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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 09:37

Pour les Celtes, être un sage, c’est savoir communiquer avec l’esprit de la nature, c’est comprendre le langage des plantes et des animaux, c’est percer le mystère des étoiles et des cieux. L’antique culture celte regorge de symboles, symbolisme des arbres, des animaux, ou encore des motifs qui ornent les armes, les bijoux et les œuvres d’art.

Dans les symboles les plus courants on trouve le Tribann /|\.
C’est un emblème et un symbole lumineux qui représente le plus couramment la pensée druidique contemporaine. Le Tribann est représenté par trois rayons de lumière
Il évoque l’absolu celtique, le Principe universel. Dans les conceptions spirituelles des druides, on l’appel IOW.

Analogiquement, le Triskel devient la mise en mouvement des trois rayons du Tribann.
Tribann et Triskel sont par la même occasion des symboles de la trilogie chère à la culture celtique.

Mais, c’est la Croix Celtique qui est le plus magnifique et le plus complet des symboles de la cosmogonie (création du monde) Druidique.
La cosmogonie celtique ne comporte pas une genèse a proprement parlé. L'une des explications est que pour les Celtes il n'y a pas de réel "commencement" : "la création est une réalité, mais une réalité de tous les instants"

La croix celtique est le livre vivant grâce auquel, durant les siècles de clandestinité, la science et la philosophie Druidiques ont pu se transmettre intacte, et dans lequel tous ceux qui ont appris à en lire le langage, peuvent se retrouver les continuateurs des Druides antiques.

 

Approchons le symbolisme de la croix Celtique.

Au 2e millénaire av. J.C, les Celtes se sont répandus en Europe occidentale, où ils ont apporté leur savoir, tout en recueillant celui des Atlantes, dresseurs de mégalithes.
Ils étaient détenteurs d’une révélation occidentale, pendant de la civilisation biblique.
L’arrivée en occident du christianisme va rassembler les deux courants en une synthèse dont la croix celtique est le meilleur symbole.

La croix est l'un des symboles fondamentaux de l'humanité et cela bien avant l'arrivée du christianisme.
Les chrétientés Celtiques d'Irlande ont, dès le IIIe s, développé le symbolisme de la croix cerclée, synthèse intime et parfaite entre la tradition Celtique et le christianisme.
Le cercle, à la fois magique et céleste, symbolise le ciel, les branches de la croix représentent les quatre éléments l'air, la terre, l'eau, le feu et également les points cardinaux de l'espace, les quatre saisons, la division Celtique traditionnelle d'un territoire en quatre.

Le centre est un lieu de passage et de communication symbolique entre ce monde et l'autre, les entrelacs, présents sur les pieds des croix, expriment le mouvement sans fin de l'évolution et de l'involution (opération qui a son propre inverse) des faits cosmiques et humains.

Les croix celtiques sont souvent ornées d’entrelacs, de nœuds, symboles de vie, mais aussi des représentations du serpent, symbole de renaissance.

La forme la plus connue de nos jours reste néanmoins la croix celtique ornée d'entrelacs.
Elle rappelle fortement le travail du métal et la frappe des pièces de monnaie.
Dans le dessin des entrelacs, les “nœuds” correspondent à autant d'états ou de modalités d'un état que l'être doit parcourir avant de rejoindre les états supérieurs ou le Centre.
La corde relie en effet les états d'être et leurs modalités entre eux et au Principe qui les unit.
Il arrive que le cheminement le long de cette corde nous ramène à un “nœuds” proche de notre point de départ à l'image du parcours des labyrinthes des églises. L'être croît alors être revenu au point d'où il est parti sans prendre toute la mesure du chemin ou des états parcourus.
Il peut aussi s'élever le long de la branche verticale et la redescendre soudainement ou s'approcher du centre de la croix et s'en éloigner désespérément.
Ces va-et-vient suggèrent que rejoindre le Centre passe par un saut dans le vide de l'existence, par une brusque rupture dans la déambulation de l'être durant les pérégrinations et péripéties de la vie.

La croix celtique se retrouve dans beaucoup d'endroit (essentiellement des cimetières) car le christianisme a récupéré au travers de la croix chrétienne (croix simple) une partie de la symbolique "païenne".
La croix celtique ou druidique fait la synthèse des représentations symboliques de nos ancêtres. Elle associe le temps et l'espace

On la retrouve partout où les Druides ont laissé leur empreinte.

Si nous entourons d'un cercle l'intersection des branches d'une croix familière, nous obtenons une croix celtique. Sa dénomination découle principalement de son apparition dans les contrées celtiques britanniques entre le VIIe et le IXe siècle, notamment au pays de Galles, en Écosse et en Irlande.

Le cercle peut aussi bien orner une croix aux branches égales qu'inégales.

Le débordement des branches de la croix celtique par rapport au cercle nous laisse subodorer l'immense potentiel du développement de l'être au-delà de la sphère humaine:
- La croix celtique à branches égales représente toute l'étendue des possibilités contenues dans le centre d'un certain état d'être qui se déploie de manière égale dans toutes les directions du plan horizontal;
- La croix celtique à branches inégales symbolise à la fois toute l'étendue horizontale des possibilités associées au centre d'un état d'être déterminé et l'expansion verticale des centres de tous les états d'être depuis les plus ordinaires aux plus spirituels.

Il s'ensuit que le point d'intersection des branches inégales de la croix (celtique) représente le centre associé à un état d'être spécifique qui se déploie horizontalement. Les points de la branche verticale correspondent aux centres associés à la multitude indéfinie des états d'être.
Quant à la verticale proprement dite, elle est générée à partir d'un point unique, le Centre ou Principe impossible à spécifier.
Pour des facilités de représentation, le Centre est parfois assimilé au point d'intersection des branches de la croix, c'est-à-dire au centre d'un état quelconque (spirituel ou non). Il est vrai que l'être peut à tout moment rejoindre le centre d'un tel état et de là atteindre le Centre.

Elle se compose schématiquement de trois cercles concentriques dont les diamètres ont entre eux les rapports 9, 27, 81 et de quatre branches.
Le cercle de 81 correspond au cercle Divin, ou Keugant.
Le cercle de 27 correspond au cercle des Migrations ou Abred.
Le cercle de 9 correspond au cercle de la Lumière blanche ou Gwenwed. 
 

Ces trois cercles désignent les différents cheminements des âmes vers l’ascension suprême:
Au commencement, les âmes errent dans le cercle du chaos (Keugant) où rien n’existe que Dieu, puis s’incarnent dans le cercle Abred, cercle de la vie terrestre, où elles doivent accomplir leur destinée. Si elles échouent, elles retournent dans le chaos (Keugant) et attendent que Dieu leur permette de se réincarner à nouveau en Abred dans une autre vie et un autre corps pour enfin accéder au cercle final, Gwenwed.
Là, elles jouiront de sa présence dans l’éternité. Gwenwed est le « lieu» affranchi du temps et du changement. Il est également le cinquième élément, l’éther, la lumière divine.

Sur le cercle d'Abred, le cercle intermédiaire (27), il y a la présence de huit petits cercles tangents, de même taille que le cercle central (9), de Gwenved.

Quatre sont situés aux angles de la croix et viennent l'évider.
Les quatre autres sur la croix qui dessinent le Symbole de la Croix et figurent les quatre éléments, l’Eau, l’Air, le Feu et la Terre. Ils sont unis à un cinquième: l'Ether. 
 

Description des différents cercles:
Il s'agit des 8 planètes de notre système solaire, dont le soleil serait représenté par le cercle de Gwenved, au centre de la croix, le cercle lumineux et blanc par excellence.

A gauche : Couleur rouge, Chiffre 5, Planète Mars ou Teutates, associée à l'élément terre.
Angle supérieur gauche : Couleur orange, Chiffre 9, Planète Lune ;
Au sommet : Couleur jaune, Chiffre 8, Planète Mercure ou Lucellos, associée à l'élément feu.
Angle supérieur droit : Couleur vert, Chiffre 7, Planète Vénus
A droite : Couleur bleu, Chiffre 4, Planète Jupiter ou Esus, associée à l'élément air.
Angle inférieur droit : Couleur violet, Chiffre 1, Planète Neptune ou Don
A la base : Couleur ultra-violet, Chiffre 3, Planète Saturne, associée à l'élément eau.
Angle inférieur gauche : Couleur infra-rouge, Chiffre 2, Planète Uranus
Le cercle central, Gwenwed : Couleur la lumière blanche des huit radiations, Chiffre 6, Planète Soleil 
 

La croix permet donc de faire apparaître 8 périodes, associées à 8 planètes...

Ces huit cercles symbolisent le cycle octopartite druidique.

Depuis l’avènement des Lumières, notre culture est porteuse d’un message linéaire : nous naissons, nous vieillissons et nous mourons. La notion ancestrale du cycle de la vie dont l’humanité avait une connaissance intuitive depuis l’aube des temps et dont elle a gravé les symboles dans la pierre sous forme de cercles et de spirales sur toute la terre, a cédé le pas a une ligne droite, symbole d’une vision du monde masculine linéaire et scientifique dont la distorsion a abouti à un culte du progrès et du résultat concret au détriment de la sagesse et de l’authenticité.

Cette évolution de la conscience collective d’une conception cyclique vers une conception linéaire a eu pour effet de provoquer une rupture avec une des plus riche source d’inspiration spirituelle : la nature.

La tradition druidique nous fait découvrir une façon de voir la vie qui, ne s’étant jamais coupée de la nature, reste porteuse d’une conscience de l’immanence divine en toute chose.
Le druidisme cultive la communion avec Dieu dans « le temple non bâti par les hommes », sous « l’œil du soleil ».

La vision cyclique de l’univers de cette tradition a pour exemple le cycle annuel octopartite qui se traduit par les huit festivals.

Se basant sur ce rapport profond et mystérieux entre la source de la vie individuelle et celle de la vie de la planète, le druidisme distingue huit points du cycle annuel chargés d’une signification particulière et les marque par des célébrations spécifiques.
Quatre sont de nature solaire, quatre autres de nature lunaire, d’où un calendrier équilibré de cérémonies masculines et féminines.

Orientation et fêtes celtiques.

Conformément à la correspondance usuelle entre espace (ou points cardinaux) et temps humain (ou saisons), le soleil se lève précisément à l'Est et se couche exactement à l'Ouest aux équinoxes de printemps et d'automne (aux environs du 21 mars et du 21 septembre). De sorte que les solstices d'été et d'hiver (aux environs du 21 juin et 21 décembre) correspondent respectivement au Sud et au Nord.

Selon cette analogie, le “carré solsticial” peut être rapproché du calendrier des “fêtes” celtiques irlandaises.

Un décalage s'ensuit entre la position du soleil couchant au solstice d'été et le début (ou la fin) du cycle annuel fixé au 1er novembre. Ce décalage pourrait avoir des origines simplement pratiques liées à la précision des observations astronomiques de l'époque. Plus vraisemblablement d'origine symbolique, il tiendrait à la “période close” à l'occasion de la “fête” coïncidant avec le début ou la fin du cycle annuel au cours de laquelle le monde d'en “bas”, monde du renouveau, fécondait le monde d'en “haut”.

Dans la tradition celtique, l'obscurité vient avant la clarté, la nuit avant le jour et la période sombre et froide de l'année annonce la période claire et chaude.
Autrement dit, le monde des morts et des dieux prend le pas sur le monde des vivants.
Les solstices et les équinoxes sont liés à la course du soleil. Ils sont donc fixés à des dates précises et sont de nature solaire. Ils sont également liés au symbolisme des points cardinaux, des éléments et de certains animaux.

A ces fêtes solaires s’ajoutent quatre autres moments du cycle annuel considérés comme sacrés.
Ces fêtes celtiques de Samain, Imbolc, Beltaine et Lugnasad sont elles liées aux évènements de la vie terrestre; en particulier à la vie végétale et animale.
Ce sont des fêtes liées à la Déesse Mère, donc plutôt de nature lunaire.
Les dates de ces fêtes sont données à titre indicatif, car les évènements varient dans le temps d’une année sur l’autre en fonction de l’avancement ou du retard de la nature. Il s’agit donc plutôt de « périodes » de fêtes.

Ces deux jeux de cérémonies représentent beaucoup plus que des moments choisis par nos ancêtres pour célébrer les cycles de la vie animale et végétale.
Ils illustrent nos liens profonds avec ces deux domaines, la profonde interdépendance entre la vie du corps, de la psyché et celle de la planète, du soleil, de la lune, car chacun d’eux signale la puissante conjonction du temps et de l’espace.

Les fêtes druidiques d’aujourd’hui expriment donc une vision cyclique du temps, et une des fonctions de ces célébrations est d’inscrire le cycle humain dans le grand cycle de la nature ; d’harmoniser les rythmes de l’homme sur les plans physiques, psychologiques et spirituels. 
 

Le cycle commence le 1er novembre par Samain « Réunion »,
C’est le début d’une nouvelle année celtique, mais c'est un temps qui se situe hors du temps. A cette période, toutes les forces de la nature sont descendantes et convergent vers le centre de la Terre. Ce moment où tout meurt dans la nature est le mieux choisi pour se relier à la mort.
Le rituel a lieu la nuit.
On symbolise le passage nécessaire par la mort en éteignant le feu, puis en le rallumant. Pendant ce moment où le feu est éteint et où on est plongé dans l'obscurité la plus complète, on peut ressentir et prendre conscience de l'absence de la Lumière, de la réalité et de la consistance de la Nuit, de notre nuit intérieure.
Puis, par le feu rallumé dans l'obscurité l'on peut percevoir notre Feu intérieur renaissant.
Ce moment hors du temps est un seuil entre l'ancienne et la nouvelle année.
Il nous permet de nous débarrasser de ce qui nous entrave, de nos "branches mortes".

Le 21 décembre, le solstice d’hiver « Le Nord » marque le triomphe de la Lumière sur les Ténèbres.
Lorsqu'on essaie de ressentir le Nord, nous viennent à l'esprit le froid, l'immobilité, le silence, la nuit....C'est pourquoi le solstice d'hiver est associé au Nord.
Il est également associé à la Terre, car en cette période, elle est dépouillée, immobile, mise à nue, inerte.
Mais pourtant, en son sein se produit l'alchimie de la vie.
Au cœur de la nuit la plus longue, dans le silence de la Terre endormie, La Terre protège et nourrit la graine qui répondant à l'appel de la vie, commence à germer, annonciatrice des futures moissons.
Tout comme la graine qui ne trouve son énergie qu'au centre d'elle-même, c'est au plus profond de nous que nous devons chercher la Force et la Lumière.
C'est à cette époque que le gui fleurit alors que les dernières feuilles tombent et que toute la nature prend l'apparence de la mort.
Il exprime la survie de l’âme, la continuité de la vie après la mort apparente de la nature qui suit la chute des feuilles.
C’est le symbole du retour à la lumière solaire originelle, c’est le temps de la renaissance après la mort.
L'ours est associé au Nord, car c'est à cette période qu'il se terre au fond de sa caverne et hiberne. En préparant son corps à la renaissance du printemps, il symbolise dans le règne animal ce qui s'accomplit dans le règne végétal. Il représente à la fois la force et l'intuition.
On retrouve ce symbolisme dans l'Etoile Polaire, étoile emblématique de la Grande Ourse qui nous guide au cœur de la nuit.
Dans le corps humain, l'élément Terre et matérialisé par les os, le calcium, les chairs, les différents oligo-éléments...C'est notre élément de "base".
L'hiver est une période où le corps a également besoin de s'économiser, besoin de repos. Et pourtant, paradoxalement, l'homme moderne, dans l'ignorance de son corps et des cycles de la vie, a fait de l'hiver une saison où l'activité professionnelle est à son maximum.

Le 1er février c’est Imbolc « Lustration », purification physique, ménage intérieur.

C’est le moment où la vie reprend.
On sent les premiers frémissements du Printemps, les nappes phréatiques sont gorgées d’eau.
Les débris de l'hiver sont balayés par les rivières gonflées d'eau.

Le 21 mars ; l’équinoxe de Printemps « l'Est » est un symbole de renaissance à la vie, de vitalité, de joie et de bonheur.
Tout comme le soleil en se levant à l'Est annonce le jour naissant.
Symboliquement, c'est de l'Est que vient la Lumière que recherchent ceux qui s'engagent dans une démarche spirituelle.
L'élément Air, associé à cette période, symbolise l'inspiration l'intuition, l'intellect, la communication.
L'Oiseau est associé à l'Est et à l'Air car, lorsque les hommes ne pouvaient pas voler, les oiseaux étaient considérés comme les messagers des dieux, leur apportant l'inspiration.
Dans le corps humain, l'élément Air est celui qui permet la respiration et qui est en relation permanente avec l'extérieur de notre corps.
Le jour est de même durée que la nuit.
C'est une porte qui s'ouvre et nous sommes invités à la franchir et à accueillir l'énergie nouvelle qui se présente.
C’est la fête du temps des semailles, le temps de faire de nouveau projets, de renouveler ce qui doit l’être.

Le 1er mai c’est Beltaine « Le Feu de Bel ».
Cette fête est la fête du feu, de la lumière solaire, de l’énergie radiante, de la victoire définitive de la lumière solaire sur les ténèbres de l'hiver.
C'est le début de la période lumineuse qui ira jusqu'à Samain.
Le feu de Bel à Beltaine est le pendant de la lumière de Lug à Samain.
Dans la mythologie celtique, Beltaine est le jour où les dieux prirent pied sur le sol d’Irlande et brûlèrent leurs vaisseaux pour ne pas être tentés de revenir en arrière. Beltaine marque ainsi l’engagement définitif, irréversible, et par là, la confiance dans l’avenir et dans la destinée.
Cette purification par le feu succède à la purification par l’eau d’Imbolc.

Le 21 juin, c’est le solstice d'été « le Sud ».
Le Sud, direction qui évoque le soleil à son zénith, la chaleur, la vitalité, l'expression bruissante de la vie.
C’est le jour où la lumière solaire atteint sa plénitude, son rayonnement maximal.
L'élément Feu est naturellement associé à cette fête. Il symbolise l'énergie, l'action, la réalisation; mais aussi la spiritualité.
Le cerf, animal solaire, roi des animaux de nos forêts, symbolise l'énergie et la vitalité propres au Sud et au Feu. Il symbolise également la force, la fertilité, l'indépendance spirituelle et physique.
Dans le corps humain, l'élément Feu est représenté par la chaleur du corps résultant de l'activité du vivant. L'été est la période où le dynamisme du corps est à son maximum.
Dans certaines traditions, c’est le moment où le jour est le plus long que les prophéties peuvent s’accomplir, car elles ne sont plus voilées par le ténèbres, mais révélées à l’éternité.
Cette fête solaire nous rappelle aussi le Centre, l'Axe.
Bien que changeant au fil des saisons, le soleil demeure toujours dans son axe.
C'est l'axe de la Grande Roue du temps, le Centre d'où tout vient et vers lequel tout converge. C'est également la célébration du Cycle; du cycle des jours qui s'inscrit dans le cycle des saisons; du cycle des saisons qui s'inscrit dans le Cycle de la Vie.
C'est également une apogée, à partir de cette date, les jours raccourcissent et les ténèbres l'emportent à nouveau sur la Lumière.
Cette fête nous incite à rester vigilant par rapport à nos propres ténèbres tout en sachant apprécier la Lumière.

Le 1er août, c’est Lugnashad «Assemblée de Lug ».
Chez les Celtes, Lug est le dieu de la Lumière. C’est un dieu "multiple", au-dessus des dieux.
Lugnasad est une fête solaire présidée par le roi. C’est la fête du blé et des moissons, placée sous le regard bienveillant de Lug qui promettait la paix et la prospérité. Il assurait l’éternité des cycles de mort et de renaissance.
C’est le temps du maximum de fructification de la végétation.

Le 21 septembre, c’est l’équinoxe d'automne « l'Ouest ».
L'équinoxe d'automne est associé à l'Ouest car c'est là que se couche le soleil.
Cette direction où le jour se finit est également associée à la fin de la vie.
C'est là que le corps trouve le repos "au crépuscule d'une vie bien remplie".
Pour les Celtes, c'est également à l'Ouest, dans les îles "au-delà de la mer" qu'ils situaient le séjour des âmes défuntes.
C'est aussi pourquoi l'équinoxe d'automne est associé à l'élément Eau qui symbolise le psychisme, les émotions, l'affectivité, les eaux de l'inconscient dans lesquelles ont s'enfonce au moment du Grand Passage.
Le saumon, en remontant le courant vers la source, symbolise la quête spirituelle de l'homme. C'est depuis l'Ouest que l'homme chemine symboliquement en quête de la Connaissance, qui est symbolisée par la Lumière de l'Est.
Dans le corps humain, l'eau est présente à 80% sous la forme du sang, de la lymphe,...

C’est le jour de la partition entre le haut, le monde des vivants et le bas, le monde des morts.
C’est l’alternance de Lug et de Taranis, qui nous incitent à bénéficier de la lumière solaire, mais sans refuser le tonnerre, le vent et la brume.
C’est une invitation à accepter en nous notre lumière sans renier nos ténèbres, pour concilier toutes les facettes de notre être.
C’est un jour de remerciement à la Déesse-Mère pour les cadeaux de la moisson et les fruits de la terre qu’elle nous a procurée.
C’est aussi un moment de préparation à la pénombre de l’hiver, l'occasion de nous débarrasser de ce qui nous entrave, nous retient à un passé qui n'est plus, l'occasion de couper nos "vieilles branches".
C'est aussi une période qui favorise l’évocation, la réflexion, la synthèse de l’expérience de l’été.

L’allégorie qui est l’illustration d’une idée par une image concrète.
Le symbolisme est le contraire, il n’impose rien et ouvre les possibilités de conceptions illimitées.
C’est pourquoi, il est le langage initiatique par excellence reliant le présent au passé et au futur.

La vision cyclique de monde et de l’homme se matérialise dans la tradition druidique par huit festivals qui rythment l’année.

Une représentation de cette vision cyclique se retrouve dans la symbolique de la croix celtique.
Elle fait apparaître 8 périodes, associées notamment aux 8 planètes, quatre de ces périodes sont de nature solaires, liées aux solstices et aux équinoxes, les quatre autres périodes sont intermédiaires et de nature lunaire : Samain, Imbolc, Beltaine et Lugnasad sont elles liées aux évènements de la vie terrestre; en particulier à la vie végétale et animale.

On peut remarquer aussi que trois catégories d’hommes sont particulièrement honorées chez tous les peuples gaulois : les barbes qui sont chanteurs et poètes, les ovates, devins et philosophes tandis que les druides, également philosophes de la nature étudient aussi la morale.

Cette symbolique, ces rituels rapprochent l’homme d’une des plus riche source d’inspiration spirituelle : la nature.

Aujourd’hui, la croix celtique fondamentale a été galvaudée. On la voit utilisée par toutes sortes de mouvements.
Beaucoup sont issus du stato-nationalisme héritier de la philosophie des « lumières», du gallicanisme, du rationalisme, du matérialisme biologique quand ce n’est pas tout simplement du hooliganisme. Leur philosophie cartésienne prônant la « raison latine» ou le jacobinisme néo-darwinien est à l’opposé de l’esprit celtique.

A cause de ce détournement, beaucoup de gens aujourd’hui ne connaissent plus ni son origine ni sa signification, et ne l’associent qu’à l’extrémisme et au folklore douteux d’une poignée de marginaux.

Il convient donc de rappeler que la croix celtique est un résumé de la cosmogonie celtique, un symbole celto-chrétien propre aux nations celtes et une expression de l’esprit de celles-ci.
Elle ne peut en aucun cas appartenir à des groupes ou des individus n’ayant aucun lien, ni culturel ni national, avec la celtitude.

source : www.ledifice.net

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Published by R\ L\ - dans Planches
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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 09:27

La plupart des mouvements culturels et technologiques qui se sont répandus à travers le monde celte de l'âge du fer ont mis longtemps à atteindre les îles Britanniques, isolées du reste de l'Europe par la Manche. Ce fut le cas des Romains qui parvinrent cependant à supprimer la civilisation celte. À la suite de l'invasion de l'île de Bretagne par les troupes romaines vers le milieu du 1er siècle après J.-C, des groupes celtes indépendants surgirent dans les régions les plus reculées, dans des territoires que les envahisseurs estimaient trop difficiles à conquérir. Les Brittons, qui formeront plus tard l'Angleterre et le pays de Galles, se soumirent au pouvoir romain et firent partie intégrante de la société romano-britannique. Mais des traces de leur flamboyant passé celte demeurèrent : en Cornouailles, en Ecosse et en Irlande, les Romains ne s'implantèrent jamais vraiment, laissant la vie s'écouler comme avant leur arrivée.

Bien que les îles Britanniques aient été habitées par les Celtes, il ne semble pas qu'elles aient eu un langage commun. En effet, tandis que les tribus du Sud avaient une langue proche du gaulois parlé sur le continent, dans le Nord différents dialectes prévalaient. De la même manière, dans ce qui est aujourd'hui l'Ecosse et l'Irlande, d'autres divisions linguistiques bloquaient toute tentative d'unification de ces îles celtes situées au large de l'Europe.

D'un autre côté, l'Irlande et l'île principale de la Grande-Bretagne consistaient en une juxtaposition de petites unités politiques tribales n'ayant peu ou pas le souci d'unité. Les grands rois ont régné en Irlande, mais, dans la plupart des cas, les alliances plus vastes étaient des arrangements purement temporaires, mis en place pour aider une confédération de tribus à combattre un ennemi extérieur commun.

En raison de l'assujettissement du sud de l'île de Bretagne au pouvoir romain, les Celtes vivant à l'intérieur des frontières de l'Empire romain devinrent des sujets de l'empereur. Profitant du développement du commerce, ces peuples romano-britanniques bénéficièrent des avantages économiques et culturels du monde romain. Au pays de Galles et en Cornouailles, bien que sous l'influence de Rome, la nature celte de la société resta relativement proche de ses origines en raison de sa situation aux confins de l'Empire.

Plus loin, en Irlande et dans le nord de l'Ecosse, les Celtes qui ne se trouvaient pas sous la domination romaine continuèrent à se développer et, lorsque Rome déclina, ces peuples devinrent de terribles prédateurs pour la Bretagne romaine. La culture celte ne disparut pas sous la pression de la conquête du sud de l'île par les Romains. Ici et là, elle fut seulement dissimulée par un semblant de civilisation.

Les Brittons du Sud

Avant l'arrivée des Romains, l'île de Bretagne était constituée d'un ensemble disparate de régions tribales, dirigées chacune par un roi. Si les plus puissants des chefs pouvaient demander assistance aux tribus voisines en temps de crise, il n'y avait pas d'unité politique. Les Romains exploitèrent ce morcellement et les Celtes eurent beaucoup de mal à s'opposer à l'invasion romaine.

Dans le sud-est de l'île en 55 et en 54 avant J.-C. Des troubles militaires et politiques dans le monde romain avaient empêché toute invasion durant un siècle, mais les Romains et les Gallo-Romains du continent faisaient du commerce avec les Celtes du sud de l'île de Bretagne. De plus, les Romains recherchaient des informateurs et des espions, et tentaient de déstabiliser le pays en scellant des alliances avec les chefs brittons. I'organisation tribale morcelée du pays celte encourageait la politique romaine qui consistait à diviser pour régner, ce qui rendit de précieux services à César durant sa conquête.

Des tribus belges s'étaient installées dans la corne sud-est de l'île de Bretagne au détriment d'autres tribus celtes qui avaient dû se déplacer vers le nord. Ces peuples étaient des Gaulois qu avaient dû traverser la Manche sous la double pression d'un accroissement de la population dans le nord de la Gaule et de Germains venus de l'est. Au milieu du 1er siècle avant J.-C, le territoire des tribus belges de l'île s'étendait de la côte de la Manche jusqu'aux sources de la Tamise, au pied des Costwolds.

Parrmi les tribus belges, en dehors de celle qu portait ce même nom de " Belges ", existaient également les Atrébates au sud de la Tamise et les Catuvellauni installés au sud du Wash. Quelques tribus de l'île de Bretagne avaient entretenu des liens avec les romains de Gaule, comme les Icéniens, les habitants du Cantium et les Trinovantes, tous installés non loin des ports gallo-romains.

 

   
 

Les tribus plus lointaines de l'île de Bretagne ne se soumirent pas. Les Parisi, les Silures et les Brigantes, installés au centre de l'île, avaient peu, voir pas de contacts avec le monde romain avant l'invasion romaine, et ils étaient prêts à défendre leur indépendance à n'importe quel prix. Plus à l'ouest, dans l'actuel pays de Galles, les tribus de la région tentèrent de s'allier avec toute tribu Celte qui s'opposerait à la domination romaine. Cette résistance ne faiblit pas jusqu'à la destruction du pouvoir Celte et druidique à Anglesey, en 61 après J.-C.

Parmi les vingt principaux groupements tribaux qui existaient au sud du golfe de Solway au 1er siècle après J.-C, il est difficile de savoir lesquels avaient fait allégeance ; on ne connaît que les liens culturels des tribus belges et les liens économiques des tribus de la côte est. Les chefs militaires comme la reine Boudicca rassemblaient les tribus en temps de crise, mais ces unions étaient temporaires. Ce manque endémique d'unité finit par avoir raison de la civilisation Celte.

Le commerce était florissant durant la période celte préromaine dans l'île de Bretagne. La monnaie y fut introduite par les Belges, et durant le 1er siècle après J.-C, on en battait dans différents endroits au sud de l'île. Des objets venant de toute l'Europe ont été découverts dans des sites celtes de la région datant de cette période. Il existe même des preuves d'un petit commerce de vin relativement actif entre le sud de l'île et la Méditerranée. Le nom moderne du port de Douvres dérive du mot celte dovr ou dwfr qui signifie "eau", et il est presque certain que ce port servait à faire du commerce entre les territoires des Belges des deux côtés de la Manche. Juste avant l'arrivée des romains dans le Kent, la société du sud de l'île était énergique et active. Elle était parfaitement capable d'utiliser ses forces pour se protéger.

Les Cornouailles

Avant l'invasion de l'île de Bretagne par les romains au millieu du 1er siècle après J.-C, la Cornouailles était le pays des Cornoviî ; il ne fut pratiquement pas touché par l'occupation romaine. Le commerce entre les Cornovii et les Romains était florissant ; la ville romaine d'Exeter était le centre de l'exportation de l'étain de Cornouailles et d'autres produits gallois. Quand les Romains quittèrent l'île de Bretagne au début du Ve siècle après J.-C, la Cornouailles (ou Kernow) resta prospère et continua de commercer avec le royaume romanisé de Dumnonia à l'est et celui de Cornouaille en Bretagne.

Les Gallois

L'absence de sources écrites rend obscurs les débuts de l'histoire des Brittons du pays de Galles, l'archéologie souligne l'existence de liens commerciaux entre l'Irlande, le pays de Galles et le reste de l'île de Bretagne bien avant l'arrivée des Romains au 1er siècle après J.-C. Quatre tribus celtes occupaient la région : les Deceangli au nord-est, les Ordovkes au nord-ouest, les Demetae au sud-ouest et les Belges au sud-est, qui possédaient des territoires qui s'étendaient de l'estuaire du Severn jusqu'au Soient.

L'île d'Anglesey (Mona) servit de refuge aux druides. Quand le gouverneur romain Paulinus Suetonius prit l'île au milieu du 1er siècle après J.-C, îl détruisit le pouvoir druidique qu'il considérait être l'instigateur de la résistance contre Rome. Des chroniqueurs gallois rapportent que la région prospéra sous la domination des Romains, et que leur retrait de l'île de Bretagne au début du Ve siècle après J.-C. la rendit vulnérable aux attaques des Irlandais. Les Romains n'avaient laissé aux chefs celtes locaux que la direction de leurs propres affaires, et soudain ils furent responsables de la défense de leurs royaumes indépendants.

Les irlandais

Alors que les îles Britanniques - à l'exception des îles les plus au nord - sont tombées sous la domination romaine, l'Irlande ne fut jamais conquise. L'historien romain Tacite rapporte, dans sa Vie d'Agricola, que le général romain se tenait sur la côte ouest d'Ecosse et regardait, par-delà la mer d'Irlande, l'île d'Emeraude. Il avait certainement pensé à la conquérir, mais ne fit aucune tentative, sans doute parce que l'Irlande manquait de tout ce dont Rome avait besoin. L'Irlande et le nord de l'Ecosse restèrent des bastions celtes, aux confins du monde romain.

A l'âge du bronze, l'Irlande était occupé par un peuple, les Ériens (les Iverniens de Ptolémée). Des chroniqueurs irlandais plus tardifs racontent que ces peuples étaient divisés en quatre tribus, correspondant aux provinces (ou fifths) de l'Ulster, du Leinster, du Munster et de Connaught Ces Irlandais anciens étaient probablement des Protoceltes qui habitaient en Europe de l'Ouest. La mythologie celte d'Irlande raconte qu'à cette époque, le pays unifié était gouverné par un grand roi, ce qui est pure spéculation comme l'est l'idée selon laquelle

Le morcellement politique qui se fera jour plus tard existait déjà. Au 1er siècle après J.-C, la province de Munster était la plus importante de l'île. Son chef ou son roi exerçait une influence sur une grande partie du sud de l'Irlande. Sa cour se tenait à Tara, dans le comté de Meath. Le site était à une altitude de 155 mètres et comportait un oppidum et un enclos circulaire de réunion, appelé plus tard le Rath of Synods.

En dehors d'éventuelles bribes de preuves archéologiques ou d'histoires mythologiques de chroniqueurs irlandais plus tardifs, on sait peu de chose de la société irlandaise et de la culture de La Tène ou même d'avant. Les premières preuves solides datent de l'époque du retrait romain de l'île de Bretagne, vers le début du Ve siècle après J.-C. À cette époque, les Irlandais avaient une structure tribale et une organisation sociale semblables à celle qui existait en Gaule depuis plus de cinq cents ans.

L'Irlande était un assemblage de petits royaumes indépendants. Il n'y avait pas trace de grand roi ni d'État unifié. Les seuls facteurs d'unité étaient la langue, les pratiques religieuses et la structure sociale.

Les Calédoniens et Les Pictes

Dans le nord lointain, non conquis, de l'île de Bretagne, les romains rencontrèrent la résistance des Calédoniens, qui représentaient un tel danger que les envahisseurs construisirent le mur d'Hadrien pour les tenir à distance. Deux siècles plus tard, le même peuple fut appelé Picte ou "peuple peint". Ces gens mystérieux ont laissé peu de traces derrière eux, mais leur héritage survit dans des centaines de monolithes sculptés, très énigmatiques.

Depuis 7500 avant J.-C, au Néolithique, ils étaient devenus fermiers et constructeurs de tumulus funéraires. Des cercles de pierres levées, comme l'anneau de Brodgar dans les Orcades, sont les témoins muets des hauts faits de ces premiers Écossais. On sait que les échanges culturels avec le continent, qui caractérisaient l'âge du bronze, étaient moins courants à l'époque celte. Par contre, l'Ecosse du début de l'âge du fer, plus insulaire, présentait des caractères communs avec l'Irlande et le sud de l'île de Bretagne. Les Celtes d'Ecosse n'étaient pas des tribus venues d'ailleurs, mais les descendants directs des peuples de l'âge du bronze qui les avaient précédés.

Durant le 1er siècle après J.-C, l'Ecosse était une région peuplée de tribus celtes. Ses territoires étaient divisés en seize régions tribales. Quatre de ces peuples étaient installés au sud de la ligne Forth-Clyde, ce qui est actuellement le sud de l'Ecosse. Parmi les tribus du Nord, les Calédoniens habitaient le Great Glen, une dépression glaciaire qui comprend le loch Ness. Au nord de leurs territoires se trouvaient ceux des Creones, des Decantae, des Carnonacae, des Lugi, des Smertae et les Cornavii. Au nord-est de l'Ecosse se trouvaient les Vacomagi, les Texali et les Venicones ; les Epidii habitaient l'Argyll moderne.

Le géographe grec Ptolémée, qui écrivait au IIe siècle après J.-C, avait noté ces noms de tribus. S'il existait de plus petits groupes, on ne connaît pas leurs noms. Lors des premiers contacts des Romains avec les Celtes écossais à la fin du 1er siècle après J.-C, les tribus du nord étaient connues sous le nom général de Caledonii ou Calédoniens. L'historien romain Tacite racontait que ces hommes du Nord avaient " des cheveux rouges et des membres massifs" et les distinguait de leurs voisins du Sud. Ces tribus se sont réunies en une grande coalition calédonienne.

Agricola pénétra en Ecosse en 79 après J.-C. En 84 après J.-C, il infligea une défaite aux Calédoniens au mont Graupius. Malgré cette victoire, Agricola replia ses forces dans le sud de l'Ecosse. Par la suite les Romains effectuèrent bien quelques expéditions punitives en Calédonie, mais ils ne l'occupèrent pas. Au IIIe siècle après J.-C, les Calédoniens sont remplacés par les mystérieux Pictes.

Source : http://www.hist-europe.fr/Rome2/bretagne.html

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 09:22

Les Celtes commencèrent à s'installer en Europe Centrale vers 500 ans avant J-C. Ils s'installèrent en Allemagne du Sud, en Suisse, en Autriche et plus loin vers l'est. De nouvelles migrations suivirent suite à l'introduction du cheval en Europe. Grâce à cette expansion, les Celtes découvrirent de nouvelles terres, dont l'Irlande. Aujourd'hui les principales langues celtes sont l'irlandais ou le gaélique (en Irlande et en Écosse), le gallois et le breton.

C'était nous autres les Gaels qui, aventuriers et soldats de fortune, avons errés de terre en terre, jusqu'à atteindre les limites du monde habitable. Nous avons donné à notre île le nom d'une princesse : Éire (Irlande). Les circonstances historiques ont favorisé une expansion spirituelle au détriment d'une expansion militaire.

L'arrivée de St Patrick engendra un nouvel âge d'or incarné par la lumière du Christianisme. C'est vers la moitié du premier millénaire qu'un puissant élan missionnaire partit de l'Irlande pour combattre les privations de l'Age des Ténèbres sur le continent de l'Europe.

Face au danger et à la mort, ces moines ont retracés les pas de leurs aïeux. Ils ont rapporté la parole de Dieu et leurs connaissances exceptionelles en France, en Allemagne du Sud, en Italie (au sud jusqu'à Rome), en Suisse et en Autriche. Dans leur ferveur, certains d'entre eux sont allés dans de vieilles colonies celtes, à travers des pays sauvages et inconnus, jusqu'à Kiev.

Vers 585 après J-C, l'ascète idéaliste St Colomba et douze de ses compagnons moines se rendirent sur les territoires Francs où ils fondèrent six monastères; les premiers furent construits à Annegray et Luxeuil. Assisté de ses moines et avec l'aide des habitants il transforma plusieurs bâtiments en centres de savoir. C'est ainsi que les villes fleurissèrent autour de ces centres de savoir irlandais.

Toujours assité de ses moines, St Colomba voyagea sur le Rhin, interprétant inlassablement leurs chants marins. Ils bâtirent un monastère sur les bords du Rhin à Bregenz, ville qui porte le nom de la reine celte Brigitte, qui était adulée aussi en Irlande. Son disciple Gall quant à lui se rendit vers l'Est et y fonda St Gallen. Durant des siècles la plupart des monastères en Europe appliquèrent les règles disciplinaires strictes de St Colomba. À ce sujet, le Pâpe Pius XI prononça les paroles suivantes " C'est grâce à St Colomba que la renaissance des vertus du Christianisme s'est répandue dans une grande partie de la France, de l'Allemagne et de l'Italie ".

L'écriture des moines irlandais, qui étaient aussi tenaces qu'inventifs et cela autant en temps de paix qu'en temps de guerre, attira l'attention de l'académie allemande au début du siècle dernier. En réalité, les Allemands fûrent les premiers élèves du vieux gaélique.

La politique gaélique et le système légal résistaient malgré l'usure croissante des affrontements menés contre l'île avoisinante. Cependent, en 1603 l'ordre gaélique entra dans l'histoire lorsque le chef de l'Ulster O'Neill se rendit aux anglais. Quatre ans plus tard, avec " la Fuite des Comtes ", cent chefs nordiques quittèrent l'Irlande pour les Pays-Bas Espagnoles et Rome.

En 1691, Patrick Sarsfield (lui même descendant des Gaels et de l'ancienne Église Catholique Anglicane) ainsi que Guillaume d'Orange conclurent le Traité de Limerick. En conséquence, environ 14.000 soldats irlandais furent libres d'aller sur le continent. Les droits religieux et civils en Irlande avaient été promis mais le Parlement anglais se rétracta par la suite. Dans les cents ans qui suivirent, un grand nombre de nobles irlandais surnommés "Géanna Fiáine" ou "les Oies Sauvages" quittèrent leur pays anéanti pour aller combattre sur le continent. source : http://www.gaeltacht.eu/fceltes.html

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 09:13


Pour retrouver la Tradition primordiale, il ne suffit pas de regarder un peuple ou une tradition, il est indispensable d’aller plus loin, chercher et chercher encore. Lorsqu’un peuple envahit un pays, il ne peut qu’utiliser ce qu’il trouve déjà sur le terrain, comme nous le constatons, par exemple, avec les Romains. Il en est exactement de même pour les Celtes. Ces derniers furent, sans conteste, les porteurs d’une tradition, mais celle-ci n’était qu’une partie de la TRADITION !
Les Celtes assimilèrent les Traditions, les cultes et les croyances des peuples qu’ils dominèrent, au demeurant, pour une période très courte. Renier, comme certains le font, cette TRADITION PRIMORDIALE, revient alors à renier le Druidisme lui-même, puisque c’est lui retirer sa réalité et sa vérité primordiale.

Galates, Galli, Gaule et Gaulois

Avec cette Tradition, restant à jamais la base instinctive de notre savoir mythologique sacré, se constituera simultanément la première ébauche de nos territoires liés aux plus anciens témoignages de notre géographie politique. La ‘géographie physique’, en opposition fondamentale, nous sera laissée par les peuples Ibéro-Ligures.
Ce peuple Celte ‘envahissant’ se répandra non seulement en Europe occidentale mais également dans toute l’Europe centrale. En Asie Mineure il fondera un royaume, appelé ‘Galates’ par les Grecs. Puis les Germains refoulèrent les Celtes d’Europe du nord vers l’Espagne, les Iles Britanniques et la Gaule. Il est probable que ce nom, qui nous restera, provienne d’ailleurs de ‘Galates’, et ‘Galli’ pour les latins. La langue Celte ne subsistera, elle, qu’en Ecosse, Irlande, Pays de Galles, Bretagne.
Il est difficile de résumer impartialement l’histoire de ce peuple car les hypothèses historiques vont parfois à l’encontre les unes des autres ; cependant le lecteur trouvera en fin de ce travail une bibliographie sommaire afin qu’il puisse se forger sa propre idée. En ce qui concerne l’aspect culturel, nous retiendrons que pour Olivier Geslin « Ils présentaient une certaine unité linguistique, morale et religieuse, mais politiquement indépendants les uns des autres ».

Celtie et Hyperborée ?

La question la plus irritante des énigmes celtiques est de se demander d’où ce peuple tenait la somme des connaissances et traditions qui constituaient ses rites. Nous trouvons dans ‘Le Voile d’Isis’, de mars 1932, le formidable travail d’ Auriger. Pour lui les Celtes furent les continuateurs des Atlantes et les initiateurs de toutes les civilisations d’Europe et d’Asie. Les éléments proposés montrent ce peuple échappé, avec les Egyptiens, de la catastrophe engloutissant l’Atlantide et dépositaire de la Tradition perpétuelle et unanime.
Paul le Cour suivra cette audacieuse hypothèse. Pour lui aussi, il s’agit d’une race nordique et atlantique, dont les ‘comptoirs’ éloignés de leur terre d’origine ne pouvaient perdurer bien longtemps ainsi retranchés de leur origine. A cet effet, il souligne, fort à propos, que les Grecs ‘Hyperboréens’ et ‘Celtes’ sont parfois considérés comme synonymes !
Précisons que communauté d’origine ne signifie pas obligatoirement identité raciale (au sens étymologique du mot!), de fait la véritable unité fondamentale celtique peut demeurer de nature uniquement spirituelle. Alors que la base administrative et militaire restait la ‘cité’, la tradition religieuse et l’organisation druidique assuraient la cohésion de cet immense réseau ethnique qui s’étendra de l’Irlande au Danube et s’avancera même jusqu’à l’Orient. C’est ce que démontre par ailleurs la célèbre épopée de Ram (Bélier en Gaulois).

Une formidable société

Si l’on propose comme ferment de l’idée européenne la ‘latinité’ ou encore le racisme nordique, on ne peut obtenir, par définition, l’adhésion que d’une très minime fraction d’européens.
Le dénominateur commun pourrait être plus simplement ‘l’esprit celtique’. Ce dernier a imprégné les peuples de notre continent par la race, le fondement rituel, la philosophie, la littérature et surtout la base de la chevalerie naissante. Cet ‘esprit’ est étroitement lié à l’apport hellénique et, par là, à la grande tradition occidentale atlantéo-hyperboréenne. Et, s’il y a des implications même sur le continent africain, on retiendra que l’Afrique et l’Europe sont complémentaires à plus d’un titre!
Il y aurait, surtout à notre époque, beaucoup d’inspiration à puiser dans les institutions sociales celtes : Collèges, formation de la jeunesse, des chefs, des élites religieuses et spirituelles et enfin : prééminence du rôle de la femme dans la société.
Avec une vision étrangement prophétique, Philéas Le Besgue écrivait à ce propos : « Sur les bases du celtisme se pourraient constituer de véritables amphictyonies européennes, car l’esprit de la table ronde s’est propagé loin par delà les frontières aussi bien que les idées de liberté humaine au temps de la Révolution. » Par l’ouverture actuelle sur une Europe naissante c’est dire quel pourrait-être, dans cette croisade exaltante et surtout pacifique, le rôle de la France. Cette ‘mission celtique’ n’est-elle pas en vérité ‘mission européenne’ et, partant, ‘mission Française’… c’est une question sur laquelle nos hommes politiques devraient méditer.

La Tradition Celte

Après le rapide survol du schéma social et politique celte, tentons, à présent, d’en approcher les fondements traditionnels et spirituels et surtout leurs mystères.
Les druides celtes furent les détenteurs de la ‘Tradition Primordiale’ ou plus précisément, comme le disaient les Grecs de l’Antiquité, de la ‘Tradition Hyperboréenne’.
Nous savons, qu’en mythologie grecque, Apollon était nommé ‘Hyperboréen’ et que ce dieu de ‘Lumière’ était l’équivalent du dieu Lug. Lug et Apollon ont aussi en commun leur animal familier : le corbeau. On note encore qu’un des introducteurs du culte d’Apollon à Athènes était un certain ‘Lukos’ à la consonance ‘Lug’ indiscutable.
D’autre part le druidisme correspond assez bien au christianisme primitif, à la différence notoire que le druidisme ne fut jamais un état dans l’état, mais simplement le gardien vigilant de la Tradition ! A cet effet, les croyances celtes n’imposaient jamais leur ‘foi’ ni leur ‘loi’. Elles respectaient les croyances des autres peuples, leurs rites, leurs libertés de penser et espérer selon leurs différences. Il nous reste bien à faire à ce propos actuellement!
Les rites nous conduisent tout naturellement aux célébrations rituelles de l’année .
IMBOLE: fête du printemps qui se situe vers le 1er février de notre calendrier. Attribuée à la Triple Brigitt, c’est la célébration de la renaissance de la nature et de la fécondité.
BELTAINE: fête sacerdotale par excellence, c’est la fête du dieu Bel (Belenos ou Belenus), soleil nouveau qui va régénérer la Terre nourricière, la Terre Mère. Fêtée au 1er mai, c’est à cette date que les Tuatha de Danann, les fils de la déesse Dana ou Ana dont le dieu Lug est le chef, sont arrivés en Islande. C’est l’une des deux fêtes celtes du feu (bienfaisant). Celle-ci est en l’honneur de la naissance et de la jeunesse de Lug. Au cours de cette célébration les assistants franchissent les feux allumés par les druides.
LUGNASAD: Célébrée le 1er août, c’est la fête du Roi (solaire), donc de l’assemblée de Lug et de tous ses fils spirituels. A cette dernière les guerriers venaient sans armes et honoraient ainsi l’amitié et la paix. L’aspect royal de Lug y était reconnu sous la forme du jaune et du brillant, à cette époque le blé se trouvait ainsi naturellement à l’honneur.
SAMAIN: La nuit du dernier jour d’octobre est la seconde fête celte du feu. Le soleil meurt progressivement à l’image du grain que l’on vient de planter. C’est la seconde fête des guerriers, militaire et totale. Elle décrit le conflit avec les puissances de l'autre monde, de leurs interventions dans les affaires humaines, ainsi que parfois de leurs visites dans notre monde. A l’inverse de l’autre fête du feu, ces derniers doivent être éteints la veille de cette réunion avec banquets.
Samain et Beltaine sont les deux pôles de l’année celtique partagée entre lumière et obscurité.
Cette fête de SAMAIN correspond maintenant, pour l’Eglise, à la Toussaint. On y retrouve les même détails, mais christianisés, du culte des morts et des puissances ténébreuses. C’est encore aujourd’hui la célébration ‘d’Hallowe’en’. En vérité ce mot est la contraction de ‘All Hallow’s Eve’ soit : ‘la Vigile du Jour de tous les Saints’.

La fête du feu

Il est utile de revenir sur cette fête et sur certains de ses caractères souvent oubliés ou délaissés. D’abord ce n’est pas la fête domestique célébrant le feu du foyer, mais un rite puissant du repli sur soi-même. Ensuite l’honneur pour le feu permettant la communication d’une rive à l’autre et avec l’invisible de l’au-delà. Les emplacements pour ces feux ne sont jamais le fruit du hasard: lieux traditionnels liés au même tellurisme sur lequel s’alignent les grands mégalithes, autres manifestations mystérieuses de la magie oubliée des druides.
Si les participants dansent autour de ces feux, il ne s’agit pas pour autant d’un rite de fertilité solaire. Il s’agissait avant tout d’une antique pratique celte de divination. Chaque danseur lançait un caillou blanc dans le brasier, après y avoir inscrit son emblème de famille, afin que l’esprit des flammes influe sur les signes prévisionnels.
Au matin, celui qui ne retrouvait pas, dans les cendres chaudes, la pierre de sa famille, était certain de ne pas assister au nouvel ‘Hallowe’en! La tradition affirme que la quête du caillou blanc se faisait avec un bois de coudrier, dont on note au passage la similitude avec celui des sourciers. Chaque détail de cette recherche apportait des indices pour l’avenir : couleur des cendres, signes rencontrés, teintes prises par la pierre… ce rite de la magie celte est aujourd’hui pratiquement oublié. On le retrouve cependant intégralement retransmis dans la ‘Transposition de Lugaid Reo Nderc’H’ qui serait la récupération d’une traduction manuscrite du 4ème siècle, lui-même explicité sur d’antiques récits romains.
Il semblerait même, selon certaines hypothèses ‘celtisantes’, que les initiés celtes pouvaient cette nuit-là établir un lien entre leur peuple et celui d’humanités différentes lointaines, dans l’espace et le temps, ainsi qu’avec le ‘Petit peuple’ de la Nature. La fête, aujourd’hui manifestation des enfants questant des cadeaux, rappellerait ces petits Etres aux aspects aussi multiples que les déguisements enfantins et serait le lointain souvenir d’un peuple révolu capable d’une magie toute-puissante ouvrant sur d’étonnantes portes entre certains univers fabuleux.
Encore, à propos des fêtes solaires honorées par les Celtes, il est utile de préciser que ce peuple comptait les jours non pas comme nous, avec le lever du soleil, mais avec celui de la lune et que les druides savaient, avant tout, allier les deux calendriers pour n’en faire qu’un : le calendrier soli-lunaire. A ces grandes cérémonies calendaires, il faut ajouter celles plus individuelles et ponctuelles : incarnation de la naissance, désincarnation du passage vers l’au-delà, mariage, etc…

Quelques symboles celtes

La tradition et les mystères celtes font appel à un symbolisme d’une richesse qui étonne toujours par sa diversité et sa complexité. Nous ne retiendrons brièvement ici que les plus usités et les plus connus:
Le chêne: Divinité et majesté, personnifie la solidité, la puissance, la longévité, la hauteur au sens spirituel et matériel. Symbole de ‘l’axe du Monde’ il devient le lien entre le ciel et la terre et seul moyen de communiquer avec eux. Par ses branches solides, son symbolisme et son feuillage touffu, le chêne représente l’emblème de l’hospitalité et, de fait, devient un temple. La tradition assure que Gwin (le blanc) est prisonnier du tronc de cet arbre magique et n’en sort qu’une fois l’an, au solstice hivernal pour vaincre le chevalier rouge du houx.
Le Gui: Symbole de l’immortalité, de la vigueur et de la régénération physique, a pour autre nom ‘Rameau d’or’ dans le symbolisme universel celte. Le gui passe pour avoir une puissance magique permettant d’ouvrir le monde souterrain, éloigner les démons. Il est la force, la sagesse et la connaissance. Ces trois aspects auront le même sens que la racine ‘Dru-Wid’ qui donnera le mot Druide. Seuls ces prêtres celtes seront habilités à la cueillette de la plante sacrée qu’est le gui. Ce dernier, dont le fruit est fait de boules blanches, représente aussi la lune. La faucille, seul instrument utilisé pour sa coupe, symbolise l’aspect ‘croissant’ de ce fruit qui finira par représenter jusqu’à nos jours l’année solaire naissante : ‘au gui l’an neuf’ !
Le Pommier: Abellia en celte, représente l’astre du monde pour les celtes. C’est sous le pommier que Merlin enseignait sa connaissance. Dans la tradition celtique, la pomme est le fruit de la science, de la magie et de la révélation. On retiendra, là encore, que les écrits bibliques feront de cet arbre celui de la connaissance, de la science et de la révélation… Hasard ou convergence des symboles ?
Pour le règne animal nous retiendrons sommairement :
L’Oursin fossile: Il est un des plus forts symboles druidiques : l’œuf du monde, aussi appelé ‘œuf de serpent’ en raison du serpent représentant la Vie et Wouivre. Ses rapports étroits entre la pierre et l’arbre cosmique en font le symbole de la puissance du divin et de l’humain ainsi que la manifestation du verbe.
Le Sanglier: C’est le plus vieux symbole Indo-Européen, il est l’autorité spirituelle. Le sanglier est comme le druide, en liaison étroite avec la forêt, la nature et sa puissance en se nourrissant du fruit du chêne : le gland.
Le sanglier représenté dans le sacerdoce mythologique celte par le druide est l’animal consacré à Lug.
L’escargot: Sa lenteur et son cheminement représentaient le néophyte dans sa recherche de la connaissance. De plus cette dernière inscrivait son évolution dans une spirale sans fin montrée dans le dessin de la coquille du gastéropode. Lunaire et sexuel il illustre l’éternel retour et la fertilité dans tous les domaines de la nature. La forme hélicoïdale de sa coque constitue le glyphe universel par excellence et la temporalité pour les celtes.
Parmi les éléments essentiels du tracé symbolique celte nous citerons :
La ‘Croix Druidique’: pentacle le plus important résumant toutes les connaissances cosmiques et métaphysiques des initiés celtes. Son tracé détermine une théogonie qui en fait la représentation la plus curieuse que l’on puisse étudier malgré toute sa simplicité apparente.
Le Tribann: il représente les trois lettres de l’Incréé : O.I.W. (lire et prononcer ‘ou’) Il signifierait, entre autres, Savoir, Amour et Connaissance.
Le Triskele: (trois jambes courant d’un même axe) du grec ‘trois pieds’, on le trouve aujourd’hui dans les armes héraldiques de l’Ile de Man (déjà cité en 1581 dans le travail de B. Vincent). Il est les trois phases de l’énergie : ascendante, maturité et descendante. On peut aussi considérer la représentation des dieux Lug, Dagda et Ogme qui deviendront, pour les gaulois : Taranis, Teutatés et Esus.
Le Triscele: (trois spirales tournoyantes depuis un même centre) la tripartition suivante en serait la symbolique : les initiés (prêtres), les guerriers et le peuple. Mais aussi il représenterait les trois étages : le céleste, l’humain et le chtonien. On retrouve ce tracé souple et harmonieux sous les traits des déesses Cerridwen, Blodeuwedd, Arianrhod.
Quant aux magiciens de ces temps antiques, ils avaient pouvoir sur tous les règnes: hommes, bêtes, plantes, éléments, le visible et aussi l’invisible ! Ils savaient les secrets de philtres mystérieux conférant l’amour, l’oubli, l’éternité… Un rêve en un mot!

Les magiciens du son universel

De tous ces pouvoirs aussi formidables que nombreux, nous nous attarderons sur le plus merveilleux, celui du son.
Les plus anciens textes font état d’une maîtrise phénoménale du son sous toutes ses formes par quelques initiés mythiques celtes. Ils savaient la musique, le chant et la sonorité de la nature. De ses sons harmonieux et secrets sortaient des incantations capables de modifier l’univers.
Le récit le plus précis est sans doute celui de Dagda. Il apparaît tantôt comme un dieu ou un homme. Il peut tout faire avec sa harpe magique dont il tire des accords pour chaque événement. Dans son ‘Cycle Mythologique Irlandais,’ d’Arbois en fait une précise description. L’instrument dérobé par les Fomore est recherché par Dagda avec l’aide de Lug et Ogme. Ils retrouvent la harpe accrochée à un mur pendant le repas des chefs Fomore. Dagda interpelle sa harpe qui, reconnaissant la voix de son maître, se propulse vers lui avec une telle puissance que neuf guerriers sont tués sur son passage. Dagda détient l’art de trois chants sur son instrument magique : celui du sommeil, du rire et enfin des larmes. Il maîtrisera ses ennemis en jouant de cette science sonore ! Légende… bien sûr, diront les incrédules. Oui, pourquoi pas… pourtant les anciens celtes savaient les pouvoirs de la sonorité et pouvaient en user selon leur gré. Science, Magie ? Ce n’est qu’une question de mots.
On retrouve cette notion de la vibration musicale et sonore dans les nombreuses épopées irlandaises.
Nous y retrouvons encore un autre dieu, Cuchulain. Ce héros doit franchir un ravin protégeant une ignoble magicienne. L’initié celte qui le guide lui conseille simplement de pousser un cri plus haut que l’abîme afin de vaincre l’obstacle du vide vertigineux. Cuchulain obéit et se retrouve de l’autre côté par ce ‘cri plus haut que l’abîme’. Pour certains auteurs ce hurlement inhumain servait encore à détruire, par la seule puissance des infra et ultra-sons, dont on commence à supposer les pouvoirs seulement depuis peu. Pourquoi certains initiés celtes n’auraient-ils pas pu détenir une connaissance ‘primordiale’ qui se perdra au fil des temps ?
On retrouve d’ailleurs d’autres épisodes ‘sonores’ dans les récits de la légende du Graal et de la vie de Merlin. Ce qui prouve, s’il le fallait, que les anciens celtes pouvaient agir sur la matière, les éléments, détruire, modifier, susciter des émotions avec des sons.
Nous en souririons un peu moins si nous nous demandions ce qu’est devenu Trabitsh-Lincoln, dont les travaux sur les croyances magiques celtes le conduisirent jusqu’en Asie où il disparaîtra sans laisser de traces. On sait à ce sujet que les autorités soviétiques de l’époque se précipitèrent, lors de la chute de Berlin, pour s’approprier des dossiers concernant ce sujet. Personne n’en saura jamais plus.
Faut-il admettre, aussi, l’hypothèse d’Edgar Cayce qui affirme que de terribles guerres sonores se déroulèrent entre initiés Atlantes jusqu’au combat final qui engloutira le continent perdu. Il est question de quelques rescapés magiciens transmettant une connaissance primordiale se prolongeant jusqu’aux Celtes pour se diluer définitivement plus tard…

Les breuvages magiques celtes

D’autres domaines dans l’art de la connaissance magique celte nous réservent quelques surprises. Il s’agit des différents philtres et breuvages dont les textes antiques font mention. Nous observerons que dire ‘breuvages’ ne peut se dissocier du mot ‘chaudron’ dans les thèmes celtisants.
Ce ‘chaudron’ est le plus grand mystère de l’ancienne magie celte. Ce réceptacle indispensable à toute ‘chimie’ se retrouvera tout au long de nos traditions, jusqu’à celui des sorcières et celui des alchimistes : le creuset. D’eux sortiront rêves exhaussés et chimères désespérantes… Pour les celtes, il en est question pour la première fois dans les célèbres ‘Mabinogions’. Matholwch dispose d’un chaudron dans lequel il plonge, toute une nuit, ses guerriers tués au combat. Au matin, ils sont guéris, encore plus forts, mais muets. Une seule précaution, très étrange, est exigée : les guerriers devront tenter, pour revenir, de garder leur tête sur les épaules… L’expérience qu’ils vivent dans l’étrange vaisseau leur ferait-elle perdre la tête, ou est-elle si ahurissante que des guerriers en reviennent sans voix ?
Lors de la conquête de ‘l’Ile Verte’ par les Gaêls, le dieu Gobniu prépara un breuvage, une sorte de bière, rendant indécelables ceux qui l’absorbaient et qui leur permettait de rejoindre des lieux d’où ils auraient ’toute latitude pour reprendre le chemin du ciel’. Gobniu, maître des forges, savait forcément les secrets de la métallurgie et pourquoi pas ceux d’une connaissance supérieure lui permettant des possibilités aujourd’hui insoupçonnables, bien que simples à mettre en œuvre.
Comment parler de ce sujet sans évoquer le gui, servant de base à bien des breuvages consommés par tant de chevaliers en queste d’un hypothétique Graal? Là encore ne reste rien, ou presque, du fabuleux savoir des origines celtes, sinon la certitude perdue, d’un âge où les dieux et les hommes franchissaient la frontière d’univers oubliés. Les Celtes de Bretagne, d’Irlande, de Galles, usaient de la magie des philtres avec une facilité aussi déconcertante que leur maîtrise en cet art difficile. Combien de récits bien connus font état de ces préparations dont les détails sont soigneusement tenus secrets : Dagda, Cuchulain, mais aussi Tristan et Iseult, sans omettre Arthur et Merlin.
Merlin, le plus célèbre des magiciens celtes Bretons! Certes, le personnage est riche en couleurs et symboles, mais on peut supposer qu’en vérité il pouvait être, à cette époque, l’image d’une connaissance globale des sciences celtes. Une sorte de synthèse d’individualités de divers moments et endroits, toutes liées, bien sûr, à un identique courant de savoir. Merlin, en latin : Merlinus, est la forme de ‘Myrddyn’, donnant en breton armoricain ‘Marzin ‘! Peu importe ce qu’il est dans sa forme puisque dans son fond il est LE magicien, LE visionnaire, L’initié, LE barde, il est celui qui voit au travers de l’espace et du temps. Souvenons-nous que les chevaliers entendent ‘sa voix dans les arbres de la forêt qui borde le Val sans Retour’… ce qui nous ramène à l’usage des forces sonores.
A ces fabuleuses connaissances des anciens celtes, nous ajouterons son savoir à maîtriser de bien étranges choses dont il est question tout au long des ‘Roman de la Table Ronde’ et du moins connu ‘Testament de Merlin’. Délire, sornettes, légendes et symbolismes puérils? A moins qu’il ne s’agisse plutôt du récit d’une personne profane et extérieure à la connaissance magique celte, alors le souvenir de ces écrits formidables prendrait une toute autre ampleur.
Il est possible que tous les personnages, des héros chevaleresques du Graal aux obscures divinités celtes, soient en vérité les idéogrammes d’une réalité qui s’est éteinte: la connaissance primordiale et magique celte des temps anciens! Les initiés celtes, leurs savants (au sens étymologique), leurs scientifiques, pouvaient-ils se laisser aller à des récits aussi enfantins que l’on veut bien nous le montrer? Les fêtes solaires, les d’Hallowe’en, tout ce savoir condensé dans une formule manuscrite, s’estompent de plus en plus, jusqu’à devenir illisibles, incompréhensibles.
Des savoirs que nous ne savons pas vraiment comprendre, des récits relégués aux enfants que des exégètes nous font digérer à la sauce ‘allégorie’ ou ‘symboles’… Il y a forcément autre chose derrière ces combats de moulins à vent.
Il ne peut s’agir que de formidables pouvoirs que nos ancêtres celtes possédaient et qui venaient peut-être de très loin. Dommage, car le vieux peuple du dieu Lug, à l’encontre de tous les autres peuples monothéistes, allait dans le sens de la Nature ‘Naturante’. Il était fils de Dana ou Ana, la Mère Primordiale de tous les dieux et de toute vie, mais de toute vie dans sa plénitude, son intégralité et sa totalité. En retrouverons-nous, un jour, les arcanes, avant que, comme cela se produit de plus en plus, et malgré certaines tentatives isolées, en terres anciennement celtes, les feux de Beltaine et Samain soient un peu moins nombreux chaque année ?..

Source : http://www.france-secret.com/celtes_art.htm

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Published by André Douzet - dans Irlande
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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 07:53

Très vénérables Pères, j'ai lu dans les écrits des Arabes que le Sarrasin Abdallah, comme on lui demandait quel spectacle lui paraissait le plus digne d'admiration sur cette sorte de scène qu'est le monde, répondit qu'il n'y avait à ses yeux rien de plus admirable que l'homme. Pareille opinion est en plein accord avec l'exclamation de Mercure: «O Asclepius, c'est une grande merveille que l'être humain».
Réfléchissant au bien-fondé de ces assertions, je n'ai pas trouvé suffisante la foule de raisons qu'avancent, en faveur d'une supériorité de la nature humaine, une foule de penseurs: l'homme, disent-ils, est un intermédiaire entre les créatures, familier des êtres supérieurs, souverain des inférieurs, interprète de la nature - grâce à l'acuité de ses sens, à la perspicacité de sa raison, à la lumière de son intelligence -, situé entre l'éternel immobile et le flux du temps, copule ou plutôt hymen du monde selon les Perses, à peine inférieur aux anges selon le témoignage de David. De tels arguments sont certes de taille, mais ce ne sont pas les arguments fondamentaux, je veux dire ceux qui réclament à bon droit le privilège de la plus haute admiration. Car pourquoi ne pas admirer davantage les anges eux-mêmes et les bienheureux choeurs du ciel ?
Finalement, j'ai cru comprendre pourquoi l'homme est le mieux loti des êtres animés, digne par conséquent de toute admiration, et quelle est en fin de compte cette noble condition qui lui est échue dans l'ordre de l'univers, où non seulement les bêtes pourraient l'envier, mais les astres, ainsi que les esprits de l'au-delà. Chose incroyable et merveilleuse! Comment ne le serait-elle pas, puisque de ce fait l'homme est à juste titre proclamé et réputé une grande grande merveille, un être décidément admirable? Mais ce qu'est cette condition, Pères, veuillez l'entendre de ma bouche; prêtez-moi une oreille bienveillante et ayez la bonté de me pardonner ce discours.
Déjà Dieu, Père et architecte suprême, avait construit avec les lois d'une sagesse secrète cette demeure du monde que nous voyons, auguste temple de sa divinité: il avait orné d'esprits la région supra-céleste, il avait vivifié d'âmes éternelles les globes éthérés, il avait empli d'une foule d'êtres de tout genre les parties excrémentielles et bourbeuses du monde inférieur. Mais, son oeuvre achevée, l'architecte désirait qu'il y eût quelqu'un pour peser la raison d'une telle oeuvre, pour en aimer la beauté, pour en admirer la grandeur. Aussi, quand tout fut terminé (comme l'attestent Moïse et Timée), pensa-t-il en dernier lieu à créer l'homme. Or il n'y avait pas dans les archétypes de quoi façonner une nouvelle lignée, ni dans les trésors de quoi offrir au nouveau fils un héritage, ni sur les bancs du monde entier la moindre place où le contemplateur de l'univers pût s'asseoir. Tout était déjà rempli: tout avait été distribué aux ordres supérieurs, intermédiaires et inférieurs. Mais il n'eût pas été digne de la Puissance du Père de faire défaut, comme épuisée dans la dernière phase de l'enfantement; il n'eût pas été digne de la Sagesse de tergiverser, faute de résolution, dans une affaire nécessaire; il n'eût pas été digne de l'Amour bienfaisant que l'être appelé à louer la libéralité divine dans les autres créatures fût contraint de la condamner en ce qui le concernait lui-même. En fin de compte, le parfait ouvrier décida qu'à celui qui ne pouvait rien recevoir en propre serait commun tout ce qui avait été donné de particulier à chaque être isolément. Il prit donc l'homme, cette oeuvre indistinctement imagée, et l'ayant placé au milieu du monde, il lui adressa la parole en ces termes : «Si nous ne t'avons donné, Adam, ni une place déterminée, ni un aspect qui te soit propre, ni aucun don particulier, c'est afin que la place, l'aspect, les dons que toi-même aurais souhaités, tu les aies et les possèdes selon ton voeu, à ton idée. Pour les autres, leur nature définie est tenue en bride par des lois que nous avons prescrites : toi, aucune restriction ne te bride, c'est ton propre jugement, auquel je t'ai confié, qui te permettra de définir ta nature. Si je t'ai mis dans le monde en position intermédiaire, c'est pour que de là tu examines plus à ton aise tout ce qui se trouve dans le monde alentour. Si nous ne t'avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c'est afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines.»
O suprême bonté de Dieu le Père, suprême et admirable félicité de l'homme! Il lui est donné d'avoir ce qu'il souhaite, d'être ce qu'il veut. Les bêtes, au moment de leur naissance, apportent avec elles «du ventre de leur mère» (comme dit Lucilius) ce qu'elles posséderont. Les esprits supérieurs furent d'emblée, ou peu après, ce qu'ils sont destinés à être éternellement. Mais à l'homme naissant, le Père a donné des semences de toute sorte et les germes de toute espèce de vie. Ceux que chacun aura cultivés se développeront et fructifieront en lui: végétatifs, il le feront devenir plante; sensibles, ils feront de lui une bête; rationnels, ils le hisseront au rang d'être céleste; intellectifs, ils feront de lui un ange et un fils de Dieu. Et si, sans se contenter du sort d'aucune créature, il se recueille au centre de son unité, formant avec Dieu un seul esprit, dans la solitaire opacité du Père dressé au-dessus de toutes choses, il aura sur toutes la préséance.
Qui n'admirerait notre caméléon? Ou, d'une manière plus générale, qui aurait pour quoi que ce soit d'autre davantage d'admiration? Asclépios d'Athènes n'a pas eu tort de dire que dans les mystères, en raison de sa nature changeante et susceptible de se transformer elle-même, on désigne cet être par Protée. De là les métamorphoses célébrées chez les Hébreux et les pythagoriciens.
D'une part, en effet, la plus secrète théologie des Hébreux transforme tantôt Hénoch en un saint messager de la divinité, appelé malakh ha-Shekhinah, tantôt d'autres personnages en d'autres divinités. Les pythagoriciens, d'autre part, font des hommes criminels des bêtes et, si l'on en croit Empédocle, des plantes; à leur imitation, Mahomet aimait à répéter qu'à s'éloigner de la loi divine, on tombe dans la bestialité. Et il avait raison. Car ce n'est pas l'écorce qui fait la plante, mais sa nature stupide et insensible; ce n'est pas le cuir qui fait les bêtes de somme, mais leur âme bestiale et sensible; ce n'est pas son corps arrondi qui fait le ciel, mais la rectitude d'un plan; et ce n'est pas la séparation du corps, mais l'intelligence spirituelle qui fait l'ange. Si donc vous voyez ramper sur le sol un homme livré à son ventre, ce n'est pas un homme que vous avez sous les yeux, mais une bûche; si vous voyez un homme qui, la vue troublée par les vaines fantasmagories de son imagination, comme par Calypso, et séduit par un charme sournois, est l'esclave de ses sens, c'est une bête que vous avez sous les yeux et non un homme. Si vous voyez un philosophe discerner toutes choses selon la droite raison, vénérez-le: c'est un être céleste et non terrestre; si vous voyez un pur contemplateur se retirer, sans souci de son corps, dans le sanctuaire de son esprit, il ne s'agit plus d'un être terrestre ni d'un être céleste, mais d'une divinité plus auguste enveloppée de chair humaine.
Qui donc s'abstiendra d'admirer l'homme? L'homme qui se trouve à juste titre désigné, dans les textes sacrés de Moïse et des chrétiens, tantôt par l'expression «toute chair», tantôt par l'expression «toute créature», puisque lui-même se figure, se façonne, se transforme en prenant l'aspect de n'importe quelle chair, les qualités de n'importe quelle créature. Aussi le Persan Evantes peut-il écrire, lorsqu'il expose la théologie chaldaïque, que l'homme n'a en propre aucune image innée, mais qu'il en a beaucoup d'étrangères et d'adventices. D'où la formule des Chaldéens: Enosh hou shinnouyim vekammah tebaoth baal hay, «l'homme est un être de nature variable, multiforme et voltigeante».
Mais à quoi tend tout cela? A nous faire comprendre qu'il nous appartient, puisque notre condition native nous permet d'être ce que nous voulons, de veiller par-dessus tout à ce qu'on ne nous accuse pas d'avoir ignoré notre haute charge, pour devenir semblables aux bêtes de somme et aux animaux privés de raison. Que l'on dise plutôt, avec le prophète Asaph: «Vous êtes tous des dieux et des enfants du Très-Haut»; gardons-nous d'abuser de l'extrême bienveillance du Père, en faisant un funeste usage du libre choix qu'il nous a donné pour notre salut. Qu'une sorte d'ambition sacrée envahisse notre esprit et fasse qu'insatisfaits de la médiocrité, nous aspirions aux sommets et travaillions de toutes nos forces à les atteindre (puisque nous le pouvons, si nous le voulons). Dédaignons les choses de la terre, ne nous soucions pas de celles du ciel et, pour finir, reléguant au second rang tout ce qui est du monde, volons à la cour qui se tient au-delà du monde, près de la suréminente Divinité. C'est là, comme le rapportent les mystères sacrés, que les Séraphins, les Chérubins et les Trônes tiennent le premier rang; quant à nous, désormais incapables de battre en retraite et de supporter la seconde place, efforçons-nous d'égaler leur dignité et leur gloire. Pour peu que nous le veuillons, nous ne leur serons en rien inférieurs.
Mais de quel moyen disposons-nous, que nous faut-il faire enfin? Voyons ce qu'ils font eux-mêmes, quelle vie ils vivent. Si nous menons cette vie, nous aussi (car nous le pouvons), nous aurons déjà mis notre sort au niveau du leur. Le Séraphin brûle du feu de la charité; le Chérubin brille de la splendeur de l'intelligence; le Trône se dresse dans la fermeté du jugement. Si donc, adonnés à la vie active, nous avons pris soin des choses inférieures en tenant droite la balance, nous serons affermis dans l'immuable solidité des Trônes. Si nous nous sommes mis en congé d'action pour méditer l'ouvrier dans l'oeuvre, l'oeuvre dans l'ouvrier, et si notre activité prend la forme d'un loisir contemplatif, nous resplendirons de toutes parts de l'éclat des Chérubins. Si nous brûlons d'amour pour l'ouvrier lui-même et pour lui seul, c'est de son feu, qui est vorace, qu'à l'image des Séraphins nous serons embrasés soudain. Sur le Trône, c'est-à-dire le «juste juge», Dieu s'assied, juge des siècles. Sur le Chérubin, c'est-à-dire le «contemplateur», il vole; et comme s'il le couvait, il le réchauffe. Car l'esprit du Seigneur se meut sur les eaux, j'entends celles qui sont au-dessus des cieux et qui, selon Job, louent le Seigneur dans leurs hymnes matutinaux. Celui qui est Séraphin, c'est-à-dire «aimant», est en Dieu comme Dieu est en lui, ou plutôt Dieu et lui ne font qu'un. Grande est la puissance des Trônes, à laquelle nous atteignons par le jugement, suprême la sublimité des Séraphins, à laquelle nous atteignons par l'amour. Mais comment faire porter son jugement ou son amour sur ce qu'on ne connaît pas? C'est le Dieu qu'il avait vu que Moïse a aimé; c'est de ce qu'il avait vu dans sa contemplation sur la montagne qu'il a fait, en qualité de juge, une règle pour son peuple. Intermédiaire donc, le Chérubin nous prépare par sa lumière au feu séraphique, tout comme il nous oriente par son éclat vers le jugement des Trônes. Tel est le noeud des premiers esprits, l'ordre palladien, qui préside à la philosophie contemplative: c'est celui que nous devons d'abord briguer et nous efforcer d'atteindre, celui que nous devons comprendre au point d'être ravis au faîte de l'amour, pour en redescendre bien équipés et préparés aux obligations de la vie active. En vérité, si notre vie doit se régler sur le modèle de la vie des Chérubins, il vaut la peine de garder sous les yeux et présentes à l'esprit la nature et la qualité de leur vie, ainsi que leurs actions et leurs oeuvres. Puisqu'il ne nous est pas permis d'y atteindre par nous-mêmes, à nous qui sommes de chair et qui avons le goût des choses terrestres, adressons-nous aux anciens Pères: sur ces questions qui leur sont familières et bien connues, ils peuvent nous donner une foi très riche et assurée.
Consultons l'apôtre Paul, vase d'élection, pour lui demander ce qu'il vit faire aux armées des Chérubins lorsqu'il fut ravi au troisième ciel. Il ne manquera pas de répondre, par la voix de Denys, qu'ils se purifient, puis s'illuminent et enfin deviennent parfaits. Ainsi donc, imitant nous aussi sur terre la vie des Chérubins, bridant l'impétuosité des passions par la science morale, dissipant les brouillards de la raison par la dialectique, éliminant pour ainsi dire la crasse de l'ignorance et des vices, nettoyons notre âme, de crainte que nos passions ne se déchaînent à l'improviste ou que notre raison sans méfiance ne se mette parfois à délirer. Alors, dans notre âme convenablement disposée et purifiée, nous verserons la lumière de la philosophie naturelle, pour finalement la rendre parfaite par la connaissance des choses divines.
Et pour ne pas nous contenter de nos propres auteurs, consultons le patriarche Jacob, dont le portrait sculpté brille au siège de la gloire. Il nous instruira, le très sage Père, qui dormait dans le monde d'en bas et veille dans celui d'en haut. Mais c'est d'une manière figurée (car tout leur était donné par figures) qu'il nous enseignera qu'une échelle, prenant appui sur le sol tout en bas, se dresse jusqu'au faîte du ciel, divisée en une série de multiples échelons; au sommet se tient le Seigneur, et les anges contemplateurs la parcourent en montant et en descendant tour à tour, alternativement.
Si nous devons nous appliquer à faire de même, nous qui aspirons à la vie angélique, irons-nous, je vous le demande, poser sur les échelles du Seigneur un pied souillé ou des mains malpropres? Il est sacrilège, selon les mystères, que l'impur entre en contact avec le pur. Mais de quels pieds s'agit-il? de quelles mains? Il s'agit bien sûr du pied de l'âme: c'est-à-dire de cette partie très méprisée qui s'appuie sur la matière comme sur la surface du sol, autrement dit de la faculté nutritive et alimentaire, foyer de la sensualité et principe de la mollesse voluptueuse. Quant aux mains de l'âme, pourquoi ne pas voir en elles la fureur qui, alliée aux appétits, combat pour eux et s'empare avec rapacité, sous la poussière et le soleil, des proies dont ils se repaîtront en sommeillant à l'ombre? Ces mains, ces pieds, autrement dit toute cette partie sensuelle en quoi réside l'attrait du corps et qui immobilise l'âme en lui serrant le cou (comme on dit), lavons-les dans la philosophie morale comme dans l'eau vive, de crainte d'être chassés de l'échelle pour cause d'impiété et de souillure.
Mais cela ne sera pas encore suffisant, si nous voulons être les compagnons des anges qui parcourent l'échelle de Jacob: encore faut-il au préalable l'aptitude et la disposition nécessaires pour avancer selon les règles de degré en degré, pour ne jamais nous écarter de la voie qu'indique l'échelle et pour effectuer des parcours dans les deux sens. Lorsque nous y serons parvenus par l'art du discours ou du calcul, animés désormais de l'esprit des Chérubins, philosophant le long des degrés de l'échelle, c'est-à-dire de la nature, pénétrant toutes choses depuis le centre jusqu'au centre, alors nous pourrons tantôt descendre en démembrant avec une force titanesque l'un dans le multiple, tel Osiris, tantôt monter en rassemblant avec une force apollinienne le multiple dans l'un, comme s'il s'agissait des membres d'Osiris - jusqu'au moment où, nous reposant enfin dans le sein du Père, nous atteindrons à la perfection grâce à la félicité de la connaissance divine.
Interrogeons aussi Job, le juste, qui conclut une alliance avec le Dieu de vie avant de recevoir lui-même la vie; demandons-lui quelle est, parmi les dizaines de centaines de milliers de vertus qui se tiennent auprès de lui, la vertu que le Dieu suprême désire le plus. Il ne manquera pas de répondre que c'est la paix, conformément à ce qui est écrit dans son livre: «Lui qui fait la paix au plus haut des cieux». Et puisque l'ordre intermédiaire traduit pour les êtres inférieurs les avertissements de l'ordre supérieur, le philosophe Empédocle traduira pour nous les paroles du théologien Job. Il nous donne à entendre qu'en notre âme se trouvent deux natures, dont l'une nous permet d'être élevés vers les choses célestes, tandis que l'autre nous précipite vers les régions infernales, suivant une procédure litigieuse ou amicale, belliqueuse ou pacifique - comme l'attestent ses poèmes, où il se plaint d'être en proie aux litiges et à la discorde, pareil au fou fuyant les dieux et ballotté en haute mer.
Nul doute, Pères, que des discordes multiples ne nous habitent et que nous n'abritions des luttes intestines plus graves encore que des guerres civiles: si nous voulons en venir à bout, si nous aspirons à cette paix qui peut nous entraîner assez haut pour nous établir parmi les plus nobles créatures de Dieu, seule la philosophie les réprimera en nous et les calmera tout à fait. En premier lieu, si c'est une simple trêve que notre homme demande à ses ennemis, la philosophie morale abattra les élans effrénés de la multiple brute, ainsi que violences, les fureurs et les audaces du lion. Si ensuite, prenant de plus rigoureuses résolutions, nous désirons la sécurité d'une paix perpétuelle, cette philosophie sera à nos côtés et comblera généreusement nos voeux: car une fois abattues l'une et l'autre bêtes, comme par le sacrifice des truies, elle garantira l'inviolabilité d'un traité de paix sacrée entre la chair et l'esprit. Il reviendra à la dialectique de calmer les troubles de la raison qui s'agite, anxieusement, entre les contradictions des discours et les pièges des syllogismes. La philosophie naturelle calmera les conflits d'opinion et les dissensions qui tirent l'âme à hue et à dia, qui la déchirent et la lacèrent. Mais si elle doit les apaiser, c'est en nous invitant à garder en mémoire que la nature, selon Héraclite, est née de la guerre: raison pour laquelle Homère l'appelle «combat». Aussi ne peut-elle, par elle-même, nous apporter le vrai repos, ni une paix solide: cette charge-là et ce privilège reviennent à sa maîtresse, je veux dire à la très sainte théologie. Celle-ci montrera la voie qui mène à celle-là et lui servira de guide, s'écriant de loin à notre approche: «Venez à moi, vous qui avez peiné; venez et je vous rendrai des forces; venez à moi et je vous donnerai la paix que ne peuvent vous donner le monde ni la nature».
Hélés d'une manière si flatteuse, invités avec tant de bienveillance, emportés par nos pieds ailés, tels des Mercures terrestres, vers l'étreinte de cette bienheureuse mère, nous jouirons de la paix désirée: paix très sainte, union indivisible, amitié unanime, grâce à quoi tous les esprits non seulement concordent en une seule intelligence au-dessus de toute intelligence, mais finissent même par aboutir, d'une certaine manière ineffable, au plus profond de l'un. Telle est cette amitié dont les pythagoriciens disent qu'elle est le but de toute la philosophie. Telle est cette paix que Dieu a établie au plus haut des cieux et que les anges, descendant sur terre, sont venus annoncer aux hommes de bonne volonté, pour qu'elle permette aux hommes eux-mêmes de monter au ciel et de devenir des anges. Cette paix, souhaitons-la à nos amis, à notre siècle, souhaitons-la à toute maison où nous entrons, souhaitons-la à notre âme pour lui permettre de devenir ainsi la maison de Dieu, afin qu'une fois débarrassée de ses souillures par la morale et la dialectique, une fois parée de la philosophie aux multiples plis comme d'un faste princier, une fois qu'elle aura couronné le dessus des portes de guirlandes théologiques, elle voie descendre le Roi de gloire et, accompagnant le Père, puisse devenir sa demeure. Si elle se montre digne d'un pareil hôte, dont la clémence est sans limite, enveloppée dans un vêtement d'or comme dans une toge nuptiale par la multiplicité des diverses sciences, elle accueillera cet hôte magnifique non plus comme un hôte, mais comme un époux; pour ne jamais se détacher de lui, elle voudra se détacher de son peuple et, oubliant la maison de son père - que dis-je: s'oubliant elle-même -, elle voudra mourir à soi pour vivre en son époux, dont la contemplation est la récompense qui à leur mort attend les saints. J'entends par là, s'il faut appeler mort la plénitude de la vie, cette mort dont les sages ont affirmé que la philosophie s'applique à la méditer. Appelons-en aussi à Moïse lui-même, si peu éloigné de la jaillissante plénitude de la sacro-sainte et ineffable intelligence, dont le nectar enivre les anges.
Nous qui habitons la solitude désolée du corps terrestre, nous entendrons le vénérable juge nous dicter sa loi en ces termes: «Ceux qui sont souillés et encore amoraux, qu'ils aillent vivre avec le peuple, en plein air et non sous la tente, pour se purifier quelque temps à la manière des prêtres thessaliens. Ceux qui ont déjà des moeurs réglées et sont admis dans le sanctuaire, que sans toucher encore aux objets du culte ils s'assujettissent d'abord à la dialectique, en zélés lévites, pour se vouer aux fonctions sacrées de la philosophie. Une fois admis eux aussi à ces fonctions, que dans leur sacerdoce philosophique ils contemplent tantôt le palais multicolore du Dieu suprême, c'est-à-dire la parure d'astres qui orne sa cour, tantôt le candélabre céleste divisé en sept flambeaux, tantôt les couvertures de peau, pour qu'enfin la sublimité théologique nous permette, une fois admis dans la partie la plus secrète du temple, de jouir pleinement de la gloire divine sans qu'aucune représentation intermédiaire ne la voile.» Tels sont certainement les ordres de Moïse; et ces ordres nous appellent, nous incitent, nous exhortent à nous frayer par la philosophie, tant que nous le pouvons, un chemin vers la gloire céleste à venir.
Mais en vérité, ce ne sont pas seulement les mystères mosaïques ou chrétiens, ce sont aussi les théologies des premiers âges qui nous font voir les avantages et la dignité de ces arts libéraux dont j'ai entrepris la discussion et l'approche. Que signifient d'autre, en effet, les degrés d'initiation suivis dans les cérémonies secrètes des Grecs? Aux initiés préalablement rendus purs grâce aux arts en quelque sorte purificateurs dont nous avons parlé, la morale et la dialectique, il était donné d'affronter les mystères. En quoi cela peut-il consister, sinon en une interprétation par la philosophie des secrets de la nature? C'est à ce stade, et à ce stade seulement, que leur advenait la fameuse épopteía, c'est-à-dire la vision interne des choses divines par la lumière de la théologie. Qui ne désirerait être initié à des mystères si sacrés? Qui ne souhaiterait, reléguant toutes choses humaines au second rang, méprisant les biens de la fortune, tenant le corps pour négligeable, devenir le commensal des Dieux dès son séjour sur terre et, gorgé du nectar de l'éternité, recevoir, quoique mortel, le don de l'immortalité? Qui ne voudrait être inspiré de ces fureurs socratiques que chante Platon dans le Phèdre, au point de fuir en toute hâte ce monde-ci, qui est plongé dans le mal, pour s'élever à vive allure, en actionnant ses ailes et ses pieds, vers la Jérusalem céleste? Laissons-nous entraîner, Pères, laissons-nous entraîner par les fureurs socratiques, qui nous mènent hors de la pensée au point de mener la pensée et nous-mêmes jusqu'en Dieu. Elles nous entraîneront d'autant plus, ces fureurs, que nous aurons d'abord accompli ce qui est en nous. Car si grâce à la morale, d'une part, une juste convenance ramène vers la mesure la force des passions, de manière qu'elles s'accordent mutuellement dans une stable harmonie, et si grâce à la dialectique, d'autre part, le progrès de la raison la conduit jusqu'au nombre, emportés par la fureur des Muses nous ferons couler dans nos oreilles internes la céleste harmonie. Aux philosophes que nous serons, Bacchus, le guide des Muses, montrera alors dans ses mystères, c'est-à-dire dans les signes visibles de la nature, les signes invisibles de Dieu; il nous plongera dans l'enivrante abondance de la divine demeure - où viendra s'installer, si comme Moïse nous sommes fidèles, la très sainte Théologie qui nous animera d'une double fureur. Hissés en effet jusqu'à ses très hauts sommets, mesurant de là-haut les événements présents, futurs et passés à l'aune d'une durée insécable, saisissant la beauté originelle, nous serons les prophètes apolliniens de ceux-là, les amants ailés de celle-ci; entraînés enfin comme de l'extérieur par l'amour ineffable, mis hors de nous-mêmes tels d'ardents Séraphins, remplis de divinité, nous ne serons plus nous-mêmes, mais celui qui nous a créés.
Les noms sacrés d'Apollon, si l'on cherche à percer leurs significations et les mystères qu'ils recèlent, montrent assez que ce Dieu n'est pas moins philosophe que prophète. Comme Ammonios a suffisamment traité la question, je n'ai aucune raison d'en donner ici un autre exposé; mais ayons bien à l'esprit, Pères, les trois préceptes delphiques, absolument nécessaires à qui va pénétrer dans le saint et auguste temple, non point de l'Apollon des fables, mais du vrai, qui illumine toute âme venant en ce monde: vous verrez qu'ils ne nous invitent à rien d'autre qu'à embrasser de toutes nos forces la philosophie tripartite, objet de la présente discussion.
Car le fameux medèn ágan, autrement dit «rien de trop», prescrit justement la norme et la règle de toutes les vertus par le calcul du juste milieu, dont traite la morale. Puis le gnôthi seautón, autrement dit «connais-toi toi-même», nous incite et nous exhorte à l'étude de la nature entière, dans laquelle la nature de l'homme occupe une position intermédiaire et pour ainsi dire mixte; se connaître, c'est en effet tout connaître en soi, comme l'ont écrit d'abord Zoroastre, puis Platon dans l'Alcibiade. Enfin, éclairés par cette connaissance grâce à la philosophie naturelle, désormais proches de Dieu, c'est par la salutation théologique Ei, autrement dit «tu es», que nous nous adresserons avec familiarité - et donc avec bonheur - au véritable Apollon.
Consultons aussi le très sage Pythagore, sage surtout parce qu'il ne s'est jamais jugé digne du nom de sage. Il nous conseillera tout d'abord de ne pas nous asseoir sur le boisseau, autrement dit de ne pas renoncer, en restant paresseusement assis sans rien faire, à la partie raisonnable de l'âme qui lui permet de tout mesurer, juger et examiner - mais au contraire de la diriger assidûment et de la mettre en branle par l'entraînement et la régulation dialectiques. Puis il nous signalera deux pratiques à éviter tout particulièrement: uriner contre le soleil et se couper les ongles pendant les sacrifices. Mais quand nous aurons, grâce à la morale, évacué le flux désirant des jouissances débordantes, quand nous aurons coupé le bout de nos ongles qui sont comme les saillies aiguës de la colère et les aiguillons de la passion, alors seulement nous commencerons à participer aux mystères sacrés de Bacchus - j'entends ceux dont il a été fait mention - et nous aurons tout loisir de contempler celui qui porte à bon droit le titre de père et de guide, le Soleil. Enfin, il nous conseillera de nourrir le coq, autrement dit de repaître la partie divine de notre âme de la connaissance du divin, comme d'un aliment consistant et d'une céleste ambroisie. Ce coq, c'est celui dont la vue suscite chez le lion - autrement dit, en toute puissance terrestre - terreur et révérence. C'est ce coq qui a reçu, lisons-nous dans Job, le don de l'intelligence. C'est au chant de ce coq que l'homme égaré revient à lui. Au point du jour, c'est ce coq qui s'unit aux astres du jour pour entonner quotidiennement le Deum laudamus. Au moment de mourir, espérant lier la divinité de son âme à la divinité du monde supérieur et désormais à l'abri de tout risque de maladie, c'est ce coq que Socrate a assuré devoir à Esculape, autrement dit au médecin des âmes.
Examinons aussi les textes des Chaldéens: nous verrons, à les en croire, les mêmes sciences ouvrir aux mortels la voie de la félicité. C'est Zoroastre, d'après les écrits des interprètes chaldéens, qui a qualifié l'âme d'«ailée», ajoutant que lorsque les ailes tombent l'âme est précipitée dans le corps, pour s'envoler derechef vers ceux d'en haut quand elles repoussent. Comme ses disciples lui demandaient le moyen d'obtenir une âme d'oiseau, bien couverte de plumes: «Arrosez les ailes, leur dit-il, avec les eaux de la vie». Et comme ils voulaient à toute force savoir où chercher ces eaux, il leur répondit par une parabole, selon son habitude: «Quatre fleuves purifient et irriguent le Paradis de Dieu. C'est là que vous devez puiser les eaux de votre salut. Celui qui coule du nord s'appelle Pischon, autrement dit rectitude; celui de l'occident, Dichon, qui veut dire expiation; celui de l'orient, Chiddekel, qui signifie lumière; celui du midi Perath, que l'on peut traduire par piété». Prêtez attention, Pères, à ces enseignements de Zoroastre, et considérez avec soin leur sens: ils ne nous invitent à rien d'autre, assurément, qu'à utiliser la science morale comme une onde ibérienne pour nettoyer les souillures de nos yeux, la dialectique comme un cordeau boréal pour orienter leur regard droit vers le bien, puis la contemplation de la nature pour nous habituer à supporter la lueur de la vérité, aussi faible encore que les premiers rayons du soleil naissant, enfin la piété théologique et le très saint culte de Dieu pour résister vaillamment et jusqu'au bout, comme des aigles célestes, à l'éclatante splendeur du soleil de midi. Telles sont peut-être les connaissances matinales, méridiennes et vespérales d'abord chantées par David, puis développées plus amplement par Augustin. Telle est la lumière du midi qui va frapper tout droit les Séraphins, qu'elle enflamme tout comme elle fait resplendir les Chérubins. Telle est la région vers laquelle le patriarche Abraham se remettait toujours en route. Tel est le lieu qui, selon les dogmes des kabbalistes et des Arabes, ne laisse aucune place aux esprits immondes. Et s'il est permis de porter en public, au moins sous le voile de l'énigme, quelque chose des plus sacrés mystères: maintenant que notre chute soudaine hors du ciel a condamné la tête de l'homme au vertige, maintenant que la mort entrée par les fenêtres - comme dit Jérémie - nous a frappés au foie et au coeur, faisons appel à Raphaël, le médecin céleste, pour qu'il nous libère par la morale et la dialectique comme par des remèdes salutaires. Retrouvant alors notre bonne santé, nous abriterons désormais Gabriel, la force de Dieu, qui nous guidera à travers les merveilles de la nature pour nous montrer partout l'énergie et la puissance divines; il nous confiera enfin à Michel, le souverain prêtre qui, au terme de notre carrière militante au service de la philosophie, nous remettra les insignes du sacerdoce théologique, comme une couronne de pierres précieuses.
Voilà, très vénérables Pères, les raisons qui m'ont non seulement incité, mais contraint à l'étude de la philosophie. Je ne les aurais certainement pas exposées, s'il ne m'avait fallu répondre à ceux qui ont coutume de réprouver cette étude, surtout quand des hommes du rang le plus élevé s'y adonnent, mais même lorsqu'il s'agit d'individus moyennement fortunés. Tant il est vrai que de nos jours - c'est un malheur de l'époque -, toute cette activité philosophique conduit au mépris et aux outrages, plutôt qu'aux honneurs et à la gloire. Ainsi est-on persuadé, et cette conviction aussi funeste que monstrueuse a envahi presque tous les esprits, que l'activité philosophique devrait être réduite à rien ou réservée à un petit nombre. Comme si le fait d'avoir devant les yeux et sous la main, grâce à une connaissance approfondie, les causes des choses, les voies de la nature, la raison de l'univers, les desseins de Dieu, les mystères des cieux et de la terre ne devait servir absolument à rien, sinon à faire la chasse aux faveurs et à se ménager quelque bénéfice. Pis encore, hélas, on en est désormais venu à n'estimer sages que les mercenaires de la sagesse, au point que la chaste Pallas, qui par une grâce des dieux avait élu domicile chez les hommes, on la voit bannie, huée, sifflée; il n'y a personne pour l'aimer et pour lui témoigner de l'intérêt, à moins qu'elle ne se prostitue en quelque sorte et qu'ayant perçu le chétif salaire de sa virginité déflorée, elle ne verse dans la cassette d'un amant cet argent mal acquis. Tout cela, ce n'est pas sans une douleur et une indignation extrêmes que je l'impute, non pas aux princes de notre temps, mais aux philosophes qui croient et déclarent qu'il ne faut pas philosopher, sous prétexte que les philosophes n'ont à attendre aucun salaire, aucune récompense - comme s'ils ne prouvaient pas eux-mêmes, par ces seuls propos, qu'ils ne sont pas philosophes. Toute leur vie étant suspendue au profit et à l'ambition, ce n'est pas pour elle-même qu'ils s'attachent à connaître la vérité. Je m'accorderai, sans rougir de faire sur ce point mon propre éloge, que je n'ai jamais philosophé à d'autre fin que de philosopher, et que de mes études, de mes réflexions, je n'ai attendu et recherché d'autre salaire ou d'autre fruit que la culture de mon esprit et la connaissance de la vérité, objet de mes plus ardents désirs. Je l'ai aimée passionnément, cette vérité, au point d'abandonner tout souci des affaires tant privées que publiques pour avoir le loisir de me consacrer entièrement à la contemplation; ni les critiques des envieux, ni les injures des ennemis de la sagesse n'ont pu à ce jour et ne pourront à l'avenir m'en détourner. C'est la philosophie, précisément, qui m'a appris à dépendre de ma conscience plutôt que des jugements du dehors, et à toujours me soucier moins des mauvaises opinions sur mon compte que de la nécessité de ne rien dire ou faire de mal moi-même.
De fait, très vénérables Pères, je n'ignorais pas qu'autant vous recevriez avec faveur et plaisir ma présente dissertation, vous tous qui favorisez les arts libéraux et qui avez bien voulu honorer cette discussion de votre très auguste présence, autant elle serait pénible et désagréable à beaucoup d'autres; et ils ne manquent pas, je le sais, ceux qui ont dans le passé déjà condamné mon projet et qui, pour bien des raisons, le condamnent encore à présent. Car c'est devenu une habitude que d'aboyer autant, sinon plus, contre les entreprises justement et scrupuleusement orientées vers la vertu que contre les entreprises injustes et mauvaises, dont la finalité est vicieuse. Certains désapprouvent entièrement ce genre de discussion et cette manière de débattre en public de questions culturelles, sous prétexte qu'il s'agirait de faire montre d'intelligence et d'étaler son savoir plutôt que de dispenser un enseignement. Il en est aussi qui, sans rejeter ce genre d'exercice, ne l'admettent en aucune façon dans mon cas, parce qu'à mon âge, c'est-à-dire à vingt-quatre ans seulement, j'ai osé - dans la ville la plus fameuse, devant une foule d'éminents savants réunis en assemblée, devant le sénat apostolique - proposer une discussion sur les sublimes mystères de la théologie chrétienne, sur les questions les plus profondes de la philosophie, sur des doctrines inconnues. D'autres, tout en m'autorisant à discuter, ne veulent pas que je le fasse sur neuf cents questions; ils insinuent qu'un tel travail, excessif et prétentieux, serait aussi au-dessus de mes forces. Je me serais immédiatement rendu à leurs objections, si tel avait été l'enseignement de la philosophie que je professe; et, suivant son enseignement, je ne répondrais pas davantage à présent, si je croyais que la discussion se fût instaurée entre nous dans une intention polémique et querelleuse. Chassons alors de notre esprit toute intention de dénigrement ou de provocation, de même que cette jalousie dont Platon écrit qu'elle est toujours absente du choeur des dieux; demandons-nous plutôt, en toute amitié, s'il m'appartenait d'entreprendre cette discussion, et sur des questions aussi nombreuses.
A ceux, tout d'abord, qui s'élèvent contre l'usage actuel de la discussion en public, je ne répondrai pas grand-chose: car cette faute, si on la répute telle, je ne la partage pas seulement avec vous tous, mes excellents maîtres, qui vous êtes si souvent acquittés de cette tâche avec beaucoup de mérite et de gloire, mais avec Platon aussi, avec Aristote, avec les philosophes les plus estimés de tous les temps. A leurs yeux, il ne faisait aucun doute que pour atteindre à la connaissance de la vérité, objet de leurs recherches, rien ne valait l'exercice répété de la discussion. Car de même que la gymnastique permet d'accroître les forces du corps, de même cette palestre culturelle, si je puis dire, est le lieu où les forces spirituelles se consolident et se vivifient au plus haut point. Quant à moi, je ne puis croire que les poètes, en célébrant les armes de Pallas, ou les Juifs, lorsqu'ils affirment que le fer (barzel) est le symbole des sages, nous aient signifié autre chose que l'excellence de ce genre de joutes, indispensables à l'acquisition de la sagesse. D'où, peut-être, le voeu des Chaldéens de voir un futur philosophe naître au moment où Mars est en trigone avec Mercure: comme si, faute de rencontres et d'affrontements, toute philosophie devait s'engourdir et somnoler.
Contre ceux qui me disent inférieur à ma mission, une ligne de défense est plus difficile à trouver: car en me déclarant à la hauteur, je risque d'être taxé d'immodestie et de présomption; dans le cas contraire, de témérité et d'irréflexion. Vous voyez dans quel embarras je me suis mis, dans quelle situation je me trouve, ne pouvant impunément m'offrir à faire ce qu'ensuite je ne pourrai impunément décliner. Peut-être pourrais-je alléguer ce passage de Job, selon lequel l'esprit est en tous, et écouter ce qui est dit à Timothée : «Que personne ne méprise ta jeunesse». Mais avec plus de vérité, je dirai selon ma conscience qu'il n'y a en nous rien de grand ni de singulier. Il se trouve, je ne le nie pas, que j'ai du goût pour l'étude et de l'amour pour les arts libéraux, mais je ne me donne ni ne m'arroge le nom de docte. Si donc je me suis chargé d'une tâche si lourde pour mes épaules, ce n'était pas faute de connaître notre faiblesse, mais parce que je savais que ce genre de combat - le combat intellectuel, veux-je dire - a ceci de particulier que la défaite même est profitable. De là résultent à bon droit, même pour les plus faibles, la possibilité et le devoir non seulement de ne pas refuser de se battre, mais bien de le souhaiter. Car celui qui succombe reçoit du vainqueur un bienfait, loin de subir un dommage, puisque grâce à lui il s'en retourne plus riche, c'est-à-dire plus savant, et mieux préparé aux futurs combats. Tel est l'espoir qui m'animait, faible soldat, quand je n'ai pas craint le moins du monde de livrer une si rude bataille aux plus braves et aux plus énergiques de tous. Quant à savoir si j'ai agi ou non à la légère, on en pourra mieux juger, en tout état de cause, par l'issue du combat que par le nombre de nos années.
Il me reste, en troisième lieu, à répondre à ceux que choque le grand nombre des sujets proposés, comme si cette charge pesait sur leurs épaules et comme si la tâche, quelle qu'en soit la difficulté, ne m'incombait pas à moi seul. Je trouve inconvenante et pénible cette prétention d'imposer des bornes au travail d'autrui, en souhaitant la médiocrité en un domaine, comme dit Cicéron, où l'on fait d'autant mieux que l'on fait davantage. Pour tout dire, dans une entreprise aussi hardie je ne pouvais que succomber ou réussir. Si je réussis, je ne vois pas pourquoi on estimerait blâmable d'avoir soutenu en neuf cents questions ce qu'il est louable de soutenir en dix. Si je succombe, on aura un bon motif de m'accuser, si l'on me hait, ou de m'excuser, si l'on m'aime. Car dans une affaire aussi grave, aussi importante, l'échec d'un jeune homme sans trop de talent, à la culture étroite, appelle plutôt le pardon que le blâme. Après tout, comme dit le poète:

« Si les forces manquent, du moins l'audace
Sera ta gloire: dans une grande entreprise,
Il suffit d'avoir voulu.»

Si de nos jours nombre de savants, à l'imitation de Gorgias de Leontium, s'honorent de proposer à la discussion non seulement neuf cents questions, mais toutes les questions dans tous les domaines du savoir, pourquoi ne me serait-il pas permis - du moins sans encourir le blâme - de discuter des questions certes nombreuses, mais bien établies et déterminées? C'est, disent mes adversaires, excessif et présomptueux. Or je soutiens qu'il n'y a là nul excès de ma part, mais une nécessité; une nécessité absolue, dont ils devront convenir malgré eux s'ils considèrent la méthode philosophique qui est la mienne. De fait, ceux qui se sont affiliés à l'une quelconque des écoles philosophiques aujourd'hui les mieux reçues, j'entends bien sûr celles de Thomas ou de Scot, peuvent mettre leur doctrine à l'épreuve en ne discutant qu'un petit nombre de questions; pour ma part, au contraire, sans faire allégeance à personne, j'ai eu pour principe de me répandre entre tous les maîtres de philosophie, d'éplucher toutes leurs pages, de connaître toutes leurs écoles. Comme il me fallait ainsi parler de tous - pour éviter de défendre une seule doctrine et de paraître m'y asservir en négligeant les autres - mes thèses ont nécessairement été nombreuses dans leur ensemble, même si sur chaque sujet particulier je n'en ai proposé qu'un petit nombre. Qu'on n'aille pas non plus me blâmer de «me laisser porter, en hôte passager, partout où m'entraîne l'état du ciel». Car tous les anciens ont veillé, lorsqu'ils expliquaient un texte de quelque genre que ce fût, à en lire avec soin tous les commentaires possibles: surtout Aristote, que de ce fait Platon a surnommé anagnôstès, c'est-à-dire «le lecteur». Et c'est assurément le fait d'un esprit étroit que de s'enfermer dans une seule école, Portique ou Académie. Impossible de bien choisir parmi toutes les doctrines la sienne propre, si l'on ne s'est au préalable familiarisé avec toutes.
Ajoutez que chacune a une marque particulière, qu'elle ne partage pas avec les autres. Et pour commencer par les nôtres, à qui la philosophie est parvenue en dernier, je dirai qu'il y a quelque chose de vif et de délié chez Jean Scot, de solide et de pondéré chez Thomas, de soigné et de précis chez Egide, de pénétrant et d'aigu chez François, d'ample et d'imposant chez Albert; et chez Henri, me semble-t-il, toujours quelque chose de sublime qui force le respect. Parmi les Arabes, on trouve quelque chose de ferme et d'inébranlable chez Averroès, de puissant et de médité chez Avempace et al-Fârâbi, de divin et de platonicien chez Avicenne. Les Grecs dans leur ensemble ont une philosophie lumineuse, et surtout pure: riche et abondante chez Simplicius, élégante et dense chez Themistius, savante et bien ordonnée chez Alexandre, élaborée avec gravité chez Théophraste, agile et gracieuse chez Ammonios. Et si l'on se tourne vers les platoniciens, pour n'en passer en revue qu'un petit nombre, chez Porphyre on appréciera fort l'abondance des thèmes, ainsi qu'un sentiment religieux multiforme; chez Jamblique, on vénérera la plus occulte philosophie et les mystères des barbares; chez Plotin, il n'y a rien qu'on puisse admirer plus que le reste, car il se montre partout admirable en parlant des choses divines divinement, dans son langage savamment oblique, et des choses humaines d'une manière bien supérieure à l'humain - que les platoniciens, à la sueur de leur front, comprennent à peine. Je laisse de côté les plus récents: Proclus, débordant d'exubérance asiatique, et ceux dont il fut la source, Hermias, Damascius, Olympiodore et tant d'autres chez qui resplendit toujours le to theîon (c'est-à-dire le divin), signe particulier des platoniciens. De surcroît, une école qui s'en prendrait aux théories les plus vraies, tournant calomnieusement en dérision les meilleurs arguments de l'intelligence, confirmerait la vérité au lieu de l'infirmer; comme le mouvement agite la flamme, elle l'exciterait au lieu de l'éteindre.
Voilà ce qui m'a incité à exposer les principes non pas d'une doctrine unique (comme certains le souhaitaient), mais de doctrines de toute sorte: en confrontant ainsi de nombreuses écoles, en mettant les diverses philosophies en discussion, j'ai voulu que l'éclair de la vérité - comme dit Platon dans ses Lettres - brille d'un plus grand éclat dans nos âmes, tel le soleil sortant de la mer. A quoi bon traiter de la seule philosophie des Latins, j'entends celle d'Albert, de Thomas, de Scot, d'Egide, de François, d'Henri, sans tenir compte des philosophes grecs et arabes, alors que toutes les connaissances ont filtré des barbares jusqu'aux Grecs, des Grecs jusqu'à nous? Du coup, nos compatriotes se sont toujours contentés, sur le plan philosophique, d'adopter les découvertes étrangères et de cultiver les idées d'autrui. A quoi bon avoir débattu de questions naturelles avec les péripatéticiens, si l'on omet de convoquer aussi l'Académie platonicienne, dont la doctrine sur le divin a toujours été considérée (témoin Augustin) comme la plus sainte entre toutes les philosophies, et dont je suis le premier depuis des siècles (soit dit sans malveillance) à présenter publiquement les thèses, pour les soumettre à un débat critique? A quoi bon avoir discuté les opinions de tous les autres, si c'est sans payer notre écot - pour ainsi dire - que nous nous serons joints au banquet des savants, et si nous n'avions rien apporté de nôtre, rien qui fût conçu et élaboré par notre intelligence? De fait, comme dit Sénèque, c'est la marque d'un petit esprit que de connaître d'après les seuls commentaires et de ne rien tirer de soi qui, sans montrer expressément la vérité, l'indique au moins de loin: c'est comme si les découvertes des hommes supérieurs avaient barré la voie à notre zèle, comme si la force de la nature s'était épuisée en nous. Si le cultivateur hait la stérilité de son champ, ou le mari celle de sa femme, nul doute que l'esprit divin, uni et associé à une âme inféconde, ne la haïsse d'autant plus qu'il attend d'elle de plus nobles productions.
Voilà pourquoi, non content d'avoir ajouté aux doctrines communes quantité de remarques sur la théologie primitive de Mercure Trismégiste, sur les enseignements des Chaldéens et de Pythagore, sur les plus secrets mystères des Juifs, nous avons aussi proposé à la discussion un certain nombre de découvertes et de conceptions qui nous sont propres dans les domaines physique et théologique. Nous avons d'abord fait valoir que Platon et Aristote s'accordent: beaucoup l'ont pensé avant nous, personne ne l'a prouvé suffisamment. Parmi les Latins, Boèce s'était promis de le faire, mais rien n'indique qu'il ait jamais réalisé ce qui fut toujours son projet. Chez les Grecs, Simplicius s'était donné le même programme: plût au ciel qu'il se fût montré à la hauteur de ses intentions! Augustin lui-même, dans son ouvrage Contre les Académiciens, écrit que nombre d'auteurs ont conçu, avec beaucoup de finesse dans l'argumentation, le projet d'établir ce même point, à savoir que les philosophies de Platon et d'Aristote n'en font qu'une. Ainsi Jean le Grammairien: il affirme bien que seuls ceux qui n'entendent pas les paroles de Platon le croient en désaccord avec Aristote, mais c'est à des successeurs qu'il a laissé le soin de la démonstration. Nous avons ajouté aussi divers développements où s'affirme la concordance entre les opinions - réputées discordantes - de Scot et de Thomas d'une part, d'Averroès et d'Avicenne d'autre part.
En second lieu, nos considérations sur la philosophie tant aristotélicienne que platonicienne ont été enrichies de soixante-douze nouvelles propositions physiques et métaphysiques: en les faisant siennes, si je ne m'abuse (et je serai bientôt fixé sur ce point), on pourra résoudre n'importe quel problème d'ordre naturel ou théologique, suivant une méthode philosophique bien différente de celle qui nous est enseignée oralement dans les écoles et qui est en honneur parmi les docteurs de notre temps. Il ne faut pas trop s'étonner, Pères, si dans mes jeunes années, à un âge tendre auquel il est à peine permis, prétend-on, de lire les traités des autres, je veux apporter une nouvelle philosophie: qu'on la loue plutôt, si elle est bien défendue, ou qu'on la rejette, si elle encourt la réprobation; enfin, puisqu'il s'agit de juger nos découvertes et nos écrits, que l'on compte les mérites et démérites de l'oeuvre, plutôt que les années de l'auteur.
En plus de ce système, nous avons proposé une nouvelle manière de philosopher, qui se fonde sur les nombres: remontant en fait à l'Antiquité, elle a été suivie par les premiers théologiens, par Pythagore surtout, par Aglaophemos, par Philolaos, par Platon et les premiers platoniciens; mais à notre époque, comme bien d'autres choses illustres, la négligence des successeurs l'a tellement laissée dépérir qu'on en trouve à peine des traces. Dans l'Epinomis, Platon écrit que de tous les arts libéraux et de toutes les sciences contemplatives, la principale et la plus divine est la science du nombre. Et à la question de savoir pourquoi l'homme est le plus savant des animaux, il répond de même: parce qu'il sait compter. Opinion dont Aristote se souvient, lui aussi, dans ses Problèmes. Abumasar écrit que, selon Avenzoar de Babylone, celui-là sait tout qui a appris à compter. Cela ne peut être vrai en aucune façon si, par art des nombres, on entend cet art dans lequel, aujourd'hui, excellent surtout les marchands; témoin Platon lui-même, qui d'une voix forte nous engage à ne pas prendre pour l'arithmétique marchande notre arithmétique divine. Eh bien, cette arithmétique si élevée, je crois après bien des veilles la posséder à fond; et, pour me soumettre à l'épreuve, je me suis engagé publiquement à répondre par la méthode des nombres à soixante-quatorze questions, considérées comme les plus importantes parmi celles qui touchent à la nature et au divin.
Nous avons également proposé des théorèmes magiques, où nous avons montré que la magie est double: la première relève entièrement de l'action et de l'autorité des démons - ce qui est, par ma foi, exécrable et monstrueux; la seconde, à y regarder de près, n'est que le parfait accomplissement de la philosophie naturelle. Quand ils les mentionnent toutes deux, les Grecs appellent celle-là goeteian (goétie), ne l'estimant pas digne du nom de magie; ils désignent celle-ci par le terme propre et particulier de mageian (magie), comme la parfaite et suprême sapience. De fait, selon Porphyre, «mage» signifie dans la langue des Perses ce qui est chez nous un interprète et un adorateur du divin. Entre ces deux pratiques, Pères, la disparité et la différence sont bel et bien considérables, ou pour mieux dire immenses. L'une est condamnée et maudite non seulement par la religion chrétienne, mais par toutes les lois, par tout Etat bien ordonné; c'est l'autre qu'approuvent et embrassent tous les savants, tous les peuples soucieux des choses célestes et divines. La première est la plus trompeuse des pratiques, la seconde est la plus profonde et la plus sainte philosophie. La première est stérile et vaine, la seconde ferme, digne de foi et inébranlable. Les adeptes de la première ont toujours agi en cachette, parce qu'elle tourne toujours à la honte et à la confusion des responsables; c'est dans l'autre que, depuis l'antiquité et presque toujours, on a cherché à s'illustrer et à obtenir la plus grande gloire dans le domaine des belles-lettres. A la première ne s'est jamais adonné personne qui fût versé en philosophie et désireux d'apprendre les arts nobles; pour apprendre la seconde, Pythagore, Empédocle, Démocrite, Platon ont traversé les mers et c'est elle qu'ils ont enseignée à leur retour, la tenant pour la principale des doctrines secrètes. Pas plus que sur des arguments rationnels, la première ne s'appuie sur des auteurs indiscutables; la seconde, comme anoblie par d'illustres parents, a deux auteurs principaux: Zalmoxis, qu'imita Abbaris l'Hyperboréen, et Zoroastre (non pas celui auquel vous songez peut-être, mais le fils d'Oromase). Si nous demandons à Platon ce qu'est leur magie à tous deux, il nous répondra dans l'Alcibiade : la magie de Zoroastre n'est rien d'autre que la science des choses divines, que les rois des Perses faisaient apprendre à leurs fils pour leur enseigner à gouverner leur Etat sur le modèle de l'Etat du monde. Dans le Charmide, il nous répondra que la magie de Zalmoxis est la médecine de l'âme, en ce sens qu'elle donne à l'âme la tempérance comme elle donne au corps la santé. Leurs traces ont été suivies ensuite par Charondas, Damigéron, Apollonius, Hostanès et Dardanus. Par Homère également, qui sous les voyages de son Ulysse a dissimulé cette sapience-là comme toutes les autres, ainsi que nous le démontrerons un jour dans notre Théologie poétique. Ont encore suivi ces traces Eudoxe et Hermippe, et presque tous ceux qui ont exploré les mystères pythagoriciens et platoniciens. Parmi les auteurs plus récents qui ont tâté de la magie, j'en retiens trois: l'Arabe al-Kindî, Roger Bacon et Guillaume de Paris. Plotin aussi la mentionne, quand il démontre que le mage est le serviteur et non l'artisan de la nature: en homme de très grand savoir, c'est à la seconde magie qu'il donne son approbation et son appui, l'autre lui paraissant tellement abominable qu'invité un jour à sacrifier aux mauvais démons, il déclara préférable de les voir venir à lui plutôt que d'aller lui-même à eux; en quoi il avait raison. Car de même que la première assujettit l'homme et l'aliène aux puissances mauvaises, de même la seconde le rend souverain et maître de ces puissances. Enfin, la première ne peut se faire passer ni pour un art, ni pour une science; la seconde, pleine de mystères sublimes, s'attache à la contemplation la plus profonde des choses les plus secrètes et, en fin de compte, à la connaissance de la nature entière. Tirant pour ainsi dire de leurs retraites, pour les amener à la lumière, les vertus éparpillées et disséminées dans le monde par la faveur divine, elle opère moins des miracles qu'elle ne sert avec empressement la nature qui les accomplit. Après avoir sondé en profondeur l'harmonie de l'univers (que les Grecs appellent de manière plus expressive sympatheian), après avoir médité la connaissance mutuelle des natures, conférant à chaque chose ses charmes naturels ainsi que les siens propres (qu'on appelle les iynges magiques, ou incantations), elle met au grand jour, comme si elle en était l'auteur, les merveilles cachées dans les recoins du monde, dans le sein de la nature, dans les resserres et les cachettes de Dieu; et de même que l'agriculteur marie les vignes aux ormeaux, de même le mage marie la terre au ciel, c'est-à-dire les éléments inférieurs aux qualités et aux vertus des éléments supérieurs. De sorte que la première magie s'avère monstrueuse et nocive, autant que la seconde s'avère divine et salutaire. La raison principale en est que l'une, vendant l'homme aux ennemis de Dieu, le détourne de Dieu, tandis que l'autre l'incite à cette admiration des oeuvres divines qui est le résultat si assuré de la foi, de l'espérance et de la charité. Rien, en effet, ne pousse plus à la religion, au culte de Dieu, que la constante contemplation des merveilles divines; lorsque, grâce à cette magie naturelle dont il est ici question, nous les aurons bien passées en revue, mettant davantage d'ardeur à en vénérer et à en aimer l'artisan, nous serons forcés de chanter: «Les cieux sont emplis, toute la terre est pleine de la majesté de ta gloire».
En voilà assez sur la magie: si j'en ai tant parlé, c'est qu'il ne manque pas de gens, je le sais, pour condamner et détester ce qu'ils ne comprennent pas, de même que les chiens aboient toujours contre les inconnus.
A présent, j'en viens aux questions que j'ai tirées des anciens mystères des Hébreux et présentées à l'appui de la sacro-sainte foi catholique: de crainte qu'elles ne passent, aux yeux de qui les ignore, pour des sornettes de mon cru ou pour des fables de colporteurs, je veux que tout le monde comprenne ce qu'elles sont, leur importance, leur origine, le nom et la gloire des auteurs qui les attestent et qui les ont remises à l'honneur; je veux qu'on mesure à quel point elles sont divines et nécessaires aux hommes de notre époque pour défendre la religion contre les rudes calomnies des Juifs. D'après ce qu'ont écrit de célèbres docteurs juifs, mais également Esdras, Hilaire et Origène parmi les nôtres, Moïse ne reçut pas seulement sur la montagne la loi qu'il devait laisser à la postérité, écrite en cinq livres, mais aussi le véritable et plus secret commentaire de cette loi; or, si Dieu lui ordonna de la faire effectivement connaître au peuple, il lui interdit d'en consigner l'interprétation dans les livres et de la divulguer, sauf à Josué - à charge pour ce dernier de la révéler ensuite aux autres grands prêtres ses successeurs, en respectant scrupuleusement le silence. Un simple récit permettait, et c'était suffisant, de connaître tant la puissance de Dieu que sa colère contre les impies, sa clémence envers les justes, sa justice envers chacun; les préceptes divins et salutaires permettaient de vivre dans le bien et le bonheur, en instituant le culte de la vraie religion. Mais mettre sur la place publique les mystères plus secrets et les arcanes de la divinité suprême, cachés sous l'écorce de la loi et le vêtement gro

ssier des mots, qu'eût-ce été d'autre que jeter le sacré en pâture aux chiens et donner des perles aux pourceaux? Aussi n'est-ce pas par une décision humaine, mais sur ordre de Dieu que tout cela fut dissimulé au vulgaire pour n'être communiqué qu'aux parfaits - les seuls, dit Paul, auxquels il adresse ses paroles de sagesse. Cette règle, les philosophes antiques l'ont très scrupuleusement observée. Pythagore n'a rien écrit, sinon quelques phrases qu'il a confiées en mourant à sa fille Damo. Sculptés devant les temples des Egyptiens, les sphinx rappelaient qu'il faut, par le noeud des énigmes, mettre les enseignements mystiques hors d'atteinte de la multitude profane. «Je dois m'exprimer par énigmes,» dit Platon dans une lettre à Denys (à propos des substances suprêmes), «de crainte que d'autres ne comprennent ce que je t'écris, au cas où cette lettre tomberait entre des mains étrangères». Aristote disait que les livres de la Métaphysique, où il traite des choses divines, étaient publiés sans l'être. Faut-il poursuivre? Origène assure que Jésus-Christ, notre maître de vie, a fait à ses disciples de nombreuses révélations qu'ils ne voulurent pas consigner par écrit, de crainte de les communiquer au vulgaire. C'est ce que confirme parfaitement Denys l'Aréopagite, selon qui les mystères les plus secrets furent transmis par les fondateurs de notre religion ek noû eis noûn dià méson logon : d'esprit à esprit, sans écriture, par l'intermédiaire de la parole. Telle est exactement la manière dont fut révélée à Moïse, sur ordre divin, la véritable interprétation de la loi que Dieu lui avait transmise: aussi l'a-t-on appelée kabbale, d'un mot qui signifie la même chose chez les Juifs que receptio en latin - la raison en étant, de toute évidence, que cet enseignement ne se communiquait pas de l'un à l'autre par des textes écrits, mais par une succession réglée de révélations et comme par droit héréditaire.
Or, une fois libérés par Cyrus de leur captivité à Babylone, et après la reconstruction du Temple sous Zorobabel, les Hébreux s'appliquèrent à restaurer la loi: c'est alors qu'Esdras, qui dirigeait à l'époque leur communauté religieuse, corrigea le livre de Moïse; mais voyant bien que les exils, les massacres, les fuites, la captivité du peuple d'Israël rendaient impossible de maintenir la coutume, établie par les anciens, de transmettre de mains en mains la doctrine, voyant aussi que les secrets de cette doctrine céleste, à lui confiés, allaient disparaître et que sans constitution d'archives le souvenir n'en durerait pas longtemps, il décida, après avoir réuni les savants encore en vie, que chacun exposerait ce que sa mémoire conservait des mystères de la loi, et qu'on ferait appel à des secrétaires pour rédiger ces souvenirs en soixante-dix volumes (car tel était à peu près le nombre des savants du Sanhédrin). Sans prêter foi sur ce point à mon seul témoignage, écoutez, Pères, les propres mots d'Esdras: «Au bout de quarante jours, le Très-Haut parla et dit: Ce que tu as écrit d'abord, rends-le public, pour que les dignes et les indignes le lisent; mais tu conserveras les soixante-dix livres écrits en dernier, pour les remettre aux sages de ton peuple. Car c'est en eux que se trouvent la veine de l'intelligence, la source de la sagesse et le fleuve de la science. - Et c'est ce que j'ai fait». Tel est mot pour mot le récit d'Esdras. Tels sont les livres de la science kabbalistique; Esdras n'avait pas tort de proclamer clairement et d'emblée qu'on y trouve la veine de l'intelligence, autrement dit l'ineffable théologie de la divinité suprasubstantielle; la source de la sagesse, autrement dit la métaphysique précise des formes intelligibles et angéliques; le fleuve de la science, autrement dit une très solide philosophie des choses de la nature.
Le pape Sixte IV, prédécesseur immédiat de cet Innocent viii sous le règne duquel nous vivons heureusement, a fait entreprendre avec beaucoup de soin et d'empressement, dans l'intérêt public de notre foi, une traduction latine de ces ouvrages; de sorte qu'à sa mort, trois d'entre eux avaient déjà été traduits. Chez les Juifs de notre temps, ces livres sont vénérés avec tant de piété qu'il n'est permis à personne d'y toucher avant l'âge de quarante ans. Les ayant acquis à grands frais, je les ai lus de bout en bout avec la plus grande attention, sans relâcher mon effort, et j'y ai trouvé - Dieu m'est témoin - non point tant la religion mosaïque que la religion chrétienne. Il y a là le mystère de la Trinité, il y a là l'incarnation du Verbe et la divinité du Messie; sur le péché originel, sur son expiation par le Christ, sur la Jérusalem céleste, sur la chute des démons, sur les hiérarchies angéliques, sur les peines du purgatoire et de l'enfer, j'ai lu dans ces pages cela même que nous lisons chaque jour dans Paul et Denys, dans Jérôme et Augustin. Mais en ce qui concerne la philosophie, on croirait vraiment entendre Pythagore et Platon, dont les principes sont si proches de la foi chrétienne: au point que notre Augustin rend infiniment grâces à Dieu de ce que les livres de l'école platonicienne lui soient tombés entre les mains.
Pour tout dire, il n'existe entre les Juifs et nous aucun point de controverse sur lequel les ouvrages des kabbalistes ne permettent de les réfuter et de les confondre, sans leur laisser le moindre recoin où se réfugier. Le très savant Antonio Cronico m'apporte à cet égard un témoignage décisif: au cours d'une réunion de convives, dont j'étais, il a bel et bien entendu le juif Dattilo, qui est très versé dans cette science, admettre peu à peu toute l'interprétation chrétienne de la Trinité.
Mais, pour en revenir à l'examen des divers points discutés ici, nous avons également donné notre avis sur la manière d'interpréter les poèmes d'Orphée et de Zoroastre. En grec, on peut lire Orphée presque en entier; Zoroastre est mutilé, mais en chaldéen on peut le lire plus complètement. Tous deux passent pour les pères et les fondateurs de la sagesse des premiers temps. Je ne dirai rien de Zoroastre, que les platoniciens mentionnent souvent avec une constante et extrême vénération; mais la théologie orphique, écrit Jamblique de Chalcis, était aux yeux de Pythagore un modèle sur lequel lui-même devait façonner et former sa propre philosophie. Les paroles de Pythagore sont dites sacrées, assure-t-on, pour la seule raison qu'elles dérivent des enseignements orphiques; c'est de là qu'ont découlé, comme d'une source première, la doctrine secrète des nombres et tout ce que la philosophie grecque eut de grand et de sublime. Mais (selon la coutume des anciens théologiens), Orphée a tellement enveloppé les mystères de son enseignement dans les replis de la fable, il les a tellement dissimulés sous un voile poétique, qu'à lire ses hymnes on s'imagine qu'ils ne recouvrent rien d'autre que des historiettes ou de simples bagatelles. Si j'ai voulu rappeler ce fait, c'est pour qu'on sache quelle peine j'ai prise, quelles difficultés j'ai rencontrées à extraire le sens de la philosophie secrète qui se dissimule dans les logogriphes apprêtés des énigmes et dans les cachettes des fables; d'autant que je ne pouvais compter, pour mener à bien cette tâche si lourde, si pleine de secrets et si neuve, sur le travail attentif d'aucun autre interprète. Ce qui n'a pas empêché les chiens d'aboyer à mes trousses: selon eux, j'aurais accumulé des vétilles et des bagatelles pour produire un effet de nombre, comme s'il ne s'agissait pas de questions extrêmement incertaines et controversées opposant violemment les principales écoles; comme si je n'avais pas fourni, à ceux-là même qui mettent mon travail en pièces en se prenant pour les princes des philosophes, un apport inédit et quantité d'idées jamais encore soumises à examen!
Or, je me suis si bien gardé de cette faute que j'ai veillé à restreindre, dans toute la mesure du possible, le nombre des points en discussion. Si j'avais voulu, comme tant d'autres, marquer toutes les divisions et articulations, le nombre des thèses serait à coup sûr devenu incalculable. Et sans parler du reste, comment ne pas voir que j'aurais pu, sans me faire soupçonner le moins du monde de multiplication artificielle, diviser une seule des neuf cents thèses - celle qui porte sur le nécessaire accord entre les philosophies de Platon et d'Aristote - en six cents points, pour ne pas dire davantage, par la simple énumération de tous les passages où les autres croient ces auteurs en désaccord et où j'estime, quant à moi, qu'ils concordent? Mais je l'affirmerai, bien que ce ne soit guère modeste ni conforme à mon tempérament, je l'affirmerai puisque les envieux me contraignent de parler, puisque les détracteurs m'y forcent: au cours de notre rencontre, mon propos n'était pas de montrer que je sais beaucoup de choses, mais plutôt de convaincre que je sais des choses que beaucoup ignorent. Afin que les faits eux-mêmes, vénérables Pères, vous le fassent apparaître en pleine lumière, et afin que mon discours ne diffère pas davantage votre désir, éminents docteurs qu'avec un vif plaisir je vois armés et équipés dans l'attente du combat, venons-en aux mains sous de bons et heureux auspices, comme si la trompette donnait le signal.

Source : http://www.lyber-eclat.net/lyber/mirandola/pictrad.html

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Published by Jean Pic de La Mirandole - dans Kabbale
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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 07:50

Inclus parfois dans certaines éditions du Sepher Yetzirah on trouve un tableau de classification kabbalistique de la connaissance émanant à partir de Seconde Sephirah Binah, Intelligence, & descendant par étapes du royaume des anges, à celui des cieux, de l’humanité, des animaux & de la végétation & des minéraux vers l’Hylé et le Chaos. Les Kabbalistes disent que l’on doit entrer et passer par ces Portes afin d’atteindre aux 32 Sentiers de la Sagesse; et que même Moïse n’a pu passer qu’au travers de 49 Portes et n’a jamais pu pénétrer la Cinquantième. L’on se référera à l’Oedipus Aegyptiacus d’Athanasius Kircher, vol. ii. p. 319.

Premier Ordre : Élémentaire

1. Le Chaos, l’Hylé, la Prima Materia.

2. Sans forme, Vide, Sans Vie.

3. Les Abysses.

4. L’Origine des Éléments.

5. La Terre (stérile).

6. L’Eau.

7. L’Air.

8. Le Feu

9. Le Différenciation des Qualités.

10. Le Mélange et la Combinaison.

Second Ordre : La Décade de l’Évolution

11. Les Minéraux sont différenciés.

12. Le Principe végétal apparaît.

13. Les Graines germent en Moisissures.

14. L’Herbe & les Arbres.

15. Fructification dans le Vie Végétale.

16. Origine des Formes de Vie Animales Primaires.

17. Les Insectes et les Reptiles apparaissent.

18. Les Poissons, les Vertébrés apparaissent dans les Eaux.

19. Les Oiseaux et les Vertébrés apparaissent dans les Airs.

20. Les Quadrupèdes et les Vertébrés apparaissent sur la Terre.

Troisième Ordre : La Décade de l’Humanité

21. Apparition de l’Homme.

22. Corps Humain Matériel.

23. L’Âme Humaine est conférée.

24. Le Mystère d’Adam et d’Eve.

25. Homme Complet en tant que Microcosme.

26. Don des Cinq Faces Humaines agissant à l’extérieur.

27. Don des Cinq Puissances à l’Âme.

28. Adam Kadmon, l’Homme Céleste.

29. Les Êtres Angéliques.

30. L’Homme à l’Image de Dieu.

Quatrième Ordre : Le Monde des Sphères

31. La Lune.

32. Mercure.

33. Venus.

34. Sol.

35. Mars.

36. Jupiter.

37. Saturne.

38. Le Firmament.

39. Le Primium Mobile.

40. L’Empyrée des Cieux.

Cinquième Ordre : Le Monde Angélique

41. Ishim — Fils du Feu.

42. Auphanim–Cherubim.

43. Aralim — Trônes.

44. Chashmalim — Dominations.

45. Seraphim — Vertus.

46. Malakim — Puissances.

47. Elohim — Principautés.

48. Beni Elohim — Anges.

49. Cherubim — Archanges.

Sixième Ordre : L’Archétype

50. Dieu. Ain Soph. Celui que nul œil mortel n’a vu.

NOTE: Les Anges du Cinquième Monde, Monde Angélique sont disposés de manière totalement différente selon les tel ou tel rabbi kabbaliste.

Selon Robert Ambelaindans sa Kabbale Pratique :

« Les Cinquante Portes de l’Intelligence naissent des cinq Sephirothmédianes, encadrant Tiphereth et s’adjoignant à celle-ci.

Elles naissent donc de Netzah, de Hod, de Gebourah, de Chesed et de Tiphereth, pour aboutir à Binah.

Chacune d’elle voit se refléter en elle l’Arbre tout entier. Il y a donc cinquante combinaisons, formées de l’une des cinq avec chacune des dix autres.

Une autre série séphirotique génère les Cinquante Porte. Ce sont les sept premières, en partant du bas de l’Arbre. Elle est formée de la combinaison des sept sephiroth en question avec elles-mêmes. Cette seconde série part de Malkuth pour aboutir encore à Binah, à travers : Yesod-etzah, Hod-Tiphereth-Gebourah-chesed.

C’est ainsi que ces 7 x 7 sephiroth = 49 Portes, la 50e étant Binah.

Chacune de ces sept correspond à chacun des sept arts libéraux (voir l’Echelle symbolique des Chevaliers Kadosh de la Franc-Maçonnerie). »

Source : http://www.kabbale.eu/les-50-portes-de-lintelligence/

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 11:40

Si le rugby en Irlande est moins populaire que le football ou que les sports gaéliques, l’Irlande n’en reste pas moins une terre de rugby et une des nations majeures du rugby en Europe et dans le monde. Longtemps considéré comme sport protestant (le rugby a été popularisé en Irlande en partie grâce à Trinity College), le rugby est aujourd’hui populaire dans toutes les catégories sociales et religieuses de l’Irlande.

L’Irish Rugby Football Union

L’Irish Rugby Football Union (IRFU) est l’association en charge de la promotion et du développement du rugby sur toute l’île d’Irlande. Elle organise les compétitions nationales irlandaises et est en charge de l’équipe nationale de rugby. Elle est également copropriétaire de l’Aviva Stadium à Dublin (ex Lansdowne Road), avec la Football Association of Ireland (FAI), la fédération de football irlandaise. C’est d’ailleurs dans ce stade que l’équipe nationale de rugby joue la grosse majorité de ses rencontres. L’IRFU est également propriétaire du stade de Thomond Park à Limerick, du stade de Ravenhill à Belfast, ainsi que d’autres stades à travers l’Irlande qu’elle loue aux clubs. L’association est née de la fusion de deux associations en 1879 : la Irish Football Union (représentants les provinces de Leinster et Munster, plus une partie de l’Ulster) et la Northern Football Union of Ireland (représentant la région de Belfast). Des branches de l’IRFU sont créées dans les provinces de Ulster, Munster et Leintser, la province de Connacht les rejoignant en 1900 seulement. L’IRFU est également, avec les fédérations écossaise et galloise, à l’origine de la création de l’IRB (International Rugby Board), la fédération internationale du rugby, basée d’ailleurs à Dublin. Dès le départ le pouvoir de l’IRFU s’étend sur l’ensemble de l’île d’Irlande. Mais après la partition de l’Irlande, à la différence de ce qui se passera pour le football, l’IRFU continue à fonctionner sur la base des 32 comtés irlandais. Aujourd’hui encore les deux hymnes joués avant les matchs joués à Dublin (Soldier’s Song, hymne de la République d’Irlande, et Ireland’s Call, hymne de l’IRFU) rappellent cette double appartenance politique.

Les compétitions de club

Dès les années 1880, l’IRFU a organisé des compétitions sous forme de coupes dans les quatre branches provinciales. Ces compétitions existent toujours aujourd’hui, mais elles ont perdu de leur importance après la création par l’IRFU en 1990 de la All Ireland League. Cette compétition rassemble près de 50 clubs répartis en 3 divisions. Depuis sa création elle est outrageusement dominée par les équipes de la province du Munster qui ont remporté 17 des 20 éditions. Avec 13 championnats remportés, l’équipe du Shannon RFC, basée à Limerick, est l’équipe la plus titrée.

Mais le rugby irlandais est aujourd’hui surtout représenté par ses équipes provinciales : Munster, Ulster, Leinster et Connacht. Ces quatre équipes rassemblent les meilleurs joueurs de chaque province. Lorsqu’ils ne sont pas sélectionnés en équipe provinciale, les joueurs peuvent cependant jouer pour leur club, faisant de la All Ireand League une compétition semi-professionnelle. Contrairement au Pays de Galles ou à l’Ecosse qui ont récemment mis en place des sélections de ce type, les quatre équipes provinciales irlandaises ont une longue histoire derrière elles : elles existent depuis la fin du XIXème siècle et ont joué le championnat inter-province irlandais ainsi que des matchs contre des sélections nationales en tournée en Irlande. Au milieu des années 90, la création des coupes d’Europe a amené l’IRFU à transformer ces quatre équipes provinciales en équipes professionnelles. C’est en grande partie le besoin de donner plus de matchs à ces équipes qui a amené à la création de la Celtic League, une compétition qui oppose les quatre provinces irlandaises à quatre équipes galloises, deux équipes écossaises et deux équipes italiennes. Les provinces irlandaises brillent d’ailleurs dans cette compétition, remportée à trois reprises par Munster (2003, 2009 et 2011), deux reprises par Leinster (2001 et 2008) et une reprise par Ulster (2006). Les provinces irlandaises brillent également en Heineken, la Coupe d’Europe : deux victoires pour Munster (2006 et 2008), deux victoires pour Leinster (2009 et 2011) et une victoire pour Ulster (1999).

Le « Quinze du Trèfle »

L’Irlande brille aujourd’hui dans le rugby européen plus grâce aux performances de ses équipes provinciales que de son équipe nationale. Mais l’Irlande fait partie des plus anciennes équipes nationales de rugby. Le « Quinze du Trèfle », comme on surnomme l’équipe nationale irlandaise, a joué son premier match le 15 février 1875 à Londres contre l’Angleterre (avant même donc la création de l’IRFU). Mais il faudra attendre 1881 pour que l’Irlande remporte sa première rencontre internationale, contre l’Ecosse à Belfast, et 1887 pour une première victoire contre l’Angleterre.

L’Irlande fait partie, avec l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Angleterre des équipes participant au premier Tournoi (futur Tournoi des Six Nations) en 1882. Les débuts de la sélection irlandaise sont globalement difficiles et les victoires sont rares. Ainsi lorsque l’Irlande remporte son premier Tournoi en 1894, elle bat l’Angleterre et l’Ecosse pour la deuxième fois seulement en 18 oppositions ! Mais la dernière décennie du XIXème siècle marque quand même de gros progrès pour l’Irlande qui remporte trois fois le Tournoi, en 1894, 1896 et 1899. Cette période est d’ailleurs une exception pour l’Irlande qui traverse régulièrement de longues périodes de disette. En dehors de quelques victoires isolées jamais confirmées, il faut en effet attendre la fin des années 40 pour voir le Quinze du Trèfle dominer le rugby européen, remportant le Tournoi des Cinq Nations en 1948 (un Grand Chelem à la clé, le premier de l’équipe d’Irlande), 1949 puis 1951. L’Irlande retrouve le devant de la scène du rugby européen au milieu des années 70 en remportant le Tournoi des Cinq Nations en 1974, un an après avoir remporté un tournoi particulier puisque toutes les équipes terminèrent en tête à égalité ! Mais c’est surtout dans la première moitié des années 80 que les Irlandais dominent le rugby européen, remportant trois tournois en 1982, 1983 (à égalité avec la France) et 1985. Avant une nouvelle longue traversée du désert ... Mais l’Irlande négocie bien le virage du professionnalisme à partir du milieu des années 90 et obtient de meilleurs résultats dans les années 2000, manquant de peu à plusieurs reprises de remporter le Tournoi des (désormais) Six Nations. Elle est récompensée par une nouvelle victoire en 2009, réalisant cette année là le deuxième Grand Chelem de son histoire. Au total le Quinze du Trèfle a disputé 111 tournois et en a remporté 19.

L’Irlande dispute également depuis 1987 la Coupe du Monde de Rugby. Si les Irlandais ont participé à toutes les éditions, ils n’ont malheureusement jamais dépassé le stade des quarts de finale, étant éliminés à ce niveau en 1987, 1991, 1995, 2003 et 2011.

L’Irlande est également un adversaire régulier des grandes nations de l’hémisphère sud (Australie, Afrique du Sud et Nouvelle-Zélande). Mais après la première rencontre contre la Nouvelle-Zélande à Dublin en 1905 (lourde défaite à la clé), il faudra attendre plus de 50 ans et une victoire contre l’Australie en 1958 pour que l’Irlande batte enfin une nation de l’hémisphère sud, suivie quelques années plus tard, en 1965, de la première victoire contre l’Afrique du Sud. L’année 1967 verra l’Irlande entrer dans l’Histoire du rugby en étant la première nation européenne à remporter une victoire dans l’hémisphère sud (victoire contre les Wallabies australiens à Sydney). Mais ces exploits sont plutôt rares et le bilan de l’Irlande contre les nations de l’hémisphère sud est largement négatif. L’Irlande n’a même jamais battu les All Blacks néo-zélandais en 24 rencontres, n’obtenant comme résultat positif qu’un match nul en 1973 !

Source : http://www.terresceltes.net/Le-rugby-en-Irlande.html

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:18

Toutefois, ils se trompent grossièrement ceux qui croient que les caractères hébraïques actuels diffèrent des anciens parce qu’Origène, le prêtre Adamantius et saint Jérôme racontent que, de leur temps, le Thau avait la forme d’une croix. Ces Pères n’ont jamais prétendu que la lettre Thau exprimait spécifiquement la croix. Ils ont constaté tout simplement que cette lettre affectait la forme d’une croix, d’un gibet, d’une potence, forme que présente encore le Thau actuel.

 

Sont également dans l’erreur ceux qui prétendent qu’après l’occupation romaine, les Massorètes ou les Rabbins, par haine de la croix, modifièrent la forme du Thau.

 

Si c’était exact, quelque historien des choses d’Israël eut fait mention d’un fait de cette importance. D’autre part si les Rabbins avaient modifié la forme du Thau, parce que celle-ci rappelait celle de la croix, pourquoi n’auraient-ils pas changé les autres lettres hébraïques, qui aujourd’hui encore, affectent la même forme.

 

Tels Tsadé, Gimel renversé, Zain, Tsadé final, Noun final, etc., sur la forme desquelles un homme pourrait être suspendu, les bras en croix ?

 

Pourquoi auraient-ils attendu l’an 500 de l’ère chrétienne, pour changer la forme du Thau en haine de la croix ? Qui les aurait empêchés de procéder plus tôt à cette transformation ?

 

Concluons tous qu’à l’époque d’Origène et de saint Jérôme, le Thau n’offrait pas une autre forme cruciale que celle qu’il affecte encore de nos jours.

 

On lit, en effet dans Lipsius, liv. 3 de la Croix, c. 5, annot. c. 5, que le gibet des anciens, la fourche patibulaire présentait la forme de la lettre thau, ainsi qu’on le voit dans la figure ci-dessous :

 

 

 

Les condamnés à mort, avant de subir leur peine, portaient cette croix sur leur dos à travers la ville. Arrivés au lieu du supplice, ils étaient attachés sur cette croix étendue sur le sol, après quoi on la redressait de cette façon.

 

 

 

Ajoutons, pour établir nettement que les caractères hébraïques actuels sont les mêmes que ceux d’autrefois, ajoutons, dis-je, que la forme même des lettres est significative. En effet, Beth veut dire : Maison et affecte la forme d’un toit, d’un abri ; Vav, signifie crochet et en présente l’aspect ; Zain se traduit par bâton ; Caf, par courbure ; Schin, par dent, etc.

 

Mais, je dois répondre aux deux auteurs principaux, qui, dans les Temps modernes, ont écrit contre la Cabale. J’ai réfuté les arguments du premier ; passons aux calomnies du second, et la tâche que je m’étais imposée sera terminée.

 

La plupart des critiques de Mersenne, sur les problèmes du très savant et très profond Georgius Venetus, nous venons de les réfuter, car elles sont les mêmes que celles de Raguseius.

 

Nous ne nous attarderons pas à y répondre de nouveau. Nous nous bornerons à examiner rapidement quelques-uns des arguments personnels de ce détracteur de la Cabale, ce qui ne nous coûtera pas grande peine.

 

Relevons d’abord, en le parcourant hâtivement, les absurdités qui pullulent dans son Commentaire sur la Genèse. Il y confond, ch. 1. v. 2, art. 3, la doctrine occulte d’Agrippa, justement condamnée, avec la Cabale. Il s’efforce de démontrer, à l’aide d’arguments vides de sens, de raisonnements stupides, qu’il n’y a aucune différence entre les onomanciens, les magiciens et les cabalistes, si ce n’est celle du nom. Cette différence, au contraire, est colossale ! elle saute aux yeux, si l’on compare les définitions mêmes de ces sciences.

 

L’onomancie, d’après son nom, est l’art de prédire diaboliquement l’avenir au moyen des noms.

 

La Magie est également un art diabolique ; grâce au concours des esprits infernaux, elle opère ou semble opérer des merveilles.

 

La Cabale au contraire est nettement opposée à ces pratiques. C’est un commentaire de l’Écriture Sainte.

 

Elle élève l’Esprit jusqu’aux hauteurs les plus sublimes ; conduit l’homme des choses mortelles et passagères jusqu’à la perception des mystères divins, le rend vertueux, le guide sûrement dans la voie de la sagesse.

 

A l’appui de sa thèse, Mercennus exhibe l’alphabet d’un onomancien fameux (il l’avoue lui-même), alphabet qui n’avait pas encore été divulgué. Et, en agissant ainsi, il se fait l’artisan et le propagateur d’un mal qui sans lui, serait demeuré latent et inconnu. Il essaie bien, il est vrai, de démontrer l’inanité de pratiques, qu’il est le premier à déclarer sans valeur, mais il le fait avec tant de faiblesse qu’il semble plutôt leur apporter un regain de force et de vigueur.

 

Somme toute, il sert mal la cause qu’il entend défendre. Il désire évidemment qu’on mette de côté les ouvrages de ce savant onomancien, ainsi que ceux d’Agrippa, de Cattanus et autres magiciens insensés ; il le conseille à ses lecteurs ; et, en même temps, il leur enseigne tout ce qui y est contenu ! Il fait remarquer, en dissertant sur la valeur des nombres, en examinant pour quelle raison l’Unité l’emporte sur le quinaire et non sur le quaternaire ; pourquoi le même quaternaire est supérieur au senaire et non au quinaire, etc. Il fait remarquer, dis-je, que le dit auteur du traité onomancien ne s’inspire ni des Platoniciens, Chaldéens, Mages, Cabalistes, ni d’Averroès ou d’Aristote, mais de sa seule expérience !

 

Ne pense-t-on pas que toutes ces dissertations sont de nature à inciter les curieux à tenter l’épreuve de la magie diabolique, par l’onomancie, alors qu’ils ignoraient jusque-là l’A. B. C. de cette science maudite.

 

Mercenus cite, en outre, presque en entier, le traité de Thomas Campanella Du sens des choses et de la Magie.

 

De cette façon, ceux qui, auparavant n’avaient jamais entendu parler de cet ouvrage dangereux, peuvent le lire dans le Commentaire sur la Genèse de notre auteur.

 

Mais, chose plus surprenante encore, Mercenus ne se contente pas de citer les raisons qu’invoque Campanella pour attribuer une âme à toute chose, raisons qu’il traite pourtant d’absurdes, d’erronées, d’inexactes, de contraires au bon sens ; mais il les explique longuement, sans les réfuter comme il conviendrait. Et cela probablement parce qu’il ignorait l’argument topique à opposer. Son ignorance éclate d’ailleurs en divers autres passages : notamment ci-après, où il aborde la fameuse proposition : l’homme possède-t-il en soi le pouvoir de guérir certaines maladies ? et cette autre : qu’est-ce que l’Idiosyncrasie ?

 

S’étant donc proposé de résoudre cette double question et ne pouvant y parvenir, il s’écrie pompeusement : Qui peut se vanter de connaître l’âme humaine ? Qui peut dire par quelle propriété intrinsèque, intime, elle s’individualise, se différencie d’une autre ?

 

Il est facile au lecteur de constater que Mercenus n’a pas compris la question. Il suffira pour cela de considérer le titre qu’il a placé en tête de sa discussion : Que l’homme ne possède pas en soi le pouvoir de guérir toutes les maladies !

 

Contrairement aux auteurs qui ont traité de ce sujet, il n’écrit pas une ou quelques maladies ; mais toutes les maladies. Or, personne n’a jamais prétendu que l’homme avait le pouvoir latent de guérir toutes les maladies ; ceux, qui ont parlé de ce pouvoir, l’ont restreint à quelques-unes seulement.

 

Pomponatius qui s’est étendu tout particulièrement sur cette question, dans son traité : Des incantations, chap. 4. s’exprime ainsi : les uns, assure-t-on, guérissent la fièvre quarte, mais ne peuvent rien contre les coliques ou la fièvre tierce. D’autres enlèvent le mal de tête, d’autres les maux de jambes, d’autres, etc. Il en est de même des herbes, qui conviennent les unes à certaines maladies, les autres à d’autres !

 

Mercenus fait donc preuve soit d’ignorance, soit de mauvaise foi. Par exemple ch. 1. v. 26, col. 14, il se moque des cabalistes, parce que ceux-ci affirment que les lettres du nom d’Adam : A. D. M., symbolisent les trois noms hébreux

 

A. D. M. : Adam, David et le Messie ! Ce qui prouverait que l’âme du premier se serait successivement réincarnée dans les deux autres ; et il conclut que les Cabalistes, avec Pythagore, admettent la métempsychose !

 

Sur cette question encore, comme sur toutes les autres se rapportant aux mystères hébraïques, qu’il va chercher dans les ouvrages des anciens sages pour les discuter ; sur cette question encore, dis-je, il décèle la plus complète ignorance, à moins qu’il ne commette une grossière erreur de traduction, ce qui n’arriverait pas au plus modeste des hébraïsants.

 

Les Cabalistes n’ont jamais affirmé la transmigration des âmes : cela ressort, de toute évidence, du Talmud même. Pythagore n’a pas davantage émis cette opinion, s’il faut en croire Aristoxenus, écrivain remarquable et Porphyre. Le mystère que les cabalistes trouvent dans les lettres A. D. M, est celui-ci : Lorsque notre premier Père reçut son nom de l’ange Raziel, il put lire dans ce nom qu’il serait celui du Sauveur du genre humain.

 

Voici comment :

 

Adam put prévoir que le Messie naîtrait de David, dont la première lettre D, est la seconde de son nom, à lui, A D M. Il sut de même que la dernière lettre de son nom, M, préfigurait et désignait d’avance le Messie à venir.

 

Par cette lettre également, il lui fut révélé que le Christ s’incarnerait dans une Vierge, dont la lettre finale (Mem fermé) figurait le sein très pur et immaculé.

 

C’est pour la même raison qu’Isaïe, pressentant que cette lettre M, la dernière du nom d’Adam, annonçait la venue du Messie et signifiait en même temps que la Vierge, de laquelle il naîtrait, resterait pure, après comme avant son enfantement, c’est pour cette raison, dis-je, que le saint Prophète prophétisant au sujet de la Vierge sainte et du Messie, écrivît pour donner plus de force encore à sa parole : Le Marboh ha meschiroh (pour multiplier son royaume) voulant établir péremptoirement, en se servant de l’M fermé et non de la lettre ordinaire, que le sein très chaste de la Vierge est resté fermé, sans aucune souillure, aussi bien après qu’avant sa parturition.

 

Le nom d’Adam A. D. M. renferme d’autres mystères, qui ne permettent pas aux cabalistes de nier que ce Messie, pendant si longtemps attendu, ne soit déjà venu.

 

Mais, revenons à notre sujet.

 

C. 3, v. 21, Mercenus s’en prend violemment aux cabalistes. Il les traite de champions des athées, de protagonistes de leurs doctrines erronées, et cela, parce qu’ils admettent la Nomancie [10] et prétendent trouver dans les lettres de ridicules mystères.

 

Contre ces rhéteurs, contre ces inventeurs de sornettes, s’exclame-t-il, il convient que tous se dressent ; que les pouvoirs publics eux-mêmes prennent les mesures qui s’imposent pour parer aux dangers d’une doctrine, laquelle menace de contaminer un grand nombre de citoyens, les hommes simples et les chercheurs surtout !

 

Certes, en cette diatribe passionnée, Mercennus, sans qu’il s’en doute, prononce sa propre condamnation.

 

Le gouvernement devrait bien, effectivement lui demander compte non pas de répandre la Cabale, qu’il ignore, mais d’enseigner ouvertement, dans ses écrits, la Magie diabolique !

 

Cet incroyable moine expose, en effet, tous les genres de divination ; il indique clairement comment on y procède : par l’hydromancie, au moyen d’un anneau plongé dans l’eau ; par la pyromancie en jetant une victime dans les flammes ; par la géomancie, en traçant des figures sur le sable ; par la lécanomancie, à l’aide d’un bassin rempli d’eau ; par la capnomancie, en projetant des grains de pavot sur des charbons ardents ; par la cascinomancie, au moyen de tenailles, d’une hache, d’un crible ; par l’élanomantie, au moyen de farine et de gâteaux ; enfin par l’anthropomancie, en se servant de victimes humaines ! Toutes choses, et j’en omets volontairement, qui me font frissonner en écrivant, et même rien qu’en les lisant dans le livre de Mercennus.

 

Il alléguera, peut-être, qu’en établissant la réalité de ces divinations diaboliques, il a, du même coup, affirmé contre les Athées l’existence d’un Dieu unique ! Ignore-t-il donc ce que dit le saint Apôtre : Il ne faut pas commettre le mal, même dans l’espérance d’en faire sortir le bien !

 

Autre contradiction : Mercenus dit, plus haut, que les cabalistes sont les propagateurs des erreurs des Athées ; puis, quelques pages après, il déclare que la Cabale n’est qu’un tissu de sornettes !

 

Ce qui ne l’empêche pas, ch. I. rat. 3., d’émettre l’avis qu’on peut établir l’existence de Dieu, à l’aide de la Cabale.

 

D’où il résulte, de son propre aveu que la Cabale n’est pas entièrement condamnée.

 

Abordons, maintenant, les propositions de Venetus.

 

Au sujet de la première, Mercennus, avec Léon l’Hébreu, félicite les anciens auteurs de ce que, pour exposer et transmettre au peuple les choses sacrées, ils ont eu recours aux symboles, aux expressions obscures et voilées !

 

Or, lui-même, attaque, condamne et tourne en ridicule les arcanes cabalistiques, sous le prétexte qu’ils sont très obscurs !

 

En outre, dans sa critique passionnée du sepher Ietzirah, ou livre de la création, lequel est attribué au patriarche Abraham, il déclare que les livres de la Cabale doivent être pris exotériquement dans leur sens extérieur, et qu’il est inutile, en interprétant les allégories dans leurs moindres détails, d’y chercher un sens secret.

 

Je ne saurais assez m’étonner de voir Mercennus émettre et écrire de semblables absurdités.

 

Si, en effet, on ne doit pas prendre naïvement à la lettre les fictions poétiques, imaginées dans l’intérêt de l’humanité, à plus forte raison doit-on scruter, examiner avec soin, interpréter sans négligence, minutieusement, les livres mystérieux, symboliques des cabalistes, puisque ceux-ci, comme l’a très exactement établi Galatinus, peuvent projeter une lumière éclatante sur le sens caché de l’Écriture Sainte.

 

Cette façon d’enseigner des cabalistes offre de grands avantages.

 

D’abord, elle se sert d’images sensibles, que les ignorants peuvent saisir aussi bien que les sages. Exemple, cette parabole : Un homme sortit pour ensemencer son champ ; tout le monde comprend quelle est cette semence et ce qu’elle produira, etc.

 

Secundo : les récits s’en retiennent aisément ; une parabole se fixe dans la mémoire la plus rebelle.

 

Tertio : les idées ayant pour point de départ la sensation, une histoire qui frappe notre imagination imprime plus facilement un symbole dans notre cerveau.

 

Quarto : c’est un procédé très précieux pour l’esprit à cause du rapport secret, conforme aux lois de l’esprit, qui unit la parabole à la chose spirituelle qu’elle symbolise.

 

Saint Paul, dont la doctrine est conforme à celle des cabalistes, dit : Les mystères de Dieu, depuis la création du monde, peuvent se lire intellectuellement dans les choses créées.

 

3e proposition. — Dans son inexpérience de la langue hébraïque et son ignorance des mystères, Mercennus rejette les 32 vases de la sagesse des anciens philosophes hébreux. Cela semble résulter de ce qu’il n’a produit aucun argument à leur encontre.

 

Pour éviter ce sujet, inconnu de lui, il déclare qu’il le traite à la proposition 206. Or, j’ai lu moi- ême attentivement cette proposition, et je dois constater qu’il n’y souffle mot de la question. Il y débite, toutefois, quelques erreurs à propos du Sépher Ietzirah ou livre de la création, dans lequel il est longuement traité de ces 32 voies.

 

Mais il se borne, selon son habitude, à décocher de vaines attaques contre Guillaume Postel. Il procède de même, dans la plupart de ses controverses ; c’est ainsi qu’il traite Archangelus de Burgonovo de magicien, d’athée ; qu’il qualifie d’insensés Charron, Robert Fludd et tous les autres savants adeptes de la Cabale, les déclarant dignes, à son jugement féroce, du bûcher, de l’eau, de la roue, des tortures les plus incroyables ! Et, après l’avoir, à maintes reprises, traité d’idiot, d’athée, d’instaurateur d’une religion nouvelle, il pense accabler définitivement Postel sous cette véhémente apostrophe :

 

« Je me demande d’où te peut venir une semblable déformation de l’esprit ! C’est sans doute, qu’en ta qualité d’Européen, peu apte à supporter les ardeurs du soleil d’Orient, tu y as laissé là-bas le peu de cervelle qui te restait. Aussi, grâce à de nouvelles allégories, grossièrement ébauchées, maladroitement amalgamées avec les anciennes, as-tu pu facilement dans tes ouvrages entasser tes folies et élever en France un monument de sottises ! »

 

Telles sont les discrètes et bienveillantes observations de cette très discrète personne religieuse.

 

Il n’est pas surprenant que, dans son impuissance à répondre aux solides arguments de Postel, il se répande en insultes contre lui et termine sa discussion par cette conclusion aussi subtile qu’élégante : D’ailleurs, tout ce que j’ai cité de cet auteur, se réfute de lui-même.

 

Prob. 2. Mercennus déclare qu’il n’y a peut-être pas une seule des propositions de Venetus qu’il n’ait examinée et où il n’ait dû réfuter les erreurs des rabbins, des platoniciens et des magiciens dont elles fourmillent. Or, l’inexactitude de cette affirmation saute aux yeux, puisque, de la 1re à la 2e, c’est à peine s’il en critique quatre ou cinq.

 

Prob. 227. —Il se moque de Venetus, parlant de la stérilité de Rachel à propos de la lettre , Hé ; et il part en guerre contre les cabalistes, qu’il accuse de s’amuser à des sornettes.

 

Je conseille, dit-il en marge, à tout homme de bon sens de ne pas employer des heures précieuses à la lecture des cabalistes, s’il ne veut perdre son temps. Et, il ajoute aussitôt : « Je parle par expérience ! »

 

Pour moi, plus expérimenté encore que lui en cette matière, — qu’il me permette de le lui dire, — je constate, qu’il a perdu effectivement des heures utiles dans la lecture des ouvrages cabalistiques (s’il les a jamais lus ou étudiés), puisqu’il n’y a absolument rien compris !

 

Cela ressort de ses controverses avec un homme, qui de l’avis de l’Europe entière est considéré comme le plus savant des hébraïsants actuels, je veux dire le Dr Otton, de Fribourg, doyen des philosophes, et avec moi-même, controverses au cours desquelles il a fait preuve d’une ignorance de l’Écriture Sainte telle qu’il ne s’en est jamais révélée, de mémoire d’homme.

 

Prob. 223. —Mercennus qualifie Venetus de magicien : Il écrit, dans une note marginale : « Ce qu’on dit, ici, au sujet des esprits, est de la magie ou favorable à la magie !

 

Voilà, certes, une allégation imprudente. De plus, je le demande n’est-ce pas une véritable calomnie ?

 

Et, ce débordement d’injures ne pourrait-il fournir aux hérétiques une belle occasion de partir en guerre contre les moines, alors qu’il leur est donné de voir un moine se répandre en injures contre un autre moine !

 

Penses-tu, Mercennus, que ce soit te conduire en vrai moine correct, que d’accabler d’insultes un de tes frères ? Ne prends-tu donc le nom de Minime que pour abaisser jusqu’à toi, sous le poids des outrages, les plus grands hommes de notre temps ? Respecte donc, je te prie, l’honneur des gens, la religion, ton propre nom ! Juge plus équitablement tes frères ! Marche sagement, saintement sur les traces du Christ, notre Sauveur, cela vaudra mieux. Médite sa vie et prends-là pour modèle ! En un mot, apprends à mieux connaître la pureté sainte de Georges Venetus ; et, soit en public, soit dans le silence de ta cellule, juge plus respectueusement son caractère !

 

Certes, il m’est pénible, je suis même confus d’être obligé, contrairement à mon habitude, pour repousser des calomnies, pour réfuter des opinions erronées, je suis confus, dis-je, d’être contraint de me répandre en longues diatribes, qui renferment peu d’arguments, au lieu d’écrire, comme je le pourrais, tant de choses que j’estime solides et très profitables.

 

Aussi, pour mettre fin à cette apologie, examinons et réfutons encore cette dernière erreur de Mercenus. Il prétend, à diverses reprises, que la Cabale n’a aucun sens ! Il déclare que vouloir retrouver dans les astres, comme elle le fait, les formes hiéroglyphiques des lettres hébraïques est une rêverie sans valeur puisque les corps célestes sont, assurément, antérieurs aux lettres, qu’ils possédaient leurs forces, leurs influences propres avant que les caractères ne fussent inventés.

 

Et il se figure, par ce raisonnement, avoir détruit de fond en comble les bases mêmes de la Cabale.

 

Le seul exposé de cette opinion en démontre le ridicule ! De ce que les astres ont été créés avant les lettres, s’ensuit-il, nécessairement, que celles-ci n’aient pu être établies d’après la forme des dits astres !

 

Aucun homme sensé n’oserait le soutenir ! Mais puisque Mercennus n’a compris aucun des mystères hébraïques, ni cabalistiques dont il parle à propos des propositions de Venetus, ainsi que dans son propre commentaire de la Genèse, si Dieu nous en accorde le temps et les forces, nous examinerons longuement plus tard, les autres innombrables erreurs commises par lui.

 

En attendant, qu’ils nous laissent en paix, lui et tous ceux qui s’acharnent contre la science cabalistique. Qu’ils nous laissent en repos, dis-je, et qu’ils tâchent de revenir à une mentalité plus saine ! Mais, ce que je souhaite par-dessus tout, c’est qu’ils soient heureux, qu’ils jouissent de la lumière pour l’éternité ceux qui ont perçu la lumière au travers de la tradition : ceux-là approuveront et confirmeront mon jugement sur la Cabale.

 

FIN

 

Profonds mystères de la Cabale divine par Jacques Gaffarel (1625). Traduit pour la première fois du latin par Samuel Ben Chesed.

 

Source : http://www.esoblogs.net

 

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Published by Jacques Gaffarel (1625) - dans Kabbale
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:14

De plus, s’il n’était pas permis de rechercher le sens caché des lettres, pourquoi Dieu lui-même, dans Isaïe, 21, vers 22, prescrit-il d’écrire, de transposer, d’employer les uns pour les autres, les lettres elles-mêmes et les caractères divins, lorsqu’il s’agit d’exprimer les choses divines !

Pourquoi, enfin, les anciens Pères, ont-ils affirmé que l’Écriture Sainte, tout entière, avait plusieurs sens, si le sens littéral suffisait ?

Saint Jérôme et saint Chrysostome ne déchirent-ils pas parfois le sens littéral, qui est, en quelque sorte, l’enveloppe de l’autre.

Saint Grégoire de Rome et saint Grégoire de Nazianze essaient, l’un et l’autre, de pénétrer jusqu’à l’âme du Sépher, dissimulé sous la forme comme sous un voile.

Damascène, puis saint Ambroise livrent le sens positif et le symbolique. Enfin, saint Augustin, saint Basile, dans leurs poésies mystiques, célèbrent sur le mode lyrique tous les mystères que les cabalistes se contentent de défendre simplement, d’une façon différente, suivant les individus, et les philosophes profanes les rejettent en bloc parce qu’ils sont incapables de les comprendre !

S’il semble, à première vue, que quelque absurdité puisse sortir de la transposition des autres noms divins, des maîtres d’une science profonde, d’une haute sagesse, cités par l’antique tradition hébraïque, affirment que ces absurdités ne sont qu’apparentes.

Exemple : la transposition du nom El, Dieu ; qui donne La : Rien !

Évidemment, cela cache quelque mystère. En effet, tout ce que de savants théologiens proclament au sujet de Dieu, est exprimé non par affirmation, mais par négation. Ainsi, Dieu n’est ni un ange, ni une âme, ni le ciel : il est au-desssus de tout cela. C’est ce qui a fait dire à saint Denis que Dieu n’est ni nombre, ni Ordre, ni Un, ni Unité.

Il convient de raisonner de même pour tous les autres noms. Shadaï, par exemple, manifeste la toute puissance absolue de Dieu ; et inversement, la faiblesse des créatures. Et, de fait, tout ce qui existe à part lui, Dieu, l’Etre par excellence, n’est que faiblesse, comparé à cet Être infini.

Rien d’étonnnant, de même, à ce que le nom Bara, créateur, donne, par inversion traître, insidieux. C’est ce qui permet au saint Prophète d’appeler Dieu l’auteur du mal : « Dieu, dit-il, fait le bien et crée le mal ».

Mais, la lettre tue et l’Esprit vivifie ! On doit donc admettre que ces paroles renferment un sens secret. En effet, Dieu faisant le bien, signifie Dieu créant en puissance l’idée contenant le germe du bien ; Dieu faisant le mal, veut dire Dieu créant la matière, qui figure le mal, puisqu’elle est faite de rien.

Rien est nécessairement le mal, et les philosophes ne l’ignorent point. Donc, en réalité, faire le bien veut dire créer la forme ; faire le mal signifie créer la matière. Ainsi, Dieu est, à la fois, créateur et destructeur ! créateur du Monde, assurément ; mais, aussi, seul maître de le détruire, de le rendre au néant, selon son bon plaisir.

Et de fait, il engloutit dans un cataclysme universel toute créature vivant sur la terre ; effaçant de l’élément adamique toute substance corporelle, depuis l’homme jusqu’aux animaux : terrestres aquatiques et volatiles (Gen. 7) : Tout ce qui avait un souffle de vie périt.

Il en sera de nouveau ainsi, lorsqu’il viendra juger le monde par le feu. Car, de même qu’il a fait toute chose par une simple volition de sa libre volonté, de même, détruira-t-il tout en le plongeant dans une fournaise effroyable !

Le même raisonnement peut être appliqué au nom מלך Meleck, Roi, qui, inversé, donne כלםcontempteur acerbe.

Quant au troisième argument de Raguseius, nous concédons que les mots hébraïques, considérés dans leur propre puissance, n’ont par eux-mêmes, aucune vertu. Mais, en tant que formés du Verbe de Dieu, il n’est pas contestable qu’ils possèdent quelque efficacité.

Ne voyons-nous pas les possédés, lorsqu’on prononce sur eux ou qu’on leur impose, d’une façon quelconque le très saint de nom de Jésus, qui n’est autre que le nom Tetragrammaton, ne les voyons- nous pas, dis-je, tourmentés avec la plus grande violence par le Démon !

Mais, Raguseius déploie toutes ses forces contre les cabalistes ; il fait même preuve de peu de jugement, lorsqu’il les poursuit de ses imputations calomnieuses, les accusant de prétendre que le premier venu, en prononçant comme il convient les mots hébraïques, peut prédire l’avenir, guérir les maladies, commander aux bêtes fauves.

Nous allons prouver que ses calomnies, les prétendues monstruosités qu’il évoque seraient facilement réduites à néant par tout homme de bonne foi, même d’un savoir médiocre, pourvu qu’il fût instruit des mystères des lettres.

Nous montrerons également que les attaques grossières qu’il dirige contre la Cabale, avec autant de mauvaise foi que d’ignorance, ne reposent sur aucune base sérieuse. Et nous invitons les lecteurs bienveillants et avisés, à remarquer les propres contradictions de ce critique sans vergogne.

Dans sa lettre 5, qui traite de la Cabale, il déclare que les recherches sur les nombres, auxquelles se livrent les cabalistes, peuvent être utiles pour l’onomancie ; et, dans sa lettre 4, consacrée à la dite onomancie, il affirme que cette science ne repose sur aucun fondement : « Leurs écrits, dit-il, cette science elle-même (l’onomancie) tout cela est faux ; et les cabalistes qui la professent, sont des imposteurs ! Ils utilisent bien la valeur numérique des lettres ; mais, c’est pour dévoiler, çà et là, les mystères de la sainte Écriture et non pour prédire l’avenir ! »

Telle est l’argumentation littérale de notre contradicteur.

Eh bien ! Je le demande : un homme d’esprit sain, peut-il pousser l’audace et la sottise jusqu’à nier le lendemain ce qu’il affirmait la veille !

Quatrième argument. Sur ce point ; Raguseius est en contradiction évidente avec tous les anciens théologiens et philosophes hébreux, qui attribuent aux mots hébraïques une sorte de vertu emphatique qui les rend efficaces !

Origène, dans son ouvrage Contre Celse, dit qu’une puissance admirable est cachée dans certains noms sacrés. Pour cette raison, ces noms ne peuvent être traduits dans aucune autre langue ; ils doivent être conservés dans leurs caractères hébraïques eux-mêmes, sous peine de perdre leur vertu.

Tel est l’avis de Zoroastre, d’Orphée, d’Hermès, du divin Platon, de Plotin, de Jamblique, en un mot de tous ces chercheurs éminents, qui se sont efforcés de scruter les choses divines.

Mais, écoutons, je vous prie, Eusèbe de Césarée, commenter la doctrine sublime de ces Philosophes : « Ne négligeons pas, dit-il (liv. II, chap. 4), le témoignage de Platon, déclarant que certains noms de Dieu recèlent en eux, une véritable force divine. »

Les anciens sages avaient donc raison d’interdire la traduction, dans une autre langue, des noms hébraïques attribués à Dieu.

Pour le même motif, — Platon en témoigne également dans son Cratile, — il était prescrit dans la loi, d’employer toujours, pour la prière, les noms convenant le mieux aux Dieux, ceux qui leur sont le plus agréable, sans jamais y apporter la moindre modification.

De même encore, aujourd’hui, l’Église, qui a conservé tout ce qui est utile à notre salut, a gardé intacts certains mots hébraïques, tels : Osannah, Alleluia, Amen, etc.

D’après Raguseius, elle ne les aurait conservés que pour mieux frapper l’imagination des fidèles !

Est-ce bien certain ?

Pourquoi l’Église aurait-elle, en effet, conservé ces mots plutôt que les autres ?

Que nos sophistes et autres sévères censeurs répondent, s’ils le peuvent !

S’ils déclarent que cela n’a pas d’importance, c’est donc sans raison aussi, que les évangélistes ont gardé ces mots étrangers et que l’Église après eux les a conservés tels ! Nul chrétien ne saurait penser ainsi, sachant que, dans l’Évangile, il n’est pas un Iota qui n’ait été inspiré par le Saint-Esprit ! De plus, s’il suffit d’un mot seul pour frapper l’imagination, que serait-ce de dix, de cent ! Il conviendrait donc de réciter l’Évangile tout entier, soit en Hébreu, soit en grec, pour qu’il fît plus d’effet sur les esprits !

L’absurdité d’aussi ridicules affirmations saute aux yeux ! Que Raguseius nous dise donc, sans ambage, pour quelle raison les Evangélistes ont rapporté en Hébreu, ces paroles du Christ : eli, eli, lama azaphtani ! et non celles-ci : In manus tuas commendo spiritum meum ! alors que l’une et l’autre exclamation sont consignées, en hébreu, dans les Psaumes ?

Prétendra-t-il également que les paroles dont le Christ se servit pour ressusciter la fille de Jaïre, n’ont pas un sens mystérieux ?

Saisissant la main de la jeune fille, qui gisait sur le lit funèbre, Il prononça ces deux mots : Thabita Kumi : Vois et lève-toi !

Si, en racontant ce grand miracle, saint Marc cite en hébreu, uniquement pour frapper l’imagination des lecteurs, les paroles mêmes du Christ qui rendirent la morte à la lumière et à la vie ; pourquoi, saint Jean, relatant la résurrection de Lazare, ne se sert-il pas des mêmes mots, alors que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le tombeau, et qu’il commençait déjà à se putréfier. Ce serait plus utile encore !

La même question se pose au sujet du mot que le Christ employa, pour rendre l’ouïe au sourd de l’Évangile. Ils lui amenèrent, dit l’évangéliste, un sourd-muet, en le priant de lui imposer les mains. Le faisant sortir de la foule, Jésus lui mit les doigts dans chaque oreille ; puis, il prit de sa salive, lui en toucha la langue et levant les yeux au ciel, en priant, il prononça en hébreu : Hiphata : ouvre-toi !

On peut donc affirmer sans crainte que ces mots étrangers, c’est-à-dire hébraïques (si tant est qu’on puisse qualifier d’étrangers des mots qui appartiennent à la langue véritable, primitive, mystique et très sainte) n’ont pas été choisis par les saints évangélistes, de leur propre chef, mais bien pieusement conservés par eux. Ils ne les ont pas inventés, mais reçus ; et ils ont une signification bien plus profonde qu’il me paraît tout d’abord. Exemple : eli, eli, lama azaphtani ! Le mot Eloï n’est pas usité en hébreu, comme l’a fort bien fait remarquer Reuchlin. On pourrait peut-être, dit ce savant linguiste, employer elohaï, mon Dieu ! Mais, il ne convient pas de dénaturer les paroles du prophète, dont l’Homme-Dieu, sur le point d’expirer, se souvint, je pense, et qu’il récita depuis le commencement de sa Passion jusqu’au moment où il rendit l’âme.

Touchant au terme de sa cruelle agonie, il en vint au Psaume 30e (d’après le classement des Septante) et cela pour que le commencement et la fin de sa passion fussent marqués par un même nombre.

De même, en effet, que les Princes des Prêtres offrirent 30 deniers au traître Judas, pour qu’il leur livrât son maître ; de même, le Christ offrit à son père la récitation de 30 psaumes avant de mourir !

Méditez, je vous prie, hommes sages, amis de la vérité et de la justice, si ce ne fut pas à bon escient qu’au cours de sa Passion, de son supplice, alors qu’il accomplissait l’œuvre de notre Rédemption, le Christ récita ces 30 Psaumes.

Il les commença au delà du Torrent de Cédron, dans le Jardin des Oliviers, alors que, saisi d’angoisse, il subit les affres d’une sueur de sang.

C’est de cet instant douloureux qu’il est parlé dans le Psaume 54, où il est écrit prophétiquement : J’invoquerai le seigneur et il viendra à mon aide, le matin et le soir ; j’élèverai la voix au milieu du jour, et je publierai ses louanges !

Ainsi, s’entretint-il avec Dieu pendant tout le cours de sa Passion, le soir, le matin et au milieu du jour.

Le plus souvent, il priait secrètement, de cœur plutôt que des lèvres. Le roi Prophète l’avait annoncé : Je méditerai dans le secret de mon cœur !

Mais quelquefois aussi, il prononça à haute voix certains versets des psaumes. Une partie de ses disciples, qui se tenaient auprès de la croix, l’entendirent et le racontèrent ensuite ; les autres, absents sans doute, n’en furent pas témoins !

Au nombre des paroles ainsi recueillies, se trouvaient, — il est permis de le penser, celles-ci : eli, eli, lama azaphtani, et : In manus tuas commendo spiritum meum !

Quelques-uns estiment que ces paroles ont acquis par là une vertu spéciale pour favoriser l’extase et la délivrance chez les agonisants. Mais, les auteurs hébreux sont muets à ce sujet.

Constatons un fait, qui cache évidemment un profond mystère : Immédiatement après ce Psaume 30e — non avant — se trouve le titre Maskil, c’est-à-dire Intelligence, Connaissance ou Savoir.

Or, après la mort du Christ, dont la dernière prière fut justement ce trentième Psaume, les Juifs commencèrent à comprendre, à estimer à sa valeur Celui qu’ils avaient méprisé et crucifié. Telles sont les observations de Reuchlin.

Ajoutons que ces paroles du Christ : Eli, Eli, etc., donnent le nombre 75, comme on le voit ci-contre :

On voit là, indiqué par la septième dizaine, que le Christ a accompli la peine totale ! Le nombre 70 indique en effet, la fin du châtiment. Saint Jérôme partage cette opinion, dans ses commentaires d’Isaïe, 23 : « Les nombres 7 et 70, dit-il, qui sont formés soit de sept jours, soit de sept décades, expriment l’accomplissement de la peine intégrale. » C’est pourquoi il est dit : Tyr, ayant accompli le temps de sa pénitence, sera rétablie dans son état primitif.

Le Christ a donc accompli le temps de la pénitence non pour lui, mais bien pour l’homme, dont la vie moyenne est de 70 ans selon le saint Psalmiste.

Quant au nombre cinq, il démontre que le corps de Jésus n’était pas un corps fantomatique, un corps fluidique, comme le prétendait l’impie Valentin ; mais un corps bien réel et matériel, soumis à la douleur, à l’accablement ; flagellé depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête et percé de cinq plaies principales, les plus cruelles.

Il répandit également, par cinq sources vives, ce sang précieux qui nous a lavés de nos œuvres de mort et nous a ouvert l’accès des félicités éternelles !

Enfin, par le nombre 75, le Christ indiquait d’avance son ascension du monde sensible, préfigurée par le nombre 75, vers le monde spirituel et glorieux.

Mais, ne révélons pas, à des demi-savants, ces saints mystères, d’une rigoureuse réalité, et passons à un sujet d’un intérêt moins capital.

Le cinquième argument de Raguseius ne réfute nullement la Cabale. Cet argument consiste à prétendre que la langue hébraïque n’est pas la langue originelle de l’homme. Cela importe peu aux cabalistes ! Toutefois, pour ne pas laisser le lecteur sous le coup de cent allégations, il paraît utile d’y répondre brièvement.

Disons tout d’abord que la première langue humaine, quelle qu’ait été celle-ci, a été nécessairement hiéroglyphique ; c’est-à-dire la plus apte à représenter par des signes les objets qu’elle voulait indiquer. Cette langue très pure fut donnée à Adam par Dieu lui-même. Elle était en rapport avec la pureté de notre premier Père. C’est d’elle qu’il se servit pour attribuer leurs noms aux animaux, qui se trouvaient dans le Paradis terrestre. C’est par elle qu’il détermina leur nature, leurs qualités essentielles, lesquelles lui étaient connues, selon toute vraisemblance.

Or, les Israëlites ont constamment affirmé, — non sans raison, d’ailleurs — que cette langue admirable, sainte entre toutes, était l’hébreu !

Et, de fait, si l’on considère avec un peu d’attention soit les lettres, soit l’ordre des mots hébraïques, cette vérité apparaît, inattaquable !

Livrons-nous un peu à cet examen : Chaque lettre y est formée d’un triple Iod ; et cela, afin de permettre de discerner, dans quelque lettre que ce soit, la Trinité des personnes divines et l’Unité de leur Essence.

Cette vérité est également confirmée par l’étude des racines hébraïques. En effet, de même que les autres lettres sont formées de trois Iod, de même les radicaux ou racines sont constitués par trois lettres.

N’est-il pas admirable aussi que, d’un triple alphabet disposé cabalistiquement, on puisse immédiatement construire tous les radicaux !

Cela ne se voit, croyons-nous, dans aucune autre langue. Et chose incroyable, il est possible, par cette méthode d’arriver à la connaissance parfaite de l’hébreu dans l’espace d’un mois !

Mais réservons cette étude pour un autre ouvrage, s’il plaît à Dieu.

Aussi me bornerai-je, ici, à apprendre au lecteur que la langue hébraïque fut celle même que parla Adam.

Après la tentative faite pour construire la tour de Babel, tentative au cours de laquelle se produisirent la ruine, la confusion et la division des langues, quelques saints patriarches conservèrent la langue originelle pure de tout mélange. Ils la transmirent intacte, de siècle en siècle, à quelques-uns de leurs descendants, choisis à cet effet par la sainteté de leur vie, et constitués en assemblée secrète.

Si l’on s’accorde, unanimement, pour faire remonter cette langue à notre premier père, il n’en est pas de même pour la fixation de son nom et de son étymologie. Les uns l’attribuent au patriarche Héber, fils de Salé, dont le nom d’après les hébreux signifie : passage où, d’après les auteurs syriaques : blé, froment ; les autres en font remonter la paternité à Abraham, en raison du mot Héber, lequel veut dire au delà, en avant. Ils s’appuient sur ce fait qu’Abraham franchit, le premier, l’Euphrate, d’après l’ordre de Dieu, pour s’établir avec ses fils dans la terre de Chanaan.

Rabbi Salomon se range à cette opinion (sup. 10. Genèse) : Les Hébreux, déclarait-il, furent ainsi nommés parce qu’ils habitaient en nomades, en étrangers, le pays de Chanaan et l’Égypte. Partagent le même avis : Lud, Luait, Lyranus, évêque de Bruges, et hébraïsant très distingué.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas contestable, l’histoire en fait foi, que ce fut à l’époque du patriarche Héber fils de Salé (Rabbi Joseph le qualifie de très sage prophète, parce qu’il donna à son fils le nom de Phaleg, lequel signifie Division), qu’arrivèrent la division des langues et la dispersion des peuples. Et ce fut ce saint Patriarche qui conserva pure, intacte, la langue originelle, c’est-à-dire la langue hébraïque, car son nom ne figure pas parmi ceux des hommes qui ont travaillé à l’édification de la Tour.

Après le déluge, la famille de Sem la garda dans toute sa pureté ; d’où elle parvint, aux dires des Hébreux, jusqu’au Sanhédrin, dans sa forme primitive sans aucune altération. Mais revenons à notre sujet.

Puisque la langue hébraïque est la première de toutes les langues, nous l’avons établi, il faut bien admettre qu’elle a été donnée à l’homme par la Nature. Pour qu’on ne soit pas tenté de m’accuser de me perdre dans des rêveries rabbiniques, qu’on veuille bien faire attention à ce que l’expérience quotidienne nous montre chez les enfants.

Ne les entendons-nous pas, alors que sortis à peine du sein de leur mère, ils sont déjà soumis aux calamités, aux souffrances de cette vallée de misères, ne les entendons-nous pas traduire leur douleur par des mots hébraïques, quand ils ne l’expriment pas par des larmes !

Plus tard, lorsqu’ils ont un peu grandi, ne les entendons-nous pas réclamer le sein maternel, en balbutiant des sons qui se rapprochent beaucoup des mots hébraïques. Ils semblent interpeller leur mère, lui parler Da, Da, ten, ten, répètent-ils : Or, en hébreu, Da signifie : mamelle, Then, signifie : donne : et ils ajoutent em, qui veut dire mère ; comme s’ils disaient : Mère, donne-moi ton sein ! Mais, n’insistons pas davantage sur ce sujet, pour le moment !

Le sixième argument de Raguseius est celui-ci : Adam n’a pas donné leurs noms aux animaux d’après leur nature propre ; mais plutôt d’après les particularités de leur forme extérieure.

Je m’étonne qu’il n’ait pas tenu compte, sur ce point, de l’opinion contraire, professée par la presque unanimité des Pères.

Voici ce que dit, à ce sujet, l’Écriture Sainte : Adam donna à chaque être vivant un nom, qui devint le nom définitif de cet être.

Les Pères ajoutent que ce nom était celui qui se rapportait le mieux à la nature de l’être qu’il spécifiait. Cette opinion est celle d’Eusèbe de Césarée, (lib., II, c. 4, Preparat. evang.). « Examinons dit-il, de quelle façon Moïse, homme avisé et sage, a traduit dans la Genèse, ce qui avait été dit verbalement par Adam, longtemps auparavant : Dieu, écrit le législateur des Hébreux, forma avec de la terre les animaux terrestres et les oiseaux du ciel ; et il les conduisit vers Adam, afin que celui-ci examinât quel nom il leur donnerait ; et ce nom qu’il imposa à l’âme de vie de chaque animal, devint le nom propre de cet animal.

Moïse, en déclarant que le nom, donné par Adam, fut le nom propre de l’être auquel il s’appliquait, Moïse n’a certainement pas voulu dire autre chose que ce nom était celui qui s’appropriait le mieux à la nature de l’être qu’il désignait. Ce qui est nommé, ajoute-t-il, c’est la nature même de l’être.

Et, de fait, le nom d’Adam, lui-même peut se traduire par Fils de la terre, ou formé de la terre ; en hébreu, Adam signifie terre ; et, en transposant : nature rouge, corporelle. C’est pour cela que cette expression désigne le fils de la terre, c’est-à-dire l’homme corporel.

L’être humain est également appelé enos ; et ce mot désigne l’homme raisonnable, non l’être corporel ; nouvelle désignation selon la nature de l’être. Les Hébreux donnent encore à l’homme le nom d’Isch, qui vient du mot esch, lequel signifie : feu. Ils expriment ainsi les qualités ignées chaudes de la nature mâle ; les qualités femelles, au contraire, sont désignées par le mot Ischa, parce qu’elles procèdent de l’homme. Il ajoute un peu plus loin : chez les Hébreux, en effet, tous les noms sont adaptés, d’une façon merveilleuse, aux choses qu’ils expriment et cela jusqu’aux éléments constitutifs des lettres elles-mêmes.

Et, après avoir établi que tous les noms furent donnés par Adam, d’après la nature même des êtres auxquels ils s’appliquaient, Eusèbe ajoute : A quoi bon insister et entasser preuves sur preuves, puisqu’il est prouvé que, chez les Hébreux, chaque chose a reçu la dénomination qui lui convenait le mieux, celle qui se rapportait le mieux à sa nature propre. Ainsi s’exprime ce savant Père de l’Église.

La plupart des anciens auteurs, tant hébreux que grecs, ont professé ouvertement une opinion identique ; on la retrouve dans le Zohar, cet ouvrage d’une insondable profondeur. Les Rabbins, Platon (dans son Cratyle), Plotin, Jamblique, Joseph, l’Auteur de la paraphrase chaldaïque, Origène l’ont partagé également. Enfin, après tous ces Pères et écrivains célèbres, le très érudit Génebrardus l’a faite sienne, à son tour, dans sa Chronologie, fol. 21 : Adam, dit-il, sur l’ordre de Dieu, imposa leur nom à toutes choses, non d’après leur forme extérieure, mais selon la nature de chacune d’elles.

J’ajouterai que, de même que la Parole nous a été donnée par Dieu, pour exprimer les sentiments, les conceptions de notre esprit ; de même, il est unanimement admis, et avec raison, que leurs noms ont été donnés aux choses non seulement pour les désigner, mais encore pour déterminer leur nature, pour préciser leur ipséité.

Nous avons longuement traité ce sujet, dans notre commentaire sur les Conclusions cabalistiques de Pic de la Mirandole.

Septième argument. — Nous nous inscrivons en faux contre cette assertion de Raguseius : qu’on ne possède plus, aujourd’hui, les caractères hébraïques, en usage avant la captivité de Babylone.

En effet, toute la loi traditionnelle se rapporte à un seul et même type de lettres ainsi que l’enseigne dans le Talmud, toute l’école au témoignage de Genebrardus [8].

Il résulte de ce fait qu’il n’est pas vraisemblable que les juifs aient transcrit la loi elle-même en caractères différents, l’aient conservée telle, dictée et transmise de leurs descendants, alors qu’ils se conformaient, avec un soin minutieux, aux règles concernant l’emploi des lettres, observant jusqu’aux points les plus futiles.

D’autre part, s’ils avaient jamais modifié la forme des caractères, il leur aurait fallu, également et nécessairement, changer les mystères qui se cachaient sous ceux-ci.

Peut-on modifier un triangle [9], sans changer, en même temps, sa nature de triangle ! On ne saurait nier, toutefois, que quelque modification ait pu être apportée dans la forme des lettres. Rabbi Mosès Gerundensis, s’il faut en croire Genebrardus, paraît incliner vers cette hypothèse. Il déclare que les Juifs, ne voulant avoir rien de commun, au point de vue du culte, avec les dix tribus dissidentes d’Israël, adoptèrent les caractères dont on se sert aujourd’hui, c’est-à-dire les caractères carrés, qui ne sont pas tout à fait identiques avec les caractères primitifs.

Saint Jérôme adopte cet avis, dans la préface de la Vulgate. Mais, demandera-t-on, de quelles lettres, de quels caractères se servaient donc autrefois les Juifs ?

Ils employaient deux sortes d’écriture, et se servaient de deux dialectes différents. L’un était à peu près semblable à l’hébreu rabbinique dont on fait usage de nos jours, ou s’en rapprochait sensiblement ; l’autre était le Samaritain. S’étant aperçus que les choses saintes étaient confondues parfois avec les profanes, ils firent choix, pour leur usage propre, d’un dialecte en quelque sorte sacré composé de caractères se rapprochant de l’hébreu rabbinique actuel, abandonnant du même coup l’araméen aux étrangers. Et par étrangers, dit Genebardus, Rabbi Hista entend les Samaritains.

Rabbi affirme qu’à l’origine, la loi fut donnée dans les caractères actuels, caractères désignés, dans le Talmud, sous le nom d’Assyriens. Ils furent modifiés, quelquefois, mais rétablis dans leur forme primitive.

Par contre, Rabbi Simon assure qu’à aucune époque, la façon d’écrire et de lire la loi n’aurait été modifiée.

Pour notre compte, nous partageons plutôt l’avis des auteurs précédents, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

 

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Published by Jacques Gaffarel (1625) - dans Kabbale
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:12

Mais, tous ces grands penseurs, qui se sont fait les champions de la Cabale, se trouvent en butte aux railleries de sophistes verbaux. Ceux-ci, n’attachant d’importance qu’aux seuls faits qui tombent sous nos sens physiques et illusoires, s’acharnent à dénigrer ces vérités éternelles, soit qu’ils les ignorent ou soient incapables de les comprendre.

Ils peuvent japper à leur aise, comme des chiens furieux, chaque fois qu’ils se heurtent à quelque secret inaccessible à leur entendement. Ils peuvent exercer leur rage impuissante sur tout ce qu’ils ignorent, sur les vérités sublimes, profondes, divines, auxquelles ils s’attaquent. Ils ressemblent à ces chèvres, qui toujours fébriles, selon l’expression de Varron, corrompent tout ce qu’elles touchent de leur haleine pestifère.

Pour nous, repoussant tout ce venin, grâce à un antidote céleste, remède souverain, nous exposerons les Arcanes, tels que les sages nous les ont transmis, et nous parlerons des mystères, mais en langage mystique pour les sauvegarder.

A quelle tâche plus noble, plus juste, plus utile à notre foi pourrais-je bien consacrer mes efforts, qu’à celle ayant pour but de rendre accessibles à tous ces mystères relatifs au bois de vie, à la révélation qui, d’après les cabalistes, en fut directement faite par un ange !

En effet, l’ange Raziel, duquel il a déjà été parlé plus haut, descendit du ciel pour annoncer à Adam la venue d’un Sauveur.

D’autre part, l’ange Gabriel fut envoyé à la Très Sainte Vierge Marie ; pour lui faire part de la venue du Messie, attendu depuis si longtemps par nos Pères.

Adam fut profondément troublé, en apprenant qu’il avait perdu la grâce de Dieu ; de même, les paroles de l’Ange jetèrent la Vierge dans un grand trouble.

Raziel consola Adam par ces paroles : Ne t’afflige pas outre mesure ; il sortira de ta race un homme juste, ami de la paix, dont le nom contiendra ces quatre lettres יהוה.

Gabriel, de son côté, dit à la Vierge, pour lui rendre courage : « Ne craignez rien, Marie ! Vous avez trouvé grâce devant Dieu ? Voici que vous concevrez et enfanterez un fils, que vous appellerez Jésus (ce nom est identique au nom tetragrammaton, ainsi qu’on l’a vu plus haut) ; il sera grand devant l’Éternel et on l’appellera le Fils du Très-Haut ! »

Adam, après avoir été réconforté par l’ange, alla se fixer sur le mont Moria. La Vierge, après la salutation angélique, se retira promptement sur la montagne.

Adam sur le Moria, rendit grâces à la miséricorde de Dieu. La Vierge, sur la montagne, entonna un cantique d’action de grâces :

« Mon âme exalte le Seigneur, etc. »

Enfin, il fut annoncé à Adam que le salut sortirait du bois, pour tous ceux qui l’attendaient ; la même prophétie fut faite à la Bienheureuse Vierge Marie, au sujet de son fils, ce fruit béni de ses entrailles, qui donna sa vie sur la Croix et dont la mort a, véritablement, racheté le monde.

Ce fut donc bien le vrai juste annoncé à Adam ; préfiguré par le juste Abel et par le pacifique Isaac ; et, lorsque les temps furent accomplis, lorsque l’heure indiquée par les Prophètes fut arrivée, il vint, lui-même, résumer en lui toutes ces figures.

C’est pour cela qu’inspirée par le Ciel, l’épouse du Cantique s’adresse ainsi à l’époux : « Montre-moi celui après lequel mon cœur soupire ! Où est dressée la table du festin ? Où est la couche, où tu te reposes au milieu du jour ? »

En Jésus-Christ, à l’époque de l’Incarnation et de la Passion, plus d’ombres, ni de figures, la réalité même.

Ces révélations, et d’autres de même nature, du plus haut intérêt pour la Religion chrétienne, se trouvent dans la tradition, pieusement conservée, des Patriarches, c’est-à-dire dans la Cabale.

Si elles peuvent être proposées aux méditations attentives des véritables chrétiens, il n’est pas douteux, non plus, qu’elles peuvent également servir à réfuter efficacement les erreurs des Juifs, des sectateurs d’Arius et autres hérétiques de même sorte, ainsi qu’il appert des Conclusions cabalistiques du grand Pic de la Mirandole.

Aussi, pour l’honneur, pour la gloire de la Cabale, il me paraît utile de rapporter, ci-après, quelques- unes de ces conclusions :

« Le cabaliste hébreu est forcé, d’après les enseignements, les règles de la science cabalistique, d’admettre nécessairement la Trinité et la distinction de chacune des Personnes divines Père, Fils et Saint-Esprit.

La religion chrétienne impose précisément le même dogme, sans y rien ajouter, retrancher, ni changer. Si l’on admet les enseignements de la Cabale, on peut facilement réfuter : non seulement ceux qui nient la Trinité, mais encore ceux qui la conçoivent d’une façon différente de celle de l’Église catholique : tels les disciples d’Arius, de Sabellionus et autres hérésiarques du même genre.

Aucun cabaliste hébreu ne petit nier que le nom de Jésus, interprété d’après la méthode, d’après les règles de la Cabale, signifie clairement ceci et pas autre chose : Dieu, fils de Dieu et Sagesse du Père unissant étroitement la nature humaine à l’unité divine par l’intermédiaire de la troisième personne divine, qui est le feu ardent de l’Amour.

De même, si cette parole du Prophète : Ils ont vendu le Juste à prix d’argent est expliquée cabalistiquement, elle ne signifie pas autre chose que ceci : Dieu, notre Rédempteur, a été livré à prix d’argent.

Si l’on ajoute l’Astrologie à la Cabale, on comprendra que le dimanche convient mieux que le samedi, pour le repos septénaire et l’union pacifique en Christ. Il résulte clairement, des enseignements de la Cabale, que la venue du Messie rendit désormais la circoncision inutile.

On saisit de même, par les bases de la tradition cabalistique que Jésus a pu dire, à bon droit : J’étais déjà avant qu’Abraham ne fut né !

Par l’éclipse de soleil qui se produisit au moment où le Christ expirait sur la Croix, on peut connaître, toujours d’après la Cabale, que celui qui souffrait alors sur le bois de rédemption, était bien le Fils de Dieu, le véritable Messie.

La lettre Schin, qui se trouve placée au milieu du nom de Jésus, indique aux cababilistes que le monde fut alors en paix, comme au point culminant de sa perfection ; et l’union de la lettre Iod à la lettre Vav, qui se fit en Christ, affirme que le Sauveur était bien le Fils de Dieu, fait homme.

Outre les arguments, accumulés à chaque page de ses Conclusions cabalistiques, Pic de la Mirandole, ce philosophe illustre, en produit d’autres qui permettent d’établir cabalistiquement la réalité des mystères de la Sainte Trinité, de l’Incarnation, du Verbe divin dans l’humaine nature, de la divinité du Messie venu parmi nous.

Ils peuvent également servir à réfuter les monstrueuses doctrines de ce siècle sur la virginité de la Sainte-Vierge Marie, avant et après sa conception ; sur la Passion du Christ, sur sa mort, sur le prix de celle-ci et sur la présence réelle matérielle de son corps dans l’Eucharistie.

Pic traite aussi des ordres d’anges, de la cause du péché originel, de son expiation, de l’immortalité de l’âme, de la création du monde, de la chute des démons, des peines de l’enfer et de beaucoup d’autres choses de ce genre, qu’il avait offert de venir soutenir à Rome, d’après les véritables enseignements de la Sainte Cabale.

Qui donc, maintenant osera infirmer cette partie essentielle de la théologie sacrée relative aux mystères cachés ? Qui pourra, désormais, la qualifier de vaine et d’inutile ?

Quel est l’homme qui, sans s’indigner, sans le condamner, pourra écouter, à l’avenir le tapage absurde et violent de ces déclamateurs qui s’attaquent continuellement à notre science ?

Qu’ils nous laissent donc en paix ; qu’ils ne nous fatiguent pas plus longtemps les oreilles, tous ces colporteurs de sornettes, tous ces imposteurs, dis-je (pour ne pas les qualifier de fauteurs d’une fourberie diabolique) qui taxent de mensonge, de superstition tout ce qui touche à la Cabale ! Ces hommes qui, à l’exemple de l’impie Mahomet (lequel voulant interdire à sa nation l’usage du vin, du rouge surtout, affirma audacieusement, qu’il n’était pas un grain de raisin rouge qui ne fut le réceptacle du démon), pour persuader que notre Sainte Cabale doit être rejetée, ont l’impudence d’avancer qu’il ne s’y trouve pas un mot, qui ne trahisse l’abominable, l’infernale ruse des démons ! Qu’ils nous laissent en paix, je le répète, ces honteux détracteurs de la Cabale ! On doit les considérer comme le fléau de l’humanité, comme la ruine de la religion chrétienne, eux qui osent qualifier de superstition ce que les cabalistes rapportent pieusement, saintement au sujet du Christ ! Leur forfait est abominable, impie ; et, jamais jusqu’ici, mortel n’avait eu à en constater de semblable !

Mais, pour qu’ils ne me taxent pas d’imposteur, comme ayant rapporté les conclusions de Pic en faveur de la Cabale, sans les vérifier et sans m’informer si elles étaient admises par l’Église, je leur apprendrai que celle-ci les a officiellement acceptées et approuvées.

J’en tire la preuve d’une bulle du souverain pontife, Alexandre VI, qui prend Pic sous sa protection, le vengeant ainsi des calomnies répandues par des ignorants contre ses Conclusions cabalistiques et ses autres ouvrages…

Mais, pour établir solidement la réalité de la tradition cabalistique, il est temps d’exposer et de réfuter les arguments qu’on y oppose.

De tous les auteurs qui ont écrit contre la Cabale, s’efforçant d’en renverser la base plutôt par de fades plaisanteries que par de solides arguments, il en est deux, surtout, que j’estime devoir être particulièrement réfutés.

Le premier, parmi les modernes, est le médecin de Venise : Georges Raguseius ; le second, le F. Marinus Mercenus [6], de l’ordre des Frères Mineurs.

Raguseius, s’inspirant de Démocrite, a combattu presque toutes les sciences par la raillerie.

Mercenus, lui, ne s’en est pris qu’à la Cabale, s’attaquant furieusement et spécialement aux œuvres du pieux et très profond Georgius Venetus, des Frères Mineurs.

L’un et l’autre, toutefois, poussés par une haine ou une ignorance semblable, je ne sais, ont tenté contre elle le même effort, ainsi qu’on va le voir.

Voici les arguments de Raguseius.

1° Il est possible d’ajouter d’autres noms aux dix noms divins, appelés Séphiroth par les Hébreux. Ceux-ci ne renferment en eux aucun mystère. Si les Rabbins prétendent que tous les autres noms de Dieu peuvent être ramenées à ces dix, je prétends, moi, qu’on peut les ramener aussi à un seul, l’infini, Ain Soph.

De même, le mystère des cinquante portes de l’intelligence est une véritable fiction ; de sorte que tout ce qui est enseigné à ce sujet n’est qu’une suite de fables.

2° Il n’y a aucun mystère dans le nom Tétragrammaton, ni dans les transpositions qu’on fait subir aux lettres des autres noms divins. Tout ce qu’on peut débiter à ce propos ne se sera donc qu’absurdité. Exemple : Dieu, אלdevient Rienלא. Shadaï שדי, tout puissant, se transforme en ידש, Impuissant ; ברא créateur, en ארב trompeur ; מלך Roi, en כלםcritiqueur acerbe ;

3° Aucun mot hébreu n’a de puissance en soi ; les démons ne peuvent donc être mis en œuvre par le pouvoir de ces mots eux-mêmes, mais par l’ordre de Dieu ;

4° Les mots hébraïques n’ont pas plus de puissance que les mots latins ; Deus exercituum, Dieu des armées, a la même valeur que Alei Tsebaoth.

5° L’Église n’a conservé certains mots hébraïques dans son rituel, que pour frapper l’imagination des fidèles par des sons étrangers.

6° La langue hébraïque n’est pas la langue originelle de l’homme ;

7° Adam n’a pas donné leurs noms aux animaux d’après leurs propriétés spécifiques ; mais plutôt d’après quelques qualités extérieures ;

8° Enfin, les caractères hébraïques actuels ne sont pas les mêmes que ceux qui existaient avant la captivité de Babylone, ainsi qu’en témoigne Saint-Jérôme, dans la préface de sa Vulgate.

Voilà tous les arguments — je n’en ai pas trouvé d’autres — par lesquels Raguseius, dans sa jactance, se vante d’avoir renversé de fond en comble l’édifice cabalistique, d’avoir démontré surabondamment que la science des anciens sages est vaine et entachée de superstition.

Qu’il me permette de le lui dire, en lui rappelant un vieil adage : il me sera tout aussi facile de réduire à néant son argumentation, peu solide à la vérité et confinant à la démence, qu’à un lièvre de manger une poire !

Tout d’abord, je reconnais, sans difficulté, qu’on peut effectivement ajouter d’autres noms aux dix grands noms divins. Mais, Dieu n’a pas besoin d’un plus grand nombre de noms, puisque, d’après les théologiens, il est Un en lui-même. Je dirai plus : il n’est pas possible d’assigner un nom propre à Dieu, considéré dans son Unité. En lui, en effet, un seul les contient tous ; et tous se résument en un seul, selon cette affirmation du grand Hermès : Dieu n’a aucun nom !

C’est pourquoi nous lisons qu’Athlatus, auquel on demandait un jour quel était le nom de Dieu, répondit qu’aucun nom propre ne pouvait lui convenir.

Il n’est, toutefois, personne d’assez ignorant pour ne pas savoir que Dieu est désigné par certains noms. Ceux-ci le déterminent non dans son essence, mais le spécifient dans les principales œuvres par lesquelles il se manifeste surtout à nous.

Ainsi, on nomme, Amour : la faculté par laquelle il attire à lui ses fidèles ; Lumière, celle par laquelle il illumine tout homme venant en ce monde ! C’est pour cela que le Christ — comme le remarque Saint-Hilaire, dans son ouvrage sur l’unité du Père et du Fils, — est appelé Verbe, Force, Sagesse, Droite, Bras, Perle. Trésor, Filet, Charrue, Source, Roche, Pierre Angulaire, Agneau, Homme, Veau, Aigle, Lion, Voie, Vérité, Vie.

Mais pourquoi les Hébreux attribuent-ils à Dieu dix noms, plutôt que neuf ou onze ; pourquoi cinquante Portes de l’Intelligence, et non quarante-neuf ? Pourquoi le Mystère que les cabalistes qualifient de Saint, se cache-t-il dans les nombres dix et cinquante [7] ? Cela est bien simple. Le premier nombre 10, est considéré comme le plus noble, le plus parfait. En effet, il contient en soi, en principe, en puissance d’être, l’universalité des nombres pairs (comme deux), impairs (comme trois), et des nombres composés de pairs et d’impairs entre eux, comme cinq, etc.

Le second, 50, est le nombre du Pardon, de la Pitié.

Bien que nous devions exposer ailleurs les mystères, qui, d’après la Cabale, se cachent sous les nombres, ce ne sera point, pensons-nous, nous éloigner de notre sujet actuel que de dire, dès maintenant, quelque chose de leur valeur.

Donc, pour faire comprendre les diverses significations des Livres Saints, et pour bien établir les mystères des nombres, nous allons exposer, ici, ce que pensait et écrivait saint Hilaire, à ce sujet :

« On ne doit pas ignorer (dit-il dans son commentaire sur les Psaumes, où il recherche pourquoi l’ordre de ceux-ci n’est pas réglé d’après le sujet traité — car, il arrive fréquemment que des psaumes, composés antérieurement, sont classés après d’autres qui leur sont postérieurs) que chez les Hébreux, les psaumes n’occupent pas de rang distinct. Ils sont classés à la suite les uns des autres, sans numéro d’ordre, comme un, deux, trois, cinquante, cent, et comme formant un seul tout. »

Si l’on en croit une très ancienne tradition, Esdras les amassa sans ordre, les prenant de tous auteurs, et de toutes époques, et il les réunit en un seul volume.

Mais, lorsque les 70 Sages de la Synagogue qui, d’après la règle instituée par Moïse, veillaient, à la conservation de la Doctrine et de la loi, lorsque ces sages eurent reçu, du roi Ptolémée la mission de traduire, de l’hébreu en grec, tous les livres sacrés, connaissant par une révélation divine la vertu des Psaumes, ils classèrent ceux-ci par ordre et par numéros, attribuant à chacun selon sa vertu et sa secrète puissance, le nombre qui lui correspondait par sa signification et propriété particulière.

Ainsi s’exprime saint Hilaire. De ce qui précède résulte clairement, comme le fait justement remarquer Pic de la Mirandole, que le numéro du Psaume indique sa vertu, son efficacité ! Et, il en déduit que Dieu peut être prouvé par les Nombres.

Indépendamment de cela Pic traite encore ces questions, d’un si haut intérêt : Si Dieu est infini ; si c’est un être intelligent ; de quelle façon il exerce sa connaissance ; s’il est la cause première de toutes choses ; s’il est absolu… et autres propositions très intéressantes, du même genre auxquelles il prétend pouvoir répondre par les Nombres.

On rapporte également que saint Jérôme, dans son ouvrage contre l’hérésiarque Jovinien, estime que le nombre Deux est néfaste. Aussi, peut-on lire, au chapitre 7 du dit ouvrage, qu’à propos du second jour de la création, la Bible ne dit pas : « Et Dieu considéra qu’il était bon ! »

Il convient de faire remarquer également qu’au moment du déluge, Dieu ordonna à Noë d’enfermer dans l’arche deux couples seulement d’animaux impurs contre sept d’animaux purs.

Que pourrais-je ajouter, je le demande, sur la puissance des Nombres ?

Certes, si les cabalistes, Pythagore, Platon et leurs disciples se fussent seuls occupés des mystères des nombres, ce n’eut peut-être pas été suffisant pour établir péremptoirement qu’ils en recelaient de véritables. Mais, après saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, Origène, saint Ambroise, saint Augustin, qui l’ont démontré à la lumière de la foi, par les mystères de la Religion, quoi d’étonnant à ce que, marchant sur les traces de ces Pères de l’Église, nous pensions à notre tour, que les nombres cachent plusieurs profonds mystères ?

Il est donc certain que le symbole des cinquante portes de l’intelligence voile un arcane véritable. Celles-ci, en effet, aux dires des Théologiens les plus mystérieux, ne désignent pas autre chose que la contemplation divine, grâce à laquelle au moyen des 50 degrés indiqués cabalistiquement dans la Genèse, nous pouvons arriver à une connaissance parfaite des créatures.

De plus, nous le répétons, le nombre 50 est attribué à la Pitié, à la Miséricorde. Il est, en outre, considéré comme le plus saint, le plus agréable selon l’esprit de la nature, parce que, dit Bungus, issu de la puissance du triangle rectangle, il révèle le principe de génération de toutes choses, lequel est en accord parfait avec les degrés de la Genèse ; dans ceux-ci, de même que dans le nombre 50, qui est celui de la Miséricorde, nous pouvons contempler le Créateur suprême, Principe de toutes choses.

Mais, nous traitons longuement, autre part, de ce sujet.

Le second argument de Raguseius est que le grand nom יהוה, que les anciens traduisaient par Anekphoniton, l’ineffable, ne contient dans ses profondeurs, aucun mystère.

Je m’inscris absolument en faux contre cette affirmation !

Ce nom très saint est, en effet redoutable, admirable, adorable. Aussi, sous l’ancienne Loi, ne le prononçait-on jamais ! On le remplaçait par le nom Adonaï, sous lequel on l’adorait avec un profond respect, comme sous un voile, sous un vêtement.

C’est également sous ce vocable que l’ont désigné les Apôtres, au témoignage de Génébrandus ; de même les Sybilles, les Septante, Origène (dans l’Hexaplis) ; saint Épiphane (Hérési., 76) ; Tertullien (dans son traité De la résurrection de la Chair) ; de même le plus ancien traducteur ; de même tous les anciens Pères et commentateurs : saint Jérôme, Damascenus, Theodoritus, Litanus, Londanus, Reuchlin, Vatablus, Mercenus et tous les Rabbins.

Le nom Anekphoniton traduit donc exactement ce nom Très-Saint. Les R. R. rapportent qu’interrogé par Jacob, qui lui demandait quel était son nom, l’Ange répondit :

Pourquoi cherches-tu à connaître mon nom, qui doit rester caché ?

On doit croire également que ce nom n’a pas été donné à Dieu par les hommes — ce qui a eu lieu pour beaucoup d’autres noms divins, choisis en raison des qualités qu’ils manifestent, — mais, que c’est Dieu lui-même qui se l’est attribué comme le plus saint, le plus en rapport avec sa nature éternelle.

On peut faire cette déduction, notamment, de ce que, dans les Livres saints, on trouve constamment cette interjection mystérieuse : . Moi, Jehovah יהוה.

Il est évident qu’on doit lui attribuer un sens profond, et ne pas s’en tenir à sa forme littérale et superficielle.

Si elle ne cachait, en soi, rien de secret, ce serait bien inutilement qu’on la retrouverait aussi fréquemment, jusqu’à trois et quatre fois dans une ligne de quelques mots. Et ce n’est pas sans un motif impérieux que le grand saint Basile, dans son Homélie sur la Genèse, 10, affirme qu’on ne peut avancer, sans blasphème, qu’un seul mot de l’Écriture Sainte est inutile ou superflu !

Si cette expression n’est pas inutile, il est donc permis de rechercher ce qu’elle signifie, clairement et mystiquement.

Tout d’abord, ce nom admirable יהוה Jehovah, que lès hommes n’ont ni trouvé, ni imaginé, — mais qu’ils ont reçu de Dieu lui-même — est celui de tous qui convient le mieux au Créateur Suprême ! Il énonce par une sorte de manifestation divine, aussi bien et aussi intelligiblement que possible la substance et l’essence divine. Il le fait cependant d’une façon inadéquate, en ce sens qu’il ne peut y avoir de commune mesure entre Dieu et la créature.

Les autres noms divins, au contraire, sont plus exacts, plus adéquats dans leur signification. Ils donnent l’idée d’une sorte de mélange, d’alliance du divin avec l’humain (ainsi que le prouvent Chatarinus et Roselus dans leur Trismégiste), puisqu’ils sont choisis par analogie, par similitude, en raison des actes attribués à Dieu, actes qui se retrouvent, bien que très imparfaits, dans notre propre nature.

Rabbi Moses Maïmonide dans son Guide des égarés, se range à cette opinion :

« Tous les noms de Dieu, écrit-il, ont été choisis d’après les œuvres divines qu’ils manifestent, à l’exception du nom Tétragrammaton. »

Mais, pour nous élever à des considérations plus hautes, disons qu’il est prouvé à ceux qui savent que les nombres correspondant aux lettres de ce nom divin, sont tous les nombres du cercle.

En effet, Iod égale 10 ; Hé 5 ; Vav 6 ; le second Hé 5 ; cela démontre que Dieu est une véritable sphère, et que son processus se développe selon l’ordre circulaire. Tout sort de lui, tout revient en lui !

Ne l’atteste-t-il pas lui-même par la bouche du prophète Isaïe, lorsqu’il déclare : « Je suis le Premier et le Dernier, tout est l’œuvre de mes mains ! »

Effectivement, de même que les rayons d’un cercle, issus du centre, se dirigent vers la circonférence ; de même, par contre, ces mêmes rayons sont tous ramenés de la circonférence au centre.

Il en est de même pour Dieu, sphère véritable, d’après Hermès, cet ancien et très savant philosophe.

Tout est contenu en Lui ! Toutes les créatures, quelles qu’elles soient, procèdent de Lui et retournent également en Lui. C’est en lui qu’elles habitent, qu’elles se meuvent, qu’elles vivent, selon cette parole de l’apôtre saint Paul « Nous vivons en lui, nous y agissons, nous y sommes tous contenus ! »

C’est pourquoi, dit Reuchlin, le nom Tétragrammaton, commençant par Iod, a été choisi par Dieu à notre intention, afin que nous reconnaissions en Lui le Point Infini, l’élément de tout nombre c’est-à-dire de toute chose !

Iod vaut dix ; et, dans la composition du nom Tétragrammaton, il est la dixième lettre ; comme suit : Ioha, Iao, Iai ; où, après Tétragrammaton, on trouve le nom Iao, qui n’est autre, par l’équivalence des nombres qui le composent, que le nom Ehieh, lui-même, lequel veut dire : Celui Est.

Il signifie également l’essence du Créateur, ainsi qu’il est dit dans l’Exode, 3 : Ehieh m’a envoyé vers vous !

D’autre part, יהו Iehou est le sceau de Dieu, dont Ehieh a scellé le monde ! אמת, Emeth, c’est-à-dire : vérité, attendu qu’il donne On le nomme pour cela naissance en se multipliant lui-même יהוarithmétiquement a אמת.

Vient ensuite le nom Iah. C’est celui de l’essence divine ; c’est par lui que Dieu châtie et récompense, comme le dit le saint Psalmiste : Si vous tenez compte de nos iniquités, Iah !

Le nom Tétragrammaton engendre donc trois autres noms, qui manifestent l’essence infinie de Dieu : l’Ineffable, Ehieh et Iah. On les traduit par : Quid est, qu’on formule , Quid ?

En effet, Tétragrammaton : Iod, Hé, Vav, Hé, par l’égalité des nombres, équivaut à Ma.

L’un et l’autre donnent 45, comme on le voit ci-après :

Lorsque Moïse eut demandé : De quel nom l’appellerai-je ? Il lui fut répondu : Ehieh !

Et, maintenant, si l’on considère attentivement les paroles suivantes de l’Esprit Saint, rapportées également par l’Exode, 3, et non sans raison : Pour moi quel est son nom, quel est-il ? et si l’on en prend les lettres finales, on constatera qu’elles forment le nom ineffable de quatre lettres, יהוה dont le commencement est Ehieh, le milieu Iah, la fin, infinitude.

Un grand mystère est également caché dans la transposition des lettres du saint Tétragramme, ainsi que nous l’exposons ailleurs.

Les adversaires des cabalistes tournent, il est vrai, en ridicule cette section de la Cabale, qui traite de l’évolution des lettres. Ils la représentent comme sans valeur et indigne d’un esprit sérieux. Elle épilogue lamentablement, disent-ils, sur les accents des lettres, les nombres, les transpositions, l’inversion des mots et les doubles sens.

Par contre, ils admettent partiellement celle qui se borne à interpréter la loi écrite, c’est-à-dire celle qui contient les enseignements secrets relatifs à la législation, au sens spirituel et allégorique des Écritures, à l’enseignement traditionnel de la Synagogue.

Fort bien ! mais peut-on accepter une partie de la Cabale et rejeter l’autre ?

Que ces détracteurs de la tradition citent un seul rabbin, qui, cherchant à pénétrer le sens secret de la loi, n’ait pas eu recours à la transposition des lettres !

Puis, quel mal peut-il y avoir à employer la commutation des lettres ou des mots, pour arriver à pénétrer le sens secret, caché sous ces lettres ou sous les nombres ?

Exemple : dans Zacharie, 3, le mot צמח qui signifie rejeton, a la même valeur numérique que le mot מנחם, lequel veut dire consolateur, qui est le nom du Messie. La somme des lettres de chacun de ces deux mots donne également 15.

Isaïe, lui aussi, emploie très judicieusement la commutation des lettres et des mots. Qu’on en juge, chap. XXV. Il est écrit… ששך au lieu de בבל, afin que le roi de Babylone ne prît pas en haine les Israélites.

De même saint Jérôme et Munster, dans leurs commentaires de ce prophète.

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Published by Jacques Gaffarel (1625) - dans Kabbale
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