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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 08:51

Qu’est-ce que l’alchimie ?

Ce travail représente une tranche importante de ma vie, qui s’étend sur neuf ans d’étude alchimique. Pour la plupart des " initiés ", l'alchimie est l'art de faire la pierre philosophale qui a la pouvoir de transmuter le plomb en or. Cette définition est l'idée-force. Pour faire la pierre, il y a une partie technique avec du matériel, fourneau, ballon et une partie se faisant à l'oratoire. L'oratoire favorise la réussite des opérations.

Voici posée la définition la plus répandue et de nos jours elle n'a pas perdu sa vigueur. Le mirage de l'or est encore très fort. Il conduit le plus souvent l'opérateur à une impasse qui se solde par une précieuse perte de temps. L’Art est long, la vie est brève, dit un adage alchimique latin. C'est parce que je suis arrivé à cette conclusion qu'il m'a semblé important de vous présenter ce travail.

Tout d’abord que veut dire le mot alchimie ? Alchimie = chimie de AL (ou EL en hébreu). AL = Dieu. Chimie = kimia = terre noire (qui est l'Egypte). Ajoutons Al à Kimia et nous obtenons " la terre de dieu ". En hébreu, Adam signifie " Terre rouge ". Dans sa traduction de la Bible, André Chouraqui traduit ce mot par " le glébeux ".

L'alchimie métallique

La principale forme de l'alchimie est l’alchimie métallique. Elle se divise en deux branches ; la voie sèche (Canseliet, Fulcanelli) et la voie humide (Roger Caro).

Les ouvrages traitant du sujet sont innombrables. Ajoutons les histoires merveilleuses, les affirmations de ceux qui ont vu la pierre, les procès d'intention et tout ce qui a été inventé par des esprits fertiles et convainquants. Tout a été raconté, du plus sérieux au plus farfelu, certains auteurs allant même jusqu'à falsifier des documents qui étaient déjà faux pour entretenir cette définition de l’Art. Je n'oublie pas aussi ceux qui ont expliqué les textes des maîtres en fourvoyant volontairement leurs lecteurs. Difficile dans ces conditions de lever les voiles qui depuis des siècles s'accumulent sur l'alchimie véritable.

Au début de ma recherche, ma conviction était la suivante : Transmuter le plomb en or c'est vérifier la bonne qualité de la pierre obtenue à l’issue des travaux. Le plus important consiste en la transformation de l'opérateur qui s'effectue en même temps qu'avance sa pierre, l'un s'épurant au contact de l'autre.

Mes doutes

A cette époque j'étais convaincu de la valeur de ces définitions, puis j'ai lu Le Grand-Oeuvre de Paul F. Case, fondateur de BOTA (Builders of the Adytum). J'ai lu et ça m'a agacé. Ce qui était écrit était différent de ce que j'avais étudié et expérimenté. Je suis retourné à mes livres que j'ai relus.

J'ai arrêté de me torturer l'esprit lorsque je me suis rappelé les paroles de Roger Caro qui parlait de la quintessence et du prolongement de la vie. " Vivre vieux, sans limite ? Mais à l'époque on mourait à 40 ans. Avec la quintessence on vivait le double. Tu t'imagines vivre jusqu'à 160 ans ? Replace toi toujours dans le contexte initial ". Il avait raison, réduire la pierre à un doublement de la durée de vie et à une bonne santé, même si on a de l'or, paraît être un résultat bien décevant.

Autre doute : les alchimistes qui prétendaient avoir réussi la pierre philosophale n’étaient pas transformés du tout. L’idée que la pierre et l’opérateur s’épuraient conjointement ne fonctionnait pas. Je connais un alchimiste qui prétend faire la pierre en deux heures. Que cela soit vrai ou faux importe peu. Ce qui me frappe chez ce personnage haut en couleur est son attitude. Rayonnement du corps de gloire ? Inexistant.

Avec moins de résultat prétendu dans les travaux de laboratoire, mais une fin de vie, Roger a eu une fin de vie plus calme consacrée à la prière. On passait du temps avec lui comme ça, pour rien, pour le plaisir, parce qu'on se sentait bien chez lui. A une certaine étape de sa vie, il avait lâché l'alchimie métallique pour se consacrer uniquement à la prière. Après sa consécration par Armand Toussaint (lignée identique à la nôtre), il fut le patriarche de l'Eglise Universelle de la Nouvelle Alliance qu’il avait mise sur pied.

Tous ces éléments m'ont fait comprendre que les travaux de l'alchimie métallique poursuivis avec pour seul objectif les buts qu’affiche cette alchimie sont un cul-de-sac et que je devais recommencer les études. " L’alchimie métallique pour l’alchimie métallique " est une impasse comme l’est " la théurgie pour la théurgie (invocations, évocations, production de phénomènes) ".

En conclusion, il existe deux types de manuels d’alchimie. Le premier est très technique. Il repose sur les ballons (voie humide) ou les fourneaux (voie sèche). Le second parle aussi de technique mais sans matériel. Il parle toujours de prière. La Bible y est souvent mise en avant. Dans tous les cas, l'imagerie est très précise et trop souvent sous-estimée.

Qu’est-ce que la véritable alchimie ?

Si spagyrie et alchimie métallique sont des impasses, qu'est ce que l'alchimie véritable ?
Revenons un instant sur la définition de l'alchimie. C'est la TERRE DE DIEU. Le principe, que des milliers de membres d’Ordres pseudo-initiatiques n’entreverront jamais, est le suivant :
L'être humain est potentiellement immortel. En lui se trouve l'embryon d'immortalité. Je précise, ce n'est qu'un embryon. La vie, notre vie terrestre est une période de gestation de cet embryon. La mort, notre mort physique est un accouchement. Accouchement qui relève plus de la fausse-couche si durant notre vie nous n'avons rien fait. Accouchement d'un enfant viable, d'un adulte ou d'un adepte si nous avons pris soin de le choyer et le nourrir. Chacun de nous est semblable à une femme enceinte. Sa grossesse dure toute sa vie.
Il est à noter que la franc-maçonnerie véhicule encore cette définition, en particulier le rite Egyptien de Cagliostro. Comme l’écrit Denis Labouré, " Il est illusoire de penser qu’une filiation historique ininterrompue aurait permis aux secrets des Mystères antiques de parvenir jusqu'aux loges maçonniques.
Mais ils ne sont pas tombés du ciel et il est probable qu'ils y sont parvenus par des lignées de mages et d'alchimistes qui oeuvrèrent dans le silence de leur oratoire, avec ou sans patente ! Au XVIIIe siècle, les loges leur servirent de support d’enseignement ou de vivier dans lequel ils recrutèrent. Des hommes comme Cagliostro intégrèrent dans les rites maçonniques qu’ils créèrent les pratiques apprises dans des cénacles plus fermés. En1784, Joseph Balsamo (1743-1795), alias Cagliostro, créait à Lyon le " Rite de la Haute Maçonnerie Égyptienne " qui ne lui survécut pas. Historiquement, rien n’est certain sur les origines du rite mis en place par son créateur après un séjour à Malte puis à Naples. Le hiérophante ou " Grand Cophte ", son titre en Maçonnerie Égyptienne, affiche son objectif ; la construction d'un corps de lumière, un corps glorieux. Dans les quarantaines spirituelles, il précise : " Chacun recevra en propre le Pentagone (Étoile Flamboyante), c'est-à-dire cette feuille vierge sur laquelle les Anges primitifs ont imprimé leurs chiffres et leurs sceaux, et muni de laquelle il se verra devenu Maître et chef d'exercice ; sans le secours d'aucun mortel, son esprit est empli d'un feu divin, son corps se fait aussi pur que celui de l'enfant le plus innocent, sa pénétration est sans limites, son pouvoir immense, et il n'aspire à plus rien d'autre qu'au repos pour atteindre l'immortalité et pouvoir dire lui-même : Ego sum qui sum. " Cette immortalité étant acquise pendant la vie physique, Cagliostro décrit ici une étape de l'alchimie interne. "

Changeons de tradition et lisons Saint Paul. " Mes petits enfants pour qui j’éprouve les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous. " (Gal. 4,19) De quel Christ parle-t-il ? Certainement pas d’un dieu extérieur auquel nous devons croire en lui rendant un culte, mais de cet enfant qui doit croître en nous. De cet enfant qui, lorsqu’il vient de naître, est fragile, et doit être protégé des agressions extérieures. Par " l’amour maternel " écrit l’auteur taoiste. Par la fuite en Egypte, écrit l’évangile de Matthieu après avoir parlé d’une célèbre nuit. Il est certain que ce secret met en péril dogmes et clergés et rares sont les Eglises qui ont osé parler clairement de ce problème. Il est à l’honneur de l’Eglise Catholique Libérale, fondée par C. W. Leadbeater, Annie Besant et d’autres théosophes, d’avoir écrit des phrases comme celles-ci dans leurs documents officiels, dans ce cas à propos de Noël : " C’est une jeune lumière, pleine de promesse, la Lumière d’un enfant, car elle est pleine de promesses, et de la promesse seulement, de la glorieuse lumière du Soleil...C’est comme si l’étoile de la conscience de l’homme,..., descendant de la tête jusqu’au coeur, jusqu’à ce qui, en occultisme, est appelé la cavité du coeur, et parfois la grotte. C’est dans le coeur, une place strictement délimitée et soigneusement capitonnée, telle une chasse secrète et sainte...C’est comme si l’absolu, la réelle demeure de l’homme était descendue dans le coeur ; on dirait que l’étoile de la conscience de l’homme descend dans le coeur et y brûle très paisiblement... " ( Les pouvoirs divins derrière les fêtes chrétiennes, Van der Stok ).

On retrouve des enseignements similaires dans les mystères antiques (Eleusis, Isis ...), dans la Franc-Maçonnerie (lire " les quatre corps de l’homme " et " De Cagliostro aux Arcana Arcanorum " par notre frère Denis) et dans l’hindouisme (lire le chapitre " le corps de diamant-foudre " dans Le Yoga Tantrique, de Julius Evola). La messe est une allégorie de cette alchimie, comme le sont d'ailleurs les manipulations de l’alchimie métallique.

Comment s’y prendre ?

Situons-nous dans le cas d’un frère ou d’une soeur occidentaux initiés aux Mystères (maçonniques pour ce qui nous concerne, mais ils pourraient être aussi bien pythagoriciens ou chrétiens). Dans un premier temps, il lui faut étudier les textes qui parlent clairement de ce dont il s’agit. Plusieurs sont cités dans le paragraphe " Comment aller plus loin ? ". La tradition hermétique de Julius Evola est un pré-requis. Les ouvrages taoïstes expliquent également bien l'alchimie véritable, les textes n'ayant pas souffert de manipulations, de remaniements, d'interprétations douteuses et de censures religieuses.

Le respect d’une éthique (je ne parle pas de morale conventionnelle) sans faille est une obligation. Elle seule donne l’attitude juste face à la quête. Elle est rappelée sans cesse dans les rites maçonniques, mais également dans toutes les traditions spirituelles. Les deux principaux écueils sont :

* les compromis faits au cours de la quête pour acquérir pouvoirs et honneurs - les fameux cordons de la Franc-Maçonnerie. Ce qui est une autre façon de faire de l’or !

* l’incapacité de donner sans attendre de retour. Chaque maître a toujours eu son disciple, a toujours pris soin de placer un autre homme sur le barreau de l’échelle qu’il quittait lui-même. C’est un don gratuit, condition pour qu’il reçoive. Mais donner en échange d’autre chose, donner en attendant quelque chose de l’autre, ou exiger sans donner conduit à l’arrêt immédiat de toute progression dans cette Voie et rompt le contact avec l’Esprit.

Quant aux objectifs, il s’agit de l’établissement d’un contact avec le Saint Ange Gardien, le Daïmon de Socrate, l’éon-guide, ou le Virgile de Dante dans la Divine Comédie. Cela s’obtient par une pratique théurgique ou de prière, dans le cadre d’une voie sacerdotale. Chaque tradition (pythagoricienne, shivaïte, chrétienne, etc.) a sa procédure. Ce contact conduit aux intuitions qui " ouvrent " les livres spirituels ou les manuels d’alchimie à la compréhension de l’initié. Tel est le programme...

Une fois cela acquis, la pratique conjointe des procédures alchimique et sacerdotale est indispensable. Il n’y a pas d’alchimie laïque. L’alchimiste et le prêtre se répondent au sein d’une même personne. Pour que le rite fonctionne, le prêtre doit être alchimiste et oeuvrer à sa transformation interne. Pour que les techniques alchimiques " prennent ", l’alchimiste doit être prêtre, c’est-à-dire ouvert à l’effusion de l’Esprit. Dans un cadre chrétien, au cours de la messe, l’image de Dieu en l’homme rejoint son archétype céleste. La créature fait retour à son Principe. Je l’ai constaté lors de célébrations en milieu averti, alors que l’air ambiant se chargeait de particules de Lumière.

A quoi sert l’étude de l’alchimie métallique ?

Pourquoi continuer l'enseignement de l'alchimie dans la voie humide ? Sa pratique permet de se familiariser avec un vocabulaire, une façon différente de raisonner et de voir les choses. Elle brise des schémas mentaux qui nous empêchent de voir ce qui est devant nos yeux. C'est une préparation à la suite, le tout est de le savoir.

Qu’advient-il après la réussite du Grand Oeuvre ?

Venons-en à ceux qui ont découvert le Grand Oeuvre. Dans un premier temps, ils rendent grâce à Dieu, l'Eternel Tout Puissant. Leur vie devient prière. Dans un second temps, ils écrivent un document résumant (de façon codée, mais peut-être l’incommunicable ne peut-il être exposé autrement ?) leur expérience et on n'entend plus jamais parler d'eux.

Clap de Fin.

Ne dites pas à un alchimiste classique que l'alchimie métallique est une impasse, vous auriez de drôles de réactions, car il n’y entend généralement rien. Cela peut être amusant, mais vous risquez de tuer l’enfant, trop fragile, qui venait de naître en vous. D’où les serments maçonniques de secret et de silence. Ce que je dis là est peut-être valable pour une communauté, si j’en juge l’expérience de notre loge et notre fuite en Egypte. La mienne étant d’ailleurs une fuite à l’anglaise !

La voie vous est ouverte. Vous pouvez travailler sur l'essentiel si vous le voulez.

ORA - LEGE - LEGE - RELEGE - LABORA - INVENIES

J'ai fait mon devoir !

Source : www.ledifice.net

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Published by F\F\M - dans Planches
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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 19:05

dep 6578078-Illustration-of-St -Patricks-Day-leprechaun

 Bonjour !

Un leprechauns, c'est un cousin irlandais du Leprechauns, appelé aussi farfadet

Aujourd'hui, nous avons la chance d'avoir une interview de l'un d'eux .

Je suis en compagnie de zerbo, un korrigan qui heureusement est là pour me traduire le dialecte incompréhensible de Guerrtorr le Leprechauns :

"Nous, les Leprechauns, avons la particularité de posséder une canne magique qui nous permet de faire apparaître un arc-en-ciel par lequel, nous nous déplaçons d'un lieu à un autre. Nous sommes également très rapides à la course malgré notre corpulence.

Nous ressemblons énormement à nos cousins Korrigans, à quelques exceptions près. Il est vrai que nous sommes un peu plus ronds et que nous avons de grosses joues bien rouges. Nous avons la même taille qu'eux, mais nous avons un pouvoir qu'ils n'ont pas. C'est celui de pouvoir permettre aux hommes de réaliser un de leur voeu.

Si un homme a été agréable avec nous, nous lui offrons une pièce d'or qu'il conservera aussi longtemps qu'il le souhaite. Et quand lui viendra l'envie de faire un voeu irréalisable, il devra serrer sa pièce d'or et faire ce voeu. La pièce disparaîtra alors pour rejoindre notre chaudron géant et son voeu se réalisera.

Ah oui, nous sommes très attachés à notre mère l'Irlande et pour lui prouver notre respect, nous portons sa couleur: "le vert"!

Tout bon Leprechaun qui se respecte, porte du vert en toutes circonstances.

Nous visons dans les landes bien vertes d'Irlande, et aimons habiter près des hommes.

Nous avons pour pricipale activité d'être cordonnier. Certains disent que nous ne faisons qu'une chaussure par paire ou bien que nous ne nous occupons que de nos souliers à boucles. C'est bien mal nous connaître! Nous aimons le travail bien fait et faisosn nos paires de chaussures jusqu'au bout.

Mais il est vrai que si un homme nous a manqué de respect, nous avons tendance à ne réparer qu'une chaussure sur les deux.

Source : http://dragonqueen.kazeo.com/korrigans-et-leprechauns/korrigans-et-leprechauns,r228304.html

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Published by X - dans Irlande
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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 18:50

L’OEUVRE DES SAGES

 

Opérations. - Couleurs. - Oiseaux hermétiques. L'Union du Soufre et du Mercure. - L'Etoile des Mages. La Rose-Croix.

 

La Pierre philosophale est un Sel purifié, qui coagule le Mercure , pour le fixer en un Soufre éminemment actif.

L'Oeuvre comprend donc trois phases :

La purification du Sel,

La coagulation du Mercure,

Et la fixation du Soufre.

Mais au préalable, il faut se procurer la Matière philosophique. Cela n'entraîne pas à de grandes dépenses, car elle est fort commune et se rencontre "partout".

Cependant, elle demande à être discernée. Tout bois n'est pas bon pour faire un Mercure. La nature nous offre des matériaux qu'on ne saurait faire entrer dans la construction du temple de la Sagesse. Il est des vices rédhibitoires qui font écarter le profane avant même qu'il soit soumis aux épreuves.

Supposons néanmoins l'artiste en possession d'une « matière » convenable à ses projets. Il s'empressera aussitôt de la nettoyer, afin de la débarrasser de tout corps étranger qui pourrait adhérer accidentellement à sa surface.

Cette précaution étant prise, le sujet est enfermé dans l'Œuf philosophique hermétiquement luté.

Il est ainsi soustrait à toute influence venant de l'extérieur: la stimulation mercurielle lui fait défaut ; son feu vital dès lors baisse, languit et finit par s'éteindre.

Ce langage serait assez déconcertant si, pour le comprendre, on ne se reportait à la traduction que la Franc-Maçonnerie en offre dans ses usages. Le rituel prescrit de dépouiller le Récipiendaire des métaux qu'il porte sur lui, puis de l'emprisonner dans la Chambre des Réflexions, où il se trouve en présence d'emblèmes funèbres, qui l'invitent à se préparer à la mort. Isolé, réduit à ses propres ressources, l'individu cesse de participer à la vie générale : il meurt et sa personnalité se dédouble. La partie éthérée se dégage et abandonne un résidu désormais « informe et vide » comme la terre antérieurement à son imprégnation par le souffle divin (Genèse I, 2).

Ainsi apparaît le chaos philosophique dont la couleur noir, est figurée par le Corbeau de Saturne. On peut voir dans cet oiseau l'image des ténèbres qui étaient sur la face de l'abîme ; on lui oppose la Colombe, le symbole de l'Esprit de Dieu se mouvant sur le dessus des eaux. Privée de vie, la matière tombe en putréfaction. Toute forme organique est alors dissoute, et les Eléments se confondent dans un tohu-bohu désordonné. Mais la masse putréfiée renferme un germe, dont la dissolution favorise le développement. Ce foyer d'une nouvelle coordination commence par s’échauffer, en raison des énergies qui s’y trouvent emmagasinées. La chaleur dégagée repousse l’humidité et s’enveloppe d’un manteau de sécheresse. Ainsi se reconstitue l’écorce terrestre qui sert de matrice au Feu, qu’elle sépare de l’Eau.

Cette séparation des Eléments rétablit la circulation vitale, qui a pour effet de soumettre la Terre impure à un lavage progressif. L’Eau alternativement extériorisée puis résorbée, fait passer le résidu chaotique du noir au gris, puis au blanc, en passant par les couleurs variées de l'arc-en-ciel, représentées par la queue de paon.

Or, la blancheur a pour symbole le Cygne dont Jupiter prit l'aspect pour s'unir à Léda. Le maître des dieux représente en cela l'Esprit qui féconde ; la Matière purifiée par des ablutions successives. C'est le souffle aérien qui pénètre la Terre, pour en faire surgir l'Enfant philosophique. Tandis que l'embryon se développe dans le sein maternel, la Terre se recouvre d'une luxuriante végétation, grâce à l'humidité aérienne dont elle est imprégnée ; c'est l'apparition de la couleur verte, celle de Vénus, dont la Colombe est l'oiseau favori.

Désormais il n'y a plus à obtenir que la couleur rouge, celle qui marque l'achèvement de l'oeuvre simple ou Médecine du premier Ordre. Elle annonce la parfaite purification du Sel, laquelle rend possible l'accord rigoureux entre l'agent interne et sa source extérieure d'action .

Le Feu individuel en vient alors à brûler d'une ardeur toute divine, et manifeste le pur Soufre philosophique, dont l'image est le Phénix.

Cet oiseau merveilleux était consacré au Soleil et on lui supposait un plumage écarlate. Il représente ce principe de fixité qui réside dans le foyer de notre Feu central, où il semble se consumer sans cesse, pour renaître continuellement de ses cendres.

Pour conquérir cette , immuabilité l'initiative particulière ne doit plus s'exercer que sous l'impulsion directe du Centre moteur universel ; c'est la communion de l'Homme avec Dieu, ou l'harmonie pleinement réalisée entre le Microcosme et le Macrocosme.

Parvenu à cet état, le Sujet prend le nom de Rebis, de res bina, la chose double. On le représente par un androgyne unissant l'énergie virile à la sensibilité féminine. Il est indispensable, en effet, de réunir les deux natures, si l'on veut réaliser la coagulation du Mercure, autrement dit attirer le Feu du Ciel et se l'assimiler. L'adepte vainqueur des attractions élémentaires possède la vraie liberté, car l'esprit domine en lui sur la matière : il s'est rendu pleinement Homme en surmontant l'animalité. De même que la tête, commande aux quatre membres, un cinquième principe doit subjuguer les Eléments ; c'est la Quintessence, qui est l'essence même de la personnalité ou, si l'on préfère, l'entéléchie assurant 1a persistance de l'être.

Cette mystérieuse entité a pour symbole le Pentagramme, ou l'Etoile du Microscome qui, sous le nom d'Etoile Flamboyante, est bien connue des Francs-Maçons. Ils en ont fait l'emblème caractéristique de leur deuxième grade, auquel on ne peut prétendre qu'après avoir été successivement purifié par la Terre, l'Air, l'Eau et le Feu. Les épreuves initiatiques sont calquées en cela sur les opérations du Grand Œuvre ; les quatre purifications se rapportent à la putréfaction (Terre), à la sublimation de la partie volatile du Sel (Air), à l'ablution de la Matière (Eau) et à la spiritualisation du Sujet (Feu). La dernière épreuve fait allusion à l'embrasement qui remplit l'être d'une ardeur toute divine, dès que son foyer d'initiative s'exalte à la chaleur du Feu-Principe animateur de toutes choses.

La Quintessence est parfois représentée par une rose à cinq pétales.

Dans l'une de ses figures, Nicolas Flamel nous montre ainsi la Rose hermétique sortant de la pierre mercurielle sous l'influence de l'Esprit universel. D'autre part, les mystiques rosicruciens combinaient la rose avec la croix et y voyaient l'image de l'Homme-Dieu que nous portons en nous. Le Sauveur était à leurs yeux la Lumière divine qui resplendit au sein de l'âme épurée. Ce n'est d'abord qu'une étincelle, un frêle enfant né de la Vierge céleste, autrement dit de cette essence psychique transcendante, immaculée, universelle, qui est destinée à nous envahir. Cet envahissement refoule ce qui est inférieur en nous : ainsi la Femme apocalyptique écrase la tête du Serpent, séducteur de notre vitalité terrestre, tandis que le Rédempteur grandit pour nous diviniser en nous illuminant.

 

 

LE MAGISTERE DU SOLEIL

 

L'Illumination. - La Maîtrise. - La Réintégration dans l'Unité. - L'or philosophique. - La Sagesse. - Le Pélican. - L'Etoile de Salomon.

 

Selon les rites initiatiques, le bandeau de l'ignorance profane tombe des yeux du Récipiendaire dès que celui-ci a été purifié par les Eléments. Cette quadruple purification a pour effet de rendre l'écorce terrestre perméable et transparente ; aussi désormais la lumière extérieure peut être aperçue du dedans. Mais il ne suffit pas à l'Initié de voir la Lumière il lui incombe de l'attirer, pour la concentrer sur le foyer radical de sa personnalité. C'est ce qui s'appelle coaguler le Mercure.

En vue de cette opération le Feu intérieur doit tout d'abord être exalté. L'ardeur centrale extériorise ainsi l'humidité animique, qui transforme l'atmosphère individuelle en un milieu réfringent,

propre à recueillir et à condenser la clarté diffuse de l'Azoth. Grâce à cette réfraction, la personnalité finit par s'imprégner intégralement de Lumière coagulée.

Il importe alors de rendre permanent l'état qui a. su être atteint. On ne peut y parvenir qu'en induisant une circulation vitale nouvelle et plus transcendante que celle qui s'effectue dans le domaine ordinaire des Eléments. Mais la conquête d'une vie plus élevée suppose toujours une mort préalable. Or, ce n'est plus cette fois le Profane qui périt au sein des ténèbres pour renaître à la Lumière, c'est l'Initié qui meurt élevé au-dessus de terre et cloué sur la croix, en vue d'accomplir le Grand Oeuvre.

Cette mort représente le sacrifice total de soi-même. Elle exige le renoncement à tout désir personnel. C'est l'extinction de l'égoïsme radical, et par suite l'effacement du péché originel. Le moi étroit disparaît, absorbé dans le soi de la Divinité.

Une semblable absorption investit l'Homme de la souveraine puissance. L'être qui n'est plus esclave de rien devient par ce seul fait maître de tout. Sa volonté ne formule que les intentions même de Dieu et à ce titre elle s'impose irrésistiblement.

Mais, en réalisant l'idéal chrétien le sage parfait ne saurait plus s'adonner à aucune entreprise arbitraire. Sa mission de rédempteur le détache de toute mesquinerie. Il ne peut être question pour lui de fabriquer de l'or vulgaire, susceptible de tenter les avares. Lorsque la pierre philosophale est projetée sur les métaux en fusion, c'est en or philosophique qu'elle les transmue, c'est-à-dire en un trésor inaliénable, dont la valeur est absolue et non de simple convention.

Cet or se rapporte à la plus haute somme de perfection dont un être soit susceptible du triple point de vue intellectuel, moral et physique. C'est ainsi que la pierre philosophale devient la suprême médecine à la fois de l'esprit, de l'âme et du corps. Elle procure la santé parfaite et rétablit la créature déchue dans les droits primitifs de sa création.

Mais, pour rendre autrui parfait il faudrait être parfait soi-même. Or, qui oserait prétendre à la perfection ? N'est-elle pas un modèle que l'on peut suivre, mais qu'on n'atteint jamais ? Il en est ainsi lorsque l'on parle de la perfection absolue. Mais ce n'est pas à elle que fait allusion l'or philosophique, qui ne représente que le degré de perfection compatible avec la nature de chaque être. Dès que l'on a soi-même atteint ce degré on peut efficacement remplir le rôle de sauveur. La plus modeste lumière contribue à dissiper les ténèbres, et pour guérir les autres il suffit d'être sain.

Une étincelle divine brille d'ailleurs en tout homme. Elle étouffe le plus souvent sous l'épaisseur de la matière. L'initiation allège celle-ci et avive la flamme sacrée. Dans l'être humain elle développe l'Homme-Principe en faisant éclore le germe des potentialités latentes que nous portons en nous. On ne saurait rien demander de plus; car toute construction est parfaite dès qu'elle est conforme au plan conçu par l'architecte. Or, il ,s'agit ici de l'Architecte souverain ordonnateur de toutes choses.

D'un autre côté, l'homme n'est rien par lui-même : tout lui vient du dehors ; c'est ce qui lui permet de participer à la toute-puissance dans la mesure où il se rapproche de sa source. Or, pour se rapprocher de Dieu, il suffit de faire sa volonté et de l'aimer.

Faire la volonté de Dieu, c'est travailler à la réalisation du plan divin et, comme une tâche déterminée est assignée à chaque être, tout le devoir consiste à la remplir fidèlement. Le mérite ne réside pas dans les oeuvres grandioses, mais dans celles qui répondent aux exigences de (harmonie générale. Dans le concert universel, les exécutants doivent s'appliquer non pas à faire beaucoup de bruit, mais à fournir strictement la note qui leur est demandée. Remplir rigoureusement sa destinée, telle est donc toute l’ambition du sage. Gloire, honneurs, richesses, plaisir et satisfactions, rien à ses yeux ne peut avoir du prix. Il ne voit dans le monde qu'un théâtre où les personnalités se donnent en spectacle. Les acteurs paraissent sur scène affublés d'accoutrements d'emprunt, et ils jouent leur rôle avec conviction, oubliant qu'à la chute du rideau, ils dépouilleront leurs y oripeaux pour redevenir eux-mêmes.

Dans ces conditions, le personnage que l'on incarne importe assez peu. Prince ou mendiant, héros ou traître, l'essentiel est de bien jouer, en répondant exactement aux intentions de l'auteur.

Cependant, si la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, la simple docilité n'en est pas la fin. La soumission et l'obéissance sont indispensables, mais, à elles seules, elles ne suffisent pas pour élever vers Dieu : notre élévation se proportionne au degré d'Amour dont nous sommes capables.

Le Pélican est, de ce point de vue, l'emblème de cette charité sans laquelle on ne saurait être qu'un airain qui résonne ou une cymbale retentissante. Cet oiseau blanc alimente ses petits de son propre sang. Il est l'image de l'âme qui se dévoue sans réserve. C'est dans le sentiment qui unit l'individu à tous les êtres que réside la suprême vertu, la « force forte » de toute force.

L'adepte qui brûle de cet amour infini obtient le Sceau de Salomon. Ce signe de la puissance magique par excellence, se compose de deux triangles entrelacés, qui sont les symboles alchimiques du Feu et de l'Eau . Ils représentent plus particulièrement ici la nature humaine unie à la nature divine.

L'Hexagramme ou l'Etoile du Macrocosme est ainsi l'emblème de la théurgie, qui s'appuie sur l'alliance de la Volonté et du Sentiment, alors que la Magie simple se base sur la seule Volonté de l'adepte portée à sa plus haute puissance. Son pantacle est en cela le Pentagramme ou l'Etoile du Microcosme. Le mage développe son individualité, il exalte son Soufre et devient un centre puissant d'initiative personnelle. Il se rattache à l'initiation masculine ou dorienne, à l'encontre du mystique, qui se conforme aux principes de l'initiation féminine ou ionienne lorsqu'il s'efface devant une puissance extérieure à lui-même (Mercure). Quant au théurge, sa supériorité consiste à concilier l'activité du mage et la passivité du mystique. C'est un chaînon de la suprême hiérarchie : il commande et il obéit, il transmet l'ordre reçu d'en haut à ce qui est placé sous lui, maître dirigeant le travail d'autrui il assure la réalisation du plan de l'éternel Architecte.

Source : http://le-miroir-alchimique.blogspot.be

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Published by O.Wirth - dans Alchimie
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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 18:49

1. - Tout ce qu’on peut accomplir par une méthode simple ne doit pas être essayé par une méthode compliquée.
Il n’y a qu’une seule Vérité dont l’existence n’a pas besoin de preuve, parce qu’elle est elle-même sa propre preuve pour ceux qui sont à même de la percevoir. Pourquoi se servir de la complexité pour chercher ce qui est simple ? Les sages disent : “Ignis et Azoth tibi sufficiunt”. Le corps est déjà en votre possession. Tout ce qu’il vous faut, c’est le Feu et l’Air.

2. - Nulle substance ne peut être rendue parfaite sans une longue souffrance.
Grande est l’erreur de ceux qui s’imaginent que la pierre des philosophes peut être durcie sans avoir été préalablement dissoute ; leur temps et leur travail sont perdus.

3. - La nature doit être aidée par l’art toutes les fois qu’elle manque de force.
L’art peut servir la nature, mais non la supplanter. L’art sans la nature est toujours anti-naturel. La nature sans l’art n’est pas toujours parfaite.

4. - La nature ne peut être améliorée qu’en elle-même.
La nature d’un arbre ne peut pas être changée par l’arrangement des branches, ni par l’addition d’ornements ; il ne peut être amélioré qu’en perfectionnant le sol sur lequel il croît, ou par la greffe.

5. - La nature use de la nature, la comprend et la vainc.
Il n’y a point d’autre connaissance que la connaissance de soi-même. Tout être ne peut réaliser vraiment que sa propre existence, mais non celle d’un élément qui lui est totalement étranger.

6. - Celui qui ne connaît pas le mouvement ne connaît pas la nature.
La nature est le produit du mouvement. Au moment où le mouvement éternel cesserait, la nature entière cesserait d’exister. Celui qui ne connaît pas les mouvements qui se produisent dans son corps est un étranger dans sa propre maison.

7. - Tout ce qui produit un effet pareil à celui produit par un élément composé est également un composé.
L’Un est plus grand que tous les autres nombres, car il a produit l’infinie variété des grandeurs mathématiques ; mais nul changement n’est possible sans la présence de l’Un qui pénètre toutes choses, et dont les facultés sont présentes dans ses manifestations.

8. - Rien ne peut passer d’un extrême à l’autre sauf à l’aide d’un moyen.
Un animal ne peut pas arriver au céleste avant d’avoir passé par l’homme. Ce qui est antinaturel doit devenir naturel avant que sa nature puisse devenir spirituelle.

9. - Les métaux ne peuvent pas se changer en d’autres métaux avant d’avoir été réduits à la prima materia.
La volonté propre, opposée à la volonté divine, doit cesser d’être pour que la volonté divine puisse envahir le cœur. Nous devons nous dépouiller de toute sophistication, devenir semblables à des enfants, pour que la parole de sagesse puisse retentir dans notre esprit.

10. - Ce qui n’est pas mûr doit être aidé par ce qui est parvenu à maturité.
Ainsi commencera la fermentation. La loi de l’induction régit toutes les régions de la nature.

11. - Dans la calcination, le corps ne se réduit pas, mais il augmente de quantité.
Le véritable ascétisme consiste à abandonner ce dont on n’a pas besoin, lorsqu’on a reçu quelque chose de meilleur.

12. - Dans l’alchimie, rien ne porte de fruit sans avoir été préalablement mortifié.
La lumière ne peut pas luire à travers la matière, si la matière n’est pas devenue assez subtile pour laisser passer les rayons.
13. - Ce qui tue produit la vie ; ce qui cause la mort amène la résurrection ; ce qui détruit crée.
Rien ne sort de rien. La création d’une forme nouvelle à pour condition la transformation de l’ancienne.

14. - Tout ce qui renferme une semence peut être augmenté, mais point sans l’aide de la nature.
Ce n’est qu’au moyen de la graine que le fruit portant des graines plus nombreuses vient à la vie.

15. Toute chose se multiplie et s’augmente au moyen d’un principe masculin et d’un principe féminin.
La matière ne produit rien si elle n’est pénétrée par la force. La nature ne crée rien si elle n’est imprégnée par l’esprit. La pensée reste improductive si elle n’est rendue active par la volonté.

16. - La faculté de tout germe est de s’unir à tout ce qui fait partie de son royaume.
Tout être dans la nature est attiré par sa propre nature représentée dans d’autres êtres. Les couleurs et les sons de nature semblable forment des accords harmonieux ; les substances qui ont des rapports les unes avec les autres peuvent se combiner ; les animaux de la même espèce s’associent entre eux, et les puissances spirituelles s’unissent aux germes avec lesquels elles ont de l’affinité.

17. - Une matrice pure donne naissance à un fruit pur.
Ce n’est que dans le sanctuaire le plus intime de l’âme que se révèlera le mystère de l’esprit.

18. - Le feu et la chaleur ne peuvent être produits que par le mouvement.
La stagnation, c’est la mort. La pierre jetée dans l’eau forme des cercles excentriques progressifs, qui sont produits par le mouvement. L’âme qui ne s’émeut pas ne peut point s’élever et se pétrifie.

19. - Toute la méthode commence et finit par une seule méthode : la cuisson.
Voici le grand arcane : c’est un esprit céleste descendant du soleil, de la lune et des étoiles, et qui est rendu parfait dans l’objet saturnien par une cuisson continuelle, jusqu’à ce qu’il ait atteint l’état de sublimation et la puissance nécessaires pour transformer les métaux vils en or. Cette opération s’accomplit par le Feu Hermétique. La séparation du subtil d’avec l’épais doit se faire avec soin, en ajoutant continuellement de l’eau ; car plus les matériaux sont terrestres, plus ils doivent être dilués et rendus mobiles. Continue cette méthode jusqu’à ce que l’âme séparée soit réunie au corps.

20. - L’œuvre entière s’accomplit en employant uniquement de l’eau.
C’est la même eau que celle sur laquelle se mouvait l’Esprit de Dieu dans le principe, lorsque les ténèbres étaient sur la face de l’abîme.

21. - Toute chose doit retourner à ce qui l’a produite.
Ce qui est terrestre vient de la terre ; ce qui appartient aux astres provient des astres ; ce qui est spirituel procède de l’Esprit et retourne à Dieu.

22. - Où les vrais principes manquent, les résultats sont imparfaits.
Les imitations ne sauraient donner des résultats purs. L’amour purement imaginaire, la sagesse comme la force purement imaginaires ne peuvent avoir d’effet que dans le royaume des illusions.

23. - L’art commence où la nature cesse d’agir.
L’art accomplit au moyen de la nature ce que la nature est incapable d’accomplir sans l’aide de l’art.

24. - L’art hermétique ne s’atteint pas par une grande variété de méthodes. La Pierre est une.
II n’y a qu’une seule vérité éternelle, immuable. Elle peut apparaître sous maints différents aspects : mais, dans ce cas, ce n’est pas la vérité qui change, c’est nous qui changeons notre mode de conception.


25. - La substance qui sert à préparer l’Arcanum doit être pure, indestructible et incombustible.
Elle doit être pure d’éléments matériels grossiers, inattaquable au doute et à l’épreuve du feu des passions.

26. - Ne cherche pas le germe de la pierre des philosophes dans les éléments.
C’est seulement au centre du fruit qu’on peut trouver le germe.

27. - La substance de la pierre des philosophes est Mercurielle.
Le sage la cherche dans le Mercure ; le fou cherche à la créer dans la vacuité de son propre cerveau.

28. - Le germe des métaux se trouve dans les métaux, et les métaux naissent d’eux-mêmes.
La croissance des métaux est très lente ; mais on peut la hâter en y ajoutant la Patience.

29. - N’emploie que des métaux parfaits.
Le Mercure imparfait, tel qu’on le trouve ordinairement dans certaines contrées de l’Europe, est tout à fait inutile pour cette œuvre. La sagesse du monde est folie aux yeux du Seigneur.

30. - Ce qui est grossier et épais doit être rendu subtil et fin par calcination.
Ceci est une opération très pénible et très lente, parce qu’elle est nécessaire pour arracher la racine même du mal ; elle fait saigner le cœur et gémir la nature torturée.

31. - Le fondement de cet art consiste à réduire les Corpora en Argentum Vivum.
C’est la Solutio Sulphuris Sapientium in Mercurio.Une science dépourvue de vie est une science morte ; une intelligence dépourvue de spiritualité n’est qu’une lumière fausse et empruntée.

32. - Dans la Solution, le Dissolvant et la Dissolution doivent rester ensemble.
Le Feu et l’Eau doivent être rendus aptes à se combiner. L’intelligence et l’amour doivent rester à jamais unis.

33. - Si la semence n’est pas traitée par la chaleur et l’humidité, elle devient inutile.
La froidure contracte le cœur et la sécheresse l’endurcit, mais le Feu de l’Amour Divin le dilate, et l’Eau de l’Intelligence dissout le résidu.

34. - La terre ne produit nul fruit sans une humidité continue.
Nulle révélation n’a lieu dans les ténèbres si ce n’est au moyen de la lumière.

35. - L’Humectation a lieu par l’Eau, avec laquelle elle a beaucoup d’affinité.
Le corps lui-même est un produit de la pensée, et a pour cette raison la plus grande affinité avec l’intelligence

36. - Toute chose sèche tend naturellement à attirer l’humidité dont elle a besoin pour devenir complète en sa constitution.
L’Un, de qui sont sorties toutes choses, est parfait ; et c’est pourquoi celles-ci renferment en elles-mêmes la tendance à la perfection et la possibilité d’y atteindre.

37. - Une semence est inutile et impuissante, si elle n’est mise dans une Matrice appropriée.
Une âme ne peut pas se développer et progresser sans un corps approprié, parce que c’est le corps physique qui fournit la matière nécessaire à son développement.

38. - La chaleur active produit la couleur Noire dans ce qui est humide ; dans tout ce qui est sec, la couleur Blanche ; et, dans tout ce qui est blanc, la couleur Jaune.
D’abord vient la Mortification, puis la Calcination, et ensuite l’éclat doré produit par la lumière du Feu Sacré qui illumine l’âme purifiée.

39. - Le Feu doit être modéré, ininterrompu, lent, égal, humide, chaud, blanc, léger, embrassant toutes choses, renfermé, pénétrant, vivant, intarissable, et le seul employé par la nature.
C’est le Feu qui descend des cieux pour bénir toute l’humanité.

40. - Toutes les opérations doivent être faites dans un seul Vaisseau et sans le retirer du Feu.
La substance employée pour la préparation de la Pierre des Philosophes doit être rassemblée en un seul lieu et ne doit pas être dispersée en plusieurs lieux. Quand une fois l’or a perdu son éclat, il est difficile de le lui rendre

41. - Le Vaisseau doit être bien clos, en sorte que l’eau ne s’en échappe pas ; il doit être scellé hermétiquement, parce que, si l’esprit trouvait une fissure pour s’échapper, la force serait perdue : et en outre il doit être bien clos, afin que rien d’étranger et d’impur ne puisse s’introduire et s’y mélanger.
II doit toujours y avoir à la porte du laboratoire une sentinelle armée d’un glaive flamboyant pour examiner tous les visiteurs, et renvoyer ceux qui ne sont pas dignes d’être admis.

42. - N’ouvrez pas le Vaisseau avant que l’Humectation soit achevée.
Si le Vaisseau est ouvert prématurément, la plus grande partie du travail est perdue.

43. - Plus la Pierre est alimentée et nourrie, plus la volonté s’accroîtra.
La sagesse divine est inépuisable ; seule est limitée la faculté de réceptivité de la forme.

 

Source : http://www.collegium-rosae-crucis.com/

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Published by Henricus MADATHANUS - dans Alchimie
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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 10:21

V.I.T.R.I.O.L.

Initiales d'une formule célèbre parmi les alchimistes et qui condense leur doctrine: Visita interiorem terrae rectificando invenies operae lapidem, soit, selon une traduction de Jean Servier, Descends dans les entrailles de la terre, en distillant tu trouveras la pierre de l'oeuvre.

Ces initiales ont formé un mot initiatique, qui exprime la loi d'un processus de transformation, concernant le retour de l'être au noyau le plus intime de la personne humaine... ce qui revient à dire: Descends au plus profond de toi-même et trouve le noyau insécable, sur lequel tu pourras bâtir une autre personnalité, un homme nouveau.

Kurt Seligman donne au texte et une tradition quelque peu différents: Visita interiora terrae rectificando invenies occultum lapidem, soit explore l'intérieur de la terre. En rectifiant, tu découvriras la pierre cachée. C'est la synthèse exprimée des opérations alchimiques, aux divers niveaux de transformation considérés, que ce soit celui des métaux ou que ce soit celui de l'être humain. Dans ce dernier cas, le symbole va évidemment plus profond: il s'agit de se reconstruire soi-même, à partir des divers degrès d'inconscience, d'ignorance et de préjugés, sur l'irréfragable conscience de l'être, par quoi l'homme peut découvrir la présence immanente et transformante de Dieu en lui. Quels que soient donc les meilleurs de ces deux textes et traductions, leur symbolisme revient au même.

Le vitriol, qui est à l'heure actuelle un terme générique désignant les sulfates solubles des métaux lourds (tels que le cuivre, le fer et le zinc entre autres), est en revanche, en alchimie, le symbole qui sert à désigner l'union du haut et du bas. Il est formé à partir des initiales de la phrase latine: Visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem: Explore l'intérieur de la terre et en rectifiant ti trouveras la pierre cachée (la pierre philosophale). On peut aussi trouver des variantes de cette phrase dans les écrits alchimiques, avec la fin suivante: invenietis occultum lapidem, veram medicinam (et vous trouverez la piere caché, la vraie médecine).Il faut bien entendu comprendre la phrase dans son sens alllégorique, car elle indique un processus de purification à la fois humain et cosmique au cours duquel le bas et l'intérieur doivent s'élever vers les régions de l'esprit. Dans cette fonction « décapante », le vitriol est aussi appelé le « lion vert » qui intervient généralement après la phase de nigredo, l'oeuvre noir. Il est à ce titre l'une des manifestation de la matière mercurielle et se trouve être l'une des clefs fondamantales de la transmutation alchimique. Considéré de ce fait comme « catholique » au sens originel de ce terme, c'est-à-dire comme universel, on lui donne aussi le nom, comme facteur de but à atteindre, d'« émeraude des Sages » ou « Mercure des Philosophes ».

VERT: Entre le bleu et le jaune, le vert résulte de leurs interférences chromatiques. Mais il entre avec le rouge dans un jeu symbolique d'alternances. La rose fleurit entre des feuilles vertes. Equidistant du bleu céleste et du rouge infernal, tous deux absolus et inacessibles, le vert, valeur moyenne, médiatrice entre le chaud et le froid, le haut et le bas, est une couleur rassurante, rafraïchissante, humaine.

Les Alchimistes, dans leur recherche de la résolution des contrairesn sont allés plus loin que ne va aujourd'hui notre imagination. Ils définissent leur feu secret, esprit vivant et lumineux, comme un cristal translucide, vert, fusible comme la cire; c'est de lui, disaient-ils, que la nature se sert souterrainement, pour toutes choses que l'Art travaille, car l'Art doit se borner à imiter la nature. Ce feu est bien celui qui résout les contraires: on en dit qu'il est aride, mais faisant pleuvoir, humide, mais qui toujours dessèche. Et finalement, dans tous les ésotérismes, le principe vital lui-même, secret des secrets, apparaît comme un sang profond, que contient un récipient vert. C'est, pour les alchimistes occidentaux, le sang du Lion Vert qui est l'or, non du vulgaire mais des philosophes. (Sang du Dragon, Sang du Christ dans le Graal, coupe d'émeraude)

Dans l'alchimie européenne, le dragon ou le lion verts symobolisent un dissolvant puissant comme par exemple l'« eau royale » (Aqua regia), et il est désigné par un triangle féminin pointé vers le bas auquel est associé un R. On dit de lui qu'il « ouvre et ferme les scept sceaux indissolubles des sept esprits métalliques et (qu'il) tourmente les corps jusqu'à ce qu'il les ait entièrement perfectionnés ». Il s'agit en fait du Vitriol, considéré aussi comme « le seul corps immonde, mais qui permet de joindre les teintures entre le soleil et le lune ». Ce corps apparaît au début du travail de l'Oeuvre, juste après l'oeuvre au noir, sans qu'il soit toujours cité. On notera à ce propos qu'une grande partie du travail alchimique de Newton a précisément consisté dans « la chasse au lion vert ». En raison du caractère disparate de la symbolique des couleurs, le dragon vert peut cependant représenter le mercure dans certains textes, comme c'est parfois le cas en Chine, contrairement à l'usage courant.

LA ROSEE: Le symbolisme de la rosée est généralement proche de celui de la pluie, mais son influence est d'ordre plus subtil. L'eau qui jaillit du coeur remplit l'homme intérieur tout entier de la rosée divine (Calliste II Xanthopoulos). La rosée de perle de la noble divinité, dont parle Angelus Silesius, évoque le sang rédempteur du Christ. Or le sang qui, dans l'iconographie médiévale, tombe goutte à goutte de la lance du centurion - et dont chaque goutte fait parfois éclore une fleur de rose- est aussi la rosée céleste (ros caelestis), symbole de Rédemption et de revivification qu'on retrouve dans l'Hermétisme, et aussi dans la Kabbale juive, où elle émane de l'Arbre de Vie.

L'importance de la rosée dans d'innombrables rituels et préparations magiques vient de ce qu'elle résout l'opposition des eaux d'en haut et d'en bas, des eaux terrestres et céleste.

Dans l'iconographie alchimique, la rosée céleste est également un symbole de germination au cours du processus qui mène à la pierre philosophale: « Donc notre matière, notre rosée est grasse, vaporeuse et lourde, on peut la trouver aussi au-dessus de la terre... un autre sujet fait de rosée provenant directement d'un minerai végétal céleste et indirectement des animaux et des plantes... il est céleste et terrestre, fluide et solide, blanc et rouge, léger et lourd, daux at amer... ». C'est ainsi que l'on désigne la materia prima, la substance primordiale, dans son état de matière asqueuse qui deviendra « tangible » après fixation.

Source : http://lion.vert.pagesperso-orange.fr/Symbolisme_Alchimique.html

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 10:18

La présence du Spiritus Mundi (esprit du monde) se manifeste toujours par la couleur verte, comme en témoignent les récits sacrés et les mythologies de tous les peuples. Elle est celle de l’émeraude, et devient, de ce fait, celle du saint Graal dont j’ai donné une description précise dans mon livre « Hermestine, Renne le Château. »

La totalité des spiritualistes donnent au Graal une valeur uniquement spirituelle. Certes, je ne renie pas cette analyse, mais j’affirme qu’elle est incomplète. Comme je le montre dans « Hermestine » j’ai de pertinentes raisons de croire que ce vase existe très réellement sur terre.

Le spiritus mundi féconde le sel des sages qui devient vert et végétatif.

En parlant de cela, les alchimistes disent que la racine de toutes choses est une herbe minérale sans racine. Que voulaient-il dire ?

Je dois rappeler d’abord que mon explication reste sur le plan concret, directement issue de l’observation in vitro. De grâce, épargnez-moi la sempiternelle répétition de redire pour la nième fois que ce que je raconte est observable !

La couleur verte n’est généralement pas signalée par les alchimistes car c’est une couleur qu’ils appellent intermédiaire, tout comme le jaune. Le vert se trouve exactement à la charnière entre solve, ou partie du Grand Œuvre qui travaille sur la matière en solution, et coagula, qui va, comme son nom l’indique « coaguler » ce liquide pour en faire la pierre philosophale. Difficile d’être plus clair n’est-ce pas ? À ce moment crucial la surface de nigrido est exposée à l’air et ne tarde pas à prendre la couleur verte, qui est bien minérale et sans racines (c’est une sorte de moisissure).

L’alchimiste Eugène Canseliet confirma ce que je vous dit en ces termes : « Chacune des phases du Grand Œuvre physique, qu’elle soit principale ou intermédiaire, possède ses limites bien marquées…En ces instants, l’alchimiste affermit son accession ; il est entré dans le domaine transcendant, dont nul ne prend souci à l’ordinaire. Non seulement il sait désormais que l’esprit du cosmos est de couleur verte, mais encore il a vérifié que l’insaisissable agent de la vie se montre néanmoins pondérable et, conséquemment, de matérielle gravité. » (L’alchimie expliquée sur ses textes classiques, p 200. 1972)

C’est cela qui a fait la fortune du vert-de-gris dont les symbolistes se sont emparés pour dire des choses étonnantes.

Si le vert est devenue la couleur de l’espérance, c’est qu’il indique que l’alchimiste est sur la bonne voie, et qu’il ne lui reste qu’à croiser les doigts (ou creuset) pour aboutir à la couleur blanche. C’est lui qui a donné son nom à la langue verte, laquelle parle en vérité au-delà des idiomes. C’est cette langue verte, qui par son utilisation intensive et intelligente va permettre une approche de la Parole Cachée ou VERBUM DIMISSUM, c’est-à-dire la Parole Perdue des Francs-Maçons médiévaux.

Source : http://hermetisme.over-blog.com/article-19739067.html

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 08:07

Une indépendance inachevée

 

1951 : Création de l’Industrial Development Authority, qui allait être le moteur de l’industrialisation du pays.

1951 - 1955 : Retour d’Eamon De Valera à la tête du gouvernement.

Années 1950 : L’IRA entame une campagne d’agitation, sous l’impulsion d’une nouvelle génération de dirigeants (Thomas Mac Curtain, Charles Murphy, Tony Magan…). Les achats d’armes, les raids sur des entrepôts se multiplient, tandis que s’ouvrent des camps d’entraînement.

1952 : Après la création d’un contrôle commun du Great Northern Railway, reliant Dublin à l’Irlande du Nord, une commission administrative commune est mise en place de part et d’autre de la frontière pour gérer les pêcheries de Foyle.

1955 : Une seconde chance est donnée à l’opposition qui pratique une politique d’austérité, au prix élevé de la stagnation économique et de l’émigration de 400 000 Irlandais entre 1950 et 1960.

1955 : L’Éire entre aux Nations-Unies où ses représentants retrouvent l’influence morale qui avait été si forte à l’époque genevoise de la SDN.

Mars 1957 : Des élections anticipées donnent la majorité absolue des sièges au Fianna Fáil. Les candidats du Sinn Féin ont des élus mais restent fidèles à leur doctrine abstentionniste et refusent d’occuper leurs sièges au Dail.

Novembre 1958 : Le Programme for Economic Expansion expose les recommandations du secrétaire du ministre des Finances Kenneth Whitaker qui prône la fin du protectionnisme et la réorientation des investissements du social vers le productif. Un premier plan quinquennal, marqué par le démantèlement des protections des firmes irlandaises et l’abolition unilatérale des droits de douane, est adopté. Grâce à ses mesures, l’Irlande va connaître dans les années 1960 un taux de croissance annuelle de 4 %, au lieu des 2 % escomptés par les promoteurs de cette politique économique. Les produits manufacturés supplantent bientôt les produits agricoles dans le domaine des exportations. Le nombre des émigrants diminue sensiblement.

1959 : Eamon De Valera, âgé et atteint de cécité, est élu président de la République. Il est remplacé au poste de Premier ministre par Sean Lemass. Ce dernier a participé à l’insurrection de 1916, appartenu à l’IRA et connu la prison. Son frère est mort durant la guerre civile. Ministre de l’Industrie et du Commerce dans tous les gouvernements du Fianna Fáil, c’est pourtant avant tout un gestionnaire et un pragmatique. Si pour la majorité des Irlandais, De Valera avait été « The Chief », il est incontestablement « The Boss » qui mettra tout en œuvre, à travers la « révolution des managers », pour développer l’économie et en particulier l’industrie du pays : « La tâche historique de la génération présente est de consolider les fondations économiques de notre indépendance politique. » Convaincu que seul un climat de bonne volonté avec le Nord peut permettre une telle entreprise, il tend ainsi un rameau d’olivier aux Ulstériens et soutient que la réunification ne pourra se faire que par consentement mutuel des différentes communautés. Le discours technocratique prend peu à peu la place de la vieille rhétorique nationaliste.

1960 : Dans un discours prononcé à l’assemblée générale des Nations-Unies, Frank Aiken rappelle « l’époque où des dizaines de milliers d’Irlandais étaient vendus comme esclaves aux Barbades en même temps que les Africains… » et soutient la disparition du régime colonial et de toutes les formes de domination étrangère. De façon générale, l’Irlande se démarquera souvent en refusant de se laisser manipuler par les deux blocs.

1960 - 1961 : Le représentant permanent de la République d’Irlande, Frederick Boland, est élu président de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Dans la seconde moitié des années 1960, les Irlandais se concentrent néanmoins davantage sur leurs objectifs économiques et sur la perspective de leur entrée dans la Communauté économique européenne (CEE).

Janvier 1961 : Obligée d’emboîter le pas à la Grande-Bretagne, son plus gros client et son plus gros fournisseur, l’Irlande est candidate à l’entrée dans la CEE. Les vetos français de 1963 et de 1967 fermeront encore pour quelques années les portes de l’Europe aux deux îles de l’archipel.

1961 : Création d’une chaîne de télévision locale, Telefis Eireann, qui apporte au débat politique et social un forum dont l’absence se faisait cruellement sentir.

26 février 1962 : Un communiqué de l’IRA annonce la fin de la « campagne de résistance à l’occupation britannique » commencée en 1956 et qui n’a guère rencontré de soutien dans la population. L’Irlande a changé. À l’Assemblée, les débats portant sur la question économique prennent le pas sur la polémique politique et le problème de la réunification.

1963 : Une timide évolution se dessine en Ulster quand Terence O’Neill succède à l’autocratique lord Brookeborough au poste de Premier ministre. Ce descendant de sir Arthur Chichester, à qui Jacques Ier avait confié la mission de coloniser l’Ulster, veut s’en prendre à la politique réactionnaire et discriminatoire de ses prédécesseurs, pour intégrer davantage les catholiques dans la société nord-irlandaise, réduire le fossé séparant les deux communautés et « changer le visage de l’Ulster ». Diverses études rendent compte à la même époque du fait que les catholiques souhaitent moins la réunification avec le Sud, par crainte d’une diminution notable des prestations sociales, que l’abandon des mesures discriminatoires.

Juin 1963 : Sur le quai de New Ross d’où son arrière-grand-père s’était embarqué pour les États-Unis en 1848, John Fitzgerald Kennedy déclare : « Il aura fallu cent quinze ans et trois générations pour faire ce voyage mais je suis fier d’être ici. […] L’Irlande de 1963, une des plus jeunes nations, une des plus vieilles civilisations du monde, a découvert que l’indépendance, une fois acquise, n’est pas une fin mais un commencement… »

Janvier 1964 : Les époux Mac Cluskey fondent à Dungannon, en Ulster, la Campaign for Social Justice in Ireland afin d’attirer l’attention du public sur les cas les plus flagrants de discrimination envers les catholiques.

Mai 1964 : Dans un article de l’Irish Times, John Hume, un jeune activiste catholique de Londonderry, dénonce la confusion entre nationalisme et catholicisme qui, dans le Nord, a depuis trop longtemps paralysé l’émergence d’une vie politique normale. Il prône la déterritorialisation du discours politique, l’intégration des catholiques dans toutes les institutions et la reconnaissance du nationalisme irlandais comme une conviction politique légitime. L’année suivante, Edward Mac Ateer, le nouveau chef du parti nationaliste en Ulster, acceptera de devenir le leader officiel de l’opposition au Stormont, le parlement ulstérien.

1965 : Le président du Sinn Féin, Thomas Mac Giolla, annonce que son parti continuera de boycotter le Parlement tant que les candidats républicains n’auront pas emporté la majorité absolue des sièges. L’année suivante, il se donne cinq ans pour triompher aux élections.

14 janvier 1965 : Première rencontre historique au sommet entre Terence O’Neill et Sean Lemass à Belfast. Les deux dirigeants font preuve d’audace et de courage face aux ultras de leurs partis. O’Neill est ainsi accusé de trahir l’unionisme en recevant un « fenian papist murderer ». La Grande Loge orangiste d’Irlande approuve néanmoins la rencontre.

Décembre 1965 : Dans l’attente de leur commune entrée dans le Marché commun, l’Irlande et la Grande-Bretagne signent un accord de libre-échange destiné, dans l’esprit des gouvernants irlandais, à préparer le pays à affronter la concurrence européenne.

1966 : Fin du désarmement douanier entre la Grande-Bretagne et l’Irlande. Sean Lemass démissionne de son poste de Premier ministre et cède la place à Jack Lynch. Il reste néanmoins le véritable patron de l’Irlande industrielle et continue de se consacrer aux affaires jusqu’à sa mort, en 1971.

Ier février 1967 : Naissance à Belfast de la Northern Ireland Civil Rights Association (NICRA) qui se veut le pendant du mouvement pour l’émancipation des Noirs américains. Essentiellement constituée de membres de la classe moyenne catholique, elle compte néanmoins parmi ses membres quelques protestants libéraux comme Ivan Cooper. La tension ne cesse de monter en Ulster, où les diatribes violemment anticatholiques du révérend Ian Paisley, qui dénonce par ailleurs la politique de « l’architraître » O’Neill, échauffent les esprits.

1968 : Le Fine Gael et le Labour s’unissent à l’occasion du référendum sur l’abolition de la proportionnelle.

La question de l'Ulster

3 octobre 1968 : Le ministre de l’Intérieur ulstérien interdit une manifestation de la NICRA qui, de Coalisland à Dungannon, devait traverser les quartiers catholiques et protestants. Le mouvement passe outre l’interdiction et, deux jours plus tard, les forces de police empêchant tout repli, les manifestants se heurtent violemment aux autorités. Une commission d’enquête condamnera par la suite « le matraquage injustifiable et inexcusable » des marcheurs, et en particulier de deux députés laissés à terre dans une mare de sang. Des affrontements éclatent dans les quartiers catholiques. Ces images choquent l’opinion britannique et marquent un tournant dans l’histoire des six comtés nord-irlandais qui n’allaient pas tarder à sombrer dans les affres de la guerre civile. Galvanisés par les exemples américains et français, des étudiants gauchistes, membres de People’s Democracy, adoptent un programme révolutionnaire demandant l’égalité des droits mais aussi le contrôle ouvrier sur l’industrie et le partage des terres. Pour prévenir les risques de débordements, John Hume, Ivan Cooper et Michael Canavan fondent un Citizen’s Action Committee résolument non violent. Ils multiplient les rassemblements, où sont lus des articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme ou encore chanté le « We shall overcome » des Noirs de l’Alabama. De son côté, Terence O’Neill, pour faire cesser les tensions « avant que le sang ne coule », annonce en novembre une série de réformes visant à mettre fin aux abus et aux injustices sociales.

1969 : Le 4 janvier, une longue marche de 110 km organisée par les membres de People’s Democracy entre Belfast et Londonderry est violemment attaquée par les extrémistes rameutés par le révérend Paisley. Les forces de l’ordre n’interviennent pas en dépit de la violence inouïe des protestants : les manifestants sont jetés à l’eau depuis le pont de Burntollet, ou lapidés. Une fois à Londonderry, les jeunes du ghetto catholique du Bogside qui proclament leur territoire « Free Derry » s’en prennent à la police qui investit le quartier sans ménagement. Des élections anticipées sont organisées pour tenter de résoudre la crise : John Hume est élu au Stormont.

Avril 1969 : Bernadette Devlin, une jeune étudiante de 22 ans membre du People’s Democraty, est élue à Westminster. Terence O’Neil a vu quant à lui son assise électorale s’éroder et doit bientôt démissionner après une série d’attentats à l’explosif perpétrés, non par l’IRA, mais par l’UVF (les Volontaires de l’Ulster protestants). Il est remplacé par son cousin le major James Chichester-Clark qui amnistie les fauteurs de troubles des deux bords.

Été 1969 : Les traditionnelles marches orangistes sont le théâtre de nouveaux affrontements : pour répondre plus efficacement aux provocations, les catholiques créent la Derry Citizen’s Defence Association (DCDA). Elle organise avec minutie la résistance en hérissant le quartier de barricades et en accueillant les forces de police sous une pluie de cocktails Molotov. Affolé, le gouvernement commet l’erreur de mobiliser 8 000 membres de l’Ulster Special Company, les célèbres B’Specials, dont les exactions contraignent bientôt le Premier ministre à faire appel aux soldats britanniques, accueillis en libérateurs par les catholiques de Derry. À la mi-août, c’est cette fois à Belfast que les choses dégénèrent : des maisons sont incendiées, 1 500 familles catholiques sont chassées de leur domicile et sept personnes perdent la vie dans les affrontements intercommunautaires. À la fin du mois, le ministre de l’Intérieur britannique se rend sur place aux côtés de Hume et promet une « ère nouvelle » (désarmement des B’Specials, réformes, ouverture d’un Bureau des relations communautaires…). Les protestants enragent et ripostent en constituant des groupes d’autodéfense.

Décembre 1969 : Les tragiques événements de l’été ont montré l’incapacité de l’IRA, alors largement réduite à une fraction de marxistes, à défendre les catholiques d’Ulster : sur les murs calcinés des quartiers mis à sac par les protestants, on peut lire ce graffiti : « IRA = I ran away ». L’organisation secrète ainsi que le Sinn Fein éclatent : tandis que les Officials, de tendance communiste, refusent de renoncer à l’action de masse, pensant que cette forme de protestation peut servir de point d’appui à un élargissement de leur action, les Provisionnals, nationalistes, veulent s’armer pour défendre les quartiers catholiques.

Avril 1970 : Oliver Napier fonde le Parti de l’Alliance, ouvert aux protestants comme aux catholiques, prônant un réformisme modéré. Il recrute dans la classe moyenne qui, lasse des sectarismes, avait soutenu la politique de O’Neill.

6 mai 1970 : Dans le Sud, Jack Lynch révoque son ministre de l’Agriculture, Neil Blaney, ainsi que celui des Finances, Charles Haughey, tous deux suspectés de faire importer des armes du continent pour l’IRA. Ils seront mis hors de cause par la suite.

Juin 1970 : À Belfast, des francs-tireurs de l’IRA provisoire repoussent des émeutiers protestants. C’en est fini des manifestations spontanées, dictées par la pauvreté et la discrimination : la guérilla urbaine, organisée, méthodique et brutale, commence, sous la houlette de chefs comme Gerry Adams (Belfast ouest) ou encore de Martin Mac Guinness (Derry). Le ministère de l’Intérieur britannique laisse à l’armée le soin de faire régner le calme par des interventions musclées.

Été 1970 : Naissance du Social Democratic and Labour Party (SDLP), une formation de centre gauche issue de la NICRA et du mouvement pour les droits civiques. Présidée par Gerry Fitt (John Hume en est le vice-président), elle milite pour l’accélération des réformes, le resserrement des liens avec la République irlandaise et la réunification, avec le consentement des populations.

3 février 1971 : L’artilleur Robert Curtis est le premier soldat anglais tué par l’IRA.

16 mars 1971 : Tandis que la Royal Ulster Constabulary est réarmée, le Premier ministre nord-irlandais, faute d’obtenir les soldats supplémentaires réclamés à Londres, démissionne le 16 mars. Il est remplacé par Brian Faulkner, un pragmatique qui tend la main à l’opposition et propose de charger le SDLP (Social Democratic and Labour Party) de différentes commissions de réformes.

Juillet 1971 : La situation se dégrade de nouveau à Derry, quand les soldats anglais tuent deux bogsiders. Le SDLP, n’ayant pas obtenu la constitution d’une commission d’enquête sur cette affaire, décide de former un alternative Parliament. Le Stormont devient la chambre d’enregistrement d’un parti unique.

9 août 1971 : Faulkner rétablit l’internement administratif sans procès qui avait eu largement raison de la campagne de l’IRA de 1956-1962, entraînant l’arrestation immédiate de plusieurs centaines de personnes. Mais aucun loyaliste n’est inquiété : les catholiques sont ulcérés et bon nombre de gens ordinaires se transforment en combattants résolus. Durant le seul mois d’août, on dénombre une centaine d’attentats à la bombe. John Hume lance de son côté une campagne de résistance passive appelant au boycott des impôts : le Parlement décide de retenir alors les prestations sociales. Le gouvernement est bientôt débordé par la droite : les associations d’auto-défense se rassemblent au sein de l’Ulster Defence Association (UDA), réplique protestante de l’IRA.

Octobre 1971 : Le parti unioniste est mis à mal par la scission du révérend Paisley et de Desmond Boal qui créent le Democratic Unionist Party (DUP). Ils se revendiquent à droite sur les questions constitutionnelles et à gauche sur les questions sociales.

30 janvier 1972 : Un nouveau pas est franchi dans la violence quotidienne de l’Irlande du Nord. À l’issue d’une manifestation interdite de la NICRA, les soldats du Parachute Régiment, au motif qu’ils ont essuyé des tirs d’armes automatiques dont la preuve ne sera jamais apportée, ouvrent le feu sur la foule. Ce nouveau « Bloody Sunday » cause la mort de 14 personnes et pousse les jeunes catholiques dans les bras de l’IRA. Le lendemain, 20 000 manifestants mettent le feu à l’ambassade de Grande-Bretagne à Dublin. À Westminster, Bernadette Devlin gifle le ministre de l’Intérieur Reginald Maudling qui n’a pas su éviter une telle tragédie.

22 février 1972 : Les Officials de l’IRA, entraînés à leur tour dans l’escalade de violence, font exploser, en Angleterre, le mess des officiers de la base des parachutistes d’Aldershot, ce qui cause la mort de sept personnes parmi lesquelles cinq femmes et un aumônier catholique, victimes d’une violence devenue totalement aveugle. Les Provisionnals posent quant à eux une bombe dans Lower Donegal Street.

22 mars 1971 : À Londres, Faulkner est sommé d’accepter un plan d’apaisement prévoyant l’organisation périodique de consultations sur la réunification de l’Irlande, l’allégement progressif des mesures d’internement administratif et surtout le transfert au Parlement britannique des responsabilités intéressant la loi et l’ordre. Les Unionistes ne peuvent accepter cette dernière clause sans désavouer toute leur politique.

24 mars 1971 : Edward Heath annonce qu’il prend en main l’administration directe de la province, mettant fin à cinquante ans de domination unioniste protestante en Ulster. Une administration de type colonial, le Northern Ireland Office, dirigé par William Whitelaw, est mise en place et prend une série de mesures d’apaisement (amnistie de partisans des droits civiques, allégement des patrouilles militaires…).

1972 : L’ordre d’Orange est officiellement dissous.

Mai 1972 : « Nous avons le choix entre participer à la grande renaissance actuelle de l’Europe, ou nous résigner à la stérilité économique, sociale et culturelle. Nous sommes à un tournant, comme Robinson Crusoé lorsque survint le bateau qui devait le reconduire dans le monde. » Cinq jours après ce discours de Jack Lynch, le Premier ministre de l’Eire, 83 % des Irlandais se prononcent pour l’entrée dans la Communauté économique européenne.

29 mai 1972 : L’IRA officielle décrète le cessez-le-feu.

26 juin 1972 : L’IRA provisoire lui emboîte le pas. Munis de sauf-conduits, les membres de son état-major, dont Gerry Adams et Martin Mac Guiness, rencontrent William Whitelaw à Londres. Mais les pourparlers tournent court car les chefs républicains formulent des demandes impossibles.

18 juillet 1972 : La trêve est rompue et le centième soldat britannique tombe sous les balles de l’IRA provisoire.

21 juillet 1972 : Vingt-six bombes éclatent à Belfast, faisant 11 morts et plus de 130 blessés.

31 juillet 1972 : Whitelaw déclenche l’opération Motorman : plus de deux mille soldats en tenue de combat, appuyés par 600 véhicules blindés soutenus par des hélicoptères, investissent le Bogside. 36 000 soldats, policiers et réservistes se rendent maîtres des « zones libérées », républicaines ou loyalistes. Le secrétaire d’État pour l’Irlande du Nord expose alors ses vues sur l’avenir de la province : la volonté de la majorité de la population sera respectée, la dimension irlandaise de la question d’Irlande enfin reconnue à travers la constitution d’un Conseil d’Irlande, le concept du partage du pouvoir exécutif officialisé. Les compétences de l’ancien Stormont devront être rétrocédées à une assemblée élue à la proportionnelle. Le projet est bien accueilli par Dublin et le SPLD, plus fraîchement pas les unionistes. Quant à l’IRA et à l’UDA de Paisley, elles se prononcent contre ce compromis, la première parce qu’il pérennise la partition, la seconde parce qu’elle semble y porter atteinte.

Décembre 1972 : Le peuple irlandais approuve les deux amendements constitutionnels proposés par le gouvernement de Jack Lynch : le premier abaisse l’âge électoral à 18 ans, le second abroge l’article 44.1 controversé sur la « position spéciale » de l’Église dans la République. Dans le même temps est voté un Offence Against the State Act destiné à lutter plus efficacement contre les atteintes à la sûreté de l’État.

Ier janvier 1973 : Entrée simultanée de la Grande-Bretagne et de l’Irlande dans le Marché commun.

22 novembre 1973 : Dans le Nord, un gouvernement intercommunautaire se constitue sous la présidence de Faulkner et la vice-présidence de Gerry Fitt. John Hume devient ministre du Commerce et de l’Industrie.

9 décembre 1973 : Lors d’une conférence tripartite, un accord est signé à Sunningdale dans le Berkshire, prônant la recherche du consensus démocratique et reconnaissant la dimension britannique et irlandaise du problème ulstérien. En réaction à l’accord, toutes les organisations paramilitaires protestantes se dotent d’un état-major conjoint, tandis que les politiques se rassemblent dans l’United Ulster Unionist Council (UUUC). Faulkner, mis en minorité, doit quitter la direction de son parti.

1973 : Le sénateur travailliste républicain Paddy Wilson, qui avait soutenu la création du SDLP, est assassiné par des extrémistes loyalistes.

1973 : Le gaélique cesse d’être l’une des matières essentielles des concours d’État ainsi que la condition indispensable à l’entrée dans la fonction publique.

28 février 1974 : Des élections anticipées, imprudemment provoquées par Edward Heath confronté à la grève des mineurs et à de sérieuses difficultés économiques, empêchent le nouveau gouvernement nord-irlandais de faire ses preuves. Les candidats de l’United Ulster Unionist Council emportent onze des douze sièges ulstériens au Parlement anglais, le douzième allant à Gerry Fitt. À Londres, Harold Wilson succède à Heath. Il nomme Merlyn Rees secrétaire d’État pour l’Irlande du Nord.

15 mai 1974 : Un mouvement ouvrier loyaliste, l’Ulster Workers’Council (UWC), ayant menacé la province d’une grève générale si de nouvelles élections n’étaient pas organisées, l’Irlande du Nord est paralysée après l’échec d’une motion condamnant le partage du pouvoir et le conseil d’Irlande. La province sombre dans le chaos, les villes se hérissent de barricades, l’état d’urgence est déclaré. Harold Wilson ne fait rien pour sauver les accords de Sunningdale.

17 mai 1974 : L’UVF fait exploser trois bombes à Dublin et à Monaghan (33 morts). En représailles, l’IRA fait sauter deux bars de Birmingham (19 morts). Une nouvelle loi antiterroriste est votée à Westminster.

9 février 1975 : L’IRA provisoire annonce une suspension de sa campagne de violence.

29 août 1975 : Mort d’Eamon De Valera, présenté par le New York Times comme le « de Gaulle irlandais ».

23 janvier 1976 : Fin de la suspension des hostilités de l’IRA. Peu de temps après, Christopher Ewart Biggs, l’ambassadeur britannique à Dublin, est assassiné.

10 août 1976 : En Ulster, trois enfants sont fauchés par la voiture d’un terroriste. Cette tragédie est à l’origine du mouvement de Betty Williams et Mairead Corrigan, le Women’s Peace Movement. Rebaptisé par la suite Community of Peace People, il milite contre l’accoutumance résignée à l’horreur quotidienne. Elles recevront toutes deux le prix Nobel de la paix en 1977.

Septembre 1976 : La nouvelle prison de Maze construite dans l’enceinte du camp de Long Kesh reçoit les premiers détenus criminalisés, le special category status concédé aux détenus politiques par Whitelaw ayant été abrogé par ses successeurs. Les prisonniers sont désormais répartis en cellules individuelles et sont astreints au travail pénitentiaire.

1977 : John Hume s’expatrie aux États-Unis, où il se lie avec le sénateur Edward Kennedy, qui avait peu de temps auparavant avancé que « l’Ulster était le Vietnam de l’Angleterre ». Il met à sa disposition son réseau de relations politiques qu’il utilise pour contrecarrer l’influence des organisations de soutien à l’IRA et mobiliser les membres de la diaspora irlandaise autour d’un projet réaliste. Il est soutenu dans sa démarche par Sean Donlon, le directeur du Département anglo-irlandais au ministère des Affaires étrangères de Dublin et ancien consul général d’Irlande à Boston, et par Michael Lillis, conseiller de presse au consulat d’Irlande à New York.

17 mars 1977 : Après une active campagne de lobbying, Hume obtient une déclaration de quatre personnalités politiques américaines, surnommées les « Big Four » ou les « Quatre Cavaliers » : Tip O’Neill, le président de la Chambre des représentants, Daniel Patrick Moynihan, sénateur de New York, Hugh Carey, gouverneur de New York, et Edward Kennedy, sénateur du Massachussets. Ils y stigmatisent la violence et demandent aux Américains de cesser de soutenir les associations terroristes.
Les contributions à NORAID (The Irish Northern Aid Committee) diminuent sensiblement.

Juin 1977
: John Hume, qui persiste dans son rôle de commis voyageur de la paix en Irlande du Nord, est invité par Richard Burke, le commissaire européen à la fiscalité et à la consommation, à le rejoindre en qualité de conseiller spécial.

30 août 1977 : Jimmy Carter fait une déclaration sur l’Irlande du Nord, marquant l’abandon du sacro-saint principe de non-intervention de l’administration américaine dans l’affaire nord-irlandaise. Il y déclare la guerre aux partisans de la lutte armée. Le lobby irlandais s’étoffe et prend dès lors une nouvelle dimension.

1978 : Dans le Sud, le pourcentage des électeurs souhaitant différer la réunification jusqu’à l’accord des deux parties atteint 60 % : il n’était que de 10 % dix ans plus tôt.

Mars 1978 : Après l’échec de la « campagne des couvertures » durant laquelle les détenus ont refusé de revêtir l’uniforme carcéral pour vivre nus sous des couvertures, 300 prisonniers récalcitrants se lancent dans la grève de l’hygiène, la dirty protest, transformant les blocs de la prison de Maze en cloaques répugnants.

3 mai 1979 : Margaret Thatcher arrive au pouvoir. Les élections envoient trois députés ulstériens au Parlement européen : Paisley est arrivé en tête avec 29,8 % des voix, suivi par John Hume (24,6 %) et l’unioniste John Taylor (11,9 %).

27 août 1979 : Lord Mounbatten trouve la mort dans l’explosion de son bateau piégé par l’armée républicaine à Mullaghmore, dans le comté de Sligo. Le même jour, une bombe tue 18 soldats britanniques à Warrenpoint dans le comté de Down.

28 novembre 1979 : John Hume remplace Gerry Fitt qui a démissionné de la présidence du SDLP.

1979 : Charles Haughey s’impose à la tête du Fianna Fáil en dépit de fortes résistances internes. C’est lui qui exonérera d’impôts les écrivains dans l’idée de faire de Dublin une nouvelle Florence.

Ier mars 1980 : Bobby Sands commence une grève de la faim. La publication de ses bulletins de santé alarmistes alimente les tensions de part et d’autre de la frontière. Les républicains arrivent à le faire élire à Westminster lors d’une élection partielle. Mais Margaret Thatcher ne se laisse pas fléchir et laisse mourir le député le 5 mai, après un jeûne de deux mois et cinq jours. 100 000 personnes assistent à ses obsèques.

27 octobre 1980 : Sept puis dix détenus entament à leur tour une grève de la faim dont l’issue sera tragique. Une vague d’anglophobie se répand en Irlande, propulsant le Sinn Féin au centre d’un large mouvement d’opinion.

16 mars 1981 : Naissance aux États-Unis d’une nouvelle association, The Friends of Ireland.

Juin 1981 : Haughey est battu aux élections et est remplacé par le leader de la coalition Fine Gael-Travailliste, le Dr Garret FitzGerald. Fils d’une protestante du Nord et d’un combattant pour l’indépendance, il passe pour l’intellectuel du Fine Gael.

1983 : Tandis que Gerry Adams est élu député du Sinn Féin pour Belfast-Ouest, « Sunday, Bloody Sunday » du groupe irlandais U2 devient un tube planétaire.

30 mai 1983 : Ouverture du « Forum pour une nouvelle Irlande » à Dublin. Les quatre partis nationalistes constitutionnels du Nord et du Sud (Fine Gael, Fianna Fáil, Parti travailliste et SDLP) y sont représentés, ce qui n’est pas le cas du Sinn Féin ni des partis unionistes. Ce n’est qu’à titre individuel que des protestants du Nord sont consultés. À l’issue de cette réunion, le droit « à une expression effective tant sur le plan politique que sur le plan symbolique et administratif de leur identité » est reconnu aux nationalistes comme aux unionistes. Trois options constitutionnelles se dégagent : un état unitaire, un état fédéral ou une autorité conjointe. Thatcher, forte d’une nouvelle majorité, ne donne pas suite aux idées avancées à cette occasion.

17 décembre 1983 : Attentat du magasin Harrods à Londres (6 morts, 90 blessés).

12 octobre 1984 : Une bombe explose au Grand Hôtel de Brighton où la Dame de Fer assiste au congrès du parti tory. Le ministre du Commerce et de l’Industrie est tué dans l’attentat.

15 novembre 1985 : Accord anglo-irlandais d’Hillsborough, visant à créer des conditions favorables à l’ouverture des négociations entre les représentants des deux communautés. La question irlandaise est institutionnalisée. Un rôle légitime est reconnu dans la gestion de la crise au gouvernement de la République, dans le cadre d’une conférence intergouvernementale.

1986 : Le congrès annuel du Sinn Féin, dirigé par Gerry Adams, décide que ses élus occuperont désormais leur siège au Parlement. Rory O’Bradaigh fait alors sécession en fondant le Republican Sinn Féin.

2 septembre 1987 : Discours du leader du Fine Gael et chef de l’opposition, Alan Dukes, qui offre son soutien inconditionnel à la rigoureuse politique d’austérité budgétaire du ministre des Finances, Ray Mac Sharry. Il faut dire que la situation économique de l’Irlande, qui compte plus de 18 % de chômeurs, est catastrophique : la politique d’expansion des années 1960 semble bien loin dans un pays ébranlé notamment par les crises pétrolières. Tous les acteurs sociaux choisissent de « faire partie de la solution plutôt que du problème ». Le mois suivant est signé un programme de redressement national qui, en donnant un véritable coup de fouet à la compétitivité de l’Irlande, sera couronné de succès. Quatre autres programmes de trois ans se succéderont ainsi jusqu’en 2002. Cette attitude responsable et constructive sera l’une des conditions premières du miracle économique du « tigre celtique ».

Octobre 1987 : Un caboteur panaméen est arraisonné ; on y découvre 150 tonnes d’armes soviétiques et d’explosifs tchèques envoyés par Kadhafi à l’IRA.

8 novembre 1987 : L’IRA fait exploser une bombe dans la foule rassemblée pour commémorer l’armistice de 1918 à Enniskillen, faisant onze morts. Pour la première fois, Gerry Adams dénonce ce genre d’atrocités qui ne pourront qu’engendrer de nouvelles tragédies.

11 janvier 1988 : Une rencontre secrète entre Hume et Adams marque le premier acte de ce qu’on a appelé l’« Initiative Hume-Adams ». Mais la discussion achoppe sur le problème de la trêve que G. Adams refuse de reconnaître comme la condition première à toute négociation.

Octobre 1988 : Paisley traite le pape d’« Antéchrist ».

À partir de 1989 : Le Fianna Fáil est désormais contraint de rechercher des partenaires (comme les Progressive Democrats, issus d’une scission du parti) pour revenir au pouvoir. John Major remplace Margaret Thatcher. Il va devenir un acteur incontournable du processus de paix.

1990 : Défaite spectaculaire du candidat du Fianna Fáil aux élections présidentielles. Mary Robinson, la candidate de gauche connue pour ses convictions féministes et libérales, est élue.

Début des années 1990 : Des scandales politico-financiers éclaboussent Haughey et le Fianna Fáil.

Février 1992 : Publication d’un manifeste du Sinn Féin, intitulé « Vers une paix durable en Irlande ». Sur le terrain, la guerre terroriste continue néanmoins de faire des ravages.

Novembre 1992 : Bill Clinton est élu président des États-Unis. Candidat de la diaspora irlando-américaine, il s’est engagé à jouer un rôle actif dans la recherche d’une solution pacifique dans le pays de ses ancêtres. Il nomme Jean Kennedy Smith, la sœur de JFK, ambassadrice des États-Unis à Dublin. Par ailleurs, en Irlande du Sud, les deux grands partis nationalistes, le Fianna Fáil et le Fine Gael, sortent laminés des élections législatives, tandis que le parti travailliste double sa représentation parlementaire. La société est agitée par le débat sur l’avortement, qui devient légal mais étroitement contrôlé.

Avril 1993 : John Hume et Gerry Adams renouent le dialogue, en dépit des vives critiques au sein de leur propre formation et de l’attentat de Bishopgate, au cœur de la City de Londres.

Décembre 1993 : John Major, qui a remplacé Margaret Thatcher en 1989, et le ministre des Affaires étrangères irlandais font une déclaration conjointe évoquant le droit à l’autodétermination du peuple irlandais, subordonné toutefois à l’accord de la majorité de la population d’Irlande du Nord, et la possibilité de réviser la Constitution de la République irlandaise. Pour montrer sa bonne volonté dans le règlement de la question d’Ulster, le gouvernement britannique reconnaît n’avoir aucun intérêt économique et stratégique propre en Irlande du Nord. Seuls les partis démocratiques ayant officiellement renoncé à la violence pourront participer aux négociations. Dublin fait un geste en autorisant les représentants du Sinn Féin à passer à la télévision. Un débat houleux s’ouvre alors au sein du parti et de l’IRA. Mais Gerry Adams gagne bientôt une nouvelle légitimité en obtenant de Bill Clinton un visa pour les États-Unis.

31 août 1994 : L’IRA décrète le cessez-le-feu. Tous espèrent qu’il marquera la fin d’un cauchemar responsable de la mort de 3 168 personnes et de plus de 30 000 blessés.

13 octobre 1994 : Le Commandement militaire loyaliste combiné, regroupant l’UDA, l’UVF et les Commandos de la Main rouge, déclare à son tour « cesser toutes hostilités opérationnelles ». À Londres, on commence dès lors à réfléchir aux institutions locales qui seront appelées à remplacer le Northern Ireland Office. Mais le processus de paix bute sur la question des stocks d’armes détenus par les organisations paramilitaires, loyalistes et républicaines, qui refusent de faire du désarmement une condition sine qua non de la venue à la table des négociations.

22 janvier 1996 : Un rapport de la commission Mitchell (International Body on Arms Decommissioning) conclut que le désarmement se fera pendant la négociation. Tous sont invités à prendre des risques pour la paix. Mais John Major n’a plus une majorité suffisante et doit prendre en compte l’état d’esprit des unionistes.

9 février 1996 : L’IRA annonce la fin de son cessez-le-feu : une bombe éclate dans le quartier d’affaires de Canary Wharf, dans le quartier des Docks à Londres.

Mai 1996 : Lors des élections nord-irlandaises, l’UUP, le Parti Unioniste d’Ulster de David Trimble, arrive en tête, devant le SDLP et le DUP de Ian Paisley. Le Sinn Féin obtient 15,5 % sur le thème du vote pour la paix.

10 juin 1996 : Ouverture des négociations au Castle Building à Belfast. Faute d’un cessez-le-feu de l’IRA (une bombe éclatera encore à Manchester le 15 juin), le Sinn Féin s’en voit interdire l’accès.

1996 : Une Parade Commission est chargée de réglementer la marche conflictuelle qui tous les ans, le 12 juillet, jour anniversaire de la bataille de la Boyne, voit les orangistes se rendre à l’église anglicane de Drumcree et en revenir par les quartiers catholiques situés de part et d’autre de Garvaghy Road.

Mai 1997 : Tony Blair arrive au pouvoir.

Avril 1997 : Sortie du film de Neil Jordan Michael Collins. L’héroïsation du chef de guerre développe une formidable polémique en Grande-Bretagne. Le Daily Telegraph accuse ainsi la Warner de souffler sur le feu du conflit en Ulster. Le public irlandais quant à lui, s’enthousiasme pour le film : un universitaire va jusqu’à demander son inclusion dans les programmes scolaires.

19 juillet 1997 : Nouveau cessez-le-feu de l’IRA.

Janvier 1998 : Suite à un reportage télévisé sur le Bloody Sunday, Tony Blair fait ouvrir une nouvelle enquête sur ce tragique événement.

10 avril 1998 : Signature d’un accord de paix jugé historique, les « accords du Vendredi saint ». Des garanties sont promises pour chacune des communautés, et l’autodétermination prend le pas sur souveraineté. Le Government of Ireland Act (ou Partition Act) britannique de 1920, qui avait institué la partition, est abrogé. Les articles 2 et 3 de la Constitution irlandaise, jugés irrédentistes, sont amendés. Il est reconnu que l’Irlande du Nord ne fait partie de la Grande-Bretagne uniquement parce que, pour le moment, elle le souhaite. Une assemblée de 108 membres doit être élue à la représentation proportionnelle. Toute décision importante doit être adoptée par « consentement parallèle » de la majorité des partis unionistes et nationalistes. Un conseil ministériel Nord-Sud est appelé à se réunir plusieurs fois par an, pour l’adoption de politiques communes. Un délai de deux ans est donné aux organisations paramilitaires pour désarmer et au gouvernement pour libérer les prisonniers politiques affiliés aux organisations qui auront désarmé.

22 mai 1998 : L’accord est approuvé par 71,1 % des électeurs du Nord et par 94,4 % des électeurs du Sud.

25 juin 1998 : Lors des élections nord-irlandaises, 80 des 108 sièges reviennent aux partisans de l’accord de paix. David Trimble devient Premier ministre et, John Hume s’étant désisté, Seamus Mallon occupe le poste de vice-Premier ministre. Les unionistes hostiles au traité obtiennent néanmoins une représentation conséquente. Trimble et Hume reçoivent le prix Nobel de la paix. Mais si les porte-parole des divers mouvements paramilitaires protestants se veulent rassurants, à la base, les groupes dissidents entretiennent les guerres intestines.

15 août 1998 : Attentat dans un centre commercial à Omagh en Irlande du Nord. Revendiqué par des membres dissidents de l’IRA, c’est le plus meurtrier de l’histoire du conflit (28 morts).

11 novembre 1998 : Le roi des Belges, la reine d’Angleterre et la Présidente irlandaise inaugurent à Messines en Belgique l’Island of Ireland Peace Tower en souvenir des fils d’Erin tombés sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale.

2002 : Sortie sur les écrans du film Bloody Sunday de Paul Greengrass.

Octobre 2002 : L’assemblée élue de 108 membres en Irlande du Nord est suspendue après la découverte d’un réseau d’espionnage républicain au sein même du Stormont.

Novembre 2003 : Pour la première fois, le DUP de Paisley bat l’UUP plus modéré et devient la première organisation politique protestante d’Irlande du Nord.

Mai 2005 : Paisley sort vainqueur des élections générales. David Trimble, défait lors de cette consultation, démissionne.

13 juin 2005 : Le gaélique, que moins de 75 000 personnes (2 % de la population totale) utilisent couramment dans le Gaeltacht, l’ouest du pays, est reconnu comme vingt et unième langue officielle de travail de l’Union européenne (250 000 Irlandais en ont une bonne connaissance et 1 500 000 autres en possèdent quelques notions). Cette mesure a pris effet au Ier janvier 2007.

28 juillet 2005 : L’IRA dépose les armes. C’est la première fois qu’un tel engagement est pris par l’armée secrète.

Octobre 2006 : Les protagonistes du processus de paix se retrouvent à Saint Andrews en Écosse pour trouver enfin un compromis sur la mise en œuvre des institutions politiques issues de l’accord historique de 1998. Ian Paisley, « Mister No », qui avait jusqu’à présent catégoriquement refusé tout partage du pouvoir avec le Sinn Féin, la deuxième formation politique de l’Ulster, a néanmoins laissé entendre que le dialogue allait peut-être pouvoir se nouer. Il a rencontré pour la première fois le 9 octobre le primat d’Irlande, l’archevêque Sean Brady. On espère un accord pour le 24 novembre.

24 novembre 2006 : Séance du parlement de Belfast en vue de préparer le partage du pouvoir entre catholiques et protestants, fixé au 26 mars 2007, après des élections prévues pour le 7 mars. Gerry Adams, du Sinn Féin, a désigné Martin Mac Guinness comme futur numéro deux du gouvernement mais le pasteur Ian Paisley, leader du DUP a réservé sa réponse. L’incertitude persiste donc quant à la finalisation du processus.

28 janvier 2007 : À l’initiative de Gerry Adams, Le Sinn Féin nationaliste dont les délégués sont réunis en congrès à Dublin accepte de reconnaître la légitimité de la police nord-irlandaise, composée à 80 % de protestants et héritière de l’ancienne Royal Ulster Constabulary, particulièrement détestée des catholiques qui furent nombreux à en être les victimes.

Les élections prévues en Ulster pour le 7 mars 2007 devraient normalement conduire à la restauration, le 26 mars, d’un gouvernement local associant protestants et catholiques. La seule inconnue demeure l’attitude qu’adoptera le pasteur Paisley, leader du camp protestant.

 

Conclusion

 

En dépit de la récente remise en cause de son modèle de développement, l’extraordinaire réussite du « tigre celtique », qui affichait fièrement près de 9 % de croissance économique à la fin des années 1990, a grandement changé le visage de l’Irlande. La société de consommation, l’érosion, certes relative, des crispations religieuses, la pacification de la vie politique ont fait entrer la verte Erin dans la modernité. Dans le Nord, tandis que les formations naguère les plus intransigeantes (DUP et Sinn Féin) ont fait pencher la balance démocratique en leur faveur, les accords passés entre républicains, loyalistes et Anglais laissent entrevoir une issue à l’interminable lutte dont l’Irlande a tant souffert. Le pays, après s’être tristement illustré par l’ampleur des saignées démographiques dues à la pauvreté, à la famine, aux persécutions et aux trop nombreux conflits qui ont marqué son histoire, est devenu un pays d’accueil. Sa population, l’une des plus jeunes d’Europe, tourne résolument les yeux vers l’avenir sans perdre son âme ni ses traditions. On a craint que l’entrée dans l’Union européenne puis la mondialisation ne viennent gommer les spécificités d’une identité si originale. Mais la richesse de son patrimoine, son incroyable panoplie de héros et le dynamisme de la culture gaélique continuent d’interpeller tous ceux qui partent à la découverte de l’Irlande. Pour preuve, le succès rencontré chaque année le 17 mars par la fête nationale : ce ne sont pas seulement les quatre millions d’habitants de l’Éire qui célèbrent à cette occasion la mémoire de saint Patrick, mais bien 80 millions de personnes dans le monde (dont 50 millions d’Américains) qui redécouvrent leurs racines irlandaises. Sans compter ceux qui sont tout simplement tombés sous le charme d’une terre où le voyageur ne peut que se laisser séduire par la richesse d’un patrimoine naturel et historique unique en Europe.

 

Source : http://www.clio.fr/CHRONOLOGIE/chronologie_irlande.asp

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Published by Thomas Dalet
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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 08:06

La longue marche vers l’indépendance d’une nation déchirée (1914-1949)

 

4 août 1914 : La guerre mondiale prend la guerre civile de vitesse. Redmond assure le gouvernement britannique de la loyauté de l’Irlande et la grande majorité des Volontaires le suivent, sous le nom de National Volunteers. Une minorité, conservant le nom de Volontaires irlandais (des hommes de la Citizen Army, de la Fraternité républicaine et de l’aile gauche du Sinn Féin), reste néanmoins fidèle à la neutralité prônée par Mac Neill qui, avec Pearse et Connolly, pense même pouvoir profiter de la situation pour obtenir l’indépendance totale. « We serve neither king nor kaiser but Ireland » : tel est leur mot d’ordre.

18 septembre 1914
: Le Home Rule est voté aux Communes mais le gouvernement décide de surseoir à son application en raison de la guerre. De nombreux Irlandais s’engagent dans l’armée britannique, pensant défendre les droits des petites nations (Serbie, Belgique) et, par là, la liberté même de l’Irlande. Le frère de Redmond, qui devait mourir le 7 juin 1917, écrit : « Je voudrais que tous mes amis en Irlande sachent que, en rejoignant la brigade irlandaise et en partant pour la France, je crois sincèrement que je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour le bonheur de l’Irlande. » Les Irlandais s’illustrent en Flandres ou encore aux Dardanelles. Mais dans l’armée britannique, les vexations se multiplient à l’encontre de ces troupes volontairement dispersées, sans étendard national, à qui l’on donne des officiers protestants. On estime que 270 000 Irlandais se sont engagés sous les drapeaux britanniques. Près de 50 000 mourront au cours du conflit.

Mai 1915 : Edward Carson et d’autres meneurs ulstériens entrent dans le gouvernement d’Union nationale formé par Asquith, ce qui aggrave encore les ressentiments de nombreux nationalistes irlandais. Ces derniers font une démonstration de puissance au mois d’août, lors des obsèques de O’Donovan Rossa : 100 000 personnes écoutent l’oraison funèbre prononcée pour l’occasion par Pearse.

22 avril 1916 : Le Aud, un bateau de munitions envoyé par les Allemands, doit se saborder avant d’avoir pu livrer son chargement aux nationalistes. Sir Roger Casement, à l’origine de cette opération, est arrêté et pendu pour haute trahison.

24 avril - 29 avril 1916 : « Pâques sanglantes » de Dublin. Contre l’avis du chef d’état-major des Volontaires, Eoinn Mac Neill, qui craint les conséquences tragiques du « romantisme délirant » de certains de ses hommes, Tom Clarke, Mac Diarmada, Connolly, Pearse, mais aussi Eamon De Valera ou encore John Mac Bride organisent un soulèvement. Un peu plus d’un millier de Volontaires s’emparent de la Grande Poste de Dublin, situé dans O’Connell Street, sur lequel est hissé le drapeau tricolore, hérité de la Jeune Irlande. Pearse y proclame, dans une indifférence quasi générale, que l’Irlande est désormais un « État indépendant et souverain ». Durant cinq jours, ils tiennent les principaux points de la ville, avant de capituler sous les coups des 16 000 soldats du général Maxwell, secondés par une canonnière remontant la Liffey. On relève 300 morts, 1 300 blessés et le cœur de Dublin est en ruine. La loi martiale est instaurée et 40 000 personnes sont emprisonnées. Un conseil de guerre condamne les meneurs. Seize d’entre eux sont exécutés, dont les sept signataires de la proclamation de la République : parmi eux, Patrick et Willy Pearse, Mac Donagh, Tom Clarke, John Mac Bride, James Connolly… qui ne tardent pas à devenir les martyrs de la cause irlandaise : c’est à ce moment que la population prend fait et cause pour le soulèvement inconsidéré de ces nouveaux héros. Quatre-vingt-dix-sept peines de mort sont commuées en détention à perpétuité, dont celle d’Eamon De Valera, né aux États-Unis.

Juin 1916 : Lloyd George présente à Redmond un projet d’application immédiate du Home Rule excluant temporairement les six comtés ulstériens. Mais dans le même temps, il assure Carson du caractère permanent et définitif de cette partition.

Février 1917 : Lors d’une élection partielle dans la circonscription du North Roscommon, les Irlandais désignent le comte G.N. Plunkett, père d’un des fusillés, contre le candidat modéré soutenu par Redmond qui a condamné le soulèvement de Pâques. Triomphalement élu, il reste fidèle à la doctrine du Sinn Féin en refusant de siéger à Westminster. Il est bientôt rejoint par Eamon De Valera et William Cosgrave, élus dans l’East Clare et à Kilkenny.

Juin 1917 : Londres amnistie les prisonniers. Mais tandis que les Ulstériens sont libres de détenir un véritable arsenal et de parader dans les rues, la répression à l’encontre des nationalistes se fait de plus en plus féroce. Une Convention est réunie pour résoudre la question irlandaise. Mais les Britanniques refusant d’aborder la question de l’indépendance, le Sinn Féin n’y participe pas.

25 septembre 1917 : Thomas Ashe, le commandant des forces rebelles d’Ashbourne durant la rébellion de 1916, meurt gavé de force après six jours de grève de la faim à la prison de Mountjoy.

Mars 1918 : La mort de Redmond, remplacé par John Dillon à la tête d’un parti parlementaire en pleine décomposition, marque symboliquement l’échec des tentatives pacifiques inaugurées jadis par O’Connell, Butt et Parnell. De Valera l’avait déjà remplacé à la tête du Sinn Féin.

Avril 1918 : Tandis que Plunkett présente à Lloyd George le rapport de la Convention sur l’Ulster, la Grande-Bretagne étend la loi de conscription à l’Irlande. La contestation est générale et, à l’appel de l’Irish Trade Union Congress, une grève générale paralyse l’île. La plupart des chefs nationalistes sont arrêtés, mais le gouvernement anglais devra renoncer à appliquer cette mesure par trop impopulaire.

6 mai 1918 : Le maréchal French est nommé vice-roi d’Irlande. Prenant prétexte d’un pseudo-complot allemand, il fait arrêter de nombreux chefs nationalistes, emprisonnés sans jugement, et interdit de nombreuses associations. Le Sinn Féin passe alors sous la coupe d’hommes ayant échappé aux rafles, comme Michael Collins ou encore Cathal Brugha.

Décembre 1918 : Des élections anticipées sont organisées dans le pays. Le gouvernement met tout en œuvre pour nuire au Sinn Féin dont 34 candidats sont en prison, 6 en fuite et 4 autres réfugiés aux États-Unis. Mais en dépit de la censure de son manifeste électoral, de la dispersion de ses réunions, les murs se couvrent d’affiches représentant un prisonnier en tenue de bagnard avec pour slogan « Put him in to get him out » (« élisez-le pour le sortir de là »). Le Sinn Féin triomphe en remportant 73 sièges. Les modérés ne conservent que 6 des 80 sièges qui avaient fait leur force jusqu’à présent. Les 26 élus d’Ulster sont tous unionistes.

21 janvier 1919 : À la Mansion House de Dublin, constitution d’un Parlement national, le Dail Eireann (« Assemblée d’Irlande »). Une déclaration d’indépendance ratifie la proclamation républicaine de Pâques 1916 et De Valera, toujours incarcéré, est choisi comme chef du gouvernement. Depuis sa prison, il crée de véritables institutions nationales. Des représentants sont désignés pour la Conférence de la Paix qui se tient à Paris, bercés par l’illusion que les quatorze points de Wilson et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pouvaient s’appliquer à l’Irlande. Sean T. O’Kelly, chef de la « délégation du gouvernement élu de la République irlandaise » fera antichambre en pure perte. Les Irlando-Américains ne pardonneront pas à Wilson sa responsabilité dans l’échec de la carte pacifique et diplomatique.

21 juin 1919 : Certains groupes de Volontaires, rebaptisés Irish Republican Army (IRA) passent à l’action : Dan Brean et Sean Tracy tirent les premiers coups de feu de la guerre d’indépendance en attaquant un convoi d’explosifs. Organisée par comté en compagnies, bataillons et brigades, l’IRA et ses colonnes volantes entament une guérilla incessante, omniprésente et multiforme. L’âme de la lutte armée devient alors le charismatique Michael Collins. Il constitue un réseau formidable d’informateurs et de contre-espions, s’assurant des complicités jusqu’au sein du Château lui-même.

Septembre 1919 : Dissous par les autorités anglaises, le Dail Eireann continue son action dans la clandestinité et obtient des résultats notables. Un département d’information se charge de la propagande en alimentant en faits et en chiffres plus de 900 journaux étrangers. Les conseils de comté passent sous le contrôle du Sinn Féin qui perçoit à son profit taxes et impôts. Aux États-Unis, la tournée triomphale de De Valera, qui s’est échappé de prison le 3 février, permet de récolter plus de 5 millions de dollars. Les fonds du parti sont cachés en Irlande ou déposés en banque en fidéicommis : un magistrat chargé de les localiser est abattu en pleine rue. Enfin, tout le système judiciaire anglais est rapidement supplanté par les tribunaux d’arbitrage des nationalistes, auxquels mêmes les unionistes s’adressent de préférence à la justice officielle, devenue impuissante.

1920 : Le gouvernement britannique déclare illégal le Dail Eireann, le Sinn Féin et la ligue Gaélique. Dans la seule année 1920, 176 policiers et 54 soldats sont tués dans des attentats. À Pâques, les archives d’une centaine de bureaux de perception sont détruites par l’IRA.

Mars 1920 : Le Château est réorganisé et le général Nevil Macready est nommé commandant en chef des forces en Irlande avec pour mission de « supprimer la rébellion par tous les moyens ». Deux mois plus tard, le général Tudor prend la tête de la Royal Irish Constabulary : la direction des opérations allait désormais échapper à la bureaucratie anglo-irlandaise. Les constables sont néanmoins quotidiennement attaqués par l’IRA et victimes d’un ostracisme éprouvant. Totalement discrédités par les exactions des Blacks and Tans et des Auxies, les forces spéciales recrutées parmi les anciens officiers et soldats britanniques, ils sont nombreux à démissionner.

Avril - juin 1920 : De violents incidents éclatent dans le quartier catholique du Bogside, à Londonderry.

Août 1920 : Tous les catholiques de Lisburn et de Banbridge, dans le nord, sont chassés de chez eux et voient leurs biens détruits. L’IRA, trop faible au nord de la frontière, est impuissante à protéger ses coreliogionnaires de la fureur orangiste.

25 octobre 1920 : La mort en prison de Terence Mac Swiney, lord-maire de Cork, après une grève de la faim de soixante-quatorze jours, suscite une forte émotion dans le monde entier.

Ier novembre 1920 : Une Ulster Special Constabulary est adjointe aux forces de police dans le nord : les orangistes sont ainsi officiellement armés par les autorités.

21 novembre 1920 : « Bloody Sunday ». Dans le cadre de la lutte implacable menée contre les réseaux d’informateurs à la solde du Château, Collins fait assassiner onze officiers de renseignements britanniques par huit commandos de l’IRA. En guise de représailles, l’après-midi même, un détachement de Blacks and Tans et d’auxiliaires fait irruption dans le stade de Croke Park, et tire sur les spectateurs qui assistaient à un match de foot gaélique, faisant 12 morts et 60 blessés.

11 décembre 1920 : Suite à une attaque de l’IRA, la ville de Cork est entièrement mise à sac par des bandes de Blacks and Tans et d’auxiliaires. Sir Henry Wilson enrage de voir l’Irlande ainsi livrée au chaos et aux représailles « non officielles » de forces incontrôlées.

23 décembre 1920 : Lloyd George fait voter par une majorité exclusivement anglaise le Government of Ireland Act, souvent appelé Partition Act puisqu’il consacre la séparation de 6 des 9 comtés de l’Ulster du reste de l’Irlande. La division de l’île ne respecte ni les limites provinciales ni les clivages confessionnels : deux comtés ont en effet une majorité catholique.

Au nord, 430 000 catholiques (un tiers de la population) sont laissés au bon vouloir des protestants. En revanche, les 327 000 protestants du sud (10 % de la population) sont investis d’un véritable droit de veto dans les institutions prévues. Une autonomie assez large est prévue de part et d’autre de cette frontière, l’unité n’étant maintenue que par un vague Conseil d’Irlande. Mais le Parlement ne sera jamais mis en place dans le sud, le Sinn Féin majoritaire y constituant une nouvelle assemblée révolutionnaire.

24 février 1921 : Les juges de la cour du Banc du roi reconnaissent officiellement qu’il existe un état de guerre en Irlande, ce que le gouvernement britannique s’était jusque-là refusé à reconnaître, ne parlant que de troubles criminels. Au même moment, le général Crozier, à la tête des Auxies, démissionne avec éclat après que le général Tudor eut refusé de ratifier les sanctions qu’il avait prononcées contre un groupe d’auxiliaires, pris sur le fait dans une opération de pillage près de Trim, dans le comté de Meath.

Mars 1921 : Le Dail déclare assumer la responsabilité des actes de l’IRA.

Mai 1921 : En Ulster, les unionistes enlèvent 40 sièges sur 52 lors des élections. Sir James Craig devient Premier ministre. Dans le Sud, les Sinn Feiners obtiennent 124 sièges sur 128 (les 4 autres élus représentant en réalité les députés unionistes de Trinity College) et refusent de siéger au Parlement de Dublin. La guérilla continue : Custom House est incendiée, ainsi que les archives de la douane de la capitale.

22 juin 1921 : À l’occasion de l’inauguration du Parlement nord-irlandais, George V lance depuis Belfast un vibrant appel à la paix.

11 juillet 1921 : Après des pourparlers entre sir James Craig, Premier ministre de l’Irlande du Nord, et De Valera, tous deux réunis à l’initiative de Lloyd George, une trêve est signée entre l’IRA et l’armée britannique. De façon générale, l’opinion anglaise n’approuve plus la politique irlandaise de Lloyd George. De nombreuses personnalités, des intellectuels mais aussi des évêques anglicans dénoncent la politique de violence inhumaine perpétrée dans l’île voisine. Ainsi, le rapport Henderson, mandaté par le parti travailliste, conclut : « Il a été fait en Irlande au nom de la Grande-Bretagne, des choses qui font que son nom doit être en horreur au monde. L’honneur de notre pays a été gravement compromis. Non seulement il existe en Irlande un règne de terreur qui devrait faire rougir de honte tout citoyen britannique, mais il y a une petite nation tenue en sujétion par un empire qui s’est fièrement vanté d’être l’ami des petites nations. » Mais les discussions tournent court entre De Valera, qui se considère comme le Président de la République irlandaise, et le Premier ministre anglais qui ne voit en lui que « le leader choisi par la grande majorité des Irlandais du Sud ». Ce dernier, qui en 1920 qualifiait encore la nationalité irlandaise « d’artifice et d’imposture », refuse d’entendre parler de souveraineté et d’indépendance et ne propose qu’un statut de Dominion. Partisan d’une association externe au Commonwealth, De Valera refuse alors de conduire la délégation irlandaise devant négocier avec les autorités anglaises au 10 Downing Street. Craignant peut-être de se discréditer auprès de l’opinion publique, il laisse cette tâche difficile à Griffith et Collins.

Novembre 1921 : Roderic Connolly, le fils de James Connolly, fonde le Parti communiste irlandais qui ne rencontrera jamais véritablement d’écho dans l’opinion publique.

6 décembre 1921 : Sous la menace d’une reprise de la guerre « immédiate et terrible », les plénipotentiaires irlandais (Duffy, Collins et Griffith) signent le traité de Londres. L’État libre d’Irlande reçoit le statut de dominion et devient membre du Commonwealth. Une très large autonomie, y compris sur le plan douanier et militaire, lui est reconnue. En revanche, un certain nombre de bases navales sont concédées à l’Angleterre. Les membres du gouvernement doivent prêter serment d’allégeance non pas à la Couronne, qui conserve un représentant en Irlande, mais à la Constitution. Les six comtés du Nord se voient confirmés le droit de sécession, une commission devant se pencher sur le tracé de la frontière et notamment sur le problème des comtés litigieux de Tyrone et Fermanagh, à majorité catholique. La suprématie anglaise établie en 1172 prenait fin, l’Union de 1800 était dissoute : c’était bien la fin du gouvernement colonial. Mais ce traité humilie les conservateurs unionistes et divise profondément les nationalistes irlandais : en dépit des propos rassurants de Michael Collins qui voyait dans ce texte « assez de liberté pour parachever la liberté », il fallait encore renoncer à l’indépendance totale et à l’unité territoriale, tout en acceptant certains symboles de la souveraineté impériale. En revanche, l’Église soutient le traité qui a le mérite, à ses yeux, d’éviter la mise en place d’un régime républicain.

7 janvier 1922 : À l’issue de longues semaines de débats passionnés, portant essentiellement sur les modalités de l’État à construire en Irlande du Sud et très peu sur le problème de la partition, le Dail ratifie le traité par 64 voix contre 57. De Valera démissionne de son poste de président. Griffith le remplace et forme un gouvernement provisoire.

1922 : En Irlande du Nord, un Civil Authorities Special Power Act prévoit une abdication des pouvoirs du Parlement au ministre de l’Intérieur, en cas d’atteinte à la sûreté de l’État.

Avril 1922 : Sous la direction de Rory O’Connor, des membres de l’IRA hostiles au traité s’emparent de Four Courts, le palais de justice de Dublin. Le gouvernement provisoire se refuse à employer la force pour les déloger : une trêve est signée pour préparer les élections.

16 juin 1922 : Lors des élections, 92 députés favorables au traité sont élus. Ses adversaires, avec seulement 36 sièges, sont battus, mais choisissent néanmoins de conserver le nom de Sinn Féiners.

Été 1922 : Le gouvernement nord-irlandais de Belfast établit un régime très dur envers les catholiques, qui représentent pourtant un tiers de sa population. Des émeutes à Belfast font près de 450 morts. En représailles, deux Sinn Féiners assassinent à Londres le maréchal Wilson, qui venait d’être élu député unioniste en Irlande du Nord. Sous la pression des autorités britanniques, Collins et Griffith réclament alors l’évacuation du palais de justice, qui était devenu le quartier général des républicains. C’est le début de la guerre civile. Le bâtiment n’est repris qu’après une semaine de combats (28 juin-5 juillet). Cathal Brugha, l’ancien ministre de la Défense du Dail révolutionnaire, préfère mourir l’arme au poing plutôt que de se rendre. Il faut attendre la mi-juillet pour que l’armée gouvernementale de Michael Collins ne reprenne entièrement possession de la ville. La rupture est consommée entre les pragmatiques rassemblés autour de Collins et Griffith et les partisans intransigeants d’une indépendance complète représentés par Eamon De Valera.

Août 1922 : Arthur Griffith, désespéré par la dégradation de la situation, meurt d’une crise cardiaque. Le 20 août, en route pour Limerick afin d’offrir aux républicains « la paix des braves », Michael Collins est tué à 32 ans par une balle irlandaise dans une embuscade près de son village natal dans le comté de Cork, grand centre de la résistance républicaine. Au lendemain de la signature du traité de Londres, il avait écrit à un ami : « Tu vois, ce matin, j’ai signé mon arrêt de mort. » Cosgrave et O’Higgins les remplacent à la tête du gouvernement provisoire.

25 octobre 1922 : Le Dail adopte la nouvelle constitution. Le Parlement britannique et le Roi en prennent acte, laissant le nouveau régime naître dans l’équivoque : à qui revient réellement la souveraineté de l’Irlande ?

17 novembre 1922 - 2 mai 1923 : soixante-dix-sept républicains entrés en rébellion par hostilité au compromis passé avec l’Angleterre sont exécutés. La répression du nouvel État irlandais est encore plus meurtrière que celle des autorités britanniques.

17 décembre 1922 : En pleine guerre civile, les dernières troupes anglaises quittent le sol irlandais.

1923 : Les partisans de Griffith et de Collins fondent le Cumann na nGaedheal (la « communauté des Gaëls »), pour défendre le régime issu du traité de 1921.

24 mai 1923 : Après la mort de Liam Lynch, le chef d’état-major de l’IRA, dans les montagnes du Tipperary, De Valera appelle ses partisans à renoncer à la lutte armée. Ses adversaires continuent néanmoins de le considérer comme le premier responsable de la guerre civile, qui prend fin en mai. Le bilan de celle-ci est effroyable : on dénombre des milliers de morts, les familles sont déchirées, les dégâts matériels considérables (plus de 30 millions de livres). La fibre morale du pays est détruite.

27 août 1923 : De Valera est triomphalement élu dans le comté de Clare. Lors de ces élections, Cosgrave, héritier de Michael Collins et d’Arthur Griffith, emporte 66 sièges, le Sinn Féin d’Eamon De Valera 44.

6 mars 1924 : Le major général Liam Tobin, un vétéran du Squad de Collins, hostile à la politique de compression des effectifs militaires, présente un ultimatum au gouvernement. La mutinerie qui s’ensuit est réprimée, les officiers compromis avec la vieille garde de l’IRA et de l’IRB sont révoqués.

Été 1924 : Les détenus républicains, qui étaient encore plus de 11 000 l’année précédente, sont libérés mais cette mesure d’amnistie ne suffit pas pour pacifier les esprits.

Octobre 1924 : L’État libre d’Irlande désigne un représentant diplomatique séparé à Washington.

1925 : Joe Devlin, un ancien député du parti parlementaire irlandais pour Belfast-Ouest, se décide à siéger à la Chambre des communes à Belfast sans arriver néanmoins à créer une ligue du Nord rassemblant tous les catholiques. La plupart d’entre eux refusent de prendre part à la vie politique.

17 décembre 1925 : Le Dail ratifie le tracé de la frontière établi en 1920.

Mars 1926 : Des leaders sinn féiners comme De Valera et Buachalla préconisent de sortir de l’illégalité, de renoncer à la lutte armée pour participer à la vie parlementaire. Mis en minorité au congrès du Sinn Féin, ils quittent le mouvement qui va devenir le refuge des extrémistes : l’opposition extraparlementaire explose, l’IRA rompt définitivement avec le Sinn Féin. Une minorité radicale continue ainsi à refuser tout compromis sur l’indépendance complète et sur la question de l’Ulster laissé aux protestants.

16 mai 1926 : De Valera fonde un nouveau parti, le Fianna Fáil (les « Soldats de la Destinée »), constitutionnel dans ses méthodes et dans ses buts. Son programme repose sur la rédaction d’une nouvelle constitution, l’annulation du paiement des annuités à la Grande-Bretagne et la fin de la partition. Si De Valera cherche à terme à supprimer le serment d’allégeance, il enjoint ses fidèles de le prêter afin de pouvoir se présenter aux élections. Son programme, plus ferme à l’égard de l’Angleterre et plus avancé dans le domaine social par rapport à celui de Cosgrave, lui vaut l’appui du petit parti travailliste.

Juin 1926 : Le Fianna Fáil remporte 57 sièges sur 153. Jim Larkin, fondateur de l’Irish Worker’s League, est également élu dans la circonscription nord de Dublin.

10 juillet 1927 : Un groupe dissident de l’IRA assassine Kevin O’Higgins, le vice-président de l’État libre, considéré comme l’homme fort du régime. L’attentat est publiquement condamné par De Valera.

10 août 1927 : Les députés du Fianna Fáil entrent enfin au Parlement après avoir accepté de prêter serment d’allégeance.

1929 : En Irlande du Nord, les unionistes abandonnent la représentation proportionnelle qui leur assurait déjà pourtant la majorité, pour un scrutin majoritaire à un seul tour, visant les partis minoritaires libéraux et travaillistes. Ils monopolisent toujours davantage le pouvoir politique. Dans le Sud, le Dail vote une loi sur la censure des publications : les œuvres de Boccace, Colette, Montherlant, Proust, Steinbeck, Joyce… ne peuvent être publiées. En 1923 avait déjà été instaurée la censure cinématographique, ainsi que la réglementation des heures d’ouverture des débits de boissons.

1931 : Le Statute of Westminster libère les dominions de la tutelle de Westminster, donnant à l’Irlande le pouvoir et le droit d’abroger purement et simplement n’importe quelle décision du traité ou de la Constitution. Une nouvelle organisation socialisante, le Saor Eire, se détache de l’IRA traditionnelle en septembre. Le conseil du comté de Mayo est dissout, pour avoir refusé de nommer une protestante à la direction du conseil. Un commissaire investit la postulante. Fondation de Muintir na Tire (« Le Peuple de la Terre ») par le père John Hayes, mouvement social d’inspiration catholique pour stimuler le mouvement coopératif.

1932 : Cosgrave perd les élections. Il faut dire qu’il a dû réprimer l’agitation d’extrême gauche républicaine (le Saor Eire, le mouvement An Phoblacht et la Cumann na Bhan). Son action a également pâti des effets de la crise mondiale. De Valera a présenté le Fianna Fáil comme parti de l’indépendance nationale, a promis d’ouvrir les prisons et d’abroger le Public Safety Act interdisant l’IRA. Cette dernière organise le 19 juin une manifestation spectaculaire en rassemblant quinze mille personnes sur la tombe de Wolfe Tone. De Valera devient donc, avec 72 sièges et le soutien des travaillistes, le chef du conseil exécutif d’un dominion de la couronne britannique. Les vaincus de la guerre civile tiennent leur revanche, les anciens gunmen investissent les ministères. Dès le début de son gouvernement, De Valera refuse de payer les annuités foncières correspondant aux sommes que les paysans irlandais devaient payer aux landlords en guise de dédommagement pour le rachat de leurs terres. Le gouvernement britannique réagit par des sanctions économiques, en privant les produits irlandais du système de préférence impériale et en les frappant d’une surtaxe douanière (40 % ad valorem sur le bétail). De Valera voit là un moyen de stimuler l’industrie du pays. Il supprime également le serment d’allégeance à la Constitution, ce sur quoi la Grande-Bretagne ne cédera qu’en 1935. Enfin, il prend le parti d’ignorer le gouverneur général en Irlande : James Mac Neill est ainsi boycotté puis contraint de démissionner.

1932 : Naissance d’une amicale d’anciens soldats et d’officiers de l’État libre, l’Army Comrades Association (ACA). Présidée par le colonel O’Higgins, frère du ministre assassiné, elle se dresse bientôt contre les forces du désordre, à savoir l’IRA et les communistes. L’IRA dénonce les tendances factieuses et antirépublicaines du mouvement qui adopte le salut à l’italienne et se donne un uniforme qui lui vaudra le surnom de Blue Shirts. Le général Eoinn Mac Duffy (ou O’Duffy), le populaire chef de la police de l’État libre, en prend la direction et rebaptise l’association « Garde nationale », tout en lui donnant une coloration anticommuniste, corporatiste et antiparlementaire.

Septembre 1932 : De Valera est porté à la présidence du conseil de la SDN et inaugure la session de l’assemblée par un coup d’éclat, en dénonçant dans son discours les tares de l’organisation et le désarroi des petites nations réduites à l’impuissance par les intrigues des grands États.

Novembre 1932 : Le prince de Galles inaugure le Stormont, le nouveau siège du Parlement nord-irlandais.

1933 : Pour renforcer sa position, De Valera fait procéder à de nouvelles élections. Disposant de la majorité des voix, le Fianna Fáil en profite pour faire voter un amendement constitutionnel abolissant le droit de veto du roi sur les lois votées par le Parlement irlandais. L’assistance aux chômeurs est mise en place. Une taxe sur les journaux anglais est instaurée.

Février 1933 : L’Army Council, l’organe suprême de l’IRA, publie un manifeste détaillant ses griefs contre le gouvernement De Valera, à qui il est notamment reproché de perdre de vue l’unification du pays et de ne pas soutenir les attaques de l’organisation clandestine sur la frontière, le Border. L’IRA n’en reste pas moins divisée quant à l’opportunité d’adopter les thèses socialistes de Connolly et de Liam Mellows, prônant sa transformation en une « fraction armée du prolétariat ».

8 septembre 1933 : Les partis d’opposition décident de s’unir : le Cumann na nGaedheal et le National Centre Party se rapprochent ainsi des « Chemises bleues » au sein du Parti de l’Irlande unie ou Fine Gael (la « famille des Gaels »), avec Duffy pour président. Les Chemises Bleues deviennent le mouvement de jeunesse du parti sous le nom de Young Ireland Association. Mais Cosgrave quitte rapidement l’organisation pour ne pas avoir à suivre les excès totalitaires de son chef.

1934 : Création d’une compagnie nationale, le Turf Board (plus tard rebaptisée Bord na Mona) pour favoriser l’extraction de la tourbe. En février, une loi interdit le port d’uniformes et d’insignes. Elle est explicitement dirigée contre la Young Ireland Association, rebaptisée pour cause de dissolution la League of Youth.

Septembre 1934 : Tandis que le bouillant O’Duffy est contraint d’abandonner la direction du Fine Gael, l’IRA éclate : 4 000 de ses 30 000 membres rejoignent le Republican Congress Party qui reçoit le soutien compromettant du parti communiste. Cette nouvelle expérience politique prendra fin dès 1936. Près de 200 de ses membres s’engageront alors dans les brigades internationales de la République espagnole. Duffy, quant à lui, rejoint les troupes de Franco avec plusieurs centaines de volontaires.

1935 : Dans le Nord, le Summary Jurisdiction and Criminal Justice Act crée l’infraction de « conduite émeutière, désordonnée ou indécente » sur la voie publique. Les rapports entre la Grande-Bretagne et l’Irlande s’améliorent, grâce à l’action de M. MacDonald, le nouveau ministre des Dominions. Un accord charbon-bétail est signé.

1936 : Dans l’Executive Authority External Relations Act, le roi est reconnu comme un simple symbole de coopération entre les États du Commonwealth. Par ailleurs, le 27e amendement voté à la Constitution de 1922 supprime toute référence au souverain et au gouverneur général.

Mai 1936 : Le Sénat irlandais, dont l’une des seules raisons d’être avait été de représenter l’unionisme, est aboli. Des opérations de grande envergure sont menées contre l’IRA qui a repris une campagne d’attentats. Maurice « Moss » Towney, le chef de l’organisation, est arrêté.

Juin 1936 : Face aux menées italiennes en Éthiopie et à l’échec de la SDN, De Valera prône la neutralité pour les petites nations.

Ier juillet 1937 : Eamon De Valera fait voter une nouvelle Constitution (rédigée en gaélique et en anglais) créant l’Eire, un État démocratique, indépendant et souverain, doté d’un président. Elle doit en théorie s’appliquer à l’île entière. L’influence du catholicisme social et l’imprégnation confessionnelle du texte, placé sous l’invocation de la Sainte Trinité, n’échappent pas aux protestants. Le mariage est déclaré indissoluble et la position spéciale de l’Église catholique reconnue (non pas du fait de sa supériorité mais parce qu’elle est pratiquée par l’immense majorité des Irlandais). Yeats prévient pourtant le président que « si vous montrez que ce pays va être gouverné uniquement par une idéologie catholique, vous n’obtiendrez jamais le Nord ». La Constitution n’est approuvée que par moins de 40 % des électeurs. Le nombre des abstentionnistes s’élève à un demi-million : l’Irlande reste profondément divisée.

1938 : Le Fine Gael de Cosgrave, et le Fianna Fáil s’accordent sur le nom de Douglas Hyde, le protestant inspirateur de la renaissance gaélique, pour l’élection présidentielle. Il devient le premier Président de l’Eire.

Avril 1938 : Un accord anglo-irlandais met fin à la guerre des tarifs : l’Irlande se reconnaît redevable d’une somme globale de dix millions de livres sterling en échange de la suppression du système des annuités. Chamberlain accepte par ailleurs de restituer, sans contrepartie, les bases navales concédées aux Anglais en 1921.

1939 : De Valera prononce l’illégalité de son ancienne organisation, l’IRA, qui persiste dans ses activités terroristes, au nom du combat pour l’unité territoriale. L’organisation, en obtenant des membres du second Dail républicain de 1920 qu’ils abdiquassent leur pouvoir entre ses mains, continue de se considérer comme le gouvernement de jure du pays.

16 janvier 1939 : À l’expiration d’un ultimatum du chef de l’IRA, Sean Russell, exigeant l’évacuation par les troupes anglaises de l’Irlande du Nord, huit explosions retentissent à Londres, Birmingham, Manchester et Liverpool. Durant les quinze mois suivants, près de 200 attentats seront perpétrés sur le sol anglais : des stations balnéaires, les gares londoniennes de King’s Cross et de Victoria seront ainsi touchées. Les gouvernements de Dublin et de Londres réagissent de concert : bientôt traqués par toutes les polices, les membres de l’IRA marquent le pas. La Seconde Guerre mondiale verra le recul de l’organisation, notamment après l’affaire rocambolesque du 30 juin 1941 qui décrédibilisera l’organisation aux yeux de l’opinion : Stephen Hayes, le successeur de Sean Russell, est torturé par les siens et contraint d’avouer sa trahison au profit du gouvernement. Ayant réussi à s’échapper, c’est au poste de police le plus proche qu’il trouve refuge.

1939 - 1945 : Lorsque commence la Seconde Guerre mondiale, le 3 septembre 1939, De Valera entraîne son pays dans une politique de stricte neutralité : son refus d’aider la Grande-Bretagne est clair. Il s’agit là pour lui d’affirmer pour la première fois l’indépendance véritable de son pays. Durant tout le conflit, cette neutralité irlandaise constitue un lourd handicap pour les Anglais qui ne peuvent plus disposer des bases de Cobh et de Berehaven. Le 26 juin 1940, en désespoir de cause, Churchill propose de mettre fin à la partition en échange de l’entrée en guerre de l’Irlande. De Valera refuse un tel marché de dupes, à la merci du veto ulstérien. Le blocus économique de l’île commence alors et le rationnement doit bientôt être instauré. Dans le Nord, le gouvernement britannique renonce à étendre la loi de conscription, d’autant plus que près de 40 000 volontaires s’engagent aux côtés des Anglais. En avril, Belfast doit subir les foudres du Blitz qui cause la mort de plus de 700 personnes. Les Américains s’installent dès le début de l’année 1942 à Londonderry. L’Allemagne, quant à elle, a envoyé quelques agents prendre contact avec les nationalistes pour créer les conditions d’un soulèvement général. Leur mission se solde par un échec total, d’autant plus que l’IRA se déchire en querelles internes. Néanmoins, en août 1944, près de 165 000 Irlandais combattent sous le drapeau britannique. Les Irlandais du Sud recevront plus de Victoria Cross, à proportion de leur population, que n’importe quel pays du Commonwealth. Près de 200 000 travailleurs sont également venus relayer dans les usines anglaises les ouvriers mobilisés. L’Irlande coopère activement avec les Alliés dans le domaine de l’espionnage. Mais tandis que les protestants d’Ulster gagnent pour longtemps la sympathie reconnaissante des Anglais, l’opinion britannique ne décolère pas à l’encontre de la politique officielle du Sud, également condamnée par les Américains.

1940 : La Constitution du Labour Party irlandais remplace dans son programme « la République des travailleurs » par « une force de gouvernement républicaine » et met l’accent sur la reconnaissance de la propriété privée. Un tel discours témoigne de la paralysie de la gauche irlandaise qui, fait unique en Europe, s’embourgeoise, faute de rencontrer ne serait-ce qu’un mince écho dans une population foncièrement conservatrice. Il faut dire aussi que les différents gouvernements ont mené une véritable politique sociale dans le domaine de l’emploi, de l’assistance sociale ou encore du logement.

Mai 1944 : Le Fianna Fáil obtient la majorité absolue des sièges au Dail, donnant ainsi la mesure de la popularité de son chef et de sa politique de neutralité. Le chef du Fine Gael, Richard Mulcahy, n’est même pas élu.

1945 : Sean T. O’Kelly, un proche de De Valera, est élu Président de la République.

Mai 1946 : L’ancien chef d’état-major de l’IRA, Sean Mac Caughey, meurt en prison d’une grève de la faim.

1947 : Samuel Hall-Thompson, ministre de l’Éducation du Nord, fait instituer l’éducation secondaire pour tous aux frais de l’État. Sa mesure déclenche la colère des ultras des deux communautés, mais elle prépare à long terme une véritable révolution sociale. C’est cette loi qui permettra par exemple à John Hume (prix Nobel de la paix en 1998), fils d’un ouvrier chômeur du Bogside, de faire ses études au St Columb’s College de Londonderry.

1948 : Un nouveau parti fait une percée aux élections. Le Clann na Poblachta (les « Enfants de la République ») est animé par d’anciens internés de l’IRA, préférant la voie constitutionnelle à la violence, et des dissidents du Fianna Fáil. Son chef, Sean Mac Bride, est le fils d’un des insurgés de Pâques 1916 et de Maud Gonne, l’égérie de Yeats. Il reprend à son compte les éléments du programme populiste du Fianna Fáil d’antan. L’ensemble de l’opposition s’unit sous la bannière du slogan « put them out » : « sortez les sortants ».

1948 - 1951 : Mis en minorité, De Valera doit céder la place à cet amalgame hétérogène. Un gouvernement est constitué sous la direction de John A. Costello.

Novembre 1948 : Abrogation de l’External Relation Act de 1936.

1949 : Afin de mettre un terme à la polémique sur la forme de l’État, le jour de Pâques, la République est officiellement proclamée devant la Grande Poste par le Fine Gael, qui était pourtant jusqu’à présent le parti le plus attaché au Commonwealth. Tous oublient la réputation d’antirépublicanisme qui avait été la sienne du fait de ses accointances passées avec les Blue Shirts. De Valera ne participe pas à la manifestation en signe de protestation contre la proclamation d’une République irlandaise amputée de ses comtés du nord-est. De fait, l’Ireland Act officialise la politique de Londres – et donc la partition – à l’égard de l’île sœur. L’Irlande refuse d’adhérer à l’Otan, tant que sa souveraineté sur l’île ne sera pas pleine et entière. Les États-Unis, déjà présents en Irlande du Nord, refusent en retour de conclure avec elle tout accord bilatéral.

 

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 08:04

 Le combat pour la terre et la liberté

 

1850 : Échec de la Ligue des droits du tenancier (l’Irish Tenant League) de Duffy, qui prônait la constitution d’une opposition indépendante, en rupture avec la politique d’alliance avec les whigs inaugurée par O’Connell.

1851 : 250 000 Irlandais émigrent encore cette année-là. Au départ du Connaught et du Munster le plus souvent, les régions les plus pauvres mais aussi les plus irlandaises, ils quittent leur île à bord de véritables « cercueils flottants ». « Si l’on pouvait dresser des croix sur l’eau, la route des émigrants à travers l’Atlantique serait comme un immense cimetière », écrivait alors un commissaire à l’émigration.

1854 : Naissance des chantiers navals Harland et Wolff à Belfast, renforçant le caractère industriel du développement économique de l’Ulster, déjà fort de ses filatures de lin.

1856 : Engels et sa femme, une ouvrière irlandaise rencontrée à Manchester, visitent l’Irlande. « En aucun autre pays d’Europe, écrira-t-il plus tard à Marx, la domination étrangère n’a pris cette forme directe de l’expropriation des indigènes. »

Été 1857 : Dans le nord, les commémorations de la bataille de la Boyne et de la levée du siège de Derry donnent lieu à des violences contre les catholiques. Les attentats terroristes se multiplient sous l’impulsion de sociétés secrètes comme le Phoenix Club, fondé par un ancien révolutionnaire de 1848.

Mars 1858 : Dans une scierie de Lombard Street à Dublin, James Stephens jette les bases de l’Irish Republican Brotherhood, une société secrète vouée à l’instauration par la force d’une république irlandaise indépendante et démocratique. À l’automne suivant, il intronise John O’Mahony « organisateur suprême et directeur de l’IRB en Amérique », où il doit regrouper les exilés et relancer de l’extérieur le combat nationaliste. Bientôt, les membres de cette « fraternité » prennent le nom de fenians, en souvenir des guerriers de Finn Mac Cumhaill, les héroïques défenseurs de l’Irlande épique. Organisée en cercles subordonnés à un centre, la société se développe dans les régions du sud et de l’est de l’Irlande où elle supplante les vieilles sociétés secrètes agraires, tout en se heurtant à l’opposition de l’Église.

Mai 1860 : Dans un article intitulé « The Irish Exodus », le Times souligne l’ampleur de l’émigration irlandaise et jette un cri d’alarme : « Il y aura encore une Irlande, mais une Irlande colossale et une Irlande située dans le Nouveau Monde. Nous n’aurons fait que pousser le Celte vers l’ouest. Cessant désormais d’être emprisonné entre la Liffey et le Shannon, il se répandra de New York à San Francisco. Ceignons nos reins pour être en mesure d’affronter la Némésis de sept siècles de mauvais gouvernement. »

1861 : La dépouille d’un des révolutionnaires de 1848, Terence Mac Manus, est rapatriée de San Francisco à Dublin. L’archevêque de Dublin condamne la manifestation qui rassemblera pourtant plus de 30 000 personnes, témoignant de l’influence des réseaux fenians.

1863 : James Stephens fonde l’hebdomadaire The Irish People. Avec Jeremy O’Donovan Rossa, John O’Leary et Charles Kickham, il y attaque les nationalistes constitutionnels.

1865 : Échec d’un projet de soulèvement de l’IRB. The Irish People est interdit.

1866 : En Amérique, des rivaux de O’Mahony, contestant l’opportunité d’un soulèvement en Irlande, envahissent le Canada et occupent le fort Érié. En Irlande, l’IRB est démantelée. La fraternité passe bientôt sous le contrôle des officiers irlando-américains ayant combattu durant la guerre de Sécession.

1867 : Matthew Arnold, un critique anglais, publie Study on celtic litterature, où il loue la finesse et la spiritualité celtiques par opposition au philistinisme et à l’utilitarisme anglo-saxons.

Mars 1867 : Un nouveau soulèvement nationaliste tourne au fiasco, en raison du noyautage de l’organisation par les Anglais et du manque de soutien du clergé et donc de la population. À Manchester, trois fenians sont arrêtés lors de l’évasion de l’un des leurs. Ils sont condamnés à mort. Timothy Sullivan compose en mémoire de ces martyrs de Manchester « God save Ireland », qui restera l’hymne du nationalisme irlandais jusqu’en 1916.

Septembre 1867 : Les nationalistes vengent leur mémoire en perpétrant un attentat meurtrier à Londres.

1868 : Assassinat à Ottawa par les fenians de Thomas d’Arcy Mac Gee, un ancien de la Jeune Irlande devenu membre du gouvernement canadien. En Angleterre, l’arrivée au pouvoir du libéral William Ewart Gladstone, foncièrement convaincu de la nécessité de se pencher sérieusement sur la question irlandaise, va marquer une évolution importante dans l’histoire de l’île.

1869 : « Nous sommes lentement, douloureusement, arrivés à la conclusion que l’Irlande doit être traitée à tous égards comme un pays libre, et doit être gouvernée comme tous les autres pays libres selon les sentiments de sa majorité et non de sa minorité. » C’est dans cet état d’esprit que Gladstone fait voter la loi de désétablissement, une loi de séparation de l’Église d’Irlande et de l’État. Les deux tiers environ des biens de l’Église anglicane d’Irlande sont attribués aux églises catholiques et presbytériennes ainsi qu’à des fondations charitables.

Octobre 1869 : La bataille pour l’amnistie des prisonniers politiques et la mobilisation de l’opinion publique contre le régime carcéral rassemblent 100 000 personnes à Cabra, près de Dublin.

1870 : Le premier Land Act irlandais étend à l’ensemble de l’île la coutume d’Ulster, plus favorable aux tenanciers qui peuvent désormais tirer bénéfices des améliorations apportées à le terre, sans craindre d’être chassés s’ils s’acquittent des obligations de leur bail. À Dublin naît une association en faveur du Home Rule, réclamant l’autonomie locale de l’île à l’intérieur du Royaume-Uni. L’Irlande aurait alors une double représentation : une à Westminster pour les affaires impériales, une autre à Dublin pour ses affaires internes. Ce projet, de type fédéral, est alors défendu par l’avocat protestant Isaac Butt.

1872 : Le Ballot Act institue le scrutin secret, ruinant définitivement l’autorité des landlords dans les élections législatives.

1873 : L’association pour le Home Rule se transforme en parti, la Home Rule League. L’IRB change de constitution et d’orientation tactique : une nouvelle organisation, le Clan na Gael, se substitue à la vieille fraternité feniane qui se scinde en trois factions distinctes, après la sortie de prison des principaux leaders. John Devoy, avec The New Departure, milite pour un front commun de toutes les forces progressistes. Jeremiah O’Donovan Rossa, idéaliste et violent, reste quant à lui partisan de la bombe et du revolver. Enfin, O’Leary et Kickham représentent l’intransigeance de la vieille garde feniane dans l’attente d’un nouveau 1867. Gladstone présente un projet de loi visant à réorganiser l’enseignement supérieur en Irlande, par le biais d’une université unifiée. C’est un échec.

1874 : Aux élections de janvier, une soixantaine de députés se réclamant de l’association pour le Home Rule sont élus et constituent un tiers parti souvent indispensable pour établir ou consolider une majorité à la Chambre des communes.

1875 : À Westminster, des nationalistes constitutionnels comme Joseph Biggar lancent la tactique de l’obstruction, le filibustering : ils bloquent le travail parlementaire par des interventions interminables (en 1877, ils réussiront ainsi l’exploit de faire durer une séance parlementaire vingt-six heures de suite). Sous la direction d’un député du Meath, Charles Parnell, un jeune propriétaire protestant gagné à la cause irlandaise après l’exécution des martyrs de Manchester, ils cherchent à attirer l’attention des fenians encore partisans de l’action directe. La tactique de conciliation d’Isaac Butt étant de plus en plus mal perçue, Parnell le remplace bientôt à la tête du parti et devient l’idole des nationalistes irlandais.

1876
: Le père Nolan fonde la Society for the Preservation of the Irish Language.

1877 - 1880
: Suite à une série de mauvaises récoltes, les évictions reprennent.

1878 : Standish O’Grady, un landlord conservateur, humilié par la condescendance anglaise à l’égard de l’Ascendancy coloniale, publie une Histoire d’Irlande : la période héroïque. À sa lecture, George Russell qui deviendra l’une des figures du renouveau gaélique de la fin du siècle, s’exclame : « C’était la mémoire de ma race qui s’éveillait en moi ! »

1879 : À sa sortie de prison, Michael Davitt, fils de petit fermier expulsé et ancien fenian, comprend la nécessité d’unir les causes agraire et nationaliste. Aux États-Unis, il récolte des fonds auprès des Clan na Gael (« enfants des Gaels »). Il fonde la Ligue agraire (Land League) dont le programme se résume aux « 3 F » : Fixity of tenure (un contrat stable de fermage interdisant l’éviction), Fair rent (un juste loyer), Free sale (la liberté de vente). Sollicité, Parnell prend alors le risque politique d’épouser la cause de l’agitation sociale pour allier opposition bourgeoise et opposition paysanne et devient le président du mouvement. Ce dernier organise la résistance aux landlords, secourt les fermiers, met en quarantaine les propriétaires qui, comme le capitaine Boycott, pratique des évictions. Du fait de la dégradation de la situation dans les campagnes, dégradation amplifiée par une mauvaise récolte de pommes de terre, un nouveau Coercion Bill est voté, instaurant l’état de siège.

1880 : Les élections législatives envoient aux Communes 65 députés home rulers derrière Parnell : John Dillon, le fils d’une des chefs de la Jeune Irlande, Justin Mac Carthy, William O’Brien… Parnell devient le président de l’Irish Home Rule Parliamentary Party.

1881 : La loi Forster cherche à mettre fin à l’agitation en annonçant la dissolution de la Ligue agraire. Michael Davitt puis Parnell sont emprisonnés. Mais en parallèle, le Land Act reprend bon nombre des revendications des « 3 F ». Par ailleurs, en créant des tribunaux d’arbitrage, l’État décide de s’interposer entre les tenanciers et les landlords qui n’ont plus le dernier mot. Sept cent cinquante propriétaires continuent néanmoins de se partager la moitié de l’île.

1881 - 1882 : L’agitation reprend de plus belle, les évictions se multiplient. Y répondent aussitôt les crimes agraires, suivis de représailles souvent arbitraires.

1882 : L’agitation prend fin grâce à l’autorité de Parnell d’une part, qui veut mettre un terme aux pratiques terroristes, et à la volonté réformatrice de Gladstone, d’autre part, qui restreint les droits des propriétaires, accepte de retirer la loi Forster et de libérer les prisonniers politiques : c’est le Kilmainham Treaty, du nom de la prison où les deux hommes se sont mis d’accord. Forster est remplacé au secrétariat d’État pour l’Irlande par Frederick Charles Cavendish.

6 mai 1882 : Le soir même de son arrivée à Dublin, Cavendish est assassiné dans Phoenix Park par les membres d’une société secrète, les « Invincibles ». Gladstone n’a d’autre choix que de présenter un Crime’s bill.

1882 : Fondation de l’Irish National League, qui prend le relais de la Land League, la ligue agraire. Le syndicat paysan fait moins référence au problème de la terre et se transforme en organisation électorale.

1882 - 1885 : Nombreuses tentatives avortées d’attentats de la part des sociétés secrètes.

Mai 1883 : Le pape Léon XIII, tout en manifestant sa bienveillance à l’égard de l’Irlande, regrette « la mauvaise direction prise par le patriotisme irlandais ».

1884 : Naissance de la Gaelic Athletic Association (GAA) de Michael Cusack. Patronnée par l’archevêque Thomas Croke (qui donnera son nom à un stade de jeux gaéliques à Dublin), elle milite pour la pratique des sports traditionnels. La plupart des futurs combattants de 1916-1922 se forment physiquement dans cette association, en apprenant notamment le maniement de la batte de hurley, le hockey irlandais.

24 janvier 1885 : Une explosion souffle trois étages de la Tour de Londres, tandis que deux bombes éclatent à Westminster, dans la crypte et dans le vestibule de la Chambre des communes.

Juin 1885 : Une coalition entre le parti tory de Randolph Churchill et le groupe parlementaire irlandais fait tomber Gladstone. La technique de l’obstruction parlementaire n’étant plus possible, Parnell a en effet choisi de voter tantôt pour les conservateurs, tantôt pour les libéraux, afin de modifier constamment la majorité parlementaire et de se rendre indispensable aux grandes formations. La nouvelle majorité vote une loi donnant la possibilité aux fermiers d’acheter leur exploitation, l’État leur avançant pour cela la somme nécessaire.

1886 : Les élections législatives envoient 335 libéraux, 249 conservateurs et 86 Irlandais à la chambre : à la tête d’une minorité de blocage, Parnell est le maître du jeu et continue à faire et défaire les majorités à sa guise. Gladstone, convaincu que « sa mission est de sauver l’Irlande » et de rehausser le prestige international de l’Angleterre dans cette affaire, soumet aux Communes un projet de Home Rule (d’autonomie) pour l’Irlande. Il préconise la constitution d’un pouvoir exécutif responsable devant un Parlement irlandais qui laisserait le dernier mot à Westminster dans le domaine des affaires extérieures. Le pays s’enflamme, les débats sont passionnés. Le parti libéral se divise : Joseph Chamberlain, par exemple, refuse de suivre Gladstone sur le terrain de l’autonomie politique : il fonde le parti libéral-unioniste, soutenu par une bonne partie de l’élite intellectuelle anglaise. Conduits par lord Randolph Churchill, tous les protestants d’Ulster, dissidents compris, s’y opposent également. Avec courage, Gladstone continue de défendre son projet qui n’obtient finalement que 311 voix contre 341. Un nouveau Coercion Bill, le soixante-treizième depuis quatre-vingt-six ans est voté : il est d’une rigueur exceptionnelle et décrété d’application permanente.

1887 : Face au nouveau gouvernement conservateur soutenu par les libéraux-unionistes, l’agitation agraire reprend, donnant lieu à une nouvelle loi de répression. Le Times accuse Parnell de collusion avec les auteurs du double meurtre de Phoenix Park

1889 : Parnell est innocenté. Mais son image est ternie par sa liaison, pourtant de notoriété publique, avec Katharine O’Shea, une femme mariée. Il sera condamné pour adultère l’année suivante.

1890 : En dépit de la campagne d’opinion qui continue de s’acharner contre lui, Parnell refuse de se démettre pour donner une chance au Home Rule d’aboutir. Le parti irlandais se divise et la majorité, conduite par John Dillon et Michael Davitt, se prononce contre lui.

1891 : William Butler Yeats (1865-1939), chef du mouvement littéraire irlandais, fonde la Société littéraire nationale. Son œuvre est très marquée par le folklore irlandais ainsi que par le symbolisme français. Il recevra en 1923 le prix Nobel de littérature.

1891 : En dépit de son opposition à toute autonomie politique de l’Irlande, la coalition unioniste s’engage dans les réformes agraires. La loi du rachat des terres, présentée par Balfour, crée un fonds de prêts d’État, garantis par la terre, pour distribuer de plus larges crédits aux fermiers désireux de devenir propriétaires. Un Bureau des districts surpeuplés (Congested District Board) est mis en place pour développer les terres pauvres du littoral.

6 octobre 1891 : Mort de Parnell. James Joyce écrira sur cette grande figure du nationalisme irlandais : « Comme un second Moïse, Parnell a conduit son peuple indiscipliné et instable de la terre d’humiliation jusqu’aux frontières de la Terre promise. »

1892 : Revenu au pouvoir pour la quatrième fois, Gladstone, décidément « enchaîné à l’Irlande comme Ulysse à son mât », soumet un nouveau projet de Home Rule qui est voté par les communes. Mais la Chambre des lords le rejette par 378 voix contre 41.

1893 : Le poète celtisant et folkloriste Douglas Hyde (un protestant) ainsi que l’historien Eoin Mac Neill (un catholique) fondent la ligue Gaélique, pour promouvoir la langue nationale et « désangliciser » le pays. Douglas Hyde montre l’exemple en écrivant des poèmes en gaélique. Il faut dire que le nombre de personnes parlant la langue traditionnelle est tombé à moins de 700 000. Il s’élevait encore à 4 millions en 1835.

1894 : Le landlord Horace Plunkett fonde la « Société d’organisation agricole irlandaise » (Irish Agricultural Organisation Society) dont le poète George Russell devient la cheville ouvrière en 1897. Elle fonde des coopératives locales, fournit de la documentation agricole… Les fenians y sont peu favorables, jugeant qu’elle détourne les paysans du vrai combat.

1896 : Création de l’Irish Socialist Republican Party par James Connolly, qui mêle dans son programme revendications politiques et revendications sociales.

1898 : Institution de conseils de comtés élus par tous les électeurs, y compris les femmes, marquant davantage encore la perte d’influence des landlords. Le centenaire du soulèvement de 1798 ranime les passions politiques.

1899 : Arthur Griffith, membre de la ligue Gaélique, prêche dans son journal l’United Irishman la doctrine Sinn Féin : « Nous-mêmes », ou « Nous seuls ». Il préconise le retrait de la représentation irlandaise aux Communes, la constitution d’une contre-société et d’une contre-culture, ainsi qu’une désobéissance passive de grande ampleur : « Cessons toutes relations avec leurs usines et leurs banques, ne demandons plus justice à leurs tribunaux, ne leur payons plus de taxes. »

1899 : Yeats, lady Gregory et Edward Martyn fondent le Théâtre littéraire irlandais. L’âme de cette renaissance littéraire, W.B. Yeats, rêve de dépasser les préjugés de l’Ascendancy pour forger une Irlande qui tirerait de l’union de ses deux traditions rivales la volonté de combattre le matérialisme ambiant : « J’avais remarqué que les catholiques irlandais, parmi lesquels étaient nés tant de martyrs politiques, n’avaient ni le bon goût, ni la courtoisie domestique et la décence de l’Irlande protestante que j’avais connue, mais l’Irlande protestante paraissait ne songer qu’à prospérer dans le monde. Je songeais que nous pourrions rapprocher ces deux moitiés si nous avions une littérature nationale qui rendît l’Irlande belle dans la mémoire et qui pourtant fût libérée du provincialisme par une critique exigeante, une attitude européenne. »

28 octobre 1899 : Publication dans l’United Irishman du manifeste de la brigade irlandaise de Sean Mac Bride qui se bat aux côtés des fermiers boers contre les Anglais dans le Transvaal. Il y désigne l’Angleterre « comme le vampire qui a sucé notre sang pendant des siècles. Ses difficultés sont la chance de l’Irlande ».

1900 : David Patrick Moran fonde un hebdomadaire intitulé The Leader, dans lequel il souligne l’impérieuse nécessité de développer l’industrie irlandaise et d’instaurer des barrières protectionnistes, afin d’inciter les Irlandais à acheter irlandais. Les femmes nationalistes se regroupent quant à elles dans l’association Inghinidhe Nah Eireann fondée par Maud Gonne, l’égérie de Yeats.

1900 - 1918 : John Redmond dirige le groupe parlementaire irlandais qui a retrouvé une certaine unité. Mais tous les Irlandais ne sont pas des home-rulers. Avec le développement de l’instruction et le développement du Gaelic Revival, ils sont nombreux à penser de nouveau à l’indépendance totale.

1903 : Une nouvelle loi agraire des conservateurs, la loi Wyndham, liquide le landlordisme. Grâce à cette « nuit du 4 août de l’Ascendancy », l’Irlande, qui était une terre de grandes propriétés, devient peu à peu un pays de petits propriétaires exploitants. L’État peut racheter des grands domaines pour en distribuer les terres aux fermiers qui lui paient un loyer et peuvent, sur le long terme, devenir propriétaires. Les Irlandais qui ne possédaient que 3 % du territoire en 1872 en auront les deux tiers en 1914. La même année, lors d’une visite officielle de la reine Victoria, la municipalité de Dublin refuse de lui présenter la loyal address traditionnelle.

1904 : Ouverture de l’Abbey Theatre, notamment dirigé par Yeats, qui va donner une série de représentations traitant des grandes heures de l’histoire nationale.

1905 : Le mouvement du Sinn Féin se transforme en parti politique. Il est largement noyauté par les fenians.

1907 : Un projet de loi envisageant de concéder aux Irlandais la haute main sur huit des 45 boards administrés par le Château est rejeté. Yeats se retire après l’échec de la représentation du Baladin du monde occidental de Synge, jugé trop irrévérencieux vis-à-vis de l’Église et de la situation morale de l’Irlande. Installation à Dublin de Tom Clarke, chargé de reconstituer les réseaux de l’IRB et de noyauter les associations de l’opposition extraparlementaire.

1908 : Quelques mois après la grève du port de Belfast, James Larkin, un des dirigeants du syndicat des dockers, rompt avec les trade-unions britanniques et fonde The Irish Transport Workers’Union. Il est bientôt rejoint par James Connolly, avec qui il prend la tête de l’Irish Socialist Republican Party. L’agitation ouvrière prend le relais de l’agitation agraire.

1908 : Pearse ouvre un collège secondaire dans la banlieue de Dublin. Baptisé Saint Enda, il est placé sous l’invocation de Cuchulainn et des vertus héroïques et rencontre rapidement un réel succès. La même année voit également la naissance de la National University of Ireland, créée à l’initiative de l’Église catholique.

1909 : La comtesse Markiewicz fonde les Fianna, une organisation de boy-scouts irlandais.

1911 : Retour des libéraux au pouvoir. Leur réforme constitutionnelle ne laisse plus à la Chambre des lords qu’un veto suspensif de deux ans : plus rien ne semble s’opposer à l’autonomie irlandaise. Tandis que le premier ministre Asquith prépare un nouveau projet de Home Rule, la résistance protestante en Ulster s’organise sous la direction d’Edward Carson, qui prend la tête du Conseil unioniste d’Ulster. Quant à l’IRB, elle lance un nouveau journal, Irish Freedom, prônant l’indépendance totale.

28 septembre 1912 : Carson fait signer par 471 000 Ulstériens une déclaration refusant de reconnaître à l’avance l’autorité de tout gouvernement irlandais créé par le Home Rule.

Janvier 1913 : Vote par les Communes du Home Rule qui ne laisse finalement qu’une autonomie partielle à l’Irlande. Le gouvernement anglais se réserve les politiques extérieure, douanière et monétaire, nécessitant le maintien d’une délégation de 48 députés irlandais à Westminster. Un Parlement de deux chambres est institué à Dublin pour la gestion des affaires locales. Le projet fait presque l’unanimité contre lui : très insuffisant aux yeux de bon nombre de nationalistes, il fait trop de concessions selon les protestants. Comme c’était prévisible, la Chambre des lords repousse le projet, laissant à tous deux années pour organiser la riposte. Les protestants d’Ulster se donnent alors une organisation militaire, qui compte bientôt près de cent mille hommes, « les Volontaires d’Ulster » (Ulster Volunteer Force ou UVF), dont le mot d’ordre est : Not an inch (« ne pas céder un pouce »). Les factieux sont largement soutenus par l’Angleterre dans leur campagne de désobéissance. De leur côté, jugeant avec Eoinn Mac Neill, que « le Nord a commencé », les catholiques se regroupent au sein du Comité de Volontaires irlandais, qui émane du Sinn Féin. Dans son nouveau journal, An barr Buadh (« La Trompette de la victoire »), Pearse exalte l’action directe.

Juillet 1913 - février 1914 : Le maire de Dublin, patron des tramways et de la presse, décide de licencier dans ses entreprises tous les ouvriers membres de l’Irish Transport Workers’Union. L’ensemble des patrons de la ville veulent alors faire signer aux travailleurs des certificats de non-appartenance à l’organisation syndicale de Larkin et de Connolly. Une grève générale, timidement soutenue par les trade-unions britanniques, est déclenchée : 400 entreprises ripostent par un lock-out massif. Larkin est arrêté, mais vite relâché devant l’ampleur de la contestation, qui dure plusieurs mois, au terme desquels les ouvriers garderont la possibilité de s’affilier au syndicat irlandais. C’est durant cette grève que naît la Citizen Army, qui se donne pour mission de protéger les manifestations ouvrières et, à terme, de libérer l’Irlande du joug anglais et capitaliste. Il existe ainsi, après les Volontaires de l’Ulster et le Comité des Volontaires irlandais, une troisième armée privée en Irlande.

Septembre 1913 : Dans le Nord, l’Ulster Unionist Council, présidé par Carson, s’érige en gouvernement provisoire.

20 mars 1914 : Des officiers britanniques du camp de Curragh, près de Dublin, préfèrent démissionner plutôt que d’avoir à affronter les milices ulstériennes.

25 mai 1914 : Le projet de Home Rule est voté une troisième fois par les Communes. Il n’y manque plus que la signature de George V.

24 juillet 1914 : Échec de la conférence cherchant à fixer les limites de la région à exclure du Home Rule Bill. Carson a proposé l’exclusion des 6 comtés de colonisation (Antrim, Down, Armagh, Derry, Tyrone et Fermanagh). C’est cette solution qui sera finalement retenue sept ans plus tard.

 

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 08:02

L’Irlande coloniale du XVIIIe siècle, du traité de Limerick à l’acte d’union

 

Le XVIIIe siècle s’avère moins tumultueux que la période précédente. Il marque le triomphe de la nouvelle classe coloniale protestante, l’Ascendancy, dont les succès économiques ne font que renforcer la position. Dublin devient d’ailleurs le symbole de cette réussite. Ses privilèges reposent sur des piliers que rien ne semble pouvoir entamer : les protestants, maîtres des terres, ne laissent que 3 % du territoire aux catholiques qui continuent pourtant de représenter plus de 75 % de la population. Ils détiennent le monopole du pouvoir politique : l’inéligibilité des catholiques, la pratique des « bourgs pourris », la vénalité rendent complètement dérisoire la représentativité du Parlement, dont l’Église établie, anglicane ou presbytérienne, se fait le relais intransigeant. L’Irlande catholique, condamnée au servage et au silence par le démantèlement systématique du traité de Limerick, se voit obligée de se transformer en une société secrète, souterraine, contrainte à l’occultation.
Mais les lois pénales et le marasme économique entretenu par le mercantilisme de l’Angleterre finissent par mécontenter la classe minoritaire protestante elle-même. La question d’Irlande au XVIIIe siècle n’est donc plus seulement religieuse, elle est également politique et économique. Pour les mêmes raisons qui ont conduit les colons américains à s’insurger, les protestants irlandais, qu’ils soient anglicans ou presbytériens, grands propriétaires ou industriels, seront les premiers à dénoncer les abus du gouvernement anglais : la loi Poynings, l’acte déclaratoire de 1720, l’exécutif du Château et son chef, le lord-lieutenant, qui ne rend aucun compte aux autorités locales… Ce nationalisme colonial sonne le glas du jacobitisme qui avait jusque-là incarné les timides velléités d’indépendance des partisans vaincus d’une dynastie ingrate. Mais il faut attendre la tourmente des années révolutionnaires pour que certains, comme Wolfe Tone, aillent jusqu’à réclamer l’indépendance et non plus seulement un simple droit de regard sur les actions du gouvernement.

1692 : Nul ne peut siéger au Parlement ni remplir aucune charge civile, militaire ou ecclésiastique, sans avoir prêté le serment d’allégeance et de suprématie et souscrit une déclaration contre la transsubstantiation. Les catholiques sont donc inéligibles au Parlement de Dublin. Ils ne seront même plus électeurs après 1727.

1693 : Sarsfield, combattant dans les armées de Louis XIV, est mortellement blessé à la bataille de Landen. Ses derniers mots sont : « Si seulement c’était pour l’Irlande ! »

1695-1727 : Les lois pénales créent un arsenal de mesures discriminatoires réglant la vie des catholiques du berceau à la tombe, visant à exclure l’immense majorité de la population de toute position de force et de responsabilité. Quand un propriétaire catholique meurt, ses biens sont partagés entre tous ses enfants au lieu d’être transmis à l’aîné, à moins que l’un d’eux ne se convertisse au protestantisme. Il leur est interdit de posséder un cheval de plus de cinq livres, d’envoyer leurs enfants étudier à l’étranger pour y recevoir un enseignement catholique… Les prêtres non assermentés en sont réduits à célébrer la messe dans les granges et à dispenser l’instruction dans les hedge schools (« écoles des buissons »).

1697 : Loi de bannissement de tous les papistes, moines, jésuites… Seul le bas clergé irlandais est toléré.

1698 : Le roi promet de faire tout son possible pour décourager les manufactures de laine d’Irlande. William Molyneux, un whig anglais né à Dublin, voit son livre La cause de l’Irlande brûlé par le bourreau : il s’y faisait le porte-parole de bon nombre d’Anglo-Irlandais en prônant l’indépendance du Parlement de Dublin.

1700 : Le huguenot français Louis Crommelin, originaire de Saint-Quentin, est autorisé à faire venir de France et de Hollande familles, matériel et rouets pour développer l’industrie du lin. À sa mort en 1727, la valeur des exportations, dynamisées par la création en 1711 de la Chambre du Lin, était passée de 6 000 à 200 000 livres.

1704 : Le Conseil privé d’Angleterre rajoute une clause au « projet de loi destiné à prévenir le développement futur du papisme » : toute personne occupant un emploi public doit recevoir le sacrement de la communion selon le rite anglican. Cette mesure touche donc aussi les presbytériens, même s’il est vrai que la discrimination à l’encontre des protestants dissidents restera largement lettre morte.

1704 : Parution du Conte du tonneau de Jonathan Swift. Né à Dublin en 1667, Swift a suivi des études de théologie à Trinity College avant de partir pour l’Angleterre pour devenir, en 1689, le secrétaire du grand diplomate anglais sir William Temple. Sa carrière dans le clergé anglican est très vite bloquée en raison de ses origines insulaires, mais également en raison de la verve satirique qui imprègne ses écrits. Dans le Conte du tonneau, qui déplut fortement à la reine Anne, il n’hésite pas à attaquer tour à tour le pape, Luther et Calvin.

1707 : Union anglo-écossaise. De nombreux députés adjurent la reine Anne de hâter la conclusion d’un arrangement similaire pour l’île, pensant que l’Irlande aurait tout à gagner à un tel rapprochement.

1709 : Tous les prêtres enregistrés doivent prêter serment d’abjuration ou s’exiler. L’Église catholique entre dans la semi-clandestinité, sans qu’aucun effort d’évangélisation ne soit entrepris par ailleurs par l’Église établie. Le combat pour la terre se confond vraiment maintenant avec le combat pour la liberté religieuse.

1711 - 1713 : Dans le Connaught, destructions systématiques du bétail par les Houghers, un groupe secret défendant les droits traditionnels des paysans, pour protester contre l’extension des pâtures.

1713 : Swift devient doyen de Saint-Patrick à Dublin. Il comprend rapidement qu’il ne pourra pas monter plus haut dans la hiérarchie ecclésiastique et renonce l’année suivante à sa carrière politique pour mettre ses talents de polémiste au service de l’Irlande, dont il dénonce avec ardeur l’exploitation économique.

1714 : À la mort de la reine Anne, son frère Jacques III Stuart est écarté du trône parce que catholique : la couronne d’Angleterre échoit à George Ier, l’électeur de Hanovre.

1718 - 1720 : Le cardinal Alberoni tente de faire débarquer une troupe de jacobites préalablement regroupés en Espagne. Mais l’Irlande, consciente de l’impuissance du prétendant, ne bouge pas.

1719 : Le pays est toujours gouverné dans un esprit d’intolérance. En effet, le vice-roi, haut fonctionnaire anglais, ne réside pas en Irlande et le gouvernement effectif revient donc à un lord-justicier, généralement l’archevêque anglican d’Armagh, primat d’Irlande. Un Acte de tolérance est néanmoins accordé aux dissenters.

1720 : Un Acte déclaratoire renforce encore la dépendance du royaume d’Irlande et sa soumission à la couronne de Grande-Bretagne : la juridiction d’appel est transférée à la Chambre des lords d’Angleterre.

Années 1720 : Swift publie une série d’ouvrages contre l’exploitation économique de l’Irlande. En 1720, dans l’Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais, il propose de « brûler tout ce qui vient de l’Angleterre, sauf le charbon ».

1724 - 1725 : Lettres du drapier de Swift, suite à l’affaire Wood. Ce dernier, un brasseur d’affaires, avait obtenu en 1722 du roi d’Angleterre une patente l’autorisant à frapper une monnaie de cuivre de mauvais aloi en Irlande. En dépit des critiques soulevées par ses pratiques douteuses, Wood se faisait fort « d’enfoncer ses pièces dans la gorge des Irlandais ». La polémique déclenchée par Swift, sur le terrain économique d’abord, puis moral et politique, permit de mettre fin au privilège de Wood.

1726 : Voyages de Gulliver de Swift, violente satire de la société anglaise. Elle est suivie trois ans plus tard de sa Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à charge à leurs parents ou à leur pays, qui suggère, sur le mode de l’ironie cruelle, de faire de ces enfants des mets délicats pour les riches.

1740 - 1741 : La famine fait quatre cent mille morts. Des bandes armées, comme les White boys ou encore les Oakboys multiplient les actions terroristes dans le nord et le Munster.

19 octobre 1745 : Mort de Swift. S’il était irlandais, il appartenait avant tout à la minorité dirigeante, de langue anglaise et de religion anglicane qui n’avait que du mépris pour la plèbe catholique. Mais il a souffert à son tour de la condescendance des Anglais aux yeux desquels tous les habitants de l’île voisine restaient des barbares. S’il a été longtemps sévère envers sa patrie d’origine (« D’elle rien ne naît qui ne soit malfaisant… les hommes n’y sont que des rats ou des fouines… »), l’échec de sa carrière anglaise en fit le champion de la cause irlandaise, comme en témoigne sa troisième Lettre du Drapier : « Le peuple d’Irlande n’est-il pas né aussi libre que celui d’Angleterre ?… Suis-je un homme libre en Angleterre pour me transformer en esclave, au bout de six heures, en traversant le canal Saint-George ? » À la fin de sa vie, s’exprimant plus en patriote qu’en défenseur de la minorité dirigeante, il a largement contribué à développer l’esprit national irlandais.

1759 : Entrée au parlement d’Henry Flood, qui devient rapidement le chef de l’opposition nationale. Anglican convaincu, il ne pense encore, comme Swift, qu’à une nation protestante, mais pleinement indépendante. Fondation de la brasserie Guinness.

1760 : Un poète écossais, Macpherson, publie une quinzaine de poèmes prétendument traduits du gaélique. Ce sont des faux, mais les aventures d’Ossian ou de Fingan, le roi des Fianna, enchantent un public déjà sensible au charme du préromantisme.

1766 : Exécution de Nicolas Sheehy qui a dénoncé le paiement des rentes et de la dîme.

1767 : Le nouveau vice-roi, lord Townshend, reçoit l’ordre de résider à Dublin. Le roi George III fait là un geste pour l’Irlande qui s’est montrée fidèle pendant la guerre de Sept Ans.

1768 : Henry Flood fait voter l’Octennial Act qui limite à huit ans la durée du mandat parlementaire qui était jusque-là pratiquement viager. Le nouveau Parlement ose même rejeter un projet de loi de ressources financières. D’une façon plus générale, les années 1760 voient le renforcement du nationalisme colonial, fruit de la rancœur de l’Ascendancy contre l’exploitation économique et politique de la colonie et de son humiliation face au mépris de l’aristocratie anglaise.

1775 : Henry Grattan est élu député au Parlement. Cet avocat protestant y demande l’adoucissement des mesures anticatholiques, puis l’abrogation des lois pénales. Le sentiment national prend de plus en plus le pas sur les querelles religieuses, que le scepticisme caractéristique des Lumières rend moins vives.

1776 - 1779 : Arthur Young donne un tableau détaillé de l’Irlande, où il stigmatise les lois pénales décourageant les catholiques de travailler, le poids de la dîme, l’absentéisme des landlords…

1778 : La loi Gardiner autorise les catholiques à prendre des baux de durée indéfinie et à hériter.

Avril 1778 : L’aventurier américain d’origine écossaise John Paul Jones fait un raid sur Belfast qui sème la panique, à un moment où tous redoutent la perspective d’un débarquement franco-espagnol. Londres, qui avait dégarni l’Irlande pour envoyer des troupes en Amérique, accepte alors la formation d’une armée de « Volontaires irlandais » pour assurer la défense du pays. Dès l’année suivante, ces Irish Volunteers, dirigés par le duc de Leinster, comptent bientôt 40 000 membres. On y admet bientôt des catholiques. Mais une fois passé le danger d’invasion, ces hommes restent mobilisés pour réclamer la liberté du commerce (« Free Trade or else »).

1779 - 1780 : La liberté d’exportation de la laine et du négoce avec les colonies est accordée. Il faut dire que les Volontaires n’hésitent pas à défiler dans les rues et à boycotter les produits britanniques pour dénoncer les mesures restrictives contre l’économie irlandaise. Ils sont soutenus à la Chambre des communes par Edmond Burke, irlandais d’origine, qui n’hésite pas à dénoncer les lois pénales comme « une machine d’oppression et de dégradation d’un peuple et d’avilissement de la nature humaine elle-même, comme jamais il n’en était né de l’ingéniosité perverse de la nature humaine ».

1780 : L’armée des Volontaires rassemble désormais plus de 80 000 hommes placés sous les ordres du comte de Charlemont, un ami de Flood et de Grattan.

1782 : Les Volontaires, enhardis par leurs premiers succès dans le domaine de l’économie, passent désormais aux revendications politiques. Sous la houlette de Grattan, ils se rassemblent en convention nationale à Dungannon pour condamner la loi Poynings et l’interférence du Conseil privé et du Parlement anglais dans les affaires d’Irlande.

1782 : La « Constitution de 1782 » accorde l’indépendance législative à l’Irlande, en abrogeant partiellement la loi Poynings : le Parlement de Dublin n’est plus tenu de solliciter l’approbation du Conseil privé anglais avant de voter un bill. Les restrictions commerciales sont également abrogées. Grattan s’écrie : « L’Irlande est maintenant une nation ! » Au Parlement, toujours aussi peu représentatif, le chef de file du bloc anglais, Lord Fitzgibbon, espère que les progrès économiques auront à terme raison des chimères de l’indépendance constitutionnelle. En face, le parti patriote se divise. Flood estime l’indépendance législative incomplète sans réforme parlementaire. Par ailleurs, il ne conçoit qu’une nation protestante tandis que Grattan semble prêt à accorder l’égalité des droits civiques aux catholiques. La même année, une seconde loi Gardiner accorde sans restriction le droit de propriété aux catholiques. Le culte romain peut être célébré « sans pompe ni éclat ».

Novembre 1783 : Réunis en convention nationale à Dublin, les Volontaires ne suivent pas Grattan dans sa volonté d’émancipation des catholiques. C’est donc privée du soutien populaire que la Convention doit faire face à l’hostilité du gouvernement qu’elle conteste et du Parlement qu’elle menace. Sa dissolution est bientôt prononcée par lord Charlemont. C’est la fin de la dissidence coloniale.

1783 : Création de la banque d’Irlande. 10 % de son capital sont souscrits par des marchands catholiques. La célèbre verrerie de Waterford rouvre ses portes, du fait de l’abrogation des lois pénales relatives à l’économie.

1784 : La Foster’s Corn Law interdit pratiquement l’importation de blés étrangers, obligeant les Irlandais à augmenter leurs emblavures. Mais cela n’améliore pas la condition paysanne, la population ne cessant de s’accroître.

1784 : Fondation en Ulster d’une société secrète, les Peep of day boys, qui deviendra en 1795 un mouvement politico-religieux fortement structuré plus connu sous le nom d’ordre d’Orange. Pour y entrer, on prêtait ce serment : « Au nom de Dieu tout-puissant, je jure solennellement de soutenir le roi et le gouvernement, et de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour exterminer tous les catholiques d’Irlande. »

1789 : Fitzgibbon devient lord-chancelier.

1789 : Les débuts de la Révolution française rencontrent un écho favorable auprès des dissenters et des catholiques, politiquement et socialement asservis, qui constituent des clubs à Dublin et à Belfast. Le radicalisme protestant trouve bientôt son porte-parole en la personne de Théobald Wolfe Tone, un jeune avocat épiscopalien du barreau de Dublin à qui le légalisme d’un Grattan semble dépassé.

1791 : Durant l’automne, Wolfe Tone participe avec James Napper Tandy à la fondation de la société des Irlandais unis de Belfast : influencée par les idéaux français et la franc-maçonnerie, l’association se donne pour mission d’obtenir une réforme complète de la législation fondée sur le principe de la liberté civile, politique et religieuse. Elle prend pour emblème la harpe et pour devise « Recordée, elle va se faire entendre ».

1791 : Naissance des chantiers navals de Belfast.

1792 : Wolfe Tone devient secrétaire du Comité catholique qui s’est radicalisé et s’est réorganisé. Un tel rapprochement entre les confessions inquiète les autorités qui décident d’accorder davantage de droits aux catholiques, sans toutefois leur octroyer le droit de vote.

14 février 1793 : Un nouveau Relief bill confère le droit de vote aux tenanciers catholiques d’un freehold de 40 shillings. Le vote n’est pas secret et les catholiques restent toujours inéligibles. Par ailleurs, une série de textes répressifs conduisent à la dissolution de la société des Irlandais unis.

1795 : Ouverture du séminaire de Maynooth. À l’heure où la révolution ferme les collèges irlandais de France, il sera très marqué par les idées contre-révolutionnaires.

4 janvier 1795 : Arrivée d’un nouveau vice-roi, le libéral lord Fitzwilliam. Connu pour ses sympathies catholiques, il prévoit de confier le gouvernement à Grattan. Le chancelier Fitzgibbon et les orangistes organisent alors une violente réaction conduisant à son rappel à Londres, le 19 février, et à son remplacement par lord Camden.

Juin 1795 : Wolfe Tone s’embarque pour les États-Unis avant de rejoindre la France l’année suivante, « avec 100 guinées en poche, inconnu et sans recommandations, afin de renverser le gouvernement anglais de l’Irlande » (Wellington). Grâce au soutien de Carnot et de Hoche, il finit par gagner le Directoire à son projet d’invasion libératrice de l’Irlande.

Décembre 1796 : Une expédition commandée par Hoche quitte Brest. Mais seuls quinze bâtiments atteignent la baie de Bantry le 23 décembre et une tempête ne tarde pas à les disperser. Pas un seul coup de canon n’a été tiré, alors qu’une milice protestante, la Yeomanry, fait régner la terreur dans le pays.

1797 : Création de la Bourse de Dublin.

1798 : L’organisation révolutionnaire des Irlandais unis, devenue clandestine, est décapitée par l’arrestation de meneurs comme Arthur O’Connor ou encore Edward Fitzgerald.

23 ou 24 mai 1798 : Début de la « Grande Rébellion ». Déjouée à Dublin, peu suivie dans le nord épuisé par la dictature militaire du général Lake, l’insurrection se propage comme une traînée de poudre dans le sud-est où, comme en Vendée, des milices paysannes se constituent sous la direction de prêtres comme John Murphy. Le 30 mai 1798, les insurgés prennent Wexford. Les deux camps rivalisent d’atrocités.

21 juin 1798 : Le camp rebelle de Vinegar Hill, près d’Enniscorthy, est écrasé par le général Lake. Les insurgés se réfugient dans les monts Wicklow où les autorités entreprennent de construire une route militaire pour les débusquer.

22 août 1798 : Une nouvelle escadre française, commandée par le général Humbert cette fois, débarque en Irlande et doit capituler au début du mois de septembre, dans des conditions honorables. Mais les alliés irlandais des Français sont tous exécutés.

15 octobre 1798 : Une petite escadre commandée par l’amiral Bompard arrive dans le Donegal. Wolfe Tone qui sert à bord du navire amiral est reconnu, arrêté et traîné à Dublin.

19 novembre 1798 : Mort de Wolfe Tone, à qui les juges ont refusé la grâce d’être fusillé. Pour éviter la potence, le jeune homme s’est tranché la gorge. Considéré par beaucoup comme l’initiateur du nationalisme républicain, il a défendu avec ardeur l’idée d’une Irlande unie, militante et fraternelle, transcendant les clivages religieux et économiques, qui allait s’ajouter ou se joindre au rêve d’une Irlande gaélique miraculeusement libérée de la domination anglaise. Les masses sont néanmoins restées hermétiques à son discours trop aligné sur les idéaux révolutionnaires condamnés par l’Église, comme elles l’avaient finalement été à celui de Grattan. Mais elles ont été sensibles à la fin tragique de celui qui a inauguré la tradition républicaine des martyrs de la cause nationaliste et le mythe romantique de l’Irlande éternelle.

1799 : Un premier projet d’union à la Grande-Bretagne est repoussé au Parlement de Dublin.

7 juin 1800 : À force de corruption et d’intimidation, le Parlement irlandais vote par 153 voix contre 88 les actes d’union déjà votés par Westminster qui créent le Royaume-Uni. Dans l’esprit de Pitt et du vice-roi Cornwallis, seule cette union peut permettre de pacifier l’île, à condition néanmoins de s’accompagner de l’émancipation des catholiques (une innovation moins dangereuse à l’échelle d’un royaume désormais à majorité protestante).

Ier janvier 1801 : Le nouveau régime constitutionnel entre en vigueur. Le Parlement de Dublin est supprimé, l’Irlande étant désormais directement représentée à Londres par cent députés et trente-deux lords, tous protestants. Le poste de vice-roi et le Conseil privé sont maintenus. Le rouage essentiel du gouvernement devient le secrétariat en chef pour l’Irlande.

L’impossible union et la grande famine

« L’Angleterre doit à présent former une union avec la nation irlandaise plutôt qu’avec un parti en Irlande. » La majorité des membres de l’Ascendancy protestante ne voient pourtant dans l’Union qu’un moyen de maintenir leur domination et trouvent un allié de poids en la personne de George III lui-même, qui déclare qu’« à l’avenir, il considérera tout homme qui proposerait de nouvelles concessions aux catholiques comme un ennemi personnel ». À titre d’exemple, 187 lois répressives seront votées au cours du siècle dans le but de restreindre, suspendre ou supprimer les libertés publiques dont l’Irlande était censée jouir au même titre que tous les habitants du Royaume-Uni. Ce n’est donc que contrainte et forcée que l’Angleterre acceptera de légiférer pour améliorer la misérable condition sociale des paysans catholiques, avant de devoir se pencher sur la question de l’autonomie d’« un pays qui est pour l’Angleterre un miroir où elle n’aime pas se regarder » (Lord Fitzwilliam). Cette dernière est toujours défendue par les élites ralliées au nationalisme, lasses de voir leur île faire figure d’annexe agricole et de marché incontournable des produits manufacturés anglais, ulcérées de voir Dublin ravalée au rang de ville de province après l’âge d’or de la fin du XVIIIe siècle. Néanmoins, les défenseurs de l’indépendance doivent choisir entre deux options : s’engager dans un mouvement pacifiste, parlementaire, réformiste, fort du soutien de l’Église et cela dans le but d’obtenir une réelle autonomie interne, ou bien opter pour le combat révolutionnaire, romantique, visant à une rupture totale avec l’Angleterre. Il lui faut enfin se décider à la mise en œuvre d’un projet laïc, ou se résigner à voir le discours nationaliste devenir l’apanage de la majorité catholique.

Juillet 1803 : Robert Emmet, un jeune nationaliste protestant, attaque le château de Dublin. Sa tentative d’insurrection se solde par une émeute, facilement réprimée par les autorités. En dépit de la défense de son avocat, John Philpot Curran, le père de sa fiancée, Robert Emmet est condamné à mort. Incarnation du jeune héros romantique, il prend immédiatement place dans le folklore national aux côtés des martyrs irlandais.

1806 : La société secrète des Threshers s’insurgent contre le paiement de la dîme au clergé anglican et ravagent les comtés de Sligo, Mayo, Cavan, Leitrim et Longford.

1808 - 1834 : Le poète Thomas Moore évoque son attachement à la culture gaélique dans ses « Mélodies irlandaises ».

1813 : Le cabinet britannique propose à l’Église catholique d’Irlande quelques concessions, moyennant un veto du roi sur la nomination des évêques. L’intervention d’un jeune avocat, Daniel O’Connell, fait échouer le projet. Cet avocat d’une trentaine d’années, appartenant à une vieille famille aristocratique gaële, catholique fervent effrayé par les excès de la Révolution française, acquiert rapidement une emprise profonde sur le peuple irlandais. Ses talents d’orateur lui permettent de rallier Grattan contre le projet de concordat. Il groupe autour de lui une grande partie du clergé irlandais, dont la nouvelle génération sortant de Maynooth est devenue plus nationaliste qu’au XVIIIe siècle.

1814 : Fondation du collège de jésuites de Clongowes Wood.

1815 : La fin du blocus contre l’Angleterre marque le fléchissement des prix agricoles. Les pâtures, jugées plus rentables, entament la superficie des emblavures et de nombreux tenanciers sont expulsés. Certains émigrent aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. D’autres rallient les sociétés secrètes (Whiteboys, Ribbonmen) qui s’en prennent aux fermes et aux cultures des protestants. Le secrétaire pour l’Irlande, Robert Peel, crée une force de police spéciale chargée de la répression des troubles : la Royal Irish Constabulary. Entre 1801 et 1846, 17 lois répressives (coercion acts) viseront à juguler ces troubles agraires. Par ailleurs, à l’exception notable de l’Ulster, l’industrie irlandaise périclite, dans la mesure où elle cesse peu à peu d’être protégée contre la concurrence britannique.

1823 : Pour remplacer le Comité catholique supprimé en 1812, O’Connell fonde l’Association catholique, soutenue par le clergé irlandais et financée par le peuple, à raison d’une souscription mensuelle d’un penny. La puissance sociale considérable des prêtres, restés jusque-là à l’écart de la politique active, est désormais canalisée, ce qui ne fait que renforcer la défiance des protestants libéraux à l’égard du mouvement. Avec l’aide de Richard Sheil, O’Connell discipline ses troupes dont les principales armes deviennent la résistance passive et les manifestations de masse réclamant l’émancipation des catholiques et une réforme agraire. Gustave de Beaumont évoque à cette époque « un état de guerre constitutionnelle, de paix sans cesse agitée, d’état intermédiaire entre le régime des lois et l’insurrection ».

1824 : Thomas Moore rencontre un certain succès en publiant Les mémoires du capitaine Rock, qui raconte l’histoire du chef d’une société secrète.

1826 : L’influence de l’Association est telle qu’elle met en échec lord George Beresford lors d’une élection dans le comté de Waterford, que sa famille possédait en grande partie. De façon générale, en dépit de la publicité du vote, les Irlandais ont désormais le courage de voter contre les candidats des landlords. L’Association se charge d’indemniser les électeurs qui sont punis pour leur hardiesse.

1828 : En dépit de son inéligibilité, O’Connell se présente contre un protestant libéral, Fitzgerald, à l’élection de Clare qu’il remporte triomphalement. Sa victoire est annulée, car il refuse de prêter le serment antipapiste de 1692.

1829 : Bill d’émancipation des catholiques. La modification de la formule du serment d’allégeance leur permet désormais, comme aux dissenters l’année précédente, de remplir tous les emplois publics, sauf la royauté, la régence, la chancellerie et la lieutenance d’Irlande. Mais Wellington, dans le même temps, prononce la dissolution de l’Association catholique et élève le cens électoral, réduisant de façon conséquente le nombre d’électeurs catholiques.

1831 : Création d’écoles primaires confessionnelles dites « nationales », qui doivent contribuer à l’intégration de l’Irlande au sein de l’ensemble britannique dominé par l’Angleterre. Les progrès de la langue et de la culture anglaises s’en trouvent favorisés.

1834 : O’Connell, désormais député, demande officiellement aux Communes l’abrogation de l’Union : 523 voix contre 38 se prononcent contre une telle mesure.

1835 : À la chambre des Communes, libéraux et conservateurs s’équilibrent. Les Whigs ont besoin de l’appoint des voix irlandaises. O’Connell accepte de s’entendre avec eux sur un programme modéré : c’est le pacte de Lichfield House, première manifestation d’une longue collaboration entre constitutionnalistes irlandais et libéraux anglais. Thomas Drummond, sous-secrétaire pour l’Irlande, en appliquant avec rigueur le principe de l’égalité religieuse et en refusant de se laisser inféoder aux intérêts de l’Ascendancy coloniale, incarne cette nouvelle politique. Il n’hésite pas à rappeler aux landlords que « la propriété a ses obligations tout comme ses droits ».

1836, 1837, 1839 : La culture de la pomme de terre connaît de façon récurrente des crises partielles et localisées.

1838 : O’Connell remporte son combat contre la dîme que tout Irlandais, même catholique, devait payer à l’Église établie. Depuis des années, l’agitation suscitée par son recouvrement avait pris l’allure d’une véritable guerre (la « tithe war »). L’amnistie fiscale, la réduction du taux de la dîme et sa conversion en rente foncière réussissent à calmer les esprits.

1840 : La mort de Drummond fait perdre un solide allié à O’Connell. Leur collaboration avait permis d’obtenir des concessions comme la dissolution officielle de l’ordre d’Orange en 1835, l’extension à l’Irlande de la Loi sur les pauvres de 1838 et l’accès des catholiques à l’administration locale. O’Connell décide néanmoins d’aller plus loin dans ses revendications qui se font désormais plus politiques et crée l’Association pour la révocation de l’Acte d’Union (Repeal Association).

1841 : O’Connell est élu maire de Dublin.

1842 : Création du journal The Nation par un groupe de « Jeunes Irlandais » venant de tous les horizons confessionnels.

1843 : Point culminant de la campagne du bouillonnant et décidément très populaire O’Connell, qui organise plus de trente meetings durant cette seule année 1843, en des lieux chargés de sens pour les Irlandais. Ainsi, le 15 août, 250 000 personnes viennent l’écouter sur la colline de Tara. À Tuam, le leader n’a pas hésité à déployer l’Union Jack sur le clocher de la cathédrale pour bien marquer sa loyauté envers l’Angleterre. Mais en dépit du légalisme de O’Connell et de son aversion pour toute action violente, l’Angleterre prend peur et envoie des troupes en Irlande. Les autorités interdisent, le 7 octobre, le rassemblement grandiose que O’Connell souhaitait tenir sur la rive de Clontarf où Brian Boru avait vaincu les Scandinaves en 1014. Arrêté, le leader préfère annuler le meeting. C’est la fin de l’action non violente des masses populaires.

1844 : Le procès intenté à O’Connell est si scandaleux que la sentence est cassée par la Chambre des lords. Mais en acceptant d’annuler le meeting et en s’adressant aux lords pour faire réviser son procès, O’Connell s’est déconsidéré aux yeux de certains de ses partisans.

1845 : Désaccord entre les membres de la Jeune Irlande et O’Connell quand le gouvernement établit des collèges universitaires « neutres » à Belfast, Cork et Galway. O’Connell crie au scandale et dénonce le caractère non confessionnel de ces établissements, tandis que la jeune génération se félicite d’un tel rapprochement œcuménique. Par ailleurs, jusqu’en 1847, Thomas Davis (qui meurt en septembre 1845 du choléra) et ses amis de la Jeune Irlande publient les 22 ouvrages de la Library of Ireland, destinés à instruire le peuple dans l’histoire et la littérature d’Erin. Ils cherchent en effet à investir le terrain de l’éducation et de la culture, délaissé par O’Connell, trop absorbé par les luttes matérielles et politiques. « Un peuple sans sa langue n’est que la moitié d’une nation. Une nation se doit de conserver sa langue plus que ses territoires. C’est une barrière plus sûre et une frontière plus importante que forteresses et fleuves. Perdre votre langue maternelle et apprendre celle de l’étranger, c’est la pire marque de la conquête : c’est l’âme que l’on charge de chaînes. » La même année enfin voit la réorganisation de l’ordre d’Orange, l’organe essentiel du régime colonial, trop puissant pour être inquiété par les autorités.

1845 : Début de la Grande Famine qui dure jusqu’en 1849. Vingt ans avant la catastrophe, Walter Scott disait déjà de la paysannerie irlandaise : « Leur pauvreté n’est pas exagérée, ils sont au bord de la misère humaine. » 45 % des fermes sont si petites (5 acres ou moins) qu’il est en effet impossible de faire vivre une famille de façon décente, en ayant par ailleurs les fermages à payer. Aussi, quand une importante partie de la récolte de pommes de terre, le principal aliment de la majorité des paysans (qui vivent de la pomme de terre comme les Chinois du riz, a-t-on écrit), est détruite par un champignon, la catastrophe, humaine et culturelle, prend une ampleur sans précédent. L’île qui comptait encore en 1845 quelque 9 millions d’habitants, verra sa population descendre à 4 millions d’âmes avant la fin du siècle et continuer à diminuer au XXe siècle encore. Il faut dire que durant les seules années 1846-1849, un million et demi de personnes meurent de faim ou de maladie, tandis qu’un autre million choisit de quitter l’Irlande, ouvrant les vannes d’une émigration qui finira par fortement inquiéter le pouvoir politique. L’émigration, certes, existait déjà : mais elle n’avait jusqu’alors concerné que des élites (clercs, aristocrates, soldats) qui, pour des raisons essentiellement politiques et religieuses, s’exilaient sur le vieux continent. Ce sont désormais les populations les plus pauvres qui partent outre-Atlantique ou en Grande-Bretagne, où elles sont en général mal accueillies par des Anglais ou des Américains protestants craignant l’arrivée de cette nouvelle main d’œuvre bon marché qui ne tarde pas à constituer un sous-prolétariat misérable. C’est dans les années 1850 que naît aux États-Unis la société nativiste des Know Nothing, revendiquant l’Amérique aux Américains. En 1900 néanmoins, un tiers de la population new-yorkaise est irlandaise. Au-delà de cette hémorragie humaine, l’Irlande est également touchée dans son âme : en ravageant tout particulièrement l’ouest de l’île, cette Irlande de l’Irlande, la famine détruit davantage la langue gaélique que les sept siècles d’occupation anglaise. Face à la catastrophe, le gouvernement réagit tardivement et de façon insuffisamment conséquente. Peel fait bien acheter durant l’automne pour 100 000 livres sterling de maïs aux États-Unis ; mais le libre-échangisme lui interdit d’impliquer davantage l’État dans la résolution de la crise dont il a d’ailleurs du mal à mesurer l’étendue. Il met sur pied un plan de secours contre la famine, le chômage et la maladie et développe également une politique de travaux publics dont la mise en œuvre s’avère difficile.

1846 : Le groupe parlementaire irlandais se divise : William Smith O’Brien, opposé à la collaboration avec les libéraux, fonde la Confédération irlandaise. La récolte de pommes de terre est cette fois entièrement détruite. Un nouveau Coercion Bill permet au lord-lieutenant de proclamer une sorte de loi martiale et de faire face aux premiers troubles : à défaut de nourriture, l’Angleterre choisit d’envoyer des soldats.

1847 : Mort de O’Connell qui s’était retiré de la politique l’année précédente. Par son acceptation du jeu parlementaire et par son emploi préférentiel de l’anglais, il a contribué à l’anglicisation de l’Irlande, tout en éveillant la conscience politique des masses catholiques. En faisant de l’Église le relais de son action, il a néanmoins définitivement perdu pour la cause irlandaise l’Ulster presbytérien. L’élan impulsé par son action politique s’était brisé avec la catastrophe de la Grande Famine.

1847 : L’Irish Poor Law met les indigents à la charge des contribuables et des grands propriétaires, pourtant presque tous en faillite. Certains sont contraints d’expulser des tenanciers pour restreindre la population des assistés.

1848 : La « Jeune Irlande », qui paraît trop intellectuelle et trop peu religieuse aux yeux des masses catholiques, se divise. Certains, comme John Mitchell, qui prêche l’insurrection dans son journal United Irishman (il y enseigne comment saboter les voies ferrées ou faire sauter les ponts), préconise la révolution agraire. D’autres, comme Gavan Duffy et Smith O’Brien, se refusent à lancer l’Irlande exsangue dans toute nouvelle rébellion. Pourtant, encouragés par les succès apparents des mouvements révolutionnaires européens de 1848, les « Jeunes Irlandais » préparent un soulèvement et entrent en contact avec un représentant de la IIe République, Lamartine. La plupart des révolutionnaires sont arrêtés avant de passer à l’action et l’insurrection n’est pas suivie par les masses : c’est une escarmouche insignifiante à Ballingarry (« la bataille du carré de choux de la veuve Mac Cormack »), le 30 juillet 1848, qui met un terme à l’aventure. La Jeune Irlande entre néanmoins dans la mémoire nationale, et son drapeau tricolore va devenir le symbole du mouvement républicain. Plusieurs chefs s’exilent aux États-Unis. Quant à Mitchell, il est condamné à quatorze ans de déportation.

1849 : Suppression presque totale des droits sur le blé (Corn Laws) grâce à Peel, un conservateur rallié aux idées libre-échangistes. La majorité protectionniste du parti tory ne pardonne pas cette trahison à son leader. Mais cette mesure ne change pas grand-chose en Irlande, car le gouvernement ne songe pas une seule fois à se départir de la sacro-sainte théorie du « laisser faire, laisser passer » et du principe de non intervention : rien ne doit entraver la libre concurrence et l’initiative privée. Ainsi voit-on toujours d’énormes quantités de produits exportés vers l’Angleterre. « Pendant la famine, pour un navire chargé de grains qui entrait dans un port irlandais, six partaient avec un chargement analogue » (John Mitchell). L’Incumbered Estates Act permet aux landlords, eux-mêmes gravement touchés par la crise, de vendre leurs propriétés endettées. En dix ans, une grande partie de la terre irlandaise va ainsi changer de mains, rachetée à des fins purement spéculatives par des hommes d’affaires. Une nouvelle aristocratie foncière, encore plus étrangère que la précédente à la réalité irlandaise, se constitue.

12 juillet 1849 : à Dolly Brae, 1 400 orangistes prennent d’assaut une colline tenue par un millier de Ribbonmen.

Août 1849 : Visite de la jeune reine Victoria.

 

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