henri de VIRIEU

 

Il s'agit de fixer invariablement le véritable sens que l'Ordre doit attacher au terme de bienfaisance, qui est le cri universel et le point de ralliement de tous les Francs-Maçons. Tous en effet s'en servent également, tous en font la base de leurs systèmes, tous veulent qu'elle dirige également et les formes et les actes de notre institution. Mais faute de s'être entendus sur la véritable signification de cette expression, quoique tous aient en apparence le même objet, tous varient dans les applications, et presque tous, se bornant à des points de vue particuliers d'une chose qui ne devait être considérée que dans son ensemble le plus vaste, se sont renfermés dans des sphères trop rétrécies, d'où il est résulté une multitude de systèmes différents sur la manière dont l'Ordre doit diriger ses travaux. Tous ces systèmes, occupés uniquement à propager les branches particulières, de la bienfaisance qu'ils prennent pour son véritable tronc, sont susceptibles d'être conciliés facilement lorsqu'on cessera de particulariser ce qui doit être général, lorsqu'on ne bornera plus le sens d'un mot destiné à exprimer une vertu dont l'essence est d'être sans bornes comme l'amour de l'Être éternel pour toutes les créatures qui en est le principe.


Ce n'est point dans des discussions académiques ni grammaticales que nous devons chercher la solution qui nous occupe. C'est au fond du cœur que doit exister l'image qu'il s'agit d'exprimer. Lui seul doit juger si le tableau est conforme au modèle ; et si, après avoir entendu ce mémoire, le cœur, satisfait des idées qu'il renferme, se sent entraîné, leur donne son approbation, il ne faut pas aller plus loin : la question est décidée, et un Ordre aussi complètement voué à faire le bien ne peut hésiter à adopter un sens qui ouvre la carrière la plus vaste pour remplir de la manière la plus étendue qu'on puisse concevoir son objet sacré. D'ailleurs, supposé que le sens que l'Ordre adoptera diffère en quelque chose du sens vulgaire, peut-on lui refuser le droit de déterminer par lui-même l'étendue des idées qu'il veut attacher au nom d'une chose qui fait la base et le mobile de tous ses travaux?

La vertu qu'on nomme bienfaisance est cette disposition de l'âme qui fait opérer sans relâche en faveur des autres le bien, de quelque nature qu'il puisse être. Cette vertu embrasse donc nécessairement un champ immense, car son essence étant d'opérer le bien en général, tout ce que l'esprit peut concevoir de bien dans l'univers est de son ressort et doit être soumis à son action. C'est de cette manière que l'homme doit envisager et pratiquer la vertu par laquelle il se rend le plus semblable à son principe infini dont il est l'image, à ce principe de bonté qui, voulant sans cesse le bonheur de toutes ses productions sans exception, agissant sans cesse pour le procurer, est ainsi éternellement et infiniment bienfaisant.


Telle est donc l'idée que l'on doit se former de la bienfaisance, qu'elle doit s'étendre sans exception à tout ce qui peut être véritablement bon et utile aux autres, qu'elle ne doit négliger aucun des moyens possibles de l'opérer. Celui qui se borne à donner des secours pécuniaires à l'indigence fait à la vérité un acte de bienfaisance, mais ne peut légitimement obtenir le titre de bienfaisant; non plus que celui qui croit avoir satisfait à tout en protégeant l'innocence, ou celui qui se réduit à soulager ses Frères souffrants, ou même celui qui dans un ordre bien supérieur ferait consister toute sa bienfaisance à éclairer et instruire ses semblables.


Car tous ces biens pris séparément ne sont que des rameaux divers du même arbre, qu'on ne peut isoler sans les priver de leur vie. Mais celui-là seul mérite véritablement le titre de bienfaisant, qui, pénétré de la sublimité de son essence, considérant la grandeur de sa nature formée à l'image et à la ressemblance du principe éternel de toute perfection, l'œil fixé sur cette source infinie de toute lumière, de tout bien, pour l'imiter et accomplir ainsi les devoirs sacrés qui lui sont imposés par sa nature, sont que, de même que la bonté éternelle embrasse tous les êtres, tous les temps, tous les lieux, de même la bienfaisance, qui n'est que la manifestation de la bonté, doit être sans bornes; que créé à la ressemblance divine, il viole sa propre loi lorsqu'il oublie le devoir d'imiter sans relâche son modèle, et qu'il ne manifeste son existence à tous les êtres que par ses bienfaits; que né pour être l'organe de cette infinie bonté, il ne doit jamais fermer une main destinée à en répandre, à en propager les effets, qui selon les circonstances et ses moyens il donne, conseille, protège, soulage, instruit, qui pense et agit sans cesse pour le bien de ses semblables, ne cesse d'agir que pour recommencer, fait que cette tâche est celle de toute la durée de son existence, et qui enfin, si les bornes de ses facultés ne lui permettent pas de parcourir à la fois cette immense carrière, embrasse au moins dans son cœur, sa volonté, ses désirs, tous les moyens imaginables d'opérer le bien et tous les êtres susceptibles d'en ressentir les effets.


C'est donc s'abuser profondément que d'accorder le titre général de bienfaisance à des actes particuliers de cette vertu dont l'essence est d'embrasser sans exception tous ceux qui peuvent tendre à faire le bien de l'humanité.

Notre Ordre respectable ayant pour objet la manifestation de cette vertu, n'en doit pas plus borner les applications que le sens: rien de ce qui peut être utile à l'humanité, sans en excepter ses propres membres, qui sont les premiers appelés à recueillir les fruits précieux de l'institution qui les unit, ne doit lui être étranger, et sa devise générale devrait être : Boni nihil a me alienum puto.


Cessant donc de morceler la bienfaisance, ainsi qu'on l'a presque toujours fait, de la diviser en une infinité de branches isolées, et par conséquent de l'affaiblir, de la dégrader, réunissons au contraire toutes celles qu'il est possible de concevoir pour en former la Bienfaisance générale de l'Ordre. Répandu ou destiné à se répandre sur toute la surface de la terre, possédant dans son sein des membres de tous les rangs, de tous les états, de tous les pays, réunissant ainsi ou susceptible de réunir au plus haut degré tous les genres de connaissances, de talents et de moyens, gardons-nous d'atténuer les résultats qu'on doit attendre d'une si grande combinaison de forces, que la bienfaisance universelle de l'Ordre, uniforme dans son principe, c'est-à-dire active, éclairée et fondée sur l'amour le plus ardent de l'humanité et le respect le plus profond pour les lois du Grand Architecte de l'Univers, soit dans ses applications aussi variée que les besoins de l'humanité. Que toutes les parties de l'Ordre et tous ses membres s'accordent simplement à donner sans cesse l'exemple pratique de la vertu, de l'attachement et du respect pour la divinité et ses lois, du patriotisme, de la soumission au Souverain et aux lois, en un mot : de toutes les vertus religieuses, morales et civiles, parce que cette manière d'être utile à l'humanité, en même temps qu'elle est la plus efficace, est universelle et n'admet aucune exception ni pour les temps, ni pour les lieux, ni pour les circonstance.

Quant aux biens particuliers que notre institution peut répandre sur la famille humaine, qu'ils dépendent des moyens, des facultés, des circonstances, des localités de chaque établissement et de chaque individu. Que dans un lieu nos établissements fondent des moyens de soulager les pauvres et les malades, que dans un autre ils ouvrent des asiles à l'indigence et à la vieillesse, qu'ici l'on élève des orphelins, que là on établisse des écoles où chacun puisse apprendre ce qu'il doit à Dieu, à son Souverain, à sa patrie, à ses frères, à lui-même; où l'on puisse cultiver et favoriser tous les genres de connaissances utiles au bonheur de l'humanité et capables de porter les hommes au bien et à la vertu, que chaque établissement, chaque individu soit certain d'avoir rempli les vues de l'Ordre lorsque, suivant sa situation et ses moyens, il aura accompli dans sa sphère le genre de bien qui aura pu y être de la plus grande utilité. En un mot, je le répète, qu'aucun genre de bienfaisance ne nous soit étranger, que ce soit là le lien commun qui réunisse toutes les parties de l'Ordre, que quels que soient les systèmes que l'on pourra adopter ailleurs, ils aient tous ces principes pour base immuable, et pour objet premier fondamental inaltérable de faire à l'humanité le plus de bien possible, dans le sens le plus étendu que l'esprit peut concevoir.


Ce plan, tout vaste qu'il est, n'a rien qui doive ni qui puisse effrayer. Il n'exige absolument que cette pureté d'intention et cet amour du bien que tous les régimes s'accordent à supposer et qui doivent nous caractériser tous. Malheur à celui dont le cœur desséché et corrompu ne goûterait pas des principes aussi satisfaisants, il n'est en aucune manière digne de nous appartenir, nous devons le repousser s'il se présente, ou l'éloigner de nos temples s'il les habite.

D'ailleurs ce plan, n'ayant rien d'uniforme que les principes de vertu qui en font la base, s'accommode naturellement dans ses détails à tous les systèmes honnêtes, à tous les talents, à tous les moyens, à toutes les localités, à toutes les circonstances. Est-il en effet une seule vertu extérieure qui puisse trouver autant d'aliments, autant d'occasions de se manifester, qui soit susceptible d'une aussi grande diversité d'applications Puisqu'il n'est pas un seul instant de la vie où elle ne puisse s'exercer et que, quelqu'active qu'elle puisse être, le nombre infini des besoins de l'humanité, sans cesse renaissants, sera toujours infiniment plus grand que celui des secours que notre faiblesse nous permet de leur opposer, une correspondance exacte et fraternelle dont le Chef général de l'Ordre soit le centre et les archives provinciales et priorales le dépôt, doit suffire pour conserver l'ensemble, et la pureté des principes, mettre toutes les Parties de l'Ordre à même de jouir de tous les biens divers qui doivent s'opérer dans tous les lieux où il étendra ses bienfaits, et d'y participer au moins par leurs applaudissements et leurs désirs, s'ils ne le peuvent par leurs actes mêmes.


C'est ainsi que l'Ordre doit envisager le sens du terme de bienfaisance. C'est ainsi qu'en l'adoptant dans la plus grande étendue dont il soit susceptible, cet Ordre si répandu, si éclairé doit se tracer une carrière de bienfaisance, aussi vaste que le principe vivant dans lequel cette vertu prend sa source, principe qui n'est, je le répète, que cette bonté, cet amour infini du Grand Architecte de l'Univers pour toutes ses créatures, que tout homme, né à l'image et ressemblance divine, est tenu d'imiter, et dont il trouve au fond de son cœur de si délicieuses récompenses lorsqu'il est fidèle à cette loi imprimée si profondément dans tout son être. Enfin c'est ainsi que tous les projets particuliers se peuvent concilier en entrant dans les vues générales, que l'Ordre, consacré sans réserve au bien de l'humanité, ne se manifestant que par ses bienfaits, se fera chérir et respecter à jamais et assurera pour toujours son existence et sa tranquillité


A Circulis

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
commenter cet article
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 08:48

Lettre n° 6

(Instructions détaillées pour les opérations : cercles, luminaires, habillement, parfums. Récit d'un violent ouragan à Bordeaux.

(1)   A remarquer la prescription de placer une bougie comme symbole de la présence sympathique du Maître aux opérations magiques.

(2)    A noter la signification attribuée aux écharpes, c'est-à-dire la séparation des trois principes constitutifs de l'être humain : corps, âme, esprit.)


Bordeaux, 11 septembre 1768

Au Nom Du Grand A. D. L’univers amen + amen + amen + amen

Joie Paix Salut Et Bénédiction soient données à celui qui m’entends

Du Grand Orient Des Orients Universels Bordeaux

L’an Maçonnique 333. 357. 579. 601 De 1. R. 2448 D. L. h. 57 28 D. M. 45 Du Christ 1768.

Du Dernier et premier quartier de la septième et huitième Lune de la susdite année ce 11 septembre 1768

Salut au Grant Orient De France Lyon. Salut à Notre T. h. T. R. et T. P. Maître de Willermoz.


T h. T. R. et P. Maître


Je vous écris pour la première et dernière fois de notre année mystérieuse, Equinoxiale qui est composée d’un Equinoxe à l’autre pour vous prévenir d’être à votre angle Est d’observation le 27 le 28 et le 29 du présent mois de septembre pour i recevoir votre ordination sympathique de vertu et puissance relativement à votre dignité et qualité de R. + vous vous conduirez à cet égard conformément que vous trouverez ici joint n’attendez plus de moi aucun autre avis de ma part à ce sujet au contraire j’attendrai votre journal ternaire ; ne soyez point surpris si je prolonge le jour de nos opérations pour être notre Equinoxe général et de correspondance, je l’ai prolongé pour faciliter le temps convenable de quelqu'un de vos frères Réaux qui n’est point trop à son aise pour cet ouvrage Je commencerai demain sans faute à ouvrir les circonférences d'opération de Réaux et les tiendrai ouvertes en les poursuivant jusqu’aux Solstices d’hiver en cas d’évènement temporel contre quelqu'un de nos principaux chef, Et de l’ordre en général

Vous êtes averti au Nom De l’éternel de vous trouver . prosterné . dans le cercle qui est vers ouest, ou .4 le Mot de I. A. B. est écrit à minuit précis du 27 au 28 bien entendu que vous ne ferez cette prosternation qu’après avoir tracé entièrement tous les attributs qui sont dans votre quart de cercle en commençant par sa figure et finissant partout ce qui lui est généralement dépendant tel que l’on vous l’a donné a Paris ; .7 vous placerez trois bougies à l’angle de votre quart de cercle, une au cercle intérieur du cercle qui est dans votre quart de cercle sur la barre ouest .8 écrit RAP vous mettrez également .9 deux bougies à chaque extrémité de votre quart de cercle, et .10 une seule au centre des quatre sur milieu de la seconde ligne qui partage .11 les noms et les hiéroglyphes qui y sont écrit dedans cette seule lumière est le symbole de .12 ma présence sympathique à vos opérations. Le cercle ou vous devez faire votre prosternation sera à deux pieds de distance de l'angle d’ouest qui est en face de l’angle ouest où votre quart de cercle sera tracé après cette préparation faite, vous ferez votre prosternation.

(Prosternation et habillement.)

Vous serez habillé de sur vous veste culotte et bas noir dénué de tout métal, pas même une épingle sur vous, vous n’aurez pas même vos souliers aux pieds lors de votre prosternation, mais vous les aurez au pied en pantoufle lors de vos invocations attendre qu’il faut que vous soyez fixé s'il était possible pour être plus parfaitement en règle vous vous feriez faire des souliers de chapeau avec une semelle de liège afin de n’avoir rien dans le lieu et sur vous d'immonde et d'impur voilà pourquoi on appelle mule du pape, vous devez m’entendre ensuite vous aurez sur votre premier habillement une longue robe blanche autour de laquelle il y aura une grande bordure couleur de feu d’environ un pied de large et autour des manches qui seront faite à façon d’aube il y aura pareillement une bordure couleur de feu d’environ un demi pied il y aura pareillement autour du collet de la dite robe une doublure de la même couleur en dehors dudit collet d’environ un travers de doigt vous aurez de plus sur vous toutes les couleurs de l’ordre savoir le cordon bleu céleste en sautoir au col sans aucun attribut ensuite le cordon noir passé de droite à gauche après le Grand cordon rouge passé de gauche à droite ensuite l’écharpe rouge de droite à gauche autour de la ceinture, en bas au dessous du ventre, ensuite vous passerez l’écharpe vert d’eau de gauche à droite ceinte sur la poitrine l'emplacement de ses deux écharpes sur votre corps font allusion aux séparations matérielles animales et spirituelle ; étant ainsi habillé, vous sortirez la lumière qui est allumée dans votre cercle de prosternation vous la placerez sur votre droite hors du dit cercle, en suite vous vous prosternerez dedans tout allongé de ventre sur terre et vous appuierez votre front sur vos deux poings fermés cette prosternation durera sans mot dire six minutes qui sera le temps de votre ordination de vertu ensuite vous vous lèverez debout, et vous irez allumer toutes les bougies qui sont dans le quart de cercle avec la bougie qui était dans votre cercle de prosternation sans doute qu’elle sera allumée du feu nouveau et lorsque tout est allumé vous allez faire votre prosternation dans votre quart de cercle en rangeant les deux bougies qui y sont dedans aux extrémités du quart de cercle et lorsque vous prononcerez quelqu’un des noms qui sont tracés vous demanderez à Dieu en vertu de la puissance qu’il avait donné à ses serviteurs tels et tels en nommant tous les noms écrits dans l’angle de vous accorder la grâce que vous lui demandez d'un cœur sincère et véritablement contrit et soumis et que pour vous assurer de sa miséricorde il vous fasse répéter l’hiéroglyphe ou quelqu'une des hiéroglyphes que vous aurez tracé devant vous avec de la craie blanche au milieu de la chambre entre votre quart de cercle et votre cercle de retraite qui est vers ouest où vous serez toujours placé lorsque vous voudrez travailler à l’avenir en attendant votre temps que je vous changerai d'ouvrage qui vous sera plus avantageux et plus lucratif peut-être que celui d'un apprenti après vos deux prosternation vous relèverez les mots des deux cercles de même que ceux qui sont autour du quart de cercle le genou droit et les deux mains en équerre de plat sur la terre vous dirais en relevant trois mots « in quacunque die tel tel tel invocavero Te velociter exaudi me » (quand que ce soit que je t’invoque, exauce-moi promptement) ; après que vous aurez fait toutes ses choses vous prendrez vos parfums que vous mettrez dans un petit plat de terre neuf dans lequel il y aura du charbon allumé avec du feu nouveau et vous irez parfumer votre quart de cercle des et votre cercle de retraite qui est vers ouest.

Parfum

· pour 4 sol du safran

· 4 sol d’encens mâle

· 4 sol de fleur de soufre

· 4 sol de graine de pavot blanc et noir

· 4 sol de clous de girofle

· 4 sol de cannelle blanche en bâton ou autre

· 4 sol mastic en larme gommé en bâton ou autre

· 4 sol *sandara* gommé

· 4 sol noix muscade

· 4 sol graine de parasol

mêler le tout ensemble et ensuite en jeter une bonne pincée dans le dit plat à poignée en suite le passer en forme de cercle autour du quart de cercle ensuite remettre trois bonnes pincées dudit parfum dans le dit plat où est le feu nouveau et encenser pendant quatre fois l’angle d'ouest, après cette cérémonie faite ; vous ferez les invocations que je vous enverrai par le premier courrier n’ayant point absolument le temps de vous les transcrire.

Heureux ! d’un événement qui permet au beau-père de se rapprocher de Dieu et gêne financière étant pressé pour faire faire des réparations que le dernier ouragan à occasionné à mon beau-père de quoi je ne suis point absolument fâché d’autant plus que cet évènement le fera rentrer en lui-même et aura plus de religion à l’avenir qu’il en a eu par le passé il est vrai que je serai un peu gênés pour nos pensions n'importe pourvu que cet évènement le convertisse nous avons eu ici un ouragan si fort qu’il a mis le clocher de St Michel à bas, tous les arbres des allées de Tourni sont en partie tous coupés par le milieu et les autre tous ébranchés plusieurs maisons, vignes et arbres de la campagne ont été mis a bas et surtout chez mon beau-père que non seulement la grêle lui a emporté quinze tonneaux de vin, l’ouragan lui a enlevé tout le reste et a mis à bas sa maison il faut le mettre cependant à l’abri des insultes du temps ; voilà ce qui m’empêche à ne pas vous envoyer le tout à la fois.

Vous observerez pendant les trois jours d'opération de dire le matin votre office du St Esprit le soir dans la chambre vous travaillerez les sept psaumes et la litanie des Saints vous entrerez dans votre laboratoire deux heures avant l'heure de minuit afin de pouvoir tout retracer de nouveau.

Je vous enverrai les bénédictions les exorcismes avec les invocations vous avez assez de temps devant vous pour être au travail les jours indiqués le premier jour de votre opération vous ne sortirez de votre cercle de retraite qu’à une heure et demi près de deux heures après minuit vous observerez de dîner ces jours là à midi précis et finirez de manger à une heure fixe, vous ne prendrez plus rien d'aliment que jusque que vous ayez fini votre opération vous pouvez boire de l’eau si vous en avez besoin mais point de café ni liqueur quelconque. Voilà un précis juste de ce que vous devez faire ainsi que je vous l’ai promis.

Je vous souhaite joie paix et santé dan votre travail que l’éternel veille sur vous et vos ouvrages qu’il les bénisse les prospère et les tienne ainsi que vous pour un temps immémorial à sa sainte garde.

Don Martines De Pasqually G. Souverain

Priez et demandez les secours nécessaires pour votre sœur vous ferez autant que moi à ce sujet si votre intention et votre prière sont pures et sincère ainsi que je viens de faire pour un de nos frères que les médecins d’ici avaient presque entièrement désespéré vu la complication de sa maladie. Il est délivré par la grâce De Dieu.

J’écris également à tous les R.+ pour être prêt les jours indiqués.

Lettre 18

(Le retard éprouvé par Willermoz dans la satisfaction de ses désirs envers la Chose ne peut être attribué qu'à l'irrégularité de sa réception de Réaux +, le Maître Substitut n'ayant le droit ni le pouvoir de faire aucun Réaux +. Pour rectifier cette irrégularité, Martines recourra à l'ordination par correspondance sympathique; dans ce but, il donne des instructions à Willermoz sur la façon d'opérer conjointement avec lui, ainsi que des indications sur ce qu'il pourra voir ou ressentir à la suite de ses travaux. Il cite le nom de plusieurs frères ayant obtenu des résultats. Il spécifie les prix à payer pour les divers grades. Martines a déménagé, son logeur étant en prison pour avoir tenté de violer et assassiner la cuisinière de Martines. En P. S., Martines décide que dorénavant aucun frère ne sera ordonné Réaux + sans produire un journal de ses opérations. Il est inquiet sur l'état de santé de La Chevalerie.)


Au Nom Du G. AR. D. L. + amen +

Joie Paix Et Bénédictions sur qui m'entend

Du G. OR. Des OR. Universel Bordeaux 333. 357. 579. 601. 2448. 5730. 45. 1770 Du Dernier et premier quartier de la 2ème Lune de la susdite année ce 16 février.

Salut au G. OR. D. OR. De Lyon


T. h. et T. P. Maître,


Je suis enchanté de l'heureuse arrivée du paquet que je vous ai envoyé, vous devez voir par là combien je cherche à vous faire travailler et à vous procurer sans difficultés ni doute le véritable but de la chose que vous avez de bonne foi embrassé. Je ne puis attribuer le retardement de votre satisfaction envers la chose qu'à l'irrégularité de votre réception de Réaux + d'autant plus qu'elle a été faite hors de saison, l'autre que vous avez été travaillé par un homme impropre pour cela qui vous a reçu et ordonné clandestinement ainsi que vous devez le comprendre, par les différentes reprises, que l'on a faites à votre réception de Réaux + Vous avez été reçu par un homme qui n'avait aucun droit ni pouvoir à cet égard, le Maître Substitut universel n'ayant lui-même le droit et le pouvoir de transmettre sa puissance pour faire aucun Réaux + ni donner aucun grade supérieur, sinon de transmettre son pouvoir pour les grades d'apprenti jusqu'au Maître Chevalerie et non plus. Voila P. Maître ce que je sais pouvoir vous être contraire, c'est pourquoi j'ai recours à l'ordination de correspondance sympathique pour réparer le faux de votre réception de Réaux +

Je vous poursuivrai encore les Equinoxes pour vous sortir de l'erreur dont on vous a plongé par les irrégularités de votre admission aux cercles. J'espère et j'ose espérer que cette dernière opération pourra vous remettre en grâce avec la chose ; ne négligez rien pour vous rendre au lieu destiné de votre ordination, ainsi qu'il vous sera indiqué dans ma lettre vous vous transporterez extraordinairement dans quelque chambre convenable à votre ouvrage ainsi qu'il vous a été expliqué jadis par moi, vous ferez un cercle avec de la craie blanche au milieu de votre chambre, vous tracerez aussi votre C. D. C. |quart de cercle| vers l'angle d'est qui sera éclairé à l'ordinaire, cela fait vous vous prosternerez la face en terre dans le cercle que vous aurez fait au centre de votre chambre, ledit cercle aura environ six pieds de diamètre le sommet de votre tête étant en prosternation regardera l'angle d'est où sera marqué le quart de cercle, vous vous prosternerez le 22 du mois prochain jour d'Equinoxe pour recevoir votre ordination à dix heures précises du soir et vous resterez prosternés prêt de demie heure la face vers terre et, moi je serai dans mon angle à neuf heures précises du soir pour travailler pour moi, et pour vous je resterai dans cet opération jusqu'à une heure d'après minuit, lorsque vous aurez resté l'heure indiquée dans votre prosternation, vous irez éteindre vos lumières ordinaires qui sont à votre quart de cercle, et vous effacerez tout ce que vous aurez tracé et vous vous retirerez chez vous. Le 25 dudit mois de mars prochain vous retracerez exactement les mêmes choses que vous aurez faites pour votre ordination soit cercle, et C. d. C.|quart de cercle| vous aurez tout prêt fait votre tracé à onze heure du soir précises, tout étant prêt vous commencerez par les invocations dernières que je vous ai envoyées après vous suivrez votre travail ordinaire premier vous observerez de ne point mettre de bougie au centre de votre cercle, qui sera tracé au milieu de votre chambre, vous y tracerez les lettres que je vous marque dans ma lettre ledit mot sera entre vos jambes pendant tout le temps de votre travail vous travaillerez pendant vos trois jours le dernier paquet que je vous ai envoyé, quoique cet ouvrage ne soit que pour le mercredi, et le samedi, les circonstances où vous êtes, me forcent à vous faire replier sur cet ouvrage, pendant les trois jours de votre opération, n'importe les jours ; à grands maux, grands remèdes ; le dernier ouvrage que je vous ai envoyé, vous vous en servirez après cette dernière opération, tous les jours qui vous sont seulement indiqué par ledit paquet vous pouvez en faire usage toutes les semaines, tous les mois ou deux ou trois fois par année conformément votre volonté lorsque vous vous sentirez bien disposé pour faire ce travail, cet ouvrage ne donne point de sujétion, Je n'ai rien à vous prescrire là-dessus, sinon que vous vous conformiez à ce qu'il est dit dans ce que je vous ai envoyé, pour l'avenir vous ne tracerez aucun tracé ni cercle ni autre chose, attendu que cette opération peut se faire par tout lieux, sans autre forme de procédé. Les visres sont blanc, bleu, blanc rouge clair enfin elles sont mixtes ou toute blanche couleur de flamme de bougie blanche, vous verrez des Etincelles rouges; vous sentirez la chair de poule sur votre corps, tout cela annonce le principe de l'attraction que la chose fait avec celui qui travaille ; tachez T. P. Maître de vous procurer quelqu'une de ses choses, puisque des simples émules que j'ai ici sous l'ordre du Grand Architecte voient de nuit, et de jour, sans lumière, ni bougie ni autre feu quelconque, cela ne me surprend point d'eux parce qu'ils sont entièrement donnés à la chose et ordonnés en règle, en cela ils vous font passer leurs certificats de vision fait et signé de leur propre main pour que vous soyez convaincu de leur succès dan l'Ordre, vous aurez attention de les faire passer au P. Maître Substitut pour qu'il voit clairement le succès de ses Vénérables Maîtres, ils sont quatre le premier le frère de Chevalerie, gentilhomme, ancien capitaine du Régiment, l'autre est le frère Desere second capitaine de l'artillerie sous commandant de l'artillerie de château de Bordeaux ; et l'autre le frère de Fournié ancien bourgeois vivant de ses revenus de Bordeaux, neveu du Grand prieur des Augustins de Paris. Si le frère Baron de Calvimont était, il aurait également donné son certificat, mais il le donnera d'abord son retour de ses terres s'il en fallait d'autre, il y aurait celui des Vénérables frères Cabony, Schild, Marcadé, ces derniers sont dans le même cas que les premiers, voilà P. Maître des personnes assez instruites et éclairées qui ne voudraient point tromper la Chose ni tromper les hommes de bonne foi par des illusions et se tromper eux-mêmes aussi ils ont consigné de quoi contribuer à tous les frères de leurs Etablissements .soit pour ameublement et pour leur constitution, afin d'être en règle selon les conventions que j'ai faites avec mon tribunal souverain à Paris. Vous connaissez les hommes, ils se replient toujours sur leur simple volonté ils disent toujours que ce n'est point les constitutions des frères qui ne suivent en rien et pour rien la chose qui doit les instruire et les conduire aux buts où ils veulent aller par la Chose ce qui a pu donner occasion à ce propos c'est que j'ai écrit plusieurs lettres au Tribunal Souverain à ce sujet en égard les sollicitations de tous les frères que j'ai à Bordeaux de prévenir le tribunal Souverain sur leurs bonne volonté à suivre l'Ordre, et à se mettre en règle ainsi que je les ai exhortés ne voyant de sa part aucune réponse, il semble envisager quelque mépris de la part du Tribunal Souverain contre eux, ce qui pourrait le déterminer à ne point en vouloir recevoir d'autre que de ma part conformément au statut général, Je ne vois en conséquence faire passer la requête de ses frères et le prix des constitutions au Tribunal Souverain n'ayant reçu de lui aucune réponse à ce sujet, ils ont tout suspendu, cependant je verrai de ramener les esprits à cet égard, en me reposant sur votre représentation faite à ce sujet au Tribunal Souverain lorsque vous serez à Paris pour le mois d'avril prochain.

Je vous fais part que l'on doit recevoir au premier jour Monsieur le marquis de Ségur, cousin Du Cordon bleu, et Monsieur le marquis de Calvimont oncle du frère baron de Calvimont. Je suis convenu avec le P. Maître Substitut que le Tribunal Souverain ne donnera que les constitutions et moi, je me charge de donner toutes les cérémonies des différentes réceptions, mon Tribunal Souverain n'ayant ni le temps, ni la santé convenable pour se donner entièrement à cela ; tous les frères que j'ai ici ont payé ainsi que tous les frères de votre Orient leurs grades, ils ne se récrient point de l'argent qu'ils doivent donner pour leurs constitutions ni pour leur ameublement, il ne faut point qu'ils craignent de placer leur argent à des choses aussi utiles et avantageuses à l'homme de désir. Le prix des constitutions se monte à deux louis d'or pour chaque grade si vous êtes grande mère loge, comme je vous ai accordé le titre verbalement à Paris vous aurez le pouvoir de donner jusqu'au grade de G. Architecte ; ce qui fait en tout 16 louis d'or en comptant depuis le grade d'apprenti, Compagnon, Maître particulier, Maître grand Elu,, apprenti Compagnon Maître Chevalerie et Maître Grand Architecte. Je suis en même de faire extraire toutes les cérémonies des réceptions des différents grades de même que des Catéchisme et différentes explications générales et secrètes, J'ai un secrétaire de confiance qui écrit sous moi depuis près d'une année J'ai rectifié tout ce que le Sieur du Guers a fait de son chef, touchant l'Ordre, en cela il faudra que vous suiviez l'ordre que j'ai donné pour payer les peines et soins que mon secrétaire se donne pour toutes les écritures qu'il fait pour les différents temples qui seront de notre affiliation. Le volume des écritures est fort considérable puisqu'il lui faut pour le moins plus de deux mois de temps pour transcrire tout ce qu'il faut pour un grand temple et bien deux bons mois pour donner tout ce qu'il faut pour un simple temple, en conséquence il revient de droit au frère secrétaire 86 h. ne voulant point multiplier considérablement les Etablissements relativement à la difficulté qu'il me paraît à trouver des sujets propres à être admis dans notre Ordre ; Je vous dirai que j'ai reçu hier une lettre du P. Maître de Chevalerie où il me demande le pouvoir d'avancer en grade le frère Barbarin qui reste à Lorient avec le P. Maître de Chevalerie qui me certifie les progrès de ce frère m'assurant qu'il voit beaucoup et entend ; en conséquence je lui enverrai ce qu'il faut pour le faire parvenir au grade de Grand Architecte. Voyez par tout ce que je vous dis la possibilité de la chose, et la nécessité qu'il y a de se joindre à elle ; elle n'abandonne point ceux qui la suivent et se communique à ceux qui véritablement la cherchent avec désir il n'y a point à douter sur l'Ordre que vous avez embrassé de pas une de ses vérités ; ainsi tenez ferme c'est pour vous que je parle ; vous aurez la bonté de faire parvenir ou de présenter vous-même au Tribunal Souverain lesdits journaux pour qu'il n'y aie cause d'ignorance du progrès desdits frères ainsi que de leur zèle à suivre définitivement la Chose jusqu'à sa fin ; ainsi je vous exhorte de même que tous les frères de votre Orient à faire ce que je vous ai dit, vous aurez lieu d'être content. Je n'ai rien plus à vous dire, vous agirez à ce sujet comme vous le jugerez à propos ; Je vous prie de me faire réponse à lettre vue et m'accuser la réception des journaux. Je ne suis plus logé chez le Sieur Carvallo ancien juif à cause de l'assassinat qu'il a voulu commettre sur ma cuisinière et cela pour vouloir jouir d'elle, il est livré à la justice qui l'a décrété on le poursuit vivement à la Tournelle. C'est pour la troisième fois que cela lui est arrivé. C'est bien un malheureux Hébreu perverti et non converti en ce qu'il a abjuré pour épouser une créature chrétienne. Mon adresse est dans la même rue, maison Poiraud près la porte de la monnaie ; J'ai eu ma femme dangereusement malade elle s'est portée imprudemment à une perte considérable, hors d'état d'être soignée par la faculté sinon que par moi, en présence de quelques frères, elle est encore alitée mais entièrement s'il plaît à Dieu hors de danger. Dieu la tienne à sa sainte garde comme je le désire éternellement pour vous et pour nous tous il n'est pas de plus grand médecin que celui qui est et qui sera jusqu'à la fin des siècles amen.

D. M. Pasqually G. Souverain

Je vous préviens que personne plus parviendra au grade de Réaux croix qu'il ne me produise un journal et que le journal n'aie été bien scrutiné ainsi que le frère, c'est le seul moyen que les Réaux + puissent tenir bon.

Je suis fort inquiet du rétablissement de la santé du P. Maître de La Chevalerie Je ne vous cacherai point qu'il risque beaucoup pour sa santé, s'il ne se ménage pas mieux à l'avenir ne lui faite point part de ce que je vous dis craindre de lui faire de la peine.

Tachez P Maître de me dire l'intention du Tribunal Souverain savoir s'il veut aller avant ou s'il veut se replier sur son état de Réaux croix. Je le crois plutôt propre pour cela que pour mener la chose vu leurs grandes occupations et leur peu de santé.

Lettre 19

(Instructions relatives aux opérations : luminaires, cercles, lettres, encensements...)


Au Nom du Grand AR. de L'Univers Joie paix et Béni soit qui m'entend du grand orient des orient.

Bordeaux L. M. 333. 357. 579. 2448. 5729, du m. 45. du Christ E. V. 1770 du second et dernier quartier de la seconde Lune ce 13 mars.


T. R. M.


Je réponds à toutes vos questions. 1° L'emplacement des bougies, |elles| sont parfaitement bien placées par le nombre de dix, et par le nombre de huit, vous pouvez suivre exactement l'illumination que vous me marquez dans votre quart de cercle et vous ne changerez rien à cette illumination. La bougie placée à l'ouest hors du quart de cercle doit être retirée et même un peu obscurcie afin de laisser la liberté aux choses qui doivent paraître libres de toute lumière élémentaire, attendu que les choses portent avec elles leur clarté soit blanches, rouges ou autrement ainsi que je vous l'ai marqué par unes dernières lettres.

L'illumination de l'Est doit cesser d'être éclairée lorsque vous faites les contemplations, et qu'il n'y ait absolument que la seule susdite lumière à l'ouest, vous observerez pour éteindre vos lumières de commencer par celles qui sont au bas du quart de cercle, en commençant par les deux qui sont vers midi marquées à la lettre M R après avoir effacé le mot, ensuite vous allez éteindre celles qui sont vers septentrion marquées à la lettre W G. De là, vous allez éteindre les deux bougies qui sont dans l'intérieur des deux rayons qui sont au haut de l'angle saillant vers Est, en commençant toujours de prononcer le mot qui est inscrit l'effacer avec la main et ensuite éteindre la bougie. On commencera toujours vers le midi pour éteindre c'est-à-dire par la lettre O Z ensuite vous irez éteindre en même règle celle qui est à l'autre extrémité marquée à la lettre I. A. Ensuite vous irez éteindre aux mêmes usages celle qui est tout à fait dans l'angle d'Est, ainsi que vous aurez fait pour les autres. Cela fait vous viendrez vous placer dans le grand cercle qui est au milieu de votre quart de cercle où est marqué la lettre R A P vous relèverez tous les mots qui sont tracés autour dudit cercle, en commençant par relever celui qui donna vers ouest à la lettre I A. Ensuite vous allez relever celui qui va vers le midi et de là, à celui qui est vers le nord et ensuite celui qui est vers l'Est, ces quatre mots relevés qui vous signifient les quatre régions célestes et ceux qui les dirigent spirituellement. Cela fait vous prendrez à la main la bougie qui est au centre dudit cercle pour vous éclairer à lire vos invocations et mettrez le mot marqué à la lettre R A P entre vos jambes et ensuite ferez toutes vos invocations quelconques. Cela fait vous effacerez le mot R A P et éteindrez la bougie et viendrez vous placer au cercle de retraite debout ayant la face tournée vers l'Est pour faire votre observation et vous aurez entre vos jambes le mot marqué à la lettre I A B. Vous observerez que la bougie qui est placée dans le cercle de retraite est celle que vous devez cacher.

Le temps étant venu de vous retirer vous replacerez la bougie que vous avez retiré de son même cercle comme elle était ci devant, vous relèverez également les mots qui sont autour dudit cercle, de même que celui du Centre aux mêmes usages et cérémonies qui vous avez fait à ceux qui sont autour du grand Cercle qui est au centre de votre quart de cercle. La bougie qui me représente sera éteinte après les invocations faites, en disant béni soit Celui qui m'assiste et qui m'entend O. bagniakim amen. On observera de relever tous les mots quelconques ayant le genou droit en terre le genou gauche relevé on observera encore d'allumer une bougie à celle qui brille dans le cercle de Retraite avant qu'elle soit éteinte pour avoir de la lumière pour faire ce que l'on jugera à propos, cette dernière lumière placée au cercle de Retraite étant celle qui doit servir pour l'observation des passes et y ayant consacré un mot elle doit être éteinte comme les autres pour faire le renvoi de l'esprit qui est attaché à elle. Les étoiles qui sont sur le haut du mur de l'est et de l'ouest ne doivent point être mises dans un cercle, elles doivent être tracées tout simplement avec les lettres qui les environnent. Quant à l'égard du cercle qui doit vous servir pour l'ordination, il sera placé entre le cercle de retraite et les deux rayons de votre quart de cercle, vous observerez pour ce jour là de reculer votre cercle de retraite et de rétrécir |'retraisir'| votre quart de cercle pour y placer le cercle de cinq pieds huit pouces de diamètre, votre taille de hauteur n'ayant pas 6 pieds. Il faut de toute nécessité que votre corps soit exactement renfermé dans un cercle, voila pourquoi on le met plutôt de six pieds qu'au-dessous pour les Ordinations.

Vous trouverez marqué dans votre même feuille l'endroit fixe où il vous faut placer le cercle d'ordination.

Lorsque vous aurez allumé toutes les bougies de votre travail vous réciterez vos sept Psaumes de David, ensuite vous parfumerez votre cercle de retraite pendant trois fois, de là vous allez encenser les deux petits cercles qui sont au bas du quart de cercle marqués à la lettre M R par trois encensement à chacun, vous en ferez autant aux deux autres qui sont au bas dudit quart de cercle vers septentrion marqués à la lettre W G Ensuite vous allez encenser le cercle qui est au centre du quart de cercle marqué à la lettre R A P par trois encensements comme aux autres, ensuite vous irez faire le même encensement aux deux petits cercles qui sont au haut de l'angle saillant en commençant par celui qui est marqué à la lettre Z ensuite à celui qui est marqué à la lettre I A par trois encensements comme à tous les autres, ensuite vous donnerez quatre encensements au petit cercle qui est positivement dans l'angle saillant dudit quart de cercle marqué à la lettre I W ce qui fera en tout vingt huit coups d'encensement qui produiront le nombre mystérieux de dix. Le cercle de prosternation et les lettres du mot qu'il vous faut employer pour votre ordination sont marqués au bas de votre quart de cercle ainsi que vous le verrez et que vous l'exécuterez tel.

Je vous préviens que je vais travailler pour le rétablissement général de la santé de ma femme. L'ayant déjà travaillée depuis plus de douze jours et n'ayant obtenu qu'une très faible lueur de sa guérison je la recommande à votre travail pour obtenir tous ensemble de l'Eternel son parfait rétablissement sa maladie étant des plus singulières et sans fièvre ; quant à l'égard des certificats que je vous ai envoyé il n'y a aucun soupçon d'illusion directement ni indirectement, ni variation, ni changement de temps de jours ni de saison qui puisse persuader et convaincre lesdits sujets à se laisser surprendre par des choses illusoires ni par des propos sophistiques, ils portent de plus des faits qui vous paraîtraient encore plus surprenants que leurs journaux, puisque j'ai fait usage de leurs même journaux qui m'ont très bien réussi dans les recherches que j'ai faites et que j'ai très bien interprétées sur les évènements présents et futurs qui m'ont très parfaitement réussi avec succès par la grâce du grand AR. de L. Vous commencerez vos prosternations avant de parfumer. La première se fait au cercle de retraite, la seconde à la lettre M R, la troisième à la lettre W G, la quatrième à la lettre R A P, la cinquième à la lettre Z, la sixième à la lettre I A, et la septième à la lettre 1 W, après les prosternations faites vous parfumerez comme je vous l'ai dit, voilà tout ce que je peux vous dire, P. M. touchant ce que vous me demandez, ayant très peu de temps à moi à donner pour votre instruction, tenez-vous prêt pour le 22 courant 25. 26. et 27. aussi courant. Ce qui se fait au midi est fort bon, vous commencerez par EX|orcismes|. et Exc|ommunications|on vers le midi qui seront faites immédiatement après ou avant l'invocation où on suivra le rang où sera placé les dites Excon dans les Inv. Vous me dites que vous devez vous rendre à Paris vers le mois d'avril prochain où le puissant M. de Chevalerie doit s'y rendre également pour prendre des arrangements définitifs pour le bien général de L'Ordre c'est ce que je désire ardemment et que l'Eternel bénisse votre entreprise à tous pour ce sujet Je n'y contribuerai pas moins par mon travail prochain pour qu'il daigne vous favoriser tant spirituellement que temporellement et vous tienne pour un temps immémorial à sa sainte garde. Amen +++

Don Martines De Pasqually

Souverain

J'ai fait partir votre lettre pour le P. M. Chevalerie

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
commenter cet article
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 08:43

Lettre 1 – 8 juillet 1781

Publié par van Rinjberk in Episodes de la vie ésotérique (1780 – 1824) Derain Lyon 1938, réédition Editions d’aujourd’hui, 1980 . Original conservé dans les archives de la GL Nationale à Copenhague.

JBW y définit les différents types de sciences, revient sur la filiation templière, mais semble aussi tenter d’être mis en rapport avec le baron Haugwitz qu’il pense posséder des sources qu’il ignore.


Pour pouvoir faire mieux connaître à V.A.S. sur quoi je fonde moi-même ma propre opinion, je devrai remonter à des définitions générales, telles que je les connais dans cette matière.

Je dirai donc d’abord qu’il me paraît essentiel de ne pas confondre la vraie Maçonnerie avec la Maçonnerie symbolique. L’une renferme en elle une science très vaste dont elle est le moyen, l’autre est sous une dénomination conventionnelle l’école dans laquelle on étudie d’une manière préparatoire cette science voilée sous des figures. L’une doit être, sous différents noms, aussi ancienne que l’existence même de l’homme dégradé ; l’autre est beaucoup plus moderne, quoique déjà fort ancienne, et sa dénomination actuelle paraît devoir être nécessairement postérieure à la dernière révolution qu’à subi le temple de Jérusalem, qui est devenu son type fondamental. Cette école étant née dans le silence du mystère et du secret, l’époque de sa naissance reste perdue dans l’obscurité des siècles qui se sont écoulés depuis le dernier saccagement du Temple. Je ne pense pas que l’on puisse jamais parvenir à lui assigner incontestablement une époque fixe. Je ne pense pas non plus à persuader que les Chev. T. les instituteurs de la vraie maçonnerie ni même de la symbolique, soit à l’époque de la fondation, soit à celle de la destruction de leur ordre, cette assertion sans preuve étant démontrée par les Annales maçonniques anglaises, lesquelles quoique contestées, aussi sans preuves, seront toujours d’un grand poids contre elle. Mais je ne répugne point de croire, sans cependant en être persuadé, que cette institution secrète, déjà existante avant eux, ait été la source d’eux ; qu’elle ait même servi, si l’on veut, de base à leur institution particulière ; qu’ils aient cultivé et propagé par elle pendant leur règne la science dont elle était le voile et qu’ils se soient ensuite couverts de ce voile même pour perpétuer parmi eux et leurs descendants la mémoire de leurs malheurs et essayé par ce moyen de les réparer. Tout cela, quoique dénué de preuves suffisantes, ne répugne pas néanmoins à la raison, et pourrait être admis au besoin comme plus ou moins vraisemblable. Les annales anglaises déjà citées font mention d’une grande loge nationale tenue à York l’an 926, c’est-à-dire environ deux siècles avant la fondation de l’Ordre des prétendus instituteurs de la Maçonnerie ;  Elles avouent aussi qu’il existait des maçons avant cette époque en France, en Italie et ailleurs, et certainement l’amour-propre national anglais aurait supprimé cette anecdote si elle n’avait pas quelque fondement réel. Il est donc vraisemblable que l’ordre du T. institué au commencement du XII° siècle et dans le pays même qui est réputé avoir été le berceau des principales connaissances humaines, ait pu participer à la science maçonnique, la conserver et la transmettre indépendamment des autres classes d’hommes qui ont pu en faire autant. En un mot, si le prochain congrès général est d’avis de conserver des rapports maçonniques avec l’ancien Ordre du T., je ne vois nul inconvénient à présenter cet Ordre comme ayant été dépositaire des connaissances maçonniques et conservateur spécial des formes symboliques ; mais j’en verrai beaucoup à le présenter comme instituteur, parce que l’on pourrait trouver toujours et partout des contradicteurs très incommodes.

Je reviens donc au fond de la question. Je pense qu’il existe pour l’homme actuel une science universelle par laquelle il peut parvenir à connaître tout ce qui se rapporte à son composé ternaire d’esprit, d’âme et de corps dans les trois mondes créés, c’est-à-dire dans la nature spirituelle, dans celle animale (1) temporelle et dans celle élémentaire corporelle. Je ne fais point ici mention du quatrième monde, le divin, parce qu’il n’est plus donné à l’homme dans son état actuel d’y lire immédiatement, et si parfois il y lit encore, ce n’est plus que subsidiairement. Par cette science il peut espérer de s’approprier les vertus des trois mondes et de s’en procurer les fruits. La science universelle, embrassant les trois natures, se subdivise aussi en trois classes ou genre de connaissances naturelles et relatives ; et chacune de ces classes est encore susceptible de subdivisions particulière, ce qui multiplie beaucoup les branches des connaissances humaines. Mais comme les deux natures inférieures (2) sont pour ainsi dire confondues en une seule qui est dénommées nature sensible, il en résulte que toutes les connaissances qui s’y rapportent sont aussi confondues en un seul et même genre qui embrasse plusieurs espèces, d’où il résulte que ceux qui en suivent spécialement une espèce ne s’entendent pas toujours avec ceux qui en suivent une autre, quoique du même genre.

Je diviserai donc la masse entière des connaissances en deux genres seulement, et pour les distinguer je nommerai l’un supérieur et l’autre inférieur, mais, comme l’un et l’autre sont exclusivement du domaine de l’être intellectuel ou actif de l’homme, et nullement du ressort de sa nature inférieure passive, le premier peut augmenter son bien-être temporel par le secours des deux genres et multiplier par eux les jouissances propres à sa nature et à son état actuel mixte. (3)

Cependant la première espèce sera toujours supérieure relativement à son but qui est tout spirituel. Par elle l’intelligence, se dégageant en quelque sorte du sensible auquel elle est liée, s’élève à sa plus haute sphère, et je suis fondé à croire que dans celle-là se trouve la connaissance du vrai culte et du vrai ministère sacerdotal, par lequel le ministre offre son culte à l’Eternel par la médiation de notre divin seigneur et maître J.-C. pour la famille ou la nation qu’il représente. C’est aussi dans celle-là seulement (4) que j’ai reçu des lumières et des instructions et dans laquelle j’ai eu le bonheur d’acquérir quelques preuves qui feront toujours la consolation de ma vie. Peut-être aussi ai-je trop négligé les occasions de m’instruire de ce qui concerne la classe que je nomme inférieure ; du moins je me le suis reproché depuis que j’ai eu lieu de me persuader que les connaissances de celle-ci peuvent servir d’échelons pour arriver à la première et peut-être aussi de moyens pour y opérer plus virtuellement, mais j’ai été longtemps combattu par la crainte d’être trop attiré par l’appât des succès dans la sensible et d’être par là excité à m’arrêter au milieu de ma route comme cela est arrivé à plusieurs autres ; de sorte que m’étant toujours efforcé de planer au-dessus du sensible et ayant été toujours soutenu dans mes efforts par quelques succès rares à la vérité, mais certains, je n’ai vu que les superficies des connaissances qui s’y rapportent et je n’en ai point sondé la profondeur, ce qui fait que je suis peu en état de les bien dessiner et de bien déterminer ni leur espèce ni leur étendue, et par cette raison je me suis déterminer à chercher de nouveau et à saisir les occasions que j’ai négligées ci-devant de m’instruire dans les connaissances de celle-ci. Si j’y parviens, ce sera alors seulement que je pourrai juger plus sainement l’ensemble du tout et apprécier chaque partie ; peut-être aussi devenir plus utile à d’autres que je ne puis l’être à présent.

Je ne doute donc pas que la 2è classe ne renferme des connaissances très précieuses pour l’homme et si je la nomme inférieure, c’est seulement par comparaison à l’objet à l’objet unique de la première car dans la nature tout est grand, utile, majestueux et sublime pour celui qui y cherche avec une intention pure. Mais aussi on y voit plusieurs systèmes très différents qui ont néanmoins beaucoup d’analogie entre eux dans leurs buts ou dans leurs moyens. Je n’entends parler ici que de ceux qui peuvent conduire à quelques connaissances des sciences naturelles, et nullement de ceux qui n’ont aucun rapport direct avec celles-là. Je ne veux même pas faire mention de la science de l’évocation des esprits que quelques-uns, surtout en Allemagne, ont appliquée à la maçonnerie, parce que ce qu’il y a de bon dans cette science appartient à une classe plus élevée et ce qui s’y trouve de mauvais devrait être toujours ignoré ; je ne citerai même que les principaux de ceux qui en ce genre sont venus à ma connaissance.

L’un prétend que la maçonnerie enseigne l’alchimie ou l’art mercuriel de faire la pierre philosophale et voudrait voir les Loges meublées de fourneaux et d’alambics.

L’autre, dédaignant l’art mécanique des souffleurs et même l’or qu’ils cherchent avec tant d’ardeur, donnent un sens plus relevé à la science hermétique et paraît employer pour son œuvre d’autres moyens. Il fait espérer qu’en retrouvant la parole perdue que cherchent les maçons, on obtiendra une panacée universelle par laquelle on guérira toutes les maladies humaines et on prolongera la durée ordinaire de la vie.

Un autre enfin, prenant un vol encore plus élevé prétend qu’on enseigne aux vrais maçons l’art unique ou la science du grand œuvre par excellence par laquelle selon lui l’homme acquiert la sagesse, opère en lui-même le vrai Christianisme pratiqué dans les premiers siècles de l’ère chrétienne et se régénère corporellement en renaissant par l’eau et par l’esprit selon le conseil qui fut donné à nicodème qui s’en effraya. Celui-ci assurant qu’il connaît la vraie matière de l’œuvre ainsi que les vrais vases, fourneaux et feu de la nature par lesquels il l’opère, assure aussi que par la conjonction du soleil et de la lune et en pratiquant exactement ce qui est indiqué emblématiquement par les trois premiers grades symboliques, il sera produit un enfant philosophique, par les vertus duquel le possesseur prolongera aussi ses jours, guérira les malades et spiritualisera pour ainsi dire son corps, s’il a eu assez de courage et assez de confiance pour aller chercher la vie jusque dans les bras de la mort. Je m’arrêterai là, ces systèmes et surtout les deux derniers embrassent généralement ce que tous les autres n’indiquent que partiellement.

Je ne puis savoir encore auxquels de ces systèmes celui du Cher Frère baron Haugwitz (5) se rapporte le plus. L’explication qu’il donne des mots Jakin et Boaz, et ce qu’il indique relativement aux propriétés du 3è grade paraît assez ce rapporter à ce que je connais des deux derniers que j’ai cités. De plus, il m’est parvenu par diverses voies que sa Loge à Goerlitz en Silésie a pour but spécial la science hermétique, mais je crois devoir suspendre en tout mon jugement jusqu’à ce que j’ai reçu la traduction dont V.A.S. m’annonce qu’il veut bien s’occuper pour moi.

Quoi que je n’aie aucune notion fixe sur les voies par lesquelles ces connaissances aussi anciennes que le monde se trouvent unies au christianisme et ont même été perfectionnées par lui, je ne répugne point d’admettre la possibilité que Saint Jean l’Evangéliste, qui a traité avec tant d’énergie et de sublimité de l’essence du sacré Verbe divin, ait réuni les anciens professeurs des sciences naturelles  et ait perfectionné leurs connaissances par la lumière de l’Evangile, lesquelles sont ainsi parvenues jusqu’à nous ; mais une telle filiation qui ne serait démontrée que par une simple vraisemblance sera-t-elle de grand poids pour ceux qui cherchent la vérité, surtout si on y fait intervenir sans titre réel l’Ordre des Templiers ? Je crois cependant que tout cela pourrait s’arranger assez convenablement si on ne donne que pour vraisemblable ce qui ne pourrait être prouvé, et non comme certain. Tout dépendra donc du genre de preuves ou de probabilité que le cher Frère baron d’Haugwitz serait en état de produire.

Mais je pense que le point le plus essentiel dans la conjoncture présente, si on veut établir une fois pour toutes dans le régime une base fixe et invariable, est de ne présenter, en ce moment, de réforme aux maçons qu’un but réel et possible dans son espèce et dont l’effet puisse devenir certain pour ceux qui, ayant été suffisamment préparés et éprouvés, suivront fidèlement les moyens qui seraient indiqués par le système même. Si on ne les nourrissait à l’avenir comme par le passé que de principes vagues de théorie, sans leur garantir la certitude du succès de manière de manière à ce qu’ils puissent s’attendre à recevoir indubitablement par la pratique même les effets qui leur seraient promis, il est à craindre que, lassés déjà par bien des promesses illusoire que leur fait en général la Maçonnerie, ils ne s’en lassent tout à fait.

Le système de l’Ordre des Grands Profès diffère essentiellement des précédents en ce que, ne promettant aucun résultat physique et n’annonçant qu’un but spirituel moral à la portée de tous ceux qui y sont admis, il remplit parfaitement le but. Mais si à ce premier on en joint un autre, ainsi qu’il me paraît possible, qui promette quelques succès physiques dans la science naturelle, avant de l’annoncer on doit, ce me semble, s’être assuré de pouvoir donner au Elus des moyens certains de se procurer la preuve de la vérité.

 

(1)   c’est-à-dire, dans la langue de l’époque : qui se rapporte à l’âme.

(2)   La nature corporelle et la nature animale.

(3)   Actuel par opposition à originel, mixte car mi-sensible et mi-spirituel. Provient directement des thèses de M. de P.

(4)   Réau-Croix des Elus Coëns

(5)   Animateur d’une société maçonnico-mystique, les Frères de la Croix et fort prisé par le Prince.

Lettre 2 12 octobre 1781

Copie des manuscrits : Martines de Pasqually, van Rijnberk, Derain Lyon 1938, réédition Editions d’aujourd’hui, 1980. Original conservé dans les archives de la GL Nationale à Copenhague.

 

Le Prince avait transmis à Willermoz cinq questions formulées par le baron d'Haugwitz. Elles ont été probablement à peu près les suivantes

1. Qui est l'auteur et, rédacteur des instructions secrètes des grades de Chevaliers Profès et Grands Profès ?

2. Qui est le chef ou Maître en chaire de ces deux grades ?

3. Quel est le but et la constitution de l'Ordre des Elus Coëns ?

4. Quel est le but des instructions des deux grades de Chevaliers Profès et Grands Profès ?

5. Cette fraternité, formée à Lyon possède-t-elle le vrai degrés des Elus ?

Willermoz y répond par une longue épître emplie de détails sur sa propre vie, mais aussi très importants pour l'Histoire de Martines. En voici quelques passages.

 

Lyon, ce 12 octobre

"Pour répondre sommairement aux questions que me propose Votre Altesse Sérénissime, je lui confesse que je suis le seul auteur et le principal rédacteur des deux instructions secrètes de Profès et de Grand Profès qui lui ont été communiquées ainsi que des Statuts, formules et prières qui y sont jointes, et aussi d'une autre instruction qui précède ces deux-là, laquelle est communiquée sans mystère et sans engagement particulier à presque tous les chevaliers le jour même de leur vestition ou seulement quelques jours après ad libitum ; celle-ci qui contient des anecdotes fort connues et aussi une délibération du convent national de Lyon, fait le complément de la réception et prépare de loin aux deux autres qui restent secrètes et dont le susdit convent national n'eut aucune connaissance...

"Au commencement de l'année 1767 j'eus le bonheur d'acquérir mes premières connaissances dans l'Ordre dont j'ai fait mention à V. A. S. ; celui qui me les donna étant favorablement prévenu pour moi par ses informations et examen, m'avança rapidement, et j'obtins les 6 premiers degrés. Un an après, j'entrepris un autre voyage dans cette intention et j'obtins le septième et dernier qui donne le titre et le caractère de chef dans cet Ordre ; celui de qui je les reçus (en fait il est reçu par Bacon de la Chevalerie) se disait être l'un des sept chefs souverains universels de l'Ordre et a prouvé souvent son savoir par des faits : en suivant ce dernier je reçus en même temps le pouvoir de conférer les degrés inférieurs en me conformant pour cela à ce qui me fut prescrit. Cependant je n'en fis nul usage pendant quelques années que j'employai à m'instruire et à me fortifier, autant que mes occupations civiles purent me le permettre ; ce fut seulement en 1772 que je commençai à recevoir mon frère médecin, et peu après les frères Paganucci et Périsse du Luc que V. A. S. aura vus sur le tableau des Gr. Prof. et ces trois sont devenus depuis lors mes confidents pour les choses relatives que j'ai eu la liberté de confier à d'autres.

"Il est essentiel que je prévienne ici V.A.S. que les degrés, du dit Ordre renferment trois parties. Les trois premiers degrés instruisent sur la nature divine, spirituelle, humaine et corporelle ; et c'est spécialement cette instruction qui fait la base de celles des Gr. Profès que V.A.S. pourra le reconnaître par leur lecture ; les degrés suivants enseignent la théorie cérémonielle préparatoire à la pratique qui est exclusivement réservée au 7e et dernier. Ceux qui sont parvenus à ce degré, dont le nombre est très petit sont assujettis à des travaux ou opérations particulières qui se font essentiellement en mars et septembre. Je les ai pratiqués constamment et je m'en suis très bien trouvé... Quoique les premiers des dits grade; soient enveloppés de quelques formes maçonniques qui sont abandonnées dans les grades plus élevés, je reconnus bientôt que cet Ordre avait un but plus élevé que celui que l'on attribuait à la maçonnerie...

"Au commencement de 1778, il s'éleva de grands troubles dans les provinces d'Occitanie et d'Auvergne ; la 1ère n'y voulut prendre aucune part ; la seconde offrit sa médiation : les troubles furent un peu apaisés, mais pour en détruire le germe, la province de Bourgogne désira un congrès national qui peut établir une reforme dans l'administration reconnue défectueuse. Son chancelier le R.f. a Flumine s'adressa à moi pour en faire goûter le projet à celle d'Auvergne ; je crus trouver là l'occasion que je cherchais depuis longtemps : je la saisis , mais ne voulant. pas absolument être reconnu pour l'auteur des instructions secrètes qui paraîtraient, il me fallait des coopérateurs discrets pour m'aider à les produire. Je communiquai donc mon projet à unes confidents susmentionnés et aussi au digne frère Salzmann qui se trouvait à Lyon depuis longtemps et que je venais de recevoir dans les premiers degrés de l'Ordre. Ils l'approuvèrent tous et m'encouragèrent à l'exécuter sans délai. Ils furent aussi d'avis que pour faciliter l'exécution il était indispensable de mettre aussi dans la confidence le Fr. a Flumine de Strasbourg dont on m'assura la discrétion. Je me conformai à cet avis et je mandais au dit fr. a Flumine que toute réforme maçonnique qui serait destituée de bases fixes et lumineuses ne produirait jamais que des effets éphémères, que j'étais dépositaire de quelques connaissances qui pouvaient s'adapter à la maçonnerie, au cas qu'elles ne lui eussent, appartenu primitivement ; que j'étais prêt à favoriser de tout mon pouvoir son projet de reforme d'administration et des rituels de l'Ordre intérieur, si de son côté il voulait s'engager à favoriser le mien pour la partie scientifique sur ce point, m'assurer de sa discrétion pour toujours sur ce point et soutenir le voile qui cacherait l'auteur de ses instructions ; que sans cela je ne pouvais pas me résoudre à prendre part à rien me trouvant excessivement lassé d'occupations si considérables et si infructueuses. Il accepta ma proposition, nous convînmes des 3 classes de l'Ordre : le symbolique, intérieur et prof. Il se chargea de préparer tout le travail de l'Ordre intérieur je me chargeai de la révision des grades symboliques et de tout ce qui concernerait la nouvelle classe secrète des Grands Profès. Je fus aidé dans la réforme de la symbolique par le fr. Saltzmann et par mes autres confidents. Je penchais beaucoup à supprimer des dits grades, tout ce qui se rapportait essentiellement aux évènements particuliers de l'Ordre des Templiers et gênait d'autour en liaison des choses plus essentielles, mais on objecta que par cette suppression on rompait toute liaison de la symbolique avec l'Ordre intérieur et tout rapport entre les loges françaises et les loges allemandes. On jugea aussi qu'il conviendrait de conserver dans le 4e grade les principaux traits caractéristiques des divers écossismes de la maçonnerie française pour servir un jour de point de rapprochement avec elle, ces différentes combinaisons reconnues nécessaires alors ; gênèrent excessivement les unes que je me proposais qui se rapportaient toutes à un seul objet; mais on crut devoir attendre qu'un convent général de l'Ordre entier eut prononcé sur la continuation ou la suppression des rapports maçonniques avec l'Ordre des Templiers pour pouvoir prendre à cet égard un essor plus libre.

"Quant aux instructions secrètes mon but en les rédigeant fut de réveiller les maçons de notre régime de leur fatal assoupissement ; de leur faire sentir que ce n'est pas en vain qu'on les a toujours excités à l'étude des symboles, dont par leur travail et un plus de secours ils peuvent espérer- de percer le voile. De les ramener à l'étude de leurs propres natures ; de leur faire entrevoir leur tâche et leur destination. Enfin de les préparer à vouloir devenir hommes. Lié d'une part par mes propres engagements, et retenu de l'autre par la crainte de fournir des aliments à une frivole curiosité ou de trop exalter certaines imaginations si on leur présentait des plans de théorie qui annonceraient une Pratique, je me vis obligé à n'en faire aucune mention et même à ne présenter qu'un tableau très raccourci de la nature des êtres, de leurs rapports respectifs ainsi que des divisions universelles.

"Tout ce que j'y ai inséré concernant la partie scientifique n'est du tout point de mon invention ; je l'ai puisé dans les connaissances que j'ai acquises dans l'Ordre que j'ai cité déjà plusieurs fois à V.A.S. ainsi que les rapports généraux du Temple de Jérusalem avec l'Homme général lesquels je suis autorisé à croire fondés sur la vérité et sont essentiellement du ressort de l'ancienne maçonnerie dont ce temple est la base fondamentale. L'histoire du feu sacré sous Néhémie se trouvant consignée dans des anciens grades maçonniques estimés bons, on se détermina par cette raison à la conserver dans les nouveaux ; mais comme je n'en puis garantir l'authenticité je ne m'opposerais pas à sa suppression si elle répugne ailleurs.

"Quant à la partie historique de la maçonnerie, elle est fondée sur les notions que j'ai pu acquérir par les recherches les plus exactes en ce genre, j'y ai donc inséré celles qui m'ont paru être les plus justes et les plus probables, dont quelques-unes sont rectifiées par mes propres connaissances dont j'ai cité la source, mais je ne pourrais point offrir de garants authentiques des autres.

"Pendant que je m'occupais de cet ouvrage, le frère Turckheim dont le génie est très actif et qui était plus maître que moi de son temps, avait mis le sien en état d'être délibéré. Aussitôt il pressa extrêmement le terme du congrès national projeté. Il fallut le convoquer et me dépêcher de finir mon travail qui se ressentit malgré moi de la précipitation avec laquelle il fallut le terminer. Je me flattai de pouvoir le réviser ensuite pour en faire usage dans quelques occasions privées et, même d'y joindre l'explication des nombres dont j'ai parlé ci-devant. Mais le loisir nécessaire pour un ouvrage si abstrait et qui exige une liberté d'esprit entière m'a toujours manqué, depuis vraisemblablement me manquera encore longtemps.

"Le congrès étant assemblé et ma rédaction étant à peu prés finie, dans laquelle je fus aidé pour les choses de style et d'arrangement par un de mes confidents très versé en ce genre (le frère Périsse du Luc) et aussi l'un des plus avancés dans les connaissances fondamentales ; mes dits confidents qui se trouvèrent en même temps chargés de députations au congrès, y proposèrent qu'il fut formé une commission spéciale qui serait chargée de requérir et de revoir les divers renseignements qu'il serait possible de se procurer sur la partie scientifique relative à la maçonnerie primitive.

"Les chanceliers d'Auvergne et de Bourgogne furent chargés de ce soin et autorisés par le congrès de former un comité de conférences avec tous ceux qui fourniraient quelques éclaircissements sur ces matières ; il s'engagea pour laisser une plus grande liberté aux coopérateurs de ne point exiger la communication des papiers originaux qui pourraient être produits dans ce comité, ni de connaître quels seraient les frères qui les produiraient s'ils ne voulaient pas être connus ; on annonça même que l'on avait déjà reçu préliminairement de la part de quelques frères étrangers qui ne voulaient pas être nommés des papiers très importants sur cet objet, à la traduction desquels on allait travailler de suite : c'est ce qui est cause que presque tous les Grands Profès de Lyon et des autres collèges établis depuis lors ailleurs, sont persuadés qu'ils possèdent sont venues originairement d'Allemagne ou d'Italie et le vrai auteur n'est point connu. Le congrès se réserva seulement d'avoir connaissance, du résultat des conférences du comité, ce qui donna lieu à l'instruction préliminaire ostensible dont j'ai parlé plus haut et dont on fait actuellement une copie pour VV. AA. SS. Le but particulier de cette instruction approuvée par le congrès fut de réveiller l'attention des nouveaux chevaliers sur des choses essentielles de l'Ordre et de préparer aux frères Grands Profès la liberté de ternir des conférences privées entre eux sans donner aucun ombrage aux autres membres des chapitres ce qui a parfaitement réussi jusqu'à présent.

"Ce travail ainsi consommé, les deux chanceliers qui avaient présidé le comité admirent aux grades de Profès et de Grands Profès ceux des dignitaires et officiers des chapitres qui se trouvaient alors à Lyon et on leur présenta les instructions secrètes, comme étant des papiers importants adressés par des frères étrangers qui avaient annoncé au congrès, et dont on venait d'achever la traduction ; après ceux-là seulement que le comité secret avait reconnu digne de cette communication, on procéda à la réception de ceux qui avaient été les confidents de ma rédaction ; au moyen de quoi tout soupçon de connivence entre eux et, moi fut absolument écarté...

".....De plus quoiqu'il existe ici depuis dix à neuf ans une petite société composée de ceux que j'ai reçu à divers degrés dans l'Ordre que je professe, laquelle n'est connue que de ceux qui la forment, maçons et autres, cependant quelques frères qui sont aujourd'hui Grands Profès présumaient depuis longtemps que j'avais acquis quelques connaissances sur ces matières dont j'aimais à m'entretenir avec quelques amis particuliers. Je n'ai donc point répugné de déclarer au collège métropolitain que je trouvais les principes et doctrines contenues dans les instructions des Grands Profès conformes à ceux dont j'avais antérieurement acquis la connaissance ailleurs. Cet aveu a déterminé une confiance plus grande en moi et en ceux que j'ai dénommé et m'a donné plus de liberté pour expliquer dans les conférences journalières les sens obscurs de quelques passages des dites instructions.

"La marche qui a été tenue et qui m'avait parue nécessaire pour le principe de cet établissement aurait été pénible à soutenir longtemps : elle a aussi, j'en conviens, bien des inconvénients, mais ils vont en diminuant à mesure que la mémoire des moyens qui furent employés pour la fondation s'affaiblit et ils sont bien récompensés par les grands biens qui en sont résultés. On peut dire avec vérité que la maçonnerie a totalement changé de face depuis deux ou trois ans partout où les nouveaux grades symboliques ont été adoptés et les collèges secrets établis, surtout à Lyon, Grenoble, Turin, Naples, je pourrais même dire aussi à Strasbourg par les soins du frère Saltzmann, mais les effets n'ont pas été si marqués qu'ailleurs parce que ce digne frère n'a pas été bien secondé et a rencontré beaucoup d'obstacles...

" .... Je m'aperçois aussi que je n'ai pas répondu à la 5ème question, savoir cette fraternité formée à Lyon possède-t-elle le vrai degré des Elus ? Pour répondre à cette question il faudrait que le Frère Haugwitz voudrait bien me dire nettement, et sans aucun voile en quoi consiste son vrai degré des élus ? Quel en est le but et le terme présent et futur ? Enfin, quel sens il attache à ces mots ? et c'est en cela que je lui demande à mon tour une preuve de sa confiance... il faut commencer par s'entendre clairement, sur l'objet. Le 7ème grade que je possède, est vraiment le degré des Elus dans cette classe, puisqu'on y trouve des preuves évidentes de sa vérité. Quelques-uns de mes frères s'en sont rapprochés, mais ne la possèdent pas encore..."

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
commenter cet article
3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 08:38

Jean-Baptiste Willermoz, né à Lyon le 10 juillet 1730 et mort dans la même ville le 29 mai 1824, fut un Maçon d'une envergure exceptionnelle, comme il ne s'en rencontre pas beaucoup par siècle. C'est indéniablement une des personnalités les plus éminentes et les plus considérables de l'histoire de la Maçonnerie - surtout de la Maçonnerie française, mais pas uniquement d'elle, et qui exerça sur son évolution une influence déterminante. Véritable père fondateur du Régime Ecossais Rectifié, il fut l'architecte en chef d'un édifice qui subsiste encore durablement malgré d'étonnantes vicissitudes. Il a longtemps été de mode d'adopter à son sujet un ton dénigrant et persifleur, qu'on retrouve à l'envi sous la plume de Paul Vulliaud, d'Alice Joly, de René le Forestier, de Pierre Chevallier… Le tournant fut pris en 1973 lorsque, dans son Esotérisme au XVIIIe siècle, Antoine Faivre, le premier, écrivit : « On peut dire qu'il atteignit une haute spiritualité et que sa largeur de vue était peu commune. Il se montra doué autant pour la méditation et l'illumination intérieure que pour l'organisation ou l'administration. La Révolution a failli être fatale à son œuvre ; mais on le considère toujours comme l'un des plus grands personnages de l'histoire maçonnique. » (p. 176). Depuis lors, en particulier avec la remise au jour de nombreux documents d'archives, la grandeur du personnage s'est imposée de plus en plus.


Issu d'une ancienne famille de bourgeois de Saint-Claude (dont le patronyme s'orthographiait originellement Vuillermoz), et qui était, d'après des documents de famille, d'origine espagnole lointaine, son père s'était installé à Lyon comme marchand mercier. Jean-Baptiste, aîné de douze frères et sœurs, fut très jeune projeté dans la vie active : mis en apprentissage auprès d'un commerçant en soieries à l'âge de 14 ans, il monta à 24 ans sa propre manufacture ; peu avant Wilhelmsbad, une notice le décrit comme « fabricant en étoffes de soie et d'argent et commissionnaire en soieries. » Il vendit son établissement en 1782 tout en conservant des intérêts dans la maison de mercerie en gros de son frère Antoine et de son beau-frère Pierre Provensal, époux de sa sœur aînée Claudine.

Même s'il consacra à la Franc-Maçonnerie l'essentiel de sa longue vie, il s'engagea activement dans la vie de la cité en se conformant à l'esprit des règles qu'il avait lui-même édictées pour les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, c'est-à-dire en mettant ses facultés d'organisateur et d'administrateur au service de la religion et de la bienfaisance au sens large du terme : il fut successivement ou simultanément administrateur de l'hôtel-dieu (notamment durant la période périlleuse de la Terreur, en 1793) puis des hospices civils de Lyon, membre du conseil de fabrique (c'est-à-dire du conseil paroissial) de Saint-Polycarpe, conseiller général du département du Rhône, il s'occupa d'instruction primaire, devint agriculteur passionné… Willermoz fut tout sauf un Maçon en chambre.


C'est néanmoins par son œuvre maçonnique qu'il est passé à la postérité. Initié en 1750 à l'âge de 20 ans dans une loge dont on ignore le nom, il franchit très rapidement tous les échelons. Elu Vénérable à peine deux ans plus tard, en 1752, il ressent la nécessité de mettre de l'ordre dans une situation marquée « par des abus qui s'accréditaient de plus en plus » et il contribue à former, en 1760, la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, reconnue en 1761 par la Grande Loge de France. Après en avoir été le Président en 1762-63, il obtient d'en devenir le « Garde des sceaux et archives », fonction qui devait avoir ses préférences dans tous, ou presque tous, les organismes auxquels il appartint car, tirant parti de la correspondance d'affaires qu'il entretenait avec l'Europe entière, il pouvait ainsi se livrer à une de ses activités favorites : recueillir, étudier et comparer les rituels de tous les grades possibles. Et cela indubitablement par goût de collectionneur, mais aussi pour des raisons bien plus profondes, qu'il exposera dans une lettre de novembre 1772 au baron de Hund, le fondateur de la Stricte Observance : « Depuis ma première admission dans l'Ordre, j'ai toujours été persuadé qu'il renfermait la connaissance d'un but possible et capable de satisfaire l'honnête homme. D'après cette idée, j'ai travaillé sans relâche à le découvrir. Une étude suivie de plus de 20 ans, une correspondance particulière fort étendue avec des frères instruits en France et au dehors, le dépôt des archives de l'Ordre de Lyon, confié à mes soins, m'en ont procuré bien des moyens… » Et il constitue, à l'effet d'étudier tous les « hauts grades » dont il se procurait la connaissance et d'en être en quelque sorte le « laboratoire », un chapitre réservé à une « petite société » : le chapitre des Chevaliers de l'Aigle noir, dont il confia la présidence à son frère Pierre-Jacques.


Le but de ces recherches, à savoir le véritable but de la Franc-Maçonnerie, lui fut révélé lorsqu'il fut admis en mars 1767, par Martines de Pasqually en personne, dans son Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers. Dans une lettre, également de 1772, à un autre dignitaire de la Stricte Observance, le baron de Landsperg, Willermoz s'en explique avec discrétion mais avec netteté : « Quelques heureuses circonstances me procurèrent l'occasion dans mes voyages d'être admis dans une société bien composée et peu nombreuse, dont le but qui me fut développé hors des règles ordinaires me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger ceux que je ne connais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C'est le seul où j'ai trouvé cette paix intérieure de l'âme, le plus précieux avantage de l'humanité, relativement à son être et à son principe. » De fait, convaincu d'avoir découvert la vérité de la Maçonnerie, Willermoz ne s'en départira jamais et demeurera inébranlablement fidèle, en dépit des apparences, et quoi qu'on ait prétendu, à son initiateur Martines, à sa doctrine et à son Ordre.

Après l'avoir reçu, comme il vient d'être dit, au cours d'une cérémonie empreinte d'émotion (que Willermoz devait relater en 1781 à Charles de Hesse), le Grand Souverain, qui avait décelé ses capacités, le nomma peu après « Inspecteur général de l'Orient de Lyon et Grand Maître du Grand Temple de France ». En mai 1768, le Substitut Universel de l'Ordre des Elus Coëns, Bacon de la Chevalerie l'ordonna Réau-Croix ; bien que cette ordination ait été opérée sur autorisation de Martines, celui-ci éprouva des doutes sur sa parfaite régularité, et il décida de la confirmer deux ans plus tard, en mai 1730, par la « voie sympathique », c'est-à-dire à distance - méthode fréquente pour les opérations des Elus Coëns, notamment les travaux d'équinoxe.

Willermoz prit très au sérieux les fonctions qui lui avaient été conférées et, méticuleux comme il l'était, il fut, parmi les disciples de Martines, le plus pressant pour obtenir de lui des rituels, instructions et autres documents qui faisaient défaut aux Coëns pour travailler ; à cet égard, sa correspondance avec Saint-Martin, lorsque celui-ci fut devenu secrétaire de Martines, est des plus précieuses, de même que les notes que lui-même établit pour la pratique des rituels coëns. Par dérogation à la règle qu'il s'était imposée pour les autres systèmes, y compris le sien, à savoir le Régime Ecossais Rectifié, il tint à conserver la conduite du Temple de Lyon, et il le maintint en effet en activité bien après la désagrégation de l'Ordre des Elus Coëns, jusqu'aux premiers troubles de la Révolution. Preuve du respect révérencieux que Willermoz portait à l'œuvre de son maître, il n'apporta aucun changement, même léger, à l'Ordre des Elus Coëns, qu'il laissa complètement à l'écart de sa grande entreprise de réforme - de rectification - de la Maçonnerie. Enfin, en ce qui concerne l'homme, en dépit des tiraillements ou des agacements réciproques, inévitables de la part de personnes aux natures aussi caractérisées et aussi contrastées, il lui porta toujours la plus grande considération en tant que maître initiateur, écrivant à son sujet, dans son extrême vieillesse, en 1821 : « Cet homme extraordinaire auquel je n'ai jamais connu de second. »


C'est que Willermoz avait adhéré d'emblée, et définitivement, à la doctrine de la réintégration, doctrine dont il estima dès lors qu'elle avait été, et devait être toujours, à la base de la Maçonnerie primitive et authentique ; si elle était absente de tel ou tel système maçonnique, c'était la marque que celui-ci était « futile ou dégoûtant » ou encore « apocryphe », disait-il en empruntant le terme et l'idée à Martines.

La découverte de la doctrine de Martines ne dissuada nullement Willermoz de continuer ses enquêtes sur tous les systèmes maçonniques qui venaient à sa connaissance et de solliciter de ses nombreux correspondants, souvent princiers, tel Charles de Hesse, des échanges de « lumières ». Mais on s'est complètement mépris sur le sens de ces démarches, qu'on a présentées comme une quête incessante et toujours inassouvie de la vérité. Rien n'est plus erroné. Cette vérité, Willermoz était convaincu de l'avoir reçue, et elle le satisfaisait entièrement. S'il continuait à la chercher ailleurs que dans l'Ordre de Martines, c'était dans un tout autre but : celui de réunir en un faisceau tous les systèmes maçonniques authentiques - authentiques parce que, par hypothèse, ils véhiculaient la même doctrine, ou encore, pour reprendre une image qu'il utilisa souvent, pour réunir les branches issues d'un même tronc. Cette « réunion générale de tous les rites et systèmes maçonniques » était une idée qui le poursuivit longtemps et qu'il exposa publiquement devant le Convent de Wilhelmsbad ; et elle trouva son écho dans la titulature officielle des Loges du Régime Ecossais Rectifié, qui est : « Loges réunies et rectifiées de France ».

Ce n'est pas autrement qu'il faut interpréter son adhésion et celle des deux groupes dont il était le principal inspirateur, à Strasbourg et à Lyon, à la Stricte Observance, dite encore Maçonnerie réformée ou rectifiée de Dresde. Cette adhésion se fit sur la base d'un quiproquo complet : lorsque le baron de Weiler, émissaire de Charles de Hund, parlait de « rétablir l'Ordre dans son premier état », il sous-entendait par là le rétablissement de l'Ordre du Temple aboli en 1313, là où Willermoz comprenait le retour à la Maçonnerie primitive telle que Martines l'enseignait ; aussi avoua-t-il plus tard à Charles de Hesse être « tombé de son haut » en ne trouvant dans la Stricte Observance « qu'un système sans bases et sans preuves » et qu'une « profonde ignorance sur les choses essentielles ». La preuve - s'il en était besoin - du prix que Willermoz attachait à la doctrine de Martines est qu'il ressentit la nécessité, après le départ pour Saint-Domingue du Grand Souverain, puis sa mort, d'organiser chez lui, à Lyon, de janvier 1774 à octobre 1776, des « instructions » ou « leçons » auxquelles Saint-Martin, d'Hauterive et lui-même participèrent tantôt comme instructeurs, tantôt comme secrétaires de séance.


Cependant, à quelque chose malheur est bon. La parfaite connaissance que Willermoz avait du panorama maçonnique français et européen l'avait assez vite persuadé que le système de Martines était vraiment trop hétérogène par rapport à la Maçonnerie du temps pour pouvoir s'implanter durablement, a fortiori pour supplanter les autres. Cela tenait, pour le fond, à la doctrine et, pour la forme, au fait qu'il était en vérité une crypto-maçonnerie ou, si l'on peut dire, une « Maçonnerie au-delà de la Maçonnerie ». Or pourtant, selon Willermoz, la doctrine était la seule vraie, la seule à exprimer l'authentique vérité de la Maçonnerie.


C'est alors qu'il eut l'idée géniale de constituer son propre système qui transmettrait, à la fois par l'enseignement et par l'initiation, cette vérité et qui, de surcroît, protègerait en son for intérieur l'Ordre des Elus Coëns. Le résultat fut le Régime Ecossais Rectifié, qui devait être officiellement sanctionné, sur le plan national, par le Convent des Gaules, à Lyon (novembre-décembre 1778) puis, sur le plan international, par le Convent de Wilhelmsbad, en Allemagne (août-septembre 1782).

Ce Régime est doté d'une architecture concentrique, par cercles successifs, qui sont au nombre de trois :


 1)la classe symbolique ou Ordre maçonnique, avec ses quatre grades : Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Ecossais ;


 2)l'Ordre intérieur, lequel est chevaleresque, avec ses grades, ou plutôt ses étapes, d'Ecuyer Novice - qui est une période probatoire - et de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Ces deux premiers cercles constituent ce que Willermoz appelle les « classes ostensibles » du Régime. Elles empruntent l'essentiel de leurs formes extérieures aux grades maçonniques et chevaleresques en vigueur en France et en Allemagne (usages de ce qu'on appellera plus tard le Rite français, grades « écossais », Stricte Observance) - moyennant des adaptations non négligeables exigées par la doctrine.

3)Vient ensuite un troisième cercle, la « classe secrète » de la Profession et de la Grande Profession, innovation majeure de Willermoz, dans laquelle « les Frères des classes inférieures qui en sont jugés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques » (art. 1er des statuts).

Ces trois cercles, ou classes, constituent le Régime Ecossais Rectifié. Pourtant, enchâssé, en son cœur, se trouve un quatrième cercle, protégé sous le voile du mystère, et qui est le nec plus ultra : l'Ordre des Elus Coëns. Mais aucune confusion n'est possible : bien que situé au centre du Régime Rectifié, l'Ordre Coën n'est plus le Régime Rectifié ; en passant de l'un à l'autre, on change de monde. En particulier, Willermoz s'attache à proscrire, dans les classes du Régime, tout ce qui pourrait s'apparenter fût-ce à une esquisse de pratiques théurgiques, comme par exemple la kabbale ou l'alchimie, ces pratiques étant l'exclusivité de l'Ordre Coën.

En revanche, ce que les deux, Ordre Coën et Régime Rectifié, ont en commun, c'est la doctrine de la réintégration, cette « science de l'homme », pour reprendre la formule de Joseph de Maistre, que la Maçonnerie a pour fonction d'enseigner et de mettre en œuvre initiatiquement. Sa substance initiatique, et par conséquent, son rituel initiatique, sont entièrement fondés sur : 1) la chute de l'homme de son état originel glorieux, et 2) son retour, sa réintégration par l'initiation dans cet état primitif, laquelle initiation, pour pouvoir opérer, exige l'intercession et l'action du « Grand Réparateur », qui est le Christ.

Ce thème, Willermoz l'a reçu des enseignements de Martines. Mais il l'a reçu aussi de la lecture des Pères de l'Eglise. En effet, ce que l'on sait peu, c'est que Willermoz avait une solide culture religieuse ; il avait été élève des Jésuites et, en dépit de son activité professionnelle précoce, il ne cessa jamais de chercher à s'instruire, ce qu'il pouvait aisément, puisqu'il y avait plusieurs prêtres dans sa propre famille, sans parler de son entourage maçonnique. C'est ainsi que le fonds maçonnique de Lyon conserve de ses notes de lecture sur des Pères de l'Eglise, en particulier les Pères grecs (dont les traductions étaient moins rares qu'on le croit communément). Or le thème de la chute et de la réintégration est ce que les Pères, depuis saint Irénée de Lyon, ont exprimé par le thème de l' « image et ressemblance » : l'homme a été créé à l'image de Dieu et selon sa ressemblance ; la chute lui a fait perdre la ressemblance mais l'image, empreinte divine, demeure inaltérée ; reste à réacquérir ou à reconquérir la ressemblance. Tel est l'objet et le but de l'initiation : le retour de la difformité à la conformité, de l'état déchu à l'état d'avant la chute.


Tout le système élaboré par Willermoz, c'est-à-dire le Régime Ecossais Rectifié, est modelé, et ses formes, adaptées, pour permettre à l'initiation d'opérer de cette façon-là.

En outre, Willermoz, convaincu que l'intelligence est un talent reçu de Dieu - talent que, selon la parabole évangélique, l'homme a le devoir de faire fructifier - double le processus initiatique par un processus pédagogique : il rédige une série d' « instructions » qui se succèdent de grade en grade afin d'exposer de plus en plus clairement et complètement cette doctrine de la réintégration dans tous ses aspects, non seulement anthropologiques, mais cosmologiques et théosophiques. Ces instructions culminent dans l'Instruction secrète des Grands Profès, où éclate son génie métaphysique, comme d'ailleurs aussi dans celles des « leçons de Lyon » qui sont de son cru ; car il y donne de la métaphysique de Martines une présentation particulièrement lumineuse.

Les mêmes qualités : logique, clarté, sens des nuances, qualité de l'expression, caractérisent le Préavis, véritable discours-programme qu'il prononça devant le Convent de Wilhelmsbad le 29 juillet 1782 afin de présenter à la fois le Régime et son inspiration. Willermoz était véritablement aussi doué pour les concepts et pour l'écriture que pour l'organisation ; c'était à l'évidence un esprit de premier ordre.

Ce qu'il importe néanmoins de souligner avec force, c'est que, si Willermoz s'est toujours défendu d'être le véritable auteur des instructions dont il était le rédacteur, il a également cru sur parole Martines lorsque celui-ci affirmait, lui aussi, ne faire que transmettre une très ancienne tradition, quasiment immémoriale. En fait, pour l'un comme pour l'autre, cette tradition, c'est-à-dire à la fois la doctrine, qui est science de l'homme, science de la réintégration de l'homme, et l'initiation qui va avec, sont le fait d'un unique « Haut et Saint Ordre », dont l'origine est aussi ancienne que le monde, et dont aussi bien l'Ordre des Elus Coëns que le Régime Ecossais Rectifié sont des manifestations temporelles, d'où leur harmonie en quelque sorte préétablie. Haut et Saint Ordre dont la fonction est de rétablir le vrai Temple, le temple de l'Homme où réside l'Esprit, par et dans le Christ - autre manière de décrire la réintégration.

Lorsqu'il mourut en 1824 à l'âge vénérable de 94 ans, peut-être Willermoz eut-il le sentiment que son œuvre s'éteindrait avec lui, voire qu'elle s'était déjà éteinte avant lui. On sait qu'il n'en fut rien, et que le Régime Ecossais Rectifié, dans toutes ses classes, reprit plus tard vigueur, sans parler de l'Ordre des Elus Coëns. Cela excède le champ de la présente étude. Cependant, on peut maintenant dire - ce qui n'était pas forcément vrai il y a seulement cent ans - que l'œuvre de Willermoz est toujours, et même plus que jamais, d'actualité.

Jean-François Var


Bibliographie sommaire

 La Franc-Maçonnerie, n° 19 de la revue « Dix-huitième siècle » (Garnier, 1987). (Notamment l'article de L. Hammermayer, La Crise de la Franc-Maçonnerie européenne et le Convent de Wilhelmsbad).

 Actes du Convent national des Gaules tenu à Lyon (1778) (prés. E. Mazet in Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, n° 11, 2e série, 1985).

 Actes du Convent de Wilhelmsbad (pub. partielle par J.-F. Var in Les Cahiers Verts, bulletin intérieur du Grand Prieuré des Gaules, n°s 7 (1985) à 9 (1988).

 Les Leçons de Lyon aux Elus Coëns, un cours de martinisme au XVIIIe siècle par Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Jacques du Roy d'Hauterive, Jean-Baptiste Willermoz (prés. et éd. par R. Amadou, Paris, Dervy, 1999).

 Robert Amadou, Honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) (L'Initiation, 1985, n° 3).

 Robert Amadou, Anthologie de Jean-Baptiste Willermoz (L'Initiation, 1985, n° 4).

 Robert Amadou, Martinisme (2e éd. Les Auberts, Institut Eléazar, principalement chap. I, II et III).

 Antoine Faivre, L'Esotérisme au XVIIIe siècle en France et en Allemagne (Paris, Seghers, 1973).

 id. plusieurs chapitres dans Accès de l'ésotérisme occidental (2e éd. Paris, NRF, 1996).

 Alice Joly, Un mystique lyonnais et les secrets de la Franc-Maçonnerie, 1730-1824 (Mâcon, Protat, 1938 ; reprint Paris, Demeter, 1986).

 René Le Forestier, La Franc-Maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles (éd. A. Faivre, Paris, Aubier-Montaigne, 1970, reprint Paris, La Table d'Emeraude, 1987).

 Steel-Maret, Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie (Lyon, 1893 - rééd. R. Amadou, Genève, Slatkine, 1985, avec une introduction : De l'Ordre, Présentation du Régime Ecossais Rectifié).

 Gérard van Rijnberg, Episodes de la vie ésotérique, 1780-1824 (Derain, 1948 ; reprint « Les Introuvables », Ed. d'Aujourd'hui).

 Paul Vuilliaud, Les Rose-Croix lyonnais au XVIIIe siècle (Nourry, 1929).

 Jean-François Var, L'Essor du Phénix, Jean-Baptiste Willermoz et la naissance du Régime Ecossais Rectifié (in : Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, n° 19, 2e série, 1989).

 id. L'Esotérisme chrétien et le Régime Ecossais Rectifié (in : Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, n° 31, 2e série, 1995).

 id. Jean-Baptiste Willermoz, son œuvre (Cahier Geoffroy de Saint-Omer, Grande Loge Régulière de Belgique, Nivelles, 1982).

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
commenter cet article

Présentation

  • : Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Contact

Blason de la RL Laurence Dermott

Loge-Dermott.gif

        729 ARTICLES

                    603    ABONNES 

Recherche

St Patrick blessing

God save the Ireland

           

Michaël Collins