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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 16:38

Bien que j'aie par deux fois souffert des chaînes et de l'emprisonnement en Bohême, indignité que je n'ai souffert en aucune autre partie du monde, il se trouve que mon esprit, libre lui, s'est tout ce temps exercé à l'étude de cette philosophie uniquement méprisée par les méchants et les sots, mais qui est louée et admirée par le Sage. Bien plus, l'adage d'après lequel seuls les sots et les hommes de loi haïssent et méprisent l'Alchimie est devenu proverbial. Par ailleurs, m'étant ces trois dernières années usé en labeurs, dépenses et précautions afin de découvrir pour votre Majesté ce qui pourrait lui apporter grand profit et plaisir, je ne puis en aucun cas demeurer oisif durant mon emprisonnement - une infortune qui m'est survenue par l'action de votre Majesté. En conséquence j'ai rédigé un traité, grâce auquel votre esprit impérial puisse être guidé à travers toute la vérité de la très ancienne philosophie, depuis lequel, comme s'il s'agissait d'une haute montagne, il puisse contempler et discerner les étendues fertiles des déserts arides et rocailleux. Mais si mon enseignement vous contrarie, sachez que vous vous détournez totalement de la bonne voie et ignorez les vraies visées et le but de cette affaire, et gaspillerez complètement temps, labeur, argent et espérance. Une fréquentation intime des différentes branches de la connaissance m'a enseigné cette seule chose, à savoir que rien n'est plus antique, excellent, ou plus désirable que la vérité, et que quiconque la néglige doit passer toute sa vie dans les ténèbres. Et pourtant, il a toujours été et toujours sera dans les manières de l'humanité que de relâcher Barabbas et crucifier Christ. Ceci, je l'ai - pour mon bien, sans nul doute - constaté dans le cadre de ma propre expérience. J'ose espérer que ma vie et ma personne deviendront suffisamment connues de la postérité pour que je sois compté parmi ceux qui souffrirent beaucoup par amour de la vérité. La pleine certitude du présent traité, le temps est incapable de l'abroger. Si votre Majesté daigne l'examiner à loisir, elle s'apercevra aisément que mon esprit est profondément versé dans cette étude.

(1) Tous les philosophes authentiques et judicieux sont remontés jusqu'aux principes premiers des choses, à savoir ceux compris dans la triple division de la Nature. Ils attribuèrent la génération des animaux à un mélange du mâle et de la femelle durant l'union sexuelle; celle des végétaux à leur propre semence; tandis qu'aux minéraux ils ont attribué pour principe la terre et l'eau visqueuse.

(2) Toutes les choses spécifiques et individuelles appartenant à une certaine catégorie obéissent aux lois générales et se réfèrent aux principes premiers de la catégorie à laquelle elles appartiennent.

(3) Ainsi, tout animal est le produit d'une union sexuelle; toute plante, de sa semence propre; tout minéral, du mélange de sa terre générique et eau.

(4) Il en découle qu'une loi immuable de la Nature règle la génération de toute chose dans les limites de son genre spécifique.

(5) Il s'ensuit que, eu égard à leur origine, les animaux sont, relativement au genre, distincts des végétaux et des minéraux; la même différence existe respectivement entre végétaux et minéraux et les deux autres règnes naturels.

(6) La matière commune et universelle de ces trois principes est nommée Chaos.

(7) Le Chaos contient en lui les quatre éléments présidant à tout ce qui est, à savoir le feu, l'air, l'eau et la terre, par mélange et mouvement desquels les formes de toutes choses terrestres sont imprimées à leurs sujets.

(8) Ces éléments ont quatre qualités : la chaleur, la froideur, l'humidité, la sécheresse. La première est inhérente au feu, la seconde à l'eau, la troisième à l'air, la quatrième à la terre.

(9) Au moyen de ces qualités, les éléments agissent les uns sur les autres, et le mouvement apparaît.

(10) Les éléments agissent les uns sur les autres ou sont les uns par les autres influencés, et on les appelle actifs ou passifs.

(11) Les éléments actifs sont ceux qui, dans un composé, impriment au passif un certain caractère spécifique, selon la force et l'importance de leur mouvement. Ce sont l'eau et le feu.

(12) Les éléments passifs - terre et air - sont ceux qui par leur qualité inactive reçoivent volontiers les impressions des éléments actifs susmentionnés.

(13) Les quatre éléments se distinguent non seulement par leur activité ou passivité mais également par la priorité et postériorité de leurs mouvements.

(14) La priorité et la postériorité sont ici affirmées, ou relativement à la position de la sphère tout entière, ou relativement à l'importance du résultat ou but du mouvement.

(15) Dans l'espace, les objets lourds tendent vers le bas, et les légers vers le haut; ceux qui ne sont ni lourds ni légers occupent une position intermédiaire.

(16) De cette façon, parmi les éléments passifs, la terre occupe une place supérieure à celle de l'air, car elle aime beaucoup rester immobile; et moins il y a de mouvement, plus il y a de passivité.

(17) L'excellence du résultat est question de perfection ou d'imperfection, le mature étant plus parfait que l'immature. Or, la maturité est totalement imputable à la chaleur du feu. D'où que le feu tienne la place supérieure chez les éléments actifs.

(18) Parmi les éléments passifs, la première place revient au plus passif, i.e., à celui qui est le plus rapidement et le plus aisément influencé. Dans un composé, la terre est passivement affectée en premier, puis c'est l'air.

(19) De même, dans chaque composé, l'élément d'achèvement agit en dernier; car la perfection est passage de l'immaturité à la maturité.

(20) La maturité étant causée par la chaleur, le froid est la cause de l'immaturité.

(21) Il est donc clair que les éléments, ou lointains principes premiers des animaux, végétaux et minéraux, dans le Chaos, sont susceptibles de mouvements actifs dans le feu et l'eau, et de mouvements passifs dans la terre et l'air. L'eau agit sur la terre, et la transmue en sa propre nature; le feu chauffe l'air, et le change à sa propre ressemblance.

(22) Les éléments actifs peuvent être dits mâles, cependant que les éléments passifs représentent le principe femelle.

(23) Tout composé appartenant à l'un de ces trois royaumes - animal, végétal, minéral - est femelle dans la mesure où sont présents terre ou air, et mâle dans la mesure où sont présents feu ou eau.

(24) Seul ce qui possède consistance est perceptible par les sens. Les éléments feu et air, naturellement subtils, ne peuvent être vus.

(25) Seuls deux éléments, l'eau et la terre, sont visibles, et la terre est appelée cachette du feu, l'eau demeure de l'air.

(26) Dans ces deux éléments, nous avons la franche loi de limitation qui sépare le mâle de la femelle.

(27) La matière première des végétaux est l'eau et terre cachées en sa semence, l'eau y étant prépondérante par rapport à la terre.

(28) La matière première des animaux est la mixtion des spermes mâle et femelle, qui concrétise plus d'humidité que de sécheresse.

(29) La matière première des minéraux est une sorte d'eau visqueuse, mêlée à terre pure et impure.

(30) La Terre impure est soufre combustible, empêchant toute fusion, et mûrissant superficiellement l'eau qui lui est jointe, comme nous voyons dans les minéraux secondaires, marcassite, magnésie, antimoine, etc.

(31) La Terre pure est celle qui unit tellement les plus petites parties de son eau susmentionnée qu'elles ne peuvent être séparées par le plus ardent des feux, de sorte qu'elles demeurent fixes ou sont volatilisées.

(32) De cette eau visqueuse et de cette terre fusible, ou soufre, est composé ce qu'on nomme vif-argent, matière première des métaux.

(33) Les métaux ne sont que Mercure digéré à différents degrés de chaleur.

(34) Diverses modifications de chaleur suscitent, dans le composé métallique, ou la maturité ou l'immaturité.

(35) Le mature est ce qui a précisément acquis toutes les activités et propriétés du feu. Tel est l'or.

(36) L'immature est ce qui est dominé par l'élément eau et ne subit jamais l'action du feu. Tels sont le plomb, l'étain, le cuivre, le fer et l'argent.

(37) Un seul métal, l'or, est absolument parfait et mature. D'où qu'on le nomme parfait corps mâle.

(38) Les autres sont immatures et donc imparfaits.

(39) Le terme de l'immaturité est le début de la maturité; car la fin de la première est le commencement de la seconde.

(40) L'argent est moins lié par l'immaturité aqueuse que les autres métaux et, bien qu'il puisse être effectivement considéré comme impur dans une certaine mesure, son eau est néanmoins déjà recouverte de la congélative parure de sa terre, et tend ainsi à la perfection.

(41) Cette condition est la raison pour laquelle l'argent est partout nommé par les Sages parfait corps femelle.

(42) Tous les autres métaux ne diffèrent que dans leur degré d'imperfection, selon qu'ils sont plus ou moins liés par ladite immaturité; néanmoins, tous possèdent une certaine tendance à la perfection, bien que manquant de la susdite congélative parure de leur terre.

(43) Cette forme congélative est conséquence de la terrestre froideur, équilibrant son humidité propre, et occasionnant fixation dans la matière fluide.

(44) Les métaux inférieurs sont fusibles dans un feu ardent, et manquent donc de cette parfaite force congélative. S'ils deviennent solides lorsqu'ils refroidissent, la cause en est la disposition de leurs susdites particules terrestres.

(45) Selon les différentes manières dont sont ensemble unies eau visqueuse et pure terre, de manière à produire vif-argent par coagulation, grâce à l'action de chaleur naturelle, nous avons différents métaux, dont certains sont dits parfaits, comme l'or et l'argent, et les autres considérés comme imparfaits.

(46) Quiconque voudrait imiter la Nature en toute opération donnée doit tout d'abord être certain qu'il possède la même matière, et, deuxièmement, qu'une action est exercée sur cette substance d'une manière semblable à celle de la Nature. Car la Nature se réjouit en la méthode naturelle, et le même purifie le même.

(47) En conséquence ils sont dans l'erreur ceux qui s'efforcent de faire jaillir la médecine permettant de teindre les métaux des animaux ou des végétaux. La teinture et le métal teint doivent venir de même source ou relever du même genre; et comme c'est sur les métaux imparfaits que la Pierre Philosophale doit être projetée, il s'ensuit que la poudre de la Pierre sera essentiellement Mercurienne. La Pierre est la substance métallique transformant en or les formes des métaux imparfaits, comme nous l'apprenons au premier chapitre du "Code de Vérité" : "La Pierre Philosophale est la matière métallique convertissant substances et formes des métaux imparfaits" ; et tous les Sages conviennent qu'elle ne peut posséder cet effet qu'en étant semblable à eux.

(48) Que Mercure soit matière première des métaux, je vais tenter de le prouver grâce aux dits de certains Sages.

Dans la Turba Philosophorum, chapitre I, nous lisons ce qui suit : "D'après l'avis de tous les Sages, le Mercure est le principe premier de tous les métaux."

Et un peu plus loin : "Comme la chair est engendrée du sang coagulé, ainsi l'or est-il engendré du Mercure coagulé."

Et encore, vers la fin du chapitre : "Tous les corps métalliques purs et impurs sont Mercure, car ils sont engendrés du même."

Arnold écrit ainsi au Roi d'Aragon : "Sachez que la matière et sperme des métaux sont Mercure, digérés et épaissis dans la matrice de la terre; ils sont digérés par chaleur sulfureuse, et selon la qualité et quantité du soufre divers métaux sont engendrés. Leur substance est essentiellement la même, bien qu'il puisse y avoir quelques différences accidentelles, comme un degré plus ou moins élevé de digestion, etc. Toutes choses sont constituées de ce en quoi elles peuvent être résoutes, e.g., la glace ou la neige qui peuvent être résoutes en eau; et puisque tous les métaux peuvent être résous en vif-argent sont-ils donc tous engendrés du vif-argent."

La même vue est défendue par Bernard de Trévise, dans son livre consacré à la "Transmutation des Métaux" : "De la même manière, le vif-argent est la substance de tous les métaux; il est comme de l'eau en raison de l'homogénéité qu'il partage avec les végétaux et les animaux, et il reçoit les vertus de ces choses qui y adhérent dans la décoction." Un peu plus loin, le même Trévisan affirme que "l'or n'est rien d'autre que vif-argent congelé par son soufre."

Et, ailleurs, il écrit ce qui suit : "Le solvant ne diffère du soluble qu'en proportions et degré de digestion, mais non en matière, puisque la Nature a formé l'un depuis l'autre sans adjonction aucune, et elle dégage l'or du vif-argent par un procédé également simple et merveilleux."

Encore : "Les Sages soutiennent que l'or n'est rien d'autre que vif-argent parfaitement digéré dans les entrailles de la terre, et ils ont voulu dire qu'il est occasionné par le soufre, qui coagule le Mercure, et le digère par sa propre chaleur. D'où que les Sages ont dit que l'or n'est autre que vif-argent mature."

Tel est aussi le consensus d'autres autorités. "Le Son de la Trompette" fait une remarque loin d'être douteuse : "Extrais le vif-argent des corps, et tu auras au jour du vif-argent et du soufre de la même substance dont sont faits or et argent dans la terre."

Le "Chemin du Chemin" mène à la même conclusion : "Révérend Père, incline tes vénérables oreilles et comprends que le vif-argent est le sperme de tous les métaux, parfaits et imparfaits, digérés dans les entrailles de la terre par la chaleur du soufre, la diversité des métaux étant due à la diversité de leur soufre."

Nous lisons dans la même brochure un canon semblable : "Tous les métaux de la terre sont engendrés en Mercure, et ainsi le Mercure est-il la matière première des métaux."

Avicenne confirme ces paroles en son chapitre III : "De même que la glace par la chaleur fond et devient eau, l'eau étant nettement à l'origine de la glace, ainsi tous les métaux peuvent être résous en Mercure, et il est donc clair qu'ils sont engendrés de lui."

Ce raisonnement est approuvé par "Le Son de la Trompette : - "Tout corps passif est réduit à sa première matière par des opérations contraires à sa nature; la première matière est le vif-argent, étant l'huile de tous liquides et choses ductiles."

De même, le troisième chapitre de la "Correction des Fous" : "La nature de toutes choses fusibles est celle du Mercure coagulé à partir d'une vapeur, ou chaleur de l'incombustible soufre rouge ou blanc."

Au chapitre I de "L'Art de l'Alchimie", nous lisons : "Tous les Sages reconnaissent que les métaux sont engendrés par la vapeur de soufre et vif-argent."

Il y a également un passage de la Turba Philosophorum qui affirme : "Il est certain que tout sujet dérive de cela en quoi il peut être résous. Tous les métaux peuvent être résous en vif-argent, d'où qu'ils furent autrefois vif-argent."

Si cela en valait la peine, je pourrais citer des centaines d'autres passages provenant d'oeuvres rédigées par les Sages, mais comme ce serait inutile, ceux-ci suffiront.

Ces personnes font une grande erreur qui supposent que l'eau épaisse de l'Antimoine, ou cette substance visqueuse extraite du Mercure sublimé, ou de Mercure et Jupiter ensemble dissous dans un endroit humide, peuvent de quelque façon être la première substance des métaux.

L'Antimoine ne peut jamais prendre les qualités métalliques, car son eau et humidité n'est pas tempérée par la terre sèche et subtile, et de plus manque de cette onctuosité caractéristique des métaux malléables. Mais, comme Chambar le dit bien dans le "Code de Vérité" : "Ce n'est que par 'envie' que les Sages ont nommé la Pierre Antimoine."

De la même manière, ceux qui détruisent la composition naturelle du Mercure, afin de le résoudre en eau épaisse ou limpide, qu'ils nomment première matière des métaux, luttent contre la Nature dans les ténèbres, tels des gladiateurs frappés de cécité.

Dès que le Mercure perd sa forme spécifique, il devient quelque chosed'autre, ne pouvant dès lors se mélanger aux métaux dans leurs plus petites parties, et devenant de nul effet pour l'oeuvre des Philosophes. Quiconque se paye de pareilles expériences enfantines devrait écouter ce que dit le Sage de Trévise dans sa "Transmutation des Métaux" :

"Qui peut trouver une vérité détruisant la nature humide du Mercure? Quelques insensés modifient sa disposition métallique spécifique, altèrent son humidité naturelle par dissolution, et disproportionnent le vif-argent de sa qualité minérale d'origine, qui ne demande rien hormis purification et simple digestion. Au moyen de sels, de vitriol, et d'alun, ils détruisent la semence que la Nature a peiné pour développer. Car la semence, dans les choses humaines et sensitives, est formée par la Nature et non par l'art, mais par l'art est-elle unie et mélangée. La semence ne nécessite aucune addition, et ne tolère aucune diminution. Si elle doit produire une nouvelle chose de même genre, elle doit demeurer précisément la même chose qui fut formée par la Nature. Tout enseignement voulant modifier le Mercure est vain et erroné, car c'est là le sperme originel des métaux, et son humidité ne doit point être séchée, car autrement il ne pourrait dissoudre. Trop de feu causera une chaleur morbide, comme celle d'une fièvre, et changera les éléments passifs en actifs, et ainsi l'équilibre des forces sera détruit, et toute l'oeuvre gâchée. Il y a pourtant des sots pour extraire des eaux corrosives de minéraux inférieurs, eaux dans lesquelles ils projettent diverses espèces de métaux qui donc s'y corrodent."

"La seule solution naturelle est celle qui, à partir de solvant et du soluble, oumâle et femelle, engendre une nouvelle espèce. Nulle eau ne peut naturellement dissoudre les métaux sauf celle qui demeure avec eux en substance et forme, celle aussi que les métaux dissouspeuvent à nouveau congeler; ce qui n'est pas le cas avec aqua fortis, du fait qu'elle ne fait que détruire la disposition spécifique. Cette eau seule qui est inséparable des métaux dans la fixation les peut correctement dissoudre, et pareille eau est le Mercure, et non aqua fortis ou toute autre chose que ces fous se sont plu à nommer Eau Mercurielle." Suffit pour Trévisan.

Les personnes ayant commis pareille erreur fatale pourraient également profiter de l'enseignement d'Avicenne sur ce point : "Le vif-argent est froid et humide, et de lui, ou avec lui, Dieu a créé tous les métaux. Il est aérien, et devient volatil par l'action du feu, mais lorsqu'il a supporté le feu quelque temps, il accomplit de grandes merveilles, et n'est lui-même qu'un vivant esprit d'une puissance non surpassée. Il pénètreet s'introduit dans tous les corps, passe au travers d'eux, et constitue leur ferment. C'est donc l'Élixir Blanc et Rouge, et il s'agit d'une eau perpétuelle, l'eau de vie, le lait de la Vierge, le printemps, et cet Alun dont quiconque boit ne peut mourir, etc. C'est le serpent licencieux qui conçoit de sa propre semence, et enfante le même jour. Par son poison, il détruit toute chose. Il est volatil, mais le sage le soumet au feu, et alors il transmue comme il a été transmué, et teint comme il a été teint, et coagule comme il a été coagulé. En conséquence, la génération du vif-argent est à préférer à tous les minéraux; on la trouve dans tous les minerais, et tous portent sa signature. Le vif-argent est ce qui sauve les métaux de la combustion et les rend fusibles. C'est la Teinture Rouge qui s'unit de la plus intime manière aux métaux parce qu'elle est de leur propre nature, se mêle indissolublement à eux dans leurs plus infimes parties, et qui, étant homogène, leur adhère naturellement. Le Mercure accueille toutes les substances homogènes, mais rejette tout ce qui est hétérogène car il se réjouit de sa nature propre mais répugne à ce qui est étranger. Comme il est sot, donc, de gâter et détruire ce dont Nature a fait la semence de toute vertu métallique par de complexes opérations chimiques!"

Le "Rosaire" nous intime d'être particulièrement attentifs à ne point disperser la vertu du vif-argent en le purifiant, et à ne point diminuer sa force active. Un grain de blé, ou toute autre semence, ne connaîtra aucune croissance si sa vertu générative est détruite par une excessive chaleur externe. Purifie donc ton vif-argent par distillation à feu modéré.

Voici ce que dit le Sage de Trévise : "Si le vif-argent est dépouillé de la proportion métallique qui lui revient, comment les autres substances de même genre métallique peuvent-elles être engendrées de lui? C'est une erreur de supposer que tu peux faire des miracles avec eau limpide et claire extraite du vif-argent. Même si nous pouvions nous procurer pareille eau, elle ne serait d'aucune utilité, que ce soit pour une question de forme ou de proportion, ou pour restaurer ou affermir une parfaite qualité métallique. Car dès que le vif-argent perd sa nature première, il devient impropre à notre opération, puisque dépourvu de sa qualité spermatique et métallique. En vérité, j'approuve le Mercure impur et grossier que l'on sublime et purifie une ou deux fois avec simple sel, selon la méthode appropriée des Sages, tant que la fusibilité ou humeur radicale de pareil Mercure demeure intacte, c'est-à-dire aussi longtemps que sa nature mercurielle spécifique n'est point détruite, et aussi longtemps que son apparence externe ne devient pas celle d'une poudre sèche."

Dans "L'Escalier des Sages", on nous dit de nous méfier de la vitrification durant la solution des corps, avec l'odeur et le goût de substances imparfaites, et aussi de la vertu générative de leur forme qui serait de quelque manière desséchée et détruite par les eaux corrosives.

Si tu as tenté de faire une de ces choses, tu es à même de percevoir combien grave était ton erreur. Car l'eau des Sages n'adhère à rien excepté les substances homogènes. Elle ne mouille pas tes mains si tu la touches, mais dessèche ta peau, et ronge et corrode toute substance avec laquelle elle rentre en contact, sauf l'or et l'argent (elle n'affectera pas ces derniers à moins qu'ils n'aient été dissipés et dissous par des esprits et des eaux-fortes), auxquels elle s'allie très intimement. Mais l'autre mélange est fort enfantin, il est condamné par le concert des Sages et par ma propre expérience.

Je me propose maintenant d'exposer comment le vif-argent est l'eau avec laquelle, et en laquelle, se produit la solution des Sages, en citant au lecteur les opinions de divers Philosophes appartenant à diverses époques et diverses contrées.

Menalates dit, dans la Turba : "Qui allie le vif-argent au corps de magnésie, et la femme à l'homme, extrait la nature cachée par laquelle les corps sont colorés. Sache que le vif-argent est un feu dévorant qui mortifie les corps à son contact."

Un autre Sage, dans la Turba, déclare : "Séparer les éléments par le feu, les unir par l'entremise du Mercure, cela constitue le plus grand des arcanes, et de la sorte le magistère est-il complet, toute la difficulté résidant dans la solution et la conjonction. La solution, ou séparation, se produit par l'entremise du Mercure, qui premièrement dissous les corps, ceux-ci étant à nouveau réunis par le ferment et le Mercure."

Rosinus fait l'or s'adresser au Mercure de la manière suivante : "Veux-tu débattre avec moi, Mercure? Je suis le Seigneur, la Pierre qui supporte le feu." Mercure répond : "Tu dis vrai; mais je t'ai engendré, et une partie de moi en vivifie plusieurs de toi, ce pourquoi tu es jaloux de moi. Qui me réunira à mon frère ou à ma soeur vivra et se réjouira, et me fera te suffire."

Au 5ème chapitre du "Livre des Trois Paroles", nous lisons : "Je te dirai que dans le Mercure se trouvent les oeuvres des planètes, et dans ses pages toutes leurs imaginations."

Aristote dit que le premier mode préparatoire est que la Pierre doit devenir Mercure ; il appelle Mercure le premier corps, qui agit sur les substances grossières et les change à sa propre ressemblance. "Si le Mercure ne faisait rien d'autre que rendre les corps subtils et semblables à lui-même, cela nous suffirait."
Senior : "Notre Pierre est donc de l'eau congelée, c'est-à-dire du Mercure congelé en or ou argent, et qui résiste au feu lorsqu'il est fixé."

"The Son de la Trompette" : "Le Mercure contient tout ce que cherchent les Sages et détruit tout or écailleux. Il dissout, adoucit et extrait l'âme du corps."

"Le Livre de l'Art d'Alchimie" : "Les Sages tout d'abord s'abusèrent en s'efforçant de revêtir les corps inférieurs de la gloire et splendeur du corps parfait lorsqu'ils découvrirent que les métaux ne diffèrent qu'en raison du plus ou moins grand degré de digestion, et que tous sont engendrés du Mercure, avec lequel ils extrayaient l'or et le réduisaient à sa première nature."

"La Correction des Fous" : "Remarque que le Mercure grossier dissout les corps et les réduit à leur première matière ou nature. Étant fait d'eau claire, il s'efforce toujours de corroder le grossier, et tout spécialement celui qui est le plus proche de sa propre nature, à savoir l'or et l'argent." Dans le même ouvrage, l'on trouve l'observation qui suit : "Tu peux employer le Mercure grossier comme suit - afin de sceller et ouvrir les natures, puisque les choses semblables sont salutaires les unes pour les autres." Et encore : "Le vif-argent est la source de l'Art Alchimique, car les Sages disent que tous les métaux sont de lui, et à travers lui, et en lui - il s'ensuit que les métaux doivent être tout d'abord réduits en Mercure, matière et sperme de tous les métaux."

Et encore : "La raison pour laquelle tous les métaux doivent être réduits à l'état de vapeur en est que nous constatons que tous sont engendrés du vif-argent, par l'entremise duquel ils naissent à la vie."

Gratianus : "Purifie Latone, i.e., le cuivre (minière), avec Mercure, car Latone est d'or et d'argent, un corps composé, jaune, et imparfait."

"Le Son de la Trompette" : "Le Mercure commun est appelé un esprit. Si tu ne résous le corps en Mercure, avec le Mercure, tu ne peux obtenir sa vertu cachée."

"L'Art de l'Alchimie", chapitre VI : "La seconde partie de la Pierre nous nommons vivant Mercure, qui, étant vivant et grossier, est dit dissoudre les corps, car il y adhère dans leur être le plus intime. C'est la Pierre sans laquelle Nature ne fait rien."

Le "Rosaire" : "Le Mercure ne meurt jamais, excepté avec son frère et sa soeur. Lorsque le Mercure mortifie la matière du Soleil et de la Lune, il reste une matière semblable à des escarbilles."

Le Sage de Trévisan : "N'ajoute rien à la surface pour digérer et épaissir le Mercure dans la nature de l'or ou des métaux." Encore : "Cette solution est possible et naturelle, c'est-à-dire, grâce à l'Art qui est servante de la Nature, étant nécessaire et unique à cette oeuvre; mais elle n'est accomplie que par le vif-argent, dans des proportions s'offrant d'elles-mêmes à l'ouvrier habile connaissant les plus intimes qualités de la Nature."

"L'Art de l'Alchimie" : "Qui peut suffisamment porter le Mercure aux nues, le Mercure seul ayant pouvoir de réduire l'or à sa première nature?"

Ces citations nous éclairent sur ce qu'entendaient les Sages en parlant de leur eau, et sur ce qu'ils pensaient au sujet de ce merveilleux liquide, à savoir le Mercure, auquel ils attribuaient tout pouvoir dans le Magistère, car rien ne saurait être porté à la perfection en dehors de son propre genre. Les hommes digèrent les végétaux, non dans le sang des animaux, mais dans l'eau qui est leur principe premier, et les minéraux ne sauraient être affectés par le liquide végétal. D'après "Le Son de la Trompette" : "Tout le Magistère consiste à séparer les éléments des métaux, les purifier, et séparer le soufre de Nature des métaux."

De plus, comme le dit Hermès, seules les substances homogènes restent unies, et seules peuvent-elles produire une postérité de leur propre espèce, i.e., si vous désirez une médecine devant engendrer les métaux, son origine doit être métallique, car "l'espèce est teinte par son genre", comme en témoigne le philosophe.

En résumé, tout notre Magistère réside dans l'union des éléments mâle et femelle, ou actif et passif, par l'entremise de notre eau métallique et d'un degré approprié de chaleur. Or, le mâle et la femelle sont deux corps métalliques, et cela je le prouverai encore par d'irréfutables citations des Sages :

Dantius nous intime de préparer les corps et de les dissoudre.

Rhasès : "Change les corps en eau, et l'eau en terre : alors tout est accompli."

Galien : "Prépare les corps, et purifie-les de la noirceur en laquelle est corruption, jusqu'à ce que le blanc devienne blanc et rouge, puis dissous-les tous deux, etc."

Calid (chapitre I) : "Si tu ne rends point les corps subtils, de sorte qu'ils soient impalpables au toucher, tu ne parviendras pas à la fin de ton travail. S'ils n'ont pas été broyés, répète ton opération, et vois s'ils sont broyés et subtilisés. Si tu fais ainsi, tu parviendras au but désiré."
Aristote : "Les corps ne peuvent être modifiés sauf par réduction à leur première matière."

Calid (chapitre V) : "Semblablement, les Sages nous ont commandé de dissoudre les corps de sorte que la chaleur adhère à leurs parties les plus secrètes; puis nous passons à la coagulation après une seconde dissolution avec une substance très proche d'eux."

Menabadus : "Faites que les corps ne soient point corps, et corps les choses incorporelles, car c'est là tout le procédé grâce auquel on extrait la vertu cachée de Nature."

Ascanius : "La conjonction des deux est semblable à l'union du mari et de l'épouse, dont l'étreinte a pour résultante une eau dorée."

"L'Anthologie des Secrets" : "Marie l'homme rouge à la femme blanche, et tu as tout le Magistère."

"Le Son de la Trompette" : Il y a un autre vif-argent et teinture permanente qu'on extrait des corps parfaits par dissolution, distillation, sublimation, et subtilisation."

Hermès : "Joins le mâle à la femelle dans l'humidité qui leur est propre, car il n'est pas de naissance sans union du mâle et de la femelle."

Platon : "La Nature imite une nature parente, la contient, et lui apprend à résister au feu. Marie l'homme à la femme, et tu as tout le Magistère."

Avicenne : "Purifie séparément le mari et l'épouse, afin qu'ils se puissent unir plus intimement; car si tu ne les purifies point, ils ne peuvent s'aimer l'un l'autre. Par conjonction des deux natures, tu obtiens une nature claire et limpide qui, lorsqu'elle s'élève, devient magnifique et avantageuse."
"L'Art de l'Alchimie" : "Deux corps nous fournissent tout dedans notre eau."

Trevisanus : "Seule cette eau qui est de même genre, et peut être épaissie par les corps, peut dissoudre les corps."

Hermès : "Qu'on se saisisse des pierres du mélange au début de la première oeuvre, et qu'on les mélange en parts égales dans la terre."

"Miroir" : "Notre Pierre doit être extraite de la nature de deux corps, avant de pouvoir devenir un parfait Élixir."

Democrite : "Tu dois tout d'abord dissoudre les corps sur cendres blanches et chaudes, et ne pas les broyer sauf avec de l'eau."

Le "Rosaire" d'Arnauld : "Extrais la Médecine des corps les plus homogènes de la Nature."

J'ai ainsi témoigné du nombre de corps dont l'Élixir est tiré. J'établirai maintenant à l'aide de citations ce que sont ces corps.

"Exposé de la Lettre du Roi Alexandre" : "En cet art tu dois marier Soleil et Lune."

"Le Son de la Trompette" : "Le Soleil ne fait que chauffer la terre et lui confère sa vertu par l'entremise de la Lune, qui, de tous les astres, accueille le plus volontiers sa lumière et sa chaleur."

"La Correction des Fous" : "Sème or et argent, et ils récompenseront ton travail par mille, par l'entremise de cette chose qui seule possède ce que tu cherches. La Teinture d'or et d'argent présente les mêmes proportions métalliques que les métaux imparfaits, car ils ont en commun la même matière première en la personne du Mercure."

Encore : "Teins avec l'or et l'argent, car l'or procure le doré et l'argent la nature et la couleur argentines. Rejette toutes choses n'ayant point naturellement ou virtuellement le pouvoir de teindre, car en elles ne réside aucun profit mais seulement gaspillage d'argent et grincements de dents."

Senior : "Moi, le Soleil, suis chaud et sec, et toi, la Lune, es froide et humide ; lorsque nous nous marierons dans une chambre close, je te volerai doucement ton âme."

Rosinus à Saratant : "De l'eau vivante nous tirons la terre, un corps mort et homogène, composé de deux natures, celle du Soleil et celle de la Lune."

Encore : "Lorsque le Soleil, mon frère, pour l'amour de moi (l'argent) déverse son sperme (i.e., sa graisse solaire) dans la chambre (i.e., mon corps Lunaire), c'est-à-dire lorsque nous devenons un dans une puissante et totale complexion et union, l'enfant de notre amour conjugal sera né."

Hermès : "Son humidité tient de l'empire de la Lune, et sa graisse de l'empire du Soleil, et ces deux-là sont ses coagulum et pure semence."

Astratus dit : "Qui souhaite atteindre la vérité, qu'il s'empare de l'humeur du Soleil et de l'Esprit de la Lune."

Turba Philosophorum : "L'un et l'autre corps en leur perfection devraient être retenus pour la composition de l'Élixir, ou rouge ou blanc, car aucun ne devient liquide sans l'autre."
Et encore, l'Or dit : "Personne ne me tue si ce n'est ma soeur."

Aristote : "Si je n'avais point vu l'or et l'argent, certainement dirais-je que l'Alchimie n'est point vraie."

Le Sage : "Le fondement de notre Art est l'or et sa compagne inséparable."

"L'Art de l'Alchimie" : "Nous avons déjà dit que l'or et l'argent doivent être unis."

Le "Rosaire" : "Il y a un rajout de couleur orange par lequel la Médecine est portée à la perfection depuis la substance du soufre fixe, i.e., l'une et l'autre médecine sont tirées de l'or et de l'argent."

Le Sage : "Qui sait comment teindre le soufre et le vif-argent est parvenu au grand arcane. L'or et l'argent doivent être présents dans la teinture, et aussi le ferment de l'esprit."

Le "Rosaire" : "Le ferment du Soleil est le sperme de l'homme, le ferment de la Lune le sperme de la femme. Des deux nous obtenons chaste union et vraie génération."

"Le Son de la Trompette" : "Tu souhaites de l'argent pour subtiliser ton or, et le rendre volatil en retirant ses impuretés, car l'argent a grand besoin de la lumière de l'or. En conséquence, Hermès, comme Aristote dans son traité des Plantes, dit que l'or est son père, et l'argent sa mère; notre Pierre ne nécessite rien d'autre. L'argent est le champ en lequel est semé la semence d'or." Et un peu plus loin : "En ma soeur, la Lune, croît ta sagesse, et non dans quelque autre de mes domestiques, dit le Seigneur Soleil. Je suis semblable à la graine semée en terre bonne et pure, qui germe et croît et se multiplie et rapporte grand profit au semeur. Moi, le Soleil, te donne à toi, Lune, ma beauté, la lumière du Soleil, lorsque nous sommes unis en nos plus petites parties." Et la Lune dit au Soleil : "Tu as besoin de moi, comme le coq a besoin de la poule, et j'ai besoin de ton opération, qui est parfaite de moeurs, toi père des lumières, grand et puissant seigneur, chaud et sec, moi qui suis la Lune croissante, froide et humide, mais qui reçois ta nature par notre union."

Avicenne : "Afin d'obtenir l'Élixir rouge et blanc, les deux corps doivent être unis. Car bien que l'or soit le plus fixe et le plus parfait de tous les métaux, s'il est dissous en ses plus petites parties, il devient spirituel et volatil, comme le vif-argent, et cela en raison de sa chaleur. Cette teinture, qui est sans nombre, est nommée ardente semence mâle. Mais si l'argent est dissous dans l'eau chaude, il demeure fixe comme auparavant, et possède peu ou pas de teinture, bien qu'il reçoive promptement la teinture dans une complexion de chaud et de froid, et soit nommé froide et sèche semence femelle. L'or ou l'argent ne sont pas aisément fusibles en eux-mêmes, mais un mélange des deux fond promptement, comme le savent les orfèvres. En conséquence si notre Pierre ne contenait point à la fois or et argent, elle ne serait pas liquide, et ne donnerait lieu à aucune médecine par l'entremise de quelque magistère que ce soit, non plus qu'aucune teinture, car si elle produisait teinture elle n'aurait toutefois aucun pouvoir de teindre."

Et un peu plus loin : "Prenez donc garde et n'agissez que sur or, argent, et vif-argent, car tout le bénéfice de notre Art vient de ces trois-là."

Je pourrais ajouter que le Mercure grossier est l'eau que les Sages ont employée pour la solution. J'ai établi que deux corps doivent être dissous, et qu'ils ne sont rien d'autre que l'or et l'argent. Je décrirai maintenant la conjonction de ces deux corps au moyen du Mercure grossier des Sages.

"La Lumière des Lumières" : "Sache que c'est l'or, l'argent, et le Mercure qui blanchissent et rougissent à l'intérieur comme à l'extérieur. Le Dragon ne meurt point s'il n'est tué au moyen de son frère et de sa soeur, et non par l'un d'entre eux seul, mais par tous deux ensemble."

"L'Escalier des Sages : "D'autres affirment qu'un véritable corps doive être ajouté à ces deux-là, afin de renforcer et abréger l'opération."

"Le Trésor des Sages" : "Notre Pierre possède corps, âme et esprit, le corps imparfait est le corps, le ferment l'âme, et l'eau l'esprit."

"Le Chemin du Chemin" : "L'eau est appelée l'esprit, car elle donne vie au corps imparfait et mortifié, et lui confère une meilleure forme; le ferment est l'âme, car il donne vie au corps, et le modifie en lui accordant sa nature propre."

Encore : "Tout le Magistère est accompli avec notre eau, et par elle. Car elle dissout les corps, les calcine et les réduit en terre, les transforme en cendres, les blanchit et les purifie, comme dit Morienus : 'Azoth et feu purifient Latone, c'est-à-dire la lavent et lui retirent totalement son obscurité ; Latone est le corps impur, Azoth est le vif-argent'."

"Le Son de la Trompette : "Comme sans le ferment il n'est pas de teinture parfaite, selon ce que disent les Sages, ainsi il n'est pas de bon pain sans levain. En notre Pierre, le ferment est semblable à l'âme, qui donne vie au corps mort par l'entremise de l'esprit, ou Mercure."
"Le Rosaire" et Pierre de Zalentum affirment : "Si le ferment, qui est le moyen de la conjonction, est disposé au début, ou au milieu, alors l'oeuvre est plus rapidement portée à la perfection."

"Le Son de la Trompette : "L'Élixir des Sages est composé de trois choses, à savoir la Pierre Lunaire, la Solaire, et la Mercurielle. En la Pierre Lunaire est soufre blanc, en la Pierre Solaire soufre rouge, et la Pierre Mercurielle contient les deux, en cela réside la puissance du Magistère tout entier."

Eximenus : "L'eau, avec ses adjoints, disposée dans un vase, les préserve de la combustion. Les substances étant broyées avec l'eau, il s'ensuit l'ascension de l'Ethelia, et l'imbibition de l'eau est d'elle-même suffisante pour achever l'oeuvre."

Platon : "Prenez des corps fixes, unissez-les, lavez le corps dans la substance corporelle, et laissez-le s'affermir au contact du corps incorporel, jusqu'à ce que vous le changiez en corps véritable."

Pandolphus : "L'eau fixe est pure eau de vie, et nul poison teintant n'est engendré sans l'or et son inséparable compagne. Qui teinte le poison des Sages avec le Soleil et sa compagne a atteint la plus grande des sagesses."

Encore : "Séparez les éléments par le feu, unissez-les grâce au Mercure, et le Magistère est achevé."

Exercit, 14 : "L'esprit garde le corps et le préserve du feu, le corps clarifié empêche l'esprit de s'évaporer sur le feu, le corps étant fixe et l'esprit incombustible. D'où que le corps ne puisse être brûlé, car le corps et l'esprit sont un par l'entremise de l'âme. L'âme les empêche d'être séparés par le feu. Et donc, les trois ensemble peuvent défier le feu comme d'ailleurs n'importe quoi d'autre au monde."

Rhasès ("Le Livre des Lumières") : "Notre Pierre est nommée après la création du monde, étant trois et toutefois une. Nulle part ailleurs on ne trouve notre Mercure plus pur que dans l'or, l'argent, et le Mercure vulgaire."

Lorsque corps et esprits sont dissous, ils sont résous en les quatre éléments, qui deviennent substance ferme et fixe. Mais lorsqu'ils ne sont pas ensemble dissous, il reste une mixture que le feu peut néanmoins désunir."

Rosinus : "Dans notre Magistère il y a un esprit et des corps, d'où qu'il est dit : Il se réjouit d'être semé dans les trois substances associées."

Calid : "Apprêtez les corps vigoureux par l'humidité dissoute, jusqu'à ce que chacun soit réduit à sa forme subtile. Si vous ne subtilisez et ne broyez point les corps jusqu'à ce qu'ils deviennent impalpables, vous ne trouverez pas ce que vous cherchez."

Rosinus : "La Pierre se compose de corps, âme, et esprit, ou eau, comme disent les Philosophes, et est digérée dans un vase. Tout notre Magistère est de notre eau, et par notre eau, qui dissout les corps, non dans l'eau, mais par une véritable solution philosophique dans l'eau d'où sont extraits les métaux, et est calcinée et réduite en terre. Elle rend jaunes comme cire ces corps en la nature desquels elle est transformée ; elle substantialise, blanchit, et purifie le Léton, suivant la parole de Morienus."

Aristote : "Prenez votre fils chéri, et mariez-le à sa soeur, sa soeur blanche, en mariage égal, et offrez-leur la coupe d'amour, car c'est nourriture qui pousse à l'union. Toutes choses pures doivent être unies à des choses pures, ou elles auront des enfants différents d'eux-mêmes. Par conséquent, pour commencer, ainsi que le conseille Avicenne, sublimez le Mercure et purifiez dedans des corps impurs. Puis broyez et dissolvez. Répétez cette opération encore et encore."

Ascanius : "Excitez la guerre entre cuivre et Mercure jusqu'à ce qu'ils se détruisent et se dévorent l'un l'autre. Alors le cuivre coagulera le vif-argent, le vif-argent congèlera le cuivre, et les deux corps deviendront une poudre par le biais d'imbibition et de digestion assidues. Réunissez l'homme rouge à la femme blanche jusqu'à ce qu'ils deviennent Ethelia, c'est-à-dire vif-argent. Qui les change en esprit au moyen du vif-argent, et les rend alors rouges, peut teindre n'importe quel corps."

Pour ce qui est de la nature de ce cuivre, Gratianus nous instruit par les mots suivants : "Rendez Latone blanche, i.e., cuivre blanchi avec Mercure, car Latone est un corps orange et imparfait, composé d'or et d'argent."

Je vous conseille à tous sans exception de suivre mon enseignement, l'exactitude de mes citations des Anciens ne laissant aucun doute et mes propres expériences l'ayant confirmé plus encore. Tout écart de cette voie mène à la déception, à la seule exception de l'oeuvre de Saturne, qui doit être réalisée par la subtilisation des principes. Les Sages disent que les choses homogènes ne se combinent qu'entre elles, se rendant l'une l'autre blanches et rouges, et permettant la génération commune. Le point important est que le Mercure doit agir sur notre terre. C'est l'union du mâle et de la femelle dont les Sages nous parlent tant. Après que l'eau, ou vif-argent, soit une fois apparue, elle croît et se multiplie, car la terre devient blanche, et l'on nomme cela imprégnation. Puis, le ferment est coagulé, i.e., joint au corps imparfait préparé, jusqu'à ce qu'ils deviennent un en couleur comme en apparence : l'on appelle cela naissance de notre Pierre, que les Sages nomment le Roi. De cette substance, il est dit dans "L'Art de l'Alchimie" que si quelqu'un roussit cette fleur, et sépare les éléments, le germe générateur est détruit.

Je conclurai par ces mots d'Avicenne : "Le véritable principe de notre oeuvre est la dissolution de la Pierre, car les corps dissous ont endossé la nature des esprits, i.e., car leur qualité est plus sèche. Parce que la solution du corps est accompagnée de la coagulation de l'esprit. Sois donc patient, digère, broie, rends jaune comme la cire, et ne sois jamais las de répéter ces opérations jusqu'à ce qu'elles soient absolument parfaites. Car les choses saturées d'eau sont de ce fait adoucies. Broie davantage la substance, adoucis-la plus, et subtilise ses parties grossières, jusqu'à ce qu'elles soient totalement pénétrées de l'esprit et ainsi dissoutes. Car en broyant, en brûlant, en cuisant, les parties tenaces et visqueuses des corps sont séparées."

Enfin, j'aimerais que vous compreniez, fils de la connaissance, qu'il y a trois solutions dans l'oeuvre des Sages.

La première est celle du corps grossier.

La seconde est celle de la terre des Sages.

La troisième est celle qui survient durant l'accroissement de la substance. Si vous considérez assidûment tout ce que j'ai dit, ce Magistère vous sera connu. Quant à moi, combien j'ai souffert pour cet Art, l'histoire le révélera aux siècles futurs.

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Published by E. Kelly - dans Alchimie
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 10:56

PREMIÈRE PARTIE : Arguments apologétiques

I    Les quatre Éléments

Et afin de procéder clairement et métho­diquement, il est à supposer premièrement comme très-véritable que toutes les choses sublunaires sont simples ou composées. Les simples sont celles qui composent les mixtes; les composées sont celles qui procèdent du mélange des simples. Les simples sont celles qui ne contiennent qu’une qualité prédomi­nante des quatre radicales; les composées sont celles qui sont mélangées de ces quatre premières. Ces substances simples s’appellent Éléments, parce qu’elles sont les principes premiers dont tout le reste est composé. Et, en effet, nous connaissons que tous les mixtes seulement sont composés du chaud, du froid, du sec et de l’humide, d’où vient que ces quatre Éléments se trouvant opposés et agissant à raison de leur contrariété les unscontre les autres, s’altèrent doublement, et par rémission et par intention, et par cette double altération changent le premier et vrai tempérament nécessaire à la durée de chaque chose et en font un autre propre à produire un nouveau mixte. Aussi nous remarquons que les êtres qui n’ont point de contraires sont immortels et non sujets à la corruption pourvu que, d’ailleurs, il n’y ait point d’autre cause qui les puisse détruire, comme il arri­verait en l’âme raisonnable si elle n’était pas capable d’agir hors de son corps. Je veux dire qu’en ce cas elle serait mortelle bien qu’elle n’ait aucun contraire, parce que l’être n’étant que pour l’action, il ne peut subsister dans l’état de ne pouvoir agir. Je ne dis pas pourtant que les quatre pre­mières qualités soient contraires dans toute leur étendue, puisque partout elles s’ac­cordent pour composer tous les tempéra­ments. Je veux seulement dire qu’elles ne se combattent qu’en un certain degré sous lequel nous devons toutefois admettre une certaine latitude, le tempérament ne consis­tant pas dans un indivisible. Mais lorsqu’elles sortent de cette latitude, elles détruisent suffisamment le tempérament qui conserve le mixte et en composent un autre. Et de là vient cette corruption générale que nous voyons dans tous les composés de cette basse région.

II   Les trois Principes

II est certain, en second lieu, que tous les composés de ces quatre Éléments se réduisent en trois Principes, à savoir, en Soufre, Sel et en Mercure qui, selon leurs divers mé­langes, composent toutes les choses sublu­naires, quoique infinies en nombre, en pro­priétés et en vertus. C’est un beau sujet de méditation et un digne motif d’admirer l’Au­teur de la Nature, de voir que cette grande variété de fleurs, de feuilles et de fruits, de pierreries et de métaux, cette diversité d’es­pèces parmi les animaux ne provient que du divers mélange de trois choses. Cette vérité paraît très évidente, puisque dans la résolu­tion de tous les composés nous y voyons ces trois choses et rien de plus. Nous y voyons une partie terrestre, une aqueuse et une sul­furée. Nous y voyons un corps, une âme et un esprit et dans ce ternaire nous y voyons pareillement le quaternaire des quatre qua­lités et éléments. Le corps est composé de terre et d’eau, et nous l’appelons Mercure; l’âme est composée d’air et de feu, et nous l’appelons Soufre. Le Sel est comme la matière, le Soufre comme la forme, et le Mer­cure le moyen unifiant, car, comme le corps et l’âme participent des qualités trop éloi­gnées et opposées, le Mercure qui participe des qualités de l’âme et du corps sert de médiateur; et comme il est eau et air, et qu’en tant qu’il est eau il participe du corps, et en tant qu’il est air il approche de l’âme, de là vient qu’il fait la liaison du Sel avec le Soufre, du corps avec l’âme. Et il est vrai que selon le mélange de ces trois choses, de ce Sel, de ce Soufre et ce Mercure, l’un sur l’autre et l’un avec l’autre, procède cette admirable diversité de toutes choses. Et afin de ne rien oublier, je vous dirai que ce mélange se fait , en trois façons, suivant les trois actions dif­férentes qui se rencontrent entre les Éléments, savoir : l’action du feu sur l’air, de l’air sur l’eau et de l’eau sur la terre qui, comme la base et le principe purement passif, ne peut agir et n’agit point. L’action du feu sur l’air fait le Soufre, l’action de l’air sur l’eau fait le Mercure et l’action de l’eau sur la terre fait le Sel. Et parce qu’il n’y a que ces trois sortes d’actions entre les Éléments, il n’y peut avoir que ces trois choses dans tous les composés de la nature inférieure. C’est pour cela aussi que nous voyons que tous les mixtes d’ici-bas ne se conservent, nourrissent et entretiennent que par ces trois Principes, d’autant que chaque chose est nourrie, entretenue et conservée par les mêmes Principes dont elle est composée. Il semble aux yeux des ignorants que tous les mixtes se nourrissent de mille choses diffé­rentes, mais non aux yeux des Philosophes qui ne reconnaissent qu’un seul aliment pour tous les mixtes d’ici-bas. Comme ils sont composés de Sel, de Soufre et de Mercure, ils ne se nourrissent que de Sel, de Soufre et de Mercure; et bien que ces trois choses paraissent tant diversifiées, c’est que la Nature mignarde ses ouvrages et les revêt diversement pour contenter les différents tempéraments de toutes choses. Elle fait comme un habile cuisinier qui d’une même chose fait des ragoûts tous différents et pré­pare les mêmes aliments de mille différentes manières. Toutes ces différentes espèces qui nous étonnent par leur diversité ne sont qu’une même chose diversement assaisonnée et mélangée. Les minéraux, les végétaux et animaux paraissent se conserver et se nourrir diversement; ils n’ont toutefois tous qu’un même aliment composé de Soufre, de Sel et de Mercure. La même chose qui conserve fait croître et élève les plantes, conserve et nourrit les métaux, les minéraux et animaux, et cet aliment commun est le baume de la Nature, composé de ces trois choses qui font tout, conservent tout et se trouvent partout. Il est attiré dans nos jardins par nos simples, dans nos parterres par nos fleurs, dans nos mon­tagnes et cavernes par nos minières, et, parmi les animaux, par les estomacs. Il se fait plante dans les jardins, fleur dans les parterres, métal dans les minières et animal dans notre corps. Les plantes et les minéraux le sucent dans la terre immédiatement et les animaux le sucent par l’entremise des plantes et des animaux mêmes; comme les natures minérale et végétale ne sont pas si parfaites que l’animale, et sensitives, elles le sucent sans préparation et moins déterminé; mais parce que les animaux sont plus parfaits et exercent les opérations des sens, ils le sucent plus préparé, plus poussé et plus conforme à leur tempérament; mais c’est toujours le même baume préparé diversement qui les nourrit et les conserve chacun à leur mode et suivant leur constitution; et, bien que souvent il soit enveloppé de crasse, d’impuretés d’ordures, la vertu et chaleur naturelle de chaque chose ne laisse pas de l’attirer à soi quand elle est assez forte et sépare d’une façon toute miraculeuse toutes ces hétéro­gènes et étrangères enveloppes : d’où vient que nous voyons par expérience que les animaux jettent autant d’excréments en appa­rence qu’ils ont pris d’aliments. C’est qu’ils ne retiennent que ce baume qui est en chaque chose et qui est en très petite quantité. Ce reste n’est qu’un déguisement, une boîte ou, si vous voulez, une prison où il est enfermé. Cet aliment universel nous était figuré par la Manne qui contenait toutes sortes de saveurs et qui s’accommodait au goût de tous ces peuples au désert. Nous remarquons aussi que les terres qui n’ont point de ce baume, que le vulgaire appelle Sel, sont stériles et ne rapportent rien et que tout meurt à mesure qu’il manque de ce baume. Si donc tout est conservé par ce baume fait de Sel, de Soufre et de Mercure et si nous découvrons ces trois choses, et rien de plus, dans les résolutions de tous les composés, c’est une marque très-évidente que tout est fait et composé de ces trois choses.

III   La Matrice et le Vaisseau universel de la Nature

Puisque tout est composé de ces trois Prin­cipes, Soufre, Sel et Mercure, suivant, comme nous avons dit, les trois actions diverses des Éléments, il faut nécessairement qu’il y ait un composé général de ces trois choses qui en procède immédiatement, parce que aussi­tôt que les Éléments agissent les uns sur les autres, ils n’agissent pas pour porter d’abord leur mélange dans le dernier degré où la Nature peut atteindre; d’autant qu’agissant sagement en tout ce qu’elle fait elle marche pas à pas et elle avance de degré en degré; jamais elle ne saute en ses ouvrages, elle passe toujours par le milieu, et cela s’observe et se remarque en toutes les opérations qu’elle produit dans ses trois règnes; son intention est bien d’aller au plus parfait, mais non sans passer par les milieux qui l’y conduisent. Quand elle travaille dans les minières, elle ne prétend pas faire du Plomb, de l’Étain, du Mercure, du Fer, du Cuivre, ni même de l’Argent, mais seulement de l’Or. Mais comme elle est toujours sage et suit les mouvements de son auteur, elle n’entend pas faire de l’Or d’abord et dans son premier pas; et, travaillant dans le règne des plantes, elle veut faire des simples et des arbres par­faits mais non pas en un jour; parmi les animaux elle prétend former, élever et orga­niser un corps avec toute la beauté qu’elle peut, mais non sans faire plusieurs différentes démarches. Et comme, travaillant dans un règne particulier et déterminé, elle va pas à pas, aussi auparavant que de passer dans le particulier, elle commence par le général et par la première action de ses Éléments; elle fait un mixte universel et général qui se ren­contre par toute la terre, cet élément étant la matrice et le vaisseau universel de la Nature et, de ce mixte général, tous les autres sont composés; c’est de lui qu’ils prennent leur naissance, c’est par lui qu’ils s’élèvent, qu’ils s’entretiennent, qu’ils se conservent et se nourrissent; il forme et enrichit les minéraux et les métaux; il compose et fait croître les plantes; il fait et il nourrit les animaux. C’est ce premier ouvrage des Éléments estimés par les Sages plus que tout l’Or du monde; c’est ce sujet vil et précieux; c’est cette matière qui n’est pas la première, mais quasi la première; c’est cette pâte qui fait tous les pains cuits de la Nature; c’est cet Or des Philosophes, c’est la semence de l’Or, c’est cette pierre miné­rale, végétale et animale et qui pourtant n’est minérale, végétale ni animale; c’est ce Mer­cure qui comprend tout ce que cherchent les Sages, c’est cette eau qui ne mouille pas les mains; c’est ce Prothée qui se revêt de toutes les couleurs; c’est ce poison et c’est cet anti­dote, c’est ce feu de nature, c’est ce bain du Roi et de la Reine, c’est ce fils du Soleil et de la Lune, c’est l’Androgée des Sages, c’est cette Vénus hermaphrodite qui contient les deux sexes, le mâle et la femelle, le froid, le sec, l’humide et le chaud, en un mot c’est la matière et le sujet des Sages.

IV   Le travail de la Nature

Mais la Nature a ses limites et ses bornes en toutes ses opérations, tant à raison des impu­retés, des taches et des ordures qu’elle ne peut séparer dans sa composition et premier mélange des Éléments en ses Principes, que pour l’indisposition de la matière ou du lieu où elle travaille pour faire son mélange et pour le défaut de la chaleur nécessaire à réitérer et pousser plus avant ses mêmes opé­rations. De là vient que son premier composé général est impur et moins élevé et par conséquent ses Principes restent généraux. Ce Soufre général, ce Mercure général et ce Sel générai dont tous les mixtes particuliers sont composés participent de la même impu­reté et imperfection de leur naissance. C’est une tache ou un péché originel qu’ils tirent de leur source, c’est une souillure qui vient du père et de la mère et qui est communiquée à tous les mixtes particuliers par voie de génération. Les crasses, les fèces, les terrestréités, sulfuréités, les phlegmes et autres impuretés semblables, que nous voyons aux métaux imparfaits, sont des effets de ce péché. L’âpreté, l’aigreur, la crudité, les indigestions, l’immaturité et autres pareils défauts qui se remarquent aux végétaux sont des ruisseaux de cette source. Les maladies et les infirmités que les animaux souffrent sont des marques de ce venin et il n’y a rien dans toute la nature sublunaire qui n’ait été conçu et engendré avec ce péché et cette tache originelle. L’Or même qui est le plus parfait composé d’ici-bas n’a point été conçu sans cette tache et la conception des plus purs n’a point été immaculée. Il est vrai que son Sel, son Soufre et son Mercure sont les plus épurés. Toutefois ils ne sont point exempts de certaines taches centrales, moins gros­sières que celles qui se rencontrent dans les autres métaux, comme il paraît par leurs dissolutions. De plus, il n’est pas tant élevé qu’il pourrait être, n’ayant dans le mélange et constitution de ses trois Principes que le poids, la teinture et la fixation qui lui sont nécessaires et n’en pouvant communiquer aux autres. Et nous remarquons que tous les mélanges qui se font des autres métaux et minéraux avec l’Or, quoique purifiés par leurs ciments et autres procédés, ne sont pas des augments de cet Or, mais qu’après tous ces travaux on trouve toujours l’Or au même état qu’il était auparavant et les métaux que l’on a mélangés nullement exaltés. Nous voyons aussi que la nature demeure des centaines d’années à faire le plus beau et le plus riche de ses mixtes ou composés élémentaires. C’est à raison de ses impuretés originaires qui amortissent la force et la vigueur des actions de la Nature, que celle-ci, manquant de chaleur nécessaire pour porter et pousser ses digestions au point qu’elle voudrait, est contrainte de continuer le même travail pour faire en un long temps ce qu’elle ferait en peu par des opérations plus fortes et vigou­reuses.

V  Le travail de l’Art

Or si ce mixte général, impur dans sa naissance et qui infecte tous les mixtes particuliers de son premier venin, étant leur fondement, leur nourriture et aliment, était exempt de ses impuretés et taches originelles et si le mélange des Principes qui sont sa composition était exalté en eux-mêmes et rendu plus parfait, il est certain qu’il aurait le pouvoir d’exalter, élever et perfectionner; car si, dans sa faiblesse et dans son mélange imparfait, il fait, il nour­rit, il élève et conserve tant de belles et di­verses espèces au règne minéral, végétal et animal, que ne ferait-il pas si son mélange était pur et parfait? Sans doute il produirait des mixtes beaucoup plus beaux, il les nour­rirait plus abondamment, les conserverait plus fortement et les élèverait plus hautement, Mais il est vrai, et personne n’en peut jamais douter, que l’Art, se joignant à la Nature, peut donner cette perfection et cette pureté en supplément à tous les défauts de la Nature. Ce qu’il peut faire et fait premièrement quand il sépare les taches et les ordures des trois Principes généraux, leur fournissant une matière, un lieu ou un vaisseau plus conve­nable que n’est celui où la Nature opère, qui est rempli de crasses et de mille sortes d’im­mondices. Secondement, en administrant un feu plus proportionné, plus fort et qu’il manie plus à son gré et comme il veut, pour réitérer avantageusement et avec surcroît les mêmes opérations que la Nature pratique en ses ouvrages et son mélange qui sont digestion, évaporation et distillation, purifiant les trois Principes en rejetant les crasses et les parties plus grossières du Sel, les aquosités superflues du Mercure et les parties adustibles du Soufre. L’Art perfectionne le Sel, le Soufre et le Mercure en digérant, évaporant et distil­lant plus fortement et plus souvent que ne peut la Nature, qui, sans l’aide et le secours de l’Art est défectueuse et n’a pas assez de chaleur pour bien faire et ainsi pousser et réitérer ses opérations.

VI  La Médecine universelle et l’Élixir des Philosophes

Si l’Art et la Nature, ou plutôt si la Nature aidée de l’Art peut faire le mixte général très-parfait, il est indubitable qu’étant appliqué aux mixtes particuliers, impurs et imparfaits l’Art les perfectionnera et portera leurs Principes dans leur dernière pureté. Étant joint avec les métaux imparfaits, il en fera de l’Or qui est le terme de la Nature au genre minéral. Pareillement, il rendra les végétaux capables de produire promptement les meilleurs fruits dans leur espèce et guérira les animaux de toutes les maladies et sera la panacée, la Médecine universelle à tous les mixtes et composés de la Nature, parce que le bien, par inclination essentielle envers ce qui lui est semblable et proportionné, s’y joint et s’y attache et partant, le très-grand bien qui est dans ce mixte parfait, rencontrant dans les mixtes particuliers quelque chose de bon, il l’embrasse et s’y unit étroitement; et ainsi en s’unissant avec lui, il l’accroît et l’augmente; et, par raison contraire, ayant une aversion essentielle beaucoup plus forte contre le mal, il rejette tout le mal qu’il rencontre dans les mixtes et, par conséquent, il purifie, il per­fectionne, il exalte, il conserve, il guérit tous les sujets où il est appliqué suffisamment et comme il faut. C’est sur ces fondements que se sont appuyés tous les Philosophes quand ils ont attribué tant de merveille à leur Élixir, quand ils ont dit qu’étant appliqué à l’Or il exaltait sa tein­ture et sa fixation avec exubérance, en sorte qu’il en pouvait communiquer abondamment aux métaux imparfaits; qu’en en jetant un grain ou environ dans de l’eau et en arrosant toutes sortes de plantes, il les faisait produire en peu de temps leurs meilleurs fruits et même au plus fort de l’hiver; qu’étant bu dans les liqueurs convenables aux maladies du corps humain, il guérissait très-promptement, rom­pait le calcul, nettoyait la lèpre, apaisait les gouttes, purifiait le sang, confortait la chaleur naturelle, réparait l’humide radical, chassait l’intempérie et, en un mot, donnait la santé, la force et toute la vigueur que l’animal pour­rait avoir ; qu’étant joint au verre, il le rendait très malléable; au cristal, qu’il en faisait un diamant; au teint, qu’il l’embellissait merveil­leusement; aux pierreries, qu’il augmentait leur dureté, leur brillant, leur couleur, leur beauté et leur prix. Ce n’est pas aussi sans raison qu’ils ont dit que cet Élixir se pouvait multiplier en quan­tité et en vertu jusqu’à l’infini, puisque tant plus qu’il se fait de digestions d’un sujet, de distillations et d’évaporations, tant plus il se dépure et il s’exalte; et l’Art peut répéter ces trois opérations autant qu’il veut; il peut aussi administrer plusieurs fois les Principes qui le composent et qui, partant, le multi­plient. C’est sur ces mêmes fondements que je m’ap­puie pour fermer la bouche à nos ignorants présomptueux qui osent entrer en compromis avec les Sages du temps et de l’Antiquité et pensent triompher de la vérité par des raisons frivoles qu’ils opposent aux principes iné­branlables et assurés de la Philosophie. Qu’ils ne se mettent pas de nouveau en colère si j’appelle frivoles et légères leurs plus fortes objections. C’est le plus doux épithète que je leur puis donner et, afin de le faire avouer à eux-mêmes et les confondre davantage, bien qu’elles ne soient pas dignes d’arrêter nos esprits et ne méritent point de réponse, exa­minons-les toutes en détail et en particulier, et faisons leur honneur d’y répondre à leur confusion, à l’avantage de la vérité qui, ne pouvant être vaincue, éclate d’autant plus qu’elle est persécutée et traversée, et que les armes dont on se sert pour la combattre sont faibles contre son bouclier.

DEUXIÈME PARTIE

Réponses aux objections

Première objection

Le premier trait de l’ignorance en ce rencontre est de dire que, depuis la naissance du monde jusqu’à nos jours, nous ne trouvons pas que personne ait accompli cet Œuvre et que, par cette raison, nous devons croire que l’entre­prise en est vaine et le succès impossible. Je laisse à juger à tout le monde si cette première objection n’est pas tout à fait ridicule, et si c’est raisonner en habile homme de conclure à l’impossible par la négation d’un fait. Celui qui dirait que Dieu ne peut créer de nouvelles créatures s’il voulait parce qu’il ne les a pas encore créées, que le Roi ne peut faire des armées de cent mille hommes parce qu’il n’en a point encore levé de si nombreuses, passerait-il pas justement pour dénué de sens? C’est une maxime dans la Logique que la conséquence est vicieuse, qui infère, par la privation de l’acte, un défaut de puissance. Ainsi, quand il serait vrai que personne n’a jamais fait le Grand Œuvre des Sages, l’on ne pourrait pas en inférer que le succès est impos­sible.

Mais tant s’en faut que nous devions accorder que cet Œuvre n’a pas été fait; plutôt nous devons et pouvons croire raisonnablement que plusieurs Philosophes favorisés de la grâce du Ciel l’ont vu, l’ont manié, l’ont accompli et s’en sont heureusement servi. Autrement, il faudrait révoquer en doute les écrits de plusieurs grands personnages qui l’assurent avec serment. Si le rapport de deux ou trois témoins, pris même du commun du peuple, fait foi parmi les hommes, si celui d’un homme d’honneur et de mérite rend une créance raisonnable, à plus forte raison le rapport de plus de cent grands hommes illustres en piété, en vertu, en science, fait un témoignage très-probable que cet ouvrage a été fait, et nous devons beaucoup plus à leur autorité qu’à l’imagination d’un insensé vul­gaire qui fait des sens l’arbitre de toutes les créances. Le grand Hermès, appelé Mercure Trismégiste, qui a eu toute la connaissance de la Nature, qui même s’est élevé jusqu’a à découvrir quelques rayons du mystère inef­fable de la sacrée Triade, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, Salomon, Calid, roi des Égyptiens, Geber, roi des Arabes, Morienus Romain entre les Anciens, Arthéphius, Synésius, Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve, Bernard, comte de Trévisan, Roger Bacon, Basile Valentin et tant d’autres personnages marqués au meilleur coin de tous les siècles, qui assurent tous non seulement que cet œuvre est possible, mais qu’ils l’ont achevé et par­fait, et qui en ont usé pour leur santé, ont vécu plus longtemps que le commun des hommes et en ont assisté leur prochain, sont-ils pas plus croyables que les plus ren­forcées troupes des ignorants? Certes, un témoignage de cette nature est trop fort pour émousser ce premier trait et faire connaître à tout le monde que l’antécédent et la consé­quence de leur première objection se dé­truisent par une fausseté très-évidente.

Deuxième objection

Si ce Grand Œuvre de chimie était possible, qui promet une santé entière et une grande abondance de richesses, ceux qui s’adonnent avec passion à cette science devraient être les plus riches et les plus sains du monde. Nous voyons cependant qu’ordinairement ils sont les plus infirmes et les plus pauvres. A n’en point mentir, promettre de guérir les gouttes, la lèpre, l’hydropisie, la paralysie et autres maladies qu’on appelle incurables et être podagre, lépreux, paralytique, graveleux et hydropique, promettre des montagnes d’or et n’avoir pas le sol, être tout nu et couvert de poux, c’est s’exposer à la risée de tout le monde et passer pour ridicule dans ses propo­sitions, fourbe dans ses promesses et com­mettre à la censure du public cet Art de faire de l’Or et de guérir. A n’en point mentir, si ceux qui travaillent à ce chef-d’œuvre de chimie, avec un heureux suc­cès, étaient les plus infirmes et les plus pauvres cette seconde objection passerait dans mon esprit pour invincible. Mais de dire que l’art de guérir et de faire de l’Or soit chimérique parce que mille sortes de canailles, prétendant en acquérir la théorie et la pratique, s’oc­cupent toute leur vie à chercher les moyens de ce faire par des voies tout à fait éloignées, soufflent jour et nuit, suent sans repos après leur teinture, leur fixation de Lune et de Mer­cure, leur extraction du Mercure, de Saturne et d’Antimoine, leur circulation, leur es­sence, leur poudre et amalgame de matières diverses et étrangères et qui pourtant mangent et dissipent leur bien et celui de leurs amis qu’ils abusent par mille vaines espérances et que Dieu permet être trompés en châtiment de leur ambition et ensuite, remplis de fumées mercurielles et arsenicales, de leurs matières ou de leurs charbons, deviennent goutteux, podagres et envenimés de maladies chro­niques, ce serait un très-mauvais raisonne­ment. Et puis, il est certain que ceux qui tra­vaillent avec succès vivent cachés et inconnus et que ceux qui travaillent vainement se pro­duisent partout. La prudence accompagne in­séparablement les savants qui possèdent ce don de Dieu, et la vanité et l’ostentation sont attachées à ceux qui cherchent et qui ne trouvent que de la fumée. Ceux-ci sont tou­jours pauvres et infirmes, mais les autres jouissent avec plaisir et richement du fruit de leurs travaux. Ne dites donc pas que ceux qui s’adonnent à cette divine science sont pauvres et infirmes; dites seulement que ceux qui s’y adonnent vainement vivent dans la pauvreté et dans la langueur et meurent souvent dans le mépris et l’infamie, car pour ceux qui s’y exercent savamment et sagement, puisque la prudence les tient clos et couverts, vous ne les connaissez pas et n’en sauriez porter un entier jugement; et si vous étiez assez heureux de les connaître, vous remarqueriez une pru­dence dans leur agir, une charité en leurs ac­tions, une probité en leurs mœurs, une modes­tie en leur port, une retenue en leurs paroles et toutes les marques d’une bonne santé en leur visage.

Troisième objection

Mais vous direz encore que ce ne sont pas seu­lement ceux que j’appelle canailles qui tra­vaillent vainement en cet œuvre; que tous les siècles en ont vu qui passaient pour des savants et des grands hommes et qui, après avoir passé des trente et quarante années à la re­cherche de ce grand Élixir, n’ont rien trouvé de vrai et de réel et ont confessé hautement que c’était une présomption de l’entreprendre, une vanité de l’espérer et une folie d’y em­ployer beaucoup de temps. Que si tant d’hommes de mérite qui ont eu les approbations publiques et qui, avec la pointe de leur esprit, pénétraient les plus cachées et plus sublimes vérités se sont épuisés dans cette re­cherche et n’en ont rapporté qu’un très-sen­sible déplaisir d’y avoir perdu leur temps et leur huile, est-ce pas une très-forte conjec­ture pour révoquer en doute la possibilité de l’art? Il n’est pas difficile de répondre à ce point. Premièrement, c’est une question si plusieurs grands personnages savants en la Philoso­phie y ont travaillé vainement. Je mets en fait que, si l’on est vraiment savant, l’on travaille en secret, et qu’il n’y a que les ignorants qui font gloire de publier leurs travaux, d’étaler de grands laboratoires pour leurrer et attra­per les plus forts entre les curieux et, par conséquent, qu’on ne peut savoir bien aisé­ment si plusieurs savants hommes ont travaillé sans réussir. Mais supposons, en effet, que tous les siècles en ont vu qui, avec de très-grandes lumières, ont rencontré en cet ou­vrage une pierre d’achoppement plutôt qu’un Élixir de vie, que pouvez-vous tirer de là si­non que tous ceux qui travaillent ne réus­sissent pas, et je l’accorde volontiers. Mais si par-là vous pensez faire croire que l’Art n’est pas possible, vous méritez que l’on se rie de vous. Celui qui dirait : mille personnes et même des plus expertes en l’art de naviguer ont entrepris le voyage de l’Amérique sans jamais y pouvoir arriver, donc ce voyage est impossible, le renverrait-on pas aux premiers rudiments de la Logique? Les plus grands esprits ne sont pas infaillibles et toutes nos plus grandes lumières sont mé­langées d’obscurités et de ténèbres. L’ou­vrage des Philosophes est un simple ouvrage de Nature et il se trouve que la plupart des grands esprits du monde s’éloignent de la simplicité et, étant trop subtils en leurs pen­sées et en leur agir, s’évanouissent en leurs conceptions et s’égarent du droit sentier de la Nature. Davantage, les esprits des hommes sont bornés. Ils sont éclairés pour de cer­taines choses et aveugles en d’autres, voire les plus élevés sont idiots dans les moindres su­jets. Ils raisonneront merveilleusement, ils se feront admirer en leurs discours dans des matières générales et, s’il faut tant soit peu descendre dans le particulier, ils perdent la tramontane et trouvent tous leurs plus beaux raisonnements défectueux. Par exemple, que l’on fasse un discours sur quelque qualité pre­mière, un bon esprit dira des merveilles. Il dira que la qualité du sec est opposée à celle de l’humide, que tant plus une chose est sèche, tant moins elle est facile à se résoudre. Par­lant ainsi en général, il persuadera tout ce qu’il dit et s’efforcera de le persuader aux autres. Mais s’il vient à faire l’application de cette théorie, sans doute il deviendra aveugle. Il verra que la pierre est sèche de sa nature et qu’en effet par cet raison, étant mise dans l’eau, elle ne se résout pas. Mais aussi il verra que la pierre étant calcinée est plus sèche qu’elle n’était auparavant, puisque le feu a emporté le peu d’humide qu’elle avait, et toutefois elle se résout plus facilement calcinée ; et pourtant elle est plus sèche calcinée que ne l’étant pas, et voilà ces belles spéculations renversées : pour vous dire que les plus grands esprits, ou qui passent pour tels à cause de leurs subtilités et beaux discours, sont arrêtés au premier pas quand il leur faut faire des applications de leurs principes. Ainsi tous ceux qui sont estimés pour de grands personnages ou ne le sont pas, en effet, ou leur trop grande subtilité les égare du sentier de la vérité où ils trouvent des bornes et limites dans leurs entreprises. Ainsi ce ne serait pas grande merveille si plusieurs de ces hommes que l’on appelle grands avaient entrepris cet Élixir de vie et n’avaient pas bien réussi, mais ce ne serait pas aussi un rai­sonnable fondement pour renverser sa possi­bilité.

Quatrième objection

D’où vient donc que cette occupation est blâmée de tout le monde et même des plus sages? D’où vient que d’être fou ou fourbe et chercher la Pierre Philosophale, c’est une même chose au sentiment du public? Quand vous me dites que les Sages blâment ceux qui s’occupent à la recherche et à la pratique de cet Œuvre, c’est comme si vous me disiez que les plus vertueux blâment la plus héroïque action de vertu, les plus justes, le plus noble effet de la justice, puisque cet ouvrage est l’un des principaux effets de la Sagesse et c’est pour cela qu’il est appelé le secret des Sages, l’ouvrage des Savants, le Grand Œuvre de l’Art et de la Nature et la Pierre des Philosophes. Si vous disiez que ceux qui passent pour Sages et qui ne le sont pas n’approuvent pas cette occupation, j’en demeurerais d’accord avec vous, mais ce se­rait un faible motif pour la condamner. J’avoue pareillement que la plupart du monde la condamne, mais tant s’en faut qu’il faille tirer de là qu’elle est blâmable. Plutôt j’en tire un motif de sa justification puisque, comme dit l’Écriture, le monde est tout rem­pli de fols, et les fols ne peuvent approuver ce qui procède de la Sagesse. C’est pour cette raison que les belles choses sont toujours traversées, que les meilleurs desseins ne trouvent point d’appui et que les plus hautes vérités sont méprisées et ne sont point connues. Savons-nous pas que la vérité même, étant descendue du ciel en terre pour se manifester et se faire connaître, n’a ren­contré que des persécuteurs quand elle a parlé, pour éclairer l’esprit des humains, des plus hautes et divines doctrines. L’on a de­mandé des signes, l’on a vu dans les villes des murmures et des soulèvements et il a fallu justifier ces paroles par mille morts, mille martyrs et mille effusions de sang. Au contraire, un faux prophète n’a pas plutôt paru pour publier ses rêveries et ses mensonges qu’en peu de temps il a infecté et profané toute une terre sainte. L’homme est à présent corrompu universellement en toutes ses puissances et, comme le dérè­glement de sa volonté fait qu’il penche du côté du bien ou qu’il préfère les biens appa­rents aux véritables, ainsi le dérèglement de son entendement le porte à embrasser plutôt le taux que le vrai, à mépriser la vérité et aimer le mensonge : d’où vient que l’appro­bation publique n’est pas toujours la voix de Dieu et que ce qui est blâmé par la plu­part des hommes est souvent glorieux et digne de louange. Je sais bien que vous ajouterez que ce blâme universel n’est pas sans fondement et que les fourbes et tromperies de ceux qui professent cet Art, les grands inconvénients qui en arrivent tous les jours et qui en sont arrivés de tout temps sont des voix qui crient haute­ment contre l’Art et contre les Artistes. Mais je vous répondrai aussi que ce fondement « est si faible qu’il tombe de lui-même. J’avoue qu’il s’y est glissé de grands abus dans la pra­tique de cet Art et que plusieurs ignorants, présumant de leurs forces et s’élevant au-dessus de leur portée, se sont de tout temps voulu mêler parmi les Sages, étudier en leurs écoles, s’occuper en la lecture de leurs livres et tenter la pratique de leurs plus grands secrets, mais n’ayant point d’autres guides que leur faible raisonnement, ils ont pris les écrits des Philosophes littéralement, ont employé des années entières, engagé leur temps, leurs biens et leurs amis, sans rien trouver dans leurs vaisseaux que cela même qu’ils y avaient mis dans le commencement, de sorte que, se voyant déçus de leurs espé­rances, ruinés de fond en comble, endettés partout, comme un abîme en attire un autre ils se jettent dans le précipice, ils altèrent les métaux, ils travaillent après des Sophistiques, ils font de mauvais alliages, ils fabriquent de la fausse monnaie et enfin finissent leurs jours sur la potence ou sur la roue. Mais s’il fallait condamner toutes les pro­fessions où il se glisse des abus, sans doute les plus saintes et légitimes seraient sujettes à la censure. Il faudrait bannir les magis­trats puisque nous remarquons dans les plus célèbres sénats des abus insupportables dans l’administration de la justice. Il faudrait ruiner les cloîtres, renverser les temples et abolir les plus saints instituts puisqu’il s’y forme des abus. C’est un mal qui paraît aux yeux de tout le monde que les plus grands abus suivent et accompagnent ordinairement les plus nobles professions. Il ne procède pas toutefois de la nature des emplois et des professions, mais de la malice et de la fai­blesse des hommes, qui sont si faciles à se porter dans le désordre que le moindre vent les y fait choir. Si donc nous remarquons des abus, et de très-grands abus dans l’Art des Philosophes, c’est plutôt un motif pour l’ap­prouver que pour le condamner. Et, au reste, tout cela ne dit rien contre sa vérité et sa possibilité.

Cinquième objection

II n’y a point d’apparence que tous les composés de l’Univers, presque infinis en nombre, qui sont remplis de mille impuretés, sujets à mille sortes de différentes maladies, souillés de mille taches, puissent être guéris, purifiés et nettoyés par un seul remède. Nous remarquons bien en chaque chose des pro­priétés spécifiques et que chaque simple animal et minéral a des qualités propres pour quelque mal particulier, mais la Médecine n’en a point encore découvert qui contienne les propriétés de tous ensemble. Elle dit bien que la rhubarbe purge la bile, l’agaric, la pituite, que la chicorée est spécifique pour les maladies du foie, la minium solis pour le calcul, la pivoine contre l’épilepsie, le rossolis pour le poumon et attribue à tous les particuliers des qualités et des vertus particulières. Comme il appartient proprement au médecin de savoir et juger des remèdes, s’ils n’en ont point reconnu un seul qui soit propre contre toutes les maladies imaginables tant internes qu’externes, est-ce pas une marque évidente qu’il n’y en a point et qu’il n’y en peut avoir et qu’il vaut mieux croire que les vertus de tous les mixtes de l’Univers sont bornées que de s’imaginer que l’on en peut faire un qui les contiendra toutes? A la vérité, cette cinquième objection étant fondée sur l’apparence, je ne m’étonne pas si elle n’a rien de vrai que l’apparence. Vous dites qu’il n’y a point d’apparence qu’un remède puisse être universel et général. Et dites-moi pourquoi vous admettrez plutôt un aliment universel qui nourrit tous les sujets de la Nature élémentaire, qui est tout en tout, tout partout et tout avec tout, qui élève le minéral, fait croître les plantes et nourrit l’animal? Toutes les choses sublunaires vivent-elles pas et se conservent-elles pas par un seul baume de Nature que le vulgaire appelle Sel? Si tout le monde voit et connaît évidemment cet aliment universel, pourquoi ne pourrons-nous pas dire qu’il peut y avoir pareillement un remède universel puisqu’il n’y a rien à faire que d’exalter cet aliment et l’élever tellement par les opérations de l’Art, imitant la Nature, que d’aliment il devienne remède, comme nous exaltons le vin et son esprit en sorte qu’il n’est plus une boisson ordinaire, mais un cardiaque sou­verain? Ainsi étant, auparavant son exalta­tion, un aliment universel, il sera après son élévation un remède universel, car comme il n’agit qu’en deux manières, premièrement confortant la Nature, secondement introdui­sant un parfait tempérament en chaque chose par sa parfaite mixtion d’éléments, son agir et sa vertu doivent être universels, d’au­tant qu’en agissant de la première manière, je veux dire en confortant la Nature, il la rend vigoureuse et assez forte pour rejeter ce qui lui est contraire de quelle façon que ce puisse être. La nature étant fortifiée, elle combat universellement tous les maux qui l’attaquent et, quand elle est assez forte, elle est toujours victorieuse. Secondement, en agissant par l’introduction d’un parfait tempérament dans le mixte, il chasse indifféremment toutes les maladies qui corrompent le sujet où il est appliqué parce que les maladies ne consistent que dans l’intempérie et, de ces deux façons d’agir, nous colligeons très-clairement une vertu universelle en ce remède. Il est le fils du Soleil et de la Lune, dit le grand Hermès, il retient de la Nature de son père et de sa mère et comme le pouvoir de ces deux causes principales est universel, sa vertu pareillement est générale. Ne dites donc plus qu’il n’y a point d’appa­rence qu’un seul remède puisse avoir un pouvoir universel sur toutes les maladies des composés de la Nature, de peur que l’on ne dise qu’il n’y a point d’apparence que vous ayez le sens commun et, si vous n’avez point d’autres raisons, rendez-vous à la force de nos raisonnements.

Sixième objection

Non, l’ignorance n’est pas encore assez humi­liée, elle est vaincue, mais elle n’est pas convaincue. Il lui reste encore un trait qu’elle a gardé pour le dernier comme étant son Achille. Puisque c’est son dernier soupir, donnons-lui le loisir de la voir expirer. Elle dit enfin, après s’être bien débattue en vain, que s’il y avait une Médecine univer­selle, partant incorruptible, l’homme se pourrait rendre immortel. Se rendant immor­tel, il donnerait un démenti à l’Écriture, il contredirait à saint Paul, il appellerait de l’arrêt de mort prononcé contre tous les hommes, ce qui ne peut tomber dans l’esprit d’un homme sage et d’un chrétien. Il se ren­drait immortel parce que, tant que le mélange de ses trois principes, de son Soufre, de son Sel et de son Mercure, sera parfait, il ne sera jamais malade, du moins ab intrinseco. N’étant point malade, il ne mourra jamais. Or est-il que la Médecine que nous supposons, met et conserve les humeurs et les quatre qualités élémentaires dans un parfait accord? Elle entretient le parfait mélange, comme nous avons dit, de ses trois Principes : Soufre, Sel et Mercure. Ainsi elle empêche les maladies et, par conséquent, elle rend immortel ab intrinseco. Voilà sans doute le dernier effort de l’igno­rance et du mensonge contre la vérité, mais je m’assure qu’elle mourra ici comme la chan­delle en donnant quelque petit éclat particulier. Je me persuade que c’est sur ce donjon que nos plus grands ennemis se tiennent forts et pensent remporter la victoire; mais il les faut désabuser. Premièrement, quel inconvénient de croire qu’un homme pourrait être immortel par l’usage de quelque remède, si l’Arbre de Vie au Paradis terrestre eût produit cet effet? Il n’y a pas de répugnance qu’une chose ne puisse rendre un homme immortel, cette immortalité n’étant qu’ab extrinseco, comme parle l’École et n’étant pas à proprement parler une immortalité, de sorte que, quand même un homme ne mourrait jamais par l’usage de notre Médecine, il ne laisserait pas d’être mortel ab intrinseco, ayant en soi les Éléments qui ont en eux le principe et la racine de la mortalité. Quand un homme ne rirait jamais, il ne laisserait pas pour cela d’être risible, ayant en soi le principe de risibilité. De même, quand un homme ne mourrait (jamais, il serait toujours mortel, ayant la forme et le principe de mortalité. L’immor­talité ab extrinseco n’est pas répugnante à la créature; autrement, aucune puissance exté­rieure, non pas même celle de Dieu, ne la pourrait conserver dans l’Éternité et il ne ré­pugne pas pareillement qu’une créature par sa vertu puisse communiquer et produire cette immortalité; autrement, l’histoire de l’Arbre de Vie ne serait point vraie, ce que nous ne pouvons pas alléguer sans crime. Et sans doute, si cet Arbre de Vie n’était pas une même chose que l’Élixir des Philosophes, c’était du moins quelque chose semblable.  C’était un fruit qui devait nécessairement avoir les Éléments parfaitement mélangés puisqu’il devait conserver un parfait tempérament à l’homme. Et rien ne peut conserver naturelle­ment un tempérament de cette sorte que par le moyen de la parfaite mixtion d’Éléments. De là vient qu’il est une Médecine universelle et catholique aux animaux, aux végétaux et aux métaux, car, comme tous les composés de la Nature sublunaire ne sont malades et impar­faits que par intempérie, impureté et indiges­tion, un parfait tempérament chassant l’impu­reté, l’intempérie et digérant très-fortement, il est certain qu’une substance d’un parfait tempérament appliquée suffisamment et comme il faut doit être une Médecine uni­verselle, souveraine et efficace à tous les sujets auxquels elle est appliquée de la sorte. Et de là nous pouvons tirer en passant une raison morale : pourquoi ce grand secret est communiqué à si peu de monde et que de cent mille qui le cherchent, pas un ne le trouve, de mille qui en acquièrent la connaissance, à peine deux ou trois réussissent dans la pra­tique. C’est qu’étant comme un Arbre de Vie en terre et, partant, un des avantages, de l’in­nocence du premier homme, le péché nous en prive ainsi que des autres bonheurs que Dieu avait attachés à cet état de gloire et de beauté. Il n’y a que les âmes choisies et regardées de Dieu d’un œil plus amoureux qui reçoivent cette grâce, qui pénètrent dans ce secret et qui l’achèvent heureusement. Les autres qui n’ont pas l’âme tout à fait épurée ni marquée au coin de la vertu, qui ont l’ambition au cœur, la vanité dans l’esprit, qui ne consi­dèrent ce trésor que comme un moyen d’en­tretenir leur luxe et leur débauche, de prendre leurs plaisirs déréglés, d’assouvir leurs pas­sions et ne connaissent pas qu’il faut rapporter et rendre à Dieu ce qui vient de lui, sont empê­chés et détournés par quelque chose de sem­blable au Séraphin qui, avec un glaive de feu, est interposé à la garde de l’entrée du Paradis terrestre. En effet, je suis entièrement persuadé que Dieu ne permettra jamais qu’un méchant homme, et mal intentionné, possède ce secret; voire même quand il le posséderait, l’ayant appris ou par un ami ou par des lectures opiniâtres des Philosophes, je crois ferme­ment que jamais il ne le mettra en exécution ou, si Dieu bénit son travail, il n’en aura jamais l’usage. Tenons pour maxime cer­taine que Dieu ne le révèle qu’à un homme de bien ou afin qu’il devienne homme de bien, car je mets en fait que la connaissance et la possession de ce Grand Œuvre n’est pas un des moindres moyens de la grâce pour redres­ser un homme, d’autant que, premièrement, ayant la connaissance de cet Œuvre, il connaît toute la Nature qui est, comme dit l’Apôtre, un échelon pour monter plus aisément à la connaissance de Dieu; secondement, possé­dant ce secret, tant en effet qu’en théorie, il n’a plus rien à posséder en terre. C’est un trésor qui contient tous les autres puisqu’il donne la santé et les richesses, sources de tous les autres biens que les hommes adorent. Que s’il n’a plus rien à désirer et posséder en terre, comme l’esprit de l’homme ne se trouve pas encore rempli, rien ne le pouvant remplir que Dieu — et un million de mondes ne suf­fisant pas pour remplir la capacité naturelle de notre âme, voire tant plus qu’elle connaît et possède de créatures, tant moins elle est remplie et tant plus ces mondes qu’elle connaît sont beaux et admirables, tant moins elle est satisfaite, d’autant que la connaissance des effets et des plus beaux effets excite nos désirs pour connaître la cause de tant de beaux effets ; et ainsi la possession de toutes les créatures, au lieu de la remplir et de la contenter, ne fait que d’accroître sa soif, augmenter ses désirs et redoubler ses mouvements. Elle veut aller à la source et ne plus s’arrêter à de petits ruis­seaux; elle veut atteindre ce premier moteur; elle méprise ses plus beaux effets et la Pierre Philosophale ne lui semble plus rien; elle veut se joindre à son premier principe. En un mot, elle cherche Dieu seul, Dieu seul la pouvant remplir et contenter, ayant en ce secret tout ce qu’elle peut espérer et désirer en terre. Et, connaissant qu’elle est moins remplie que jamais par la raison que nous venons de dire, elle jette ses yeux du côté du Ciel, de sorte que la possession de ce secret est un grand moyen à un esprit tant soit peu éclairé pour être saint et devenir homme de bien. Mais insensiblement cette digression morale me conduirait hors du sujet si je n’y prenais garde. Retournons donc à notre propos et disons que l’Elixir des Philosophes, étant une substance très-parfaite qui a en soi une mixtion d’Elé­ments très-parfaite et, partant, étant un second Arbre de Vie non pas produit par la Nature comme le premier, mais par la Nature aidée de l’Art, il peut empêcher que l’homme ne meure, il lui pourrait donner l’immortalité ab intrinseco, et qu’en cela il n’y a ni absurdité ni inconvénient et, par conséquent, ce n’est pas une trop forte objection contre la possi­bilité de l’Art, quand on dit que l’homme se rendrait immortel puisqu’il n’y aurait nul inconvénient d’accorder cette conséquence. Néanmoins, je ne l’accorde pas. Plutôt il faut dire que bien que notre Elixir ait la puissance de communiquer cette immortalité dont nous avons parlé, étant appliqué suffisamment et sagement, toutefois il ne le fait pas depuis l’arrêt de mort prononcé contre tout le genre humain et signifié à notre premier Père. Dieu a borné non pas son pouvoir, mais l’usage et exercice de son pouvoir, en ne permettant pas que l’Artiste la pousse au plus haut degré de sa perfection, auquel seul degré elle est capable de cet effet, car il y a une latitude dans la perfection du tempérament; ou bien en n’en permettant pas l’usage aux sujets qui sont tout à fait disposés à cette exaltation, comme serait, par exemple, un jeune homme en l’âge de vingt ans, auquel les trois Principes sont mélangés par la Nature, comme il faut, pour faire un bon tempérament et ne sont pas encore débilités, et l’un n’est pas ni plus fort ni plus faible qu’il faut. En celui-là, notre Elixir ferait des merveilles parce que, trouvant un sujet composé parfaitement en ses Prin­cipes, c’est-à-dire qui a tout le Soufre qu’il faut, tout le Mercure et tout le Sel qu’il faut, l’Elixir, exaltant et perfectionnant ces trois Principes conformément au tempérament et au sujet, sans doute il immortaliserait un sem­blable sujet; mais n’étant pas administré par la permission de Dieu si opportunément, ni en un sujet, ni en un âge, ni en un temps si convenable, il n’immortalise pas, mais seulement conserve la santé longtemps et prolonge la vie. Par exemple, un homme, soit jeune ou vieil, sera constitué par la Nature dans un certain tempérament que le sec domi­nera beaucoup, ou le chaud, ou le froid, ou l’humide; ou il y aura ou peu, ou trop de Soufre, de Sel ou de Mercure et ainsi ne sera pas d’un bon tempérament qui demande une certaine égalité dans le poids de la Nature ; comme notre Elixir agit conformément au sujet et à la Nature des choses, les exalte et perfectionne, il exaltera le sec, le chaud, le froid et l’humide de cet homme, son Soufre, son Sel et son Mercure, mais toujours confor­mément à son tempérament et à sa naturelle constitution. Il purifiera ces trois Principes, mais il n’en changera pas le tempérament; autrement, dans son application, il pourrait changer les espèces, car, comme le divers mélange de ces trois Principes fait la diversité, si l’Elixir changeait le mélange qui fait un tel composé, il en ferait un autre. D’où vient qu’ayant tous reçu de la Nature un certain tempérament et une singulière mixtion de nos Éléments, l’Elixir ne fait que les puri­fier, les exalter et perfectionner, mais ne les change pas. Ainsi il prolongera la vie, mais ne rendra pas immortel, d’autant que, tant que cette mixtion demeure, la source de l’immor­talité n’est point tarie. Ce qui trompe en ce point nos ennemis est qu’ils s’imaginent que l’Elixir donne un parfait tempérament abso­lument parlant, sans avoir égard au premier tempérament de nos naissances, et cela n’est point vrai : autrement, étant appliqué à la graine d’une fleur, d’une tulipe ou d’une rosé, il ferait quelque chose qui ne serait ni tulipe ni rosé. Il perfectionne seulement les Principes de la tulipe ou de la rosé et donne à cette rosé tout le meilleur tempérament qu’elle peut avoir suivant sa naturelle cons­titution. Il en faut dire le même à l’égard des hommes et des autres composés de la nature sublunaire. Vous voyez donc comme cette objection qui paraissait si forte dans son commencement n’était fondée que sur l’igno­rance et le peu de lumière des ennemis de la vérité. Concluons donc en faveur de la Philosophie et à la confusion de tous ces hiboux qui ne peuvent supporter la clarté des plus beaux jours, et disons que la raison publie et établit la possibilité de l’Elixir Philosophai, que le mensonge travaille en vain pour la dé­truire. S’il est possible par la Nature aidée de l’Art, qu’on ne blâme plus désormais ces beaux esprits élevés au-dessus du commun et qui ont secoué toute la poussière de l’École, quand on saura qu’ils recherchent curieusement la connaissance de cette divine Science. Qu’on ne s’efforce plus de décrier ceux qui, déjà illuminés par les rayons de la Sagesse, mettent la main à l’Œuvre et prennent un innocent plaisir de voir travailler la Na­ture. Qu’on leur donne plutôt des éloges et qu’on leur prépare des couronnes, puisqu’ils em­ploient leur temps pour laisser au public ce que l’Art et la Nature oit de plus pré­cieux. Qu’on fasse un sage discernement des faux et des vrais Philosophes, pour extirper les uns et honorer les autres; que l’on déteste les abus qu’ont apportés dans la chimie tous ces malheureux Souffleurs, circulateurs et imposteurs, mais qu’on ne laisse pas d’aimer et d’approuver cet Art tout divin. Il serait à souhaiter pour le bien du prochain, que l’on bannît ces pestes du public, que l’on punît exemplairement ceux qui leur donnent des asiles, que l’on visitât souvent dans les maisons de mille sottement curieux qui, sous prétexte de professer la Médecine qu’ils n’ont jamais apprise et autres professions qui demandent de tenir des fourneaux, des vais­seaux et autres instruments qui peuvent trancher des deux côtés, s’échappent en des commerces pernicieux à tout le monde et, par leur conduite criminelle, procurent aux Sages, qui s’occupent innocemment, des tra­verses et des persécutions. L’ouvrage des Sages ne demande pas de si grands laboratoires, tant de sortes d’instru­ments et de fourneaux; c’est un simple ou­vrage de Nature, ennemi de tant d’inventions, de tant d’artifices et de subtilités. Nos anciens Philosophes qui ont été assez heureux pour en venir à bout ne faisaient pas tant de gri­maces et n’apportaient pas tant de cérémo­nies. Comme ils étaient sages, ils étaient aussi amateurs de la simplicité et ennemis des trop subtils artifices. Si c’était ici de mon dessein de parler de la pratique de cet Œuvre, je ferais connaître à tout le monde qu’elle est très-simple et naturelle et qu’il ne faut pas être grand chimique de la manière que l’on est à présent pour le commencer, le continuer et achever heureusement. Mais n’ayant entre­pris que de le défendre contre ses calomnia­teurs, je réserverai ce dessein à une autre rencontre. Ne pensez pas pourtant que je me veuille vanter d’en avoir la pratique comme la théorie. Non, je ne vous promets pas de vous la déclarer avec toutes les opérations particulières qui supposent une expérience, mais bien de vous les dire en général et vous faire voir suffisamment par là comme cet Œuvre est simple, naturel et éloigné de tous les ambages qui se rencontrent dans les mai­sons de nos Souffleurs et trompeurs pu­blics. Il est vrai qu’il faut être tout à soi et que ce divin emploi requiert un homme tout entier et le possède entièrement. C’est un ouvrage d’ermite, c’est l’occupation d’un solitaire, c’est l’exercice d’un homme qui connaît le monde et lui a dit un dernier adieu. Un autre qui sera engagé dans le monde, embarrassé dans les affaires, engagé dans les négoces, employé au commerce, occupé dans les charges et dans les dignités, ne doit pas l’en­treprendre et, s’il l’entreprend, ses travaux seront inutiles et ses espérances vaines. Le plus sûr est d’attendre du Ciel les moyens, les occasions et même les pensées ou inspira­tions pour y vaquer, car, puisque c’est un don de Dieu qu’il donne à qui bon lui semble, il faut tout espérer de sa bonté, tout at­tendre de sa grâce et rapporter tout à sa conduite.

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Published by Dom Belin - dans Alchimie
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 10:38

CHAPITRE PREMIER

Avec elle, avec la Sagesse du Midi, me sont venus tous les biens, avec cette Sagesse qui crie par les rues, qui sur les places publiques élève sa voix, qui au milieu de la cohue clame, qui sur le seuil des portes de la ville discourt ainsi : «Venez vers moi, acceptez l’illumination, et rien ne troublera vos opérations. Vous tous qui me désirez, vous serez comblés de mes richesses. Venez donc, mes fils, écoutez-moi, c’est la science de Dieu que je vous enseignerai». Quel sage comprend cette Sagesse, dont Alphidius dit que les hommes, que les enfants la frôlent sur les chemins, sur les places, que quotidiennement les bêtes de somme, les troupeaux la piétinent dans les immondices? Senior écrit : «Rien n’est plus vil d’aspect, rien plus précieux de nature. Dieu lui-même a refusé qu’on lui fixât un prix». D’elle Salomon veut faire sa lumière, quand il la place au-dessus de toute beauté et de tout salut. Il ne l’a pas comparée aux vertus de la pierre précieuse ; tout or, par comparaison, n’est que sable médiocre, et l’argent n’est, que boue. Ce n’est pas sans raison : son acquisition est préférable au trafic de l’argent et de l’or le plus pur ; son fruit est plus précieux que les richesses du monde, et rien de ce que tu désires ne lui est comparable. Sa droite recèle longévité et santé, sa gauche gloire et richesses infinies. Ses voies, de belles et louables opérations, ni méprisables, ni difformes. Ses chemins ne se hâtent point : ils ont la lenteur et l’assiduité du labeur qui persévère. Elle est arbre de vie : lumière perpétuelle pour ceux qui l’appréhendent. Qui la détient détient le bonheur, car la science de Dieu jamais ne périra, comme en témoignent les propos d’Alphidius : «L’inventeur de cette science aura nourriture légitime et sempiternelle». Quant à Hermès et les autres, voici ce qu’ils affirment : un homme qui détiendrait durant une vie de mille ans cette science, et qui chaque jour devrait nourrir sept mille hommes, jamais ne connaîtrait le manque. Senior le confirme : «Etre aussi riche que le possesseur de la pierre d’où l’on tire le feu, c’est pouvoir donner ce feu à qui le désire, dans la quantité désirée et au moment désiré, sans la moindre privation». Aristote exprime des souhaits identiques dans son deuxième livre sur l’âme : «Tous les corps constants par nature sont limités dans leur volume et dans leur croissance ; le feu, quant à lui, croît à l’infini, pour peu qu’on le nourrisse». Heureux l’inventeur de cette science, celui vers qui afflue la prudence de Saturne ! Sur tes chemins, songe à elle, elle conduira tes pas. Senior dit : «Le sage la comprend, celui dont le jugement est subtil et ingénieux, pour peu que le traité sur les agrégations clarifie les esprits. L’esprit s’anime, il suit son désir : heureux qui réfléchit sur mon propos». Salomon ajoute : «Mon fils, fixe-la à ton cou, inscris-la sur la tablette de ton coeur, et tu trouveras. Dis à la Sagesse : «Tu es ma soeur, et donne le nom d’amie à la prudence !» La réflexion à son propos est un acte parfaitement naturel, un acte subtil qui la porte à la perfection. Celui qui lui consacre ses veilles vite sera à l’abri du souci. Claire elle est pour ceux qui détiennent l’intelligence : jamais elle ne fane ni ne passe. Facile elle paraît à qui la connaît, car elle s’enquiert elle-même de ceux qui en sont dignes, tout à l’entour, car elle leur apparaît dans la joie par tous les chemins, elle les devance de toute sa prévoyance. Son prologue, c’est la nature la plus authentique, la naure qui ignore la fraude.  

DEUXIEME CHAPITRE CE QU’EST LA SAGESSE  

Si donc trônes et sceptres des rois vous plaisent, pour éternellement régner, aimez tous la lumière de la science, et poursuivez les recherches, vous tous qui vous distinguez par votre connaissance de la nature. C’est pour vous que le sage scrute la Sagesse de tous les anciens : ses loisirs, il les consacre aux prophètes. Il pénètre aussi dans les détours des paraboles, il cherche le sens caché des proverbes, il se préoccupe du secret des paraboles. Or, ce qu’est la science et comment elle est faite, je vous l’exposerai sans rien vous cacher elle est un don, un sacrement de Dieu, une chose divine que les propos symboliques des sages cachent de mille manières. Aussi mettrai-je sa science en lumière, aussi ne fuirai-je pas la vérité, aussi refuserai-je de faire route avec l’envie qui dessèche. En effet j’ai suivi ses traces depuis l’origine, en ignorant cependant qu’elle était la mère de toutes les sciences, elle qui me précédait. D’innombrables dignités elle m’a fait don, elle que j’ai apprise sans rien feindre, elle que, sans envie, je communiquerai, sans dissimuler la vérité. Pour tous elle est un inépuisable trésor, que dissimule son inventeur, en s’écriant dans la joie : «Jérusalem, réjouis-toi, vous tous qui m’aimez, assemblez-vous, entrez en liesse, car le Seigneur Dieu a eu pitié de ses pauvres». Senior lui aussi dit : «Il est une pierre sur laquelle le connaisseur pose les yeux, une pierre surtout qu’il évite de jeter aux ordures. Cette médecine chasse le dénuement, pour l’homme, après Dieu, elle est la meilleure».  

 

TROISIEME CHAPITRE DE CEUX QUI IGNORENT ET QUI NIENT CETTE SCIENCE

 

Cette science glorieuse de Dieu, cette doctrine des saints, ce secret des philosophes et cette médecine des médecins, les sots la méprisent, ils ignorent sa nature. Ils refusent la bénédiction, et elle s’éloignera d’eux. A quiconque manque d’expérience, pareille science ne convient, car quiconque l’ignore est son ennemi : non sans raison. Speculator en effet dit : «Le mépris de la science, c’est la cause de l’ignorance. Aux ânes ne donnons pas de laitues, quand ils se contentent de chardons! Ne donnons pas en pâture aux chiens le pain des enfants, et ne semons pas les perles parmi les porcs ! A cette illustre science, pareils railleurs ne peuvent accéder. Ce serait briser le sceau céleste que de divulguer à ceux qui n’en sont pas dignes les arcanes de cette science. En un corps grossier l’esprit de cette Sagesse refusera d’entrer. L’insensé n’est pas capable de la percevoir : pervertie est sa raison. Les sages ne se sont pas adressés aux insensés. Parler avec un insensé, c’est parler avec quelqu’un qui dort». Morien, lui, dit : «Si je voulais développer la situation exacte des choses, il n’y aurait plus place pour la prudence. L’insensé deviendrait l’égal du sage. Sous le cercle lunaire, contre la pauvreté, sa marâtre, aucun mortel ne pleurerait plus les angoisses de son dénuement : en cette science, infini est le nombre des sots». 

 

QUATRIEME CHAPITRE DU NOM ET DU TITRE DE CE LIVRE

 

Ce volume, nous l’avons baptisé : «Aurore à son lever». Pour quatre raisons. L’aurore, tout d’abord, c’est l’heure d’or. De même, la science réserve, pour une fin en or, une heure aux bons labourants. L’aurore, ensuite, occupe entre la nuit et le jour une position intermédiaire. Elle rougeoie en une double teinte, le rouge et le jaune. De même, la science fait don des teintes jaune et rouge, qui sont intermédiaires entre le noir et blanc. Troisièmement : durant l’aurore, les malades connaissent un allégement, un répit de leurs souffrances nocturnes. Durant l’aurore de la science, de même, toutes les mauvaises odeurs, toutes les vapeurs mauvaises qui affectaient l’esprit du labourant s’éclipsent et déclinent. Le psaume dit bien «Au soir la visite des larmes, au matin des cris de joie». Quatrièmement et enfin, l’on dit que l’aurore est la fin de la nuit et le début du jour, ou bien encore, la mère du soleil. De même, à l’acmé de la coloration rouge ; notre aurore est la fin de toute ténèbre, expulsion de la nuit, de cette longévité hivernale où trébuche le marcheur, s’il ne prend garde. Il est écrit : «Et la nuit révèle à la nuit la science, et le jour au jour profère la parole, et la nuit comme le jour en ses délices illumine». 

CINQUIEME CHAPITRE AIGUILLONNONS LES INSENSES !    

La Sagesse ne clame-t-elle pas sur les places, la prudence n’élève-t-elle pas la voix dans les livres des sages, s’écriant : «Humains, c’est vous que j’appelle, et ma voix s’adresse aux fils de l’intelligence! Comprenez, insensés, prêtez attention à la parabole, à l’interprétation, aux dits des sages et à leurs énigmes!» Les sages se sont servis de diverses expressions, quand ils ont établi la similitude de toutes les créatures de cette terre, en cette science, ils ont multiplié les paraboles, sous le cercle de la lune. Un sage à l’écoute gagnera en sagesse ; il comprendra ; comprenant la Sagesse, il la possédera. La voici, la Sagesse, la Reine donc du Midi, que l’on dit être venue de l’Orient, comme l’aurore à son lever, pour écouter, pour comprendre, pour voir aussi la Sagesse de Salomon. Et elle détient puissance, honneur, vertu et autorité. Elle porte une rutilante couronne, des rayons de douze étoiles, telle une épouse qui se pare pour son époux. Ses vêtements portent des inscriptions d’or, en grec, en langue étrangère, en latin. Reine, je régnerai, et mon royaume n’aura pas de fin, pour tous mes inventeurs, pour tous ceux qui me cherchent, subtilement, ingénieusement, constamment !  

SIXIEME CHAPITRE LA PREMIERE PARABOLE : LA PIERRE NOIRE DANS LAQUELLE S’ENRACINENT LES SEPT PLANETES

Regardant au loin, je vis un grand nuage qui obscurcissait la terre tout entière. Il avait absorbé le nuage qui recouvrait mon âme. Les eaux avaient pénétré jusqu’à mon âme, putréfiées et corrompues qu’elles étaient par le spectacle des abysses infernaux, et par l’ombre de la mort : c’est que la tempête m’avait engloutie. Devant moi se courberont les habitants du désert, et mes ennemis lécheront la terre qui m’appartient. Or en ma chair il n’est rien d’intact, et le spectacle de mon iniquité a bouleversé tous mes os. C’est que je me suis épuisée à crier des nuits entières ; rauque est ma gorge. Qui donc vivra pour savoir, pour comprendre? Il arrachera mon âme à la griffe du shéol. Ceux qui m’illuminent gagneront la vie éternelle, je leur ferai manger de l’arbre de vie placé au paradis, je leur donnerai de prendre place à mes côtés sur le trône de mon royaume. En effet : pour qui m’aura déterrée comme de l’argent, et acquise comme un trésor, pour qui n’aura pas empoisonné ma nourriture ni ma boisson, souillé dans le stupre ma couche, violé non plus mon corps entier, fort délicat, ni surtout mon âme, colombe toute belle et sans fiel, pure et sans tache, pour qui n’aura pas abîmé mes sièges et mes trônes, bref : pour celui qui d’amour me fait languir, pour celui dont l’ardeur me fait fondre, dont l’odeur me fait vivre, dont la saveur me restaure, dont le lait est la nourriture à laquelle je consens, dont l’enlacement me redonne la jeunesse, pour celui du baiser duquel je reçois le souffle de vie, pour celui dont l’étreinte amoureuse épuise tout à fait mon corps, pour lui je serai un père, et lui sera pour moi un fils. Il est sage, celui qui réjouit le père, le père que je placerai en tête des rois de la terre, le père que j’exalterai et auquel mon alliance, pour l’éternité, restera fidèle. Et cependant : s’il abandonne ma loi, s’il ne suit pas les chemins qui sont les miens, s’il profane mes commandements et mes préceptes, que l’adversaire s’acharne sur lui et que le fils de l’iniquité se mette à lui nuire! Si, au contraire, il marche par mes chemins, il ne craindra pas la froidure de la neige. Toute sa maisonnée portera vêtements, byssus et pourpre. Il rira ce jour-là, et je serai rassasiée, et ma gloire se montrera. C’est qu’il aura veillé à mes sentiers et refusé de manger le pain des oisifs. C’est ainsi que se sont ouverts les cieux au-dessus de lui, et sa voix a résonné comme le tonnerre, la voix de celui qui tient sept étoiles en ses mains, les sept esprits envoyés sur toute la terre, pour prêcher et pour témoigner. Celui qui croira, celui qui sera baptisé, sera sauvé, condamné l’incroyant. Quant aux signes que porteront les croyants et les bien baptisés, les voici : au moment où le roi des cieux prononce sur eux son jugement, ils seront blancs de neige au Mont-Sombre ; les ailes de la colombe se couvriront d’argent ; les ailes de leur dos auront la pâleur de l’or. Tel sera mon fils aimé! Regardez-le! Il est le plus beau des enfants des hommes. Le soleil et la lune contemplent sa beauté. Il est privilège d’amour, cet héritier auquel les hommes apportent leur confiance, et sans lequel ils ne sont capables de rien. Qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline, des sept étoiles qui permettent l’achèvement de l’oeuvre divine. C’est d’elles que traite Senior dans son livre, au chapitre du soleil et de la lune, quand il dit : «Quand tu auras fabriqué ces sept métaux que tu as distingués par les sept étoiles, et que tu as dédiés aux sept étoiles, quand tu les auras neuf fois purifiés, jusqu’à ce qu’ils aient revêtu l’aspect des perles, tu auras accompli l’oeuvre du blanchiment».

SEPTIEME CHAPITRE LA DEUXIEME PARABOLE : LE DÉLUGE ET LA MORT, QUE LA FEMME A APPORTÉS ET QU’ELLE A CHASSES

lorsque vers moi auront afflué les multitudes marines, lorsque les torrents auront inondé mon visage, lorsque les flèches de mon carquois auront été enivrées de sang, lorsque mes cuves auront exhalé le parfum du meilleur des vins, lorsque mes greniers auront débordé de froment, lorsque l’époux aura franchi le seuil de la chambre nuptiale en compagnie des dix vierges, lorsque mon ventre aura gonflé sous la caresse de mon aimé, lorsque le gond de ma porte se sera ouvert à l’aimé, quand Hérode aura tué dans sa colère une légion d’enfants, quand Rachel aura pleuré ses fils, et quand la lumière aura jailli des ténèbres, quand le soleil de justice au ciel sera monté, c’est alors que viendra la plénitude du temps, c’est alors que Dieu enverra son fils, comme il est écrit. Ce fils, Dieu l’a établi universel héritier, et par lui il a fait les siècles. A lui autrefois il a dit : «Tu es mon fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré». A lui les mages ont de l’Orient apporté trois présents. En ce jour qu’a fait le Seigneur, voici pour nous allégresse et joie, car le Seigneur en ce jour a considéré mon affliction. Il a envoyé la rédemption. En Israël en effet, il est le prétendant au royaume. En ce jour, la femme a chassé la mort qu’elle a apportée. Les verrous de l’enfer ont sauté. La mort cessera désormais toute domination. Les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle, car elle est trouvée, la dixième drachme égarée, car elle a été ramenée, la centième brebis du désert, car nos frères ont retrouvé leur concert, depuis la chute de l’ange. Mon fils, réjouis-toi donc en ce jour, car c’est la fin des lamentations, c’est la fin de la douleur, car l’ancien monde s’en est allé. Quiconque a des oreilles entende les propos de l’esprit de la doctrine à l’adresse des fils de la discipline, à propos de la femme qui apporta la mort, et qui la chassa! Les philosophes le disent eux ainsi : «Ote-lui l’âme, avant de la lui redonner, car la corruption de l’un, c’est la génération de l’autre. Ote-lui l’humeur qui corrompt, avant de le nourrir de l’humeur qui lui est naturelle! C’est la voie de la perfection et de la vie».  

HUITIEME CHAPITRE LA TROISIEME PARABOLE : LES BATTANTS DE BRONZE ET LES BARRES DE FER DE LA CAPTIVITÉ BABYLONIENNE

Qui aura fracassé mes battants de bronze et brisé mes barres de fer, changé mon candélabre de place, qui aura ainsi arraché les chaînes de la prison de la ténèbre, nourri mon âme affamée, mon âme qui accourt, la bouche dévorée de foi, nourrie de la graine du froment et du miel du rocher, qui aura, pour l’errante que je suis, préparé une salle de banquet, me permettra de dormir en paix, et aux sept dons de l’Esprit saint, dans sa miséricorde, d’étendre sur moi leur repos. L’on me rassemblera en effet de toute la terre, pour répandre sur moi une eau pure, et je serai purifiée de la plus grande des fautes et du démon de midi : c’est que, de la plante des pieds à la tête, rien, plus rien, n’est intact. L’on me purifiera ainsi de mes turpitudes, cachées et étrangères, je n’aurai même plus ensuite souvenir des iniquités que j’ai commises : Dieu m’a donné onction d’une huile d’allégresse, afin qu’en moi cohabite au jour de ma résurrection le pouvoir de pénétration et de liquéfaction, quand de Dieu j’acquerrai la gloire. Ainsi vont et viennent les âges jusqu’à l’arrivée de l’envoyé, jusqu’à l’arrivée de celui qui lèvera le joug de la captivité, de ces soixante-dix années de séjour au bord des fleuves de Babylone. Nous y avons pleuré, nous y avons mis nos instruments au clou, parce que les filles de Sion ont été pleines d’orgueil, parce qu’elles s’en sont allées, la démarche haute et le regard provocant, parce qu’elles ont papoté, parce qu’elles ont travaillé leur démarche. Or le Seigneur rendra galeux et chauve leur crâne : de Sion viendra la loi, et de Jérusalem le Verbe du Seigneur. Ce jour-là, lorsque les sept femmes se seront arraché un homme unique, en s’écriant : «Nous pourvoyons à notre nourriture, nous nous habillons nous-mêmes, pourquoi ne protèges-tu pas notre sang, ce sang que comme de l’eau nous avons versé alentour de Jérusalem?», elles recevront la divine réponse que voici : «Patientez encore un peu, jusqu’à ce que nos frères dont le livre précise le nombre se trouvent au complet!» Tous ceux alors qui restent de Sion seront appelés saints, quand le Seigneur aura lavé la souillure de ses filles de Sion par l’esprit de sagesse et d’intelligence. Dix arpents de vigne donneront un tonnelet et trente muids de semence trois mesures. Qui comprend ces propos, rien pour l’éternité ne l’ébranlera. Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline à propos de la captivité de Babylone, qui a duré soixante-dix années et que les philosophes désignent par ces mots : «Elles sont multiples, les variantes des soixante-dix préceptes».  

NEUVIEME CHAPITRE LA QUATRIEME PARABOLE : LA FOI DES PHILOSOPHES, QUI REPOSE SUR LE NOMBRE TERNAIRE

 

A qui aura accompli la volonté de mon père, jeté ce monde dans le monde, je céderai une place à mes côtés sur le trône de mon royaume bien au-dessus du siège de David et de ceux des tribus d’Israël. Telle est la volonté de mon père, afin que l’on sache que c’est lui, et personne d’autre, le Dieu véritable, lui qui donne à tous avec générosité et sans lésiner, à toutes les nations dans la vérité ; que son fils est son fils unique, Dieu né de Dieu et lumière née de la lumière ; que son Esprit saint naît du père et du fils, et qu’en divinité il est leur égal. Dans le père demeure l’éternité, dans le fils la similitude ; l’Esprit saint, lui, est l’éternité et le lien de la similitude. Or, de même que l’on dit : «Tel père, tel fils, tel aussi l’Esprit saint», de même que ces trois personnes n’en font qu’une, de même aussi — c’est ce que le philosophe veut dire — corps, esprit et âme ne font qu’un : toute perfection donc repose sur le nombre ternaire, conformément au nombre, au poids et à la mesure. D’autre part, le père n’est né de rien, le fils est né du père, l’Esprit saint de l’un et de l’autre. Au père revient la sagesse qui gouverne et qui ordonne tout dans sa mansuétude, dont les décrets sont insondables et les voies incompréhensibles. Au fils revient la vérité : quand il est apparu, il a assumé le néant, à la fois Dieu dans la perfection et homme, avec sa chair d’homme et son âme de raison ; en suivant le précepte du père et avec le soutien de l’Esprit saint, il a restauré un monde perdu par le péché de nos parents. A l’Esprit saint est confiée la bonté. Grâce à lui, ce qui est terrestre devient céleste, triplement : par son flux, par le sang, par les flammes en effet il baptise. Par son flux tout d’abord, il anime et il lave, il chasse des âmes tous les miasmes, il nettoie toutes les vapeurs nocives, comme il est écrit : «Tu fécondes les eaux, en vivifiant les âmes». L’eau en effet est la nourriture de tout ce qui pousse : quand elle descend du ciel, elle sature la terre, elle procure à la terre la force qui lui permet de maîtriser tous les métaux ; la terre donc implore toujours l’eau, et elle dit : «Envoie ton souffle (entendons : l’eau), pour que commence la création, pour que soit renouvelée la face de la terre» ; car Dieu envoie à la terre l’esprit, il la fait trembler, il touche les montagnes et il les fait fumer. Par le baptême de sang ensuite, l’Esprit saint nourrit, comme il est écrit : «L’eau de la sagesse salvatrice m’a abreuvé» et «son sang est une véritable nourriture». Le siège de l’âme est dans le sang, comme le dit Senior- : «L’âme dont nous parlons a demeuré dans l’eau, dans laquelle toute vie repose, cette eau qui ressemble actuellement à l’âme pour ce qui est de la chaleur et de l’humidité». Par le baptême des flammes enfin, l’Esprit saint insuffle l’âme et il procure la perfection de la vie : le feu donne la forme et il emplit tout, comme il est dit : «Alors Yahvé insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme, de mort qu’il était, devint une âme vivante». Les philosophes témoignent de ces trois opérations : l’eau protège le foetus trois mois durant dans la matrice ; l’air le nourrit dans les trois mois suivants, et le feu le garde durant les trois derniers mois. L’enfant ne verra jamais le jour, tant que ces mois ne seront pas consommés ; seulement alors, il naît et le soleil le nourrit, lui qui vivifie tout ce qui est mort. Voilà pourquoi l’on dit que l’Esprit saint, grâce à la perfection de ses septuples dons, possède, lorsqu’il agit sur la terre, sept vertus. Tout d’abord : il réchauffe la terre, morte de froid et desséchée, comme de la chaux. Le prophète à ce propos : «Mon coeur brûlait en moi, par mon opération, le feu se mit à flamber». Dans le livre de la quintessence, nous lisons : «Le feu, par sa chaleur, qui pénètre et qui subtilise, consume les particules terrestres trop matérielles et trop inconsistantes. Tant qu’il est alimenté, il poursuit son action, car il cherche à imprimer sa forme à la substance passive»! Caled Minor ajoute : «Réchauffez le froid par une chaleur venue d’ailleurs!» Senior : «Placez le mâle sur la femelle, le chaud sur le froid!» Deuxièmement : l’esprit éteint le feu intense, menaçant par son embrasement même. Le prophète à ce propos : «Un feu s’allume dans la synagogue, une flamme embrase sur terre les renégats» ; ce feu, l’esprit l’éteint au nom de l’équilibre même qui l’engendre : l’ardeur résulte en effet d’un équilibre. Caled Minor : «Eteignez le feu de l’un par la frigidité de l’autre!» Avicenne : «La première chose qui se libère, c’est l’embrasement, et cet embrasement libère une vertu ignée, qui est plus douce et plus digne que celle des autres éléments». Troisièmement : l’esprit amollit, il liquéfie la dureté de la terre, en dissolvant les parties trop denses, trop compactes, comme il est écrit : «La pluie de l’esprit saint fait fondre». Et le prophète : «Il enverra sa parole, il fera fondre, son esprit soufflera, et les eaux couleront». Dans le livre de la quintessence, nous lisons que l’air ouvrira les pores de la terre, pour recueillir la vertu du feu et de l’eau. Il est dit ailleurs : «C’est la femme qui dissout l’homme, et l’homme qui fixe la femme, l’esprit dissout le corps, il l’amollit, cependant que le corps lui donne la dureté». Quatrièmement : l’esprit illumine, après avoir chassé les ténèbres, comme le dit l’hymne : «Dissipe les ténèbres terrifiants de notre esprit, illumine les sens!» Et le prophète : «Il les guida toute la nuit par une lueur de feu», et la nuit resplendira comme le jour. Quant à Senior : «Il blanchira toute noirceur, et rougira toute blancheur, car l’eau blanchit et le feu illumine». Il a l’éclat du rubis, grâce à l’esprit de teinture, qui lui procura la vertu ignée : aussi donne-t-on au feu le nom de : teinturier. Dans la Tourbe des philosophes, il est écrit : les nuages, quand ils auront blanchi la surface, blanchiront aussi certainement les parties intimes. Et Morien : «Nous avons déjà écarté la noirceur et fabriqué la blancheur, avec le natrum, c’est-à-dire avec l’esprit». Cinquièmement : l’esprit sépare le pur de l’impur, en écartant de l’âme tous les accidents, vapeurs nocives et puanteurs, comme il est écrit : «Le feu sépare l’hétérogène pour entasser l’homogène». Le prophète : «Tu m’as sondé par le feu et tu n’as trouvé en moi aucune iniquité». Hermès : «Tu sépareras le dense du subtil, la terre du feu». Alphidius : «La terre se liquéfie et elle se transforme en eau. L’eau se liquéfie et elle se transforme en air, l’air se liquéfie, et il se transforme en feu, le feu à son tour se liquéfie, et il est converti en terre glorifiée». Razi, lui, précise que la mise en oeuvre de la préparation parfaite est précédée par une certaine purification des corps, que certains dénomment traitement, ou épuration, d’autres, rectification, lavement ou encore séparation. Cet esprit en effet, dont l’office est septuple, sépare les parties pures des parties impures, afin que l’oeuvre s’accomplisse grâce aux parties pures, après le rejet des parties impures. C’est à quoi fait allusion Hermès dans son secret, dans la phrase : «Tu sépareras la terre du feu, le subtil du dense». Sixièmement : l’esprit exalte ce qui est en bas, quand il conduit à la surface l’âme profonde, cachée dans les viscères de la terre. Le prophète : «C’est toi qui as arraché mon âme aux abysses de l’enfer». Isafe «L’esprit du Seigneur m’a exalté». Les philosophes : «Quiconque manifeste l’occulte connaît l’oeuvre dans sa totalité, quiconque connaît notre cinabre, notre feu, c’est lui notre philosophe». Morien : «Celui qui aura élevé son âme, verra ses cou-leurs». Alphidius : «Si la vapeur ne monte pas, elle ne te servira à rien, car l’oeuvre tout entière passe par elle, elle se fait avec elle, et en elle». Septièmement et enfin l’esprit inspire, puisqu’il rend le corps terrestre spirituel, comme nous lisons dans cet hymne : «Par ton inspiration, spiritualise les hommes!» Salomon : «L’esprit de Dieu a empli l’univers». Le prophète : «Tout leur pouvoir émane du souffle de sa bouche». Razi dans la Lumièredes lumières : «Ce qui est lourd ne peut être levé qu’avec l’aide de ce qui est léger, ce qui est léger ne peut être abaissé qu’avec l’aide de ce qui est lourd». Dans la Tourbe: «Rendez les corps incorporels, le fixe volatil. Notre esprit parachève et accomplit tout cela, car il est seul à pouvoir purifier ce qu’a conçu la semence impure». L’Ecriture ne dit-elle pas : «Lavez-vous, purifiez-vous»? Et le messager à Naamân : «Va te baigner sept fois dans le Jourdain, et ta chair recouvrera sa pureté». Il n’est de fait qu’un unique baptême, pour laver les péchés, la foi et le prophète en sont les témoins. Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’Esprit saint de la doctrine aux fils de la discipline, sur la septuple vertu de l’Esprit saint, qui permet l’accomplissement de l’Ecriture tout entière, ce que les philosophes disent par ces mots : «A sept reprises, distille, tu écarteras ainsi l’humidité corruptrice».  

DIXIEME CHAPITRE LA CINQUIEME PARABOLE : LE TRÉSOR ÉDIFIE PAR LA SAGESSE SUR LE ROC

Elle a bâti sa maison, la Sagesse, qui y entrera sera sauvé, il y trouvera sa pâture. Le prophète en témoigne : «Ils s’enivrent de la graisse de ta maison, car un jour sur tes parvis en vaut mille». Qu’ils sont heureux, les habitants de cette maison! Qui, en elle, demande, reçoit, qui cherche trouve : frappez, et l’on vous ouvre. C’est que la Sagesse se tient sur la porte, et qu’elle dit : «Je suis à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour que nous soupions ensemble». Qu’elle est grande, la profusion de ta douceur, tu l’as réservée à ceux qui pénétreront dans cette maison : or l’oeil ne l’a pas perçue, l’oreille ne l’a pas entendue, rien n’est monté au coeur de l’homme. Sainteté, longévité à ceux qui ouvrent cette maison, elle a ses fondations sur le roc. Or, ce roc, seul le meilleur sang de bouc peut le fendre, ou bien, le triple coup du rameau de Moïse : les eaux jaillissent alors en abondance, et la communauté tout entière s’abreuve, hommes et femmes. Ils n’auront plus ni faim ni soif. Celui dont la science ouvrira la maison trouvera à l’intérieur une intarissable fontaine, une eau vive et de jouvence, dont le baptême apportera le salut, et empêchera la décrépitude. Rares sont malheureusement ceux qui en sont capables : ils sont enfants, et ils en ont conscience! Quand ils auront communiqué leur enseignement, quand ils auront maîtrisé les trônes, ceux des vingt-quatre vieillards — ils en sont dignes et ils en ont les capacités —, face à face, et oeil dans l’oeil, ils pourront contempler la clarté tout entière du soleil et de la lune ; sans l’aide des vieillards, ils ne pourront rien. Ceux qui ont les clefs du royaume des cieux, auront tout ce qu’ils auront lié et délié : il en sera ainsi! Partout, où qu’il aille, ils suivront l’agneau. Or la décoration de cette maison ne peut être décrite : ses vestibules, ses murs sont d’or le plus pur, ses portails resplendissent des perles, des gemmes les plus précieuses, la maison a quatorze pierres d’angle, qui désignent les quatorze vertus qui assurent ses fondations. Première vertu : la santé, dont le prophète dit : «Lui qui guérit les coeurs brisés et bande leurs blessures», et les philosophes : «Son utilisateur préserve la vigueur du corps». Seconde vertu : l’humilité, dont il est écrit : «Parce qu’il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante, toutes les générations me diront désormais bienheureuse». Et le prophète : «Le Seigneur redresse ceux qui sont courbés». Aristote à Alexandre «Avec cette pierre, il ne fait pas bon combattre». Et Alphidius «La Sagesse de l’homme humble atteindra la perfection». Troisième vertu : la sainteté. D’elle le prophète dit : «Sainteté et magnificence dans sa sanctification». Et Alphidius «Sache que tu ne pourras acquérir cette science, tant que tu n’auras pas purifié ton esprit pour Dieu ni détruit en ton coeur toute corruption». La Tourbe : «J’ai renoncé aux voluptés, j’ai supplié Dieu ; afin qu’il me montrât ‘cette eau pure, que je sais n’être que vinaigre». Quatrième vertu : la chasteté. Nous lisons à son propos : «Si je l’aime, je serai pur, quand je le toucherai, je serai chaste». Sa mère est vierge, son père n’a pas dormi avec elle, parce que c’est un lait de vierge qui le nourrit! Avicenne dans les Minéraux : «Certains esprits astucieux utilisent une eau, qui a nom : lait de vierge». Cinquième vertu : l’énergie. Il est dit d’elle qu’elle est l’ornement de l’âme. Hermès : «Il récupère l’énergie des planètes supérieures et inférieures, son énergie pénètre tout ce qui est solide». Dans le traité sur la quintessence : «Jamais assez je n’admirerai cette énergie céleste que vous lui aurez insérée et infuse». Jean dans l’Apocalypse : «Au vainqueur je donnerai la manne cachée, le nom nouveau prononcé par la bouche du Seigneur». Dans le livre sur la quintessence : «Quand sera réalisée la pierre de la victoire, j’enseignerai comment fabriquer grâce à elle, à partir de sa matière, émeraudes, jaspes, véritables chrysolithes, plus parfaites et supérieures en couleur, en substance, en vertu, aux pierres naturelles». Septième vertu : la foi, à propos de laquelle on lit : «C’est la foi qui sauve ; sans elle, personne ne peut acquérir le salut». Avoir la foi, c’est comprendre l’invisible. La Tourbe : «Il est invisible comme l’âme dans le corps», et : «Deux éléments sont visibles, la terre et l’eau, deux invisibles, l’air et le feu». Paul : «Qui croit en lui ne sera pas confondu ; pour les incroyants, la pierre est une pierre d’achoppement, un rocher qui fait tomber». Et l’Evangile : «Qui ne croit pas est déjà condamné». Huitième vertu : l’espérance, dont il est dit : «Une espérance vive procure l’allégresse, l’espérance est garantie d’une fin heureuse». Morien : «Espère, espère encore, tu y arriveras». Le prophète : «Fiez-vous à lui, peuple, en tout temps, nos pères ont mis en lui leur espérance, et ils ont été affranchis». Neuvième vertu : la charité, dont l’Apocalypse dit : «La charité supporte tout, elle ne fait rien de travers», et l’Evangéliste : «J’aime ceux qui m’aiment, mon ami, c’est celui dont l’amour n’a pas de cesse». Et Alphonse : «Le véritable ami, c’est celui qui ne t’abat pas, quand tout le siècle, t’a fait défaut». Et Grégoire : «La preuve d’amour, c’est la révélation de l’oeuvre». Job : «Tout ce que possède l’homme, il le cédera pour son âme, entendons, pour cette pierre». Qui sème avec parcimonie, récolte de même! Pour partager la consolation, il faut auparavant partager les souffrances. Dixième vertu : la bonté, dont il est dit : «Ignores-tu que la bonté te pousse au repentir? Il est bon ce juge qui rend à chacun selon ses oeuvres». La bonté rend le bien pour le mal, le maximum pour le minimum, quand la seule bienfaisance rend le bien pour le bien, pour le peu le peu. Onzième vertu : la patience, dont il est dit : «Apprends la patience, si tu désires la victoire!» Et l’apôtre : «Par la patience, et par la consolation des Ecritures, possédons l’espérance!» Morien : «Que l’impatient écarte les mains de l’oeuvre!» Caled Minor : «Il est trois nécessités la patience, la circonspection, l’habileté technique». Et l’apôtre : «Soyez patients, car il est proche, l’avènement du Seigneur!» Douzième ver-tu : l’équilibre, dont il est écrit qu’il nourrit tout, qu’il favorise tout, qu’il est le garant universel de la santé. Tant que les éléments gardent l’équilibre, l’âme est heureuse dans le corps. En cas de discordance, elle a horreur de son séjour. L’équilibre en effet, c’est la mixtion réciproque des éléments, le froid tempère le chaud, l’humide le sec. Les philosophes ont mis tout leur zèle à éviter tout excès de l’un par rapport à l’autre, et ils disent «Evitez la fuite de l’arcane, évitez que le vinaigre ne parte en fumée, évitez de chasser le roi et son épouse par un excès de feu, méfiez-vous de tout ce qui outrepasse la mesure, mettez-le sur le feu de la putridité, autrement dit de l’équilibre, jusqu’à la jonction spontanée». Treizième vertu : la discipline spirituelle, ou bien l’intelligence, dont l’apôtre dit «La lettre tue, l’esprit, lui, vivifie. Renouvelez-vous par une transformation spirituelle, et revêtez l’homme nouveau, entendons l’intelligence subtile». Si votre intelligence est spirituelle, vous êtes assurés de connaître l’esprit. Que chacun de vous examine son oeuvre propre, qu’il examine si elle sert la perfection ou la destruction! L’homme récolte ce qu’il sème. O, la légion de ceux qui ne comprennent pas les propos des sages! C’est leur sottise qui les a fait périr, l’intelligence de l’esprit leur a fait défaut, ils n’ont rien trouvé d’autre que la peine. Quatorzième pierre : l’obéissance, dont il est écrit : «Soyez obéissants à l’égard de vos supérieurs, comme Christ a été dans l’obéissance à l’égard du père, et ce jusqu’à la mort!» Obéissez donc aux préceptes et aux dits des sages, toutes leurs promesses vous obéiront alors, et elles se réaliseront avec l’assentiment du Seigneur Dieu. Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline, à propos de cette maison que la Sagesse a assise sur quatorze pierres d’angle! Vingt-quatre vieillards l’ouvriront avec les clefs du royaume des cieux, Senior le déclare dans le prologue de son livre, où il a expliqué ce qu’est l’aigle du toit, et les figures des différentes propriétés, sur les murs de côté. Alphidius a parlé dans son livre de la maison au trésor, que quatre clefs peuvent ouvrir, les clefs des quatre éléments.  

ONZIEME CHAPITRE LA SIXIEME PARABOLE : LE CIEL, LE MONDE, ET LES SITES DES ELEMENTS

Celui qui est de la terre est terrestre, et parle en terrestre ; celui qui vient du ciel dépasse tous. Ici déjà, la terre est vue comme le principe des éléments. Les cieux, quant à eux, désignent les éléments supérieurs. Aussi convient-il de parler un peu de la terre et du ciel, puisqu’il s’agit là du principe et de la mère des différents éléments, comme en témoigne le prophète : «Depuis longtemps tu as fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains», les cieux, c’est-à-dire, l’eau, l’air_ et le feu. Après leur mort, les éléments se séparent de la terre. Ils y retournent pour y être vivifiés. C’est que l’agent de la composition d’un corps est aussi le lieu de sa résolution, témoin la sainte parole : «L’homme est cendre, et retournera à la cendre». C’est cette cendre que les philosophes ont appris à mélanger avec l’eau permanente, qui est le ferment de l’or. Leur or, c’est le corps, cette terre qu’Aristote dit coagulante, parce qu’elle coagule l’eau. Elle est cette terre de la sainte promesse, dans laquelle Hermès a enjoint que l’on semât l’or, afin que montât d’elle une pluie de vie, cette eau qui réchauffe, comme le dit Senior : «Quand ils voulurent extraire cette eau divine, qui est feu, ils la chauffèrent grâce à leur feu qui est eau, ce feu, ils le réglèrent jusqu’à son terme, et ils l’ont caché à cause de la sottise des insensés». Les philosophes en effet ont juré de ne jamais en parler clairement en aucun de leurs écrits, ils ont abandonné au Dieu de gloire le soin de le révéler ou de l’interdire à qui il veut, lui qui recèle grande sagesse et les mystères obscurs des sages. Or, lorsque la chaleur de ce feu aura atteint la terre, la terre sera dissoute, elle se mettra à bouillonner, à se transformer en vapeur, avant de retrouver sa première forme terrestre. Cette eau, elle a donc mû la terre, et les cieux ont fondu au-dessus d’elle, ils sont devenus par tout le monde melliflues, et ils ont raconté la gloire de Dieu. Cette gloire, seul la connaît qui comprend comment les cieux ont été faits de terre, et la terre demeure pour l’éternité, cependant que les cieux se fondent sur elle, comme en témoigne le prophète : «C’est toi qui as posé la terre sur les bases, inébranlables pour les siècles des siècles. De l’abysse, tu la couvres comme d’un vêtement. Les eaux, l’air igné, se tenaient sur les montagnes. Les oiseaux des cieux en feront leur séjour. Ils abreuveront la terre des éléments supérieurs, afin qu’elle se rassasie du fruit de leurs oeuvres. C’est que les sept planètes ont plongé leurs racines au centre de la terre, et elles y ont déposé leurs énergies. La terre est donc une eau qui fait germer toute sorte de couleurs et de fruits, elle produit le pain, le vin qui emplit d’allégresse le corps de l’homme, l’herbe pour les bêtes et les plantes à l’usage des humains. Cette terre, dis-je, a fait la lune pour marquer le temps. Puis très tôt le soleil se leva quand fut passé le sabbat, il suivit cette ténèbre que tu as posée sur terre avant le lever du soleil ce fut la nuit. Cette nuit, toutes les bêtes des forêts la parcourront, car elles ont une limite à ne pas franchir jusqu’à la blancheur. Dans cette ordre, elles persévéreront jusqu’à la rougeur, car tout est au service de la terre. Tous ceux qui la parcourront vivront jusqu’à soixante-dix ans, car la terre porte tout, par le verbe de sa divinité, comme il est écrit dans la Tourbe des philosophes : «Pondéreuse, la terre porte tout, elle sert de fondement au ciel tout entier, car elle révéla son aridité quand les éléments furent séparés». C’est alors que se forme un libre passage dans la mer Rouge, cette mer grande et spacieuse qui a ébranlé le roc : et du roc ont jailli les eaux métalliques. Puis les fleuves ont disparu dans le sable sec, les fleuves qui réjouissent la cité de Dieu. Ce qui est mortel aura alors revêtu l’immortalité, et la corruption de ce qui vit l’incorruptibilité. Dans l’univers se réaliseront les paroles de l’Ecriture : «La mort a été engloutie dans la victoire. Où est-elle, ô mort, ta victoire? Là où le péché a multiplié, la grâce a surabondé». De même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront en Christ, car, la mort étant venue d’un homme, c’est par un homme, Jésus, que vient la résurrection des morts. Adam et ses fils ont tiré leur origine des éléments corruptibles, il est nécessaire que le composé se corrompe ; le second Adam, qui s’appelle : homme philosophique partit des éléments purs, pour passer à l’éternité. Ce qui consiste en une essence simple et pure demeure pour l’éternité. C’est Senior qui le dit : «Il existe une seule chose qui jamais ne meure, car elle persévère en une perpétuelle augmentation, lorsque le corps aura été glorifié lors de la résurrection des morts au dernier jour : aussi la foi témoigne-t-elle de la résurrection de la chair et de la vie éternelle après la mort». Alors le second Adam dira au premier Adam et à ses fils : «Venez, les bénis de mon père, recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé depuis le début de l’opération, mangez le pain qui est mien et buvez le vin que je vous ai préparé, car tout est prêt pour votre venue». Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline, sur l’Adam terrestre, sur l’Adam céleste, sur ce à quoi les philosophes font allusion par ces propos : «Quand tu posséderas l’eau qui jaillit de la terre, l’air qui jaillit de l’eau, le feu de l’air et la terre du feu, tu posséderas la plénitude et la perfection de notre art». 

DOUZIEME CHAPITRE LA SEPTIEME PARABOLE : L’ENTRETIEN DES DEUX AMANTS  

L’aimée : — Tournez-vous donc vers moi de tout votre coeur, ne me répudiez pas, toute noire et basanée que je suis! C’est le soleil qui m’a brûlée, et les abysses qui ont recouvert mon visage! Par mes opérations, la terre a connu l’infection et la souillure. C’est que les ténèbres l’ont maîtrisée, car dans la bourbe du gouffre j’enfonce, et ma substance n’a pas été ouverte. Des profondeurs donc j’ai crié, des abysses de la terre, vers vous tous, qui passez le chemin. Prêtez attention, regardez-moi, et si quelqu’un jamais vit mon pareil, je lui ferai don de l’étoile du matin. Dans la nuit, sur ma couche, j’ai cherché la consolation. Je ne l’ai pas trouvée. J’ai appelé. Je n’ai reçu aucune réponse. L’aimé : — Ainsi je me lèverai. J’entrerai dans la ville. Dans les rues, par les places, je me mettrai en quête d’une épouse, vierge pudique, belle de visage et de corps bien faite, bien habillée. C’est elle qui roulera la pierre qui ferme l’entrée de ma tombe. C’est elle qui me donnera comme à la colombe les ailes, avec elle je volerai vers les cieux, et je dirai : «Eternellement, je vis, en elle je repose, elle se tient à ma droite sous les ors d’Ophir!» Ecoute, fille mienne, regarde et tends l’oreille à mes supplications : de tout le désir de mon coeur je quête ta beauté. En ma langue, je dis : «Révèle-moi ma fin et la mesure de mes jours, que je connaisse ma fragilité, car d’un empan tu as fait mes jours, et devant toi ma substance est néant». C’est toi qui entrera par l’oreille, passera mon territoire, je me revêtirai d’une robe de pourpre, qui viendra de nous deux. Comme l’époux qui sort de son pavillon je m’avancerai. Tu m’orneras de gemmes printanières et rutilantes, tu me vêtiras d’habits de salut et de gloire, afin que je mette hors combat les nations et tous les ennemis, tu me ceindras une couronne d’or marquée au signe de sainteté ; tu m’entoureras d’une robe de justice, tu me donneras en gage ton anneau, tu me mettras des sandales d’or. Voilà ce qu’elle fera, mon amie, parfaite, dans sa grande beauté, dans son charme, ô délices, elle qu’ont vue et célébrée les filles de Sion, reines et concubines. O reine d’en haut, viens, accours, amie et épouse, dis à ton aimé qui tu es, dis tes qualités et ta grandeur! Pour Sion tu ne te tairas point, au sujet de Jérusalem tu ne cesseras de m’entretenir, car ton aimé perçoit tes paroles. L’aimée : — Ecoutez ceci, nations, entendez, habitants de la terre! Mon aimé, rubicond, a parlé. Il a supplié et il a été entendu. Je suis la fleur des champs et le lis des vallées, je suis la mère du bel amour, de la connaissance et de la sainte espérance. Je suis la vigne au fruit parfumé, mes fleurs sont fleurs d’honneur et d’honnêteté. Je suis le lit où repose mon bien-aimé, soixante preux l’entourent, glaive au côté, car ils craignent les terreurs de la nuit. Toute belle je suis, sans tache aucune, je guette par les fenêtres et j’épie par le treillis de mon bien-aimé, je blesse son coeur par une seule oeillade et par un seul cheveu de ma nuque. C’est que je suis le parfum des onguents, et le meilleur des parfums, cinnamome, baume et myrrhe choisie. Je suis la très chaste vierge, je me lève comme l’aurore, rougeoyante, élue comme le soleil et belle comme la lune, sans ce qui est derrière le voile. Je suis cèdre dressé et cyprès de la montagne de Sion, couronne dont me ceindra mon bien-aimé, au jour de mes noces, au jour de liesse, car mon nom est une fiole de parfum renversée. Fronde de David, dont la pierre a arraché le gros oeil de Goliath et a même fini par abattre la tête. Sceptre de la maison d’Israël et clef de Jessé : elle ouvre et personne ne ferme, elle ferme et personne n’ouvre. Vigne élue à laquelle le père de famille envoya les ouvriers, à la première, à la deuxième, à la troisième, à la sixième, à la neuvième heure, en disant : «Allez vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai un salaire équitable à la douzième heure!» Terre de la promesse sainte, le lait et le miel y coulent, et elle porte en son temps les fruits les plus suaves. Aussi les philosophes ont-ils recommandé de semer en moi leur or, leur argent, leur grain que rien ne consume. Si le grain ne tombe en moi et ne meurt, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. Trois fois plus, et bons pour trois raisons. Premièrement : le grain tombera dans une terre bonne, une terre de perles. Deuxièmement : il tombera dans une terre meilleure : une terre toute de feuilles. Troisièmement : il tombera dans la meilleure des terres, une terre d’or ; par mille fois alors sera multipliée la récolte! Or les fruits de ce grain serviront à cuire le pain de vie, qui vient du ciel. Qui mangera de ce pain pour toujours sera rassasié ; de ce pain mangeront les pauvres, et ils seront rassasiés, ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent, et leurs coeurs à jamais vivront. Ainsi je donne et je ne reprends pas, je nourris et je ne perds jamais courage, je protège et je n’ai jamais peur. Que dirai-je donc à mon bien-aimé? Je suis la médiatrice des éléments, je réconcilie les contraires. Je refroidis ce qui est chaud, et vice-versa. J’humecte ce qui est sec, et vice-versa. J’amollis ce qui est dur, et vice-versa. Je suis le terme. Mon bien-aimé est le principe. En moi se cachent l’oeuvre tout entière et toute la science, la loi chez le prêtre, la parole chez le prophète, le conseil chez le sage. Je ferai vivre et je ferai mourir, et de ma main personne ne délivre. A mon bien-aimé je tends mes lèvres, il a serré les siennes contre moi, lui et moi ne formons qu’un qui nous séparera de l’amour ? Personne, aucune force. C’est que notre amour est fort comme la mort! L’aimé : — O bien-aimée, aimée plus qu’aimée, douce est ta voix et elle m’est mélodie. Ton parfum dépasse celui des plus riches onguents. Que ton visage est beau! Tes seins plus beaux que le vin, mon épouse, ma soeur, tes yeux, piscines de Heshbôn, ta chevelure or et tes joues ivoires! Ton ventre cratère fait au tour, où le vin ne manque, tes vêtements plus blancs que neige et plus clairs que lait, plus rouges qu’un vieil ivoire, tout ton corps à tous délectable et désirable! Filles de Jérusalem, accourez et voyez, racontez ce que vous avez vu, dites, que ferons-nous à notre soeur, elle est petite et ses seins ne sont pas encore formés au jour de la rencontre! En elle je déposerai toute ma force, je saisirai ses fruits et ses seins seront comme des grappes de raisin! Viens, mon aimée, nous sortirons en tes campagnes, nous tarderons dans tes fermes, le matin, nous monterons à la vigne, car la nuit s’est avancée et il est tout proche, le jour! Regardons si la vigne bourgeonne et si les fleurs portent des fruits! Là-bas tu confieras à mes lèvres tes seins, pour toi j’ai gardé tous mes fruits, les nouveaux comme les vieux. Nous en jouirons, nous userons de nos biens avec l’ardeur de la jeunesse. Enivrons-nous de vins et de parfums, ne laissons passer aucune fleur, sans qu’elle ne nous ait servi de couronne, les lis, puis les roses, avant qu’elles ne se fanent! Pas un pré que n’évitera notre orgie! Aucun ne lui manquera! Partout nous laisserons signes de liesse, car telle est notre part. Jouissons de notre accouplement d’amour, et crions dans la joie de notre danse : «Voici, qu’il est doux, qu’il est agréable d’habiter à deux en un! Dressons donc trois tentes, à notre usage, la première pour toi, la seconde pour moi, la troisième pour nos fils! Une corde triple résiste mieux!». Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline, de l’entretien des deux amants! C’est qu’il avait semé sa semence, pour faire mûrir un triple fruit, dont Calid, l’auteur des trois paroles dit : «Ce sont trois précieuses paroles, elles recèlent le secret de la science tout entière, il faut les confier aux hommes de piété, c’est-à-dire, aux pauvres, du premier au dernier des hommes».

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Published by St Thomas d'Aquin - dans Alchimie
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 10:18

Hermès dévoilé

 

PREMIÈRE OPÉRATION ou CONFECTION DE L'AZOTE DU MERCURE DES PHILOSOPHES

Je pris de la matière contenant les deux nature métalliques ; je commençai par l'imbiber de l'Esprit astral peu à peu, afin de réveiller les deux feux intérieurs qui étaient comme éteints, en desséchant légèrement et broyant circulairement le tout à une chaleur de soleil ; puis réitérant ainsi et fréquemment en humectant de plus en plus, desséchant et broyant jusqu'à ce que la matière ait pris l'aspect d'une bouillie légèrement épaisse.

Alors, je versai dessus une nouvelle quantité d'esprit astral de manière à surnager la matière et laissai le tout ainsi pendant cinq jours au bout desquels je décantais adroitement le liquide ou la dissolution que je conservai dans un lieu froid ; puis, je desséchais derechef à la chaleur solaire la matière restée dans le vase en verre qui avait, environ trois doigts de hauteur, j'imbibais, je broyais, desséchais et dissolvais comme j'avais précédemment fait et réitérais ainsi jusqu'à ce que j'eusse dissous tout ce qui était susceptible de l'être, ayant eu le soin de verser chaque dissolution dans le même vase bien bouché, que je mis pendant dix jours dans le lieu le plus froid que je pus trouver.

Lorsque ces dix jours furent écoulés, je mis la dissolution totale à fermenter dans un pélican pendant quarante jours, au bout desquels il se précipita par l'effet de la chaleur interne de la fermentation une matière noire.

C'est alors que je distillais sans feu, le mieux qu'il me fut possible, le liquide précieux qui surnageait la matière contenant son feu intérieur, et le mis dans un vase en verre blanc, bien bouché à l'émeri, dans un lieu humide et froid.

je pris la matière noire et le fis dessécher à la chaleur du soleil, comme je l'ai déjà dit, en réitérant les imbibitions avec l'esprit astral, les cessant aussitôt que j'apercevais la matière qui commençait à se sécher et la laissant ainsi se dessécher d'elle-même, et cela autant de fois qu'il fut nécessaire pour que la matière devînt comme une poix noire luisante. Alors, la putréfaction fut totale, et je cessai le feu extérieur, afin de ne point endommager la matière en brûlant l'âme tendre de la terre noire. Par ce moyen, la matière parvint au fumier de cheval, à son imitation ; il faut, suivant le dire des philosophes, laisser agir la chaleur intérieure de la matière elle-même.

Il faut ici recommencer le feu extérieur pour coaguler la matière et son esprit. Après l'avoir laissé dessécher elle-même, on l'imbibe peu à peu et de plus en plus de son liquide distillé et réservé qui contient son propre feu, la broyant imbibée et desséchant à une légère chaleur solaire, jusqu'à ce qu'elle ait bu toute son eau. Par ce moyen, l'eau est changée entièrement en terre, et cette dernière, par sa dessiccation, se change en une poudre blanche que l'on appelle aussi air, qui tombe comme une cendre, contenant le sel ou le mercure des philosophes.

Dans cette première opération, on voit que la dissolution ou l'eau s'est changée en terre et celle-ci par subtilisation ou sublimation se change en air par l'art où s'arrête le premier travail.

On prend cette cendre que l'on fait dissoudre peu à peu à l'aide du nouvel esprit astral, en laissant après la dissolution et la décantation, une terre noire qui contient le soufre fixe. Mais en réitérant l'opération sur cette dernière dissolution, absolument comme nous venons de la décrire précédemment, on obtient une terre plus blanche que la première fois, qui est la première aigle, et l'on réitère ainsi sept à neuf fois. On obtient par ce moyen le menstrue universel, ou le mercure des philosophes, ou l'azote, à l'aide duquel on extrait la force active et particulière de chaque corps.

Il est bon d'observer ici qu'avant de passer de la première aigle à la deuxième, ainsi qu'aux suivantes, il faut réitérer l'opération précédente sur la cendre restée, si le sel n'est pas, par le feu central de la matière, suffisamment élevé par la sublimation philosophique, afin qu'il ne reste après l'opération qu'une terre noire dépouillée de son mercure.

Faites bien attention ici qu'à la suite du gonflement de la matière dans la fermentation qui suit la dissolution, il se forme à la partie supérieure de la matière une espèce de peau sous laquelle se trouvent une infinité de petites bulles qui contiennent l'esprit. C'est alors qu'il faut conduire avec prudence le feu, vu que l'esprit prend une forme huileuse et passe à un certain degré de siccité.
Aussitôt que la matière est dissoute, elle se gonfle, entre en fermentation et rend un léger bruit, ce qui prouve qu'elle contient en elle un germe vital qui se dégage sous forme de bulles.

Pour bien faire l'opération que je viens de décrire, il faut observer le poids, la conduite du feu et la grandeur du vase. Le poids doit consister dans la quantité d'esprit astral nécessaire à la dissolution de la matière. La conduite du feu extérieur doit être dirigée de manière à ne pas faire évaporer les bulles qui contiennent l'esprit par une trop grande quantité de feu, et à ne point brûler les fleurs ou le soufre en continuant le feu extérieur, de manière à pousser trop loin la siccité de la matière après sa fermentation et sa putréfaction, afin de ne pas voir le rouge avant le noir.

Enfin, la grandeur du vase doit être calculée sur la quantité de la matière, de manière que celle-ci ne contienne que le quart de sa capacité : entendez-moi.

N'oubliez pas aussi que la solution mystérieuse de la matière ou le mariage magique de Vénus avec Mars s'est fait dans le temple dont je vous ai précédemment parlé, par une belle nuit, le ciel calme et sans nuages, et le soleil étant dans le signe des Gémeaux, la lune étant de son premier quartier à son plein, à l'aide de l'aimant qui attire l'esprit astral du ciel, lequel est sept fois rectifié jusqu'à ce qu'il puisse calciner l'or.

Enfin, la première opération étant terminée on a l'azote, ou le mercure blanc, ou le sel ou le feu secret des philosophes. Certains sages la font derechef dissoudre dans la moindre quantité d'esprit astral nécessaire pour en faire une dissolution épaisse.

Après l'avoir dissoute, ils l'exposent dans un lieu froid pour obtenir trois couches de sel.

Le premier sel a l'aspect de laine, le deuxième d'un nitre à très petites aiguilles et le troisième est un sel fixe alcalin.

Des philosophes les emploient séparément, d'autres les réunissent comme l'indique A. de Villeneuve dans son Petit Rosaire fait en 1306 à l'article des "Deux Plombs", et les font dissoudre dans quatre fois leur poids d'esprit astral, afin de faire toutes leurs opérations.

Le premier sel est le véritable mercure des philosophes, il est la clef qui ouvre tous les métaux, à l'aide duquel on extrait leurs teintures ; il dissout tout radicalement, il fixe et mûrit pareillement tout en fixant les corps par sa nature froide et figeante. Bref, c'est une essence universelle très active ; c'est le vase dans lequel toutes les opérations philosophiques se font. On voit donc que le mercure des sages est un sel qu'ils nomment: eau sèche qui ne mouille pas les mains ; mais pour s'en servir, il faut le dissoudre dans l'esprit astral, comme nous l'avons déjà dit. On emploie dix parties de mercure contre une d'or.

Le deuxième sel sert à séparer le pur de l'impur et le troisième sel sert à augmenter continuellement notre mercure.

DEUXIÈME OPÉRATION CONFECTION DU SOUFRE

La teinture extraite de l'or vulgaire s'obtient par la préparation de son soufre, qui est le résultat de sa calcination philosophique qui lui fait perdre sa nature métallique et le change en une terre pure ; calcination qui ne peut avoir lieu par le feu vulgaire, mais seulement par le feu secret qui existe dans le mercure des sages, vu sa propriété double ; et c'est en vertu de ce feu céleste, secondé par la trituration, qu'il pénètre dans le centre de l'or vulgaire, et que le feu central double de l'or, mercuriel et sulfureux, qui s'y trouve comme mort et emprisonné, se trouve délié et animé. Le même feu céleste, après avoir extrait la teinture de l'or, la fixe par sa qualité froide et figeante ; et elle devient parfaite pouvant se multiplier en qualité ainsi qu'en quantité. Cette terre une fois arrivée à la fixité affecte une couleur de fleur de pêcher qui donne la teinture ou le feu qui est alors l'or vital et végétatif des sages ; ce qui a lieu par la régénération de l'or par notre mercure.

Il faut donc commencer à résoudre l'or vulgaire en sa matière spermatique par notre eau de mercure ou notre azote.

Pour y parvenir, il faut réduire l'or en une chaux ou oxyde d'un rouge brun très pur, et après l'avoir lavé à diverses fois avec de l'eau de pluie bien distillée à petit feu, on le fera légèrement sécher à une chaleur de soleil ; c'est alors qu'on le calcinera avec notre feu secret. C'est à cette occasion que les philosophes disent: les chimistes brûlent avec le feu et nous avec l'eau.

Après avoir imbibé et broyé légèrement l'oxyde d'or bien calciné ayant son humidité et lui avoir fait boire son poids de sel ou de terre sèche qui ne mouille pas les mains, et les avoir bien incorporés ensemble, on les imbibera derechef en augmentant successivement les imbibitions jusqu'à ce que le tout ressemble à une bouillie légèrement épaisse. Alors, on mettra dessus une certaine quantité d'eau de mercure proportionnée à la matière, de manière qu'elle surnage cette dernière ; on laissera le tout à la douce chaleur du bain-marie des sages pendant cinq jours, au bout desquels on décantera la dissolution dans un vase que l'on bouchera bien, et que l'on mettra dans un lieu humide et froid.

On prendra la matière non dissoute, que l'on fera dessécher à une chaleur semblable à celle du soleil ; étant suffisamment sèche, on recommencera les fréquentes imbibitions et triturations comme nous l'avons précédemment dit, afin d'obtenir une nouvelle dissolution, que l'on réunira avec la première en réitérant ainsi jusqu'à ce que vous ayez dissous tout ce qui peut l'être et qu'il ne reste plus que la terre morte de nulle valeur. La dissolution étant terminée et réunie dans le vase en verre bien bouché dont nous avons précédemment parlé, sa couleur est semblable à celle du lapis lazuli. On placera ce vase dans un lieu le plus froid que faire se pourra pendant dix jours, puis on mettra la matière à fermenter comme nous l'avons dit dans la première opération, et par le propre feu interne de cette fermentation, il se précipitera une matière noire ; on distillera adroitement et sans feu la matière, en mettant le liquide séparé par la distillation qui surnageait la terre noire dans un vase bien bouché et dans un lieu froid.

On prendra la terre noire séparée par distillation de son liquide, on la laissera se dessécher elle-même, puis on l'imbibera derechef avec le feu extérieur ; c'est-à-dire avec le mercure philosophique, vu que l'arbre philosophique demande à être de temps en temps brûlé par le soleil et puis rafraîchi par l'eau.

Il faut donc alterner le sec et l'humide, afin de hâter la putréfaction, et lorsqu'on aperçoit la terre qui commence à se dessécher, on suspend les imbibitions, puis on la laisse se dessécher elle-même jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à une société convenable et l'on réitère ainsi jusqu'à ce que la terre ressemble à une poix noire alors la putréfaction est parfaite.

Il faut ici se rappeler ce que nous avons dit dans la première opération, afin de ne pas laisser volatiliser l'esprit, ou brûler les fleurs en suspendant à propos le feu extérieur lorsque la putréfaction est totale. La couleur noire, que l'on obtient au bout de quarante ou cinquante jours toutes les fois que l'on a bien administré le feu extérieur est une preuve que l'or vulgaire a été changé en terre noire, que les philosophes appellent leur fumier de cheval.

Comme le fumier de cheval agit par la force de son propre feu, pareillement notre terre noire dessèche en elle-même sa propre humidité onctueuse par son propre double feu et se convertit après avoir bu toute son eau distillée et être devenue grise, en une poudre blanche nommée air par les philosophes, ce qui constitue la coagulation, comme nous l'avons précédemment décrit dans la première opération.

Lorsque la matière est blanche, la coagulation étant terminée, on la fixe en portant la matière à une plus grande dessiccation à l'aide du feu extérieur, en suivant la même marche que nous avons suivie dans la coagulation précédente, jusqu'à ce que la couleur blanche soit changée en couleur rouge que les philosophes appellent l'élément du feu. La matière arrive elle-même à un degré de fixité si grand, qu'elle ne craint plus les atteintes du feu extérieur ou ordinaire, qui ne peut plus lui être préjudiciable.

Non seulement, il faut fixer la matière comme nous venons de le faire ; mais il faut encore la lapidifier, en portant la matière à avoir l'aspect d'une pierre pilée, eu se servant du feu ardent, c'est-à-dire du premier feu employé, et suivant les mêmes moyens précédemment décrits, afin de changer la partie impure de la matière en terre fixe, en privant aussi la matière de son humidité saline.

Alors, on procède à la séparation du pur, de l'impur de la matière ; c'est le dernier degré de la régénération, qui se finit par la solution.

Pour y parvenir, après avoir bien broyé la matière et l'avoir placée dans le vase sublimatoire, haut, comme nous l'avons déjà dit, de trois à quatre doigts, en bon verre blanc et d'une épaisseur double de celle ordinaire, on verse dessus de l'eau mercurielle, qui est notre azote, dissous dans la quantité d'esprit astral qui lui est nécessaire et précédemment indiquée, en graduant son feu de manière à l'entretenir à une chaleur tempérée, en lui donnant sur la fin une quantité de ce mercure philosophique comme pour fondre la matière. Par ce moyen, on porte toute la partie spirituelle de cette dernière dans l'eau et la partie terreuse va au fond ; on décante son extrait, et on le met dans la glace, afin que la quintessence huileuse se rassemble et monte au-dessus de l'eau et y surnage comme une huile, et l'on jette la terre restée au fond comme inutile, car c'est elle qui tenait emprisonnée la vertu médicinale de l'or, ce qui fait qu'elle est de nulle valeur.

Or sépare cette huile surnageant à l'aide d'une plume blanche de pigeon bien lavée et mouillée et l'on prend garde de ne point en perdre, car elle est la vraie quintessence de l'or vulgaire régénéré, dans laquelle les trois principes s'y trouvent réunis ne pouvant plus être séparés l'un de l'autre.
Observez bien ici qu'il ne faut pas pousser la lapidification de la manière trop loin afin de ne pas changer l'or calciné en une espèce de cristal. Il faut avec adresse régler le feu extérieur pour qu'il dessèche peu à peu l'humidité saline de l'or calciné, en le changeant en une terre molle qui tombe comme une cendre, par suite de sa lapidification ou plus ample dessiccation.

L'huile obtenue ainsi par la séparation est la teinture, ou le soufre, ou le feu radical de l'or, ou, la véritable coloration ; elle est aussi le vrai or potable ou la médecine universelle pour tous les maux qui affligent l'humanité. On prend aux deux équinoxes de cette huile la quantité nécessaire pour teindre légèrement une cuillerée à soupe de vin blanc ou de rosée distillée, vu qu'une grande quantité de cette médecine détruirait l'humide radical de l'homme en le privant de la vie.
Cette huile peut prendre toutes les formes possibles et se former en poudre, en sel, en pierre, en esprit, etc., par sa dessiccation à l'aide de son propre feu secret. Cette huile est aussi le sang du lion rouge.

Les anciens la représentaient sous l'image d'un dragon ailé qui se repose sur la terre. Enfin cette huile inconsumable est le mercure aurifique. Étant faite, on la partage en deux portions égales ; on en conserve une partie à l'état d'huile dans un petit bocal en verre blanc, bien bouché à l'émeri, que l'on conserve dans un lieu sec, pour s'en servir à faire des imbibitions dans les règnes de Mars et du Soleil comme je le dirai à la fin de la troisième opération, et l'on fait dessécher l'autre portion jusqu'à ce qu'elle soit réduite en poudre, en suivant les mêmes moyens que j'ai indiqués précédemment pour dessécher la matière et le coaguler ; alors, on partage cette poudre pareillement en deux portions égales ; on en fait dissoudre une partie dans quatre fois son poids de mercure philosophique, pour imbiber l'autre moitié de la poudre réservée.

TROISIÈME OPÉRATION CONJONCTION DU SOUFRE AVEC LE MERCURE DES PHILOSOPHES

C'est ici où les philosophes commencent presque tous leurs opérations, ce qui a induit beaucoup de personnes en erreur. C'est aussi dans cette opération où l'on réunit le soufre des philosophes avec leur mercure. Presque tous les sages ont nommé fermentation cette dernière opération, vu que c'est dans celle-ci que de nouveau le soufre se dissout, qu'il fermente, se putréfie et ressuscite par sa nouvelle régénération avec une force décuple.

Cette opération diffère des deux précédentes, ce qui fait que les philosophes la composent de sept degrés auxquels ils ont attribué une planète.

Pour faire cette opération, il faut prendre la moitié de la poudre réservée dont je vous ai déjà parlé et l'imbiber peu à peu, vu qu'en l'imbibant en trop grande quantité on résout derechef le soufre en huile, qui se sublime en surnageant l'eau, ce qui empêche la réunion du soufre et du mercure, faute grave qui s'est opposée à la réussite de plusieurs philosophes. Il faut donc imbiber la matière goutte par goutte en l'aspergeant, afin d'opérer la réunion de la Lune avec le Soleil des Anges en formant ensemble une bouillie épaisse.

Le feu externe, qui sert à faire ces imbibitions, est celui dont nous avons déjà parlé lorsque nous avons fait dissoudre le quart de l'huile aurifique réduite en poudre dans la quantité de mercure philosophique qui lui était nécessaire pour se dissoudre ; ce feu extérieur se trouve réglé par la quantité de la matière.

Il faut ici avoir soin d'entretenir la matière dans un état d'onctuosité par les imbibitions réitérées autant de temps qu'il sera nécessaire pour faire gonfler la matière et la faire entrer en fermentation. Sa dissolution est terminée lorsque la matière affecte une couleur bleuâtre ; on appelle cette dissolution Rebis ou double mercure et le degré du mercure. Cette dissolution est de suite suivie de la fermentation ; alors, on cesse les imbibitions et le feu extérieur, en laissant agir tout seul et de lui-même le feu intérieur de la matière, jusqu'à ce que la matière soit tombée au fond du vase, où elle devient noire comme du charbon ; c'est alors que commence le premier degré appelé celui de Saturne et que l'on distille sans feu, le liquide surnageant la matière noire, en suivant la marche que nous avons décrite aux deux précédentes opérations.
On laisse sécher la matière noire elle-même, et lorsqu'elle est parvenue à un état de siccité convenable, on l'imbibe derechef avec le feu extérieur, en cessant les imbibitions quand on voit la matière commencer à se sécher ; on la laisse acquérir elle-même un certain degré de siccité, et l'on continue, en réitérant ainsi jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à sa putréfaction totale ; alors, on cesse le feu extérieur pour ne pas endommager la matière. Par suite de l'action du propre feu de la matière, celle-ci de noire devient grise, sans que l'on soit obligé de lui administrer le feu extérieur : on est alors rendu au degré de Jupiter. C'est dans ce degré que l'on voit paraître les couleurs de l'arc-en-ciel, qui se trouvent remplacées par une espèce de peau d'un brun noir qui acquiert de la siccité, se fend et devient grise, entourée à la paroi du vase d'un petit cercle blanc.

La matière étant parvenue à ce point, on pourrait s'en servir comme médecine. Dans ce cas, il faudrait laisser sécher la matière et la faire devenir une poudre blanche, en employant les mêmes procédés déjà décrits pour obtenir cette couleur que l'on fera devenir rouge à l'aide du feu secret.

Cette médecine aurait alors une vertu décuple de la première dont j'ai parlé. Mais désirant s'en servir pour la transmutation des métaux, après l'avoir bien desséchée, on n'attend pas qu'elle soit devenue blanche ; mais on la rend telle en l'amalgamant à parties égales avec du mercure vulgaire de commerce, purifié avec soin par distillation, bien sublimé et revivifié ; il est le lait ou la graisse de la terre.

En effet, lorsque le mercure vulgaire est amalgamé avec la matière, le tout se dissout sous l'aspect d'un liquide blanc comme du lait, qui se trouve fixé par la matière en un sel fixe, par l'action de son propre feu.

Alors, on recommence les lavations mercurielles qui la rendent blanche comme cristal, à l'aide de sept lavations différentes, à chacune desquelles on ajoute le mercure revivifié à partie égale comme je l'ai dit ci-dessus, puis par moitié, tiers, quart, cinquième, sixième et septième partie du poids de la matière fixée, afin que le poids de la matière soit toujours plus grand que celui du mercure revivifié employé.

Mais dès la première lavation à partie égale il faut ne pas cesser ni jour, ni nuit le feu, c'est-à-dire les imbibitions du liquide distillé qui contient le feu de la matière, afin que celle-ci ne soit pas saisie par le froid et perdue : le composé est le laiton des philosophes, qu'il faut blanchir par de fréquentes imbibitions jusqu'à ce que le mercure amalgamé soit fixé par notre matière, secondé de son propre feu ; ce qui termine le degré de Jupiter.

En continuant ainsi, le laiton devient jaunâtre, puis bleuâtre et le blanc le plus beau paraît dessus: alors commence le degré de la Lune. Ce beau blanc à l'aspect du diamant pilé, il est devenu une poudre très fine et très subtile ; on a obtenu le blanc fixe ; on en met sur une lame de cuivre rougie ; si elle fond sans fumer, alors la teinture est suffisamment fixée. Dans le cas contraire, on lui administre le feu, en le continuant jusqu'à ce qu'elle ait atteint son degré de fixité convenable, et l'on s'arrête là, si l'on ne veut faire que la teinture au blanc, dont une partie transmue cent parties de mercure vulgaire en argent meilleur que celui de minière.

Mais désires-ton faire la teinture rouge, il faut continuer le feu à la matière ; sans l'avoir laissé refroidir, si l'on veut qu'elle puisse devenir rouge.

En reprenant l'administration du feu extérieur la matière devient très fine et si subtile qu'il est difficile de se l'imaginer ; c'est pourquoi il faut bien diriger son feu afin que la matière ne se volatilise pas par la force du feu qui doit la pénétrer entièrement, mais qu'elle reste au fond du vase, en devenant une poudre verte. C'est alors le degré de Vénus.

En continuant avec sagesse le feu extérieur, la matière devient jaune citron: c'est le degré de Mars. Cette couleur augmente d'intensité et devient couleur cuivre. Rendue à ce point, elle ne peut plus augmenter d'intensité elle-même ; c'est alors qu'il faut avoir recours au mercure aurifique rouge, c'est-à-dire à notre huile réservée et imbiber la matière avec cette huile jusqu'à ce qu'elle soit devenue rouge : alors commence le degré du Soleil.

En continuant les imbibitions avec l'huile aurifique, la matière devient de plus en plus rouge, puis purpurine, et finalement du rouge brun, ce qui forme la salamandre des sages, que le feu ne peut plus attaquer.

Enfin, on insère la matière avec la même huile aurifique, en l'imbibant goutte par goutte, jusqu'à ce que l'huile du Soleil soit figée dans la matière et que cette dernière, mise sur une lame chaude, fonde sans fumée. Par ce moyen on a obtenu la teinture rouge et l'or fixe et figeant dont une partie transmue cent parties de mercure en or meilleur que celui de la nature.

MULTIPLICATION

Les deux teintures dont je viens de parler, blanche et rouge, sont susceptibles d'être multipliées en qualité et en quantité, lorsque ces teintures n'ont point été soumises à l'action du feu vulgaire, qui leur fait perdre leur humidité radicale, en les fixant en terre ayant l'aspect d'une pierre. Pour faire la multiplication de ces deux teintures, blanche et rouge, il faut répéter entièrement la troisième opération.Il faut que les deux poudres blanche et rouge soient dissoutes dans le mercure philosophique, qu'elles passent à la fermentation et à la putréfaction, ainsi qu'à la régénération. Pour y parvenir il faut réitérer les imbibitions peu à peu, conduire le feu et le régler successivement comme nous l'avons précédemment décrit. A cette seconde multiplication une partie fait projection sur mille parties du mercure et les transmue en argent ou en or selon la couleur de la poudre, en métal parfait.
La multiplication en qualité se fait en réitérant la sublimation philosophique qui a lieu en séparant le pur de l'impur à l'aide du mercure philosophique, et l'on répète ponctuellement les manipulations de la troisième opération, après avoir desséché à l'aide du feu de la matière et réduit en poudre toute l'huile blanche si l'on opère au blanc et qu'une partie de l'huile rouge, si l'on opère au rouge, afin de conserver l'autre partie pour s'en servir au degré de Mars et du Soleil, ainsi que pour insérer, comme je l'ai déjà indiqué, en opérant au rouge.

La multiplication en quantité se fait par l'addition du mercure vulgaire revivifié comme je l'ai précédemment dit. Si l'on désire faire en même temps la multiplication en qualité, il faut commencer comme règle générale, par sublimer la matière en séparant le pur de l'impur, en desséchant en totalité, si l'on opère au blanc, ou par moitié si l'on opère au rouge, à l'aide du propre feu que l'on réglera de la même manière que je l'ai fait à la troisième opération, afin de les réduire en poudre que l'on divisera chacune en deux parties égales ; on en fera dissoudre une partie dans quatre fois son poids de mercure philosophique, qui servira à imbiber l'autre partie réservée en réitérant absolument la troisième opération.

On peut, si on le désire, réitérer ces manipulations jusqu'à dix fois : la matière acquerra à chaque fois une force décuple et sera subtile qu'elle traversera le verre à la dernière fois en se volatilisant lité.

On cesse ordinairement à la neuvième multiplication, où elle devient si volatile qu'à la moindre chaleur elle perce le verre et s'évapore, ce qui fait qu'il est d'usage de s'arrêter à la transmutation d'une partie sur mille ou dix mille au plus afin de ne pas s'exposer à perdre un trésor aussi précieux.

Je ne décrirai point ici des opérations très curieuses que j'ai faites, à mon grand étonnement, dans les règnes végétal et animal, ainsi que le moyen de faire le verre malléable, des perles et des pierres précieuses plus belles que celles de la nature en suivant le procédé indiqué par Zachaire et se servant du vinaigre et de la matière fixée au blanc, et de grains de perles ou de rubis pilé très fins, les moulant puis les fixant par le feu de la matière, ne voulant pas être parjure et paraître ici passer les bornes de l'esprit humain.

Ayant fini mon oeuvre, je pris 100 grammes de mercure distillé et les mis dans un creuset. Aussitôt qu'ils commencèrent à fumer, je jetai dessus 1 gramme de mon soufre transmutatoire, il devint en huile au-dessus du mercure et je vis ce dernier qui se figeait successivement de plus en plus. Alors, j'augmentai mon feu et le fis sur la fin plus fort en le continuant, jusqu'à ce que mon mercure fut parfaitement fixé, ce qui dura environ une heure. L'ayant coulé dans une petite lingotière, je l'éprouvai et le trouvai meilleur que celui de la minière.

Que ma joie fut vive et grande ! J'étais hors de moi-même, je fis comme Pygmalion, je me mis à genoux pour contempler mon ouvrage et en remercier l'Éternel, je me mis aussi à verser un torrent de pleurs, qu'elles étaient douces ! Que mon coeur était soulagé ! Il me serait difficile de peindre ici tout ce que je ressentais et la position ou je me trouvais. Maintes idées s'offraient à la fois à ma pensée. La première me portait à diriger mes pas près du Roi citoyen et lui faire l'aveu de mon triomphe, l'autre de faire un jour assez d'or pour former divers établissements dans la ville qui me vit naître, une autre idée me portait à marier le même jour autant de filles qu'il y a de sections à Paris, en les dotant ; une autre idée me portait à me procurer l'adresse des pauvres honteux et d'aller moi-même leur porter des secours à domicile, enfin je finis par craindre que la joie ne me fit perdre la raison. Je sentis la nécessité de me faire violence et de prendre beaucoup d'exercices en me promenant à la campagne : ce que je fis pendant huit jours consécutifs. Il ne se passait pas quelques heures sans que j'ôtasse mon chapeau et levant les yeux au ciel, je le remerciais de m'avoir accordé un pareil bienfait et je versais d'abondantes pleurs. Enfin, je finis par me calmer et par sentir combien je m'exposais en faisant de pareilles démarches. Après avoir réfléchi mûrement, je pris la ferme résolution de vivre au sein de l'obscurité, sans éclat, et de borner mon ambition à faire des heureux en secret sans me faire connaître.

J'avais fait part à ma femme de mon succès et je lui promis de répéter devant elle la transmutation : elle m'engagea à n'en pas parler. C'était le Jeudi-Saint 1831, à 10 heures 7 minutes du matin que j'avais fait seul la transmutation. Je n'avais plus de mercure chez moi et remis au lendemain de Pâques à satisfaire ma femme. Je fis emplette d'une branche de laurier chez un jardinier et d'une tige d'immortelle. Après les avoir liées ensemble, j'enveloppais le tout dans une feuille de papier à lettre, dirigeai mes pas à la maison où était ma femme, qui était assise auprès d'une croisée à lire. Je me précipitais à ses genoux en mettant mon bouquet à ses pieds, je lui dis: le voici, chère amie, déposé à tes pieds ; il vient me couronner lorsque toi et moi nous descendons au tombeau ; il m'a coûté trente sept ans de pénibles travaux, et plus de quinze cents nuits sans dormir. J'ai été couvert d'humiliations, abreuvé d'injures, fui de mes amis, repoussé de ma famille et de la tienne ; enfin, j'ai perdu les plus intéressantes créatures que l'on puisse voir et je n'ai jamais cessé d'être un homme de bien et de te chérir. Ma tête tomba sur ses deux genoux. Je me mis à pleurer. O larmes de regrets, de ressouvenir de mes pertes, des tribulations que j'avais éprouvées, et de joie, que vous étiez douces ! Que vous soulagiez mon coeur ! Je renaissais, j'étais un nouvel homme. Ma femme, me relevant la tête, les larmes aux yeux, me dit : relève-toi mon ami et cesse de pleurer. Je collai mes lèvres sur les siennes et ce baiser de tendresse qui fut payé de réciprocité vint embellir le charme de ma vie et ranimer mon cerveau par le malheur.

Ce n'était pas assez de lui avoir fait l'aveu de ma réussite, et d'avoir déposé mon laurier à ses pieds, il fallait la convaincre et faire la transmutation devant elle.

Je pris un verre de montre et mis dedans une petite quantité de mercure coulant du commerce qui avait été distillé, qui était pur et que je venais d'acheter. Je mis dessus, non de mon soufre transmutatoire à l'état de poudre, mais l'état d'huile, dans la proportion d'une partie sur cent, et remuais mon verre de manière à donner à l'huile un mouvement circulaire. Nous vîmes avec joie le mercure offrir un phénomène bien curieux et se coaguler avec la couleur du plus bel or ; je n'avais plus qu'à la fondre dans un creuset et le couler ; je fis ainsi la transmutation à froid au grand étonnement de ma femme. Elle me dit alors: ton succès met le comble à tes désirs ; si tu veux me rendre heureuse et me faire oublier la longue chaîne de nos malheurs, vivons au sein de l'obscurité sans étalage ; fais disparaître de notre asile tout ce qui pourrait déceler ton secret et servir d'appât à la malveillance ainsi qu'aux ambitieux que rien ne peut récompenser, l'intrigue, la bassesse ou la tyrannie. Je lui répondis : j'ai juré, dresses-je me voir couler du plomb fondu dans les veines, d'emporter dans la tombe mon secret, c'est-à-dire la connaissance de la matière, du feu et des travaux d'Hercule ; je te jure ainsi qu'à Dieu de te rendre heureuse en accomplissant tes désirs ; espérons que l'Éternel nous protégera contre les envieux, les hommes vicieux et corrompus.

O vous jeunes gens qui lirez vraisemblablement mon ouvrage, puissent vos désirs de paraître dans ce monde et l'appât des richesses ne point vous faire entreprendre la recherche de la pierre philosophale: si vous pouviez savoir comme moi les malheurs en tous genres que j'ai éprouvés, pour y parvenir, vous reculeriez d'effroi au désir de vous y livrer, à moins que Dieu vous fasse rencontrer un homme qui ait réussi à faire la pierre, qui vous conduise par la main depuis le commencement jusqu'à la fin, repoussez avec horreur l'idée de vous livrer à la philosophie hermétique, plus difficile qu'on ne le pense à la connaître de soi-même. Espérant être plus heureux que moi, si vous foulez à vos pieds mes conseils, et que vous soyez assez heureux pour y parvenir, n'oubliez jamais les infortunes, soyez discrets surtout, avares dans vos goûts pour la dépense et pour satisfaire vos passions, mais prodigues envers les pauvres, et n'oubliez jamais que la plus douce satisfaction pour un coeur bien né, c'est de faire des heureux sans qu'ils parlent de vous, et surtout ayez toujours présent à vos yeux l'Éternel.

Fuyez les êtres corrompus du bon ton, ils ont tous les moyens pour abuser de vos bonnes qualités, ils se ruinent en promesses qui paraissent être l'épanchement d'une belle âme, mais ils s'enrichissent à vous rendre leur dupe. En un mot, ne cherchez point le bonheur de la vie dans les deux extrêmes de la société, mais bien dans la classe moyenne, c'est-à-dire dans celle d'honnêtes industriels ; il y a cependant quelques exceptions à faire, et je serais un ingrat d'en juger différemment. J'ai rencontré un homme bien né que je n'oublierai de ma vie, auquel je promets de donner des preuves de mon attachement.

Estimable jeunesse, puisse ma vie vous servir d'exemple, et mes recommandations de leçons, et mériter à vos yeux quelques larmes pour adoucir la longue chaîne de malheurs que j'ai éprouvés.

Rois de la terre, si vous connaissiez le grand nombre de personnes qui se livrent en secret et de nos jours à la recherche de la pierre philosophale, vous en seriez étonnés, et si vous saviez qu'à peine un ou deux hommes ont le bonheur de réussir dans l'espace trois à quatre ans, ce qui n'offre pas dans le commerce le produit d'une mine d'or qui se découvre au Pérou ou ailleurs tous les trois ou quatre ans, loin de faire rechercher ceux qui ont réussi et les tourmenter, vous les combleriez de vos bontés en leur accordant votre appui et votre bienveillance afin qu'ils puissent amplement servir l'humanité souffrante et vous faire participer aux bienfaits de leurs découvertes.

O mon pays, ô mes chers concitoyens, vous qui avez prouvé à diverses fois que vous étiez bons Français par votre dévouement à la cause de la liberté et de l'ordre légal, si l'Éternel me permet de vous laisser ce que mon coeur vous destine par reconnaissance, daignez faire transporter mes dépouilles mortelles sur un lieu à base calcaire, en face d'une petite tourelle portant un emblème douloureux d'une ancienne guerre, au bas de laquelle coule un petit ruisseau qui prend sa source à une lieu de là et fait mouvoir plusieurs moulins ; faites les recouvrir seulement d'un gros bloc de granit dur très commun dans la petite ville où je me suis marié, voisine du lieu qui me vit naître, avec cette seule inscription : les dépouilles mortelles de l'infortuné Cyliani reposent ici.

J'ai fait imprimer cet ouvrage, vu qu'il n'existe dans aucun pays une loi qui défende de publier une découverte utile à la Société sous le rapport de la vie, ainsi que de faire circuler dans le commerce de l'or parfait par son poids, sa couleur, sa pesanteur spécifique et sa fusibilité ; de quel droit voudrait on donner la préférence sur l'or des mines à celui fait par l'art philosophique, ce dernier étant meilleur !



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Published by Cyliani - dans Alchimie
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 08:17

(Un enseignement concernant la transmutation atomique) 

Devise : ce qui est exalté est simple 

Ces données constituent une information pratique. Elles sont destinées aux lecteurs libérés de leurs préjudices, qui ont su préserver leur sensibilité et conserver les fondements et la simplicité de leur compréhension. En cet écrit, je n'utiliserai pas les expressions archaïques des alchimistes qui me génèrent plus d'une fois au cours de mes travaux opiniâtres.

 

Enfin, cet écrit servira, sinon à venger, du moins à justifier les anciens maîtres dont il ne reste que cendres, et qui auraient préféré le mépris, la persécution ou même la mort violente plutôt que de révéler leur secret.

 

Ce secret, à savoir comment produire la Pierre Philosophale, était certes connu du Maître en chaire de certaines loges maçonniques, autant que des véritables alchimistes. Or, à ce jour, je ne croirais pouvoir trouver de toutes les loges européennes une seule qui ait la formule et la science nécessaire à produire la petite ou la grande Teinture. Et le lecteur comprendra que je ne puis dépasser certaines frontières dans l'information que je donne présentement. Ceux pour qui les expressions des anciens maîtres semblent bizarres ou improbables, doivent se rappeler que le poète doué semblera fantaisiste à l'un alors que l'autre proclamera au coeur humain sensible la plus haute sagesse.

 

Le but de cet écrit n'est pas de formuler de directives absolues pour l'accomplissement de l'oeuvre. Le résultat parlera de lui même.

 

La connaissance et le savoir-faire sont les nouveaux pôles de la conscience humaine qui s'implante. Ils émergent lorsqu'à l'atome le plus intérieur s'allie une foi inébranlable en Dieu et une communication sensible avec l'existence d'un Etre Divin. L’Etre est une force éternelle et éternellement croissante. L’Etre descend et monte sans cesse, ce qui produit le changement éternel de vie et de mort. Or, même ce que nous appelons mort et pourriture demeure au sens le plus global du terme, une transformation, une nouvelle répartition de la matière. Cette répartition, qui constitue une expression tangible, agit dans un champ de forces impondérables et intangibles. La nature révèle que la force manifestée s'exprime sans cesse dans la plante, le minéral, le métal, la goutte de pluie ou le cristal de neige, ou encore dans l'animal et chez l'homme. Mais quelle différence entre le doux zéphyr et l'holocauste ravageur, entre l'air de mai et les furies de l'ouragan ou du blizzard. De telles différences sont évidentes lors de tremblements de terre ou sous-marins, et sont souvent reliés à des éruptions volcaniques.

 

Innombrables sont les forces qui en essence, sont l'expression d'une force unique. Pour exemple, prenez un arbre ou une fleur qui grandit, mûrit, puis se désagrège. L'homme est ainsi, son corps est sujet à la corruption, mais il est pourvu comme créature naturelle, d'une force intérieure qu'il manifeste à divers degrés. Voyons de même les saisons annuelles qui montrent des formes passantes au sein d'une éternité confirmée et rappellent les cycles incessants de vie et de mort dans le microcosme et le macrocosme de l'humain. Nous trouvons une vie qui germe, pourrit et se transforme, et un changement continu de la forme réorganisant de multiples manifestations par le moyen d'une énergie unique, créatrice et éternelle. L'initié sait et reconnaît l'existence de cette énergie, la secrète trinité, dans les rayons du soleil ou de la lune, dans les eaux terres­tres ou célestes, dans le sein créateur de la terre-mère, ou dans les qualités sèches, humides, froides ou chaudes du souffle du vent. Connaître ces énergies signifie qu'il devient possible de les utiliser pour réaliser nos desseins suivant les sentiers de le création.

 

Le grand Oeuvre, l'oeuvre Royale de l'Initié Alchimiste n'est pas difficile en soi, et pourrait se résumer en quelques phrases. Mais le travail impliqué est si multiple, si fécond en surprises, et même nos lois physiques établies et expérimentées ne saurait régir l'oeuvre ou s'y rendre justice. Est ­ce si surprenant alors, qu'en ces temps de pensée rationnelle et de progrès accélérés en vue d'une extériorisation, très peu nombreux sont ceux qui savent intérioriser ces forces et comprendre les vieux écrits alchimistes. Il faut d'abord séparer la paille du blé. Plusieurs expressions utilisées ou cours de l'oeuvre, et surtout celles décrivant des instruments, demeurent incomprises. Quel mystérieux vocabulaire : Lion vert, Lion rouge, Manteau du Lion rouge, Menstrum, Serpent, Diane, Phénix, Dragon ailé, Limon, Lait virginal, Echeneis, etc... Ces expressions semblent fantastiques à première vue, quoique l'observation de l’expérience en laboratoire révèle l'exactitude de cette nomenclature.

 

L'apprenti alchimiste est souvent mal orienté par une lecture intense et souvent déroutante concernant l'approvisionnement de cet acide que les anciens maîtres appelaient tour à tour vinaigre, alcool ou vin. L'apprenti ayant crû découvrir la voie du Grand Oeuvre, se retrouve soudain dans un abîme où plane le désespoir.

 

Quand faut–il commencer le véritable travail ? Sur ce point, tous les véritables alchimistes s'entendent : tout travail alchimique peut commencer à n'importe quelle heure, n'importe quel jour. Toutefois se résultat final sera marqué en qualité ou en quantité par les effets des diverses constellations.

 

En ce qui concerne les aspects techniques, l'étudiant moderne a l'avantage sur les Anciens Maîtres de pouvoir utiliser l'électricité et le gaz en plus du charbon et du bois. Vu la difficulté de régulation de ces derniers feux, les Anciens durent utiliser certains bains au cours de leur oeuvre. Je me souviens entre autre, qu'ils utilisaient le Bain-marie et le bain de sable à un certain stade opératoire. Le bain-marie n'a plus sa raison d'être car il est facile de régler avec précision la flamme du gaz. Quelle confusion ces bains n'ont-ils pas semée chez les disciples alchimistes ! Et d'être ainsi piégé, diminue l'enthousiasme et le découragement mène à l'abandon.

 

Les Anciens Maîtres utilisaient des vaisseaux d'argile qui chacun se nommait Oeuf Philosophal. Il fallait d'ailleurs beaucoup d'art pour les sceller d'un couvercle. De nos jours nous fabriquons des vaisseaux de verre quasi incassables. Le novice se butte aussi fréquemment aux expressions : travail de femme et travail d'enfant. Ces termes, qui meublent souvent la littérature alchimique, se réfèrent simplement au contrôle du feu et aux divers degrés de chaleur requis pour l'oeuvre. Que l'on songe aux divers vase d'argile remplis de substances ayant différents poids spécifiques et divers points d'ébullition, et qui devaient être séparées dans le même vase au cours du travail ; offrant diverses résistances à la pression, ces substances exigent de l'alchimiste moderne favorisé par le contrôle du feu et du gaz une maîtrise certaine. Imaginez la difficulté pour celui qui devait régir un feu de charbon.

 

Quelle admiration n'aurons-nous pas pour ces Anciens Maîtres de l'Art Royal dont certains furent nommés "Imperator" et à juste titre puisqu'ils avaient atteint la maîtrise du Grand Oeuvre.

 

Tout travail original de création est dû à l'activité formatrice de trois principes vitaux : mâle, femelle et spirituel. L'étudiant alchimiste doit savoir que la science officielle n'en reconnaît que deux : mâle et femelle. Et mène si elle ne peut les présenter comme étant complémentaires, cela ne devrait pas limiter l'étudiant sérieux, puisqu'au cours de notre travail, trois principes tangibles, sous forme d'essentiels distincts, sont nécessaires et se montrent. Ces trois principes sont notre Mercure, notre Soufre et notre Sel sans lesquels le petit et le grand Oeuvre et la transmutation demeurent irréalisables.

 

Lorsqu'on n'utilise que deux des trois essentiels, l'expérience alchimique conduite avec la rigueur scientifique, est vouée à l'échec et ceci sans exception. Il devient alors important que l'étudiant conçoive clairement l'activité réelle des trois principes dans le Cosmos. S'il ne sait passez de deux à trois, il sacrifiera inutilement son temps, son argent ainsi que son physique et son mental.

 

Selon le concept des anciens maîtres, lorsqu'ils prenaient l'extérieur pour point de vue, la Nature toute entière était sujette aux principes mâle et femelle.

 

La nature reçoit sa force éternelle du Cosmos. Ce Cosmos, pourrai-il exister sans l'Esprit Universel du Créateur ? Et je m'abstiendrai de différencier les différentes forces actives dans le Macrocosme et le Microcosme. Ce travail a déjà été réalisé par les Anciens Maîtres, et au cours des cinq derniers siècles par un homme nommé Paracelse.

 

Cette brève introduction était nécessaire afin de nous rapprocher du niveau de pensées des Maîtres qui s'enfile tel un fil rouge dans l'oeuvre entière et se prouve par le résultat final.

 

Le grand Oeuvre a été séparé en trois parties:

 

I           préparation

II          travail principal

III         travail concluant

 

Chacune de ces parties est un chef-d'oeuvre et trouve, bien sûr, des parallèles dans les divers règnes de la nature. Ces parallèles auront trait à la chaleur, à l'humidité et à la sécheresse qui permettront la croissance germinative aux divers degrés de l'Oeuvre. Hermès Trismégiste l'avait déjà dit.

 

PRÉPARATION

(Le travail préparatoire)  

 

C'est de la Matière Première ou Chaos qu'émergea la terre, disent les Anciens Maîtres. Notre première tâche sera donc de ramener toute substance matérielle que nous utilisons à son chaos, c'est-à-dire de la dissoudre (solve), et puis de la laisser reprendre son premier état chaotique. Cela suffit pour établir le concept de la dissolution. Car il ne s'agit pas d'annihiler, mais seulement de dissoudre jusqu'à un certain degré, soit d'opérer un réangement là où l'énergie s'accumule et d'où elle infuse l'oeuvre entière de vie et lui donne forme. Cela ne peut s'accomplir avant d'avoir réduit le corporel. Le but ou le résumé de l'oeuvre entière tient en cette courte phrase des Philosophes Naturels qui témoigne de leur maîtrise sur la matière : Solve et Coagula ! (sépare et unit). Et je veux ici souligner la très grande importance de savoir ce que sont les principes mâles et femelles de toute matière que l'on considère utiliser pour le Grand Oeuvre. Une grande part de cette connaissance nous est transmise par l'Astrologie, ce sur quoi Paracelse insiste dans ces écrits. Un exemple suffira pour comprendre, selon des lois anciennement connues, le cuivre, le soufre, le nombre 6 sont sous la tutelle de Vénus, le fer, le chlorure de sodium (sel commun) et le nombre 9 sont liés à Mars, le plomb, le salpêtre, et le nombre 8 sont régis par Saturne, et ainsi de suite.... Il appartient dès lors au disciple en Art alchimique de puiser de ces faits connus et établis les proportions nécessaires au parachèvement du Grand Oeuvre. Au cours des trois parties de l'Oeuvre, le degré de chaleur est d'importance capitale. Un excès de chaleur mène à l'échec, puisque les subtiles vapeurs pénétrantes que les Anciens Maîtres, nommaient Esprit, s'évadent alors. Comment l'Oeuvre peut-elle réussir sans force active ?

 

Les divers stades du processus préparatoire peuvent s'apercevoir grâce au changement continu de la couleur. Dans mon travail, l'objet utilisé était à l'origine d'un gris foncé, quelque peu luisant, mais devint noir foncé bleu noir et puis gris pâle. Puis le tout passa au brun foncé, au brun pâle, à un gris très pâle et presque blanc. Un blanc ombragé de bleu suivit qui devint un gris transparent et puis passa au blanc immaculé. Etant obvenu nébuleux, naquit un vert brillant, et fort plaisant d'ailleurs, jusqu'à ce que, tout s'atténuant, une couleur olive envahit l'ensemble, par la suite parut un vert jaunâtre. Durant ce temps, un cercle noir, totalement fermé apparut à quelque distance de la masse sur le fond de la partie supérieure du contenant. Ce cercle totalement noir avait près de 2 cm de diamètre. Etrange phénomène ainsi que nous le verrons plus tard.

 

Ce cercle s'approcha graduellement de la surface et devint plus foncé et plus dense. Il se déplaça d'un mouvement régulier tout en maintenant une uniformité remarquable et prenant graduellement un habit bleu noir. Il commença à s'infiltrer au bord de la masse par le mur du contenant à la profondeur de sa largeur. Durant ce temps, sa masse passe de 3/4/ de cen­timètre à 20 centimètres. La bande noire se posa alors à quinze ou seize centimètres du fond, enfoncée dans la masse de 2 cm, cette masse noire n'avait qu'un ou deux centimètres de profondeur. Le bleu foncé devint plus pâle, puis fonça à nouveau en montrant une radiance magnifique quelques jours après. Puis lentement des lignes rouges comme le sang apparurent qui montaient du bas jusqu'au jour ou la menstrue, aussi nommée Aqua fontana, et qui est ce jus couleur sang ou rubis, inonde la masse en sortant de la mine philosophique. Les Anciens Maîtres nommaient ce stade leur "queue de paon". Il n'existe pas de meilleur terme pour le dire. Ce jus rouge est aussi nommé le "Manteau du Lion Rouge" puisque le Lion Rouge y est aussi contenu qui dévorera lors de degrés subséquents de l'oeuvre diverses substances et même divers éléments. Notre Mercure que l'on nomme à juste titre "Porteur de Lumière" se cache sous le Manteau du Lion Rouge. Le mot menstrue, comme de semblables termes alchimiques a un double sens. D'une part, par la manipulation du Maître, la Menstrue devient un excrément parfaitement naturel du Chaos originel nommé Materia Prima, chaux des métaux, terre graisseuse ou matrice.

 

D'autre part, la Menstrue devient un solvant bien qu'encore imparfait. A mesure que l'oeuvre progresse, chacun découvre la parenté de cette menstrue. Ce jus rouge, ou Aqua Fontana, de Paracelse, doit être décanté prudemment, en s'assurant qu'aucune partie du résidu ne vienne avec. Le résidu est alors imbibé de vin ou de vinaigre et d'huile, aussi nommé Aqua forta ou Aqua pluviales (eau forte ou eau de pluie) et qui apparaîtra sous forme essentiellement différente lors de l'oeuvre principale jusqu'à dissolution totale. Ainsi se termine le travail de préparation. Rappelons qu'il faut manipuler cette terre graisseuse avec précaution, car elle est fort corrosive malgré son apparence de graisse.

 

L'Art de cette première partie de l'oeuvre consiste en la destruc­tion totale de la substance utilisée, quelle que soit son origine soit–disant naturelle, afin de ne rien changer et de ne plus avoir que la menstrue. Il est possible, par des manipulations avec certains liquides déjà nommés, alcool, vin vinaigre, et parfois, huile, d'obtenir un jus rouge semblable à celui de la framboise luisante ou du rouge rubis d'une substance métallique. Ce jus rouge a la particularité de laisser des traces vertes sur les parois du contenant dès qu'on le remue. Ce (?) vert est le symbole de la "force nécessaire à la croissance" qui est d'importance capitale pour continuer notre oeuvre. Si le jus présente un coloris brunâtre en plus de son lustre vert, c'est qu'il est devenu inutilisable. Pour qui l'Art préparatoire a réussi, l'Oeuvre Principale attend et la confiance est permise.

 

La méthode précédente démontre bien ce que les Anciens entendaient par destruction dans le travail préparatoire. L'image de la putréfaction d'un cadavre était utilisée par les Anciens Maîtres puisqu'un corps qui se décompose crache ou écoule son propre sang. A certains moments, la matière produit une odeur fétide et puante. Lorsque les Anciens Maîtres parlaient de "transmuter un corps en chaos", ils entendaient par là la description que nous avons faite dans notre travail préparatoire. Cependant il ne faut pas la confondre avec une classification "hors de la portée du chaos". Les Anciens Maîtres classifiaient la Nature en divers champs ou niveaux tels que :

 

  1. végétal
  2. minéral
  3. métal
  4. animal
  5. chaotique
  6. astral  

Le sens de ces classifications se comprend clairement lorsque nous abordons l'ancienne littérature des Maîtres. Les anciens Alchimistes insistaient sur le concept d'un élément essentiel ou d'une substance qui est une unité dynamique et biologique et dont les formes visibles et fondamentales se manifestent comme les quatre éléments. On ne devra pas toutefois prendre ces quatre éléments pour ceux du postulat scientifique. L'élément principal se nommait "Phophore", qui en essence signifie "Porteur de Lumière". Ce qui a mené à plusieurs concepts erronés concernant des expressions hermétiques spécifiques qui pavèrent la voie de jugement erronés et de fausses conclusions. Tel est toujours le cas aujourd'hui. Il n'y a aucun besoin de nommer de tels phénomènes et il faut plutôt se satisfaire de faits. L’expression Phosphore signifiait le feu ou la lumière intérieure qui brille mais ne se consume pas. Après s'être fixé, le Phosphore ne peut être fondu ni consumé par aucun feu. Ainsi fut–il bien nommé jusque dans son coeur. Cependant, on se défendit de révéler comment obtenir ce feu intérieur et comment l'emmagasiner.

 

Dans sa Tabula Smaraglina (Table d'émeraude) l'alchimiste classique, Hermès Trismégiste, exprime la connaissance des trois parties de l'œuvre :

 

"Il est vrai, certain, sans fausseté, que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut pour accomplir le miracle d'une seule chose. Puisque toutes choses dérivent d'une seule, par la volonté et le Verbe de celui qui l'a crée en Son Esprit, ainsi toutes choses doivent leur existence à cette Unité par l'ordre de la Nature et peuvent être améliorées en les adaptant cet Esprit.

 

Son père est le Soleil, sa mère est la Lune, le Vent l’a porté en son ventre et la Terre est sa nourrice. Cette Chose est le Père de toutes choses parfaites dans le monde. Sa puissance est la plus parfaite lorsqu'on la rechange en Terre. Sépares la Terre du Feu, le subtil de l'épais, mais soyez prudents, faites-le avec art et jugement.

 

La Chose monte de la terre au ciel, et en redescend, née à nouveau à la terre, et ayant la double puissance de ce qui est en Haut et de ce qui est en Bas. Ainsi, la splendeur du monde entier t'appartiendra et tout ténèbre s'éloignera de toi.

 

C'est la plus forte de toutes les puissances, la Force de toutes les forces, car elle peut réaliser toutes choses subtiles et pénétrer tout ce qui est solide. Car ainsi fut crée le monde et produites de rares combinaisons et des merveilles de toutes sortes.

 

Voilà pourquoi, on me nomme Hermès Trismégiste, ayant maîtrisé les trois parties de la sagesse du monde entier. Ce que j'ai à dire concernant le chef d'oeuvre de l'art alchimique, l'Oeuvre Solaire, est maintenant dit."

 

Aristote prônait l'existence de quatre éléments dans la nature : Terre, Eau, Feu, Air. Qui pénètrent tous ses règnes sous divers modes lorsque les formes de vie active opèrent leur fonction primaire. Et je voudrai ici vous rapporter encore une fois ces paroles d'Hermès Trismégiste : "le vent la porté en son ventre". Pensez alors à l'humidité contenue dans l'air qui peut, selon les circonstances prédominantes, devenir vapeur, pluie, neige ou verglas dans la région libre et devenir eau dans sa ronde éternelle. En de telles conditions et occasion, l'alchimiste doit mettre de côté les concepts soutenus par ceux qui considèrent les éléments chimiques tels qu'ils sont utilisés par les scientifiques et qui sont contraires à sa conception "alchimystiques".

 

Dans la pluie, la neige, le gel ou toute humidité de l’air, nous retrouvons cet agent sous forme de trois essences ignorées de l'humanité, attendant une renaissance pour révéler ses forces magiques. Qui décidera que le temps est venu et que l'humanité est prête ? Cela étaient impossible pour les Anciens Maîtres qui se nommaient Philosophes de la Nature, et qui apprenaient de la Nature, de concevoir une manifestation matérielle sans force d'âme. Au contraire, ils connaissaient la puissance concentrée dans la matière que la science moderne découvre tout juste. Cette conviction de l'alchimiste est exprimée par tous ceux qui ont vécu une telle expérience intérieure. Cette puissance active extrait de la nourriture en dégénérescence un haut contenu de vitamines et active les vertus curatives et les poisons de la plante. Elle produit les fleurs et les parfums merveilleux en dégageant sa force sous forme visible à divers degrés, et en fournissant sans cesse tout ce qui est essentiel, car tel est le véritable Art des Alchimistes.

 

Mais, il faut d'abord avoir le bon médium ainsi qu'il est décrit dans le travail préparatoire, qui puisse allier la force active comme l'aimant attire le fer. Selon, un vieil enseignement, les semblables s'attirent alors que les forces contraires se repoussent. En poursuivant l'oeuvre, nous identifierons plus avant cette Menstrue, ou sang du Lion rouge, et nous verrons que ce sang, pour prendre le terme du vieux Maître Goethe, pourra en un sens différent, être nommé "jus spécial".  

 

LE TRAVAIL PRINCIPAL

 

Comment ne pas admirer les Ancien maîtres en Art Alchimique qui accomplirent le Grand Oeuvre en utilisant l'équipement simple mais efficace de leur époque. Dans l'oeuvre principale, un ballon, aussi nommé Oeuf Philosophique, servait d'outil premier aux Anciens Maîtres. L'équipement dit "renomier" est inutile et dépourvu de sens.

 

Le ballon est rempli aux trois quarts, il faut prendre un soin énorme du degré de feu ou de chaleur et cela pour une raison déjà exprimée. Au cours de cette distillation par degrés pour laquelle les Anciens Maîtres utilisaient l'Athanor, trois liquides paraîtront successivement. Dans le ballon, il demeurera une poudre    semblable au verre, d'une couleur jaune, blanc avant parfois des reflets verdâtres ou bleutés. Il est important de savoir reconnaître ces trois fluides tout à fait différents. L'un est jaune et les deux autres clairs comme de l'eau, le dernier montrant une consistance huileuse quand on le fait couler. Ces trois liquides apparaissent même si lors du travail préliminaire, nous n'avons fait usage que de deux liquides pour fondement du processus entier.

 

Le second des trois liquides distillés, qui se nomme phlegme n'est d'aucune utilisé et est jeté. Voici de nouveau les principes mâles et femelles. Plusieurs noms leur ont été donnés VINAIGRE jaune et blanc, vin, alcool, humidité radicale, force croissante, arsenic, soufre, sel...etc...

 

La poudre qui reste est appelée "terre morte", aimant, momie ou encore "cadavre à ressusciter". Cette poudre doit être enterrée au sens alchimique,

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 ou bien couverte de fumier de cheval. Cette dernière expression s'utilise aussi pour décrire une opération du travail préliminaire. Mais, ne nous laissons pas abattre par ce semblant de contradictions, de formules et d'expressions. La véritable tâche du travail principal est la SEPARATION qui doit être réalisée avec précision. Par la suite, il faudra ranimer la "terre morte" par sa propre semence qui croîtra en manifestant ses bourgeons et ses fleurs sur une tige unique. La séparation, la purification, la mortification unie à la putréfaction et à la revivification, se comparent au cycle annuel de la Nature, aussi nommé "feu de Roue".

 

 

La terminologie de l'Art hermétique pourra s'avérer difficile pour le novice. Hermétique signifie : scellé à l'épreuve de l'air. Il est vrai qu'une partie de l'oeuvre doit être réalisée dans un contenant hermétique si on espère réussir. Les Maître alchimistes connaissaient une union hermétique par laquelle souder ou unir divers ingrédients différents, ainsi que cela se produit au cours de ce travail. Même l'analyse chimique la plus exacte ne saurait révéler les trois ou plutôt les quatre substances mentionnées.

 

Dans sa. propre fosse, faite de sa substance, la terre morte reçoit l'Aqua Pluvialis, l'eau de pluie ou eau céleste et commence à revivre et à pourrir d'une certaine manière. On peut voir la matière enfler et épaissir, devenir coulante après absorption de son eau et être collante au toucher. Au cours de la distillation, une eau absolument claire, notre Aqua Pluvialis vient à surnager. Cette eau sans odeur ni saveur peut être bue sans scrupule. Au cours de ce processus, si une fumée vient à paraître, tantôt invisible, c'est le début d'une nouvelle phase de l'oeuvre.

 

Il devient alors nécessaire de verser le vinaigre jaune ou blanc sur la masse solidifiée avec une grand prudence et dextérité, et au risque de dommages corporels car cette manipulation est dangereuse. Lorsque ces deux vins sont unis, ils deviennent un solvant radical et se mêlent en laissant entendre un sifflement plus ou moins doux, jusqu'à produire un jus rouge, qui dissoudra le terre en un temps relativement bref. Ainsi la menstrue est apparue à nouveau, mais sous une forme plus pure que précédemment. Cette menstrue deviendra encore plus puissante et plus pure au cours de l'oeuvre. Le phlegme inutile que nous avons jeté et que nous jetterons toujours, constitue le quart ou le tiers du montant total. C'est une grand énigme physiologique que l'origine et le présence de ce phlegme au cours de la séparation. La menstrue ne perd pas en quantité au cours du travail principal.

 

De la cinquième à la septième révolution de la roue de la nature, un phénomène extraordinaire apparaît au cours de la distillation, lorsque les fluides se transforment partiellement en fumées invisibles et ne se condensent que dans le col du ballon. Un fluide laiteux surgit du fond du ballon, s'élève et commence à se mouvoir librement dans le haut du ballon, comme des nuages au cours d'une tempête, pour enfin, couler par le col du ballon dans le réceptacle. Lorsque le liquide commence à s'élever et à s'accumuler nu sommet, il y a tout juste assez de temps pour changer de réceptacle avec une grande prudence, de façon à garder la nouvelle préparation.

 

Cette liqueur particulière est le "Lait virginal", le Menstrue Universelle, le solvant radical, le Dragon Aile, aussi nommé Phoenix, et Lima. Ce solvant radical peut dissoudre complètement toute matière d'origine terrestre et en retenir toutes essences entières et vertus caractéristiques. Cela ne peut être réalisé par aucun autre solvant. Une observation méticuleuse révèle que ce lait est un liquide pâle comme de l'eau en laquelle nagent plusieurs écailles miniatures d'un blanc argenté. Ce lait peut être conservé indéfiniment puisque les ailes de Mercure ont été coupées, ainsi que le disaient les Anciens Maîtres. Dès que ces écailles miniatures, nommées Echeneis ou "petits poissons" ont été séparées, il n'est plus possible de les conserver indéfiniment. Même si elles sont dans un flacon hermétiquement fermé, elles disparaissent sans laisser de résidu ni de condensation. Ces écailles ont un goût sucré salé assez fort. Lorsqu'on goutte à cette poudre comme â l'eau, il demeure dans la bouche une plaisante chaleur qui n'a rien de corrosif.

 

Au cours de la distillation, qui est un stade décisif du travail, le vinaigre jaune change sa consistance originelle, devient une eau claire et bisse au fond du ballon un résidu particulier. Ce résidu se divise en deux poudres distinctes et de quantité égale. Ces poudres sont dites "assises sur une chaise", séparées l'une de l'autre par une mince marge au fond du verre, cette marge constituant une ellipse parfaite dont les pointes indiquent le nord-sud. Une poudre est blanche, l'autre est jaunâtre, elles sont le Sel et le Soufre hermétiques, paraissant comme Sel Volatil (état extrêmement fin ou subtil), que l'on dit quintessence dès que nous prenons connaissance du Mercure Volatil.

 

Au cours du travail de conclusion, nous aurons à fixer ces deux poudres qui sont Mars et Vénus, c'est-à-dire que nous devrons éviter l'évaporation, car à l'exemple de leur frère en esprit, Mercure, elles se sont envolées lorsque nous les avons remisées dans un contenant scellé hermétiquement.

 

Ainsi se termine le travail principal. La terre qui demeure ne nous sert plus à rien puis que nous en avons capturé le double Mercure volatil.

 

CONCLUSION

(Le travail concluant)

 

Il est facile de voir de ce qui précède que le Grand Oeuvre requiert beaucoup d'observation et de concentration ainsi qu'un sentiment profond pour les travaux secrets de la nature et du cosmos. Nous devons considérer que par un tel procédé, des centaines, des milliers, parfois des millions d'années de phénomènes ont été condensés en une moyenne de neuf mois par l'Art du Maître, ce qui nous rappelle la maturation de l'embryon humain. Le travail le plus difficile du point de vue technique est le travail principal où il faut régulariser la flamme du gaz en se souvenant des difficultés vaincues par les Anciens Maîtres qui devaient alimenter un feu de charbon ou de bois.

 

La difficulté et le danger du travail nous porte à le comparer à certains rituels initiatiques des Temples de la vieille Egypte. Et on comprend la décision d'un Maître de ne pas vouloir répéter le travail. Le travail préparatoire est semblable au travail principal des Anciens Maîtres. Une partie consiste en Solve, et la partie suivante, la conclusion, en Coagula. Certaines démarches déjà mentionnées se rencontrent au cours des travaux préparatoires et principaux, de sorte qu'il est impossible de visualiser parfaitement les divers processus de l'enchaînement. Ce n'est que lorsque le travail est entrepris et la bonne démarche suivie que l'apprenti alchimiste en laboratoire comprend clairement. Par la contemplation juste, on réalise ln procédure à suivre telle qu'elle est décrite dans le Grand Oeuvre, et on comprend les expressions symboliques et les images des Anciens Maîtres associées aux diverses étapes.

 

Le but principal du travail de conclusion est de coaguler et de fixer le double Mercure volatil. Les Anciens Maîtres entendaient "cémentation" par cette fixation et posaient ainsi au chercheur difficultés et énigmes. Voici le plus Grand Secret et le plus Grand Art des Alchimistes : unir par une conjonction indissoluble l'atome le plus intérieur de cette matière qui donnera à la teinture et à la quintessence son être caractéris­tique. Ce travail conclut le Grand Oeuvre et permet au travail patient et persévérant d'arriver au but final.

 

Le jeu des couleurs, dépendant de la teinture, varie au cours du travail de conclusion. D'abord, les substances en question doivent être unies selon leurs poids naturels. Après un court laps de temps, la masse deviendra totalement noire et présentera plusieurs entailler. Cela arrive aussi au cours du travail préparatoire. Si on met une lampe au dessus de cette masse, on sera surpris d'y voir briller un rouge foncé comme un reflet de sang. Il est difficile d'imaginer le changement de couleur qui survient et qui ne diffère que du travail préparatoire par la merveilleuse pureté et la beauté des couleurs qui produisent une véritable symphonie. Cette luminosité de couleurs devient telle dans la Pierre achevée, qu'elle soit obtenue par l'une ou l'autre voie, qu'elle brille véritablement. Voilà un signe certain que la vraie teinture a été obtenue.

 

La pierre peut au cours de la première multiplication, devenir cent fois plus forte, et par conséquent augmenter sa force de 10 000 ou 20 000 fois. Un travail plus poussé saura encore ajouter à sa multiplication. La limite de ce pouvoir dépend des éléments utilisés et de leur poids spécifique. Lorsque cette limite est atteinte, cette nature pénétrera le verre et aura la dureté et la densité du meilleur acier.

 

Voilà la clef de l'énigme qui nous est proposée par l'histoire lorsqu'elle nous parle d'un verre malléable fabriqué par des hommes, mais qui pas pu être refait malgré tous les efforts de la science moderne. La concentration la plus élevée que l'on connaisse fut réussie par Pryce d'Angleterre et avait une puissance d'1 140 000 fois. Un seul gramme de sa teinture lui suffit pour réussir une transmutation atomique de 40kg. Malheu­reusement, ce grand Maître mit fin à sa vie en se suicidant parce qu'on lui refusait l'entré d'une société scientifique.

 

Lorsqu'on utilise le verre de quartz ou le verre dur, on peut dépasser la potentialité de Pryce, mais considérez quelle manipulation est requise pour une telle concentration.

 

Puisque cette Teinture, n'est pas limitée aux métaux, mais peut aussi bien être utilisée pour les minerais, les plantes et les substances animales, imaginez quelles horizons s'ouvrent dans la pratique de cette voie, un seul gramme de cette teinture permettant d'emmagasiner des kilogrammes de matière.

 

 

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Published by DL Volpierre - dans Alchimie
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 08:03

Les Secrets d'Alchimie    

Après avoir passé la majeure partie de ma vie dans l'étude des arts libéraux et des sciences ainsi que dans la société d'hommes sages et de savants judicieux, j'ai été contraint, comme  résultat de mon observation de l'humanité, de parvenir à la triste conclusion que les coeurs de la plupart des personnes sont occupés soit par des projets ambitieux et vaniteux, par des plaisirs sensuels, soit par l'accumulation de richesses par  n'importe quels moyens possibles ; et que peu se préoccupent de Dieu ou de la vertu. Tout d'abord, je ne savais pas vraiment s'il fallait soit devenir  un disciple du philosophe qui rit ou du philosophe qui pleure soit s'il fallait se joindre à  l'exclamation du sage Prince d'Israël disant : « Tout est vanité. » Mais à la longue, la Bible et l'expérience m'ont appris à trouver refuge dans l'étude des secrets cachés de la Nature,  soit à la maison au moyen des livres soit à l'étranger, dans le Grand Livre du Monde. A l'heure actuelle, je puis dire que plus j'ai bu à la source puissante de la connaissance et plus ma soif, comme celle de Tantale, s'est douloureusement accrue. J'avais entendu dire qu'il y avait un oiseau appelé Phénix, le seul de son espèce dans le monde entier, dont les plumes et la chair constituent la grande et glorieuse Médecine contre toute passion, douleur et tristesse ; qu'également, Hélène, après  son retour de Troie, l'avait présentée sous  la forme d'un courant d'air à Télémaque qui, sur ce, avait oublié toutes ses tristesses et ennuis. Je ne pouvais véritablement pas espérer obtenir cet oiseau en entier, mais je fus saisi d'un désir irrésistible d’entrer en possession d'au moins une de ses plus petites plumes ; et je me disposais à dépenser toute ma fortune, à voyager en long et en large et à endurer chaque difficulté pour ce privilège ineffable. Il y avait certes là bien de quoi me décourager. Certaines personnes niaient l'existence même de cet oiseau ; d'autres rirent de ma foi en ses vertus miraculeuses. Je fus ainsi amené  à considérer pendant un certain temps que tout ce que Tacite, Pline et tous les autres auteurs avaient dit relevait de la fable et à me demander si, après tout, les différents narcotiques et opiacés n'étaient pas un meilleur remède à la colère et la douleur que les vertus supposées du Phoenix. De plus, j'avais entendu parler de la méthode élémentaire pour guérir ces affections mentales suggérée par un certain sage à Auguste auquel il ordonna de répéter les vingt-quatre lettres de l'alphabet chaque fois qu'il était en colère et cette suggestion sembla supplanter tous les autres remèdes. J'avais également  lu les livres de ces moralistes qui promettent de prescrire un remède efficace contre chaque maladie de l'esprit. Cependant, après avoir accordé à ces spécifiques tant vantés un jugement équitable, je constatai avec désarroi  qu'ils avaient peu d'utilisation pratique. Dans de nombreux cas, les causes de maladies mentales ont semblé être matérielles et consister dans un excès ou un défaut de bile ou  d'une autre substance physique ; dans tous ces cas, un traitement médical semblait indiqué ; d'où Galien, ce prince parmi les médecins, fut amené à croire que le caractère dépend des humeurs de l'organisme. Tout comme un soldat peut perdre toute bravoure et force affamé et enfermé dans une prison , de même une  personne bienveillante peut-elle céder à la colère, simplement par la faute d'une constitution vicieuse de l'organisme . Cette opinion est plus que raisonnable en soi et est soutenue, parmi d'autres choses, par le témoignage qui est donné par Arnaud de Villeneuve, dans un de ces livres où il expose les vertus de tous les médicaments au moyen des tables des quatre qualités : « Les médicaments qui mènent à l'excellence intellectuelle sont ceux qui renforcent la digestion et sustentent le cerveau ainsi que les principes vitaux, purgeant de toutes les superfluités, épurant le sang et prévenant la montée des vapeurs au cerveau ; il s’ensuit que vous constaterez que beaucoup d'auteurs médicaux parlent de leurs médicaments comme producteurs d'un effet direct sur l'esprit, quand c'est seulement au moyen de l'estomac, du cerveau, du sang, du foie, etc. qu'ils tendent à augmenter les facultés intellectuelles, en améliorant l'état de santé général du cerveau et en accélérant tous les processus de l'organisme, de telle sorte que vous pouvez dire qu'ils produisent de la joie, parce qu'ils ont tendance à renforcer les membres principaux, à purifier le sang et à produire la vivacité. D'autres médicaments « mènent au Paradis », puisque ils disposent le coeur à la charité et à toute bonne oeuvre par leur action sur le sang. Quelques herbes médicinales ont le pouvoir d'exciter l'amour, en augmentant et clarifiant le sang, accélérant ainsi l'instinct sexuel ; tandis que d'autres font des hommes chastes et religieux, en provoquant la pauvreté et la froideur du sang et en émoussant tout appétit sensuel. De la même manière, il est possible, au moyen de certaines drogues de rendre des hommes stupides et fous, comme les hommes sont rendus maussades et flegmatiques en buvant trop de vin. Vous pouvez aussi parfois remarquer qu'après avoir mangé un certain type de nourriture,  les hommes deviennent insouciants, joyeux et enclins à  danser et à chanter - quoiqu'ils soient ordinairement des personnes  pondérées et graves - tandis que d'autres sortes d'alimentation ont un effet contraire sur eux. Ainsi, un médecin a-t-il le pouvoir de faire un prodigue d'un avare, d'une personne chaste une lascive, d'une personne timide une effrontée, simplement en changeant la complexion de ses sucs vitaux. Tels sont les merveilleux secrets de l'Art médical, bien qu'ils soient évidemment  cachés  à l'insensé et à l'ignorant. Il y a un grand nombre de personnes infatuées qui ne croiront pas que la médecine peut faire autre chose que soigner un mal de tête ; mais de telles personnes savent peu des ressources de cette science. Hippocrate interdit aux  médecins auxquels il enseignait de révéler ces secrets ; et c'était une sage interdiction ». Un peu plus loin, le même auteur dit : <<Quel  médicament peut produire  plus grande chaleur que la colère ? Ou glacer le corps plus que la crainte ? Ou fortifier les nerfs plus à fond que la joie ? Ou entretenir et réconforter  plus doucement que l'espoir ? Et quelle cause plus certaine  de mort que le désespoir ?>> Tels sont les mots du philosophe et ils montrent que la médecine peut, par l'intermédiaire du corps,  guérir l'esprit et fournir ainsi un remède à la colère aussi bien qu'aux autres perturbations mentales. Il est vrai que s'il y avait un remède à la colère,  dans l'état présent du monde, il serait avec peine tenu en haute estime.. Quand bien même calmerait-il les passions des individus, d'autres personnes ne reconnaîtraient cependant pas sa valeur. Mais ce que les hommes ne se soucient pas d'avoir à présent, peut un jour être en grande demande. Telle est la vicissitude de toutes les choses humaines. Galien  a dit  autrefois que les sauvages d'Angleterre et d'Allemagne étaient aussi hostiles à la science de Médecine qu'ils en étaient ignorants. Mais maintenant les descendants des concitoyens de Galien ont sombré dans la barbarie, tandis que les Anglais et les Allemands sont les médecins les plus habiles au monde. Ainsi  semble-t-il très probable que ce Remède puisse être un jour très recherché, particulièrement lorsque nous considérons son immense utilité et les innombrables maux  que la colère apporte aux hommes.

Ce qui a été dit de la colère s'applique avec autant de force au chagrin ; car tandis que les symptômes de la colère sont plus ou moins mentaux, ceux du chagrin produisent un effet plus perceptible et durable sur le corps. Ce grand Remède à la colère et au chagrin serait ce qu'il y a de plus désirable à posséder, si nous pouvions seulement trouver le Phénix qui le permette. Où puis-je le chercher? Où dois-je m'enquérir de lui? A qui puis-je demander?  J'ai décidé de partir à l'étranger et de le chercher jusqu'à ce que je l'ai trouvé. La fortune sourit aux audacieux  mais ne vient jamais en aide à l'indolent et à l'oisif. Je quitterai mon  pays natal bien aimé, tristement parce que mes amis me manqueront, et j'errerai de pays en pays jusqu'à ce que je sois capable de m'en retourner avec la Médecine ardemment convoitée. Tous les commencements sont difficiles : celui qui n'a jamais été triste, ne peut pas se réjouir ; celui qui n'a jamais erré, ne peut pas être remis sur le bon chemin ; et comme les Chimistes disent : «Il y a en Alchimie un certain corps noble, qui est passé du maître au maître, dont le commencement est misère et aigreur et dont la fin est douceur et  joie.» Je me suis ainsi préparé à  endurer des épreuves, à  passer par d'amères expériences, mais je me suis aussi préparé à les couronner des délices du succès. Je n'avais aucun doute de l'existence du Phénix, ce sans quoi je n'aurais pas pu le rechercher. C'est assez pour moi de voir le Soleil et ses rayons même si je ne peux pas le toucher ; et c'est peut-être aussi bien pour nous que nous ne puissions nous rapprocher tellement du Soleil. Cependant, concernant cette Médecine que je cherche, comment puis-je en avoir une connaissance parfaite avant que je ne la voie et ne la touche ? Comment puis-je devenir  Maître avant d'avoir été étudiant ? Les produits de tous les pays ne sont pas les mêmes ; et  je peux peut-être apprendre dans une partie du monde ce que je ne peux pas parvenir à savoir dans une autre. De plus, je me suis posé la question : la vie d'un pèlerin peut-elle nuire à quelqu'un? Ne sommes nous pas tous ici-bas des pèlerins en route pour ce pays où le Christ Sauveur est parti précédemment? Et l'exemple de la pérégrination ne nous est-il pas fourni par l'hirondelle, messagère du printemps, la grue, la cigogne et d'autres oiseaux de passage? Le monde entier ne s'étend-il pas devant l'homme tout comme l'air est partout accessible aux oiseaux? Même le Grand Phébus , Dieu du Soleil, voyage jour après jour à travers toute l'étendue du ciel. Le coeur de l'homme bat et palpite dans sa poitrine de la première à la dernière heure de sa vie ; et étant entouré de tous ces modèles et exemples, il est naturel pour l'homme de mener la vie d'un pèlerin, particulièrement si ce pèlerinage est dirigé vers un certain but. Le marchand voyage sur la terre et la mer pour acheter les produits alimentaires de climats éloignés ; mais la science et la connaissance sont de loin de bien plus nobles marchandises, étant les marchandises de l'esprit. Celui qui reste chez lui y enfouira ses talents et parviendra à connaître peu des secrets de l'univers. De plus, il est à la fois  plaisant de voyager et honorable d'être toujours en avance sur le Soleil de plusieurs heures par voyage. Ce qui est le plus spirituel est le plus vif dans ses mouvements, tandis que seule la terre inanimée est immobile. Les trois autres éléments sont dans le mouvement perpétuel : l'air avance rapidement sur la terre sous forme de vents, ouragans et tempêtes ; le feu dévore tout sur son passage lorsqu'il se rue en avant dans l'incendie d'une grande ville ; l'eau s'écoule en rivières et en courants puissants et se hâte pour atteindre la mer. Elevons aussi nos regards et contemplons le firmament  se mouvant dans  sa gloire. Les étoiles, le soleil et la lune connaissent les temps et les saisons de leur lever et de leur coucher. Un boulet de canon,  projeté d'une de nos armes à feu les plus puissantes, mettrait plus de huit jours à accomplir le tour de la terre (qui est de plus de 25,000 milles) ; cependant,  le Soleil, malgré sa taille énorme, accomplit la même distance en 24 heures. Cela nous tournerait la tête si nous nous efforcions de prendre conscience de la vitesse avec laquelle  Saturne se déplace autour du Soleil et celle avec laquelle le firmament tourne autour de son propre axe. Mais encore plus grande et bien plus merveilleuse est la vitesse de la pensée humaine qui en un instant voyage d'un bout à l'autre du firmament. Nous pouvons croire que les anges, en tant qu'êtres spirituels, se déplacent à la vitesse de ce qui est spirituel en l'homme, c'est-à-dire la pensée.  Dieu seul ne se déplace pas, car Il est partout. Pour toutes ces raisons, j'ai considéré qu'il serait à la fois intéressant, plaisant, honorable, et éminemment profitable pour moi de suivre l'exemple du monde entier et d'entreprendre un pèlerinage dans le but de découvrir ce merveilleux oiseau qu'est le Phénix. J'ai ainsi fortifié mon âme pour un long périple, déterminé à voyager. D'abord, à travers tous les pays  d'Europe, ensuite, si nécessaire, en Amérique, de là en Asie et enfin passer en Afrique. Si, après avoir soigneusement cherché le Phénix dans toutes ces parties du monde, je n'ai pas réussi à le trouver ou à en entendre parler, je pourrais raisonnablement renoncer à tout espoir de poser jamais un oeil dessus. Le plan de mon voyage a été décidé par la qualité relative des éléments que les parties différentes du monde représentent, c'est-à-dire que l'Europe représente la terre, l'Amérique l'eau, l'Asie l'air et l'Afrique le feu ; et ni la terre ne peut devenir air sauf par l'intermédiaire de l'eau ni l'eau ne peut devenir feu sauf par l'intermédiaire de l'air. Je me suis alors déterminé à aller d'abord en Europe, qui représente le plus grossier et en dernier en Afrique, qui représente l'élément le plus subtil. Mais mes raisons seront exposées plus clairement tandis que j'en viendrai à parler des différentes parties du monde.  

L'EUROPE : LA TERRE  

J'ai quitté ma ville natale le jour de l'équinoxe vernal, quand la Lune et le Soleil étaient tous les deux dans le signe du Bélier, avec l'intention de voyager d'abord à travers l'Europe et de m'enquérir partout du Phénix. J'ai pris l'Europe pour représenter l'élément  Terre, parce que la terre forme la base de tous les éléments de l'éther et se détache au-dessus de l'eau, ainsi l'Europe est-elle la mère du monde entier et quoique plus petite que d'autres continents,  leur est énormément supérieure  par le courage, l'énergie et la force mentale de ses habitants. Certains disent qu'une poignée de terre donne dix poignées d'eau, cent poignées d'air et mille poignées de feu ; et c’est en raison de l'importance relative des différents continents que l'Europe correspond à la terre. L'Europe a produit les guerriers les plus courageux et les conquérants les plus remarquables ; et quoiqu'elle ait soumis d'autres continents, elle n'a jamais été assujettie par eux. Parmi les quatre grands empires mondiaux, un seul a été fondé par un prince Asiatique ; les empire macédonien, romain et  teutonique, ont tous eu leur centre en Europe. Alexandre le Grand et Jules César étaient parmi leurs fils. Si nous regardons une carte de l'Europe nous pouvons facilement percevoir que cette partie du monde ressemble de forme à une vierge ; mais son coeur est celui d'un lion. Pour ces raisons, je décidai de voyager d'abord par cette Vierge-Lion, parce qu'elle correspond clairement à l'élément fondamental : la terre.

L'Europe est une Vierge à cause de sa beauté et de sa pureté immaculée ; un Lion parce qu'elle a vaincu les autres mais n'a jamais été vaincue. Parmi les corps célestes, le Soleil correspond à l'Europe et parmi les métaux à l'or. Quoiqu'elle produise peu d'or et que le soleil brille sur elle avec moins d'ardeur que sur l'Afrique, elle est cependant digne d'être comparée au Soleil et à l'or à cause de l'excellence de ses peuples, et quoique quelques lions réels soient même nés en Allemagne il y a quelques années,  nous l'appelons cependant Lionne seulement à cause de sa vaillance de coeur. L'Europe est la Mère du Monde et l'Allemagne est son coeur.

Mais l'Europe n'est pas l'Europe sans ses merveilles. On rapporte qu'en Pannonie, les hommes vivent sous l'eau dans des maisons en pierre compacte. Les sources chaudes de Carlsbad, dit-on, sont durcies en pierres. Sur les côtes de Prusse, une pierre transparente, l'ambre, formée de sucs végétaux souterrains, est rejetée sur le rivage en grandes quantités. Je ne mentionne pas le corail de la mer de Sicile, qui, originellement une plante, se durcit hors de l'eau en un arbre de pierre blanc ou rouge , ou la terre plombifère de l'Allemagne et de la Silésie ... ainsi l'Europe est-elle la Terre-Lion. Cette expression est pour ceux qui entendent non seulement avec leurs oreilles, mais aussi avec leur intelligence, c'est la terre qui résiste au feu, comme l'or et n'est pas transformée en air. Comme le pilier de frontière des dieux des anciens, elle «ne cède à personne.» A partir de là, l'Europe (l'or de l'univers) m'a semblé le meilleur lieu où je devrais plus être à même d'entendre parler du Phénix et de ses médecines. Cependant, la majeure partie de ceux que je rencontrai  a ri de ma quête et a dit que, comme Narcisse, j'étais tombé amoureux de l'ombre de mon  propre esprit, l'écho de mes vaines et ambitieuses pensées, qui n'avaient aucune existence substantielle en dehors de ma propre folie. « Les mots des Alchimistes», dirent-ils, ressemblent aux nuages : ils peuvent signifier et représenter quoi que ce soit, selon la fantaisie de celui qui les entend. Et même s'il y avait une telle médecine, la vie humaine est trop brève pour sa recherche, tout ce qui fait que la vie vaut la peine de vivre devrait être négligé et écarter brusquement tandis que vous êtes engagé à le pourchasser. Tant mieux si nous pouvons prendre connaissance de ce secret fortuitement  tout en nous consacrant à d'autres poursuites mais nous pouvons difficilement consacrer du temps à une recherche plus approfondie.» Ces objections (au moins la deuxième moitié d'entre elles), je les ai réfutées comme suit : «La recherche de cette Médecine exige les pleins pouvoirs du corps et de l'esprit d'un homme. Celui qui  s'y engage seulement  légèrement, ne peut pas même espérer pénétrer l'écorce extérieure de la  connaissance. L'objet de notre quête est un secret profond et un homme qui n'est pas prêt à se consacrer entièrement à cette recherche eût mieux fait de s'en abstenir totalement. Je reconnais aisément que les pouvoirs de mon esprit ne sont pas de sorte à  me prouver le bien fondé de la prévision du succès. Mais mon esprit me pousse à entreprendre cette quête ; et je suis persuadé que Dieu récompensera finalement ma patience et mon humble attente de Lui. Comme chaque Roi aime sa Reine, comme chaque fiancé est promis à sa future femme,  je considère donc cette science comme plus belle et aimable que n'importe quoi d'autre au monde.  Maintenant, les belles choses sont dures à gagner et la voie de tout ce qui est grand et glorieux est un dur labeur.» Ce fut là l'essentiel de ma réponse.  J'avais maintenant déjà voyagé à travers une grande partie de l'Europe, lorsqu'il me vint à l'esprit que l'Italie et l'Espagne sont constamment mentionnés par les Anciens comme les principaux sièges de la connaissance secrète et j'y  dirigeai donc mes pas. En Espagne, j'ai entendu dire que quelques Arabes (Geber, Avicenne et d'autres) y  avaient vécu il y a longtemps et que ceux-ci avaient possédé la merveilleuse Médecine ; on m'a également largement entretenu d'Hercule et de son exploit concernant l'obtention des pommes d'or des Hespérides et aussi de la coupe  d'or dans laquelle il reçut le médicament contre la colère et la douleur. Maintenant tous les hommes prudents ont décidé qu'il contenait une petite portion des plumes du Phénix. J'ai vu que Geryon aux trois corps était le thème des écrits du philosophe, qu'Hercule était un artiste laborieux,  chercheur en quête de la Médecine. Mais personne ne fut capable de me fournir une quelconque information précise. Je ne voulus pas, cependant, quitter l'Europe sans visiter les Iles Canaries, lesquelles sont au nombre de sept et sont nommées : Lancerote, Fuerteventura, La Grande Canarie, Tenerife, Gomera, Hierro (île du fer) et Palma. Trois d'entre elles, Lancerotte, Gomera et Hierro, sont dirigées chacune par son Roi propre. Fer est naturellement privé de bonne eau potable, mais les habitants en obtiennent une provision de certains arbres feuillus qui distillent l'eau douce en quantités  suffisantes pour l'île entière. Les étrangers et les pirates qui accostent dans l'île, étant ignorants de ce fait, sont empêchés de rester dans Fer très longtemps par le manque d'eau . Dans ces circonstances, le temps  arriva où le Roi de Gomera mourut sans laisser d'héritier mâle et ses sujets  refusèrent de reconnaître l'autorité de sa belle fille Blanche, à moins qu'elle n'acceptât la main d'un certain prétendant royal, disant qu'il était indigne d'hommes d'être gouvernés par une femme et que cela avait été conçu pour injurier la virilité du caractère national comme il a été démontré par l'expérience de ces peuples  qui ont été sous l'emprise de femmes pour une quelconque durée. Pour cela que les femmes avaient assumé la place d'hommes, tandis que les hommes étaient dégradés dans la position des femmes et, en conséquence de quoi, suivirent les excès les plus sauvages de débauche et de lubricité. La jeune princesse royale fut donc convaincue de penser à accorder sa main en mariage. A ce moment-là, il y avait dans l'île un jeune homme de sang royal, nommé Brumazar (avec une belle chevelure sombre et un splendide habit d'or), lequel s'enamoura  passionnément  de la jeune princesse royale Blanche et fut aimé d'elle en retour. Il la courtisa et la conquit et le mariage fut célébré sous la condition qu'elle lui apporterait un diamant de grande valeur en dot, tandis qu'il lui ferait présent d'un splendide rubis splendide d'une valeur incalculable (i.e., un million de ducats) ; lui, comme son Roi et Seigneur, devait la protéger de tous les dangers et des voleurs  qui fourmillaient dans le pays, tandis qu'elle, d'autre part, promettait humblement de lui obéir sans subterfuge et sans tergiversation. Après ces préliminaires, ils furent unis dans  un  mariage étroit et indissoluble, dans lequel ils vécurent longtemps et heureux ;  il leur fut annoncé qu'un fils devrait leur naître, qui serait un puissant conquérant  et qui porterait ses armes victorieuses aussi loin  que les colonnes de Dionysos en Inde... Vous voyez donc que je fus incapable d'obtenir une quelconque information au sujet du Phénix au cours de mes errances à travers l'Europe. Je décidai de mettre la voile pour l'Amérique, dans l'espoir que je pourrai être plus fortuné parmi les sauvages de ce Continent  car je me rappelai les mots du poète :

«L'Accident est un aide puissant ; laissez votre hameçon toujours amorcé, vous pourriez attraper votre poisson dans le fleuve le moins prometteur.»  

L'AMÉRIQUE : L'EAU  

De nos jours, alors que le commerce s'est ouvert une grand-route à travers les mers jusqu'en Amérique (ou Inde Occidentale), il n'y a aucune très grande difficulté pour atteindre ce continent  mais fort différentes furent les circonstances dans lesquelles on l'a d'abord découvert. Après avoir quitté  «les Îles des Bienheureux », je devins passager à bord d'un bateau qui avait un aigle pour  figure de proue ; et, après avoir surmonté de nombreuses et sévères tempêtes et ouragans, nous finîmes par accoster au Brésil, une grande province de l'Amérique, entièrement recouverte de forêts. La surface du pays est seulement clairsemée ici et là  de la ferme d'un colon ; il y a peu de villes et les habitants sont enfouis dans l'ignorance et inexpérimentés dans les arts de la civilisation. Comment, alors, pourrais-je espérer entendre quoi que ce soit du Phénix parmi des gens qui pourraient à peine lire ou écrire ? On trouve cependant dans ce pays beaucoup de rares et beaux oiseaux  que l'on ne trouve nulle part ailleurs,  bien que le Phénix, étant un oiseau miraculeux, ne doive pas être recherché parmi d'ordinaires volatiles. Les arbres de cette terre ont une riche couleur et un doux parfum et un jour où je savourais la beauté sauvage de la forêt et écoutais la musique naturelle des oiseaux, je trouvai une pomme d'une beauté inhabituelle et exquise qui, en la regardant de plus près, présentait l'inscription suivante : A l'intérieur est ceci de qui, si vous le confiez à sa grand-mère, surgira un fils qui pourra enlacer sa mère dans une étreinte ae. De cette union surgira  en peu de temps un  arbre noble qui fournira à l'époux une moisson d'or.  

Après avoir beaucoup réfléchi, il m'est venu à l'esprit que la graine qui était dans le fruit devait être placée dans la terre (sa grand-mère, puisque l'arbre parental était sa mère).  Je l'ai alors prise comme un don de Dieu, j'ai semé la graine et  lorsque surgit un petit arbrisseau, je l'ai greffé à l'arbre parental (ayant d'abord scié cet arbre au ras du sol) et quand les deux eurent grandi ensemble, ils devinrent un arbre beaucoup plus glorieux qu'aucun d'entre eux n'avait été auparavant et le fruit était celui du scion qui avait été inséré dans l'arbre parental.... Il est dit qu'avant que les Espagnols n'atteignent le Brésil, il n'y avait aucun cheval dans ce pays, de telle sorte que les habitants du pays  considéraient un soldat à cheval comme un monstre moitié  homme et moitié bête ; cependant, lorsque chevaux et ânes furent introduits par les étrangers, on trouva fort désirable d'obtenir aussi quelques mules qui sont le fruit commun de ces deux animaux. A cette époque-là, il y avait un certain chef qui  possédait un grand nombre des deux, d'ânes et des chevaux, et il  portait un intérêt particulier à cette affaire. Il savait très bien comment reproduire des chevaux à partir de chevaux et des ânes à partir d'ânes mais il n'était pas au courant de la méthode  pour donner naissance à des mules à partir des deux ; tandis qu'il était averti que toutes les expériences qui sont faites dans l'obscurité, c'est-à-dire, sans la lumière d'expérience précédente, sont tant dangereuses qu'incertaines. La conséquence fut que tous ses efforts pour obtenir une mule  à partir d'un étalon et d'une ânesse furent condamnés à l'échec, sans doute parce que leurs graines ne furent pas mélangées en juste proportion. En fin de compte, un Sage qui passait  par ce chemin-ci et dont la compréhension dans le travail du secret de la Nature était infiniment plus aiguë et plus complète que celle de ces gens ignorants, donna le conseil suivant à notre chef :  

Si vous vouliez obtenir une mule ressemblant à l'Âne paternel

par la longueur d'oreille et la lenteur de la démarche,

vous devriez alimenter chacun des parents

avec  une quantité de nourriture juste aussi grande  que leur nature l'exige.

Voudriez-vous savoir quelle est cette proportion?

Donnez au mâle deux fois plus qu'à la femme,

ensuite une jument concevra une mule d'un âne.  

Ce conseil fut suivi par le chef et, après  plusieurs échecs, sa persévérance fut couronnée d'un succès complet. Il n'apparaît pas non plus contraire au plan général de la Nature que deux parents différents engendrent une progéniture qui diffère de tous les deux. Regardez le léopard que l'on dit être le résultat du croisement de la panthère mâle et de la lionne ; de la même manière, le loup et la chienne engendrent le lynx ; un scion inséré dans un bon arbre produit un fruit différent de ceux de la souche parentale - les nouvelles variétés de fleurs sont obtenues par un mélange judicieux du pollen ; et la poudre rouge appelée «notre Teinture », en étant mélangée avec le mercure sur le feu, produit de l'or qui est tout à fait différent et de l'un et de l'autre. Maintenant, ces Américains sont capables d'exécuter une expérience des plus singulières avec les métaux et particulièrement avec l'or. Ils ont une sorte d'eau dans laquelle l'or devient tendre comme de la cire et apte à être modelé manuellement en n'importe quelle forme qu'il leur plaît. Cette eau n'est pas  corrosive, puisqu'elle ne brûle pas les doigts de ceux qui prennent l'or en mains. Mais nous n'avons pas besoin de douter que ce soit une certaine découverte chimique et qu'elle est obtenue par un processus de distillation... Comme je ne pouvais gagner aucune nouvelle information en Amérique, je me mis  à penser à saisir la première opportunité de passer en Asie : je pris avec moi un morceau très lourd et de valeur d'une certaine espèce de bois, le plus précieux que je vis au Brésil et qui est remarquable pour sa couleur d'ébène brillante, car cette couleur noire semble appropriée en Amérique en raison des peupliers noirâtres et du sol teint de nuances diverses. La couleur de ce bois semble résulter de la chaleur du soleil et de la merveilleuse particularité du sol américain, duquel Monandez, ce savant médecin de Séville, écrit comme suit : «La variété de couleurs que présente le sol du Pérou est des plus remarquables. Si vous le regardez d'une certaine distance, il a l'apparence d'un édredon bigarré dispersé dans l'air au soleil : une partie est verte, une autre bleue, d'autres encore sont jaunes, blanches, noires et rouges. Dans ces circonstances, toutes celles-ci sont les différentes sortes de terre minérale : la terre noire, si elle est mélangée avec de l'eau ou du vin, fait une encre excellente, on dit que la terre rouge est le minerai de mercure et que les Indiens se peignent avec.» Satisfait, je pris mon bois, montai à bord d'un bateau ayant une licorne blanche comme  figure  de proue et mettant la voile pour l'Asie, j'arrivai bientôt dans le Golfe Persique.  

L'ASIE : L'AIR  

L'Asie est le troisième continent du monde, le continent qui s'applique à l'élément Air et son climat est plus tempéré que celui des autres continents, étant donné qu'il est autant éloigné du froid intense de l'Europe que de la chaleur intense de l'Afrique. Étant à la fois chaud et humide, il correspond plus admirablement à l'élément air ; sa chaleur est presque partout tempérée par les vapeurs qui montent de la mer. L'humidité - l'air chaud a le feu pour père et l'eau pour mère - conserve les qualités les plus actives de chacun de ses parents. Ainsi l'air est un médiateur entre les deux éléments hostiles et dans sa composition propre réconcilie leur lutte. De la même manière, l'Asie lie l'Europe (la terre) et l'Afrique (le feu) ensemble, le plus grossier et le plus subtil des éléments ; mais sans l'Asie (l'air) il n'y aurait pas d'union entre eux. Au moyen de l'air, le feu s'accroche volontiers à la terre et la nourrit ; mais sans air, le feu sort bientôt . C'est la prérogative et la marque distinctive de l'Asie d'être le centre du monde et de produire des fruits tels qu' un air doux et chaud l'exige, comme, par exemple, les dates, le baume, les épices de toutes sortes et l'or lui-même. L'Asie est le berceau de notre race, le siège de la première Monarchie, le lieu de naissance de notre Rédempteur. Du Golfe Persique, j'ai voyagé directement à travers le continent, jusqu'à ce que j'atteigne ces parties de l'Asie Mineure où il est dit que Jason a obtenu la toison d'or. Ainsi, étant fortement intéressé par ces événements d'antan,  je partis un jour vers un lieu que l'on dit être le champ de Mars et le site du Palais d'Aetes, le descendant du Soleil ; là, j'ai rencontré un vieil homme d'aspect vénérable et d'un maintien autoritaire, qui me salua gracieusement et à qui, après avoir rendu son salut, j'adressai les mots suivants : « Maître, si je ne vous dérange pas trop, je vous prie d'éclairer mon ignorance, vu que je ne peux douter ni de votre capacité ni votre empressement à aider un étranger. » Lorsqu'il eut signifié son empressement à faire pour moi tout ce qui était en son pouvoir , je lui demandai si ces choses qui ont été rapportées dans l'histoire et la poésie concernant Jason et sa toison d'or, étaient des faits réels ou de simples fictions poétiques. Il sourit et fit à ma question la réponse suivante  : « Je  suis Jason en personne et plus apte que quiconque  à vous donner des informations concernant ces choses qui me sont arrivées. Vous ne devez pas être effrayé car, de mon vivant, je n'étais l'ennemi d'aucun homme mais venais à tous en aide, comme un bon médecin ; et maintenant que je n'appartiens plus à ce monde, je suis toujours aussi bien disposé envers mes frères mortels. En ce lieu se trouvait le siège royal de mon beau-père, Aiétès, dont le père était le Soleil ; non pas, certes,  le corps céleste (ce qui serait incroyable) mais un lui ressemblant de nom , de visage et en dignité. J'ai obtenu la toison d'or du bélier, que Mercure avait transmutée et qu'Aiétès avait accrochée dans le bosquet de Mars de la façon suivante : Médée était ma conseillère en chef et elle m'a permis par son sage conseil de lutter avec succès contre les monstres féroces et venimeux. Le Dragon vigilant que j'ai stupéfié avec un narcotique que je jetai dans sa gueule  et dont, tandis qu'il était dans cet état de faiblesse, je me suis empressé d'extraire les dents. Celles-ci durent être enterrées dans la terre d'abord préparée et labourée au moyen de taureaux vomissant du feu, lequel feu fut éteint par l'eau  versée dans leurs bouches. Alors Médée me donna les images du Soleil et de la Lune, sans lesquelles, me dit-elle, rien ne pouvait être fait. » Je demandai où je pourrais trouver toutes ces choses. Il répondit qu'il les avait obtenues de Médée mais il ne pouvait pas me dire où l'on pouvait la trouver. « Quand elle m'a laissé dans sa folie, dit-il, elle devait se fiancer au  vieil Egée de qui elle portait Médos ; Médos alla ensuite en Asie et il est devint le fondateur de la race Mède. »  Je voulus poser à Jason beaucoup plus de questions, mais il s'excusa de ne pas y répondre et  disparut devant mes yeux. Alors je vis qu'il avait parlé de  la Médecine dont j'étais en quête et qu'il avait voilé sous la figure de la toison d'or étant donné que la crête du Phénix et ses plumes sont décrites par les hommes de savoir comme exhibant une splendeur dorée. Certes, je n'ai pas rencontré beaucoup d'hommes de la sorte en Asie mais je  fus amplement satisfait d'avoir exploré cette «terre aérienne bénie », d'autant plus que la Syrie et la Terre Sainte (avec le fleuve d'Adonis et le Jourdain, dans lequel le lépreux Naaman fut purifié) en font partie. En Syrie, on relate qu'Adonis fut tué par un sanglier, traqué par Mars et que de ses blessures   s'écoula  un baume au moyen duquel les corps humains sont préservés de la décomposition. Sur ce continent se trouvait le Saint des Saints, dans lequel notre Grand Prêtre est entré lorsqu' Il fit expiation des péchés de toute la race humaine sur la Croix du Calvaire ; à Lui exprimons maintenant les plus ardents désirs de nos coeurs dans la prière suivante :

  O grand et charitable Sauveur du monde, Jésus Christ, qui est Dieu de toute éternité, le second homme le plus fou de tous les temps, afin que, comme notre Médiateur, Tu puisses unir Dieu et l'homme, en satisfaisant le pouvoir éternel et infini de Dieu que le péché humain avait conduit à la colère, c'est-à-dire, Toi- Même, le Père et le Saint-Esprit. A cette fin, Tu es né dans ce monde, T'es occupé à accomplir le bien parmi les hommes et Tu as sanctifié cette terre par Tes miracles, la Passion, la Résurrection et l'Ascension. À Toi je prie du fond de mon coeur que, comme Tu as donné cette Médecine à l'usage des hommes par des moyens ordinaires et  as Toi-même  pendant ce temps guéri des maladies incurables par Ton pouvoir Divin, qui est l'art du Grand Médecin, ainsi Tu m'accordes le don de cette très précieuse Médecine, moi, le plus humble de tes serviteurs, qui pour l'amour de cette si sainte connaissance ai  accepté un pèlerinage si éreintant et tant de labeurs et d'épreuves, comme Tu le sais bien afin que je puisse l'utiliser pour la gloire de Ton  Nom et pour le soulagement de mes frères de souffrance. Toi qui es un  scrutateur des coeurs, tu sais que je méprise toute la splendeur temporelle et que je désire te consacrer ma vie, si Tu veux bien mettre en action ma volonté et mon pouvoir d'exécution, octroie-moi le pouvoir d'exercer une charité sans bornes, de soulager toutes les souffrances tant physiques que mentales, bénis-moi par la grâce du don de Ta  Médecine, qui est de seconde valeur  par rapport à  la paix intérieure et au  bonheur éternel que Tu  as obtenu pour nous, afin que sa vertu puisse être efficace dans le traitement de la douleur , la maladie et la souffrance humaines ; en louange perpétuelle de l'éternelle Sainte Trinité dans les siècles des siècles. Amen.

 Lorsque j'eus proféré d'un seul trait cette prière au Dispensateur de tous biens, je me suis rappelé qu'en plus de la terre où coulait autrefois le lait et le miel, mais devenue maintenant, sous domination turque, tout à fait aride et stérile , il y avait aussi en Asie, le Paradis, qui avait été créé pour l'homme lorsqu'il était encore parfait. Sachant que ce jardin béni  était situé près de Babylone, je voyageai en ce lieu, mais ne trouvai rien sauf le confluent de certains fleuves. De là, je voyageai jusqu'aux parties maritimes de l'Inde et  trouvai une ville, appelée Ormuz, de laquelle  un proverbe dit, que si le monde était un anneau, Ormuz serait sa gemme. Dans cette ville, il y avait une grande foule de visiteurs pressés de tout le voisinage ; et lorsque je demandai à l'un d'entre eux où il se hâtait, il dit : «Au paradis terrestre. » Je  dis alors : « Quoi! j'ai été incapable de trouver l'antique jardin d'Eden et ces gens parlent d'un nouveau Paradis ».  Mais l'homme me laissa là et poursuivit son voyage aussi rapidement qu'il put. Tandis que je me demandai si je devais ou non le suivre, il  me vint  à l'esprit que je ferais bien d'adopter le plan de Colomb, le découvreur de l'Amérique. Je me rendis alors aux différentes portes de la ville et décidai de la quitter par celle d'où me parvenaient à travers l'air les odeurs les plus douces et les plus parfumées. Ainsi ai-je fait et je me suis bientôt retrouvé sur une route où l'air était tel qu'il aurait bien pu venir d'un Paradis terrestre, cependant fréquentée par très peu de voyageurs. Ormuz étant située dans une île, nous  dûmes aussitôt traverser une mer, où je vis des hommes repêcher des perles de la blancheur la plus pure. En ayant obtenu certaines par l'amour et l'argent, je ne doutai pas que j'entrai en possession d'une des substances les plus importantes de la Médecine, puisque la blancheur de ces perles était telle qu’elle défiait l'exagération. Après avoir poursuivi, pendant quelque temps, mon voyage sur le continent, au long d'un chemin très étroit, j’atteignis un point où deux routes se rencontraient et  il y avait là une statue de Mercure, dont le corps était d'argent tandis que la tête était recouverte d'or. La main droite de cette statue pointait vers le Paradis Terrestre et lorsque j'eus suivi quelque temps la route qu'il indiquait, je parvins à un fleuve très large et profond, qu'il était impossible de traverser sans  bateau , bien qu’il n'y eut aucun bateau en vue à l’horizon ; mais la beauté de l'autre rivage me convainquit que ce devait être le Paradis Terrestre. Les arbres qui poussaient là étaient couverts de feuilles couleur or, orange, jaune citron, pourpre et rouge vif. Il y avait des lauriers semper virens, des junipérus en pots  et une vaste réserve de rameaux en fleurs de toutes les couleurs et  au parfum le plus doux : tournesols, amarantes, lis, roses, jacinthes, etc. L'oreille était charmée par les chants  et les cris des rossignols, des coucous, des perroquets, des alouettes, des grives et des centaines d'autres oiseaux connus et inconnus ; et là ne manquait pas non plus la musique douce d'instruments et d’orgues aux tons suaves ; les papilles étaient satisfaites, à ce qu’il semblait,  par toutes sortes de fruits délicieux, et le parfum qui flottait  dans l’air était comme enchanté rendant insensible les nerfs olfactifs de tous les gens qui vivaient aux alentours, de même que le bruit des cataractes du Nil devient inaudible à ceux qui y sont habitués. Mais en quoi la vue de toutes ces splendeurs m’était-elle profitable, à moi qui, par  manque d’un simple petit bateau, était incapable de parvenir à elles? Alors, je m’en retournai, avec la ferme résolution de revenir, dès que je pourrais le faire avec un plus grand espoir de succès ; en attendant, j’avais davantage de chances de trouver le Phénix, dont j'étais à la recherche, si je traversais en Afrique sans délai. Je dirigeai alors mes pas  vers la Mer Rouge et, de là, j’accostai en Afrique.  

L'AFRIQUE : FEU  

Quand j’atteignis l'Afrique, plus d'une année s'était écoulée depuis mon premier départ ; le Soleil était encore une fois entré dans le signe du Lion, la Lune était à sa hauteur dans la maison de Cancer. Tous ces faits étaient des circonstances qui m'inspirèrent de l'espoir. La chaleur intense du climat africain rend le continent entier torride, stérile et sec. Il possède peu de fleuves, mais beaucoup de bêtes sauvages, qui se rencontrent  sur leurs rives et qui mettent ensemble bas des formes nouvelles et étranges, pour lesquelles l'Afrique est si célèbre. On dit que des satyres, des cynocéphales et des êtres à moitié humains vivent ici. Il y a les Montagnes de la Lune et l'Atlas qui supporte le ciel sur ses épaules et tous ceux-ci abondent en minéraux et en serpents. Là est aussi rassemblé le sang du Dragon que le Dragon a sucé de l'Éléphant ; mais quand l’éléphant tombe mort, le Dragon est broyé et le sang qu'il a bu en est exprimé. De nouveau, dans le voisinage de la Mer Rouge, un animal nommé Ortus a été observé, dont la couleur de  la tête est rouge, avec des lignes d'or jusqu'au cou, tandis que ses yeux sont d‘un noir profond et ses pattes blanches, à savoir les pattes antérieures, mais les pattes de derrière sont noires, le visage blanc jusqu'aux yeux - une description qui correspond exactement à celle qu’Avicenne donne de notre Médecine. J’entendis ensuite dire qu’une prophétesse, nommée la Sibylle Erythréenne, vivait non loin de la Mer Rouge  dans une caverne rocheuse ; et je pensai bien m’enquérir auprès d’elle du Phénix avant toute chose. C’est elle qui prophétisa et  prévit l'arrivée du Fils de Dieu dans la chair ; cette affirmation a en effet été mise en doute par beaucoup d'auteurs, mais elle est soutenue par Eusèbe, le grand historien de l’Église Primitive et par Cicéron, le grand orateur, qui, comme c’est bien connu, a traduit cette prophétie en langue latine. Des preuves abondant dans ce sens peuvent être recueillies dans les œuvres  de Virgile, le prince des poètes romains. Le passage de Cicéron qui est mentionné par Eusèbe, se trouve au deuxième livre de son traité, de Divinatione (De la Divination).... Lorsque je parvins à elle, je la trouvai assise dans sa caverne, qui était magnifiquement tapissée des rameaux épars d’un arbre vert et recouverte d’une verte pelouse. Je la saluai avec l'humilité la plus modeste et la plus déférente. Elle sembla d’abord quelque peu effrayée de ma soudaine apparition et  recula à la hâte à l'intérieur de la caverne. Mais elle fut bientôt gagnée à ma cause par mes ferventes supplications et décidée à se montrer d’elle-même à l'entrée de son habitation. « Qui êtes-vous, étranger?, me demanda-t-elle, et que voulez-vous de moi ? Ne savez-vous pas qu'un homme ne peut pas s'approcher d'une vierge qui demeure dans la solitude?» «Ce n'est pas la hardiesse  qui m'a amené ici, répondis-je, mais je suis venu après mûredélibération, parce que j'estime que c’est vous, et vous seule, qui pouvez résoudre certains doutes qui pèsent sur mon esprit. Si vous me montrez une telle bonté, je promets, pour ma part, de vous satisfaire, de vous servir et d’accomplir toutes vos volontés, autant qu’il est en mon pouvoir .» Lorsqu’elle eut  entendu ces mots, l’expression de son visage s’éclaira et elle me demanda d’un ton plus bienveillant quelle était mon affaire . « Je ne peux pas, continua-t-elle, refuser quoi que ce soit aux hommes comme vous qui tenez beaucoup à apprendre.» «Il y a deux choses, répliquai-je,  au sujet desquelles je vous supplie de me donner une indication claire et franche, à savoir, s'il fut et s’il  est dans ces pays d'Arabie et d'Egypte un oiseau merveilleux nommé Phénix ; si sa chair et ses plumes sont vraiment un médicament efficace contre la colère et le chagrin ; et, s'il en est ainsi, où l'oiseau doit être trouvé?» «L'objet de votre recherche, répliqua-t-elle, est grand et glorieux ; le doute est la première étape de la connaissance et, également, vous êtes venu au bon endroit et auprès de la bonne personne. Puisque le pays dans lequel vous vous trouvez maintenant est l’Arabie Heureuse et que le Phoenix  n’a jamais été trouvé nulle part ailleurs ; de plus, je suis probablement la seule personne qui puisse vous donner une quelconque information précise à ce sujet. Je vous apprendrai, et cette terre vous montrera , la vue enchanteresse dont je parle. Donc, écoutez mes paroles : l’Arabie Heureuse et l'Egypte se félicitent depuis longtemps d’être seuls en possession du Phénix, dont le cou est d'une teinte d'or, tandis que le reste de son corps est pourpre et que sa tête est couronnée par une crête magnifique. Il est consacré au Soleil, vit 660 ans et quand la dernière heure de sa vie approche, il construit un nid de séné et d'encens, le remplit d'épices parfumées, l'allume en agitant ses ailes vers le Soleil et est  réduit en cendres avec cela. De ces cendres est produit un ver et du ver un jeune oiseau qui prend le nid avec les restes de son parent et le porte à Héliopolis (ou Thèbes), la ville sacrée du Soleil en Egypte. En fait, toute cette histoire, que vous trouvez dans les livres des Anciens, s’adresse plutôt à l’esprit  qu’à l'oreille, est un récit mystique et, comme les hiéroglyphes des Egyptiens, devrait être mystiquement (non historiquement) comprise. Un auteur égyptien antique nous dit que le Phénix se réjouit du soleil et que cette prédilection est sa principale raison de venir en Egypte. Il relate également que ses concitoyens avaient l'habitude d'embaumer le Phénix s'il mourait avant son heure. Si vous considérez donc ce conte comme une allégorie, vous n'aurez pas vraiment tort ; et vous savez que la chair et les plumes de cet oiseau étaient depuis longtemps utilisés dans Héliopolis comme un remède à la colère et au chagrin.» Quand je l'entendis dire cela, je fus empli de joie et lui demandai si elle pouvait me dire comment entrer en possession de cet Oiseau Béni et de cette Médecine. Elle promit de ne pas m'abandonner et de faire tout  ce qui était en son pouvoir pour m'aider à sortir de difficulté. «Néanmoins, continua-t-elle, la partie la plus importante de l'entreprise doit être accomplie de vos propres mains. Je ne peux pas vous décrire en termes exacts et indubitables l’endroit où vit le Phénix, cependant j'essayerai de vous le rendre aussi clair que possible. L'Egypte, vous savez, doit toute sa fertilité au Nil, dont les sources sont inconnues et non susceptibles d'être découvertes ; mais les embouchures par lesquelles il se déverse dans la mer, sont suffisamment évidentes pour tous. Le quatrième Fils du Nil est  Mercure et c’est à lui que son père a conféré autorité pour vous montrer cet oiseau et sa Médecine. Vous pouvez vous attendre à trouver ce Mercure quelque part près des sept embouchures du Nil ; car il n'a aucune habitation fixe, mais  peut être tantôt trouvé dans une de ces embouchures et tantôt dans une autre.» Je remerciai la Prophétesse Vierge le plus cordialement possible pour ses gracieuses informations et  tournai immédiatement mon visage vers les embouchures du Nil, qui sont sept : la Canopique, la Bolbitique, la Sébennytique, la Pelusiaque, la Ténitique, la Phénetique et la Mendésique. La voie vers l’embouchure Canopique me conduisit à travers un cimetière chrétien antique, où un événement des plus miraculeux est observé chaque année un certain jour de mai. Ce jour-là, de l'aube à midi, les cadavres sortent progressivement de leurs tombes jusqu'à ce qu'ils soient complètement visibles au passant et, de midi au coucher du soleil, ils replongent de nouveau graduellement dans leurs tombeaux. Si cela est vrai, comme les témoins oculaires le certifient, c'est la preuve la plus certaine de la résurrection du corps humain et cela  montre une profonde analogie avec la résurrection du Phénix mort... Quand j'atteignis l'île de Canopée, je me renseignai pour savoir où trouver le mercure. Mais les gens furent seulement désespérément rendus perplexes par mes questions. Certains dirent que, selon Hermès, l'Egypte reproduit l’image du ciel et que les sept embouchures du Nil (dont la Canopique est le plus considérable) correspondent aux sept planètes, que l’embouchure Canopique est appelée l'habitation de Saturne, le grand-père de Mercure, et que  Mercure devait être domicilié dans une quelconque autre embouchure du fleuve. À l’embouchure Bolbitique, aucune des personnes auprès de qui je me renseignai ne savait rien de Mercure. Près de la troisième embouchure dite aussi Sébennytique, se tenait la ville de Sébennytos, dont les habitants étaient si sauvages et cruels envers les étrangers et si totalement privés de tous les arts et toutes les grâces de la civilisation, que je ne pus pas concevoir Mercure, Dieu de la culture et de la science, vivant dans leur milieu. De plus, un certain paysan à qui je demandai si la maison du Mercure se trouvait là, me dit qu'il avait une maison en ville, mais qu'il n'y avait jamais vécu. Je poursuivis donc immédiatement jusqu’à la quatrième embouchure de la liste,  dite Pélusiaque. On prétend que la célèbre ville de Péluse avait été fondéé par Pélée, le père d'Achille. Elle sépare l'Asie et l'Arabie de l'Egypte et était autrefois une ville très opulente. Quand j'entendis parler de sa grandeur dans le commerce et l'industrie et des grandes quantités d'or arabe qui sont importées dans cette ville, un des centres commerciaux les plus riches d’Egypte, je me sentis assuré de trouver ici le logement de Mercure ; mais les habitants me dirent qu'il n'était pas venu là très souvent, quoiqu'il ait été reçu en ville comme le plus bienvenu des invités chaque fois qu'il l'avait visitée. Cette réponse me remplit d’inquiétude, en proportion des espoirs que j'avais conçus, mais je décidai de ne pas abandonner ma recherche avant que d’avoir visité les trois embouchures du fleuve restantes.

À l’embouchure Ténitique du Nil, j'appris exactement autant que j'avais appris partout ailleurs, à savoir, rien. Quand les gens qui vivaient là me dirent que  Mercure n’était jamais du tout venu à eux , je commençai à regretter mon malheureux destin  et les nombreux voyages stériles que j'avais entrepris ; et je vis alors qu’il aurait peut-être été plus sage d'avoir commencé par l'autre bout. Cependant, j'étais là ; et il restait seulement deux embouchures du fleuve ; et dans une d’elles  Mercure serait trouvé, si en effet la Prophétesse avait parlé franchement. À l’embouchure Phénétique, une autre déception m'attendait.  Mercure avait vécu là autrefois, mais avait depuis longtemps émigré autre part. À la septième embouchure, ou Mendésienne, on ne savait rien du tout de lui. On peut facilement imaginer que, après cette longue série de déceptions, je commençai très fortement à soupçonner la Sibylle de m'avoir envoyé là en pure perte, car j'avais désormais visité chacune des embouchures du Nil et n'avais cependant  trouvé de trace de Mercure à aucune d'entre elles. Ou si les mots de la prophétesse avaient été vrais, il  fallait que les diverses personnes auprès de qui je m'étais renseigné m’aient trompé avec de fausses informations. Cependant, après mûre considération des réponses qui avaient été faites à mes questions en différents endroits, je parvins à la conclusion que j'avais simplement mal compris leur signification. Je revins donc sur mes pas et réussis finalement à découvrir Mercure dans une des embouchures, là où les gens avaient d'abord paru ne rien  savoir de lui. Il m’indiqua dans le détail où je devais chercher le Phénix et où je pourrais entrer en sa possession. Lorsque j'atteignis l’endroit où il m'avait dirigé, je constatai que le Phénix l'avait temporairement abandonné, s’étant trouvé élu arbitre entre le hibou et d'autres oiseaux qui le poursuivent, bataille de laquelle nous avons traité par ailleurs. On attendait son retour dans quelques semaines ; mais, comme je ne pouvais pas, à ce moment même, me permettre d'attendre si longtemps, je pensai que je pouvais être satisfait des informations que j'avais reçues et décidai d’achever ma recherche dans un temps futur. Ainsi, étant rentré dans mon pays natal, je composai les épigrammes suivantes en l'honneur de la Sibylle, de Mercure, du Phénix et de la Médecine.    

ÉPIGRAMME     En  Honneur de la Sibylle Erythréenne, nommée Herophyle  

Je vous remercie, grande prophétesse dont l'inspiration ne vient pas du démon mais de l'Esprit de Dieu, de m’avoir dirigé sur mon chemin vers le fils du Nil qui devait me montrer l'oiseau Phénix. Pleine de la connaissance sacrée, vous avez vraiment prononcé  vos oracles quand vous avez chanté au sujet de Dieu qui devait venir sous la forme d’un homme. Vous L'aimez vraiment, Lui qui, rendant les sentences de la justice la plus haute, sera le juge tout-puissant du monde entier, quoique l’on vous nomma Jeune Païenne et bien que les hommes dirent que vous ne connaissiez rien de Lui. La caverne près de la Mer Rouge ne peut pas vous retenir, votre grandeur, quand Christ vous revendique pour Lui-Même dans le Ciel.    

ÉPIGRAMME      Consacré au Mercure des Sages.  

Les latins vous appellent Mercure, le Messager des Dieux ; parmi les Grecs, votre nom est celui de grand Hermès. Vous êtes appelé Toth sur le sol de l'Egypte ; votre père est le Nil, qui enrichit ce sol et vous a légué l’indicible richesse. Vous avez dûment transmis aux peuples d'Egypte les lois que Vulcain, étant dans le secret avec vous, a donné. Toutes les nations du monde vous contemplent avec plaisir, cependant vous désirez  être connu de très peu. De combien de secrets de Nature les clefs ont-elles été confiées à votre garde! Votre visage est rouge, votre cou est jaune, votre poitrine est plus blanche que la neige la plus pure. Vos pieds sont chaussés avec des sandales noires, une baguette magique avec un serpent double n'endommage aucunement votre main. C'est là l’habillement par lequel vous êtes connu de tous, O Hermès! C’est avec justesse que votre teint est de quatre nuances. Vous m'avez montré le glorieux oiseau Phénix par la bouche d'un interprète et je vous remercie pour votre amour de tout mon cœur ; quoique les mots soient légers, ils sont chargés de gratitude.    

UNE ÉPIGRAMME    En  Éloge du Phénix  

O Merveille du Monde, prodige sans tache, unique Phénix qui vous livrez vous-même aux grands Sages! Vos plumes sont rouges et d'or les nuances de votre cou ; votre nid est construit de séné et d'encens saboéen. Quand votre vie tire à une fin, vous connaissez la voie secrète de Nature par laquelle vous êtes rétabli dans une nouvelle existence. D’où le fait que vous vous placiez volontiers vous-même sur l'autel de Thèbes, afin que Vulcain puisse vous donner un nouveau corps. La gloire d'or de vos plumes est appelée la Médecine de santé et le remède au chagrin humain. Vous avez le pouvoir de chasser la maladie et de faire le vieux jeune de nouveau. Vous, L'oiseau Béni, que je préférerais avoir à toute la richesse du monde et dont la connaissance fut un plaisir que j'ai cherché pendant de nombreuses années. Vous êtes caché dans la retraite de votre nid  et si Pline écrit qu'il vous a vu à Rome, il se trompe vraiment énormément . Vous êtes en sécurité dans votre maison, à moins qu’un fou quelconque ne vous dérange : si vous donnez vraiment vos plumes à quelqu'un, je prie que vous le laissez être un Sage.    

Sur la Médecine Hermétique du Phénix  

Si toutes les montagnes étaient d'argent et d'or, en quoi profiteraient-elles à un homme qui vit dans la crainte constante de la mort? Il s’ensuit qu’il ne peut y avoir dans le monde entier rien de mieux que notre Médecine, qui a le pouvoir de guérir toutes les maladies de la chair. La fortune, la richesse et l’or, tous cèdent en prix à ta possession glorieuse : et quiconque ne pense pas ainsi, n'est pas un homme, mais une bête. Si quelqu'un ne reconnaît pas la force de la raison, il doit avoir recours à l'autorité.

 

 

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Published by Michel Maier - dans Alchimie
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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 07:56

   
Essayant de déchiffrer les messages liminaires contenus dans les propos de notre V.M. quand nous avons discuté du sujet que je viens de vous le lire, j'ai senti qu'il souhaitait que nous fassions ce soir, ensemble, un voyage dans le monde mystérieux de l'Alchimie, univers symbolique sur lequel le REAA s'appuie pour nous guider dans la quête de la Vérité, cette quête que nous avons tous entamée le jour de notre initiation au 1er degré.

Lors de la cérémonie d'initiation, dès que, dépouillés de nos métaux et rituellement préparés, nous avons été abandonnés et livrés à nous-mêmes dans le Cabinet de Réflexion par les F.F. Expert et Maître des Cérémonies, dès la première minute de l'épreuve de la Terre, nous avons été en contact avec le Vitriol Philosophique et le symbolisme alchimique… Rappelons que le vitriol, dans son sens exotérique ou premier est le nom populaire donné à l'acide sulfurique (H2SO4), agent corrosif puissant, dérivé du soufre. Les rapports entre la Franc Maçonnerie de REAA et l'alchimie sont donc patents et s’affichent à notre regard alors même que nous ne sommes encore que néophyte, candidat à l’initiation.

Retournons donc aux fondamentaux puisque tel est le souhait de notre V.M.

Connue en Occident depuis le XIIème siècle, l’Alchimie peut se prévaloir d’une ascendance multiple. Etymologiquement, le mot dériverait d’une forme arabe, al-kimyâ, conservée dans le provençal alkimi, de même que dans l’espagnol alquimia, mais grecque dans sa racine. Les noms anglais (Alchimy) ou allemand (Alchimie) ont conservé la dérivation médiévale, attestée également dans les vieux vocables français «alquémie» et «arkémie» (XIIIème siècle).

Si nous analysons la signification du substantif pré-arabe kimiya ou kimyâ, ce mot d’origine syriaque dériverait du grec hcmia (proche de huma, « fusion »), indiquant le caractère métallurgique des techniques antiques. Ce terme aurait été lui-même formé sur l’égyptien kham-it ou khem-it, (noir), adjectif dérivant vraisemblablement du nom Khem (le pays noir, la terre noire), nom qui désigne l’Egypte dans l’Antiquité. Ce pays aurait été en effet le berceau des arts chimiques et alchimiques, symbolisant la noirceur caractéristique de la décomposition de certains métaux.

L’Encyclopédie de l’Islam évoque cette dernière hypothèse. Elle rappelle toutefois, que le mot al-kimyâ est synonyme d’al-iksir, qui a donné le français « élixir ». Les Mafatih-al-Ulum ont rapproché kimyâ de kama, « tenir secret ». Selon al-Safadi, kimyâ serait d’origine hébraïque et signifierait que cette science vient de Dieu. Dans le corpus alchimique de Jabir ibn Hayyan, al-iksir est aussi conçu comme une émanation de l’esprit divin.

Née en Egypte, l'Alchimie ne se développe ni dans la Grèce antique, ni dans l’Egypte pharaonique, mais dans l’Egypte alexandrine vers le IIème siècle avant notre ère, à partir des « Physica et Mystica » de Bolos de Mendès, appelé aussi le Pseudo-Démocrite et découvreur de la célèbre formule : « La nature se plaît dans la nature, la nature triomphe de la nature, la nature domine la nature » qui préfigure la Table d’émeraude hermétique. Bolos de Mendès va élaborer des recettes d'atelier, basées sur la loi des sympathies et des antipathies, pour fabriquer les quatre objets de l’Alchimie d'alors : l'or, l'argent, le pourpre, les pierres précieuses, à fabriquer ou à teindre. L’Alchimie va s’épanouir à Alexandrie, grâce au terreau gréco-égyptien et aux apports des savoirs issus de la tradition magique de l’Orient (perse notamment). Parmi ses successeurs les plus connus, citons le stoïcien Posidonios d’Apamée (né en Syrie en 135 av J.C, mort à Rome en 51 av J.C) philosophe, mathématicien et astronome, auteur de la formule : « Dieu est un souffle igné doué d'intelligence, sans forme, se transformant en ce qu'il veut et se rendant semblable à tout ». Citons surtout Zosime de Panopolis (vers 300 après J.C) pour qui la transmutation des métaux apparaît comme une allégorie de la purification et de la rédemption.
On doit surtout à Zosime la célèbre formule : "Un [est] le Tout, par lui [se développe] le Tout et vers lui [retourne] le Tout ; et si l'Un ne contient pas le Tout, le Tout n'est rien. Un est le serpent [l'ouroboros, le serpent qui mord sa queue], celui qui possède l'ios [la teinture en violet ?, dernière étape de la transmutation après le noircissement, le blanchiment, parfois le jaunissement] après les deux traitements [noircissement et blanchissement ?]". On peut paraphraser le texte de Zosime comme suit : l'univers est un, car il est composé d'une seule substance indifférenciée à l'origine ; c'est par cette substance unique que l'univers s'est constitué, et c'est à cette substance unique que l'univers se ramènera par dissolution. La formule En to Pan n'est pas de Zosime. Zosime lui-même l'impute au fondateur éponyme de l'alchimie, le mythique Chymès (ou Chémès ou Chimès), qui aurait été un « prophète juif ». Cet auteur, selon un procédé fréquent dans la littérature hermétique, voile ainsi une précieuse indication philosophique par un fait pseudo-historique : la légende a ici son sens premier et révèle exactement « ce que l'on doit lire », c'est-à-dire ce que l'initié doit entendre.
Ayant vécu longtemps à Alexandrie, qui comptait alors de nombreux savants juifs, Zosime ne pouvait ignorer qu'en hébreu Chemesch est le nom du Soleil. Afin de préciser son propos, Zosime, dans ses « Instructions à Eusébie », déclare : « Le grand Soleil produit l'Œuvre car c'est par le Soleil que tout s'accomplit ». Cet enseignement fondamental est confirmé par les derniers mots de la Tabula Smaragdina, la Table d'émeraude, célèbre « codex » alchimique attribué à Hermès Trismégiste lui-même : « Complet (achevé, accompli) est ce que j'ai dit de l'Opération du Soleil ».

Une petite mise au point avant d’aller plus loin : l’Alchimie s’est également développée dans d’autres aires géographiques et culturelles : la Mésopotamie, l’Inde, le Tibet et surtout la Chine, déjà vers le VIIIème siècle av J.C. Héritière des pratiques proto-chamaniques et de danses mimétiques immémoriales, l’Alchimie chinoise s’est souchée sur les exercices étranges des taoïstes qui se proposaient de retrouver la spontanéité première en même temps que les pouvoirs perdus par l'homme civilisé. Chez les taoïstes, comme le souligne Max Kaltenmark (Lao-Tseu et le taoïsme), « si le fourneau alchimique est l'héritier de la forge magique, l'immortalité n'est plus, du moins depuis les seconds Han, le résultat d'un sacrifice à la forge, de la fonte rituelle. Elle est acquise à celui qui sait produire le « divin cinabre ». À partir de ce moment, on eut un nouveau moyen de se diviniser : il suffisait d'absorber l'or potable ou le cinabre pour devenir semblable aux dieux ».

Rappelons aussi que le cadre référentiel de la tradition extrême orientale se construit grâce à cinq éléments : le bois, le feu, la terre, le métal, l’eau. Pour plus de clarté, et par manque de temps, nous resterons dans la tradition occidentale qui retient les quatre éléments (la terre, l’eau, l’air et le feu), classés dans l’ordre où nous subissons les épreuves lors de l’initiation… mais aussi que retient Empédocle d’Agrigente. Nous y ajouterons un cinquième élément, l’éther, essence du Cosmos ou « matière de l’âme » selon Cicéron, pour parvenir à la Quintessence et parvenir avec cette combinaison, à la résonnance pythagoricienne de 1+4. Pour la connaissance hermétique, il s’agira, avec sagesse, d’utiliser spirituellement dans le macrocosme, le rayonnement éthéré du cosmos. Dans la mise en œuvre alchimique, il s’agira d’extraire avec précaution dans le microcosme, sa trace toujours présente au sein des structures de l’univers. Tout ceci, en respectant le processus de remontée vers la source primordiale. Beaucoup d’écrits alchimiques évoquent ainsi « l’homme-quintessence » ou « homme-universel », qu’on peut rapprocher des textes sacrés, dont ceux de la Genèse, en remarquant que le créateur va utiliser de la glaise pour mettre en forme une enveloppe porteuse de la projection de son esprit.
Nous ne pouvons ici que nous interroger sur ce don d’ubiquité de l’Alchimie, Art très secret, vieux rêve d’immortalité démenti par la science moderne, peut-être disposition archétypale de la psyché humaine confronté au mystère de la création et de la vie.

Cette quête de l’immortalité va connaître un énorme succès en Occident. Le Corpus Hermeticum, le Poimandrès, l’Asclépios et de nombreux autres manuscrits (cf Annexe 1) sont redécouverts, traduits du grec et de l’arabe en latin. Ce savoir passe pour très ancien, ce qui nous l’avons vu est inexact, et est d’autant mieux accueilli qu’il se présente comme une sotériologie (une doctrine de salut) empruntant de nombreux éléments doctrinaux aux gnoses, au stoïcisme et au néoplatonisme. Elle inquiète d’ailleurs sérieusement l’Eglise, qui y voit une forme de concurrence de la foi chrétienne, et le pape Jean XXII ira jusqu’à promulguer contre eux (en 1317) une décrétale qui commence par Spondent, dont la teneur suit : il désapprouve cet art et, ce faisant, il interdit de s'en mêler, l'interdiction englobant tout le monde (chrétiens et juifs), avec des peines encourues par les contrevenants, qu'ils soient religieux, clercs ou laïcs. Signalons que Jean XXII a aussi commis une décrétale contre les innovations musicales et aussi une contre la chimie et la médecine. Le moindre des paradoxes n’est-il pas que ce Pape ait été un maître reconnu des arts occultes, pratiquant l’Alchimie et la Kabbale, et l’auteur d’un traité intitulé « Ars transmutatoria » (traduit en français en 1557) ? Pour Carl Jung, l’Alchimie a constitué des siècles durant un salutaire « correctif » au christianisme, porté à se désintéresser de la vie de la nature.

Ce cheminement de l’Alchimie au sein de la culture occidentale, obligatoirement marqué par l’évolution des idées scientifiques qui entraînera son déclin progressif, est néanmoins suffisamment durable pour accréditer la pérennité d’une tradition. Rejetée par Descartes comme le prototype de toute fausse science, son ennemi inconditionnel, les Lumières et surtout le XIXème siècle, l’Alchimie ne trouvera que de rares défenseurs : notamment Newton, Leibnitz chez les scientifiques et Goethe, Hölderlin, Baudelaire chez les poètes. Mais l’étymologie du mot poésie ne vient-elle pas du grec poiein, qui signifie créer ?

Quelques mots sur le mode opératoire alchimique. Il est relativement codifié et les auteurs distinguent généralement sept étapes : distillation, calcination, putréfaction, dissolution, ces quatre étapes formant l’Œuvre au noir ou nigredo, puis coagulation, vivification qui forment l’Œuvre au Blanc ou albedo, puis multiplication ou projection, ultime étape et Œuvre au rouge ou rubedo. Dans certains ouvrages, le nombre et l’ordre des étapes alchimiques différent, comme dans le Rosarium Philosophorum (1550) (sublimation, descension, distillation, calcination, solution, congélation, fixation, itération, incinération), ou comme dans le « Dictionnaire mytho-hermétique » de Dom Pernety, qui recense 12 étapes.

Le processus alchimique consiste donc pour l’essentiel à dissoudre et coaguler (solve et coagula) : dissoudre ce qu’il y a de fixe dans le souffre vulgaire, fixer ce qu’il y a de volatile dans le mercure ordinaire, et cela jusqu’à obtention d’un mercure double dont le souffre, une fois purifié, constitue le principe vivant et igné. D’abord unis dans la mort après leur conjonction (les « noces chymiques »), Roi et Reine, Soleil et Lune appelés alors Soufre et Mercure sont appelés à une glorieuse apothéose sous la forme d’un « corps » double et imputrescible (Rebis), justifiant le parallèle entre l’obtention de la Pierre philosophale (« Toison d’Or », « Elixir rouge »), phase que les alchimistes représentent par le phénix et le pélican, et résurrection du Christ.

Les philosophes « par le feu » sont donc bien des alchimistes, en ce que la régulation du feu permettant la coction de leur précieuse « matière » est pour eux un souci constant. Ils le sont de manière plus ésotérique, dans le sens où la découverte du « feu secret », que recèle toute matière vile, dote la transmutation d’un pouvoir de guérison.

Les textes font constamment état d’un travail d’équilibration, travail au cours duquel toute séparation opérée par le feu promeut une pondération plus affinée des opposés. Ainsi, de degré en degré, c’est toute la matière engagée dans l’opération qui rejoint l’état igné, tandis que l’esprit naturellement enflammé se leste parallèlement d’une plus dense matérialité. Philosopher par le Feu ne consisterait pas donc à juxtaposer deux opérations logiquement inconciliables, mais à extraire des images, correspondant à des états de la matière, leur énergie « ignée », pour tendre enfin vers un état d’équilibre.

Si la chimie est incontestablement la science des faits, l'alchimie, elle, est la science des causes. La première, limitée au domaine matériel, s'appuie sur l'expérience. La seconde prend de préférence ses prémices dans la philosophie. Si l'une a pour objet l'étude des corps naturels, l'autre tente de pénétrer le mystérieux dynamisme qui préside à leurs transformations.

C'est là ce qui fait leur différence essentielle et nous permet de dire que l'alchimie, comparée à la science positive qu'est la chimie, seule admise et enseignée aujourd'hui, est une chimie spiritualiste parce qu'elle nous permet d'envisager la notion de transcendance, donc d'entrevoir ou d'approcher la notion du Divin au travers des ténèbres de la substance.

Pour l'adepte de l'alchimie, il n'est pas suffisant de savoir exactement reconnaître et de classifier les résultats qu'il constate. Il lui faut encore interroger la Nature pour apprendre d'elle dans quelles conditions et sous l'empire de quelle volonté s'opèrent ses multiples productions, adaptations et transformations.

L'esprit "philosophique" ne saurait se contenter d'une possibilité d'identification des corps simples. Il réclame, il exige de connaître le secret de leur élaboration.

Entrouvrir la porte du laboratoire où Dame Nature mélange, combine et associe les différents éléments qui constituent la "Materia Prima", c'est satisfaisant, intellectuellement parlant.

Découvrir la force cachée sous l'influence de laquelle son labeur s'accomplit, c'est toucher au Divin.

Dire, par exemple, que deux atomes d'hydrogène combinés à un atome d'oxygène donnent une molécule d'eau, c'est énoncer une banalité. Et pourtant ? Le résultat de l'opération présente, outre un état différent (nous sommes passés, en effet, de l'état gazeux à l'état liquide), des propriétés que ne possèdent aucun des deux gaz qui ont produit cette molécule.

Quel est donc l'agent qui impose au composé sa spécificité nouvelle et contraint l'eau, solidifiée par le froid, a toujours se cristalliser sous une forme identique, dans des conditions comparables de température et de pression ? Il manque dans la formule H2O l'agent essentiel, capable de provoquer l'union intime des composants gazeux, c'est-à-dire l'énergie ou le "feu". Je défie le meilleur chimiste de fabriquer de l'eau en mélangeant de l'hydrogène à de l'oxygène dans les proportions qui conviennent sans faire intervenir le principe énergétique sous la forme d'une étincelle électrique, par exemple. La formule chimique de l'eau est donc, sinon fausse, du moins, incomplète ou tronquée…

Positive dans les faits, la chimie demeure négative dans son esprit. C'est donc précisément ce qui la différencie de la science "hermétique" dont le domaine propre comprend surtout l'étude des causes, de leurs influences, des modalités qu'elles adoptent selon les milieux et les conditions. C'est cette étude, exclusivement philosophique, qui permet à l'homme de pénétrer le mystère des faits, d'en comprendre l'étendue, de l'identifier enfin comme l'Intelligence suprême, âme de l'Univers, Lumière, Principe Créateur, Grand Architecte de l'Univers…

L'alchimie, remontant du concret à l'abstrait, du positivisme matériel au spiritualisme le plus pur, élargit le champ des connaissances humaines, des possibilités d'action qui nous ont offertes et réalise l'union intime de Principe Créateur et de la Nature, de la Création et du Créateur, de la Science et du Divin.

L'alchimie n'est obscure que parce qu'elle se cache. Les adeptes qui souhaitaient transmettre à la postérité l'exposé de leur savoir et le fruit de leur labeur se gardèrent bien de divulguer leur art en le présentant sous une forme commune afin que le vulgaire n'en pût mésuser… Autrement dit, "que la Lumière qui a éclairé nos travaux continue de briller en nous pour que nous achevions au dehors l'œuvre commencée dans le temple mais qu'elle ne reste pas exposée au regard des profanes". Nous y voilà…

L'alchimie présente donc avec la Franc Maçonnerie de REAA les analogies les plus frappantes. Il y a, de part et d'autre, identité d'ésotérisme, les mêmes buts initiatiques se traduisant par des symboles, pour l'une, empruntés aux arts métallurgiques et, pour l'autre, à l'art de bâtir. Vue sous cet angle, la Franc Maçonnerie n'est qu'une transposition de l'alchimie.

Le point de départ de l'œuvre philosophique, c'est la découverte et le choix du sujet. La matière à mettre en œuvre disent les alchimistes est fort commune et se rencontre partout. Il ne s'agit que de savoir distinguer et c'est en cela que réside toute la difficulté. L'œuvre ne peut réussir que si l'on est parvenu à trouver le sujet convenable. C'est donc la raison pour laquelle nous multiplions les enquêtes et les filtres successifs avant que d'admettre un postulant aux épreuves…

Celles-ci commencent par le dépouillement des métaux. L'alchimie ne recommande-t-elle pas, en effet, une fois la matière propice soigneusement examinée et reconnue, de la nettoyer extérieurement afin de la débarrasser de tout corps étranger qui aurait pu accidentellement adhérer à sa surface. La matière, en somme, doit être réduite à elle-même. C'est d'une manière analogue que le récipiendaire est appelé à se dépouiller de tout ce qu'il possède d'artificiel. Il doit, en effet, être réduit strictement à lui-même.

En cet état, le sujet est enfermé dans un étroit réduit où ne pénètre aucune lumière extérieure. Le Cabinet de Réflexion, manifestation de l'épreuve de la Terre, correspond au mantras de l'alchimiste, à son œuf philosophique hermétiquement clos. Le profane y trouve le tombeau ténébreux où, volontairement, il doit mourir, à la fois, à son existence passée comme à lui-même. Cette mort philosophique prélude à la naissance de l'être nouveau que sera l'Initié. Celui-ci naît de sa propre putréfaction, figurée par l'œuvre au Noir, première étape du Grand œuvre.

Les trois principes hermétiques, sel, soufre et mercure, figurent bien dans le cabinet de réflexion. Le Soufre, symbole de l'Esprit, le Sel, symbole de la Sagesse et de la Connaissance, le Mercure, sous la forme du Coq, attribut d'Hermès, symbole de hardiesse et de vigilance. C'est la raison pour laquelle le coq, héraut du Soleil, était consacré au dieu Mercure et figure toujours aujourd'hui sur les clochers de nos églises. Le coq, de surcroît, fait songer au reniement de Saint-Pierre et au remords qui s'en suivit pour ce dernier incapable de respecter le serment fait au Christ au moment de son arrestation au Jardin des Oliviers. Enfin le coq, porteur des trois couleurs alchimiques (noir, blanc, rouge) « feu secret » des alchimistes, annonce déjà le lever du jour, donc de la lumière. Pour nous, Maçons, le coq est le symbole exotérique de la Lumière que va recevoir le Récipiendaire.

Les trois principes hermétiques nous indiquent que nous devons en permanence être attentifs et tenter sans répit de pénétrer les divers sens que peuvent offrir les symboles mais que nous n'en obtiendrons l'intelligence complète qu'avec une patiente persévérance…

Autre invitation à l'éveil présente dans le Cabinet de Réflexion, l'acronyme hermétique V.I.T.R.I.O.L. Ce n'est rien d'autre qu'une invitation à la recherche de son Ego profond, l'âme humaine elle-même, la nôtre, dans le silence et la méditation. On retrouvera plus loin au cours de la cérémonie d'initiation, en écho à V.I.T.R.I.O.L., l'aphorisme de Socrate gravé au fronton du Temple d'Apollon Pythien à Delphes : "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'Univers et les Dieux" comme appel à une vigilance incessante…

La descente au centre de la Terre, au centre du monde, n'est rien d'autre qu'une descente en nous-mêmes, comme le dit Carl Jung, à la recherche du Soi… La mutation alchimique a donc été initiée sous le signe de la terre, dans le Cabinet de Réflexion. Le vieil homme que nous sommes est brutalement confronté au mystère de symboles qu’il ne comprend pas, le profane commence à soupçonner la notion de mort symbolique à venir en examinant les symboles à portée de son regard : crâne, faux, sablier, testament philosophique.

Lors de la Cérémonie d'initiation au premier degré, le néophyte est mis devant la nécessité d'une mort devant permettre une renaissance à une vie nouvelle. "Morts aux préjugés du vulgaire", c'est-à-dire à ce qui est commun à la foule, nous avons entrepris un chemin en solitaire mais non pas dans la solitude. Morts donc aux apparences de la vie, nous renaissons par un éveil à un nouvel état de conscience. Cependant, renaître est une chose. Être en état de renaissance en est une autre, car telle est me semble-t-il notre initiation : en perpétuelle progression, c'est donc d'une renaissance dans la permanence qu'il faut parler… La renaissance initiatique est donc un état permanent d'investigation et de découverte par le développement de notre niveau de conscience sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure.

Dans la répétitivité de nos vies, l'automatisation et l'habitude entraînent notre assoupissement, émoussent notre sens critique et nous confinent dans l'acceptation de ce qui nous entoure en nous interdisant de nous poser toute question à cet égard. Pourtant, l'initié se doit d'être ce qu'il doit devenir, c'est-à-dire un "conscient actif" pour contribuer modestement à la conscience du monde. Partager notre point de vue, notre expérience, uniquement pour la valeur qu'ils ont, c'est-à-dire un vécu personnel et non général, ouvrir son cœur au sentiment pour percevoir l'ineffable qui échappe à la science mais inonde la conscience. En somme faire, aujourd'hui, ici et maintenant, la recherche active de la signature que le Grand Architecte de l'Univers a apposée dans le désordre apparent des choses pour en distinguer la clé d'ordonnancement.

L'Initié doit donc être constamment en éveil pour permettre à la Loi d'Harmonie Universelle de se réaliser. Il doit se trouver là où sa présence est utile, pour intervenir sur le chantier, dès que nécessaire, sans oublier que s'il a une tête, il possède avant tout un cœur.

En entrant dans l’espace sacré du Temple, l’Initié se trouve confronté aux trois planètes les plus importantes de l’astrologie et de l’Alchimie : le soleil-or et la lune-argent encadrant le delta lumineux décorent l’Orient et semblent l’inviter à marcher vers elles. Le delta lumineux correspond, en astrologie, à la symbolique de la planète mercure : le verbe créateur qui mesure la conscience par delà de la mort ; le verbe pensé qui nous donne accès du fini à l’infini. En marchant de l’Occident, symbolisé par la planète Vénus, vers Mercure, en direction de l’Orient, planète de la connaissance et seul métal présent dans le Cabinet de Réflexion, l’Apprenti va prendre conscience que la fraternité est le référent le plus important pour espérer accéder à la Connaissance. L’Apprenti est dans le monde des autres en face de lui, il n’est maçon que parce que les autres « le reconnaissent pour tel ».

Ce qui confère à l'initiation maçonnique sa vertu, son efficacité, son actualité, c'est qu'elle dispose d'un Maître infaillible, universel et éternel. Ce Maître n'est fait ni de chair ni de sang, pas davantage que d'esprit. Il n'est pas non plus immatériel et invisible. Ce Maître, vous l'avez compris, mes Frères, c'est la Loge, notre Loge. Maître collectif, Maître synthétique, sa Sagesse, résultant de l'égrégore que nous constituons ensemble, ne peut jamais être pris en défaut.

"Trois la dirigent, cinq l'éclairent, sept la font juste et parfaite". Les trois Grandes Lumières éclairent les esprits et unissent les cœurs. La magie du Rituel parcourt la Loge et l'anime d'une énergie mystérieuse. Le Maître collectif est vivant, inspirant, guidant et protégeant chacun des initiés qui le constitue. Pris individuellement, chacun des initiés est incomplet et imparfait. Réunis dans le Temple, portés par le rythme du Rituel que scandent les maillets, leurs volontés convergent vers un même point idéal. Ils ne font plus qu'un désormais. Leurs expériences, leurs intelligences, leur sensibilité, leur réceptivité, leurs intuitions ne s'additionnent pas simplement mais s'exaltent les unes les autres en une sorte de progression géométrique. Ils ne sont plus seuls. Ils reçoivent l'inspiration qui vient d'en haut et savent qu'ils sont, chacun, un des maillons de la chaîne initiatique, cette chaîne qui n'a ni commencement ni fin…

Le Grand Œuvre alchimique et le Grand Œuvre maçonnique sont frères de lait. Le mariage philosophique dans l’athanor hermétiquement fermé correspond à la conjonction fraternelle qui doit s’effectuer lors des Travaux en Loge. Dans les deux cas, la cohésion du composé humain va se faire par l’égrégore. En Alchimie, l’égrégore c’est le double, le mercure philosophique ou la pierre provenant de l’union sous énergie, du principe mâle, le souffre ou soleil et du principe femelle, le mercure ou lune. Egrégore vient du grec égrégoros, le Veilleur. Il symbolise la parole agent de communication. En maçonnerie, l’égrégore est la base des Travaux en Loge. C’est un fondement sacré. La Chaîne d’Union, à la clôture des Travaux, en est un des instruments. Il ne faut jamais rompre la Chaîne d’Union de la Loge car l’égrégore pourrait s’en échapper. Il en est de même dans le cadre des opérations du Grand Œuvre qui doivent se faire en vase clos dans l’athanor hermétiquement fermé, faisant office de lien, maintenant la cohésion du composé humain qui va se rompre au moment de la mort physique. On ne rompt pas la Chaîne d’Union, on ne rompt pas le lien avec l’athanor. C’est ainsi que la Lumière peut être vue, reçue et transmise.

J'ai dit V\M\

D\ L\

ANNEXE 1
LA DIFFUSION DE L’ALCHIMIE EN OCCIDENT
L’Alchimie a pénétré Occident par trois grandes voies, Byzance, le Royaume Franc de Jérusalem et l'Egypte, encore copte, mais déjà musulmane, et, enfin, les Royaumes Almohades du sud de la péninsule ibérique. Elle fut essentiellement le résultat des conquêtes arabes. Ce peuple curieux, studieux, avide de culture et de philosophie a été le trait d'union, la chaîne qui relie l'antiquité moyen-orientale au Moyen Âge occidental. Les Arabes, élèves des Perses et des Coptes, transmirent à l'Europe la science dont ils avaient hérité de l'Egypte et de Babylone, augmentées de leurs propres acquisitions, à travers le continent européen (voie byzantine) vers le VIII° siècle.

L'influence arabe exerça également son action également au retour des expéditions "franques" en Palestine et ce sont les Croisés du XII° siècle qui "importèrent" en Europe de l'ouest la plupart des connaissances scientifiques anciennes.

Enfin, au début du XIII° siècle, de nouveaux éléments de civilisation, de sciences et d'art, issus vers la fin du IX° siècle d'Afrique septentrionale (Royaume de Fez) se répandent en Espagne (voie hispanique) et viennent accroître les premiers apports des foyers byzantins et coptes.

D'abord timide et hésitante, l'alchimie prend peu à peu conscience d'elle-même et ne tarde pas à s'affermir. Cette science "exotique", transplantée dans nos pays, s'y adapte à merveille et s'y développe avec vigueur. Cultivée dans l'ombre des monastères aux XII° et XIII° siècles, elle s'est propagée partout au XIVème, siècle propice aux hommes de savoir, qu'ils soient clercs ou laïques. Les gens de métier, qu'ils soient orfèvres, verriers, émailleurs ou apothicaires, ne résistent pas à l'irrésistible plaisir de manier la cornue ou de distiller à l'alambic. On se dispute les manuscrits, ceux de Zosime de Panopolis, d'Ostanès, de Synésius, les copies de Geber, de Razès, d'Arthéphius. Les livres de Morien, de Marie l'Egyptienne, les fragments de "La Table d'Emeraude" attribuée à Hermès Trismégiste se négocient, c'est le cas de le dire, à prix d'or…

La renommée des Maîtres qui succèdent à Artéphius, mort vers 1130, consacre la réalité hermétique et stimule l'ardeur des adeptes.

C'est au XIII° siècle, en Angleterre, l'illustre moine anglais Roger Bacon (1214-1292) que ses disciples honorent du titre de Doctor Admirabilis et dont la réputation devient universelle. La France vient ensuite avec Alain de l'Isle, Docteur de l'Université de Paris et moine de Cîteaux, mort vers 1298, puis Maître Arnaud de Villeneuve (1245-1310) tandis que brille en Italie le futur Saint Thomas d'Aquin, reçu Docteur à Padoue en 1225. On peut donc être à la fois un adepte de la philosophie, de la science hermétique et Saint, ce n'est pas incompatible…

Le XIV° siècle en voit surgir une pléiade, tels le moine franciscain catalan, Raymond Lulle (1235-1315), le clerc français, Jacques Duèze, évêque de Cahors, futur pape sous le nom de Jean XXII, Jean de Meung, l'un des auteurs du fameux "Roman de la Rose" dont le symbolisme nous occupe beaucoup, par ailleurs.

Le XV° siècle marque l'apogée de l'alchimie et surpasse les précédents, tant par la valeur que par le nombre des Maîtres qui l'ont illustrée. Parmi ceux-ci, il convient de citer Basile Valentin, moine bénédictin de l'Abbaye d'Erfurt en Thuringe (vers 1413), les anglais Thomas Norton et Georges Ripley, et enfin le noble Bernard Trévisan (1406-1490) qui consacra 56 ans de sa vie à la poursuite de l'œuvre et dont le nom est resté dans l'histoire de l'alchimie comme un symbole d'opiniâtreté, de constance et d'irréductible persévérance.

Au XVIème siècle, la science hermétique tombe dans le discrédit, l'enthousiasme décroît, l'opinion s'en détourne. Paracelse, médecin, philosophe et alchimiste, n'en est pas moins le grand héritier de l'ésotérisme égyptien que la Renaissance renie après avoir laissé les "souffleurs" le corrompre.

Voilà pour l'histoire…

Source : www.ledifice.net

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Published by X - dans Planches
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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 07:52

Nous avons appelé cet ouvrage Clavicule, parce que sans lui, il est impossible de comprendre nos autres livres, dont l'ensemble embrasse l'Art tout entier, car nos paroles sont obscures pour les ignorants.

J'ai fait beaucoup de traités, très étendus, mais divisés et obscurs, comme on peut le voir par le Testament, où je parle des principes de la nature et de tout ce qui a trait à l'art, mais le texte a été soumis au marteau de la Philosophie. De même pour mon livre du Mercure des philosophes, au second chapitre : de la fécondité des minières physiques, de même pour mon livre de la Quintessence de l'or et de l'argent, de même enfin pour tous mes autres ouvrages où l'art est traité d'une manière complète, sauf que j'ai toujours caché le secret principal. Or, sans ce secret nul ne peut entrer dans les mines des philosophes et faire quelque chose d'utile, c'est pourquoi avec l'aide et la permission du Très Haut auquel il a plu me révéler le Grand Œuvre, je traiterai ici de l'Art sans aucune fiction. Mais gardez-vous de révéler ce secret aux méchants ; ne le communiquez qu'à vos amis intimes, quoique vous ne dussiez le révéler à personne, parce que c'est un don de Dieu qui en fait présent à qui lui semble bon. Celui qui le possédera, aura un. trésor éternel.

Apprenez donc à purifier le parfait par l'imparfait. Le Soleil est le père de tous les métaux et la Lune est leur mère, quoique la Lune reçoive sa lumière du Soleil. De ces deux planètes dépend le magistère tout entier.

D'après Avicenne, les métaux ne peuvent être transmués qu'après avoir été ramenés à leur matière première, ce qui est vrai. Il te faudra donc réduire d'abord les métaux en Mercure ; mais je n'entends pas ici le mercure vulgaire, volatil, je parle du Mercure fixe; car le mercure vulgaire est volatil, plein d'une froideur flegmatique, il est indispensable qu'il soit réduit par le Mercure fixe, plus chaud, plus sec, doué de qualités contraires à celles du mercure vulgaire.

C'est pourquoi je vous conseille, ô mes amis, de n'opérer sur le Soleil et la Lune qu'après les avoir ramènes à leur matière première qui est le soufre et le Mercure des philosophes.

O mes enfants, apprenez à vous servir de cette matière vénérable, car je vous en avertis sous la foi du serment, si vous ne tirez le Mercure de ces deux métaux, vous travaillerez comme des aveugles, dans l'obscurité et dans le doute. C'est pourquoi, ô mes fils, je vous conjure de marcher vers la lumière, les yeux ouverts et de ne pas tomber en aveugles dans le gouffre de perdition.

CHAPITRE l

DIFFÉRENCES DU MERCURE VULGAIRE ET DU MERCURE PHYSIQUE.

Nous disons : le mercure vulgaire ne peut pas être le Mercure des Philosophes, par quelqu'artifice qu'on l'ait préparé ; car le mercure vulgaire ne peut tenir au feu qu'à l'aide d'un Mercure étranger corporel qui soit chaud, sec, et plus digéré que lui. C'est pourquoi je dis que notre Mercure physique est d'une nature plus chaude et plus fixée que le mercure vulgaire. Notre Mercure corporel se convertit en mercure coulant, ne mouillant pas les doigts ; quand il est joint au mercure vulgaire, ils s'unissent et se joignent si bien à l'aide d'un lien d'amour, qu'il est impossible de les séparer l'un de l'autre, de même de l'eau mêlée à de l'eau. Telle est la loi de la nature. Notre Mercure pénètre le mercure vulgaire et se mêle à lui en desséchant son humidité flegmatique, lui enlevant sa froideur, ce qui le rend noir comme du charbon et le fait enfin tomber en poussière.

Remarque bien que le mercure vulgaire ne peut être employé à la place de notre Mercure physique, lequel possède la chaleur naturelle au degré voulu ; c'est même pour cela que notre Mercure communique sa propre nature au mercure vulgaire.

Bien plus, notre Mercure, après sa transmutation, change les métaux en métal pur, c'est-à-dire en Soleil et en Lune, ainsi que nous l'avons démontré dans la seconde partie de notre Pratique. Mais il fait quelque chose de plus remarquable encore, il change le mercure vulgaire en Médecine pouvant transmuer les métaux imparfaits en parfaits. Il change le mercure vulgaire en vrai Soleil et en vraie Lune, meilleurs que ceux qui sortent de la mine. Notez encore que notre Mercure physique peut transmuer cent marcs et plus, à l'infini, tout ce que l'on aura, de mercure ordinaire, à moins que celui-ci ne vienne à manquer.

Je veux aussi que vous sachiez autre chose, le Mercure ne se mélange pas facilement et jamais parfaitement à d'autres corps, si ceux-ci n'ont été auparavant ramenés à son espèce naturelle. C'est pourquoi lorsque tu voudras unir le Mercure au Soleil ou à la Lune du vulgaire, il te faudra d'abord ramener ces métaux à leur espèce naturelle qui est le mercure ordinaire, cela à l'aide du lien d'amour naturel ; alors le mâle s'unit à la femelle. Aussi notre Mercure est-il actif, chaud et sec, tandis que le mercure vulgaire est froid, humide, passif comme la femelle qui est retenue à la maison dans une chaleur tempérée jusqu'à l'obumbration. Alors ces deux mercures deviennent noirs comme charbon; c'est là le secret delà vraie dissolution. Puis ils se joignent entre eux de telle sorte qu'il devient impossible de les séparer jamais. Ils se présentent alors sous forme d'une poudre très blanche, et ils engendrent des enfants mâles et femelles par le vrai l'en d'amour. Ces enfants se multiplieront à- l'infini selon leur espèce ; car d'une once de cette poudre, poudre de projection, élixir blanc ou rouge, tu feras des Soleils en nombre infini et tu transmueras en Lune toute espèce de métal sorti d'une mine.

CHAPITRE II

EXTRACTION DU MERCURE DU CORPS PARFAIT.

Prends une once de chaux de Lune coupellée, calcine-la selon la façon décrite à la fin de notre ouvrage sur le Magistère. Cette chaux sera ensuite réduite en poudre fine sur une plaque de porphyre. Tu imbiberas cette poudre, deux trois, quatre fois par jour avec de la bonne huile de tartre préparée de la manière décrite à la fin de cet ouvrage ; puis tu feras sécher au soleil. Tu continueras ainsi jusqu'à ce que ladite chaux ait absorbé quatre ou cinq parties d'huile, la quantité de chaux étant prise pour unité ; tu pulvériseras la poudre sur le porphyre comme il a été dit, après l'avoir desséchée, car alors elle se réduit plus facilement en poudre. Lorsqu'elle aura été bien porphyrisée, on l'introduira dans un matras à long col. Vous y ajouterez de notre menstrue puant fait avec deux parties de vitriol rouge et une partie de salpêtre ; vous aurez auparavant distillé ce menstrue par sept fois et vous l'aurez bien rectifié en le séparant de ses impuretés terreuses, si bien qu'à la fin ce menstrue soit complètement essentiel.

Alors on lutera parfaitement le matras, on le mettra au feu de cendres, avec quelques charbons, jusqu'à ce que l'on voie la matière bouillir et se dissoudre. Enfin l'on distillera sur les cendres jusqu'à ce que tout le menstrue ait passé et l'on attendra que la matière soit froide. Quand le vase sera complètement refroidi, on l'ouvrira, et la matière sera placée dans un autre vase bien propre muni de son chapiteau parfaitement luté. On placera le tout sur des cendres dans un fourneau. Le lut étant sec, on chauffera d'abord doucement jusqu'à ce que toute l'eau de la matière sur laquelle on opère ait passé dans le récipient. Puis on augmente le feu pour dessécher complètement la matière et exalter les esprits puants qui passeront dans le chapiteau et da là dans le récipient. Lorsque vous verrez l'opération arrivée à ce point, vous laisserez refroidir le vaisseau en diminuant peu à peu le feu. Le vase étant froid, vous en retirerez la matière que vous réduirez en poudre subtile sur le porphyre. Vous mettrez la poudre impalpable ainsi obtenue dans un vase de terre bien cuit et bien vitrifié. Puis vous verserez par dessus de l'eau ordinaire bouillante, en remuant avec un bâton propre, jusqu'à ce que le mélange soit épais comme de la moutarde. Remuez bien avec la baguette jusqu'à ce que vous voyiez apparaître quelques globules de mercure dans la matière ; il y en aura bientôt une assez grande quantité selon ce que vous aurez employé de corps parfait, c'est-à-dire de Lune. Et jusqu'à ce que vous en ayez uns grande quantité, versez de temps en temps de l'eau bouillante et remuez jusqu'à ce que toute la matière se réduise en un corps semblable au mercure vulgaire. On enlèvera les impuretés terreuses avec de l'eau froide, on séchera sur un linge, on passera à travers une peau de chamois. Et alors vous verrez des choses admirables.

CHAPITRE III

DE LA MULTIPLICATION DE NOTRE MERCURE.  

Au nom du Seigneur. Amen.

Prenez trois gros de Lune pure en lamelles ténues ; faites-en un amalgame avec quatre gros de mercure vulgaire bien lavé. Quand l'amalgame sera fait vous le mettrez dans un petit matras ayant un col d'un pied et demi.

Prenez ensuite notre Mercure extrait ci-dessus du corps lunaire, et mettez-le sur l'amalgame fait avec le corps parfait et le mercure vulgaire ; lutez le vase avec le meilleur lut possible et faites sécher. Ceci fait, agitez fortement le matras pour bien mélanger l'amalgame et le mercure. Puis placez le vase où se trouve la matière dans un petit fourneau sur un feu de quelques charbons seulement ; la chaleur du feu ne doit pas être supérieure à celle du soleil lorsqu'il est dans le signe du lion. Une chaleur plus forte détruirait votre matière ; aussi continuez ce degré de feu jusqu'à ce que la matière devienne noire comme du charbon et épaisse comme de la bouillie. Maintenez la même température jusqu'au moment où la matière prendra une couleur gris sombre ; lorsque le gris apparaîtra, on augmentera le feu d'un degré et il sera deux fois plus fort ; on le maintiendra ainsi jusqu'à ce que la matière commence à blanchir et devienne d'une blancheur éclatante. On augmentera le feu d'un degré et l'on maintiendra ce troisième degré jusqu'à ce que la matière devienne plus blanche que la neige et soit réduite en poudre plus blanche et plus pure que la cendre. Vous aurez alors la Chaux vive des Philosophes et sa minière sulfureuse que les Philosophes ont si bien cachées.

CHAPITRE IV

PROPRIÉTÉ DE LA CHAUX DES PHILOSOPHES.

Cette Chaux convertit une quantité infinie de mercure vulgaire en une poudre très blanche qui peut être réduite en argent véritable quand on l'unit à quelqu'autre corps comme la Lune.

CHAPITRE V

MULTIPLICATION DE LA CHAUX DES PHILOSOPHES.

Prends le vaisseau avec la matière, ajoutes-y deux onces de mercure vulgaire bien lavé et sec ; luts avec soin, et remets le vaisseau où il était d'abord. Règle et gouverne le feu selon les degrés un, deux et trois comme ci-dessus, jusqu'à ce que le tout soit réduit en une poudre très blanche ; tu pourras ainsi augmenter ta Chaux à l'infini.

CHAPITRE VI

RÉDUCTION DE LA CHAUX VIVE EN VRAIE LUNE.

Ayant donc préparé une grande quantité de notre Chaux vive ou minière, prends un creuset neuf sans son couvercle ; mets-y une once de Lune pure et lorsqu'elle sera fondue, ajoutes-y quatre onces de ta poudre agglomérée en pilules. Ces petites boules pèsent chacune le quart d'une once. On les jette une à une sur la Lune en fusion, tout en continuant un feu violent jusqu'à ce que toutes les pilules soient fondues ; on augmente encore le feu pour que tout se mélange parfaitement ; enfin on coulera dans une lingotière.

Tu auras ainsi cinq onces d'argent fin, plus pur que le naturel ; tu pourras multiplier ta minière physique à ton gré.

CHAPITRE VII

DE NOTRE GRAND-ŒUVRE AU BLANC ET AU ROUGE.

Réduisez en Mercure, comme il a été dit plus haut votre Chaux vive tirée de la Lune. C'est là notre Mercure secret. Prenez donc quatre onces de notre chaux, extrayez le Mercure de la Lune comme vous l'avez fait plus haut. Vous recueillerez au moins trois onces de Mercure que vous mettrez dans un petit matras à long col comme il a été dit. Puis faites un amalgame d'une once de vrai Soleil avec trois onces de mercure vulgaire et mettez-le sur le Mercure de la Lune. Agitez fortement pour bien mélanger. Lutez le vaisseau avec soin et mettez-le dans le fourneau, en réglant le feu au premier, second et troisième degré.

Au premier degré, la matière deviendra noire comme du charbon ; on dit alors qu'il y a éclipse de Soleil et de Lune. C'est la véritable conjonction qui produit un enfant, le Soufre, plein d'un sang tempéré.

Après cette première opération, on continue par le feu du second degré jusqu'à ce que la matière soit grise. Puis on passe au troisième degré jusqu'au moment eu la matière apparaît parfaitement blanche. On augmente alors le feu jusqu'à ce que la matière devienne rouge comme du cinabre et soit réduite en cendres rouges. Tu pourras réduire cette Chaux en Soleil très pur, en faisant les mêmes opérations que pour la Lune.

CHAPITRE VIII

DE LA MANIÈRE DE CHANGER LA SUSDITE PIERRE EN UNE MÉDECINE QUI TRANSMUE TOUTE ESPÈCE DE MÉTAL EN VRAI SOLEIL ET VRAIE LUNE ET SURTOUT LE MERCURE VULGAIRE EK MÉTAL PLUS PUR QUE CELUI QUI SORT DES MINES.

Après sa première résolution notre Pierre multiplie cent parties de matière préparée, et après la seconde, mille. L'on multiplie en dissolvant, coagulant, sublimant, fixant notre matière qui peut ainsi s'accroître indéfiniment en quantité et en qualité.

Prenez donc de notre minière blanche, dissolvez-la dans notre menstrue puant, qui est appelé vinaigre blanc dans notre Testament, au chapitre où nous disons: " Prends du boa vin bien sec, mets-y la Lune, c'est-à-dire l'Eau verte et C, c'est-à-dire du Salpêtre.... " Mais ne nous égarons pas ; prenez quatre onces de notre Chaux vive et faites dissoudre dans notre menstrue, vous la verrez se résoudre en eau verte. D'autre part dans treize onces de ce même menstrue puant vous dissoudrez quatre onces de mercure vulgaire bien lavé, et dès que la dissolution sera achevé, vous mélangerez les deux solutions ; mettez-les en un vase bien scellé, faites digérer au fumier de cheval pendant trente jours, puis distillez au bain-marie jusqu'à ce qu'il ne passe plus rien. Redistillez au feu de charbon afin d'extraire l'huile et alors la matière qui restera, sera noire. Prenez celle-ci et distillez pendant deux heures sur les cendres dans un petit fourneau. Le vase étant froid, ouvrez-le et versez-y l'eau qui a été distillée ci-dessus au bain-marie. Lavez bien la matière avec cette eau. Puis distillez le menstrue au bain-marie ; recueillez toute l'eau qui passera, joignez-la à l'huile et distillez sur les cendres, comme il a été dit. Recommencez cette opération jusqu'au moment eu la matière restera au fond du vaisseau, noire comme du charbon.

Fils de la science, tu auras alors la Tête de corbeau que les Philosophes ont tant cherchée, sans laquelle le Magistère ne peut exister. C'est pourquoi, ô mon Fils, remémore-toi la divine Cène de Nôtre Seigneur Jésus-Christ qui est mort, a été enseveli, et le troisième jour est revenu à la lumière sur la terre éternelle. Sache bien, ô mon Fils, que nul être ne peut vivra s'il n'est mort tout d'abord. Prends donc ton corps noir, calcine le dans le môme vaisseau pendant trois Jours, puis laisse refroidir.

Ouvre-le et tu trouveras une terre spongieuse et morte, que tu conserveras jusqu'à ce qu'il soit nécessaire d'unir le corps à l'âme.

Tu prendras l'eau qui a été distillée au bain-marie, cil la distilleras plusieurs fois de suite, jusqu'à ce qu'elle soit bien purifiée et réduite en une matière cristalline.

Imbibe donc ton corps qui est la Terre noire avec sa propre eau, l'arrosant peu à peu et chauffant le tout, jusqu'à ce que le corps devienne blanc et resplendissant. L'eau qui vivifie et qui clarifie a pénétré le corps. Le vaisseau ayant été luté, tu chaufferas violemment pendant douze heures, comme si tu voulais sublimer le mercure vulgaire. Le vase s'étant refroidi, tu l'ouvriras et tu y trouveras ta matière sublimée, blanche, c'est notre Terre Sigillée, c'est notre corps sublimé, élevé à une haute dignité, c'est notre Soufre, notre Mercure, notre Arsenic, avec lequel tu réchaufferas notre Or, c'est notre ferment, notre chaux vive et il engendre en soi Je Fils du feu qui est l'Amour des philosophes.

CHAPITRE IX

MULTIPLICATION DU SOUFRE SUSDIT.

Mets cette matière dans un fort matras et verse pardessus un amalgame fait avec la Chaux vive de la première opération, celle que nous réduisions en argent. Cet amalgame se fait avec trois parties de mercure vulgaire et une partie de notre Chaux ; vous mélangerez et vous chaufferez sur les cendres. Vous verrez la matière s'agiter, augmentez alors le feu et en quatre heures la matière deviendra sulfurée et très blanche. Lorsqu'elle aura été fixée, elle coagulera et fixera le Mercure ; une once de matière changera cent onces de Mercure en vraie Médecine ; elle opérera ensuite sur mille onces, et ainsi de suite à l'infini.

CHAPITRE X

FIXATION DU SOUFRE MULTIPLIÉ.

L'on prendra le soufre multiplié, on le placera dans un matras et l'on versera par-dessus l'huile qui avait été mise de côté lors de la séparation des éléments.

On versera de l'huile jusqu'à ce que le Soufre soit mou. Puis on mettra fondre sur les cendres, en chauffant au second et troisième degré, jusqu'à la blancheur inclusivement. Alors on ouvrira le vaisseau et l'on trouvera une plaque cristalline, blanche. Pour l'essayer, mets-en un fragment sur une plaque chaude, et s'il coule sans produire de fumée il est bon. Alors projettes-en une partie sur mille de mercure et celui-ci sera complètement transmué en Argent. Mais si la médecine avait été infusible et n'avait pas coulé, mets-la dans un creuset et verse dessus de l'huile, goutte à goutte, jusqu'à ce que la médecine coule comme de la cire, et alors elle sera parfaite et transmuera mille parties de mercure et plus à l'infini.

CHAPITRE XI

RÉDUCTION DE LA MÉDECINE BLASCHE EN ÉLIXIR ROUGE. .

Au nom du Seigneur, prends quatre onces de la lame susdite et dissous-la dans l'Eau de la Pierre, que tu as conservée. Lorsque la dissolution sera achevée, mets fermenter au bain-marie pendant neuf jours. Alors prends deux parties en poids de notre Chaux rouge et ajoute-les dans le vaisseau, tu mettras fermenter de nouveau neuf jours. Ensuite tu distilleras au bain-marie dans un alambic, puis sur les cendres, en réglant le feu au premier degré jusqu'au moment où la matière deviendra noire. C'est là notre seconde dissolution et notre seconde éclipse du Soleil avec la Lune, c'est là le signe de la vraie dissolution et de la conjonction du mâle avec la femelle.

Augmente le feu jusqu'au second degré, de façon que la matière devienne jaune. Ensuite on élèvera le feu au quatrième degré jusqu'à ce que la matière fonde comme de la cire et qu'elle soit d'une couleur hyacinthe. C'est alors une matière noble et une médecine royale qui guérit promptement toutes les maladies ; elle transmue toute espèce de métal en or pur meilleur que l'or naturel.

Maintenant rendons grâces au Sauveur glorieux qui dans la gloire des cieux règne un et trois dans l'éternité.

CHAPITRE XII

RÉSUMÉ DU MAGISTÈRE.

Nous avons démontré que tout ce que renferme ce traité est véritable, car nous avons vu de nos propres yeux, nous avons opéré nous-mêmes, nous avons touché de nos propres mains. Maintenant nous allons sans allégories et brièvement résumer notre Œuvre.

Nous prenons donc la Pierre que nous avons dite, nous la sublimons avec l'aide de la nature et de l'art, nous la réduisons en Mercure. A ce Mercure on ajoute le Corps blanc qui est d'une nature semblable, et on cuit jusqu'à ce qu'on ait préparé la vraie minière.

Cette minière se multipliera à votre gré. La matière sera de nouveau réduite en Mercure, que vous dissoudrez dans notre Menstrue jusqu'à ce que la Pierre devienne volatile et séparée de tous ses éléments. Enfin on purifiera parfaitement le corps et l'âme. Une chaleur naturelle et tempérée permettra ensuite de réussir la conjonction du corps et de l'âme. La Pierre deviendra minière ; on continuera le feu jusqu'à ce que la matière devienne blanche, nous l'appelons alors Soufre et Mercure des Philosophes ; c'est alors que par la violence du feu, le fixe devient volatil, en tant que le volatil se sera débarrassé de ses principes grossiers et se sera sublimé plus blanc que neige. On jettera ce qui reste au fond du vaisseau, car ce n'est bon à rien. Prenez alors notre Soufre qui est 1'huile dont on a déjà parlé et vous le multiplierez dans l'alambic jusqu'à ce qu'il soit réduit en une poudre plus blanche que neige. On fixera les poudres multipliées par la nature et par l'art, avec de l'Eau, jusqu'à ce qu'à l'essai par le feu, elles coulent sans fumée comme de la cire.

Il faut alors ajouter l'eau de la première solution ; tout s'étant dissous, on y mettra quelque chose de jaune qui est l'or, on unira et on distillera tout l'esprit. Enfin on chauffera au premier, second, troisième et quatrième degré jusqu'à ce que la chaleur fasse apparaître la vraie couleur hyacinthe, et que la matière fixe soit fusible. Tu projetteras cette matière sur mille parties de mercure vulgaire et il sera transmué en or fin.

CHAPITRE XIII

CALCINATION DE LA LUNE POUR L'ŒUVRE.

Prenez une once de Lune fine coupellée et trois onces de mercure. Amalgamez, en chauffant d'abord l'argent en lamelles dans un creuset et en y ajoutant ensuite le mercure ; remuez avec une baguette, tout en continuant à bien chauffer. On mettra ensuite cet amalgame dans du vinaigre avec du sel ; on broyera le tout avec un pilon dans un mortier de bois, tout en lavant et enlevant les impuretés. On cessera quand l'amalgame sera parfait. Puis on lavera avec de l'eau ordinaire chaude et limpide, puis on passera à travers un linge bien propre.

Ce qui restera sur le linge étant la partie la plus essentielle du corps, on le mélangera avec trois parties de sel, en broyant bien et en lavant. On calcinera enfin pendant douze heures. On recommencera à broyer avec du sel, et cela par trois fois, en renouvelant chaque fois le sel. Alors on pulvérisera la matière de manière à obtenir une poudre impalpable ; on lavera à l'eau chaude jusqu'à ce que toute saveur salée ait disparu. Enfin on passera à travers un filtre de coton, on desséchera, et l'on aura la Chaux blanche. On la mettra en réserve, pour s'en. servir lorsqu'on en aura besoin, de peur que l'humidité ne l'altère.

CHAPITRE XIV

PROCÉDÉ POUR. PRÉPARER L'HUILE DE TARTRE.

Prenez du bon tartre, dont la cassure soit brillante, calcinez-le au fourneau à réverbère pendant dix heures ; ensuite vous le mettrez sur une plaque de marbre après l'avoir pulvérisé et vous le laisserez dans un lieu humide, il se résoudra en un liquide huileux. Lorsqu'il sera entièrement liquéfié, on le passera à travers un filtre de coton. Vous le conserverez soigneusement, il vous servira à imbiber votre chaux.

CHAPITRE XV

MENSTRUE PUANT POUR RÉDUIRE NOTRE CHAUX VIVE EN MERCURE, APRÈS L'AVOIR DISSOUTE LORSQU'ELLE AURA ETE DEJA IMBIBEE D'HUILE DE TARTRE.

Prenez deux livres de vitriol, une livre de salpêtre et trois onces de cinabre. On rougit le vitriol, on le pulvérise, puis on ajoute le salpêtre et le cinabre, on broyé toutes ces matières ensemble, et on met dans un appareil distillatoire bien luté.

On distille d'abord à feu lent, c'est de toute nécessité, comme le savent ceux qui ont fait cette opération. Cette eau distillera en abandonnant ses impuretés qui resteront au fond de la cucurbite et vous aurez ainsi cet excellent menstrue.

CHAPITRE XVI

AUTRE MENSTRUE POUR SERVIR DE DISSOLVANT A LA PIERRE.

Prenez trois livres de vitriol romain rouge, une livre de salpêtre, trois onces de cinabre, broyez toutes ces matières ensemble sur le marbre. Puis mettez-les dans un grand et solide matras, ajoutez-y de l'Eau-de-vie rectifiée sept fois, puis scellez parfaitement le vaisseau et mettez-le pendant quinze jours dans du fumier de cheval. Ensuite on distillera doucement pour que toute l'eau passe dans le récipient. Puis on augmentera le feu jusqu'à ce que le chapiteau soit porté au blanc ; on laissera ensuite refroidir. On enlèvera le récipient que l'on fermera parfaitement avec de la cire et on le conservera. Remarquez que ce menstrue doit être rectifié Sept fois, en rejetant chaque fois le résidu. Après cela seulement il sera bon pour l'œuvre.

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Published by Raymond Lulle - dans Alchimie
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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 16:45

sans-titre.pngPaddy Kelly (Michael Patrick Kelly) est né le 5 Décembre 1977 à Dublin, en Irlande, dans un camping-car, comme le 10ème enfant de la célèbre famille musicale Kelly Family. Plus tard, il devint le leader musical de celle-ci et écrivit, entre autres, leur premier grand hit „An Angel“..Comme il grandissait avec des parents américains qui cherchaient une alternative au mode de vie moderne, il passait la plupart du temps „sur les routes“, rencontrait des gens aux cultures diverses, et apprenait des langues ( le Francais, l‘Allemand, l‘Espagnol, l‘Anglais et un peu d’Hollandais) dans les pays qu’il visitait pendant ces voyages. Après avoir vécu dans des camping-cars, un Double-Decker bus devint leur maison mobile symbolique, et plus tard, ils passèrent 7 ans sur leur house boat, qui repose maintenant dans un musée en Allemagne. Contrairement aux gens qui disent: „Ma maison est mon chȃteau“, les habitats de Paddy Kelly devenaient de plus en plus glorieux avec le succès montant, jusuqu’à ce qu’il puisse dire, après que sa famille a acheté un chȃteau en 1998,: „Mon chȃteau est ma maison“.

Le succès en Europe fut énorme : des rues où il chantait avec sa famille aux concerts dans des stades de football pleins, Paddy Kelly connut toute la gloire de la vie d’une „rock star“, vendant plus de 15 millions d’enregistrements et donnant leur plus grand concert devant une foule de 250 000 personnes. A seulement 20 ans, il avait déjà tout ce dont les autres rêvaient et pourtant, quelque chose manquait. Comme beaucoup de Chrétiens aujourd’hui, Paddy a été baptisé et élevé catholiquement, mais sans avoir rencontré Jésus vivant et sans avoir une relation avec Lui dans sa foi. Vers la fin des années 90, une crise personnelle, une sorte de dépression provoqua en lui une profonde recherche de la vérité, car rien ni personne ne pouvait remplir le grand vide qu’il sentait dans son coeur et dissiper „l’obscurité“ dans sa tête. Pour la première fois, il se posait des questions comme: Pourquoi est-ce que j’existe ? Qui suis-je ? D’où viens-je et où vais-je ? Quel est le vrai sens de la vie ? Qui est réellement Dieu ? Dieu répondit à sa recherche de la vérité et à sa soif pour l’Amour Absolu en apparaissant progressivement. Touché par l’amour de Dieu, Paddy prit une décision radicale de quitter sa partenaire, sa famille, sa carrière solo promettante qu’il venait de lancer avec son album „In Exile“, et tout ce qu’il avait dans sa vie, pour entrer dans une Congrégation en 2004, la Communauté du St.Jean. Après avoir vécu comme un moine pendant 6 ans, incapable de poursuivre cette vocation à cause de sa santé fragile, il continue de prier pendant 2 ou 3 heures tous les jours, de lire la Bible et d’aller à la Messe sacrée quotidiennement. Il fit son comeback musical avec une prestation au Notre Dame de Paris en Mars cette année, pour laquelle il composa sa première récente chanson „Unknown you“ comme une réponse à la demande du Conseil Pontifical (Vatican). Nourrie par la riche expérience de la vie comtemplative et par ses études de philosophie et théologie de son époque à St.Jean, la nouvelle musique de Paddy nous procure directement un sentiment de mystère et élève l’esprit vers la présence du Transcendant. Avec sa grande diversité de styles, comme le folk, la pop, le rock, le reggae, le Gregorian, le jazz ou la musique sacrée, et en employant des passages de la Bible pour ses paroles, il appelle son oeuvre „musique mythique dans laquelle je chante Dieu ou pour Dieu“ et ce avec une voix remarquable de quatres octaves.

Que ce soit le combat pour la paix ou lors d‘actions de charité, Paddy s’engage au point d’avoir été arrêté par la police, avec le lauréat du Prix Nobel Mauread Maguire, dans le bâtiment U.N. à New York, quelques jours avant la guerre en Iraq en 2003. Son intérêt pour les pauvres et pour l’injustice sociale a souvent inspiré des chansons et maintenant, Paddy suit une politique à but non lucratif, ce qui permet d’assister à la plupart de ses prestations gratuitement ou pour un prix minimal. En ce moment, Paddy est en TOURNÉE EUROSARIUM qui est un pélérinage/mission et un voyage géographique à travers l’Europe, dans le but d’apporter un renouvellement spirituel et culturel à l’ancien Continent – autrefois le berceau du Christianisme- à travers sa musique, son témoignage et sa prière. C’est une chaîne de 60 évènements, correspodnant à la Croix et aux 59 perles du Rosaire. Après Paris, Bruxelles, Gibraltar, Kosovo et l‘Allemagne, Madrid, Berlin, la Pologne, le Bénélux et Vilnius sont prévus pour 2011 et 2012.

Source : http://www.paddykelly.eu/fr/about.php

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Published by Thomas Dalet
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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 06:45

Précisons en préambule que la question qui me préoccupe n'est pas de savoir si les alchimistes ont effectivement réussi à faire de l'or. C'est un problème qui ne présente que peu d'intérêt pour qui a l'habitude de laisser ses métaux à la porte du temple. Que l'alchimie fut une pratique opérative, fructueuse ou vaine, est une évidence historique. En revanche, il est une question qui ne peut laissé indifférents des chercheurs de lumière : L'alchimie est-elle une opération spéculative, une quête spirituelle ? Existe-t-il un message hermétique ? Si oui, quid des rapports entre l'alchimie et la franc-maçonnerie ?

Tout d'abord, nous pouvons constater que les termes communs aux traditions maçonnique et hermétique sont nombreux. Ainsi, le Grand Œuvre ou l'Art Royal (la couronne est un élément récurrent de l'iconographie hermétique) sont des mots employés tant par le maçon que par l'alchimiste pour désigner leur quête respective. On connaît l'importance du symbole en franc-maçonnerie, ce langage universel est également fort prisé des alchimistes. Nombre d'œuvres hermétiques parmi les plus célèbres, sont purement iconographiques. C’est le cas, par exemple, du Mutus Liber ; ou des 17 figures attribuées à Jean Conrad Barchusen.

Le soleil, la lune et les étoiles qui ornent nos temples maçonniques sont également des symboles alchimiques. Le soleil représente le principe mâle ; le soufre, tandis que la lune est le principe féminin ; le mercure. On verra ultérieurement que les « noces chimiques » du soufre et du mercure ne sont autres que le Grand Œuvre, et comment il est possible d'y reconnaître un des buts de la franc-maçonnerie. Sept étoiles symbolisent les 7 distillations nécessaires à l'alchimiste pour réussir le Grand Œuvre. On retrouve ici la symbolique des nombres chère à toute tradition initiatique. Le nombre 7 est le nombre de la perfection, de l'éternité.

Parmi les figures de Barchusen, remarquables tant par leur symbolisme que par leur esthétique, on peut voir le tétragramme au sein de nuées accompagnant une apparition divine. Notons enfin, que les 4 éléments et la pierre jouent un rôle fondamental en alchimie et en franc-maçonnerie, rôle que je détaillerai dans une autre partie de cette planche. Il est possible, me semble-t-il, d'aller plus loin encore que le simple constat d'un langage commun entre l'alchimie et la franc-maçonnerie. Leur but et leur méthode sont les mêmes. Telle est mon hypothèse, et je vais m'efforcer, sinon de la prouver, tout au moins de l'étayer.

Le but du Grand Œuvre est le mariage du soufre (pôle masculin) et du mercure (pôle féminin) par l'action du sel ; principe neutre et élément ternaire qui scelle les deux autres. La légende veut que l'alchimiste, au terme de sa quête, devienne hermaphrodite. L'importance du nombre 3 ; le ternaire qui permet de dépasser les oppositions en une nouvelle synthèse, se retrouve en maçonnerie afin de rassembler ce qui est épars. Un alchimiste a dit : « Le secret consiste à savoir convertir la pierre en aimant, qui attire, embrasse et unit cette quintessence astrale ». L'un est aussi le tout ; selon la formule alchimique, tout est un et tout se ramène à l'un. C'est là un enseignement initiatique important présent dans nombre de traditions. On distingue deux sortes d'unités : l'unité initiale et l'unité finale, l'alpha et l'oméga, symbolisé par l'image célèbre du serpent qui se mord la queue, souvent présente dans les traites alchimiques. Du magma initial surgit l'ordre final, entre les deux, les alchimistes devinent tout le circuit de la matière transmuée. Chacun sait que le but de tout alchimiste est de trouver la fameuse pierre philosophale. On s'est souvent perdu en conjectures pour deviner la nature réelle de cette pierre. Peut-être est-il possible d'y voir plus clair en raisonnant en maçon.

La pierre philosophale ne serait-elle pas notre pierre taillée ? Ne symboliserait-elle pas l'adepte accompli ? Quelle différence entre passer du vil plomb à l'or alchimique et passer de la pierre brute à la pierre taillée ? Deux terminologies différentes peuvent fort bien traduire une même réalité. En franc-maçonnerie, on comprend vite que la pierre n'est autre que le franc-maçon lui-même, et le travail initiatique un travail sur soi. De leur côté, bien des alchimistes ont reconnu que la coction finale avait lieu simultanément dans l'athanor de briques et dans celui du cœur. Jung, qui s'est intéressé à l'alchimie, pensait que l'œuvre opérative n'était que la projection de l'Œuvre intérieure. L'artiste et l'Œuvre, à l'instar du temple intérieur et du temple extérieur, ne font qu'un. Il apparaît donc que le but de l'alchimie semble bien être le même que celui de la franc-maçonnerie, à savoir le perfectionnement constant de l'initie.

Voyons maintenant ce qu'il en est de la méthode. Oswald Wirth estimait que l'initiation maçonnique, en particulier l'épreuve de la terre, résumait l'essentiel du processus alchimique. Lors de l'initiation maçonnique, le récipiendaire est tout d'abord dépouillé de ses métaux. La première opération alchimique consiste à débarrasser la matière première, nous parlerions nous de la pierre brute, de toutes ses impuretés. Ensuite, le futur franc-maçon est placé dans le cabinet de réflexion où il mourra en tant que profane. En alchimie, la putréfaction ou Œuvre au noir, se déroule dans l'Œuf philosophique hermétique, scellé. L'hermétiste Jacob précise que « la fin du Grand Œuvre est de se débarrasser, quand il le voudra, de la chair corruptible sans passer par la mort ».

Au sein du cabinet de réflexion se trouvent de nombreux symboles alchimiques. A commencer par le sel, le soufre et le mercure ; éléments essentiels du Grand Œuvre dont le rôle a été évoqué précédemment. N'oublions pas le coq qui annonce le lever du soleil et qui, selon Fulcanelli, symbolise un autre élément alchimique, le vif argent. Enfin, bien sûr, la célèbre formule alchimique + V\ I\ T\ R\ I\ O\ L\ : visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem. Pour les non latinistes, dont je suis, visite l'intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée.

On a vu que le franc-maçon et l'alchimiste étaient à la fois maître d'Œuvre et matériau ; la formule V\ I\ T\ R\ I\ O\ L\, qui invite à l'introspection indispensable à toute initiation va dans ce sens. J'ai évoqué Jung, ici le parallèle avec la psychanalyse s'impose. N'est-ce pas en visitant les profondeurs de l'Homme, dans les ténèbres intérieures, que le psychanalyste va chercher la lumière, la vérité de l'être ?

Chaque épreuve de l'initiation maçonnique correspond à une étape du processus alchimique. L'épreuve de l'air : le subtil se dégage de l'épais. L'épreuve de l'eau : la purification par l'eau, la distillation ou Œuvre au blanc. L'épreuve du feu correspond à la calcination, l'Œuvre au rouge qui annonce l'aboutissement du Grand Œuvre. L'initiation maçonnique et l'Œuvre alchimique peuvent se résumer en une suite de purifications successives tendant à la pureté absolue.

On peut également noter que le travail de l'alchimiste, tout comme celui du maçon, doit s'effectuer à couvert ; condition sine qua non de la réussite du Grand Œuvre. Ainsi de nombreux auteurs hermétistes soulignèrent le fait qu'il doive toujours y avoir à la porte du laboratoire, une sentinelle armée d'un glaive flamboyant pour examiner tous les visiteurs et renvoyer ceux qui ne sont pas dignes d'être admis. Le rapprochement avec le frère couvreur et le tuilage est évident.

En conclusion, il semble légitime de penser que l'alchimie est bien une philosophie initiatique et qu'il existe effectivement un message hermétique, un but et une méthode assez proches de ce que nous connaissons en maçonnerie. L'alchimie étant historiquement antérieure à la franc-maçonnerie spéculative, on peut en déduire que l'hermétisme a inspiré les premiers maçons.

Je terminerai cette planche en tentant de répondre à une question qui revient souvent : Pourquoi les écrits alchimiques sont-ils rédigés dans une langue si hermétique ? Je vois, quant à moi, trois hypothèses qui d'ailleurs ne sont pas exclusives. Le secret est si important qu'il ne convient pas de le divulguer au tout venant. Il ne faut pas jeter des perles aux pourceaux ! Seconde hypothèse : ce qui est important c'est le chemin parcouru, la recherche et le travail. Le message, s'il était révélé sans difficulté (mais peut-il l'être ?), perdrait alors toute valeur initiatique.

Enfin, une hypothèse que je qualifierai de politico-religieuse. L'alchimie, à bien des égards, est une hérésie selon les critères de l'Eglise catholique. Or, l'alchimie s'est développée en Occident au Moyen Age, période où l'inquisition sévissait et les bûchers fleurissaient. L'alchimiste n'avait donc pas intérêt à être trop explicite quant à sa philosophie. Plus tard l'Eglise catholique apostolique et romaine se trouvera un autre ennemi en la personne du
franc-maçon, mais cela est une autre histoire.

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Published by C\ B\ - dans Planches
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