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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:14

De plus, s’il n’était pas permis de rechercher le sens caché des lettres, pourquoi Dieu lui-même, dans Isaïe, 21, vers 22, prescrit-il d’écrire, de transposer, d’employer les uns pour les autres, les lettres elles-mêmes et les caractères divins, lorsqu’il s’agit d’exprimer les choses divines !

Pourquoi, enfin, les anciens Pères, ont-ils affirmé que l’Écriture Sainte, tout entière, avait plusieurs sens, si le sens littéral suffisait ?

Saint Jérôme et saint Chrysostome ne déchirent-ils pas parfois le sens littéral, qui est, en quelque sorte, l’enveloppe de l’autre.

Saint Grégoire de Rome et saint Grégoire de Nazianze essaient, l’un et l’autre, de pénétrer jusqu’à l’âme du Sépher, dissimulé sous la forme comme sous un voile.

Damascène, puis saint Ambroise livrent le sens positif et le symbolique. Enfin, saint Augustin, saint Basile, dans leurs poésies mystiques, célèbrent sur le mode lyrique tous les mystères que les cabalistes se contentent de défendre simplement, d’une façon différente, suivant les individus, et les philosophes profanes les rejettent en bloc parce qu’ils sont incapables de les comprendre !

S’il semble, à première vue, que quelque absurdité puisse sortir de la transposition des autres noms divins, des maîtres d’une science profonde, d’une haute sagesse, cités par l’antique tradition hébraïque, affirment que ces absurdités ne sont qu’apparentes.

Exemple : la transposition du nom El, Dieu ; qui donne La : Rien !

Évidemment, cela cache quelque mystère. En effet, tout ce que de savants théologiens proclament au sujet de Dieu, est exprimé non par affirmation, mais par négation. Ainsi, Dieu n’est ni un ange, ni une âme, ni le ciel : il est au-desssus de tout cela. C’est ce qui a fait dire à saint Denis que Dieu n’est ni nombre, ni Ordre, ni Un, ni Unité.

Il convient de raisonner de même pour tous les autres noms. Shadaï, par exemple, manifeste la toute puissance absolue de Dieu ; et inversement, la faiblesse des créatures. Et, de fait, tout ce qui existe à part lui, Dieu, l’Etre par excellence, n’est que faiblesse, comparé à cet Être infini.

Rien d’étonnnant, de même, à ce que le nom Bara, créateur, donne, par inversion traître, insidieux. C’est ce qui permet au saint Prophète d’appeler Dieu l’auteur du mal : « Dieu, dit-il, fait le bien et crée le mal ».

Mais, la lettre tue et l’Esprit vivifie ! On doit donc admettre que ces paroles renferment un sens secret. En effet, Dieu faisant le bien, signifie Dieu créant en puissance l’idée contenant le germe du bien ; Dieu faisant le mal, veut dire Dieu créant la matière, qui figure le mal, puisqu’elle est faite de rien.

Rien est nécessairement le mal, et les philosophes ne l’ignorent point. Donc, en réalité, faire le bien veut dire créer la forme ; faire le mal signifie créer la matière. Ainsi, Dieu est, à la fois, créateur et destructeur ! créateur du Monde, assurément ; mais, aussi, seul maître de le détruire, de le rendre au néant, selon son bon plaisir.

Et de fait, il engloutit dans un cataclysme universel toute créature vivant sur la terre ; effaçant de l’élément adamique toute substance corporelle, depuis l’homme jusqu’aux animaux : terrestres aquatiques et volatiles (Gen. 7) : Tout ce qui avait un souffle de vie périt.

Il en sera de nouveau ainsi, lorsqu’il viendra juger le monde par le feu. Car, de même qu’il a fait toute chose par une simple volition de sa libre volonté, de même, détruira-t-il tout en le plongeant dans une fournaise effroyable !

Le même raisonnement peut être appliqué au nom מלך Meleck, Roi, qui, inversé, donne כלםcontempteur acerbe.

Quant au troisième argument de Raguseius, nous concédons que les mots hébraïques, considérés dans leur propre puissance, n’ont par eux-mêmes, aucune vertu. Mais, en tant que formés du Verbe de Dieu, il n’est pas contestable qu’ils possèdent quelque efficacité.

Ne voyons-nous pas les possédés, lorsqu’on prononce sur eux ou qu’on leur impose, d’une façon quelconque le très saint de nom de Jésus, qui n’est autre que le nom Tetragrammaton, ne les voyons- nous pas, dis-je, tourmentés avec la plus grande violence par le Démon !

Mais, Raguseius déploie toutes ses forces contre les cabalistes ; il fait même preuve de peu de jugement, lorsqu’il les poursuit de ses imputations calomnieuses, les accusant de prétendre que le premier venu, en prononçant comme il convient les mots hébraïques, peut prédire l’avenir, guérir les maladies, commander aux bêtes fauves.

Nous allons prouver que ses calomnies, les prétendues monstruosités qu’il évoque seraient facilement réduites à néant par tout homme de bonne foi, même d’un savoir médiocre, pourvu qu’il fût instruit des mystères des lettres.

Nous montrerons également que les attaques grossières qu’il dirige contre la Cabale, avec autant de mauvaise foi que d’ignorance, ne reposent sur aucune base sérieuse. Et nous invitons les lecteurs bienveillants et avisés, à remarquer les propres contradictions de ce critique sans vergogne.

Dans sa lettre 5, qui traite de la Cabale, il déclare que les recherches sur les nombres, auxquelles se livrent les cabalistes, peuvent être utiles pour l’onomancie ; et, dans sa lettre 4, consacrée à la dite onomancie, il affirme que cette science ne repose sur aucun fondement : « Leurs écrits, dit-il, cette science elle-même (l’onomancie) tout cela est faux ; et les cabalistes qui la professent, sont des imposteurs ! Ils utilisent bien la valeur numérique des lettres ; mais, c’est pour dévoiler, çà et là, les mystères de la sainte Écriture et non pour prédire l’avenir ! »

Telle est l’argumentation littérale de notre contradicteur.

Eh bien ! Je le demande : un homme d’esprit sain, peut-il pousser l’audace et la sottise jusqu’à nier le lendemain ce qu’il affirmait la veille !

Quatrième argument. Sur ce point ; Raguseius est en contradiction évidente avec tous les anciens théologiens et philosophes hébreux, qui attribuent aux mots hébraïques une sorte de vertu emphatique qui les rend efficaces !

Origène, dans son ouvrage Contre Celse, dit qu’une puissance admirable est cachée dans certains noms sacrés. Pour cette raison, ces noms ne peuvent être traduits dans aucune autre langue ; ils doivent être conservés dans leurs caractères hébraïques eux-mêmes, sous peine de perdre leur vertu.

Tel est l’avis de Zoroastre, d’Orphée, d’Hermès, du divin Platon, de Plotin, de Jamblique, en un mot de tous ces chercheurs éminents, qui se sont efforcés de scruter les choses divines.

Mais, écoutons, je vous prie, Eusèbe de Césarée, commenter la doctrine sublime de ces Philosophes : « Ne négligeons pas, dit-il (liv. II, chap. 4), le témoignage de Platon, déclarant que certains noms de Dieu recèlent en eux, une véritable force divine. »

Les anciens sages avaient donc raison d’interdire la traduction, dans une autre langue, des noms hébraïques attribués à Dieu.

Pour le même motif, — Platon en témoigne également dans son Cratile, — il était prescrit dans la loi, d’employer toujours, pour la prière, les noms convenant le mieux aux Dieux, ceux qui leur sont le plus agréable, sans jamais y apporter la moindre modification.

De même encore, aujourd’hui, l’Église, qui a conservé tout ce qui est utile à notre salut, a gardé intacts certains mots hébraïques, tels : Osannah, Alleluia, Amen, etc.

D’après Raguseius, elle ne les aurait conservés que pour mieux frapper l’imagination des fidèles !

Est-ce bien certain ?

Pourquoi l’Église aurait-elle, en effet, conservé ces mots plutôt que les autres ?

Que nos sophistes et autres sévères censeurs répondent, s’ils le peuvent !

S’ils déclarent que cela n’a pas d’importance, c’est donc sans raison aussi, que les évangélistes ont gardé ces mots étrangers et que l’Église après eux les a conservés tels ! Nul chrétien ne saurait penser ainsi, sachant que, dans l’Évangile, il n’est pas un Iota qui n’ait été inspiré par le Saint-Esprit ! De plus, s’il suffit d’un mot seul pour frapper l’imagination, que serait-ce de dix, de cent ! Il conviendrait donc de réciter l’Évangile tout entier, soit en Hébreu, soit en grec, pour qu’il fît plus d’effet sur les esprits !

L’absurdité d’aussi ridicules affirmations saute aux yeux ! Que Raguseius nous dise donc, sans ambage, pour quelle raison les Evangélistes ont rapporté en Hébreu, ces paroles du Christ : eli, eli, lama azaphtani ! et non celles-ci : In manus tuas commendo spiritum meum ! alors que l’une et l’autre exclamation sont consignées, en hébreu, dans les Psaumes ?

Prétendra-t-il également que les paroles dont le Christ se servit pour ressusciter la fille de Jaïre, n’ont pas un sens mystérieux ?

Saisissant la main de la jeune fille, qui gisait sur le lit funèbre, Il prononça ces deux mots : Thabita Kumi : Vois et lève-toi !

Si, en racontant ce grand miracle, saint Marc cite en hébreu, uniquement pour frapper l’imagination des lecteurs, les paroles mêmes du Christ qui rendirent la morte à la lumière et à la vie ; pourquoi, saint Jean, relatant la résurrection de Lazare, ne se sert-il pas des mêmes mots, alors que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le tombeau, et qu’il commençait déjà à se putréfier. Ce serait plus utile encore !

La même question se pose au sujet du mot que le Christ employa, pour rendre l’ouïe au sourd de l’Évangile. Ils lui amenèrent, dit l’évangéliste, un sourd-muet, en le priant de lui imposer les mains. Le faisant sortir de la foule, Jésus lui mit les doigts dans chaque oreille ; puis, il prit de sa salive, lui en toucha la langue et levant les yeux au ciel, en priant, il prononça en hébreu : Hiphata : ouvre-toi !

On peut donc affirmer sans crainte que ces mots étrangers, c’est-à-dire hébraïques (si tant est qu’on puisse qualifier d’étrangers des mots qui appartiennent à la langue véritable, primitive, mystique et très sainte) n’ont pas été choisis par les saints évangélistes, de leur propre chef, mais bien pieusement conservés par eux. Ils ne les ont pas inventés, mais reçus ; et ils ont une signification bien plus profonde qu’il me paraît tout d’abord. Exemple : eli, eli, lama azaphtani ! Le mot Eloï n’est pas usité en hébreu, comme l’a fort bien fait remarquer Reuchlin. On pourrait peut-être, dit ce savant linguiste, employer elohaï, mon Dieu ! Mais, il ne convient pas de dénaturer les paroles du prophète, dont l’Homme-Dieu, sur le point d’expirer, se souvint, je pense, et qu’il récita depuis le commencement de sa Passion jusqu’au moment où il rendit l’âme.

Touchant au terme de sa cruelle agonie, il en vint au Psaume 30e (d’après le classement des Septante) et cela pour que le commencement et la fin de sa passion fussent marqués par un même nombre.

De même, en effet, que les Princes des Prêtres offrirent 30 deniers au traître Judas, pour qu’il leur livrât son maître ; de même, le Christ offrit à son père la récitation de 30 psaumes avant de mourir !

Méditez, je vous prie, hommes sages, amis de la vérité et de la justice, si ce ne fut pas à bon escient qu’au cours de sa Passion, de son supplice, alors qu’il accomplissait l’œuvre de notre Rédemption, le Christ récita ces 30 Psaumes.

Il les commença au delà du Torrent de Cédron, dans le Jardin des Oliviers, alors que, saisi d’angoisse, il subit les affres d’une sueur de sang.

C’est de cet instant douloureux qu’il est parlé dans le Psaume 54, où il est écrit prophétiquement : J’invoquerai le seigneur et il viendra à mon aide, le matin et le soir ; j’élèverai la voix au milieu du jour, et je publierai ses louanges !

Ainsi, s’entretint-il avec Dieu pendant tout le cours de sa Passion, le soir, le matin et au milieu du jour.

Le plus souvent, il priait secrètement, de cœur plutôt que des lèvres. Le roi Prophète l’avait annoncé : Je méditerai dans le secret de mon cœur !

Mais quelquefois aussi, il prononça à haute voix certains versets des psaumes. Une partie de ses disciples, qui se tenaient auprès de la croix, l’entendirent et le racontèrent ensuite ; les autres, absents sans doute, n’en furent pas témoins !

Au nombre des paroles ainsi recueillies, se trouvaient, — il est permis de le penser, celles-ci : eli, eli, lama azaphtani, et : In manus tuas commendo spiritum meum !

Quelques-uns estiment que ces paroles ont acquis par là une vertu spéciale pour favoriser l’extase et la délivrance chez les agonisants. Mais, les auteurs hébreux sont muets à ce sujet.

Constatons un fait, qui cache évidemment un profond mystère : Immédiatement après ce Psaume 30e — non avant — se trouve le titre Maskil, c’est-à-dire Intelligence, Connaissance ou Savoir.

Or, après la mort du Christ, dont la dernière prière fut justement ce trentième Psaume, les Juifs commencèrent à comprendre, à estimer à sa valeur Celui qu’ils avaient méprisé et crucifié. Telles sont les observations de Reuchlin.

Ajoutons que ces paroles du Christ : Eli, Eli, etc., donnent le nombre 75, comme on le voit ci-contre :

On voit là, indiqué par la septième dizaine, que le Christ a accompli la peine totale ! Le nombre 70 indique en effet, la fin du châtiment. Saint Jérôme partage cette opinion, dans ses commentaires d’Isaïe, 23 : « Les nombres 7 et 70, dit-il, qui sont formés soit de sept jours, soit de sept décades, expriment l’accomplissement de la peine intégrale. » C’est pourquoi il est dit : Tyr, ayant accompli le temps de sa pénitence, sera rétablie dans son état primitif.

Le Christ a donc accompli le temps de la pénitence non pour lui, mais bien pour l’homme, dont la vie moyenne est de 70 ans selon le saint Psalmiste.

Quant au nombre cinq, il démontre que le corps de Jésus n’était pas un corps fantomatique, un corps fluidique, comme le prétendait l’impie Valentin ; mais un corps bien réel et matériel, soumis à la douleur, à l’accablement ; flagellé depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête et percé de cinq plaies principales, les plus cruelles.

Il répandit également, par cinq sources vives, ce sang précieux qui nous a lavés de nos œuvres de mort et nous a ouvert l’accès des félicités éternelles !

Enfin, par le nombre 75, le Christ indiquait d’avance son ascension du monde sensible, préfigurée par le nombre 75, vers le monde spirituel et glorieux.

Mais, ne révélons pas, à des demi-savants, ces saints mystères, d’une rigoureuse réalité, et passons à un sujet d’un intérêt moins capital.

Le cinquième argument de Raguseius ne réfute nullement la Cabale. Cet argument consiste à prétendre que la langue hébraïque n’est pas la langue originelle de l’homme. Cela importe peu aux cabalistes ! Toutefois, pour ne pas laisser le lecteur sous le coup de cent allégations, il paraît utile d’y répondre brièvement.

Disons tout d’abord que la première langue humaine, quelle qu’ait été celle-ci, a été nécessairement hiéroglyphique ; c’est-à-dire la plus apte à représenter par des signes les objets qu’elle voulait indiquer. Cette langue très pure fut donnée à Adam par Dieu lui-même. Elle était en rapport avec la pureté de notre premier Père. C’est d’elle qu’il se servit pour attribuer leurs noms aux animaux, qui se trouvaient dans le Paradis terrestre. C’est par elle qu’il détermina leur nature, leurs qualités essentielles, lesquelles lui étaient connues, selon toute vraisemblance.

Or, les Israëlites ont constamment affirmé, — non sans raison, d’ailleurs — que cette langue admirable, sainte entre toutes, était l’hébreu !

Et, de fait, si l’on considère avec un peu d’attention soit les lettres, soit l’ordre des mots hébraïques, cette vérité apparaît, inattaquable !

Livrons-nous un peu à cet examen : Chaque lettre y est formée d’un triple Iod ; et cela, afin de permettre de discerner, dans quelque lettre que ce soit, la Trinité des personnes divines et l’Unité de leur Essence.

Cette vérité est également confirmée par l’étude des racines hébraïques. En effet, de même que les autres lettres sont formées de trois Iod, de même les radicaux ou racines sont constitués par trois lettres.

N’est-il pas admirable aussi que, d’un triple alphabet disposé cabalistiquement, on puisse immédiatement construire tous les radicaux !

Cela ne se voit, croyons-nous, dans aucune autre langue. Et chose incroyable, il est possible, par cette méthode d’arriver à la connaissance parfaite de l’hébreu dans l’espace d’un mois !

Mais réservons cette étude pour un autre ouvrage, s’il plaît à Dieu.

Aussi me bornerai-je, ici, à apprendre au lecteur que la langue hébraïque fut celle même que parla Adam.

Après la tentative faite pour construire la tour de Babel, tentative au cours de laquelle se produisirent la ruine, la confusion et la division des langues, quelques saints patriarches conservèrent la langue originelle pure de tout mélange. Ils la transmirent intacte, de siècle en siècle, à quelques-uns de leurs descendants, choisis à cet effet par la sainteté de leur vie, et constitués en assemblée secrète.

Si l’on s’accorde, unanimement, pour faire remonter cette langue à notre premier père, il n’en est pas de même pour la fixation de son nom et de son étymologie. Les uns l’attribuent au patriarche Héber, fils de Salé, dont le nom d’après les hébreux signifie : passage où, d’après les auteurs syriaques : blé, froment ; les autres en font remonter la paternité à Abraham, en raison du mot Héber, lequel veut dire au delà, en avant. Ils s’appuient sur ce fait qu’Abraham franchit, le premier, l’Euphrate, d’après l’ordre de Dieu, pour s’établir avec ses fils dans la terre de Chanaan.

Rabbi Salomon se range à cette opinion (sup. 10. Genèse) : Les Hébreux, déclarait-il, furent ainsi nommés parce qu’ils habitaient en nomades, en étrangers, le pays de Chanaan et l’Égypte. Partagent le même avis : Lud, Luait, Lyranus, évêque de Bruges, et hébraïsant très distingué.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas contestable, l’histoire en fait foi, que ce fut à l’époque du patriarche Héber fils de Salé (Rabbi Joseph le qualifie de très sage prophète, parce qu’il donna à son fils le nom de Phaleg, lequel signifie Division), qu’arrivèrent la division des langues et la dispersion des peuples. Et ce fut ce saint Patriarche qui conserva pure, intacte, la langue originelle, c’est-à-dire la langue hébraïque, car son nom ne figure pas parmi ceux des hommes qui ont travaillé à l’édification de la Tour.

Après le déluge, la famille de Sem la garda dans toute sa pureté ; d’où elle parvint, aux dires des Hébreux, jusqu’au Sanhédrin, dans sa forme primitive sans aucune altération. Mais revenons à notre sujet.

Puisque la langue hébraïque est la première de toutes les langues, nous l’avons établi, il faut bien admettre qu’elle a été donnée à l’homme par la Nature. Pour qu’on ne soit pas tenté de m’accuser de me perdre dans des rêveries rabbiniques, qu’on veuille bien faire attention à ce que l’expérience quotidienne nous montre chez les enfants.

Ne les entendons-nous pas, alors que sortis à peine du sein de leur mère, ils sont déjà soumis aux calamités, aux souffrances de cette vallée de misères, ne les entendons-nous pas traduire leur douleur par des mots hébraïques, quand ils ne l’expriment pas par des larmes !

Plus tard, lorsqu’ils ont un peu grandi, ne les entendons-nous pas réclamer le sein maternel, en balbutiant des sons qui se rapprochent beaucoup des mots hébraïques. Ils semblent interpeller leur mère, lui parler Da, Da, ten, ten, répètent-ils : Or, en hébreu, Da signifie : mamelle, Then, signifie : donne : et ils ajoutent em, qui veut dire mère ; comme s’ils disaient : Mère, donne-moi ton sein ! Mais, n’insistons pas davantage sur ce sujet, pour le moment !

Le sixième argument de Raguseius est celui-ci : Adam n’a pas donné leurs noms aux animaux d’après leur nature propre ; mais plutôt d’après les particularités de leur forme extérieure.

Je m’étonne qu’il n’ait pas tenu compte, sur ce point, de l’opinion contraire, professée par la presque unanimité des Pères.

Voici ce que dit, à ce sujet, l’Écriture Sainte : Adam donna à chaque être vivant un nom, qui devint le nom définitif de cet être.

Les Pères ajoutent que ce nom était celui qui se rapportait le mieux à la nature de l’être qu’il spécifiait. Cette opinion est celle d’Eusèbe de Césarée, (lib., II, c. 4, Preparat. evang.). « Examinons dit-il, de quelle façon Moïse, homme avisé et sage, a traduit dans la Genèse, ce qui avait été dit verbalement par Adam, longtemps auparavant : Dieu, écrit le législateur des Hébreux, forma avec de la terre les animaux terrestres et les oiseaux du ciel ; et il les conduisit vers Adam, afin que celui-ci examinât quel nom il leur donnerait ; et ce nom qu’il imposa à l’âme de vie de chaque animal, devint le nom propre de cet animal.

Moïse, en déclarant que le nom, donné par Adam, fut le nom propre de l’être auquel il s’appliquait, Moïse n’a certainement pas voulu dire autre chose que ce nom était celui qui s’appropriait le mieux à la nature de l’être qu’il désignait. Ce qui est nommé, ajoute-t-il, c’est la nature même de l’être.

Et, de fait, le nom d’Adam, lui-même peut se traduire par Fils de la terre, ou formé de la terre ; en hébreu, Adam signifie terre ; et, en transposant : nature rouge, corporelle. C’est pour cela que cette expression désigne le fils de la terre, c’est-à-dire l’homme corporel.

L’être humain est également appelé enos ; et ce mot désigne l’homme raisonnable, non l’être corporel ; nouvelle désignation selon la nature de l’être. Les Hébreux donnent encore à l’homme le nom d’Isch, qui vient du mot esch, lequel signifie : feu. Ils expriment ainsi les qualités ignées chaudes de la nature mâle ; les qualités femelles, au contraire, sont désignées par le mot Ischa, parce qu’elles procèdent de l’homme. Il ajoute un peu plus loin : chez les Hébreux, en effet, tous les noms sont adaptés, d’une façon merveilleuse, aux choses qu’ils expriment et cela jusqu’aux éléments constitutifs des lettres elles-mêmes.

Et, après avoir établi que tous les noms furent donnés par Adam, d’après la nature même des êtres auxquels ils s’appliquaient, Eusèbe ajoute : A quoi bon insister et entasser preuves sur preuves, puisqu’il est prouvé que, chez les Hébreux, chaque chose a reçu la dénomination qui lui convenait le mieux, celle qui se rapportait le mieux à sa nature propre. Ainsi s’exprime ce savant Père de l’Église.

La plupart des anciens auteurs, tant hébreux que grecs, ont professé ouvertement une opinion identique ; on la retrouve dans le Zohar, cet ouvrage d’une insondable profondeur. Les Rabbins, Platon (dans son Cratyle), Plotin, Jamblique, Joseph, l’Auteur de la paraphrase chaldaïque, Origène l’ont partagé également. Enfin, après tous ces Pères et écrivains célèbres, le très érudit Génebrardus l’a faite sienne, à son tour, dans sa Chronologie, fol. 21 : Adam, dit-il, sur l’ordre de Dieu, imposa leur nom à toutes choses, non d’après leur forme extérieure, mais selon la nature de chacune d’elles.

J’ajouterai que, de même que la Parole nous a été donnée par Dieu, pour exprimer les sentiments, les conceptions de notre esprit ; de même, il est unanimement admis, et avec raison, que leurs noms ont été donnés aux choses non seulement pour les désigner, mais encore pour déterminer leur nature, pour préciser leur ipséité.

Nous avons longuement traité ce sujet, dans notre commentaire sur les Conclusions cabalistiques de Pic de la Mirandole.

Septième argument. — Nous nous inscrivons en faux contre cette assertion de Raguseius : qu’on ne possède plus, aujourd’hui, les caractères hébraïques, en usage avant la captivité de Babylone.

En effet, toute la loi traditionnelle se rapporte à un seul et même type de lettres ainsi que l’enseigne dans le Talmud, toute l’école au témoignage de Genebrardus [8].

Il résulte de ce fait qu’il n’est pas vraisemblable que les juifs aient transcrit la loi elle-même en caractères différents, l’aient conservée telle, dictée et transmise de leurs descendants, alors qu’ils se conformaient, avec un soin minutieux, aux règles concernant l’emploi des lettres, observant jusqu’aux points les plus futiles.

D’autre part, s’ils avaient jamais modifié la forme des caractères, il leur aurait fallu, également et nécessairement, changer les mystères qui se cachaient sous ceux-ci.

Peut-on modifier un triangle [9], sans changer, en même temps, sa nature de triangle ! On ne saurait nier, toutefois, que quelque modification ait pu être apportée dans la forme des lettres. Rabbi Mosès Gerundensis, s’il faut en croire Genebrardus, paraît incliner vers cette hypothèse. Il déclare que les Juifs, ne voulant avoir rien de commun, au point de vue du culte, avec les dix tribus dissidentes d’Israël, adoptèrent les caractères dont on se sert aujourd’hui, c’est-à-dire les caractères carrés, qui ne sont pas tout à fait identiques avec les caractères primitifs.

Saint Jérôme adopte cet avis, dans la préface de la Vulgate. Mais, demandera-t-on, de quelles lettres, de quels caractères se servaient donc autrefois les Juifs ?

Ils employaient deux sortes d’écriture, et se servaient de deux dialectes différents. L’un était à peu près semblable à l’hébreu rabbinique dont on fait usage de nos jours, ou s’en rapprochait sensiblement ; l’autre était le Samaritain. S’étant aperçus que les choses saintes étaient confondues parfois avec les profanes, ils firent choix, pour leur usage propre, d’un dialecte en quelque sorte sacré composé de caractères se rapprochant de l’hébreu rabbinique actuel, abandonnant du même coup l’araméen aux étrangers. Et par étrangers, dit Genebardus, Rabbi Hista entend les Samaritains.

Rabbi affirme qu’à l’origine, la loi fut donnée dans les caractères actuels, caractères désignés, dans le Talmud, sous le nom d’Assyriens. Ils furent modifiés, quelquefois, mais rétablis dans leur forme primitive.

Par contre, Rabbi Simon assure qu’à aucune époque, la façon d’écrire et de lire la loi n’aurait été modifiée.

Pour notre compte, nous partageons plutôt l’avis des auteurs précédents, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

 

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Published by Jacques Gaffarel (1625) - dans Kabbale
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:12

Mais, tous ces grands penseurs, qui se sont fait les champions de la Cabale, se trouvent en butte aux railleries de sophistes verbaux. Ceux-ci, n’attachant d’importance qu’aux seuls faits qui tombent sous nos sens physiques et illusoires, s’acharnent à dénigrer ces vérités éternelles, soit qu’ils les ignorent ou soient incapables de les comprendre.

Ils peuvent japper à leur aise, comme des chiens furieux, chaque fois qu’ils se heurtent à quelque secret inaccessible à leur entendement. Ils peuvent exercer leur rage impuissante sur tout ce qu’ils ignorent, sur les vérités sublimes, profondes, divines, auxquelles ils s’attaquent. Ils ressemblent à ces chèvres, qui toujours fébriles, selon l’expression de Varron, corrompent tout ce qu’elles touchent de leur haleine pestifère.

Pour nous, repoussant tout ce venin, grâce à un antidote céleste, remède souverain, nous exposerons les Arcanes, tels que les sages nous les ont transmis, et nous parlerons des mystères, mais en langage mystique pour les sauvegarder.

A quelle tâche plus noble, plus juste, plus utile à notre foi pourrais-je bien consacrer mes efforts, qu’à celle ayant pour but de rendre accessibles à tous ces mystères relatifs au bois de vie, à la révélation qui, d’après les cabalistes, en fut directement faite par un ange !

En effet, l’ange Raziel, duquel il a déjà été parlé plus haut, descendit du ciel pour annoncer à Adam la venue d’un Sauveur.

D’autre part, l’ange Gabriel fut envoyé à la Très Sainte Vierge Marie ; pour lui faire part de la venue du Messie, attendu depuis si longtemps par nos Pères.

Adam fut profondément troublé, en apprenant qu’il avait perdu la grâce de Dieu ; de même, les paroles de l’Ange jetèrent la Vierge dans un grand trouble.

Raziel consola Adam par ces paroles : Ne t’afflige pas outre mesure ; il sortira de ta race un homme juste, ami de la paix, dont le nom contiendra ces quatre lettres יהוה.

Gabriel, de son côté, dit à la Vierge, pour lui rendre courage : « Ne craignez rien, Marie ! Vous avez trouvé grâce devant Dieu ? Voici que vous concevrez et enfanterez un fils, que vous appellerez Jésus (ce nom est identique au nom tetragrammaton, ainsi qu’on l’a vu plus haut) ; il sera grand devant l’Éternel et on l’appellera le Fils du Très-Haut ! »

Adam, après avoir été réconforté par l’ange, alla se fixer sur le mont Moria. La Vierge, après la salutation angélique, se retira promptement sur la montagne.

Adam sur le Moria, rendit grâces à la miséricorde de Dieu. La Vierge, sur la montagne, entonna un cantique d’action de grâces :

« Mon âme exalte le Seigneur, etc. »

Enfin, il fut annoncé à Adam que le salut sortirait du bois, pour tous ceux qui l’attendaient ; la même prophétie fut faite à la Bienheureuse Vierge Marie, au sujet de son fils, ce fruit béni de ses entrailles, qui donna sa vie sur la Croix et dont la mort a, véritablement, racheté le monde.

Ce fut donc bien le vrai juste annoncé à Adam ; préfiguré par le juste Abel et par le pacifique Isaac ; et, lorsque les temps furent accomplis, lorsque l’heure indiquée par les Prophètes fut arrivée, il vint, lui-même, résumer en lui toutes ces figures.

C’est pour cela qu’inspirée par le Ciel, l’épouse du Cantique s’adresse ainsi à l’époux : « Montre-moi celui après lequel mon cœur soupire ! Où est dressée la table du festin ? Où est la couche, où tu te reposes au milieu du jour ? »

En Jésus-Christ, à l’époque de l’Incarnation et de la Passion, plus d’ombres, ni de figures, la réalité même.

Ces révélations, et d’autres de même nature, du plus haut intérêt pour la Religion chrétienne, se trouvent dans la tradition, pieusement conservée, des Patriarches, c’est-à-dire dans la Cabale.

Si elles peuvent être proposées aux méditations attentives des véritables chrétiens, il n’est pas douteux, non plus, qu’elles peuvent également servir à réfuter efficacement les erreurs des Juifs, des sectateurs d’Arius et autres hérétiques de même sorte, ainsi qu’il appert des Conclusions cabalistiques du grand Pic de la Mirandole.

Aussi, pour l’honneur, pour la gloire de la Cabale, il me paraît utile de rapporter, ci-après, quelques- unes de ces conclusions :

« Le cabaliste hébreu est forcé, d’après les enseignements, les règles de la science cabalistique, d’admettre nécessairement la Trinité et la distinction de chacune des Personnes divines Père, Fils et Saint-Esprit.

La religion chrétienne impose précisément le même dogme, sans y rien ajouter, retrancher, ni changer. Si l’on admet les enseignements de la Cabale, on peut facilement réfuter : non seulement ceux qui nient la Trinité, mais encore ceux qui la conçoivent d’une façon différente de celle de l’Église catholique : tels les disciples d’Arius, de Sabellionus et autres hérésiarques du même genre.

Aucun cabaliste hébreu ne petit nier que le nom de Jésus, interprété d’après la méthode, d’après les règles de la Cabale, signifie clairement ceci et pas autre chose : Dieu, fils de Dieu et Sagesse du Père unissant étroitement la nature humaine à l’unité divine par l’intermédiaire de la troisième personne divine, qui est le feu ardent de l’Amour.

De même, si cette parole du Prophète : Ils ont vendu le Juste à prix d’argent est expliquée cabalistiquement, elle ne signifie pas autre chose que ceci : Dieu, notre Rédempteur, a été livré à prix d’argent.

Si l’on ajoute l’Astrologie à la Cabale, on comprendra que le dimanche convient mieux que le samedi, pour le repos septénaire et l’union pacifique en Christ. Il résulte clairement, des enseignements de la Cabale, que la venue du Messie rendit désormais la circoncision inutile.

On saisit de même, par les bases de la tradition cabalistique que Jésus a pu dire, à bon droit : J’étais déjà avant qu’Abraham ne fut né !

Par l’éclipse de soleil qui se produisit au moment où le Christ expirait sur la Croix, on peut connaître, toujours d’après la Cabale, que celui qui souffrait alors sur le bois de rédemption, était bien le Fils de Dieu, le véritable Messie.

La lettre Schin, qui se trouve placée au milieu du nom de Jésus, indique aux cababilistes que le monde fut alors en paix, comme au point culminant de sa perfection ; et l’union de la lettre Iod à la lettre Vav, qui se fit en Christ, affirme que le Sauveur était bien le Fils de Dieu, fait homme.

Outre les arguments, accumulés à chaque page de ses Conclusions cabalistiques, Pic de la Mirandole, ce philosophe illustre, en produit d’autres qui permettent d’établir cabalistiquement la réalité des mystères de la Sainte Trinité, de l’Incarnation, du Verbe divin dans l’humaine nature, de la divinité du Messie venu parmi nous.

Ils peuvent également servir à réfuter les monstrueuses doctrines de ce siècle sur la virginité de la Sainte-Vierge Marie, avant et après sa conception ; sur la Passion du Christ, sur sa mort, sur le prix de celle-ci et sur la présence réelle matérielle de son corps dans l’Eucharistie.

Pic traite aussi des ordres d’anges, de la cause du péché originel, de son expiation, de l’immortalité de l’âme, de la création du monde, de la chute des démons, des peines de l’enfer et de beaucoup d’autres choses de ce genre, qu’il avait offert de venir soutenir à Rome, d’après les véritables enseignements de la Sainte Cabale.

Qui donc, maintenant osera infirmer cette partie essentielle de la théologie sacrée relative aux mystères cachés ? Qui pourra, désormais, la qualifier de vaine et d’inutile ?

Quel est l’homme qui, sans s’indigner, sans le condamner, pourra écouter, à l’avenir le tapage absurde et violent de ces déclamateurs qui s’attaquent continuellement à notre science ?

Qu’ils nous laissent donc en paix ; qu’ils ne nous fatiguent pas plus longtemps les oreilles, tous ces colporteurs de sornettes, tous ces imposteurs, dis-je (pour ne pas les qualifier de fauteurs d’une fourberie diabolique) qui taxent de mensonge, de superstition tout ce qui touche à la Cabale ! Ces hommes qui, à l’exemple de l’impie Mahomet (lequel voulant interdire à sa nation l’usage du vin, du rouge surtout, affirma audacieusement, qu’il n’était pas un grain de raisin rouge qui ne fut le réceptacle du démon), pour persuader que notre Sainte Cabale doit être rejetée, ont l’impudence d’avancer qu’il ne s’y trouve pas un mot, qui ne trahisse l’abominable, l’infernale ruse des démons ! Qu’ils nous laissent en paix, je le répète, ces honteux détracteurs de la Cabale ! On doit les considérer comme le fléau de l’humanité, comme la ruine de la religion chrétienne, eux qui osent qualifier de superstition ce que les cabalistes rapportent pieusement, saintement au sujet du Christ ! Leur forfait est abominable, impie ; et, jamais jusqu’ici, mortel n’avait eu à en constater de semblable !

Mais, pour qu’ils ne me taxent pas d’imposteur, comme ayant rapporté les conclusions de Pic en faveur de la Cabale, sans les vérifier et sans m’informer si elles étaient admises par l’Église, je leur apprendrai que celle-ci les a officiellement acceptées et approuvées.

J’en tire la preuve d’une bulle du souverain pontife, Alexandre VI, qui prend Pic sous sa protection, le vengeant ainsi des calomnies répandues par des ignorants contre ses Conclusions cabalistiques et ses autres ouvrages…

Mais, pour établir solidement la réalité de la tradition cabalistique, il est temps d’exposer et de réfuter les arguments qu’on y oppose.

De tous les auteurs qui ont écrit contre la Cabale, s’efforçant d’en renverser la base plutôt par de fades plaisanteries que par de solides arguments, il en est deux, surtout, que j’estime devoir être particulièrement réfutés.

Le premier, parmi les modernes, est le médecin de Venise : Georges Raguseius ; le second, le F. Marinus Mercenus [6], de l’ordre des Frères Mineurs.

Raguseius, s’inspirant de Démocrite, a combattu presque toutes les sciences par la raillerie.

Mercenus, lui, ne s’en est pris qu’à la Cabale, s’attaquant furieusement et spécialement aux œuvres du pieux et très profond Georgius Venetus, des Frères Mineurs.

L’un et l’autre, toutefois, poussés par une haine ou une ignorance semblable, je ne sais, ont tenté contre elle le même effort, ainsi qu’on va le voir.

Voici les arguments de Raguseius.

1° Il est possible d’ajouter d’autres noms aux dix noms divins, appelés Séphiroth par les Hébreux. Ceux-ci ne renferment en eux aucun mystère. Si les Rabbins prétendent que tous les autres noms de Dieu peuvent être ramenées à ces dix, je prétends, moi, qu’on peut les ramener aussi à un seul, l’infini, Ain Soph.

De même, le mystère des cinquante portes de l’intelligence est une véritable fiction ; de sorte que tout ce qui est enseigné à ce sujet n’est qu’une suite de fables.

2° Il n’y a aucun mystère dans le nom Tétragrammaton, ni dans les transpositions qu’on fait subir aux lettres des autres noms divins. Tout ce qu’on peut débiter à ce propos ne se sera donc qu’absurdité. Exemple : Dieu, אלdevient Rienלא. Shadaï שדי, tout puissant, se transforme en ידש, Impuissant ; ברא créateur, en ארב trompeur ; מלך Roi, en כלםcritiqueur acerbe ;

3° Aucun mot hébreu n’a de puissance en soi ; les démons ne peuvent donc être mis en œuvre par le pouvoir de ces mots eux-mêmes, mais par l’ordre de Dieu ;

4° Les mots hébraïques n’ont pas plus de puissance que les mots latins ; Deus exercituum, Dieu des armées, a la même valeur que Alei Tsebaoth.

5° L’Église n’a conservé certains mots hébraïques dans son rituel, que pour frapper l’imagination des fidèles par des sons étrangers.

6° La langue hébraïque n’est pas la langue originelle de l’homme ;

7° Adam n’a pas donné leurs noms aux animaux d’après leurs propriétés spécifiques ; mais plutôt d’après quelques qualités extérieures ;

8° Enfin, les caractères hébraïques actuels ne sont pas les mêmes que ceux qui existaient avant la captivité de Babylone, ainsi qu’en témoigne Saint-Jérôme, dans la préface de sa Vulgate.

Voilà tous les arguments — je n’en ai pas trouvé d’autres — par lesquels Raguseius, dans sa jactance, se vante d’avoir renversé de fond en comble l’édifice cabalistique, d’avoir démontré surabondamment que la science des anciens sages est vaine et entachée de superstition.

Qu’il me permette de le lui dire, en lui rappelant un vieil adage : il me sera tout aussi facile de réduire à néant son argumentation, peu solide à la vérité et confinant à la démence, qu’à un lièvre de manger une poire !

Tout d’abord, je reconnais, sans difficulté, qu’on peut effectivement ajouter d’autres noms aux dix grands noms divins. Mais, Dieu n’a pas besoin d’un plus grand nombre de noms, puisque, d’après les théologiens, il est Un en lui-même. Je dirai plus : il n’est pas possible d’assigner un nom propre à Dieu, considéré dans son Unité. En lui, en effet, un seul les contient tous ; et tous se résument en un seul, selon cette affirmation du grand Hermès : Dieu n’a aucun nom !

C’est pourquoi nous lisons qu’Athlatus, auquel on demandait un jour quel était le nom de Dieu, répondit qu’aucun nom propre ne pouvait lui convenir.

Il n’est, toutefois, personne d’assez ignorant pour ne pas savoir que Dieu est désigné par certains noms. Ceux-ci le déterminent non dans son essence, mais le spécifient dans les principales œuvres par lesquelles il se manifeste surtout à nous.

Ainsi, on nomme, Amour : la faculté par laquelle il attire à lui ses fidèles ; Lumière, celle par laquelle il illumine tout homme venant en ce monde ! C’est pour cela que le Christ — comme le remarque Saint-Hilaire, dans son ouvrage sur l’unité du Père et du Fils, — est appelé Verbe, Force, Sagesse, Droite, Bras, Perle. Trésor, Filet, Charrue, Source, Roche, Pierre Angulaire, Agneau, Homme, Veau, Aigle, Lion, Voie, Vérité, Vie.

Mais pourquoi les Hébreux attribuent-ils à Dieu dix noms, plutôt que neuf ou onze ; pourquoi cinquante Portes de l’Intelligence, et non quarante-neuf ? Pourquoi le Mystère que les cabalistes qualifient de Saint, se cache-t-il dans les nombres dix et cinquante [7] ? Cela est bien simple. Le premier nombre 10, est considéré comme le plus noble, le plus parfait. En effet, il contient en soi, en principe, en puissance d’être, l’universalité des nombres pairs (comme deux), impairs (comme trois), et des nombres composés de pairs et d’impairs entre eux, comme cinq, etc.

Le second, 50, est le nombre du Pardon, de la Pitié.

Bien que nous devions exposer ailleurs les mystères, qui, d’après la Cabale, se cachent sous les nombres, ce ne sera point, pensons-nous, nous éloigner de notre sujet actuel que de dire, dès maintenant, quelque chose de leur valeur.

Donc, pour faire comprendre les diverses significations des Livres Saints, et pour bien établir les mystères des nombres, nous allons exposer, ici, ce que pensait et écrivait saint Hilaire, à ce sujet :

« On ne doit pas ignorer (dit-il dans son commentaire sur les Psaumes, où il recherche pourquoi l’ordre de ceux-ci n’est pas réglé d’après le sujet traité — car, il arrive fréquemment que des psaumes, composés antérieurement, sont classés après d’autres qui leur sont postérieurs) que chez les Hébreux, les psaumes n’occupent pas de rang distinct. Ils sont classés à la suite les uns des autres, sans numéro d’ordre, comme un, deux, trois, cinquante, cent, et comme formant un seul tout. »

Si l’on en croit une très ancienne tradition, Esdras les amassa sans ordre, les prenant de tous auteurs, et de toutes époques, et il les réunit en un seul volume.

Mais, lorsque les 70 Sages de la Synagogue qui, d’après la règle instituée par Moïse, veillaient, à la conservation de la Doctrine et de la loi, lorsque ces sages eurent reçu, du roi Ptolémée la mission de traduire, de l’hébreu en grec, tous les livres sacrés, connaissant par une révélation divine la vertu des Psaumes, ils classèrent ceux-ci par ordre et par numéros, attribuant à chacun selon sa vertu et sa secrète puissance, le nombre qui lui correspondait par sa signification et propriété particulière.

Ainsi s’exprime saint Hilaire. De ce qui précède résulte clairement, comme le fait justement remarquer Pic de la Mirandole, que le numéro du Psaume indique sa vertu, son efficacité ! Et, il en déduit que Dieu peut être prouvé par les Nombres.

Indépendamment de cela Pic traite encore ces questions, d’un si haut intérêt : Si Dieu est infini ; si c’est un être intelligent ; de quelle façon il exerce sa connaissance ; s’il est la cause première de toutes choses ; s’il est absolu… et autres propositions très intéressantes, du même genre auxquelles il prétend pouvoir répondre par les Nombres.

On rapporte également que saint Jérôme, dans son ouvrage contre l’hérésiarque Jovinien, estime que le nombre Deux est néfaste. Aussi, peut-on lire, au chapitre 7 du dit ouvrage, qu’à propos du second jour de la création, la Bible ne dit pas : « Et Dieu considéra qu’il était bon ! »

Il convient de faire remarquer également qu’au moment du déluge, Dieu ordonna à Noë d’enfermer dans l’arche deux couples seulement d’animaux impurs contre sept d’animaux purs.

Que pourrais-je ajouter, je le demande, sur la puissance des Nombres ?

Certes, si les cabalistes, Pythagore, Platon et leurs disciples se fussent seuls occupés des mystères des nombres, ce n’eut peut-être pas été suffisant pour établir péremptoirement qu’ils en recelaient de véritables. Mais, après saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, Origène, saint Ambroise, saint Augustin, qui l’ont démontré à la lumière de la foi, par les mystères de la Religion, quoi d’étonnant à ce que, marchant sur les traces de ces Pères de l’Église, nous pensions à notre tour, que les nombres cachent plusieurs profonds mystères ?

Il est donc certain que le symbole des cinquante portes de l’intelligence voile un arcane véritable. Celles-ci, en effet, aux dires des Théologiens les plus mystérieux, ne désignent pas autre chose que la contemplation divine, grâce à laquelle au moyen des 50 degrés indiqués cabalistiquement dans la Genèse, nous pouvons arriver à une connaissance parfaite des créatures.

De plus, nous le répétons, le nombre 50 est attribué à la Pitié, à la Miséricorde. Il est, en outre, considéré comme le plus saint, le plus agréable selon l’esprit de la nature, parce que, dit Bungus, issu de la puissance du triangle rectangle, il révèle le principe de génération de toutes choses, lequel est en accord parfait avec les degrés de la Genèse ; dans ceux-ci, de même que dans le nombre 50, qui est celui de la Miséricorde, nous pouvons contempler le Créateur suprême, Principe de toutes choses.

Mais, nous traitons longuement, autre part, de ce sujet.

Le second argument de Raguseius est que le grand nom יהוה, que les anciens traduisaient par Anekphoniton, l’ineffable, ne contient dans ses profondeurs, aucun mystère.

Je m’inscris absolument en faux contre cette affirmation !

Ce nom très saint est, en effet redoutable, admirable, adorable. Aussi, sous l’ancienne Loi, ne le prononçait-on jamais ! On le remplaçait par le nom Adonaï, sous lequel on l’adorait avec un profond respect, comme sous un voile, sous un vêtement.

C’est également sous ce vocable que l’ont désigné les Apôtres, au témoignage de Génébrandus ; de même les Sybilles, les Septante, Origène (dans l’Hexaplis) ; saint Épiphane (Hérési., 76) ; Tertullien (dans son traité De la résurrection de la Chair) ; de même le plus ancien traducteur ; de même tous les anciens Pères et commentateurs : saint Jérôme, Damascenus, Theodoritus, Litanus, Londanus, Reuchlin, Vatablus, Mercenus et tous les Rabbins.

Le nom Anekphoniton traduit donc exactement ce nom Très-Saint. Les R. R. rapportent qu’interrogé par Jacob, qui lui demandait quel était son nom, l’Ange répondit :

Pourquoi cherches-tu à connaître mon nom, qui doit rester caché ?

On doit croire également que ce nom n’a pas été donné à Dieu par les hommes — ce qui a eu lieu pour beaucoup d’autres noms divins, choisis en raison des qualités qu’ils manifestent, — mais, que c’est Dieu lui-même qui se l’est attribué comme le plus saint, le plus en rapport avec sa nature éternelle.

On peut faire cette déduction, notamment, de ce que, dans les Livres saints, on trouve constamment cette interjection mystérieuse : . Moi, Jehovah יהוה.

Il est évident qu’on doit lui attribuer un sens profond, et ne pas s’en tenir à sa forme littérale et superficielle.

Si elle ne cachait, en soi, rien de secret, ce serait bien inutilement qu’on la retrouverait aussi fréquemment, jusqu’à trois et quatre fois dans une ligne de quelques mots. Et ce n’est pas sans un motif impérieux que le grand saint Basile, dans son Homélie sur la Genèse, 10, affirme qu’on ne peut avancer, sans blasphème, qu’un seul mot de l’Écriture Sainte est inutile ou superflu !

Si cette expression n’est pas inutile, il est donc permis de rechercher ce qu’elle signifie, clairement et mystiquement.

Tout d’abord, ce nom admirable יהוה Jehovah, que lès hommes n’ont ni trouvé, ni imaginé, — mais qu’ils ont reçu de Dieu lui-même — est celui de tous qui convient le mieux au Créateur Suprême ! Il énonce par une sorte de manifestation divine, aussi bien et aussi intelligiblement que possible la substance et l’essence divine. Il le fait cependant d’une façon inadéquate, en ce sens qu’il ne peut y avoir de commune mesure entre Dieu et la créature.

Les autres noms divins, au contraire, sont plus exacts, plus adéquats dans leur signification. Ils donnent l’idée d’une sorte de mélange, d’alliance du divin avec l’humain (ainsi que le prouvent Chatarinus et Roselus dans leur Trismégiste), puisqu’ils sont choisis par analogie, par similitude, en raison des actes attribués à Dieu, actes qui se retrouvent, bien que très imparfaits, dans notre propre nature.

Rabbi Moses Maïmonide dans son Guide des égarés, se range à cette opinion :

« Tous les noms de Dieu, écrit-il, ont été choisis d’après les œuvres divines qu’ils manifestent, à l’exception du nom Tétragrammaton. »

Mais, pour nous élever à des considérations plus hautes, disons qu’il est prouvé à ceux qui savent que les nombres correspondant aux lettres de ce nom divin, sont tous les nombres du cercle.

En effet, Iod égale 10 ; Hé 5 ; Vav 6 ; le second Hé 5 ; cela démontre que Dieu est une véritable sphère, et que son processus se développe selon l’ordre circulaire. Tout sort de lui, tout revient en lui !

Ne l’atteste-t-il pas lui-même par la bouche du prophète Isaïe, lorsqu’il déclare : « Je suis le Premier et le Dernier, tout est l’œuvre de mes mains ! »

Effectivement, de même que les rayons d’un cercle, issus du centre, se dirigent vers la circonférence ; de même, par contre, ces mêmes rayons sont tous ramenés de la circonférence au centre.

Il en est de même pour Dieu, sphère véritable, d’après Hermès, cet ancien et très savant philosophe.

Tout est contenu en Lui ! Toutes les créatures, quelles qu’elles soient, procèdent de Lui et retournent également en Lui. C’est en lui qu’elles habitent, qu’elles se meuvent, qu’elles vivent, selon cette parole de l’apôtre saint Paul « Nous vivons en lui, nous y agissons, nous y sommes tous contenus ! »

C’est pourquoi, dit Reuchlin, le nom Tétragrammaton, commençant par Iod, a été choisi par Dieu à notre intention, afin que nous reconnaissions en Lui le Point Infini, l’élément de tout nombre c’est-à-dire de toute chose !

Iod vaut dix ; et, dans la composition du nom Tétragrammaton, il est la dixième lettre ; comme suit : Ioha, Iao, Iai ; où, après Tétragrammaton, on trouve le nom Iao, qui n’est autre, par l’équivalence des nombres qui le composent, que le nom Ehieh, lui-même, lequel veut dire : Celui Est.

Il signifie également l’essence du Créateur, ainsi qu’il est dit dans l’Exode, 3 : Ehieh m’a envoyé vers vous !

D’autre part, יהו Iehou est le sceau de Dieu, dont Ehieh a scellé le monde ! אמת, Emeth, c’est-à-dire : vérité, attendu qu’il donne On le nomme pour cela naissance en se multipliant lui-même יהוarithmétiquement a אמת.

Vient ensuite le nom Iah. C’est celui de l’essence divine ; c’est par lui que Dieu châtie et récompense, comme le dit le saint Psalmiste : Si vous tenez compte de nos iniquités, Iah !

Le nom Tétragrammaton engendre donc trois autres noms, qui manifestent l’essence infinie de Dieu : l’Ineffable, Ehieh et Iah. On les traduit par : Quid est, qu’on formule , Quid ?

En effet, Tétragrammaton : Iod, Hé, Vav, Hé, par l’égalité des nombres, équivaut à Ma.

L’un et l’autre donnent 45, comme on le voit ci-après :

Lorsque Moïse eut demandé : De quel nom l’appellerai-je ? Il lui fut répondu : Ehieh !

Et, maintenant, si l’on considère attentivement les paroles suivantes de l’Esprit Saint, rapportées également par l’Exode, 3, et non sans raison : Pour moi quel est son nom, quel est-il ? et si l’on en prend les lettres finales, on constatera qu’elles forment le nom ineffable de quatre lettres, יהוה dont le commencement est Ehieh, le milieu Iah, la fin, infinitude.

Un grand mystère est également caché dans la transposition des lettres du saint Tétragramme, ainsi que nous l’exposons ailleurs.

Les adversaires des cabalistes tournent, il est vrai, en ridicule cette section de la Cabale, qui traite de l’évolution des lettres. Ils la représentent comme sans valeur et indigne d’un esprit sérieux. Elle épilogue lamentablement, disent-ils, sur les accents des lettres, les nombres, les transpositions, l’inversion des mots et les doubles sens.

Par contre, ils admettent partiellement celle qui se borne à interpréter la loi écrite, c’est-à-dire celle qui contient les enseignements secrets relatifs à la législation, au sens spirituel et allégorique des Écritures, à l’enseignement traditionnel de la Synagogue.

Fort bien ! mais peut-on accepter une partie de la Cabale et rejeter l’autre ?

Que ces détracteurs de la tradition citent un seul rabbin, qui, cherchant à pénétrer le sens secret de la loi, n’ait pas eu recours à la transposition des lettres !

Puis, quel mal peut-il y avoir à employer la commutation des lettres ou des mots, pour arriver à pénétrer le sens secret, caché sous ces lettres ou sous les nombres ?

Exemple : dans Zacharie, 3, le mot צמח qui signifie rejeton, a la même valeur numérique que le mot מנחם, lequel veut dire consolateur, qui est le nom du Messie. La somme des lettres de chacun de ces deux mots donne également 15.

Isaïe, lui aussi, emploie très judicieusement la commutation des lettres et des mots. Qu’on en juge, chap. XXV. Il est écrit… ששך au lieu de בבל, afin que le roi de Babylone ne prît pas en haine les Israélites.

De même saint Jérôme et Munster, dans leurs commentaires de ce prophète.

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Published by Jacques Gaffarel (1625) - dans Kabbale
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:10

Les anciens cabalistes désignaient toutes les parties, ci-dessus énumérées, de la Cabale par un mot unique גנת.

En effet, les trois lettres du mot indiquent, chacune, le sujet traité dans chaque division correspondante de l’art cabalistique.

Gimmel se refère à la gématrie ; Nun au notariacon (Ars notaria) ; Thau à la themurah.

De cette façon, la Cabale se trouve divisée en trois parties : la gématrie (géométrie) ou science des nombres, qu’elle étudie dans leur abstraction ; le notariacon, qui traite des abréviations de l’écriture et de la transposition des lettres.

La première de ces divisions se rapporte au Bereschit ; elle étudie la transposition des syllabes et des termes ; les correspondances des lettres, les révolutions des mots et celle des nombres.

La seconde règle l’emploi des lettres pour remplacer le mot entier (abréviations), usage courant encore chez les notaires. Elle était très usitée chez les Romains. Ils l’employaient surtout dans leurs formules judiciaires et presque dans toutes les inscriptions placées sur leurs monuments et leurs statues, exemple : H. M. E. T. H. N. S. et S. P. Q. R., formule si connue, où chaque lettre signifie le mot entier qu’elle représente.

La troisième partie s’occupe de la transposition des lettres ; elle consiste à écrire un caractère à la place d’un autre, d’après une méthode spéciale.

Quelques exemples feront saisir cette méthode :

Dans le premier chapitre de la genèse, le premier mot : Bereschit, est traduit : dans le commencement.

Or, de profonds théologiens affirment que le mot « Bereschit », signifie : J’établirai le fils, parce que le Père éternel, depuis le commencement, c’est-à-dire de toute éternité — s’il est permis de s’exprimer ainsi — a engendré son Fils unique ; et que ce Fils, depuis le commencement des Temps (ce que l’Apôtre saint Paul appelle la Plénitude), devait s’incarner dans le sein d’une Vierge très pure.

Or, tout cela se trouve contenu dans le mot Bereschit lui-même, pourvu qu’on y fasse cette légère transposition אשריבת, ce qui veut dire : fille bienheureuse ou fille des béatitudes, ou encore fille des félicités célestes ; toutes expressions qui désignentexcellemment la vénérable et très sainte Vierge Marie.

Celle-ci n’est pas, en effet, comme la première Eve, mère des calamités, fléchissant sous le poids des misères, des épreuves de toutes sortes ; mais bien la Mère nouvelle des Miséricordes, la Vierge remplie de grâce, sur laquelle s’est reposée l’ombre du Saint-Esprit.

Et, de même que, dans le mot Bereschit, Aleph et Beth nous révèlent le Fils unique du Père ; de même, dans le mot suivant אלהים.

Dieu, nous trouvons l’indication de la mère de ce Dieu.

En effet, la première et la dernière lettre du mot : Aleph et Mem, réunies, donnent אם, qui signifie mère.

Mais, un autre mystère est également révélé par ces noms : Bereschit et Alœhim, dans lesquels les cabalistes trouvent la révélation du Fils vivant de Dieu.

En outre, les mots : Bereschith Bara-Elohim, s’appliquent à la mort du Christ : car les dernières lettres de ces trois mots Aleph, Mem, Thau, forment אמת(vérité) et disposées d’après les règles de la Cabale, signifient : L’homme-Dieu est mort [3], et en lui était la vérité.

D’autre part, en se basant sur la valeur numérique des lettres de ce même premier mot Bcreschit, les mêmes savants Cabalistes fixent exactement la date de la Nativité, du Crucifiement, de la Résurrection et de l’Ascension glorieuse de Jésus-Christ, notre Sauveur !

Bereschit, lu ainsi étymologiquement בר אשית bar aschith signifie : je vous donnerai mon Fils, et indique le temps dans lequel ce Fils sera donné ; la date est exactement confirmée par la valeur numérique des lettres du mot Messie (envoyé).

Voici comment on procède : on extrait, d’abord, du nom les lettres dont la valeur est supérieure à cent (d’après la numération des Hébreux) : ainsi Resch, 200 ; Schin, 300 ; Thau, 400.

Décomposant ensuite le mot Bereschit dans toutes ses lettres formatrices, on prend encore dans leur nom explicitement écrit celles qui sont supérieures à 100. De Beth, on extrait donc Thau, 400, de Resch, 200 ; puis, la dernière lettre Schin, 300 ; dans le mot אלף on prend Pé, 00 ; dans Schin, 300 ; Nun final, 700 ; dans Thau, 400.

En additionnant ces nombres, on obtient le chiffre de 4.000 ans.

Et, en effet, le Christ est monté aux cieux, où il a été placé à la droite du Père éternel, après avoir vaincu le démon, la mort et l’enfer, l’an 3996 de la création du monde, date qui ne s’écarte que de quatre années seulement des 4000 ans indiqués ci-dessus.

De la même façon, par une méthode de calcul analogue, les anciens Pères de l’Église établissent que Melchissédec, ce fameux roi de Salem, a préfiguré et annoncé le Messie, attendu depuis si longtemps. Ils disent que son sacrifice, l’oblation du pain et du vin, a été la figure de la présence réelle du corps du Christ dans l’Eucharistie, ainsi que nous l’avons démontré ailleurs. C’est ainsi que, grâce à cette façon occulte, quoique chrétienne, de compter, il appert clairement, du tableau ci- après, qu’il y a identité entre Melchissédec et Jésus.

La seconde partie de la Cabale, au moyen d’une méthode analogue, enseigne l’art de représenter un mot entier, par une seule lettre.

Ainsi, dans le mot ברא qui est le second du premier livre de Moïse, les cabalistes chrétiens trouvent l’affirmation de la trinité des personnes dans l’unité de l’essence divine, ainsi que la déclaration des émanations de la divinité, et cela, contrairement à l’opinion des Juifs, qui soutiennent opiniâtrement le contraire.

Voici comment : Beth qui est la première lettre du mot Bara, signifie Ben, qui veut dire Fils ; Resh qui est la seconde lettre, signifie Ruah. qui veut dire l’Esprit-Saint ; enfin Aleph signifie Ab, qui veut dire Père.

Beth, Fils, est la première lettre qui s’offre aux yeux du lecteur, parce que le Fils s’étant fait homme, visible et mortel se trouve sous le contrôle de nos sens, bien mieux que les deux autres personnes divines.

Resch, Rouach, l’Esprit-Saint, est placée au milieu du mot, pour bien manifester cette émanation divine, qui fait que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.

Enfin, Aleph ou Ab, Père vient en dernier lieu, afin de bien montrer que c’est par le Fils et le Saint-Esprit que nous pouvons accéder jusqu’au Père, conformément à cette parole du Christ, notre Sauveur : « Personne ne peut aller au Père, si ce n’est par le Fils ! »

Cette section de la Cabale contient encore un grand nombre de secrets, aussi curieux qu’utiles, empruntés des Égyptiens et des anciens sages, et exprimés par des hiéroglyphes impénétrables aux profanes.

Je les ai longuement étudiés dans mon commentaire sur les Conclusions cabalistiques de Pic de la Mirandole. Aussi, me bornerai-je à exposer ici ce que Reuchlin, d’après les Rabbins, a rapporté au sujet de Judas Machabée.

Il raconte donc qu’il exista jadis, au temps d’Antiochus Eupator, un guerrier fameux, un général illustre, Judas, fils de Mattathias, qui combattit vaillamment pour la loi, le temple, Jérusalem, sa patrie, et pour les Juifs, ses concitoyens.

Antiochus s’étant jeté sur les siens avec son armée, Judas instruit par un ange donna comme signe de ralliement à ses compagnons d’armes un étendard, sur lequel il fit placer ce mot fameux מכבי. Ces quatre lettres devaient soutenir leur courage pendant le combat, et il leur promit que, par ce signe, Dieu leur donnerait la victoire. Les Juifs l’acceptèrent avec joie, comme un talisman devant leur assurer une puissante protection. Combattant avec ardeur sous cette égide, ils pénétrèrent dans le camp ennemi, massacrèrent 14.000 hommes, ainsi qu’un grand nombre d’éléphants et les guerriers qui les montaient.

A la suite de cet exploit, Judas le chef de l’armée, ainsi que nous l’avons dit plus haut, reçut, d’acclamation le surnom de Machabée, les quatre lettres inscrites sur son étendard se prononçant Machabei.

Ses compagnons attribuant la victoire à la puissance de cet étendard, les tribuns militaires, les sages d’Israël manifestèrent leur étonnement et demandèrent à Judas Machabée comment il se pouvait que ce signe leur eût donné un si brillant succès.

Le héros répondit que la protection du Dieu tout puissant et ineffable résidait en ces quatre lettres ; et il appela leur attention sur les paroles de Moïse, au chapitre XV de l’Exode, qui se traduisent ainsi : Qui est fort comme toi, entre les forts, Tétragrammaton !

Les quatre lettres, ci-dessus indiquées, synthétisent, en effet, cette exclamation par l’initiale de chaque mot. Iod y est considéré comme exprimant clairement le nom Tétragrammaton. Et, par l’équivalence numérique, מכבי correspond au nom divin des 72 lettres ce qui est un merveilleux symbole.

Enflammés par cette pensée que Dieu combattait avec eux, les soldats de Judas Machabée livrèrent une nouvelle bataille ; d’après les Écritures, ils n’exterminèrent pas moins de trente-cinq mille hommes, remplis de joie à la pensée de la présence du Seigneur et bénissant d’une voix unanime Tétragrammaton, le Dieu Tout-Puissant !

Cet exemple démontre qu’un mot tout entier peut être exprimé par une seule lettre, qu’elle soit employée seule ou qu’elle entre dans la structure d’un mot composé.

La tradition enseigne également qu’un seul mot peut exprimer une phrase tout entière. Exemple : dans Daniel, Mané, Thécel, Pharès : Il a compté, pesé et divisé.

Ces mots, appliqués à Nabuchodonosor, signifiaient : Dieu a compté les jours de ton règne, et ils sont accomplis. Il a été pesé dans la balance, et trouvé trop léger. Ton royaume a été divisé et donné aux Mèdes et aux Perses.

Donc, ou un seul mot peut être formé de lettres extraites de différents mots ou plusieurs mots, condensés en certaines lettres, peuvent se résumer en un seul. Ici, c’est l’unité qui sort de la multiplicité ; là, c’est la multiplicité qui est engendrée par l’unité.

Tel est l’exposé très savant de Reuchlin.

Cet illustre cabaliste ajoute, en exposant la troisième partie de la Cabale, qui traite de la mutation des lettres (Aleph se combine avec toutes les lettres et celles-ci avec Aleph ; de même pour Beth et pour chacune des autres), il ajoute, dis-je :

Cette méthode nous a été transmise, non pour détruire les mystères sacrés des Écritures, ni les tourner en ridicule, mais pour les conserver avec un soin pieux.

En effet, au moyen des lettres, on s’élève plus facilement à la méditation des plus hautes vérités ; elles permettent également de saisir le sens des choses sacrées. Exemple : Dieu s’adressant à Moïse, du sein de la nue, lui dit : Voici que je viens à toi dans une nuée épaisse, afin que le peuple m’écoute te parler et surtout qu’il croie à jamais aux 22 בך.

On ne doit pas croire à la Cabale à la façon des vieilles femmes, mais avec une foi robuste ; les enseignements qui ont été donnés à nos pères, au moyen des lettres, doivent être reçus par nous avec amour, joie, gaîté, satisfaction et confiance, comme il est dit au Psaume LXX : « Illumination et joie dans les 22 pour ceux qui te cherchent ».

Il faut savoir, en effet, que les 22 lettres sont le fondement du monde et de la loi, ainsi qu’il est abondamment démontré, au livre second du traité intitulé : « Le Jardin des Noyers ».

Reuchlin devait ajouter, en faveur des 22 lettres, ce témoignage irréfutable : Isaïe 41. V. 23 et 44. V. 7.

On trouve au début de la Genèse, 3-v. 21, ce bel exemple de transposition cabalistique des lettres : Dieu fit à Adam et à son épouse כתבות עור des vêtements de peau ; en transposant cabalistiquement, on obtient כבות אור ce qui veut dire : des voiles de miséricorde : étant remplacé par א en raison de l’analogie de prononciation.

Les cabalistes rapportent que les sages d’Israël, après Moïse, et même les Patriarches, avant lui, ont connu par révélation tous les mystères de la Cabale.

Par elle, l’infortuné Adam, bois de vie du genre humain, comprit qu’il portait en lui le type du Sauveur qui triompha de la mort sur ce même bois.

Accablé de chagrin, rempli de douleur, comme notre premier père gémissait, se lamentait, l’Ange Raziel lui apparut ; et pour relever son courage fit entendre ces paroles : Ne t’afflige pas outre mesure et ne te consume pas en gémissements, parce que tu as conduit le genre humain à sa perte. Cette faute originelle sera rachetée. Il sortira de ta race un homme juste, ami de la paix, un héros dont le nom, en signe de miséricorde, contiendra ces 4 lettres יהוה.

Avec une foi ardente, il fera sans hésiter le sacrifice de sa vie ; il étendra la main, saisira un morceau de bois, et le fruit de ce bois sera le salut pour tous ceux qui l’attendent.

Alors, ce malheureux père d’une race infortunée, au milieu des tourments, de la douleur, de l’angoisse, de l’affliction que lui causait la misère dans laquelle il était tombé, — misère qu’il déplorait dans les larmes, dans la tristesse de son cœur, — Adam, dis-je, rendit grâce à l’infinie miséricorde de Dieu. Il eut la ferme espérance que ses descendants seraient, un jour, rétablis dans leur premier état.

Il ne voulut pas que son épouse ignorât la miséricorde, la faveur insigne que Dieu lui accordait, et il lui fit part immédiatement de ce que l’ange lui avait révélé, pour relever son courage.

Aussi, lorsqu’Eve eut enfanté Caïn, croyant qu’elle venait de donner le jour à l’homme annoncé par l’ange Raziel, s’écria-t-elle dans son allégresse :

« Je possède l’homme tetragrammatique (promis). » Abel, lui aussi, d’après les mêmes cabalistes, n’ignora point ce mystère. Et, dès qu’il vit Caïn, son frère, armé d’une lourde massue de bois, se précipiter sur lui, il ne chercha point à éviter sa fureur. Il fut, au contraire, rempli de joie, ne manifesta aucune crainte, se montrant heureux d’être tué par ce bois et pensant que sa mort allait sauver le monde, perdu par la faute de son père. Il s’offrit au trépas en victime propitiatoire, devant fléchir le courroux céleste.

La même révélation fut également faite à Abraham, cet ancêtre vénérable des croyants !

Tétragrammaton lui apparut et lui dit :

« Je ferai une alliance durable avec toi et avec tes descendants, jusqu’à la postérité la plus reculée, afin que je sois ton Dieu et le Dieu de ta postérité après toi. »

Ces paroles étonnantes remplirent Abraham de surprise. Il avait alors près de cent ans et ne comptait sur aucune lignée. Réfléchissant toutefois, qu’il était encore vivant et que Sarah, sa femme, n’était peut-être pas irrévocablement frappée de stérilité, le saint patriarche, suivant la parole de l’Apôtre, « espéra contre toute espérance » !

Dieu lui tint compte de sa foi ; sa robuste confiance fut récompensée par la naissance du fils tant désiré : Isaac !

Mais, ô prodige de sagesse ; ô dessein insondable de la Divine Providence ! A peine ce fils, si cher, eût-il grandi, fût-il sorti de l’enfance, que son père reçut cet ordre de Dieu : « Prends ton fils unique, cet Isaac si cher à ton cœur ; rends-toi au lieu que je te montrerai en songe, et, là, sacrifie-le moi en holocauste ! » Cet ordre semblait cruel, d’une rigueur extrême ! Mais, ô commandement agréable ; ô enviable bienfait ! Croirait-on qu’il remplit de joie Abraham et le fit tressaillir d’allégresse !

C’est qu’il avait appris de ses pères, le mystère de l’arbre de vie ; et il se souvenait de la divine promesse : en toi seront bénis tous les peuples de la terre !

Il partit donc la nuit, avec son fils, après avoir coupé de ses propres mains le bois du sacrifice ; car, il savait que le monde devait être racheté par le bois.

Ils gagnèrent le sommet du mont Moria ! Adam y avait, jadis élevé un autel ; Abel, Caïn, Noé et ses fils y avaient offert des sacrifices au Seigneur [4]. Là, enfin, s’éleva plus tard le Temple de Salomon.

Ayant placé le bois sur les épaules de son fils chéri, le père et le fils, la victime et le sacrificateur arrivèrent à l’endroit choisi.

Lorsque Abraham eut dressé l’autel, et placé dessus le bois, il saisit d’une main ferme son fils bien aimé, l’espoir de sa race, l’ornement, la joie de sa tribu, sans que celui-ci opposât la moindre résistance.

Qui pourrait douter, après cela, qu’Isaac n’eût été instruit par son père du mystère de l’arbre de vie ?

Cependant, pour appuyer d’autres témoignages la réalité de cette révélation de la cabale, je veux rapporter, ici, les paroles suivantes du savant et discret Reuchlin [5], auquel le monde chrétien doit tant ! Il fut, en effet, le premier chrétien qui enseigna la langue hébraïque ; et il a très savamment traité de nombreux sujets utiles à notre foi, s’y adaptant d’une façon parfaite, sujets qu’il a tirés de l’histoire même des Hébreux.

« Si, dit-il, Isaac n’avait pas reçu de son père cette tradition, transmise par la Cabale, que le genre humain serait sauvé par le bois de vie ; par le sacrifice de ce juste, annoncé par l’ange, qui s’offrirait de lui-même en holocauste, il n’eut certainement pas (toute vie ayant horreur de la mort) fait preuve d’une telle bonne volonté, souriant au trépas suspendu sur sa tête, l’acceptant d’un cœur joyeux ! Cédant à la faiblesse de l’humaine nature, il se fût dérobé à cette rigoureuse éventualité. Tout au moins, eût-il tenté soit de fléchir par de touchantes supplications, la rigueur de son père, soit de se soustraire à celle-ci. Au lieu de cela, estimant qu’il devait être lui-même cette victime, par laquelle le monde serait racheté de la tache originelle, rien ne lui semblait plus agréable que ce sacrifice, plus doux que cette mort, qui, dans sa pensée, devait sauver le genre humain tout entier ! »

Tels sont les arguments de Reuchlin.

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Published by Jacques Gaffarel (1625) - dans Kabbale
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:05

De tous les bienfaits, même les plus grands, qu’un Dieu très bon, très puissant, ait jamais accordés aux hommes, j’estime qu’il n’en est point de plus précieux que la connaissance de ces moyens sûrs, éprouvés, immuables, qui permettent d’arriver à cette Patrie céleste, but de nos désirs.

Grâce à eux, brûlant de l’amour divin, languissant d’amour, dirai-je avec l’épouse [1], on arrive, par une très heureuse évolution, jusqu’à cet amour béni, éternel, qui n’est autre que Dieu lui-même. C’est pourquoi les apôtres affirment que l’Écriture sainte, inspirée de Dieu, nous a été transmise comme la voie sûre, comme le sentier direct pouvant nous conduire au salut.

C’est par elle que nous discernons clairement la volonté divine, immuable. En la discernant, nous l’observons ; en l’observant, nous l’aimons, et, en l’aimant, nous assurons notre bonheur.

O enviable béatitude ! délicieux amour ! heureuse soumission ! ô très divine Écriture ! Tu nous fais serviteurs de Dieu, les héritiers du Père éternel, les cohéritiers du Christ, les commensaux des Saints ! Tu nous sacres citoyens de la Jérusalem céleste, tu assures notre bonheur pour l’Éternité !

C’est toi qui, dans cette vallée de misères, où, soumis aux fatigues de toutes sortes, condamnés à la douleur, nous traînons une vie qui est plutôt une mort lente qu’une brève existence, c’est toi qui nous consoles par l’espoir de l’Éternité !

C’est toi qui élèves tant de justes, tant de saints à une vertu si haute, qu’on peut les comparer aux Anges ! Toi qui, aux dires de saint Bernard, es leur enseignement le plus élevé, les fais atteindre jusqu’aux cieux, les rends semblables aux Anges, qu’ils égalent en pureté.

C’est toi qui, au milieu des solitudes les plus inaccessibles, dans les cavernes, les grottes, les repaires les plus remplis d’horreur, c’est toi qui les inondes d’une joie indicible, les réconfortes et les soutiens par l’espérance d’une éternelle félicité !

Et pour remonter plus haut, c’est toi encore qui, en les assurant de la venue du Messie, fus la consolation de ces Ancêtres reculés, qui par suite de la tache originelle léguée par notre premier père, ne cessaient de gémir et de répéter au milieu de leurs larmes : « Ciel, répandez sur nous votre rosée, et que le juste descende des nuées, comme une pluie bienfaisante ! Que la terre s’ouvre et donne naissance au Sauveur ! »

Et tous ces généreux, ces invincibles athlètes du Christ ; ces Vierges timides qui, sans défaillance, avec un courage surhumain bravaient les bûchers, les lames rougies au feu, la roue, les chevalets, la hache du bourreau, ainsi que tous les autres supplices mis en œuvre par la tyrannie, et cela, pour conquérir la palme de la gloire céleste, n’est-ce pas toi, enfin, qui inspirais, qui soutenais si heureusement, si puissamment leur généreuse résolution ?

Mais, si dans le temps de misères que nous traversons, il n’est pas de meilleur moyen, pour assurer la tranquillité de notre vie, la paix de notre esprit, que de suivre scrupuleusement les enseignements de l’Écriture Sainte, seule véritable lorsqu’on remonte à sa source la plus pure ; par contre, rien ne peut influencer plus pernicieusement notre esprit, que dis-je, rien ne peut troubler plus profondément notre âme que cette Écriture, règle de notre vie, lorsqu’elle a été altérée, corrompue, et qu’il n’est pas possible de la suivre, de l’observer, sans tomber dans la contradiction et dans l’erreur.

C’est ce qui arriva, dit-on, peu après la Passion du Christ, notre Sauveur. Les Juifs frappés d’aveuglement, dénaturèrent à ce point, dans leur ignorance, ce texte sacré que presque tous ces passages, où les mystères de notre Rédemption étaient clairement exposés, devinrent obscurs et incompréhensibles. Tels furent ces faits, bien que certains Pères, dans leurs écrits, protestent contre cette assertion. Ce fut, hélas, la première atteinte du mal, et depuis lors, grâce à une certaine ambiguïté des mots, chacun commença à interpréter à sa façon la très sainte parole de Dieu. Il y eut autant de versions que de traducteurs ; et, chose plus déplorable encore, la foi varia selon les individus, la doctrine selon les usages de chaque peuple. Les choses en vinrent à ce point que saint Hilaire put, à juste titre, se répandre en saints gémissements sur la misère de son temps.

Dieu Immortel ! Quel remède radical et divin, s’imposait pour guérir un tel mal ?

Il eut fallu que l’Église, qui, inspirée et conduite par l’Esprit, nous est le garant de l’authenticité des Écritures, il eut fallu que l’Église ne laissât, de même, subsister aucun doute sur l’interprétation des dites Écritures.

Mais, je ne sais quelles puissances infernales lancées à l’assaut par Satan, vinrent obscurcir le ciel, jusque-là sans nuages, de l’Église. Laissant tomber sur ses enseignements un voile trompeur, elles provoquèrent une déplorable division, source de tous les maux. Abandonnant la voie droite suivie jusqu’alors, animées d’un souffle impie, résonnant comme la trompette de l’antéchrist, elles suscitèrent d’épouvantables schismes, qui désolèrent le monde entier.

Les Maîtres de cette époque, ayant perdu la tradition, semblables à un membre gangrené, arraché de son tronc, ne répandirent plus qu’une doctrine malsaine et corrompue. On livra aux femmes, aux enfants, aux ignorants, les textes les plus cachés des livres saints, sur lesquels aucun regard indiscret n’était encore tombé.

Par suite d’une façon nouvelle non seulement de lire, mais d’interpréter l’Écriture, on en vint à ce point qu’on vit chaque jour, le premier ignorant venu émettre d’effrayantes hérésies.

Saint Jérôme a tracé, en gémissant, un tableau magistral de cette corruption des textes sacrés :

« Il n’y a qu’une science des écritures, s’écrie chacun, et c’est moi qui la possède. Telle vieille femme bavarde, tel vieillard au cerveau affaibli, tel verbeux rhéteur, tous en un mot revendiquent pour eux seuls la vérité, dénaturant les textes, les enseignant avant d’avoir appris à les connaître. D’autres, grandiloquents et majestueux, dissertent au milieu des femmes, sur les livres saints. D’autres enfin, ô honte ! apprennent des femmes ce qu’ils enseignent aux hommes ! Et, comme si ce n’était assez, quelques autres, doués d’une certaine faconde, d’une audace plus grande encore, prétendent apprendre à autrui ce qu’ils ignorent eux-mêmes ! »

La plupart des Pères, d’un esprit intègre, s’attachant à ramener ainsi le sens des Écritures à la tradition des apôtres, les hérétiques décrétèrent qu’on devait se séparer d’eux. Et, comble de l’impudence, ils accusèrent leurs disciples de falsifier, de corrompre les textes, déclarant que, pour remédier à un aussi grand mal, il convenait de remonter à l’origine même de l’écriture hébraïque et de s’éloigner absolument, selon leur expression, de ces ruisseaux, si troubles, de l’interprétation et de la tradition.

Cela, nous le reconnaissons avec saint Jérôme, à qui ces inventeurs de fables osent faire la leçon, de qui l’Église catholique a reçu la plus grande partie de la traduction des textes sacrés. Mais eux, les critiques de saint Jérôme, on doit les écarter, endurcis qu’ils sont dans leur erreur, comme Pharaon.

Et s’il m’était permis, dans un débat de cette importance, d’exposer librement mon avis, je montrerais, plus clair que le jour en plein midi, en m’appuyant sur le témoignage même des Rabbins, que la version de saint Jérôme est conforme au texte hébraïque original.

En effet, les récits bibliques issus de cette source originelle, se retrouvent presque identiques, et dans les commentaires rabbiniques, et dans les écrits de ce grand docteur.

Les gens d’esprit sensé, qui attaquent le véritable sens des Écritures (si tant est qu’ils conservent un grain de bon sens, au sein même de la déraison) apprécieront s’il convient de rejeter complètement les sources rabbiniques.

Pour moi, s’il m’était permis de le dire, je ne croirais pas trop m’avancer en affirmant que tous les hérétiques, quel qu’en soit le nombre, peuvent, grâce à la Cabale (fondée sur la tradition des Hébreux) arriver à la connaissance de la Vérité éternelle ; de cette Vérité qu’ils ne peuvent contempler, ainsi que les oiseaux de nuit, habitués aux ténèbres, ne peuvent supporter l’éclat du soleil.

La Cabale, en effet, dans l’acception la plus large du mot, n’est pas autre chose que l’explication mystique des Écritures, explication qui fut transmise avant et après la venue du Christ, notre Sauveur. Et il me serait facile de démontrer que, grâce à elle, certains points encore controversés à l’heure actuelle, peuvent être facilement précisés.

Mais, il me semble voir certains des contempteurs actuels de la Haute-Science, qui croient avoir acquis des connaissances suffisantes (ou tout au moins s’y être appliqués) pour lui déclarer une guerre perpétuelle, il me semble, dis-je, les voir, ces imposteurs, ou entendre leurs divagations, les arguments à l’aide desquels ils réfutent, rejettent et essaient de détruire, comme entachés d’un levain de superstition condamnable, et la tradition des Rabbins et les enseignements de la Cabale.

C’est pourquoi j’ai cru utile, en traçant le plan de cet ouvrage, d’exposer d’abord les bases sur lesquelles s’appuient la science des Rabbins et celle des Cabalistes — que ses adversaires qualifient de diabolique ; après quoi, je réfuterai les arguments de leurs détracteurs.

Il faut donc savoir, d’après le témoignage de saint Paul, d’Origène et de saint Hilaire, dont nous examinerons les preuves ci-après, qu’en dehors de la doctrine écrite, il en existait une doctrine spirituelle, non consignée par l’écriture, que les Hébreux nommaient « loi orale » תורה בעל פה, qui se transmettait de bouche à oreille, et qui avait été donnée à Moïse sur le mont Sinaï.

Ce divin législateur en révéla, avec le plus grand soin, les secrets enseignements à soixante-dix vieillards d’Israël, qui les consignèrent, plus tard, en soixante-dix livres.

Cette loi traitait de presque tous les mystères, qui, en raison de leur profondeur, ne pouvaient être livrés à un peuple ignorant et grossier, mais étaient réservés à un petit nombre de sages, capables de les comprendre, de les conserver et de les vénérer comme ils méritaient de l’être.

Nous allons rechercher, toutefois, sur quoi repose cette opinion.

D’abord, saint Paul, dans son Épître aux Romains, semble bien partager cet avis, lorsqu’il écrit : « Qu’ont donc les juifs de plus que les autres peuples, à quelque point de vue que ce soit, quelle est l’utilité de la circoncision ? Ils sont privilégiés en beaucoup de choses, notamment une, que la parole de Dieu leur a été confiée. » Commentant ce passage de l’Apôtre, le très judicieux Origène s’exprime ainsi :

« Remarquons, dit-il, que saint Paul ne dit pas que ce sont les Écritures qui ont été confiées aux Juifs, mais la Parole de Dieu. »

D’où il résulte de la façon la plus évidente, — comme le fait observer le célèbre Pic de la Mirandole, lequel est, sans contredit, le premier des philosophes, — qu’en dehors de la loi écrite, il en existait une autre, confiée aux Juifs, et que saint Paul appelle la Parole de Dieu.

Le témoignage d’Origène est, évidemment, d’une incontestable valeur ; et l’on peut dire que, s’il en est d’aussi sérieux, il n’en est pas de plus probant.

D’ailleurs, l’Église apostolique, romaine, au jugement et à la critique de laquelle je soumets volontiers tout ce que je vais dire, n’a point condamné ce Père sur ce point.

Nous voulons, en outre, produire ici, aux yeux de tous, deux témoignages irréfutables contre nos adversaires. Bien qu’ils soient extraits d’ouvrages que l’Église tient pour apocryphes, nous les donnons quand même ; en effet, le saint concile de Trente a estimé que ces ouvrages ne devaient pas être rejetés en entier.

Quelques pères de l’Église : saint Jérôme, saint Cyprien, saint Ambroise et quelques autres, les citent parfois ; enfin, certaines versions latines de la Bible, tant manuscrites qu’imprimées, en font mention.

Le premier de ces témoignages est emprunté au 4e livre d’Esdras, chap. XIV, verset 3, où l’on peut lire : « Je me suis montré dans le buisson ardent me faisant connaître, et j’ai parlé à Moïse, alors que mon peuple était esclave en Égypte ; je l’ai envoyé vers lui et j’ai fait sortir mon peuple d’Égypte. Je l’ai conduit, ensuite, sur le mont Sinaï, je l’y ai gardé de nombreux jours et je lui ai dévoilé de nombreuses merveilles ; je lui ai découvert les secrets des temps futurs et leur fin ; je lui ai donné cet ordre, disant : Tu pourras divulguer telles paroles, mais tu tiendras telles autres secrètes. » Et, ailleurs, versets 45 et suivants : « Et il arriva qu’au bout de quarante jours, le Très-Haut fit entendre sa voix, disant : Divulgue les premiers livres que tu as écrits et que tous, qu’ils en soient dignes ou non, puissent les lire ; quant aux dix derniers, réserve-les soigneusement et confies-en le dépôt aux sages de ton peuple. Car, elles contiennent l’eau de l’Esprit, la source même de la sagesse, le fleuve de la connaissance. Et je fis, selon la parole de Dieu. »

Voilà bien des preuves qu’aucun homme sensé ne doit rejeter, d’autant que l’Église, qui reçoit l’inspiration divine, ne les a pas complètement improuvées.

Si certains critiques, cédant à un incroyable besoin d’ergoter, continuent à attaquer ces preuves et nous invitent à produire les témoignages des Pères de l’Église, j’apporterai, tout d’abord, le suivant qui est de saint Hilaire :

« Moïse, dit-il (supra. Psalm., 2), avait, antérieurement, déjà établi dans chaque synagogue un conseil de soixante-dix docteurs, car, le dit Moïse, bien qu’il ait consigné par écrit les enseignements de l’Ancien Testament avait, toutefois, réservé quelques-uns des passages les plus secrets de la Loi. Il en confia le dépôt à soixante-dix vieillards, qui devinrent par la suite les docteurs de la Loi Notre-Seigneur fait allusion, dans l’Évangile, à ce corps d’enseignement, lorsqu’il dit : Les scribes et les pharisiens occupent aujourd’hui la chaire de Moïse ; observez et accomplissez tout ce qu’ils vous enseignent ; mais, gardez-vous bien de faire ce qu’ils font. Or, leur enseignement s’est perpétué ; il vient de Moïse lui-même ; le nombre et la fonction de ces anciens se sont conservés ; ils sont restés dépositaires de la loi. »

Ainsi s’exprime littéralement saint Hilaire. On en peut conclure qu’il n’est pas possible de trouver un argument plus explicite, plus clair, confirmant l’existence d’un double enseignement de la loi.

Que des ergoteurs impénitents ne viennent pas prétendre que, dans certaines éditions de saint Hilaire, on trouve en marge ces mots : « Je n’en crois rien. » Quel que puisse avoir été l’auteur de cette annotation, qu’Érasme ou tout autre ait, de son propre mouvement fait ces additions, qu’importe ? Le texte original ne contient absolument rien de semblable.

J’en dirai autant de sa prétention de corriger le texte et de lire : perfecte, au lieu de prophetae.

Mais, abandonnons à la sagacité des érudits le soin de fixer ce point, et voyons ce que les sages ont dit de la Cabale ou Loi orale.

Eusèbe, dans son Histoire de l’Église, livre VI, chap. 2, reconnaît que cette loi orale fut donnée à Moïse sur le mont Sinaï. La même opinion est très savamment soutenue par saint Grégoire de Nazianze, De l’état de l’episcopat et Théologie, I ; Joseph, Antiq. Jud., livre IV, ch. 7 ; P. Galatinus. De Arcanis catholicae veritatis, I, 199. Reuchlin, De Cabala, livre I. — Oleast., ch. II, Medina, De recta fide in Deum, livre VII, ch. 14 ; Lud. Coelius Rhodigum, Antiq. lect., l’évêque Aug. Justin Nebiensis, Scholies sur les psaumes. Paul Burgensis, évêque de Midendorf. De Academicis. — P. Phagius. — Genèse, ch. XVI et Nombres : ch. i ; Anthon. Margarita, De ceremonis Judaeorum. — C. Postellus, De orig. et Antiq. ling. heb. ; Anton. de Guevarra (d’Espagne) Livre II, des lettres. Gorop. Becan, De lit. hiero- gl., livre VII. Porcherus. — Victoria contra Judaeos. Michael Neander, De Cabala Judaeorum. Bibliander, Comment. omnium linguarum, I. Cheradamus, Alphabet linguae sanctae. Paulus Israelita, De Cabala Judaeorum. Conrad Gesnerus. Mithridate. Bibliander, De opt. genere gram. Hebraïcae. Sextus (de Sienne), livre II, de sa Bibliothèque dont voici les expressions :

La Cabale est l’interprétation secrète de la Loi Divine, reçue par Moïse de la bouche même de Dieu, transmise par lui aux sages d’Israël et venue de ceux-ci, par une tradition non interrompue, verbale et non écrite, jusqu’à nos jours.

Elle a beaucoup de rapports avec ce que nous appelons l’interprétation anagogique, mais elle est plus élevée, car elle nous hausse des choses de la terre à celles du Ciel, du sensible à l’intelligible, du Temps à l’Éternité, du corps à l’Esprit, de l’homme à Dieu, etc.

Genebrardus, confirmant à son tour l’existence de cette divine cabale, ou tradition orale, s’exprime ainsi, fol. 21 et 22 :

« Il n’est pas admissible qu’Adam ait caché à ses fils et à leur descendance les enseignements nécessaires à leur salut. Partout, cela eut été jugé indigne d’un père, dans cette occurrence surtout où il s’agissait de dieu, de sa parole, de son esprit, qu’il lui avait été donné de percevoir. Il les avait instruits, au contraire, de la création de l’Univers (Gen., 2) dans lequel il avait occupé la place la plus noble, à ce point que, sur l’ordre de Dieu, c’est lui qui avait assigné à chaque chose un nom en rapport avec sa nature propre.

Il leur avait parlé de l’âme universelle de vie, de laquelle il avait été conçu et formé à l’image, à la similitude de Dieu, dont il était la véritable expression (Gen. i), de la grandeur de l’homme, de sa suprématie sur toute la Création, qu’il avait reçue comme apanage (ibid.) ; de l’état d’innocence dont il était tombé, de sa chute, de son péché, source de tous les maux qui l’avait exilé d’un jardin de délices, image de la vie immortelle future ; des anges, dont quelques-uns armés d’un glaive, flamboyant et tournoyant, défendent l’entrée de ce paradis terrestre ; des démons, ennemis du genre humain, de leurs embûches, et, notamment, de l’un d’entre eux, qui, sous la forme d’un serpent, les avait trompés lui et son épouse ; du Fils de la femme, c’est-à-dire le Christ, qui lui avait été promis pour le racheter de sa faute et de sa condition misérable (Gen. 3) ; de la sainteté du mariage et des lois qui le régissent, qu’il avait prédites lui-même (Gen. 2) ; des sacrifices et du culte à rendre à Dieu ; des commandements de Dieu et de sa volonté ; de la mort, de la pénitence, de toutes les peines générées par le péché, dont il avait fait lui-même l’expérience ou qui lui avaient été révélées par Dieu ainsi que par les propres déductions de son esprit ; de sa nature supérieure et parfaite ; enfin, il leur avait révélé tous les enseignements secrets, nécessaires à notre salut que Dieu ne lui avait pas ménagés : non seulement comme à un prophète, mais de plus comme à un être qu’il avait tiré de son essence même ».

De même (Chron. Hebr. fol. 6, Histoire de la Cabale), le sage rabbin, Abraham Lévi, la gloire des maîtres, s’exprime ainsi sur Josué, fils de Nun :

« Que la paix soit avec lui. Il reçut de lui (c’est-à-dire de Moïse) l’une et l’autre loi : la loi écrite et la tradition orale. Or, il est établi que Moïse, le premier de nos législateurs soutenait des controverses avec des Hébreux, du matin au soir. Et l’on ne peut prétendre qu’il faut comprendre seulement par ces mots l’enseignement de la loi écrite. Cela est inadmissible ; la loi écrite, en effet, ne traite d’aucun des mille cas de chicane, qui surgissent chaque jour. Il institua donc, par la suite, pour connaître de ceux-ci, des tribuns, des centurions, des cinquanteniers, des décurions ; et il leur fit cette prescription : Jugez les affaires de vos frères selon la justice et l’équité. Mais, c’est de son propre fonds qu’il vous traça, en ce temps-là, ce que vous deviez faire. Et cet enseignement qu’il vous donna, n’est pas autre chose que la loi orale. Il est traité en outre, des sacrifices et de leur rituel : Tu feras les sacrifices et tu t’alimenteras comme je te l’ai indiqué.

Moïse indique ainsi clairement qu’on lui a imposé, relativement aux sacrifices, des règles qui ne se trouvent pas dans la Loi. Or, il est impossible qu’il ne les ait pas transmises à son successeur Josué.

Josué, de son côté, les transmit aux anciens d’Israël, et mourut l’an du monde 2517. Les sages, qui succédèrent à Josué, les transmirent aux prophètes ; ceux-ci, enfin, se les transmirent réciproquement de l’un à l’autre, dans la suite des siècles et des âges jusqu’à Haggie, Zacharie et Malachie.

Les prophètes les transmirent également aux membres de la grande synagogue, notamment à Zorobabel, fils de Salathiel fils de Jéchonias, et à ceux qui revinrent avec lui de la captivité de Babylone : Jésus, Néhemie, Seroïna, Raalia, Mardochée, Balsanus, Masparus, Bagoa, Bhanur, Baana, lesquels étaient en effet, les chefs de la grande synagogue »

Telle est l’opinion d’Abraham Levi.

Après ces auteurs célèbres, dont nous venons d’exposer l’avis, puisque tous les Rabbins ou Cabalistes, qui ont cherché à pénétrer les mystères sacrés de cette tradition auguste, de la Cabale ou cabalistique, affirment ainsi que nous l’avons déjà dit, qu’outre la loi écrite, il existe un autre enseignement, secret celui-là, qu’ils appellent cabale, du verbe hébreu quibble קבל, qui signifie : recevoir. Et ils définissent ainsi cette réception ou cabale : La Cabale est la transmission symbolique de la révélation divine qui nous permet, pour notre salut, de contempler Dieu et les formes séparées2.

Nous disons : révélation divine parce qu’elle fut révélée à Adam, pendant son sommeil, ainsi que les Hébreux l’ont toujours affirmé. C’est ce qui lui permit d’assigner aux animaux de la terre, aux oiseaux du ciel, un nom, le plus propre à les spécifier d’après la nature de chacun d’eux.

Cette divine révélation ne fut pas faite seulement à Adam, elle le fut aussi à Moïse, sur le mont Sinaï, ainsi qu’il est dit plus haut.

Pic de la Mirandole, dans ses Conclusions cabalistiques, la divise en science des Séphirots, et en science des Schemots ; c’est-à-dire en une partie « agissante » et en une autre « purement spéculative ».

Mais quittons les généralités et pénétrons dans le détail. Il existe, en effet, aux dires de profonds cabalistes, antérieurs à Pic de la Mirandole, une cabale du Bereschit, et une Cabale de la Merchava. La première contient deux sections ; l’une traite des forces cachées de l’Univers ; l’autre recherche les lois qui régissent notre monde sublunaire.

C’est de cette dernière, dit-on, que traita le sage Salomon. Il disserta sur toutes les créatures du règne végétal, depuis le cèdre qui domine le Liban jusqu’à l’hysope de la muraille.

La Cabale de la Merchava, n’est pas autre chose que la théologie symbolique ou mystique, la science contemplative des choses sublimes et divines.

Elle se divise également en deux sections : l’une, dite du Béreschit, étudie les arcanes les plus profonds des nombres ; l’autre, dite des Schemots, traite des mystères des noms divers et de ceux des créatures.

C’est ce qui explique comment on retrouve, dans les écrits des cabalistes hébreux, tout ce que les anciens ont exposé relativement à la magie. Je ne parle pas ici de la magie noire et diabolique, sur laquelle il convient de jeter un épais voile d’ombre, mais, de la magie permise, de celle au moyen de laquelle les anciens sages de l’Orient, les Perses notamment, qui pénétrèrent très avant dans les mystères de la Divinité et de la Nature, purent accomplir des merveilles, au témoignage de saint Augustin, en se servant de moyens purement humains, en appliquant les puissances actives aux éléments passifs.

La magie comprenait, en effet, d’après Pline, trois sections, qu’on retrouve également dans la Cabale : la théologie, la médecine hermétique et l’astrologie.

La théologie servait à purifier l’homme, à le rendre apte à recevoir les enseignements occultes, en faisant de lui un ami de Dieu, le mettant en état d’étudier saintement les choses saintes.

La médecine hermétique traitait de la vertu des herbes, des pierres et des métaux ; de la sympathie et de l’antipathie qui existaient entre chacune ou chacun d’eux.

L’astrologie, enfin, avait pour but de rechercher, au moment où l’on entamait une entreprise quelconque, les conditions de temps, favorables ou défavorables ; les mouvements des corps célestes et leurs influences diverses sur les choses terrestres.

Il n’est pas douteux, d’après l’expérience quotidienne, que les forces célestes d’en haut ont une action sur les êtres terrestres d’en bas.

On peut conclure nettement, de ce qui précède, que la Cabale contient une partie théorique et une partie pratique. Certains de ses enseignements sont, en effet, purement pratiques, tandis que les autres sont entièrement mystiques. Ces derniers traitent de Dieu, des anges, des idées et de tout ce qui s’y rattache.

Cette section ne se contente pas d’étudier minutieusement les actes, émanant de Dieu lui-même et des esprits célestes ; elle fait servir également aux besoins du genre humain les connaissances ainsi acquises. Cette science est incontestablement la sagesse divine elle-même ! C’est par amour pour elle, poussés par le désir d’acquérir d’aussi nobles connaissances que la plupart des véritables théosophes de l’antiquité : Empédocle, Démocrite, Platon, Pythagore et tant d’autres, entreprirent de longs voyages pour aller s’abreuver à ces fleuves de sagesse, boire à leur source même.

Ainsi, l’illustre philosophe Apollonius de Tyane passa une longue suite d’années à sa recherche, la poursuivant sans relâche au milieu de la méchanceté, de l’ignorance des hommes, en dépit des malheurs du temps, de la misère causée par les guerres, alors qu’elle semblait s’être retirée de la terre tout entière !

Sans perdre courage, au témoignage de saint Jérôme, il parcourut la Perse, traversa le Caucase, visita les Albanais, les Scythes, les Massagètes et pénétra jusqu’au cœur des puissants Empires de l’Inde. Enfin, ayant franchi l’immense fleuve Phison, il parvint chez les Brahmanes. Là, il entendit Jarchas, assis sur un trône d’or, au milieu d’un petit nombre de disciples, puisant à la source même de Tantale, donner son enseignement sur la nature, sur les mouvements des étoiles et sur le cours des jours.

De là, à travers l’Elamitie, la Babylonie, la Chaldée, la Médie, l’Assyrie, le royaume des Parthes, la Syrie, la Phénicie, l’Arabie et la Palestine, il regagna Alexandrie. Poursuivant ensuite sa route, il se rendit en Éthiopie, pour y voir les gymnosophistes et la fameuse table du soleil qui se trouve dans le désert.

Laissons donc l’opinion de ces ignorants détracteurs de toutes choses, qui pour rendre odieux, méprisable aux yeux de la postérité ce mot de Cabale (lequel, représenté d’une part comme synthétisant une science démoniaque, accaparé de l’autre, et exploité par d’adroits charlatans, est presque tombé dans l’abomination), ont eu l’incroyable, la criminelle audace d’affirmer que la Cabale rendait l’homme diabolique, infernal, semblable à l’antéchrist !

Par malheur, elle a permis à des critiques, dont la sincérité ne peut être mise en doute, de conclure que les cabalistes recevaient leur inspiration de pernicieux démons ; qu’ils étaient sans conteste d’impudents sycophantes, qu’on devrait punir en toute équité.

Et, pourtant je me demande, en vérité, ce qu’on peut trouver de mauvais dans la Cabale !

Aussi, invité-je ces monstres, ces hommes abominables à écouter ce qu’a dit, de l’une et l’autre cabale, le célèbre comte de la Concorde (Pic de la Mirandole). Peut-être cesseront-ils, ensuite, de vomir leurs injures calomnieuses. « Il n’est pas, dit-il, de sciences plus propres à nous convaincre de la divinité du Christ que la magie et la cabale ».

Mais, répliquent nos adversaires, la cabale fait usage de pentacles !

Eh bien ! quelle conclusion en tirez-vous ? Peut-on condamner des signes, qui sont la représentation des choses divines ?

Le Christ n’a-t-il pas enseigné que l’on devait tout faire en son nom ? Or ce nom, d’après Archangelus de Burgonovo lui-même, ne peut être exprimé qu’au moyen de lettres, proférées ou écrites ! Ces dernières sont justement, les signes dont il est question.

Saint Paul, dont la poitrine vibrait de la parole du Christ, dit également : Quoi que vous fassiez, soit en parole, soit en acte, faites-le au nom de Jésus !

La croix est aussi un signe dont nous avons l’habitude de nous servir ; et ce signe est d’un usage fréquent.

Dans l’ancienne loi, il était également prescrit au prêtre de se couvrir le front du grand nom de Dieu avec ses caractères, ainsi écrit יהוה, lorsqu’il entrait dans le saint des saints (Exode).

On ne doit donc pas rejeter tous les caractères ! Il en est de saints, desquels il est dit : ce sont des instruments utiles pour l’œuvre divine, de même qu’il est des instruments naturels, utiles pour les opérations faites dans la nature.

Les adversaires des cabalistes n’en continuent pas moins leurs diatribes et demandent : D’où proviennent donc, si ce n’est du Démon, tant de choses extraordinaires accomplies par l’art de la Cabale ?

Hommes chétifs et aveugles ! pusillanimes et sacrilèges, ensevelis dans les ténèbres épaisses de l’ignorance ! Chaque fois qu’un fait extraordinaire, admirable, s’offre à vos yeux ou vous est raconté, vous criez au prestige de l’enfer et qualifiez le prodige d’œuvre diabolique ?

De même, les peuplades sauvages du Nouveau Monde, lorsqu’elles virent pour la première fois les Espagnols, les prirent pour des Dieux, pour les fils des Nuées célestes, parce que leurs canons imitaient le tonnerre, qu’ils faisaient parler les hommes entre eux au moyen de l’écriture, ignorée de ces pauvres sauvages, et que les cloches de leurs horloges sonnaient toutes seules !

Elles croyaient également que leurs navires étaient tombés du ciel, que leurs cavaliers, tels les centaures, avaient été créés ainsi par la Nature.

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Published by Jacques Gaffarel (1625) - dans Kabbale
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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 17:23

Suite à la demande d’un de nos Frères blogeur, je souhaite préciser que je serai très heureux que mes deux blogs : http://hautsgrades.over-blog.comet http://logedermott.over-blog.comfigurent dans les liens des autres blogs maçonniques. Nous sommes une communauté qui s’agrandit tous les jours et c’est bien de pouvoir être en contact avec tous les passionnés de la blogosphère maçonnique

De plus le but de mes blogs n’étant pas de « produire » des textes mais d’aller rassembler ce qui est épars je suis toujours en recherche pour trouver des planches ou des articles, voire des rituels.

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Published by T.D
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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 06:23

Pour beaucoup, la Kabbale est une pseudo-science sans contact avec le réel, une élucubration mystiquesortie du cerveau des abstracteurs de quintessence. C’est une erreur fondamentale, mais inévitable, car peu d’hommes disposent du temps nécessaire pour se faire une opinion circonstanciée et sonder les problèmes qu’elle aborde et résout.

À première vue, en effet, la Kabbale offre un aspect rébarbatif et emploie un langage de forme sibylline propre à rebuter les autodidactes d’esprit superficiel. Cependant, sous son voile hermétique, elle cache une science profonde, celle des rapports qui lient le contingent à l’absolu. Elle a été et reste la métaphysique la plus concrète et par conséquent la plus positive dont l’intelligence humaine se soit nourrie. Voyons comment.

La science analytique s’occupe uniquement du relatif, elle ne peut « outrepasser » sans abandonner sa hase de départ. Elle s’arrête donc au seuil de l’absolu, de l’infini, du transcendant.

Bien plus, elle repousse volontairement et sans appel toutes les notions dont l’analyse quantitative ne peut tirer parti. Elle engendre inéluctablement le matérialisme, le positivisme, le pragmatisme, en un mot, la philosophie exclusive du contingent, sans s’occuper de son support.

Constituer une science et une philosophie du relatif, c’est parfait. Mais le relatif est conditionné, c’est une donnée expérimentale. Comment et pourquoi est-il conditionné ? La science répond « non ultra possumus », et l’esprit humain, chercheur infatigable, reste insatisfait. Alors s’élève la voix de la philosophie ésotérique, essence même Kabbale. Le relatif, dit-elle, est une apparence, la seule réalité réside dans l’Absolu. La science analytique est suffisante dans la poursuite d’un idéal situé dans son axe, au seuil spirituel elle est impuissante. Appuyé sur la seule expérience, l’esprit est un arbre transplanté en un sol infertile, il s’étiole et perd le sens de sa propre réalité. Le relatif change, s’écoule, s’efface, il faut une base immuable pour supporter le devenir.

Mais, comment passer du relatif à l’absolu, et comment l’Absolu, source incontestée du relatif, peut-il émaner celui-ci sans s’évanouir en fumée ? La Kabbale, par analogie, explique le procédé involutif de l’Absolu et restitue le monde du relatif au même titre que la Science, tout en jetant un pont entre l’être et le néant, en reliant le contingent à son support nécessaire.

La philosophie Kantienne a figuré, de façon magistrale, l’antinomie irréductible de ces frères ennemis : phénomène (relatif) et noumène (absolu). Si nous allons de l’un à l’autre, par le mode inductif, au terme de l’analyse, le phénomène devient noumène et c’est absurde, l’absolu sombre dans le relatif et tout concept étranger à nos catégories se dissipe. Scientifiquement, on ne peut rien contre cette constatation, le transcendant échappe à notre intellect. Et pourtant, une notion indéracinable s’élève en nous : celle du noumène. Cette notion, Kant l’a considérée comme nécessaire à notre raison pour mettre un point final à l’indéfinité des séries phénoménales ; mais il a ajouté : couvre-t-elle une réalité ? Nous n’en saurons jamais rien, c’est un postulat.

Doute et négation sont inopérants, chacun de nous sent en lui un lambeau d’absolu irréductible au phénomène et Kant n’a converti personne à sa désespérance agnostique. Aucune philosophie proprement rationnelle, cependant, n’a donné la solution du problème, seule, la Kabbale, en concordance admirable avec les théologies modernes, a fourni la théorie capable de justifier le passage du relatif à l’absolu.

« Je suis celui qui suis », a dit Javeh dans le buisson d’Horeb. Et de l’être en soi, on ne peut rien concevoir d’autre. Il est, et il est un, c’est tout. Comment cette unité inaccessible et inféconde aux yeux de la raison, peut-on extraire l’universalité des êtres contingents ? C’est que, dit la Kabbale, l’Unité ineffable et inintelligible – Aïn-Soph – est expansive, elle possède la vie féconde par elle-même. Et cette vie se manifeste par une triple personnalité, interne à l’Unité et greffée sur l’être essentiel. Ici, le mot personnalité est synonyme de rôle ou d’attitude, et non pas d’hypostase. Ces trois altitudes prises par une même substance : Paternité, Filiation (Spiration), Procession nous sont accessibles dans une certaine mesure, car il ne s’agit plus de l’essence de l’être, mais des propriétés de l’être. Or, prononcer le mot propriété, c’est évoquer la possibilité d’une relation, et par cette voie, la relativité peut découler de l’Unité transcendante.

En effet, la vivante unité, par son activité interne, équivaut au ternaire, en raison de la triplicité des fonctions de l’être. Mais ce ternaire possède un moyen terme géminé à double face : Filiation-Spiration. Le ternaire contient donc en germe effectif, le quaternaire, et celui-ci est la condition suffisante de la création relative. Car, si le ternaire peut s’accommode ; d’une manifestation interne sans rompre l’unité essentielle, le quaternaire est, au contraire l’origine de la multiplicité. La Filiation indique la communauté de substance, d’essence, d’être ; la Spiration comporte la distinction. Par la distinction, l’Être s’oppose au néant et conçoit le champ de son activité. C’est là une attitude efficace : si elle s’exerce à l’encontre de la somme des possibles, elle est interne et donne à l’Unité la conscience de sa plénitude, si elle agit vis-à-vis d’une série déterminée, elle devient l’origine d’une notion particulière, elle manifeste un attribut de la Substance. Alors, l’Être extériorise une partie de son activité, il ne dit plus « Je suis », il dit « Je ne suis pas Cela ». Et Cela devient un être dérivé et contingent, car s’il reçoit l’être dans son intégralité indivisible, il ne peut s’opposer au néant que dans le cadre d’une limite.

Par la Spiration manifestée, la création s’écoule à travers le prisme filial. Ainsi, l’absolu et le relatif, de prime abord, incompatibles, se présentent comme les deux faces d’un seul problème : la vie universelle. Un prologue éternel : transcendance ; une action concrète : immanence ; un dénouement : réintégration harmonique qui conjugue les deux étapes. De transcendantal, l’absolu devient immanent, et, sur ses bases métaphysiques, la théologie chrétienne a établi ses dogmes fondamentaux :

Trinité = Relation d’origine entre les Personnes de l’essence divine.

Transcendance.

Création Immanence.

Chute originelle, rupture d’équilibre.

Incarnation = Descente effective de l’Absolu dans le Relatif (Restitution de l’équilibre par la confirmation de l’Immanence).

Rédemption = Réintégration du Relatif dans sa coparticipation de l’absolu-immanent (Le Salut).

Comment la Kabbale nous explique-t-elle cette compénétration de l’absolu et du relatif ? Elle emploie les noms divins révélés, leurs lettres constitutives sous leur valeur alphabétique et numérale, mais son argumentation primordiale réside dans l’arbre séphirotique.

La décade des Séphiroth découle d’Aïn-Soph. Aïn-Soph, c’est l’Être inconcevable et inintelligible, c’est l’Infini-Absolu dans toute sa plénitude intangible ; il est supérieur à tout être, à toute pensée, à toute qualité, à toute manifestation. Mais c’est lui qui sert de support, remplit et enveloppe tout ce qui est. Les Séphiroth ne sont pas des créations divines, des hypostases manifestées, ce sont des idées Fondamentales, des « idées-forces », elles constituent la dégradation de la Pensée absolue dans sa descente vers la relativité, vers la création éventuelle. C’est par elles que nous arrivons à saisir le dynamisme de l’émanation (Atziluth), par elles que nous montons du monde apparent des réalisations (Asiah), jusqu’à la notion limite de l’Intelligible : Ehieh, l’être en soi et sans détermination. En elles, la substance même de la Pensée divine circule du faîte à la base, de Kéther et Malkut. Chaque Séphira est une étape par laquelle l’Absolu prépare et conditionne son incarnation dans le relatif, chacune est un creuset grâce auquel la transcendance, se transformant en immanence, nous devient de plus en plus intelligible, dans ce qu’il nous est donné d’en connaître.

En un mot, les Séphiroth, procédant en quelque sorte, de l’Unité inaccessible dans son essence, compliquent dans leur marche involutive, le concept primitif de la distinction, pour aboutir à l’indéfinie multiplicité de l’Univers. Et c’est par une marche inverse et ascendante que notre esprit, par la voie intuitive, arrivera à reconstituer la subtile métaphysique de la communion de l’Absolu et du relatif et la somme des rapports qui relient l’un à l’autre, le devenir à l’immuable, le temps à l’éternité.

Cherchez dans l’arbre séphirotique ces idées et ces principes pour en développer les conséquences et vous aurez la clef de la Kabbale, le plan des sentiers et des voies et vous pourrez franchir les cinquante portes de l’intelligence. Nous n’insistons pas, car nous écrivons pour les hommes de bonne volonté et non pour les curieux. S’il y a des vides dans notre démonstration, ils sont voulus ; celui qui est appelé les comblera sans peine.

Source : http://www.kabbale.eu/prolegomenes-a-la-kabbale/

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Published by Constant CHEVILLON. - dans Kabbale
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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 06:21

Est ce que la Cabale est un " Midrach " ?

Je, elle, lui, moi, nous tous, nous cherchons la connaissance, en d'autres termes nous cherchons Daath.

" Si nos anciens maîtres étaient bien des Chevaliers de l'Esprit, sommes-nous pour autant définitivement condamnés à n'être que DES SUIVEURS TIMIDES ? L'esprit aurait-il soudain cessé de souffler dans le monde. " (Aquila Orientis - Bulletin de l'O. M. S I N° 8).
Cherchons cet esprit et nous trouverons la connaissance.

Qu'en pensent les savants ?

Comme nous sommes des Cabalistes des temps modernes, nous essayons de trouver la porte vers le troisième millénaire. Daath (cognition, science, savoir) est un rapport dans lequel se neutralisent les deux pôles suprêmes de la Pensée, car étant interposée entre Chokmah et Binah, donc la résultante de leur intime union, pas une relation mais un rapport, elle est le fait de l'intime union de la Sagesse et de l'Intelligence dans la Pensée. Dans cette opération, Chokmah sera l'action spontanée et Binah la réaction fixatrice, dont Daath sera alors la résultante. (Francis Warrain)

Si on lit dans Osée (IV:6) " Mon peuple périt faute de connaissance ", et il est ajouté: " Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai ", , il est clair qu'en hébreu le lien entre l'Adam et la Sagesse passe nécessairement par la connaissance. La Connaissance (Daath) est cette Séphirah virtuelle de l'Arbre séphirotique que les 'Habad Hassidim'relient à la Sagesse (Chokmah) et à l'Intelligence (Binah). (Le Golem)

Qu'en pensent les modernes ?

Il y a là un point délicat, le lieu de 1'Esprit Saint. Daath, une non-séphirah, est-ce le lieu où l'Ineffable peut entrer librement pour intervenir dans l'existence, est-ce la Connaissance venue de nulle part et qui provient directement de Dieu ? Comme elle est la fille des deux Séphiroth précédentes, elle est aussi l'Intuition avec un grand I, la Connaissance intérieure, la relation à l'Esprit Saint, à l'Énergie primordiale et omniprésente. C'est la Gnose de Dieu. Seule l'intervention divine peut la faire naître en nous, nous ne pouvons pas y accéder par notre seule volonté. (JP Guiliani)

Qu'est ce que nous en pensons ?

Pour nous, la Cabale est un Midrach, un instrument en évolution, non terminé, non achevé. Au temps de nos ancêtres Cabalistes Judéo-Chrétiens, le monde connu s'arrêtait à Saturne, c'était jadis la dernière planète, et Daath était inexistant, peut-être à cause du sens sexuel qui lui est attribué. Aujourd'hui, avec les planètes trans-saturnales, Daath est la frontière, l'Abyssos, et la planète Saturne, avec son voile, son cercle, pourra bien en être le gardien.
Voyons ce que Ted Mann, astrologue anglo-américain, en disait lors du congrès international d'astrologues en 1967 à Nieuwpoort (Belgique, à 10 km de Koksijde).
D'après son SOL-SYSTEM, Tiphereth, le Soleil, est le point de départ de la Cabale, suivi des deux planètes Mercure (Hod) et Vénus (Netzah); ensuite vient Gaia (la Terre, Malkuth), la troisième pla-nète à partir du Soleil. N'oubli-ons pas que la Lune (Yesod) tourne autour de Malkuth et pas autour de Tiphereth. (Chaque 28/29e jour Luna se trouve sur sa position cabalistique, c'est-à-dire à chaque Nouvelle Lune, quand Sol et Luna sont en exacte conjonction.)

Ici on constate déjà que la Cabale n'est pas une entité statique, mais un état qui change perpétuellement. Les planètes qui suivent sont Mars (Geburah) et Jupiter (Chesed). La prochaine étape, c'est Daath. Pourrait-elle être attribuée à Saturne, muni de son anneau de glace, barrant le chemin à tout le monde qui veut passer sans être prêt, sans avoir été initié à Daath ?

A partir d'ici nous avons les planètes trans-saturnales, c'est-à-dire des planètes ou Séphiroth qui ont une influence collective sur l'Humanité, savoir la Trinité Sacrée: Uranus / Chokmah, Neptune / Binah et Pluton / Kether.

Qu'en pensez-vous ?

Les planètes avaient-elles une signification en relation avec les Séphiroth avant que nous Judéo-Chrétiens leur en ont donné une ? Pour l'Angéologie, est-ce qu'il y a une différence si Pluton se localise sur une nouvelle position ? Neptune n'était-il pas les " Étoiles fixes " chez les Hébreux ? Pour le moment il y a 14 explications diverses, y compris celles de Crowley dans son Liber 777.

Est-ce notre devoir de nous aligner, de corriger et de rectifier la Cabale suivant les découvertes des temps modernes ? Je vous le demande.

Source www.ledifice.net

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Published by X - dans Planches
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 06:20

Les kabbalistes ont deux manières de parler de Dieu, qui ne font aucun tort à l unité de leur pensée. Quand ils cherchent à le définir, quand ils distinguent ses attributs, et veillent nous donner une idée précise de sa nature, leur langage est celui de la métaphysique; il a toute la clarté que comportent de telles matières et l'idiome dans lequel elles sont exposées. Mais quelquefois ils se contentent de représenter la Divinité comme l'être qu'il faut renoncer à comprendre entièrement, qui demeuré toujours en dehors de toutes les formes dont notre imagination se plaît à le revêtir. Dans ce dernier cas, toutes leurs expressions sont poétiques et figurées, et c'est en quelque sorte par l'imagination même qu'ils combattent l'imagination: alors tous leurs efforts tendent à détruire l'anthropomorphisme, en lui donnant des proportions tellement gigantesques, que l'esprit effrayé ne trouve plus aucun terme de comparaison, et se voit forcé de se reposer dans l'idée de l'infini.

 Le Livre du Mystère est écrit tout entier dans ce style-là; mais les allégories qu'il emploie étant trop souvent des énigmes, nous aimons mieux, pour confirmer ce que nous venons de dire, citer un passage de I'Idra raba. Simon ben Jochaï vient de rassembler ses disciples. Il leur a dit que le temps était venu de travailler pour le Seigneur, c'est-à-dire de faire connaître le véritable sens de la loi, que les jours de l'homme sont comptés, les ouvriers en petit nombre, et la voix du créancier, la voix du Seigneur, de plus en plus pressante. Il leur a fait jurer de ne point profaner les mystères qu'il allait leur confier, puis, s'asseyant parmi eux dans un champ, à l'ombre des arbres, il se montra prêt à parler au milieu du silence. " Alors une voix se fit entendre, et leurs genoux s’entrechoquèrent de frayeur. Quelle était cette voix? C'était la voix de l'assemblée céleste qui se réunissait pour écouter. Rabbi Simon, plein de joie, prononça ces paroles: Seigneur, Je ne dirai pas, comme un de tes prophètes qu'en entendant la voix je suis saisi de crainte. Ce n'est plus maintenant le temps de la crainte, mais celui de l'amour, ainsi qu'il est écrit: Tu aimeras l’Eternel ton Dieu. Après cette introduction qui ne manque ni de pompe ni d'intérêt, vient une longue description entièrement allégorique de la grandeur divine. En voici quelques traits : " Il est l'ancien des anciens, le mystère des mystères, l’inconnu des inconnus. Il a une forme qui lui appartient, puisqu'il nous apparaît comme le vieillard par excellence, comme l'ancien des anciens, ce qu'il y a de plus inconnu parmi les inconnus. Mais, sous cette forme qui nous le fait connaître, il reste cependant l'inconnu. Son vêtement paraît blanc, et son aspect est brillant . Il est assis sur un trône d'étincelles qu'il soumet à sa volonté. La blanche lumière de sa tête éclaire quatre cent mille mondes. Quatre cent mille mondes nés de cette blanche lumière deviennent l'héritage des justes dans la vie à venir. Chaque '( jour voit éclore de son cerveau treize mille myriades de mondes qui reçoivent de lui leur subsistance, et dont il supporte à lui seul tout le poids. De sa tête il secoue une rosée qui réveille les morts et les fait naître à une vie nouvelle. C'est pour cela qu'il est écrit: Ta rosée est une rosée de lumière. C'est elle qui est la nourriture des saints de l’ordre le plus élevé. Elle est la manne qu'on prépare aux justes pour la vie à venir. Elle descend dans le champ des fruits sacrés. L'aspect de cette rosée est blanc comme le diamant, dont la couleur renferme toutes les couleurs... La longueur de ce visage, depuis le sommet de la tête, est de trois cent soixante et dix fois dix mille monde. On l’appelle le long visage; car tel est le nom de l'ancien des anciens. "

Nous manquerions cependant à la vérité si nous laissions croire que le reste doit être jugé sur cet exemple. La bizarrerie, l’affectation, l’habitude, si commune en Orient, d'abuser de l'allégorie jusqu'à la subtilité, y tiennent plus de place que la noblesse et la grandeur. Ainsi, cette tête éblouissante de lumière, par laquelle on représente l'éternel foyer de l'existence et de la science, devient en quelque sorte le sujet d'une étude anatomique; ni le front, ni la face, ni les yeux, ni le cerveau, ni les cheveux, ni la barbe, rien n'est oublié; tout devient une occasion d'énoncer des nombres et des proportions qui rappellent l’infini. C'est évidemment là ce qui a provoqué, contre les kabbalistes, le reproche d'anthropomorphisme et même de matérialisme que leur ont adressé quelques écrivains modernes. Mais ni cette accusation, ni la forme qui en est le prétexte, ne méritent de nous arrêter plus longtemps. Nous allons donc essayer de traduire quelques-uns des fragments où le même sujet est traité d'une manière plus intéressante pour la philosophie et pour l'histoire de l'intelligence humaine.

Le premier que nous citerons forme un tout complet d'une assez grande étendue, et qui, par cela seul, se recommande à notre attention. Sous prétexte de faire connaître le sens véritable de ces paroles d'Isaïe: " A quoi pourrez-vous me comparer qui me soit égal" il nous explique la génération des dix Sephiroth, ou principaux attributs de Dieu, et la nature de Dieu lui-même, quand il se cachait encore dans sa propre substance. Avant d'avoir créé aucune forme dans ce monde; avant d'avoir produit aucune image, il était seul, sans forme, ne ressemblant à rien. Et qui pourrait le concevoir comme il était alors, avant la création, puisqu'il n'avait pas de forme? Aussi est-il défendu de le représenter par quelque image et sous quelque forme que ce soit, même par son saint nom, même par une lettre ou par un point. Tel est le sens de ces mots: vous n'avez vu aucune figure le jour où l’Eternel vous parla'; c'est-à-dire vous n'avez vu aucune chose que vous puissiez représenter sous une forme ou par une image. Mais après avoir produit la forme de l'Homme céleste, il s'en servit comme d'un char, Mercaba, pour descendre; il voulut être appelé par cette forme, qui est le saint nom de Jehovah; il voulut se faire connaître par ses attributs, par chaque attribut séparément, et se fit nommer le Dieu de grâce, le Dieu de justice, le Dieu tout-puissant, le Dieu des armées, et Celui qui est. Son dessein était de faire comprendre ainsi quelles sont ses qualités et comment sa justice et sa miséricorde s'étendent sur le monde, aussi bien que sur les oeuvres des hommes.

Car, s'il n'eût pas répandu ses lumières sur toutes ses créatures, comment ferions-nous pour le connaître? Comment serait-il vrai de dire que l'univers est rempli de sa gloire? Malheur à qui oserait le comparer même à l'un de ses propres attributs ! Encore bien moins doit-il être assimilé à l'homme venu de la terre et destiné à la mort. Il faut le concevoir au-dessus de toutes les créatures et de tous les attributs. Or, quand on a ôté ces choses, il n'y a plus ni attribut, ni image, ni figure; ce qui reste est comme la mer; car les eaux de la mer sont par elles-mêmes sans limite et sans forme; mais lorsqu'elles se répandent sur la terre, alors elles produisent une image, et nous permettent de faire ce calcul: La source des eaux de la mer et le jet qui en sort pour se répandre sur le sol font deux. Ensuite il se forme un bassin immense, comme lorsqu'on creuse une vaste profondeur; ce bassin est occupé par les eaux sorties de la source, il est la mer elle-même et doit être compté le troisième A présent cette immense profondeur se partage en sept canaux qui sont comme autant de vaisseaux longs par lesquels s'échappe l'eau de la mer.

La source, le courant, la mer et les sept canaux forment ensemble le nombre dix. Et si l'ouvrier qui a construit ces vases vient à les briser, les eaux retournent à leur source, et il ne reste plus que les débris de ces vases, desséchés et sans eau. C'est ainsi que la cause des causes a produit les dix Séphiroth. La Couronne, c'est la source d'où jaillit une lumière sans rien, et de là vient le nom d'Infini, Æn Soph, pour désigner la cause suprême, car elle n'a dans cet état ni forme ni figure; il n’existe alors aucun moyen de la comprendre, aucune manière de la connaître; c'est dans ce sens qu'il a été dit: Ne médite pas sur une chose qui est trop au-dessus de toi.

Ensuite se forme un vase aussi resserré qu'un point que la lettre, mais dans lequel cependant pénètre la lumière divine: c'est la source de la sagesse, c'est la sagesse elle-même, en vertu de laquelle la cause suprême se fait appeler le Dieu sage. Après cela elle construit un vase immense comme la mer, et qu'on nomme l'intelligence: de là vient le titre de Dieu intelligent. Sachons cependant que Dieu n'est intelligent et sage que par sa propre substance; car la sagesse ne mérite pas ce nom par elle-même, mais à cause de lui qui est sage et la produit de la lumière émanée de lui: ce n'est pas non plus par elle-même qu'on peut concevoir l'intelligence, mais par lui qui est l'être intelligent et qui la remplit de sa propre substance. Il n’aurait qu'à se retirer pour la laisser entièrement desséchée.

C'est ainsi qu'il faut entendre ces mots: Les eaux se sont retirées de la mer, et le lit du fleuve est devenu sec et aride. Enfin, la mer se partage en sept branches, et il en résulte les sept vases précieux qu'on appelle la miséricorde ou la grandeur, la justice ou la force, la beauté, le triomphe, la gloire, la royauté et le fondement ou la base. C'est pour cette raison qu'il est nommé le grand ou le miséricordieux, le fort, le magnifique, le Dieu des victoires, le Créateur qui toute gloire appartient et la base de toutes choses. C'est ce dernier attribut qui soutient tous les autres, ainsi que la totalité des mondes. Enfin, il est aussi le roi de l'univers; car tout est en son pouvoir, soit qu'il veuille diminuer le nombre des vases et augmenter la lumière qui en jaillit, ou que le contraire lui semble préférable.

Tout ce que les kabbalistes ont pensé de la nature divine est à peu près résumé dans ce texte. Mais il est impossible qu'il ne laisse pas une grande confusion, même dans les esprits les plus familiarisés avec les questions et les systèmes métaphysiques. Il faudrait, d'une part, qu'il pût être suivi d'assez longs développements: de l'autre, au contraire, il serait utile de présenter, sous une forme à la fois plus substantielle et plus précise, chacun des principes qu'il renferme. Pour atteindre ce double but sans compromettre la vérité historique, sans avoir la crainte de substituer notre propre pensée à celle dont nous voulons être l'organe, nous réduirons le passage qu'on vient de lire à un petit nombre de propositions fondamentales, dont chacune sera en même temps éclaircie et justifiée par d'autres extraits du Zohar.

1° Dieu est, avant toute chose, l’être infini; il ne saurait donc être considéré ni comme l'ensemble des êtres, ni comme la somme de ses propres attributs. Mais sans ces attributs et les effets qui en résultent, c'est-à-dire sans une forme déterminée, il est à jamais impossible ou de le comprendre ou de le connaître. Ce principe est assez clairement énoncé lorsqu'on dit qu'avant la création Dieu était sans forme, ne ressemblant à rien, et que, dans cet état, aucune intelligence ne peut le concevoir. Mais, ne voulant pas nous borner à cet unique témoignage, nous espérons que la même pensée ne sera pas plus difficile à reconnaître dans les paroles suivantes: Avant que Dieu se fût manifesté, lorsque toutes choses étaient encore cachées en lui, il était le moins connu parmi tous les inconnus. Dans cet état! il n'a pas d'autre nom que celui qui exprime l'interrogation. Il commença par former un point imperceptible: ce fut sa propre pensée; puis il se mit à construire avec sa pensée une forme mystérieuse et sainte; enfin, il la couvrit d'un vêtement riche et éclatant: nous voulons parler de l’univers, dont le nom entre nécessairement dans le nom de Dieu. Voici ce qu'on lit aussi dans l'ldra Zouta (la Petite assemblée), dont nous avons plus d'une fois signalé l'importance: L’Ancien des anciens est en même temps l'inconnu des inconnus; il se sépare de tout et il n'en est pas séparé; car tout s'unit à lui comme à son tour il s'unit à toute chose; il n'y a rien qui ne soit en lui. Il a une forme, et l'on peut dire qu'il n'en a pas. En prenant une forme, il a donné l'existence à tout ce qui est; il a d'abord fait jaillir de son sein dix lumières qui brillent par la forme qu'elles ont empruntée de lui, et répandent de toute part " un jour éblouissant: c'est ainsi qu'un phare envoie de tous côtés ses rayons lumineux. L'Ancien des anciens, l'inconnu des inconnus est un phare élevé, que l'on connaît seulement par les lumières qui brillent à nos yeux avec tant d'éclat et d'abondance. Ce qu'on appelle son saint nom n'est pas autre chose que ces lumières.

2° Les dix Séphiroth. par lesquelles l'être infini se fait connaître d'abord, ne sont pas autre chose que des attributs qui, par eux-mêmes, n'ont aucune réalité substantielle; dans chacun de ces attributs, la substance divine est présente tout entière, et dans leur ensemble consiste la première, la plus complète et la plus élevée de toutes les manifestations divines. Elle s'appelle l'homme primitif ou céleste, c'est la figure qui domine le char mystérieux d'Ezéchiel et dont l'homme terrestre, comme nous le verrons bientôt, n'est qu'une pâle copie. La forme de l'homme, dit Simon ben Jochai à ses disciples, la forme de l'homme renferme tout ce qui est dans le ciel et sur la terre, les êtres supérieurs comme les êtres inférieurs; c'est pour cela que l'Ancien des anciens l'a choisie pour la sienne. Aucune forme, aucun monde ne pouvait subsister avant la forme humaine; car elle renferme toutes choses, et tout ce qui a est ne subsiste que par elle; sans elle, il n'y aurait pas de monde, et c'est dans ce sens qu'il faut entendre ces mots: l’Eternel a fondé la terre sur la sagesse. Mais il faut distinguer l'homme d'en haut de l'homme d'en bas car l'un ne pourrait pas exister sans l’autre. Sur cette forme de l'homme repose la perfection de la foi de tous; c'est d'elle qu'on veut parler quand on dit qu'on voyait au-dessus du char comme la figure d'un homme; c'est elle que Daniel a désignée par ces mots: Et je vis comme le fils de l'homme qui venait avec les nuées du ciel, qui s'avança jusqu'à l'Ancien des jours, et ils le présentèrent devant lui. Ainsi, ce qu'on appelle l'homme céleste ou la première manifestation divine n'est pas autre chose que la forme absolue de tout ce qui est là source de toutes les autres formes, ou plutôt de toutes les idées; en un mot, la pensée suprême, la même qui ailleurs est appelée le logos ou le verbe. Nous ne prétendons pas exprimer ici une simple conjecture, mais un fait historique dont on appréciera l'exactitude à mesure qu'on aura une connaissance plus étendue de ce système. Cependant, avant d'aller plus loin, nous citerons encore ces paroles: La forme de l'Ancien (dont le nom soit sanctifié!) est une forme unique qui embrasse toutes les formes. Elle est la sagesse suprême et mystérieuse qui renferme tout le reste.

3° Les dix Séphiroth, si nous en croyons les auteurs du Zohar, sont déjà désignées dans l'Ancien Testament par autant de noms particuliers, consacrés à Dieu, les mêmes, comme nous l’avons déjà remarqué, que les dix noms mystiques dont parle saint Jérôme dans sa lettre à Marcella. On a voulu aussi les trouver dans la Mischna, lorsqu'elle dit que Dieu a créé le monde avec dix paroles ou par autant d'ordres émanés de son verbe souverains. Quoique tous également nécessaires, les attributs et les distinctions qu'ils expriment ne peuvent pas nous faire concevoir la nature divine de la même hauteur; mais ils nous la représentent sous divers aspects, que dans la langue des kabbalistes on appelle des visages. Simon ben Jochaï et ses disciples font un fréquent usage de cette expression métaphorique; mais ils n'en ont pas abusé comme leurs modernes successeurs. Nous nous arrêterons un peu sur ce point, sans contredit le plus important de toute la science kabbalistique; et avant de déterminer le caractère particulier de chacune des Séphiroth, nous allons jeter un coup d'œil sur la question générale de leur essence; nous exposerons en peu de mots les diverses opinions qu‘elle a fait naître parmi les adeptes de la doctrine. Les kabbalistes se sont tous adressé ces deux questions: d'abord, pourquoi y a-t-il des Séphiroth? ensuite, que sont les Séphiroth considérées dans leur ensemble, soit par rapport à elles-mêmes, soit par rapport à Dieu? Sur la première question les textes du Zohar sont trop positifs pour donner lieu au moindre doute. Il y a des Séphiroth comme il y a des noms de Dieu, puisque ces deux choses se confondent dans l'esprit, puisque les Séphiroth ne sont que les idées et les choses exprimées par les noms. Or, si Dieu ne pouvait pas être nommé, ou si, de tous les noms qu'on lui donne, aucun ne désignait une chose réelle, non seulement il ne serait pas connu de nous, mais il n’existerait pas davantage pour lui-même; car il ne peut se comprendre sans intelligence, ni d’être sage sans sagesse, ni agir sans puissance. Mais la seconde question n'est pas résolue par tous de la même manière. Les uns, se fondant sur le principe que Dieu est immuable, ne voient dans les Séphiroth que des instruments de la puissance divine, des créatures d'une nature supérieure, mais complètement distinctes du premier Etre. Ce sont ceux qui voudraient concilier le langage de la kabbale avec la lettre de la loi. Les autres, poussant à ses dernières conséquences le principe antique que rien ne vient de rien, identifient complètement les dix Séphiroth et la substance divine. Ce que le Zohar appelle Ein Soph, c'est à dire l’infini lui-même, n'est à leurs yeux que l'ensemble des Séphiroth, rien de plus, rien de moins; et chacune de ces dernières n'est qu'un point de vue différent de ce même infini ainsi compris'. Entre ces deux opinions extrêmes vient se placer un système beaucoup plus profond e~ plus conforme ;i l'esprit des monuments originaux: c'est celui qui, sans considérer les Séphiroth comme des instruments, comme des créatures, et par conséquent comme des êtres distincts de Dieu, ne veut pourtant pas les identifier avec lui.

Voici, en résumé, sur quelles idées il repose: Dieu est présent dans les Séphiroth, autrement il ne pourrait se révéler par elles; mais il ne demeure pas en elles tout entier; il n'est pas seulement ce qu'on découvre de lui sous ces formes sublimes de la pensée et de l'existence. En effet, les Séphiroth ne peuvent jamais comprendre l'infini, l’En Soph, qui est la source même de toutes ces formes, et qui, en cette qualité, n'en a aucune ou bien, pour me servir des termes consacrés, tandis que chaque Séphirah a un nom bien connu, lui seul n'en a pas et ne peut pas en avoir. Dieu reste donc toujours l'Etre ineffable, incompréhensible, infini, placé au-dessus de tous les mondes qui nous révèlent sa présence, même le monde de l'émanation. Par là on croit échapper aussi au reproche de méconnaître l'immutabilité divine: car les dix Séphiroth peuvent être comparées a autant de vases de différentes formes ou a des verres nuancés de diverses couleurs. Quel que soit le vase dans lequel nous voulons la mesurer, l'essence absolue des choses demeure toujours la même; et la lumière divine, comme la lumière du soleil, ne change pas de nature avec le milieu qu’elle traverse. Ajoutons à cela que ces vases et ces milieux n'ont par eux-mêmes aucune réalité positive aucune existence qui leur soit propre; ils représentent seulement les limites dans lesquelles la suprême essence des choses s'est renfermée elle-même, les différents degrés d'obscurité dont la divine lumière a voulu voiler sa clarté infinie, afin de se laisser contempler.

De là vient qu'on a voulu reconnaître dans chaque Séphirah deux éléments, ou plutôt deux aspects différents: l’un, purement extérieur, négatif qui représente le corps, le vase proprement dit ; l'autre, intérieur, positif qui figure l'esprit et la lumière. C’est ainsi qu'on a pu parler de vases brisés qui ont laissé échapper la lumière divine. Ce point de vue, également adopté par lsaac Louria' et par Moïse Cordovero, exposé par ce dernier avec beaucoup de logique et do précision, est celui, encore une fois, que nous croyons historiquement le plus exact et sur lequel nous nous appuierons désormais avec une entière confiance comme sur la base de toute la partie métaphysique de la kabbale. Après avoir ainsi établi ce principe général sur l’autorité des textes et celle des commentaires les plus estimés, il faut maintenant que nous fassions connaître le rôle particulier de chacune des Séphiroth et les diverses manières dont on les a groupées par trinités et par personnes.

La première et la plus élevée de toutes les manifestations divines, en un mot la première Séphirah, c'est la couronne, ainsi nommée en raison même de la place qu'on lui donne au-dessus de toutes les autres. " Elle est, dit le texte, le principe de tous les principes, la sagesse mystérieuse, la couronne de tout ce qu'il y a de plus élevé, le diadème des diadèmes. Elle n'est pas cette totalité confuse, sans forme et sans nom, ce mystérieux inconnu qui a précédé toutes choses, même les attributs.

Elle représente l'infini, distingué du fini; son nom dans l’Ecriture signifie je suis, parce qu'elle est l'être en lui-même; l'être considéré d'un point de vue où l'analyse ne pénètre pas, où nulle qualification n'est admise, mais où elles sont toutes réunies en un point indivisible. C'est par ce motif qu'on l'appelle aussi le point primitif ou par excellence. Quand l'inconnu des inconnus voulut se manifester, il commença par produire un point; tant que ce point lumineux n'était pas sorti de son sein, l'infini était encore complètement ignoré et ne répandait aucune lumière. C'est ce que les kabbalistes modernes ont expliqué par une concentration absolue de Dieu en sa propre substance. C'est cette concentration qui a donné naissance à l’espace, à l'air primitif, qui n'est pas un vide réel, mais un certain degré de lumière inférieur à la création. Mais par cela même que Dieu, retiré sur lui-même, se distingue de tout ce qui est fini, limité et déterminé; par cela même qu'on ne peut pas encore dire ce qu'il est, on le désigne par un mot qui signifie nulle chose, ou le non-être. On le nomme ainsi, dit l'Idra Zouta, parce que nous ne connaissons pas, et qu'il est impossible de connaître ce qu'il y a dans ce principe; parce qu'il ne descend jamais jusqu'à notre ignorance et qu'il est au-dessus de la sagesse elle-même. Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire remarquer que l'on retrouve la même idée et jusqu'aux mêmes expressions dans l'un des plus vastes et des plus célèbres systèmes de métaphysique dont notre époque puisse se glorifier aux yeux de la postérité. Tout commence, dit Hegel, par l’être pur, qui n'est qu'une pensée entièrement indéterminée, simple et immédiate, car le vrai commencement ne peut pas être autre chose....

Mais cet être pur n'est que la plus pure abstraction; c'est un terme absolument négatif, qui peut aussi, si on le conçoit d'une manière immédiate, être appelé le non-être. Enfin, pour revenir à nos kabbalistes, la seule idée de l'être ou de l'absolu, considérée du point de vue sous lequel nous venons de l'envisager, constitue une forme complète, ou, pour employer le terme consacré, une tête, un visage; ils l'appellent la tête blanche, parce que toutes les couleurs, c'est-à-dire toutes les notions, tous les modes déterminés sont confondus en elle, ou l'Ancien, parce qu'elle est la première des Séphiroth. Seulement, dans ce dernier cas, il faut se garder de la confondre avec l'Ancien des anciens, c'est-à-dire avec l'En Soph lui-même, devant lequel son éclatante lumière n'est que ténèbres.

Mais on la désigne plus généralement sous la dénomination singulière de grand visage; sans doute parce qu’elle renferme toutes les autres qualifications, tous les attributs intellectuels et moraux dont on forme, par la même raison, le petit visage. Le premier, dit le texte, c'est l'Ancien, vu face à face, il est la tête suprême, la source de toute lumière, le principe de toute sagesse, et ne peut " être défini autrement que par l’unité'. " Du sein de cette unité absolue, mais distinguée de la variété et de toute unité relative, sortent parallèlement deux principes opposés en apparence, mais en réalité inséparables: l'un, mâle ou actif, s'appelle la sagesse; l’autre, passif ou femelle, est désigné par un mot qu'on a coutume de traduire par celui d’intelligence. Tout ce qui existe, dit le texte, tout ce qui a été formé par l'Ancien dont le nom soit sanctifié ne peut subsister que par un mâle et par une femelle. Nous n'insisterons pas sur cette forme générale, que nous retrouverons fréquemment sur notre route; mais nous croyons qu'elle s'applique ici au sujet et à l'objet de l'intelligence, qu'il n'était guère possible d'exprimer plus clairement dans une langue éminemment poétique.

La sagesse est aussi nommée le père; car elle a, dit-on, engendré toutes choses. Au moyen des trente-deux voies merveilleuses par lesquelles elle se répand dans l’univers, elle impose a tout ce qui est une forme et une mesure. L'intelligence, c'est la mère, ainsi; qu’il est " écrit: Tu appelleras l'intelligence du nom de mère (Proverbes, II, 3). Cependant, sans détruire l'antithèse que l'on vient d'établir comme la condition générale de l'existence, on fait quelquefois sortir le principe femelle ou passif du principe mâle. De leur mystérieuse et éternelle union sort un fils qui, selon l'expression originale, prenant à la fois les traits de son père et ceux de sa mère, leur rend témoignage à tous deux. Ce fils de la sagesse et de l'intelligence, appelé aussi, à cause de son double héritage, le fils aîné de Dieu, c'est la connaissance ou la science. Ces trois personnes renferment et réunissent tout ce qui a été, est et sera; mais elles sont réunies à leur tour dans la tête blanche, dans l'Ancien des anciens, car tout est lui, et lui et tout. Tantôt on le représente avec trois têtes qui n'en forment qu'une seule, et tantôt on le compare au cerveau qui, sans perdre son unité, se partage en trois parties, et, au moyen de trente-deux paires de nerfs, se répand dans tout le corps, comme, à l'aide des trente-deux voies de la sagesse, la Divinité se répand dans l'univers. "

L'Ancien (dont le nom soit sanctifié !) existe avec trois têtes qui n'en a forment qu'une seule; et cette tète est ce qu'il y a de plus élevé parmi les choses élevées. Et parce que l'Ancien (dont le nom soit béni!) est représenté par le nombre trois, toutes les autres lumières qui nous éclairent de leurs rayons (les autres Séphiroth) sont également comprises dans le nombre trois. " Dans le passage suivant, les termes de cette trinité sont un peu différents; on y voit figurer l’En-Soph lui-même, mais en revanche on n'y trouve pas l'intelligence, sans doute parce qu'elle n'est qu'un reflet, une certaine expansion ou division du Logos, de ce qu'on appelle ici la sagesse. " Il y a trois têtes sculptées l'une dans l'autre et l'une au-dessus de l'autre. Dans ce nombre, comptons d'abord la sagesse mystérieuse, la sagesse cachée et qui n'est jamais sans voile. Cette sagesse mystérieuse, c'est le principe suprême de toute autre sagesse. Au-dessus de cette première tête est l'Ancien (dont le nom soit sanctifié !), ce qu'il y a de plus mystérieux parmi les mystères. Enfin vient la tête qui domine toutes les autres; une tête qui n en est pas une. Ce qu'elle renferme, nul ne le sait ni ne peut le savoir; car elle échappe également à notre science et à notre ignorance. C'est pour cela que l'Ancien dont le nom soit sanctifié!) est appelé le non-être'. Ainsi, l’unité dans l'être et la trinité dans les manifestations intellectuelles ou dans la pensée, voilà exactement à quoi se résume tout ce que nous venons de dire.

Quelquefois les termes, ou si l'on veut, les personnes de cette trinité sont représentées comme trois phases successives et absolument nécessaires dans l'existence aussi bien que dans la pensée, comme une déduction, ou, pour nous servir d une expression consacrée en Allemagne, comme un procès logique qui constitue en même temps la génération du monde. Quelque étonnement que ce fait puisse exciter, on n'en doutera pas, quand on aura lu les lignes suivantes: venez et voyez, la pensée est le principe de tout ce qui est; mais, en tant que pensée, elle est d'abord ignorée et renfermée en elle-même. Quand la pensée commence a se répandre, elle arrive à l'endroit où demeure l'esprit parvenue à ce point, elle prend le nom d'intelligence et n'est plus, comme auparavant, renfermée en elle-même. L'esprit à son tour se développe au sein même des mystères dont il est encore entouré, et il en sort une voix qui est la réunion de tous les chœurs célestes; une voix qui se répand en paroles distinctes et en mots articulés car elle vient de l’esprit. Mais en réfléchissant à tous ces degrés, on voit que la pensée, l’intelligence, cette voix et cette parole, sont une seule chose, que la pensée est le principe de tout ce qui est, que nulle interruption ne peut exister en elle. La pensée elle-même se lie au non-être et ne s'en sépare jamais.

Tel est le sens de ces mots: Jehovah est un et son nom est un. Voici un autre passage où l'on reconnaît facilement la même idée sous une forme plus originale et, selon nous, plus antique: " Le nom qui signifie je suis, nous indique la réunion de tout ce qui est, le degré où toutes les voies de la sagesse sont encore cachées et réunies ensemble sans pouvoir se distinguer les unes des autres. Mais quand il s'établit une ligne de démarcation; quand on veut désigner la mère portant dans son sein toutes choses et sur le point de les mettre au jour pour révéler le nom suprême, alors Dieu dit en parlant de lui: moi qui suis. Enfin, " lorsque tout est bien formé et sorti du sein maternel, lorsque toute chose est à sa place et qu'on veut désigner à la fois le particulier et l'existence, Dieu s'appelle Jehovah, ou je suis celui qui est . Tels sont les mystères du saint nom révélé à Moïse, et dont aucun autre homme ne partageait avec lui la connaissance.

Le système des kabbalistes ne repose donc pas simplement sur le principe de l’émanation ou sur l'unité de substance; ils ont été plus loin, comme on voit: ils ont enseigné une doctrine assez semblable à celle que les métaphysiciens de l'Allemagne regardent aujourd'hui comme la plus grande gloire de notre temps, ils ont cru à l'identité absolue de la pensée et de l’existence; et par conséquent le monde, comme nous le verrons plus tard, ne pouvait être à leurs yeux que l'expression des idées ou des formes absolues de l'intelligence: en un mot, ils nous laissent entrevoir ce que peut la réunion de Platon et de Spinosa. Ainsi qu'il ne reste aucun doute sur ce fait important, et pour montrer en même temps que les plus instruits parmi les kabbalistes modernes sont restés fidèles aux traditions de leurs prédécesseurs, nous allons ajouter aux textes que nous avons traduits du Zohar un passage très remarquable des commentaires de Cordovéro. " Les trois premières Séphiroth, à savoir: la couronne, la sagesse et l'intelligence, doivent être considérées comme une seule et même chose. La première représente la connaissance ou la science, la seconde ce qui connaît, et la troisième ce qui est connu. Pour s’expliquer cette identité, il faut savoir que la science du créateur n'est pas comme celle des créatures; car, chez celles-ci, la science est distincte du sujet de la science et porte sur des objets qui, à leur tour, se distinguent du sujet. C'est cela qu'on désigne par ces trois termes: la pensée, ce qui pense, et ce que est pensé. Au contraire, le créateur est lui-même tout à la fois la connaissance et ce qui connaît et ce qui est connu.

En effet, sa manière de connaître ne consiste pas à appliquer sa pensée à des choses qui sont hors de lui; c'est en se connaissant et en se sachant lui-même qu'il connaît et aperçoit tout ce qui est. Rien n’existe qui ne soit uni à lui et qu'il ne trouve dans sa propre substance. Il est le type de tout être, et toutes choses existent en lui sous leur forme la plus pure et la plus accomplie; de telle sorte que la perfection des créatures est dans cette existence même par laquelle elles se trouvent unies d la source de leur être', et à mesure qu'elles s'en éloignent, elles déchoient de cet état si parfait et si sublime. C'est ainsi que toutes les existences de ce monde ont leur forme dans les Séphiroth, et les Séphiroth dans la source dont elles émanent. "

Les sept attributs dont il nous reste encore à parler, et que les kabbalistes modernes ont appelés les Séphiroth de la construction, sans doute parce qu'ils servent plus immédiatement à l'édification du monde, se développent, comme les précédents, sous forme de trinités dans chacune desquelles deux extrêmes sont unis par un terme moyen. Du sein de la pensée divine, arrivée pour elle-même à sa plus complète manifestation, sortent d'abord deux principes opposés, l'un actif ou mâle, l'autre femelle ou passif: on trouve dans la grâce ou dans la miséricorde, ou, le caractère du premier; le second est représenté par la justice. Mais il est facile de voir par le rôle qu'elles jouent dans l'ensemble du système que cette grâce et cette justice ne doivent pas être prises à la lettre; il s'agit bien plutôt de ce que nous appellerions l'extension et la concentration de la volonté. En effet, c'est de la première que sortent les âmes viriles, et de la seconde les âmes féminines. Ces deux attributs sont aussi nommés les deux bras de la Divinité: l'un donne la vie et l’autre la mort. Le monde ne saurait subsister s'ils restaient séparés; il est même impossible qu'ils s'exercent séparément, car, selon l’expression originale, il n'y a pas de justice sans grâce; aussi vont-elles se réunir dans un centre commun qui est la beauté, et dont le symbole matériel est la poitrine ou le cœur.

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Published by Adolphe FRANCK - dans Kabbale
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 06:18

"Kabbalah": appellé aussi "Torah shebealpeh" (Torah orale); traduit généralement par tradition. Le terme de kabbalah signifie "reception" et désigne en fait une action - non achevée. Selon les sources traditionelles, la Kabbalah désigne donc le sens sacré - et secret - de la Torah, révélé à Moïse au Mont Sinaï. Selon les historiens, le mouvement de la Kabbalah est un mouvement historique dans l'histoire des Idées, une forme littéraire, et les premiers écrits remonteraient d'après les plus récentes recherches au 8e-11e siècle. Gershon Sholem situait le début de ce mouvement au 11e siècle au Nord de l'Italie, ses élèves, Moshe Idel entre autres, ont trouvé des écrits de Cabbale chrétienne datant du 1àe siècle, et Assi Farber, récemment, a fait remonter le mouvement au 8e siècle.

"Mekoubahl": celui qui a reçu la Kabbalah, l'initié.

le mot est un passif: le reçu

Celui dont la prière est reçue: pour la tradition juive, donc, le mekoubahl est celui qui a reçu un enseignement, qui s'est élevé, et dont la prière est "reçue". Et c'est parce que sa prière est reçue que l'on sait que cet individu a vraiment hérité de l'enseignement de la Kabbalah, de la tradition.

 "Mystique chrétienne": "Cabbale chrétienne". On a longtemps différencié des mouvements qui apparaissent de plus en plus comme ayant la même source, c'est-à-dire la Cabbale chrétienne de la Renaissance. On a par exemple distingué ainsi le mouvement hermétique (corpus hermeticus) en voyant en lui un précurseur de la Cabbale chrétienne. Il semblerait aujourd'hui admis qu'il s'agit d'un faux, beaucoup moins ancien qu'il ne semble, crée en fait au début de la Renaissance. Les mouvements des Rosecroix, des francs maçons détiennent en eux tant d'allusions à la Cabbale et à ses thèmes que je les interprèterai comme des ramifications de la Cabbale chrétienne plutôt que comme des mouvements fondamentalement différents. Le mouvement de la Cabbale chrétienne est né vers le 13e siècle, épanoui avec la Renaissance et la découverte de l'Hébreu par une Europe qui s'éveille aux problèmes des traductions bibliques et qui s'interesse au mouvement de la Kabbalah parce qu'elle lui offre une relecture révolutionaire du texte sacré.

Or ce mouvement de la Cabbale chrétienne, foncièrement révolutionaire et fondamentalement universaliste à l'origine, va être récupéré par les forces conservatrices de l'Eglise, ce qui va aboutir dans un premier temps à l'etouffement d'un certain nombre de thèmes trop révolutionaires du point de vue théologique, puis dans un second temps à la déformation, la mise-hors-contexte de thèmes perçus auparavant dans leur sens Juif ou universaliste.

 Le Texte et ses Problèmes

Je voudrais évoquer pour ceux qui n'ont pas un contact direct avec l'Hébreu le sens profond, enraciné dans l'originalité d'une langue, de la Kabbalah.

Il est absurde d'assimiler la kabbalah à toutes les autres formes mystiques orientales ou occidentales comme a pu le faire Antoine Favre dans son ouvrage Accès de l'Esotérisme Occidental, qui reprèsente un exemple caractéristique de tentatives de récupération de l'originalité de la Kabbalah. La Kabbalah est enracinée dans une langue, une tradition. Elle ne peut donc pas être assimilée à la simple retransciption hébraïque d'une mystique universelle.

Le texte de la Torah est un texte non ponctué dont le sens est donc a priori multiple.

Les lettres qui le constituent ont à la fois une valeur numérique et une valeur consonantique. Certaines lettres peuvent être inscrites ou non (le vav), donnant "le sens plein" ou "le sens faible" d'un mot. C'est ainsi que le mot Toldot est écrit cinq fois et de façons différentes dans le texte de la Génèse, et puisque ce mot désigne l'histoire des engendrements, le devenir d'un individu et de sa lignée, l'individu auquel sera attribué le substantif plein de toldot avec deux vavs sera considéré comme un juste (Avraham, et Ishmael après que ce dernier ait fait tshuva).

Les lettres ont de plus un sens sacré particulier, venu d'après la tradition de leur origine puisqu'elles auraient été données au Mont Sinaï avec la Torah.

Quelques exemples

Les récurrences de lettres et de mots posent problème car ces récurrences font sens. On trouve ainsi des récurrences logiques du 6-7 (toutes les 6e et 7e lettres) 49-50 (toutes les 49e et 50e lettre) qui forment des mots sur la totalité de la Torah, récurrences faisant sens avec le niveau simple du texte (pshat) : 6-7e jour= shabbat.

Autre problème du texte: les formes élliptiques: "Et vous les mettrez à vos bras et sur vos âmes". "les": qu'est-ce-que-c'est? Seule la tradition orale transmise par le Judaïsme a gardé le sens de ce référent, donc a priori, même pour le discuter, la Cabbale chrétienne n'a pu que s'adresser à cette tradition pour la compréhension du texte biblique.

D'autre part, si vous cherchez dans le texte écrit de la Bible une seule explication sur l'Au-Delà, vous resterez bredouilles. Cela ne veut pas dire que l'Au Delà n'interesse pas la Torah, mais c'est trop évident pour elle pour être discuté. C'est un phénomène similaire en linguistique aux formules élliptiques éludant les mots les plus communs de notre existence.

Or la tradition orale, la Kabbalah offrait des connaissances sur ces sujets que la Torah elle même passait sous silence. Ce sont tous les thèmes de la tradition orale Juive qui ont interessé la mystique chrétienne que je vais à présent étudier.

Les Thèmes et l'alphabet

L'alphabet. Les Sephirots. La Guématria. Le Tétragramme. Les transmutations de l'âme. La messianité.

 

L'alphabet a donc un sens sacré, c'est-à-dire que chaque lettre, prise à part, a un sens. Chaque mot, chaque nom est ainsi, selon la Kabbalah, un message, et dans le cas d'un être vivant, ce message annonce sa destinée. Mais la compréhension de ces messages est révélée, enseignée par les mekoubalims à leurs élèves. Elles n'est pas une invention individuelle.

Or dans la Cabbale chrétienne, c'est la suite logique del'alphabet qui va être entendu comme un message unique. On trouve ainsi tout un poème de Guy Le Fèvre de la Boderie qui est un poème ésotérique où il force véritablement le sens des lettres hébraïques afin de leur faire constituer une phrase annonçant qu'il est la maison d'un prince, venu et à venir.

Avant cette tentative assez extrémiste, les autres Cabbalistes chrétiens et surtout Pic de la Mirandolle, avaient perçu l'importance de l'alphabet, et après les thèses de Pic présentées à Rome, on trouvait déjà des grammaires hébraïques chrétiennnes (rédigées en Latin), donnant la valeur phonique numérique et le sens traditionnel de chaque lettre de l'alphabet dès la première leçon.

Or on voit assez le danger d'une telle information, retranscrite sans l'intermédiare du maître traditionnel et sans le contexte originel. Le sens sacré devient vite un jeu pour l'esprit. Quand Guy Le fèvre de la Boderie jouait avec l'alphabet hébraïque, il ne faisait pas que déformer le sens des lettres: il montrait qu'il n'avait pas compris qu'il s'agissait d'une science transmise par un enseignement, et que tout un chacun n'est pas doué d'une vue générale nécessaire cependant pour extrapoler ces connaissances.

La Guématria

Au sens sacré des lettres s'ajoute la guématria, soit leur valeur numérique. Or la guématria est elle aussi une science et non un jeu de calcul mental. La guématria ne doit pas être une création de tout individu. On apprend les guématriots et le sens des associations des mots ayant les mêmes guématriots ne doit jamais venir contredire le sens du pshat , c'est à dire le sens du niveau simple du texte de la Torah. ex: Nakhash et Mashiakh.

Or les Cabbalistes chrétiens de la Renaissance ont évacués des guématriots telles que celle-ci. Comme beaucoup de mouvements mystiques chrétiens modernes du type Acropole emportés par leur vision universaliste d'une Mystique Universelle et aveuglés le plus souvent par une méconnaissance de l'Hébreu (je vous renvoie à l'ouvrage édifiant de M Wirshovski sur les connaissances réelles de la langue hébraïque qui étaient celles de Pic de la Mirandolle: Pic de la Mirandole's Encounter with Jewish Mysticism ), les Cabbalistes chrétiens ont peu à peu extrapolé sur de maigres connaissances pour démontrer leur idéal au lieu de persévérer dans leur découverte originale. La guématria qui est une science, est devenue entre leur main un simple outil, et on reconnait à ce trait les textes cabbalistes chrétiens des théories kabbalistiques originelles: il y a contradiction le plus souvent entre les différents niveaux de significations, et la guématria y devient un jeu de l'esprit. cf verset 24.

 

Les Sephirots

Les sephirots correspondent à des degrés de perception de la divinité, puisqu'il est essentiel de ne pas oublier l'Unité absolue de D. dans le Judaïsme. Simultanément les sephirots désignent des degrés de développements spirituels de l'individu. Or les trois sephirots "supérieures" Keter Hochma et Binah ont été alternativement avec Hod Netsakh et Yesod issues de leur contexte pour être interprétées dans le contexte chrétien de la Trinité. Je ne veux pas m'attarder ici sur le sens traditionnel des ephirots qui est un sujet beaucoup trop ardu pour être expliqué en quelques minutes et qui de plus reste une thème très délicat, réservé véritablement aux initiés et à des enseignants de beaucoup supérieurs à moi. Ce que je tiens à souligner, c'est là encore l'explosion d'un thème traditionnel dont on ne va retrouver que des bribes réutilisées dans une optique donnée.

Cette optique est évidemment catholique à son origine. Mais avec l'existence autour du roi de France d'un groupe de poètes "nationalistes", on assiste à une récupération de ces thèmes pour expliquer l'héritage du roi de France, verus Israel et même verus David. On assimile la fleur de lys avec la Shsoshana, la rose du désert, on reprend les bénédictions dites le matin dans un sens mystique et le coq qui est béni de chanter la fin de la nuit et de l'éxil devient le coq français, le Goel devient le Gaulois.

Qui sont ces Cabbalistes?

Guillaume Postel; Jean Bodin (bien que moins plus authentique dans sa découverte et son enthousiasme pour la Kabbalah); Louis Le Roy (responsable pour de nombreuses fièvres hystériques messianiques dans toute l'Europe); Jean et Guy Le Fèvre de la Boderie (qui ont participé à l'élaboration de la Polyglote d'Amsterdam).

 Peu à peu le mouvement de la Cabbale chrétienne se concentre sur deux thèmes majeurs:

le tétragrame.... pour en faire un pentagrame.... cf verset 24.

le Messie et les dates prophétiques de sa venue. (NB Newton)

 On ne comprend rien à l'émergence de ces mouvements de Cabbale chrétienne si on ne les replace pas dans le contexte des prédictions messianiques et des grands troubles sociaux qui agitaient leur époque.

A l'époque de la Renaissance, les Juifs et les Chrétiens, selon des prédictions différentes, vivent une attente messianique intense.

* Il semblerait (au vu du scandale causé par les découvertes de Gallilée) que cet espoir repose en partie sur des calculs planétaires. Une fois acceptés, ces changements de point de vue astrologique sont perçus comme des bouleversements de l'Univers du type de ceux décrits par le midrash avant le déluge.

* On s'appuie aussi sur des textes annonçant l'arrivée du Messie après un nouveau déluge (Talmud mal compris puisque le Talmud précise qu'il s'agirait, dans cette option messianique, d'un déluge de feu), après des épidémies( Apocalypse selon Jean) qui ne sont pas difficiles à trouver puisqu'elles suivent les armées dévastant alors l'Europe (aujourd'hui on assiste à une même reprise d'hystérie collective aux USA avec le SIDA).

* Le Maharal à la fin de la Renaissance envoie ses talmidei rahamims enseigner les foules à travers l'Europe, et selon la tradition Juive, le messie aurait pu effectivement venir.

* On assiste à des mouvements millénaristes: les flagelllants... suivis de progroms.

* Des tentatives de Missionarisme: Guillaume Postel veut utiliser ses connaissance pour convertir les Juifs et les Mahométans à sa religion universelle.

Jean Bodin rêve aussi d'une religion universelle, mais il est beaucoup plus tolérant.

Shakespeare aurait été un Cabbaliste chrétien? ... Me Haudry Perenchio L'école de la nuit

*Certains se prennent pour le Messie

Il faut peut-être commencer par Pic de la Mirandole. Il y a dans la tradition Juive une idée - que l'on trouve citée entre autre par Ramban dans La Dispute de Barcelone mais dont je n'ai pu trouver la source exacte: le Messie, à l'âge de 33 ans devra aller à Rome convaincre le Pape avant de rappeller les éxilés. <(33=lev)

Rome... Le Pape: le dirigeant du dernier éxil qui est celui de Rome. Mais ce qui est interessant c'est que Pic de la Mirandole venant défendre ses thèses sur la Kabbalah à Rome répond tout d'abord à la même logique. Il l'explique clairement à plusieurs reprises. Il lui faut convaincre le Pape afin de hâter la venue du Messie. C'est très interessant et ça nous montre surtout l'aspect révolutionaire de la Cabbale chrétienne à ses débuts.

En effet dans le Judaïsme, il y a deux messies: Mashiakh Ben Yosef

Mashiakh Ben David

 Mais dans le christianisme, d'une part le Messie est déjà venu, d'autre part le Pape est censé être son représentant sur terre.

 1 ) Il semblerait que Pic de la Mirandole ait connu le sens de Ketz Haiamim: il faut convaincre le Pape parce que le Ketz ce n'est pas la fin du monde.

2 ) Pic de la Mirandole se prenait-il pour le 1er Messie, pour le 2ème, ou pour une réincarnation de Jésus?

Guillaume Postel, lui, développe clairement une théorie selon laquelle, dans une vision très gnostique, la "mère universelle", une mage de Venise, lui apprend qu'il est une réincarnation messianique, un "Père Universel" et qu'il va avoir des révélations et subir une transfiguration lui permettant de connaître la date de la venue messianique.

Louis Le Roy, lui prophétise aussi sur les dates messianiques, et se théories sont encore amplifiées par les traductions et commentaires en Angleterre et en Allemagne, par les frères Harvey, Culpepper, John Colet et John Dee en Angleterre, par Reushlin en Allemagne. L'idée d'un Meesie réincarné s'estompe cependant peu à peu de la Cabbale chrétienne, si ce n'est de l'image charismatique du Roi saint oint du seigneur.

Il reste à se demander si les derniers avatars de cette croyance ne sont pas Nwton, Victor Hugo, et Freud lui-même qui écrivait dans sa correspondance privée qu'il avait failli à sa mission et n'avait pu aller à Rome pour l'anniversaire de ses trente trois ans (David Bakan: Freud et la Tradition Mystique Juive)

Les Dangers de ces Emprunts

Une volonté universaliste despote fait perdre de vue l'originalité de la tradtion juive, et surtout de son message, qui ne peut être qu'un message monothéiste. Je voudrais citer ici M. Favre dans son introduction à Accès de l'ésotérisme Occidental:

..."le corpus ésotérique des religions abrahamiques représente un immense trésor d'herméneutique dans lequel les hommes d'aujourd'hui, même ceux qui ne se rattachent à aucune tradition, peuvent venir puiser des enseignements dont notre époque éprouve de plus en plus consciemment, semble-t-il, le besoin." (po.cit. p31)

C'est une invite à la confusion entre toutes les valeurs, et entre toutes les originalités propres à chaque religion. C'est devenir aveugle au message et nier la valeur de la tradition. On ne peut étudier honnêtement une tradition ésotérique sans croire à ses bases, et passer outre c'est aboutir indubitablement à une déformation. C'est en voulant imposer son sens chrétien à des textes d la trdition orale juive que l'Eglise a abouti, malheureusement, à des excommunications de certains de ses membres, à des bûchers pour les Juifs, et aujourd'hui encore à de tristes anathèmes comme celui "d'inversion": on ne peut traiter l'autre que d'inversion quand on n'a pas compris l'originalité de son message.

Source : http://www1.alliancefr.com/kabbale-et-cabale-news9,32,600.html

 

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Published by x - dans Kabbale
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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 17:43

La Formation précède la Recherche. Les thèmes proposés ici sont transversaux et concernent la plupart des Rites. Une fois ce programme de formation terminé nous pourrons passer à des domaines de recherches plus pointus.

 

 

1. Les différents Rites de la Franc-Maçonnerie  

2. L’histoire de la Franc-Maçonnerie : le 18èmesiècle

3. La Gnose et les gnostiques

4. La Kabbale : histoire, principes, textes et influence dans les rituels maçonniques (RER, RAPMM…)

 

5. L’Alchimie : étude des textes de référence et de sa présence dans les rituels maçonniques plus particulièrement au REAA

 

6. Martinez de Pasqualy, Willermoz et Saint Martin : la rencontre

 

7. Les fondements bibliques de la Franc-Maçonnerie

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