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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 10:46

Les dieux s’en vont, mais les religions demeurent, ou plutôt l’esprit de religiosité, inséparable de nos âmes. Certes, il ne serait plus raisonnable de crier, avec le poète qui, ne croyant plus au Christ, imaginait une réincarnation humaine du Créateur : « qui de nous va devenir un dieu ? » Personne, en effet, parmi nous, ne saurait, désormais, « devenir un dieu » sans risquer les représailles des aliénistes ou les invectives des sectaires. Mais ne pouvons-nous songer encore à nous réfugier dans un asile sûr, à l’écart de notre siècle quand il nous meurtrit, loin des foules en révolution, aux heures où nous sommes lassés de les suivre ?

C’est un droit indéniable pour tous, qu’ils soient malades ou désabusés ceux d’entre nous qui ne veulent plus tourbillonner avec les autres au gré des intérêts matériels ou des idées en tumulte ne peuvent plus s’isoler dans les couvents-refuges du moyen-âge – ils n’existent plus ou sont envahis par la turbulence des polémiques. Ils ne sauraient davantage gagner des solitudes où se puisse recommencer la vie pastorale des premiers âges – il n’est plus, au monde, une prairie, un bois, un désert, où les locomotives brutales de la civilisation ne jettent tous les jours leurs poisons chimiques et moraux.

Que nous reste-t-il donc contre nos temps funestes ? Un seul abri celui de notre âme, où nous pouvons, du moins, à notre gré, édifier le culte mystique, l’autel consolateur, dont chacun sera tout ensemble le prêtre et le fidèle. C’est pourquoi, sélectionnés par des goûts et des dégoûts communs, nous avons essayé de rêver et de nous figurer l’asile d’élite où nous mettrions au jour – nous serions peu nombreux d’abord – la foi nouvelle qu’il faut instaurer pour nous délasser et rafraîchir nos cœurs douloureusement usés.

À ceux qui ont gardé les croyances d’autrefois et qui n’en sont pas encore désabusés, nous n’avons, certes, rien à dire. Nous envions peut-être leur bonheur, relatif comme toutes les félicités humaines, mais nous savons que nul retour, miraculeux ou raisonné, ne nous est loisible, désormais, vers les dogmes qu’ils environnent de leur respect. Nous n’avons l’ambition de fonder ni une église, ni une chapelle ; à peine rêvons-nous d’un sanctuaire privilégié, clos aux profanes, ouvert à l’univers dans toutes ses manifestations naturelles et vivantes.

Au fronton de notre ermitage gnostique, nous n’inscrirons ni les verbes grecs qui nous relieraient aux Anciens et nous bastionneraient d’érudition rébarbative, ni les formules plus modernes où des âmes tourmentées, avec leur propension à caserner l’idéal dans des axiomes inutiles, conventionnels surtout, voient peut-être à tort les fondements d’une religion pour l’avenir.

Savez-vous ce que nous sommes ? Tout simplement des Amants de la Beauté éternelle et de l’Universelle Bonté. Si l’on nous demande d’extérioriser nos prédilections, on sera surpris de leur aspect dénué de mystère. Nos adeptes assisteront, quand nous les aurons organisés, à des offices où rien ne blessera les yeux, où nulle prose menaçante ne parlera de tourments expiatoires. Notre terre est, à nos yeux, le dernier échelon de notre vie sensible. Comme disaient les Gnostiques albigeois : « l’enfer n’existe pas, puisque notre Père nous aime ». C’est pour cette formule qu’ils furent traqués, exterminés, anéantis. Elle exprime, selon l’âme du XIIIe siècle, ce que nous voudrions traduire, de nos jours, en aveu d’indulgence fière et de rythmique admiration pour l’univers, où tout n’est point laideur, où tant de beauté supérieure rayonne dans les moindres choses.

Nous savons que l’on nous demandera d’organiser des solennités familières, familiales plutôt – il faut, en raison de tant d’atavismes dont nous ne sommes affranchis qu’aux derniers degrés de l’initiation gnostique, montrer aux âmes, par le secours des yeux, des cérémonies symboliques de nos ferveurs, de nos croyances, si ce mot ancien peut s’appliquer à notre conception nouvelle de la vie animique. Eh bien venez avec nous et soyez surpris de la simplicité de nos offices, tels que nous voulons les réaliser – quelques-uns de nous ont la compétence nécessaire pour les théâtraliser à souhait.

Parmi des diaconesses d’une beauté grave et chaste, l’autel ne doit connaître que des perfections, évolueront des prêtres – oh comme ce terme nous gêne, évocateur d’idées si différentes des nôtres –, des poètes, des servants revêtus de lumineux et flottants habits, des récitants aux voix ardentes, des musiciens consommés, des artistes enfin, dont les attitudes auront l’eurythmie des statues antiques et des Panathénées sculptées aux frises des temples grecs. À travers l’encens des cassolettes invisibles, parmi les nards et les parfums, flotteront les chants sans terreur d’un double chœur selon les maîtres. Nous prendrons à Phidias le secret de ses gestes sûrs, à Palestrina le réconfort de ses musiques du ciel, ou à Félicien David, car les âges, les religions, les particularités de tel dogme ou de tel autre sont abolis devant l’éclectisme de notre idéal. Nous glanerons la Beauté partout où elle fleurit pour l’homme et nous n’aurons aucune parole de haine ni de persécution pour les autres convictions, pour les chapelles voisines, même si elles s’érigent en rivales ou en persécutrices. Le sublime égoïsme de notre foi – encore le despotisme des mots usuels, et qui ne disent pas ce que nous voulons dire ! – mure d’une égale indifférence tous les concepts religieux que nous avons cessé d’admettre, toutes les églises désuètes où nous ne prions plus. Pourquoi les détesterions-nous ? Les déceptions qu’elles nous laissèrent viennent de nous et non point d’elles, puisque des siècles et des génies ont su vivre, jadis et naguère, dans leur rayonnement pour nous éteint.

Pourquoi rédigerions-nous l’Évangile de notre songe ? Il sera divers, comme nos âmes respectives, comme nos préférences individuelles. J’en sais qui trouveront plus belles nos hymnes et d’autres nos figurations. Vous en connaissez qui viendront à nous pour la sensualité superbe de nos mises en scène et d’autres qui chercheront parmi nous l’imprécision ouverte sur l’infini de leur songerie par l’éclectisme harmonieux de nos éléments esthétiques.

Nous aurons, en ce temps où les beaux vers naissent aisément sur les lèvres disertes des jeunes hommes, des poètes qui nous emporteront aux cimes de l’idéal, quand la voix des grands déclamateurs publics interprétera leurs stances. Imaginez un poème très noble, tout palpitant d’essor vers l’inconnu, de dilection pour les au-delàs sublimes de nos âmes et dites-moi si vous ne seriez pas émus jusqu’au frisson quand Madame Julia Bartet les déclamerait devant vous ? Dites-moi si l’office serait moins religieux, moins hautement mystique au gré de votre intime sensibilité parce que l’oraison d’amour et de foi serait parfaite et que vous y reconnaîtriez la basse pathétique de Delmas ou l’accompagnement lyrique de Camille Saint-Saëns ou de Paul Vidal.

Oui, nous rêvons aussi d’une réalisation aussi savamment belle – nous voulons fonder le culte expressif de la Beauté. Nous saurons convier et mener à nos fêtes l’élite de ceux qui vont, au théâtre, au temple ou au concert, chercher à s’évader une heure hors de l’ergastule des luttes pour la vie et de l’arène des intérêts serviles. Et ne nous demandez pas le catéchisme rigoureux de nos dogmes. Nous n’avons pas de dogme ce serait souffrir d’une rigidité féodale dont l’humanité a trop pâti. Nous n’avons que des aspirations et la volonté d’être fraternels et justes. Nous irons plus loin, plus bas, pour parler comme les épouvantails des cultes de fer, nous irons jusqu’à amuser, divertir, mettre en joie nos fidèles ; car la joie est divine comme la douleur et les religions qui n’ont pas de joie stérilisent l’avenir de leurs peuples, fussent-ils des millions d’hindous dans le plus admirable et le plus fertile pays du monde.

Ainsi, nous ignorerons volontairement tout ce qui s’est fait dans les domaines de la pensée mystique avant nous ; du moins, nous n’en voudrons connaître et partager que les fruits savoureux et les fleurs odorantes.

Pensez-vous que la Bonté et la Beauté nous laisseront déchoir vers les licences viles ? Supposez-vous que tout ce qui est lumière et harmonie ne doit pas fatalement engendrer le Bien ? Alors, éloignez-vous de nos cénacles recueillis ; portez ailleurs le tourment de vos doutes. Nous ne guérissons pas les maux de l’univers à coups de fléaux et de désastres. Nous sommes les adeptes du bonheur, les pionniers de la saine joie. Nous proclamons l’inutilité de souffrir, la stérilité des idoles laides. Nous voulons faire aimer la vie et envisager la mort sans épouvante. C’est nous qui sommes les Cathares, les Purs et les Parfaits, affranchis enfin des servitudes médiévales et des pauvretés mystiques d’autrefois.

Ce n’est donc pas une religion nouvelle qui surgit de nos entretiens ; c’est un système de repos calmant, un havre de paix dans le déchaînement orageux des passions contraires. Décaméron, si l’on veut, mais Décaméron décent où le souci de la chair, en dépit même de ses dérivations esthétiques, ne troublera pas l’esprit de toutes les angoisses de la volupté. Pourvu qu’elle soit très belle, la théorie de l’Art mystique, qui sera notre Gnose, nous agréera dans toutes les doctrines et nous ralliera à tontes les chapelles. Les sourires des uns, les sarcasmes des autres, l’indifférence de la plupart ne troubleront guère nos ferveurs. Nous serons très peu et il nous semblera que nous sommes beaucoup. Nous serons divers et, pourtant, unis dans l’Art essentiel, ce sera comme si nous n’étions qu’un devant la Beauté éternelle et l’universelle Bonté.

Le Concile de Toulouse, l’an dernier, a laissé dispersés nos éléments organisateurs ; de savants esprits y avaient peut-être trop orienté la Gnose vers des traditions qu’il faut rompre éperdument, au risque d’en ramasser pieusement les fragments utiles, ou vers des ambitions irréalisables. Nous avons, depuis, compris qu’il fallait être simples et doux, accessibles aux esprits humbles pourvu que la lumière du Beau les éblouisse d’enthousiasmes ou que le parfum du Vrai les enivre de splendeur.

Nous appelons tous les amants un peu distants du repos dans la contemplation féconde des chefs-d’œuvre, pas les inertes, surtout adeptes caducs de la stérilité et de la mort pas les pédants, non plus, qui inventeraient des vocables affreux pour exprimer des idées élémentaires, mais tous les artistes dont l’idéal défaille d’être imprécis, tous les mystiques que la foi déserte et qui souffrent de son éclipse sans retour, nous les convions à se grouper parmi nous pour combattre avec de la beauté tangible le vide grandissant des âmes modernes. Et, déjà, une élite vient à nous, qui, par la qualité supérieure de son essence, nous console d’être réduite à un tout petit coin du monde et nous rend fiers d’y tenir déjà tant de place devant l’avenir pensif et souriant.

Source : http://www.heliogabale.org/4673/confession-dun-gnostique/

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 10:30

On parle souvent de Simon le Mage lorsque l’on aborde la Gnose, et il peut être bon de brosser un court tableau synthétique de sa "philosophie sacrée". Nous profitons de l’opportunité offerte par la réécriture des cahiers d’instruction gnostiques pour l’EGCA afin de transmettre une parcelle de la connaissance et aider le lecteur à mieux appréhender Simon le Mage, au-delà de tout fantasme réducteur.

D : Parlez-nous des origines de la Gnose.

R : Eternelle comme la Vérité, la Gnose est apparue dans le Temps et l’Espace, en une forme concrète, suivant la descente astrale de Jésus, la Fleur du Très Saint Plérôme.

D : Où et quand ?

R : En Samarie, après l’ascension, au travers de la révélation de Simon le Mage.

D : Parlez-nous de ce grand homme.

R : Le Mage de Samarie est le premier docteur de la Gnose ; son enseignement contient les graines de la doctrine magnifique qui est la plus lumineuse expression de l’Absolu.

D : A-t-il créé la Gnose ?

R : Non, elle est la Vérité et par conséquent, elle est incréée ; mais il l’a désoccultée.

D : Etait-elle inconnue avant lui ?

R : Oui, en sa forme occidentale du moins ; mais l’Orient avait enseigné ses formes ésotériques. C’est, c’était et ce sera le vêtement mystique de la Vérité.

D : Où est né le Mage ?

R : A Gitta en Samarie.

D : Quel nom porte le révélateur ?

R : Il porte le nom de la Grande Vertu de Dieu.

D : Par qui était-il assisté ?

R : Par une femme sublime, nommée Hélène, qu’il rencontra à Tyr, l’enlevant d’un endroit infâmant et la délivrant de la tyrannie du mal et de la Chute.

D : Simon était-il un scientifique ?

R : Oui, il possédait la science de Platon, les dons d’orateur et de poésie. Il connaissait l’anatomie. Il découvrit les lois de la circulation sanguine. Enfin, il était un grand théurgiste et un thaumaturge.

D : Est-ce tout ?

R : Il avait une simple et droite âme et une honnêteté incontestable.

D : Quelle était sa conduite par rapport aux Apôtres ?

R : Déjà célèbre aux temps des premières missions chrétiennes, il a demandé le baptême à Philippe, en tant qu’initiation supérieure.

D : Comment expliquez-vous sa conduite par rapport à Pierre ?

R : Dans la demande qu’il fit à Pierre de lui conférer le Saint Esprit par l’imposition des mains, il ne vit jamais de conflit avec ses propres principes. Il n’offrit pas d’argent pour acheter le Saint Esprit, comme certains le maintiendront. Mais il offrit un prix légal et initiatique. Car il possédait lui-même l’Esprit d’un plus ancien degré.

D : Qu’a-t-il dit à Pierre qui lui parlait méchamment ?

R : Il lui offrit ces touchant mots de bonté et d’humilité ? « Priez pour moi afin que rien de ce dont vous m’accusez n’arrive. »

D : Qu’était Hélène pour Simon ?

R : Elle était le symbole de la douleur, l’image vivante de la chute dans la matière. Il l’aimait aussi noblement qu’un homme pouvait aimer.

D : Hélène méritait-elle cet amour ?

R : Oui incontestablement, elle le méritait par sa foi, sa dévotion, sa merveilleuse intelligence et son profond attachement au Révélateur.

D : Comment est mort le Mage de Samarie ?

R : Personne ne sait comment exactement. Des fables sont racontées à propos de sa vie, mais elles sont toutes apocryphes. Ces fables sont issues de la haine des chrétiens...

D : Simon a-t-il composé quelque traité ?

R : Oui, il a écrit le Antirrhetica Apophasis Megalê.

R : Tout : Dieu, l’Homme et le Monde. La Trilogie de la synthèse.

D : Qu’il y avait-t-il au commencement ?

R : Le Feu. Dieu, dit Moïse, est un Feu qui consume tout. Le Feu, qui est très différent du feu élémentaire qui n’est qu’un symbole, a une nature visible et une nature mystérieuse. Ce secret, d’une nature occulte, s’enferme lui-même dans l’apparence. De la même manière, l’apparence s’enferme elle-même dans l’occulte. L’invisible est visible à l’Esprit. Mais les ignorants ne peuvent distinguer l’esprit car ils ne connaissent pas les lois de la correspondance.

D : Dans la philosophie idéale, que serait ce feu ?

R : L’Intelligence et le Sensible, Puissance et Action, Idée et Parole.

D : Qu’est la matière ?

R : C’est la manifestation extérieure du feu primordial.

D : Qu’est l’Esprit ?

R : C’est la manifestation intérieure du feu primordial.

D : Que contient donc de Feu ?

R : Il contient l’Absolu et le Relatif, l’Informel et le Formel, l’Esprit et la matière, l’Un et l’Innombrable, Dieu et les émanations de Dieu.

D : Que pouvons-nous conclure de cela ?

R : Que ce feu, cause éternelle, se développe par des émanations, qu’il est en éternel devenir. Mais, en se développant, il est stable, il est permanent, il demeure. Il est Celui qui est, était et sera, Immuable, Infini, Absolu et Substantiel.

D : Pourquoi se développe-t-il lui-même ?

R : Car, bien qu’inchangeant, il n’est pas inerte ; l’Infini peut agir car il est Intelligence et Raison ; car Dieu passe de la Puissance à l’Action.

D : Développez cette évolution.

R : La Pensée a une expression qui est le Verbe, le Logos. Ainsi, l’Intelligence se nomme elle-même, et en se nommant elle agit, évolue, émane, devient. En prononçant une pensée, cette Intelligence unit les moments de sa pensée ; elle lie ses pensées les unes aux autres par la Raison, comme Un devient Deux, comme Un devient Deux par émanation, le feu émane par deux, par couple, par syzygie. Et de ces deux, un est actif et l’autre passif ; un est masculin et l’autre est féminin ; un est Lui et l’autre est Elle. Ces émanations par couple sont appelées Saints Eons par la Gnose.

D : Nommez les Eons.

R : Dieu émana six Eons : Esprit et Pensée, Voix et Nom, Raisonnement et Réflexion. Et Dieu avait la puissance entière sur ces Eons.

D : Que firent les Eons ?

R : Pour atteindre Dieu, les Eons émanèrent de nouveaux êtres. La loi divine de l’analogie le demande ainsi. Ces couples continuèrent donc, masculin et féminin, actif et passif ; c’est l’échelle de l’Etre Suprême que Jacob gravit en rêve alors qu’il dormait avec sa tête sur la pierre sacrée du Beth-El. Les Eons montent et descendent les échelons mystérieux par couple. Ils forment une chaîne ininterrompue entre le monde et Dieu. Ils constituent la trame de l’Esprit et de la Matière, et la Loi qui les dirige et les lie est le Feu primordial, c’est l’Amour. Tel est le premier ou divin monde.

D : Parlez-nous du monde intermédiaire.

R : Six Eons, un reflet des six Eons supérieurs, le peuplent. Ils portent les mêmes noms.

D : Comment Simon appelle-t-il le second monde ?

R : Air incompréhensible ; le Père ou Unité y vit. Il évolue alors que le Feu se développe dans le monde divin. Il se manifeste par sa Pensée, Epinoïa. Il est également appelé Silence.

D : Qu’est-il arrivé ?

R : Epinoïa, l’Eon féminin du Silence, émana les Anges et les Puissances dont est issu le troisième monde, celui dans lequel nous vivons. Ces Anges voulaient la détenir captive, d’où la Chute qui demande une Rédemption.

D : D’où vient l’humanité ?

R : L’humanité est émanée par un de ces Anges, le Démiurge, le Dieu des Juifs et des Chrétiens.

D : Que devint Epinoïa ?

R : La Pensée, tenue captive par les Anges, fut ramenée par son instinct célestiel et elle se désespéra encore plus pour le Silence, le Père qu’elle avait quitté. Les Anges la gardèrent en la faisant souffrir. Ils l’enfermèrent dans une prison, le corps humain. C’est à partir de là que l’exil maléfique commença et, donc, au travers de tous les siècles, son exil douloureux continue par des transmigrations successives. C’est la chute de la Pensée dans la Matière, c’est une déchéance, c’est l’origine du mal.

D : Et ?

R : Puisque tout est en décadence, la Rédemption est nécessaire. Epinoïa se réincarne au travers des âges, d’une femme dans une autre femme, comme une fragrance qui passe d’un vase à un autre. C’est de cette manière que Simon rencontra Hélène, qui était une incarnation de la Pensée, appelée Epinoïa, il l’aima, il la transfigura, il la sauva et il appliqua la parabole du mouton qui était perdu et retrouvé.

D : Résumez tout cela.

R : Comme Simon a sauvé Hélène de la dégradation suprême, le Sauveur, envoyé du Père, descendit dans ce monde sous une forme astrale et il délivra la Pensée de la tyrannie des Anges injustes. En Judée, il est appelé Jésus et le Fils, en Samarie, il était appelé Simon et le Père. Pour les races futures, il sera le Saint Esprit que nous attendons, la Grande Vertu de Dieu, la Femme qui est à Venir.

Source : http://www.esoblogs.net/1737/les-origines-de-la-gnose-simon-le-mage/

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Published by Rituel ECGA - dans Gnose
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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 10:15

Même si les historiens et les philosophes grecs avaient quelque connaissance de la religion de l’ancien Empire perse, il fallut attendre le milieu du XVIIIe siècle pour qu’un voyageur français, Anquetil-Duperron, puisse acquérir auprès des Parsis de Pondichéry des manuscrits en nombre suffisant pour que commence l’étude de la langue et des textes de l’Avesta, puis de la mythologie, de la religion et des philosophies recueillies dans ce livre sacré.

Les Grecs et la figure de Zarathushtra

Une génération après les guerres médiques, quand les Grecs purent jeter sur l’Empire perse un regard apaisé, ils furent sensibles à un certain exotisme religieux. Hérodote se plaît à faire le tableau d’un peuple pratiquant une religion toute naturelle. Les Perses, dit-il, n’ont ni temples, ni idoles, ni autels. Ils adorent, au sommet des montagnes, le ciel tout entier. Ils exposent les cadavres aux chiens et aux oiseaux, ou les enterrent après les avoir enduits de cire. Leur morale est simple et raisonnable : une faute isolée ne compte pas, mais bien la balance entre les bonnes et les mauvaises actions que l’on accomplit durant sa vie ; et ils enseignent aux enfants trois choses seulement : monter à cheval, tirer à l’arc et dire la vérité. La fonction sacerdotale est confiée à la tribu mède des mages.

Le premier à mentionner le nom de Zarathushtra sous sa forme hellénisée Zoroastrès – dont nous ferons Zoroastre – est apparemment Xanthos le Lydien, un historien contemporain d’Hérodote, un peu plus âgé que lui. Son œuvre ne nous est pas parvenue mais d’après ce que nous en savons par d’autres auteurs, il aurait parlé au moins deux fois de Zoroastre. D’une part un fragment cité par Nicolas de Damas (Ier siècle de notre ère) raconte la terreur qui envahit les Lydiens quand un orage violent interrompit un sacrifice offert par le roi Crésus : ils se rappelaient, dit Xanthos « les oracles de la Sibylle et les logia de Zoroastre ». D’autre part, Diogène Laërce, qui commença à écrire sous le règne d’Alexandre Sévère, attribue à Xanthos une tradition qui situe Zoroastre six mille ans avant l’expédition de Xerxès contre la Grèce.

Quelques dizaines d’années plus tard (vers 380), dans le Premier Alcibiade, Platon attribue la paternité de la science des mages à un certain « Zoroastre d’Ahura Mazdâ », mentionnant ainsi le nom du fondateur de la doctrine et celui de son dieu. Désormais, l’Antiquité ne cessera de placer Zoroastre aux origines de sa propre sagesse. Une tradition que Clément d’Alexandrie attribue à un écrivain du Ier siècle avant notre ère, Cornélius Alexandre Polyhistor, rapporte que Pythagore reçut à Babylone l’enseignement de Zoroastre. Les philosophes voient en lui l’inspirateur du dualisme platonicien. Le dualisme iranien, présentant le monde comme le théâtre du combat entre un dieu bon, Ahura Mazdâ ou Ohrmazd, et un dieu mauvais, Angra Manyu ou Ahriman, est décrit pour la première fois par Plutarque, qui dit tenir son information de Théopompe (IVe s. avant notre ère). À l’époque hellénistique, on attribue à Zoroastre la paternité de la magie, dont le nom dérive effectivement de celui des mages, et de la science ésotérique des astrologues de Chaldée. Tout ceci est parfaitement fantaisiste : Zarathushtra n’est pas le contemporain de Pythagore et rien n’est plus étranger à la vieille religion iranienne que la magie, l’astrologie ou l’alchimie.

La naissance de l’orientalisme

Léguée par la tradition hellénistique, la figure légendaire de Zoroastre, prince des mages, maître des astrologues chaldéens, initiateur de Pythagore, persistera durant le Moyen Âge et la Renaissance. Mais il passe aussi pour l’inspirateur du dualisme manichéen honni. Il faut attendre le XVIIe siècle pour que la perspective se modifie de manière radicale. En 1660, le capucin français Raphaël du Mans rapportait, d’un long séjour à Ispahan, la nouvelle qu’une secte d’adorateurs du feu, les Guèbres, perpétuait en Iran la religion des mages. Quelques années plus tard, deux autres voyageurs signalaient les affinités de leur doctrine avec la religion chrétienne : Tavernier notait que les Guèbres avaient une connaissance confuse des mystères du christianisme et Chardin leur reconnaissait la foi en un dieu suprême, supérieur à la fois à quelques autres divinités et aux deux principes personnifiant le bien et le mal. À l’aube du siècle des Lumières, ces nouvelles d’Orient ne pouvaient laisser indifférent. Dès 1670, les libres-penseurs anglais Marsham et Spencer mettaient l’accent sur les ressemblances entre certaines doctrines païennes et le christianisme et les expliquaient par le fait que les juifs avaient subi l’influence de leurs voisins.

Lorsque, en l’an 1700, l’évêque anglican d’Oxford, Thomas Hyde, entreprend la compilation de tout ce qui est connu de la religion préislamique de l’Iran, il nourrit aussi l’intention de trancher une question d’importance pour la théologie chrétienne. Fallait-il considérer Zarathushtra comme un prophète positif, qui avait reçu quelques lumières de la révélation monothéiste, ou comme un hérétique, qui avait scindé l’unité divine en deux forces contraires, l’une bonne, l’autre mauvaise – une doctrine que Hyde allait définir en forgeant, en latin, le mot « dualisme » ? Quelle que soit l’ampleur de son érudition, Hyde n’est pas véritablement en mesure d’aborder efficacement cette question. À la connaissance des sources classiques, il joint celle de l’orientalisme naissant qui lui donne accès aux textes arabes et persans. Il a su, nous ne savons toujours trop comment, se procurer des manuscrits avestiques et pehlevis, mais il ne sait pas les lire. Privée de l’apport des documents originaux, son œuvre reste donc encore pré-scientifique. Ainsi armé, Hyde a cru pouvoir conclure que Zarathushtra était un prophète comparable à Abraham, qui avait su préserver pour un temps son peuple de la dégénérescence polythéiste. Les accusations de dualisme ne sont pas sans fondement mais elles sont sans portée. Le dualisme du fondateur n’est pas de nature religieuse mais philosophique et cette philosophie est imprégnée de morale. Elle fonde une éthique du comportement qui exige le discernement entre le bien et le mal et est soumise à une rétribution posthume.

Anquetil-Duperron et la première traduction de l’Avesta

C’est dans ce climat que survient un événement essentiel. La vieille religion iranienne n’avait pas seulement survécu en Iran même mais aussi en Inde où la communauté des Parsis, fuyant la conquête musulmane, avait essaimé en quelques points de la côte occidentale. En 1723, un Parsi de Surate offrit un manuscrit à un marchand anglais, qui le fit parvenir à la bibliothèque bodléienne d’Oxford : l’Europe apprenait ainsi que le livre de Zoroastre n’était pas perdu. Encore fallait-il l’avoir tout entier sous la main, puis le comprendre, ce qui n’était possible qu’avec le consentement du clergé parsi. Ce fut l’œuvre du Français Anquetil-Duperron (1731-1805), le Champollion des études iraniennes, bien méconnu aujourd’hui, en dépit d’une excellente biographie de Raymond Schwab (1934) et d’une page émue de Michelet. En 1754, à vingt-trois ans, renonçant à attendre des subsides qui ne viennent pas, il s’engage dans les troupes de la Compagnie des Indes et s’embarque pour Pondichéry avec des compagnons d’armes recrutés dans les prisons. Pour reprendre une expression de Raymond Schwab, la philologie iranienne commence comme finit Manon Lescaut, par un convoi de prisonniers vers les colonies. Anquetil traverse à grand-peine et à grand risque une Inde déchirée par la guerre franco-anglaise, puis, jouant habilement des rivalités qui déchirent la communauté parsie de Surate, il vainc les réticences, se fait montrer les manuscrits, expliquer leur écriture et leur langue. De retour en France, le 15 mai 1762, il dépose à la Bibliothèque du roi cent quatre-vingts manuscrits. L’analyse de ces documents lui prendra encore dix ans : sa traduction de l’Avesta, le livre réputé de Zoroastre, paraît en 1771.

L’exhumation de l’Avesta par Anquetil-Duperron est un fait décisif qui marque un changement d’époque. Désormais, la religion iranienne et la personne de son fondateur présumé échappent au domaine de la querelle philosophique pour devenir objet de science et de philologie sévère. Le personnage de Zoroastre ne cessera pas pour autant de hanter l’imaginaire occidental. Il reste, jusqu’à la fin du XIXe siècle au moins, objet d’utilisation littéraire. En 1756, dans son Essai sur les mœurs, Voltaire manifeste un grand intérêt pour Zoroastre, qui lui paraît pouvoir être utilisé dans la lutte contre le christianisme en ce que sa doctrine permet de relativiser la tradition judéo-chrétienne : Moïse n’est pas unique, il n’a pas eu le monopole de la révélation monothéiste. En 1810, Kleist exhorte ses compatriotes à la liberté dans un poème intitulé Prière de Zoroastre. Shelley, dans le discours à la Terre de Prométhée délivré, évoque la rencontre de Zoroastre et de son âme. Nietzsche, enfin, trouve piquant, selon son propre aveu, de mettre l’expression de l’immoralisme dans la bouche du premier moraliste, celui qui considéra le conflit entre le bien et le mal comme le moteur des choses. Ce ne sont là que quelques exemples.

Les origines de l’Avesta

Au milieu du premier millénaire avant notre ère, l’Iran – c’est-à-dire l’Iran actuel, l’Afghanistan et une partie de l’Asie centrale ex-soviétique – et le bassin des deux grands fleuves de l’Inde septentrionale, l’Indus et le Gange, sont habités par des peuples parlant une langue indo-européenne. La langue des Indiens et celle des Iraniens sont donc apparentées au grec, au latin, aux langues celtiques, germaniques, slaves..., d’une parenté si précise qu’elle peut être définie par un ensemble de lois phonétiques invariables ; de plus, elles présentent entre elles des affinités si grandes qu’elles apparaissent, à cette date ancienne, comme de faibles variantes dialectales d’un unique idiome indo-iranien.

Les premiers documents originaux que les Indo-Iraniens ont laissés de leur langue et de leur histoire sont des inscriptions royales : en Iran, les inscriptions que les rois achéménides, à partir de Darius I, on fait graver dans les provinces occidentales de leur empire, qui jouxtait le monde mésopotamien ; en Inde, les inscriptions, disséminées des rives du golfe du Bengale à la région de Kaboul, dans lesquelles le roi Açoka proclame sa soumission à la loi morale ou dharma, ce qui signifie peut-être sa conversion au bouddhisme. Ainsi, les documents iraniens sont les plus anciens : si les inscriptions d’Açoka se situent aux alentours de 255 avant notre ère, la plus ancienne inscription achéménide peut être datée avec précision de 519. Les Iraniens sont aussi les premiers à avoir été mentionnés par leurs voisins, une priorité de hasard qu’ils doivent au contact de civilisations maniant l’écriture. Un roi assyrien rapporte, sur une tablette que l’on date communément de 835, une campagne qu’il mena contre les Madai, ceux que les Grecs appelleront Médoi et nous, d’après eux, les Mèdes. Nous savons ainsi qu’au milieu du IXe siècle avant notre ère, la tribu qui, durant l’Antiquité, occupa la frontière nord-ouest du monde iranien, aux lisières du Caucase et de l’Arménie, avant de se dissoudre dans la diaspora et les invasions de nomades, se trouvait installée dans son habitat historique.

L’histoire proprement dite ne permet pas de remonter plus haut. Il est certain que les peuples de langue indo-européenne ne sont pas, en Inde et en Iran, des autochtones mais nous ne connaissons ni la date de leur arrivée ni l’itinéraire de leur migration, comme les participants d’un colloque consacré à cette question au Collège de France, en janvier 2000, ont été unanimes à le rappeler.

La présence de peuples de langue indo-européenne en Inde et en Iran est cependant documentée bien avant le VIe et même le IXe siècle avant notre ère. En vertu d’une tradition culturelle commune, les Indiens et les Iraniens ont pareillement assuré par transmission orale la conservation d’un corpus de textes très anciens et considérés comme sacrés : le Veda en Inde, l’Avesta en Iran. Ces livres, qui n’ont été mis par écrit que des siècles plus tard, font du lointain passé indo-iranien une catégorie dont il n’existe aucun équivalent : une préhistoire documentée ou une sorte particulière de protohistoire. Leur composition ne peut être située avec précision ni dans l’espace ni dans le temps, leurs auteurs et la société dont ils étaient l’expression nous sont entièrement inconnus. Tout ce que nous pouvons faire, d’une manière générale, c’est établir une chronologie relative, avec toutes les incertitudes et les approximations que cela suppose. D’une part, nous considérons que des vestiges linguistiques indiens du Proche-Orient, signalent le moment à partir duquel se sont trouvés réunis les ingrédients de la littérature sacrée indo-iranienne ; d’autre part, nous cherchons à évaluer l’archaïsme de la langue des textes védiques et avestiques par rapport à celle des premiers documents originaux, les inscriptions de Darius et d’Açoka. Cette démarche empirique nous amène, si n’interfère aucun argument d’une autre nature, à situer les plus anciennes parties des deux livres entre 1500 et 1000 avant notre ère.

Deux livres sacrés : l’Avesta et le Véda

L’Avesta, dont le nom, repris tel quel aux Parsis modernes, est la déformation d’un mot ancien signifiant « éloge », présente un double intérêt linguistique et religieux. Sa langue, l’avestique, est l’un des deux dialectes iraniens anciens connus qui font pendant au témoignage indien du sanskrit védique, le second étant le vieux-perse des inscriptions achéménides. C’est aussi le livre sacré de la religion préislamique de l’Iran, que les spécialistes appellent, selon leur goût, « mazdéisme » en se référant au nom de son dieu dominant, Ahura Mazdâ, ou « zoroastrisme » d’après le nom de l’homme qui est censé l’avoir fondée et prêchée, Zarathushtra ou Zoroastre. Si proche qu’il soit du Véda par la langue, le style et les conceptions religieuses, l’Avesta s’en distingue du moins par deux particularités d’ordre général qui font qu’il relève d’une problématique scientifique sensiblement différente. Tout d’abord, il est de dimension beaucoup plus modeste. Alors que le Veda n’est pas un livre, mais une bibliothèque tout entière, l’Avesta représente à peu près un livre de poche classique de 250 pages, si bien que l’analyse se trouve embarrassée, non par l’abondance inhumaine du matériel à traiter, mais par sa ladrerie, qui refuse trop souvent la confrontation de passages parallèles, seule technique d’éclairage possible quand il n’y a pas évidence linguistique. Le texte est aussi beaucoup plus mal transmis, non par déficience des techniques iraniennes de transmission orale mais parce que la tradition mazdéenne a connu, semble-t-il, des crises et des solutions de continuité. L’une, en tout cas, est sûre et décisive. La conquête arabe et l’islamisation de l’Iran, au VIIe siècle, ont provoqué la dispersion des écoles théologiques et entraîné une irrémédiable décadence de l’élocution liturgique. En dépit de tous les efforts accomplis par les communautés restées fidèles à la vieille religion, qu’elles soient demeurées en Iran ou aient migré vers l’Inde, pour conserver à leur doctrine une certaine qualité théorique, la transmission orale et, à cette époque, écrite de l’Avesta n’a cessé de se détériorer jusqu’à l’intervention, au siècle dernier, de l’érudition scientifique. Alors que le Veda est un texte irréprochable, où les fautes sont exceptionnelles, l’Avesta est corrompu et, pour être compris, doit faire l’objet d’un travail lent et difficile de restitution philologique, travail parfois désespéré et, en raison de l’indigence des faits qui nourrissent l’argumentation, toujours guetté par l’arbitraire.

Les différents manuscrits

Ces vicissitudes, jointes à l’absence de tout témoignage extérieur, expliquent que nous connaissions si mal l’histoire de l’Avesta, depuis sa composition jusqu’à son exhumation par Anquetil-Duperron, et encore les quelques choses sûres que nous sachions ont-elles bien souvent été acquises tout récemment. L’édition critique de l’Avesta, qui a été faite par Karl-Friedrich Geldner dans les dernières années du XIXe siècle, est fondée sur l’ensemble de la documentation significative provenant des communautés parsies. Tous les manuscrits importants et la plus grande partie des manuscrits secondaires ont été dépouillés et il est totalement exclu que nous recueillions, dans l’avenir, la manne d’un matériel nouveau. Le classement des manuscrits par famille et la détermination de leurs liens de filiation a mis en lumière le caractère récent de la tradition manuscrite qui nous est parvenue. Les deux plus anciens des manuscrits importants (J2 et K5) ont été écrits par le même copiste et sont datés de 1323, le plus vieux manuscrit (K7a) pourrait remonter, selon l’estimation la plus extrême, à 1268 et la mémoire des scribes ne va pas au-delà d’un modèle perdu qu’on peut situer aux environs de 1020. De plus, des fautes généralisées démontrent à l’évidence que tous les manuscrits sans exception dérivent d’un original perdu qu’on appelle le « manuscrit de base » et que ses imperfections invitent à situer à l’époque troublée de la migration vers l’Inde, c’est-à-dire entre le VIIIe et le Xe siècle. Il est donc vain de se bercer de l’espoir qu’un manuscrit ait pu conserver, contre tous les autres, la leçon miracle. Tous sont pareillement les rejetons du manuscrit de base et leur confrontation ne permet rien de plus que la restitution d’une version déjà corrompue de la fin du premier millénaire. Non seulement la tradition manuscrite est récente mais elle est aussi extraordinairement ténue.

Un progrès significatif a été accompli à la fin des années soixante lorsque Karl Hoffmann, par une analyse paléographique rigoureuse, a pu remonter aux sources de la transmission manuscrite. Par sa structure et les caractéristiques formelles de ses signes, l’alphabet avestique est clairement une invention érudite ad hoc de l’époque sassanide. Il n’est pas le fruit de l’évolution historique aveugle d’un système d’écriture, mais une création délibérée menée dans le but exclusif de mettre l’Avesta par écrit. L’inventeur s’est inspiré de deux modèles. Du point de vue de la forme, il a puisé l’essentiel du stock de ses signes dans l’écriture du pehlevi des livres – une forme particulière du dialecte moyen-perse –, elle-même dérivée de l’écriture araméenne. Mais, alors que celle-ci ne note pas les voyelles et va jusqu’à confondre plusieurs consonnes sous le même signe, il a adopté le principe typologique « un signe égale un son » des alphabets grecs et latins, qu’il connaissait et auxquels il a d’ailleurs emprunté deux signes. Ce principe de travail fournit de précieuses indications. Une indication chronologique tout d’abord : les caractéristiques formelles de l’écriture pehlevie que l’alphabet avestique reproduit n’ont été acquises qu’au début du VIIe siècle. Le fait que l’inventeur anonyme ait pris pour modèle le système alphabétique gréco-latin et une écriture qui servait à noter le dialecte moyen-perse suggère qu’il a travaillé dans une ambiance « occidentale », c’est-à-dire en Perse, qui était la province autochtone du pouvoir politique sassanide. L’alphabet avestique n’a jamais été utilisé pour un autre texte que l’Avesta. Il a très probablement servi à mettre par écrit un exemplaire unique du canon – disons : l’archétype sassanide –, déposé en lieu sûr, auquel le clergé pouvait se référer en ultime recours pour dénouer d’éventuelles controverses théologiques. La minutie véritablement maniaque avec laquelle il rend les plus subtiles variations phonétiques montre qu’il a été prévu pour transcrire finement les nuances de l’élocution liturgique solennelle. L’alphabet avestique a été inventé pour donner une forme écrite à un texte récité : ceci démontre qu’il n’y eut jamais auparavant de tentative pour mettre l’Avesta par écrit. Ajoutons que tous les textes connus n’ont sans doute pas été confiés à l’écriture et que ceux qui ont été mis par écrit ne l’ont probablement pas été avant la conquête arabe.

Premières lectures et premières interprétations

Les manuscrits d’Anquetil-Duperron déposés à la Bibliothèque du roi en 1762 ne sont pas à proprement parler des morceaux de l’Avesta, quoique ce titre ait été donné à leur collection. À l’exception de quelques brefs fragments épars, le canon sassanide a disparu au début du IIe millénaire. Les textes d’Anquetil en sont des extraits choisis et assemblés pour les besoins de deux anthologies liturgiques distinctes. La première est le récitatif d’un long sacrifice qui associait, dans sa version maximale, les trois livres Yasna, Visprad et Vidêvdâd ; la seconde rassemble les hymnes sacrificiels consacrés aux divinités autres qu’Ahura Mazdâ (Yashts) et les assortit de quelques liturgies privées (Xorda Avesta). Il est probable que ces anthologies utilitaires étaient constituées avant la collation du canon sassanide.

Le premier déchiffrement de ces textes a paru justifier le vieux débat sur le système religieux du mazdéisme. C’est que ce système semble varier selon les livres constitutifs et, dans chaque cas, épouser des contours flous. Les Yashts témoignent d’un polythéisme soigneusement hiérarchisé, le cœur du Yasna d’un monothéisme indécis qui montre le dieu unique entouré d’abstractions divinisées. Les notations dualistes sont disséminées dans l’ensemble des textes, mais se font plus insistantes dans le Vidêvdâd. En somme, un beau désordre, qui explique qu’Anquetil-Duperron, tout en travaillant sur les textes originaux, n’ait pas remis en cause l’interprétation de Hyde.

Les travaux de Martin Haug…

Le premier philologue à qui le développement de la grammaire comparée indo-européenne et, plus spécifiquement, indo-iranienne ait permis de comprendre suffisamment l’Avesta pour tenter une analyse rigoureuse de son système religieux est l’Allemand Martin Haug. Aux alentours de 1860, il lui est apparu que le corpus métrique qui occupe les chapitres 29 à 34, 43 à 51 et 53 du Yasna, les Gâthâs ou « Chants », présentait une triple singularité : leur langue est nettement plus archaïque que celle du reste du corpus ; Zarathushtra n’y fait pas figure de héros légendaire, mais agit dans la réalité actuelle, sans majoration merveilleuse ; enfin, elles ne mentionnent jamais d’autre nom divin que celui d’Ahura Mazdâ. C’est sur la base de ces trois observations que Haug établit une chronologie des diverses expressions religieuses du mazdéisme. Puisque l’Avesta commence par les Gâthâs, le mazdéisme commence par le monothéisme. Celui-ci est l’œuvre d’une personnalité historique, Zarathushtra, et ses disciples l’ont laissée « se détériorer » soit en dualisme, soit en polythéisme hiérarchisé.

Haug ne peut cependant éluder le fait qu’il existe des rapports synchroniques entre le monothéisme des origines et le dualisme, puisque ce sont les Gâthâs elles-mêmes qui semblent esquisser la théorie des deux forces antagonistes dans une strophe (Y 30.3) que Haug traduit ainsi : « In the beginning, there was a pair of twins, two spirites, each of peculiar activity : these are the good and the base, in thought, word and deed. Choose one of these two spirites ! Be good, not base ! ». Haug est ainsi amené à reproduire l’interprétation de Hyde en présentant le monothéisme comme la théologie de Zarathushtra et le dualisme comme sa philosophie. Ayant pris conscience de l’unité de la personne divine, le prophète s’est trouvé contraint d’expliquer comment la création d’un être parfait pouvait être imparfaite. Il l’a fait philosophiquement, en supposant l’existence de deux causes primordiales inhérentes à l’homme et à Dieu lui-même. Appelées mainiiu ou « esprit », elles sont des forces de l’état mental et néanmoins créatrices, l’une de tout ce qui est bon, l’autre de tout ce qui est mauvais. Plus tard, confondant la théologie et la philosophie du fondateur, les docteurs mazdéens ont constitué une vraie religion dualiste. Le bon manyu a été confondu avec Ahura Mazdâ lui-même et le mauvais est devenu son adversaire frontal. Si grand et si durable qu’ait été son succès, on voit que cette manière de rendre le monothéisme compatible avec le dualisme est doublement suspecte. Elle reproduit une interprétation pré-scientifique et attribue à l’auteur des Gâthâs une spéculation qui n’est pas exhumée du texte mais d’une philosophie prétendument universelle. Haug a cependant le mérite et l’excuse d’avoir procédé avec une logique impeccable : il a lu la strophe Y 30.3 et a cru devoir en conclure que le vieux débat était justifié. C’était légitime à défaut d’être juste.

… et ceux de James Darmesteter

Quinze ans plus tard, le Français James Darmesteter faisait de la religion de l’Avesta une analyse radicalement différente de celle de Haug. Pour Darmesteter, il ne fait aucun doute que la religion préislamique de l’Iran a été, de manière constante, un dualisme. Mais ce dualisme ne peut avoir été original, puisqu’il est issu de la vieille religion indo-iranienne que l’on définissait alors comme un polythéisme naturaliste. L’évolution s’explique par l’histoire de la personnalité des deux protagonistes, Ahura Mazdâ et Angra Manyu. Le premier est un ancien dieu du ciel lumineux qui a évolué en dieu du bien parce que, comme son équivalent indien Dyaus pitar ou Varuna, il a créé l’ordre du monde et s’en est fait le gardien. Le dualisme mazdéen n’est pas le fruit d’une spéculation philosophique mais l’aboutissement d’une très ancienne représentation mythologique. L’ordre dans la nature ne va pas sans une lutte constante dans la nature contre les forces du désordre. Darmesteter situe les origines d’Angra Manyu dans un motif mythologique développé par les hymnes védiques : le ravissement de la lumière et des eaux par un serpent qui les enferme dans son étreinte. Un dieu lumineux abat le monstre et libère les captives. Cette péripétie a pour fondement naturaliste la lutte censée se livrer dans l’orage. Les ténèbres envahissent le monde mais, frappées par l’arme de l’éclair, elles en sont finalement expulsées, tandis que la pluie ruisselle. Angra Manyu est le serpent transfiguré par adaptation à la dimension spirituelle qu’a prise son adversaire et par transposition depuis un mythe cosmogonique ponctuel dans une représentation générale de l’histoire du monde. Le mal, comme les ténèbres, envahit l’univers. Son irruption met en marche le temps et les grands cycles naturels ; son élimination après 6 000 ans de conflit, en marque la fin. Le scénario de Darmesteter diffère donc de celui de Haug par trois aspects essentiels.
1. Le dualisme mazdéen ne relève pas d’une spéculation distincte du système religieux. C’est l’héritage d’une antique mythologie.
2. Son fondement n’est pas l’antagonisme entre les deux esprits du comportement, mais celui entre Rta et Druj, l’ordre et le désordre dans le monde. L’opposition n’est pas d’ordre éthique, mais d’origine cosmogonique.
3. Puisque le dualisme n’est pas greffé sur un monothéisme préexistant, dont les traces sont imperceptibles, il n’y a aucune raison de penser que le mazdéisme est le produit d’une révolution de la pensée religieuse. Comme Darmesteter l’écrivait si bien deux ans plus tôt : « Le mazdéisme est au même titre que le védisme un développement spontané et libre de la religion indo-iranienne, se transformant sans secousse, et sans qu’il soit besoin d’invoquer une invasion étrangère, ou une révolution intérieure. » En corollaire, la figure de Zarathushtra est sans consistance historique ; il serait lui aussi, comme adversaire d’Angra Manyu, un combattant de l’orage.

Vers de nouvelles lectures

Dans l’absolu, le scénario de Darmesteter n’est ni plus ni moins convaincant que celui de Haug mais il est survenu à contretemps dans l’histoire de notre discipline. L’usage monomaniaque de la mythologie de l’orage a indisposé ceux-là mêmes, les védisants, qui étaient les mieux préparés à percevoir les aspects mythologiques du mazdéisme et Darmesteter lui-même n’a pas tardé à prendre ses distances. L’abus de mythologie naturaliste a discrédité son interprétation mais, en la récusant, on a fait ce qu’on appelle « jeter le bébé avec l’eau du bain ». En fait, Darmesteter a eu l’intuition d’un mode de développement du mazdéisme qu’il n’avait pas les moyens adéquats d’investiguer : pouvait-on en 1877, aborder les mythes autrement qu’en appliquant la méthode à laquelle Max Müller a attaché son nom ? Pourtant, Darmesteter avait justement perçu que le fondement du dualisme mazdéen était l’antagonisme entre Rta et Druj et que cet antagonisme avait été inséré dans une histoire mythique du monde, où, débordant la cosmogonie dont il tient ses origines, il envahit la durée et se résout en eschatologie. Un tel scénario, s’il n’est pas la transposition du combat de l’orage, est néanmoins de nature mythologique, à charge pour nous d’en faire une nouvelle exégèse.

Source : www.clio.fr

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Published by Jean Kellens - dans Gnose
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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 10:03

Toutes les grandes disputes théologiques pendant douze cents ans ont été grecques. Qu’auraient dit Homère, Sophocle, Démosthène, Archimède, s’ils avaient été témoins de ces subtils ergotismes qui ont coûté tant de sang?

Arius a l’honneur encore aujourd’hui de passer pour avoir inventé son opinion, comme Calvin passe pour être fondateur du calvinisme. La vanité d’être chef de secte est la seconde de toutes les vanités de ce monde; car celle des conquérants est, dit-on, la première. Cependant, ni Calvin ni Arius n’ont certainement pas la triste gloire de l’invention.

On se querellait depuis longtemps sur la Trinité, lorsque Arius se mêla de la querelle dans la disputeuse ville d’Alexandrie. où Euclide n’avait pu parvenir à rendre les esprits tranquilles et justes. Il n’y eut jamais de peuple plus frivole que les Alexandrins; les Parisiens mêmes n’en approchent pas.

Il fallait bien qu’on disputât déjà vivement sur la Trinité, puisque le patriarche auteur de la Chronique d’Alexandrie, conservée à Oxford, assure qu’il y avait deux mille prêtres qui soutenaient le parti qu’Arius embrassa.

Mettons ici, pour la commodité du lecteur, ce qu’on dit d’Arius dans un petit livre qu’on peut n’avoir pas sous la main.

« Voici une question incompréhensible qui a exercé depuis plus de seize cents ans la curiosité, la subtilité sophistique, l’aigreur, l’esprit de cabale, la fureur de dominer, la rage de persécuter, le fanatisme aveugle et sanguinaire, la crédulité barbare, et qui a produit plus d’horreurs que l’ambition des princes, qui pourtant en a produit beaucoup. Jésus est-il Verbe? S’il est Verbe, est-il émané de Dieu dans le temps ou avant le temps? s’il est émané de Dieu, est-il coéternel et consubstantiel avec lui, ou est-il d’une substance semblable? est-il distinct de lui, ou ne l’est-il pas? est-il fait, ou engendré? Peut-il engendrer à son tour? a-t-il la paternité ou la vertu productive sans paternité? Le Saint-Esprit est-il fait ou engendré, ou produit, ou procédant du Père, ou procédant du Fils, ou procédant de tous les deux? Peut-il engendrer, peut-il produire? son hypostase est-elle consubstantielle avec l’hypostase du Père et du Fils? et comment, ayant précisément la même nature, la même essence que le Père et le Fils, peut-il ne pas faire les mêmes choses que ces deux personnes qui sont lui-même?

« Ces questions si au-dessus de la raison avaient certainement besoin d’être décidées par une Église infaillible.

« On sophistiquait, on ergotait, on haïssait, on s’excommuniait chez les chrétiens pour quelques-uns de ces dogmes inaccessibles à l’esprit humain, avant les temps d’Arius et d’Athanase. Les Grecs égyptiens étaient d’habiles gens, ils coupaient un cheveu en quatre: mais cette fois-ci ils ne le coupèrent qu’en trois. Alexandros, évêque d’Alexandrie, s’avise de prêcher que Dieu étant nécessairement individuel, simple, dune monade dans toute la rigueur du mot, cette monade est trine.

Le prêtre Arious, que nous nommons Arius, est tout scandalisé de la monade d’Alexandros; il explique la chose différemment; il ergote en partie comme le prêtre Sabellious, qui avait ergoté comme le Phrygien Praxeas, grand ergoteur. Alexandros assemble vite un petit concile de gens de son opinion, et excommunie son prêtre. Eusébios, évêque de Nicomédie, prend le parti d’Arious: voilà toute l’Église en feu.

« L’empereur Constantia était un scélérat, je l’avoue, un parricide qui avait étouffé sa femme dans un bain, égorgé son fils, assassiné son beau-père, son beau-frère et son neveu, je ne le nie pas; un homme bouffi d’orgueil, et plongé dans les plaisirs, je l’accorde; un détestable tyran, ainsi que ses enfants, transeat: mais il avait du bon sens. On ne parvient point à l’empire, on ne subjugue pas tous ses rivaux sans avoir raisonné juste.

« Quand il vit la guerre civile des cervelles scolastiques allumée, il envoya le célèbre évêque Ozius avec des lettres déhortatoires aux deux parties belligérantes(7). « Vous êtes de grands fous, leur dit-il expressément dans sa lettre, de vous quereller pour des choses que vous n’entendez pas. Il est indigne de la gravité de vos ministères de faire tant de bruit sur un sujet si mince. »

Constantin n’entendait pas par mince sujet ce qui regarde la Divinité, mais la manière incompréhensible dont on s’efforçait d’expliquer la nature de la Divinité. Le patriarche arabe qui a écrit l’Histoire de l’Église d’Alexandrie fait parler à peu près ainsi Ozius en présentant la lettre de l’empereur:

« Mes frères, le christianisme commence à peine à jouir de la paix, et vous allez le plonger dans une discorde éternelle. L’empereur n’a que trop raison de vous dire que vous vous querellez pour un sujet fort mince. Certainement si l’objet de la dispute était essentiel, Jésus-Christ, que nous reconnaissons tous pour notre législateur, en aurait parlé; Dieu n’aurait pas envoyé son fils sur la terre pour ne nous pas apprendre notre catéchisme. Tout ce qu’il ne nous a pas dit expressément est l’ouvrage des hommes, et l’erreur est leur partage. Jésus vous a commandé de vous aimer, et vous commencez par lui désobéir en vous haïssant, en excitant la discorde dans l’empire. L’orgueil seul fait naître les disputes, et Jésus votre maître vous a ordonné d’être humbles. Personne de vous ne peut savoir si Jésus est fait, ou engendré. Et que vous importe sa nature, pourvu que la vôtre soit d’être justes et raisonnables? Qu’a de commun une vaine science de mots avec la morale qui doit conduire vos actions? Vous chargez la doctrine de mystères, vous qui n’êtes faits que pour affermir la religion par la vertu. Voulez-vous que la religion chrétienne ne soit qu’un amas de sophismes? est-ce pour cela que le Christ est venu? Cessez de disputer; adorez, édifiez, humiliez-vous, nourrissez les pauvres, apaisez les querelles des familles au lieu de scandaliser l’empire entier par vos discordes. »

« Ozius parlait à des opiniâtres. On assembla un concile de Nicée, et il y eut une guerre civile spirituelle dans l’empire romain. Cette guerre en amena d’autres, et de siècle en siècle on s’est persécuté mutuellement jusqu’à nos jours. »

Ce qu’il y eut de triste, c’est que la persécution commença dés que le concile fut terminé; mais lorsque Constantin en avait fait l’ouverture, il ne savait encore quel parti prendre, ni sur qui il ferait tomber la persécution. Il n’était point chrétien(8), quoiqu’il fût à la tête des chrétiens; le baptême seul constituait alors le christianisme, et il n’était point baptisé; il venait même de faire rebâtir à Rome le temple de la Concorde. Il lui était sans doute fort indifférent qu’Alexandre d’Alexandrie, ou Eusèbe de Nicomédie, et le prêtre Arius, eussent raison ou tort; il est assez évident, par la lettre ci-dessus rapportée, qu’il avait un profond mépris pour cette dispute.

Mais il arriva ce qu’on voit, et ce qu’on verra à jamais dans toutes les cours. Les ennemis de ceux qu’on nomma depuis ariens accusèrent Eusèbe de Nicomédie d’avoir pris autrefois le parti de Licinius contre l’empereur. « J’en ai des preuves, dit Constantin dans sa lettre à l’Église de Nicomédie, par les prêtres et les diacres de sa suite que j’ai pris, etc. »

Ainsi donc, dès le premier grand concile, l’intrigue, la cabale, la persécution, sont établies avec le dogme, sans pouvoir en affaiblir la sainteté. Constantin donna les chapelles de ceux qui ne croyaient pas la consubstantialité à ceux qui la croyaient, confisqua les biens des dissidents à son profit, et se servit de son pouvoir despotique pour exiler Arius et ses partisans, qui alors n’étaient pas les plus forts. On a dit même que de son autorité privée il condamna à mort quiconque ne brûlerait pas les ouvrages d’Arius: mais ce fait n’est pas vrai. Constantin, tout prodigue qu’il était du sang des hommes, ne poussa pas la cruauté jusqu’à cet excès de démence absurde, de faire assassiner par ses bourreaux celui qui garderait un livre hérétique, pendant qu’il laissait vivre l’hérésiarque.

Tout change bientôt à la cour; plusieurs évêques inconsubstantiels, des eunuques. des femmes, parlèrent pour Arius, et obtinrent la révocation de la lettre de cachet. C’est ce que nous avons vu arriver plusieurs fois dans nos cours modernes en pareille occasion.

Le célèbre Eusèbe, évêque de Césarée, connu par ses ouvrages, qui ne sont pas écrits avec un grand discernement, accusait fortement Eustache, évêque d’Antioche, d’être sabellien; et Eustache accusait Eusèbe d’être arien. On assembla un concile à Antioche; Eusèbe gagna sa cause; on déposa Eustache; on offrit le siège d’Antioche à Eusèbe, qui n’en voulut point; les deux partis s’armèrent l’un contre l’autre; ce fut le prélude des guerres de controverse. Constantin qui avait exilé Arius pour ne pas croire le Fils consubstantiel, exila Eusèbe pour le croire: de telles révolutions sont communes.

Saint Athanase était alors évêque d’Alexandrie; il ne voulut point recevoir dans la ville Arius, que l’empereur y avait envoyé. disant qu’Arius était excommunié; qu’un excommunié ne devait plus avoir ni maison, ni patrie; qu’il ne pouvait ni manger, ni coucher nulle part et qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. Aussitôt nouveau concile à Tyr, et nouvelles lettres de cachet. Athanase est déposé par les Pères de Tyr, et exilé à Trèves par l’empereur. Ainsi Arius et Athanase, son plus grand ennemi, sont condamnés tour à tour par un homme qui n’était pas encore chrétien.

Les deux factions employèrent également l’artifice, la fraude, la calomnie, selon l’ancien et l’éternel usage. Constantin les laissa disputer et cabaler; il avait d’autres occupations. Ce fut dans ce temps-là que ce bon prince fit assassiner son fils, sa femme, et son neveu le jeune Licinius, l’espérance de l’empire, qui n’avait pas encore douze ans.

Le parti d’Arius fut toujours victorieux sous Constantin. Le parti opposé n’a pas rougi d’écrire qu’un jour saint Macaire, l’un des plus ardents sectateurs d’Athanase, sachant qu’Arius s’acheminait pour entrer dans la cathédrale de Constantinople, suivi de plusieurs de ses confrères, pria Dieu si ardemment de confondre cet hérésiarque, que Dieu ne put résister à la prière de Macaire; que sur-le-champ tous les boyaux d’Arius lui sortirent par le fondement, ce qui est impossible; mais enfin Arius mourut.

Constantin le suivit une année après, en 337 de l’ère vulgaire. On prétend qu’il mourut de la lèpre. L’empereur Julien, dans ses Césars, dit que le baptême que reçut cet empereur quelques heures avant sa mort ne guérit personne de cette maladie.

Comme ses enfants régnèrent après lui, la flatterie des peuples romains, devenus esclaves depuis longtemps, fut portée à un tel excès que ceux de l’ancienne religion en firent un dieu, et ceux de la nouvelle en firent un saint. On célébra longtemps sa fête avec celle de sa mère.

Après sa mort, les troubles occasionnés par le seul mot consubstantiel agitèrent l’empire avec violence. Constance, fils et successeur de Constantin, imita toutes les cruautés de son père, et tint des conciles comme lui; ces conciles s’anathématisèrent réciproquement. Athanase courut l’Europe et l’Asie pour soutenir son parti. Les eusébiens l’accablèrent. Les exils, les prisons, les tumultes, les meurtres, les assassinats, signalèrent la fin du règne de Constance. L’empereur Julien, fatal ennemi de l’Église, fit ce qu’il put pour rendre la paix à l’Église, et n’en put venir à bout. Jovien, et après lui Valentinien, donnèrent une liberté entière de conscience: mais les deux partis ne la prirent que pour une liberté d’exercer leur haine et leur fureur.

Théodose se déclara pour le concile de Nicée: mais l’impératrice Justine, qui régnait en Italie, en Illyrie, en Afrique. comme tutrice du jeune Valentinien, proscrivit le grand concile de Nicée; et bientôt les Goths, les Vandales, les Bourguignons, qui se répandirent dans tant de provinces, y trouvant l’arianisme établi, l’embrassèrent pour gouverner les peuples conquis par la propre religion de ces peuples mêmes.

Mais la foi nicéenne ayant été reçue chez les Gaulois, Clovis, leur vainqueur, suivit leur communion par la même raison que les autres barbares avaient professé la foi arienne.

Le grand Théodoric, en Italie, entretint la paix entre les deux partis; et enfin, la formule nicéenne prévalut dans l’Occident et dans l’Orient.

L’arianisme reparut vers le milieu du xviesiècle, à la faveur de toutes les disputes de religion qui partageaient alors l’Europe: mais il reparut armé d’une force nouvelle et d’une plus grande incrédulité. Quarante gentilshommes de Vicence formèrent une académie, dans laquelle on n’établit que les seuls dogmes qui parurent nécessaires pour être chrétien. Jésus fut reconnu pour Verbe, pour sauveur, et pour juge, mais on nia sa divinité, sa consubstantialité, et jusqu’à la Trinité.

Les principaux de ces dogmatiseurs furent Lélius Socin, Ochin, Parota, Gentilis. Servet se joignit à eux. On connaît sa malheureuse dispute avec Calvin; ils eurent quelque temps ensemble un commerce d’injures par lettres. Servet fut assez imprudent pour passer par Genève, dans un voyage qu’il faisait en Allemagne. Calvin fut assez lâche pour le faire arrêter, et assez barbare pour le faire condamner à être brûlé à petit feu, c’est-à-dire au même supplice auquel Calvin avait à peine échappé en France. Presque tous les théologiens d’alors étaient tour à tour persécuteurs ou persécutés, bourreaux ou victimes.

Le même Calvin sollicita dans Genève la mort de Gentilis. Il trouva cinq avocats qui signèrent que Gentilis méritait de mourir dans les flammes. De telles horreurs sont dignes de cet abominable siècle. Gentilis fut mis en prison et allait être brûlé comme Servet: mais il fut plus avisé que cet Espagnol; il se rétracta, donna les louanges les plus ridicules à Calvin, et fut sauvé. Mais son malheur voulut ensuite que n’ayant pas assez ménagé un bailli du canton de Berne, il fut arrêté comme arien. Des témoins déposèrent qu’il avait dit que les mots de trinité, d’essence, d’hypostase, ne se trouvaient pas dans l’Écriture sainte; et sur cette déposition, les juges, qui ne savaient pas plus que lui ce que c’est qu’une hypostase, le condamnèrent, sans raisonner, à perdre la tête.

Faustus Socin, neveu de Lélius Socin, et ses compagnons, furent plus heureux en Allemagne; ils pénétrèrent en Silésie et en Pologne, ils y fondèrent des Églises; ils écrivirent, ils prêchèrent, ils réussirent: mais à la longue, comme leur religion était dépouillée de presque tous les mystères, et plutôt une secte philosophique paisible qu’une secte militante, ils furent abandonnés; les jésuites, qui avaient plus de crédit qu’eux, les poursuivirent et les dispersèrent.

Ce qui reste de cette secte en Pologne, en Allemagne, en Hollande, se tient caché et tranquille. La secte a reparu en Angleterre avec plus de force et d’éclat. Le grand Newton et Locke l’embrassèrent; Samuel Clarke célèbre curé de Saint-James, auteur d’un si bon livre sur l’existence de Dieu, se déclara hautement arien; et ses disciples sont très nombreux. Il n’allait jamais à sa paroisse le jour qu’on y récitait le symbole de saint Athanase. On pourra voir dans le cours de cet ouvrage les subtilités que tous ces opiniâtres, plus philosophes que chrétiens, opposent à la pureté de la foi catholique.

Quoiqu’il y eût un grand troupeau d’ariens à Londres parmi les théologiens les grandes vérités mathématiques découvertes par Newton, et la sagesse métaphysique de Locke, ont plus occupé les esprits. Les disputes sur la consubstantialité ont paru très fades aux philosophes. Il est arrivé à Newton en Angleterre la même chose qu’à Corneille en France; on oublia Pertharite, Théodore, et son recueil de vers; on ne pensa qu’à Cinna. Newton fut regardé comme l’interprète de Dieu dans le calcul des fluxions, dans les lois de la gravitation, dans la nature de la lumière. Il fut porté à sa mort par les pairs et le chancelier du royaume près des tombeaux des rois, et plus révéré qu’eux. Servet, qui découvrit, dit-on, la circulation du sang, avait été brûlé à petit feu dans une petite ville des Allobroges, maîtrisée par un théologien de Picardie.

Source : http://www.inlibroveritas.net/

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 09:55

C'est un grand mot que le mot de paix; c'est une belle pensée que la pensée de l'union; mais il n'y a de paix que dans la doctrine de l'Église et de l'évangile de Jésus Christ; mais il n'y a d'union qu'à ce prix. Qui en doute ? Cette paix qu'après sa passion glorieuse Jésus Christ a prêchée à ses disciples, cette paix qu'avant de les quitter Il leur a recommandé de garder comme un gage de son mandat éternel, c'est elle que nous avons toujours appelée de nos voeux, elle qui fut l'objet constant de nos efforts, et que nous avons travaillé sans relâche à ramener, à affermir parmi nous. Mais nos espérances ont été trompées; ce grand ouvrage, nous ne l'avons pas accompli; nos péchés, hélas ! ne l'ont pas permis, et les ministres de l'antéchrist, ces hommes qui osent se glorifier d'une odieuse paix, qui n'est autre chose que l'union dans l'impiété, se sont dressés contre nous ! eux, les évêques du Christ ! non, non, ce ne sont que les prêtres de l'antéchrist.

Qu'on ne nous accuse point de nous emporter contre eux en paroles outrageantes; nous ne faisons que proclamer hautement la cause de la désolation publique; il faut qu'elle soit connue de tous. Nous savons qu'il a paru plus d'un antéchrist, même au temps de la prédication de saint Jean, et quiconque n'admet pas la Personne du Christ telle qu'elle a été prêchée par les apôtres est antéchrist, puisque ce mot, dans sa véritable acception, signifie contraire au Christ. Aujourd'hui, sous le masque d'une fausse piété, sous l'enseigne mensongère de la prédication évangélique, on aspire à renverser la puissance et l'empire de Jésus Christ.

Ah ! donnons des larmes aux malheureux temps où nous sommes; affligeons-nous, mes frères, de cette folle opinion qui met Dieu sous le patronage des hommes, et de cet esprit d'intrigue qui appelle le siècle au secours de l'Église. Mais dites-moi, je vous en prie, dignes évêques, qui croyez encore à la vérité de ce grand nom, à quels suffrages les apôtres ont-ils eu recours pour prêcher l'évangile ? Quelles puissances leur sont venues en aide, quand ils publiaient le nom de Jésus Christ et qu'ils faisaient passer les nations du culte de l'idolâtrie au culte du vrai Dieu ? Allaient-ils mendier l'appui des rois, quand, dans l'horreur des prisons, gémissant sous le poids des chaînes et le fouet des bourreaux, ils chantaient l'hymne d'action de grâces ? Était-ce par des ordonnances impériales que Paul, jeté en spectacle à la foule, rassemblait une Église pour Jésus Christ ? N'est-ce pas qu'il se couvrait de la protection de Néron ? de Vespasien et de Dèce, dont la haine contre nous a été si féconde en conversions ? Peut-être que, vivant du travail de leurs mains, réunis dans l'ombre des retraites les plus obscures, parcourant, en dépit des arrêts du sénat et des édits des rois, les villes et les campagnes, et soumettant des peuples entiers, peut-être que ces hommes n'avaient pas les clefs du royaume des cieux ? peut-être que la Puissance divine ne s'était pas manifestée contre les préventions de la terre, quand les prédications évangéliques étaient devenues d'autant plus nombreuses que la défense de prêcher le nom de Jésus Christ était devenue plus rigoureuse ?

De nos jours, hélas! la foi divine a besoin des suffrages des grands du siècle, et le Christ est accusé d'impuissance, parce que l'ambition ne rougit pas de prostituer son Nom à ses propres fins. L'exil et les cachots jettent l'effroi au sein des Églises, et la foi qui a grandi dans l'exil et dans les cachots s'impose aux consciences; consacrée par la fureur des bourreaux, elle se prise à la faveur de ses ministres; elle proscrit les prêtres, et c'est à la proscription des prêtres qu'elle doit sa propagation; elle se glorifie de l'amour du monde, et si le monde ne l'eût point poursuivie de sa haine, Jésus Christ ne l'eût point avouée. Voilà les faits dont tous les yeux sont frappés, dont toutes les bouches s'entretiennent; et comparez à l'Église aujourd'hui désolée l'Église que nous avons reçue des apôtresŠ

Mais ce qu'il n'est plus permis d'ignorer, c'est ce que je vais dire en peu de mots. La Volonté toute puissante de Dieu a assigné au temps sa mesure; les siècles sont comptés; les livres saints nous l'enseignent. Et voilà que nous sommes arrivés aux jours de l'antéchrist, dont les ministres se transformant, selon l'Apôtre, en anges de lumière, effacent dans les esprits et dans les consciences celui qui est le Christ. Pour que l'erreur s'élève jusqu'à la certitude, on ne parle de la vérité qu'en termes ambigus; on sème partout le doute; il n'y a plus d'unanimité, et le partage des esprits révèle assez la présence de l'antéchrist. De là la lutte des opinions; de là vient qu'avec la foi en un seul Christ on en prêche deux; de là vient que l'esprit d'Arius, cet ange des ténèbres, s'est changé en ange de lumière, et que ses héritiers, Valence, Usacius, Auxence, Germinius, Gaïus, à la faveur de coupables innovations, osent lui aplanir les voies, et l'introduire dans la société chrétienne.

Le Christ, à les entendre, n`a pas la même Divinité que le Père; ce n'est plus qu'une créature supérieure aux autres créatures, et que la Volonté de Dieu a tirée du néant; un Dieu né de Dieu avant tous les temps, mais qui n'est point de la même substance que Dieu; Dieu le Fils n'est pas aussi véritablement Dieu que le Père, et si les l'évangiles nous prêchent l'Unité du Père et du Fils, cette unité doit s'entendre seulement de la volonté et de l'amour, et non pas de la Divinité. Mais si cette unité n'est qu'un rêve, pourquoi donc confessent-ils que le Fils est Dieu avant tous les temps et avant tous les siècles, si ce n'est peut-être que ce Nom de Dieu s'attache à ce qui est éternel ? Tous les régénérés ne sont-ils pas fils de Dieu ? La création des anges ne remonte-t-elle pas au-delà du temps ? Qu'ils l'avouent donc, c'est pour rendre moins odieuse l'intuition de l'antéchrist qu'ils donnent au Christ le nom de Dieu, parce que des hommes en ont été honorés; et s'ils disent que le Christ est véritablement Fils de Dieu, c'est que le sacrement du baptême nous confère ce titre; qu'Il est né avant le temps, c'est qu'avant le temps aussi sont nés les anges et le démon même. Ainsi donc ils ne donnent à Jésus Christ que les attributs de l'ange ou de l'homme. Mais ce qui est vrai, mais ce que la loi nous ordonne de croire, à savoir que le Christ est véritablement Dieu, c'est-à-dire que le Père et le Fils ont la même Divinité, ils le nient; et par l'effet d'une fraude impie et d'un mensonge il arrive que la famille du Christ n'est point dissoute, car le peuple croit que là où sont les mots, là est aussi la foi. On dit : Dieu le Christ et le peuple croit à la sincérité de l'expression. On dit : Fils de Dieu, et le peuple croit véritablement Dieu l'être qui est né Dieu. On dit encore : Avant les temps, et le peuple croit que ce qui a précédé les temps est de toute éternité. Ainsi il y a plus de foi dans l'oreille du peuple qui écoute que dans le coeur du prêtre qui parle. Si les ariens entendent que le Christ est vraiment Dieu, leur profession de foi n'est plus un piège; mais que s'ils entendent qu'il est Dieu, et qu'ils nient qu'il est vrai Dieu, il n'y a plus qu'un nom sans la chose; il n'y a plus de vérité.

Bien que les registres des églises, bien que les livres soient remplis de leurs blasphèmes impies, je n'en dirai pas moins ce qui est naguère advenu. Un prince, animé par un sentiment de piété, et dans l'intention de rétablir la paix, a publié un édit dont l'effet, contre son attente, est de porter le trouble dans l'Église de Milan, où les vrais principes fleurissent dans toute leur pureté. Au risque de déplaire, j'ai élevé la voix, j'ai montré qu'Auxence n'est qu'un blasphémateur, un ennemi du Christ, et j'ai ajouté qu'il ne partage point la foi du prince ni la croyance publique. Ce cri d'alarme a ému le prince, et il a ordonné une conférence où ont paru avec nous dix évêques. D'abord, ainsi que cela se pratique dans les tribunaux civils, Auxence a calomnié notre personne; il a dit qu'autrefois j'avais été condamné par Saturninus, et que ce n'était point en qualité d'évêque qu'il convenait de m'entendre. Ce n'est pas ici le moment de dire quelle fut ma réponse; mais nos juges, pour faire court à des personnalités, déclarèrent qu'il ne s'agissait que d'une question de foi, ainsi que le prince l'avait ordonné. Alors, comme il y avait du danger à nier, Auxence déclara qu'il croyait le Christ vrai Dieu; qu'Il était de la même substance que le Père, qu'il avait la même Divinité. Il fut arrêté que cette déclaration serait consignée par écrit, et, dans la crainte que la mémoire de nos juges ne fût infidèle, je proposai de faire remettre cette déclaration écrite au prince par l'entremise du questeur, et j'en joins ici une copie pour prévenir l'accusation de mensonge. On exige qu'Auxence répète ce qu'il a dit; on exige même qu'il l'écrive de sa main. Après avoir long-temps réfléchi, il s'arrange de manière à tromper la bonne foi du prince: il rédige son écrit dans le style de l'antéchrist.

Et d'abord il consacre les actes qu'à l'entendre l'impiété du concile de Nicée aurait abrogés, et sans doute qu'à ses yeux la violence faite aux évêques atteste la sincérité de la foi. Il affirme ensuite qu'il ne connaît point Arius, et cependant il a été attaché à l'église d'Alexandrie que gouvernait Grégoire, et qui faisait profession ouverte d'arianisme. Je ne veux rien dire du synode de Rimini; c'est assez de vous faire connaître toutes les ruses du démon. Il devait donc déclarer par écrit que le Christ est vraiment Dieu, et qu'il a la même Substance et la même Divinité que le Père; mais, par un artifice diabolique, il dispose les termes de manière que le mot vrai se rapporte pour rester fidèle au système des ariens, non pas à Dieu, mais à Fils; et, pour remarquer mieux encore la différence du rapport, il ajoute : né du Père vraiment Dieu, en telle sorte que le Père est véritablement Dieu et le Christ seulement véritablement Fils. Dans le reste, Auxence parle, il est vrai, d'une seule Divinité; mais il a soin de ne pas y associer le Fils, et ainsi le Père seul est Dieu.

On n'en publie pas moins partout qu'Auxence a déclaré par écrit que le Fils est vraiment Dieu, et qu'il a la même Substance et la même Divinité que le Père, et que ses opinions ne diffèrent en rien de celles que je professe. Le prince lui-même croit à la sincérité de la foi de cet imposteur. Alors je ne peux imposer silence à mon indignation, et, comme déjà ce mystère d'impiété cessait d'être couvert des ombres qui l'avaient jusques alors enseveli, je crie que tout ceci n'est que mensonge, que la foi est trahie et qu'on se joue indignement des hommes et de Dieu. Pour toute réponse, je reçois l'ordre de quitter Milan et de n'y pas reparaître contre la volonté du prince.

Voilà, mes chers frères, vous qui vivez dans la crainte du jugement de Dieu, voilà comment les choses se sont passées. Auxence n'a pas voulu confesser ce qu'il y avait danger pour lui à nier, sa déclaration le prouve. Si l'écrit est sincère, c'est moi qu'il faut accuser; au contraire, si les mots écrits ne sont pas l'expression de la déclaration verbale, comprenez bien que c'est l'antéchrist qu'il prêche, et non pas le Christ. Mais il a joué sur les mots pour tromper ses juges, et heureusement j'ai déchiré le voile qu'il avait jeté sur son impiété

Il n'y a pas deux Dieux, dit-il, parce qu'il n'y a pas deux Pères. Qui ne voit, d'après cela, que cet aveu de l'Unité de Dieu est particulier au Père, en tant qu'il est seul ? d'où ce mot vraiment satanique : "Nous connaissons un seul vrai Dieu Père;" et il ajoute traîtreusement : "et le Fils, semblable au Père qui l'a engendré, " selon les Écritures. Si ces mots se trouvent ainsi dans les livres saints, Auxence est innocent, je le déclare, mais si le Père et le Fils ne sont qu'un dans la vérité de la divinité, pourquoi cette idée de ressemblance ? Le Christ est l'Image de Dieu; mais l'homme aussi est l'image de Dieu, puisque Adam a été fait à son image et à sa ressemblance. Pourquoi donc digne héritier d'Arius, n'accorder au Christ qu'une prérogative de l'humanité ? Pourquoi faire tomber le prince et l'Église dans le piège dressé par ce Satan dont tu es fils ? Dieu, Christ, tu réunis ces deux mots : pourquoi abuser d'un nom ? ne sais-tu pas que Pharaon a donné à Moïse ce nom de Dieu ? Tu dis que le Christ est le Fils et le premier-né de Dieu, ne sais-tu pas qu'Israël est aussi le fils premier-né de Dieu ? Oui, dis-tu, le Christ est né avant les temps : ne sais-tu pas que le démon est né aussi avant les temps ? Le Christ est semblable au Père ! ne sais-tu pas que l'homme aussi est l'image et la ressemblance de Dieu ? Mais les attributs véritables du Christ, tu les nies pour Le dépouiller en même temps de la Divinité et de la Substance du Père. Cependant, toi et tes dignes maîtres, vous m'accusez d'hérésie. Eh bien ! formule donc, comme tu l'entendras, cette impiété dont je suis coupable, assigne donc un nom à mes blasphèmes. Quant à moi, je déclare antéchrist quiconque ne reconnaît pas dans le Fils la même Divinité que dans le Père, et qui ne fait entendre dans ses prédications que le Fils est aussi véritablement Dieu que le Père. Si cet attribut de la Divinité appartient au Père et au Fils, pourquoi ne l'avoir pas écrit en termes exprès ? Si tu ne le crois pas, pourquoi ne l'avoir pas déclaré avec la même franchise ?

J'aurais voulu, mes chers frères, tenir secret cet odieux mystère et ne pas révéler en détail les blasphèmes d'Arius; mais, puisque cela n'est pas permis, que chacun de vous du moins comprenne bien jusqu'où s'étendent pour lui les limites de cette permission. Un sentiment de pudeur m'empêche d'en dire davantage, et je ne veux pas d'ailleurs souiller ma lettre des impiétés de d'arianisme. Écoutez encore un seul avis : gardez-vous de l'antéchrist ! abstenez-vous de toute communication avec l'hérétique. Sous le prétexte de la paix et de la concorde, vous vous rendez à l'église. Vous faites mal de tant aimer les murailles, de respecter l'Église dans les bâtiments Pouvez-vous douter que l'antéchrist ne doive s'asseoir un jour dans ces mêmes lieux ? Il y a plus de sécurité pour moi au sommet des monts, dans la profondeur des forêts, aux bords des lacs, dans l'horreur des cachots et au fond des gouffres. Car c'est là, mes chers frères, que l'Esprit de Dieu descendait au coeur des prophètes; c'est là qu'il animait leurs voix. Rompez, rompez tout pacte avec Auxence, l'envoyé de Satan, l'ennemi du Christ, avec cet homme qui porte la désolation dans le sein de l'Église, qui nie la foi, ou dont chaque profession fut un piège; et qui n'a trompé que pour blasphémer. Qu'il rassemble les synodes qu'il voudra; qu'il me proclame hérétique comme il l'a déjà fait; qu'il soulève contre moi la haine et la colère des puissances de la terre; jamais, non, jamais il ne sera que Satan à mes yeux; il est arien !... La paix ! je ne la chercherai qu'avec ceux qui, jetant l'anathème avec le concile de Nicée sur les ariens, prêcheront que le Christ est vraiment Dieu.

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 09:40

    
A1- Des Origines du Manichéisme et du Catharisme
 

Manès fut sans doute le plus redoutable et le plus inspiré de tous les hérésiarques, car c’est de lui dont on dit que toutes les hérésies se sont nourries et que pour la première fois, elles reçurent ordonnancements et justifications. Mais il est fort peu aisé de savoir quel fut le premier auteur de la doctrine dualiste qui plaisait tant aux philosophes orientaux. Les Mages de Perse semblent toutefois s’être, les premiers, attribué cette pensée, et d’aucuns déclarent qu’ils la détenait des Hittites, sorte d’arabes palestiniens. Ces derniers ayant infiltré par le jeu des alliances des tribus juives, et par ce biais détourné le savoir Biblique. D’autres ajoutent que l’hérésie est plus ancienne encore. Ses racines plongeraient jusqu’au temps d’Abraham, et celle-ci aurait résulté de cette promiscuité des Hébreux avec les Chaldéens. Quoiqu’il en soit, la chose est certaine, pour qu’une hérésie prenne naissance, il faut bien qu’à l’origine les hérétiques se soient inspirés de la véritable doctrine Biblique. Et c’est ensuite seulement qu’il convient de supposer un détournement. Ainsi donc il serait plus juste de dire que cette hérésie s’est enrichie et a pris forme suivant plusieurs étapes : Une première émergence serait donc à supposer au temps d’Abraham, une seconde lors de la pénétration des Hittites dans certaines tribus du peuple Hébreu, la troisième enfin s’étant nourrie de la captivité des Juifs à Babylone, et des secrets ainsi extorqués à des Lévites. Nous en voulons pour preuve qu’il était alors interdit aux Juifs de lire certains livres Saints de peur que les Mages ne comprennent et ne détournent leur contenu.
Mais la chose reste obscure, et nous nous en tiendrons donc à Manès. Celui-ci naquit en Perse l’an 240, et selon les historiens ecclésiastiques, encore fort jeune, il fut acheté par une veuve fortunée qui le fit instruire par un arabe nommé Scythien, ou de son disciple Buddas (buddha). Manès s’imprégna de leur système et recueillit leurs idées pour mieux les « parfaire ». Toutefois, notons que de la bouche des orientaux, ses débuts ne nous sont pas contés de la même manière. Ces derniers nous déclarent en effet que Manès était mage d’origine et avait vécu dans la religion de Zoroastre. Quoi qu’il en soit, il est certain que ce personnage fut grandement instruit. On dit qu’il étudia la géométrie, l’astronomie, la médecine, et que gorgé de tout ce savoir, la lumière éclaira brusquement son regard et qu’il en fut conduit à embrasser le Christianisme. Ayant, semble-t-il été élevé au sacerdoce, il entreprit de réformer le Christianisme en « l’enrichissant » de la doctrine des mages.

Manès pris dès lors exemple sur d’autres hérétiques plus anciens parmi lesquels, Basilide, Valentin, Bardesanes, et Marcion l’apostat, et chercha désormais dans les écritures saintes tout ce qui pouvait asseoir ses opinions. Un soir, au détour d’une nuit agitée, et à la lueur de torches crépitantes, Manès, plongé dans de profondes méditations nocturnes, crut déceler dans la Bible, la confirmation que Dieu n’avait point tout pouvoir. Soudainement inspiré, il vit au travers des écritures, que le démon y était nommé « puissance des ténèbres », « prince de ce monde », enfin « auteur et père du péché ». Encore haletant et tout ému de cette découverte, il conclut que Dieu était limité par la sphère du démon, et que ce dernier s’était donné naissance à lui-même. C’est alors qu’il déclara publiquement que de Dieu ne pouvait venir le mal, et que le démon était un principe autonome d’une puissance inouïe, non créé. Il soutint ensuite que l’Ancien Testament était l’œuvre du diable, et ne devait point être reconnu comme juste, mais seulement le nouveau.
Comme à toute religion nouvelle il faut un Messie nouveau, Manès, qui se sentait pénétré d’une force surnaturelle se prétendit être ce Paraclet qui avait été annoncé par le Christ à ses Apôtres. Il déclara : « C’est moi le consolateur, c’est moi, Manès qui suis cet envoyé du ciel, ce prêcheur mystérieux prédit par le Christ. » Ses disciples devinrent fort nombreux, et ses prêches l’emmenèrent de plus en plus loin. C’est ainsi qu’éloigné de sa patrie, il rencontra un jour Archélaüs, évêque de Charcar en Mésopotamie. Quelques disputes s’étant élevées, les deux hommes décidèrent de se mesurer l’un, l’autre, et tinrent débat. Archélaüs en cette année 227, démontra donc aux disciples de Manès, et à lui-même, que ce dernier n’avait point de mission divine à remplir, et que sa doctrine contredisait directement les Ecritures.

Certains en ce temps, et pour rendre témoignage de ce qui s’était passé en ce lieu, retranscrirent les actes de ces débats. Il semble d’ailleurs que la réfutation de cette hérésie connut un large succès, car nous en possédons encore le texte. (Zacagni, collectan, monum, vet, eccl graecae et latinae in 4 romae 1698) Notons que Socrate s’inspira de ces débats pour tirer un portrait de Manès, et que Saint Cyrille de Jérusalem les a de même consultés pour réfuter les opinions contraires au Catholicisme. Quoi qu’il en soit, Manès, furieux, et confus d’avoir été victime du peu de succès de sa théorie, s’en retourna en Perse. Mais la force de son esprit ne s’était point éteinte, et toujours confiant en sa destinée, il se rendit près de Sapor, Roi des Perses. Il instruisit le Monarque, et l’incita à plus de confiance et de généreuses libéralités à son égard, en lui déclarant qu’il avait le pouvoir de guérir et de ressusciter.
Le fils du Roi, moribond, fut bientôt une occasion pour Sapor, de savoir si Manès possédait un si grand pouvoir. Mais ce fils des Mages, ce grand éclairé qu’était Manès, ne put malheureusement réduire la maladie de l’enfant. On prétend que son fils une fois décédé, Sapor condamna l’hérétique aux supplices. Toutefois cette circonstance ne nous semble pas trouver une quelconque justification, et il serait plus juste de supposer que le monarque accorda son pardon au « Messie » impuissant. On raconte d’ailleurs que Manès mourut, non sous Sapor, mais plutôt sous le règne de Varane II, et que longtemps encore il médita son opinion dualiste. Un grand nombre s’inspira en suite de sa doctrine, et ses disciples se multiplièrent fort rapidement. Ces derniers, plus vifs, et téméraires que Manès, eurent un grand succès, et s’en allèrent en Syrie, en Inde, en Egypte, dans toute la Perse, et plus particulièrement dans les contrées extrême-orientales. Quoi qu’ils honorassent fort leur maître Manès, ses disciples n’avaient point un respect profond et absolu de ses théories. Aussi, chacun d’eux modifiait à son goût la doctrine, et formait sa propre secte.
Toutes ces communautés devinrent ainsi rapidement nombreuses, et différentes les unes des autres. Théodoret en dénombre plus de 70, et suggèrent que ces sectes, par leur diversité et leurs opinions, s’accommodaient fort bien avec les divers Gnostiques de l’Antiquité. On suppose qu’elles finirent par se réunir, et qu’elles formèrent un conglomérat mouvant, et évolutif, capable de s’adapter à toutes les situations, toutes les pensées, toutes les nations. Il faut dire que le Manichéisme a la faculté d’absorber les doctrines qu’il rencontre sur son passage, et de les modifier à son gré. Quoi qu’il en soit, et pour revenir à notre sujet, cette religion trouva un adversaire redoutable en la personne des Empereurs Romains. Les Perses jouissaient en effet de peu d’estime chez les Romains, et le Manichéisme, issu de cette contrée ne pouvait qu’inspirer l’effroi aux Occidentaux. Les Empereurs trouvèrent cette doctrine odieuse, car ils soupçonnaient qu’elle vint de la religion des Mages. Aussi Dioclétien les persécuta, mais ne pouvant en toutes circonstances les différentier des Chrétiens, il n’épargna ni les uns, ni les autres. Depuis 285, jusqu’en 492, les Manichéens furent bannis, dépouillés de leur fortune, exécutés, suppliciés, et ce dans tout l’Empire. Les prescriptions les regardant sont d’ailleurs mentionnées dans le code Théodosien.
Saint Augustin les combattit sans relâche en Afrique, et malgré cela, ils ne cessèrent de se multiplier dans l’obscurité compacte des catacombes, et autres lieux secrets. L’Espagne, la Gaule, l’Arménie, l’Egypte, furent peuplés par les tenants de cette idée Dualiste, et vers le septième siècle, un prêcheur Manichéen nommé Gallinice envoya ses deux enfants, Paul et Jean, enseigner à un grand nombre de nations. Paul reçut plus particulièrement une large audience, et rendu puissant par ses succès, fonda la secte des Pauliciens.

Cette communauté connue une importance inespérée, mais comme en toutes choses qui atteignent la gloire, les dissensions ne tardèrent point. Certains de ses membres s’insurgèrent, et formèrent le projet de se libérer de la hiérarchie de la secte, et d’enseigner librement. Un schisme se fit donc, et l’on vit les hérétiques Sergius et Baanès s’entre déchirer et méditer une guerre sanglante. Mais leur aversion irrépréhensible pour la Croix, leur fit souvenir qu’il était infiniment plus profitable de briser les crucifix, et d’incendier les églises que de se porter préjudice, l’un l’autre. Aussi, enfin réconciliés, les Pauliciens trouvèrent éminemment attirante la doctrine des Sarrasins Mahométans. Emplis d’une affection débordante autant que soudaine, ils trouvèrent cause commune avec ces derniers, et se bâtirent des places fortes, des retraites, tout en luttant férocement contre l’Empereur de Byzance.

Vers le neuvième siècle enfin, les armées rassemblées de l’Empire Romain d’Orient, venues en Arménie, siège de l’hérésie, dispersèrent les Manichéens. Ceux-ci désorientés, et pour la grande majorité, se convertirent à l’Islam. C’est tout au moins ce que rapporte l’Abbé Bergier, théologien fort connu. L’autre part des Manichéens se réfugia en Bulgarie, Italie, en Lombardie, en France, et au douzième siècle trouve pour nom : Cathares, Hussites, Pétrobrusiens, Henriciens, Poplicains, Wicléfites (le communisme est issu de ces sectes de Manichéens qui étaient venus en Russie).

Bossuet s’est d’ailleurs beaucoup interrogé au sujet des Cathares, et ce dernier rattache très justement l’hérésie Albigeoise ou Cathariote au Manichéisme dont elle garde les traits profonds, et la fait naître en Orient, d’où elle serait passé de la Bulgarie et l’Italie jusqu’au Languedoc. Rien n’est moins sûr en ce qui concerne la marche de progression de la secte. Il faut d’ailleurs reconnaître que le Manichéisme, s’il est passé par l’Italie, et plus précisément la Lombardie, s’est d’abord propagé, via les voies commerciales, dans le nord de la France. Le processus de dispersion des idées, est donc opposé à celui qu’indique Bossuet. « C’est au nord de la France, écrit M. Pfister [Pfister, « Etudes sur le règne de Robert le Pieux », Paris, Wieweg, 1885, p. 326], que l’hérésie se propage d’abord ; c’est là que des documents nous la font découvrir en premier lieu ; du nord, elle a gagné le midi de notre pays, […] enfin seulement, à une époque postérieure, on la trouve en Dalmatie. »

Saint Bernard s’il n’ignorait point les agitations que les Manichéens suscitaient dans le midi de la France, s’adresse d’ailleurs plus particulièrement dans sa réfutation de l’hérésie à ceux du nord et de la région Champagne. Il convient aussi de noter que l’essentiel des informations dont il dispose ne vient pas du Languedoc, mais bien de la Flandre, des bords du Rhin, et des enquêtes réalisées à Cologne. En cela remarquons qu’une missive du prévôt de Steinfeld indiquait à Saint Bernard que depuis un certain temps les manigances d’une secte avaient été démasquées près de Cologne et que celle-ci œuvrait dans l’ombre depuis des temps reculés sans qu’avant on ait pu mettre la main dessus. Ces Manichéens s’étaient ensuite diffusés avec une incroyable facilité dans toutes les églises du nord et semblaient tenir pour origine Arras et Orléans, où l’on situait leur naissance au onzième siècle. Mais l’épicentre de l’activité, quoi qu’on en dise, était jusqu’alors identifié au château de Montwimer (en Champagne), dans le diocèse de Châlons. Et Dollinger, qui semble avoir bien étudié la question, a démontré avec beaucoup de persuasion, qu’il fallait entendre dans l’épître aux Liégeois, qu’il existait un château non loin de Châlons, peuplé d’un grand nombre de manichéens parmi les plus inquiétants.
Dans leurs rangs on pouvait distinguer un certain Fortunat, qui jouissait à ce que l’on en dit d’une grande estime (mais peut être s’agissait-il de leur patriarche ?). Quoi qu’il en soit, le diocèse de Châlons était pénétré de cette secte depuis déjà le neuvième siècle au moins. C’est en effet que dès 1075, des Cathares et autres Manichéens avaient été repérés puis brûlés par le peuple furieux à Cambrai, et que les malheureux sectaires étaient réputés venir déjà de Montwimer.
[Chronic. S. Andreae Cameracens, III, Ap. Mon. Germ. VII, 540] A la lumière de ces découvertes, on ne doutera plus de l’origine des Templiers. Ces derniers, élevés au rang d’ordre indépendant et autonome en Champagne par le concile de Troyes, se virent, bien plus tard, accusés par Philippe le Bel et les divers inquisiteurs de renier le symbole de la Croix et de pratiquer la sodomie par répugnance pour l’union des deux sexes. Or c’est justement l’un des traits caractéristiques du Catharisme et du Manichéisme. On sait par ailleurs que la Champagne était propice à l’hérésie et que cette opinion s’était élevée de cette contrée, aussi quoi qu’on en dise, il est notable que les Templiers tirent leur filiation, et ce de façon établie, depuis la Champagne, et depuis cette secte de Manichéens.

Les relations qu’eurent donc les Templiers avec la secte Islamique, mais anciennement Gnostique et Manichéenne du Vieux de la Montagne, ne peuvent en cela nous étonner. Ajoutons, que de ce château de Montwimer, autrement nommé Montaimé, le Manichéisme s’étendit jusqu’au Rhin, imprégna la Flandre, Liège, Trèves, Toul, le Soissonnais, et que même les Apostoliques de Bretagne lui doivent leur origine.

On pouvait compter dans le nombre des hérétiques, une multitude de tisserands, de clercs, de gens du peuple et de moines. La secte étant fort discrète, elle ne fut comprise et découverte qu’en 1144 où les ecclésiastiques de Liège s’aperçurent de l’ampleur de l’erreur, et la dénoncèrent au Pape Lucius II.
[Sur les hérétiques de Flandre et leur doctrine, il convient de consulter avec attention : continuat.
Proesmonstrat. Loc. cit. ep. Traject. Eccles. Ad. Trid. Episcopus. Sur ceux de Soissons et leur communauté, Guilbert de Novigento, Debita Sua, Liber III, cap. XVII. Sur ceux de Champagne et de Liège, ainsi que du nord Ep. Eccles. Leodiens. Ad Lucium Papa. Sur ceux de Cologne, Evervini. Epist. Ap. Migne, T. CLXXXII p. 676].

A2- Démantèlement analytique de l’hérésie Manichéenne
A- Aspect apparent de l’hérésie

Il semble, à ce que l’on rapporte, que chez les Cathares, autant que chez les Manichéens, le bien et le mal étaient des principes nécessaires, indépendants, et autonomes l’un de l’autre. Dieu n’était rien d’autre qu’un dieu, et ce dernier se trouvait confronté à une entité aussi puissante, si non plus que lui-même : le démon. On nomme cette opinion « Dualisme ».
Selon leurs enseignements, ces deux forces influaient profondément et de manière irrésistible sur la volonté humaine. Or le Manichéen ne doit point choisir l’une ou l’autre de ces forces, mais doit au contraire se soumettre à leurs influences car on considère que sa volonté propre est altérée, et qu’il est dépourvu de libre-arbitre. Aucune résistance au mal ne peut et ne saurait être utile ou profitable, car inopérante, et contraire à l’ordre des choses. De cela il ressort qu’aucune faute, ni péché, ni traîtrise ne peut lui être imputé.
(Artc her b franc xii). Aussi, le simple croyant (non le Parfait, mais le simple croyant) peut jurer, se parjurer, se rouler dans le vice, être couvert de crime et d’abjections, tout lui est et lui sera pardonné, car irresponsable de ses fautes, et contraint par les émanations bénéfiques ou maléfiques, il est l’instrument aveugle du péché. (art her p maur xlix)
En réalité le simple croyant est considéré comme un être dépourvu de conscience et de volonté propre. L’homme est l’émanation d’un corps collectif, qui englobe dans son existence toutes les possibilités d’existences. Le simple croyant ne peut ainsi être responsable de ses actes, car il porte en lui tous les actes, bons ou mauvais, de tous les hommes. Soulignons pour étayer notre propos que les Cathares ne faisaient d’ailleurs point mystère de ces idées : Le parfait Guilhem Bélibaste déclarait lors de l’une de ses inspirations suprêmes que « les croyants ordinaires ne doivent point craindre de se livrer à toutes les turpitudes, car ils doivent être persuadés que leurs péchés leur seront pardonnés à l’heure dernière par la réception du sacrement (consolamentum) ». [art. her. P. Maur., XXIII, Sermo. J. Aut. Fol. 251 C. G. Bélib.]

Le simple croyant :
Le simple croyant peut ainsi tuer des animaux, escroquer, voler, trafiquer, ne point suivre le carême, et se rouler dans la luxure, sans en ressentir le moindre mal, car, de toute façon, le consolamentum, au soir de sa vie, fera en sorte d’absoudre rétroactivement le coupable de ses fautes. (conf a sicredi) Mais cette doctrine trop conciliante et permissive aurait éveillé la méfiance des personnes instruites. Or le plus grand nombre de ceux formant les croyants Cathares se recrutait chez des personnes du peuple, issues des campagnes, des labours et n’avaient que peu d’instruction. Aussi, Saint Bernard ayant porté quelque temps son attention sur le sujet, déclare au regard de cette situation : « On ne les convainc pas par des raisons, ils ne peuvent les comprendre, elles leur demeurent inintelligibles. Aucune autorité ne les corrige, ils ne peuvent l’accepter, ni se soumettre. On ne peut les persuader, car leur cœur est dur et téméraire. Les dés sont jetés, ils aiment mieux mourir que de se convertir. Ce qui les attend, ce sont les flammes. » [Serm. LXVI n°2, Rusticani homines et idiotae] Parmi les simples croyants on comptait en outre un grand nombre de Texores, des tisserands, des marchands, qui étaient alors connus sous l’appellation d’Ariens, ou de Manichéens. On voyait en eux soit des disciples d’Arius, soit les successeurs des Mages Chaldéens. C’est de cette catégorie d’hérétiques que l’Abbé de Clairvaux, St Bernard, donne à grands traits un portrait : « Ils offrent le type de l’hypocrite effronté et malicieux. L’apostasie est le moindre de leur crimes, car ils sont des maniganceux débridés et des débauchés vulgaires, qui, déguisés en apôtres et sous le vêtement de l’agneau, sèment le désordre jusque dans les plus honnêtes familles. »

Le Parfait :
Le Parfait, lui, est homme de bien. Il se différencie du croyant par le sacrement du consolamentum, administré, non à l’article de la mort, mais après une période probatoire. On le qualifie de prêcheur, de prophète, et porte la caractéristique de se dire, comme Manès, fils du Saint Esprit, ou plus encore Christ et Apôtre. A ces derniers, il leur est défendu formellement de souiller leurs mains du sang d’un quelconque animal, si petit soit-il. Le vol ne doit point de même entacher leurs actes. (art her p maurini lviii) Toutefois, vivant d’aumônes, de dons, et d’offrandes, il leur arrivait de troquer des bénédictions et autres prières contre divers bienfaits matériels. Mais les Parfaits savaient fort bien se contenter de ce qu’on leur donnait, aussi jeûnaient-ils fort souvent.

Ils avaient pour habitudes de se faire à la semblance des Catholiques, et prenaient un goût certain à vivre parmi eux. Communier, bien qu’ils y répugnassent, leur était une occasion de moquerie, et certains emportaient avec eux l’hostie afin de s’exercer à quelques jeux. Les dimanches, les fêtes de l’Eglise, étaient de même suivis pour ne pas éveiller l’attention, ni la méfiance des catholiques. Toutefois, il leur était difficile de respecter les crucifix, aussi lorsqu’ils ne sentaient plus peser sur eux le regard des autres Chrétiens, et que les abbés étaient loin, il leur arrivait de ne plus pouvoir se contenir, et de briser les croix. Bélibaste déclara d’ailleurs un jour, avoir eu envie de briser avec une hache tous les crucifix qu’il trouvait sur son chemin. Ne pouvant le faire, « il les frappait et les insultait ». Mais les subterfuges étaient nombreux pour s’excuser d’avoir à se signer devant des Catholiques : « Lorsqu’un Parfait était contraint de faire le signe de croix pour ne point éveiller la méfiance, il était entendu parmi eux qu’il s’agissait de chasser les mouches de son visage. »
[Reinerius 1764, P. Garcias, Bonaccorsi 209, art. Her. P. Maur. XVII. Conf. A. Sicr. Fol. 127 B] « Un hérétique reconnu est beaucoup moins nuisible qu’un faux catholique. » [Serm. LXVI, n4, LXIV, n9, Serm. LXV, n8]

Les cathares Parfaits étaient de grands prêcheurs. L’improvisation, la tournure vive et novatrice de leurs expressions, l’ambiance toute mélancolique et pleine de mystères des lieux où se faisaient entendre leurs discours, tout concourait à exalter les fidèles et inciter à la conversion les auditeurs. Ajoutons, qu’encore tout emprunt de l’enthousiasme du sermon Cathare, il était alors fort facile pour le spectateur d’être admis dans la secte : On devenait Cathare ou Manichéen en écoutant religieusement prêcher l’orateur du jour, et par imposition des mains, le Parfait élevait la personne toute tremblante de respect à la dignité insigne de croyant. (Toutefois plus difficile était le sacerdoce cathare, autrement nommé état de Parfait ; aussi avant de devenir proprement « Cathare Parfait », il fallait plus d’une année de prostration et de patientes manigances en compagnie de ses supérieurs, pour qu’on puisse recevoir l’hérétication finale et devenir l’élu.) Quoi qu’il en soit, de l’avis des auditeurs, et suivant les documents qu’il nous reste de cette époque, les prêcheurs remportaient souvent un large succès et leurs sermons, quoi que peu d’entre eux nous soient retranscrit, laissaient voir la puissante rhétorique de leurs auteurs : Pierre Autier (Parfait) par exemple nous a laissé le texte de l’un de ses discours où il attaque avec précision l’Eucharistie, et où il dément à grands renforts de preuves, la présence du Seigneur dans les Saintes Espèces : « L’Eglise, dit-il, suppose avec grossièreté la présence de Jésus-Christ dans l’hostie. J’en veux pour preuve de cette impossibilité énorme et monstrueuse, que même si le corps du Christ avait été de la taille d’une montagne, ou encore de la taille d’une baleine, il y a fort longtemps que les prêtres l’auraient consommé tout entier ! »
Nous voyons bien qu’avec de tels raisonnements, les auditeurs ne pouvaient qu’être remués et émus jusqu’au cœur, et qu’ainsi, définitivement convaincus de la fausseté des principes de l’Eglise, ils ne pouvaient que se convertir au Manichéisme.

On sait par ailleurs, que les Parfaits rejetaient avec dédain le baptême, que ce dernier soit des enfants ou des adultes. L’Eucharistie, la communion des Saints, le respect dû aux morts, les prières pour ceux-ci, étaient en peu d’estime chez ces Cathares, et se voyaient remplacés par des rites dont on ne sait plus grand-chose. Ne disaient-ils pas entre eux : « Jure, parjure-toi, mais ne livre jamais le secret. » « Jura, perjura, secretum prodere noli » [In. Cant. Serm. LXV n 2]
Le secret fut en effet bien gardé, car il n’y a guère que la connaissance du sacrement du consolamentum qui nous soit parvenu. Ce que l’on sait toutefois de ce sacrement se résume à ceci, et nous éclaire singulièrement sur la véritable doctrine des Cathariotes et autres Manichéens : L’état de Parfait impliquait d’avoir préalablement reçu le sacrement du Consolamentum. Celui-ci avait des effets particulièrement curieux, notamment en ce qu’il condamnait l’union des deux sexes. De l’avis de certains, cette interdiction formelle reflétait ce que bien plus tard l’Eglise reconnut chez les Templiers comme une pratique orgiaque et satanique : On suppose en effet que les Templiers s’incitaient mutuellement à la sodomie par répugnance pour les femmes. Les Cathares furent de même soupçonnés, et ce bien avant les Templiers. (Quoi que nous n’ayons nullement de preuve sur ces affirmations, sans doute abusives) En outre, il y avait, jadis une formule que prononçaient les Parfaits en recevant avec ferveur le sacrement suprême : le texte est dans Reinerius Sacchoni :
« Je promets solennellement de me rendre à Dieu, de ne plus toucher une femme, de ne point tuer un animal, de ne manger ni viande, ni œuf, ni laitage, de ne me nourrir que de végétaux, et de ne point manger sans compagnon. »
(s’ils ne doivent point tuer un animal ni manger de sa chair, c’est qu’ils supposent probablement comme les Bouddhistes que leur âme se réincarnera dans la chair d’un animal.) Notons les extrêmes ressemblances : « Ne point manger sans compagnon » est à l’évidence l’un des préceptes les plus en vogue chez les Templiers, car ces derniers avaient pour habitude de souper avec leur frère d’armes, ce que l’on voit d’ailleurs nettement sur certains de leurs sceaux d’époque.
Prendre de même de la viande, ou de toute autre substance issue d’un animal, comme les œufs, le fromage, etc… était chez le cathare Parfait un crime inexpiable. Toucher le moindre de ces aliments n’était pas même permis.
Vie dure et austère, faite de pénitences et de privations, car selon les enseignements des Parfaits, le Christ avait jadis enseigné à ses disciples assemblés, que la chair des animaux était impure, et que les corps des bêtes contenaient des esprits soit déchus, soit réincarnés.
[Cf. A. Sicr., fol. 122 a, Reinerius.] Saint Bernard déclarait à ce sujet, et au regard de telles interdictions : « Pourquoi rejeter avec horreur le laitage et tout ce qui sort de la chair ? Vous limitez à votre gré et par respect pour l’opinion insensée de Manès, la grandeur et les bienfaits abondants de Dieu ; vous faites une distinction entre les choses qu’il a créées, et décidez que les unes sont immondes, au lieu de les recevoir toutes avec actions de grâces. Je ne loue pas votre abstinence, j’abhorre votre blasphème, et c’est vous que je proclame immondes. Car tout est pur pour les purs, a dit un excellent appréciateur des choses divines. [Serm. LXVI, n°6 et 7.] »
Notons toutefois, et par respect pour la vérité historique, que cette interdiction formelle de tuer, de se nourrir des animaux, et de prendre des laitages, ne touchait que les Parfaits, et le simple croyant avait toutes les libertés, n’ayant point été soumis aux obligations du Consolamentum.

En ce qui concerne les Parfaits il faut encore ajouter qu’ils respectaient le Carême. Mais non le Carême Catholique et Orthodoxe, car il y avait chez eux trois carêmes. L’un, celui de la saint Martin, le second le carême ordinaire, le troisième depuis la Pentecôte jusqu’à la fête de Jean-Baptiste. (sermo pr taverner fol 252, art heret p maur lv) Mais les croyant, une fois encore, ne suivaient d’ailleurs pas cette pratique, et on a déjà vu certains se goinfrer abondamment lors de tels jeûnes. Les disputes ne portent point au demeurant sur ce genre de rituels, qui, s’ils sont contraires au catholicisme, ne comportent point de funestes suites. C’est la conséquence directe du Consolamentum qui rebute l’Eglise Romaine : Si le simple croyant pouvait se rouler dans le stupre autant qu’il lui était loisible, une fois passé à l’état de Parfait, et une fois reçu le sacrement, il lui était formellement interdit de même toucher une femme. Le consolamentum renvoyait au néant le mariage, et le nouveau Parfait, devait renier son épouse et ses enfants, et tout ce qui faisait de lui un père. Mais, et contrairement à toute attente, il s’attachait ensuite à une autre femme, et les deux chastes personnes, cohabitaient ainsi dans tous les aspects de la vie (avec cette réserve, qu’ils ne devaient point se toucher). (art here p maur xxxviii conf a sicr fol 128b) Ne rêvons point, les derniers Parfaits qui nous sont connus dans la réalité de leurs actes, et s’ils affichaient une telle conduite, sont aussi connus pour avoir eu plusieurs enfants illégitimes. Une telle conduite, et de tels préceptes ne pouvaient qu’éveiller l’attention de Saint Bernard, et ce dernier révolté déclarait à ce sujet : « Il faut être bestial, et immonde pour ne pas s’apercevoir que renier les justes noces, c’est donner une force nouvelle à toutes sortes d’impudicités ! Ecoutez donc Saint Paul qui autorise ces unions, ces noces subtiles. Si vous prohibez ce que Saint Paul recommande, votre prohibition ne me convainc que d’une chose, c’est que vous êtes apostats ! » [Serm. LXVI, n°4 et 5].
Le Saint ajoutait ce discours concernant la cohabitation du parfait avec cette femme qui l’accompagnait partout :
« Dites-moi, prêcheur, quelle est cette femme que je vois près de vous ? Est-ce votre épouse ? Vous répondez que non et vous niez, car votre engagement s’y oppose. Est-ce donc votre fille ? Vous dites non encore, et toujours vous niez. S’agirait-il d’une parente ? Nullement. Mais alors, votre vertu est-elle en sûreté dans une telle compagnie ? Etre toujours en compagnie d’une femme et ne pas pécher, est plus merveilleux que de ressusciter un mort. Et vous voulez que je croie à votre vertu ! »

Liturgie des Cathares:
Le canon Cathariote contient en réalité fort peu de livres religieux. Il est principalement composé du début de l’évangile de Saint Jean et de certains épîtres. Les Cathares rejettent d’ailleurs tout l’Ancien Testament et Il faut souligner que toutes les autres Ecritures en usage dans l’Eglise Romaine et recommandées par cette dernière sont par eux réputées diaboliques. Quant à Moïse, il fait l’objet d’une haine particulière, car on le dit démon nocturne, père du vice, et fils de lucifer. Mais il semble même que leur version de Saint Jean présentait d’étranges caractéristiques et peut-on dire toutes les marques d’une vieille hérésie gnostique. On peut à ce titre, consulter dans les archives de Carcassonne un faux Evangile de Saint Jean en usage chez certains gnostiques, et qui était fort apprécié des Cathares, mais seulement dans les
derniers temps de l’hérésie, car on suppose qu’un autre livre, plus étrange encore était antérieurement en grand honneur chez eux. Notons que le parfait Guilhem Bélibaste, qui n’aimait guère l’Ancien Testament, n’avait aussi pas plus d’estime pour les évangiles : « Je n’ai que du mépris pour les Evangélistes, et j’affirme avoir autant, sinon plus de pouvoir que les apôtres eux-mêmes et que le fils de Marie. [Reinerius, col. 1773.]

Bélibaste et les autres Parfaits se revendiquaient ainsi d’une filiation Christique. Nul ne pouvait les contredire, ni mettre en débat leur parole, car ils prétendaient tenir du Christ lui-même leur science et leurs préceptes. Selon leurs enseignements, le Christ en personne avait, dans un grand secret, écrit un « épître aux Cathares ». L’Epître aux Romains, quant à lui, ainsi que l’Ancien Testament, étaient selon l’avis commun, « promulgués par le diable » [Sermo. Jac. Auterii., fol. 251 D]
On préférait alors aux écrits Romains, et au Bréviaire, le « Rituel Cathare », sorte de liturgie authentiquement manichéenne.
Ajoutons, et pour finir cet exposé, qu’on prétendait au sein de la haute hiérarchie de la secte, détenir une écriture mystérieuse possédée par les seuls Maîtres. De quoi s’agit-il ? Nul ne le sait désormais…

B- Sur le fond de l’hérésie

Selon l’historien Dollinger [Ouv. Cit. p. 80], « les Parfaits Cathares ne dévoilaient aux simples croyants que la partie exotérique du manichéisme, réservant la substance ultime aux principaux initiés et maîtres. » Aussi, tout ce que nous avons vu précédemment ne résulte que de l’apparence des choses. La véritable doctrine Manichéenne, n’étant en réalité, que la religion des Mages Chaldéens. Voici ce que nous pouvons affirmer : Dieu n’est pour eux qu’une puissance bornée et non absolue. Il se voit opposer une essence diabolique, qui préexiste à la création, lors qu’il n’y avait encore aucun être auquel le mal puisse nuire. Dieu, selon leur dire, est une lumière sise dans une région séparée de celle du mal, dont on prétend que cette dernière est couverte de ténèbres. (conf archelaus, n 21 et suiv) Aussi dans le système de Manès, les deux principes, le bénéfique, et le maléfique, agissent en s’opposant et sont inconciliables, car on ne sait en fait lequel préexista et tient prééminence dés l’origine sur l’autre. Dieu est de même chez eux impuissant, injuste, craintif, et incapable tant de domination, que de prévoyance en quelque situation que ce soit. Il se borne à régner sur la région qui lui est impartie, et s’abrite dans cet espace comme on se réfugie derrière les hautes murailles d’une forteresse. Ainsi la puissance de la lumière se retranche dans sa région comme si elle faisait l’objet de quelque entreprise funeste, ou d’un siège, et que ses ennemis la cernaient de toutes parts. Le mal, lui, est autonome, sans crainte, paré de la puissance, et armé de la sagesse et de la perfidie.
Au demeurant, le décor, nous le voyons bien, n’inspire que la méfiance, et laisse planer un doute sur les capacités du bien à assurer la sauvegarde de ses intérêts. D’ailleurs, les Manichéens n’enseignaient-ils pas que ces deux régions (celle du démon et celle de Dieu), séparées éternellement par une barrière infranchissable, s’étaient jadis menacées, et que Dieu, effrayé par le démon, avait abandonné à celui-ci une partie des âmes, afin de mieux préserver les autres. Le bien dispose donc de façon injuste des êtres, car impuissant devant l’immensité du mal, il ne peut que céder, ou lutter sans certitude de victoire.
(St Aug, de morib manich, c, 12). Les Manichéens enseignent encore que les corps ont été formés par la puissance maléfique, et que les esprits viennent du bien. L’esprit est ainsi une émanation partielle de l’entité Divine, une fraction de lumière échappée de la région où siége la puissance de Dieu, alors que le corps, formé du démon, et séparé éternellement de l’esprit, ne peut que lui nuire, et n’admettra jamais d’être dominé par lui, car au moins égal à ce dernier, il a libre choix d’influer selon sa volonté sur la destinée de l’homme.
Aussi dans ce système Manichéen en Diable, et selon l’abbé Bergier, « toute religion est inutile, est absurde, car nous ne pouvons rien espérer de notre piété et de nos vertus, et nous n’avons rien à craindre pour nos crimes. Quoi que nous fassions, le dieu bon nous sera toujours propice, et le mauvais principe nous sera toujours hostile. Tous deux agissent nécessairement selon l’inclinaison de leur nature, et de toute l’étendue de leurs forces ; tout est donc la suite de la fatalité, il n’y a plus ni bien, ni mal moral, il n’y a plus que bonheur et malheur. » Le Manichéen en conséquence ne choisit point entre l’une ou l’autre de ces forces, il subit, et s’incline devant l’enchaînement de l’ordre des choses, et suit ce que le bien et le mal lui dictent à tour de rôle. C’est une doctrine de déresponsabilisation de l’individu, dont le libre-arbitre est nié, ou n’est même sensé ne jamais avoir existé. (n 24, 25 , 26, St Aug, de morib manich, c et confér d’Archél n 20.)
C’est tout au moins ce que l’on peut récolter officiellement sur la doctrine Cathariote et manichéenne….
Mais il est une troisième voie méconnue, jadis enseignée par les Mages Chaldéens, et dont la Bible nous a mise en garde par bien des moyens et depuis l’origine des temps: Comme nous l’avons souligné précédemment, le Manichéen ne doit point choisir entre le bien et le mal, car étant l’instrument aveugle de ces deux puissances, il ne lui appartient pas de se soustraire à leur autorité. Toutefois c’est là justement, déclaraient les Mages, que se situe la troisième voie, celle qui libère le sujet, l’homme, de ce choix impossible : Le bien est faible, craintif, objet de la peur, et de la contrainte du Mal. Le mal, lui, est couvert de puissance, d’habileté, détient la sagesse et la perfidie. Aussi ce dernier peut franchir, ou simplement menacer de franchir la barrière éternelle qui sépare la région de lumière, de Dieu, de celle des ténèbres, du démon, et contraindre par là le bien, à lui céder les âmes. Il est donc infiniment plus profitable, déclaraient les Mages, de ne point se soustraire à l’influence de l’un ou de l’autre principe, mais de chercher à opérer
une conjonction entre ces deux forces. Comme Dieu ne peut vaincre le démon, ni même l’obliger à rester dans la région des ténèbres, et que chacun de nous appartient aussi au mal par son corps, et par toutes les influences qu’il reçoit de cette puissance, il convient donc de faire en sorte de conserver les avantages du Bien (mais par le MAL et pour Le Mal), en récoltant de même ceux du mal. Pour ce faire, les Mages avaient inventé la conjonction baptismale. Celle-ci consiste à admettre que le Bien surpris et tenté par le mal, (c’est en fait simplement le résumé de la chute originelle, et de la tentation d’Adam par Eve.) peut par son infléchissement, et sa soumission à ce dernier principe, opérer une conjonction, une troisième voie, seule capable d’unir les avantages de l’un et de l’autre.
Le raisonnement est ici le suivant : L’idée que nous nous faisons du mal (qu’il est le mal), provient du fait que cette puissance est en guerre avec Dieu, et que ces deux forces s’opposent en ne se conciliant point. Or, si le bien, (qui parait d’ailleurs à leurs yeux déjà s’incliner face au mal), cède en suprématie devant le mal, il est d’avis que la guerre que se font les deux principes cessera, et que le démon, bien que devenu omnipotent, aura ainsi concouru à la paix, et qu’enfin par cette paix, le mal contiendra forcément le bien, car s’il n’y a plus dans l’univers que le Mal, non seulement on peut supposer que tout conflit en est absent, mais encore, que le mauvais principe a absorbé dans sa structure tous les éléments du Bien.
Le résultat se nomme en physique : Le Néant ou le Rien, qu’on qualifie de même « abîme de désolation ». Car il s’agit de l’abdication du Bien, et de son principal effet : l’existence. Le Dieu de l’ancien Testament ne disait-il point, « Je Suis, je Suis est mon nom » ! Dieu, est le principe de vie, or, se soumettant au mal, et pourrait-on dire, admettant d’être décapité par celui-ci, il perd non seulement la suprématie, mais supprime par là et par lui, toutes formes de vie. En soit, c’est une forme de Paix et d’Egalité suprême. Car il n’y a plus, ni lutte, ni injustices. Aussi le Bien (à ce qu’en disent les Mages) est le biais pour parvenir au Mal, et le conflit et la lutte ne peut être qu’un phénomène temporaire, dont il faut se soustraire par la troisième voie. Celle que nous avons exposée…
Comme nous pouvons le constater, cette doctrine religieuse lorsqu ‘elle se métamorphose en puissance politique ne peut qu’aboutir à ce que l’on pressent : le Communisme Stalinien. La lutte des classes remplaçant la lutte du Bien contre le Mal, et s’achevant par la victoire des classes populaires. On connaît la suite : 100.000.000 de morts…..
Mais la doctrine ne veut-elle point que tout se solde par le Néant et que la paix soit ainsi faite ????

C- Réfutation de l’hérésie

L’hérésie se réfute par la Théophysique, qui est la science exacte de l’Eglise Romaine. Il y a en effet trois aspects de la religion Catholique : Le premier, l’enseignement ou catéchèse des prêtres, le second, la connaissance ésotérique des textes Bibliques, et la science Patristique. Le troisième enfin, le niveau hors classe, qui se nomme Théophysique. Or, la Théophysique est la science physique de Dieu, celle qui explique l’inexplicable par la mathématique, et qui fut donnée par Dieu à Moise sur le mont Sinaï.
Voici donc ce que déclare la Théophysique à ce propos :
Un seul Dieu tout puissant a créé toutes choses. « C’est moi qui donne la vie et la mort, qui frappe et qui guéris. (Deutéronome c, 32 v 39) » « C’est moi qui ai créé la lumière et les ténèbres, qui donne la paix et qui créé le mal. (c 45 v 7 Isaïe) » « C’est vous seigneur qui affligez et qui sauvez, qui conduisez au tombeau et qui en retirez. (C 13 V 2 Tobie).
C’est la réfutation totale de tout Dualisme. Dieu est pour part fait de Bien, et pour part fait de Mal, aussi le démon ne peut qu’être une déviation momentanée et non une puissance autonome. Qu’est-ce à dire au juste ? La Bible ne déclare point en cela que Dieu contienne une part véritable de Mal, elle souligne juste que l’un des éléments constitutifs de Dieu, pris séparément est le Mal. Autrement dit, Dieu est le prototype de l’être Parfait, qui ne peut être surpris, ni trompé car regardant vers l’arrière et vers l’avant ; omnipotent et symétrique, il supplante le Mal, et en fait une partie constitutive du Bien.
Aussi, et pour ne point rentrer dans de fastidieuses démonstrations de Mathématiques, qui ne pourraient d’ailleurs être comprises sans de plus amples explications, il convient de prendre un simple exemple : Dieu déclare à Moise : « Je Suis celui qui Suis ! » Dieu donc, « est », « suis », « demeure ». C’est une expression vivante de l’existence. Mais comment exister, et démonter que l’on existe ? Prenons l’exemple d’un tableau de Raphaël : Ce tableau est unique est irremplaçable parce qu’il n’est pas de même nature que les autres. Tout le différencie des œuvres d’art présentes autour de lui. Car il ne possède pas le même auteur, ni la même couleur, ni la même facture, etc… Mais si tous les autres tableaux n’avaient pas été créés, ni mis en œuvres, et n’existaient pas, non seulement on ne pourrait concrètement dire qu’il s’agit d’un tableau de Raphaël, mais on serait dans l’incapacité même de jeter un mot pour désigner cet objet. On le qualifierait alors, de chose… et on ne se poserait pas même de question sur l’auteur, ne sachant ce que c’est, ni quel en est l’usage. Ainsi pour que le tableau de Raphaël existe, et qu’on le reconnaisse pour tel, il convient que tous les autres tableaux soient. Nous sommes donc face à un problème de définition, or ce qui n’est pas définit n’existe pas. Les romains, avaient d’ailleurs à ce sujet une excellente maxime : « Rien de ce qui ne peut être prouvé, n’existe ! » Donc pour que le tableau de Raphaël puisse faire l’objet d’une attention particulière, il demeure impératif que d’autres auteurs aient créé un certain nombre d’œuvres similaires, mais non identiques. Il ressort de cela, que l’existence de tous les autres tableaux est participante de la propre définition de celui de Raphaël ! Une chose ne peut donc être nommée, ni exister, sans que toutes les choses différentes d’elle ne « soient », existent de même. (Notons que « toutes les choses » différentes sont exprimées par « Tout », et non « Tout - 1 » car une existence est définie par son opposé, c'est-à-dire « Rien et Tout » à la fois.) C’est un phénomène d’interdépendance physique qui explique « l’existence », et le besoin que nous avons d’aimer, d’attirer l’autre à soi. Dieu, est ainsi « lui-même » et « les autres », « le bien » et « le mal ». Ajoutons que Newton l’avait fort bien compris, car il enseignait jadis dans sa théorie de « l’attraction universelle », qu’un corps attirait les autres corps à lui, en fonction de son volume et de sa densité (c'est-à-dire en fonction de son degré d’existence). Nous voyons en cela que plus le corps est évolué et important, plus il lui est nécessaire « d’expliquer » sa propre existence par la présence d’autres corps différents de lui.
Mais allons plus loin dans la compréhension de l’affaire, car nous voyons bien que « le mal » lorsqu’il est uni et sert Dieu, participe de sa propre existence, et ne peut donc être nommé à proprement parler, « Mal ». Aussi Qu’est ce donc « le mal » seul, ou plutôt à quoi correspond cette partie de Dieu qui participe du Bien, et que l’on nomme « mal » lorsqu’elle se trouve seule ?
Reprenons notre exemple du tableau de Raphaël : Celui-ci n’existe que si les autres tableaux sont reconnus aussi pour ce qu’ils sont. Mais si nous prenons « seulement » tous les autres tableaux dans leur « collectivité », et que nous « ignorons volontairement » chacun d’eux en particulier, leur déniant le fait qu’ils puissent être différents les uns des autres, nous obtenons le résultat suivant : il n’y a rien, absolument rien, car nous les considérons donc comme exactement semblables entre eux. Etant parfaitement « Egaux », on ne peut placer même un mot ou un nom dessus : ils ont la même couleur, taille, dimension, auteur, date. Ils ne sont rien que le néant… Or le Néant est ce qui n’existe pas, c'est-à-dire le Mal absolu. (Un démon est une entité collective non complètement terminée, un esprit en cours de réintégration dans le néant.) L’un des éléments constitutifs de Dieu est donc le mal, lorsque celui-ci est séparé de son opposé, de son autre moitié. Autre exemple : On dit généralement de Dieu qu’il est un Maître de justice, et à raison. Or la justice pèse les erreurs de chacun. Car si nous comparons Dieu à une balance de pesée munie de deux plateaux, nous constatons que ces deux plateaux sont unis par un lien d’interdépendance. Ils ne peuvent peser, justement, s’ils ne sont mis en rapport l’un l’autre. Voici le bien uni au mal. Maintenant, si vous retirez l’un des plateaux, comment pèserez-vous ce que vous désiriez mettre dans la balance ? Vous ne pourrez le faire, et le plateau unique dont vous disposez ne vous sera d’aucune utilité. Voici le Mal seul.
Une dernière chose : pourquoi le Monde, qui est mauvais, a-t-il été créé par Dieu ? Dieu ne fait rien de mal, il crée, et cela de façon toujours positive. Mais faut-il encore savoir que le mal, selon St Augustin, est la privation d’un plus grand bien, ou d’une existence plus Parfaite, ou de l’existence simplement. Or donc si Dieu a créé le Monde, il peut avoir projeté peu de bien en celui-ci ! Et le mal que nous ressentons, n’est que le fait de cette impression qui veut que nous puissions espérer un plus grand bien prés du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (le Christ simplement). Car nous ne sommes point du monde, étant les fils du Dieu Grand.
Quoiqu’il en soit, ce qui est exposé ici ne saurait tenir compte de Théophysique à proprement parler, mais plutôt d’exemple de Théophysique car les mystères sont nombreux dans le monde de Dieu !

Source : www.france-secret.com/cathares_art.htm 

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 09:20

C'est à cause des persécutions des croyants en un seul Dieu, que les Gnosticiens, qui ne voulaient admettre qu’un seul Dieu, eurent, dès longtemps, entre eux un dogme secret, et des initiations allégorique à des opinions cachées, discipline arcani Le nom des Gnostisiens est Grec : le verbe Gnosti était le premier mot de la fameuse inscription du temple du soleil : 

« Gnosti Seauton » Connais-toi. 

Ce temple, dédié au soleil, ne veut pas dire que les Gnosticiens adoraient le soleil. De ce que nos églises soient dédiées, ou à saint Denis, qui porta sa tête après sa mort ; ou à saint Dominique, lequel institua la sainte inquisition ; ou à saint Nicodême ; ou à d'autres saints du calendrier Romain, il ne s'enfuit nullement que les Français adorent comme des Dieux tout-puissants, les grands saints qui ont donné leur nom à nos églises. 

Les Gnosticiens se nommaient les prêtres du soleil, par la même raison que nos moines et bénédictions s'appellent généralement les prêtres de l'abbaye, prêtres de Saint-Denis, de Saint-Germain-l’Auxerrois, etc. etc., et non les prêtres de Dieu. Cependant ils n'adorent pas l’abbaye ; c'est Dieu qu'ils prétendent adorer. Si l’on mettait plus de clarté dans les discussions théologiques, il n'y aurait pas tant de fiel dans le cœur des dévots ; ou du moins les conséquences de leur aveuglement volontaire ne feraient pas si dangereuses pour les honnêtes gens. 

Le nom Grec des Gnosticiens nous autorise à chercher l'origine de leurs opinions parmi les chrétiens de l'Asie mineure ; dans l'empire Grec qui subissait encore, c'est-à-dire, en même temps que la langue Grecque ; et la philosophie de cette langue durent avoir sur les Chrétiens d'Orient une grande influence.

Si je vais chercher l'origine des opinions Gnosticiennes au sein même du Christianisme de l'Orient, ç'est que l'histoire ecclésiastique m'apprend que les Gnosticiens parurent en public alors de l'établissement du Christianisme, comme s'ils en eussent été le tronc, la fleur et le fruit, selon les expressions des partisans du Gnosticisme. Dans le premier siècle, après la naissance de Jésus, la nouvelle philosophie Platonicienne était fort en usage parmi les Juifs : ce qui a fait dire à Boulanger que Celse, au rapport d’Origène, reprochait au Fils de Marie d'avoir emprunté plusieurs de ses dogmes de Platon ; et quand il ferait vrai, selon S\ Augustin, cité par Boulanger, qu'on trouve dans Platon, le commencement de l'Evangile de S\ Jean, Boulanger a tort d'accuser le Nazaréen de n'être pas même un grand homme. Ce phénomène d'érudition eût rendu à son siècle de plus signalés service, s’il se fût un peu plus attaché à peindre les choses, et s'il ne s'était pas trop occupé de: montrer son indignation particulière. 

O Jesus, Fils de Marie, un vrai Dieu sur la terre, tu feras toujours pour moi le fils chéri de l’Eternel : nom sublimes et mérite, qui a fourni à Milton des vers pleins d'enthousiasme et de majesté. 

« Je suis aussi le Fils de Dieu, ou je l'étais ! Et si je l’étais, je le suis encore ! Car Dieu ne méconnaît pas sa famille. Tous les hommes sont enfants de Dieu » 

De la philosophie Platonicienne en usage depuis longtemps chez les Juifs, ou Joviens, ou Israélites, nâquit la cabale, cabbala, nom trop profané de nos jours, par une populace mystérieuse, pour nous donner une faible idée des respects profonds des sages qui apportèrent avec fierté, le nom de cabalistes ; ce qui prouve que la cabale alors bien entendue, contenait une philosophie noble et pure, quoique symbolique, et non mystérieuse ; car encore une fois, un symbole n'est pas un mystère. 

Les cabalistes croyaient sans doute un seul Dieu, puisqu’ils enseignaient le dogme de l’unité de Dieu. Ils avaient aussi une image allégorique pour donner quelques idées justes de ses œuvres et de son essence. Voulaient-ils peindre la divinité d'une manière abstraite, c'est-à-dire, comme enfermant Tout en son sein, ils la représentaient à leurs disciples par une tête imberbe.  Avaient-ils à peindre le Dieu créateur et fécondant, une tête barbue exprimait cette création et cette fécondation. La tête…imberbe représentait encore l’immutabilité, la nature et l’essence des choses. La tête barbue, une création éternellement continuée ; et en général, la perfection perpétuelle des choses qui tombent sous nos sens. Comme ils suivaient la loi des Juifs, il ne leur était pas permis de faire des images, de peur qu'avec le temps, qui corrompt tout, on ne s'avisât de .les adorer. 

Toutes nos idées venant des sens, et Dieu n'étant pas un être corporel, il est évident qu'on ne peut jamais enseigner le dogme d'un Dieu sans avoir besoin de rapprocher des signes, plus ou moins imparfaits. Dieu est tout ce qui n'est pas matière, comment oser le peindre avec ce qui est matière ? Les cabalistes ne voulant pas abandonner le dogme sublime de l'unité d'un Dieu, et craignant la fabrication des images qui tombent sous les sens, crurent avoir atteint directement à leur but en employant des images spirituelles, des images en paroles, pour donner à leurs disciples une idée moins éloignée de la toute puissance de L'éternel, que l'évangile a nommé la parole, la parole par excellence . 

Les Gnosticiens sont nés des cabalistes. Cependant bientôt après l’établissement du Christianisme Européen, le nom et la secte des Gnosticiens s'évanouirent, comme perdus dans les ténèbres. Mais par les ouvrages polémiques et les annales de notre Europe, on retrouve partout, jusqu'au temps des Templiers, les principes Gnosticiens sur les milliers de siècles, et les émanations ou principes divins. Les partisans de la théologie mystique se détachèrent de la loi Juive, et fabriquèrent des images matérielles d'après les images en paroles des Gnosticiens. Ils disaient à leurs initiés que celui qui adorait le crucifié, était encore bien bas dans l'échelle des êtres, et par conséquent la victime des milliers de siècles ; que celui au contraire qui était assez éclairé pour être sûr que jamais un homme ne pouvait être le Dieu tout-puissant, qui n'a point eu de commencement, se trouvait déjà parvenu au plus noble rang de l'échelle des êtres, à l'état d'homme enfin ; et alors il avait la Gnosin entière : c'est la science humaine. Les uns soutinrent que le Jésus, adoré des pontifes, n'avait été qu'un magicien (35). Une autre secte, les Ophites, qui confessaient un père, un Dieu incréé, se voyant persécutés par les Chrétiens d'Occident, maudirent le Galiléen. 

Les Basilidiens avaient deux images ; l’une était une figure mâte, et  l’autre reelle d’une femme. Ils honoraient ces images allégoriques. Nous sommes fort heureux que le bon Irénée ait fait de l’image des Basilidiens un Jupiter et une Minerve. Cette grande découverte nous apprend du moins que l’une des figures avait une barbe, et que l’autre n’en avait pas. Basilide, à la manière de Pythagore, obligeait ses disciples à se taire pendant plusieurs années, cinq ans entiers, selon quelques écrivains, jusqu'à ce qu’ils eussent reçu toute la Gnosin, toute la science de l’initiation. Un seul, entre mille, était admis au sanctuaire ; sur dix mille initiés, deux seulement étaient agréés pour participer à la révélation entière de tous les secrets arrachés à la nature. 

Les Carpocratiens enseignaient, à leurs Initiation, que Jesus-Christ avait choisi, dans les douze disciples, quelques fidèles amis auxquels il avait confié toutes les connaissances qu'il avait acquises dans le temple d’Isis, où il étaient resté près de seize ans à s'exercer â une étude pratique, dont on lui avait donné la théorie pendant son enfance, instruite par les prêtres Egyptiens ;et parce que les remèdes les plus salutaire sont presque tous composés d'une dose de poison, ils disaient que le grand médecin, au nom de l'humanité, leur avait défendu de ne jamais communiquer qu'aux hommes vertueux la sciences du bien et du mal, c’est-à-dire, l’art de guérir. Ils avaient un signe secret pour se reconnaître ; ce qui même, disaient-ils, est attesté par l'évangile. Ce fut à des signes Gnosticiens que les disciples reconnurent leur Maître à Emmaüs. Se prendre la main de certaine manièire, exigeait une réponse, un attouchement expressif, et cela plusieurs fois, en forme d'interrogation et de réponses insensibles pour tout spectateur.

 

Les Baulidiens, les Carpocratiens et toutes les sectes Gnosticiennes, avaient une image où était gravé le mot Abrasax, qui, analysé par le calcul des lettres de l'alphabet Grec, alors en usage pour des chiffres, donne pour nombre total 365 ; ce qui, probablement pour les Gnosticiens, vouloir désigner la révolution annuelle du soleil, rappeler tous ses bienfaits, et dire à chaque initié : Tu marches sous l’œil de la nature ! 

Nous avons encore aujourd'hui quantité de belles pierres où ce mot est gravé ; et qu’elles soient antérieures ou postérieures au temps de basilide, on ne peut nier que ces médailles religieuse nous viennent des Gnosticiens. Dans la collection de Chislet on trouve deux empreintes de ces pierres, où le mot Abrasax est gravé. 

On voit sur l’une de ces pierres le Gnosticien, le Savant par excellence. 

Le grand Ouvrier de l’éternité, le Père des Gnosticiens, ou, en langage moderne, le Créateur et l’Architecte de l’Univers, était représenté sur la pierre avec une longue barbe et une longue chevelure, pour peindre l’ordre et les grâces de la création. Le pentagone, ou l’étoile à cinq pointes, de Pytagore, était encore sue le sein de l’image vénérable. C’était, disait-on, l’emblème de la confession paternelle du Tout-Puissant, parce que suivant les disciples de Pythagore, son pentagone, imprimé sur la poitrine, était un signe d’acceptation ; ils l’appelaient : le pentagone de santé et de prospérité. On y voyait encore l’ogdoade Gnosticienne, était à huit pointes. La grande étoile représentait le Créateur, et les sept petites étoiles étaient l’emblème des sept émanations de la Toute-Puissance ! 

Tout le système des prêtres du soleil se trouve lié avec l’image barbue et imberbe des Templiers. A leur  réception secrete, on leur enseignait à croire en un seul Dieu, créateur de l’Univers que nous avons prouvé qu’ils voulaient peindre par leur Baffometus. L’hyérophante, qui symbolisait le Dieu, visible par ses bienfaits prononçait le mot Arabe YALLA ! Dieu, ou lumière de Dieu ! Après le fiat lux ou le don de la lumière, le grand maître en recevant l’initié au rang des frères, disait à haute voix :

« C’est l’ami » de Dieu voilà son fils bien aimé. Les juges qui interrogèrent les Templiers, ont consigné dans leurs informations les reproches qu’ils leur firent pour avoir cru que la terre et les plantes pouvaient germer, fleurir et mûrir par la puissance de Baffomet : preuve irrécusable que les templiers qui croyaient en un seul Dieu, ce qu’il ne faut pas oublier, ne voyait dans leur Baffomet que l’emblème et l’image des œuvres du Créateur. 

Ce dogme de l’unité de Dieu avait toujours été chez les Gnosticiens une révélation allégorique. Et comme on y disait que le Fils de Marie n'avait été qu'un de leurs semblables, et non le Dieu tout-puissant, cette initiation secrète chez les Gnosticiens devait l’être bien davantage chez les Templiers. Le seul soupçon de cette croyance les eût envoyés aux tortures et aux bûchers…

Source : les jésuites chassés de la Maçonnerie et leur poignard brisé par les Maçons

www.ledifice.net

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 16:10

juste une présentation d'un homme que j'admire

Michael James Collins (en Irlandais Miceál Ó Coileáin – né le 16 octobre 1890 et mort le 22 août 1922) est un leader révolutionnaire irlandais. Il a été Ministre des Finances de la République Irlandaise, leader de l’Irish Republican Brotherhood, Directeur des services secrets de l’IRA, membre de la délégation irlandaise durant les négociations du traité anglo-irlandais, et président du Gouvernement Provisoire et Commandant en chef de l’Armée Nationale Irlandaise.
Il a été assassiné en août 1922, pendant la guerre civile irlandaise.

Sa jeunesse
Michael James Collins est né à Woodfield, près de Clonakilty, dans le Comté de Cork en 1890. la plupart de ses biographies donnent comme date de naissance le 16 octobre 1890 mais sa tombe mentionne le 12 octobre. Sa famille (les muintir Uí Choileáin) était au Moyen Âge les seigneurs de Uí Chonaill près de Limerick, mais comme beaucoup de nobles irlandais, ils ont été dépossédés de leurs terres et furent réduits au niveau de simples fermiers. A la fin du XIXe siècle les Collins sont des fermiers vivant plus confortablement que la moyenne. Michael Collins est le troisième garçon et le dernier né parmi huit enfants. Son père était membre des Fenians.
Enfant à l'intelligence vive, Michael fut initié très tôt au nationalisme par son propre père, puis par son maître d'école Denis Lyons lui-même membre de l’Irish Republican Brotherhood. Il devait également rappeler combien les récits de James Santry, le forgeron chez lequel il aimait passer de longues heures en sortant de classe, avaient laissé sur son esprit une trace indélébile. Michael a 7 ans lorsque son père disparaît. Soucieuse d'assurer son avenir, sa mère l'envoie suivre les cours qui préparent l'examen d'entrée dans le service des Postes britanniques. Il passe les épreuves avec succès et il part pour Londres où il rejoint l'une de ses sœurs. Il a alors 15 ans. Il vivra 10 ans dans la capitale britannique. Il travaille d'abord pour les services financiers de la Poste, mais changera ensuite d'employeur à plusieurs reprises. Très vite, il rejoint les cercles irlandais de Londres et, en 1909, il prête le serment qui fait de lui un membre de l'I.R.B. Il devait par la suite occuper le poste le plus élevé de l'organisation. La Première Guerre Mondiale éclate en 1914 et, à Dublin, les dirigeants de l'I.R.A. sont bien décidés à exploiter les difficultés de l'Angleterre pour faire valoir les droits de l'Irlande à l'indépendance. Ayant eu vent de préparatifs, Michael donne sa démission —il travaillait alors pour une firme américaine—et rentre en Irlande au début de l'année 1916.

L'insurrection de Pâques 1916
Michael Collins commença à se faire un nom durant l'insurrection de Pâques 1916. Étant un remarquable organisateur et étant doué d'une intelligence supérieure, il était très respecté à l'IRB. Tant et si bien qu'il est nommé Conseiller financier du comte Plunkett, le père d'un des organisateurs de l'insurrection de 1916, Joseph Plunkett.
Quand vint le moment de l’insurrection, Collins combattit au côté de Patrick Pearse et de ses hommes à la Poste centrale de Dublin. L’insurrection fut un désastre militaire. Pendant que de nombreux indépendantistes célébraient le sens du sacrifice et pensaient que l’insurrection avait au moins eu le mérite d’exister, Collins, lui, enrageait contre ce qu’il percevait comme de l’amateurisme et du manque d’organisation surtout dans le choix des cibles comme la Poste centrale, un bâtiment impossible à défendre et d’où toute retraite était impossible. Collins était partisan d’une guerre de guérilla avec des troupes ultra-mobiles pouvant attaquer n’importe où, pouvant se retirer rapidement avec un minimum de pertes mais en ayant un maximum d’efficacité.
Comme beaucoup d’insurgés, Collins fut arrêté et envoyé au camp d’internement de Frongosh au Pays de Galles. Au moment de la libération des insurgés, il était déjà devenu un des leaders du Sinn Féin, un petit parti nationaliste qui avait été rapidement infiltré par les vétérans de l’insurrection de 1916. Dès octobre 1917 Collins devient membre de l’exécutif du parti et directeur de l’Organisation des Irish Volunteers, Eamon de Valera étant le président des deux mouvements.

le premier Dáil
Comme tous les principaux membres du Sinn Féin, Michael Collins fut choisi pour se présenter aux élections législatives en 1918. Avec une écrasante majorité, Collins fut élu et devint donc Député (MP) du sud du Comté de Cork. Contrairement aux élus du Irish Parliamentary Party, les élus Sinn Féin décidèrent de ne pas siéger à Westminster mais installèrent un parlement irlandais à Dublin. Ce nouveau parlement appelé Dáil Éireann se réunit pour la première fois à Mansion House à Dublin en janvier 1919.
De Valera et les principaux députés du Sinn Féin furent arrêtés. Collins, toujours bien renseigné par ses réseaux d’espions, fit mettre en garde les leaders du parti et échappa aux arrestations. Pensant que cela ferait de la publicité pour son parti, De Valera fit passer la consigne d’ignorer ces menaces d’arrestation. En l’absence de De Valera, c’est Cathal Brugha qui fut élu "Príomh Aire", c’est-à-dire premier ministre.
En avril 1919 Collins fit évader De Valera de la prison de Lincoln. En 1919 Collins occupa plusieurs charges. Pendant l’été il fut élu Président de l’IRB. En septembre il fut nommé Directeur des Services de renseignements de l’IRA. La guerre d’indépendance commença le jour de la première session du nouveau parlement irlandais par l’assassinat de deux policiers dans le Comté de Tipperary.

Ministre des Finances
En 1919, le déjà très occupé Collins reçoit une nouvelle charge quand De Valera le nomme Ministre des Finances. Alors que la plupart des ministères n’ont qu’une existence toute théorique du fait des menaces d’arrestations voire d’assassinat provenant des Royal Irish Constabulary, des Black and Tans, des Auxiliaries ou de l’armée britannique, Collins se lança dans une grande organisation de son ministère. Il organisa la collecte d’argent pour financer la nouvelle république irlandaise. Collins lança un grand emprunt qui eu tellement de succès que Lénine lui même en entendit parler et lui envoya un émissaire pour lui emprunter de l’argent, offrant en échange les bijoux de la couronne russe (ces bijoux furent conservés à Dublin, oubliés pendant un certain temps, avant d'être retrouvés par hasard dans les années 1930)
Les résultats obtenus par Michael Collins furent impressionnants. Entre la création d’un groupe spécial d’assassins appelés les Douze apôtres chargés des basses œuvres de l'IRA et de l'IRB, à l’emprunt national pour financer la république ; entre le leadership de l’IRA à la gestion effective du gouvernement quand De Valera voyage à l’étranger ou est retenu aux États-Unis, Collins devient petit à petit un personnage incontournable. En 1920 sa tête est mise à prix par les autorités britanniques à la somme très élevée pour l’époque de 10.000 livres sterling. Dans le même temps, et à cause de son omniprésence, Collins se fait de nombreux ennemis dans son propre camp. Les deux principaux sont Cathal Brugha, le ministre de la Défense et surtout Eamon de Valera. Leur rivalité fut très forte, au point que de Valera essaya plusieurs fois d’envoyer Collins aux États-Unis pour l’éloigner de l’Irlande.

Le Traité anglo-irlandais
Lors de la négociation du Traité anglo-irlandais, De Valera nomma une équipe de délégués plénipotentiaires ayant le pouvoir de signer un traité sans en référer systématiquement au gouvernement de Dublin, et dirigé par Arthur Griffith et Michael Collins. Après une longue hésitation et pensant que De Valera l’accompagnerait dans cette négociation, Collins accepta de se rendre à Londres.
Le Traité anglo-irlandais officialise la création d’un nouvel État irlandais indépendant sous le nom d'État libre d'Irlande (Irish Free State). Les négociations portaient sur la possibilité de permettre aux six comtés du nord où les protestants étaient majoritaires de se retirer du nouvel État irlandais. Si cela devait arriver les Britanniques et les Irlandais devaient mettre en place une commission devant tracer la frontière entre les deux États. Collins souhaitait ainsi réduire au minimum la taille de la future Irlande du nord et la rendre par la même occasion économiquement non viable.
Le Traité établit aussi le nouvel État irlandais comme un dominion avec un parlement bicaméral, le pouvoir exécutif étant détenu par le Roi mais exercé par un gouvernement irlandais élu par la chambre des députés, le Dáil Éireann.
Les républicains les plus durs crièrent immédiatement au scandale, accusant les délégués d’avoir soldé l'Irlande en lui conférant un statut de dominion à l’intérieur de l'Empire britannique et en l’obligeant à prêter un serment d’allégeance à la couronne.
Le Sinn Féin lui aussi condamna le Traité, De Valera rejoignant les forces anti-traité. Ses opposants clamaient haut et fort qu’il était bien sûr au courant des tractations en cours.

La guerre civile et la mort de Collins
D’après la constitution approuvée en 1919, le Dáil Éireann continue d’exister. De Valera démissionna de sa présidence et provoqua une nouvelle élection dans le but de détruire le traité nouvellement approuvé. Cependant, Arthur Griffith, partisan du traité, remporta les élections et prit la présidence. Il forma un gouvernement dans lequel Collins tint la place de Premier Ministre (President of the provisional Government) et de Ministre des Finances.
Les opposants au traité, qui avaient refusé d’approuver le Traité au Dail, se retirèrent de l’assemblée et formèrent en opposition un "gouvernement républicain" sous la direction de De Valera. Ce fut le lancement de la guerre civile.
Vers le milieu de l'année 1922, Michael Collins abandonna ses responsabilités au gouvernement et devient le commandant en chef de l’armée nationale. Lors d’une de ses campagnes militaires, Collins dut se déplacer dans son comté natal de Cork. Sur la route, au lieu dit Béal na mBláth ("la bouche des fleurs"), le convoi de Collins fut prit dans une embuscade. Au cours des 45 minutes d’échange de coups de feu, Collins fut atteint d’une balle mortelle. Il était âgé de 31 ans.
Michael Collins est enterré à Dublin au cimetière de Glasnevin.

 

Source : http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t4287-michael-collins

 

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 16:00

          Après que je me suis préoccupé, durant de longues années, de la question irlandaise, j’en suis venu à la conclusion que le coup décisif contre les classes dominantes anglaises (et il sera décisif pour le mouvement ouvrier du monde entier) ne peut pas être porté en Angleterre, mais seulement en Irlande.

Le 1er janvier 1870, j’ai préparé pour le Conseil général une circulaire confidentielle en français (car ce sont les publications françaises, et non allemandes, qui ont le plus d’effet sur les Anglais) à propos du rapport entre la lutte nationale irlandaise et l’émancipation de la classe ouvrière, c’est-à-dire de la position que l’Internationale devrait adopter sur la question irlandaise.

Je vous en donne ici très brièvement les points essentiels :

L’Irlande est la citadelle de l’aristocratie foncière anglaise. L’exploitation de ce pays ne constitue pas seulement l’une des sources principales de sa richesse matérielle, en même temps que sa plus grande force morale. De fait, elle représente la domination de l’Angleterre sur l’Irlande. L’Irlande est donc le grand moyen grâce auquel l’aristocratie anglaise maintient sa domination en Angleterre même.

D’autre part, si demain l’armée et la police anglaises se retiraient d’Irlande, nous aurions immédiatement une révolution agraire en Irlande. Le renversement de l’aristocratie anglaise en Irlande aurait pour conséquence nécessaire son renversement en Angleterre, de sorte que nous aurions les conditions préalables à une révolution prolétarienne en Angleterre. La destruction de l’aristocratie foncière est une opération infiniment plus facile à réaliser en Irlande qu’en Angleterre, parce que la question agraire a été jusqu’ici, en Irlande, la seule forme qu’ait revêtu la question sociale, parce qu’il s’agit d’une question d’existence même, de vie ou de mort, pour l’immense majorité du peuple irlandais, et aussi parce qu’elle est inséparable de la question nationale. Tout cela abstraction faite du caractère plus passionné et plus révolutionnaire des Irlandais que des Anglais.

En ce qui concerne la bourgeoisie anglaise, elle a d’abord un intérêt en commun avec l’aristocratie anglaise : transformer l’Irlande en un simple pâturage fournissant au marché anglais de la viande et de la laine au prix le plus bas possible. Elle a le même intérêt à réduire la population irlandaise ‑ soit en l’expropriant, soit en l’obligeant à s’expatrier ‑ à un nombre si petit que le capital fermier anglais puisse fonctionner en toute sécurité dans ce pays. Elle a le même intérêt à vider la terre irlandaise de ses habitants qu’elle en avait à vider les districts agricoles d’Écosse et d’Angleterre . Il ne faut pas négliger non plus les 6 à 10 000 livres sterling qui s’écoulent chaque année vers Londres comme rentes des propriétaires qui n’habitent pas leurs terres, ou comme autres revenus irlandais.

Mais la bourgeoisie anglaise a encore d’autres intérêts, bien plus considérables, au maintien de l’économie irlandaise dans son état actuel.

En raison de la concentration toujours plus grande des exploitations agricoles, l’Irlande fournit sans cesse un excédent de main-d’œuvre au marché du travail anglais et exerce, de la sorte, une pression sur les salaires dans le sens d’une dégradation des conditions matérielles et intellectuelles de la classe ouvrière anglaise.

Ce qui est primordial, c’est que chaque centre industriel et commercial d’Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L’ouvrier anglais moyen déteste l’ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l’ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l’Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L’Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l’ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande.

Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.

Mais le mal ne s’arrête pas là. Il passe l’Océan. L’antagonisme entre Anglais et Irlandais est la base cachée du conflit entre les États-Unis et l’Angleterre. Il exclut toute coopération franche et sérieuse entre les classes ouvrières de ces deux pays. Il permet aux gouvernements des deux pays de désamorcer les conflits sociaux en agitant la menace de l’autre et, si besoin est, en déclarant la guerre.

Étant la métropole du capital et dominant jusqu’ici le marché mondial, l’Angleterre est pour l’heure le pays le plus important pour la révolution ouvrière ; qui plus est, c’est le seul où les conditions matérielles de cette révolution soient développées jusqu’à un certain degré de maturité. En conséquence, la principale raison d’être de l’Association internationale des travailleurs est de hâter le déclenchement de la révolution sociale en Angleterre. La seule façon d’accélérer ce processus, c’est de rendre l’Irlande indépendante.

La tâche de l’Internationale est donc en toute occasion de mettre au premier plan le conflit entre l’Angleterre et l’Irlande, et de prendre partout ouvertement parti pour l’Irlande. Le Conseil central à Londres doit s’attacher tout particulièrement à éveiller dans la classe ouvrière anglaise la conscience que l’émancipation nationale de l’Irlande n’est pas pour elle une question abstraite de justice ou de sentiments humanitaires, mais la condition première de leur propre émancipation sociale.

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Published by Karl Marx - dans Irlande
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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 15:54

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