Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 06:46

D. Pourquoi les eaux supérieures ne mouillent-elles point ?  

R. A cause de leur extrême raréfaction, c'est ainsi qu'un savant chimiste peut tirer plus d'avantages de la science de la raréfaction que de toute autre.  

D. De quelle manière est composé le firmament, ou l'étendue ?  

R. Le firmament est proprement l'air, dont la nature est beaucoup plus convenable à la lumière que l'eau.  

D. Après avoir séparé les eaux du sec et de la terre, que fit le Créateur pour donner lieu aux générations ?  

R. Il créa une lumière particulière destinée à cet office, qu'il plaça dans le feu central et tempéra ce feu par l'humidité de l'eau et la froideur de la terre, afin de réprimer son action, et que sa chaleur fut plus convenable au dessein de son auteur.  

D. Quelle est l'action de ce feu central ?  

R. Il agit continuellement sur la matière humide qui lui est la plus voisine, dont il fait élever une vapeur qui est le Mercure de la nature, et de la première matière des trois règnes.  

D. Comment se forme ensuite le Soufre de la nature ?  

R. Par la double action ou plutôt réaction de ce feu central, sur la vapeur mercurielle.  

D. Comment se fait le sel de la mer ?  

R. Il se forme par l'action de ce même feu sur l'humidité aqueuse, lorsque l'humidité aérienne qui est renfermée vient à s'exhaler.  

D. Que doit faire un Philosophe vraiment sage une fois qu'il a bien compris le fondement et l'ordre qu'observa le Grand Architecte de l'univers, pour la construction de tout ce qui existe dans la nature ?  

R. Il doit être, autant qu'il se peut, un copiste fidèle de son Créateur ; dans son oeuvre physique, Li doit faire son chaos tel qu'il fut effecti­vement, séparer la lumière des ténèbres ; former son firmament séparateur des eaux d'avec les eaux, et accomplir enfin parfaitement, en suivant la marche indiquée, tout l'ouvrage de la création.  

D. Avec quoi fait-on cette grande et sublime opération ?  

R. Avec un seul corpuscule ou petit corps, qui ne contient pour ainsi dire, que fèces, saletés, abominations, duquel on extrait une certaine humidité ténébreuse et mercurielle, qui comprend en soi tout ce qui est nécessaire au Philosophe, parce qu'il ne cherche en effet que le vrai Mercure.  

D. De quel Mercure doit-il donc se servir pour l'oeuvre ?  

R. D'un Mercure qui ne se trouve point sur la terre, mais qui est extrait des corps, et nullement du mercure vulgaire, comme il a été faussement dit.  

D. Pourquoi ce dernier n'est-il pas le plus propre à notre oeuvre ?  

R. Parce que l'Artiste sage doit faire attention que le mercure vulgaire ne contient pas en lui la quantité suffisante de Soufre, et que par conséquent il doit travailler sur un corps créé par la nature, dans lequel elle-même aura joint ensemble le Soufre et le Mercure, que l'artiste doit séparer.  

D. Que doit-il faire ensuite ?  

R. Les purifier et les rejoindre derechef.  

D. Comment appelez-vous ce corps-là ?  

R. Pierre brute ou Chaos, ou Illiaste ou Hyle.  

D. Puisque vous me dites que le Mercure est la seule chose que le Philosophe doit connaître, pour ne pas s'y méprendre, donnez-m'en une description circonstanciée.  

R. Notre Mercure, eu égard à sa nature est double, fixe et volatil ; eu égard à son mouvement, il est double aussi, puisqu'il a un mouvement d'ascension et un de descension. C'est l'influence des plantes par laquelle il réveille le feu de la nature assoupie, et c'est son premier office avant sa congé­lation, par le mouvement d'ascension, il s'élève pour se purifier, et comme c'est après sa congélation, il est considéré alors corme l'humide radical des choses, lequel sous de viles scories ne laisse pas de conserver la noblesse de sa première origine.  

D. Combien compte-t-on d'humide dans chaque composé ?  

R. Il y en a trois : 1 -l'élémentaire, qui n'est proprement que le vase des autres éléments 2 - le Radical, qui est proprement l'huile ou le baume dans lequel réside toute la vertu du sujet 3 - l'Alimentaire, c'est le véritable dissolvant de la nature, excitant le feu interne, assoupi, causant par son humidité la corruption et la noirceur, et entretenant et alimentant le sujet.  

D. Combien les Philosophes ont-ils de sortes de Mercure ?  

R. Le Mercure des Philosophes se peut considérer sous quatre égards, au premier, on l'appelle le Mercure des corps, c'est précisément la semence cachée ; le second, le Mercure de la nature, c'est le bain ou le vase des Philosophes, autrement dit l'humide radical ; le troisième, le Mercure des Philosophes, parce qu'il se trouve dans leur boutique et dans leur minière, c'est la sphère de Saturne, c'est leur Diane, c'est le vrai sel des métaux, après lequel lorsqu'on l'a acquis, commence seulement la véritable oeuvre philosophique, le quatrième, le Mercure commun, non pas celui du vinaigre mais celui qui est proprement le véritable air des Philosophes, la véritable moyenne substance de l'eau, le vrai feu secret et caché, nommé le "feu commun", à cause qu'il est commun à toutes les minières, qu'en lui consiste la substance des métaux, et que c'est de lui qu'ils tirent leur quantité et qualité.  

D. Combien y a-t-il d'opérations dans notre oeuvre ?  

R. Il n'y en a qu'une seule qui se réduit à la sublimation, qui n'est autre chose, selon GEBER, que l'élévation de la chose sèche par le moyen du feu, avec adhérence à son propre vase.  

D. Quelle précaution doit-on prendre en lisant les Philosophes hermétiques ?  

R. Il faut surtout avoir grand soin de ne pas prendre ce qu'ils disent à ce sujet au pied de la lettre, et suivant le son des mots, "car la lettre tue, et l'esprit vivifie".

D. Quel livre doit-on lire pour parvenir à la connaissance de notre science ?  

R. Il faut lire particulièrement tous les ouvrages d'HERMES, ensuite, un certain livre intitulé : "Le Passage de la Mer Rouge" et un autre "L1abord de la Terre Promise". Parmi les Anciens, il faut lire tout PARAŒLSE, et entre autre son "Sentier Chymique", ou "Manuel de Paracelse", qui contient tous les mystères de la physique démonstrative, et de la plus secrète Cabale. Ce livre manuscrit, précieux et original, ne se trouve que dans la bibliothèque du Vatican, mais SENDIVOGUS a eu le bonheur d'en tirer une copie, qui a servi à éclairer quelques Sages. Il faut lire Raymond LULLE surtout son "Vade Mecum", son dialogue appelé "Arbre de Vie", son testament et son codicille. Mais on prendra garde à ces deux derniers ouvrages, parce que, ainsi que ceux de GEBER et d'ARNAUD DE VILLENEUVE, ils sont remplis de fausses recettes, de fictions inutiles, et d'erreurs sans nombre, leur but en cela, ayant été selon toute apparence, de déguiser davantage la vérité aux ignorants. Le "Turba Philosophorum", qui n'est qu'un ramassis d'anciens auteurs, contient une partie assez bonne, quoiqu'il y ait beaucoup de choses sans valeur. Dans les auteurs du Moyen Age, on doit estimer Sacharie, Trévisan, Roger Bacon et un certain anonyme dont le livre a pour titre "Des Philosophes". Parmi les auteurs modernes, on doit faire cas de Jean FABRE, François de NATION et de DESPAGNET, ou l'auteur de la "Physique rectifiée", quoiqu'à dire vrai, il ait mêlé dans son livre quelques faux préceptes, et des sentiments erronés.  

D. Quand un Philosophe peut-il risquer d'entreprendre l'Oeuvre ?  

R. Lorsqu'il saura par théorie tirer d'un corps dissous par le moyen d'un esprit cru, un esprit digeste, qu'il faudra derechef rejoindre à l'huile vitale.  

D. Expliquez-moi cette théorie plus clairement.  

R. Pour rendre la chose plus sensible, en voici le procédé : ce sera lorsque le Philosophe saura, par le moyen d'un menstrue végétal uni au minéral, dissoudre un troisième menstrue essentiel, avec lesquels réunis, il faut laver la terre, et L'exalter ensuite en quintessence céleste, pour en composer leur foudre sulfureuse, laquelle en un instant, pénètre les corps et détruit leurs excréments.  

D. Ceux qui prétendent se servir d'or vulgaire pour la semence, et du mercure vulgaire pour le .dissolvant, ou pour la terre dans laquelle il doit être semé, ont-ils une parfaite connaissance de la nature ?  

R. Non, vraiment, parce que ni l'un ni l'autre n'ont en eux l'agent externe : l'or, pour en avoir été dépouillé par la décoction et le mercure pour n'en avoir jamais eu.  

D. En cherchant cette semence aurifique ailleurs que dans l'or même, ne risque-t-on pas de produire une espèce de monstre, puisqu'il paraît que l'on s'écarte de la nature ?  

R. Il est sans aucun doute que dans l'or est contenue la semence aurifique et même plus parfaitement qu'en aucun autre corps : mais cela ne nous oblige pas à nous servir de l'or vulgaire, car cette semence se trouve pareillement en chacun des autres métaux ; et ce n'est autre chose que ce grain fixe que la nature a introduit en la première congélation du Mercure, tous les métaux ayant une même origine et une matière commune, ainsi que le reconnaîtront parfaitement ceux qui se rendront dignes de le recevoir par leur application et une étude assidue.  

D. Que s'ensuit-il de cette doctrine ?  

R. Elle nous enseigne que, quoique la semence soit plus parfaite dans l'or, toutefois elle se peut extraire bien plus aisément d'un autre corps que de l'or même, la raison en est que les autres corps sont bien plus ouverts, c'est-à-dire, moins digérés, et leur humidité moins terminée.  

D. Donnez-moi un exemple pris dans la nature.  

R. L'or vulgaire ressemble à un fruit lequel parvenu à une parfaite maturité a été séparé de l'arbre : quoiqu'il y ait en lui une semence très parfaite et très digeste, néanmoins si quelqu'un pour le multiplier, le mettait en terre, il faudrait beaucoup de temps, de peine, de soins, pour le conduire jusqu'à la végétation ; mais si au lieu de cela, on prenait une greffe ou une racine du même arbre et qu'on la mis en terre, on la verrait en peu de temps, et sans peine végéter et rapporter beaucoup de fruits.  

D. Est-il nécessaire à un amateur de cette science de connaître la formation des métaux dans les entrailles de la terre, pour parvenir à former son Oeuvre ?  

R. Cette connaissance est tellement nécessaire que, si avant toute autre étude, on ne s'y appliquait pas et l'on ne cherchait pas à imiter la nature en tout point, jamais on ne pourrait arriver à rien faire de bon.  

D. Cannent la nature forme-t-elle donc les métaux dans les entrailles de la terre, et de quoi se compose-t-elle ?  

R. La nature les compose tous de Soufre et de Mercure, et les forme par leur double vapeur.  

D. Qu'entendez-vous par cette double vapeur et comment par cette double vapeur les métaux peuvent-ils être formés ?  

R. Pour bien entendre cette réponse, il faut savoir d'abord que la vapeur  

mercurielle unie à la vapeur sulfureuse, en un lieu caverneux où se trouve une eau salée qui leur sert de matrice, il se forme premièrement le Vitriol de Nature ; secondement, de ce Vitriol de Nature, par la commotion des éléments,s'élève une nouvelle vapeur, qui n'est ni mercurielle, ni sulfureuse, mais qui tient des deux natures, laquelle en arrivant en des lieux où adhère la graisse du Soufre, s'unit avec elle et de leur union se forme une substance glutineuse, ou masse informe, sur laquelle la vapeur répandue en ces lieux caverneux, agissant par le moyen du Soufre qu'elle contient en elle, il en résulte des métaux parfaits, si le lieu et la vapeur sont purs ; et imparfaits, si au contraire, le lieu et la vapeur sont impurs ; ils sont dits imparfaits, ou non parfaits, pour n'avoir pas reçu leur entière perfection par la coction.  

D. Que contient en soi cette vapeur ?  

R. Elle contient un esprit de lumière et de feu de la nature des corps célestes, lequel doit être proprement considéré comme la forme de l'univers.  

D. Que représente cette vapeur ?  

R. Cette vapeur ainsi imprégnée de l'esprit universel, représente assez bien le premier Chaos, dans lequel se trouvait renfermé tout ce qui était nécessaire à la création, c'est-à-dire la matière et la forme universelle.  

D. Ne peut-on pas non plus employer l'argent vif vulgaire dans ce procédé ?  

R. Non, parce que comme il a déjà été dit, l'argent vif vulgaire n'a pas avec lui l'agent externe. D. D'où provient que l'argent vif vulgaire n'a pas avec lui son agent externe ?  

R. De ce que lors de l'élévation de la double vapeur, la commotion est si grande et si subtile, qu'elle fait évaporer l'esprit ou l'agent, à peu près comme il arrive dans la fusion des métaux ; de sorte que la seule partie mercurielle reste privée de son mâle ou agent sulfureux, ce qui fait qu'elle ne peut jamais être transmuée en or par la Nature.  

D. Combien de sortes d'or distinguent les Philosophes ?  

R. Trois sortes : l'Or Astral, l'Or Elémentaire et l'Or Vulgaire.

D. Qu’est-ce que l'Or Astral ?  

R. l'Or Astral a son centre dans le soleil qui le communique par ses rayons, en même temps que sa lumière à tous les êtres qui lui sont inférieurs, c'est une substance ignée et qui reçoit une continuelle émanation des corpuscules solaires qui pénètrent tout ce qui est sensitif, végétatif et minéral.  

D. Qu'entendez-vous par Or Elémentaire ?  

R. C'est la plus pure et la plus fixe portion des éléments et de toutes les substances qui en sont composées ; de sorte que tous les êtres "sublunaires" des trois genres contiennent dans leur centre un précieux grain de cet or élémentaire.  

D. Expliquez-moi l'Or Vulgaire ?  

R. C'est le plus beau métal que nous voyons et que la Nature puisse produire, aussi parfait en soi qu'inaltérable.  

D. De quelle espèce d'or est la Pierre des Philosophes ?  

R. Elle est de la seconde espèce, comme étant la plus pure portion de tous les éléments métalliques après sa purification, et alors il est appelé : or vif philosophique. Outre le parfait équilibre et la parfaite égalité des quatre éléments dans la Pierre Physique, il faut faire nécessairement quatre choses pour l'accomplissement de l'Oeuvre qui sont : composition, altération, mixion et union, lesquelles une fois faites dans les règles de l'art, donneront le Fils Légitime du Soleil, et produiront le Phénix toujours renaissant de ses cendres.  

D. Qu'est-ce que l'or vif des Philosophes ?  

R. Ce n'est autre chose que le feu du Mercure, ou cette vertu ignée, renfermée dans l'humide radical, à qui il a déjà communiqué la fixité et la nature du Soufre, d'où il est émané, le Soufre des Philosophes ne laissant pas aussi d'être appelé Mercure, à cause que toute sa substance est mercurielle.  

D. Quel autre non les Philosophes donnent-ils à leur or vif ?  

R. Ils l'appellent aussi leur Soufre vif, ou leur vrai feu, et il se trouve renfermé en tout corps, et nul corps ne peut subsister sans lui.  

D. Où faut-il chercher notre or vif, ou notre Soufre vif, et notre vrai feu ?  

R. Dans la maison du Mercure.  

D. De quoi ce feu vit-il ?  

R. de l'air.

D. Donnez-moi une comparaison du pouvoir de ce feu.  

R. Pour exprimer cette attraction du feu interne, on ne peut pas donner une meilleure comparaison que celle de la foudre qui n'est d'abord qu'une exhalaison sèche et terrestre, unie à une vapeur humide, mais qui à forcé de s'exalter, venant à prendre la nature ignée, agit sur l'humide qui lui est inhérent, qu'elle attire à elle, et transmue en sa nature, après quoi elle se précipite avec rapidité vers la terre, où elle est attirée par une nature fixe semblable à la sienne.  

D. Que doit faire le Philosophe après qu'il aura extrait son Mercure ?  

R. Il doit l'amener ou réduire de potentialité en acte.  

D. La Nature ne peut-elle pas le faire elle-même ?  

R. Non, parce qu'après une première sublimation, elle s'arrête ; de la matière ainsi disposée, s'engendre les métaux.  

D. Qu'entendent les Philosophes par leur "Or" et par leur "Argent" ?  

R. Les Philosophes donnent le nom d'Or à leur Soufre, et celui d'Argent à leur Mercure.  

D. D'où les tirent-ils ?  

R. Je vous ai déjà dit qu'ils les tirent d'un corps homogène où ils se trouvent en abondance, et d'où ils savent les extraire l'un et l'autre, par un moyen admirable et tout à fait philosophique.  

D. Dès que cette opération sera dûment faite, que doit-on faire ensuite ?  

R. On doit faire son amalgame philosophique avec une très grande industrie, lequel pourtant ne peut s'exécuter qu'après la sublimation du Mercure, et sa due préparation.  

D. Dans quel temps unissez-vous votre matière avec l'or vif ?  

R. Ce n'est que dans le temps qu'on l'amalgame : c'est-à-dire, par le moyen de cet amalgame, on introduit en lui le Soufre, pour ne faire ensemble qu'une seule substance, et par l'addition de ce Soufre, l'ouvrage est abrégé, et la teinture augmentée.  

D. Que contient le centre de l'humide radical ?  

R. Il contient et cache le Soufre qui est couvert d'une écorce dure.  

D. Que faut-il faire pour l'appliquer au Grand Oeuvre ?  

R. Il faut le tirer de ses prisons avec beaucoup d'art, et par la voie de la putréfaction. D. La Nature a-t-elle dans les mines un menstrue convenable, propre à dissoudre et à délivrer ce Soufre ?  

R. Non, à cause qu'il n'a pas un mouvement local, car si elle pouvait derechef dissoudre, putréfier et purifier le corps métallique, elle nous donnerait elle-même la Pierre Physique, c'est-à-dire, un Soufre exalté et multiplié en vertu.  

D. Cannent m'expliqueriez-vous par un exemple, cette doctrine ?  

R. C'est encore par la comparaison d'un fruit ou d'un grain, qui est derechef mis dans une terre convenable peur y pourrir, et ensuite pour multiplier ; or, le Philosophe qui connaît le bon grain, le tire de son centre, le jette dans la terre qui lui est propre, après l'avoir bien fumée et préparée et là, il se subtilise tellement que sa vertu prolifique s'étend et se multiplie à l'infini.  

D. En quoi consiste donc tout le secret pour la semence ?

R. A bien connaître la terre qui lui est propre.  

D. Qu'entendez-vous par la semence dans l'Oeuvre des Philosophes ?  

R. J'entends le chaud inné, ou l'esprit spécifique enfermé dans l'humide radical, ou la moyenne substance de l'argent vif qui est proprement le sperme des métaux, lequel renferme en lui sa semence.  

D. Cannent délivrez-vous le Soufre de ses prisons ?  

R. Par la putréfaction (fermentation).  

D. Quelle est la terre des minéraux ?  

R. C'est leur propre menstrue.

D. Quel soin doit avoir le Philosophe pour en tirer le parti qu'il désire ?  

R. Il faut qu'il ait un grand soin de la purger de ses vapeurs fétides et soufres impurs, après quoi il y jette la semence.  

D. Quel indice peut avoir l'artiste qu'il est sur le bon chemin au commencement de son Oeuvre.  

R. Quand il verra qu'au temps de la dissolution, le dissolvant et la chose dissoute demeurent ensemble sous une même forme et matière.  

D. Combien de solution? y a-t-il dans l'Oeuvre Philosophique ?  

R. Il y en a trois : la première est celle du corps cru et métallique par laquelle il est réduit dans ses principes de Soufre et d'Argent Vif ; la seconde, celle du corps physique et la troisième, celle de la terre minérale.  

D. Cannent par la première solution peut-on réduire un corps métallique en Mercure, et puis en Soufre ?  

R. Par le feu occulte artificiel ou l'Etoile flamboyante.  

D. Comment se fait cette opération ?  

R. En tirant d'abord du sujet, le Mercure, ou la vapeur des éléments ; et après l'avoir purifié, s'en servir pour sortir le Soufre de ses enveloppes par la voie de la corruption, dont le signe est la noirceur.

D. Comment se fait la seconde solution ?  

R. Quand le corps physique se résout avec les deux substances susdites, et acquiert la nature céleste.  

D. Quel nom donnent les Philosophes à la matière dans ce temps ?  

R. Ils l'appellent leur Chaos Physique et pour lors, c'est la vraie Première Matière qui n'est proprement dite telle qu'après la jonction du mâle, qui est le Soufre et de la femelle, qui est le Mercure, et non pas auparavant.  

D. A quoi se rapporte la troisième solution ?  

R. Elle est l'humectation de la terre minérale, et elle a un entier rapport à la multiplication.  

D. De quel feu doit-on se servir dans notre Oeuvre ?  

R. Du feu dont se sert la Nature.  

D. Quel pouvoir a ce feu ?  

R. Il dissout toute chose dans le monde, parce qu'il est le principe de toute dissolution et corruption. 

D. Pourquoi l'appelle-t-on aussi Mercure ?  

R. Parce qu'il est de nature aérienne, et une vapeur très subtile parti­cipant toutefois du Soufre, d'où il a tiré quelques souillures.  

D. Où est caché ce feu ?  

R. Il est caché dans le sujet de l'art.  

D. Qui est-ce qui peut connaître et former ce feu ?  

R. Le Sage sait construire et purifier ce feu.  

D. Quel pouvoir et qualité ce feu a-t-il en soi ?  

R. Il est très sec et dans un continuel mouvement, et ne demande qu'à corrompre et à tirer les choses de puissance en acte, c'est lui enfin, qui, rencontrant dans les mines des lieux solides, circule en forme de vapeur sur la matière et la dissout.  

D. Cannent connaîtrait-on plus facilement ce feu ?  

R. Par les excréments sulfureux où il est enfermé et par l'habillement salin dont il est revêtu.

D. Que faut-il faire à ce feu pour qu'il puisse mieux s'insinuer dans le genre féminin ?  

R. A cause de son extrême siccité, il a besoin d'être humecté.  

D. Combien y a-t-il de feux philosophiques ?  

R. Il y en a de trois sortes qui sont le naturel, l'innaturel et le contre naturel.  

D. Expliquez-moi ces trois sortes de feu.  

R. Le feu naturel est le feu masculin, ou le principal agent ; l'innaturel est le féminin ou le dissolvant de nature, nourrissant et prenant la forme de fumée blanche, laquelle s'évanouit aisément quand le feu est sous cette forme et si on n'y prend bien garde, il est presque incompré­hensible, quoique par la sublimation philosophique, il devienne corporel et resplendissant ; le feu contre nature est celui qui corrompt le composé, et a le pouvoir de délier ce que la nature avait fortement lié.  

D. Où se trouve notre matière ?  

R. Elle se trouve partout, mais il faut la chercher spécialement dans la nature métallique, où elle se trouve plus facilement qu'ailleurs.  

D. Laquelle doit-on préférer à toutes les autres ?  

R. On doit préférer la plus mûre, la plus propre et la plus facile, mais il faut prendre garde surtout que l'essence métallique y soit non seulement en puissance, mais aussi en acte, et qu'il y ait une splendeur métallique.  

D. Tout est-il renfermé dans ce sujet ?

R. Oui, mais il faut pourtant secourir la Nature, afin que l'ouvrage soit mieux et plus tôt fait, et cela par les moyens que l'on connaît dans les autres grades d'expériences.  

D. Ce sujet est-il d'un grand prix ?  

R. Il est vil et n'a d'abord aucune élégance en soi, et si quelques-uns disent qu'il est vendable, ils ont égard à l'espèce, mais au fond il ne se vend point parce qu'il n'est utile que pour notre Oeuvre.  

D. Que contient notre matière ?

  R. Elle contient le Sel, le Soufre et le Mercure.  

D. Quelle est l'opération qu'on doit apprendre à faire ?  

R. Il faut savoir extraire le Sel, le Soufre et le Mercure l'un après l'autre.  

D. Cornent cela se fait-il ?  

R. Par la seule et complète sublimation.  

D. Qu'extrait-on d'abord ?  

R. On tire d'abord le Mercure en forme de fumée blanche.  

D. Que vient-il après ?  

R. L'eau ignée ou le Soufre.  

D. Que faut-il faire ensuite ?

R. Il faut le dissoudre avec le Sel purifié, rendant volatil d'abord le fixe et puis fixant le volatil en terre précieuse, laquelle est le véritable vase des Philosophes et de toute perfection.  

D. Quelle heure est-il quand le Philosophe commence son travail ?  

R. Le point du jour, car il ne doit jamais se relâcher de son activité.

D. Quand se repose-t-il ?  

R. Quand l'Oeuvre est à la perfection.  

D. Quelle heure est-il à la fin de l'ouvrage ?  

R. Midi plein, c'est-à-dire l'instant où le soleil est dans sa plus grande force, et le fils de cet astre en sa plus brillante splendeur.  

D. Quel est le mot de la magnésie ?  

R. Vous savez si je puis et dois répondre à la question, "je garde la parole"  

D. Donnez-moi le mot des ralliements des Philosophes.  

R. Commencez, je vous répondrai.

D. Etes-vous apprenti-Philosophe ?

R. Mes amis et les Sages me connaissent.  

D. Quel est l'âge d'un Philosophe ?  

R. Depuis l'instant de ses recherches, jusqu'à celui de ses découvertes, il ne vieillit point.

 

Repost 0
Published by Paracelse - dans Alchimie
commenter cet article
3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 06:42

D. Quelle est la première étude d'un Philosophe ?

R. C'est une investigation des opérations de la nature.

D. Quelle est la finalité de la nature ?

R. Dieu, comme il en est le commencement.

D. D'où proviennent toutes les choses ?

R. De l'unique et indivisible nature.

D. En combien de régions la nature est-elle divisée ?

R. En quatre régions principales.

D. Quelles sont-elles ?

R. Le sec, l'humide, le chaud, le froid, qui sont les quatre qualités élémen­taires, d'où toutes choses ont leur origine.

D. En quoi se différencie la nature ?

R. En mâle et femelle.

D. A quoi peut-elle être comparée ?

R. Au mercure.

D. Donnez une définition concise de la nature

R. Elle n'est point visible, quoiqu'elle agisse visiblement, car ce n'est qu'un esprit volatil, qui fait son office dans les corps, et qui est animé par l'esprit universel, le souffle divin, le feu central et universel, qui vivifie tout ce qui existe.

D. Quelle qualité doivent avoir les scrutateurs de la nature ?

R. Ils doivent être tels que la nature elle-même, c'est-à-dire, vrais, simples, patients et confiants.

D. Quelle matière doit attirer leur attention ?

R. Les Philosophes doivent considérer si ce qu'ils proposent est en harmonie avec la nature, si ceci est possible et réalisable, si ce qu'ils veulent accomplir par leur propre vouloir est généralement fait par le pouvoir de la nature ; ils doivent imiter celle-ci dans tous ses détails.

D. Quelle méthode faut-il choisir pour opérer quelque chose à un degré supérieur à ce que la nature a fait ?

R. On doit regarder en quoi et par quoi elle s'améliore, et on trouvera que c'est toujours avec son semblable : par exemple, si on veut étendre la vertu intrinsèque de quelque métal plus outre que la nature, il faut alors saisir la nature métallique elle-même, et savoir distinguer le mâle et la femelle en ladite nature.

D. Où la nature métallique conserve-t-elle les semences ?

R. Dans les quatre éléments.

D. Avec quoi le Philosophe peut-il reproduire quelque chose ?

R. Avec le germe de ladite nature, qui en est l'élixir, ou la quintessence bien meilleure, et plus utile à l'artiste que la nature elle-même. Dès que le Philosophe aura obtenu cette semence ou ce germe, la nature pour le féconder sera prête à faire son devoir.

D. Qu'est-ce que le germe ou la semence de chaque substance ?

R. C'est la plus subtile et la plus parfaite décoction et digestion de la nature même, ou plutôt c'est le Baume du Soufre, qui est identique à l'humide radical dans les métaux.

D. Qui engendre cette semence ou ce germe ?

R. Les quatre éléments, par la volonté de l'Etre Suprême sans l'intervention de la nature.

D. Cannent opèrent les quatre éléments ?

R. Par un mouvement incessant et uniforme; chacun d'eux selon sa qualité, dépose sa semence au centre de la terre, où elle est digérée, ensuite repoussée au dehors par les lois du mouvement.

D. Qu’entendent les Philosophes par le centre de la terre ?

R. Un certain lieu vide qu'ils conçoivent et où rien ne peut reposer.

D. Où les quatre éléments expulsent-ils ou déposent-ils leurs qualités ou semences ?

R. Dans l'ex-centre, ou la marge et circonférence du centre, qui, après qu'il en a pris une due portion, rejette le surplus au dehors, d'où se forment les excréments, les scories, les feux et même le chaos de la nature.

D. Expliquez-moi cet enseignement par un exemple

R. Etant donnée une table bien plate, en son milieu, dûment posé un vase quelconque, rempli d'eau ; que dans son contour on place ensuite plusieurs choses de diverses couleurs, entre autres, qu'il y ait particulièrement du sel, en observant que chacune de ces choses soient bien divisées et mises séparément, puis après que l'on verse l'eau au milieu, on la verra couleur de ça et de là : ce petit ruisseau venant à rencontrer la couleur rouge, prendra la teinte rouge ; l'autre passant par le sel contractera de la salaison, car il est certain que l'eau ne change point les lieux, mais la diversité des lieux change la nature de l'eau ; de même la semence, jetée par les quatre éléments, au centre de la terre contracte différentes modifications, parce qu'elle passe par différents lieux, canaux, en sorte que chaque chose naît selon la diversité des lieux, et la semence de la chose parvenant à tel endroit, y rencontrerait la terre et l'eau pure, il en résulterait une chose pure, ainsi dans le cas contraire.

D. Gemment et en quelle façon les éléments engendrent-ils cette semence ?

R. Pour une parfaite élucidation de ce point, il faut noter que deux éléments sont lourds et pesants, et les deux autres volatils et deux secs et deux humides, toutefois l'un est extrêmement sec, et l'autre extrêmement humide, et en outre, ils sont aussi masculins et féminins : or chacun d'eux est très prompt à se reproduire identiquement à lui en sa propre sphère : ces quatre éléments ne reposent jamais, mais ils s'agitent continuellement l'un sur l'autre et chacun pousse de soi et par soi ce qu'il a de plus subtil. Ils ont leur rendez-vous général au centre et dans ce centre même de l'Archée, ce serviteur de la nature, où venant à y mêler leurs semences, ils les agitent et les jettent ensuite au dehors.

D. Quelle est la vraie et première matière des métaux ?

R. La première matière proprement dite est de double nature, par elle-même ; néanmoins, l'une sans le concours de l'autre ne crée point un métal. La première et la principale est une humidité de l'air, mêlée avec un air chaud, en forme d'une eau grasse, adhérente à toute chose qu'elle soit pure ou impure.

D. Comment les Philosophes ont-ils norme cette humidité ?

R. Mercure.

D. Par qui est-il gouverné ?

R. Par les rayons du Soleil et de la Lune.

D. Quelle est la seconde matière ?

R. C'est la chaleur de la terre, c'est-à-dire une chaleur sèche que les Philosophes appellent Soufre.

D. Tout le corps de la matière se convertit-il en semence ?

R. Non, mais seulement la huit-centième partie qui repose au centre du même corps, ainsi que l'on peut le voir dans l'exemple d'un grain de froment.

D. De quoi sert le corps de la matière, relativement à la semence ?

R. Pour la préserver de toute excessive chaleur, froideur, humidité ou sécheresse, et généralement toute intempérie nuisible contre lesquelles la matière lui sert d'enveloppe.

D. L'artiste qui prétend réduire tout le corps de la matière en semence, en supposant qu'il y peut réussir, y trouverait-il en effet quelqu'avantage ?

R. Aucun, au contraire son travail deviendrait absolument inutile, parce que l'on ne peut rien faire de bien, sitôt que l'on s'écarte du procédé de la nature.

D. Que faut-il donc qu'il fasse ?

R. Il faut qu'il dégage la matière de toutes ses Impuretés, car il n'y a point de métal, si pur qu'il soit, qui n'ait des impuretés, l'un toutefois plus ou moins que l'autre.

D. A quoi le Philosophe doit-il faire le plus attention ?

R. Aux fins de la nature, il ne doit pas chercher cette finalité dans les métaux vulgaires, parce qu'étant déjà sortie des mains de la formatrice, elle n'est plus en eux.

D. Quelle en est la raison précise ?

R. C'est parce que les métaux du vulgaire, principalement l'or, sont abso­lument morts, au lieu que les nôtres au contraire sont absolument vifs et ont esprit.

D. Quelle est la vie des métaux ?

R. Elle n'est autre chose que le feu, lorsqu'ils sont encore couchés dans leurs mines.

D. Quelle est leur mort ?

R. Leur mort et leur vie sont un même principe, puisqu'ils meurent également par le feu, mais un feu de fusion.

D. De quelle façon les métaux sont-ils engendrés dans le ventre de la terre ?

R. Après que les quatre éléments ont produit leur force ou leur vertu dans le centre de la terre, et qu'ils y ont déposé leur semence ; l'archée de la nature, en les distillant, les sublime sur leur surface par la chaleur et l'action d'un mouvement perpétuel.

D. En quoi se résout le vent en se distillant par les pores de la terre ?

R. Il se résout en eau de laquelle naissent toutes choses, et ce n'est plus alors qu'une vapeur humide de laquelle se forme ensuite le principe principié de chaque chose, et qui sert de matière première aux Philosophes.

D. Quel est donc ce principe principié, servant de matière première aux Enfants de la Science dans l'Oeuvre Philosophique ?

R. Ce sera cette même matière, laquelle aussitôt qu'elle est conçue, ne peut absolument plus changer de forme.

D. Saturne, Jupiter, Mars, Vénus, le Soleil, La Lune etc… ont-ils chacun des semences différentes ?

R. Ils ont tous une même semence, mais le lieu de leur naissance a été la cause de cette différence, encore bien que la nature ait bien plutôt achevé son oeuvre en la procréation de l'argent qu'en celle de l'or, ainsi des autres, chacun dans sa propre proportion.

D. Comment se forme l'or dans les entrailles de la terre ?

R. Quand cette vapeur que nous avons dit, est sublimée au centre de la terre, et qu'elle passe par des lieux chauds et purs, et où une certaine graisse de soufre adhère aux parois, alors cette vapeur que les Philosophes ont appelée leur Mercure, s'accommode et se joint à cette graisse qu'elle sublime après avec elle et de ce mélange résulte une certaine onctuosité qui, laissant ce nom de vapeur, prend celui de graisse, et venant après à se sublimer en d'autres lieux, qui ont été nettoyés par la vapeur précédente, et qui ont rendu la terre plus subtile, pure et humide, elle remplit les pores de cette terre, se joint à elle, et c'est alors ce qui produit l'or.

D. Comment s'engendre Saturne ?

R. Quand cette onctuosité ou graisse parvient à des lieux totalement impurs et froids.

D. Comment s'engendre Vénus ?

R. Elle s'engendre alors que la terre est pure, mais mêlée de soufre impur.

D. Quel pouvoir a cette vapeur au centre de la terre ?

R. De subtiliser toujours par son continuel progrès, tout ce qui est cru et impur, attirant successivement avec soi ce qui est impur.

D. Quelle est la semence de la première matière de toutes choses ?

R. La première matière des choses, c'est-à-dire la matière des principes principiants, naît par la nature sans le secours d'aucune semence, c'est-à-dire que la nature reçoit la matière des éléments, de laquelle elle engendre ensuite la semence.

D. Quelle est donc absolument parlant la semence des choses ?

R. La semence en un corps n'est autre qu'un air congelé, ou une vapeur humide, laquelle si elle n'est résoute par une vapeur chaude, devient tout à fait inutile.

D. Cannent la génération de la semence se renferme-t-elle dans le règne métallique ?

R. Par l'artifice de l'archée, les quatre éléments en la première génération de la nature distillent au centre de la terre une vapeur d'eau pondéreuse, qui est la semence des métaux, et s'appelle Mercure, non à cause de son essence, mais à cause de sa fluidité et facile adhérence à chaque chose.

D. Pourquoi cette vapeur est-elle comparée au Soufre ?

R. A cause de sa chaleur interne.

D. Que devient la semence, après la congélation ?

R. Elle devient l'humide radical de la matière.

D. De quel mercure doit-on entendre que les métaux sont composés ?

R. Cela s'entend absolument du Mercure des Philosophes et aucunement du mercure commun ou vulgaire, qui ne peut être une semence, ayant lui-même en soit sa semence corme les autres métaux.

D. Que faut-il donc prendre précisément pour le sujet de notre matière ?

R. On doit prendre la semence seule ou grain fixe, et non pas le corps entier, qui est distingué en mâle vif, c'est-à-dire, Soufre, et femelle vive, c'est-à-dire Mercure.

D. Quelle opération faut-il faire ensuite ?

R. On doit les conjoindre ensemble, afin qu'ils puissent former un germe, d'où ensuite ils arrivent à procréer un fruit de leur nature.

D. Qu'entend donc de faire l'artiste dans cette opération ?

R. L'artiste n'entend faire autre chose, sinon séparer ce qui est subtil de ce qui est épais.

D. A quoi se réduit conséquemment toute la combinaison philosophique ?

R. Elle se réduit à faire d'un deux et de deux un, et rien de plus.

D. Où se trouvent la semence et la vie des métaux et minéraux ?

R. La semence des minéraux est proprement l'eau qui se trouve au centre et au coeur du minéral.

D. Cannent la nature opère-t-elle avec le secours de l'art ?

R. Toute semence, quelle qu'elle soit, est de nulle valeur, si par l'art ou par la nature elle n'est mise en une matrice convenable, où elle reçoit sa vie en faisant pourrir le germe et causant la congélation du point pur ou grain fixe.

D. Comment la semence est-elle ensuite nourrie et conservée ?

R. Par la chaleur de son corps.

D. Que fait donc l'artiste dans le règne minéral ?

R. Il achève ce que la nature ne peut finir, à cause de la crudité de l'air, qui par sa violence a rempli les pores de chaque corps, non dans les entrailles de la terre, mais dans sa superficie.

D. Quelle correspondance ont les métaux entre eux ?

R. Pour bien entendre cette correspondance, il faut considérer la position des planètes, et faire attention que Saturne est la plus haute de toutes, à laquelle succède Jupiter, puis Mars, le Soleil, Vénus, Mercure et enfin la Lune. Il faut observer que les vertus des planètes ne montent pas, mais qu'elles descendent, et l'expérience nous apprend que Mars se convertit facilement en Vénus, et non pas Vénus en Mars, comme étant plus basse d'une sphère, ainsi Jupiter se transmute aisément en Mercure, parce que Jupiter est plus haut que Mercure, celui-là est le second après le firmament, celui-ci est le second au-dessus de la terre, et Saturne le plus haut, la Lune la plus basse, le Soleil se mêle avec tous, mais il n'est jamais amélioré par les inférieurs. On voit clairement qu'il y a une grande correspondance entre Saturne et la Lune, au milieu desquels est le Soleil mais à tous ces changements, le Philosophe doit tâcher d'administrer du Soleil.

D. Quand les Philosophes parlent de l'or ou de l'argent, d'où ils extraient leur matière, entendent-ils parler de l'or ou de l'argent vulgaire ?

R. Non, parce que l'or et l'argent vulgaires sont morts, tandis que ceux des Philosophes sont pleins de vie.

D. Quel est l'objet de la recherche des Philosophes ?

R. C'est la connaissance de l'art de perfectionner ce que la nature a laissé imparfait dans le genre minéral, et d'arriver au trésor de la Pierre Philosophale.

D. Qu'est ce que cette Pierre ?

R. La Pierre Philosophale n'est autre chose que l'humide radical des éléments, parfaitement purifiés et amenés à une souveraine fixité, ce qui fait qu'elle opère de si grandes choses pour la santé, la vie, résidant unique­ment dans l'humide radical.

D. En quoi consiste le secret de faire cette oeuvre admirable ?

R. Ce secret consiste à savoir tirer de puissance en acte le chaud inné, ou le feu de nature enfermé dans le centre de l'humide radical.

D. Quelles sont les précautions qu'il faut prendre pour ne pas manquer l'oeuvre ?

R. Il faut avoir grand soin d'ôter les excréments à la matière, et ne songer qu'à avoir le noyau, ou le centre qui renferme toute la vertu du mixte.

D. Pourquoi cette médecine guérit-elle toutes sortes de maux ?

R. Cette médecine a la vertu de guérir toutes sortes de maux, non pas à raison de ces différentes qualités, mais en tant seulement qu'elle fortifie puissamment la chaleur naturelle, laquelle elle excite doucement, au lieu que les autres remèdes l'irritent par un mouvement trop violent.

D. Comment me prouverez-vous la vérité de l'art à l'égard de la teinture ?

R. Cette vérité est fondée premièrement sur ce que la poudre physique étant faite de la même matière, dont sont forgés les métaux, à savoir l'argent vif, elle a la faculté de se mêler avec eux dans la fusion, une nature embrasant aisément une autre nature, qui lui est semblable. Secondement, sur ce que les métaux imparfaits n'étant tels que parce que leur argent vif est crud, la poudre physique, qui est un argent vif mûr et cuit, et proprement un feu pur, leur peut aisément communiquer sa propre maturité et les transmuter en sa nature, après avoir fait attraction de leur humide crud, c'est-à-dire de leur argent vif, qui est la seule substance qui se transmue, le reste n'étant que des scories et des excréments, qui sont rejetés dans la projection.

D. Quelle route doit suivre le Philosophe pour parvenir à la connaissance et à l'exécution de l'oeuvre physique ?

R. La même route que le Grand Architecte de l'Univers employa à la création du inonde, en observant cannent le chaos fut débrouillé.

D. Quelle était la matière du chaos ?

R. Ce ne pouvait être autre chose qu'une vapeur humide, parce qu'il n'y a que l'eau entre les substances créées qui se termine par un terme étranger, et qui soit un véritable sujet pour recevoir les formes.

D. Donnez-moi un exemple de ce que vous venez de déclarer.

R. Cet exemple peut se prendre des productions particulières des mixtes, dont les semences commencent toujours par se résoudre en une certaine humeur, qui est le chaos particulier, duquel ensuite se tire comme par irradiation toute la forme de la plante. D'ailleurs il faut observer que l'écriture ne fait mention en aucun endroit, d'autre chose que de l'eau pour sujet matériel, sur lequel l'esprit de Dieu était porté, et la lumière pour forme universelle.

D. Quel avantage le Philosophe peut-il tirer de cette réflexion, et que doit-il particulièrement remarquer dans la matière dont l'Etre suprême créa le inonde ?

R. D'abord, il observera la matière dont le inonde a été créé, il verra que de cette masse confuse, le souverain Artiste commença par faire l'extrac­tion de la lumière, qui dans le même instant dissipa les ténèbres qui couvraient la surface de la terre, pour servir de forme universelle à la matière. Il concevra ensuite facilement que dans la génération de tous les mixtes, il se fait une espèce d'irradiation, et une séparation de la lumière d'avec les ténèbres, en quoi la nature est perpétuellement imitatrice de son créateur, le Philosophe comprendra pareillement corme par l'action de cette lumière se fit l'étendue, ou autrement le firmament séparateur des eaux d'avec les eaux : le ciel fut ensuite orné de corps lumineux, mais les choses supérieures étant trop éloignées des inférieures, il fut besoin de créer la lune, corme flambeau intermédiaire entre le haut et le bas, laquelle après avoir reçu les influences célestes, les communique à la terre ; le Créateur rassemblant ensuite les eaux, fit apparaître le sec.

D. Combien y a-t-il de cieux ?

R. Il n'y en a proprement qu’un : à savoir, le firmament séparateur des eaux d'avec les eaux ; cependant, on en admet trois. Le premier, qui est depuis le dessus des nues, où les eaux raréfiées s'arrêtent et retombent jusqu'aux étoiles fixes, et dans cet espace sont les planètes et les étoiles errantes. Le second, qui est le lieu même des étoiles fixes, le troisième, qui est le lieu des eaux sur-célestes.

D. Pourquoi la raréfaction des eaux se termine-t-elle au premier ciel, et ne monte-t-elle pas au delà ?

R. Parce que la nature des choses raréfiées est de s'élever toujours en haut, et parce que Dieu, dans ses lois éternelles, a assigné à chaque chose sa propre sphère.

D. Pourquoi chaque corps céleste tourne-t-il invariablement comme autour d'un axe sans décliner ?

R. Cela ne vient que du premier mouvement qui lui a été imprimé, de même qu'une masse pesante mise en balan et attachée à un simple fil, tournerait toujours également, si le mouvement était toujours égal.

 

Repost 0
Published by Paracelse - dans Alchimie
commenter cet article
3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 06:38

 Ici commence le Chemin du Chemin traité court, bref, succinct, utile à qui le comprendra. Les chercheurs habiles y trouveront une partie de la Pierre végétale que les autres Philosophes ont cachée avec soin. 

Père vénérable, prête-moi pieusement l'oreille.  Apprends que le Mercure est le sperme cuit de tous les métaux ; sperme imparfait, quand il sort de la terre, à cause d'une certaine chaleur sulfureuse.  Suivant son degré de sulfuration, il engendre les divers métaux dans le sein de la terre.  Il n'y a donc qu'une seule matière première des métaux, suivant une action naturelle plus ou moins forte, suivant le degré de cuisson, elle revêt des formes différentes.  Tous les Philosophes sont d'accord sur ce point.  En voici la démonstration: Chaque chose est composée des éléments en lesquels on peut la décomposer.  Citons un exemple impossible à nier et facile à comprendre: la glace à l'aide de la chaleur se résout en eau, donc c'est de l'eau, Or tous les métaux se résolvent en Mercure ; donc ce Mercure est la matière première de tous les métaux.  J'enseignerai plus loin la manière de faire cette transmutation, détruisant ainsi l'opinion de ceux qui prétendent que la forme des métaux ne peut être changée.  Ils auraient raison si l'on ne pouvait réduire les métaux en leur matière première, mais je montrerai que cette réduction en la matière première est facile et que la transmutation est possible et faisable.  Car tout ce qui naît, tout ce qui croît, se multiplie selon son espèce, ainsi les arbres, les hommes, les herbes.  Une graine peut produire mille autres graines.  Donc il est possible de multiplier les choses à l'infini.  D'après ce qui précède, celui qui analyse les choses verra que si les Philosophes ont parlé d'une façon obscure, ils ont dit du moins la vérité.  Ils ont dit en effet que notre Pierre a une âme, un corps et un esprit, ce qui est vrai.  Ils ont comparé son corps imparfait au corps, parce qu'il est sans puissance par lui-même ; ils ont appelé l'Eau un esprit vital, parce qu'elle donne au corps, imparfait en soi et inerte, la vie qu'il n'avait pas auparavant et qu'elle perfectionne sa forme.  Ils ont appelé le ferment âme, car ainsi qu'on le verra plus loin, il a aussi donné la vie au corps imparfait, il le perfectionne et le change en sa propre nature.

 

Le philosophe dit: « Change les natures et tu trouveras ce que tu cherches. » Cela est vrai.  Car dans notre magistère nous tirons d'abord le subtil de I'épais, l'esprit du corps, et enfin le sec de l'humide, c'est-à-dire la terre de l'Eau, c'est ainsi que nous changeons les natures ; ce qui était en bas nous le mettons en haut, de sorte que l'esprit devient corps, ensuite le corps devient esprit.  Les philosophes disent encore que l'on fait notre Pierre d'une seule chose et avec un seul vaisseau ; et ils ont raison.  Tout notre magistère est tiré de notre Eau et ils se fait avec elle.  Elle dissout les métaux eux-mêmes, mais ce n'est pas en se changeant en eau de la nuée, comme le croient les ignorants.  Elle calcine et réduit en terre.  Elle transforme les corps en cendres, elle incinère, blanchit et nettoie, selon ce que dit Morien :« L'Azoth et le feu nettoient le Laiton, c'est-à-dire le lavent et lui enlèvent complètement sa noirceur. » Le laiton est un corps impur, l'azoth c'est l'argent-vif.

 

Notre Eau unit des corps différents entre eux, s'ils ont été préparés comme il vient d'être dit ; cette union est telle que ni le feu ni aucune autre force ne peut les séparer par la combustion de leur principe igné.  Cette transmutation subtilise les corps, mais ce n'est pas là la sublimation vulgaire des simples d'esprit, des gens sans expérience, pour lesquels sublimer c'est élever.  Ces gens-là prennent des corps calcinés, les mêlent  aux esprits sublimables, c'est-à-dire au mercure, à l'arsenic, au soufre etc., et ils subliment le tout à l'aide d'une forte chaleur.

 

Les corps calcinés sont entraînés par les esprits et ils disent qu'il sont sublimés. Mais quelle n'est pas leur déception, quand ils trouvent des corps impurs avec leurs esprits plus impurs qu'auparavant!  Notre sublimation ne consiste pas à élever ; la sublimation des Philosophes est une opération qui fait d'une chose vile et corrompue (par la terre) une autre chose plus pure, De même quand l'on dit communément : Un tel a été élevé à l’Episcopat... par « élevé » on entend qu'il a été exalté et placé dans une position plus honorable.  De même nous disons que les corps ont changé de nature, c'est-à-dire qu'ils ont été exaltés, que leur essence est devenue plus pure ; on voit donc que sublimer est la même chose que purifier ; c'est ce que fait notre Eau.

 

C'est ainsi que l'on doit entendre notre sublimation philosophique sur laquelle beaucoup se sont trompée.

 

Or, notre Eau mortifie, illumine, nettoie et vivifie ; elle fait d'abord apparaître les couleurs noires pendant la mortification du corps, puis viennent des couleurs nombreuses et variées, et enfin la blancheur.  Dans le mélange de l'Eau et du ferment du corps, c'est-à-dire du corps préparé, une infinité de couleurs apparaissent.

C'est ainsi que notre Magistère est tiré d'un, se fait avec un, et il se compose de quatre et trois sont en un.

 

Apprends encore, Père vénérable, que les philosophes ont multiplié les noms de la Pierre mixte pour la mieux cacher.  Ils ont dit qu'elle est corporelle et spirituelle, et ils n'ont pas menti, les Sages comprendront.  Car elle a un esprit et un corps ; le corps est spirituel seulement dans la solution et l'esprit est devenu corporel par son union avec le corps.  Les uns l'appellent ferment, les autres Airain.

Morien dit: « La science de notre Magistère est comparable en tout à la procréation de l'homme.  Premièrement, le coït.  Secondement, la conception.  Troisièmement, l'imbibition.  Quatrièmement, la naissance.  Cinquièmement, la nutrition ou, alimentation. » je vais t'expliquer ces paroles.  Notre sperme qui est le Mercure, s'unit à la terre, c'est-à-dire au corps imparfait, appelé aussi Terre-Mère (la terre étant la mère de tous les éléments).  C'est là ce que nous entendons par le coït.

Puis lorsque la terre a retenu en soi un peu de Mercure, on dit qu'il y a conception.  Quand nous disons que le mâle agit sur la femelle, il faut entendre par là, que le Mercure agit sur la terre.  C'est pourquoi les Philosophes ont dit que notre magistère est mâle et femelle et qu'il résulte de l'union de ces deux principes.

Après l'adjonction de l'Eau, c'est-à-dire du Mercure, la terre croît et augmente en blanchissant on dit alors qu'il y a imbibition.  Ensuite, le ferment se coagule, c'est-à-dire qu'il se joint au corps imparfait, préparé comme il a été dit, jusqu'à ce que sa couleur et son aspect soient uniformes, c'est la naissance, parce qu'à ce moment apparaît notre Pierre que les Philosophes ont appelée : le Roi, comme il est dit dans la Tourbe « Honorez notre Roi sortant du feu, couronné d'un diadème d'or ; obéissez-lui jusqu'à ce qu'il soit arrivé à l'âge de la perfection, nourrissez-le jusqu'à ce qu'il soit grand.  Son père est le Soleil, sa mère est la Lune ; la Lune c'est le corps imparfait.  Le Soleil c'est le corps parfait. »

Cinquièmement et en dernier lieu vient l'alimentation, plus il est nourri, plus il s'accroît.  Or, il se nourrit de son lait, c'est-à-dire du sperme qui l'a engendré au commencement. il faut donc l'imbiber de Mercure, jusqu'à ce qu'il en ait bu deux parties, ou plus si c'est nécessaire.

 

S'ENSUIT MAINTENANT LA PRATIQUE

 

Passons maintenant à la pratique, comme je l'ai annoncé plus haut.  Et d'abord tous les corps doivent être ramenés à la matière première pour rendre la transmutation possible.  Je vais ici te démontrer tout ce qui a été dit plus haut. je te prie donc, ô mon fils, de ne pas dédaigner ma Pratique, parce qu'en elle se cache tout notre Magistère, comme je I'y ai vu dans ma foi occulte.

 

Prends une livre d'Or, réduis-la en limaille très-brillante, mêle-la avec quatre parties de notre Eau purifiée, en la broyant et en  l'incorporant avec un peu de sel et de vinaigre, jusqu'à ce que le tout soit amalgamé.  L'or avant donc été bien amalgamé, mets-le dans une grande quantité d'Eau-de-vie, c'est-à-dire de Mercure et mets-le tout dans l'Urinal sur notre centre purifié ; fais au-dessous un feu très-lent pendant un jour entier ; laisse alors refroidir, et quand ce sera froid, prends l’Eau et tout ce qui est avec, filtre à travers une toile de lin, jusqu'à ce que la partie liquide ait passé à travers le Linge.  Mets à part ce qui restera sur le linge, recueille-le et l'ayant mis dans une nouvelle quantité d'Eau bénite dans le même vase que ci-dessus, chauffe un jour entier, puis filtre comme précédemment.  Recommence ainsi jusqu'à ce que tout le corps soit converti en Eau, c'est-à-dire en la matière première qui est notre Eau.

Ceci fait, prends toute cette Eau, mets-la dans un vase de verre et cuis à feu lent jusqu'à ce que tu voies la noirceur apparaître à sa surface ; tu enlèveras les particules noires avec adresse.  Continue jusqu'à ce que tout le corps soit changé en une terre pure.  Plus tu recommenceras cette opération et mieux cela vaudra. Recuis donc, en enlevant la noirceur, jusqu ' à ce que les ténèbres aient disparu, et que l'Eau, c'est-à-dire notre Mercure, apparaisse brillante.  C'est alors que tu auras la Terre et l'Eau.

Ensuite prends toute cette terre, c'est-à-dire la noirceur que tu as recueillie ; mets-la dans un vaisseau de verre, verse par-dessus de l'Eau Bénite, en sorte que rien ne dépasse la surface de l’eau, que rien ne surnage ; et chauffe à feu léger pendant dix jours ; puis broye et remets de nouvelle Eau ; recuis la terre ainsi coagulée et épaissie sans ajouter d'eau.  Cuis enfin à feu violent toujours dans le même vase, jusqu'à ce que la terre devienne blanche et brillante.

Ayant donc blanchi et coagulé notre terre, prends l'Eau de vie qui a été épaissie à l'aide d'une légère chaleur par la terre coagulée, cuis-la à un feu violent dans une bonne cucurbite munie de son chapiteau, jusqu'à ce que tout ce qu'il y a d'Eau dans le mélange ait passé dans le récipient et que la terre calcinée reste dans la cucurbite.  Prends alors trois parties pour quatre d'un ferment, c'est-à-dire que si tu as pris une livre du corps imparfait ou d'or, tu prendras trois livres de ferment, c'est-à-dire de Soleil ou de Lune.

 

Il te faudra d'abord dissoudre ce ferment, le réduire en terre et répéter en un mot les mêmes opérations que pour le corps imparfait.  Alors seulement tu les uniras, tu les imbiberas avec l'Eau qui a passé dans le récipient, et tu cuiras pendant trois jours ou plus.  Imbibe de nouveau, recuis et recommence cette opération jusqu'à ce que ces deux corps restent unis, c'est-à-dire ne fassent plus qu'un.  Tu pèseras.  Leur couleur n'aura pas changé.  Alors tu versera sur eux l’Eau déjà nommée, peu à peu, jusqu'à ce qu’ils n'en absorbent plus.  Dans cette union des corps, ]'Esprit s'incorpore à eux et comme ils ont été purifiés, il se change en leur propre nature.  C'est ainsi que le germe se transforme dans les corps purifiés, ce qui n'aurait pas eu lieu auparavant à cause de leur grossièreté et de leurs impuretés.  L'esprit croît en eux, il augmente et se multiplie.

 

RÉCAPITULATION

 

Maintenant, Père vénérable, je reviendrai sur ce que j'ai dit en l'appliquant aux préparations des Philosophes anciens et à leurs enseignements si obscurs, si incompréhensibles.  Cependant pèse les paroles des Philosophes, tu comprendras et tu avoueras qu'ils ont dit la vérité.

La première parole de notre Magistère où de L'Oeuvre est la réduction du Mercure (le corps), c'est-à-dire la réduction du cuivre ou d'un autre métal en Mercure.  C'est ce que les Philosophes appellent la solution, qui est le fondement de l'Art, comme le dit Franciscus: « Si vous ne dissolvez les corps, vous travaillez en vain.» C'est de cette solution de laquelle parle Parménide dans la Tourbe des Philosophes.  En entendant le mot de solution, les ignorants pensent de suite à l'Eau des nuées.  Mais s'ils avaient lu nos livres, s'ils les avaient compris, ils sauraient que, notre Eau est permanente, et que séparée de son corps elle devient dès lors immuable, Donc la solution des Philosophes n'est pas l'Eau de la nuée, mais c'est la conversion des corps en Eau de laquelle ils ont d'abord été procréés, c'est-à-dire en Mercure.  De même la glace se change en l'eau qui lui avait d'abord donné naissance.

Voici donc que par la grâce de Dieu tu connais le premier élément qui est l'Eau et la réduction de ce même Corps en la matière première. 

La seconde parole est « Ce qui se fait de la terre ». C'est ce que les Philosophes ont dit. « L'Eau sort de la terre. » Tu auras ainsi le second élément qui est la terre.

La troisième parole des Philosophes est la purification de la Pierre.  Morien dit à ce sujet: « Cette Eau se putréfie et se purifie avec la terre, etc. » Le Philosophe dit: « Unis le sec à l'humide ; or, le sec c'est la terre, 1'humide c'est l'Eau. » Tu auras déjà l'Eau et la terre en elle-même et la terre blanchie avec l'Eau.

La quatrième parole est que l'Eau peut s'évaporer par la sublimation ou l'ascension. Elle redevient aérienne en se séparant de la terre avec laquelle elle était auparavant coagulée et jointe ; et tu auras ainsi la Terre, l'Air et l'Eau.  C'est ce que dit le Philosophe dans la Tourbe: « Blanchissez-le et sublimez à un feu vif jusqu'à ce qu'il s'échappe un esprit qui est le Mercure.  C'est pour cela qu'on l'appelle oiseau d'Hermès et poulet d'Hermogène. » Vous trouverez au fond une terre calcinée, c'est une force ignée, c'est-à-dire de nature ignée.

Tu auras donc les quatre éléments, la terre, le feu et cette terre calcinée qui est la poudre dont parle Morien. « Ne méprise pas la poudre qui est au fond parce qu'elle est dans un lieu bas.  C'est la terre du corps, c'est ton sperme et en elle est le couronnement de I'Oeuvre.

Ensuite avec la terre susdite mets le ferment, ce ferment que les Philosophes appellent l'âme: et voici pourquoi: de même que le corps de 1'homme n'est rien sans son âme, de même la terre morte ou corps immonde n'est rien sans ferment, c'est-à-dire sans son âme.

Car le ferment prépare le corps imparfait, le change en sa propre nature comme il a été dit.  Il n'y a pas d'autres ferments que le Soleil et la Lune, ces deux planètes voisines se rapprochant par leurs propriétés naturelles.  C'est ce qui fait dire à Morien: « Si tu ne 1aves pas, si tu ne blanchis pas le corps immonde et que tu ne lui donnes pas d'âme, tu n'auras rien fait pour, le Magistère.  L'esprit est alors uni à l'âme et au corps, il se réjouit avec eux et se fixe.  L'eau s'altère, et ce qui était épais devient subtil. »

 

Voici ce que dit Astanus dans la Tourbe des Philosophes: « L'esprit ne se joint aux corps que lorsque ceux-ci ont été parfaitement purifiés de leurs impuretés.  Dans cette union apparaissent les plus grands miracles, car toutes les couleurs imaginables se montrent alors et le corps imparfait prend d'après Barsen la couleur du ferment, tandis que le ferment lui-même demeure inaltéré, 

0 Père plein de piété, que Dieu augmente en toi l'esprit d'intelligence pour que tu pèses bien ce que je vais dire: les éléments ne peuvent être engendrés que par leur propre sperme. Or ce sperme c'est le Mercure.  Considère l'homme qui ne peut être engendré qu'à l'aide du sperme, les végétaux qui ne peuvent naître que d'une semence, autant qu'il en faut pour la génération et la croissance.

Il en est, qui croyant faire pour le mieux, subliment le Mercure, le fixent, l'unissent à d'autres corps, et cependant ils ne trouvent rien. Voici pourquoi: un sperme ne peut changer, il reste tel qu'il était ; et il ne produit son effet que lorsqu'il est porté dans la matrice de la femme.  C'est pourquoi le Philosophe Mechardus dit: « Si notre Pierre n'est pas mise dans la matrice de la femelle, afin d'y être nourrie, elle ne s'accroîtra pas. 

O mon Père, te voilà donc selon ton désir, en possession de la Pierre des Philosophes. 

Gloire à Dieu. Ici se termine le petit traité d'Arnauld de Villeneuve, donné au pape, Benoît XI, en l'an 1303

 

Repost 0
Published by Arnaud de Villeneuve - dans Alchimie
commenter cet article
3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 06:35

Les réactions, les transmutations ne sont pas ignorées de nos savants qui, à Saclay, à l´aide de pile atomique, changent le radium en plutonium, et peuvent changer du plomb en or.

Pour parvenir à ces fins, l´énergie prodiguée est à la fois phénoménale et dangereuse et le résultat obtenu dérisoire.
Il ne faut pas oublier que ce sont des centaines de milliards de francs lourds que nous coûte l´énergie nucléaire - résultat d´une transmutation - n´en déplaise à nos chercheurs du C.N.R.S.

L´Alchimiste, dans son laboratoire qui n´est souvent qu´une cuisine, parvient aux mêmes résultats pour quelques billets de cent francs.
J´entends déjà le rire homérique que va déclencher cette affirmation, par ailleurs vérifiable, et les dénégations méprisantes des savants de service.

L´on va me rétorquer la rentabilité des centrales nucléaires, le prix de revient du kw/h... que sais-je encore ?
Un peu de réflexion, quelques calculs me permettent d´affirmer qu´en ce qui concerne cette énergie qui défie toute concurrence, n´entrent pas en ligne de compte, l´énorme investissement qu´a nécessité Pierrelatte et les budgets qu´absorbent les centres de recherche fondamentale.
Tout est calculé comme si le plutonium était gratuit et la recherche bénévole... Les impôts que nous payons et dont une grande partie subventionne C.N.R.S. et C.E.A. et a permis la construction de centrales et d´usines de traitement, sont à ajouter au prix de revient.
Ne nous leurrons pas ! L´électricité d´origine nucléaire n´est qu´un sous-produit de la bombe, objectif premier, industrie de destruction et de mort.
Si recherches et applications nucléaires étaient abandonnées, la libération des capitaux pourrait absorber une grande partie du chômage et l´énergie solaire que l´on condamne, parce que trop coûteuse, reviendrait, quand même, deux ou trois fois moins cher au contribuable.

Poursuivons notre démonstration :
Si l´on essaie d´éteindre une bougie avec un canon de 320 mm, vous pouvez être sûrs du résultat escompté ! Pour être éteinte, la bougie le sera.
Projectile ? Souffle ? Eclats d´obus ? Gravats descendus du plafond ? ( on pouvait, plus simplement souffler dessus!).
Ce n´est, bien sûr, qu´une hypothèse absurde, mais l´énergie dépensée serait tellement énorme pour le résultat obtenu, que l´on serait tenté de crier au fou...
C´est pourtant ce que font nos savants qui manipulent l´atome.
Sans parler, et je me répète volontairement, des déchets considérables qui commencent à s´accumuler - car, avec cette science balbutiante, l´on gaspille beaucoup de matière - et qu´on abandonne aux générations à venir avec le soin de les neutraliser et de s´en défaire !
Il n´y aura pas de Chevaliers de l´Apocalypse...

L´Alchimie n´est pas la recherche du néant, mais de la vie.
Aussi, ce n´est pas en détruisant que l´on peut espérer survivre, mais en construisant, comme l´Univers l´a été.

A présent, parlons du
Grand OEuvre :

Nous avons étudié précédemment les matériaux qui entrent dans sa composition et révélé la fabrication du soufre, du sel, du mercure alchimiques. Et la lente préparation de chacun des corps nécessaires à l´opération finale est, déjà, une initiation.
Ces éléments essentiels constituent individuellement tout un monde, mais ouvrent, à eux trois les portes d´un autre monde, comme ces éléments dispersés qu´il faut retrouver et réunir pour avoir accès au trésor perdu.
Trinité philosophale, ils symbolisent tout notre système planétaire ainsi que notre terre, sa structure et sa vie.
Ils sont les trois principes de vie issus de Dieu et retracentVoie rapide, la lente évolution de notre planète et des métaux qu´elle contient.
L´homme est là pour regarder, constater et attendre.

Le but final de l´opération alchimique est l´or.
Parce qu´il est un terminus et qu´on ne peut aller plus loin, au-delà de lui.
La transmutation s´arrête là.
Lui succèdent le néant et la mort.
Aussi, est-ce avant cette étape finale qu´il faut chercher et trouver le salut et l´espérance.

Ceux d´entre vous qui s´engagent sur la voie de l´or le peuvent. Mais je les avertis qu´ils entreprennent un périple en tout point semblable à celui de Saint Jacques de Compostelle.
S´ils parviennent à fabriquer de l´or, après avoir compris le sens de leur démarche, après avoir mûri tout au long des étapes pour parvenir au stade de l´Adepte, bénis soient-ils.
Mais, si c´est l´appât de l´or, la convoitise, la volonté de puissance qui les animent, la mort sera au rendez-vous, tant physique que spirituelle.

Le pèlerin qui prenait le chemin de Compostelle, avec, pour tout bagage, le souhait, le vœu que le Saint pouvait exaucer, devait, avant d´arriver à Saint-Jacques, obtenir la guérison escomptée et achever son périple pour rendre grâces.
Si rien ne se produisait le long de la route, le moribond de corps ou d´esprit arrivait à Saint Jacques pour y mourir, n´ayant pas su trouver, au fil des étapes, les puits, la source, qui jalonnent le trajet et dispensent la vie...

Je mets en garde les apprentis du Grand Œuvre.
L´Alchimiste est un " malade " qui s´engage sur la Voie Royale et qui doit obtenir sa guérison avant d´avoir atteint l´étape finale.

A la fin d´un cycle, d´une ère, il est permis de dévoiler la Voie Royale, et c´est au long de ce chemin que l´adepte doit trouver une autre voie, plus obscure, plus vivante, plus juste, qui chemine parallèlement à l´autre, l´élargit et où il doit s´accomplir pour les autres et non plus uniquement pour lui-même.

Cela dit, la mise en garde faîte, abordons à présent:

La Méthode de Préparation proprement dite :

Le problème crucial est la quantité à traiter car on ne peut produire de quantité importante à ce stade : c´est très dangereux, car les masses critiques sont très petites !
Mais on peut mettre en chantier plusieurs opérations à la fois. Si on utilise des quantités trop importantes, on court le risque de perdre les produits utilisés et de les voir se volatiliser dans une explosion spectaculaire car les matières naturellement instables le sont d´autant plus par la réaction interne des produits.

La matière, dans l´Œuf Philosophal, ne doit pas avoir beaucoup d´épaisseur, car la source de lumière doit baigner la plus grande surface possible du plus petit volume.

En résumé, le récipient doit avoir la forme d´un œuf, forme qui résiste le mieux aux variations et aux pressions internes. Et le produit à traiter sera utilisé en petite quantité afin que la masse critique ne soit pas atteinte et qu´elle puisse bénéficier du maximum de lumière.
Le volume du produit ne doit pas dépasser le 1/8ème du volume du récipient.
On pourra cercler l´œuf pour renforcer sa paroi, augmenter sa résistance. L´armature doit être discrète, pour ne pas s´interposer entre la lumière et la matière contenue dans l´œuf.

Les Proportions des Différents Matériaux entrant dans l'OEuf :


Les proportions sont les sont les suivantes :
Pour une part de soufre, deux parts de mercure et trois parts de sel.
Le tout doit être réduit dans un mortier de porcelaine, le plus finement possible avant d´être introduit dans l´œuf qui peut être de cristal ou de verre épais, mais dans la composition desquels ne doivent entrer ni le plomb, ni l´antimoine.
Il faut, avant de sceller le récipient, faire le vide le plus poussé, puis on ferme l´œuf en obturant l´ouverture au chalumeau.

L´œuf est prêt à être mis dans la couveuse et la phase finale commence enfin. L´élixir que nous recherchons, appelé aussi poudre de projection, est l´opération la plus fastidieuse et la plus critique; les composants constituent une véritable bombe qu´il ne faut pas faire exploser.

Le contrôle du récipient et de la température doit être constant. Pour cela, il faut utiliser un feu réglable et construire un atanor.

Les anciens se servaient d´un bain de sable, chauffé par une lampe à huile. Les parois de l´atanor étaient blanchies, munies d´un système à miroirs pour que la flamme de la lampe puisse éclairer toute la surface du produit ainsi que les vapeurs qui jouent un rôle déterminant.

L´atanor est devenu, de nos jours, four à réverbère, c´est-à-dire que chaleur et lumière sont réfléchies sur l´œuf et son contenu. Les rayons seront polarisés sans flammes visibles et directes. Ce procédé permet d´éviter des points de chauffe et, surtout, toute réaction trop vive et trop rapide.
Il faudra réserver dans ce four une ouverture pour pouvoir observer le récipient sur toute sa surface.
La température, au commencement de l´opé ration, sera de 40°, température de l´œuf.
La réaction interne fera monter la température et il faudra veiller à ce que la chaleur résultante des deux sources externe et interne n´excède pas 40°.

Les premiers jours, des vapeurs sombres vont se former dans l´œuf, résultat du mercure en travail qui se décompose, puis va apparaître une pluie de sang le long des parois, puis un jaillissement de petites étincelles qui proviennent de la réduction du potassium. Enfin, la matière deviendra noire comme du goudron, c´est le début de la putréfaction, L´Œuvre au Noir.

On pourra ensuite, au bout d´un mois seulement, laisser monter la température jusqu´à 50°.
La matière va se boursoufler, elle gonflera comme une pâte au levain : c´est ce que les Alchimistes appellent " la pâte du boulanger ". Elle sera de couleur grise, mais changera plusieurs fois et de consistance et de couleur pour virer au blanc.

Ensuite, elle se parera de couleurs irisées, c´est l´arc-en-ciel, le paon des vieux grimoires.
Arrivé à ce stade là, sans encombre, on peut considérer que le plus gros du travail a été fait ; et cette étape aura duré un mois.

On augmentera la température jusqu´à 60° et la pâte deviendra jaune. Quand la couleur sera parfaitement uniforme, on peut pousser jusqu´à 80° et la couleur va virer au rouge.
Il faudra maintenir cette température pendant un mois encore. Après avoir gonflé comme un soufflé, la matière s´affaissera sur elle-même, s´effritera et deviendra granuleuse comme un sable, d´une belle couleur de rubis.

Quand on cassera l´œuf, on recueillera l´Elixir de Vie.
La poudre de projection qui, pour certains, est une fin, et pour d´autres, un commencement.

Le produit récupéré doit être conservé à l´abri de l´air de l´eau.

source :
http://60gp.ovh.net/~yakaasso/yaka/alchimie/az_gd_oeuv.php

Repost 0
Published by X - dans Alchimie
commenter cet article
2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 08:02

L´Alchimie matérielle comme l´Alchimie spirituelle résulte d´un principe unique :
L´épreuve engendre la Vie.
L´épreuve étant considérée ici comme un travailreconnu et utile.

Depuis son origine, la Vie s´est organisée par suite logique, mais sans compréhension de sa propre existence, un travail engendrant un autre travail.

La compréhension fait que l´on maîtrise son évolution lorsque l´on a effectué tous les chemins de la Connaissance.

Les premiers atomes, les premières molécules sont apparues en fonction d´une progression logique et d´une possibilité d´existence.
L´apparition des êtres vivants depuis le bas de l´échelle jusqu´à l´être humain s´est faite selon ce principe ; ne purent se développer que les espèces dont l´adaptation au milieu, était la plus favorable. A l´opposé, les espèces insuffisamment adaptées, parce qu´arrivées au bout de leurs possibilités évolutives, s´effaçaient du processus de la Vie.

Dans l´évolution, qu´elle soit physique ou mentale, le Désir est la Loi fondamentale. Il amène automatiquement une perfection et une mutation depuis l´être simple jusqu´à l´être parfait.

En cette fin de XXème siècle, en cette fin de civilisation, il convient de définir, pour celui qui veut vivre, les raisons de sa non progression.
Pour cela, il faut qu´il voit et qu´il comprenne ce qui se passe en lui et autour de lui, il lui faut faire œuvre d´Alchimiste, distinguer ce qui appartient à la Vie et qui ce appartient à la Mort.
La société a fabriqué par tâtonnement une sorte de perfection qu´elle espère retrouver dans un ordinateur !
Vue d´avion, une ville illustre la complexité et la fragilité de la société : Agglomération, où tout un réseau de voitures s´arrête au feu rouge, où les réflexes des gens sont conditionnés par une couleur.
Quoiqu´on dise, nous avons réalisé à l´échelle planétaire la copie d´un ordinateur de poche. Pour qu´il soit viable et rentable, on l´a construit suivant un mode d´utilisation et de fonctionnement de notre époque, qui impose une mise en carte préalable pour obtenir la réponse.
L´homme devient un robot mécanique complètement programmé par la société : malheureusement, il est lui-même, l´information, la donnée principale, que l´on introduit dans l´ordinateur !

C´est très joli une ville vue d´avion, mais il suffit d´une panne de courant pour que tout disparaisse ! C´est très éphémère et ça n´a pas de sens.
C´est la mort !
Plus la société grandit, plus l´automatisme devient indispensable,jusqu´au moment où la Liberté sera considérée comme un fléau.
L´homme ayant un désir de liberté sera jugé asocial et il lui faudra disparaître.

L´Alchimie, c´est de retrouver la Liberté.
La liberté de forger sa propre opinion, elle n´a jamais pu exister, car, depuis l´enfance, les parents, les maîtres, notre culture, la société, ont été les seules références.
Organisées dans le but initial de permettre l´épanouissement de l´homme, les sociétés humaines développent aujourd´hui des carcans où toute initiative personnelle est exclue.
Tout est planifié, organisé, codifié.
Nous connaissons déjà l´automatisation dans le domaine de l´orientation scolaire et professionnelle.
La prévention des malformations congénitales va vers la sélection génétique. La lutte contre la stérilité qui s´installe à travers le monde va amener les politiciens et les médecins à développer des cliniques d´insémination artificielle ; Et pourtant, cette stérilité ne devrait pas être combattue... elle est un signe de survie.

Des scientifiques, se sont rendus compte, à partir de différentes expérimentations sur les rats notamment, que l´apparition du phénomène de stérilité au sein d´une population trop abondante était un signal d´alarme dont il fallait tenir compte.
Ainsi, des rats, observés dans un territoire limité, dans des conditions où ils peuvent se reproduire, tout en disposant de nourriture et d´hygiène, font apparaître en cascade, des évènements comparables à ceux que connaissent les hommes aujourd´hui :
- Au début tout se passe bien, les rats vivent en bonne harmonie les uns avec les autres...´
- Puis lorsqu´un certain nombre est atteint, des clans vont se former et vont se partager le territoire, ils se battront alors pour le préserver.
- Apparaît la hiérarchie, le chef de clan, ses acolytes, les sanctions, les règles.
- Le nombre augmentant, les combats vont devenir de plus en plus féroces, mortels, entre clans d´abord, puis entre membres du même clan.
- Les maladies se développent ensuite pour rétablir un certain équilibre. Si l´expérimentateur arrive à soigner et limiter ces maladies, le nombre de rats continue à croître, certains d´entre eux deviendront fous et ils seront massacrés par leurs congénères.
- Pour essayer de régulariser le tout, la stérilité apparaîtra aussi bien chez les femelles que chez les mâles et elle se développera de plus en plus.
Si la correction de l´excès démographie n´a pas lieu à temps, les rats cesseront tous de se reproduire et mourront jusqu´au dernier.

Aujourd´hui, l´homme et la femme deviennent stériles et ce, à travers le monde entier. Ce phénomène que l´on croyait localisé aux pays de culture occidentale s´étend en fait sur toute la terre et touche des pays comme l´Inde et la Chine, réputés jusqu´ici pour leur taux élevé de natalité.

Ce mécanisme naturel de régulation de l´espèce humaine est une nécessité vitale pour nous.
Nous sommes beaucoup trop nombreux sur la Terre : l´homme a déjà presque tout détruit et amène seul, sa propre destruction.
C´est le surnombre qui est la cause majeure de tous les maux :
- Sociétés de plus en plus contraignantes,
- Saccage de la nature, pollution de tous les éléments,
- Robotisation de l´être humain....etc
L´augmentation de la stérilité jusqu´au retour à un taux normal de population, s´impose... Si notre expansion s´accroît encore, quel autre moyen allons nous inventer pour la faire chuter ?
- Guerre atomique ?
- Suicide collectif par la pollution ?
- Folie ou cancer ?..

Il faut que l´homme réalise qu´on ne peut justifier une vie d´être humain sur les critères de famille, loisirs, travail et retraite.
Il est indispensable qu´il se rende compte du danger que représente cette uniformisation, pour lui-même et pour la Vie en général.

Ce qui fait la richesse de l´homme, c´est ce qui le rend différent des autres, ces différences qui dans la société sont soigneusement codifiées par les lois et la bienséance.
Un jeune élève qui résoudra un problêrne de mathématiques d´une façon originale et personnelle verra sa solution refusée parce qu´elle n´est pas celle que le professeur apprend !
Il faut penser comme convenu et pas autrement.
L´imagination, l´originalité de penser sont impitoyablement refoulées. Imagination d´ailleurs totalement absente du savoir rigide des chercheurs patentés, diplômés, certifiés, seuls habilités à chercher et à trouver, ce qui est tout de même un comble.

Faire oeuvre d´Alchimiste, c´est ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure voir ce que l´homme et sa civilisation en ont fait ; voir l´impossible, la logique mortelle de nos sociétés, pour redéfinir laVérité, le Possible et la Vie.

L´Alchimiste redécouvre l´Esprit, après être descendu dans la matière, une fois qu´en est comprise la stricte nécessité de l´épreuve.

Cette compréhension permet d´aimer la vie et d´en redécouvrit le sens.
L´homme est sur Terre pour la recherche de cette compréhension ; c´est la plus Grande Aventure Humaine.
En fait, elle est celle qui englobe toutes les autres, elle est l´ultime question et l´ultime réponse à l´existence de l´homme.

Par ses sciences, ses réflexions, ses religions, l´homme a toujours essayé de décortiquer le monde qui l´entoure dans le but d´en percevoir la signification. Jusqu´à présent les moyens de cette synthèse manquaient, mais aujourd´hui elle est devenue possible.
Paradoxalement, ce sont les scientifiques de la matière, les physiciens et les astronomes qui sont les plus proches de cette synthèse, tous arrivent, par leurs raisonnements, leurs observations et leurs calculs, à l´idée d´une autre dimension qui gèrerait la nôtre...
Certains, timidement osent la nommer Dieu.
Bientôt, toutes les réponses seront là, toutes les pièces manquantes du puzzle seront réunies et l´homme comprendra.
Il saura l´utilité de sa descente dans la matière pour la connaître, la dépasser et aller plus loin, vers l´Origine.

Ainsi l´évolution de l´homme se sera accomplie par son travail de connaissance du monde qui l´entoure, mais aussi et surtout, par la connaissance de lui-même.
L´une et l´autre allant de pair.
Pour accéder à la compréhension du Tout, il ne suffit pas soi-même d´avoir les pièces du puzzle, il faut se rendre compte que l´on fait partie du puzzle.
Le monde qui nous entoure nous a fait naître, nous en sommes le fruit, la résultante, il a été crée pour que nous soyons à même de le comprendre.

Au premier stade, quand l´homme est piégé parce que son milieu l´a contraint, sa vision du monde et de lui-même est très limitée, ponctuelle.
Il ramène tout à lui, à ses connaissances étroites, à son bien et son mal et il cherche à modifier les choses autour de lui en fonction de ses critères très personnels.
Les modèles actuels de sociétés humaines témoignent de ce comportement à échelle collective : des trains fous, prisonniers de leurs rails et qui foncent vers l´abîme à travers le brouillard de l´incompréhension !
Pour canaliser les comportements égocentriques de ses membres, pour leur permettre de vivre en collectivité, on a créé des lois, des règlements, on a imposé la contrainte, non pas pour élargir la vision du monde et tenir compte de l´autre mais pour renfermer davantage l´individu dans la sécurité que représentent la famille, l´état, la religion ou le club sportif... La Peur du châtiment imposée par des dirigeants qui ne peut en aucun cas prétendre refléter la Vérité Universelle.

Maintenant, au fur-et-à-mesure de son initiation, l´homme abandonne sa vérité pour découvrir la Vérité Universelle, autrefois non comprise et rejetée.
C´est avec la compréhension de ce qui l´entoure qu´il pourra y accéder.
Sinon il la refusera, la percevra comme une erreur et la jugera même dangereuse.
Ainsi l´homme rejette ce qu´il ne peut comprendre.
S´il reste prisonnier du confort mental en ne remettant jamais en cause sa façon de vivre, il n´aura jamais accès à la Vérité.
S´il n´a pas l´honnêteté de se Connaître Lui-même, il ne pourra Connaître le Monde.

Si la Vérité est perçue comme une agression, c´est qu´elle démasque une faille soigneusement cachée. L´homme doit tourner son attention vers ce qui l´irrite.

C´est par l´observation de tous les phénomènes que l´on pourra faire une Synthèse qui sera la Vérité.

Les physiciens ont fait évoluer leur savoir depuis les lois fondamentales les plus simples, limitées à des observations simples, jusqu´à des lois physiques de plus en plus générales.
Parallèlement leur savoir et leurs pouvoirs se sont accrus, mais encore aujourd´hui, ils rêvent de tout réunir en une théorie unique, où chaque élément de la création trouverait son explication et sa place.

L´homme, dans tous les domaines où il a pu exercer son intelligence, a fait cette démarche d´élargissement de sa compréhension jusqu´au retour à UN.
L´homme est parti de UN, Tout est parti de UN, et il en a la mémoire.
Comme les anguilles qui retournent à la mer des Sargasses où elles sont nées, l´homme souhaite ce retour à UN qui l´a fait naître.

source : http://60gp.ovh.net/~yakaasso/yaka/alchimie/az_parc_al.php

Repost 0
Published by X - dans Alchimie
commenter cet article
2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 07:54

Le roi d'Angleterre Henri II a obtenu du pape, en 1155, la suzeraineté sur l' Irlande. Mais cette suzeraineté va longtemps demeurer plus ou moins formelle, l'Irlande conservant ses traditions, ses coutumes et sa langue (le gaélique).

Vitalité irlandaise

Jusqu'à la fin du Moyen Âge, les Anglais s'en tiennent à l'occupation de la région littorale, autour de Dublin, le Pale. Quelques barons en profitent pour s'approprier les meilleures terres mais eux-mêmes, pour la plupart, ne tardent pas à s'assimiler à leur conquête et à devenir plus irlandais que quiconque !

Cette tendance ne manque d'ailleurs pas d'inquiéter les rois d'Angleterre qui craignent que ne s'érode la fidélité de leurs vassaux. Par les «statuts de Kilkenny», en 1366, le roi Édouard III tente d'interdire aux Anglais de l'île d'épouser des Irlandaises, de parler le gaélique, d'entretenir des bardes ou des musiciens irlandais etc.

C'est un apartheid avant l'heure qui montre combien fut précoce l'hostilité des Anglais à l'égard des Irlandais et intense leur crainte d'être subvertis par la culture indigène. Soulignons que la question religieuse n'y a aucune part puisqu'au Moyen Âge, les uns et les autres sont de fervents catholiques.

Colonisation et spoliations

Tout bascule sous la dynastie des Tudors, au pouvoir à partir de 1485... C'est qu'à partir de ce moment-là, l'Angleterre est en rivalité quasi-permanente avec la France et d'autres puissances du Continent. Elle désire assurer ses arrières et prévenir tout risque d'invasion par l'Irlande. Cette préoccupation va devenir, jusqu'à la Première Guerre mondiale, le fondement de sa politique vis à vis de l'Irlande.

En 1494, sous le règne d'Henri VII, Poynings, vice-roi d'Irlande, aligne la législation irlandaise sur celle de Londres : toute loi votée par le Parlement de Dublin devra désormais être ratifiée par celui de Westminster et porter le sceau du roi d'Angleterre. C'est, de fait, la fin de l'autonomie irlandaise. En 1541, le roi Henri VIII substitue à son titre modeste de seigneur d'Irlande («dominus Hiberniae») celui de roi d'Irlande.

Sous le règne de Marie Tudor, fille d'Henri VIII, se met en place la «politique des Plantations». Il s'agit de confisquer les terres des Irlandais et de les remettre à des colons venus de Grande-Bretagne.

Poursuivie et intensifiée au siècle suivant, cette politique dépossède les Irlandais de la quasi-totalité de leurs terres et les transforme en tenanciers, autrement dit en fermiers révocables à merci, au service de grands propriétaires absentéistes, le plus souvent établis en Angleterre !

Elle conduit aussi à l'installation de fortes minorités de colons en provenance d'Angleterre et d'Écosse. C'est le début de tensions encore brûlantes dans le nord de l'Ulster.

Soulignons encore que la religion n'a rien à voir avec cette politique, laquelle est inaugurée par une reine catholique, prompte, en Angleterre, à persécuter les protestants... Mais il va sans dire que les Irlandais, humiliés au plus profond d'eux-mêmes, vont être moins que jamais disposés à suivre les souverains d'Angleterre dans leur rupture avec Rome.

Ils vont dès lors puiser dans l'attachement à l'Église catholique et à la papauté la force spirituelle qui leur permettra de résister pendant quatre siècles à la colonisation et aux mauvais traitements.

Révoltes et défaites

Les Irlandais et les nobles anglo-irlandais en partie celtisés ne restent pas sans réagir. Ils se soulèvent à partir de 1559, sous le règne d'Elizabeth 1ère, pour la «défense de l'Irlande et de la Foi».

La reine, en butte à la menace espagnole, craint que l'Irlande catholique ne serve de tête de pont aux armées du roi Philippe II d'Espagne. Après avoir défait en 1588 l'Invincible Armada, elle décide d'en finir avec les rebelles irlandais, notamment les comtes Hugh O'Donnel et Hugh O'Neil qui, en Ulster, ont levé l'étendard de la révolte.

Le comte d'Essex, jeune favori de la reine, préfère négocier plutôt que combattre. Cela lui vaut l'échafaud. Là-dessus, les forces royales sont prises en main par un soldat énergique, Mountjoy, qui ravage avec méthode le pays et organise la famine. Les insurgés doivent déposer les armes. La répression aboutit en 1607 à la «Fuite des Comtes», autrement dit à l'exil des chefs nobles les plus capables de combattre l'occupant.

Dès lors, la «politique des Plantations» s'intensifie avec l'arrivée au nord de l'île, en Ulster, de petits paysans écossais de confession presbytérienne (une confession proche du calvinisme). Ces paysans animés par une foi fervente vont en remontrer à leurs voisins et rivaux catholiques.

La colonisation est financée pour partie par des guildes de Londres. L'une de ces associations de marchands, ayant investi à Derry, a le culot de rebaptiser la ville Londonderry, appellation que rejettent aujourd'hui les Irlandais.

Livré à lui-même, le peuple irlandais se révolte en 1641. Plus de 10.000 colons écossais ou anglais sont massacrés. Pendant ce temps, l'Angleterre, au terme d'une dramatique guerre civile, tombe sous la dictature républicaine d'Oliver Cromwell.

Celui-ci prend la tête d'un corps expéditionnaire, débarque en Irlande et réprime sans état d'âme la jacquerie. Le point d'orgue est le massacre de la garnison de Drogheda, au nord de Dublin, le 10 septembre 1649. Le pieux Cromwell se justifie en y voyant le jugement de Dieu et en ajoutant que «cette amertume épargnera d'autres effusions de sang».

Le dictateur publie un nouveau règlement territorial qui octroie les bonnes terres aux Anglais et confine les anciens propriétaires dans les landes du Connaught. On leur offre le choix. C'est : «En enfer ou en Connaught !»

La dernière rébellion armée survient à la chute de Jacques II Stuart, dernier roi catholique d'Angleterre. Réfugié en France auprès du roi Louis XIV, le roi déchu convainc ce dernier de l'aider à reprendre son trône.

Comme Jacques Stuart est assuré de la fidélité du vice-roi d'Irlande, le comte de Tyrconnell (un Anglais catholique), c'est par là qu'il décide d'entamer la reconquête de son trône. Il réoccupe presque toute l'île mais se heurte à la résistance énergique des protestants de l'Ulster et notamment de Londonderry.

Finalement, l'armée des Irlandais et des «Jacobites» est écrasée sur les rives de La Boyne, non loin de Drogheda, le 12 juillet 1690. Tandis que le prétendant Stuart s'en retourne finir ses jours en France, le reste de l'armée irlandaise est battue à Aughrim en juillet 1691. La dernière résistance militaire des Irlandais prend fin avec la reddition de Limerick et le traité signé le 3 octobre 1691 dans la même ville, qui promet la liberté religieuse aux Irlandais et des garanties concernant leurs terres...

L'entrée dans les ténèbres

Las, le roi Guillaume III et la reine Anne qui lui succède en 1702 bafouent sans attendre le traité de Limerick, preuve s'il en est du mépris quasiment «raciste» dans lequel les Anglais et eux-mêmes tiennent les Irlandais catholiques. Tout simplement, le gouvernement anglais prend le parti d'ignorer les Irlandais catholiques (80% de la population de l'île), n'acceptant d'autre interlocuteur que les protestants de souche britannique.

Deux mois après le traité de Limerick, celui-ci est une première fois violé par une loi qui ne permet l'accès au Parlement de Dublin qu'aux seuls protestants.

Ensuite viennent les «lois pénales» qui parachèvent la mise au ban des catholiques : interdiction de porter l'épée ou d'avoir un cheval, d'envoyer les enfants s'instruire à l'étranger, d'entrer dans l'armée ou la marine etc. Les prêtres qui refusent de jurer fidélité au roi protestant sont bannis ou pendus. Qui plus est, les exportations vers l'Angleterre sont soumises à des taxes exorbitantes...

Écrasés et réduits à la misère, les catholiques sont hors d'état de se révolter... Et c'est des protestants que montent, dans un premier temps, les revendications politiques car ils sont eux-mêmes affectés par le mauvais sort qui est fait à leur île (freins au développement...). C'est une situation que l'on retrouvera en Amérique où les colons se soulèveront contre la métropole cependant que les indigènes (Indiens) et les esclaves noirs s'en tiendront à la résignation.

Parmi ces révoltés inattendus figure l'écrivain Jonathan Swift, auteur célébrissime des Voyages de Gulliver.

En 1720, dans un Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais, cet anglican de Dublin lance la formule : «Brûlez tout ce qui vient d'Angleterre, hors le charbon» (c'est déjà une forme de boycott... mais on en reparlera).

En 1775, un jeune élu au Parlement de Dublin, Henry Grattan, demande l'abrogation des «lois pénales» et même de la loi Poynings de 1494. Il va être favorisé par le soulèvement au même moment des colons des Treize Coloniesd'Amérique du Nord et l'entrée en guerre de la France, l'ennemie héréditaire, à leurs côtés.

Londres, qui manque de troupes, accepte la formation d'une armée irlandaise de 80.000 hommes, les «Irish Volunteers» (en grande majorité protestants) et Henry Grattan se prévaudra de la loyauté de ces troupes pour faire enfin abroger la loi Poynings en 1782 et accorder l'autonomie législative à l'Irlande l'annéesuivante.

Arrive la Révolution française. Les libéraux irlandais, sensibles à ses idéaux d'égalité, se font les champions de l'égalité des droits entre catholiques et protestants.

Le jeune avocat Theobald Wolfe Tone, fils d'un protestant et d'une catholique, fonde à Belfast en octobre 1791 la société des «Irlandais Unis», révolutionnaire et pluriconfessionnelle.

Il obtient des améliorations juridiques pour les catholiques. Ainsi, en 1793, le Premier ministre William Pittaccorde aux catholiques le droit de vote... Mais dès 1794, les dérapages de la Révolution française (Terreur, guerres) entraînent en Irlande la défaveur des libéraux et un raidissement des extrémistes protestants.

Les «pogroms» contre les catholiques se multiplient. Une rixe meurtrière en Ulster débouche en 1795 sur la fondation de l'Ordre d'Orange, une franc-maçonnerie protestante ainsi nommée en souvenir de Guillaume III, le vainqueur de La Boyne.

La «Grande Rébellion»

Wolfe Tone, exilé en France, pousse le Directoire à intervenir. Le général Hoche tente un débarquement le 23 décembre 1796 avec 15.000 hommes et 42 vaisseaux. Mais il échoue, victime de la tempête... et de la mauvaise volonté des officiers de marine.

Là-dessus, le 23 mai 1798, les «Irlandais Unis» déclenchent une insurrection générale. Ils s'emparent quelques jours plus tard de Wexford. L'île s'embrase. Au sens propre. On ne compte pas les incendies et les massacres des deux côtés. Mais dès le 21 juin 1798, les Anglais reprennent le dessus et contraignent à la reddition les rebelles, pour la plupart de misérables paysans sans armes ni discipline. La répression par l'Ordre d'Orange sera impitoyable, terrible.

Le Directoire croit bon d'en profiter pour tenter un deuxième débarquement le 22 août 1798. Mais, sur place, il n'y a plus guère de rebelles pour soutenir le contingent français et celui-ci doit se rendre aux Anglais. Wolfe Tone, qui avait aussi tenté de débarquer, est capturé et condamné à la pendaison comme un vulgaire criminel. Il se tranche la gorge en prison.

Pour le Premier ministre anglais, William Pitt le Jeune, il est temps d'en finir avec le statut d'autonomie de l'île qui menace la sécurité du royaume. Il surmonte l'opposition de l'élite protestante irlandaise (l'Ascendancy), notamment d'Henry Grattan, et, à coup de pots-de-vin, convainc le Parlement de Dublin de s'autodissoudre le 7 juin 1800.

L'Acte d'Union proclame l'avènement à compter du 1er janvier 1801 du «Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande», qui est encore aujourd'hui l'appellation officielle du pays. Désormais, le gouvernement de Londres va devoir gérer en direct sa colonie, avec ses contradictions et son lot de menaces.

1801 à 1916

La Question d'Irlande

En guerre contre la France pendant la Révolution, le gouvernement anglais mesure le danger que représente l'Irlande, sa plus ancienne colonie, avec ses 4 millions d'habitants, dont 3 millions d'indigènes catholiques et 1 million de colons protestants.

Humiliée, opprimée depuis plusieurs siècles, la majorité catholique et celte de l'île est prête à se rebeller et soutenir un éventuel envahisseur en vertu de l'adage : «England's difficulty is Ireland's opportunity» (Les difficultés de l'Angleterre sont des occasions à saisir pour l'Irlande).

Mais les protestants qui possèdent 90% des terres et défendent avec âpreté leurs privilèges vont contrarier toutes les tentatives de réforme.

L'Acte d'Union

Le Premier ministre William Pitt Le Jeunevoit avec raison dans le Parlement corrompu de Dublin et l'autonomie législative de l'île des outils au service de l'oligarchie des colons protestants (l'Ascendancy).

Il obtient l'autodissolution du Parlement puis, le 1er janvier 1801, par l'Acte d'Union, l'union de l'Irlande à la Grande-Bretagne au sein du «Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande». Les affaires de l'île seront désormais examinées par le Parlement de Westminster.

Pitt ne veut pas en rester là. Il souhaite en finir avec les discriminations de tous ordres qui frappent les catholiques irlandais et leur ouvrir les portes du Parlement. Mais il se heurte à l'opposition irréductible du roi George III et des colons protestants et doit en conséquence démissionner dès mars 1801 (ce qui fera l'affaire d'un certain Napoléon Bonaparte, Premier Consul de son état !).

En définitive, contrairement aux attentes de Pitt, l'Acte d'Union va aggraver la situation des Irlandais. Au Parlement de Westminster, les députés irlandais seront impuissants à se faire entendre et leurs homologues britanniques utiliseront tous les artifices possibles pour limiter les libertés publiques en Irlande même. Par ailleurs, l'union douanière va tuer dans l'oeuf l'industrie irlandaise, incapable de rivaliser avec l'industrie britannique.

Quant aux héritiers des «Irlandais Unis» et de Wolfe Tone, ils ressentent avec amertume la disparition du Parlement de Dublin (le Dail en gaélique), ultime symbole de l'antique indépendance de l'île !

La question religieuse

Depuis la rupture avec Rome, il n'y a plus dans le royaume qu'une Église «établie» (officielle). C'est l'Église anglicane. Aussi les catholiques irlandais sont-ils tenus de payer la dîme, autrement dit l'impôt religieux, à une Église qui leur est hostile.

Le gouvernement tente, à défaut d'autre chose, de régler cette question religieuse et propose au clergé catholique de bénéficier lui aussi du statut d'Église établie... mais à la condition que le roi ait un droit de regard sur la nomination des évêques.

Un jeune avocat fortuné, Daniel O'Connell, s'élève aussitôt contre ce marché de dupes et convainc les évêques de ne pas se vendre au gouvernement. Fort de ce premier succès, il fonde une Association catholique et réussit pour la première fois à enrôler le clergé sous la bannière patriotique.

Orateur charismatique et agitateur-né, O'Connell réunit des foules considérables et parvient à faire élire au Parlement de Westminster des protestants favorables à l'émancipation politique des catholiques. C'est ainsi que, le 13 avril 1829, ceux-ci obtiennent enfin le droit d'être élus députés....

Là-dessus, O'Connell lance une offensive contre la dîme payée à l'Église anglicane et aboutit en 1838 à un compromis acceptable. Roi non couronné d'Irlande, il s'engage dès lors dans la lutte pour le rappel de l'Union, autrement dit l'autonomie de l'Irlande.

Il annonce à cette fin un meeting géant sur le site de Clontarf, près de Dublin, le 8 octobre 1843. Un million de personnes sont attendues. Mais le gouvernement, inquiet, fait interdire la manifestation et O'Connell, par crainte des dérapages, se résout à l'annuler. Lui-même est arrêté mais, faute de charge crédible, libéré peu après. Abandonné par une bonne partie de ses troupes, il quitte la scène politique et meurt le 15 mai 1847, à 72 ans, lors d'un pèlerinage à Rome.

La Jeune Irlande se donne un drapeau

Quelques Irlandais romantiques de différentes religions s'unissent en 1842 en vue d'une émancipation de leur île, au besoin par la violence. Ils revivifient et exaltent la culture gaélique et le souvenir des Saints et des Héros.

Le 15 avril de la même année, ces «Jeunes Irlandais» se donnent un drapeau tricolore : vert pour représenter les catholiques, orange pour représenter les protestants et blanc pour signifier l'espoir d'une trêve permanente entre les deux communautés ! Ce sera le drapeau de l'Irlande républicaine.

La Grande Famine

Une catastrophe fait taire pour un temps les revendications politiques : la Grande Famine. L'île était devenue l'un des pays les plus densément peuplés d'Europe avec près de 9 millions d'habitants. La majorité paysanne se nourrissait presque exclusivement de pommes de terre, réservant les céréales et la viande à l'exportation. Or voilà qu'une maladie mystérieuse frappe le tubercule plusieurs années de suite, de 1845 à 1849. C'est le mildiou, dû à un champignon minuscule.

Le gouvernement anglais de Robert Peel importe du maïs américain pour nourrir les Irlandais et fait voter l'abolition des droits sur le blé pour en diminuer le prix. Les organisations caritatives se mobilisent également. Mais ces mesures se révèlent insuffisantes et sont en partie annihilées par la mauvaise volonté des propriétaires (les landlords) et de leurs régisseurs. Beaucoup n'ont pas de scrupules à expulser les tenanciers incapables de payer leurs fermages... et ceux qui font preuve de mansuétude ne tardent pas à se ruiner eux-mêmes et à devoir vendre à des spéculateurs encore plus féroces !

Au final, un million et demi de pauvres gens meurent de faim ou de maladie (choléra, dysenterie, typhoïde). Près d'un million d'autres émigrent aux États-Unis ou... en Angleterre dans des «bateaux cercueils», dans des conditions aussi épouvantables que les émigrés qui fuient aujourd'hui l'Afrique noire.

C'est le début d'un impressionnant courant d'émigration qui ne va plus cesser jusqu'au milieu du XXe siècle et va faire de Boston (Massachusetts) la principale ville irlandaise du monde (les émigrants s'arrêtaient là faute d'argent plutôt que de poursuivre leur voyage jusqu'à New York, traditionnelle porte d'entrée des États-Unis).

La Grande Famine a pour effet collatéral d'abaisser de deux ou trois millions à seulement 600.000 le nombre de locuteurs du gaélique. L'anglais devient la langue dominante de l'île.

La question agraire

Sans surprise, c'est aux États-Unis, chez les émigrés, que resurgissent les revendications irlandaises et, cette fois, il ne s'agit plus de gagner l'autonomie par la voie parlementaire mais d'obtenir une république indépendante par l'insurrection armée. En 1858 est ainsi fondée la Fraternité Républicaine Irlandaise (Irish Republican Brotherhood, IRB), plus connue sous le nom gaélique de mouvement «Fenian» (les Fianna sont des guerriers celtes mythiques).

Les Fenians multiplient les attentats meurtriers dans les grandes villes anglaises et même au Canada mais la répression a vite raison de leur mouvement.

En décembre 1868, William Gladstone, le chef du parti libéral (whig), entre au 10, Downing Street. Le nouveau Premier ministre, animé par de très fortes convictions religieuses, déclare d'emblée : «Ma mission est de pacifier l'Irlande».

Il commence par clore la question religieuse en dispensant complètement les catholiques du paiement de la dîme à l'Église établie.

Par ailleurs, Gladstone comprend que l'autonomie (le «Home Rule») ne peut être octroyée à l'île sans qu'ait été réglée au préalable la question sociale, à défaut de quoi le pouvoir retomberait aux mains de l'oligarchie protestante. Le 15 février 1870, il fait voter une première loi agraire qui améliore quelque peu la situation des tenanciers...

En 1872, le Ballot Act impose le secret du vote aux élections. Dès lors, comme les paysans ne votent plus sous la menace de leur propriétaire, il s'ensuit aux élections législatives de 1874 une percée des députés favorables à l'autonomie de l'Irlande (le «Home Rule») ! Ceux-ci exploitent une faille du règlement parlementaire (l'interdiction d'interrompre un orateur) et paralysent le travail parlementaire en discourant sans fin sur tous les sujets, avec au besoin de longues citations de la Bible ! Mais l'on finit par modifier le règlement et limiter le temps de parole des orateurs...

En 1879, indigné par les abus persistants des landlords, un ancien Fenian, Michaël Davitt, fonde la Ligue agraire (Land League) avec le soutien du clergé.

Il en confie la présidence à un député plein de talent, Charles Stewart Parnell, issu d'une famille de landlords protestants (!). La Ligue se porte au secours des tenanciers et plaide pour la réforme agraire.

Dès lors va s'amorcer un partage des tâches entre Parnell et le Premier ministre Gladstone. Le premier lance des revendications et menace ; le second supplie les représentants des propriétaires de bien vouloir accepter des concessions pour éviter le pire.

Pauvre M. Boycott !...

Le 17 septembre 1879, Charles Parnell, président de la Ligue agraire, inaugure une tactique nouvelle pour faire plier les propriétaires et les régisseurs qui maltraitent ou dépouillent leurs tenanciers : la mise en quarantaine.

La première «victime» est un certain capitaine Charles Boycott, régisseur d'un grand propriétaire. Du jour au lendemain, il ne trouve plus aucun employé ni commerçant qui accepte de traiter avec lui ou seulement de lui parler. Pour éviter que ses récoltes ne pourrissent sur pied, il fait venir des paysans protestants de l'Ulster sous la protection de l'armée. Finalement, il jettera l'éponge et quittera l'Irlande, laissant son nom à la postérité ;-)

Gladstone reprend les revendications de la Ligue dans une deuxième loi agraire déposée le 22 août 1881, qui, cette fois, accorde de sérieuses protections juridiques aux tenanciers.

En faisant alliance tantôt avec les conservateurs (tories), tantôt avec les libéraux (whigs), Parnell obtient de nouvelles améliorations de la loi agraire. Cela ne va pas sans de sérieux troubles dans le pays. Pour finir, aux élections de 1885, il impose à ses alliés libéraux de s'engager en faveur du «Home Rule». Cela réveille les haines en Irlande. L'Ordre d'Orange refait surface, prend la tête des unionistes (partisans de l'Union) et s'oppose aux home rulers (partisans de l'autonomie). Son slogan favori : «Home rule is Rome rule !» (l'autonomie, c'est le gouvernement par Rome).

Un premier compromis déposé par Gladstone est rejeté deux fois de suite en 1886 du fait de la défection d'une partie des libéraux, les «libéraux-unionistes». L'opinion anglaise se déchaîne contre Parnell et celui-ci est accusé par le Times de complicité dans un double assassinat terroriste à Dublin, en 1882. Le procès révèle que l'accusation est le fait d'un faussaire et Parnell est disculpé en 1890 avec les honneurs.

De façon inattendue (peut-être un coup monté ?), il va être rattrappé par une affaire d'ordre privé : la révélation d'une relation adultère avec la femme de l'un de ses lieutenants ! Discrédité cette fois pour de bon, il doit se retirer et, découragé, meurt le 6 octobre 1891 à seulement 45 ans.

Deux ans plus tard, le 1er septembre 1893, Gladstone réussit à faire voter le «Home Rule» par les Communes mais le texte est bloqué par la Chambre des Lords. Ce nouvel échec ravive les troubles en Irlande.

En 1903 enfin, le secrétaire d'État pour l'Irlande George Wyndham rétablit le calme par une ultime loi agraire qui permet aux tenanciers d'acheter leurs terres à de bonnes conditions. Grâce à quoi les Irlandais qui ne possédaient plus que 5% des terres en 1878 en possèderont de la sorte 67% en 1914.

En résolvant la question agraire, les conservateurs britanniques espéraient étouffer les revendications autonomistes. Mais il est trop tard. Les Irlandais catholiques, toutes classes confondues, ne sont plus disposés à y renoncer -

Source : http://www.herodote.net/1801_a_1916-synthese-37.php

Repost 0
Published by André Larané - dans Irlande
commenter cet article
2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 07:42

A notre époque, tous les hommes et les femmes doivent devenir des alchimistes, doivent apprendre le secret de la transmutation des énergies négatives en énergies positives. C’est une nécessité qui deviendra vitale pour l’humanité. Les fils de l’homme doivent réaliser individuellement puis collectivement ce que l’homme universel représenté dans la kabbale par le couple symbolique Adam et Ève a échoué à réaliser.
Chaque homme et chaque femme est appelé à réaliser la pierre philosophale. Pour cela, celui qui est éveillé à cette réalité divine doit s’emparer de l’arbre de la science du bien et du mal, des énergies positives et négatives, et s’entraîner à maîtriser les énergies négatives pour les mettre au service des énergies positives par la transmutation. Ce travail doit s’effectuer dans la vie quotidienne et demande beaucoup de subtilité.
Ce contact avec ce serpent de l’arbre de la science initiatique ne doit pas se produire instinctivement, inconsciemment, mais avec une conscience avertie et une grande lucidité. L’homme doit être préparé, il doit être capable de séparer le subtil de l’épais, l’éternel du temporel, comme l’enseigne Hermès Trismégiste.

L’alchimiste recherche la vérité absolue à travers toutes les formes derrière lesquelles elle peut se cacher ou se manifester pour un moment. Si certains ont dit que l’art alchimique consiste à extraire les quintessences, c’est justement que l’alchimiste recherche « l’essence-ciel » ou « l’essence-du-ciel » qui se cache derrière les formes sensibles de la matière.
Dans son désir de connaître la vérité, l’alchimiste transcende tous les visages qu’elle peut prendre en ses multiples facettes pour finalement la découvrir en sa pureté, en sa quintessence. C’est la vraie nature qui se cache derrière le manteau, derrière la forme. Mais l’alchimiste ne se contente pas de découvrir la vérité en sa pureté, il veut la réaliser en lui-même, en sa propre personnalité, il veut l’incarner suivant la parole de Jésus : « Père céleste, que ton règne vienne sur la terre comme au ciel. » La pierre philosophale n’est pas seulement philosophe, elle est aussi pierre.
Pilate ayant demandé à Jésus qui il est, le Maître répond qu’il est né et qu’il est venu dans le monde pour pouvoir porter témoignage de la vérité. Par cette parole, Jésus démontre clairement qu’il a réalisé la pierre philosophale. Il possède la pierre que les bâtisseurs ont rejetée et sur laquelle il va fonder son Église. Les bâtisseurs de la parabole sont ceux qui constituent les sociétés, qui font les lois, qui règnent sur l’humanité. Ils ont rejeté la pierre d’angle, c’est-à-dire la science initiatique qui relie l’esprit divin à la matière, le solve au coagula. Cette pierre sur laquelle l’esprit du Christ veut bâtir son état social, sa synarchie, c’est la vie divine et intérieure.
Seuls ceux qui pratiquent l’alchimie connaissent cette pierre dont parle Jésus : c’est la philosophie divine concrète, appliquée dans la vie intérieure de l’Essénien. C’est la connaissance vivante et la maîtrise du grand agent magique dans son double courant positif et négatif. Cette connaissance et cette maîtrise des deux principes qui animent l’agent magique, la grande force de vie, produisent la naissance de la Lumière du Christ en la conscience de l’homme.
En parlant des bâtisseurs qui ne possèdent pas la pierre angulaire, Jésus a dit qu’ils étaient aveugles et que lorsque les aveugles conduisent les aveugles, ils tombent tous dans la fosse. Chacun peut constater ici l’importance à tous les points de vue de la science initiatique.
L’homme qui aspire à la maîtrise doit devenir alchimiste car seule la pratique alchimiste conduit à la maîtrise de la vie. Les alchimistes travaillent avant tout avec la vie. Ils ont compris que pour que l’esprit divin se manifeste à travers eux, il faut que leur vie intérieure soit pure. Connaître la vérité, la recevoir intellectuellement est une partie seulement du travail. La deuxième partie, c’est de la mettre en pratique dans sa vie, d’obéir à cette vérité reçue dans ses moindres actes, d’agir conformément à son enseignement.

L’alchimie est une méthode précise et scientifique qui donne le moyen de l’incarnation du Christ à l’intérieur de la conscience de l’homme. C’est pour indiquer cela que Jésus disait que ceux qui appliquent son enseignement feront les œuvres qu’il a faites et même plus encore. Le Christ à l’intérieur de l’homme est la réalisation de la vérité, et Jésus a dit : « On reconnaît un arbre à ses fruits. » Celui qui parle du Christ mais qui ne fait pas les œuvres du Christ n’est donc pas un bon arbre. Le Christ, c’est l’esprit du Soleil, c’est celui qui éclaire le monde, le réchauffe et lui donne la volonté d’agir. Le mouvement de la vie, ce sont les œuvres du Soleil.

Dans la Tradition essénienne, l’homme doit trouver l’unité divine dans le Tout, dans l’universel ; il doit faire descendre l’esprit dans la matière, il doit « coaguler » le solve. Chaque humain doit incarner la vie divine et la manifester, la faire jaillir ensuite autour de lui, dans sa vie quotidienne, pour l’offrir à la collectivité. L’alchimiste essénien travaille pour que son corps devienne un instrument de l’esprit. L’homme ne peut transformer son corps, sa propre matière qu’en s’identifiant à l’esprit vivant qui est en lui.
Les vrais alchimistes ont toujours commencé par travailler sur leur propre matière intérieure, sur leur propre vie. Cette notion du travail sur sa propre matière est très importante à bien saisir pour le commencement de l’œuvre alchimique. Il faut avant tout comprendre ce qui appartient à l’homme, quelle est la matière, qu’est-ce qui lui appartient et qu’est-ce qui ne lui appartient pas. Il doit connaître la matière qui constitue son être réel.
Hermès Trismégiste dit que pour trouver la matière de l’œuvre, il faut séparer le subtil, l’immortel, de l’épais, du temporel. Avec cette clef, on s’aperçoit que l’être humain est avant toute chose une créature invisible, subjective, qui se manifeste dans le monde objectif au moyen d’un corps sensible qu’il a formé autour de lui. Lorsque nous nous trouvons devant un humain, nous ne pouvons appréhender que son aspect extérieur, son aspect physique mais pourtant cet être est avant tout un être invisible. En effet, les pensées, les sentiments et la volonté sont invisibles, et pourtant ce sont eux qui constituent l’être humain et c’est sur eux que viennent se greffer les particules de matière qui forment le vêtement physique.
La science matérialiste, que l’on qualifie de positive et d’objective, n’est en réalité que la partie exotérique de la science initiatique dont l’ésotérisme réside dans la vie même, dans l’invisible, dans le subjectif, qui est la véritable réalité. Lorsque Hermès Trismégiste enseigne qu’il faut séparer le subtil de l’épais, l’homme doit comprendre qu’il doit séparer en lui la vie subjective, la vie intérieure, de la vie objective, de la vie extérieure. La pierre d’angle qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est le côté vivant et subjectif, et c’est justement avec ce côté que doit être élaborée la pierre philosophale suivant l’enseignement alchimique.
La pierre philosophale est un état de conscience subjectif à atteindre : la présence réelle et l’union consciente en Dieu, en l’Esprit, en la vie universelle. Cette union apporte à l’homme la puissance créatrice de l’absolu dans la matière extérieure, dans le monde objectif. C’est pour cette raison que l’on dit que la pierre philosophale transmute tout en or car en toute chose, c’est la vie intérieure qui compte le plus. Un évènement extérieur ne nous apparaît que suivant la façon dont nous le considérons intérieurement. C’est ainsi que les pires catastrophes, limitations, calamités deviennent pour l’alchimiste une énergie, une force dont il va se servir pour embellir sa vie intérieure et goûter une joie indescriptible à laquelle tout l’or du monde ne peut être comparé. D’ailleurs, à quoi peuvent bien servir toutes les richesses de la planète si notre vie intérieure n’est pas saine ?
Pour que la vie subjective devienne puissante et réelle, il faut qu’elle soit vivifiée consciemment en se basant sur ce qui est vrai. L’Essénien doit comprendre que c’est avant tout le monde subjectif qui gouverne le monde objectif, le monde intérieur qui gouverne le monde extérieur. C’est pour ne pas avoir compris cette loi élémentaire des rapports entre le monde subjectif et le monde objectif que l’humanité marche la tête en bas, symboliquement parlant. Un mage essénien est toujours actif, surtout dans l’invisible, par son imagination dirigée par une volonté ferme et créatrice.
À ce sujet précisons qu’il est impossible de fabriquer la pierre philosophale sans posséder la science kabbalistique. Le Maître Jésus indique également cette loi quand il dit à Pilate : « Tu peux croire que la vérité est sur terre parmi ceux qui la reçoivent et lui obéissent. » La vérité sur terre, c’est une description de la pierre des sages. Cette pierre est à l’intérieur de ceux qui, premièrement, la reçoivent et, deuxièmement, lui obéissent. Recevoir la vérité intérieurement, c’est posséder la kabbale divine, la faculté de la perception spirituelle.
Cette faculté se développe par une maîtrise de l’imagination. Lorsque l’imagination de l’homme s’élève jusqu’à adhérer au principe divin, à la vérité éternelle, son imagination se transfigure en Lumière intelligible et il atteint l’illumination divine. C’est la réception de la kabbale, de la science du Verbe universel. Après, il doit développer sa volonté pour obéir à cette vérité divine, pour conformer sa vie quotidienne à ses préceptes...

Source : www. http://www.ordre-des-esseniens.org/

Repost 0
Published by X - dans Alchimie
commenter cet article
2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 07:37

J’évoquerai la relation de l’alchimie et la maîtrise maçonnique en développant trois points. Le premier portera sur l’alchimie et le nombre de la maîtresse, j’enchaînerai sur la relation de l’alchimie avec le mot de passe de la Maîtresse en terminant par les symboles alchimiques au cours de la cérémonie d’élévation à la Maîtrise

L’alchimie et le nombre de la Maîtresse

Dans la théorie alchimique, les grands principes ou forces vitales qui animent le monde sont contenues tant dans les métaux que dans les planètes.

Les alchimistes travaillant sur les métaux reconnaissaient sept métaux auxquels ils attribuaient le nom et le signe des sept planètes ; Or ou Soleil, Argent ou Lune, Mercure, Plomb ou Saturne, Etain ou Jupiter, Fer ou Mars, Cuivre ou Vénus. Ils doivent tous dériver d’une même source : la matière première.

Isaac . Newton célèbre alchimiste cherchait à transmuter le plomb en or.
À cette fin il a observé les planètes et en a tiré la découverte de la gravité, cette force non pas vitale mais physique dont la découverte a ouvert le Siècle des Lumières.

Fulcanelli le plus célèbre et le plus mystérieux des alchimistes du XXème siècle nous révèle dans son ouvrage « Le mystère des cathédrales » que dans le portail de Notre-Dame de Paris par exemple, on retrouve sur une statue de la Vierge des médaillons représentant les 7 planètes associées aux 7 métaux utilisés par les alchimistes
Selon lui , les clefs de la transmutation, c'est-à-dire de l'opération alchimique consistant à transformer les métaux en or, se trouvent dans le portail, dissimulées de telle manière que seuls les initiés sauront les y découvrir.

Le processus de perfectionnement de la materia prima, pour passer des caractéristiques du fer à celles de l’or, s’opérerait en sept étapes comme suit : fer - cuivre – plomb – étain – mercure – argent - or.

Le mode opératoire alchimique est codifié mais les auteurs distinguent généralement sept étapes que l’on peut considérer comme des démarches de pensée consistant à marquer les étapes dans la transformation de la matière dont le but ultime est la réalisation du Grand Œuvre.

La première étape est la CALCINATION qui a pour rôle de décomposer la matière que l’on veut transformer, c’est à dire l’analyser.

La deuxième étape est la PUTREFACTION , elle porte l’image de la mort nécessaire au renouvellement de la vie , elle correspond à l’Œuvre au noir ou nigredo ou épreuve du vide, dont le symbole est le corbeau, elle s’inscrit dans le corps, dans l’imaginaire.. sans cette phase de putréfaction de la matière le Grand Œuvre ne pourrait arriver à son terme

Vient ensuite la troisième étape la SOLUTION qui nous pousse à dissoudre grâce au sel philosophique, c’est à dire à ordonner pour faire ressortir une forme nouvelle. C’est l’apparition de la couleur blanche, cette étape nous amène à l’Œuvre au blanc ou albedo, ou ’épreuve de l’eau, dont le symbole est la colombe, elle s’inscrit dans le symbolique.

Elle est suivie par la DISTILLATION, quatrième étape qui change la nature et la propriété des choses par chauffage dans l’athanor. Ceci permet une démarche d’intégration qui marque un niveau dans l’approche de la connaissance.

La cinquième étape ou CONJONCTION rend possible le prolongement de ce niveau d’intégration car on ne s’intéresse plus à ce qui sépare mais à ce qui rassemble, il s’agit maintenant d’intérioriser le monde et son propre monde en se projetant vers l’avenir afin de saisir les buts à atteindre et qui vont déboucher sur les « Premières Vérité » selon l’Œuvre au rouge ou rubedo, ou épreuve du feu qui elle s’inscrit dans le réel.. C’est cette cinquième étape qui correspond à la Maîtrise Maçonnique ce que je développerais plus loin.

La suite logique est la SUBLIMATION.Cette sixième étape est une opération qui nous apprnd à faire jouer les choses et à savoir manier l’Art de la raison en se décentrant de ses préoccupations antérieures au profit d’autres toutes nouvelles

Enfin arrive la COAGULATION septième et dernière étape. Elle exprime la voie dans laquelle l’Homme s’engage quand il construit son Grand Œuvre individuel grâce à une pensée de plus en plus philosophique qu’il acquiert par sa faculté d’abstraction pour aller à l’essentiel. Ceci est l’aboutissement de toute désagrégation solvante qui génère une nouvelle entité par coagulation, c’est le SOLVE et COAGULA

L’alchimie et le mot de passe de la Maîtresse

L’alchimie qu consiste à travailler sur les métaux est également liée au mot de passe du grade de Maîtresse. Car l’Alchimie est fille de TUBALCAIN

1) Tubalcaïn signifie « Maître du Monde » .

Il est dans la Bible un descendant direct de Caïn (Caïn signifie acquérir ou obtenir ). Sa fonction était de travailler la terre.
La Loi Mosaïque n’étant pas encore née, Caïn ne fut pas tué après son crime fratricide, il se trouva symboliquement exilé de la terre sacrée. Il fut envoyé de l’Orient vers le Nord.
Après que Caïn eut bâti la première ville, nommée Henoch, il devint le premier d’une lignée de créateurs. Chaque descendant de Caïn est décrit par son activité : Jubal sera nomade et berger, Dubal sera musicien …Tubal-Caïn s’occupera des métaux et des instruments.
La postérité de Caïn fonde la civilisation, le progrès de la technique, des sciences et des arts.

Tubal-Caïn appartenait à la 7ème descendance de Caïn. 7 indique que Tubal-Caïn avait évolué par rapport à son ancêtre, qu’il avait exploré sa terre, découvert des métaux et qu’il savait les utiliser. Ainsi, le 7 indique aussi la fin d’un cycle. C’est pourquoi on peut dire « J’ai 7 ans et plus «, car il y a d’autres cycles à réaliser.

Le 7, c’est encore le 4 du carré de la terre, associé au 3 du triangle de la divinité. Tubal-Caïn est identifié par ces 2 nombres de par son activité de terrien et de par sa relation avec le divin (Adam créature, création de Dieu ).

Dans l’imagerie populaire, Tubal-Caïn est représenté comme un forgeron trapu, tassé comme une pierre.

2) Dans la mythologie, Tubal-Caïn est assimilé à Vulcain pour les Romains et à Héphaïstos pour des Grecs, forgerons officiels des dieux. Maître du Feu, Héphaïstos forgea l’armure magique d’Achille, le trident de Poséidon, le sceptre de Zeus ou bien encore la colonnade de bronze du T\ de Delphes. « Il » découvrit les secrets du feu et des métaux qui peuvent être solides, ou liquides, purs ou alliés entre eux. Il se fait créateur de formes nouvelles et il paie le prix de ses découvertes par un signe visible et permanent dans son aspect physique.
On présente souvent le forgeron soit boiteux, soit unijambiste ou nain.

En effet, Héphaïstos fils unique de Junon, reine de l’Olympe et de Zeus ne fut pas reconnu par son père qui le jeta du haut de la montagne. Cela le rapproche des fils de veuves célèbres, et de la boiterie initiatique.
Dans les mythes, le Pouvoir n’est pas tendre avec celui qui « connaît » les secrets et les divulgue aux « dominés » afin de leur permettre de se libérer. De Prométhée à Adam, les « forgerons « sont estropiés. Héphaïstos est boiteux et difforme, Varuna, Tyr, Odm, Alfado sont estropiés. La perte de leur intégrité physique est le prix de leur science :ils ont subi la colère d’un dieu jaloux de ses privilèges. Ils portent les marques de la vengeance des Dieux.
Pour les grecs, Héphaïstos représente le feu intérieur de la terre, comme celui qui habite le cœur de l’Homme.
Quand le minerai était découvert et extrait, il était dirigé vers les fourneaux. Puis, le forgeron se substituait à la Terre-Mère pour accélérer et parfaire « la croissance » et la maturité du minerai. Il collaborait en quelque sorte à l’œuvre de la nature, intermédiaire entre Dieu et les Hommes. Ainsi, il fabriquait l’outillage en fer dont les cultivateurs et les chasseurs avaient besoin. Il sculptait les images des ancêtres et des génies qui servaient de support aux cultes. Intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts, tantôt méprisé, tantôt respecté, il vivait à l’écart du village en compagnie de sa femme la potière.

La fusion des métaux est considérée comme une mort. Le soufre extrait représente la vertu, c’est à dire le noyau ou l’esprit de métal.
Rappelez-vous l’interdiction du métal dans les outils hébreux et des outils de métal dans la construction du T\ de Salomon
Tubalcaïn, le forgeron, travaille les métaux et s’inscrit spirituellement comme continuateur de la lignée caïnite. Le forgeron fait partie des bâtisseurs et apprend à Etre par le moyen de la création. Il a la connaissance des 4 éléments :le métal est extrait de la terre, il est transfiguré par le feu, lui même attisé par l’air puis trempé par l’eau afin de devenir l’instrument utile aux laboureurs ou aux guerriers. Il forge des épées, œuvre d’initié car elles sont parfois dotées d’un pouvoir magique,qui demande de connaître et maîtriser les forces contenues dans ces éléments.
Le travail de la forge signifie la constitution de l’être à partir du non-être. La forge est l’allégorie du cœur et les soufflets représentent les poumons.

Fondre le métal et le reformer correspond au « salve et coagula » de l’alchimie hermétique, travail créateur par excellence, car créer c’est recréer.

Le forgeron maîtrise le feu et grâce à lui transforme les métaux qui viennent des profondeurs de la terre. Son pouvoir est ambivalent, il peut être aussi maléfique que bénéfique.
On peut penser que La Franc-maçonne, grâce à l’introspection, extrait des profondeurs de son inconscient, de sa mémoire les mythes qu’il utilise pour comprendre, évoluer et construire un Homme nouveau. Maîtrise des éléments qui signifie Maîtrise de soi.
Tubalcaïn, le » forgeron de l’Univers » annonce Hiram.
Hiram est avant tout un métallurgiste- c’est la Bible qui le dit (Genèse 4-2.22).
Hiram est né de Caïn, qui le premier a travaillé la terre, dont la lignée s’est réfugiée dans un monde souterrain et a secrètement survécu au déluge.
Hiram est un être sombre, éclairé par un feu intérieur et totalement voué au travail.

L’alchimie dans la cérémonie d’élévation à la Maîtrise

Revenons à la cinquième étape du mode opératoire alchimique qui est la CONJONCTION la phase où l on ne s’intéresse plus à ce qui sépare mais à ce qui rassemble

Nous allons voir que la Maîtrise Maçonnique correspond très exactement à cette étape

La Franc-Maçonne, à la fin de son temps de Compagnonne est très exactement en l'état de la Pierre qui correspond à la quatrième étape du mode opératoire alchimique. Elle a fait une démarche d’intégration qui marque un niveau dans l’approche de la connaissance.

L'Initiée, en elle a grandi, elle a travaillé à l'œuvre commune de construction. Sa morale, elle l'a construite elle-même dans son cœur. Ses croyances ne lui ont pas été apprises, elles sont le fruit d'une expérience et d'une méditation corollaire.
L'Amour n'est pas pour elle une loi morale, c'est une Connaissance et elle sait s'élever et trouver la Vérité là où elle se cache. Mais ce Temple, c'est un Temple intérieur, elle l'a construit en elle, pour elle , elle n'est pas encore capable de transformer ce qu'elle touche, de régénérer celles qui l'approchent ... elle n'est pas encore une Maîtresse.

La Maîtrise c'est la CONJONCTION et nous verrons dans un instant que son appareil funèbre évoque parfaitement ce recommencement.

La Loge a revêtu son funèbre appareil, elle est tendue de Noir. Les Maîtresses se désolent de ne pouvoir poursuivre l'œuvre féconde de la Franc-Maçonnerie, car leur Maître, Hiram est mort. Trois Compagnons ont tenté successivement de s'emparer par la force du secret de la Maîtrise : Le premier était à la porte de l'Orient ; il a exigé ce secret, devant le refus d'Hiram de le lui livrer, il a asséné à ce dernier un coup de règle à la gorge. Le coup a dérapé et lui a frappé l'épaule lui paralysant le bras droit. Le deuxième attendait à la porte du Midi : même exigence, même refus d'Hiram, même violence. Mais cette fois c'est un coup d'équerre que reçoit le Maître, droit au cœur. Enfin un autre Compagnon l'attend à la porte d'Occident. Hiram refuse encore de livrer sous la menace le secret de la Maîtrise, il reçoit un furieux coup de maillet sur le front, il s'affaisse mort. Le forfait accompli, les Compagnons enterrent Hiram sous un amas de décombres au Nord du Temple...

Tel est le drame symbolique.

La Compagnonne candidate à la Maîtrise va alors subir une épreuve : si elle se sent le cœur pur et la conscience tranquille, elle devra enjamber le cadavre d'Hiram. Elle le fait. Dès lors elle va être identifiée à Hiram et vivre personnellement ce drame.

Une mort volontaire avait permis au profane de renaître Initié, lors de sa réception au premier degré.
Il s'agissait des Opérations de Solve et de la résurrection de la Pierre au blanc.
Mais il faut une seconde mort à l'Initiée pour atteindre à l'immortalité des Maîtresses.
Ainsi donc la Compagnonne est assimilée à Hiram.

Comme lui elle sera frappé à l'épaule par la règle ( c'est-à-dire dans son corps ), au cœur par l'Equerre ( c'est-à-dire dans son Ame ), au front par le Maillet ( c'est-à-dire dans son esprit ).

Puis elle sera étendue sous le drap mortuaire, son tablier sera rabattu sur son visage et un rameau d'acacia sera posé sur le drap. C'est le rameau d'acacia qui dans l'interprétation mythique du drame permettra de retrouver le " cadavre ".

Tout comme le Grande Œuvre recommence. le drap mortuaire c'est évidemment « le corbeau » qui signifie la matière au noir dans le temps de la putréfaction l’ étape de l’œuvre au noir.

La compagnonne a été traitée comme la Materia Prima (le profane) et atteinte dans sa triple constitution.
Elle gît morte.

Les trois compagnons qui tuèrent Hiram sont les trois corps alchimiques : sel, soufre et mercure. Ils blessent et font saigner Hiram et le tuent

Cela marque la phase de la mort ou le sceau d’hermès de couleur rouge sang surnage la matière noire en putréfaction. Le message de cette légende est des plus significatifs quant à l’art royal.
En effet, il est impossible de réaliser le Grand Œuvre si l’on ignore le secret de l’acacia, car la substance obtenue à partir de ce végétal va permettre d’élaborer le sel alchimique qui seul, , va permette à la matière de saigner et de prendre la couleur noire.

L’acacia était connu des alchimistes

La Compagnonne a vécu la mort symboliquement tel le néophyte des antiques Mystères. En elle Hiram ressuscite et ainsi lui-même est-il ressuscité. Telle est l'ultime degré de la Maçonnerie symbolique : La Maîtrise

La Compagnonne était souillée par des impuretés, elle doit repasser par l'épreuve de la mort et de la pourriture.

"
Car nul ne peut blanchir s'il n'a auparavant noirci...(L’œuvre au blanc après l’œuvre au noir)
Nul ne peut s'élever s'il ne s'est humilié... et nul ne peut atteindre la Vie éternelle s'il n'a connu la mort.
"

Le Grand Œuvre Alchimique est un éternel recommencement :

La Pierre peut être à nouveau soumise à une nouvelle mort, à une nouvelle résurrection, pour atteindre à plus de pouvoir rédempteur.
Et puis encore ... jusqu'aux limites du possible qui sont les limites mêmes du présent cycle d'évolution minérale.
Il reste toujours à la Pierre quelques parcelles d'impuretés, quelque infime souillure... Ce sont les restes de son ancienne nature de "minerai profane".
Ainsi la Maîtresse Maçonne sait qu'elle n'est jamais au terme de la Maîtrise, car il lui reste toujours à détruire quelques parcelles de son " Moi " : de ce trompeur écran de la personnalité qui déforme le Nombre au point de n'en faire qu'un chiffre.

Et, du reste si elle avait d'aventure conscience d'être parvenue à l'ultime point de quelque chose, une ligne infime, insaisissable, comme celle qui marque le Solstice, séparerait ce point final du commencement d'autre chose et tout serait à recommencer plus loin, plus haut selon ce processus invariable : SOLVE et COAGULA qui est la loi de l'Alchimie :

J’ai dit

 M\ M\

source : www.ledifice.net

Repost 0
Published by Thomas Dalet - dans Planches
commenter cet article
1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 16:38

Bien que j'aie par deux fois souffert des chaînes et de l'emprisonnement en Bohême, indignité que je n'ai souffert en aucune autre partie du monde, il se trouve que mon esprit, libre lui, s'est tout ce temps exercé à l'étude de cette philosophie uniquement méprisée par les méchants et les sots, mais qui est louée et admirée par le Sage. Bien plus, l'adage d'après lequel seuls les sots et les hommes de loi haïssent et méprisent l'Alchimie est devenu proverbial. Par ailleurs, m'étant ces trois dernières années usé en labeurs, dépenses et précautions afin de découvrir pour votre Majesté ce qui pourrait lui apporter grand profit et plaisir, je ne puis en aucun cas demeurer oisif durant mon emprisonnement - une infortune qui m'est survenue par l'action de votre Majesté. En conséquence j'ai rédigé un traité, grâce auquel votre esprit impérial puisse être guidé à travers toute la vérité de la très ancienne philosophie, depuis lequel, comme s'il s'agissait d'une haute montagne, il puisse contempler et discerner les étendues fertiles des déserts arides et rocailleux. Mais si mon enseignement vous contrarie, sachez que vous vous détournez totalement de la bonne voie et ignorez les vraies visées et le but de cette affaire, et gaspillerez complètement temps, labeur, argent et espérance. Une fréquentation intime des différentes branches de la connaissance m'a enseigné cette seule chose, à savoir que rien n'est plus antique, excellent, ou plus désirable que la vérité, et que quiconque la néglige doit passer toute sa vie dans les ténèbres. Et pourtant, il a toujours été et toujours sera dans les manières de l'humanité que de relâcher Barabbas et crucifier Christ. Ceci, je l'ai - pour mon bien, sans nul doute - constaté dans le cadre de ma propre expérience. J'ose espérer que ma vie et ma personne deviendront suffisamment connues de la postérité pour que je sois compté parmi ceux qui souffrirent beaucoup par amour de la vérité. La pleine certitude du présent traité, le temps est incapable de l'abroger. Si votre Majesté daigne l'examiner à loisir, elle s'apercevra aisément que mon esprit est profondément versé dans cette étude.

(1) Tous les philosophes authentiques et judicieux sont remontés jusqu'aux principes premiers des choses, à savoir ceux compris dans la triple division de la Nature. Ils attribuèrent la génération des animaux à un mélange du mâle et de la femelle durant l'union sexuelle; celle des végétaux à leur propre semence; tandis qu'aux minéraux ils ont attribué pour principe la terre et l'eau visqueuse.

(2) Toutes les choses spécifiques et individuelles appartenant à une certaine catégorie obéissent aux lois générales et se réfèrent aux principes premiers de la catégorie à laquelle elles appartiennent.

(3) Ainsi, tout animal est le produit d'une union sexuelle; toute plante, de sa semence propre; tout minéral, du mélange de sa terre générique et eau.

(4) Il en découle qu'une loi immuable de la Nature règle la génération de toute chose dans les limites de son genre spécifique.

(5) Il s'ensuit que, eu égard à leur origine, les animaux sont, relativement au genre, distincts des végétaux et des minéraux; la même différence existe respectivement entre végétaux et minéraux et les deux autres règnes naturels.

(6) La matière commune et universelle de ces trois principes est nommée Chaos.

(7) Le Chaos contient en lui les quatre éléments présidant à tout ce qui est, à savoir le feu, l'air, l'eau et la terre, par mélange et mouvement desquels les formes de toutes choses terrestres sont imprimées à leurs sujets.

(8) Ces éléments ont quatre qualités : la chaleur, la froideur, l'humidité, la sécheresse. La première est inhérente au feu, la seconde à l'eau, la troisième à l'air, la quatrième à la terre.

(9) Au moyen de ces qualités, les éléments agissent les uns sur les autres, et le mouvement apparaît.

(10) Les éléments agissent les uns sur les autres ou sont les uns par les autres influencés, et on les appelle actifs ou passifs.

(11) Les éléments actifs sont ceux qui, dans un composé, impriment au passif un certain caractère spécifique, selon la force et l'importance de leur mouvement. Ce sont l'eau et le feu.

(12) Les éléments passifs - terre et air - sont ceux qui par leur qualité inactive reçoivent volontiers les impressions des éléments actifs susmentionnés.

(13) Les quatre éléments se distinguent non seulement par leur activité ou passivité mais également par la priorité et postériorité de leurs mouvements.

(14) La priorité et la postériorité sont ici affirmées, ou relativement à la position de la sphère tout entière, ou relativement à l'importance du résultat ou but du mouvement.

(15) Dans l'espace, les objets lourds tendent vers le bas, et les légers vers le haut; ceux qui ne sont ni lourds ni légers occupent une position intermédiaire.

(16) De cette façon, parmi les éléments passifs, la terre occupe une place supérieure à celle de l'air, car elle aime beaucoup rester immobile; et moins il y a de mouvement, plus il y a de passivité.

(17) L'excellence du résultat est question de perfection ou d'imperfection, le mature étant plus parfait que l'immature. Or, la maturité est totalement imputable à la chaleur du feu. D'où que le feu tienne la place supérieure chez les éléments actifs.

(18) Parmi les éléments passifs, la première place revient au plus passif, i.e., à celui qui est le plus rapidement et le plus aisément influencé. Dans un composé, la terre est passivement affectée en premier, puis c'est l'air.

(19) De même, dans chaque composé, l'élément d'achèvement agit en dernier; car la perfection est passage de l'immaturité à la maturité.

(20) La maturité étant causée par la chaleur, le froid est la cause de l'immaturité.

(21) Il est donc clair que les éléments, ou lointains principes premiers des animaux, végétaux et minéraux, dans le Chaos, sont susceptibles de mouvements actifs dans le feu et l'eau, et de mouvements passifs dans la terre et l'air. L'eau agit sur la terre, et la transmue en sa propre nature; le feu chauffe l'air, et le change à sa propre ressemblance.

(22) Les éléments actifs peuvent être dits mâles, cependant que les éléments passifs représentent le principe femelle.

(23) Tout composé appartenant à l'un de ces trois royaumes - animal, végétal, minéral - est femelle dans la mesure où sont présents terre ou air, et mâle dans la mesure où sont présents feu ou eau.

(24) Seul ce qui possède consistance est perceptible par les sens. Les éléments feu et air, naturellement subtils, ne peuvent être vus.

(25) Seuls deux éléments, l'eau et la terre, sont visibles, et la terre est appelée cachette du feu, l'eau demeure de l'air.

(26) Dans ces deux éléments, nous avons la franche loi de limitation qui sépare le mâle de la femelle.

(27) La matière première des végétaux est l'eau et terre cachées en sa semence, l'eau y étant prépondérante par rapport à la terre.

(28) La matière première des animaux est la mixtion des spermes mâle et femelle, qui concrétise plus d'humidité que de sécheresse.

(29) La matière première des minéraux est une sorte d'eau visqueuse, mêlée à terre pure et impure.

(30) La Terre impure est soufre combustible, empêchant toute fusion, et mûrissant superficiellement l'eau qui lui est jointe, comme nous voyons dans les minéraux secondaires, marcassite, magnésie, antimoine, etc.

(31) La Terre pure est celle qui unit tellement les plus petites parties de son eau susmentionnée qu'elles ne peuvent être séparées par le plus ardent des feux, de sorte qu'elles demeurent fixes ou sont volatilisées.

(32) De cette eau visqueuse et de cette terre fusible, ou soufre, est composé ce qu'on nomme vif-argent, matière première des métaux.

(33) Les métaux ne sont que Mercure digéré à différents degrés de chaleur.

(34) Diverses modifications de chaleur suscitent, dans le composé métallique, ou la maturité ou l'immaturité.

(35) Le mature est ce qui a précisément acquis toutes les activités et propriétés du feu. Tel est l'or.

(36) L'immature est ce qui est dominé par l'élément eau et ne subit jamais l'action du feu. Tels sont le plomb, l'étain, le cuivre, le fer et l'argent.

(37) Un seul métal, l'or, est absolument parfait et mature. D'où qu'on le nomme parfait corps mâle.

(38) Les autres sont immatures et donc imparfaits.

(39) Le terme de l'immaturité est le début de la maturité; car la fin de la première est le commencement de la seconde.

(40) L'argent est moins lié par l'immaturité aqueuse que les autres métaux et, bien qu'il puisse être effectivement considéré comme impur dans une certaine mesure, son eau est néanmoins déjà recouverte de la congélative parure de sa terre, et tend ainsi à la perfection.

(41) Cette condition est la raison pour laquelle l'argent est partout nommé par les Sages parfait corps femelle.

(42) Tous les autres métaux ne diffèrent que dans leur degré d'imperfection, selon qu'ils sont plus ou moins liés par ladite immaturité; néanmoins, tous possèdent une certaine tendance à la perfection, bien que manquant de la susdite congélative parure de leur terre.

(43) Cette forme congélative est conséquence de la terrestre froideur, équilibrant son humidité propre, et occasionnant fixation dans la matière fluide.

(44) Les métaux inférieurs sont fusibles dans un feu ardent, et manquent donc de cette parfaite force congélative. S'ils deviennent solides lorsqu'ils refroidissent, la cause en est la disposition de leurs susdites particules terrestres.

(45) Selon les différentes manières dont sont ensemble unies eau visqueuse et pure terre, de manière à produire vif-argent par coagulation, grâce à l'action de chaleur naturelle, nous avons différents métaux, dont certains sont dits parfaits, comme l'or et l'argent, et les autres considérés comme imparfaits.

(46) Quiconque voudrait imiter la Nature en toute opération donnée doit tout d'abord être certain qu'il possède la même matière, et, deuxièmement, qu'une action est exercée sur cette substance d'une manière semblable à celle de la Nature. Car la Nature se réjouit en la méthode naturelle, et le même purifie le même.

(47) En conséquence ils sont dans l'erreur ceux qui s'efforcent de faire jaillir la médecine permettant de teindre les métaux des animaux ou des végétaux. La teinture et le métal teint doivent venir de même source ou relever du même genre; et comme c'est sur les métaux imparfaits que la Pierre Philosophale doit être projetée, il s'ensuit que la poudre de la Pierre sera essentiellement Mercurienne. La Pierre est la substance métallique transformant en or les formes des métaux imparfaits, comme nous l'apprenons au premier chapitre du "Code de Vérité" : "La Pierre Philosophale est la matière métallique convertissant substances et formes des métaux imparfaits" ; et tous les Sages conviennent qu'elle ne peut posséder cet effet qu'en étant semblable à eux.

(48) Que Mercure soit matière première des métaux, je vais tenter de le prouver grâce aux dits de certains Sages.

Dans la Turba Philosophorum, chapitre I, nous lisons ce qui suit : "D'après l'avis de tous les Sages, le Mercure est le principe premier de tous les métaux."

Et un peu plus loin : "Comme la chair est engendrée du sang coagulé, ainsi l'or est-il engendré du Mercure coagulé."

Et encore, vers la fin du chapitre : "Tous les corps métalliques purs et impurs sont Mercure, car ils sont engendrés du même."

Arnold écrit ainsi au Roi d'Aragon : "Sachez que la matière et sperme des métaux sont Mercure, digérés et épaissis dans la matrice de la terre; ils sont digérés par chaleur sulfureuse, et selon la qualité et quantité du soufre divers métaux sont engendrés. Leur substance est essentiellement la même, bien qu'il puisse y avoir quelques différences accidentelles, comme un degré plus ou moins élevé de digestion, etc. Toutes choses sont constituées de ce en quoi elles peuvent être résoutes, e.g., la glace ou la neige qui peuvent être résoutes en eau; et puisque tous les métaux peuvent être résous en vif-argent sont-ils donc tous engendrés du vif-argent."

La même vue est défendue par Bernard de Trévise, dans son livre consacré à la "Transmutation des Métaux" : "De la même manière, le vif-argent est la substance de tous les métaux; il est comme de l'eau en raison de l'homogénéité qu'il partage avec les végétaux et les animaux, et il reçoit les vertus de ces choses qui y adhérent dans la décoction." Un peu plus loin, le même Trévisan affirme que "l'or n'est rien d'autre que vif-argent congelé par son soufre."

Et, ailleurs, il écrit ce qui suit : "Le solvant ne diffère du soluble qu'en proportions et degré de digestion, mais non en matière, puisque la Nature a formé l'un depuis l'autre sans adjonction aucune, et elle dégage l'or du vif-argent par un procédé également simple et merveilleux."

Encore : "Les Sages soutiennent que l'or n'est rien d'autre que vif-argent parfaitement digéré dans les entrailles de la terre, et ils ont voulu dire qu'il est occasionné par le soufre, qui coagule le Mercure, et le digère par sa propre chaleur. D'où que les Sages ont dit que l'or n'est autre que vif-argent mature."

Tel est aussi le consensus d'autres autorités. "Le Son de la Trompette" fait une remarque loin d'être douteuse : "Extrais le vif-argent des corps, et tu auras au jour du vif-argent et du soufre de la même substance dont sont faits or et argent dans la terre."

Le "Chemin du Chemin" mène à la même conclusion : "Révérend Père, incline tes vénérables oreilles et comprends que le vif-argent est le sperme de tous les métaux, parfaits et imparfaits, digérés dans les entrailles de la terre par la chaleur du soufre, la diversité des métaux étant due à la diversité de leur soufre."

Nous lisons dans la même brochure un canon semblable : "Tous les métaux de la terre sont engendrés en Mercure, et ainsi le Mercure est-il la matière première des métaux."

Avicenne confirme ces paroles en son chapitre III : "De même que la glace par la chaleur fond et devient eau, l'eau étant nettement à l'origine de la glace, ainsi tous les métaux peuvent être résous en Mercure, et il est donc clair qu'ils sont engendrés de lui."

Ce raisonnement est approuvé par "Le Son de la Trompette : - "Tout corps passif est réduit à sa première matière par des opérations contraires à sa nature; la première matière est le vif-argent, étant l'huile de tous liquides et choses ductiles."

De même, le troisième chapitre de la "Correction des Fous" : "La nature de toutes choses fusibles est celle du Mercure coagulé à partir d'une vapeur, ou chaleur de l'incombustible soufre rouge ou blanc."

Au chapitre I de "L'Art de l'Alchimie", nous lisons : "Tous les Sages reconnaissent que les métaux sont engendrés par la vapeur de soufre et vif-argent."

Il y a également un passage de la Turba Philosophorum qui affirme : "Il est certain que tout sujet dérive de cela en quoi il peut être résous. Tous les métaux peuvent être résous en vif-argent, d'où qu'ils furent autrefois vif-argent."

Si cela en valait la peine, je pourrais citer des centaines d'autres passages provenant d'oeuvres rédigées par les Sages, mais comme ce serait inutile, ceux-ci suffiront.

Ces personnes font une grande erreur qui supposent que l'eau épaisse de l'Antimoine, ou cette substance visqueuse extraite du Mercure sublimé, ou de Mercure et Jupiter ensemble dissous dans un endroit humide, peuvent de quelque façon être la première substance des métaux.

L'Antimoine ne peut jamais prendre les qualités métalliques, car son eau et humidité n'est pas tempérée par la terre sèche et subtile, et de plus manque de cette onctuosité caractéristique des métaux malléables. Mais, comme Chambar le dit bien dans le "Code de Vérité" : "Ce n'est que par 'envie' que les Sages ont nommé la Pierre Antimoine."

De la même manière, ceux qui détruisent la composition naturelle du Mercure, afin de le résoudre en eau épaisse ou limpide, qu'ils nomment première matière des métaux, luttent contre la Nature dans les ténèbres, tels des gladiateurs frappés de cécité.

Dès que le Mercure perd sa forme spécifique, il devient quelque chosed'autre, ne pouvant dès lors se mélanger aux métaux dans leurs plus petites parties, et devenant de nul effet pour l'oeuvre des Philosophes. Quiconque se paye de pareilles expériences enfantines devrait écouter ce que dit le Sage de Trévise dans sa "Transmutation des Métaux" :

"Qui peut trouver une vérité détruisant la nature humide du Mercure? Quelques insensés modifient sa disposition métallique spécifique, altèrent son humidité naturelle par dissolution, et disproportionnent le vif-argent de sa qualité minérale d'origine, qui ne demande rien hormis purification et simple digestion. Au moyen de sels, de vitriol, et d'alun, ils détruisent la semence que la Nature a peiné pour développer. Car la semence, dans les choses humaines et sensitives, est formée par la Nature et non par l'art, mais par l'art est-elle unie et mélangée. La semence ne nécessite aucune addition, et ne tolère aucune diminution. Si elle doit produire une nouvelle chose de même genre, elle doit demeurer précisément la même chose qui fut formée par la Nature. Tout enseignement voulant modifier le Mercure est vain et erroné, car c'est là le sperme originel des métaux, et son humidité ne doit point être séchée, car autrement il ne pourrait dissoudre. Trop de feu causera une chaleur morbide, comme celle d'une fièvre, et changera les éléments passifs en actifs, et ainsi l'équilibre des forces sera détruit, et toute l'oeuvre gâchée. Il y a pourtant des sots pour extraire des eaux corrosives de minéraux inférieurs, eaux dans lesquelles ils projettent diverses espèces de métaux qui donc s'y corrodent."

"La seule solution naturelle est celle qui, à partir de solvant et du soluble, oumâle et femelle, engendre une nouvelle espèce. Nulle eau ne peut naturellement dissoudre les métaux sauf celle qui demeure avec eux en substance et forme, celle aussi que les métaux dissouspeuvent à nouveau congeler; ce qui n'est pas le cas avec aqua fortis, du fait qu'elle ne fait que détruire la disposition spécifique. Cette eau seule qui est inséparable des métaux dans la fixation les peut correctement dissoudre, et pareille eau est le Mercure, et non aqua fortis ou toute autre chose que ces fous se sont plu à nommer Eau Mercurielle." Suffit pour Trévisan.

Les personnes ayant commis pareille erreur fatale pourraient également profiter de l'enseignement d'Avicenne sur ce point : "Le vif-argent est froid et humide, et de lui, ou avec lui, Dieu a créé tous les métaux. Il est aérien, et devient volatil par l'action du feu, mais lorsqu'il a supporté le feu quelque temps, il accomplit de grandes merveilles, et n'est lui-même qu'un vivant esprit d'une puissance non surpassée. Il pénètreet s'introduit dans tous les corps, passe au travers d'eux, et constitue leur ferment. C'est donc l'Élixir Blanc et Rouge, et il s'agit d'une eau perpétuelle, l'eau de vie, le lait de la Vierge, le printemps, et cet Alun dont quiconque boit ne peut mourir, etc. C'est le serpent licencieux qui conçoit de sa propre semence, et enfante le même jour. Par son poison, il détruit toute chose. Il est volatil, mais le sage le soumet au feu, et alors il transmue comme il a été transmué, et teint comme il a été teint, et coagule comme il a été coagulé. En conséquence, la génération du vif-argent est à préférer à tous les minéraux; on la trouve dans tous les minerais, et tous portent sa signature. Le vif-argent est ce qui sauve les métaux de la combustion et les rend fusibles. C'est la Teinture Rouge qui s'unit de la plus intime manière aux métaux parce qu'elle est de leur propre nature, se mêle indissolublement à eux dans leurs plus infimes parties, et qui, étant homogène, leur adhère naturellement. Le Mercure accueille toutes les substances homogènes, mais rejette tout ce qui est hétérogène car il se réjouit de sa nature propre mais répugne à ce qui est étranger. Comme il est sot, donc, de gâter et détruire ce dont Nature a fait la semence de toute vertu métallique par de complexes opérations chimiques!"

Le "Rosaire" nous intime d'être particulièrement attentifs à ne point disperser la vertu du vif-argent en le purifiant, et à ne point diminuer sa force active. Un grain de blé, ou toute autre semence, ne connaîtra aucune croissance si sa vertu générative est détruite par une excessive chaleur externe. Purifie donc ton vif-argent par distillation à feu modéré.

Voici ce que dit le Sage de Trévise : "Si le vif-argent est dépouillé de la proportion métallique qui lui revient, comment les autres substances de même genre métallique peuvent-elles être engendrées de lui? C'est une erreur de supposer que tu peux faire des miracles avec eau limpide et claire extraite du vif-argent. Même si nous pouvions nous procurer pareille eau, elle ne serait d'aucune utilité, que ce soit pour une question de forme ou de proportion, ou pour restaurer ou affermir une parfaite qualité métallique. Car dès que le vif-argent perd sa nature première, il devient impropre à notre opération, puisque dépourvu de sa qualité spermatique et métallique. En vérité, j'approuve le Mercure impur et grossier que l'on sublime et purifie une ou deux fois avec simple sel, selon la méthode appropriée des Sages, tant que la fusibilité ou humeur radicale de pareil Mercure demeure intacte, c'est-à-dire aussi longtemps que sa nature mercurielle spécifique n'est point détruite, et aussi longtemps que son apparence externe ne devient pas celle d'une poudre sèche."

Dans "L'Escalier des Sages", on nous dit de nous méfier de la vitrification durant la solution des corps, avec l'odeur et le goût de substances imparfaites, et aussi de la vertu générative de leur forme qui serait de quelque manière desséchée et détruite par les eaux corrosives.

Si tu as tenté de faire une de ces choses, tu es à même de percevoir combien grave était ton erreur. Car l'eau des Sages n'adhère à rien excepté les substances homogènes. Elle ne mouille pas tes mains si tu la touches, mais dessèche ta peau, et ronge et corrode toute substance avec laquelle elle rentre en contact, sauf l'or et l'argent (elle n'affectera pas ces derniers à moins qu'ils n'aient été dissipés et dissous par des esprits et des eaux-fortes), auxquels elle s'allie très intimement. Mais l'autre mélange est fort enfantin, il est condamné par le concert des Sages et par ma propre expérience.

Je me propose maintenant d'exposer comment le vif-argent est l'eau avec laquelle, et en laquelle, se produit la solution des Sages, en citant au lecteur les opinions de divers Philosophes appartenant à diverses époques et diverses contrées.

Menalates dit, dans la Turba : "Qui allie le vif-argent au corps de magnésie, et la femme à l'homme, extrait la nature cachée par laquelle les corps sont colorés. Sache que le vif-argent est un feu dévorant qui mortifie les corps à son contact."

Un autre Sage, dans la Turba, déclare : "Séparer les éléments par le feu, les unir par l'entremise du Mercure, cela constitue le plus grand des arcanes, et de la sorte le magistère est-il complet, toute la difficulté résidant dans la solution et la conjonction. La solution, ou séparation, se produit par l'entremise du Mercure, qui premièrement dissous les corps, ceux-ci étant à nouveau réunis par le ferment et le Mercure."

Rosinus fait l'or s'adresser au Mercure de la manière suivante : "Veux-tu débattre avec moi, Mercure? Je suis le Seigneur, la Pierre qui supporte le feu." Mercure répond : "Tu dis vrai; mais je t'ai engendré, et une partie de moi en vivifie plusieurs de toi, ce pourquoi tu es jaloux de moi. Qui me réunira à mon frère ou à ma soeur vivra et se réjouira, et me fera te suffire."

Au 5ème chapitre du "Livre des Trois Paroles", nous lisons : "Je te dirai que dans le Mercure se trouvent les oeuvres des planètes, et dans ses pages toutes leurs imaginations."

Aristote dit que le premier mode préparatoire est que la Pierre doit devenir Mercure ; il appelle Mercure le premier corps, qui agit sur les substances grossières et les change à sa propre ressemblance. "Si le Mercure ne faisait rien d'autre que rendre les corps subtils et semblables à lui-même, cela nous suffirait."
Senior : "Notre Pierre est donc de l'eau congelée, c'est-à-dire du Mercure congelé en or ou argent, et qui résiste au feu lorsqu'il est fixé."

"The Son de la Trompette" : "Le Mercure contient tout ce que cherchent les Sages et détruit tout or écailleux. Il dissout, adoucit et extrait l'âme du corps."

"Le Livre de l'Art d'Alchimie" : "Les Sages tout d'abord s'abusèrent en s'efforçant de revêtir les corps inférieurs de la gloire et splendeur du corps parfait lorsqu'ils découvrirent que les métaux ne diffèrent qu'en raison du plus ou moins grand degré de digestion, et que tous sont engendrés du Mercure, avec lequel ils extrayaient l'or et le réduisaient à sa première nature."

"La Correction des Fous" : "Remarque que le Mercure grossier dissout les corps et les réduit à leur première matière ou nature. Étant fait d'eau claire, il s'efforce toujours de corroder le grossier, et tout spécialement celui qui est le plus proche de sa propre nature, à savoir l'or et l'argent." Dans le même ouvrage, l'on trouve l'observation qui suit : "Tu peux employer le Mercure grossier comme suit - afin de sceller et ouvrir les natures, puisque les choses semblables sont salutaires les unes pour les autres." Et encore : "Le vif-argent est la source de l'Art Alchimique, car les Sages disent que tous les métaux sont de lui, et à travers lui, et en lui - il s'ensuit que les métaux doivent être tout d'abord réduits en Mercure, matière et sperme de tous les métaux."

Et encore : "La raison pour laquelle tous les métaux doivent être réduits à l'état de vapeur en est que nous constatons que tous sont engendrés du vif-argent, par l'entremise duquel ils naissent à la vie."

Gratianus : "Purifie Latone, i.e., le cuivre (minière), avec Mercure, car Latone est d'or et d'argent, un corps composé, jaune, et imparfait."

"Le Son de la Trompette" : "Le Mercure commun est appelé un esprit. Si tu ne résous le corps en Mercure, avec le Mercure, tu ne peux obtenir sa vertu cachée."

"L'Art de l'Alchimie", chapitre VI : "La seconde partie de la Pierre nous nommons vivant Mercure, qui, étant vivant et grossier, est dit dissoudre les corps, car il y adhère dans leur être le plus intime. C'est la Pierre sans laquelle Nature ne fait rien."

Le "Rosaire" : "Le Mercure ne meurt jamais, excepté avec son frère et sa soeur. Lorsque le Mercure mortifie la matière du Soleil et de la Lune, il reste une matière semblable à des escarbilles."

Le Sage de Trévisan : "N'ajoute rien à la surface pour digérer et épaissir le Mercure dans la nature de l'or ou des métaux." Encore : "Cette solution est possible et naturelle, c'est-à-dire, grâce à l'Art qui est servante de la Nature, étant nécessaire et unique à cette oeuvre; mais elle n'est accomplie que par le vif-argent, dans des proportions s'offrant d'elles-mêmes à l'ouvrier habile connaissant les plus intimes qualités de la Nature."

"L'Art de l'Alchimie" : "Qui peut suffisamment porter le Mercure aux nues, le Mercure seul ayant pouvoir de réduire l'or à sa première nature?"

Ces citations nous éclairent sur ce qu'entendaient les Sages en parlant de leur eau, et sur ce qu'ils pensaient au sujet de ce merveilleux liquide, à savoir le Mercure, auquel ils attribuaient tout pouvoir dans le Magistère, car rien ne saurait être porté à la perfection en dehors de son propre genre. Les hommes digèrent les végétaux, non dans le sang des animaux, mais dans l'eau qui est leur principe premier, et les minéraux ne sauraient être affectés par le liquide végétal. D'après "Le Son de la Trompette" : "Tout le Magistère consiste à séparer les éléments des métaux, les purifier, et séparer le soufre de Nature des métaux."

De plus, comme le dit Hermès, seules les substances homogènes restent unies, et seules peuvent-elles produire une postérité de leur propre espèce, i.e., si vous désirez une médecine devant engendrer les métaux, son origine doit être métallique, car "l'espèce est teinte par son genre", comme en témoigne le philosophe.

En résumé, tout notre Magistère réside dans l'union des éléments mâle et femelle, ou actif et passif, par l'entremise de notre eau métallique et d'un degré approprié de chaleur. Or, le mâle et la femelle sont deux corps métalliques, et cela je le prouverai encore par d'irréfutables citations des Sages :

Dantius nous intime de préparer les corps et de les dissoudre.

Rhasès : "Change les corps en eau, et l'eau en terre : alors tout est accompli."

Galien : "Prépare les corps, et purifie-les de la noirceur en laquelle est corruption, jusqu'à ce que le blanc devienne blanc et rouge, puis dissous-les tous deux, etc."

Calid (chapitre I) : "Si tu ne rends point les corps subtils, de sorte qu'ils soient impalpables au toucher, tu ne parviendras pas à la fin de ton travail. S'ils n'ont pas été broyés, répète ton opération, et vois s'ils sont broyés et subtilisés. Si tu fais ainsi, tu parviendras au but désiré."
Aristote : "Les corps ne peuvent être modifiés sauf par réduction à leur première matière."

Calid (chapitre V) : "Semblablement, les Sages nous ont commandé de dissoudre les corps de sorte que la chaleur adhère à leurs parties les plus secrètes; puis nous passons à la coagulation après une seconde dissolution avec une substance très proche d'eux."

Menabadus : "Faites que les corps ne soient point corps, et corps les choses incorporelles, car c'est là tout le procédé grâce auquel on extrait la vertu cachée de Nature."

Ascanius : "La conjonction des deux est semblable à l'union du mari et de l'épouse, dont l'étreinte a pour résultante une eau dorée."

"L'Anthologie des Secrets" : "Marie l'homme rouge à la femme blanche, et tu as tout le Magistère."

"Le Son de la Trompette" : Il y a un autre vif-argent et teinture permanente qu'on extrait des corps parfaits par dissolution, distillation, sublimation, et subtilisation."

Hermès : "Joins le mâle à la femelle dans l'humidité qui leur est propre, car il n'est pas de naissance sans union du mâle et de la femelle."

Platon : "La Nature imite une nature parente, la contient, et lui apprend à résister au feu. Marie l'homme à la femme, et tu as tout le Magistère."

Avicenne : "Purifie séparément le mari et l'épouse, afin qu'ils se puissent unir plus intimement; car si tu ne les purifies point, ils ne peuvent s'aimer l'un l'autre. Par conjonction des deux natures, tu obtiens une nature claire et limpide qui, lorsqu'elle s'élève, devient magnifique et avantageuse."
"L'Art de l'Alchimie" : "Deux corps nous fournissent tout dedans notre eau."

Trevisanus : "Seule cette eau qui est de même genre, et peut être épaissie par les corps, peut dissoudre les corps."

Hermès : "Qu'on se saisisse des pierres du mélange au début de la première oeuvre, et qu'on les mélange en parts égales dans la terre."

"Miroir" : "Notre Pierre doit être extraite de la nature de deux corps, avant de pouvoir devenir un parfait Élixir."

Democrite : "Tu dois tout d'abord dissoudre les corps sur cendres blanches et chaudes, et ne pas les broyer sauf avec de l'eau."

Le "Rosaire" d'Arnauld : "Extrais la Médecine des corps les plus homogènes de la Nature."

J'ai ainsi témoigné du nombre de corps dont l'Élixir est tiré. J'établirai maintenant à l'aide de citations ce que sont ces corps.

"Exposé de la Lettre du Roi Alexandre" : "En cet art tu dois marier Soleil et Lune."

"Le Son de la Trompette" : "Le Soleil ne fait que chauffer la terre et lui confère sa vertu par l'entremise de la Lune, qui, de tous les astres, accueille le plus volontiers sa lumière et sa chaleur."

"La Correction des Fous" : "Sème or et argent, et ils récompenseront ton travail par mille, par l'entremise de cette chose qui seule possède ce que tu cherches. La Teinture d'or et d'argent présente les mêmes proportions métalliques que les métaux imparfaits, car ils ont en commun la même matière première en la personne du Mercure."

Encore : "Teins avec l'or et l'argent, car l'or procure le doré et l'argent la nature et la couleur argentines. Rejette toutes choses n'ayant point naturellement ou virtuellement le pouvoir de teindre, car en elles ne réside aucun profit mais seulement gaspillage d'argent et grincements de dents."

Senior : "Moi, le Soleil, suis chaud et sec, et toi, la Lune, es froide et humide ; lorsque nous nous marierons dans une chambre close, je te volerai doucement ton âme."

Rosinus à Saratant : "De l'eau vivante nous tirons la terre, un corps mort et homogène, composé de deux natures, celle du Soleil et celle de la Lune."

Encore : "Lorsque le Soleil, mon frère, pour l'amour de moi (l'argent) déverse son sperme (i.e., sa graisse solaire) dans la chambre (i.e., mon corps Lunaire), c'est-à-dire lorsque nous devenons un dans une puissante et totale complexion et union, l'enfant de notre amour conjugal sera né."

Hermès : "Son humidité tient de l'empire de la Lune, et sa graisse de l'empire du Soleil, et ces deux-là sont ses coagulum et pure semence."

Astratus dit : "Qui souhaite atteindre la vérité, qu'il s'empare de l'humeur du Soleil et de l'Esprit de la Lune."

Turba Philosophorum : "L'un et l'autre corps en leur perfection devraient être retenus pour la composition de l'Élixir, ou rouge ou blanc, car aucun ne devient liquide sans l'autre."
Et encore, l'Or dit : "Personne ne me tue si ce n'est ma soeur."

Aristote : "Si je n'avais point vu l'or et l'argent, certainement dirais-je que l'Alchimie n'est point vraie."

Le Sage : "Le fondement de notre Art est l'or et sa compagne inséparable."

"L'Art de l'Alchimie" : "Nous avons déjà dit que l'or et l'argent doivent être unis."

Le "Rosaire" : "Il y a un rajout de couleur orange par lequel la Médecine est portée à la perfection depuis la substance du soufre fixe, i.e., l'une et l'autre médecine sont tirées de l'or et de l'argent."

Le Sage : "Qui sait comment teindre le soufre et le vif-argent est parvenu au grand arcane. L'or et l'argent doivent être présents dans la teinture, et aussi le ferment de l'esprit."

Le "Rosaire" : "Le ferment du Soleil est le sperme de l'homme, le ferment de la Lune le sperme de la femme. Des deux nous obtenons chaste union et vraie génération."

"Le Son de la Trompette" : "Tu souhaites de l'argent pour subtiliser ton or, et le rendre volatil en retirant ses impuretés, car l'argent a grand besoin de la lumière de l'or. En conséquence, Hermès, comme Aristote dans son traité des Plantes, dit que l'or est son père, et l'argent sa mère; notre Pierre ne nécessite rien d'autre. L'argent est le champ en lequel est semé la semence d'or." Et un peu plus loin : "En ma soeur, la Lune, croît ta sagesse, et non dans quelque autre de mes domestiques, dit le Seigneur Soleil. Je suis semblable à la graine semée en terre bonne et pure, qui germe et croît et se multiplie et rapporte grand profit au semeur. Moi, le Soleil, te donne à toi, Lune, ma beauté, la lumière du Soleil, lorsque nous sommes unis en nos plus petites parties." Et la Lune dit au Soleil : "Tu as besoin de moi, comme le coq a besoin de la poule, et j'ai besoin de ton opération, qui est parfaite de moeurs, toi père des lumières, grand et puissant seigneur, chaud et sec, moi qui suis la Lune croissante, froide et humide, mais qui reçois ta nature par notre union."

Avicenne : "Afin d'obtenir l'Élixir rouge et blanc, les deux corps doivent être unis. Car bien que l'or soit le plus fixe et le plus parfait de tous les métaux, s'il est dissous en ses plus petites parties, il devient spirituel et volatil, comme le vif-argent, et cela en raison de sa chaleur. Cette teinture, qui est sans nombre, est nommée ardente semence mâle. Mais si l'argent est dissous dans l'eau chaude, il demeure fixe comme auparavant, et possède peu ou pas de teinture, bien qu'il reçoive promptement la teinture dans une complexion de chaud et de froid, et soit nommé froide et sèche semence femelle. L'or ou l'argent ne sont pas aisément fusibles en eux-mêmes, mais un mélange des deux fond promptement, comme le savent les orfèvres. En conséquence si notre Pierre ne contenait point à la fois or et argent, elle ne serait pas liquide, et ne donnerait lieu à aucune médecine par l'entremise de quelque magistère que ce soit, non plus qu'aucune teinture, car si elle produisait teinture elle n'aurait toutefois aucun pouvoir de teindre."

Et un peu plus loin : "Prenez donc garde et n'agissez que sur or, argent, et vif-argent, car tout le bénéfice de notre Art vient de ces trois-là."

Je pourrais ajouter que le Mercure grossier est l'eau que les Sages ont employée pour la solution. J'ai établi que deux corps doivent être dissous, et qu'ils ne sont rien d'autre que l'or et l'argent. Je décrirai maintenant la conjonction de ces deux corps au moyen du Mercure grossier des Sages.

"La Lumière des Lumières" : "Sache que c'est l'or, l'argent, et le Mercure qui blanchissent et rougissent à l'intérieur comme à l'extérieur. Le Dragon ne meurt point s'il n'est tué au moyen de son frère et de sa soeur, et non par l'un d'entre eux seul, mais par tous deux ensemble."

"L'Escalier des Sages : "D'autres affirment qu'un véritable corps doive être ajouté à ces deux-là, afin de renforcer et abréger l'opération."

"Le Trésor des Sages" : "Notre Pierre possède corps, âme et esprit, le corps imparfait est le corps, le ferment l'âme, et l'eau l'esprit."

"Le Chemin du Chemin" : "L'eau est appelée l'esprit, car elle donne vie au corps imparfait et mortifié, et lui confère une meilleure forme; le ferment est l'âme, car il donne vie au corps, et le modifie en lui accordant sa nature propre."

Encore : "Tout le Magistère est accompli avec notre eau, et par elle. Car elle dissout les corps, les calcine et les réduit en terre, les transforme en cendres, les blanchit et les purifie, comme dit Morienus : 'Azoth et feu purifient Latone, c'est-à-dire la lavent et lui retirent totalement son obscurité ; Latone est le corps impur, Azoth est le vif-argent'."

"Le Son de la Trompette : "Comme sans le ferment il n'est pas de teinture parfaite, selon ce que disent les Sages, ainsi il n'est pas de bon pain sans levain. En notre Pierre, le ferment est semblable à l'âme, qui donne vie au corps mort par l'entremise de l'esprit, ou Mercure."
"Le Rosaire" et Pierre de Zalentum affirment : "Si le ferment, qui est le moyen de la conjonction, est disposé au début, ou au milieu, alors l'oeuvre est plus rapidement portée à la perfection."

"Le Son de la Trompette : "L'Élixir des Sages est composé de trois choses, à savoir la Pierre Lunaire, la Solaire, et la Mercurielle. En la Pierre Lunaire est soufre blanc, en la Pierre Solaire soufre rouge, et la Pierre Mercurielle contient les deux, en cela réside la puissance du Magistère tout entier."

Eximenus : "L'eau, avec ses adjoints, disposée dans un vase, les préserve de la combustion. Les substances étant broyées avec l'eau, il s'ensuit l'ascension de l'Ethelia, et l'imbibition de l'eau est d'elle-même suffisante pour achever l'oeuvre."

Platon : "Prenez des corps fixes, unissez-les, lavez le corps dans la substance corporelle, et laissez-le s'affermir au contact du corps incorporel, jusqu'à ce que vous le changiez en corps véritable."

Pandolphus : "L'eau fixe est pure eau de vie, et nul poison teintant n'est engendré sans l'or et son inséparable compagne. Qui teinte le poison des Sages avec le Soleil et sa compagne a atteint la plus grande des sagesses."

Encore : "Séparez les éléments par le feu, unissez-les grâce au Mercure, et le Magistère est achevé."

Exercit, 14 : "L'esprit garde le corps et le préserve du feu, le corps clarifié empêche l'esprit de s'évaporer sur le feu, le corps étant fixe et l'esprit incombustible. D'où que le corps ne puisse être brûlé, car le corps et l'esprit sont un par l'entremise de l'âme. L'âme les empêche d'être séparés par le feu. Et donc, les trois ensemble peuvent défier le feu comme d'ailleurs n'importe quoi d'autre au monde."

Rhasès ("Le Livre des Lumières") : "Notre Pierre est nommée après la création du monde, étant trois et toutefois une. Nulle part ailleurs on ne trouve notre Mercure plus pur que dans l'or, l'argent, et le Mercure vulgaire."

Lorsque corps et esprits sont dissous, ils sont résous en les quatre éléments, qui deviennent substance ferme et fixe. Mais lorsqu'ils ne sont pas ensemble dissous, il reste une mixture que le feu peut néanmoins désunir."

Rosinus : "Dans notre Magistère il y a un esprit et des corps, d'où qu'il est dit : Il se réjouit d'être semé dans les trois substances associées."

Calid : "Apprêtez les corps vigoureux par l'humidité dissoute, jusqu'à ce que chacun soit réduit à sa forme subtile. Si vous ne subtilisez et ne broyez point les corps jusqu'à ce qu'ils deviennent impalpables, vous ne trouverez pas ce que vous cherchez."

Rosinus : "La Pierre se compose de corps, âme, et esprit, ou eau, comme disent les Philosophes, et est digérée dans un vase. Tout notre Magistère est de notre eau, et par notre eau, qui dissout les corps, non dans l'eau, mais par une véritable solution philosophique dans l'eau d'où sont extraits les métaux, et est calcinée et réduite en terre. Elle rend jaunes comme cire ces corps en la nature desquels elle est transformée ; elle substantialise, blanchit, et purifie le Léton, suivant la parole de Morienus."

Aristote : "Prenez votre fils chéri, et mariez-le à sa soeur, sa soeur blanche, en mariage égal, et offrez-leur la coupe d'amour, car c'est nourriture qui pousse à l'union. Toutes choses pures doivent être unies à des choses pures, ou elles auront des enfants différents d'eux-mêmes. Par conséquent, pour commencer, ainsi que le conseille Avicenne, sublimez le Mercure et purifiez dedans des corps impurs. Puis broyez et dissolvez. Répétez cette opération encore et encore."

Ascanius : "Excitez la guerre entre cuivre et Mercure jusqu'à ce qu'ils se détruisent et se dévorent l'un l'autre. Alors le cuivre coagulera le vif-argent, le vif-argent congèlera le cuivre, et les deux corps deviendront une poudre par le biais d'imbibition et de digestion assidues. Réunissez l'homme rouge à la femme blanche jusqu'à ce qu'ils deviennent Ethelia, c'est-à-dire vif-argent. Qui les change en esprit au moyen du vif-argent, et les rend alors rouges, peut teindre n'importe quel corps."

Pour ce qui est de la nature de ce cuivre, Gratianus nous instruit par les mots suivants : "Rendez Latone blanche, i.e., cuivre blanchi avec Mercure, car Latone est un corps orange et imparfait, composé d'or et d'argent."

Je vous conseille à tous sans exception de suivre mon enseignement, l'exactitude de mes citations des Anciens ne laissant aucun doute et mes propres expériences l'ayant confirmé plus encore. Tout écart de cette voie mène à la déception, à la seule exception de l'oeuvre de Saturne, qui doit être réalisée par la subtilisation des principes. Les Sages disent que les choses homogènes ne se combinent qu'entre elles, se rendant l'une l'autre blanches et rouges, et permettant la génération commune. Le point important est que le Mercure doit agir sur notre terre. C'est l'union du mâle et de la femelle dont les Sages nous parlent tant. Après que l'eau, ou vif-argent, soit une fois apparue, elle croît et se multiplie, car la terre devient blanche, et l'on nomme cela imprégnation. Puis, le ferment est coagulé, i.e., joint au corps imparfait préparé, jusqu'à ce qu'ils deviennent un en couleur comme en apparence : l'on appelle cela naissance de notre Pierre, que les Sages nomment le Roi. De cette substance, il est dit dans "L'Art de l'Alchimie" que si quelqu'un roussit cette fleur, et sépare les éléments, le germe générateur est détruit.

Je conclurai par ces mots d'Avicenne : "Le véritable principe de notre oeuvre est la dissolution de la Pierre, car les corps dissous ont endossé la nature des esprits, i.e., car leur qualité est plus sèche. Parce que la solution du corps est accompagnée de la coagulation de l'esprit. Sois donc patient, digère, broie, rends jaune comme la cire, et ne sois jamais las de répéter ces opérations jusqu'à ce qu'elles soient absolument parfaites. Car les choses saturées d'eau sont de ce fait adoucies. Broie davantage la substance, adoucis-la plus, et subtilise ses parties grossières, jusqu'à ce qu'elles soient totalement pénétrées de l'esprit et ainsi dissoutes. Car en broyant, en brûlant, en cuisant, les parties tenaces et visqueuses des corps sont séparées."

Enfin, j'aimerais que vous compreniez, fils de la connaissance, qu'il y a trois solutions dans l'oeuvre des Sages.

La première est celle du corps grossier.

La seconde est celle de la terre des Sages.

La troisième est celle qui survient durant l'accroissement de la substance. Si vous considérez assidûment tout ce que j'ai dit, ce Magistère vous sera connu. Quant à moi, combien j'ai souffert pour cet Art, l'histoire le révélera aux siècles futurs.

Repost 0
Published by E. Kelly - dans Alchimie
commenter cet article
30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 10:56

PREMIÈRE PARTIE : Arguments apologétiques

I    Les quatre Éléments

Et afin de procéder clairement et métho­diquement, il est à supposer premièrement comme très-véritable que toutes les choses sublunaires sont simples ou composées. Les simples sont celles qui composent les mixtes; les composées sont celles qui procèdent du mélange des simples. Les simples sont celles qui ne contiennent qu’une qualité prédomi­nante des quatre radicales; les composées sont celles qui sont mélangées de ces quatre premières. Ces substances simples s’appellent Éléments, parce qu’elles sont les principes premiers dont tout le reste est composé. Et, en effet, nous connaissons que tous les mixtes seulement sont composés du chaud, du froid, du sec et de l’humide, d’où vient que ces quatre Éléments se trouvant opposés et agissant à raison de leur contrariété les unscontre les autres, s’altèrent doublement, et par rémission et par intention, et par cette double altération changent le premier et vrai tempérament nécessaire à la durée de chaque chose et en font un autre propre à produire un nouveau mixte. Aussi nous remarquons que les êtres qui n’ont point de contraires sont immortels et non sujets à la corruption pourvu que, d’ailleurs, il n’y ait point d’autre cause qui les puisse détruire, comme il arri­verait en l’âme raisonnable si elle n’était pas capable d’agir hors de son corps. Je veux dire qu’en ce cas elle serait mortelle bien qu’elle n’ait aucun contraire, parce que l’être n’étant que pour l’action, il ne peut subsister dans l’état de ne pouvoir agir. Je ne dis pas pourtant que les quatre pre­mières qualités soient contraires dans toute leur étendue, puisque partout elles s’ac­cordent pour composer tous les tempéra­ments. Je veux seulement dire qu’elles ne se combattent qu’en un certain degré sous lequel nous devons toutefois admettre une certaine latitude, le tempérament ne consis­tant pas dans un indivisible. Mais lorsqu’elles sortent de cette latitude, elles détruisent suffisamment le tempérament qui conserve le mixte et en composent un autre. Et de là vient cette corruption générale que nous voyons dans tous les composés de cette basse région.

II   Les trois Principes

II est certain, en second lieu, que tous les composés de ces quatre Éléments se réduisent en trois Principes, à savoir, en Soufre, Sel et en Mercure qui, selon leurs divers mé­langes, composent toutes les choses sublu­naires, quoique infinies en nombre, en pro­priétés et en vertus. C’est un beau sujet de méditation et un digne motif d’admirer l’Au­teur de la Nature, de voir que cette grande variété de fleurs, de feuilles et de fruits, de pierreries et de métaux, cette diversité d’es­pèces parmi les animaux ne provient que du divers mélange de trois choses. Cette vérité paraît très évidente, puisque dans la résolu­tion de tous les composés nous y voyons ces trois choses et rien de plus. Nous y voyons une partie terrestre, une aqueuse et une sul­furée. Nous y voyons un corps, une âme et un esprit et dans ce ternaire nous y voyons pareillement le quaternaire des quatre qua­lités et éléments. Le corps est composé de terre et d’eau, et nous l’appelons Mercure; l’âme est composée d’air et de feu, et nous l’appelons Soufre. Le Sel est comme la matière, le Soufre comme la forme, et le Mer­cure le moyen unifiant, car, comme le corps et l’âme participent des qualités trop éloi­gnées et opposées, le Mercure qui participe des qualités de l’âme et du corps sert de médiateur; et comme il est eau et air, et qu’en tant qu’il est eau il participe du corps, et en tant qu’il est air il approche de l’âme, de là vient qu’il fait la liaison du Sel avec le Soufre, du corps avec l’âme. Et il est vrai que selon le mélange de ces trois choses, de ce Sel, de ce Soufre et ce Mercure, l’un sur l’autre et l’un avec l’autre, procède cette admirable diversité de toutes choses. Et afin de ne rien oublier, je vous dirai que ce mélange se fait , en trois façons, suivant les trois actions dif­férentes qui se rencontrent entre les Éléments, savoir : l’action du feu sur l’air, de l’air sur l’eau et de l’eau sur la terre qui, comme la base et le principe purement passif, ne peut agir et n’agit point. L’action du feu sur l’air fait le Soufre, l’action de l’air sur l’eau fait le Mercure et l’action de l’eau sur la terre fait le Sel. Et parce qu’il n’y a que ces trois sortes d’actions entre les Éléments, il n’y peut avoir que ces trois choses dans tous les composés de la nature inférieure. C’est pour cela aussi que nous voyons que tous les mixtes d’ici-bas ne se conservent, nourrissent et entretiennent que par ces trois Principes, d’autant que chaque chose est nourrie, entretenue et conservée par les mêmes Principes dont elle est composée. Il semble aux yeux des ignorants que tous les mixtes se nourrissent de mille choses diffé­rentes, mais non aux yeux des Philosophes qui ne reconnaissent qu’un seul aliment pour tous les mixtes d’ici-bas. Comme ils sont composés de Sel, de Soufre et de Mercure, ils ne se nourrissent que de Sel, de Soufre et de Mercure; et bien que ces trois choses paraissent tant diversifiées, c’est que la Nature mignarde ses ouvrages et les revêt diversement pour contenter les différents tempéraments de toutes choses. Elle fait comme un habile cuisinier qui d’une même chose fait des ragoûts tous différents et pré­pare les mêmes aliments de mille différentes manières. Toutes ces différentes espèces qui nous étonnent par leur diversité ne sont qu’une même chose diversement assaisonnée et mélangée. Les minéraux, les végétaux et animaux paraissent se conserver et se nourrir diversement; ils n’ont toutefois tous qu’un même aliment composé de Soufre, de Sel et de Mercure. La même chose qui conserve fait croître et élève les plantes, conserve et nourrit les métaux, les minéraux et animaux, et cet aliment commun est le baume de la Nature, composé de ces trois choses qui font tout, conservent tout et se trouvent partout. Il est attiré dans nos jardins par nos simples, dans nos parterres par nos fleurs, dans nos mon­tagnes et cavernes par nos minières, et, parmi les animaux, par les estomacs. Il se fait plante dans les jardins, fleur dans les parterres, métal dans les minières et animal dans notre corps. Les plantes et les minéraux le sucent dans la terre immédiatement et les animaux le sucent par l’entremise des plantes et des animaux mêmes; comme les natures minérale et végétale ne sont pas si parfaites que l’animale, et sensitives, elles le sucent sans préparation et moins déterminé; mais parce que les animaux sont plus parfaits et exercent les opérations des sens, ils le sucent plus préparé, plus poussé et plus conforme à leur tempérament; mais c’est toujours le même baume préparé diversement qui les nourrit et les conserve chacun à leur mode et suivant leur constitution; et, bien que souvent il soit enveloppé de crasse, d’impuretés d’ordures, la vertu et chaleur naturelle de chaque chose ne laisse pas de l’attirer à soi quand elle est assez forte et sépare d’une façon toute miraculeuse toutes ces hétéro­gènes et étrangères enveloppes : d’où vient que nous voyons par expérience que les animaux jettent autant d’excréments en appa­rence qu’ils ont pris d’aliments. C’est qu’ils ne retiennent que ce baume qui est en chaque chose et qui est en très petite quantité. Ce reste n’est qu’un déguisement, une boîte ou, si vous voulez, une prison où il est enfermé. Cet aliment universel nous était figuré par la Manne qui contenait toutes sortes de saveurs et qui s’accommodait au goût de tous ces peuples au désert. Nous remarquons aussi que les terres qui n’ont point de ce baume, que le vulgaire appelle Sel, sont stériles et ne rapportent rien et que tout meurt à mesure qu’il manque de ce baume. Si donc tout est conservé par ce baume fait de Sel, de Soufre et de Mercure et si nous découvrons ces trois choses, et rien de plus, dans les résolutions de tous les composés, c’est une marque très-évidente que tout est fait et composé de ces trois choses.

III   La Matrice et le Vaisseau universel de la Nature

Puisque tout est composé de ces trois Prin­cipes, Soufre, Sel et Mercure, suivant, comme nous avons dit, les trois actions diverses des Éléments, il faut nécessairement qu’il y ait un composé général de ces trois choses qui en procède immédiatement, parce que aussi­tôt que les Éléments agissent les uns sur les autres, ils n’agissent pas pour porter d’abord leur mélange dans le dernier degré où la Nature peut atteindre; d’autant qu’agissant sagement en tout ce qu’elle fait elle marche pas à pas et elle avance de degré en degré; jamais elle ne saute en ses ouvrages, elle passe toujours par le milieu, et cela s’observe et se remarque en toutes les opérations qu’elle produit dans ses trois règnes; son intention est bien d’aller au plus parfait, mais non sans passer par les milieux qui l’y conduisent. Quand elle travaille dans les minières, elle ne prétend pas faire du Plomb, de l’Étain, du Mercure, du Fer, du Cuivre, ni même de l’Argent, mais seulement de l’Or. Mais comme elle est toujours sage et suit les mouvements de son auteur, elle n’entend pas faire de l’Or d’abord et dans son premier pas; et, travaillant dans le règne des plantes, elle veut faire des simples et des arbres par­faits mais non pas en un jour; parmi les animaux elle prétend former, élever et orga­niser un corps avec toute la beauté qu’elle peut, mais non sans faire plusieurs différentes démarches. Et comme, travaillant dans un règne particulier et déterminé, elle va pas à pas, aussi auparavant que de passer dans le particulier, elle commence par le général et par la première action de ses Éléments; elle fait un mixte universel et général qui se ren­contre par toute la terre, cet élément étant la matrice et le vaisseau universel de la Nature et, de ce mixte général, tous les autres sont composés; c’est de lui qu’ils prennent leur naissance, c’est par lui qu’ils s’élèvent, qu’ils s’entretiennent, qu’ils se conservent et se nourrissent; il forme et enrichit les minéraux et les métaux; il compose et fait croître les plantes; il fait et il nourrit les animaux. C’est ce premier ouvrage des Éléments estimés par les Sages plus que tout l’Or du monde; c’est ce sujet vil et précieux; c’est cette matière qui n’est pas la première, mais quasi la première; c’est cette pâte qui fait tous les pains cuits de la Nature; c’est cet Or des Philosophes, c’est la semence de l’Or, c’est cette pierre miné­rale, végétale et animale et qui pourtant n’est minérale, végétale ni animale; c’est ce Mer­cure qui comprend tout ce que cherchent les Sages, c’est cette eau qui ne mouille pas les mains; c’est ce Prothée qui se revêt de toutes les couleurs; c’est ce poison et c’est cet anti­dote, c’est ce feu de nature, c’est ce bain du Roi et de la Reine, c’est ce fils du Soleil et de la Lune, c’est l’Androgée des Sages, c’est cette Vénus hermaphrodite qui contient les deux sexes, le mâle et la femelle, le froid, le sec, l’humide et le chaud, en un mot c’est la matière et le sujet des Sages.

IV   Le travail de la Nature

Mais la Nature a ses limites et ses bornes en toutes ses opérations, tant à raison des impu­retés, des taches et des ordures qu’elle ne peut séparer dans sa composition et premier mélange des Éléments en ses Principes, que pour l’indisposition de la matière ou du lieu où elle travaille pour faire son mélange et pour le défaut de la chaleur nécessaire à réitérer et pousser plus avant ses mêmes opé­rations. De là vient que son premier composé général est impur et moins élevé et par conséquent ses Principes restent généraux. Ce Soufre général, ce Mercure général et ce Sel générai dont tous les mixtes particuliers sont composés participent de la même impu­reté et imperfection de leur naissance. C’est une tache ou un péché originel qu’ils tirent de leur source, c’est une souillure qui vient du père et de la mère et qui est communiquée à tous les mixtes particuliers par voie de génération. Les crasses, les fèces, les terrestréités, sulfuréités, les phlegmes et autres impuretés semblables, que nous voyons aux métaux imparfaits, sont des effets de ce péché. L’âpreté, l’aigreur, la crudité, les indigestions, l’immaturité et autres pareils défauts qui se remarquent aux végétaux sont des ruisseaux de cette source. Les maladies et les infirmités que les animaux souffrent sont des marques de ce venin et il n’y a rien dans toute la nature sublunaire qui n’ait été conçu et engendré avec ce péché et cette tache originelle. L’Or même qui est le plus parfait composé d’ici-bas n’a point été conçu sans cette tache et la conception des plus purs n’a point été immaculée. Il est vrai que son Sel, son Soufre et son Mercure sont les plus épurés. Toutefois ils ne sont point exempts de certaines taches centrales, moins gros­sières que celles qui se rencontrent dans les autres métaux, comme il paraît par leurs dissolutions. De plus, il n’est pas tant élevé qu’il pourrait être, n’ayant dans le mélange et constitution de ses trois Principes que le poids, la teinture et la fixation qui lui sont nécessaires et n’en pouvant communiquer aux autres. Et nous remarquons que tous les mélanges qui se font des autres métaux et minéraux avec l’Or, quoique purifiés par leurs ciments et autres procédés, ne sont pas des augments de cet Or, mais qu’après tous ces travaux on trouve toujours l’Or au même état qu’il était auparavant et les métaux que l’on a mélangés nullement exaltés. Nous voyons aussi que la nature demeure des centaines d’années à faire le plus beau et le plus riche de ses mixtes ou composés élémentaires. C’est à raison de ses impuretés originaires qui amortissent la force et la vigueur des actions de la Nature, que celle-ci, manquant de chaleur nécessaire pour porter et pousser ses digestions au point qu’elle voudrait, est contrainte de continuer le même travail pour faire en un long temps ce qu’elle ferait en peu par des opérations plus fortes et vigou­reuses.

V  Le travail de l’Art

Or si ce mixte général, impur dans sa naissance et qui infecte tous les mixtes particuliers de son premier venin, étant leur fondement, leur nourriture et aliment, était exempt de ses impuretés et taches originelles et si le mélange des Principes qui sont sa composition était exalté en eux-mêmes et rendu plus parfait, il est certain qu’il aurait le pouvoir d’exalter, élever et perfectionner; car si, dans sa faiblesse et dans son mélange imparfait, il fait, il nour­rit, il élève et conserve tant de belles et di­verses espèces au règne minéral, végétal et animal, que ne ferait-il pas si son mélange était pur et parfait? Sans doute il produirait des mixtes beaucoup plus beaux, il les nour­rirait plus abondamment, les conserverait plus fortement et les élèverait plus hautement, Mais il est vrai, et personne n’en peut jamais douter, que l’Art, se joignant à la Nature, peut donner cette perfection et cette pureté en supplément à tous les défauts de la Nature. Ce qu’il peut faire et fait premièrement quand il sépare les taches et les ordures des trois Principes généraux, leur fournissant une matière, un lieu ou un vaisseau plus conve­nable que n’est celui où la Nature opère, qui est rempli de crasses et de mille sortes d’im­mondices. Secondement, en administrant un feu plus proportionné, plus fort et qu’il manie plus à son gré et comme il veut, pour réitérer avantageusement et avec surcroît les mêmes opérations que la Nature pratique en ses ouvrages et son mélange qui sont digestion, évaporation et distillation, purifiant les trois Principes en rejetant les crasses et les parties plus grossières du Sel, les aquosités superflues du Mercure et les parties adustibles du Soufre. L’Art perfectionne le Sel, le Soufre et le Mercure en digérant, évaporant et distil­lant plus fortement et plus souvent que ne peut la Nature, qui, sans l’aide et le secours de l’Art est défectueuse et n’a pas assez de chaleur pour bien faire et ainsi pousser et réitérer ses opérations.

VI  La Médecine universelle et l’Élixir des Philosophes

Si l’Art et la Nature, ou plutôt si la Nature aidée de l’Art peut faire le mixte général très-parfait, il est indubitable qu’étant appliqué aux mixtes particuliers, impurs et imparfaits l’Art les perfectionnera et portera leurs Principes dans leur dernière pureté. Étant joint avec les métaux imparfaits, il en fera de l’Or qui est le terme de la Nature au genre minéral. Pareillement, il rendra les végétaux capables de produire promptement les meilleurs fruits dans leur espèce et guérira les animaux de toutes les maladies et sera la panacée, la Médecine universelle à tous les mixtes et composés de la Nature, parce que le bien, par inclination essentielle envers ce qui lui est semblable et proportionné, s’y joint et s’y attache et partant, le très-grand bien qui est dans ce mixte parfait, rencontrant dans les mixtes particuliers quelque chose de bon, il l’embrasse et s’y unit étroitement; et ainsi en s’unissant avec lui, il l’accroît et l’augmente; et, par raison contraire, ayant une aversion essentielle beaucoup plus forte contre le mal, il rejette tout le mal qu’il rencontre dans les mixtes et, par conséquent, il purifie, il per­fectionne, il exalte, il conserve, il guérit tous les sujets où il est appliqué suffisamment et comme il faut. C’est sur ces fondements que se sont appuyés tous les Philosophes quand ils ont attribué tant de merveille à leur Élixir, quand ils ont dit qu’étant appliqué à l’Or il exaltait sa tein­ture et sa fixation avec exubérance, en sorte qu’il en pouvait communiquer abondamment aux métaux imparfaits; qu’en en jetant un grain ou environ dans de l’eau et en arrosant toutes sortes de plantes, il les faisait produire en peu de temps leurs meilleurs fruits et même au plus fort de l’hiver; qu’étant bu dans les liqueurs convenables aux maladies du corps humain, il guérissait très-promptement, rom­pait le calcul, nettoyait la lèpre, apaisait les gouttes, purifiait le sang, confortait la chaleur naturelle, réparait l’humide radical, chassait l’intempérie et, en un mot, donnait la santé, la force et toute la vigueur que l’animal pour­rait avoir ; qu’étant joint au verre, il le rendait très malléable; au cristal, qu’il en faisait un diamant; au teint, qu’il l’embellissait merveil­leusement; aux pierreries, qu’il augmentait leur dureté, leur brillant, leur couleur, leur beauté et leur prix. Ce n’est pas aussi sans raison qu’ils ont dit que cet Élixir se pouvait multiplier en quan­tité et en vertu jusqu’à l’infini, puisque tant plus qu’il se fait de digestions d’un sujet, de distillations et d’évaporations, tant plus il se dépure et il s’exalte; et l’Art peut répéter ces trois opérations autant qu’il veut; il peut aussi administrer plusieurs fois les Principes qui le composent et qui, partant, le multi­plient. C’est sur ces mêmes fondements que je m’ap­puie pour fermer la bouche à nos ignorants présomptueux qui osent entrer en compromis avec les Sages du temps et de l’Antiquité et pensent triompher de la vérité par des raisons frivoles qu’ils opposent aux principes iné­branlables et assurés de la Philosophie. Qu’ils ne se mettent pas de nouveau en colère si j’appelle frivoles et légères leurs plus fortes objections. C’est le plus doux épithète que je leur puis donner et, afin de le faire avouer à eux-mêmes et les confondre davantage, bien qu’elles ne soient pas dignes d’arrêter nos esprits et ne méritent point de réponse, exa­minons-les toutes en détail et en particulier, et faisons leur honneur d’y répondre à leur confusion, à l’avantage de la vérité qui, ne pouvant être vaincue, éclate d’autant plus qu’elle est persécutée et traversée, et que les armes dont on se sert pour la combattre sont faibles contre son bouclier.

DEUXIÈME PARTIE

Réponses aux objections

Première objection

Le premier trait de l’ignorance en ce rencontre est de dire que, depuis la naissance du monde jusqu’à nos jours, nous ne trouvons pas que personne ait accompli cet Œuvre et que, par cette raison, nous devons croire que l’entre­prise en est vaine et le succès impossible. Je laisse à juger à tout le monde si cette première objection n’est pas tout à fait ridicule, et si c’est raisonner en habile homme de conclure à l’impossible par la négation d’un fait. Celui qui dirait que Dieu ne peut créer de nouvelles créatures s’il voulait parce qu’il ne les a pas encore créées, que le Roi ne peut faire des armées de cent mille hommes parce qu’il n’en a point encore levé de si nombreuses, passerait-il pas justement pour dénué de sens? C’est une maxime dans la Logique que la conséquence est vicieuse, qui infère, par la privation de l’acte, un défaut de puissance. Ainsi, quand il serait vrai que personne n’a jamais fait le Grand Œuvre des Sages, l’on ne pourrait pas en inférer que le succès est impos­sible.

Mais tant s’en faut que nous devions accorder que cet Œuvre n’a pas été fait; plutôt nous devons et pouvons croire raisonnablement que plusieurs Philosophes favorisés de la grâce du Ciel l’ont vu, l’ont manié, l’ont accompli et s’en sont heureusement servi. Autrement, il faudrait révoquer en doute les écrits de plusieurs grands personnages qui l’assurent avec serment. Si le rapport de deux ou trois témoins, pris même du commun du peuple, fait foi parmi les hommes, si celui d’un homme d’honneur et de mérite rend une créance raisonnable, à plus forte raison le rapport de plus de cent grands hommes illustres en piété, en vertu, en science, fait un témoignage très-probable que cet ouvrage a été fait, et nous devons beaucoup plus à leur autorité qu’à l’imagination d’un insensé vul­gaire qui fait des sens l’arbitre de toutes les créances. Le grand Hermès, appelé Mercure Trismégiste, qui a eu toute la connaissance de la Nature, qui même s’est élevé jusqu’a à découvrir quelques rayons du mystère inef­fable de la sacrée Triade, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, Salomon, Calid, roi des Égyptiens, Geber, roi des Arabes, Morienus Romain entre les Anciens, Arthéphius, Synésius, Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve, Bernard, comte de Trévisan, Roger Bacon, Basile Valentin et tant d’autres personnages marqués au meilleur coin de tous les siècles, qui assurent tous non seulement que cet œuvre est possible, mais qu’ils l’ont achevé et par­fait, et qui en ont usé pour leur santé, ont vécu plus longtemps que le commun des hommes et en ont assisté leur prochain, sont-ils pas plus croyables que les plus ren­forcées troupes des ignorants? Certes, un témoignage de cette nature est trop fort pour émousser ce premier trait et faire connaître à tout le monde que l’antécédent et la consé­quence de leur première objection se dé­truisent par une fausseté très-évidente.

Deuxième objection

Si ce Grand Œuvre de chimie était possible, qui promet une santé entière et une grande abondance de richesses, ceux qui s’adonnent avec passion à cette science devraient être les plus riches et les plus sains du monde. Nous voyons cependant qu’ordinairement ils sont les plus infirmes et les plus pauvres. A n’en point mentir, promettre de guérir les gouttes, la lèpre, l’hydropisie, la paralysie et autres maladies qu’on appelle incurables et être podagre, lépreux, paralytique, graveleux et hydropique, promettre des montagnes d’or et n’avoir pas le sol, être tout nu et couvert de poux, c’est s’exposer à la risée de tout le monde et passer pour ridicule dans ses propo­sitions, fourbe dans ses promesses et com­mettre à la censure du public cet Art de faire de l’Or et de guérir. A n’en point mentir, si ceux qui travaillent à ce chef-d’œuvre de chimie, avec un heureux suc­cès, étaient les plus infirmes et les plus pauvres cette seconde objection passerait dans mon esprit pour invincible. Mais de dire que l’art de guérir et de faire de l’Or soit chimérique parce que mille sortes de canailles, prétendant en acquérir la théorie et la pratique, s’oc­cupent toute leur vie à chercher les moyens de ce faire par des voies tout à fait éloignées, soufflent jour et nuit, suent sans repos après leur teinture, leur fixation de Lune et de Mer­cure, leur extraction du Mercure, de Saturne et d’Antimoine, leur circulation, leur es­sence, leur poudre et amalgame de matières diverses et étrangères et qui pourtant mangent et dissipent leur bien et celui de leurs amis qu’ils abusent par mille vaines espérances et que Dieu permet être trompés en châtiment de leur ambition et ensuite, remplis de fumées mercurielles et arsenicales, de leurs matières ou de leurs charbons, deviennent goutteux, podagres et envenimés de maladies chro­niques, ce serait un très-mauvais raisonne­ment. Et puis, il est certain que ceux qui tra­vaillent avec succès vivent cachés et inconnus et que ceux qui travaillent vainement se pro­duisent partout. La prudence accompagne in­séparablement les savants qui possèdent ce don de Dieu, et la vanité et l’ostentation sont attachées à ceux qui cherchent et qui ne trouvent que de la fumée. Ceux-ci sont tou­jours pauvres et infirmes, mais les autres jouissent avec plaisir et richement du fruit de leurs travaux. Ne dites donc pas que ceux qui s’adonnent à cette divine science sont pauvres et infirmes; dites seulement que ceux qui s’y adonnent vainement vivent dans la pauvreté et dans la langueur et meurent souvent dans le mépris et l’infamie, car pour ceux qui s’y exercent savamment et sagement, puisque la prudence les tient clos et couverts, vous ne les connaissez pas et n’en sauriez porter un entier jugement; et si vous étiez assez heureux de les connaître, vous remarqueriez une pru­dence dans leur agir, une charité en leurs ac­tions, une probité en leurs mœurs, une modes­tie en leur port, une retenue en leurs paroles et toutes les marques d’une bonne santé en leur visage.

Troisième objection

Mais vous direz encore que ce ne sont pas seu­lement ceux que j’appelle canailles qui tra­vaillent vainement en cet œuvre; que tous les siècles en ont vu qui passaient pour des savants et des grands hommes et qui, après avoir passé des trente et quarante années à la re­cherche de ce grand Élixir, n’ont rien trouvé de vrai et de réel et ont confessé hautement que c’était une présomption de l’entreprendre, une vanité de l’espérer et une folie d’y em­ployer beaucoup de temps. Que si tant d’hommes de mérite qui ont eu les approbations publiques et qui, avec la pointe de leur esprit, pénétraient les plus cachées et plus sublimes vérités se sont épuisés dans cette re­cherche et n’en ont rapporté qu’un très-sen­sible déplaisir d’y avoir perdu leur temps et leur huile, est-ce pas une très-forte conjec­ture pour révoquer en doute la possibilité de l’art? Il n’est pas difficile de répondre à ce point. Premièrement, c’est une question si plusieurs grands personnages savants en la Philoso­phie y ont travaillé vainement. Je mets en fait que, si l’on est vraiment savant, l’on travaille en secret, et qu’il n’y a que les ignorants qui font gloire de publier leurs travaux, d’étaler de grands laboratoires pour leurrer et attra­per les plus forts entre les curieux et, par conséquent, qu’on ne peut savoir bien aisé­ment si plusieurs savants hommes ont travaillé sans réussir. Mais supposons, en effet, que tous les siècles en ont vu qui, avec de très-grandes lumières, ont rencontré en cet ou­vrage une pierre d’achoppement plutôt qu’un Élixir de vie, que pouvez-vous tirer de là si­non que tous ceux qui travaillent ne réus­sissent pas, et je l’accorde volontiers. Mais si par-là vous pensez faire croire que l’Art n’est pas possible, vous méritez que l’on se rie de vous. Celui qui dirait : mille personnes et même des plus expertes en l’art de naviguer ont entrepris le voyage de l’Amérique sans jamais y pouvoir arriver, donc ce voyage est impossible, le renverrait-on pas aux premiers rudiments de la Logique? Les plus grands esprits ne sont pas infaillibles et toutes nos plus grandes lumières sont mé­langées d’obscurités et de ténèbres. L’ou­vrage des Philosophes est un simple ouvrage de Nature et il se trouve que la plupart des grands esprits du monde s’éloignent de la simplicité et, étant trop subtils en leurs pen­sées et en leur agir, s’évanouissent en leurs conceptions et s’égarent du droit sentier de la Nature. Davantage, les esprits des hommes sont bornés. Ils sont éclairés pour de cer­taines choses et aveugles en d’autres, voire les plus élevés sont idiots dans les moindres su­jets. Ils raisonneront merveilleusement, ils se feront admirer en leurs discours dans des matières générales et, s’il faut tant soit peu descendre dans le particulier, ils perdent la tramontane et trouvent tous leurs plus beaux raisonnements défectueux. Par exemple, que l’on fasse un discours sur quelque qualité pre­mière, un bon esprit dira des merveilles. Il dira que la qualité du sec est opposée à celle de l’humide, que tant plus une chose est sèche, tant moins elle est facile à se résoudre. Par­lant ainsi en général, il persuadera tout ce qu’il dit et s’efforcera de le persuader aux autres. Mais s’il vient à faire l’application de cette théorie, sans doute il deviendra aveugle. Il verra que la pierre est sèche de sa nature et qu’en effet par cet raison, étant mise dans l’eau, elle ne se résout pas. Mais aussi il verra que la pierre étant calcinée est plus sèche qu’elle n’était auparavant, puisque le feu a emporté le peu d’humide qu’elle avait, et toutefois elle se résout plus facilement calcinée ; et pourtant elle est plus sèche calcinée que ne l’étant pas, et voilà ces belles spéculations renversées : pour vous dire que les plus grands esprits, ou qui passent pour tels à cause de leurs subtilités et beaux discours, sont arrêtés au premier pas quand il leur faut faire des applications de leurs principes. Ainsi tous ceux qui sont estimés pour de grands personnages ou ne le sont pas, en effet, ou leur trop grande subtilité les égare du sentier de la vérité où ils trouvent des bornes et limites dans leurs entreprises. Ainsi ce ne serait pas grande merveille si plusieurs de ces hommes que l’on appelle grands avaient entrepris cet Élixir de vie et n’avaient pas bien réussi, mais ce ne serait pas aussi un rai­sonnable fondement pour renverser sa possi­bilité.

Quatrième objection

D’où vient donc que cette occupation est blâmée de tout le monde et même des plus sages? D’où vient que d’être fou ou fourbe et chercher la Pierre Philosophale, c’est une même chose au sentiment du public? Quand vous me dites que les Sages blâment ceux qui s’occupent à la recherche et à la pratique de cet Œuvre, c’est comme si vous me disiez que les plus vertueux blâment la plus héroïque action de vertu, les plus justes, le plus noble effet de la justice, puisque cet ouvrage est l’un des principaux effets de la Sagesse et c’est pour cela qu’il est appelé le secret des Sages, l’ouvrage des Savants, le Grand Œuvre de l’Art et de la Nature et la Pierre des Philosophes. Si vous disiez que ceux qui passent pour Sages et qui ne le sont pas n’approuvent pas cette occupation, j’en demeurerais d’accord avec vous, mais ce se­rait un faible motif pour la condamner. J’avoue pareillement que la plupart du monde la condamne, mais tant s’en faut qu’il faille tirer de là qu’elle est blâmable. Plutôt j’en tire un motif de sa justification puisque, comme dit l’Écriture, le monde est tout rem­pli de fols, et les fols ne peuvent approuver ce qui procède de la Sagesse. C’est pour cette raison que les belles choses sont toujours traversées, que les meilleurs desseins ne trouvent point d’appui et que les plus hautes vérités sont méprisées et ne sont point connues. Savons-nous pas que la vérité même, étant descendue du ciel en terre pour se manifester et se faire connaître, n’a ren­contré que des persécuteurs quand elle a parlé, pour éclairer l’esprit des humains, des plus hautes et divines doctrines. L’on a de­mandé des signes, l’on a vu dans les villes des murmures et des soulèvements et il a fallu justifier ces paroles par mille morts, mille martyrs et mille effusions de sang. Au contraire, un faux prophète n’a pas plutôt paru pour publier ses rêveries et ses mensonges qu’en peu de temps il a infecté et profané toute une terre sainte. L’homme est à présent corrompu universellement en toutes ses puissances et, comme le dérè­glement de sa volonté fait qu’il penche du côté du bien ou qu’il préfère les biens appa­rents aux véritables, ainsi le dérèglement de son entendement le porte à embrasser plutôt le taux que le vrai, à mépriser la vérité et aimer le mensonge : d’où vient que l’appro­bation publique n’est pas toujours la voix de Dieu et que ce qui est blâmé par la plu­part des hommes est souvent glorieux et digne de louange. Je sais bien que vous ajouterez que ce blâme universel n’est pas sans fondement et que les fourbes et tromperies de ceux qui professent cet Art, les grands inconvénients qui en arrivent tous les jours et qui en sont arrivés de tout temps sont des voix qui crient haute­ment contre l’Art et contre les Artistes. Mais je vous répondrai aussi que ce fondement « est si faible qu’il tombe de lui-même. J’avoue qu’il s’y est glissé de grands abus dans la pra­tique de cet Art et que plusieurs ignorants, présumant de leurs forces et s’élevant au-dessus de leur portée, se sont de tout temps voulu mêler parmi les Sages, étudier en leurs écoles, s’occuper en la lecture de leurs livres et tenter la pratique de leurs plus grands secrets, mais n’ayant point d’autres guides que leur faible raisonnement, ils ont pris les écrits des Philosophes littéralement, ont employé des années entières, engagé leur temps, leurs biens et leurs amis, sans rien trouver dans leurs vaisseaux que cela même qu’ils y avaient mis dans le commencement, de sorte que, se voyant déçus de leurs espé­rances, ruinés de fond en comble, endettés partout, comme un abîme en attire un autre ils se jettent dans le précipice, ils altèrent les métaux, ils travaillent après des Sophistiques, ils font de mauvais alliages, ils fabriquent de la fausse monnaie et enfin finissent leurs jours sur la potence ou sur la roue. Mais s’il fallait condamner toutes les pro­fessions où il se glisse des abus, sans doute les plus saintes et légitimes seraient sujettes à la censure. Il faudrait bannir les magis­trats puisque nous remarquons dans les plus célèbres sénats des abus insupportables dans l’administration de la justice. Il faudrait ruiner les cloîtres, renverser les temples et abolir les plus saints instituts puisqu’il s’y forme des abus. C’est un mal qui paraît aux yeux de tout le monde que les plus grands abus suivent et accompagnent ordinairement les plus nobles professions. Il ne procède pas toutefois de la nature des emplois et des professions, mais de la malice et de la fai­blesse des hommes, qui sont si faciles à se porter dans le désordre que le moindre vent les y fait choir. Si donc nous remarquons des abus, et de très-grands abus dans l’Art des Philosophes, c’est plutôt un motif pour l’ap­prouver que pour le condamner. Et, au reste, tout cela ne dit rien contre sa vérité et sa possibilité.

Cinquième objection

II n’y a point d’apparence que tous les composés de l’Univers, presque infinis en nombre, qui sont remplis de mille impuretés, sujets à mille sortes de différentes maladies, souillés de mille taches, puissent être guéris, purifiés et nettoyés par un seul remède. Nous remarquons bien en chaque chose des pro­priétés spécifiques et que chaque simple animal et minéral a des qualités propres pour quelque mal particulier, mais la Médecine n’en a point encore découvert qui contienne les propriétés de tous ensemble. Elle dit bien que la rhubarbe purge la bile, l’agaric, la pituite, que la chicorée est spécifique pour les maladies du foie, la minium solis pour le calcul, la pivoine contre l’épilepsie, le rossolis pour le poumon et attribue à tous les particuliers des qualités et des vertus particulières. Comme il appartient proprement au médecin de savoir et juger des remèdes, s’ils n’en ont point reconnu un seul qui soit propre contre toutes les maladies imaginables tant internes qu’externes, est-ce pas une marque évidente qu’il n’y en a point et qu’il n’y en peut avoir et qu’il vaut mieux croire que les vertus de tous les mixtes de l’Univers sont bornées que de s’imaginer que l’on en peut faire un qui les contiendra toutes? A la vérité, cette cinquième objection étant fondée sur l’apparence, je ne m’étonne pas si elle n’a rien de vrai que l’apparence. Vous dites qu’il n’y a point d’apparence qu’un remède puisse être universel et général. Et dites-moi pourquoi vous admettrez plutôt un aliment universel qui nourrit tous les sujets de la Nature élémentaire, qui est tout en tout, tout partout et tout avec tout, qui élève le minéral, fait croître les plantes et nourrit l’animal? Toutes les choses sublunaires vivent-elles pas et se conservent-elles pas par un seul baume de Nature que le vulgaire appelle Sel? Si tout le monde voit et connaît évidemment cet aliment universel, pourquoi ne pourrons-nous pas dire qu’il peut y avoir pareillement un remède universel puisqu’il n’y a rien à faire que d’exalter cet aliment et l’élever tellement par les opérations de l’Art, imitant la Nature, que d’aliment il devienne remède, comme nous exaltons le vin et son esprit en sorte qu’il n’est plus une boisson ordinaire, mais un cardiaque sou­verain? Ainsi étant, auparavant son exalta­tion, un aliment universel, il sera après son élévation un remède universel, car comme il n’agit qu’en deux manières, premièrement confortant la Nature, secondement introdui­sant un parfait tempérament en chaque chose par sa parfaite mixtion d’éléments, son agir et sa vertu doivent être universels, d’au­tant qu’en agissant de la première manière, je veux dire en confortant la Nature, il la rend vigoureuse et assez forte pour rejeter ce qui lui est contraire de quelle façon que ce puisse être. La nature étant fortifiée, elle combat universellement tous les maux qui l’attaquent et, quand elle est assez forte, elle est toujours victorieuse. Secondement, en agissant par l’introduction d’un parfait tempérament dans le mixte, il chasse indifféremment toutes les maladies qui corrompent le sujet où il est appliqué parce que les maladies ne consistent que dans l’intempérie et, de ces deux façons d’agir, nous colligeons très-clairement une vertu universelle en ce remède. Il est le fils du Soleil et de la Lune, dit le grand Hermès, il retient de la Nature de son père et de sa mère et comme le pouvoir de ces deux causes principales est universel, sa vertu pareillement est générale. Ne dites donc plus qu’il n’y a point d’appa­rence qu’un seul remède puisse avoir un pouvoir universel sur toutes les maladies des composés de la Nature, de peur que l’on ne dise qu’il n’y a point d’apparence que vous ayez le sens commun et, si vous n’avez point d’autres raisons, rendez-vous à la force de nos raisonnements.

Sixième objection

Non, l’ignorance n’est pas encore assez humi­liée, elle est vaincue, mais elle n’est pas convaincue. Il lui reste encore un trait qu’elle a gardé pour le dernier comme étant son Achille. Puisque c’est son dernier soupir, donnons-lui le loisir de la voir expirer. Elle dit enfin, après s’être bien débattue en vain, que s’il y avait une Médecine univer­selle, partant incorruptible, l’homme se pourrait rendre immortel. Se rendant immor­tel, il donnerait un démenti à l’Écriture, il contredirait à saint Paul, il appellerait de l’arrêt de mort prononcé contre tous les hommes, ce qui ne peut tomber dans l’esprit d’un homme sage et d’un chrétien. Il se ren­drait immortel parce que, tant que le mélange de ses trois principes, de son Soufre, de son Sel et de son Mercure, sera parfait, il ne sera jamais malade, du moins ab intrinseco. N’étant point malade, il ne mourra jamais. Or est-il que la Médecine que nous supposons, met et conserve les humeurs et les quatre qualités élémentaires dans un parfait accord? Elle entretient le parfait mélange, comme nous avons dit, de ses trois Principes : Soufre, Sel et Mercure. Ainsi elle empêche les maladies et, par conséquent, elle rend immortel ab intrinseco. Voilà sans doute le dernier effort de l’igno­rance et du mensonge contre la vérité, mais je m’assure qu’elle mourra ici comme la chan­delle en donnant quelque petit éclat particulier. Je me persuade que c’est sur ce donjon que nos plus grands ennemis se tiennent forts et pensent remporter la victoire; mais il les faut désabuser. Premièrement, quel inconvénient de croire qu’un homme pourrait être immortel par l’usage de quelque remède, si l’Arbre de Vie au Paradis terrestre eût produit cet effet? Il n’y a pas de répugnance qu’une chose ne puisse rendre un homme immortel, cette immortalité n’étant qu’ab extrinseco, comme parle l’École et n’étant pas à proprement parler une immortalité, de sorte que, quand même un homme ne mourrait jamais par l’usage de notre Médecine, il ne laisserait pas d’être mortel ab intrinseco, ayant en soi les Éléments qui ont en eux le principe et la racine de la mortalité. Quand un homme ne rirait jamais, il ne laisserait pas pour cela d’être risible, ayant en soi le principe de risibilité. De même, quand un homme ne mourrait (jamais, il serait toujours mortel, ayant la forme et le principe de mortalité. L’immor­talité ab extrinseco n’est pas répugnante à la créature; autrement, aucune puissance exté­rieure, non pas même celle de Dieu, ne la pourrait conserver dans l’Éternité et il ne ré­pugne pas pareillement qu’une créature par sa vertu puisse communiquer et produire cette immortalité; autrement, l’histoire de l’Arbre de Vie ne serait point vraie, ce que nous ne pouvons pas alléguer sans crime. Et sans doute, si cet Arbre de Vie n’était pas une même chose que l’Élixir des Philosophes, c’était du moins quelque chose semblable.  C’était un fruit qui devait nécessairement avoir les Éléments parfaitement mélangés puisqu’il devait conserver un parfait tempérament à l’homme. Et rien ne peut conserver naturelle­ment un tempérament de cette sorte que par le moyen de la parfaite mixtion d’Éléments. De là vient qu’il est une Médecine universelle et catholique aux animaux, aux végétaux et aux métaux, car, comme tous les composés de la Nature sublunaire ne sont malades et impar­faits que par intempérie, impureté et indiges­tion, un parfait tempérament chassant l’impu­reté, l’intempérie et digérant très-fortement, il est certain qu’une substance d’un parfait tempérament appliquée suffisamment et comme il faut doit être une Médecine uni­verselle, souveraine et efficace à tous les sujets auxquels elle est appliquée de la sorte. Et de là nous pouvons tirer en passant une raison morale : pourquoi ce grand secret est communiqué à si peu de monde et que de cent mille qui le cherchent, pas un ne le trouve, de mille qui en acquièrent la connaissance, à peine deux ou trois réussissent dans la pra­tique. C’est qu’étant comme un Arbre de Vie en terre et, partant, un des avantages, de l’in­nocence du premier homme, le péché nous en prive ainsi que des autres bonheurs que Dieu avait attachés à cet état de gloire et de beauté. Il n’y a que les âmes choisies et regardées de Dieu d’un œil plus amoureux qui reçoivent cette grâce, qui pénètrent dans ce secret et qui l’achèvent heureusement. Les autres qui n’ont pas l’âme tout à fait épurée ni marquée au coin de la vertu, qui ont l’ambition au cœur, la vanité dans l’esprit, qui ne consi­dèrent ce trésor que comme un moyen d’en­tretenir leur luxe et leur débauche, de prendre leurs plaisirs déréglés, d’assouvir leurs pas­sions et ne connaissent pas qu’il faut rapporter et rendre à Dieu ce qui vient de lui, sont empê­chés et détournés par quelque chose de sem­blable au Séraphin qui, avec un glaive de feu, est interposé à la garde de l’entrée du Paradis terrestre. En effet, je suis entièrement persuadé que Dieu ne permettra jamais qu’un méchant homme, et mal intentionné, possède ce secret; voire même quand il le posséderait, l’ayant appris ou par un ami ou par des lectures opiniâtres des Philosophes, je crois ferme­ment que jamais il ne le mettra en exécution ou, si Dieu bénit son travail, il n’en aura jamais l’usage. Tenons pour maxime cer­taine que Dieu ne le révèle qu’à un homme de bien ou afin qu’il devienne homme de bien, car je mets en fait que la connaissance et la possession de ce Grand Œuvre n’est pas un des moindres moyens de la grâce pour redres­ser un homme, d’autant que, premièrement, ayant la connaissance de cet Œuvre, il connaît toute la Nature qui est, comme dit l’Apôtre, un échelon pour monter plus aisément à la connaissance de Dieu; secondement, possé­dant ce secret, tant en effet qu’en théorie, il n’a plus rien à posséder en terre. C’est un trésor qui contient tous les autres puisqu’il donne la santé et les richesses, sources de tous les autres biens que les hommes adorent. Que s’il n’a plus rien à désirer et posséder en terre, comme l’esprit de l’homme ne se trouve pas encore rempli, rien ne le pouvant remplir que Dieu — et un million de mondes ne suf­fisant pas pour remplir la capacité naturelle de notre âme, voire tant plus qu’elle connaît et possède de créatures, tant moins elle est remplie et tant plus ces mondes qu’elle connaît sont beaux et admirables, tant moins elle est satisfaite, d’autant que la connaissance des effets et des plus beaux effets excite nos désirs pour connaître la cause de tant de beaux effets ; et ainsi la possession de toutes les créatures, au lieu de la remplir et de la contenter, ne fait que d’accroître sa soif, augmenter ses désirs et redoubler ses mouvements. Elle veut aller à la source et ne plus s’arrêter à de petits ruis­seaux; elle veut atteindre ce premier moteur; elle méprise ses plus beaux effets et la Pierre Philosophale ne lui semble plus rien; elle veut se joindre à son premier principe. En un mot, elle cherche Dieu seul, Dieu seul la pouvant remplir et contenter, ayant en ce secret tout ce qu’elle peut espérer et désirer en terre. Et, connaissant qu’elle est moins remplie que jamais par la raison que nous venons de dire, elle jette ses yeux du côté du Ciel, de sorte que la possession de ce secret est un grand moyen à un esprit tant soit peu éclairé pour être saint et devenir homme de bien. Mais insensiblement cette digression morale me conduirait hors du sujet si je n’y prenais garde. Retournons donc à notre propos et disons que l’Elixir des Philosophes, étant une substance très-parfaite qui a en soi une mixtion d’Elé­ments très-parfaite et, partant, étant un second Arbre de Vie non pas produit par la Nature comme le premier, mais par la Nature aidée de l’Art, il peut empêcher que l’homme ne meure, il lui pourrait donner l’immortalité ab intrinseco, et qu’en cela il n’y a ni absurdité ni inconvénient et, par conséquent, ce n’est pas une trop forte objection contre la possi­bilité de l’Art, quand on dit que l’homme se rendrait immortel puisqu’il n’y aurait nul inconvénient d’accorder cette conséquence. Néanmoins, je ne l’accorde pas. Plutôt il faut dire que bien que notre Elixir ait la puissance de communiquer cette immortalité dont nous avons parlé, étant appliqué suffisamment et sagement, toutefois il ne le fait pas depuis l’arrêt de mort prononcé contre tout le genre humain et signifié à notre premier Père. Dieu a borné non pas son pouvoir, mais l’usage et exercice de son pouvoir, en ne permettant pas que l’Artiste la pousse au plus haut degré de sa perfection, auquel seul degré elle est capable de cet effet, car il y a une latitude dans la perfection du tempérament; ou bien en n’en permettant pas l’usage aux sujets qui sont tout à fait disposés à cette exaltation, comme serait, par exemple, un jeune homme en l’âge de vingt ans, auquel les trois Principes sont mélangés par la Nature, comme il faut, pour faire un bon tempérament et ne sont pas encore débilités, et l’un n’est pas ni plus fort ni plus faible qu’il faut. En celui-là, notre Elixir ferait des merveilles parce que, trouvant un sujet composé parfaitement en ses Prin­cipes, c’est-à-dire qui a tout le Soufre qu’il faut, tout le Mercure et tout le Sel qu’il faut, l’Elixir, exaltant et perfectionnant ces trois Principes conformément au tempérament et au sujet, sans doute il immortaliserait un sem­blable sujet; mais n’étant pas administré par la permission de Dieu si opportunément, ni en un sujet, ni en un âge, ni en un temps si convenable, il n’immortalise pas, mais seulement conserve la santé longtemps et prolonge la vie. Par exemple, un homme, soit jeune ou vieil, sera constitué par la Nature dans un certain tempérament que le sec domi­nera beaucoup, ou le chaud, ou le froid, ou l’humide; ou il y aura ou peu, ou trop de Soufre, de Sel ou de Mercure et ainsi ne sera pas d’un bon tempérament qui demande une certaine égalité dans le poids de la Nature ; comme notre Elixir agit conformément au sujet et à la Nature des choses, les exalte et perfectionne, il exaltera le sec, le chaud, le froid et l’humide de cet homme, son Soufre, son Sel et son Mercure, mais toujours confor­mément à son tempérament et à sa naturelle constitution. Il purifiera ces trois Principes, mais il n’en changera pas le tempérament; autrement, dans son application, il pourrait changer les espèces, car, comme le divers mélange de ces trois Principes fait la diversité, si l’Elixir changeait le mélange qui fait un tel composé, il en ferait un autre. D’où vient qu’ayant tous reçu de la Nature un certain tempérament et une singulière mixtion de nos Éléments, l’Elixir ne fait que les puri­fier, les exalter et perfectionner, mais ne les change pas. Ainsi il prolongera la vie, mais ne rendra pas immortel, d’autant que, tant que cette mixtion demeure, la source de l’immor­talité n’est point tarie. Ce qui trompe en ce point nos ennemis est qu’ils s’imaginent que l’Elixir donne un parfait tempérament abso­lument parlant, sans avoir égard au premier tempérament de nos naissances, et cela n’est point vrai : autrement, étant appliqué à la graine d’une fleur, d’une tulipe ou d’une rosé, il ferait quelque chose qui ne serait ni tulipe ni rosé. Il perfectionne seulement les Principes de la tulipe ou de la rosé et donne à cette rosé tout le meilleur tempérament qu’elle peut avoir suivant sa naturelle cons­titution. Il en faut dire le même à l’égard des hommes et des autres composés de la nature sublunaire. Vous voyez donc comme cette objection qui paraissait si forte dans son commencement n’était fondée que sur l’igno­rance et le peu de lumière des ennemis de la vérité. Concluons donc en faveur de la Philosophie et à la confusion de tous ces hiboux qui ne peuvent supporter la clarté des plus beaux jours, et disons que la raison publie et établit la possibilité de l’Elixir Philosophai, que le mensonge travaille en vain pour la dé­truire. S’il est possible par la Nature aidée de l’Art, qu’on ne blâme plus désormais ces beaux esprits élevés au-dessus du commun et qui ont secoué toute la poussière de l’École, quand on saura qu’ils recherchent curieusement la connaissance de cette divine Science. Qu’on ne s’efforce plus de décrier ceux qui, déjà illuminés par les rayons de la Sagesse, mettent la main à l’Œuvre et prennent un innocent plaisir de voir travailler la Na­ture. Qu’on leur donne plutôt des éloges et qu’on leur prépare des couronnes, puisqu’ils em­ploient leur temps pour laisser au public ce que l’Art et la Nature oit de plus pré­cieux. Qu’on fasse un sage discernement des faux et des vrais Philosophes, pour extirper les uns et honorer les autres; que l’on déteste les abus qu’ont apportés dans la chimie tous ces malheureux Souffleurs, circulateurs et imposteurs, mais qu’on ne laisse pas d’aimer et d’approuver cet Art tout divin. Il serait à souhaiter pour le bien du prochain, que l’on bannît ces pestes du public, que l’on punît exemplairement ceux qui leur donnent des asiles, que l’on visitât souvent dans les maisons de mille sottement curieux qui, sous prétexte de professer la Médecine qu’ils n’ont jamais apprise et autres professions qui demandent de tenir des fourneaux, des vais­seaux et autres instruments qui peuvent trancher des deux côtés, s’échappent en des commerces pernicieux à tout le monde et, par leur conduite criminelle, procurent aux Sages, qui s’occupent innocemment, des tra­verses et des persécutions. L’ouvrage des Sages ne demande pas de si grands laboratoires, tant de sortes d’instru­ments et de fourneaux; c’est un simple ou­vrage de Nature, ennemi de tant d’inventions, de tant d’artifices et de subtilités. Nos anciens Philosophes qui ont été assez heureux pour en venir à bout ne faisaient pas tant de gri­maces et n’apportaient pas tant de cérémo­nies. Comme ils étaient sages, ils étaient aussi amateurs de la simplicité et ennemis des trop subtils artifices. Si c’était ici de mon dessein de parler de la pratique de cet Œuvre, je ferais connaître à tout le monde qu’elle est très-simple et naturelle et qu’il ne faut pas être grand chimique de la manière que l’on est à présent pour le commencer, le continuer et achever heureusement. Mais n’ayant entre­pris que de le défendre contre ses calomnia­teurs, je réserverai ce dessein à une autre rencontre. Ne pensez pas pourtant que je me veuille vanter d’en avoir la pratique comme la théorie. Non, je ne vous promets pas de vous la déclarer avec toutes les opérations particulières qui supposent une expérience, mais bien de vous les dire en général et vous faire voir suffisamment par là comme cet Œuvre est simple, naturel et éloigné de tous les ambages qui se rencontrent dans les mai­sons de nos Souffleurs et trompeurs pu­blics. Il est vrai qu’il faut être tout à soi et que ce divin emploi requiert un homme tout entier et le possède entièrement. C’est un ouvrage d’ermite, c’est l’occupation d’un solitaire, c’est l’exercice d’un homme qui connaît le monde et lui a dit un dernier adieu. Un autre qui sera engagé dans le monde, embarrassé dans les affaires, engagé dans les négoces, employé au commerce, occupé dans les charges et dans les dignités, ne doit pas l’en­treprendre et, s’il l’entreprend, ses travaux seront inutiles et ses espérances vaines. Le plus sûr est d’attendre du Ciel les moyens, les occasions et même les pensées ou inspira­tions pour y vaquer, car, puisque c’est un don de Dieu qu’il donne à qui bon lui semble, il faut tout espérer de sa bonté, tout at­tendre de sa grâce et rapporter tout à sa conduite.

Repost 0
Published by Dom Belin - dans Alchimie
commenter cet article

Présentation

  • : Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Contact

Blason de la RL Laurence Dermott

Loge-Dermott.gif

        727 ARTICLES

                       537 ABONNES 

Recherche

St Patrick blessing

 

 irish-flag-cd51f

May St. Patrick guard you wherever you go,

and guide you in whatever you do,

and may his loving protection

be a blessing to you always.

God save the Ireland

           

Michaël Collins

Danny Boy