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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 06:35

Lors de la création de la Loge de Recherche Villard de Honnecourt de Bretagne, j'avais voulu honorer un authentique héros breton, le Sous Lieutenant Alain de Kérillis, SAS français, membre du Maquis de St Marcel et mort pour la France.

 

"... Le 12 juillet au matin, le S/Lt Alain Calloc'h de Kerillis "Skinner" avait donc quitté avec son stick la

 

roche de Millegourdis et s'était joint aux sticks des lieutenants Tisné et Fleuriot. Le soir même, ils partaient tous ensemble, n'ayant guère plus de dix kilo­mètres à parcourir. Avant d'arriver au village de Trédion qu'un paysan leur avait assuré calme et « sans vermine »,ils s'embusquèrent, par précaution, près du café du « Bois-Sabot ». Mais un Allemand les attendait au coin de la route... La rafale tua le lieutenant Tisné et un lieutenant polonais, Jaciensky; une balle traversa le bras du lieutenant Skinner. Ils firent volte-face et partirent à travers champs. Soudain, le lieutenant Fleuriot disparut derrière une haie, n'ayant pas vu un profond chemin creux dans lequel il s'as­somma sur des pierres. .Skinner se précipita pour le relever; il semblait atrocement souffrir et dit d'une voix étrange : «Ce n'est rien : les cloches de Cambridge. » Ils s'arrêtèrent un moment. On n'entendait pas d'autres bruits que ceux de la campagne. Le bras de Skinner était bien abîmé et il se fit faire un pansement sommaire. Puis Fleuriot, ayant demandé ses lunettes et sa carabine, les assura qu'il pouvait repartir. Un peu plus loin, épuisé, il retomba. Skinner, avec toute sa science de médecin, l'examina avec soin. Son visage resta impassible mais il craignit un éclatement du foie. Il encouragea son ami, et une fois encore Fleuriot repartit en s'appuyant sur les épaules de deux d'entre eux. Pour s'écrou­ler un peu plus loin, les suppliant : « Allez et laissez-moi. » A la ferme de Beauvais, très proche, le fermier accepta de s'occuper de lui. On l'étendit dans un champ de blé noir et le jeune radio Perrin resta à ses côtés pendant que les autres continuaient vers la ferme de Kerlando près de laquelle se cachaient les blessés. ..."

 

En juillet 1944, de nombreux maquisards et parachutistes SAS sont détenus et torturés par les Allemands à la prison de Pontivy. Le 19 juillet 1944, les prisonniers sont conduits en direction de Bieuzy-les-Eaux pour être exécutés. A proximité des ruines du château de Rimaison, les hommes doivent descendre un chemin encaissée puis ils sont fusillés au bord d'un petit ruisseau.

14 corps sont découverts dans cette fosse dont ceux des parachutistes SAS: S/Lt Jean Pessis "Gray", le Sgt/C André Cauvin, le Sgt/C Louis Claustre, le S/Lt Alain Calloc'h de Kerillis et le S/Lt Jean Fleuriot. Un mémorial a été érigé sur les lieux. "

"D'après l'instituteur qui a procédé à l'enlèvement des victimes le 30 juillet, les corps étaient entassés les uns sur les autres. Ce qui signifie qu'ils ont été fusillés les uns après les autres. Il déclare également qu'ils avaient été fusillés dans le dos, car on voyait très bien l'entrée des balles dans les vêtements et la nuque. Il a remarqué également que certains des patriotes avaient reçu une balle dans la tempe."

 

http://www.francaislibres.net

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 20:14

La Loge de Recherche Alain de Kérillis N° 1648 de la GLNF avait été créé pour être la Loge Villard de Honnecourt de Bretagne.

Depuis 2 ans elle a été mise en sommeil suite aux évènements de la GLNF.

On me demande aujourd’hui, en tant que VM fondateur de la relancer.

Son programme, son Rite, ses fonctions de formation et de recherche, ses travaux seront les mêmes que la RL Laurence Dermott qui elle est indépendante.

La question qui se pose est donc simple : affiliation à la GLNF(Kérillis), indépendance ou affiliation à une autre obédience (GLTSO ou autres)(Dermott) ?

Vos réponses seront les bienvenues.

Frat

Thomas Dalet

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 08:18

INTRODUCTION

Il m’a été demandé de plancher sur les cathares, pas sur le catharisme
Comment aborder l’évocation de ces hommes et de ces femmes disparus depuis huit siècles ?
Comment distinguer les faits historiques des mythes en sachant que l’histoire n’est pas une science exacte et que les sédiments que l’on peut fouiller sont érodés par le temps.

Mon ouvrage comporte une première partie de recherche se référant à quatre contextes :

Le contexte géographique : qu’entend t on par pays cathare, quels étaient ses habitants
Le contexte historique, l’identité cathare est celle d’une adhésion particulière à une hérésie : quand et par qui ?
Le contexte ethnologique, ces hommes et ces femmes avaient des habitats, des modes alimentaires, des rites, des hiérarchies : comment vivaient t ils ?
Le contexte mythologique, la place des cathares dans l’histoire et dans la société dépend beaucoup des narrateurs et le regain d’intérêt pour ce thème est somme toute récent.

Pourquoi une réflexion sur les cathares concernerait elle la maçonnerie ?

Ces hommes avaient pris une certaine liberté par rapport aux dogmes et aux pouvoirs et cette attitude trouve une résonance particulière pour un franc maçon.
Les écrits antimaçonniques, dans leur tradition d’amalgame, ont souvent évoqué la maçonnerie comme une forme d’hérésie ou de religion de substitution. Bien que tous les fondamentalistes ne soient pas de farouches adversaires de la franc-maçonnerie, beaucoup d'entre eux y sont opposés en considérant que les principes, les symboles et les rites de la foi chrétienne et ceux de la franc-maçonnerie sont radicalement divergents et donc inconciliables. Adhérer à la franc-maçonnerie constitue, par voie de conséquence, une faute grave pour le fondamentalisme. Pour légitimer leur combat contre la franc-maçonnerie, les antimaçons fondamentalistes mêlent arguments religieux, philosophiques et politiques, auxquels s'ajoutent un grand nombre de préjugés ainsi que des attaques injustifiées.
Anagogie :
Toutes les expériences humaines nous sont profitables et le fait que par dérision on surnommait ces hommes des cathares, c'est-à-dire des purs, que eux même distinguaient entre eux des « parfaits » et que leur idéal était un idéal de perfection peut nous stimuler sur le chemin maçonnique.

GEOGRAPHIQUEMENT

Pour les Français, Le Pays Cathare et le catharisme recouvrent une vaste région française de la Méditerranée à Toulouse et de l'Aveyron à la Catalogne. Apparu au XIe siècle en Italie du Nord, le catharisme occitan s’organise au concile de Saint Félix de Caraman en 1167. Au cours de ce concile, présidé par l’évêque bogomile Nicétas de Constantinople, le catharisme s’organise en une véritable Eglise avec quatre évêchés (Albi, Agen, Carcassonne et Toulouse).
Les origines du catharisme se perdent dans un labyrinthe d'influences orientales complexes et lointaines, qui se propagèrent aux XIe et XIIe et s'installèrent solidement en Languedoc en 1160. Si le catharisme a autant de secrets on le doit aux parfaits qui formaient le "clergé cathare" et protégeaient avec soin leurs documents. On constate plusieurs variantes de ce mouvement, en Bulgarie, en Grèce, en Italie en Catalogne mais aussi en Rhénanie où il ne dépasse pas le stade de l'implantation. C'est donc au sein du monde occidental et surtout autour des rivages méditerranéens que cette religion a connu une certaine vitalité. Pourchassés en Europe, éliminés méthodiquement, ils trouvent dans le Sud de la France un foyer de relative tranquillité. Ils sont reçus et encouragés par de nombreux petits seigneurs. De grands princes sont soupçonnés de leur être favorable ou de ne rien faire pour les empêcher de prêcher sur leurs terres.
Ce qui a laissé le souvenir de l’épopée cathare est une empreinte de feu et de sang qui a marqué à jamais ce pays d’oc .Béziers qui avait adopté une attitude bienveillante à l'égard des cathares et des vaudois fut la première victime de l'armée des croisés qui le 22 juillet 1209, la mit à sac, détruisant par le feu la Madeleine et la cathédrale Saint Nazaire qui s'effondra ainsi que les habitants qui s'étaient réfugiés dans la cathédrale .L'épisode est resté dans la mémoire collective sous le nom de grand mazel," la grande boucherie. Lavaur est prise par Simon de Montfort le 3 mai 1211 ; les chevaliers occitans sont pendus, la seigneuresse, dame Guiraude, jetée dans un puits ; un bûcher collectif brûle 400 Parfaits. Simon de Montfort s’empare ensuite du castrum des Cassès, près de Saint Félix dans lequel s’étaient réfugiés de nombreux cathares, entre 60 et 80. Le château est pris et les Parfaits brûlés. La brutalité de Simon frappe de terreur les populations.Les atrocités de Bram, au printemps 1210, sont bien connues ; conduits par la comtesse Alix de Montfort, des renforts importants sont parvenus aux Croisés qui occupent à nouveau Alzonne qui s’était soulevé, puis se présentent devant Bram. Situé en plaine, le castrum circulaire ne bénéficie d’aucune protection naturelle, d’où sa faiblesse et la brièveté des combats ; le premier assaut Croisé emporte la place. Parmi les prisonniers il y avait un clerc français qui, à Montréal, avait trahi la cause des Croisés en livrant la ville au seigneur occitan légitime, mais dépossédé (faidit), Aimery. Simon lui fit payer cher sa trahison en le trainant dans la ville attaché à la queue d’un cheval, puis on le pendit.
Simon voulut encore venger la mort atroce de deux chevaliers français qui avaient été faits prisonniers à Puisserguierpar Guiraud de Pépieux ; les deux hommes avaient été atrocement torturés à Minerve en leur crevant les yeux, coupé les oreilles, le nez, la lèvre supérieure et en les renvoyant nus à Carcassonne ; Guiraud sera pendu par les soldats du roi en 1240, à Buc. Simon n’a pas oublié cet acte horrible et il prend une centaine de prisonniers occitans de Bram auxquels on creva les yeux et coupa le nez ; l’un d’entre eux conserve un oeil pour guider ses malheureux compagnons mutilés jusqu’à Cabaret, vers les trois châteaux de Lastours qui refusaient toujours de se rendre à la Croisade. Simon de Montfort s’enferme dans le château de Castelnaudary, situé au sommet de la colline du Présidial ; il compte sur l’arrivée de renforts croisés avec lesquels il affrontera les Occitans en rase campagne ; il les écrasera en utilisant la force redoutable et invincible des Croisés : la cavalerie lourde. Les Occitans remporteront une victoire unique, à Baziège en 1219. Enumérer tous les lieux porteurs de cicatrices : Minerve, Montségur, Carcassonne, Toulouse, Albi, Queribus, Peyrepertuse entrerai dans le cadre de l’évocation touristique. Le bilan géographique de cette période de troubles nous fait constater de multiples fractures au sein de la communauté occitane et sa colonisation par les barons du nord. Lors de la croisade contre le catharisme, Durban choisira la bannière de Simon de Montfort le pays cathare n’était pas le pays des cathares, c’était le pays où l’on pourchassa les cathares, on les brûla on les pilla mais comme Carthage, brûlée et rasée, comme les wisigoths écrasés par les francs ils ont laissé une trace indélébile dans l’histoire.

HISTORIQUEMENT


Après le déclin de l'Empire romain, la Gaule fut successivement envahie par diverses peuplades venues de l'Europe centrale ou de l'Est ainsi que d'Asie. Les Wisigoths arrivés en Occident au IVe siècle, après avoir pris l'Italie et Rome, ils s'installèrent à Toulouse en 413. Battus par Clovis en 507 à Vouillé, ils ne conserveront que l'ancienne province romaine de Narbonne et l'Espagne.
Les Wisigoths en furent chassés par les Sarrasins au début du VIIIè siècle. Ces derniers repassèrent les Pyrénées une vingtaine d'années après Poitiers (732), battus par Charles Martel puis par Pépin le Bref. Charlemagne, leur successeur, reprit le flambeau et rebâtit un vaste empire d'Occident réunissant la Germanie et la France du Nord au Sud. A sa mort, ce vaste territoire se morcela. L'autorité royale déclina constamment en France. Les vassaux devenaient plus puissants que le Roi. Parmi eux, les Comtes de Toulouse. A la fin du XIème siècle, un grand mouvement ébranle toutes les couches sociales de la société médiévale à savoir les Croisades (1ère en 1095) qui visaient en principe à délivrer les Lieux saints de la domination musulmane. Au XIIème siècle, le Comté de Toulouse est une région où le commerce et l'agriculture se redressent. Les croisades et la navigation commerciale vont ramener des terres étrangères des idées nouvelles. Si l'Eglise a pu susciter l'élan des Chrétiens partant guerroyer en Palestine, elle s'est également installée comme pouvoir temporel possédant terres, abbayes et droits de taxation. En Languedoc, la culture, née d'une certaine richesse, et une forme de tolérance fleurissent. Les troubadours sont prisés. Ils sont à côté des clercs, les intellectuels du Languedoc .
Leurs textes subliment l'amour courtois tout en faisant preuve d'impertinence, par exemple vis-à-vis des prêtres En Languedoc les partisans d'une hérésie dualiste ne sont guère inquiétés. L'esprit méridional plus tolérant et les restes de la domination des Wisigoths, dualistes, en sont des éléments partiels d'explication tout autant qu'une noblesse assez anticléricale. Dès le début du XIIème s., les idées hérétiques qualifiées de cathares s'implantent plus largement dans les populations languedociennes qui sont séduites par une religion qui ne perçoit pas la dîme ecclésiastique, qui parle la langue du peuple plutôt que le latin et veut montrer l'exemple d'une vie religieuse plus proche de la lettre des Textes sacrés. Ces idées ont peut être été ramenées par des Croisés au retour d'Orient. En 1177, le Comte Raimond V constate que "l'hérésie a pénétré partout. Elle a jeté la discorde dans toutes les familles ... des prêtres eux-mêmes cèdent à la tentation. Les églises sont désertes et tombent en ruine ".L'Eglise de Rome tente des campagnes de reconversion mais sans grand succès. Ses incitations à mener le combat contre l'hérésie ne recueille alors guère d'écho. En 1179, lors d'un Concile de LATRAN, le pape Alexandre III aurait déjà engagé, en vain, le peuple chrétien à prendre les armes contre les hérétiques.
La tragédie cathare sera le résultat de tous ces éléments, mêlés dans le Languedoc, tel un mélange explosif dont l'aspect religieux ne sera manifestement qu'un des éléments. L’histoire ne se répète pas mais souvent elle bégaie. Quand Clovis vainquit Alaric II, Roi des Wisigoths, à Vouillé en 507 il tuait là un autre chrétien, arianiste. L’arianisme d’Arius considère que Jésus est un homme dans lequel s'incarne la Parole de Dieu, suivant le prologue de l'évangile selon Jean. la contestation entre Trinitaires et Ariens évolue vite vers le domaine politique. Il domine l'histoire de l'Église institutionnelle au IVe siècle. L'empereur Constantin Ier, qui souhaitait éviter les désordres religieux, aida à la tenue du Concile de Nicée I en 325 pour que l'Église unifie sa position. Il favorisa ensuite le parti d'Athanase qui avait procédé à l'excommunication d'Arius (c'est à l'occasion de ce concile que le mot hérésie trouva un sens péjoratif). Le terreau de la terre wisigothe arianiste semblait idéal pour l’accueil du catharisme. La théologie cathare provient d'un travail de recherche scripturaire, centré sur l'Évangile selon Jean, c'est une interprétation très différente des évangiles de celle de l'église catholique. Pour cette dernière, la doctrine cathare est plus pernicieuse que celle des infidèles (juifs et musulmans) : tout en étant chrétiens, les cathares interprètent différemment certains articles de foi et contestent la doctrine des sept sacrements que les théologiens catholiques ont fixé dès le début du XIIe siècle. Quelques points sont communs à l'ensemble des croyances cathares : Dieu a créé uniquement le monde invisible et éternel, ainsi que les créatures qui le peuplent, les anges. Parmi eux, l'un pèche par orgueil en se révoltant contre le Père afin d'égaler sa puissance : c'est le diable. Cet ange déchu est alors expulsé du ciel, entraînant dans sa chute ceux qui l'avaient suivi dans sa révolte. Introduits dans des corps charnels fabriqués par le diable, ces anges deviennent les âmes des hommes et des femmes.

ETHNOLOGIQUEMENT

Le contexte ethnologique, ces hommes et ces femmes avaient des habitats, des modes alimentaires, des rites, des hiérarchies : comment vivaient t ils ?
Dans son ouvrage Montaillou village occitan, L’historien Leroy Ladurie nous décrit un village du XI eme siècle on peut y lire la vie quotidienne, l’habitat, les habitudes alimentaires de l’époque. Les cathares se devaient de vivre une règle particulière quand il décidaient de s’engager comme « parfaits ».Étant ordonnés, les parfaits entrent dans un ordre religieux, mais sans sortir du siècle. Ils sont en effet astreints au travail manuel pour vivre, ce qui leur donne un avantage considérable pour leur prédication, en les maintenant au contact de la population qu'ils vont chercher à convertir. Cela leur rapportera également, tout simplement, l'argent du produit de leur travail, argent qui leur permettra par exemple de se déplacer et, avec les dons et les legs, de créer les conditions de l'existence d'une hiérarchie. Par contre la pauvreté personnelle était prescrite.
Les cathares vivaient dans des « maisons de parfait(e)s », intégrées aux villes et aux villages, qui leur permettaient de rencontrer la population et de prêcher, et leur servaient d'atelier. Des jeunes y étaient envoyés par leurs parents simples fidèles ou déjà ordonnés, pour leur formation en vue de leur propre ordination.
Tout parfait rejoignait une maison de parfaits, et y travaillait de ses mains, y compris par exemple les nombreuses épouses nobles et leur progéniture qui firent partie des rangs des cathares. Le sacrement de mariage n'étant pas reconnu, elles se séparaient simplement de leur mari, généralement lui-même simple croyant.
Le consolament des mourants pouvait être conféré dans les maisons des parfaits, dans laquelle le consolé était transporté et y mourait.
Lorsque vint le temps des persécutions, les parfaits durent se cacher chez des fidèles, mais ils y payèrent toujours leur nourriture par le travail manuel, plus le prêche et l'enseignement.
Se rapprochant des premiers chrétiens, les cathares croyaient que le salut passait par une vie de religion. Ils étaient astreints à la chasteté, et devaient constamment aller par deux personnes du même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, ou sa sòcia, pour les femmes. Cette prédication au coin du feu de deux personnes de même sexe conduira à l'accusation de bougrerie (homosexualité) fréquemment enregistrée dans les registres de l'Inquisition.
Ils ne devaient pas mentir, s'abstenir de tout vice, de toute méchanceté, être simplement de Bons Chrétiens selon les Évangiles, ce qui conduisit inévitablement à l'édification des chrétiens, bien que le catharisme toucha essentiellement une population bourgeoise ou noble, sauf dans la dernière période. Les parfaits ne devaient évidemment pas tuer, mais cela s'appliquait également aux animaux.
Ils devaient également ne pas mentir, ce qui en conduisit plus d'un au bûcher. En effet, les inquisiteurs apprirent à utiliser cette règle, ainsi que l'interdiction de jurer.
Dernière obligation faite surtout aux hommes : la prédication. Les parfaits devaient prêcher le salut par l'ordination du consolament et la morale évangélique. Cette prédication se faisait dans les maisons ateliers, mais également étant invités par des fidèles ou sur la place publique.
Finalement, trois carêmes annuels étaient pratiqués
Sur le modèle de l'Eglise primitive, les Eglises cathares étaient administrées par une hiérarchie d'évêques et de diacres. Les évêques revendiquent en droite ligne des Apôtres le droit d'ordonner. Chaque évêque est assisté par deux coadjuteurs : ses fils majeur et mineur qui lui succèdent à sa mort. Le territoire de l'évêché est réparti en un certain nombre de diacres qui servent de relais entre les fidèles et l'évêque.
Les prêtres cathares (ou " Parfaits ") qui ont reçu le consolament se qualifient eux-mêmes de " bons chrétiens " ou de " bons hommes ". Ils ont le pouvoir de baptiser et de transmettre la doctrine cathare aux fidèles (" les croyants "). Lorsqu'un croyant rencontre un Bon Homme ou une Bonne Femme, il les salue d'une triple demande de bénédiction en s'inclinant trois fois devant eux : c'est le melhorier (amélioration). Les fidèles appartiennent au peuple chrétien de base. Ils ne renient en rien leurs engagements catholiques antérieurs mais ont le sentiment d'accéder à un meilleur état de chrétien grâce au sacerdoce des Bons Chrétiens.

MYTHES CATHARES


Certains pensent que des Parfaits ont relancé la pratique cathare
Après l'éradication des hérétiques par l'Inquisition, à la fin du XIIIè siècle, des Parfaits originaires d'Italie ont prêché de nouveau. Avant de connaître le même destin que leurs frères dans la foi : le bûcher. Les derniers Parfaits dissimulèrent leur foi derrière la façade du christianisme. Belibaste, l'ultime Parfait, fut brûlé en 1321 à Villerouge-Termenes, suite à la trahison dont il a été l'objet lors de sa fuite en Catalogne.
Les Cathares ne menaient pas tous une vie d'ascètes
L'ascèse était réservée aux Parfaits, l'élite cathare, appelés également "les élus" ou "les purs".
Pour se libérer du monde, ils pratiquaient le jeûne, l'abstinence sexuelle, et ne mangeaient pas de chair animale. Même les évêques, élus par les Parfaits et administrateurs des diocèses, n'étaient pas soumis à une telle rigueur. Les autres adeptes, eux, étaient autorisés à la plus grande liberté dans leur comportement.
Les défenseurs cathares face aux croisés ne furent pas les Templiers, les Templiers vivaient à la même époque que les Cathares mais pas du tout au même endroit. Créés en 1118, ils avaient pour mission d'assurer la protection des pèlerins en Terre sainte. Ils devinrent vite riches et puissants, au point de gêner Philippe le Bel. Ce dernier les fit arrêter et leur grand maître, Jacques de Molay, fut brûlé en 1307. Certains passionnés d'ésotérisme supposent que quelques-uns auraient pu s'enfuir avec leur trésor, le Saint Graal, qu'ils auraient dissimulé ... en pays cathare.
Si des mythes ont magnifier le souvenir des cathares, d’autre mythes eux les ont dénigré et même contesté leur existence.
Comme tous les événements de l'histoire, le catharisme n'est pas figé dans sa compréhension. L'étude des multiples manières d'appréhender un sujet historique s'appelle l'historiographie, l'histoire de l'histoire. Celle du catharisme est particulièrement importante pour bien comprendre la diversité des points de vue auxquels on peut se raccrocher quant à la définition même du catharisme.
"Les groupes humains produisent des représentations d'eux-mêmes qui ne reflètent pas un donné objectif mais ressortissent au champs de l'imaginaire social.... Il existe également une légende du catharisme intégrant constamment le passé dans le présent où elle se déploie."
Charles Schmidt a le mérite d'avoir écrit et publié en 1849, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois . Le catharisme était alors considéré comme une secte dualiste, fort éloignée du christianisme. C'est d'ailleurs de cette vision que s'inspirent encore de nombreux dictionnaires...
Napoléon Peyrat, avec ses trois volumes de l'Histoire des Albigeois a d'orienté les nouvelles visions du catharisme, dans un courant plus romantique. C'est lui qui donne un rôle clé à Montségur, qui n'avait pas d'importance particulière auparavant. C'est également lui qui "invente" Esclarmonde, fille du comte de Foix, qui aurait pris une forme de colombe lors de son trépas. Des ossements de la nécropole préhistorique de Lombrives, il fait les restes des derniers faydits, murés dans la grotte sur l'ordre du sénéchal de Carcassonne. Aujourd'hui, notre vision analytique nous oblige à ranger les ouvrages dans des catégories et celui-ci se voit donc tout naturellement dirigé vers celle de l'imaginaire romantique. Peu avant 1900, Joséphin Péladan ressuscite l'ordre de la Rose + Croix et intègre le catharisme à l'occultisme. Il greffe sur Montségur la légende du Graal et identifie la montagne sainte de l'Ariège et le Montsalvat de Lohengrin et de Parzifal. La spécificité cathare a nourri la revendication occitane comme la spécificité « bogomile » les revendications bosniaques
« Dans l’histoire serbe il y a peu de problèmes qui seraient sortis du cadre scientifique dans la même mesure que l’invention des soi-disant «bogomile » ou «patarins» dans la Bosnie médiévale ou Hum. Il semble incroyable que, sur base de si peu d’éléments initiaux, on a construit un système grandiose des non- et semivérités, qui était jusqu’à ces derniers temps une vérité «scientifique» officielle et intangible, répétée à la perroquet depuis l’école élémentaire jusqu’ à l’université. »
La prudence doit nous inciter à se méfier des jugements sommaires.


CATHARES ET FRANC MACON


Un extrait d’une Lettre pastorale et mandement de Monseigneur l’Evêque de Carcassonne relative à la Franc-Maçonnerie ,signée Félix Arsène Billard et datée de 1884 pose le problème.
Il s’agit d’un avertissement adressé aux paroissiens du diocèse de Carcassonne afin de les mettre en garde contre cette relativement nouvelle société humaniste qu’est la Franc-Maçonnerie.
Mgr Billard identifie la Franc-maconnerie comme l’héritière du catharisme et, de fait, elle doit être
combattue comme l’a été cette religion au XIIe siècle: « Pourquoi les Francs-Maçons qui descendent en ligne directe de l’hérésie Albigeoise et qui ne sauraient renier leur filiation, ne seraient-ils pas aussi désarmés, vaincus, ou plutôt convertis ?
Les cathares théorisaient l'existence d'un principe "mauvais" à l'origine du monde matériel. Au Dieu bon qui règne sur le monde spirituel, s'oppose le monde matériel gouverné par Satan. L'homme n'est qu'un esprit enfermé dans la matière par la ruse du Malin. Les cathares veulent libérer l'homme de la matière et lui rendre sa pureté divine. Avec le "consolament", les cathares sont ramenés à la lumière.
Le catharisme prétend être l’authentique christianisme. Ses livres saints sont la bible (Nouveau Testament, uniquement) et les évangiles, principalement celui de Saint Jean.
Le catharisme pose comme principe de base que Dieu, infiniment bon, créateur de l’univers, ne peut être à l’origine du mal. Celui-ci est l’œuvre d’un ange déchu, le démon, qui aurait entraîné dans sa chute d’autres anges et le tiers des âmes créées par Dieu (cf. Apocalypse de Saint Jean). Les cathares pensent que ces âmes, tombées à terre, s’incarnent dans le corps des hommes. Elles ne pourront retrouver leur place au ciel qu’après s’être purifiées. Cette théorie dualiste s’oppose au dogme de l’Eglise officielle, où Dieu est seul créateur du monde. Pour un cathare, l’homme ne peut échapper à l’emprise du mal et accéder au spirituel qu’en se détachant du monde et de la chair. La mort représente l’anéantissement du mal.
L’exercice de la liberté est une revendication maçonnique , l’appellation franc maçon en anglais est sans équivoque : free masson : maçon libre. Chacun a pu entendre cette affirmation :Un maçon libre dans une loge libre.
Parmi les diverses façons de concevoir la liberté, on peut en distinguer quatre, auxquelles, croyons-nous, toutes les autres se ramènent: le libre arbitre, tel que le conçoit Fénelon en s'inspirant des thèses scolastiques; la liberté de perfection; la liberté comme attribut fondamental de l'esprit; et enfin la liberté comme faculté de choix transcendantal.
Il apparaît que c’est cette dernière qui guidait les parfaits.
«Par-dessus l'infinité de l'espace et du temps, l'amour infiniment plus infini de Dieu vient nous saisir. Il vient à son heure. Nous avons le pouvoir de consentir à l'accueillir ou de refuser. Si nous restons sourds il revient et revient encore comme un mendiant, mais aussi comme un mendiant, un jour il ne revient plus.»
On peut convenir que la conception de la liberté est une adhésion individuelle et que le libre arbitre est celle qui est le plus souvent revendiquée dans les loges.
Pour les maçons du rite écossais rectifié de la GLTSO, la liberté comme faculté de choix transcendantal semble possible mais n’apparaît que chez quelques frères qui nous semblent « parfaits ».
N’ayant pas de loges de « perfection » nous avons le devoir de porter parmi les hommes les vertus dont nous avons promis de donner l’exemple, chose plus facile à dire qu’a faire.
Peut être quelques lignes lues dans les pages précédentes ont elles provoqué chez certain un phénomène d’écho comme : Le catharisme prétend être l’authentique christianisme. Ses livres saints sont la bible (Nouveau Testament, uniquement) et les évangiles, principalement celui de Saint Jean.
Que l’on trouve ouvert sur le plateau du vénérable
Le catharisme pose comme principe de base que Dieu, infiniment bon, créateur de l’univers, ne peut être à l’origine du mal. Celui-ci est l’œuvre d’un ange déchu, le démon, qui aurait entraîné dans sa chute d’autres anges et le tiers des âmes créées par Dieu (cf. Apocalypse de Saint Jean).
Thèse que l’on rencontre dans le traité de la réintégration de Martinez de Pasqualy
Les cathares théorisaient l'existence d'un principe "mauvais" à l'origine du monde matériel. Au Dieu bon qui règne sur le monde spirituel, s'oppose le monde matériel gouverné par Satan
Ce que l’on peut illustrer par un pavé Mosaïque.

Anagogie
Le désir de perfection
Parfait et parfaite


Etaient parfaits ou parfaites ceux qui avaient reçu le Consolamentum. Les parfaits ne mangeaient pas de viande ou dérivés sauf le poisson. Selon eux, le fait de manger de la viande animale revitalisait ses instincts brutaux. Ils ne devaient pas influencer la justice humaine (par exemple siéger dans les tribunaux, à la différence du clergé catholique, très impliqué dans les affaires temporelles).
Sorte de pasteur de l'Eglise cathare, les parfaits et parfaites ne se sont jamais appelés de cette manière mais se présentaient comme des Bons-Hommes et Bonnes-Femmes, ou Bons chrétiens et Bonnes chrétiennes.
Les parfaits se devaient de respecter scrupuleusement un mode de vie d'ascète :
. ne pas avoir de liaison charnelle
. ne pas consommer d'aliments carnés (ils se nourrissaient exclusivement de poissons et de légumes et faisaient de nombreux jeûnes)
. ne pas pratiquer l'homicide y compris des animaux (considéré comme le péché le plus grave)
. ne pas succomber à la lâcheté devant la souffrance et la mort
. ne pas mentir ni jurer
. et surtout consacrer leur vie au spirituel (nombreuses prières, aider les autres, ...).

Et puis chercher toujours Sans regret ni remord pour l’or d’un mot d’amour


VM J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 08:11

Introduction

Ce rituel, publié au début des années soixante par Théo Venckeleer dans la Revue Belge de Philologie et d’Histoire, est un fragment de texte occitan inclu dans un document plus volumineux.
Ce manuscrit, portant la côte « 269 », faisait partie d’un fond de documents vaudois rassemblés au XVIIe siècle. il ne fut reconnu comme d’origine cathare qu’au siècle dernier. Il est daté de la seconde moitié du XIVe siècle, ce qui est tardif pour un ouvrage cathare.
Déodat Roché en attribuait la rédaction à un auteur cathare influencé par les positions des garatistes de l’église de Concorezzo. La traduction du chercheur belge comportant quelques erreurs, c’est à partir du document original que Anne Brenon effectua une nouvelle traduction qui fut ajoutée à l’ouvrage de René Nelli « Écritures cathares » à l’occasion d’une révision qu’elle fit de l’ouvrage.

Qualités et défauts

L’intérêt majeur de ce texte est qu’il offre une approche détaillée — bien plus que ne le font les deux autres rituels disponibles — de la catéchèse cathare.
Malheureusement, ce texte pose plusieurs problèmes, certains liés à la personne qui en a effectué la retranscription initiale, d’autres liés à son contenu même.
En effet, « la Glose du Pater » montre une qualité de copie nettement inférieure à celle du traité de « l’Église de Dieu ». Cela est à attribuer au copiste initial dont la graphie et la qualité sont sans rapport d’un texte à l’autre d’après Anne Brenon.
Mais, essayons de voir les choses d’un peu plus près.

« L’Église de Dieu »

Cette partie constitue un véritable traité, à l’image de celui du « Livre des deux Principes » de Jean de Lugio. Comme ce dernier, il s’agit clairement d’un texte à usage interne à l’église cathare et non d’un ouvrage de prédication à destination des croyants. On y retrouve tous les fondamentaux de la doctrine cathare.
Ce qui est marquant et typiquement cathare est la mise en avant de prééminence du sens intelligible d’un texte sur son sens littéral. Cette particularité marquera clairement la différence entre le catharisme et le catholicisme.

« La Glose du Pater »

Ce texte correspond à l’enseignement précédant la transmission de la Sainte Oraison qui faisait d’un sympathisant, un vrai croyant autorisé à réciter le Pater en compagnie des Bons Chrétiens.
Ce qui frappe au premier abord, c’est l’abondance de références prises dans l’Ancien Testament quand les deux autres rituels en appellent eux au Nouveau Testament, même si c’est plus sensible dans le « Rituel occitan de Lyon » que dans le « Rituel latin de Florence » quoique ce dernier soit infiniment plus avare de telles citations que l’ouvrage de Dublin.
Les explications verbeuses cherchant à présenter la création divine selon une hiérarchisation en sept niveaux fut considéré par Déodat Roché comme une influence d’Origène. En effet, la tentative de rapprochement qu’opère ce texte avec les positions de l’église romaine sont manifestes.
C’est sur cette base que Anne Brenon proposa d’attribuer ce document à Didier de Concorezzo, garatiste et fils majeur de l’évêque Nazaire. Cet adversaire acharné de Jean de Lugio aurait, par ce texte, tenté d’infléchir encore plus la position — déjà très mitigée du monisme de son église — pour la rapprocher encore de la position de l’église catholique romaine.
On retrouve également dans ce texte l’énoncé de la théorie traducianiste qui permettait aux monistes d’intégrer le péché originel dans une doctrine cathare, là où les dyarchiens le rejetaient formellement.
Si Didier de Concorezzo est validé comme auteur vraisemblable de ce texte, il faut rappeler qu’il était considéré comme favorable à la notion de jugement dernier et de punition divine, se basant pour cela sur l’« Interrogatio Johannis », apocryphe chrétien du IIe siècle donné aux monistes italiens par une église bogomile.
Enfin, cette partie semble s’éloigner fortement des écrits cathares en ce sens que sa compréhension des Écritures est trop souvent littérale ce qui est l’opposé de la méthode cathare que nous avons vu précédemment.

Conclusion

Que faut-il retenir de ce rituel ?
Je pense qu’il faut savoir lui reconnaître sa qualité de traité cathare exposant clairement et méthodiquement les fondamentaux de la doctrine cathare.
Cependant, je n’y vois pas un ouvrage supérieur aux autres textes cathares, bien au contraire, en raison de ce que je viens d’expliquer dans le chapitre précédent.
Sans compter que l’on peut craindre légitimement que les vaudois qui l’ont conservé aient pu, le modifier ou ne garder que les fragments correspondant à leurs vues.
À l’instar de Déodat Roché — et l’on ne peut que rendre hommage à l’intégrité intellectuelle de ce farouche partisan d’une mystique cathare — on doit se garder de tout débordement mystique à la lecture de ce document, comme on pu le faire certains.
Au total, je le trouve intéressant, surtout pour ce qui est du traité de « L’Église de Dieu », mais sans rapport avec la qualité du traité de Jean de Lugio.

Source : http://www.catharisme.eu/religion/doctrine-chretienne-cathare/rituel-dublin/

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Published by Éric de Carcassonne - dans Cathares
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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 08:08

Au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit.

Nous désirons donner, selon le témoignage des Saintes Ecritures, la connaissance et la compréhension de l'Eglise de Dieu. Ladite Eglise n'est faite ni de pierre, ni de bois, ni de toutes autres choses faites de main d'homme, ainsi qu'il est écrit dans les Actes des Apôtres: "Dieu ne réside pas dans des maisons faites de main d'homme.".

Car cette Eglise est la réunion des fidèles et des saints hommes en laquelle Christ demeure et demeurera jusqu'à la fin des siècles, comme le dit le Seigneur: "Et voici, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde". Et dans l'Evangile de Jean: "Si quelqu'un m'aime. il gardera ma parole et mon Père l'aimera, nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui". Et il dit aussi: "... si vous m'aimez. gardez mes commandements, et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir car il ne le voit ni ne le connaît. Mais vous, vous le connaissez, car il demeure en vous et il sera en vous".

Paul parle de cette Eglise, plus loin dans l'Epître aux Corinthiens: "... ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu et que l'esprit habite en vous? Si quelqu'un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira: car le temple de Dieu est saint et c'est ce que vous êtes".

Et aussi: "... ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu.

Et aussi: "Car nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l'a dit: J'habiterai et je marcherai au milieu d'eux; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. C'est pourquoi, Sortez du milieu d'eux, Et séparez-vous, dit le Seigneur; Ne touchez pas à ce qui est impur, Et je vous accueillerai. Je serai pour vous un père, Et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout puissant. "

Et Paul dit aussi à Timothée: " Je t'écris ces choses, avec l'espérance d'aller bientôt vers toi, mais afin que tu saches, si je tarde, comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Église du Dieu vivant, la colonne et l'appui de la vérité. " Et il dit encore aux Hébreux: "Christ est comme Fils sur sa maison; et nous sommes sa maison". Mais dans l'Evangile de Matthieu, Christ dit de cette Eglise à Pierre: "Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle". Et Luc dit dans les Actes des Apôtres: "L'Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, s'édifiant et marchant dans la crainte du Seigneur, et elle s'accroissait par l'assistance du Saint-Esprit".

Et le Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Evangile de Matthieu: "Si ton frère a péché, va et reprends le entre toi et lui seul. S'il t'écoute tu as gagné ton frère mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes afin que l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Eglise: et s'il refuse aussi d'écouter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain".

Mais l'Eglise du Christ ne pourrait faire toutes ces choses si elle était en construction comme celles qu'on appelle des églises, car de telles constructions ne peuvent ni marcher, ni entendre, ni parler. Car Paul dit de cette Eglise sainte du Dieu vivant aux Ephésiens: "Christ a aimé l'Eglise et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, par la parole de vie, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau, afin de faire paraître devant lui cette Eglise glorieuse, sans taches ni rides, ni rien de semblable, mais sainte et impeccable".

Et cette Eglise pure et sainte est la chambre du Saint-Esprit, comme il a été démontré plus haut, de laquelle Christ dit: "Car ce n'est pas vous qui parlerez mais c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous".

II.

Cette Eglise de Dieu, dont nous parlons, a reçu tel pouvoir de notre Seigneur Jésus-Christ que les péchés sont pardonnés par ses prières, comme Christ le dit dans l'évangile de Jean: "Recevez le Saint-Esprit; ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus". Et Matthieu dit: "Il leur donna pouvoir de chasser les mauvais esprits". Et Marc écrit: "Il leur donna le pouvoir de chasser les démons"; et Luc: "Il leur donna pouvoir sur tous les démons".

Et Christ dit encore dans l'évangile de Matthieu: "Si ton frère refuse d'écouter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Je vous dis encore que si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux".

Et Pierre dit dans son épître: "Car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles sont attentives à leurs prières". Et Jacques dit: "Car la prière du juste a une grande valeur". Car Christ dit dans l'évangile de Marc: "C'est pourquoi je vous le dis: tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir". Et il dit encore: "Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils saisiront les serpents, ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris".

Mais pour ceux qui souffrent de la maladie du péché, Jacques révèle la manière de guérir l'infirmité de l'âme: "Quelqu'un parmi vous est-il malade? Qu'il appelle les Anciens de l'Eglise, et que les Anciens prient pour lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur, et la prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera et s'il a commis des péchés il lui seront pardonnés".

Pour cette raison et beaucoup d'autres, il s'est avéré que seules les prières de la sainte Eglise du Christ peuvent remettre les péchés, ainsi que Christ le dit: "Tous ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés, et tous ceux à qui vous retiendrez leurs péchés, ils leur seront retenus".

Mais si d'aucuns sont si aveugles et si ignorants pour penser qu'il déclara que ce pouvoir n'advint et ne fut donné qu'aux seuls apôtres, qu'ils étudient l'évangile de Jean où Christ dit: "Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des siècles". Et encore: "Cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive". Pour ces raisons, il est certain que le pouvoir détenu par l'Eglise de Christ est maintenu et le sera jusqu'à la fin.

III.

Cette Eglise s'abstient de tuer et ne consent pas à ce que le meurtre soit commis. Car Notre Seigneur Jésus-Christ dit: "Si tu veux entrer dans la vie, ne soit pas meurtrier". Et il dit encore: "Vous avez entendu qu'il a dit aux anciens: tu ne tueras point: celui qui tue mérite d'être puni par les juges. Mais moi je vous dit que quiconque se met en colère contre son frère, mérite d'être puni par les juges". Et Paul dit: "Tu ne tueras point". Et Jean dit dans son épître: "Et vous savez que le meurtrier n'a pas la vie éternelle".

Et il est dit dans l'Apocalypse que "les meurtriers sont hors de la cité sainte". Et il dit encore que "tout homme qui tueras par l'épée sera tué par l'épée". Et aussi que "la part des meurtriers sera en l'étang ardent du feu et de soufre".

Et Paul dit aux Romains pleins d'envie, de meurtres, de querelles, de fraudes et de malice: "Ceux qui commettent de telles choses sont dignes de mort" et non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font.

IV.

Cette Eglise s'abstient de l'adultère et de toutes les impuretés, car notre Seigneur Jésus-Christ dit: "Tu ne commettras point l'adultère". Et il dit aussi dans l'évangile de Matthieu: "Vous avez appris qu'il a été dit aux Anciens: tu ne commettra point d'adultère. Mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère dans son coeur avec elle". Et encore: "C'est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les adultères et les impudicités et toutes les choses souillent l'homme".

Et dans le livre des Prophètes, il est écrit: "Celui qui commet un adultère dans la folie de son coeur, détruit son âme". Et Paul dit aux Ephésiens: "Que ni la fornication, ni aucune espèce d'impureté ne soient nommées parmi vous". Il dit aussi: "Et sachez bien qu'aucun impudique, impur ou cupide n'a d'héritage dans le royaume du Christ".

Il est dit aux Galates: "Les oeuvres de la chair sont manifestes: ce sont la fornication, l'impureté, l'impudicité, la luxure, etc... Et ceux qui commettent de telles choses n'hériteront pas du royaume de Dieu". Et il dit encore aux Corinthiens: "Ne vous trompez pas: ni les impudiques, ni les cupides, ni les adultères n'hériteront du royaume de Dieu". Et il dit aux Hébreux: "Dieu jugera les impudiques et les adultères".

Et dans l'Apocalypse il est écrit: "Les impudiques seront jetés hors de la cité sainte". Et Jean dit encore que "la part des adultères sera dans l'étang ardent de feu et du soufre" et que c'est la seconde mort.

V.

Cette Eglise s'abstient de tous les vols: car notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'évangile de Matthieu: "tu ne voleras point". Et Paul dit aux Ephésiens: "Que celui qui volait ne vole plus: mais qu'il travaille, en faisant de ses mains ce qui est bien pour avoir de quoi donner". Et il dit aussi aux Romains: "Tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain". Et Pierre dit dans son épître: "Qu'aucun de vous ne souffre comme meurtrier, ou comme voleur, ou comme s'ingérant dans les affaires d'autrui".

VI.

Cette Eglise s'abstient du mensonge et des faux témoignages: car notre Seigneur Jésus-Christ dit: "Tu ne mentiras point".

Et Pierre dit dans son épître: "Si quelqu'un veut aimer la vie, et voir des jours heureux, qu'il préserve sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses".

Et Paul dit aux Romains: "Tu ne porteras pas de faux témoignages"; et également aux Ephésiens: "C'est pourquoi renoncez au mensonge et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain".

Et dans l'Apocalypse Christ dit : "qu'il n'entrera dans la cité sainte rien de souillé ni personne qui se livre à l'abomination et au mensonge".

Et il dit encore que "sera rejeté de la cité sainte tout homme qui aime et pratique le mensonge"; et aussi que "la part des menteurs sera dans l'étang ardent de soufre et de feu".

C'est pourquoi Paul dit aux Colossiens: "Ne mentez pas les uns les autres". Et dans le livre des Prophètes, il est écrit: "La bouche qui ment détruit l'âme".

VII.

Cette Eglise s'abstient de jurer: car notre Seigneur Jésus-Christ a dit dans l'évangile de Matthieu: "Ne jurez aucunement, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car c'est son marchepied, ni par Jérusalem parce que c'est la ville du grand roi, ni par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu".

Mais en outre, après avoir interdit de jurer, il enseigne comment l'on doit parler, disant: "Que votre parole soit oui, oui, non, non", comme s'il disait: ce que tu as dans le coeur, dis le seulement par des mots, sans jurer.

Car le Christ dit que: "Ce qui est en plus vient du malin".

Ce qui est du diable est appelé le mal dont nous demandons à Dieu, dans nos prières, de nous délivrer, disant: "Délivrez-nous du mal".

Mais à l'encontre de ce précepte, la maligne Eglise romaine dit et affirme que l'homme doit jurer et dit que Dieu jura et que les anges aussi. Mais en raison de cela, s'ils ont juré nous ne le devons pas; car ni à Dieu ni aux anges n'a été donné le commandement de ne point jurer.

Et Paul dit que là où il n'y a pas de loi, il n'y a pas de transgression. C'est pourquoi on ne doit pas jurer, car il nous est prescrit de ne point le faire; car si l'on jure, on se parjure souvent.

Il est ainsi manifeste que plus de cent mille parjures ont été faits par la maligne Eglise Romaine.

C'est pourquoi Jacques, l'Apôtre, qui avait entendu la vérité de notre Seigneur Jésus-Christ dit dans son épître: "Avant toute chose, mes frères, ne jurez ni par le ciel, ni par la terre, ni par aucun autre serment. Mais que votre oui soit oui, et que votre non soit non, afin que vous ne tombiez pas sous le jugement".

Et c'est pourquoi l'Eglise du Christ ne jure pas; car si elle le faisait, elle transgresserait la loi du Christ qui a dit: "Ne jure pas".

VIII.

Cette Eglise s'abstient du blasphème et des malédictions; car Jacques a dit: "Si quelqu'un croit être religieux sans tenir sa langue en bride mais en trompant son coeur, la religion de cet homme-là est vaine".

Et Paul dit aux Ephésiens : "qu'il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise", et il dit encore : "Que toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie disparaissent de milieu de vous".

Et aux Colossiens il dit : "Renoncez à toutes ces choses, à la colère, à l'animosité, aux blasphèmes, aux mauvaises paroles".

Et Pierre dit dans l'épître: "Ne rendez pas le mal pour le mal; bénissez au contraire car c'est à cela que vous avez été appelés, afin d'hériter la bénédiction. Si quelqu'un en effet veut aimer la vie et voir des jours heureux, qu'il préserve sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses".

Car Jésus-Christ dit qu'au jour du jugement, "les hommes rendront compte de toutes les paroles vaines qu'ils auront proférées.

Car par tes paroles tu seras justifié et par tes paroles tu seras condamné".

Et à cause de la bénédiction juste, quand sera venu le jour du jugement, ils seront appelés bénits.

Et les méchants, qui auront usé de la malédiction, seront appelés maudits, comme le révèle l'évangile de Matthieu: "Lorsque Christ sera assis sur le trône de sa gloire, il séparera les mauvais des bons; et il dira aux bons: venez vous qui êtes bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui a été préparé pour vous...; et aux mauvais il dira: retirez-vous de moi, maudits, allez au feu inextinguible".

IX.

Cette Eglise garde et observe tous les commandements de la loi de vie, car Jacques dit dans son épître: "Quiconque observe toute la loi mais pèche en un seul point, devient coupable de tous.

Car celui qui dit: tu ne commettras point d'adultère, a dit aussi: tu ne tueras point. Or si tu ne commets point d'adultère mais que tu commettes un meurtre, tu deviens transgresseur de la loi".

Et Christ dit: "Ou bien dis que l'arbre est bon et que son fruit est bon, ou bien dis que l'arbre est mauvais et que son fruit est mauvais".

Et c'est pourquoi l'Eglise de Dieu désire que tous ses fruits soient bons pour ressembler à son bon maître et guide Jésus-Christ: car tout ce qu'il a enseigné aux autres, il l'a fait et accompli auparavant dans ses oeuvres en sorte que si d'aucuns ne veulent pas croire en lui par ses paroles, qu'ils croient du moins en lui par ses bonnes oeuvres. Ce dont il dit dans l'évangile de Jean: "Si vous ne voulez pas croire aux paroles, croyez en les oeuvres".

C'est pourquoi Pierre dit: "Christ a souffert pour nous, nous laissant un exemple afin que nous suivions ses traces. Lui qui n'a commis de péché et dans la bouche duquel ne s'est point trouvé de fraude". Ainsi l'Eglise de Dieu, qui est dite corps du Christ, désire suivre son chef Jésus-Christ.

D'où Paul dit: "Il a tout mis sous les pieds de Christ, et lui, il l'a donné pour chef à toute l'Eglise qui est son corps". Et aussi: "Vos corps sont les membres de Christ".

Ainsi, puisque les vrais chrétiens sont membres de Christ, il leur incombe d'être saints, purs et chastes et exempts de tout péché comme leur chef Jésus-Christ, car Jean écrit: "Quiconque demeure en lui ne pèche point et quiconque pèche ne l'a pas vu et ne l'a pas connu".

Il dit encore: "Tout homme qui déclare demeurer en Christ, doit marcher comme il a lui-même marché". Et il dit encore: "Si nous disons que nous sommes en communion avec lui et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité; mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion avec lui".

C'est pourquoi il dit: "Qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste".

X.

Cette Eglise souffre les persécutions, les tribulations et le martyre au nom du Christ; car il a lui-même souffert dans la volonté de sauver et purifier son Eglise et pour lui montrer par sa parole et ses oeuvres que, jusqu'à la fin du monde, elle aura à souffrir la persécution, les insultes et les malédictions, comme il l'a dit dans l'évangile de Jean: "Ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront"; et dans l'évangile de Matthieu: "Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice car le royaume des cieux est à eux.

Heureux serez-vous lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira de vous toute sorte de mal à cause de moi.

Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous".

Et il dit encore: "Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups"; et encore: "Vous serez haïs de tous les hommes à cause de mon nom; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé, Et quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre".

Notons bien tous ces propos du Christ qui contredisent la maligne Eglise romaine.

Car elle n'est pas persécutée pour le bien ou la justice qu'elle aurait en elle, mais au contraire c'est elle qui persécute et tue ceux qui refusent d'accepter ses péchés et ses agissements. Elle ne fuit pas de villes en villes mais régente les villes, les bourgs et les provinces et trône superbement dans les fastes de ce monde, étant la crainte des rois, des empereurs et des autres barons.

Elle n'est pas d'avantage comme un agneau au milieu des loups mais plutôt comme un loup parmi les brebis ou les chèvres; car elle s'efforce de tyranniser les païens, les juifs et les gentils.

Et avant tout, elle tue et persécute l'Eglise du Christ qui supporte tout avec patience, comme l'agneau n'opposant aucune résistance au loup.

C'est pourquoi Paul dit: "C'est pour toi qu'on nous met à mort tout le jour, qu'on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie".

Mais à l'opposé de cela. les prêtres de l'Eglise romaine n'éprouvent aucune honte à dire qu'ils sont les brebis et les agneaux du Christ, et à déclarer que les loups sont l'Eglise du Christ qui est persécutée par eux.

Il y a là une contradiction car dans les temps passés, les loups persécutaient et tuaient les brebis; maintenant tout serait renversé car les brebis seraient si enragées qu'elles mordraient, persécuteraient et tueraient les loups.

Et les loups seraient si patients qu'ils se laisseraient dévorer par les brebis.

Mais l'Eglise romaine dit encore: "nous ne persécutons pas les hérétiques pour leurs bonnes oeuvres, mais à cause de la foi, parce qu'ils refusent de la recevoir.

Notons comme elle semble bien être la fille de ceux qui tuèrent Christ et les apôtres; car ils ont tué et persécuté et ils le feront jusqu'à la fin parce que les saints dénoncent leurs péchés et leur prêchent une vérité qu'ils ne peuvent comprendre.

C'est pourquoi Christ leur dit dans l'évangile de Jean: "Je vous ai fait voir plusieurs bonnes oeuvres venues de mon Père: pour laquelle me lapidez-vous? Et ils répondirent: nous ne te lapidons pas pour une bonne oeuvre mais pour un blasphème".

Ainsi, il est évident que depuis l'origine du monde les loups ont tué et persécuté les brebis et les méchants ont persécuté les bons et les pécheurs ont persécuté les saints.

Et c'est pourquoi Paul dit: "Tout homme qui veut vivre saintement en Jésus-Christ sera persécuté".

Notons qu'il ne dit pas "persécutera" mais "sera persécuté".

Et Jésus Christ dit à son Eglise dans l'évangile de Jean: "L'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu".

Notons qu'il ne dit pas: "l'heure vient où vous persécuterez et ferez mourir les hommes et rendrez un culte à Dieu".

Et Jésus Christ le bon, dit encore aux persécuteurs: "Voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous les tuerez et les crucifierez et vous les battrez avec des verges et vous les persécuterez de villes en villes".

Et dans les Actes des Apôtres, les apôtres disent: "Car, par les nombreuses tribulations et persécutions, nous entrons dans le royaume des cieux".

Et c'est pourquoi Jean l'apôtre dit: "Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait".

XI.

Cette Eglise délivre le saint baptême spirituel qui est l'imposition des mains par laquelle est donné le Saint-Esprit et duquel Jean-Baptiste dit: "Celui qui vient après moi vous baptisera du Saint-Esprit".

C'est pourquoi, lorsque notre Seigneur Jésus Christ vint du trône de sa gloire pour sauver son peuple, il prescrivit à son Eglise de baptiser les autres hommes de ce baptême, comme il le dit dans l'évangile de Matthieu: "Allez et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit".

Et il leur dit dans l'évangile de Marc: "Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création.

Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera perdu". Mais la maligne Eglise romaine, comme un aveugle guidant des aveugles, dit que le Christ référait au baptême d'eau que donnait Jean-Baptiste avant que Christ ne prêche.

Ceci peut être réfuté en plusieurs points: si le baptême que donne cette Eglise était celui que Christ a donné à son Eglise, alors presque tous ceux qui l'ont reçu seraient condamnés, car le Christ dit: "Ceux qui ne croiront pas seront perdus".

Or ils baptisent les petits enfants qui ne peuvent croire en rien et qui n'ont pas l'entendement du bien et du mal; ils les condamneront ainsi par leur parole.

Mais si les gens sont sauvés par le baptême temporel de l'eau, alors le Christ est venu mourir en vain car ils avaient déjà le baptême d'eau.

Il est certain que l'Eglise du Christ baptisait d'un autre baptême que celui de Jean-Baptiste, comme le montre Jean l'évangéliste lorsqu'il dit: "Mais quand Jésus sut que les pharisiens avaient appris qu'il faisait et baptisait plus de disciples que Jean (toutefois Jésus ne baptisait pas lui-même ses disciples) ..."

Et Jean-Baptiste l'a lui-même clairement affirmé, disant: "Je vous ai baptisés d'eau, mais il vous baptisera du Saint-Esprit".

Cependant, Jean n'était venu baptiser d'eau que pour conduire le peuple à croire au baptême du Christ et pour lui rendre, à lui dont il prêchait la venue, un ferme témoignage.

Car l'Esprit Saint ne devait descendre sur aucun de ceux que baptisait Jean, hormis Jésus, ce par quoi il devait reconnaître le Christ, qui baptiserait du Saint-Esprit.

Sinon il n'aurait point su qui était le Christ, comme il l'a dit dans l'évangile de Jean: "Je ne le connaissait pas, mais c'est afin qu'il soit manifesté à Israël que je suis venu baptiser d'eau.

Car j'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et s'arrêter sur lui.

Je ne le connaissais pas; mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau m'a dit: celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et s'arrêter, c'est celui qui baptise du Saint-Esprit.

Et j'ai vu, et j'ai rendu témoignage qu'il est le Fils de Dieu". C'est pourquoi Jean baptisait; car, baptisant dans l'eau, il devait reconnaître Christ et le désigner au peuple comme étant celui qui donnerait l'autre baptême.

Mais de ces deux baptêmes, Paul a montré qu'un seul assure le salut car il dit: "Une seule foi, in seul baptême".

Et Luc dit dans les Actes des Apôtres quel baptême est donné par l'Eglise de Dieu et montre bien que la baptême d'eau est moindre, disant: "Quand Paul vint à Ephèse, il trouva là certains disciples et leur demanda s'ils avaient reçu l'Esprit après avoir cru.

Et ils lui dirent nous n'avons même pas entendu dire qu'il y eût un Saint-Esprit.

Et Paul leur dit: de qui avez-vous été baptisés? et ils dirent: du baptême de Jean.

Alors Paul leur dit: Jean a baptisé du baptême de repentance, disant de croire en celui qui venait après lui, c'est-à-dire en Jésus.

Ayant entendu ces choses, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Et quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit Saint vint sur eux".

Notons que si ceux qui, étant d'âge mûr, étant croyants de coeur et connaissant le bien et le mal, n'avaient pas reçu l'Esprit par le baptême d'eau, comment donc, par ce même baptême, les petits enfants qui n'ont pas de croyance ni la connaissance du bien et du mal, pourraient-ils le recevoir?

Luc affirme encore, disant: "Quand les apôtres qui étaient à Jérusalem, eurent appris que la Samarie avait reçu la parole, ils envoyèrent Pierre et Jean.

Ceux-ci, lorsqu'ils furent arrivés, prièrent pour eux afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit car il n'était pas encore descendu sur aucun d'eux; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors les apôtres leur imposèrent les mains et ils reçurent le Saint-Esprit".

Et Paul dit à Timothée qu'il avait baptisé de ce baptême: "Je t'exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l'imposition des mains".

Et ainsi fit Ananias en baptisant Paul.

Et on voit que beaucoup d'autres qui n'étaient pas les apôtres donnaient ce baptême, juste en l'ayant reçu de la Sainte Eglise, car l'Eglise du Christ l'a gardé sans interruption et le gardera jusqu'à la fin, ainsi que le Christ a dit: "Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde".

Et Pierre montre clairement que nul n'est sauvé sans ce baptême, disant: "Comme aux jours de Noé, un petit nombre, c'est-à-dire huit, furent sauvés par l'arche, de la même manière, le baptême vous sauve...".

Ainsi, tout homme qui n'est pas baptisé de la sorte n'est pas sauvé comme ceux qui étaient en dehors de l'arche périrent dans le déluge; car il est dit: "de la même manière, le baptême vous sauve..." Cela suffit à propos du baptême.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 08:05

Introduction

 

Les Cathares ont vécu en Languedoc de l’an 1000 à 1300 et ont été considérés comme de dangereux hérétiques par la hiérarchie catholique. Ils ont fait l’objet d’une répression d’abord souple, avec la complicité de la noblesse locale rapidement gagnée à leurs idées, puis féroce jusqu’à leur extinction et l’anéantissement de leurs traces.

Le catharisme a été non seulement un fait religieux mais aussi une réalité sociale et politique, qui s’est répandue du Languedoc au nord de l’Italie. Incapable d’enrayer la progression de l’hérésie par la prédication anti-cathare, le pape Innocent III va appeler en 1209 les chrétiens du Nord à la croisade contre ceux qu’on appellera plus tard les Albigeois pour éradiquer cette Eglise par le glaive. Puis, devant l’insuccès de 20 ans de croisade, son successeur Honorius III va instituer des tribunaux ecclésiastiques spécifiquement créés pour l’occasion, ceux de l’Inquisition.

La victoire sera totale puisque dès le XVIème siècle, l’église cathare n’existe plus en tant qu’institution. Par contre, la philosophie et les principes du catharisme suscitent de l’intérêt et continuent à faire l’objet d’études, en particulier dans les milieux maçonniques. Ainsi, la parcelle de vérité contenue dans la métaphysique cathare a traversé le temps et rejaillit aujourd’hui avec force, pour nous interroger sur le sens de la création et de la gnose, mais aussi pour renforcer notre conviction, qu’il est impossible de cacher la Vérité par la force à celui qui la cherche.

Pour comprendre le catharisme, il faut revenir aux premiers siècles de notre ère. Après la mort du Christ, les croyances ont beaucoup varié au sein de l’Eglise chrétienne. De tous les évangiles, écrits parfois longtemps après, seuls quatre ont été retenus par Rome, les autres dits apocryphes, littéralement tenus secrets, tel l’épître de Saint Pierre, ont été rejetés faisant de leurs adeptes des hérétiques, c’est à dire ceux qui ont développé des croyances, en contradiction avec les dogmes de l’église.

Au cours de conciles, les multiples questions posées par la croyance chrétienne naissante ont imposé de fréquentes et interminables discussions théologiques pour fixer le dogme et finalement rejeter en dehors de l'église, c’est à dire ex-communier les hérétiques, qui se considéraient eux comme les vrais croyants.

Parler des cathares c’est donc parler de leur répression et de leur éradication. De ce fait, il est devenu difficile de reconstituer leur épopée à partir de documents authentiques, car beaucoup ont été détruits alors que d’autres, très nombreux, ont été écrits par leurs ennemis, et donc sujets à caution.

En fait, il n’existe que cinq textes authentiques, 3 rituels et 2 traités de théologie, dont le livre des deux principes écrit par Jean de Lugio de Bergame vers 1250. Par ailleurs, les cathares vont se référer à quelques textes apocryphes et à l’Évangile de Jean.

Enfin, il subsiste les archives de l’Inquisition qui renseignent sur la mentalité de l’époque. A huit siècles de distance, on peut ainsi constater que lorsque le pouvoir politique est aveuglé par un dogme discriminatoire, il génère les mêmes horreurs.

Ce déficit de textes originaux cathares a favorisé les interprétations de ceux qui les ont étudiés. Ce travail s’appuie donc sur la remarquable histoire des cathares de Michel ROQUEBERT, publié en 1999 aux éditions Perrin, qui représente la synthèse de trente années de recherche.

Cette planche traitera de la religion cathare et de ses principes. Nous essayerons de comprendre l'essence du message qu’ils nous ont légué et d’établir chaque fois que possible des analogies avec le symbolisme maçonnique. Cette manière de procéder nous permettra de ne jamais perdre de vue la dimension traditionnelle de la gnose cathare en relation avec l'universalisme des arcanes maçonniques.

J’adopterai donc le plan suivant :

  • l’évolution des croyances chrétiennes et les errements de l’église,
  • le contexte géopolitique en Languedoc aux XIIème siècle,
  • le développement des cathares et leur foi,
  • la croisade suivie de l’inquisition
  • les analogies avec le symbolisme maçonnique
  • conclusions

Au fil des siècles, l’Eglise s'est érigée non seulement en pouvoir spirituel mais aussi temporel possédant terres, abbayes et droits de taxation dont la dîme (10% des revenus). Au XIème siècle, des Chrétiens sincères et des clercs, les prêtres de l’époque, révoltés contre les oublis du message d'amour et de désintéressement du Christ, se dressent contre l'autorité de l'Eglise. D'autres vont plus loin en mettant en cause les fondements de la doctrine chrétienne.

Parmi ces derniers, si tous ne furent pas Cathares, certains professaient déjà les grands principes similaires : les PATARINS en Italie, les PUBLICAINS en Champagne et Nivernais, les POPULICANI en Angleterre ou les VAUDOIS, partisans de Valdès, à Lyon.

Pas moins de quatre conciles sont tenus au XIème siècle pour éteindre les hérésies répandues par les cathares, où l’on décide de les excommunier ainsi que ceux qui leur viennent aide. Les bûchers se multiplient.

Au XIIème siècle, le pape Grégoire VII, comprend le danger et cherche à réformer l’Eglise notamment avec l'aide de grands ordres monastiques tels que Cîteaux, qui prônent le retour à la règle et à la pauvreté.

Mais, dès le début du XIIe siècle, les idées cathares (du grec katharos : pur) s'implantent plus largement dans les populations languedociennes qui sont séduites par une doctrine à leur portée, prêchée dans leur langue, la langue d’oc plutôt qu’en latin, par un clergé qui partage leurs conditions de vie et qui de surcroît, ne perçoit pas la dîme ecclésiastique. Ces hérétiques entre eux s'appellent "Bons Chrétiens". Ce sont leurs adversaires qui les appellent cathares. En fait, cathare serait une injure et viendrait du latin catus « car, à ce qu’on dit ils baisent le cul d’un chat », ramenant ces croyants à un statut de vulgaire sorcier.

Contexte géopolitique

 

Mais avant de s'intéresser à la religion cathare proprement dite, parlons du Languedoc aux XIIe et XIIIe siècle, période au cours de laquelle, elle a pu se développer. La civilisation occitane qui s'étendait sur le Sud de la France, le Nord-est de l'Espagne et l'extrême Nord-ouest de l'Italie était prospère. Cette région fut de tout temps un lieu de passage important occupée successivement par les romains puis les Wisigoths, Francs, arabes et enfin Ibères.

Les Wisigoths s’installent en narbonnaise qui va devenir le Languedoc, le pays de la langue d'oc où oui se disait oc. Le mélange des cultures a ouvert les esprits et contribué à l'instauration d'un esprit languedocien indépendant typique. Toulouse, principale ville de l'Occitanie, était au XIIème siècle aussi importante que Venise et Marseille. De plus, le Comte de Toulouse, Raymond VI, du fait de ses différents propriétés, était à la fois le vassal du roi de France, du roi d’Angleterre, de l’empereur germanique et du roi d’Aragon son beau-frère, autant qu’il n’était en fait le vassal de personne : un roi sans couronne.

Par ailleurs, l’absence de droit d'aînesse a provoqué un appauvrissement de la noblesse, à l’inverse de l’église dont la richesse va croissante. La société rurale est donc proche de la petite noblesse et cette communauté des campagnes sera l'une des forces du Languedoc. La croyance cathare se répand rapidement au XIIème siècle parmi les paysans, la petite noblesse, les bourgeois commerçants et artisans et même le clergé, touchant 50% de la population dans les petits villages. A la fin du siècle, l'idéologie cathare est largement répandue au grand courroux des autorités de l'Eglise romaine dans un quadrilatère ayant pour sommet Toulouse, Albi, Carcassonne et Foix.

La tragédie cathare sera le résultat de tous ces éléments, mêlés dans le Languedoc, tel un mélange explosif dont l'aspect religieux ne sera manifestement qu'un des éléments.

Mais d’où viennent ces Cathares que le peuple nommait d'une façon générale Bons Hommes ou Bonnes femmes ou encore Vrai Chrétien ou Ami de Dieu et d’où viennent-ils ?

L'origine doctrinale des cathares s'inspire essentiellement du christianisme primitif et tout particulièrement de la doctrine professée par Origène qui, au IIème siècle, a proposé une interprétation de la Bible par la méthode allégorique, refusée par l’église. Elle s’inspire aussi des théories gnostiques et dualistes orientales, nombreuses au début du second millénaire.

Ces dernières étaient surtout représentées par le mazdéisme, dont le plus illustre prophète fut Zoroastre au VIIe siècle avant l’ère chrétienne. Le mazdéisme repose sur l’incessant combat entre le dieu de la Lumière Ormuzd et celui du mal Ahriman, ce que nous symbolisons en maçonnerie par le pavé mosaïque. Son livre sacré, l’Avesta dit que chaque homme doit toujours arbitrer en lui les bonnes et les mauvaises actions et qu’Ahriman disparaîtra à la fin des temps lorsque plus personne ne voudra le suivre.

La doctrine cathare puise donc ses fondamentaux à la fois chez Origène mais aussi dans le manichéisme, religion fondée au IIIème siècle par le prophète persan Mani ou Manès qui est une gnose dualiste s'inspirant plus tard du mazdéisme.

En 869, le concile de Constantinople supprime l’Esprit en l’homme et affirme qu’il faut désormais enseigner que l’homme n’est constitué que d’un corps et d’une âme douée de qualités spirituelles. Cette grave décision est en contradiction flagrante avec la doctrine d'Origène. En réaction, quelques dissidents gnostiques décident en Bulgarie de propager la réalité de l’existence de l’Esprit. On les appelle Bogomile, qui signifie ami de Dieu en bulgare.

Leur croyance impute au diable et non à Dieu la création du monde visible. L’âme qui est d’essence divine, est emprisonnée dans un corps d’essence diabolique. Endormie dans la matière qui la retient captive, elle a oublié sa céleste origine. C’est pour la réveiller que Dieu a envoyé Jésus-Christ sur terre, porteur d’un message propre à arracher les âmes à leur prison terrestre. Par ailleurs, Ils considèrent l’eucharistie comme une simple allégorie, rejettent la messe, et les sacrements et donc, de fait, l’autorité de l’église catholique. C’est intégralement le message du catharisme.

Le bogolisme est à l’origine du catharisme, qu’on appellera néo-manichéisme pour le déconsidérer. Depuis la Bulgarie, il va déferler vers la Roumanie, la Bosnie, la Grèce et même l’Asie mineure. Après le grand schisme de 1054 entre catholiques et orthodoxes, on commence à rencontrer en Allemagne, en Lombardie, en Suisse, et surtout en Languedoc des personnages vêtus de noir cheminant toujours par deux. Ils participent à la vie du peuple, travaillent et pratiquent une fraternité exemplaire, partagent les peines et les soucis des petites gens, prêchent des idées nouvelles.

Ils sont très bien reçus par la population et commencent à occuper le terrain spirituel perdu par le clergé catholique. Leurs pratiques religieuses sont fondamentalement distinctes de celles des catholiques. Les Parfaits, appelés ainsi parce qu'ils avait reçu le Consolamentum étaient très exigeants pour eux-mêmes, mais laissaient les Croyants juges de leur propre chemin. Ils ne portaient aucun jugement sur la qualité spirituelle des gens qui adhéraient à leurs idées et exigeaient simplement de celui qui a la foi, d'aspirer à la vertu et d'écouter leurs prédications. Ils ne prélevaient aucun argent.

Les simples croyants pouvaient mener une vie normale, mais s'engageaient à recevoir le Consolamentum en péril de mort. Il n’y avait aucun office obligatoire, pas de distinctions dans la vie religieuse comme dans la vie civile, pas de mariages obligatoires, ni aucune discrimination entre hommes et femmes.

La foi cathare est fondée sur le dualisme. Le principe en que Dieu, dans son infinie bonté, ne peut être à l’origine du mal. Il faut donc chercher la cause du mal dans un principe créateur différent de lui, et par essence mauvais. L’idée de base est donc l'existence de deux principes (dualisme) fondant et gouvernant le monde. D'une part, Dieu, parfait et bon, qui règne dans les cieux, d'autre part Satan, mauvais et périssable, mais créature de Dieu et ange déchu qui préside aux destinées terrestres.

Ainsi, deux ordres de réalités s’opposent :

- le monde invisible de réalités spirituelles et éternelles, domaine de Dieu. C'est le monde de l'Amour et de la Charité.

- et le monde visible, ensemble des réalités matérielles et temporelles, corruptible et voué à la destruction. C'est dans ce monde que se développe le mal, que les corps de chair souffrent, se dégradent et meurent. C'est dans ce monde que vit la vanité, l'orgueil, l'avarice, la cupidité, les malheurs, les maux et les maladies. C'est un monde illusoire où le mal se développe dans le temps mais aussi dans la matière.

Mais le dualisme n’a de perspective que dans le créationnisme. En effet, si le monde est incréé, la théologie chrétienne, catholique ou cathare, est sans objet. Pour les cathares, Adam et Eve n’ont pas été crées par le bon dieu. Leurs corps sont des prisons dans lesquelles le mauvais créateur a enfermé des âmes qui elles appartiennent à la bonne création.

Or la position de l’église catholique est que « Dieu est le créateur unique, du ciel et de la terre, du visible et de l’invisible, des réalités matérielles et spirituelles. Pourtant, Dieu reste unique chez les cathares, unique créateur de la bonne création, car l’autre principe n’est pas un vrai dieu. Mais l’église voit le danger car, accepter deux dieux, c’est accepter le dithéisme qui ouvre la porte au polythéisme et le credo sera changer pour débuter par « Credo in unule deum». En fait, cette question est la clef de voûte de tout un système doctrinal, théologique.

Les conséquences de cette croyance sont multiples. L'âme ou l'esprit est l'objet de toute la considération divine alors que le corps matériel est réprouvé. Gagner son salut éternel n'est possible qu'en adhérant totalement à Dieu et en délaissant la condition terrestre. L'ascétisme en est une des suites logiques. Les âmes ne périssent pas mais se réincarnent successivement dans un corps différent, tant qu'elles n'ont pas atteint le degré de perfection leur permettant d'atteindre la vie éternelle.

Logiquement, les cathares considèrent que si la chair est du côté du mal, le Christ n’a pu en aucun cas naître de la Vierge Marie. Pur esprit, il se serait donc projeté en elle. De même, il n’a pu vraiment s’incarner en tant qu’homme et n’a donc souffert sur la croix qu’en apparence. Sa présence dans le pain et le vin ne peut être qu’allégorique, car il ne peut être présent dans cette pure parcelle de matière qu'est l’hostie.

La société cathare comprend les croyants appelés à suivre rigoureusement les préceptes de leur religion et les parfaits et parfaites qui sont des croyants ayant voué leur existence à la religion. Le terme parfait vient de l’inquisition pour désigner les hereticus perfectus, mais ils s’appelaient entre eux Bons hommes, Bonnes dames, bons chrétiens.

On devenait parfait en recevant le consolament, c’est à dire le saint-esprit par l’imposition des mains, telle que les apôtres l’avait pratiqué sur leurs disciples depuis les origines du christianisme. C’est le baptême du feu et de l’esprit, par opposition au baptême de l’eau des catholiques que les cathares ne reconnaissent pas. Au moment de la mort du consolé, le saint-esprit consolateur quitte le corps pour ramener son âme au royaume de Dieu. C’est la grande différence avec le catholicisme, l’âme pré-existe au corps. Elle retourne au paradis qu’elle n’a pas à gagner.

Le consolament est le début d’une nouvelle vie et impose de rompre avec tout ce qui dans le monde relève de l’emprise du mauvais principe, tout particulièrement la luxure, la violence, le mensonge, la méchanceté et le vice. C’est une vie imitée de la vie apostolique, un passage à l’état religieux, marqué par le port de la robe noire, l’absence de consommation de chair animale et l’abstinence.

Parce que le consolament est la voie obligée pour obtenir le salut de l’âme, les croyants doivent le recevoir avant de mourir pour permettre à leur âme de quitter définitivement son enveloppe terrestre, sinon celle-ci est condamnée à se réincarner dans l’enveloppe d’un animal ou d’un être humain jusqu’à ce qu’elle se retrouve dans le corps d’un parfait.

La vie des cathares est centrée sur la religion et obligation leur est faite de vivre du travail de leurs mains d’où le développement de l’artisanat dans des maisons ateliers et la totale intégration de l’église cathare à la vie sociale et économique.

La hiérarchie est calquée sur celle de l’église catholique. Les parfaits sont à la fois des religieux séculiers voués au salut de leur âme etreligieux réguliers, ayant charge d’âmes, à la fois des moines et des curés de paroisse, ce qui en fait une église qu’on dirait aujourd’hui de proximité.

L’église n'exerce aucun pouvoir temporel, ne possède pas de bien foncier ni de tutelle d'ordre sociale et économique et n’a créé ni couvents ni ordres monastiques. Le clergé ne prélève aucun argent. Il est composé de gens qui vivent de leur travail, en communauté, et au cœur même des villages, ce qui est le meilleur garant d’une totale intégration.

La conversion par le verbe et l'exemple

Aussi, à l'aube du XIIIème siècle, le développement du catharisme dans le Languedoc au vu et au su de l'ensemble de la société devenait intolérable pour l'Eglise officielle et ne pouvait laisser indifférent le pouvoir royal. Saint Bernard de Clairvaux, abbé de Citeaus est envoyé en mission en 1145 par le pape pour ramener les cathares au sein de l’église catholique. Effaré de ce qu’il observe, il écrit dans une lettre au pape, "les basiliques sont sans fidèles…, les prêtres sans honneur … les hommes vivent dans le péché.. on prive les enfants de la vie en Christ en leur refusant le baptême."

En 1205, Le pape nomme trois cisterciens, dont Arnaud Amaury, à la tête de l’ordre, qui parcourent le pays en prêchant. La progression de l’hérésie est déjà si grande qu’ils envisagent de démissionner ensemble. C’est alors qu’ils rencontrent le futur Saint Dominique, qui a réalisé combien les Revêtus sont populaires, et que leur succès provenait à la fois de leurs manières de s’intégrer à la population et de leur humilité sociale.

Dominique convainc les légats de persévérer mais en changeant de stratégie. Il leur conseille de quitter leurs somptueux vêtements et leurs riches équipages pour aller pieds nus sur les routes prêcher comme des cathares en quêtant leur pain. Lui aussi va prêcher, mais avec peu de succès car le contraste choque les esprits entre les prédicateurs cathares vivant en harmonie avec leurs convictions religieuses et le clergé catholique, qui vit lui dans l’abondance et la luxure, tout en prêchant l’humilité sociale sans la pratiquer.

 

La croisade

Après les nombreux rappels à la foi catholique tentés par ses prédécesseurs, le pape Innocent III, va décréter en 1208 la croisade contre les hérétiques. Il considère que le saint-siège doit s’ériger lui-même en puissance séculière, et que le pape doit prétendre au gouvernement du monde en devenant le suzerain des rois et des empereurs, seul moyen pour imposer et garantir la paix universelle entre les peuples et entre leurs princes.

Très habilement, il a d’abord décrété en 1199 le principe de dépossession, par lequel l’église, se considérant comme la magistrature suprême, édicte que tout hérétique sera privé de ses biens, plaçant le droit canonique au dessus du droit civil. Ceci permettra en déclarant hérétique un seigneur par l’excommunication, de le déposséder de ses terres et de les offrir en proie à tout seigneur chrétien qui voudra bien les prendre en vassalité. L'excommunication avait des conséquences religieuses mais aussi politiques et matérielles.

La croisade démarre réellement en 1209 après l'assassinat du légat du pape Pierre de Castelnau, et l’excommunication de Raymond VI, Comte de Toulouse, soupçonné de l’avoir commandité.

Placée sous l’autorité militaire suprême d’Arnaud Amaury, l’abbé de Cîteaux, homme de guerre autant qu'homme d'église, elle est conduite par la haute noblesse et assez rapidement par un modeste seigneur d’Ile de France, Simon de Montfort (Montfort l’Amaury), à la tête d’une armée nombreuse et bien entraînée. Au départ simple opération de police de grande envergure contre les hérétiques et les nobles, elle va changer de visage à la mort au combat du roi d’Aragon en 1213 à la bataille de Muret, pour finalement aboutir au rattachement du Languedoc à la Couronne de France en 1271.

Arrêterons ici pour la politique et les faits de guerre, car ce n’est point le propos principal de cette planche. Mais il était nécessaire de situer l’époque, car la naissance d’une philosophie ou d’une religion ne peut se dissocier du contexte social et culturel de la région qui l’a vu naître.

L'inquisition

La question de l’hérésie cathare n’était pas pour autant réglée après 20 années de croisade. Il fallait donc changer de stratégie. C’est précisément ce que va faire le pape Grégoire IX en chargeant les prêcheurs de l'ordre nouvellement créé par saint Dominique de poursuivre et juger les hérétiques. Ainsi naquit l'inquisition en 1234. Les populations du Midi apprennent vite à connaître ces religieux de bure blanche avec un long scapulaire noir qui interrogent rudement, et peuvent les envoyer au bûcher si leur culpabilité est prouvée. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants seront brûlés ou massacrés.

Après le massacre d’inquisiteurs en 1242 par des chevaliers cathares, l’inquisition va intensifier son ouvrage et ne plus faiblir jusqu’à la disparition du dernier Revêtu en 1321. Auparavant, Montségur, la dernière forteresse cathare tombera en 1244. Les deux cents hommes et femmes qui y étaient restés refusèrent d'abjurer et furent brûler. Au total, ce saint office aura meurtri et tué les populations européennes pendant plus de trois siècles au nom de la préservation de l'unité catholique.

Les analogies avec le symbolisme maçonnique

 

Dans le dualisme cathare, Dieu est innocenté de la création du Mal, mais au prix de la reconnaissance qu’en dehors de lui, il existe un autre principe créateur, source de tout mal. Pour nous, il est plus facile d’imaginer le dualisme car il est partout, dans le yin et le yang, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, le pavé mosaïque.

Mais, au concile cathare" de Saint Félix en Lauragais, tenu en 1167, les cathares vont passer du dualisme dit mitigé au dualisme absolu.

Le dualisme mitigé, implique que Dieu a créé Satan et qu’il est donc unique. Cette doctrine affirme aussi que le mal est nécessaire dans la conquête du Bien et que son rôle est primordial chez l'homme puisque celui-ci doit effectivement le conquérir et le dominer afin de le transmuter en Bien (comme dans le pavé mosaïque), favorisant le processus d'évolution spirituelle qui est la quête sans fin de la recherche de sa parcelle de charité ou de divinité.

Les notions de résistance, d'inertie, d'enchaînement, de mal être sont à prendre, dans le contexte du dualisme mitigé, comme autant d'obstacles qu’il faut nécessairement affronter, mais qui constituent aussi, pour ceux qui cherchent la lumière, l’occasion d’expériences nouvelles permettant de progresser pour s'élever vers Dieu. Mais pour ceux qui ne veulent pas combattre les poisons de l'inertie, les pesanteurs de la vie se transformeront en amertume et contribueront à toujours plus masquer les chemins qui mènent vers la Lumière.

Le franc-maçon a une démarche tout à fait comparable car, dès son initiation, il est mis sur un chemin qui lui permet de vaincre et de transmuter les obstacles de la vie. Son implication en tant qu’initié est engagée dans un serment qui lui garantit de ne jamais faiblir devant l'adversité. Il va vivre une évolution responsable vers plus de clairvoyance intérieure dans le calme fraternel de sa loge et avec l'Amour de ses FF:..

Les cathares disent que l'homme est corps, âme et Esprit. En se détachant de la matière, c'est à dire en étant libéré de l'envie matérielle et psychique ainsi que des contraintes corporelles, il permet à son Esprit (sa parcelle divine) de croître et de s'unir à Dieu (noce mystique). Nous sommes dans rassembler ce qui est épars, c’est à dire dans la nécessité de retrouver en nous l’étincelle divine. Par ailleurs, l'emprise du mal diminue quand l'Esprit s'approche de l'éternité. Il ne faut donc pas donner d'importance au temps qui est un des outils du Malin.

Mais l'âme peut succomber à la matière, il s'ensuit alors que l'Esprit s'échappe, n'apparaît plus à la conscience de l’homme et le corps, qui est une prison, enferme à nouveau l'homme dans le cycle des Renaissances. Si l'âme ne succombe pas au Mal, autrement si l’homme maîtrise ses passions, son esprit assure la transformation du corps, puis l'âme se soumet à l'Esprit pour être transformée car l'Esprit a besoin de l'âme pour s'élever. Corps, âme et Esprit sont indissolublement liés pour l'accomplissement d'une seule œuvre, l'union avec Dieu (nous parlons de l’acquisition de la maîtrise et de la sagesse).

Le dualisme radical est bien sûr d'une autre nature puisqu'il affirme qu'il y a deux principes de création opposés qui s'affrontent dans un combat titanesque et que la réalité perçue par les hommes est une création satanique. Dans ce cas de figure, les hommes sont donc l'œuvre de Satan, ils sont donc des damnés qui se reproduisent pour que le principe du mal triomphe sur celui du Bien.

Pour les cathares, le monde matériel est vain, n'a pas de sens, car pour eux à quoi bon exister si ce n'est pas pour toujours. Ce monde est donc Néant et ils le justifiaient en citant cette phrase de Saint Paul: "Sans la charité je ne suis rien". Pour les catholiques ce propos est compris comme une réflexion morale qui signifie : "aidez votre prochain" tandis que l’interprétation par les cathares était la suivante "Sans la charité je ne suis que néant", ce qui veut dire que: si je n'ai pas en moi cette parcelle divine qu'est la charité, je ne suis qu'un corps de chair corruptible et vain et j'appartiens au Néant.

Cette merveilleuse profession de foi gnostique leur a permis de vaincre bien des peurs et des souffrances tout au long de leur tragique destin terrestre.

Le libre choix de la domination de l’esprit sur le corps, du spirituel sur le matériel, appelé déterminisme, se retrouve dans les traités cathares comme dans nos rituels maçonniques.

Le philosophe français Maurice Blondel a dit que "sous quelque forme qu’elle s’offre à la conscience, la pensée de Dieu y est apportée par un déterminisme qui nous l’impose" En a-t-il toujours été ainsi dans la pensée humaine ?

Pour le matérialiste, la nature existe par elle-même, elle n’a pas de conscience. Il est en tant qu’être humain pensant le produit du hasard et le témoin d’une histoire éphémère qui n’a pas de sens. Sa morale est le je-m'en-foutisme pur, où prédomine le règne des sens, la seule recherche du plaisir et du caprice.

Pour le panthéiste, représenté aujourd’hui par l’animisme africain, la nature se suffit à elle-même mais elle est une divinité pensante, représentée par toutes sortes de dieu qu’il faut vénérer et amadouer pour ne pas subir leurs fougues.

Pour le monothéiste transcendant, Dieu est le créateur distinct de sa création. L’homme est soumit à une loi divine qu’il ne peut pas refuser sous peine de subir son courroux. L’exemple de ce monothéisme est la religion de l’Ancien testament.

Dans la philosophie du bouddhisme, seul l’Esprit est réalité et le monde matériel illusion. C’est alors une philosophie de la renonciation aux désirs terrestres pour atteindre le Nirvana.

Enfin, il y a le Dieu omniscient, omniprésent et omnipotent, caché et endormi dans notre personnalité, qu’il faut conquérir par une ascèse personnelle. Nous retrouvons dans ce cas de figure toute la gnose et la grande Tradition ésotérique, encore une fois du rassembler ce qui est épars.

Chacun de vous mes FF:. se retrouvera dans l’un ou l’autre des cas cités. Pour beaucoup la situation n’est pas aussi simple que celle décrite plus haut qui, je le reconnais, a été simplifiée à l’extrême.

Le dualisme des cathares mitigé puis radical se rapporte à ce Dieu caché qu’il faut rechercher en nous à l’instar de la proposition qui est faite au récipiendaire lors d'une initiation maçonnique. Notons que dans la philosophie du REAA, il est nullement exigé que l’initié ait des prédispositions spécifiques à la transcendance, mais elle affirme aussi qu’il n'existe aucune limite à la recherche de la Connaissance, ce qui laisse sous-entendre que tout initié doit savoir choisir entre la voie qui mène vers le Bien de celle qui enrichit le Mal. Le choix est donc binaire : ou évoluer vers plus de clarté intérieure ou involuer en s'enchaînant dans la matière.

Le mérite de l'initiation maçonnique est de révéler à la conscience suffisamment d'espace pour que le libre-arbitre décide, c’est le déterminisme.

C'est une question importante et la phrase de Maurice Blondel a le mérite de situer dans son essence le déterminisme de la question de Dieu, car prononcer le mot de Dieu c’est redécouvrir en soi-même la conviction implicite d'une marche vers la perfection qui débouche naturellement sur une morale de l'Amour vrai, celle de l'homme qui aime l'autre pour lui-même pour son bien et non pour son seul plaisir à soi. C'est aussi retrouver de la lucidité intellectuelle pour ne plus choisir une sorte de morale rigide avec ses jugements, ses reproches et ses perpétuelles condamnations.

De fait, l’idée de rédemption, toujours associée à la notion de faute ou à un péché existentiel dans les religions chrétiennes, disparaît totalement chez les cathares. La réincarnation est pour eux un processus évolutif et ascendant. De fait, ils n'avaient pas peur de la mort et ne reniaient jamais leur foi. Ils ne combattaient pas leurs ennemis et acceptaient les sentences des tribunaux d'inquisition.

Le Consolamentum faisait du croyant un parfait mais pour l'obtenir le postulant devait accomplir une longue période d'ascèse, en général deux à trois ans, au sein de communautés qui lui enseignaient les quatre degrés de la loi d'Amour qui sont:

- La séparation ou la perte du vieil homme. Étape nécessaire pour prendre conscience d'une façon exotérique du bien fondé de sa démarche (mourir à l'homme matériel) qui est analogiquement reliée à notre démarche pour l’initiation des apprentis.

- L'admission ou le Croyant. La plupart des chrétiens cathares en restaient à ce stade. Ils étaient reconnus par la communauté et bénéficiaient d'une fraternité active.

- La révélation ou la Connaissance mystique. C'est à ce stade que l'impétrant recevait le Consolamentum et qu'il obtenait le titre de Parfait.

-Le retour ou la vie dans la Vérité. Dieu est maintenant dans son coeur car le mariage mystique est consommé. Le mal est vaincu, seul domine dans la volonté l'entendement du Bien.

La symbolique en finalité du baptême spirituel est claire, c'est réaliser l'union spirituelle de l'âme emprisonnées dans le corps avec son Esprit resté au Ciel et si l'union ne peut être envisagée de suite, elle met l'homme naturellement sur le chemin de la Connaissance (gnose) et fortifie son choix.

En Maçonnerie nous disons que tout individu est initiable s'il est libre et de bonnes mœurs. Nous sommes mes FF:.dans la même logique que celle du dualisme mitigé car la recherche de la Lumière symbolisant l'Esprit se fait toujours par une prise de conscience de tout ce qui s'oppose à la conquête de sa parcelle de divinité. Ce n'est que lorsque la conscience est débarrassée des certitudes et des peurs que le candidat implicitement accepte une cause première appelée en maçonnerie le G:.A:.D:.L'U:.La force et la grandeur de la maçonnerie est de laisser chaque F:.définir par lui-même la voie qui le mènera à établir les rapports entre le corps, l'âme et l'Esprit. Ainsi, les voyages vécus durant les diverses initiations du REAA et les nombreux symboles qui y sont rattachés sont un merveilleux outillage qui permettront enfin à l’initié de savoir qu'il ne sait rien. Guidé par l'amour de ses FF:. et affranchi de la peur, il marchera alors toujours plus libre vers la Lumière comme le faisaient les cathares huit siècles plus tôt.

Nous voyons bien que la gnose est l'élément moteur de la quête initiatique maçonnique, comme elle le fut pour les cathares. Mais comme elle est perçue dans un temple, elle est associée naturellement au pavé mosaïque qui symbolise la réalité duale de la vie. A l'instar des cathares, le maçon doit clarifier son comportement personnel et social, compte tenu de cette dualité.

Dans la réalité, l'homme est confronté à une profonde inertie existentielle, à des obstacles de toutes natures et à des résistances qui engendrent beaucoup d'interrogations. Il faut donc des règles à la fois pour les comprendre et les dépasser. L'une de celles-ci est que tout obstacle est utile s'il est compris dans une dimension gnostique dont nous rappelons ici le sens : connaître pour croire et non pas croire pour connaître.

En effet, pour retrouver la lumière, il faut tailler sa pierre. Bien polie, elle contribue à renforcer l’harmonie de l'édifice communautaire qui la reçoit. C'est lorsque ces deux facteurs sont utilisés avec intelligence que la frontière qui sépare le blanc du noir est à nouveau perçue et qu'un acte volontaire libérateur renforce l'intuition et conforte l'initié du bien fondé de son choix.

En résumé, ici-bas, il n'y a aucune fatalité dans le malheur. Celui-ci n’existe que parce que le bonheur est son opposé naturel. Il est donc vain d'osciller entre ces deux pôles car on ne fait qu'entretenir une sorte de mouvement perpétuel. La libération ne vient que de la conviction intime que le processus gnostique qui nourrit l'enthousiasme de vivre est évolutif et ascendant.

Le rôle de l’Esprit est donc primordial pour développer la Connaissance. Qu’il s’appelle Dieu, G:.A:.D:.L'U:., Premier principe, il ne peut être éludé puisqu’il est la dynamique constitutive de la gnose. Vivre sa spiritualité dans un processus évolutif ascendant signifie qu’il ne faut pas rechercher derrière soi ce qui nous meut ici-bas. Il faut avancer en sagesse et en amour dans la conquête de sa parcelle de divinité en utilisant l’intelligence au service de l’Esprit. La Connaissance des Cathares résulte d’expériences intérieures nécessitant une pureté préalable qui exigeait un énorme effort sur soi-même. Nous sommes en maçonnerie dans la même logique puisque chaque F:.doit tailler sa pierre et pratiquer dans le monde profane les vertus acquises lors de ses diverses initiations. L’effort est tout aussi exigeant que celui des cathares et comme eux le maçon doit aider ses FF:. dans le besoin et s’opposer à tout ce qui contrarie l’avènement d’une force psychique et d’une puissance spirituelle.

Notre force dans cet engagement est l’exemplarité et la nécessité absolue de rester fidèle en toutes circonstances à notre serment maçonnique. Le parjure exprimé dans une quête gnostique est la pire des trahisons puisqu’il rejette l’appel de l’Esprit, pourtant dûment reconnu et accepté lors de son initiation.

Les cathares ont tous été brûlés car ils n’ont jamais abjuré leurs convictions. Ils partaient dit-on sur les bûchers en chantant car ils savaient que le corps appartient au temps, que le temps est l'œuvre du diable et que seule l'Eternité est le domaine de l'Esprit.

Nous aussi, comme le rappelle notre rituel, nous pouvons être amenés un jour à faire le sacrifice de notre vie pour rester fidèle à l'idéal que nous avons volontairement choisi. Que ce terrible choix, s’il se présente jamais à nous, se fasse avec la même conviction sublime et nous disons que rien ne s'achève ici-bas mais que tout s'accomplit ailleurs.

"La véritable vertu ne consiste pas à vouloir être au plus haut, ou à prétendre y être, mais à essayer de connaître et d'admettre humblement ce que l'on est véritablement".

(Parole Cathare)

Réf : Histoire des Cathares Michel Roquebert Editions Perrin, 2002

Chaque instant d'Amour est une parcelle d'éternité. Tout le reste est sable entre nos doigts…

Complément: Les principaux évènements de l'épopée Cathare :

 

LA PREMIERE CROISADE CONTRE LES CATHARES (1209-1213)


22 juillet 1209 : prise de Béziers et massacre de ses habitants
1er août 1209 : chute de la Cité de Carcassonne
 10 novembre 1209 : mort de Raymand-Roger Trencavel, vicomte de Carcassonne, Béziers et Albi.
Mars 1210 : Montlaur (N-E), habitants pendus .Bram (Ouest de Carcassonne), supplice : on creva les yeux à une centaine de cathares
Avril 1210 : Cabaret (Nord de Carcassonne) attaque Alaric (S-E de Carcassonne) siège et prise du château
Mai 1210 : échec de l'alliance Pierre II d'Aragon et les barons du comté de Carcassonne à Montréal.
 Juillet 1210 : chute de Minerve (N-E de Carcassonne 1er bûcher : 140 cathares brûlés).
 Août-Nov. 1210 : Puivert (S-O), Termes (S-E) siège et prise.
 Mai 1211 : siège de Lavaur (entre Albi et Toulouse) 300 à 400 cathares brûlés
 Mai 1211 : Les Cassès (S-O de Castelnaudary) 60 cathares brûlés.
 Juin 1211 : échec du siège de Toulouse.
 Septembre 1211 : bataille de Castelnaudary.

- 1212 : conquête du Lauragais, du pays Albigeois, du Bas Quercy et de l'Agenais.
Simon de Montford

1213 : bataille de Muret, mort du roi Pierre II d'Aragon et défaite écrasante des méridionaux.

1215 : soumission de Toulouse, exil de Raymond VI et de son fils à la cour d'Angleterre.
1216 : mort du pape Innocent III, élection d'Honorius III.
1217 : Prise de Montgaillard et soumission de Peyrepertuse
Reconquête de Toulouse par Raymond VI.
1218 : mort de Simon de Monfort devant Toulouse qu'il assiégeait.
1222 : mort de Raymond VI de Toulouse, son fils Raymond VII lui succède.
Amaury de Monfort abandonne ses droits sur le Languedoc à la Couronne de France.
1223 : mort de Philippe Auguste et du comte Raymond Roger de Foix.

LA 2ème CROISADE : LA CHEVAUCHEE DE LOUIS VIII (1226-1229)


Pour intervenir et conduire une croisade, Louis VIII, fils de Philippe Auguste, pose dès 1224 ses conditions au pape et propose que les terres confisquées aux cathares lui reviennent. Devant le refus du pape, en janvier 1228, il fait adopter par le parlement le principe d'une 2ème croisade pour condamner Raymond VII et obtenir la cession de tous ses droits au royaume de France.
1226 : excommunication de Raymond VII et croisade royale de Louis VIII.

L'INQUISITION ET LA FIN DES CATHARES (1229-1321)


Le pape Grégoire IX qui a succédé à Innocent III a décidé de prendre les affaires en main sans avoir de comptes à rendre ni aux évêques ni au pouvoir civil. Il va s'appuyer sur les ordres religieux et en particulier sur les dominicains.
Le mot inquisition vient du latin "inquirere" qui veut dire s'enquérir. Le 4ème concile de Latran en avait fixé les règles, remise des hérétiques au pouvoir civil. La procédure est expéditive, le tribunal annonce son arrivée dans la ville. On agit sur dénonciation, un témoin a vu, l'accusé n'a pas d'avocat, le recours à la torture est possible, ingestion d'eau, pieds brûlés, torsion des membres. A la fin du procès, sentence et remise du condamné au pouvoir civil pour exécution de la sentence.
Le tribunal est composé d'un prêtre et de deux laïcs.
1229 : traité de Meaux ou de Paris qui entérine la soumission du comte de Toulouse
Concile de Toulouse qui prévoie la répression de l'hérésie cathare.
1233 : mise en place des tribunaux inquisitoriaux.
1240 : rébellion du vicomte Trencavel et chute du château de Peyrepertuse.
Jean de Beaumont va reprendre toutes les Corbières, la répression est féroce. Les châteaux qui résistent sont brûlés, ceux qui se rendent sont épargnés ou emprisonnés.
1242 : massacre d'Avignonet.
1244 : capitulation de Montségur, 200 hérétiques sont brûlés au camp des cramats.
1249 : mort du comte Raymand VII de Toulouse.
1255 : chute de Quéribus.
1271 : mort d'Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse, sans héritiers.
Le Languedoc est définitivement annexé au royaume de France.
Après leur soumission à Saint-Louis, beaucoup de seigneurs comme Olivier de Termes pour se racheter accompagneront Saint-Louis en Terre Sainte. Les derniers refuges cathares livrés, il faudra attendre encore 70 ans avant de voir périr sur un bûcher le dernier cathare.
(Extraits de "Le Pays Cathare - Le Catharisme" par Didier Poux).

Le trésor des cathares

Le 1er trésor des cathares.

C'est à Noël 1243 que Matheus et Pierre Bonnet arriveront à fuir de Montségur, à la barbe des assaillants, en prenant tous les chevaux valides et déménageront le formidable trésor des cathares composé de pièces d'or et d'argent. Ce trésor doit être conduit en Italie, à cheval d'abord jusqu'à Port-la-Nouvelle, puis par bateau qui les attend pour les conduire à Gènes. Matheus et Pierre Bonnet suivront ce qui est actuellement le sentier cathare entre Montségur et Port-la-Nouvelle. En cette fin d'année 1243, tout le monde prépare Noël ou le jour de l'an et se soucie peu de ces quatre cavaliers. Le trésor est acheminé en une semaine de Montségur à Port-la-Nouvelle. Le 1er janvier 1244, un bateau chargé d'or et d'argent du trésor des cathares file à toutes voiles vers l'Italie, La traversée durera 8 jours.

Le 2ème trésor des cathares.

Le 16 mars 1244, ils sont quatre bonshommes cette fois, Amiel Aicart, Hugo, Poitevin, Sabatier à quitter Montségur et à accompagner le second trésor, les derniers documents de l'église cathare et plusieurs pièces d'or et d'argent. Mais cette fois c'est à pied qu'ils doivent emporter les documents car il n'y a plus de chevaux. On décide qu'il faudra s'en procurer en chemin.... Si l'on est à peu près sûr que le premier trésor est arrivé sain et sauf en Italie, le sort du second est encore incertain.
Ce trésor se cacherait-il toujours en France ?

  

Source : www.ledifice.net

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Published by M\ Bag\ - dans Planches
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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 16:03
Abbeyknockmoy (Irish: Mainistir Chnoc Muaidhe , meaning "Abbey of Muaidh's Hill") is a village and parish in County Galway, Ireland.
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Published by Thomas Dalet - dans Irlande
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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 13:32
 

Notre Père qui êtes aux cieux
Que votre nom soit sanctifié
Que votre règne arrive
Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel
Donnez-nous aujourd’hui notre pain suprasubstantiel
Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs
Et ne nous induisez pas en tentation
Mais délivrez-nous du mal
Car à vous appartiennent le règne
Et la puissance
Et la gloire
Dans les siècles,
Amen

Source : http://jacques.prevost.free.fr/cahiers/cahier_34.htm

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Published by Jean Gibelain
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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 13:10

Les Cathares étaient donc des Chrétiens hétérodoxes. Cela veut simplement dire qu'ils n'adhéraient pas aux dogmes de l'Eglise Catholique Romaine, et qu'ils manifestaient, par rapport à elle, un besoin de transformation spirituelle et sociale. Ils dénonçaient les mœurs dissolues et l'immoralité des clercs et préconisaient le retour aux enseignements de l'Église primitive. La pensée cathare semble cependant avoir été influencée par par les croyances bogomiles et des philosophies dualistes venues du Moyen Orient. Les Cathares professaient que le monde où nous vivons n'est pas la création directe de Dieu. C'est l'œuvre de Satan, son organisateur cruel. L'âme de l'Homme fut crée à l'origine par le Dieu bon véritable, mais elle demeure indéfiniment prisonnière des corps matériels créés par Satan. Les envoyés de Dieu proposent aux hommes une voie de salut permettant d'échapper à ce cycle de pénibles réincarnations perpétuelles. Le Christ est venu enseigner cette doctrine de salut, non pas en tant qu'homme mais seulement en esprit. Le clergé cathare poursuit son œuvre dans l'Eglise véritable des "Croyants", dans l'action des "Parfaits", ou "Bonshommes", rituellement ordonnés par le sacrement du "Consolamentum". L'Eglise romaine est une fausse église. Tous ses dogmes et sacrements sont à rejeter tout autant que l'Ancien Testament.      

                 

Après que l'Inquisition eut envoyé au bûcher Guillaume Belibaste, le dernier "Parfait", elle s'attacha à la destruction des derniers Cathares et de leurs livres. On ne retrouva de leurs écrits que trois fragments très courts sans aucun texte cohérent. L'Église fit du Catharisme le symbole même de l'hérésie. Son histoire ne nous parvint qu'au travers des registres judiciaires rapportant les interrogatoires menés à charge et forcément partiaux. Au 20e siècle, quelques documents incontestables furent retrouvés. Ils ne représentent ensemble que la matière d'un seul livre, mais l'importance des contenus contraste avec le néant précédent. Dans cette courte liste, on trouve deux apocryphes chrétiens, "l'Ascension d'Isaïe" et "l'Interrogatio Ioannis ou Cène secrète", une traduction du Nouveau Testament en langue occitane, deux traités dogmatiques partiellement reconstitués, "le Livre des deux principes et le Traité anonyme", et trois rituels, "le Rituel occitan de Lyon, le Rituel latin de Florence, et le Rituel occitan de Dublin". On peut regrouper ces documents en trois catégories. Il y a dans la première quelques textes connus par ailleurs, dont on sait maintenant que les Cathares les utilisaient habituellement dans leurs prêches. La seconde regroupe les deux traités doctrinaux ou polémiques mettant en évidence les spécificités de la religion cathare, et la dernière enfin rassemble les trois rituels.     

 

L'Ascension d'Isaïe est un apocryphe chrétien daté du 2e siècle que l'on croyait perdu. Au début du 19e, il réapparut en divers endroits et en différentes langues et versions. En France, René Nelli publia plus récemment de larges extraits de la version éthiopienne avec des commentaires de Déodat Roché. Le lien ci-dessus vous conduira à une autre traduction de synthèse. L'ouvrage fait partie des textes utilisés par les Cathares quoiqu'ils ne les aient pas écrits. Le première partie conte le martyre du prophète scié en deux sur l'ordre de Manassé. La seconde partie, dont usaient les Cathares dans leurs prédications, la "Vision d'Isaïe", décrit une cosmogonie théologique septuple. C'est aux prophètes hébreux Ezéchias et Michée, ainsi qu'à son fils Iosheb, qu'Isaïe aurait conté la vision de sa propre montée à travers les sept cieux. Il assista d'abord aux violents et éternels combats auxquels se livrent les "anges" de "Sathan". Puis l'ascension se poursuivit dans chaque ciel organisé semblablement au précédent mais avec une magnificence croissante. Au milieu s'y trouve un trône magnifique environné d'anges qui chantent la gloire de celui qui règne. Parvenu au faîte de l'ascension, Isaïe eut la révélation de la mission de Jésus Christ, non pas homme mais esprit subordonné au Père comme aussi l'Esprit Saint. Pour l'Église, cette hétérodoxie s'apparenterait au docétisme.          

 

Les Cathares utilisaient aussi un autre texte, "l'Interrogatio Ioannis" ou "La Cène secrète". Ce "Questionnement de Jean" est un apocryphe d'origine probablement bogomile, daté de la fin du 11e siècle. Dans ce dialogue, Jean pose à Jésus des questions théologiques auxquelles répond le texte. Il en existe deux versions latines. L'une provient des archives de l'Inquisition de Carcassonne, (Fond Doat). Elle a été traduite par le P. Benoist en 1691 puis par Doellinger en 1890 et par Ivanof en 1925. La seconde est à la Bibliothèque Nationale de Vienne, et elle a été aussi éditée par Doelinger puis par Reitzenstein en 1929. J'utilise ici la version française publiée par René Nelli dans "Ecritures Cathares" en 1959. "Lorsque Jean demanda ce qu'était Satan avant la chute, Jésus répondit qu'il était le splendide ordonnateur de toutes choses mais qu'il voulut se faire égal au Très Haut. Il séduisit de nombreux anges qu'il entraina dans sa condamnation. Lorsqu'il fut tombé, il invoqua le Père qui en eut pitié et lui accorda tous pouvoirs pendant sept jours". Le texte établit que ces sept jours sont ceux de la Genèse biblique. Il décrit la création de l'Homme et de la Femme auxquels Satan fit des corps de limon puis y enferma deux grands anges qui en éprouvèrent beaucoup de chagrin. Il leur enjoignit ensuite de faire œuvre de chair dans ces corps de boue, mais, dit le texte, "ils ne savaient pas faire le péché".

 

Satan fit alors pour eux un Paradis avec des fruits interdis. Il planta un roseau et y cacha un serpent qui les poussait à manger du fruit du Bien et du Mal. Et Satan entra dans le serpent mauvais et versa sur la femme une concupiscence ardente qu'il assouvit "avec la queue du serpent" (dicit libro). C'est pourquoi les hommes ne sont plus appelés Fils de Dieu mais bien Fils du Serpent et ils feront sa volonté diabolique jusqu'à la fin des siècles../.. Et comment Adam et Eve formés par Dieu pour garder ses commandements peuvent-ils être livrés à la mort ? "En réalité, le Père n'a créé par l'Esprit Saint que toutes les vertus de Cieux. Mais c'est par leur désobéissance que les hommes ont reçu ces corps de boue et ont donc été livrés à la mort". Comment un esprit peut-il naître dans un corps de boue. "Issus des anges tombés des cieux, les hommes reçoivent dans le corps de la femme la chair issue de la concupiscence de la chair. L'esprit naît de l'esprit, et la chair de la chair". Et jusqu'à quand Satan règnera-t-il sur les hommes ? "Mon Père lui a donné sept jours, mais il m'envoya pour que j'enseigne aux hommes à distinguer le vrai Dieu du démon. Et Satan confia alors à Moïse trois bois pour me crucifier, et il lui fit enseigner sa loi aux fils d'Israël et conserver ces bois pour moi. Avant que je descende, le Père envoya un ange appelé Marie afin qu'elle soit ma mère, J'entrais en elle par l'oreille et ressortit de même".

 

Pour les Cathares, il n'était absolument pas concevable que le Fils de Dieu ait pu s'incarner dans un corps de chair, œuvre du mauvais principe. Ils croyaient donc que le Christ s'était seulement "adombré" en Marie, ne recevant rien d'elle. Par contre, dans l'Évangile de Luc, on lit que l'Esprit de Dieu viendra sur elle et que la puissance de Dieu "l'obombrera", (la couvrira de son ombre). Or, le verbe latin "obumbrare" signifie bien "couvrir de son ombre", mais le verbe utilisé par les Cathares, "adumbrare", signifie "ébaucher, esquisser, dessiner vaguement comme une ombre". Par conséquent, pour les Cathares, le Fils de Dieu ne s'est pas incarné réellement mais seulement en apparence, Il n'a pas en réalité pris un corps de chair mais seulement cette apparence, cela et tout ce qui s'en est ensuivi jusqu'à sa mort sur la croix.

 

"Satan informa son ange Elie (appelé Jean Baptiste) baptisant dans l'eau, qu'il verrait descendre et demeurer le Saint Esprit en forme de colombe sur celui qui baptiserait dans l'Esprit et dans le Feu . Ainsi me connut-il". L'homme peut-il être sauvé par le baptême de Jean ? "Sans mon baptême pour la rémission des péchés, nul ne pourra trouver le salut en Dieu, car Je suis le pain de vie descendu du septième ciel. Seuls ceux qui mangent ma chair et boivent mon sang seront appelés Fils de Dieu". Qu'est cette chair et qu'est ce sang ? "Avant que le Diable ne fût tombé, les anges demandaient le pain supra substantiel par l'oraison "Pater Noster". Mais les déchus ne le peuvent plus". Est-ce pécher de prendre femme et de se marier ? "Tous ne comprennent pas cette parole, sans la grâce reçue de la comprendre. Il y a des eunuques qui le sont par eux mêmes". Quel sera, Seigneur, le signe de ta venue ? Cela sera quand le nombre des justes sauvés sera accompli. Alors Satan furieux sera délivré des chaînes et fera la guerre aux justes qui appelleront le Seigneur. Le Soleil s'obscurcira, les étoiles tomberont du ciel et le signe du Fils sera révélé. Tous les peuples comparaitront pleins d'effroi devant le Tribunal de Dieu. Le Fils de l'Homme se révèlera dans sa gloire. Il attirera les justes, les pécheurs seront renvoyés aux enfers, et avec la permission du Père, les esprits autrefois crédules, sortiront de leur prison".

 

Les deux traités authentiques

 

Le Livre des deux principes et le Traité Cathare anonyme

 

Le "Livre de deux principes" (Liber de duobus principiis) est parvenu jusqu'à nous dans un seul manuscrit daté de la fin du 13e siècle. Il a probablement été écrit par Jean de Luigo de Bergame, vicaire de l'évêque cathare des Albanenses de Desenzano (dualistes absolus). Conservé à la Bibliothèque nationale de Florence, il a été publié en 1939 par le Père Dondaine. C'est le seul exposé théologique authentiquement cathare qui a été retrouvé. Il contient des fragments, des résumés et des développements polémiques que j'exposerai dans l'ordre du manuscrit. L'ouvrage comprend sept traités intitulés : De liberio arbitrio, de creatione, de signis universalibus, compendium ad intructionem rudium, contra Garatenses, de arbitrio, de persecutionibus. Les trois premiers, (du libre arbitre, de la création, et des signes universels) constituent la controverse sur les deux principes. Le Compendium, (Abrégé pour l'instruction des ignorants), expose brièvement la portée de la doctrine des deux principes sur la Création. Le Traité contre les Garatenses, contra Garatenses, réunit quelques fragments dévoilant les divergences doctrinales entre les deux courants cathares (dualistes absolus et relatifs). Le court traité de arbitrio reprend le thème des deux principes dans des fragments disparates, et le recueil de persecutionibus rassemble diverses citations préparant les fidèles cathares aux persécutions qui les attendent.

 

Le premier traité expose qu'il n'y a pas de "libre arbitre" dans l'Homme. L'auteur réfute plusieurs propositions imputées à des adversaires supposés. Un être, quel soit-il, dit-il, est né pour le Bien, ou pour le Mal. Si un homme n'a pas été fondé pour le Bien, n'en ayant donc pas la volonté et n'étant pas capable de le distinguer du Mal, il n'a pas la capacité de faire son salut. Car, si un être pouvait faire autre chose que le fruit de son essence, rien n'empêcherait que le Diable ne devint Christ et le Christ, Satan, l'impossible devenant possible. Si l'Homme peut faire le Mal, c'est qu'il fut, à l'origine, voulu et pensé par le Dieu bon, tout puissant et omniscient, comme capable de le faire, tout au moins dans le temps. Et donc, (du moins pour les Albanenses), le Mal n'est qu'une épreuve temporaire, tolérée par ce Dieu bon. Elle est temporellement vécue dans la succession des incarnations, mais elle épuise, progressivement et par elle-même, son contenu dans l'éternité, et finalement tous les anges perdus reviendront en Dieu. Puisque le Dieu bon ne peut être la cause ni le principe de tout mal, il faut reconnaître l'existence de deux principes, celui du Bien et celui du Mal. Toutes les actions individuelles sont inspirées par l'un de ces principes, du Bien ou du Mal. Seul le vrai Dieu peut sauver les âmes qui ne sont, en elles-mêmes, ni responsables, ni punies, ni récompensées. Et l'âme qui est sauvée l'a toujours été.

 

Le traité suivant se propose également de réfuter d'éventuelles propositions adverses. Il s'agit des différentes acceptions possibles des mentions scripturaires de l'acte de Création. Pour l'auteur, ces mentions n'ont jamais le sens d'une création à partir du néant. Elles impliquent toujours la transformation d'essences préexistantes, toutes issues du vrai Dieu, lequel a créé et fait l'univers entier, en lui et de sa propre substance. "Créer" ou "Faire" ont donc trois acceptions dont le premier genre est d'ajouter quelque chose aux essences d'êtres déjà très bons. Ainsi l'Écriture dit-elle "Dieu forma l'homme du limon de la Terre, il répandit sur son visage su souffle de vie, et l'homme devint vivant et animé". De même, le second genre est d'ajouter aux essences d'entités mauvaises, ce qui permet de les améliorer. "Si quelqu'un est à Jésus-Christ, il est devenu une nouvelle créature". Le troisième genre permet à un être entièrement mauvais, (comme le Démon ou ses ministres), d'accomplir temporairement ce qu'il désire mais ne saurait réaliser par ses propres forces. Le vrai Dieu tolère alors un temps cette malice. "Sur toutes les nations et sur tous les hommes, Dieu fait régner l'hypocrite à cause des péchés du peuple". Par ces trois modes, l'auteur prétend donc, en définissant le sens qui s'attache dans les Écritures aux termes universels, montrer que le vrai Dieu a créé et fait l'univers entier, et qu'il a tout fondé en Jésus-Christ.

 

L'appellation "signes universels", objets du troisième traité, concerne les termes généraux qui désignent un ensemble de choses, (des mots tels que "tout", "toutes choses", ou des expressions analogues). Dans les Écritures, ces signes ont plusieurs acceptions. Ils peuvent désigner l'ensemble des choses ou êtres purs et bons, ou celui des impurs, pécheurs ou méchants. L'auteur cite les Écritures pour mettre en garde contre de possibles confusions. Le quatrième traité, "Abrégé pour servir à l'instruction des ignorants", condense la doctrine de Albanenses appuyée sur les Écritures pour la mettre à la portée des "Croyants". Le vrai Dieu tout puissant ne peut faire le Mal car il ne le veut pas. Il ne peut pas créer un autre Dieu, et puisqu'il ne peut faire le Mal, il existe donc une autre puissance qui est le Mal. Les Écritures disent que Dieu détruira un jour le Mal pour toujours. Il faut absolument croire qu'il existe un autre principe très puissant dans le Mal, dont Sathanas tire sa puissance. Les Écritures disent aussi qu'il existe d'autres dieux et une éternité mauvaise distincte de celle du Dieu bon. Le Dieu mauvais est celui qui a fait le Ciel et la Terre et tout les êtres visibles de ce Monde mais il n'est pas le véritable Créateur. Et ce mauvais Dieu a ordonné de prendre par la force le bien d'autrui et de commettre des homicides. Il a maudit le Christ, n'a pas tenu ses promesses et s'est laissé voir dans le monde temporel.

 

Le cinquième traité, "Contre les Garatenses", présente beaucoup d'intérêt car il permet d'approcher la principale divergence doctrinale avec le second courant cathare, les "dualistes mitigés". L'auteur combat leur idée qu'il n'existe qu'un seul Créateur très saint dont le mauvais Prince de ce monde fut d'abord une créature. Par la suite, celui-ci corrompit les quatre éléments et en format l'homme et la femme et tous les corps visibles. S'ils croient, dit-il, qu'il n'y a qu'un seul vrai créateur du visible comme de l'invisible, ils ne devraient pas rejeter sa sainte création en condamnant l'œuvre de chair ni en demeurant végétariens. Ils disent que cette corruption s'est opérée contre la volonté de Dieu, et ils doivent donc admettre qu'il existe un autre principe, capable de corrompre les quatre saints éléments, contre sa volonté ou avec sa permission. Car ils enseignent aussi que cette permission donnée fut mauvaise et vaine, et l'on voit qu'elle le fut. Alors, ce Dieu qui aurait donné cette permission maligne serait lui-même la cause première du Mal, et ceci est la contradiction de la doctrine des Garatenses. Le sixième traité revient sur l'affirmation de l'absence du libre arbitre avec quelques arguments supplémentaires. Le dernier traité, "de persecutionibus", prépare les fidèles aux persécutions attendues en rappelant celles que subirent les prophètes, le Christ, les apôtres et tous ceux qui les suivirent.

 

Quoique incomplet, le "Traité cathare anonyme" est le second ouvrage cathare qui nous soit parvenu. Le Père Dondaine en a retrouvé un court fragment dans le "Liber contra Manichéos" à la Bibliothèque Nationale. Un fragment plus important se trouve à la cathédrale de Prague. Il contient dix-neuf chapitres sur les trente-cinq de l'original. Ces extraits ont été publiés en 1961 par Christine Thouzellier. Les citations cathares sont insérées dans une réfutation prononcée par Durand de Huesca. On y retrouve la vision cathare du Monde et de la Création, avec deux "époques", la nôtre tirée du néant, et qui y retournera, et l'autre peuplée de créatures incorruptibles et éternelles. Notre monde est tout entier mauvais. Il ne vient pas du Père ni du Christ. C'est le royaume de Satan. Nous résidons sur une terre étrangère. C'est dans l'autre royaume que sont le Ciel nouveau, la Terre nouvelle et la nouvelle Jérusalem. En s'appuyant sur les textes relatifs à la venue du Christ, les Cathares, dit l'auteur, en arrivent à poser deux créations, l'une bonne et l'autre mauvaise. Ce qui est ici bas n'est rien, "nihil", et ce n'est donc pas l'œuvre du vrai Dieu. C'est ce que prouverait le prologue de Jean : "sine ipso factum est nihil", (le rien a été fait sans lui). La suite du verset, "quod factum est in ipso vita erat", (ce qui a été fait (les créatures), en Lui (le Verbe) était vie), prouve que la bonne création est spirituelle.

 

Les trois rituels

 

Le dernier groupe de document cathares retrouvés au 20e siècle comporte trois rituels, "le Rituel occitan de Lyon, le Rituel latin de Florence, et le Rituel occitan de Dublin". Le Rituel de Lyon est contenu dans un manuscrit en occitan, donné à l'Académie des Sciences, Belles lettres et Arts de la ville de Lyon par le bibliothécaire protestant de Nîmes en 1815. Il date des environs de 1250. Il contient un Nouveau Testament et un texte de 13 pages identifié depuis comme un rituel cathare par le théologien Reuss. Le texte en fut édité à Iéna par Cunitz puis traduit en français par Léon Clédat qui en publia également une reproduction lithographique en 1887. Vingt ans plus tard, un chercheur dominicain, le Père Dondaine, publia deux textes latins découverts à la Bibliothèque de Florence. Il s'agissait du traité théologique dit "Livre des deux principes" et d'un rituel cathare partiel, "le Rituel de Florence". Le troisième document est inclus dans un manuscrit occitan daté du 14 siècle. Il fut retrouvé parmi des écrits vaudois conservés à la Bibliothèque vaudoise du Trinity College de Dublin. Il se compose d'un sermon préparatoire au Consolamentum et d'un commentaire du Pater. Il a d'abord été publié par Théo Venckeleer, puis par Deodat Roché en 1970, puis encore revu par Anne Brenon et ajouté à la dernière édition des "Écritures Cathares de René Nelli.

 

Il a été dit du Catharisme que c'était une religion sans temples ni sacrements. Le culte public ne consistait qu'en rares assemblées de prières dans des lieux ordinaires (servicium). Les fidèles s'y rassemblaient en petit nombre pour y entendre les sermons et enseignements, confesser collectivement leurs fautes et s'en faire absoudre, prier et participer au repas rituel. Deux rituels sacramentels initiatiques étaient parfois intégrés à ces assemblées. Par la "Tradition", la transmission de l'Oraison dominicale (Pater Noster), les "auditeurs ordinaires devenaient des "Croyants", et par le "Baptême spirituel" ou "Consolation", (Consolamentum), ils devenaient des "Parfaits Chrétiens". Les rituels de Lyon et de Florence sont assez cohérents dans leurs présentations de ces liturgies qui semblaient donc bien fixées. Au cours de la cérémonie de Tradition, le récipiendaire, parrainé par un ancien de la communauté, était présenté à "l'Ordonné", un Parfait établi, qui lui expliquait la signification du rite. Puis il en recevait le livre des Évangiles. Le fidèle devenu "Croyant" devait faire son "melioramentum", une demande du pardon de ses fautes et de la bénédiction de l'officiant, et prendre l'engagement de réciter le Pater dans toutes les circonstances prévues par le rituel, mais ces obligations ne bouleversaient pas sa vie.

 

Source : http://jacques.prevost.free.fr/cahiers/cahier_34.htm

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 11:00

Une dissidence religieuse, qui a pris naissance et s'est développée dans le Languedoc au XIIe siècle, a tenu dans l'histoire de la chrétienté et dans l'histoire de la France une place considérable. À partir de 1233, elle a été combattue par l'Inquisition pontificale. Ces faits, considérés actuellement, assurent aux « cathares » un important capital de sympathie. Ils ont été promus héros emblématiques du combat pour la liberté et de la résistance à l'oppression. Toutefois, malgré sa vulgarisation, voire sa banalisation, l'histoire de cette dissidence n'est pas aussi bien connue qu'on pourrait le croire...

Une histoire mal connue

La première cause de cette méconnaissance réside dans le fait qu'il n'existe pratiquement pas de sources directes sur cette dissidence. L'information qui la concerne a été produite par ses adversaires, qu'il s'agisse d'œuvres polémiques, comme le traité d'Alain de Lille (composé vers 1190-1195) et celui de Durand de Losque (écrit vers 1220), ou de manuels élaborés par les inquisiteurs et d'actes de procès instruits par eux. Cette documentation est fatalement déformante. Une seconde raison vient de ce que l'histoire de la dissidence méridionale a été l'objet de combats très vifs dans la suite des temps. Dénoncée par les catholiques comme diabolique, anarchiste et nihiliste, elle a été, au contraire, louée par les réformés comme l'expression de la vraie foi. Ses adhérents ont été considérés par les anticléricaux comme des martyrs exemplaires du fanatisme religieux, et par les républicains comme les victimes de la monarchie associée à l'Église. Aujourd'hui, elle est souvent présentée comme l'une des composantes de la personnalité régionale du Midi toulousain, l'incarnation d'un passé perdu, en même temps que d'un Moyen Âge méridional idyllique, préfiguration d'un futur souhaité de tolérance, de culture et de démocratie.

La naissance du catharisme

Pour bien saisir « le phénomène cathare », il faut d'abord comprendre que l'hérésie n'est pas une donnée totalement extérieure à l'Église et que leurs histoires, affrontées, participent d'un même mouvement. L'institution ecclésiale se définit et s'affirme par rapport à des aspirations spirituelles, qu'elle rejette dans la marginalité et la dissidence, puis condamne comme hérétiques. Jusqu'au XIe siècle, l'Église occidentale demeure une fédération d'Églises provinciales. Elle ne s'unifie et se centralise fortement, en se rassemblant autour du souverain pontife, qu'après 1050, au cours de la réforme dite « grégorienne ». Celle-ci opérée, la défense de l'unité de foi et la menace de l'hérésie constituent un des leviers de ce processus d'unification, lui-même générateur de dissidences qui se multiplient dans la chrétienté latine. Ces dernières sont dès lors présentées comme une entité unique, l'« hérésie », effet de perversions diaboliques et orientales anciennes : l'arianisme et le manichéisme, relayés dans les Balkans par les bogomiles et les Bulgares. Ce discours de combat aboutit à l'idée d'une contre-Église universelle, organisée sur le modèle de celle de Rome et mettant en danger le salut de l'humanité. Ce portrait de l'hérésie, dessiné avec sincérité par ceux qui l'ont établi, travestit la réalité objective ; on ne saurait tenir pour vraie, comme le font encore trop d'historiens, cette construction « idéologique » des XIIe et XIIIe siècles. Notons à cet égard que conférer l'appellation générique de « catharisme » à des dissidences écloses en des régions éloignées les unes des autres et à des périodes diverses entretient l'illusion d'une unité religieuse et organique de « l'hérésie », qui n'a jamais existé dans les faits et qui fausse toutes les perspectives. Cet usage, instauré depuis une quarantaine d'années seulement, n'a aucune justification historique. À partir de 1209, les dissidents du Midi ont été désignés par les croisés sous le nom d'Albigeois ; quant aux inquisiteurs, ils n'emploient que le terme d'hérétiques. Il n'est pas davantage exact de chercher des origines lointaines à une dissidence qui s'inscrit très clairement dans le prolongement de la réforme ecclésiastique du XIe siècle, fondée sur le retour à la vie évangélique. Le catharisme – gardons le terme par commodité d'emploi – n'est pas un corps de doctrine constitué dès l'origine pour gagner les esprits. Il s'élabore progressivement, à partir d'un évangélisme radical, que certains des clercs, initialement sans doute, opposent à l'Église en tant qu'institution, et aux prêtres, soutenant que seul un comportement conforme à l'Évangile fonde la vérité. Au cours de ces polémiques, et par une logique déductive implacable, il en résulte une longue chaîne de rejets : ceux des ministres du culte, des sacrements qu'ils délivrent et enfin de la doctrine qu'ils professent. Une lecture fondamentaliste du Nouveau Testament aboutit à une dichotomie radicale entre le royaume de Dieu, perfection absolue, et le monde de la terre et de la chair, corruptible et éphémère, tout entier œuvre du diable, l'Église romaine comprise. Ce dualisme trouve également à s'alimenter dans le christianisme roman, qui fait une large place aux démons, dans la spiritualité monastique, fondée sur le mépris du monde et l'ascèse corporelle, et dans la réflexion théologique du XIIe siècle. Il apparaît comme la radicalisation scolastique de l'antagonisme entre le Bien et le Mal et pose une antinomie ontologique entre Dieu, parfait, infini, éternel, et l'univers sensible, fini et imparfait. Le dualisme n'est donc pas le principe du catharisme, il n'en est qu'un aspect secondaire.

Un christianisme né dans les élites

Les cathares appuient leur foi sur la Bible, à l'exclusion de toute autre source. Leur oraison est le Notre Père. Toutefois, leur doctrine du salut est très éloignée de l'orthodoxie. Leur théologie met en avant l'Esprit et la Pentecôte, plutôt que le Christ de la Passion. Pour eux, celle-ci n'a eu lieu qu'en apparence, Jésus n'ayant pu revêtir une tunique de chair qui l'aurait soumis au démon. L'Eucharistie n'est pas davantage concevable. La Rédemption, le salut ne viennent que du « baptême d'Esprit et de feu » que confère le clergé des Bonshommes, ainsi nommés car ils sont porteurs de l'Esprit, lo Be en occitan. Ce baptême, dit consolament, consolation, puisqu'il consiste dans la réception de l'Esprit Paraclet, est également sacrement d'ordre pour les adultes en pleine force auxquels il est administré, et sacrement de pénitence absolutoire pour les mourants. Ceux qui l'ont reçu gagnent la lumière de l'univers divin ; les autres reviennent sur terre, pour avoir une chance nouvelle de mener une vie digne, conforme aux préceptes de l'Évangile et de bénéficier du baptême salvateur. Dans cette eschatologie, il n'y a de place ni pour le Jugement dernier ni pour l'Enfer, puisque l'au-delà n'est que perfection. Le catharisme conjugue au pessimisme pour l'immédiat un espoir immense pour l'éternité : tout le monde, finalement, sera sauvé.Cet optimisme pour les derniers jours et le baptême in extremis qui lave de toutes fautes, – si l'on a suivi les prescriptions du Christ –, constituent, à coup sûr, des facteurs de promotion très large que l'Église ne leur offre pas à ce moment. Un autre trait de sa modernité est qu'il offre à ses fidèles un contact direct avec la parole du Christ, énoncée en langue vernaculaire, et une prédication construite, persuasive, adaptée, ainsi qu'une sociabilité religieuse faite de rencontres en petits groupes. À cette évocation, très sommaire, des origines et des caractères du catharisme, on saisit qu'il s'agit d'une religion à la fois savante et appropriée à de nouvelles demandes, écloses dans les élites, qui rejettent la passivité où les cantonne le rituel liturgique pour une approche plus directe et plus personnelle de Dieu. Il est donc assez logique que le catharisme ne recrute que parmi les notables. On connaît bien, pour le Languedoc, les cathares d'un long XIIIe siècle, du moins ceux qui figurent dans les registres des inquisiteurs, soit environ quarante mille. Parmi eux, on trouve très peu de paysans, ni aucun des prolétaires qui composent 40 % de la population des villes. Apparaissent seulement des marchands, des hommes de loi et des notaires, auxquels se joignent beaucoup de petits nobles, habitant les cités ou bien les bourgs et les châteaux. Quoi qu'on en ait dit, la religion cathare n'engendre aucune rupture sociologique ; elle n'est pas un facteur de transformation sociale. La sociabilité cathare épouse des structures qui lui préexistent et qui la modulent, tout particulièrement celles de la famille, et le catharisme ne transcende nullement les clivages sociaux : ils persistent en son sein, même à l'occasion des cérémonies liturgiques. Les hiérarchies traditionnelles s'y expriment, les femmes y restent dans une position subordonnée. L'adhésion des élites à la dissidence tient à plusieurs raisons. D'abord des raisons culturelles et anthropologiques : essor du personnalisme, du raisonnement, maîtrise de la lecture, de l'écriture, souci d'un contact individuel avec la parole de Dieu sans la médiation des prêtres. Ensuite une situation existentielle difficile : du fait de facteurs variés, dont le principal est l'absence de droit d'aînesse, la petite aristocratie méridionale se paupérise et se trouve menacée de déclassement social ; la constitution d'États princiers, ceux des comtes de Toulouse et ceux des vicomtes d'Albi, Carcassonne et Béziers – la famille des Trencavel –, la place en situation de dépendance accentuée. Quant à l'élite de la richesse commerciale, elle n'est pas reconnue socialement – la fortune mobilière a mauvaise réputation dans un monde de terriens – et les bourgeoisies urbaines, politiquement brimées, ne réussissent pas, au XIIe siècle, à conquérir le pouvoir dans les villes. Leur mal-être porte assez naturellement ces milieux vers le catharisme, qui refuse toute valeur au monde, à l'Église et à la société, et dont le clergé mène une vie exemplaire.

De la répression...

Son caractère élitiste en fait une religion minoritaire, concernant au plus entre 2 et 5 % de la population languedocienne. Cette faiblesse numérique et son absence de tout caractère populaire favorisent sa disparition rapide, quand la répression s'abat sur lui, laquelle prend deux formes successives : la croisade et l'Inquisition. Le meurtre du légat pontifical, Pierre de Castelnau, en janvier 1208, correspond à une mise en cause radicale du pouvoir du pape. Innocent III prétend soumettre les princes à son autorité – principe théocratique contesté à la fois par les rois de France et d'Angleterre et les villes italiennes. Il cherche depuis longtemps à étendre le magistère de Rome sur l'Église et les grands seigneurs du Midi toulousain. Ayant supporté l'échec de la quatrième croisade, détournée vers Byzance, il pense que la reconquête du tombeau du Christ passe par l'élimination du chancre de l'hérésie en Occident. Il déchaîne donc la croisade en pays chrétien, fait inouï, mais parfaitement logique. L'efficacité spirituelle de cette dernière s'avère totalement nulle. On le voit dès que s'affirme le reflux des croisés, en 1216 : s'ouvre alors la plus brillante période du catharisme occitan... L'Inquisition est bien plus redoutable. L'établissement de cette juridiction, appliquée uniquement à l'hérésie et relevant exclusivement du pape, participe de l'affirmation du pouvoir pontifical évoquée plus haut. Innocent III, le premier, par la bulle Vergentis in senium fulminée en mars 1199, définit l'hérésie comme un crime de lèse-majesté divine, ce qui revient, en corollaire, à qualifier d'hérésie toute atteinte à l'autorité du vicaire du Christ. Grégoire IX, en établissant l'Inquisition, s'ouvre une possibilité d'intervention en tous lieux, au prétexte de la défense de la foi. Le système, établi d'abord en Italie contre l'empereur Frédéric II et ses alliés, est étendu à la France en 1233. Mise en place pour préserver le salut et la vie éternelle des chrétiens, l'Inquisition anéantit largement les prérogatives judiciaires des seigneurs et des consulats urbains, qui s'opposent à elle. Par là, le combat contre l'hérésie la nourrit un temps, et même en provoque une dernière flambée, entre 1280 et 1305, à Carcassonne et Albi notamment. L'Inquisition substitue à la procédure accusatoire publique une procédure d'office totalement secrète, à huis clos et sans avocat. Malgré ses aspects arbitraires, elle offre autant de garanties que les justices traditionnelles, qui soumettent les accusés à une présomption de culpabilité et les obligent à subir l'épreuve, fort aléatoire, du fer rouge, ou d'autres de même style, pour prouver leur innocence. Les enquêtes fouillées et exhaustives des inquisiteurs laissent ses chances à l'accusé, s'il n'est pas coupable, et les faux témoins encourent la prison perpétuelle. L'Inquisition prononce cependant des châtiments sévères : la remise au bras séculier – c'est-à-dire le bûcher –, la prison, qu'elle instaure comme peine afflictive, le port de signes infamants – des croix, homologues à la rouelle des juifs. Elle recourt à des techniques modernes : elle se constitue une mémoire écrite, fortement structurée, avec des répertoires commodes, révolution analogue à celle de l'informatique. Non seulement juge, mais aussi confesseur, l'inquisiteur aime obtenir du prévenu un aveu qui ouvre la voie au repentir, à la pénitence et au salut. Pour l'obtenir, il utilise la pression carcérale, et, le cas échéant, la torture, autorisée par Innocent IV à partir de 1252. Celle-ci, pratiquée dans toutes les juridictions séculières, n'est pas spécifique de l'Inquisition et s'inscrit dans la logique de la lèse-majesté divine. Ce crime horrible doit être reconnu et purgé. S'il n'est pas exclu que des aveux dictés par les inquisiteurs aient été extorqués à quelques témoins, le cas semble rare.Il est difficile de dresser le bilan de l'Inquisition. Elle a sans doute fait brûler moins d'accusés que les croisés. À Albi, par exemple, pour l'époque 1286-1329, elle a identifié deux cent cinquante cathares et n'en a condamné que 6 % (environ 0,2 % des Albigeois de la période). Mais, à la différence de la croisade qui rend solidaires tous les habitants d'une ville assiégée, l'Inquisition, isolant des familles et des individus, déstabilise les noyaux de l'oligarchie et vient rompre les solidarités. À cet égard, il convient de ne pas s'abuser quant aux actes de foi, cérémonies pénitentielles au cours desquelles sont prononcées les condamnations : ce ne sont probablement pas des moments d'affliction générale et de terreur ; cette liturgie de pénitence marque un retour à l'ordre, à l'harmonie, la fin d'une fracture. Elle est ressentie comme une purification de la communauté chrétienne, la restauration de son Alliance avec Dieu. Effaçant le crime horrible de l'hérésie, résorbant les différences par l'exclusion ou le retour au bercail des brebis galeuses, elle renouvelle d'autant mieux la cohésion de l'assistance qu'elle lui paraît une garantie de vie éternelle. Cérémonies du triomphe de l'Église qui retrouve son unité, les actes de foi sont des fêtes où s'exprime la liesse d'un peuple, dont l'identité s'affirme par opposition à ceux qui sont châtiés. Il convient, pour bien comprendre ces faits, de ne pas transporter – avec anachronisme – le rejet du totalitarisme qui caractérise l'époque contemporaine. L'Inquisition, bien sûr, ne pourrait rien sans l'appui constant des pouvoirs temporels. En Languedoc, elle bénéficie du soutien sans faille de la monarchie capétienne, dont elle favorise l'installation en ruinant les pouvoirs antérieurs et en établissant l'unité religieuse.

... au déclin

L'Inquisition a-t-elle vaincu le catharisme ? En contraignant le clergé cathare à la clandestinité et à l'exil, en rendant son renouvellement difficile, elle a sans doute contrarié sa survie, mais elle ne l'a pas fait disparaître. Ce serait, au demeurant, le seul cas dans l'histoire où la violence aurait, sans génocide, triomphé d'une foi. Dans le cas du Languedoc, bien d'autres facteurs ont joué : l'implantation de la dynastie capétienne, le déclin de la petite chevalerie – qui ne peut survivre qu'en s'engageant au service du roi – ce qui implique son retrait de l'hérésie, et la promotion du patriciat urbain par les offices de la monarchie, qui a besoin de spécialistes du droit, de l'écrit et de la finance. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, l'hérésie perd sa base sociale, d'autant que les milieux porteurs du catharisme font l'objet d'une reconquête pastorale par les ordres mendiants – lesquels, empruntant à bien des égards la voie ouverte par les Bonshommes : ascèse, simplicité de la prédication, parole d'échange et non plus d'autorité, répondent aux demandes spirituelles ayant contribué à l'essor de l'hérésie. Ils mettent en place de nouvelles modalités de la pénitence, qui perd son caractère public ; les obligations des fidèles échappent désormais à la contrainte externe et se déplacent du plan social à la conscience individuelle ; le prêt à intérêt et les pratiques marchandes s'en trouvent facilités. L'insistance mise sur le purgatoire ouvre à tous la possibilité d'un rachat et l'espoir du salut, d'autant que la doctrine de l'Église s'assouplit pour mieux épouser le mouvement de l'économie. Enfin, la théologie positive, qui valorise la nature et le monde, correspond mieux à la situation concrète des élites ayant longtemps adhéré à la dissidence que le pessimisme des Bonshommes niant la validité de l'univers visible. Cette pastorale, bien accordée à la société nouvelle, les ramène à l'orthodoxie ; elle joue un rôle très supérieur à celui de la répression inquisitoriale dans la réduction du catharisme, résiduel dès 1270.

Instrumentalisation et médiatisation

La question cathare, examinée sans passion, en tenant compte, hors de tout préjugé, des données culturelles, spirituelles et sociales des XIIe et XIIIe siècles et de leur évolution, diffère sensiblement de la présentation qui en est donnée le plus souvent. Il faut éviter de projeter les combats d'une époque sur une autre, en tordant la réalité. Le catharisme est un christianisme évangélique, d'une haute élévation spirituelle et d'une grande exigence morale, que sa radicalité achemine au dualisme ; il voit dans le monde d'ici-bas, corrompu, la création d'un second principe, opposé à Dieu, celui du Mal, Satan. À la suite des clercs du Moyen Âge, qui l'ont exploitée pour porter leurs condamnations, on a trop accordé d'importance à cette donnée, tout à fait annexe. L'anticléricalisme fondamental qui sous-tend la dissidence a pu lui rallier quelques adhérents d'origine populaire, mais elle est restée un phénomène élitiste, ne revêtant aucunement en Languedoc un caractère « national ». La répression qu'elle a subie, à coup sûr vigoureuse et violente, n'a pas été responsable de son effacement, dû bien plutôt à un aggiornamento de l'Église opéré par les ordres mendiants. Elle a peu marqué les mémoires dans les décennies immédiatement consécutives aux événements : il ne subsiste qu'un seul manuscrit de la Chanson de la croisade. En revanche, à partir du XVIe siècle et du développement de la Réforme protestante, elle a été considérée comme l'expression exemplaire de la barbarie et de l'intolérance, conférant aux cathares la qualité de héros de la liberté. Après la seconde guerre mondiale, la décolonisation et la « guerre froide », qui ont exalté résistance et libération, cette image, largement médiatisée, a pris une valeur et une portée universelles, expliquant la vogue dont jouissent actuellement les cathares et le catharisme, et les pèlerinages humanistes qui conduisent bien des voyageurs sur les lieux où se conserve la mémoire de leur persécution, ainsi Minerve ou Montségur.

Source : http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/catharisme_et_cathares_en_languedoc.asp

 

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