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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:31

Évangile de Judas :

Traduction en français de l'évangile de Judas par Eric - Infologisme.com
Traduction libre de tous droits pour un usage privé.
Droits de traduction réservés, propriété intégrale de son auteur.
Reproduction interdite de cette traduction sur tous médias sans autorisation :
"Introduction : Incipit
Le récit secret de la révélation de la conversation de Jésus avec Judas Iscariot durant trois jour pendant la semaines avant qu’il ait célébré la pâque.
Le ministère terrestre de Jésus
Quand Jésus est apparu sur terre, il a réalisé des miracles et de grandes merveilles pour le salut de l’humanité. Et depuis a [marché] dans la droiture de manière certaine alors que d’autres marchaient dans leurs transgressions, les douze disciples se sont appelés.
Il a commencé à parler avec eux au sujet des mystères du monde de l’au delà et ce qui aurait lieu à l’extrémité. Souvent il n’est pas apparu à ses disciples en tant que Jésus, mais se trouvait parmi eux comme un enfant.
Scène I : Dialogues de Jésus avec ses disciples : La prière d’action de grâce ou de l’eucharistie
Un jour il était avec ses disciples en Judée, Jésus les découvrit recueillis ensemble et assis, dans l’observance pieuse. Quand il [approcha] ses disciples, [34] recueillis ensemble et assis, alors qu’ils offraient une prière d’action de grâce au-dessus du pain, [il] rie.
Les disciples [lui] ont dit, « Maître, pourquoi te moques-tu [de notre] prière d’action de grâce ? Nous avons fait ce qui est exact. »
Il a répondu et leur a dit, « Je ne ris pas de toi. Vous ne faites pas ceci en raison de votre propre volonté, mais parce que c’est par ceci que votre dieu [sera] félicité. »
Ils ont dit, « Maître, tu es […] le fils de notre dieu. »
Jésus leur dit, « Comment me connaissez-vous ? Vraiment [je] vous dit, aucune génération du peuple qui sont parmi vous me connaîtra. »
Les disciples deviennent fâchés
Quand ses disciples entendirent ceci, ils ont commencé à sentir leur colère grandir de plus en plus et ont commencé à blasphémer contre lui dans leurs cœurs.
Quand Jésus a observé leur manque de [compréhension, il leur a dit], « Pourquoi cette agitation vous a-t-elle mené à la colère ? Votre dieu qui est chez vous et […] [35] vous a provoqué pour irriter [l’intérieur] de vos âmes. [Laisser] n’importe quel d’entre vous, qui est [assez fort] parmi les êtres humains, mettre en évidence la perfection de l’humain devant moi. »
Ils dirent tous, « Nous avons la force. »
Mais leurs esprits n’ont pas osé se tenir devant [lui], excepté celui de Judas Iscariot. Il pouvait se tenir devant lui, mais il ne pourrait pas le regarder dans les yeux, et il a détourné le regard de son visage.
Judas lui [dit], « Je sais de qui tu es et d’où tu es venus. Tu es du royaume immortel de Barbélo. Et je ne suis pas digne pour prononcer le nom de celui qui t’a envoyé. »
Jésus parle à Judas en privé
Sachant que Judas reflétait un esprit très exalté, Jésus lui dit en particulier, « Étape loin des autres et je te dirai les mystères du royaume. Il est possible que tu l’atteignes, mais tu t’affligeras beaucoup. [36] Pour quelqu’un d’autre tu remplaceras, pour que les douze [les disciples] puissent encore venir à l’accomplissement avec leur dieu. »
Judas lui dit, « Quand me diras-tu ces choses, et [quand] le jour splendide de l’aube légère pour l'humanité ? »
Mais quand il dit ceci, Jésus l’a laissé.
Scène II : Jésus apparaît aux disciples encore
Le matin suivant, après que ceci se soit produit, Jésus [apparu] à ses disciples encore.
Ils ont lui dit, « Maître, où tu es allé et ce que tu as fait quand tu nous as laissés ? »
Jésus leur à dit, « Je suis allé à une autre grande et sainte génération. »
Ses disciples lui ont dit, « Seigneur, ce qui est la grande génération qui est supérieure à nous et plus sainte que nous, qui n’est pas maintenant dans ces royaumes ? »
Quand Jésus a entendu ceci, il a ri et leur a dit, « Pourquoi pensez-vous à vos cœurs à la génération forte et sainte ? [37] Vraiment [je] te le dis, personne supérieure [de] ce temps infini ne verra cela la [génération], et aucun de la génération de mortelle qui tient le premier rôle ne régnera du royaume des anges, et aucune personne de naissance mortelle peut lui être associée, parce que cette génération ne vient pas de […] ce qui est devenu […]. La génération des personnes parmi [vous] est de la génération de l’humanité […] puissance, qui […] d’autres puissances […] par ce [que] te règnes. »
Quand [ses] disciples ont entendu ceci, ils se sont sentis chacun préoccupés dans leur l’esprit. Ils ne pouvaient plus dire un mot.
Un autre jour Jésus a été soulevé [ils]. Ils [lui] ont dit, « Maître, nous t’avons vu dans la [vision], parce que nous avons eu les grands [rêves…] nuit […]. »
[Il a dit], « Pourquoi avoir [vous… quand] ils sont entrés à l'intérieur se cacher ? » [38]
Les disciples voient le temple et en discutent
Ils ont [dit, « Nous avons vu] une grande [maison avec un grand] autel [dans lui, et] douze homme sont-ils les prêtres, nous dirions et un nom ; et une foule de personne attende à cet autel, [jusqu’à] ce que les prêtres [… et reçoit] les offrandes. [Mais] nous avons continué à attendre. »
[Jésus dit], « À quoi ressemblent [les prêtres] ? »
Ils ont [dit, « Certains…] deux semaines ; certains sacrifient leurs propres enfants, d’autres leurs épouses, dans l’éloge [et] l’humilité les uns avec les autres ; certains dorment avec les hommes ; certains sont impliqués dans [l’abattage] ; certains commettent une multitude de péchés et de contrats d’anarchie. Et les hommes qui se tiennent [avant] que l’autel appellent votre [nom], [39] et dans tous contrats de leur insuffisance, les sacrifices sont apportés à l’accomplissement […]. »
Après qu’il aient dit ceci, ils restaient immobiles, parce qu’ils étaient préoccupés.
Jésus offre une interprétation allégorique de la vision du temple
Jésus leur a dit, « Pourquoi êtes-vous préoccupés ? Vraiment je te dis, tous les prêtres qui se tiennent devant cet autel appellent mon nom. Encore je te le dis, mon nom a été écrit sur ceci […] des générations d'étoiles par les générations humaines. [Et ils] ont planté des arbres sans fruit, en mon nom, d’une façon honteuse. »
Jésus leur à dit, « Ceux que vous avez vus que recevant les offrandes à l’autel qui –c’est qui vous êtes. C’est le dieu que vous servez, et vous êtes ces douze hommes vous avez vus. Le bétail que vous avez vu apporter pour le sacrifice sont les nombreuses personnes que vous déroutez [40] devant cet autel. […] tiendra et se servira de mon nom de cette façon, et les générations de la volonté pieuse lui demeurent fidèles. Après que salut un autre homme se tenant parmi [les fornicateurs], et des autres se tiendront parmi les tueurs d’enfants, et un autre de ceux qui dorment avec les hommes, et ceux qui s’abstiennent, et le reste des personnes plein de souillure et l’anarchie et l’erreur, et de ceux qui disent, « nous sommes comme des anges » ; ils sont les étoiles qui apportent tout à sa conclusion. Pour les générations humaines on a dit, regarde, « Dieu a reçu votre sacrifice des mains d’un prêtre » qui est un faux ministre. Mais c’est le seigneur, le seigneur de l’univers, qui commande, le dernier jour où ils seront mis à la honte. » [41]
Jésus [leur] a dit, le « Cesser de [sacrifier…] ce que vous avez […] au-dessus de l’autel, puisqu’ils sont mortels vos étoiles et vos anges et sont déjà arrivé à leur fin. Les laisser ainsi soit [attrapé] avant toi, et les laisser vont [-environ 15 lignes manquant] des générations […]. Un boulanger ne peut pas alimenter toute la création [42] dessous [ciel]. Et […] à eux […] et […] à nous et […].
Jésus leur a dit, « Arrêtez de lutter avec moi. Chacun de vous fait tenir sa propre étoile, et chaque corps [-environ 17 lignes manquant] [43] dans […] qui est venu [… ressort] pour l’arbre […] de ce temps infini […] pendant un certain temps […] mais il est venu pour arroser le paradis de Dieu, et la [génération] qui dure, parce que [il] ne défilera pas le [secteur de] la cette génération, mais […] pour toute l’éternité. »
Judas interroge Jésus au sujet de cette génération et de générations d’humain
Judas lui a dit, « [Rabbin], quel genre de fruit fait ce produit de génération ? »
Jésus a dit, « Les âmes de chaque génération humaine mourront. Quand ces personnes, cependant, ont fini la période du royaume et l’esprit les laissent, leurs corps mourront mais leurs âmes seront vivantes, et ils sont pris. »
Judas a dit, « Et ce que veulent faire le reste des générations humaines ? »
Jésus a dit, « Il est impossible [44] de semer la graine dessus d’une [roche] et de moissonner son fruit. [Ceci] est également la manière […] la génération [défilée] […] et Sophia est corruptible […] la main qui a créé les personnes mortelles, de sorte que leurs âmes aillent jusqu’aux royaumes éternels des cieux. [Vraiment] je te dis, […] ange […] la puissance pourra voir cela […] ceux-ci à qui […] générations saintes […]. »
Après que Jésus eut dit ceci, il partit.
Scène III : Judas raconte une vision et Jésus répond
Judas a dit, « Maître, comme tu as écouté tous les autres, écoute-moi maintenant également. Pour moi j’ai eu une grande vision. »
Quand Jésus a entendu ceci, il a ri et lui à dit, « Toi le treizième esprit, pourquoi es-tu éprouvé si durement ? Mais parle en confiance, et je te soutiendrai. »
Judas lui a dit, « Dans la vision où je me suis vu pendant que les douze disciples me lapidaient et [45] me persécutaient [sévèrement]. Et je suis également venu à l’endroit où […] après toi. J’ai vu [une maison…], et mes yeux ne pouvaient pas [comprendre] sa taille. Les grandes personnes lui étaient environnantes, et cette maison avec un toit de verdure, et au milieu de la maison était [–deux lignes manquant entièrement], le maître a dit, de me prendre dedans avec ces personnes. »
[Jésus] répondu et dit, « Judas, Ton étoile t’as conduit dans l’égarement. » Il a continué, « Aucune personne de naissance mortelle n’est digne pour entrer dans la maison que tu as vu, parce que cet endroit est réservé pour le saint. Ni le soleil ni la lune ne régnera là, ni le jour, mais la volonté sainte demeurent là toujours, dans le royaume éternel avec les anges saints. Regarde, je t’ai expliqué les mystères du royaume [46] et je t’ai enseigné qu’au sujet de l’erreur des étoiles ; et […] l’envoyer […] les douze éternités. »
Judas s’enquiert de son propre destin
Judas a dit, « Maître, se pourraient-il être que ce que je sème est commandé par des règles ? »
Jésus lui répondu et dit, « Vient, qu’il [-deux lignes manquant], mais que tu t’affligeras beaucoup quand tu verras le royaume et toute sa génération. »
Quand il a entendu ceci, Judas lui a dit, « Quel bonheur est-il que je sois reçu ? Pour toi une place particulière pour cette génération. »
Jésus répondu et dit, « Tu deviendras le treizième, et tu seras maudit par l’autre génération et tu viendras pour régner au royaume des cieux. En le derniers jours ils maudiront ta montée [47] à la [génération] sainte. »
Jésus enseigne Judas au sujet de la cosmologie : l’esprit et l’origine interne
Jésus a dit, « [Vient], que je puisse t’enseigner au sujet [des secrets] d’aucune personne n’[a] jamais vue. Pour l’existence d’un grand et illimité royaume, dont l’ampleur qu’aucune génération des anges n’a vue, [dans lequel] il y [a] de grand invisible [esprit], qu’aucun oeil d’un ange n’a jamais vu, aucune pensée du cœur n'a jamais compris, et il ne s’est jamais appelé par n’importe quel nom.
« Et un nuage lumineux est apparu là. Il a dit, laisser un ange se produire en tant que mon serviteur. » Un grand ange, produit par le divin éclairé, émergé du nuage. En raison de lui, quatre autres anges se sont produits d’un autre nuage, et ils sont allés à bien des personnes servir pour le Créateur d’ange. Le Créateur dit, [48] Laissé […] produit […], et il s’est produit […]. Et il a [créé] la première lumière pour régner au royaume des cieux. Il a dit, Laisser les anges se produire pour [le] servir, et les myriades indénombrables se sont produites. Il a dit, [Laisser] l'éternité éclairé la création, et la création fut. Il a créé la deuxième lumière pour régner sur le royaume des cieux, ainsi que d’innombrables myriades d’anges, pour offrir de le servir. C’est comment il a créé le reste des temps infinis éclairés. Il leur a fait le royaume des cieux, et il a créé pour eux d’innombrables myriades d’anges, pour l’aider. »
Adamas et les lumières
« Adamas était dans le premier nuage lumineux qu’aucun ange n’a jamais vu parmi ceux qui l’appelaient “Dieu”. Il [49] […] cela […] l’image […] et après la similarité de [cet] ange. Il a fait apparaître la [génération] incorruptible de Seth […] les douze […] le vingt-quatre […]. Il a fait soixante-douze lumières apparaître dans la génération incorruptible, selon la volonté de l’esprit. Les soixante-douze lumières elles-mêmes faites trois cents soixante lumières apparaissent dans la génération incorruptible, selon la volonté de l’esprit, que leur nombre devrait être de cinq pour chacun. »
« Les douze temps infinis des douze lumières constituent leur père, avec six cieux pour chaque temps infini, de sorte qu’il y ait soixante-douze cieux pour les soixante-douze lumières, et pour chaque [50] [d’entre eux cinq] firmament, pour un total de trois cents soixante [firmament…]. »
« Ils ont été donnés l’autorité et une [grande] foule [innombrables] d’anges, pour la gloire et l’adoration, [et ensuite celle également] des spirituels vierges, pour la gloire et l’adoration de toute l’éternité des cieux et de leurs firmaments. »
Le Cosmos, Chaos, et les Enfers
La multitude de ces immortels s’appelle la perdition du cosmos c’est-à-dire, par le père et les soixante-douze lumières qui sont avec la création et ses soixante-douze éternités. Dans lui le premier humain est apparu avec ses puissances incorruptibles. Et l’éternité qui est apparu avec sa création, le nuage de la connaissance et l’ange qui sont l’éternité, s’appelle [51] El. […] l’éternité […] ensuite cela […] dit, Laisser douze anges s’employer [à] régler des cieux la fin du chaos et [des enfers]. Et regarde, de ce nuage là est apparu un ange dont le visage a l’incandescence et scintillement du feu et dont l’aspect paraissait maculé de sang. Son nom était Nebro, qui signifie le rebelle ; d’autres l’appellent Yaldabaoth. Un autre ange, Saklas, est également venu du nuage. Ainsi Nebro a créé six anges - aussi bien que Saklas - pour être des aides, et ceux-ci ont produit douze anges dans les cieux, chacun recevant avec une partie dans les cieux. »
Les règles et les anges
« Les douze règles ont parlé avec les douze anges : Laisser chacun de toi [52] […] et les laisser […] anges de génération [- une ligne perdue] :
Le premier est [S]eth, qui s’appelle le Christ.
[En second lieu] est Harmathoth, qui est […].
Le [troisième] est Galila.
Le quatrième est Yobel.
Le cinquième [est] Adonaios.
Ce sont les cinq qui ont régné au-dessus des enfers, et d’abord partout du chaos... »
La création de l’Humanité
« Alors Saklas a indiqué à ses anges, de nous laisser créé un être humain d’après la similarité et d’après l’image. Ils modelèrent Adam et son épouse Eve, qui s’appelle, dans le nuage, Zoe. Pour que l’humanité appelle l’homme par ce nom, et chacun d’eux appellent la femme par ce nom. Maintenant, Sakla [53] n’a pas com[mandé …] excepté […] les générations… ceci […]. Et le [souverain] dit à Adam, vous vivra longtemps, avec vos enfants. »
Judas s’enquiert du destin d’Adam et de l’Humanité
Judas dit à Jésus, « [Quel] est la plus longue durée du temps que l’être d’humain vivra ? »
Jésus a dit, « Pourquoi es-tu interrogatif sur ceci, qu’Adam, avec sa génération, a vécu son espérance de vie à l’endroit où il a reçu son royaume, avec la règle de sa longévité ? »
Judas dit à Jésus, « L’esprit humain meurt-il ? »
Jésus a dit, « C’est pourquoi Dieu a commandé Michael de leur donner comme prêt le spirituel des personnes, de sorte qu’ils pourraient offrir le service, mais le Dieu a commandé Gabriel d’accorder du spirituels à la grande génération sans la règle de plus c’est-à-dire, l’esprit et l’âme. Par conséquent, [repos] des âmes [54] [-une ligne manquant].
Jésus discute de la destruction du mauvais avec Judas et d’autres
« […] allumer [-presque deux lignes manquant] autour de […] laisser […] esprit [qui est à dire] chez toi angle de saturation en cette [chair] parmi les générations des anges. Mais Dieu a fait que la connaissance soit [donné] à Adam et à ceux qui sont avec lui, de sorte que les rois du chaos et des enfers ne pourraient pas régner en seigneur sur eux. »
Judas a dit à Jésus, « Ainsi ces générations que feront-elles ? »
Jésus a dit, « Vraiment je dis à toi, parce que toutes les étoiles apportent des sujets à l’accomplissement. Quand Saklas pendant le temps qui lui était alloué accomplit, leurs premières étoiles apparaîtront avec les générations, et elles finiront ce qu’elles ont annoncé de faire. Puis ils forniqueront en mon nom et massacreront leurs enfants [55] et eux la volonté […] et [-environ six et demie manquant] mon nom, et lui volonté […] votre étoile excédant la [treiz]ième éternité.
Ensuite Jésus à [ri].
[Judas dit], « Maître, [pourquoi te moques-tu de nous] ? »
[Jésus] répondu [et dit], « Je ne ris pas [de toi] mais de l’erreur de l’étoile, parce que ces six étoiles accompagnées de ces cinq combattants, et ils seront tous détruits avec leurs créatures. »
Jésus parle des baptisés et de la trahison de Judas
Judas dit à Jésus, « Regardent, que feront ou deviendront ceux qui ont été baptisés en ton nom ? »
Jésus a dit, « Vraiment je [te] dis , ce baptême [56] […] mon nom [-environ neuf lignes manquant] à moi. Vraiment [je] te dis, Judas, [ceux qui] les sacrifient offre à Saklas […] Dieu [-trois lignes manquant] tout qui est mauvais. »
Mais tu les excéderas tous. Pour toi tu sacrifieras l’homme qui me vêt.
« Ta conscience a été réveillé,
ta colère a grandi,
ton étoile a rayonné,
et ton cœur a […]. [57] »
« Vraiment […] votre dernier […] devenu [-environ deux et demie manquant], s’affliger [-environ deux lignes manquant] la règle, puisqu’il sera détruit. Et alors l’image de la grande génération d’Adam sera exaltée, pour avant le ciel, la terre, et les anges, pour que la génération, qui est des royaumes éternels, existe. Regarder, tout vous à été dits. Soulever vers le haut vos yeux et regarder le nuage et la lumière de l’étoile et qui l’entoure. L’étoile qui te guide est l’étoile qui est la tienne. »
Judas a soulevé vers le haut ses yeux et a vu le nuage lumineux, et l’a pénétré. Ceux se tenant sur la terre ont entendu une voix venir du nuage, l’énonciation, [58] […] grande génération […] … image […] [-environ cinq lignes manquant].
Conclusion : Judas trahit Jésus
[…] Leurs hauts prêtres ont murmuré parce qu’[il] était entré dans la salle d’invité pour sa prière. Mais quelques scribes observaient là soigneusement afin de l’arrêter pendant la prière, parce que ils avaient peur du peuple, puisqu’il a été considéré par tous comme un prophète.
Ils ont approché Judas et lui ont dit, « Que faites-vous ici ? Vous êtes disciple de Jésus. »
Judas leur a répondu comme ils ont souhaité. Et il a reçu une certaine somme d’argent et le tout remis d’eux.
Évangile de Judas."

Plusieurs sectes antérieures au caïnisme avaient expliqué l'origine du bien et du mal en supposant une intelligence bienfaisante, qui tirait de son sein des esprits heureux, innocents, et une intelligence malfaisante, qui emprisonnait ces esprits dans des organes matériels.
Mais d'où venait la différence qui existe entre les esprits et les caractères ? Ces deux principes avaient produit Adam et Eve, puis chacun d'eux ayant revêtu un corps, avait eu commerce avec Eve ; de cette union étaient sortis des enfants qui avaient le caractère de la puissance à laquelle ils devaient la vie. Par ce moyen on comprenait la différence du caractère de Caïn et d'Abel et de tous les hommes.
Comme Abel s'était montré très soumis au Dieu créateur de la terre, il était regardé comme l'ouvrage d'un Dieu qu'ils appelaient Histère. Au contraire, Caïn, le meurtrier d'Abel, était l'ouvrage de la sagesse et du principe supérieur ; il devait être vénéré comme le premier des sages.
Les partisans de cette doctrine, conséquents avec eux-mêmes, honoraient tous ceux que l'Ancien Testament avait condamnés : Caïn, Esaü, Coré, les Sodomites; ils les regardaient comme des enfants de la sagesse et des ennemis du principe créateur.
Ils prétendaient que la perfection consistait à commettre le plus d'infamies possibles.
D’après Théodoret (+ vers 453/458), ils affirmaient que chacune des actions infâmes avait un ange tutélaire qu’ils invoquaient en la commettant.
L'Evangile de Judas et le récit de l'Ascension de saint Paul (où sont décrits toutes les merveilles et tous les secrets que l'apôtre Paul a vus et appris, lorsqu'il fut ravi au 3ème ciel) font partie des livres saints des caïnites.
Une femme de cette secte, nommée Quintille, étant venue en Afrique du temps de Tertullien (155-225), s'y fit beaucoup d'adeptes qui prirent le nom de quintiliens ou quintillianistes.
Tertullien indique que Quintille avait trompé beaucoup de fidèles en luttant contre le baptême, notamment en rejetant l'emploi de l'eau (traité Du Baptême).
Philostrius fait une secte particulière des caïnites qui honorent Judas.

- Les séthiens ou séthianiens

Les séthiens ou séthianiens honoraient en Seth le fils de la divine Sagesse, représentant l'esprit, en opposition à Abel qui représentait l'âme et à Caïn qui représentait la chair.
"...le Messie, qui viendra un jour sauver les hommes, et qui est l’envoyé du Père, se nomme Seth. A la fin des temps, les élus, qui sont appelés les « Fils de la Lumière », ou encore les « allogènes », retourneront auprès du Dieu inexprimable et s’assoiront aux côtés de quatre entités célestes : Oroisel, Hermozel, Daveithe et Eleleth." 9
Contrairement aux caïnites, les séthiens judaïsaient.

- Les pérates

Les pérates (traversiers) entendaient passer du monde sensuel dans celui de la vie éternelle. Le logos (raison), intermédiaire entre le principe de l'idée pure et la matière, était représenté comme le serpent universel établissant une sorte de va-et-vient entre le monde et Dieu.

- Les phibionites ou phibioniens

"Lors du début des fêtes phibionites, les hommes serraient la main des femmes en leur chatouillant le creux de la paume. Lorsque chacun était assis avec nourriture et boisson, les couples mariés se séparaient pour engager des rapports sexuels avec un autre membre de la communauté. L’homme devait se retirer avant l’orgasme pour que le couple avale le sperme en s’écriant : ceci est le corps du Christ. Lorsque c’est possible, le couple consomme le sang menstruel en prononçant : ceci est le sang du Christ. Selon l'évêque Epiphane (Épiphane de Salamine ou Épiphane de Chypre, vers 315-403, dans son Panarion ou Adversus Haereses - Contre les hérésies - , ndlr) si la femme tombe enceinte, on laisse le fœtus se développer, puis on pratique l’avortement. Par la suite ce fœtus est démembré, enrobé de miel et d’épices, et dévoré par le groupe comme une sorte d’Eucharistie. Parvenus à un certain état de perfection certains adeptes n’ont plus besoin de femmes et pratique l’homosexualité. D’autres pratiqueront la masturbation sacrée. En apparence orgiaques, ces cérémonies sont en rapport avec la vision que les phibionites ont du cosmos, et la façon de s’en libérer. Outre le fait de satisfaire aux exigences des archontes résidents dans les 365 ciels, ces « mœurs » répondent au besoin de réunir la semence divine implantée dans le monde et actuellement dispersée dans la semence masculine et le sang féminin. En les réunissant et les consommant on ne procède pas seulement à la réunification nécessaire , mais on évite surtout la procréation qui contribue à nous maintenir prisonniers du monde." 10
"Comment n’aurait-on pas eu les premiers chrétiens en horreur quand saint Épiphane lui-même les charge des plus exécrables imputations ? Il assure que les chrétiens phibionites offraient à trois cent soixante et cinq anges la semence qu’ils répandaient sur les filles et sur les garçons, et qu’après être parvenus sept cent trente fois à cette turpitude, ils s’écriaient : « Je suis le Christ. » Selon lui, ces mêmes phibionites, les gnostiques et les stratiotistes hommes et femmes, répandant leur semence dans les mains les uns des autres, l’offraient à Dieu dans leurs mystères, en lui disant: « Nous vous offrons le corps de Jésus-Christ. » Ils l’avalaient ensuite, et disaient : « C’est le corps de Christ, c’est la pâque. » Les femmes qui avaient leurs ordinaires en remplissaient aussi leurs mains, et disaient : « C’est le sang du Christ. » 11

- Citations

« XVII. Les ophites. Leur nom vient du mot serpent (…) Ils prétendaient que le serpent n'était autre que le Christ, et ils avaient un serpent apprivoisé qui venait se rouler sur leurs pains, et leur consacrer une sorte d'eucharistie. Certains auteurs les font descendre des Nicolaïtes ou des Gnostiques : c'est dans les fabuleuses fictions de ces sectaires qu'ils auraient puisé l'idée d'adorer le serpent. XVIII. Les Caïnites, ainsi nommés parce qu'ils honoraient Caïn, lui reconnaissaient un courage éminent. A leur avis, le traître Judas était presque un Dieu, et son crime un bienfait il n'avait livré Jésus-Christ aux Juifs que parce qu'il avait prévu le bien immense qui devait résulter de sa mort pour les hommes : de plus, ils rendaient un culte aux Sodomites et même à ces malheureux engloutis sous terre pour avoir fait schisme chez le premier peuple de Dieu (Nombres XVI, 31-33). La Loi et Dieu, auteur de la Loi, n'étaient d'ailleurs pour eux que des objets de blasphème, et la résurrection, une fable dérisoire. XIX. Les Séthiens étaient ainsi appelés du fils d'Adam qui portait le nom de Seth : ils l'honoraient, mais à leur culte se joignaient des fables et des erreurs, fruits de leur vanité. A les entendre, le patriarche Seth fut engendré par une mère céleste, qui, disaient-ils, avait eu un commerce avec un père également céleste, et ainsi se forma une nouvelle race divine, celle des enfants de Dieu. Du reste, nul ne saurait dire les rêveries qu'ils ont imaginées par rapport aux principautés et aux puissances. Quelques auteurs disent qu'à leurs yeux, Sem, fils de Noé, était le Christ. » (Augustin, Des Hérésies, traduction de M. l'abbé Aubert)
« Si quelqu’un dit qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de rendre ses voies mauvaises, mais que c’est Dieu qui opère les mauvaises œuvres, aussi bien que les bonnes, non seulement en tant qu'il les permet, mais si proprement, et si véritablement par lui-même, que la trahison de Judas n'est pas moins son propre ouvrage, que la vocation de Saint Paul : qu’il soit anathème. » (Concile de Trente, 1545-1563, Canon VI).  

CARPOCRATIENS ET EPIPHANIENS

C’est en Égypte que se déploya l’activité de l’alexandrin Carpocrate et de son fils Épiphane.
On ne connaît pratiquement rien de Carpocrate, fondateur de la secte gnostique des carpocratiens.
Les documents anciens rapportent qu’il avait pour femme une certaine Alexandrie, de qui il eut un fils, Épiphane, mort à 17 ans après avoir composé un traité, Sur la justice, où il professe le communisme des biens et des femmes, et dont un long passage a été cité par Clément d’Alexandrie.
Une disciple de Carpocrate, Marcellina, vint à Rome sous le pontificat de Anicet(157-166).
Le monde, selon les carpocratiens, est l’œuvre d’anges inférieurs au Père inengendré. Les hommes sont, dans ce monde, assujettis aux lois de ces créateurs et doivent remonter vers le Père.
Jésus, fils de Joseph, est pour ces gnostiques non pas un Sauveur, mais l’idéal de l’homme juste, qui a gardé vivant en lui le souvenir du Père inengendré et qui est remonté vers lui par le mépris des créateurs du monde et le dédain de leurs lois.
Les carpocratiens mettaient ce Jésus aux côtés de Pythagore, de Platon et d’Aristote, dont ils honoraient les images.
Les gnostiques sont appelés à remonter vers le Père et doivent, pour cela, marquer leur mépris pour les créateurs du monde en accomplissant tous les actes réprouvés par les lois injustes de ce monde.
Epiphane mettait l’accent sur le détournement du désir humain opéré par les lois injustes des créateurs du monde qui ont introduit l’appropriation et la séparation là où la Loi fondamentale de Dieu exigeait la communauté des biens et des femmes. Il s’agissait moins d’une incitation au libertinage que d’une véritable ascèse systématique visant à nier la puissance contraignante des lois. Cette exigence est telle que l’âme qui ne parvient pas à tout accomplir dans une seule vie devra se réincarner (doctrine de la transmigration des âmes).
Une subdivision de la secte des épiphaniens, les antitactes, prêchait la destruction totale de la société, qu'elle regardait comme un déshonneur pour le genre humain.
Les carpocratiens présentaient une certaine analogie avec les simoniens, à la fois par le culte rendu au fondateur de la secte et par la pratique de la magie.
Les épiphaniens voulaient mettre en pratique l'enseignement de Platon dans sa République sur la communauté des biens et celle des femmes.
Une subdivision de la secte des épiphaniens, les antitactes, prêchait la destruction totale de la société.  

ADAMITES OU ADAMIENS OU PRODICIENS

Les termes « adamites » ou « adamiens » désignent divers hérétiques. Ce fut d’abord le surnom des prodiciens de la secte fondée par Prodicus (Prodique), disciple de Carpocrate (IIe s.).
Soucieux d’imiter Adam avant la chute et convaincus que les vêtements dont l'homme s'affuble détruisent en lui l'état de nature, les adamites allaient complètement nus et c’est dans cet état qu’ils priaient et célébraient.
Une des particularités des prodiciens était la communauté des femmes. Certains adeptes se glorifiaient de vivre dans la virginité prenant le titre de continents. Les adamites rejetaient le mariage car il n’eut jamais existé si Adam n’avait pas péché. Ils refusaient la prière, le martyr, et semblaient pratiquer la magie selon les rites de Zoroastre. 10
Ils sont mentionnés par Épiphane, Clément d’Alexandrie, Augustin et Théodoret.
Le même mot, adamites, désigna plus tard, aux XIIe et XIIIe siècles, des hérétiques du Dauphiné et de la Savoie, puis, au XVIe siècle, les Pikarti ou Picards de Bohême (mouvement hussite).  

CERDON

Ce fut sous le pontificat de Hygin (v. 136-142) que Cerdon, philosophe et hérésiarque, né au début du IIe siècle, vint à Rome prêcher sa doctrine et ouvrir une école.
Epiphane traite Cerdon comme le dernier des hommes : il nous le représente comme un vil imposteur qui serait allé à Rome en mendiant, et se serait fait chasser de la communion chrétienne pour sa honteuse conduite.
Irénée, son contemporain, qui, par conséquent, devait être mieux informé qu'Epiphane, en parle tout autrement : il en fait un philosophe qui, en embrassant le christianisme, ne renonça pas entièrement aux traditions de la théogonie orientale et s'en servit même pour résoudre des problèmes auxquels les Évangiles ne donnaient pas de solution, l'origine du mal, par exemple.
Irénée nous dit que Cerdon établissait une différence entre l'Ancien et le Nouveau Testament : le premier était l'œuvre du Dieu juste et inconnu, et le second l'œuvre du Dieu bon et connu. Il existait deux principes des choses, l'un avec l'attribut de la justice, et l'autre avec l'attribut de la bonté.
Selon Épiphane, Cerdon adopta d'abord le système philosophique de Simon et de Saturnin. Comme la plupart des gnostiques, il supposait au sommet de l'être un Dieu suprême, produisant par voie d'émanation les esprits d'abord, et ensuite les corps et le monde matériel. Mais, ne pouvant concilier l'existence du mal avec l'idée d'une substance unique donnée pour cause à l'univers, il renonça au système des émanations qui attribuait tout, bien et mal, à l'Être suprême, et supposa l'existence d'un mauvais principe, égal en puissance au bon, et qui aurait contribué de moitié à l'œuvre de la création. Il faisait remonter au bon principe tout ce qui lui paraissait bon, et au mauvais principe tout ce qui lui semblait mauvais : du premier émanait le monde spirituel tout entier, et du second descendait la matière, cause des maux qui affligent la terre.
La loi judaïque, qui est un ensemble de pratiques grossières, superstitieuses et cruelles, ne peut procéder que d'un être méchant qui ordonne aux Israélites de déclarer la guerre aux nations de la Palestine et de les exterminer.
Le Nouveau Testament, au contraire, émane du bon principe, car on n'y trouve ni les pratiques, ni les maximes, ni les atrocités dont l'Ancien Testament fait l'éloge: tout y respire la bienfaisance, la douceur, la miséricorde. C'est pourquoi Cerdon regardait le Christ comme un ministre du bon principe, un éon chargé de le révéler aux hommes. Jésus était venu dans le monde sous l'apparence humaine, mais non en chair, car, pour Cerdon, la chair ne pouvait ressusciter.
Augustin d'Hippone a vu en lui un précurseur des manichéens.  

MARCION

Marcion du Pont ou de Sinope, fils de l'évêque de Sinope, commença par embrasser la vie monastique. Son savoir, ses vertus et sa continence le firent élever au sacerdoce.
Plus tard, accusé d'avoir séduit une vierge (c'est-à-dire une jeune chrétienne vouée au célibat), Marcion fut excommunié par son père et chassé de Sinope.
Réfugié à Rome en 140, il parvint à rentrer dans l'Église, mais il en fut exclu de nouveau pour hérésie. Marcion, chassé de la ville en 144, fonda alors sa propre communauté.
Marcion (+ vers 160), philosophe stoïcien autant que gnostique (influencé par Cerdon), rejetait l'Ancien Testament et presque tout le Nouveau Testament, y compris la Nativité et la Résurrection, et se fondait entièrement sur les Épîtres de Paul et sur une version modifiée de l'Evangile selon Luc.
Il croyait à l'éternité de la matière et défendit la doctrine gnostique des deux principes, en affirmant l'existence de 2 dieux : le Dieu de la Loi, Dieu tyrannique et jaloux, le Démiurge, le Créateur évoqué dans l'Ancien Testament, et le Dieu Etranger, Dieu du Salut, Dieu de l'évangile, bon et infiniment supérieur, révélé par Jésus-Christ.
L'origine du mal a toujours fait le désespoir des Pères : les marcionites l'expliquaient comme tous les gnostiques par la matière éternelle et par son chef, le mal, de même qu'ils expliquaient la facilité de l'homme à pécher par son imperfection résultant de celle de son créateur : le Démiurge.
Marcion objectait : « Si Dieu est bon et s'il sait tout, s'il est en outre tout-puissant, comment se fait-il qu'il ait souffert que l'homme, son image et sa ressemblance, se soit laissé séduire par le diable et ait mérité la mort en transgressant sa loi ? S'il est bon, il a dû vouloir l'en empêcher ; s'il connaît l'avenir, il n'a pu ignorer que cela arriverait ; s'il est tout-puissant, il a pu l’arrêter à temps. Comment est-il donc arrivé ce qui ne pouvait arriver si Dieu est tout bon, omniscient et tout-puissant ? »
Marcion eut pour adversaires Tertullien, Origène et Basile. Tertullien, qui a beaucoup écrit contre Marcion et les marcionites, affirme qu’ils étaient les plus dangereux des gnostiques.
Les marcionites se distinguaient par leur célibat et leurs pratiques ascétiques. Ils laissaient dans les rangs des catéchumènes ceux qui ne se sentaient pas en état de garder la plus rigoureuse continence. Ils célébraient les sacrements du baptême et de l'eucharistie, toutefois sans utiliser de vin pour ce dernier. Ils rejetaient les mystères et permettaient aux femmes de baptiser.
Marcion, doué d'une grande éloquence, eut de son vivant une école nombreuse.
Les églises d'obédience marcionite fleurirent rapidement et vinrent à concurrencer en nombre celles de l'Église établie. Les marcionites adoptèrent une hiérarchie épiscopale.
Le marcionisme eut beaucoup d'adeptes en Occident jusqu'au IVe siècle ; il se fondit alors probablement dans le manichéisme, mais il subsista en Orient jusqu'au Moyen Age.  

TATIEN ET L’ENCRATISME

Tatien ou Tatianos (+ vers 173), disciple de saint Justin (qui fut d’abord un philosophe stoïcien et platonicien) et apologiste syrien, fusionna les quatre Évangiles dans le Diatessaron.
Il est à l’origine de l’encratisme qui fut proscrit par de nombreux décrets de Théodose I, à la fin du IVe siècle, et de Théodose II, en 428.
Au dire d'Epiphane, les Encratites s'étaient schismatiquement séparés des Tatianistes.
Les encratites, « les continents » (du grec enkratès), prônaient un rigorisme moral radical (interdiction du mariage, abstention de viande et de vin) fondé sur une condamnation de la matière et du corps considérés comme les œuvres d’un démiurge distinct du Dieu suprême.
Les fondements doctrinaux de la secte consistaient dans le rejet de certaines parties des Écritures, en particulier de l’Ancien Testament.
Certaines positions doctrinales et liturgiques découlaient généralement de la conception encratiste de la création et de la matière : négation du salut d’Adam (Tatien), négation de la résurrection de la chair, docétisme en christologie, utilisation d’eau à la place du vin pour célébrer l’eucharistie.
La ligne de démarcation entre l’encratisme et le gnosticisme est difficile à tracer.
L'encratisme s’est confondu avec le manichéisme et a trouvé des prolongements chez les bogomiles et les messaliens.  

LES MESSALIENS OU MASSALIENS

La secte des messaliens (ou massaliens) apparut en Asie Mineure vers le milieu du IVe siècle.
On les appelait aussi euchites ou euthites (du mot grec correspondant au mot syriaque : « celui qui prie ») ou eustathiens, adelphiens, marcianites ou marciens d’après les noms de leurs porte-parole les plus connus : Adelphius, Eustathe et Marcien. Ils se nommaient eux-mêmes : les « spirituels ».
Leur mythologie est très proche de celle de beaucoup d’autres sectes gnostiques. Satan, qui était le fils aîné de Dieu, s’est, dans son orgueil, révolté contre son père. Expulsé du ciel, il a créé le monde matériel, qui est donc nécessairement mauvais. Ce mythe cosmogonique a probablement influencé les doctrines bogomiles.
Les messaliens priaient sans cesse (seule oraison : le Notre Père) pour expulser le mauvais démon qui, selon eux, réside dans l’âme de chacun et qui doit sortir par les liquides de la bouche et du nez. Une fois libérés du démon, ils se regardaient comme unis avec le Saint-Esprit et incapables de commettre des péchés.
Ils rejetaient l’Ancien Testament comme la plupart des sectes dualistes, ne vénéraient pas la Vierge, se refusaient à honorer la Croix (moyen de supplice du Christ et non pas symbole de la Rédemption) et ne croyaient pas à l’efficacité des sacrements.
Les messaliens furent persécutés et condamnés comme hérétiques dès leur apparition.  

REFUTATION DES THESES GNOSTIQUES

Irénée de Lyon écrivit sa Réfutation des systèmes gnostiques en 180.
Plotin (+ 270) reprochait aux gnostiques de ne jamais parler de la vertu : « Or, dit, sans la vertu, Dieu n’est qu’un nom ». Il ajoutait : « Les gnostiques admettent, dans l’intelligible, des générations et des corruptions de toute sorte, ils blâment l’univers sensible ; ils traitent de faute l’union de l’âme et du corps ; ils critiquent celui qui gouverne notre univers ; ils identifient le Démiurge à l’âme et lui attribuent les mêmes passions qu’aux âmes particulières ».
En 428/429, à la demande du diacre Quodvultdeus, Augustind'Hippone dressa la liste des hérétiques dans De Haeresibus (Des Hérésies).
A partir du IIIe siècle, le gnosticisme commença à succomber à l'opposition et aux persécutions des chrétiens orthodoxes. En partie en réaction à l'hérésie gnostique, l'Église renforça son organisation en centralisant l'autorité entre les mains des évêques, ce qui permit de se débarrasser plus efficacement des gnostiques, qui étaient peu organisés.  

SURVIVANCE DE CERTAINS ASPECTS DE LA VISION GNOSTIQUE

Si les anciennes sectes ne survécurent pas, des aspects de la vision gnostique du monde sont périodiquement réapparus sous de nombreuses formes :

- Le manichéisme
L’ancienne religion dualiste appelée manichéisme et les hérésies médiévales apparentées, notamment les bogomiles, les pauliciens et les albigeois.

- La Kabbale
La philosophie mystique juive du Moyen Age appelée « Kabbale » ou « Cabale » [du mot hébreu qabbalah (tradition, réception)].

- L’ismaélisme
L'ismaélisme qui adopta d'abord dans sa doctrine des éléments du gnosticisme puis, ultérieurement, du néoplatonisme ; il s'est ensuite orienté vers un système émanationniste, qui considère que le monde est une émanation de la divinité.

- L’alchimie
Les spéculations métaphysiques autour de l'alchimie de la Renaissance.

- La théosophie
La théosophie (du grec theos : dieu et sophia : sagesse) dont le nom est donné à différents systèmes philosophiques et religieux fondés sur la volonté de leurs disciples de connaître la divinité et de recevoir l'illumination intérieure par l'étude symbolique et spirituelle, est une mystique préconisant une ascèse et une élévation progressive de l’esprit humain jusqu'à l’illumination de Dieu (illuminisme) en utilisant les sciences ésotériques et la gnose.
Les théosophes les plus illustres furent Paracelse, Jacob Boehme, V. Weigel, Swedenborg, Schuré, Saint-Martin, Baader.
En Allemagne, au XIXe siècle, Herman Emmanuel Fichte (fils du grand philosophe J.-G. Fichte) fonda une école de « théosophie spéculative » dont le but était de réaliser l’identification avec Dieu grâce à l’exercice de la réflexion philosophique.
Selon la théosophie enseignée par madame Blavatsky, l'homme possède 3 corps : un corps astral aux fonctions spirituelles et universelles, un corps mental aux fonctions intellectuelles et un corps physique aux fonctions sensuelles.
Cette théosophie est un syncrétisme reliant les différentes religions, de l'antiquité au christianisme, par les réincarnations de grands initiés qui instruisent les hommes.
L'essence du gnosticisme a résisté à l'épreuve du temps, à savoir que l'âme intérieure de l'humanité doit se libérer d'un monde qui est fondamentalement trompeur, oppressif et mauvais.

CITATIONS

Il est meilleur et plus utile d’être ignorant et de peu de savoir, mais de s’approcher de Dieu par l’amour, que de se croire savant et habile au point de se trouver blasphémateur à l’égard de son Seigneur pour avoir imaginé un autre Dieu et Père que Lui. (Irénée + 202, Contre les hérésies II, 26)
Il n'y a que le gnostique qui ait une véritable religion. (Clément d'Alexandrie 150-220)
Le prestige des noms hébreux ou supposés tels était un des moyens de séduction qu'employaient les gnostiques auprès des gens simples. (Renan 1823-1892)  

Notes :
1 http://missel.free.fr/Sanctoral/06/28.php
2 Nicéphore Calliste, Historia Eccles., lib. II, cap. XXVII, Hegesippus, De excidio Hierosolymitano, lib. III, cap. II.
3 Mgr Mislin, Les Saints Lieux, 1876
4 Bernard Marillier, Essai sur la Symbolique Templière, Editions Prades
5 Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle
6 H.C. Puech, En quête de la Gnose, page 90
7 Adversus Haereses
8 http://www.bethel-fr.com/afficher_info.php?id=17173.3
9 H.C.Puech, En quête de la Gnose, page 92
10 http://avatarpage.net/#gnos
11 http://www.voltaire-integral.com/Html/19/initiation.htm

Source : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/gnosticisme.htm

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Published by Jean-Paul Coudeyrette - dans Gnose
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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:29

LA PENSEE GNOSTIQUE

Ce mouvement religieux ésotérique, peut-être influencé par l’hermétisme hellénistique, se développa au cours des IIe et IIIe siècles après J.-C. et constitua un défi majeur pour le christianisme orthodoxe.
"La gnose (du grec gnosis : connaissance révélée) est une doctrine ésotérique, proposant à ses initiés une voie vers le salut par la connaissance de certaines vérités cachées sur Dieu, le monde et l'homme. Dans ces théories, l’homme est un être divin, qui par suite d'un événement tragique, est tombé sur terre d'où il peut se relever pour retourner à son état premier par la Révélation. Dès les temps apostoliques, l’Eglise s'opposa à la gnose pour les raisons suivantes : bien que reconnaissant le Christ comme porteur de la Révélation, elle en niait la réalité historique (docétisme) ; elle niait la création comme œuvre de Dieu lui-même et refusait l'Ancien Testament ; elle évacuait l'attente chrétienne de l'accomplissement eschatologique." 1
Le gnosticisme se caractérise principalement par la croyance que les hommes sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel créé par un dieu mauvais (le démiurge).
A ses adeptes, le gnosticisme promettait une connaissance secrète du royaume divin. Des étincelles ou graines de l'Être divin (éons) tombaient de ce royaume transcendant dans l'univers matériel, qui est tout entier la proie du mal, et étaient emprisonnées dans les corps humains. Réveillé par la connaissance, l'élément divin de l'humanité peut retourner vers ce qui est sa place normale, le royaume céleste transcendant.
La mythologie gnostique pourrait tirer son origine de spéculations de sectes juives basées en Syrie et en Palestine à la fin du Ier siècle après J.-C., qui auraient elles-mêmes été influencées par des religions dualistes perses, notamment le
mazdéisme.
Les gnostiques expliquaient l'origine de l'univers matériel par la chute de l’esprit dans la matière. A partir du Dieu originel inconnaissable, une série de divinités inférieures fut générée par émanation. La dernière de ces divinités, Sophia (Sagesse), conçut le désir de connaître l'Être suprême inconnaissable. Ce désir illégitime donna le jour à un dieu mauvais et difforme, le démiurge, qui créa l'univers. Les étincelles divines qui habitent l'humanité tombèrent dans cet univers. Le Dieu suprême envoya un émissaire (
Christ-Jésus) révéler aux parcelles divines leur vraie nature et les aider à retrouver leur unité perdue pour qu’elles pussent s’extraire du monde corrupteur.
Les gnostiques assimilaient le dieu du Mal au Dieu de l'Ancien Testament qu'ils interprétaient comme le récit des efforts de ce dieu pour maintenir l'humanité dans l'ignorance et le monde matériel et pour punir leurs tentatives d'appropriation de la connaissance. C'est ainsi qu'ils comprenaient l'expulsion d'Adam et Eve hors du
paradis, le Déluge et la destruction de Sodome et de Gomorrhe.
Les gnostiques chrétiens refusaient d'identifier le Dieu du Nouveau Testament, père de Jésus, et le Dieu de l'Ancien Testament, et ils élaborèrent une interprétation non orthodoxe du ministère de Jésus.
Ils écrivirent des évangiles apocryphes (comme l'Evangile de Thomas, l'Evangile de Marie-Madeleine, l'Evangile de Vérité, l'Evangile de Philippe, l'Evangile de Judas) pour étayer leur thèse selon laquelle Jésus ressuscité révéla à ses disciples l'interprétation juste, gnostique, de ses enseignements : le Christ, esprit divin, habitait le corps de l'homme Jésus et ne mourut pas sur la croix mais retourna dans le royaume divin d'où il venait.
Les gnostiques rejetaient donc les souffrances et la mort expiatrices du Christ, ainsi que la résurrection du corps. Ils rejetaient aussi d'autres interprétations littérales et traditionnelles des Évangiles.
Des rites visaient à faciliter l'ascension de l'élément divin de l'âme humaine vers le royaume spirituel, le plérôme (pleroma), composé d'une succession d'éons (en grec « émanations ») procédant d'un être divin primordial.
Des hymnes et des formules magiques étaient récités pour tenter d'obtenir une vision de Dieu ; d'autres formules étaient récitées au moment de la mort pour chasser les démons, de crainte qu'ils ne capturent l'esprit pendant son ascension et ne l'emprisonnent à nouveau dans un corps.
La doctrine selon laquelle le corps et le monde matériel sont mauvais amena certaines sectes à renoncer au mariage et à la procréation. D'autres gnostiques prétendaient que du fait que leur âme était totalement aliénée à ce monde, peu importait ce qu'ils faisaient.
Les gnostiques rejetaient généralement les commandements moraux de l'Ancien Testament qu’ils considéraient comme faisant partie de la stratégie du mauvais dieu pour prendre l'humanité au piège.
Certaines sectes gnostiques refusaient tous les sacrements, tandis que d'autres observaient le
baptême et l'eucharistie, qu'elles interprétaient comme les signes de l'éveil de la gnose.
Les barboniens et les phibioniens (ou
phibionites), faisaient consister leur philosophie dans une débauche effrayante.
Les barbélognostiques, donnait une place importante à une figure mythique, Barbélo, la mère du mauvais Créateur de ce monde.
 

SIMON LE MAGICIEN

La littérature pseudo-clémentine, attribuée au pape
Clément I (fin du 1er siècle), résume la doctrine que Simon le mage prétendait démontrer par les Écritures : le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre ; il est inconnu et ineffable et il pourrait être appelé le Dieu des dieux.
Irénée et
Hippolyte font de Simon le magicien ou Simon de Samarie le père du gnosticisme et le fondateur d’une secte gnostique, mais on peut se demander s’il s’agit du même personnage.
Simon le Mage ou le Magicien, né en Samarie, était contemporain de
Jésus. Son maître intellectuel était Philon d'Alexandrie, mais il ajouta à sa doctrine des pratiques de théurgie qui devaient exercer plus de prestige que des idées sur l'esprit grossier des Samaritains, auprès desquels il acquit une grande influence. Ils se faisaient appeler « la Vertu de Dieu » ou « la Grande Vertu ».
Cependant, le bruit des miracles accomplis par les apôtres intrigua le philosophe samaritain. Il se dit que ces gens devaient être plus habiles que lui et possédaient sans doute des secrets qu'ils pourraient lui transmettre. Converti par la prédication de Philippe, il reçut le baptême.
Les apôtres étant venus à Samarie, Simon se rendit auprès d'eux, et ne comprenant pas comment ils faisaient descendre le Saint-Esprit sur les convertis en leur imposant les mains, il leur offrit une somme d'argent pour le savoir.
Pierre lui lança : « Périsse ton argent et toi avec lui ! » ; puis, il lui demanda de se repentir (Actes 8, 9-24). Depuis, le terme « simonie » désigne l'achat de charges ecclésiastiques et le trafic de biens spirituels ou d’objets sacrés.
Simon, qui ne s'était fait chrétien que dans l'intérêt de son art, reprit son ancien état de magicien et se mit, comme les apôtres, à faire des prosélytes.
Il alla s'établir à Tyr, où il acheta, dit Tertullien, une courtisane avec le même argent qu'il avait voulu consacrer à l'achat du Saint-Esprit. Cette femme, instrument de ses désordres, continue Tertullien, était un apôtre sui generis, qui réussit à recruter un grand nombre de néophytes. Elle s'appelait Hélène et Simon la présentait comme une nouvelle incarnation de l'épouse de Ménélas, celle qui causa la ruine de Troie. Il la faisait aussi passer pour Minerve ou pour la mère du Saint-Esprit.
Selon Justin (1ère Apol., 26; 56), Simon se rendit à Rome, au temps de Claude (41), et il y obtint un succès inouï. Les plus grands personnages du temps furent éblouis par ses prestiges. S'il faut en croire plusieurs Pères de l'Église, on leur éleva, à lui et à sa courtisane Hélène, des statues dans l'île du Tibre.
On prétend que Simon mourut en l'an 64, d'une chute faite en voulant s'élever dans les airs sur un char de feu, afin de contrefaire l'ascension de Jésus-Christ. Arnobe dit seulement qu'il se cassa la jambe, mais que de honte il se tua en se jetant par la fenêtre de la maison qu'il habitait.
Les Actes de Pierre (apocryphe du IIe siècle) racontent qu’après le départ de Paul de Rome pour l’Espagne, Simon le Magicien arriva à Rome et troubla les chrétiens par ses miracles. À Jérusalem, le Christ apparut à Pierre et lui apprit que la communauté romaine avait succombé au charme de Simon. Pierre se rendit en toute hâte à Rome.
Il reconquit les fidèles par un grand concours de miracles où Simon et lui rivalisèrent d’originalité. La lutte suprême eut lieu sur le Forum d’où Simon s’envola vers le ciel ; mais il en retomba et mourut. Ce fut le triomphe pour Pierre : beaucoup de païens vinrent à lui. Ce fut aussi sa perte, car le préfet de Rome le fit mettre à mort.
Si, pour les Actes de Pierre et pour Épiphane, Simon mourut en tombant du haut des airs, à Rome (scène figurée sur l’un des plus beaux chapiteaux de la cathédrale d’Autun), pour Hippolyte, il se fit enterrer, ailleurs qu’à Rome, dans une fosse, en prétendant ressusciter le troisième jour: ce qui n’arriva pas…
Voici, d'après Nicéphore Calliste (+ vers 1350), quels étaient les prodiges opérés par Simon : « Simon le Magicien, avec l'aide des démons, faisait un grand nombre de choses surprenantes. Car il faisait en sorte que les statues se mouvaient d'elles-mêmes, et dans les appartements les vases et différents objets se transportaient d'un lieu dans un autre, et lui-même, entouré de flammes, ne brûlait pas. Il volait dans l'air. En trompant les hommes, il faisait des pains avec des pierres. Il prenait la forme d'un dragon et de plusieurs espèces d'animaux. On le voyait, avec deux visages ; quelquefois il se transformait tout en or. D'un mot il ouvrait les portes bien fermées et munies de serrures et de verrous. Il brisait des chaînes en fer. Dans les festins, il faisait paraître des simulacres de différentes formes. II se faisait précéder par plusieurs ombres qu'il disait être les âmes de personnes mortes depuis longtemps. Non seulement il se transformait lui-même comme il voulait, mais il changeait aussi les autres en différentes formes d'animaux. Quelques-uns de ceux qui le prenaient pour un bouffon ayant voulu le tromper, sous le prétexte d'une fausse amitié, il les invita à un banquet et les livra à des démons cruels, et leur infligea toutes sortes de maladies incurables. » 2
« Ce récit est d'autant plus remarquable, que nous trouvons les mêmes faits rapportés dans les lettres de plusieurs missionnaires, qui assurent que ces prodiges s'opèrent encore aujourd'hui dans les pays infidèles, notamment à Siam, en Chine et en Amérique... Le phénomène des Tables tournantes et parlantes est venu nous prouver qu'en fait de superstitions nous pouvons être comparés à ces peuples. Ce sont, du reste, les mêmes pratiques que Tertullien reprochait aux païens de son temps ; car les Romains évoquaient les morts par des prestiges rotatoires et ils prédisaient l'avenir par le moyen des chèvres et des tables (Tertullien mit en garde ceux qui pratiquaient la
nécromancie car les démons les trompaient en se faisant passer pour les esprits des morts invoqués). Simon menait avec lui une femme nommée Hélène, qu'il avait achetée à Tyr, et qu'il disait être la célèbre Hélène qui avait été la cause de la guerre de Troie, et qui était passée successivement dans le corps de plusieurs femmes : cette femme l'aidait sans doute aussi à opérer ses prodiges, comme cela arrive chez plusieurs de nos prestidigitateurs. Simon, tout mauvais qu'il était, était chrétien. Il est digne de remarque que les païens qui faisaient mourir les chrétiens, adorèrent Simon comme un dieu et lui élevèrent une statue dans l'Ile du Tibre : ils adoraient Simon, sous la forme de Jupiter, et son Hélène, sous celle de Minerve. » 3
Simon est l'auteur de quelques écrits, entre autres de plusieurs discours qu'il intitula Contradictoires, parce qu'il y contredisait l'évangile.
Simon, pour le fond de sa doctrine, était
platonicien ; il joignait à ce fond les pratiques de la théurgie asiatique la plus extravagante.
« C'est, disait-il, par ma grâce (il se disait Dieu) et non par leur mérite que les hommes sont sauvés. Pour l'être, il suffit de croire en moi et en Hélène ; c'est pourquoi je ne veux pas que mes disciples répandent leur sang pour propager ma doctrine. »
Il y a si peu d'accord entre les actions et les idées philosophiques de Simon le Magicien que plusieurs chercheurs ont pensé qu'il y a eu deux personnages nommés Simon : l'un magicien et apostat dont les Actes des apôtres font mention, l'autre hérétique gnostique, fondateur d'une secte qui se perpétua jusqu'au IVe siècle.
Irénée (vers 180) et Hippolyte (vers 200) font de Simon le père du gnosticisme.
Les Homélies et les Recognitions, apocryphes faussement attribués au pape Clément I, contiennent des instructions aux chrétiens, l'apologie de certaines vertus, et des polémiques contre des thèses gnostiques ou païennes.
Les Homélies sont une source d'informations intéressantes sur certaines hérésies des premiers siècles de l'Église. Elles résument la doctrine de Simon le Mage : il prétendait démontrer par les Écritures que le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre; qu’il est inconnu et ineffable et pourrait être appelé le Dieu des dieux.
Le portrait de Simon le Mage, qu'on trouve dans les Recognitions, constituera le modèle à partir duquel le mythe de Faust sera élaboré.
 

MENANDRE

Ménandre, comme Simon dont il était le disciple, comme plus tard Apollonius de Tyane, voulut jouer au messie. Il ne reconnaissait pas, bien entendu, Jésus-Christ pour tel.
Simon le Magicien se faisait appeler « la Grande Vertu » ; Ménandre soutint que la Grande Vertu était encore inconnue, et que lui, Ménandre, était seul chargé de la révéler aux hommes.
Les ménandriens étaient les sectateurs des doctrines de Ménandre.
Ils croyaient que l'Intelligence supérieure (Ennoïa) forma tout le monde intelligible et tout le monde sensible par voie d'émanations successives de génies de moins en moins purs à mesure qu'ils s'éloignaient de l'Être absolu. Ce sont ces génies que Valentin et les autres gnostiques appelèrent plus tard des éons.
Un assez grand nombre de Samaritains et de gens des pays voisins acceptèrent cette croyance. Ces doctrines furent amalgamées plus tard au christianisme par les gnostiques.
Ménandre administrait le baptême en son propre nom ; il le qualifiait de résurrection et lui attribuait la propriété de donner une jeunesse perpétuelle et l’immortalité.
Comme plusieurs sectes gnostiques, comme les derniers néoplatoniciens, les ménandriens se livraient à la magie, et pensaient, comme nos spirites, pouvoir converser avec les esprits.
Justin, martyr au milieu du IIe siècle, se plaint qu'il se trouve des ménandriens à Antioche, tel Saturnin (ou Sartornil).
 

SATURNIN

Saturnin (Sartornil) était moins éloigné que Simon le Mage du christianisme traditionnel.
Il paraît néanmoins s'être également inspiré de la cabale judaïque et des principes de
Zoroastre.
Dieu était pour lui le père inconnu. Les ministres de Dieu n'étaient, d'ailleurs, que des puissances pures ou, si l'on veut, des facultés ; ces puissances s'affaiblissaient à mesure qu'elles s'éloignaient de leur principe.
Il admettait l'existence du monde pur ou spirituel et celle du monde des ténèbres ou matériel.
Au seuil du monde pur, 7 puissances (peut-être les Élohim de la Genèse) avaient créé notre univers et s'en étaient partagé le gouvernement. L'homme était leur œuvre ; mais après avoir fait le corps, ils n'avaient pu en créer l'âme, et il fallut que le Dieu suprême envoyât, en qualité d'âme, dans le corps de l'homme, une étincelle émanée de la Lumière éternelle.
L'âme devait un jour retourner à son principe ; en attendant, elle s'était souillée au contact du corps au point d'être incapable désormais de se délivrer elle-même ; d'où la nécessité d'un sauveur. Le Père inconnu envoya sa puissance suprême: Jésus-Christ. Celui-ci enseigna aux hommes comment ils devaient vivre pour que leur âme retournât un jour à son principe.
 

BARDESANE

Bardesane (Bar-Daïsan) d'Edesse, émule de Saturnin, lui succéda dans son enseignement. Il avait été d'abord un chrétien d'une orthodoxie sévère, et ennemi de Saturnin et de Marcion. Il connaissait à fond les mythes de la Grèce et de l'Orient comme la philosophie de Platon. Il possédait un talent littéraire remarquable. Plusieurs églises d'Asie étaient fières de lui et admirent longtemps ses hymnes dans leur liturgie. Il fut amené peu à peu, et par une sorte de travail intérieur, à professer les doctrines de ses anciens adversaires. Son école date du commencement du règne de Marc-Aurèle (vers 162). Il avait conservé le respect de la lettre dans les écrits bibliques.
Ce fut lui qui découvrit dans le Zend-Avesta, le père inconnu à côté duquel il plaça la matière éternelle ingouvernable et mauvaise d'où était né
Satan. Le Père inconnu enfanta de sa compagne, c'est-à-dire de sa pensée, un fils qui fut Jésus-Christ, qui eut à son tour une compagne, qui est le Saint-Esprit. Du Christ et du Saint-Esprit naquirent 2 paires d'éons, la terre et l'eau, le feu et l'air. Les éons, de concert avec le Christ et sa compagne, créèrent de nouveau 3 paires d'éons ou syzygies, ce qui fait 7 paires d'éons. Une nouvelle série de 7 paires d'éons pourvut au gouvernement du soleil, de la lune et des 5 planètes alors connues. Puis 12 génies, préposés aux 12 constellations dont se compose le zodiaque, et 36 esprits sidéraux ou doyens chargés de gouverner les autres constellations, complétèrent la hiérarchie imaginée par le fécond auteur.
La compagne du Christ (« Pneuma » ou « Sophia achamoth ») avait conçu pour la matière un autour déshonnête et s'était abandonnée à une débauche sans frein (toute symbolique). Enfin elle reconnut ses fautes et rentra dans le « plérome », c'est-à-dire au sein de la perfection céleste. Par erreurs de la compagne du Christ, Bardesane veut parler des égarements sans nombre auxquels entraîne la pensée libre.
 

BASILIDE

À Alexandrie, entre 120 et 145, Basilide professa une doctrine qui comportait des éléments philosophiques très importants et très curieux. Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu'après de longues épreuves.
Clément d’Alexandrie reprocha aux partisans de Basilide de croire que nous sommes tirés comme des marionnettes par des forces naturelles, en sorte qu’il n’y a plus ni volontaire ni involontaire (Stromates, II, III, 12, 1).
Selon le même Clément (Stromates, IV, 12), Basilide aurait dit : « Tout ce qu'on voudra plutôt que de mettre le mal sur le compte de la Providence ». En effet, Basilide n'a jamais admis un second principe, celui du mal : il resta foncièrement moniste à la différence des autres gnostiques.
Basilide était natif de Syrie, et avait, sans doute, été élevé dans les idées gnostiques de cette contrée. Il alla étudier à Alexandrie, où l'attrait des grandes études dont cette ville, était la métropole le fixa définitivement (131).
Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu'après de longues épreuves. Basilide l'avait résumé dans un ouvrage en 24 livres intitulé Exégétique.
Les traditions sur lesquelles il se fonda pour dogmatiser étaient réunies dans un livre qu'on ne possède plus, ayant pour titre : Prophéties de Cham et de Barchir, dont on le supposa l'auteur.
II s'autorisait aussi d'une Épître de
Pierre(apocryphe) et d'une tradition secrète que Pierre aurait transmise par voie orale.
Basilide n'aimait pas Paul, dont il rejetait presque toutes les doctrines.
Selon lui, le père inconnu du gnosticisme syriaque s'était manifesté dans 52 déploiements d'attributs ; chaque déploiement se composait de 7 éons, ce qui a fait croire à plusieurs que sa hiérarchie était fondée sur la division de l'année en 52 semaines de 7 jours comprenant une série de 364 éons, nombre des jours de l'année.
La secte des basilidiens, dirigée, après lui, par son fils, Isidore, connut une large diffusion puis s’éteignit au Ve siècle.

Abrasax :

Abrasax
, appelé aussi « Abracax » ou encore « Abraxas », du nom duquel on a tiré la célèbre formule « abracadabra », est mentionné dans la liste des principaux démons établie par l'Église lors du concile de Braga (561-563).
Les basilidiens voyaient en lui leur divinité suprême « IAO », écrit IAW (iota, alpha, omega), qui, selon certains, est une déformation du nom de Yahvé, le dieu de l’Ancien testament. Trouvant que la somme des 7 lettres grecques d’Abraxas donnait le nombre 365, qui est celui des jours de l'année, ils plaçaient sous ses ordres plusieurs génies qui présidaient aux 365 cieux, et auxquels ils attribuaient 365 vertus, une pour chaque jour.
Son nom était généralement gravé en caractère grec sur des pierres fines, dites basilidiennes, dont certaines sectes gnostiques se servaient en guise d'amulettes.
Abrasax est représenté sur ces amulettes avec une tête de coq, des pieds de dragon et un fouet à la main. Il apparaît aussi en roi (il porte une couronne) anguipède.
La formule abracadabra viendrait de l’hébreu abreg ad hâbra (envoie ta foudre jusqu’à la mort).
Elle était disposée en triangle renversé, le nom s’écrivant en diminuant d’une lettre à chaque ligne, selon Serenus Samonicus, médecin du IIe siècle.
Au Moyen Age, ce pantacle, porté autour du cou, était censé guérir les maladies, notamment la fièvre, protéger des sorts et éloigner le mauvais oeil. La formule aurait aussi servi de mot de passe pour rencontrer le diable…
Gerbert d’Aurillac (pape en 999 sous le nom de
Sylvestre II), Avicenne (980-1037), Albert le Grand (1200-1280) et Thomas d'Aquin(1225-1274) s’intéressèrent aux gemmes gnostiques…
Les alchimistes trouvèrent des rapports entre les
gemmes, les métaux et les planètes.
Selon saint Jérôme, Abraxas correspondrait au nombre mystique et caché de
Mithra dont la somme des lettres, en grec, donne aussi 365.
L’ordre du Temple utilisa les Abraxas : ils portaient l’inscription « SECRETUM TEMPLI ». L'emploi de l'Abraxas n’était nullement l'apanage des seuls
Templiers : son utilisation fut constante durant tout le Moyen Age et répandue au sein des corporations, notamment celles des maîtres maçons et des tailleurs de pierres, de la bourgeoisie et de la noblesse. 4
« Les pierres d'abraxas (ou pierres abraxoïdes) se nomment aussi pierres basilidiennes, parce que la secte gnostique des basilidiens parait surtout en avoir fait usage. On a donné du mot abraxas plusieurs explications ; on le fit venir du persan, de l'hébreu, du grec, du cophte. Des auteurs n'y ont vu qu'une réunion de lettres numériques donnant le nombre 365, nombre sacré. Pour les gnostiques, auxquels il rappelait l'ensemble des manifestations émanées du Dieu suprême, les pierres d'abraxas portent, outre le mot « abraxas », diverses figures fantastiques, têtes de lion, de coq, d'éléphant, de serpent, etc. Quelques-unes présentent les deux lettres a et o, ou le mot « iao », qui désigne la divinité de la religion panthéiste d'Alexandrie. Les pierres d'abraxas sont nombreuses dans les cabinets d'antiques en Europe ; elles proviennent, dit-on, de la Syrie, de l'Egypte et de l'Espagne. Il est probable qu'un grand nombre de ces pierres furent fabriquées au moyen âge pour servir de talismans ou pour être employées dans les opérations, de magie et d'alchimie. » 5
« Spon (Jacob, ndlr) décrit une espèce d'abraxas au revers duquel on voit les sept voyelles combinées de sept façons différentes (…) Sur plusieurs abraxas se trouvent des figures égyptiennes. » (Barthélemy)
« Il est infiniment probable que les abraxas ont servi d'amulettes ou de talismans comme les cylindres persépolitains. » (A. Maury)
 

VALENTIN

Valentin (Valentinius), le fondateur de la seconde école égyptienne du gnosticisme, est qualifié de
platonicien par Tertullien. On ignore s'il avait été élevé dans le sein du christianisme ou de l'ancien culte polythéiste. On le voit succéder à Basilide dès l'an 136, comme représentant des mêmes idées. Ses livres, notamment ses Homélies, ses Épîtres, un Traité de la sagesse, le firent accepter pour chef par les gnostiques d'Alexandrie.
Il est le premier des philosophes de la secte qui ait admis comme inspirés par le même Dieu l'Ancien et le Nouveau Testament ; mais, au fond, il n'admettait les écrits traditionnels du judaïsme et du christianisme qu'extérieurement. En métaphysique, il reprit les théories de Bardesane, négligées par Basilide, son prédécesseur, en les modifiant néanmoins. D'après lui, l'Être suprême était demeuré durant une longue série de siècles dans un repos absolu. Le premier signe de son activité, ou son premier déploiement est la manifestation de sa pensée. Ce déploiement est suivi de plusieurs autres. Un rite mortuaire spécial, appelé chambre nuptiale, célébrait la réunion de l'esprit égaré et de son double céleste.
Valentin avait étudié à Alexandrie, brigué sans succès l'épiscopat et, irrité de son échec, entreprit de former une nouvelle secte. Mêlant la doctrine des idées de Platon et celle des nombres de Pythagore à la théogonie d'Hésiode et à l'Evangile de Jean, le seul qu'il considérait comme authentique, il forma un système qui se rapprochait de celui des gnostiques. Valentin prétendait avoir reçu ses doctrines d’un disciple de Paul. Il eut bientôt en Égypte un grand nombre de partisans.
Vers 140, Valentin décida de venir s'établir à Rome où la liberté de penser était beaucoup moins grande qu'en Égypte, et où d'ailleurs l'orthodoxie chrétienne, qui était en force, s'opposa énergiquement à ses efforts : il fut excommunié deux ans plus tard. Pendant son absence, ses disciples d'Alexandrie se divisèrent en un grand nombre de sectes. Celle des marcosiens s'adressait particulièrement aux femmes et prit en Égypte, un ascendant qui dura plusieurs siècles.
Quand Valentin mourut en 161, après avoir quitté Rome, sa doctrine comptait des adhérents dans la plupart des provinces de l'Orient.
 

LES MARCOSIENS

Le système des marcosiens n'est autre que celui de Valentin, revu et augmenté par son disciple Marc.
Tandis que les valentiniens expliquaient la création par l'émanation de couples (ou syzygies) d'éons procédant successivement du principe premier, les marcosiens, se basant sur ce que la Bible dit que Dieu a créé le monde par sa parole, attribuèrent à la parole même de Dieu, aux mots dont il s'était servi, une faculté créatrice.
Irénée de Lyon nous expose longuement ce système dans son livre Contre les hérétiques. Il nous apprend que les marcosiens, voyant la traduction grecque de la Genèse commencer par les mots « En archê » (au commencement), concluaient que ces mots étaient le principe premier de toutes choses ; et comme les 24 lettres de l'alphabet étaient aussi les signes des nombres, ils établissaient, sur la combinaison des lettres de chaque mot et des nombres qu'elles désignaient, le système de leurs éons et des opérations de ces éons.
Irénée prétend qu'ils admettaient 30 éons ; mais il est plus rationnel de croire d'autres écrivains qui ne leur attribuent que la fabrication de 24 éons, en raison des 24 lettres de l'alphabet grec. Les marcosiens tiraient la confirmation de leur croyance du livre de l'Apocalypse où Jésus est représenté disant : « Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin », et sur quelques autres passages qu'ils travestissaient à plaisir.
De ce pouvoir merveilleux attribué à certains mots, les marcosiens déduisaient la possibilité d'entrer, par la connaissance de ces mots, en communication avec les esprits, de diriger leurs opérations, de partager leur puissance et de faire des miracles avec leur aide.
Le gnosticisme s'alliait donc chez eux, comme chez les derniers néoplatoniciens, à la magie basée sur des rêveries arithmétiques analogues à celles autrefois forgées par les pythagoriciens.
A la théorie, les marcosiens durent joindre la pratique ; il leur fallut des miracles, ils en firent. Marc, par exemple, aurait changé le vin de la communion en sang.
Les Pères de l'Église, fort injustes envers leurs adversaires, font des hérétiques marcosiens le plus hideux portrait, les accusant notamment de pratiquer la magie. Quant aux orgies que Irénée reproche aux marcosiens, elles paraissent d'autant plus invraisemblables que les gnostiques ont constamment affiché une austérité de mœurs excessive et une abstinence farouche.
Les marcosiens avaient certains livres religieux particuliers ; ils admettaient tout l'Ancien Testament et quelques parties du Nouveau. Ils donnaient le baptême avec de l'eau mêlée d'huile et de baume.
Irénée nous dit que cette secte était très répandue en Gaule, surtout sur les bords du Rhône.
 

LES OPHITES OU NAASSENES

L'école des ophites est une dérivation de celle de
Valentin.

Les ophites ou naassènes, étaient les sectateurs du « Serpent » (ophis en grec, naas en hébreu) : il s’agit du serpent de la Genèse, invitant Ève à la connaissance (gnose) du Bien et du Mal, contre le Créateur mauvais, et du serpent d’airain (Nombres, XXI) identifié par Jean (III, 14) au Christ en croix.
Pour les ophites, le dieu des Juifs est le démiurge Yaltabaoth, cause du mal par sa création désastreuse qui mêla la matière à l'étincelle divine ; ce que les livres sacrés des Hébreux appellent la chute est pour eux le moment de la transition de l'ignorance à la connaissance, le passage de l'état d'innocence à une conscience supérieure : voilà pourquoi ils rendaient un culte au serpent, cause de ce progrès, comme à la sagesse incarnée, comme à la source de la gnose.
Celse, le polémiste antichrétien du IIe siècle, vit un diagramme, dessiné par les ophites et représentant la structure de l’Univers sous la forme de cercles concentriques parmi lesquels le monde des âmes : Léviathan.
Des serpents apprivoisés figuraient dans les cérémonies des cultes : ils circulaient sur les tables dressées pour l'eucharistie.
"Le serpent est d’une part lié à la connaissance – c’est lui qui initie Adam et Eve -, d’autre part au plaisir – les ophites, à l’instar d’autres sectes vénérant le même animal, restent persuadés que le serpent a défloré Adam et Eve -, et d’autre part à la révolte contre le mauvais dieu de la Genèse, qui l’a empêché de mener à bien son entreprise de révélation des mystères divins auprès du premier homme et de la première femme. Le mythe du serpent n’est pas nouveau : il existe dans la tradition hébraïque. Il est associé à Jésus par les ophites, qui voient en lui le salut, et un salut possible par le biais de l’orgasme. C’est ainsi qu’une partie de la secte des ophites opte pour la licence, tandis qu’une autre lui préfère l’ascétisme (…) Le serpent symbolise aussi le devenir de l’univers : enroulé sur lui-même, il se mord la queue : l’Un va au Tout qui va à l’Un en un cycle éternel (…)" 6
Hippolyte (+235) lutta contre l’hérésie des ophites.

En 428/429, à la demande du diacre Quodvultdeus,
Augustin dressa la liste des hérétiques dans De Haeresibus (Des Hérésies) dans laquelle il fit mention des ophites, caïnites, séthianiens ou séthiens, archontices ou archonticiens, qui tirent leur nom des principautés ou archontes, anges auxquels ils attribuent la création de l'univers.

Les ophites se divisèrent en plusieurs communautés, les plus connues étant celles des caïnites, des séthiens (ou séthianiens), des pérates et des phibionites :

- Les Caïnites ou Caïnistes

Les caïnites ou caïnistes apparus vers l'an 159, vénéraient Caïn et les Sodomites, et possédaient un Evangile de Judas dans lequel ce dernier était présenté comme un initié ayant trahi Jésus, à sa demande, pour assurer la rédemption de l'humanité.
Le 2ème évêque de Lyon, Irénée (+ 208) dénonça cet évangile comme hérétique : « Ils (les caïnites) déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accompli le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé « l'évangile de Judas » 7.
Epiphane de Salamine (+ 402/403) combattit également cet écrit hérétique.
Une copie de la version plus ancienne rédigée en grec, a été découverte par un paysan près d’El Minya dans le désert égyptien en 1978. Elle fait partie d'un papyrus d'une soixantaine de feuillets (entre 62 et 66 suivant les sources) appelé Codex de Tchacos, qui contient également 2 autres textes apocryphes : l'Épître de Pierre à Philippe et la Première Apocalypse de Jacques.
L’Evangile de Judas, écrit en copte dialectal (sahidique), restauré et traduit par Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l'université de Genève, et publié à Washington le 5 avril 2006 par la revue américaine The National Geographic, a été authentifié comme datant du IIIe siècle ou du début du IVe.
Les caïnites avaient pour Judas ["celui qui volait dans la bourse" (Jean 12,6) et "dans lequel Satan entra" (Jean 13,21-27)] une vénération particulière et le louaient comme un homme admirable : le plus illustre des fils de Caïn.
Ils désiraient réhabiliter Caïn, si maltraité dans le Pentateuque, et donnaient la législation judaïque pour l'œuvre du Dieu du mal, ce Yahvé, rempli d'ignorance et d'orgueil, qui avait crée le ciel et la Terre.
Selon les conceptions gnostiques, le créateur, le démiurge, est un dieu mauvais, le malin, responsable de toutes les imperfections du monde.
Pour les caïnites, Judas seul savait le mystère de la création des hommes et c'est pour cela qu'il avait livré le Christ à ses ennemis. Par là il avait rendu un grand service à l'humanité, car le Christ voulait réconcilier les hommes avec le Dieu créateur, alors qu'il fallait, au contraire, envenimer la haine des hommes contre celui-ci. La mort de Jésus devant procurer de grands biens au monde, Judas avait fait une bonne action en la précipitant.
Ce qui vient en premier dans cet évangile, c'est la critique de « l'action de grâces au dessus du pain », telle que les disciples la pratiquent. Ensuite, Judas dit à Jésus : « Je sais qui tu es et d'où tu viens : du Royaume immortel de Barbélo. Je ne suis pas digne de prononcer le nom de celui qui t'a envoyé » (Barbélo, dans la tradition gnostique, est l'aspect féminin de la Divinité et serait à l'origine du malheur dans ce monde parce qu’ayant créé le dieu mauvais ; Barbélo se serait repenti, après quoi Dieu aurait envoyé le Christ sur Terre pour sauver l'humanité). Puis, Jésus dit à Judas : « Tu surpasseras tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert d'habit ». Il lui annonce qu'il sera le treizième disciple, qu'il sera maudit à travers les générations et qu'il viendra régner sur elles. Alors, « Les grands prêtres s'approchèrent de Judas et lui demandèrent : « Que fais-tu ici, toi, le disciple de Jésus ? Judas leur donna la réponse qu'ils souhaitaient. Et il reçut de l'argent et il leur livra. ». A la fin, le titre apparaît : Évangile de Judas. 8

Source : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/gnosticisme.htm

 

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Published by Jean-Paul Coudeyrette - dans Gnose
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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:12

Les Manichéens

Mani, le fondateur du manichéisme est un perse élevé dans un milieu chrétien gnostique. Il affirme que sa révélation est la dernière et être en contact avec un ange. Lors de ses prédications il rencontrera le roi sassanide Shapur Ier qui trouvera dans la doctrine de Mani les éléments originaux pouvant permettre de fonder une religion nationale propre à fédérer son empire. Avec la disparition de ce roi, on assistera au rétablissement du mazdéisme. Mani finira sa vie en prison victime de mauvais traitements.
Le manichéisme est un syncrétisme du zoroastrisme, du christianisme et du bouddhisme. Sa pierre fondamentale est tirée de la mythologie de l’Avesta (ensemble des textes sacrés du mazdéisme), et repose sur la cohabitation de deux dieux adversaires. L’un essence du bien constitue la lumière, l’autre cause et substance du mal, Prince du monde, Satan, est le créateur de la matière.
Les puissance de la matière dans leurs incessants combats aperçurent la lumière qui leur était inconnue, et voulurent y pénétrer. En réponse à cette tentative d’intrusion le Prince de la lumière créa la Mèrede la vie, qui à son tour créa le premier humain, ou plus exactement son l’archétype humain. Pour aider au combat furent créés cinq éléments, le vent, la lumière, l’eau, le feu, et la matière, tous étant des productions supérieures n’ayant rie à voir avec les créations du Prince de ténèbres dont l’œuvre ne fut qu’une triste contrefaçon.
Vaincu par la puissance des ténèbres, l’humain primordial fut dépouillé de son âme. Aidé par l’esprit de vie dans son retour vers la lumière, l’Humain se fit voler une partie de son essence lumineuse par le prince de mal, essence qui resta prisonnière des corps matériels. De ce fait le principe de Vie se mit à agir dans toute création afin de permettre la libération des parcelles de lumière enfermées dans la matière. Pour lutter contre cette hémorragie, le Prince des ténèbres créa un être dans lequel l’âme resterait attachée à la matière et au monde inférieur, et cet être créé à l’image de l’Homme premier, l’homme.
Comme tout gnosticisme, le manichéisme prônait que la libération de la matière ne pouvait être obtenue que par la connaissance. C’est au travers d’une série de réincarnation que l’âme apprend à se dégager de la matière qui l’emprisonne pour finir par rejoindre l’humain premier. .
Chez les manichéens les auditeurs constituaient le plus grand nombre. Ils étaient en charge de l’intendance. Le plus petit nombre était constitué des parfaits qui devaient se consacrer à la contemplation, renoncer à la propriété, au travail, observer célibat et continence, ne pas consommer de nourriture animale, s’abstenir de liqueur forte. Ils devaient ne détruire aucunes plantes.
Pour Mani, le Christ n’avait pas pu s’incarner du fait qu’il ne pouvait se soumettre à la matière en s’y incorporant. En foi de quoi sa naissance, ses souffrances, sa mort et sa résurrection n’étaient que des apparences destinées à se manifester aux yeux des hommes. Ce qu’il avait à annoncer ne pouvait être compris et Jésus promis d’envoyer un Esprit de vérité qui viendrait compléter l’enseignement.
Augustin va plus loin et accuse les manichéens de s’adonner a des rites obscènes, dont en particulier recevoir une Eucharistie faite d’un mélange de farine et de semence humaine recueillie lors d’un accouplement . Ces turpitudes et bien d’autres sont rapportées par Augustin qui en temps qu’ancien manichéen peut être sujet à caution.
Eliminé de Perse et remplacé par le mazdéisme, le manichéisme semble avoir été présent à Samarkand, au Turkestan, en Chine, Tibet, Inde, Arménie et en Afrique, avant de ressurgir plus tard dans quelques sectes, donc les Bogomiles qui eux-mêmes ont probablement influencé le Catharisme.

Les Messaliens
(Aussi nommés : Euchites, Euchètes, Sataniens, Martyriens,Chorutes, Adelphiens, Eustachiens, Psaliens, Eustathiens, Euthites, Marcianistes, Marcionites, Enthousiastes)

(Article révisé et complété en janvier 2011)
«Ne travaillez point pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure dans la vie éternelle». Sabas prit ces paroles de jésus à la lettre et en conclut qu’il ne fallait pas travailler. Mais Sabas n’était pas un cas isolé et rejoignait dans son délire mystique un ensemble de croyances communes à des sectes chrétiennes qui nous sont connues sous différents nom qui, comme d’habitude, relèvent soient d’une caractéristique propre à leurs croyances leurs pratiques ou leurs mœurs, ou à un individu qui s’est imposé à la tête d’une secte.Ici nous sommes en présence de la secte de Messaliens dont le nom signifie en syriaque «les prieurs» dont le verbe prier traduit en grec donne le mot «Euchites» qui est un des autres noms donné à ce courant sectaire (Parfois Euchètes).
Les messaliens sont aussi connus sous le nom de «Chorutes» (danseurs) en référence à l’état de transe qu’ils atteignent et par lequel ils sont supposés piétiner le démon. C’est sans doute cette pratique, mais aussi leur rapport particulier au mal, qui leur attribut parfois la dénomination de «Sataniens» . Au cours de ces cessions qui par certain côté pourrait bien s’apparenter aux transes des animismes africains, les messaliens prétendent recevoir le Saint Esprit en eux, et à défaut d’autre certitudes cette affirmation leur donne le droit à une autre appellation générique, les «Enthousiastes» (d’enthéos qui signifie –Dieu en soi, être possédé par Dieu).

D’autres sources les nomment parfois à tort manichéens, sans doute par assimilation simplifiée au gnosticisme en général. Mais c’est encore sous les noms d’ Adelphiens (adeptes d’Adelphe) d’ Eustachiens (adeptes d’Eustache) qu’on les rencontre ou même de marcionites ou marcianites en référence à un Marcien, probablement Marcien le banquier ? À ne pas confondre avec les marcionites adeptes de Marcion. Pour conclure sur cette foison de nominations, disons encore que l’on retrouve parfois cette secte avec le nom de Psaliens (traduction latine du sens, prier).

Revenons à notre Sabas qui vendit tous ses biens pour en distribuer le prix aux pauvres. Il ne fut en cela qu’un maillon de cet ensemble sectaire qui considérait que Dieu devait pourvoir à tous besoin, et qu’en conséquence le travail était incompatible avec la nature humaine. Ils renonçaient à posséder tous biens, vivaient comme des clochards, souvent en bande, mélangés entre hommes et femmes et s’adonnant sans doute eu libertinage.
Les messaliens affirmaient que le démon possédait toute âme à la naissance, et que le baptême n’empêchait en rien le mal de cohabiter avec le Saint esprit. La seule façon de chasser le démon est de prier. Seule la prière peut permettre d’atteindre d’état «spirituel» (autre nom qu’ils se donnaient) dans lequel tout parfait c'est-à-dire tout adeptes accompli est capable de voir Dieu dans toute sa lumière.
Jésus lui-même ne fut pas épargné à sa naissance et son âme était tout autant possédée. Les messaliens refusaient le symbole de la croix qu’ils voyaient comme un signe du supplice du Christ et certainement pas comme un symbole rédempteur. Dans la foulée ils ne vénéraient pas la Vierge et ne croyaient pas d’avantage à l’efficacité des sacrements.
Comme on le constate les messaliens ne font que reprendre sous leur propre partition les thèmes récurrents du gnosticisme, le monde création du mal, le retour à la divinité par un mépris de la matérialité qui se démontre par des abus de tous genres.

Les Métagismonites

Les Métangismonites prétendaient que dans le trinité le Fils ou le Verbe étaient dans le père comme un vase dans un autre vase, ce qui est la traduction de leur nom.

Les Nazaréens

Le nom de Nazaréen à d’abord été celui des chrétiens, ou du moins, d’une secte de juifs qui croyaient en Jésus de Nazareth, sans pour autant rejeter le judaïsme. Ils sont assimilés à ce que le Talmud appelle les Minim, à savoir ; des juifs hérétiques. Les nazaréens décidèrent qu’il fallait obéir à Moïse, et observer la loi de Jésus-Christ, ce qui leur valut d’être excommuniés par les juifs et les chrétiens.
Pour les nazaréens juifs et chrétiens altéraient à la fois la doctrine de Moïse et celle de Jésus-Christ. Comment pouvait-on prétendre que les écrits venaient de Moïse alors qu’ils nous parlent d’un Adam sortant des mains de Dieu se soit laissé séduire par un mensonge aussi grossier que celui que nous rapporte la genèse. Peut-on croire à un livre qui traite Noé en ivrogne, et d’Abraham et Jacob en concubinaires impudiques. Peut on croire comme étant la parole de Moïse un écrit qui nous dit que Moïse mourut, qu’on l’ensevelit près de Phogor, et que personne n’a trouvé son tombeau jusqu’à ce jour. De plus ces écrit ayant péri dans les flammes lors de la destruction du temple par Nabuchodonosor, ce ne sont que des réécritures, avec ce que cela comporte comme risques.
De la même manière nous ne connaissons la doctrine de Jésus-Christ que par ses apôtres auxquels Jésus a souvent reproché de ne rien comprendre. Les Nazaréens furent finalement aussi rejetés par les chrétiens.. Il existe peu de trace de cette secte dans les textes des premiers siècles du christianisme Selon Johan Lorenz Mosheim (XVIIIe siècle) la naissance des nazaréens remonterait au IVe Siècle. Les juifs à cette époque, voyant la prospérité des chrétien depuis que des empereurs s’étaient convertis, pensèrent que Jésus-Christ était le Messie du fait qu’il les avait libérés des païens.

Les Nestoriens

L’orthodoxie chrétienne des premiers siècles avait pour fondement la divinité de Jésus-Christ, ce qui signifiait l’union du Verbe avec la nature humaine. Il s’agissait là d’un mystère insondable où la nature humaine, en voulant le sonder, s’est précipitée dans mille erreurs. Paul de Samosate soutenait que le Verbe uni à la nature humaine n’était pas une personne. Les Manichéens pensaient que le verbe n’avait pas pris corps. Apelles croyait que Jésus avait apporté son corps du ciel, et les ariens pensaient que le Verbe unis à la nature humaine n’etait pas consubstantiel à son Père. Pour finir Apollinaire disait que le Verbe était consubstantiel à son Père mais qu’il avait pris un corps humain de telle sorte que Jésus-Christ n’était que le verbe unis à un corps humain .
Pour l’église le Verbe était unis à l’humanité dans Jésus-Christ de manière que l’homme et le verbe ne faisaient qu’une personne. Nous l’avons vu Apollinaire prétendait que le Verbe s’était uni au corps humain, et que Jésus n’avait pas d’âme humaine parce que le Verbe en faisait office. Pour combattre cette hérésie Théodore de Mopsueste avait recherché dans les écritures tout ce qui pouvait confirmer que Jésus avait bien une âme humaine. De là Théodore avait conclu que Jésus-Christ avait non seulement une âme humaine, mais que celle-ci était distinguée et séparée du verbe qui l’instruisait et la dirigeait. Cependant il reconnaissait que le Verbe unis à l’âme humaine ne faisait qu’un.
Nous sommes là devant un thème véritablement « prise de tête » et dont l’appréciation des finesses est réservée aux seuls experts et à leurs délectations qu’ils ont pour les sujets ronflants. Quoiqu’il en soit la version de Théodore de Mopsueste contenait en elle le vers de la discorde, car en voulant défendre l’union hypostatique entre le Verbe et l’homme, il préparait le terrain doctrinal dont ne manquerait pas de s’emparer l’hérétique de service, et ici, ce sera Nestorius.
Pour tenter de faire simple disons que pour l’église l’union hypostatique voulait dire que Jésus était un Homme-Dieu ou un Dieu-Homme. Pour Nestorius on ne peut admettre que l’union de la nature humaine à la nature divine soumette cette dernière aux passions et aux faiblesses de l’humanité, et c’est ce qu’il faudrait reconnaître si le Verbe était unis à la nature humaine de telle manière qu’il n’y eut en Jésus-Christ qu’une personne.
Les éléments de la controverse sont présentés. Après les disputes d’usage et les joutes oratoires, Nestorius est condamné par le Concile d’ Ephèse en 431, perd son patriarcat de Constantinople et sera exilé. Mais l’histoire est loin de s’arrêter là. Ibas évêque de Nisibe (actuelle Turquie) bien qu’opposé à Nestorius, avait fondé une école à Edesse, et dans cette école était enseigné entre autre la doctrine de Théodore de Mopsueste. Bien que cette école fut détruite en 489 les étudiants avaient déjà en partie émigré cers la Perse.
Or en Perse les communautés chrétiennes avaient rompu les liens avec les évêques occidentaux à la suite du concile de Séleucie en 410, mais surtout, parce qu’il était difficile pour des sujets de l’empire Perse sassanide d’être aux ordres d’évêques relevant de l’empire romain ennemi. Cette branche de la chrétienté qui va diffuser le christianisme en Chine, en Mongolie et même jusqu’à Sumatra sera connue sous le nom d’église des deux conciles ou église Nestoriennes. Cette église fait partie des églises orthodoxes orientales et comme son nom l’indique elle ne reconnait que les conciles de Nicée (325) et Constantinople (380-381).
L’Eglise apostolique assyrienne d’orient, l’ancienne église d’orient, l’église malabare orthodoxe forment aujourd’hui les églises des deux conciles et sont liées à l’église de Perse, ou église d’orient.

Les Nicolaïtes

Les Nicolaïtes tirent leur nom de Nicolas, l’un des sept diacres ordonnés par les apôtres. Selon Saint Augustin Nicolas aurait été accusé d’un attachement excessif à son épouse. Pour dissiper ce soupçon il décida d’offrir sa femme à quiconque en voudrait. Saint Augustin encore, les présente comme des affabulateurs de mœurs légères, et à la limite comme des comiques.
Il semble que cette réputation soit basée sur une rumeur alimentée par l’existence d’une autre secte se réclamant de Nicolas, et qui prônait l’abandon aux passions charnelles. Une autre raison possible est l’assimilation du nom de Nicolas associé à celui de Balaam tel qu’il est écrit dans le livre de l’Apocalypse:
Ap 2 :14 Mais j’ai contre toi quelque grief : tu en a là qui tiennent la doctrine de Balaam ; il incitait Balaq à tendre un piège aux fils d’Israël pour qu’ils mangent des viandes immolées aux idoles et se prostituer. Ap 2 :15 Ainsi il en est chez toi aussi qui tiennent la doctrine des Nicolaïtes. Balaam tout comme Nicolas se nourrissait donc de la viande immolée aux idoles, son nom tout comme celui de Nicolas signifiait « le vainqueur (ou séducteur) du peuple ». Mais là encore le rapprochement n’est pas parlant, Balaam n’étant qu’un prophète envoyé par le roi de Moab et qui devait maudire les Israélites. En revanche le nom de Baal semble plus approprié. Ce nom à l’origine n’est pas religieux. Il veut simplement dire maître et parfois, ce qui est intéressant ici « époux ».
Quoiqu’il en soit le mot nicolaïsme a fini tardivement à désigner la pratique médiévale du concubinage et du mariage de prêtres.

Les Novatiens

Selon Augustin, ils tirent leur nom des erreurs adoptées de Novat. Mais ce qui nous intéresse chez eux est qu’il se faisaient appeler aussi cathares c'est-à-dire purs et toujours selon Augustin, ils s’était fait nommés ainsi pour faire parade à leur prétendu puritanisme. Ils condamnaient les secondes noces et refusaient l’absolution de pécheurs.
Nous ne pouvons pas prétendre que cette secte serait à l’origine du catharisme. Le terme « cathare » semble avoir un sens générique que s’attribue une secte voulant mettre en avant la pureté. Les premiers à avoir utilisé ce terme furent des apotactiques c'est-à-dire des acètes ayant renoncé au monde (Renonçant), puis les Encratites (Tatien), les Paretans, les Patarins, et d’autres encore.
Il n’est de toute façon pas étonnant que le catharisme trouve ses sources dans le gnosticisme, que son origine en soit manichéenne, novatienne ou autre.

Les Ophites

Nom générique donné à quelques communautés gnostiques qui ont en commun l’importance attribuée dans leur culte au symbole du serpent. La présence de serpents lors des cérémonies fit dire à Augustin …ils prétendaient que le serpent était le Christ, et ils avaient un serpent apprivoisé qui venait se rouler sur leur pain et leur consacrer une sorte d’Eucharistie

Les Origénistes

(Article totalement révisé en janvier 2011)
On ne doit pas confondre Origène aussi nommé Adamentius (Adamant) né à Alexandrie en 185 avec Origène dit l’impur, gnostique dont les adeptes furent les «origénistes». Origène l’impur (290) considérait que le mariage était une invention du démon. A l’instigation de nombreuses autres sectes gnostiques il militait pour une libération des mœurs et la pratique de toutes déviances et toute action qui permettait d’interrompre le cours des générations par un abus de la sexualité détournée de la procréation.
Origène dit Adamentius bien qu’influencé par le gnosticisme n’en fut pas un sectateur, mais fut malgré tout considéré comme hérétique en affirmant que Dieu n’était ni un corps ni dans un corps, mais une substance simple, une âme source de toutes les intelligences. Pour lui Dieu ne pouvait être contenu dans un corps corruptible par nature. Jésus devint Fils de Dieu par adoption (adoptianisme). Adamentius ne croyait pas à la damnation éternelle pas plus pour l’homme que pour les démons qui seraient libérés des enfers. Enfin cet Origène croyait à la transmigration des âmes au travers de diverses incarnations afin que l’homme puisse retourner à sa nature spirituelle originelle. Pour lui l’âme préexistait au corps, et la matière n’était pas une cause de la chute mais une conséquence. De ce fait la différences entre les esprits n’est pas une question de nature mais d’un degré de matérialisation dépendant de l’éloignement de l’état contemplatif originel.

Les Passalorynchites

Branche des Montanistes qui pensait que pour obtenir le salut il fallait vivre dans le silence. Ils gardaient un doigt sur la bouche pour satisfaire à cette obligation. Selon Augustin ils mettaient plutôt un doigt dans le nez et se fermaient la bouche. Augustin encore s’étonne du choix du nom qui en grec est composé de pieux et de nez alors qu’il aurait du être composé de doigt, et nez, t s’appeler de ce fait les « Dactylorynchites »

Les Paterniens

Les Paterniens aussi appelé Vénustiens enseignaient que la chair était l’œuvre du diable. Pour Augustin cette œuvre concernait les parties inférieures du corps humain, sans préciser s’il s’agit effectivement de la partie inférieure ou d’une façon pudique de parler du sexe. Le doute est d’autant plus permis que les Paterniens avaient des mœurs dépravées.

Les Paulinianistes

Disciples de Paul de Samosate, ils ne voyaient en Jésus qu’un pur homme. Pour Paul la Trinité n’était pas constituée de trois dieux, mais de trois attributs sous lesquels la divinité s’était manifestée aux hommes

Les Pélagiens

Lorsque les pères de l’église voulaient faire sentir aux chrétiens tout ce qu’ils devaient à la bonté divine, ou lorsqu’ils voulaient faire connaître aux infidèles l’avantage de la religion chrétienne, et de la nécessité de l’embrasser alors ils enseignaient que l’homme nait coupable et qu’il ne peut par lui même se réconcilier avec Dieu, ni mériter la félicité destinée aux fidèles.
En d’autres termes l’église considérait qu’en dépit de tous leurs efforts l’homme ne pouvait atteindre la félicité s’il n’avait reçu la grâce. Cette position consiste à croire que chacun à sa naissance était inclus ou exclus d’office de la catégorie des élus. Si tel était le cas, alors nous parlerions de cette prédestination qu’une partie du protestantisme et le jansénisme ont adoptée. Pour l’église chacun a sa naissance doit supporter la nature criminelle et maudite reçue par l’héritage d’Adam. La grâce en cela n’est rien autre que la remise des péchés, dont l’originel, en récompense de l’adhésion à la chrétienté.
Prétendre que chacun par ses efforts peu parvenir au salut ne fait que flatter la vanité de l’homme. Pourtant un homme va prétendre justement que ces efforts à eux seuls peuvent suffire. Après tout cette notion de grâce accordée aux croyants n’est-elle pas le meilleur moyen de voir se répandre un certain laxisme, si ce n’est une certaine amoralité. Venu d’Angleterre, le moine Pelage va donc annoncer que l’homme pouvait obtenir le salut par son effort personnel dans la pratique de la vertu et par l’exercice de son libre arbitre pour lutter contre le péché.
Devant fuir Rome envahi par le Goth, Pélage se réfugia en Afrique avec un des ses principaux sectateur, Célestius. Ce dernier présentait un argumentaire en sept points qui servit de base aux accusations portées contre lui au concile de Carthage.

  1. Adam avait été créé mortel, et serait mort qu’il eut péché ou non
  2. Le péché d’Adam n’avait fait de mal qu’a lui seul, et non au genre humain.
  3. Que la Loi introduit aussi bien l’homme dans le royaume des cieux, que l’évangile.
  4. Qu’avant l’avènement de Jésus-Christ il y avait des hommes sans péché.
  5. Que les enfants nouveaux nés sont dans le même état qu’Adam avant sa chute.
  6. Que ni la mort, ni la chute d’ Adam n’ont produits la mort de l’espèce humaine, pas plus que la résurrection du Christ n’a produit la résurrection de tous les hommes.
  7. Que l’homme né sans péché, et qu’il peut obéir aux commandements de Dieu s’il le veut.

La suite de l’histoire facilement consultable par ailleurs, et une succession de procès et de conciles, qui verront Pélage disparaître après son expulsion , sans laisser de trace. Cet enchaînement ne nous intéresserait pas s’il ne comportait en lui les signes avant-coureurs d’un schisme qui mettra quelques siècles à aboutir. Dans cette lute entre Pélagianisme et église catholique se livrait un autre combat entre une église d’Orient qui était réticente au « mythe » d’Adam et du péché originel, et une église d’occident qui en était la fervente défenseuse. Mais plus en profondeur se dessinait une démarche hégémonique qui devrait porter une de ces deux entités à prendre le pouvoir sur l’autre. Les Pépuziens

Si on se réfère à Augustin le nom de pépuzien vient d’un endroit désert où les disciples de la secte se réunissaient. Or c’est justement ce que nous dit Epiphane à propos de Montaniste.
« ce saint (Epiphane) nous apprend que les Montanistes allaient célébrer certains mystères en un lieu désert de Phrygie, où avait été autrefois la ville de Pépuze, depuis ruinée, et qu’ils honoraient ce lieu où ils disaient que la jérusalem céleste était descendue. »

Pour d’autres, Pépuze n’aurait été qu’une maison de campgne où vivait Montanu avecPriscilla et Maximilla. C’est à cet endroit que là que Maximilla commença à prophétiser et où Jésus Christ serait apparu à Priscilla ou à (Quintilla*) et lui aurait donné la sagesse. C’est en ces lieux qu’auraient été pratiqués les rites « abominables » reprochés aux Montanistes.
(*) L’autre nom des pépuzien : les quintilliens
Ce serait Epiphane qui aurait fait des pépuziens une secte particulière, qui n’était différente des Montaniste que par : « un nouvel excès d’orgueil, parce qu’ils demeuraient à Pépuze, ils s’estimaient plus saint que les autres et les méprisaient

Les Pérates

Adonnés à l’astrologie ,la secte ophite des pénates pensaient passer du monde matériel à la vie éternelle. Selon eux :
"Personne ne peut être sauvé sans le fils qui n’est autre que le serpent […] Ainsi le serpent attire hors de ce monde, à l’exclusion de tout autre, la race parfaite formée à l’image du père et de même essence que lui qui avait été envoyé par lui ici-bas.[…] Le cerveau est l’image du père parce qu’il est immobile, et le cervelet est le fils car il se meut et a la forme d’un dragon. Il attire à lui de façon ineffable et mystérieuse, à travers la glande pinéale, la substance spirituelle qui découle du crâne. Comme le fils le cervelet reçoit cette substance, et d’une manière ineffable fait part des formes à la matière. C’est à dire que les germes des espèces des êtres engendrés selon la chair le traverse pour s’écouler dans la moelle du dos."
Parmi les sectes ophites citons encore les stratiotiques, les borhoriens, les barbéliotes sur lesquelles nous avons peu de matière

Les Phibionites

Voilà des ophites à très mauvaise réputation qui vont nous obliger à élargir notre champ de vision. Au-delà du gnosticisme et indépendamment de leurs caractéristiques réelles ou fantasmées, ils posent la question de notre rapport à la sexualité. Polluée par des siècles d’une morale perverse, étriquée ou hypocrite, la sexualité ne se justifie que dans le respect d’une codification sociale et religieuse, et disons même utilitaire, stricte. La lier au sacré sans mode notice d’emploi dûment agréé, est d’emblée blasphématoire, et offre une voie royale à la propagande discriminatoire. Pour faire court, les « rapporteurs » de ces déviances gnostiques ne sont pas en temps qu’ennemis jurés des phibionites, les plus fiables ni les plus motivés, pour aborder les mystères éventuels de rites à connotation sexuelle,
Lors du début des fêtes phibionites, les hommes serraient la main des femmes en leur chatouillant le creux de la paume. Lorsque chacun était assis avec nourriture et boisson, les couples mariés se séparaient pour engager des rapports sexuels avec un autre membre de la communauté. L’homme devait * se retirer avant l’orgasme pour que le couple avale le sperme en s’écriant : ceci est le corps du Christ.
Lorsque c’est possible, le couple consomme le sang menstruel en prononçant : ceci est le sang du Christ Selon Epiphane si la femme tombe enceinte, on laisse le fœtus se développer, puis on pratique l’avortement. Par la suite ce fœtus est démembré, enrobé de miel et d’épices, et dévoré par le groupe comme une sorte d’Eucharistie.
Parvenus à un certain état de perfection certains adeptes n’ont plus besoin de femmes et pratique l’homosexualité. D’autres pratiqueront la masturbation sacrée..
En apparence orgiaques, ces cérémonies sont en rapport avec la vision que les phibionites ont du cosmos, et la façon de s’en libérer. Outre le fait de satisfaire aux exigences des archontes résidents dans les 365 ciels, ces « mœurs » répondent au besoin de réunir la semence divine implantée dans le monde et actuellement dispersée dans la semence masculine et le sang féminin. En les réunissant et les consommant on ne procède pas seulement à la réunification nécessaire , mais on évite surtout la procréation qui contribue à nous maintenir prisonniers du monde

Les Photiniens

Disciples de Photin évêque de Sirmich les photiniens niaient la divinité de Jésus. Jésus était né homme, et n’était devenu le Christ que lorsque le Saint Esprit était descendu sur lui dans le Jourdain. Si Jésus fut appelé « fils unique » c’est tout simplement parce que la Sainte Vierge n’en a pas eu d’autres. Condamné par les conciles d’Antioche et de Milan, les idées de photin seront reprises beaucoup plus tard par Socin. (Socinianisme)

Les Priscillianistes

Priscilien fut un le premier hérésiarque d’Espagne. Il tenait ses «abominations» d’Agape et Heldipe, des adeptes d’un Marc né à Memphis en Egypte. Si l’on en sait peu sur ce Marc il est plus évident que Priscillien reste sous l’influence du gnosticisme qu’il semble vouloir adapter au druidisme celtique. Cerise sur ce gâteau, notre hérétique professe le «fatalisme sidéral» comprenez qu’il s’adonne à l’astrologie et qu’il attache le sort des hommes à celui d’étoiles correspondantes à chaque partie du corps humain. Au bélier la tête, pour finir par le poisson maître des pieds.
Les priscillianistes titillent la pointilleuse orthodoxie chrétienne en attaquant le dogme trinitaire. Le Père le Fils et le Saint Esprit sont une seule et même personne et d’ailleurs Jésus n’est pas né, mais reste une illusion, une apparence. C’est pour cette raison sans doute qu’ils refusent le symbole de la croix et dénient la résurrection. Dieu n’a pas fait le diable. Celui-ci est sorti directement du chaos. Il n’est pas bon et représente même le principe et la substance du mal. Les âmes ont péché dans le ciel et en s’incarnant tombent sous le pouvoir des princes démoniaques, et l’état spirituel des hommes dépend directement de l’importance du péché dont leur âme est chargée. C’est là encore cette croyance nettement gnostique d’un monde tombé entre les mains du mal qui fait que les Priscillianistes souhaitant interrompre le cycle des incarnations, détestent le mariage, les enfants, se refusent à manger de la viande et ne croient pas à la résurrection de la chair.

La part active prise par les femmes dans la secte, la tendance à se réunir de nuit et prier nus, le conseil proféré par les adeptes de préférer le mensonge à la révélation des secrets, furent autant d’arguments utilisés par les adversaires pour accuser les sectaires de toutes les déviances sexuelles, mais qui doit comme toujours être relativisé.
En 395 Priscillien se rend à Trèves pour se défendre auprès du nouvel empereur Maxime. Il y sera condamné et mis à mort mais non pas sou motif d’hérésie mais celui de magie. Cette exécution d’hérétique provoquera une grande émotion dans la chrétienté dont tous les membres n’étaient pas systématiquement opposés aux idées priscillianistes. Mais l’accusateur, l’évêque Ithace, se montrera sous un jour si détestable et d’une inhumanité si peu conforme à sa charge, qu’il sera déposé de sa charge.

Les Ptolémaïtes

Augustin nous dit que Ptolémée, disciple de Valentin voulu fonder une nouvelle secte, et pour cela il préféra reconnaître que quatre Eons et quatre autres. C’est court et certainement réducteur.
En fait Ptolémée nous est connu grâce à sa lettre à Flora citée dans son intégralité par Epiphane de Salamine au IVe siècle. Cette lettre porte sur l’interprétation de l’Ancien Testament basée sur les thèses gnostiques et sur les paroles de Jésus. L’Ancien Testament ne peut être inspiré par le vrai Dieu, puisque, par exemple il ordonne à son peuple, les Israélites, de tuer les cananéens déjà installés en terre promise . Mais cet ancien testament ne peut pas non plus être une œuvre du diable puisqu’il contient des lois justes et bonnes. En se basant sur les paroles de Jésus Ptolémée distinguait dans la loi mosaïque trois espèces de choses différentes. L’une venant de Dieu, la seconde de Moïse et la troisième venant de l’imagination des anciens docteurs.
Une nouvelle distinction en trois parties s’applique aux paroles venant de Dieu. Les premières sont parfaites (dix commandements). Les suivantes sont souillées par les passions humaines, par exemple la loi du talion, et les dernières sont à prendre au sens symbolique et non littéral(Le shabbat n’interdit pas le travail, mais de faire le mal, etc.) De tout cela, il déduit que le Démiurge -créateur du monde- est inférieur au Dieu parfait, mais meilleur que le diable.
La particularité ici est qu’il nous reste des traces non déformées d’une pensée gnostique réellement sincère qui se basant sur les paroles de Jésus et des apôtres tente de résoudre les contradictions des enseignements

Les Sabelliens

Disciple de Noët, Sabellius semble se distinguer de son maître non pas une doctrine différente, mais le fait qu’il semble avoir eu plus de notoriété, et que son nom à supplanté celui de noëtien. Aussi nommée Praxéaniens en référence à Ptaxéas, Hermogéniens en référence à Hermogène, cette secte ne fait que décliner les idées originales de Noët qui ne mettait pas d’autre différence entre les personnes de la Trinité que celle qui est entre les différentes opérations d’une même chose. Les nome de Père, Fils et Saint-Esprit n’étaient qu’une appellation de Dieu dépendante de la fonction exercée par celui-ci.
Cette doctrine sera reprise par Photin et par les antitrinitaires.

Les Saturniens

Les saturniniens tirent leur nom de Saturnin (Satornil). Cette hérésie est influencée à la fois par la cabale judaïque et le zoroastrisme. Dieu, père inconnu, avait des ministres qui n’étaient que des puissances pures qui s’affaiblissaient à mesure qu’elles s’éloignaient de leur principe. Il existait un monde spirituel pur, et un monde matériel celui des ténèbres. A la frontière du monde pur 7 puissances avaient créé l’univers et s’en étaient partagé le gouvernement.
L’homme était leur œuvre, mais incapables de « l’animer » elles avaient dû faire appel à Dieu qui envoya son étincelle divine,l’âme. Celle-ci se trouva souillée au contact du corps et devint incapable de se libérer. C’est pourquoi Dieu envoya son messager suprême Jésus-Christ pour apprendre aux hommes comment vivre pour retourner un jour à Lui.
Bardesane d’Edesse succéda à Saturnin. D’abord chrétien orthodoxe rigoureux, il connaît parfaitement les mythes de Grèce et d’orient comme la philosophie de Platon et deviendra un adepte des doctrines qu’il avait combattu.
Partant d’un Père qui aurait enfanté Jésus avec sa compagne sa pensée,il développe une cosmogonie qui donne à Jésus-Christ une compagne avec laquelle il engendre d’abord deux paires d’éons (les quatre éléments) qui à leur tour vont créer trois nouvelle série d’ éons avec Jésus-Christ et sa compagne. Une nouvelle série de 7 éons va se voir octroyer le pouvoir sur le soleil, la lune et les 5 planètes connues. Douze génies seront voués aux constellations du zodiaque et 36 esprits sidéraux seront chargés de gouverner les autres constellations. Toutefois ces allégations concernant Bardesane ne semblent pas toujours confirmés par les ouvrages qu'il a produit.(Livre des Lois des Pays)

Les Sécundiens

Selon Saint Augustin les Séduciens se confondraient avec les Valentiniens s’ils n’ajoutaient pas à leurs erreurs l’abomination de leurs mœurs.

Les Séleuciens

Séleucus était un philosophe de Galatie qui croyait que la matière était éternelle et incréée comme Dieu, et que les anges avaient créé les âmes avec du feu et de l’esprit. Il tentait ainsi de reprendre la démarche d’Hermogène qui avait tenté d’incorporer la philosophie Stoïcienne à la religion chrétienne. De même un nommé Hermias se basant aussi sur Hermogène crut que Dieu était matériel , que les âmes sortaient de la terre et que le mal venait tantôt de Dieu tantôt de la terre. D’après lui le corps de Jésus après sa résurrection était dans le soleil.
Toujours selon Hermias la résurrection est un mythe, Le monde était l’enfer at la seule résurrection se trouvait dans la naissance des enfants. Les doctrines de Séleucus et Hermias se sont confondues et leur secte furent aussi bien appelées, Séleuciens, ou Hermiens ou encore Hermianites.

Les Séthiens

Secte ophite d’origine samaritaine, les séthiens adoraient Seth fils de la divine sagesse, symbole de l’esprit. Il s’agit de Seth le troisième fils d’Adam, père des humains et non de Seth le dieu guerrier égyptien. Seth aurait été le fils du Dieu invisible et incommensurable et de sa nature femelle Ennoïa. Il aurait épousé sa sœur Noréa et de leur union serait née la race impérissable dont étaient issus les Séthiens . Seth se serait réincarné dans divers personnages dont Melchisédech.

Selon la croyance des séthiens Dieu n’a pas créé l’univers. Celui –ci est l’œuvre de Ialdabaôth et six Archontes dont sont issus, la lumière qui réside en haut, les ténèbres qui sont les eaux sur l’abîme, et le souffle qui navigue entre les deux. Ils distinguent le serpent mauvais, le « vent des ténèbres », qui est la forme prise par le démiurge, et l’autre serpent, le bon, le sauveur, venu d’en haut pour détruire l’œuvre du démiurge. Jésus qui ne serait pas mort sur la croix,et serait la dernière incarnation de Seth, et c’est lui qui serait apparu à Paul. Les séthiens migrèrent ne Syrie et en Arménie où il sont connus sous le nom d’Archontiques. Au début du deuxième siècle ils passent en Egypte où ils se christianisèrent sous l’influence de Basilide.

Les Sévériens

Sévère voyait dans le bien et le mal la lutte entre deux principes opposés subordonnés à un Etre sprême qui résidait au plus haut des cieux. Partant du principe que bien et mal existent partout, il conclut qu’une sorte de contrat avait été passé entre les bon et mauvais principes afin d’être à égalité. L’homme tenait de la raison ses plaisirs tranquilkles et pur, mais il tenait de sa sensibilité le principe de toutes ses passion causes de ses malhuers.
De cette constations il tira l’idée que la raison était l’œuvre des puissances bénéfiques, et la passion le travail des forces maléfiques. Sévère poussa son raisonnement jusqu'à détecter dans un grand nombre de créations matérielles des outils destinés à provoquer raison ou passion selon le cas. Le vins et les femmes en excitant la passion son des agents maléfiques, l’eau par son effet appaisant est bénéfique.

Les simoniens

Simon le Magicien baptisé par saint Philippe est connu pour avoir voulu acheter aux apôtres le pouvoir de faire venir le Saint-Esprit par imposition des mains. Pour Simon, Dieu n’a pas créé le monde, et le corps ne ressuscite pas après la mort. Se faisant passer pour Jupiter, et sa concubine Hélène pour Minerve, il donnait à ses disciples sont portrait et celui de sa concubine comme objet d’adoration.
En fait Simon et Hélène faisait partie du mythe « fondateur » de sa secte, mythe selon lequel Dieu à la création du monde eut une première pensée,l’Ennoia. Cette pensée femelle descendit dans les régions inférieures et créa les anges, qui devenus jaloux de leur créatrice, créèrent le monde (matériel cette fois !) pour l’emprisonner dans un corps de femme. Ennoia prisonnière fut soumise à de nombreuses réincarnations, dont l’une d’elle fut Hélène, esclave prostituée de la ville de Tyr.
Dieu alors descend sur terre sous la forme de Simon le Magicien et sauve Ennoia. Promettant de détruire le monde créé par les anges, il accorderait néanmoins le salut dans les sphères célestes, à ceux qui auraient confiance en lui. Simon a donné le mot simonie qui pour les chrétiens concrétise la vente ou l’achat de bien spirituels, ou de charges ecclésiastiques. La simonie, avec le trafic des indulgences sera un des grands reproches adressé par la Réforme à l’église catholique.

Les Tessarescédécatites

La caractéristique unique qui semble distinguer cette secte est que ses adeptes célèbrent la fête de Pâques [dico]le quatorzième jour de la lune quel que soit le jour de son échéance.

Les Théodotiens

Le Théodote concerné ici est Théodote de Byzance, et non Théodote associé à Cléobule dans une autre secte probablement appelée « Cléobiens ». Thédote de Byzance arrêté lors des persécutions sous Marc-Aurèle, renia Jésus-Christ pour éviter le martyr. Sa fuite vers Rome ne suffit pas à calmer les fidèles, aussi développa-t-il une théorie de circonstance.
D’après cette théorie en ayant renié le Christ, il n’avait renié qu’un homme, né d’une vierge et de l’opération du Saint esprit, mais qui n’avait aucune autre prérogative autre que celles d’une vie plus sainte et une vertu plus éminente.
Selon certains il est normal que cette doctrine tendant à dévaluer le Christ ait rencontré des adeptes du fait qu’elle se situait dans une époque de persécution envers les chrétiens. Quoiqu’il en soit le secte s’éteignit rapidement.

Les Vadiens

Augustin les appelle les Vadiens, et dans son répertoire les cites comme Vadianites. Leur nom serait en fait les Audiens ou Audéens, d’Audius leur chef qui vivait en Syrie. Ils considèrent que Dieu a une figure humaine et que l’homme a été créé à sa ressemblance, ce qui les fit appeler parfois les anthropomorphites.
Les Audiens menaient une vie retirée et fuyaient les assemblées ecclésiastiques car les impudiques et les adultères y étaient reçus. Bien qu’il aient organisé leur église en se donnant des évêques, ils disparurent rapidement.

Les Valentiniens

Valentin fondateur de la deuxième école égyptienne du gnosticisme succède à Basilide en 136. Reprenant les théories de Bardesane en les modifiant il considérait que l’Etre suprême était resté de nombreux siècles dans un repos absolu. Le premier signe d’éveil fut la manifestation de Sa pensée.
Le principe de tous les Eons était le silence et la profondeur. Par engendrement successifs de nouveaux éons, on en arrive à la création de l’homme. Le Christ envoyé par le Père n’a apporté sur terre que son corps spirituel et céleste, la Vierge Marie n’ayant servi que d’’un vaisseau dont il n’avait rien conservé de charnel. Il n’y a aucune résurrection des corps et l’âme ne pourra être sauvée que par les mérites de Jésus-Christ. Après le départ de valentin pour Rome, ses disciples restés à Alexandrie se divisèrent en un grand nombre de sectes.

Source : http://avatarpage.net/

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:10

Les Cérinthiens

Les cérinthiens sectateurs de Cérinthe, considéraient que le monde n’avait pas été créé par Dieu l’inconnaissable, mais par des puissances inférieures éloignées et même ignorantes de Dieu (Les anges selon St. Augustin). En d’autres termes ils épousaient les thèses gnostiques courantes. Jésus n’était qu’un homme de bien qui avait reçu lors de son baptême le Christ sous la forme d’une colombe, mais celui-ci l’avait abandonné à la fin de sa vie. Le Christ reviendrait un jour et alors pendant une durée de mille ans, les élus d’adonneraient aux plaisirs de la table et à la débauche. (..Ils satisferont les plaisirs du ventre et de ce qui est en dessous du ventre.) Les cérinthiens étaient donc des chiliastes c'est-à-dire des millénaristes qui annonçaient une période de paix de mille ans avant le combat final entre bien et mal. Certains auteurs présument que l’Apocalypse de Jean pourrait avoir été écrite par Cérinthe, d’autres au contraire pensent que cet apocalypse à bien été écrite pas Jean pour contrecarrer les idées de ce Cérinthe. Quoi qu’il en soit, les données historiques sont incertaines et Cérinthe comme souvent est connu grâce à des détracteurs (Irénée de Lyon) qui en voulant éradiquer l’hérésie lui ont offert une part d’éternité. Les Cérinthiens furent aussi appelés les Mérinthiens, et comme le disait Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont (..soit que Cérinthe ait eu un coadjuteur des ses folies, soit qu’on lui ait donné l’un et l’autre nom).

Les Cléobiens

Cléobule, fondateur de cette secte, niait la toute puissance de Dieu, et l’autorité des prophètes. Il attribuait la création du monde aux anges et prétendait que Jésus-Christ n’était pas né d’une vierge. Rien de plus qu’un :
contradicteur exercé à la dispute, habile dans l’art de persuader le peuple, animés par un intérêt du système, et par l’amour de ka célébrité qui est la passion ordinaire des chefs des sectes.

Les Colluthiens

Colluthe, prêtre d’Alexandrie, sectateur « ignorant dans un siècle de lumière » aurait pu passer inaperçu dans nos listes, même s’il affirmait que Dieu n’est pas l’auteur des maux qui nous affligent. Que Colluthe se rendorme, ce n’est pas lui qui nous réveille, mais bien le fait qu’il fut considéré comme hérétique.
Nous avons vu que Florin était hérétique car il affirmait que Dieu était le créateur du mal. Voilà maintenant que Colluthe avait droit au même régime en affirmant le contraire. Les uns et les autres se basaient sur les écritures. Si Florin se référait à la Génèse I,31 Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici, cela était très bon. Et il y eu un soir, et il y eut un matin .
Colluthe se référait à Isaïe XLV,7.
Je suis Yahvé, il, n’y en a pas d’autres, le fondateur de la lumière, le créateur des ténèbres, le faiseur de paix, le créateur du mal, moi, Yahvé l’auteur de tout cela
. En résumé comment pouvait-on juger hérétique celui qui affirmait une chose et celui qui affirmait son contraire. La réponse pour Colluthe se trouve sans doute dans le fait qu’il s’était séparé d’Alexandre, son évêque, et s’était déclaré évêque de sa propre autorité

Les Colorbassiens

Augustin les appelle les Colorbasien, mais il semble que le nom vienne de Colarbase, disciple de Valentin qui appliqua les principes de la cabale et de l’astrologie au système de son maître et considérait en particulier que le vie dépendait des sept planètes.

Les Donatistes

Le donatisme n’est pas à proprement parler une hérésie, mais en l’absence de véritable et profonde divergence doctrinale, il se limite à un schisme. Son origine se situe dans le climat des persécutions qu’ont eu à subir les chrétien d’Afrique romaine vers la fin de troisième siècle. Face à ces persécutions, les uns résistèrent jusqu’au martyr,d’autres vont se soumettre, et enfin, certains chefs religieux vont livrer leurs semblables aux romains, et brûler les livres sacrés.( d’où leur nome traditores = livres sacrés ou lapsi= celui qui est tombé)
Vers l’an 305 la situation redevient calme. L’église peu à peu passe l’éponge sur l’attitude des « traditores » et les accepte à nouveau dans son sein. L’affaire se gâte en 312 lorsque pour la succession de l’évêque de Carthage est choisi Caecillius. Ce dernier ayant été nommé par Mensurius un évêque « traditores », son ordination ne pouvait être reconnue. Entraînés par l’évêque Donat soixante-dix évêque de Numidie élurent un concurrent, Majorius.Constantin Ier d’abord peu enclin a se mêler du problème dû se résoudre à intervenir et finit par ordonner la dissolution des opposants, partisans de la solution de Donat, les donatistes.
Ce qui aurait dû rester une affaire d’église va devenir une affaire politique. Vers les années 340 les circoncellions, des bandes d’ouvriers agricoles itinérants se soulevèrent contre les propriétaires terriens. Le donatiste en vinrent à faire cause commune avec ces circoncellions. Constant Ier envoya des commissaires en Afrique pour apaiser les querelles religieuses en attribuant des ressources aux communautés. Donat refusât tout subside et la tournée des émissaires tournât en affrontement armé.
Durant quelques décennies le donatisme connu diverses fortunes, mais il faudra attendre la conquête arabe de la fin du VIIème siècle pour les voir disparaître totalement . Le donatisme entretenait quelques divergences avec l’église orthodoxe, en particulier en ce qui concerne le Saint-Esprit. Mais le fait majeur de ce schisme est d’avoir marqué très nettement sa volonté de libérer l’église de l’autorité de l’état, préfaçant ainsi la séparation des pouvoirs.

Les Ebionites

Jésus était juif. Il a été élevé dans une famille juive, respectait la loi et la tradition juive. Il suivait le shabbat, était circoncis et mangeait probablement kasher. Il enseigna sa doctrine d’un Dieu qui voulait que les juifs soient son peuple. Le Christ considéré par certains de son vivant comme le Messie juif venu délivré son peuple de l’oppression romaine, dut attendre sa mise à mort pour que l’on commence à entendre dire que son message n’était pas réservé aux juifs, mais concernait aussi les gentils.
Cependant les gentils païens étaient des polythéistes qui ne suivaient en rien les règles éthiques, ni même les obligations alimentaires de la Loi j uive. Devait-on devenir juif pour être chrétien ?
Paul tenta d’apporter une sorte de compromis. Les gentils qui devenaient disciples de Jésus devaient vénérer et adorer le Dieu des juif, et lui seul. Ils n’avaient pas en contre partie à adopter les « manières » juives.
Peut-on être chrétien sans être juif auquel cas Jésus peut difficilement être accepté comme le Messie juif. Et si Jésus est le Messie, comment pourrait-on être chrétien sans être juif. Deux mouvements vont opter pour des choix opposés, les ébionites qui veulent être juifs, et les marcionites qui rejettent tout ce qui est juif.
Pour les ébionites cette fois-ci il n’est pas certain que le nom vienne d’un fondateur nommé Ebion, mais plus probablement, et toujours sans certitude, de l’hébreux ebion qui veut dire pauvre. Selon des sources indirectes nous savons que les ébionites étaient des disciples juifs de jésus. Ils croyaient que Jésus était le Messie envoyé par le Dieu des juifs, et qu’appartenir au peuple de Dieu exigeait que l’on soit juif.
Sur le plan doctrinal, les ébionites n’étaient pas d’accord sur la naissance virginale de Jésus ni sur la notion de sa préexistence. Jésus était fils de Dieu non par naissance mais par « adoption ». En se sacrifiant Il avait rendu un sacrifice ultime qui ne rendait plus nécessaire le sacrifice des animaux.

Les Elcésaïtes

Les Elcésaïtes se nommaient également Elceséens, Ossoniens , ou encore Sampséens. Il s’agit là d’une secte « fanatique » qui prend quelques idées chez les chrétiens et les ébonites, pratiquent la magie, l’astrologie judiciaire (horoscopie), invoque les démons et observe les cérémonies judaïques.
Ils appelaient Jésus le grand roi, croyaient que le Saint-Esprit est une femme. Elxaï se joignit à leur secte et fut considéré comme la puissance annoncée par les prophètes. Deux sœurs de la famille de ct ElxaÏ, Marthe net Marlène étaient considérées comme des déesses.
En résumé et selon Epiphane cette secte ne pouvait être rangée ni parmi le juifs, ni les chrétiens, ni les païens, mais était un mélange de chaque. Si la provenance du nom elcésaïte est évidente, celle de sampséen vient de l’arabe shemsi, ou shamsi qui signifie les solaires, par référence au fait que ces sectaires ont adoré le soleil.

Les Encratites

Les encratites sont les disciples de Tatien, considéré en son temps comme un père de l’église, disciple de Saint Justin, qui :
" S’enflant de la pensée qu’il était le maître, et se croyant dans son orgueil supérieur à tout le monde, il voulut donner à son école un trait distinctif. Comme les disciples de Valentin il imagina des éons invisibles. Comme Marcion et Saturnin il déclara que le mariage était corruption et débauche, et de lui-même enfin, il s’inscrivit en faux contre le salut d’Adam "
Le mariage était donc une corruption et une débauche dont il fallait attribué l’origine au démon. Les encratites s’abstenaient de la chair des animaux et du vin qu’ils ne servaient pas même dans l’Eucharistie. Ils étaient connus sous les noms d’Hydroparastates, Continents, et Aquariens, sans doute parce qu’ils substituaient l’eau au vin dans l’Eucharistie. L’origine de cette substitution viendrait de l’époque où victimes de persécutions les encratites évitaient le vin dans leur Eucharistie de peur que son odeur ne les fasse repérer. Quant au terme Hydroparastate, il est synonyme « abstème » buveur d’eau.
La répugnance envers le vin posa un problème aux calvinistes qui admirent que l’on pouvait en temps qu’abstinents être admis à la cène du moment que l’on touche la coupe (de vin) du bout des lèvres.
Disons encore un mot sur Tatien. Alors que Justin, son maître montre en grand respect pour la philosophie païenne, Tatien abomine tout ce qui est grec, philosophie, art, science et même la langue. Il est probable que la « liberté » de certains rites païens auxquels il avoue avoir assisté : …j’ai été admis aux mystères ; j’ai examiné toute sorte de rites religieux accomplis par des efféminés et des androgynes.. : soit une sorte d’homophobie latente qui pourrait en tous cas expliquer le caractère ascétique excessif de sa secte.

Les Floriniens

Disciples du prêtre Florin, les Floriniens considéraient que Dieu était le créateur du mal. Ils se basaient sur les écritures qui annonçaient : Dieu créa toute choses, et voilà que tout était bon.. Voilà par excellence le genre de phrase qui ouvre la voie à la controverse et se solde bien souvent par la mise au banc hérétiques des contradicteurs.
Si Dieu a créé toutes choses, alors il a créé le mal. S’il a créé le mal, alors tout ne peut pas être bon, et dans ce cas les écritures ont faux. Mais c’est là que surgit la voie de la vérité, le débat d’expert qui va peu a peu donner plus d’importance à la forme qu’au fond, avec le résultat que l’on a observé. Cette subtilité qui remet les pendules orthodoxes à l’heure est que le mal créé par Dieu n’est que celui nécessaire à nous infliger les peines que nous méritons à cause de nos péchés. Pour faire simple, le mal est un bien pour notre bien. Retour à la case péché originel, circulez, il n’y a rien à voir.

Les Helvidiens

Une autre appellation de la secte des antidicomarites (voir chapitre), venant d’un arien Helvidius, sans doute à peine lettré comme il est dit en langage distingué en ces termes : …qui avait à peine la première teinture des lettres.

Les Hiéracites

Hierax ou Hiéracas, était le chef de cette secte. Il niait la résurrection de la chair, condamnait le mariage. Cette aversion poussait ses sectaires à n’accepter dans sa société que les moines ou les célibataires, ou, pour les femmes, les vierges et les veuves. Les enfants morts avant l’usage de la raison n’avaient pas droit au ciel car ils n’avaient accomplis aucune bonne œuvre.
Pour Hiérax encore, le Fils a été engendré du Père, et le Saint-Esprit émane du Fils. Ce Saint-Esprit aurait été Melchisédech selon ce que lui apprit un rêve

Les Héracléonites

Secte fondée par Héracléon, un partisan des thèses de Valentiniennes, qui cherchât à concilier ces thèses avec les Ecriture saintes. Il cherchât en particulier dans les évangiles à trouver des significations allégoriques pouvant justifier l’existence des Eons.

Les Jovinianistes

Moine milanais, Jovinien vécu une vie extrêmement austère jusqu’à ce qu’arrivé à Rome, il succombe aux plaisirs et aux passions. Il se mit opportunément à soutenir, que la bonne chère et l’abstinence n’étaient en elles-mêmes ni bonnes ni mauvaises, et qu’on pouvait user de toutes les viandes pourvu qu’on en usa avec action de grâce.
Il prétendait que la virginité n’était pas mieux que le mariage, et que Marie n’était pas demeurée vierge après l’enfantement de Jésus. Pour Jovinien toujours, le baptême conférait une sorte d’immunité envers les démons, et une garantie de récompense dans le ciel à venir.

Les Macédoniens

L’histoire de cette secte est significative d’un état d’esprit, et pourrait symboliser la fameuse grande prostituée dont nous parle l’apocalypse et que certains considèrent être Rome, mais qui pourrait tout aussi bien être un état d’esprit, un archétype de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus négatif. La religion de paix et d’amour annoncée par les Christ et surtout ses apôtres n’a pas encore fait ses premiers pas, que déjà en son nom vont s’affronter ses propres partisans ppour ce qui est en fait que cette soif de pouvoir et par amour de la célébrité, qui est la passion ordinaire de ces chefs de sectes.
Tout commence dans une affaire de succession. A la mort d’ Alexandre, évêque de Constantinople, les défenseurs de la consubstantialité du verbe élurent Paul comme successeur, et les Ariens, Macédonius. Constance tranche, choisit Eusèbe sur le siège. Eusebe décède rapidement, les deux adversaires reviennent à l’assaut, Constance veut chasser Paul, le peuple s’y oppose, Constance se fâche, catholiques et arien s’affrontent, les soldats cryant à un soulèvement rétablissent l’ordre à coup d’épée. Résultat : trois mille morts.
Macédonius finit par monter sur le trône épiscopal, et persécute catholiques et novatiens, et ces derniers particulièrement visés par la haine macédonienne luttèrent et anéantirent quatre régiments envoyés pour les réduire. Macédonius sera finalement déposé par Constance, ce qui augmentera sa haine et le poussera sans doute à apporter une base doctrinaire en justification de ses ambitions.
Voulant se venger des ariens il reconnu la divinité du Verbe qu’ils niaient, et il nia la divinité du Saint-Esprit que les catholiques reconnaissaient. Selon Macédonius le Saint-Esprit n’est nulle part appelé Dieu, l’écriture n’oblige ni de croire en lui, ni de le prier. Il ne conçoit pas plus l’existence de cette troisième personne dans la substance divine. Si le Saint-Esprit n’est pas engendré, en qui diffère-t-il du Père, et s’il est engendré en quoi diffère-t-il du Fils. Dira-t-on qu’il est engendré par le Fils, alors on admet un Dieu grand-père et un Dieu petit-fils.
Les macédoniens furent aussi appelés les pneumatomaques, c'est-à-dire els ennemis du Saint-Esprit, ou encore les maratoniens à cause de Marathone évêque de Nicomédie, qui reprit les thèses de Macédonius.
Les « erreurs » des macédoniens sur le Saint-Esprit se retrouvent chez les Sociniens et les antitrinitaires

Les Marcionites

Marcion, évangéliste de IIe siècle, conçut ses idées au travers d’une interprétation personnelle des Epitres de Paul dans lesquels il crut trouver les traces d’une opposition entre la Loi et l’évangile. Paul soutenait dans ses Epitres qu’une personne était en accord avec Dieu par sa foi dans le Christ et non en suivant la Loi, c'est-à-dire de la Loi juive de ce qui deviendra l’Ancien Testament.

De là Marcion déduisit que l’évangile est amour, pitié, pardon, alors que la Loi n’est que menace, jugement, culpabilité, punition. Le Dieu de l’Ancien Testament est le Dieu de Justice qui créé un homme faible, et fait d’Israël son peuple. Le Dieu de l’évangile est le Dieu bon qui a pitié des hommes et leur envoie sont fils pour les sauver, juifs ou non. .

Marcion reprochant au christianisme de rester coller au judaïsme et à son canon de l’Ancien Testament au lieu d’établir ses propres références, entreprit l’œuvre d’identification. Rejetant totalement l’Ancien Testament, il ne retenait dans le nouveau qu’une partie de l’évangile de Luc et quelques épitres de Paul. Moraliste excessif, chiliaste convaincu, il n’admettait le baptême que pour ceux qui faisaient serment de célibat, ou pour les couples mariés qui juraient de faire abstinence. Il ne mangeait pas de viande et s’abstenaient de toute distraction. .

Pour les marcionites Jésus est bien venu sauver les hommes, mais il ne s’est pas véritablement incarné, car en temps que fils de Dieu il ne pouvait se corrompre dans la matière. De ce fait la crucifixion n’est qu’une illusion (docétisme). De plus c’est le Dieu bon, celui des anciens temps qui à envoyé Jésus et c’est le démiurge, le dieu des juifs qui l’a mis à mort. L’homme ne pourra être sauvé qu’à la fin des temps, ce qui pour Marcion comme pour beaucoup à l’époque ne saurait tarder.

Avec cette thématique Marcion jette les archétypes des disputes à venir. Au-delà de la question de la séparation des chrétiens et des juifs, c’est la nature de la personne de Jésus Christ qui est en cause. Pire encore, volontairement ou par inadvertance Marcion en voulant séparer à tous prix juifs et chrétiens finit par émettre une doctrine polythéiste qui est étrangères à chaque camp. .

Le loup du pont (comme l’appelait Tertullien en référence à son origine et son caractère), écrivit deux ouvrages majeurs, l’Evangélion ou l’évangile de Luc débarrassé de son judaïsme et l’Apostelion, les actes de Paul également révisés, puis il réunit un concile des dirigeants de l’église à Rome où il exposa ses idées. Loin de soulever l’enthousiasme il fut chassé de la communauté et se réfugia en Asie mineure où là par contre ses idées furent favorablement accueillies, donnant naissance à une église Marcionite dont on signalait toujours l’existence au Ve siècle. .

Marcion a été le premier à affirmer que les chrétiens se devaient d’avoir leurs propres textes de référence et se débarrasser de la Bible qui restait attachée à la seule Loi des juifs et de leur dieu secondaire. Avec ses deux ouvrages il a créé le principe des écrits canoniques qui devaient déboucher sur la sélection souvent arbitraire et contradictoire d’écrits réputés chrétiens et qui formeront le Nouveau Testament. Marcion avait vu juste en affirmant la nécessité de se distinguer des juifs, ou du moins l’histoire des vainqueurs lui a donné raison. Cependant s’il a été aussi violemment exclu de la communauté chrétienne en proposant une démarche qui tentait une grande partie de cette communauté c’était avant tout en raison de circonstances historiques. Il ne faut pas oublier que dans la Rome antique l’antériorité d’une religion était la condition de son acceptation. Prendre le risque de se séparer du judaïsme équivalait pour le christianisme de l’époque, à se priver de l’ancienneté de ce judaïsme, et perdant ainsi toute antériorité de se voir rejeter du rang de religion à celui de secte. D’une certaine manière en reconnaissant l’Ancien Testament mais en lui imposant la révision critique du Nouveau, les chrétiens ont réussi le grand écart qui leur à permis de conserver leurs racines pour mieux les rejeter.

Les Marcites

Augustin nous parle d’un je ne sais quel Marc devint hérétique sans plus de certitudes. Il faut consulter le dictionnaire historique de Moreri (1712) pour qu’un lien formel soit établit entre Marc et les marcites.
Les Marcites étoient ainsi nommez de Marcus, qui conferoit aiux femmes le sacerdoce et le pouvoir d’administrer les sacrements

Marc était disciple de valentin et comme lui reconnaissait l’existence des Eons. Selon Iréné Marc semble fonder sa doctrine en partie sur la cabale qui suppose des vertus attachées aux mots. La doctrine de Marc semblait fondée sur cette théologie arithmétique dont on était fort entêté dans ce second et troisième siècle.
Selon Valentin l’esprit éternel avait produit la pensée qui à son tour à produit l’esprit, qui ensemble (esprit-pensée) ont produits d’autres êtres jusqu’aux éons dans une suite de mariages. Marc estima que le premier principe n’était ni mâle ni femelle et qu’il était en revanche capable de produire seul les éons sans avoir besoin de la suite de « mariages » imaginée par Valentin.
Marc faisait du verbe l’artisan de la création en considérant la magie du mot qui étant prononcé devenait un ordre créateur. De cette manière le démiurge ayant prononcé le mot arché c'est-à-dire « le principe » créa un être semblable à lui-même, après quoi avant de se reposer, il prononça quatre mots contenant 30 lettres. Marc concluait que Dieu avait créé trente éons auxquels il avait abandonné le monde.
Ce nombre de trente éons n’était pas satisfaisant. Le nombre de 24 paraissait plus parfait du fait qu’il représentait le nombre de lettre de l’alphabet grec, qui comportait entre l’alpha et l’oméga la plénitude de tous les possibles. Totalement obnubilé par ses théories auxquelles il finit par accorder une valeur magique, Marc décida d’accomplir des miracles dont en particulier changer le vin de messe en sang. Il y parvint par le truc de la fontaine des noces de Cana. Par cette supercherie il attira l’admiration et la convoitise des femmes de préférence riches et belles, et leur fit croire qu’il pouvait leur transmettre le pouvoir miraculeux, sans oublier de dire qu’il en était la source.
Pour l’accomplissement du culte marcite on faisait prendre aux femmes de potions destinées à les mettre dans des dispositions favorables à l’assouvissement des passions,tout en les persuadant que tout était permis aux adeptes de la secte.
N’étant pas prêtre, Marc s’est sans doute senti obligé « d’accomplir » des miracles pour justifier son ingérence dans la prêtrise, ignorant à l’occasion la nature symbolique de la transsubstantiation qu’il prit au pied de la lettre.

Les Marcosiens

La doctrine marcosienne est celle de Valentin revue et corrigée par son disciple Marc. Alors que pour Valentin le monde est créé par une succession de couples multipliant le principe premier, pour Marc, c’est au mot « Verbe » que revient la faculté créatrice. De la puissance des mots, les marcosiens déduisaient pouvoir par leur intermédiaire communiquer avec les esprits, faire des miracles en d’autres termes pratiquer la magie.
Les orgies qui leur sont attribuées semblent relever d’un dénigrement systématique de la part des Pères de l’église plus que de faits avérés. Les marcosiens admettaient l’ancien testament et une partie du nouveau. Ils donnaient le baptême avec de l’eau mêlée d’huile de baume.

Les Malchisédéciens

Créée par Théodote le banquier adepte cléobien, cette secte niaient la divinité de Jésus-Christ et prétendaient qu’il était inférieur à Melchisédech. Comme toujours la réaction des orthodoxes sera le dénigrement face à ce qui semble relever le moindre détail qui pourrait conforter une thèse indéfendable. Mais d’abord qui était Melchisédech ?
Melchisédech est un des personnages les plus mystérieux de la Bible. A la fois roi et prêtre il n’a ni père, ni mère, ni parenté terrestre. Paul dans son épitre aux Hébreux nous en parle ainsi ;
[…]Et le Christ ne s’est pas non plus attribué la gloire d’être devenu grand prêtre, mais il la tient de celui qui lui a dit : Tus es mon Fils, je t’’ai engendré aujourd’hui. Comme il est dit encore ailleurs : Tu es prêtre pour toujours, selon l’ordre de Melchisédech. […]

Les Melchisédéciens déduisirent de cet Epître que Jésus recevant sa prêtrise de Melchisédech, était son subalterne. Considéré comme un ange par certains, comme le Saint-Esprit et même Jésus-Christ par d’autres, Melchisédech est pour Paul avant tout un argument.
Dans l’Epître de Paul le mot « prêtre » pourrait être une traduction du terme « sacrificateur ». D’ailleurs les traductions en langues française et anglaise indiquent selon les cas un terme ou l’autre. Paul semble bien utiliser le terme dans sa signification de « sacrificateur » , et c’est en tous cas ce qui va lui permettre de contredire les arguments de Mélchisédéciens. La fonction de sacrificateur dans la loi juive répondait à des règles très strictes d’appartenance à la tribu de Lévi et la famille d’Aaron. D’autres exigences concernant la généalogie pouvaient, si elles n’étaient pas respectées, interdire l’accès à la fonction.
Le prêtre sacrificateur ne pouvait exercer son office que de ses trente ans jusqu’à ses soixante ans. Le souverain prêtre et sacrificateur lui ne pouvait prendre son office qu’a la mort de son prédécesseur, et le perdre à sa propre mort. Ainsi tous étaient frappés des limites du temps. Il n’en fut pas de même pour Melchisédech qui n’ayant pas de prédécesseur ni de successeur n’eut pas de bornes à l’exercice de son ministère.
Ainsi Paul, en confirmant que Jésus tenait son pouvoir de Melchisédech, sous-entendait que Jésus n’avait ni prédécesseur ni successeur puisqu’il était l’unique Fils de Dieu, ce qui de fait le dédouanait de la Loi juive en la matière.

Les Méléciens

Mélèce, évêque de Lycopolis, déposé par son métropolitain vers l’an 306 pour avoir sacrifié aux idoles, refuse la sanction et provoque un schisme qui va durer un siècle et demie. Ce schisme relève plus de la dispute autour d’une question de pouvoir que d’une véritable hérésie car aucun message doctrinaire semble exister.

Les Ménandriens

Ménandre disciple de Simon le magicien, se considérait comme le Messie. Ses sectateurs les ménandriens affirmaient que l’intelligence supérieure « Ennoia » avait créé le monde sensible et intelligible par émanations successives d’entités de moins en moins pures au fur et à mesure qu’elles s’éloignaient de leur source absolue. Ces entités ou génies auraient été les anges selon ce qu'en déduisit Saint Augustin. Mais Valentin et les autres gnostiques les appelèrent ultérieurement les éons.
Ménandre administrait le baptême en son nom, en lui attribuant la capacité de donner l’immortalité. Les ménandriens pratiquaient la magie, et le spiritisme.

Source : http://avatarpage.net/

 

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Published by X - dans Gnose
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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:07

Présentation

Jusqu’au quatrième siècle le gnosticisme a tenté de faire son nid dans le christianisme naissant en s’emparant de la personnalité de Jésus-Christ pour en faire ce que l’on appellerait aujourd’hui sa «tête de gondole» dans la promotion de ses thèses d’inspiration orientale. C’est en grande partie du besoin de présenter un front commun face à la multitude des sectes gnostiques que s’est forgée l’orthodoxie chrétienne dont les rejets ont précipité les concurrents dans le camp de l’hérésie.

Au final, l’orthodoxie d’un article de foi n’était pas seulement dépendante d’un acquis originel tirés de la parole de Jésus-Christ, mais pouvait tout aussi bien relever d’une construction inventive imposée par une l’autorité, que cette dernière fut celle d’une majorité ou celle que la force dominante. Ce faisant l’opinion ainsi retenue et validée, quittait le domaine de la supputation pour pénétrer celui du dogme.

Cependant toutes les hérésies ne furent pas gnostiques, et la nature du lien entre le Père et le Fils alimenta un telle dispute entre ariens et «orthodoxes» qu’en 325 Constantin Ier dû convoquer un concile pour mettre un terme au conflit (Nicée). Cependant au-delà des préoccupations de pure théologie, il semble bien que les affrontements idéologiques, n’eurent pas seulement pour objet de parvenir à une uniformisation du christianisme, mais tout autant de régler les comptes dans la concurrence acharnée que se livraient les différentes acteurs pour s’emparer des positions dominantes dans ce christianisme en voie de devenir un dispensateur de promotion sociale.
Les sectes hérétiques que nous avons listées ici sont donc majoritairement, mais pas uniquement, gnostiques, et elles furent actives durant les quatre premiers siècles de notre ère.

Le Gnosticisme, un générique

Article totalement révisé en janvier 2011.
Le gnosticisme n’est pas à proprement parler une religion mais un ensemble doctrinal d’influences orientales -principalement mazdéennes, mandéennes et probablement judaïques- qui affirme que la création est le travail d’un mauvais démiurge, source du mal, et que la nature spirituelle de l’homme est étrangère au monde matériel qui la retient prisonnière.

C’est par la connaissance ou gnose que l’homme se libèrera de la matière. Toutefois une assimilation directe entre gnose et gnosticisme ne correspondrait pas à l’évolution des significations. En effet le sens pris par le mot gnose tend à définir une technique, une démarche, destinée à atteindre la révélation par sa propre et intime expérience sans présumer en rien du contenu de cette révélation. Tout au contraire le gnosticisme impose son ensemble doctrinal comme contenu de sa révélation. En d’autres termes la gnose vue par les gnostiques est la révélation de la nature corrompue de la création et la prise de conscience de l’irrémédiable nécessité de mettre un terme en l’enchaînement des incarnations.

C’est donc cette vision d’un monde fabriqué par une Dieu mauvais que les gnostiques ont tenté d’introduire dans le christianisme naissant, faisant à l’occasion de Jésus-Christ un sauveur apportant la révélation gnostique et chargé de sauver le monde en le détruisant.
Thèse tout à fait crédible dans le contexte apocalyptique cher à diverses religions. Sauf que cette idée d’un démiurge créateur opposé à un Dieu resté silencieux et non manifesté introduisait un polythéisme dans un christianisme totalement monothéiste. Les chrétiens ne pouvaient accepter cette situation qui faisait la part belle au paganisme concurrent et les coupait du judaïsme dont ils avaient encore besoin pour puiser leur références et leur antériorité. En contrepartie le refus de cette dualité divine ne permettait plus de résoudre cette obsédante et insoluble question de savoir, si Dieu était unique et bon, pourquoi le mal existait-il toujours. Bouc émissaire, diables et démons, sorcières vampires incubes et succubes, hérétique mêmes, seront en charge de tous ces péchés, mais ceci est une autre question.

Pour l’instant nous allons aborder succinctement les différents courants de ce gnosticisme qui prêchant la révélation par la connaissance niaient en quelque sort la prééminence de la foi qui certes permettait de déplacer des montagnes, mais qui faisait prendre pour argent comptant ces contes et légendes dont l’église deviendrait si friande. Nous allons rencontrer les plus pertinentes interrogations, les plus crédibles croyances comme les divagations pornographiques le plus délurés. Abstenons nous de tout jugement car n’oublions pas que notre savoir sur les gnostiques vient principalement de leurs ennemis qui en dressant leur procès nous ont souvent, et contre leur attente, permis de connaître des idées qui étant vaincues devinrent hérétiques.

Les Abeloïtes

Appelés aussi Abélonites, Abéloniens, ou Abéliens, cette secte fut composée essentiellement de paysans qui avaient choisis de vénérer Abel. Ils prétendaient qu’il fallait se marier comme lui, mais ne pas consommer le mariage. Les maris et femmes vivaient ensemble, amis pratiquaient donc la continence. Afin d’assurer leurs successions ils adoptaient une petite fille et un petit garçon
Si un enfant venait à décéder, une nouvelle adoption le remplaçait. Si un des parents décédait alors les enfants prenaient soin du parent survivant jusqu’à la fin de ses jours, et adoptaient à leur tour un garçon ou une fille.

Les Aériens

Aérius, à ne pas confondre avec Arius ni Aetius, était moine et l’ami d’Eustathe évêque de Constantinople. Aérius vivait mal d’être soumis à l’autorité de son amis même si celui-ci le favorisait en lui confiant la conduite de son hôpital. Eustache tenta de rétablir son autorité sans succès. Aérius prétendit que l’évêque n’était pas supérieur au prêtre et pour faire bonne mesure condamna les cérémonies de l’église et la célébration des fêtes dans lesquelles l’évêque paraissait dans l’éclat et avec distinction. Il niait qu’il faille prier pour les morts, et que l’église puisse prescrire des jeûnes solennels
Il quitta son hôpital et entreprit de répandre ses idées au travers de sa secte. Refuser l’autorité des évêques était mettre en cause l’église dans son ensemble, car les évêques étaient avant tout les successeurs des apôtres.
Ces « erreurs d’Aérius seront celles qui seront reprises par les protestants en partie, les presbytériens, quelques anabaptistes et enfin les Quakers, du moins si on se situe d’un point de vue qui n’est pas le leurs.

Les Aétiens

Aétius suivait les idées d’Arius auxquelles il ajoutait les siennes. Selon lui Dieu n’attendait de nous que la foi. Les actions infâmes répondaient aux besoins de la nature. Excommunié par les Anoméens dont il était devenu le chef, dégradé par les acadiens et exilé par Constance, il fut rappelé par Julien l’apostat et couvert d’honneurs.
C’est son disciple Ennomius qui soutint avec plus de succès que son maître l’erreur selon laquelle le Fils serait différent du Père, et le Saint Esprit tout différent du Fils. De mœurs dissolues il promettais à ses disciples l’impunité complète pour leur crimes et leur persévérance dans le mal.
La prépondérance d’ Emmonius sur Aétius fit que les aétiens furent souvent appelés Enomiens.

Les Aloges

Si la similitude entre certaines sectes nous rend parfois difficile la distinction, ce que nous pouvons dire des Aloges c’est qu’ils ne sont absolument t pas de Montanistes. Ils en sont même «le rebours » total. Si le mysticisme trouvait une place excessive dans le montanisme, les Aloges le réprouve, et en tirent d’ailleurs leur nom « A-logos » ennemis du verbe.
Montanus à prétendu que la mission du Paraclet annoncée dans l’évangile de saint Jean était la sienne, les Aloges suppriment l’évangile de Jean. L’Apocalypse fournit à Montanus l’idée d’un règne de mille ans, les Aloges suppriment l’apocalypse. Les montanistes parlaient de prophéties, miracles, inspirations, les Aloges nièrent à l’église toute puissance surnaturelle.
Nous pouvons sans l’avoir vécu, ressentir le côté invasif et peut modeste du montanisme, qui par certains côtés a des attitudes proches de nos sectes modernes. La réaction même excessive des Aloges se comprend d’autant mieux qu’elle semble vouloir pousser chacun à mettre les pieds sur terre.
Mais dans le contexte de l’époque les Aloges ouvrent une voie tout aussi dangereuse que le montanisme pour le devenir de l’église, et c’est ce que nous allons voir :
Être ou ne pas être
Nous sommes à une époque où le christianisme naissant se doit d’être clairement identifié faute d’être absorbé par un concurrent ou même de disparaître définitivement, ne laissant pas plus de trace dans le judaïsme qu’une ancienne. Voici un condensé de ce que disait sur le sujet Franz de Champagny dans son livre de 1865 « Les Antonins »
« La victoire du gnosticisme serait celle de la corruption et de l’apostasie. Elle entrainerait la disparition du christianisme et le retour à une idolâtrie pire que la première (paganisme). Que le Montanisme gagne et la société chrétienne ne serait plus qu’une secte de « méthodistes » hautains et exclusifs, ennemis de l’homme et de la cité. Que les Aloges gagnent et le christianisme n’aurait plus de symboles et deviendrait une sèche, vacillante et incertaine philosophie. Si enfin au dessus de toutes ces sectes ne se maintenait pas une église une, entière et inébranlée, qui pourrait reconnaître à travers ces innombrables écoles le christianisme complet, supérieur, principal ? »

Cette citation explique de façon claire la situation. L’église chrétienne devait son existence au fait qu’elle s’était singularisé du judaïsme sans pour autant flirter avec le paganisme. Sa singularité venait du Christ dont la personne et la parole avaient été rejetés par les juifs. Voilà que prétendant parler au nom du christ ou de ses apôtres naissait une multitude de sectes aux doctrines douteuses, aux rituels proches du paganisme, aux maîtres arrogants qui passaient leur temps à rejeter ou interpréter les textes selon leur convenances en frayant parfois même avec les paganisme qu’ils voulaient éradiquer.
Il fallait bien unifier le discours, établir le dogme, afin que ceux qui n’y adhéraient pas comprennent qu’il y avait de la place ailleurs et que cette place ne pouvait pas être chrétienne, et cela disons le, au risque d’y perdre son âme.

Les Angéliques

Secte qui rendait un culte particulier aux anges Dieu s’était servi des anges pour faire connaître sa volonté aux hommes, alors les hommes devaient se servir des anges comme intermédiaires vers Dieu. Cette secte ne doit pas êtrre confondue avec celle des Angélites qui au Ve siècle tenaient leur nom d’un lieu nomé Angélium et qui enseignait que ni la Père ni le fils, ni le Saint-Esprit n’étaient Dieu par lui-même, mais que de nature divine ils participaient à cette divinité de manière indivisible, qui faisait Dieu de chacun ?

Les Apellites

Apelle disciple de Marcion ne croyait qu’en un seul principe éternel non qu’il en eut la preuve, mais parce qu’il en avait l’intuition. Pour résoudre la question de l’origine du mal, il en vint à soutenir que cet Etre ne s’occupait pas des choses de la terre et qu’il avaitb laissé à des anges, en particulier l’ange de feu, le soin de créer notre monde sur l’exemple du mond supérieur parfait. Se créateur s’étant avéré être mauvais, le monde le fût également. Jésus était le fils du Dieu supérieur, le bon, et il était venu pour apporter la connaissance aux hommes et leur faire mépriser le mauvais créateur.
Pour Apelle les âmes ne sont pas totalement incorporelles et il développe sur ce point une cosmogonie tarabiscotée et en tout cas absconde.
Apelle rejetait les livres de Moïse et ceux des prophètes, car pour lui Adam n’avait pas pu être menacé de mort puisqu’avant de manger le fruit il ne savait pas de quoi il s’agissait. A cette opposition mal venue s’ajoute une mauvaise réputation. Il aurait abusé d’une femme, et serait tombé sous les charmes d’une prostituée illuminée et faiseuse de miracles. Comme d’habitude difficile de savoir qu’elle est la part de calomnie, surtout si on se réfère à des extraits de réponses sensées et apparemment honnêtes faite à un de ses interlocuteur chargé de lui faire admettre ses erreurs :
… il ne faut pas si fort examiner les matières de religion ; chacun doit deumeurer dans ses croyances pourvu qu’il fisse de bonne œuvre

ou encore
Les prophéties se condamnent d’elle mêmes puisqu’elle ne disent rien de vraie et qu’elle sont toutes fausses, qu’elles se contredisent entre elles…

Les Apollinaristes

Apollinaire, évêque de Laodicée disait que Jésus avait pris un corps humain pour son incarnation, mais qu’il n’avait pas d’âme humaine, ou que du moins l’âme humaine à laquelle le Verbe s’était uni n’avait point d’intelligence, mais une âme sensitive sans raison ni entendement. Il jugea qu’une âme humaine était inutile dans Jésus-Christ, la divinité ayant présidé à toutes ses actions et fait toute les fonctions de l’âme.
Pourtant Jésus avait éprouvé des sentiments qui ne pouvaient convenir à divinité, kil devait cependant avoir une âme sensitive. Dans cet art de dire tout et son contraire il rejoignait la philosophie pythagoricienne qui suppose une âme de pure intelligence, raisonnable et sans passion, et une autre incapable de raisonner et purement sensible. Comme toujours en la matière « il fut facile de contrer ces arguments » en opposant des vérités décrétées comme telles, au seul motif qu’elles étaient prononcées par les écritures et constituées si ce n’est la preuve, mais la règle.

Les Apostoliques
Sous ce nom très prétentieux (apostolique) on désigne ceux qui ne reçoivent pas à leur communion les personnes mariées, ni les chrétiens qui n’ont pas renoncés à leurs biens. Ils enlèvent toute espérance de salut à ceux qui usent des choses dont ils s’abstiennent.
A cette présentation Augustin ajoute que leurs erreurs sont les mêmes que les Encratites, car on les appelle aussi comme ces derniers : apotactiques ou aussi renonçant. Ce nom d’apostolique vient de leur prétention à imiter l’Eglise apostolique de Jérusalem, où les biens étaient mis en commun par les fidèles.

Les Aquatiques

Cette secte croyait que l’eau était un principe coéternel à Dieu. Hermogène avait enseigné que la matière contemporaine du Dieu a donc toujours été. Sans naissance, sans commencement et sans fin dont le Démiurge s’en est servi pour créer toutes choses. Ses disciples ont voulu connaître la nature de cette matière et adoptèrent le système de Thalès qui considérait l’eau comme origine de toute chose et dont l’air le feu et la terre procédaient.

Les Arabiques

Nommés aussi Arabiens ou simplement Arabes, cette secte du troisième siècle prétendaient que l’âme mourait avec le corps, mais qu’elle ressuscitait avec lui. Il furent convaincus de leur erreur par Origène lors d’une grande assemblée tenue en Arabie.

Les Ariens

L’arianisme est un courant idéologique chrétien développé par un prêtre alexandrin Arius et qui affirme que le Père (Dieu) et le Fils (Jésus-Christ) ne sont pas de même substance et que le Fils est inférieur et subordonné au Père. Pire encore les ariens considéraient qu’il existait un Dieu intérieur inengendré et un Dieu extérieur engendré et c’est sur ce point seulement qu’ils peuvent être rapprochés du gnosticisme car pour le reste l’arianisme n’est pas une hérésie gnostique.
Les thèses de l’arianisme s’opposaient bien entendu à celles des partisans de la "consubstantialité" pour lesquels le Père et le Fils étaient de même substance. Constantin Ier voulant mettre un terme à une querelle qui risquait de troubler l’ordre public, envoya une lettre aux deux camps leur enjoignant de stopper leur dispute pour [des choses qu’ils n’entendaient pas et qui étaient de nulle importance]. Devant l’échec de cette tentative de conciliation l’empereur réunit un concile à Nicée en 325. Ce fut la victoire des tenants de la consubstantialité que les termes du consensus final (credo de Nicée) soient sur ce sujet franchement sibyllins et pour le moins byzantins, en affirmant :
« le Fils est consubstantiel au Père. Quand on disait que le Fils est consubstantiel au Père, on ne prenait pas ce mot au sens qu’on le prend lorsqu’on parle du corps des animaux mortels, le Fils étant consubstantiel au Père ni par une division de la substance divine dont il eût fait partie, ni par quelque changement de cette même substance ; on voulait dire seulement que le fils n’était pas d’une autre substance que le Père. »Ainsi les Homoousiens (consubstantialité) l’emportaient à la fois sur les Ariens et les Homoiousiens qui eux se limitaient à reconnaître une nature semblable, mais non identique (subtilité?). Nicée ne mettra pas un terme à l’arianisme dont les thèses considérées comme orthodoxes sous le règne de Valens, seront adoptées par une partie du mouvement protestant, mais ce concile imposait pour longtemps sa méthode, imposer le dogme par la force de l'autorité.
Arius développait des arguments tout aussi improuvable et suggestifs que ceux des orthodoxes, et sans doute plus proche de la simple logique, mais il eut le tort de perdre et fut rejeté dans les enfers hérétiques. Pendant ce temps c’est l’église qui perdait sa substance en donnant la priorité à la dispute, à la jactance inutile et prétentieuse et abandonnant tout ce qui faisait la grandeur de sa doctrine.

Les Artotyrites

Quelques montaniste se dirent que les premiers hommes, dans leurs sacrifices, offraient à Dieu des fruits de la terre et des produits venant des brebis. Ils en déduisirent qu’il fallait retourner à cette pratique et ils offrirent dans leurs mystères du pain et du fromage.
Partant de la doctrine de Montan ils admettaient les femmes d’autant plus facilement à la prêtrise et à l’épiscopat qu’ils les jugeaient plus aptes que les hommes à susciter les sentiments de pénitence et de mortification parmi les adeptes.

Les Ascites

Secte de montaniste qui dansait autour d’un ballon gonflé, installé près de leur autel. Ils se considéraient ainsi remplis comme ce ballon du Saint-Esprit.

Les Bardesanistes

Issu d’une famille riche il est élevé dans le paganisme puis reçoit le baptême et devient un catholique fervent. Sommé d’abdiquer sa foi lors des persécutions sous Marc Aurèle, il refusera, prétextant qu’il ne craignait pas la mort puisqu’il ne pouvait l’éviter quelle que soit son obéissance à l’empereur. Pour les uns, Bardesane semblerait avoir adopté les idées de Valentin et même d’un Marcion qu’il aurait par ailleurs combattu, puis pour les autres, serait revenu à une orthodoxie, que pour d’autres enfin il n’aurait jamais quittée. Formé aux sciences occultes et sans doute à l’astrologie, il établira un calcul de la durée de révolution de planètes, en même temps qu’une estimation de la date de fin du monde. Son ouvrage le plus connu est un dialogue sur le destin ou Livre des lois des Pays, ouvrage dans lequel il s’oppose au système fataliste des chaldéens ou astrologues.
Pour lui l’homme jouit de son libre arbitre et est responsable de ses actes. Dieu unique, invisible, incréé, est le créateur de l’univers. Les autres éléments sont soumis à des lois fixes auxquelles ils ne peuvent se soustraire, et ne sont donc pas responsables de leurs actions. En revanche certains êtres comme l’homme jouissent d’une liberté d’action qui les rend responsables de leurs actes.
L’homme est sous la loi de trois influences. Le Destin qui est le pouvoir donné par Dieu aux astres de modifier les conditions dans lesquelles l’homme vit. Ce pouvoir se manifeste au moment de la naissance, lorsque l’âme intellectuelle descend dans l’âme végétative puis dans le corps. C’est là que sont inscrites les chances et les malchances. Les deux autres principes auxquels nous sommes soumis sont la nature et la surtout la volonté qui nous permettra de d’exercer ce relatif libre arbitre qui transforme la fatalité en destinée.
Rien ne semble confirmer dans ses ouvrages que :
Bardesane se mit à ajouter les idées de Valentin aux siennes. Comme Valentin il inventa plusieurs Eons et divers principes. Il niait la résurrection de la chair. Il adoptait l’ancien et le nouveau testament mais en lui ajoutant des livres apocryphes. Pourtant Paul semble lui aussi confirmer le caractère hérétique des idées de Bardesane:
Bien que dans ses œuvres il suivait la doctrine et la foi de l’église, il fit un triple naufrage. …d’autant plus funeste pour lui et pour les autres qu’il était comme un vaisseau chargé de marchandises précieuses, et qu’en périssant il fit périr avec lui beaucoup de personnes qui en lui avaient trop de confiance. Ses sectateurs allèrent plus loin en prétendant que Jésus ne s’était pas incarné, et qu’il était venu recouvert d’un corps fantastique, retombant cette fois dans l’hérésie de Marcion que leur maître avait combattu.

Les Basilidiens

Les basilidiens disciples de Basilide, personnage natif de Syrie et sans doute éveillé au gnosticisme. Son enseignement secret ne se communiquait à ses adeptes qu’après une longue initiation. Il serait l’auteur d’un livre disparu « Prophétie de Cham et de Barchir ». Selon sa doctrine ésotérique, le père inconnu s’était manifesté dans 52 attributs de 7 éons chacun, ce qui a porter à croire que sa hiérarchie était fondée sur la division de l’année de 52 semaines de 7 jours, soit 364 éons. Eteinte au Ve siècle, la secte des basilidiens considérait le démon Abrasax comme leur dieu suprême.
Abrasax ou Abraxas, est un démon apparaissant sous la forme d’une chimère à tête de coq, pied de dragon, et ayant un fouet à la main. Son nom proviendrait des sept premières lettres du nom de Dieu en hébreux, et fait référence aux sept planètes, archanges, jours de la semaine etc.… En appliquant le système de numérotation grec à chaque lettre et en additionnant on obtient la totalité du cycle annuel de 365 jours. Abraxas correspondrait au nombre mystique caché de Mithra.

Les Caïnites

Les caïnites considéraient que le Jéhovah le créateur selon la Bible, était orgueilleux et arrogant. De ce fait ils avaient choisi de vénérer les personnages que la Bible avait rejetés, et en premier, Caïn.
S’il avait été capable de tuer Abel, c’est que le Dieu qui protégeait ce dernier était impuissant à contrer la force qui agissait dans Caïn. Ensuite les honneurs étaient rendus à Judas l’Iscariote. Il avait trahi son maître sur sa demande afin que se réalise le destin du Christ. Il dût en payer le prix de la haine mais en même temps reçut la révélation.
La doctrine caïnite concevait trois catégories d’hommes. Les Pneumatiques ou être spirituels dont Caïn, les animiques Seth, et les hyliques ou être matériels, Abel. Les caïnites furent soupçonnés d’immoralité, mais comme toujours en l’absence de faits révélés, tout et son contraire peut être avancé.

Les Carpocratiens

Les carpocratiens étaient disciples de Carpocrate un philosophe gnostique du IIe siècle né à Alexandrie. Pour eux Jésus est un simple humain doué d’un esprit élevé et connaisseur des choses célestes qu’il devait annoncer à ses semblables. Le carpocratiens appelés parfois gnostiques libertins considéraient que pour atteindre un ciel plus élevé il fallait assouvir toutes les convoitises de la chair car elles plaisaient aux puissances. Ainsi ils pratiquaient l’échangisme dans le cadre des cérémonies liturgiques. Les âmes se réincarnaient jusqu’à ce qu’elles aient fait l’expérience de tout ce qu’un corps puisse ressentir. La débauche était de ce fait une manière d’accélérer la libération des cycles de réincarnation.
Une autre interprétation de cette véritable ou supposée dérive carpocratienne vient en partie de la lettre de Clément d’Alexandrie, laquelle dénonce la falsification de l’enseignement contenu dans ce que nous appelons aujourd’hui L’évangile secret de Marc. Marc aurait en effet écrit un évangile exotérique à la porté de tous, et un évangile ésotérique réservé à des initiés. Carpocrate à la mort de Marc, aurait réussi à s’emparer d’un exemplaire de cet évangile. Soit par dessein, soit par ignorance, il aurait interprété certains passages comme des autorisations ou même des incitations à la débauche. Ceci concerne en particulier un passage de Marc (10.34) où arrivant à Béthanie, jésus entreprend de ressuscité un jeune homme décédé récemment. Pour résumer les passages concernés disent :
le jeune homme le regarda intensément et l’aima(..)Et après dix jours, Jésus lui donna un ordre. Et quand se fut le soir, le jeune homme vint à lui, portant un vêtement de lin sur son corps nu. Il resta avec lui cette nuit là , car Jésus lui enseigna les mystères du royaume de Dieu
S’agit-il d’un texte véritablement écris par Marc ou révisé par Carpocrate. Il est évident qu’a partir d’un tel texte on peut tout aussi bien y trouver motif à homoérotisme, comme y deviner les traces de rituels secrets magiques de nature à être mal interprétés par des profanes, comme le tantrisme par exemple.

Les Cataphrygiens

Montanus (Montan) était le fondateur de cette secte que l’on appelait aussi Montanisme. Montanus originaire de Phrygie (actuelle Turquie) aurait été prêtre attaché au culte païen de Cibèle, la déesse de la terre mais aussi mère des dieux. Converti au christianisme il va conserver de sa croyance originale la volonté de donner aux femmes un rôle prépondérant dans son nouveau culte. Selon Montanus Jésus avait promis d’envoyer le paraclet (saint Esprit) après sa mort, pour continuer à enseigner les choses qui n’avaient pas été comprises durant sa vie.
Montanus prétendait être non le paraclet, mais le véhicule au travers duquel il se manifestait. Il associa à son culte deux femmes qui semblaient être bien disposées pour les extases et la suggestivité. Priscilla (ou Prisca) et Maximilla qui après avoir quitté leurs maris et avoir été élevées au rang de vierges devinrent prophétesses.
La persistance du culte de Cybèle dans le christianisme de Montanus apparaît encore quand on sait que cette déesse de la terre pratiquait la divination et que surtout il était coutumier de lui élever des temples près des fissures d’où s’échappaient des gaz. Si le lien avec la Pythie de Delphes est évident, il n’en reste pas moins que son avatar grec est Déméter.
Quoiqu’il en soit l’activité des deux prêtresses, et surtout leur succès, ne fut pas du goût de tout le monde et les opposants proposèrent de les faire exorciser. Montanus refusa au prétexte que c’eut été exorciser le Saint Esprit. Les évêques régionaux décidèrent d’excommunier les disciples de la secte.
Les cataphrygiens exaltaient la virginité, interdisaient les secondes noces, interdisaient de remettre certains péchés, en particulier en cas de récidive. Ils étaient chiliastes et attendaient donc le prochain retour de Jésus. Maximilla mourut après Montanus et Priscilla. Elle avait annoncé qu’elle serait la dernière prophétesse avant la fin du monde.
Pour faire bonne mesure, et avec les réserves d’usage, les Montanistes furent soupçonnés de pratiquer des actes de barbarie sur de enfants :
« .. avec une lancette ils pratiquent une foule de piqûres sur le corps d’un enfant d’un an : le sang qui en sort est mélangé à de la farine, et ils en font du pain, et préparent ainsi une sorte d’Eucharistie. Si l’enfant meurt on le regarde comme un martyr, s’il survit, comme un grand prêtre »

Les Célicoles

Les Célicoles ou Coelicoles furent appelés ainsi parce qu’ils étaient des adorateurs du soleil. Chrétien apostats retournés au judaïsme, il semble probable que ce nom fut donné à la fois à une secte chrétienne et à certains adeptes du judaïsme.

Les Cerdoniens

Cerdon, comme Simon et saturnin reconnaissait l’existence d’un être suprême qui avait généré des esprits moins parfaits que lui. Mais pour Cerdon, la préoccupation majeure était de comprendre à quel moment cet Etre suprême et bon par excellence avait commencé à créer le mal. La seule explication était l’existence de deux principes l’un bon l’autre mauvais. Cette dualité s’expliquait d’autant plus que si selon la doctrine de Simon l’être suprême avait envoyé son Fils unique pour les sauver du mal, comment se faisait-il qu’il n’y soit pas encore parvenu si ce n’est que nous sommes en présence de deux principes séparés, et que ce fait , le Dieu bon et parfait n’a pas un total pouvoir sur le principe du mal.
De là à considérer que ces juifs aux pratiques pénibles et à l’histoire douloureuse étaient le produit du mal, et que les chrétiens porteurs d’indulgence et de bienfaisance étaient les représentant du bien il n’y avait qu’un pas. Ce pas, Cerdon le franchit. Le principe bienfaisant n’avait pu envoyer son Fils pour subir des souffrances qui son contraires à sa nature et ce n’est qu’une apparence de chair qui s’est manifestée en Jésus et non une ioncarnation.

Source : http://avatarpage.net/

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:06

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 08:02

L’échec de Fénelon dans son effort pour redonner vie à la gnose de S. Clément d’Alexandrie, en la rapprochant de la mystique thérésienne et sanjuanienne ainsi que de la doctrine du pur amour, ne laisse subsister qu’un seul sens de ce terme, le sens condamné. De fait, les dictionnaires de l’époque, celui de Moreri, ou le célèbre Dictionnaire de l’abbé Bergier 47, ne comportent aucun article sur la gnose, mais seulement sur les gnostiques où l’on traite principalement des hérétiques de ce nom. Le sens ordinaire est à peine évoquée. Sans doute le catholicisme officiel est-il ainsi persuadé qu’il a partie gagnée contre la gnose, et qu’à bannir le terme, il s’assure une victoire définitive sur la chose qu’il désigne. Il n’en n’est rien. La condamnation de toute gnose n’aurait eu d’efficace qu’à la condition de s’imposer à une société résolument chrétienne. Au contraire, un tel acharnement– qui ne reculait devant aucune calomnie, particulièrement pour ce qui est des mœurs – ne pouvait servir qu’à désigner l’hérésie à l’attention des libertins et des malveillants. C’est ce qui advint. Peu à peu, les hérésiarques prennent figure de héros de la libre pensée. On voit en eux ou bien des philosophes chrétiens qui cherchent déjà à secouer le joug de la discipline dogmatique et que ne saurait satisfaire la crédulité du vulgaire, ou bien des philosophes païens soucieux d’appliquer aux images obscures de la foi les exigences de la raison. Au demeurant, l’élitisme ésotérisant de la gnose flatte la vanité du libertin. Plus la société d’ancien régime se déchristianise en profondeur, plus la religion se ramène à une simple façade, encore omniprésente, mais dont on supporte de moins en moins la « grossière duperie ». Bonne pour les simples, comme l’affirme Voltaire qui, le dimanche s’amuse à jouer le curé de campagne devant ses paysans, son pouvoir est sans effet sur l’esprit supérieur qui se tourne, avec un sentiment de connivence, vers les anciens hérétiques, et même, par delà le christianisme, vers le paganisme antique. De ce point de vue, tout ésotérisme ne peut être qu’hétérodoxe et porteur des espoirs du genre humain dans son long combat vers la « lumière ». Survient alors la révolution française dont le satanisme déchaîné porte à l’Eglise catholique, la plus ancienne institution de l’Occident, les coups les plus terribles de son histoire. En un an, entre 1793 et 1794, cette institution a complètement disparu du sol français 48, et ne recouvrera jamais son ancienne splendeur. La façade abattue, dans le désert spirituel d’une époque sinistre entre toutes, que ne parviennent pas à remplir les éclats d’une rhétorique extrêmement insane, un certain néo-paganisme mystique retrouve quelques chances.

 

Un peu plus tard, se développe en Allemagne un courant, le romantisme, qui, par certain côtés, est l’antipode de l’athéisme révolutionnaire, mais qui finira par se conjuguer avec lui pour constituer une sorte d’ésotérisme éventuellement anti-chrétien. Ce romantisme, en redécouvrant Maître Eckhat et Jakob Boehme, a remis en honneur l’idée d’une connaissance spirituelle purement intérieure, à laquelle il donnera volontiers le nom de gnose. Le meilleur exemple, à cet égard, est sans doute celui de F. X. Baader, qui distingue d’ailleurs nettement entre une pseudo-gnose, d’origine diabolique, et la véritable gnose chrétienne : « Il est vrai qu’il y a une pseudo-gnose, dit-il, et l’œuvre (de L. CL. de Saint Martin) (…) nous parle assez clairement d’une telle école de Satan se répandant terriblement parmi nous, mais voilà pourquoi il y a et il y eut toujours une vraie gnose » 49. De même chez Hegel, l’œuvre boehmienne est définie comme une gnose, mais qui doit, pour devenir parfaite, se transformer en philosophie pure 50. On conçoit alors que, dans l’intense circulation des idées qui s’opère en Europe, en cette première moitié du XIXe siècle, la gnose en vienne peu à peu à désigner une connaissance ésotérique, supérieure à celle de la dogmatique chrétienne, et qui rend inutile toute religion officielle parce qu’elle dissipe le mystère. Cette gnose, fondement mystique de l’idéologie anti-cléricale, est persuadée de renouer avec une tradition secrète, victime exemplaire de la haine ecclésiastique, et de retrouver ainsi la terre nourricière de nos plus authentiques racines culturelles, celles que le judéo-christianisme n’avait pas empoisonnées, ou que le centralisme romain n’avait pas réussi à extirper. Témoignage indubitable de cette conception, l’article que le GrandDictionnaire Universel de Pierre Larousse consacre à gnosticisme (le terme est déjà reçu) :« On se tromperait (…) en croyant que la gnose est essentiellement un fait chrétien. Par son origine, son but, et ses efforts, elle est beaucoup plus large qu’une religion quelconque n’aurait pu l’être ; c’est la libre pensée cherchant à expliquer à la fois le monde, la société, les croyances, les mœurs, le tout à l’aide de la tradition ; ce qui montre qu’il ne faut pas confondre ici pensée libre avec rationalisme ». Puis, après avoir affirmé que sa ressemblance avec le bouddhisme prouve son origine indienne, il déclare : « La gnose ne fut point une hérésie, mais bien la philosophie du christianisme lui-même ; (…) aux chrétiens la gnose disait : « votre chef est une intelligence de l’ordre le plus élevé, mais ses apôtres n’ont pas compris leur maître, et, à leur tour, leurs disciples ont altéré les textes qu’on leur avait laissés » 52.

 

Telle est, approximativement, l’idée que se font de la« gnose » ceux que nous avons appelés les « mystiques anti-cléricaux », et avec lesquels le jeune Guénon est entré en contact. Ils en parlent avec d’autant plus d’assurance qu’ils dédaignent de s’en informer historiquement, persuadés d’être les seuls à savoir vraiment de quoi il retourne. Pour universelle que soit leur conception de la gnose, ils entendent bien cependant se situer dans la continuité doctrinale de ce qui commence à s’appeler le gnosticisme, c’est-à-dire les écoles hérétiques chrétiennes. On présente généralement cette doctrine comme une réaction affective au scandale, que constitue l’existence du mal. C’est indéniable, mais insuffisant. Le mal objectif, présent dans la création, qui leur en paraît irrémédiablement souillée, n’est si vivement ressenti comme injustifiable qu’en corrélation avec la suraccentuation dramatique de l’intériorisation salvatrice : ces deux excès, l’un objectif, l’autre subjectif, se conditionnent réciproquement. Le devoir d’intériorité répute toute création matérielle comme mauvaise, et la déchéance de la création ne laisse d’autre salut que dans la fuite intérieure. Il en résulte comme nous l’avons montré ailleurs 53, un angélisme anti-créationiste qui s’accompagne nécessairement d’un docétisme christologique : comment Dieu aurait-il pu se faire vraiment chair, si la chair est entièrement mauvaise ? En conséquence, le créateur biblique n’est qu’un démiurge, un mauvais dieu, qu’il convient de rejeter avec tout l’Ancien Testament et le rabbinisme théologique de S. Paul. Ces thèmes sont connus. Ils révèlent, au regard de la doctrine métaphysique, telle que Guénon lui-même nous l’a enseignée, non seulement une pensée plus bhaktique que jnânique, mais encore une incompréhension radicale du mystère de l’immanence divine dans l’extériorité cosmique, car, comme l’enseigne le Koran : « Il est le Premier et le Dernier, et l’Extérieur et l’Intérieur, et Il connaît infiniment toute chose » (LVIII, 3) 54. On le voit, selon le Koran, la« gnose infinie » de Dieu consiste précisément dans l’unité radicale et la rigoureuse implication de l’immanence et de la transcendance, de l’extérieur et de l’intérieur. Pourtant, ce sont certaines de ces idées que l’on retrouve dans les tout premiers textes de Guénon-Palingénius, et l’on comprend pourquoi il a pu laisser entendre un jour qu’il n’avait plus rien de commun avec celui qui les avait exprimés 55.

 

Nous n’exposerons pas en détail l’histoire du gnosticisme rénové tel qu’il se manifeste en France à la fin du XIXe siècle. Cette histoire est encore à écrire. On en trouve cependant les éléments principaux dans les divers ouvrages consacrés à Guénon et qui nous expliquent comment Guénon fut mené à entrer en relation avec ce gnosticisme 56.

 

Vers 1880, lady Cathness, duchesse de Pomar, membre de la société théosophique et ésotérique chrétienne 57, organisait en son hôtel particulier de la rue Brémontier, à Paris, des séances spirites où l’on aimait à évoquer les mânes des grands disparus : Simon le Magicien, père du gnosticisme selon S. Irénée, Valentin, Apollonius de Tyane, etc. A ces séances assistaient parfois un archiviste et homme de lettres au tempérament impressionnable et quelque peu instable, nommé Jules Doinel. « Un soir d’automne 1888 » 58, se manifeste l’esprit de Guilhabert de Castres, évêque cathare de Toulouse 59, qui donne à J. Doinel la mission de restaurer l’Eglise gnostique, et qui, pour cela, l’investit de la fonction de patriarche 60. D’autres révélations et quelques vérifications, convainquent J. Doinel de l’authenticité de son initiation. A l’instigation d’un ami, Fabre des Essarts, se tient à Paris une assemblée gnostique qui reconnaît Doinel comme patriarche sous le nom de Valentin II. Plus tard il confère lui-même la dignité épiscopale à Fabre des Essarts (Synésisus) 61, à Gérard d’Encausse, fondateur du martinisme, et à quelques autres. Doinel, cependant, semble avoir toujours été désireux de rapprocher l’Eglise gnostique de l’Eglise catholique. En 1894, il va même jusqu’à abjurer et à remettre entre les mains de Monseigneur d’Orléans son pallium épiscopal 62 . c’est pourquoi, en 1895, Synésius lui succède comme patriarche de l’Eglise gnostique, et confère à son tour la consécration épiscopale à Léon champrenaud, Albert de Pouvourville 62 bis, Patrice Genty, etc. C’est au cours du Congrès spiritualise et Maçonnique de 1908 que Guénon rencontrera Fabre des Essarts. Il demanda à entrer dans cette Eglise gnostique, et en 1909, il est sacré évêque d’Alexandrie sous le nom de Palingenius 63. Synésius fonde alors une revue La Gnose, dont il confie la direction à Guénon et dont la publication s’arrêtera en février 1912. Tels sont les faits, autant que nous avons pu les reconstituer.

 

Quant à la doctrine de l’Eglise gnostique, elle est en tout point conforme aux thèses du gnosticisme des premiers siècles : anti-judaïsme et anti-jéhovisme, accusations renouvelées contre les Pères de l’Eglise qui ont « torturé de mille façons les enseignements qu’ils ont reçus», anti-cléricalisme, etc 64. Incontestablement, ces thèses sont en contradiction avec l’enseignement ultérieur de Guénon. Comment donc pouvait-il les faire siennes ? On explique généralement les affiliations successives ou simultanées de Guénon à diverses organisations pseudo-ésotériques comme une enquête destinée à vérifier leurs prétentions initiatiques 65. Au reste, Guénon lui-même a présenté les choses ainsi et parle des : « investigations que nous avons dû faire à ce sujet… », c’est-à-dire au sujet de la régularité initiatique 66. Il est vrai qu’en un autre texte il affirme que : « Si nous avons dû, à une certaine époque, pénétrer dans tels ou tels milieux, c’est pour des raisons qui ne regardent que nous seul » 67, ce qui ne contredit point l’affirmation précédente, mais est assurément moins explicite. Nous avons rappelé, d’autre part, la déclaration qu’il avait faite à Noëlle Maurice Denis-Boullet, selon laquelle il était entré dans l’Eglise gnostique pour la détruire 68. Comme il nous semble impossible de contester la signification convergente de ces assertions, nous admettrons que Guénon, par esprit de sérieux, enquêtait sur les prétentions ésotériques des organisations en question, et s’efforçait, pour cela, de pénétrer à l’intérieur de chacune de leurs associations ? Un examen critique de leurs doctrines déclarées, manifestement anti-traditionnelles, n’était-il pas suffisant ? Sans doute faut-il supposer que certaines apparences peuvent être à ce sujet trompeuses ou déroutantes 69.

 

Il faudrait donc conclure que Guénon n’a jamais fait siennes les doctrines en question, contrairement à notre supposition précédente, et qu’il n’a paru s’en accommoder que le temps nécessaire à ses investigations. Conclusion que semblent confirmer certains textes de Palingenius qui, par exemple, déclare en 1911 : « nous ne sommes point des néo-gnostiques (…) et, quant à ceux (s’il en subsiste) qui prétendent s’en tenir au seul gnosticisme gréco-alexandrin, ils ne nous intéressent aucunement» 70. De même est-il certain que dans bien des articles de cette époque – tout le monde l’a souligné – on trouve des éléments doctrinaux identiques à ceux que formule le Guénon de la maturité. Plus encore, Guénon lui-même déclare, en 1932, à la suite du texte cité plus haut sur les raisons personnelles qu’il avait de « pénétrer dans tels ou tels milieux » : « quelles que soient les publications où aient paru des articles de nous, que ce soit « en même temps »ou non, nous y avons toujours exposé exactement les mêmes idées sur lesquelles nous n’avons jamais varié » 71.

 

Et pourtant, il est bien difficile de concilier certaines affirmations de la période 1909-1913, avec celle de l’œuvre ultérieure. Si nous croyons, comme nous l’avons dit au début, que sur l’essentiel, c’est-à-dire sur la métaphysique pure (ou la gnose) Guénon, et pour cause, n’a jamais varié, nous sommes dans l’obligation de constater que son jugement sur ce que nous appellerons globalement les formes traditionnelles a changé.

 

Il y a déjà quelques années, dans un article en tout point judicieux, Jean Reyor avait souligné combien la publication de certains textes antérieurs à 1914, pouvait dérouter le lecteur de Guénon, lequel, « en son âge mûr, entendait ne plus se solidariser avec toutes les positions prises dans ses écrits de jeunesse » 72. Quand il affirme, par exemple, dans la revue La Gnose que « la Tradition n’est nullement exclusive de l’évolution et du progrès », que le but du Grand-Œuvre est « l’accomplissement intégral du progrès dans tous les domaines de l’activité humaine », que les Maçons n’ont pas à reconnaître « l’existence d’un Dieu quelconque » 73, que d’ailleurs « le Dieu des religions (…) est non seulement irrationnel mais même anti-rationnel», et que le « dieu anthropomorphe des chrétiens » ne peut être assimilé à «Jéhovah (…), l’hiérogramme du Grand Architecte de l’Univers lui-même » dont le nom peut être remplacé par celui de l’Humanité 74, et autres bizarreries, on est en droit de se demander sans malveillance, si ces propos sont conciliables avec ceux qu’on trouve dans La crise du monde moderne ou dans Le règne de la quantité et les signes des temps. Il est impossible de répondre oui, même si Guénon précise que, par humanité, il faut entendre l’«Homme universel », et même si la raison peut être considérée comme « raison supérieure », selon une expression augustinienne, ce qui est également le cas du mot manas chez shankara ou dans le Samkhyâ 75.

 

A vrai dire, d’ailleurs, ces divergences portent plus sur un ton général, révélateur d’une attitude, que sur des points doctrinaux particuliers. L’utilisation du vocabulaire du rationalisme anti-clérical prouve surtout que Guénon ne s’est pas encore dégagé de certaines influences et de certains milieux dont il adopte à quelques égards, le langage. Ce qu’il ne fera plus par la suite, à partir de 1911-1912, date à laquelle il rompt définitivement avec les organisations occidentales auxquelles il appartenait, ou procède lui-même à leur dissolution. Ce changement d’attitude ne concerne pas seulement les notions de progrès, d’évolution, de rationalisme, que l’on caractériserait assez bien comme « idéologie de la libre pensée ». Il concerne aussi quelque chose de beaucoup plus important, savoir l’attitude de Guénon à l’égard de la religion en général et du christianisme en particulier. Sans doute, cette attitude restera-t-elle très critique. Mais on perçoit, chez le jeune Guénon, une indifférence – pour ne pas dire un mépris – à l’égard des religions et de leur Dieu, qui nous paraît absente des grandes œuvres de la maturité. Ce qui fait défaut à Palingenius, c’est, non pas la notion, mais peut-être le sens vivant et concret de la Tradition, et donc le respect des formes sacrées dans lesquelles elle s’est exprimée. Assurément, le contenu doctrinal des grandes œuvres est-il déjà plus qu’esquissée dans les articles de La Gnose, et l’on a raison de le souligner. Mais l’atmosphère de la pensée a quelque peu changé. En 1911, Palingenius affirme : « nous ne pouvons concevoir la Vérité métaphysique autrement que comme axiomatique dans ses principes et théorèmatique dans ses déductions, donc exactement aussi rigoureuse que la vérité mathématique dont elle est le prolongement illimité » 76. En 1921, René Guénon écrit : « La logique et les mathématiques sont, dans le domaine scientifique, ce qui offre le plus de rapports réels avec la métaphysique ; mais, bien entendu, par là même qu’elles rentrent dans la définition générale de la connaissance scientifique (…) elles sont encore très profondément séparées de la métaphysique pure » 77. Entre temps, la transcendance de la métaphysique sur tout le reste s’est considérablement accentuée parce que sa nature de tradition sacrée et son origine primordiale, déjà explicitement affirmées, ont conduit Guénon, peut être à la suite d’un certain événement, à prendre une conscience plus nettement hiérarchique de sa suréminence principielle 78.

 

Un dernier exemple achèvera de nous convaincre de ce changement de ton et de l’éloignement de sa pensée relativement au «gnosticisme » de sa jeunesse. Il nous est fourni par le célèbre article Le Démiurge, considéré comme la première œuvre doctrinale de Guénon, prouvant qu’en 1909, il est, comme on dit, en pleine possession de sa doctrine. Or, ce n’est pas exact, et, si on lit attentivement ce texte, on observe une divergence considérable avec les textes ultérieurs, au moins sur un point, à vrai dire significatif.

 

Nous ferons déjà remarquer que le titre même de Démiurge et l’évocation, au début de l’article, du problème du mal, auquel ce Démiurge est chargé d’apporter une solution, relèvent typiquement du gnosticisme : le Démiurge est le créateur du monde mauvais. En vérité, quand on prend connaissance du détail de l’exposé, on s’aperçoit que l’idée centrale, au fond orthodoxe, pourrait se passer du langage dont elle est revêtue. Ce qui le prouve, c’est la complète disparition de ce « personnage » dans les œuvres ultérieures 79. Si, en 1909, il identifie « le domaine de ce même Démiurge » et« ce qu’on appelle la Création » si « Tous les éléments de la Création sont contenus dans le Démiurge lui-même » qui peut donc être « considéré comme le Créateur » 80, en 1921 l’identification du Démiurge au Dieu créateur est regardée comme une « hérésie théologique » et « un non-sens métaphysique » 81. Ce non-sens est d’ailleurs propre au gnosticisme : on ne doit pas, dit Guénon,« assimiler (le Grand Architecte de l’Univers qui n’est « qu’un aspect de la divinité ») à la conception gnostique du « démiurge », ce qui lui donnerait un caractère plutôt « maléfique » (…) » 82. Entre le Créateur et le Démiurge « il faudrait au moins choisir » 83.

 

Mais le point qui nous paraît le plus significatif concerne ce que Guénon appelle dans Le Démiurge le « monde pneumatique »,distingué du monde « hylique » et du monde « psychique ». Rapprochant ces dénominations gnostiques (et pauliennes) de la doctrine du Vêdânta, il écrit ;« Celui qui a pris conscience des deux Mondes manifestés, c’est-à-dire du Monde hylique, ensemble des manifestations grossières ou matérielles, et du Monde psychique, ensemble des manifestations subtiles, est deux fois nés, Dwidja ; mais celui qui est conscient de l’Univers non-manifesté ou du Monde sans forme, c’est-à-dire du Monde pneumatique, et qui est arrivé à l’identification de soi-même avec l’Esprit universel Atmâ, celui-là seul peut être dit Yogi, c’est-à-dire uni à l’Esprit universel » 84 . Et, quelques lignes plus loin, il établit la correspondance de ces trois mondes avec les trois états de veille, de rêve, de sommeil profond. Dans une telle cosmologie, la manifestation ne comprend donc que deux mondes, corporel et psychique, le monde pneumatique étant non-manifesté, et le « Plérôme, ni manifesté ni non-manifesté ». Or, comme on le sait, selon L’homme et son devenir…, la manifestation universelle comprend trois monde, le troisième étant constitué par les réalités intelligibles ou informelles. Par rapport à la conception gnosticisante du Démiurge, l’univers manifesté s’accroît ainsi d’un degré supplémentaire, celui que l’Inde appelle Mahat ou Buddhi. Dès lors, l’état de sommeil profond (sushuptasthâna), qui est l’état de Prâjna (le « connaissant »), ne correspond plus seulement au degré non-manifesté de l’Etre pur, mais englobe aussi la manifestation informelle : « il faut inclure d’une certaine façon Buddhi dans l’état de Prâjna » 85 .

 

Toutefois, ce qu’il convient surtout de remarquer, c’est que l’adjonction d’un degré de réalité à la manifestation universelle en change complètement la signification : le pessimisme cosmique du gnosticisme est récusé, car, si la création renferme du pneumatique ou de l’intelligible, alors il y a au moins un degré de l’univers qui resplendit dans la beauté de sa perfection créée, et ou se révèle sa bonté foncière. Les essences, en tant que réalités informelles ne sont « en définitive pas autre chose que l’expression même d’Atmâ dans la manifestation » 86, et réciproquement, dirons-nous, l’expression de la manifestation, sinon dans Atmâ, du moins dans sa plus immédiate proximité : création paradisiaque illuminée directement par le Soleil divin 87.

 

On voit toute l’importance, à vrai dire décisive, de l’affirmation du monde intelligible qui, seul, peut sauver le cosmos de la dispersion indéfinie dans les ténèbres extérieures, en même temps qu’il sauve la connaissance humaine de son émiettement dans l’insignifiance du nominalisme. Aristote, qui nie la réalité propre des essences, est le véritable père d’Occam.

 

Nous en avons assez dit, maintenant, sur les rapports de Guénon avec le gnosticisme. Désormais son attitude ne variera plus et même ne fera que se renforcer. Nous pourrions la résumer dans les deux points suivants : 1° condamnation et rejet définitif des néo-gnostiques, 2° distinction préjudicielle et invariable entre gnose et gnosticisme. Et si la gnose est définie comme la connaissance métaphysique par excellence, le gnosticisme, avec quelques différences selon les textes, est défini de manière plutôt péjorative, comme l’ensemble des écoles hérétiques que les historiens désignent de ce nom. Le texte le plus explicite que Guénon lui ait consacré se trouve dans Orient et Occident. Il déclare, en particulier : « Il est assez difficile de savoir aujourd’hui d’une manière précise ce que furent les doctrines assez variées qui sont réunies sous cette dénomination générique de «gnosticisme », et parmi lesquelles il y aurait sans doute bien des distinctions à faire ; mais, dans l’ensemble, il apparaît qu’il y eut là des idées orientales plus ou moins défigurées, probablement mal comprise par les Grecs, et revêtues de formes imaginatives qui ne sont guère compatibles avec la pure intellectualité ; on peut assurément trouver sans peine des choses plus dignes d’intérêt, moins mélangées d’éléments hétéroclites, d’une valeur beaucoup moins douteuse et d’une signification beaucoup plus sûre » 88.

 

Si maintenant on s’interroge sur l’événement auquel nous avons fait allusion précédemment et qui aurait joué un rôle de catalyseur dans l’attitude de Guénon à l’égard du pseudo-ésotérisme des formes religieuses, nous répondrons qu’il est très probablement constitué par son rattachement au Soufisme. C’est en 1912, selon les indications que fournit la dédicace du Symbolisme de la croix, date confirmée par une lettre, que Guénon reçut l’initiation 89. Nous croyons cet événement décisif, non du point de vue doctrinal, mais du point de vue spirituel, c’est-à-dire pour ce qui regarde l’engagement de l’être tout entier dans la Vérité. Comment, en effet, ne pas remarquer que c’est à cette date que Guénon rompt définitivement avec les «marginaux » de l’ésotérisme pour adhérer à une lignée initiatique régulière ? C’est aussi cette initiation qui lui communique une conscience plus vive et plus concrète des exigences du point de vue traditionnel, puisqu’il semble bien que, selon le titre excellent du livre de Jean Robin, René Guénon n’ait jamais voulu être autre chose qu’un « témoin de la Tradition ». Il y aurait sans doute encore d’autres coïncidences à relever (par exemple l’abandon du pseudonyme «Palingenius » pour celui de « sphinx »), non moins significatives. Quoi qu’il en soit, cet événement nous paraît analogue à celui qui surviendra en 1930 avec son départ pour Le Caire, et qui lui donnera de se plonger – autant que sa nature le permettait – dans une ambiance réellement traditionnelle. «Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! ». Mais il y a des choses que l’on ne comprend qu’après les avoir vues…90.

 

III. Le Mystère de la Gnose infinie

 

La distinction de la gnose et du gnosticisme, à laquelle Guénon se tient désormais, est devenue de règle. On sait en effet que les participants au Colloque international de Messine sur les origines du gnosticisme sont convenues de définir ce terme comme désignant « un certain groupe de systèmes du IIe siècle ap. J.-C. que tout le monde s’accorde à nommer ainsi », tandis que la gnose signifie « connaissance des mystères divins réservée à une élite » 91. Il s’en faut cependant que cette distinction suffise à faire entendre ce qu’est la véritable gnose et à la dégager de sa corruption gnosticiste. Au demeurant, si les considérations précédentes n’avaient pour résultat que de confirmer la perspicacité du jugement de Guénon en la matière, elles n’auraient qu’un fort médiocre intérêt. En réalité, ce qui est de beaucoup le plus important, c’est la conception même de la gnose, c’est-à-dire de la connaissance métaphysique (jnâna), que Guénon a exposée et développée, plus encore, qu’il a fait « exister » sous nos yeux, et dont, par conséquent, il nous a redonné le sens.

 

Pour montrer en vérité, quelle est la signification de la gnose orthodoxe, telle que Guénon l’a formulée, et quelle est son importance et sa fonction, il faudrait en fait retracer toute l’histoire de la philosophie occidentale 92 , depuis son origine grecque jusqu’à ses formes contemporaines les plus curieuses. Seule, croyons-nous, cette histoire, qui est aussi, à certains égards, celle de la théologie chrétienne, au moins depuis la fin du Moyen Age, permettrait de saisir quel est l’enjeu de cette question. A défaut, nous nous contenterons d’une brève caractérisation.

 

L’idée de la gnose est celle d’une connaissance surnaturelle et unifiante de la Réalité divine. Ces trois éléments sont en effet nécessaires pour sa définition : 1° Réalité divine ou Réalité infinie et parfaite, parce que toute connaissance est spécifiée par son objet et que celui de la gnose n’est autre que l’Objet par excellence, l’absolument réel ; 2° unifiante ou identifiante, parce que, à la différence de toute autre connaissance, il n’y a gnose que s’il y a transformation du sujet connaissant et union à l’Objet connu : alors que, d’ordinaire, la connaissance, opérant par abstraction, laisse en dehors d’elle l’être même du connaissant, ici elle n’a précisément lieu que dans une participation déifiante à ce qu’elle connaît ; 3° connaissance surnaturelle, ou métaphysique, ou supra-rationnelle, ou sacrée, parce que, tout en étant de la connaissance, comme n’importe quel acte spéculatif, elle s’en distingue radicalement par son mode qui est celui de l’intellect pneumatisé (ou spirituel) ; à vrai dire, elle se distingue des autres modes dans la mesure où, en elle, se réalise la perfection de toute visée cognitive.

 

Cette conception d’une intellectualité sacrée, c’est, au fond, celle que Platon et le néo-platonisme mettent en œuvre : une connaissance qui est une conversion et engage tout l’être, de telle sorte que les degrés de la connaissance son autant d’états de l’être, hiérarchiquement ascendants. Le symbole de la Caverne nous l’enseigne, aussi bien que la doctrine plotinienne des hypsotases. Et telle est, très explicitement, la définition que Platon donne de la philosophie, conception qui allait se heurter à deux sortes de contestations, les unes au nom de l’intellectualité, les autres au nom du sacré.

 

Les objections concernant l’ordre spéculatif sont le fait d’Aristote qui inaugure, dans l’histoire de la pensée occidentale, ce qu’on peut appeler la « science profane », c’est-à-dire un fonctionnement exclusivement abstrait de la connaissance 93. Sans doute la science est-elle chez lui encore rattachée objectivement à la métaphysique, tout au moins à quelques principes d’ordre ontologique. Mais ce qui vient en premier lieu, c’est l’étude de la logique (les Analytiques) dont Aristote est l’inventeur. La métaphysique, ici, n’a d’autre intérêt que de fonder la physique. Et physique, ou métaphysique, la connaissance est une et ne se différencie qu’en fonction des diverses modalités selon lesquelles elle abstrait le réel connu 94. On voit tout ce qui sépare une telle conception de celle de Platon. Pour Platon, connaître, c’est connaître ce qui est. La vérité de la connaissance varie en fonction de la réalité de son objet. Il y a donc essentiellement des degrés de connaissance correspondant rigoureusement aux degrés de réalité, de telle sorte que tout degré inférieur est ignorance au regard du degré supérieur : il ne saurait y avoir connaissance véritable de ce qui n’est pas véritablement, c’est-à-dire du devenir. Seule la connaissance de l’Absolu (l’Inconditionné, Anhypotheton) est absolument connaissance. C’est celle du Bien suprême, «au-delà de l’être » (épékeïna tès ousia, République, VI, 509 b), mais qui requiert l’actualisation de l’intellect (nous) et l’abandon de la connaissance discursive (dianoïa). Autrement dit, parce que toute connaissance véritable est désir d’être, l’intellect ne peut rien connaître (véritablement) de ce à quoi il ne peut s’identifier. Or l’homme peut-il devenir pierre, arbre ou chat ? Non. En conséquence il n’y a pas de connaissance parfaite de la pierre, de l’arbre ou du chat (en tant qu’êtres sensibles et physiques).

 

C’est dans le domaine physique, au contraire, qu’Aristote veut obtenir une certitude scientifique. On voit en quel sens il faut comprendre la formule du De anima que Guénon aime à citer : « l’âme est tout ce qu’elle connaît » 95. elle ne peut avoir la signification d’une union entitative de l’âme avec ses objets de connaissance. On ne saurait non plus la considérer comme une révélation inconsciente d’Aristote qui signifierait plus qu’il ne croit exprimer. La formule exacte, en effet, comporte toujours l’adverbe pôs, « en quelque manière » (quodammodo) 96. Et si l’âme, dans l’acte de connaissance, peut être, quodammodo, toutes les choses (pierre, arbre ou chat), c’est précisément parce que l’acte de connaissance opère une séparation radicale de l’être et de l’intellect ; autrement dit, c’est parce qu’elle n’est rien, entitativement, de ce qu’elle connaît, que l’âme peut, intentionnellement, s’identifier à tout connu. La connaissance, pour Aristote, se réalise par un processus d’abstraction qui « désexistencie » la forme intelligible, l’arrache à l’être réel et concret, et lui permet ainsi d’exister dans l’âme à laquelle elle s’unit en l’« informant ». La forme intelligible n’est alors pas autre chose que ce qu’on appelle un concept 97. Mais, si en ce qui concerne le monde sensible, l’analyse aristotélicienne ne fait qu’exprimer la pure et simple vérité, il n’en va plus de même pour la connaissance des intelligibles (dont Aristote nie l’existence propre) et surtout du Suprême Intelligible qu’est Dieu, ce que le philosophe reconnaît en quelque sorte, sans pourtant en tirer toutes les conséquences. Cette difficulté de la pensée aristotélicienne se manifeste clairement dans le problème très classique de savoir s’il y a, pour elle, deux philosophies premières (l’ontologie ou métaphysique générale) et la théologie (ou métaphysique spéciale) : l’être en tant qu’être, est-ce l’être en général ou Dieu ?

 

Quoiqu’il en soit, en Occident, c’est la philosophie d’Aristote qui fournit la conception générale de ce que doit être une science, en même temps que cette science fournit le modèle de toute connaissance véritable. Connaître, c’est connaître un objet, c’est-à-dire quelque chose qui, dans son être, est radicalement autre que l’être du sujet connaissant. Toute connaissance implique cette distinction ontologique, sous peine de mettre en cause l’objectivité de la science 98. Or, voilà que cette conception paraît s’accorder merveilleusement avec la Révélation chrétienne. Nous rencontrons ici les deuxièmes sortes d’objections que nous avions annoncées plus haut, celles qui concernent le sacré.

 

Nous ne pouvons nous étendre présentement sur les changements considérables qu’entraîna l’irruption du christianisme dans le champ culturel de l’Antiquité, et sur lesquels on n’a pas fini de réfléchir. Disons au moins que cette irruption eut pour effet de modifier en profondeur la notion même de sacré et de salut. Dans la mesure même où le salut (qu’il n’y a pas lieu de distinguer ici de la délivrance) s’opère dans la foi au Christ qui communique sa grâce, élevant ainsi la nature humaine à sa perfection déifiante, dans cette mesure la simple connaissance intellective est dépouillée de sa dimension salvifique. Cette connaissance ne saurait plus donc concerner que l’intelligence, et non l’être lui-même, la personne immortelle qui, elle, relève uniquement de la religion. D’où l’opportunité d’une doctrine qui «neutralise » ontologiquement et « laïcise » la connaissance, et qui laisse à la religion l’existence humaine. Ainsi s’accordent, par un partage de leur compétence respective, la science et la foi, la philosophie et la religion, la nature et la surnature, la raison et la grâce.

 

Cet équilibre qui s’épanouit exemplairement dans l’œuvre de S. Thomas d’Aquin, est cependant fragile, et cela à deux points de vue quasi antinomiques, l’un qui refuse la distinction réelle de la science et de la foi, l’autre qui l’accentue jusqu’à la contradiction, ces deux points de vue d’ailleurs interférant l’un avec l’autre. Au reste, il ne s’agit pas véritablement de deux points de vue, éventuellement comparables, mais plutôt d’une exigence de la nature des choses dans le premier des cas et découlant de leur « culture », dans le second. Le point de vue de la non-distinction, en effet, ne résulte pas d’une décision théorique, mais s’impose nécessairement : la foi est connaissance dans son essence même, et la connaissance comporte inévitablement une dimension de foi, en tant qu’adhésion de l’être à ce qu’il ne voit pas encore. On constate ainsi, dans la science comme dans la foi, la présence d’un commun et irréductible noyau de gnose. Rien ne saurait modifier durablement cette donnée fondamentale. Quant au second point de vue, il ne fait que développer, selon l’histoire même de la pensée occidentale, en la radicalisant, la séparation méthodique de la science et de la foi, autant que le permet, évidemment, la nature des choses. Cela signifie que la science est progressivement définie comme une non-foi, et la foi, comme une non-science.

 

La foi proclamée comme une non-foi, c’est d’abord ce que réalise le cartésianisme, qui, malgré quelques réserves, marginalise définitivement la théologie. Il faut cependant attendre Kant pour que cette exclusion soit philosophiquement intégrée à l’acte conceptuel comme tel, ce qui signifie, non point un rejet des préoccupations religieuses, acquis depuis longtemps, mais un rejet a priori de la dimension ontologique de la connaissance, dans la mesure où toute foi est adhésion à un être caché. Autrement dit, le kantisme érige en principe la neutralisation ontologique de toute connaissance. L’être, le réel par définition, c’est ce qui ne peut être connu.

 

Les retombées théologiques du kantisme, en dépit ou à cause de la réaction « pseudo-gnostique » de Hegel, conduiront à la démarche bultmanienne et aux prétendues théologies de la mort de Dieu : tout concept est abstraction aliénante, même celui de Dieu (ou celui d’un dogme quelconque, Trinité ou Incarnation) ; la foi est un pur vécu qui n’a d’autre fin que de susciter l’existence humaine à la conscience de son irrémédiable contingence.

 

Telle est la situation intellectuelle de l’Occident chrétien (Europe et Amérique) à laquelle, croyons-nous, la manifestation providentielle de la gnose guénonienne vient porter remède. C’est ce que nous voudrions montrer pour terminer.

 

Cette situation peut en somme se décrire comme un divorce progressif de l’être et de la connaissance, divorce que l’on finit par ériger en principe. Qu’il ne soit pas facile d’y remédier, c’est ce que prouve l’échec de la « gnose » hégélienne ou teilhardienne, la première se proposant de réconcilier la connaissance et l’être, la seconde la science et la foi (ou inversement selon les points de vue) 99. Il ne suffit même pas d’affirmer la thèse contraire pour que soient résolues toutes les questions que ne manquera de soulever la critique philosophique et théologique. Pour la philosophie, il n’y a pas de connaissance qui ne pose son objet comme une réalité distincte, et le thème de la co-naissance n’a d’intérêt que poétique. Pour la théologien, unir l’être au connaître, ou parler d’un salut pour la connaissance, c’est évacuer la révélation et la grâce, donner dans la gnose abhorrée et tomber immanquablement dans le panthéisme. Pourtant le lecteur de Guénon n’a pas du tout ce sentiment. Nul plus que Guénon n’a mis en valeur l’idée de Tradition et rattaché la connaissance véritable à sa source divine. Jamais – sauf à déformer sa pensée – on ne pourra tirer Guénon du côté d’une réduction intellectualiste de la doctrine métaphysique. La métaphysique est une science intrinsèquement sacrée. Elle transcende toutes les formulations qu’on en donne et tous les réceptacles humains qui la reçoivent. Elle est très précisément le Verbe divin lui-même comme « lumière illuminant tout homme qui vient en ce monde »,c’est-à-dire tout être qui accède à l’état humain.

 

Mais ce n’est pas tout. Si l’on étudie attentivement la doctrine guénonienne, on s’aperçoit que la connaissance métaphysique, outre cette situation remarquable qui l’arrache décisivement au monde profane et la restaure dans son ordre propre, se trouve caractérisée en elle-même comme conscience effective du réel, de telle sorte que n’est réel pour l’homme que ce dont il a pris effectivement conscience, tout le reste ne pouvant être défini que comme possible. La connaissance est ainsi « réalisante », non au sens idéaliste où elle créerait le réel, mais au sens où, par elle seulement, il y a, pour l’être humain, du réel. Le réel est rigoureusement corrélatif de l’acte par lequel on en prend connaissance. Il n’est point posé contradictoirement en soi par une affirmation théorique qui oublie que l’autonomie et l’indépendance du réel qu’elle pose est nécessairement et précisément dépendante de l’acte par lequel elle le pose, ce que la critique philosophique se fera un malin plaisir de souligner. Autrement dit, et pour nous exprimer moins abstraitement : toute affirmation du Réel absolu et infini semble pêcher par excès et par défaut : par excès puisqu’étant relative, elle dit plus qu’elle n’a droit ; par défaut, puisque cet Absolu n’est rien de plus qu’une affirmation 100. A la deuxième difficulté, Guénon répond en montrant très classiquement que ce n’est pas l’intellect humain qui affirme le divin Absolu, mais l’Absolu lui-même qui s’affirme en chaque intellect : le Verbum illuminans. A la première difficulté, la réponse est plus « originale », ou, tout au moins, plus explicite qu’il n’est d’ordinaire. Et, à vrai dire, il ne semble même pas qu’elle ait jamais été formulée ainsi, encore qu’elle soit présupposée par toute gnose véritable, et, au premier chef, par le jnâna shankarien. Cette explication « nouvelle »est évidemment exigée par la profonde obscuration métaphysique de la présente fin cyclique, période durant laquelle le prodigieux déploiement de l’habileté mentale a étouffé progressivement l’intuition intellective des vérités implicites. Nous sommes à l’époque où il faut mettre les points sur les i –cela soit dit sans la moindre illusion.

 

C’est dans Les états multiples de l’être que Guénon expose cette réponse. Essayons de le montrer. L’ouvrage commence par un chapitre consacré à la célèbre distinction de l’Infini et de la Possibilité universelle, distinction qui, du reste, n’a de réalité que de notre point de vue, puisque, du point de vue du Principe suprême, la Possibilité universelle n’est rien d’autre que l’Infini, mais qui, pourtant, n’est pas non plus arbitraire, puisqu’elle répond à deux « aspects » du Suprême, un « aspect »analogiquement actif, et un « aspect » analogiquement passif. Ce n’est pas le lieu de rechercher ici l’origine de cette distinction 101, laquelle est plutôt tantrique que shankarienne 102, mais nous devons nous demander pourquoi Guénon introduit le concept de Possibilité universelle. Quel en est l’intérêt ? A quoi sert-il ? Celui d’Infini n’est-il pas suffisant ? Guénon donne une première réponse en déclarant que le point de vue de la Possibilité universelle constitue « le minimun de détermination qui soit requis pour nous (…) rendre actuellement concevable » l’Infini. En somme, nous ne pouvons pas actuellement concevoir l’Infini en lui-même. Quand nous pensons l’Infini, nous pensons en fait « possibilité universelle », autrement dit « ce qui peut être absolument n’importe quoi », « ce dont la réalité ne peut être limité absolument par rien» et c’est au fond une autre manière de parler de la « non-contradiction absolue » de l’idée d’Infini, puisque, ce qui est impossible, c’est ce qui implique contradiction 103. Nous apprenons ensuite que cette détermination minimale répond à un aspect « objectif » de l’Infini, que Guénon identifie à la Perfection passive. Quoi qu’il en soit, la Possibilité universelle englobe nécessairement ce qui dépasse l’Etre, puisque l’Etre ou la détermination principielle, se contrepose inévitablement à ce qui n’est pas, et donc se trouve contredit par lui 104. Ainsi l’Etre n’est pas « au-delà » de toute contradiction, il ne réalise pas la non-contradiction absolue, autre dénomination de la Possibilité universelle. Pour que le Suprême puisse être absolument non-contradictoire, tel que rien ne puisse le contredire, il faut donc qu’Il dépasse la première de toutes les déterminations et qu’il embrasse ce qui est au-delà de l’Etre. C’est pourquoi, « pouvoir être tout », pour Lui, c’est pouvoir être aussi le Non-Etre. Telle est la logique de l’Infini. Il apparaît ainsi que le point de vue de la Possibilité universelle est à peine une détermination, laquelle ne commence véritablement qu’avec l’Etre, mais qu’il faut plutôt la considérer comme l’universelle déterminabilité du Principe, en Lui-même absolument non-déterminé (ou sur-déterminé) fût-ce de la détermination principielle de l’Etre.

 

Toutefois l’expression même de possibilité recèle une ambiguïté dans la mesure où elle prend sens de sa distinction d’avec celle de réalité. Ce qui est possible, c’est ce qui « peut être », c’est-à-dire ce dont la notion n’enveloppe aucune contradiction (comme celle d’un cercle-carré, d’un bouc-cerf, ou d’un vertébré gazeux), mais qui n’est pas actuellement réalisé, ou tout au moins que l’on considère à part de sa réalisation actuelle ou de sa non-réalisation 105. Nul doute que la philosophie scolastique n’envisage les possibles comme désignant les essences des créatures en tant qu’elles sont seulement en Dieu, et « antérieurement » à toute existenciation. Adopter ce point de vue, c’est affirmer qu’il n’y a que des possibilités de création (dont l’existenciation dépend de la Volonté divine) d’une part, et d’autre part, que les possibles n’ont de sens qu’en vue de leur réalisation. Dès lors, on ne saurait évidemment parler de la suprême Réalité comme de la Possibilité universelle, ce qui entraînerait qu’Elle n’est pas actuellement réelle, ni non plus parler de possibilités de non-manifestation. C’est pourquoi Guénon affirme que la « distinction du possible et du réel, sur laquelle maints philosophes ont tant insisté, n’a aucune valeur métaphysique » 106. Mais alors, a quoi bon parler de possibilités ? Et surtout de possibilités de non-manifestation ? Pourquoi ne pas parler tout de suite de réalités non-manifestées ? – puisque certes il y a identité métaphysique du possible et du réel, et qu’avec le Non-Manifesté nous sommes, par excellence, au niveau métaphysique. Le terme de possibilité garde-t-il un sens quand il s’agit du Métacosme divin, où tout se trouve dans une permanente actualité ? « Possibilités de manifestation » offre une signification claire, relativement à la Manifestation, pour indiquer le rapport d’une essence éternelle à son existenciation dans un monde déterminé. Mais comment pourrait-il y avoir existenciation au niveau du Non-Manifesté ? A moins qu’on n’entende seulement par là des possibles que Dieu ne veut pas réaliser ? Mais Guénon repousse cette interprétation : les possibilités de manifestation définissent tout le manifestable, qu’il soit ou non manifesté.

 

On le voit, la difficulté est patente, et il faut bien admettre que la simple expression de « possibilités de non-manifestation » a quelque chose d’étrange. Il est non moins surprenant de constater qu’aucun guénonien « de stricte obédience » ? à notre connaissance – n’a soulevé cette difficulté, ou n’a attiré l’attention sur la solution que Guénon nous en propose. Car il nous en propose une, mais de manière assez discrète. La note 7 au bas de la page 23 annonce que le mot « réel » recevra « par la suite une signification beaucoup plus précise ». Et c’est tout. Il faut alors attendre la page 92 (presque la fin du livre) pour lire la phrase suivante : « Et c’est ici le lieu de préciser, un peu (…) la façon dont il faut entendre l’identité métaphysique du possible et du réel ». Nous ne pouvons commenter, comme il conviendrait le texte qui suit et qui constitue l’enseignement essentiel de ce chapitre, intitulé significativement : Connaissance et conscience. A chacun de méditer ces pages qui renferment, d’une certaine manière ce que l’Evangile appelle « la clef de la gnose ». Nous soulignerons seulement ce qui concerne notre question.

 

On pourrait d’abord estimer qu’il ne s’agit que de terminologie. Guénon propose, en effet, de préciser le sens du mot « réel »comme signifiant ce dont on a pris une conscience effective, ce que l’on a «réalisé », au sens de l’anglais to réalize. Mai on comprend aussitôt que cette proposition va beaucoup plus loin. Non seulement elle permet d’envisager la réalisation par la connaissance sous un jour nouveau, en la considérant inséparablement comme réalisation de l’«objet » autant que du « sujet », mais encore elle repose sur ce que nous appellerons une métaphysique de la connaissance qui, en un certain sens, se substitue à une métaphysique de l’être.

 

Concernant le premier point, c’est-à-dire la «réalisation » corrélative, par la connaissance, du sujet connaissant et de l’objet connu, nous dirons qu’elle actualise leur unité primordiale et sous-jacente. Le réel est corrélatif de la conscience qu’on en prend, et, par conséquent, le degré de réalité est corrélatif du degré de conscience. Si, pour nous, la réalité c’est d’abord et immédiatement le monde corporel, c’est parce que notre conscience est d’abord purement sensorielle, c’est-à-dire absorbée par le monde sensible. Elle « réalise » ainsi la possibilité corporelle, non au sens où elle la ferait exister, où elle lui conférerait l’être, mais au sens où on ne saurait parler intelligemment du monde sensible indépendamment de sa connaissance par les sens. La sensation, dit Aristote, est l’acte commun du sentant et du sensible, et le sensible n’est en acte que dans la sensation. Il n’y a là aucun idéalisme, bien au contraire, puisque l’idéalisme par toujours de l’idée (psychologique), autrement dit du sujet pensant posé solitairement dans sa réalité indépendante, et qu’ici sujet et objet sont envisagés d’emblée dans l’unité de leur relation actuelle 107. Ni non plus d’objectivisme qui, comme nous l’avons dit, pose contradictoirement un objet qui ne serait objet pour personne. Enfin, ce n’est pas non plus un monisme, parce que la distinction du sujet et de l’objet n’est pas niée : elle est même rendue possible dans l’unité de leur acte commun. Il résulte de tout cela que, si l’on veut donner au réel un sens actuel, il faut le regarder comme le résultat de la connaissance, c’est-à-dire de l’acte commun du connaissant et du connu, de l’intellect et de l’intelligible. La connaissance est réalisation et la réalisation est connaissance. Ce qui n’est pas actuellement connu, n’est donc pas actuellement « réel », et par conséquent, doit être regarder comme possible. Encore une fois, cela ne signifie pas du tout que ce dont nous n’avons pas une conscience actuelle est purement inexistant, ni que cela aurait besoin de nous pour accéder à l’être, mais seulement, qu’en rigueur de terme, il y a nécessairement quelque illusion à parler de la réalité de quelque chose dont nous n’avons pas une conscience effective. Illusion sans doute inévitable et dont nous verrons la signification dans un instant, mais qui n’en demeure pas moins une illusion, celle de tout discours ontologiste, inconscient de sa propre situation existentielle, et qui, à force de parler du seul Réel, oublie qu’il faut aussi le « réaliser ».

 

C’est pourquoi, tout ce qui dépasse le degré de notre conscience actuelle peut être considéré, eu égard à la connaissance que l’on devra en prendre, comme une possibilité. Et cela est particulièrement vrai pour tout ce qui dépasse le monde manifesté, étant donné que, dans son état ordinaire, l’homme déchu ne saurait en prendre une connaissance effective. C’est donc par rapport à l’homme que tout ce qui relève du métacosme divin «apparaît » comme un ensemble de possibilités que l’homme devra réaliser par la connaissance. En parlant du Non-Manifesté comme de l’ensemble des possibilités de non-manifestation, on évite, autant qu’on le peut, l’erreur de l’ontologisme« chosiste », qui, dans la mesure où il pose la Réalité absolue et infinie comme un objet devant lui, nie précisément qu’Elle soit absolue et infinie, puisqu’Elle est alors nécessairement relative à un sujet qui, étant distinct d’Elle, la limite par là-même. Et qui niera qu’il n’est jamais tombé dans cette illusion et qu’il n’a jamais pensé ainsi l’Absolu, alors que toute pensée est inévitablement objectivante ? Il ne s’agit d’ailleurs nullement de mettre en doute la validité d’une telle pensée. Elle est aussi salvatrice, à sa manière, et sur son propre plan, puisqu’elle nous communique la connaissance de l’Objet transcendant, c’est-à-dire de l’Etre qui nous a créés et qui Seul peut nous sauver. Mais il faut maintenant tenter de communiquer la connaissance de ce qui dépasse l’Etre. La pensée de l’Etre peut-elle être encore la pensée du Sur-Etre ? Est-ce véritablement le Non-Etre que nous pensons si nous le pensons de la même manière que l’Etre ? C’est pourquoi Guénon propose de penser l’Infini comme Possibilité universelle, en précisant bien que c’est la seule manière dont nous pouvons encore Le concevoir. Ce n’est pas seulement ce qui, en soi, peut être toute réalité, c’est aussi, et inséparablement, ce qui, pour nous, est universellement possible. Qui considèrera en esprit, avec la plus grande attention, la notion même de possibilité universelle, verra qu’on ne peut dissocier, en elle, ce qui relève de l’ouverture conceptuelle illimitée du sujet pensant et ce qui relève de l’Objectivité infinie sous l’effet de laquelle s’ouvre l’intelligence. Il y a ainsi comme deux sens entrecroisés de la possibilité. En sens descendant, de Dieu à l’homme, les possibilités de manifestation désignent les créatures dans leur état prototypique et causal, «antérieurement » à leur existenciation ou réalisation cosmique. En sens ascendant, de l’homme à Dieu en sa Théarchie suressentielle, c’est le Métacosme divin, qui du point de vue de notre conscience actuelle, « apparaît » comme Possibilité universelle (avec Dieu tout est possible), en tant que nous avons à Le réaliser, en vertu de la nature même de notre intellect. De ce point de vue, d’ailleurs, il n’y a que des possibilités de non-manifestation, puisque même les possibilités de manifestation sont envisagées dans leur état non-manifesté.

Mais on ne doit pas perdre de vue l’identité métaphysique du possible et du réel. C’est ici que nous abordons, pour terminer, ce que nous avons appelé une métaphysique de la connaissance se substituant à une métaphysique de l’être. Cette identité métaphysique est une autre façon de désigner l’Identité suprême, puisque, si seul est réel au sens précis du terme ce que l’on a réalisé par la connaissance, alors on peut parler de l’identité du Possible comme tel au Réel qu’à la condition que la connaissance soit devenue absolument totale, ou, plus exactement, qu’elle l’ait toujours été, c’est-à-dire qu’elle soit réalisée dans sa permanente actualité. C’est seulement ainsi qu’il est légitime de parler présentement de Cela qui outrepasse notre conscience individuelle, parce qu’Il est la totalisation de toute connaissance possible. Le point de vue de la «réalisation » est ainsi « porteur » d’une métaphysique aussi ample, sinon plus, que celui de la « doctrine ». Toutefois il ne suffit pas d’envisager les principes métaphysiques universels comme la « réalisation », accomplie de toute éternité, de la connaissance totale, ce qui permet en effet de parler de ce dont nous n’avons pas encore pris une connaissance effective et immédiate. Il faut aussi rendre compte de la possibilité de cet « événement » qu’est la réalisation même d’un acte de connaissance. Si tout est accompli, pourquoi y-a-t-il des accomplissements ? 108

Nous avons vu précédemment la difficulté que présentait le discours sur l’Etre, du côté du sujet humain. Mais la difficulté n’est pas moindre du côté de l’Objet connu, c’est-à-dire de l’Etre lui-même. Que signifie pour cet être le fait d’être connu, le fait que puisse advenir un acte de connaissance pour Celui qui ne peut subir aucun changement ? La question peut nous surprendre parce que nous nous représentons spontanément la connaissance comme advenant à l’Etre « de l’extérieur », d’un inconcevable « nulle part ». Mais si la connaissance est « en dehors » de l’Etre, alors elle n’existe pas. Et si elle fait partie de l’Etre, elle ne peut advenir, l’Etre étant immuable. Dans un cas, comme dans l’autre, elle ne peut avoir lieu, elle est impossible. C’estpourquoi nous sommes contraint, ici également, pour rendre compte de l’acte de la connaissance, d’aller au-delà de l’Etre, là où l’Identité de Soi à Soi n’est plus celle d’une immutabilité de nature, mais transcende l’opposition du changeant et de l’immuable et les contient suréminemment, parce qu’Elle est pure de toute nature ou essence déterminée. La connaissance, envisagée ainsi dans sa possibilité principielle, est alors, comme le dit Guénon, un « aspect de l’Infini » 109. Elle correspond très exactement à ce que la Tradition catholique appelle « Immaculée Conception », puisqu’elle est, en définitive, la Conception immaculée (pure de tou

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Published by Jean Borella - dans Gnose
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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 07:59

On estimera sans doute que la question de la gnose et du gnosticisme n’occupe, chez René Guénon, qu’une place très secondaire. Et c’est tout à fait exact, si l’on s’en tient aux textes, puisqu’il n’a consacré expressément à cette question aucun article 1. Pourtant, si l’on observe que la gnose ne désigne rien d’autre que la connaissance métaphysique ou science sacrée, force est alors d’admettre que Guénon ne traite pour ainsi dire que de cela, et qu’elle représente l’axe essentiel de toute son œuvre. C’est de la gnose pure et véritable, telle que Guénon s’est efforcé de nous en communiquer le sens, que nous voudrions ici parler, parce que nous croyons qu’il n’y a pas, en Occident, de notion qui soit plus méconnue, ou plus mal comprise, que celle-là, ce dont nous a convaincu l’étude attentive de la théologie et de la philosophie européenne.

L’une des raisons majeures de cette incompréhension presque totale tient au fait, comme nous l’avons déjà signalé 1 bis, que le terme de gnose fut d’emblée discrédité par l’usage dévié qu’en firent certaines écoles philosophico-religieuses du IIe siècle après J.C. qui, pour cette raison, ont été rangées sous la dénomination générale de gnosticisme. Au regard de la foi chrétienne, les deux choses paraissent à ce point liées qu’on ne saurait concevoir l’une sans l’autre, et l’on affirmera qu’il n’y a pas en réalité d’autre gnose que celle dont le gnosticisme aux cents visages nous donne l’exemple. Mais, par une conséquence qui n’a au fond rien d’étonnant, les adversaires du christianisme adopteront la même attitude, et revendiqueront dans le gnosticisme, qu’ils identifient à la gnose véritable, la possession d’une tradition antérieure et supérieure à toute religion révélée.

Ce ne sont d’ailleurs pas seulement christianisme et anti-cléricalisme qui professent la confusion de la gnose et du gnosticisme ; Guénon lui-même, dans la première partie de sa vie adulte ne s’est-il pas employé à ressusciter le gnosticisme, du moins sous sa forme cathare, en participant à la constitution d’une « Eglise » gnostique, dont il fut (validement ou non) l’un des évêques ? Lui qui semble toujours vouloir distinguer la pureté de la gnose des impuretés du gnosticisme, n’a-t-il pas été membre d’une organisation néo-gnostique, héritière prétendue d’une ancienne tradition, animée au demeurant d’un anti-catholicisme sans équivoque ?

Y a-t-il eu changement dans l’attitude guénonienne ? Ou bien faut-il admettre que, comme il l’écrivit lui-même à Noëlle Maurice-denis Boulet, il « n’était entré dans ce milieu de la Gnose que pour le détruire » 2 ? Nous verrons qu’à s’en tenir aux textes, il y a bien eu changement, à certains égards, ce qui ne saurait exclure toute continuité, tant s’en faut. Nous estimons en effet que, pour ce qui est de la doctrine essentielle, de la métaphysique pure, Guénon n’a jamais varié, pour la raison qu’une telle variation est tout simplement impossible : ce que l’intellect perçoit est, dans son essence la plus radicale, immuable évidence. On ne s’étonnera même pas qu’une telle perception apparaisse chez un tout jeune homme ; tout au contraire, c’est là chose normale : l’âme jeune est ouverte quasi naturellement aux lumières qui rayonnent de l’Esprit-Saint 3 tandis qu’avec l’âge viennent presque toujours le durcissement et l’oubli. En revanche, les formes dans lesquelles on tente d’exprimer ces intuitions peuvent varier considérablement, car tout langage est tributaire d’une culture, et donc d’une histoire, c’est-à-dire d’une dialectique et d’une problématique, éventuellement inadéquate et toujours « compliquantes ». Le choix des expressions relève alors d’un calcul d’opportunité où il est presqu’impossible de gagner, et qui dépend lui-même de la connaissance que l’on prend de cette cette culture et de cette histoire. Une telle connaissance, portant sur des faits, ne peut être que progressive et empirique ; elle dépend aussi, et nécessairement d’une certaine affinité du sujet connaissant avec l’objet connu. Si bien que, en dehors de l’orthodoxie religieuse qui est garantie par l’autorité de la Tradition magistérielle, la signification d’aucune forme culturelle ne saurait être immuablement définie ; elle change avec l’exactitude de nos informations et nos prédispositions individuelles, ou peut même être définitivement suspendue lorsque, décidément, la question est trop embrouillée. Et l’on sait de reste que Guénon ne s’est jamais attardé là où il ne lui paraissait pas possible d’obtenir une lumière suffisante 4.

Les considérations précédentes nous dictent notre plan. Avant toute chose, nous devons nous interroger sur la nature véritable de ce phénomène historique que fut la gnose et le gnosticisme, car, en ce domaine tout particulièrement, les passions partisanes le disputent trop souvent à l’ignorance. Nous pourrons alors mieux apprécier ce que fut la période « gnosticisante » de René Guénon, entre 1909 et 1912, qui nous retiendra en second lieu. Enfin nous nous efforcerons de montrer pourquoi la gnose « guénonienne » n’est précisément pas du gnosticisme, car c’est là, au fond, tout l’essentiel, et peut-être ne l’a-t-on encore jamais bien expliqué.

I. La gnose dans son histoire

Notre intention n’est nullement de traiter ici de l’histoire du gnosticisme. Le dossier est si vaste et si complexe qu’il faudrait lui consacrer un volume entier. Il existe par ailleurs de bons exposés sur cette difficile question 5. Nous voudrions seulement proposer un point de vue sur la genèse de ce phénomène religieux qui permette d’en acquérir une intelligibilité synthétique, ce qui suppose que nous rappelions d’abord quelques données historiques élémentaires. Quelles que soient en effet les réserves qu’il convient de faire à l’égard de certaines de ses conclusions, nous tenons cependant, en cette affaire, la connaissance de l’histoire pour rigoureusement indispensable, d’autant que nous l’avons souligné ailleurs 6, l’histoire du gnosticisme est inséparable de son historiographie (ou parfois même s’y réduit). Cette historiographie est d’ailleurs fort récente – les plus anciennes études ne remontent pas au-delà du XVIIe siècle 7 – et ne se constitue véritablement qu’au XIXe, surtout grâce aux travaux de l’historien allemand Harnak (1851-1930). Depuis les érudits les plus considérables n’ont cessé de se passionner pour cette question, devenue l’un des problèmes majeurs de l’histoire des religions. En 1945 cet intérêt devait bénéficier de l’une des découvertes les plus extraordinaires de l’archéologie chrétienne, celle d’une bibliothèque à Nag Hammâdi (khénoboskion) en Haute-Egypte 8 : en déterrant « par hasard » une jarre ensablée, on aperçut à l’intérieur 13 volumes en forme de codex (c’est-à-dire de cahiers assemblés et non de rouleaux ou volumen 9) « réunissant au total selon les plus récentes évaluations cinquante trois écrits en majorité gnostiques » 10, ce qui permet désormais d’avoir accès directement aux textes. Jusqu’alors, en effet, tout ce qu’on savait de ceux qu’on appelle « gnostiques » se réduisait aux citations et aux résumés qu’en avaient fait les hérésiologues (principalement S. Irénée et S. Hippolyte) ou à quelques fragments d’interprétation malaisée 10 bis. Il s’en faut, pour autant, que la question du gnosticisme soit définitivement éclairée ou qu’elle en ait été fondamentalement transformée.
De quoi s’agit-il ?

A vrai dire, il n’est pas possible de répondre à cette question. On le pourrait s’il existait véritablement des écoles de pensée se donnant à elles-mêmes le titre de gnostiques et caractérisées par un corps de doctrines bien défini. Il n’en est rien. Le terme de « gnosticisme » est de fabrication récente et ne paraît pas antérieur au début du XIXe siècle. Celui de « gnostique » (gnostikos) adjectif grec signifiant, au sens ordinaire, « celui qui sait », le « savant », n’est employé que fort rarement pour caractériser techniquement un mouvement philosophico-religieux : seuls, parmi toutes les sectes gnostiques, les Ophites se sont ainsi dénommés 11. C’est on a pu conclure : « Il n’y a aucune trace, dans le christianisme primitif de « gnosticisme » au sens d’une vaste catégorie historique, et l’usage moderne de « gnostique » et « gnosticisme » pour désigner un mouvement religieux à la fois ample et mal défini, est totalement inconnu dans la première catégorie chrétienne » 12. Assurément lorsque les historiens appliquent cette catégorie religieuse à telle ou telle doctrine, ce n’est pas absolument sans raison : on retrouve ici ou là, des éléments et des thèmes religieux communs, dont les deux plus constants paraissent être la condamnation de l’Ancien Testament et de son Dieu, d’une part, et celle du monde sensible, d’autre part. Cependant, l’usage qu’ils en font est nécessairement dépendant de l’idée qu’ils s’en forment, c’est-à-dire, au fond, de la conception de la gnose elle-même et de ce qu’ils peuvent en comprendre. Dans la mesure où la gnose connote également les idées de connaissance mystérieuse et salvatrice, ne se communiquant à quelques uns que sous le voile des symboles, mettant en jeu une cosmologie et une anthropologie extrêmement complexes, et ne se réalisant qu’à travers une sorte de théo-cosmogonie dramatique, dans cette mesure, le concept de gnose prend une extension considérable. Les historiens seront alors fondés à en découvrir en des domaines assez inattendus. En définitive, c’est la religion elle-même, quelle qu’en soit la forme, qui s’identifiera à la gnose.

Est-il possible de trouver cependant un point de repère fixe et incontestable ? Le mot de gnôsis ne pourrait-il nous le fournir ?

Ce terme, en grec, signifie la connaissance. Mais il est très rarement employé seul, et, presque toujours, exige un complément de nom (la connaissance de quelque chose), tandis qu’épistémè (science) peut être employé absolument. C’est pourquoi, on admettra avec R. Bultmann, que gnôsis signifie, non la connaissance comme résultat, mais plutôt l’acte de connaître 13. Contrairement d’ailleurs à ce qu’affirment quelques ignorants, il n’est pas le seul nom dont dispose la langue pour exprimer la même idée 14. Platon et Aristote utilisent aussi, en des sens voisins, outre épistémè (et les verbes épistasthaï ou eidenaï), dianoïa, dianoèsis (et dianoesthaï), gnomè, mathèma, mathèsis (et manthaneï), noèsis et (noeïn), noèma, nous, phronésis, sophia, sunésis, etc. A côté de cet usage ordinaire du terme, peut-on parler, comme le fait Bultmann 15, d’un usage « gnostique », dans lequel il serait employé absolument, au sens de la « connaissance par excellence », c’est-à-dire de la « connaissance de Dieu » ? Les exemples que fournit la littérature « païenne » ne sont guère probants. Ce n’est plus le cas avec la littérature sapientale de l’Ancien Testament dans sa version grecque (version dite des « Septante »). Ici, pour la première fois et de façon incontestable, le verbe ginôskô qui traduit l’hébreu yd’, (rendu également, mais plus rarement par eidenaï et épistasthaï), et le nom gnôsis, acquièrent « une signification religieuse et morale beaucoup plus accentuée dans le sens d’une connaissance révélée dont l’auteur est Dieu ou la sophia » 16. C’est ainsi que la Bible parle de Dieu comme du « Dieu de la gnose » (I Sam., II, 3). Pourquoi le judaïsme alexandrin a-t-il choisi ce terme (et, non par exemple, épistémè) pour exprimer l’idée d’une connaissance sacrée et unitive, à laquelle tout l’être participe ? Faut-il y voir l’influence d’un héllénisme mystique (ou mystérique) qui aurait déjà utilisé ce terme en ce sens ? Pour des raisons de principe – et non seulement de faits toujours contestables – nous le croyons pas : il est exclu qu’une religion puisse subir une telle altération de ce qui est pour elle essentiel, savoir la relation unique et mystérieuse qui s’établit entre l’être humain et Dieu dans un acte incomparable auquel elle donne précisément le nom de « connaissance ». c’est plutôt l’inverse qui est vrai, c’est la tradition juive qui confère au vocable grec sa signification religieuse plénière 17, et si le terme choisi pour exprimer cet acte de « connaissance » fut celle de gnôsis, c’est précisément parce qu’il était de signification neutre, alors qu’un terme comme épistémè, au sens philosophique bien précis, n’aurait pu se prêter à une telle opération. Nous ne nions nullement l’existence d’un hellénisme religieux ou d’une tradition égyptienne, puisque ce sont là les deux sources que les historiens ont voulu donner à la gnôsis biblique. Bien au contraire, l’existence de tels phénomènes sacrés est pour nous une évidence. Mais, ainsi que nous l’avons souligné dans un autre ouvrage 18, il serait bon que les historiens cessent de penser avec le seul concept d’«influence » qui les conduit immanquablement à celui de « sources ». Il n’existe peut-être pas de domaine où une telle recherche soit plus vaine que celui de la gnose et du gnosticisme. Il peut y avoir, d’une tradition à l’autre, influence, emprunt, transfert, pour des éléments périphériques, non pour ce que ces traditions ont d’essentiel, tout au moins lorsqu’elles sont encore vivantes.

Cependant, à s’en tenir aux textes (particulièrement au livre des Proverbes où, gnôsis est le plus souvent employé), nous n’avons pas encore affaire à la gnose au sens où nous l’entendons d’ordinaire, c’est-à-dire au sens d’une connaissance purement intérieure et déifiante, qui n’est plus seulement un acte, mais aussi un état, que Dieu seul peut conférer à l’intellect pneumatisé 19, ce qu’on peut appeler le « charisme de la gnose ». Non que la chose n’existe pas dans l’Ancien Testament, mais le terme de gnose n’y reçoit pas une telle signification 20. Il faut donc attendre le Nouveau Testament, et particulièrement la 1er et 2e Epître aux Corinthiens, l’Epître aux Colossiens et la Ier à Timothée, pour voir apparaître pour la première fois le mot gnôsis employé au sens que nous venons de définir. Que la décision de désigner ainsi l’état de la connaissance spirituelle trouve son origine dans la version des Septante, c’est évident, et point n’est besoin de faire appel à la culture hellénistique. Mais que ce soit l’enseignement de Jésus-Christ et la révélation en lui du Logos divin qui ait rendu possible la manifestation de cet état de gnose dans l’âme de ceux qui y ont cru, voilà aussi ce qui, pour nous, est non moins incontestable. Le christianisme tout entier, dans son essence, est un message de gnose : « connaître et adorer Dieu en esprit et en vérité », et non plus seulement à travers des formes sensibles ou rituelles ; ou plutôt s’unir à Jésus-Christ, qui est lui-même la gnose du Père, et qui transcende par lui-même aussi bien le monde crée que les obligations religieuses. Certes, le mot est d’origine helléno-biblique. Mais la chose, la connaissance intérieure et salvatrice, le charisme de la gnose en qui la foi atteint sa perfection déifiante, cela est tout simplement et fondamentalement « chrétien ». C’est ce kérygme d’amour et d’union transformante à Dieu que Jésus est venu révéler, et il suffit de lire l’Evangile pour s’en rendre compte. Face au ritualisme des Pharisiens, le Christ, gnose incarnée du Père, vient rouvrir la « porte étroite » de l’intériorité spirituelle. Et comment les Apôtres, et S. Paul et les premiers chrétiens auraient-ils pu vivre autrement leur plus profond engagement « dans le Christ » ? 21

C’est pourquoi on ne rencontre aucune attestation documentaire de l’existence d’une « gnose » ainsi nommée, antérieurement au Nouveau Testament, et cela en dépit des recherches (et parfois des affirmations) d’éminents historiens 22. Il est vrai que sur les 29 occurrences néotesmentaires de gnôsis, toutes ne désignent pas un état spirituel. Cependant elles ont chaque fois un sens religieux (sauf pour la 1er Epître de S. Pierre, III, 7) et si le sens « gnostique » est surtout paulinien 23, il nous paraît également présent chez S. Luc, lorsque le Christ déclare : « Malheur à vous, Docteurs de la Loi, parce que vous avez ôté la clef de la gnose ; vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui entraient vous les avez chassés » (XI, 52), surtout si l’on admet que la clef véritable, c’est la gnose elle-même, qui s’identifie en réalité au « Royaume des Cieux » comme le prouve le passage parallèle en S. Matthieu (XVI, 19). Il nous paraît donc certain que, s’il a existé une « gnose » (ainsi nommée), elle a d’abord été chrétienne, et plus encore « christique ». Il faut réellement être aveugle au « phénomène » du Christ pour ne pas s’apercevoir du prodigieux effet spirituel qu’il dut produire sur ceux qui en furent les témoins (effet qui, deux mille ans plus tard, ne s’est pas encore épuisé). Comment douter un seul instant que ce Jésus-Christ qui était « plus qu’un prophète » ne communiquât à ceux qu’Il rencontrait et qui accueillait sa parole, une gnose, un état de connaissance intérieure et déifiante sans commune mesure avec rien de ce qu’ils avaient expérimenté jusque là ? c’est cet état spirituel que S. Paul désigne du nom de gnôsis, et dans laquelle il voit la perfection de la foi 24. C’est lui que nous retrouverons dans des écrits d’inspiration paulienne, comme l’Epître de Barnabé – parfois comptée au nombre des textes néo-testamentaires – dont l’auteur déclare que, s’il écrit à ses interlocuteurs qui abondent déjà en foi, c’est « afin que, avec la foi que vous possédez, vous ayez une gnose parfaite » 25. Voilà pourquoi aussi S. Paul peut dire, à quelques lignes d’intervalles (1 Co., VIII, 1-7) : « Nous avons tous la gnose » et « tous n’ont pas la gnose », selon qu’elle est simple connaissance théorique qui comme telle, est un savoir « ignorant » et plein de lui-même, ou bien réalisation effective de sa nature transcendante et divine qui la met à l’abri de toute atteinte « extérieure » (la docte ignorance).

Resterait à se demander pourquoi S. Paul est pour ainsi dire le seul écrivain néotestamentaire à parler de gnôsis, et pourquoi S. Jean ignore totalement ce nom 26, bien qu’on puisse avec raison le considérer comme l’auteur le plus « gnostique » du Nouveau Testament ? Sans doute on répondra qu’il faut voir là une preuve de l’influence de la Bible des LXX, laquelle, nous l’avons vu, est la première à avoir conféré à ce terme une connotation essentiellement religieuse. A cet influence, un homme aussi versé dans la science rabbinique que l’était S. Paul devait être particulièrement sensible. Plus certainement qu’un S. Jean, dont la connaissance prend sa source dans la vision directe de la Gnose incarnée, Jésus-Christ, et, pour s’exprimer, use essentiellement des grands symboles traditionnels, plutôt que de concepts 27. Cependant, cette situation particulière de S. Paul ne suffirait pas à expliquer la quasi-absence de gnôsis dans les Evangiles. Nous croyons qu’il faut y ajouter une autre raison, plus profonde et moins circonstancielle. C’est que, parmi les autorités fondatrices de la Révélation reconnues par la dogmatique chrétienne, S. Paul occupe une place tout à fait curieuse. Il est certes une autorité majeure, l’une des « colonnes de l’Eglise », dépositaire du message authentique, et pourtant il n’a jamais « connu le Christ dans la chair » ! Tout chrétien doit croire que la totalité de la Révélation a été donnée en Jésus-Christ et que les Apôtres n’en sont les dépositaires autorisés que parce qu’ils l’ont reçue. Etant donné le caractère surnaturel de cette Révélation, elle vient nécessairement de l’extérieur : fides ex auditu, dit S. Paul lui-même. Par rapport à cette Révélation directe (écrite ou orale) qui seule fait autorité, il ne peut y avoir que des révélations privées (dénuées de l’autorité de foi) ou des commentaires théologiques qui explicitent le donné révélé. Que S. Paul ait lui aussi, comme n’importe quel autre chrétien, reçu un enseignement des Apôtres, c’est incontestable. Toutefois, parmi tous ceux qui sont dans ce cas, il est le seul dont la parole ait valeur de révélation. C’est qu’il reçut en outre la révélation de l’Evangile directement du seigneur (I Co., XI, 23). Elle confirme ou complète la tradition apostolique, mais le mode de sa communication ne peut être qu’intérieur 28. La dogmatique chrétienne admet donc qu’il puisse y avoir au moins une révélation qui ne vienne pas uniquement du Christ « historique » mais aussi du Fils intérieur que Dieu, nous dit S. Paul : « a révélé en moi-même » (Galates, I, 17). Autrement dit, elle admet qu’il puisse y avoir une « expérience spirituelle » qui vaille révélation, un mode de connaissance par lequel l’intellect pneumatisé participe à la connaissance que Dieu prend de Lui-même en son Verbe. Il est vrai que, chez S. Paul, cette expérience revêt un caractère exceptionnel ; elle est voulue par Dieu comme norme et référence doctrinale de la foi chrétienne, sans constituer une « seconde révélation ». Néanmoins, l’existence même d’un tel mode de connaissance prouve que la religion chrétienne n’en écarte pas a priori le principe. Eh bien, ce mode de connaissance qui réalise la perfection de la foi (compatible avec l’état humain), c’est à lui que S. Paul donne le nom de gnose. Il ne présente évidemment pas en tout « gnostique », ni le degré de la gnose paulienne, ni surtout son caractère (extrinsèque) de norme objective pour une collectivité traditionnelle (ce qui fait de S. Paul une « colonne de l’Eglise »), mais il découle nécessairement de cette possibilité de principe. Et c’est pourquoi il est tellement important que le christianisme compte précisément S. Paul au nombre des colonnes de l’Eglise, lui qui « ne connaît pas le Christ selon la chair » 29.

Toutefois, il ne faudrait pas considérer la gnose chez S. Paul sous son seul aspect charismatique et intérieur. C’en est assurément la dimension la plus profonde et la plus décisive, mais non l’unique. Comme son nom l’indique, la « gnôsis » paulienne est aussi une connaissance au sens premier du terme, qui implique donc une activité proprement intellectuelle, capable éventuellement de se formuler et de s’exprimer de façon claire et précise. De ce point de vue, S. Paul oppose la glossolalie, le « parler en langues », indistinct et inarticulé, au « parler en gnose », qui utilise les articulations signifiantes du langage, pour transmettre un savoir, une doctrine, et, par conséquent, pour « édifier » la communauté (1 Co., XIV, 6-19). La gnose est à la fois ineffable et intérieure, un état spirituel, et aussi formulable et objective, un corpus doctrinal. De ce point de vue, elle est transmissible et peut être l’objet d’une tradition. Allons plus loin. La spécificité de la gnose réside précisément dans la conjonction de ces deux aspects. Elle n’est, la gnose véritable, ni théorie abstraite, conceptualité vaniteuse et qui se contente illusoirement de ses propres formulations, ni mysticisme confus, facilement retranché dans l’incommunicable. On comprend à l’évidence l’importance que ce terme ne pouvait manquer de revêtir aux yeux des premiers chrétiens, et plus tard, des premiers Pères de l’Eglise. En lui se formulait quelque chose d’irremplaçable et d’infiniment précieux : l’affirmation d’une sorte de « vérification interne » de la doctrine extérieurement révélée et crue, la possibilité pour la « théologie » 30, d’être autre chose qu’un simple exercice rationnel, et d’accéder à une expérience intellective et savoureuse de la vérité dogmatique, bref, à une intellectualité sacrée.

Telles sont les raisons qui engagent les premiers Pères à faire usage de ce terme, bien qu’ils eussent à leur disposition d’autres mots pour exprimer l’idée de connaissance. C’est le cas, au premier chef, de S. Clément d’Alexandrie, le plus grand docteur de la gnose chrétienne (ainsi nommée), qui nous la présente à la fois comme une tradition secrète enseignée par le Christ à quelques apôtres 31, comme consistant dans l’interprétation des Ecritures et l’approfondissement des dogmes 32, enfin comme la perfection de la vie spirituelle et l’accomplissement de la grâce eucharistique 33. C’est le cas d’Origène, qui, pourtant, dans le Contre Celse, utilise aussi des termes tels que dogma, didaskalia, épistémè, logos, sophia, théologia, etc., mais qui maintient l’usage de « gnose » et de « gnostique », alors même qu’il combat un gnosticisme hérétique, ce qui a fait dire que « les chrétiens n’ont pas craint d’employer le même vocabulaire que les gnostiques » 34. Nous voyons la même attitude chez S. Irénée de Lyon, dont l’Adversus Haereses combat la « gnose au faux nom » pour établir la « gnose véritable ». Et de même chez S. Denys l’Aéropagite ou S. Grégoire de Nysse. C’est ainsi qu’il a existé incontestablement une gnose authentiquement chrétienne 35. Et sans doute fut-ce un grand malheur pour l’Occident que la langue latine ne comportât aucun terme équivalent pour traduire gnôsis, car ni agnitio ou cognitio ni scientia ou doctrina n’avaient reçu de leur usage biblique, puis paulinien, la signification sacrée du vocable grec 36. Cette infériorité sémantique devait évidemment favoriser l’apparition et le développement d’un rationalisme théologique qui conduit nécessairement aux réactions anti-intellectuelles de la théologie existentielle et, finalement, à la disparition de la doctrina sacra.

Mais, après l’emploi biblique et paulino-patristique du mot gnôsis, il nous faut en venir à son emploi hérétique, puisque c’est lui qui a donné naissance à ce qu’on appelle « gnosticisme ». Cet emploi apparaît déjà chez S. Paul, lorsqu’il dénonce la « gnose au faux nom » (1 Tim., VI, 21). De même, chez S. Jean, son insistance à définir le « connaître » (ginôskein) divin, peut se comprendre comme mise en garde contre une altération de la gnose christique. Toutefois, en l’état actuel de notre documentation, il est impossible d’affirmer l’existence, à l’âge néo-testamentaire, d’un gnosticisme défini et organisé. Comme on l’a souligné à maintes reprises 37, il s’agit de tendances, de germes gnosticisants, non d’une hérésie déclarée et constituée. Ne cherchons pas à faire dire aux textes ce qu’ils ne disent pas. Et d’ailleurs la chose va de soi. L’extraordinaire puissance gnostique de la manifestation du Verbe en Jésus-Christ ne pouvait pas ne pas engendrer d’excès chez certains esprits trop faibles pour en supporter l’ivresse. C’est ainsi que devaient à la fois se développer la complexité charismatique de l’expérience gnostique, et se durcir le refus du « christ selon la chair » (avec celui de la création corporelle), dans la mesure où la gnose se conçoit elle-même comme une grâce de connaissance expérimentée dans l’intériorité de l’âme. Qui dit connaissance, en effet, dit degrés de connaissance ; et qui dit grâce donnée, dit donateur : les degrés de gnose exigent donc une hiérarchie de donateurs, d’où la multiplication des intermédiaires divins et la complication indéfinie de l’angélologie et de la cosmo-théologie. D’autre part, la suraccentuation dramatique de l’intériorité spirituelle, que met en évidence l’élitisme ésotérisant des sectes, conduit au rejet du Verbe-fait-chair, et, en conséquence, au « misocosmisme » et au mépris du Créateur, le mauvais Dieu, ramené à sa fonction démiurgique.

Or, précisément, la gnose christique se caractérise par son unité et sa simplicité. Les intermédiaires divins sont réduits à l’unicité du Verbe-fait-chair (S. Jean), Médiateur entre Dieu et les hommes (S. Paul). Relativement aux doctrines pré-chrétiennes relevant de la « gnose universelle » – qu’elles soient juives, hellénistiques, égyptiennes, ou éventuellement proche-orientales – c’est une grande nouveauté. Le Christ est lui-même la gnose de Dieu, et cette gnose, ayant pris un corps d’homme, se manifeste à tous les hommes, réalisant ainsi un fulgurant court-circuit métaphysique. Tous les degrés de connaissance et donc de réalités (la multiplicité des éons) sont « récapitulés » synthétiquement dans le Christ 38, qui offre ainsi une voie directe à la gnose de Dieu. D’autre part, et bien que l’expérience gnostique demeure nécessairement quelque chose d’intérieur, et donc d’ésotérique, puisqu’elle est l’œuvre du Saint-Esprit, elle est cependant proposée immédiatement à tout le monde. Par ces deux caractères, la gnose christique opère une sorte de restauration anticipée de l’âge d’or et de l’état édénique. C’est précisément ce que les gnostiques excessifs ne peuvent accepter. Ce qui les a frappés et convertis, d’une certaine manière, c’est la force neuve et irrésistible de la manifestation christique : elle est visiblement portée par la puissance de l’Esprit. Mais ils vivent cette nouveauté à partir des schémas anciens : ils veulent mettre le vin nouveau dans de vieilles outres. Cette force neuve à laquelle ils ne peuvent demeurer insensibles, par son message de pure intériorité, éveille en eux l’écho de doctrines anciennes, soit qu’ils les aient connues directement, parce qu’ils y ont été initiés et qu’ils en viennent, soit qu’ils en aient seulement entendu parler, et que leur conversion au christianisme les aient conduits à les redécouvrir et à s’y intéresser de plus en plus. Telle est, pensons-nous, l’origine probable de ce qu’on appelle aujourd’hui proprement le gnosticisme, et dont l’existence historique nous est attestée, aux environs du IIe siècle, par les écrits de S. Clément d’Alexandrie, de S. Irénée de Lyon et de S. Hippolyte de Rome. Nous y voyons comme un phénomène de reviviscence de doctrines anciennes et diverses sous l’effet bouleversant et révélateur de la manifestation christique dans laquelle se fait entendre comme un irrésistible appel à l’intériorité spirituelle, car c’est la signification la plus centrale du message de Jésus, Verbe incarné. Cet appel qui retentit à toute oreille avec des accents si impérieux, si évidents, entre en consonance avec maintes traditions ésotériques, plus ou moins sommeillantes, ou décadentes, ou sclérosées. La lumière du Verbe les éclaire soudain, les faisant surgir de l’obscurité, remettant en mémoire leur signification vivante qui paraissait irrémédiablement perdue. Refusant alors de s’enter sur le tronc de l’olivier christique et d’être portés par la véritable racine de la gnose, ils ont voulu faire le contraire, greffer le rameau christique sur le tronc des anciennes traditions, afin seulement de bénéficier de sa vitalité et pour revitaliser leurs anciennes traditions 39. Notre explication ne saurait prétendre à la certitude parfaite, mais elle a moins le mérite de la vraisemblance. Elle s’accorde en outre avec le fait que, d’une part, le gnosticisme est une hérésie chrétienne, et, d’autre part, qu’on retrouve en lui des fragments doctrinaux de toute provenance et d’origine souvent pré-chrétienne. Enfin, elle repose essentiellement sur la prise en compte du caractère puissamment gnostique de la manifestation christique, ce dont, nous semble-t-il, on s’est trop peu avisé jusqu’ici 40.

On le voit, l’enjeu de cette redoutable question n’est pas mince, et c’est pourquoi nous devions nous étendre sur son histoire. Il est hautement significatif que la première hérésie chrétienne ait été le gnosticisme et d’une certaine manière, toute l’histoire de l’Occident en a été changée. Car le gnosticisme hérétique, s’il a disparu au Ve ou VIe siècle, à peu près complètement, a au moins réussi une chose : c’est à discréditer définitivement le vocable néotestamentaire de gnose et, par là, à occulter presque entièrement la simple idée d’une intellectualité sacrée. Et nous croyons que si l’œuvre de René Guénon a un sens, c’est non seulement de réhabiliter la notion de gnose, mais, plus profondément, de nous en redonner l’intuition vive et lumineuse. Cependant, avant de montrer quelle est effectivement la situation et la fonction de la gnose véritable chez Guénon, nous devons nous interroger sur les raisons qui l’ont d’abord conduit à adhérer au néo-gnosticisme le plus contestable, et quelle fut la signification de cet épisode assez déroutant.

II. La rencontre des néo-gnostiques

Force est de constater que l’intérêt de Guénon pour le gnosticisme et la gnose semble commencer par correspondre assez exactement à celui de son temps, c’est-à-dire à l’idée que s’en forme une certaine mode culturelle entre 1880 et 1914. Remarquons le bien, c’est aussi à cette époque que s’élabore l’historiographie scientifique du gnosticisme, avec ses deux grandes tendances, celle de Harnarck d’une part, qui voit dans le gnosticisme « une hellénisation radicale et prématurée du christianisme » 41, hellénisation que réussira la Grande Eglise avec plus de sagesse et de lenteur, celle de Bossuet et de Reitzenstein d’autre part, qui, frappés par la ressemblance du gnosticisme chrétien avec des manifestations religieuses égyptiennes, babyloniennes, iranienne, hermétiste, parlent d’une gnose préchrétienne et voient dans le gnosticisme de Valentin, de Basilide ou de Marcion, une sorte de « régression d’un christianisme hellénisé vers ses origines orientales » 42, bref, une « orientalisation » 43 non moins radicale que l’hellénisation de Harnack. Or, cet essor de l’historiographie gnostique va de pair avec une certaine mode de la gnose, qui apparaît déjà au XVIIIe siècle, mais qui précise ses traits essentiels surtout dans la première partie du XIXe. C’est alors que se précise la signification plus ou moins « occultiste » de ce terme, signification qu’il gardera désormais dans l’usage qu’en font la plupart des cercles pseudo-ésotéristes. Tel n’est pas le cas au XVIIe siècle. A cette époque, Fénélon peut encore tenter de reprendre le vocabulaire parfaitement orthodoxe de Clément d’Alexandrie et d’identifier la mystique du pur amour à la gnose des Pères de l’Eglise. Sans doute son opuscule, La gnostique de saint Clément d’Alexandrie, dans lequel il fournit un magistral exposé de la doctrine du grand Alexandrin, restera-t-il longtemps inédit, Bossuet en ayant évidemment interdit la diffusion 44. Néanmoins Bossuet lui-même ne s’offusque point de l’emploi du terme et s’efforce seulement d’en ramener la signification sur le plan de la théologie commune : « Je ne vois point, dit-il, qu’il faille entendre d’autre finesse ni, sous le nom de gnose, un autre mystère que le grand mystère du christianisme, bien connu par la foi, bien entendu par les parfaits, à cause du don d’intelligence, sincèrement pratiqué et tourné en habitude » 45. Semblablement, Saint-Simon nous atteste que le terme de gnose désignait, à la cour de Louis Xiv, la doctrine de Fénelon 46, toutefois, le caractère « compromettant » du terme nous paraît s’accentuer avec le temps. Les raisons n’en sont pas difficiles à supposer.

Texte publié dans le Dossier H (L’Age d’Homme) consacré à René Guénon en 1984.

Source : http://jeanborella.blogspot.fr

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Published by Jean Borella - dans Gnose
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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 20:36

La gnose a mauvaise presse dans le christianisme. D’instinct, on la répute pour le pire ennemi de la vraie religion. Il y a donc quelque paradoxe à parler d’une gnose chrétienne. C’est à quoi nous voudrions apporter une réponse dans les réflexions suivantes. A un moment où le mouvement des idées semble parfois faire retour à un gnosticisme païen et anti-chrétien, il n’est peut-être pas inutile de montrer qu’il existe une gnose chrétienne, plus profonde et plus radicale que celle que l’on tente de ressusciter.

I.- Position du problème

En général les doctrines religieuses et philosophiques peuvent êtres définies historiquement : quels sont les hommes qui les ont professées ? quand ont-ils vécu ? le nom qu’on leur donne leur convient-il ? etc. d’une part ; et d’autre part spéculativement : de quelles doctrines s’agit-il ? quel en est le contenu ? Ces exigences sont malaisées à satisfaire en ce qui concerne ce qu’on est convenu d’appeler : la gnose. L’objet de notre étude est inséparable des diverses perspectives sous lesquelles il fut envisagé. L’histoire de la gnose (et du gnosticisme), c’est l’histoire de son historiographie. Jusqu’à une date récente, en effet, cet ensemble cosmologico-religieux n’était connu que par les réfutations de ses adversaires chrétiens (et néo-platoniciens). Il s’agit principalement des « hérésiologues », c’est-à-dire de ces écrivains chrétiens (Irénée, Justin, Hippolyte, ect.) qui, aux alentours des IIe et IIIe siècles, combattirent le gnosticisme, dans des ouvrages parfois de vastes dimensions qui renfermaient évidemment de longues citations des adversaires à réfuter. Ces citations constituent la majeure partie de notre documentation. C’est elle qui fut étudiée par les historiens, du XVIe au XXe siècle. Mais en 1945 fut découverte en Haute-Egypte, près de Nag-Hammi, une bibliothèque gnostique datant vraisemblablement du IVe siècle ap. J.C. Relativement à la gnose, c’est la découverte la plus importante de l’histoire du christianisme ; cette bibliothèque comprend treize volumes (sous la forme de codices ou cahiers) renfermant des textes et fragments de textes proprement gnostiques ou utilisés par la communauté gnostique. Le déchiffrement ni l’étude en sont terminés. Les problèmes soulevés sont loin d’être résolus, et il ne semble même pas que la connaissance historique du gnosticisme en devenant plus étendue soit devenue plus claire. Quelles sont donc les thèses qu’à suscitées ce mouvement religieux dont l’importance historique et géographique ne saurait être exagérée ? (Nous suivons ici principalement H.C. Puech et Jean doresse.) Les historiens ont d’abord vu dans le gnosticisme une hérésie purement chrétienne. Et, puisque, comme le dit Tertullien, l’hérésie vient après l’orthodoxie, elle ne peut donc être que postérieure à la constitution de la doctrine chrétienne, ou, à tout le moins, quasi contemporaine. Elle daterait donc du Ier et II e siècles. Mais les historiens n’étaient pas d’accord sur le sens de cette hérésie. Pour les uns – principalement pour Harnack – le gnosticisme est une « hellénisation radicale et prématurée » d’une religion d’origine orientale , hellénisation que l’Eglise réussira avec plus de modération et de lenteur, et qui est devenue le christianisme tel que nous le connaissons. Pour les autres- et notamment pour l’Allemand Bousset – le gnosticisme aurait été , au contraire une tentative pour faire régresser vers une source orientale une religion qui, tout normalement revêtait une forme grecque. Un deuxième stade dans l’historiographie du gnosticisme fut atteint lorsqu’à la suite des travaux de Bousset que nous venons de mentionner, il fut de plus en plus évident que ce courant n’était pas directement lié au christianisme, et qu’il existait, antérieurement au christianisme, des groupes religieux (en particulier les mandéens) qui ressortissaient incontestablement au gnosticisme, même s’ils ne faisaient pas usage pour se définir, du terme de gnose. Ces groupes religieux se rencontraient dans de nombreuses aires géographiques. Apocalypse juive du Ier siècle av. J.C. (c’est le thèse du Cardinal Daniélou), Iran, Egypte (en particulier le courant de l’hermétisme). Cette thèse est peu contestable et nous paraît aujourd’hui assez bien établie, au moins dans son cadre général (car, pour notre part, nous faisons toutes réserves sur la signification du phénomène gnostique et sur les diverses interprétations qu’en donnent les historiens). Mais, si elle est vraie, s’il est exact que le gnosticisme n’ait rien de spécifiquement chrétien, alors ce qu’il faut expliquer, c’est pourquoi la thèse précédente a pu paraître si évidente, et comment, de fait, le gnosticisme a pu être si intiment mêlé au christianisme qu’on a pu se demander si certains gnostiques , parmi les plus grands, tel Valentin, n’étaient pas plutôt en vérité, des chrétiens sincères, dont le gnosticisme n’aurait été que de surface !Ou bien faut-il admettre que la rencontre du gnosticisme et du christianisme n’est due qu’aux hasards de l’histoire ? Prenant contact avec une religion neuve et dynamique, le gnosticisme n’a-t-il pensé qu’à utiliser cette force pour des fins qui étaient les siennes propres ?  Nous voudrions poser une troisième thèse : tentative un peu ambitieuse, mais qui ne risque rien n’a rien ! Cette thèse nous paraît répondre aux données de l’histoire telles qu’on vient de les rappeler. La voici : le christianisme est une religion gnostique. Et même c’est la véritable gnose, la gnose dans toute sa pureté. Avant de justifier cette affirmation, signalons tout de suite en quoi elle permet de rendre compte des données historiques. Si le gnosticisme pré-chrétien, en prenant contact avec la Révélation Chrétienne, l’a en quelque sorte « reconnue », s’il a éprouvé l’impression d’y découvrir quelque chose qui n’était pas sans rapport avec sa propre vision du divin et du sacré, on s’explique alors qu’il ait eu le désir de l’utiliser à son profit, afin de bénéficier de son dynamisme. On comprend aussi que tant d’historiens aient pu affirmer avec pertinence que le gnosticisme était une hérésie proprement chrétienne ; et même que les gnostiques, tel Valentin, aient pu paraître finalement plus chrétiens que gnostiques. Sans doute, faut-il pour admettre notre hypothèse, s’élever au-dessus des catégories strictement historiques, et admettre que tout ne s'explique pas en termes d’influences repérables et constatables, en particulier pour ce qui est des faits religieux. Mais c’est là, pour nous, une évidence. Si donc le gnosticisme paraît si spécifiquement chrétien, et si pourtant son origine est incontestablement pré-chrétienne, c’est que le christianisme présente lui-même les caractéristiques d’une véritable gnose authentique, ou plutôt qu’en lui la gnose atteint à sa pureté et à sa vérité, tandis que les gnosticismes immédiatement pré-chrétiens ou para-chrétiens n’en offrent que des aspects déformés et déviés.

II. – Gnose et gnosticisme

Notre thèse nous impose maintenant une double tâche : montrer en quoi effectivement le christianisme réalise la vérité de la gnose d’une part, et d’autre part identifier l’erreur du gnosticisme et préciser la déviation qu’il fait subir à la gnose véritable. Toutefois et préalablement se pose la question de la justification terminologique des mots gnose et gnosticisme. On pourrait en effet se demander : pourquoi appeler le christianisme gnose, alors quece terme importe avec lui tant de choses douteuses et tant de théories inacceptables ? Nous répondrons d’abord que nous distinguons entre la gnose, décalque du grec gnôsis, par quoi il faut entendre la connaissance intérieure et salvatrice de Dieu, et le gnosticisme qui désigne une systémisation historiquement déterminée de cette connaissance telle que la gnose s’y trouve réduite à certains de ces éléments constituants. En ce sens, tout gnosticisme est une hérésie, puisque l’hérésie consiste à choisir (haïrésis = choix), au sein de la vérité totale, quelques éléments de cette vérité que l’on érige ensuite en totalité et auxquels on ramène tout le reste . Ensuite, nous ferons observer que le terme de gnôsis au sens défini précédemment appartient au christianisme, puisqu’il fut employé en ce sens, pour la première fois, par saint Paul . Et c’est également chez saint Paul que se trouve la première dénonciation du gnosticisme, c'est-à-dire de la « pseudo-gnose » ( 1er épître à Timothée, VI, 20). Mais saint Paul, s’il est la plus grande autorité que nous puissions invoquer, n’est pas la seule. Saint Irénée de Lyon, dans l’Adversus Haereses, ne dénonce pas la gnose, mais, ainsi que le déclare le titre original de son ouvrage, titre que nous ont conservé Eusèbe de Césarée, saint Jean de Damas, et d'autres,« la gnose au faux nom » (Elenkos kaïanatropè tès pseudonymou gnôseôs). Clément d’Alexandrie lui aussi, s’il combat le gnosticisme, se propose de nous enseigner « la gnose véritable », celle qui vient du Christ par la tradition apostolique, et que l’étude de l’Ecriture et la vie sacrementelle actualisent en nous. De même, le grand Origène nous parle de cette « gnose de Dieu » que peu d’hommes possèdent et par laquelle Moïse a pénétré dans la Ténèbre divine . Ce sont là des raisons historiques suffisantes pour parler d’une gnose chrétienne. Mais après le nom, il faut parler de la chose elle-même. En quoi donc la Révélation chrétienne est-elle une gnose ? Si l’on identifie gnose et gnosticisme, alors notre thèse est insoutenable, car la vérité chrétienne n’est pas, a priori, réservée à une élite secrète, bien que, comme l’enseignent maintes paraboles, tous n’aient pas la même compréhension et n’en pénètrent pas également le sens le plus profond. Mais s’il est vrai que, par gnose, on doit entendre une connaissance de Dieu, intérieure et salvatrice, alors il est bien difficile de nier qu’une telle définition ne s’applique excellemment au message propre du Christ. Que« la vie éternelle » soit une gnose, c’est ce qu’affirme le Christ lui-même, dans l’évangile selon saint Jean : « Voici ce qu’est la vie éternelle : qu’ils te connaissent, Toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé Jésus-Christ » (XVII, 3). Ainsi, la connaissance de Dieu est vie, et même vie éternelle, c’est précisément le salut que Jésus-Christ est venu nous apporter, puisqu’Il nous sauve de la mort et du péché. Et, selon certains exégètes (C.H. Dodd, en particulier), le quatrième évangile n’a-t-il pas été écrit pour prouver que la véritable gnose , c’est la foi en Jésus-Christ, et dans le pouvoir salvateur de « Son Nom » (joa, XX, 31) ?

Mais cette connaissance n’est pas seulement salvatrice, elle est aussi intérieure. Elle l’est d’abord par rapport au judaïsme. Selon l’adage médiéval en effet, Doctrina Christi revelat quod doctrina Moysi velat ; le christianisme c’est la révélation du mystère intérieur du judaïsme. C’est en quelque sorte la mise au jour, en pleine lumière, de l ‘ « ésotérisme » de la religion moïsiaque, c’est-à-dire : de ce qu’il y a en elle de « plus secret » . Elle l’est également en elle-même : aux six cent trente deux prescriptions de la loi juive, Jésus-Christ substitue l’amour de Dieu et du prochain. La multitude des obligations rituelles et leur extrême complexité sont remplacées par la foi au Christ et la participation au septenaire sacrementel. Et même la loi du sabbat peut être transgressée, si le bien de l’homme l’exige. Ce qui compte, c’est la « religion du cœur », celle qui concerne l’intériorité de l’être, car « le règne de Dieu est en vous-mêmes », et ce n’est point le culte extérieur, réduit à sa propre extériorité, qui plait à Dieu, mais le « sacrifice d’un esprit brisé », selon la parole du Psalmiste, sacrifice que réalise la mort du Christ. Et c’est le cœur pur qui verra Dieu.

La nouveauté prodigieuse de cette voie spirituelle apparaît encore plus nettement si l’on compare à l’idée qu’un Grec ou un Romain pouvait se faire de la religion. Selon Varron, on le sait, la religion était de trois sortes : mythologique avec les poètes, physique (ou naturelle) avec les philosophes , civile (ou politique) pour le peuple de la cité. Quelétait donc le degré de conscience religieuse d’un Grec participant à la procession des Panathénées ? Le degré de foid’un poète brodant complaisamment sur les aventures des dieux et des déesses ? Comme Platon avait raison de condamner cette impiété littéraire et ces cultes tout extérieurs ! Mais quel Dieu inconnu peut-on adorer « avec tout son âme » ?

Par rapport à tous ces formes religieuses, l’enseignement du Christ apparaît comme un message d’intériorité. Car voilà : « L’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorez le Père. (.. .) Mais l’heure vient, et c’est maintenant, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car tels sont les adorateurs que le Père désire » (joa, IV, 23). Mais les rites chrétiens eux-mêmes, le baptême et l’eucharistie au premier chef, semblent reprendre,pour l’assumer et le parfaire ce qu’il y avait de plus authentiquement religieux dans l’hellénisme païen : le culte des mystères. Le baptême n’était-il pas dénommé « initiation » et « illumination » ? N’est-il pas un rite véritablement initiatique qui transforme l’âme, et lui confère la grâce de la gnose christique ? Et le rite eucharistique, en faisant participer au banquet sacrificiel du divin Corps du Christ, ne nous communique-t-il pas, dans le mysteriumfidei, la connaissance la plus intime, celle de l’Etre même de Dieu ? Allons plus loin encore. Le dévoilement du Dieu-Trinité ne réalise-t-il pas une véritable initiation à l’intériorité même de l’Etre divin qui déploie soudain aux yeux de la foi le mystère sur-intelligible de son propre Cœur ? N’y a-t-il pas là comme la révélation du secret indicible du monothéisme abrahamique et philosophique, qui éclate en quelque sorte « de l’intérieur », Dieu cessant d’être ce point unique, transcendant et impénétrable, pour nous admettre à contempler l’infinité qui réside en Lui ?

3. C’est précisément l’authentique intériorité de la gnose chrétienne qui rend manifestes l’erreur et la fausseté du gnosticisme non chrétien. Car le gnosticisme, en vertu de sa vision partielle et mutilante, ne saurait concevoir une intériorité qui ne soit exclusive de l’extériorité, alors que la gnose chrétienne révèle sa vérité, son « intelligence », en ce que le Christ n’est pas venu pour abolir la loi mais l’accomplir, non pas pour réfuter l’extériorité et la condamner, mais l’assumer et la sauver. C’est pourquoi le gnosticisme est nécessairement dualiste. Et tout dualisme constitue une « hérésie métaphysique » (au même titre que tout monisme). Nous pourrions dire que le gnosticisme est d’une part un « angélisme anti-créationiste » et d’autre part un « docétisme christologique ».

L’angélisme anti-créationiste apparaît clairement à la lecture des textes du gnosticisme marcionite ou valentinien, par exemple. Le monde corporel est mauvais. Il ne peut donc être que l’œuvre d’un mauvais démiurge que Marcion identifie au Dieu de la Genèse. Le serpent qui enseigne à Eve à désobéir au mauvais démiurge, constitue une première tentative pour réparer le mal causé par YHWH-Elohim. Ainsi l’idée grecque d’un cosmos, c’est-à-dire d’un monde ordonné et dont l’ordre et l’harmonie font toute la beauté, idée que reprendra Plotin dans sa lutte contre le gnosticisme, cette idée est entièrement abandonnée. La création est vouée par elle-même à la destruction et à la mort. La chair est impure, la matière est indigne de la transcendance du vrai Dieu qui est un pur esprit. L’homme vraiment pneumatique doit vivre comme un ange. On reconnaît là bien des thèmes repris plus tard par le mouvement cathare, dont la doctrine menaçait de mort toute la société.

Mais le vrai Dieu intervient pour sauver les hommes purs de la chair impure en envoyant un être quasi divin, une Puissance céleste, qui vient rendre possible l’accès au monde supérieur des réalités spirituelles dont le bas-monde n’est qu’une contre façon . Toutefois lorsque cette Puissance est identifiée à Jésus-Christ, sa descente ici-bas n’est pas interprétée comme une incarnation. Ce n’est qu’en apparence que le Christ possède un corps et qu’il a souffert sa Passion (c’est précisément ce qu’on appelle l’hérésie docétiste, du grec dokéô, « sembler », « paraître »). « Pour eux, le Sauveur n’apparaît dans sa plénitude qu’incoporel, après la Résurrection »

Ainsi donc , au refus de la création fait pendant le refus de l’incarnation, et tous deux sont prononcés au nom de la transcendance divine : la réalité suprême est trop haute et trop sublime pour tolérer la bassesse du monde corporel, et donc a fortiori pour qu’un être émanant du monde supérieur puisse en assumer réellement les conditions. Si maintenant, laissant de côté les descriptions des thèses du gnosticisme historique, nous les jugeons d’un point de vue métaphysique, c’est-à-dire, si nous les prenons au sérieux – et cessons de les considérer comme une bizarrerie culturelle – voici ce que nous dirons.

L’angélisme anti-créationiste et son corollaire, le docétisme christologique, loin de réduire ou d’effacer l’impureté, la souillure, l’opacité de la matière, ne font que la renforcer. L’acte par lequel le dualisme gnostique procède au rejet de la matière réputée mauvaise, constitue du même coup cette matière comme réalité antinomique du Principe lumineux, l’élève donc à la dignité d’être son contraire, et l’identifie définitivement à sa dimension ténébreuse.
Rappelons la définition que nous avons donnée de la gnose : une connaissance intérieure et salvatrice. Il est clair désormais que le gnosticisme ne saurait prétendre à une telle connaissance, faute précisément d’une intelligence réelle du salut et de l’intériorité. Quant au salut, nous comprenons bien que l’effacement de la souillure qu’il envisage, la purification qu’il propose, sont radicalement négatifs. Et de même pour l’intériorité, telle qu’il la conçoit, n’est que l’exclusion de toute extériorité, donc intériorité négative et formelle. En niant toute immanence divine, toute présence de la Lumière incréée au cœur des ténèbres les plus opaques, le gnosticisme rend même impossible la moindre libération, et fait d’une création désertée de toute gloire un infranchissable obstacle, un enfer éternel.

Au contraire la véritable intériorité doit assumer l’extériorité ; elle doit certes la dépasser en l’entraînant dans la gloire, mais en la transfigurant, et donc aussi en l’accomplissant. Tout est dit dans cet axiome : seul le Plus peut vraiment le moins. Seul Dieu, l’Absolu et l’Infini, « peut » le relatif et le fini, c’est-à-dire, non seulement peut les créer – ce qui est évident – mais peut saisir, embrasser véritablement le fini, réaliser intégralement la nature du fini, aller jusqu’au bout du fini, l’épuiser véritablement – et c’est beaucoup moins reconnu. Autrement dit, le fini, le mondain, l’extérieur, le charnel, ne peut aller, par lui-même, au bout de lui-même ; il ne peut, par lui-même, réaliser la vérité de sa nature, sa relativité et sa contingence. Le fini n’est vraiment fini qu’au sein de l’Infini. La Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise. La Lumière est donc immanente aux ténèbres , et c’est d’ailleurs par cette immanence que les ténèbres réalisent la vérité de leur nature, mais Elle n’est point comprise par elles, puisqu’au contraire c’est la Lumière qui, en vérité, comprend les ténèbres, c'est-à-dire à la fois les enveloppe et les connaît. Car non seulement les ténèbres ne comprennent par la Lumière, mais elles ne se comprennent pas elles-mêmes.

Ainsi de la véritable intériorité, qui ne saurait laisser l’extériorité à l’extérieur d’elle-même, et c’est précisément ce que réalise l’Incarnation sacrificielle de Jésus-Christ . Le Christ se fait péché, dit saint Paul. Parole extraordinaire qui révèle l’inconsistance métaphysique du gnosticisme en réalisant la véritable « gnose » de la création. Car, en sefaisant péché le Christ « connaît » (existentiellement) la véritable nature de la création post-édénique. Le Christ va jusqu’au bout de la finitude de notre monde, et ce terme c’est la mort sur la Croix. En « accomplissant » la finitude du crée, en en « réalisant » la contradiction crucifiante et mortelle, Il en révèle aussi le point de jonction, le nœud cordial et transcendant. Il dépasse et traverse l’extériorité du crée en le ramenant au centre originel d’où jaillissent et où convergent les bras de la Croix. C’est alors qu’apparaît l’intériorité positive de la véritable gnose du Père, qui est le Christ Lui-même, puisque le Fils, c’est la connaissance éternelle que le Père prend de sa propre Essence divine. Ainsi le Christ en croix, c’est la révélation d’une intériorité assumante et transformante. Révélation, car le Christ est dressé dans son agonie à la face du monde. Et dans sa mort, dans ce Vendredi Saint qui est la véritable gnose, s’ouvre l’intériorité divine : le Christ, qui est l’intériorité même de la connaissance du Père, est transpercé et ouvert par la lance du centurion, du sang et de l’eau en jaillissent. C’est l’intériorité même de Dieu qui se répand à l’extérieur et qui communique à toutes choses la vertu et la qualité de l’intériorité gnostique. C’est la création tout entière, dans un baptême cosmique, qui est baignée dans la mort et le sang du Christ. C’est la gnose du Père répandue et communiquée.

III. – Le gnosticisme moderne

On ne peut parler d’un gnosticisme moderne, pensons-nous, que dans un sens très différent du gnosticisme ancien. Le gnosticisme des hérésiologues chrétiens est profondément religieux, c’est-à-dire, qu’il entend se relier à Dieu par une connaissance qui non seulement est pure de tout élément corporel (c’est son intériorité), mais qui lui permet d’échapper réellement, dans son être même, à ce monde corporel (c’est son caractère salvateur). Le gnosticisme moderne n’est pas religieux, il est même anti-religieux, et, en tous cas, anti-chrétien. En quoi donc est-il justifié de parler de gnose à son propos ? Nous admettrons – sans qu’il soit possible de faire autrement que de s’en tenir à un niveau d’extrême généralité – qu’il s’agit de doctrines qui considèrent la science comme la vraie religion, non pas à la manière du scientisme du XIXe siècle pour qui la science doit éliminer la religion, mais comme des gens qui sont persuadés que la science doit remplacer les religions en en assumant toutes les fonctions. Cela implique, évidemment, une transformation de la connaissance scientifique. La connaissance scientifique ne peut être une gnose que si elle cesse d’être soumise au dualisme rationaliste du sujet (spirituel) et de l’objet (matériel) pour devenir connaissance participative d’un continuum univers-homme, habité sous des formes diverses par l’Esprit, qui se confond avec la Nature. La matière, c’est de l’esprit retourné, à l’envers. La néo-gnose est la« révélation » de ce retournement, et opère une sorte de « salut », spéculatif ou théorique, en remettant les choses à l ‘endroit. Tel est du moins le type le plus pur de ce gnosticisme moderne, tel qu’on le trouve chez Ruyer. Chez Alain de Benoist et son école, il s’agit beaucoup plus d’une attitude déclarée, essentiellement anti-chrétienne, que d’une doctrine élaborée et articulée, aucun membre de cette école ne s’étant jusqu’ici montré capable d’une telle construction spéculative (6). Le gnosticisme devient alors une sorte d’adoration du monde physique dans lequel on investit les valeurs affectives qu’entraîne d’ordinaire la religion, mais amputée de toute référence à Dieu, alors que le gnosticisme ruyerien est déiste de manière explicite et déclarée. Il y a donc, dans la nouvelle droite, plutôt régression vers le scientisme athée du XIXe siècle. Quoiqu’il en soit, il nous paraît évident que ce gnosticisme moderne, pas plus que le gnosticisme antique, ne réalise la vérité et les exigences de la gnose. C’est ce que nous voudrions montrer, très brièvement. Toutefois, s’il usurpe et travestit le sens véritable de la gnose, c’est d’une manière en quelque sorte inverse du gnosticisme hellénique. Celui-ci au nom de la Transcendance divine, refusait l’immanence de Dieu au monde. Celui-là, au contraire, au nom de l’immanence et même de l’identification panthéiste de l’Esprit et de la matière (chez Jean E. Charon, par exemple), rejette toute transcendance, et toute intervention « historique » de la Transcendance dans l’univers des hommes. Nous avons décrit le premier refus comme l’incompréhension de l’Incarnation sacrificielle. Nous voudrions décrire le second comme l’incompréhension de la Résurrection pascale. S’il y a , en effet, résurrection de la chair, c’est que le principe divin, qui est immanent au monde, qui est présent dans la substance même de la matière, ne peut pas, en vertu de sa propre Transcendance, ne pas arracher le corps physique à l’ordre cosmique auquel il adhère, pour manifester la transcendance même de la chair lorsqu’elle est habitée véritablement par l’Esprit. Ce qui fait défaut à cette gnose, c’est la distinction des degrés de la réalité ou de perfection qui en dérive. L’Esprit habite le monde , mais le monde est moins réel et moins parfait que l’Esprit. A tout le moins y-a-t-il un degré du monde – celui dont précisément nous faisons l’expérience – dont l’imperfection nous écrase et nous conduit à la mort. Qui peut le nier ? La vérité de la présence de l’Esprit dans le monde exige donc, sous peine de n’être qu’une formule de convenance purement théorique, que la réalité même du monde prouve cette présence. Et comment le pourrait-elle, à moins d’une transfiguration où apparaisse enfin la nature glorieuse et spirituelle de la chair elle-même. C’est elle qui remet les choses à l’endroit ainsi que le souhaitait Ruyer. C’est elle qui nous oblige à regarder le crée d’un œil nouveau. C’est elle qui fait basculer toute notre vision du monde. On s’en rendra compte si l’on considère seulement le rôle que joue le corps comme instrument de notre présence au monde. C’est par le corps en effet, que nous sommes présents dans le monde des corps. Toutefois, cette présence, dont nous croyons être le maître puisqu’elle s’identifie enq uelque sorte à nous-mêmes, est en réalité une présence subie et passive. C’est Merleau-Ponty qui montre, dans la phénoménologie de la perception, que voir un objet, c’est « pouvoir en faire le tour ». Et comment est-il possible d’en faire le tour, sinon parce que l’objet se prête indéfiniment, inépuisablement, au regard qui le parcourt, parce qu’il ne peut rien faire d’autre que de s’offrir au regard, que d’être vu. Etre vu, et être corporellement présent, c’est tout un. Ma présence corporelle, c’est ma visibilité, et ma visibilité n’est pas la mienne ; elle appartient à tous les regards, à mon insu et sans j’y puisse rien – ignorance et impuissance constitutives de l’essence de ma visibilité. Ainsi nul n’est maître de sa présence corporelle, et plus encore, être présent corporellement, c’est de ne pas être maître de cette présence.

Que se passe-t-il donc, au contraire, dans la Résurrection du Christ ? Il se passe que le Corps ressuscité est comme un témoin, une preuve vivante, une irruption salvatrice de la nature glorieuse du crée au sein de sa modalité ténébreuse et opaque : le corps du Christ est toujours l’instrument de la présence dans le monde des corps, mais, par un changement radical, il n’est plus de l’essence de cette présence d’être subie et passive. L’âme qui habite cet instrument en est entièrement maîtresse et en dispose à sa volonté. Le Christ peut actualiser le mode corporel de sa présence selon qu’il le décide et le juge bon. La relation qu’Il entretient avec le medium corporel de sa présence est complètement transformée. Présence active au monde entier, parce que présence réellement en acte, tous les rapports qui unissent le medium corporel au reste des corps, c’est-à-dire au monde entier et aux conditions qui le définissent, tous ces rapports sont changés. Le Christ n’est plus vu, Il se fait voir. Voilà exactement ce qu’enseignent les évangiles, et que tant d’exégètes modernes sont incapables de comprendre. Le Christ glorieux n’est pas « au dessus » du monde sensible, sinon en un sens symbolique. Simplement, Il n’est plus soumis aux conditions de ce monde corporel. Sa présentification corporelle de sa réalité spirituelle, entièrement dépendante de cette réalité (alors que dans l’état de nature déchue, c’est la réalité spirituelle de la personne qui est extrinsèquement dépendante de sa présence corporelle), présentification que la personne spirituelle peut ou non effectuer, aussi librement que la pensée de l’homme peut, dans son état ordinaire, produire ou non tel ou tel concept ou sentiment . Qui s’arrêtera à considérer cette doctrine du renversement de la relation de la personne à son medium corporel et des conséquences qu’elle entraîne, se rendra compte du jour singulier qu’elle jette sur la signification des apparitions post-pascales du Christ, selon les évangiles. De ce point de vue, et sans nous étendre sur les implications cosmologiques susceptibles d’éclairer, dans une certaine mesure, le « comment » de ce renversement , on comprend que la Résurrection du Christ se présente à nous comme le sacrement de la transfiguration du cosmos, c’est-à-dire le sacrement dans lequel le cosmos est restauré dans sa véritable nature. Ruyer a pleinement raison de nous dire que notre expérience ordinaire du monde est celle d’un monde à l’envers, et que l’ « endroit » du monde est de nature sémantique et intelligible, et que seule la consistance sémantique du monde rend compte de sa « non-pulvérulence ». Mais il reste que cette expérience inversée et inversante est la nôtre. Cela aussi est une réalité, un fait, tandis que la vision redressée, l’ortho-théorie du monde, n’est jamais qu’un discours, des mots sur du papier, des idées dans ma tête. Certes, ce n’est pas rien. C’est même tout ce dont nous sommes capables pour l’instant. Mais ce n’est pas une expérience, ce n’est pas une véritable gnose, au sens que nous avons constamment donné à ce terme. Et bien sûr, relativement à la Résurrection du christ, nous sommes dans la même situation : une affirmation des Ecritures que nous accueillons dans notre esprit. Avec deux différences cependant : c’est qu’il ne s’agit pas de l’énoncé d’une théorie, mais d’un témoignage ; et que ce témoignage porte sur une réalité inouïe dont les apôtres ont fait l’expérience. Ce dont ils témoignent, c’est d’avoir fait, indirectement, dans la personne du Christ, l’expérience de la nature glorieuse de la création. Alors que la néo-gnose exclut précisément la possibilité même d’une telle expérience et demeure donc simple connaissance théorique (ou spéculative) de ce qu’elle affirme pourtant être la nature véritable de la réalité cosmique. Et plus encore, les apôtres, et les vrais chrétiens, affirment que tous les fils de Dieu sont appelés à participer à la Résurrection prototypique du Christ, que la Résurrection deviendra l’expérience directe et personnelle de chacun. On le voit, face au gnosticisme ancien comme au gnosticisme moderne, le christianisme est le seul à aller jusqu’au bout des exigences de la gnose. Il en réalise véritablement toutes les conséquences , devant lesquelles reculent les audaces spéculatives les plus réputées, (ainsi du gnosticisme de Hegel, qui, écrivant une vie de Jésus, la termine à la crucifixion). Pourtant, les théologiens chrétiens eux-mêmes hésiteront à ratifier ce terme de gnose appliqué au christianisme. Peut-on appeler ainsi ce qui fait partie de la sanctification de l’âme et de sa destinée posthume ? S’agit-il encore d’une connaissance au sens que ce mot peut avoir pour nous ? Ne sommes-nous pas ici-bas limités à la foi d’une part, et à la raison travaillant sur les données de foi d’autre part ? Sans doute. Nous croyons pourtant qu’à vouloir définir l’œuvre théologique comme une œuvre de la pure raison naturelle (en sorte qu’à la limite un athée pourrait être théologien pourvu qu’il accueille spéculativement – c’est-à-dire d’hypothèses – les données de la foi), on ne peut échapper à un certain rationalisme soit qui conduit la théologie au dessèchement et à l’exercice gratuit, soit qui l’expose au rejet pur et simple, au nom du concret, de l’existentiel, du pastoral et de « l’engagement ». C’est là, en tout cas, une possibilité tout-à-fait réelle, et dont, nous semble-t-il, la crise actuelle de la sagesse théologique témoigne tragiquement et irrécusablement. En maintenant au contraire que la théologie doit être mystique, non point au sens où le théologien devrait connaître ce qu’on appelle proprement des états mystiques, mais au sens où il garde la conscience vive que la lumière de l’intelligence est, selon le mot de saint Thomas d ‘Aquin, « quasi dérivée de Dieu ». Doctrine de la connaissance dans la lumière du Verbe qui fait le fond de la théologie augustinienne et dionysienne. Et qu’on ne s’y trompe pas : la conscience de la nature quasi divine de l’intellection humaine actualisée, sous la lumière qui rayonne de l’objet de foi, qui est lui-même une concrétion objective du Verbe, cette conscience n’est pas rien. Elle communique au contraire à la connaissance théologique une vibration et un parfum qui l’arrache à l’exercice ordinaire de la pensée et qui l’empêche de se prendre aux pièges de ses formulations. Dans l’acte même de la connaissance, une telle intelligence goûte déjà droitement quelque chose du Saint-Esprit. Et c’est cela la gnose.

Source : http://jeanborella.blogspot.fr/2008/11/gnose-chrtienne-et-gnose-anti-chrtienne.html

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