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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 08:00

L’île des Saints et des Savants (Ve-VIIIe siècles)

 

L’Irlande, perdue aux confins de l’Europe occidentale, recueille et renouvelle la grande tradition du monachisme gréco-oriental, avant de participer à la restauration de la vie monastique et à l’évangélisation du monde germanique. Elle laisse un corpus de textes conséquent, l’un des plus riches de ces temps obscurs, qu’elle illumine par ailleurs par la richesse de son artisanat et la beauté de ses manuscrits.

431 : Selon le chroniqueur Prosper d’Aquitaine, le pape Célestin Ier envoie le diacre Palladius comme premier évêque de l’Irlande.

432 - 461 : Évangélisation de saint Patrick. Ce jeune Romain de Bretagne insulaire est enlevé par des pirates scots et emmené comme esclave en Irlande où, six années durant, il garde les moutons en Antrim. Après avoir suivi des études sur le continent à Saint-Germain d’Auxerre, il retourne en 432 en Irlande qu’une vision l’a poussé à évangéliser. Il obtient de réels succès, surtout dans le nord-est où il a l’intelligence de s’adresser directement aux rois, entraînant ainsi la conversion de clans entiers sans que le sang d’aucun martyr ne coule. Il introduit par ailleurs l’écriture latine dans un pays qui ne connaissait jusqu’alors que l’écriture oghamique : cette dernière, constituée de traits et de points, semblait néanmoins déjà fortement influencée par l’alphabet des Romains. En 445, il fonde près du site royal des Ulaid, Emain Macha, l’église d’Armagh, qui deviendra la capitale religieuse de l’Irlande. S’il faut attendre 544 pour voir l’avènement d’un ard ri chrétien, si en 565 encore, saint Ruadan juge nécessaire de maudire la capitale païenne de Tara, l’île n’en est pas moins largement évangélisée. Le christianisme irlandais s’approprie beaucoup d’éléments de l’ordre ancien : la légende rapporte que saint Patrick affrontait au cours de joutes oratoires Ossian, le fils de Finn Mac Cumaill, le chef des guerriers Fianna, revenu de la « terre de l’éternelle jeunesse » pour confronter l’hédonisme aux pratiques ascétiques de la nouvelle religion. Les moines se font ainsi les propagateurs du merveilleux celtique et passent maîtres dans l’art du conte. L’art chrétien irlandais est également la synthèse de deux traditions, une synthèse qui s’accomplit dans un isolement à peu près complet, l’île échappant à l’ouragan germanique tandis que l’Empire romain s’effondre sous la ruée des Barbares. À la faveur de cet isolement, l’Église d’Irlande affiche ses particularités et son indépendance : contrairement aux pays occidentaux ayant connu la rigueur de la domination romaine, la cellule fondamentale de l’organisation religieuse n’est pas le diocèse ni son église épiscopale, mais le monastère, mieux adapté au cadre rural ainsi qu’à la structure politique et sociale de l’île. Les écoles monastiques prennent le relais des écoles druidiques, tandis que les abbés se considèrent davantage comme les chefs de leur monastère que comme les représentants de Rome, qui peine à organiser le clergé séculier. Appartenant aux grandes familles, ils ne manquent pas de participer aux incessantes querelles politiques. La sécularisation croissante, la richesse matérielle et le patronage laïc mécontentont fortement la papauté qui s’oppose aussi au clergé insulaire sur le problème de la date de Pâques, de la tonsure en hache ou encore des modes d’administration du baptême.

VIe siècle : Expansion du monachisme irlandais. De nombreux monastères sont fondés dans l’île : Clonmacnoise par saint Ciaran, Glendalough par saint Kevin, Kildare par sainte Brigitte…Tous ont en commun la règle rigoureuse et ascétique qui organise la vie des moines et dont témoigne la rédaction de pénitentiels drastiques. La forme de pénitence la plus utilisée par les moines irlandais est l’exil volontaire (légende de saint Brendan le Navigateur), qui les pousse bientôt à sillonner l’Europe, de l’Islande à la Volga.

563 : Saint Colomba, ou Columbkille, du sang royal des O’Neill, fonde à Iona, sur une île proche de la côte ouest de l’Écosse, un monastère appelé à jouer un grand rôle dans la christianisation des Pictes et de la Northumbrie. Son monastère devient la capitale religieuse du royaume écossais des Dal Riata. Le saint semble avoir été par ailleurs l’un des premiers à réglementer la caste des filid, les poètes. De façon générale, la bienveillance des Églises celtiques pour les poètes et autres récitateurs professionnels est un élément essentiel de la survivance de la littérature irlandaise.

575 : À l’assemblée de Druim Ceta, Collumbkille arrive à faire annuler la sentence de bannissement portée contre les filid, auxquels on reprochait les excès de leurs satires. Il obtient le maintien de leur organisation et de leur hiérarchie. Un poème, « Amra Choluim Chille », atteste de la gratitude portée au saint par l’ordre des poètes.

Vers 590 : Saint Colomban (v. 543-615), un moine de Bangor, quitte l’Irlande avec une dizaine de disciples, dans une démarche pénitentielle qui le conduit à partir sur le continent pour offrir un modèle de vie spirituelle rigoureuse. On lui doit la fondation de Luxeuil, grand centre de la chrétienté celte en Gaule, d’Annegray et de Fontaines. Il influence fortement l’aristocratie franque en répondant à son souci de « fonder dans le sacré le pouvoir familial ». Il meurt en 615 dans son monastère de Bobbio, en laissant de nombreux disciples : saint Gall, saint Killian, l’apôtre de la Franconie, saint Fursy, le fondateur de Lagny, saint Gobain, saint Fiacre… Il est considéré, au même titre que saint Benoît, comme le fondateur du monachisme occidental.

635 : Fondation de Lindisfarne par saint Aidan.

VIIe - VIIIe siècles : Âge d’or de l’Irlande dont les monastères sont des centres d’études et d’artisanat renommés dans tout l’Occident. La décoration du célèbre Livre de Kells, chef-d’œuvre de l’enluminure irlandaise réalisé à Iona, le Livre de Durrow, un autre évangéliaire, le « calice d’Ardagh » ou encore la « broche de Tara » sont autant de joyaux sortis des mains des enlumineurs et des orfèvres, qui mélangent les grands thèmes chrétiens aux ornements celtiques (spirales, entrelacs…). À l’abri des troubles continentaux, l’île, pourtant tardivement évangélisée et restée à l’écart de l’influence romaine, devient le refuge de la culture classique et le point de départ d’une reconquête spirituelle. Les moines, à l’ombre des grandes croix modelées en ronde bosse dont les bras sont pris dans un cercle, sauvent de l’oubli un certain nombre d’ouvrages antiques, tout en continuant de transcrire les poèmes et les récits des filid. Ils s’approprient ainsi le patrimoine scientifique des druides : dès le VIIIe siècle, l’abbé Fergal défend l’idée de la sphéricité de la Terre. Les étudiants accourent de l’Europe entière pour parfaire leur formation : Dagobert, dans sa jeunesse, passe quelques années à Slane près de Tara. La Renaissance carolingienne doit elle aussi beaucoup à l’Irlande, « l’Hibernie entière passant les mers au mépris des tempêtes, et venant avec ses troupeaux de philosophes se jeter sur nos rivages » (Héric d’Auxerre) : parmi les lettrés que l’on rencontre dans les écoles impériales, on trouve des hommes tels que le savant Alcuin, formé à Clonmacnoise, le grammairien Clément, le géographe Dicuil, le théologien Dungal. Au IXe siècle encore, Jean Scot Érigène perpétuera cette tradition auprès de Charles le Chauve.

Des invasions scandinaves à la conquête anglo-normande (IXe -XIIe siècles)

La relative prospérité de l’Irlande ne peut que susciter l’intérêt des Vikings. Leurs razzias vont bientôt terroriser le pays, dont les chefs sont incapables d’assurer la protection, et entamer la richesse des monastères insulaires, cibles privilégiées des hommes du Nord. Mais en s’installant puis en s’assimilant progressivement à la population locale, les Norvégiens et les Danois ne tardent pas à tisser des réseaux commerciaux maritimes qui ajoutent à la prospérité d’une économie jusqu’alors largement pastorale. Dublin devient, en ces temps obscurs, l’un des ports les plus actifs d’Europe occidentale.

795 : Première apparition des Vikings qui attaquent notamment Iona. Chaque printemps marque bientôt le retour de ces raids de pillage, avant que les pirates ne fondent des bases permanentes, points de départ de fructueuses expéditions vers l’intérieur. L’infériorité de l’armement, le manque d’unité politique et la rivalité entre les O’Neill de Tara au nord et les Eoghan de Cashel au sud ont raison de toute velléité de résistance de la part des populations gaéliques. La crainte s’empare de l’ensemble de la population, comme de ce moine qui écrit : « Le vent est farouche cette nuit. Du moins les guerriers sauvages de Norvège ne courront pas les mers d’Irlande. »

806 : Les moines d’Iona abandonnent leur île, trop exposée aux pillards, pour Downpatrick et Kells.

830 : Torgeist, un chef norvégien, saccage Armagh.

841 : L’une des bases d’opération des Norvégiens, située près d’un gué de branchages sur la Liffey, devient Dublin. Les Vikings sont ainsi les fondateurs des villes dont l’Irlande était jusqu’alors entièrement dépourvue. Dans les années suivantes naissent Waterford à l’embouchure de la Suir, Cork près de l’embouchure de la Lee, Limerick près de celle du Shannon…

848 : Mael-Sechnaill, haut roi (ard ri) d’Irlande, écrase une armée viking à Forach dans le comté de Meath.

IXe siècle : Formation d’alliances généralement peu durables entre les roitelets locaux et les Scandinaves, marquant un premier pas vers la fusion. C’est à cette époque que s’élèvent les fameuses tours rondes en pierre, qui servaient sans doute d’abri et de réserve en cas d’attaque.

900 - 908 : Cormac Mac Culinan, roi-évêque de Cashel, rédige le plus ancien dictionnaire comparé européen de langue vernaculaire.

902 : Les Vikings sont chassés de Dublin avant de s’y établir de nouveau quelques années plus tard.

908 : Bataille de Belach Mughna qui voit la victoire des O’Neill de Tara au nord sur les Eoganachta de Cashel au sud.

914 : Seconde vague d’invasions vikings, davantage concentrée dans le sud, autour de Waterford.

967 : Brian Boru, roitelet d’un tuath du Munster, chasse les Danois de Limerick avec l’aide de son frère, Mahon.

976 : Brian Boru devient roi de Cashel et entreprend la conquête du Leinster.

999 : Brian Boru défait les hommes du Leinster à Glenn Mama.

1002 : Brian Boru oblige le ard ri Malachy II à lui céder la dignité suprême, avant de se proclamer « empereur des Irlandais ». Pour la première fois depuis cinq siècles, la couronne de ard ri échappe à la famille des O’Neill.

1014 : L’épouse répudiée de Brian Boru forme une coalition contre lui. Profitant de ces querelles internes, les Danois débarquent en Irlande, dans l’idée de mettre un terme à la tentative d’unification qui menace la sécurité de leurs bases. La bataille de Clontarf, le 23 avril, marque la défaite des Scandinaves et de leurs alliés du Leinster. Mais Brian Boru est assassiné dans sa tente par un fuyard au moment du triomphe. Désormais néanmoins, les hommes du Nord n’allaient plus constituer une menace et allaient progressivement s’assimiler à la population irlandaise.

1014 - 1022 : Les O’Neill reprennent le titre d’ard ri.

1022 - 1103 : Les descendants de Brian Boru, les O’Brien, occupent la dignité de hauts rois, toujours disputée avec les O’Neill et les O’Connor, rois du Connaught. La confusion politique la plus totale règne en Irlande jusqu’en 1070, aucun roi de province ne réunissant assez de puissance pour soumettre ses ennemis et rendre quelque légitimité au trône.

1052 : Le roi du Leinster chasse le dernier roi scandinave de Dublin, qui devient la capitale effective du pays, en supplantant définitivement Tara.

1072 - 1086 : Le petit-fils de Brian Boru revendique la royauté suprême.

 

De l’Irlande anglo-normande à la colonie anglaise (XIIe siècle-milieu du XVIe)

 

C’est à l’appel d’un roitelet celte que les Anglo-Normands interviennent dans les affaires de l’Irlande. Les différentes expéditions féodales qui se succèdent alors marquent le début de la colonisation de l’île dont l’aristocratie locale et la féodalité étrangère vont se disputer les terres. Mais les colons sont trop peu nombreux pour imprimer leur loi à l’ensemble du territoire. Sensibles comme les Vikings à la force d’attraction de la culture gaélique, ils adoptent les mœurs et les coutumes indigènes. L’Irlande se divise ainsi bientôt en trois ensembles : l’Irlande gaële, dont le fractionnement et la perpétuelle désunion continuent de freiner l’émergence de tout projet collectif ; l’Irlande des seigneurs anglo-normands qui, dans les domaines taillés à la pointe de l’épée jusqu’à la fin du XIIIe siècle, se montrent soucieux d’imposer l’ordre féodal à la turbulence celtique ; enfin, l’Irlande véritablement coloniale du « Pale » (le terme désigne une zone clôturée) qui s’étend de Dublin à Dundalk. Ses habitants ne tardent pas à considérer les aventuriers normands comme des « Anglais dégénérés ». Ils n’en régneront pas moins en « presque rois » jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Début du XIIe siècle : Compilation du Livre du Leinster, la saga gaélique retraçant les exploits de Finn et de sa milice guerrière. L’ouvrage témoigne de l’intérêt toujours persistant des Irlandais pour le merveilleux de leur tradition nationale préchrétienne. À cette époque, de façon plus générale, à cette époque la plupart des textes épiques de l’Irlande ont été compilés par des moines qui n’en négligent pas pour autant les commentaires des Saintes Écritures et les vies de saints. Élaborée entre l’arrivée des Celtes et celle des Scandinaves, cette matière est variée et généralement regroupée dans quatre grands cycles. Le cycle mythologique évoque les anciens dieux d’Irlande, les Tuatha de Dannann (Livre des Conquêtes) ; le cycle d’Ulster offre un tableau saisissant de la société héroïque, peuplée de rois, de reines et de vaillants guerriers. Son principal récit, le Tain, rapporte les hauts faits qui ont émaillé le règne du roi Conchobar, parmi lesquels ceux de son neveu, Cuchulainn. Fils de Lug, ce héros que l’on présente souvent comme l’Héraklès celtique, s’oppose aux menées de la reine du Connaught, Medb, qui veut s’emparer du taureau brun de Cooley. Le cycle du Leinster (ou Cycle ossianique) retrace quant à lui les aventures des Fianna. Enfin, le Cycle historique retranscrit la vie de différents rois celtes.

1101 : Le synode de Cashel transforme la structure de l’Église. La simonie, les abbés laïcs, le mariage des clercs et l’inceste (que tolérait la loi irlandaise, le code brehon) sont condamnés.

1111 : Le synode de Rathbreasail divise le pays en douze diocèses, répartis en deux provinces métropolitaines, Armagh et Cashel.

1132 : Saint Malachie devient archevêque d’Armagh, après avoir été abbé de Bangor et évêque de Connor. Disciple préféré de saint Bernard, il introduit la règle cistercienne dans l’île et réorganise l’Église celtique sur un modèle plus conforme à l’ordre romain : il met par exemple un terme à la succession héréditaire au siège d’Armagh. Encouragée par le pape Innocent II, son action sera relayée quelques années plus tard par l’archevêque de Dublin, saint Laurent O’Toole. L’Irlande commence ainsi à perdre son originalité par rapport au reste de la Chrétienté.

1142 : Saint Malachie fonde l’abbaye cistercienne de Mellifont, dans le comté de Louth.

1152 : Le synode de Kells-Mellifont divise l’Irlande en 36 diocèses et quatre archevêchés (Cashel, Tuam, Dublin et Armagh). Il marque véritablement la fin de l’ère des anciens monastères irlandais et l’affirmation de la puissance d’une Église séculière. L’archevêque d’Armagh obtient le statut de primat, ce qui met un terme à la domination de Canterbury sur l’Église d’Irlande.

1155 : Par la bulle Laudabiliter, le pape Adrien IV, d’origine anglaise, concède à Henri II Plantagenêt et à ses successeurs la souveraineté sur l’Irlande, à condition d’y soutenir la réforme de l’Église.

1156 - 1186 : Règne de Rory O’Connor, dernier souverain à porter le titre si convoité de haut roi.

1166 : Dermot Mac Murrough, roi du Leinster, est renversé par ses vassaux et dépossédé de sa couronne par le haut roi régnant Rory O’Connor. Il demande de l’aide au roi d’Angleterre qui voit là une occasion d’intervenir indirectement dans les affaires d’Irlande. Henri II Plantagenêt l’autorise donc à lever une armée chez ses barons des marches galloises (Fitzgerald, FitzEtienne, FitzStephen…). Ils seront nombreux à le suivre avec enthousiasme pour s’emparer de nouvelles terres à la pointe de l’épée : ils n’ont en effet rien à attendre d’Henri II qui leur reproche leur participation aux troubles civils qui ont menacé antérieurement le pouvoir royal.

1167 : Le roi déchu du Leinster revient en Irlande avec ses aventuriers normands.

1170 : Richard Fitzgilbert de Clare, comte de Pembroke, appelé « Strongbow » (« arc fort ») débarque à son tour en Irlande. Dermot Mac Murrough lui a promis la main de sa fille avec la perspective d’hériter un jour du royaume du Leinster. Il s’empare de Waterford et de Dublin.

1171 : À la mort de Dermot, Strongbow devient roi du Leinster, ce qui provoque un soulèvement de l’île. Les Anglo-Normands cessent d’être des mercenaires pour se poser désormais en rivaux des rois celtes. Il résiste néanmoins à Rory O’Connor qui l’assiège dans Dublin. Henri II, inquiet des succès de son vassal, décide d’intervenir pour réaffirmer son autorité sur ses entreprenants barons et débarque à Waterford. Strongbow ne cherche pas à lui résister et lui prête hommage. Il renonce à son titre royal et se voit nommé comte de Leinster. Durant l’hiver 1171-1172, Henri II reçoit ainsi l’hommage de presque tous les chefs gaëls du sud qui pensent ainsi se protéger de la rapacité des Normands. Seuls les roitelets du nord restent fidèles à Rory O’Connor.

1172 : Le pape Alexandre III confirme la souveraineté du Plantagenêt sur l’Irlande et sa mission d’y réformer l’Église. Lors d’un synode à Cashel, les évêques reconnaissent à leur tour l’autorité du roi sur l’île. Henri II décide de conserver comme domaine de la Couronne Waterford, Wexford et Dublin, qui devient le quartier général de la colonie et son château le symbole de la domination anglaise. Avant de partir, il nomme pour le représenter un judiciar qui deviendra plus tard le lord-lieutenant d’Irlande.

1173 : Le premier justicier d’Irlande, Hugues de Lacy, s’empare du royaume de Meath. Les Irlandais, qui se croyaient pourtant désormais à l’abri des exactions des barons normands, se révoltent.

1175 : Le traité de Windsor consacre la suzeraineté anglaise, tous les royaumes irlandais devant payer tribut à la Couronne. Il marque la fin théorique de l’indépendance irlandaise et le début de la politique anglaise de neutralisation des uns et des autres par l’entretien d’un état d’hostilité latent. Henri II conserve personnellement Dublin et les anciens pays danois, constituant le Pale, véritable colonie soumise à la loi anglaise. Rory O’Connor, désormais vassal du roi, est confirmé comme roi du Connaught et comme roi suprême des régions non conquises.

1176 : À la mort de Strongbow, le Leinster revient à la couronne anglaise.

1177 : Fondation de Belfast par Jean de Courcy. Le futur Jean sans Terre est nommé dominus Hiberniae, seigneur de l’Irlande.

1185 : Jean sans Terre débarque en Irlande pour mater une rébellion de Rory O’Connor qui a cherché, en vain, à reprendre son indépendance. Il est accompagné par de nouveaux seigneurs en quête de terres, comme Thiébaud Gautier, fondateur de la famille des Butler qui deviendront plus tard les comtes d’Ormond.

1210 : Jean sans Terre vient réaffirmer son autorité sur les barons rebelles, crée des comtés qu’il place sous l’autorité de shérifs et ordonne l’observation des lois et coutumes anglaises à ses vassaux. C’est là la dernière visite d’un souverain anglais jusqu’en 1394.

1235 : Richard de Burgo s’empare du Connaught.

1258 : Les Irlandais s’unissent contre les ambitions croissantes des Anglo-Normands et reconnaissent Brian O’Neill comme roi d’Irlande.

1260 : Brian O’Neill est tué à la bataille de Down. Sa tête est exposée à la Tour de Londres.

1263 : Le Roi de Norvège, Haakon IV, à qui les Irlandais pensaient offrir la couronne, est battu par les Écossais.

1268 : Arrivée dans les armées irlandaises des gallowglasses, des mercenaires étrangers, mi-écossais, mi-gaéliques. Leur présence permet d’entamer la supériorité militaire des Anglais.

1270 : Gautier de Burgo et le justicier royal Ralf d’Ufford sont défaits à Athankip.

1276 : Pour se protéger de la voracité des barons, les Irlandais proposent cette fois de l’argent au roi d’Angleterre en échange de l’extension de la loi anglaise à l’ensemble de l’Irlande.

1297 : Un Parlement est créé sur le modèle anglais, dans le Pale uniquement.

1315 : Les Irlandais se tournent vers Édouard Bruce, le frère de Robert Ier d’Écosse qui vient de battre les Anglais à Bannockburn en 1314.

1315 - 1317 : Famine.

1316 : Les chefs irlandais rebelles sont défaits à Athenry.

1318 : Édouard, couronné roi d’Irlande en 1316, est tué devant Dundalk.

1320 : Le roi d’Angleterre Édouard II accorde le bénéfice de la Grande Charte à l’Irlande anglaise uniquement.

1328 : Les Butler sont faits comtes d’Ormond par le pouvoir anglais.

1349 - 1350 : La peste noire enlève un tiers de la population irlandaise, essentiellement dans les villes.

1361 : Un édit d’Édouard III déclare qu’« aucun Irlandais de race, appartenant à la nation irlandaise, ne sera fait maire, bailli ou officier en aucun lieu soumis au roi, ni n’aura canonicat ou bénéfice parmi les Anglais ». Ces derniers redoutent en réalité la force d’attraction de la culture gaélique qui conquiert les Normands, ces « Anglais dégénérés » qui menacent désormais de ruiner la fragile tête de pont du Pale.

1366 - 1367 : À l’initiative de Lionel de Clarence, troisième fils d’Édouard III et vice- roi d’Irlande, le Parlement est convoqué pour freiner l’assimilation des Anglo- Normands par une série de mesures législatives. Les « statuts de Kilkenny » interdisent ainsi aux Anglais de parler gaélique, d’épouser des Irlandaises, de se conformer au droit brehon… Ils garderont force de loi jusqu’en 1613, mais seront souvent peu respectés, sans que cela suscite des réactions des souverains anglais plus préoccupés par leurs affaires continentales. Aux XIVe et XVe siècles, l’Irlande restera dominée par les grandes familles anglo-normandes celtisées, (Butler et Fitzgerald), qui s’identifient progressivement à l’Irlande et détestent les hommes envoyés par Londres pour la gouverner.

1390 : Art Og Mac Murrough, roi du Leinster, ravage les domaines des Anglais en Kildare, Wexford et Carlow.

1394 - 1395 : Inquiet de l’indépendance des chefs gaëls et des barons anglo-irlandais, Richard II débarque à Waterford. À l’issue d’une véritable promenade militaire, il laisse le gouvernement de l’Irlande à Robert Mortimer.

1399 : La mort de Mortimer pousse le roi à revenir en Irlande. Mais la révolte d’Henri de Lancastre le contraint bientôt à rentrer en Angleterre. Il comptait sur les grandes familles, comme les Butler de la maison d’Ormond ou les Fitzgerald de Desmond et de Kildare, pour représenter les intérêts de la Couronne. Aucun roi d’Angleterre ne reviendra dans l’île avant 1689.

1447 : Richard, duc d’York, est nommé lieutenant en Irlande par le faible roi Henri VI. Il va entraîner l’île dans la guerre des Deux-Roses.

1460 : Les colons déclarent au Parlement irlandais qu’ils ne se sentent pas liés par les lois promulguées à Westminster.

1468 : Thomas Fitzgerald, comte de Desmond, est exécuté à Drogheda pour trahison.

1477 - 1513 : Les Fitzgerald de Kildare, une famille fortement celtisée mais toujours fidèle au roi d’Angleterre, occupent la dignité de lord-député. Avec Garret Mor, l’un des plus grands représentants de cette dynastie anglo-irlandaise, l’Irlande peut paraître au bord de l’autonomie.

1485 : L’avènement des Tudors est marqué par un sérieux effort pour reprendre l’Irlande en main. Henri VII se méfie notamment de Garret Mor qui a pris parti pour les York.

1491 : Un aventurier flamand se faisant passer pour le fils d’Édouard IV est à l’origine de troubles yorkistes en Irlande. Garret Mor est emprisonné et remplacé par un Anglais, sir Edward Poynings, chargé de ramener l’île « à une totale et complète obéissance ».

1494 : Le nouveau lord-député rassemble le Parlement à Drogheda et y fait voter ce que l’on appelle la loi Poynings : cette dernière réitère les obligations des statuts de Kilkenny et stipule qu’aucune loi votée par le Parlement irlandais ne peut être valable sans le sceau du roi d’Angleterre. Une telle subordination de la législation d’Irlande à celle de l’Angleterre durera jusqu’en 1782. Par ailleurs, la division de l’Irlande en pays anglais d’une part, et pays rebelle ou ennemi d’autre part, est réaffirmée. La limite occidentale du Pale, depuis l’embouchure de la Liffey au sud, jusqu’à Dundalk au nord, est fortifiée.

1496 : Les troubles yorkistes ayant cessé, Garret Mor est restauré dans ses fonctions de lord-député. Il vit jusqu’en 1513, en « presque roi ».

1534 : Son fils Garret Og, qui lui a succédé en suivant la même politique d’arbitre entre Anglais et Irlandais, est accusé de trahison et emprisonné à la Tour de Londres où il meurt. Désormais, le lord-lieutenant sera toujours anglais.

1535 : Son fils, « Silken » Thomas se rebelle à son tour. Mais il est défait à Maynooth où tous ses partisans sont pendus. Il est exécuté deux ans plus tard après s’être rendu de lui-même aux autorités anglaises.

1539 : La cause de son jeune garçon, Gerald, âgé de 10 ans, est défendue par la ligue geraldine (Mac Carthy, Offaly, O’Neill du nord).

1552 : Contraint à l’exil durant de longues années (qu’il passa à la cour de Florence et en France), Gerald rentre en Irlande après avoir effectué sa soumission, marquant la fin du rôle politique des Fitzgerald de Kildare.

 

Le temps des plantations et des guerres de Religion (milieu du XVIe siècle - fin du XVIIe)

 

L’époque moderne marque un changement important dans l’histoire de l’Irlande : l’Angleterre, qui avait jusqu’alors usé ses ressources dans la conservation de son domaine continental, va désormais accroître la pression sur les peuples celtiques de l’archipel. Il s’agit pour elle d’assurer avant toute autre chose sa sécurité sur son flanc ouest, afin d’éviter que l’Irlande ne devienne l’enjeu des ambitions des puissances européennes et l’aboutissement des intrigues du pape, de l’Espagne ou encore de la France. Par ailleurs, les grands feudataires sont peu à peu éliminés du jeu politique, tandis que l’exploitation économique, à travers la politique de plantations, a raison de la société gaélique que la conquête militaire du Moyen Âge n’avait pas désintégrée, loin de là. En effet, alors que les deux communautés s’équilibraient et se côtoyaient depuis des siècles, leur identité de groupe va commencer à se définir, par opposition aux nouveaux arrivants anglais et à la Réforme. Le conflit de nationalité n’est pourtant pas encore la règle : des clans celtes sont fidèles à la Couronne et les rebelles se battent moins pour l’Irlande que pour asseoir localement leurs droits face à la nouvelle communauté anglaise. Constituée d’administrateurs protestants, de planteurs et d’ecclésiastiques, cette dernière convoite les terres de l’Irlande comme d’autres celles du Nouveau Monde. Elle ne cache pas sa volonté « d’extirper les Irlandais du sol de leur île » (« root them out ») et de supplanter l’ancienne élite anglo-normande.

1536 : Henri VIII fait adopter par le Parlement irlandais l’Acte de Suprématie de 1534 qui a consacré sa rupture avec Rome. Ce vote entraîne la dissolution des abbayes, couvents et monastères et permet à la nouvelle Église anglicane d’Irlande de recevoir les dépouilles de sa rivale, l’Église catholique celte. Mais ses réformes touchent essentiellement la liturgie et il faut attendre le règne d’Édouard VI puis d’Élizabeth pour que soient imposés de véritables changements doctrinaux. Néanmoins, sur les 32 évêques qui avaient été nommés par le pape avant la rupture, seuls dix reconnaissent l’autorité spirituelle du roi.

1541 : Un nouveau Parlement est réuni au cours duquel Henri VIII, qui avait jusque-là porté le titre de « Lord » ou de « Seigneur », se fait reconnaître « Roi d’Irlande ». Il comble d’attentions les puissants chefs celtes du nord et de l’ouest, qui abandonnent leurs terres que la Couronne leur restitue à titre de concessions féodales. Le roi d’Angleterre encourage l’assimilation et élève à la pairie les descendants de la noblesse normande et des roitelets celtes : O’Neill est ainsi fait comte de Tyrone. De nombreux chefs se laissent séduire par la perspective d’un pouvoir féodal assuré et automatiquement transmissible à leur fils aîné. Mais leur indocilité, la sédition encouragée par les agents de la Contre-Réforme, la pression des milieux d’affaires anglais de la gentry et du Pale, avides de terres à coloniser, compromettent définitivement cette politique.

1556 - 1557 : Début de la politique des plantations sous le règne de la catholique Marie Tudor : les districts de Leix et d’Offaly, territoires des O’Moore et des O’Connor, sont confisqués au profit de la Couronne et transformés en Queen’s County et King’s County. Le but de cette politique est de créer des noyaux fidèles au milieu d’une population peu sûre. Les colons sont tenus de n’utiliser que de la main-d’œuvre anglaise, qui sera rapidement découragée par les raids punitifs des Celtes spoliés.

1559 : Mort du comte de Tyrone qui avait accepté d’abandonner entièrement son nom de O’Neill et le titre de roi auquel la tradition lui donnait droit. Son fils cadet, Shane, répudie tout titre anglais, tandis qu’Élisabeth fait élever à l’anglaise l’un de ses petits-fils, Hugh O’Neill.

1560 : Une Église d’Irlande est établie sur le modèle de l’Église anglicane d’Angleterre. La nouvelle religion touche essentiellement les colons des premières plantations et les populations les plus anglicisées du Pale.

1562 : Par son Acte de Suprématie et d’Uniformité, Élisabeth impose le service protestant et déclenche le début des persécutions religieuses en s’attaquant cette fois directement au dogme catholique.

1567 : Élisabeth liquide la révolte de Shane O’Neill. Elle installe des fonctionnaires anglais à la tête de chaque province.

1567 - 1571 : Neuf plans de colonisation de l’Irlande sont soumis au gouvernement anglais. La plupart des initiatives privées ne remportant que des succès fort mitigés, l’État s’apprête à prendre le relais.

1569 - 1573 : Première révolte du Munster : les Grands, conduits par le chef des Fitzgerald, James Fitzmaurice, se mobilisent « pour la défense de l’Irlande et de la foi ». En réalité, il s’agit davantage d’un nouvel épisode de la lutte entre les Grands d’Irlande et la couronne anglaise.

1575 : Fitzmaurice va lui-même chercher de l’aide en Espagne auprès du Roi Catholique Philippe II.

1576 : Walter Devereux, le comte d’Essex, reçoit la moitié du comté d’Antrim.

1579 - 1583 : Deuxième révolte du Munster qui se soulève sous la direction du chef des Fitzgerald, désormais comte de Desmond. Des Espagnols et des Italiens débarqués dans le Kerry, à Smerwick, pour leur venir en aide, sont passés au fil de l’épée par les soldats de Walter Raleigh qui ne manque pas de prendre sa part des terres confisquées à cette occasion : 200 000 hectares sont ainsi distribués à des colons anglais et aux fidèles serviteurs de la reine.

1580 : Dans le Pale, révolte de « Vieux-Anglais » catholiques, c’est-à-dire des vieilles familles anglo-normandes établies en Irlande avant les plantations.

1582 : Selon un fonctionnaire anglais, la disette fait plus de 30 000 morts dans le Munster.

1583 : Gerald de Desmond est exécuté, ce qui signifie l’élimination de la grande famille des Fitzgerald de Desmond après celle des Fitzgerald de Kildare.

1588 : Le désastre de l’Invincible Armada renforce la position des Anglais. Bon nombre de naufragés, échoués sur les côtes de l’île, sont massacrés par les Irlandais ou remis aux mains des Anglais. Un des membres de l’expédition, l’Espagnol Cuellar, a laissé une description du peuple irlandais : « La coutume de ces sauvages est de vivre comme des fauves dans les montagnes… Ils y habitent des huttes de chaume. Grands marcheurs, ils supportent bien le travail. Par leurs luttes sans trêve, ils contiennent les soldats de la reine d’Angleterre. Le pays par ici, à trente lieues à la ronde, n’est que tourbières. Leur plus grand plaisir est de se voler les uns les autres. Apprend-on qu’un hameau voisin possède bestiaux ou autres biens, on part de nuit à l’attaque et l’on s’entretue. […] Bref, il n’y a dans le pays ni ordre ni justice et chacun fait ce qui lui semble bon. »

1591 : Fondation par Élisabeth de Trinity College à Dublin. Fermée aux catholiques, l’université devient un important foyer d’influence anglaise et protestante.

1593 : Hugh O’Neill, en dépit de son éducation anglaise, devient le plus grand seigneur de l’Irlande.

1594 : Révolte des comtes de Tyrone (Hugh O’Neill, qui se veut « roi d’Ulster » sur ses terres) et de Tyrconnell (Hugh O’Donnell). Conscients de leur infériorité technique du point de vue militaire, ils recrutent des professionnels parmi les Galloglaigh (des soldats étrangers, écossais pour la plupart) et les Buannadha ou Bonnachts (des mercenaires irlandais). Ils infligent une cuisante défaite aux Anglais le 13 juin à Clontibret. Les comtes d’Ulster proposent alors la couronne d’Irlande à Philippe II, avant de se soumettre à l’automne.

1598 : Le poète Edmund Spenser, secrétaire du lord-lieutenant Arthur Grey de Wilton, écrit A view of the present state of Ireland (qui ne sera publié qu’en 1633). Il y plaide en faveur des méthodes les plus expéditives en Irlande, en prônant notamment les vertus de la famine organisée pour mettre fin aux révoltes.

14 août 1598 : À Yellow Ford, en Ulster, O’Neill met une nouvelle fois en déroute une armée anglaise. Le Connaught, le Munster, le Meath et le Leinster se soulèvent croyant avoir trouvé l’homme providentiel capable d’unir enfin les Irlandais dans leur lutte contre la couronne anglaise. Les colons du Munster prennent la fuite sans demander leur reste.

1599 : Élisabeth envoie alors une armée de 16 000 hommes sous le commandement de son favori, le comte d’Essex, investi des fonctions de lord-lieutenant. Il rencontre le chef des rebelles sur les bords de la rivière Lagan, au gué d’Aclint, à la lisière des comtés de Louth et de Monaghan. Une trêve de six semaines est instaurée.

1600 : Essex est remplacé par lord Mountjoy, tandis que sir George Carew est fait président du Munster. Forts de leurs 20 000 hommes, ils divisent et traquent l’ennemi sans répit, mais préfèrent éviter l’affrontement direct et détruire systématiquement fermes, récoltes et troupeaux. Des garnisons sont établies jusqu’à Derry, au cœur du territoire ennemi.

21 septembre 1601 : Tandis que Clément VIII accorde une indulgence aux combattants de la foi, 3 500 Espagnols commandés par don Juan d’Aguila débarquent dans la baie de Kinsale et font face aux soldats de Mountjoy. O’Neill et O’Donnell traversent l’Irlande à marche forcée pour prendre à revers les troupes anglaises, bientôt décimées par la faim et la maladie. Mais les Irlandais opèrent une manœuvre inconsidérée en attaquant le 24 décembre : ils sont défaits par une redoutable contre- attaque de la cavalerie anglaise.

30 mars 1603 : Lors du traité de Mellifont, le comte de Tyrone se soumet. Il renonce au titre gaélique de « The O’Neill » ainsi qu’à toute alliance avec l’étranger. Il s’engage par ailleurs à introduire les coutumes anglaises sur ses terres. Cet accord va marquer la fin progressive de la traditionnelle organisation politique de l’Irlande et le déclin sans retour de la société gaélique.

1604 - 1616 : Le lord-député d’Irlande, Chichester de Belfast, pratique une politique d’apaisement, appliquant avec modération les lois contre les catholiques.

1607 : « Fuite des comtes » (« Flight of the Earls ») ; le comte de Tyrone, se sentant menacé, s’enfuit pour le continent avec une centaine de parents et de partisans et se réfugie à Rome. Jacques Ier confisque leurs terres.

1608 : Début de l’anglicisation et de la colonisation massive de l’Ulster, la province la plus gaélique d’Irlande, désormais divisée en neuf comtés quadrillés par les agents de la Couronne. Les nouveaux colons arrivent surtout du Yorkshire et des Basses Terres d’Écosse : ils seront près de 100 000 dans les années 1650. Ces non-conformistes (presbytériens, baptistes…) se partagent plus de 200 000 hectares qu’ils sous-louent ensuite aux fermiers irlandais, relégués à la condition misérable de tenanciers. À une population pastorale gaélique et catholique succède ainsi une population agricole anglo-saxonne, anglicane ou presbytérienne.

1613 : La ville de Derry est concédée à une société londonienne et devient Londonderry.

Avril - mai 1613 : Une Chambre des communes majoritairement protestante est élue au Parlement. Pour la première fois, l’ensemble de l’île est représenté. Les statuts de Kilkenny sont abrogés : la loi est désormais la même pour tous. Le Bill of Attainder entérine les confiscations. De rebelle, l’Ulster allait désormais se muer en auxiliaire dévoué de la Couronne. Aucune révolte ne permettant de justifier de nouvelles confiscations, on fait appel à des légistes qui jouent de la substitution du droit féodal au droit celtique, rendant la plupart des titres de propriété irlandais contestables. Par abus de droits et chicanes, une grande partie des territoires de la rive orientale du moyen Shannon est ainsi livrée à la rapacité des colons et ce d’autant plus facilement que les jurys acceptant de confirmer les confiscations se voient accorder un pourcentage sur les domaines expropriés.

1625 : Charles Ier succède à Jacques Ier. Les Vieux-Anglais, par peur d’être à leur tour spoliés par les colons, lui proposent 120 000 livres sterling contre la confirmation de leurs titres de propriété et l’autorisation de la pratique publique du culte catholique. Pour pouvoir soutenir financièrement sa guerre contre l’Espagne, le roi accepte ces « graces ». Mais la réaction de l’intérêt protestant est immédiate.

1629 : Le roi revient sur ses promesses et fait interdire l’exercice public du culte catholique. L’interruption manu militari d’une messe à Dublin provoque une émeute le 26 décembre.

1632 : Le nouveau gouverneur de l’Irlande, Thomas Wentworth, divise pour régner. Il préconise de « se servir de l’indigène pour soumettre et gouverner le planteur et du planteur pour soumettre et gouverner l’indigène ». Un projet de plantation dans le Connaught, qui avait été différé par la politique des graces, voit le jour.

1639 : Wentworth fait bientôt l’unanimité contre lui (vieux et nouveaux Anglais, puritains d’Ulster…) en foulant aux pieds les aspirations des différentes composantes de la population de l’île. Il est rappelé à Londres auprès de Charles Ier qui le nomme comte de Strafford, avant de le renvoyer en Irlande investi du la charge de lord-lieutenant. Il cherche alors à y lever une grande armée pour voler au secours du roi, bientôt mis à mal par l’invasion du nord de l’Angleterre par les Écossais. L’Irlande est alors impliquée dans les troubles constitutionnels qui vont ravager l’île voisine.

23 octobre 1641 : Tandis que guerre civile menace en Angleterre, une rébellion tenant tout à la fois de la jacquerie et de la réaction nationale éclate à Dublin, par réaction à la politique de dépossession systématique et d’exclusion par un puritanisme de plus en plus sectaire. Le Parlement anglais résonne bientôt de déclarations martiales : selon sir John Clotworthy, « la conversion des papistes irlandais ne pourra être réalisée qu’avec une bible dans une main et une épée dans l’autre. » Si l’attaque perpétrée contre le château de Dublin échoue, la surprise est totale en Ulster, où les rebelles sont menés par sir Phelim O’Neill. Les spoliés de 1606-1610 massacrent les colons anglais et écossais. Dans les deux camps, les atrocités se multiplient : à Portadown, Manus Roe O’Cahan fait noyer 80 colons avec femmes et enfants. Quelques temps plus tard, sir Charle Coote fait massacrer, avec une rare férocité, les rebelles du Wicklow. À ceux qui lui reprochent de faire boucherie des nouveau-nés et des enfants, il répond : « Les lentes deviennent des poux. » Plus de 10 000 personnes meurent de faim, de maladie et dans les combats. En Angleterre, où l’on n’hésitera pas à parler de 200 000 morts, on incrimine la sauvagerie des Irlandais et la perversité de leur religion.

24 février 1642 : À Londres, le Parlement vote l’Adventurer’s act qui concède les futures confiscations aux spéculateurs avançant l’argent nécessaire pour mener à bien la reconquête de l’île.

22 mars 1642 : Les vicaires et évêques de la province ecclésiastique d’Armagh se réunissent à Kells et excommunient ceux de leurs coreligionnaires qui soutiennent le gouvernement de Dublin.

10 - 13 mai 1642 : Lors d’une assemblée de clercs et de laïcs à Kilkenny est fondée la Confédération catholique d’Irlande, qui se donne pour mot d’ordre : « Pour Dieu, le roi et la patrie, les Irlandais unis. » Elle élabore une constitution de type fédéraliste avec un pouvoir très décentralisé.

juillet 1642 : Owen Roe O’Neill, neveu du grand Hugh O’Neill, débarque dans le Donegal avec des officiers et du matériel, après avoir passé trente ans au service des Espagnols avec qui il avait combattu à Kinsale. Il est rejoint par de nombreux émigrés qui ne tardent pas à investir les charges militaires. Au détriment d’une véritable stratégie d’ensemble, chaque province se donne bientôt pour chefs un soldat de métier et un soldat de la foi. La confusion est bientôt totale en Irlande qui voit ses terres investies par quatre armées différentes : celle de la Confédération catholique, aux mains de généraux désunis et jaloux de leurs prérogatives ; l’armée royale, dirigée par le comte d’Ormond qui ne songe qu’à porter assistance au roi ; l’armée du Parlement anglais ; l’armée écossaise, chargée de mener la guerre en Ulster.

28 mars 1646 : Charles Ier, représenté par Ormond, signe un traité avec la Confédération catholique, afin de pouvoir recevoir des renforts d’Irlande. Mais sa marge de manœuvre est réduite s’il veut éviter de s’aliéner les protestants. Il refuse ainsi de reconnaître l’égalité des droits. Les catholiques qui, depuis le début de la révolte, n’ont eu de cesse de clamer leur fidélité au roi acceptent de soutenir le souverain qui n’a même plus d’armée depuis juin 1645. Le nonce apostolique Rinuccini, partisan de la guerre à tout prix, dénonce le traité et excommunie tous ceux qui s’y rallient. Il sait pouvoir compter sur Owen Roe O’Neill qui vient d’écraser les Écossais à Benburg.

Juin 1647 : Débarquement du colonel Michael Jones, avec une armée de 2 000 soldats aux gages du Parlement. Il vole de victoire en victoire.

1647 : Ormond préfère livrer Dublin aux parlementaires ennemis de son roi plutôt que de la voir tomber aux mains des confédérés catholiques.

20 mai 1648 : Contre l’avis du nonce Rinuccini, une nouvelle trêve est signée entre le conseil suprême de Kilkenny et lord Inchiquin qui vient de passer dans le camp du roi emprisonné. O’Neill, qui était l’âme de la résistance, négocie une trêve avec les Écossais.

17 janvier 1649 : Ormond et les confédérés signent un nouveau traité au moment où Charles Ier est exécuté (30 janvier). Le gouvernement confédéré est remplacé par douze commissaires. Ormond fait proclamer le prince de Galles roi d’Angleterre et d’Irlande sous le nom de Charles II.

Février 1649 : Rinuccini qui, par son intransigeance, a été le fossoyeur de la Confédération quitte l’Irlande.

15 août 1649 : Cromwell et ses « Côtes de fer » débarquent à Ringsend avec 8 000 fantassins, 4 000 cavaliers et une artillerie conséquente. « Maudit soit celui dont l’épée ne sera pas teinte de sang ! Maudit celui dont l’épée ne s’abreuvera pas de sang irlandais, qui ne les récompensera pas au double pour leur infernale trahison contre les Anglais, qui ne fera pas d’eux des monceaux sur des monceaux de morts et de leur pays un repaire pour les dragons, un étonnement pour les nations ! »

Septembre - octobre 1649 : Siège de Drogheda, place forte royaliste commandée par un Anglais catholique, puis de Wexford par les armées de Cromwell. Les deux villes seront tour à tour livrées au pillage et leur population passée au fil de l’épée. Par la suite, la plupart des villes se rendent à la première sommation.

6 novembre 1649 : Mort d’Owen Roe O’Neill.

27 mars 1650 : Cromwell s’empare de Kilkenny, mais les Irlandais lui tiennent tête à Clonmel.

26 mai 1650 : Cromwell quitte l’Irlande, laissant à son gendre Ireton le soin de continuer la guerre contre les royalistes.

16 août 1650 : Afin de gagner définitivement à sa cause les Écossais qui viennent de le proclamer roi, Charles II déclare à Dumferline qu’il revient sur les concessions du traité de 1649. Cette traîtrise est le coup de grâce administré à la cause royaliste. La plupart de ses chefs ne tardent pas à s’exiler.

1651 : Ireton s’empare de Limerick. Par ailleurs, battu par Cromwell en Angleterre, Charles II doit s’exiler.

1652 : La dernière place royaliste, Galway, tombe après un siège de neuf mois. Selon sir William Petty, plus de 500 000 Irlandais sont morts durant les onze années qui ont saigné le pays.

12 août 1652 : Pour rembourser les Adventurers et payer ses Côtes de fer, Cromwell fait voter l’Act for the Settling of Ireland, une loi de confiscation des terres qui touche les trois quarts de l’Irlande. Une centaine de chefs militaires et de responsables catholiques sont condamnés à mort. Seules vingt-six familles catholiques conservent leurs biens. Cromwell entreprend par ailleurs la reconstruction du pays selon trois objectifs. Les éléments hostiles doivent être éliminés par l’exil ou la déportation (aux Caraïbes, à la Barbade où des Irlandais seront vendus comme esclaves). La population indigène doit être cantonnée « en enfer ou en Connaught » : les catholiques ont jusqu’au 1er mai 1654 pour se regrouper dans les régions les plus pauvres de l’île, avec l’interdiction formelle de retraverser le Shannon. Ce projet irréalisable ne pourra être pleinement mis en œuvre. Enfin, le reste de l’île est appelé à être colonisé par une classe de petits propriétaires protestants. Si le pouvoir et la propriété passent effectivement des mains des catholiques à celles des protestants, le Cromwellian settlement ne crée pas la communauté de petits possédants qui aurait fait de l’Irlande une province occidentale de l’Angleterre. En revanche, il est à l’origine d’un système de propriété latifundiaire typiquement colonial, fonctionnant au profit de landlords dont la plupart ne résident pas dans le pays, abandonnant leurs terres à l’avidité des régisseurs.

1653 : Proclamation de l’union législative de l’Irlande et de l’Angleterre. Le Parlement de Dublin est supprimé.

Septembre 1658 : À la mort de Cromwell, les catholiques ne détiennent plus qu’un tiers de la propriété terrienne, principalement dans les terres médiocres du Connaught.

14 mai 1660 : Charles II est proclamé roi d’Irlande.

1661 : Ormond redevient lord-lieutenant d’Irlande. Il fera preuve d’une certaine tolérance envers les catholiques.

8 mai 1661 : Fin de l’union législative avec l’Angleterre. Le Parlement irlandais qui n’avait pas siégé depuis vingt ans se réunit : sur 260 députés, un seul est de confession catholique.

1662 : Un deuxième Act of Settlement statue sur la légitimité des confiscations. Un tiers seulement des terres seront finalement récupérées par les Vieux-Anglais. La plupart des Gaëls d’Ulster ne récupèrent pas leurs biens.

À partir de 1663 : Plusieurs Cattle Acts interdisent l’exportation de bétail sur pied irlandais vers l’île voisine. Les Navigation Acts imposent par ailleurs que tous les produits en provenance ou à destination de l’Irlande voyagent sur des navires anglais et transitent par l’Angleterre.

1680 : Une nouvelle loi interdit à l’Irlande d’exporter vers l’Angleterre toute espèce de gros et de petit bétail et de produits laitiers. Elle porte un coup mortel à l’économie essentiellement agricole de l’île.

Ier juillet 1681 : Exécution d’Olivier Plunkett, pendu au gibet de Tyburn, avant que son cadavre ne soit démembré à la hache par le bourreau. Il était accusé d’avoir participé à un prétendu complot papiste. Il sera canonisé en 1975.

1685 : Ormond fait voter une « Loi pour encourager les étrangers protestants à se fixer et résider dans le royaume ».

Février 1685 : Le second fils de Charles Ier, le catholique Jacques II, monte sur le trône. Un immense espoir naît en Irlande où, pour complaire à ses coreligionnaires, il place Richard Talbot, frère du dernier archevêque de Dublin, et descendant des O’Donnell, à la tête de l’armée avec le titre de comte de Tyrconnell.

1687 : Richard Talbot est fait lord-lieutenant d’Irlande, à la place du comte de Clarendon. Il favorise ostensiblement les catholiques qui sont bientôt majoritaires dans la magistrature et au Conseil privé. Les protestants craignent pour leur vie et leurs biens et soutiendront l’appel anglais à Guillaume d’Orange.

1688 : La « Glorieuse Révolution » est marquée en Irlande par une bien curieuse guerre : des Irlandais se battent pour le roi d’Angleterre, les rebelles sont les Anglais, des Français s’opposent à d’autres Français. Tandis qu’à l’appel de Tyrconnell se rassemblent les « jacobites » soutenant le roi, un petit corps d’armée orangiste tient l’Ulster, où les protestants se réfugient dans Derry et Enniskillen.

12 mars 1689 : Soutenu par Louis XIV, Jacques II débarque à Kinsale avec une centaine d’officiers français. Il est accompagné par le comte d’Avaux, ambassadeur de Louis XIV, dont les écrits racontent « la guerre des deux rois ». Sans aller jusqu’à abroger le Poynings Act qui avait institutionnalisé la sujétion de l’île à l’Angleterre, il accepte que Westminster cesse de légiférer pour l’Irlande. Il se prononce également pour la restitution des terres confisquées après 1641 seulement.

Avril - 31 juillet 1689 : Échec du siège de Derry par les jacobites, durant lequel quinze mille personnes meurent de faim ou de maladie. Tous les ans, les protestants d’Irlande du Nord célèbrent encore, le 12 juillet, la mémoire des apprentis qui fermèrent les portes de la cité à l’arrivée des troupes de Jacques II.

Été 1689 : Le maréchal de Schomberg, qui sert Guillaume d’Orange, arrive en Irlande.

Mars 1690 : Quarante et un vaisseaux français débarquent à Cork des troupes dirigées par le comte de Lauzun. En retour, cinq régiments irlandais s’embarquent pour le continent où ils constitueront le noyau de la Brigade irlandaise qui figurera sur le rôle de l’armée française jusqu’en 1791. Elle s’illustrera notamment lors de la bataille de Fontenoy en 1745.

Ier juillet 1690
: Bataille de la Boyne. Guillaume d’Orange et Schomberg, forts d’une armée de 36 000 hommes, battent les troupes de Jacques II qui prend la fuite, alors que ses partisans tiennent encore l’ouest du Shannon. Il retourne en France, humilié et déconfit. Cet événement est encore célébré le 12 juillet par les orangistes d’Ulster comme le triomphe du protestantisme sur le papisme. Le pape, qui entretenait de forts bons rapports avec Guillaume d’Orange, n’a pourtant jamais soutenu la cause jacobite.

27 août 1690 : Guillaume échoue devant Limerick, défendue par Patrick Sarsfield, le fils d’un des héros de la révolte de 1641. Mille cinq cents orangistes sont tués.

8 mai 1691 : Capitulation de Limerick.

12 juillet 1691 : Les jacobites du marquis de Saint-Ruth sont battus par von Ginkel à la bataille d’Aughrim.

21 juillet 1691 : Reddition de Galway.

3 octobre 1691 : Signature du traité de Limerick par Sarsfield et les représentants de Guillaume d’Orange. Un pardon général est accordé aux jacobites qui pourront s’exiler. Les catholiques se voient garantir les droits qui leur ont été assurés sous Charles II : liberté de culte, accès aux professions libérales et au Parlement, droit de porter les armes. Il est par ailleurs stipulé que le serment de fidélité au gouvernement ne devra pas heurter leurs convictions religieuses. Mais dans un

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Published by X - dans Irlande
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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 10:42

(* élucubrations: s'emploie surtout au pluriel et Ironiquement. Élaboration progressive, œuvre ou théorie résultant de recherches longues et patientes.)  Je me présente: Frère JACQUES, nom prédestiné! Pensez donc, le Frère Jacques. Bien que connaissant la chanson, rassurez-vous, mon intention n'est nullement de vous endormir.

Je ne vais pas parler d'alchimie, ni de magie, pas même de géométrie. Je ne suis possesseur d'aucun secret, pas même celui de transformer du plomb en or. Dans mon temple intérieur, il n'y a pas d'Athanor, je n'ai pas trouvé non plus dans ma cave de grimoire poussiéreux révélant le secret de la longévité. Non, rien de tout cela.

Par contre, je vous le dis simplement, l'orateur à qui vous faites la faveur de prêter attention ce soir est (n'ayons pas peur des mots) un génial inventeur. Eh oui! Après bien des années d'observations, j'ai mis au point un appareil à mesurer la fraternité que j'ai appelé pompeusement le FRATERNOMÈTRE. Comment se présente-t-il ?

Le module est de forme pyramidale. La base est de couleur bleue, le sommet rouge. Sur le côté gauche (côté cœur) une première graduation bleue de 1 à 3, puis une deuxième rouge de 3 à 33. On peut améliorer le système pour certaines obédiences en allant jusque 99. Une cotation de 1 à 10 à l'intérieur de chaque degré permet de noter la fraternité à chaque niveau. Il y a bien une graduation au-dessous de zéro, couleur noire, mais je ne peux croire que l'appareil puisse servir à ce niveau dans le cadre de notre philosophie.

Comment réagit l'instrument vous demandez-vous? Systématiquement en fonction des diverses catégories de frères et de sœurs œuvrant au sein de nos ordres. Il suffit de se trouver à proximité du FRATERNOMÈTRE Qui réagit selon la couleur des auras. Mon invention n'étant pas encore brevetée, vous comprendrez ma discrétion et ma réticence à vous en dire davantage. Toutefois, mes observations m'ont permis de dresser une nomenclature, qui n'est d'ailleurs pas exhaustive, ayant fait réagir mon invention.

Bien sûr si par hasard au cours de cette énumération certains frères croyaient reconnaître un des nôtres, il ne s'agirait que d'une coïncidence, les Frères présents sur ces colonnes ne pouvant être concernés. Mais sait-on jamais? Un visiteur inconnu? De toute façon, on a toujours une possibilité d'essayer de se corriger. A chaque catégorie, je me suis permis de consulter le FRATERNOMÈTRE. Je vous ferai part de la citation ... Cet appareil qui va révolutionner les obédiences ne peut se tromper.

Si vous le permettez, je vais donc les citer : Classifications et notations qui évidement n'engagent que moi.

Les AMBITIEUX: Dès leur arrivée dans notre ordre, ils rêvent de brûler les étapes, ils se voient "vénérable" au bout de quelques mois et veulent par tous les moyens occuper un poste en vue, n'hésitant pas le cas échéant à dresser les Frères les uns contre les autres pour arriver à leurs fins. Ils sont atteint d'une grave maladie: la "cordonnite" et ont des décors chamarrés d'or. Ils ne pensent pas un seul instant que le passage d'un degré à un autre est une borne kilométrique indiquant l'amplitude de la fraternité sur l'autoroute qui mène à l'initiation. Je survolerai le cas de frères qui, dans la vie profane, ont atteint leur niveau d'incompétence. Ils ont vaguement conscience qu'ils ne sont rien mais voudraient tant avoir de l'importance que cela devient pour eux obsessionnel et les métamorphose (à fortiori si on leur confie une fonction) en petit tyranneaux, au mieux adjudants de quartier, n'ayant rien à voir avec nos règles de fraternité. Ceux-là en vérité peuvent être, à la rigueur dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les ORGUEILLEUX: Sous des prétextes les plus futiles, ils prennent la parole et ne la redonnent plus, pour faire étalage de leur science, de leur situation matérielle ou professionnelle, etc... Ils n'ont en aucun cas laissé leurs métaux à la porte du temple. Ils ignorent le mot "égalité" et cultivent le narcissisme à grande dose. Bienheureux si l'on échappe à une contre-conférence n'ayant pas forcément rapport avec le sujet évoqué par le frère au banc d'éloquence. Certains de ces Frères me font penser à ces vieux chevaux courant à Auteuil à qui on a mis les œillères afin qu'ils ne se rendent pas compte de ce qui se passe autour d'eux. L'humour, ils ne connaissent pas : pensez donc, ils sont chargés de refaire le monde ... On ne plaisante pas avec les gourous!! Ceux-là en vérité sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les PAONS : Dignitaires, cousins des deux précédentes espèces, ils se distinguent par leur ton péremptoire. Inutile de leur demander qui ils sont, ils vous le diront à la première occasion. Ils connaissent tout, ce sont des puits de science, du moins, ils le croient. Je suis allé au zoo, c'est vrai qu'ils sont beaux ces paons lorsqu'ils font la roue. Sont-ils intelligents? Pas forcément. Il en est de même de ces faux spiritualistes qui sillonnent nos ateliers. Si par malheur vous vous hasardez à faire une objection, rapide rappel à l'ordre: "Je suis Maître depuis 1925". Il est 18°,33°,90°, que sais-je? Ils connaissent Alphonse, Jules, Paul ou Untel. A les entendre, il est évident que si le Grand Maître a pris telle décision, c'est sur leur conseil et les voilà partis dans des discussions filandreuses, tellement filandreuses qu'ils ont parfois du mal à suivre eux-mêmes le fil de leurs idées. On se demande ce qu'ils font dans les Loges bleues qui ne sont pour eux que de la roupie de sansonnets, peuplées de jeunes galopins ayant tout à apprendre. Ils ont le verbe haut, emphatique. Rien ne peut leur faire plus plaisir que si vous les écoutez béats d'admiration devant tant de connaissances. El1e est bien loin la cérémonie d'initiation. Ceux-là en vérité sont moyennement des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 5

Les DOGMATIQUES : Ces Frères font de la Franc-maçonnerie une religion. Ils assistent aux tenues 8 jours sur 7, ne peuvent comprendre que les autres Frères aient des obligations professionnelles ou familiales! Au nom de la tolérance, ils sont les plus intolérants qui soient. Ils se retrouvent souvent, du fait qu'ils ont négligé leur travail, à pointer au bureau de chômage le plus proche, quand ce n'est pas dans le pire des cas devant un juge, car leurs compagnes, lassées de jouer les Pénélopes ont demandé le divorce. En vérité, ces Frères là sont  Dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les FAINÉANTS: (Ils se disent débrouillards). Contrairement à d'autres, ils  ne veulent occuper aucun poste, ne faire aucune enquête et ne participer à aucuns travaux. Ce sont, selon notre langage imagé, des "plantes vertes" ou des potiches. Ils n'ont pas conscience que si tous les Frères avaient le même comportement, on pourrait mettre l'atelier en sommeil. Trop de Frères viennent épisodiquement quand ça leur chante ou que cela ne les dérange pas trop. On n'est pas Maçon 3 heures par mois, mais chaque heure du jour. A tous les Frères arrivés au grade de Maître qui pensent avoir atteint leur bâton de maréchal, je leur dis qu'ils se trompent lourdement, c'est le contraire: que c'est là, à ce moment précis que tout commence. Ceux-là, en vérité, peuvent être  aussi dangereux.                        

 FRATERNOMÈTRE : 3

Les PEUREUX : Ils laissent leur voiture à 1 Km du temple, ne veulent figurer sur aucun annuaire, sur aucune convocation. Ils craignent jour et nuit d'être découverts, à croire qu'ils ont attrapé une maladie honteuse. Ils ne mettront pas l’autocollant sur le pare-brise de leur voiture, c'est trop risqué! Lorsqu'ils se rendent à une tenue, ils surveillent le rétroviseur pour voir s'ils ne sont pas suivis. Tout juste s'ils n'achètent pas des chaussures à semelle de crêpe pour qu'on ne les entende pas se diriger vers le temple. Ils ont la peur chronique de perdre leur place si on apprend qu'ils sont Francs-Maçons. Rassurez-vous, plusieurs années s'écoulent, ils sont toujours en place ! Ils seront les premiers à nous trahir, voire à nous dénoncer en période troublée. De toute façon, ils nous quitteront. Ceux-là en vérité sont des Frères très dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les LUNETTES ROSES : Contrairement à la catégorie que je viens d'évoquer, ces Frères sont prolixes. Ils sont atteints de "maçonnite". Je m'explique: ils voient des Maçons partout: le curé, le cantonnier, le vidangeur, le Ministre, ils sont tous Maçons. D'ailleurs, ils tiennent leurs renseignements de sources sûres: "on lui a dit!!!" A la télévision, du perchiste au reporter, ils voient des Maçons partout: celui-ci à une pochette triangulaire, l'autre a un point sur la cravate, le troisième met les pieds en équerre. Ce ne sont que des Maçons ! A croire qu'ils sont tous venus d'Amérique pour faire souche en France. Si on leur prouve le contraire, ils ne sont pas décontenancés pour autant: "Alors, c'est un Maçon sans tablier", comme si cela pouvait exister! A quoi sert l'apprentissage, le chemin parcouru vers l'initiation? Hélas, si certains pensent qu'il y a des Maçons sans tablier, force est de constater que derrière certains tabliers, il n'y a malheureusement pas que des maçons. Ceux-là en vérité ne sont pas forcément dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les INDISCRETS: Cette catégorie est redoutable. Ce sont des bavards impénitents, ils ne peuvent garder aucun secret, et sont de véritables moulins à paroles, au bout de quelques minutes d'entretien, ils ont énuméré une cinquantaine de noms, n'importe où, n'importe quand à n'importe qui. Ils se promènent avec des insignes gros comme des phares de voiture. Ils vous aperçoivent, même accompagnés, ils vous sautent au cou pour vous embrasser. Ils vous téléphonent et égrènent des "mon Frère" à n'en plus finir sans se soucier s'ils ne vous portent pas préjudice. Ils vous envoient du courrier à votre travail sans se préoccuper si le courrier est ouvert par vous ou pas. A la période des vacances, ils vont gentiment vous envoyer une carte sans enveloppe mais vous assurent de leurs pensées les plus fraternelles et les plus maçonniques.  Si après cela votre entourage ignore que vous êtes Maçons, ce ne sera pas de leur faute, mais ce ne sera pas pour autant qu'ils vous retrouveront le cas échéant une autre place si vous perdez votre emploi. Ceux-là en vérité sont extrêmement dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les POLITICIENS: ils viennent en Loge tester leur pourcentage électoral et le nombre de voix à recueillir éventuellement dans l'assistance. Ils se fâchent parfois avec les Frères qui ne partagent pas leurs idées. Assidus en période électorale, ils retombent ensuite dans une douce torpeur pour ne se souvenir de vous qu'au bon moment. C’est tout juste s'ils ne collent pas leurs affiches dans les parvis. Élus, ils redeviendront rares, car très pris par leurs charges (c'est eux qui le disent !). Déboutés, ils accuseront la société, la franc-maçonnerie en particulier, de n'avoir rien compris et de ne pas avoir été le tremplin espéré. En vérité, ces Frères-là peuvent être dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 4

Les MÉCHANTS: Ceux-ci n'écoutent une planche, une conférence, que pour coincer l'orateur. Quand ils ont trouvé la faille, ils n'écoutent plus. Ils vont commencer par vous féliciter et pan! pan! pan! ... ils tirent à boulets rouges sur ce malheureux conférencier.

Ce sont des distributeurs automatiques de boules noires. Ces Sherlock Holmes en herbe décèlent tout de suite d'énormes défauts au pauvre profane qui passe sous le bandeau (il est vrai que pour le présentateur, son filleul est toujours la perle rare) mais tout de même où est la tolérance dans tout cela ? Ils ont oublié qu'un atelier les a accueillis en toute fraternité et peut-être beaucoup d'indulgence. Une autre sous-catégorie dans cette classification : ceux qui passent leur temps à tout critiquer, à leurs yeux, rien n'est bien: l'exécution du rituel, la tenue vestimentaire, la longueur des réunions, le choix et le lieu des agapes, etc ... A les entendre, seuls les amis qu'ils ont présentés sont intelligents, les autres .... bof !!! Le plus beau cadeau qu'on puisse leur faire serait un miroir. Mais je doute qu'ils veuillent bien s'en servir, et pourtant, ça leur rendrait le plus grand service. On ne peut pas dire que' la mansuétude soit leur qualité essentielle, et ce sont souvent eux les artisans de la sclérose de certains ateliers. Ceux-là en vérité sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les OBÉDIENTIELS : J'aurai pu vous parler d'un Ordre où il y a obligation, pour entrer, de croire en un Dieu révélé. "Interdiction de visiter les mécréants ... Interdiction de ceci... Interdiction de cela ... Souscription obligatoire pour ceci ... Paiement pour cela ... etc ... etc ... " Étant un homme libre, j'ai pu retrouver ma plénitude et ma tranquillité, ouf !.., en me libérant de ce carcan intolérant. Parlons plutôt des Obédiences qui nous concernent, dites "libérales". Pour les Obédientiels, seule leur Obédience est bonne, les autres ne sont que de vagues sous-produits ou ersatz. A les entendre, ils appartiennent à la race élue. Pourtant, toutes ont leur raison d'exister. Que de temps gagné si l'on savait éviter ces querelles de clocher. Ne serait-il pas plus sage et raisonnable de ne point s'abaisser à des jalousies vaines et stupides, et d'œuvrer pour tout ce qui peut nous rassembler, nous grandir. Je parle en connaissance de cause, les ayant presque toutes pratiquées. Il me reste encore la grande Loge Féminine, mais je ne suis pas certain qu'elles m'accepteraient. Je reconnais pourtant que MISRAÏM est la Rolls de la spiritualité. Vous voyez, moi aussi je me laisse entraîner. Mais, pour justifier mes "voyages", ne dit-on pas qu'une petite grenouille au fond d'un puits ne voit qu'un petit coin de ciel? Ceux-là, en vérité, ne sont pas dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 6

Les DRAGUEURS: Ils sévissent dans les Obédiences mixtes ou féminines (du moins j'ose l'espérer, mais sait-on jamais !...) Ils ne viennent pas au Tenues pour pratiquer le Rituel ou écouter une planche, pour eux, c'est un problème mineur. Non, ils viennent pour la CHOSE : la philosophie ? Non, je le répète, pour la chose. Comme dirait Nougaro, pour eux, le problème qui se pose: séparer 50 Kg de chair rose de 50 grammes de nylon.

L'œil de velours, l'attitude avantageuse, ils repèrent leur proie en attendant de les accoster en chambre humide. Leur nombre d'or à eux, c'est 90 (vous l'avez compris, c'est le tour de poitrine). Il n'y a pas plus dévoués qu'eux pour raccompagner une Sœur ... Toutefois, et heureusement pour la Maçonnerie, ils oublient que nos sœurs n'ont pas les mêmes objectifs et viennent, elles, pour une fraternité sans arrière pensée.  En vérité, ces Frères ne sont pas forcément dangereux. Allez, la chair est faible !

FRATERNOMÈTRE : 6

Les AGAPEUX : Parfois doublés d'éthylisme prononcé, ces Francs-Maçons de comptoir sont indéracinables du bar. Si vous ne prenez pas avec eux quelques verres, vous êtes classés mauvais Maçon. Ils ont des haleines de cow-boy endurcis, parfois du mal à s'exprimer, et offrent un spectacle lamentable aux Frères sur les colonnes. Mais ne boudons pas notre plaisir, je vous avoue que j'ai une certaine admiration pour leur capacité d'ingurgitations ...

Les colonnes J. et B. représentent pour eux une marque de whisky (publicité non payée).  La Franc-maçonnerie n'est pour eux que prétextes à ripailles ou foirail, ce sont des professionnels des agapes. Ce sont souvent ces frères qui s'élèvent contre le montant des capitations, alors qu'ils dépensent le double en boissons. En vérité, ces Frères-là sont dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 5

Les FANTAISISTES: Parole d'honneur vous pouvez compter sur eux, ils seront toujours présents à vos côtés. La main sur le cœur, ils vous remercient de les avoir accueillis, parole, ils n'auront qu'un atelier. Après cette confession de foi, ils courent s'inscrire dans plusieurs loges, voire plusieurs obédiences. Vous ne les revoyez plus pendant deux mois puis ils reviennent décontractés, étonnés que l'on puisse leur rappeler leurs engagements. A ce propos, je suis toujours béat d'admiration devant les Frères qui ont tellement d'occupations le soir à 19 h 30, et ce, justement le jour de leur tenue, d'autant plus qu'en principe, celle-ci se déroule toujours à une date régulière. D'ailleurs s'ils ne sont pas présents (ce qui a leurs yeux n'est pas forcément indispensable), c'est que dans le monde profane, eux, ils œuvrent, ils sont efficaces, et bien voyons !!! C'est pourquoi je leur suggère de trouver une obédience qui initie par correspondance ... Ces infidèles, ou amnésiques, sont en vérité des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les MYSTÉRIEUX: Ils parlent à voix basse ... qu'aux seuls maîtres, naturellement. Ce sont de grands initiés et probablement détenteurs des secrets du GRAAL (mais chut ! Ne le dites surtout pas !), secrets que vous pourrez peut-être, un jour indéterminé, être amenés à comprendre. Mais, est ce bien sûr? Car eux, "les Maîtres", appartiennent à une Élite et vous ne représentez que de vulgaires parias. Je me demande s'ils ont bien compris le sens de l'initiation? En tout cas, on ne peut dire qu'ils œuvrent pour une grande cohésion. En vérité, ces Frères là peuvent être dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 4

Les RÉGLEMENTEUX: Ceux-ci brandissent le règlement en toutes occasions: Article 18, article 44, article 158, page tant. Ils paralysent l’atelier. Ils ne se rendent pas compte qu'ils créent un mauvais climat. Un règlement au sein d'une assemblée fraternelle ne devrait être consulté qu'à la dernière extrémité, en cas de litige problématique, le bon sens devant prendre le pas en toute occasion. Peut-être serait-il bon de leur rappeler qu'ils ne sont pas au centre des impôts ou dans un tribunal quelconque. Notre excellent frère CLEMENCEAU n'a-t-il pas dit que l'interprétation d'un règlement ne dispensait pas d'être intelligent. En vérité, ces Frères sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les INGRATS: Ils viennent vous contacter pleins de sollicitude et de modestie. "Mon Frère, pourrais-tu me faire obtenir dans le monde profane un travail, une intervention, une accession à un autre poste, l'obtention d'un appartement, tu serais le meilleur des frères". Tout cela évidemment demande du temps, un engagement personnel, et n'est pas forcément garanti de réussite. Si vous échouez, vous vous exposez à leurs vindictes. Si vous réussissez, ils vous dresseront des couronnes et vous assureront de reconnaissance et amitié éternelle qui, dans le meilleur des cas, se limiteront à six mois. Après, ils ne vous connaîtront plus et même au jour de l'an, sans être outre mesure protocolaire, oublieront de vous présenter leurs bons vœux. Soyez heureux si, à votre insu, ils ne disent pas du mal de vous. Il est vrai que RÂMA YANA dit: "Les sages prescrivent des punitions pour les meurtriers, les voleurs, les ivrognes et autres pécheurs, mais aucune expiation ne peut effacer la faute de ceux qui ont commis le crime d'ingratitude". Ceux-là en vérité sont des Frères ... peut-être pas dangereux, mais sûrement pas généreux!

FRATERNOMÈTRE : 1

Les RUMEURISTES : Ah, les rumeuristes ! ... ils vous attirent dans un coin discret, avec des airs de conspirateurs. En général, cela commence ainsi: "Surtout, tu me promets de ne pas répéter, ... c'est sous le maillet... je vais te confier un secret."  Là, je vais prendre un exemple complètement bidon, mais qui somme toute n'est pas toujours éloigné de la réalité: "J'ai vu un Frère embrasser l'épouse d'un Grand Officier, il la serrait de près " ... Ils vous disent ça avec un air entendu qui en dit long ... et c'est parti. 4 ou 5 intermédiaires et au bout de la chaîne la rumeur s'est amplifiée : "Sa femme le trompe, ils ont des amants, des enfants clandestins, ils se battent ... si, si, ils sont criblés de dettes, ils sont ruinés ... " Que sais-je encore! Démesure, mensonge, méchanceté, bêtise: tel est le résultat de ces rumeurs à coup sûr jamais positives.  "Je vais te confier un secret... Ne le répète pas ... sous le maillet. .. "STOP, ARRÊTEZ, de grâce, ARRÊTEZ! Je ne veux plus vous écouter. Si vous avez des informations ou des renseignements, adressez-vous aux intéressés. Ayez le courage de combattre ces fléaux, hélas trop fréquents dans nos obédiences, afin de clore définitivement la bouche à ces gens qui n'ont pas lieu d'exister dans nos Loges. Ces inconscients et irresponsables pourraient vous faire condamner à mort à votre insu. En vérité, ces gens-là sont extrêmement dangereux.

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Les SANS GÊNE: En toute fraternité, ils viennent chez vous sans avertir, à n'importe quelle heure, avec une préférence marquée pour les heures des repas. Ils ne repartent plus, ou avec beaucoup de mal ... Quelle présence ! Ils vous "bouffent" littéralement les neurones, on pourrait les assimiler à certaines petites bêtes qui s'accrochent obstinément, ce sont de véritables enzymes gloutons. Heureux s'ils ne fouillent pas dans le buffet, la bibliothèque, etc ... (si, si, cela existe, je l'ai vu), ignorant que le fait d'être Frère ou Sœur n'est pas incompatible avec une bonne éducation. Ils tutoient votre compagne sans attendre l'accord de celle-ci. (Elle est leur belle-sœur !) Ils sont étonnés que vous ne puissiez leur prêter de l'argent, comme si cela était normal. Allons, voyons ! Au cas où cela est possible et que vous acceptiez, ils vous rembourseront (ça arrive ...) quand ils le pourront, en auront le temps, sans se soucier qu'ils puissent vous mettre en difficulté (moi d'abord, les autres ensuite). En vérité, ces Frères sont des gens dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 0

Les AFFAIRISTES : Ah les affairistes ! Quel mal ont-ils pu faire à la franc Maçonnerie! Pour eux le sigle F\M\ représente le Fric Maximum. Leurs activités sont beaucoup plus intenses sur les parvis, les fraternelles, qu'à l'intérieur de nos temples. Quand vous pensez que des pseudo-Frères inscrits au G.I.T.E. n'ont pas mis les pieds dans des ateliers depuis de nombreuses années, on croit rêver ... si, si, vérifiez! D'autres, sous couvert de fraternité, vous comptent le prix fort, ne soignent pas forcément l'accueil ni la qualité de leur produit (une plaisanterie, peu fraternelle je vous l'accorde, circulait dans nos obédiences : on reconnaissait l'endroit où les Frères avaient déjeuné au nombre de boutons qu'ils avaient sur la figure). Ils sont en quête d'adresses, de numéros de téléphone et se renseignent sur les activités professionnelles des Frères et des Sœurs. Ils ne demandent pas le nom de l'Atelier; mais la profession. Leur mot de passe : "Donne-moi ton premier chiffre, je te donnerai le second". La franc-maçonnerie est devenue leur second métier, sinon le premier. La spiritualité, ils s'en moquent comme de leur première chemise, leur fraternité se borne aux bénéfices réalisés. C'est pourquoi il est toujours recommandé de s'adresser au Vénérable maître pour toutes les sollicitations, quelles qu'elles soient. Cela ne veut surtout pas dire qu'il ne faut pas nous entraider, bien au contraire, mais il y a la manière. En vérité, ces frères sont des gens extrêmement dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 0

Je m'arrête dans mon énumération. Bien sûr j'en oublie (volontairement ou non). En cherchant, on trouverait certainement d'autres personnages types, mais n'avons-nous pas dit le principal ?

Commentaire : chacun pourra mettre des noms derrière ces classifications ! J’avoue que ça me démange ! Notre Frère a oublié, les COCUS ! , ceux qui sont restés fidèles à des Frères qui n'en valaient pas la peine . En ce moment il y en a pas mal et j'en fait partie.

 

 

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Published by Frère Jacques
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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 08:33

Rechercher d'où vient l'alchimie, quel est son âge, c'est retrouver le même cheminement, les mêmes incertitudes et le même foisonnement de suppositions que lorsque, remontant le temps, on recherche les origines de la franc-maçonnerie.

Il semble pourtant que l'hypothèse qui réunit le plus de suffrages est celle qui fait naître l'alchimie, il y a bien longtemps, lorsque les hommes ont commencé à travailler les métaux, activité qui les a naturellement orienté vers une exploitation du feu et des premiers éléments chimiques permettant d'en modifier le comportement. Les artisans qui par leur travail firent des étoffes à partir de fils et grâce à l'action d'autres végétaux et minéraux en changèrent la couleur et la résistance, ceux qui travaillant la terre l'ont durcie puis rendue propre à conserver les aliments, ceux-là ont certainement contribué à la naissance de l'Art sacré. La légende s'est construite sur les tours de mains, l'enseignement, et les résultats. Les artistes ont comparé leur travail à celui du Créateur, d'autant que leurs œuvres étaient largement utilisées pour orner les lieux ou temples des religions naissantes. Elles servaient d'objets de culte, et à parer les ministres, ceux-ci ayant largement contribué à sanctifier le travail. Tenu par une main, l'outil ne se mouvait que par l'esprit de celui qui le tenait, en modelant la matière sur la réalité subjective de la nature ambiante.

Le temps s'est écoulé et les techniques se sont perfectionnées, la pensée de l'homme s'est enrichie au point de trouver son accomplissement dans cette affirmation de Teilhard de Chardin «Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais de la Matière devenant Esprit». Cette phrase est une bonne définition qui non seulement correspond à la démarche alchimique mais à bien d'autres voies que l'homme a su construire pour s'évader de sa condition matérielle.

Le temps de l'athanor

Au cours du temps l'on retrouve une «tradition » alchimique en Egypte vers le IVe siècle avant notre ère, partagée avec les Grecs qui ne laissent rien passer sans se l'approprier, les dieux et l'ésotérisme devenant même leur seul commerce. Selon Pierre A. Riffard «une nouvelle voie vers l'absolu venait d'être tracée. Avec l'alchimie l'homme cherche les secrets du monde non plus vers le ciel mais dans la terre, le travail manuel devient œuvre de salut». Nous pourrions presque dire à la suite de cette définition que l'alchimie est une religion laïque, si nous ne craignions le néologisme que cette association implique.

Avec l'avènement du christianisme puis l'éclatement de l'Empire romain d'Occident, la tradition hermético-alchimiste s'occulte en Occident pour refaire surface à partir du XIXIIe s. où commence une seconde période par l'intermédiaire des cultures juive et arabe (d'où son nom al'kymia qui viendrait de Qimia, nom de l'Egypte ancienne qui aurait donné en arabe al ou el en hébreux. Al, c'est Dieu, Kimia ou Kimit signifiant «terre noire», le nom symbolique du pays des pharaons. Al ajouté à kimia donnerait «Terre de Dieu».

L'Antiquité abrite les premiers pas de la nouvelle science. L'approche philosophique de l'étude de la matière est rigoureuse, liée aux découvertes métallurgiques, chimiques et naturelles. C'est la nature qui dirige les pas de l'homme dans sa découverte. L'artisan qui ne se connaît pas encore comme alchimiste poursuit les associations dans son atelier et se découvre l'instrument de ou des dieux.

Le Moyen Age, la grande époque de la foi, voit le travail de l'artisan s'ouvrir. Ce dernier n'est plus seulement l'instrument, son esprit a mûri, il suit la voie tracée par la nature, il recherche de nouvelles combinaisons devant le mener en avant. Son travail devient tâtonnement, il se tourne vers la matière non plus pour créer avec le ou les dieux mais construire une vie différente, devenir lui-même le métal le plus parfait. Il lie son sort au mythe, son univers se rétrécit. C'est le temps de l'athanor.

Artisan de lui-même

La Renaissance lui ouvre d'autres voies, qu'il explore. La cornue fait son entrée, la synthèse dispute la première place aux régimes des feux et de la combustion. Une nouvelle génération d'alchimistes recherche dans les plantes et les analogies naturelles une spiritualité qui s'appuiera sur la médecine et prendra bientôt le pas, elle aussi, sur l'expression originale qui faisait de l'homme l'instrument. La recherche de la pureté des métaux, celle de l'affranchissement des maladies et déviances de la vie deviennent l'unique préoccupation de l'alchimiste.

L'homme ne peut cependant nier son essence, ses pas retrouvent le sens du sacré en découvrant que les métaux ne sont que des matériaux dont la place est fixée de toute éternité. Comme les plantes ils participent au cycle de la vie. L'homme redevient un artisan, un artisan de lui-même toutefois. Son travail ne vise plus en premier lieu à se libérer en créant de l'or ou à s'affranchir des maladies et de la vieillesse, mais par la découverte de sa propre complexité il renoue le dialogue avec son esprit et peut en devenir le créateur. La Table d'Emeraude d'Hermès Trismégiste dit en substance: «Toutes les choses sont et proviennent d'Un, par la médiation d'Un. / Toutes les choses sont nées de cette chose unique (…) / Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut/Et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas; / Par ces choses se font le miracle d'une seule chose.

Les éléments du Grand Œuvre sont le soufre, le mercure et le sel, le feu et l'eau, l'activité et la passivité, les influences terrestres et célestes. La matière, si elle est diverse, pesante et obscure, n'est pourtant pas inerte et privée de vie. Pour atteindre sa régénération il faut réaliser trois étapes au travers d'opérations longues, délicates et complexes, accomplies selon une règle rigoureuse. La materia prima est d'abord réduite, décomposée et mise en «putréfaction». C'est l'œuvre au Noir, l'apprenti. L'étape suivante réalise sa purification et donne l'œuvre au Blanc, le compagnon. Enfin, l'aboutissement, l'œuvre au Rouge correspond à la transmutation finale, soit au maître. Il est évident pour tous que l'alchimie ou tout au moins son langage a pénétré le rituel maçonnique, peut-être à l'occasion des héritages des métiers - les articles publiés dans Alpina de juin-juillet dernier sur l'histoire des cathédrales en font abondamment référence - ou simplement par l'intermédiaire des Rose-Croix. Cette fraternité alchimique née d'une sorte de canular monté vers 1614 par un étudiant en théologie protestante d'origine souabe, Johan Valentin Andreae, comprenait trois textes: La réforme de l'Univers, la Fama Fraternitatis et Une brève réponse à l'estimable Fraternité de la Rose Croix suivie par la publication des Noces chimiques de Christian Rosenkreutz en 1459. Ces écrits eurent un succès fantastique en Allemagne, en Angleterre et en France, trois pays que l'on peut considérer comme les berceaux de la franc-maçonnerie spéculative.

La conscience de l'unité

Il nous faut parler des alchimies qui ont vu le jour ou se sont développées sous différentes civilisations. D'abord, l'alchimie magique et astrologique tendance dite chinoise et arabe qui aurait pour origine l'Egypte, bien sûr, mais aussi la Chaldée. Cette version se base sur une magie dite naturelle qui n'a rien à voir avec la sorcellerie. La source arabe la plus connue nous vient des écrits de Ya'kub ibn Ishak ibn Sabbah al-Kindi, qui dans le Liber de radiis stellicis traite du mouvement des étoiles et de la collision des rayons censés produire une infinité de combinaisons influençant le cours de la vie. Dans une moindre mesure mais à l'échelle humaine le feu, la couleur et les sons émettent des radiations qu'il importe de connaître et de maîtriser. L'alchimie de la Nature et de l'Amour tendance dite arabe se veut initiatique ou spéculative, reposant sur un travail sur soi, affirmant que tout est conscience et que l'existence est issue d'une énergie première: le Chaos.

Il y eut l'alchimie que nous appellerons d'Alexandrie, ville dont la population se composait essentiellement de Grecs, d'Egyptiens et de Juifs qui pour beaucoup étaient convertis à la nouvelle religion. Le Dr ès lettres Louis Ménard souligne ceci dans son livre sur Hermès Trismégiste paru en 1983: «Les Egyptiens étaient chez eux, les Grecs ne se croyaient étrangers nulle part et les Juifs au contraire tenaient à rester étrangers partout; seulement hors de leur pays, ils n'aspiraient pas à la domination, ils se contentaient de l'hospitalité. Dès lors il devenait plus facile de s'entendre. Les livres attribués à Trismégiste sont un trait d'union entre les dogmes du passé et ceux de l'avenir, et c'est par là qu'ils se rattachent à des questions vivantes et actuelles, représentant les derniers monuments du paganisme, nés dans un mélange de civilisation qui portaient des idées anciennes et s'ouvraient aux nouvelles, ils sont la passerelle entre un monde qui finit et un monde qui commence». Ces idées se sont greffées sur les deux nouvelles religions et elles ont d'abord emprunté le vecteur des conquêtes arabes, passant par l'Espagne elles sont venues réveiller le vieux courant originel. Cette alchimie-là s'est nourrie des faiseurs d'or, de la Kabbale, du Poimandrès, du Coran et de l'Evangile de saint Jean. Plus tard elles emprunteront la route des croisades, pour raviver en Occident le foyer sous l'athanor. A chacune de ces alchimies ses mérites. Toutes prônent l'intégration de l'homme au sein de la création par la conscience de l'unité entre tous ses éléments.

Créer l'Esprit en devenir

Certains font état de différences fondamentales entre l'alchimie et la franc-maçonnerie. Pour eux l'alchimiste est un homme seul qui travaille dans le secret de son laboratoire avec pour objectif premier son salut individuel. L'alchimie est fondamentalement gnostique alors que le franc-maçon ne se retranche pas du monde. Si son objectif prioritaire est également une régénération individuelle, c'est pour contribuer à l'édification du temple de l'humanité. Pour d'autres, en revanche, «on est seul parmi les hommes», pour paraphraser Antoine de Saint- Exupéry, et le chemin maçonnique est très proche de celui de l'alchimie par le travail intérieur qu'il exige, les analogies du rituel faisant appel aux images, aux sons, aux mises en situation. L'alchimiste n'est pas un souffleur (faiseur d'or) mais sa transformation n'a d'autre but que celui de transformer l'humanité en commençant par lui-même.

Depuis la nuit des temps l'homme cherche à atteindre l'inaccessible étoile mais quelle est elle? Lors de l'initiation souvent on avertit le récipiendaire de l'inutilité de ses efforts pour atteindre la Lumière. Drôle de fraternité, où ceux qui n'ont pas réussi dans leur quête dénient aux plus jeunes la possibilité de parvenir là où ils croient n'être pas parvenus. Peut être que l'étoile n'est inaccessible qu'à ceux qui ne croient pas en elle. L'alchimiste est un homme de foi qui entreprend de porter un rêve.

Sa foi lui fait transformer un mythe en réalité. Le mythe est la toile de fond de toutes les œuvres humaines, l'alchimie en est une et non des moindres. La découverte alchimique la plus importante est l'homme, ainsi que l'illustre le texte de La Table d'Emeraude. A l'instar de l'univers, l'homme est composé d'une multitude d'étoiles et pourtant unique. De par son côté individuel l'enseignement alchimique préserve l'homme dans son intégrité. En adhérant à une collectivité, à une pensée collective et sectaire on cesse d'exister en tant qu'homme. Fondre celui-ci dans l'idée, telle est la faute originelle de toutes les sociétés, qu'elles soient religieuses, philosophiques ou politiques. Léonard de Vinci disait qu'un homme seul s'appartient totalement, s'il est en compagnie, ne serait-ce que d'un seul compagnon, il ne s'appartient plus que de moitié. S'il a plus d'un compagnon il s'enfonce davantage dans cet état.

La démarche maçonnique est aussi la construction d'une réalité à partir d'un mythe. Elle repose sur la foi, le foyer qu'il faut entretenir sous l'athanor pour créer l'Esprit en devenir. L'atelier maçonnique tient la place du laboratoire de l'alchimiste. Ce dernier reste seul face à l'immensité de l'universel; le franc-maçon, lui, est seul dans l'univers de sa loge. Deux milieux où se rejoignent tous les extrêmes. Si le maçon sait trouver la porte de sortie de son atelier il pourra comme l'alchimiste connaître l'univers, les dieux et lui-même.

Source : http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/

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Published by GLSA - dans Planches
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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 08:31

L’ Art Royal est présent dans le cabinet de réflexion.
Puis avec cette phrase, véritable programme communiqué au néophyte :
« Maintenant, la parole est donnée au Frère Orateur pour exposer succinctement le sens et le but de l’Art Royal ».
Toute réflexion approfondie passe de l’analyse qui sépare à la synthèse qui recompose. « L’Art royal, art qui sépare et qui unit » écrivait Albert le Grand.
Dans son traité sur l’Optique, Newton écrit : « La transformation des corps en lumière et de la lumière en corps est très conforme au cours de la nature, qui semble se complaire aux transmutations ».
( question 30).

On peut utiliser les symboles alchimiques dans le cadre d’une introspection, afin d’avancer dans le « connais-toi toi-même ». ( V.I.T.R.I.O.L : Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem soit :Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée. ).
Le processus alchimique passe par plusieurs opérations qui ont lieu dans l’athanor, foyer où elles s’effectuent :
-la putréfaction, couleur noire, œuvre au noir, (négredo). Correspond à la mort symbolique, nécessaire pour qu’une régénérescence soit possible.
-la résurrection, par la perte de la couleur noire, œuvre au blanc(albédo) ; purification.
-la rectification, passage par les couleurs de l'arc-en-ciel, qui peut symboliser la diversité des connaissances ou les divers aspects psychiques, avant de parvenir au rouge (couleur du phénix ou du pélican); c'est l'œuvre au rouge (rubedo).

Dès le premier degré, la voie à prendre est donnée; c'est la voie du symbole; la pensée symbolique est la clé; l'accès en est facilité par le fait que le langage courant est lui-même symbolique ; le mot "clé" que je viens d'employer en est un bon exemple. Le verbe, la parole, est symbole. Chaque mot a une définition précise et s’ouvre secondairement à d’autres sens, selon une interprétation qui évolue avec les connaissances que nous acquérons, et selon notre intuition et notre désir ou notre intérêt pour la vie de l’esprit ou pour la vie intellectuelle. Le symbole, visible, est la porte de l’invisible. Arthur Rimbaud, qui avait tout compris du symbolisme, écrivait « alchimie du verbe » et « le bateau ivre » rend compte de son état psychique du moment.

Nous avons plutôt l'habitude d'engranger dans notre mémoire sous forme de savoir ce que nous apprenons, et d'en rester là, satisfaits de notre acquisition, sanctionnée par un diplôme ou un avancement. Nous sommes tous avides d’avancement, qui se confond avec la reconnaissance. Pourtant l'essentiel n'est pas d'engranger, mais, à partir des symboles, de s'ouvrir à cette vie de l'esprit, à un chemin de recherche, à un chemin de pensée libérée pour une compréhension nouvelle. Si nous en étions tous conscients beaucoup chercheraient moins les signes visibles de reconnaissance, les rubans, les baudruches.
J'appelle ici pensée la raison réflexive accompagnée de l'imagination active, créatrice de sens.
L'Art Royal est une voie royale, une métaphore de l’initiation maçonnique.
On accède facilement au sens symbolique des métaux. L'or, le plomb, tout le monde en saisit les associations possibles. Mais par la suite, pour d'autres théories, pour d'autres doctrines, pour d'autres phrases du rituel, nous devrons conserver l'esprit du symbole, notamment envers les textes sacrés, et toujours se détacher du sens premier.

Voici deux citations de Roger Bacon (XIII°siècle) :
" L'Alchimie est la science immuable qui travaille sur les corps à l'aide de la théorie et de l'expérience, et qui, par une conjonction naturelle, les transforme en une espèce supérieure plus précieuse“.
"Je dis de plus que la nature a toujours eu pour but et s'efforce sans cesse d'arriver à la perfection, à l'or. Mais par suite de divers accidents qui entravent sa marche, naissent les variétés métalliques".

Il s’agit peut-être pour le maçon de s’appliquer cette sentence à lui-même. L’or, c’est l’excellence, la lumière, le rayonnement solaire, la joie solaire de l’homme libéré, les joies de l’esprit, l’aboutissement auquel travaille l’homme perfectible.
Et encore ces citations ; celle d’un célèbre alchimiste, Zosime de Panopolis : « Le grand soleil produit l’Œuvre car c’est par le soleil que tout s’accomplit ».
Et d’Hermès Trismégiste : « Achevé, accompli est ce que j’ai dit de l’opération du soleil ». Le feu, agent actif de l’alchimie, est sur terre comme le représentant délégué du soleil.

Dans l’expression : l’alchimie travaille sur les corps, on remarque que l’évolution et le changement impliquent d’être éprouvés par le corps, le vécu, notre psychisme intimement lié au corps. Il ne s‘agit pas ici de spéculation abstraite.

L’alchimie repose sur des croyances que la science moderne a heureusement détrônées. Mais nous y avons perdu une relation profonde avec la Nature, à laquelle on donnait les traits d’Isis dans la Tradition, comme on pourrait en avoir avec une personne très chère, en harmonie avec le Tout-Un, ou l’un-tout. Vivre aujourd’hui dans les bureaux et dans les voitures fait que pour nous la Nature n’est plus qu’une toile de fond sans beaucoup de présence.

L’art, dans l’expression « art royal » est l’équivalent de technique, comme on le rencontre encore dans des expressions comme « ouvrage d’art » ou « école des arts et métiers ». Le technicien est celui qui possède un savoir qu’il s’est donné la peine d’acquérir, et qu’il met en pratique pour réaliser une œuvre. C’est là tout le travail maçonnique. La franc-maçonnerie spéculative réalise la jonction entre Art, artisanat, maçonnerie opérative, et spéculation intellectuelle ayant pour but la spiritualisation de l’homme. C’est un artisanat de l’esprit. L’art de l’architecture sert de support à cette jonction qui voit ennobli le travail d’exécution, dans un cadre sacré, prélude au travail de conception du Maître. Lequel doit se poursuivre jusqu’à réalisation de l’or spirituel.

L’Art Royal est l’art de faire de l’or à partir de n’importe quel métal, y compris avec le plomb tout enténébré, rivé à son état de matière, à la Terre, comme enchaîné par les passions humaines (la corde au cou de nos rituels). Ce qui est lourd ne peut s’élever ; dans le psychisme les passions non maîtrisées ont cette force d’attachement de la corde au cou. La purification, période d’épreuves par le feu libère le mental, et libère le désir de connaissance, qu’inaugure l’œuvre au blanc. Puis vient l’embrasement de l’amour ardent, qui réalisera l’œuvre au rouge. Dans une tautologie redondante, Hildegarde von Bingen, mystique rhénane du 12°siècle, déclarait : “Je suis ardée par l’ardeur de l’ardent “. Désir ardent de Dieu dont elle est comme embrasée.

Ce que l’homme ne connaît pas, il l’imagine ; les amis de la sagesse, qu’ils soient philosophes ou religieux, sont porteurs d’un idéal du Juste et du Bien qui compose avec ce qu’ils imaginent afin de construire un édifice théorique satisfaisant pour l’intellect, en lequel ils peuvent croire et sur lequel s’appuyer. Ainsi chacun est appelé à préparer d’abord, à construire ensuite, son Temple intérieur où puisse être reçu Dieu, ou le Principe, ou le Un-Tout, ou la Grande Lumière, selon son vocabulaire préféré. L’alchimiste, lui, travaille au Grand œuvre, veut obtenir l’élixir d’éternité, la pierre philosophale.
L’aspiration à trouver, quitte à la créer, l’harmonie qui procure son sens à l’univers amène à hiérarchiser les métaux, au nombre de sept, en relation avec les 7 planètes : « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » (Hermès Trismégiste). Ainsi le soleil est associé à l’or, la lune à l’argent, le mercure à mercure, le cuivre à vénus, le fer à mars, l’étain à jupiter, le plomb à saturne.

Eclairons cette symbolique par quelques autres représentations du désir de perfection, de spiritualité, qui, semble-t-il, peut illuminer tout homme (enfin presque).
Pour Platon, par le discours de Diotime dans le Banquet, on s'élève de la beauté des corps, de degré en degré, jusqu'à la beauté morale, puis à la beauté des Formes, jusqu'à contempler la beauté absolue, pure Forme.
Pour Plotin on s'élève de l'âme (figuré par la lune qui reçoit sa lumière du soleil, à l'intellect (émané de l'Un) jusqu'à la lumière de l'Un.
Dans le Yoga, la conscience s'élève de chakra en chakra, de degré en degré le long de la Kundalini, colonne d’énergie parallèle à la colonne vertébrale, jusqu'à l'élévation suprême, jusqu'à l'éveil spirituel.
On pourrait établir une comparaison avec l’arbre des Séphiroth sur lequel le Kabaliste pratique la méditation mystique.

A partir de la Foi en une évolution du monde vers la perfection finale voulue par Dieu, l’Art Royal procède de ce puissant désir d’unifier la Nature et la foi grâce à la connaissance des lois de la création, que l’alchimiste met en œuvre pour accomplir le Grand œuvre.
L’alchimiste veut échapper à la mort par la pénétration des lois de la Nature, et leur pratique, leur mise en chantier, grâce au travail et à la connaissance. Il croit avoir percé les mystères de la Nature, et voir la vérité sous le voile d’Isis, qui est aussi le voile de l’impétrant.

Le Grand œuvre conduira à la Vie parfaite, éternelle, que l’Or spirituel symbolise.
Dans l’Art Royal, le monde et l’être même du praticien de cet art sont confondus. Il n’y a pas, comme le rationalisme nous y invite dans tout ce qui occupe habituellement notre esprit moderne, séparation entre le monde et le moi. L’alchimiste progresse avec le travail de l’œuvre qui est sa propre réalisation spirituelle. Le métier fait l’homme.
Son état psychique évolue avec la progression de ses pratiques sur la matière de l’œuvre, grâce au souffre, au mercure, et au sel, sous l’action du feu d’origine divine, feu ardent, feu soleil grand maître des métamorphoses, comme le montre la succession des saisons.

L’alchimiste croit en l’unité originelle de la création, en l’unité fusionnelle parfaite que le devenir a divisé, dégradé en ses éléments. Unité absolue de la Nature et de Dieu que l’art royal retrouvera au terme de la transformation des métaux. Chaque métal marquant une synthèse, une étape de transformation. Chaque métal correspond à un état psychique. Passant alternativement de la dissolution (solvere) de la matière sous l’action purificatrice du feu (œuvre au noir) à une nouvelle coagulation (coagulare) de ses éléments, par étapes progressives. A la fin des temps, les métaux auront changé d’état et seront devenus de l’or. De même nous pouvons évoluer, c’est-à-dire changer, à travers nos états psychiques jusqu’au vécu d’une spiritualité.

En devenant franc-maçon, vous êtes entrés, mes Frères, dans une démarche d’évolution vers la parole que vous êtes venu chercher ici. La parole perdue est au dedans de nous-mêmes, au fond de notre propre puits (V.I.T.R.I.O.L), inséparable de votre pensée.
Ce qui nous est donné dans le cabinet de réflexion, juste avant le passage du monde ancien au monde nouveau, sacré, de l’atelier maçonnique, c’est le viatique de tout le parcours à venir dans cette Odyssée que constituent les degrés du rite écossais.

Ce que l’Art Royal nous dit, c’est que, quel que soit le métal dont nous sommes faits, il est possible de progresser afin d’atteindre le rayonnement lumineux et joyeux de l’or spirituel. Seul le trop vil métal ne se prêterait pas à une évolution, ( hélas certains en sont faits, reconnus pour la forme comme initiés, comme nous venons de le constater à la direction de l’Obédience).
Cette réalisation passera par l’œuvre au noir, qui commence au cabinet de réflexion, initiant un « connais-toi toi-même » par des épreuves. Dans l’athanor, qui peut représenter notre intériorité, ou encore la loge maçonnique, où se font les mutations psychiques, l’œuvre blanche, neutre, d’observation après décantation précédera l’embrasement final de l’œuvre au rouge, l’embrasement du désir, dernière phase alchimique et son couronnement. Celle qui rendra l’adepte « aussi rayonnant que jamais ».

Nos aspirations sont symboliquement figurées dans l’alchimie, création de l’imaginal. Imaginal : produits de l’imagination quand elle est orientée vers l’harmonie avec le rayonnement divin que l’homme imagine, veut voir, en lequel spontanément il croit comme il peut croire en la Beauté.
Cherchons donc sans cesse l’idée sous le symbole ; idée qu’il nous appartient d’extraire de la gangue de l’obsolète alchimie. On y trouvera une métaphore de l’initiation effective proposée au maçon, une métaphore de la transformation du profane en initié, bien au-delà de l’initiation formelle qu’il vient de vivre au 1°degré.

L'alchimie symbolise la transformation intérieure dans notre approche de la spiritualité qu'il s'agit de reconnaître en nous alors que nous l'écartons sans cesse de notre conscience, si nous situons le divin hors de nous-mêmes, comme les religions l'enseignent.

J’ai dit. Source :
www.ledifice.net

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 08:29

II faut savoir comment la Pierre des Philosophes, que nous appelons Baume perpétuel et parfait, se prépare et comment son action se manifeste. Prenons un exemple commun, le feu, et disons comment il nous apparaît et comment sa chaleur se manifeste : le feu est excité par la silice ; mais, ce feu ne se manifeste s'il n'est mis en contact avec une matière amie, bois, résine, huile ou autre corps facilement inflammable. Et plus on lui fournira de matière inflammable plus il sera violent. De même, la Pierre des Philosophes ou Baume perpétuel ne manifeste sa puissance que lorsqu'elle est en contact avec le corps humain. Si cette Pierre est préparée avec la matière voulue et conformément aux principes de la Philosophie, elle renouvelle et restaure les organes de la vie, comme le bois qu'on apporte réveille le feu qui se meurt.

 

Il est clair que la matière de ce Baume qui guérit le corps humain de tous les accidents est complexe. Aussi, avant de trouver la vraie matière, faut-il longuement travailler, et, lorsqu'on l'a trouvée, faut-il la manier soigneusement et s'en servir avec prudence et modération. Dans ces conditions seulement cette Médecine purgera le sang de ses diverses impuretés et rendra la santé.

 

Le médecin probe doit posséder la vraie science et ne pas être ambitieux.; il ne doit pas aimer la pompe et les discussions, se fier à l'apothicaire, il doit connaître les maladies et les indispositions. Or, vous, médecins ineptes, vous soignez vos malades à l'aide seul de votre orgueil et de votre ignorance ! Un tel péché ne devrait pas rester impuni. C'est un crime prémédité et, commis dans le but de voler d& l'argent. Ces médecins qui se disent savants ne connaissent pas les remèdes qu'ils prescrivent et ne savent pas comment l'apothicaire doit les préparer. Et l'apothicaire les connaît encore bien moins.

 

A la vérité. Docteurs et Apothicaires ne s'occupent point de la santé de leurs clients, ils ne pensent qu'à emplir leur bourse. Lorsque eux-mêmes sont malades, ils ne prennent  pas les remèdes qu'ils prescrivent aux autres. Aussi, importe-t-il de dénoncer ces crimes. Mais, je crains bien que ces chiens enragés ne se laissent pas mater facilement.

 

Pour revenir à mon sujet (dont m'a écarté l'intérêt que je porte aux pauvres malades) je vais dire comment il faut préparer la Pierre des Philosophes et comment s'en servir. Sachez donc que beaucoup d'anciens ont décrit la matière de la Pierre en paroles allégoriques dans le but d'abuser les hommes inintelligents. Ensuite, Galien remplaça ces histoires par ses folies. Et ces folies sont si bien ancrées dans les pauvres cerveaux qu'elles subsistent encore. Or, dis-moi, médecin de l'école de Galien, d'où vient ta doctrine? As-tu déjà guéri la lèpre, l'hydropisie ? Tu te tais, tu ne sais que répondre, tu es forcé de reconnaître Théophraste pour maître. Si tu veux vraiment t'instruire, lis ce que j'écris, et tu comprendras que le corps humain n'a point besoin de tes herbes.

 

Quant à tes pilules, elles n'agiront sur le corps que lorsque tu l'auras purgé de ses impuretés. Sinon, elles feront autant de mal que de bien. Il est donc préférable de ne pas s'en servir. Tes sirops ne servent à rien non plus, leur goût amer et répugnant amène des nausées, ils aggravent le mal, causent des douleurs, opèrent par des moyens contraires à la nature. Je ne parle môme pas de tes autres médicaments absurdes et idiots.

 

Si nous voulons imiter la Nature et employer une médecine naturelle, cherchons ce qu'il y a de meilleur pour conserver la santé. Les métaux ont une grande affinité avec le corps humain, ils peuvent agir efficacement sur lui. Car, comme l nomme, ils sont formés de Soufre, de Mercure et de Se] occultes. Appliquer le Semblable au Semblable voilà le grand secret de la médecine, voilà l'Arcane.

 

J'ai déjà dit, dans mes autres livres, comment le Soufre, le Mercure et le Sel forment les métaux. Je ne parlerai donc ici que de la Pierre des Philosophes.

 

Sache donc que de la plus petite chose on peut tirer une autre chose. Chaque chose est formée, engendrée, multipliée et détruite selon sa nature, on peut voir ce qu'elle a été et ce qu'elle sera, et les accidents qui lui arriveront ne seront dus qu'à ses imperfections originelles. La nature seule peut guérir le mal causé par ces accidents ; le feu ne le pourrait. Pourtant, la Pierre des Philosophes le peut aussi. Si tu veux employer la vraie matière dans la confection de la Pierre, il faut chasser de cette matière les impuretés, et foi mer de cette matière et de sa correspondante une troisième matière. La matière de la Pierre est naturellement imparfaite ; et, imparfaite, elle ne peut faire ce qu'elle fera, une fois parfaite ; pas préparée, elle ne donne qu'un ouvrage à moitié achevé ; elle a besoin pour le parachever de sa correspondante. Le microcosme nous fournit un exemple, le principe vital de l'homme qui ne peut parachever son œuvre tant qu'il n'a été mis en contact avec sa matière correspondante, c'est-à-dire avec le principe féminin.

 

Il faut d'abord réduire là Pierre en sa matière première, il faut que sa partie interne devienne sa partie externe et vice versa. Ainsi dégagée, cette semence pourra se réunir à l'autre dans le vase voulu ; le feu les y rendra pins parfaites et leur donnera la faculté de restaurer le corps humain ou purifier les métaux. C'est le Mystère de la nature, et tout médecin devrait le connaître. Pour parler pins clairement de la matière et de la préparation de cette précieuse médecine, je dirai aux fils de la doctrine aimant la vérité qu'ils doivent savoir ceci : La Nature a engendré une certaine chose dans laquelle sont mystérieusement cachés 1, 2, 3, dont la vertu conserve ta santé, chasse les imperfections, protège la vieillesse.

 

An sujet de la préparation de cette médecine, Galien, Rasés et leurs successeurs ne savent rien. Cette préparation, en effet, n'est pas la même que celle des pilules, et les vaches suisses ne peuvent

la comprendre. Et puis, les opérations de cette préparation sont presque célestes. Cette médecine purifie et restaure les métaux, ainsi que je l'ai dit dans mes Archidoxes. Que celui qui a des oreilles entende, qu'il cherche si Théophraste dit la vérité ou des mensonges, s'il parle en démon ainsi que toi, sophiste idiot.

 

Préparation de la Matière de la Pierre.

 

Prends de l'électre en limaille, mets-le dans son sperme afin de le laver de ses impuretés, purge le par l'antimoine selon la méthode alchimique. Ensuite, résous dans l'estomac d'une autruche rendue plus forte par l'âcreté d'un aigle. Lorsque l'électre sera consommé, tu n'oublieras pas de le ramener à son essence spirituelle qui est transparente et semblable à l'ambre. Puis, ajoute d'électre la moitié de ce que tu avais mis dans l'aigle étendu ; sors le fréquemment de l'estomac d'autruche : tu obtiendras ainsi l'électre spirituel.

 

Quand l'estomac d'autruche sera fatigué, il faudra lui redonner des forces. Quand il aura perdu son âcreté, tu ajouteras do la quintessence de tartre en quantité suffisante pour que sa partie rouge forme un dépôt de l'épaisseur de quatre doigts. Répète l'opération jusqu'à ce qu'il devienne blanc. Cela fait, sublime: ainsi, l'électre atteint la blancheur de l'aigle exalté et est transmuté.

 

Voilà la préparation de notre médecine. Cette médecine servira dans toutes les maladies où la médecine ordinaire ne peut servir. Selon l'usage que tu en voudras faire, tu la transformeras en eau, en huile ou en poussière rouge.

 

En vérité, je te le dis : le meilleur fondement de la médecine est dans l'électre. Sans doute, dans les autres minéraux il y a aussi de grands arcanes, mais, outre le long travail que ces arcanes exigent pour en être tirés, ils sont souvent plus dangereux qu'utiles. Le médecin doit savoir tout cela.

 

Les médecins de l'école de. Galien, qui consultent, non l'expérience, mais leur seule sottise, disent que l'électre est un poison. Je concède que, pendant sa préparation, il est an poison. Mais, il n'est point démontré qu'après sa préparation il le demeure : car la nature (bien que certaines têtes de gazelle ne veulent pas le comprendre) incline toujours vers la perfection ; à plus forte raison inclinera-t-elle vers la perfection si on lui adjoint l'art. Bien plus, je concède qu'après la préparation l'électre est encore un poison, et poison plus violent qu'avant la préparation : eh bien, étant donné que le semblable cherche son semblable, ce poison va s'attacher aux maladies incurables, non pour leur permettre de suivre leur cours et de nuire, mais pour s'emparer de son semblable, l'absorber jusqu'à la racine et le nettoyer comme le savon nettoie l'étoffé. Aussi, ce venin, comme tu l'appelles, est-il plus efficace que ton axonge dont se servent les médecins de l'école de Galien. L'arcane qui se cache dans notre médicament renferme une Essence qui ne peut être comparée à aucun poison et diffère de l'argent vif dont tu as coutume de te servir, autant que le ciel diffère de la terre. C'est pourquoi cette médecine est appelée médecine bénite de Dieu et n'est pas révélée à tous.

 

Je ne suis pas né pour le repos ni pour la paresse. Ce n'est pas dans un vase de nuit, c'est en me promenant, en vagabondant, comme tu dis dédaigneusement, et grâce à un long travail que j'ai trouvé ce secret. Toi, tu tiens ta science des grimoires poussiéreux de nigromantie.

 

Suite et fin de la préparation.

 

Ton électre détruit comme il a été dit, si tu veux continuer et arriver au but, prends d'électre détruit et rendu volatil la quantité que tu désires parfaire, mets-la dans l'Œuf philosophique, scelle-le de façon à ce que rien ne s'évapore, laisse l'Œuf dans l'Athanor jusqu'à ce que, de lui-même, sans aucune addition, l'électre commence à se résoudre, comme l'île qui au milieu de la mer se désagrège chaque jour, et devienne finalement noir. Cette couleur noire est l'oiseau qui, la nuit, yole sans ailes et auquel la première rosée céleste donne, par coction, ascension et descension, la couleur noire de la tête du corbeau ; la tête du corbeau est remplacée par la queue du paon, puis, par les plumes du cygne : enfin, arrive la couleur rouge qui est la marque de la nature du feu, lequel feu chasse toutes les maladies du corps et ranime les membres froids.

 

Selon l'opinion de tous les Philosophes, cette préparation ne demande qu'un vase, qu'un fourneau, qu'un feu.

 

Ainsi, cette médecine est parfaite et presque céleste ; elle restaure le corps humain et débarrasse les métaux de toutes leurs impuretés ; personne ne peut atteindre et comprendre un tel arcane sans l'aide de Dieu.

 

Mais, sache que cet électre n'aura point d'effet s'il n'a parcouru 3 fois le cercle des 7 au nombre 21. Aussi, dois-tu, lorsque tu détruis ton électre et le rends spirituel, te servir de l'arcane du tartre pour enlever les impuretés. Cet arcane ne demeurera pas, mais il aura aidé à atteindre le nombre voulu. C'est ainsi que, de lui-même, dans l'œuf philosophique, le feu se transforme en eau philosophique, que les Philosophes appellent eau visqueuse. Il m'est défendu d'écrire certaines choses touchant ce mystère. Cet art est, en effet, un don de Dieu. Ainsi soit-il.

 

Usage de la Pierre.

 

Je dois dire, maintenant, comment il faut employer cette médecine. Sache donc qu'il faut la prendre à très petite dose, et dans du vin ou autres liquides semblables.

 

Il me reste encore à donner la raison de l'obscurité que beaucoup relèveront dans mes écrit». Cette raison c'est qu'il ne faut pas donner des perles aux cochons ni une longue queue aux chèvres. La nature ne leur en a pas donné. Dieu a révélé le secret à assez de gens. Moi, j'écris pour l'initié.

 

Si tu suis ma recette, ta médecine sera semblable à l'air qui pénètre tout et est partout, elle chassera les maladies et apportera la santé. C'est la source du véritable or potable. Ce livre doit toujours être consulté par le fils de la Doctrine. Qu'il soit rendu grâce à Dieu. Ainsi soit-il.

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 17:13

Moi, Jean Pontanus, qui suis allé en plusieurs régions et royaumes afin de connaître certainement ce que c'est que la Pierre des Philosophes-, après avoir parcouru tous les côtés du monde, je n'ai trouvé que des faux Philosophes et des trompeurs. Néanmoins, étudiant toujours dans les livres des Sages, et mes doutes s'augmentant, j'ai trouvé la vérité ; mais nonobstant que j'eusse la connaissance de la matière, j'ai erré deux cents fois avant que de trouver l'opération et pratique de cette vraie matière.

Premièrement, j'ai commencé mes opérations par les putréfactions du Corps de cette matière, pendant neuf mois, et je n'ai rien trouvé. Je l'ai mise au bain-marie pendant quelques temps, et j'ai semblablement erré. Je l'ai tenue et posée dans un feu de calcination pendant trois mois, et j'ai mal opéré. Tous les genres et manières de distillations et sublimations, comme disent ou semblent dire les Philosophes - tel Geber, Archélaüs et presque tous les autres - je les ai tentés et essayés, et n'ai pareillement rien trouvé. Enfin, j'ai tâché de parvenir et parfaire le sujet de tout l'Art d'Alchimie, de toutes les manières imaginables, qui se font par le fumier, le bain, les cendres, et par mille autres genres de feux, dont les Philosophes font mention dans leurs livres ; mais je n'ai rien découvert de bon.

C'est pourquoi, je me mis pendant trois ans continuels à étudier les livres des Philosophes, entre autres le seul Hermès, les brèves paroles duquel comprennent tout le magistère de la Pierre ; quoiqu'il parle assez obscurément des choses supérieures et inférieures, du Ciel et de la Terre.

Toute notre application et notre soin, donc, ne doit être qu'à la connaissance de la vraie pratique, dans le premier, le second, et le troisième oeuvre. Ce n'est point le feu de bain, de fumier, ni de cendres, ni aucun de tous les autres feux que nous chantent les Philosophes, et nous décrivent dans leurs livres.

Qu'est-ce donc que ce feu qui parfait et achève tout l'oeuvre, depuis le commencement jusqu'à la fin ? Certainement tous les Philosophes l'ont caché ; mais, pour moi, touché d'un mouvement de pitié, je le veux déclarer avec l'entier accomplissement de tout l'oeuvre.

La Pierre des Philosophes est unique, et une, mais cachée et enveloppée en la multiplicité de différents noms, et avant que tu la puisses connaître tu te donneras bien de la peine ; difficilement la trouveras-tu de ton propre génie. Elle est aqueuse, aérienne, ignée, terrestre, flegmatique, colérique, sanguineuse et mélancolique. Elle est un soufre et pareillement Argent vif.

Elle a plusieurs superfluités, qui, je t'assure par Dieu vivant, se convertissent en vraie et unique Essence, moyennant notre feu. Et celui qui sépare quelque chose du sujet - croyant cela nécessaire-, ne connaît assurément rien à la Philosophie. Car le superflu, le sale, l'immonde, le vilain, le bourbeux, et, généralement toute la substance du sujet, se parfait en corps spirituel fixe, par le moyen de notre feu. Ce que les Sages n'ont jamais révélé, et, fait que peu de gens parviennent à cet Art ; s'imaginant que quelque chose de sale et de vilain doit être séparé.

Maintenant il faut faire paraître, et tirer dehors les propriétés de notre feu ; s'il convient à notre matière selon la manière dont j'ai parlé, c'est-à-dire s'il est transmué avec la matière. Ce feu ne brûle point la matière, il ne sépare rien de la matière, ne divise ni n'écarte les parties pures des impures, ainsi que disent tous les Philosophes, mais convertit tout le sujet en pureté. Il ne sublime pas comme Geber fait les sublimations, et Arnaud pareillement, et tous les autres qui ont parlé des sublimations et distillations. Il se fait et parfait en peu de temps.

Ce feu est minéral, égal et continuel, il ne s'évapore point, si ce n'est qu'il soit trop excité ; il participe du soufre, il est pris et provient d'ailleurs que de la matière. Il rompt, dissout, et congèle toutes choses, et semblablement congèle et calcine ; il est difficile à trouver par l'industrie et par l'Art. Ce feu est l'abrégé et le raccourci de tout l'oeuvre, sans prendre autre chose, du moins peu, et ce même feu s'introduit et est de médiocre ignition ; parce qu'avec ce petit feu tout l'oeuvre est parfait, et sont faites, ensemble, toutes les requises et dues sublimations.

Ceux qui liront Geber et tous les autres Philosophes, quand ils vivraient cent millions d'années, ne le sauront comprendre ; car ce feu ne se peut découvrir que par la seule et profonde méditation de la pensée, ensuite on le comprendra dans les livres, et non autrement. L'erreur en cet Art, ne consiste qu'en l'acquisition de ce feu, qui convertit la matière en la Pierre des Philosophes.

Etudies-toi donc à ce feu, parce que si moi-même je l'eus premièrement trouvé, je n'eus pas erré deux cents fois sur la propre matière. A cause de quoi je ne m'étonne plus si tant de gens ne peuvent parvenir à l'accomplissement de l'oeuvre.

Ils errent, ont erré et erreront toujours, en ce que les Philosophes n'ont mis leur propre agent qu'en une chose, qu'Artéphius a nommée, mais il n'a parlé que pour lui. Si ce n'est que j'ai lu Artéphius, que je l'ai entendu et compris, jamais je ne serais parvenu à l'accomplissement de l'oeuvre.

Voici quelle est cette pratique : il faut prendre la matière avec toute diligence, la broyer physiquement et la mettre dans le feu, c'est-à-dire dans le fourneau ; mais il faut aussi connaître le degré et la proportion du feu. A savoir, il faut que le feu externe excite tant seulement la matière ; et, en peu de temps ce feu, sans y mettre les mains en aucune manière, accomplira assurément tout l'oeuvre. Parce qu'il putréfie, corrompt, engendre et parfera tout l'ouvrage, faisant paraître les trois principales couleurs, la noire, la blanche, la rouge. Et moyennant notre feu la médecine se multipliera si elle est conjointe à la matière crue, non seulement en quantité mais aussi en vertu.

Recherches donc de toutes les forces de ton esprit ce feu, et tu parviendras au but que tu t'es proposé ; car c'est lui qui fait tout l'oeuvre, et il est la clef de tous les Philosophes, laquelle ils n'ont jamais révélée dans leurs livres. Si tu penses bien profondément aux propriétés du feu ci-dessus, tu la connaîtras, mais non autrement.

Donc, touché d'un mouvement de pitié, j'ai écrit ceci ; mais, et afin que je me satisfasse, le feu n'est point transmué avec la matière, comme je l'ai dit ci-dessus. J'ai bien voulu le dire et en avertir les prudents de ces choses, pour qu'ils ne dépensent pas inutilement leur argent, mais qu'ils sachent auparavant ce qu'ils doivent chercher, et, par ce moyen, parviendront à la vérité de l'Art ; non pas autrement.

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 15:16

 

Prenez notre Antimoine Artificiel, et non pas l'Antimoine naturel tel qu'il vient de la terre, car il est trop sec pour notre travail, et a trop peu d'humidité, ou onctuosité en lui, mais prenez dis-je notre Antimoine Artificiel, qui est abondamment rempli de la Rosée des Cieux et de la graisse et onctuosité de la terre, dans laquelle des Huiles précieuses et de riches Mercures sont par nature étroitement enfermés, et cachés aux yeux de tous les ignorants qui se raillent des merveilleux et grands mystères du Dieu tout Puissant, pour qu'ils ne puissent pas voir, ni comprendre, ce qu'il à caché dans le plus évident, commun et méprisable commencement de toutes Choses par tout le Monde.  

Car notre Corps Antimonial ne doit être révélé qu'aux enfants de l'Art, qui croient fermement en la permanente vérité de cela, et par amour fraternel et charité nous disons, qu'il est fait d'un Soufre, et de deux Mercures, qui sont appelé autrement par les Sages Philosophes, Soleil, Lune et Mercure, ou comme certains d'entre eux disent plus clairement, Sel, Soufre et Mercure, qui sont les trois différentes et distinctes substances et corps, bien que pour la plupart nous les appelons une seule Chose, car au terme de notre ouvrage ils sont fait une seule chose, qui est notre admirable Elixir, et ils ont chacun d'eux une origine, et tendent ensemble à une même fin. Aussi si nous n'avions pas dans notre œuvre un aspect ternaire de ces Planètes, et ne commencions notre œuvre par une Trinité, tout serait travail inutile et sans profit.  

Aussi si vous désirez bien œuvrer en notre Art, nous vous souhaitons de commencer avec notre Trinité minérale, et par cela notre Antimoine Artificiel est fait. Prenez alors dans le premier commencement de cet ouvrage, ces trois nobles Parents, qui sont immédiatement imprégnés des qualités fortes et subtiles des quatre éléments, et dans leurs mûres et naturelles proportions, dans lesquelles proportions vous ne devez pas vous égarer, car si vous le faites, vous ne pourrez jamais réduire ces corps en notre Chaos véritable, et vous serez contraint de recommencer à nouveau, ce qui vous sera un découragement pénible). Mettez-les dans une bonne et forte cucurbite ou vaisseau de verre, et fermez le bien en haut, de façon qu'aucun esprit ne s'exhale, car s'ils trouvent une ouverture pour s'évaporer, vous échouerez, car vous perdrez et dissiperez les fleurs de notre Or. Lorsque ce Vaisseau est bien clos, mettez-le dans le four des Philosophes, dans les Cendres ou dans le sable avec un feu tempéré dessous, pendant l'espace d'un Mois Philosophique, qui est de six semaines entières, et durant ce temps nos corps grossiers seront dissous et mortifiés et seront prêts à une génération plus royale. Durant le temps de cette dissolution et putréfaction nos trois nobles Parents, assassins contre nature de chacun d'ente eux, ne se ménageront pas toute cruauté pour s'extraire le sang vital de chacun d'entre eux, et donc sont cuits dans leur propre sang versé, et ils deviennent doux et tendres, comme du beurre, et sont fait une seule chose, sans différence ou distinction. Lorsque vous avez amené votre œuvre à ce point, remerciez Dieu et soyez heureux que par sa Grâce et Merci vous avez obtenu notre Chaos noir et ténébreux, qui est la Chose véritable écrite par tous les Philosophes, notre masse confuse, et le sol primordial de tous nos Secrets, car en lui gît invisible, notre Or et notre Argent, notre Soufre et Mercures, notre Eau Cristalline, nos Huiles et Teintures, et nos quatre Eléments que vous devez rendre visible et apparent aux yeux de tous, car autrement rien ne peut s'accomplir, et jamais vous ne pourrez obtenir l'espérance de votre désir argenté et doré. Ces Mercures, Eaux, Huiles, Teintures, et Eléments, rendez-les visibles et évidents. Après que les Mois ci-dessus soient écoulés, votre vaisseau étant froid, ouvrez-le, et coiffez-le d'un chapiteau, placez-le dans notre Bain, ajustez le récipient à l'ouverture du chapiteau, fermez bien les jointures, et tirez toute l'eau insipide et fade, que vous mettrez à part dans un flacon bien bouché, mettez un nouveau récipient, et au bain de cendre et par un feu plus fort, tirez-en toute la fumée Blanche, qui est appelée notre Air, Teinture d'argent et Lait virginal, que vous garderez aussi à part dans un flacon bien bouché. Puis enfin mettez un nouveau récipient, et au bain de sable avec le feu le plus fort que vous puissiez faire, séparez la fumée rouge, qui est appelée notre feu naturel, notre Teinture dorée et humidité radicale des corps Elémentaux, continuez le feu aussi longtemps qu'il n'y ait plus de gouttes ou vapeurs rouges, puis diminuez le feu par degrés, fermez bien le récipient avec de la cire, pour que les esprits ne puissent s'enfuir, car ceci est appelé notre Liqueur bénite, et croyez moi il n'y a pas de plus puissant poison dans tout le Monde que celui-là, par conséquent tenez-le fermé, et ne le touchez pas jusqu'à ce que nous l'indiquions. C'est maintenant le travail de l'Art, car la Division et la Séparation, est le seul travail de l'Art et de l'Artiste, et non point de la Nature ; car ici la Nature est forcée par l'adresse de l'Ouvrier, de renoncer et de se séparer de ses Eléments bien aimés, qu'elle garde précieusement enchaînés et enclos dans ses entrailles, et qui par la violence du feu extérieur ont été par force extrait d'elle. En vérité le premier Ouvrage de Solution et de Mortification est la Seule opération de la Nature, car les Matières étant encloses dans leur donjon, là la Nature les atténue, les dissous et les putréfient, et les force à rétrograder à nouveau en leur propre première matière, qui est une humeur et substance  visqueuse, d'où au commencement les quatre éléments ont été formés et engendrés. Et dans ce premier travail, l'Artiste n'est rien d'autre qu'un faiseur de feu, qui donne à la Nature la force et le pouvoir d'œuvrer sur les matières, car sans le feu pour exciter la Nature ne pourrait rien effectuer, mais elle resterait inutile et en attente, et ceci en regard à la froideur du Mercure, car le froid prédomine, la chaleur demeure  enchaînée et impassible, mais quand le feu extérieur active et provoque l'indignation de l'ardent Menstrue Salé, elle s'empare du corps gras et onctueux du Soufre, et extrait sa chaleur naturelle et sa partie ardent, et alors tous deux s'embrassent et travaille le froid Mercure, et ils broient et dispersent tous ses membres en plus petits atomes qui volent dans les rayons du Soleil, et alors la chaleur devient prédominante.  

De par cela en ce Premier Œuvre l'Opérateur n'est rien d'autre que le fidèle administrateur de la Nature, qui en ce cas, peut être effectué par l'homme le plus simple et le plus illettré du Monde.  

Mais dans le travail secret de la conjonction de nos Eléments, la Nature et l'Art, s'accompagnent ensemble main dans la main, car ici l'Artiste trouve et  imbibe, et la Nature fixe et congèle, ce que nous montrerons ci-après, lorsque nous parlerons de cet ouvrage.  

Le premier œuvre de la solution réduit notre Trinité et notre composé Antimonial en une gomme verte, appelée le Lion Vert, laquelle gomme se sèche modérément, mais prenez bien garde de ne point brûler ses fleurs, ni de détruire sa verdeur, car en elle demeure son Ame, qui est notre principal Secret. Et notre second œuvre manifeste ces choses, qui étaient auparavant cachées à la vue, et rend visible et distinct nos quatre éléments. Mais dans ce second œuvre, si vous extrayez notre Air et notre feu avec l'eau flegmatique, ils seront plus naturellement et aisément tiré de leur prison infernale, et avec moins de perte de leurs Esprits que par la première voie décrite.  

Après que la division soit parfaitement célébrée, vous devez trouver sur les côtés de la Cucurbite, et aussi dans le haut de l'Alambic, un givre blanc comme la congélation d'une vapeur, ou comme du Mercure sublimé, que vous garderez avec circonspection en un flacon de verre bien bouché, car en lui gît caché un grand secret, par lequel vous pourrez abréger votre ouvrage, de moitié de temps, et en moitié moins de labeur, qu'on pourrait le faire autrement, ce qui permettra de le faire avec un plus grand bénéfice et facilité et à moindre dépense.  

De la Purification de notre Base.  

Il est plus que certain, que le feu extérieur est pour nous un grand ami, et sa nature est telle, qu'il ne peut endurer aucune impureté en toute chose, par conséquent au jour du Jugement, le feu Elémentaire purifiera, nettoiera et brûlera toute la terre impure sur laquelle nous marchons, et la purgera de toutes ses crasses et immondices.  

Ainsi doit-il en être de même en notre œuvre. C'est pourquoi après la séparation de notre Eau, Air et Feu hors de notre terre, enlevez les noires fèces qui demeurent au fond de notre Vaisseau, que l'on appelle Notre Dragon, et broyes-les en poudre subtile, dans deux creusets lutés ensemble, dans un four à potier, ou de verrier, ou fourneau à vent, jusqu'à ce qu'elle soit blanchâtre ou grise, cette Chaux devra être gardée à part, car elle est la Base et la Fondation de notre Œuvre, on l'appelle maintenant mars, et notre Terre Blanche Fixe.  

De la Purification de notre Eau Défaillante.  

Mais afin que vous ne perdiez point de temps et que vous n'attendiez pas, pendant que la Terre est calcinée, distillez l'Eau qui fut premièrement tirée de notre Composé, et cela sept fois, jusqu'à ce qu'elle soit claire comme le Cristal, mais faites cela avec elle seule, et n'y ajoutez aucune autre chose, et alors vous aurez notre pure rivière d'Eau de Vie, qui le pouvoir et la vertu de revivifier le corps mort d'où elle fut tirée, et le rendre blanc et brillant comme de l'Albâtre pur. Comme pour nos autres Eaux ardentes, elles sont si fixes et permanentes, qu'aucun feu ne pourra de nouveau les élever de leurs substances, mais elles demeureront dans le feu, jusqu'au jugement dernier sans aucune perte ni exhalaison.  

Toutes choses étant désormais purifiées à l'extérieur comme à l'intérieur, maintenant commence le travail de l'Art et de la Nature, en lequel, l'un doit inséparablement porter secours à l'autre, car s'ils refusent de s'aider mutuellement, toutes les sueurs et labeurs précédant ne sont d'aucune utilité, car Nature ne peut joindre nos éléments disjoints sans l'assistance d'un Artiste expert ; ni l'Artiste ne peut coaguler les éléments mis ensemble sans la Nature, c'est pourquoi la Nature implore l'aide de l'Artiste avec un Adjuna me, et ego adjunabose. Et par conséquent l'Artiste ayant vu auparavant ce que la Nature a fait pour lui, en dissolvant et purifiant les corps, est prêt à l'aider.  

Du Travail de la Conjonction des Eléments.  

Prenez les fèces mentionnées ci-dessus appelées mars, ou Notre Dragon, qui dévore sa propre queue, et mettez-les dans un vaisseau de verre sans crainte d'en remplir la moitié, et versez dessus de notre eau de Vie rectifiée en quantité suffisante pour recouvrir la Chaux en poudre, cela fait, fermez incontinent le vaisseau avec un chapiteau aveugle, dûment luté au reste du corps, et mettez-le dans les cendres chaudes, jusqu'à ce que la Chaux ait bue et coagulée toute la Liqueur, ce qui sera fait en huit jours, alors de huit en huit jours, imbibez ladite Chaux de sa propre eau, et lorsqu'elle n'en boira plus, mais est très blanche et brille comme les Yeux des Poissons, et sera pleine de Lames Cristallines, alors, ladite Chaux étant très sèche, sortez-la du vaisseau, et séparez d'icelle, toutes les Lames Cristalline, et broyez-les en Poudre ; mettez cette poudre que nous appelons le soufre de nature, ou la terre foliée, dans un autre vaisseau, et versez dessus notre fumée Blanche appelée Lait Virginal, par un feu modéré coagulez-les ensemble, et continuez ce Travail jusqu'à ce que presque tout l'Air ait été bu, et soi devenue fixe et permanente. Puis sortez la matière, et mettez-la en poudre et incéré-la goutte à goutte avec la partie de son Air réservé, jusqu'à ce qu'elle devienne liquide comme du Miel et fonde et flue comme de la Cire, sur un charbon et ne s'évapore point, alors vous avez la parfaite Pierre Blanche, et la Médecine Argentée, qui transmute tous les corps des métaux imparfaits en Lune véritable et parfaite.  

Du Travail au Rouge  

Lorsque vous aurez obtenu notre Pierre Blanche de la manière dite ci-dessus, partagez-la en deux parts égales, et sur l'une d'elle mettez la quatrième partie de Mercure sublimé, tous deux étant pulvérisé, mélangez-les bien ensemble, et mettez-les en un vaisseau bien luté, et mettez en votre four, et laissez-le là l'espace d'un mois avec un feu tempéré, jusqu'à ce qu'il ne fasse plus qu'un corps, puis prenez en une partie que vous pourrez projeter pour votre besoin, quant à l'autre partie vous pourrez toujours la multiplier avec du sublimé, or de l'Argent-vif qui ait été purifié par le Sel et le Vinaigre, jusqu'à la fin de vos jours, soustrayant ainsi et multipliant suivant votre plaisir.  

Mais pour le Rouge, prenez l'autre part réservée de votre Pierre Blanche, pulvérisez-la, et la mettez en un vaisseau, versez dessus un peu de notre eau ardente, ou Teinture Dorée, et coagulez-les ensemble sur un feu modéré, de crainte que votre vaisseau ne se rompe par la force du venin et pouvoir insurmontable de notre Mercure Rouge et ardent, faites cela une ou deux fois, jusqu'à parfaite fixité, puis sortez la matière et mettez-la en poudre, et incérez-la dans un creuset avec ladite Huile rouge, ou Eau ardente, jusqu'à ce qu'elle flue comme de la Cire, comme il fut fait avec la Médecine Blanche, alors vous avez notre pierre rouge sombre semblable à la couleur de l'Hématite, qui est capable de faire des miracles sur la terre, mais il n'est point de notre intention de les révéler à cette heure, laissant cela pour être expérimenté par ceux que le Dieu Puissant pense être digne d'être enseigné, par ceci notre bref et petit livre petit, mais concis et substantiel, Dieu à qui nous devons perpétuellement remerciement et louanges, car tu nous as doté de ce Savoir.  

Du Raccourci du Grand Œuvre, qui épargne la moitié de l'Ouvrage et du Temps.  

La poudre Blanche, dont nous avons parlé précédemment et dont nous vous avons dit de réserver, qui est le parfait Soufre de la Nature, et la Terre Foliée, qui ne nécessite ni imbibition, ni digestion pour le blanc ; prenez la et broyez la finement, puis imbibez-la avec quatre parties de notre susdit Air ou Lait Virginal.  

Mais observez en même temps, que vous devez avoir grande provision de notre Eau, Air et Feu, et ceux-ci extrait hors de cinq ou six composés différents, ou Chaos, de façon qu'après que vous ayez conduit un Chaos hors du Four, vous devez présentement en mettre un nouveau, et cela successivement l'un après l'autre, et séparer leurs éléments, car autrement vous voudrez des eaux et des huiles pour l'imbibition, incération, et multiplication, et si votre œuvre doit être interrompue par manque de telles matières, tout est perdu et vous n'arriverez à rien, car dès que vous commencez, vous devez procéder sans arrêt ni interruption jusqu'à la complète fin.  

Mais pour notre sujet, ayant imbibé le Givre susdit, et coagulez le tout à un feu doux, jusqu'à ce que tout soit bu, imbibez et coagulez alors deux fois de plus jusqu'à fixité, après cela mettez en poudre, et incérez, avec un peu de notre Air par goutte, comme vous avez fait pour la médecine blanche précédemment, jusqu'à ce qu'il flue comme de la cire sur un fer porté au rouge, et ne s'évapore point, alors vous avez la parfaite Pierre Blanche, faite en moitié de temps, et avec moitié mois de labeur, ce qui est un précieux joyau et un grand Secret.  

Du Raccourci de l'œuvre au Rouge.  

Prenez le tout, ou la moitié, de notre Pierre Blanche, faites à partir du Givre mentionné, et pulvérisez-la, mettez dans un fort œuf de verre, et imbibez-la avec un peu de notre ardent Mercure Rouge, et mettez sur un faible feu, par crainte de casser le verre, coaguler en une poudre sèche, puis imbibez et coaguler deux fois encore jusqu'à ce que tout soit fortement fixé, puis prenez la matière et pulvérisez-la, et incérez-la avec notre susdite Huile goutte à goutte dans un fort creuset sur un feu modéré, jusqu'à ce qu'elle flue comme de la cire, comme précédemment mentionné. Alors vous avez la parfaite Pierre Rouge avec moins de travail, dépense de temps et d'argent, et ce Secret n'a jamais été dévoilé auparavant par aucun des Anciens Philosophes, car ils étaient envieux de leurs rares Mystères, que nous avons maintenant entièrement dévoilé, pour l'honneur de Dieu, et pour votre bien, de façon que vous puissiez effectuer le saint Œuvre de Charité et Merci suppléant abondamment et soulageant les orphelins et les veuves, rachetant les prisonniers et les captifs, spécialement ceux qui ont souffert pour l'amour de notre Saint Seigneur et Sauveur, Jésus Christ.   

Notre Pierre Blanche est Multipliée par imbibition réitérée, coagulation, et incération, avec notre Lait Virginal, car plus vous faites cela, plus elle s'accroît en quantité, et elle devient de cette façon plus subtile et pénétrante, et converti plus de métal avec une moindre quantité.  

Notre Pierre Rouge est multipliée de la même manière, par réitérée imbibition, coagulation, et incération avec notre Huile ardente, ou Mercure Rouge, et ce cette façon vous pouvez l'accuer tellement, qu'elle sera capable nous seulement de pénétrer les métaux, mais aussi les Pierres les plus dures, et n'importe autres Choses dites dans Tout le Monde.  

N'importe qui obtiendra ces Médecines, aura des Trésors incomparables, surpassant tous les Trésors de ce Monde.

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Published by George Ripley - dans Alchimie
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 14:58

Chapitre I. 

De la revendication de notre Art, ses Etudiants et ses Méthodes.

T

out hommes qui dévouent leurs existences à l’étude de n’importe quel art, ou toute sorte d’occupation ont devant leurs yeux le but de leurs efforts, la perfection de la chose qu’ils poursuivent. Mais bien peu atteignent le but de leurs espoirs : il y a beaucoup d’architectes, mais peu de maître d’œuvre en cet art ; beaucoup d’étudiants en médecine, mais peu comme Hippocrate ou Galien ; beaucoup de mathématiciens, mais peu tel le prolifique Archimède ; beaucoup de poètes, mais peu capable de se ranger au même rang qu’Homère. Cependant même les hommes qui n’ont rien de plus qu’un savoir respectable propre, sont capable d’être utile à la société. 

Parmi ceux qui s’adonnent à la transmutation des métaux, il ne peut y avoir rien de pire que la médiocrité des réalisations. Un homme qui étudie cet Art, doit ou avoir tout, sinon rien. Un Alchimiste qui connaît seulement la moitié de son art, ne récolte rien d’autre que le désappointement ainsi que la perte de temps et d’argent ; bien plus, il s’expose lui-même à la moquerie de ceux qui méprisent notre Art. En vérité, ceux qui atteignent avec succès le but du Magistère, non pas seulement des richesses infinies, mais aussi les moyens de poursuivre  la vie et maintenir la santé. Voilà pourquoi c’est la quête la plus populaire de toute l’humanité. Tous ceux qui ont lu quelques « Recettes » s’arrogent le titre de Sage, et conçoivent les espoirs les plus extravagants,  et pour se donner des apparences d’hommes sages se mettent à construire des fourneaux et à équiper leurs laboratoires, avec des Alambics et Distillatoires, et approchent l’œuvre avec la merveilleuse apparence d’érudits. Ils adoptent un jargon obscur, parlent de la première matière des métaux, et discutent avec un air entendu de la rotation des éléments, et du mariage de Gabritius avec Beya. Dans le même temps cependant ils ne succèdent jamais à provoquer aucune métamorphose des métaux, excepté celle de leur or et argent en cuivre et en bronze.

Lorsque les méticuleux critiques notre Art voient cela, ils tirent de ces constants insuccès, la conclusion que notre Art est un mélange de fiction et d’imposture ;  tandis que ceux qui se sont ruinés par leur folie confirment cette suspicion en abusant de la crédulité des autres, prétendant qu’ils ont acquis quelque habilité par la perte de leur argent. 

Dans cette voie le chemin pour le débutant est semé de difficultés et de pestilentes désillusions de toute sorte ;  et par la faute de ces escrocs, qui se donnent eux-mêmes de si beaux airs d’érudition et de savoir, notre Art lui-même est tombé en complet discrédit, car ces personnes bien sûr n’en connaissent absolument rien. Le débutant trouve extrêmement difficile de distinguer entre le faux et le vrai en ce vaste Labyrinthe qu’est l’Alchimie. Bernard le Trévisan l’averti d’éviter ces personnes comme la peste qui font tant de vides et vaines promesses ; voilà pourquoi j’ai écrit ce Traité pour guider l’aveugle, et instruire l’égaré. Je désire tout d’abord, nettoyer notre Art des calomnies dont il a fait l’objet, puis décrire la qualification des ses étudiants et ses méthodes de procéder. Après ces explications préliminaires, je m’attacherai à la description de l’Art lui-même. 

Avant de continuer, je voudrai élever mes plus sérieuses protestations contre cette méthode de raisonnement que certains sophistes déçus ont utilisé à la charge de cette science. La perversité de certains de ces professeurs menteurs ne peut rien prouver pour ou contre son authenticité. Une telle position ne peut seulement être bonne que si elle est fondée sur des arguments basés sur des relations naturelles ; mais il est impossible de trouver de tels arguments. La lumière de la Nature est trop éclatante pour être assombrie par ces obscurantistes. J’espère que mon livre montrera que la Transmutation des Métaux, à partir d’un état imparfait à un état parfait est une réalisation réelle et véritable, effectuée en coopération entre la Nature et l’Art. La seule chose qui distingue un métal d’un autre, est son degré de maturité, qui est bien entendu plus grand dans les métaux les plus précieux ; la différence entre l’or et le plomb n’est pas une question de substance, mais une question de digestion ; dans les métaux communs la coction n’a pas été suffisante pour purger les impuretés métalliques. Si par un moyen quelconque, ces superfluités de matière impure peuvent être organiquement enlevées des métaux communs, ils deviendront alors de l’or et de l’argent. Ainsi les mineurs nous disent que le plomb s’est en plusieurs cas transformé en argent dans les entrailles de la terre ; et nous prétendons que la même chose peut être produite en bien moins de temps par les moyens de notre Art. C’est un fait que le Mercure qui est généré dans les entrailles de la terre est la substance commune à tous les métaux —  puisque ce Mercure entre en combinaison avec toute sorte de métal — ce qui ne serai pas le cas s’il n’était pas naturellement de leur espèce. Par l’Art et l’aide de la Nature, le Mercure peut être successivement conjoint à tous les métaux, afin que l’un ou l’autre avec la même couleur et fluxibilité, puisse par ensuite montrer et exprimer la vraie température et propriétés d’eux tous. Plus encore, tous les métaux peuvent être dissout par le vif-argent — et cela ne pourrait sûrement pas être s’il n’était de la même substance. Plus encore, le Mercure du plomb peut devenir celui du fer, et le Mercure du fer celui du cuivre ; tandis que le Mercure de l’étain peut même être transmuté en celui de l’argent ou de l’or — un fait qui démontre triomphalement la substantielle affinité de tous les métaux. De l’antimoine aussi, on peut obtenir un bon Mercure, que certains Artistes sont capables de changer en mercure métallique. C’est aussi un fait bien établi que le Mercure obtenu de tout corps métallique ou minéral possède les propriétés d’absorber le Mercure commun en sa propre nature ; de même le Mercure commun peut devenir à son tour celui de tous les métaux. Ces arguments, ne montrent-ils pas qu’il n’y a qu’un seul Mercure, et que dans les différents métaux il est seulement différencié par leur différent degré de digestion et de pureté ? Je ne vois pas comment on peut répondre à ces arguments. Il est possible en faite que quelque personnes stupides puissent alléger pour réfuter notre raisonnement qu’elles ne peuvent accomplir toutes ces transformations chimiques sur lesquels il est basé ; mais de tels opérateurs justifieraient grandement leur ignorance s’ils avançaient cela contre la réalité de notre Art. Ils ne doivent pas faire de leur peu d’entendement la mesure ou le standard des possibilités de la Nature. A tout point de vue, mes paroles ont autant de valeur que les leurs (et mieux encore, car ils ne peuvent jamais prouver le contraire), et j’affirme le plus positivement et le plus solennellement, que j’ai de mes propres mains effectué chacune des expériences  que j’ai décrit ; et j’en connais beaucoup d’autres dont les expériences ont démontré que ces choses étaient vraies. Comment votre opposant peut-il se prévaloir contre des témoins oculaires par une simple négation ? Mon témoignage est justifié par des hommes tels que Albertus, Raymond, Riplée, Flamel, Morien et une multitude d’autres. Je confesse que les transformations dont j’ai parlé ne sont pas faciles à accomplir, mais quiconque a la Clef de notre Art peut ouvrir toutes les portes, et a pouvoir sur tous les secrets de la Nature. Mais cette Clef n’est possédée seulement que par ceux qui ont une connaissance pratique et théorique des procédés naturels. Je pourrais ici mentionner diverses mutations des métaux, comme par exemple celle de Mars en Vénus, par l’acide vert du vitriol, de Mercure en Saturne, de Saturne en Jupiter, de Jupiter en Lune, lesquelles opérations, en vérité, plusieurs vulgaires chimistes (bien éloigné des sommets de l’art) savent effectuer. Je pourrai aussi ajouter ce qui est seulement connu de quelques philosophes, qu’il y a une substance secrète intermédiaire entre les métaux et les minéraux, dont les vertus célestes mélangées produisent un certain métal sans nom, qui est, à proprement parlé, non point un métal, mais un Chaos, ou Esprit, car il est entièrement volatile : et par ce tous les métaux peuvent être évolué sans l’Elixir transmutatoire, même l’or, l’argent et le mercure. L’auteur de la « Nouvelle Lumière » l’appelle Chalybs, et c’est la véritable clef et premier principe de notre Art. Pourquoi alors les Sages ont-ils caché toutes ces choses, et les ont-il énoncée paraboliquement pour les vrais fils de science ? Il y a-t-il moins de vérité à cause de cette raison ? Tout ce qui est nécessaire pour perfectionner et développer une substance imparfaite, est la douce action digestive d’un agent homogène. Cet agent est l’or, aussi hautement mûr que la digestion naturelle et artificielle puisse le produire, et un millier de fois plus parfait que le métal commun du même nom. L’or, ainsi exalté, pénètre radicalement, teint et fixe les métaux. Nous pouvons illustrer ce fait scientifique de la manière suivante. Si vous prenez six livres d’argent, et le dorez avec une seule once d’or, vous pouvez après étirer votre argent en fils de la plus grande finesse, et toujours percevoir distinctement en chaque fils le brillant de l’or. Si alors ce métal, mort, corporel et terrestre (ce qui a un corps bien sûr, n’a pas le pouvoir d’entrer en un autre corps) peut produire un si merveilleux effet, semble-t-il incroyable que l’esprit de cet or qui peut pénétrer et animer le corps d’autres métaux, ne les transforme en sa propre nature ? Si nous avions cette teinture spirituelle, n’est-il pas clair qu’elle ferait intérieurement ce que l’on voit le corps de l’or faire extérieurement ? Souvenez-vous que notre Teinture est la Quintessence de l’or, et est infiniment plus parfaite que le simple corps de l’or ne puisse être jamais ; et qu’il a par conséquent un pouvoir infiniment plus grand de diffuser sa qualité essentielle. Si l’or donc entre spirituellement en un autre métal, il l’assimilera simplement à sa propre nature. Nous décrirons plus loin la méthode de cette ingestion spirituelle. Ajoutons seulement en cet endroit, où nous discourons du bien fondé de la transmutation métallique, que la semence est la perfection de toute substance qui possède de la semence ; que ce qui n’a point de semence est imparfait. C’est alors comme les poètes le chantent : « L’or contient les semences de l’or, bien quelles soient profondément cachées ». L’or n’est pas seulement parfait, mais est aussi la chose la plus parfaite de son espèce (à savoir les métaux). Si l’or a une semence, elle doit être contenue dans l’eau, qui est la demeure des esprits, la semence étant un certain moyen spirituel de conserver toutes espèces. Si l’or doit être dissout dans le but d’extraire sa semence, la dissolution devra s’effectuer par le moyen de cette même eau métallique. Lorsque cette dissolution est faite, l’or abandonne sa forme terrestre, et prend une forme liquide. Maintenant, l’or étant à la fois le point de départ et le but de tout ce processus de génération, il est clair que toutes les opérations intermédiaires doivent avoir un caractère homogène, à savoir, elles doivent consister en  graduelles modifications de la semence de l’or. Les opérations de notre Art doivent commencer par la dissolution de l’or ; et doivent se terminer par la restauration de la qualité essentielle de l’or. Mais, comme le négatif ne peut jamais devenir positif, la forme finale de notre or doit être essentiellement différente de sa forme initiale. La forme finale est grandement plus noble que l’initiale comme le feu qui est plus subtil et spirituel que la terre. Ce que j’ai écrit est suffisant pour le sincère étudiant de notre Art ; et ce livre n’est pas destiné aux critiques hostiles et pointilleux. Par conséquent, je continuerai maintenant et ajouterai un mot ou deux sur les aptitudes de ceux qui veulent étudier cette noble science. Comme je l’ai mentionné, notre Art est tombé en disgrâce, à cause de la stupidité et malhonnêteté de beaucoup de ses professeurs. Il y a d’ignorants artisans, qui n’ayant pas d’habilité, ni suffisamment de cervelle pour un commerce honnête, s’immiscent en notre Art, et bien sûr, perdent bientôt tout ce qu’ils possèdent. D’autres, sont seulement encore plus ignorants que ceux-là ; et ont trop hâte de faire de l’or avant d’avoir seulement maîtrisé les rudiments de science naturelle ; et bien sûr ils échouent, et dépensent tous leurs biens, empruntent à leurs amis, s’abusent eux-mêmes et les autres avec l’espoir d’infinies richesses, apprennent à parler dans un jargon semi-philosophique, et offre un prétexte aux détracteurs de notre Art. Et d’autres encore qui ont véritablement un savoir véritable du secret, mais qui donnent à contrecœur aux autres la lumière qui a éclairé leur propre sentier, et qui par conséquent écrivent à son sujet dans un langage  désespérément embrouillé, que le débutant perplexe est incapable de comprendre. A ce groupe appartiennent Geber, et Lulle qui auraient rendu un bien plus grand service à l’étudiant, s’ils n’avaient pas trempé leur plume dans l’encre. La conséquence de ceci est que celui qui entreprend cette étude se retrouve soudainement perdu dans le labyrinthe embrouillé de l’erreur et du doute, sans personne pour le guider. Je vais dons essayer de lui donner quelques conseils avisés sur le meilleur moyen d’arriver au but. 

En premier lieu, il doit faire ses opérations en grand secret de façon à ce qu'aucune personne méprisante ou injurieuse en ait connaissance ; car rien ne peu plus décourager le débutant que la moquerie, les sarcasmes, et les bons conseils d’étrangers bien pensant. Plus encore, s’il ne réussi pas, le secret le protégera de la dérision et de la persécution des tyrans avides et cruels. En second lieu, celui qui veut réussir dans l’étude de cet Art, doit être persévérant, industrieux, studieux, doux, et d’un bon tempérament, étudiant attentif, n’étant pas facilement découragé ni paresseux ; il peut travailler en coopération avec un ami, mais pas plus, et doit être capable de garder ses propres avis, il est aussi nécessaire qu’il ait un petit capital pour se procurer l’équipement nécessaire ainsi que la nourriture et les vêtements pendant le temps qu’il poursuit cette étude, afin que son esprit ne soit pas distrait par le besoin et l’anxiété. Avant tout, il doit être honnête, ayant la crainte de Dieu, pieux et saint. Etant ainsi, il doit étudier la Nature, lire les livres des meilleurs Sages, qui ne sont ni imposteurs ni envieux, et les étudier nuit et jour ; qu’il ne soit pas trop passionné pour toute idée pratique avant qu’il ne l’ait consciencieusement testée, et trouvée en harmonie non seulement avec l’enseignement des Sages, mais aussi avec celui de la Nature. Et après cela qu’il embrasse la partie pratique de l’ouvrage en modifiant sans cesse ces opérations jusqu’à ce qu’il aperçoive les signes qui sont décrits par les Sages. Et qu’il ne désespère pas des mauvais chemins qu’il emprunte, car les plus grands philosophes ont appris le plus par leurs erreurs. Comme guide en ses opérations il trouvera toute la lumière dont il a besoin dans le traité suivant. 

Chapitre II. 

De l’Origine de cet Art et de ses Ecrivains ; ses Principes Métalliques Fondamentaux, et la Production Graduelle des Métaux et Minéraux.

H

ermès, que l’on appelle Trimégiste, est généralement regardé comme le Père de cet Art ; mais il existe différentes opinions en ce qui concerne son identité. Certains disent qu’il fut Moïse ; mais tous s’accordent à dire qu’il fut un philosophe très clair voyant, le premier auteur sur le sujet, et était aussi d’origine Egyptienne. D’autres disent qu’Enoch inventa cet Art, et avant l’arrivée du Déluge l'écrivit dans ladite table d’émeraude, qui fut par la suite trouvée par Hermès dans la vallée d’Hébron. Beaucoup affirment qu’il était connu d’Adam, qui le révéla à Seth ; que Noé dans l’Arche posséda le secret, et que Dieu le révéla à Salomon. Mais je ne suis pas d’accord avec ceux qui affirment que notre Art a une origine mystique, et par conséquent le rende ridicule au yeux du monde méprisant. S'il est fondé sur la vérité éternelle de la Nature, pourquoi devrai-je me mettre martel en tête pour savoir si tel ou tel antédiluvien personnage eut ou n’eut pas le savoir ? Il est suffisant pour moi de savoir qu’il est maintenant certain et possible, que l’Art ait été pratiqué par des initiés durant plusieurs centaines d’années, et sous les latitudes les plus distantes ; on doit aussi noter que la plupart de ces écrits sont tous d’un style obscur, figuratif, allégorique et embrouillé, et que certains d’entre-eux ont actuellement mélangé le faut à la vérité dans le but de confondre les ignorants, et qu’ils ont existé à travers les âges, dans différentes nations et en différentes langues, et n’ont pas diversement traité d’une opération, mais montrent tous un merveilleux et frappant accord en regard des caractéristiques principales de leur enseignement — accord qui est absolument inexplicable, excepté si on suppose que notre Art est quelque chose de plus qu’un simple labyrinthe de mots confus. Notre Art est le plus clairement expliqué par Bernard le Trévisan, Riplée l’Anglais, Flamel le Français, Sendivogius l’auteur de la « Nouvelle Lumière », l’auteur anonyme de « l’Arcane d’Hermès », qui écrivit aussi Enchiridon Physicæ Restituaæ, et « L’Echelle des Philosophes », le grand « Rosaire », le Traité de Dionysius Zachaire, les travaux de Morien, les travaux de Egidus de Vadis, le poème d’Augurellus intitulé « Faire de l’Or », les travaux de Pierre Bonus de Ferrara, et « l’Abrégé du Rosaire ». Que l’étudiant se procure un ou plus de ces précieux ouvrages sur Alchimie ou d’autres similaires, et qu’il étudie les secrets de la Nature avec la lumière par laquelle ces ouvrages les éclairent. Il trouvera un savoir de science naturel, et plus particulièrement de minéralogie, indispensable à ses desseins. 

Tous les philosophes nous disent qu’il y a quatre éléments, lesquels composent toutes choses, et dont par le moyen de leurs diverses combinaisons, toutes choses sont produites. Mais la vérité est qu’il n’y a seulement trois éléments, à savoir, ceux qui de leur propre nature sont froid — l’air, l’eau, et la terre. Le manque de chaleur que nous voyons en eux est proportionnel à leur distance au soleil. Je ne considère pas le Feu comme un élément. Il n’y a point de feu, excepté le feu commun qui brûle dans l’âtre ; et sa chaleur est essentiellement destructive. La chaleur qu’il y a dans les choses est soit le produit de la lumière, ou du mouvement, ou de la vie, ou de processus d’altération. Le Feu n’est pas un élément, mais un voleur qui larcine sur les produits des quatre éléments ; c’est un violent mouvement corruptif causé par le choc de deux principes actifs. Nous voyons alors qu’il provient de deux autres substances, n’étant pas lui-même une substance — le résultat de l’active coopération d’un combustible et d’un comburant. Le froid est la nature et la caractéristique des trois éléments, et ils possèdent la chaleur seulement comme un accident. D’ailleurs il est vrai que les objets sont formés par un mélange de ces trois éléments, car des choses dissemblables ne peuvent jamais réellement s’unir, vu que l’union est un mélange complet et concrétion des plus petits atomes ou molécules de deux substances. Mais un tel mélange est possible dans le cas de deux matières dissemblables, comme par exemple, entre l’eau et la terre (ou l’eau et le vin) ; ils acceptent d’être séparé à n’importe quel moment par le fait de la disproportion de leurs particules les plus petites. Il peut être dit que pour l’intérêt de l’union, les éléments grossiers deviennent aussi subtils que les autres ; mais si cela était le cas, si pour effectuer l’union l’eau devenait aussi subtile que l’air, cela signifierai simplement que l’eau est devenue air, une assomption qui par conséquent échouerai pour prouver la possibilité d’une amalgamation de l’eau et de l’air. N’est-ce pas une supposition plus simple et plus crédible que seulement l’eau ou l’air, quoiqu’il en soit, entre dans la composition de n’importe quel objet donné ? Mais si certains persistent toujours d’affirmer cette permutation des éléments (qui après tout, ne voudrait seulement dire que toutes choses sont faites d’air), laissez-moi demander une humble question,  part l’activité de quel agent sont-il ainsi transmutés ? De plus on serai aussi en droit de demander qu’elle est l’utilité de cette permutation de l’air en eau, et de l’eau en air ? Que peut effectuer la terre convertie en eau, ou l’eau convertie en air, qui ne puisse être aussi bien accompli par l’eau et l’air d’origine ? Ce serai un processus difficile et inutile de permanente transmutation qui n’aurait pour but aucune raison utile, et il est évident que la Nature ne fait rien en vain. Si l’on devait dire que la terre raréfiée en eau est comme l’eau, bien que pas exactement de l’eau, ma réponse serai que c’est un simple jeu de mots, et si la terre raréfiée est seulement comme l’eau, mais pas réellement eau, il n’est pas possible qu’elle se combine avec elle dans ses particules les plus infimes ; donc cette hypothèse ne fait rien gagner. Nous pouvons alors conclure que toutes choses tirent leur origine d’un élément, qui ne peut être la terre ou l’air. Je pourrais prouver cela longuement si l’espace n’était limité. Il s’ensuit donc que l’eau doit être le premier principe de toutes choses, à savoir, de tous les corps concrets en ce monde ; la terre est l’élément fondamental en lequel tous les corps croissent et sont préservés ; l’air est le véhicule en lequel ils croissent et par le moyen duquel les vertus célestes leur sont communiquées. La semence de toutes choses a été mise par Dieu dans l’eau. Cette semence se montre ouvertement parfois, comme dans les végétaux, et est parfois gardée dans les bourses comme les animaux ; et est cachée dans les profondeurs de l’être essentiel comme dans les métaux. La semence est mise en action par sa forme (à savoir, une certaine influence céleste appropriée) coagule l’eau matérielle, et passe par une série de processus de fermentation (la fermentation étant le principe de toute transmutation) jusqu’à ce qu’elle est produit ce pourquoi elle est destinée. Si la semence est métallique, alors, elle génère en premier un liquide sec, qui ne mouille pas les mains, à savoir le Mercure, la mère de tous les métaux. Le Mercure peut-être décrit comme étant la véritable première matière des métaux ; car tant que l’eau élémentaire n’est pas devenue Mercure il ne peut être affirmé avec aucun degré de certitude qu’un métal ou minéral doit en provenir. L’eau est en elle-même potentiellement la semence soit d’un animal, d’un végétal ou d’un minéral ; mais le Mercure est de l’eau différenciée métalliquement, à savoir, c’est de l’eau passée à ce stade de développement, en lequel elle ne peut plus longtemps produire rien d’autre que des substances minérales. Le Mercure est donc la semence commune de l’or, l’argent, le cuivre, l’étain, le fer, le plomb, etc. ; leur différence ne peut seulement être vue que dans leur degré de digestion. Le digestif n’est pas n’importe quel soufre gras qui est mis en action du dehors ; car le Mercure contient en lui le principe actif de son développement, à savoir, la chaleur interne due aux influences célestes, provoquant sa vitalité, et dépendant de la disposition de la matrice. Ces influences célestes agissent de part le monde ; mais leur exact mode d’action est déterminé par la nature potentielle des semences ; si la vie interne est métallique, le cours de son développement par l’action des agents extérieurs sera aussi métallique. De plus le Mercure se développe seulement où les influence externes (céleste et terrestre) peuvent le mettre en action. En toute autre endroit il apparaîtra une substance froide, morte, et sans vie. Mais au centre de son origine il est vivifié par l’action des influences célestes, transporté par l’intermédiaire de l’air, d’où résulte de la chaleur, à laquelle la vie est nécessairement associée. Alors la matrice dans laquelle le Mercure est placé, lui est alors plus ou moins adaptée, voire pas du tout ; et en raison de ces différents degrés d’adaptation, la substance demeure soit inerte, soit plus ou moins parfaitement développée ; l’imperfection du développement donne les métaux imparfaits, tandis que le développement parfait donne de l’or ou de l’argent ; mais tous les métaux différenciés par le degré de leur digestion ou maturité, ont la même première matière, à savoir le Mercure. Les sédiments et impuretés que l’on trouve en abondance dans les métaux communs, ne font pas parti du Mercure originel mais sont ajoutés par la suite par quelques souillures durant le processus de la coagulation, ou à cause d’impuretés contenues dans la matrice où s’effectue la génération (fermentation) métallique. Mais je vais maintenant poursuivre du sujet spécial de ce Traité, à savoir, la restauration ou la multiplication de l’or et de l’argent. 

Chapitre III. 

De la génération de l’Or et de l’Argent à partir de la Substance Mercurielle, et de la Possibilité d’amener les Métaux Imparfaits à la Perfection. 

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e la source ci-dessus décrite (le Mercure) nous suivons la naissance de l’or, et de sa sœur l’argent ; il représente cette substance amenée à la perfection par le moyen de la digestion. La perfection est de deux sortes, rudimentaire ou complète, partielle ou entière. La complète perfection (la digestion complète de tout ce qui est crud et l’élimination de toutes les impuretés) est le but ultime de la Nature ; et elle l’a atteint en notre or, qui par sont éclat éclaire toute la terre. Elle peut être appelée perfection rudimentaire, pas dans l’absolu mais relativement, lorsqu’elle est comparée avec les principaux corps imparfaits. Ces corps sont formellement ou essentiellement imparfaits dans la composition et l’impur prédomine sur le pur, de sorte qu’ils ne pourraient jamais d’eux-mêmes ( par développement naturel) atteindre la perfection ; c’est le cas de tous les métaux excepté l’or et l’argent. Mais lorsque le pur est libéré de la tyrannie corruptive de l’impur, et prend le dessus, nous avons une perfection rudimentaire, bien que le développement du corps puisse toujours être incomplet. Ces parties cruds et impuretés originellement n’appartiennent pas à la substance métallique, et on est capable de les en séparer; si elles sont parfaitement purgées avant la coagulation, on obtient un métal parfait. Mais même si elles sont coagulées ensembles avec le Mercure, il est toujours possible de les séparer de lui, et donc de parfaire le Mercure. C’est sur cette possibilité que notre Art est fondé ; et le travail consiste à effectuer cette séparation. Les métaux communs contiennent le même mercure que l’or ; si nous pouvons libérer ce Mercure de ses impuretés qui empêchent son développement, il doit devenir parfait, à savoir, devenir de l’or. Si nous pouvions trouver quelque agent de séparation qui pourrait effectuer cette tâche pour les métaux impurs, il serait aussi un agent de digestion, à savoir il vivifierai la digestion intérieure du Mercure qui est depuis longtemps au tombeau. Un tel agent de séparation est notre divin Arcane, qui est l’esprit céleste de l’eau possédant un ardent pouvoir de pénétration. Comparé avec l’or commun, c’est ce qu’est l’âme en comparaison avec le corps ; et ayant atteint le plus haut degré de fixité corporelle, il absorbe le Mercure des métaux communs en sa propre nature, et les protège du feu tandis que les impuretés sont brûlées. Le Mercure des métaux communs (sauf le Mercure de l’or), si ils sont exposés au feu sans une telle protection, ne seraient pas capable d’en affronter l’épreuve, mais (n’ayant pas de cohésion avec son corps impur et ne possédant aucune fixité en lui-même) s’évaporerait simplement, et laisserait les impuretés devant être brûlées. Mais notre Arcane, étant une substance à la fois spirituelle et homogène, est capable d’entrer en une parfaite union atomique avec les métaux imparfaits, de les absorber en sa propre nature les faisant comme lui, et communique à ce Mercure sa propre fixité, et le protège du feu, alors quand le feu à brûlé toutes les impuretés, ce qui reste est bien sûr l’or ou l’argent pur, en fonction de la qualité de la Médecine — qui à partir de là (comme tout autre or ou argent) est capable de résister à l’épreuve. Donc vous voyez que, comme il est souvent dit, nous ne professons pas de créer de l’or et de l’argent, mais seulement de trouver un agent qui —  en accord avec son homogénéité et spiritualité — est capable d’entrer en union intime (atomique) et maturante avec le Mercure des métaux communs. Et nous prétendons que notre Elixir est capable, par l’intense degré de sa fixité et de sa couleur, de communiquer ces qualités à n’importe quelle substance homogène qui ne les possèdent pas. 

Chapitre IV. 

De la Semence de l’Or ; et si les autres Métaux ont une semence. 

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a semence est le moyen générique de propagation donné à toutes les choses imparfaites ci-après ; c’est la perfection de chaque corps ; et quiconque n’a pas de semence doit être considéré comme imparfait. Si les métaux ont une semence, ils ne la perdent pas dans la coagulation, qui est l’effet de la perfection (ou plutôt des conditions parfaites). Maintenant dans toute chose contenant une semence la maturité signifie le parfait développement des semences, et c’est la raison pour laquelle cette semence métallique n’est par conséquent certainement pas détruite par la coagulation (le processus de maturation). Si l’on demande si tous les métaux ont une semence, ma réponse est, que la semence de tous les métaux est la même ; mais en certains elle est trouvée près de la surface et en d’autres éloignée. Toute semence métallique est la semence de l’or ; car en regard des autres métaux, l’or est le but de la Nature. Si les métaux communs ne sont pas or, c’est seulement à cause d’empêchements accidentels ; potentiellement ils sont tous or. Mais bien sûr, cette semence de l’or peut être plus aisément obtenue de l’or mûr lui-même. Donc, ce serai un travail inutile que d’essayer de l’obtenir de l’étain ou du plomb par quelques procédés laborieux, alors qu’on peut facilement l’obtenir de l’or même. Souvenez-vous que je parle maintenant de la semence métallique, et non point du mercure. Le plomb doit être multiplier, non point dans le plomb, mais seulement dans l’or ; car sa semence ne peu devenir fertile que lorsqu’elle atteint la maturité de l’or. On peut admettre que l’argent à sa propre semence, puisqu’il y a une Teinture multiplicative blanche (et aussi une rouge). Mais la Teinture Blanche est réellement contenue dans la Rouge ; et la semence de l’argent n’est rien d’autre qu’une modification de celle de l’or. La blancheur de l’argent est le premier degré de perfection, le jaune de l’or en est le second est le degré et le plus élevé. Car la mère de notre Pierre (l’argent des Sages) est blanche, et communique sa blancheur à notre or, d’où la source jaillissante des deux parents est premièrement blanche, comme sa mère, puis rouge grâce au sang royal de son père. 

Chapitre V. 

De la vertu de la semence de l’or, et où on peut le plus facilement la trouver. 

D

ans le but d’obtenir ce moyen pour la perfection des métaux imparfaits, nous devons nous souvenir que notre Arcane est l’or exalté à son plus haut degré de perfection qui puisse être obtenu par l’action de la Nature et de l’Art. Dans l’or, la Nature a atteint le terme de ses efforts ; mais la semence de l’or est toujours quelque chose de plus que parfait, et pour la cultiver nous devons par conséquence demander l’aide de l’Art. La semence des métaux est encore plus complètement cachée à la vue que celle des animaux ; néanmoins son extraction est du domaine de notre Art. La semence des animaux et des végétaux est une chose différente, et peut être coupée et être séparément montrée ; mais la semence des métaux qui est diffuse dans tout le métal, et est contenue dans ses parties les plus infimes, ne peut être discernée de son corps : son extraction est par conséquent une tâche qui peut être un fardeau pour le plus expérimenté des philosophes ; les vertus de tout le métal doivent être renforcées, pour les convertir en sperme ou semence, qui par circulation, reçoit la vertu des supérieurs et des inférieurs, puis devient ensuite une forme sainte ou vertu céleste, qui peut la communiquer à ceux qui sont en rapport avec elle  par homogénéité de matière. En ce qui concerne la Pierre, tout l’or est sa substance. L’endroit où la semence réside est — approximativement parlant — l’eau ; et pour parler proprement et exactement, la semence est la plus petite partie du métal, et est invisible ; mais cette présence invisible est diffusée dans toute l’eau de son espèce, et y déploie sa vertu, rien d’autre que l’eau n’étant visible, nous devons donc conclure d’un point de vue rationnel que cet agent intérieur (qui est à proprement parlé la semence) est réellement là. D’où nous appelons toute l’eau semence, de la même manière que nous appelons le grain semence, bien que le germe de vie soit seulement une infime particule du grain. Mais la vie séminale n’est pas distincte de la substance restante des métaux ; au contraire, elle est inséparablement mêlée aux parties les plus infimes du corps. En règle générale cependant, nous décrivons la totalité de notre eau dorée comme étant la semence de l’or, car cette vertu séminale y prévaux de la plus subtile manière. Les Sages ont appelé cette vertu séminale le ferment caché, le poison, ou le feu invisible ; de plus ils ont dit que c’était un feu, ou que ce feu résidait dans l’eau ; ils différenciaient l’âme et l’esprit, le premier étant le véhicule et le second la vertu active. Si l'on se demande pourquoi nous décrivons l’eau comme le siège de la semence, ou esprit séminal, qu’on se rappelle qu’au commencement l’Esprit de Dieu planait sur la surface des eaux, à savoir, les pénétrait avec Son pouvoir céleste vivifiant. Ainsi depuis le premier jour de la Création, l’eau a été la source et l’élément de toutes choses. Car l’eau seule contient les semences de toutes choses ; chez les végétaux elles sont portées par l’air crud ; chez les animaux préservées dans les bourses ; tandis que chez les minéraux elles sont diffusées dans toute la substance ; néanmoins, la semence ne peu jamais quitter sa demeure originelle (à savoir l’eau). Les choses sont préservées par la provenance de leur origine ; car la cause de leur origine étant enlevée, les choses qui en sont l’effet cessent d’exister ; d’où la multiplication et nutrition de toutes choses est dans l’eau et par l’eau. Les végétaux sont générés et nourris par le Teffas aqueux de la terre ; les animaux par le chyle liquide ; les métaux par le liquide mercuriel. Les animaux préservent leur semence dans leurs bourses, et au moment voulu la projettent dans la matrice appropriée, où elle se moule premièrement en un fœtus tendre et compact, et ce fœtus étant nourri par le liquide femelle menstruel, croît ainsi jusqu’à sa naissance. Puis il est nourri de lait jusqu’à ce qu’il puisse supporter des nourritures plus consistantes ; mais cette nourriture solide ne devient pas un réel nutriment avant que l’estomac ne l’ait converti en un chyle liquide (comme par exemple les os dans l’estomac d’un chien). De la même manière les métaux gardent leur parfaite semence où elle ne peut être vue ; mais même là elle est préservée en l’eau. Alors l’Artiste l’extrait, et la met dans sa propre matrice appropriée, où elle est entretenue et où elle grandit, jusqu’à (par le moyen de la corruption) quelle atteigne sa glorification. C’est l’opération la plus difficile, parce que les Métaux, en qui la semence est cachée, sont si fermement et étroitement compactes, qu’ils ne céderont pas à la violence, mais seulement à un doux et délicat processus chimique. Alors je vous dis, qu’il y a une matrice en laquelle l’or (s'il y est introduit) émettra, de lui-même sa semence, jusqu’à ce qu’il en soit affaibli et meure, et par sa mort soit régénéré en le plus glorieux Roi, qui recevra alors le pourvoir de délivrer tous ses frères de la crainte de la mort.

Chapitre VI. 

De la Manière et des Moyens d’extraire cette Semence. 

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ue les choses les plus belles soient les choses les plus difficile à produire est expérimenté par tous les hommes, et on ne doit pas s’étonner, par conséquent, que les plus glorieuses des opérations sublunaires ne sont atteintes que par une grande quantité de difficultés. Si un étudiant de cet Art est effrayé par un dur labeur, qu’il s’arrête au seuil. Quand en vérité, le Père des Lumières a confié la Clef de l’Art à un homme, ce qui reste à faire est simplement un jeu d’enfant ; ses yeux sont ravis à la vue des signes les plus glorieux, jusqu’à ce que le temps de la moisson arrive. Sans cela erreur et vexation en seront le résultat. Par conséquent l’homme sage, avant que de commencer l’ouvrage, sera bien avisé d’en connaître les signes. Que les fils du savoir apprennent que l’objectif principal de notre Art est la manifestation de la semence cachée de l’or, qui ne peut être effectuée que par une complète et parfaite volatilisation de ce qui est fixe, et la subséquente corruption de sa forme particulière. Car ouvrir l’or de cette manière est le plus grand secret du monde. Ce n’est pas fait par une dépravation corrosive du métal, ni par l’usuelle méthode de dissolution, mais pas notre solution philosophique du métal dans l’eau mercurielle, par le moyen d’une calcination préalable du mercure (faite au moyen de l’agent), qui est produit par la subtile rotation et conversion des éléments ; cette calcination de plus est la mortification de notre liquide homogène avec l’élément sec lui appartenant ; après quoi le sec est tellement ressuscité par le moyen de ce même liquide, que la parfaite vertu mûre, extraite de la substance par le solvant, est la cause de cette calcination et solution. Ici donc, il n’y point d’utilité pour l’action d’un corrosif. L’or, qui est la substance la plus résistante et la plus fixe au feu, est volatilisé et aucun simple corrosif ne pourra accomplir un tel parfait changement de sa nature. Le puissant agent requis pour cet usage doit être homogène, bien disposé, et spirituel, à savoir, il doit être de l’espèce du corps (de l’or), et aussi suffisamment fort pour le dominer ; et pénètre jusqu’au cœur, en laissant chaque particule d’or véritablement or. L’or n’abandonne pas aisément sa nature, et se battra pour sa vie, mais notre agent est suffisamment fort pour le soumettre et le tuer, et ensuite, il a aussi le pouvoir de le ressusciter à la vie, et de changer ses restes inertes en un corps pur.

Chapitre VII. 

Du Premier Agent ou Matrice, en laquelle notre Semence doit être émise et où elle doit être mûrie. 

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l reste à trouver un Agent, au moyen duquel l’opération susdite puisse être effectuée. Pour cela il nous faut une eau homogène. Car nous avons vu que la semence de l’or est scellée, et ne peut demeurer effective qu’en l’eau, et cette eau doit être homogène avec le corps, ou autrement elle ne pourrait pas pénétrer toutes les épaisses enveloppes qui protègent la semence. D’une manière générale, c’est-à-dire, chaque agent qui exerce une action générative sur quelque chose, la transmue (autant que possible) en sa propre nature. L’agent donc, doit être de la même espèce que le corps qui doit être dissout, et plus encore, pur de tous sédiments ou mélange. De même, alors que l’or est fixe et corporel, l’agent doit être hautement volatil et spirituel ; l’or est épais et grossier, notre Agent est subtil, l’or est mort, notre Agent est vivant : en sorte que notre Agent doit avoir toutes les qualités que l’or n’a pas, et qu’il doit partager avec l’or. Donc nous concluons que seul le Mercure est la véritable Clef de notre Art ; car en vérité c’est l’eau sèche décrite par les Sages, qui bien qu'elle soit liquide ne mouille pas les mains, ni rien qui n’appartienne pas à l’unité de la substance. Le Mercure est le gardien, notre baume, notre miel, huile urine, rosée de mai, mère, œuf, fourneau secret, four, vrai feu, venin de Dragon, Thériac, vin ardent, Lion Vert, Oiseau d’Hermès, Poulet d’Hermogènes, épée à deux tranchants dans la main du (Chérubin qui garde l’Arbre de Vie), etc. etc. c’est notre véritable vaisseau secret, et le Jardin des Sages, dans lequel notre Soleil se lève et se couche. C’est notre Minéral Royal, notre triomphante Saturnie végétale, et la baguette magique d’Hermès, au moyen de laquelle il façonne les formes selon son désir. C’est en parlant de cette eau que les Sages disent : «  Que les Alchimistes se vantent autant qu’ils veulent, mais sans cette eau la transmutation des métaux est impossible. Dans la Nature, elle n’est pas comme celle que nous utilisons en notre Art ; c’est la chose la plus commune, et en même temps le trésor le plus précieux au monde… Par conséquent, Fils du Savoir, faites très attention à mes paroles : Prenez ce qui  est en soi le plus impur, la femme prostituée, purgez-la radicalement de toutes ses souillures, et en extrayez ce qui est le plus pur, nommément notre menstrue (solvant), le Diadème Royal. » Notez que je vous ai dit en peu de mots tout ce qui ennoblie le Sage, le sauve de l’erreur, et le conduit vers les plus merveilleux champs de délices… L’arcane que nous recherchons n’est rien de plus que l’or exalté à son plus haut degré de perfection, par l’opération de la Nature assistée par notre Art. Lorsque le sperme caché dans le corps de l’or est révélé par le moyen de notre Art, il apparaît sous la forme du Mercure, puis est exalté en quintessence qui est premièrement blanche, et par le moyen d’une continuelle coction devient rouge. Tout ceci est l’œuvre de notre Agent Homogène, notre Mercure Pontique, qui est pur cristallin sans transparence, liquide sans humidité, et en sorte une véritable eau Divine, que l’on ne trouve pas sur la terre, mais qui est préparée par les mains du Sage avec la coopération de la Nature, que nous savons, avons vu, avons fait, et possédons encore, et que nous voulons aussi faire savoir au vrais étudiants de notre Art, tandis que nous souhaitons le cacher au indignes. 

Chapitre VIII. 

Concernant la Généalogie du Mercure des Sages, son Origine, Naissance, et des Signes qui le précèdent et l’accompagnent. 

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uelques sophistes arrogants et vantards, qui ont lu dans les livres que notre Mercure n’est pas le Mercure commun, et qui savent que nous l’appelons par différent noms, ne rougissent pas d’aller plus avant comme prétendants à la connaissance de cet Art, et prennent sur eux-mêmes de décrire ce solvant comme diaphane et limpide, ou comme une gomme métallique qui est permiscible avec les métaux, bien qu’en réalité il ne connaissent rien à son sujet. On pourrait dire de même de ceux qui voudront extraire notre Mercure des herbes ou d’autres substances encore plus fantastiques. Cette gente ne sait pas pourquoi les Sages n’utilise pas le Mercure tel qu’il est vendu par les apothicaires comme substance. Ils sont au courant du fait, mais ne sont pas familier avec ses causes ; et la conséquence est l’idée qu’ils ont que tout ce qui change la nature du Mercure commun, le convertira en celui des Sages. Mais en regard de ces folles personnes, j’ai déjà donné notre opinion…Tous les métaux comme je l’ai démontré dans le deuxième chapitre, on le même principe substantiel, à savoir, le Mercure. De cette proposition, il s’ensuit que la substance du Mercure commun est homogène avec celle des autres métaux, et si le Mercure des sages est l’homogène eau métallique, elle ne peut différer du Mercure commun seulement en rapport de sa pureté et de sa chaleur. La première substance du Mercure commun est celle de tous les autres métaux, à savoir, notre Mercure. Aussi longtemps qu’il demeure dans les filons de la terre, en une place parfaitement adaptée à sa génération, et est à l’abris de l’air crud, il maintient son mouvement et sa chaleur intérieur, qui sont la cause de tout développement métallique. Mais s’il est gâté par un accident, ou si l’endroit n’est plus adapté à lui, le mouvement intérieur est arrêté, et la vie germinale gelée comme d’un œuf qu’une poule a délaissé après l’avoir couvé un certain temps. C’est la raison pour laquelle ceux qui ont essayé de digérer le Mercure commun par le moyen d’une chaleur artificielle ont échoué grotesquement tout comme ceux qui ont essayé d’incuber artificiellement un œuf pourri. Nous avons une masse métallique crud, non digérée, froide, et non mûre, qui désire la forme de notre Mercure, contre laquelle elle doit échanger la sienne, si elle doit devenir ce que nous cherchons. En gardant cette fin à l’esprit, ses déficiences sont doubles ; sa nature est empêchée par des superfluités de matières étrangères, et elle ne possède pas la vertu spirituelle requise. Ses superfluités consistent en une lèpre terrestre, et une hydropisie aqueuse. La vraie chaleur sulfureuse au moyen de laquelle elle pourrait purger ses superfluités, lui fait défaut. L’Eau en vérité est la matrice, mais aucune matrice ne peut recevoir un germe vital sans chaleur. Alimentez donc votre Mercure (commun) avec le feu intérieur dont il a besoin, et il se débarrassera bientôt de tous ses sédiments superflus. Si vous pouvez effectuer cela vous avez accompli le grand exploit des Sages. Jupiter recouvrira son empire ; les noirs nuages de Saturne sont dispersés, et la fontaine scintillante jaillit claire et pure. Cette substance dissoudra l’or au moyen de la véritable solution philosophique, qui est complètement différente de ce que le fou peut faire utilisant des eaux corrosives qui détruisent seulement la nature métallique. Ce Mercure (avec) l’or et l’argent produit naturellement l’Arcane, ou or potable, comme tous les adeptes savent et témoignent. 

Je conclurai ici ce Traité, car tout ce qui reste à dire sera traité dans un Traité spécial.

 

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 06:52

 

Vénérable Maître en Chaire, Vénérables maîtres qui décorez l’Orient, et vous tous mes Sœurs et mes Frères en vos Degrés et Qualités.

La planche que je vous présente ce soir s’intitule « L’ALCHIMIE DES ENERGIES ». Peut être aurai-je du y ajouter en sous titre, « en Loge d’Apprenti », puisqu’ il n’y sera question que de symboles pouvant être développés au Premier degré.

Parler de l’Alchimie des Energies, c’est avant tout en définir les effets pour en rechercher les causes, car celle-ci n’est pas qu’une science consistant à transformer de « vils » métaux en or. Elle est aussi un Art, celui de la transformation spirituelle, voir de la transmutation, d’un état vers un autre état. L’initiation maçonnique serait alors, elle aussi, une œuvre alchimique, puisqu’elle permet au Néophyte de pleinement se réaliser, en s’identifiant à l’œuvre qu’il accomplit. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église » disait Jésus à son disciple Simon. Moins dogmatique, la franc-maçonnerie propose au nouvel Initié, de s’identifier à la Pierre Brute, symbole à partir duquel il travaillera au progrès de l’humanité.

L’Alchimie est partout présente en maçonnerie : A commencer dans le Cabinet de Réflexion où le profane découvre sans toujours en connaître le sens, les trois principes hermétiques que sont le sel, le souffre et le mercure. Mais l’Alchimie des énergies quant à elle, va encore bien plus loin car bien qu’impalpable, celle-ci transforme en profondeur toutes les choses et tous les êtres qu’ils soient minéraux, végétaux où animaux.

Cette énergie à laquelle nous nous référons en Loge et dont nous parlons si peu, est à la source même de notre spiritualité de Francs-maçons. Certes nous faisons l’apologie spéculative de la lumière sous toutes ses formes, qu’elle soit visible ou spirituelle, mais elle se limite trop souvent à quelques phrases tirées de nos rituels. Seul un petit nombre de symboles attestent de sa présence comme le soleil, la Lune ou le Delta Lumineux.  

Quelques autres encore éclairent faiblement l’Autel des Serments, le plateau des trois principaux officiants, et les colonnettes qui ceinturent sur trois côtés le Tapis de Loge. Mais ce ne sont pas seulement ces lumières plus suggérées qu’efficientes qui régénèrent nos énergies positives. C’est un agglomérat savamment orchestré d’énergies multiples créé par des mots, des gestes des déplacements et de nombreux autres symboles qui contribuent à produire des émotions susceptibles de réaliser un égrégore métaphysique.

Si les deux sources énergétiques symbolisées par les astres solaire et lunaire éclairent la Loge de leurs bienfaits, c’est surtout celle résultant du frottement entre le cœur magmatique et la croute densifiée de notre planète conjuguée aux deux premières qui engendre la vie. C’est l’opposition, voir la complémentarité des énergies cosmique (2) et tellurique (3) qui créé le mouvement vibratoire nécessaire à toute activité, voir à toute émotion. Manifestation du divin pour les uns, ou phénomène scientifiquement inexpliqué pour les autres, ces énergies sont nécessaires à toute forme de vie. On sait, par exemple, qu’avant de mourir, un homme pourrait rester deux mois sans se nourrir, dix à quinze jours sans boire et quelques minutes sans respirer, mais qu’à la seconde même où il perd son énergie, celui-ci perd la vie. C’est cette énergie qui, dans notre corps physique, a la même fonction, la même activité que dans la nature ou dans l’univers.

Le Soleil, premier symbole manifesté de cette énergie qui bombarde notre planète et qui, après transformation dans les couches stratosphériques, crée des conditions de vie, nous rappelle que la lumière que nous percevons pourrait s’affirmer comme l’ineffable présence d’un principe que d’ancienne civilisation avait qualifié de noms divers, que les religions nomment Dieu et que les Maçons du rite Ecossais Ancien Accepté ont, depuis le Manifeste du Convent de Lausanne de 1875, la sagesse d’invoquer sous l’appellation de Grand Architecte de l’Univers.

Aucune initiation véritable n’a jamais réellement adoré l’astre solaire, mais la partie exotérique de presque toutes les religions fait référence à sa lumière à cause de ses pouvoirs créateurs et bénéfiques.

Même si nous pouvons expliquer et reproduire artificiellement les principes naturels de la propagation des ondes magnétiques, il nous est impossible de déterminer l’essence même de cette énergie qui nous baigne et nous anime.

Sans énergie, la lumière qui éclaire les formes, les reliefs, les couleurs et les distances n’existeraient pas. Aussi, parce que l’énergie engendre la lumière, la chaleur et la vie, celle-ci est initiatrice des sciences, des religions et des arts. Elle est un outil de création.

Nos cinq sens en sont la conséquence puisque la fonction créant l’organe, sa lumière a créé nos yeux et sa chaleur a travaillé notre corps pour créer les organes de la sensation. C’est peut être pourquoi dans certains rituels d’origine compagnonnique les différents voyages en font état.

Cette énergie que l’on pourrait qualifier de verticale, engendre des phénomènes magnétiques dès qu’elle rencontre de la matière. On parle alors d’Ondes de forme qui peuvent avoir une incidence positive ou négative sur l’environnement, qu’il soit minéral, végétal, animal. Les civilisations qui nous ont précédées attestent d’une connaissance intuitive très précise de ces phénomènes radiesthésiques (1), notamment dans l’implantation de leurs sites mégalithiques et de leur architecture sacrée. Ce n’est certainement pas par pure coïncidence que la plupart des sites réputés pour être de hauts lieux de spiritualité, se retrouvent à l’emplacement même des lieux de culte païen d’autrefois, eux mêmes implantés sur des anomalies géologiques mesurables à la surface du sol.

Aussi, que l’on observe les pierres levées de Carnac, les Grandes Pyramides égyptiennes, ou les Cathédrales Gothiques du Moyen-âge, toutes témoignent d’un savoir transcendant.

En observant le ciel, et en analysant l’influence du rayonnement solaire sur leur cadre de vie, nos aînés ont pu élaborer des hypothèses et des techniques afin de l’utiliser et d’en manipuler les effets. Les puissants s’en sont bien sûr emparés pour en faire un outil de pouvoir spirituel et d’asservissement temporel en l’amalgamant aux superstitions profanes. Cependant, c’est aussi par le ressenti des phénomènes magnétiques que différentes sciences ou pseudo-sciences ont vu le jour. Car leurs applications sur la nature et sur l’humain sont multiples, diverses et variées.  

Que ce soit intuitivement ou scientifiquement, l’homme a toujours su s’identifier à la nature et à ses lois. Peut être qu’autrefois, ne disposait-il que d’outils archaïques et rudimentaires, mais ce sont ces outils, tels que la baguette de coudrier ou le pendule du sourcier qui depuis des millénaires, et par convention mentale, permettaient de chercher de l’eau, là où elle ne semblait pas se trouver.

Aujourd’hui, la géobiologie, cette science réputée nouvelle mais vieille de plusieurs millénaires, nous permet, grâce aux moyens techniques de notre époque, d’émettre des théories plutôt que des hypothèses sur la nécessité d’harmoniser toutes choses avec la nature. A présent, ce n’est plus par convention mentale mais par une approche scientifique que les archéologues mesurent l’intensité vibratoire des lieux qu’ils observent. L’homme antenne d’autrefois, a laissé la place aux antennes électroniques. Le pendule et autres matériaux obsolètes ne pouvant garantir l’absence de toutes interprétations sensorielles, ce sont des appareils ultra sensibles bardés de capteurs et reliés avec des ordinateurs, qui sont utilisés par nos scientifiques (compteur Geiger etc…) et nous permettent désormais de mesurer ces vibrations qui créent ou qui affectent notre vie, et d’en tirer des enseignements tant médicaux que thérapeutiques.

Depuis le 19e siècle de nombreux savants se sont intéressés aux phénomènes magnétiques. Les travaux du médecin allemand Ernst HARTMANN de l’Université de Heidelberg, qui nous ont permis de constater que depuis la nuit des temps, les bâtisseurs connaissaient et utilisaient intuitivement la structure de rayonnement radioactif terrestre pour implanter leurs édifices sacrés. Hendrik Antoon LORENTZ Prix Nobel de physique en 1902), a permis quant à lui, de démontrer que tout vibre dans l’Univers, la matière dite « inerte » comme la matière vivante, et que tout ce qui vibre émet des ondes longitudinales « linéaires » et, ou, tourbillonnantes. Le professeur Georges LAKHOVSKY a lui aussi mis en évidence, les relations essentielles existantes entre les radiations cosmiques et les phénomènes vitaux. Celui-ci devait aboutir à la conception que la vie est engendrée par les radiations, entretenue par elles et détruite par déséquilibre oscillatoire. D’autres encore, comme CHAUMERY et BELIZAL qui étudièrent la physique micro-vibratoire, ont fait progresser la science, notamment en ce qui concerne ses applications dans le domaine des phénomènes nucléaires.

Tout vibre dans l’Univers, et tout est en concordance. Notre bien aimé et défunt Frère Pierre DAC résumait cela en disant « Tout est dans tout… et réciproquement ». Les mots que nous prononçons, les idées que nous développons, les opinions que nous formulons, les émotions mêmes que nous ressentons, tout est perceptible sur un plan énergétique.

Désormais, la science peut même reproduire ce qu’elle ne peut expliquer en matière de phénomènes extra sensoriaux : La propagation des ondes cérébrales par télépathie par exemple. On sait que le cerveau humain, animé par une énergie vitale, peut agir comme transmetteur vers un cerveau récepteur réglé sur sa fréquence. Les scientifiques se sont emparés du concept pour inventer la radio, le téléphone, le G.P.S. même, et toutes sortes d’ondes polluantes annihilant celles bien moins puissantes que nous possédons en nous.

« Le poids des mots » disait la publicité de Paris Match. Ces mots que nous prononçons détiennent une quantité phénoménale de pouvoirs. Ce ne sont pas qu’un assemblage de lettres, ce sont des vibrations qui tendent à créer des émotions toxiques ou bienfaisantes. On sait par exemple que l’hébreu et le sanskrit sont appelées « langues vibratoires », et que lorsque les indiens prononcent des mantras, leurs vibrations sont censées s’élever dans l’univers avant de redescendre sous forme de manifestations physiques. En ce sens, chaque être humain peut être un magicien. Par une simple réflexion il peut changer le cours d’une vie. Si par exemple, nous disons à un ami que la couleur de son visage est celle de personnes ayant le cancer, cette simple remarque, s’il la prend au sérieux, pourrait engendrer ce mal en lui, et le tuer en moins d’une année. La parole est féconde et sa puissance peut être redoutable, surtout lorsqu’elle est manipulatrice.

En Loge, la parole est un outil de perfectionnement. Les travaux que nous y présentons sont réputés élever notre esprit, mais aussi notre niveau vibratoire. C’est pourquoi le choix des mots contenus dans nos rituels est si important, et qu’il peut être dommageable d’en modifier le sens caché, car l’esprit du rite pourrait en être affecté.

Les phrases prononcées au cours de nos tenues, associées aux symboles représentés dans la Loge, qui par leur fonction, leur nature et leur couleur émettent des ondes de forme susceptibles d’entrer en résonnance avec chacun de nous, sont censées contribuer à l’universalité de ce puissant égrégore qui unit tous les francs-maçons possédant (ou non) le pouvoir de s’y accorder.

Chaque symbole présent dans notre Loge peut avoir une triple interprétation. Sur un plan exotérique, ce peut être un objet usuel, un vêtement, un outil ou un mobilier. Sur un plan ésotérique, l’objet peut être comparé à son utilisateur. On parle alors de symbolisme. Sur le plan énergétique, on l’identifie à une lumière, à des ondes sonores ou à des ondes de formes réfractées. Chacun peut y voir ce qu’il veut y trouver. C’est pourquoi nous ne pouvons qu’avoir des avis différents sur le vécu des symboles que nous utilisons.

Cependant, qu’il en soit conscient ou non, lorsqu’il fait ses invocations à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers et au Progrès de l’Humanité, le Vénérable Maître appelle sur lui l’énergie d’en haut en élevant son épée Flamboyante, représentation jupitérienne de la manifestation divine. Face à lui, à la porte du temple, le Couvreur dirige alors son épée vers le sol, faisant ainsi circuler l’énergie du Zenith au Nadir de la Loge.  

Autre symbole fort de nos cérémonies, lorsque le Maître des Cérémonies et le Grand Expert forment la Voûte sacrée au pied de l’Orient. Cette figure géométrique n’est pas sans rappeler le cône de lumière issu de la direction du soleil venant éclairer la Terre, et plus symboliquement, les trois symboles de la Franc-maçonnerie placés sur l’Autel des Serments. C’est pourquoi dans certains rites dits spiritualistes, le pommeau de la canne du Maître des Cérémonies qui symbolise le soleil source de toutes vies, est au sommet du triangle ainsi formé, et que les deux pointes dirigées vers le sol, symbolisent sa manifestation sur les Colonnes du Nord et du septentrion (6). Symboliquement, son énergie réfractée verticalement à midi plein sur les trois grandes lumières que sont l’Equerre, le compas et la Règle est censée se réfléchir dans toutes les directions proposées par l’onde de forme des outils, c'est-à-dire vers les 8 plateaux des officiants de la Loge.

Cette action invocatoire du rituel n’est pas sans rappeler le schéma Pyramidal égyptien dont la forme protège en son centre la chambre de Haute Initiation que les profanes appellent la Chambre du Roi (5).

Bien entendu, les sceptiques ne sont pas obligés d’adhérer à ce que je suggère, car je ne détiens aucune vérité sinon la mienne, mais les mesures enregistrées par nos scientifiques concernant les intensités vibratoires à l’intérieur de la forme pyramidale, attestent notamment de son pouvoir momificateur..

Ces énergies qui circulent en nous et autour de nous sont aujourd’hui quantifiables. Pour en faciliter l’utilisation, notamment en géobiologie, nos savants utilisent des unités sans attributs, considérés comme des unités d’effet sur une échelle de 0 à 20 000 unités, basées sur les longueurs d’onde connues en physique (1 Aengströem = 10 millionièmes de millimètre) et de fréquence en Giga Hertz (1 Giga Hertz = 1 milliard de vibrations par seconde).

Ainsi, la vitalité d’un individu en bonne santé se situerait-elle aux environs de 6500 unités, mais ce ne serait qu’avec 7000 à 8000 unités qu’il possèderait sa pleine énergie vitale. En dessous de 6500 unités, le lieu serait affaibli et pourrait être nocif à toute matière vivante. C’est pourquoi, un individu soumis à une intensité inférieure à la sienne, tend toujours à équilibrer ses forces telle une pile neuve mise en série avec une pile usagée. Celui-ci perd alors de sa puissance au profit du plus faible. Lorsque sa vitalité tombe à 3000 unités, un homme est déjà très affaibli. Il peut alors développer toutes sortes de maladies. Mais à 1000 unités il a déjà un pied dans la tombe. Inversement, un individu soumis à l’influence d’une intensité vibratoire supérieure à la sienne, se chargerait en énergie vitale et améliorerait durablement son état de santé.

Il a été démontré scientifiquement que certaines maladies répertoriées en fonction de la vibration qui les caractérisent, correspondraient à une diminution plus ou moins forte de cette intensité. A titre d’exemple, la longueur d’onde mesurée sur des cancéreux, a toujours été située entre les valeurs limites de 4500 à 4900 unités. C’est pourquoi certains patients ont recours à des magnétiseurs afin de contribuer à leur régénération cellulaire (dans la mesure bien sûr, où l’état pathologique est encore réversible), plutôt que de se faire traiter par chimiothérapie qui, en détruisant les cellules atteintes, pourrait affaiblir d’autant leur vitalité énergétique.

D’autre part, on sait pour l’avoir expérimenté, qu’un individu moyennement intelligent, soumis à l’action d’un rituel dont la vocation est de le préparer à partager une réflexion ou le contraindre à une certaine analyse, va élever son taux vibratoire, proportionnellement à son degré de réceptivité, d’attention et de compréhension.

C’est pourquoi, lorsque les travaux prennent fin et que les maçons forment la Chaîne d’Union, ceux-ci partagent souvent d’une façon inconsciente, le fruit de leurs émotions, en équilibrant cette énergie qu’ils ont acquise avec celle de leurs Sœurs et de leurs Frères. Comme dans l’exemple précité, des piles neuves mises en séries avec des piles usagées, le niveau vibratoire des Sœurs et des frères les plus attentifs, ou réceptifs aux travaux du jour (par exemple ceux qui auraient apprécié cette planche), s’affaiblit au profit des moins favorisés (j’entends, ces autres qui auraient trouvé mon discours soporifique), donnant à chacun le sentiment de vivre sur une même longueur d’onde, voir d’éprouver le sentiment d’un amour fraternel partagé.

Ainsi, la Chaîne d’Union ne serait pas qu’un symbole magico-cosmique agissant sur le mental des participants. Elle donnerait un sens à nos travaux en renforçant notre Egrégore (4), tenue après tenue.

Quand il pense énergie, l’Initié voit la lumière qu’il va chercher dans sa Loge et qu’il nomme Connaissance, Spiritualité, parfois Dieu, Grand Architecte de l’Univers ou Fraternité Universelle. Cependant, il peut aussi être cette lumière que d’autres viennent chercher. Car celui qui veut imiter un savant, un philosophe, un saint ou plus simplement un Initié, reçoit quelques particules de ses vertus.

Plus il aura le désir de partager, d’éclairer, d’instruire et d’aider ses Frères, plus son Aura augmentera et s’élargira jusqu’à devenir rayonnante et lumineuse. Plus il dépensera certaines énergies pour le bien des autres, plus il se sentira rechargé d’énergies nouvelles.

Notre quête et notre but à nous Francs-maçons, est tout autant de chercher que d’offrir. Si comme l’écrivait Isaac Newton, « Les hommes élèvent trop de murs et ne construisent pas assez de ponts », nous essayons, quant à nous, de transmettre et de perpétuer cette lumière entrevue le jour de notre initiation. Physique ou spirituelle, la lumière est une énergie vitale, un élément essentiel à la vie. Symbolisée dans nos Loges, elle suggère la nécessité de donner un sens à chacun de nos actes.

La spiritualité que nous venons chercher n’est pas une échappatoire mais une élévation de l’esprit qui peut se faire dans la foi ou dans l’athéisme, c’est affaire personnelle, une pensée libre, ou une libre pensée. C’est une réflexion sur le pourquoi du monde, sur le pourquoi de quelque chose plutôt que rien, dans une communion de pensées qui cherche à élever l’homme vers la compréhension de ce monde. Et à ce titre, la Franc-maçonnerie peut participer à cette réflexion en apportant à l’homme certains outils que sont le symbole et le rituel.

J’ai dit

Source : http://www.ordoabchaos.net/pages/l-alchimie-des-energies.html

 

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Published by Robert MINGAM - dans Planches
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 06:51

 

Monsieur, avec correction, il me semble que vous désirez touchant ces choses autrement que la définition des choses naturelles n'a été laissée, lorsque vous dites que la matière de Jean le Noir ne peut parvenir à cet effet, et par conséquent le Soufre, selon que vous l'avez pratiqué, Monsieur, vous n'avez pas entendu la qualité de ce Soufre, suivant l'essence de sa matière et altération, même la matière perfective du susdit Jean le Noir se doit mener à fin, ce qui est par préparations naturelles, mais vous proposez beaucoup de choses qui ne servent de rien à la proposition, mais comme indigne et confus n'avez pas compris la possibilité de nature, le son des mots vous a trompé : car il fallait premièrement discerner avec prudence ce qui doit être fait le premier, et pourquoi, et quand, parce que le premier qui est le dernier en résolution, est le premier en l'imposition, car par ceci il faut que parveniez à la connaissance du Soleil et de l'Elixir, c'est à savoir en réduisant ceci en ses premiers principes et Eléments desquels il est fait : vous devez donc diviser le composé jusqu'aux incomposés, mais il faut premièrement avoir la connaissance du composé, puis que vous le réduisez en parties mises en ordre jusqu'à ce que vous parveniez à ses principes, et c'est la connaissance résolutive, et doctrine appelée compositive, c'est à savoir qui conjoint ce qu'elle a divisée commençant par la première matière et par les principes et Eléments, et se trouvent aux composés mais la doctrine résolutive commence par les composés et sont simples des principes et Eléments qui sont appelés la première matière, de laquelle se fait l'Elixir qui transmue les corps. Comment donc croyez vous introduire la forme de l'Elixir complet en la matière qui a ceci est moins disposée.

 

Vue que l'Elixir a deux pouvoir être fait des choses homogènes et uniformes en substance, comme du pur Mercure, auquel toute la substance du corps fixe demeure résoute et faire volatile sans aucune séparation. Or l'intention des Philosophes est et a toujours été et sera, de faire du corps l'esprit, c'est à savoir du pur Mercure, qui est appelé philosophique, car il est fait par procédure de philosophie, contenant en soi double nature. Or puisqu'il faut composer la Pierre de deux substances et de volatile et fixe : il est nécessaire premièrement de faire ou tirer de l'union de ces deux Mercures, avant de que faire l'Elixir complet, et ceci est leur Mercure, qui cause perfection, et auquel tout le magistère consiste, et ont entendu celui-ci disant que si tu peux par le seul Mercure achever ton ouvrage, tu seras un très habile indigateur de l'Art, ce qui se fait par la passion laquelle il doit soutenir, étant occulte et homogène avec son corps, et c'est ce Mercure qu'ils ordonnaient d'élire premièrement, et même autant des corps et du Mercure non qu'il soit Mercure en toute sa nature, comme on entend vulgairement, ni en toute sa substance, parce qu'il a déjà perdu toutes ses fèces terrestres et adjustibles avec beaucoup de dissipation de sa fugitive aquosité, et demeure pure substance par moitié unie et conjointe avec la substance fixe : car en l'œuvre, avant que pouvoir faire la vraie médecine transmutatoire des pierres, il est nécessaire de sublimer le tout, non seulement la partie volatile, mais aussi la fixe, alors le tout étant converti en esprit, les Philosophes ont dit que c'était l'eau de volatilité par laquelle toute matière se converti en fumée, ont appelé toute cette pierre eau, comme atteste Socrates, disant en la Tourbe, si vous ne réduisez le tout en eau, vous ne parviendrez pas à l'ouvrage, car il faut que le corps soit occupé par la flamme du feu, afin qu'il soit détruit et fait débile avec l'eau en laquelle il est, et Consolies dit, sachez ô investigateurs de cet Art, que tout corps est dissout avec l'esprit, auquel il est mêlé, et avec lequel sans doute il est fait spirituel. Or quand cet esprit se sublime, il est appelé eau, comme il a prédit, laquelle eau se lave elle-même et se nettoie : d'autant que toute la substance est très subtile, comme il a été prédit, monte en laissant ce qui la corrompait ; car Mercure se putréfie en l'œuvre, par laquelle le corps se converti en esprit, non seulement de ses sulfutités, mais aussi de toutes terrestrités, et des grosses et subtiles parties aqueuses, venant de viscosité, attachées par forte mixtion, et se fait le Mercure des Philosophes, duquel parle Geber. La considération de la chose perficiente est la pure substance du Mercure, d'autant qu'en 'élévation l'un et l'autre monte en façon de fumée par précédente fusion, et parce qu'aussi alors il se fond, et se coagule par le froid, et se dénue de superfluidité, il se lave et imbibe de son eau, c'est à savoir par l'esprit préparé qui est venu du même germe, et c'est la Philosophique dissolution qui se fait avec le feu dissolvant, préparé premièrement comme il est requis, fait et vigoré, ce qu'atteste le Philosophe Mirandus, disant, il faut que le corps soit liquéfié avec son dissolvant, afin de l'altérer de sa nature corporelle, jusqu'à ce que par la dissolution destructive, le corps soit fait spirituel et subtil. Or parce que ce Mercure a en soi nature fixative qui lui est conjointe, comme aussi à cause de sa double nature, les Philosophes l'ont appelé eau permanente et persévérante au feu, car la partie volatile n'est pas sans son corps, avec lequel elle est dissolublement mêlée et tous deux sont inséparablement fait un, lequel naturellement ou de sa nature n'est pas permanente au feu, à cause qu'il ne se faut pas fier au Mercure sublimé, ni aussi dissout, vu que le tout est fugitif, mais au calciné après la dissolution, comme dit l'exposeur en la Lumière des lumière, étant sublimé, il est fugitif du feu, et blanc de sa nature mais alors que par son coagulatif il est coagulé et calciné, il est fixe et retenu, et ce coagulatif est le corps qui est caché au Mercure des Philosophes : quand il vient à naître, ce Mercure est appelé lait, parce qu'il fixe et coagule par son corps caché, et est fait un avec le Mercure, et un en substance, et ainsi se coagule lui même et non pas un autre, et se connaît de la cire fondue, parce qu'en la commixtion ils sont entièrement fait un sans séparation, pour durer éternellement : et l'un et l'autre en la même substance achever le reste, et que ce qui est mis au feu passe de nature en nature, jusqu'à ce qu'au même vaisseau en forme de matière, il soit converti en vraie médecine, et cette est sa dernière disposition, laquelle ressemble beaucoup à la génération humaine. Or votre matière n'est encore parvenue à cette propriété par laquelle elle puisse être appelée Œuf philosophique, et par laquelle disposition elle puisse en dernier ressort être transformée en Elixir complet, parce que toute votre matière n'est pas entièrement amenée en esprit rond, circulé par circulation deuë, mais c'est un corps de soi fixe, ne fuyant point, et un esprit fugitif seulemet par soi sans le fixe, desquels il apparaît que ceci n'est pas un Œuf, puisque l'un rejette le reste. Puis donc que la génération du grand Elixir se fait vaporablement et permixionnément en l'air, comment croyez-vous parvenir à la fin des ennemis trop éloignés en nature, car jamais le corps, lorsqu'il permet que l'esprit se sépare sans sa nature, ni l'esprit lors qu'il monte sans sa siccité, ne peuvent se convertir en Elixirs, parce que vaporablement ils ne se peuvent pas mêler les uns avec les autres la cause pour laquelle les Philosophes ont appelé leur Mercure Œuf, est aussi celle-ci, parce que tout ainsi que l'œuf est une chose ronde circulaire, contenant en soi deux natures en une substance, le blanc et le jaune, et tire de soi-même une autre chose qui a âme, et vie et génération, c'est à savoir lorsqu'il en sort un poulet, ainsi aussi ici le Mercure contient en soi deux choses d'une nature, corps et esprit, et tire de soi l'âme et la vie alors que tout est spirituel, d'où après se fait la génération du vrai Elixir, ce qui a fait dire à Mirandus, cet Œuf tire de soi la vie qu'il a, puis après l'âme et génération. Et a dit Platon, en l'œuf des Philosophes il y a des choses qui étant entièrement mêlées et putrides se convertissent en esprit, car il est vif et non mort, c'est donc cet Œuf qui étant mis au feu par seule décoction, sans qu'on y touche des mains, fait un poulet par une seule disposition, qui s'achève soi-même, et se confirme, et ceci est de la nature hermaphrodite, parce qu'il est comme mêle et femelle, et de complexion hermaphrodite, comme le Philosophe le confirme disant aussi, ainsi la semence de la plante est semblable à l'imprégnation, qui est un mélange du mâle et femelle, et tout ainsi qu'en l'œuf il y a une force pour engendrer un poulet, et semblablement sa matière qui lui est nécessaire jusqu'à ce qu'il sorte d'icelui, ainsi au notre, et tout ainsi que la femelle met un œuf en une heure, et la semence de la plante, ainsi aussi nous notre œuf, afin qu'il s'engendre un Elixir, d'où il est aisé à voir qu'un Elixir ne se peut pas engendrer sinon des choses qui ont en elles la complexion Hermaphrodite, comme il se voit en l'Œuf susdit. Or Albertus essaie de confirmer la complexion de cet Œuf, au troisième des minéraux disant ainsi au chapitre du Soufre, il faut bien que le chaud et le sec soient conjoint à l'humide et froid en une même complexion, et cette complexion est Hermaphrodite, comme il se voit des plantes, je vous écris la détermination de cet Œuf avec la déclaration, de peur que ne failliez en la proche matière de laquelle il se doit faire un parfait Elixir, comme un certain de Carcassonne se faisant appeler Maître Tolquet, assura à Léotard qu'il avait vu votre matière en un certain vaisseau en forme de Mercure mêlé avec le corps, et étant comme à demi congelé, laquelle il dit, comme par vitupère, n'être pas un Œuf, combien qu'il dise la vérité que vous vous êtes fourvoyé, mais icelui vous redarguant en vérité, opine sans connaissance de cause, sauf toutefois sa révérence, et ceux qui le suivront. J'ai connu de son intention, et par sa sublimation, et eau laquelle il croit en tirer, et laquelle il assure avec beaucoup d'ignorance que c'est le vinaigre des Philosophe : mais en vérité, puisque la nature et toute son espérance lui contredisent, ses paroles ne contiennent aucune vérité, mais éloigné et aliéné il est de la Philosophie par superflues fantaisies, ne considérant pas les formes de cette transmutation, ni les Eléments, ni ce qui est réel, mais ce qui est fantastique, ni ne considérant pas aussi que les même formes peuvent avoir leur être transmutatif de la matière Philosophique et de ceux qui sont en la matière Philosophale, et non des étrangères, comme doit considérer le réel Philosophe, que ce qui est en la matière y est seulement de sa nature, et est réel : semblablement il doit considérer le mouvement comme l'efficient selon qu'il émeut la matière, et la forme selon l'être qui est en la matière, et aussi la fin selon ce qui est la borne du mouvement, selon que la matière l'émeut, et semblablement la matière même autant qu'elle peut être la matière de la forme philosophique, et selon ce qui est le sujet de la forme, et selon l'être que la forme a en la matière, et ainsi se connaît la façon de faire des hommes philosophants, mais Tolquétus n'était pas de telle considération, ne changeant pas de complexion, combien que la correction fraternelle soit une œuvre de miséricorde corporelle, parce que par la corporelle, l'homme gagne la miséricorde du corps ; mais la spirituelle gagne la vie de l'âme, toutefois quand elle ne sert pas aux obstinés, ceux qui résistent à telle correction, ils se font démons, ne connaissant pas la défectuosité ou sa faute, par quoi faut laisser telles gens comme publicains, suivant la sentence de notre Sauveur, Math 18, ceux qui tombent par ignorance sont moins éloignés de la vérité que Monsieur Turquet, encore que vous ignorez les termes de l'art, et la forme de la matière proche à la génération des Elixirs, ou de la médecine, toutefois vous avez la matière congrue à celle-là, et l'ordre congru, si vous entendez bien la forme des préparations, lesquelles je vous ai donné suffisamment avec ses qualités et causes nécessaires, et comme elles se font, et parce que la propriété de l'œuvre par laquelle la nature est conduite et tirée à perfection, est dedans sa matière par le propre mouvement de la nature même, réjouissez-vous, parce que vous la pourrez trouver non par doctrine, mais par la propre indignation de la même nature du mouvement déterminé, c'est pourquoi il faut considérer le mouvement selon que la matière se meut en la forme de relation vous pouvez régler la matière par un mouvement naturel, parce qu'un tel mouvement étant propre et déterminé, tend toujours introduisant en la matière propre l'espèce propre, d'ou nécessairement s'ensuit multiplication par semblable espèce en la même matière. Or puisque la vertu de l'Elixir s'engendre formativement de la propriété de la matière, ou bien combattue par l'humide onctueux, ou bien de la matière humide par siccité terrestre, ce qui est une même chose, vous devez remarquer qu'une telle passion ou combat procède la transmutation de la substance en forme d'Elixir complet ce qu'est à dire, que le sec et l'humide endurent premièrement ensemble, parce que tous les deux ensemblement parviennent à un qui est homogène et génératif naturel, sans qu'à jamais ils se séparent, comme vous pouvez voir par la nature et complexion ci-dessus déclarée. Or l'œuf n'est autre chose en sa grande quantité qu'un humide aqueux, endurant et souffrant sous le sec terrestre, ainsi aussi l'Elixir parfait n'est autre chose que Mercure, qui a enduré une très grande chaleur et siccité complexionnelle, dont le Mercure qui a ainsi souffert sera la proche matière de l'Elixir, par l'expérience duquel on trouve que ce ne l'est pas s'il ne se liquéfie et dissout par forte ignition : et étant ainsi uni il se coagule au froid en pierre fusible métallique, il appert donc que le Mercure est la proche matière de l'Elixir par la passion qu'il reçoit du sec terrestre aduste, pour plus ample déclaration répondant à vos vers, que votre désir soit de connaître que le pénultième de l'œuvre, en entendent généralement en tous les degrés auxquels nous essayerons de parvenir, est la pureté de la matière et rectitude parfaite, par lesquels toutefois à savoir par pureté et rectitude notre œuf est parfait parce qu'alors la simple nature se réjouit et s'achève en la simple nature pure en homogénéité et proportion des Eléments. Or la cause qui fait opiner quelque uns que la composition de cet œuf est impossible, a été ou très forte construction du corps, ou la difficile résolution, car ce qui difficilement se construit, se dissout difficilement, mais s'ils savaient la composition naturelle ils sauraient aussi la résolution, et que la construction artificielle se peut faire, mais par un cours naturel : Par quoi puisqu'ils l'ignorent il doivent condamner leurs opérations indues par lesquelles ils veulent parvenir par corruption et génération à autre chose, tels ont essayé que le corps est de très forte composition, mais ils ne savent pas encore combien il est fort, parce que s'ils étaient parvenus à ce terme, ils sauraient comme l'œuf est fait de la corruption du corps, qui est la cause pour laquelle tels n'ont pas bien connu les fondements de nature, rejetant le superflu, et accroissant ce qui est diminué, et non seulement la superfluité même et la diminution qui est cachée et qui se voit, et par conséquent la nature même qui est la racine et essence parfaite, ni la commodité de l'œuvre, la propriété de laquelle est de cacher ce qui le manifeste, et de manifester ce qui est occulte, ce qu'us pourront connaître en mortifiant et vivifiant, desquelles choses on voit tant la corruption et infection des métaux, que semblablement la droite composition de notre œuf, par quoi notez que lorsque les Philosophes disent qu'il n'y a rien de superflu en cet œuf, ils entendent qu'il n'y faut point manier et ôter des mains, mais qu'il faut laisser faire à la seule décoction de sa panification, il apparaît en la décoction de l'œuf quand il retourne dur, ou bien en son invétération, ce qu'il faut bien noter, et lorsqu'ils disent puis après qu'en l'œuf susdit il n'y a point de diminution, us démontrent par cela qu'il n'y faut rien ajouter, vu qu'il contient tout ce qui est requis pour notre magistère, donc cette pierre est un œuf parfait de deux substances d'une nature, qui est fait à savoir de corps et d'esprit en unité d'essence ou de nature, et en cette conjonction de résurrection le corps est fait esprit comme l'esprit même, et sont faits comme un, comme eau mêlée avec eau ne pouvant à jamais être séparée, n'y ayant aucune diversité en eux à savoir de trois, qui sont esprit, âme et corps, sans aucune séparation, ce qui se voit voirement en l'unité de la Trinité, en Dieu le Père, et le Fus, et le Saint-Esprit, qui sont un en Dieu même, avec distinction sans diversité en substance, desquelles paroles nous pouvons connaître directement que les Philosophes anciens qui ont eu cette partie, ont été devins par cet art divin de l'Apparition de Dieu en humaine nature ou chair, à savoir Christ, et son unité avec Dieu par l'abondance du Saint-Esprit, combien que fort indistinctement et confusément ils ont connu ceci, desquels je suis d'avis qu'on remarque la vérité et les figures des choses, ce que tous ceux ont été vrais artistes de cet art divin et glorieux ont pu mettre en Dieu la Trinité et unité, toutefois en la Trinité avec distinction, mais sans diversité en lui, mais en cette Pierre est assignée Trinité en unité, et au contraire avec distinction sans diversité. Je ne vois pas qu'il y ait, pour celui qui regardera de près et qui saura un exemple en tout le monde plus semblable que' celui-ci, pour l'assignation de la Trinité en Dieu. Or ici se rapporte ce qui est en St. Augustin au premier de la Trinité et de l'âme, c'est à savoir qu'il y a en l'âme, ces trois, qui néanmoins sont un, à savoir mémoire, intelligence, et dilection ou volonté, qui est la plus belle et véritable, mais que par aventure quelque contradiction, mais non pas en cet endroit, je crois fermement que si quelque infidèle savait bien cet Art, il serait après nécessairement fidèle en la Trinité de Dieu et mettrait la science en notre Seigneur Jésus-Christ Fils de Dieu, que s'il ne fait ceci je crois que cela ne vient que d'une crainte qu'il a en soi de sa secte, et en la loi première donnée par d'autres, qu'il ne soit point puni de semblable façon, pour ce qu'il voit la Trinité en Dieu, par cette pierre très occulte et très précieuse, comme ont vu Hermès, Platon et les autres anciens Philosophes, il ne se trouve donc point de comparaison semblable, et n'y a inquisition ni subtilité, ni utilité, ni trésor semblable à celui-ci, vu que l'âme de celui qui sait ces choses, et son corps sont faits libres en ce monde, attendant la béatitude du siècle futur, pouvant bonnes œuvres être transportées à Dieu après sa mort, et être conjoint derechef à son créateur au dernier jour, et être avec icelui heureux, pour revenir au propos de l'utilité de la Pierre, nous dirons que jamais l'esprit et le corps ne parviendront à l'union prédite, comme atteste Raso en l'encomion de son livre, jusqu'à ce que l'un et l'autre soient nettoyés. Il dit aussi, afin que mieux vous l'entendiez, que ses termes et dispositions précédentes ont grand accord avec ce qui s'engendre en l'œuf, avant que les dispositions soient faites, par lesquelles il puisse se tourner en Elixir complet, sachez que les susdits à savoir l'esprit et corps ne s'unissent pas bien l'un l'autre, pour pouvoir démontrer leurs vertus, par lesquelles la parfaite opération se fait, si l'un et l'autre ne sont bien nets, car le corps ne prendra point l'esprit, ni l'esprit le corps pour faire que le spirituel soit corporel, ni le corporel spirituel, si toute l'ordure et immondice ne sont ôtées, ce qu'étant fait le corps embrasse l'esprit, et l'esprit le corps, et d'iceux se fait l'opération parfaite, si la fixion surmonte la grande volatilité, mais si la très grande fixion est vaincue par la grande volatilité, la forme de l'œuf ne s'achève pas, étant seulement un corps qui se retire vers l'esprit, et est ici le pénultième terme de notre Mercure qui est appelé Œuf, contenant en soi ce qui est requis pour la perfection de notre magistère, auquel il n'y a rien de superflu, ni aucune diminution de la perfection de l'Œuf, mais c'est tout ce qu'il faut pour la production du poulet et de la médecine, d'où l'artiste de fin entendement pourra remarquer qu'en ce magistère il y a trois choses qui démontrent l'ordre, premièrement que la préparation précède la conjonction, secondement, que la préparation de l'un et de l'autre n'est pas perfection, mais seulement une disposition à conjonction, par laquelle il prend la forme de Pierre ou de Soufre ou de notre Mercure qui ne font qu'un en l'Œuf, duquel nous avons traité ci-dessus, et du contraire la perfection  n'est  pas  simplement préparation,  mais  une  induction immédiate de forme, qui peut achever notre œuvre, tiercément qu'en tout le temps de leur conjonction leur union étant parfaite, us sont à jamais trouvés purs et nets, et dépouillés de toutes superfluités, d'où l'on peut aisément voir qu'au temps de leur pureté us sont faits tous deux aorès et après pour la rectitude de la pierre, ou génération de notre œuf, et non devant, ni plus outre. Or si suffit de bien préparer la matière, de sorte qu'elle ne soit pas seulement de purée de toutes superfluités adutibles, mais aussi de toutes terrestrités, tant grossières que subtiles, attachées par mixion forte aux parties aqueuses venant de viscosité. Or cette dépuration se fait quand le corps se tourne en esprit et l'esprit en corps, pour ce qu'en la procédure de l'œuvre il se fait conversion jusqu'à ce que la nature très prompte ait trouvé un état permanent, auquel elle termine son mouvement, qui est la forme de la génération de l'œuf, et lors nature commence un autre mouvement pour former la médecine parfaite, corrompant derechef notre Œuf de la forme, et y introduisant une autre forme de médecine parfaite, et ceci est passé de degré en degré, mais la sapience d'un bon Artiste doit diligemment s'enquérir de la cause pourquoi la pierre purifiée s'achève par solution, et de la cause pour laquelle il ne vient pas plutôt et plus sévèrement à son intention, et pour ce que des causes opposées découlent les opposées affections, et que par l'un des contraires, on connaît le reste : il faut remarquer que la proxime cause par laquelle la pierre purifiée s'achève par solution, est une similitude très grande de l'un à l'autre et de l'esprit au corps, et du corps à l'esprit, non seulement en la matière, mais aussi en la complexion, qualités et propriétés naturelles, car tant plus que le corps approche de la complexion de l'esprit, et au contraire tant plus promptement se font-ils un, et se transfigurent en œuf, pour ce que chacun désire ce qui est plus approchant de sa complexion, et pour ce que le corps est très chaud au profond de la nature, tant plus que le Mercure est chaud et pur, tant plus est-il pénétratif, et se fond mieux, et s'unit mieux avec lui, de sorte que de deux complexions, il s'en fait une seule composée en sa simplicité, car ce qui est chaud est digestif en quelque façon semblable au chaud et humide résout, et tant plus il est froid, n'ayant point de chaleur aiguë, tant moins pénètre-t-il au profond du corps et plus tard se dissout, et par conséquent se conjoignant plus tard, voire plus tard à cause de la matière; et de la quantité et qualité d'icelle matière les espèces ne se séparant point de l'espèce, mais à cause de la suivante forme, voilà pourquoi l'Artiste doit connaître entièrement la matière de la nature, sa quantité et qualité, vu que les choses prédites sont sans doute à lui seul connues. Or on ignore les propres   instruments de la nature, par lesquelles elle agit médiatement en la matière pour l'introduction qui est la formation de l'Œuf, vu que nul agent, soit qu'il soit naturel ou artificiel, ne peut agir sans les propres instruments et déterminés, comme vous voyez, pour ce que la nature en la génération de toutes choses agit avec chaleur digérante et altérante, et mondifiante, comme avec son propre instrument, selon que la nature de toutes choses requiert, comment donc si vous ignorez cet instrument, croyez-vous former un Œuf, nullement : l'art prend bien les esprits immondes de nature, et les conjoint avec les purs et spirituels de la nature, et en les sublimant, les élève et nettoie comme la nature, et les dépouille de toute mauvaise sulfurité, et en ce dépouillement nature, y agissant et opérant, égalise les qualités des Eléments, et les proportions d'iceux en la mixtion, combien que nous ignorons telles proportions n'étant pas nécessairement, ni en notre puissance de savoir ceci, ni ne le désirons savoir, étant seulement connu à la seule nature, pour ce que nature se rectifie d'elle-même, cuisant les Eléments, et les mettant à proposition de son espèce, étant ta rectitude de nature, et consistant en l'égalité de ses Eléments, et proportions d'iceux : Or puisque l'art ne peut pas égaler ses éléments qui sont en la nature, étant le propre d'icelle d'amener les Eléments a sa proportion, à apparaît qu'à suffit que l'art connaisse et opère avec la nature, et en l'aidant par la nature, afin que l'art soit aidé d'icelle. Or l'art opère avec la nature, et la nature avec l'art en la transmutation de la nature des métaux, quand donc ils sont nettoyés par sublimations, et voulant lors fuir du feu l'art, les voyants orphelins, leur administre incontinent une nature fixe pure, afin qu'us soient confortés par icelle, et les vertus des esprits qui sont en iceux élémentaires  et  célestes  pour  la proposition de la même nature, et par ainsi Nature les convertit en corps nets et fixes, et non l'art, sinon servant d'organe ou instrument : de sorte que la nature des corps dominera à jamais sur la nature des esprits, et par cette industrie miraculeuse l'art imite nature, hâtant et accélérant ses œuvres, mais pour ce que l'art se comporte ainsi avec nature, à l'endroit des passions, en l'opération et génération de la pierre, on trouve en sa superabondance le milieu et la défectuosité : voua pourquoi les Philosophes ordonnent de connaître les poids de l'un et de l'autre, en cherchant la proportion es vertus des meilleurs, car la propriété de l'art, lorsqu'il nourrit sa pierre, s'efforce d'observer en l'éducation quatre points, c'est à savoir, comment, plutôt, et quand il le faut, et combien il en faut, et comment ü faut qu'à soit fait, or ces termes ne sont pas moins déductibles aux actions et passions, si l'on regarde à la débilitation ou confortation de nature avec laquelle l'art opère, et par les dispositions de l'art les choses intrinsèques sont gouvernées ce qui a fait réciter aux Philosophes avec mesure les natures des feux au magistère de la décoction, en regardant la nature moyenne, pour ce qu'une telle vertu étant considérée en soi est une certaine médiété et conjecturative d'icelle, pour ce qu'elle regarde le milieu et le milieu opère. Davantage pour ce qu'à la rectitude de Nature suppose une opérative disposition, les lavant en l'expoliation du Soufre corrompant, vous devez disposer votre matière pour la fondre, autrement elle ne se mondifiera pas, ni ne se rectifiera, et par conséquent ne pourra pas prendre la forme d'un Œuf, d'où a dit Arnaud de Villeneuve en son nouveau testament, que la Pierre doit être premièrement connue de quel genre elle est, lequel étant connu la faut mondifier par ablutions et fusions, mais comme la matière prend fusions premièrement elle se pourrit, vu qu'elle a la substance de liquéfaction, elle ne peut aucunement être tirée par autrefaction, d'où le susdit Arnaud au Rosaire dit, que s'il n'est putride, il ne pourra être fondu, et ne se dissoudra point. Et Morien dit, Sachez qu'après la putréfaction on a l'Azoth qui est interprété substance de liquéfaction, par laquelle le Dieu très haut et le bénin Créateur a crée la grande, et achevé la composition qui a été cherchée, mais elle ne prendra pas vraie putréfaction jusque ici, si elle n'est premièrement divisée en substances élémentaires, vu qu'en icelle se trouvent les vertus putréfactives qui sont appelées principes de tous corps transmuables, ou des génératifs et corruptifs, car toutes choses prennent des qualités des éléments, diverse altération tendante à génération médiatement ou immédiatement, ou aussi paresseuse ou éloignée selon la force ou débilité de la vertu putréfactive, corrompante et générative, d'où votre industrie doit chercher cet art aux éléments de la pierre permanente, pour ce que, comme dit Arnault de Villeneuve, notre science consiste en la science des quatre éléments, et en la conversion égale d'iceux, pour ce que tout ce. qui est au monde y est non par vue, mais par vertu, et d'autant que leur séparation est nécessaire, il ajoute que les mêmes éléments par distillation et putréfaction se réitéreront et conjoindront, car par ce moyen tout le corps se fait spirituel, et la première matière de laquelle il a été premièrement fait et des quatre Eléments, encore qu'après il se fasse en l'opération de l'œuvre une autre première matière de leur due conjonction très proche à ce genre métallique, d'où il apparaît que ce que nous entendons en la nature de la pierre parvient de ses Eléments pour ce qu'il faut que vous connaissiez la première matière, la proche et la très proche, car tous les Philosophes ont mis que cette préparation est vraie, et que rien ne se connaît sinon de ses principes, et en voit-on la preuve au deuxième des Physiques, qu'entendre et sentir ou estimer en toutes sciences, n'est que de ses principes, et causes, et de leurs Eléments, mais pour ce que la vertu de la matière doit être proportionnée aux forces selon l'être, par lesquels en l'acte elle se parfait, par quoi vous devez mettre d'ordre son opération selon cette forme, à laquelle il la faut premièrement disposer ou approcher, car la forme entre en toute sorte de matière disposée et qui lui approche, or puisqu'il y a autant de degrés de matières qu'il y a d'ordres de formes selon nature, considérez par quelle forme et de quel degré vous pensez sublimer votre matière, et suivant cela disposez-la premièrement par opération propre, afin qu'elle soit rendue idoine, pour prendre la susdite forme par laquelle elle se doit achever et sublimer. Or cette habilité ou approchement à la première, conçoit premièrement par opération propre et naturelle, vu qu'il y a en elle perfection, comme je me souviens de l'autre dit ci-dessus selon son degré, car la matière, encore qu'elle ait été suffisamment préparée par la préparation du premier ou du second degré, ne peut prendre forme, si n'y conjoignez les préparations du troisième, lesquelles disposent la première, encore que par les préparations du second degré de sublime perfection, elle ait été rendue très proche pour concevoir la forme du troisième, vu que l'on ne peut venir d'un extrême à un extrême, sinon que par un milieu, car comme les opérations disposent la matière la forme du premier degré aux effets et opérations par lesquelles elle acquiert la forme du second degré, et ainsi elles l'habilitent ou disposent par opérations, par lesquelles elle prend sa forme du troisième et du grand Elixir, quand elle est donc au troisième degré elle est le grand Elixir, et quand vous voulez avoir la forme du troisième degré avec celle du second, et que vous n'avez pas celle du premier degré, travaillez tant que vous voudrez pour rendre cette matière proche d'un tel degré et du plus grand, vous vous peinez en vain lui pensant donner la dernière forme de l'Elixir, car je ne vous puis pas écrire toutes les choses qui sont nécessaires,  les  remettant à votre jugement, car les choses spirituelles déclarent assez comme vous devez régler votre œuvre par les degrés des formes, et selon la nature de chacun degré préparer la matière de nature, afin que par la préparation de l'un, elle soit disposée à la préparation de l'autre, jusqu'à ce que vous veniez à la fin de votre désir, en suivant ses degrés, car vous ne voudriez pas donner à votre œuvre si peu de temps commes plusieurs fols croient, pour ce que ceci est contre raison et contre le mouvement de nature, croyez aux avertissements des Philosophes qui ont vu les profondités de nature, car Hippocrate dit, le temps est bref à raison de l'âge, l'expérience est longue à raison du temps, sur quoi dit Geber, encore que peu et principalement des anciens aient eu cette science, car il a dit anciens et non jeunes, pour ce qu'us sont impatients, la voulant avoir en peu de temps, et c'est pourquoi il conclut au livre intitulé de l'investigation du parfait magistère, non qu'il entende que le temps soit court, car il dit autre part, c'est la médecine laquelle un très longtemps a occupé, ou que l'espace d'un très longtemps anticipe, et en la somme chapitre de la médecine du troisième degré dit, que pour plus grande industrie en l'administration de cette matière et de la perfection de préparation qu'il faut long temps pour l'accomplissement de vérité, encore que la médecine de ce troisième degré ne soit point diversifié de la médecine du second ordre, sinon en sa création par les autres très subtils degrés de préparation sublimative, et par un long labeur, et autre part de la coagulation Mercuriale, pour ce qu'il est très difficile de coaguler l'humidité ignée, ce qui n'arrive à l'Artiste que très laborieusement avec  profondité  d'industrie,  toutes lesquelles choses dénotent un long temps, aussi sur ceci les Philosophes exhortent d'avoir la patience en retardement : que donc l'impatient quitte l'œuvre, car toute action a son mouvement et temps déterminé : Et le maître Arnault de Villeneuve dit en son Rosaire, il faut que ' notre médecine soit accoutumée plus longtemps sur le feu, que l'enfant qu'on nourrit, ou il faut remarquer que plus longtemps est davantage, que davantage que longtemps, qui est néanmoins plus que le bref ; La médecine donc ne se fait pas en peu de jours, ni de mois, ni en bref, vu qu'il la faut plus longtemps dompter par le feu et l'y nourrir : Or ceci se dit à cause des mutations qui sont les meilleures et principales de l'opération et d'un très long labeur, comme on voit en la nature du Mercure, par l'exhalation des parties très subtiles, et par la conservation de l'humide des parties plus grossières qui s'achève par réitérée sublimation jusqu'à ce qu'il soit fait le grand et parfait Elixir, vu que notre Mercure est de visqueuse et déliée substance, comme l'expérience le démontre lorsque l'on le bat avec l'imbibition et mixtion qu'il a et quelles il démontre la viscosité, à cause de la grande adhérance qu'il fait en ses parties, et par l'aspect de son poids on remarque sa densité, et à cause de la très forte composition ne se peut faire que par long espace de temps et grande industrie, ce qu'aussi l'expérience enseigne, et cette même cause de congélation ou inspissation de la Lune, qui se parfait par réitérée sublimation avec la difficulté de le manier a semblé bon d'être remarquée, vu qu'il se trouve de même nature de corps, d'autant que par décoction tous corps prennent origine d'icelui, et peut être tiré de tous corps par une certaine réincrudation, d'où l'on voit que les mutations de ce labeur sont très longues, et d'une aussi grande difficulté pour le manier qu'il y a en le sublimant en faisant un très grand feu, et combien que les Philosophes divisent son magistère en plusieurs opérations selon le degré des formes et de leurs diversités, toutefois il n'y en a qu'une en la formation de l'Œuf, mais en la réitération de son action, il se fait toujours diversité au mouvement, et es couleurs de plus tardive séparation et de fortification du feu, et telle diversité en l'œuvre fait diverses opérations, encore qu'en vérité il n'y ait qu'une seule et une manière de faire, comme dit expressément le Philosophe en son livre, où il explique la figure de la chasse du Lion, qui s'accorde aveu l'intention de Morien, disant que le magistère n'est qu'une extraction d'eau d'avec la terre, et un mélange d'eau sur la terre, jusqu'à ce que la terre se pourrisse et nettoie, afin qu'après elle se dissolue et qu'elle soit faite entièrement spirituelle avec l'esprit, et ceci alors s'appelle Œuf, et le Mercure des Philosophes, à cause de quoi Morien ajoute, lorsqu'elle sera nettoyée par l'aide de Dieu, tout le magistère sera fait, car il veut dire que le corps se dissout en esprit, et c'est cette solution que vous avez alléguée ci dessus, qui se fait incontinent après son entière dépuration de toute chose corrompante, car telle dépuration ne se fait que par la vertu de putréfaction n'étant qu'une grande chaleur d'esprit, laquelle le corps corrompt avec une étrange complexion de corps, et la putrifie pénétrant jusqu'au plus profond d'icelle, sans que jamais ils puissent être séparés, et ainsi par telle putréfaction et elixation le corps se réduit en la complexion du Mercure qui est différente de celle du corps, et afin que vous enrédiez la nature du corrompant et putréfiant, il faut remarquer qu'il faut nécessairement que ce qui est au dissolvant et putrifiant Mercure surmonte en force la chaleur de l'œuvre en la complexion de ce corps, et quand la chaleur qui est la complexion du corps même, pour ce qu'elle lui est de complexion étrangère, et en corrompant sa complexion il la convertit en œuf, c'est à savoir en Mercure chaud et humide, comme vainqueur, par quoi ce qu'au commencement était sec et fixe, est fait spirituel volant, et ce que premièrement était en forme de métal, est une forme de Mercure : mais tel mercure ne se trouve point sur la terre, sinon celui qui est au corps parfait, desquels il est tiré par putréfaction, par chaleur de complexion étrangère, comme il apparaît par sa définition qui est ainsi définie par les auteurs fameux. La putréfaction est corruption de la propre humidité qui est au Mercure qui est au corps par étrangère chaleur ; davantage il est bon que le Mercure putréfie et ne résolve pas, ni ne consomme l'humidité du métal, mais que demeurant en icelui il la corrompe par qualités naturelles l'y disposant, par lesquelles il est fait métal contraire, il change donc la complexion qui convient au métal en celle qu'il ne pourrait nullement faire, tandis que l'humidité du métal informé par naturelle chaleur y demeurerait C'est pourquoi il faut que premièrement la chaleur de l'esprit avec sa queue, comme un Scorpion, corrompe en piquant la chaleur naturelle du même corps, et pour ce que le porteur de la chaleur ou du soufre est esprit, c'est à savoir le Mercure tenant comme lié le soufre avec icelui pour la complexion du corps; voua pourquoi il est nécessaire que notre Mercure corrompe premièrement la complexion d'icelui, pour que notre Mercure corrompe premièrement la complexion d'icelui, pour démonstration desquels, à cause de mon très cher Jean, le porteur des présentes, de cette très cachée science ou art, je vous réservirai autant qu'il me sera possible des secrets plus amples, estimant que vous ferez à toujours observateur des secrets, les cachant comme sous l'ordure du fumier. Je dis donc qu'il faut qu'en tous putréfactifs il y ait de la chaleur étrangère, corrompant la propre naturelle chaleur. Or je dis que cette chaleur naturelle qui est propre à tous métaux, par laquelle us reçoivent leur complexion, ou bien ce soufre qui est. une même chose duquel ils reçoivent leur congélation selon leur espèce, et qui se trouve en sa complexion en forme de métal, mais la chaleur étrangère s'appelle ce soufre, qui est complexionné et amené à la complexion de notre fumier corrompant et putréfiant, qui est interprété Mercure chaud et humide de fumier, duquel encore sa complexion soit naturelle et propre, elle est toutefois étrangère de celle du soleil ou de la lune, encore qu'il se puisse amener à l'égalité de la complexion de l'Elixir de soleil ou de lune, par les levains, comme par chaleur étrange, dominant sur sa complexion, car la complexion de notre chaleur de fumier et de Mercure abonde en humidité, mais la complexion du soleil et de la lune ayant égard au fumier en fixité, c'est pourquoi lors que la chaleur du fumier est jointe avec celle du soleil ou de la lune, elle commence d'agir sur icelui avec son humidité, corrompant la chaleur naturelle du soleil ou de la lune, et par conséquent toute sa complexion par sa chaleur plus longue, laquelle premièrement était coagulée en forme de soufre, dedans l'espèce de soleil ou de lune entièrement, en très liquide substance de Mercure; transmuant ce qui lui touche, comme il a été dit, si les forces du fumier sont plus fortes que la chaleur du soleil ou de la lune, car il n'arrive pas que le soleil ou la lune se putréfie tandis qu'il demeure informé par chaleur naturelle, c'est pourquoi ü faut que la chaleur du soufre de fumier soit plus puissante en agissant et corrompant  l'humidité  liquéfactive naturelle du soleil ou de la lune car ü ne corrompt nullement l'autre s'il ne l'excite, encore qu'il soit de même genre humide et chaud, comme l'air et le feu, ou bien du tout contraire, comme chaud et froid, eau et feu. Cette ci est aussi la cause pour laquelle toutes les choses sont en un certain mouvement se corrompant, pour ce que les choses naturelles ont contrariété, et quelques unes surpassent cette contrariété, et quelques unes du tout contraires, et pour ce que ceux-ci surpassent en vertu, elles agissent continuellement en elle, et pâtissent toujours en elle, et cette similitude est cause que communément la vie des animaux est abrégée et leur durée lesquelles tendent toujours à corruption, et c'est pourquoi es choses animées ü n'y a aucune faculté de demeurer et vivre à jamais, et c'est pour ce que la chaleur du soufre de soleil ou de la lune étant surmontée prend contrariété de la chaleur du soufre de fumier, et d'ici la substance se putréfie et corrompt, et se convertir en la nature de fumier même, comme en pourriture naturelle : notre fumier donc change la complexion du métal en celle d'un œuf, et en mercure liquide, ayant les qualités disposées pour se convertir en soleil ou lune, ce qui ne se ferait jamais, s'il n'était premièrement dissous par chaleur humide complexionnée : dissolvez-le donc l'embrassant avec nature et chaleur de fumier, et le Mercure que les Philosophes en leurs secrets ont appelé fumier, pour ce que son humidité naturelle à raison de sa graisse, se conserve plus longuement par putréfaction en chaleur propre, c'est pourquoi elle engendre au métal putréfactionné, auquel telle humidité demeure longuement, et pour ce qu'il se conserve plus longuement, ü se dessèche plus difficilement, et se sépare plus tard de la substance dissoute, ce qui se voit en sa fusion, car elle est radicale aux métaux de genre humide, comme les fumiers aux autres choses, selon la nature, comme on le voit ici, pour ce qu'elle leur est jointe jusqu'à la racine, et à d'admirables  opérations,  voire  infinies, lesquelles les Philosophes ont celé sous le fumier de cheval et de choses abjectes, comme aussi de sels, d'alums, et de choses aiguës, mais quoi qu'il en soit, je dis de la générosité, que la terre et l'eau sont grandement du nombre des choses matérielles passives, lesquels deux sont froids, et que le froid ne peut coaguler ou engraisser sinon en aidant et resserrant les parties de la matière, et non en y mettant la forme substantielle, comme fait le chaud com-plexionnel, c'est pourquoi il leur faut introduire une étrange chaleur, comme il arrive en l'eau du levain, étant essentiellement froide, mais chaude au toucher, semblablement froide, mais chaude au toucher semblablement, eau coulée par 1er, cendres est chaude, pour ce qu'elle a la chaleur qui opère en icelle par les cendres, pour ce qu'elle est en la cendre comme aux autres choses enflammées, lesquelles le feu a longtemps opéré, ou par chaleur il y a du chaud plus ou moins, selon la diversité de l'opération de la chaleur en icelle, à cause de quoi aussi le Soleil et la Lune, et le mercure s'engendrent es lieux putréfactifs, pour ce que la naturelle chaleur de l'évaporation y est, qui fait prendre corps à l'humide qui l'exale, entendez de même ce que j'ai dit de notre magistère et des secrets de nature, toutefois la connaissance de ceci n'appartient qu'aux Philosophes, ou à ceux auxquels la Philosophie sert de douée mère, pour ce qu'elle révèle seulement ses secrets à ses enfants, vous dites de plus en votre lettre et en vos questions, si vous pourrez venir à perfection par lui seul, ce qu'il faut entendre du susdit et non de l'autre, pour ce qu'étant entièrement préparé il cause perfection, car les Philosophes disent si par lui seul et qu'en mêlant le corps par ceci le Mercure doit être dépouillé de toute sulfurité, de laquelle il est fait ou composé, jusqu'à ce qu'il n'y demeure rien que la substance pure et simple, et est appelé simple, pour ce qu'elle n'a plus de soufre qui la corrompe, lequel premièrement elle avait de sa composition, et lequel combien qu'il y fut n'était néanmoins de sa proportion, c'est pourquoi il est dit séparé par art d'un tel Soufre pour être fait pur Mercure simple sans aucune étrange composition, et le Mercure à cause de sa chaleur simple de fixité homogène sur un simple feu se fond, s'exténuant soi-même sans aucune adution avec la précédente solution, car tel Mercure est en partie volatil et en partie fixe, ce qui se voit en ce qu'il ne se peut sublimer que par grand feu, quelquefois en Mercure liquide qui est bon, quelquefois en un corps resplendissant et coagulé, qui est encore meilleur, quelquefois en poudre blanche qui est très bonne, selon qu'il est plus humide ou plus sec, ou ce qui arrive entre ceci selon les diverses passions de la chaleur sèche complexionnelle, et en ceci taillent ceux qui estiment que c'est seulement Mercure cru s'achevant sans aucun corps, et ceux qui pensent encore qu'il est au corps n'ont pas encore atteint la parfaite intention, combien qu'ils aient l'entrée à icelle la propriété de laquelle est de se retirer du feu avec toute sa substance, ou avec toute la fixe qui reste, le tout étant fait homogène et inséparable, comme on ne peut pas séparer l'eau mêlée avec de l'eau, quand vous dites par Geber, qu'il faut figer la partie plus pure et laisser le reste, vous croyez que la moitié de l'eau se fermentera, il faut que nous soyons bientôt de la nature des Philosophes, si vous désirez entendre leurs paroles, en ensuivant la possibilité de nature. Or Geber déclare comme les autres, les substances des perfections en entendant les termes de perfection, les substances sont parvenues, et quand ils disent que son effet est de figer quelque chose et de laisser le reste, ils entendent de la matière qui est parvenue au terme de pureté par laquelle la solution du corps se fait pour former l'Œuf, or quand le corps est dissous et sublimé en esprit par la première sublimation de toute sublimation ou élévation du corps qui se fait par le feu, n'est pas encore œuf formé pour ce qu'il est beaucoup liquide, mais il faut ôter d'icelui quelque humeur par réitérée sublimation sans fèces, afin que ce qui est de plus radical en icelui par seule sublimation se tourne en poudre blanche sublimée : et que ce qui est plus humide en icelui, premièrement soit sublimé et gardé, pour ce que c'est la liquéfaction ou la sueur lui est rendue comme elle entre pour teindre, mais qu'elle est cette matière Philosophale, est ce en dissolvant en eau : certainement non, d'autant que les Philosophes n'ont cure des eaux adhérantes à celui qui touche, mais de celles qui vont sur la superficie, ayant avec elles du terrestre inséparablement mêlé, mais n'humectant rien, comme le Mercure fait de l'œuf, cette matière donc ne veut qu'autre chose lui soit ajoutée que ce qui est d'elle, car elle a tout ce de quoi elle a besoin. Or nous ne voyons pas l'incération de cette humidité que la terre se fonde à cause de la forte union qu'elle a mérité en l'œuvre de la mixtion de nature. Or la manière de les faire joindre se fait en accommodant les qualités par l'action mutuelle d'icelles et passion, et les conjoignant autant qu'il suffira par les moindres parties.

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Published by Bernard Trevisiane - dans Alchimie
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