Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 07:15

Quel est le plus ancien Rite maçonnique ?

 

Repost 0
Published by Thomas Dalet
commenter cet article
3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 07:03
Pierre NOEL

Pendant plusieurs décennies, la «première» Grande Loge fondée à Londres en 1717 fit la loi en Angleterre. C'est à elle que l'on doit la tripartition des grades et l'introduction de la légende d'Hiram, véritables landmarks sans laquelle il ne peut y avoir de franc-maçonnerie. Ses rituels ne sont connus que par des divulgations, dont la plus essentielle reste le «Masonry dissected» de Samuel Prichard (1730). Lorsque la maçonnerie fut introduite en France, les premiers adeptes de ce qui devait devenir la Grande Loge de France en adoptèrent tout naturellement les usages avant de les adapter et de les développer selon leur sensibilité propre. Il en gardèrent l'essentiel, qui reste aujourd'hui la base même du Rite Français :

·                                 Les deux surveillants sont placés à l'ouest de la loge

·                                 Le ternaire Soleil-Lune-Vénérable sont les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, représentées par les trois chandeliers d'angle placés autour du tableu de la loge.

·                                 La loge est supportée par trois colonnes (Sagesse-Force-Beauté)

·                                 Les « mots » J ... et B... sont ceux respectivement des 1er et 2ème grades

·    Au 3ème grade, « l'ancien mot de maître », Jéhovah, n'est pas « perdu » mais seulement remplacé par un mot de circonstance, M... B... La clef du grade est l'expérience mystique que connaît le néophyte lorsqu'il est couché dans la tombe qui porte le nom du Très-Haut.

En 1751 fut instituée, à Londres toujours, la « Très Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Francs et Accepté », dont les membres étaient pour la plupart d'origine irlandaise. Cette innovation vint rompre la belle unité britannique, d'autant que les Grandes Loges d'Irlande et d'Ecosse la reconnurent bientôt la jeune obédience comme seule régulière, car seule fidèle aux «anciens usages». De fait, leur bouillant Grand Secrétaire, Laurence Dermott, n'eut de cesse qu'il n'ait dénoncé les «déviations» de la première Grande Loge, leur reprochant pêle-mêle d'avoir simplifié et déchristianisé les rituels, omis les prières, inversé les mots sacrés des premier et deuxième grades, abandonné la cérémonie «secrète» d'installation d'un vénérable et, surtout, rejeté le grade de Royal Arch. Sans trop de vergogne, il qualifia de «Modern» les tenants de la plus ancienne Grande Loge, ce qui permit de nommer «Antient», ou Ancienne, sa toute récente obédience.


En 1760, une autre divulgation, les «Three Distinct Knocks... », révéla la teneur des rituels «anciens dont les différences essentielles avec le Rite moderne méritent d'être soulignées :

·    Le premier et le second surveillants ont chacun en main une colonne de 20 pouces, qui représentent les deux colonnes du Temple de Salomon.

·    Le second surveillant est placé au milieu de la colonne du midi, tandis que le premier surveillant se tient à l'ouest (ils sont en fait postés devant les portes du temple)).

·    Ils sont assistés par deux diacres, fonction d'origine irlandaise, l'un situé à la droite du vénérable, l'autre à la droite du premier surveillant.

·   Les chandeliers, toujours associés au ternaire soleil-lune-maître de la loge mais dénommés « petites lumières « (lesser Lights ), sont placés à la droite du vénérable et des surveillants.

·   La bible, l'équerre et le compas, placés sur l'autel devant le vénérable, sont appelés « Grandes Lumières de (ou plutôt « dans ») la Maçonnerie » .

·    Les mots sacrés sont B... au 1er grade et J... au 2ème.

·   L'ancien mot de maître est perdu par la mort d'Hiram car il faut être trois pour le prononcer (c'est la fameuse «règle de trois» déjà évoquée dans les premiers catéchismes britanniques). Salomon et le roi de Tyr ne peuvent donc plus le communiquer aux nouveaux maîtres qui doivent se contenter d'un mot de substitution.

La France, à l'époque, ne connut rien de ces développements et continua, comme par le passé, à ne pratiquer que le Rite moderne, embelli, augmenté, enrichi certes, mais fondamentalement identique à lui-même. L'écossisme que prônait Abraham n'était finalement rien d'autre, pour les grades bleus, qu'un avatar du Rite moderne de Prichard.

Repost 0
3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 06:43

Alain BERNHEIM

Voici terminée l'énumération des textes qui, se fondant sur l'organisation créée par Morin entre 1763 (date de son retour à Saint Domingue) et 1771 (Morin meurt à Kingston au mois de novembre de cette année), tenteront d'améliorer cette organisation pour aboutir au Rite Ecossais Ancien et Accepté en 33 grades tel que nous le connaissons aujourd'hui. Nous voyons ainsi au départ la Patente reçue par Morin en 1761, au centre l'annonce de l'existence d'une organisation en 33 grades à Charleston en 1802. Ce n'est qu'ensuite, de 1812 à 1872, que les textes eux-mêmes seront imprimés.

Mais comment expliquer le passage de cette organisation et ses transformations de Saint Domingue à la Caroline du Sud?

De Saint Domingue, colonie française, cette organisation était passée à la Jamaïque, colonie anglaise, un peu par hasard si, comme nous le pensons, Morin avait fait la connaissance de Francken lors de son emprisonnement à Kingston en 1762, mais aussi parce que la Grande Loge de France ayant décidé en 1766 d'annuler sa patente, Morin s'était trouvé confronté à une situation peu confortable à Saint Domingue avec l'arrivée du Frère Martin et les contestations que l'enquête de celui-ci avait fait surgir.

De la Jamaïque l'organisation de Morin avait été transplantée en 1767 à Albany, province de New York, avant la Guerre d'Indépendance, par Francken. Son développement fut ralenti par les débuts de la révolution des colons contre l'Angleterre (1773) et ce n'est que plusieurs années plus tard, en 1781 à Philadelphie, que nous voyons l'un des Députés Inspecteurs nommés par Francken, Moses Michael Hayes, se préoccuper de développer ce Rite dans ce qui était devenu un territoire indépendant depuis la déclaration de juillet 1776.

Pour bien comprendre à quel point cette réunion de 1781 est intimement liée aux événements maçonniques ayant lieu au même moment dans l'état de Pennsylvanie, il faudrait résumer ici l'histoire de la maçonnerie dans cette partie de l'Amérique, ce qui n'est guère possible. Le point important est qu'il existait alors une Grande Loge Provinciale à Philadelphie qui avait reçu une charte de la GL des Antients à Londres en 1761 et que la précédente organisation qui provenait des Modernes avait littéralement disparu.

Mais beaucoup plus importante que la querelle d'allégeance à l'une ou l'autre des deux Grandes Loges d'Angleterre ou aux Grandes Loges provinciales qui avaient été créées par la Grande Loge d'Écosse, la déclaration d'Indépendance du 4 juillet 1776 posa un problème encore plus fondamental aux Loges américaines.

Comme l'écrivait F. Dalcho p. 178 de son Ahiman Rezon publié à Charleston en 1807 :

In consequence of the dissolution of the political connexion between the colonies of North-America and Great-Britain, by the happy issue of the revolution, the United States became a separate and independent nation. And although the principles of the society of Free-Masonry, are in no wise affected by the revolutions of empires, nor by a change in the form of government, yet for many obvious and cogent reasons, it has always been found most convenient, to have the head, or supreme power, of the society, in that country in which the Lodges meet.

C'est à peu près ce qu'écrivait 82 ans plus tard un ancien Grand Commandeur de la Juridiction Nord des Etats-Unis :

Independence in civil government naturally suggested independence in Masonic government. The circumstances in which the Craft were situated after the Fourth of July, 1776, brought home to every member, with great force, the importance of their Masonic allegiance ... could they (they then asked) properly remain under the authority of a Grand Lodge, all the members of which held that their obedience as men was due to the British Crown, of which they had just declared themselves independent ? Especially when they were in arms to maintain that declaration ? It was inevitable that they should conclude that Masonic government should be in accord with civil government.

La première Grande Loge indépendante américaine fut celle du Massachusetts qui se constitua elle-même en 1777. Un mouvement se développa en 1780 qui souhaitait créer une seule juridiction pour tous les États d'Amérique dont le Grand Maître Général serait Washington. Lorsque cinq Loges se réunirent à Philadelphie le 13 janvier 1780, élirent Washington à ce poste et s'adressèrent aux autres Grandes Loges américaines pour leur demander de se joindre à leur mouvement, c'est la distinction entre Maçons Anciens et Modernes qui semble avoir été la cause principale de l'échec du projet, la Grande Loge de Pennsylvanie refusant de prendre en considération l'adhésion de (Grandes) Loges Modernes !

Il faut remarquer qu'une des lettres échangées alors entre les négociateurs s'appuyait sur un extrait de journal rapportant l'installation du Duc Carl de Södermanland comme « Grand Maître de toutes les Loges du Royaume (de Suède) et de celles de St. Petersbourg, Copenhague, Brunswick et Hambourg, etc. » Le 15 mars 1780, le Duc venait en effet d'être installé Ordensmeister de la IXème province du système suédois alors allié aux chefs de la Stricte Observance. Mais les frères américains ne se doutaient pas que loin de signaler une unification de la maçonnerie en Europe du Nord, ces extraits de journaux allaient au contraire déclencher les hostilités entre les deux systèmes et aboutir à la démission du Duc l'année suivante, puis aux luttes du Convent de Wilhelmsbad.

C’est dans le cadre général de la recherche de l'unité et de l'indépendance nouvellement désirée de la maçonnerie américaine qu'il faut considérer les réunions de Philadelphie du printemps 1781, les nominations faites alors par Hays (que Francken avait nommé Député Grand Inspecteur près de treize ans plus tôt), de huit Députés Grands Inspecteurs et aussi le fait que ces Députés Grands Inspecteurs semblent avoir alors transformé leur titre en celui de Député Grand Inspecteur Général. C'est sur le procès-verbal de la réunion du 25 juin 1781 à Philadelphie qu'un Frère, Isaac Da Costa, fait suivre son nom du titre d'Inspecteur Général pour les Indes Occidentales et l'Amérique du Nord. Mais les procès-verbaux de la Loge de Perfection de Philadelphie montrent qu'Hays n'y viendra jamais.

Bien plus, cette Loge de Perfection décidera le 7 décembre 1785 d'envoyer une lettre au Grand Conseil à Berlin et à Paris pour les informer de l'établissement de cette [notre) Sublime Loge. lettre qu'ils adressent à Frédéric III !. Et comme les termes employés dans cette lettre sont révélateurs ! Les titres et les grades que Bush, signataire de cette lettre et Trois Fois Puissant de la Loge de Perfection, indique dans cette lettre être les siens

Chevalier d'Orient et Prince de Jerusalem, Souverain Chevalier du Soleil. et de l'Aigle Blanc et Noir, Prince du Royal Secret et Député Inspecteur Général et Grand Maître sur toutes les Loges, Chapitres et Grand Conseil des Degrés Supérieurs de la Maçonnerie en Amérique du Nord, à l'intérieur de l'État de Pennsylvanie

il dit les avoir reçus

par patente du Souverain Grand Conseil des Princes ...régulièrement établi par le Sublime Grand Conseil des Princes

mais jamais on ne voit le nom de Kingston mentionné ! Il continue en disant :

Considérant que nous sommes encore au berceau dans un Jeune Empire en croissance si distant et éloigné du Grand Orient de Berlin ... nous sollicitons humblement d'entrer en correspondance (avec vous) ... pour nous diriger...

Peut-on en lisant ces lignes, douter un instant que les liens de subordination envers Kingston, colonie anglaise, n'existaient plus pour ces maçons de Philadelphie ? Berlin, la Prusse, ‘un’ Frédéric, oui. L'ancien colonisateur, plus jamais.

Est-ce parce qu’il se sentait encore sentimentalement attaché à Kingston que Hays, après 1781 et sa nomination de huit Inspecteurs, s'était retiré à Boston où il deviendra plus tard Grand Maître de la Grande Loge du Massachusetts ?

C'est Isaac De Costa (ou Da Costa) qui, en 1783 d'après la Circulaire de 1802, viendra créer une Loge de Perfection à Charleston en Caroline du Sud. Da Costa meurt le 23 novembre de la même année.

La Loge de Perfection de Philadelphie qui s'était réunie trois fois en octobre 1782, avait interrompu ses travaux sans en mentionner la raison jusqu'au mois d'octobre 1784. Elle ne tiendra alors pas moins de trente-neuf réunions en un an. Les 5 et 6 octobre 1785, elle reçoit la visite d'Augustine Prevost, l'un des premiers membres de la Loge de Perfection d'Albany (celle que Francken avait créée en 1767) qui, entre temps, était devenu Colonel du 60ème bataillon (Royal American) an service à la Jamaïque dans les années 1775 où Francken – l’un de ses rares actes après la mort de Morin dont la trace nous soit parvenue – l'avait nommé Député Inspecteur Général. Est-ce un hasard si c'est moins d'un mois après ces deux visites que la Loge de Perfection décide d'envoyer à Frédéric la lettre que nous évoquions plus haut ?

Certes non. On peut suivre l'action de Prevost à Philadelphie pendant plusieurs années, les patentes qu'il décerne en 1789 et 1790 en sa qualité de Député Inspecteur Général par patente du Grand Conseil de Princes des Maçons à Kingston en Jamaïque à William Moore Smith, futur Grand Maître de la Grande Loge de Pennsylvanie et à Pierre Lebarbier Duplessis qui en est le Grand Secrétaire et en sera le Député Grand Maître en 1810 !

Est-ce un hasard si la même année 1790, Samuel Stringer que Francken avait « élevé au plus haut degré de la Maçonnerie » le même jour que Hays, le 6 décembre 1768, et également constitué Député Grand Inspecteur, qui avait dirigé les travaux de L'Ineffable à Albany jusqu'en décembre 1774, mais qui n'avait plus donné de signes d'activité depuis, est-ce un hasard si Stringer surgit à nouveau en septembre 1790 pour nommer Stephen Van Rensselaer Député Inspecteur Général ?

Tout ceci ne donne-t-il pas l'impression que Kingston (est-ce alors encore Francken lui-même, s'est-il donné un successeur, nous ne le savons pas) essaye de défendre ce qu'il a fondé en Amérique ?

Sur cette époque de l'histoire maçonnique entre les années 1790 et 1800, nos informations sont encore déplorablement fragmentaires. En effet le rôle du centre directeur qui existait en Jamaïque à Kingston lorsque Morin dut s'y établir est aujourd'hui totalement obscur. Lorsqu'en 1790 des Frères de Philadelphie, Abraham Forst, Moses Cohen et Abraham Jacob (le premier était certainement un Député Grand Inspecteur Général nommé par Moses Hays en 1781 à Philadelphie; le titre exact du second et l'autorité de laquelle il aurait reçu le titre de Grand Inspecteur Général sont incertains ; le troisième semble avoir été promu seulement au Grade de Patriarche Noachite et Chevalier du Soleil en novembre 1790 à Kingston par les deux premiers nommés) se retrouvèrent à Kingston, ont-ils rejoint le groupement dirigé par Francken (qui ne meurt que cinq années plus tard, en mai 1795) ou bien ont-ils créé (au nom de Philadelphie ?) un organisme concurrent ? Quel rôle jouait alors David Small, nommé en octobre 1783, sept ans plus tôt, Député Grand Inspecteur Général par Francken à la Jamaïque, ceci constituant l'ultime signe d'activité maçonnique de ce dernier ?

Voilà ce que nous ne savons pas et, parce que les archives de Kingston ont disparu, ce que nous risquons de ne jamais savoir.

Ce que nous savons, c'est que deux facteurs vont jouer au cours de cette décennie 1790-1800 un rôle capital : à Kingston un Frère Hyman Isaac Long reçoit du Frère Moses Cohen une Patente le 12 janvier 1794 et bien que les copies que nous connaissions de celle-ci semblent exclure qu'elle l'ait autorisé à exercer une autorité quelconque en Caroline du Sud, c'est à Charleston que nous le retrouvons, agissant comme Député Inspecteur Général en 1796. D’autre part, le Comte de Grasse-Tilly arrive à Saint-Domingue en 1789, épouse le 17 septembre 1792 Anne Sophie Delahogue, fille d'un notaire de l'île, et quitte Saint-Domingue avec sa nouvelle famille, chassé par la révolte des esclaves, pour arriver comme réfugié à Charleston le 14 août 1793.

Sur les activités de Grasse-Tilly et de son beau-père jusqu'au mois de juillet 1796, aucune information. Mais ils fonderont avec d'autres Français la loge La Candeur cet été-là, juste après qu'un incendie ait détruit les registres de la Loge de Perfection qu'y avait établie Isaac Da Costa en 1783. Fin 1796 ils seront avec douze autres réfugiés français,promus Députés Inspecteurs du Rite par Long.

Il faudrait maintenant décrire également l'histoire maçonnique de la Caroline du Sud, histoire complexe et mal connue à cette époque. N'en disons que ceci : il existait alors dans cet État deux Grandes Loges rivales, se réclamant des deux Grandes Loges existant alors encore en Angleterre à la même période.

C'est à la Grand Lodge of Free and Accepted Masons, se réclamant de la Première Grande Loge, celle des “Modernes”, que se rattache La Candeur, le 2 janvier 1798. L'union des deux Grandes Loges de la Caroline du Sud ne sera définitivement réalisée qu'en 1814.

Ayant ainsi tenté de montrer brièvement comment l'organisation née à Saint-Domingue et à la Jamaïque est liée à celle qui se développera en Caroline du Sud au cours des années précédant la publication de la Circulaire de décembre 1802, retournons maintenant aux manuscrits des textes évoqués précédemment.

 

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du REAA
commenter cet article
2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 14:18

Alain de KEGHEL 33ème

Le 31 mai 1801 est la date la plus importante dans l'histoire de la Maçonnerie des Hauts Grades
aux Etats-Unis. Ce jour-là, la "loge mère", le Suprême Conseil universel était ouvert par John Mitchell et Frederick Dalcho à Charleston, en Caroline du Sud, et au cours de l'année, "le plein effectif des Grands Inspecteurs Généraux fut complété conformément aux Grandes Constitutions." Par cet acte, l'Ordre du Royal Secret en vingt-cinq degrés (souvent appelé Rite de Perfection) fut transformé en Rite Écossais Ancien et Accepté, comprenant trente-trois degrés.
Avant la création de ce Suprême Conseil, les Hauts Grades étaient conférés par le biais d'un système peu cohérent d'Inspecteurs qui pouvaient nommer chacun un nombre illimité d'Inspecteurs, sans aucune restriction. Les documents sont rares, mais deux Inspecteurs semblent avoir travaillé dans l'hémisphère occidentale avant 1761 : "Lamolière de Feuillas, fait député en France avant 1750, et Bertrand Barthomieu, nommé député par Feuillas, aux Antilles en 1753" On ignore si de Feuillas ou Barthornieu nommèrent d'autres Inspecteurs.
Etienne Morin, qui a reçu en 1761, à Paris ou Bordeaux, une patente l'autorisant à propager le Rite dans le monde entier, arrive en Jamaïque en 1762 ou 1763. Il nomme bientôt six Inspecteurs Généraux, dont Henry Andrew Francken, le plus ancien Député Inspecteur Général Francken, à son tour, fondé une Loge de Perfection à Albany, dans l'État de New York, en 1767, et crée six autres Députés Inspecteurs Généraux. Il prépare également au moins trois livres réunissant les rituels traduits en anglais Finalement cinquante-deux Inspecteurs sont issus de Francken. Au moins soixante-quinze Inspecteurs seront nommés en Amérique avant 1801
Non seulement les Inspecteurs et les Députés se multiplient, mais ils confèrent aussi les grades Ineffables et' Sublimes à des Maîtres Maçons et, à l'occasion, fondent des Loges. À ce sujet les documents sont rares, cependant on sait que les Loges suivantes ont été créées avant 1801

1.
1764 - Loge de Parfaits d’Écosse, New Orléans, Louisiane;
2. 1767 - The Ineffable Lodge of Perfection, Albany, New York;
3.
1781 - Loge de Perfection, Philadelphia, Pennsylvania;
4. 1783 - Loge de Perfection, Charleston, Caroline du Sud;
5. 1788 - Grand Conseil, Prince de Jérusalem, Charleston, Caroline du Sud;
6. 1791 - King Solomon's Lodge of Perfection, Holmes' Hole (aujourd'hui Tisbury), ile de
Martha’s Vineyard, Massachusetts;
7. 1792 - Loge de Perfection, Baltimore, Maryland;
8. 1797 - Sublime Grand Conseil, Princes du Royal Secret, Charleston, Caroline du Sud

Bien connues et répétées en de nombreux endroits, ces données de base d'une activité des Hauts Grades antérieurs à la création du Suprême Conseil ne nous éclairent pas sur la manière dont les Hauts Grades attiraient les Maçons américains, pas plus que sur celle dont les Inspecteurs conféraient les grades et dont les Loges travaillaient. Répondre à ces questions nous aidera à comprendre le bon accueil dont a bénéficié le Suprême Conseil.

L'attrait des Hauts Grades pour les Maçons américains.

Les Grades bleus ou degrés de métier sont conférés en Amérique dès 1730, et vingt-trois ans plus tard en décembre 1753, la Loge de Fredericksburg en Virginie, enregistre la toute première initiation au Grade de Royal Arch. Les Maîtres Maçons américains se rendirent vite compte qu'ils n'avaient pas reçu l'entière explication de la parole du Maître et que le Royal Arch était nécessaire pour compléter l'histoire.
La Maçonnerie du Royal Arch devint populaire en raison du nombre de Maçons désireux de compléter leurs connaissances maçonniques. La propagation régulière du Royal Arch a été favorisée par la prédominance grandissante en Amérique des loges des "Antients" qui conféraient ce grade en vertu de leur autorité à initier aux trois premiers degrés. Au moins cinq Chapitres ne dépendant pas de loges furent créés avant 1794, le Grand Chapitre de Pennsylvanie fut fondé en 1795, le Grand Chapitre Général des États de la Nouvelle Angleterre en 1796. La première initiation au grade de Chevalier Templier eut lieu en 1769, et on trouve des traces discontinues de l'Ordre jusqu'en 1796, date à laquelle le premier "Campement" (aujourd'hui Commanderie) fut fondé dans le Connecticut7. Les dix grades et ordres de ce qui sera finalement connu sous le nom de "Rite de York" américain ont été résumés dans l'ouvrage de Thomas Smith Webb, Le Moniteur du Franc-Maçon, ou Illustrations de la Maçonnerie (1797).

Les Maçons américains recherchaient avec enthousiasme encore plus de lumière dans la Maçonnerie, mais du fait que l'Ordre du Royal Secret était d'origine française et sans tradition dans les loges anglaises, ces hauts grades étaient peu connus. Ces grades devaient ressembler à quelque chose comme des rumeurs séduisantes provenant seulement de lointaines loges non anglaises ou des conférenciers francs maçons parcourant le pays. Les connaissances fragmentaires de la Sublime Maçonnerie étaient accrues par quelques mentions occasionnelles terriblement tentantes dans des ouvrages maçonniques.

Dans un article antérieur j'ai fait par erreur référence à la triple union chap.: R+C, (1797) comme dépendant de l'ordre du Royal Secret. En fait c'était un chap.: de l'Ordre Royal d'Ecosse. . "The High Degrees in the United States: 1730-1830," The Philalethes, vol. 5 1, no. 2, Apr. 1998, p. 36. Il existe des suggestions d'autres organismes. Par exemple un certificat et deux patents communiqués en (1768) par Franken à Jeren-iiafi van Rennsselaer, Samuel Stringer, et Moses M. Hays font allusions à un conseil des Princes du Royal Secret. Les documents ont été publiés "sous le dais céleste du zénith qui répond à 41 Degrés: 30 minutes: Nord: Latitude:" ce qui correspond à Newport, Rhode Island, la résidence de Rays en 1774. Il n'y a aucune autre preuve de l'existence du Conseil.Alain Bernheim, "Questions About Albany," pp. 157-61, 166.
Un souverain Chapitre de R+C fut également constitué à Charleston avant 1802... Mais ni le manifeste du Suprême Conseil ni l'histoire manuscrite de Mackey, ni aucun autre ouvrage que nous avons pu trouver ne révèlent sa date ou l'origine de sa légitimité. ."
Charles S. Lobinger, The Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry (Louisville, Ky.: Standard Printing,
1932), p. 150. L'existence de ce Chap.: est confirmée par le Annual Register of the Brethren who Compose the Sublime Grand Lodge of Perfection of South Carolina (Charleston, S.C.: T.E. Bowen, 1802), reproduit dans Ray Baker Harris, History of the Supreme Council, 33, ... Southern Jurisdiction, US.A.: 1801-1861 (Washington: Supreme Couneil, 331, S.J., 1964), pp. 306-16.

Le premier livre américain traitant de la Maçonnerie fut en 1734, la réimpression, par Benjamin
Franklin, des Constitutions des Francs-maçons, d'Anderson. En 1800, un total de 626 volumes ayant pour sujet la Franc-maçonnerie avaient été publiés en Amérique; dix d'entre eux traitaient des précurseurs du Rite Ecossais (7). Pour les personnes intéressées par l'étude de la Maçonnerie, ces dix livres fournissent des éléments de connaissances qui allaient au-delà de celles que l'on trouvait dans les loges d'origine anglaise.

1787- La Requête de la Loge, n'40, Registre de Pennsylvanie, à la Très Respectable Grande Loge.

Ce pamphlet de dix pages est une récrimination selon laquelle la Grande Loge de Caroline du Sud aurait été fondée de façon non régulière. Cependant, la page 5 donne des indications intéressantes sur une forme de Franc-maçonnerie différente de la Maçonnerie anglaise. « Le Frère Joseph Myers, Jnr. était alors et se trouve en fait (sous la juridiction du défunt roi de Prusse) et {sic} Inspecteur Général et Grand Maître des Grades Ineffables de la Maçonnerie. Le second, le frère James Fallon, est et était un ancien Vénérable... initié et installé dans une ... Loge de Maçons Ineffables à Philadelphie, sous un mandat régulier {sic].(8).

1797 - [Charles Louis Cadet de Gassicourt], Le Tombeau de Jacques Molay, ceci est une
traduction de vingt-deux pages de l'original français de 1796. La page 8 contient l'explication de la fondation, par Jacques de Molay, de quatre chapitres comprenant chacun vingt-sept membres qui ont des privilèges particuliers dans les Loges maçonniques : "Quand ils pénètrent dans une Loge, ils ont le droit exclusif de marcher au milieu du tapis qui se trouve face au trône. Tous les Francs-maçons des Loges ignorent qui ils sont."

1797 - Thomas Smith Webb, Le Moniteur du Franc-Maçon, ou Illustrations de la Maçonnerie. Cet
ouvrage, premier "guide" américain des grades maçonniques, révélant les prières, les devoirs, et les parties secrètes du rituel, a été largement diffusé, traduit en espagnol, et réédité plusieurs fois avant la mort de l'auteur. La deuxième partie de ce livre comprend des descriptions des onze grades d'une Loge de Perfection, pages 227-66, incluant des renseignements sur qui remplaça Hiram Abiff dans le temple du roi Salomon, sur la façon dont furent traités les mauvais compagnons, et la façon dont la parole perdue fut retrouvée. Le Moniteur de Webb a eu une énorme influence sur l'instauration et la propagation du rituel "américain standard". Sa très grande popularité a du susciter l'attention et la curiosité de nombreux Maçons américains pour les Grades Sublimes.

1798- John Robison. Preuve d'un Complot contre toutes les Religions et les Gouvernements de
l'Europe. Ceci est la première édition américaine de ce livre influent, qui provoqua de l'hystérie à l'idée que les Illuminés infiltraient secrètement les gouvernements du monde et peut-être celui de l'Amérique. Page 384, Robison fait des observations sur les rituels du Chevalier du Soleil et du Chevalier Rose Croix, de l'Abbé Barruel. Ceci est un autre exemple de références très séduisantes à des grades maçonniques peu connus de la plus part des Maçons américains.

1798 - John Robison, Preuves d'un Complot. La deuxième édition américaine.

1799 - Augustin de Barruel, Mémoire, pour servir l'histoire du Jacobinisme, Vol. 1. Parce qu'il y a
eu trois imprimeurs distincts pour les quatre volumes, Walgren attribue à chacun une inscription distincte dans sa bibliographie. Là se trouvent, suscitant la curiosité, &autres allusions à des forces occultes dans la Franc-maçonnerie: "les loges occultes" (que Barruel appelait"arrière loges").

1799 - Augustin de Barruel, Mémoires, pour servir l'histoire du Jacobinisme, Vol. 2. Le lecteur
peut y trouver des descriptions du Grade de Maître Élu (page 161), de Chevalier du Soleil (page 163n), des grades supérieurs de la Maçonnerie écossaise (page 163-68), du Grade de Rose Croix (pages 168-72) de la Maçonnerie Mystique (pages 172-74), et de Chevalier Kadosh (pages 174-75).

1799 - Augustin de Barruel, Mémoire, pour servir l'histoire du Jacobinisme, Vol.3. Ce volume
traite spécifiquement des grades de l'illuminisme de Weishaupt mais son principal intérêt pour la majorité des lecteurs Francs-maçons est d'attirer l'attention sur d'autres grades conférés en Europe continentale et inconnus des loges anglaises.
 

Tous les commentaires sur ces dix livres sont de Kent Walgren, "A Bibliography of Pre-1851 American Scottish Rite Imprints," Heredom, vol. 3 (1994), pp. 61-67; spelling corrections have been made in this transcription.


1799- Augustin de Barruel, Mémoires, pour servir du Jacobinisme, Vol.4. Mentions complémentaires de grades continentaux : Frères africains, Chevalier de l’Aigle, l’Adepte, le Sublime Philosophe (page 81) ; Chevaliers de Palestine, Chevaliers Kadosh, Directoire Écossais (pages 97100) ; Architecte Écossais (page 328).

1800- Robert Griffith Wetmore, Une Timide Tentative pour promouvoir la Félicité de la loge de
"Mark Masters " de Campbell à Duanesburgh, [New York]. Page 6, Wetinore dit : "Lorsque je suis devenu votre voisin, j'étais détenteur de trente grades en Maçonnerie (y compris ceux que l'on appelle ineffables) et je me considérais donc arrivé au nec plus ultra... "

Le Moniteur du Franc-Maçon de Webb, fat le premier guide faisant autorité pour travailler les dix
grades et ordres du Rite de York américain : les loges bleues (3 grades), le Royal Arch (4 grades), et les Chevaliers Templiers (3 ordres). Il donnait également des renseignements passionnants sur un type de Maçonnerie exotique connu de peu de Maçons américains et il a dû susciter une grande curiosité parmi ses lecteurs. Une loge américaine typique avait une décoration plutôt simple, avec des piliers à l'Occident un autel au centre, et un "G" illuminé à l'Orient. Comparez cette austérité avec la description somptueuse que donne Webb d'un seul des grades Ineffables.

Observations sur le Grade de Prévôt et Juge.

Cette loge est ornée de rouge, et éclairée par cinq grandes lumières ; une à chaque coin et une au centre. Le Vénérable est placé à l'orient sous un dais bleu, entouré d'étoiles, et on le nomme Trois Fois Illustre'

Le Vénérable d'une Loge bleu américaine portait ses vêtements habituels, avec autour du cou un sautoir auquel était attachée une équerre. Son tablier était probablement fait à la maison et décoré par sa femme, sa soeur ou sa mère. Il existe de nombreux portraits de George Washington et Benjamin Franklin dans une telle tenue, simple mais digne. Une fois encore, comparez la description que donne Webb de l'habit luxueux de l'officier présidant le "Grade de Chevalier de la Neuvième Arche, ou Royal Arch".

Le plus puissant grand maître, représentant Salomon à l'Orient, est assis dans un fauteuil
d'apparat sous un dais magnifique, avec une couronne sur la tête et un sceptre à la main. Il est vêtu d'une toge de couleur dorée et d'un habit de satin bleu garni d'hermine qui descend jusqu'aux coudes. Un large cordon pourpre, auquel est suspendu un triangle d'or, va de l'épaule droite à la hanche gauche."
Après avoir été attirés depuis les années 1760 par des allusions à de mystérieux grades
maçonniques qui conservaient l'histoire entière de la Maçonnerie, les Maçons américains reçurent des renseignements explicites en 1802. Le Suprême Conseil édite la Circulaire pour les Deux Hémisphères, qui présente et explique les grades sous son autorité. La Circulaire peut être considérée comme une brochure promotionnelle merveilleusement écrite, attirant les candidats à l'adhésion en expliquant pourquoi les Grades Sublimes sont nécessaires à la parfaite compréhension de la Franc Maçonnerie. Elle donnait de nombreux exemples des raisons pour lesquelles les Hauts Grades sont à la fois supérieurs et essentiels.

• Seul le Rite Écossais est régi par des documents historiquement corrects.
 

Les débuts de l'histoire de la Franc-maçonnerie sont surchargés de faits fantaisistes, au contraire au fur et à mesure que nous nous rapprochons de notre époque le nombre des documents authentiques, utiles à notre administration, augmente


• Les trois premiers grades ne sont qu'une préparation aux Grades Supérieurs. Les trois grades des Loges bleues firent créés pour tester le tempérament et les capacités des initiés avant qu'ils ne soient admis à la connaissance des mystères plus importants.

• Le véritable mot du Maître a été perdu pour les trois premiers grades, à la mort d’Hiram Abiff,
mais les Grades Sublimes le possèdent toujours.

Le Maître dune Loge bleue sait bien que le Roi Salomon et son royal visiteur étaient en possession du mot véritable et parfait dont il doit rester ignorant à moins d'être initié aux Grades Sublimes.

* Les Grades Ineffables et Sublimes ont conservé des cérémonies non corrompues.
Beaucoup de variété et d'irrégularité se sont malheureusement glissées dans les premiers grades du fait de... ceux qui ne connaissent pas l'hébreu, langue dans laquelle sont donnés tous les mots et les mots de passe... Il n’en est pas ainsi dans les grades supérieurs.

* Les Grades Ineffables et Sublimes perpétuent la tradition des croisés et fondent leurs grades sur des documents authentiques découverts en Palestine. Alors que 27 000 maçons qui accompagnaient les Princes Chrétiens en Croisade), ils découvraient, parmi les descendants des anciens Juifs, plusieurs manuscrits maçonniques importants qui ont enrichi nos archives de documents écrits authentiques et ont servi de fondements à certains de nos degrés.

De l'introduction du Royal Arch en 1753 à la Circulaire pour les Deux Hémisphères en 1802, on a
laissé entendre aux Maçons américains que les grades des Loges bleues ne disaient pas toute l'histoire de la Maçonnerie. Tous les Maçons n'étaient pas incités à rechercher davantage de lumière, mais pour ceux qui l'étaient ce devait être un choix épineux de savoir où s'arrêter. L'évocation d'une révélation supplémentaire - peut être le nec plus ultra - pouvait venir du prochain visiteur d'outre atlantique, dans la dernière publication, ou dans les mains d'un conférencier maçonnique itinérant.

La diffusion des Hauts Grades par des conférenciers maçonniques.

La Franc-maçonnerie est parvenue aux Etats-Unis depuis différentes sources et sous des formes
variées. Le peu d'indications concernant les rituels et les cérémonies, dont disposaient les premières Loges, provenait probablement à parties égales de la tradition orale et de manuels imprimés. Quatre manuels exposant les rituels ont été publiés en Amérique avant 1801, ce sont tous des réimpressions d'originaux anglais : The Mystery of Free-Masonry (1730), Masonry Dissected (1749/50), Hiram : Or the Grand Master-key (l 768) et Jachin and Boaz (l 774-180 1). "Avant la publication de l'ouvrage de Morgan, Illustrations of Masonry by one of the fraternity (1826), Jachin and Boaz, qui constituait l'exposé le plus important publié sur le sol américain, avait largement contribué à l'uniformisation du rituel bien qu'il y eut sans aucun doute d'autres manuels importés disponibles, ce fut Jachin and Boaz avec sa façon de travailler se référant aux "Anciens" qui influença le plus le rituel américain Il est amusant de constater que les loges des "Antients" prédominaient en Amérique, mais que Jachin and Boaz reflète la manière de travailler des "Modernes". Le livre connut dix éditions en Amérique avant 1801, alors que les trois autres manuels américains ne furent jamais réimprimés Nous pouvons déduire de sa popularité que Jachin and Boaz fut largement utilisé par les Loges américaines, même de façon informelle, pour mettre en oeuvre leur rituel.

"La Nature a horreur du vide", et dans le vide du rituel maçonnique américain apparurent des
conférenciers maçonniques itinérants. Ces conférenciers, qu'on ne trouvait qu'en Amérique, parcouraient le pays, enseignant des façons de travailler uniformisées pour les trois premiers grades, les quatre grades du système américain du Royal Arch : Mark Master, Past Master, Most Excellent Master, et Royal Arch, et des grades secondaires. Le grand unificateur du rituel américain fut Thomas Smith Webb, dont on sait qu'il utilise Jachin and Boaz dans son enseignement à ses étudiants (Webb formalisa les cérémonies dans Jachin and Boaz, adapta la langue à la langue vernaculaire américaine, et combla les lacunes dans la procédure. Il étendit la langue et les formules de son travail sur les trois premiers grades au Royal Arch et
il forma et certifia d'autres conférenciers. En 1797 Webb publia Le Moniteur du Franc-Maçon, outil pédagogique qui aida à consolider sa codification du rituel. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il suscita également l'intérêt pour les hauts grades.

On sait peu de choses des méthodes de travail des conférenciers maçonniques, mais on peut tirer quelques déductions raisonnables à la lecture du registre &Abraham Jacobs (1782-1808) et du journal de Jeremy Ladd Cross (1817-1820) Si l'on admet que chaque Inspecteur de l'Ordre du Royal Secret était peu ou prou un conférencier itinérant, ce sont peut-être de 100 à 150 « colporteurs maçonniques ». En plus des "cours" sur les grades des Loges bleues et du Royal Arch (ce qui voulait dire enseigner de mémoire le rituel et l'installation du temple), ces conférenciers vendaient ou donnaient des grades secondaires à leurs clients et accordaient des patentes à divers organismes sous leur autorité.

Le journal de Jeremy Cross nous donne une idée assez précise sur les affaires d'un conférencier
qui avait du succès. Bien que les écritures de son journal aillent de 18 17 à 1820, les données financières de l'époque ne devaient pas être tellement différentes de celles de la période antérieure à 1801. Ses honoraires pour une journée de travail semblent avoir été de 4 dollars en 1817, environ 55 dollars en 2003, et il crée des conseils de "Select Masters" pour 20 dollars, soit environ 275 dollars aujourd’hui.) Il devient conférencier maçonnique autour de 1814, mais en 1818 il est toujours endetté et espère mener une vie plus stable Le 17 août 1817, il partit de Haverhili, dans le New Hampshire, voyagea en diligence et en bateau et arriva à Richmond, en Virginie, le 4 décembre, après un voyage de mille kilomètres. Il logeait à l'hôtel. Durant son périple de dix-sept semaines jusqu'à Richmond, il créa au moins six Conseils de "Select Masters" pour 120 dollars (équivalant à 1.650 dollars d'aujourd'hui), et il passa environ vingt-neuf journées à faire des conférences dans des Loges et des Chapitres. Son revenu total pour le voyage à Richmond s'éleva environ à $236/$3.245.

Pour avoir une estimation approximative de ses dépenses, notez que pendant son séjour à
Washington, D.C., il paya 8$75, pour une chambre et les repas de trois jours à l'hôtel de l'Union de Thomas Crafford , soit $2.50 par jour*. Le coût du logement dans des villes plus petites devait être inférieur, disons à peu près de $1.50-2.00 par jour. S'il utilisait des hôtels ou des tavernes pendant la moitié ou les deux tiers de son voyage et s'il logeait chez des Frères le reste du temps, il dépensait alors environ $90-$160 pour son logement, tout près de la moitié de son revenu. Quand on aura ajouté ses frais de transport et des dépenses diverses il est facile de voir pourquoi, après quatre années de conférences, il était toujours endetté.

Son journal est imprécis sur le nombre de Conseils créés, les jours de conférences rémunérés, et ses honoraires, mais nous pouvons tout de même nous faire une idée des conditions financières de son voyage de 1817 du New Hampshire en Virginie en lisant les écritures de son journal du 9 au 16 octobre 1817, huit jours particulièrement chargés pour lui.

Des honoraires de 4 dollars pour un jour de conférences semblent avoir été le tarif généralement admis. La Grande Loge du Massachusetts nomma Benjamin Gleason Grand Conférencier le 22 juillet 1805, et après une année d'enseignement aux Loges du Massachusetts il reçut 1.000 dollars, soit environ 15.600 dollars en 2003 (Si Gleason enseigna à peu près vingt-et-un jours par mois, cela signifie qu'il reçut approximativement la même rémunération que Cross à chaque conférence.

Abraham Jacobs ne semble pas avoir enseigné dans les grades des Loges bleues, et son registre n'indique pas non plus le montant de ses honoraires. Nous savons cependant que Cross et Gleason touchèrent 4 dollars par jour pour enseigner aux grades des Loges bleues et du Royal Arch à peu près à la même époque et que Cross reçut 20 dollars pour fonder un Conseil de "Select Masters", conférant un seul grade. Par ailleurs, en 1806, Antoine Bideaud, du Suprême Conseil du Sud, initia, à New York, du 4ème au 32ème grades, J.J.J. Gourgas et quatre autres, pour 46 dollars, soit 1,50 dollars (20) par grade . Il n'est donc pas déraisonnable de penser que Jacobs percevait de 10 à 15 dollars par personne quand il conférait les treize grades de la Loge de Perfection et du Conseil des Princes de Jérusalem, consentant peut-être un rabais pour un nombre plus important de candidats.

Le 9 novembre 1790, Moser Cohen initia Jacobs "Chevalier du soleil, avec les pleins pouvoir pour
initier les Frères et constituer des Loges", et c'est ce qu'il fit. Il confère les grades Ineffables, Sublimes et d'autres grades "secondaires" pour arrondir les revenus qu'il tirait de l'enseignement de l'hébreu. Bien que son registre ne nous livre aucun renseignement sur ses honoraires, il nous éclaire en revanche sur la manière dont il conférait les grades, ce à partir de quoi nous pouvons imaginer ce qu'étaient les méthodes d'autres Inspecteur.

En dix-neuf jours, du 10 juin au 3 juillet 1792, Jacobs conféra les grades allant de Maître Secret à Prince de Jérusalem à seize Frères d’Augusta, en Géorgie. Ce qu'il a écrit dans son registre pour le 14 juin était typique de la manière dont les grades étaient conférés.

14 juin. Ai conféré ce jour les grades de Prévôt et Juge aux Frères Zimmerman et Prescott, ainsi
que les grades d’Intendant des Bâtiments, ou Grand Maître d’Israël. Le Frère James Garduer était présent et a reçu les grades de Maître Secret et de Maître Parfait, avec toutes les instructions requises

En général, un ou deux grades étaient conférés chaque soir, mais comme tout le monde ne pouvait être présent, l'attribution de grades était répétée, comme le 14 juin. Jacobs ne bénéficiait d'aucune aide pour conférer les grades, et donc les cérémonies étaient loin d'être parfaitement "réglementaires". Il est raisonnable de demander : Pourquoi fallait-il autant de soirées pour conférer les grades ? L'explication peut être trouvée dans l'expression utilisée le 14 juin dans le registre de Jacobs : "avec toutes les instructions requises".

Arturo de Hoyos, Grand Archiviste et Historien du Suprême Conseil, 33ème, S.J., croit que Jacobs dictait les cérémonies aux candidats et que ceux-ci transcrivaient les rituels pour leur usage personnel. Pour corroborer cette assertion, les Archives du Suprême Conseil, 33ème, S.J. possèdent plusieurs petits livres non reliés, qui contiennent des transcriptions individuelles de grades. Voyez la page titre d'un livre non daté avec les rituels du grade de Chevalier Kadosh écrits sur 58 des 64 pages de format 12cm * 16,5cm.
Knight of Kadoch or White & Black Eagle
Inspector of all lodges Grand Elect 24th 29th degree Gd elected Knt of,Kadosh

Ce qui est significatif est que "24è"" est rayé et remplacé par "29è"".
Avant 1801, le Grade de
Kadosh était le vingt-quatrième dans l'Ordre du Royal Secret mais la circulaire pour les Deux
Hémisphères inscrit le Kadosh comme vingt-neuvième grade et il est plus tard devenu le trentième).
 

C'est pourquoi de Hoyos fixe la date de ce manuscrit peu avant 1801. Il fat préparé sous l'égide de l'Ordre du Royal Secret, mais peu de temps après son propriétaire a dû transférer son allégeance au nouveau Suprême Conseil et le rituel a été numéroté et renommé par une autre main. Le Suprême Conseil invita  du titre original, et en dessous, il est écrit "C. W. Moore" par une troisième main. 291 Mss., N.P., N.D., Early S.C., Archives, Suprerne Couneil, 33-, S.J., U.S.A. tous les détenteurs de patentes de ‘l’Ordre du Royal Secret à les rendre et à recevoir une patente du nouvel organisme.

Peu de ces livres subsistent, et ce probablement pour plusieurs raisons. D'une part, il n'y eut jamais vraiment beaucoup de récipiendaires de ces grades, comme l'attestent le petit nombre de loges fondées avant 1801 et la rareté des commentaires dans les comptes-rendus de la Grande Loge. D'autre part pendant la période d'anti maçonnisme de 1826 à 1840, les Francs-maçons démissionnaires furent encouragés à détruire tout leur attirail maçonnique. Enfin, Albert Pike lui-même, autorité incontestée, encouragea la destruction de versions antérieures et non acceptées des grades du Rite Ecossais

Nous pouvons maintenant reconstituer un exemple de la façon dont les Inspecteurs conféraient,
résumaient les cérémonies du grade, et enseignaient les mots et attouchements. Après chaque cérémonie abrégée, les Inspecteurs dictaient les rituels aux nouveaux membres qui les transcrivaient pour leur usage personnel. Certains Inspecteurs, comme Abraham Jacobs, encourageaient leurs candidats à faire une demande de patentes à une autorité compétente, bien que, de toute évidence, très peu aient donné suite (24).Sous les entraves des règlements de la Grande Loge, les Inspecteurs étaient libres de colporter leurs « marchandises » là où ils trouvaient des candidat de bonne volonté. Leurs clients payaient ces renseignements avec empressement, soit qu'ils aient été séduits par des arguments de vente de grades supposés réservés à une élite, soit qu'ils aient été attirés par la promesse de davantage de lumière en
Maçonnerie. Les grades étaient conférés aussi bien que possible par les Inspecteurs, avec peut-être l'aide de quelques Frères. Les nouveaux candidats étaient alors autorisés à transcrire les rituels pour leur étude et usage ultérieurs, peut-être en mettant sur pied une loge de hauts grades avec une patente.

L'exercice des Hauts Grades dans les structures en Amérique avant 1801.

Selon le premier recensement américain en 1790, la population totale s'élevait à 3.893.635
habitants.

Les cinq plus grandes villes étaient New York (331.131habitants), Philadelphie (28.522
habitants), Boston (18.320 habitants), Charleston (Caroline du sud) (163.594 habitants) et Baltimore (13.503 habitants). Cinq structures des hauts grades avaient leur siège dans trois des cinq villes américaines les plus importantes. Charleston en comptabilisant à elle seule trois. Albany (3.498 habitants) était la dix neuvième ville par ordre d'importance démographique et comptait une structure maçonnique des hauts grades. L'implantation surprenante pour un corps des hauts grades est Homes'Hole sur l'île de Martha's Vineyrard, Massachusetts. En effet, le recensement de 1790 ne dénombre que 350 habitants dans cette localité, tandis que le Comté de Dukes avait une population de 3.245 habitants. Si, au lieu d'un Comté, il s'était agit d'une ville, elle se serait classée au vingtième rang. Donc les structures de l'Ordre du
Royal Secret étaient le plus souvent implantées dans les plus grands centres urbains. Ceci devait leur conférer une excellente visibilité pour les Maçons des loges symboliques.


Nous ne disposons que de très peu de textes attestant de l'activité de ces structures.

. La première structure de l'Ordre du Royal Secret établie aux États-unis le fut à la Nouvelle
Orléans. La Loge de Parfaits d'Écosse, une Loge de Perfection, fut installée le 12 avril 1764, mais si elle fut la première, elle ne dura pas longtemps.

 
. Peu après que la France eut cédé la Nouvelle Orléans à l'Espagne par le Traité de Paris de 1763, la Franc-maçonnerie passa soit dans la clandestinité ou périclita totalement dans cette ville. Peu de documents ont été préservés de « Parfaits d'Écosse » dont nous ignorons tout de ses activités et de son influence.

 

. Les hauts grades ne devaient pas réapparaître de façon formelle à la Nouvelle Orléans avant 1807. Les seuls documents restant de la Loge, sont les minutes de l'installation et la liste nominative des officiers.


. L'ineffable Loge de Perfection d'Albany avait reçu sa patente de Henry Andrew Franken en 1768. Son registre se trouve dans les archives du Suprême Conseil du 33' de la Juridiction Nord. Il fait état de 123 Tenues de 1768 à 1774, aucune n'ayant néanmoins eu lieu en 1772. Les minutes disponibles sont banales et ne sont pas annonciatrices de grandes promesses pour la Maçonnerie sublime de Perfection.

 

. Le registre des minutes de la Loge de Perfection de Philadelphie, installée par Salomon Bush, a été conservé par la Grande Loge de Pennsylvanie et réédité en 1915. Il fait état de Tenues ayant eu lieu, la première en 1781, et l'ultime en 1789. Hormis le fait que ses membres écrivirent à Frédéric Le Grand, les actes n'ont par ailleurs rien d'exceptionnel.
 

. Isaac Da Costa organisa la Sublime Grande Loge de Perfection à Charleston en 1783. A la date
du 13 juin 5796, le Temple, les minutes, les décors et le mobilier de l'Ineffable Loge de Perfection et de Sublimes Maçons furent consumés par un incendie. Ceci venant s'ajouter à donner, j'ai élevé les Frères nommés ci-dessus au grade de Princes de Jerusalem d'autres causes eut pour effet de suspendre les Tenues de la Loge (à l'exception de quelques Tenues occasionnelles liées à des évènements particuliers).
.

 Cinq ans après que Da Costa eut organisé la Loge de Perfection à Charleston, Barend M. Spitzer, Abraham Forst et Joseph M. Hyens établirent un Grand Conseil des Princes de Jérusalem en 1788 dans cette même ville. Sa juridiction s'étendant sur les Loges de Perfection et les Conseils de Princes de Jérusalem fut reconnue au moins par Abraham Jacobs qui instruisit ceux qui y avaient été invités à solliciter une charte à Charleston.


. La Loge de Perfection Roi Salomon à Holmes'Hole (aujourd'hui Tisbury) sur l'île de Martha's
Vineyrard, fut créée par Moses Michael Hays, Inspecteur Général adjoint, en 1791, alors qu'il
exerçait les fonctions de Grand Maître de la Grande Loge du Massachusetts (Anciens). En 1797,
cette structure rendit sa patente à la Grande Loge et se vit remettre une nouvelle patente avec le même nom, mais seulement comme Loge Symbolique. La Loge de Perfection Roi Salomon rendit ses décors, sa patente et ses minutes. En 1822 le tout fut détruit lors de l'incendie de la Grande Loge de Boston.

 
. Henry Wilmans, Grand Inspecteur Général, installa une Loge de Perfection à Baltimore, mais le
seul document dont nous disposons aujourd'hui est la « Constitution et les Règlements des Grands Élus Parfaits et Sublimes Maçons », signé de 77 membres en 1792, dont quatre deviendront Grands Maîtres du Maryland. Il y est notamment fait référence, en 1804, à Loge Concordia n'13 de Baltimore concluant un accord de location pour 150 dollars avec la « Sublime Loge ». Ceci semble indiquer que la Loge de Perfection dura au moins douze ans. Nous n'en savons pas plus.


. Charleston devint en 1797 le centre de la Maçonnerie Américaine des hauts grades lorsqu'un
Sublime Conseil des Princes du Royal Secret y fut installé sous l'autorité de Hyman Isaac Long. Ce fut la dernière structure des hauts grades constituée avant 180 1.
Les seules structures Ineffables ou Sublimes, encore en activité en 1801 étaient probablement à Baltimore et de façon certaine à Charleston. Si rares furent les structures à survivre plus de quelques années, celle de Charleston produisit le terrain fertile qui permit l'émergence du Suprême Conseil des États-unis d'Amérique.

La plupart des structures des hauts grades exerçaient leurs activités à côté de Loges bleues ou
d'autres structures. Leur simple présence suffisait à attirer l'attention d'autres Maçons de leur
environnement sur les « Sublimes Grades ». Mais cette attention n'était pas suffisante pour leur assurer le succès ou l'intérêt.

Les structures de l'Ordre du Royal Secret exerçaient leurs activités sans aucune direction centrale avant 1801. Il n'existait aucune autorité dans les États de l'Union, ni au niveau national. Par contraste, il existait des Grandes Loges dans douze des premiers États en 1791, le Delaware ayant constitué sa Grand Loge en 1806. Certaines Grandes Loges autorisèrent leurs Loges à travailler aux rites de la Marque, de l'Arc Royal et d'autres grades en vertu de leurs patentes. En 1801, le Rite de York commença à se développer. Il existait alors des Grands Chapitres de Maçons de l'Arc Royal au moins dans sept États. La Maçonnerie de l'Arc Royal était considérée comme le prolongement logique et naturel de la Maçonnerie symbolique. Les Chevaliers du Temple avaient constitué un Grand Camp dans la ville de Philadelphie.

Une distinction subtile, mais importante, entre le Rite de York et l'Ordre du Royal Secret résidait dans l'exigence intellectuelle des grades Ineffables et Sublimes d'une part, tandis que le Rite de York et en particulier ses grades capitulaires, d'autre part, faisaient appel à des éléments populaires de mise en scène.
 

Cette différence est assez bien reflétée par la disposition des initiés de l'Ordre du Royal Secret à payer pour simplement avoir le privilège de transcrire des rituels - certainement une approche historique scientifique de la Maçonnerie du plus grand intérêt pour les chercheurs. Rares furent les Maçons élevés par les Inspecteurs à participer à des Tenues car il n'y avait tout simplement pas assez de structures auxquelles ils eussent pu participer. Mais ils semblaient se satisfaire de pouvoir lire et étudier les rituels.

Nous ignorons en réalité ce qui se passe exactement lors des Tenues avant la période de 1801 en Amérique, mais ce que nous savons de la période anti-maçonnique américaine (environ de 1826 à 1842) nous livre néanmoins des indications précieuses sur cette période précoce. L'ouvrage de David Bernard, « Lumière sur la Maçonnerie » (1829), a été la principale publication de l'époque et a connu cinq éditions livrant chacune plus de détails que la précédente entre avril et décembre 1829. Son principal concurrent fut l'ouvrage intitulé « Le rituel maçonnique » publié en 1831. Les deux livres avaient pour objectif de détruire la Franc-maçonnerie en prétendant révéler ses rituels et en en dressant un portrait le plus désavantageux possible. Donc toute description négative doit être considérée comme l'objectif ultime des auteurs. Leurs descriptions reflétaient des variantes locales du rituel, qui pouvaient être plus ou moins répandues. Arturo de Hoyos souligne que de telles variantes sont une conséquence prévisible de la tradition du Rite de York et de la transmission de son rituel par le bouche à oreille. La tradition écrite des grades Ineffables et Sublimes laissait nécessairement beaucoup moins de place à de telles variantes.

Si nous pouvons accorder crédit à ce qu'à expose Allyn, les grades capitulaires de l'Arc Royal
proposaient aux participants des épreuves d'initiation espiègles et tapageuses.

Ces grades, en particulier de l'Arc Royal, constituaient la conclusion logique du grade de Maître.
Ils semblaient proposer quelques facéties innocentes pendant la cérémonie. C'était donc beaucoup plus populaire que de s'exercer aux activités austères de retranscription des rituels et que l'étude de ceuxci.


Leur description des grades capitulaires de l'Arc Royal, celui alors le plus pratiqué des hauts grades, fait état de plusieurs manières de mettre les candidats dans l'embarras et de les surprendre. Allyn avait même accompagné ses descriptions de dessins comiques des cérémonies mettant en exergue les mésaventures burlesques des initiés.

Par contraste avec les grades capitulaires, la description des « onze grades ineffables » les fait
apparaître austères et solennels, prenant la plupart du temps l'allure de scénettes historiques. Bernard avait progressé jusqu'au 6è` grade de Secrétaire Intime et Allyn n'avait reçu aucun des grades Ineffables et Sublimes. Ils n'avaient donc que peu d'éléments concrets de référence de ce qui se déroulait dans une Loge de Perfection.

Il n'en reste pas moins, qu'aucun des deux auteurs n'aurait voulu omettre de souligner le moindre aspect négatif, y compris en se basant sur la rumeur. Leurs descriptions sont si rudimentaires qu'elles confortent l'idée de cérémonies véritablement sérieuses, et dénuées de toute caractéristique comique pour l'observateur. Si les grades Ineffables et Sublimes ne se sont précisément peut-être pas aussi rapidement répandus, c'est qu' ils étaient sans doute jugés trop austères et que la dimension comique propre à l'initiation des grades capitulaires de l'Arc Royal leur faisait défaut. Nous ne le saurons sans doute jamais avec certitude.

Conclusion

Le Suprême Conseil des États-unis est apparu à une époque où les Maçons américains prenaient conscience qu'il y avait une connaissance maçonnique au-delà des loges bleues. Cette conscience a été propagée par des conférenciers itinérants, par des livres et des loges de l'Ordre du Royal Secret. L'Ordre, avec ses Inspecteurs qui agissaient sans grand contrôle, ne possédait pas dans son organisation une infrastructure lui permettant de survivre. Son descendant, le R.E.A.A. offrait toutes les caractéristiques qui garantissent la grandeur. En deux cents ans, le REAA a grandi au point de devenir la branche la plus importante et la plus développée de la fraternité maçonnique. Aujourd'hui, il conserve des potentialités de développement encore plus grandes qu'en 1801.

 

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du REAA
commenter cet article
2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 13:33
  1. Les Juridictions des Hauts Grades Écossais réunies en XIXe Rencontre Internationale du 24 au 27 mai 2007 au Zénith de Rome confirment l’importance de la méthode d’échanges périodiques multilatéraux, ouverts et dynamiques. Elle permet de confronter des expériences, des idées, des projets pour partager un élan commun autorisant à  concourir à l’amélioration et au progrès de l’humanité.            
  2. Elles réitèrent leur attachement aux principes de liberté absolue de conscience, de respect de la diversité des identités et leur profonde fidélité aux principes énoncés lors des déclarations de Lausanne en 1875 et de Genève en 2005 qui représentent les fondements de la Franc-maçonnerie  des Hauts Grades Écossais. 
  3. Elles  expriment leur pleine satisfaction pour les résultats obtenus lors des Travaux de la XIXème Rencontre et pour la convergence d’idées sur le thème à l’étude. Ceci a conduit à exclure un engagement direct des Juridictions Ecossaises dans la transmission du message maçonnique envers la Société et à interpréter avec plus de force la mission initiatique. Le but est de former d’authentiques Maçons unis et  véritables vecteurs des principes de Tolérance dans la Société profane, de respect humain, de liberté, d’altruisme, qui sont les conditions pour la cohabitation pacifique des peuples et pour le progrès humain, en tenant compte de l’évolution de la société 
  4. Les Juridictions expriment dans un même temps la conviction que la Franc-maçonnerie des Hauts Grades Ecossais a vocation à conduire une action indirecte, afin de mettre en pratique le projet énoncé au paragraphe cinq de la Déclaration de Genève qui leur assigne pour mission de concourir au rapprochement solidaire entre les différentes cultures et civilisations pour contribuer ensemble au développement 
  5. Toutes les Juridictions ont adhéré à l’idée et soutenu le projet de tenir une « Conférence Méditerranéenne des Hauts Grades Écossais » en octobre 2008 à l’Or\ de Marseille, en vue d’étudier les instruments et propositions de nature à favoriser l’ouverture, le dialogue et le dépassement des différences idéologiques et spirituelles.  
  6. Les Juridictions expriment leurs plus vives félicitations pour la constitution de l’ « Association Européenne d’Etudes et de Recherches Écossaises » (S.EU.RE). Elles remercient leurs promoteurs et déclarent leur soutien à l’initiative. Elles souhaitent qu’à travers cette « société savante », ouverte à des chercheurs Maçons et profanes, les principes des Hauts Grades Écossais puissent s’introduire dans le tissu de la société contemporaine et susciter l’ adhésion aux niveaux les plus élevés de l’Union Européenne.  
  7. La 19e Rencontre Internationale des Hauts Grades Écossais a conclu ses travaux dans une atmosphère de grande Fraternité et un niveau conforme à la Tradition. Les Juridictions ont décidé de tenir la prochaine et 20e Rencontre internationale au Royaume du Maroc, dans un Orient restant à définir, et remercient le Suprême Conseil du Maroc d’avoir bien voulu accepter d’en être l’hôte.  

8.     Le thème de travail sera le suivant :

       « Comment l’Écossisme, avec sa conception progressive de l’évolution, peut-il trouver sa place dans une société où règne la dictature du présent ? »


Alors que l’Italie célèbre le bicentenaire du F\Giuseppe Garibaldi, les Juridictions s’honorent de s’associer à ce devoir de mémoire autour d’un Franc-maçon emblématique de l’universalité. Membre du R\ E\ A\ A\   et Grand Inspecteur Général (33e), il symbolise l’engagement dans la cité pour les valeurs de Liberté, Égalité, Fraternité. Citoyen des deux Mondes, ce T\ Ill \F\ a œuvré de manière exemplaire pour faire prévaloir les idéaux d’émancipation, de progrès et de rassemblement dans l’unité fraternelle.  Les Suprêmes Conseils ont tenu à saluer l’engagement du S\ C\ d’Italie et lui expriment leur plus profonde gratitude.

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du REAA
commenter cet article
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 19:18

PRÉAMBULE


 
Les juridictions des hauts grades Écossais réunies à Genève du 5 au 8  mai 2005 dans le cadre de leur XVIIIème Rencontre Écossaise Internationale, considèrent le moment venu de marquer une nouvelle étape après la déclaration faite à Lausanne voici cent trente ans dans un contexte maçonnique international différent. Elles se réfèrent néanmoins à ce texte fondateur, car il permet d’affirmer notamment la pérennité et l’universalité des principes maçonniques.

En 1875, le monde était dominé par l’Europe. Le XIX° siècle était par ailleurs marqué par le triomphe des nationalités et l’apogée d’États Nations enclos dans des frontières jalousement protégées. Dans un même temps, les idées des Lumières d’universalisme, d’humanisme et de  progrès  s’étaient propagées sur le  continent entraînant dans certains pays une opposition à la modernité sociale, politique et religieuse.

En ce début de XXIème siècle, le monde a changé. Il semble dépourvu de sens, c’est-à-dire de signification intellectuelle et d’orientation morale. Les cloisonnements qu’étaient les frontières nationales ont largement cédé la place à  de nouveaux ensembles régionaux et à une mondialisation économique trop souvent génératrice d’inégalités et non d’ un universalisme respectueux de l’Homme et de son environnement. 

 Le doute, voire le soupçon, ont remplacé l’espoir en un avenir meilleur. La tyrannie d’un immédiat omniprésent nous prive du recul nécessaire pour connaître  le passé et envisager l’avenir. La résurgence des cléricalismes, des intégrismes et des fanatismes est porteuse d’incompréhension et de violence. 

Francs-maçons,  devons-nous  pour autant  renoncer aux acquis et aux espaces conquis par nos aînés, aux combats d’aujourd’hui et aux espérances de demain ? Ce serait une profonde erreur. Aussi  est-il  apparu souhaitable aux juridictions signataires de la présente déclaration d’élaborer un texte fondateur, témoin d’une époque nouvelle et qui ait valeur de référence pour une action commune et future.

                                             ______________________     
       

 1.     Les Juridictions des Hauts Grades Écossais, siégeant ce jour, 7 mai 6005 au Zénith de Genève, réaffirment solennellement et avec force leur pleine et entière   adhésion aux principes fondamentaux de l’Ordre.  Après avoir délibéré de leur vocation contemporaine, de leur caractère spécifique et du contexte dans lequel elles pratiquent la progression initiatique,  deux siècles après la création du rite dans la lignée de la Franc-maçonnerie Universelle, elles mettent l’accent sur le respect de la dignité humaine, l’accueil en son sein de tout Maçon à la probité reconnue, sans discrimination, ni distinction de caractère ethnique, politique, philosophique ou religieux.

2.     Leur tradition est fondée sur une méthode maçonnique qui passe par un symbolisme,  enseigné et vécu, non imposé mais suggéré. Ce symbolisme constitue le langage commun autorisant une réflexion sur le devenir humain. Celle-ci  dépassant les cloisonnements, les barrières idéologiques, les postulats doctrinaux, se situe  dans une perspective illimitée de recherche.

3.     Le Rite Écossais Ancien et Accepté  est le plus largement utilisé dans le monde. Il est un courant initiatique, traditionnel et universel qui comporte trente hauts grades. Il est fondé sur la fraternité, la justice et l’esprit de chevalerie.

4.     Le Rite est administré  par des juridictions souveraines et indépendantes qui exercent leur  compétence sur les grades  postérieurs à celui initiatique symbolique de maître maçon. Par sa pratique, le rite contribue aussi à créer des liens entre les différentes cultures et civilisations.

5.     Le Rite ajoute à sa dimension internationale, l’universalisme de ses principes fondés sur un humanisme soucieux de placer l’être humain au centre de ses réflexions et de ses actions.

6.     Le Rite, refusant tout dogme ou idéologie contraignants, affirme la nécessité de la liberté de conscience, seule capable de développer une libre spiritualité accessible par une constante recherche de la vérité.

7.     Le Rite ambitionne par son principe de perfectionnement progressif du maçon,  un travail de recherche sur soi-même, par la méthode initiatique, auquel s’ajoute la volonté d’œuvrer sans relâche au bonheur de l’humanité et de réaliser son émancipation intellectuelle et morale.

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du REAA
commenter cet article
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 19:14
L’apparition des hauts-grades, leur origine, leur fonctionnement et leur rôle avant les années 1760 restent parmi les problèmes les plus obscurs de l’histoire maçonnique. Antérieurement à 1745, les témoignages sont rares, souvent allusifs et leur interprétation toujours difficile. Le premier est une liste de loges anglaises de 1733-1734 où l’on découvre une « Scotts Masons’ Lodge ». Le second est un extrait du livre d’architecture de la loge de Bath, toujours en Angleterre, qui relate, en 1735, que des frères ont été « faits et admis Maîtres Maçons Écossais ». A Londres, en 1740, le livre d’architecture de la Old Lodge n°1 rend aussi compte que le 17 juin des frères ont été « faits Maîtres Maçons Écossais ». Il faut ensuite aller à Paris où, le 11 décembre 1743, la Grande Loge de France, en l'article 20 de ses Ordonnances Générales, met en garde les frères contre ce qui lui semble une nouveauté : « Ayant appris depuis peu que quelques frères se présentent sous le titre de maitre écossois et revendiquent, dans certaines loges, des droits et privilèges... ».
Les divulgations de cette époque comme L’Ordre des Francs-maçons trahis, Le Parfait Maçon ou La Franc-maçonne ne manquent pas de faire allusion à ce « Secret des Maçons Ecossois...qui commence à être connu en France ». Enfin, en 1745, les Statuts dressés par la R.L. Saint-Jean de Jérusalem, le 24 juin, ne laissent plus place au doute, ils précisent : « Les Maîtres ordinaires s'assembleront avec les maîtres les parfaits et Irlandais trois mois après la Saint Jean, les maîtres Elus six mois après, les Écossais neuf mois après, et ceux pourvus de grades supérieurs quand ils le jugeront à propos » (Art. XXXX).
Peu de documents et tous de quelques lignes au plus, on voit combien une meilleure connaissance de cette difficile question repose avant tout sur la découverte de nouvelles archives.
Cela souligne la grande importance de la pièce dont nous allons maintenant faire état. Un registre de « la Très Respectable Société des Maîtres Ecossois de la Très Vénérable et Très Respectable Loge de L’Union depuis sa fondation du trentième de novembre 1742 » vient en effet d’être mis au jour dans la collection de documents historiques de la Bibliothèque du Grand Orient de France récemment restituée par la Russie.
Il ne s’agit plus là de quelques lignes mais d’un volume de 140 feuillets ! Il est relié dans un cartonnage vert – 21 sur 35 centimètres – et en parfait état. L’ensemble – tant le papier que l’encre – est d’une grande fraîcheur. La lecture de ce manuscrit de qualité ne présente en aucune partie la moindre difficulté. On y découvre d’abord, sur les 16 premiers folios, les « Loix, Statuts et Ordonnances » c’est-à-dire les règlements de la loge écossaise, qui ont d’ailleurs subi différents amendements au fil des années. A leur suite prennent place les signatures des près de 80 maçons reçus par la loge, qui marquaient ainsi leur adhésion aux dits statuts. On peut ensuite y lire les comptes rendus des 141 réunions tenues par la loge écossaise entre le 30 novembre1742 et le 13 novembre 1752. La troisième et dernière partie du document présente un annuaire détaillé – les qualités civiles des membres sont souvent données – des frères reçus Maîtres Écossais pendant cette période. L’étude approfondie de cette pièce exceptionnelle va se révéler riche en informations sur les débuts de l’ « écossisme ». L’existence de cette loge écossaise n’était cependant pas totalement inconnue des historiens. Elle avait été signalée dans la sixième édition (1903) de l’Histoire de la Grande Mère-Loge Nationale aux Trois Globes.

Les origines

« La très Vénérable et très Respectable Loge Écossaise de l’Union » a été fondée à Berlin le 30 novembre 1742 par les frères Fabris, Roman, Pérard, Fromery, Roblau, Fünster et Perret. La capitale du Royaume de Prusse est alors dans la deuxième année du règne prometteur du jeune Frédéric II (1712-1740-1786). La Maçonnerie a fait son apparition institutionnelle en Prusse le 13 septembre 1740 avec la création de la loge « Aux Trois Globes ». Cependant dès 1738, Frédéric, alors prince-héritier, avait lui-même été reçu maçon par une délégation de la loge de Hambourg, la première loge ouverte dans les Etats allemands en 1737. La Maçonnerie « écossaise » ne s’implante ainsi en Prusse que deux ans après la Maçonnerie symbolique des trois premiers grades.
Si la Prusse prend une place de plus en plus importante sur la scène européenne, ses élites, à l’image du nouveau monarque, sont très marquées par la culture française. Le souverain fait bon accueil dans sa capitale aux français et ils seront nombreux à Berlin à cette époque, Voltaire ne sera que le plus célèbre d’entre eux ! Si Jacopo Fabris (peintre né à Venise en 1689 et mort à Copenhague en 1771) est un italien cosmopolite et Fünster, probablement, un allemand, à la consonance de leurs noms, on peut supposer que cinq des sept fondateurs sont français. Même si l’immense majorité des frères reçus Maîtres Écossais pendant près de dix ans sont allemands, tous les comptes rendus de la loge seront rédigés en français. Et lorsqu’ils signent les statuts, une partie des récipiendaires francisent d’ailleurs leurs prénoms.
Où les fondateurs ont-ils eux-mêmes été reçus Maîtres Écossais et sur quel titre fondent-ils le nouvel atelier ? On l’ignore. On peut juste souligner, qu’alors que la loge écossaise de l’Union sera très soucieuse de doter les loges écossaises qu’elle créera dans différentes villes, de patentes en bonne et due forme, elle-même ne se réclame, en 1742, d’aucun document fondateur. Sa création semble seulement le fruit de la réunion et du projet commun de sept Maîtres Écossais le jour de la Saint-André 1742. Il est même possible que le nouveau grade n’ait été amené à Berlin que par un Frère, le Vénérable Maître fondateur par exemple, le Frère Fabris, et que les six autres Maîtres Écossais fondateurs ne l’aient reçu qu’à la veille de fonder la nouvelle loge écossaise. On en est réduit là aux conjectures.

Les grades

A sa création, la loge écossaise semble ne pratiquer et transmettre qu’un grade, celui de Maître Écossais. La plupart des réunions consistent d’ailleurs à voter sur l’admission de candidats, puis à conférer le grade à ceux acceptés lors de la tenue précédente. Le récipiendaire doit être revêtu des trois grades symboliques et c’est un Maître Maçon « bleu » qui est reçu Maître Écossais. Il n’y a donc pas de grades intermédiaires comme le Maître Parfait, le Maître Irlandais ou l’Elu. On ne connaît malheureusement pas le rituel d’Écossais pratiqué par la loge de l’Union. On regrette bien de ne pas avoir « l’ouvrage Écossais en forme de catéchisme » proposé par le Frère Roblau le 22 avril 1745 et « généralement approuvé du T.V. Maître et de toute la loge », mais un certain nombre d’indices repérés dans les procès-verbaux peuvent peut-être permettre de s’en faire une idée. On apprend ainsi lors de la tenue du 14 octobre 1743 que les décors sont uniformément verts puisque : « le frère Fünster a été chargé de faire faire 14 tabliers bordés d’un ruban vert et les bavettes des officiers garnies d’un taffeta(s) de la même couleur, celui du très vénérable sera distingué par une brodure (?) sur la bavette. »
Par ailleurs, « les honneurs de la Maçonnerie Écossaise [se font] par 4 fois 4 » (31 décembre 1743) et la croix de Saint-André est un des éléments principaux de la symbolique du grade. La couleur verte, l’acclamation par 4 fois 4, la croix de Saint-André font irrésistiblement penser à l’« Écossais vert » de la Stricte Observance et, au-delà, à la famille de rituels de « Maître Écossais » dont il est le représentant le plus notable. Il est d’ailleurs curieux qu’Eric Ward avance que cet « Écossais vert » pourrait fort bien être le « Scott Master Mason » anglais des années 1730-1740.
Ce grade d’Écossais est-il d’origine française comme probablement la majorité des fondateurs de la loge ? Ce nouveau grade serait alors une des traductions maçonniques de la mode française qui règne alors sans partage en Prusse. Inversement, les derniers signes d’activité de la loge écossaise de Berlin coïncident avec le retournement de l’opinion quant à la France, et au début de la guerre de Sept Ans qui opposera Louis XV à Frédéric II.
S’il n’était français, ce grade de Maître Écossais pourrait-il être, comme la Maçonnerie elle-même, d’origine britannique ? L’appellation de certains officiers de la loge écossaise peut le faire penser. Les dénominations d’ « Ainé Surveillant » et de « Jeune Surveillant » qu’affichent les tableaux, sentent la traduction littérale récente des traditionnels « Senior Warden » et « Junior Warden » d’Outre-manche, quant à l’office de « Stuart de la loge » le terme dut paraître intraduisible. Mais il pourrait s’agir d’un procédé pour tenter de légitimer ce nouveau grade en suggérant une origine britannique, synonyme d’authenticité maçonnique ? D’autant que, dans le corps des comptes rendus, il est question de Premier et Second Surveillants selon l’usage français. En faveur de la filière britannique, notons aussi que la loge écossaise « L’Union » de Berlin est en correspondance avec la loge « L’Union » de Londres (31 décembre 1743). Une correspondance, a fortiori avec une loge londonienne, n’implique-t-elle pas à un moment ou à un autre un échange d’information sur les rituels ? D’autant que le vénérable maître fondateur, Fabris avait lui-même été initié à Londres dans la dite loge de L’Union !

Jusqu’à la fin 1743, lorsque la loge procède à une initiation, les récipiendaires sont « reçus Maîtres Écossais dans toutes les formes dues et requises ». Dès la tenue de fondation, qui se tient justement le 30 novembre 1742, on célèbre « la fête de Saint André le patron des Écossais avec toute la décence qui convient à un jour aussi solennel ». Un an après, le 30 novembre 1743, le jour de la Saint-André est à nouveau l’occasion d’une tenue particulièrement importante. Le rituel de la loge s’enrichit alors d’une cérémonie qui apparaît bien a minima comme un complément conséquent au grade de Maître Écossais. En effet, après les élections :

« Le Très Vénérable Passé Maître Frère Fabris a créé le nouveau Maître en Chaire Frère Roman Chevalier de l’Ordre Écossais par trois coup d’épée qu’il lui a donné en croix sur le dos avec ces paroles, je vous crée et fait Chevalier de l’Ordre Écossais par ces trois coups dont le premier est pour le Roi le second pour le patron et le troisième coup est pour la loge puis l’a revêtu de l’Ordre Écossais. Le Très Vénérable enfin pris possession de la chaire a créé chevalier du dit Ordre les Frères Passé Maître Fabris, Lamprecht, de Gerresheim, Fromery, Roblau, Funster, Pérard, D’Alençon, Rollet, de Often et de Brefeld dans les mêmes formes et cérémonies mentionnées ci-dessus puis il a prononcé un petit discours concernant les devoirs qui sont attachés à cet Ordre auquel le Frère Secrétaire a répondu par un second discours dans lequel il a fait voir l’ancienneté de cet Ordre, ses nobles progrès et sa sublimité. »

D’où vient cette cérémonie chevaleresque ? Est-ce une innovation et dans ce cas à quel mobile obéit-elle et quelles sont ses sources ? Il semble que l’on assiste à la création d’un nouveau grade « en direct » ? Il est en effet curieux de noter que le Frère Fabris fait Chevalier Écossais le Frère Roman, puis celui-ci élève à cette dignité les principaux animateurs de la loge écossaise… y compris celui qui, quelques instants auparavant, l’avait adoubé ! A moins qu’il ne s’agisse d’une erreur dans la conduite des travaux ou dans le compte rendu, la procédure est difficile à interpréter au regard des us et coutumes de la Chevalerie.
Est-ce un rite tenu secret jusque là par le principal fondateur de la loge, qui serait alors son premier Vénérable, le Frère Fabris, qui aurait estimé qu’après un an de bon fonctionnement, il pouvait enfin dévoiler à ses Frères la totalité des cérémonies écossaises ?
Il s’agit en tout cas bien d’un deuxième grade de nature chevaleresque. Il en présente les deux composantes fondamentales : l’adoubement chevaleresque et le discours légendaire sur « l’ancienneté de cet Ordre, ses nobles progrès et sa sublimité ».
Ainsi, le 31 décembre 1743, le Maître en Chaire « a créé le très digne frère Katsch - qui avait été reçu Maître Écossais le 14 octobre 1743 - Chevalier de l’Ordre Écossais dans toutes les formes requises [… et] le frère secrétaire Roblau a déclaré que le très digne frère Patonnier désirait ardemment d’être initié dans notre très sublime Ordre Ecossois ».
L’atelier s’étant prononcé favorablement, dès la tenue suivante, le 23 janvier 1744 « le Frère secrétaire Roblau a reçu […] le très digne frère Patonnier Maître Écossais dans toutes les formes dues et requises, puis le Très Vénérable a créé le dit frère Patonnier Chevalier de l’Ordre Écossais selon les cérémonies usitées à cette occasion ».
Même si elles sont toujours conférées à la suite l’une de l’autre, ce sont donc bien deux cérémonies rituelles que pratique, à partir de la Saint-André 1743, la loge écossaise.
L’Ordre Écossais est aussi appelé Ordre de Saint-André. Ainsi lors de la réception solennelle de « Son A.R. Monseigneur le Margrave Charles notre Très Illustre Frère - le 13 février 1744 - […] le Très Vénérable Maître en chaire Frère Roman après avoir ouvert la loge a reçu S.A.R. Maître Écossais dans toutes les formes dues et requises, et le Frère secrétaire Roblau lui a donné l’explication de l’origine, de la parole, des signes, et des marques de Maître Écossais, puis le T.V. Maître lui a présenté l’Ordre de Saint-André notre Patron qu’il a eu agréable d’accepter ».
D’ailleurs, le 12 juillet 1745, « le Frère Salimbeni a proposé à la loge qu’il conviendrait que dorénavant les Frères membres portassent en loge l’Ordre de St André attaché à un ruban large, pendu de l’épaule gauche au côté droit ».

Une « Mère Loge Écossaise » ?

Non seulement la loge écossaise de L’Union met en place à Berlin une autre Maçonnerie, mais elle se montre soucieuse de la diffuser. Ainsi on apprend à la lecture du procès-verbal de la tenue du 28 octobre 1743 que : « Le Très Digne Frère Fromery à fait part à la loge qu’il avait ouvert Loge Écossaise à Leipzig et qu’assisté du Très Digne Frère Perret, ils avaient reçu les Très Dignes Frères Baron d’Often, Semsch et Gérard de Dresden Maîtres Ecossois ».
Après Leipzig, Francfort puisque : « La Très Sublime Loge Écossaise de l’Union de Berlin a accordé le 6e de mars 1745 une patente aux Très Dignes Frères Maîtres Écossais de la Ville de Francfort-sur-le-Main pour l’erection d’une Juste et Parfaite loge Écossaise dans la dite ville sous le titre de La Sincérité en déclarant par le consentement unanime des frères mentionnés ci-dessus le Très Digne Frère Sturtz notre Député-Maître de la dite loge notre chère fille. ».
La loge sera installée le 4 septembre 1745 et recevra le jour même 8 frères Maîtres Écossais.
Dans la foulée, le même frère Sturtz constitue des noyaux de Maîtres Écossais à Iéna et à Erffurth en septembre et octobre 1745. C’est là qu’un frère qui jouera un rôle important dans l’histoire des hauts-grades en Allemagne, recevra la Maîtrise Écossaise : « de Knigge, Gentilhomme Courlandais reçu à Iéna le 8 octobre 1745 ».
Le 25 novembre 1745, L’Union accorde une patente pour ériger à Halle une loge écossaise sous le titre de La Concorde et sous la direction du frère Galafrès, ministre du Saint-Evangile.
Le 11 janvier 1749, la loge donne une patente au frère Neégard « pour l’érection d’une loge écossaise sous le titre des quatre étoiles resplandissantes dans la ville de Copenhagen ».
Le 30 juillet 1749 « la Très Vénérable loge Écossaise de l’Union de Berlin a accordé au très digne frère Seulen, gentlihomme transylvain, une patente de permission pour l’établissement d’une Juste et Parfaite loge Écossaise en Transylvanie sous le titre de(s) Quatre Lunes ».
Le 23 janvier 1751 « La Très Vénérable Loge, à la réquisition de Son Altesse Sérénissime, le Frère Louis-Ernest, Duc de Saxen Gotha, lui a accordé une Patente pour l’établissement d’une loge Écossaise dans la ville d’Altenbourg, sa résidence, sous le titre des Quatre Pierres Cubiques ».
Par son activisme, la loge écossaise de L’Union apparaît véritablement comme l’une des premières Mères-Loges Écossaises. Il est singulier – mais doit-on vraiment s’en étonner ? – de voir là l’histoire « authentique » et « positive » aller à l’appui du légendaire maçonnique pour faire de Berlin et de l’entourage, plus ou moins proche, de Frédéric II, l’un des foyers les plus anciens d’activité et de diffusion de « l’écossisme ».

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du REAA
commenter cet article
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 19:07

Célébrer un bicentenaire, comme n’importe quel autre anniversaire, est toujours une entreprise équivoque. Que célèbre-t-on au juste ? La création d’une structure, l’acte légal qui en a scellé la naissance, ou l’aboutissement d’un projet mûri de longue date ?

  Toutes ces question s’appliquent, sans réserve, à la naissance du Rite Ecossais Ancien et Accepté. (R\E\A\A\) Elle en suscitent surtout une autre que nous voudrions examiner ici : à quelle logique - si le terme est approprié -, à quel besoin, à quelle nécessité même, a pu répondre la mise en place non seulement d’un Suprême Conseil, mais d’un Rite nouveau ? En quoi était-il vraiment nouveau, du reste ?

  Délaissant pour une fois la vision purement événementielle, c’est sur cet aspect des origines du R\E\A\A\ que nous souhaitons proposer quelques réflexions nourries de l’histoire.


 
L’Écossisme : une impossible définition.

 

On a souvent souligné à quel point les termes « écossais », « écossisme », sont ambigus lorsqu’on les envisage dans leurs premières attestations, soit dès la fin des années 1730 au moins pour le premier d’entre eux. Il ne nous appartient pas ici de nous pencher à nouveau, après bien d’autres, sur les raisons possibles d’une telle dénomination affectée aux plus anciens « hauts grades », mais nous devons rappeler à quel point le mot est polysémique, tout au long du 18ème siècle, et combien il serait risqué, en s’en servant, de prétendre établir des filiations légitimes et sûres et de dévoiler des origines historiques certaines aux « Rites écossais », apparus cinquante ans plus tard.

  Les plus anciens grades « postérieurs » sinon supérieurs au grade de maître, furent presque d’emblée qualifiés de « grades écossais ». On le sait en Angleterre, dès les années 1730, où font leur apparition d’énigmatiques Scots Masters dont la nature exacte n’est pas encore déterminée, mais qui paraissent bien les ancêtres incontestables des « Maîtres écossais » qui se répandront sur la Continent quelques années plus tard.

  En fait cette dénomination porte en elle, dès son origine, une redoutable ambiguïté.

  La première concerne le lien avec l’Écosse. Lien mythique, symbolique à l’évidence, et la légende a fait long feu depuis longtemps qui voyait en Écosse des hauts grades constitués dès le 17ème siècle, même si parfois encore, ici où là, de regrettables fables, non dépourvues d’arrière-pensées, sont encore colportées sans aucun fondement documentaire, cela va sans dire.

  La seconde ambiguïté est en fait liée à la première : si on a choisi la référence à l’Ecosse c’est sans doute pour donner à ces nouveaux grades une dignité particulière, évoquant les sources écossaises, légendaires et en partie historiques, de la tradition maçonnique tout entière. Or nous touchons ici à un ressort essentiel, nous semble-t-il, de cette prodigieuse aventure des hauts grades.

  On a depuis longtemps établi de façon assez convaincante que les hauts grades eurent un prototype - le premier d’entre eux, à vrai dire - à savoir le grade de maître. L’histoire de sa genèse demeure encore nimbée de mystère, mais on en sait aujourd’hui suffisamment pour proposer avec une certaine vraisemblance que l’institution de ce « nouveau » grade fut inspirée par la volonté de créer une « plus haute » maçonnerie, une sorte d’aristocratie du Métier (en anglais, la maçonnerie se nomme Craft). Cette intention fondatrice des hauts grades mérite qu’on s’y arrête un instant, car elle éclaire d’un jour singulier le développement ultérieur des grades « écossais. »

  La cristallisation finale de l’institution maçonnique sous sa forme obédientielle s’est accomplie en Angleterre, chacun le sait, dans les années 1717-1720. Or, on a créé la « Première Grande Loge » sans que les protagonistes de la fameuse réunion du 21 juin 1717, à L’Oie et le gril, en ait eu le moins du monde conscience, on peut en être certain.

Un fait encore imparfaitement élucidé s’est produit en quelque deux ou trois années : à l’assemblée de petits boutiquiers, de petits artisans, de gens modestes que réunissait essentiellement une intention corporative de soutien mutuel et d’assistance fraternelle, s’est substituée une structure aux visées hégémoniques bientôt dirigée par les personnages les plus considérables et les plus en vue dans le pays. De Anthony Sayer en 1717, grand maître si peu fortuné que des années plus tard il demandera un secours financier à la Grande Loge pour subvenir à ses besoins, on était passé en 1721 à un grand maître dénommé lord Montagu, sans doute l’homme le plus riche du Royaume Uni ! Cette dernière expression doit précisément être soulignée car depuis 1707, en vertu de l’Acte d’Union, l’Écosse et l’Angleterre, traditionnellement ennemies et que tout séparait - la langue, la dynastie, la religion – ne formaient plus qu’un seul et même royaume, officiellement uni sous une seule et même couronne.

  On sait peu de chose des pratiques et des usages des loges maçonniques anglaises dans la période précédant la formation de la Grande Loge de Londres et préludant surtout à la rédaction de cet instrument politique de normalisation de la jeune maçonnerie que furent les Constitutions de 1723, mais il demeure certain qu’entre 1719 et 1723 des choix majeurs ont été faits en matière d’organisation et surtout de rituel. Un homme se trouve au centre de ce travail : le Révérend James Anderson. Or, faut-il rappeler que ce pasteur, dirigeant à Londres une congrégation de presbytériens dissidents, était de souche écossaise et que son père, Robert Anderson, avait été membre bien des années plus tôt de l’antique loge d’Aberdeen ? En somme, c’est un fils de vieille Écosse qui avait été chargé de dessiner les contours de la « nouvelle » maçonnerie anglaise : tout un symbole, on en conviendra.

  Un clé aussi, peut-être. Pourquoi la qualification « d’écossais » aurait-elle joui d’une faveur particulière chez les ennemis anglais ? Les fils d’Albion avaient accoutumé, depuis des siècles, de mépriser à la fois leurs farouches voisins d’au-delà de la Northern Border et les « purs Celtes » de la pauvre et malheureuse Irlande. D’où aurait bien pu venir cette valeur laudative soudainement attribuée à une mythique origine écossaise ? A force de détacher l’histoire de la maçonnerie de l’histoire générale, comme on l’a trop souvent fait au nom d’une « spécificité » que rien ne fonde, on a parfois oublié des évidences majeures.

  L’histoire nous montre du reste, que loin de détenir le leadership dans la construction d’un nouveau monde maçonnique, l’Écosse fut plutôt suiviste - de gré ou de force -, tirant les conséquences en maçonnerie de sa sujétion dans l’ordre politique : lorsqu’une Grande Loge d’Écosse est fondée en 1736, c’est par pure imitation du modèle anglais. Le mot « écossais » avait échappé à l’Écosse pour devenir, en quelque sorte, une épithète maçonnique forgée en Angleterre pour désigner une maçonnerie d’élite. Bientôt, le même mot allait franchir la Manche et connaître en France un destin sans égal. On ne s’en étonnera guère, ce fut un Écossais, là encore, qui fit le lien. Et quel  Écossais !  Presque un mythe à lui tout seul : André Michel de Ramsay.

  Ramsay fut une sorte de météore de l’histoire maçonnique : reçu franc-maçon à Londres dans la loge Horn - celle qui initiera aussi Montesquieu -, il abandonna toute activité maçonnique en 1737 sur ordre de son protecteur, le cardinal de Fleury. Entre-temps il avait produit un texte véritablement fondateur : le fameux Discours qui, jusqu’à la fin du siècle, fut cent fois reproduit et mille fois prononcé dans les loges comme l’expression même du programme intellectuel la maçonnerie française.

  On a souvent analysé le contenu du Discours, et notre propos n’est pas d’y revenir ici. Soulignons seulement qu’il attribue à la maçonnerie un illustre passé écossais (Jacques, Lors Steward d’Écosse fut Grand Maître d’une Loge établie à Kilwinning dans l’ouest de l’Écosse en l’an1286) et qu’il lui assigne un projet à la fois humaniste (rechercher tout ce qui peut contribuer à l’ordre, à la paix et à l’union de la société) et culturel (on réunira les lumières de toutes les nations dans un seul ouvrage qui sera comme un magasin général et une bibliothèque universelle de ce qu’il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d’utile dans toutes les sciences naturelles et dans tous les arts nobles.)

  Abordant la fondation légendaire de l’Ordre en Terre sainte, lors des Croisades - on est ici très loin des bâtisseurs de cathédrales, des Rose-Croix et même des Templiers -, il est surtout le premier à évoquer les glorieux ancêtres de la maçonnerie « tenant une truelle d'une main et de l'autre une épée. » Sur ce seul fondement, apparemment, on a longtemps fait de Ramsay le créateur des hauts grades. Cette fable ne repose évidemment sur rien et toute la documentation dément une thèse aussi simpliste. On ne peut toutefois négliger le fait que la plus ancienne attestation d’une légende joignant « la truelle et l’épée », thème emprunté à la Bible et qui devait former la trame essentielle du grade de Chevalier de l’Orient ou de l’Épée, quelques années plus tard, se trouve précisément dans le récit du fameux Écossais.

  En fallait-il beaucoup plus pour que les hauts grades, dont celui de Chevalier de l’Orient sera le nec plus ultra pendant une quinzaine d’années, fussent définitivement qualifiés de « grades écossais » ? Probablement pas.

  Le mystère n’est donc pas nécessairement si impénétrable et son élucidation permet de préciser encore l’intentionnalité de cette dénomination : la maçonnerie « écossaise » est avant tout, dès son apparition,  une maçonnerie supérieure ; elle est surtout une maçonnerie désireuse d’approfondir les perspectives de l’Ordre dans le domaine intellectuel comme dans le domaine social ; une maçonnerie destinée, enfin, à régénérer l’Ordre perpétuellement en péril et constamment menacé de dégénérescence et d’appauvrissement, thème récurrent, évoqué en permanence dès le début des années 1740 dans tous les textes imprimés, divulgations, apologies ou pamphlets maçonniques.

  On comprend ainsi sans peine qu’en 1745, dans L’Ordre des francs-maçons trahi et leur secret révélé, on puisse lire cette mention fugitive mais très révélatrice :

« Je n’ignore pas qu’il court un bruit vague parmi les Francs-maçons, touchant un certain ordre qu’ils appellent les Écossais, supérieur, à ce qu’on prétend, aux Francs-maçons ordinaires et qui ont leur secret à part.»

Quelques mois plus tôt, en décembre 1743, le comte de Clermont avait été élu Grand Maître, et on lui prêtait l’intention « de tout rétablir sur l’ancien pied. » Dès lors, on découvre sans surprise que le plus ancien système connu de hauts grades fut mis en oeuvre dès les années 1740 dans la loge personnelle de Louis de Clermont et que ce Grand Maître, apparemment peu soucieux de surveiller ses loges bleues, consacra en revanche tous ses soins à répandre avec prudence les plus hauts grades, dont celui de la « grande croix rouge », grade suprême qu’il recommandait encore au marquis de Gages, en 1763, de n’attribuer qu’à des frères choisis et éprouvés.

  Tous les « systèmes écossais » hériteront de cet état d’esprit. Car « l’écossisme » est une appellation générique sans signification immédiate : il y eut, au cours du 18ème  siècle, plusieurs écossismes, souvent fort différents et volontiers rivaux. L’histoire du dernier d’entre eux, le R\E\A\A\, s’éclaire de cette diversité et de ces conflits.

 

  Les écossismes à la fin du 18ème siècle.

 

La complexité du sujet se redouble du fait que l’écossisme n’a pas constamment désigné, au 18ème siècle, un système de hauts grades. Il a aussi qualifié, dans le dernier tiers du siècle, certaines loges, de Marseille à Avignon et Paris, dites « écossaises » bien que pratiquant un rituel des trois premiers degré de type Modern, c’est-à-dire conforme pour l’essentiel aux schémas de ce que l’on nommera un peu plus tard le Rite… français !

Ce dernier label est en effet d’apparition tardive et ne se définit nullement en opposition au label « écossais ». Les hauts grades qui forment ce qu’on codifiera sous le nom de Rite français en fixant seulement un usage assez général au milieu des années 1780, sont bel et bien des grades écossais, tout à fait classiques et reconnus comme tels par les auteurs de cette remise en ordre eux-mêmes, qui conserveront d’ailleurs cet adjectif dans le deuxième Ordre dit de Grand Elu Ecossais. Presque tous les frères, au 18ème  siècle, ont connu une maçonnerie symbolique de style Modern, c’est-à-dire respectant les cadres symboliques fondamentaux du Rite français, tout en pratiquant largement au-delà des loges bleues les grades écossais…

  Presque tous, disions-nous, car il a existé quelques exceptions à cette règle. Les loges de la filière écossaise de Marseille en premier lieu, mentionnées plus haut, dont l’originalité la plus remarquable - et pratiquement la seule sur le plan rituel - était la disposition dite plus tard « écossaise » des colonnes, à savoir : sud-ouest, nord-ouest et sud-est. Il faut aussi évoquer le Rite écossais rectifié, établi en France à partir de 1773, qui se caractérisera lui aussi par une disposition écossaise des colonnes, alors que tous les autres marqueurs de la tradition « modern » étaient présents : la place des Surveillants et l’ordre des mots des deux premiers grades pour ne citer que les plus importants.

  Ces divers milieux maçonniques étaient, si l’on peut ainsi l’exprimer, deux fois écossais : d’abord - et avant tout parce qu’ils cultivaient les hauts grades, ensuite parce qu’ils voulaient se singulariser par rapport aux autres loges et revendiquaient à leur tour une ascendance plus noble - écossaise et probablement fallacieuse à Marseille, allemande et bien réelle mais elle-même fondée sur une supercherie pour les maçons rectifiés. Par-dessus tout ils se réclamaient, les uns et les autres, d’une conception plus élevée, épurée et renouvelée de la maçonnerie, souhaitant  expurger la maçonnerie de quelques une de ses impuretés, redresser quelques uns de ses dévoiements et, pour reprendre l’appellation si suggestive de l’un de ces rites, « rectifier » l’Ordre maçonnique tout entier. C’est là, on le voit, une constante sémantique remarquable du mot « écossais » en maçonnerie, à travers des situations historiques pourtant très diverses.

  La loge écossais du Contrat Social, à Paris, s’apparente à ce mouvement, et son opposition relative au processus enclenché par la formation du Grand Orient de France ne doit pas nécessairement s’interpréter comme un conflit idéologique, ce qui n’avait guère de sens à cette époque. Lors de la fondation du Grand Orient, par exemple, ce sont des frères tout à fait étrangers à cette filière qui pour beaucoup d’entre eux, à Paris, ont refusé d’accepter la transformation de l’ancienne Grande Loge de France au seul motif - peu glorieux, convenons-en - que leur privilège de maîtres de la loge ad vitam allait être aboli !

Nombre de conflits maçonnique au 18ème siècle ont été avant tout fondés sur des querelles de personnes et des questions de préséance, que dissimulaient mal de prétendues divergences doctrinales. L’historien du futur nous dira, le temps venu, si de telles faiblesses ont disparu de la maçonnerie contemporaine.

 

Du Rite Ancien Accepté au Rite Écossais Ancien et Accepté

 

Si l’on conserve à l’esprit ces antécédents historiques et les significations revêtues par la qualification « écossaise » tout au long du 18ème siècle, l’apparition en France du R\E\A\A\ s’éclaire d’un jour un peu différent. Son surgissement dans le paysage maçonnique français au début du 19ème siècle semble surtout bien moins « dramatique » et sa nouveauté moins radicale qu’on ne l’a dit parfois.

Notre propos, soulignons-le à nouveau, n’est pas de refaire ici l’histoire détaillée de l’établissement du Suprême Conseil de France, mais d’approcher la nature du phénomène que représenta cette fondation. Or, on ne peut ignorer que le système venait des Amériques, mais qu’il s’agissait pour ses adeptes avant toute chose d’un système de hauts grades dont presque tous, à l’exception  de quelques-uns uns dans les échelons les plus élevés, étaient d’origine française, connus et pratiqués sans interruption pour beaucoup d’entre eux depuis plus cinquante ans ! La nouveauté ne résidait nullement dans ces grades eux-mêmes, ni dans leur formule particulière, elle-même sujette en France à d’innombrables variations : une de ces expressions de la tradition luxuriante des hauts grades était simplement de retour dans sa patrie.

  La difficulté à laquelle devait inévitablement s’affronter le nouveau Suprême Conseil était donc exclusivement d’ordre politique, comme cela avait été la cas à maintes reprises depuis la fin des années 1750 en France entre les multiples organismes qui, successivement ou simultanément, avaient prétendu au moins à l’autonomie, mais trop souvent à l’hégémonie. Ici, l’alliance immédiatement opérée avec la loge Saint Alexandre d’Écosse, réveillant opportunément sous ce nom le Contrat Social, - la loge mère de Grasse-Tilly - pour établir sur cette base bien faible une Grande Loge générale écossaise, apparaît comme un procédé classique traduisant une volonté évidente : vivre dans l’indépendance et s’imposer comme une puissance maçonnique souveraine. On peut aussi y déceler les raisons probables et, nous semble-t-il, généralement peu soulignées, du souci manifesté par les membres du R\E\A\A\ - c’est-à-dire d’un système de hauts grades parmi d’autres, répétons-le avec insistance - de se soustraire à l’autorité du Grand Orient de France. Là encore, la préoccupation « idéologique » n’eut vraisemblablement aucune part : les motifs de cette exigence étaient en fait culturels.

  Grasse-Tilly et ses compagnons étaient des Français, véhiculant des grades de tradition française pour l’essentiel, mais ils avaient passé de longues années dans un contexte britannique, pratiquant une maçonnerie : la maçonnerie « Ancienne et Acceptée » dont l’esprit et surtout les règles de fonctionnement différaient en plusieurs points de ceux de la maçonnerie française. Un des points majeurs portait précisément sur les relations entre les Grande Loges gouvernant les grades bleus et les structures régissant les hauts grades.

  Sur ce sujet, la maçonnerie anglaise, qui s’apprêtait au début du 19ème siècle à établir définitivement l’Union de ses Grands Loges rivales - les Antients et les Moderns - avait posé un principe d’une importance considérable à ses yeux : les Grandes Loges ne devaient en aucune manière régir des grades supérieurs au grade de maître, et ces mêmes Grandes Loges ne devaient jamais être inféodées à une puissance maçonnique de hauts grades, ni directement ni indirectement. Cette question avait même été l’un des enjeux les plus lourds de la querelle des Antients et des Moderns. Il s’agissait de l’Arc Royal, considéré par les premiers comme « le cœur et la moelle de la franc-maçonnerie », tandis que les seconds prétendaient l’ignorer, n’y voyant qu’un haut grade parmi les autres, par nature étranger au Métier - Craft, c’est-à-dire la maçonnerie symboliques des trois premiers grades. Lorsqu’en 1813 la Grande Loge Unie d’Angleterre sera enfin constituée, dans un inoubliable exercice de rhétorique anglaise, les Articles de l’Union stipuleront que :

« La maçonnerie pure et ancienne ne comprend que trois grades et trois seulement, à savoir ceux d’apprenti entré, de compagnon du métier et de maître maçon, y compris l’Arc Royal. »

  Comprenne qui voudra…

 

Il reste que les fondateurs «américano-français » du R\E\A\A\ en France étaient pénétrés de cette culture et de cette vision anglo-saxonne de l’édifice maçonnique. Dans les loges bleues, ils avaient appris à pratiquer la « maçonnerie ancienne et acceptée » - nom qu’il donneront d’abord à leur Rite, mais leurs grades écossais ne pouvaient vivre, selon eux, qu’en dehors de ce premier champ maçonnique. Or, la tradition constante de la maçonnerie française était presque l’inverse. De tous temps, depuis Louis de Clermont en tout cas, le grand maître était le chef de tous les grades, et la Grande Loge dirigeait, en dernier ressort, toutes les loges et tous les chapitres, fût-ce par l’intermédiaire de corps spécialisés qu’elle contrôlait en fait. On a ainsi depuis longtemps définitivement établi que la fameuse patente de Morin, délivrée par… l’est en fait par la…

  La revendication du Grand Orient d’être le corps gouvernant les hauts grades, comme on le vit dans les années 1780 lors la fixation des quatre ordres du Rite français, était dans le droit fil de cet usage invariable. Le Grand Chapitre général, constitué en marge du Grand Orient, ne pouvait y demeurer et, pour achever son travail, il dut reconnaître son incorporation au Grand Orient.

  Le R\E\A\A\ présentait un contenu en grande partie identique. Seule sa conception des relations administratives maçonniques différait. Le conflit était donc quasiment inévitable, presque mécaniquement programmé, malgré le Concordat imposé en 1804 par l’Empereur, et peut-être à cause de lui.

  Lorsque le Rite devint, par alliance avec les Écossais de l’Ancien Régime, le Rite « Écossais » Ancien et Accepté, il ne pouvait que revendiquer son indépendance.

  Mais l’histoire est curieuse et ses retournements parfois singuliers. Du fait du conflit avec le Grand Orient, une partie des troupes du R\E\A\A\ ne rejoignit pas le centre historique de la maçonnerie en France et se constitua, comme Suprême Conseil indépendant, en puissance maçonnique autonome… revendiquant une autorité sur les loges bleues. En France les fondateurs avaient ainsi abouti à un système maçonnique qui tournait le dos à l’un des principes les plus solides de la tradition maçonnique anglaise !

  Le Grand Orient eut aussi, jusqu’à nos jours son système écossais, mais intégré à ses structures conformément aux pratiques les plus anciennes de la maçonnerie française. Le Suprême Conseil indépendant, quant à lui, dut régir ses loges bleues pendant quelques décennies, jusqu’à leur révolte autour de 1890, provoquant finalement la formation de la Grande Loge de France, puissance souveraine des grades bleus… écossais ! Point d’idéologie, là encore : l’histoire maçonnique bégayait simplement.

  Si l’écossisme est aujourd’hui divisé en France, ce n’est pas seulement pour des motifs, parfois peu substantiels, de divergence doctrinale entre les Obédiences : c’est simplement par récurrence historique des deux modèles anciens d’organisation des grades - le modèle français et le modèle anglais.

  Une fois encore, la connaissance de l’histoire est un moyen sûr pour relativiser les querelles en en désignant les sources réelles. Ne pourrait-elle, à ce titre, être à son tour source d’apaisement ?

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Histoire du REAA
commenter cet article
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 17:48

..La franc-maçonnerie qui s'implante en France vers 1725, dans le sillage d'exilés politico-religieux britanniques, est issue de la Grande Loge de Londres, d'inspiration Moderne. 

Le rite des futurs Modernes est traduit en français. Il est pratiqué par la quasi-totalité des loges qui se créent dans le royaume et ne semble pas avoir de nom. A partir de ce rite, à Lyon et en Alsace, va s'élaborer avec d'importants apports juifs, christiques, et chevaleresco-templiers, le Régime Rectifié. 

L'apparition d'autres systèmes maçonniques, dits presque toujours"écossais", la volonté du Grand Orient de France d'organiser et de contrôler la franc-maçonnerie française, et le désir de nombreuses loges d'avoir une version universelle des rituels, provoquent la fixation d'un rite" Moderne" qualifié en 1785-1786 de "Français". Au sein du Grand Orient, pour les grades bleus, dans la 4ème chambre dite Chambre des Grades, créée en 1782, et au sein du Grand Chapitre Général de France, quelques frères, notamment Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau, ont mené à bien ce travail. 


En 1785, le modèle français est à peu près fixé. Aux trois grades symboliques d'esprit Moderne, s'ajoutent quatre ordres supérieurs : Élu Secret, Grand Élu Écossais, Chevalier d'Orient et Souverain Prince Rose-Croix. En 1786 le Grand Orient propose un texte de référence pour les trois grades bleus, diffusé sous la forme de copies manuscrites. L'ensemble est désigné sous le nom de Rite Français. Pourtant. si certains des quatre grades supérieurs sont peut-être français, les trois premiers sont d'origine anglaise Moderne. L'objectif est en fait de se distinguer des divers systèmes dits écossais, souvent élaborés ou synthétisés en France, mais qui viennent rarement en droite ligne d'Écosse.

 La Révolution passée, en 1801, 1e Grand Orient le fixe en le faisant imprimer dans le Régulateur.  On notera qu'au début du siècle, ledit Régulateur du maçon (1801) inspiré du Rite des Modernes, et le Guide des maçons écossais (1803), en partie inspiré du Rite des Anciens, texte de référence du Rite Écossais Ancien et Ac­cepté, divergent plus sur la forme que sur l'esprit. Pourtant la concurrence de ces deux rites conduit à un effet de nomination. 


Au XIX' siècle, Rite Moderne devient équivalent de Rite Français. C'est ainsi que Vuillaume emploie les deux termes. Ils s'appliquent aussi bien aux trois premiers grades qu'aux quatre ordres supérieurs, mais l'un ou l'autre terme est historiquement contestable quand il désigne l'ensemble.

Le terme de Rite Français va ensuite s'imposer tandis que celui de Rite Moderne va tomber en désuétude dans le dernier tiers du XIX" siècle. Notons cependant qu'en Belgique, où les pesanteurs nationalo-linguistiques n'ont pas imposé l'adjectif "Français", le qualificatif "Moderne" est toujours utilisé. Quoi qu'il en soit, durant tout le XIX" siècle, la différenciation entre Régime Français et écossisme va aller croissant. Si le Rite Français est très majoritaire au Grand Orient de France, quelques-unes de ses loges travaillent au Rite Écossais Ancien et Accepté.        

En 1858, une nouvelle rédaction du Rite Français dit Murat, du nom du Grand Maître, est publiée "idéologiquement", le texte n'est guère différent de celui du Régulateur. Le nouveau modèle continue de définir la maçonnerie de manière "classique", dans la tradition andersonienne. On reste dans l'héritage de la philosophie des Lumières, et dans un spiritualisme assez fade et assez flou pour ne pas trop gêner les consciences. Notons cependant que ce premier toilettage se fait dans une obédience qui, depuis l'amendement Charles Duez adopté le 13 avril 1849, précise que la franc-maçonnerie "a pour base l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme".  
 

L'après-Convent de 1877 conduit à des retouches plus hardies. En 1879, le Grand Collège des Rites, chargé par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient, fait disparaître des rituels les formules trop ouvertement religieuses, comme la référence au Grand Architecte de l'Univers, les devoirs envers Dieu au 1°, l'explication métaphysique de la lettre G au 2° et l'invocation à Dieu du signe d'horreur au grade de maître. En 1886, une commission de 12 membres, présidée par l'avocat Louis Amiable (1837-1897), procède à une nouvelle révision adoptée en Conseil de l'Ordre les 15-16 avril. Le nouveau rituel français, qui prendra le nom de son principal rédacteur, est accompagné d'un "rapport sur les nouveaux rituels pour les loges" rédigé par Amiable lui-même. Ce codicille explique que le nouveau texte, en partie inspiré des rituels du Grand Orient de Belgique, se réfère grandement au positivisme. Sa philosophie générale est la "neutralité entre les diverses croyances" et le fait que"les données certaines fournies par l'état actuel de la science devaient être par nous mises à profit". Daniel LIGOU a présenté les violentes critiques adressées au rituel Amiable par Oswald WIRTH. Un rapport d'Amiable, adopté par le Grand Collège des Rites et transmis par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient à toutes les loges en mars 1896, clôt provisoirement le débat.  

Durant ce demi-siècle, les quatre ordres supérieurs tombent en désuétude. Le rituel Amiable, quelque peu modifié en 1907 sous l'autorité du Grand Commandeur Jean-Baptiste Blatin,  restera en l'état jusqu'en 1938, date où, sur l'initiative d'Arthur Groussier, alors Grand Maître du Grand Orient pour la 9" fois, un nouveau modèle du Rite Français est adopté. La nouvelle version est une tentative de retour aux sources symboliques du système français, et non une nouvelle mouture encore plus ultra positiviste. 


En 1955, la version définitive du rituel Groussier, légèrement aménagée dans la forme sous l'autorité de Paul Chevalier est imprimée et diffusée. Malgré quelques apports et quelques ajouts opérés par un certain nombre de loges, le rituel Groussier est toujours en vigueur. 

Dans le long travail de reconstruction des obédiences dans l'après-guerre, des maçons érudits et/ou versés dans les recherches initiatiques ou symboliques souhaitent retrouver ou revivifier les potentialités de la tradition maçonnique française du XVlIIème siècle, héritière des Modernes.

Ainsi, au sein du Grand Orient de France, des maçons regrettent que les frères attirés par le symbolisme et le respect des pratiques rituelles quittent le Rite Français pour l'écossisme. Ce petit groupe pense que l'on peut concilier option symbolique et rigueur rituelle au sein du Régime Français. Avec l'accord de Francis Viaud, alors Grand Maître du Grand Orient de France, il est décidé de "réveiller" le Rite Français dans sa version originale. A cet effet est créée la loge du Devoir et de la Raison (1955). Ses membres auraient pu utiliser le modèle imprimé du Régulateur (1801). Ils préfèrent essayer de reconstituer à partir de ce dernier, mais en y incluant des ajouts tirés de divers documents du XVl!l" siècle, un rituel proche de celui qui est pratiqué dans la franc-maçonnerie française adolescente. Ainsi naît le Rite Moderne Français Rétabli "Moderne", puisqu'il s'inscrit dans la tradition de la Grande Loge Anglaise des Modernes "Français" car il est fidèle à la version implantée en France et traduite en français "Rétabli" pour affirmer que le texte est le résultat d'un travail de reconstruction, de recomposition et de restitutions historiques, symboliques et philologiques. 


Aujourd'hui, le Rite Français Groussier est largement dominant au Grand Orient de France où il est exclusivement pratiqué par 750 loges (80% de l'effectif) et à la Grande Loge Mixte Universelle (38 loges sur 100). Il est légèrement majoritaire au sein de la Grande Loge Mixte de France (41 loges sur 75).  Depuis 1972 il est également pratiqué au sein de la Grande Loge Féminine de France, le Grand Orient ayant accordé une patente "française" à l'obédience féminine. 

Le Rite Moderne Français Rétabli est utilisé par 7 loges du Grand Orient tandis que 4 autres ateliers de cette obédience maçonnent au Rite Français Ancien, version voisine du Rétabli. Quelques frères de la rue Cadet, fondateurs ou affiliés à la Grande Loge Nationale Française Opéra devenue Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra apportent en 1958, le Rétabli à la nouvelle obédience où un dixième des ateliers l'utilisent encore. En 1968 les frères qui fondent la Loge Nationale Française apportent le Rite Moderne Français Rétabli qui donnera, après un long et minutieux travail "d'archéologie symbolique" pour retrouver des documents encore plus originaux, le Rite Français Traditionnel. 

Lors de la remise de la patente du Rite Français par le Grand Orient à la Grande Loge Féminine de France, quelques loges féminines adoptent également le Rite Français Moderne Rétabli. 

La Grande Loge Indépendante et Symbolique des Rites Unis-Humanilas issue d'une scission de la Loge Nationale Française, compte également quelques loges travaillant au Rétabli. 

39 loges du Grand Orient et quelques ateliers de la Grande Loge Féminine de France ont adopté le Rite Français Moderne d'après le Régulateur de 1801. 


En 1978, des frères de la Loge Nationale Française rejoignent la Grande Loge Nationale Française en y apportant le Rite Français Traditionnel. Londres, consultée le juge un peu trop"chrétien". Aussi l'obédience du boulevard Bineau a-t-elle préféré adopter le Rite Français d'après le canon du Régulateur de 1801. Aujourd'hui, une centaine d'ateliers de la Grande Loge Nationale Française le pratiquent. 


Ce panorama complexe montre combien les équations (Rite Français = Grand Orient de France et Rite Français = version Groussier) méritent d'être nuancées. De plus, ce tableau ne tient pas compte de diverses retouches ou réécritures apportées par des maçons ou des loges à l'une des trois grandes versions du Rite Français, ni des querelles picrocholines et des discours matamoresques des uns et des autres pour prouver l'authenticité, l'historicité et la véracité des diverses rédactions peu"orthodoxes". Quoi qu'il en soit, le Rite Français utilisé dans l'une des trois versions "historiques", proches dans la forme mais parfois différentes dans l'esprit, n'est plus majoritaire au sein de la franc-maçonnerie française, où il est rejoint  -voire dépassé - par le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Source : le blog de Montaleau

Repost 0
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 11:46

Le langage direct est incapable d’exprimer pleinement et complètement les pensées. S’il répond aux besoins immédiats de l’Homme, il est néanmoins insuffisant pour présenter en un grand ensemble une idée avec ses développements, ses corollaires et ses analogies. De même que les sentiments et les passions sont mieux décrits par les langages immatériels qui s’adressent directement au coeur, comme la musique et la peinture, de même les conceptions métaphysiques sont mieux développées et plus complètement exprimées par les allégories et les figures matérielles appelées symboles.
Un drame, lu dans un cabinet de travail, ne peut produire l’effet terriflant Si grandes que soient l’imagination du lecteur et son expérience en matière dramatique —de son interprétation par des acteurs complètement pénétrés de leurs rôles ; car, à la lecture, l’esprit, le principe vital du drame, ne peut pas empiéter sur la lettre, ni même se manifester par le moyen de la lettre.
Dans chaque idée, qu’elle soit exprimée par la parole ou par l’écriture, il est nécessaire de considérer la forme et le motif premier, la lettre et l’esprit, l’enveloppe matérielle et l’essence spirituelle, ou, suivant le langage des Mystères, l’exotérisme et l’esotérisme.
Le Langage direct et précis ne peut rendre une pensée que dans sa forme extérieure et incomplète. la nature grossière et indocile de nos langues occidentales, combinée avec la rigidité de notre système alphabétique représentant non des idées, mais seulement des sons, empêche entièrement l’essence de la pensée de s’ouvrir un chemin à travers la pure succession de mots constituant ce qu’on appelle une phrase grammaticalement construite.
Les anciens philosophes orientaux comprenaient parfaitement cela et donnaient par consequent à leurs discours une portée plus grande : car, non seulement leurs paroles avaient un sens strict et littéral, mais encore et surtout elles avaient un sens figuré. Ils imageaient richement leur langage, et parlaient en apologues, fables et paraboles, dirigeant ainsi les méditations de leurs auditeurs vers une source inépuisable d’applications religieuses et scientifiques.
De plus, leur écriture était également imagée, et les Egyptiens, nos anciens Maîtres, donnaient trois principales interpretations à chacun de leur caractères graphiques. Outre leur valeur phonétique, ces caractères avaient un sens symbolique ou hièroglyphique et un sens sacré ou hièratique.
Le langage sacré des Kabbalistes, sur la philosophie desquels reposent les enseignements de la Franc-Maçonnerie en général et du Martinisme en particulier, était l’Hébreu. Une lettre, en Hébreu, avait : 1° une valeur phonétique ; 2° une valeur numérique ; 3° elle représentait une idée positive, quand elle était seule ; 4° une idée relative, lorsqu’elle était accompagnée d’autres lettres ; enfin, 5° elle avait un pouvoir effectif et talismanique, combinant tout de suite la pensée, la parole et l’action.
Un simple mot de la langue sacrée renferme en lui-même un sujet inépuisable de méditations qui ne sauraient trouver place dans des volumes écrits au moyen de nos caractères graphiques, directs et mathématiques, signes dépourvus de sens, étranglés au milieu d’une orthographe barbare et dune syntaxe tyrannique.
Pour comprendre les Mystères de l’Antiquité et perpétuer l’ancienne Sagesse, le recours à leur Symbolisme est nécessaire ; ce fut le premier langage de l’homme, ce sera aussi le dernier, car, comme dans le cercle formé par un serpent se  mordant la queue, la fin des choses se confond avec leur origine et ainsi l’Humanité ne meurt jamais que pour se survivre à elle-même.
Ceci est le premier et sera le dernier Symbole du Martinisme, institution qui représente aujourd’hui les anciennes écoles de philosophie. Cet Ordre communique ses enseignements par le moyen de la méthode éminemment intellectuelle de l’analogie, qui est la seule voie conduisant à la comprehension de la nature abstraite de Dieu, de l’Homme et de l’Univers.
Suivant les Traditions de nos anciens maîtres, les Egyptiens, les Chaldéens, les Platoniciens et plus spécialement les Kabbalistes, nous croyons que toutes les lois de la création sont identiques et peuvent être réunies dans un grand et unique Principe, appelé l’Absolu, qui gouverne avec une égale régularité les phénomènes de la nature, les pensées et les actions de l’Homme, et la puissance créatrice de Dieu.
Cest pour la recherche de l’Absolu, autre dénomination de ce que nos Frères Hermétiques appelaient la Pierre philosophale, qu’on engage les Martinistes à méditer avec patience sur les beaux symboles qui vont vous être expliqués.
 
 
Les Luminaires
 
Voyez ces Luminaires, disposés en triangle et qui reposent sur des couches de différente couleur, rouge et noire. Ils symbolisent l’Unité émanant de la Diversité.
De même qu’une seule et unique Lumière émane de trois Luminaires différents, de même une seule et unique Vérité émane de sources différentes et en apparence opposées.
Dans ce Symbole, l’Initié sait reconnaître la Religion, toujours la même sous les cultes multiples qui la traduisent aux profanes.
Il n'y a qu’une Religion, comme il n’y a qu’une Vérité, et aucun Culte, qu’il se nomme Brahmanisme, Bouddhisme, Catholicisme, Judaisme ou Islamisme, ne peut s’attribuer le monopole à l’exclusion des autres Cultes. C’était là le fond des initiations antiques, mystères de Memphis, d’Eleusis, de Mithra, etc.
Tout prêtre d’un ancien Culte était un Initié : c’est-à-dire qu’il comprenait parfaitement qu’une seule Religion existait et que les différentes formes de Culte ne servaient qu’il traduire cette Religion aux différents peuples, selon leurs temperaments particuliers. Comme résultat important de ce fait, le prêtre d’un Dieu pouvait être honorablement reçu dans les Temples de tous les autres dieux, et autorisé à leur sacrifier. Il ne faut pas penser, cependant, que cela fût dû à la doctrine ou à l’idée du Polythéisme : le Grand-Prêtre des Israélites reçut dans le Temple un Initié, Alexandre le Grand, et le conduisit dans le Saint des Saints pour offrir un sacrifice (Papus, Le Tarot).
Nos querelles religieuses pour la suprématie d’un Culte sur un autre auraient beaucoup amusé un ancien Initié et l’auraient rempli de mépris pour notre ignorance et notre mauvaise foi. Le but de la plupart des Sociétés secrètes est, par le moyen des hommes d’intelligence, de rétablir cette union, cette tolérance, parmi les membres de la famille humaine.
Songez à l’immense progrès que ferait accomplir à la marche des peuples vers la Perfection cette Communion Universelle des prêtres de tous les Cultes, et vous comprendrez alors la grandeur de l’idée que nous poursuivons.
De même que la Foi, la Science doit voir l’Unité sortir de la Diversité par la synthèse scientifique, concilliant enfin, d’une manière rationnelle, le Matérialisme et l’Idéalisme.
L’Orateur qui s’adresse à un Néophyte bien au courant de la science petit ici disserter sur les vérités et les erreurs des écoles modernes de philosophie.
 
 
Hiérarchie
 
Les Luminaires reposent sur des couches de différente couleur comme un emblème du vrai principe de Hiérarchie, qu’on retrouve à l’origine de toute organisation. la Hiérarchie est ici figurée par les luminaires eux-mêmes, et la lumière, représentée par les couleurs rouge et noire, s’atténue à mesure que l’on descend.
 


HIÉRARCHIE


SOCIALE*


SCIENTIFIQUE*


RELIGIEUSE*


Luminaires
Rouge
Noir


Exécutive
Législative
Judiciaire


Maître
Disciples
Éléves


Dieu
Prêtres
Croyants


*Chacun de ces sujets pourra servir de théme à de longs développements, suivant les préférences reconnues du Candidat.
 

Telle doit être la base de toute organisation véritable et sûre, qu’elle soit sociale, scientifique ou religieuse.
Nous adorons la Divinité dans ses manifestations hiérarchiques dans la Nature dans l’Homme et dans ce Divin « Monde des Esprits qui n’est pas ferme ».
Au sujet de l’Homme, nous retrouvons la même Hiérarchie dans les trois parties qui constituent le tronc : le Ventre, la Poitrine, la Tête, qui donnent respectivement naissance : le Ventre, au Corps qu’il renouvelle ; la Poitrine, à la Vie, qu’elle entretient ; la Tête, à la Pensée qu’elle manifeste.
La Tête et la Pensée, figurées par les Luminaires, sont le degré de la Lumière ; la Poitrine et la Vie, figurées par le drap rouge, sont le degré de la Pénombre ; et le Ventre et le Corps, figures par le drap noir, sont le degré de l’Ombre.
Dans la Nature aussi bien que dans l’Homme, on retrouve encore cette Hièrarchie mystérieuse de trois degrés, dans ce qu’on nomine les trois règnes : le Minéral, le Végétal et l’Animal le règne minéral correspondant au Corps de l’Hommeou au Drap noir, le règne végétal à la Vie de l’Homme ou au Drap rouge, et le règne animal à la Pensée de l’Homme ou aux Luminaires.
Dieu, l’Homme et la Nature forment les trois grandes divisions hièrarchiques de l’Univers, et chaque terme semble être animé d’un pouvoir qui lui est particulier.
La Nature agit par une force fatale guidée par le hasard, dirions-nous, si le hasard existait. Cette force fatale et aveugle est la Destinée, le Dieu des Matérialistes, symbolisé par le Drap noir.
L’Homme agit par la force, demi-fatale et demi-intelligente, de son cerveau ; par sa Volonté, aussi puissante que la Destinée, et qui est symbolisée par le Drap rouge. La Volonté humaine est le Dieu du Panthéisme.
Dieu agit par le force superintelligente et supersconciente nominée Providence, Laquelle peut s’unir à la Volonté humaine, mais seulement par le consentement libre et absolu de cette Volonté ce qui est un grand mystère que nous devons abandonner a votre méditation. La Providence est le Dieu du plus pur Théisme de l’impressionnante initiation des Anciens ; elle est symbolisée ici par les Luminaires.
Mais, de même que ces trois Luminaires ne donnent qu’une seule lumière, de même ces trois grandes puissances, Destinée, Volonté humaine et Providence, ne sont qu’une seule et unique Force Universelle occupant le Centre de tout ce qui existe.
A cette grande force, l’Ancienne Sagesse a donna le nom de Lumière, et c’est bien cette lumière qui, crée par Dieu « dans le commencement », quand la Terre était informe et vide, précéda la lumière purement physique du soleil.
C’est sur la parfaite considération des analogies, même de l’identité de ces trois grandes forces, que doit être basée la réconciliation des trois grandes Écoles de la Philosophie moderne l’Athéisme, le Panthéisme et le Théisme en une grande et forte association pour le triomphe de la Vérité scientifique et religieuse : la proclamation d’une seule Loi, d’une seule Force, d’une seule Lumière, d’un seul Dieu.
Enfin, les trois Luminaires, véritables flambeaux de la Science Universelle, symbolisent aussi les trois grandes Colonnes de la Kabbale, sur lesquelles repose l’Univers intellectuel et physique la Beauté, la Force et la Sagesse.
Dans les Écoles gnostiques, auxquelles le Martinisme se rattache étroitement, la Beauté, dont l’initiale en hébreu est G (רםנ, Gomer), est la force morale, la force de la volonté, dispensatrice de la Vie et de la Mort, du Bien et du Mal, ou, en d’autres termes, le Pouvoir social ; la Force, dont l’initiale en hébreu est O (צר, oz), est la force matérielle, dynamique ou numérique ; la Sagesse, dont l’initiale en hébreu est D (רפד Dabar), est la force spirituelle manifestée par la Science philosophique et religieuse.
Ces initiales, G. O. D., vous rappellent que c'est dans l’association de la Sagesse, ou Religion et Science psychique, de la Force ou Philosophie naturelle, et de la Beauté ou Morale et Politique, que les Martinistes arrivent à la compréhension du Grand Principe unique, l’Absolu, qui est représenté par la pointe d’un instrument effilé et dont le nom, dans nos Mystères, est composé kabbalistiquement des initiales de Gomer, Oz et Dabar, c’est-à-dire Beauté, Force et Sagesse, G-O-D.
Les applications des quelques principes qui vous ont été exposés sont infinis. Mais vous seul devez les développer à vous-même, dès que vous avez découvert la route à suivre. Méditez de tout votre coeur sur le Symbole des trois Luminaires et sur leur mystèrieuse disposition, et la Providence vous sanctifiera.
Nous représentons ce Symbole des trois Luminaires par des hiéroglyphes et des nombres.
Enseignant la grande Loi de l’Unité dans la Trinité, les Luminaires sont représentés par la lettre hébraïque Aleph (א), qui, en Kabbale, est le symbole de Dieu et de l’Homme. Cette lettre est composée de deux iods (י) placés de chaque côté d’un vau incliné (ו). Ces trois lettres, cependant, par leur disposition, ne font qu’un seul caractère.
Celui-ci représente trois nombres : un, vingt-six et huit. Un, parce qu’il est la première lettre de l’alphabet hébreu ; —vingt-six, parce-qu'il est compose de deux iods et d’un vau, dont les valeurs respectives sont 10, 10 et 6 ; huit, parce qu’il est la somme de la réduction théosophique de 26, c’est-à-dire 2 + 6 = 8.
La figure 1 est le nombre de Dieu ; le nombre 26 est celui du Nom incommunicable de la Divinité הןהי (Iod-Hé-Vau-Hé) dont les lettres totalisées forment le nombre 26, c’est-à-dire ה5 + ן6 + ה5 + י10 = 26
Enfin, le nombre 8 symbolise la divine Unité des Cercles Universels, les Cieux et la Terre, la Pensée de Dieu.
 
 
Le Masque
 
Le Masque est posé sur le visage du Néophyte par le 1er Maître des Cérémonies.
Par ce masque, ta personnalité mondaine disparaît. Tu deviens un Inconnu, au milieu d’autres Inconnus ; tu n’as plus à redouter les susceptibilités mesquines auxquelles est astreinte ta vie quotidienne au milieu de gens qui te guettent sans cesse ; tu es bien protégé contre les pièges que l’ignorance, jointe à l’opinion prétentieuse, tendra chaque jour devant toi. Comme nos Anciens Frères, applique—toi à l’art de rester Inconnu, à te retirer en toi—même, tout en observant les autres. Que le masque de la circonspection te protège toujours contre les regards inquisiteurs de ceux dont le caractère. Et la conduite ne prouveraient pas qu’ils sont dignes de venir et de paraître dans le Sanctuaire sacré où la Vérité délivre ses oracles.
Te trouvant seul en face de gens que tu ne connais pas, tu n’as rien à leur demander. C'est de toi-même, dans tout ton isolement, que tu dois tirer les principes de ton avancement. N’attends rien des autres qu’en cas de suprême besoin ; en d’autres termes, apprends à toujours être toi-même.
Inconnu, tu n’as d’ordre à recevoir de personne. Seul tu es responsable de tes actes devant toi-même, et ta Conscience est le maître redouté de qui tu dois toujours prendre conseil, le juge sévère et inflexible à qui tu dois rendre un juste compte de tes actes.
Ce masque, qui t’isole du reste de tes semblables pendant la période de travail, te montre le prix que tu dois attacher à ta Liberté, toute-puissante par ta Volonté devant le Destin et devant la Providence, « cette Liberté que l’on peut appeler la Divinité de l’Homme, le plus beau, le plus superbe, le plus irrévocable de tous les dons de Dieu de l’Homme ; cette Liberté que le Créateur suprême lui-même ne saurait violer sans nier sa propre nature ; cette liberté que l’on doit obtenir par la force quand on ne la possède pas comme une suprême autocratic » (Ehiphas Lévi).
Et, ô mon Frère, tu le possèdes pas cette liberté, qui est la liberté de l’âme et de l’esprit, et non pas seulement celle du corps ; c’est en combattant contre tes passions, tes désirs terrestres, que tu peux espérer conquérir cette indépendance si glorifiée, si vraiment divine.
Personne au monde n’a le droit de te priver de cette liberté intellectuelle et morale ; seul tu en es le Maître absolu, seul tu répondras devant ta conscience des erreurs et des fautes qu’elle t’aura fait commettre.
Que le masque t’enseigne à demeurer Inconnu de ceux que tu auras tirés du malheur ou de l’ignorance ; sache sacrifier ta personnalité toutes les fois qu’il le faut pour le Bien de la Collectivité.
B.-B. Nagarkar disait en 1893, devant le Grand Parlement des Religions tenu à Chicago :
« Bouddha, le grand instituteur de la Morale, nous enseigne, dans le style le plus sublime, la doctrine de Nirvâna, de l’abnégation de soi-même, de l’effacement personnel. Cette doctrine n’est pas autre chose que celle de la subjugation et de la conquête de notre sensualité. Car vous savez que l’Homme est un être composé. En lui, il y a l’ange et l’animal ; et l’entraînement spirituel de notre vie ne signifie pas autre chose que la subjugation de l’animal et la misé en liberté de h’ange... »
Tels sont, ô mon Frère, les enseignements du Symbole si profond du masque ; d’autres sens te seront révélés, si ton coeur sait les désirer.
Ce Symbole est la pierre fondamentale du Martinisme, et nous le représentons hièroglyphiquement par la lettre י (iod), parce que cette lettre est le principe, la cellule, dont toutes les lettres de l’alphabet hébraïque sont formées. L’Associé masqué est aussi le principe, la cellule qui forme le grand corps de l’Humanité temporelle et spirituelle régénérée.
Le Masque est aussi représenté par la figure 10, qui est le nombre de la lettre י (iod) et le nombre de la Pensée, et la fois Humaine et Divine.

Source : rituel martiniste

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Symbolisme
commenter cet article

Présentation

  • : Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Contact

Blason de la RL Laurence Dermott

Loge-Dermott.gif

        727 ARTICLES

                       537 ABONNES 

Recherche

St Patrick blessing

 

 irish-flag-cd51f

May St. Patrick guard you wherever you go,

and guide you in whatever you do,

and may his loving protection

be a blessing to you always.

God save the Ireland

           

Michaël Collins

Danny Boy