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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 09:13

Ce travail, malgré son ampleur, n’est qu’une toute petite goutte perdue dans l’immense coffre à trésor de la Kabbalah ! Avec cette étude, … je vais tenter de vous offrir une sorte de mise en appétit – qui je l’espère - vous démontrera les rapports certains existant entre les gestes, les symboles, les mots hébreux que nous employons dans les rituels de tous les grades de la Franc-Maçonnerie régulière, tel que nous la pratiquons et la Kabbalah !      Mon but avec ce morceau d’architecture, … c'est d’étudier avec vous et en même temps d’appro­fondir nos connaissances de quelques concepts maçonniques en suivant la méthode kabbalistique. Aucune des idées que j’émettrais ne sont des dogmes de la GLRB ni de la Maçonnerie  Régulière tel que nous la pratiquons. Ce sont des réponses trouvées par le biais de la Kabbalah – cet instrument d’étude prodigieux – qui m’a permis – je l’espère – de mieux comprendre le message transmit par notre Volume de la Loi Sacrée et d’arriver ainsi à une initiation effective et plus profonde en tant que pèlerin en recherche de l’absolu ! Ce travail ci - n'a aucune autre prétention que celui d'être mon point de vue, … mon interprétation ou mon opinion,  … après des années de recherches et de réflexions … et en plus j'insiste et j'ajoute, … que c'est mon opini­on hic et nunc, c.a.d, ici et maintenant, soit en ce moment ci de ma vie d'homme et de maçon. … Comme je vous l’expliquerais au cours de ce travail – l’hébreu est une langue archétypique - dite sacrée – et comme tel a des propriétés très spéciales dont une grande partie se retrouve aussi dans le sanscrit et le mandarin chinois - …  Le grec ancien, l’arabe classique et le latin employaient eux aussi le système attribuant des valeurs chiffrées aux lettres ! …Il m’arrivera, plus d’une fois, d’approcher certaines des valeurs chiffrées ou symboles -  sous des angles différents … – ce ne sera pas pour vous lasser – mais pour vous imprégner de la richesse de cette méthode  -  afin que vous preniez l’habitude de l’employer sous toutes ses facettes, dans votre propre recherche et pensée maçonnique ! …Pour pouvoir suivre mon exposé  avec succès – il faudra vous défaire momentanément - du style de pensée latin, germanique ou cartésien matérialiste et essayer d’adopter le style de pensée allégorique et symbolique des fondateurs de nos cultures monothéistes ! …Alors …   Si vous êtes prêt … ?   Allons-y !  … Nous sommes souvent déroutés par la méconnaissance de la prononciation des lettres et des mots, car écrits sans voyelles, même si certains livres d’études bibliques actuels ont étés imprimés avec les signes de prononciation datant du 8e siècle de notre ère, des Massorètes, rabbins érudits qui connaissaient par coeur la ‘’ MASSORAH ‘’, c.a.d. : la transmission orale traditionnelle de tous les textes bibliques.

En outre, les mots eux-mêmes changent de sens, jusqu'à vouloir dire l'inverse, suivant le son donné aux lettres par les points /voyelles invisibles, de la tradition, mis en dessous, ou au-dessus de la lettre.  

Exp.: le son du  Aleph  ou du ’ayin ou du  héh deviendrait avec les signes massorétiques : + I  = A, + G = AI,  +  F = É, + E = I, + L = OU, + A  = E,  + K(donc au-dessus) = O … etc... etc... .

Toutes les autres lettres avec les même points/voyelles deviendraient:Exp.:  lamed  = La -Lai - Lé - Li - Lou - Le - ou Lo  , Mem  = Ma - Mai - Mé - Mi - Mou- Me ou Mo. Etc... etc... 

Un point au centre de la lettre, la redouble phonétiquement, sans changer sa valeur numérique.

Ex : veth = beth – ‘khaf = Kaf – Kof = Kof dure etc. etc.

En Israël l’on parle aujourd’hui un Hébreu moderne, qui est en fait l’Hébreu biblique avec une ajoute de mots nouveaux apportés par l’Académie de langue hébraïque, afin de permettre au  pays, aux sciences et à  l’armée de défense d’Israël  de fonctionner d’une façon moderne et civilisée.

Dans les Synagogues et dans les écoles et collèges Talmudiques, seul l’Hébreu biblique est en usage.

Ce que je vais essayer de vous expliquer, c’est cet  Hébreu biblique.

Ce ne sera pas une sorte d’élucubration intellectuelle, mais une analyse sérieuse, basée sur la Mystique juive et son  émanation, la Kabbalah,  ses 28 codes et ses 32 règles, ainsi que sur une tradition de +/- 40 siècles.

Je n’ai pas la prétention d’avoir inventé ce système, bien au contraire, … mais j’ai eu le bonheur de trouver par moi-même, et  par des études approfondies, des réponses satisfaisantes à mes questions.

Ce système et ses exercices, objet de ce  paragraphe, sont le résultat de conversations avec mon Grand-Père et mon Père,  ainsi que de nombreuses autres personnes en recherche qui se sont donné la peine d’étudier tous nos Écrits Sacrés en profondeur, afin d’en extraire l’essentiel  et cela pendant toute leur vie.

Car le discours et la façon de raisonner d’un mystique juif et surtout en Hébreu est fort différente du raisonnement d’un Occidental.

Pour le mystique, la Bible dans sa  langue Hébraïque originale, permet de retrouver dans la racine de ses mots et de ses expressions, les sources, les archétypes et les symboles du monde et de l’Univers.

D’après les Cabalistes, et les mystiques, c’est un cryptogramme, porteur en profondeur, de 28 messages différents, tous cohérents et lisibles, pour l’Initié qui en possède la clef sous forme de code chiffré.

En Hébreu biblique, il n’y a en principe que deux temps, l’accompli et l’inaccompli.

Pour l’hébraïsant, le mystique et le Kabbaliste, le ‘’ PRÉSENT ‘’ n’est qu’un instant fugace du ’ FUTUR ‘’ en route vers le ‘’ PASSÉ ‘’.

Il y a 4 niveaux de lecture de la Bible, qui pour moi se limite au Tena’kh ou soi-disant ‘’Ancien Testament ‘’.

Ces 4 lectures ou niveaux sont symbolisés par le mot  P.a.R.D.e.S ( peh, resh, daled, samekh )., ou  ‘’ Le Verger de la Connaissance ‘’, qui est peut-être à l’origine du notre mot ‘’ Paradis ‘’.

Les lettres du mot " PaRDeS "  ‘’ LE  VERGER ‘’ en hébreu sont les initiales des mots :P-AROSH : ou la lecture littérale et la compréhension d’un enfant de six ans, qui est malheureusement à la base de presque toutes les traductions de l’ ‘’ Ancien Testament ‘’ connues.

R-EMEZ : ou  la lecture symbolique obligatoire d’un adolescent de 13 ans ( à sa majorité religieuse    = la BAR-MITZVAH )

D-RASH : la lecture homilétique et mystique d’un jeune homme de 18 ans.

S-OD : ou la lecture dite ‘’ Secrète ‘’, d’un homme mur, âgé d’au moins 40 ans !

Nous en arrivons donc au coeur de mon  propos ;  l’Hébreu, langue sacrée ? ... Pourquoi ? ...

l’Hébreu a un alphabet spécial comprenant 22 lettres, toutes uniquement des consonnes, qui sont … et je le répète … en même temps des chiffres, des mots, des symboles, des idées (hiéroglyphes), des  vibrations, ou des sons. S’y ajoute 6 lettres finales, c. a d. des lettres qui changent de forme quand elles se trouvent à la fin d’un mot, sans pour autant en changer la valeur numérique de base.

2° L’Hébreu connaît  2 écritures, la carrée et la ronde. La carrée, quand elle est calligraphiée, est  employée uniquement pour les manuscrits sacrés, comme le TENA’KH ( l’Ancien Testament ). Elle est encore en usage aujourd’hui, mais vers l’an 1.439, un SANHEDRIN ( un concile de Rabbins érudits ) spécial, a du se réunir pour permettre l’impression de livres d’études, en écriture carrée, par Gutenberg.  Ce qui  permit,  au peuple juif dans sa dispersion, de conserver sa culture et ses traditions. De tout temps et encore de nos jours, les Rouleaux de la Torah sont uniquement calligraphiés, donc écrits à la main, par un spécialiste, un Sage, se mettant en état de grâce, par des bains rituels, des jeûnes et des prières appropriées. Ces rouleaux sont calligraphiés avec respect sur +/- 40 parchemins de peaux d’animaux purs (   Kasher = 'khaf, shin, resh ) avec une plume d’oie trempée dans une encre noire spéciale, végétale et très brillante.

Pour l’usage profane et l’étude, la Bible, le Talmud et la Michna, sont actuellement imprimés ou écrits en écriture carrée même sur une machine à écrire. L’écriture manuscrite, dite ronde, n’est plus employée en Israël et en diaspora que pour de vrais manuscrits, mais surtout pour des missives, lettres privées et les signatures. N.B. chez nous aussi, en lettres latine - 2 alphabets se côtoient, l’imprimé et le manuscrit. Ex : ( ABCDE - abcde )

3° Cet alphabet Sacré, composé uniquement de consonnes, a des propriétés spéciales et s’écrit de droite à gauche. a)chaque lettre est un symbole : aleph, beth, gimmel, daled, heh, vav, zayin, ‘khet, teth, yod = Taureau, maison, chameau, porte, souffle / voie, crochet, épée / arme, Péché / terreur, ciment / balais, main.b)  chaque lettre est un son, une vibration propagée d’ici-bas vers   l’Univers et le Cosmos pour y éveiller un écho en retour. c)  chaque lettre a une valeur numérique fixeEn petite Gématriah:  aleph = 1 – beth ou veth = 2 - gimmel = 3 - daled = 4 - héh = 5 - vav = 6 – zayin  = 7 – ‘khet  = 8 – tet  = 9 . Ce sont les unités de la 1e à la 9e lettre.  yod = 10 – ‘khaf ou kaf = 20 – lame  = 30 - mem = 40 - nun = 50 – same’kh  = 60 – ayin  = 70 – peh ou feh  = 80 – tzadik  = 90 . Ce sont les dizaines de la 10e à la 18e lettre. Kof  = 100 – resh  = 200 - shin = 300 – taf  = 400 Ce sont les centaines de la 19e à la 22e lettre. Les lettres finales  ‘khaf  final  = 500 – mem final = 600  -  nun final  = 700 -  peh ou feh final = 800 – tzadik final = 900  et le aleph final = Aleph à la fin d’un mot = 1.000.   Mais uniquement en grande Gematriah, sinon elles gardent leur valeur simple de base : d)  chaque lettre est aussi un mot, mais écrit  en plein elle a une valeur cachée : Ex : aleph = 1  mais comme mot elle s’écrit = aleph, lamed, phé = 1 + 30 + 80 = 111. Pour les Kabbalistes Chrétiens ceci est une preuve de la ‘’ TRINITÉ ‘’, puisque  aleph = 1 mais aussi 111 en valeur cachée, et donc si 1 = 111 et que 111 = 1+1+1 = 3, c’est donc le Trois en Un, …. C.Q.F.D. .

N’oublions pas que ce n’est qu’a partir de +/- 1550 que les lettres en tant que chiffres sont abandonnés pour les chiffres ( dit arabes ) tels que nous les employons aujourd’hui suite à la publication du manuel d'arithmétique de l'Allemand Adam Riese (1492-1559) ( voir la courte histoire des chiffres et des lettres en fin du livre ) En algèbre nous continuons encore toujours à les employer . Développons ceci un peu plus :  Il existe 32 règles Kabbalistiques, ce sont les chemins ou canaux conduisant à la connaissance, ou encore les 32 règles d’interprétation du texte Biblique, formées par les 22 lettres /canaux et les 10 SEFIROT ( pluriel de SEFIRAH)  de l’Arbre de Vie ou Arbre Sefirotique.

En voici quelques exemples en petite Gematriah :

1° chaque mot ou phrase a une valeur directe formée par l’addition des valeurs de chaque lettre.

2° par une réduction dite ‘’ Théosophique ‘’  ressemblant à la preuve par neuf de notre enfance, il est possible d’en arriver à la valeur de base d’un mot, afin d’en découvrir la valeur de ressemblance et de symbolique cachée : Ex : L’Un / l’Unique = E'khad  = aleph, 'khet, daled = 1+8+4 = 13 = 1+3 = 4 = ( daled )( la Porte [initiatique] ou les 4 lettres Sacrées  du Tétragramme. 3°  Chaque lettre d’un mot  peut aussi être l’initiale d’un mot caché; ces mots cachés peuvent à leur tour former une phrase ou une série de mots symboliques ou des mots Sacrés ou encore des noms de personnages. 

Il ne fait aucun doute, que cette partie de mon discours, n’est qu’un très court résumé de ce qu’est l’Hébreu ou la Kabbalah et son système d’interprétation Biblique et symbolique. Elle essaye de vous montrer l’aspect ésotérique des écrits Sacrés du Judaïsme et du Christianisme. J’aurais pu en faire autant avec la Bible des Septantes en Grec – dont les rédacteurs étaient aussi des Rabbins et des Kabbalistes - Malheureusement je ne possède pas cette langue. 

Pour ce faire la Kabbalah emploi  3 procédés, appelés GiNaT ou LE JARDIN ( de la Sagesse ) ceci sont les initiales des mots :

GEMATRIAH, ou l’interprétation numérique des valeurs et leurs correspondances symboliques.    Car tous les mots à même valeur sont des jumeaux symbolique.

NOTARICON, ou l’emploi des premières ou dernières lettres des mots, comme initiales de              nouveaux mots permettant de trouver la signification symbolique cachée d’un mot ou d’une phrase.

TEMOURA, ou système de permutation des lettres suivant un code bien définis. Ex. du A - T …  BaSH =  la première par la dernière – la deuxième par l’avant dernière … Le Yod-Héh-Vav-Héh devient Mem-Tzadiq-Phè-Tzadiq ou Mitzpaz = Éclat de Lumière Aveuglante …  etc etc. Ex. Kouzou = chaque lettre est remplacée par la lettre suivante ou la sur-suivante etc. … Le Yod-Héh-Vav-Héh devient : ‘Khaf –Vav-Zayin-Vav = Kouzou !

Voici donc un très succinct aspect de la richesse cachée dans la langue Hébraïque dite Sacrée, richesse et système connus aussi des écrivains du soit disant  «  Nouveau Testament «  ( voir les parties chiffrées dans les Évangiles Synoptiques et dans l’Apocalypse de saint Jean XIII : 18 ). 

Pour faire un travail utile et valable, la connaissance parfaite de l'hébreu parlé est indispensable, car la lecture ou la connaissance des lettres hébraïques à elles seules ne suffisent pas.

Ceci  n'est qu'une clef d'un coffre à trésors, dont le code n'est toujours pas connu de tous !

Et je conseille à ceux qui voudraient apprendre l’hébreu d’uns façon plus approfondie de se mettre en rapport avec la communauté juive de leur ville ( s’il y en a une ) et de se renseigner sur les cours d’hébreux s’y pratiquant !

Sinon ils existent des CDRom inter-actifs pour apprendre l’hébreu à son propre rythme sur PC : ( voir la FNAC et ou la Librairie ‘’ Colbo ‘’ rue Richier à Paris.

Qu’est ce que c’est que la Kabbalah ? …

Cela ne vous donne en tous cas aucun pouvoir sauf celui de mieux vous connaître vous-même et de trouver et ainsi mieux comprendre les symboles rencontrés sur votre cheminement et votre quête vers un ‘’ Plus-Être ‘’ ! …Le Frère Lawrence Dermott, fondateur et Grand Secrétaire de la Grande Loge des “Antients” en 1751-  le décrit en ces mots ‘’ La Kabbalah c’est la Pratique de la Présence de Dieu ”. Voici encore quelques exemples : Dans l’Ancien testament (Nombres, chapitre 6 versets 24-26), la triple bénédiction que doit prononcer le prêtre et les lévites au Nom de YHVH,  est donnée en termes du mysticisme Kabbalistique; “Que le Seigneur te bénisse et te Garde;… que le Seigneur t’Éclaire de Sa Face, et qu’Il te Soit Miséricordieux ;… que le Seigneur Tourne Son Visage vers toi et t’Accorde Sa Paix ”. Dans la Bible hébraïque d’origine, ces 3 versets sont composés de 3-5-7 mots, dans lesquels le nom le plus Saint- Y.H.V.H. apparaît 3 fois …  Souvenez vous mes Fr.*. … l’âge maçonnique  des trois grades bleus !  3 - 5 & 7 ans…Pour tout Kabbaliste  … chaque mot de la Torah contient un sens élevé, et un mystère suprême. 

Des simples d’esprits ne voient que le sens littéral du texte de la Bible… ceux qui sont plus instruits ou en recherche,  ne prêtent aucune attention au sens littéral, mais bien aux sens profonds qu’il contient. 

Permettez-moi de mentionner à nouveau qu'il y a quatre niveaux de lecture de la bible, appelés ‘’PaRDeS‘’, et trois méthodes d’interprétation, appelés ‘’GiNaT ‘’, applicables à la Kabbalah pratique, ainsi qu’à la Franc-maçonnerie, indéniablement caché sous des voiles Cabalistiques, et il est plus que souhaitable que les  hommes en recherche que nous sommes en prennent connaissance pour arriver à une initiation effective.

Voici encore des exemples: Il s'agit d'extensions numériques et de contractions, et parmi celles-ci, la plus connue est probablement le Tétragramme ( YHVH ), exprimé numériquement par 26, ou réduit à un chiffre - ( YHVH en nombres donne 10+5+6+5 = 26,  qui réduit théosophiquement donne  2 + 6 = 8 soit le symbole de l’Éternité. D’après cette méthode l’Éternel, bénit soit Son Nom, est reconnu comme Trinité, étant donné que Dieu tout Puissant EL - ShaDaÏ - =  3 4 5,  ce qui donne un total de 12, et réduit = 1+2 =  3, la  Tri- Unité. Les Maçons en recherche  ne manqueront pas de remarquer le lien ici avec le théorème de Pythagore, un triangle de proportions 3 - 4 - 5, comme symbole de la Trinité Divine.  

Une autre manière – comme je l’expliquerai plus loin est d’épeler le nom de la première lettre –

L’ALEF – valeur ‘’ UN ‘’symbole de la Divinité ( le Seul et Unique ) en toutes lettres, et cela donne : Alef–Lamed–Pheh ou 1+30+80 = 111 = 1 + 1 + 1 = 3.  - On obtient donc ainsi une autre preuve du 3 en 1 = D… le Père – D… le Fils et D… Le Saint Esprit! Un autre exemple très connu est le mot  ‘’ HA’AVAH ‘’ - qui signifie ‘’Amour ‘’, qui équivaut numériquement au nombre 13, ce qui est également la valeur numérique du mot ‘’ E’KHAD = ‘’Un‘’ – ce qui a permit  au Rabbin – Kabbaliste Jésus de proclamer en se basant sur la Kabbalah la partie du credo juif :‘’ ADONAÏ E’KHAD ou ‘’ D... est Un‘’ –  en ‘’D… est Amour‘’ !  Puisque ‘’ Un ‘’ et ‘’ Amour ‘’ valent tous deux 13 ! La valeur de la lettre  Shin est 300, et cela est devenu le symbole de la Divinité, étant donné que RUACH ELOHIM, "L’esprit de D…," en Hébreu  - est également 300, en valeur numérique.                          

Dans le Christianisme, la colombe est le symbole de l’Esprit Saint – les lettres du mot grec signifiant

«  colombe «  = peristera = 801 – même valeur que les mots «  alpha + oméga ( = 801 )En Révélation Jésus dit : Au chapitre I : 8 - Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur, Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout-Puissant.  Au chapitre XXII : 13  Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin.

Cette lettre, a la forme d’une colombe, et est décrite comme telle dans Mathieu Chap. II : 16-17  :

16  Et Jésus, quand il fût baptisé, sortit de l’eau: et voilà, les cieux s’ouvrirent au-dessus de lui, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe, l’illuminant : 17  Et voilà, une voix venant du ciel, proclamant, Voilà mon Fils Bien –Aimé, que j’apprécie infiniment. Les Maçons croient que chaque Loge est la représentation symbolique du Temple du Roi Salomon, et dès lors devrait être orienté comme lui en son temps … vers l’Est, lieu du soleil levant. Si le Temple ou La Grande Loge d’En Haut, est orienté exactement comme nos Loges, cela implique que lorsque l’on agit sur Terre- nous refaisons les actes qui sont faits dans le Monde du Trône de Dieu. Nous parlons dans le rituel des Trois Piliers, la Sagesse, la Force et la Beauté. Comme nous l’avons déjà précédemment expliqué, il y a trois piliers de faisceaux Lumineux, dans le schéma lumineux standard des SEPHIROT

La Kabbalah est censée être un voyage spirituel. La Maçonnerie dit dans son rituel, qu’il s’agit d’un voyage spirituel. Ce voyage nous transforme - en fait, il nous permet d’être prêt pour la dernière grande transmutation, … le passage du Temporel à l’Éternel. Saint Paul l’a appelé l’expérience du chemin de Damas et l’a comparé à la révélation passant de l’aveuglement spirituel à la Lumière de la Vérité. La Maçonnerie, est un système d’instruction morale, enseignant les anciens usages traditionnels d’une façon agréable, par des psycho –drames – des symboles  et des représentations allégoriques. Dans la Kabbalah, l’on retrouve continuellement des explications du sens profond de la Sainte Torah reçue au Sinaï ou Pentateuque ( les 5 livres de Moise ). 

Nous pensions, …. bien avant que les scientifiques ne le découvrent … qu’il y avait un code dans la Torah, qui révèlerait une compréhension toujours plus croissante  du message Divin, si nous pouvions seulement le comprendre. Nous avons enfin compris que les histoires – paraboles et autres faits narrés dans l'Ancien Testament, et même dans le Nouveau Testament en Grec étaient des archétypes, des emblèmes et des énoncés allégoriques qui conduisent à des vérités plus profondes encore.

Encore quelques exemples à méditer … ? … en voilà ! 

1° pour les Kabbaliste Chrétien – la phrase : Élohim Hou E’khad = Deus est Unum  = D… Est Un = 111  Il en est de même pour la lettre Aleph comme mot = 1+1+1 = 3 ou le 3 en 1 = D… le Père, D… le Fils   et D… le Saint Esprit.

2° Le Credo ‘’ Y.H.V.H. est UN ‘’ =  26 + 13 (  prononcé Adonaï E’khad )  = 39 – D…  est au centre de la ‘’ Lumière ‘’ de l’année – car il y à  52 semaines solaires et 13 mois lunaires. D’après une des règles kabbalistiques l’on calcule 52 – 13 = 39 – valeur du ‘’ Credo ‘’ 

3° Le mot «  Vérité «  en hébreu = Emet ( aleph, mem, Tav ou 1+ 40+400 ) = 441 – même valeur que  le mot Charbon Ardent ou Braise  = Ga’khelet ( gimel, ‘khet, lamed, tav ou 3+8+30+400) = 441 – car la vérité est comme un charbon ardent qui brûle toutes les impuretés et unit tous les contraires ou comme une Braise ardente qui n’attend que notre souffle pour reprendre force et vigueur. Il est composé de la première et de la dernière lettre de l’alphabet hébreu ainsi que de la lettre du milieu – il comprend donc le tout - depuis le début et jusqu’à la fin de toute chose. ( à nouveau depuis l’alpha – jusqu’à l’Omega de toute chose ) Si l’on en enlève la 1ère lettre - le Aleph ( symbole d’unité et du divin ) il nous reste le mot Met – qui signifie ( la ) mort.

5° Lors de la multiplication des Pains et des poissons, que dit le texte de Mathieu XIV : 19 : 

Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces.  Tous mangèrent et furent rassasiés. Lisez cela en hébreu, langue parlée par Mathieu de son vivant, ... et aujourd’hui  encore, ... un enfant d’Israël comprend de suite. Les Pirké Avot, la Sagesse des Pères, nous enseigne, qu’en plus du pain, il faut aussi se nourrir de spiritualité. Et nous y sommes en plein ! La valeur numérique de cinq pains = 78 x 5 = 390 ou 39, le zéro ne comptant pas en Gématria. La valeur numérique de deux poissons = 7 x 2 = 14 = 1+ 4 = 5 .Le texte devient clair comme de l’eau de roche. Il ne nourrit pas cette foule de nourriture terrestre mais de spiritualité, car  lever les yeux vers le ciel, c’est, comme vous le verrez par la suite, réciter le credo cabalistiquement, dont la synthèse est : D... est Un = valeur 39. Les 2 poissons symboliques ont comme valeur théosophique 5 (poisson  = dag = dalet-gimmel = 3+4 = 7 = 7x2 = 14 = 1+4 = 5 .Le cinq, c'est la valeur du souffle de vie, de la spiritualité, le " HEH." .... Vouloir aller encore plus loin – même avec ce supplément à mon court chapitre précédent est impossible ; Car comme le disait feu mon grand-père kabbaliste … une vie d’homme n’y suffirait pas. 

Je reste encore toujours à la disposition de tous ceux qui y ont pris goût et voudraient en apprendre un peu  plus. 

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Published by Sam Eched - dans Kabbale
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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 11:26

L'apparition de la mystique juive coïncide avec la période des premiers siècles de l'ère chrétienne : elle cherche à interpréter les données de la révélation à la lumière des textes de l’Écriture. Et il convient d'enraciner tout le courant de la mystique juive dans les différents mouvements de piété qui fleurissaient au moment de la naissance du christianisme.

La situation en Palestine au premier siècle

A la mort du roi Hérode le Grand, en l'an 4 avant l'ère chrétienne, la succession de son royaume est difficile : Rome intervient et partage son royaume entre ses trois fils. L'un d'eux, Archélaüs, qui s'était vu attribuer la province de Judée, sera exilé par l'empereur en l'an 6 après Jésus-Christ : la Judée sera dès lors gouvernée par des procurateurs romains. Pourtant, l'agitation politique ne cessera pas : elle dégénère en une véritable révolte, qui conduit à la première guerre juive (66-73), marquée par la destruction du Temple en 70. ramenant à Rome ses trophées, dont un rouleau de la Torah et le chandelier à sept branches, Titus était, malgré tout, hanté par la crainte d'une nouvelle insurrection. La guerre se ralluma sous Hadrien (132-135) : la nation juive fut écrasée, et Jérusalem, baptisée Aelia Capitolina, fut interdite aux juifs. Au seul jour de l'anniversaire de la destruction du Temple, ils furent autorisés à venir pleurer près du Mur occidental du Temple, encore resté debout : ce Mur fut appelé "Mur des Lamentations" jusqu'à l'époque du retour des juifs dans l'État d'Israël. Désormais, il est appelé "Mur de l'espérance" ou encore "Mur de la Jubilation".

Après le démantèlement politique de la nation juive, le judaïsme devenait une religion en dehors de toute organisation politique : c'en était fait de la cité, du royaume plus ou moins théocratique. L'ère de la spiritualisation du judaïsme commençait, et pendant les siècles qui suivirent, jusqu'à la création de l'État d'Israël, en 1948, le voeu pieux de tout juif orthodoxe était de fêter la Pâque "l'an prochain à Jérusalem". Devant survivre en dehors de la Palestine, le judaïsme s'appuiera sur les différents courants de la tradition demeurés vivants pendent le premier siècle de l'ère chrétienne. Dès cette époque, en effet, le judaïsme était fragmenté en de multiples tendances dont les traces sont perceptibles dans les différents écrits. S'il n'est guère possible de rassembler toutes ces tendances pour en faire une synthèse artificielle de la religion juive, il faut néanmoins constater que les données essentielles de la religion biblique se trouvent dans chacune d'elles.

Les Pharisiens ou "hassidim"

Ils constituent un courant de piété ("hassid" = pieux) qui s'était vraisemblablement alliés aux Maccabées par fidélité religieuse. Mais ils ne participèrent pas directement à leur lutte pour l'indépendance nationale : après l'échec de la révolte maccabéenne, ils firent la paix avec les Syriens et gardèrent strictement leurs objectifs religieux, centrés sur la fidélité absolue à tout l'enseignement de la Torah. Ils souhaitaient que toutes les affaires de l'État soient traitées sans autre considération que celle de la seule Torah, comprise non seulement comme la Loi écrite remontant directement à Moïse mais aussi comme la Loi orale qui s'était transmise, de génération en génération, depuis l'époque de l'exode.

C'est donc sous le signe de la Torah qu'il faut comprendre l'existence même du mouvement pharisien : ces hommes, dont le nom veut dire "les séparés" - c'est-à-dire ceux qui constituent la véritable communauté sainte d'Israël - ne participaient pas nécessairement à la classe supérieure juive. Ils étaient issus, sociologiquement parlant, du laïcat et non pas des castes sacerdotales ; et ils n'avaient pas reçu de formation spéciale, comme celle des scribes, avec lesquels ils entretenaient des relations très étroites. Mais si certains scribes appartenaient au mouvement pharisien, la plupart des membres de ce mouvement n'étaient pas des représentants de l'élite cultivée du peuple : ils étaient simplement des membres d'associations pieuses qui suivaient les règlements d'une communauté particulière, notamment en ce qui concernait la pureté rituelle et la dîme.

Constatant l'incapacité de la nation juive à pouvoir obtenir une place comparable à celle des grands empires de leur époque, ils renonçaient à toute ambition politique internationale. Réalistes, ils admettaient que rien, à l'échelle humaine, ne pouvait permettre de délivrer leur pays de l'autorité romaine et ils se satisfaisaient de la relative liberté qui leur était laissée pour étudier la Torah. Ils s'appuyaient sur le fait que les Écritures issues de Moïse avaient été commentées depuis longtemps et donc que la tradition orale pouvait permettre à cette loi mosaïque de continuer à s'appliquer dans les conditions nouvelles de l'existence du peuple.

Pour les pharisiens, YHWH était le Dieu de l'humanité tout entière, et, en conséquence, ils proposaient une doctrine de la relation individuelle de l'homme avec Dieu, relation qui se poursuivait au-delà même de la mort, puisqu'ils croyaient à la résurrection des morts. Ils n'étaient donc pas tout simplement de faux dévots hypocrites, semblables à ceux que le Nouveau Testament stigmatise avec ardeur, imposant un joug pénible de prescriptions légales et rituelles. Leur différend avec Jésus de Nazareth reposait sur le fait que ce dernier méprisait quelque peu leur interprétation très étroite de la Torah et les barrières qu'ils s'imposaient pour que celle-ci soit scrupuleusement respectée. Ils ne le critiquèrent jamais pour ses prétentions messianiques : eux aussi attendaient le Messie-Roi qui devait libérer le peuple de la domination étrangère. Aussi ne sont-ils pas intervenus dans le procès qui opposa Jésus et les chefs des prêtres.

Les membres des communautés pharisiennes étaient donc issus des classes populaires de la nation : principalement des marchands, des artisans et des paysans, qui n'avaient pas reçu une formation de scribe. D'ailleurs, dans ses discussions avec les pharisiens, Jésus de Nazareth ne se situe jamais sur le plan de la spéculation intellectuelle ou des questions théoriques. II se place plutôt sur le plan des questions pratiques ou tout au plus sur des questions d'exégèse de la Torah. Cela laisse supposer que, même en milieu chrétien, les pharisiens n'étaient pas perçus comme de grands théoriciens du judaïsme, mais comme des hommes soucieux de conformer leur existence aux principes de la Loi de Moïse. Toutefois, si les communautés pharisiennes étaient des communautés d'origine populaire, il semble que leurs membres n'hésitaient pas à se considérer comme supérieurs à l'ensemble du peuple qui n'observait pas les prescriptions rigoureuses, aussi bien au niveau religieux que sur le plan de la morale quotidienne. Néanmoins, la foule suivait les pharisiens de manière inconditionnelle, car ils étaient capables de se dévouer entièrement pour la cause de leurs compatriotes. En face du pouvoir religieux et sacerdotal, comme en face du pouvoir politique, ils représentaient le parti du peuple, qui visait à l'abolition de toutes les différences de classes sociales dans le Nouvel Israël.

Aussi ne faut-il pas s'étonner de constater que ce sont ces mêmes pharisiens qui, après la catastrophe nationale de 70, prendront en mains les destinées du judaïsme : ils tentèrent d'empêcher le peuple de se lancer de nouveau dans la guerre, en l'invitant à se soumettre à la volonté divine, mais ils échouèrent dans cette entreprise.

Les sadducéens

Si les pharisiens étaient plus ou moins progressistes dans le domaine religieux - puisqu'ils acceptaient la validité de la tradition orale - les sadducéens, quant à eux, étaient de fermes conservateurs : ils ne reconnaissaient l'autorité que des écrits les plus anciens, notamment la seule Torah mosaïque refusant toute la tradition orale, refusant également de reconnaître les progrès doctrinaux et les nouvelles croyances, qui n'étaient pas fondés dans les premiers écrits. Ainsi, ils ne pouvaient admettre la croyance aux anges, à la résurrection des morts et à la rétribution universelle après la mort.

Les sadducéens formaient également un groupe organisé comprenant dans ses membres les grands prêtres, les anciens, la noblesse sacerdotale et la noblesse laïque : comme dans le mouvement pharisien, c'est le laïcat qui forme la grande masse des partisans, alors que le clergé parvient à exercer son influence en tant que spécialisé dans le domaine des affaires religieuses. La théologie sadducéenne se ressent du conservatisme religieux de ses membres. YHWH est exclusivement le Dieu national d'Israël, et c'est en cela qu'ils s'opposèrent farouchement eux pharisiens.

Pour eux, la Torah pouvait servir de constitution nationale, bien que, dans les circonstances qui étaient celles du premier siècle, il ne pouvait pas être question de mener une politique strictement théocratique. Il leur fallait donc nécessairement se soucier de l'opportunité politique et des intérêts économiques. Aussi ne faut il pas s'étonner de les voir collaborer avec la puissance politique en place, fut-elle étrangère. Ils accepteront le joug de Rome, en s'accommodant tant bien que mal des circonstances les plus défavorables. Les masses populaires ne purent jamais accepter de telles compromissions et elles se rangèrent sous l'autorité du mouvement pharisien : et les grands prêtres perdirent toute importance politique, vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne.

Le déclin de la nation d'Israël, après l'insurrection des zélotes en 67, amena la complète dissolution de la noblesse sacerdotale et laïque : désormais, il ne pouvait plus être question de privilège obtenu par la simple naissance, tout fidèle allant bientôt être soumis à la loi romaine dans sa plus grande rigueur.

Les Esséniens, des moines à Qumrân

Comme les pharisiens, les Esséniens doivent vraisemblablement trouver leur origine auprès de ceux qui soutinrent les Maccabées, dans la fidélité à la dynastie sacerdotale. Les écrivains juifs, Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe, les présentent comme organisés en petites communautés locales. Jusqu'en 1947, on ne disposait guère de renseignements sur cette secte juive du premier siècle en réaction contre l'oppression et la misère subies par les juifs, sous les Hérode, certains hommes décidèrent de se mettre à l'écart du monde mauvais et te vivre désormais dans la piété et la sécurité de la religion. Certains suivirent les conseils de vie des Esséniens, mais ne quittèrent pourtant pas leur existence quotidienne, si bien qu'il existait des communautés esséniennes locales, chargées surtout d'oeuvres de solidarité envers les frères de passage dans les villes et les villages. Mais la plupart des fidèles de la secte se retiraient dans les voisinages de la mer Morte, pour pratiquer un ascétisme très rigoureux. Il semble ainsi, après les fouilles entreprises à Qirbet Qumrân, que l'ensemble des constructions découvertes formait un véritable monastère, une sorte de maison-mère régie par la Règle de la communauté. De 1951 à 19t6, on a pu mettre à jour l'ensemble des bâtiments de cette communauté ; mais la découverte la plus extraordinaire fut certainement la découverte des manuscrits que les Esséniens avaient dissimulés dans les grottes voisines de leur communauté, quand ils durent s'enfuir devant l'avance des armées romaines...

La Règle de la communauté est probablement le plus ancien document de la secte : sa composition littéraire permet de la situer au deuxième siècle avant l'ère chrétienne. Elle contient les statuts concernant l'initiation des membres et une sorte de règlement intérieur pour diriger la vie commune : organisation, discipline, code pénal, devoir religieux et liturgique du maître et de ses disciples. La communauté ressemblait donc assez étrangement, quant à son mode de vie, à un monastère dont les différents membres travaillaient en grande partie dans la copie soigneuse des textes scripturaires. Beaucoup plus soucieux de la pureté du judaïsme que les pharisiens eux-mêmes, les Esséniens recherchaient la perfection la plus absolue. Pour ce faire, certains se vouèrent même au célibat, dans l'attente de la venue imminente du Messie. Ce célibat rompait avec la tradition entière du judaïsme qui prône le mariage et la fécondité. Il est cependant pratiquement certain que tous n'embrassèrent pas le célibat, puisque, dans le cimetière redécouvert à Qumrân, les archéologues ont trouvé quelques squelettes de femmes et d'enfants. Ceux qui recherchaient la plus grande sainteté devaient considérer comme préférable de n'avoir point charge de famille. A cet égard, les Esséniens se présentent comme les précurseurs des moines et des ermites de l'Église chrétienne.

La communauté de Qumrân reprenait à son compte les concepts fondamentaux du judaïsme : l'élection d'Israël, l'alliance entre YHWH et son peuple et le salut universel dont le peuple d'Israël devait être le témoin à la face du monde. YHWH avait choisi Israël en fidélité à la promesse qu'il avait faite à Abraham, il renouvela son choix, en accordant l'alliance du Sinaï, pour le salut du peuple tout entier, et à travers ce peuple au monde. Mais l'infidélité de ce peuple ne pouvait pas ruiner la fidélité éternelle de Dieu à la promesse qu'il avait faite : le reste d'Israël - et les membres de la secte se considéraient comme ce petit reste - devait racheter l'ensemble du peuple et assurer le salut au peuple choisi par YHWH. Pour cela, une guerre sainte était pratiquement inévitable, et c'est ce que présente la Règle de la guerre. Cette Règle est évidemment un écrit théologique qui présente le combat éternel entre les fils de la lumière et les fils des ténèbres. Mais elle contient également des aspects politiques : il n'est pas impossible d'identifier les fils des ténèbres avec les armées romaines qui devaient finir par vaincre toute résistance palestinienne.

Proches des Esséniens, certains visionnaires, désespérant de la situation que connaissait Israël, mirent leur espoir dans un autre monde, un monde surnaturel qui succéderait au monde présent, grâce à une intervention divine qui ne pouvait être qu'imminente. Leurs écrits sont qualifiés d'apocalyptiques, car ils se présentent comme des révélations faites par Dieu lui-même, et d'eschatologiques, puisqu'ils traitent des choses dernières de l'existence humaine. En insistant sur la perversité ou sur la dépravation de la nature humaine, les écrivains apocalyptiques et les Esséniens s'opposaient à la doctrine traditionnelle du judaïsme, qui affirme que l'homme possède des qualités morales et spirituelles qui lui permettent de vaincre tout mal et de hâter la venue du Messie. Les Esséniens rompirent donc avec le judaïsme traditionnel : celui-ci n'admet pas le retrait du monde pour échapper aux souffrances et ne peut approuver l'ascétisme absolu comme ligne de conduite essentielle de la vie humaine. Très rapidement donc, la doctrine essénienne tomba en désuétude et n'exerça aucune influence sur le développement ultérieur du judaïsme.

Les zélotes, des patriotes religieux

Les Esséniens apportaient une réponse négative à la misère et à l'oppression qu'ils pouvaient connaître, en se réfugiant dans des communautés qui leur apportaient une relative sécurité. Les zélotes, quant à eux, entendaient trouver une solution pratique à cette oppression : ils refusaient de se cacher du monde et se préparaient activement à la lutte contre toute tyrannie.

En cela également, ils s'opposaient aux pharisiens et aux saducéens, qui étaient toujours prêts à collaborer avec la puissance d'occupation pour bénéficier d'une relative sécurité. Pourtant, les zélotes n'étaient pas des nationalistes fanatiques : ils étaient prêts à lutter et à mourir pour l'amour de la patrie, mais ils vivaient aussi dans un profond attachement à la Torah, pour laquelle aussi ils auraient accepté de subir la persécution et la mort. Forts de cette Torah, qui se présentait à eux comme la révélation même de la volonté de Dieu, ils se sentaient la force de provoquer tous les ennemis du peuple que Dieu s'était choisi.

La présence de païens sur la terre promise en héritage aux fils d'Israël leur semblait un outrage aux droits de YHWH sur son peuple. C'est en Galilée, dans la province du Nord de la Palestine, que se développa le mouvement zélote : Ezéchias, le père de Juda le Galiléen qui donna son impulsion au courant révolutionnaire, avait combattu Hérode à la tête d'une troupe de partisans ; en 66 après Jésus-Christ, Ménahen, le fils de Juda, fut l'un des principaux chez de la révolte contre les romains, qui devait tourner à la guerre et amener la destruction de Jérusalem. Au lieu de calmer l'ardeur de ces patriotes religieux, les vexations et les persécutions subies par les juifs ne firent que les exacerber, et les zélotes appelèrent le peuple à la lutte sans merci contre son oppresseur. Les pharisiens tentèrent vainement d'écarter Israël de cette révolte armée, et de l'empêcher d'entrer dans une guerre qui ne pouvait que conduire à la perte du peuple. Mais ils ne furent pas suivis dans leurs raisonnements : la situation politique que connaissait alors le peuple d'Israël était telle qu'il lui était impossible de subir davantage l'oppression romaine. Les zélotes entraînèrent donc le peuple dans la révolte, et le résultat en fut la catastrophe nationale de 70 : Jérusalem tomba et le Temple fut détruit par les flammes. La nation juive disparaissait mais les juifs subsistèrent...

Qumrân tomba aux mains des romains en 68, et ceux-ci incendièrent les bâtiments de la communauté. Des membres de la secte purent cacher les manuscrits de la bibliothèque dans des grottes voisines. C'est là que de jeunes bédouins les retrouvèrent en 1947. Le site de Qumrân servit de quartiers aux armées romaines, dans les années qui suivirent la chute de la communauté. Ses membres se joignirent sans doute aux zélotes, qui les entraînèrent dans la résistance à outrance, jusque dans la forteresse construite par Hérode sur le plateau de Massada, qui tomba, elle aussi, en 74. Ce denier bastion de résistance n'abritait qu'un petit millier de fidèles décidés à ne pas céder à l'oppression romaine, dont les campements regroupaient plus de dix mille hommes décidés, quant à eux, à en finir avec cette guerre juive. Pour réduire cette forteresse, il fallait que les romains forcent la muraille pour pénétrer à l'intérieur, ce qui était chose impossible ; alors, ils construisirent une rampe d'assaut, avançant rapidement dans leurs travaux, malgré les grosses pierres que les assiégés faisaient rouler sur les sentiers menant à la forteresse. Les zélotes ne pouvaient rien faire qu'espérer un miracle, celui-ci ne vint pas : la muraille fut percée. Le sort de Massada était décidé et le chef de la forteresse prend la décision fatale : plutôt mourir que de vivre dans la servitude. Flavius Josèphe, l'historien du judaïsme antique, retrace l'exhortation Éléazar ben Yair, au moment de la chute de Massada :

Il y a longtemps, mes braves, que nous avons résolu de n'être asservis ni aux Romains, ni à personne, sinon à Dieu qui est le seul vrai, le seul juste maître des hommes ; et voici venu l'instant qui commande de confirmer cette résolution par des actes. En ce moment donc, ne nous déshonorons pas, car nous fûmes les premiers à nous révolter et nous sommes les derniers à leur faire la guerre. Je crois d'ailleurs que nous avons reçu de Dieu cette grâce de pouvoir mourir noblement en hommes libres, tandis que d'autres, vaincus par leur attente, n'ont pas eu cette faveur. Nous avons sous les yeux, pour demain, la prise de la place, mais aussi la liberté de choisir une noble mort que nous partagerons avec nos amis les plus chers... Que nos femmes meurent sans subir d'outrages ; que nos enfants meurent sans connaître la servitude ! Après les avoir tués, nous nous rendrons les uns aux autres un généreux office, en conservant la liberté qui sera notre noble linceul. Mais d'abord, détruisons par le feu nos richesses et la forteresse ! Laissons seulement les vivres, ceux-ci témoigneront pour les morts que ce n'est pas la disette qui nous a vaincus, mais que, fidèles à notre résolution première, nous avons préféré la mort à la servitude... Prenons-nous en pitié, nous, nos femmes et nos enfants, tant qu'il nous est encore permis d'avoir pitié de nous-mêmes. Car c'est pour la mort que nous sommes nés et que nous avons engendré nos enfants : même les heureux ne peuvent y échapper. Mais les outrages, l'esclavage, la vue de nos femmes ravies avec nos enfants pour le déshonneur, ce ne sont pas les maux d'une nécessité naturelle pour les hontes ; de telles épreuves, ils les supportent par lâcheté, parce qu'ils ne veulent pas, en en ayant le pouvoir, les prévenir par la mort... Mourons sans être esclaves de nos ennemis : sortons ensemble libres de la vie, avec nos enfants et nos femmes (Flavius Josèphe, La guerre des Juifs).

Dans le monde juif actuel, Massada conserve toujours sa valeur de symbole : la lutte d'un petit nombre contre la multitude, la lutte des faibles contre les forts, le choix réfléchi de manière spirituelle de ceux qui préfèrent la mort à la vie honteuse de la servitude, au renoncement aux valeurs qui les faisaient vivre antérieurement. Et les juifs actuels, retrouvant la terre de leurs ancêtres, redécouvrant le sacrifice des zélotes continuent de faire ce serment, au moment de leur service militaire : Massada ne tombera jamais plus !

Le courant baptiste et le judéo-christianisme

A quelques kilomètres du site de Qirbet Qumrân, sur les bords du Jourdain, un dernier prophète - qui n'est pas reconnu comme tel, par la tradition juive ultérieure - Jean proposait un baptême de conversion à tous ceux qui espéraient la venue de l'ère messianique, dans l'attente de celui qui devait libérer Israël.

On a souvent pensé que Jean, surnommé Baptiste, à cause de son activité principale, avait été influence par la communauté de Qumrân. Ce n'est pas impossible. Cependant, à la différence de celle-ci, il n'accueillait pas près de lui une sorte d'élite religieuse, mais l'ensemble du peuple, pécheur, qu'il préparait à la venue du Messie, en lui proposant un baptême de conversion et de pénitence. Jean renouait ainsi avec le prophétisme le plus ancien d'Israël : à chacun, il donnait des conseils appropriés à sa situation, l'invitant à suivre la religion juive selon son esprit et non pas seulement selon sa lettre.

L'usage de l'eau, qui permet les ablutions rituelles, est un signe commun à presque toutes les religions. En effet, le symbolisme de l'eau est tel qu'il signifie la régénération des individus. Et, les prêtres se soumettaient à des ablutions avant de pénétrer dans le Temple de Jérusalem. La religion juive comportait d'ailleurs de très nombreux rites d'ablution, en vue de purifier l'homme de tout ce qui était susceptible de le rendre impur, selon les écrits de la Torah, et particulièrement selon le Lévitique. Au premier siècle de l'ère chrétienne, ces ablutions rituelles étaient observées avec une extrême minutie : c'est ainsi que les Esséniens prenaient un bain de purification avant chaque repas. Jésus de Nazareth s'est trouvé mis en accusation par les pharisiens, parce que ni lui ni ses disciples ne tenaient compte des prescriptions de purification avant de prendre leurs repas. La religion juive connaissait aussi à l'époque un baptême réservé à ceux qui se convertissaient à la foi traditionnelle. Tout païen venant au judaïsme devait prendre un bain qui effaçait toute trace d'impureté rituelle, avant de recevoir la circoncision. Les ablutions purificatrices remontaient à la Loi exprimée par Moïse. D'autre part, dans le second livre des Rois, Élisée envoya Naaman, le Syrien lépreux, se plonger dans les eaux du Jourdain, afin d'y être purifié de sa maladie : Alors Naaman descendit au Jourdain et s'y plongea sept fois, selon la parole de l'homme de Dieu. Sa chair devint comme la chair d'un petit garçon, il fut purifié (2 R. 5, 14).

A l'époque de Jean le Baptiste, le baptême était donc un rite suffisamment bien établi pour que Jean n'ait pas besoin de justifier le baptême qu'il donnait, bien que celui-ci présentât un caractère quelque peu nouveau. D'abord, celui qui était baptisé recevait le baptême des mains de quelqu'un d'autre, alors que tes ablutions rituelles et purificatrices étaient tout à fait personnelles. De plus, Jean orientait le baptême qu'il donnait dans le sens d'une préparation immédiate à la venue du Règne messianique : il invitait à la conversion, au changement de vie et au changement d'esprit dans une pénitence et dans un acte de foi au Royaume de Dieu qui arrivait. Le baptême de Jean se situait comme un geste prophétique qui signifiait la préparation des pécheurs à l'imminence de la visite que YHWH allait rendre à son peuple. Dans la lignée du Baptiste, il faut sans doute placer Jésus de Nazareth et ses premiers disciples. Les évangiles présentent, en effet, Jésus se faisant baptiser par Jean et recrutant parmi les disciples de celui-ci ceux qui allaient devenir les siens.

La mort du Baptiste, exécuté par ordre du roi Hérode, devait permettre à Jésus de mener son action propre. S'écartant du courant baptiste, il présente un message qui, dans sa forme, semble nouveau pour le peuple. Très documenté dans le domaine de la Torah, il s'apparente avec les pharisiens et les docteurs de la Loi, avec lesquels il aura des démêlés d'ordre pratique. On a parfois présenté Jésus comme un sympathisant des zélotes, puisque parmi ses disciples se trouve un certain Simon le zélote. Mais cette hypothèse tombe devant le fait qu'il annonçait un Royaume de Dieu qui devait survenir à l'improviste et non pas sous le coup d'une révolte armée de la part des hommes. Il n'empêche que Jésus connut la mort de la plupart des résistants juifs : la crucifixion. Tacite, l'historien romain, rapporte que Christ, le fondateur du nom de chrétien, a subi la peine de mort sous le règne de Tibère, par suite d'une sentence du procurateur romain, Ponce-Pilate.

Ses disciples en firent immédiatement un messie céleste qui devait revenir sur terre pour le jugement définitif de l'humanité. Ainsi naissait une nouvelle secte juive : le judéo-christianisme, qui devait se séparer du judaïsme pour devenir l'Église chrétienne.

Les premiers judéo-chrétiens restaient des juifs respectueux de l'ensemble de la tradition, fréquentant avec assiduité le Temple et l'enseignement de la synagogue, observant encore toutes les prescriptions alimentaires et rituelles. Mais quelques décennies plus tard, sous l'influence de Paul de Tarse, pharisien d'origine, le judéo-christianisme faisait de Jésus non plus un homme comme les autres, mais le Fils même de Dieu, et Dieu lui-même, ce qui contredisait l'affirmation juive du monothéisme absolu. La rupture entre les Juifs et les disciples de Jésus de Nazareth, appelé Christ par ses disciples, était alors consommée.

Il fallait mentionner les origines les plus lointaines du christianisme, car c'est principalement dans l'opposition à ce dernier que le judaïsme ultérieur a pu se modeler et se donner des normes pour continuer son oeuvre, d'une manière spirituelle, après la catastrophe nationale et la chute de Jérusalem.

Un nouveau centre, spirituel, Jamnia

C'est surtout au mouvement pharisien que le peuple juif doit d'avoir survécu après 70 : les pharisiens suscitèrent dans le peuple une fidélité à la Torah qui se révéla plus forte que les armes. La théologie de ce parti religieux était telle que YHWH n'était pas seulement un Dieu national, mais le Dieu de tous les hommes, et sa providence s'étendait sur chaque individu, même aux moments les plus dramatiques de son histoire. YHWH restait fidèle à la promesse qu'il avait faite aux pères, il veillait au bien de son peuple. Et selon les pharisiens, la chute du Temple ne devait pas signifier la destruction de la foi juive.

Dans les synagogues, répandues sur le territoire d'Israël comme dans toute la Diaspora, la Dispersion des juifs à travers le monde entier, la liturgie du culte sabbatique et la prière prenaient déjà le relais des sacrifices au Temple et préparaient déjà, inconsciemment, le moment où il n'y aurait plus de lieu sacré où rendre a YHWH le culte sacrificiel. La fidélité des pharisiens à la Torah orale leur permettait également de s'adapter aux situations les plus nouvelles qui pouvaient se présenter à eux.

En 69, Vespasien, proclamé empereur de Rome, décide d'en finir avec l'insurrection juive, commencée en 66 : il envoie son fils Titus avec la mission de mener à leur terme les opérations en Palestine. Après plusieurs mois de siège, Jérusalem tombe en 70 et son Temple est incendié : les juifs sont vendus comme esclaves, la fonction de grand-prêtre est supprimée (puisqu'il n'y a plus de sacrifices possibles), le sanhédrin, tribunal religieux est également supprimé. Les juifs survivants et encore libres se regroupèrent, peu à peu, autour des docteurs de la Loi et des fidèles du mouvement pharisien. Dès avant la fin de la guerre, percevant quel serait le sort réservé à Jérusalem, avec l'avance des armées romaines, Rabbi Johanan ben Zakkaï, un des disciples de Rabbi Hillel avait quitté la ville sainte et s'était installé sur la côte, à Jamnia. C'est là qu'il va fonder une école de rabbins et organiser un grand conseil qui prendra la relève du sanhédrin disparu. Jamnia devint ainsi le centre culturel et doctrinal du judaïsme, après le désastre national de 70. Quand Johanan apprit la destruction de Jérusalem et l'incendie de son Temple, il se déchira les vêtements en signe de deuil, et il entreprit aussitôt de consoler ses fidèles en leur rappelant que tout n'était pas perdu, puisqu'ils conservaient la Torah, laquelle devait servir à rallier tous les juifs répandus à travers le monde. Si l'état juif avait cessé d'exister dans les faits, l'âme juive et son idéal national pouvaient continuer de subsister.

Le grand conseil se chargea dès lors de l'éducation du peuple juif, de la législation et du gouvernement spirituel sur l'ensemble des juifs du monde. Il prit le nom de Sanhédrin académique, et son autorité spirituelle fut rapidement reconnue par les juifs restés en Palestine comme par ceux qui étaient dispersés. Une oeuvre considérable fut entreprise à Jamnia : c'est là que, vers la fin du premier siècle, les rabbins pharisiens décidèrent de fixer le canon de la Bible, c'est-à-dire la liste des livres saints reconnus comme ayant une autorité pour l'ensemble du judaïsme, déterminant aussi le texte consonantique de la Bible hébraïque ; c'est là aussi que fut décidée la traduction en grec d'une Bible à l'usage des croyants qui ne comprenaient plus l'hébreu. Très rapidement, ce grand sanhédrin académique devint, par l'intermédiaire de son président, le représentant de toute la communauté juive auprès des autorités romaines.

L'enseignement de la Torah orale se faisait par une sorte de commentaire explicatif du texte biblique : le " midrash ", qui poussait à fond l'étude d'un texte ou d'une citation de l’Écriture sainte. Cette méthode d'enseignement remontait d'ailleurs à une vénérable antiquité, puisque, lors du retour de la déportation à Babylone, les exilés se servirent de cette méthode pour exprimer la pensée juive, à partir des enseignements tirés de la Bible. Et les traditions, depuis cette époque, étaient devenues si abondantes, qu'au moment de la destruction du Temple même la mémoire la plus fidèle ne pouvait plus emmagasiner l'ensemble de la pensée midrashique. De plus, l'absence de textes écrits amenait à la confusion des différentes traditions, ce qui conduisait non seulement à des divergences d'interprétation des textes bibliques, mais aussi à des pratiques religieuses et légales différentes. L'académie de Jamnia se mit donc à la tâche en examinant à fond toutes les traditions qui étaient encore véhiculées oralement : chaque sujet fut examiné à la lumière de l’Écriture, interprété à la lumière des traditions ou des raisonnements logiques, puis adopté par un vote. L'ensemble de ces sujets examinés et traités fit l'objet d'une rédaction écrite, sous la forme de la Mishna, vaste tentative de systématisation des lois et des doctrines, qui devait permettre de rendre la Torah plus accessible à tous ceux qui se lançaient dans son étude.

La reconstruction du judaïsme fut donc rapide, après la chute de Jérusalem. Mais cette restauration, aussi bien religieuse que sociale, fut de courte durée. Car l'arrivée au pouvoir de l'empereur Hadrien allait amener pour les juifs la persécution. Cet empereur voulait unifier culturellement et religieusement tous ; ses sujets et il interdisit donc au Sanhédrin académique l'exercice de son gouvernement : il ferma l'école de Jamnia et promulgua un édit proscrivant, sous peine de mort, l'étude de la Torah et l'observance des lois religieuses. La situation du peuple juif allait s'améliorer avec l'arrivée au pouvoir d'Antonin le pieux, sous le règne duquel une période de renaissance allait se faire jour pour le judaïsme, période qui allait conduire à la rédaction de la Mishna, de Rabbi Juda le Prince, et à celle, quelque peu ultérieure, du Talmud.

Le Zohar, le livre de la Splendeur

En 135, l'insurrection juive est définitivement écrasée par les armées romaines. Loin d'être une cause d'abattement, pour certains, c'est encore l'occasion d'un nouveau réveil. Ainsi, pour le rabbi Siméon ben Yochaï, dont la vie est racontée comme étant celle d'un saint... Il vécut donc à la transition des deux premiers siècles, au moment où le peuple juif connaissait la plus grande amertume depuis la déportation en Babylonie. Au moment de sa naissance, en Galilée, les romains avaient déjà détruit le Temple de Jérusalem et imposaient au peuple la dure épreuve de la colonisation. Son caractère intransigeant s'explique certainement par la prise de conscience de cette situation pénible : il apparaît comme un homme qui sait ce qu'il veut et il commence à travailler très durement pour être reconnu comme un rabbi, tout en rejoignant très vite le camp de la résistance à l'oppresseur. Étant entré en conflit avec les romains, il est contraint de s'enfuir avec son fils, tous deux se réfugient dans une grotte, où la légende rapporte qu'il recevait chaque jour la visite du prophète Élie. Pendant treize années, il mène une vie de prière et de méditation dans cette caverne, où il ne cesse d'entretenir les disciples qui l'ont suivi. Ce retrait de la vie publique n'est donc qu'apparent, car tout en travaillant à la recherche la plus abstraite en matière de religion, il ne cessait de se préoccuper du combat quotidien contre l'occupant, qui l'a condamné à mort à cause de son enseignement subversif. Ce sont les mystères, qui lui auraient été communiqués par le prophète Élie, qui constituent la plus grande partie du contenu doctrinal du Zohar. Et, on a longtemps attribué cette oeuvre à Siméon ben Yochaï. Pourtant, il ne saurait être écrit de sa main, puisqu'il rapporte la mort du rabbi :

L'heure est venue, déclara-t-il : je veux entrer dans le monde futur sans honte. Aussi vais-je révéler des choses sacrées, des réalités non encore révélées, afin que l'on ne puisse pas me reprocher d'avoir quitté le monde sans avoir accompli complètement ma mission. Toutes ses paroles furent alors recueillies par ses disciples présents, puis la mort vint le visiter : une lumière se répandit autour de son cadavre, elle était telle que personne ne pouvait le regarder. Et, quand vint le moment d'enlever son corps, une colonne de feu précéda la procession de ses funérailles.

C'est à ce Rabbi, mort en état de sainteté, que l'on attribue généralement l'inspiration du Zohar, même si cette oeuvre ne trouve pas nécessairement en lui son véritable auteur. D'ailleurs, la question de la paternité de cet ouvrage mystique n'a jamais été résolue : il n'est cité par personne avant le douzième siècle, et il ne fut imprimé qu'au seizième siècle en Italie. L'hypothèse la plus vraisemblable serait que le Zohar soit une oeuvre composée par plusieurs auteurs, dont les textes auraient finalement été réunis en un seul livre par Moïse de Léon, à la fin du douzième siècle en Espagne. Cette oeuvre ne tarda pas à devenir le manuel des mystiques juifs, et c'est lui qui a profondément influencé le judaïsme. Il allait donner à la Kabbale sa position éminente dans la vie juive ultérieure. Le terme de "Kabbale" (littéralement, la "tradition"), désigne à l'origine toute la tradition doctrinale du judaïsme, à l'exception de la Torah de Moïse, et plus particulièrement la transmission orale, puis écrite des enseignements relatifs à la pratique religieuse.

La Kabbale, doctrine mystique juive

Tout en se présentant comme le fruit d'une recherche très ancienne, la Kabbale fut surtout d'abord une sorte de doctrine secrète réservée à un petit nombre d'initiés privilégiés, avant de devenir, au quatorzième siècle, la doctrine du plus grand nombre... Comme toutes les mystiques, la mystique juive trouve son enracinement dans la méditation du Dieu vivant, dont l'essence inconnaissable se manifeste dans l'ordre surnaturel du monde, là où se trouve l'homme qui peut bénéficier de cet ordre pour mieux comprendre et le monde humain et le monde divin. Car il existe deux types de mystique juive : un type hautement spéculatif qui s'intéresse à la nature du monde spirituel et à ses rapports avec le monde des hommes, et un type plus pratique qui cherche à tirer parti de l'influence du monde surnaturel sur le monde des hommes afin de justifier les faits psychologiques ou thaumaturgiques. Dieu étant la source première de toutes les choses de ce monde, il lui est possible d'exercer son influence partout, de telle sorte que le cosmos entier entre en harmonie avec la puissance divine.

Le mouvement de la Kabbale, qui préexistait à l'organisation du Zohar, reçut de cette oeuvre une impulsion telle que ce livre fut rapidement reconnu comme la réunion et le résumé de toute la tradition mystique et ésotérique ancienne. Rassemblant les traités de différentes tendances, il constitua le document majeur de la pensée mystique, et il servit véritablement d'ouvrage de référence. Les thèmes principaux du Zohar sont la connaissance de la nature même de Dieu, la manière dont il s'est fait connaître aux hommes, les différents noms sous lesquels il a effectué cette révélation de lui-même, puis la connaissance de la nature de l'homme, sa destinée, la nécessité pour lui de découvrir les enseignements de la Torah (aussi bien écrite qu'orale), et enfin le rôle que le Messie peut jouer dans la rédemption finale de tous les hommes. Le rédacteur du Zohar a certainement puisé dans le Talmud et les midrashim les doctrines fondamentales, tout en développant le contenu mystique des éléments qu'il leur empruntait. En effet, l'originalité du Zohar n'est sas de reprendre d'une autre manière les méthodes d'explication, transmises par les générations précédentes. Ces méthodes, connues sous le nom formé par leurs initiales : PaRDes, qui signifie "paradis", sont l'interprétation littérale (Peshat), l'interprétation allégorique (Remez), l'explication (Dures) et la mystique (Sod). L'originalité du Zohar, c'est de situer l'interprétation mystique au-dessus de toutes les autres, déjà connues par le Talmud.

Le Zohar, c'est en principe la "Lumière". On pourrait alors penser qu'en ouvrant cet ouvrage, on trouve une oeuvre pleine de clarté, alors que c'est facilement l'obscurité qui se présente. C'est une pensée subtile qui se manifeste dans cet effort presque désespéré de l'esprit humain pour s'élever à une compréhension aussi logique et générale que possible de Dieu, de la création, de la grandeur et de la misère de l'homme. Dieu est secret, il ne peut être connu dans sa totalité : mais on peut s'en approcher et trouver ainsi le chemin de la connaissance. L'infini de Dieu est à la fois de qu'il y a de plus caché et ce qui se donne totalement à connaître. Et afin de rendre perceptible son existence, il émet des rayons de lumière, appelés sefiroth, qui se présentent comme ses intermédiaires dans le monde de la création. Ces sefiroth sont divisés en trois groupes. Le premier groupe est une triade constituant le monde en tant que lieu de la manifestation de la pensée divine : Volonté, Sagesse et Intelligence. Le deuxième groupe est également une triade comprenant l'Amour (principe de toute vie), la Puissance et la Beauté (qualifiée parfois de Bonté) ces trois éléments assurant l'ordre moral dans l'univers. La troisième triade représente l'univers physique : la Victoire (ou la Ténacité de Dieu), la Majesté et le Fondement qui assure la stabilité à l'univers. Le dixième et dernier aspect des Sefiroth, c'est le Royaume qui manifeste la Présence de Dieu dans l'univers.

Cette Présence est appelée Shékinah, ou immanence de Dieu aussi bien dans le monde des choses que dans les vies personnelles ou communautaires de tous les fidèles. A l'origine, l'Infini de Dieu et sa Présence étaient unis dans une unité harmonieuse : rien ne troublait les relations que Dieu pouvait entretenir avec le monde qu'il avait lui-même créé. Mais, par son péché, Adam, l'homme premier, s'est séparé de son Créateur ; et aussitôt, l'unité initiale a été définitivement rompue, ce qui n'a pas manqué d'entraîner l'apparition du mal dans l'univers. L'harmonie des origines fit alors place à la discorde : le désordre succède à l'ordre originel. Depuis lors, la Shékinah est en exil : au lieu de pénétrer toutes les réalités, elle ne se manifeste plus que dans quelques communautés ou quelques individus isolés... Le reste du monde ne peut alors sas connaître la bénédiction de cette Présence divine.

La restauration de l'unité est une oeuvre constante à laquelle chaque fidèle est invité à participer, en communiant le plus intimement possible avec Dieu et en veillant à mener une existence morale parfaite. Tout homme est invité à cette grande oeuvre, mais c'est particulièrement le peuple d'Israël qui a reçu cette charge en raison de son élection. En choisissant Israël parmi toutes les autres nations de la terre, Dieu a conclu avec son peuple une alliance éternelle, dont la manifestation la plus concrète avait été l'édification du Temple, le lieu privilégié de la résidence de la Shékinah. Depuis la destruction du Temple, les relations de Dieu avec Israël ont changé, mais cette Présence de Dieu n'a jamais abandonné son peuple, elle l'accompagne tout au long de son existence en exil loin de la terre des ancêtres. Mais quand viendra le Messie, quand le peuple sera enfin retourné sur la Terre sainte, et Quand le Temple se dressera de nouveau à Jérusalem, la Shékinah retrouvera sa place initiale et l'harmonie des origines pourra être rétablie. Pour hâter cette restauration, l'étude de la Torah et l'application des préceptes qu'elle contient est nécessaire : le Zohar ne cesse d'affirmer que la Torah a été donnée à Israël que pour qu'il travaille à cette unité, car Dieu lui-même regardait la Torah quand il entreprit la création du monde.

Il revenait aux Maîtres de la Kabbale de découvrir le sens caché de la Torah, que Dieu avait dons sous les yeux, dès avant la création du monde. En décryptant le texte sacré, il leur était possible de découvrir la trace même que Dieu laissait dans l’Écriture, car la Torah ne leur parait pas être un simple texte composé de phrases et de mots, mais l'expression même de la Sagesse de Dieu, dont aucun langage humain ne peut donner un sens définitif : ainsi, les commandements qui sont donnés comme le signe même de l'alliance éternelle entre Dieu et le peuple d'Israël sont simplement des expressions, adaptées à la raison humaine, des lois universelles établies par Dieu, dès avant la création du monde, alors qu'il lisait dans la Torah ce qu'il devait accomplir. Mais, quand l'homme accomplit fidèlement et scrupuleusement les commandements donnés par l'intermédiaire de Moïse, il participe lui aussi effectivement à l'oeuvre continuée de la création, en essayant de reconstruire l'harmonie primitive.

Cet homme, qui se trouve au centre de l'univers créé, a une importance capitale : malgré ses limites, il est appelé à découvrir le Dieu qui se révèle à lui, mais sous des aspects cachés. Son travail premier sera donc de découvrir Dieu et sa volonté de sagesse, dans les traces que Dieu lui-même a laissées dans sa création, et particulièrement dans l’Écriture sainte. La démarche du maître de la Kabbale sera donc de décrypter tous les signes qui lui sont offerts. La langue hébraïque sera, elle-même, comprise comme l'expression et le reflet de la nature spirituelle de l'univers : les vingt-deux lettres qui la composent sont des éléments de la création, et la connaissance des lois qui président à l'agencement de l'écriture hébraïque permettra une meilleure connaissance de la création, et partant une meilleure connaissance de Dieu.

Cette langue est une langue chiffrée, secrète - la langue comprise par les anges - elle contient la clef que le Kabbaliste doit utiliser pour pénétrer la nature même de Dieu. Aussi, pour décrire le monde purement spirituel, la Kabbale invente-t-elle un langage nouveau, qui exprime les secrets de l'univers : ce langage a sa grammaire, laquelle s'exprime par la combinaison des lettres qui composent chaque mot, par l'évaluation numérique de chaque mot par l'addition des lettres qui le composent et par la permutation des lettres à l'intérieur d'un même mot. Toute cette gymnastique intellectuelle permet de découvrir les secrets de l'univers, à travers les secrets mêmes de la langue hébraïque et de son expression écrite. Ainsi, les nombreuses possibilités de la raison humaine découvrent un nouveau champ d'exercice, visant à posséder pleinement les termes mêmes dans lesquels Dieu a choisi de se révéler.

Le succès de la Kabbale fut immense : après le Talmud, c'est la forme de pensée qui a le plus fortement influencé le judaïsme, par le fait même que ce mouvement reconnaissait et accroissait même une idée Fondamentale de la pensée juive : l'homme est le partenaire de Dieu qui se donne à connaître à lui, et, découvrant les secrets de l'univers, l'homme peut lui-même exercer une influence sur le déroulement de l'histoire du monde. L'homme, et particulièrement celui qui appartient au peuple d'Israël, participe à la volonté de salut de Dieu. Pour agir efficacement dans le monde, malgré les nombreux obstacles qui peuvent se lever, le peuple juif doit revenir à l'étude des lois et commandements donnés par Dieu.

Le treizième et le quatorzième siècles furent particulièrement propices au développement de ce mouvement : pendant ce temps, de nombreuses élaborations doctrinales voient le jour, notamment en Espagne. Puis, le ralentissement de ce type d'activité se fit sentir dans le courant du quinzième siècle, pour s'éteindre pratiquement avec l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492, lors de la reconquête par les chrétiens des territoires soumis à la domination musulmane.

Cette catastrophe fut comparée, par certains auteurs de l'époque, à la troisième destruction du Temple : les kabbalistes prirent les chemins de l'exil, en interprétant leur exil de manière symbolique, comme l'exil de la Shékinah, la présence réelle de Dieu. Et les souffrances du peuple d'Israël sont comprises comme le symbole même de la souffrance de Dieu. Toutefois, les exilés trouveront dans le Zohar une nouvelle source de force, qui leur évitera le désespoir. En effet, ils découvraient dans leur propre tragédie le reflet de la tragédie du monde dans laquelle Dieu lui-même était impliqué ; mais ce drame cosmique universel devait finalement aboutir au salut du monde. Les fidèles kabbalistes devaient dès lors se manifester comme les partenaires de Dieu pour leur propre salut et pour la rédemption définitive du monde entier.

Cet exil des Juifs d'Espagne leur permit d'exporter la connaissance du Zohar dans les différents pays qui les accueillirent : Palestine, Turquie, Égypte, Allemagne, Italie, Angleterre et Pays Bas. Ce fut particulièrement en Palestine que le développement de la Kabbale se fit le plus intense.

L'école de Safed

A partir de 1530, le centre du renouveau du kabbalisme fut Safed, une petite ville de Galilée, qui ne pouvait qu'attirer les mystiques juifs en raison de la proximité de la tombe de celui qui était considéré comme le saint fondateur du mysticisme, le Rabbi Syméon ben Yochaï. C'est la raison pour laquelle tous les mystiques juifs se donnèrent rendez-vous dans cette ville dont ils firent un centre spirituel et un lieu de pratique religieuse immense en vue de hâter la venue du Messie : les exilés d'Espagne, en effet, visaient particulièrement l'avènement de l'ère messianique, dont ils témoignaient par le caractère tragique de leur existence. L'école de Safed rassemblait ainsi les savants talmudistes et les chercheurs kabbalistes dans un même souci : la méditation du salut et l'avènement du Messie, par une meilleure connaissance de la nature même de Dieu.

Le plus grand des réformateurs du courant mystique juif fut Moïse Cordovero : son livre, Le Jardin (ou le Paradis) des Grenades, témoigne de caractère encyclopédique de sa culture, qui alliait le mysticisme à la pénétration de l'esprit philosophique. Tout en se référant au Zohar, cette somme de l'enseignement de l'école de Safed marque un tournant par rapport à la kabbale d'Espagne. Il affirme que l'Infini divin est présent dans chacune des parcelles de l'immense univers, qui n'est qu'une manifestation de l'infinitude de Dieu, qui n'est qu'un mode de la présence divine. Aussi n'hésite-t-il pas à affirmer que rien n'existe en dehors de Dieu. Un siècle plus tard, Spinoza aurait avoué s'être inspiré de Cordovero pour établir son système de pensée philosophique fondé sur le panthéisme, alors que le grand réformateur de Safed se refusait à toute forme de panthéisme, pour demeurer dans le plus pur esprit monothéiste juif.

Si Moïse Cordovero fut le plus éminent des mystiques spéculatifs de Safed, le personnage qui domina les développements de cette école fut son disciple, Isaac Luria. Sa doctrine se distingue par son esprit de visionnaire et par sa recherche d'une application pratique. Son enseignement est totalement oral, et il ne fut conservé que grâce à ses disciples qui retracèrent, d'une manière élaborée les doctrines de leur maître. Son système repose sur l'affirmation qui fait du " zimzum ", de la contraction ou de la rétraction : selon lui, la création a été précédée d'une contraction volontaire de Dieu, de l'Esprit infini. Dieu se serait en quelque sorte contraint de faire lui-même une place pour le monde en abandonnant une région de lui-même. Luria trouvait ainsi une explication à l’affirmation de Cordovero : Dieu est tout être, sans que, pour autant tout être soit Dieu. Le monde renferme ainsi une parcelle du divin, qui s'est contracté en lui-même pour faire place à l'univers, et de la sorte, l'homme peut conserver un rapport personnel avec le Dieu qui se manifeste dans l'ensemble de la création et qui s'est révélé aux Anciens. Mais l'harmonie, qui existait lors de la création du monde, a été rompue par le péché d'Adam, qui portait en lui la totalité des âmes destinées à former l'humanité. Lorsque le premier homme succomba à la tentation, toutes les âmes furent aussitôt maculées, et elles connurent alors la confusion, qui conduit au mal. Pourtant, celui-ci n'est pas destiné à durer éternellement : la venue du Messie dans le monde rétablira toutes choses dans l'harmonie originelle. Luria, pour hâter la venue du Messie, recommandait la pratique de l'ascétisme et des mortifications qui devaient permettre à l'homme de grandir dans son effort spirituel. Celui qui s'attache à l'accomplissement des commandements prescrits par la Torah, celui qui s'attache à la prière peut accélérer le processus du salut pour l'ensemble de l'humanité, la rédemption d'Israël devant entraîner la rédemption complète de l'humanité et de toutes choses.

La foi dans la possibilité de la rédemption universelle remplissait les mystiques de Safed d'un sentiment de joie, malgré les pratiques ascétiques qu'ils pouvaient s'imposer : leurs efforts incessants n'étaient pas vains, ils contribuaient au salut du monde. Et la joie était une des principales caractéristiques de leur vie spirituelle. C'est à l'école de Safed que les juifs doivent encore aujourd'hui la plupart de leurs chants d'action de grâces et des pratiques qui enrichirent la vie intérieure de tous les fidèles. De Safed, la doctrine de la Kabbale se répandit à d'autres cités juives de Palestine, et aussi aux grands centres de la Diaspora, sans devenir cependant une méthode mystique pour tous les fidèles, car elle était encore réservée aux seuls lettrés : la Kabbale n'était pas encore l'aliment spirituel de la foule ignorante. Il fallut attendre le hassidisme, au dix-huitième siècle pour que la Kabbale devienne la doctrine spirituelle du plus grand nombre.

Un mysticisme plus populaire, le hassidisme

Le dernier courant issu de l'école de Safed, et de la doctrine de Luria particulièrement, fleurit en Pologne et en Ukraine, au milieu du dix-huitième siècle. Le hassidisme ne fut pas un mouvement révolutionnaire, mais il insuffla une vigueur nouvelle à la vie religieuse juive, surtout dans les couches les plus populaires. Les persécutions des Cosaques, sous Chmielnitzky, qui fit périr plus de 250000 juifs, avaient entraîné la misère pour les juifs de Pologne. Cette douleur ressentie par tous les fidèles de Pologne avait entraîné une renaissance des aspirations messianiques, mais la ruine de ces espérances devait aggraver l'effondrement de la vie spirituelle du peuple : plus rien n'était offert aux gens simples et ignorants qui constituaient l'immense majorité des juifs, alors que les lettrés pouvaient, malgré tout se reposer sur l'étude de la Torah pour se soutenir dans leur découragement et leur désespérance. C'est d'abord aux gens simples et ignorants que voulut s'adresser celui qui allait devenir le fondateur du hassidisme, Israël ben Éliezer Baal Shemtob (maître du nom), surnommé le " Besht ", nom formé par les initiales des termes hébreux " Baal Shem Tob ". D'origine modeste, proche du peuple, il n'avait pas une grande érudition ; mais dès l'âge de douze ans, il s'engagea comme assistant chez l'instituteur d'une école d'enfants. Il fréquenta très rapidement les cercles de la Kabbale, et en 1740, alors qu'il n'a que quarante ans, il commence à recruter des disciples, il rassemble ses fidèles, attirés par sa ferveur et la profondeur de sa prière et de sa vie spirituelle. Certains rabbis se rallient également à celui qui n'était pas un des leurs, qui n'était pas un grand lettré : la légende lui attribue des miracles et des dons de guérisseur. Le courant auquel le Besht donna naissance s'appuie de préférence sur la foi pure, et non pas sur la spéculation intellectuelle, comme le Talmud ou comme le Zohar. C'est un mouvement piétiste, en hébreu " hassid " veut dire " pieux ". Mais ce mouvement ne part pas de rien, il tire son origine de la Kabbale, et surtout de l'école de Safed. A la suite de Luria, le Besht affirme qu'il faut servir Dieu dans la joie, persuadé que la gloire de Dieu envahit tout l'univers et qu'elle est susceptible de réjouir le coeur de l'homme. A l'origine, il existait une harmonie parfaite entre le Créateur et l'ensemble de sa création, mais cette harmonie a été rompue par la faute de l'homme ; le rôle du hassid est de travailler à la restauration de cette unité perdue par la prière et par l'étude de la Torah : chaque moment de la vie humaine est le temps de la rédemption pour l'ensemble de l'univers et de l'humanité. Chaque homme est capable d'effectuer la réalisation de l'harmonie, chaque homme est susceptible d'apporter sa contribution à la restauration de l'unité, à la rédemption universelle : il n'est pas nécessaire d'être un puissant intellectuel, il suffit simplement d'entrer en communion avec Dieu, en s'attachant à lui avec un coeur pur, particulièrement dans la prière récitée avec joie et ferveur. Cette ferveur peut conduire le fidèle à l'extase, c'est-à-dire à l'oubli de lui-même et de tout ce qui l'entoure pour entrer en parfaite communion avec Dieu. Cette prière, qui soustrait l'homme à toute préoccupation temporelle, le conduit dans un rapport immédiat avec Dieu. Pour atteindre l'extase, expression la plus parfaite de la prière, le hassidisme n'hésite pas à recourir à des stimulants artificiels - mouvements violents, chants bruyants, danses - ce qui ne pouvait pas déplaire aux foules ignorantes, qui redécouvrent alors le moyen de revivre leur foi dans la joie et l'allégresse, malgré les détresses sociales et le désespoir qui étaient alors le lot quotidien des Juifs. Le hassidisme devenait un nouveau prophétisme de la consolation d'Israël. Le peuple reprenait confiance dans la proximité de Dieu, dans son activité rédemptrice.

Celui qui acceptait de suivre les enseignements du hassidisme réalisait, dans son existence concrète, l'idéal du Zaddik, du juste, du parfait par excellence. Celui-ci, grâce à son degré de perfection et à l'élévation de son âme, est susceptible de devenir un guide spirituel pour les a

utres hommes dans leur recherche de la communion divine : il devient, en quelque sorte, un intermédiaire privilégié entre Dieu et l'humanité.

Chaque zaddik se spécialisait dans une activité particulière qui répondait davantage à sa qualité : certains manifestaient une très grande piété, d'autres témoignaient de leurs pouvoirs par des visions ou par les prodiges qu'ils opéraient... Mais tous se retrouvaient dans une même confiance inébranlable en Dieu et par le souci qu'ils portaient à chaque homme, à commencer par les plus pauvres et par les plus démunis. Avec une très grande humilité, ils élevaient leurs frères dans une commune recherche de la Présence divine.

Malgré l'anathème lancé contre les membres du mouvement, lors de ses débuts, les hassidim inspirèrent le plus profond respect, même à ceux qui étaient leurs premiers adversaires. Car les hassidim ne se séparèrent jamais de l'ensemble de la communauté juive, voulant communiquer aux simples leurs expériences mystiques, afin que chacun puisse communier à la vie même de Dieu. Le hassidisme est le dernier en date des mouvements spiritualistes à l'intérieur du judaïsme. Mais il sombrera rapidement dans la décadence, surtout sous l'influence d'une conception du zaddikisme perçu non plus comme une qualité charismatique, mais plutôt comme une charge héréditaire.

Vers le milieu du dix-neuvième siècle, le hassidisme apparaîtra comme le refuge de l'obscurantisme, de l'intégrisme en face des juifs qui revendiquaient plus ou moins directement l'assimilation culturelle aux peuples parmi lesquels ils vivaient. Les traditionalistes du judaïsme comprenaient que l'assimilation devait signifier, à plus ou moins longue échéance, l'abandon pur et simple de la tradition des pères, et ils opposaient donc une forte résistance à tout mouvement d'intégration du judaïsme aux cultures occidentales.

L'émancipation des juifs et la fin de la mystique

Le début de l'émancipation des juifs commença durant la révolution française, en 1791, quand l'Assemblée Nationale accorda aux Juifs le plein droit des citoyens du peuple français, adoptant ainsi le grand principe de la liberté religieuse dans un État de type laïc. Très rapidement, à travers l'Europe, puis jusqu'en Amérique, les juifs purent acquérir les mêmes droits que les autres citoyens. Obtenant les mêmes droits que tous les adeptes des autres religions, ils prirent une grande part à la vie économique des pays où ils étaient reconnus comme des citoyens à part entière. Mais, pour beaucoup de juifs, cette émancipation amena non pas un retour à l'antique tradition des pères, mais une assimilation pure et simple à la religion majoritaire, ne reconnaissant dans le judaïsme qu'une croyance purement abstraite, fondée sur la législation révélée à Moïse. Ainsi, le concept de " juif " finit par disparaître des différents vocabulaires nationaux : il n'y avait plus que des citoyens " de confession mosaïque " comme d'autres adoptaient des confessions chrétiennes. Toutefois, le désir d'une assimilation des juifs aux cultures ambiantes n'était pas toujours reconnu par les populations qui gardaient une certaine méfiance à l'égard des adeptes de la confession mosaïque. L'affaire Dreyfus en France (1894) montra avec une très grande évidence que ce désir d'assimilation n'avait pas été reconnu par l'ensemble de la population française. Ce réveil de l'antisémitisme dans un pays considéré comme un des plus civilisés de l'époque amena Théodore Herzl à penser l'organisation d'un mouvement nationaliste juif : pour lui, la seule solution possible au problème juif était la formation d'un État juif. Ayant reconnu le droit et la nécessité pour les juifs de prendre en mains leur propre destinée, il lui fallait concrétiser ce droit par l'instauration d'un État juif souverain, installé sur la terre ancestrale. Ce mouvement, né en 1896, mais inscrit dans la mentalité religieuse du peuple d'Israël depuis la chute de Jérusalem en 70, porte le nom de sionisme. Sion était originellement le nom du rocher sur lequel le roi David avait fait édifier sa forteresse, qui devait défendre la capitale contre les assauts de ses ennemis ; ultérieurement, Sion désigna également toute la ville de Jérusalem, puis la notion même de peuple d'Israël. Le sionisme est de toutes les époques : c'est le désir de tout juif religieux de voir le rassemblement de sa nation sur le sol dont elle a été chassée.

Bien que réprouvé par les chefs religieux traditionnels, le mouvement sioniste, déclaré par eux comme une réalité impie, puisqu'il voulait forcer la main à Dieu, dans le retour sur la terre des patriarches, selon des perspectives messianiques, plus ou moins implicites, dans la pensée de Théodore Herzl. Conformément à ses idées, il rassemble un premier congrès sioniste en 1897 à Bâle où il affirme que le sionisme est un mouvement politique international dont le but ultime est de fonder en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement pour tous les membres du peuple juif.

Parmi les plus grands partisans du sionisme, il convient de citer Martin Buber (1878-1965) : celui-ci découvre dans ce mouvement une réalité mystique et religieuse, qui trouve ses racines dans le hassidisme. Pour lui, la vocation du peuple d'Israël est de construire le royaume de Dieu, selon la justice et le droit ; et cette vocation peut et doit trouver sa réalisation dans la nation juive enfin rétablie dans ses droits politiques. L'idéal national est une conception socio-religieuse qui implique la participation de tous les hommes à la construction politique de l'État juif, mais qui implique aussi et surtout la participation de l'homme à un dialogue interpersonnel entre lui et Dieu. Ainsi, le sionisme doit être considéré comme ayant pour but ultime l'instauration d'une société où se réalise effectivement le rapport de l'humanité tout entière avec le Créateur du monde. Pourtant, comme Buber ne formule pas un programme précis indiquant la manière qui pourrait permettre à ses idées de se réaliser pratiquement, il n'exerça qu'une faible influence sur le nouveau judaïsme.

Le monde juif d'Europe connut la dure tourmente des années de la seconde guerre mondiale : l'holocauste nazi, exterminant six millions de juifs, achève la prise de conscience internationale de régler le problème juif. Traumatisée, la conscience juive aurait pu se tourner une nouvelle fois vers le mysticisme, réveillant à nouveau les tendances spiritualistes d'Israël. Mais, il n'y eut pas de réveil mystique : le renouveau fut politique. Les Britanniques, qui assumaient un mandat sur le territoire de la Palestine, connurent la résistance de la communauté juive de Palestine, quand ils voulurent limiter l'immigration sur la terre d'Israël des rescapés du génocide. Cette immigration dut se faire clandestinement, puis se transforma en guerre ouverte contre les Britanniques qui durent quitter la Palestine le 14 Mai 1948. Le lendemain, l'État juif proclamait son existence et son indépendance à la face du monde. Et, depuis lors, l'État d'Israël est devenu la référence de la plupart des juifs répandus à travers le monde. Il lui reste maintenant à devenir un nouveau centre de piété et de spiritualité, susceptible de répondre au désir des jeunes juif en quête de leur identité, susceptible également de répondre à l'aspiration Fondamentale de tout juif religieux de transmettre à l'ensemble de l'humanité la connaissance de Dieu et la révélation qu'il a faite de lui-même aux Pères.

Source : http://ilmsil.free.fr/branche6/les_grandes_religions/622Judaisme/07lamystiquejuive.htm

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Published by x - dans Kabbale
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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 06:52

‘‘Les Kabbalistes et les Achimistes ont réalisé que sans les deux principes, Masculin et Féminin, rien n'aurait été possible ''

Grand Kabbaliste et alchimiste, Arturo Schwarz dresse le parallèle qui existe entre la Kabbale et l'Alchimie, dans le fond de leur enseignement. En effet, dans des langages différents, ces deux voies mènent au même but, qui est le dépassement de la dualité et le retour de l'unité originelle de l'homme.

En mettant l'accent sur l'unité du Tout, les kabbalistes et les alchimistes ont réalisé que le commencement de l'évolution aurait été impossible si ce Tout n'avait pas déjà compris, sous une forme latente, les principes masculin et féminin dont la relation complémentaire est le moteur du processus de différenciation. Il est écrit dans le Rosarium Philosophorum, oeuvre classique du XVIe siècle : «le Sol (le Soleil, le Mâle, l'Adepte) et la Luna (la Lune, la Femelle, la Soror mystica) sont contenus en puissance, virtuellement, dans notre Pierre... Les Philosophes ont donc appelé la Pierre «Soleil» et «Lune» parce que le Soleil et la Lune y sont potentiellement contenus». On retrouve des idées similaires dans de nombreux textes de kabbale.

Un autre schéma de base de la pensée kabbalistique et alchimique est une suite logique du postulat de l'unité du Tout, résumée dans l'idée de la «non-dualité de la dualité». La polarité du masculin et du féminin est le modèle de base de toutes les autres polarités : chaleur et froid, nuit et jour, vie et mort, joie et tristesse, etc. La synthèse des deux termes de la polarité est exprimée métaphoriquement par le thème de l'inceste. Comme le souligne Jung : «l'Alchimie considère cette synthèse comme l'un de ses objectifs essentiels... (et la) représente souvent sous la forme de l'inceste entre frère et soeur». Le thème de l'union des principes masculin et féminin est également vu comme l'origine de l'univers, thème largement répandu, tout comme, selon la Torah, l'origine du genre humain est la conséquence de l'union des ancêtres primordiaux, Adam et Eve.

La tendance à la différenciation de la matière primordiale pour aboutir à ses éléments inhérents masculin et féminin a pour origine la complémentarité de principes antagonistes, la polarité obtenue étant réconciliée, au niveau mystique, par «l'inceste métaphysique». L'inceste, à son tour, n'est rien d'autre que l'allégorie désignant la nature androgyne de l'individu. L'une des préoccupations majeures des kabbalistes et des alchimistes est la conciliation de la polarité des principes masculin et féminin pour donner naissance à un troisième terme qui n'est pas une synthèse statique du masculin et du féminin, mais un troisième élément, entièrement nouveau et dynamique, l'androgyne, l'Adam kadmon, comme il est nommé dans les écrits kabbalistiques, dont les éléments masculin et féminin ne s'annulent pas l'un l'autre mais se mettent mutuellement en valeur.

L'androgyne n'est donc pas la somme de deux éléments antagonistes, c'est un nouveau stade réunissant harmonieusement les caractéristiques essentielles des éléments masculin et féminin en compétition et complémentaires à la fois. Dans les écrits kabbalistiques, l'union des principes masculin et féminin n'est jamais considérée comme une annihilation de leurs caractéristiques, non plus que comme la création d'une autre puissance divine androgyne. Pour Moshé Idel, «la kabbale théosophique n'est pas intéressée par une restructuration radicale de l'existence que ce soit par la transformation du féminin en masculin ou par leur fusion finale en une entité bisexuelle ou asexuelle. Les kabbalistes préfèrent parler d'amélioration des processus qui se déroulent entre les éléments polaires qui opposent les univers terrestre et divin». La métaphore employée dans le Zohar «l'homme suprême, primordial» (Adam Kadamah Ila'ah) ou, plus simplement, «l'homme originel» (Adam Kadmon), souligne la dualité des aspects masculin (le «Père» clair) et féminin (la «Mère» sombre) de l'Adam Kadmon. Il existe une correspondance frappante entre la composition binaire de l'Adam Kadmon et l'androgyne de l'alchimie occidentale dont le nom, le Rebis (res-bis), désigne la chose double, et souligne la dualité de ses caractéristiques sexuelles. L'androgyne est une allégorie de la personne à l'état de complétude enrichie par la contribution de ses deux aspects, féminin et masculin. Chacun de ces aspects constitue ainsi la moitié de l'être intégré. Le Rebis, tout comme l'Adam Kadmon, désigne le moi intégré, il est l'image parfaite de la totalité unitaire de la psyché. Le Tout individuel, le homos totus de la tradition alchimique, ou l'Adam Kadmon de la littérature kabbalistique, est l'initié qui se reconnaît dans les deux aspects de sa personnalité, femelle et mâle à la fois. Une prière micrographique, écrite sous la forme d'un kabbaliste en prière portant une couronne représente l'accession à la prise de conscience par un processus d'identification qui hisse «sa conscience du niveau individuel au niveau divin, réalisant ainsi l'union avec son propre reflet, l'Adam Kadmon, lui-même réflexion du divin». Dans la Torah, le Talmud et les écrits kabbalistiques, nous trouvons de nombreuses allusions à notre origine bisexuelle et à notre nature spirituelle androgyne. Dans la Genèse, par exemple, la création du premier être humain est formulée ainsi : Dieu créa l'homme à son image... mâle et femelle Il les créa».

La kabbale, tout comme les textes alchimiques orientaux et occidentaux anticipent avec une précision surprenante l'idée de Jung au sujet de la psyché androgyne : tout homme porte en lui une image du féminin, l'anima (correspondant au bat zug de la kabbale) qui est un élément actif de sa psyché ; de la même manière, toute femme porte une image du masculin en elle, qui constitue un élément également actif de sa personnalité, l'animus (correspondant au ben zug de la kabbale). Selon la formulation de Jung «l'inconscient de tout homme recèle une personnalité féminine, et celui de toute femme, une personnalité masculine». Deux alchimistes du XVe siècle ont exprimé la même idée : «une ombre suit continuellement le corps de celui qui marche au soleil..., il en est de même de notre hermaphrodite adamien qui, bien qu'il apparaisse sous une forme masculine, emmène toujours Eve avec lui, sa part féminine cachée dans son corps» ; et : «Adam porte une Eve invisible cachée dans son corps». D'après la littérature ésotérique juive, tout individu abrite le Zeir anpin (le principe mâle) et la Shekhina (le principe femelle), et l'union du premier, autrement dit une prise de conscience, avec le second, illustre allégoriquement la croyance que l'immortalité est atteinte par l'individu qui devient conscient de son moi intrinsèque.

Je souhaiterais souligner les conséquences du principe philosophique qui gouverne la pensée alchimique et kabbalistique telle qu'exprimée dans la formule lapidaire «non-dualité de la dualité». La non-dualité de la dualité sous-entend que le féminin est un aspect du masculin et vice versa, et que l'existence de l'un dépend de l'existence de l'autre. Les deux éléments sont complémentaires plutôt qu'antagonistes. Tout peut être soi et autre chose en même temps ; ces éléments contiennent donc leurs propres contraires sans que leur identité en soit altérée de quelque manière que ce soit. Ceci devient possible quand les idées qui sont contradictoires sont élevées à un niveau où les contradictions cessent d'exister et ne sont donc plus applicables.

Source : http://www.guerashel.com/

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 06:50

Transformer la nature, la purifier… un vieux rêve jamais éteint

Pour déterminer le véritable statut de l'alchimie dans la tradition juive il faut tout d'abord jeter un regard critique sur d'innombrables affirmations d'occultistes et de kabbalistes chrétiens qui identifièrent l'ésotérisme juif, antique et médiéval, à l'art de transformer les métaux et les éléments naturels. Des hommes comme Jean Pic de la Mirandole, Jean Reuchlin, Paracelse et Christian Knorr von Rosenroth assimilèrent la kabbale à l'alchimie. La “doctrine secrète des Hébreux”, comme on disait jadis, pouvait tout faire : puisqu'elle réussissait au gré de certains à mieux défendre les doctrines chrétiennes de l'incarnation et de la trinité, pour quelle raison ne pourrait-elle pas concourir à la transmutation des métaux ? Le but de l'alchimie est de parvenir à l'or, le métal le plus noble ; mais il pouvait bien s'agit d'un or spirituel : on verra infra que ces deux points de vue, celui de l'alchimie matérielle et celui d'un transformation des passions de l'homme, sont représentés au sein du judaïsme, même si l'assimilation entre alchimie et kabbale, évoquée ci-dessus, repose sur un sérieux malentendu.

Isaïe 1 ;25 met en rapport la purification de l'âme avec celle des métaux et Job 22 ;24-25 compare Dieu à de l'or fin. Mais ces deux références sont plutôt vagues et feraient appel à une alchimie de l'âme. On a voulu donner à cette science une origine juive : les prophètes, Moïse lui-même, le roi David et Salomon auraient été des maîtres réputés du grand' oeuvre. Mais il faut bien reconnaître que les sources juives anciennes sont muettes sur ce point. Certes, il y eut cette dénomination de l'alchimie en hébreu kimiyah où l'on a voulu retrouver la phrase suivante : ki mi yah = Car elle provient de Dieu… Cette étymologie trahit une source juive et un auteur sachant l'hébreu. Mais selon l'enquête de Scholem (De la création du monde à Varsovie, pp 99-168 il n'existe pas de manuscrit communiquant de recettes alchimiques avant 1500. Il existe certes, ça et là, comme nous le verrons, des auteurs juifs qui émettent des opinions tantôt favorables tantôt défavorables à l'alchimie ; mais ceci ne suffit pas à représenter une véritbale école de pensée. Il y eut même un kabbaliste juif du XVIè siècle, Jospeh Taïtazak, pour dire, bien avant les penseurs chrétiens, que l'alchimie était une théologie mystique et que les transmutations dont elle parlait affectaient les âmes et non les métaux…

Ce qui retint le plus l'attention de Scholem dans sa magistrale étude (citée supra) c'est le sort d'un curieux livret intitulé Esh métsaref (Feu puruficateur) dont on a perdu l'original hébraïque mais qui, depuis Knorr von Rosenroth, joue un grand rôle dans la littérature alchimique non-juive. J. C. Wolf fut le premier à avoir eu connaissance de ce livre dans sa Bibliotheca Hebraica (vol. II, Hambourg, 1721, p 1265). Mais ce fut Knorr von Rosenroth qui attira l'attention des lecteurs en annonçant dès la page de titre de sa Kabbala denudata (Sulzbach, 1677) que son ouvrage contenait “un compendium du livre kabbalistico-alchmiste Esh metsaref sur la pierre philosophale”. Selon Scholem, tant le style que le contenu du livre attestent bien que Knorr avait bien sous les yeux une source hébraïque. De quand pouvait dater l'édition originale du Esh métsaref ? L'auteur cite la pagination de l'édition du Zohar de Crémone (1560). Mais comme l'auteur dresse des tableaux de correspondance entre les sefirot et les métaux en y ajoutant aussi des amulettes -lesquelles firent leur apparition grâce à l'oeuvre d'Agrippa de Nettesheim (De philosophia occulta, Cologne, 1533)- on peut plus aisément situer la naissance de l'ouvrage ou du moins la date de sa mise en circulation. Le symbolisme planétaire d'Agrippa et celui de l'auteur du Esh métsaref correspondent, si l'on excepte toutefois le cadran du soleil, c'est-à-dire de l'or. Au lieu du nombre 111, le Esh métsaref porte 216 (valeur numérique d'Aryéh, lion, en hébreu) afin de mieux tenir compte du symbolisme kabbalistique :

Saturne 3 plomb hokhma
Jupiter 4 étain bina et nétsah
Mars 5 fer tif'érét
Soleil 6 or gebura et tif'érét
Vénus 7 cuivre hod
Mercure 8 vif-argent yesod
Lune 9 argent héséd
(cité par Scholem p 148)


La tradition non-juive a pris comme point de départ ce livre d'Agrippa de Nettesheim et a propagé jusqu'au beau milieu du XIXè siècle l'idée que la kabbale n'était rien d'autre que de l'alchimie…

Voyons à présent ce qui est historique dans cette affirmation et ce qui ne résiste pas à l'examen.Le grand bibliographe du judaïsme, Moritz Steinschneider (voir bibliographie) écrivait en 1878 « pour autant que je sache la kabbale n'a rien à voir avec l'alchimie bien que des disciplines superstitieuses se soient jointes à elles. » Et en 1894 (in MGWJ 38, p 42) il ajoutait : « Il y a une carence d'écrits alchimistes chez les juifs, ce qui pouvait être considéré comme une qualité. » Une telle déclaration n'est pas étonnante sous la plume d'un homme connu à la fois pour son immense érudition et aussi pour son hostilité déclarée à tout ésotérisme juif. Dès le XIIe siècle on trouve, non point des oeuvres d'alchimie proprement dits, mais des références à cette science occulte sous la plume de différents auteurs judéo-arabes : Juda Ha-Lévi récuse l'alchimie et dénonce (Kusari III, 23) “ceux qui se crurent assez forts pour mesurer le feu élémentaire sur les plateaux de leur balance afin de transformer les matières et créer tout ce qu'ils voulaient.” Mais dès le XIè siècle, le juif espagnol Moïse Sefaradi, devenu Petrus Alfonsi après son baptême, parlait d'un livre révélé à Séth, le fils d'Adam, par l'ange Raziel, et qui décrivait la transmutation des métaux. Bahyé ibn Paquda, l'auteur d'un célèbre ouvrage d'édification religieuse, les Hovot ha-Lébabot ( Les devoirs des coeurs) compare au début du chapitre IV l'établissement d'un équilibre de l'âme humaine aux efforts de l'alchimiste soucieux de parvenir au terme du grand' oeuvre. Joseph Albo, le compilateur de la dogmatique juive (Sefer Iqqarim) émet, pour sa part, les plus sérieuses réserves sur ce qu'il nomme mélékhét al-chimia. Au vu de ces quelques renvois les jugements de Steinschnedier apparaissent quelque peu péremptoires.

Scholem rappelle (artcile cité, p 105) que Nicolas Flamel fit en 1357 l'acquisition à Paris d'un manuscrit qu'il ne parvenait pas à déchiffrer ; ce fut un médecin juif converti qui lui en révéla le contenu en 1378 à Saint Jacques de Compostel : l'écrit se présentait comme l'oeuvre du “Juif Abraham”. Un tel nom suivi d'un titre assez long où le même Abraham “souhaitait au peuple juif exile parmi les Normands (sic) bonheur et prospérité” permet de douter d'une telle paternité. En revanche, nous avons connaissance de deux écrits traduits de l'arabe en hébreu au XIIe, peu avant la diffusion de la kabbale, et attribués à un certain Abu Aflah al-Sarqasti ; il s'agit du Livre du palmier qui traite de l'art d'attirer sur soi les influx supérieurs, et de La mère du roi (Em ha-mélékh), qui serait, selon l'auteur une désignation de la pierre philosophale. Ces deux livres circulaient en Provence peu après leur transposition en langue hébraïque. On peut donc conclure, au vu de ce qui précède, à une certaine propagation de l'alchimie dans quelques milieux juifs, notamment dans le sud de la France.

La meilleure preuve que l'assimilation entre l'alchimie et la kabbale était le fait d'esprits non-juifs et de surcroît ignorants du symbolisme kabbalistique est la suivante : dans la kabbale ce n'est pas l'or mais l'argent qui représente l'étape ultime. L'or est le symbole de la couleur rouge, de l'attribut du jugement, de la main gauche et de féminin ; l'argent, en revanche, représente le mâle, le lait et la couleur blanche ainsi que l'attribut de la miséricorde : depuis le Bahir (dont le § 35 donne, exceptionnellement, un symbolisme allant dans le sens de l'alchimie), la quasi-totalité des sources kabbalistiques est en accord sur ce point : ce n'est pas l'or mais l'argent qui représente par son symbolisme le niveau suprême. Et les Tiqquné Zohar (N° 21)(vers 1300) se firent un devoir de corriger l'interprétation du Bahir afin de respecter le schéma qui donnait la préséance à l'argent. Mais même dans le Zohar on perçoit des hésitations sur ce point : un passage (II, 73a) parle de sept sortes d'or qu'il met en relation avec le visage de David (or verdâtre, l'or du saphir, l'or de Saba, l'or de Parwayim, l'or sagur /fermé/suivant 1 Rois 6 ;20/, l'or fin et l'or de Tarshish). Tandis qu'un autre passage (III,206b) entreprend de donner une explication mystique à cette hiérarchie :

« On dit bien qu'il existe sept catégories d'or ? Et si tu es d'avis que l'or est la rigueur et l'argent l'amour, comment l'or peut-il se trouver en-dessous de l'argent ? En vérité, il n'en est pas ainsi. Car en réalité l'or est plus élevé que tout le reste mais il s'agit ici non pas de l'or habituel mais de l'or mystique. Et c'est l'or mystique supérieur qui est le septième des sept catégories d'or. Ceci est l'or qui brille et éblouit les yeux de sorte qu'une fois mis au jour, celui qui l'acquiert le cache en son sein et c'est de l'or mystique que dérivent les sept catégories d'or. Et quand donc appelle-t-on or ce qui est or à juste titre ? Lorsqu'il luit et effectue son ascension dans la magnificence de la région de la “crainte de Dieu”. C'est alors qu'il se trouve en état de joie mystique laquelle peut aussi créer la joie au sein des régions inférieures. Mais c'est lorsqu'il se trouve dans l'état de la rigueur, c'est-à-dire lorsqu'il abandonne cette couleur pour virer au bleu, au rouge et au noir, qu'il appartient à la joie et possède son lieu là où celle-ci s'élève et prend son envol.. Conformément au principe du bras droit l'argent se trouve en dessous, car la tête mystique suprême est bien en or ainsi qu'il est dit (Daniel 2 ;38) : Tu es la tête d'or… Sa poitrine et ses bras étaient d'argent… (Ibid. 2 ;32) renvoie à la région inférieure. Mais lorsque l'argent devient parfait il est contenu dans l'or. C'est là le mystère du verset (Prov. 25 ;11) : Des pommes d'or dans des treillis d'argent. Et c'est ainsi qu'après son acomplissement l'argent devient or et son lieu devient parfait. C'est pour cela qu'il existe sept catégories d'or. Le cuivre provient lui aussi de l'or qui se dégrade et cela est le bras gauche (dans la vision de Daniel) : Bleue est la cuisse gauche, et rouge pourpre la cuisse droite qui est contenue dans la gauche… Mais l'or mystique supérieur est un mystère caché que la Bible nomme (I Rois 6 ;20) “l'or fermé”, scellé et caché de tous ; il est fermé parce que l'or terrestre ne le perçoit pas alors qu'il perçoit l'or inférieur.. »

Ce symbolisme ne laisse pas d'étonner : pour redonner à l'or son emplacement en quelque sorte l'auteur de ce passage explique, en des termes proches de l'alchimie psychologique, que l'or qui est inférieur à l'argent n'est pas l'or mystique, celui qui donne naissance aux sept catégories d'or qui étaient mises en relation avec le visage de David.. Il est une autre notion qui revient parfois sous la plume de l'auteur et qui fait visiblement appel à des notions d'alchimie, c'est la scorie ou le résidu de l'or : Scholem a repéré une bonne douzaine de passages (I, 48a, 52a, 62b, 73a, 1O9b etc.. ; voir p 120, note 66 de son article) où il est question justement de sospita de dahaba ou de zohama de dehaba. Dans son commentaire du Zohar intitulé Kétém Paz (Livourne, 1795) Simon ibn Labi développait vers 1570 la même thèse que le passage zoharique pré-cité : il explique que l'or et l'argent ne sont pas essentiellement différents l'un de l'autre. Ce qui les sépare c'est la couleur ! Les minerais, dit-il, sont comme les fruits : exposés au soleil ils deviennent rouges alors que les parties restées à l'ombre ou à l'abri demeurent blanches. De tels développements constituent implicitement une acceptation de l'alchimie puisqu'on y parle de minerais et des métaux qui changent de couleur et se transforment. A peu près à la même époque qu'ibn Labi on assiste à un puissant regain d'intérêt pour l'alchimie en Italie. Le rabbin Léon de Modène qui nous a laissé une étonnante autobiographie, Hayyé Yehouda (La vie de Juda), où il parle précisément de l'engouement -fatal- de son cher fils pour l'alchimie ; unique dans la littérature hébraïque, ce passage, traduit de l'hébreu, mérite d'être cité ici :

« Il se mit à briller tant et tant dans cette discipline (l'alchimie) que même les maîtres qui lui avaient consacré le meilleur de leurs jours et de leurs veilles s'étonnèrent en voyant la science qu'un homme jeune en avait acquis. En mai 1615 il emménagea dans le vieux ghetto (de Venise) et procéda à toutes les installations nécessaires pour l'oeuvre ; il y répéta la tentative qu'il avait apprise et éprouvée dans la maison du prêtre catholique : obtenir dix onces d'argent pur à partir de neuf onces de plomb et de d'une seule once d'argent. J'ai moi-même assisté à l'expérience et vérifié comment il avait réalisé l'opération ; j'ai vendu l'or ainsi obtenu 6 livres et demi l'once et je sais que cet argent était authentique. C'est assurément un travail harassant et long qui nécessitait chaque fois deux mois et demi. En fin de compte on aurait bien pu en tirer chaque année environ deux mille ducats. Mais ce n'était pas tout, car j'ai moi aussi ruiné ma vie par l'étude de ces choses. Je n'aurais pas compris mon erreur si, en conséquence de ce péché, tant de sang n'avait coulé depuis sa tête dans sa bouche un jour de fêtes des cabanes de l'automne 1615. Depuis ce temps là, mon fils cessa de s'occuper d'alchimie car il semblait bien que les vapeurs et les fumées d'arsenic qui émanaient lors de ces opérations avaient porté préjudice à sa tête de sorte que, deux années durant et jusqu'à sa mort, il ne put accomplir que des tâches sans importance. » (p 34, Kiev, 1911)

Un tel récit rend crédible l'existence de cette source hébraïque alchimiste intitulée Esh metsaref dont il fut question au début de cette notice. Scholem a pu reconstituer la trame d'un tel traité en analysant de très près le résumé qu'en donna Knorr von Rosenroth dans sa Kabbala denudata ; les premiers chapitres de Esh métsaref devaient parler de l'or, de l'argent, du fer, de l'étain, du cuivre, du plomb, du vif-argent et du soufre. Le texte semble avoir eu une triple préoccupation : la première, purement kabbalistique, concernait les métaux et leur affiliation aux sefirot, la seconde cite des processus chimiques et la troisième enfin de nature astrologique. Voici un passage un peu long mais très instructif sur l'amalgame entre l'alchimie et la kabbale opéré par von Rosenroth (I, pp 116-118) :

« Sache que les mystères de cette sagesse chimique ne sont pas étrangers des plus grands mystères de la kabbale….Le lieu de la première sefira kéter est occupé par la radix metallica qui recèle profondément au fond d'elle-même sous de nombreuses ténèbres, la nature d'où proviennent les métaux. Le lieu de hokhma est tenu par le plomb car il émane directement de la radix metallica…Bina est le lieu de l'étain qui symbolise la dureté et la rigueur du jugement par ses cheveux grisonnants, semblables à ceux des vieillards. Tous les maîtres de la kabbale mettent l'argent en connexion avec héséd, en raison de la couleur et de l'emploi de ce métal. Suivent après ceci les métaux de couleur rouge. D'après les opinions des kabbalistes on localise l'or sous gebura car selon Job 37 ;22 ce métal est aussi rapporté au nord, non point tant en raison de sa couleur qu'eu égard à sa chaleur et à son soufre. A tif'érét est rapporté le fer qui se nomme zé'ir anpin (celui qui a le souffle court). Nétsah et hod sont le lieu du cuivre androgyne, de même que les deux colonnes du temple de Salomon qui étaient faites de cuivre… (I Rois 7 ;15) Yesod est le vif-argent ; cette sefira mérite le nom de Hayy, vivant….

On pourrait dire que les trois sefirot supérieures sont l'eau de source des choses métalliques… dont le nom apparaît en Genèse 36 ;39. »

A quoi réfère ce dernier verset ? A la fille d'un roi qui portait un nom assez inhabituel Mezahab qui signifie en hébreu : les eaux de l'or ! Une telle expression n'avait pas manqué d'attirer l'attention des alchimistes qui voulurent y voir une allusion à leur art. Ibn Ezra dont on parlait plus haut s'exprimait comme suit ad locum : Certains veulent trouver ici une allusion à ceux qui fabriquent de l'or à partir du cuivre ; mais ce ne sont que des bavardages ! Cette référence biblique servit aussi à un juif nommé Benjamin Mussafia qui écrivit à Hambourg vers 1640 une épître sur l'alchimie à laquelle il donna le titre suivant, Mezahaba epistola. Cet auteur cherchait à prouver que l'alchimie était une vieille tradition chez les juifs ; il fait même allusion d'un curieux midrash suivant lequel Moïse aurait fait fondre le veau d'or qu'il aurait ensuite fait boire dans de l'eau aux enfants d'Israël !

Après le Esh métsaref que personne d'autre que Knorr von Rosenroth n'a vu directement, on trouve d'autres traces d'alchimistes juifs, notamment à Londres, à la fin du XVIIIe siècle, où un certain Docteur falk mieux connu sous le nom de Baalshemtob de Londres faisait office d'alchimiste et de kabbaliste. Mais dans l'Allemagne du Nord, à la même époque, deux hommes qu'on retrouvera lorsqu'on parlera d'amulettes s'affrontèrent durement au sujet de l'alchimie : Jonathan Eibeschütz, le crypto-sabbataïste et son adversaire Jacob Emden (ob. 1776) dont les Mémoires (Megillat sefer) viennent de paraître en français : Emden y critique le fils de Jonathan, Wolf Eibeschütz dont les poches étaient toujours pleines de ducats grâce à sa compétence en matière d'alchimie…

Pour ce qui est de l'époque récente, on a trace de pratiques alchimistes chez certains juifs du Maroc, notamment dans la ville de Fez. Un certain Makhlouf Amsellem avait confié à Scholem en 1924 à Jérusalem qu'il avait été l'alchimiste du chérif du Maroc, Moulay Hassan. En fait, l'alchimie pouvait être assimilée à la kabbale pratique (kabbala ma'asit) qui s'apparentait généralement à de la magie.

Source : www.ledifice.net

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 06:25

Théurgie : du Grec (THEOS=DIEU et ERGON=ouvrage)

Ce mot, qui signifie proprement opération divine, paraît avoir été introduit dans le vocabulaire philosophique et théologique par les Alexandrins. Il désigne l’ensemble des procédés par lesquels les humains peuvent se mettre effectivement en relation avec la divinité ou, plus généralement, avec les puissances surnaturelles.

En ce sens la MAGIE elle-même peut être considérée comme une branche de la THEURGIE, laquelle dès lors contiendrait aussi bien l’évocation des morts et des démons, que l’extase. Ou plutôt il y aurait lieu de distinguer une Théurgie inférieure et une Théurgie supérieure, la première utilisée par les Magiciens et les Sorciers et la seconde réservée aux Théologiens et aux Philosophes. L’une et l’autre cependant reposant sur le même postulat, à savoir qu’il existe des lois en vertu desquelles certaines conditions étant remplies, les puissances naturelles doivent nécessairement se révéler ou se communiquer aux humains, de telle sorte que la connaissance de ces lois donne à celui ou à celle qui les possède, et qui peut s’en servir, un véritable empire sur les « forces » du ciel et de l’enfer. On retrouve cette même idée au fond de beaucoup de cérémonies religieuses, et par exemple dans le Catholicisme, la plupart des Sacrements peuvent être considérés comme entrant sous la forme de Théurgie ; en particulier le Sacrement de l’Eucharistie, où le Prêtre, par la vertu des paroles de la consécration, force en quelque sorte la divinité à venir s’enfermer sous les apparences du pain et du vin. La Théurgie ne serait donc que de la Philosophie occulte cherchant à se mettre en rapport avec Dieu, d’une manière sensible, quand l’esprit ne sait pas encore, ou ne peut plus s’élever jusqu’à lui par la pensée. Les Égyptiens, les Chaldéens, et les Perses pratiquèrent la Théurgie. Dans les derniers temps de la philosophie grecque, les Néoplatoniciens, qui se rattachaient à l’Orient, s’adonnèrent aux pratiques de la Théurgie. PORPHYRE s’arrêta assez tôt sur cette pente pour se demander si la Théurgie n’était pas le délire d’une âme religieuse qui ne ferait de rien des montagnes. Après lui JAMBLIQUE et ses successeurs la regardèrent comme le seul moyen de s’unir aux Dieux. La Philosophie devint pour eux la Théurgie, et la science hiératique, si pratiquée en Egypte remplaça les doctrines de PLATON et de PLOTIN. JULIEN fut un sectateur ardent de la Théurgie, aux secrets de laquelle il fut initié par MAXIME, le Théurge le plus renommé de son temps. PROCLUS semble considérer la Théurgie plutôt comme la doctrine commune d’une école particulière que comme une croyance extravagante que quelques Alexandrins auraient partagée, et il attribue aux Théurges plusieurs opinions sur des questions purement spéculatives, telles que la nature de Dieu et les Hypostases divines. Cette opinion de PROCLUS rappelle celle des critiques qui rattachent la Théurgie à certaines sectes gnostiques. Pour revenir au Hiératique où à la « sagesse Hiératique » je citerai cette maxime de l’art Hiératique « Mourez avant de mourir ». En des formules diverses, gnostiques et Soufis de l’Islam répéteront à peu près la même chose, pour tenter d’exprimer le moment ou émerge : à la conscience la présence du sujet divin qui est le sujet réel des activités de cette conscience !

C’est en effet une même vertu qui rend apte à la suprême vision de la « lumière de gloire » que les néoplatoniciens désignent comme Théurgique, et que postule, selon les oracles Chaldéens, l’ascension de l’Âme. D’où la notion Théurgique s’applique, chez les néoplatoniciens, aussi bien à une méthode pratique d’union active avec les êtres spirituels, qu’à l’union supra - rationnelle où le sujet qui agit « l’œuvre divine » est le sujet divin lui-même. Cette méthode est alors désignée encore comme Hiératique ; les Hiératiques sont ceux qui la mettent en pratique, et pour les néoplatoniciens la Théurgie Chaldéenne était l’une des méthodes Hiératiques mais pas la seule. Elle est toujours fondée sur certaines règles ascétiques et présuppose tout un ensemble de connaissances Théosophiques.

LA MAGIE

Les Anciens ont donné le nom de Magie à une pratique qui avait la prétention de soumettre les puissances supérieures et/ou inférieures (esprits, génies, démons) à la volonté de l’homme, et de les contraindre, soit en se les rendant favorables, soit en les conjurant, les évoquant par des paroles ou des procédés mystérieux, à exécuter des actes extraordinaires, tels que des divinations, des apparitions, des transformations, des guérisons subites, des maladies mortelles, des sentiments irrésistibles d’amour, de haine, etc. Les Magiciens s’attribuaient le mérite et le pouvoir de commander aux éléments, d’intervertir la marche des astres et de les faire descendre sur la terre.

Les individus qui se qualifiaient ainsi réussissaient sans doute à produire des actes véritablement surprenants ; mais ce n’était pas, il est à peine besoin de le dire aujourd’hui, par la puissance de leurs formules ou la vertu de leurs pratiques encore que...

Les effets qui frappaient d’admiration ou de terreur les spectateurs de leurs prodiges, résultaient de moyens fort naturels dont ils utilisaient la connaissance et qu’ils variaient suivant le plus ou moins de crédulité de leurs contemporains.

Dans les Sociétés traditionnelles, et aussi bien plus souvent qu’on le dit dans les sociétés industrialisées et médiatiques, il n’est pas besoin d’artifices bien merveilleux pour acquérir la réputation d’un magicien bien redoutable.

De même le prestige que l’on attribue aux magiciens de l’Égypte, de l’Assyrie et de la Perse donnent à penser que ceux-ci avaient des connaissances en physique, en chimie, en physiologie et en astronomie, dont ils savaient tirer admirablement parti, accolées aux systèmes de croyances des endroits où ils se trouvaient, révélant par leurs actions, de vrais faits ou phénomènes se rapprochant autant des mystères, que des désirs de voir la réalisation de demandes et prières de leurs contemporains réalisées. Les philosophes Alexandrins distinguaient deux espèces de magie : la magie malfaisante, qu’ils nommaient GOETIE (en Grec se lamenter, gémir) et dont ils attribuaient les effets aux mauvais démons ; et la magie bienfaisante, qu’ils appelaient THEURGIE (Théos, Dieu) parce que selon eux, elle était l’œuvre des bons génies. Les démonologues du XVIème siècle substituèrent aux mots de Goétie et de Théurgie ceux de magie noire et de magie blanche. Enfin dans les temps plus modernes, la magie noire a été reléguée au temps des chimères, et l’on a appliqué le nom de magie blanche, à l’art qui consiste à produire des effets merveilleux par des moyens naturels empruntés aux diverses branches des sciences physiques, à la physiologie, à la chimie (anciennement al chimie) etc.

Quand à la magie proprement dite, on peut y établir plusieurs distinctions selon les moyens qu’elle employait ou le but qu’elle se proposait : On a cru, que par certaines formules d’invocations, on pouvait faire agir les « génies » c’est ce que l’on a nommé « charmes » ; les attirer par des chants ou par le son des instruments de musique, ce sont les « enchantements » ; évoquer les morts et converser avec eux, c’est la « nécromancie » ; apprendre l’avenir et connaître les choses cachées, c’est « la divination » ; envoyer des maladies et causer du dommage à ceux à qui on voulait nuire, ce sont « les maléfices » ;nouer les enfants les empêcher de croître, frapper les hommes d’impuissance, c'est « la fascination » ; diriger les sorts, bons ou mauvais, et les faire tomber sur qui l’on voulait, c’est ce que nous nommons « sortilège ou sorcellerie » ; inspirer des passions criminelles aux personnes de l’un où l’autre sexe, ce sont « les philtres » etc.

On attribuait souvent l’invention de la magie aux Mages ou Prêtres de ZOROASTRE, et l’on admettait qu’elle prit naissance dans la MEDIE, d’où elle se répandit peu à peu en CHALDEE, en PERSE, en Grèce, à ROME et ailleurs.

Mais les Prêtres Mazdéens ne firent vraisemblablement que donner à cette prétendue science une forme plus arrêtée, car les pratiques magiques existaient bien longtemps avant l’institution du Mazdéisme. Quand on étudie l’histoire de l’antiquité, on y trouve des magiciens de tous les temps et chez tous les peuples. Seulement le caractère de leur science varie suivant les régions. Ce qui frappe encore, c’est que dans les états orientaux la magie se rattachait intimement aux croyances religieuses, aussi était-elle exclusivement pratiquée par les castes sacerdotales. Quant à l’influence que les magiciens exerçaient, même sur les gouvernements, on peut s’en faire une idée par un passage de l’Ancien Testament où il est question de luttes de MOÏSE avec les Magiciens de Pharaon.

Cette influence existait aussi en PERSE.

On sait aujourd’hui que les pratiques magiques existent dans toutes les cultures. Simplement la magie dont il est question ici est seulement celle qui a été connue et pratiquée traditionnellement en Occident.

Et parmi les Magiciens de l’antiquité, connus dans un passé du monde occidental, ceux de la MEDIE et de la PERSE passèrent toujours pour les plus habiles. Plusieurs d’entre eux vinrent à différentes époques, dans la Grèce et principalement en Italie, exploiter leur prétendue science, qui fut avidement accueillie par la « superstition » Romaine. Néanmoins c’est dans les derniers temps du paganisme que la Magie devint surtout florissante sous l’influence des philosophes de l’école d’Alexandrie.

L’ALCHIMIE

L’Al - Chimie ou chimie de Dieu, est une discipline qui recouvre un ensemble de pratiques et de spéculations qui sont en rapport avec la transmutation des Métaux. L’un des objectifs de l’alchimie est le « Grand Œuvre », c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant cette transmutation des métaux, notamment les métaux vils comme le plomb, en métaux nobles comme l’argent et l’or. Un autre objectif de l’alchimie est la recherche de la panacée (médecine universelle) et la prolongation de la vie par l’intermédiaire d’un élixir de longue vie. La pratique de l’alchimie et les théories de la matière sur lesquelles elle se fonde, sont parfois accompagnées, à partir de la renaissance, de spéculations philosophiques, mystiques et/ou spirituelles.

Des pensées et des pratiques de type alchimique ont existé en Chine dès le 4ème siècle av. J.C, et en Inde dès le 6ème Siècle de notre ère.

L’Alchimie occidentale elle, prend vraisemblablement ses origines dans l’Égypte hellénistique des Ptolémée entre - 100 (avec Bolos et Mendès) et 300 avec (Zosime de Panopolis).

Elle s’est ensuite développée dans le monde Arabe puis Européen durant le moyen-âge et jusqu’à la Renaissance. Jusqu’à la fin du XVIIème siècle les mots alchimie et chimie sont synonymes et utilisés indifféremment. Ce n’est qu’au cours du XVIIIème siècle qu’ils se distinguent, et que l’alchimie connaît une phase de déclin sans toutefois disparaître totalement, alors que la chimie moderne s’impose avec les travaux de LAVOISIER.

Le mot Alchimie vient de l’Arabe « al­kymiya » et apparaît dans le vocabulaire Français au XIVème siècle, par le latin médiéval « alchemia ». Ainsi que du Grec ancien « chumeia /chêmeia » signifiant ( art de fondre les métaux). KYMIA pourrait également venir du mot Copte « kême », lui- même dérivant du démotique KMI, correspondant au moyen Égyptien, désignant l’Égypte. L’alchimie occidentale est née dans l’ancienne Égypte Gréco-romaine à Alexandrie entre le 1er siècle avant J.C et le 3ème siècle de notre ère.

En ce qui concerne la substance même de l’alchimie gréco-égyptienne, elle serait née de la rencontre d’un fait et d’une doctrine. Le fait est l’art du bijoutier et du teinturier fantaisie, c'est-à-dire l’art de reproduire à meilleur compte l’Or, l’Argent, les Pierres précieuses et la Pourpre. La doctrine elle, est une spéculation mystique centrée sur l’idée de sympathie universelle. Car l’alchimie est liée à la philosophie hermétique, que l’on peut définir comme « une vision du monde fondée sur les correspondances et SYMPATHIES unissant Macrocosme et Microcosme ». Il ne faut cependant pas confondre les deux ! Les textes philosophiques du « Corpus Hermeticum » ne parlant pas d’alchimie. Des textes, à la fois hermétiques et alchimiques, apparaissent dès le 2ème ou 1er siècle avant J.C.

Sont-ils Égyptiens pour autant ? Dans le cas de l’alchimie, les anciens Égyptiens sont connus pour s’être intéressés à l’origine et à la nature des pierres précieuses et des métaux, et les textes alchimiques grecs de l’antiquité tardive contiennent diverses allusions à l’Égypte et à ses traditions, mais nous n’y trouvons rien d’analogue à l’évolution, sans solution de continuité, de la Magie Pharaonique à la magie Gréco- Égyptienne. Le même discours vaut pour l’astrologie. Cependant l’Égyptologue François DUMAS est d’un avis opposé : il voit un lien entre la pensée égyptienne et l’alchimie Gréco -Égyptienne, à travers la notion de pierre, pierre à bâtir ou pierre philosophale.

Les Égyptiens nous le savons avaient une conception dynamique de la pierre. Dans un des textes des « Pyramides » il est écrit qu’un lapis-lazuli croît comme une plante. Et dans une inscription à Abou SIMBEL, datant du règne de Ramsès II (1279-1213 av. J.C) le Dieu Ptah, créateur du monde, dit comment les déserts créent des pierres précieuses. En résumé l’alchimie s’est donné des buts distincts, qui parfois coexistent. Le but le plus emblématique de l’alchimie est la fabrication de la pierre philosophale, ou « grand œuvre », censée être capable de transmuter les métaux vils en métaux nobles. D’autres buts de l’alchimie sont essentiellement thérapeutiques ; la recherche de l’élixir d’immortalité et de la panacée (médecine universelle), et explique l’importance de la médecine arabe dans le développement de l’alchimie. Derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leurs sens profane, certains alchimistes s’intéressaient plutôt à la transmutation de l’âme, c'est-à-dire à l’éveil spirituel. On parle alors de « l’alchimie mystique ». Plus radical encore « l’ars magna » une autre branche de l’alchimie, a pour objet la transmutation de l’alchimiste lui-même, en une sorte de surhomme aux pouvoirs quasi-illimités 1 Etc.

*** Il est important après ces exposés qui ont tous les trois des points communs très évidents, qu’il serait inutile de récuser ; d’arriver à la synthèse de ce propos réunissant trois « sciences » entre guillemets utilisées par et pour les hommes les inscrivants dans une « quête » qui est celle de l’immortalité... C’est pourquoi, je souhaite ici reprendre les paroles même de l’un de nos Maîtres, j’ai nommé « CAGLIOSTRO » :

« Je ne suis d’aucune époque ni d’aucun lieu ; en dehors du temps et de l’espace, mon être spirituel vit son éternelle existence, et, si je plonge dans ma pensée en remontant le cours des âges, si j’étends mon esprit vers un mode d’existence éloigné de celui que vous percevez, je deviens celui que je désire. Participant consciemment à l’être absolu, je règle mon action selon le milieu qui m’entoure. Mon nom est celui de ma fonction, et je le choisis, ainsi que ma fonction parce que je suis libre ; mon pays est celui où je fixe momentanément mes pas. Datez vous d’hier, si vous le voulez, en vous rehaussant d’années vécues par des ancêtres qui vous furent étrangers ; ou demain, par l’orgueil illusoire d’une grandeur qui ne sera peut-être jamais la vôtre ; moi, je suis celui qui est.

Me voici : je suis noble et voyageur ; je parle, et votre âme frémit en reconnaissant d’anciennes paroles ; une voix qui est en vous, et qui s’était tue depuis bien longtemps, répond à l’appel de la mienne ; j’agis, et la paix revient en vos cœurs, la santé dans vos corps, l’espoir et le courage dans vos âmes.

Tous les hommes sont mes frères, tous les pays me sont chers ; je les parcours pour que partout, l’esprit puisse descendre et trouver un chemin vers nous. Je ne demande aux rois, dont je respecte la puissance, que l’hospitalité sur leurs terres, et, lorsqu’elle m’est accordée, je passe, faisant autour de moi le plus de bien possible ; mais je ne fais que passer. Suis-je un noble voyageur. Comme le vent du Sud comme l’éclatante lumière du midi qui caractérise la pleine connaissance des choses et la communion active avec Dieu, je viens vers le Nord, vers la brume et le froid, abandonnant partout à mon passage quelques parcelles de moi- même me diminuant à chaque station, mais vous laissant un peu de clarté, un peu de chaleur, un peu de force, jusqu’à ce que je sois enfin arrêté et fixé définitivement au terme de ma carrière, à l’heure où la rose fleurira sur la croix. Je suis CAGLIOSTRO.

Frères et Sœurs,

* Depuis les origines, les hommes des sociétés traditionnelles ont intuitivement perçu les racines spirituelles de la création, celles de leur être propre, et, par voie de conséquence, de leur vie, du vrai et unique sens de toute vie humaine.

Nous pouvons dire aujourd’hui que ce qui était alors comme une inclination naturelle de l’âme à l’entendement des mystères, ou, du moins à la conscience de leur existence et aux exigences spirituelles qu’ils impliquent, s’est au fur et à mesure délité, perdu pour un grand nombre de nos contemporains, et en peu de temps finalement ; ce qui n’est pas surprenant, car la chute , nous le savons est beaucoup plus aisée et plus rapide que l’acquisition de l’équilibre et de la beauté de l’édifice... La Théurgie, comme la Magie et l’Alchimie s’inscrivent à leur manière, comme des éléments indispensables aux possibilités inscrites dans le génome de l’être humain, comme lui donnant une version améliorée de ses possibilités, puisque créé à l’image de Dieu, il ne peut concevoir ou accepter, que sa vie trop courte, se limite à ce peu d’années, dont il ne dispose souvent que pour un labeur acharné, lui permettant de survivre et non d’exister 1 C’est pourquoi au nom de son imaginaire il se reconstruit et se recréée dans des systèmes lui permettant comme fils prodigue un retour à la rencontre de son créateur ; car la quête spirituelle lui est essentielle, et connaturelle en son état ordinaire. C’est aussi en notre époque d’obscurité de l’esprit, qu’il a encore plus besoin de la réaffirmation de vérités, qui même si elles sont de sa création, lui donnent l’espoir d’un espace, conduisant à une participation vivante de celui ou celle qui doit être appelé, autant que ce mot puisse traduire l’aventure intérieure de l’âme, et ce sans relâche, ni faiblesse ou découragement !

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 20:32

Chapitre Quatrième

De l'Esprit ou Teinture de Mars

MARS & VENUS ont une Teinture toute de même comme l'OR & comme aussi tous les Métaux, en quelque petite quantité qu'elle puisse se trouver en eux.

Il est véritable & connu d'un chacun qu'il y a des hommes différents en leur humeur, & dont les opinions sont fort diverses ; lesquels néanmoins prennent leur origine & sont engendrés d'une même semence & matière. Cette diversité qui est en eux provient principalement de l'influence que les Astres impriment, tant en leurs Corps qu'en leurs Esprits & en tous leurs sens ; & comme ces Influences Célestes sont variables & changeantes, selon leurs différents aspects : ainsi les inclinations des hommes, prenant & empruntant leur force ou leur faiblesse de ces influences, sont, par conséquent, grandement différentes entre elles. Par exemple, un homme est enclin aux études des Mathématiques ; un autre affectionné à la Théologie ; un autre à la Jurisprudence ; un autre à la Médecine ; un autre à la Philosophie. Il y a plusieurs Esprits affectionnés aux Arts & métiers : Car l'un devient Peintre, l'autre Imprimeur ; celui-ci un Cordonnier, celui-là un Tailleur, & ainsi des autres. Tout ceci vient des Influences des Astres ; ensemble aussi de l'imagination particulière d'un chacun, confirmée surnaturellement par les vertus Célestes. Ainsi il se voit que tout ce que l'homme s'est une fois fortement proposé & imprimé dans son esprit, y demeure attaché de telle sorte qu'il est presque impossible de lui ôter hors de la fantaisie, si ce n'est par de fortes raisons & grande longueur de temps, ou par une puissante résolution de faire le contraire ; ou si ce n'est qu'en un instant la Mort survienne, qui met fin à toutes choses.

Ainsi en est-il des hommes qui s'adonnent sérieusement à la Noble & légitime curiosité de la vraie CHIMIE & à la recherche des plus profonds secrets de la Nature, lesquels pour l'ordinaire n'abandonnent point cet excellent exercice qu'ils ne l'aient pratiqué & fondé par toutes les voies qu'ils ont jugé raisonnables en leur esprit, quoi que cela ne se fasse pas trop aisément.

La même chose peut se dire des Métaux : Car selon que les Influences & imaginations des Astres influent sur les Minéraux & Métaux, leur différence se fait, & comme tous les hommes sont tous hommes, mais différents comme j'ai déjà dit, ainsi tous les Métaux sont appelés Métaux, comme aussi le sont-ils. Toutefois, quoiqu'ils soient tous engendrés d'une même semence & matière, ils ne laissent toutefois d'être divers en leur nature particulière : car l'un est chaud & sec, l'autre froid & humide; d'aucuns sont d'une complexion simple, les autres d'une qui est composée.

Mais pour revenir à parler particulièrement du MARS, vous saurez qu'il a en sa composition & degré un SEL plus grossier que les autres Métaux; d'où vient par conséquent que son Corps est plus dur grossier & solide, & moins malléable que tous ses compagnons - ce, par l'ordre de la Nature. En lui se trouve peu de Mercure, plus de soufre & beaucoup de SEL; de cette mixtion & addition des Eléments, est procréé son Etre naturel : il contient en soi un Esprit qui, en ses opérations & vertus est tout semblable aux autres : Mais si vous connaissez le véritable Esprit de Mars, je vous dis ingénument qu'un grain de cet Esprit ou QUINT-ESSENCE prise avec de l'Esprit de VIN fortifie le coeur de l'homme, de telle sorte qu'il n'a aucune peur de ses ennemis, excitant en lui un coeur magnanime de Lion, & même l'échauffant pour le rendre capable d'emporter une Victoire contre Venus. Ainsi, quand la conjonction de Mars & Venus se rencontre dans les constellations, alors ils ont fortune & victoire dans leur bon & malheur, & demeurent unanimement ensemble, même ayant pour ennemis tout le monde. Mais à cause que je suis Religieux dans un Monastère occupé au service de Dieu, je suivrai ses saints commandements, qui me prépareront le chemin dans le Ciel ; tâchant par une foi vivifiante & par une fervente invocation de son aide de me tenir ferme en la grâce de notre Médiateur & patron Jésus-Christ, & j'abandonnerai les affections déréglées & désirs impertinents de la chair & du monde dressant mes intentions purement a la gloire de mon Dieu & au soulagement de mon prochain, en faveur duquel je laisse au monde ces miens écrits en considération de la charité que je lui porte.

Donc, par cet Esprit de MARS sont admirablement bien guéries toutes maladies Martiales, comme la Dysenterie, les maladies des femmes appelées Menstrues, tous flux de ventre & plaies ouvertes internes & externes de tout le corps, causées par le Mars sanguinaire, qu'il serait trop long de citer par leurs noms, lesquelles sont connues des Médecins savants. Si l'Esprit de MARS est bien connu, on trouvera qu'il a une secrète affinité avec l'Esprit de VENUS & que ces deux Esprits étant convenablement réunis & faits une Matière d'une même substance, forme, essence & vertus, ils peuvent guérir les susdites maladies & transmuer les Métaux avec profit.

Mais on doit remarquer la propriété & vertu que MARS possède en sa forme corporelle & Corps terrestre utile a plusieurs choses : car il arrête le sang des plaies extérieures & ôte intérieurement les obstructions du Corps; il gradue & augmente la TEINTURE à la LUNE, & fait plusieurs autres beaux effets, quoique cela n'arrive pas toujours heureusement pour le Corps de l'homme, ni des Métaux, parce que par lui seul, selon son Corps grossier, on ne peut faire grand profit, si ce n'est qu'on sache les secrètes vertus que la Nature a mis en lui. Il faut que je dise encore ceci, que la Pierre d'Aimant & le vrai MARS ont de mêmes vertus dans les maladies du Corps humain & sont tous deux d'une même Nature. Mais en ce qui concerne l'intelligence céleste spirituelle & Elémentale entre le Corps son Ame & son Chaos dont l'Ame & l'Esprit sont sortis, je dis que le Corps s'est trouvé le dernier dans cette composition.

Mais que fera-t-on si les grossiers ne comprennent pas ceci, & si ceux à demi sages n'y prennent pas garde, ou si ceux qui sont extraordinairement sages examinent trop ce que j'ai ici écrit ? Je voudrais que ces derniers fussent portés d'affection envers mes écrits, & qu'ils les expliquassent simplement & sagement, car ils portent avec soi leur Sentence & conclusion si clairement que les intelligents ne manqueront jamais à les entendre d'eux-mêmes, & d'en tirer la résolution de ce qu'ils auront à pratiquer. Pour conclusion de ce chapitre, sachez que les gens mariés ne peuvent pas longtemps vivre d'accord en leur ménage si l'un tourne le chariot d'icelui vers l'Orient, & l'autre vers l'Occident, parce qu'ils sont différents en intentions & actions, ce qui cause entre eux de grands désordres : Mais s'ils veulent vivre paisiblement & longuement en amitié, il faut qu'ils soient d'un même Esprit, pensée, opinion & vertu pour accomplir ce que leur coeur désire, & ainsi l'Amour & la fidélité régneront parmi eux; aussi je dis que, si les trois Principes ne sont par une due proportion & purification philosophique, joints & unis ensemblement, ils ne produiront pas l'effet de la fin désirée, à cause du discord & de la disconvenance qui seraient parmi eux : Car le MERCURE est de soi trop craintif & manque de constance & fixité; le SOUFRE ne peut pas échauffer le Corps avec amour à cause de sa petite quantité de chaleur ; le SEL n'a pas aussi une qualité propre & naturelle à cause de sa grande abondance, faisant une coagulation trop forte & trop dure. Mais après qu'ils seront bien préparés & purifiés, ils donneront par leur triple union & digestion parfaite, une chose en UN, qui cause tant de merveilles.

Je crois que vous prendrez en bonne part cet exemple, puis que Syrach loue la fidélité & la malice d'une femme, mais en diverses façons, & ainsi je prends congé de MARS, ajoutant ceci : que personne ne peut juger la différence d'une ou plusieurs choses, s'il ne les a considérées auparavant, & appris, connu & bien fondé leur nature & leurs propriétés.

 

 

Chapitre Cinquième

De l'Esprit ou Teinture du Soleil

La lumière que j'ai reçue du Ciel m'oblige de révéler par écrit une chose qui est le vrai symbole du Courage & de la constance, parce que le SOLEIL est un FEU ardent & consumant, Chaud & sec, qui contient la plus grande force & vertu des choses naturelles : la vertu, dis-je, de ce SOLEIL cause les TROIS CHOSES plus considérables parmi les hommes : savoir, le bon entendement, la SANTE & les richesses. Je n'ai pas peu de peine en moi-même, & mon Esprit n'est qu'en crainte d'entreprendre le dessin de révéler des choses qui ont toujours été tenues dans le secret ; mais quand je rentre en moi-même & que je rappelle les pensées & motifs qui m'incitent à continuer ce dessein, il n'est pas en mon pouvoir de m'en distraire, & je trouve qu'il ne me reste qu'à user de discrétion & de quelques précautions dans ma façon d'écrire, afin que je ne sois cause d'aucun mal; mais plutôt qu'on aie sujet de me remercier de l'utilité qui en pourrait provenir, en quoi suivant l'occurrence, je me servirai de la même méthode que les autres Philosophes qui m'ont précédé. Observez donc en premier lieu qu'il faut bannir toutes choses étranges & qui ne sont utiles à la spéculation Philosophique, mais qui peuvent plutôt être cause que vous perdiez l'occasion de jouir de ce qu'il vous faut chercher ; or sachez que si vous êtes épris d'affection à posséder cet Aimant doré, vous devez premièrement adresser vos voeux & prières à DIEU avec zèle, contrition & humilité, afin que puissiez parvenir à la connaissance scientifique des TROIS divers MONDES qui sont à la raison humaine les curieux objets d'admiration.

Le premier est le MONDE céleste ou ARCHETYPIQUE, dans lequel l'AME immortelle doit avoir sa résidence, duquel vient son premier ETRE qui fut après la Création divine de l'Univers. Ce monde sur-céleste est, après DIEU, la première imperceptibilité mouvante ou la première AME mouvante imperceptible, par laquelle la VIE naturelle opère sur-naturellement, & cette AME ou Esprit est la première Racine & source de VIE de toutes les créatures, & ce que l'on peut véritablement appeler PRIMUM MOBILE, duquel les Sages & doctes ont tant écrit & disputé.

Le SECOND Monde est le CELESTE ou Ectypique, dont devez ensuite considérer les observations: Car c'est en lui qu'habitent & règnent les PLANETES & les ASTRES, & où ils ont leur cours, force & vertu, y accomplissant leur devoir, selon le décret de la Providence Divine, causant ainsi la génération des METAUX & MINERAUX par leurs spirituelles influences.

Le troisième est le MONDE Elémentaire ou Typique, dans lequel sont tous les Eléments & les créatures sublunaires, parmi lesquelles sont les METAUX & MINERAUX qui tirent leur origine des spirituelles influences de ces deux premiers Mondes, lesquels impriment incessamment leurs vertus dans ce Monde Elémentaire.

C'est du Monde SURCELESTE que la source de la VIE & de l'AME de toutes choses tire son origine ; & du Monde CELESTE provient la lumière de l'ESPRIT. Mais c'est du troisième, savoir du Monde ELEMENTAIRE que procède le FEU imperceptible, tout divin & invincible par lequel les choses palpables & de solidité corporelle sont décuites ; ces TROIS substances ou matières sont les véritables Principes de la Génération & forme des METAUX, entre lesquels l'OR est le plus excellent & de beaucoup préférable à tous les autres, parce que, par les opérations des Astres & des Eléments, le MERCURE de ce Métal a été décuit jusques à la perfection.

De même la vertu séminale des Animaux qui sont du sexe mâle, qui est l'Agent, se rencontrant dans les MATRICES de l'autre sexe, qui est le Patient, cette même semence se trouve être contiguë à la matière Menstruelle, qui est la Terre, & étant ainsi sortie de l'Agent & reçue par le Patient, elle est travaillée par les Astres & Eléments, afin que ces deux SEMENCES puissent être unies & nourries dans leur Terre MATRICE pour leur naissance & production.

Le même aussi doit-on observer de l'AME des Métaux, qui a été conçue par une composition imperceptible, invisible, incompréhensible, occulte & surnaturelle, & comme d'EAU & d'AIR, formée du Chaos, & ensuite décuite par le FEU & la lumière céleste ou Elémentale du SOLEIL supérieur, duquel les ASTRES reçoivent leurs forces, quand sa chaleur pénètre dans l'intérieur de la Terre comme dans sa MATRICE, & y porte la propriété opérative des ASTRES supérieurs qui fait que la Terre devient ouverte, afin que l'Esprit inclus en icelle puisse donner nourriture & produire les Métaux, Herbes, Arbres & Animaux, selon la semence multiplicative prolifique d'un chacun, comme j'ai déjà dit que les hommes sont spirituellement & divinement conçus, les facultés de leur AME & ESPRIT étant formellement perfectionnées par la nourriture de la Terre Matrice, leur Mère-nourrice. Ce que l'on peut observer pareillement en tous les Métaux & Minéraux, & ceci est le plus grand secret de l'OR, de montrer & faire entendre, par exemple & similitude où la NATURE a caché ce grand Mystère. Il y a moyen de prouver que la lumière céleste du SOLEIL est d'une propriété ignée que le Créateur du Ciel & de la terre a mis en elle, par le moyen d'un ESPRIT SULPHUREUX, Céleste, fixe & permanent, pour entretenir sa substance corporelle & sa forme, & cette créature céleste est enflammée par son cours perpétuel, si vite & si rapide, avec lequel elle se meut dans l'AIR, & qui continuera autant que son Cours sans diminution de ses forces, parce qu'il n'y a aucune matière combustible en elle par laquelle cette grande lumière puisse être contrainte de souffrir diminution.

Ainsi donc, l'OR est décuit par ces Principes d'en-haut & parvient à telle fixité & nature invincible, en sorte qu'aucune chose ne peut lui nuire, parce que les effets de l'Astronomie supérieure ont agi par leur commerce & relation harmonique avec l'inférieure, de telle sorte que ces Astres inférieurs étant fixés par les influences & vertus des Supérieurs auxquels ils symbolisent, ils ne cèdent à aucun examen, parce que ceux d'en-bas, par les influences & facultés de ceux d'en-haut, en ont obtenu une grande fixité & constance : observez & remarquez bien ceci sur la première Matière de l'OR.

Il faut que j'ajoute encore une autre similitude, selon la coutume des Philosophes, à savoir de cette grande LUMIERE du Ciel avec ce petit FEU que l'on voit journellement allumé sur la Terre, toujours brûlant devant nos yeux, & que je fasse voir quelle grande affinité, vertu magnétique, ou relation harmonique il y a de la grande lumière avec cette petite, & que par ce Médium Aérien, elles conservent leur ETRE & le perfectionnement. Car on voit que sitôt que l'AIR conçoit quelque corruption par les aquosités qui sont attirées en haut, comme brouillards & autres semblables amas qui forment des nuées, lesquelles empêchent que les rayons du SOLEIL agissent par leur réflexion & vertu pénétrante ainsi qu'auparavant, de même le petit FEU Terrestre ne brûle pas si bien dans un temps couvert & nébuleux comme quand l'AIR est pur, clair & serein. Cela vient de ce que leur Amour est étouffé par les aquosités accidentelles de l'AIR ; en telle façon que la Vertu attractive est empêchée de faire son opération à produire les effets de sa sympathie.

Tout ainsi que le SOLEIL qui est la grande lumière céleste, & la petite terrestre qui est le FEU élémentaire se trouvent avoir une forte & mutuelle inclination & affection à s'attirer l'une l'autre par vertu magnétique ; de même le SOLEIL & l'OR ont aussi une particulière correspondance & certaine vertu attractive mutuellement entre eux, parce que le SOLEIL a travaillé dans l'OR ayant servi comme d'un puissant médiateur pour unir & lier inséparablement ces trois principes : Ainsi l'OR a son origine de l'Aimant doré & céleste.

Voilà donc la plus grande sagesse de ce monde, la sagesse des sagesses; voire une sagesse qui surpasse la raison naturelle : car par cette sagesse on doit comprendre comment DIEU a créé l'ETRE céleste, les opérations du firmament, le dessein ou imagination spirituelle, & L'ETRE corporel de toutes les choses créées : elle comprend aussi en soi toutes les qualités & propriétés d'icelles, voire tout ce par quoi l'homme subsiste.

Dans cet Aimant doré est cachée la résolution de tous les Métaux & Minéraux, & leurs puissances & vertus, comme aussi la Première Matière de leur naissance & leur pouvoir sur la SANTE ; leur congélation & fixation, & l'opération de leurs vertus pour guérir les maladies.

Observez & remarquez bien cette CLEF, car elle est divine, astrale & élémentale, de laquelle toutes choses terrestres sont produites; elle est naturelle aussi bien que surnaturelle, & a sa naissance de l'Esprit de MERCURE, divinement, de l'Esprit de SOUFRE, spirituellement, de l'Esprit de SEL, corporellement. Ceci est toute la voie & toute la science, le commencement & la fin; car son CORPS est tellement lié avec l'ESPRIT par le moyen de l'AME qu'ils ne peuvent pas être désunis, mais engendrent un CORPS parfait auquel rien ne peut nuire. De cette substance spirituelle, & de cette Matière qui a formé un CORPS à l'OR, est fait le vrai OR POTABLE des anciens sages, lequel est plus parfait que l'OR même, qui doit être spiritualisé avant qu'on en puisse faire cette liqueur précieuse. Cet Esprit ou OR spirituel guérit les maladies vénériennes & la lèpre, étant une substance Mercurielle & très fixe; il guérit aussi toutes plaies rebelles; fortifie le COEUR & le CERVEAU, & donne une bonne mémoire, fait de bon SANG & incite à l'Amour. Si la QUINTESSENCE des Perles avec la TEINTURE des Coraux sont jointes en même poids avec cet OR spirituel, & si l'on en donne la pesanteur de deux grains à quelqu'un, il se pourra assurer de jouir d'une parfaite santé & d'être exempt de toute infirmité, parce que dans cet Esprit de l'OR réside par excellence la vertu de guérir toutes débilités, les ôter & rectifier la masse du CORPS de l'homme de telle sorte qu'il peut être tenu parfaitement exempt de toutes maladies : Car la QUINTESSENCE des Perles fortifie le COEUR & rectifie les fonctions des cinq sens, tandis que la TEINTURE des Coraux expulse tous les venins, & ainsi l'AME de l'OR étant en forme de liqueur unie avec l'ESSENCE des Perles & SOUFRE des Coraux joints ensemble, ils peuvent produire des effets quasi incroyables, & qui sembleraient excéder l'étendue des pouvoirs de la NATURE, si l'expérience n'en faisait voir la Vérité ; & particulièrement cette Vertu Cardiaque qui conforte extrêmement le coeur doit être, avec admiration considérée la plus excellente de toutes les autres, telles qu'elles puissent être.

Pour moi qui suis Religieux & soumis aux voeux de ma profession par un serment spirituel & divin que j'ai fait en l'ordre de Saint Benoît, dans lequel il a plu a Dieu que j'aie obtenu suivant les promesses de sa parole, par mes ferventes prières, une consolation en mon AME dans l'affliction de mes faiblesses & infirmités au moyen de cette Médecine universelle, je puis assurer que je ne trouve aucun confortatif meilleur pour mes frères & pour moi-même que cette composition mise au monde par la grâce & faveur divine, & faite de l'UNION de ces trois choses. Sa divine Providence veuille bénir & augmenter cette Vertu jusques a la fin du monde, & tant que tous les hommes jouiront de cette VIE mortelle : O dorée vertu de ton AME ! Ô dorée raison de ton ESPRIT ! Ô dorée opération de ton CORPS : DIEU le Créateur te conserve & donne à toutes Créatures terrestres qui l'aiment & l'honorent, avec la vraie intelligence de tous ses dons afin qu'on fasse sa volonté en TERRE & au CIEL, & que ceci suffise pour la Révélation de l'Esprit de l'OR, jusqu'à ce que Hélie revienne.

J'ajouterai ici une opération dont le procédé sera compendieux : Prenez l'Esprit de SEL et tirez avec lui le SOUFRE de l'OR ; séparez cet Esprit de SEL & rectifiez le SOUFRE de l'OR avec L'ESPRIT DE VIN, afin qu'il devienne agréable et sans corrosion. Prenez ensuite de la vraie huile de Vitriol, faite avec du Vitriol, vert-de-gris, & dissoudrez du MARS dans cette huile & en faites du Vitriol, lequel dissoudrez en Huile ou Esprit susdit pour le rectifier aussi avec L'ESPRIT DE VIN ; puis conjoignez toutes ces deux ensemble & en ôtez l'ESPRIT DE VIN, & dissoudrez la Matière qui sera demeurée sèche dans l'ESPRIT DE MERCURE, selon le poids requis; circulez le tout & quand tout sera fixe & devenu permanent, vous aurez une MEDECINE pour donner la SANTÉ & couleur vermeille aux Hommes & aux Métaux après qu'elle aura été fermentée avec de l'OR.

 

Chapitre Sixième

De l'Esprit ou Teinture de la Lune

La TEINTURE ou Esprit de la LUNE montre sa couleur d'un Bleu céleste, qui n'est qu'un ESPRIT Aqueux, froid & humide; il n'est pas si chaud en son degré que l'Esprit du SOLEIL, VENUS & MARS : c'est pourquoi la LUNE est plus flegmatique qu'ignée Mais quoique de substance Aqueuse elle n'a pas laissé d'être parvenue à congélation par le FEU.

Tout ainsi que nous voyons les METAUX avoir reçu leurs Esprits de TEINTURES & leur coagulation, de même aussi les PIERRES ont reçu leur fixation & TEINTURE d'une pareille influence; car dans le DIAMANT se trouve un MERCURE fixe & coagulé, c'est pourquoi il ne peut pas être rompu comme les autres pierres. Dans le RUBIS se trouve la Teinture du MARS ou soufre du Fer; dans l'EMERAUDE, le soufre de VENUS; dans le GRENAT, l'Ame du SATURNE; dans la TOPAZE la Teinture de JUPITER & le CRISTAL de roche se trouve symboliser au MERCURE vulgaire, comme aussi dans le SAPHIR se trouve la Teinture de la LUNE: bref, chacun selon son Espèce se trouve ainsi symboliser à quelque Métal, & si on ôte la couleur bleue au SAPHIR on lui ôte son habit, & son Corps demeurera blanc comme le DIAMANT. L'on doit aussi observer que si l'on sépare l'Ame de l'OR, son Corps devient pareillement blanc, lequel est appelé LUNE fixe par les disciples & curieux scrutateurs de l'Anatomie des MIXTES.

Vous devez apprendre ici que tout ce que j'ai dit du SAPHIR se doit pareillement entendre des METAUX : cet Esprit azuré de la LUNE que j'ai ci-dessus allégué, contient en soi le SOUFRE & L'AME dont l'Argent emprunte la VIE, tant aux mines dans la Terre, que par Art sur la Terre ; & la Teinture blanche de L'ARGENT, de laquelle il reçoit la blancheur, se trouve dans une même forme magnétique & premier être avec l'OR.

Ah ! vous autres qui possédez le Talent de l'Eloquence, où est votre voix pour exprimer les merveilles de ce SECRET ? & vous, naturalistes ! Où sont vos écrits ? & où sont les maximes de vos dispensaires, ô Médecins ! qui obligez d'aller chercher nombre de drogues par-delà les Mers, afin de tâcher de guérir l'Hydropisie & toutes maladies lunaires ? Vous direz sans doute que ceci vous est trop obscur; si cela est, allumez vos lampes à la lumière inférieure & terrestre, & pour chercher n'ayez aucune honte de contracter alliance avec le Vulcain ou Feu CHIMIQUE, & soyez persévérants dans la patience ; enfin, par permission divine de l'Eternel, vous trouverez que l'Esprit de L'ARGENT contient en soi la Vertu de guérir l'Hydropisie, tout de même que l'Esprit de l'OR & de MERCURE peut ôter les racines ou causes du vertige, de telle sorte que le centre de ces maladies ne s'y trouvera jamais.

Et pour le regard de ce que la LUNE n'a pas acquis dans les Veines de la Terre une qualité plus chaude en son degré, & qu'elle est ainsi demeurée d'une nature Aquatique, prenez-vous en la grande lumière du CIEL, laquelle à cause de ses influences aquatiques a opéré une telle propriété dans quelques créatures & Planètes de la Terre, comme dans l'ARGENT; & quoique cette LUNE Terrestre aie en soi un Mercure fixe dans lequel elle a radicalement pris naissance; toutefois le SOUFRE chaud manque en elle pour pouvoir dessécher le flegme : C'est pourquoi la LUNE n'a pas aussi un Corps si compact, si ce n'est par l'ART du Microcosme ou savant Artiste & Philosophe.

Et d'autant que ce Corps n'est pas compact à cause de sa substance aquatique, ses pores ne sont pas aussi resserrés & garnis pour avoir le poids & endurer le choc contre ses ennemis : ce qui, au contraire, se doit rencontrer dans l'OR, afin qu'il aie victoire sur ses ennemis & qu'il puisse subsister parmi eux.

Toutes choses sont difficiles au commencement; mais dès qu'on les a faites une fois avec industrie & patience elles deviennent bientôt faciles à être entendues : Si vous considérez & prenez bien garde à l'Esprit ou AME de la LUNE, vous comprendrez fort aisément le principal du travail & la fin de son utilité : c'est pourquoi je vous le proposerai par l'exemple & vous rendrai savants par la règle & façon de faire des paysans, afin qu'un jeu d'enfants vous donne occasion de considérer & chercher le profit d'une chose plus relevée.

Un Paysan sème sur un Champ bien préparé la Semence du LIN, laquelle après la Putréfaction sort & végète hors de la Terre, étant aidée par l'opération des Eléments, & nous présente une Matière ou herbe de LIN avec sa Semence, mais multipliée, laquelle on sépare du LIN après qu'il a été arraché de la Terre. Mais ce LIN ne saurait être utile s'il n'est Putréfié & purifié après avec de l'EAU, putréfaction par laquelle le Corps s'ouvre & en lui se trouve une Chose utile ; La putréfaction achevé, ce LIN est Séché par l'AIR & par le SOLEIL, & cette coagulation, souventes fois réitérée, il parvient à une autre forme dans laquelle, après plusieurs autres travaux, il devient plus parfait.

Ce LIN ainsi préparé est battu, Rompu, purifié & tiré par un certain outil de bois appelé par plusieurs Brisoir ou Mâchoire, afin que le Pur se sépare de l'Impur & les parties Grossières d'avec les Subtiles, ce qui ne pouvait se faire avant cette préparation : Après, ce même LIN est filé & les Filets sont bouillis dans l'EAU ou lessive afin qu'une nouvelle & légère Putréfaction s'y fasse, & que les impuretés restées s'en séparent; après cela ils sont Séchés & donnés à l'Artisan qui en fait de la Toile, & cette Toile, après quelques Humectations réitérées, est rendue belle & Blanche, puis coupée par Tailleur, Lingères ou autres pour l'utilité d'un Ménage, & quand cette Toile est usée & déchirée, alors on amasse les pièces ou Drapeaux & on les porte au Moulin, où il s'en fait de bon PAPIER dont on se sert après à Ecrire ou Imprimer les beaux LIVRES que nous voyons être les nobles dépositaires du Trésor des plus rares & plus doctes Traditions de tous les Arts & Sciences, & qui font l'ornement des Cabinets les plus curieux & plus précieux.

Ce PAPIER ainsi fait étant mis sur un Métal ou sur un verre & étant allumé & brûlé, le Mercure végétal de ce PAPIER s'en retourne dans l'Air & s'envole, laissant son SEL dans les Cendres avec un SOUFRE Brûlant : car tout ce qui ne se consume pas se résout en HUILE, laquelle est un bon liniment pour ceux qui ont mal aux yeux & qui ont la vue troublée. Cette HUILE ainsi faite a une Graisse excellente, que la Matière du PAPIER a retenue avec soi de la Semence du LIN, & ainsi la dernière Matière du LIN qui est le PAPIER se résout en Première Matière ; Savoir: en cette onctuosité Sulfureuse, avec séparation de son MERCURE & de son SEL, afin que, par la dernière, la première Matière se connaisse, & par cette première, ses opérations & vertus.

Quoique cet exemple semble Rustique & grossier, néanmoins vous devez prendre garde à sa Subtilité & à ce qui est caché en lui: Car il est nécessaire de faire entendre aux Simples & moins avisés les Choses subtiles par les Grossières, en sorte que de là ils puissent apprendre à se départir des sentiments Grossiers & s'adonner aux Subtils.

De ceci, je conclus & entends que la Première Matière doit être connue, observée & fondée par la Révélation & discernement de la Dernière Matière, laquelle Dernière Matière des METAUX parfaits doit être séparée d'eux, afin qu'elle apparaisse nue devant les hommes, & ainsi pourra-t-on apprendre par cette ANATOMIE, ce que la Première Matière a été dès son commencement, & de quoi cette Dernière a été semblablement faite. Vous devez vous contenter de cette Dernière déclaration concernant la LUNE, sur le sujet de laquelle j'aurais encore beaucoup de choses à dire, mais ce sera pour une autre fois. Je vous prie d'affection en vous exhortant que dans votre conscience vous observiez tout ce que je vous ai révélé selon les Syllabes comprises entre alpha & oméga, & de garder toutes mes paroles & avertissements, afin que ne puissiez pécher & endurer l'éternelle vengeance. Avant que de finir, je vous révélerai encore ceci :

Prenez le SOUFRE d'un Bleu Céleste tiré de l'ARGENT & le rectifiez avec l'ESPRIT DE VIN; dissolvez-le selon son poids dans l'ESPRIT BLANC du Vitriol, & dans l'Esprit bien odorant de MERCURE, puis les coagulez par la fixation du FEU de chaleur propre, et aurez la Teinture blanche en vos mains avec sa MEDECINE: mais si vous connaissez ce que l'on peut appeler PRIMUM MOBILE, cette Teinture ne vous est pas nécessaire; car vous pourrez accomplir l'oeuvre par lui seul.

 

Chapitre Septième

De l'Ame ou Teinture de Jupiter

Le bon JUPITER entre tous les Métaux, est quasi celui qui tient le Milieu dans son intérieur : Car il n'est ni trop Chaud, ni trop Froid, ni trop Sec, ni trop Humide. Il n'abonde pas en Mercure & il se trouve fort peu de SOUFRE en lui & celui qui s'y trouve est de couleur Blanche : L'un de ses Trois Principes pourtant surpasse l'autre en quantité, comme il se voit manifestement lorsqu'on fait ouverture & Dissection de sa vraie nature: Partant, il est né, fait & coagulé en forme de METAL, d'une telle composition & mélange des trois principes inégalement assemblés.

La planète de JUPITER supérieur est un ASTRE de paix & agent de bonté, dominateur & possesseur de la moyenne Région : Mais le terrestre au regard de sa condition, être, vertu & opération tient le milieu, & aucune maladie ne saurait arriver que ce JUPITER ne puisse guérir, si on se sert de sa MEDECINE avec médiocrité & dose judicieusement dispensée ; aussi n'est-il pas toujours à propos d'employer sa médecine à d'aucunes maladies où il n'en est pas besoin ; mais on doit user d'icelle lorsque le Corps & sa Maladie ont une particulière correspondance & relation de vertu & opération avec les Astres supérieurs, principalement dans leurs conjonctions, afin qu'il ne se trouve aucune contrariété dans leur opération en la Nature opérante.

L'Esprit de JUPITER est tel qu'il ne peut aucunement être absent dans la naissance des Métaux, non plus qu'aucun des autres : parce que lorsqu'un Métal doit être parfait, tant dans le Macrocosme que par transmutation dans le Microcosme, il faut nécessairement que tous les Esprits des METAUX y consentent, depuis ceux du degré le plus bas, jusques au plus haut; je veux dire que tous les degrés des plus imparfaits Métaux jusques aux plus parfaits soient suivis de degré en degré jusqu'à l'accomplissement d'iceux, avant que les Métaux puissent être parfaits: car tout Métal, depuis le SATURNE jusqu'à l'OR, doit accomplir son Cours pour parvenir à la constance spécifique de sa Teinture & de son Corps: encore que SATURNE tienne le premier lieu dans la Région supérieure où les Astres dominent & accomplissent leur Cours, il est néanmoins le plus bas dans la Terre.

La Naissance de l'ETAIN, en & sur la Terre se fait tout ainsi que la naissance de l'homme & des animaux qui, au commencement sont nourris du lait de leur mère, car il ne se trouve pas sur la terre aucune nourriture plus profitable à l'homme dans son enfance que celle du lait, vu que la plus considérable & meilleure partie du lait est un SOUFRE Animal qui donne la nourriture.

De même façon, l'ETAIN est nourri de son SOUFRE Métallique, qui lui est plus profitable, & parce qu'il attire plus de chaleur à soi que celui de SATURNE, il est plus décuit & son Corps est plus fixe & plus constant, à cause du degré de perfection de son SEL.

Le Jupiter est dit des Anciens, causer un bon gouvernement & entretien de SANTE, & ses jugements sont estimés équitables, en sorte qu'il octroie à un chacun ce qui est de Justice & bon droit: l'esprit de l'ETAIN remédie à toutes les inflammations & accidents par lesquels le FOIE pourrait être infecté, son Esprit a naturellement un goût de Miel ; son Mercure lorsqu'il est fait volatil devient une vénéneuse substance : Car il purge violemment & avec effort: C'est pourquoi il n'est pas toujours à propos qu'on se serve de son argent-vif étant ainsi ouvert; mais sitôt qu'il est corrigé, il peut être bon & utile pour s'en servir aux maladies qui dépendent immédiatement des influences des Astres; c'est-à-dire lorsqu'au CEDEKIEL est ôtée la volatilité vénéneuse, & qu'il est parvenu à une fixité contraire au venin.

Le Médecin du commun n'entendra pas ceci, parce qu'une telle science ne gît point aux paroles seulement, mais à l'expérience, vu, que ce Médecin du commun à bâti son fondement sur des paroles seulement, mais quant à la préparation de notre Médecine, quoique son commencement dépende des paroles, son fondement principal est l'épreuve appuyée de l'expérience : car l'expérience est soutenue d'un fondement aussi assuré que serait un lieu bâti sur un Rocher, mais les paroles des autres ne le sont que comme sur un sable mouvant. C'est pourquoi l'on estime plus ce qui est fait par l'expérience avec l'aide de la Nature, que ce qui provient seulement des paroles nues & d'unespéculation fantaisiste : Car l'oeuvre fait connaître l'Ouvrier.

Je ne me sers pas ici de la façon de parler des Poètes, ni d'un style pareil à celui qui est dans mon LIVRE de la Philosophie occulte, que j'ai déjà mis au jour, & qui traite de la naissance admirable des SEPT Planètes hermétiques, je ne m'exprime ici non plus en termes mystiques comme les Mages & Cabalistes ont fait, & je n'observe point la Méthode de ceux qui ont enseigné les sciences surnaturelles, comme l'Hydromancie, l'Aéromancie, Géomancie, Pyromancie, Nécromancie & plusieurs autres : Car mon intention est de révéler les secrets de la Nature, afin que les Philosophes & enfants de la science & Sapience puissent par la bénédiction divine, bien comprendre & observer ceci, & après une diligente observation y apprendre quelque chose d'utile concernant la double vertu Métallique dans le Macrocosme & Microcosme, comme aussi ce que contient la vraie MEDECINE en soi & dans l'intérieur des Métaux, ce qui se voit & manifeste quand par la division de leurs Principes, l'on voit sensiblement TROIS choses provenues de ce qui auparavant était UN, & alors la nature de cet UN est découverte & démontrée par la séparation & dépouille de son vêtement terrestre, & sont manifestées sa vertu son opération pour la SANTEdes corps humains Métalliques.

Sans doute mes persécuteurs & ceux qui sont Médecins ignorants me diront ce qu'on dit en proverbe : Tu me dis beaucoup de choses touchant les Oies & tu ne connais pas encore les Canards. Qui est-ce qui nous assurera que tout ce que tu nous as écrit est véritable ? Pour mon particulier je n'ai autre chose à leur répondre, sinon que je me tiens très content des choses que j'ai apprises par expérience, comme aussi, mes autres compagnons; sans craindre d'être trompé dans mes espérances, & ne suis dans le dessein de me donner aucune peine pour vouloir apprendre quelque chose de nouveau & d'incertain; celui qui est dans une autre opinion que la mienne, qu'il la garde si bon lui semble et s'amuse à la connaissance de ces Canards : Car il n'est pas digne des Oies rôties, ni d'apprendre les merveilles que la Nature cache en soi.

Mais je confesse en vérité & même j'ose dire sous la perte de ce précieux joyau & PIERRE, la plus riche de la Nature, & même de mon AME, que tout ce que j'ai écrit & tout ce que j'écris dans ce Livre-ci contient la pure VERITE, & un chacun trouvera que ce n'est autre chose que la VERITE : Mais si tous les doctes ou les hommes du Commun, & principalement ceux qui sont persécuteurs de cette secrète science n'entendent pas mes écrits, je n'y saurais que faire ; mais que ceux qui sont de vrais curieux prient Dieu pour sa grâce ; & vous, persécuteurs, priez-le qu'il vous pardonne, travaillez avec patience & persévérance, lisez avec raison & intelligence, & aucun SECRET ne vous sera caché : mais au contraire, vous y découvrirez de la clarté.

J'exhorte encore particulièrement celui qui aura trouvé ce SECRET qu'il en rende grâces a DIEU son Créateur, de tout son coeur, nuit & jour, sans cesse, avec révérence, humilité & due obéissance : Car aucune créature ne saurait assez remercier DIEU comme le mérite ce précieux DON. J'en fais ici mes remerciements & actions de grâces a DIEU & puis répondre devant ce souverain Créateur de l'Univers, & devant tout le monde, & être garant de la vérité de ces Merveilles de la Nature que plusieurs esprits présomptueux croient n'être pas possibles, parce qu'ils n'en peuvent comprendre la cause ni l'effet : Mais ce que mes yeux ont VU, ce que mes mains ont TOUCHE & que ma raison sans tromperie a compris, RIEN NE PEUT M'EMPECHER DE LE CROIRE & D'EN ADMETTRE LES EFFETS EN CETTE VIE, EXCEPTE LA MORT QUI SEPARE TOUTES CHOSES.

Cette mienne voix n'a pas été contrainte par un motif du siècle de déclarer ce que j'ai ici écrit; je ne l'ai pas fait aussi par arrogance, ni comme ayant égard aux honneurs mondains. Mais elle a été contrainte par le commandement de Jésus-Christ, mon Seigneur, afin que sa gloire & bonté dans les choses naturelles & temporelles, ne demeure pas inconnue aux hommes, mais qu'elles puissent être manifestées pour l'honneur, louange & gloire de son nom Eternel, & que, par la confirmation de ces miracles, sa Majesté & toute puissance soient honorées & reconnues de tous les vivants.

Après ces motifs de l'amour Divin, l'affection envers le prochain m'y a invité, pour témoigner que je lui veux autant de bien qu'à moi-même. Comme aussi a mes ennemis & persécuteurs médisants de cette Divine SCIENCE, afin que je puisse cueillir sur leurs têtes des charbons ardents.

En troisième lieu, que tous ces adversaires contradicteurs puissent connaître celui qui a le plus erré & qui a révélé le plus de secrets de la Nature, & si j'ai mérité d'être blâmé & les autres d'être loués, & aussi afin que ce Grand SECRET ne soit enseveli dans les ténèbres, ni noyé dans les grandes eaux du Torrent des années : mais qu'il puisse luire par les Rayons de la vraie lumière, hors du Naufrage & hors de la multitude des Idiots ; & que, par la publication d'une vraie & certaine Confession, il y ait beaucoup de témoignages & autorités irréprochables qui puissent prouver la vérité de mes écrits.

 

ENIGME

Dans ma domination me sont appropriés d'entre les douze Signes, le Sagittaire & le Poisson : Je suis né du Poisson parce que j'ai été EAU avant ma VIE ; mais le Sagittaire m'a mis la Sagette au coeur, par le moyen de laquelle j'ai perdu mon aquosité, étant devenu, par le moyen de la Chaleur, une Terre sèche ; & quoique ma Terre, par le moyen de l'EAU, soit devenue en une substance molle, néanmoins tu dois entendre que l'Eau a été séchée par l'Air chaud, & que cette Matière molle a été changée par la Chaleur en une Matière dure.

De ceci, vous qui êtes savants, ou vous autres qui voulez apprendre, vous devez diligemment observer & prendre garde que l'ETAIN est sujet aux quatre Eléments & aux autres Planètes, lesquels Eléments ont reçu en leur centre les vertus d'en haut & en sont engendrés.

Pour vous dire Adieu, je vous dis que quand vous tirerez de ce bon JUPITER le SEL & le SOUFRE, & que les joindrez au SATURNE pour les faire couler ensemble, vous verrez SATURNE prendre un Corps plus fixe, se purgeant & devenant plus Clair, & aurez une Transmutation véritable du SATURNE en JUPITER.

Source : http://le-miroir-alchimique.blogspot.be

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Published by Basile Valentin (1646) - dans Alchimie
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 20:29

Chapitre Premier

De l'Esprit ou Teinture de Mercure

Plusieurs pourront trouver étrange de ce que je traite et parle des Métaux avec un style particulier, mais je ne le fais pas sans cause, étant fondé sur Méthode ou pratique, de laquelle j'ai sujet de me contenter entièrement. Car elle est cachée dans ma science & appuyée dans la connaissance que j'ai de l'infaillible vérité. Me blâme qui voudra, c'est de quoi je ne me soucie point du tout, on fait toujours plus d'état de ce qu'on voit que de ce qu'on entend dire & on loue plus celui qui a mis un bon fondement que celui qui en a mis un mauvais.

C'est pourquoi je dis que toutes choses qui sont visibles et compréhensibles sont faites de l'Esprit du Mercure, lequel Esprit est plus précieux que toutes les choses de la Terre. Car c'est de lui qu'elles sont faites & qu'elles tirent leur origine ; c'est en lui que le Philosophe trouve tout ce qu'il cherche. Car cet Esprit est l'origine & le commencement des Métaux, étant réduit en un être spirituel, lequel ETRE n'est rien qu'un Air volant de ça & de là sans Ailes ; c'est un vent mouvant, lequel, après que Vulcain l'a chassé hors de son domicile, rentre dans son Chaos, puis se mêle et se dilate dans la plus pure partie ou Région de l'Elément de l'AIR d'où il était auparavant sorti, d'autant qu'il aime son semblable, y étant attiré par la force Magnétique des Astres.

Mais si cet ESPRIT DE MERCURE peut être pris et rendu corporel, alors vous avez une EAU claire, pure & transparente, qui est la vraie EAU spirituelle & première RACINE Mercuriale des Minéraux et des Métaux, qui est l'Eau permanente au FEU, entièrement dépouillée de toute aquosité terrestre & phlegmatique : C'est aussi cette EAU céleste, de laquelle tant d'Auteurs ont si amplement écrit.

Par cet ESPRIT DE MERCURE tous les métaux sont résous en leur première Matière, sans aucune corrosion, comme la glace en l'Eau chaude ; cet ESPRIT rajeunit l'Homme & tous les Animaux, & prolonge la VIE à la vieillesse, consume et détruit toutes choses excrémentaires. Cet ESPRIT est la clé de mes autres clés : C'est pourquoi je crierai : Venez ici vous tous qui êtes bénis de Dieu, & qu'on vous soigne avec cette HUILE DE SANTE, et qu'on embaume vos corps, de peur qu'ils ne se gâtent par corruption et pourriture ; soyez aussi rafraîchis de cette Eau toute céleste, car elle bannit les excessives et peccantes chaleurs : Mais sachez que cet esprit de Mercure contient en soi les trois principes. Il est Mercure, puisque c'est une Eau CÉLESTE qui est le commencement de toutes choses ; il est Soufre, car c'est une HUILE INCOMBUSTIBLE, qui a son origine d'un soufre spirituel, qui est ce moyen unissant de l'ESPRIT & du CORPS, car c'est leur AME ; enfin il est SEL, puisqu'il est un CORPS, quoique spirituel, & ce SEL doit être réuni avec son MERCURE par l'HUILE, comme vous verrez ci-après plus amplement.

Et pour mieux faire entendre de quel être, matière et forme est cet ESPRIT DE MERCURE, je dis que sa substance est animée, sa matière spirituelle & sa forme terrestre ; Ce qu'on doit entendre comme chose incompréhensible, ces paroles seront indubitablement rudes et étranges à plusieurs parce qu'elles font naître des pensées extraordinaires. Il est bien vrai que ces paroles sont extraordinaires, c'est pourquoi elles requièrent aussi des hommes d'extraordinaire Esprit pour les entendre. A la vérité, elles ne sont pas si aisées à comprendre que l'est au paysan la méthode de bien conduire la charrue, et ceux qui ne sont pas versés en cette science ne la comprendront pas, quoique, inconsidérément, ils s'imaginent le contraire. J'estime celui-là instruit en la vraie SCIENCE, qui, après la parole de DIEU & les Mystères du salut de son AME, a appris à bien connaître ; par de bons principes et fondements bien raisonnés la NATURE des choses sublunaires, qui renferment les Minéraux, Végétaux & Animaux : afin que la lumière d'une vraie et solide connaissance dissipe et fasse évanouir l'obscurité de l'ignorance & que nous puissions distinguer le bon d'avec le mauvais, ou le bien d'avec le mal.

Il n'est pas nécessaire de savoir la première origine ou source de cet ESPRIT DE MERCURE ; sachez toutefois en passant qu'elle est surnaturelle, sortant des Astres célestes & des Eléments de la première Création. Mais il suffit de considérer cet Esprit en qualité de Terrestre. C'est pourquoi, laissez les Astres & leurs influences, en les concevant seulement par la foi ou l'imagination, parce que leurs vertus & impressions sont invisibles & incompréhensibles ; ne vous arrêtez non plus à la spéculation des Eléments : Car ils ont déjà par leur concours engendré cet Esprit : Et il n'est pas au pouvoir de l'homme de rien faire d'iceux, vu que cela appartient seulement au souverain Créateur de l'Univers.

Qu'il vous suffise donc de connaître ce seul Esprit de Mercure, déjà fait et engendré, qui a forme, & s'il n'en a point, savoir qui soit parfaite, il est compréhensible & toutefois incompréhensible en divers égards, quoique néanmoins visiblement apparent à nos yeux. De sorte que, quand vous l'aurez, vous pouvez vous assurer que vous possédez la première MATIERE dont sont faits tous les Minéraux & Métaux; cette MATIERE qui se joint avec le SOUFRE, qui est décrit au chapitre de VENUS, et avec le SEL, dont fait mention le chapitre de MARS, lequel SEL les réduit à une coagulation parfaite, & en un corps qui est une souveraine & très puissante Médecine, non seulement pour guérir la lèpre des Métaux imparfaits ; mais aussi pour chasser toutes les maladies du corps de l'Homme & l'entretenir en parfaite Santé. Et vous ne devez pas vous étonner des grandes vertus de cet Esprit parce que DIEU l'a ainsi ordonné & que la NATURE les effectue sous le bon plaisir de sa divine Providence. Plusieurs les croiront impossibles & mépriseront ces grands Mystères, parce qu'ils ne les entendent pas, & ils demeureront dans leurs persuasions erronées, jusqu'à ce qu'ils soient illuminés par la volonté de DIEU, ce qui n'arrive que bien rarement. Mais tous ceux qui sont savants par le travail de leurs études ou expériences, confirmeront que tout ce que j'ai écrit en ce Traité est aussi véritable que le CIEL est ordonné pour la récompense des bons & l'ENFER pour la punition des méchants.

Je n'écris pas maintenant tout ceci autant avec la Main qu'avec le Coeur, & une grande affection qui me porte a décrire la Nature des corps Métalliques, selon leur intérieur & leur extérieur, & même selon les principes qui sont enfermés dans leur centre, quoique il y ait plusieurs hommes qui, poussés d'un esprit mondain ou fantasque haïssent et blâment la recherche des secrets admirables de la Nature : Cela n'empêchera pas pourtant, j'en suis assuré, que le temps viendra, lorsque la moelle de mes os sera desséchée, que plusieurs auront un très grand désir que je fusse encore en VIE pour les instruire de vive voix & si Dieu le permettait, ils me tireraient très volontiers hors du tombeau & des cachots de la Mort, ce que, sachant qu'ils ne pourront pas faire, je leur ai laissé des écrits, afin que soit confirmée par eux la croyance qu'ils doivent avoir de la vérité de ces hauts mystères et miracles de la Nature, & que cet écrit public confirme ma dernière volonté, qui a été de favoriser les pauvres & les Amateurs de cette secrète science. Et quoique je n'aie du tant écrire, j'ai toutefois voulu, autant que je l'ai pu sans porter offense ou préjudice au salut de mon AME, vous envoyer une lumière, comme au travers d'une petite Nuée, afin que l'obscurité de la Nuit étant chassée, la nouvelle clarté d'un jour serein vous éclaire & illumine.

Sachez donc à cette heure comment l'Archée opère en Terre par l'esprit de Mercure; aussitôt que cette semence spirituelle est imprégnée par l'impression des Astres & nourrie par les Eléments, elle se convertit en EAU-DE-VIE Mercuriale. Et qu'au commencement, quand le Macrocosme fut fait de rien & que l'Esprit de DIEU donna la VIE à cette créature terrestre, la Vertu divine opérait par les influences & opérations des luminaires célestes ; comme pareillement dans le Microcosme était la Vertu de DIEU, mais c'était par la Toute-puissante opération de son saint & sacré Souffle.

Ensuite, le Tout-puissant donna un moyen par lequel sa volonté puisse être accomplie par la Nature de chaque chose, afin que l'une fût capable d'agir en l'autre & de s'entraider : Et ainsi fut donnée à la Terre l'influence des lumières ou des Astres célestes pour engendrer, ainsi qu'une chaleur interne pour décuire & échauffer ce qui serait trop froid dans ses entrailles, à cause de son aquosité, chaque chose produisant par ce moyen selon son genre & son espèce : De même, le Ciel rempli d'ETOILES excite une qualité chaude & une vapeur sulfureuse, subtile, apure & clarifiée, qui se joint & s'unit avec la substance Mercuriale de la terre, qualité par laquelle l'humide est petit à petit desséché; et si, en même temps, l'AME, qui est le baume de la nourriture, se joint au CORPS, en opérant par l'influence céleste, alors s'engendrent les Métaux parfaits ou imparfaits, selon que les trois principes ont plus ou moins travaillé : Mais si cet esprit Mercurial venant d'en haut est spécifié sur l'Animal, il se fait ANIMAL, ou s'il est spécifié sur le Minéral, il se fait Minéral, toutefois avec distinction & selon qu'il a opéré. Car, quant aux Animaux, il opère par soi; au regard des végétaux, d'une autre façon par soi, comme aussi aux Métaux & Minéraux, chacun s'en nourrissant suivant son instinct particulier, dont j'aurais lieu, si je voulais, de composer de très amples discours.

On aurait sujet de me demander, avec raison, comment on pourrait avoir ou faire cet Esprit Mercurial ? De quelle façon il le faut préparer, en sorte qu'il puisse guérir les maladies & transmuer les Métaux imparfaits par leur propre semence ? Je m'assure qu'il y en a plusieurs qui attendent la Réponse avec un grand désir : C'est pourquoi Je ne cacherai rien, & dirai tout ce que la divine Providence me permettra de déclarer.

Prenez donc, au nom de Dieu, d'une Mine d'Argent vif rouge, & semblable au Cinabre, & de la meilleure Mine d'OR que vous pourrez trouver. Etant purifiées, broyez-les ensemble en poids égal, avant que de les exposer au Feu, & versez dessus de l'Huile Mercuriale, faite de l'Argent vif sublimé et purifié sans addition.

Mettez le tout à digérer au feu pendant un mois & aurez un extrait qui sera plus spirituel que corporel ; faites-le distiller tout doucement au Bain Marie, vous verrez sortir le phlegme ; l'huile demeurera au fond, bien pesante, qui tire à soi en un moment tous les Métaux. Versez sur cette huile trois fois autant d'esprit de VIN, faites circuler le tout dans un Pélican jusqu'à ce que l'esprit de VIN devienne en couleur de SANG & d'une grande douceur. Otez par inclinaison cet esprit de VIN coloré & en versez d'autre sur cette matière, le faisant circuler comme vous avez déjà fait : ce que recommencerez autant de fois que votre esprit de VIN ne puisse plus tirer de rougeur, ni de douceur. Après, prenez tout l'esprit de VIN qui sera coloré comme un rubis, versez-le sur du TARTRE blanc bien calciné, & distillez le tout à feu de cendres assez fort : l'esprit de VIN demeurera avec le TARTRE, mais l'Esprit de MERCURE passera.

Si vous mettez cet Esprit de MERCURE avec l'esprit sulfureux du SOLEIL & avec son SEL, et si vous les pouvez conjoindre ensemble par la distillation convenable, afin qu'ils ne se séparent jamais l'un de l'autre, vous aurez alors une Médecine singulièrement excellente : Mais si vous fermentez cette Médecine avec le corps du SOLEIL, selon le poids requis, & que vous conduisiez à perfection par décoction parfaite durant un certain temps, alors vous aurez un OR plus que parfait, qui sera une souveraine Médecine, tant pour les maladies que pour la pauvreté, & en aurez un grand contentement de Corps & de Biens.

Voilà la méthode pour avoir cet esprit de MERCURE, laquelle j'ai révélée, selon que j'en ai pu obtenir licence du Souverain Commandeur : Quant à mes opérations & Tours-de-Main, vous les considérerez & en userez sagement, afin que vous évitiez les peines d'Enfer, étant fidèlement admonestés par mes avertissements.

Au reste, la porte de ce Palais Royal ne peut être vraiment & philosophiquement ouverte que par une seule Clef, qui guérit toutes maladies, quelles qu'elles puissent être, comme hydropisie, paralysie, apoplexie, vertiges, goutte, pierre, épilepsie, lèpre; bref toutes en général. Ce MÉDIUM guérit aussi les maladies vénériennes et vieilles plaies, comme cancers, loups, fistules et toutes autres, ainsi que je vous ai déjà dit. Prenez bien garde à ceci et le retenez bien, savoir que toute science a son commencement de cet Esprit Mercurial, lequel est revivifié par le Soufre spirituel : De façon qu'il s'en fasse une essence toute Céleste, & si elle est jointe au Sel, il s'en fait un Corps doué de vertus innombrables. Mais le commencement de l'Esprit de l'Ame et du Corps demeure l'Aimant, comme il l'est aussi, & ne peut être connu pour autre.

Enfin tenez pour vérité que, sans cet Esprit de MERCURE, l'OR ne saurait être rendu potable, ni la Pierre des Philosophes accomplie : Contentez-vous de ceci & gardez le silence : Car, moi même, je me tairai, puisque le juge suprême veut que vous & moi nous nous taisions, & mettez vous-mêmes en pratique cette science, sans vous en attendre à un autre, de qui l'ignorance vous serait dommageable.


Chapitre Second

De l'Esprit ou Teinture de Saturne

SATURNE dans la partie supérieure du CIEL est par-dessus & le plus haut de toutes les autres planètes ; mais dans la partie inférieure du Monde, à savoir dans la Terre, il est le plus bas, le moins estimé & le plus vil de tous les autres Métaux : Et tout ainsi que le CIEL a permis que cette lumière supérieure de SATURNE se soit élevée au plus haut des autres, au contraire, la Nature a voulu que Saturne fût par Vulcain rendu le moins parfait de tous ses Compagnons : Car la lumière supérieure a causé & engendré Saturne de corps non fixe, ouvert de beaucoup de pores, afin que l'Air puisse pénétrer son Corps & le soulever: mais d'autant que ce Métal n'est pas fixe, ni très compact, le FEU peut facilement agir sur lui pour le fondre, ce que doit bien observer celui qui recherche les mystères de Nature en lui : car il y a grande différence entre corps fixes & non fixes, & entre les causes d'où proviennent leur permanence & leur volatilité. Et quoique les sens reconnaissent le Saturne pour plus pesant que quelques autres Métaux, notez pourtant que quand on le fond avec d'autres, nonobstant l'union que leur donne la fonte, les autres Métaux vont en bas, comme on voit dans l'ANTIMOINE quand il est fondu avec d'autres Métaux ; d'où on apprend que tous les autres sont de consistance plus compacte & resserrée que le BON SATURNE : Car il faut qu'il cède et donne place aux autres, & ne saurait gagner aucune victoire sur eux, étant consumé avec les volatils à cause que ses trois principes sont chargés d'impureté & parce que son SEL est plus fusible qu'aucun SEL des autres, son Corps aussi est plus fusible et moins fixe.

Mais afin que vous appreniez la Génération de SATURNE, sachez que comme l'EAU commune devient Glace par la coagulation que lui cause la froideur naturelle provenant de l'altération du Ciel supérieur, de même on peut dire que SATURNE est coagulé & fait corporel par la grande froideur qui se trouve dans son SEL ; &, comme la Glace se résout par la chaleur, ainsi SATURNE étant de même coagulé et fait Métal est rendu fusible par un feu pareil à celui du Mont Æthna ; il se trouve en lui grande quantité de Mercure, mais non permanent, volatil, & une fort petite quantité de SOUFRE, qui est la cause qu'il n'a pu être assez échauffé. Le SEL de même se trouve en petite quantité, mais pourtant fusible, quoique la subtilité du SATURNE ne provienne pas du SEL : car si le SEL donnait la fusibilité & malléabilité, il s'ensuivrait que le MARS serait plus fusible & malléable que le Saturne : mais d'autant qu'il y a des distinctions & différences ès Métaux, vous devez bien prendre garde comment il les faut distinguer & entendre.

Tous les Philosophes ont écrit avec moi que le SEL donne la Coagulation, & corporifie chaque Métal, & il est en vérité ainsi : mais je prouverai bien par un exemple comment on le doit entendre. On tient l'Alun de plume pour un SEL, comme il l'est véritablement & peut être comparé au SEL de Mars ; lequel SEL alumineux est d'une nature non fusible, ainsi que celui de Mars. Le Vitriol, au contraire, bien qu'il ait un SEL en soi en petite quantité, est toutefois fusible & ouvert, c'est pourquoi son SEL ne peut pas donner une si grande coagulation au Métal, auquel il symbolise, que les autres SELS ; & nonobstant que tous les SELS des Métaux proviennent d'une même racine et semence, toutefois il faut observer une différence de leurs trois premiers principes, tout ainsi qu'une herbe diffère de l'autre & un animal d'un autre animal, dont les qualités et propriétés ont beaucoup de dissemblance.

L'AME OU TEINTURE de SATURNE est d'une qualité plus douceâtre que celle de Jupiter & on ne trouve quasi rien de si doux, si on fait la séparation des parties pures d'avec les impures, afin qu'on en fasse des opérations bien plus parfaites. De plus, cet Esprit ou Teinture, appelée communément SEL de SATURNE, est de nature fort froide & sèche : c'est pourquoi je conseille aux personnes mariées de ne s'en pas beaucoup servir, car il refroidit trop la Nature humaine & empêche que leur semence ne puisse faire les opérations ordinaires : il n'est pas aussi utile pour la RATE & pour la Vessie, car il cause de soi beaucoup de phlegmes, ce qui engendre une grande mélancolie aux hommes : Car le SATURNE est un Gouverneur extrêmement mélancolique, vu qu'il augmente grandement l'humeur atra-bilaire en l'homme. Mais quand on se sert de son Esprit, alors un esprit mélancolique attire l'autre, & l'homme est guéri de l'influence de sa mélancolie. Le SEL ou AME de SATURNE guérit extérieurement toutes plaies, qu'elles soient vieilles ou nouvelles & arrivées par coupures, blessures ou autres accidents naturels, ce qu'aucun autre Métal ne saurait quasi faire. Il est aussi un grand réfrigératif pour les tumeurs chaudes des membres, & a cette propriété de manger la chair corrompue et pourrie : il sert d'un bon fondement pour guérir tous accidents et maladies intérieures, principalement d'origine chaude ou inflammatoire. Comme, au contraire, la noble VÉNUS fait des merveilles dans les autres maladies, parce qu'elle est de qualité chaude, au lieu que SATURNE se trouve froid : il y a aussi de différentes qualités entre le Soleil & la Lune, parce que la Lune est plus petite que le Soleil, & elle ne comprend dans la mesure de son Cercle que la huitième partie seulement de la grandeur du Soleil : Si la Lune avec sa qualité froide excédait en grandeur le Soleil comme celui-ci l'excède, alors tous les fruits de la Terre se gâteraient, car il serait toujours un temps d'hiver & ne se trouverait aucun temps d'Eté. Mais Dieu, le Créateur, a mis de certaines bornes et limites à ses créatures, en sorte que le Soleil puisse luire & échauffer de jour, & la Lune éclairer et rafraîchir de nuit, & rendre service de cette façon aux Créatures de la Terre.

Ceux qui sont nés sous l'influence de SATURNE sont d'ordinaire Mélancoliques, & si la raison ou l'instruction qu'on leur doit donner ne les modérait, ils seraient portés d'inclination à être rigoureux & toujours en inquiétude, &, croissant en âge, ils deviendraient avaricieux : ils s'adonnent ordinairement à des entreprises hautes & difficiles, sont fort laborieux et grandement pensifs, se réjouissent rarement en compagnie, & ne portent pas grand amour à la beauté naturelle du sexe féminin, mais aiment l'agréable divertissement de la MUSIQUE.

Enfin je vous dis que SATURNE a pris naissance de peu de SOUFRE, de peu de SEL, & de beaucoup de MERCURE grossier et peu mûr, lequel peut être comparé à l'écume surnageant sur l'Eau, en regard du Mercure de l'OR qui est d'un degré très chaud : Le MERCURE de SATURNE n'a pas une Vie aussi vigoureuse que celui de l'Or, parce qu'il se trouve une plus grande chaleur en celui-ci, qui est cause de cette vigueur, laquelle a été grandement augmentée par l'Archée dans ce monde inférieur & Soleil terrestre, de la Vie & esprit vif duquel se fait la transmutation & amélioration des Métaux.

Maintenant, voilà la description véritable des trois principes de SATURNE, au regard de leur Origine, qualité & complexion. Ainsi je vous donne avis qu'aucune transmutation de Métal ne se peut faire par le Saturne, à cause de sa grande froideur, excepté qu'il peut coaguler le Mercure vulgaire, d'autant que le Soufre froid de Saturne peut dominer sur l'esprit chaud du vif argent vulgaire, si on y procède bien : C'est pourquoi on doit observer une telle méthode, que la Théorie réponde à la Pratique.

Vous ne devez mépriser le SATURNE, parce que sa vertu & propriété est inconnue de beaucoup de monde : Car la Pierre des sages Philosophes tire le premier commencement & origine de sa Couleur Céleste & resplendissante procédant seulement de ce Métal, & moyennant l'influence des Planètes la Clé de fixité & permanence est donnée à Saturne par la putréfaction, parce que du Jaune ne peut venir aucun Rouge, s'il n'a été du Noir premièrement fait blanc.

Je pourrais encore décrire beaucoup de choses naturelles & surnaturelles, & raconter leurs vertus admirables, outre ce que j'ai dit auparavant et prétends dire en la suite des Chapitres du reste des sept métaux ; mais à cause qu'un autre travail m'en empêche, je conclurai le plus brièvement qu'il me sera possible ce Chapitre, me réservant de déclarer le reste de la secrète science des Métaux et Minéraux au Livre que je mettrai bientôt au jour, contenant un traité de l'ANTIMOINE, Vitriol, Soufre & Aimant des Philosophes, & des autres matières, qui, par préférence, tiennent enfermées dans leur intérieur la vraie Matière & substance de laquelle l'OR & l'ARGENT ont leur Commencement, milieu & Fin, avec leurs vraies transmutations particulières, quoique cette vertu en sa perfection soit dans une seule & unique Matière, dans laquelle la semence de tous les Métaux & Minéraux est invisiblement cachée, & cette Matière est visible aux yeux de tout le monde, mais parce que l'opération de sa vertu est profondément cachée & enfermée, & qu'elle est inconnue de plusieurs, c'est pourquoi cette digne Matière est estimée inutile & de nulle valeur & demeurera ainsi, si ce n'est qu'à l'exemple des disciples de notre Seigneur, qui allèrent en Emmaüs & reconnurent le Sauveur par la fraction du pain, les yeux soient quelque jour ouverts aux enfants de la Science, afin qu'ils voient la merveille de toutes les merveilles que le puissant Créateur de toutes choses a mis et enfermé dans une chétive Créature ou matière, dont le nom est Hermès, qui a dans ses Armes un Serpent volant & dont la femme est appelée Hermaphrodite, laquelle connaît tous les Coeurs des humains, & est pourtant une seule Matière, un seul Etre commun partout & connu de tous, & qu'un chacun manie; duquel même plusieurs se servent pour des choses basses & de peu d'importance. On fait grand cas d'une chose haute & élevée, & on néglige une chose basse, quoi qu'elle tienne enclose une autre chose de très haute considération, & qui n'est autre chose qu'une EAU & FEU desquels la Terre par le moyen de l'AIR est engendrée, conservée & parfaite.

Grâce soit à l'Eternel pour ses dons, & que ceci suffise pour la déclaration que je me suis proposé de manifester en ce Chapitre.

 

Chapitre Troisième

De l'Esprit ou Teinture de Venus

La planète de VENUS ne peut être calculée que très difficilement, comme me l'avoueront les Mathématiciens & Astronomes : Car son Cours se fait autrement que celui des six autres Planètes, c'est pourquoi sa naissance est aussi d'une autre sorte. Je dirai donc que la Naissance de VENUS possède le premier rang après Mercure, mais quoique Mercure ait cette propriété de pénétrer & de faire agir, il ne saurait rien faire néanmoins, si Venus ne l'incite & pousse en ses opérations particulières auxquelles elle participe avec plaisir & beauté tout ensemble. Je ne me vante point ici d'être Astronome, ni de pouvoir calculer le Cours des Astres, parce que je dois passer mon temps en prières dans la Maison de Dieu: mais afin qu'après mes dévotions je ne perde point inutilement le temps que j'ai de reste, je m'adonne a la connaissance des choses Naturelles, en la recherche desquelles j'ai connu qu'il est assez facile de savoir d'où Venus a pris son Origine & sa naissance ainsi que son accroissement : comme aussi ce qui peut être produit par sa grande & copieuse abondance, car elle est plus vêtue qu'elle n'en a besoin, & il lui manque seulement la fixité.

Sachez donc que Venus est vêtue d'un soufre Céleste qui est plus abondant en elle qu'au Soleil, duquel on en tire beaucoup moins que d'elle : mais afin que vous appreniez quelle est la Matière de ce soufre, qui domine abondamment en cette Venus & dont je fais si grand cas, sachez que c'est aussi un esprit chaud & volatil qui peut pénétrer et décuire, ce que l'ignorant ne croit pas, & s'il demande comment l'esprit de Venus peut perfectionner les Métaux imparfaits, vu qu'il est lui-même imparfait & non fixe, je lui réponds, comme j'ai déjà dit, qu'encore que cet Esprit ne possède pas dans le Venus un domicile fixe, et qu'aussitôt que ce domicile est brûlé par le Feu, celui qui y loge soit contraint de quitter avec regret l'Hôtellerie où il logeait comme passant: néanmoins, si ce même Esprit de Venus étant extrait est joint au Corps fixe du Soleil, il est protégé, & personne ne peut le chasser de la, si ce n'est qu'un certain Juge donne son consentement pour cet effet: car il est mis dans ce fort domicile comme dans sa Terre naturelle, où il est obstinément enraciné par ce Corps parfait & fixe.

Cet Esprit ou Teinture de Venus se trouve aussi dans le MARS & y est encore plus parfaite : Car Mars est le Mâle & Venus la femelle, dont j'ai fait mention en un autre lieu : Cette Teinture se trouve aussi dans la couperose & dans le Vitriol qui est un Minéral duquel je pourrais écrire un Livre entier ; & en ces choses se trouve un soufre qui brûle & un autre qui ne brûle point, ce qui est une chose merveilleuse ; l'un est blanc en son extraction, & l'autre est rouge, celui qui ne brûle point est le vrai & légitime soufre, & en lui est enfermé un pur Esprit, dont se fait une huile permanente au Feu, & c'est de ce même esprit qu'a été fait le soufre du Soleil, étant d'une même racine.

Je manifeste ici plusieurs secrets que je ne devrais pas déclarer : mais que ferai-je ? il n'est pas expédient de tout cacher; car la médiocrité est bonne en toutes choses, comme vous verrez dans ma protestation.

Ce soufre de VENUS peut bien être appelé & nommé le Soufre des Sages, car toute sagesse et bonheur se trouvent en lui, si une fois il est conjoint par une union spirituelle avec le Sel de Mars & l'esprit de Mercure, afin que de ces trois se fasse un par une même Opération. Et ce soufre spirituel vient d'en haut, ainsi que l'Esprit de Mercure: mais avec différence, car les Astres produisent diversement les choses fixes & non fixes, les colorées & non colorées.

La Teinture consiste en la vertu de l'Esprit de Venus, & principalement dans celui de Mars son mâle, & cet Esprit est une fumée puante & malodorante au commencement, laquelle doit être résoute en manière de liqueur; afin que l'huile puante & incombustible en puisse être faite, qui tire son origine de MARS ; cette huile s'unit facilement avec l'Esprit de Mercure & attire à soi tous les Corps des Métaux, quand ils sont auparavant bien préparés, selon la méthode de mes Clefs.

Je n'observe pas ici l'ordre des Planètes pour cause ; car je décris seulement le rang de leur naissance : Venus donc ayant beaucoup de soufre a été plutôt décuite avec Mars que les autres Métaux. Mais Mercure les a fort aidés; il n'a pu toutefois améliorer leurs Corps imparfaits, ni les fixer, faute d'un lieu propre, apte et convenable pour opérer en eux à cette fin.

Je vous révélerai ici ce secret, qui est que le Soleil, Venus & Mars ont une même Teinture de semblable substance & couleur, & la substance de cette Teinture est un Esprit & une fumée, comme j'ai déjà dit, qui pénètre tous Corps Métalliques : Si le pouvez rendre plus aigu par l'Esprit du SEL de Mars & le conjoindre avec l'Esprit de Mercure, selon le poids nécessaire, les purifiant de toutes impuretés afin qu'il s'en fasse un corps doux sans corrosion, vous aurez une Médecine, laquelle ne peut être comparée a aucune du monde : Mais si vous la fermentez avec le SOLEIL resplendissant, vous posséderez tout à fait le secret pour transmuer les Métaux.

O Sapience éternelle ! Comment vous rendra-t-on assez de grâces pour un secret que le monde ne considère point & que la plupart néglige de connaître ? Il est caché dans la Nature, tout le monde le voit devant ses yeux & ne le connaît point ; chacun l'a dans ses mains & ne le comprend pas; on le manie souvent sans y prendre garde & sans savoir ce que l'on touche; cet aveuglement ne tient qu'à ce que son intérieur leur est caché.

En vérité, je vous révélerai encore pour l'Amour de Dieu un grand Mystère, savoir que la Racine du soufre des Philosophes, qui est un Esprit Céleste, comme aussi la Racine ou Origine de cet Esprit spirituel & surnaturel de Mercure, & ,même le commencement ou source du Sel spirituel, est en une seule chose, & se trouve en une seule & même Matière de laquelle se fait la Pierre des Philosophes & non en plusieurs choses, quoique les Philosophes allèguent le MERCURE par soi, le SOUFRE par soi, & le SEL par soi : mais je dis que par cela ils entendent les impuretés qui se trouvent en chacun d'eux. On peut toutefois faire par plusieurs voies une Médecine particulière pour une transmutation médiocre & limitée des Métaux.

Mais cette Médecine ou Transmutation Universelle, qui est le grand Trésor de la Sapience terrestre, faite des trois Principes, se trouve & se tire seulement d'une seule & unique Matière, qui réduit tous les Métaux à un Principe & première Matière, & est le vrai esprit de Mercure, l'Ame du Soufre, & le Corps spirituel du Sel, unis & enfermés corporellement & spirituellement ensemble dans une Matrice Céleste & de même nature qu'eux, & est le Dragon & l'Aigle ; le Roi & le Lion ; l'Esprit & le Corps ; laquelle Médecine teint le Corps du Soleil d'une Teinture si exubérante & d'une puissance si abondante, qu'il a une vertu présente : celle de teindre & fixer ses compagnons parfaitement.

O Benoîte Médecinedonnée de Dieu le Créateur ! O Aimant Céleste, dont la force a des attraits de douceur & d'Amour ! O substance dorée des Métaux ! Combien grande est ta force ? Combien est incompréhensible ta vertu ? & combien courageuse est ta constance ? Bienheureux est celui sur terre qui connaît ta lumière par vérité : car il ne sentira aucune pauvreté ni maladie & aucun mal ne l'incommodera jusqu'à sa MORT, déterminée par l'arrêt de son Roi céleste. Il est impossible que toutes les langues des hommes puissent déclarer la Sagesse qui est cachée dans ce trésor, & tous les éloquents seront contraints de se taire & s'étonner & admirer avec un grand ravissement d'esprit lorsqu'ils verront cette gloire surnaturelle. Mais j'appréhende d'en avoir trop déclaré ; J'espère toutefois prier Dieu, afin qu'il ne m'impute pas cela à péché puisque j'ai commencé cette oeuvre en sa crainte & l'ai révélée pour sa gloire. O sainte & éternelle Trinité ! Je te loue & honore de coeur & de bouche, de ce que tu m'as révélé la grande sagesse de ce monde terrestre, comme aussi ta divine Parole, dont je connais la toute puissante vertu & les merveilles surnaturelles qu'elle a produites, lesquelles l'homme ne veut pas reconnaître. Je te supplie d'affection, donne-moi dorénavant raison & sagesse, afin que je puisse jouir de ce TRESOR de merveilles avec action de grâces pour l'utilité de mon prochain & pour le salut spirituel de mon AME & la santé de mon Corps ; & que ton nom en soit glorifié & honoré par toutes créatures au Ciel & en la Terre, & que mes ennemis puissent connaître que tu es un Seigneur plein d'infinies merveilles, & qu'à la fin ils viennent à repentance de leurs crimes & se convertissent à toi pour éviter la punition qui est préparée aux méchants dans les ténèbres inférieures : C'est pourquoi aide-nous par ta divine grâce, O Père, Fils & Saint-Esprit, Mon Dieu qui es élevé sur toutes choses dans ton Trône de gloire & de puissance, duquel la sagesse n'a point de commencement ni de fin ; devant qui il faut que toutes les créatures célestes, terrestres & infernales TREMBLENT AVEC RESPECT, & que tu sois loué des siècles des siècles, ainsi soit-il.

O Chérubin ! O Séraphin ! O Combien sont grandes les merveilles de mon Seigneur & Dieu ! Priez-le qu'il lui plaise me regarder comme étant chétive créature & serviteur très abject, & d'apaiser son courroux envers moi de ce que je donne & publie cette présente Révélation des mystères les plus cachés de la Nature.

Après, il faut que le lecteur sache & observe la naissance de Venus, à savoir que Vénus est engendrée de beaucoup de Soufre, que son Mercure & Soufre sont en même poids, parce qu'on n'y trouve pas plus de l'un que de l'autre : mais d'autant que le Soufre surpasse en abondance de Teinture le Mercure & le Sel, il en sort une grande Rougeur teingente, laquelle a pris possession de ce Métal & a empêché le Mercure d'achever la fixité.

Sachez donc que le Corps de Venus est justement comme un arbre qui a beaucoup de résine ainsi qu'est le sapin ou autre semblable, laquelle Résine est le Soufre de l'arbre résineux qui jette par son côté la Résine en abondance. Un tel Arbre ainsi abondant en Teinture & soufre de Nature, & décuit par les Eléments, brûle facilement & n'est pas aussi durable ni pesant que le Chêne & autres semblables, qui sont denses & compacts, n'ayant pas leurs pores aussi ouverts que les Bois légers es quels le soufre domine abondamment. C'est pourquoi les autres ont plus de Mercure & de bien meilleur SEL que le Sapin & ils ne surnagent pas aussi sur l'Eau aussi aisément que lui, car leurs pores sont si étroitement resserres que l'Air ne pouvant pas y entrer pour les supporter, ils demeurent ainsi pesants. C'est ici la vraie pensée de ce qu'il faut croire des Métaux & principalement de l'OR, qui a acquis un Corps invincible, fort fixe, & resserré par l'abondance de son Mercure fixe & bien cuit, auquel ne peuvent nuire aucunement le feu, ni l'eau, ni la terre, ni l'air, ni aucune putréfaction, parce que ses pores sont étroitement clos & serrés, afin que la nuisance & destructive puissance des Eléments ne lui puisse faire aucun tort, laquelle compacité & fixité donnent un témoignage assuré de la pesanteur que l'OR doit à bon droit avoir plus que les autres Métaux; ce qui se vérifie facilement dans des balances & aussi par le moyen du vif-argent, sur cent livres duquel, si vous mettez un scrupule d'OR, il ira incontinent au fond par sa pesanteur, comme aussi les autres Métaux étant plus légers surnagent au-dessus, parce que leurs pores sont plus ouverts, & l'Air & le vent les pénètrent davantage.

Vous devez encore observer que l'Esprit de Venus fait de grands effets en la Médecine : car on sait par expérience que sa vertu est très utile, non seulement celle qui vient de cet Esprit, tiré de son premier être ou origine ; mais aussi la vertu qui se trouve en ce même Esprit, tiré & extrait de sa dernière matière.

Enfin cet Esprit de Venus est un Médicament & remède fort louable, car il guérit la suffocation de matrice, l'épilepsie, l'hydropisie, le noli me tangere, les vieilles plaies, les apostèmes, tant internes qu'externes ; il préserve le sang de putréfaction, excite la digestion, rompt la pierre, de quelque façon qu'elle soit & fait de merveilleux effets, tant au-dedans qu'au-dehors du Corps humain. Vous devez encore observer ceci de l'Esprit de Venus, que c'est un Esprit chaud, & pénétrant, cherchant & consumant toute la mauvaise humidité & phlegme superflu, tant es hommes qu'aux Métaux, qui peut avec raison être mis au rang des plus excellents remèdes. Il est igné & aigu, & toutefois incombustible, spirituel & sans forme: c'est pourquoi il peut aussi comme un Esprit sans forme donner ignéité, cuire & mûrir, & si vous êtes un vrai naturaliste, ayez-le en recommandation, car il ne vous délaissera point sans la santé, ni sans les richesses, moyennant que vous le connaissiez & sachiez bien vous en servir.

J'espère que mes écrits, joints à ma bonne volonté, auront quelque crédit envers ceux qui sont observateurs de la Nature, & qui sondent & pratiquent ses secrets. C'est pourquoi ils aiguiseront leurs sens & ouvriront leurs yeux & leurs oreilles, afin qu'ils puissent apprendre de moi ce qu'on n'a jamais observé ni appris : à savoir ce qui se trouve dans cet Esprit sulfureux de VENUS, mais celui qui n'observe & n'entend mes écrits ne fera ici aucun profit. Personne donc ne saura user utilement de cet esprit s'il ne fouille & cherche dans le Venus par son exacte Anatomie, les secrètes & intérieures, vertus qui sont en lui, ainsi que j'ai fait : Si quelqu'un peut m'en apprendre quelque chose que je ne sache pas encore, je le prie avec affection de ne m'en être pas ingrat ; il en sera récompensé par mille remerciements avec usure, & ainsi je vous recommande au très haut Créateur.

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Published by Basile Valentin (1646) - dans Alchimie
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 17:55

Dans le cours de mes études sur l’histoire de la Chimie j’ai été conduit à rechercher les traces de l’introduction des idées alchimiques chez les divers peuples, à partir de l’Egypte et des Egypto-Grecs, qui semblent en avoir été les promoteurs dans le monde. J’ai établi nommément cette filiation pour l'occident, au moyen âge, en tant que dérivant d’une double source, savoir : la tradition industrielle directe des arts relatifs à l’orfèvrerie, au travail des métaux, du verre, des produits céramiques et des matières colorantes, d’une part ; et de l’autre, le retour indirect, par les Arabes d’Espagne, de traditions orientales. Ces dernières, d’ailleurs, provenaient également d’une origine égypto-grecque, les écrits grecs des alchimistes égyptiens ayant été traduits d’abord en langue syriaque et transmis aux Arabes d’Asie, en communication avec ceux d'Espagne. J’ai publié les textes grecs, syriaques, arabes et j’ai commenté les textes latins, qui établissent toute cette histoire.

Cependant l’alchimie, c'est-à-dire la Chimie sous sa forme originelle, demi-scientifique et demi-chimérique, s’est étendue dans le monde civilisé, et spécialement sur l’Asie tout entière. C’est ainsi qu’il existait des textes persans, de l’époque sassanide, et peut-être même plus anciens, qui ont exercé quelque influence sur le développement de la science arabe, parallèlement aux textes syro-grecs. J’ai raconté quelles traces subsistent de ces textes et quelles tentatives, jusqu’à présent infructueuses, j’ai faites pour les retrouver, en m'adressant spécialement aux Parsis de Bombay.
Ces tentatives m’ont mis, entre autres, en relation avec un savant professeur indien de Presidency Collège, à Calcutta, M. Rây, qui m’a envoyé un mémoire manuscrit sur les origines de l’alchimie indienne. C’est ce mémoire que je me propose d’examiner, en en résumant les principaux résultats, mais sans en partager toutes les opinions. Cette étude historique et critique pourra d’ailleurs être rapprochée de celle que j’ai faite sur l’alchimie chinoise (voir plus loin), à l’occasion de la publication de M. de Mély sur les Lapidaires chinois. Les origines de l’alchimie chinoise et de l’alchimie indienne ont probablement une certaine connexité, de même que les origines de l’astronomie scientifique en Chine et dans l’Inde. Toutes ces sciences, sous leur forme rationnelle, paraissent également originaires de l’Occident et avoir pénétré jusque dans 1’Extrême Orient, par des voies et avec des péripéties diverses, sous les influences successives des civilisations grecque, persane et arabe.

En ce qui touche l’Inde en particulier, le Kitab-al-fihrist renferme seulement une phrase vague sur l’invention de l’alchimie (1) et l’indication d’un prétendu alchimiste, Khathif, dit l’Indien ou le Franc (2 ). Les premiers textes un peu étendus que nous possédions à cet égard sont contenus dans un chapitre de l’Arabe Albirouni, astronome, mathématicien et polygraphe célèbre, qui vécut au commencement du XI° siècle. Son Ouvrage sur l’Inde, connu depuis longtemps, a été traduit en anglais et publié par le Dr Sachau, en 1888. Les doctrines alchimistes y sont désignées sous le nom de Rasayana (science du mercure, relative à la fabrication de l’or et à l’élixir de vie). Albirouni en parle avec peu d’estime et ajoute que les Indiens n’y ont pas attaché une attention particulière, quoique nulle nation ne soit complètement exempte de ce genre d’études et d’imaginations. Il y consacre quelques pages, mais sans nous fournir de renseignements positifs sur les doctrines propres aux Indiens.

C’est dans d’autres Traités qu’Albirouni a exposé les théories de son temps sur l’origine et la formation des métaux, théories qui sont précisément celles des Arabes, d’après lesquelles les métaux résulteraient de la combinaison du soufre et du mercure. J’ai exposé l’histoire de ces théories en détail, dans le premier volume de La Chimie au moyen âge (3) ; il n’est pas utile d’y revenir, sauf pour insister sur ceci, qu’Albirouni ne signale aucune doctrine propre aux Indiens, soit plus ancienne, soit différente de celles-là. Le Mémoire de M. Rây ne fournit non plus aucun renseignement à cet égard. Tout ce que l’on constate sous ce rapport, ce sont les prétentions alchimiques communes, relatives à la transmutation des métaux et à la fabrication de l’élixir de vie, destiné à restaurer les forces, à guérir toutes les maladies, à prolonger l’existence et à rétablir les capacités juvéniles ; j’y reviendrai tout à l’heure.

Les renseignements personnels relatifs aux alchimistes indiens ne nous conduisent qu’à des dates relativement modernes. En effet, le plus ancien nom qui soit prononce par Albirouni est celui de Nâgârjuna, qui aurait vécu un siècle auparavant, c’est-à-dire au Xe siècle ; date elle-même douteuse, comme toutes celles qui se rattachent à l’histoire alchimique, où les faussaires et les auteurs pseudépigraphes abondent. Quoi qu’il en soit, c’est l'Hermès Trismégiste des alchimistes indiens ; et, comme il est arrivé pour l’Hermès Egyptien, pour Geber et pour beaucoup d’auteurs alchimiques, on a mis sous son nom des ouvrages plus modernes. Le nom même de Nâgârjuna figure dans la littérature canonique bouddhiste comme celui de l’auteur du système de philosophie madhyamina, et on le fait remonter jusqu’à une époque plus reculée de plusieurs siècles, vers le IIIe siècle de notre ère, époque à laquelle il n’existait aucune trace d'alchimie dans l'Inde. La même chose d’ailleurs est arrivée à 1’Hermès égyptien (Toth), dont le nom et le rôle mythique ont précédé de bien des siècles ses attributions alchimiques.
Nâgârjuna est cité avec respect, suivant M. Rây, dans l’ouvrage intitulé Rasendra chintamannis, c’est-à-dire les Joyaux des préparations, mercurielles écrit par Ram-Chandra vers le XII° ou XIII° siècle. II est cité comme l'inventeur de procédés de sublimation, distillation, calcination, et on lui attribue un traité de magie, Yogaral namala. Cet alchimiste se rattache par là à la tradition des Tantras, dont il sera parlé plus loin et plus amplement. Ses Ouvrages ont été commentés par Gunakara, personnage quelque peu mythique ; car il se désigne lui-même comme un Bouddha et prétend avoir écrit en l’an 1240, date qui ne doit être acceptée que sous bénéfice d’inventaire, les alchimistes et magiciens étant sujets à antidater leurs livres, comme l’attestent, en Occident, le pseudo Raymond Lulle et le pseudo Geber.

L’histoire des personnages alchimiques indiens se confond ainsi de plus en plus avec celle des médecins et des magiciens, jusqu’à ce qu’on arrive aux Ouvrages mieux datés du XVIe siècle, tels que les Bhavaprakasas, vers 1550. On voit en tout cas que les personnages alchimiques de l’Inde sont de date relativement moderne, et fort postérieurs non seulement aux Egypto-Grecs et aux Syriens, mais même aux Arabes. Ce caractère de postériorité, que j’ai déjà signale pour les Chinois, du moins en ce qui touche les documents incontestables de leur littérature scientifique, est plus frappant encore pour les alchimistes indiens.
En effet, on peut l’établir d’une façon plus nette, par l’examen technique des faits signalés dans cet ordre d’écrits. Mais, avant de procéder a un examen intrinsèque des divers Traités médicaux et chimiques des Indiens, il est nécessaire de compléter la caractéristique des origines de l’alchimie indienne, en en rappelant les relations avec les Tantras.

Les Tantras représentent tout un ensemble de doctrines magiques et mystiques, qui ont joué un rôle important dans le Bouddhisme indien. Burnouf a consacré a ce sujet une trentaine de pages dans son Introduction à l’histoire du Bouddhisme indien (t. 1, p. 522-554). Ce sont, d’après lui, des Traités d’une physionomie spéciale, ou le culte de dieux d’un caractère bizarre ou terrible s’allie au système monothéiste et aux développements du Bouddhisme septentrional. C’est une sorte de dégénérescence mystique de la pure doctrine bouddhiste, souillée en quelque sorte par son mélange avec des pratiques superstitieuses, occultes et magiques, dérivées des anciennes religions de l’Inde.
Le système des Tantras s’est incorporé au Çivaïsme, dans les derniers jours du Bouddhisme indien, et il a subsisté au Bengale, après le déclin et l'expulsion de ce dernier culte. C’est ainsi que certains livres médicaux savants contiennent des chapitres séparés sur l’alchimie, chapitres qui débutent par une invocation au dieu Çiva et a son épouse Parvati, à qui l’on attribue l’origine des arts destinés à la cure des maladies.
En tout cas, le Rasayanaa reçu une forte impulsion du système tantrique, ce système étant devenu le point de départ, dans l’Inde, des sciences réelles ou prétendues, telles que les sciences astronomique, alchimique, magique et les nouvelles doctrines médicales fondées sur l’emploi du mercure, opposées à l'ancienne connaissance des simples et des herbes.

Une alliance semblable entre les sciences positives et les sciences occultes a caractérisé, vers la même époque, en Chine, le Taoïsme. Cette même alliance s’était déjà produite, bien des siècles auparavant, en Occident, entre le mysticisme gnostique, les antiques pratiques de la magie et de l’astrologie et les nouvelles doctrines de l’alchimie. Il y avait une sorte d'affinité spontanée entre ces divers groupes de connaissances, en partie réelles, en partie chimériques, ainsi que j’ai eu occasion de le développer dans mon histoire des Origines de l'alchimie. Il est, certes, curieux de retrouver une corrélation semblable dans la Chine et dans l’Inde ; mais la date postérieure des documents indiens et chinois tend à faire admettre que les doctrines alchimiques sont venues d’Occident, tout en acquérant une physionomie propre aux civilisations orientales, chez lesquelles elles se propageaient à l’état d’enseignements mystérieux.
Les applications médicales du Rasayanaoffrent, à cet égard, une importance toute particulière. En effet, c’est par ce côté surtout que les alchimistes ont acquis autorité dans le monde. Les médecins syriens et arabes étaient en même temps des alchimistes, comme le montre toute leur histoire authentique, celle Avicenne, pour me borner à un seul exemple. Il en a été de même pour Arnaud de Villeneuve et beaucoup d’autres médecins du moyen âge. L’alliance de la médecine et de l’alchimie a été cimentée dès lors par l’emploi des remèdes métalliques et autres fournis par la chimie.
Ainsi les médecins indiens, a partir du XII° ou XIII° siècle, partagèrent les médicaments en deux grandes classes : les drogues anciennes, tirées des herbes, et dites védiques, etles drogues plus récentes, tirées des métaux et spécialement du mercure, drogues appelées tantriques. « Celui qui connaît les propriétés du mercure est semblable à un dieu ; celui qui ne connaît que les recettes des herbes et racines est pareil à un homme », est-il dit dans le Raserdra chintamannis. Les rêves de la transmutation du mercure des philosophes et de l'élixir de longue vie sont étroitement associés. Ce sont la des traditions conjointes et que Paracelse a reproduites en Occident, d’une façon indépendante, au XVI° siècle.

La relation entre la chimie et la médecine n’a pas cessé de se poursuivre jusqu'à nos jours, et les progrès de la chimie organique lui ont donné une extension et un éclat extraordinaires. A cet égard, il paraît incontestable que les Indiens ont été en rapport avec la civilisation arabe, et spécialement avec les califes. Il s’est fait à cette époque un échange continuel entre les connaissances médicales des deux pays, les médecins indiens venant étudier à Bagdad, tandis que les étudiants arabes allaient dans l’Inde s’initier aux secrets de la médecine et de la pharmacologie indigènes. Mais nous n’avons B l’égard des connaissances ainsi échangées que des renseignements vagues. S’il est vrai que les plus vieux écrits médicaux savants de l’Inde ne contiennent pas l’indication d’emprunts faits aux Arabes, d’autre part ils ne renferment pas non plus d’indications alchimiques proprement dites. Cependant on doit signaler dans les Ouvrages indiens l’apparition du nom d’Hippocrate, qui joue un si grand rôle dans les écrits syriaques (4). Le Journal de la Société orientale allemande renferme à cet égard plusieurs Mémoires intéressants, signalés au début du présent article.

Quelles sont les connaissances positives en chimie, attestées par les écrits sanscrits qui sont parvenus jusqu'à nous ? C’est là une question d’autant plus importante qu’elle permet de préciser un certain nombre de données chronologiques, relatives à la science indienne et aux emprunts successifs qu’elle a faits aux sciences de l’Occident. Voici les renseignements fournis à cet égard par les indications du professeur Rây.
Il cite entre autres les Traités suivants, relatifs principalement aux préparations mercurielles ; rappelons que le mot rasa signifie mercure en sanscrit :
Rasendra sara sangraha, par GOPAL KRISHNA : « Collection des principales préparations mercurielles », Ouvrage probablement écrit au XIII° ou XIV° siècle ;
Rasendra chintamannis (XIVe siècle), « Joyaux des préparations mercurielles » ;
Sarngadhara sanhila ;
Chakra datta sangraha, Traité de pathologie et de thérapeutique, écrit, dit-on, vers l’an 1040 ;
Rasaratna samuchaya, « Trésor des préparations mercurielles », avec figures d'appareils de distillation, sublimation, calcination ;
Bhavaprakasas, écrits vers 1550.

Tous ces Ouvrages sont manuscrits. M. Rây s’en réfère à leurs analyses, publiées dans les catalogues de l’lndia ONCE, d’Oxford, du palais de Janjore, etc., et il en reproduit des extraits. - On remarquera les dates relativement modernes de ces Ouvrages, dont les plus anciens sont du XI° siècle, c'est-à-dire fort postérieurs non seulement aux écrits grecs et syriaques, mais aux vieux maîtres arabes. Dans ces extraits ne figure aucune doctrine alchimique proprement dite, mais uniquement des détails techniques, spécialement appropriés aux préparations pharmaceutiques et médicales ; la chimie intervient ici seulement à titre d’auxiliaire de la médecine.
Voici la traduction littérale de quelques fragments du plus ancien de ces traités, le Rasendra sara sangraha:
Mon nom est Gopal Krishna. J’ai composé ce Traité après avoir consulté plusieurs Traités écrits par diverses gens qui connaissaient les remèdes mercuriels.
Les médecins prescrivent d’autres remèdes pour les malades faciles à traiter ; mais les maladies réputées incurables comportent seulement le traitement des médicaments mercuriels ; de là la supériorité du mercure sur tous les autres.

On voit qu’il s’agit d’une époque où l’on attribuait au mercure des propriétés merveilleuses, jusqu'à constituer l’élixir de vie. L’auteur décrit ensuite la purification du mercure, soit par lavages, soit par sublimation. Ce sont des procédés pratiques, sans aucun mysticisme.
Pour purifier le mercure, on le lave avec une bouillie contenant du vinaigre dilué, parce que ce dernier dissout le plomb et les autres métaux qui altèrent fréquemment le mercure.
Le mercure doit être mélangé avec le suc de l’aloès indien et la poudre de curcuma, puis soumis à la sublimation.
Procédé général de sublimation :
« Prenez 3 parties de cuivre en poudre et une partie de mercure. Mélangez, imbibez de jus de citron, mettez la mixture dans un vase sphérique ; placez celui-ci dans un pot de terre et placez au-dessus un autre pot de terre, dont la concavité soit tournée en haut.
Lutez les joints avec de l’argile et remplissez le vase supérieur avec de l’eau. Maintenant chauffez le pot inférieur : on trouvera le mercure déposé à la surface du pot supérieur. Les médecins expérimentés donnent la préférence au mercure purifié par ce procédé. »
Une autre méthode procède en distillant per descensumet condensant le mercure dans l’eau du vase inférieur.
Dans une autre, le col incliné du vase, renfermant le mercure à purifier (mêlé de soufre, de jus de citron, etc.), est incliné et joint à l’orifice d’an autre vase contenant de l’eau.
Mercure extrait du cinabre. - On mélange le cinabre avec le jus de citron et l’on soumet à la sublimation.
Je crois superflu de reproduire les recettes pour préparer les sulfures noir et rouge de mercure et les chlorures de mercure sublimés. Toutes ces descriptions sont nettes et précises. L’appareil indiqué en premier lieu pour le mercure est sensiblement celui de Dioscoride, transmis sans doute par l’intermédiaire des Arabes. En effet les mélanges divers employés dans ces préparations sont tout à fait semblables à ceux mis en œuvre par les alchimistes arabes et par les latins. C’étaient des recettes compliquées, usitées dans les laboratoires au XIII° siècle et transmises de praticien à praticien en Europe et jusque dans l'extrême Asie.

La composition même des Rasendra sara sarzgraha ressemble singulièrement, par son tour général, à celle des Traités arabes, ou des Traités latins traduits de l’arabe au XIII° siècle, dont j’ai publié les traductions françaises et les analyses dans les Volumes I et II de mon Histoire de La Chimie au moyen âge. En effet, on y voit figurer des paragraphes :
1° Sur les préparations mercurielles ;
2° Sur les sels de diverses origines : sel extrait de l’eau de mer, sel gemme, etc. ;
3° Un autre sur les Urines de divers animaux : éléphant, chameau, âne, cheval, chèvres, mouton. Je rappellerai que les urines jouaient dans les préparations du XIII° siècle le rôle de notre alcali volatil, en raison de la formation de ce dernier dans leur décomposition ;
4° Un autre paragraphe est relatif aux dravakas,fondants ou dissolvants, réunis dans un même groupe, qui comprenait à la fois les baies rouges et noires de l’Abrus precatorius, le miel, la mélasse, le beurre clarifié et les « borax ».
Cette dernière expression n’avait pas le sens du borax des chimistes modernes ; mais elle s'appliquait ; en réalité à toute liqueur alcaline, dérivée soit du natron, soit des lessives de cendres végétales ;
5° Le Sarngadharafournit des détails plus circonstanciés sur ces dernières lessives, lesquelles représentaient les alcalis fixes dans la chimie d’alors ;
6° De même les acides étaient représentés par le vinaigre et divers sucs végétaux : jus de citron, jus des oxalis et des rumex, etc. Insistons sur ce fait fondamental, au point de vue historique, a savoir qu’aucun acide minéral proprement dit ne figure dans ces Ouvrages, même au XVI° siècle;
7° Ensuite viennent diverses matières minérales : soufre, talc, bitume, réalgar, orpiment, pyrites de fer et de cuivre et les sulfates (vitriols) impurs qui résultent de leur décomposition spontanée, sulfure d’antimoine, ocre rouge, etc.

En somme, il n’y avait pas là grand progrès sur la matière médicale de Dioscoride, fidèlement reproduite par les Arabes. Cependant ces derniers y ont ajouté, en même temps ou après les alchimistes grecs, divers composés mercuriels et spécialement les chlorures sublimes (calomel et sublimé corrosif) : or les chimistes indiens en reproduisent fidèlement les recettes.
Le Chapitre II des Rasendra sara sangraha est caractéristique à cet égard ; il est consacré à la description des procédés propres à amener les divers métaux à des formes solubles, convenables pour leur administration comme remèdes à l’intérieur du corps humain. Les sept métaux y sont aussi étudiés successivement : or, argent, cuivre, plomb, étain, fer et airain [envisagé comme un métal propre, sans doute par un souvenir de l’ancien Electrum (5)], ainsi que les préparations qui dérivent de ces divers métaux, tant par grillage, oxydation, sulfuration, que par voie humide. Ceci rappelle la composition des Traités arabico-latins, et notamment le Livre VI de l'Alchimie d’Avicenne, les Livres III et IV de Bubacar [pseudo Rasés (6)], etc.

Les Chapitres suivants de l’ouvrage indien sont consacrés au traitement des maladies par l’association des préparations métalliques avec les drogues végétales.
En résumé, les renseignements positifs contenus dans les textes précédents, sur l’état des connaissances chimiques des Indiens, ne nous reportent pas plus haut que le XI° ou XI° siècle et leur tradition elle-même ne remonte pas au delà du X° siècle. Ces connaissances ne vont pas plus loin que celles des Arabes et des Latins, à la même époque, et elles rentrent à peu près dans le même cadre de faits et d’applications médicales ; ajoutons que les préparations et les appareils sont les mêmes, sans addition essentielle. Pour compléter cette étude, il serait utile de connaître les procédés techniques des orfèvres et des céramistes, sur lesquels les écrits précédents ne semblent point fournir de renseignements.
En effet l’Inde était déjà le siège d’une civilisation avancée au temps de son contact avec les Grecs. Il y existait assurément une longue tradition des pratiques relatives a la fabrication des armes et des ustensiles métalliques, aussi bien qu’à celle des bijoux, à l’emploi des métaux brillants et des pierres précieuses, ainsi qu’aux différents arts céramiques. Mais aucune trace écrite de ces industries ne figure dans les Ouvrages parvenus à ma connaissance ; les traces d’une science théorique font également défaut.

Revenons aux Traites d’alchimie du moyen âge que j’examine en ce moment.
En ce qui touche les appareils, les dessins que m’a transmis M. Rây reproduisent l’aludel des Arabes, tel que je l’ai représenté dans mon Introduction à l’élude de la Chimie des anciens (p.172), et diverses figures d’appareils distillateurs, directs ou per descensum, bains de sable, etc., toutes figures dont les analogues se trouvent dans la Bibliotheca Chemica de Manget. — Ils ressemblent surtout beaucoup aux figures des manuscrits syriaques, reproduits dans le deuxième volume (Alchimie syriaque) de mon histoire de la Chimie au moyen âge ; tels sont un alambic de la page 108 de ce dernier volume, un vase à digestion et sublimation (p. 109), un appareil à digestion avec étuis ou gaines (p. 118), etc. Ces appareils syriaques sont d’ailleurs les plus anciens parmi ceux des Arabes.

C’est seulement dans les Ouvrages indiens des XVII° et XVIII° siècles que l’on rencontre, d’après M. Rây, des préparations plus modernes, telles que celles des acides chlorhydrique, sulfurique, nitrique, du salpêtre, de l’eau régale.
Pour préciser, rappelons que les médecins de « Tamil » préparaient l’acide sulfurique (gundakka attar, esprit de soufre) en brûlant le soufre avec du nitre dans des vases de terre. Ils obtenaient l’acide chlorhydrique en faisant réagir l’alun sur le sel marin ; l’acide nitrique, au moyen du salpêtre et de l’alun ; l’eau régale, en distillant dans une cornue de verre un mélange de salpêtre, de sel ammoniac, d’alun et de vitriol vert. Notre salpêtre lui-même n’a été décrit dans l’Inde qu’a une époque relativement moderne ; il n’a pas de nom en sanscrit.
Cependant c’était un dépôt salin naturel du sol du Bengale, article qui est devenu l’objet d’une exportation considérable. Il est probable que sa fabrication proprement dite n’a été introduite dans l’Inde qu’après l’adoption de la poudre à canon dans la guerre, vers le XV° ou le XVI° siècle.
Observons ici que les procédés qui viennent d’être signalés, tels que ceux de la fabrication des acides, sont précisément les procédés employés par les chimistes européens au XVI° et au XVII° siècle, procédés qui ont été transformés au XVIII° et plus profondément encore à notre époque. De tels procédés n’ont pu parvenir dans l’Inde qu’au temps de l’empire Mogol et des conquêtes des navigateurs européens, portugais, hollandais et anglais.

En résumé, la science chimique des Indiens parait tirer son origine d’une double importation : l’une faite du XI° au XIII° siècle, qui offre les caractères de la science arabe de l’époque, et elle a été introduite sans doute par des échanges d’idées ayant eu lieu au temps des califes de Bagdad. L'autre s’est, accomplie du XVI° siècle jusqu’à notre époque et offre les caractères de la science européenne moderne. Les faits signalés dans le présent article concourent à établir que cette double importation trouve en définitive ses origines, indirectes ou directes, dans la science occidentale.
Tels sont les résultats qui me paraissent susceptibles d’être tirés des faits consignés dans la très intéressante communication du professeur Rây. Je dois dire que cette opinion n’est pas conforme à la sienne ; car il croit à l’originalité de l’alchimie indienne, mais plutôt car un sentiment de gloire nationale que d’après des preuves positives. Quoi qu’il en soit, son étude nous fournit l'occasion d’établir de nouveaux points de repère et un jalon des plus importants dans les recherches relatives à l’histoire des origines des Sciences et de leur propagation à travers l’humanité.

VI. - Alchimie indienne, d’après les textes.

A HISTORY OF HINDU CHEMISTRY from the earliest times to the middle of the sixteenth Century A. D., with sanscrit texts, variants, translations and illustrations, by Praphulla Chandra Rây, D. SC., professor of chemistry, Presidency College, Calcutta. - Vol. 1, Calcutta, 1902 ; LXXIX-176 pages, 10 figures et deux index, Textes sanscrits, 1-41.

Il y a quelques années, M. le professeur Rây m’a communiqué un Mémoire manuscrit en 43 pages, sur l’histoire de la Chimie et de l’Alchimie indienne, Mémoire dont j’ai publié une analyse critique reproduite dans l’article qui précède. Depuis lors, sur mes encouragements, le savant hindou a poursuivi ses recherches et approfondi ses premiers essais. Aidé par le concours de M. Alexandre Pedler, directeur de 1’Instruction publique au Bengale, il a pu prendre connaissance de manuscrits plus anciens, tirés des bibliothèques de Bénarès, de Madras, de Cachemire, ainsi que des publications imprimées d’après divers autres manuscrits. L’un de ces derniers manuscrits notamment, le manuscrit Bower, est réputé écrit au V° siècle de notre ère. Les autres sont de dates inégales, parfois récentes ; mais ils renferment des Traités auxquels on attribue une antiquité plus ou moins reculée.

Je rappellerai d’abord ce fait bien connu que les Ouvrages transcrits dans un manuscrit et particulièrement les Ouvrages techniques ou théoriques sont susceptibles de renfermer, à côté des textes auxquels le copiste attribue une date reculée, des additions faites à différentes époques, les plus récentes pouvant être contemporaines de la dernière copie ; la date de cette dernière est donc la seule tout à fait certaine. Ces additions ont été faites souvent sans aucune intention de fraude, simplement pour compléter l’étude des questions traitées ; mais il est arrivé parfois qu’elles ont eu pour objet d’antidater certains faits, certains noms, ou certaines doctrines. Si je fais cette observation à l’occasion des manuscrits hindous, c’est que j’ai eu occasion de relever et de discuter de nombreux exemples de cet ordre dans mon histoire de la Chimie au moyen âge ; particulièrement en ce qui touche les Ouvrages attribués à Hermès et, plus tard, à Geber.
La même chose est arrivée dans l’Inde pour le personnage demi-mythique et demi-historique qui porte le nom de Nagarjunà. Parmi ses successeurs, il existe pareillement, à côté d’un Vagbhata historique, des œuvres dont un pseudo Vagbhata plus moderne s’est déclaré l’auteur. La critique de ce genre d’ouvrages et spécialement celle des écrits alchimiques exigent beaucoup de prudence et de sagacité.
Quoi qu’il en soit, nous devons remercier M. Rây du soin avec lequel il a rassemblé les matériaux d’une étude difficile et obscure, et des précieux détails et commentaires qui figurent dans sa publication.
Une Première réflexion se présente à l’esprit, après la lecture de son histoire de la chimie indienne ; c’est que cette histoire est plutôt d’ordre médical que chimique. En un mot, la Chimie est partout ici subordonnée à la Médecine : il s’agit de doctrines et de recettes médicales plutôt que de doctrines chimiques, ou alchimiques. Les descriptions méthodiques relatives à l’étude et à la préparation des métaux et autres substances n’apparaissent guère dans ces écrits qu’à partir du XIV° et du XV° siècle.

Dans les extraits des vieux Traités que M. Rây nous présente on ne rencontre presque rien qui ressemble aux Traités systématiques de Zosime et des alchimistes gréco-égyptiens, tels que nous les connaissons par la Collection des textes des anciens chimistes grecs, ou par celle des textes traduits par les Syriens (7).
Les extraits que publie M. Rây ne renferment aucun texte alchimique proprement dit, à l’exception de quelques phrases vagues et.de quelques invocations mystiques.
Cette absence de documents alchimiques précis dans les textes indiens les plus anciens peut s’expliquer de deux manières : ou bien M. Rây n’a pas eu connaissance des Traités alchimiques de cet ordre, à supposer qu’ils aient été conservés ; ou bien, et plutôt, ces Traités n’ont jamais existé : je veux dire existé avec les longs développements de doctrines et de procédés que nous lisons dans les textes alchimiques occidentaux, écrits dans les cinq ou six premiers siècles de notre ère. On s’explique d’ailleurs cette absence de textes anciens, si l’on admet que les doctrines et imaginations alchimiques ne se seraient pas développées spontanément dans l’Inde, mais qu’elles y auraient été importées plus tard, par l’infiltration des idées et des Ouvrages syro-arabes ; importation qui n’apparaît guère que du VIII° au X° siècle de notre ère. Or, c’est précisément vers cette époque que l’influence des idées relatives au mercure se manifeste réellement en médecine chez les Hindous et chez les Chinois.
En tout cas, il y a là un problème à éclaircir : la découverte des moindres textes originaux serait précieuse à cet égard ; mais il serait nécessaire de publier ces textes complets, autrement que par des extraits, et sans addition, mutilation ou mélange d’interprétation de l’éditeur, ou des copistes. C’est à cette condition seulement que les indices de leur véritable origine pourraient être mis hors de doute.

Il nous manque également un autre ordre de données historiques, qui seraient indispensables pour discuter exactement la vraie filiation des idées et des pratiques chimiques et alchimiques dans l’Inde ; ce sont les cahiers de recettes techniques des orfèvres, des peintres, des teinturiers, des céramistes et métallurgistes indiens, aux différentes époques. On sait combien le travail des métaux et celui des industries décoratives ont été poussés loin dans l’Inde et quel sentiment d’un art décoratif délicat se manifeste dans les objets anciens ou modernes qui proviennent de cette contrée. M. Rây a pris soin de consacrer un certain nombre de pages de son livre à la description des pratiques actuelles des artisans indiens.
Certes ces descriptions sont très intéressantes ; mais elles se rapportent uniquement aux temps modernes et contemporains. Il serait précieux pour l’histoire de la chimie et de l’alchimie indiennes de posséder des textes analogues soit au papyrus de Leyde, qui m’a fourni la clef des Traités démocritains, soit aux Compositiones et àla Mappoe Clavicula, qui m’ont permis de constater le maintien des traditions de l’alchimie antique en Occident après la chute de l’empire romain et jusqu’au XIII° siècle, c'est-à-dire jusqu’au moment où renaît la science occidentale, avec les doubles ressources empruntées, d’une part, aux recettes de technique industrielle conservées en Europe et, d’autre part, aux Ouvrages grecs, byzantins et aux Traités arabes de diverse nature, apportés d’Espagne et d’Orient et traduits en latin aux temps des croisades.
Ces Traités de la vieille technique indienne ont-ils disparu, par l'effet du mépris des castes sacerdotales pour les professions des artisans ? Ou bien n’ont-ils jamais existé dans l’Inde, tout se bornant a des pratiques additionnelles, où manquait l’appui de ces idées théoriques dont l’art et l’industrie n’ont pas cessé de s’inspirer en Occident ? On voit que l’on retrouve toujours le même doute sur l’antiquité de la science chimique proprement dite dans l’Inde : je ne parle pas des pratiques chimiques, qui sont aussi vieilles que la civilisation.

Peut-être la découverte de quelque document inédit, demeuré jusqu’ici caché dans les bibliothèques de l’Inde, permettra-t-elle un jour de jeter de la lumière sur ces problèmes ; à la condition bien entendu que ce document soit tiré de manuscrits bien datés et antérieurs aux influences grecques, arabes, occidentales, qui ont laissé leur empreinte dans les Ouvrages composés ou copiés au cours des temps modernes.
Je ne veux pas m’étendre davantage sur ces desiderata ; mais il m’a paru nécessaire de signaler l’absence presque complète de documents authentiques relatifs aux doctrines originales des chimistes indiens proprement dits, avant leur contact avec la civilisation arabe. II serait tout a fait injuste à cet égard d’invoquer l’absence de cet ordre de textes, dont aucun indice ne permet de soupçonner l’existence, pour critiquer l’ouvrage de M. Rây, qui a consacré un long et consciencieux travail à résumer avec soin et intelligence les matériaux parvenus entre ses mains. On doit, au contraire, lui savoir le plus grand gré de ceux qu’il nous fait connaître. Si je fais les observations qui précèdent, c’est qu’il est indispensable de bien mettre au point les questions relatives aux origines si controversées des sciences de l’Extrême-Orient, particulièrement en ce qui touche les sciences positives telles que la Chimie.

Je vais maintenant essayer de résumer les points qui m’ont le plus frappé en lisant l’histoire de la chimie indienne.
Dans l’introduction de l’histoire de la chimie indienne et dans l’ouvrage lui-même, M. Rây envisage successivement les périodes Suivantes :
I. Notions chimiques dans les Védas ;
II. Période ayurvédique (temps prébouddhiques jusque vers l’an 800 de notre ère) ;
III. Période dite de transition (de l’an 800 à 1100 après J.-C.) ;
IV. Période tantrique (de l’an 1100 à 1300) ;
V. Période iatrochimique (de l’an 1300 à 1550).
Peut-être la démarcation entre ces périodes n’est-elle pas toujours nettement tranchée, surtout entre les trois dernières. Je me bornerai à suivre cette division d’une manière générale.

L’époque des Védas est connue surtout par des documents en grande partie mythiques. Durant cette époque, chez les Indiens comme chez les Egyptiens, toute action humaine et spécialement la médecine et les arts industriels sont poursuivis en faisant concourir les agents naturels et l’influence des êtres surnaturels, sollicités par les incantations et pratiques de la magie et de la sorcellerie.
Dans le Rig Veda, les Açwins, divinités analogues aux Dioscures grecs, sont invoqués comme des médecins divins. Le soma, jus fermenté, est l’objet d’une adoration spéciale et regardé comme l’amrita (ambroisie des Grecs), liquide divin qui rend centenaire. Dans l’atharvaveda, les agents employés pour traiter les maladies sont les plantes et leurs produits ; mais leur emploi est associé invariablement avec celui des charmes et des invocations, Nous y lisons des incantations destinées à amener la ruine, la mort, la démence, la stupeur des adversaires. On s’assure l’amour des femmes par des philtres végétaux, joints à certains maléfices. Plus tard, dans le Mahâbâhrata, l’or est associé au Soleil et regardé comme un élixir de vie, tandis que le plomb est un agent de sorcellerie ; mais ce poème est mélangé d’éléments postérieurs.
Les analogues de ces croyances et pratiques se retrouvent chez les Grecs, sans qu’il y ait lieu de croire à quelque emprunt proprement dit de part ou d’autre, c'est-à-dire d’invoquer autre chose qu’une certaine communauté de traditions originelles.

La période ayurvédique présente un caractère plus positif. Elle répond à la période historique proprement dite des Grecs et des Romains. A ce moment, la chimie n’est encore séparée ni de la médecine ni des arts industriels. Mais le médecin est devenu distinct du prêtre.

Avant d’entrer dans plus de détails sur les relations qui se manifestent alors entre les pratiques de la médecine et celle de la chimie, toujours étroitement liées entre elles, il est nécessaire d’exposer brièvement les idées philosophiques des Indiens de cette époque sur la constitution de la matière. En effet, c’est aussi la période des grands systèmes philosophiques, agités avec méthode et profondeur. Je n’ai pas la compétence philologique nécessaire pour parler ici des discussions régnantes relativement a la date de ces systèmes et surtout à l'influence qu’ils ont pu subir de la part de la philosophie grecque, ou exercer sur celle-ci, particulièrement à l’époque alexandrine.

Bornons-nous à rappeler, avec Colebrooke, les systèmes Samkhya et Vaideshika et particulièrement les concepts relatifs à la constitution de la matière. D’après Kapila, auteur du système Samkhya, il existe cinq ordres de particules subtiles ou radicaux nommés Tanmatra, non perceptibles par les sens grossiers de l’homme, quoique perceptibles par des êtres d’ordre supérieur. Ils engendrent cinq éléments plus grossiers : la terre, l’eau, le feu, l’air et l'espace (ou fluide éthéré). L’élément éthéré est le véhicule du son, perceptible par le sens de l’ouïe et dérivé du radical sonore éthéré. L’élément aérien est perceptible par les sens de l’audition et du tact ; il dérive du radical tangible de l’air. L’élément igné est perceptible par les sens de l’ouïe, du tact et de la vue ; il dérive du radical coloré du feu. L’élément aqueux est perceptible par les sens de l’ouïe, du tact, de la vue et du goût ; il dérive du radical sapide de l’eau. L’élément terreux est perceptible par les sens de l’ouïe, du tact, de la vue, du goût et de l’odorat ; il dérive du radical odorant de la terre. Ainsi, à chaque sens répond un élément distinct sensible, dérivé d’un radical non perceptible.
Cette doctrine des éléments est analogue à celle d’Empédocle, mais avec des détails plus subtils et l’addition de l’élément éther. Elle a été développée et combinée avec des notions logiques, rappelant Aristote, et avec une théorie atomique analogue à celle de Démocrite exposée par Kanada, fondateur du système Vaideshika. D’après ce système, les objets perçus par les sens sont caractérises par six catégories.

Mais ce serait sortir de mon sujet que d’entrer dans l’exposition de ces subtilités. Après avoir spécifié ces catégories et défini la substance, en tant que résultant de l’association des qualités et de l’action, le philosophe décrit les propriété de la terre et de l’eau, toutes deux éternelles en tant qu’atomes, mais transitoires en tant qu’agrégats ; celles de la lumière, qu’il assimile a la chaleur : lumière terrestre, telle que celle du feu ordinaire, et lumière céleste, telle que celle des éclairs et des météores, etc. L’or est constitué par la lumière solidifiée par le mélange de quelques parties terreuses, etc. Kanada expose alors sa conception des atomes simples ou primaires, qui sont éternels, puis celle des atomes binaires, ternaires, quaternaires, etc.
Je ne poursuivrai pas plus loin les développements de son système. Observons cependant que cet ordre de conceptions et d’imaginations demi physiques, demi métaphysiques rappelle celles des philosophes grecs, depuis Démocrite et Leucippe, inventeurs des atomes, jusqu’à Platon, dans son Timée, et Aristote, dans ses Météorologiques. Il est facile de signaler entre les philosophes indiens et les philosophes grecs certaines analogies frappantes.

Une influence réciproque s’est exercée réellement entre les deux régions et civilisations, après la conquête macédonienne et la fondation des royaumes grecs de la Bactriane. Elle est manifeste à l’époque alexandrine, c'est-à-dire dans les siècles voisins de l’ère chrétienne : le nom de Bouddha était connu de Clément d’Alexandrie. Les légendes antidatées relatives à Pythagore et la biographie fabuleuse d’Apollonius de Tyane ont conservé la trace de ces contacts. En tout cas, s’il y a eu quelque emprunt du coté des Indiens, il est incontestable que les idées grecques ont été remaniées par eux d’une façon originale et ont subi une élaboration nouvelle, dont la subtilité plus grande et les distinctions plus multipliées semblent accuser le caractère postérieur.

Rentrons maintenant dans les œuvres plus spécialement chimiques du génie indien. Celles-ci, comme je l’ai dit, se rattachent à la médecine et à la matière médicale. A ce point de vue, la fin de la période que nous étudions en ce moment est représentée par deux grands Ouvrages, le Charaka et le Susruta, dont l’origine serait fort ancienne, mais dont la rédaction définitive, telle que nous la possédons, semble contenir, à côté de fragments de date reculée et incertaine, des écrits très postérieurs à l’ère chrétienne, écrits basés d’ailleurs sur le système Vaideshika. La science de la vie (Ayurveda) est regardée comme une science secondaire ; c’est d’ailleurs une révélation directe des dieux, une branche de l’Atharveda.

Parlons d’abord des auteurs de ces compilations.
M. Sylvain Lévy a retrouvé dans le Tripitaka chinois le nom de Charaka, comme guide spirituel du roi indoscythe Kanisha, au II° siècle de notre ère (8), et il le rattache a une tradition grecque. Mais le mot Charaka, d’après M. Rây, serait une appellation collective, qui remonterait beaucoup plus haut.
En tout cas, l’ouvrage qui porte ce nom aurait passé par plusieurs rédactions ou remaniements, entre autres celle de Vagbhata, postérieure de plusieurs siècles à l’ère chrétienne. Ce livre (perdu aujourd’hui), aurait été traduit en arabe, par ordre des califes, vers le VIII° ou IX° siècle de notre ère, en même temps qu’un autre livre appelé Nidana.

Plus tard vint une rédaction nouvelle, attribuée à Nagarjunà, célèbre chimiste bouddhiste, personnage à demi légendaire, sorte d’Hermès Trismégiste, que les Indiens regardent comme l’inventeur de la distillation et de la calcination. En fait, ceci nous indiquerait donc le VIII~ ou le IX~ siècle, comme l’époque où les Indiens ont connu ces dernières méthodes, découvertes par les alchimistes gréco-égyptiens des premiers siècles de notre ère, c’est-à-dire plusieurs siècles avant le califat. C’est, en effet, vers la fin du VI° siècle qu’elles ont été enseignées aux Arabes (9), par l’intermédiaire desquels elles paraissent avoir été communiquées aux peuples de l’Extrême-Orient.
Le Susruta serait moins ancien que le Charaka ; la recension en aurait été également faite par, Nagarjunà. C’est ici le lieu d’observer que le Charaka et le Susruta ne sont pas des Ouvrages de Chimie, le Charaka étant un livre de Médecine proprement dite et le Susruta un livre de Chirurgie. Le nom de Susruta, comme celui de Charaka, est attribué, dans les Ouvrages indiens, à plusieurs personnages de date différente et qui semblent étrangers à la Médecine. Ce nom figure notamment dans le manuscrit Bower [V° siècle de notre ère (?)].
Le plus ancien commentaire du Susruta est le Bhanumati, par Chakrapani Datta, qui vécut vers l’an 1060 : le texte du Susruta était alors l’objet d’une sollicitude attentive à en maintenir la pureté.

Tel est le résumé des renseignements fournis par M. Rây. Il réfute vivement une opinion développée récemment par le savant orientaliste Haas, d’après laquelle le nom de Susruta serait la corruption arabe de celui d’Hippocrate, changé d’abord en Socrate, le tout d’ailleurs conformément à ce qui est arrivé fréquemment dans ces transcriptions successives des noms grecs.
Comme exemple analogue, je demande la permission de rappeler l’étrange confusion qui existe dans les Traités d’Alchimie syriaque entre Hippocrate et Démocrite (10), ainsi que les transcriptions de noms grecs dans la Turba philosophorum (11). Les confusions de ce genre sont bien connues de tous les orientalistes.

On a rapproché aussi le système humoral des auteurs indiens, fondé sur les trois humeurs : air, bile et phlegme, de celui des Grecs : sang, bile, eau, phlegme. Je ne prétends pas m’ériger en arbitre de cet ordre de questions : toutefois de semblables analogies ont pu se présenter a l’esprit des médecins de différents peuples. Elles semblent trop vagues pour autoriser des conclusions assurées. Si elles étaient mieux établies, peut-être pourrait-on les rapporter à quelque tradition commune plus ancienne, originaire, par exemple, de la Chaldée, comme le prétendait Terrien de la Couperie.

Voici encore quelques renseignements fournis par M. Rây. Dans le Charaka et le Susruta, on distingue les drogues d’origine terrestre ou minérale, d’origine végétale et d’origine animale.
Parmi les drogues minérales, on cite d’abord : l’or, qui est mis a part ; les cinq métaux : argent, cuivre, plomb, étain, fer, et cc qu’on appelle leurs impuretés (12) ou bitumes (?), c'est-à-dire leurs oxydes et autres composés. Viennent ensuite : l’arsenic rouge, réalgar et orpiment ; l’antimoine sulfuré ; les sels, au nombre de cinq ; le sable, les gemmes, les pyrites et leurs dérivés (vitriols) correspondant au misy et au sory des Grecs (13) ; toutes drogues simples employées en médecine. Leur description et les traitements qu’on leur fait subir, lavages, grillages, infusions et mélanges, rappellent le Traite de Dioscoride : non qu’il y ait emprunt et traduction directs, mais plutôt transmission par intermédiaires, avec certaines modifications dans les procédés. Le soufre figure aussi associé a des drogues végétales, celles-ci empruntées surtout à des plantes de l’Inde. Viennent enfin les drogues d’origine animale : le sang, la bile, le sperme, l’urine (huit variétés selon les animaux), la corne, les cheveux, les os, etc.
Cette distinction des drogues en trois catégories, animale, végétale, minérale, rappelle encore la nomenclature symbolique des alchimistes arabes (14) et spécialement celle d’Avicenne (réel ou prétendu). On pourrait y voir un signe d’origine, les anciens alchimistes grecs n’employant pas cette nomenclature.

Les poisons sont aussi partagés en minéraux, végétaux, animaux.
L’emploi des lessives de cendres et spécialement celui de la pierre à chaux calcinée, pour les changer en solutions alcalines caustiques, décrits dans le Traité que je résume, me semblent indiquer une addition plus moderne, dérivée par voit directe ou indirecte des pratiques de chimistes européens.
Au contraire, on doit signaler comme essentiellement indienne une discussion étendue sur la distinction des goûts, leur nombre, leur relation avec les cinq éléments primordiaux ; de même les classes d’aliments, dérivés des cinq éléments, possédant les six goûts et les deux propriétés du chaud et du froid.

Observons enfin que dans le Charaka et le Susruta on ne trouve qu’une seule référence relative au mercure : ce qui est un indice d’antériorité par rapport a la période subséquente de médecine mercurielle.
A cet égard et pour nous rapprocher davantage de l’histoire de la Chimie et de ses doctrines propres, dont il n’est guère question dans ce qui précède, on peut ajouter que la pharmacopée indienne primitive, telle qu’elle figure dans les Ouvrages précédents, ne contient pas de sels métalliques, ni surtout ces préparations mercurielles caractéristiques de la période tantrique.
Au contraire, cet ordre de préparations a établi son autorité au XI° siècle, dans les Ouvrages de Vrinda et Chakrapani Datta, commentateurs de Charaka et de Susruta. Ils recommandent en même temps de faire intervenir les prières cabalistiques du culte tantrique, comme auxiliaires de certaines de leurs préparations.

A cette même époque, l'Alchimie proprement dite apparaît nettement dans l’Inde, d’après Albirouni, surtout comme auxiliaire de la Médecine. Albirouni ajoute que les Indiens désignent leur science alchimique sous le nom de Rasayana, et qu’elle enseigne les procédés propres a restaurer la jeunesse et à allonger la vie, c’est-à-dire la fabrication de l’élixir de longue vie. Cette fabrication est, comme toujours, congénère de celle de l’or et de la pierre philosophale.
Le mot rasa lui-même désignait, à l’origine, le chyle générateur du sang ; mais il fut depuis réservé au mercure et à ses composés divers. Les théories exposées par Albirouni sur la constitution des métaux, en tant que formés de soufre et de mercure, sont celles des Arabes. L'Alchimie a été en honneur dans l’Inde, principalement durant la période tantrique, du XII° au XIV° siècle.

A ce moment, les idées mystiques et magiques jouaient un grand rôle dans le bouddhisme indien, dont la pureté originelle avait été altérée par le culte de Siva et de certaines divinités étranges, reste des anciennes religions de l’Inde. Les sciences positives et les sciences occultes y sont jointes en un amalgame singulier, que l’on retrouve dans le taoïsme chinois, aussi bien que dans les antiques traditions du gnosticisme occidental, ce dernier fort antérieur comme date. Ces pratiques remontent peut-être aux origines mêmes de l’espèce humaine ; la Chaldée et l'Egypte les ont connues. Aussi ont-elles été associées aux premières doctrines scientifiques. En tout cas le culte de, Siva, déjà établi dans l’Inde au XII° siècle de.notre ère, avec le phallus comme emblème, renferme un mélange de procédés alchimiques et de rites obscènes.

Vers le XI° siècle, les connaissances chimiques sont exposées entre autres dans le Rasaratnakara, toujours attribué à Nagarjnnà, dont le nom prend ainsi une sorte de caractère générique, et dans le Rasarnava (mer de mercure), l’un des Tantras du culte de Siva. La notion mystique du mercure des philosophes, élément supposé des métaux, apparaît alors, associée et confondue avec la connaissance du mercure proprement dit. Mais les Tantras joignent à ces notions générales, congénères de celles des alchimistes grecs et arabes, des idées mystiques, d’un caractère original. « C’est par le mercure, dit le dernier Ouvrage, que l’on rend le corps impérissable, de façon à le soustraire a la nécessité de la mort. » En effet, le corps, en tant que composé des six enveloppes de l’âme, est dissoluble ; tandis que le corps créé par Hara et Gauri (désignés sous les noms du mercure et du mica) est permanent. L’ascète qui aspire à la « libération » dans cette vie doit d’abord se faire un corps glorieux, engendré comme le mercure par la conjonction créatrice de Hara et de Gauri. « Leur combinaison, ô déesse (15), détruit la mort et la pauvreté. » L’auteur cite ici les noms des sages qui ont atteint la « libération » dans cette vie actuelle, en acquérant un corps divin (ou mercuriel) par l’efficacité du mercure. Le mercure fixé guérit les maladies ; le mercure éteint (amorti, mortifié) ressuscite les morts ; c’est un médicament suprême, qui rend le corps incorruptible et impérissable. L’adoration du mercure sacré est plus béatifique que l'œuvre de tous les emblèmes phalliques. Dans la Revue des systèmes philosophiques, par Madhavacharya, abbé chef du monastère de Sringeri en 1331, le sixième système est désigné sous le nom de système mercuriel. Le mercure est appelé. semence de Siva, dénomination qui rappelle la semence d’Hermès et la nomenclature symbolique des scribes sacrés de l'Egypte (16), reproduite en partie par Dioscoride et par Avicenne (17). Dans Marco Polo on retrouve cette opinion que les sages indiens vivent de 150 à 200 ans, en usant d’un breuvage étrange renfermant du soufre et du mercure. Ainsi, d’un symbolisme mystique, les Indiens avaient passé à une interprétation médicale positive et à la préparation des médicaments métalliques.

L’application matérielle de ces doctrines et de ce symbolisme mystique ne devait être faite que par les initiés ; autrement leurs conséquences littérales étaient susceptibles de se traduire par des empoisonnements. C’est ce qui paraît en effet avoir eu lieu en Chine, où plusieurs empereurs, vers le X° siècle, ont été, dit-on, victimes de l’emploi des remèdes destinés à leur procurer l’immortalité.
En tout cas, nous sommes ici dans l’Inde en période alchimique : le pseudo Vagbhata nous donne les noms de 37 alchimistes renommés.
On voit par ces détails exacts que le développement de cette science, demi réelle, demi-chimérique, a été tardif dans l’Inde. La floraison n’en a réellement eu lieu que dans la période tantrique. S’il paraît certain, d'après les textes des annalistes arabes, que les califes Haroun et Mansour ont fait traduire à Bagdad quelques Ouvrages de médecine indienne, en même temps que des Ouvrages grecs et syriaques, nous ignorons ce que renfermaient ces Ouvrages et rien ne permet de supposer qu’ils continssent des notions chimiques proprement dites.
Les théories signalées dans Albirouni et dans les auteurs indiens de date certaine ont le caractère de doctrines dérivées de celles des chimistes arabes, lesquelles elles-mêmes se rattachent, par l’intermédiaire des Syriens, à celles des alchimistes gréco-égyptiens. Les Indiens ont donné à ces doctrines leur empreinte et une certaine figure originale en les incorporant dans leurs systèmes religieux.

Citons, d’après M. Rây, des extraits des plus anciens Ouvrages qui contiennent des renseignements chimiques précis :

Le Tantras intitulé Rasarnava (XII° siècle) (mer de mercure) expose la science sous la forme d’un dialogue entre Siva et son épouse Parvati. Le mercure est réputé composé de cinq éléments et assimilé à Siva lui-même. Dans cet Ouvrage on trouve la description de nombreux appareils et préparations chimiques.
L’auteur insiste sur les procédés propres à tuer le mercure, c’est-à-dire à l'amortir, comme nous disons encore aujourd’hui, en le réduisant en poudre ; notamment pour préparer le vermillon avec le soufre et le mercure. Tous les métaux peuvent être tués avec un mélange de vitriol vert, de sel gemme, de pyrite, de soufre, de natron et de divers ingrédients végétaux.
On remarquera que la mort des métaux et leur résurrection sont des expressions courantes en alchimie.
Notre auteur enseigne aussi à teindre les métaux, spécialement le cuivre, en le traitant par la calamine ; ce qui, dit-il, le change en or (laiton).

Le Rasaratnasamuchchaya, Ouvrage écrit entre le XIV° et le XI° siècle, est déclaré au début l’ouvre de Vagbhata, fils de Simhagupta, prince des médecins : c’est encore un pseudonyme. Son Traité est un exposé méthodique de la chimie, telle qu’elle étai1 connue alors ; il traite du mercure, des minéraux et métaux, de la construction des appareils, des formules mystiques de purification des métaux, de l’extraction des principes actifs, de la fusion, de l’incinération.
Les vertus du mercure y sont exaltées : « Son emploi délivre l’homme d’une multitude de maladies. Le dieu du feu le fait couler dans le Dardistan, région montagneuse du Cachemire on se trouve des mines de cinabre. Celui qui obtient le mercure, préparé avec le concours de rites magiques et mystiques, assure à ses adeptes le bonheur et la santé, la richesse, le pouvoir de transmuter les métaux et de prolonger la vie. »

Le Livre II traite ensuite des rasas, minerais et produits métalliques spécialement mercuriels.

Le Livre III traite des uparasas ou rasas inférieurs, tels que le soufre, l’ocre rouge, le vitriol, l’alun, les sulfures d’arsenic, orpiment et réalgar, le sel ammoniac, le cinabre, etc. On y décrit les variétés de chaque espèce de drogue, sa purification, son traitement par différents jus de plantes et liquides, etc.

Dans le Livre IV sont énumérées les gemmes ou pierres précieuses, qui jouent un si grand rôle dans le monde depuis les temps les plus reculés. Les Orientaux les ont toujours en estime particulière. Elles sont ici examinées au point de vue de la matière médicale. On cite en particulier les suivantes : diama

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Published by M\ B\ - dans Planches
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 17:42

 ... Parmi l'ensemble des textes qui furent attribués à Hermès, le plus fondamental, sur le plan purement alchimique, demeure incontestablement la célèbre "Tabula Smaragdima" ou "Table dÉmeraude", dont la légende exigea qu'elle fût découverte par Alexandre le Grand lui-même, soit par Galienus Alfachim, soit encore par une femme portant le nom de Zara, qui l'aurait découverte, peu de temps après le Déluge, au sein d'une caverne, à proximité d'Hébron cette fois. Plus tard, il vint s'y adjoindre une autre légende concernant le célèbre théurge pythagoricien Appolonius de Thyane (ou Appolonios de Thyane). Celui-ci relata, en effet, un curieux songe au cours duquel il se vit pénétrer dans une crypte dont l'entrée se trouvait placée sous une statue d'Hermès. Là, se tenait un vieillard assis sur un trône, portant dans les mains une table d'émeraude sur laquelle on pouvait lire:

"C'est ici la formation de la Nature",

et devant lui était placé un livre sur lequel était écrit:

"C'est ici le Secret de la Création des êtres et la Science de la cause de toutes choses."

Dès lors, Appolonius put prendre connaissance du texte de la "Table d'Émeraude" attribué à Hermès:

"Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable: Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour perpétuer les miracles d'une seule chose. Et comme toutes choses ont été par Un et sont venues d'Un par médiation, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique par adaptation.

Le Soleil en est le père, et la Lune la mère, le vent l'a portée dans son ventre et la terre est sa nourrice et son réceptacle. Le père de tout le Thélesme est ici. Et sa force et sa puissance est entière si elle est tournée en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel et derechef descend en terre et reçoit la force des choses supérieures et la force des choses inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde et per se, toute obscurité s'enfuira de toi. C'est la force forte de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De cela seront et sortiront d'admirables adaptations desquelles le moyen est ici donné.

C'est à cette occasion que j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie universelle. Ce que j'ai dit de I'OEuvre solaire est complet."

Ce texte philosophique, bien qu'apparemment spéculafif et purement allégorique, n'en revêt pas moins un caractère opérafif indéniable qu'il conviendrait d'apprécier en étudiant soigneusement chaque sentence réduite au sens proprement alchimique, envisageant ici certaines opérations de laboratoire (Cf. P. Rivière : "Alchimie et Spagyrie : du Grand OEuvre à la Médecine de Paracelse"; "Alchimie : Science et Mystique".) Envisageons d'en dégager seulement quelques principaux traits relevant des lois alchimiques de base :

- Le principe de l'unité de la matière et du monde universel est affirmé d'entrée, ainsi que l'allégorie hermétique du serpent Ouroboros qui se mord la queue l'illustrera parfaitement. A l'intérieur du cercle ainsi formé peut-on d'ailleurs lire en grec: En To Pan (Un, Le Tout). /Cf. in Berthelot: "Les Origines de l'Alchimié", manuscrit grec de St Marc, Dialogue de Cléopâtre et de Comarios, feuillet intitulé "Fabrication de l'or"./

- Le Grand OEuvre exalte, par ailleurs, les vertus du Soleil, à l'origine de la vie sur la Terre et dont la Lune, tel un miroir, ne nous transmet qu'un faible rayonnement qui n'est cependant pas sans intérêt pour la confection de la Pierre, tant en ce qui concerne la désignation de la phase idoine des opérations à mener : en Lune croissante précisément, qu'en ce qui s'applique à la réalisation du support salin d'un des deux constituants du Feu secret : le Vulcain Lunatique (Cf. "Le Triomphe Hermétique" d'A.-T. Limoj on de St Disdier). Nonobstant, l'ensemble du Grand OEuvre est solaire, ainsi que ne cesse de le clamer Hermès : "Le soleil accomplit tout (... ) Expose au soleil (…) Dilue la vapeur à la lumière du soleil (Zosime)."

- Le germe de la Pierre Philosophale ou Or astral se trouve ici associé aux montées et descentes du Mercure (argent vif) en cohobafion. Cette opérafion chimique désigne plus subfilement, sur le plan allégorique, la captation, après qu'il soit descendu des nues, puis l'évolution même du Spiritus Mundi (Esprit du Monde) ou énergie cosmique vitale dans la matière, jusqu'à la réalisation de la Pierre. Là se situe, pour les alchimistes, la force forte de toute force; cette vertu séminale influençant, selon eux, les qualités de la rosée matinale et ce principalement, bien sûr, au printemps, lorsque le Ciel féconde la Terre.

- Le qualificatif de Trismégiste (Trismegisto), appliqué ici à Hermès et désignant le Trois Fois Grand, évoque indubitablement les trois phases du processus opératif déployé lors de l'élaboration du Grand OEuvre dans le dessein de la réalisation de la Pierre, mais révèle certes aussi l'existence des trois grands Principes hermétiques: Tria Prima, à savoir : le Mercure, le Soufre, le Sel présents dans toute substance d'origine végétale, minérale ou animale...

Cette division ternaire fut associée, sur le plan mythique, à la triade des Dieux Osiris, Isis et Horus, de même que sur le plan proprement chrétien l'analogie fut soutenue avec l'esprit, l'âme et le corps. Platon n'avait-il pas d'ailleurs écrit dans le "Timée":

"Mais que deux termes forment seuls une belle composition, cela n'est pas possible, sans un troisième. Car il faut qu'entre eux il y ait un lien qui les rapproche tous les deux."

Ce thème sera constamment développé plus tard dans l'abondante littérature hermétique, notamment chez le médecin-alchimiste de la Renaissance: Paracelse qui, étendant considérablement l'étude de ces trois essences ou humeurs fondamentales en l'être, constituera un véritable Corpus médical (iatrochimique) (Cf. P. Rivière : "La Médecine de Paracelse", Éditions Traditionnelles, Paris - 1988).

Déjà, au IVème siècle, Zosime le Panopolitain écrivait, au sujet de cette division trinitaire rattachée directement à l'enseignement d'Hermès:

"Constituée connue une monade, se transformant en triade, elle (cette composition chimique) constitue un continuum; mais, en revanche, organisée en une triade de trois éléments séparés, elle constitue le monde, de par la providence du premier Auteur, Cause et Démiurge de la Création, qui est désormais appelé Trismégiste parce qu'il a considéré en fonction d'un schème ternaire ce qu'il produisait et ce qui le produisait."

Ce texte ne laisse pas, en outre, d'évoquer l'aspect démiurgique s'attachant à l'Alchimie puisqu'en effet, l'alchimiste se livre à une véritable re-Création au sein de l'oeuvre microcosmique à laquelle il s'adonne au coeur de l'Athanor.

Cette division ternaire ne doit pas, cependant, nous oublier le principe de la tétrasomie si cher aux Anciens. En effet, les Grecs considéraient que les bases de toutes substances se réduisaient à quatre Éléments primordiaux : le Feu, l'Air, l'eau et la Terre. La Création ne s'étant pas exercée ex-nihilo, il fallut que la Divinité ou le Démiurge opérât sur un chaos originel indifférencié d'où devait se dégager ultérieurement les quatre Éléments.

Empédocle (Vème s. av. J.-C.) avait déjà légué une théode unifiée des Éléments dans le cadre de l'étude de la Physis, associée à la notion de Sphaïros (la Sphère), la Nature conçue comme Être chez Parménide. La médecine s'emparera de cette théorie des 4 Éléments et en déduira celle des 4 Humeurs, telle que celle-ci apparut unanimement dans l'École médicale de Cos. Hippocrate, Celse et Galien la feront leur et Nemesios pourra ainsi écrire : "Tout corps est formé de quatre Éléments et en est le produit." Selon l'"Epître d'Alexandre", tout ce qui est de qualité chaude a été qualifié par les Anciens de feu; tout ce qui était sec et solide, de terre; tout ce qui était humide et fluide, d'eau et tout ce qui était froid et subtil, d'air. Autrement dit, le chaud et le sec passaient pour engendrer le feu ; le chaud et le fluide, l'air; le froid et le fluide, l'eau; le froid et le sec, la terre.

Dans la Nature, ces quatre Éléments interagissent constamment. Néanmoins, ils peuvent être divisés et convertis l'un en l'autre au laboratoire de manière plus complète et plus rapide grâce à l'intervention d'un opérateur avisé, et c'est ce dont s'aperçurent les alchimistes. Selon ce que l'on devra qualifier plus tard de Cycle de Plotin, la conversion des Éléments s'effectue ainsi : l'élément primordial, le Feu, se condense en Air; l'Air se change en Eau; l'Eau, en se solidifiant, devient Terre et la Terre, sous certaines conditions, redevient Feu.

- La sentence Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas... ne cesse d'évoquer, quant à elle, la loi des Signatures astrales présentes dans la Nature. Les 7 astres : les deux luminaires, le Soleil et la Lune et les cinq planètes, Mercure, Mars, Vénus, Jupiter, Saturne imprègnent, de leurs influences respectives, toutes substances en ce monde dont l'alchimiste se doit de percevoir la signature. Proclus fit d'ailleurs allusion à ces correspondances analogiques, notamment dans le règne minéral, en ces termes :

"L'Or, l'argent et chaque métal, comme les autres substances, se développent sur terre, sous l'influence des dieux célestes et de leurs émanations. L'or est attribué au Soleil, l'argent à la Lune, le plomb à Kronos (Saturne), le fer à Arès. Ces métaux trouvent leur origine dans les cieux, mais ils existent sur la terre et non sur les planètes émettrices des émanations. Car aucune matière n'a droit de cité au ciel. Et bien que toute substance provienne de tous les dieux, dans chacune d'elle existe une prédominance spécifique: certaines appartiennent à Kronos, d'autres au Soleil..."

Proclus "Commentaires sur le Timée"

Dès lors est-on fondé à mieux comprendre, ainsi, comment le texte de "La Table d'émeraude" apparaissait comme constituant la synthèse par excellence des principes fondamentaux de I'OEuvre alchimique. En outre, l'Opus Alchymicum se divisait en plusieurs phases associées à la couleur revêtue par la matière. Héraclite mentionnait déjà les principales étapes : Mélanosis (passage au noir), Leukosis (passage au blanc), Xanthosis (passage au jaune) et Iosis (passage au rouge). Plus tard, le nombre en fut réduit à trois et délaissa le passage à la couleur jaune (xanthosis, citronitas), parce que moins fondamental que les étapes du noir (nigredo), du blanc (albedo) et du rouge (rubedo) qui s'avéraient, en effet, essentielles lors de l'élaboration de la matière pour parvenir au Grand OEuvre, c'est-à-dire à l'obtention de la Pierre transmutatoire, capable de transmuer les métaux vils - de préférence le plomb ou le mercure - en or (Chrysopoeïa) et en argent (Argyropoeia) ainsi que l'Élixir de Longue Vie ou Panacée capable de prolonger la vie humaine sur Terre, tout en procurant la communion avec l'Anima Mundi et la Divinité, développant progressivement le corps d'immatérialité et d'immortalité. Les opérations alchimiques permettant d'y parvenir pouvaient s'énoncer ainsi: calcinatio (calcination), solutio (dissolution), separatio (séparation), conjunctio (conjonction), putrefactio (putréfaction), coagulatio (coagulation), cibatio (cibation), sublimatio (sublimation), fermentatio (fermentation), exaltatio (exaltation), augmentatio (accroissement, multiplication), proiectio (projection). Toutes ces multiples opérations nécessitaient un matériel de laboratoire dont disposait bien évidemment l'Égypte hellénistique, tel qu'en rendit compte Marcelin Berthelot (op. déjà cité) dans un recensement aussi complet que possible des appareils utilisés : fours, alambics, kérotakis (vase clos à reflux) et bains-marie (attribués à Marie la juive), cucurbites à becs, creusets, pilons, broyeurs, récipients de toutes sortes. Ces ustensiles servaient donc à pratiquer indifféremment la Voie Humide faisant intervenir une instrumentation de verre ou de terre vernissée et la Voie Sèche nécessitant des creusets en terre réfractaire supportant de très hautes températures de fusions.

Déjà, au IIème siècle avant notre ère, Bolos de Mendès (souvent appelé Démocrite), si l'on en croit Pline et Sénèque, passait pour avoir "découvert la manière de ramollir l'ivoire et de le transformer (converteretur) en émeraude en faisant bouillir un cristal de roche ... Était-ce en vertu d'un pouvoir plus magique qu'alchimique qu'une telle puissance lui fut accordée, car ne disait-on pas de lui qu'il avait été initié par le Mage Ostanés ? Quoi qu'il en soit, ceci manifestait, sans conteste, la fusion des données perses et gréco-égypfiennes chez l'auteur de "Physica" et "Mystica", deux traités alchimiques aux préoccupations incontestablement spirituelles. À propos toutefois du caractère proprement opératif revêtu par l'Alchimie, on lui prêta ces termes:

"Celui qui n'a pas expérimenté, sait peu. Celui qui a expérimenté a crû en sagesse. Laisse le sage s'instruire encore."

Ajoutons encore que, dans son "Physica", il digressa largement des transmutations en or et en argent. Marie, dite la juive, lui succéda peu de temps après, très probablement. On lui attribue l'origine de certains ustensiles de laboratoire, tels le bain-marie (qui porta depuis son nom), le kérotakis et le tribikos ou alambic à trois becs. De plus, Marie sembla faire école puisqu'une certaine Cléopâtre parut s'y rattacher. On dispose, à son propos, d'un feuillet intitulé : "Fabrication de l'Or", rempli de symboles et d'un Dialogue révélant indéniablement ses préoccupations d'ordre opérafif :

" (...) Quand l'âme et l'esprit sont unifiés et ne font plus qu'un, projetez sur le corps d'argent et vous obtiendrez de l'or tel que les trésors des rois n'en contiennent pas."

Manusc. Trad. de Taylor

D'ailleurs, Olympiodore écrira plus tard (au Vème s. ap. J.-C.) :

"Tout le royaume d'Égypte, ô femme, est soutenu par trois arts : l'art des choses opportunes ; l'art de la nature et l'art de traiter les minerais. C'est l'art appelé divin, c'est-à-dire l'art dogmatique pour tous ceux qui s'occupent de manipulations et de ces arts honorables que l'on appelle les quatre (arts) chimiques (cet art divin) enseignant ce qu'il faut faire, a été révélé aux prêtres seuls... lorsqu'un prêtre ou ce que l'on appelait un sage, expliquait les choses qu'il avait reçues en héritage des anciens, ou de ses ancêtres, lors même qu'il en possédât la connaissance, il ne la communiquait pas sans réserve... De même aussi... les artisans préposés aux opérations faites par la voie du feu, ainsi que ceux qui avaient la connaissance du lavage du minerai et de la suite des opérations, ne travaillaient pas pour eux-mêmes, mais étaient chargés d'accroître les trésors royaux. (…) C'était une loi chez les Égyptiens que personne ne divulguât ces choses par écrit."

Berthelot "Collection, III"

On constate que l'Alchimie, en tant qu'Art Sacerdotal, ainsi que le travail des métaux, étaient placés, à Alexandrie, sous l'égide des prêtres, authentiques sages hermétistes. Les métallurgistes maîtrisaient parfaitement tous les rouages de leur art. Ils connaissaient l'électrum ou asèm : alliage d'or et d'argent, et savaient extraire le mercure par distillation de son minerai: le cinabre. La diversité de ses amalgames ne leur avait pas échappé. Ils possédaient, en outre, la connaissance de nombreuses teintures métalliques, telles qu'elles furent exposées dans les Papyrus de Leyde (IIIème s. ap. J.-C.) et de Stockholm.

Devant cet état de faits, Dioclétien, craignant que"les hommes ne s'enrichissent par cet art et n'en tirent une source d'opulence, ce qui leur aurait permis de se révolter contre les Romains", aurait décidé, selon jean d'Antioche, de soumettre tous "les livres anciens de Chemia" à l'autodafé!

Il faut dire, à sa décharge, que la tentation, en effet, était grande de contrefaire l'or et l'argent, ainsi que certaines recettes l'indiquent sans ambages : " [...] Il devient alors de l'argent de première qualité qui abusera même les ouvriers les plus qualifiés qui ne supposeront jamais qu'il puisse être ainsi obtenu" ("Papyrus de Stockholm", n°3), ou bien encore: "[...]Mettre l'or dans un fourneau, et quand il devient brillant, ajoutez les autres ingrédients. Retirer puis laisser refroidir lorsque la quantité d'or a doublé" ("Papyrus de Leyde". recette n° 17).

"…nombreux sont les adversaires et les inventeurs des espèces falsifiées, qui prennent les apparences de la vérité. Les vrais sages sont vite reconnus, s'ils sont examinés corporellement et spirituellement."écrivit en son VIIIème Livre (n°28) Zosime dit le Panopolitain, car originaire de la ville de Panopolis, bien qu'il résidât à Alexandrie (au IVème siècle de notre ère), où il s'affirma comme le plus célèbre, parce que prolifique dans ses oeuvres littéraires quoiqu'opératif également, des alchimistes grecs. On le surnomma d'ailleurs la couronne des philosophes, considérant qu'il en constituait le souverain. On lui prête la paternité d'une trentaine d'ouvrages (vingt-huit exacte.ment), réalisant en cela une véritable Encyclopédie alchimique intitulée: "Cheïrokméta". Il ne manqua pas, toutefois, d'insister sur le caractère secret revêtu par l'OEuvre :

"Ne révèle rien à quiconque et garde ces choses pour toi. Le silence enseigne la vertu. Il est très subtil de comprendre la transmutation des quatre Métaux : le plomb, le cuivre, l'étain et l'argent, et de savoir comment ils deviennent de l'Or parfait."

Si l'on ne peut réellement le considérer comme un auteur authentiquement chrétien, force est de constater que son propos est adapté à la nouvelle Religion, telle qu'en rend compter sa lettre à Théosébie :

"Hermès, disant que l'homme spirituel... a pour seul objet de se chercher lui-même, de connaître Dieu, et de dominer la triade innommable..." " (... ) Si tu comprends, et si tu te conduis convenablement, tu contempleras le fils de Dieu, devenu tout en faveur des âmes saintes. Pour tirer ton âme de la région régie par la destinée, vers l'incorporelle, vois comme il est devenu tout : Dieu, ange et homme sujet à la souffrance."

Ceci s'incluait dans le droit fil déjà tracé par tous les auteurs emplis de respect envers la pensée hermétique, tel l'apologiste chrétien Lactance, qui affirmait sans ambages (au IIIème siècle de notre ère) :

"Hermès a découvert, je ne sais comment, presque toute la vérité…"

Les textes alchimiques commencèrent, dès lors, à subir une influence de plus en plus marquée du Christianisme naissant. Ainsi, en dehors des nombreux ouvrages de Zosime consacrés à l'Alchimie mystique et pratique - comme son "Traité des Instruments et des Fours" l'atteste - influencés par les gnoses existantes incorporés dans un système relativement cohérent, pouvait-on trouver des auteurs chrétiens tels julius Africanus, originaire de Syrie et qui vécut à Emmaüs, puis, plus tard, à la fin du IVème siècle, Pélage, Dioscore et Synésius (Synésios), évêque à Ptolémais en Cyrénaïque. Ce dernier, né vers 370 de notre ère, rédigea plusieurs oeuvres à connotation alchimique. Ami de la néo-platonicienne Hypathie (fille de Théon) qui mourut martyre en 45 à Alexandrie où la Bibliothèque fut saccagée, il était féru de gnose et d'hermétisme. Ainsi rapprocha-t- il, dans son oeuvre intitulée "Dion", Hermès, Zoroastre et des ermites chrétiens : Antonios et Amous, en tant que représentant de la plus grande Sagesse qui soit. Ensuite, vint Olympiodore (au début du Vème sîècle), auquel fut attribué un "Commentaire sur le Livre de l'Energie de Zosime et sur les Dires dHermès et des Philosophes". Il y affirma que:

"Le feu est le premier agent, celui de l'art entier. C'est le premier des quatre éléments. En vérité, le langage énigmatique des anciens relatif aux quatre éléments se réfère à l'art."

Il insista également sur l'importance de l'Archè ou Principe fondamental, symbolisé par le serpent Ouroboros qui se mord la queue !

On vit ensuite survenir, au début du VIème siècle, un auteur anonyme surnommé Le Chrétien, sans doute un moine byzanfin affichant dans ses propos une orientation théologique, mais non moins gnostique et alchimique. Son disciple, à qui il dédia son oeuvre, fut vraisemblablement Serge Resainensis d'Alexandrie, qui traduisit en syrien bon nombre d'oeuvres grecques. D'ailleurs, l'Alchimie s'était déjà répandue en Syrie dans le courant du Vème siècle, sous l'impulsion des chrétiens nestoriens et monophysites. Il convient de noter, à cet égard, que les Mystères chrétiens n'étaient pas sans relation avec la gnose alexandrine entachée d'hermétisme, tout au moins dans l'esprit de certains apologistes ou Pères de l'Église, tels St Clément d'Alexandrie et Origène qui déclarait péremptoirement à Celse: "Alors, et alors seulement, nous les invitons à nos mystères (télétaï), car nous parlons de sagesse entre parfaits (téléioï, initiés)".

La Messe allait d'ailleurs fournir, dans sa liturgie naissante, tout le processus de l'Opus Alchymicum, jalonné de toutes les étapes conduisant à la Pierre Philosophale (Lapis Philosophorum) comme à l'Élixir de Longue Vie (Elixir Vitae). En effet, l'Eucharistie (Eucharistia : la bonne Grâce) faisait participer le chrétien au monde divin par la seule communion aux espèces végétales transsubstanciées, voire transmuées par la Grâce et les paroles consécratoires prononcées par le Prêtre. St Ignace n'avait d'ailleurs pas hésité à écrire : "La distribution du pain, qui est le remède de l'immortalité, l'antidote de la mort". La célébration eucharistique, commémorant la Cène, devenait ainsi semblable à une sorte de remède sublime, de concept analogue à un Pharmakon menant à l'illuminafion et à la vie divine.

Ainsi, l'Alchimie allait-elle être empreinte d'un symbolisme proprement chrétien. La mission rédemptrice du Christ ayant pour finalité l'Apocatastase (le Salut cosmique), elle s'associait donc parfaitement au pouvoir transmutatoire présumé de la Pierre Philosophale, d'où l'équation suivante : Lapis=Christus. D'ailleurs, le Mystère chrétien de la Résurrection n'était pas sans évoquer l'oiseau fabuleux d'Héliopolis : Bennu, le Phénix renaissant de ses cendres, ou bien la résurrection d'Osiris ou celle de Dionysos (Zagreus) !

L'Or s'identifiait ainsi parfaitement au Corps Glorieux (Aurez Gloriae, selon St Paul) ou Corps de Résurrection christique, par une véritable transmutation, manifestant le but de l'Ars Regia, l'Ars Magna. Par conséquent, l'Alchimie était investie d'un symbolisme hautement spirituel puisqu'elle l'était en essence, et la couverture empruntée par les allégories hermétiques chrétiennes était ainsi en mesure de voiler l'Opus Alchymicum qui aboutit, en tant que Voie initiatique authentique, à une transformation de l'être et de sa matière, à une véritable transmutation interne où l'Homme, grâce à la Pierre, atteint irrémédiablement le Plan Divin...

Source : www.ledifice.net

 

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Published by Patrick Rivière. Ed Ramuel - dans Alchimie
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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 08:54

Quelques définitions :

Esotérisme : Doctrine spirituelle, au niveau le plus élevé, réservée à une « élite », dévoilée par
Initiation à certains et non comprise par d’autres.

Exotérisme : Divulgué, (ex philosophie)

Gnose : Philosophie suprême de connaissances sacrées, objet de l’enseignement ésotérique des initiés.

Hermétisme : vient des textes grecs et du dieu Hermès ( dieu de la maroquinerie ?)
En rapport avec l’ésotérisme et étroitement lié à l’alchimie.

Alchimie : Science consacrée à la recherche de la transformation du plomb en or.
Principe majeur de toute alchimie : « solve et coagula » « dissoudre et coaguler »

Hermes est la transposition grecque du dieu égyptien THÔT représenté par un corps d’homme à tête d’ibis . Vénéré comme le dieu de la parole créatrice, de l’écriture et du calcul, donc du savoir.
Il est le scribe des dieux. Il est aussi celui qui mesure le temps. Hermés était préposé, à l’entrée des âmes aux enfers, à la pesée du cœur, donc à l’appréciation de l’homme .
C’est lui qui retrouva l’œil perdu par le dieu Horus lors de son combat avec Seth. Aussi, cet œil représente t il la victoire du bien sur le mal , c’est cet œil que l’on retrouve dans le temple et sur la tableau de loge.

On peut trouver 3 interprétations de l’hermétisme, à savoir :
Une doctrine ésotérique fondée sur un savoir venant du dieu Hermes ou Thôt
Une doctrine occulte des alchimistes, au moyen âge.
Dans un sens commun, le caractère de ce qui est difficile à interpréter, de ce qui est caché.

L’hermétisme est donc une philosophie, une religion, un ésotérisme ou une spiritualité à la recherche du salut par l’esprit, comme le gnosticisme, mais lié à la connaissance du cosmos. C’est la pensée de l’unité de l’être, dans des formes diverses et multiples, tout est un.
Le salut passe par la connaissance : se connaître, se reconnaître comme étant fait de vie et de lumière.( Analogie avec le prologue de st Jean : la parole était la vie, elle était la lumière des hommes)

« Sachez que la fin n’est que le commencement et que la mort est cause de vie. La vie est le commencement de la fin. Voyez noir (à la naissance), voyez blanc (comme la vie), voyez rouge (pour une renaissance) »
Texte grec « attribué » à Hermes Trimégiste, le trois fois grand .

L’alchimie est aussi dénommée « Grand Œuvre » par ses adeptes. Sa dénomination vient de l’arabe Al Kimya qui vient de Khem, le pays noir, nom qui désignait l’Egypte.
L’hermétisme chrétien a favorisé le développement d’une alchimie occidentale, au début du XIIème siècle.
Aujourd’hui, l’alchimie est dualiste. Elle est le reflet de la matière et de l’esprit, du visible et de l’invisible, du bien et du mal.

Le but de l’alchimie est de tendre à purifier la matière, et, par osmose, dans le sens hermétique du terme, l’esprit.

L’alchimie repose sur l’observation des relations et interactions entre le visible et l’invisible où se font les transformations de notre mental, espace spacio- temporel où se forme notre conscience qui nous relie au Divin. Cette conscience est le reflet de l’âme collective et universelle du monde invisible. C’est par l’alchimie que sera délivré l’esprit de la matière et la matière de l’esprit. L’alchimie est le processus transmutatoire de l’homme vers le spirituel.

Cette alchimie repose sur :
les quatre éléments qui représentent des « états » symbolisés par la matière :
La terre, c’est l’état solide
L’eau liquide
L’air volatile
Le feu de chaleur et lumière.

trois éléments, ou « matéria prima » :
Le sel qui représente le corps
Le mercure qui est l’âme
Le soufre ou l’esprit

Le sel est ce qui unifie le corps, véhicule de l’âme et de l’esprit
Le mercure est le principe volatile de l’âme qui peut être changeante, il est le trait d’union avec les éléments mobiles, air et eau.
Le soufre, cependant, est fixe, car l’esprit est en phase avec les sept métaux primaires contenus dans la terre ou matière. Il est lié à l’élément feu qui transmute les métaux.
Ils forment les trois constituants de l’homme, le corps, l’âme et l’esprit.

Avec cette alchimie, le plomb signifie la vulgarité, la méconnaissance, la lourdeur, l’or représente l’acquisition de la sagesse de vie. Ainsi l’initié pourra abandonner ses métaux à la porte du temple, car pour lui, le plomb se transforme bien en or, tout spirituel.

L’alchimie emprunte ses principes à la symbolique d’une cathédrale, sanctuaire où la pierre de l’autel est le point focal de toutes les énergies.
Le sol de notre alchimie est, comme dans les églises, un pavé mosaïque. Cette dualité qui figure le bien et le mal, la lumière et la nuit, et sa clé de voûte en est l’approche de la perfection.
En alchimie, la croix a une valeur symbolique et de mystique ascensionnelle. Représentée dans la cathédrale par la nef et le transept, la croix devient un élément dynamique, reflet de la croix céleste, verticale et polaire, et la flèche de la cathédrale résume la démarche alchimique d’une élévation vers le cosmos, vers Dieu

Le « grand œuvre » se décompose en trois étapes :

L’œuvre noir, le monde du nord , la mise à mort de la matière et puis la promesse de naissance, le devenir. Dans les cathédrales, la rosace du nord, la plus sombre. Dans la matière sombre et désorganisée, surgit un espoir, une clarté (colonne du nord)

L’œuvre blanc, le monde manifesté, la sublimation, la fixation du volatil, l’âme pourra monter vers le ciel. C’est la rosace du midi, la plus claire, c’est l’épanouissement. Le déambulatoire et la sortie vers le sud symbolisent une régénération en harmonie avec les lois de l’univers. C’est l’œuvre blanc contenu dans une rosace resplendissante de lumière, tournée vers les cycles éternels de la vie. (colonne du midi).

L’œuvre rouge, illumination, spiritualisation, retour de l’âme sur terre, réincarnation, renaissance. La rosace ouest est, en principe, la plus rouge, dans la cathédrale. Une nouvelle conscience s’est développée, au cours de ces étapes alchimiques. Le soleil, à l’ouest, se confond avec le cosmos.

Les trois œuvres alchimiques marquent les trois points cardinaux d’une cathédrale, le quatrième, l’est ou orient, apporte la source , le jaillissement de la lumière pour accomplir le grand œuvre.
Car l’orient est le point majeur de la transition entre la nuit et le jour, c’est la dualité, la dissociation entre le chaotique et le cosmique, la cathédrale y est éclairée , c’est un transept lumineux, c’est le sanctuaire du Dieu créateur, l’arche d’alliance entre le temporel et le spirituel. L’étincelle devient conscience, c’est la maîtrise dans la lumière..
Les quatre extrémités de la croix ont rejoint les quatre points cardinaux et alchimiques de l’univers, créant un axe nord-sud qui exprime le passage de la matière immobile à un état actif de fertilité, d’épanouissement, et, un axe est-ouest , naissance et course de la lumière qui apporte l’énergie indispensable à la transmutation de la matière.

Ainsi, tout initié peut trouHermétisme Alchimie et Cathédralever sa pierre philosophale, et évoluer avec sagesse, il peut choisir sa voie et œuvrer à parfaire son évolution personnelle, conscient de faire un tout avec l’univers : Tout est un et un est tout.

 

Source : www.ledifice.net

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