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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 09:37

Chaque mois de juillet, le "Tour de France" ressuscite la grande fête du vélo. Il peut être vu comme un carnaval moderne, qui laisse une place à l’expression mouvante et rituelle des rêves populaires. Durant cette épreuve, une nouvelle classe d’âge succède à la précédente. Le temps détrône l’ancien monde et couronne le nouveau. Naissance et mort ne sont pas coupées l’une de l’autre et les deux pôles du devenir sont englobés dans leur unité contradictoire. La course est un temps joyeux, qui interdit à l’ancien temps de se perpétuer et qui engendre le temps nouveau. Les champions qui dominent la course cherchent à acquérir une "maîtrise" de la vie, une forme de perfection humaine où l’imitation des aînés joue un grand rôle. Cette recherche de la perfection pourrait se définir par trois maximes :
"l’apprentissage, long et difficile, doit être méthodique",
"les chefs-d’œuvre sont marqués par le temps",
"la mort vient toujours à son heure" …

Mais, dans le "Tour de France", on parle de la mort en faisant la fête et en acclamant les nouveaux champions qui viennent pour perpétuer la tradition. Le maillot jaune est un symbole qui fait entrer son détenteur dans la catégorie des hommes dieux qui meurent. Comme dans le cycle du "Rameau d’Or" décrit par James Frazer, "il faut tuer l’homme dieu, dès qu’apparaissent les signes de son déclin et transmettre son âme à un successeur vigoureux". Ainsi, de maillot jaune en maillot jaune, la course cycliste du "Tour de France" forme une longue chaîne de "meurtres rituels". Héros solaire, le vainqueur conquiert la "Toison d’Or" après une longue lutte et par un acte de rupture : "la mise à mort rituelle et symbolique de son prédécesseur", exécutée au nom de la pérennité des valeurs. Cette mise à mort est réalisée dans un moment d’une "grande sacralité" et le nouvel élu symbolise l’éternelle jeunesse du "monde nouveau"

Ce n'est pas l'usage de parler d'actualité dans ce blog ... Mais observer que l'on peut trouver dans le "Tour de France" certaines analogies avec avec le mythe fondateur de la franc-maçonnerie, c'est souligner que la démarche maçonnique consiste moins à s'envoler ou à se réfugier dans les "nuages théologiques" des rituels et des symboles que de considérer le symbolisme comme une certaine manière de "voir" et de "savoir" qui, en renouvelant le regard intérieur, transfigure la vision de l'homme. C'est également affirmer que la démarche maçonnique doit intégrer dans sa réflexion les traditions populaires, mythologiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.

1 - Origines et signification

Les origines de la légende d'Hiram
L’étude des origines d’une institution a pour préliminaire la distinction entre la légende et la vérité historique. Cette distinction, entre la fable et la réalité, s’imposeparticulièrement en ce qui concerne la légende d’Hiram, dont les origines sont à la fois obscures et méconnues. Si l’on ajoute foi à des contes dont l’antiquité n’est pas douteuse, le problème sera vite résolu …Il suffira d’interroger un maître, de préférence "un ancien". Un de ceux qui ont conservé intacte la foi des anciens âges et d’écouter. Il dira les origines bibliques de la légende, les étapes de la construction du Temple de Salomon, les péripéties de la vie d’Hiram et son assassinat final par trois mauvais compagnons. Il citera des noms, des faits, des dates. Aucune question ne l’embarrassera, car la relation traditionnelle, dont il sera l’interprète, est des plus précises. Inutile d’ajouter que ses dires, dont la sincérité sera absolue, ne seront appuyés par aucune preuve, qu’ils resteront donc peu vraisemblables et que le travail de l’historien, loin d’être terminé, après cette audition, commencera seulement avec elle.
Martin Saint-Léon expose les légendes que possèdent les fédérations qui administrent les trois Rites du Compagnonnage : "les Compagnons du Devoir et de Liberté", "les Enfants de Maître Jacques", "les Enfants du Père Soubise". Chacun des trois Rites possède sa légende propre et prétend se rattacher à l’un de ces trois fondateurs : Salomon, Maître Jacques, Soubise. Et chaque légende possède elle-même des variantes, voire des versions différentes.
Maître Jacques aurait été l’un des premiers maîtres artisans de Salomon et l’un des compagnons d’Hiram. Il aurait travaillé à la construction du Temple de Salomon et serait devenu le Maître des Tailleurs de Pierre, des Maçons et des Menuisiers. Le Temple achevé, il aurait quitté la Judée, en compagnie d’un autre Maître, Soubise, avec lequel il se brouilla. Soubise débarqua à Bordeaux et Maître Jacques à Marseille. La fin de l’histoire de Maître Jacques semble calquée sur le récit de la passion du Christ. Alors qu’il était en prière, l’un de ses disciples vint lui donner un baiser de paix. C’était le signal convenu pour cinq assassins qui le tuèrent de cinq coups de poignard. Soubise fut accusé d’avoir été l’instigateur de ce meurtre, ce qui fut longtemps la cause de la désunion entre les Compagnons des deux Rites. Mais cette accusation fut finalement estimée infondée et injuste.
Une autre version de la légende veut, qu’au lieu d’avoir été un artisan contemporain de Salomon, Maître Jacques ait été tout simplement le même personnage que Jacques de Molay, dernier
Grand Maître des Templiers, brûlé sur ordre de Philippe le Bel. Jacques de Molay a très bien pu, dans le cadre des nombreuses constructions édifiées par les templiers, donner une règle aux ouvriers Maçons, Tailleurs de Pierre et constituer des sociétés de Compagnons. Cette version, à première vue moins invraisemblable que la précédente, ne repose toutefois sur aucun fondement historique. Car si l’existence d’une filiation entre les Templiers et le Compagnonnage, n’est pas impossible, force est de considérer que, même probable, elle demeure purement conjecturale.
La légende de Soubise est implicitement contenue dans la précédente. Soubise, architecte du Temple de Salomon, comme Maître Jacques, ami de celui-ci, serait devenu l’instigateur de son assassinat. Le fait est toutefois contesté. Mais d’après un autre récit, Soubise aurait été un moine bénédictin qui aurait vécu à la fin du XIIIème siècle. C’est sous le costume des moines bénédictins, qu’il est généralement représenté dans les Cayennes. Soubise aurait participé, avec Jacques de Molay, à la construction de la cathédrale d’Orléans. Le Compagnonnage aurait été fondé à cette époque et Soubise aurait survécu quelques années au Grand Maître des Templiers. Cette version, qui n’est pas impossible, reste également purement conjecturale.
Les Compagnons du "Devoir et de Liberté" , Enfants de Salomon, prétendent eux, que leur fondateur est le Roi Salomon lui-même. Et ils se réfèrent à une légende qui a pour point de départ un passage de La Bible (Premier Livre des Rois, Chapitres 5 & 7) : "Le roi Salomon envoya quérir Hiram de Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali. Il était rempli de sagesse, d’intelligence, de science, pour faire toute œuvre en airain. Il vint donc chez le roi Salomon et fit ses ouvrages". Rien, dans ce texte, ne permet de conclure à l’existence d’une association telle que le Compagnonnage au temps de Salomon… Mais la légende continue le récit biblique. Pour payer les ouvriers, en éliminant les intrus et les oisifs qui se mêlaient à eux, Hiram donna à chacun des ouvriers un mot de passe pour se faire reconnaître. Ainsi, chacun était payé selon son mérite et recevait, le moment venu, le mot de passe de son nouveau grade. Le Compagnonnage de Liberté était fondé.
Une seconde légende se superpose à la première. Trois compagnons, Holem ou Hoben, Sterkin ou Skelem, et Hoterfut, furieux de s’être vus refuser la maîtrise, décidèrent de contraindre Hiram à leur donner le "mot" de maître ou de l’assassiner. Cette version constitue la trame du rituel maçonnique de l’élévation à la maîtrise.Le récit le plus connu et le plus complet de la légende se trouve dans le livre des "Voyages en Orient", de Gérard de Nerval. Il nous raconte "l’histoire de la Reine du Matin et de Soliman Ben Daoud, Prince des génies" (l’histoire de la Reine de Saba et de Salomon, fils de David)… Au fil des douze chapitres, d’"Adoniram", le premier, à "Mac Benah", le dernier, se révèle tout le symbolisme de la légende. Les trois mauvais compagnons y symbolisent l’ignorance, l’hypocrisie et le fanatisme. La recherche et la découverte du corps d’Hiram exaltent les trois vertus opposées, mais aussi la liberté et la fidélité, l’une portant l’autre, et qui sont les vertus de l’esprit. La fidélité est la lumière de l’esprit. Dès qu’on change ses idées d’après l’événement, l’intelligence n’est plus qu’une "fille".
La signification de la légende
La légende d’Hiram, est pour le nouveau maître une invitation à réfléchir son propre portrait dans le miroir que lui propose la légende. Il essayera donc d'observer comment le miroir est construit en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de son propre moi symbolique … Car cette légende est d’abord un recours à soi-même, où chacun est invité à trouver sa propre vérité. Et c’est bien là que se trouve sans doute le sens alchimique de la légende, si l’on veut bien voir dans l’alchimie la tentative de chaque individu pour découvrir sa propre vérité, son propre secret, pour trouver la connaissance suprême réservée à chaque itinéraire humain. Car qu’est-ce donc que l’Initiation, sinon la traversée de la vie humaine, avec ses joies et ses épreuves, à travers laquelle l’être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l’univers et lui donne un sens ?On retrouve les acteurs de la légende au portail Nord de la cathédrale de Chartres où figurent David avec Salomon et la Reine de Saba ainsi que Zorobabel ... Salomon, constructeur, il y a trois mille ans, du premier temple, détruit en l’an 600 avant notre ère par Nabuchodonosor II. Près de lui, se trouve Zorobabel, architecte du second temple, embelli par Hérode et détruit par les romains, en l’an 70 de notre ère. Eséchiel, l’inventeur du "troisième temple", a disparu du portail nord à la Révolution. Mais Saint Jean-Baptiste au même portail présente au passant l’emblème du troisième temple, la Jérusalem céleste, "la Cité qui n’a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l’éclairer, car l’agneau est son flambeau".

"Ici, tout est symbole",
cette affirmation, répétée au cours de la cérémonie d’initiation maçonnique est chargée de sens, parce qu’elle annonce la valeur de la démarche et la méthode de travail : la recherche du sens, au-delà de l’apparence. Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur la passion d’Hiram. Et il apprend alors que les maîtres disposent pour se reconnaître d’un mot substitué à la "parole" qui a été perdue. La "parole" est perdue pour ceux qui croient avoir tout vu, tout dit et qui disent "qu’il n’y a rien à voir". La parole est effectivement perdue lorsqu’on n’est plus à même de produire une pensée nouvelle à propos des symboles. Ainsi la "parole" est-elle toujours à retrouver et sa quête exige une remise en question permanente de toutes nos certitudes antérieures. Muni du mot substitué, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Mais le voyage initiatique ne peut être accompli que par celui qui ne se contente pas du mot substitué. La Maîtrise véritable exige l’essentiel. Encore faut-il garder un esprit critique et conserver un certain humour, afin de ne pas devenir un dévot béat qui attend une "révélation" de la part de ses maîtres. Ainsi, au départ, dès le commencement de la quête, il faut savoir que la "parole" ne pourra se dire. Elle sera montrée, sous l'égide de la rose, sortie d’une boite, sous forme d’initiales, qui sont le symbole du "mot" et non le "mot" lui-même, enfin retrouvé ...

2 - La suite de la légende
Le grade de Royale Arche
L'un des motifs qui provoqua, en 1750, la célèbre querelle maçonnique entre les "Antients" et les "Modernes" réside dans l’attitude des uns et des autres envers le grade de Royale Arche - la Sainte Arche Royale de Jérusalem. Les Anciens admettaient la pleine valeur de ce grade dont ils faisaient l’une des pièces maîtresses de l’édifice maçonnique et qu’ils pratiquaient réellement. Les modernes, par contre, refusaient officiellement de reconnaître ce grade, bien qu’ils fussent nombreux à le prendre et à s’y faire recevoir. Le schisme cessa en 1823, par la création de la Grande Loge Unie d’Angleterre dont l’article 2 de la déclaration préliminaire précisait que : "la maçonnerie pure et ancienne consiste en trois degrés, sans plus, à savoir : Apprenti, Compagnon et Maître Maçon, y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale".
Ce grade est-il de source opérative ? Très probablement non. Est-il issu des degrés hiramiques, en constituant la seconde partie du grade de Maître ? Rien ne prouve que les deux légendes du troisième degré et de l’Arche Royale aient jamais été associées dans un même cérémonial. Toutefois, les Anciens accusaient les modernes d’avoir mutilé le grade de Maître en l’amputant de sa seconde partie. Ce qui porte l’idée d’une maçonnerie en trois grades, le troisième étant reçu au cours de deux cérémonies distinctes …
Les rituels du grade de Royale Arche
Les origines des rituels du grade de Royale Arche sont multiples et complexes. Le plus ancien rituel connu de ce grade date de 1760. Après la tenue du premier Grand Chapitre de Royale Arche en 1766, le développement des rituels se caractérise, sous l’influence semblerait-t-il de jésuites, par la substitution à la légende ancienne, solomonienne et hiramique, d’une nouvelle légende racontant la reconstruction du Temple par Zorobabel.
L’enseignement historique du grade - qui présente des similitudes avec celui de Chevalier d’Orient du Rite Français - raconte que, "lors de la reconstruction du temple, trois pèlerins inconnus s’étaient offerts pour déblayer les décombres de l’ancien édifice. Et comme le bruit courait que quelque chose d’important était enfouis sous les décombres, il leur avait été recommandé de prendre le plus grand soin pour réaliser leur travail. Au bout de quelques jours, ils avaient découvert, derrière un mur sonnant le creux, une voûte où ils avaient aperçu des tables, portant une partie des lois divines et un petit autel recouvert d’un voile. Ce voile soulevé leur avait permis de lire les noms des Maîtres qui avaient construit le premier temple, mais aussi le nom de l’Eternel - non pas celui qui est donné à l’ordinaire, mais un autre - qui était manifestement la parole perdue. Tous les Maîtres présents avaient dû prendre l’engagement de ne jamais révéler aux autres frères la parole retrouvée et de ne jamais la prononcer qu’en présence de deux autres Maîtres". Le grade de Royale Arche, tel qu’il prend corps en Angleterre à partir de 1766 affiche une marque chrétienne que l’on retrouve dans le rituel de Maître Parfait du Rite Ecossais Rectifié. Ceci suppose que dans les Loges qui pratiquaient le grade de Royale Arche, la légende de l’Ancien Testament soit interprétée d’un point de vue chrétien : celui de l’annonce de la reconstruction symbolique du troisième temple.
Dans le rituel de 1765, les acteurs en sont les Maîtres Sublimes, Salomon, Hiram, Roi de Tyr et Hiram, l’architecte assassiné
. "Les Maîtres Sublimes demandent à Salomon de leur conférer le grade de Royale Arche. Salomon leur répond négativement, sachant qu’il a condamné une trappe dans le sanctuaire. Cette trappe mène à un souterrain qui donne accès à une voûte de neuf arches. Longtemps après, Salomon envoie trois intendants, Sublimes Ecossais, pour chercher les choses les plus précieuses dans les ruines du Temple (ce qui constitue une incohérence, le Temple de Salomon étant détruit plus de quatre cents ans après sa construction). L’un des intendants accroche sa pioche à un gros anneau fixé à une dalle. Il soulève la dalle - dont l’image se trouve sur le sautoir du 14ème grade du Rite Ecossais Ancien Accepté - et découvre le souterrain. Il lie une corde autour de sa taille et dit à ses compagnons qu’il tirera sur la corde pour demander qu’on le remonte. Il descend dans le trou - le souterrain serait donc bien au fond d’un puits. Il passe trois arches, tire trois fois la corde pour se faire remonter. Au cours d’une nouvelle tentative, il passe six arches, tire six fois la corde. Il redescend une nouvelle fois avec un flambeau et passe neuf arches. Un pan de mur se détache et il aperçoit une pierre triangulaire sur laquelle est écrit le mot sacré du grade de Royale Arche : JABULUM. Il fait le même signe que Salomon, lorsqu’il a refusé de leur conférer le grade de Royale Arche (Signe d’Admiration). Il met un genou en terre, une main dans le dos et l’autre pour se protéger de la lumière (Signe de Protection) et tire sur la corde pour se faire remonter. Revenu avec les autres intendants, il leur dit : "Jabulum est un bon maçon" et décide avec eux :- que le nouveau mot de passe sera "Je suis ce que je suis"…
Le symbolisme du grade de Royale Arche
Les soirées privilégiées parfois vécues par les francs- maçons ne peuvent se produire que dans les Loges qui, au moyen d’un rituel, pratiquent l’art d’ouvrir une porte sur un monde hors du temps et sur un univers sans limite. Ce monde, à l’intérieur d’un Temple orienté, couvert de sa voûte étoilée, devient d’autant plus réel qu’il est imaginaire. Ainsi, par le moyen du Rite, le franc-maçon peut passer de la durée temporaire ordinaire au temps sacré. Le franc-maçon vit ainsi dans deux sortes de temps : le temps profane et le temps sacré, qui se présente sous l’aspect paradoxal d’un éternel présent mythique qu’il est possible de réintégrer par le Rite. Le thème de la recherche de la parole perdue s’inscrit naturellement dans cette démarche. Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur le meurtre d’Hiram. Et il comprend que le mot que les Maîtres utilisent, pour se reconnaître, est un Mot substitué, dont ils portent les initiales sur leur tablier et que le but de la démarche est la recherche de la Parole perdue … Muni du mot substitué et afin de retrouver cette Parole, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Le processus de l'initiation nous donc fait traverser des paysages, plus précisément des structures qui jalonnent la voie initiatique, qui n'est elle-même qu'une expérience totale de la vie
Au douzième degré du Rite Ecossais Ancien Accepté, le Maçon redécouvre que le Temple que chaque Maçon doit construire en lui-même, représentel'édifice idéal que chacun de nous est appelé à réaliser et que le Temple de Jérusalem est une image de l'univers destiné à satisfaire notre raison, une conception philosophique traduisant, autant qu'il est possible, une approche de la Vérité.Au XVlllème siècle, avant la structuration définitive de la Franc-maçonnerie spéculative, la prononciation du mot de maître est J H V H (Jéhovah). Tout se passe ensuite comme si tout le mythe d'Hiram consistait, dans un de ses aspects, à supprimer cette invocation pour la remplacer par un mot substitué qui sera le premier mot que l'on entendra et dont les significations vont de Mach Banach, Marrow in the Bone, Moabon enfin, qui deviendra le mot substitué du Rite Ecossais Ancien Accepté.
Le sens profond du Rite Ecossais Ancien Accepté est le passage fondamental de l’Ancien au Nouveau Testament , où le tétragramme Chrétien I N R I se substitue au tétragramme hébraïque I H V H. Et toute la démarche ultérieure sera ciblée sur la découverte de la complémentarité de l’Ancien et du Nouveau Testament, l’un, symbolisé dans les grades vétéro-testamentaires par la formule : Amour de la Vérité et l’autre symbolisé par la référence au Nouveau Testament : Amour de l’Humanité, symbolisme que l’on retrouvera sur l'échelle mystérieuse du rituel du trentième grade du Rite Ecossais Ancien Accepté …Certains diront : qu’importent les spéculations et les retours vers le passé à l’époque de la science, de la technique, de l’efficacité, de la raison… Les sceptiques et les agnostiques diront que la maçonnerie n’a que faire de dieu et des religions. Les croyants objecteront que leur foi leur suffit et s’en remettront à leur église, avec plus ou moins de confiance, pour s’occuper de leur dieu et du salut de leur âme. L’église, de son côté, parle de moins en moins, afin de ne pas effaroucher le client, l’important restant de maintenir, autant que possible, une influence fondée sur quelques principes d’ordre moral.
Quant aux francs-maçons, ils se présentent sous des visages bien divers, sans unité de doctrine ni d’action. Il existe, il est vrai, pour les trois premiers grades, un critère simple : celui de la régularité, qui garantit, dans l’ensemble, la reconnaissance de principes communs traditionnels. Et les choses deviennent encore plus claires lorsqu’on sait que la régularité doit s’apprécier sous deux aspects complémentaires : la régularité obédientielle et la régularité initiatique. Mais cette simplicité relative, qui concerne la franc-maçonnerie des grades symboliques, fait place à une réelle confusion lorsqu’il s’agit des "hauts" grades.L’histoire de ces grades est fort complexe et l’on y trouve le meilleur, mais également, il faut en convenir, le pire. On s’aperçoit, de plus, qu’il n’existe, au regard des "hauts" grades, aucun critère de régularité, ni aucun pouvoir régulateur qualifié, même si le Rite Ecossais Ancien Accepté peut se prévaloir de regrouper, au niveau mondial, 90 pour 100 des maçons travaillant dans les Ateliers au delà du troisième grade. Peut-on d’ailleurs parler "du" Rite Ecossais Ancien Accepté, tant les pratiques en sont parfois différentes, et les formules constitutives laissées "ad libitum" de chaque Atelier ?
Il semblerait donc raisonnable d'accepter une constatation de départ aussi simple qu’évidente. La franc-maçonnerie est, à l’origine, une initiation de Métier et l’ésotérisme qu’elle met en œuvre est d’essence judéo-chrétienne. Partant de là, il convient de déterminer et de comprendre l’expression de cette essence judéo-chrétienne, d’en suivre le passage de la maçonnerie opérative de jadis à la maçonnerie spéculative moderne, puis de son évolution jusqu’à la pratique actuelle. Salomon, Hiram, Zorobabel, n’ont ni construit, ni rebâti le Temple… Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers la Cité Idéale où il s’élèvera, dans l’harmonie. Il importe donc que les maçons de bonne foi, rejetant les idoles, mènent à bonne fin une pratique des "hauts" grades qui leur donne leur seule justification : aider, servir et honorer la Franc-maçonnerie symbolique, qui est la seule détentrice de toute l’initiation. Ainsi, la maçonnerie de Royale Arche pourrait-elle être considérée à juste titre comme la fondation et la clé de voûte de l’ensemble de l’édifice maçonnique. Dégagée de tout dogme, de toute attache cultuelle, considérée non comme un grade, mais comme un complément et une explication des grades symboliques, laissée à la libre interprétation de la conscience individuelle de chacun, elle montrerait ainsi l’importance, non pas tant religieuse, que sacrée de l’initiation maçonnique. Avec elle, s’éclairerait toute la signification à donner à la légende opérative et traditionnelle du Temple de Jérusalem ainsi que la haute portée de son enseignement initiatique selon lequel l’accomplissement du chemin de la connaissance rejoint la quête spirituelle de l’Amour.

Conférence de Roger Dachez

La question des origines de la Franc-Maçonnerie occupe un statut particulier dans l'imaginaire maçonnique. Préoccupés par la transmission, certains franc-maçons ont dicté des règles et établirent des lois qui façonnèrent l'histoire de l'institution qui ressortit des "Constitutions d'Anderson". C'est ainsi que la Franc-Maçonnerie s'origina dans le Paradis Terrestre immémorial d'Adam et Eve et qu'elle fut transmise par les prophètes et les rois, accréditant la thèse selon laquelle la Grande Loge, apparue à Londres au XVIIIème siècle, n'était pas une "création" mais un "éveil", éveil s'inscrivant donc dans la continuité des bâtisseurs de cathédrales. Théorie qui connaît une rupture avec l'avènement de l'histoire moderne sur laquelle s'appuie, entre autre, la Franc-Maçonnerie spéculative qui tenta de "décortiquer" le mythe de la Franc-Maçonnerie opérative.
Cet exposé tente de répondre aux deux questions suivantes: la Franc-Maçonnerie spéculative dérive-t-elle de la Franc-Maçonnerie opérative? L'Histoire peut-elle détruire le mythe? N'a-t-elle pas plutôt le pouvoir de le restituer dans sa dimension fondatrice et son sens réel ?

Source : http://www.troispoints.info/article-la-legende-d-hiram-67402292.html

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Published by Roger Dachez - dans Symbolisme
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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 08:26

grace-kelly-image.jpgA la sensualité féline d'Ava Gardner, Grace Kelly oppose la froideur troublante d'une lady aux gants blancs. Elle imprime, dans sa carrière fulgurante, un style dont Alfred Hitchcock sera le pygmalion médusé.

Personne n'a connu Grace Kelly. Tous ceux qui ont caressé cette chimère ont fini par se rendre à l'évidence : on n'assiège pas le mystère qui, c'est notoire, tend l'oreille à l'incertitude et vous plante sur... une énigme ! Plus lucide que le commun de ses confrères, un journaliste du Saturday Evening Post en a, du reste, pris son parti. Et, las de traquer les chiches concessions que l'actrice octroie à la privauté, d'écourter : " Ecrire sur Grace Kelly revient à envelopper de la fumée dans du papier ! " Eh bien ! soit. Chercheur sans ambition, chroniqueur sans gloire, nous nous arrangerons des ombres. Et, promu maître ès brumes, nous briguerons la reconnaissance d'un ennemi patenté de l'Histoire : l'illusion d'optique.

Chez les Kelly, on ne badine pas avec la droiture. C'est, dit-on, la force des faibles. Avec le courage, c'est, en tout cas, la seule richesse que John Henry, un garçon de ferme irlandais, a emportée dans le dénuement rageur d'un exil. Dans la téte de ce paysan du comté de Mayo fleurit, néanmoins, un credo : " La victoire sourit aux plus honnétes. " Cap, donc, sur le Nouveau Monde pour défendre, dès 1867, la part de bonheur que l'Irlande semble refuser aux plus démunis de ses enfants.

La vie, quoi qu'on en dise, contrarie rarement l'espérance des humiliés. Aussi, légataire de la paternelle ambition, John Brendan Kelly se hisse-t-il, en un éclair, du statut d'apprenti dans une briqueterie à celui d'entrepreneur en bâtiment. Le succès est tel que, de l'aveu méme du tout-Philadelphie, " on ne peut pas mettre deux briques l'une sur l'autre sans passer par lui. " Mieux. L'homme d'affaires avisé se double d'un sportif accompli. Naguère champion de boxe de l'infanterie américaine, John s'emballe, maintenant, pour l'aviron. Et, si la gentry britannique interdit à ce " simple travailleur manuel " de participer aux prestigieuses régates de Henley, il fonce, aussitôt, en Belgique pour décrocher... la médaille d'or en skiff aux jeux Olympiques de 1920 ! Les Kelly, que cela soit clair, ne campent pas sur un échec. C'est avec panache qu'ils s'emploient à laver les affronts.

La fortune, malgré tout, a besoin d'un ancrage affectif. Seul le mariage est, alors, à méme de consacrer cette réussite. Quatre ans après l'éclatante revanche d'Anvers, John Brendan - que les siens appellent plus volontiers Jack - y pourvoit en épousant, en l'église catholique de Saint Bridget, une Américaine d'ascendance allemande, la distinguée Margaret Mayer. Connue pour sa beauté qu'elle préte, d'ailleurs, à la une de nombreux magazines, Margaret est également réputée pour ses talents sportifs et deviendra " la première femme à enseigner l'éducation physique à l'université de Philadelphie ". La ténacité irlandaise fait maintenant ménage avec la rigueur germanique. Et les héritiers Kelly - Margaret, John Junior, Grace Patricia, Elisabeth - devront, tant bien que mal, s'accommoder du sacro-saint postulat que leur " général prussien " de mère cheville à l'idée qu'elle se fait de l'éducation : discipline, sport et culte.

Née le 12 novembre 1929 à Philadelphie, Grace y semble, pourtant, la moins bien disposée. La gamine présente, en effet, une constitution qui, dans sa débilité, suffirait à assombrir plus d'un caractère et légitimer tout sentiment de révolte : crises d'asthme répétitives, angines récurrentes, coryza chronique, myopie patente. Elle ne cède, toutefois, ni aux foucades ni aux emportements. Tout au plus ces empéchements confortent-ils la fillette dans ses replis songeurs. En évoquant cette période, Mme Kelly se contentera, un jour, d'abréger : " Elle possédait une espèce de calme intérieur, de tranquillité d'âme toute particulière. " Et, loin de vitupérer la maternelle autorité, Grace, quant à elle, ne manquera jamais de rendre hommage à l'austérité de ses principes : " Plus d'une fois, cette éducation rigoriste m'a aidée à surmonter avec sérénité certaines épreuves. " Pour autant, dès qu'il s'agit d'étudier l'allemand, les enfants Kelly osent, tout de méme, braver les oukases de Margaret. L'actualité, certes, leur servait d'alibi : " Comment pouvions-nous avoir envie d'apprendre sa langue alors qu'Hitler faisait trembler l'Europe ? " s'interroge encore Elisabeth. Pour une fois, " le chef " a baissé les bras.

En septembre 1936, Grace intègre la Raven Hill Academy et, sanglée dans un uniforme bleu marine, elle se plie avec docilité au règlement spartiate qui régit l'institution. Quitte à reconnaître plus tard : " On nous menait la vie dure. Je ne pense pas que les jeunes puissent aujourd'hui supporter la discipline qui était la nôtre. " Pelotonnée dans une délicate timidité, l'écolière trouve par ailleurs l'occasion de se distraire : elle harcèle Andersen et Kipling, se frotte à la poésie, étudie la musique sous la férule de sa mère, et ne rate à aucun motif les cours de danse qui lui sont dispensés. Est-ce l'acteur Douglas Fairbanks Jr qui, en déposant un baiser sur son front, détournera la fillette de ses réves de ballerine ? Rien n'est moins sûr. Quoi qu'il en soit, la magie est totale et, durant quelques jours, Grace refuse obstinément... de se laver le visage !

L'adolescente conservera mémoire de cet éblouissement. Du coup, elle n'hésite pas à rejoindre la troupe d'amateurs de East Falls qui, en 1941, décide de monter Ne donnez pas à manger aux animaux et, pour la première fois, elle saute sur les planches. Dépéché sur place, l'échotier de la région entrevoit les prémices d'un talent : " Miss Kelly a brillamment reçu son baptéme des feux de la rampe. " Dispositions à confirmer.

Pour l'heure, du couvent des Dames de l'Assomption, Grace passe, en septembre 1943, à la Stevens School de Germantown, la banlieue huppée de Philadelphie où les siens résident. Ses classes terminées, elle décide de poursuivre les études et ambitionne le très prisé Bennington College qui, dans ses doctes arrangements, prévoit l'enseignement de l'art dramatique. Collée à l'examen d'entrée, Grace envisage, alors, de se rabattre sur l'American Academy of Dramatic Arts de New York. Mais, pour lui laisser le temps de méditer son dessein, John et Margaret Kelly l'invitent, avec ses soeurs et frère, à sillonner l'Europe. Sur les rives mémes de la Tamise, John Jr en profite pour infliger un nouveau camouflet au patriciat londonien et remporte, vingt-sept ans après l'humiliation essuyée par son père, les fameuses régates de Henley. Histoire de signifier au Vieux Continent qu'il doit, désormais, compter avec le nom des Kelly dans les places fortes... où il n'est pas forcément attendu.

De retour sur le sol américain, Grace se montre plus déterminée que jamais : quel que soit l'avis des siens, elle sera comédienne. John a beau tenter la déstabilisation - " Le jour où tu auras atteint le sommet, tu seras la propriété du public. Il n'y aura plus de vie privée. On en demandera toujours davantage. Es-tu préte à payer ce prix ? " - en bonne fille d'Irlandais, elle persiste. Fin septembre, la voilà donc à New York et, après une audition de principe à Carnegie Hall, elle est admise à l'académie où l'a, entre autres, précédée Spencer Tracy. Ses parents l'ont installée au coeur de la 63e Rue, au Barbizon Hotel for Women qui, loin des turpitudes de la ville, a d'ores et déjà hébergé Lauren Bacall, Joan Crawford et Gene Tierney.

A New York, selon un condisciple, Grace travaille " comme une forcenée " : diction, improvisation, gymnastique, escrime et danse rythment son quotidien. Aucun mal, donc, à décrocher, en 1949, un diplôme qui l'entraîne dans la spirale des sempiternelles auditions, des brûlants espoirs, des mordants refus. " Mes débuts furent assez difficiles. [...] J'avais un handicap particulier : ma taille. J'étais trop grande pour tenir les rôles que mon visage et mes yeux bleus inspiraient aux metteurs en scène ", commentera-t-elle. De fait, jusqu'à ses véritables débuts à Broadway dans une pièce de Strinberg, Grace doit se résigner à quelques apparitions furtives dans les théâtres de province.

Après Father , elle acquiesce aux séries télévisées qui la révèlent tant au grand public qu'à la profession. Et c'est d'un mélodrame, Quatorze Heures, qu'Henri Hathaway prétexte, en 1951, pour projeter sur grand écran l'image d'une étincelle glacée. Paul Douglas, son partenaire, aura longtemps souvenir de la débutante : " [C']était une fille adorable. [...] Elle possédait quelque chose qui n'existait plus depuis Irene Dunne. C'était une jeune lady . " Le réalisateur Fred Zinnemann qui, avec Le train sifflera trois fois, lui offre, en 1952, son premier grand rôle, ne tarde pas à entériner le propos : " C'était la première actrice que je voyais arriver avec des gants blancs à une entrevue ! " Le franc succès de ce western original - quatre oscars lui sont décernés - rejaillit inéluctablement sur Grace Kelly qui, en revanche, se montre très critique sur sa performance : " Lorsque je regarde le visage de Gary Cooper, j'y lis tout ce qu'il pense. Mais quand je regarde le mien, je n'y vois rien du tout ! "

Qu'importe l'autocritique ! La Metro Godwyn Mayer déroule le tapis rouge devant elle. Mais, jalouse de l'orientation qu'elle entend donner à sa carrière, elle en fait peu cas. " Je n'ai jamais vraiment manqué d'argent et je n'en ai jamais fait un but dans mon métier. [...] C'était une force que de sentir derrière soi une famille préte à vous récupérer en cas de nécessité ", ponctuera-t-elle. Finalement, la comédienne cède aux pressions. Sur un comptoir d'aéroport, elle signe le contrat qui, pour sept ans, la lie à la compagnie et s'envole aussitôt pour le Kenya pour un trio de légende : Gardner-Gable-Kelly. Ce sera Mogambo . Trois raisons avouées à cette capitulation : " Parce que John Ford. Parce que Clark Gable. Parce que l'Afrique, puisqu'on m'offre gentiment le voyage. Si Mogambo avait été tourné dans l'Arizona, je n'y aurais sûrement jamais mis les pieds ", confesse-t-elle. Le réveillon de Noêl y aurait, assurément, perdu en originalité. En pleine brousse, entre deux prises, Grace, en effet, tricote... des chaussettes qu'elle compte offrir à celui que Hollywood continue d'appeler " The King ". Faute de temps, elle ne peut achever son ouvrage. Facétieuse, elle en dérobe une dans les bagages de Clark, la garnit d'objets de méme provenance puis elle épingle le tout à la tente de son partenaire. La sortie du film, en 1953, vaut à Grace Kelly un concert de louanges. La sulfureuse Ava Gardner ne parvient pas à éclipser sa dureté lumineuse. C'est dire ! Les slogans publicitaires vont jusqu'à annoncer " une bataille des sexes " dans laquelle le libertinage pudibond d'un certain Alfred Hitchcock va, bientôt, trouver son compte.

En ce sens, 1954 marque d'une pierre blanche la carrière-météore de Grace Kelly qui, auprès du maître du suspense, fait de son magnétisme serein l'empreinte définitive d'un style. Cousue à une sophistication dépouillée, retranchée derrière une limpidité ambigue, forte d'une sensualité cérébrale, l'actrice nourrit, en excellence, le phantasme de la blonde hitchcockienne qui insinue bien plus qu'elle n'étale : " Savez-vous que Grace Kelly, apparemment si froide, cache un volcan de sensibilité, d'érotisme et de passion ? [...] La pauvre Marilyn Monroe port[e] le sexe sur la figure et Brigitte Bardot n'[est] pas non plus très subtile. Lesex-appeal de Grace Kelly est bien plus complexe, on ne le ressent pas d'emblée mais il existe ", appuie le réalisateur américain. Pour sa " déesse de glace ", coup sur coup, il cisèle donc deux chefs-d'oeuvre : Le crime était presque parfait et Fenétre sur cour , à côté desquels Les Ponts de Toko-Ri de Mark Robson, L'Emeraude tragique d'Andrew Marton et, dans une moindre mesure, Une fille de la province de George Seaton feront pâle figure.

Unis en une commune abomination des paillettes hollywoodiennes, inéluctablement, Grace et sir Alfred se retrouvent pour une course-poursuite divertissante sur la Côte d'Azur, La Main au collet . Le 13 août 1954 est jour de bouclage. C'est aussi l'anniversaire du réalisateur pour qui on décide, alors, de porter un toast. Dans le droit fil d'un scénario apprécié pour son ambivalence - Kelly : " Je n'ai jamais attrapé un voleur de bijoux. Ce doit étre passionnant. Qu'est-ce que vous préférez, la cuisse ou ... " Grant : " C'est vous qui voyez. " -, la secrétaire, n'écoutant que sa générosité, se fend d'un lapsus proverbial : " Voulez-vous goûter au cock (sexe masculin, en argot) de M. Hitchcake ? " Le diable en rit encore.

Le 30 mars 1955, Grace Kelly fait son entrée au Pantages Theater d'Hollywood. Sa performance, qui, à l'évidence, n'est pas la meilleure, dans Une fille de la province lui vaut de concourir pour l'oscar de la meilleure actrice. Fait rarissime pour une carrière, certes prometteuse, mais, somme toute, récente. Ses rivales ? Dorothy Dandridge pour Carmen Jones , Jane Wyman (première épouse de Ronald Reagan) pour Le Secret magnifique , Audrey Hepburn pour Sabrina et, entre toutes, Judy Garland pour Une étoile est née . C'est à William Holden, son partenaire à l'écran, qu'il revient d'annoncer la consécration de Grace qui écrase une larme : " Je n'oublierai jamais ce moment. Tout ce que je peux dire, c'est merci. Je suis folle de joie. " Mais, sitôt que les journalistes la prient d'embrasser le lauréat, Marlon Brando en l'occurrence, mi-royale, mi-mutine, elle rétorque : " Je crois que ce serait plutôt à lui de m'embrasser ! "

La MGM qui, pour refus réitérés de rôles, avait suspendu son contrat, recommence à lui faire les yeux doux. La gloire est la manière la plus éclatante de confondre l'injure, Miss Kelly ne le sait que trop. Au mois de mai suivant, sans la moindre allusion à la partie de bras de fer qui l'a opposée à " sa " compagnie, elle est à Cannes pour la présentation du film. La Metro est dans ses petits souliers.

De fait, elle redouble d'ingéniosité pour offrir à celle que Brigitte Bardot surnomme " l'Altesse Frigidaire " deux joyaux... hautement prémonitoires, Le Cygne de Charles Vidor et Haute Société de Charles Walter. Dans l'un, Alec Guinness supplie Alexandra, une princesse à marier, de toujours " glisser comme un réve " ; dans l'autre, Frank Sinatra fredonne amoureusement " You're sensational " à sa partenaire... promise à un souverain. La meilleure façon de quitter un studio. Du moins pour une reine qui, si elle n'a jamais voulu d'un " monsieur Kelly ", ne compte pas, pour autant, marcher à l'ombre des princes.

Par Pascal Marchetti-Leca

 

Débuts dans la pub

Pour aider à financer ses études autant que pour gagner son indépendance, dès son arrivée à New York, Grace multiplie les séances de pose. Sa beauté naturelle fait souvent la une des grands mensuels, Cosmopolitan notamment. Au mythe de la vamp des années 1950 qu'incarne la pulpeuse Marilyn, elle oppose l'image d'une jeune fille fraîche, saine et sage. Loin de snober les campagnes publicitaires, elle ne rechigne pas à vanter les qualités du dentifrice Colgate, les mérites de l'aspirateur Electrolux, les vertus du Coca-Cola et, parvenue au faîte de la notoriété, on la surprend encore à s'extasier sur la douceur du savon Lux.

Sa participation à de nombreux téléfilms lui vaut d'étre élevée par le magazine Life à la dignité de " reine de la télévision ". Une reine qui, professionnelle au-delà du protocole, accepte, au besoin, de sauter dans les bas résille et l'affriolant tutu d'une chanteuse de music-hall (Lights out) .

Le modèle parfait

Le maître a dit : " Grace éblouit la pellicule ! " Aucun photographe n'a jamais contredit le réalisateur hypnotisé. D'Erwin Blumenfeld qui, avec Philip Halsman, est l'un des premiers à s'intéresser à son intemporelle beauté (" Grace [a] ce regard énigmatique et lointain propre aux gens myopes "), à Henri Lartigue, en passant par Howell Conant, l'ami de toujours, ou Cecil Beaton (" Si elle nous captive ainsi, c'est par sa manière de s'adresser à nos meilleurs instincts "), tous, au contraire, ne tarissent pas d'éloges sur son incroyable photogénie. Comme tant d'autres encore, Youssuf Karsh s'extasie sur ses deux profils. A la faveur d'un éclairage sublime, il fixe, en un savant décalage, une image du couple princier qui sera immortalisée par un timbre-poste.

Chevaliers servants

Des amours réelles ou supposées de cette beauté froide qui, selon Hitchcock, " suggère l'intelligence ", que n'a-t-on écrit ? On l'a, tour à tour, rapprochée de Gary Cooper, unie à Clark Gable, promise à Ray Milland, fiancée à William Holden, alliée à Bing Crosby. Souvent sans autre fondement que le copinage désinvolte des plateaux. Grace n'a jamais véritablement tenu à s'exprimer sur ce point.

En 1948, à l'Academy of Dramatic Arts, elle s'éprend, toutefois, d'un professeur aux faux airs de gitan, Don Richardson. Mais elle se heurte à un veto familial catégorique. " L'idée que je puisse tomber amoureuse d'un juif les dépassait complètement ", écrit-elle, en avril 1949, à une amie du Barbizon Hotel. Juif et, circonstance aggravante, divorcé. Exit Richardson.

Deux ans après, le tournage d'une série télévisée la met en présence de Jean-Pierre Aumont auquel elle oppose, tout d'abord, une distance polaire. Elle décline systématiquement toute invitation à dîner. Jusqu'au jour où, exaspéré, ce dernier la saisit par le bras et pointe son index en direction d'une banderole qui, flottant dans la salle de répétition, déroulait la supplique suivante : " Ladies , soyez aimables avec vos cavaliers. N'oubliez pas, qu'après tout, les hommes sont aussi des étres humains ! " Grace s'esclaffe. Toute réserve abolie, ils deviennent amants. Mais la vie les sépare une première fois.

Grace accepte de rencontrer, quelques années plus tard, le spectateur ébloui qui la couvre de fleurs, le couturier italo-russe Oleg Cassini. Elle apprécie la distinction amusée de cet aristocrate. Leur idylle fait couler beaucoup d'encre. Pendant le tournage de La Main au collet , Cassini aurait reçu une carte : " Qui m'aime me suive ! " Nourrissant de vagues soupçons sur l'identité de son expéditeur, il rejoint la comédienne sur la côte. Mais, divorcé par deux fois et poursuivi par sa réputation de tombeur, il n'a pas l'heur de plaire à ses parents. " Je n'éprouve aucune sympathie pour les zigotos ", aurait abrégé John Kelly. Grace, imperceptiblement, prend le large. Implacable commère, Hedda Hopper laisse entendre que cela tient à sa moustache. N'y tenant plus, Oleg dépéche un télégramme : " D'accord Hedda, j'abandonne. Je raserai ma moustache si vous rasez la vôtre ! " Nonobstant la verve, l'affaire Kelly-Cassini est classée. Affectée par cette rupture, la comédienne se sent très seule devant la statuette de bronze qui, un soir de mars 1955, vient flatter son palmarès. En mai, la Riviera, heureusement, se montre propice aux retours de flamme. Un journaliste du Times s'interroge aussitôt : " Aumont qui est venu et qui a fondu, a-t-il aussi vaincu Grace ? " Pressé de s'expliquer sur un éventuel mariage, le comédien distille le doute : " Qui ne le voudrait pas ? " Puis Jean-Pierre et Grace se propulsent à Paris pour des vacances sentimentales. Mais, divorcé de Blanche Montel, veuf de Maria Montez, Jean-Pierre Aumont, de vingt ans l'aîné de sa compagne, ne correspond toujours pas au gendre que les Kelly ont révé pour leur fille. Puis les liens s'effilochent. A jamais, ce coup-ci.

Un mariage princier

En venant défendre Une fille de la province au festival de Cannes, Grace est loin de supposer que son destin vient, d'une certaine façon, de se jouer... dans le bureau parisien de Gaston Bonheur, directeur de la publication de Paris-Match . C'est à lui que revient, en effet, l'idée d'une rencontre entre la vedette américaine et le souverain monégasque qui sort d'une romance contrariée avec Gisèle Pascal. Le journaliste Pierre Galante et son épouse Olivia de Haviland seront les maîtres d'oeuvre d'un face-à -face qui, le 6 mai 1955, a pourtant failli ne pas avoir lieu. Grace s'empétre dans la confusion d'un emploi du temps bousculé et le prince est retardé par un déjeuner qui, dans sa villa du cap Ferrat, s'éternise inopportunément. A l'arrivée, tout s'arrange. Miss Kelly, qui a devancé son hôte, est priée de commencer la visite des salons du palais sans lui. Le prince Rainier s'empresse, néanmoins, de la rejoindre et pour elle, spontanément, il s'improvise guide. Il lui fait l'honneur de ses jardins, de son zoo. Propos divers, politesses d'usage, poignées de main. La visite s'achève. Pour tout commentaire, Grace : " Il est charmant ! "

Sept mois après l'entrevue, Rainier III s'embarque pour les Etats-Unis, officiellement pour un bilan de santé. Le docteur Donat, médecin du palais, ne le rejoint-il pas outre-Atlantique ? En fait, ils gagnent Philadelphie pour, disent-ils, honorer les Austin, un couple d'amis, de leur passage. Coïncidence : les Austin sont proches... des Kelly qui, justement, se proposent d'organiser le dîner de Noêl.

Le 5 janvier 1956, la nouvelle des fiançailles tombe. Grace, qui vient de déserter le plateau de Haute Société , quitte les Etats-Unis le 4 avril, à bord du paquebot Constitution . Le 18 suivant a lieu le mariage civil. La cérémonie religieuse est célébrée le lendemain, en la cathédrale Saint-Nicolas. Sous sa coiffe à la Juliet, Grace Kelly redevient la petite catholique irlandaise. La robe qu'elle porte doit sa splendeur à la virtuosité d'Helen Rose, la couturière de la MGM. Sa confection a nécessité quelque 46 mètres de taffetas, 90 mètres de tulle et 290 mètres de valenciennes de 1830 ! Le prince, pour sa part, a revétu l'uniforme de drap bleu des maréchaux d'Empire. Grace Kelly devient, par cette union, l'une des femmes les plus titrées du gotha. Absent ce jour-là , sir Alfred fulmine contre cette satanée Europe qui, après lui avoir volé Ingrid Bergman, lui rapte le plus chaud de ses diamants.

Septembre noir

Le 13 septembre 1982, Grace de Monaco quitte la propriété de Roc Agel au volant de sa Rover 3500. Près d'elle, côté passager, sa fille Stéphanie. Le chauffeur insiste pour les véhiculer mais la princesse refuse ses services, y va d'une boutade (" Vous pourrez rouler derrière nous ! "), et démarre. Fatale direction : la Moyenne Corniche. A la sortie d'un virage, la voiture se met à zigzaguer. Le camionneur qui la suit klaxonne pour alerter la conductrice qui, d'un coup, serre à droite pour, semble-t-il, le laisser passer. L'épingle suivante se fait de plus en plus proche mais, cette fois, la Rover marron ne ralentit pas. Pire, elle prend de la vitesse et, aimantée par le vide, elle finit par s'écraser une quarantaine de mètres plus bas. Les secours sont aussitôt alertés. Fortement commotionnée, la princesse Stéphanie paraît hors de danger. Sa mère, en revanche, ne réagit plus. Transportée à l'hôpital de la principauté, " toute possibilité thérapeutique dépassée ", elle s'éteint le lendemain sans avoir repris connaissance. Dès lors, fusent les hypothèses. Avec une complaisance souvent déplacée. Les experts sont pourtant formels : l'accident est consécutif à une hémorragie cérébrale. Triste année que celle où trois belles âmes du grand écran semblent s'étre donné la main pour tirer leur révérence : Romy Schneider, Ingrid Bergman et l'altesse de l'Ailleurs qui, pour le cinématographe, aura toujours nom Grace Kelly.

Portait de femme : document du 01/03/2003

Source : http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-36918269.html

 

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 06:41
  • John (Jackie) Duddy (17 ans). Abattu d'une balle dans la poitrine sur le parking des appartements de Rossville. Quatre témoins ont déclaré que Duddy n'était pas armé et était en train de fuir les parachutistes quand il fut tué. Trois d'entre eux ont vu un soldat viser délibérément le jeune homme lorsqu'il courait. Il est l'oncle du boxeur irlandais John Duddy.
  • Patrick Joseph Doherty (31 ans). Abattu par derrière alors qu'il tentait de ramper pour se mettre à l'abri sur le parking des appartements de Rossville. Doherty a fait l'objet d'une série de photographies, prises avant et après sa mort par le journaliste français Gilles Peress. Malgré le témoignage du «Soldat F» qui avait tiré sur un homme tenant et utilisant un pistolet, John Widgery a reconnu que les photographies montraient que Doherty n'était pas armé, et que des tests médico-légaux sur ses mains pour les résidus de tir se sont révélés négatifs.
  • Bernard McGuigan (41 ans). Tué d'une balle à l'arrière de la tête alors qu'il était allé aider Patrick Joseph Doherty, en agitant un mouchoir blanc pour indiquer aux soldats ses intentions pacifiques.
  • Hugh Pious Gilmour (17 ans). Touché au coude droit, la balle est ensuite entrée dans sa poitrine pendant qu'il courait d'où se trouvaient les parachutistes sur Rossville Street. John Widgery a reconnu qu'une photographie prise quelques secondes après que Gilmour a été touché corrobore les dires de témoins affirmant qu'il n'était pas armé, et que des tests de résidus de tir ont été négatifs.
  • Kevin McElhinney (17 ans). Abattu par derrière alors qu'il tentait de ramper pour se mettre à l'abri à l'entrée des appartements de Rossville. Deux témoins ont déclaré que McElhinney n'était pas armé.
  • Michael Gerald Kelly (17 ans). Touché à l'estomac alors qu'il se tenait près des décombres de la barricade en face des appartements de Rossville. John Widgery admis que Kelly n'était pas armé.
  • John Pius Young (17 ans). Touché en pleine tête alors qu'il se tenait près des décombres de la barricade. Deux témoins ont déclaré que Young n'était pas armé.
  • William Noel Nash (19 ans). Touché à la poitrine près de la barricade. Des témoins ont déclaré que Nash n'était pas armé et venait en aide à une autre personne touchée quand il a été tué.
  • Michael M. McDaid (20 ans). Touché au visage à la barricade, alors qu'il était en train de quitter à pied le lieu où se trouvaient les parachutistes. La trajectoire de la balle a indiqué qu'il pourrait avoir été tué par des soldats placés sur les murs de Derry.
  • James Joseph Wray (22 ans). Blessé puis abattu à bout portant alors qu'il était couché sur le sol. Les témoins qui n'ont pas été appelés devant le Tribunal de Widgery ont déclaré que Wray criait qu'il ne pouvait pas bouger ses jambes avant qu'il soit mortellement touché la deuxième fois.
  • Gerald Donaghy (17 ans). Touché à l'estomac tout en essayant de courir pour se mettre à l'abri entre Glenfada Park et Abbey Park. Donaghy a été amené dans une maison voisine par des passants, où il a été examiné par un médecin. Ses poches ont été fouillées afin de l'identifier. Plus tard, la photo du cadavre de Donaghy a montré des bombes à clous dans ses poches. Ni ceux qui fouillèrent ses poches dans la maison, ni l'officier médical de l'armée britannique (Soldat 138) qui le déclara mort peu après disent avoir vu des bombes. Donaghy avait été un membre de la Fianna Éireann, un mouvement de jeunesse républicain lié à l'Armée républicaine irlandaise. Paddy Ward, un informateur de la police qui a témoigné lors de l'enquête de Saville, a affirmé qu'il avait donné deux bombes à clous à Donaghy plusieurs heures avant qu'il soit abattu.
  • Gerald (James) McKinney (34 ans). Touché juste après Gerald Donaghy. Des témoins ont déclaré que McKinney courait derrière Donaghy, s'est arrêté et a levé les bras en criant « Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! », quand il a vu tomber Donaghy. On lui a ensuite tiré dans la poitrine.
  • William Anthony McKinney (27 ans). Touché par derrière lorsqu'il a tenté d'aider Gerald McKinney. Il avait quitté la zone de couverture afin d'essayer d'aider Gerald.
  • John Johnston (59 ans). Touché à la jambe et à l'épaule gauche sur William Street 15 minutes avant que le reste de la fusillade a commencé.. Johnston n'était pas dans la marche, mais sur son chemin pour rendre visite à un ami à Glenfada Park. Il est mort 4 mois et demi plus tard ; sa mort a été attribuée à des blessures qu'il a reçues ce jour-là. Il fut le seul à ne pas mourir immédiatement ou peu de temps après avoir été touché.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bloody_Sunday_(1972)

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Published by Thomas Dalet
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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 06:07

Le premier mauvais compagnon du jeune Maçon, c'est la lassitude: toujours les mêmes gestes, les mêmes paroles, les mêmes idées philosophiques gnangnan ressassées au fil des Tenues, avec la surprise de constater que beaucoup de frères, même après de longues années, semblent encore ne pas les connaître par cœur, ne pas les pratiquer dans leur cœur, ces gestes et ces paroles, à l'intérieur comme à l'extérieur du Temple, une image déjà des mauvais compagnons ... Lassitude aussi parce que les idées les plus originales, ressassées, deviennent des lieux communs ... C'est peut-être pour cela qu'il y a autant de degrés dans la plupart des rites maçonniques : pour réveiller, pour renouveler l'attention, l'attention des moins attentifs ... Mais tout nous ramène toujours, à tous les degrés, à la recherche fraternelle de la Vérité, c'est à dire au combat contre l'ignorance: sempiternel et monotone sentier, boucle indéfiniment bouclée. La foi en la méthode maçonnique, c'est d'oser croire que cette répétition, ce ressasse ment, accueilli et non subi, source intarissable de découvertes toujours plus subtiles et inattendues, finit par baigner, par orienter nos pensées et nos actions. C'est l'objet d'ailleurs de tout rite, religieux ou social.

D’abord, c'est l'enthousiasme de la découverte, nous apprenons que la FM a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes, de combattre les préjugés. La FM nous conduit par les sentiers de la Vertu au feu de la Charité. Le bandeau du profane symbolise l'aveuglement des passions, l'obscurité symbolise l'ignorance et la superstition. Rechercher la Lumière et la Vérité, c'est donc combattre les préjugés et l'ignorance. Dès le début est prôné l'accomplissement du Devoir, l'esprit de sacrifice et la punition du parjure. Rappelons-nous l'épée pointée sur le cœur du récipiendaire.

Puis nous avançons dans les voies de la Sagesse et de la Connaissance. Connaissance de soi, connaissance des autres, c'est-à-dire connaissance des différentes façons de construire des édifices matériels, mais aussi des édifices sociaux et spirituels, découverte de différents domaines de la connaissance que nous n'avions encore pas ou peu explorés, découverte du rôle fondateur du Travail, qui préserve des passions lâches et mauvaises, protège de la corruption du vice et conduit à la Fraternité.

Enfin, l'enseignement maçonnique nous propose un nouvel outil: le récit légendaire, psychodrame que le rituel fait vivre au récipiendaire. C'est à ce degré que nous découvrons le mythe fondateur: l'assassinat de l’Architecte et sa résurrection, la perte des Mots véritables et l'usage des Mots substitués, la recherche des Secrets Véritables du Maître Maçon, qui ont été perdus. Nous notons bien, tout au long de cette initiation, l'exigence d'effectuer cette recherche en toute pureté, en toute candeur, pureté plusieurs fois éprouvée, au niveau des mains, du tablier, du cœur, éprouvée enfin par l’antique tradition. Recherche méticuleuse de la pureté intérieure qui métamorphose progressivement le récipiendaire en Architecte. Architecte alors éprouvé par l'ignorance, le fanatisme et l'ambition, ces trois adversaires du progrès de l'humanité. Architecte, Maître idéal, rêvé, fantasmé, qui, à peine apparu sur le chantier, dans le rêve éveillé qu'est toute initiation, ne survit pas à l'épreuve de la réalité. Idéal de Maîtrise, relevé par cette même réalité, ces trois mauvais compagnons mués en Maîtres Maçons éclairés et fidèles qui ramènent à la vraie vie. Architecte, homme de Devoir, Penseur, Juste et Libérateur! Les trois compagnons étaient mauvais parce qu'ils voulaient obtenir par la violence les prérogatives qui ne sont accordées qu'au mérite. C'est-à-dire qu'ils voulaient accéder à la Lumière de la Vérité sans passer par le chemin du Travail: il ne suffit pas d'être mis en présence de la Vérité pour qu'elle nous soit intelligible: tant que l'illusion et les préjugés nous aveuglent, l'obscurité, c'est-à-dire l'ignorance, règne en nous, comme il est déjà dit dès le début. Allons plus loin: la Vérité de l'autre, dès qu'elle est dévoilée, mise à jour, est trahie; elle ne pourra jamais être Vérité pour quiconque d'autre. La Vérité de l'autre meurt, en tant que Vérité, dès qu'elle est dévoilée, telle le poisson aux brillantes couleurs qui meurt et devient terne et gris dès qu'on le tire de l'eau: tel est peut-être le véritable ... Secret Véritable du Maître Maçon! Notons que les prérogatives recherchées par les trois compagnons ne pouvaient être accordées qu'au mérite, et non à la valeur, c'est-à-dire au travail et non à la qualité du savoir! Distinction entre mérite et valeur, distinction essentielle. Mais politiquement incorrecte dans la société actuelle où la compassion pour l'effort prétend remplacer la qualité de l'action. Certes vérité sur le plan individuel et métaphysique comme nous venons de le voir : le chemin compte plus que l'inaccessible étoile elle-même, mais lourde erreur dans la cité profane: dans la recherche du bien commun, la qualité de l'action doit primer le mérite de l'effort! C'est même un article de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen!

source : http://www.temple-parvis.com/les-trois-mauvais-compagnons.html

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Published by Michel D. - dans Planches
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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 05:54

Pour trouver un sens profond au mythe des trois mauvais compagnons, il me semble indispensable de remonter aux sources.

On ne peut espérer comprendre la signification symbolique des trois mauvais compagnons que si l’on a compris les raisons et motifs de l’assassinat d’Hiram.

Dans le mythe fondateur du Grade de Maître, Hiram est assassiné par trois mauvais compagnons.

Qui était Hiram ?
Qui étaient les trois mauvais compagnons ?

Hiram était l’architecte, pas seulement le concepteur de l’ouvrage, mais aussi le chef des travaux.
C’est lui qui présidait à la rémunération des employés.
Le mythe laisse aussi entendre que c’était un homme pourvu de toutes les qualités, connaissance, sagesse, etc.

Quant aux mauvais compagnons, on ne connaît pas grand-chose d’eux.
On sait néanmoins qu’ils étaient des compagnons, pas des apprentis ni des profanes.
C’était des hommes dont une haute compétence de constructeur avait déjà été reconnue. Ce n’était pas n’importe qui.

On sait aussi qu’ils étaient trois et qu’ils ont pris part à l’assassinat, chacun avec un outil particulier:

le premier avec un fil a plomb, symbole de la verticale,
le deuxième avec un niveau, symbole du contrôle éclairé (des CC),
le troisième avec un maillet, symbole de la volonté (et autorité fraternelle du VM).

On ne peut comprendre le mythe de l’assassinat d’Hiram, sans se demander ce que peut symboliser Hiram et les trois mauvais compagnons.

Le récipiendaire peut en rester à la troisième personne du singulier (il) : chacun des acteurs est une personne qui lui est étrangère et il se contente de réfléchir sur un récit, certes plausible, mais qui ne le concerne pas directement.
Bien entendu, cette réflexion ne mène pas loin.

La réflexion devient plus intéressante si le récipiendaire passe aux deux premières personnes du singulier (tu et je), en s’identifiant symboliquement à l’un des acteurs (Hiram ou l’un des mauvais compagnons) et en analysant ses relations avec les autres acteurs.

Encore plus intéressant : il peut identifier chacun des acteurs à une partie de lui-même : sa personnalité, ses pulsions profondes.
Aussi intéressant, en particulier dans les réflexions sociologiques et politiques, il peut identifier chacun (ou seulement certains) des acteurs à un groupe humain (loge, certes, mais aussi famille, entreprise, état ou autre collectivité territoriale, n’importe quel groupe humain).

Ainsi, si l’on ne se contente pas de considérer les acteurs comme des personnes physiques mais aussi des infra-personnes (c’est-à-dire des pulsions psychologiques) ou des supra-personnes (c’est-à-dire des aspirations sociologiques), les assassins d’Hiram ne sont plus seulement des malfaiteurs, mais aussi des « maléfices », psychologiques ou sociologiques.

De ce point de vue « venger Hiram » n’est plus vraiment tuer une personne physique mais surtout éliminer une ou plusieurs causes de malheur de l’Humanité.

À l’appui de cette interprétation, on peut aussi remarquer que les mythes rappellent les outils dont se sont servis les agresseurs d’Hiram: le fil a plomb, le niveau et le maillet.

Frapper quelqu’un a l’aide d’un outil, révèle le double aspect de nos symboles : chaque instrument de travail peut conduire a la perdition, tout dépend de notre intention.

C’est comparable a l’épée a double tranchant du Vénérable : destructive et créative à la fois.

Or une interprétation symbolique courante de l’agression consiste à dire que les trois mauvais compagnons ont agi en « abusant » de leurs outils :
- Du fil a plomb, symbole de la rectitude, par dogmatisme qui paralyse.
- Du niveau, symbole de l’égalité, par intolérance qui étourdit.
- Du maillet, symbole de la volonté, de l’autorité, par ambition qui tue.
et que les causes du dogmatisme, de l’intolérance et de l’ambition sont respectivement l’ignorance, la faiblesse et l’orgueil.

Nous les désignerons symboliquement comme étant
l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition.

L'ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l'Homme s'abandonne à elle.

Le second surveillant a été choisi pour incarner l’ignorance,
Les mal initiés méconnaissent la valeur de la quête personnelle et l’expérience commune en loge, ils vivent dans un demi conscient.
La plupart des gens croient que la vie matérielle et l’existence psychique constituent leur seule réalité, la force, l’intelligence et la science ne suffisent pas pour renaître.

L’ignorance frappe aussi notre propre milieu.
En l’occurrence, tous ceux qui chipotent aux rituels sans avoir fait une sérieuse étude préalable.
Ils remplacent des choses essentielles par des phrases creuses.

Le Fanatisme : que représente le second mauvais compagnon ne peut apporter que douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.

Le premier surveillant a été choisi pour incarner le fanatisme,

Le fanatisme (ou le mensonge) dogmatique entrave la réalisation initiatique.
Les maçons fanatiques se croient infaillibles.
Ils veillent sur la « régularité » et sur la juste exégèse du haut de leurs propres étroitesses d’esprit.
Ils veulent forcer une interprétation particulière des symboles.

Il nous faut, nous Francs Maçons convaincus, personnellement ou collectivement avoir le courage de dire haut et fort que le mensonge triomphant qui passe, qu'il soit idéologique, politique, religieux ou économique doit être combattu chaque jours de notre vie…

Dire non aux responsables politico religieux quels qu'ils soient et quelle que soit leur obédience, qui voudraient amalgamer les lois de leurs dieux et les droits de leurs états et asservir ainsi un peu plus leurs concitoyens grâce à des diktats archaïques où la liberté d'expression ne serait plus qu'une facilité accordée ou refusée en fonction des circonstances.

Dire non à des prises de position pseudo scientifique qui utilisent la crédulité des hommes et des femmes pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes et bourrer le crâne des enfants de notions fausses et contraires à l'avancée des sciences

Dire non à ceux, qui, refusant de voir la réalité du terrain particulièrement dans les pays les plus défavorisés, se réfèrent à des dogmes criminels pour exprimer et imposer leur conception de la naissance, de la vie et de la mort.

Dire non enfin à ces irresponsables affairistes confondant science économique et financière avec casino et jeux vidéo virtuels, en utilisant l'épargne d'une vie de travail de leurs clients pour se tricoter eux-mêmes des parachutes dorés.

Dire non aujourd'hui, c'est quelque part s'exprimer en Franc Maçon, refuser le confort douillet des dogmes et des certitudes philosophiques, politiques ou sociologiques.

L’Ambition : que représente le troisième mauvais compagnon sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu'il prend des formes les plus élaborées et les plus insidieuses.

Le Vénérable Maître incarne l’ambition

Une de ces formes virales bien que parfaitement ridicule et révélatrice du manque de maturité et de réalisation de soi-même, se
rencontre assez couramment en Franc-Maçonnerie et se nomme la CORDONITE.

On n’ambitionne une fonction en loge que lorsqu’on y est apte


Les ambitieux essayent d’utiliser la FM pour leur carrière profane où cherchent dans l’organisation maçonnique une compensation pour le ratage de celle-ci.


Enfin, les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d'Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l'accès à un plan de conscience supérieur, n'aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d'alchimie spirituelle.

Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l'Homme pour qu'il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.

Les trois « défauts », d’un point de vue moral, sont à considérer comme un petit échantillon de l’arsenal incommensurable des vices humains.

Chaque être humain emporte ses défauts comme son ombre.
Ils lui sont tout aussi indispensables.

Ghandi jugeait les conflits sur leurs mérites constructifs.
Les conflits peuvent nous rendre conscients des besoins et des aspirations de la communauté.
Notre civilisation dépend de son aptitude à circonscrire les forces destructrices, mais surtout de sa capacité a les transformer en forces constructives.
De plus il faut savoir qu’une part de vérité se trouve toujours chez l’adversaire.

Pour édifier notre savoir, je renvoie au mythe de Prométhée dérobant le feu divin des forges d'Héphaïstos pour le mettre au service des humains et ainsi faire allusion à ce feu de la Connaissance qui brûle les scories de l'ignorance et qui exige à celui qui veut s'en servir, des purifications de plus en plus subtiles du mental et de l'esprit, car nul ne peut approcher le feu de la Connaissance s'il n'a pas dominé les défauts symbolisés par les mauvais compagnons.

Ce qui me fait dire, que si ces trois mauvais ouvriers ne sont, pour beaucoup de francs-maçons, que de simples personnages du drame vécu par Hiram, ils représentent en fait, les épreuves que le Maçon doit affronter seul.


Pour les Francs-Maçons, la légende d'Hiram a une double signification.

Tout d'abord, Hiram est le symbole de l'homme de valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions et se rapproche de la perfection humaine.

Les assassins d'Hiram sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état: envie, avarice, vanité, vengeance, ambition, intolérance.

Hiram est le symbole d'homme fidèle au devoir, du Franc-Maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tâche.
Nul danger, nulle persécution, nulle vengeance ne l'intimide.

Ses adversaires envieux pourront certes lui porter des coups douloureux et lui faire beaucoup de tort dans l'opinion des hommes; mais ils ne pourront rien contre le bien dont le Franc-Maçon est le défenseur généreux.

La vérité, quels que soient les barrières qu'on lui appose, finit toujours par triompher; et celui que l'on a cru abattre naît un jour à une vie nouvelle et meilleure.

Que ce retour de la justice tarde à se produire, d'autres hommes se lèveront et se feront les défenseurs du droit écrasé et de l'idéal méconnu; car la force de l'idée est indestructible.

L'idée est immortelle, sa vie se poursuit à travers les générations humaines et les siècles, alors même que les hommes qui l'ont formulée pour la première fois, qui ont lutté et sont morts pour elle, ont été oubliés.

Personnellement, car la société change, j’aurais aimé rajouter a ce mythe un quatrième mauvais compagnon représentant l’égoïsme.

Par égoïsme, nous jetons nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous possédons 2 ou 3 trois voitures, nous vidons les mines, nous achetons nos fruits et légumes au bout monde, nous voyageons en tous sens,

Par égoïsme nous éclairons les nuits, nous arrosons les déserts, acidifions la pluie, nous fabriquons même des baskets qui clignotent quand on marche, etc, etc.

Par égoïsme nous avons fait fondre la banquise, couper les arbres, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruit un tiers des espèces vivantes, exploser l’atome, enfuit des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

(Evidemment c’était plus marrant de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.)

Apres la révolution néolithique et la révolution industrielle, nous arrivons a la troisième révolution et il y a du boulot.

Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, limiter l'usage de sa voiture, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, fermer les robinets, veiller à la paix, contenir l'avidité, cultiver les fruits de proximité et de saison, relancer la marine à voile, replanter les forets, laisser le charbon là où il est, récupérer le crottin pour en faire du compost,
S'efforcer, réfléchir même.

Et, sans vouloir offenser, avec un terme tombé en désuétude, « être solidaire ».

Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde dont une grande partie est sous alimentée, pendant que nous déversons le lait a l’égout pour conserver nos quotas et fabriquons du carburant avec des céréales.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la troisième révolution.

Enfin et pour terminer, je soumets à votre méditation les propos de notre très illustre frère Alain Pozarnick, qui lors de conférences a dit :
« Le contraire de la mort ce n’est pas la vie mais la naissance »

La chanson d’Alain Souchon que j’ai choisie est : « Et si en plus y a personne », c’est sa seule chanson engagée contre les extrémismes de toutes sortes.

J’ai dit Vénérable Maître

Source : www.ledifice.net

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 05:52

L’esprit est un moteur, il invente les rêves, les civilisations, les religions, les mythes….
Ce moteur cette belle machine à besoin continuellement de redémarrer, d’avoir de nouveaux horizons, de ce remettre en question, l’évolution des hommes, de certain hommes passe inexorablement par la recherche de nouvelles quêtes.
Je fus initié un soir de l’année six mille un, hasard ? Non simplement mon destin.

Pourquoi je me suis intéressé à ces mauvais compagnons ?
Pour plusieurs raisons, une remise en question intérieures un soir.

Ensuite pour assouvir ce besoin de symbolisme qui est chez moi pareil à une drogue.
Ces personnages – symboles, ces trois mauvais compagnons font partie d’un mythe fondateur.

Celui-là même qui a donné sa spécificité à notre Rituel d’Initiation au Troisième Degré dont l’intensité culmine avec la mort d’HIRAM et sa résurrection.

Notre processus initiatique commence par la mort du vieil homme.

Cette mort est féconde parce qu’elle est suivie d’une résurrection symbolique par le mode d’une substitution.
Un drame extrêmement remarquable, tout y est admirablement étudié pour intensifier l’impression générale que l’on cherche à donner.
C’est dans ces conditions que le Maitre Maçon nouvellement promu entend pour la première fois le récit traditionnel qui, en Franc Maçonnerie, a tant d’importance.

En effet, le Compagnon qui subit une telle initiation, oui je pense que ce soir la il y a vraiment une nouvelle initiation, le Compagnon doit mourir à lui –même et, par identification de notre grand Maître HIRAM, va pouvoir prendre alors la fonction de Maître.

Trois mauvais Compagnons, troisième degré, pourquoi toujours trois ?
En réponse je vous lirais la définition d’ARISTOTE *:
Il n’y a pas de grandeur autre que celles-là, parce que trois renferme toutes dimensions possibles.
En effet ainsi que le disent les pythagoriciens, l’Univers entier et toutes les choses dont il est composé sont déterminées par ce nombre Trois.
La fin, le milieu et le commencement forment le Nombre de la triade.

Je vais ce soir avec beaucoup d’humilité, avec mes mots, mes pensées d’éveiller l’intérêt sur mon approfondissement de la légende de ces trois mauvais Compagnon du mythe d’HIRAM, épine dorsale de la Franc Maçonnerie, que le Maître Maçon n’a que peu l’occasion d’évoquer tant les réunions en Chambre du milieu sont espacées et rares.

Le récipiendaire est reçu Maître parce qu’HIRAM revit en lui.

Le bien a triomphé du mal, un homme nouveau est né : l’initié.
Il n’est pas sur que le ou les auteurs de la légende aient eu conscience des développements multiples qu’elle pouvait susciter à travers nos différents Rites, mais par une intuition de génie, ils ont créé une œuvre de valeur universelle, je pense avec certitude que les Franc Maçons d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, en ont parfaitement conscience.

Je vais essayer de vous résumez assez rapidement pour ne pas alourdir mon travail, cette tragique mais si fructueuse histoire.
Pour permettre a tous de s’imprégner émotionnellement.

La Lumière qui nous éclairait a disparu. Le meilleur de nos Frères est tombé sous les coups d'infâmes meurtriers et nous sommes, hélas ! Certains que les ouvriers qui ont commis ce crime appartiennent à la classe des Compagnons.
Le Maçon que nous pleurons est celui qui nous éclairait dans nos Travaux nous consolait dans nos afflictions, et qui, dans nos difficultés, soutenait notre courage,
Il a péri, victime du crime le plus détestable.

*Aristote. Traité du ciel

Les trois complices se placèrent chacun à une porte, afin que, si le Maître échappait à l'un, il ne pût éviter les autres.

Ainsi périt l'homme juste, fidèle au Devoir jusqu'à la mort.

Notre très Vénérable a été assassiné pour ne pas donner le mot des Maitres.
Le prétexte me semble bien mince.

En effet, Maitre HIRAM aurait pu, certes sans mentir, car le mensonge est particulièrement odieux dans ces civilisations plus orale qu’écrite et parfaitement inconcevable pour un homme honnête mais il aurait pu les travestir ou les altérer légèrement.
Le lendemain, à la première syllabe, les auteurs de la forfaiture auraient été découvert et traités comme ils le méritaient (pensez y mes Frères, la prochaine fois que vous maltraiterez les mots de semestre qui doivent retourner justes et parfaits).

Quelle valeur représentaient donc ces mots pour qu’il faille mourir pour eux ?
Présent est le respect de la parole donnée, du serment que tous Maçons à contractés.
Notre Rituel nous le rappelle à chacune de nos Tenues.

Je conçois alors à quel point il est indispensable de préserver ces mots, non pas de langage mais de pouvoir créateur.

Et l’on comprend mieux notre prudence à manier les mots substitués, il est plus sage de nous contenter de les épeler aux deux premiers degrés pour ne pas en abuser au degré suivant.

Ainsi les trois premiers degrés, pratiqués lors de nos tenues ont pour objet de donner à l’initié que nous somme tous, les outils qui nous amènent à penser autrement.
Grace à nos outils, nous sommes libérés du carcan des modes de pensées profanes.
Oui mes Frères connaître nos outils, notre Rituel, c’est se confondre avec les choses, avec l’être intérieur.

Sans les trois mauvais Compagnons, point de Maçonnerie, il me semble évident qu’HIRAM les a choisis avec soin saluant d’avance leur hardiesse.
Car pour que le mythe naisse lui sait qu’il faut qu’il meure.

Pourquoi vivre ?, pourquoi la vie ?, question sans réponses utiles, sinon que nous devons nous donner à nous mêmes la réponse que nous requérons.

Savoir, est ce le moyen de justifier la vie à nos propres yeux ?
Pourquoi l’homme veut à tout prix la justifier ?
Pour ce soir je n’ai point de réponses.
Yen a-t-il une ?
Mes frères ce soir je vous demande de m’ouvrir des portes afin que je puisse apporter une réponse qui me sera encore très personnelle.

C’est au troisième degré, celui de Maitre, que débute vraiment pour moi la prise de conscience que je dois aboutir...
Car de la mort de l’homme ordinaire, à la consécration de l’homme initié il y a un très long chemin, je pense que peu d’entre nous arriverons au bout du voyage si vraiment il ya une fin, car tous les hommes ne sont pas initiable faute de temps, de réceptivité ou tout simplement de ne pas pensez, de ne pas ce laisser transporter par nos différentes initiations.

Je pense qu’il y aura toujours ceux qui acceptent humblement, ceux qui refusent catégoriquement, ceux qui ne comprennent pas, mais je suis certain que moi-même, que tous nous puiseront selon notre désir, notre capacité, la récompense d’une compréhension de cœur et de l’esprit.
L’initiation nous invite à voyager en nous-mêmes.
Le travail effectué en Loge est poursuivi par le Franc Maçon au plus profond de son égo.
Le Rituel, voie préparatoire à l’initiation, contient dans sa structure la clé permettant à l’affamé que je suis de décoder le chemin, même si les parcours ne se passent pas facilement en raison des obstacles dont nous sommes porteurs à l’image de Jubelas, de jubelos, et enfin jubelum.

En effet ils affranchissent HIRAM du plan matériel, du plan psychique, du plan mental ; ces trois plans étant ceux du monde profane.
HIRAM ressuscite sur le plan symbolique moment que nous tous avons vécu avec émotion et appréhension.

C’est bien par la mort à la vie profane que le futur Maçon commence son initiation dans le cabinet de réflexion, c’est par une seconde mort symbolique, la mort d’HIRAM, que l’initié parvient à l’Adeptat

Adeptat : Personne qui soutient (une doctrine, un mouvement, une technique sans être bien sur un soutient inconditionnel notre démarche étant sans dogme.)

Les trois Compagnons assassins étant censé représenter l’Ignorance, le Fanatisme et l’Envie, leurs contrastes sont, trois résurrecteurs qui ne pouvaient manquer d’être qualifiés par antinomie :
Savoir, Tolérance, Détachement.
Car ne l’oublions pas tout est symboles.
Cela je l’ai découvert en menant plus avant mes recherches toujours par soif de découverte.

La symbolique de ce passage du Mythe me fait découvrir un nouveau secret intérieur qui m’est propre.
Un nouveau chemin qu’il me faut découvrir, un nouveau moi en devenir.

Je dois redoubler d’effort pour m’instruire encore et toujours, afin de me mettre en état d’éclairer même faiblement les autres, je me dois constamment d’être debout pour combattre l’ignorance, le fanatisme, l’envie de certains hommes avec mes humbles moyens, et surtout enfin à contrôler, dominer les trois compagnons qui sont tapis au plus profond de moi et qui attende la moindre de mes faiblesses pour ressurgir et imposer leurs dominations.

A force de Rite, de Tenue, de Travail je pense que tout les Maitres Maçons ont été véritablement transformés, ils sont devenus de nouveaux hommes.
Je me rends compte que mon apprentissage sera long et méthodique avant de pouvoir espérer me ranger parmi les plus sages constructeurs.

Aujourd’hui je sais apprécier les vraies valeurs, que je pense pouvoir essayer de communiquer aux autres.

En tant que Maitre je me dois, nous nous devons de montrer l’exemple, soyons des instructeurs humbles et toujours présents pour les futurs Maitres, à l’instar de notre modèle HIRAM soyons les bâtisseurs d’une, je l’espère, meilleure humanité.

Les trois mauvais Compagnons sont les acteurs principaux en dehors d’HIRAM bien sur. Le drame, je l’ai vécu dans notre Temple qui est le symbole du Véritable Temple qu’est l’homme.

Maintenant je comprends que chaque Frère, chaque homme, à une partition unique à jouer durant sa vie.
Chacun est responsable de ses motivations, de ses actions et de la qualité de ses influences.
Pour cela nous devons maitriser nos trois mauvais Compagnons, comment ? se diront certains et bien en ayant fait corps avec nos symboles qui sont l’équerre et le compas, le ciseau et le maillet, la perpendiculaire et le niveau, la règle, le levier... et bien d’autre encore, qui mesurent la réalité du moi, qui nous exercent à résister à nos prétentions et visent à maintenir un comportement ou l’humilité est reine.

Apres mure réflexion je comprends enfin que je possède les germes de ma destruction, je peux être le propre assassin de mon hygiène de vie, par mes pensées négatives.

Symboliquement je ne sors victorieux de ce combat qu’après être mort à ma chair, c’est le premier coup porté à Hiram, sur le coté droit.

A mes sentiments, deuxième coup porté à gauche.

A mes idées troisième coup porté au front.

Je n’atteins la Maitrise symbolique qu’au moment de la résurrection.
La réside la nécessité des mauvais Compagnons.

Assassiné par nos outils, mais ressuscité par le contact humain.
La aussi la symbolique est immense.
Le jeune Maitre que je suis est passé de l’équerre au compas, ce même compas qui représente l’élargissement de l’esprit car dans l’ésotérisme rien n’est figé rien n’est définitif dans nos interprétations.
Ces Compagnons on assassiné HIRAM avec des outils bien précis chacun représentant un grade qu’il croyait acquis, qu’il croyait détenir, la ! Étaient leurs erreurs, la ! Pourrait être notre erreur.
A nous de prendre conscience de notre devoir, de notre savoir, de notre expérience et de ne surtout pas survoler furtivement notre Rite qu’est le REAA

Le message des trois mauvais Compagnons, c’est la revendication de mon imperfection présente dans mon intérieur profond, ainsi qu’à l’extérieur, dans notre société.
Je ne peux, nous ne pouvons la combattre si nous l’ignorons.
Le mythe d’HIRAM, des trois Compagnons ma mis sur le chemin d’une évidence fondamentale : leurs messages sont une leçon d’humilité.

C’est aussi l’intelligence que le Travail sans aucun mérite, sans aucune envies, sans cette gloire au travail, rien n’est jamais vraiment acquis.

Un soir un mot, un nouveau mot pour moi m’à été épelé par un frère dont l’expérience est pour moi précieuse, ce mot : l’existentialisme.
L’’existentialisme consiste pour le Maitre à placer l’existence dans la vie spirituelle, dans la conscience, c'est-à-dire la connaissance de sa vie intérieure, de ses intentions de désirs, de ses actes, de sa destiner du moment présent car tout évolues surtout nos pensées nos sentiment

C’est l’épanouissement des acquis que le Franc Maçon à reçut de ses prédécéceurs, de ses Frères Maitre qui ont su le mettre sur la voie, qui ont su épeler les bons mots les bonnes phrases.

Je finirai mon tracé de ce soir, par un passage de DESCARTE qui a écrit : à propos des passions humaines :
" Et maintenant que nous les connaissons, nous avons beaucoup moins de sujet à les craindre, nous voyons qu’elles sont toutes bonnes de leurs natures et que nous n’avons rien à éviter que leur mauvais usage ou leur excès. "

Mes frères le compas ce soir nous démontre bien que nos Symboles se situent par delà le bien et le mal.

J'ai dit V\M\

Source : www.ledifice.net

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 20:16

Ce titre et ce sous-titre résument parfaitement le chemin initiatique d’un Franc-Maçon. Ce chemin commence dans le doute, puis se transforme pas à pas en certitudes, qui à leur tour deviennent de l’éthique.

Commençons par le doute.

Quand un profane frappe à la porte d u Temple, cela se passe parfois et peut-être plus souvent qu’on ne le pense, comme ceci.

Avant de poser sa candidature à l’initiation, le profane veut en savoir un peu plus sur la Franc-Maçonnerie. Il commence par lire quelques livres et ensuite essaie d’avoir quelques conversations avec un Franc-Maçon, qui fini souvent par devenir son parrain. La première idée qu’il se fait de la Franc-Maçonnerie est franchement optimiste, car il est persuadé d’avoir à faire avec des personnes irréprochables formant un groupe dans lequel certains problèmes que nous rencontrons régulièrement dans le monde profane, n’existent pas.

Après son initiation, il ne met pas longtemps avant de découvrir qu’en Franc-Maçonnerie tout n’est pas irréprochable et parfait. Les Francs-Maçons sont et restent des êtres humains avec leurs défauts et leurs qualités.

Il est incontestable que le Franc-Maçon aussi peut connaître le doute. Il est certain qu’en Franc-Maçonnerie il y a beaucoup de moments de bonheur, de grandes joies, mais il y a aussi, qu’on le veuille ou non, des moments de déception. Alors, le doute s’installe.

Ai-je fait le bon choix ?

Le doute vu sous cet angle nous ramène immédiatement et tout d’abord vers le « connais-toi toi-même » de Socrate. Il pousse à méditer, à faire une introspection pour tenter d’accéder à une parcelle de vérité après avoir connu des tiraillements internes et des déceptions. La première chose à faire pour surmonter une déception qui engendre le doute, c’est de l’analyser et de chercher les moyens qui permettront de la surmonter. Il suffit souvent d’aller à la recherche des « bons » Maçons : ceux qui cherchent, ceux qui veulent rencontrer les Frères et les Sœurs pour partager la fraternité dans leur différence, ceux qui savent qu’ils sont devenus question pour eux-mêmes. Ils savent qu’ils chercheront sans cesse, jusqu’à la fin. Ils savent que leur seul juge est la voix de leur conscience.

Si nous nous posons cette question, nous devons continuer notre recherche de la vérité. Nous devons continuer à nous efforcer de trouver des réponses à nos questions, à nos problèmes, à nos incertitudes, à nos doutes. Cela ne peut se faire qu’en parlant et en écoutant les autres. Cela ne peut se faire qu’en admettant que personne n’a « la » vérité et que tout le monde a « sa » vérité. Cela ne peut se faire qu’en admettant que tout le monde peut se tromper.

La solution de notre mieux-être se trouve aussi dans la compréhension des rituels, répétés sans cesse au cours de nos tenues ordinaires et de passage de grade. Le fait de revivre ces cérémonies avec plus d’attention, d’en discuter avec des frères plus avertis pour mieux comprendre les messages maçonniques inclus dans ces textes, aide indiscutablement dans la recherche de sa propre vérité.

L’initiation au premier grade est bouleversante, mais elle dégage immédiatement le sentiment que la Franc-Maçonnerie est à la recherche de la perfection. Nous sentons sans très bien comprendre pourquoi, que le doute qui nous envahie, est indéfinissable à ce moment. Nous nous sentons mal dans notre peau.

C’est plus tard que nous comprenons que c’était parce que nous étions passifs vis-à-vis de notre doute. Nous subissions les épreuves de l’initiation. Par la suite, petit à petit, nous avons moins ressenti le doute dont il vient d’être question, car les FF( et les SS( nous ont donné les moyens de croire en l’ordre maçonnique, un de ces moyens étant le TRAVAIL.

C’est plus tard que les phrases suivantes de notre rituel d’initiation au premier grade ont pris tout leur sens :

Désormais, vos efforts doivent se joindre aux nôtres pour accomplir l’œuvre de vérité, de justice, de bonté et de solidarité universelle qui est l’idéal de la Maçonnerie tout entière.

Dorénavant tous les Francs-Maçons vous reconnaîtront comme F( (ou S() constituant un des maillons de leur Chaîne d’Union Universelle. Quant à votre devoir, il est à la fois simple et complexe, clair et exigeant : TRAVAILLER.

Travailler d’abord sur vous-même en vous inspirant du système symbolique de la Maçonnerie. Ensuite, devenir apte à collaborer utilement au Grand Œuvre de l’Ordre Maçonnique.

Venons en à la certitude.

Comme je l’ai déjà dit, il est certain qu’en Franc-Maçonnerie il y a aussi beaucoup de moments de bonheur. C’est là que le doute se transforme en certitude. C’est là que nous nous rendons compte que la Franc-Maçonnerie vaut la peine d’être vécue. C’est là que nous disons : non, je ne me suis pas trompé, j’ai fait le bon choix.

Ces moments de bonheur sont multiples. Souvent cela arrive à l’initiation de profanes, quand deux personnes, qui pour des raisons professionnelles ou des disputes familiales ne se parlaient plus depuis des années, se retrouvent en Franc-Maçonnerie et se réconcilient. Il y a aussi les moments où la solidarité entre FF( et SS( jouent parfaitement pour aider des Maçons, qui sont temporairement en difficulté, que ce soit pour des raisons professionnelles, à cause de maladie ou pour d’autres raisons justifiées. Citons aussi l’organisation de conférences-débats, ouvertes aux profanes, qui se soldent par un franc succès. Ces conférences-débats ont principalement pour thème des problèmes de société ou d’éthique et parfois aussi des questions politiques (par exemple : la montée de l’extrême droite).

Nous pouvons dire aussi avec certitude, que les Loges ont souvent été les laboratoires du progrès social. Des théories forgées dans nos ateliers sont souvent utilisées par nos FF(ou SS(,qui jouent un rôle sur la scène politique, pour préparer des projets de loi, qui sont ou ne sont parfois pas adoptés ou qui subissent nombre d’adaptations. Mais peu importe, les sphères de réflexion et d’activité sont nombreux.

Comme autre certitude, parlons aussi des initiatives ou réalisations du passé imputables, en tout ou en partie, à des Francs-Maçons. Nous pouvons citer :

Pour la Belgique :

- la lutte pour l’enseignement primaire obligatoire et gratuit ;
- la création, en 1834, de l’Université Libre de Belgique ;
- la lutte pour l’émancipation de la femme ;
- la mise sur pied des Centres de Planning Familial ;
- la lutte pour la dépénalisation de l’avortement.

Pour la France :

- la séparation de l’Eglise et de l’Etat ;
- l’école laïque ;
- la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Pour l’Amérique du Nord :

Des Francs-Maçons ont été les acteurs principaux de l’indépendance américaine : Marie-Joseph de la Fayette, Benjamin Franklin et George Washington.

Pour l’Amérique Latine :

- pour l’Argentine : Don José de San Martin (initié en Espagne).
- pour le Brésil : Eusebio de Queiroz, qui est à l’origine de l’abolition de l’esclavage.
- pour le Chili : Bernardo O’Higgins.
- pour la Colombie : Simon Bolivar.
- pour le Mexique : Don Benito Juarez.

Autre certitude, comme le dit le 2ème Surv(à la fin de chaque tenue :

Les êtres passent et disparaissent, la Vérité demeure et la Franc-Maçonnerie traverse les temps et les générations.

En effet, il faut reconnaître que l’histoire de la Franc-Maçonnerie montre que cette institution a traversé les siècles sans perdre son caractère initiatique et fraternel. La pratique maçonnique mène incontestablement vers la pratique de l’humanisme et de l’altruisme. Au sein de nos sociétés où règne souvent le repli sur soi et qui sont à la recherche d’une éthique nouvelle, la Franc-Maçonnerie apparaît comme un sérieux antidote à l’individualisme, au désespoir et à l’immobilisme.

Si nous continuons notre travail en suivant ces principes, nous pouvons être certains que la Franc-Maçonnerie continuera à traverser les temps et les générations.

La Franc-Maçonnerie ne nous a jamais déçus et ne nous décevra jamais. Il n’y a que des Francs-Maçons qui parfois nous déçoivent.

Et nous en arrivons à l’éthique.

C’est par la méditation, la discussion avec les autres, la réflexion que le doute se transforme lentement en certitude et que la certitude devient vérité, devient éthique. Comme Jacques Monod, je dirai donc que l’éthique, c’est la quête incessante de la vérité.

Le terme « éthique » est utilisé à tout bout de champ : il y a l’éthique professionnelle, l’éthique de l’environnement, l’éthique militaire, l’éthique de l’information, la bio-éthique, l’éthique sociale, l’éthique commerciale, l’éthique de l’économie, l’éthique maçonnique etc. Ce terme est sans cesse confondu avec ceux de loi, de règlement, de principe, d’interdit fixant des droits et des devoirs.

Il nous faut donc retourner à la source de toute éthique dans la pensée humaine ; la philosophie.

L’éthique implique une réflexion critique sue les comportements. L’éthique est la partie de la philosophie qui étudie les fondements de la morale.

En pratique, la morale ou les morales concernent des valeurs, des principes, des règles, des normes régissant nos comportements.

L’éthique appliquée est ce qu’il convient de faire pour tendre vers le bien dans un champ d’application particulier. Il s’agit d’une démarche individuelle ou de groupe tenant compte et influencée par notre culture, notre religion, les obligations légales, les pratiques sociales de notre communauté et les pratiques institutionnelles, nos règles déontologiques.

Citons « Ethique et valeurs » de Suzanne RAMEIX : l’éthique n’est ni une science, ni une technique, ni un système de règles institutionnelles comme le droit ou la déontologie. Pourtant elle est bien l’objet d’un travail rationnel sur les valeurs. (Fin de citation).

Partons rapidement à la recherche de quelques-unes de nos valeurs de notre horizon normatif commun dans notre civilisation.

Citons pour cela quelques extraits de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, sans distinction aucune notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique, etc. Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants. Chacun à la droit à la reconnaissance en tout lieu de sa personnalité juridique. Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ni d’atteinte à son honneur et à sa réputation. Toute personne à droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. »

Aborder l’éthique, aborder les fondements de la morale :

C’est interroger nos connaissances des choses et des hommes en utilisant nos facultés de jugement et de discernement, faire la différence entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est bien et ce qui est mal.
C’est entrer dans le monde de l’action et s’interroger sur ce que nous pouvons faire ou ne pas faire.
C’est entrer dans un espace intérieur, dans notre propre exigence de vérité qui nous fait tâtonner, chercher à comparer et à comprendre.
L’éthique est donc à la croisée de trois domaines :
Notre besoin de comprendre une situation ;
Notre pouvoir d’agir sur cette situation ;
Et notre propre exigence de vérité.

La dimension éthique ou morale est une des spécificités de l’espèce humaine. Les religions ainsi que les philosophies ne s’y sont pas trompées. Etrangement le mot ”éthique” est aujourd’hui accepté dans le discours, alors que le terme ”moral” est souvent rejeté au nom d’une connotation vaguement religieuse ou bien pensante. Ce sont pourtant deux termes qui étymologiquement sont dérivés de la même idée.

"Ethique" vient du grec "ethos" et "morale" vient du latin "mores" qui tous deux signifient ce qui a rapport aux mœurs, aux comportements humains, à la façon de vivre.

Cela ne nous explique pas la différence entre morale et éthique. Quelle est cette différence ?

La morale se fonde sur la notion de bien et de mal ”en soi”, c’est à dire : est bien ce qui a été reconnu comme étant bien par la collectivité.
L’éthique se rapporte d’avantage à ce qui peut être bon ou mauvais ”pour soi”. Ici la priorité est donné à ce que la personne considère comme étant bon ou mauvais pour elle même.

La morale nous aide à répondre à la question ”que dois-je faire”.
L’éthique cherche la réponse à ”comment dois-je vivre”.

La morale tend à promouvoir la vertu. L’éthique tend à favoriser le bonheur. La morale tient pour idéal le bien-être.
L’éthique tient pour but ultime la sagesse.

Pour en finir, je dirai ceci :

L’éthique est universelle. Elle s’énonce donc au singulier. Elle a une visée réflexive et propose un comportement personnel selon la conscience de chacun. L’éthique est cohérente. Elle prend en compte des éléments apparemment sans lien, des paradoxes, pour une cohérence plus élevée que celle envisagée à première vue, par exemple : souhaiter la mort de quelqu’un qu’on aime parce qu’il souffre atrocement. L’éthique réhabilite les fonctions cordiales et symboliques entre les personnes.

Et que dire de l’éthique maçonnique ? Sommes-nous concernés ?

Dessinons un triangle avec la base vers le haut et la pointe vers le bas. En haut, à gauche, nous inscrivons ”JE” et à droite, nous inscrivons ”TU”. En dessous de la pointe en bas, nous inscrivons ”IL”.

JE : c’est moi et je suis dans ma propre espace de liberté.
TU : il ne peut y avoir de liberté pour JE sans le TU. Je dois admettre que ma liberté s’arrête là où commence la liberté de l’autre.
IL : la confrontation de ces deux libertés ne peut être féconde et durable, que si un tiers scelle et légitime la reconnaissance de l’autre. Ce tiers fait référence aux idées, aux valeurs, à la spiritualité.
JE, c’est moi. TU, c’est le frère ou la sœur en face de moi. IL, c’est le vénérable maître, c’est l’engagement maçonnique.

Dans un rituel du Grand Orient de Luxembourg, écrit à l’occasion de l’Assemblée Générale du CLIPSAS qui a eu lieu à Luxembourg le 28 mai 1995, le Vénérable Maître demande au Frère Orateur :

”Frère Orateur, veuillez énoncer les sept piliers de la Sagesse, tels qu’ils furent énoncés le 4 mai 1986 au Palais de l’Europe à Strasbourg et qui constituent les fondements de l’éthique maçonnique libérale.”

Réponse du Frère Orateur :

”Les principes fondamentaux sont :
La tolérance.
Le respect des autres.
L’attachement à la liberté.
Le sens de la liberté.
Le désir du progrès humain.
La pratique de la fraternité.

Le principe démocratique.

Rappelons que le 4 mai 1986 au Palais de l’Europe à Strasbourg a eu lieu l’Assemblée Générale du CLIPSAS, célébrant son 25èmé anniversaire. En réponse aux exclusives de Londres dans ses landmarks, le CLIPSAS donnait ainsi les landmarks de la Maçonnerie libérale.

La liberté, nous venons d’en parler.
La tolérance n’est pas inconditionnelle. Qu’est-ce qui est tolérable pour moi ? Et pour les autres ?
C’est mon éthique qui va me proposer mon comportement après réflexion.
La fraternité entraîne automatiquement la complaisance. Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ?
Encore une question d’éthique.

Voici deux citations.

La première est une phrase prononcer par un Frère lors d’une émission radiophonique sur France Culture ayant pour thème la définition d’une Loge. Ce Frère disait : « Une Loge est l’endroit où l’on se forge son éthique ».

La deuxième est de Mathieu RICARD : « Les fondements de l’éthique sont très simples. Il n’y a pas de bien et de mal en soi. Il n’y a de bien et de mal qu’en termes de bonheur et de souffrance à autrui et à soi même ».

Le Franc-Maçon doit rester cohérent avec lui-même. Il doit rechercher les bases naturelles de l’éthique, délivrée de toute considération métaphysique. Selon Jean-Pierre Changeux, « ce n’est somme toute, que réactualiser la démarche des Lumières ».

A la fin de notre rituel au 1er grade, le V\M\ dit ceci:

Mes SS\ et mes FF\, n’oublions pas que notre travail maçonnique ne s’achève pas au moment où se ferment nos tenues. Il se continue, se perfectionne, se développe dans la constante amitié de nos SS\ et nos FF\, ainsi que par notre exemple, notre action et notre enthousiasme dans le monde profane.

Il ne s’agit donc pas de gérer le quotidien. Gérer le quotidien, c’est le rôle des parties politiques.

Notre travail, c’est de réfléchir sur l’avenir et le développement de la société. C’est pour cette raison que les obédiences maçonniques ont consacré une grande partie de leur temps à la réflexion sur des projets de société tels que l’accouchement sans douleur, la contraception, le droit de cité de la sexualité, le droit à l’avortement, les dons d’organes et plus récemment le droit de mourir dignement à son heure. Il s’agit donc de conduire au mieux-être des hommes et pourquoi pas, au bonheur.

Les droits de l’homme et du citoyen ont été élaboré en Loge. Ils ont été rédigés dans le but de protéger l’homme contre les abus de pouvoir. Les philosophes du siècle des Lumières ont mûri lentement ces droits, faisant ainsi évoluer la société civile. De la même façon les Francs-Maçons, en demandant à leurs amis politiques de s’inspirer de leurs réflexions dans le monde profane, ont fait que l’éthique se substitue à la souveraineté de la Monarchie d’abord et à l’Eglise ensuite.

La Franc-Maçonnerie à travailler en sorte pour que le respect de la vie et des droits de l’homme apparaisse comme un grand moment de l’histoire universelle.

Une nation qui se détournerait de l’universel, renoncerait « à travailler à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité » comme cela est dit dans notre rituel.

Source : www.ledifice.net

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 08:58

Prologue

Frères, vous m’avez obligé d'abord à raconter les miracles et les œuvres de la sainte et pure Brigitte, de mémoire bénie. Je dois tenir compte de l'exemple des hommes de science et consulter des documents écrits ainsi que la mémoire des gens.

Cette tâche que vous m’avez imposée implique un sujet difficile et délicat, et j’y suis mal préparé, à cause de mon faible valeur, de mon ignorance et de mon manque de compétence à m'exprimer. Cependant, Dieu a le pouvoir de faire beaucoup avec peu, comme quand il remplissait la maison d’une pauvre veuve d'une goutte d’huile et d’une poignée de farine.

Je dois donc être satisfait de faire ce qu'on m'a dit, car j’entreprends cela à votre requête. Aussi, pour éviter la faute de la désobéissance, je me propose de tenter de sauver de l'obscurité et de l'ambiguïté une petite partie de cette vaste tradition transmise par des personnes plus importantes et plus savantes que moi.

De cette façon, tous les yeux verront clairement les grandes qualités de cette vierge, qui a fleuri dans la vertu. Bien que ma mémoire, mon pauvre talent et mon style rustique d'écrire ne soient pas appropriés pour l'accomplissement d'une si grande tâche, votre foi joyeuse et votre prière continuelle peuvent contribuer à réparer les faiblesses de son auteur.

La femme dont je parle, alors, grandit remarquablement en vertu, et la renommée de ses bonnes actions attira d'innombrables personnes des deux sexes venues de tous les régions de l'Irlande pour se rassembler autour d’elle, désireuses de lui faire leurs offrandes. Pour cette raison, elle fonda un monastère[1]  sur la base solide de la foi dans les grands espaces des plaines de Liffe. C’est la tête de presque toutes les églises irlandaises qui occupe la première place, dépassant tous les monastères d'Irlande. Son influence s'étend sur toute la terre d'Irlande d'une mer à l’autre.

Son intérêt était de fournir dans tous les domaines un guide des âmes selon la règle, et elle fut préoccupée par les églises désireuses de lui être attachées dans de nombreuses régions. Réfléchissant, elle décida qu'elle ne pourrait pas y arriver, sans un prêtre illustre qui consacrerait des églises et conférerait des ordres au clergé. Elle fit appel à un célèbre ermite, remarquable en tous points, un homme pour lequel Dieu manifesta beaucoup de bonté, en lui faisant quitter son ermitage et sa vie solitaire, pour venir la rejoindre dans cet endroit, afin qu'il puisse diriger l'Eglise avec elle dans la dignité épiscopale, et ainsi s'assurer que rien de la fonction sacerdotale ne ferait défaut dans ses églises.

Et après, ce principe sacré de tous les évêques, et Brigitte, la tête la plus bénie de toutes les femmes, construisirent leur église en partenariat heureux, guidés par la vertu. Leur siège épiscopal et féminin, comme une vigne fertile se répandant partout par ses branches croissantes, s’étendit dans toute l'île d'Irlande.

Elle dirige toujours (grâce à une succession heureuse et un cérémonial continu) vénérée par l'archevêque des Irlandais et par l'abbesse, ainsi que par toutes les abbesses irlandaises. En conclusion, donc (contraint par mes frères, comme je l'ai dit) je vais essayer de parler de cette vierge Brigitte; à la fois de ce qu'elle accomplît avant d’en arriver à sa prééminence et quelles furent ses merveilleuses réalisations au-delà. Je ferais l’effort d’être succinct, même si ma brièveté peut entraîner une certaine confusion dans l'ordre où je vais raconter ses œuvres merveilleuses.

VIE DE STE BRIGITTE

Sainte Brigitte, que Dieu connaissait d'avance et qu'Il avait prédestiné à être conçue à son image, naquit en Irlande de nobles parents chrétiens, issus de l’honorable tribu d’Etech, l’une des plus accomplies d’Irlande. Son père se nommait Dubtach, et sa mère Broicsech. Dès son enfance, elle se consacra à la bonté. Elue par Dieu, la jeune fille, modeste et pudique, eut des mœurs sobres, améliorant constamment sa façon de vivre.

Qui pourrait relater totalement les œuvres qu’elle fit à un âge précoce? Je choisirai quelques-uns des innombrables faits et les fournirait à titre d'exemple.

Au cours du temps, quand elle entra dans un âge raisonnable, sa mère l'envoya à la laiterie, pour baratter et faire du beurre à partir du lait de vache, afin qu'elle serve aussi, tout comme les femmes qui faisaient habituellement ce travail. Pendant un temps, les autres femmes et elle ne furent livrées qu’à elles-mêmes. À la fin de cette période, elles devaient avoir produit un rendement abondant en lait et lait caillé, et des mesures de beurre de baratte. Mais cette belle jeune fille, par sa nature généreuse, choisit d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Elle donna du lait aux pauvres et aux voyageurs, leur remettant aussi le beurre. A la fin de cette période, le temps vint de rendre leur production laitière, et arriva alors son tour. Ses camarades pouvaient montrer qu'elles avaient rempli leur part. La vierge bénie Brigitte demanda si elle pourrait aussi présenter le résultat de son labeur. Elle n'avait rien à montrer, après avoir tout donné aux pauvres. On ne lui accorda aucun temps supplémentaire, et elle tremblait de peur à cause de sa mère. Brûlant du feu de sa foi inextinguible, elle se tourna vers Dieu en priant. Le Seigneur entendit la voix de la jeune fille en prière et répondit sans retard. Grâce à la générosité de la volonté divine, Celui qui est notre secours dans l'adversité, répondit à sa foi en Lui en fournissant un abondant approvisionnement en beurre. Quelle belle merveille ! au moment même de la prière de la jeune fille, non seulement on vit sa part remplie, mais sa production fut jugée beaucoup plus importante que celle de ses camarades de travail.

Et ces dernières, découvrant de leurs propres yeux un miracle aussi grandiose, louèrent le Seigneur qui avait fait cela, et s’émerveillèrent qu’une telle foi eût pris son envol dans le cœur virginal de Brigitte.

Peu de temps après, ses parents, comme c’est la coutume chez tout le monde, souhaitèrent la marier à un homme. Mais le ciel l’incita à en décider autrement : se présenter vierge et pure devant Dieu. Elle chercha le très saint évêque Mac Caille, de mémoire bénie. Il fut impressionné par ses désirs célestes, sa modestie et son amour virginal de la chasteté, et il recouvrit sa tête sainte d’un voile blanc. Elle s’agenouilla en présence de Dieu et de l'évêque, et elle toucha le socle de bois qui soutenait l'autel. A ce jour le bois a conservé le merveilleux effet de ce geste très ancien: il est aussi vert comme si la sève coulait encore à partir des racines d'un arbre florissant, et comme si l'arbre n'avait pas été depuis longtemps abattu et dépouillé de son écorce. Même aujourd'hui, il guérit les infirmités et les maladies des fidèles. Il semble juste de ne pas omettre une autre merveille sur laquelle on dit que cette remarquable servante du Seigneur a travaillé.

Une fois, alors qu'elle faisait cuire du porc dans une marmite en ébullition, un chien flatteur et mendiant survint, et elle lui donna à manger par pitié. Mais quand le porc fut retiré de la marmite et partagé entre les hôtes (comme si la quantité n'avait pas été réduite), on s’aperçut que le montant de la marmite n’avait pas diminué. Ceux qui virent cela s’émerveillèrent sur la jeune fille, si pleine de mérite, si remarquable dans sa dévotion pour la foi, et à juste titre, ils répandirent partout l'éloge de ses œuvres merveilleuses.

Un jour où elle rassemblait moissonneurs et d’autres travailleurs afin de glaner ses récoltes, une pluie d'orage tomba sur celles-ci quand ils se réunissaient. La pluie tomba à flots sur tout le territoire environnant, et des ruisseaux d'eau jaillirent des ravins et des fossés. Seules ses récoltes restèrent sèches, pluie ou tempête ne les ayant en rien changées. Alors que tous les faucheurs de la région environnante furent incapables de travailler, en raison du déluge de la journée, ses moissonneurs, que les nuages ou l'ombre de la pluie ne dérangèrent pas, effectuèrent leur travail, de l'aube au crépuscule, grâce à la puissance de Dieu. Parmi ses autres accomplissements, celui-ci semble une cause d'émerveillement.

Il se trouva que certains évêques devaient être ses invités, mais qu’elle n'avait pas les ressources pour les nourrir. Mais la grâce multiforme de Dieu lui apporta une aide abondante quand elle en eut besoin. Elle put traire une vache trois fois en une journée, contrairement à ce qui est normal. Et la quantité de lait qu'elle aurait obtenue normalement de trois des meilleures vaches, elle la récupéra à cette occasion extraordinaire de cette vache-là.

Je détaille ici un autre épisode qui prouve sa sainteté; épisode dans lequel ce que sa main fit, correspondait à la qualité de son esprit virginal pur. Elle faisait paître ses moutons sur une pelouse herbeuse de la plaine, quand elle fut inondée par une pluie torrentielle ; elle rentra chez elle avec des vêtements mouillés. Le soleil brillant au travers d’une ouverture dans le bâtiment, jeta un faisceau à l'intérieur qui, lors d’un coup d'œil distrait, lui sembla être une solive en bois massif, installée en travers de la maison. Elle posa son manteau humide dessus comme si elle était bien solide, et le manteau fut suspendu en toute sécurité au rayon de soleil immatériel. Lorsque les habitants de la maison furent frappés par ce grand miracle parmi les voisins, ils exaltèrent l’incomparable Brigitte de dignes louanges. Et l’œuvre suivant ne doit pas être passé sous silence.

Sainte Brigitte était dans les champs avec des moutons en pâturage, occupée par ses travaux champêtres, quand un certain jeune méchant, qui connaissait sa réputation de donner ses biens aux pauvres, vola habilement et sournoisement puis emporta sept moutons durant une journée, et les dissimula. Mais vers le soir, quand le troupeau fut reconduit comme d'habitude à la bergerie, on les compta avec le plus grand soin trois ou quatre fois, et merveille à raconter, le nombre fut estimé exact et complet, sans pertes. Ceux qui savaient, furent submergés par la bonté de Dieu rendue évidente pour la jeune fille, et ils rendirent les sept moutons au troupeau. Mais le nombre de bêtes du troupeau n’augmenta ni ne diminua, il retrouva exactement sa quantité d'origine.

La servante la plus renommée de Dieu fut célèbre, sans surprise, dans le monde entier pour ces merveilles-ci et d'autres innombrables : on la considéra comme digne des plus grands éloges.

A une autre occasion extraordinaire, certains lépreux demandèrent de la bière à la vénérable Brigitte, mais elle n'en avait pas. Elle observa que de l'eau avait été préparée pour les bains. Elle la bénit, avec la bonté de sa foi inébranlable, et la transforma en la meilleure bière, qu’elle donna abondamment aux assoiffés. Ce fut en vérité Lui Qui changea l'eau en vin à Cana en Galilée, Qui transforma l'eau en bière ici, par la foi de cette femme la plus bénie. Lorsque, cependant, ce miracle est raconté, il fournit un merveilleux exemple.

Une certaine femme qui avait fait vœu de chasteté faillit, à cause du désir de plaisir de la jeunesse, et son ventre enfla à cause d'un enfant. Brigitte, exerçant la force la plus puissante de sa foi ineffable, la bénit, faisant disparaître le fœtus, sans naissance, et sans douleur. Elle rendit fidèlement la femme en bonne santé et en pénitence.

Et après, comme tout est possible pour les croyants, même des choses qui sont en dehors du domaine ordinaire quotidien, elle accomplit des miracles sans nombre.

Un jour, une certaine personne vint lui demander du sel, tout comme d'autres innombrables personnes pauvres et démunies avaient l'habitude de venir chercher ce dont elles avaient besoin ; la très sainte Brigitte fournit une vaste quantité. Elle la fit à partir d'un rocher, qu’elle bénit à ce moment pour être en mesure de donner l'aumône. Et le suppliant rentra chez lui en liesse, transportant le sel.

Et il me semble que cet autre admirable ouvrage de sa part, plus divin, doive être ajouté à la liste. Car, en imitant l'exemple du Sauveur, elle œuvra au nom de Dieu une merveille des plus grandes.

Suivant l'exemple du Seigneur, elle ouvrit les yeux d'une personne née aveugle. Le Seigneur donna généreusement à Ses disciples la permission d'imiter ses œuvres puisqu’il a dit : « Je suis la lumière du monde ». Il a également dit à Ses apôtres: « Vous êtes la lumière du monde », et, S'adressant à eux, Il a également affirmé: « Les œuvres que je ferai, ils pourront aussi les faire, et ils feront des œuvres bien plus grands que ceux-ci. »

La foi de Brigitte, comme le grain de sénevé, travailla sur un être né aveugle et, tout comme le Seigneur, elle fit un grand miracle sur ses yeux, lui rendant une vue normale. Par ces œuvres remarquables, par l'humilité de son cœur et la pureté de son esprit, par ses manières tempérées et sa grâce spirituelle, elle acquit la grande autorité qui vint à elle, et la renommée qui exalta son nom au-delà des vierges de son époque.

Et, un autre jour, une femme en dehors de la communauté lui rendit visite, amenant sa fille de douze ans, muette de naissance. Avec la grande déférence et le respect que tous avaient coutume de montrer envers Brigitte, la femme se prosterna et courba le cou pour le baiser de paix de Brigitte. Cette dernière, amicale et chaleureuse, lui parla en termes de salut, fondés sur la bonté divine. Et, suivant l'exemple du Sauveur qui avait ordonné de laisser venir à lui les petits enfants, elle prit la main de la fille dans les siennes et, sans savoir que l'enfant était muette, elle commença à lui demander ses intentions: si elle voulait prendre le voile et rester vierge ou si elle préférait se marier. La mère intervint pour rappeler qu'il n'y aurait pas de réponse, ce à quoi Brigitte répliqua qu'elle ne lâcherait la main de la fille que lorsque celle-ci aurait répondu. Et quand elle posa cette question à la jeune fille pour la deuxième fois, la jeune fille répondit en lui disant: « Je ne veux rien faire si ce n’est ce que vous désirez. » Et, après que sa bouche eut été libérée de l'obstacle à son propos, la jeune fille fut délivrée de sa chaîne de mutisme, et parla tout à fait normalement. Et ces siennes actions, dont chacun a entendu parler: qui peut y rester entièrement insensible?

Une fois, quand elle entra en transe, comme c'était son habitude, son âme méditant vers le ciel, envoyant ses pensées de la terre au ciel, elle laissa près d’un chien, non pas un petit tas, mais une grande quantité de lard. Après un mois, la viande fut recherchée et trouvée intacte à l'endroit où se trouvait le chien. Non seulement le chien n’avait pas osé manger ce que la sainte vierge avait laissé par terre, mais, en tant que gardien docile du lard, il avait été dompté par la puissance divine et agit contre sa nature.

Le nombre de ses miracles augmenta quotidiennement, de sorte qu'il est presque impossible de les compter, tant elle se consacra au devoir de pitié et à gérer le besoin d'aumônes des pauvres gens, qui demandait cela convenablement ou mal à propos.

Par exemple, quand une certaine personne indigente lui demanda quelque chose de l'approvisionnement alimentaire mis de côté pour les pauvres, elle se hâta vers ceux qui cuisaient la viande pour obtenir quelque chose pour l'aumône. Un serviteur grossier, cuisant les viandes, renversa dans les plis de son vêtement blanc des viandes crues. Elle porta la viande au pauvre homme et lui donna, mais son manteau ne fut ni froissé ni décoloré. Parmi ses actes saints, il faut admirer celui-là.

Parmi les pauvres et les étrangers qui se pressaient vers elle de toutes parts, attirés par la réputation de ses grandes actions et l'excès de sa générosité, vint un certain lépreux malheureux, qui demanda que la meilleure vache du troupeau, et les meilleurs de tous les veaux, lui fussent donnés. Loin de repousser cette demande, elle ne tarda pas à donner volontairement à cette malheureuse personne importune la meilleure vache possible du troupeau, avec le veau d’une autre vache choisi comme le meilleur. De pitié, elle envoya son chariot avec lui, afin que, durant son long voyage harassant à travers la vaste plaine, il n’eut pas de souci à se faire au sujet de la vache. Elle ordonna que le veau fût placé à côté de lui dans le chariot. Et ainsi la vache suivit, léchant le veau de sa langue, comme s'il était le sien, et s'occupant de lui, sans aucun bouvier, jusqu'à ce qu'ils atteignent leur destination. Voyez, mes très chers frères, comment les bêtes sauvages lui obéirent, même contrairement à leur instinct.

Après qu’un certain temps eut passé, certains méchants voleurs, qui ne s’occupaient ni de Dieu ni des hommes, vinrent faire une expédition de vol d'un certain endroit. Ils traversèrent le large lit d'un ruisseau à pied, et ils volèrent sa vache. Mais, en repartant par le chemin de leur venue, une crue soudaine créa un grand fleuve, dont le déferlement les accabla. Ce fleuve, cependant, s'éleva comme un mur, et permit à la vache de la bienheureuse Brigitte de repasser au-dessus, mais il se rua sur les voleurs et les emporta dans ses flots, libérant d'autres bovins volés en leur possession. Ils retournèrent à leurs pâturages appropriés avec les lanières pendant de leurs cornes. Voyez comment la puissance de Dieu se manifeste.

Un jour, un certain travail requit la présence de la très sainte Brigitte à une assemblée du peuple. Elle était assise dans son chariot, tirée par deux chevaux. Selon son habitude, elle méditait dans son véhicule, pratiquant sur terre le chemin de la vie du ciel, et elle pria le Seigneur. Un des chevaux trébucha, et l'autre, alarmé comme une bête, sauta hors du chariot et, se dégageant du harnais et du joug, s’enfuit de peur à travers la plaine. Mais la main de Dieu maintint le joug et le garda suspendu sans qu’il tombe. Brigitte priait, assise dans le véhicule tiré par un cheval, et arriva en toute sécurité dans l'assemblée à la vue de la foule, qui suivait après la manifestation de la puissance divine. Et quand elle adressa à la foule réunie des paroles de salut, son enseignement fut renforcé par ces merveilles et par les signes de la protection divine encourue.

Et il me paraît particulièrement utile d'examiner ce sien ouvrage. Une fois un sauvage sanglier solitaire qui était traqué, quitta la forêt, et dans sa fuite éperdue se trouva soudainement au milieu du troupeau de porcs de la très bénie Brigitte. Elle remarqua son arrivée parmi ses porcs et le bénit. Là-dessus, sa crainte disparut et il s'installa parmi le troupeau. Voyez, mes frères, comment les bêtes sauvages et les animaux ne purent satisfaire ni leur désir, ni leur instinct, mais la servaient docilement et gentiment. Parmi les nombreuses personnes qui lui offrirent des cadeaux, se trouva un homme qui vint une fois d'un territoire lointain. Il dit qu'il lui donnerait des porcs gras, mais demanda qu'elle envoie avec lui certains de ses gens pour retourner à sa ferme rassembler les porcs. La ferme était lointaine, située à une distance de trois ou quatre jours. Elle envoya avec lui certains de ses travailleurs comme compagnons de voyage, mais ils n’avaient en fait voyagé qu’à peine une journée (aussi loin que la montagne connue sous le nom de Grabor, qui forme une frontière territoriale) lorsqu’ils virent ses cochons, qu’ils avaient cru être dans des régions lointaines, venir vers eux sur la route, conduits par des loups qui les avait amenés. Dès qu'il réalisa ce qui s'était passé, l'homme les reconnut comme ses cochons. En vérité, les loups sauvages, à cause de leur immense vénération envers la bienheureuse Brigitte, avaient quitté les grandes forêts et les vastes plaines pour travailler à l'élevage et à la protection des porcs. Maintenant, les gens envoyés arrivés, furent étonnés de voir de tels loups-porchers, qui laissèrent les porcs et abandonnèrent leur activité contre nature. Le lendemain, ceux qui avaient été envoyés rassembler les porcs, donnèrent un compte rendu de l'événement merveilleux et regagnèrent leurs foyers. Il me semble que celui-là devrait être le dernier de ses actes miraculeux devant être oublié.

Un autre jour, une certaine personne, ne connaissant pas le contexte, vit le renard du roi gambader dans le palais royal, et par ignorance crut que c’était un animal sauvage. Il ne savait pas que c'était un animal de compagnie, familier de la cour du roi, qui divertissait le souverain et ses compagnons par plusieurs astuces apprises, nécessitant tant l'intelligence que l'agilité du corps. Il tua le renard aux yeux d'une foule nombreuse. Immédiatement, il fut saisi par les personnes qui avaient vu cela. Il fut accusé et traduit devant le roi. Quand le roi apprit l'histoire, il se mit en colère. Il ordonna que si l'homme ne pouvait lui fournir un renard connaissant tous les trucs que le sien possédait, lui et sa femme et ses fils seraient exécutés et toute sa maisonnée réduite à la servitude.

Lorsque la vénérable Brigitte entendit cette histoire, elle fut bouleversée par une telle pitié et tendresse qu'elle ordonna que son chariot fut attelé. Se lamentant au plus profond de son cœur pour le malheureux qui avait été si injustement jugé, et offrant ses prières au Seigneur, elle voyagea à travers la plaine et prit la route qui menait au palais royal. Et le Seigneur, instantanément, entendit ses prières incessantes. Il ordonna à l'un de ses renards sauvages d’aller la voir. Il fit immédiatement diligence, et quand il arriva au chariot de la très sainte Brigitte, il sauta dessus et s'assit tranquillement à côté d’elle sous son manteau.

Dès son arrivée en présence du roi, elle commença à supplier que cet homme malheureux, qui n'avait pas compris la situation et était retenu prisonnier comme victime de sa propre ignorance, fusse mis en liberté et libéré de ses chaînes. Mais le roi ne voulut pas consentir à ses prières. Il affirma qu'il ne relâcherait pas l'homme à moins qu'il ne puisse produire un autre renard doté des mêmes astuces que celui qui avait été tué. Au milieu de tous, elle présenta son renard. Et, en présence du roi et de la foule, il machina toutes les ruses que l’autre renard avait faites, et amusa la foule exactement de la même manière. Le roi fut apaisé. Ses nobles, et la grande foule applaudissant démesurément s’étonnèrent de cette merveille ainsi achevée. Le roi ordonna que l'homme condamné à mort fût mis en liberté. Peu de temps après que sainte Brigitte ait fait libérer l'homme et fut rentrée chez elle, le même renard, importuné par la foule, se ménagea habilement une fuite sûre. Il fut poursuivi par un grand nombre de cavaliers et de chiens, mais se moqua d'eux, s'enfuit à travers les plaines puis entra dans des terrains vagues et boisés et donc dans sa tanière.

Et tous vénérèrent sainte Brigitte, qui excellait de plus en plus dans ses grandes œuvres. Ils s'émerveillèrent de ce qui avait été réalisé par l'excellence de sa vertu et par le privilège de tant de dons de la grâce.

Un autre jour, la bienheureuse Brigitte éprouva de la tendresse pour certains canards qu'elle vit nager sur l'eau et, parfois, prendre leur envol. Elle leur ordonna de venir à elle. Et, comme des humains obéissants, un grand vol d'entre eux arriva vers elle, sans aucune crainte. Après les avoir touchés de la main et caressés, elle les laissa partir et s'envoler dans les airs. Elle loua hautement le Créateur de toutes choses, à qui, comme on l’a dit, toute vie est soumise et mise à son service.

Et de par ces exemples, il est clair que tout l'ordre des bêtes, des troupeaux et des hardes furent soumis à sa domination. Maintenant, un sien miracle, qui devra être célébré dans tous les siècles, doit être raconté à l'oreille des fidèles.

Une fois, comme à son habitude, alors qu’elle répandait à l'étranger parmi tous, le germe de la parole du Seigneur, elle observa neuf hommes appartenant à un certain culte particulièrement vain et diabolique. Ils étaient trompés et corrompus dans leur esprit et dans leur âme, et à l'instigation de l'ancien Ennemi qui régnait parmi eux, ils s'étaient engagés, car assoiffés de sang, et résolus par des vœux et de mauvais serments à commettre un meurtre avant le début du mois de juillet prochain. La très vénérée et aimable Brigitte les prêcha avec de nombreuses phrases douces, les exhortant à abandonner leurs erreurs mortelles, à humilier leur cœur et par la vraie pénitence à renoncer à leurs péchés. Mais ils avaient l'esprit profane, ils ne s'étaient pas acquittés de leur vœu malsain, et ils continuèrent leur chemin, résistant à son appel, et en dépit des prières abondantes que la vierge versa à Dieu selon son désir (suivant son Seigneur) que tous devaient être sauvés et connaître la vérité.

Les criminels se mirent en route, et rencontrèrent celui qu'ils croyaient être l'homme qu'ils devaient tuer. Ils le percèrent de leurs lances et le décapitèrent avec leurs épées, et un grand nombre les virent revenir avec des armes sanglantes, comme si elles avaient détruit leur adversaire. Là se produisit le miracle: ils n’avaient tué personne, bien qu'il leur semblât s'être acquittés de leurs vœux. Lorsque, toutefois, nul ne manquât dans ce territoire sur lequel ils pensaient avoir triomphé, la plénitude de la faveur divine accordée par la très sainte Brigitte devint connue de tous. Et ceux qui avaient jadis été des meurtriers se tournèrent alors vers Dieu en pénitence.

Les mots ne peuvent décrire correctement la dévotion de sainte Brigitte envers Dieu ; la puissance divine de la sainte religion est démontrée dans les œuvres suivants. Il y avait un certain homme appelé Luguidam, homme fort pour sûr, et l’un des plus braves. Quand il était en forme, il faisait seul le travail de douze hommes en un seul jour. En même temps, il mangeait assez de nourriture pour douze hommes (puisqu’il pouvait faire le travail seul, il pouvait consommer les rations). Il implora Brigitte de prier Dieu tout-puissant pour modérer son appétit, qui lui faisait manger dans un tel excès, mais il demanda à ne pas perdre son ancienne force avec son appétit. Brigitte le bénit, et pria Dieu pour lui. Ensuite, il se contenta de la subsistance d'un seul homme, mais, comme auparavant, quand il travaillait, il put travailler comme douze. Il avait toute sa force originelle. Parmi toutes ses œuvres célèbres que nous devrions raconter à tous, l’une d’elles est extraordinaire et a été bien vérifiée.

Un arbre énorme et magnifique, utilisé à certaines fins, fut coupé et élagué avec des haches par des artisans habiles. Sa grande taille créa tant de difficultés à le manœuvrer qu'un rassemblement d'hommes forts fut convoqué pour son transport avec ses branches craquantes dans les endroits difficiles. Aidé par l’équipement des artisans, ils proposèrent de le transporter avec de nombreux bœufs à l'endroit où l’on devait le traiter. Mais en dépit du grand nombre d'hommes, de la force des bœufs, et de l'habileté des artisans, ils furent incapables de bouger l'arbre, de sorte qu'ils l’abandonnèrent. Mais le Maître enseigne par l'intermédiaire de l'Evangile céleste que la foi peut déplacer des montagnes, et, par la foi déterminée de Brigitte (comme le grain de sénevé), ils transportèrent ce plus lourd des arbres sans la moindre difficulté, grâce au divin mystère de la puissance de l'Evangile et sans aucune aide humaine, à l'endroit désigné par sainte Brigitte. Cette démonstration de l'excellence de la puissance de Dieu fut connue dans toutes les régions. Et il vient à l'esprit qu'il ne faut pas omettre la manifestation suivante, qui, parmi d'innombrables autres miracles, fut l’œuvre la vénérable Brigitte.

Il y avait un homme de noble naissance, doté de la fourberie d'un homme du monde, qui désirait une femme en particulier. Il exerça sa ruse sur les moyens de la séduire. Il confia une broche en argent dans son coffre, puis la déroba sournoisement à son insu et la jeta dans la mer. Cela entraîna que lorsqu’elle fut incapable de la montrer sur demande, elle lui resta acquise comme son esclave, et fut donc obligée de se soumettre à ses étreintes comme il le souhaitait. Il réussit cette machination dans l’unique but d'être en mesure d'exiger cette rançon. Si la broche d'argent n'était pas retrouvée, la femme elle-même devrait se donner à lui en esclavage, à cause de sa culpabilité, et être soumise à sa concupiscence. Cette femme chaste s’enfuit craintive vers sainte Brigitte, car elle alla à la ville offrant le refuge le plus sûr. Lorsque Brigitte apprit le comment et le pourquoi de ce qui s'était passé, presqu’avant d'avoir tout entendu de l'histoire, elle appela une certaine personne qui avait pris des poissons dans la rivière. Les ventres des poissons furent coupés et ouverts, et là au milieu de l'un d'eux, on trouva la broche en argent que cet homme cruel avait jeté à la mer.

Alors, l’esprit livre, elle prit avec elle la broche en argent et partit avec cet homme infâme à l'assemblée du peuple pour que sa cause soit entendue. Elle montra la broche à l'assemblée, et de nombreux témoins témoignèrent, des personnes qui furent capables d'identifier la broche comme celle-là même dont on parlait dans l’accusation. Brigitte prit la femme chaste en sa compagnie, et la libéra des griffes de ce tyran cruel. En effet, après cela, il avoua sa faute à sainte Brigitte et se prosterna humblement devant elle. Tout le monde l'admira pour ce grand miracle, et elle en remercia Dieu (pour la gloire duquel elle avait tout fait) puis rentra chez elle. En racontant ces merveilles, on peut comparer à son hospitalité celle d'une autre femme.

Car sainte Brigitte revint chez elle après un voyage pour les affaires de Dieu, au travers la vaste plaine de Brega. Elle arriva en soirée quand le jour déclinait, et elle passa la nuit avec cette femme, qui la reçut avec joie, les mains tendues et rendit grâces à Dieu de l'heureuse venue de la très vénérée Brigitte, vierge du Christ. La femme était trop pauvre pour avoir sous la main les moyens de recevoir de tels invités, mais elle brisa le métier à tisser sur lequel elle travaillait, pour en faire du bois de chauffe. Puis elle tua son veau, le plaça sur le tas de bois et, avec bonne volonté, alluma le feu. On mangea le dîner, et la nuit passa avec les veilles usuelles. L'hôtesse (qui avait pris le veau à sa vache, afin que rien ne manquât à la réception et au plaisir de sainte Brigitte) se leva tôt. La vache découvrit un autre veau, exactement identique à celui qu'elle avait choyé. Et on vit un métier à tisser, exactement de même forme et taille que l’autre.

Ainsi, après avoir accompli ce prodige, et avoir dit adieu aux gens de la maison, sainte Brigitte poursuivit sa route pontificale et continua gaiement son voyage. Parmi ses grands miracles, on admire tout particulièrement celui-ci.

Trois lépreux vinrent, demandant n’importe quelles aumônes, et elle leur donna un plat d'argent. Afin de ne pas semer la discorde et la querelle entre eux quand ils viendraient à le partager, elle parla à une certaine personne experte dans le pesage de l'or et l'argent, et lui demanda de le diviser entre eux à poids égal. Quand il commença à s'excuser, remarquant qu'il n'avait aucun moyen pour pouvoir le diviser afin que les trois parties pèsent exactement la même chose, la Très sainte Brigitte prit le plat d'argent qu’elle heurta contre une pierre, le cassant en trois parties comme elle l'avait souhaité. Merveille à dire ! quand les trois parties furent testées sur la balance, aucune partie n’apparut plus lourde ou plus légère d’un souffle ou de quoi que ce soit. Ainsi, les trois pauvres hères s’en allèrent avec leur cadeau et il n'y avait aucune raison d'envie ou de contrecœur entre eux.

Elle suivit l'exemple du bienheureux Job et ne permit jamais à une personne pauvre de la quitter les mains vides. En effet, elle donnait aux pauvres les vêtements étrangers et exotiques de l'illustre évêque Conlaeth, des vêtements qu'il portait pendant la liturgie du Seigneur et des veilles apostoliques. Lorsqu’au bon moment survint l’époque de ces solennités, le grand prêtre du peuple voulut changer de vêtements. C’était au Christ, sous la forme d'une pauvre personne, que sainte Brigitte avait donné les vêtements de l'évêque. Alors, elle remit à l'évêque un autre ensemble de vêtements, semblable en tous points en texture et couleur, reçu du Christ à l’instant même, qu’elle avait revêtu, tel un mendiant (en les apportant sur un chariot à deux roues). Elle avait donné librement les autres vêtements aux pauvres. Or, au bon moment, elle reçut ceux-là en échange. Car, comme elle représentait l'instrument vivant et le plus béni du sublime, elle avait le pouvoir de faire ce qu'elle voulait.

Après cela, un homme, se trouvant un besoin particulier, vint à elle pour lui demander un sixième d'une mesure de miel. Son esprit fut bouleversé car elle n'avait pas de miel prêt à donner à celui qui en demandait, quand on entendit le bourdonnement des abeilles sous le dallage du bâtiment où elle se trouvait. Et quand l’endroit d’où venait le bourdonnement entendu des abeilles, fut fouillé et examiné, on découvrit une quantité suffisante pour répondre aux besoins de cet homme. Et lui, recevant un don de miel suffisant pour ses besoins, revint en liesse dans son village. Dans l'épisode suivant aussi, elle accomplit un miracle. Le roi de son pays (dans la région où elle vivait) publia un décret pour toutes les tribus et lieux sous sa coupe. Toutes les personnes de son territoire devaient venir ensemble pour construire une route large. On devait la consolider dans les fondations avec des branches d'arbres et des pierres ; elle devrait avoir des remblais très solides et des fossés profonds infranchissables, et elle devrait courir sur un sol détrempé et au travers d’un marécage dans lequel coulait une rivière. Lors de sa construction on devrait être en mesure d’amener des véhicules à quatre roues, des cavaliers, des chars, des charrettes à roues, et la circulation des gens ainsi que celle de forces devant attaquer les ennemis de tous côtés.

Quand les gens se furent rassemblés de toutes parts, ils se partagèrent la route qu'ils devaient construire en sections, entre clans et familles, de sorte que chaque clan ou famille construirait la section qui lui aurait été assignée. La section la plus difficile et la plus pénible, fut celle où passait la rivière, et elle fut assignée à un certain clan. Ces gens décidèrent d'éviter les travaux lourds, aussi utilisèrent-ils leur force pour contraindre un clan plus faible (celui auquel appartenait St Brigitte) au travail sur la section ardue. Choisissant pour eux-mêmes une section plus facile, ce clan cruel put faire sa construction, sans le danger de la rivière.

Les gens qui avaient des liens du sang avec sainte Brigitte vinrent se prosterner à ses pieds. On rapporte de façon certaine ce qu’elle leur a dit: « Allez ! Dieu a la volonté et le pouvoir de déplacer la rivière depuis l'endroit où vous êtes opprimés par ce travail pénible vers la section qu'ils ont choisi. »

Et, quand à l'aube de ce jour, les gens se levèrent pour aller travailler, on trouva que la rivière incriminée avait quitté son ancienne vallée et les deux rives entre lesquelles elle s’écoulait. Elle fut transportée de la section sur laquelle la tribu de sainte Brigitte avaient été contrainte de travailler à la section de ce peuple puissant et fier qui avait injustement contraint le clan des petits et des plus faibles à y travailler. Pour preuve du miracle, les traces de la rivière transférée à un endroit différent, et le canal vide dans lequel elle coulait auparavant; peuvent encore être vus, asséchés et sans aucun filet d'eau.

De nombreux miracles furent faits au cours de sa vie, avant qu'elle dépose le fardeau de sa chair; beaucoup plus tard. La générosité du don de Dieu ne cessa jamais de faire des merveilles dans son monastère, où son corps vénérable repose. Nous avons pas uniquement entendu parler de ces merveilles; mais les avons vues de nos propres yeux.

Par exemple, le prieur du grand et célèbre monastère de sainte Brigitte (mentionné brièvement au début dans ce petit ouvrage) envoya des maçons et des tailleurs de pierre chercher dans des endroits appropriés un rocher adapté pour faire une meule de moulin. Ils ne prirent aucune disposition pour le transport, mais gravirent une route escarpée et difficile, atteignirent le sommet d'une montagne rocheuse et choisirent une grosse pierre au sommet du plus haut point. Et ils taillèrent le tout dans une forme ronde et la perforèrent pour en faire une meule. Lorsque le prieur arriva, en réponse à leur message, avec une équipe de bœufs, il fut incapable de conduire les bœufs pour tirer la pierre, il fut à peine capable de gravir le pic très difficile avec quelques-uns d'entre eux qui le suivirent. Lui et tous ses travailleurs réfléchirent au problème: par quels moyens pourraient-ils retirer la meule de la plus haute crête de la montagne où il n'y avait aucun moyen par lequel les bœufs pouvaient être attelés et chargés dans ce haut lieu abrupt? Ils en vinrent à la conclusion désespérée (certains d'entre eux, même abandonnant et descendant de la montagne) qu'ils devraient laisser la pierre et la considérer comme un travail gâché qu'ils avaient fait en la façonnant. Le prieur, cependant, pensant de façon avisée et prenant conseil de ses ouvriers, dit avec confiance: « En aucun cas il ne doit en être ainsi ; mais soulevez courageusement cette meule et jetez-la du haut sommet de la montagne, et en faisant appel au nom et à la puissance de la très vénérée sainte Brigitte. Car nous n'avons ni l’équipement, ni la force pour déplacer la meule de cet endroit rocheux, à moins que Brigitte, à qui rien n'est impossible (tout est possible pour le croyant), la transporte à un endroit où les bœufs pourront la tirer. » Donc, avec une foi raffermie, ils la portèrent d'abord progressivement au sommet de la montagne, puis la jetèrent dans la vallée. Quand ils la jetèrent en la renversant, elle trouva son chemin, tantôt en évitant les rochers, tantôt en sautant par-dessus eux, roulant à travers les hauts sentiers humides sur la montagne où ni hommes ni bovins ne pouvaient se tenir, et, avec un bruit merveilleux, elle arriva tout à fait intacte à l’endroit où se trouvaient les bœufs. De là, elle fut tirée par les bœufs jusqu’au moulin, où elle fut habilement jumelée à l'autre pierre.

Il existe un autre miracle, non raconté auparavant, mais tout à fait remarquable (maintenant connu de tous), devant être ajouté à cette histoire de la meule qui fut déplacée au nom de sainte Brigitte. Un païen, vivant près le moulin, envoya un peu de grain de sa maison au moulin ; il employait un homme simple et ignorant de sorte que le meunier qui faisait le travail, ne savait pas que le grain lui appartenait. Et quand le grain fut réparti entre les meules, rien ne put les bouger, ni la puissance de l'eau, ni un exercice de force ou d'habileté. Quand les gens observant cela en cherchèrent la cause, ils furent assez perplexes. Puis, quand ils apprirent que le grain appartenait à un druide, ils ne doutèrent plus que la meule, sur laquelle sainte Brigitte avait accompli le miracle divin, avait refusé de moudre en farine le grain du païen. Et ils ôtèrent immédiatement les grains du païen et placèrent leur propre grain du monastère sous la meule. Immédiatement, la mécanique de la meule reprit son cours normal sans aucun blocage.

Et après un certain intervalle de temps, il arriva que ce moulin prenne feu. Ce ne fut pas un petit miracle car, lorsque le feu consuma tout le bâtiment, y compris l'autre pierre appariée à la meule de sainte Brigitte, les flammes n'osèrent pas toucher ou brûler sa pierre. Elle ne fut pas détériorée par le feu dans l'incendie qui détruisit le moulin.

Et après, quand on eut pris note de ce miracle, la pierre fut emportée à l'abbaye et placée près de la porte, à l'intérieur du château qui entoure l'église où sont nombreux, ceux qui viennent vénérer sainte Brigitte. La pierre reçut une place d'honneur dans cette porte, et elle guérit les maladies des fidèles qui la touchent.

Personne ne doit taire le miracle de la reconstruction de l'église dans laquelle les corps glorieux de ce couple, l'évêque Conlaeth et la pure sainte Brigitte, se trouvent à droite et à gauche de l'autel orné, placés dans des tombeaux décorés avec un panaché d'or, d’argent, de gemmes et pierres précieuses, avec des couronnes d'or et d'argent suspendues au-dessus.

En fait, pour accueillir le nombre croissant des fidèles des deux sexes, l'église est spacieuse dans sa surface au sol, et elle monte à une hauteur imposante. Elle est ornée de panneaux peints et possède à l'intérieur trois vastes chapelles, le tout sous le toit du grand bâtiment et séparées par des cloisons en bois. Une partie, décorée d’images peintes et recouverte de tentures, s'étend transversalement dans la partie orientale de l'église d'un mur à l'autre et a deux entrées, une à chaque extrémité. Par une entrée, placée dans la partie externe, le souverain pontife pénètre dans le sanctuaire et s'approche de l'autel avec son cortège de moines. A ces ministres consacrés, on confie les vases sacrés pour l'utilisation du dimanche et l'offrande du sacrifice. Et par l'autre entrée, placée sur le côté gauche de la partie transversale mentionnée ci-dessus, l'abbesse, avec ses religieuses et les veuves, entrent également pour profiter du banquet du corps et du sang de Jésus-Christ.

Et une autre partie, divisant le sol de l'église en deux parties égales, s'étend de l'est en longueur jusqu’au mur transversal. L'église a de nombreuses fenêtres et une porte décorée sur le côté droit par lequel les prêtres et les fidèles de sexe masculin entrent dans le bâtiment. Il existe une autre porte sur la gauche par laquelle les vierges et la congrégation des femmes fidèles ont l'habitude d'entrer. Et ainsi, dans une grande basilique, un grand nombre de personnes, rangé par position et par sexe, en division ordonnée séparé par des cloisons, offre des prières dans un esprit unique au Seigneur Tout-Puissant.

Lorsque l'ancienne porte de l'entrée gauche, par laquelle sainte Brigitte avait coutume d’entrer dans l'église, fut mise sur ses gonds par les artisans, elle ne boucha pas la nouvelle entrée de l'église reconstruite. En fait, un quart de l'ouverture fut laissée inachevée et à jour. Si on ajoutait une quatrième partie, de la bonne taille, la porte pourrait alors être rétablie pour s'adapter à l'ouverture. Les artisans délibérèrent et discutèrent pour savoir s’ils devaient faire une porte complètement neuve, et plus large, qui comblerait l'ouverture, ou s’ils devaient rajouter un morceau de bois à la vieille porte, pour la mettre à la taille requise.

Le talentueux maître, qui fut dans toutes ces provinces le principal artisan de l'Irlande, donna de sages conseils. « Nous devons, dit-il, pendant la nuit à venir, prier fidèlement le Seigneur aux côtés de sainte Brigitte afin qu'elle puisse nous indiquer au matin ce que nous devrions faire. » Et il passa toute la nuit en prière devant le sanctuaire de sainte Brigitte.

Et, avoir effectué sa prière, il se leva le matin et amena la vieille porte et la plaça sur ses gonds. Elle ferma complètement l'ouverture. Il n'y avait ni espace, ni chevauchement. Et ainsi sainte Brigitte allongea la hauteur de la porte afin qu'elle bouche l'ouverture, et on ne vit aucun espace, sauf quand la porte était repoussée pour permettre l'entrée de l'église. Et ce miracle de la puissance du Seigneur est clair aux yeux de tous ceux qui voient cette entrée et cette porte.

Mais qui pourrait exprimer en mots la beauté suprême de son église et les innombrables merveilles de sa cité, dont nous voulons parler? « Cité » est le mot juste: tant de gens y vivent que cette désignation se justifie. Il s'agit d'une grande métropole, dans les faubourgs de laquelle, identifiés par sainte Brigitte et clairement délimités, ni adversaire terrestre ni incursion ennemie n’est à redouter. Car la cité est le lieu de refuge le plus sûr parmi toutes les cités de toute la terre d'Irlande, pour tous ses fugitifs. C’est un lieu où les trésors des rois sont surveillés, et l’on y reconnaît la suprématie de leur grandeur.

Et qui pourrait compter les diverses foules et les innombrables personnes qui viennent de toutes les provinces? Certains le font pour l'abondance des fêtes, d'autres viennent pour regarder la foule passer, d'autres viennent avec de grands présents pour la célébration de la naissance au ciel de sainte Brigitte qui, le premier jour de février, s'endormit, reposa en paix le fardeau de sa chair et suivit l'Agneau de Dieu dans les demeures célestes.

Je demande l'indulgence des frères et des lecteurs de ces épisodes, car sans aucune prétention à la connaissance, j’ai été contraint, par obéissance, à voguer sur la grande mer de l’œuvre immense de sainte Brigitte, quelque chose que les plus courageux doivent craindre, et d’offrir en langage rustique ces quelques récits des plus grands miracles.

Priez pour moi, Cogitosus, parent blâmable, et que vos prières me recommandent au bon Dieu, et que Lui puisse vous accorder la paix de l'Evangile. Ici se termine la vie de sainte Brigitte la pure.

Source : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/cogitosus/brigitte.htm

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Published by X - dans Irlande
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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 08:55

Il n'appartient qu'à Dieu, dit Job, de faire des vases purs d'une matière impure. C'est lui seul qui peut faire, quand il lui plaît, que les épines produisent des raisins et que les chardons portent des figues. Sainte Brigitte, dont Notre Seigneur a su conserver la virginité toute pure, quoiqu'elle fût née dans les infamies et les impuretés d'un adultère de son père avec une esclave. Cette infidélité de Duptace (c'est ainsi qu'on appelait ce seigneur irlandais) toucha si sensiblement le coeur de sa légitime épouse, qu'imitant l'ancienne Sara, la mère de tous les Croyants, elle ne donna point de repos à son mari qu'il n'eût mis dehors cette servante, quoique deux Saints Prélats l'eussent assuré qu'elle enfermait une Sainte dans son sein.

En effet, l'esclave bannie mit au monde une fille qui fut nommée Brigitte au Baptême, que son père prit soin de lui faire donner pour la rendre fille adoptive de Jésus-Christ. Elle fut confiée à une femme chrétienne qui eut soin de l'élever dans la crainte de Dieu et l'amour de la virginité. Quelque temps après, Duptace voyant que sa fille avançait en âge et en sagesse, la fit venir en sa maison, où elle se rendit très aimable par les rares vertus dont son âme était remplie et qu'elle faisait paraître au dehors. Elle était humble, paisible et obéissante; et surtout il semblait que la compassion pour les pauvres fut sortie avec elle du sein de sa mère, parce qu'elle usait de toutes sortes d'inventions pour leur faire du bien.

Ces admirables vertus étaient relevées par une beauté parfaitement régulière qui ravissait aisément les coeurs de tous ceux qui la regardaient; c'est pourquoi elle fut recherchée par divers partis. Mais Brigitte, qui s'était déjà consacrée par voeu à Jésus-Christ, l'Epoux des vierges, s'apercevant que cet empressement qu'on témoignait pour l'épouser ne procédait d'ailleurs que d'elle-même et de cette rare beauté qui éclatait sur son visage, pria Notre-Seigneur de la rendre si laide qu'on ne pensât plus à elle. Sa prière fut exaucée, et, par la perte d'un oeil, la Sainte fille demeura si difforme qu'il ne se trouva plus personne qui parla de l'épouser: ce qui obligea son père de lui permettre de se faire Moniale comme elle en avait le désir.

Son entrée en religion fut rendue remarquable par trois insignes faveurs qu'elle y reçut du Ciel: l'Evêque Malchille, ou Mel, ancien disciple de Saint Patrick, Apôtre d'Irlande, qui lui donna le voile, aperçut sur sa tête une colonne de feu; quand Brigitte pencha la tête pour baiser le marche-pied de l'autel, le bois, quoique sec et déjà vieux, reverdit par son attouchement; enfin, au même instant, son oeil se trouva guéri, et son visage reprit sa première beauté, à laquelle Notre-Seigneur ajouta encore un nouvel éclat, ne voulant pas que celle qui avait désiré pour son amour perdre la beauté de son corps, afin de conserver la pureté de son âme, demeurât avec la moindre difformité corporelle.

Trois jeunes filles, de ses amies, avaient suivi Brigitte dans la retraite. Elles se construisirent dans un gros chêne des cellules qui furent appelées, depuis "Kill-Dara" ou "Cellules du Chêne", à huit lieues de Dublin, et adoptèrent un costume différent de celui des autres religieuses du pays. Ce fut comme une pépinière sainte qui donna naissance à un grand nombre de monastères en Irlande, lesquels reconnaissent tous Sainte Brigitte pour leur mère et leur fondatrice. La réputation de sa sainteté et de ses miracles rendit Kildare si célèbre et si fréquenté, que le grand nombre des édifices qu'on bâtit, de son vivant, même, autour du monastère, y forma une ville qui devint assez considérable dans la suite pour qu'on y ait transféré le siège métropolitain de la province.

La surveillance qu'elle devait exercer sur un grand nombre de maisons monastiques, l'obligea à de fréquents voyages qui occupèrent une grande partie de sa vie et qui furent toujours d'une si grande utilité qu'on peut dire que chacun de ses pas a été marqué par la fondation de quelque nouveau monastère.

Cette pieuse Vierge avait reçu de Dieu le don des miracles dans un haut degré, et elle en a fait un si grand nombre, que le papiste Baronius écrit avoir lu au Monastère de Sainte-Cécile, au-delà du Tibre, à Rome, un vieux manuscrit qui en contenait vingt-quatre chapitres. Nous en rapporterons seulement deux ou trois qui feront juger des autres.

Deux lépreux s'adressèrent à la Sainte pour être guéris. Elle pria Dieu pour eux, et, faisant le signe de la Croix sur un peu d'eau, elle leur commanda de s'en laver l'un l'autre: le premier, après avoir été lavé, se sentant guéri, fut si ravi de sa santé, que, de crainte de la perdre, il ne voulut jamais rendre le même service à son compagnon. Mais, en punition de son ingratitude, il se vit aussitôt recouvert de la même lèpre, et son compagnon fut parfaitement guéri par la seule prière de Sainte Brigitte, qui semblait tenir en ses mains les clefs de la santé et de la maladie.

Une fille aveugle, nommée Darie, pria la Sainte de faire une bénédiction sur ses yeux, et par ce moyen elle recouvra la vue; mais étant ensuite éclairée d'une plus haute lumière, et reconnaissant que tout ce qui se voit des yeux du corps n'est qu'un embarras pour l'âme, elle s'en retourna vers sa bienfaitrice pour la prier de lui rendre sa première cécité; et à l'instant ses yeux, qui avaient été ouverts à la supplication de Sainte Brigitte, se refermèrent à sa prière.

Une autre fille, âgée de douze ans, qui était muette de naissance, fut amenée par sa mère à Sainte Brigitte. La Sainte la prit par la main et lui demanda si elle ne voulait pas bien, pour l'amour de Jésus-Christ, garder la virginité perpétuelle : et comme la mère lui représenta l'impuissance de sa fille pour parler, la Sainte lui répliqua : "Cependant, je ne la laisserai point aller qu'elle ne m'ait répondu". Alors la muette, déliant sa langue, lui promit de demeurer vierge toute sa vie avec la grâce de Dieu; et, depuis, l'usage de la parole lui demeura toujours libre.

Une méchante femme, ayant mis au monde un garçon, disait hautement pour excuser son crime qu'elle l'avait eu de l'Evêque appelé Broon, lequel était un Saint homme, aussi disciple de Saint Patrick. Cette calomnie fut rapportée à Sainte Brigitte, et la misérable soutint effrontément son mensonge en sa présence et celle du même Saint Patrick ; mais la Sainte faisant le signe de la Croix sur la bouche de cette infâme, lui fit enfler la langue de telle sorte qu'elle ne pouvait parler; et, faisant de même sur la langue de l'enfant, elle la délia, et il dit distinctement, après que Sainte Brigitte le lui eut commandé, que l'Evêque n'était pas son père, mais bien un pauvre homme du commun. Ainsi la vérité fui découverte, l'honneur de l'Evêque conservé, et la gloire rendue à Dieu, protecteur de l'innocence.

Elle a fait encore quantité de prodiges par le signe de la Croix. C'est par ce moyen qu'elle chassait les démons des corps humains, et qu'elle retenait les personnes qu'elle voyait en danger de se perdre. On raconte à ce sujet une chose surprenante : la fille d'un gentilhomme s'étant dérobée secrètement de la maison de son père le jour même de ses noces, pour se sauver dans le monastère de Brigitte, ce père monta à cheval, suivi d'une bonne escorte, pour enlever sa fille de force; mais la Sainte l'ayant aperçu fit le signe de la Croix en terre, et à l'instant les hommes et les chevaux devinrent immobiles comme des statues, jusqu'à ce que le père, reconnaissant sa faute, permît à sa fille d'exécuter son voeu et de demeurer en religion.

Ce peu que nous venons de lire suffit, pour faire voir évidemment quels sont les mérites de cette grande Sainte. Le temps de sa récompense étant arrivé, après avoir heureusement achevé sa course, elle eut révélation du jour de son décès, dont elle donna avis à une bonne fille qu'elle avait élevée en la crainte et en l'amour de Dieu, lui marquant le jour qu'elle partirait de cette vie, pour aller jouir des chastes embrassements de son Epoux dans le Ciel.

Elle rendit son âme à Dieu, suivant l'opinion la plus probable, dans son premier monastère d'Irlande, un mercredi, 1er février 523.

Les auteurs ne conviennent pas du lieu où elle naquit au Ciel : les uns disent que c'est à Glastonbury, en Angleterre; d'autres, à Kildare, en Irlande. Il est marqué au Martyrologe romain que ce fut en Ecosse. Mais il est bon de savoir que les Scots, qui ont donné leur nom à la partie septentrionale de la Grande-Bretagne, habitaient l'Irlande au cinquième siècle; l'Irlande s'appelait indifférement Scottie et Hiberniae. Elle décéda le 1er février, l'an de Notre-Seigneur 518, selon Sigebert, et 521 selon Marien, Ecossais, sous l'empire de Justin l'aîné, ou enfin 523 plus probablement selon d'autres, étant âgée de soixante-dix ans.

Son corps fut enterré à Kildare où les Moniales, pour honorer sa mémoire, instituèrent un feu sacré perpétuel appelé le feu de Sainte Brigitte : ce qui fit donner au monastère le nom de Maison du Feu. Elles l'y entretinrent jusqu'en 1220, époque à laquelle l'archevêque papiste de Dublin le fit éteindre. Le corps de la Sainte en avait été enlevé dès le neuvième siècle, à cause des incursions des Danois, et transporté à Down Patrick.

On ne perdit pas le souvenir de Sainte Brigitte à Kildare, quoiqu'en moins d'un siècle, de 835 à 924, la ville et le monastère eussent été saccagés cinq fois; mais à Down on l'oublia. Il fallut attendre 1186 pour qu'on retrouvât le corps de Sainte Brigitte. Il fut découvert déposé avec ceux de Saint Patrick et de Saint Colomb dans une triple voûte, d'où on le transféra dans la cathédrale de la même ville. L'impie Grey, sous Henri VIII, détruisit l'église qui renfermait ces Reliques et les jeta au vent. Le chef de Sainte Brigitte se trouvait à Neustadt, en Autriche, et put échapper à la profanation. Elle y fut conservée dans la chapelle du château impérial, jusqu'à l'année 1587 où Rodolphe II en fit présent à l'ambassadeur d'Espagne, Jean de Borgia : celui-ci à son tour en enrichit l'église des Jésuites de Lisbonne. La ville de Cologne, qui a une paroisse placée sous la protection de cette Sainte, se vante d'avoir aussi de ses Reliques.

La fête de Sainte Brigitte a toujours été célébrée le 1er février, jour de son entrée au Ciel. On croit communément que c'était un mercredi, ce qui ne peut convenir pour le commencement du sixième siècle qu'aux années 506, 517, 523 et 534. Le culte de Sainte Brigitte était autrefois très répandu, non seulement en Irlande où elle tient le premier rang des Saintes après la Mère de Dieu, mais en Flandre, en Allemagne et dans une partie de la France. Sa fête était reçue dans tout l'Occident au neuvième siècle. L'Irlande la regarde comme sa protectrice, de même que Saint Patrick est son protecteur.

"Partout où les Moines irlandais ont pénétré, à Cologne comme à Séville, des églises se sont élevées en son honneur, et partout où de nos jours encore se répand l'émigration britannique, le nom de Brigitte signale la femme de race irlandaise. Dix-huit paroisses en Irlande portent encore le nom de Sainte Brigitte. Privés par la persécution et la misère de construire des monuments en pierre, ils témoignent de leur inébranlable dévotion à cette chère mémoire en donnant son nom à leurs filles. Noble et touchant hommage d'une race toujours infortunée et toujours fidèle, qui fut comme elle esclave et comme elle chrétienne".

Il n'existe pas de vestiges du passage de Sainte Brigitte sur la terre, excepté une tour ronde et des ruines d'une église qu'on dit dater du sixième siècle. La congrégation des soeurs ou Moniales qu'elle a fondée a disparu. Toutes ses reliques sont probablement perdues. Dans son office imprimé par les papistes à Paris en 1620, l'hymne des premières Vpres dit: "Pour témoigner de sa vertu calomniée, le bois sec de l'autel reverdit tout à coup, au contact de sa main virginale." On ajoute qu'il en sortit un petit rameau. On la représente donc portant la main à l'autel ou à genoux sur le marchepied. Dans l’iconographie, on la peint aussi à genoux et tenant un vase à large ouverture; près d'elle une vache. Cet attribut fait allusion à plusieurs traits de sa vie.

Nous choisirons toutefois une seule circonstance, et nous renverrons à Surius, au 1er février, pour les autres où la vache joue un rôle quelconque. Sainte Brigitte étant devenue célèbre par ses vertus, reçut un jour la visite de plusieurs Evêques, mais elle n'avait pas de quoi les traiter. Elle se recommande à Dieu et imagine de traire trois fois dans la même journée la seule vache qu'elle eût : sa Foi fut récompensée, elle tira autant de lait qu'auraient pu en donner trois bonnes laitières.

Encore de nos jours, dans la paroisse papiste d'Hamay, entre Huy et Liège, en Belgique, on fait, des pèlerinages, en l'honneur de Sainte Brigitte, pour les vaches. Près de Fosses-la-Ville, dans le diocèse papiste de Namur, les paysannes font bénir, le premier février, des baguettes avec lesquelles on touche les vaches malades pour les guérir.

Source : http://orthodoxie-libre.actifforum.com/t448-sainte-brigitte-de-kildare-10-23-juin

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 08:49

Comme de nombreuses fêtes du calendrier moderne, nous célébrons la Chandeleur sans véritablement savoir ce que représente cette fête, ni qu’elle était déjà observée bien avant le christianisme dans le monde celtique, et notamment en Bretagne et en Irlande.

Il n’est pas lieu ici par manque de place de faire un exposé sur le calendrier celtique ancien. Contentons-nous de dire ou de rappeler qu’il s’agissait d’un calendrier fondamentalement lunaire (comme le calendrier juif par exemple) articulé autour du calendrier solaire. Ainsi l’ancienne année celte comptait 12 mois lunaire de 28 jours et introduisait régulièrement (tous les cinq ans environ) des mois intercalaires pour s’accorder avec le calendrier solaire.

De ce fait, autour des deux solstices aisément remarquables – et remarqués par l’archéologie plus que par la littérature –, la tradition mythique celtique et notamment irlandaise mentionne quatre grandes fêtes celtiques – remarquées, elles, davantage par la littérature que par l’archéologie – à savoir (en donnant plusieurs de leurs appellations) : Samhain-Samonios (1er-2 novembre), Imbolc-Brigantia (1er-2 février), Beltaine-Beltan (1er-2 mai), Lugnasad-Lammas (1er-2 août).

Remarquons plusieurs choses : 1. Elles durent deux jours comme la plupart des fêtes traditionnelles anciennes (sans oublier que les journées de quasiment toutes les anciennes sociétés du monde commençaient au crépuscule de la veille : ainsi la fête de Samhain commençait au crépuscule du 31 octobre, devenu la fête d’Halloween, littéralement en français la « vigile de Toussaint » et le 2 novembre est devenu la fête des morts). 2. Elles reviennent régulièrement tous les 3 mois. 3. En revanche, les dates données ci-dessus se réfèrent à un calendrier solaire moderne. Anciennement, avec un calendrier lunaire, elles n’étaient pas fixes, mais tombaient à la pleine lune la plus proche. 4. Ces quatre fêtes seraient liées à la célébration de l’année agricole.

 

Pour en revenir spécifiquement à la fête de début février, on la connaît sous différents noms : Imbolc ou Oimelc, Brigantia, Birgit… Autant de terminologies qui, finalement, confine aux mêmes idées.

Imbolc était la contraction d’imb-folc, évoquant une idée de lustration ou de purification.[1](Oimelc, l’une des appelations irlandaises, n’est ostensiblement qu’une déformation d’Imbolc). A travers cette étymologie, on en a fait une fête de célébration de la lactation des brebis, ce qui participe de cette même idée de purification, à travers l’aspect blanc, immaculé, du lait (en pensant qu’en celtique ancien, les mots pour « blanc » veulent aussi dire « sacré ». Voir gwen en breton.) Et cette idée de blancheur ou de pureté, nous renvoient à l’autre nom de la fête Birgit ou Brigantia qui n’est autre que celui de la grande déesse cosmique celtique qui signifiait « la très brillante » ou la « très noble ».

Comme le soulignait Miranda Green (Les mythes celtiques, Le Seuil, Coll. Points Sagesse, 1995), « cette fête se rattachait au culte de Brigite [autre nom de Birgit/Brigantia] déesse aux fonctions multiples, qui protégeait les femmes en couches, présidait à la récolte des céréales servant à faire la bière et était également associée à la poésie et à la prophétie. » Elle était aussi la détentrice de la coupe de souveraineté et de connaissance – une des origines du mythe du Graal –, la gardienne du feu (purificateur), donc du foyer. Et c’est là que cette fête est particulièrement intéressante par rapport à Kildare, puisque cette grande déesse tutélaire de l’Irlande Birgit/Brigitte est devenue, avec la christianisation, sainte Brigitte, patronne de l’Irlande (avec saint Patrick), toujours célébrée le 1er février (mais nous allons y revenir).

 

Imbolc était l’équivalent pour le monde celtique des lustrations romaines (autre fête de purification comme leur nom l’indique), des Lupercales et autres fêtes de Proserpine célébrées à la même période). Pour remplacer dans l’esprit des fidèles ces fêtes païennes romaines importantes – où, précisément on portait des cierges et des torches –, le pape Gélase Ier instaura la Chandeleur, la « fête des chandelles » célébrant la purification de la Vierge et de la présentation de son fils au Temple. Le célèbre moine catholique érudit Bède de Jarrow, dit Bède le Vénérable (VIIème-VIIIème siècle en Angleterre), dit lui-même que la Chandeleur n’a fait que remplacer les fêtes païennes. Cette fête était très importante jadis (au Moyen-âge) puisqu’elle faisait partie des fêtes chômées.

 

Pour en rester pour l’instant sur le symbolisme d’Imbolc, cette fête était donc notamment dédiée à la grande déesse Mère, la Vierge céleste Birgit, et à son fils Oengus, le jeune Soleil (réapparaissant particulièrement en cette période de début de l’hiver où les jours rallongent visiblement. La galette ou la crêpe que l’on prépare pour cette fête sont une évocation solaire). Il  n’est pas étonnant par conséquent que la chandeleur soit devenue la fête de la purification de la Vierge et de la présentation de son fils au Temple.

 

Comme le notait Raymonde Reznikov dans Les Celtes et le druidisme : racines de la tradition occidentale, Dangles, St Jean de Braye, 1994, « Imbolc fut certainement la plus désagréable des fêtes du calendrier celtique pour les moines irlandais qui s’employèrent à en occulter totalement le sens. »

 

Alors, reparlons justement de Brigitte et de Kildare. Cette fête d’Imbolc est importante pour la ville irlandaise qui est chère à notre comité. Brigitte, la déesse comme la sainte, est intimement liée à cette ville (au demeurant, signalons que la vraie sainte Brigitte au regard de l’église post-Vatican II est la Brigitte suédoise bien ultérieure : 1303-1373 ; Vatican II ayant supprimé quantité de saints anciens de sa liste, saints bien souvent très populaires, tels que saint Georges, saint Hubert ou saint Nicolas, sous prétexte qu’il n’était pas attesté et n’étaient que des réminiscences de dieux païens. Dans les faits, assez subtilement, ils ont été rangés dans les personnages à « mémoire facultative », car il n’était naturellement pas possible de supprimer immédiatement des personnages aussi populaires auprès des fidèles qui n’auraient pas compris, mais il ne devenait plus officiel dans l’Église comme le sont les saints faisant l’objet, selon leur rang d’importance, de « fête » [les apôtres ou Etienne] ou « mémoire obligatoire » [p. ex. Jeanne d’Arc, Thérèse de Lisieux ou Vincent de Paul]).

Le site de Kildare fut, anciennement, celui du culte de la grande déesse cosmique liée au chêne (arbre cosmico-céleste s’il en est).

A Kildare, se trouvait le couvent de la mythique sainte Brigitte (patronne de l’Irlande, morte théoriquement en 525) Elle se serait retirée en ermitage à l’intérieur d’un chêne creux (le chêne étant dédié chez les Celtes d’Irlande à la triple déesse mère), en somme dans la « cellule du chêne », en irlandais ancien, Kill-dara (qui donna son nom au monastère et à la ville qui se développèrent autour). Dans ce couvent brûlait un feu éternel[2], comme dans le temple de la déesse romaine Vesta (Vesta, la pure, la vierge, d’où l’idée de purification renforcée par la puissance purificatrice du feu), feu que fit éteindre l’archevêque Harry de Dublin sous prétexte qu’il était (à juste titre) une pratique païenne. Il fut ensuite rallumé et ne s’éteignit définitivement que sous le règne de Henry VIII d’Angleterre.

Il y aurait beaucoup à dire naturellement sur Imbolc, Birgit et tous les mythes fabuleux qui y sont associés. Mais ayant été déjà suffisamment long, permettez-moi de conclure par cette vieille invocation d’Imbolc, issue du fond des âges et rapportée par le semi-légendaire Colum Cill (devenu saint Colomba en transcription moderne) où le nom de Brigitte – la sainte – a remplacé celui de Birgit – la déesse :

« Que Brigide, la vierge et la bonne,

Brigide notre flambeau et notre soleil

Brigide, la rayonnante et l’invisible,

Nous conduise au royaume éternel. »

 

Arnaud



 

 

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