Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 07:34

1) Le Sacré et le Profane :

Etymologiquement est profane tout ce qui se trouve devant une enceinte réservée, devant le temple, tout ce qui n’appartient pas à la religion. Ne parle-t-on pas d’un air ou d’une musique profane en les opposant à la musique sacrée ? Traitant de l’art poétique, Boileau écrit : « Tout profane exercice est banni de son temple ». Dans l’antiquité était profane celui qui n’était pas initié à des mystères. Ce terme s’oppose donc à ce qu’il est convenu d’appeler « le sacré », désignant ce qui est à la fois séparé et circonscrit. Ce mot provient du latin « sancire » ,délimiter, entourer, qui prit par la suite le sens de sacraliser et sanctifier. Ce qui est sacré appartient donc à un domaine séparé, interdit, inviolable et fait l’objet de révérence religieuse. Cette révérence peut être également au-delà de toute religion, elle est alors l’expression d’un respect absolu : on parle par exemple des « droits sacrés – i.e . inaltérables- de l’homme ». En ce sens, ce qui est sacré ne peut être enfreint ou violé, tel par exemple le secret qui est chose sacrée. Pour les latins le sacré avait une double signification car, s’il désignait d’une part ce qui était voué à un dieu, vase sacré, enceinte sacrée, voire langue sacrée, il pouvait être d’autre part une imprécation : celui qui était déclaré « sacré » pouvait en effet être tué sans autre forme de procès : « sacer esto ! », c’est-à-dire : « qu’il soit voué aux dieux infernaux ! ». Si un homme était déclaré « sacerrimus » il était considéré comme le plus infâme des hommes et ce que Virgile nomme « auri sacra » est la « soif exécrable de l’or ». C’est dans ce deuxième sens à connotation négative qu’il faut certainement voir l’origine de notre verbe « sacrer » - jurer, blasphémer- ainsi que celle de l’adjectif « sacré » dans des expressions telles que « un sacré loustic, un sacré menteur, un sacré temps ( qui n’a rien à voir avec un temps sacré » etc.

« Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère » a pu écrire Maurice Barrès dans « la colline inspirée ». Qui n’a fait cette expérience ? A l’instant où l’on pénètre en certains lieux on est pris d’un singulier respect et le silence s’impose. Certains de ces endroits – temples, églises ou mosquées – sont sacrés car dédiés à une divinité, d’autres, on ne sait pourquoi, imposent le respect et peut-être plus encore, l’admiration, une ferveur particulière. On est envahi de ce que Rudolf Otto nommait « le sentiment du numineux », lequel comporte d’une façon inconsciente un élément de crainte devant une puissance absolue, un élément de mystère devant ce que l’on ne connaît pas. On se ressent profane franchissant une enceinte sacrée, notre moi semble faire partie de quelque chose de plus grand que nous qui agit dans l’univers, en dehors de nous et pourrait être un refuge suprême si notre être inférieur venait à faire naufrage. Ajoutons que cette expérience du numineux est ambivalente, car, si d’un côté l’être est saisi d’une sensation d’effroi devant une grandeur incommensurable, de l’autre, il est irrésistiblement attiré vers quelque chose de merveilleux (ce qui n’est pas sans rappeler le frisson sacré éprouvé par les mystiques dans le silence et la pénombre d’un sanctuaire, frisson qui évoque la présence de quelque chose de tout autre, qui arrache l’être à lui-même et le trouble).

De tout ce qui précède on se rend compte qu’il existe deux domaines : l’un est réglé de manière transcendante, d’une certaine façon à la fois dangereuse et capitale, et un autre où l’homme a loisir et liberté de penser et d’agir à sa guise. La vie est en fait l’équilibre entre ces deux domaines. En effet, si le sacré envahissait tout, il s’ensuivrait une sorte de paralysie craintive et de scrupule obsédant, mais si le sacré disparaissait totalement, le profane ne pourrait que se ressentir vide et orphelin.

L’établissement d’une limite séparant l’espace en deux parties, l’une profane et l’autre sacrée, est le moyen inventé par les hommes pour sauvegarder l'équilibre de la société en imposant des règles bénéfiques et des interdits nécessaires. La vie est constituée par la régulation entre le caractère intense du sacré et le caractère praticable du profane, par l’équilibre entre ces deux domaines.

Dans les civilisations archaïques et figées, la vie sociale est réglée uniquement par la tradition et le sacré, on se réfère en tout à une croyance. Dans les civilisations plus dynamiques, le sacré se retire dans un espace réservé où l’on va librement pour se ressourcer dans un temps où tout ne s’écoule pas vers la fuite, mais où tout s’enracine dans la naissance d’un espace où la terre n’est pas constituée par des territoires concurrentiels mais par un immense domaine fraternel et commun. En ce sens, on peut dire que le sacré devient alors pour l’homme qui s’y rend librement, lieu de ressourcement, de pause, de retour sur soi, de méditation, de pensée, à l’écart de l’agitation qui règne dans le monde profane. Le sacré ainsi conçu a besoin de mystères pour exister, car, selon le mot de Oswald Wirth, « tout ce qui doit prendre corps s’élabore en secret, dans l’antre obscur des gestations où se poursuit l’oeuvre cachée ».

2) Le Temple Maçonnique : espace et temps sacré :

Dans les rituels maçonniques, quel que soit le rite, trois coups frappés invitent les Frères au silence et au recueillement, trois coups qui ne sont pas sans nous rappeler les coups précédant un spectacle théâtral. Le rideau se lève, la lumière paraît et le spectateur est transporté dans un monde, où rien ne sera comme à l’extérieur dans le monde profane. Le silence se fait, chacun sent monter en lui une quiétude, une sensation d’élévation spirituelle qui relève déjà d’une hiérophanie, de la révélation d’un espace sacré. Chacun ressent confusément que quelque chose qui le dépasse est en train d’arriver. Cet état affectif qui submerge le moi, ce sentiment diffus qu’a la conscience d’être conditionnée par quelque chose qui ne dépend pas d’elle, qui est indépendant de sa volonté et qui ne se laisse pas appréhender comme une chose visible, est justement le « sentiment du numineux » dont il était question plus haut. Mais cette configuration émotionnelle intime ne se transformera vraiment en sacré que par l’adjonction d’une représentation intellectuelle. C’est là qu’intervient le rituel, il relaie ce sentiment immédiat et implique le Frère présent sur les colonnes.

La première fonction du rituel d’ouverture est de sacraliser le lieu où s’effectueront les travaux : ce dernier doit en effet recevoir une légitimation surnaturelle, il doit être délimité, consacré, car il est désormais chargé de puissance numineuse. Au REAA, après s’être assuré que l’espace sacré n’avait pas été profané, le Vénérable Maître fait confirmer le paysage du lieu sacré dans sa valeur hiérophanique par une série de constructions symboliques : les trois piliers (Sagesse, Force et Beauté) sont allumés pour présider à la construction de l’Edifice Sacré, puis apparaissent les trois Grandes Lumières sur l’Autel des Serments avant que le Tableau de Loge soit déroulé par le Frère Expert sur le Carré Long . Il procède ensuite par une série de questions-réponses avec ses deux surveillants au découpage du lieu (de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir). L’espace sacré devient alors point de référence absolu, centre du monde, lequel est recréé à partir de ce lieu. C’est là, en ce lieu orienté, en ce lieu de convergence des forces cosmiques que se pratiquent les initiations, le Temple devient l’endroit où se pratiquent les rites, les gestes archétypaux devant régénérer le monde. Pour les Frères, demeurer dans l’espace sacré, c’est se retirer des lois du monde profane et accéder à une pureté inviolable.

L’espace étant délimité, il ne reste plus au Vénérable qu’à déterminer le temps du travail :

« Quelle heure est-il ? ,Frère second Surveillant ? » - Il est midi !

Le temps fait l’objet d’une différenciation analogue à celle de l’espace. Le temps des activités profanes est suspendu. Les coups de maillet et les batteries ponctueront désormais l’écoulement d’un temps immuable, du Grand Temps Mythique, d’un temps sacré, caractérisé par la suspension des habitudes ou des normes du temps de labeur. Ce temps sacré se confond avec le temps mythique des dieux, le « Grand Temps » dont parle Dumézil, « celui durant lequel sont survenus les éléments primordiaux ». Ce Temps Sacré est la répétition du Grand Temps et le Franc-Maçon est ainsi le contemporain du temps des origines, il en capte la force pour assurer la rénovation de la société.

On le voit bien, grâce à des représentations et des techniques symboliques, le Franc-Maçon échappe au monde unidimensionnel du travail et des préoccupations matérielles. Cette sacralisation met les Frères dans une disposition de réceptivité et de tension intérieure et le Rituel apparaît comme un acte créateur.L’atmosphère du lieu change, il se remplit d’une force invisible qui pénètre chaque Frère et chacun se concentre sur son être intérieur, il oublie sa condition matérielle et chasse définitivement les métaux hors du Temple.

3) jeu sacré et initiation :

Un autre niveau du Sacré apparaît, qui se manifeste en certaines occasions et n'est pas sans rappeler la religion: L’expérience du sacré vécue par le Franc-Maçon à l’intérieur du Temple ne reste jamais privée et intime : tous les Frères, en effet, la partagent, elle est mise en forme collective à travers un mythe, que ce soit celui d’Hiram en ce qui concerne la Maçonnerie que nous pratiquons, ou Osiris, en ce qui concerne le rite de Memphis Mizraïm. Le mythe apparaît alors comme le complément de l’expérience du sacré. Au moment de l’élévation ou exaltation au 3ème degré ( ou au 13ème et 14ème degré), nous le vivons sur un plan ludique, incarné, mis en scène et théâtralisé. Selon Huizinga « l’action sacrée est quelque chose qui se fait, ce qui est représenté est un drame. Sa fonction n’est pas une pure imitation, mais une communion ou une imitation ».

La pratique du sacré comprend donc à ce niveau un jeu qui est pour le corps ce que le symbole est pour l’esprit, quant au rite, il règle le déroulement des actions sacrées par une tradition.

L’initiation elle-même n’est, elle aussi , rien d’autre qu’un jeu rituel qui sert de cérémonie de passage. Elle symbolise la mort et la renaissance – mort du vieil homme et naissance de l’homme nouveau, renaissance d’une nouvelle personnalité dotée d’une sagesse supérieure.

Pénétrant dans le Temple, le Franc-Maçon va du Profane vers le Sacré qui se révèle être une ouverture de l’esprit sur une puissance invisible. L’accès à cette représentation ne s’explique ni par la seule perception empirique (puisque le Sacré est suprasensible), ni par la seule pensée rationaliste (le Sacré n’est pas fait d’abstractions) mais par l’imagination symbolique grâce à laquelle l’esprit peut s’émanciper des seules données immédiates du réel et découvrir, derrière le sens propre des choses un second sens, figuré, qui les « leste d’une profondeur insoupçonnée » (Ernst Cassirer).

4) Conclusion:

On peut dire d'une façon générale que le Sacré est l'un des domaines qui organisent nos vies. Il est réglé de manière transcendante et s'oppose au Profane où l'homme est libre de penser et d'agir à sa guise. Le Sacré nous fait prendre conscience de la place que nous occupons dans le cosmos. Il est pour celui qui s'y rend librement lieu de ressourcement, de retour sur soi, de pensée, de réflexion à l'écart de l'agitation du monde.

Il existe bien en Franc-Maçonnerie, dans notre vie maçonnique où à chaque instant nous baignons dans le Sacré:

Dès le jour de notre initiation nous sommes amenés à participer à un jeu rituel et sacré par lequel nous mourons et renaissons symboliquement. En d'autres moments, toujours par le jeu, "une action sacrée" et collective nous vivons physiquement un mythe qui nous relie à nos Maîtres passés, nous rattache à une histoire qui remonte au fond des âges.

D'autre part, à l'ouverture des travaux, à chaque tenue, l' une des fonctions du Rituel est de sacraliser le lieu où va s'effectuer le travail, il reçoit une légitimation supranaturelle, il est délimité, consacré, chargé de puissance numineuse: le Temple devient l'endroit où se pratiquent des gestes archétypaux qui ont pour fonction de régénérer le monde. Grâce à cette sacralisation, les Frères deviennent réceptifs et se concentrent sur leur être intérieur, oubliant leurs conditions matérielles, donc leurs métaux.

« Les Frères n’aspirent pas au repos, ils promettent de continuer au dehors du Temple, l’oeuvre maçonnique ».

L’article 1er de notre Constitution nous rappelle que nous travaillons à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.

Les travaux en Loge sont un moment d’élévation spirituelle et de ressourcement, comme nous l'avons vu. Cette démarche, cependant, serait stérile si nous en restions uniquement au stade spéculatif:

Les deux premiers grades de la Franc-Maçonnerie permettent à l’Initié de dégrossir la pierre brute et de s’instruire. Le Maître maçon a su s’approprier les symboles qu’il a désormais le devoir de projeter dans le monde profane. Il est passé de l’équerre au compas, du domaine du tangible à celui des idées. Il a pour mission de combattre dans la cité les préjugés qui s’opposent au développement de la Connaissance.

Il a médité sur le Mythe d’Hiram et sait que l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition (les trois mauvais compagnons) peuplent le monde profane. Son devoir est désormais d'y retourner afin de les combattre pour que règnent la Liberté, l’Egalité et la Fraternité

Source : http://reveil.anicien.free.fr/page32.htm

Repost 0
Published by x - dans Planches
commenter cet article
23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 07:31

Discours de réception à la Maîtrise Par un Frère de l’Ordre de Lyon venu dans la Loge d’un autre Ordre remplacer l’Orateur absent à cette cérémonie.

 Vénérable Maître, Mes Sœurs, Mes Frères, en vos degrés, grades et qualités, Ma Bien Aimée Sœur, Mon Bien Aimé Frère, LES CHOSES SAINTES AUX SAINTS Proclame le Célébrant avant de communier aux Saints Mystères 0 Hiram est pleuré, tombé sous les coups de trois mauvais compagnons. Il vous fut dit que ces trois mauvais compagnons représentaient l’ERREUR, le FANATISME, l’ORGUEIL ! Ces trois mauvais compagnons ne représentent-ils pas l’humanité qui refusa l’édification du vrai Temple qu’il revenait à chaque homme, à chaque femme, de construire en son cœur, de telle sorte que ces temples intérieurs, se joignent les uns aux autres par la vraie fraternité que l’Ancienne Maçonnerie Chrétienne nomme Communion des Saints.« L’ espérance nous reste » précise le Rituel que vous venez de vivre, mais de quelle espérance s’agit-il sinon celle de savoir que nous sommes appelés à connaître une autre vie fondée sur les œuvres qui priment sur la Foi, parce que la Franc Maçonnerie du moins non athée parce qu’ayant refusée la révolution Andersonienne, croit au moins, en l’immortalité de l’âme et l’idée d’une Intelligence supérieure que certains nomment Dieu, et cette adhésion à ces deux principes rappelés, nous oblige à prendre conscience que le Franc Maçon se doit d’agir au travers de la cité terrestre, à l’édification de son temple intérieur, pierre, qui participera à l’édification de la Nouvelle Jérusalem. Ma Sœur, mon Frère, il ne vous appartient pas de pleurer un être de chair mort à la terre, - la Franc Maçonnerie ne saurait connaître le deuil, le désespoir -, mais d’entendre ces mots mystérieux : « La chair quitte les os. » « La chair quitte les os », cette exclamation fut prononcée lorsque vous ayant retiré le bandeau qui voilait alors votre vision imparfaite ou incomplète du Mystère maçonnique, il vous fut donné de voir un cadavre qui revenait à la vie, HIRAM, tel OSIRIS : ainsi il vous fut dit par notre Vénérable Maître : « Les prêtres de l'antique Égypte, dans certaines processions portaient une Arche sainte d'où sortait un Acacia. Et sur les flancs de cette Arche, on pouvait lire cette inscription : «Osiris s'élance de nouveau». C'était donc là la représentation de l'éternelle vie, symbolisée par la graine, mourant en terre pour mieux renaître et portant en elle toute la gloire et toute la puissance de l'Arbre futur. »Cette Arche sainte portée par les prêtres de l’ancienne Egypte, n’était autre qu’un Naos portatif, en lequel se trouvait l’image ou le symbole divin : verticalité entre Dieu et le Temple, venant se joindre à l’horizontalité manifestée par l’édification de chacun de nos temples intérieurs, qui nous préparent à l’espérance de voir, reconnaître, et entrer dans le Royaume ; Ce Royaume dont Jésus+Christ nous rappelle qu’il est comparable à une graine mise en terre, qui pousse et donnant un arbre, ce sont les oiseaux du ciel qui font leurs nids dans ses branches (Luc XIII, 18-20). « L’espérance nous reste » rappelle le Rituel, n’est-elle pas celle de contempler un jour « la gloire et toute la puissance de l'Arbre futur », Arbre écrit avec un A majuscule, Arbre de Vie auquel il sera donné au vainqueur de le manduquer selon que le déclare le voyant de Pathmos (Apoc. II, 7) : oui, l’Espérance nous reste, Ma Sœur, Mon Frère.« La chair quitte les os », OSIRIS connaîtra le démembrement de son corps que pourrait représenter la désintégration de ce qu’il pouvait être, mourant à lui-même, le rassemblement ultérieur de ses membres épars conférera à OSIRIS un corps régénéré, que nous pourrions nommer la Réintégration : le TEXTE DES PYRAMIDES ne dit-il pas : Ses os sont d’argent Ses chairs d’or Ses cheveux de lapis lazuli Corps putrescible, il devient Corps Glorieux S’initier ce n’est donc pas apprendre à mourir comme il est dit si hâtivement à l’occasion de l’initiation maçonnique sans chercher les conséquences de cette formulation qui, en ces termes seuls, prête à confusion : Il ne s’agit pas de rester dans l’obscurité du tombeau après avoir connu la mort, mais d’apprendre à « Sortir au jour », selon que le rappelle le livre faussement intitulé Livre des morts alors qu’il a pour nom « LE LIVRE DE SORTIR AU JOUR »Au vieil homme, débarrassé des ses oripeaux, de ce corps empli des conséquences de la Chute, il lui revient de renaître, Homme Nouveau. S’initier ce n’est pas non plus la simple participation à un Rituel, le vrai et le seul secret maçonnique, dépend de chacun de nous, car il est ce que l’on fera de ce que l’on aura reçu, telle est la vraie initiation. Aussi, Ma Sœur, Mon Frère, souvenez-vous de ce qu’Hiram découvert sous un tertre d’où émergeait une branche d’acacia, fut relevé de sa condition, qu’Osiris, ressuscité par Isis, s’élance de nouveau, c’est vers cet élan à transformer sans cesse votre vie, que je vous appelle. Si vous êtes fidèles à ce Devoir, Ma Sœur, Mon Frère, si chaque jour votre Désir est de Servir non pas seulement celle ou celui que vous aurez reconnu comme membre de notre auguste société, mais votre prochain qui est si près de nous, à chaque anniversaire de ce jour, vous constaterez vous être rapprochés plus près encore de cette Intelligence Supérieure, que certains nomment Dieu, c’est en ce lieu, cette conscience de ce qui deviendra Présence, que se manifeste le vrai Mystère, le secret de toute initiation. 0 Qu’avez- vous acquis Ma Sœur ? Mon Frère ? Mon Maître en Maçonnerie, qui devrait être notre Maître à tous dès lors que nous acceptons de nous reconnaître comme de permanents Apprentis, Constant Chevillon, dissociait trois phases dans le devenir du Maçon :- l’éducation de la sensibilité- l’éducation de l’entendement- l’éducation de la conscience. Apprenti, il vous fallut vous taire, apprendre à éduquer vos instincts, vos passions, vos sentiments. Compagnon, il vous vous fallut voyager, rencontrer l’autre et les autres, raisonner dans le choix de vos arguments de façon à maintenir, malgré vos différences, la fraternité qui est la base de la Franc- Maçonnerie. Maître, vous pensez avoir acquis la conscience de celui que vous pensez être, mais l’orgueil nous induit dans l’erreur et c’est pourquoi il vous revient de comprendre que la Maîtrise de vous –même, n’étant pas achevée sans doute, il vous revient d’éveiller votre conscience d’une part face à vous-même, d’autre part face à l’autre, aux autres, que la FM nomme Fraternité et le Christianisme Charité. Votre travail dans le monde commence, ma Sœur, mon Frère, il vous fut sans doute souhaité bonne route lors de votre précédent passage, cette nouvelle étape m’invite à vous dire Bon courage dans la poursuite de votre cheminement. A ce titre et au nom de la Franc- Maçonnerie Universelle, Ma Sœur, Mon Frère, je vous souhaite la bienvenue dans la chambre du milieu où il vous échera de participer au travail de réflexion touchant l’intérêt de votre Loge et par voie de conséquence le bien de l’Ordre auquel vous appartenez, vous découvrirez alors que ce microcosme ordonné en ce lieu clos où vous serez alors, servira la Franc- Maçonnerie toute entière, c'est-à-dire par l’application de la Fraternité, le bonheur de tous les êtres. Au nom de la Franc- Maçonnerie Universelle, C’est à ce Devoir Ma Sœur, Mon Frère, que je vous appelle. J’ai dit VM.

Source : http://ordre-de-lyon.blogspot.fr/2011_05_01_archive.html

Repost 0
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 20:41

Tout porte à croire que la représentation maçonnique de la mort aboutit sur autre chose que le néant. Il y a donc une suite à la mort symbolique, une progression graduelle qui semble préparer à la mort matérielle du maçon.

Chaque maçon combat ainsi son angoisse existentielle. Ceci constitue le fondement même de l’agir ensemble lorsque nous nous réunissons en loge. Nous célébrons la perfection de l’initié sur le chemin et nous préparons inconsciemment à notre ultime instant. Il n’y à pas de ciment plus solide pour souder les pierres du temple.

Toute filière initiatique offre une renaissance en contrepartie d’un sacrifice, physique par les épreuves et psychique par l’intégration agissante des symboles et mythes dans l’individuation.

La vie autrement contre la vie actuelle, tel est l’enjeu.

Le sacrifice comme moyen d’accession au niveau supérieur. C’est donc un moyen ascendant pour l’esprit comme la mise en place d’une échelle sur le pavé mosaïque.

L’imitation du Christ dans la légende d’Hiram, avec d’étonnantes ressemblances doit nous inspirer des rapprochements quant au but du rituel ;

Que recherche-t-on en faisant mourir Hiram ?

Le changement de niveau par purification du vieil homme. Purification des sens puis purification du corps par sa disparition au profit de l’esprit.

La purification est de nature alchimique, elle crée une métamorphose des corps et de l’esprit.

La purification opère si l'on se débarrasse de ses vices et ses passions qui n’ont aucune valeur pour cheminer. Ce qui est au tombeau ce n’est pas l’initié c’est sa part de passion et de vice. Son esprit plus pur et plus léger quitte l’enveloppe qui adorait les soins et les gratifications matérielles. L’esprit n’a besoin de rien de matériel pour être.

Il faut donc distinguer le corps et l’esprit comme on distingue l’équerre et le compas.

Au niveau qui est le mien, je suis un maçon et je ne dois jamais l’oublier. J’entends que l’équerre et le compas aient une marche commune comme la raison et l’intuition, ou l’action et la réflexion. Ces binômes n’ont aucune valeur pour eux même s’ils ne s’associent pas dans un corps agissant celui du maçon. L’outil ou l’instrument n’existent que si un maître-maçon est là pour s’en saisir. Mon corps est alors guidé par ma réflexion dans le bon usage des outils de même que le grand architecte de l’univers manifeste le monde qui est le nôtre par l’usage du compas. Il y a donc un rapprochement évident entre le maître qui connaît la planche à tracer et le compas, avec le GADLU.

La mort dans le rituel du maître est d’abord un changement de point de vue, et d’état entre un avant et un après. Ce n’est pas une mort, c’est une représentation, un psychodrame agissant sur les consciences. L’objectif consiste à créer une vision autre sur un soi débarrassé de ce moi égotique. Il consiste aussi à décorporiser l’acteur de chair putrescible au profit de l’acteur esprit.

C’est un véritable processus d’éveil qui est ici promu, un niveau de conscience supérieur donc.

La renaissance n’est rien d’autre qu’une purification et un niveau d’esprit plus élevé[1][1]. À bien des égards, elle peut se rapprocher de l’archétype de la résurrection du Christ qui repose elle aussi sur la notion de sacrifice consenti dans un but supérieur.

Je constate en effet d’étranges similitudes :

Sur les moyens :

Hiram et le Christ veulent laisser un message marquant de leur passage sur terre. Rien n’est le fait du hasard en matière initiatique. Mythes et symboles sont agissants. La mort permet tout simplement l’éveil du maître qui sommeille en nous. On l’appelle le maître intérieur. Il est fait d’esprit et n’est pas tributaire de notre corps sauf pour son réveil et son envol. On peut, au plan le plus bas, le qualifier de prise de conscience, au niveau médian on l’appelle l’éveil de l’Être, au plan supérieur c’est l’Esprit.

Je constate l’élaboration d’un processus de dissociation du corps et de l’esprit :

Hiram reçoit successivement trois coups par trois mauvais compagnons. Ces coups vont entrainer dans la souffrance du corps l’extinction progressive de la vie corporelle uniquement. À partir de ce forfait, les trois mauvais compagnons vont chercher à ensevelir le corps ailleurs que sur le lieu du sacrifice. Ce corps retrouvé au bout de quelques jours sera « réintégré », après pourrissement des chairs, dans le lieu même du sacrifice qui est le Temple de Salomon soit la Maison de Dieu.

En parallèle, le christ est supplicié par le port de la croix sur le chemin du mont des Oliviers. Ce voyage du souffrant vers la mort est le voyage d’Hiram entre les trois portes du temple pour rencontrer ses agresseurs. Suit la deuxième phase la mise en croix et le processus d’agonie se fait en 5 temps. Ce que j’appellerais les 5 temps parfaits de la maîtrise :

1) Jésus est un prophète, il se situe dans la voie initiatique sacerdotale dont il occupera le sommet. C’est au minimum ce qu’on appelle un grand initié. Hiram est aussi un grand initié, il occupe le sommet de la voie initiatique du travail de la matière. Tous les deux ont accompli un parcours d’initiation incontestable, ce qui semble indiquer que le franc maçon doit poursuivre ce chemin.

2) On attribue à chacun un mot ou un nom pour les qualifier qui se dit en fraction. Car on ne sait pas donner un nom et le prononcer en rapport avec la matière et l’esprit à la fois. Soit I.N.R.I. ou M.B., mais son interprétation s’avère délicate, car on ne sait pas l’interpréter avec pertinence dans une seule langue, le langage de Dieu et le langage des hommes. Nous retrouvons ce problème dans la triple tentative d’extorsion du mot des maîtres à Hiram. Le mot ne pouvait être donné, car il ne pouvait être compris ! Constatant cette impuissance le maçon épelle en lettre ou en syllabes.

3) Deuxième temps « Tout est consommé », soit l’atteinte par le salut de l’état d’homme véritable qui à fait le tour de la matérialité, du monde des petits mystères au point de lâcher-prise et qui est prêt à laisser son esprit s’envoler de son corps. Le rapport d’abandon du corps se traduit par la perte de cohérence de celui-ci : Mac Benah, la chair quitte les os. Tout est consommé dans la matière, il ne reste plus aucune ressource pour maintenir l’esprit (le maître intérieur par le maçon) prisonnier de son corps.

4) Troisième phase : « Tout est accompli ». Ici l’esprit quitte le corps dans une ascension libératrice vers le centre de tous les centres qui est pour les chrétiens Dieu le père. C’est la délivrance de l’esprit. Ce maître intérieur réalise sa plénitude dans le monde qui est le sien. Le maître maçon prépare son maître intérieur à cet envol. Le maître maçon ne redoute pas la mort, car il sait que c’est un passage, et il s’est inquiété de « nourrir » ce maître intérieur pour cet envol.

5) Le principe de résurrection ou de ressuscitation se retrouve sous l’apparition, trois jours après, du Christ dans un corps de lumière. Autrement dit une forme visible, mais d’un corps aussi pur que l’esprit. Ce point se retrouve dans l’idée du relèvement par les cinq points parfait de la maîtrise, soit après le mort physique le relèvement définitif du maître intérieur. L’objectif de cette apparition est de témoigner aux hommes du chemin de lumière. A un niveau plus concret, c’est aussi la préoccupation des francs-maçons : répandre la lumière parmi les hommes.

Quelle finalité à cette mort / résurrection en matière initiatique ?

L’Homme reste homme depuis Adam et ses erreurs portent à conséquence dans les destinées de l’humanité. En cherchant à mourir et renaître n’espère-t-on pas redevenir cet Adam au paradis perdu ? Un Adam d’avant la faute originelle ?

Ne cherche-t-on pas à accéder au Centre de tous les centres, en soi d’abord en cherchant à se connaître puis dans le monde en cherchant à le faire progresser pour finalement mourir et rejoindre un ailleurs primordial qui génère ce grand Tout ? C’est ce qu’on appelle rejoindre Dieu le père pour les chrétiens, ou le GADLU par l’Orient éternel pour d’autres

Notre progression graduelle et initiatique nous fait mourir plusieurs fois en gravissant l’échelle des 7 grades 10 degrés et 33 titres et plus de nos rituels. Nous allons bien dans une direction parfaitement ordonnée, en dissociant notre Être en deux parts :

- celle de l’ombre et de la matière, impure et corrompue comme les métaux. Elle sera enterrée dans une fosse ou un mausolée,

- celle de l’esprit qui s’envolera loin de toute contingence pour rejoindre ce centre fondateur tel un phénix.

Se pose donc pour le maître la question de son action ici bas. Vivre en chair et en esprit suppose des compromis et une attitude réaliste quant à ses propres capacités à être maître de soi tout en alimentant notre maître intérieur.

Chap.°. La Lumière de Saint Jean

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org

 

Repost 0
Published by E.°.R.°. - dans Planches
commenter cet article
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 20:34

Ouverture des Travaux au Grade de Maître
Cette ouverture ne se fera jamais qu'après celle des travaux d'Apprenti et de Compagnon. On ne modifiera d'abord rien à l'arrangement de la Loge et on laissera le tableau de compagnon en place.
Le Très Respectable, * :
Vénérable Frère premier Maître des Cérémonies et vous Vénérable Frère Grand Expert, veuillez accompagner nos Frères Compagnons sur les parvis.
Lorsque cela est fait.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère premier Maître des Cérémonies, remplissez votre Office !
Le premier Maître des Cérémonies change les voyants puis il allume dans le sens de circulation les six bougies supplémentaires.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère premier Grand Expert, remplissez votre Office !
Le premier Grand Expert place l’équerre entrecroisée avec le compas sur l’autel et découvre le tapis de Loge.
Lorsque cela est fait ;
Le Très Respectable :
Couvrez-vous mes Frères ! Nous allons ouvrir les travaux au 3ème degré.
Le Très Respectable : *.
Le Premier Surveillant : *.
Le Second Surveillant : *.:
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Premier Surveillant, sommes-nous à couvert ?
Le Premier Surveillant :
Vénérable Frère Second Surveillant, sommes-nous à couvert ?
Le Second Surveillant s’en fait assurer par le Frère Couvreur.
Le Second Surveillant :
Nous sommes à couvert, Vénérable Frère Premier Surveillant ?
Le Premier Surveillant :
La Loge est couverte, Très Respectable.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Premier Surveillant, êtes-vous Maître ?
Le Premier Surveillant :
Je le suis. Examinez-moi. L'Acacia m'est connu.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Premier Surveillant, comment avez-vous été reçu Maître ?
Le Premier Surveillant :
En passant de l’Équerre au Compas sur la tombe de notre Respectable Maître Hiram.
Le Très Respectable :
Que venez-vous faire ici ?
Le Premier Surveillant :
Je cherche la parole de maître qui était perdue et qui est maintenant retrouvée.
Le Très Respectable :
Comment fut-elle perdue ?
Le Premier Surveillant :
Par trois grands coups et la mort de notre Respectable Maître Hiram.
Le Très Respectable, * :
Debout, Vénérables Frères, face à l'Est !
Le Très Respectable et les Vénérables Frères qui sont à l’Orient ne se mettent pas à l’ordre
de Maître et restent à l’ordre de Compagnon.
Le Très Respectable :
Vénérables Frères Premier et Second Surveillants, assurez-vous chacun sur votre Colonne si tous les Frères présents sont Maîtres Maçons.
Les Surveillants parcourent leur Colonne comme aux deux autres grades.
Le Second Surveillant :
Vénérable Frère Premier Surveillant, tous les Frères sont Maîtres Maçons sur la Colonne du Nord.
Le Premier Surveillant :
Très Respectable, tous les Frères sont Maîtres Maçons sur l'une et l’autre Colonnes.
Le Très Respectable :
Puisqu’il en est ainsi, Frères qui décorez l’Orient, nous pouvons nous mettre à l’ordre de Maître.
Après un temps.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Premier Surveillant, quel âge avez-vous ?
Le Premier Surveillant :
Sept ans et plus.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Premier Surveillant, à quelle heure les Francs-Maçons ouvrent-ils leurs travaux ?
Le Premier Surveillant :
A Midi, Très Respectable.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Second Surveillant, quelle heure est-il ?
Le Second Surveillant :
Il est midi, Très Respectable.
Le Très Respectable :
Puisqu’il est midi et que c’est l’heure à laquelle les Francs-Maçons doivent ouvrir leurs travaux, Vénérables Frères Premier et Second Surveillants, invitez les Frères de l’une et l’autre Colonnes à se joindre à moi pour ouvrir les travaux au grade de Maître Maçon de la Respectable Loge de Saint-Jean … à l'Orient de….
Le Premier Surveillant :
Vénérable Frère Second Surveillant, Vénérables Frères de la Colonne du Midi, le Très Respectable nous invite à nous joindre à lui pour ouvrir les travaux au grade de Maître Maçon de la Respectable Loge de Saint-Jean …, à l’Orient de ....
Le Second Surveillant :
Vénérables Frères de la Colonne du Nord, le Très Respectable et le Vénérable Frère Premier Surveillant nous invitent à nous joindre à eux pour ouvrir les travaux au grade de Maître Maçon de la Respectable Loge de Saint-Jean …, à l’Orient de ….
Le Très Respectable : * * *. * * *. * * *.
Le Premier Surveillant : * * *. * * *. * * *.
Le Second Surveillant : * * *. * * *. * * *.
Le Très Respectable :
A la gloire de la Lumière et sous les auspices du Grand Orient de France, j'ouvre les travaux au grade de Maître Maçon de la Respectable Loge de Saint-Jean ... à l'Orient de ….
A moi mes Vénérables Frères, par le signe d’obligation, le signe d’horreur, la batterie de Maître et l'acclamation.

Le Très Respectable :
Prenez place mes Vénérables Frères. Les travaux de Maître de Maître Maçon sont ouverts.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Secrétaire, veuillez nous donner lecture de la planche tracée de nos derniers travaux en Loge de Maître.
Le Secrétaire se lève et se met à l’Ordre.
Le Très Respectable l'invite à se rasseoir.
Le Très Respectable :
Prenez place, Vénérable Frère.
Le Secrétaire :
Planche de la dernière tenue du ….
Après la prise de parole du Secrétaire.
Le Très Respectable :
Vénérables Frères, si vous avez des observations à présenter, la parole à votre demande vous sera accordée. Il ne peut être présenté de remarques que sur la rédaction du tracé et non sur le fond des sujets traités.
Le Premier Surveillant :
S’il y a lieu ou lorsque la discussion est terminée
Très Respectable, les Colonnes sont muettes.

Le Très Respectable :
Vénérable Frère Orateur, veuillez donner vos conclusions pour ou contre l'adoption du tracé.
L’Orateur :
Avis favorable (ou défavorable).
Après la prise de parole de l'Orateur.
Le Très Respectable :
Je mets aux voix les conclusions du Vénérable Frère Orateur. Que ceux qui sont d'avis, conformément à ces conclusions, d'adopter (ou de rejeter) le procès-verbal, le manifestent à mon coup de maillet.
Le Très Respectable, * :
Que ceux qui sont d’un avis contraire le manifestent de la même manière.
Le Très Respectable, * :
Le procès-verbal est adopté (ou rejeté).
Initiation au Grade de Maître Recommandation

Le Temple est tendu de noir.
Le Débhir est séparé du Hekal par une tenture noire qui s'ouvre en son milieu.
Devant le Très Respectable, un flambeau à sept branches est allumé.
Devant chacun des deux Surveillants, un flambeau à une branche est également allumé.
Deux flammes vertes s'élèvent au pied de l'Autel des Serments, laissant entrevoir des témoignages maçonniques : Gravures, Patentes, Constitutions.
L'Étoile Flamboyante brille. Nulle autre lumière n'est allumée.
Tableaux de loge 1 – 2 – 3 bougies + 2 sur chaque Colonne, deux réceptacles bleus.
Un drap – une règle – une équerre – un maillet, cordons, tabliers.
Le Très Respectable :
Vénérables Maîtres mes Frères, lors d'une précédente Tenue, vous avez estimé que le Compagnon N ... s'était montré digne, tant par son assiduité que par l'effort démontré dans le Travail qui lui avait été confié, d'être élevé à la Maîtrise. Serait-il depuis lors, survenu quelque fait nouveau mettant obstacle à l'élévation de ce Frère ?
Le Premier Surveillant :
Les Colonnes sont muettes, Très Respectable.
Le Très Respectable :
Je demande à ce sujet l'avis du Vénérable Frère Orateur.
L’Orateur :
Avis favorable à l’élévation au Grade de Maître, Très Respectable.
Le Très Respectable :
Je soumets cet avis à vos suffrages, Vénérables Frères.
Que ceux qui l'approuvent lèvent la main à mon coup de maillet.

Le Très Respectable * :
Avis contraire ?
Le Très Respectable * :
Puisque rien ne s'oppose à cette Initiation, nous allons y procéder.
Vénérable Frère Grand Expert, vous allez rejoindre sur les parvis le Compagnon N ... et le ferez frapper selon son grade. Lorsque la porte du Temple vous sera ouverte, vous l'introduirez à reculons jusqu'entre les deux Colonnes de manière à ce qu’il ne puisse voir le Débhir.

Le Premier Surveillant :
Très Respectable, on frappe en Compagnon.
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Premier Surveillant, qui frappe ainsi à la porte des Maîtres ?
Le Premier Surveillant :
Très Respectable, c’est le Frère Compagnon N …, accompagné du Vénérable Frère Grand Expert.
Le Très Respectable :
Que l'Entrée du Temple lui soit donnée en la forme que j’ai prescrite.
Musique (on ferme la draperie du Débhir).

Entrée du Récipiendaire
Le Très Respectable :
Compagnon N …, promettez-vous, même dans le cas où vous ne seriez pas reçu au Grade que vous sollicitez, de ne rien révéler à qui que ce soit de ce que vous pourriez voir et entendre ici ?
Le Candidat :
Oui, Vénérable Maître.
Le Très Respectable :
Je prends acte de votre promesse !
Quel est votre but, en voulant passer Maître ? Est-ce seulement celui de vous instruire et de vous perfectionner ?

Le Candidat :
Oui, Vénérable Maître.
Le Très Respectable :
Pouvez-vous affirmer sur votre honneur de Franc-Maçon que vous venez de dire la vérité ?
Le Candidat :
Oui, Vénérable Maître.
Le Très Respectable :
Nous allons donc procéder à votre Initiation à la Maîtrise.
Le Très Respectable :
Vénérable Maître Orateur, veuillez conter à notre Frère N … la légende de notre Maître Hiram.
L’Orateur :
Lors de la construction du Temple de Jérusalem, 1 006 ans avant notre ère, le Roi Salomon fit appeler le célèbre Architecte et statuaire Hiram, de Tyr, qui était fils d’une Veuve de la Tribu de Nephtali, et dont le père était de Tyr et travaillait l’airain. Il était rempli de sagesse, d’intelligence et de science pour faire toutes sortes d’ouvrages d'airain.
Entre autres merveilles, il construisit deux colonnes au vestibule du Temple, nommant celle de droite "Boaz" et celle de gauche "Jakin", archétype des deux colonnes symboliques dressées à l'entrée de tout Temple Maçonnique d’aujourd’hui, Hiram avait sous ses ordres un grand nombre d'ouvriers qui n’obéissaient qu'à lui, en raison des secrets attachés à son Art. Selon leur degré d'Initiation, il les divisa en trois catégories, Apprentis, Compagnons et Maîtres.
Il leur donna, pour se faire reconnaître, des Mots, des Signes et des Attouchements particuliers à chaque catégorie.
Trois mauvais Compagnons, n’ayant pu obtenir la Maîtrise, portés par l'ambition, le mensonge et l'ignorance, formèrent le complot d’arracher à Hiram, par la ruse et la violence, la Parole et les secrets de la Maîtrise.
A cet effet, un soir dans le chantier sans ouvrier, les trois scélérats s’embusquèrent chacun à l’une des trois issues du Temple, dans l’attente de l’inspection solitaire que l’Architecte avait coutume de faire des travaux du jour.
Hiram, sa visite terminée, voulut sortir par la porte d’Occident. Le premier Compagnon, armé d’une Règle, lui barra le passage, exigeant le Mot Sacré et le Signe de Maître. Malheureux, répondit Hiram, mon devoir m'interdit de te les donner. Alors, l’agresseur tenta de lui asséner un coup violent sur la tête, mais la Règle glissa sur le cou et ne porta que sur l'épaule.
Hiram s’enfuit vers la porte du Nord, mais il rencontra le deuxième Compagnon qui lui fit la même demande que le premier, et il donna une réponse négative aussi énergique. Ce Compagnon, d'un coup de son Équerre, l’atteignit au cœur.
Affaibli par ses blessures, l’Architecte tenta encore de fuir par la porte d'Orient. Il y rencontra
le troisième Compagnon qui, après la même demande suivie du même refus, lui porta du
maillet dont il était armé, un coup si violent sur le front, qu’il l’étendit mort à ses pieds.

Le Très Respectable :
Chaque Maçon, pour être admis à la Maîtrise, doit passer par les épreuves de notre Maître Hiram. Mourir pour demeurer éternel.
Compagnon N…, êtes-vous prêt à vous sacrifier pour acquérir la connaissance suprême ?

Le Candidat :
Oui, Vénérable Maître.
Le Très Respectable :
Vénérable Maître Grand Expert, puisqu’il en est ainsi, conduisez le Compagnon N… dans son premier Voyage.
Musique

Premier Voyage
Le Grand Expert part d'entre les Colonnes et conduit le Récipiendaire autour du Temple, dans le sens des aiguilles d’une montre, jusqu’au Premier Surveillant.
Le Premier Surveillant, ce dernier le frappe au cou au moyen d’une Règle :
Meurs à l’agitation et aux vanités du monde profane. Le Maçon qui aspire à la Maîtrise doit savoir renoncer aux satisfactions profanes, Il doit renoncer à briller par le geste ou par le verbe. Il s'est retiré du Monde, en esprit et en fait.
Ceci dit, le Premier Surveillant éteint son flambeau avec son maillet.

Le premier Grand Expert :
Le premier Voyage est terminé, Très Respectable.
Le Très Respectable :
Vénérable Maître Grand Expert, conduisez le Compagnon N … dans son second Voyage.
Musique

Second Voyage
Le Grand Expert part d'entre les Colonnes et conduit le Récipiendaire autour du Temple, dans le sens des aiguilles d’une montre, jusqu’au Second Surveillant.
Le Second Surveillant, ce dernier le frappe au cœur au moyen d'une Équerre :
Meurs aux affections profanes ! Dans sa descente aux Enfers, le Récipiendaire perd peu à peu conscience de cette individualité que représente l'Étoile Flamboyante du Compagnonnage.
Tu dois mourir aux affections profanes, car l'Amour et l’Affection ont un bandeau sur les yeux et l'Initié n’en doit point avoir. Tu ne dois pas craindre de regarder ceux que tu aimes avec des "yeux qui voient ".
Ta tendresse, pour être plus éclairée, n’en sera pas moins vive. Mais tu apprendras, et tu souffriras. Les amours les plus ardentes sont aussi les plus contrariées. Il faut que, sous les coups de l’Équerre, symbole de la raison, ton cœur cesse de battre de façon désordonnée.
Tu as œuvré pour tes amis, et tes amis te fuient. Tu as œuvré pour quelques êtres chers, et même ceux-ci te regardent, étonnés et indifférents.

Ceci dit, le Second Surveillant éteint son flambeau avec son maillet. Le premier Grand Expert place le Récipiendaire entre les Colonnes, éteint l'Étoile Flamboyante.
Le premier Grand Expert :
Le deuxième Voyage est accompli, Très Respectable.
Le Très Respectable :
La draperie s’ouvre, le Vénérable paraît debout, maillet en main, croisé sur la poitrine.
Le Très Respectable :
Vénérable Maître Grand Expert, conduisez le Compagnon N … dans son troisième Voyage.
Musique

Troisième Voyage
Le premier Grand Expert part d'entre les Colonnes et conduit le Récipiendaire devant le Débhir.
Le Très Respectable descend les marches, arrête le Récipiendaire, le frappe au front de son maillet.
Le Très Respectable :
Meurs à toute intelligence profane !
Aidé par le Grand Expert, le Vénérable étend le Récipiendaire sur le sol, les pieds vers l’Orient. Il le recouvre du drap des Morts, repliant le bras droit au-dessus de la tenture, il dépose sur le corps une branche d'Acacia, puis il reprend sa place.
Le Très Respectable :
Tout n'est qu'illusion, et la plus grande illusion, c'est la Vie !
Mort, le corps et sa force, sous la Règle du Premier Surveillant.
Mort, le corps et sa beauté, sous l’Équerre du Second Surveillant.
Mort, l'esprit et sa sagesse, sous le maillet du Vénérable.

Ceci dit, le Vénérable éteint son flambeau avec son maillet.

La nuit est complète.
Musique Funèbre (quelques minutes)
Le Très Respectable :
Il faut savoir mourir pour revivre ! Quiconque a franchi les portes de la Mort, a conquis la véritable Maîtrise.
Le premier Grand Expert allume le flambeau du Premier Surveillant.
Le Second Surveillant quitte son plateau et s'approche du Récipiendaire. Il lui donne l’attouchement d’Apprenti en prononçant le mot sacré "Jakin".
Le Second Surveillant :
Jakin.
Il fait ensuite le Signe d'horreur.
Le Second Surveillant:
"Mac Benah ; Gémissons, Gémissons, Gémissons".
Le Premier Surveillant:
Ce premier appel à l'aide du mot d’Apprenti a invoqué les forces internes de l’Etre. Mais cette énergie individuelle est impuissante à donner une vie nouvelle.
Le premier Grand Expert allume le flambeau du Second Surveillant.
Le Premier Surveillant quitte son plateau et s'approche du Récipiendaire. Il lui donne
l’attouchement de Compagnon en prononçant le mot sacré "Boaz".
Le Premier Surveillant :
Boaz.
Il fait ensuite le Signe d’Horreur en disant :
Le Premier Surveillant :
"La chair quitte les os. Gémissons, Gémissons, Gémissons".
Le Second Surveillant :
Ce deuxième appel à l'aide du mot de Compagnon s’est adressé aux forces du Monde Extérieur. Mais cette évocation est impuissante, ne trouvant plus d'écho dans l'énergie interne disparue.
Le premier Grand Expert allume le flambeau du Vénérable.
Le Très Respectable :
Isolément, l’Homme est impuissant. Vénérables Maîtres mes Frères, unissons-nous donc avec ferveur. Venez à moi. Formons une chaîne vivante autour de ce cadavre et, pour le ranimer, mettons en œuvre les suprêmes ressources de l'Art Royal.
Debout et à l’Ordre, Vénérables Maîtres, le Néophyte va prêter son Obligation.

Le premier Grand Expert prend la branche d’Acacia et enlève le drap funéraire.
Les Maîtres forment la Chaîne d'Union.
Les deux Surveillants (par derrière) et le Vénérable (par-devant) relèvent le Récipiendaire. Les deux Surveillants posent leurs mains sur les épaules du Récipiendaire. L’Orateur et le Secrétaire posent également leurs mains sur les épaules du Vénérable. La chaîne est soudée.
Le Vénérable et le Récipiendaire se trouvent alors face à face, dans la position d'attouchement de la Maîtrise, pied droit contre pied droit, poitrine contre poitrine.
De sa main droite du Récipiendaire, sa main gauche étant posée sur l'épaule de ce dernier.
Dans cette position, le Vénérable frappe trois coups de sa main gauche, puis renverse trois fois la main droite. Il donne alors la triple accolade fraternelle et prononce le mot Sacré "Mac Benah".
Le Très Respectable :
Mac Benah.
Sans abandonner sa position, il dit :
Vénérables Maîtres mes Frères, Espérons, Espérons, Espérons !
Quittez la Chaîne et regagnez vos places.

Le Premier Surveillant :
Notre Très Respectable Maître a évoqué l'Esprit de l’Ordre Maçonnique. En lui se sont concentrées les volontés tendues des Frères de la Chaîne d’Union.
Le Très Respectable :
Après avoir connu la Mort profane et la Mort Initiatique, tu revis pour exercer la véritable Maîtrise.
Mon Frère, mets la main gauche sur le cœur et étend la main droite sur les Outils symboliques et sur l’Acacia.
Répète mentalement la formule de ton Obligation que je vais lire. Tu diras ensuite : "Je le promets".
En pleine lumière, devant cette auguste Assemblée, sur cette branche d’Acacia, moi, Frère N..., je promets, sous les peines portées dans les Obligations que j'ai déjà contractées lorsque j’ai été reçu Apprenti et Compagnon, de ne révéler à personne jamais, les enseignements du Grade de Maître qui me sont confiés.
Je promets aussi d'employer toutes les forces de mon cœur et de mon cerveau à travailler à l'amélioration de mes Frères Apprentis et Compagnons. Je promets en outre d’œuvrer en toutes choses pour la plus grande gloire de la Franc-Maçonnerie Universelle.

Le Candidat :
Je le promets !
Le Très Respectable :
Je prends acte de ta promesse ! Maître Hiram va revivre !
Le premier Grand Expert remet au Vénérable la branche d’Acacia et la place alors dans la main droite du Récipiendaire en disant :
Le premier Grand Expert:
Mac Benah, que l'Acacia te soit désormais connu !
Immédiatement, le rideau séparant le Débhir du Hikal est ouvert.
Le Très Respectable regagne son plateau.
L’initié reste debout, la branche d’Acacia à la main.
Le Temple est illuminé et un air joyeux retentit.
Musique joyeuse
Le Très Respectable :
Mon Frère, tu as franchi les portes de la Mort. L'Acacia t'est désormais connu ! Toutes illusions s'effacent devant toi.
Le Très Respectable :
Vénérable Maître Grand Expert, revêtez le nouveau Maître du tablier aux initiales sacrées et du cordon d'azur. Vous lui donnerez ensuite l’accolade fraternelle.
Ceci fait ;

Donnez-lui le Mot de Passe (commençant par Giblin), nom des habitants du Mont Gimel qui ont travaillé à la construction du Temple.
Ceci fait ;

Donnez-lui le Mot Sacré (Mac Benah) qui veut dire : "La chair quitte les os".
Ceci fait ;

Faites-le se mettre à l’Ordre de Maître. Faites-lui le Signe Ordinaire. Faites-lui le Signe d’Horreur. Faites-lui le Signe de Détresse.
Ceci fait ;

Donnez-lui l'Attouchement des Maîtres.
Ceci fait ;

Vénérable Maître Grand Expert, placez le nouveau Maître entre les Colonnes, après lui avoir montré le Pas de Maître, afin que les Vénérables Maîtres le reconnaissent.
Le Très Respectable :
Debout et à l'Ordre, Vénérables Maîtres !
Vénérables Maîtres Premier et Second Surveillants, invitez les Maîtres qui décorent vos Colonnes respectives, à reconnaître désormais comme Maître, le Très Cher Frère N …, et à se joindre à vous et à moi pour célébrer, par une Triple Batterie, son heureuse élévation dans notre Ordre.

Le Premier Surveillant :
Vénérable Maître Second Surveillant, Vénérables Maîtres de la Colonne du Midi, vous êtes invités par le Très Respectable à vous joindre à lui et à moi, pour célébrer, par une Triple Batterie, l’heureuse élévation du Frère N … dans notre Ordre.
Le Second Surveillant :
Vénérables Maîtres de la Colonne du Nord, vous êtes invités par le Très Respectable, par le Frère Premier Surveillant et par moi à vous joindre à nous pour célébrer, par une Triple Batterie, l'heureuse élévation du Frère N … dans notre Ordre.
Le Très Respectable :
A moi, Vénérables Maîtres, par le Signe Ordinaire et la Triple Batterie !
* * *.
* * *.
* * *.
Ceci fait ;

Prenez place, Vénérables Maîtres.
Vénérable Maître Grand Expert, conduisez le nouveau Maître en haut de la Colonne du Midi, afin qu’il prête son attention au discours que va prononcer le Vénérable Maître Orateur.

Le Très Respectable :
Vénérable Maître Orateur, vous avez la parole !
L’Orateur :
Très Respectable, ….
Le Très Respectable :
Je remercie le Vénérable Maître Orateur de sa Planche polie en l'honneur de notre nouveau Maître.
Musique
Le Très Respectable :
Le Sac aux Propositions ainsi que le Tronc de la Veuve vont circuler. Vénérable Maître Hospitalier, remplissez votre Office.
Musique

Clôture des Travaux
Le Très Respectable:
Si des Frères souhaitent la parole sur les travaux en Loge de Maître, elle leur sera accordée.
Le Très Respectable:
Vénérable Frère premier Maître des Cérémonies, remplissez votre Office !
Le premier Maître des Cérémonies éteint dans le sens de circulation les six bougies supplémentaires, ne laissant allumée sur chaque chandelier que la bougie la plus à l’Est.

Le Très Respectable:
Vénérable Frère premier Grand Expert, remplissez votre Office !
Le premier Grand Expert replace l'équerre sur le coussin dans sa position antérieure et couvre le tableau de loge.

Lorsque cela est fait ;
Le Très Respectable * :
Debout et à l’ordre de Maître, Vénérables Frères !
Le Très Respectable :
Vénérable Frère Premier Surveillant, quel âge avez-vous ?
Le Premier Surveillant :
Sept ans et plus.
Le Très Respectable :
A quelle heure se ferment les travaux des Francs-Maçons ?
Le Premier Surveillant :
A minuit, Très Respectable.
Le Très Respectable :
Quelle heure est-il ?
Le Second Surveillant :
Il est minuit, Très Respectable.
Le Très Respectable :
Puisqu’il est minuit et que c'est l'heure à laquelle les Francs-Maçons ont coutume de fermer leurs Travaux, Vénérables Frères Premier et Second Surveillants, invitez les Frères de l'une et l'autre Colonnes à se joindre à moi pour fermer les travaux au grade de Maître Maçon.
Le Premier Surveillant :
Vénérable Frère Second Surveillant, Vénérables Frères de la Colonne du Midi, le Très Respectable nous invite à nous joindre à lui pour fermer les travaux au grade de Maître Maçon.
Le Second Surveillant :
Vénérables Frères de la Colonne du Nord, le Très Respectable et le Vénérable Frère Premier Surveillant nous invitent à nous joindre à eux pour fermer les travaux au grade de Maître Maçon.
Le Très Respectable frappe les 9 coups de maillet : * * *. * * *. * * *.
Le Premier Surveillant frappe les 9 coups de maillet : * * *. * * *. * * *.
Le Second Surveillant frappe les 9 coups de maillet : * * *. * * *. * * *.
Le Très Respectable :
A moi mes Vénérables Frères, par le signe d’obligation, le signe d'horreur, la batterie de Maître et l’acclamation.
Les travaux des Maîtres Maçons sont fermés. Mes Frères, découvrez-vous !
Vénérable Frère premier Maître des Cérémonies, remplissez votre Office !

Le premier Maître des Cérémonies change les voyants.
Le Premier Surveillant :
Les Travaux des Maîtres Maçons sont fermés.
Le Second Surveillant :
Les Travaux des Maîtres Maçons sont fermés.
Lorsque cela est fait.
Le Très Respectable :
Les travaux de Compagnon reprennent force et vigueur à mon coup de maillet.
Le Très Respectable * :
Frère premier Maître des Cérémonies, introduisez nos Frères Compagnons dans le Temple.

Source : http://www.stichtingargus.nl/vrijmetselarij/s/ritefrancaisretabli_r3.html

Repost 0
Published by RFMR 2003 - dans Rites et rituels
commenter cet article
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 08:55

 

Le lever de rideau au théâtre, les premières lignes d'un roman, les quelques notes qui introduisent un morceau de musique, sont déterminantes, car ils ouvrent sur ce qui va suivre. Ma planche parle de ce moment particulier, entre les 3 coups et le lever de rideau au théâtre, entre la couverture et les premières lignes du roman, entre le silence et le début du morceau de musique.

J'ai voulu aujourd'hui revivre les éléments mis en place au début de cette cérémonie. Ils conduisent à l'entrée dans la dramatique de cette troisième initiation, qui nous est transmise d'une manière très théâtrale. La liturgie maçonnique est étudiée pour que les postulantes soient frappées à la fois dans leur corps et dans leur esprit, pour que leur imagination soit éveillée et qu'elles en gardent en mémoire des images fortes.

Nous avions déjà auparavant été conduites devant la porte fermée du Temple. Le souvenir est resté très précis de ce premier jour où, après avoir frappé, les yeux bandés, de façon irrégulière, nous avions dû nous courber beaucoup, pour franchir une certaine porte basse. Lors du passage au deuxième degré, c'était plus facile, nous frappions trois fois, en APP\ ; nous n'étions plus dans les ténèbres, le lieu et les visages qui nous entouraient nous étaient déjà familiers.

Le jour de la cérémonie d'Élévation à la Maîtrise, nous nous retrouvons à nouveau, par deux fois, sur les parvis. Nous sommes introduites une première fois, placées entre les colonnes, interrogées. Tout est calme, habituel, rien d'étrange, tout est presque tel que quand nous étions COMP\, aucune émotion particulière ne s'est encore emparée de nous, à l'exception, bien sûr, de réussir cette interrogation, et de donner des réponses claires et justes. « V\ S\ M\ des CER\, reconduisez les candidates ». Nous couvrons à nouveau le T\. Il est difficile d'être parfaitement concentrées durant l'attente méditative qui suit. Qu'allons-nous apprendre ? Nous nous remémorons les Initiations précédentes. Les deux fois, nous avions voyagé. Nous sommes tout d'abord nées à nous même, puis nous avons appris à aller vers les autres, à partager. Et maintenant, que va t-il se passer ? Le voyageur peut se perdre, où nous mènera donc ce nouveau voyage ?

A nouveau devant la porte fermée, nous sommes prêtes à entrer dans le T\ régulièrement, ainsi qu'il est d'usage. Mais on nous demande de nous retourner, et d'entrer à reculons. C'est très étrange, ce n'est pas une pratique courante que de pénétrer ainsi dans un lieu. Ce n'est pas la première fois que nous marchons à reculons. C'était arrivé lors du premier voyage de l'initiation au deuxième degré, avant de frapper sur la pierre brute les trois coups rituels. C'est également à reculons, au cours de cette même cérémonie d'Augmentation de Salaire, que nous avons redescendu cinq fois les marches colorées sur lesquelles nous entraînait l'experte pour vivre et suivre le cycle du blé et de la vie. J'ai interprété cela comme un retour sur moi-même qui symbolisait la constance que nous devions manifester dans l'effort et la recherche de la lumière, et aussi une illustration du coté répétitif, cyclique des choses.

Au troisième degré, l'entrée à reculons dans le T\ a, je pense, un autre sens que je tenterai de développer. Ce moment est une première impression forte. Nous nous rendons compte, dès le franchissement du seuil, malgré notre position, que l'obscurité règne dans le T\. Seule brille devant nos yeux l'étoile située sur le mur de l'Occident, étoile dont nous nous éloignons pas à pas. Mais le trajet est court de la porte, au milieu des Colonnes. Cette Marche à Reculons ne dure qu'un bref instant. Le grand principe de toute démarche initiatique, c'est que la totalité de la démarche se trouve en germe, ou en puissance dans le premier moment. On ne comprend bien ce qui s'est passé à l'origine, que si l'on a accompli le cycle entier des évolutions, et que l'on revient au commencement pour en découvrir sa véritable dimension. Nous reprenons le voyage au début, et nous mesurons, à reculons, le trajet parcouru, comme on revoit sa vie défiler à toute vitesse quand on pense que l'on va mourir.

Je veux justement parler de ce bref moment qui pour moi concrétise le passage d'un état à un autre, mais aussi crée un lien avec les deux autres degrés. C'est un temps intermédiaire où, sans être encore entrée dans le troisième degré, on quitte lentement, le temps du Compagnonnage. On le quitte comme à regret, les yeux sur lui, sur cette étoile qui en est le symbole et qui se trouve maintenant à l'Occident, comme on s'éloigne d'un train qui va emporter ceux qu'on aime, et quand on se retournera, l'étoile à l'Orient ne sera plus là. La réflexion que le travail d'aujourd'hui m'a amenée à faire, a mis en valeur toute l'importance du deuxième degré pour la compréhension future de la Maîtrise.

Pendant le Compagnonnage, nous avons rencontré l'Étoile. Va-t-on maintenant, au terme de cette marche à reculons, la quitter cette étoile ? On peut avoir la certitude que non. Après notre période de Compagnonnage, nous savons qu'elle brille en nous, que nous devons veiller sur sa flamme, qu'elle nous habite. Aussi, lorsque nous entendons : « V\ S\ M\ des CER\, faites se retourner les Compagnonnes ». Aucune nostalgie de quitter l'étoile ne nous étreint. L'étoile nous accompagnera dans notre découverte de la Chambre du Milieu. Pour l'instant, nous tournons toujours le dos au drame. Avoir découvert et suivi l'étoile ne nous empêche cependant pas quelquefois de faillir. Et si cette Marche à Reculons symbolisait la difficulté de notre progression, la difficulté d'entrer dans la Maîtrise ? Le recul, marche en arrière sans visibilité, annonce dans l'acception commune, une chute, ou à tout le moins le heurt dans les obstacles. Lors de notre entrée dans le T\, comme lors des précédentes Initiations, la M\ des CER\ nous protège de ces dangers. Mais il y aura pourtant une chute, un peu plus tard au cours de la cérémonie, un nouveau séjour dans la terre avant le retour radieux à la grande Lumière. Comment une Marche à Reculons peut-elle être la marque, le début d'une progression ? C'est ce paradoxe qui m'a intéressée, à savoir comment aller de l'avant tout en regardant derrière soi ? Et pourquoi n'est-il pas suffisant d'aller de l'avant ?

Après, nous ne pourrons plus dissocier dans notre esprit, la chute, de l'élévation qui suivra. Retournée par la M\ des CER\, il est difficile de reconnaître l'espace où nous nous réunissons en Tenue habituellement. Le T\ est dans l'obscurité, tout est sombre y compris les MM\ autour de nous, on ne voit plus l'Orient, plus le Delta, plus le Soleil, plus la Lune, et la V\ M\ est assise près de la l'Autel des Serments. Elle nous parle. Que nous dit-elle ? Elle explique que l'Atelier est en deuil parce qu'un grand Architecte chargé de construire le Temple de Salomon est mort tragiquement.

Nos yeux s'habituant à l'obscurité aperçoivent un drap noir étalé au centre du Temple, trois SS\ MM\, - tiens, c'est curieux, elles ont un tablier de COMP\- se dirigent vers trois points différents du T\, l'Occident, le Nord et l'Orient. Chacune d'elles tient un outil : une règle, une équerre et un maillet. Une autre S\, qui a son tablier de M\, se tient au milieu du T\. La voix de la V\M\ ponctuera l'acte qui sera mimé sous nos yeux. Trois mauvais compagnons, représentés par nos trois SS\ MM\, essaieront d'arracher à Hiram les mots, le signe et l'attouchement des MM\ alors que le temps de les obtenir n'est pas encore arrivé. Devant son refus, usant de violence, et le frappant tour à tour avec l'outil qu'elles ont en main, sur l'épaule, sur la nuque, sur la tête, elles le tueront.

Un fait frappe les Compagnonnes que nous sommes encore, là, debout entre les colonnes, spectatrices de cet événement qui se déroule sous nos yeux, et dont nous essayons de pénétrer le message. Car tout a un sens, d'enseignement et d'interprétation symbolique, dans nos Rituels. La formation qui nous est donnée consiste, pour une part, à comprendre la nature des passions mauvaises qui nous habitent, dans le but de les dépasser, de les Maîtriser. Or, ce qui apparaît ici, en premier, c'est que ce sont des Compagnons qui ont assassinés Hiram. Ces mauvais Compagnons sont nos SS\ mais, en vertu de l'universalité qui est fondamentale en Maçonnerie, nous pouvons comprendre que c'est nous qui sommes aussi les mauvais compagnons. Pour vivre la passion d'HIRAM, nous devons nous identifier à tous les acteurs du drame.

Quelles raisons avaient-ils de tuer le Maître ? Si nous voulons désormais marcher droit devant nous, sur le chemin initiatique où les voix tracées sont maintenant celles de Maîtresses, si nous voulons ne plus avancer dans le noir, maladroitement, à reculons, aidée par une main secourable, nous devons analyser ce qui s'est passé, comprendre pourquoi, et c'est cela qui doit nous servir d'exemple.

Les trois mauvais compagnons, étaient impatients et exigeaient d'être reconnus. Ils se pensaient dignes d'être récompensés, suffisamment compétents, et voulaient imposer leur volonté au Maître sans accepter d'attendre. Ils l'ont frappé avec des outils qu'ils ont employés comme des armes, inversant le sens de leur utilisation, détruisant au lieu de construire. Ils sont hypocrites, ignorants et fanatiques comme le rituel nous le rappelle. Ils n'ont pas su sublimer leurs mauvaises pulsions.

Au terme de la cérémonie d'Initiation à la Maîtrise, nous sommes relevées par la Vénérable Maîtresse par les cinq points de la maîtrise et elle s'exclame : « Hiram revit en vous ». Nous allons enfin entendre l'enseignement caché sous les allégories de la légende d'HIRAM, et nous voir conférer le troisième degré de la F\M\, être constituées Maîtresse Maçonne, et reçue en Chambre du Milieu, mais nous ne deviendrons pas subitement meilleures. Il ne peut, l'expérience le montre, y avoir progression sans recul de temps à autre. Comment faire pour que la Marche à Reculons ne soit pas un obstacle à la rectification, mais une façon d'avancer dans la difficulté ? Une stratégie, une position de repli qui permet de progresser ?

Pour pouvoir pratiquer les vertus opposées aux vices des mauvais compagnons : loyauté parfaite, travail incessant, large tolérance, il va falloir continuer à manifester un zèle infatigable pour explorer les connaissances que seule une recherche approfondie pourra nous procurer. Nous avons appris ce que nous sommes, et comment nous devons nous comporter envers les autres, grâce a l'étude dans les deux degrés précédents. Si pendant le premier degré nous avons dégrossi la pierre brute, c'est le travail effectué au second degré qui a ouvert notre champ de réflexion initiatique, qui a étendu notre compréhension du travail à exécuter. Le compagnonnage a été essentiel pour que le Conseil des Maîtresses décide de nous recevoir parmi elles et que nous soient transmis ensuite les mots, les signes et l'attouchement du grade. C'est le travail effectué, l'application incessante pour polir la pierre et manier les outils qui permettent de devenir Maîtresse. La connaissance d'un mot de passe ne suffit pas, comme semblaient le penser les trois mauvais compagnons. On ne peut être que dans l'illusion d'être parvenue à un degré de Maîtrise, sans un travail suffisant.

Dans la Marche à Reculons lors de l'entrée dans le Temple, il s'agit de garder les yeux sur toutes les connaissances maçonniques des grades qui précédaient car il conviendra maintenant de les transmettre à notre tour. Regarder en arrière n'est pas du passéisme si l'on continue toujours de progresser, si l'on construit sur les fondations des acquis passés. Le passé nous arme pour faire face aux difficultés du présent et à la peur de l'avenir. Derrière nous se trouve la tradition, le guide, et à l'instar de Maître Hiram, nous serons prêtes à ne pas manquer à nos engagements en ne révélant pas indûment nos secrets.

Hiram revit en nous. « Il se survit dans son ouvre », nous dit le Rituel. Il y a bien une notion de continuité. « Le progrès s'accomplit grâce au travail des Sages disparus » précise t-il encore. Et peut-être aussi grâce à l'infime petite part que nous avons ajoutée. C'est pourquoi nous ne devons rien oublier de la totalité de l'enseignement qui nous a été donné pour apprendre à devenir nous même. Ne pas oublier de tenir compte des leçons de l'expérience pour continuer la route. Travail, Tolérance, Loyauté, Persévérance ; pour arriver à pratiquer ces qualités, l'enseignement des deux premiers degrés ne suffit pas. Il fallait après avoir enjambé le corps d'HIRAM gisant sous le linceul - premiers pas qui quittent le sol, qui créent un cercle dans l'espace - vivre la mort d'HIRAM, être enfouie soi-même dans le noir du drap, avant d'émerger, femme libre, à la lumière quand le rideau du Dhèbir s'ouvre devant nous et que se rallument les lumières dans le Temple. Nous partons alors résolument vers l'avant, nous avons changé de plan en revivant le sacrifice, nous sommes maintenant dans une autre dimension, et toujours en quête de la lumière et de la connaissance.

« Il est minuit, les travaux de la Chambre du Milieu sont fermés ». Entrées Compagnonnes à reculons, désorientées, dans l'obscurité, nous sortirons Maîtresses en regardant droit devant nous, remplies d'une lumière plus vive qui, nous l'espérons irradiera à l'extérieur. Nous n'oublierons pas, pour ce faire, de rester dans la Glorification du Travail, ceci dans le souci de poursuivre l'ouvre, préoccupation majeure du troisième degré. Ainsi l'étoile continuera de briller.

Source : www.ledifice.net

 

Repost 0
Published by K\ D\ S\ - dans Planches
commenter cet article
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 08:46

Depuis les problèmes compliqués d'étymologie, en passant par la question du vrai ou du faux acacia, des spécialistes ont cherché son identité dans toutes les dimensions de la botanique. Mieux connaître l'acacia par les connaissances scientifiques en cernant la totalité de sa réalité objective, ensuite par interrogations successives, trouver dans quelle mesure ses qualités physiques peuvent se transposer dans un ordre moral. Ainsi dans un dédale de savoir, le Maître nouvellement instruit commence sa quête de l'intelligence du symbole.

Mais l'étude de type universitaire s'étale et se disperse dans un savoir livresque. Il semble même que la méthode dans sa rigueur d'investigation et par les données rassemblées, éloigne inéluctablement de la voie symbolique. La botanique reste impuissante à dégager la valeur et l'enseignement de l'acacia. Le sens se dérobe.

Ce genre de recherche nous révèle, tout au plus, une réputation de bois imputrescible. Cette qualité sera mise en parallèle avec la notion d'immortalité induite dans la légende d'Hiram. Mais l'implication du symbole ne se réduit pas seulement à ce simple constat.

D'autres « qui voient de l'acacia partout» l'inscrivent facilement dans une longue histoire à travers les âges. Depuis les anciennes civilisations, l'arbre ou le bois d'acacia est d'essence sacrée. Vénéré en tant que tel, il est utilisé selon eux, chaque fois que l'histoire se charge d'un sens particulier: dans l'antique Égypte, mais surtout dans la tradition biblique. Ces spéculations ou investigations historico-botanico-symboliques n'ont rien à voir avec une étude sérieuse de la symbolique maçonnique. Que nous importe en effet, que l'arche d'alliance, la croix, et même la couronne d'épines portée par le Christ aient été faites de bois d'acacia ?.. le but plus ou moins avoué de cette recherche est de trouver une filiation antique à la Franc-Maçonnerie, de manière à démontrer qu'elle est bien dépositaire d'une tradition primordiale, dont les membres enorgueillis sont évidemment les dignes enfants. Pseudo-histoire et divagations botaniques encombrent fort malheureusement la littérature spécialisée. Même si le meilleur .des enseignements de ces pistes de recherche se résume en fin de compte par des messages en forme d'allégorie morale, ceux-ci conduisent trop souvent à des impasses assez voisines du pur dogmatisme.
Force est de constater que peu d'auteurs ont parlé de l'acacia en termes réellement symboliques, simplement parce qu'ils l'ont cherché là où il n'est pas. Il nous semble que le seul fondement reconnu de l'étude doit s'établir à partir de la légende d'Hiram incluse dans le rituel d'élévation au 3e, dont l'acacia constitue une des principales articulations.

L'ACACIA DANS LA LÉGENDE

Commençons par un bref rappel de la légende d'Hiram: Afin d'obtenir le grade de Maître, qu'ils n'ont pas mérité, trois mauvais Compagnons tentent par la force d'en acquérir la connaissance. Se heurtant à l'opposition du Maître Hiram, ils l'assassinent. Puis le transportent hors de la ville, dans un lieu écarté ensevelis- sent le corps sous un tertre, sur lequel ils plantent sommairement une branche d'acacia. Le lendemain, les traces de sang révèlent le crime, alors les MM.'. donnent cours à leur douleur. Ensuite ils jurent de n'épargner aucune recherche pour retrouver le corps. Inlassablement ils persévèrent à chercher afin de donner à Hiram une sépulture digne de lui. La vision de l'acacia planté sur le tertre fraîchement' remué, fait pressentir qu'ici se trouve le cadavre. Les MM.'. conviennent alors d'adopter un nouveau signe et un nouveau mot sacré en mettant au jour la dépouille du Maître vénéré. Ce qui est fait. Ainsi Hiram renaît dans l'esprit de ses successeurs.
Constatons que sans l'acacia le lieu où est enseveli Hiram n'est pas connu, il est à l'origine de la découverte. De l'invisible au visible il est le chaînon manquant intervenant dans l'histoire comme un axe, un pivot autour duquel tout bascule.

L'acacia agit en véritable transformateur à partir de la connaissance qu'il représente. Mais si il indique un message communiqué par sa seule présence sur le tertre, la communication ne s' établit cependant que par l'interrogation du M.'. et dans les développements de sa pensée. En cela réside le langage clé, d'accession à la maîtrise. De cette alchimie intellectuelle naît la délivrance du Comp.'., sous la forme allégorique de la mutation de l'initié en homme nouveau.

La régénération intervient après la fouille, au moment précis où la dépouille du Maître retrouve la lumière. Simultanément sont effectués et prononcés le nouveau signe et le nouveau mot sacré, qui transmutent le Comp.', en M.'..

Le symbolisme est ici très clair, le geste et la parole sont les matériaux de la régénération. Ils sont la Parole substituée, identique à l'esprit de la Parole perdue, primitive et fécondante, que détenait Hiram, et dont le nouveau Maître commence la quête.

Nous s'avons maintenant où conduit l'acacia, son rôle irremplaçable, et le sens emblématique qu'il recouvre. Seul vestige de la vie disparue, par lui se réalise la connaissance gestuelle et verbale, condition nécessaire à la renaissance d'Hiram.

« Éternel espoir de la survivance des âmes, de l'indestructibilité de la vie» selon Plantagenet, « conscience de la vie véritable » d'après Wirth... Le symbolisme de l'acacia reste cependant difficile à cerner.

L'image couramment figurée, le représente sous la forme d'une branche à sept feuilles, pourquoi sept?

Le nombre ne se justifie pas seulement par sa valeur de quanti té, mais aussi et surtout, par l'harmonie qualitative qu'il déploie. L'ensemble de cet influx crée son rapport au monde qui, en inter- action le désigne comme ce qu'il est.
Entre autres combinaisons, sept s'obtient par addition de trois, qui est l'Unité dans son essence et de quatre qui est l'unité dans sa substance. Sept est donc la matière animée, une totalité en mouvement (le Chariot du Tarot) analogue à l'homme parfaite ment réalisé. Situé entre le haut et le bas (la verticale), et les quatre points cardinaux des recherches (l'horizontale) l'homme debout est « ici » c'est-à-dire sept au centre du six. Sept désigne la perfection du centre par rapport à la périphérie, et aussi l'âge symbolique du M.', maçon placé entre l'équerre  et le compas.

L'ACACIA DANS LE RITUEL

Dans la première partie de la cérémonie, le récipiendaire assiste à la commémoration du triste événement et revit les moments forts du drame. Au rite Français, il n'est pas identifié d'emblée au maître Hiram. Son rôle est passif jusqu'a l'aboutissement des recherches, le moment ou le G.'. Exp.'. signale l'acacia pour la première fois. Aussi cette partie du rituel se présente-t -elle, comme une énigme dont l'initiable, aidé de l'acacia, doit faire la lumière.

La co-naissance du passé.

Au G.'. Exp.'., le 1er Surv.'. réplique: « Cette branche d'acacia. a vraisemblablement été plantée sur ce tertre par les assassins d'Hiram, pour reconnaître l'endroit où ils ont caché son cadavre». Analysons de près cette phrase extraite du rituel. Une question vient à l'esprit, pourquoi les assassins ont-ils planté une branche d'acacia ?.. pour reconnaître l'endroit, répond le rituel. Pourquoi donc avaient-ils besoin de reconnaître l'endroit ?.. peut-être pour y revenir ?.. mais y revenir pourquoi faire ?..

Reprenons au début. Hors la voie légale, trois Comp.'. sont prêts à tout pour obtenir les secrets de la maîtrise. Trois tentatives par la force conduisent à l'assassinat. C'est dire tout l'intérêt qu'ils portent à ce qu'ils convoitent. Dans la destruction de ce qui leur paraît supérieur, ils trouvent la mesure de leur valeur. Le crime confère la supériorité recherchée, tuer le maître c'est devenir maître. L'acacia prouve la réalité de l'acte et figure à leurs yeux, l'emblème de leur victoire.

Résumons le sens de l'histoire: En négatif, l'assassin se considère maître, il a vaincu et détient le secret de la mort de sa convoitise. En positif, le M.'. est pleinement M.'., il a découvert la mort et institutionnalisé son secret.

La co-naissance du présent

« Compagnons, arrachez cette branche d'acacia. Vous la tiendrez ensuite à la main. » En saisissant l'acacia l'initié se rattache à tout ce qui survit de la tradition maçonnique, et par le rituel d'élévation s'ouvre à l'immortalité symbolique. L'immortalité n'existe pas, mais la permanence existe. Elle s'exprime dans la tradition vivante dont le M. '. est dépositaire, et qu'il devra, à son tour, lui aussi transmettre. La passation engendre une interaction entre la mémoire collective et la mémoire individuelle qui, forte de l'expérience peut se remémorer. Se « re-mémorer » participe d'une certaine manière à la re-naissance d'une partie de nous-même. Dans la légende, par analogie ce phénomène est exprimé allégoriquement dans le fait de « retrouver le lieu ».
L'acacia jalonne le chemin de la mémoire, passage obligé de toute quête d'identité.

La co-naissance du futur

« Mes F.'. mettons un terme à notre douleur. L'acacia nous reste et sera pour nous une marque de reconnaissance. C'est l'emblème des sociétés humaines qui après avoir subi une longue oppression sont revivifiées par la liberté ».

Le Débhir à ce moment resplendit de lumière. Le nouveau Maître porte la branche jusqu'à l'autel où il la dépose. « Veuillez étendre la main droite au dessus de la branche d'acacia ». En forme de serment, les règles et devoirs, sont énoncés dans la lecture de l'obligation. Travailler à l'accomplissement de l'œuvre et, d'une part instruire, d'autre part ne pas révéler. Ces deux dernières fonctions se confondent avec celles de l'acacia qui « parle» à l'initié, (les trois mauvais Comp.'. sont initiés) et demeure seulement un végétal muet pour le profane.

Quant à l'accomplissement de l'œuvre, c'est l'objet futur du M. '. maçon. Porter ses efforts là où le conduit sa vie, et offrir son travail aux autres. Autrement dit, porter la branche et la déposer sur l'autel, tel est le sacrifice à consentir. Nos œuvres nous survivent, à travers elles nous existons encore dans l'esprit des générations suivantes.

Par la légende, l'acacia ouvre à l'unité triple de la connaissance. Celle-ci mise en œuvre par le rituel permet l'accession à l'immortalité symbolique. C'est dire tout l'intérêt qu'a l'initié de s'approprier le symbole. L'appropriation constitue en fait, tout l'enseignement pratique de l'acacia.

L'ACACIA REFLEURIT TOUJOURS

Pagnol fait dire à Raimu dans « la fille du puisatier » : « ... il faut se méfier des gens qui vendent des outils et qui ne s'en servent pas ». Il faut donc nous servir du symbole en tant qu'outil. Mais pour devenir efficace le symbole doit pénétrer nos consciences, s'imposer à nous jusqu'à se superposer, dans une totale identification. Avec imagination et volonté; L'acacia peut être converti d'un mode mental et abstrait, en un mode physique, pratique et quotidien, afin de devenir un outil bien réel. Si l'acacia est reconnu comme un signe, nous devons donc être un signe. Comme l'acacia planté sur le tertre, acacia nous-même, plantés dans la société, nous avons' le devoir de devenir un jalon visible, un jalon utile à toute conscience en voie d'évolution. Ce que le livret d'instruction du 3° grade définit en ces termes « Cette branche verdoyante au sein de la mort, est l'emblème du zèle ardent que le Maître doit avoir pour la vérité et pour la justi- ce, au milieu des hommes corrompus qui trahissent l'une et l'autre ». Corroborant la double notion de repère et de transmission, signalons que le « dictionnaire» de Daniel Ligou mentionne plusieurs revues ayant pour titre « acacia» ou « l'acacia ». Ainsi l'acacia s'exprime de la même manière, par le Maître Maçon comme dans une revue maçonnique, en termes de représentativité et de diffusion d'une œuvre qui doit sans cesse se renouveler; discerner les vrais valeurs afin de nous améliorer, travailler à réaliser le beau et le bien que nous devons faire au pré- sent, « ici et maintenant ».

Source :
http://emsomipy.free.fr/

Repost 0
Published by Maurice Guichard - dans Planches
commenter cet article
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 08:44

Nous venons une nouvelle fois de revivre ensemble, si je puis dire à propos d'un assassinat, la légende d'Hiram, récit mythique fondateur de la Franc-Maçonnerie moderne. Comme tout récit mythique, celui-ci s'adresse à l'intuition de chaque frère et son enseignement doit être compris sur le mode analogique ; nous sommes dans le monde des symboles. Ce midi je vais tenter d'approfondir ce que nous pouvons apprendre en méditant sur les circonstances mêmes du meurtre d'Hiram, et particulièrement sur ses auteurs, biens connus des maîtres maçons et de quelques autres sous l'appellation de « mauvais compagnons ».

Réfléchissons d'abord sur les différents plans où l'on peut interpréter le récit. Le carré long appelé souvent improprement « pavé mosaïque » est un élément où se superposent diverses analogies : il représente aussi bien le Cosmos que la Loge ou que l'individu lui même. Ce qui se passe dans la loge est de la même façon susceptible de renvoyer à des faits cosmiques, sociaux ou psychiques. Les trois meurtriers ont donc de nombreuses interprétations symboliques possibles. Nous allons en explorer quelques unes.

Notons tout d'abord que le récit et son exposition ont connu quelques variantes non seulement suivant les rites, mais aussi dans le temps au Rite Écossais Ancien et Accepté. Par exemple le Rite Français Moderne fait des récipiendaires un simple spectateur du drame qu'on mime devant lui avec un frère figurant Hiram et trois autres, habillés en compagnons, qui ne sont pas les surveillants ni le Très Vénérable Maître, jouent le rôle des meurtriers. Les outils et la succession des portes l'emplacement de ces portes, ne sont pas les mêmes que les nôtres. Au rite Écossais, selon les rituels promulgués ou acceptés par le Suprême Conseil de France, si le récit s'est toujours fait sur le mode participatif, les récipiendaires jouant Hiram, et les trois maillets mimant les meurtriers, les outils et même l'ordre des portes ont varié, ainsi que les endroits du corps atteints par chaque conjuré. Les plus anciens rituels mentionnent successivement la règle, l'équerre et le maillet comme outils utilisés dans le meurtre, au lieu du fil à plomb, du niveau et du maillet dans les rituels actuels. Nous essayeront de deviner la raison de ce changement à la lumière de nos interprétations.

La première interprétation de la légende se situe sur un plan astronomique, comme les interprétations des mythes des mystères païens. Hiram y représente alors l'être lumineux par excellence, le Soleil, et son meurtre suivi de sa résurrection font alors référence au déclin de l'astre du jour de l'équinoxe au solstice d'hiver, et à sa renaissance après le passage de la porte du solstice. Les trois compagnons qui tuent Hiram sont alors les trois mois qui séparent l'équinoxe du solstice. Et l'on doit s'y reprendre à trois fois pour ressusciter Hiram comme l'on doit attendre quelques jours au solstice pour s'assurer que la durée du jour se met à augmenter. C'est en effet le moment où les variations de la durée du jour sont les plus lentes.

Sur le plan social, Hiram peut incarner l'ordre d'une société juste, ou l'organisation de la Franc-maçonnerie telle qu'elle devrait être selon que l'on considère la société dans son ensemble ou l'Ordre maçonnique en particulier. Pour nous en tenir à ce dernier point, Hiram, le maître sans défaut, peut incarner un état idyllique de cet Ordre maçonnique. Cet état idéal est en butte aux entreprises perverses de membres de l'Ordre poussés par leurs passions. Les défauts les plus souvent retenus par les commentateurs sont l'ignorance, le fanatisme et l'ambition ; cela se voit dans l'usage complètement dévoyé qui est fait des outils : devenus des armes, des instruments de mort, ils ont perdu leur qualité de symboles dans les mains de ces compagnons qui n'ont pas su en pénétrer le sens ; et nous savons par expérience que malgré nos efforts, ces défauts sont loin d'être absents de nos colonnes, et même de nos Orients. Si la Franc-Maçonnerie doit se préserver, c'est d'abord de ses propres membres. Et ce n'est pas un hasard non plus si les mauvais « compagnons » sont figurés par les trois plus hautes autorités de la Loge : parmi tous les frères, nous devons nous méfier avant tout de ceux qui ont un pouvoir, car comme le dit Montesquieu, tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, et cet abus se ferait au détriment de tout l'Ordre. Ce n'est pas un hasard non plus si ce sont les mêmes qui procèdent à la résurrection d'Hiram ; la Franc-Maçonnerie pourra demeurer pure si elle se choisit des chefs dignes de son idéal.

Le récit de la mort d'Hiram peut également s'interpréter sur un plan psychologique personnel : Hiram figure alors une partie de l'inconscient du récipiendaire, qui doit subir une dernière épreuve avant de devenir un initié accompli. Dans cette optique les trois compagnons ont un rôle tout à fait ambivalent : ce sont les passions auxquelles l'initié doit savoir résister pour parvenir à son accomplissement, et nous retrouvons ici l'ignorance, le fanatisme et l'ambition. Mais il faut bien constater que ces meurtriers ont aussi un rôle de sacrificateurs, car c'est par une mort et une résurrection rituelles que le Compagnon devient un nouveau Maître : sans sacrificateur, pas de sacrifice. Leur présence est donc indispensable.

Par ailleurs il faut remarquer que les trois compagnons n'accomplissent pas leur forfait n'importe où : ils attendent le Maître chacun à une porte. Or dans les récits mythiques, le rôle des différents « Gardiens de la Porte » que l'on peut rencontrer est double. Ce sont souvent des monstres terribles qui empêchent le passage, ce sont aussi et en même temps des initiateurs qui, par les épreuves qu'ils font subir, permettent au héros de poursuivre son voyage. C'est ainsi qu'on peut aussi considérer les trois compagnons.

En infligeant au récipiendaire une mort successivement physique (un coup au côté droit), puis affective (un coup sur le côté gauche) et enfin psychique (un coup sur la tête), ils permettent au Compagnon de se dépouiller complètement du vieil homme qui est en lui pour pouvoir renaître sous la forme d'un nouvel Hiram, le Maître Idéal. Dans son combat contre les passions destructrices, le récipiendaire doit d'abord mourir afin de renaître dans un nouvel état de pureté, exempt des défauts qui l'empêcheraient de continuer son chemin initiatique. Et ce n'est pas encore une fois un hasard si les acteurs qui ont mimé les assassins sont les mêmes qui font revivre le nouveau Maître, pas un hasard non plus si ce sont les trois qui dirigent la Loge. Et c'est peut être pour insister sur cette qualité que l'on a substitué aux instruments d'origine (qui sont soit dit en passant les instruments spécifiques des apprentis, règle, et des compagnons, équerre) les outils emblèmes de leur fonction. Cela veut peut être aussi nous dire que l'apprentissage et le compagnonnage sont des épreuves préparatoires à cette mort d'Hiram à la fois redoutée et nécessaire, et que ces mêmes épreuves donnent une base pour servir à la construction psychologique du nouveau Maître.

J'ai dit, T\ V\ M\

Source : www.ledifice.net

Repost 0
Published by X - dans Planches
commenter cet article
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 08:34
La rébellion irlandaise de 1798 fut un mouvement révolutionnaire d’une très grande ampleur qui, en raison de l’impact du soulèvement dut faire face à une répression extrêmement sévère. Les historiens parlent de 25 à 30 000 victimes, même si un historien a pu récemment avancer le chiffre de 10 000. A côté des morts et des blessés, la plupart du côté des révoltés, c’est à une véritable diaspora à laquelle on a assisté, une vague de déportation vers l’Australie, de bannissement et d’émigration vers les États-Unis d’Amérique. Pourtant, avant de regarder plus précisément les formes de cette répression, on se doit de présenter la nature de cette rébellion. La raison en est double. En premier lieu, parce qu’à la fois, il s’agit d’un débat historiographique qui continue de partager les historiens, mais également parce que la complexité de la nature de la rébellion, et donc ses enjeux politiques et idéologiques que l’on retrouve dans les débats des historiens, ont pu aggraver ou accentuer la répression. En effet, à côté de la répression organisée par l’État, on relève des vengeances diffuses, parfois d’ailleurs tout aussi implacables, organisées par les populations locales et provenant de vieilles et tenaces rancunes sociales et religieuses. Depuis 200 ans, au travers de nombreux travaux d’historiens et par l’intermédiaire de plusieurs célébrations et commémorations (centenaire en 1898, cent-cinquantenaire en 1948, bicentenaire en 1998), les auteurs n’ont pas manqué, de manière souvent d’ailleurs très partisane, de s’attacher à présenter la nature de la révolte de 1798. Cependant, dès 1798, les causes de la révolte ont suscité interrogation, posé des difficultés, non pas à ceux qui devaient en écrire l’histoire, mais directement à ceux qui en furent les acteurs. Ainsi, la rébellion affecta le processus qui allait aboutir à l’Acte d’Union avec l’Angleterre en 1800.
L’un des premiers écrits rendant compte de la rébellion date de 1801. Il s’agit de l’ouvrage d’un protestant loyaliste conservateur (Richard Musgrave) accusant les catholiques irlandais d’avoir voulu non pas l’émancipation des masses, mais l’expulsion des protestants d’Irlande et la séparation d’avec l’Angleterre. De manière moins paradoxale qu’on pourrait le croire au premier abord, cette explication confessionnelle de la révolte fut finalement acceptée par les Irlandais Unis qui voyaient par là un moyen de ne pas être tenus pour responsables de la rébellion. Dès août 1798, trois d’entre les principaux leaders emprisonnés (Thomas Addis Emmet, Arthur O’Connor, William James MacNeven) firent publier un Mémoire dans lequel ils expliquaient la violence de la rébellion dans le comté d’Armagh comme provenant d’une réaction aux militaires et aux factions armées des loyalistes et des catholiques. A la lecture de leur Mémoire, les I rlandais Unis apparaissent au final comme des hommes raisonnables, pris entre l’intransigeance du gouvernement et la hargne des paysans catholiques. Cette explication leur permit de sauver leur vie car, en outre, elle convenait aux autorités qui ne voulaient certainement pas mettre en avant les causes politiques de l’insurrection. Le gouvernement pensait également que cette explication permettraient aux presbytériens de s’éloigner des catholiques et des paysans insurgés.
Dans l’ouvrage de 1803, d’un autre meneur des Irlandais Unis, Edward Hay, on relève cette même volonté de minimiser son rôle et celui des Irlandais Unis dans l’explosion rébellionnaire. Il assurait que dans le comté de Wexford, il n’y avait pas eu de plan insurrectionnel et que la révolte était le résultat de la violence des protestants. On trouve encore deux autres textes semblables dans le premier tiers du xixe siècle par deux autres leaders qui faisaient, à leur tour, disparaître toute préméditation révolutionnaire dans l’insurrection et mettaient en avant le rôle des prêtres catholiques dans la rébellion.
Au milieu du siècle, on en revint, par l’intermédiaire de plusieurs études, à une sorte de réhabilitation de Wolfe Tone et des Irlandais Unis comme les fondateurs du nationalisme irlandais. Ce nouvel intérêt permit aux historiens de s’intéresser de nouveau à la nature de la rébellion et de recueillir des témoignages des participants encore en vie. On assista alors à des comptes rendus beaucoup plus objectifs précisant le rôle des Irlandais Unis dans l’organisation et le déclenchement de la révolte tout en émancipant le rôle des prêtres catholiques. Cette nouvelle explication inquiéta le clergé catholique qui voyait d’un très mauvais œil l’influence des idées républicaines des Irlandais Unis plus de cinquante années après leur disparition. Le clergé catholique assumait l’entière responsabilité de la rébellion, exonérait les presbytériens et écartait les Irlandais Unis de toute intervention. Les presbytériens de l’Ulster n’étaient pas opposés à cette révision de l’histoire, car ils étaient de plus en plus inquiets de la volonté des catholiques de briser l’état d’Union avec l’Angleterre opérée en 1800. En 1898, la commémoration se divisa clairement en deux groupes distincts : les républicains et le clergé catholique, les deux s’efforçant de minimiser le rôle de l’autre dans l’insurrection de 1798. Si un rapprochement s’opéra d’un point de vue historiographique, les célébrations du centenaire exaltèrent toutefois la nature confessionnelle de la rébellion tandis que les principes politiques des Irlandais Unis étaient largement ignorés. Le nationalisme irlandais célébré en 1898 était avantageusement catholique et la commémoration servait à préparer l’indépendance politique. Cette attitude continua pendant toute la première partie du xxe siècle. En 1967, le président de la République Irlandaise inaugura un monument à Dublin à la mémoire des Irlandais Unis. Trois ans plus tard, il était plastiqué par les protestants de l’Ulster. Les commémorations du bicentenaire a bien sûr permis une vision plus scientifique et apaisées des événements et on peut se satisfaire qu’aucun parti n’ait pris le dessus sur l’autre. Toutefois, on relève tout de même une volonté des historiens de taire quelque peu la violence et les crispations afin, peut-être, de ne pas ressusciter les tensions du passé dans un pays à la recherche du consensus et de la paix.
Quoi qu’il en soit, comme on le voit, l’historiographie a finalement pendant longtemps brouillé la compréhension de la nature des causes de la rébellion. Voyons à présent rapidement les éléments qui en déterminent les causes.
On a pendant longtemps, en particulier avec la publication en 1969 du livre influent de Thomas Pakenham, considéré la rébellion comme répondant à une « faim de terre », une bruyante jacquerie de la paysannerie locale, Pakenham développant l’idée que les insurgés n’avaient pratiquement aucune motivation politique. Il est vrai qu’en 1797, la chute des prix du grain toucha violemment le comté de Wexford dont l’économie était avant tout rurale. Il était également judicieux de mettre en relation les nombreuses révoltes des campagnes qui avaient pu éclater entre 1760 et 1790, utilisant la violence et la force afin de s’opposer aux enclosures, à la hausse des loyers et de la fiscalité, avec la rébellion de 1798. Beaucoup des participants de ces manifestations étaient en effet des paysans. Enfin, l’autre argument en faveur des causes agraires de la rébellion résidait dans la transformation des Irlandais Unis en une organisation de masse et l’ouverture de leur programme aux enjeux économiques et pour une plus grande distribution égalitaire des terres et des profits. Certains leaders locaux des Irlandais Unis lorsqu’ils se rapprochèrent des Défenseurs Catholiques le firent sur la base d’un programme économique fondé sur l’abolition des dîmes, la baisse des loyers et des impôts, et la confiscation des grandes propriétés.
Toutefois, a contrario, il faut aussi préciser tous les aspects qui vont à l’encontre d’une telle explication, ainsi : le caractère non spontané de la rébellion ; les motivations politiques des Irlandais Unis dont les leaders étaient sur le plan national des urbains assez peu au fait des revendications paysannes. D’ailleurs, les Défenseurs Catholiques eux-mêmes, très actifs dans l’organisation de la rébellion, n’étaient pas une société secrète uniquement intéressée par les problèmes agraires. Beaucoup de leurs leaders étaient des artisans, des commerçants, des enseignants et des ouvriers spécialisés. Si leurs motivations rejoignaient les doléances paysannes, elles ne s’y limitaient cependant pas. Ainsi en 1793, les Défenseurs Catholiques s’étaient activement opposés au Militia Act et de manière générale étaient attachés à l’autonomie de l’Irlande. En outre, la localisation de la révolte montre bien qu’il ne s’agit pas d’une rébellion paysanne. Le mouvement a éclaté surtout dans les comtés situés à l’est de l’Irlande, c’est-à-dire des comtés assez urbains et les plus économiquement avancés en terme de commerce et de manufactures. Dans le Sud et dans l’Ouest, l’insurrection ne décolla jamais.
Deuxième explication, la nature confessionnelle de la rébellion. On l’a vu cette explication a été pendant de très nombreuses années la seule cause que l’on a pu retenir. Depuis une dizaine d’années, on assiste à l’inverse et à une volonté de minimiser la nature religieuse de l’insurrection. On a ainsi pu avancer que sur les sept prêtres catholiques ayant participé à la révolte dans le comté de Wexford, aucun n’était en charge d’une paroisse et six d’entre deux étaient suspendus ou sans emploi. On a aussi fait remarquer que ces prêtres ne représentaient qu’une petite minorité des quatre-vingt-cinq prêtres catholiques que comptait Wexford. Dans toute l’Irlande, sur les mille huit cents prêtres, on relève uniquement soixante-dix qui prirent part, d’une façon ou d’une autre, au mouvement insurrectionnel. Le 24 mai 1798, l’archevêque de Dublin envoya à l’ensemble des prêtres catholiques irlandais une lettre condamnant la rébellion. Toutefois, on note aussi, et même si l’organisation des Irlandais Unis n’était en rien une organisation confessionnelle, que plusieurs de leurs membres furent très influencés par la Constitution Civile du clergé en France. En Ulster, le mouvement fut largement dirigé par des pasteurs presbytériens, mais également par un nombre non négligeable de prêtres catholiques. De même, on note très peu d’attaques contre les églises protestantes dans le comté de Wexford, et quand elles furent assaillies, les chefs de la rébellion condamnèrent ces actes rapidement. On relève aussi très peu d’agitation confessionnelle dans les comtés les plus majoritairement catholiques et également aucune agitation à base religieuse en 1798 dans un comté (Armagh) qui avait pourtant connu de fortes oppositions confessionnelles dans les années antérieures. En outre, insurgés et loyalistes qui vont s’affronter en 1798 sont de confessions diverses et on trouve des catholiques et des protestants dans les deux camps. Cependant, il ne faut pas non plus oublier que l’Irlande était avant 1798 largement traversée par des oppositions religieuses marquées, rejoignant des divisions sociales tout aussi profondes. Ces tensions vont ressurgir pendant la rébellion et lors de la répression. D’autant qu’avant mai 1798, beaucoup des leaders des Irlandais Unis avaient été arrêtés ou déportés et qu’ils n’étaient plus à même, lors de l’insurrection, de freiner ou apaiser les rancœurs religieuses qui ont pu, à l’occasion, éclater sans entrave. D’autant qu’entre 1796 et 1798, sous le nouveau Lord lieutenant Earl Camden, la politique du Château (lieu de l’exécutif irlandais) fut ouvertement en faveur des protestants et dirigée contre les catholiques. La loi martiale (30 mars 1798) favorisait les propriétaires protestants et on s’appliqua à désarmer les comtés catholiques. Le 24 mai, trente catholiques propriétaires furent exécutés sommairement à Dumlavin en raison de leur appartenance supposée au mouvement des Irlandais Unis. Le lendemain, ce sont vingt-huit prisonniers qui connurent le même sort et pour les mêmes raisons. Les violences entraînèrent des vengeances du même ordre chez les rebelles. Ainsi le 5 juin 1798, ce sont une centaine de protestants, femmes et enfants compris, qui furent brûlés dans une grange. La liste des atrocités serait encore longue.
Dernier point avant d’en arriver à la répression, mais on l’aura compris, cette dernière va réagir à la nature complexe de la rébellion, ce sont ses causes politiques.
Elles sont les plus mises en avant actuellement et les plus convaincantes. La poussée radicale en Grande-Bretagne, l’influence de Thomas Paine, de la Révolution américaine, de la Révolution française bien sûr, des liens qu’entretenaient les leaders des Irlandais Unis avec la France révolutionnaire, la diffusion d’une culture politique dans les villes qui connurent une expansion sans précédent en raison de la croissance démographique, la littérature folklorique en gaëlique qui, selon les dernières recherches, véhiculait des réflexions politiques réformistes, tout cela représente des éléments convaincants et indéniables du caractère principalement politique de la rébellion. Toutefois, à l’inverse, on se doit aussi d’observer que l’alliance passée entre les Irlandais Unis et les Défenseurs Catholiques était fragile et les historiens ont pu mettre en évidence leurs différences : des motivations avant tout politiques pour les premiers, des revendications sociales et économiques plus développées pour les second. Dans certains comtés, leurs différences étaient telles qu’elles fragilisèrent l’unité du mouvement insurrectionnel et se retournèrent contre eux. En outre, comme déjà évoquée, l’arrestation, avant la rébellion qui aurait dû avoir lieu un an plus tôt, de plusieurs leaders des Irlandais Unis va largement affaiblir, voire désorganiser le mouvement. Une fois que l’échec de l’insurrection de Dublin fut avéré, c’en était fait, faute d’un autre plan d’action, de la rébellion.
Le gouvernement réagit alors avec fermeté. La rébellion, désemparée, se mua d’une révolution préparée et organisée en une guerre civile et religieuse chaotique. La répression est marquée par cette triple empreinte.
A partir du 20 juin, les batailles et la rébellion engagées depuis la fin mai avaient pratiquement définitivement consacré la victoire des armées loyalistes emmenées par le général Lake. Ce dernier, violent et sans pitié, n’avait donné aucune instruction à ses troupes concernant les prisonniers qui devaient continuer selon la formule du nouveau vice-roi, Cornwallis, « leur boucherie sans discrimination contre n’importe quel homme portant un manteau marron et trouvé à plusieurs kilomètres du champ de bataille ». On relève, en effet, des actes de barbarie, de viol, de pillage et de destruction de fermes dont certains étaient aussi perpétrés sous la bienveillance des magistrats. La politique de Lake était de faire des exemples punitifs. Ceux qui reconnaissaient avoir été trompés pouvaient être épargnés, en revanche, aucune pitié ne serait accordée pour ceux qui les avaient trompé ! Ainsi, Matthew Keogh, un des leaders de l’insurrection de Wexford s’était de lui-même rendu à Lake. Lorsqu’on l’amena pour le pendre, il fit un discours si émouvant dans lequel il clamait son innocence que plusieurs hommes de l’entourage de Lake essayèrent de fléchir sa décision qui, toutefois, refusa la clémence. Keogh fut pendu, sa tête tranchée placée sur une pique. Autre exemple de la cruauté de Lake et de sa volonté de marquer par la peur et la violence les esprits : sur la simple accusation d’un de ses voisins, un homme de 65 ans, accusé d’être un des émissaires des rebelles, fut décapité et son corps jeté dans un cours d’eau. Pourtant, l’homme était innocent, il pouvait à peine se déplacer et ses deux frères, dont l’un était mort lors de la rébellion, étaient tous deux de fervents loyalistes. En agissant ainsi, Lake espérait obtenir la redition complète des rebelles encore en activité à la fin juin/début juillet dans le comté de Wexford.
C’est dans cette atmosphère de violence et de cruauté que le vice-roi prit la décision d’essayer de mettre un terme à ces exécutions gratuites et sans fondement. Violences contre les personnes, comme on l’a vu, mais également pays dévasté par une guerre courte mais intense. Maisons, châteaux, fermes, granges, chevaux, charrettes, dans certaines villes et dans certains comtés c’était l’ensemble des possessions des hommes qui avaient brûlé.
D’autant que, même sporadiquement et faiblement, quelques insurgés continuaient à batailler jusqu’en janvier 1799 et même 1803 comme John Holt, le meilleur des tacticiens militaires que possédaient les rebelles. Mais ces éclats étaient diffus et limités car dans le reste du pays, c’est plutôt la terreur blanche qui régnait, emmenée par la « Black Mob ». Ce furent trente églises catholiques qui furent brûlées au lendemain de la rébellion. Mais, évidemment, il y avait plus grave et en 1800, une correspondance privée nous apprend que des exécutions sommaires étaient encore perpétrées contre des hommes et leur famille soupçonnés d’appartenir au camp des rebelles.
C’est contre ce type d’atrocités qui, selon ses mots, ne favorisaient « pas la renaissance de la paix » que Cornwallis s’engagea. Pourtant, les opinions étaient partagées du côté des autorités. Certains pensaient que les rebelles « en avaient pris pour 100 ans » et allaient être calmes jusqu’à l’an 2000, d’autres n’y croyaient pas comme l’évêque de Ferms qui demanda à retourner en Angleterre et dut quitter l’Irlande et son diocèse. Cornwallis opta pour la réconciliation nationale, malgré l’opposition des loyalistes qui n’arrivaient pas à obtenir aussi rapidement qu’ils le souhaitaient les compensations financières promises par le gouvernement. La vengeance et les confiscations étaient des moyens bien plus simples et plus rapides d’obtenir réparation.
D’autant que la loi martiale, proclamée en Irlande le 30 mars 1798, permettait aux officiers de mettre en place des cours martiales sous leur autorité. Ces cours accélèraient la procédure et autorisaient les officiers à trancher rapidement. Ils avaient le pouvoir de vie et de mort, car il n’y avait pas de jury pour seconder les officiers. En outre, les cours martiales ne devaient, à l’origine, que statuer sur des crimes relevant de la trahison. En fait, ils statuèrent sur tous les délits. Enfin, concernant les civils, ils n’auraient pas dû remplacer les cours d’assises, ce qu’ils firent pourtant très souvent. Pendant le temps court de la rébellion, du 24 mai au 20 juin, beaucoup de ces tribunaux d’exception rendirent leur verdict dans la précipitation. Nous savons qu’ils ont existé, mais ils n’ont évidemment pas laissé d’archives ou très peu. On possède ainsi une liste du comté de Limerick qui donne les noms de soixante-seize hommes y passés devant la Cour martiale composée de cinq officiers. Huit furent exécutés, vingt-deux déportés, dix-huit acquittés, les autres étant condamnés à diverses peines. Beaucoup d’entre eux étaient fouettés. Certains entre 100 et 200 coups de fouets, d’autres entre 500 à 600. Les premiers, en général, recevaient l’intégralité de la sentence, les autres n’en recevaient que la moitié.
C’est ce type de sentence que Cornwallis essaya de freiner.
Entre 1798 et 1799, il exigea que toutes les décisions des cours martiales lui soient envoyées afin qu’il en examine le verdict. Il donnait alors son accord ou transformait les peines. Il agit afin, le plus souvent, d’apaiser le verdict qui était fondé, et les exemples abondent, sur de faux témoignages (les témoins étaient des mineurs ou des adultes visiblement payés pour témoigner à charge contre le suspect en raison d’anciennes rancœurs sociales ou religieuses).
Entre 1798 et 1802, ce sont ainsi 3 450 prisonniers qui furent déportés, bannis, envoyés dans l’armée prussienne ou dans l’armée britannique.
Autre facteur qui a joué un rôle d’apaisement dans cette société déchirée et qui a préparé l’Acte d’Union avec l’Angleterre : la politique d’indemnisation des victimes loyalistes, en particulier tous ceux dont les dégâts ne dépassaient pas 200 £ (500 demandes sur un total de 5 750). Cornwallis contribua à aider au remboursement de ceux qui avaient perdu beaucoup (les plus riches et les plus pauvres), ce qui lui permit de faire accepter plus facilement sa position de « fuite des rebelles » (qui pour beaucoup devaient mourir cependant à l’étranger). Cette politique lui permit de mettre en place ce que souhaitait le gouvernement britannique : l’Acte d’Union de 1800.
Repost 0
Published by Pascal Dupuy - dans Irlande
commenter cet article
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:59
Les Black and Tans désignent une armée britannique des années 1920. Tristement célèbre pour ses actes de grande violence, cette milice avait pour objectif de réprimer les mouvements indépendantistes irlandais engagés au sein de groupuscules armés comme l'IRASe considérant comme une véritable armée d’occupation, les Black and Tans n’hésitèrent pas à assassiner, violer, et piller la population irlandaise jusqu’à la signature du Traité de Londres du 21 décembre 1921.
Histoire des Black and Tans : Une Milice pour régler « le problème irlandais »
Les Black and Tans (Noirs et Fauves en français) doivent leur nom en référence à un chien de chasse originaire de Limerick fin limier, qui ne rate jamais sa proie. Une sorte de symbole en quelque sorte, de leur efficacité au combat se soldant toujours par la victoire.
Cette armée s’est formée peu après la Première Guerre Mondiale, lorsque Londres peine à régler « le problème irlandais ». A cette époque, les irlandais militent en faveur de l’indépendance de l’Irlande, et réclament le retrait des britanniques de leur île.
Bien entendu, l’Angleterre ne voit pas ses revendications nationalistes d’un bon œil, et décide de créer une armée composée de militaires de carrières, prêts à agir en cas de débordements…
Très vite, les Black and Tans deviennent une armée de grande ampleur, comptant plus de 16 000 hommes. Alors que le gouvernement britannique se sent en difficulté suite à la Guerre d’Indépendance (1919-1921), il décide d’envoyer les Black and Tans en Irlande, pour prêter main forte à la Police Royale Irlandaise (Royal Irish Constabulary ou RIC), et ainsi écraser sous leur botte les révoltes indépendantistes irlandaises.
Des Actes d’une rare violence
De nombreux témoignages font alors le récit d’interventions coup-de-poing d’une terrible violence. Les Black and Tans se comportent comme une véritable armée d’occupation, et assassinent, battent, torturent, violent, incendient, et pillent la population irlandaise au travers d’actes de sauvagerie impressionnants. Ils agissent sans distinction, ni forme de procès, violentant hommes, femmes et enfants, sans se soucier de leur hypothétique absence d’implication au sein des mouvements nationalistes républicains.
Ils en profitent également pour saccagerles maisons irlandaises, les incendier, les mitrailler ou les détruire à l’artillerie lourde, plongeant les survivants dans une misère totale.
Leurs agissements sont si choquants, que l’opinion internationale ne tarde pas à se faire entendre, condamnant lourdement leurs actions, ainsi que les agissements de l’Angleterre.
Lorsque le Traité de Londres du 21 décembre 1921, met fin à l’occupation britannique au sein de l’État Libre d’Irlande, les Black and Tans sont finalement dissous. On note cependant de nombreux problèmes de réintégration au sein de la société britannique : certains d’entre eux sombrent alors dans la criminalité, tandis que d’autres se suicident quelques années plus tard.
Quoiqu’il en soit, les Black and Tans sont encore un souvenir impérissable dans l’Histoire collective irlandaise. Elle fut l’armée la plus meurtrière jamais connue au XXème siècle en Irlande…
Repost 0
Published by X - dans Irlande
commenter cet article
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:58

Judas, les 3 mauvais Compagnons, une histoire parallèle


Le jour de son initiation, le profane, les yeux bandés, est accueilli par cette menace : « la pointe de ce glaive placé sur votre cœur est un symbole destiné à vous faire comprendre qu’il n’est pas facile d’entrer dans ce Temple et que les traîtres y sont sévèrement punis ». 2 ans plus tard le compagnon lit dans son obligation « si jamais je devenais parjure, puissé-je avoir le cœur arraché pour qu’il ne soit plus question de moi parmi les Maçons ».

Pourtant malgré ces menaces réitérées, Maître Hiram est trahi, assassiné par 3 compagnons, qu’on appelle « scélérats », « infâmes », « meurtriers », « misérables ».
Dans les Evangiles canoniques, Jésus dit pendant la Cène « l’un de vous me livrera » et ensuite « malheureux l’homme par qui le fils de l’homme est livré ! Il aurait mieux valu pour lui qu’il ne fût pas né, cet homme là ! ».
Judas, après avoir livré Jésus se suicide et est damné à jamais.

Dans les 2 cas, les méchants, les traîtres provoquent la mort d’un innocent (Judas est complice, le 3ème compagnon assène le coup mortel) et sont maudits. Qu’ont de commun ces mythes, mythe de la mort d’Hiram, mythe de la trahison de Judas ? Créés à 18 siècles d’intervalle, l’un n’est connu que des Maçons, l’autre du monde judéo-chrétien (et au-delà) à tel point que son nom est devenu un nom commun (ne dit-on pas avec mépris et effroi : c’est un judas !) et même un petit objet qui permet de voir sans être vu (en traître !).

Définition du verbe trahir (Robert) : « livrer ou abandonner celui à qui l’on doit fidélité. Manquer à la foi donnée ».

Rappelons brièvement ces histoires bien simples, d’après notre rituel au 3ème degré (1978) et les Evangiles Canoniques.
- Qui sont ces 3 compagnons ? Ils n’ont pas de nom (dans certains rituels ils ont des noms à connotation péjorative ). Ils construisent le Temple de Salomon sous les ordres d’Hiram et, je cite, « voyant l’œuvre presque terminée sans qu’ils soient en possession du Secret des Maîtres, ils résolurent de l’obtenir de gré ou de force ». Ce sont des conjurés qui passent à l’acte la nuit, tuent Hiram par 3 coups et le mettent en terre furtivement. Puis exit les compagnons. Qu’advient-il d’eux ? Hiram renaît et « la Lumière renaît plus radieuse que jamais »
- Simple dans les Evangiles, l’histoire de Judas se complexifie au fil des siècles. Judas est un judéen que Jésus a choisi pour disciple et à qui il a confié les cordons de la bourse commune. Peu avant sa mort, Jésus annonce sa trahison prochaine et livre le nom du traître à ses disciples. Judas exécute ce qu’il doit faire, il le fait vite puisqu’on l’en prie, promet aux prêtres de leur livrer Jésus contre 30 pièces d’argent puis, comprenant que Jésus va être livré aux Romains, s’en va se pendre. Exit Judas : il n’apparaît plus après la Pâque. Jésus est crucifié et ressuscite pour sauver l’Humanité.

Dans l’imaginaire des Maçons, le mythe d’Hiram est lié à l’élévation à la maîtrise et les 3 compagnons en font partie intégrante. Chacun sait qu’en Maçonnerie les choses sont révélées au compte gouttes, je m’en tiendrai à ce que je sais aujourd’hui.

Quant à Judas et sa trahison, il y a lieu de s’interroger sur la lente naissance quasi posthume du personnage jusqu’à ce qu’il devienne l’archétype de la trahison, de la perfidie, du Mal. S’interroger aussi sur l’enjeu qu’il devint très tôt dans les polémiques entre juifs et chrétiens, sur son devenir éponyme du peuple juif dès les premiers siècles. (éponyme = qui donne son nom.) Juda et Judaeus qui désigne le juif sont très proches phonétiquement et cette identité phonique qui crée la confusion n’est certainement pas fortuite. De plus Judas est déjà le nom dans l’Ancien Testament d’un des 12 fils de Jacob, celui qui conseilla de vendre Joseph plutôt que le tuer.
Sa légende s’est propagée dès les Actes des Apôtres (il n’est pas question de lui dans les Epîtres de Paul) et les Evangiles Apocryphes. Jacques de Voragine, au Moyen Age, dans la Légende Dorée, le confond avec Moïse et Œdipe, il en fait un fratricide, un parricide, un voleur, un incestueux … et j’en passe ! A ces vices, à cette trahison, l’Eglise ajoute 2 crimes : le sacrilège (il profane l’Eucharistie en partageant la Cène avec les autres disciples) et le suicide.

Très vite il est sorti de la sphère proprement religieuse : la Littérature, les Arts sacrés et profanes, les Mystères qui se jouaient sur les parvis des cathédrales, les Jeux de la Passion se sont emparés de lui : il a pris corps, visage et caractère. (à ce propos on cite une anecdote : un jésuite, voulant insulter un homme, remarque qu’il est roux comme Judas. A quoi l’insulté répond spirituellement : « je ne sais pas si Judas était roux, mais je sais qu’il était de la compagnie de Jésus »)
Le voici selon Giotto (fin 13è –début 14ème s.): cheveux et barbe roux, nez crochu, vêtu d’un manteau jaune (on pense bien sûr à la rouelle et à l’étoile jaune !) et derrière lui Satan qui le pousse. Il n’a plus d’auréole : seul, à ma connaissance, Fra Angelico lui en met une, mais noire… comme calcinée par tant de noirceur. Dans maintes phases de l’Histoire, il a été un peuple. Avec l’Holocauste, le monde a connu une période où le mythe a pris une dimension nouvelle, s’est incarné pour le pire comme probablement aucun autre mythe.
A l’aube du XXIème siècle, la sécularisation, malgré l’affaire Dreyfus, malgré l’Holocauste, a laissé Judas à son malheur. Si on a mis à nu le Christianisme, on a laissé bien souvent sa corde à Judas, le disciple dévoyé, l’éternel réprouvé.

Analysons ces 2 mythes pour y découvrir des analogies et des divergences, en parallèle.

Je laisse parler l’Orateur dans le Rituel : »Dans les mythes Mort-Renaissance, Mort-Résurrection, « un Dieu, un Héros, un Sage, un Martyr succombe sous les coups d’un Génie du Mal et subit le trépas pour recommencer bientôt après une vie glorieuse et immortelle ». Cette opposition génère une grande tension dans le récit ou le psychodrame que nous avons vécu lors de notre élévation au 3ème grade.
Jésus et Judas, Hiram et les 3 compagnons ne sont-ils pas les 2 faces d’une unique Révélation ( dans 2 sens de ce mot : (Grand Robert) : 1- « phénomène par lequel des vérités cachées sont révélées aux hommes, d’une manière surnaturelle » 2- « ce qui apparaît comme une connaissance nouvelle® initiation »?
Les traîtres ne sont-ils pas là comme une ombre qui mettrait davantage en relief la Lumière ?

En quoi sont-ils des instruments nécessaires , des meurtriers rituels?

Dans les Actes des Apôtres, il est écrit : »c’est Jésus de Nazareth qui a été livré selon le plan déterminé et la prescience de Dieu. » Après la Crucifixion, Pierre rassemble la communauté et n’a pas un mot d’horreur pour le crime, pas un mot de compassion pour le mort ; il semble assister à l’inéluctable accomplissement de quelque nécessité.
Dans une pièce de Roger Caillois écrite en 1961, Judas explique à Ponce Pilate : »le salut du monde dépend de la Crucifixion du Christ. Qu’Il vive, qu’Il meure de sa belle mort : c’en est fait de la Rédemption. Mais grâce à Judas Iscariote et à toi Procurateur, il n’en sera rien… on dira que tu fus lâche et que je fus un traître… je ne suis pas un indicateur, je ne suis pas un traître. Je suis comme toi, l’exécuteur de la Volonté Divine. »
Judas fait ce qu’il doit faire pour que les Ecritures s’accomplissent. Jean, dans son Evangile, mentionne son acte avant même que son nom ne soit introduit. A Capharnaum, écrit Jean, « Jésus savait quels étaient ceux qui ne croyaient pas et quel était celui qui le livrerait ». Il est à noter que le verbe trahir n’est pas employé mais le verbe livrer : Judas est le livreur de la Lumière, celui qui la révèle présente au cœur des Ténèbres. A son insu, il fait la volonté de Jésus comme Jésus fait la volonté de son Père. Judas a à faire avec une victime consentante : Jésus n’est pas surpris par son destin, il l’affronte, l’oriente et le prend lui-même en main (Evangile de Jean : »ce que tu as à faire, fais le vite ! »). Lorsque Jésus et Judas s’embrassent, ce n’est pas seulement l’ombre et la lumière qui se rencontrent, c’est un Dieu plus grand qui se révèle et s’accomplit. Jésus est sacrifié pour devenir le Sauveur de l’Humanité et Judas, le complice de son exécution et non pas l’auteur, est maudit.

CONTRADICTION !

Ne devrait-on pas dire comme les Gnostiques « bienheureuse trahison qui nous a valu un tel Sauveur ! »
J’ouvre une parenthèse sur les Gnostiques puis je reprendrai le fil de mon propos.
En mars 2006 a été publié l’Evangile de Judas (partie du Codex Tchacos), texte apocryphe écrit en copte et considéré au 4ème siècle par St Irénée comme une hérésie, texte marqué par la doctrine de la Gnose comme les textes de Nag Hammadi. (ensemble de codices qui pouvaient appartenir à une communauté gnostique implantée sur les rives du Nil, écrits en copte)
Il s’agit d’un courant de pensée des débuts du christianisme, inspiré par la philosophie néoplatonicienne, courant qui fut un redoutable adversaire de l’Eglise naissante. Pour les Gnostiques, la création n’est pas l’acte d’un dieu bon mais d’un créateur inférieur et mauvais.

Du Dieu supérieur « l’Agnostos » ou « l’Inconnaissable », l’homme a hérité une étincelle de lumière cognitive qui le rattache au monde d’En Haut. Si l’homme parvient à retrouver en lui cette lumière intérieure, s’il se dégage des liens imposés par son corps de chair, il devient gnostique ou initié. Il se connaît lui-même, en prenant conscience de ses origines divines.
Dans cette optique, Jésus n’est pas un Sauveur qui meurt pour racheter les péchés du monde mais un enseignant qui a reconnu en Judas un initié et un révélateur de sagesse et de connaissance, comme lui. Il lui dit : »mais toi, tu surpasseras tous les autres. Car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’enveloppe charnelle. » Judas, le meilleur des disciples aide son ami à se défaire de son corps et à délivrer son moi intérieur.

Pas de crucifixion, pas de résurrection au sens du dogme chrétien. La mort et la Résurrection du Christ ne sont que la représentation allégorique du salut qui attend tout homme possesseur de la connaissance qui doit se dépouiller de son enveloppe charnelle pour retrouver le royaume d’En Haut ou le royaume des purs esprits. Parce que Judas est le seul parmi les disciples à avoir compris cela, il devait apporter son aide à la réalisation de ce programme.

N’est-ce pas ce qui se passe symboliquement lors du psychodrame d’élévation au 3ème degré ?
Ne s’agit-il pas d’une transmutation au sens alchimique du terme : en alchimie il y a nécessité de décomposition du corps pour que la transmutation puisse s’opérer, la mort étant alors une libération de l’enveloppe corporelle.
Cela apparaît peut-être mieux dans le rite français que dans notre rite. En effet lorsque le 2nd Surveillant essaie de relever le compagnon-Hiram par l’attouchement de l’Apprenti, il ne peut pas et dit « la chair quitte les os » puis le 1er Surveillant essaie à son tour, en vain, et dit « tout se désunit » et enfin les éléments épars sont rassemblés pour que le compagnon renaisse Maître.

Jules Boucher écrit : « les 3 compagnons affranchissent Hiram des plans matériel et psychique pour le faire accéder à la maîtrise spirituelle totale. »Dans une autre phrase il écrit : « pour le faire accéder au plan divin ».
Hiram aussi me semble consentant . S’il est surpris par le 1er compagnon et cherche une autre issue, il prend le temps de donner une réponse avec une parfaite maîtrise « fidèle au devoir jusqu’à lui sacrifier sa vie » il accepte d’être sacrifié pour préserver la Tradition dont il est un agent de transmission : « plutôt la mort que de violer le secret qui m’a été confié. ». Les compagnons, c’est lui qui les a choisis, instruits, il est en partie responsable de sa propre mort, comme Jésus.

L’acte des compagnons me semble en outre un exemple de la mort rituelle du père qui participe de la loi cyclique de régénération. Dans un rituel, un compagnon s’appelle Abiram ; cela signifie « abattant le père ».
Le novice doit tuer son maître, il doit pouvoir s’approprier la compréhension de son initiateur mais il doit la dépasser par sa propre réflexion. Pour concrétiser son épanouissement et sa liberté créatrice, il doit être sans lien avec son passé, indépendant de toute personne ou connaissance extérieure : le Maître transmet et meurt ; son disciple s’élève et s’épanouit : on retrouve le symbolisme du grain de blé (Matthieu : »je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul, si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance »). Si on peut dire que les compagnons tuent rituellement le père, peut-on le dire de Judas ? Dante place Judas dans le 9ème cercle de l’Enfer, réservé aux traîtres, comme Brutus, meurtrier de son père adoptif César). Il faudrait analyser ce point avec un théologien.

Je terminerai cette partie en disant que le mythe maçonnique contient en filigrane le mythe chrétien : n’oublions pas que nos Pères Fondateurs baignaient dans la culture judéo-chrétienne !

Le résultat de ces 2 meurtres est le même : le sang du juste régénère et féconde la terre nourricière ; le Temple n’est pas achevé, l’Eglise est à bâtir ! mais l’impact ne peut pas être le même. En Maçonnerie, il s’agit, à travers le psychodrame, d’une expérience personnelle, individuelle ! Je m’explique : il y a les 3 compagnons félons mais le récipiendaire de la Cérémonie est un compagnon d’abord soupçonné du meurtre d’Hiram qui subit l’épreuve de Dieu en enjambant le cadavre ( dans le mythe scandinave de Siegfried, le traître Hagen doit passer à côté du cadavre qui se met à saigner indiquant à tous que Hagen a tué Siegfried par traîtrise) puis une fois blanchi, ce compagnon vit le martyr d’Hiram et c’est lui qui renaît Maître. Après ces épreuves le récipiendaire doit comprendre qu’il pourrait être un mauvais compagnon , mais qu’en lui le « vieil homme est mort et qu’un nouvel homme est né, perfectible par son propre travail. C’est un meurtre cyclique qui se renouvelle sans cesse.

Avec le mythe de la trahison de Judas, il s’agit de fonder une religion (le Christianisme) à la fois sur les ruines et la continuité d’une autre (le Judaïsme). Aux premiers chrétiens il fallait expliquer pourquoi un gouffre s’était ouvert entre les 2 religions : n’était-ce pas plus facile de dire que c’était de la faute de l’Autre ! De Judas pour les Evangélistes , des Juifs pour Paul (Epître aux Thessaloniciens de Paul)
N’est-ce pas ce que symbolisent les statues féminines qu’on voit aux portails des cathédrales (Paris Strasbourg) : d’un côté la Synagogue, tête basse, yeux bandés, hampe cassée, symbole de l’Ancien Testament en face de son vainqueur, l’Eglise couronnée, tête haute, portant une hampe en forme de croix.
D’un côté le but est de construire un Temple intérieur, de l’autre d’élever un Temple à la Divinité.

Derrière tout mythe, il y a une dimension cachée de la réalité humaine ; revenons sur le plan humain pour nous demander si en chacun de nous ne sommeille pas un Judas ou un mauvais compagnon car si Jésus et Judas sont les 2 faces d’une même Révélation, ne sommes nous pas des Dr Jekyll et Mister Hyde ? Une phrase du rituel ne dit-elle pas à propos d’Hiram : « son large front reflétait à la fois l’Esprit de Lumière et le Génie des Ténèbres ? »

Mobiles et mise en œuvre de l’acte.

Les 3 compagnons

Ils sont curieux puisqu’ils veulent connaître le mot des maîtres : dans de nombreux contes et légendes, la curiosité est récompensée car elle est signe d’une ouverture, d’un désir d’aller de l’avant et de vaincre les obstacles. Ici elle est négative car les compagnons, dans leur hâte de brûler les étapes montrent qu’ils manquent de persévérance, de patience, de réelles capacités même s’ils ne sont pas totalement ignorants : en effet ils ont été choisis par Hiram lui-même, ils ont déjà eu une augmentation de salaire, ils sont sur la bonne voie et soudain ils perdent la tête, montent un guet-apens et abordent Hiram avec leurs outils qui deviennent des armes : la règle, le levier, le maillet. Ils les utilisent de façon dévoyée, en les détournant de leur nature et en inversant leur symbolisme.

Prenons les 3 outils et les 3 coups dans l’ordre :
Le 1er compagnon frappe Hiram sur la tête et le coup dévie sur l’épaule. Cet outil symbolise la constance, la persévérance dans la ligne de conduite. Qui dit règle, dit obéissance librement consentie. Se servir de la règle pour agresser le Maître signifie désobéissance délibérée, rejet du Maître et de son enseignement. Le coup (si on imagine la perpendiculaire) atteint la gorge, siège de la parole (j’entends souvent parler de la parole perdue et rien dans le rituel n’y fait allusion. Il est sous-entendu qu’Hiram ne parle pas. Cette explication du coup de règle permet peut-être de comprendre ! (tiré par les cheveux !).

Lors du 3ème voyage du compagnon, la règle est associée au levier : notre memento dit : »le levier est le symbole de la volonté inflexible guidée par une foi éclairée et active capable de vaincre les difficultés ». Mais le levier est soumis à la règle qui symbolise notre conviction et notre idéal: si la règle choisit la voie du Mal, le levier amplifie le mouvement et ne peut plus être arrêté : c’est la force brute qui se déchaîne ! Ce coup aussi est dévié : pourquoi ? pour montrer que les compagnons ne maîtrisent pas leurs outils ? qu’ils ne veulent pas aller jusqu’au meurtre ? qu’il s’agit d’un seul compagnon obligé, par incapacité de s’y prendre à 3 fois ?

C’est le maillet qui donne le coup fatal ! Ce maillet est le premier outil confié à l’Apprenti « instrument actif qui rappelle à l’initié qu’il n’arrivera à rendre la pierre unie et lisse que s’il a toujours les yeux tournés vers son idéal et s’il sait acquérir le discernement qui est le garant d’une sûre besogne. » Ce maillet fait partie aussi du 1er voyage du compagnon, symbole de la volonté, de la détermination morale et devient maintenant volonté de donner la mort.

Tout cela montre une régression complète des compagnons ; les voilà revenus au monde profane, à un monde primitif où on s’accapare ce qu’on désire. Peut-être n’ont-ils jamais quitté le monde profane ?
Claude Guérillot écrit « inverser ces symboles revient à promouvoir la paresse, le manque de rigueur, l’inanité spirituelle ». En exigeant le mot des maîtres, les compagnons inversent la devise « ordo ab chao » : ils veulent nier l’ordre du monde ; ils légitiment la violence, ils feignent de croire que l’homme peut accéder à un niveau supérieur sans effort.

Revenons à leurs mobiles. Ils agissent par ambition, par orgueil : posséder le secret des maîtres c’est le moyen d’accès au pouvoir(et à un meilleur salaire !) et ce n’est peut-être pas un hasard si au REAA ce sont le VM et les 2 surveillants qui donnent les 3 coups : ce sont eux qui, à l’image du monde profane, détiennent le pouvoir et sont les plus susceptibles de le détourner s’ils n’ont pas toutes les vertus et la sagesse.

Notre Memento au grade de Maître dit : « l’œuvre d’Hiram est constamment menacée par l’ignorance, l’hypocrisie et l’orgueil ». J’aime bien l’explication de Jules Boucher. Il recense un grand nombre de noms des 3 compagnons qui seraient une déformation du mot GIBLIM (tailleur de pierre) (ex : Giblon, Giblos, mais aussi Jubelas, Jubelum, Gravelot, mots intraduisibles.) ce qui signifierait que les 3 compagnons représentent des contre vertus qui sont à l’état latent chez chaque Maçon. Le savoir de ces compagnons (comme leur nom) a été altéré, contrefait, il ne sert plus à la construction mais à la destruction Le maître peut renaître à condition de rectifier ce que les 3 compagnons personnifient :
Ignorance ®connaissance
fanatisme ® tolérance
ambition ® détachement
vanité ® simplicité
orgueil ®humilité
égoïsme ® sens du partage

A travers les compagnons et ces interprétations plutôt moralisantes, nous prenons conscience que la voie de l’initiation est encore semée d’embûches jusqu’à l’hypothétique accession au domaine spirituel.

Mais pourquoi sont-ils 3 ? je ne sais pas répondre à la question. Je ne peux que dégager quelques pistes.
- Un ternaire : les 3 compagnons répondant à un autre ternaire (Salomon ; Hiram de Tyr ; Maître Hiram) ? Le premier ternaire bâtisseur, le second destructeur ?
- 3 compagnons, 3 outils, mais 2 qui ratent leur cible. Pourquoi ? parce qu’ils n’ont pas l’intention de tuer dès le départ mais sont aveuglés par leur propre violence ?
- Pourquoi le maillet est-il le coup de grâce ? Il détruit l’intelligence mais c’est aussi un coup libérateur de l’esprit comme celui qui est donné au front d’un pape lorsqu’il meurt : c’est lui administrer le feu qui le ressuscitera ! Est-ce la dernière étape de la transmutation ?
J’attends des réponses à toutes ces questions !!!

- L’analyse des mobiles de Judas me semble aussi très complexe ; il est vrai que le Christianisme a 18 siècles d’avance sur la Maçonnerie : les exégètes ont eu le temps d’approfondir !

Si on relit les Evangiles, le mobile semble la cupidité : Judas reçoit 30 deniers (seul Matthieu écrit qu’il les demande). C’est bien peu car les Grands Prêtres considéraient Jésus comme un agitateur et voulaient l’arrêter depuis longtemps ; Judas aurait pu le vendre bien plus cher. N’a-t-il pas dû feindre la cupidité pour persuader les prêtres et les docteurs de la synagogue de sa sincérité ? Si on ne lui avait rien donné, il l’aurait fait quand même. Cherchons plus loin !

Si on analyse son nom Iscariote on y trouve des éléments de réponse.
1) Iscariot = homme de Keriot donc judéen et non galiléen comme les autres disciples. Il peut se sentir exclu du groupe et éprouver de secrètes amertumes : c’est Pierre qui reçoit les clefs, c’est Pierre qui renie et est pardonné, Jean est le disciple bien-aimé, Thomas a le droit de douter…Amour déçu, jalousie : est-ce suffisant pour trahir ?
2) Iscariot viendrait du latin sicarius (le sicaire est l’homme au poignard.) Les Romains appelaient sicaires les terroristes juifs, les zélotes qui voulaient restaurer la Loi de Moïse pure et dure pour qu’Israël retrouve son identité perdue à cause des prêtres qui avaient pactisé avec les Romains. Cette hypothèse paraît la plus intéressante car elle transforme le drame de Judas en une tragédie universelle.
Judas a cru en Jésus, persuadé qu’il était le Messie annoncé. Il l’attend comme le justicier (dans la tradition juive, Dieu signifie juge), celui « qui séparera le bon grain de l’ivraie » écrit Matthieu.
Or surprise et déception (nous savons que tout homme déçu est dangereux) : Judas perd peu à peu cette confiance, cet espoir en Jésus : les Evangiles disent : » l’un de vous ne croit plus ». Jésus semble se référer à une nouvelle Loi plutôt qu’à la stricte observance de l’ancienne. Judas en vient à se demander si Jésus n’abolit pas la Loi plutôt qu’il l’accomplit. En plus Jésus dit selon Marc : » il faut que l’Evangile (bonne nouvelle) soit prêché à toutes les nations ». Voilà que Jésus prétend qu’il veut accueillir les non juifs, cela signifie pour Judas qu’il va effacer l’identité d’Israël alors qu’Israël ne voulait pas se mêler aux autres nations. Le but pour un zélote est de libérer Israël : ou c’est Jésus qui doit délivrer Israel ou il faudra délivrer Israel de Jésus.
Que doit faire Judas en toute conscience ? Il a bien le droit de penser différemment et il va confier ses doutes au grands prêtres ; il s’en remet à plus compétent que lui, sans vouloir la mort de Jésus. C’est le Grand Conseil qui remet Jésus aux Romains.
Si Judas est responsable, il n’est pas coupable mais lui-même trahi par ceux à qui il demande de l’aide.

Comment Judas agit-il ? Il livre Jésus par un baiser.(fresque du 13ème s. par le Maître de l’Arrestation à Assise)

Dans notre rituel, les compagnons ne cherchent pas à tromper Hiram : ils l’abordent, l’arme à la main, bien déterminés… mais la nuit quand même : pour ne pas être reconnus ? pour ne pas l’affronter à découvert car leur conscience parlerait déjà ?
Il y a bien des baisers trompeurs dans l’Ancien Testament (Judith et Holopherne), dans les légendes (Agammennon embrasse Iphigénie avant de la sacrifier alors qu’elle doit fêter ses noces avec Achille !). Judas trahit certes en livrant Jésus mais il trahit surtout ce qui constitue le disciple : il simule une confiance qu’il n’a plus. Le propre de la trahison est d’être un piège, comme le propre d’un piège est de camoufler qu’il est un piège : le baiser symbole d’amour est le signal pour arrêter Jésus ! pour ne pas éveiller de soupçons chez les disciples et pour ne pas provoquer un soulèvement peut-être ?

De plus dès les premiers temps du christianisme, les frères et les sœurs chrétiens se saluaient par un baiser : on imagine l’horreur suscitée par l’usage dévoyé du baiser là où il était déjà considéré comme un rite sacré : c’est le sommet de la perfidie ! Judas ne trouvera pas un seul avocat devant le tribunal de la morale chrétienne.

Revenons au cas de conscience de Judas !
Cette tragédie de Judas n’est –elle pas universelle ?

Le drame naît à chaque fois de 2 évidences aussi impérieuses que cependant incompatibles. Une part essentielle de moi se reconnaît à la fois dans l’une et dans l’autre. Tout choix que je fasse sera celui d’une trahison.
Jésus par rapport à la Loi de Moïse est un dissident mais il représente aussi une espérance qui est peut-être une chimère. Judas au nom de la cause qu’il sert élimine ce qui risque de la compromettre, de la retarder ou de lui faire obstacle. Il n’est justice ni innocence qui tiennent face à la pureté de la doctrine ou à la ligne du Parti. C’est le ressort de toutes les purges, de toutes les éliminations, de toutes les persécutions. Cela peut s’appeler fanatisme, sectarisme ou fidélité à la cause. Judas se repent, et va se pendre quand il comprend enfin que Jésus va être crucifié, la plupart ne se repentent pas.

La trahison de Judas n’a pas eu lieu une fois pour toutes. Ce conflit, tout homme peut l’éprouver quand il est partagé entre sa loyauté envers une personne qu’il vénère et sa fidélité à un Idéal (thème des « mains sales » de Sartre. Hugo est déchiré par sa fascination pour un homme et sa fidélité à la ligne du Parti.) Logique folle qui déduit de la suprême exigence du bien la nécessité de faire le mal, du règne de la vertu la nécessité de la terreur et des commandements de Dieu le martyr de l’innocent.

Judas est-il encore un monstre démoniaque ou un homme dont le propre est de chercher et de se tromper, de se tromper même quand il pense juger en toute lucidité et conscience. Il peut nous faire réfléchir sur nos attentes : nous attendons de l’Autre ce que nous ne voulons pas ou n’osons pas nous demander à nous-mêmes. Si nos attentes sont déçues, il n’y a personne à accuser, si ce n’est notre attente ! Mais peut-on vivre sans attente ? c'est-à-dire sans illusion ?

CONCLUSION

J’en arrive à une conclusion parce qu’il faut bien conclure et je la ferai autour de la fin de Judas et de la sortie des compagnons.

Au point où j’en suis en Maçonnerie, je me pose beaucoup de questions sur le devenir des compagnons, si suite il y a. Je rappelle le rituel dès le premier degré qui appelle les foudres de la Justice (et de la vengeance) sur le traître : les retrouvera-t-on ? Y aura-t-il un procès équitable pour eux ou une exécution sommaire par le glaive ? Auront-ils des circonstances atténuantes ou auront-ils à faire au Dieu vengeur ? Iraient-ils se pendre ? Le secret est-il perdu à jamais ? (Dans notre rituel, il n’est pas question d’un mot de substitution !) Leur entreprise est-elle totalement vaine : ils n’ont rien obtenu et sont devenus criminels. Pourtant ils inhument Hiram et signalent le lieu de l’inhumation avec une branche d’acacia : auraient-ils reconnu la grandeur d’Hiram, son sacrifice et seraient ils sur la voie de la contrition (la contrition est une douleur vive provoquée non par la crainte du châtiment mais par un sentiment d’amour).
Si je relis le rituel 2 phrases dites par le TRM me frappent : « Ne fais jamais à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » et » il faut rendre le bien pour le mal » Les Maîtres savent-ils pardonner ? lors de l’Initiation nous jurons de nous réconcilier avec nos ennemis ! Rappelons nous les paroles du TRM : »nous devons détruire les Préjugés, le Fanatisme, l’Ignorance, l’Injustice et faire régner à leur place le Droit Humain, la Justice Sociale »

Revenons une dernière fois à Judas. Il y a 2 versions de sa fin :
- Il se suicide avant la Crucifixion de Jésus: pourquoi ? il refuse le pardon et s’enferme dans sa culpabilité. Il se sacrifie car la cause à laquelle il se sacrifie est plus sacrée que l’image de sa propre personne.
- Il tombe en se pendant et il éclate si bien que ses entrailles se répandent sur le champ qu’il a acheté au prix du sang de Jésus. Allégoriquement il n’a plus supporté le poids monstrueux de la contradiction dans laquelle il s’était fourvoyé si bien que son existence éclate. Mais il était déjà écrit dans le Livre de la Sagesse : « les impies, YHWH les précipitera muets la tête la 1ère. »

N’aura-t-il jamais droit au pardon s’il a droit à l’excuse ? Ces 2 mots me semblent être dans 2 registres différents : l’excuse est du domaine du Droit, de la Justice, le pardon fait appel au cœur, voire à la transcendance.
Mauriac qui scrute avec délectation l’âme des pécheurs a écrit dans sa « Vie de Jésus » :
» Judas aurait pu devenir un saint, le patron de nous tous qui ne cessons de trahir : quand il s’est donné la mort, il était au bord de la contrition parfaite. Dieu aurait eu tout de même le traître nécessaire à la Rédemption et un saint de surcroît. »

Alors réhabilitation de Judas et des 3 compagnons (réhabilitation ne signifie pas acquittement de la faute) ou damnation éternelle ?
Ce siècle déchristianisé s’obstine à croire en Judas. Cela ne montre-t-il pas qu’il est plus aisé de croire à la haine qu’à l’amour ? L’objet de la haine ne meurt pas, puisque la haine, comme le croire, est sans objet, elle n’a que des boucs émissaires. J E Dauzat écrit dans son livre
« Judas, de l’Evangile à l’Holocauste » : « peut-être Jésus est-il ressuscité une fois. Judas n’en finira jamais de ressusciter tel un Sisyphe voué à faire les muscles de notre haine.
Dans un monde qui ne croit plus à la Résurrection mais persiste à vouloir un Judas, reste à imaginer une religion qui prêche l’amour sans nécessiter la haine.

J’ai dit TRM

Source : www.ledifice.net

Repost 0
Published by J\ C\ - dans Planches
commenter cet article

Présentation

  • : Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Contact

Blason de la RL Laurence Dermott

Loge-Dermott.gif

        727 ARTICLES

                       537 ABONNES 

Recherche

St Patrick blessing

 

 irish-flag-cd51f

May St. Patrick guard you wherever you go,

and guide you in whatever you do,

and may his loving protection

be a blessing to you always.

God save the Ireland

           

Michaël Collins

Danny Boy