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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 08:37

 « S’il fut jamais un temps où les hommes publics eussent le devoir de s’expliquer clairement, s’il fut jamais un temps où ces fléaux du genre humain qu’on nomme les politiciens dussent se départir de leur duplicité et de leur fourberie, voici venu ce moment. Soyez assurés que le peuple de ce pays ne tolérera plus de voir son bonheur se jouer entre un petit nombre de familles rivales ; soyez assurés que ce peuple sait aujourd’hui où réside son intérêt véritable. Il lui faut chasser les hommes qui se sont élevés de leur propre chef, sans autre objet que de s’agrandir eux-mêmes et leurs familles aux frais du public et il lui faut mettre au premier rang des hommes qui représenteront la nation, qui seront comptables devant elle et qui s’occuperont de ses affaires. »
Arthur O’Connor devant la Chambre des Communes d’Irlande – 4 mai 1795 .

On peut dire que l’histoire moderne de l’Irlande, au sens propre du terme, commence en 1691 avec la fin des « guerres williamites». L’ensemble de la vie politique du pays au cours des 200 ans qui vont suivre ne prend tout son sens, ne peut être compris, qu’à la lumière du conflit qui opposa le roi d’Angleterre Jacques II et le prétendant au trône, le Prince Guillaume d’Orange. L’évolution politique de l’Irlande n’a cessé, jusqu’à aujourd’hui et pour notre génération, d’être largement influencée par l’attitude des diverses catégories de la population à l’égard de ce conflit prolongé qui s’est achevé par la reddition de Sarsfield et de la garnison de Limerick aux forces du parti williamite qui les assiégeaient.

Il n’y eut pourtant jamais de guerre, dans toute l’histoire de l’Irlande, où le peuple eût moins de raisons de s’engager dans un camp ou dans l’autre.

Il est hélas indiscutable que les Catholiques irlandais de l’époque ont combattu comme des lions pour le roi Jacques. [ Les « Jacobites » sont les partisans de Jacques II, roi d'Angleterre chassé du trône par la Révolution de 1688. Exilé en France, il tenta de reprendre la couronne à son gendre Guillaume III d'Orange en montant une expédition à partir de l'Irlande]

Indiscutable aussi le fait que les Catholiques irlandais ont versé des fleuves de sang, qu’ils ont pulvérisé leur fortune pour tenter de maintenir le roi Jacques sur le trône. Mais il est tout aussi indiscutable que cette lutte ne les concernait pour rien au monde. Le roi Jacques était l’un des plus indignes représentants d’une race indigne, à avoir jamais accédé au trône.

« Le pieux, le valeureux, l’immortel » Guillaume n’était qu’un aventurier se battant pour son propre compte, avec une armée recrutée parmi les soudards sans fortune de toute l’Europe, qui se souciaient aussi peu du protestantisme que de la vie humaine. Il est indiscutable enfin, qu’aucune de ces deux armées n’avait le moindre droit de prétendre qu’elle était une armée patriote combattant pour la libération de la nation irlandaise.

Les louanges qui furent prodiguées à Sarsfield et à l’armée jacobite sont fort loin de se justifier. On peut même se demander si, dans une époque plus éclairée et plus patriote que la nôtre, on ne les accusera pas quasiment de trahison, pour avoir détourné le peuple irlandais de sa fidélité à la cause de l’indépendance nationale et l’avoir entraîné dans une guerre pour le compte d’un tyran étranger. D’autant que ce tyran, alors même que le peuple combattait pour lui, contrecarrait les efforts du Parlement de Dublin pour échapper à la mainmise du Parlement anglais.

Le conflit entre Guillaume et Jacques pouvait être une occasion idéale pour la population irlandaise opprimée d’essayer de se libérer alors que leurs forces étaient déchirées par la guerre civile. Mais l’occasion fut manquée et la population vint prendre rang dans les factions opposées de ses ennemis. On en découvrira la raison sans difficulté.

La petite et haute noblesse catholique qui se trouvait à la tête du peuple irlandais à cette époque se composait de gens qui, tous, possédaient des propriétés considérables dans le pays, mais sur lesquelles, tout catholiques qu’ils fussent, ils n’avaient pas plus de droits ni de titres que le moindre aventurier de Cromwell ou de Guillaume. Les terres qu’ils détenaient avaient auparavant appartenu au peuple irlandais, c’est-à-dire qu’il s’agissait de terres tribales. Ainsi, seuls les paysans (qui étaient depuis lors réduits à l’état de simples tenanciers précaires) étaient les propriétaires légitimes du sol.

En revanche, les beaux chevaliers du roi Jacques étaient soit les descendants de gens qui avaient acquis des terres lors de confiscations antérieures aux spoliations de la conquête ; soit de gens qui avaient pris parti pour l’oppresseur contre leurs propres compatriotes et qui furent autorisés à conserver leurs biens en récompense de leur trahison ; soit enfin de gens qui avaient accepté de réclamer au gouvernement anglais qu’il leur accorde un titre de propriété personnelle sur les terres des hommes de leur clan.

De tant d’intrigues on ne pouvait espérer voir naître une véritable action nationale : dans tous leurs actes publics, du premier jusqu’au dernier, ils se comportèrent comme une faction anglaise et rien d’autre. Quels qu’aient été leurs désaccords avec les Williamites, ils s’entendaient parfaitement du moins sur un point : la soumission du peuple irlandais. On comprendra sans difficulté que, même si la guerre s’étaït achevée par la défaite complète de Guillaume et le triomphe de Jacques, le sort des Irlandais, du point de vue agraire comme du point de vue national, n’aurait pas été notablement amélioré.

Le patriotisme indéniable du petit peuple ne change rien à cette vérité. Il ne voyait que le nouvel ennemi venu d’Angleterre, tandis qu’il était prêt, avec une générosité inconsciente, à doter le vieil ennemi anglais installé en Irlande de toutes les vertus et de tous les attributs des patriotes irlandais.

Pour caractériser plus précisément l’attitude des dirigeants jacobites en Irlande, nous pourrions invoquer les résultats de la grande colonisation de terres de 1675. On avait alors cadastré onze millions d’acres [1 acre fait environ 0,4 hectare], les colons protestants en possédant quatre millions à la suite de confiscations antérieures. On ne toucha pas aux terres qui avaient été acquises de cette façon, mais on distribua le restant comme suit (mesures en acres) :

Aux soldats ayant servi en Irlande : 2.367.715
A 49 officiers : 497.001
Aux « aventuriers » (qui avaient prêté de l’argent) : 707.321
Aux détenteurs d’une « provision » (à qui on avait promis des terres) : 477.873
Au Duc d’Ormond et au Colonel Butler : 257.518
Au Duc d’York : 169.436
Aux évêques protestants : 31.526

Quant aux terres laissées aux Catholiques, on les distribua aux « gentilshommes » catholiques comme suit (mesures en acres) :

A ceux reconnus « innocents », c’est-à-dire qui n’avaient pas combattu pour l’indépendance mais soutenu le gouvernement : 1.176.510
Aux détenteurs d’une « provision » (promesse de terres) : 497.001
Titulaires d’une jouissance nominale : 68.260
Restitutions : 55.396
Aux personnes envoyées dans le Connaught sous Jacques Ier : 541.330

On pourra donc constater que, sauf pour le Connaught [Le Connaught, depuis Jacques I", servait de lieu de déportation des populations catholiques chassées par la « plantation » de colons protestants. Les « aventuriers » étaient chargés de la répression et de l'exploitation du pays après la grande révolte de 1641, à la suite de l'Adventurer's Act de 1642], toutes les terres que possédaient les gentilhommes catholiques en Irlande ont été acquises selon les procédés que nous avons décrits auparavant : comme butin de la conquête ou comme fruits de leur trahison.

Et même dans le Connaught, où les terres étaient des tenures féodales dépendant de la Couronne d’Angleterre, leurs possesseurs avaient dû passer un accord directement avec l’envahisseur pour abolir les droits communautaires du clan au profit de leurs revendications personnelles. Ce fut là la seule véritable raison des dirigeants irlandais de cette époque pour refuser de lever l’étendard national au lieu de la bannière d’une faction anglaise. Ils ne combattaient pas pour la libération de l’Irlande, pour permettre à la nation de recouvrer ses droits. Ils combattaient pour garantir à la classe sociale qui jouissait alors du privilège de piller le peuple irlandais, qu’elle n’allait pas être à son tour contrainte de céder la place à une nouvelle horde de voleurs de terres.

On a fait grand cas de leurs efforts pour faire abroger la Loi Poyning [La loi Poyning a placé le Parlement de Dublin sous le contrôle du Parlement de Londres] et pour donner par ailleurs plus nettement force de loi aux résolutions du Parlement de Dublin, comme si ce genre d’attitude était la preuve qu’ils désiraient sincèrement libérer le pays, et non pas uniquement assurer leur propre mainmise sur le pouvoir. Mais de telles affirmations, sous la plume de certains auteurs, démontrent simplement une nouvelle fois combien il est difficile d’interpréter les faits historiques si l’on n’est pas guidé dans cette tâche par un principe directeur fondamental.

En ce qui nous concerne, nous pouvons faire profiter nos lecteurs d’une méthode d’interprétation socialiste de l’histoire. Ils comprendront ainsi plus aisément pourquoi les classes dirigeantes ont sans cesse cherché dans le passé à conquérir le pouvoir politique pour garantir leur domination économique (ou, plus simplement, pour soumettre les masses socialement) ; et pourquoi la libération des travailleurs, même au sens politique, ne peut être qu’incomplète et aléatoire tant qu’ils n’auront pas arraché aux classes dirigeantes la possession de la terre et des moyens de production des richesses.

Cette hypothèse, cette lecture de l’histoire, telle que la propose Karl Marx, le plus grand penseur moderne et le premier socialiste scientifique, la voici : « A toute époque historique, le mode de production économique et d’échange dominant et le régime social qui en est le résultat nécessaire, constituent la base sur laquelle s’édifie, et à partir de laquelle seule peut s’expliquer, l’histoire politique et intellectuelle de cette époque » [cette citation est en fait d'Engels, Préface à l'édition de 1888 du Manifeste du Parti Communiste]

En Irlande, à l’époque de la guerre williamite, « le mode de production économique et d’échange dominant » était le mode de production féodal fondé sur l’appropriation privée de terres volées au peuple irlandais. Ainsi, toutes les luttes politiques de cette époque se rattachaient à des intérêts matériels, un groupe d’usurpateurs cherchant à garder la mainmise sur ces terres tandis que l’autre cherchait à s’en emparer. En d’autres termes, si l’on analyse selon notre méthode le problème du Parlement Jacobite mis en place par Jacques II, on a immédiatement l’explication des prétendus efforts patriotiques des gentilhommes catholiques.

Efforts tout autant destinés à préserver leurs propres droits de propriété qu’à empêcher le Parlement anglais de s’autoriser à intervenir ou à réglementer ces droits. Le prétendu Parlement Patriote fut en réalité, comme tous les autres Parlements qui aient jamais siégé à Dublin, un pur ramassis de voleurs de terres assistés de leurs laquais ; leur patriotisme n’a été que la volonté de se réserver les biens dérobés à la paysannerie indigène.

Lorsqu’ils s’élevaient contre l’influence anglaise, il s’agissait de celle de leurs complices anglais qui réclamaient avidement leur part de butin. Sarsfield et ses partisans ne sont pas plus devenus des patriotes irlandais par opposition au pouvoir du roi Guillaume, qu’un Whig irlandais privé de sa charge ne devient patriote par haine des Tories qui se sont substitués à lui.

[C'est à la veille de la Révolution de 1688, sous Charles II et Jacques II, que les deux partis apparaissent. Les Whigs (d'un nom écossais signifiant « conduire ») étaient le parti anticatholique opposé aux prétentions du duc d'York, frère de Jacques II, qui était resté catholique, et contre lequel ils firent voter, au moment des « guerres williamites », le Bill d'exclusion de 1689. Les Tories (mot qui vient précisément d'un terme irlandais désignant les rebelles s'opposant aux troupes anglaises) étaient au contraire les partisans catholiques du duc d'York.].

Les forces qui s’affrontèrent sous les murs de Derry ou de Limerick n’étaient pas celles d’Angleterre et d’Irlande, mais de deux partis politiques anglais luttant pour s’emparer du pouvoir. Et les chefs des « Oies Sauvages Irlandaises » n’ont pas versé leur sang sur les champs de bataille européens par fidélité envers l’Irlande, comme nos historiens font semblant de le croire, mais parce qu’ils s’étaient rangés du côté des perdants dans un affrontement politique purement anglais.

C’est ce qu’illustre parfaitement l’attitude des vieux Franco-irlandais à l’époque de la Révolution française. Ils sont entrés en masse comme volontaires dans l’armée anglaise pour l’aider à abattre la jeune République : l’Europe put donc assister au spectacle de républicains irlandais récemment exilés combattant pour la Révolution française, face aux enfants des aristocrates irlandais anciennement exilés combattant sous la bannière de l’Angleterre pour abattre cette Révolution. Il était temps que nous apprenions à faire la part de la vérité sur ces problèmes et à débarrasser nos yeux des écailles qu’y avaient accumulées, en réécrivant l’histoire à leur manière, nos politiciens ignares et sans scrupules.

D’un autre côté, il faut tout autant se souvenir que, lorsque le roi Guillaume eut définitivement vaincu ses ennemis en Irlande, il adopta une conduite prouvant que lui et ses partisans étaient animés par les mêmes sentiments et les mêmes considérations de classe que leurs adversaires. A la fin de la guerre, Guillaume confisqua un million et demi d’acres, et les distribua comme suit aux nobles pillards qui l’accompagnaient :

Il donna à Lord Bentinck 135.300 acres ; 103.603 à Lord Albemarle ; 59.667 à Lord Conningsby ; 49.517 à Lord Romney ; 36.142 à Lord Galway ; 26.840 à Lord Athlone ; 49.512 à Lord Rochford ; 16.000 au Dr. Leslie ; 12.000 à M. F. Keighley ; 12.000 à Lord Mountjoy ; 7.083 à Sir T. Prendergast ; 5.886 acres au Colonel Hamilton.

Ce sont là quelques-uns des hommes dont les descendants, s’il fallait en croire certains Irlandais apparemment sains d’esprit, pourraient se convertir au « nationalisme » si l’on prêchait l’« union des classes ».

N’oublions pas non plus, pour nous en tenir à cette preuve de sa sincérité religieuse, que Guillaume fit don de 95.000 acres, volées au peuple irlandais, à sa maîtresse Elizabeth Villiers, Comtesse d’Orkney. Cependant le Parlement irlandais s’interposa vertueusement, récupéra les terres, et les distribua à ses amis les plus proches, d’autres aventuriers, les Loyalistes irlandais.

Source : http://liberationirlande.wordpress.com/2011/06/13/james-connolly-les-jabobites-et-le-peuple-irlandais/

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Published by James Connolly - dans Irlande
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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 08:06

Rabbi Siméon : Une tradition nous apprend que les palais célestes où se manifeste la gloire du Saint, béni soit-il, sont de deux sortes : Il y en a où domine la parole, et d’autres où domine l’intention…

Les palais supérieurs sont de la seconde catégorie, puisqu’ils ont pour objet de manifester la Gloire d’en haut, en haut, jusqu’à l’Infini où se trouve l’Essence de toutes les intentions et de toutes les pensées, mais où ne retentit aucune parole. Remarquez qu’il a été dit que ces palais sont disposés de telle sorte que les inférieurs sont enchaînés aux supérieurs. Remarquez que, lorsque Moïse pria pour Israël, il fit une longue prière, tandis que, pour sa soeur, il ne fit que cette courte prière : « Dieu, guéris-la », et pas plus. Comme Moïse était le maître de la maison et y commandait il n’avait pas besoin d’une longue prière ; deux paroles lui suffisaient. Le but de tous les palais célestes, c’est de conserver la Schekhina en ce bas monde. Rabbi Siméon se leva et dit : Heureux ton sort, Adam, l’élu de toutes les créatures du monde ; car le Saint, béni soit-il, t’a placé au-dessus de toutes les créatures, t’a introduit dans le paradis et t’a préparé sept dais pour te procurer les délices d’en-haut, ainsi qu’il est écrit : « … Pour voir les délices de Dieu et visiter son palais. » Les « délices de Dieu » désignent les sept palais d’en haut « Son palais » désigne les sept firmaments d’en bas. Ces sept dais supérieurs formaient une couronne autour de toi et tu te promenais dans le Jardin d’Éden d’en bas. Tu étais parfait jusqu’à ce que tu te sois laissé entraîner par le mauvais serpent, et tu fus chassé du Jardin d’Éden, et tu amenas la mort sur la terre. Tu as abandonné les délices célestes et tu t’es laissé entraîner par les passions honteuses qui sont appelées « venin de serpent ». Mais Abraham le pieux arriva et il perfectionna le monde et le fit entrer dans la Loi Sacrée, et il rétablit l’union entre les cieux d’en haut et les cieux d’en bas.

Le Premier Palais.

Le premier palais est le siège de la Foi ; c’est le commencement du mystère de la Foi. C’est par ce palais que le prophètes véridiques ont vu leurs visions comme dans une glace sans reflet. Tel est le sens des paroles : « Au commencement que le Seigneur parla à Osée… » Cela signifie que Dieu accorda à Osée le premier degré de la vision. Dans l’empire du démon, un palais semblable répond à celui que nous venons de citer. Qu’on se garde bien d’y pénétrer, car il souille tous ceux qui en approchent. Noé y entra et il s’enivra. La femme prostituée que Dieu recommanda à Osée désigne ce palais ; Dieu voulait qu’Osée pénétrât dans ce palais avant de monter dans le palais sacré correspondant à celui-ci. Un ange du nom de « Tahariel » se tient à la porte de ce palais sacré ; aussi bien lui-même que tous les autres chefs et les angesqui montent dans ce palais ressemblent à un feu, et ils tiennent dans leurs mains des gerbes de feu. Les chefs de ce palais sont appelés [245b] « Maîtres d’yeux ». Quand une âme est digne, elle pénètre dans ce palais ; sinon, elle est repoussée, et des millions de légions la saisissent et la jettent dans l’enfer où elle subit des punitions pendant douze mois. Le chef préposé à la porte de ce palais laisse également pénétrer les prières de la « Communauté ». Quant à la prière d’une personne seule, elle pénètre dans le palais si elle est faite de manière convenable ; sinon, elle est cueillie par un autre chef du nom de « Sahadiel » placé à un ciel inférieur. Celui-ci conserve la prière imparfaite. Si l’homme qui l’a faite fait pénitence, cette prière s’épure également et remonte tardivement jusqu’auprès du Roi Sacré. Mais si l’homme ne se convertit jamais, cette prière est jetée au démon. Au-dessus de cette porte du palais, il y en une autre gardée par le Saint, béni soit-il, lui-même. Elle est ouverte trois fois par jour et sert aux larmes des pénitents qui y sont recueillies. Alors que toutes les portes du ciel se ferment, celle-ci ne ferme jamais. Un ange du nom de « Ramiël » placé sur une roue soutenue par six cents Hayoth puissants cueille ces larmes et en fait une couronne. Les larmes qui ont été versées, et en haut, et en bas, à cause de la destruction du temple, sont toujours gardées ; car, en haut aussi, on a versé des larmes sur cet événement, ainsi qu’il est dit : « Les anges ont gémi dehors et les anges de paix ont pleuré amèrement. » Ces larmes sont mêlées à celles qu’on verse à la mort d’un juste et d’un pieux. Mais, au x temps futurs : « Dieu effacera les larmes de toutes les faces », c’est-à-dire les larmes d’en haut, et « il ôtera la honte de son peuple ». Dans ce palais, il existe en outre un esprit qui porte le nom de « Satoutriâ. » Il projette des lumières de tous côtés, comme les étincelles qui s’échappent d’une chandelle. Les âmes qui arrivent du septième palais sont cueillies par l’esprit sacré Satoutriâ ». Il garde les âmes mâles qui émanent du côté droit, et un autre esprit du nom d’Adiriâ Sanoughiâ garde les âmes femelles qui émanent du côté gauche. Lorsque les âmes reviennent de ce bas monde, elles se retrouvent dans ce palais, et les âmes mâles s’y unissent de nouveau avec les âmes femelles. Quand une âme mâle s’unit à une âme femelle, des étincelles s’échappent et se répandent dans toutes les directions. Ce sont ces étincelles qui donnent naissance aux roues dont il est parlé dans la vision d’Ezékiel. Les roues sont sous les ordres d’un Hayâ appelé « Bazaq ». Ce Hayâ donne naissance à un firmament étendu au-dessus de la tête des Cheroubim. « Bazaq » est chargé d’estimer le mérite des prières et de l’étude de la Loi faite pendant la nuit. Dès que le jour commence à poindre, « Bazaq » suspend ces prières et ces études au firmament où sont fixés les étoiles, la lune et les autres corps célestes. Ce firmament porte le nom de « Livre de souvenir », ainsi qu’il est écrit : Et il fit écrire dans le livre de souvenir. » Quatre roues célestes posées sur douze piliers sont gouvernées par les quatre chefs « Abaniel », « Qedoumiel », « Malkhiel », « Jahadounhi », qui ont les clefs du Nom Sacré entre leurs mains. Ces quatre anges sont exprimés dans les lettres du nom « Adonaï » gardées par « Sandalphon », chefs des chars, tandis que « Bazaq » garde les lettres du Nom sacré « יהוה ». « Jahdounhi », qui est l’union des deux Noms sacrés mentionnés, se trouve également dans ce palais. C’est un esprit qui naît de l’union de deux autres esprits, telle ls couleur résultant de la réfraction de rayons du soleil, lorsque les rayons de cet astre dardent sur l’eau. Cet esprit tient donc d’un côté et de l’autre auxquels il sert de trait d’union pour rendre complet le Nom sacré. Au milieu du palais, il y une colonne appelée « Adrahaniël » ;elle conduit au second palais et y transmet les prières.

Le Second Palais.

Le second palais est plus mystérieux que le premier ; il est le séjour de la Foi. Il est pourvu de trois portes gardées par un ange du nom d’ « Ourphaniel ». Il règne sur trois directions : le Sud, le Nord et l’Est. Au-dessous de lui, sont placés deux autres chefs. Ils sont chargés de recueillir les âmes des hommes exécutés à la suite d’un jugement du Tribunal ou tués par le païens. Les chefs célestes gravent les visages de ces malheureux sur leur habit de feu qu’ils montrent ensuite à leur Maître. Celui-ci les reproduit parmi les noms de ceux qui ont été tués par les païens. Ce chef possède une coupe pleine de lumière et de vie qui porte le nom de « coupe de consolation ». Il la tend aux affligés. De même que le côté saint a des palais, des chefs, des esprits et des anges servant au bien, le côté impur a aussi des palais, des chefs, des esprits servant au mal. À un côté correspond exactement l’autre côté ; l’esprit du mal correspond à l’esprit du bien. Ce palais porte le nom de « lumière éclatante » (Zohar), parce que l’esprit « Ourphaniel » répand une lumière composée de celle d’en haut et de celle d’en bas. C’est à cette lumière que fait allusion le mot « Haschmal » dans la vision d’Ézéchiel. Ce mot désigne l’ange « Ourphaniel ». Quand une âme arrive en haut, un chef préposé à la garde des vêtements des anges et appelé « Tzadeqiël » la saisit et la conduit auprès d’ « Ourphaniel ». Celui-ci décide du vêtement qui lui convient, toujours proportionné aux oeuvres accomplies en ce bas monde. L’âme est ensuite conduite au « fleuve de feu », par lequel toute âme doit passer pour être purifiée. Il arrive parfois qu’une âme se noie dans ce fleuve, qu’elle y est consumée et n’en remonte plus. Mais si l’âme est digne et remonte du fleuve, elle est revêtue de son habit et remise au Grand-prêtre Michel qui l’offre en holocauste à l’Ancien des Temps, devant lequel elle reste éternellement. Heureuse âme jugée digne d’une telle faveur ! L’union de deux esprits donne naissance au Seraphim à six ailes qui régissent le monde et qui sanctifient leur Maître trois fois par jour. Il sont très méticuleux dans leur jugement; la moindre faute d’un juste lui est comptée par ces Seraphim pour un crime, tel, par exemple, la faute de se faire servir par un homme qui a étudié les six séries de la Mischna. Au-dessus de ces Seraphim aux visages d’aigle, il y a un Hayâ appelé « Ophiel » qui tient toutes les clefs de la Sagesse. C’est lui qui demande à Dieu de récompenser tous ceux qui s’appliquent à l’étude de la Loi sacrée. C’est selon le degré de savoir que l’âme a acquis en ce bas monde, qu’elle est récompensée en haut. Les Seraphimont pour but de terrasser les autres seraphim à forme de serpents qui émanent du mauvais serpent, cause de la mort de tout le monde. Au-dessus de ce Hayà, il y a quatre roues disposées dans les quatre directions du monde. Celle de l’Orient s’appelle « Haniël » ; celle du Nord « Quarschiel » ; celle du Sud « Ezriël », et celle de l’Ouest « Aniël ». C’est de ce palais que vient le don de la prophétie accordé à chacun suivant son degré de savoir. À l’un est donnée la vision claire, à l’autre une vision trouble, et un autre encore une vision en songe. Nul prophète n’a eu de vision aussi claire que Moïse qui puisait à la source même.

Troisième Palais.

Le troisième palais a plus de lumière que les deux précédents. Il a quatre portes qui donnent sur les quatre directions du monde et à chacune desquelles se tient un chef. À la première porte se tient le chef « Malkhiël » préposé à la garde des décrets émanant du tribunal du Roi. Avant de transmettre ces décrets à ses subalternes, il les lit. Il a sous ses ordres deux écrivains, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Tant que les décrets sont entre les mains de ce chef, ils sont susceptibles d’être abrogés. Mais dès qu’ils arrivent aux chefs du premier palais, les peines qu’ils infligent sont inéluctables. Car ce chef les transmet immédiatement à un chef de l’ « autre côté », un chef impur de la rigueur, qui est sans pitié et qui porte le nom de « Sangadiel ». Celui-ci se tient à la porte du premier palais entouré de plusieurs légions et n’attend que l’instant de recevoir un décret pour l’exécuter immédiatement. Les deux écrivains assis aux côtés de « Malkhiël » s’appellent « Schamschiel » et « Quemouël ». Comme le chef de l’ « autre côté » exécute incontinent les décrets qu’il reçoit [248b] Dieu chargea un chef de garder les décrets entre ses mains pendant quelque temps avant de le remettre au chef du premier palais. La première porte est du côté du sud. La seconde porte est maîtresse de vie et de mort ; car c’est là que les décrets sont signés. Elle est gardée par le chef « Gazriël ». Il a au-dessous de lui deux autres chefs appelés « Sanouriâ » et « Adiel »; l’un de ces deux garde les décrets de vie, et l’autre ceux de mort. Cette porte est fermée tous les jours de la semaine; elle ne s’ouvre que le jour du Sabbat et le premier du mois. Le jour du Grand Pardon, cette porte est fermée jusqu’à la prière de Vêpres. Quand la prière de Vêpres est récitée, cette porte s’ouvre et les deux chefs se tiennent l’un à droite et l’autre à gauche, tenant dans leurs mains l’un les décrets de vie, l’autre les décrets de mort. Cette porte est du côté de l’Orient. De la troisième porte dépendent les maladies, les souffrances et la pauvreté ! Quand cette porte est fermée à la prière d’un homme, celui-ci sera accablé de maladie, de souffrance et de pauvreté, jusqu’à ce qu`il fasse pénitence. Elle est gardée par le chef « Qaphtziel ». Il a au-dessous de lui un chef du nom d’ « Iriel », lequel confie le sort des hommes condamnés à la maladie ou à la pauvreté à un autre chef du côté impur appelé « Ascara ». C’est ce dernier qui frappe de maladie les enfants en dessous de treize ans. Ceux de treize ans jusqu’à l’âge de vingt ans sont confiés à l’esprit appelé « Aghirison » qui sort du « serpent tortueux », auteur de la mort de tout le monde; c’est l’esprit tentateur. À partir de l’âge de vingt ans, le sort de l’homme est confié au serpent lui-même, appelé ange exterminateur. Les esprits chargés de frapper les enfants ne frappent jamais que quand ils y sont autorisés, tandis que le serpent lui-même frappe parfois sans autorisation, ainsi qu’il est écrit « Et il y a des hommes qui disparaissent sans jugement. » C’est pour cette raison que l’ange exterminateur est appelé « très bon », parce qu’il enlève parfois l’homme avant que celui-ci ne dégénère encore davantage. Cette porte se trouve du côté du Nord. La quatrième porte est le séjour des guérisons. Elle est gardée par un chef appelé « Padiel ». C’est de là que sortent toutes les guérisons du monde, et c’est là que montent les prières de tous les malades et de tous ceux qui souffrent et qui peinent. C’est le chef mentionné qui fait monter ces prières à Dieu. C’est cet ange qui est désigné sous le nom d’ « Ange défenseur entre mille », parce qu’il est entouré de mille autres anges. Cette porte ouvre sur l’Occident. Les âmes, lorsqu’elles sont trouvées dignes, entrent par cette porte où elles sont recueillies par un esprit pur du nom de « Zahariël », né de la semence sacrée qui coule comme de l’huile du monde d’en haut et qui est appelée « lumière », ainsi qu’il est écrit : « J’ai préparé la lumière à mon oint. » Les âmes sont ointes par le chef « Adiel » avant de passer par le « fleuve de feu ». Et ensuite elles sont offertes en holocauste. La lumière sortant de cette porte est un composé de trois lumières unies, car la semence d’en haut est composée de trois couleurs. De cette lumière sortent vingt-deux rayons auxquels correspondent les vingt-deux lettres de l’alphabet dont les âmes sont marquées. Ces rayons donnent naissance à un saint Hayâ ayant la forme d’un lion et d’un aigle à la fois et appelé « Athiel ». Au-dessus de ce Hayâ, existent quatre roues gouvernées par les quatre anges pourvus chacun de huit ailes et appelé « Hadriël », « Jahadriël », « Ahadouri », et « Asimona ». Ces anges sont les chefs de la guerre. Jamais guerre ne se fait ici-bas sans que les étoiles ou autre corps célestes préposés à la garde des nations belligérantes ne se déclarent la guerre entre eux. Du troisième palais du côté impur sortent deux esprits appelés « Aph » et « Hemâ » qui donnent naissance à tous les autres esprits impurs qui parcourent le monde pour séduire les hommes et les détourner de la voie de la vérité. Ils se jettent surtout sur l’homme qui se met en route pour accomplir une bonne oeuvre. Quarante esprits impurs s’appliquent à faire prononcer aux hommes des paroles impures et ordurières. Un tel homme est mis au ban pour quarante jours pendant lesquels sa prière ne monte pas au ciel. Une voix retentit dans tous les cieux disant : Gardez-vous d’un tel ; car il est mis au ban pour avoir prononcé une parole ordurière, imprimant une tache à son âme qui ne s’efface que par la pénitence. Que Dieu nous préserve d’un tel homme ! Même pendant le sommeil, l’âme d’un tel homme ne s’élève pas en haut; car les portes du ciel lui sont fermées. La roue qui tourne autour de ces quarante esprits arrive dans sa course à la région appelée « Thaha-ratzim ». Là sont placés les anges appelés « Haschmalim », qui sont pourvus d’armes pour défendre Israël contre les peuples païens. De là le nom de « ha-ratzim » qui signifie « courir », parce que cette roue parcourt de nombreuses légions offrant tantôt un spectacle joyeux et tantôt un spectacle de tristesse, tel que les coureurs d’Assuérus apportent à Suse tantôt de bonnes et tantôt de mauvaises nouvelles. Dans ce palais, tournent douze roues conduites par des Seraphim de deux couleurs, blanc et rouge, clémence et rigueur. Heureux le sort de ceux dont la prière parvient jusqu’à ce troisième palais; car d’ici on la transmet au quatrième où elle paraît devant le Saint, béni soit-il. L’Écriture désigne la magiesous le nom de « Haber », qui signifie également « ami », parce que l’homme qui pratique la magie s’attire l’esprit impur et se l’attache comme un ami. Mais cet ami se change bientôt en exterminateur; il prive l’homme de bénédictions et en cause la mort. Mais il y a aussi un ami du côté saint qui comble l’homme de bienfaits en ce monde et dans le monde futur. Cet ami est le chef des anges appelé « Erelim ». Ces anges enregistrent les bonnes oeuvres des hommes ainsi que le bonnes actions qu’on s’est proposé de faire, mais qu’on a été empêché d’exécuter. Ils rappellent en haut les voyages qu’on fait pour une bonne cause, ainsi que les honneurs rendus aux morts. Ils rappellent enfin les mauvaises actions qu’on avait l’intention de faire, mais dont on s’est abstenu en domptant l’esprit tentateur. Quand, le premier jour de l’an, il s’assoit dans son tribunal, Dieu regarde à travers les fenêtres du ciel par où arrive la clémence en ce monde. « Heureux le peuple qui sait sonner de la trompette ! » Car c’est, la sonnerie de la trompette du dernier jour de l’an qui brise la rigueur. Le chef préposé aux fenêtres du ciel porte le nom « Ichiriel » ; il laisse monter dans la maison de prière d’en haut les voeux formés par tous ceux qui sont touchés de compassion pour la misère des pauvres.

Quatrième Palais.

Le quatrième palais sert au jugement favorable et défavorable ; un y décrète des récompenses pour les justes et des punitions pour les coupables. Il se subdivise en quatre palais de diverses formes, mais qui portent tous le nom du palais. Il est gardé par un esprit appelé « Zacouth-El », et le palais porte le même nom. Les quatre subdivisions du palais sont gardées par quatre anges, dont deux y sont chargés d’apporter les récompenses aux justes, et les deux autres d’apporter les peines aux coupables. Le premier esprit préposé aux récompenses porte le nom de « Zacouth » et est marqué de trois lettres Yod, Hé et Vav, quand ces lettres s’unissent comme mâle et femelle, elles impriment la marque mentionnée à l’esprit. Ce palais est pourvu de quatre portes. La première est gardée par le chef « Gazriël » qui fait connaître les décrets célestes au chef inférieur « Sansania ». La voix de ce chef est parfois entendue par certains esprits qui descendent ici-bas pour faire connaître aux hommes les décrets d’en haut. Ils les font connaître en songe, lorsqu’il s’agit d’événements qui arriveront à bref délai. Ces visions sont parfois nécessaires aux rois d’ici-bas chargés de conduire et de guider les peuples. Tant qu’il y eut des prophètes en Israël, c’était la prophétie qui guidait les hommes; maintenant, ce sont les visions en songe qui y suppléent. À cette porte se tiennent également les les gardiens chargés de garder les hommes, de veiller sur eux et les préserver des attaques du démon et de tout accident. D’autres anges sont chargés de venir en aide à ceux qui ont pris la résolution de se convertir. Car le démon a également des esprits chargés d’entraîner dans la souillure ceux qui ont pris la résolution de mener une mauvaise vie. À la deuxième porte se tient le chef « Dahariel »; il se tient du côté droit et est chargé de faire monter toutes les bonnes oeuvres des hommes. À la troisième porte se tient le chef « Gadïel »; il se tient du côté gauche et est chargé de faire monter les péchés et les mauvaises actions des hommes. À la quatrième porte se tient le chef « Mazuia » préposé à la garde de la balance sur les plateaux de laquelle on met les bonnes et les mauvaises actions. Chacun des plateaux est surveillé par un autre ange. Ce chef a quarante jours pour procéder au pesage des oeuvres. Aussi les prières que l’homme adresse au ciel ne sont-elles prises en considération qu’au bout de quarante jours ; si ces bonnes oeuvres font pencher la balance, ses prières ont exaucées ; sinon, elles sont repoussées. Au-dessous de ce chef se tiennent quatre Seraphim brûlants : « Saraphel », « Baraquel », « Qarischiel », « Qadoumia ». Ils sont placés dans les quatre directions du monde. Lorsqu’ils se meuvent, ils projettent des gerbes de feu qui font tourner soixante-douze roues d’où sort le « fleuve de feu ». De nombreuses lumières s’échappent de ces roues et sont répandues à profusion par des millions d’anges. Chacun reçoit une part de lumière proportionnée à sa manière d’être assis à table. C’est dans le quatrième palais qu’on décide de tout excepté des trois choses suivantes : enfants, moyens d’existence et vie. Car ces trois choses dépendent du « sort ». Les malades y sont également jugés ; si l’on décide que la malade vive il reçoit la vie du monde d’en haut.

Le Cinquième Palais.

Le cinquième palais éclaire les palais inférieurs. Ce palais est éclairé par la Foi. Il est pourvu d’une seule porte gardée par un chef appelé « Synigouriâ », chargé de plaider en faveur des hommes devant leur Maître et de les soustraire au pouvoir de l’ « Autre côté ». Dans ce palais se trouve également un esprit composé de quatre esprits. Il a quatre couleurs : blanc, noir, jaune et rouge. Il porte le nom de « Souria ». Il est à la tête des autres esprits. Il est dans le secret de son Maître, et tous les trésors d’en haut lui sont confiés. Il porte aussi le nom d’ « Amour », et c’est pour cette raison que le cinquième palais porte le nom de « palais d’amour ». Depuis le jour de la destruction du sanctuaire, aucune âme n’a pénétré dans ce palais; et quand les âmes qui s’y trouvent enfermées seront toutes, jusqu’à la dernière, descendue sur la terre, le Roi Messie viendra et fera l’union du palais d’en haut avec le palais d’en bas; il fera l’union entre « El » et « Schadaï ». C’est de ce palais que vient la lumière appelée « épée tournante » parce que la lumière tourne dans toutes les directions. Quand la famine désole à terre, c’est ce palais qui ouvre ses portes pour faire descendre la nourriture aux hommes. Le chef préposé à ce palais a sous ses ordres de millions d’anges dénommés les uns « la vigne », les autres « les dattes », d’autres encore « les figuiers », etc., tous chargés de plaider la cause des hommes.

Le Sixième Palais.

Le sixième palais est appelé « Palais de la clémence », car c’est ici qu’on cueille les prières et les voeux des hommes. Ce palais est de six portes dont quatre sont disposées aux quatre directions du monde, une en haut et une en bas. Le préposé à la garde de ces portes porte le nom de « Raziël »; il a la garde de tous les mystères suprêmes qui n’ont prononcé que de bouche à bouche lorsque les degrés célestes s’unissent et s’embrassent. Ces mystères ne seront jamais révélés. Seulement quand les portes de ce palais s’ouvrent, tous les esprits et toutes les légions d’anges savent que c’est le moment de la Clémence. Au côté sud du palais, on voit une grande lumière qui couvre tout le monde; c’est Michel, le grand avocat d’lsraël. Toutes les fois que l’ « autre côté » fait un réquisitoire contre Israël, Michel prend sa défense et le préserve ainsi des atteintes de son ennemi. Au moment de la destruction de Jérusalem, la culpabilité d’Israël était si grande que le plaidoyer de Michel ne put pas prévaloir contre le réquisitoire du démon. Au côté nord du palais, on voit une lumière. C’est Gabriel qui apporte le mal et son remède à la fois. Du côté est du palais, on voit une lumière. C’est Raphaël qui apporte les remèdes à tous les maux. Enfin la lumière du côté de l’ouest c’est « Nariël » qui est la synthèse des trois lumières précédentes. À ces quatre lumières correspondent les quatre éléments du monde ici-bas. Ces lumières se subdivisent en d’innombrables lumières inférieures. Chacun ici-bas reçoit la lumière conforme à sa manière de vivre. Le zélé, le prophète, les maîtres de la Loi reçoivent leurs lumières de ce palais. Bien que la lumière soit toujours la même, elle n’arrive pas d’égale façon à tous les hommes. La conduite menée ici-bas est le canal par où coule la lumière. Si le canal est propre, la lumière arrive pure; elle arrive trouble quand le canal est obstrué de terre. De là vient qu’une même lumière étant perçue par plusieurs hommes, chacun la voit d’autre façon .L’un y trouve la joie et l’autre la tristesse, l’un la vie et l’autre la mort, l’un le bien et l’autre le mal, l’un le paradis et l’autre l’enfer. Ce palais est la quintessence de tous les autres.

Dans le premier palais, l’esprit que nous avons mentionné et les Hayoth qui en dépendent, sont appuyés contre huit piliers disposés par deux, dans chacune des quatre directions. Les piliers du Tabernacle correspondaient aux huit piliers du palais. Outre l’esprit mentionné, il y en a un autre, du nom de « Qariel ». Au-dessous de celui-ci sont placés douze mille autres chefs. Contre les piliers du côté sud sont appuyés les anges « Sahadiël » et « Satriel » dont chacun a douze mille chefs sous ses ordres. Ils sont chargés de peser sur la balance les mâles et les femelles, c’est-à-dire de peser le mérite des conjoints. Lorsqu’il arrive parfois qu’un des plateaux de la balance penche d’un côté, ils font en sorte de le remettre en équilibre. Les anges appuyés contre les deux piliers du Nord sont « Pathiël » et « Atriel ». Eux aussi sont à la tête de douze mille autres chefs. Les anges appuyés contre les deux piliers de l’Ouest sont « Padathiel » et « Thoumihaël ». Tous ces anges versent des larmes amères lorsqu’un homme divorce d’avec sa première épouse, parce que le divorce provoque la séparation des sept bénédictions d’en haut. Au moment où les anges pleurent, une voix céleste fait entendre ces parole : Où est l’acte de divorce par lequel j’ai renvoyé votre mère ! » Le deuxième palais a également des piliers comme le premier. Les anges préposés à l’abondance sont appuyés contre ce pilier. Les deux anges placé à l’Est sont appelés « Ibadiel » et « Gezouriah. » Les deux anges placés au Sud sont appelés « Ahariel » et « Bariel ». Chacun d’eux commande douze mille chefs et ils sont chargés de veiller sur les femmes en couches. Ceux du Nord s’appellent « Halhiel » et « Qraspihaël », ceux de l’Ouest « Sougadia » et « Guedariah ». Chacun d’eux commande aussi à douze mille chefs. Ils sont également chargés de la garde du sang de l’alliance. Quand la Rigueur sévit dans le monde, Dieu apaise sa colère lorsqu’il jette un regard sur ce sang. Le troisième palais a également huit piliers contre lesquels sont appuyés des anges. Ceux du côté sud sont appelés « Schaeniel » et « Azouziâ », ceux du côté est « Jehodia » et « Ezriël », ceux du côté nord « Azpiel » et « Qatatriaël » enfin ceux du côté sud « Asasniâ » et « Adiririâ ». Chacun d’eux commande douze mille chefs. Ils sont chargés de veiller sur ceux qui transgressent les commandements de la Loi et en négligent l’étude. Le quatrième palais a plus de lumière; il a trente-deux piliers et cinq cent mille anges conduits par les quatre chefs « Hasdiel », « Qâsiriâ », « Qadoumiâ » et « Dahariel ». Ils sont chargés de veiller sur ceux qui se consacrent jour et nuit à l’étude de la Loi. Dans le cinquième palais se trouvent trois cent soixante-cinq chefs correspondant aux jours de l’an. Ils sont conduits par les quatre chefs « Qarschihaël », « Tarsilaël », « Assiriâ », « Qadmiel ». Ils ont pour mission de répandre la gaieté dans le monde et de verser du baume dans les coeurs brisés et les âmes attristées. Ils arrivent dans ce monde en même temps que les âmes supplémentaires qui descendent à chaque veille de Sabbat. Le sixième palais est supérieur à tous les autres ; le nombre des piliers y est de cent du côté droit et de cent autres du côté gauche. Les chefs du côté droit sont « Malachiel », « Schamaïel », et ceux du côté gauche sont « Massarsaniâ », « Zaphzaphiâ ». Heureux le sort de celui qui connaît les mystères de son Maître ! Car il en jouit en ce monde et dans le monde futur. Le palais mentionné sert d’intermédiaire entre le monde d’en bas et celui d’en haut. Jacob en était l’image. Pour unir l’esprit d’en bas à l’esprit d’en haut, il faut faire intervenir un esprit intermédiaire qui embrasse l’un et l’autre, ce qui équivaut à l’union de deux esprits extrêmes. Cet esprit intermédiaire procède des deux autres esprits ; car le désir ardent qu’éprouve l’esprit d’en bas d’approcher de l’esprit en haut donne naissance à un troisième esprit. Celui qui est dans les ténèbres désire toujours approcher de la lumière; de même, la flamme noire d’en bas désire toujours approcher de la flamme blanche d’en haut. C’est ce mystère qui est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « O Élohim, ne garde pas le silence, ne te tais pas et ne reste pas immobile. » Lorsque Jacob pénétra dans ce sixième palais, il invoqua le Nom sacré d’en haut par le terme Jélovah. Cependant, le terme ne désigne pas la totalité ; le Nom complet, c’est « Jéhova Elohim »; tant que ces deux ne sont pas unis, les palais d’en haut ne sont pas unis non plus et ne portent pas le Nom complet, Quand Jéhovah et Élohim sont unis, la lumière la plus élevée descend et se répand sur tout pour opérer l’union en toute chose. Les quatre épouses de Jacob étaient l’image des quatre chefs célestes placés dans le sixième palais. C’est donc ce palais qui présente les mamelles du monde céleste, et c’est pour cette raison qu’il porte le nom de « Schadaï ». Le monde ne fut pas affermi jusqu’à ce qu’Abraham pénétrât dans ce palais. C’est pourquoi Dieu a dit : « Je me suis révélé à Abraham sous le nom de Schadaï. » C’est dans ce palais qu’est gravé le Nom sacré Élohim. Car il y a trois Élohim : l’Élohim vivant en haut, caché et mystérieux, l’Élohim qui juge en haut, et l’Élohim qui juge ici-bas, ainsi qu’il et écrit : « Il y à Élohim qui juge sur la terre. » L’Élohim vivant d’en haut embrasse les deux Élohim inférieurs et tous trois ne font qu’Un. Isaac pénétra également dans ce palais. Les soixante-douze rayons qui en sortent brisent toutes les rigueurs du monde ici-bas. C’est dans ce palais que sont exposées les sentences prononcées par le tribunal d’Israël. C’est pour cette raison qu’il est défendu aux Israélites de porter leurs causes et leurs litiges devant les tribunaux païens ; car les sentences de ceux-ci ne sont pas exposées dans le palais céleste. Heureux le sort d’Israël à qui Dieu donna la Loi pour le faire marcher dans la voie de la vérité ! Remarquez que le juge doit toujours pencher du côté de la défense en cherchant des circonstances atténuantes en faveur du coupable ; c’est ainsi que procédait le Sanhédrin. Car le démon s’empare de tout jugement qui n’est pas mitigé de circonstances atténuantes. C’est pourquoi le premier jour de l’an, on ajoute la défense au réquisitoire. Les quatre genres de mort infligés par le Sanhédrin étaient la lapidation, le supplice du feu, la décapitation et la strangulation. Le démon s’empare de tous ces jugements de condamnation à mort. Le démon qui s’empare du cadavre fixé sur la croix est appelé « imprécation d’Élohim ».

Les prophètes qui constituent les deux cuisses du monde d’en haut, en ce sens qu’ils portent la Loi sacrée, puisent leur lumière dans le palais où se trouvent les deux esprits « Lueur » et « Lumière éclatante ». De même que la loi écrite, la loi orale a sa cuisse ; ce sont ceux qui se consacrent à l’étude de la Mischna et de la Baraïtha. En raison des péchés d’Israël, l’éclat du deuxième temple n’était pas celui du premier. Et lorsqu’Israël poussa son iniquité jusqu’au comble, il fut également chassé du deuxième temple ; et la Loi, qui était appuyée contre les piliers du palais d’en haut, disparut d’ici-bas ; ce n’était plus les cuisses qui portaient la Loi, mais les pieds. L’initié qui sait pénétrer les grands mystères peut découvrir la durée de l’exil présent ; c’est pour cette raison que tous les auteurs de Baraïthoth, tous les Thanaïm et tous les Amoraïm, sont classés d’après leurs mérites, bien que leurs sentences soient toutes comprises sous le nom de « loi orale ». Joseph le Juste s’est attaché à la Colonne au milieu qui soutient le monde. Cette Colonne est placée dans le palais appelé « Saphir blanc ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et le Juste est le fondement du monde », Car tout ce qui existe dans le monde est basé sur lui. Remarquez que l’Écriture dit : « Et Jéhovah Élohim forma la côte ». Dieu plaça devant l’homme ce qui primitivement était derrière lui. En formant la femme, et en la mettant face à face avec l’homme, Dieu avait en vue le Juste ; il voulait que l’union entre le mâle et la femelle s’opérât de la même façon que l’union de Jéhovah avec Élohim, sans aucune sensation charnelle et impure, afin que le démon ne pût y avoir aucune prise. Mais Eve pénétra dans le sixième palais du démon, séjour de tous les vices et de tous les plaisirs de la chair ; elle en goûta et elle fut séduite, ainsi qu’il est écrit : « Et la femme vit que les fruits de l’arbre étaient agréables à manger, etc. » Car il y a des plaisirs du corps qui ne réjouissent point l’âme, et des plaisirs de l’âme qui ne délectent point le corps. L’union de Jacob avec ses femmes était semblable à l’union de Jéhovah avec Élohim ; c’était le plaisir de l’âme, et non pas celle du corps. C’était également le mystère des deux temples : le dernier constituait le plaisir de l’âme, et le second celui de la chair.

Le Septième Palais.

Le septième palais est au centre des autres. Il est le plus mystérieux de tous; car il n’a ni forme, ni image. C’est de là que sortent les canaux célestes qui répandent la lumière dans toutes les directions. C’est le Saint des saints, c’est le but final des âmes. Un rideau sépare ce palais; et, derrière le rideau, il y a un endroit secret et caché qui contient le semen suprême, l’esprit de vie qui est communiqué aux mondes inférieurs au moyen du fleuve qui en sortent dont les eaux ne cessent jamais de couler. Quand le semen sacré sort du Saint des saints, le fleuve le descend et se jette dans les canaux qui en sont fécondés, comme la femelle est fécondée par le mâle. Toutes les âmes saintes et tous les esprits descendus en ce monde sont arrêtés à leur retour dans ces canaux. Ils y resteront jusqu’à l’avènement du Roi Messie, alors ils retourneront à leur place primitive tour délecter le Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur se délectera avec ses oeuvres. » Ce palais est le séjour des joies célestes où a lieu l’union du monde d’en bas avec celui d’en haut, où a lieu l’union du mâle et de la femelle. Ce palais porte le nom d’ « Arche de l’Alliance », car c’est d’ici que sont sorties toutes les âmes. Deux ont connu l’Arche de l’Alliance : Jacob et Joseph. C’est en opérant l’union céleste dans ce palais que Jacob remplit les mamelles célestes d’où coule l’esprit de vie en ce bas monde. Remarquez que, quand, tous les esprits sacrés, tous les palais et tous les chars s’unissent ensemble au point de ne former qu’une unité, ce corps unique est animé par l’Esprit suprême qui est le Point caché. La noix est l’image des palais unis. Quand la fumée s’éleva au-dessus de l’autel, l’union des palais célestes s’opéra. C’est au moment de l’union qu’il convient d’adresser sa prière au ciel. Ce palais est animé par un esprit ; c’est un point caché. Mais ce point est animé par un autre esprit supérieur formant également un point. Et quand un esprit anime l’autre esprit, l’union céleste est parfaite, semblable à la greffe des arbres. Malheur à celui qui greffe une branche sur un arbre étranger ! C’est pourquoi l’Ecritre dit : « Et Jéhovah Élohim forma l’homme. » C’est le Principe mâle uni au Principe femelle. « Jéhovah Élohim homme », voilà le nom complet, « Homme » est l’oeuvre du Char ; il est greffé sur Élohim, et Élohim est greffé sur Jéhovah. Le monde ici-bas est formé sur le modèle du Char d’en haut. Le Char est entouré de quatre Hayoth, et le monde ici-bas est entouré des quatre lettres formant le nom « Adonaï ». Le Nom sacré de quarante-deux lettres prononcé par le Grand-prêtre dans le Saint des Saints n’est que l’explication du nom de neuf lettres (Jéhovah et Élohim réunis). Ce mystère est connu des grands saints qui savent combiner les lettres du Nom divin à l’exemple du Grand-prêtre. Telle est la signification de la vision d’Ézéchiel où des mains d’hommes apparaissent au-dessous des ailes des Hayoth. Les « mains d’homme » désignent la région où monte la prière des hommes et où sont faites les révélations des noms sacrés qui régissent tous les degrés.

Dans la liturgie récitée tous les matins avant la prière des dix-huit bénédictions, on fait allusion à ces sept Palais. Les mots : « …Qui crée la lumière et les ténèbres » désignent le premier palais. Les mots : « Le Dieu béni et de grand savoir… » désignent le deuxième palais. Les mots : « …Chanter des louanges au Dieu béni » désignent le troisième palais. Les mots : « … Qui dans sa bonté renouvelle chaque jour l’oeuvre de la création » désignent le quatrième palais. L’ « Amour éternel » désigne le cinquième palais. Les mots : « …Véridique et équitable » désignent le sixième palais. Les mots : « Seigneur, ouvre mes lèvres… » désignent le septième palais. Le septième palais est supérieur à tous, parce qu’il renferme la source de vie d’où émane la bénédiction. Tous les Hayoth, tous les Seraphim et toutes les roues ne peuvent arriver que jusqu’au sixième palais. Ils ne connaissent pas les lumières du septième; ils n’en voient que le reflet visible dans le sixième. Le mot « atha » désigne la lumière qui sert de trait d’union entre le septième palais et les palais inférieurs. C’est cette lumière à laquelle font allusion les paroles de l’Écriture : « C’est avec cela (Zeh) que la jeune fille allait trouver le roi ; on lui donne tout ce qu’elle demande » La jeune fille désigne « Atha », à qui le Roi suprême ne refuse rien. C’est dans le septième Palais que le Roi se pare des couronnes que lui ont tressées les patriarches. C’est en raison de ce caractère d’ « Athah » que le nom Élohim est modifié en celui d’ « Acdatam » et que le nom de Jéhovah se transforme en celui de « Couzou ». C’est à cette modification des noms sacrés que font allusion les bénédictions « Bouclier d’Abraham , « qui réveille les morts », « Dieu saint », etc. Heureux l’homme qui connaît la signification de la prière ! Car tous ses voeux seront exaucés. L’homme doit savoir que, quelque invraisemblable que cela paraisse, le monde ici-bas est uni au monde d’en haut, de même que le feu est uni à l’eau et inversement, le Sud au Nord et inversement, l’Est à l’Ouest et inversement. C’est en faisant la prière de manière convenable que l’homme est jugé digne du don de la prophétie ou de visions révélées par des songes dans la nuit. La liturgie « Nous avouons » est une allusion aux révélations des anges, puisqu’on y parle de visions. Les noms sacrés « El », « Élohim» se transforment également en « Bam », « Bemoucan ». Tous les noms sacrés dérivent des trois noms « El », « Élohim», « Jéhovah », trois qui ne font qu’Un. Il aurait mieux valu à l’homme de ne pas naître que de réciter des prières sans en comprendre la signification. Après la prière l’homme doit confesser ses péchés, afin que l’ « autre côté » n’ait plus de prise sur lui. Par la confession, on fait monter sa prière au ciel et on révoque les peines décrétées par Dieu. La confession, c’est la part donnée au démon impur. Si l’homme ne se confesse pas, le démon s’empare des péchés qui lui donnent un ascendant sur l’homme. Mais ,si, dans la prière qui provoque l’union d’en haut et qui attire les bénédictions en haut et en bas, on confesse tous ses péchés, le démon prend les péchés comme sa part. C’est le mystère du bouc émissaire sur lequel le prêtre devait confesser tous les péchés d’Israël. Mais malheur à l’homme qui, après la confession, retombe dans le vice ! Car il semble alors vouloir arracher au démon la part qu’il lui avait accordée, puisqu’il lui a donné ses péchés pour sa part. Tel est également le mystère des sacrifices offerts. À côté de la part offerte à Dieu, on offrait aussi sa part au démon. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Si ton ennemi est affamé, fais-lui manger du pain. » Les paroles suivantes de l’Écriture peuvent servir de mnémonique é cette sentence « Que le Roi vienne avec Aman au festin. » La prière doit unir la pensée, la volonté du coeur et la voix ou la parole, pour représenter ainsi l’union d’en haut.

Les Palais du côté impur.

Rabbi Siméon commença à parler ainsi : Il est dit : « Ils ont rompu, comme Adam, l’Alliance et dans ce lieu ils ont violé mes ordres » O Adam ! Qui ôtera la terre de tes yeux pour t’éclairer ? Dieu t’a donné le seul commandement, et tu n’as pas pu l’observer, parce que tu étais déjà dégénéré à cause des séductions du mauvais serpent dont l’Écriture témoigne qu’il était fin et rusé ! Tu t’es laissé entraîner par lui et tu as causé ta mort et celle de toutes les générations issues de toi. Remarquez qu’il suffit de se laisser entraîner par le démon pendant une seule seconde pour être perdu. Remarquez en outre que David était toujours près de la source des eaux vivantes; et bien que, à la suite de l’exil, son coeur fût plein d’amertume, il ne s’est pas laissé séduire par le démon jusqu’au denier degré, ainsi qu’il est écrit : « Car je te jure par le seigneur et je te jure par ta vie qu’il n’y a aucun péché entre ma vie et ma mort ». Heureux le sort de celui qui sait se mettre à l’abri du « mauvais côté » et de tous les degrés qui en découlent ! Car l’esprit tentateur a plusieurs degrés : serpent tortueux, Satan, ange exterminateur, esprit tentateur. Il a aussi sept noms ! Satan, impur, ennemi, pierre qui fait trébucher, incirconcis, méchant, rusé. Ces sept noms correspondent aux sept palais du côté impur. Il y a également sept compartiments dans l’enfer, lieu de châtiment des coupables : puits, précipice, abîme, fosse bourbeuse, schéol, ombre de mort, terre inférieure. Nous avons déjà dit que, de même que le côté saint, le côté impur a ses sept palais. L’Écriture dit. : « Qui est l’homme qui pourra vivre sans voir la mort ? Qui retirera son âme de la puissance de l’enfer ? » Certes, tout homme qui vit en ce monde voit la mort à l’heure où il doit aller rendre compte de sa vie. Mais l’Écriture parle des sept palais du démon qui constituent les sept compartiments de l’enfer où les âmes des coupables reçoivent leur châtiment durant douze mois. Heureux le sort des justes qui évitent l’accointance avec le démon en ce monde pour éviter l’enfer dans l’autre monde !

Le premier palais de l’empire du démon est situé sur la limite où commence cet empire. I1 porte le nom de « Puits », car les parois de ce puits sont lisses, ne présentent aucune aspérité à laquelle l’homme jeté dedans puisse s’accrocher. Dans ce palais, il y a un chef appelé « Doumâ » qui fait le service en haut et en bas. Il saisit l’âme au moment où elle est repoussée du palais saint par le chef « Tahariël ». Au-dessous de Doumâ, il y a un autre chef qui marche à la tête de millions d’esprits ; il porte le nom de « Pathouth », car il es chargé de la mission de séduire les hommes par la vue des choses que l’on ne doit pas regarder, vue qui mène l’homme à la débauche, car ce sont les yeux qui servent d’entremetteurs à l’incontinence. Lorsque le corps subit sa peine dans la tombe, le chef mentionné lui crève les yeux qui ont servi au vice durant la vie. L’âme reçoit son châtiment dans ce palais appelé « puits », où se trouvent de nombreux serpents et scorpions qui mordent  l’âme et la font souffrir. Dans l’intérieur du palais, il y a un esprit impur qui est le chef de tous les autres ; il s’appelle « Gamghima ». Il est rouge comme une rose et a pour mission de faire le réquisitoire de l’homme dont la prière est repoussée du ciel. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Satan vint aussi parmi eux. » Le mot « aussi » signifie : outre le grand chef précité. Au-dessus de ce mauvais esprit, sont les gardiens qui saisissent chaque parole inconvenante ou ordurière qui sort de la bouche de l’homme immédiatement avant la prononciation des paroles saintes. Malheur aux hommes qui agissent ainsi au détriment de la région sainte ! Les esprits impurs saisissent la parole ordurière et la mêlent à la parole sainte prononcée ensuite, pour souiller celle-ci également. Dans ce même palais, il y a un autre chef appelé « Saphasiria » qui est à la tête de nombreux gardiens. Il a pour mission de saisir tous les objets que l’homme, dans un mouvement de colère, jette par terre. Il porte ces objets au chef suprême de l’empire de Satan et lui dit : Voici l’offrande que nous apporte un tel. Une voix retentit alors dans tous les cieux criant : Malheur à un tel qui vient de se souiller en suivant le « dieu étranger » !

Le deuxième palais renferme plus de ténèbres que le premier et porte le nom de « précipice » ; il correspond au nom « impur » du démon, comme le premier palais appelé « puits » correspond au nom de Satan. Le palais a trois portes donnant sur trois directions. À la première porte, se tient un chef appelé « Astiriâ », ayant sous ses ordres plusieurs millions d’esprits. Il est chargé de châtier les coupables qui ont pratiqué l’onanisme. Ces coupables ne verront jamais le visage de la Schekhinah. Ces mauvais esprits mêmes qui ont excité le coupable à commettre ce crime, en saisissant l’âme après la mort, la souillent et la châtient ensuite. Les mauvais esprits chargés de cette mission portent le nom de « sperme bouillant ». À la seconde porte se tient un chef appelé « Tasqiphâ ». Il et chargé de châtier les coupables qui ont commis des crimes de fornication ou d’inceste, soit par leur commerce avec des animaux, soit avec de proches parents. Ce chef a sous ses ordres des millions d’autres chefs. Il tient entre ses mains une coupe amère qu’il fait boire aux coupables. Cependant, les coupables de ce crime qui ont déjà expié sur la terre par une condamnation à mort à cause du même crime, ne boivent plus de cette coupe, puisqu’ils on déjà expié par leur mort. Dans ce palais se trouve un esprit appelé « Niatziriël » qui laisse tomber trois gouttes dans la « coupe amère ». Ces trois gouttes sont appelées « Hatzatz », « amertume de la mort » et « Qobaath ». Elles sont suspendues à l’épée qui tue les hommes. À la troisième porte, se tient un chef appelé « Syngadiël » ; il est chargé de châtier les coupables qui ont commis l’adultère. Tous les esprits sous les ordres de ce chef prennent la forme des femmes avec lesquelles le coupable commit l’adultère. Dans ce palais, sont également châtiés les magiciens qui, par leurs actes, causent la mort prématurée des hommes, tel que Balaam qui avait coutume de commettre la fornication avec des animaux avant de procéder à ses pratiques magiques. C’est pour cette raison que Balaam subit la peine dans du sperme bouillant. Dans ce même palais se trouvent deux autres esprits qui se déguisent tantôt en homme, tantôt en femme, et parcourent le monde durant la nuit en apparaissant aux hommes sous la forme de belles femmes, et aux femmes sous l’aspect de beaux hommes. Ils portent le nom de « fléaux ». Heureux les justes qui sont à l’abri de ces esprits auxquels font allusion les paroles de l’Écriture : « … Afin qu’elle nous défende de la femme étrangère, etc. »

Le troisième palais est celui où les ténèbres règnent avec la plus grande intensité. Il porte le nom de « Doumâ », correspondant au nom « ennemi » que porte Satan. Ce palais a quatre portes donnant sur les quatre directions. À la première porte se tient un chef appelé « Saqaphortia » ; il est chargé, lorsque la rigueur sévit dans le monde, d’attaquer les promeneurs isolés dans la rue. À la deuxième porte, se tient un chef appelé « Sanagdiel » qui a sous ses ordres de nombreux gardiens. Il a pour mission d’y apporter les actes où sont décrétés les châtiments des coupables. À la troisième porte se tient un chef appelé « Onghariou » ; il est chargé d’apporter dans le monde toutes sortes de maladies et de malheurs. Il est à la tête de plusieurs millions d’autres chefs. À la quatrième porte se tient un esprit tombé lors de la diminution de la lumière de la lune. Il porte le nom d’ « Ascara » et est chargé de tuer les petits enfants. Il commence par sourire aux petits enfants, telle une mère caressant son enfant lorsqu’elle l’allaite ; et ensuite il les tue. Au milieu de ce palais, il y a un autre esprit appelé « Ahghirison », chargé de tuer les enfants à partir de treize ans jusqu’à l’âge de vingt ans, ainsi que cela a été déjà dit précédemment. Dans ce palais sont également châtiés ceux qui se rient des paroles de l’Écriture ou des paroles des maîtres de la Loi. Au-dessus des chefs mentionnés, il y a un esprit appelé « Sacasica » et chargé de châtier les hommes de mauvaise langue, vice qui cause la mort, qui provoque les guerres et qui donne lieu à tant de meurtres dans le monde. Malheur à ceux qui, par leur médisance, mettent en mouvement ces mauvais esprits ! Remarquez que, dès qu’un homme médit ici-bas, le serpent tortueux couvre son corps d’écailles ; et, à partir de ce moment, lui et toutes ses légions se meuvent dans le palais cité. L’habit d’écailles, dont le serpent tortueux se couvre à l’occasion des grandes solennités, est composé de médisances; chaque médisance se transforme en une écaille. Bien que les serpents ici-bas aient une époque déterminée où ils changent de peau, ceci n’a généralement lieu que toutes les fois que la médisance est si répandue dans le monde que Satan s’en confectionne un nouvel habit.

Le quatrième palais porte le nom de « culpabilité » et correspond au nom de « pierre qui fait trébucher », que porte Satan. C’est dans ce palais que sont cueillies toutes les mauvaises actions de l’homme, l’opposé du quatrième palais de l’empire saint où sont cueillies les bonnes actions. Au premier jour de l’an, l’homme est inscrit dans le livre de vie, si ses actions sont déposées dans le quatrième palais de l’empire saint, où il est inscrit dans le livre de mort, si ses actions sont cueillies dans le quatrième palais de l’empire du démon. C’est en vain qu’un tel homme adresse des prières au ciel ; elles ne seront pas exaucées. C’est également dans ce palais que résident les esprits ayant pour mission d’entraîner les hommes aux plaisirs et de les exciter à courir derrière les belles femmes. Ces esprits souillent l’homme dans ce monde et en souillent l’âme dans l’autre monde. Ils portent le nom d’ « immondices chauffées ». Dans ce palais, il y a aussi un esprit appelé « fléau ». Il est chargé de châtier ceux qui méprisent le Sabbat et ne l’honorent pas par des repas exceptionnels. Il y a un autre esprit impur appelé « Ariria » qui est la tête de plusieurs millions d’esprits, lesquels portent le nom de « ceux qui maudissent le jour ». Ils sont chargés de châtier l’homme qui, dans un moment de colère, profère des formules d’imprécation contre lui-même. Ils châtient également ceux qui, en guise de serment, prononcent des imprécations contre leur propre personne. Un tel agissement réveille le serpent tortueux, appelé « Léviathan », et l’incite à détruire le monde. C’est pour cette raison que Job n’a pas proféré d’imprécations contre lui-même, mais contre le jour qui l’a vu naître. Que Dieu nous préserve de cela !

Le cinquième palais porte le nom de « Schéol » et correspond au nom « incirconcis » de Satan. À la porte de ce palais se tient un esprit appelé « haine ». Ce palais est le séjour de tous les esprits impurs qui tuent les hommes par l’épée et les poignards. Ces esprits apportent également la famine dans le monde. Au milieu de ce palais, se tient un esprit appelé « Aphrira ». Il est chargé d’arroser la terre d’amertume toutes les fois qu’un homme commet un péché. C’est pour cette raison qu’à la femme soupçonnée d’adultère on donnait à boire de l’eau dans laquelle on trempait de la terre. Cette eau portait le nom d’ « eau amère », parce que, en cas de culpabilité, la femme goûtait l’amertume que le démon jeta au moment de l’adultère sur la terre.

Le sixième palais est supérieur à tous les autres. Il y a quatre portes dont les noms sont : mort, mal, ombre de mort, ténèbres. Le plus grand mal sort de ce palais C’est ici que sont châtiés les hommes qui se sont rendus coupables par des baisers et des plaisirs illicites. 267a Dans ce palais il y a un chef qui commande à tous les autres. Ce palais est orné plus que tous les autres ; et c’est à cette beauté chimérique et fallacieuse que se laissent prendre les insensés. Tous les plaisirs de la chair y sont exposés entourés d’ornements. C’est la prostituée dont parle l’Écriture, qui saisit l’homme, le séduit et le couvre de ses baisers. C’est dans ce palais que sont châtiés ceux qui ont donné et reçu le mauvais baiser, qui leur paraissaient doux pour un moment, mais qui sont payés chèrement ensuite. Lorsque l’homme, séduit par cette prostituée, approche de sa fin, le démon lui apparaît sous la forme d’un corps de feu tenant entre ses mains une épée à laquelle sont suspendues trois gouttes amères. Lorsque la première goutte tombe dans la bouche de l’homme, elle descend dans les entrailles et s’étend dans tout le corps. L’âme se trouble et se met en mouvement. La deuxième goutte provoque la sortie de l’âme et la mort du corps. Enfin, la troisième goutte provoque la décomposition du corps. Dans ce même palais, il y a un autre esprit appelé « Saqatoupha » chargé de châtier les infatués d’eux-mêmes qui se parent et se frisent les cheveux en se regardant dans la glace. Dès qu’un homme se regarde dans la glace pour se parer et se friser les cheveux, il réveille un autre esprit appelé « Assirata » qui donne naissance à tous les esprits qui induisent les hommes en erreur en leur faisant voir en songe des choses mensongères. L’homme qui regarde souvent dans la glace réveille l’esprit mentionné, lequel lui amène « Lilith », la mère des démons. Comme le fait de se regarder dans la glace a l’orgueil pour mobile, « Lilith », qui aime les orgueilleux, exige de cet homme qu’il ait du commerce avec elle durant le sommeil, ou elle le tue.

Le septième palais est le séjour du vin enivrant, ainsi qu’il est écrit : « Et il but du vin, s’enivra et fut découvert ». Nul ne peut boire de ce vin sans s’attirer la mort. C’est du vin de ce palais qu’Eve fit goûter à son époux, et elle lui attira la mort, ainsi qu’à toutes les générations futures. C’est dans ce palais que sont châtiés les coupables qui, entraînés par l’esprit tentateur, se sont adonnés à la débauche et ont donné naissance à des enfants bâtards. C’est de ce palais que sort un feu puissant destiné au châtiment des coupables. Dans ce palais, il y quatre portes par lesquelles pénètre faiblement la lumière de l’empire saint, destinée aux païens qui n’ont jamais fait de tort à Israël et qui l’ont traité avec justice et loyauté. Ce sont ces païens qui sont placés à côté de ces portes. Il y également dans ce palais des fenêtres qui ouvrent sur l’empire de la lumière sainte. Près de ces fenêtres sont assis les rois des peuples

païens qui n’ont jamais opprimé Israël et qui l’ont toujours protégé. C’est Israël qui leur vaut cette faveur de jouir d’un peu de lumière dans leur résidence couverte de ténèbres. Quant aux rois des peuples païens qui ont opprimé Israël, ils sont châtiés trois fois par jour, chacun selon la gravité de son cas.

Tels sont les sept palais du côté impur, du côté du serpent. Heureux le sort de celui qui s’est toujours tenu à l’écart du serpent, afin d’en éviter la morsure et le venin mortel ! Pour se tenir sur ses gardes, il faut observer le serpent de tous les côtés ; car, en observant sa tête, on n’est pas encore à l’abri de sa queue; il baisse parfois la tête, mais relève la queue et tue. Cependant, il ne peut rien faire tant que l’homme ne se rend pas coupable devant Dieu. Rabbi Eliézer étant un jour assis devant Rabbi Siméon demanda à celui-ci : Est-ce que le démon avait sa part dans les holocaustes qu’Israël offrait sur l’autel, ou non ? Rabbi Siméon lui répondit : Avant d’offrir le sacrifice, l’homme était tenu de confesser tous ses péchés, en actes ou en pensées ; et ce sont ces péchés qui étaient la part d’Azazel. La fumée, la graisse et les entrailles des sacrifices étaient également la part du démon qu’Israël lui jetait, afin de n’en être point troublé. Rabbi Siméon dit : Je lève mes mains, en signe de prière, vers le ciel. Lorsque la volonté suprême planait en haut, en haut, de manière inconnue et à jamais inconcevable, la Tête mystérieuse projeta une telle lumière qu’elle aussi était mystérieuse. C’était une « pensée de lumière ». Un rideau fut tiré, à travers lequel la lumière commença déjà à se dessiner, mais très faiblement. D’autres rideaux furent tirés ensuite, et ainsi furent formés les neuf palais célestes. Ces palais ne sont pas des lumières ; ce ne sont pas des esprits ; ce ne sont pas des âmes ; ce ne sont pas des formes saisissables. Tous les palais sont la Pensée vue à travers différents rideaux. Ôtez la Pensée, et tous les Palais s’écroulent. Tous les mystères de la foi consistent dans cette doctrine, d’après laquelle tout ce qui existe en haut et en bas est la lumière de la Pensée; c’est l’Infini. Enlevez un rideau, et toute la matière apparaît immatérielle ; enlevez encore un autre rideau, et le monde immatériel d’en haut apparaît encore plus spirituel et plus sublime, et ainsi de suite. Le sacrifice offert sur l’autel, la fumée qu’il produisait et tout ce qui servait à sa consumation n’était que Pensée vue à travers la matière. Heureux le sort des justes qui voient en tout la Pensée ! Heureux leur sort en ce monde et dans le monde futur !

Remarquez que, tous les premiers du mois, on accordait au démon, appelé « fin de toute chair », sa part des sacrifices, afin de l’occuper. Tel était le mystère du bouc émissaire, image du démon; car Esaü aussi était un homme velu semblable à un bouc. Le démon est appelé « fin de toute chair », parce qu’il n’aspire qu’à la chair. Lorsqu’il a asservi le corps, il ne s’empare que de celui-ci, tandis que l’âme retourne à sa place. « Et la nuée couvrait le Tabernacle ». Quand la Shekhinahrésidait en Terre Sainte, l’esprit impur prit la fuite et alla se cacher dans l’abîme; et l’Esprit Saint se répandit dans le monde; c’était la nuée qui couvrait le Tabernacle. Les péchés des coupables l’attirèrent de nouveau dans le monde. Mais, dans les temps futurs, Dieu le fera disparaître du monde, ainsi qu’il est écrit : « Il précipitera la mort pour jamais; et le Seigneur Dieu séchera les larmes de tous les yeux; et il effacera de dessus la terre l’opprobre de son peuple; car c’est le Seigneur qui a parlé ». Et ailleurs : « Et je ferai disparaître l’esprit impur de dessus la terre ». « Béni soit le Seigneur en toute éternité ».

Source : http://www.kabbale.eu/traite-des-palais-de-zohar-ii-folio-244a-a-269a/

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 17:08

L’Irlande et sa longue histoire méritent d’être connues des francs-maçons sous bien des aspects que nous allons aborder ensemble. Quelques mots tout d’abord sur la civilisation mégalithique, qui a connu son apogée entre 3500 et 2500 avant J-C. On ne sait pas grand-chose de ces peuples qui avaient une cosmogonie relativement élaborée. Mais le franc-maçon sera au moins sensible au fait que les alignements de menhirs correspondent habituellement à des données astronomiques (liées au lever et coucher du soleil en rapport avec les solstices et équinoxes, ainsi qu’aux cycles lunaires), alors que les dolmens, cairns et tumulus étaient des tombes, individuelles ou collectives (également orientés de manière précise).  

Les Celtes n’introduiront le druidisme dans les îles britanniques que vers 450 avant J-C, alors que leur civilisation domine l’Europe depuis presque un millénaire. Nous noterons ici que selon l’antique tradition des druides, l’année était divisée en plusieurs périodes correspondant à des évènement solaires (solstices, équinoxes), manifestant le caractère cyclique de la vie. On peut d’ailleurs noter que les anciennes fêtes celtiques restent discrètement présentes dans notre calendrier : Samain, le 30 octobre symbolisait la victoire des hommes sur les attaques des esprits surnaturels, avant de se terminer par la célébration de la nouvelle année. Puis la renaissance du soleil au solstice d’hiver ; c’est la fête de Modra Necht, durant laquelle le druide va cueillir le gui selon un rite précis, en s’exclamant “le blé lève” (O guel an heu , ce qui sera plus tard déformé par “au gui l’an neuf”). Imbolc, dans la nuit du 1er au 2 février, était la fête de la purification druidique, purification de la lumière ascendante et de ses effets sur la sève montant de la Terre-mère. Le 1er mai, Beltainn était la fête du feu de Bel, le dieu solaire, pour lequel on allumait de grands feux purificateurs, comme cela se fera plus tard à la saint Jean. Notons aussi que lors de l’initiation druidique, le postulant était enfermé dans une peau de bête, et que le dieu Lug (dieu de la lumière) se manifestait au travers du chef de clan, détenteur du maillet.  

Nous savons aussi que dans le dernier siècle avant l’ère chrétienne, Rome étend son emprise sur l’Occident et le Moyen-0rient, favorisant la diffusion de deux grandes religions :  

- d’une part le mithraïsme, le culte de l’ancien dieu iranien de la lumière se développant sous une forme d’abord cultuelle puis de plus en plus initiatique.  

- d’autre part le pythagorisme romain mystérique, qui conservait les principes de base de l’Ordre : à son niveau le plus profond, la réalité est gouvernée par les nombres ; la philosophie peut servir à la purification spirituelle ; l’âme peut s’élever jusqu’à s’unir avec le divin ; certains symboles ont une signification mystique ; les membres de l’ordre se doivent loyauté et le respect du secret).  

Ce n’est qu’en 43 après J-C. que l’empereur Claude envoie ses légions en Grande-Bretagne ; elles ramènent rapidement l’ordre en Angleterre, mais l’Écosse continuera à échapper à leur domination. L’Irlande est totalement épargnée et le restera longtemps.  

Selon une légende mythique, la maçonnerie aurait été introduite en Angleterre en l’an 287 après JC,  sous la protection de Carausius 1er, un amiral romain révolté qui s’était proclamé empereur de la Grande Bretagne indépendante. Il s’était attaché Amphibolus, l’architecte grec, et Alban, “homme célèbre dans toutes les sciences et en particulier la géométrie “, représentants des collegiae fabrorum. Carausius leur aurait accordé une charte, permettant (en opposition à la loi Julia ) aux constructeurs de tenir des assemblées et de constituer de nouveaux membres, conformément aux anciennes constitutions de Numa Pompilus et Servius Tullius.  

Au cours du IVème siècle, les celtes irlandais (Scots) s’allient aux tribus écossaises implantées au nord du mur d'Antonin (Pictes) pour multiplier les incursions en Bretagne romaine. En 383, Maximus Clemens, gouverneur romain de Grande-Bretagne, se révolte contre l’empereur Gratien, qui sera vaincu. La région retrouve ainsi son autonomie et en 410, Rome ordonnera le retrait de toutes ses troupes de Grande-Bretagne, ce qui ouvrira la région aux invasions barbares.  

L’évangélisation de l'Irlande par saint Patrick est située en 432. Selon la légende, ce natif des côtes ouest de la Bretagne romaine fut enlevé et réduit en esclavage dans son adolescence par des pirates irlandais. Au bout de six ans passés à Slemish, il s'évada et alla étudier le christianisme dans les monas­tè­res français. Puis il revint en Irlande et après avoir défié les druides et le haut-roi de Tara, il fonda la capitale ecclésiastique d'Armagh. A cette époque, le celtisme irlandais reste très actif, avec de nombreuses légendes spécifiques se rapportant aux anciens héros préceltiques.  

Pour resituer la période, rappelons que tout l’Occident est alors ravagé par les invasions barbares.

La Grande-Bretagne a été conquise par les Angles, les Jutes et les Saxons. Mais notons aussi que les Scots, celtes irlandais du royaume de Dalriada, ont également installé en Ecosse (région d'Argyll) un second Dalriada, qui connaîtra une importante expansion. Avec la chute de l’empire romain d’Occident, l’an 476 marque ainsi le début conventionnel du moyen-âge. La plupart des conquérants barbares se convertissent au christianisme, ce qui va rapidement conduire à la quasi-disparition de la religion celtique.  

En effet, les principes de la société gallo-romaine étaient intrinsè­quement incompatibles avec le druidisme puisque celui-ci fonctionnait selon une dualité entre le druide et le roi ; le druide étant le détenteur initié de la connaissance, de l’autorité spirituelle, responsable du savoir, intermédiaire entre les dieux et les hommes représentés par le roi, qu’il conseille ; ce dernier étant pour sa part le détenteur élu de l’autorité temporelle, garant de la cohésion sociale, qui met en application les conseils du druide ou les sentences de justice qu’il a édictées.  

Certains principes du druidisme resteront toutefois véhiculés, plus ou moins discrètement, dans les traditions chrétiennes d’autant que si les derniers druides sont devenus évêques, les bardes ont continué à véhiculer dans la tradition populaire des milliers de chants et des centaines de contes transmettant leurs valeurs philosophiques. Citons à ce propos la triade bardique des cercles concentriques, figurés sur la croix celtique, de diamètres respectifs 81, 27 et 9 : cercle de Keugant (le chaos, le néant où seul Dieu peut subsister), cercle d’Abred (le destin, l’exis­tence terrestre, la renaissance de la mort en fonction de l’existence précédente) et cercle de Gwenwed (la renaissance de la vie, la libération des cycles de réincarnation, la béatitude près de Dieu).  

Au VIème siècle, trois points méritent à mon sens d’être relevés :  

- en 529 : au mont Cassin, Benoît de Nursie érige un couvent sur l’emplacement d’un temple d’Apollon (et peut être ancien lieu de culte de Mithra). Il énonce la règle bénédictine qui, aux obligations de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, ajoute les principes du travail intellectuel et manuel. Le moine doit obéis­sance à l’abbé (le père de la communauté, chargé d’interpréter la règle) et fait voeu de stabilité, c’est à dire de ne jamais quitter le couvent qui est isolé du monde par la clôture, mais reste en contact avec lui par le lien de l’hospitalité. Le troisième voeu est celui de la "conversion des moeurs", par lequel le moine abandonne son ancien mode de vie. La communauté monastique est liée par le respect dû aux anciens par les jeunes, et à l’affection accordée aux jeunes par les anciens. L’abbé (élu) était communément appelé “vénérable frère” ou “vénérable maître” ; il sera l’archétype du maître d’oeuvre médiéval, qui guide l’alliance entre le travail de la matière, l’intelligence de la main et l’intensité de la foi afin que le travail ainsi sacralisé devienne une prière et une glorification.  

- en 563 : saint Colomba (Colmcille), issu de la noble famille irlandaise des O’Neill, arrive en Écosse après avoir fondé une demi-douzaine de monastères en Irlande. Le moine établit une communauté sur l'île d’Iona, d’où diffusera le christianisme celtique en Écosse. Une légende dit que deux ans plus tard, il sauva miraculeusement un homme de l’emprise d’un monstre sorti des eaux noires du Loch Ness (il faudra ensuite attendre 1933 pour que “Nessie” redevienne un sujet d’intérêt pour les riverains du loch). L'église irlandaise prônait un ascétisme fondé sur une triple acception du "martyre" : martyre blanc (séparation d'avec les proches et la société, voyages d'évangélisation) ; martyre vert (travail dans la pénitence et le repentir)  ; martyre rouge (soumission à la croix et à l'adversité).  

- en 590 : saint Colomban (Colombanus), un irlandais éduqué à l'abbaye de Bangor, fonde le monastère de Luxeuil (évocateur du dieu solaire Lug) sur le site d’un ancien temple de Diane, près de Mulhouse. Il contribuera à la diffusion du christianisme celtique en Bourgogne, en Autriche et en Lombardie. Au IXème siècle, son disciple le moine Ermenrich de Saint-Gall rappellera : “nous ne devons omettre de parler de l’Irlande, car c’est de là que nous vint une grande lumière”.  

Cette même année ; saint Grégoire le Grand devient le premier d’une longue lignée de papes, politiques et juristes, qui exerceront le pouvoir sans apporter d’évolution théologique significative. Il instituera toutefois la liturgie (dans laquelle il introduira les harmoniques du chant grégorien), organisera l’évangélisation de la Grande Bretagne… et tentera de s’opposer au christianisme celtique diffusé par saint Colomban.  

En 627, le prince Edwin de Northumberland réunit un parlement qui aura pour mission de rédiger des lois et concéder des chartes. On peut noter que treize ans plus tôt, reconnaissant la qualité des travaux effectués par les bâtisseurs de l’époque, le pape Boniface IV avait affranchi les maçons de toutes les charges locales et délits régionaux, afin qu’ils puissent se déplacer facilement et à peu de frais. En Grande-Bretagne, les anciennes collegiae  romaines avaient disparu, mais leur influence se serait partiellement maintenue au travers de la secte des culdéens (colitores Dei , les serviteurs de Dieu), inspirés par saint Colomba, surtout répandus en Irlande et en Écosse où ils vivaient par communautés de douze membres sous l’autorité d’un abbé élu. Leur rite différait de celui de Rome sur divers points (date de Pâques, tonsure, consécration épiscopale, baptême, mariage des prêtres, utilisation du gaélique), ce qui leur vaudra quelques conflits avec les bénédictins.  

Ils reconnaissaient la prééminence du pape, mais pas son autorité car selon saint Colomba “le Pape n’est pas celui qui détient les clefs de la vérité absolue et dont les paroles portent le sceau du Saint-Esprit. C’est un évêque, un homme faillible que l’on peut con­seiller ou blâmer. Au dessus de l’autorité de Rome, il y a celle de la vérité ”.  

Il est très probable que les descendant des druides et bardes celtiques aient perpétué certaines de leurs traditions sous le couvert du christianisme celtique d’origine irlandaise, qui se développera en Écosse, au Pays de Galles et en Cornouaille (l’Angleterre proprement dite ayant été évangélisée par l’Église romaine). On dit que dans l’ancienne capitale celtique irlandaise de Tara (près de Dublin), nul n’était admis s’il ne connaissait un art et qu’à Tara, la salle des banquets rituels était dénommée “demeure de la chambre du milieu  “. Lors des réunions de bâtisseurs, les participants auraient porté un tablier ; si l’un d’entre eux interrompait celui qui avait la parole et refusait de se taire, son tablier était tranché en deux et il ne pouvait être réadmis qu’après avoir refait un nouveau tablier.  

La désignation des hauts-rois de Tara procédait d'un rituel précis, dans lequel le candidat devait en particulier franchir deux pierres levées qui "s'écartaient" pour livrer passage à son char, puis son nom devait être proclamé par une troisième pierre levée (Lia Fail ,  la Pierre de la Destinée).  

En Écosse, après plus de trois siècles de batailles incessantes, le royaume scot de Dalriada (qui a donc été fondé par des celtes irlandais) prend l’ascendant sur les Pictes. En 835, Kenneth Mc Alpin s’établit à Scone comme monarque de toute l’Écosse, qui devient royaume d’Alba (et plus tard Scotia). C’est sur la Pierre de Scone que seront ensuite traditionnellement sacrés les rois d’Écosse. Selon certaines des multiples légendes qui entourent cette pierre, il s’agirait de la pierre de Jacob, apportée en Irlande par la princesse Tephi, fille du dernier roi de Juda, à l’époque du prophète Jérémie. Le prince Eochaid d’Ulster aurait renoncé au culte de Bel pour épouser Tephi, et aurait été sacré roi d’Irlande sur cette pierre. Elle aurait ensuite servi au sacre des rois d’Irlande à Tara, puis aurait été conservée dans l’île d’Iona jusqu’à ce que Fergus Mor McErc, devenu roi d’Écosse, la transporte à l’abbaye de Scone autour de l’an 1000. Plusieurs géologues contemporains ont relevé qu'aucune carrière ne correspond à la pierre de Scone dans les régions de Tara ou d'Iona ; par contre, on trouve des gisements de ce type à Béthel, près de la Mer Morte.   

Rappelons ici que selon la légende, la première Grande Loge a été fondée à York en 926 par le prince Edwin, géomètre et maître d’oeuvre, qui aurait colligé tous les actes et écrits se rapportant à la maçonnerie afin de rédiger des constitutions qui auraient commencé en évoquant le “Grand Architecte du ciel et de la Terre, la fontaine et la source de toute bonté qui bâtit de rien sa construction visible ”. Edwin aurait reçu à la même époque une charte de liberté de son père adoptif, le roi Athelstan, pour développer la fraternité. Edwin et son père auraient aussi défini les symboles fondamentaux de l’ordre : une équer­re en or, un compas en argent aux pointes d’or, et une truelle en argent. Au Xème siècle, on trouve bien une évocation des guildes anglaises, où il est question de ban­quets men­suels au cours desquels se discutaient les questions liées au groupement. Pour être admis, il fallait être citoyen de la ville, être de bonne conduite et de moeurs régulières, acquitter des droits d’entrée et se soumettre à un apprentissage (généralement sept ans). Les dirigeants étaient élus lors d’assemblées plénières, géraient toutes les affaires de la corporation et y rendaient la justice. Les membres ne pouvaient pas s’affilier à une autre ligue, étaient tenus de mettre en commun leurs affections et leurs haines, et devaient venger toute insulte faite à un des frères comme si elle avait été faite à tous. A la mort d’un frère, chaque membre devait offrir un morceau de bon pain et prier pour le salut de son âme.  

Un siècle plus tard, en 1109, Étienne Harding devient abbé de Cîteaux. Ce descendant des Vikings aurait été initié au celtisme en Bretagne avant de suivre les enseignements des maîtres de Laon, Reims et Paris. Féru d’ésotérisme, il a également été influencé par l’école kabbalistique de Troyes, toute proche, où Rachi l’aidera à entreprendre une recopie de la Bible, comportant 290 corrections fondées sur les textes hébreux (ce qui explique peut être le goût prononcé dont témoignera saint Bernard pour le texte très symbolique du Cantique des Cantiques).  

Certains auteurs ont remarqué que cet intérêt d’Harding pour la Bible coïncide étrangement avec le retour de Terre Sainte du comte de Champagne, qui rejoindra quelques années plus tard l’Ordre templier.  

Bernard de Fontaine entre à Cîteaux en 1112, à l’âge de 21 ans, Étienne Harding lui révélant la voie mystique. Il quittera l’abbaye 3 ans plus tard, choqué par la trop grande magnificence des églises dépendant de Cluny. Il devient le premier abbé de Clairvaux et se met en devoir de réformer l’ordre cistercien, dont l’architecture devra désormais être extrêmement dépouillée. Sur le plan théologique, Bernard admettait trois degrés pour s’élever vers Dieu : la vie pratique, la vie contemplative et la vie extatique. Il disait de Dieu : “comme toutes choses sont en Lui, Il est aussi en toute chose  (...) Dieu n’a point de forme, Il est la forme, Il n’est point corporé, Il est purement simple “. Quant à la méthode : “... rentre dans ton coeur et apprend à connaître ton esprit  (...) apprend par la connaissance de ton esprit à connaître les autres esprits. Voilà l’entrée, la porte par laquelle on entre dans les choses intimes, l’échelle par laquelle on s’élève aux choses sublimes ”. Et encore : “... connais ta propre mesure. Tu ne dois ni t’abaisser, ni te grandir, ni t’échapper, ni te répandre. Si tu veux conserver la mesure, tiens-toi au centre. Le centre est un lieu sûr : c’est le siège de la mesure, et la mesure est la vertu”.  

C’est ainsi que les abbayes cisterciennes furent le berceau de l’art du Trait, application de la géométrie euclidienne à l’architecture sacrée, constitué d’un ensemble de ”secrets” de métier permettant de tracer les figures géométriques élémentaires à l’aide de règles, d’équerres et de compas.  

C’est dans ce contexte que sera créé l’Ordre du Temple en 1118, et l’on note que parmi ses fondateurs se trouve André de Montbard, qui n’est autre que l’oncle de saint Bernard.  

C’est aussi dans ce contexte qu’en 1124, le celte David 1er fonde le premier véritable royaume féodal d’Écosse. Son règne sera marqué par la pénétration dans le pays de chevaliers normands et flamands, ainsi que de moines cisterciens. Ce roi confie la garde de la vallée d’Anna à un chevalier normand, un certain Robert de Brus (assimilé à un descendant de Robert de Bruges, qui aurait accompagné Mathilde de Flandres et son mari, Guillaume le Conquérant). Il crée par ailleurs la charge héréditaire de régisseur (steward) royal, attribuée à Alan Fitz Alan (ce sera l’origine des Stuart) ; et l’emblème du clan Steward sera constitué par un oiseau nourrissant sa couvée, avec la devise“ Virescit vulnere virtus”.  

En 1126, le comte Hugues de Champagne, donateur de Clairvaux, rejoint l’Ordre du Temple. Deux ans plus tard, au concile de Troyes, saint Bernard remet à vingt-sept chevaliers Templiers leur Règle monastique ; l’année suivante verra la constitution de trois prieurés, comptant chacun vingt-sept chevaliers. Le recrutement des Templiers prend une grande ampleur, les dons pécuniaires et fonciers affluent de toute part. En quelques mois, les Templiers s’installent ainsi en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Espagne et au Portugal.  

Vous comprenez ainsi pourquoi il m’a semblé intéressant de mettre l’accent sur Saint Bernard, qui semble avoir été une sorte de pivot entre le christianisme irlandais, implanté à la fois en Ecosse et dans l’esprit d’Etienne Harding, le maître à penser de celui qui donnera sa Règle à l’Ordre Templier…

Ne faisons toutefois pas de Saint Bernard notre héros. Ainsi, en 1140, au concile de Sens, il fait condamner les thèses de Pierre Abélard. Il reprochait à ce précurseur de Descartes de fonder sa foi sur le doute méthodique, et de penser que le bien et le mal sont à considérer du point de vue de la conscience humaine, éclairée par l’amour de Dieu. Abélard estimait que la raison est plus efficace que le bûcher pour convertir les hérétiques, et prêchait la tolérance religieuse. Philosophe réputé en son temps, l’histoire retiendra surtout sa tragique histoire d’amour avec Héloïse…  

Une autre anecdote : c’est à Clairvaux qu’en 1143, l’archevêque irlandais Malachie aurait rédigé les 112 devises pontificales, résumant la destinée des papes à venir. Si l’on admet leur authenticité (elles ne furent publiées qu’en 1673...) et surtout leur caractère prophétique, Benoît XVI sera l’avant-dernier pape, précédant le retour de Pierre le Romain ; ce cycle de 888 ans (nombre du Christ) débuté en 1144 devrait donc se terminer en 2032.  

Mais on dit aussi que Saint Malachie aurait été l’un des derniers héritiers directs du christianisme celtique des culdéens ; il aurait transmis son savoir à Étienne Harding et à saint Bernard, dont il fut très proche. C’est également lui qui a fondé en 1142 la première abbaye cistercienne irlandaise (Mellifont, la "fontaine de miel"…).  

Dernière anecdote pour ce 12èmesiècle : c’est en 1182 qu’apparaît le Perceval ou le Conte du Graal  de Chrétien de Troyes, qui associe les traditions celtiques (Irlande, Avalon) au christianisme. A noter que Perceval y est d’emblée décrit comme le “fils de la dame veuve”… On sait que mis en présence du Graal dans le château du roi pêcheur, mais refusant de transgresser le conseil de silence donné par son maître en chevalerie, il s’abstiendra de poser la question qui lui aurait permis d’accéder à la royauté du Graal. Il ne pourra dès lors y parvenir qu’au terme d’une longue et éprouvante quête initiatique.  

Le thème sera repris une trentaine d’années plus tard dans le Parzifal du chevalier Wolfram von Eschenbach, qui y développera la symbo­lique alchimique du Graal. Il est savoureux de noter qu’il débutera son oeuvre de vingt-cinq mille vers en affirmant “je ne suis pas un savant, je ne sais ni lire ni écrire”…  

L’existence d’une franc-maçonnerie opérative est désormais incontestable ; on en trouve des traces à Londres en 1212, à Magdebourg en 1215, et en 1221 sur le chantier de la cathédrale d’Amiens.  

Au cours du 13èmesiècle, des idées nouvelles se répandent, véhiculées par les alchimistes ou les kabbalistes. Grégoire IX réplique en instituant la Sainte Inquisition Romaine et Universelle, qui ne sera officiellement abolie qu’en 1965. Thomas d’Aquin s’inspire d’Aristote pour s’opposer à l’averroïsme et à l’école franciscaine, défendant la primauté du sens littéral de la Bible et fondant la doctrine catholique qui restera prédominante jusqu’à nos jours.  

En 1286 s’éteint la première dynastie royale écossaise, qui était donc d’origine celtique irlandaise.  

Ce sera l’origine de plusieurs décennie de guerre entre écossais et anglais, marquée par des personnalité comme James le Stewart, William Wallace et Robert le Bruce.  

Devenu roi d’Écosse en 1306, il est immé­diatement excommunié par Rome, qui craignait probablement la résurgence d’une église celtique. La guerre contre Édouard 1erse poursuit, on observe que Robert le Bruce apprend progressivement à éviter les batailles rangées, préférant les escarmouches (ce que les Templiers avaient appris au contact des sarrasins de Terre Sainte). Dans les années qui suivent, la discipline s’organise, des armes et du matériel arrivent d’Irlande (forcément en transit depuis le continent puisque l’Irlande n’avait pas d’industrie militaire).  

Le vendredi 13 octobre 1307, Philippe le Bel ordonne l’arrestation de tous les Templiers français. Nombre d’entre eux ont pu échapper à la rafle et se réfugier à l’étranger. Les Templiers restants se sont rendus sans résistance mais nul ne trouva trace du trésor ni des archives de l’Ordre. La flotte des Templiers s’est également volatilisée, et il n’est pas impossible qu’une partie ait pu rallier l’Écosse via les grands ports de commerce irlandais de l’époque (Limerick et Galloway).  

A noter que la Bulle de dissolution de l’ordre templier ne fut pas rendue publique en Écosse puisque, Robert le Bruce ayant été excommunié, elle n’avait pas cours sur ses terres. Une légende, affirme même que l’ancien maître de la province templière d’Auvergne Pierre d’Aumont se serait réfugié en Écosse avec deux commandeurs et cinq chevaliers, après s’être déguisé en maçon et avoir changé de nom (pour s’appeler Mac Benac ). Avec George Harris, grand commandeur templier d’Hampton Court, il aurait décidé de maintenir la tradition de l’Ordre sous une forme secrète, en adoptant les symboles et les emblèmes de la maçonnerie.  

Quoi qu’il en soit, après la victoire écossaise de Bannockburn sur les anglais, la fille de Robert le Bruce épouse le fils de James Stewart, tandis que son frère débarque en Irlande où il se fait couronner roi.  

C’est ainsi qu’en 1371 : le petit-fils de Robert le Bruce montera sur le trône d’Écosse sous le nom de Robert II Stewart, et fondera la dynastie des Stuart.  

Là encore, il m’a semblé utile de mettre l’accent sur les relations étroites qui ont uni pendant plusieurs siècles l’Irlande et l’Ecosse.  

Je saute allègrement 400 ans.  

La franc-maçonnerie s’est largement développée en Ecosse, en Angleterre, en France et en Allemagne, mais je n’ai pas grand-chose à dire de l’Irlande pendant cette période.  

Nous arrivons à la fin du XVIIe siècle,  et il faut tout de même dire quelques mots du roi d’Angleterre Jacques II Stuart, qui vient d’avoir un fils en 1688 et qu’il compte bien élever dans la catholicité. Le parlement réagit en proposant le trône à Marie, fille de Jacques et épouse de Guillaume de Nassau, prince d’Orange, chef des protestants néerlandais et ennemi du roi catholique Louis XIV. Marie accepte et débarque en Angleterre. C’est la Glorious Revolution  anglaise, qui entraîne la chute du roi Jacques II et prépare l’installation de la monarchie hano­vrienne orangiste.  

Jacques II se réfugie à Saint Germain en Laye accompagné de six régiments qui auraient chacun eu leur loge : Royal Écossais, d’Albany, O’Gilwy, Dillon (régiment irlandais dont certains officiers seraient à l’origine de La Bonne Foi, fondée vers 1700), Gardes Écossaises et Walsh Irlandais (au sein duquel serait née La Parfaite Égalité, dont le Grand Orient de France a admis en 1777 que ses constitutions dataient de 1688).  

Ce sont les plus anciennes mentions que j’aie pu trouver d’une franc-maçonnerie irlandaise.  

 C’est aussi à Saint Germain qu’aurait été installée la Loge Mère Stuardiste du Rite Jacobite, à laquelle aurait appartenu le chevalier de Ramsay. Cette maçonnerie jacobite aurait pratiqué un degré de Maître Écossais de Saint-André, fondé sur le retour de l’exil à Babylone et la reconstruction du Temple par Zorobabel (ce rituel à double sens aurait permis d’évoquer la restauration des Stuart sur le trône d’Angleterre). Sans anticiper ce que nous diront de prochains conférenciers, on peut aussi noter que le chevalier de Ramsay, fut l’exécuteur testamentaire de Fénelon et le précepteur du fils de Jacques II d’Angleterre, c’est à dire du chevalier de Saint-George, prétendant déchu au trône, père de Charles-Édouard Stuart.  

En 1690, après avoir débarqué en Irlande et assiégé Londonderry sans succès, Jacques II et les catholiques sont à nouveau battus par Guillaume III d’Orange et retourneront en exil en France. Jacques II mourra à Saint-Germain en 1701,  laissant une veuve qui lui survivra dix-sept ans ; certains partisans jacobites en profiteront alors pour se dénommer “les enfants de la veuve”.  

Quant à Guillaume d’Orange, il se fera recevoir maçon en 1694 et présidera des assemblées à Hampton Court. La maçonnerie orangiste protestante se dotera ainsi de statuts supprimant toute référence à une Église, précisant : "votre premier devoir est d’être fidèles à Dieu et d’éviter toutes les hérésies qui le méconnaissent ”. Et en vertu de “l’acte d’établissement” de 1701 qui consacre l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre sous la forme d’une Grande-Bretagne, les princes de la maison de Hanovre accéderont au trône d’Angleterre et favoriseront l’épanouissement de la monarchie parlementaire.  

Revenons en Irlande, en 1710, pour l’anecdote de miss Élisabeth Saint-Léger . On raconte que la future lady Aldworth) s’était endormie dans une pièce contiguë à une loge, et qu’elle assista ainsi à son réveil à une tenue maçonnique. Surprise par son père, il fut décidé que la meilleure façon de garantir son silence était de l’initier, ce qui fut fait sur l’heure. Cette transmission (régulière puisqu’assurée par des maçons réguliers) indique qu’à l’époque pré-andersonienne, l’exclusion des femmes n’était pas un principe intangible, même s’il ne s’est agi en l'occurrence que de s’assurer de la discrétion d’un témoin involontaire.  

En 1717, quatre loges andersoniennes s’autoproclament Grande Loge de Westminster, ce qui marque conventionnellement le début de la maçonnerie dite « spéculative ». Huit ans plus tard, ce sera la fondation de la Grande Loge d’Irlande, qui sortira les jeunes loges irlandaises de la clandestinité.  

Le premier franc-maçon irlandais célèbre est Jonathan Swift (Dublin Lodge n° 16) qui publie en 1726  Les voyages de Gulliver. Doyen des chanoines de la cathédrale St Patrick à Dublin, il ne se priva toutefois pas de publier divers pamphlets contre l'Église, la politique et même l'Irlande. Il a consacré un tiers de sa fortune aux pauvres, et un autre tiers à la fondation d'un hôpital psychiatrique.  

En 1730, la Grande Loge d’Irlande se dote des Constitutions de Dublin , globalement basées sur celles d’Anderson mais en y ajoutant la Sainte-Trinité et les Devoirs “au nom de Jésus-Christ, notre seigneur et sauveur”.  L’invocation d’ouverture se faisait au très glorieux seigneur Dieu, Grand Architecte du ciel et de la terre  étant précisé lors des cérémonies d’initiation que le nouveau frère sera gratifié de la divine sagesse  afin qu’il soit capable d’éclaircir, au moyen des secrets de la maçonnerie, les mystères de la piété et du christianisme.  

La même année, dans un contexte marqué par de nombreuses « divulgations » (en particulier la Masonry Dissected  de Pritchard), la Grande Loge de Londres décide d’inverser les moyens de reconnaissance des premier et deuxième degrés afin de ne permettre l’accès des loges qu’aux maçons qu’elle juge réguliers.  

Dans la foulée, cette même Grande Loge de Londres (qui compte déjà plus d’une centaine de loges) commence à manifester des prétentions de supériorité vis-à-vis de la Grande Loge d’Irlande et des loges d’Écosse, se permettant d’émettre des doutes sur leur régularité. “L’inversion anglaise”, susceptible d’être jugée contraire à la tradition, n’a certainement pas contribué à améliorer leurs relations...  

Ce sont les prémices de la querelle des Ancients et des Moderns, qui va durer quelques décennies, d’autant que vont rapidement apparaître les premiers « hauts grades ».  

Dès 1743, on trouve en Irlande la première référence connue à la Royal Arch , portée par deux “Excellents Masons” lors d’une procession à la saint Jean d’hiver. L’année suivante, un ouvrage du Dr Dassigny consacré à la maçonnerie irlandaise évoque un grade de Royal Arch , qui était alors réservé aux anciens maîtres de loge (Passing the Chair ), et développera la redécouverte des secrets originels de la maçonnerie, ainsi que les attributs du “roi” Zorobabel, du prophète Aggée et du grand prêtre Josué.  

En 1750 apparaissent deux degrés maçonniques, "Prévôt" et "Juge" qui font référence aux "Harodims", les 3600 menatskhim  nommés par Salomon pour surveiller le chantier du Temple.  

Ces deux grades seront ultérieurement réunis avec le "Maître Irlandais", un degré pratiqué vers 1761 à la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon (autour de la saga biblique de Joseph) et qui deviendra le septième degré du REAA.  

Arrêtons nous un peu sur un personnage important : Lawrence Dermott, irlandais né en 1720 et initié en 1740 à Dublin, vénérable en 1746 avant d’être reçu au Royal Arch. Il rejoint la Grande Loge des Ancients en 1752 et en devient le grand secrétaire quatre jours plus tard ; il occupera cette fonction pendant vingt ans, avant d’être député grand maître. Sous son impulsion, les Ancients  intègrent l’Arche Royale comme extension des grades symboliques, ce degré étant jusqu’alors réservé aux passés-maîtres installés. En 1756, il publie Ahiman Rezon, équivalent des Constitutions pour les Ancients , ouvrage de 238 pages réédité à de multiples reprises et qui sera adopté par de nombreuses grandes Loges se réclamant des Ancients . Il y est précisé que “quiconque, par amour de la connaissance, pour le désir d’étendre son champ d’utilité ou pour tout autre motif vertueux désire devenir franc-maçon, doit être informé qu’il doit croire fermement dans l’existence de la divinité, et qu’il doit l’adorer et lui obéir en tant que Grand Architecte et Gouverneur de l’Univers. Les francs-maçons sont strictement astreints d’observer la loi morale et de fuir les voies de l’immoralité et du vice. Ils doivent également éviter les erreurs grossières du libre penseur, de la bigoterie et de la superstition. Ils doivent faire un usage convenable de leur raison personnelle en vertu de cette liberté par laquelle, en tant que maçons, ils sont faits libres d’en user mais non d’en abuser. Ils sont tenus d’adhérer aux grands principes essentiels de la religion révélée sur laquelle tous les hommes sont d’accord, alors que la façon et les formes d’adoration sont laissées à leur propre jugement. Il s’ensuit que les francs-maçons sont des hommes de bien et loyaux ; hommes d’honneur et de probité, hommes vertueux, quels que soient les noms qui aident à les distinguer. De par ce compte-rendu de la religion du métier, il ne faut pas supposer que la maçonnerie enseigne aux hommes à devenir indifférents envers la religion et l’état futur. C’est le contraire qui est vrai  (...) La bienveillance universelle est la plus grande aspiration morale. Elle constitue l’Étoile Polaire de la maçonnerie. Les influences sectaires et les disputes sont susceptibles de réduire cette gaie sympathie pour tout le genre humain, laquelle est le dessein que notre Ordre cultive et sert. Les disputes religieuses, et non la religion, sont bannies de nos loges  (...) En somme, la moralité et les devoirs religieux du maçon sont contenus dans ce commandement : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, et tes voisins comme toi même”.  

C’est sous l’impulsion de Dermott qu’en 1762,  la Grande Loge d’Irlande s’allie officiellement à la Grande Loge des Ancients  

Il faudra attendre 1773 pour que la Grande Loge d’Écosse imite celle d’Irlande et s’allie également à la Grande Loge des Ancients,  dans un contexte de conflit exacerbé entre ces derniers et les Moderns, la légitimité de la Grande Loge de Londres étant alors remise en cause par la moitié des maçons britanniques.

Laurence Dermott meurt en 1791 ; grâce aux liens étroits tissés avec l’Irlande et l’Écosse, et à l’expansion du Rite outre-mer, il aura donné à la Grande Loge des Ancients des assises suffisamment fortes pour que vingt-deux ans plus tard, l’Acte d’Union des Grandes Loges d’Angleterre (1813) soit négocié sur un pied d’égalité.  

C’est sans doute dans cette esprit que lorsque, le 31 mai 1801, le comte de Grasse-Tilly et John Mitchell fondent à Charleston le Suprême Conseil du Saint-Empire, premier Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la juridiction Sud des États-Unis, les maîtres maçons des deux grands systèmes rivaux y étaient indistinctement acceptés, quelle que soit leur religion.  

Un Suprême Conseil du REAA sera installé en Irlande en 1824, dont la régularité sera confirmée par le convent de Lausanne en 1875.  

Il restera partie prenante de la Déclaration de Principes de Lausanne alors que l’Angleterre et l’Écosse se retireront de la Confédération quelques années plus tard, considérant que le texte ne met pas suffisamment l’accent sur la notion de Dieu personnel.  

C’est néanmoins en concertation avec les Grandes Loges d’Irlande et d’Écosse qu’en 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre annonce qu’elle rompra toutes ses relations avec les obédiences qui ne respectent pas ses Principes fondamentaux pour la reconnaissance des Grandes Loges.  

Depuis, la Grande Loge d'Irlande est restée dans la mouvance de la GLUA ; elle regroupe aujourd'hui 45 000 membres répartis dans environ 900 loges (dont une centaine à l'étranger).

 

Source : Quatrième Cahier de la Loge de Recherche n° 1306 « Mare Nostrum » (GLDF)

avec la permission de l’auteur

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 06:41

 

"Corps et âme face à la mort selon la conception du Zohar" ou, comme j'aurais pu appeler autrement mon sujet, la dialectique de l'unification. Je m'apprête, en effet, à montrer que les concep­tions du Zohar sur le thème de la mort, qui paraissent à première vue extrêmement éclectiques, obéissent à une logique interne qui est celle du postulat fondamental du judaïs­me, à savoir l'unité de Dieu et, corrélativement, l'unité de l'homme fait à son Image. Or, pour arriver à l'unité, il faut partir de la multiplicité qui est notre expérience première, et engager un processus d'unifica­tion qui, par nature, ne peut être que dialectique, c'est-à-dire fondé sur la contradiction des proposi­tions de base. Ainsi, je partirai de la naissance de l'homme pour appréhender sa mort, les deux situations étant conçues par la pensée juive depuis l'époque talmudique comme parallèles.

Et je partirai des concepts complémentaires de l'âme et du corps dans le Zohar, de leurs tâches et de leurs destins di­vergents pendant la vie et après la mort, dont l'analyse paraît suggérer l'éclate­ment irrémédiable des éléments du composé humain, pour arriver à son unité.
En décrivant à travers la naissance, la mort et le sommeil les principaux moments de passage entre la vie physique et une autre existence dont le Zohar nous livre des visions précises, je voudrais arriver à une triple fin:
Premièrement, montrer de quelle manière la pensée du Zohar est ancrée dans son lieu d'origine et son époque, à savoir l'Espagne de la fin du XIIIe siècle. On y verra en effet le reflet des grandes controverses sur l'âme qui ont agité et le judaïsme et le christianisme pendant les dernières décennies de ce siècle ; on y retrouvera la cosmographie médiévale et, malgré un style pseudépigraphique tout à fait unique, qui tranche résolument avec les habitudes de son temps, des procédés rhéto­riques qui sont propres à celui-ci, comme, par exemple, la prédilection pour des séries analogiques.
En même temps, et c'est mon deuxième point, je voudrais montrer comment l'auteur du Zohar n'oublie jamais ses dettes vis-à-vis de la tradition juive, de quelle façon il la vivifie et l'approfon­dit de l'intérieur, sans jamais en contester les doctrines princi­pales, contrairement à certains courants de la philosophie juive médiévale. C'est ce qu'on verra à l'exemple de la discus­sion sur la résur­rection.
Enfin, troisièmement, je chercherai à dégager la grande origina­lité de l'approche du Zohar, qui réussit à travers des descrip­tions très concrètes du séjour de l'âme dans les mondes supé­rieurs et inférieurs, de sa séparation du corps pendant le sommeil et pendant la mort et de sa réunification ultime avec lui, à communiquer subtilement l'idée de l'unité de Dieu et de l'homme telle qu'elle se présente dans la doctrine des sefirot.
"Voici je mets devant toi aujourd'hui, la vie et le bien, la mort et le mal. »
Rachi explique succinctement ces paroles du Deutéronome par une adjonction éthique qui correspond à l'orientation de base de tout le judaïsme orthodoxe:
"L'un dépend de l'autre : si tu fais le bien, tu auras la vie ; si tu fais le mal, tu auras la mort."
La vie, finalité première de l'homme et récompense du juste, s'obtient par l'observance des préceptes de la Torah. La mort est la conséquence d'une vie mal vécue, non conforme au projet divin.
Le mort est ainsi considérée comme le mal absolu dans la tradi­tion juive, dont le Dieu est un Dieu vivant, et un coup d'oeil dans la Genèse nous rappelle qu'elle ne fait pas partie du projet initial de la Création.
Vis-à-vis de la mort, il y a effectivement deux attitudes possibles, et toutes les deux sont représentées dans le judaïsme médiéval.
L'une est celle des philosophes, qui considèrent que la mort est chose naturelle, parce que tout ce qui est sujet à naissance est aussi sujet à corruption. Le corps de l'homme qui, selon la croyance universellement admise de l'époque, est composé des quatre éléments antagonistes les uns aux autres, est ainsi destiné à se désagréger, et il n'y a pas lieu de s'en inquiéter, puisque la partie noble de l'homme, à savoir l'âme ou, selon le cas, l'intellect, sera de toute façon sauvée.
L'autre attitude est celle de la révolte : la mort est considérée comme un scandale, car elle nous rappelle de façon permanente que la Création a été lésée. C'est l'opinion de la Kabbale, pour qui la mort n'est pas naturelle et n'adviendrait pas s'il n'y avait pas de péché au monde. Le Zohar reprend à son compte, en le réinterprétant, le vieil adage talmudique selon lequel
«Il n'y a pas de mort sans péché, et pas de souffrance sans faute».
Cependant, tout en restant fidèle à la tradition, le Zohar confère une signification globale à cette opinion rabbinique en prenant la présence de la mort comme indicateur de l'état général du monde.
Pour les grands littéralistes que sont les kabbalistes , la mort constitue effectivement la pierre d'achoppement de toute leur doctrine. N'est-il pas dit que l'homme est fait à l'image de Dieu et que Dieu est Un ? L'unité de l'homme est ainsi corrélative de celle de Dieu. La mort est le signe évident de la rupture de cette unité. En introduisant la séparation entre le monde sensible et le monde spirituel, entre le physique et le métaphy­sique, elle entraîne une dénaturation de l'homme, qui était destiné non point à la rupture, mais à l'unification.
En effet, selon la conception des kabbalistes, la finalité de l'homme réside dans sa capacité d'unifier les mondes par un acte contemplatif et de parfaire ainsi la gloire divine. Dans le jardin d'Eden inférieur, où il avait été placé à sa création, Adam, le Premier Homme, méditait sur les réalités de ce lieu qui rendaient accessibles, en leur servant de support, les mystères de la divinité aux structures identiques. Par cette contempla­tion, les mondes étaient liés les uns aux autres, le monde de la Création au monde divin, et le Dieu révélé au Dieu caché, transcendant. Sur le plan symbolique, cet état de perfection trouvait son expression dans le fait que l'arbre de vie et l'arbre de la connaissance du bien et du mal ne faisaient encore qu'un, que le mal était intégré dans le bien et la mort n’avait pas d’exis­tence propre. En mangeant des fruits de l'arbre, en les séparant donc de leur tronc, AdamHarichon introduisit une rupture dans l'univers dont les conséquences, selon le double plan de la réflexion zoharique, se répercutent à deux niveaux. A celui de l'homme, où la rupture fait passer la frontière au coeur de son être. Désormais il connaîtra, tout au long de son exis­tence, l'antagonisme entre le bien et le mal comme deux voies antinomiques, et parallèlement, celui entre la vie et la mort à laquelle il devra céder une partie au moins de son être, son corps. Et puisque l'homme, en tant que microcosme, porte en lui la marque des événements qui se passent dans le monde supérieur, nous pouvons inférer que pareille rupture a eu lieu en haut, au sein même de la divinité, entre la partie de Dieu qui souffre avec l'homme et l'accompagne dans ses exils (la chekhina, pour les kabbalistes la sefira malkhut), et le Dieu transcendant, c'est-à-dire inaccessible à la réflexion humaine. La faute s'accompagne aussi d'une déchéance du langage et détruit le discours tant des mots que des choses, la voix, qui désigne la sefira Tiferet, étant désormais séparée de la parole, la sefira malkhut. C'est pourquoi l'univers ne nous parle plus que par intermittence, et la Torah même a dû revêtir un habit plus grossier pour se faire entendre des hommes.
Tel est l'état dans lequel la faute du Premier Homme a projeté le monde. Tout l'effort de la pensée zoharique tend à imaginer le processus de réparation de cette faute, processus qui correspond au périple complet de l'histoire humaine.
Le point de départ du problème que je viens d'esquisser, à savoir le décalage entre la situation réelle de l'homme mortel et le postulat de sa création à l'Image d'un Dieu Un et éternel, est commun aux deux religions qui se réclament de la Bible. Les tentatives de solution de ce problème ont été multiples, mais toutes s'appuient sur l'histoire de la Chute d'une part, et d'autre part sur les concepts différemment interprétés de l'âme et du corps, de leurs tâches et de leur dignité respec­tives.
Quelle est la nature de l'âme et quelle son origine ? Existe-t-elle en elle-même ou seulement en relation avec le corps ? Qu'en est-il de son immortalité? De sa préexistence ? De son unité ? De sa relation avec la divinité ? Telles sont les grandes questions qui avaient agité l'Europe - tant juive que chrétienne - depuis un siècle et demi déjà au moment de la rédaction du Zohar. L'ensemble zoharique, du Midrache ha-ne'elam jusqu'aux Tikkuné Zohar, porte la trace de ces discussions qui étaient «dans l'air», on les perçoit à travers des hésitations terminologiques et un appareil conceptuel qui ne paraît pas toujours parfaitement adapté au fond de la pensée. Ainsi, le Zohar a fait sienne la tripartition grecque de l'âme en âme végétative, animale et rationale en l'adaptant aux termes nefech, ruah et nechama de l'Aggada, tout en l'utilisant tantôt dans l'interprétation aristotélicienne du système, comme trois différentes facultés d'une âme unique, tantôt dans l'interprétation platonicienne, comme trois âmes ayant des origines et des destinées diverses. La philosophie juive utilisait cette tripartition déjà depuis Saadia Gaon dans les deux interprétations, selon l'orientation aristoté­lisante ou néoplatonicienne du philosophe qui l'employait, mais son adoption par la Kabbalah fut tardive, opérée probablement par Moshé de Léon lui-même en relation avec les kabbalistes dits «gnostiques» de Burgos. Il n'y a pas lieu ici d'aborder ce problème en détail. Retenons seulement que l'âme est triple dans le Zohar. Retenons également une dualité marquée entre l'âme et le corps : à maintes reprises nous trouvons la constatation que l'âme provient du trône de gloire et le corps d'une goutte pourrie ; et retenons, enfin, que le corps lui même est composé de quatre éléments qui, comme nous lisons,
"...se divisent dans le corps, car ils sont destinés à se séparer, chacun retournant à son fondement lorsque l'homme quitte ce monde-ci. »
Nous voilà mal partis pour l'unité de l'homme dont j'ai parlé au début. Mais c'est à partir de ces donnés justement que la dialectique du Zohar se construit, en prenant comme point de départ la sépara­tion à tous les niveaux.
Quand l'homme naît, il naît avec un corps et avec une âme. Ou plutôt: son corps et son âme commencent - et, comme nous verrons tout de suite, de façon incomplète - leur union fragile et passagère, qui a sa pré- et posthistoire et pourrait être considérée comme un intermezzo si son importance dans l'économie du salut n'était pas capitale.
"L'âme existe dans ce monde-ci dans le but de rectifier les voies du corps et afin de gagner du mérite à travers lui. « 
Voici, de façon lapidaire, tout le programme. Avant d'en arriver là, l'âme a déjà fait, depuis le début de la Création, un périple dans les mondes supérieurs que le Zohar nous décrit avec minutie. Issues de la Pensée divine, les âmes existent dans leur indivi­dualité, bien que sans consistance ontologique, depuis le Commencement.
"Depuis le jour où Dieu a voulu créer le monde, et même avant qu'il ne le créât réellement, toutes les âmes des justes étaient cachées dans la Pensée divine, chacune selon sa forme particulière propre. Quand Il créa le monde, elles prirent consistance et se tinrent indivi­duellement devant Lui dans les hauteurs des hauteurs. Puis il les logea dans le trésor du Paradis supé­rieur. « 
Dans ce trésor, elles volètent habillées de vêtements de lumière sous les traits qui seront les leurs dans le monde matériel. Juste avant de descendre dans un corps physique, l'âme passe trente jours dans le Paradis terrestre où elle apprend toute la Torah, qu'elle oubliera par la suite : voici la version zoharique de l'idée platonicienne de la réminiscence. Dans une , Dieu lui enjoint d'observer les préceptes et d'étudier la Torah, et ensuite on lui montre la Géhenne en guise d'avertissement. Le Zohar souligne que l'âme craint la descente dans le monde matériel et demande à rester à sa place. Et effectivement, la question se pose de savoir pourquoi elle devrait se rendre en un lieu où elle sera forcément exposée à des tentations et à des dangers. L'explication que les kabbalistes espagnols ont trouvée à ce problème a trait à la situation de rupture que Adam Harichon a créée en mangeant des fruits de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. L'idée fondamen­tale, qui sous-tend tout le raisonnement de la Kabbale, est que la réparation de la faute doit venir de ceux qui l'ont commise. Ainsi le juste, qui parmi tous les hommes en est seul capable, doit-il accomplir une double mission sur terre : il doit unifier en bas, c'est-à-dire rétablir le lien entre le Créateur et sa Création, et par là même unifier en haut, en ramenant la partie de Dieu qui est en exil avec les hommes, la chekhina, à son endroit propre. C'est pourquoi celle-ci prend l'âme à part avant sa descente dans un corps terrestre et la supplie de l'aider à retrouver son Epoux, par une conduite exemplaire capable de réunifier les mondes séparés. Puis, l'homme naît.
Il naît, comme j'ai dit, avec un corps et une âme; ou plutôt, comme j'aurais dû dire, avec un corps et une nefech, qui est le principe vital de l'homme et correspond, dans la terminologie médiévale, à l'âme animale, avec les variantes d'interprétation que nous verrons. Elle entre dans la mère avec le sperme et construit de l'intérieur le corps dont elle aura la charge. Sa finalité est de pourvoir aux besoins de celui-ci. Ainsi est-elle liée à lui dès sa naissance et ne le quitte jamais jusqu'à la mort. Les autres degrés de l'âme - ruah, l'esprit, et nechama, l'âme sainte, s'acquièrent progressivement avec l'âge et le mérite.
"Il y en a qui méritent une âme raisonnable (nechama), il y en a qui méritent l'éveil de l'esprit (ruah), et d'autres ne méritent que l'âme animale (nefech). « 
La nefech comprend en elle seule toutes les facultés nécessaires au fonctionnement humain et est ainsi le plus petit dénominateur commun de tous les hommes. Les deux autres degrés de l'âme sont le privilège de ceux qui ont su intégrer dans leur vie les voies de la Torah. La nechama correspond à la connaissance traduite en action juste, au jugement moral et à l'intuition divine. La ruah est une force intermé­diaire qui n'a pas, dans le corps du Zohar, de tâches particu­lières. Les trois degrés sont liés les uns aux autres comme les maillons d'une chaîne et agissent ensemble. Ainsi, la nefech reçoit l'illumination de l'esprit, celui-ci la reçoit de la nechama qui, à son tour, est reliée à son lieu d'origine, le monde divin.
"Viens et vois, l'individualité (nefech) c'est l'éveil de l'En-bas, qui est attaché au corps. Telle la lumière de la flamme : la lumière du bas qui est noire est en contact avec la mèche et ne s'en écarte pas, elle ne devient ce qu'elle est qu'ici. Suscitée par la mèche, elle prend la forme d'un trône eu égard à la lumière supérieure qui est blanche et réside au-dessus d'elle. Les deux lumières ensuite s'étant bien agencées, la lumière blanche devient le trône d'une lumière enfer­mée, inapparente et inconnaissable, de façon qu'elle repose sur la lumière blanche. La lumière est alors parfaite."
C'est donc à partir du corps (la mèche) que la lumière se construit, n'étant achevée qu'avec l'agencement de trois autres identités, dont l'une demeure inconnaissable. Nous voyons comment, dans l'univers zoharique, toutes les réalités sont échelonnées en degrés successifs qui servent chacun de support (de «trône») au degré supérieur. Il est ainsi possible d'appré­hender, à partir de chacun d'eux, la réalité suprême (la lumière enfermée, inapparente et inconnaissable) qui leur confère leur véritable identité.
Cependant, si les degrés se ressemblent par leur structure, ils se distinguent quant à leur matérialité et leur pureté respec­tives. C'est pourquoi l'âme sainte, la nechama, se sépare des autres degrés et se retire dans les mondes supérieurs si l'homme commet un péché. Commence alors un cercle vicieux de péchés succes­sifs pour celui-ci, car la nefech toute seule est exposée à la tentation ; elle n'a pas assez de force en elle-même pour combattre le mal. Le lieu où le combat se déroule est le corps.
"Chaque jour sans exception dans ce monde, les inclina­tions et les orientations de l'âme se querellent avec les inclinations et les orientations du penchant au mal, les unes contre les autres se disputent, tandis que pris entre elles, les organes du corps sont dans la peine, tendus entre l'âme et le serpent lorsqu'ils mènent leur guerre quotidienne."
Le mauvais penchant, rappelons-le, est identifié par la tradition juive à Satan et à l'Ange de la Mort. C'est donc la force de la destruction, libérée par la faute du Premier Homme et devenue en quelque sorte autonome, qui livre un combat à l'âme, l'enjeu du combat étant le corps. Celui-ci, en effet, est composé d'éléments antinomiques qui le tirent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Ainsi nous lisons dans un passage du Zohar que la sefira malkhut donne l'esprit au corps et ses anges les os et les membres, alors que l'Autre Côté, à savoir les forces du mal, donnent la chair, et ses cohortes, tendons et veines. Le ciel fournit la peau et enfin, ciel et terre s'unissent pour mettre en l'homme les quatre éléments présents en toute chose vivante. Le concept sous-jacent à cette description est encore une fois l'idée de l'homme comme microcosme.
"Tu ne trouveras aucun organe existant en l'homme qui n'ait sa contrepartie dans le monde. En effet, de la même façon que le corps humain est divisé en divers organes rangés par degrés successifs, ordonnés les uns aux autres, et qu'ensemble ils forment un seul corps, le monde est constitué des choses créées, qui en sont les multiples organes, subsistant les uns par les autres et une fois le tout organisé, c'est un vrai corps. Mais l'ensemble (corps humain et corps mondain) est à l'image de la Torah: celle-ci est entièrement composée de sections et de chapitres juxtaposés ; lorsqu'ils sont bien arrangés ensemble, ils deviennent un corps."
Cette citation montre quelle est la voie que le Zohar indique pour l'unification des plans que la faute du Premier Homme avait séparés : il s'agit de trouver un nouveau discours, puisque toute la Création est langage, ainsi que la Torah - encore faut-il savoir les lire. Et le moyen d'y arriver est précisément de faire de la Torah un corps en l'étudiant, de même que l'homme doit faire un corps du monde par son action juste.
Deux conclusions s'imposent ici : premièrement, que c'est nous qui conférons un sens à la vie, en formant un organisme à partir des réalités disparates que nous trouvons. Deuxièmement, cette citation nous fournit une indication précieuse sur le contenu global que le concept de corps recouvre dans le Zohar, et que nous chercherons à cerner de plus près.
En ce qui concerne le corps physique de l'homme, il n'est considéré a priori ni comme bon, ni comme mauvais par le Zohar, il est simplement l'endroit de la moindre résistance du composé humain, qui succombe plus facilement à la tentation que ses autres éléments. C'est pourquoi, dans certains passages, il est associé d'emblée à l'Autre Côté, et paraît comme mauvais en soi, voir irrécupérable. Cependant, cette opinion se trouve contredite par une autre selon laquelle le corps est fait d'après le modèle des sefirot, étant par conséquent le lieu d'accès privilégié au divin:
"«Ceci est la porte du ciel» (Gen. 28:17), c'est bien sûr la porte du corps, c'est une porte par laquelle se déversent les bénédictions dans l'en-bas, elle est accrochée en haut et elle est accrochée en bas. "
Le corps dont il est question ici est évidemment aussi bien celui du monde sefirotique que le corps physique de l'homme, et l'ambiguïté est voulue. Nous voyons dès maintenant de quelle manière le Zohar entreprend son oeuvre d'unification, et comment il réussit à ne pas tomber dans le piège du dualisme. Les trois opinions sur le corps (corps mauvais, irrécupérable - corps neutre, sauvable - corps instrument de la divinité) se confondent dans le Zohar et vont visiblement de pair aux yeux de l'auteur, selon le contexte où il les emploie. C'est seulement en le suivant dans son effort vertigineux de maintenir la tension entre les éléments contradictoires en vue d'une unification ultérieure, que nous comprenons comment chacun d'eux trouve enfin sa place. Le passage suivant rend compte de la dialectique de cette approche:
"«Il éprouve le juste» (Ps. 11:5). Pour quelle raison? Rabbi Siméon dit : Quand le Saint, béni soit-Il, désire un juste, «YHVH prend plaisir à l'écraser par la maladie» (Es. 53:10) (...). C'est que le désir du Saint, béni soit-Il, ne porte que sur l'âme et non pas sur le corps, car l'âme ressemble à l'Ame d'en-haut, tandis que le corps n'est pas digne de s'unir là-haut, bien que sa forme tienne du secret d'en-haut.
Le corps physique est donc bien le reflet du corps séfirotique, (il «tient de son secret»), mais son degré de matérialité le rend, en tant que tel, irrécupérable. Ce qui ne veut pas dire que le corps humain ne soit pas sauvable à un autre niveau. Cepen­dant, pour comprendre de quelle manière l'auteur du Zohar conçoit ce processus de récupération de tous les éléments du composé humain, il nous faut encore continuer un peu sur la voie de la sépara­tion.

En effet, l'union aléatoire du corps et de l'âme qui vient d'être établie à la naissance de l'homme est suspendue pour le Zohar, voire remise en question quotidiennement, pendant le sommeil - qui, pour cette raison, s'appelle aussi petite mort.
La nuit, tout comme la mort, est associée dans le Zohar à la fois à l'Autre Côté, c'est-à-dire au mal, et à la Chekhina ; à l'Autre Côté en tant que force de destruction qui opère dans l'obscurité, et à la Chekhina comme force de jugement, dont le règne est la nuit.
Car pendant la nuit, l'arbre de vie se sépare entièrement de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, qui devient par conséquent arbre de mort. Comme tous les hommes méritent la mort à cause de leurs péchés, la crainte est justifiée que l'âme ne soit pas rendue à l'homme qui a démérité, que la Chekhina la prenne de l'arbre de mort pour la juger définitivement. Mais le matin, le règne de l'arbre de vie reprend et l'homme se réveille. Ainsi, chaque lever est considéré comme une petite résurrection.
Pendant sa séparation nocturne d'avec le corps, l'âme est soumise à un jugement et doit justifier ses actes et pensées du jour. Attirée naturellement vers son lieu d'origine, elle entreprend un voyage dans les hauteurs, mais si elle n'est pas restée pure, les forces de l'Autre Côté s'emparent d'elle et jouent avec elle jusqu'au matin, lui racontant vérités et mensonges mélangés : voici une approche originale des rêves, qui sont interprétés, par le Zohar, comme des visions correspondant au mérite de chacun.
Si je me suis arrêtée longuement à la naissance et au sommeil, c'est pour bien faire comprendre que le Zohar ne conçoit la mort que dans un cadre de continuité, qu'il y voit un autre état d'existence et non pas un anéantissement - ce qui serait de toute façon étranger à la mentalité médiévale.
En effet, les descriptions détaillées de la mort que nous trouvons à plusieurs reprises dans le Zohar s'intègrent toutes dans la dialectique de la séparation du couple corps/âme et de sa réunification ultime sous des aspects qui seront encore à élucider.
Tout comme la naissance, la mort est décrite comme un processus, elle est progressive et n'atteint pas toutes les parties du corps et de l'âme au même moment - ce qui est d'ailleurs une intuition étonnamment moderne. Et tout comme le sommeil, la mort est considérée sous la perspective du jugement, un jugement à plusieurs phases, dont le début se situe à Roch Hachana (le Nouvel An), quand Dieu décide qui va mourir dans l'année. Cette décision est toujours prise en fonction des actes que l'homme a commis et parfois même qu'il va encore commettre ; le Zohar connaît en effet l'idée d'une mort protectrice contre les péchés futurs. Générale­ment cependant, il s'agit de ceux commis dans le passé, qui provoquent un lent épuisement de la sainteté chez l'homme et l'entraînent irrévocablement du côté de la mort:
"Viens et vois : tant que les jours de l'homme tiennent dans les degrés supérieurs, il subsiste en ce monde, dès qu'ils ne s'y maintiennent plus, il en sort et descend en bas, si bien qu'il s'approche du degré où réside la mort. C'est alors qu'elle prend la permission de faire partir l'âme. Elle traverse le monde d'un seul vol, se saisit de l'âme et souille le corps qui reste impur. Heureux les justes qui ne se sont pas souillés et en lesquels ne demeure aucune impureté."
La deuxième phase du jugement se situe lors des trente derniers jours de la vie de l'homme, quand les liens entre l'âme et le corps commencent à se relâcher. Il y a alors un va-et-vient de l'âme dans le corps qui fait que l'homme n'en a plus la maîtrise complète. Au moment de l'agonie, l'homme doit répondre de ses actes. Comme tout ce qu'il a fait ici bas, il l'a fait avec son corps et son âme, c'est-à-dire cette partie de l'âme qui est son principe vital, la nefech, les deux sont jugés ensemble. Le Zohar se trouve sur ce point dans la droite lignée talmudique, dont il intègre d'ailleurs la célèbre parabole de l'aveugle et du paralysé, qui avaient commis un larcin ensemble, le paralysé étant juché sur les épaules de l'aveugle, et qui sont jugés pour leur méfait exactement dans cette configuration. Ensuite, l'angoisse de la séparation secoue l'homme comme une tempête, et la mort l'envahit membre par membre. Pendant ses derniers instants, l'homme a des visions qui dépassent tout ce qu'il a pu connaître lors de sa vie. Ainsi, l'heure de la mort n'est pas seulement l'instant où l'homme perd ses facultés et s'éteint, mais égale­ment une heure d'éveil où il est doué d'un esprit supplémentaire. Il reçoit la visite de parents ou d'amis morts avant lui, qui se réjouissent de sa venue si sa vie a été juste, et s'attristent dans le cas contraire. Il voit Adam Harichon, le Premier Homme, qui avertit le mourant de la gravité de sa situation, puisque Adam avait transgressé un seul commandement (aux conséquences que l'on sait), alors que tout homme mortel en a transgressé beaucoup plus. Cette vision est destinée à lui ôter l'illusion qu'il meurt à cause de la faute du Premier Homme plutôt qu'à cause de ses propres transgressions

. Il voit aussi l'Ange de la Mort et, au moment de sa plus grande terreur, il a une vision de la Chekhina. L'âme irrésistiblement attirée vers son lieu d'ori­gine, quitte le corps à ce moment-là, et une nouvelle séparation commence.
L'âme sainte, la nechama, retourne dans les hauteurs : l'Ange de la Mort n'a pas prise sur elle. Elle est par définition sans faute, n'étant avec l'homme que s'il la mérite, et échappe à tout jugement. La nefech, par contre, reste attachée au corps et mène le deuil sur lui:
"Pendant sept jours, la nefech de l'homme visite son corps et mène le deuil sur lui, selon ce qui est marqué: «Pour lui seul souffre sa chair, pour lui seul son âme est en deuil» (Job 14:22)."
Ce deuil, le Zohar le décrit ainsi:
"«Je suis malade d'amour», de ce désir et de cette convoitise que j'ai entretenus dans le monde sur toute chose, c'est pourquoi je suis malade. Rabbi Juda dit: Cet amour, c'est celui que l'âme porte au corps."
Dans la tombe, l'âme est encore une fois réintroduite dans le corps pour être jugée. A la suite de ce jugement, appelé din ha-kever ou hibbut ha-kever, la nefech est punie pour les transgres­sions commises lors de la vie de l'homme. Pendant toute la première année, jusqu'à la décomposition complète du corps, elle ne cesse d'y revenir - d'où la possibilité pour les morts de communiquer avec les vivants pendant un certain temps après leur décès. Là aussi, des motifs talmudiques ont été repris sans trop de changement . L'esprit - ruah - rend visite à l'âme animale lors de cette année. Selon certains textes, il est également puni, mais au bout d'un an, il entre dans le paradis terrestre.

Comme nous le verrons plus en détail, l'âme des pécheurs est purifiée pendant douze mois dans le feu subtil de la Géhenne, ensuite elle est sauvée. Seulement quelques âmes irrécupérables sont consumées entièrement . Les âmes de ceux qui n'ont pas respecté le commandement primordial de la procréation doivent recommencer un séjour terrestre dans un autre corps :
"Ceci se compare à un homme qui plante un arbre. Il s'aperçoit que son arbre ne produit rien. Aussi le déplace-t-il et le replante-t-il ailleurs. Et ceci à plusieurs reprises. Comme il est dit : tout cela Dieu le fait trois fois chez un homme (Job XXXIII, 29)."
L'idée de la migration des âmes était en effet acceptée, par la première Kabbale, comme punition pour certains péchés bien précis, mais elle n'y était pas considérée comme une loi univer­selle. Se référant au même verset de Job, les Kabbalistes de Gérone la limitaient déjà à trois réincarnations. Le Zohar traite le problème également de façon restrictive dans le sens de la citation ci-dessus, et réussit ainsi à unir sans trop de peine les concepts ordinairement contradictoires de la rétribution en enfer et de la transmigration. Seulement dans les parties intitulées Ra'ya Mehemna («Le berger fidèle») et dans les Tikkuné Hazohar, rédigés plus tard que la partie principale, celle-ci prend une importance capitale. Leur auteur y va même jusqu'à imaginer des réincarnations séparées pour les différentes parties de l'âme. Pour ce qui est de la résurrection des corps, dont le judaïsme traditionnel a toujours fait une doctrine essentielle, la question se pose quant au sort des différents corps ayant servi d'hôte à une seule âme:
"Rabbi Ezechias dit: Si tu prétends que tous les corps qui sont au monde se relèveront et se réveilleront de la poussière, qu'en sera-t-il des multiples corps où une seule âme a été implantée ? Rabbi Yossi répondit: Les corps qui auront démérité et échoué sont comme s'ils n'avaient pas existé, de même qu'ils furent des arbres secs dans ce monde-ci, de même ils le seront dans ce monde-là; mais le dernier corps où l'âme aura été implantée et qui aura réussi, celle-ci y ayant pris racine convenablement, ressuscitera."
Cependant, le retour de l'âme sur terre n'étant pas de règle, le principal effort du Zohar vise à suivre le cheminement des âmes après leur séparation du corps. Toute une topographie transcen­dentale est mise en oeuvre pour décrire leur séjour dans les mondes inférieurs et supé­rieurs. L'architecture de ces mondes, qui s'inspire à la fois de la cosmographie médiévale reposant sur la conception ptoléméenne de l'univers et de la littérature des Hekhalot, n'est pas aisément saisissable, bien que leur structure nous soit en grande partie familière: nous en retrouvons des traits essentiels, par exemple, dans la Divine Comédie de Dante, rédigée à peine quelques décennies plus tard. Tout comme dans le grand poème chrétien, il y a dans le Zohar un paradis terrestre auquel on accède par un endroit isolé, déser­tique et rocailleux de la terre et qui est une réplique du paradis supérieur. De la même manière, on peut se rendre dans la Géhenne qui est organisée en cercles (sept dans le Zohar, neuf chez Dante) correspondant à la gravité des péchés commis selon la conception des deux religions. Le classement du Zohar est à la fois traditionnel, reprenant des motifs talmudiques et d'autres de la littérature des Hekhalot, et personnel, le judaïsme ne connaissant ni dogmes ni péchés capitaux. Mais la démarche est la même dans les deux œuvres : elle reflète l'effort de saisir l'économie philoso­phique et morale du monde des réprouvés, qui est comme la représentation inverse du monde des justes. Un autre point commun est l'exis­tence de limbes jouxtant à la fois le Paradis et la Géhenne et hébergeant ceux qui n'ont pu se conver­tir à la vraie foi, les sages et les justes d'autres religions.
La comparaison pourrait être menée plus loin. Elle est ici hors propos, ne devant servir qu'à illustrer de quelle manière l'univers du Zohar est construit à partir d'éléments communs à tout l'Occident médiéval. L'essen­tiel de ses conceptions se trouve cependant dans des idées qui n'ont leur pendant nulle part ailleurs que dans la Kabbale et qui, comme nous le verrons, ne se livrent pas toujours facilement à l'imagina­tion de lecteurs habitués à un autre milieu linguis­tique. Examinons donc ce qu'il y a de spécifique dans la vision zoha­rique des mondes non physiques, en commençant par le plus extérieur, à savoir la conception de la Géhenne:
"De même que le Saint, béni soit-Il, a créé un jardin d'Eden sur terre, Il a créé une Géhenne. Comme il a créé un jardin d'Eden en-haut, il a créé une Géhenne en-haut. (...) La Géhenne d'en-bas est destinée à ces méchants qui ont dédaigné l'alliance de la circoncision et qui n'ont pas mis leur confiance dans le Saint, béni soit-Il et dans Sa loi, ce sont eux les idolâtres qui sont châtiés par le feu. (...) La Géhenne d'en-haut est réservée aux criminels d'Israël qui ont transgressé les commandements de la Torah et ne se sont pas retournés par repentir, on les repousse au-dehors jusqu'à ce qu'ils subissent leur peine. Ils s'en vont errant à travers monde, comme il est écrit : «Tout autour circulent les méchants» (Ps. 12:9). Après quoi ils reçoivent là-bas (dans la Géhenne d'en-haut) leur sanction pendant douze mois. (...) Quant aux méchants des idolâtres, ils sont châtiés sans fin par le feu et par l'eau, ils ne se relèvent plus. (...)"
Nous voyons que pour le Juif - paradigme de l'homme dans toute sa responsabilité pour le Zohar, puisqu'il a accepté le joug de la Torah - le séjour dans la Géhenne est limité à un laps de temps extrêmement court (un an). L'idée de la rétribution est ainsi maintenue, mais elle n'est clairement pas l'essentiel. Le Zohar s'appuie ici sur une longue tradition qui se réfère à la célèbre Michna du Traité Sanhédrin, qu'il cite d'ailleurs quelques lignes plus loin:
"Ton peuple est tout entier composé de justes, pour toujours ils hériteront de la terre",
la terre étant, dans ce contexte, le monde à venir. C'est donc sur la rédemption, et non sur le châtiment que se concentre le Zohar. La description des peines subies par les méchants est d'ailleurs extrêmement succincte, elle se limite généralement à la couleur du feu par lequel ils sont purifiés. La topographie de la Géhenne reste floue, les «cercles» désignant plutôt des entités spiritu­elles que des lieux.
Quant aux mondes supérieurs, les difficultés de représentation sont d'une autre nature. Contrairement à ses développements sur la Géhenne, les informations qu'en donne le Zohar sont très exhaustives. Le lecteur est guidé à travers le monde de la Mercabah, le Char divin qui constitue le domaine des anges aux structures identiques à celles du monde séfirotique. Il traverse les sept Palais de Sainteté, qui sont les résidences des âmes, et reçoit un aperçu du jardin d'Eden en bas et du jardin d'Eden en haut.
"Dans l'En-haut logent sept Palais formant le secret de la suprême confiance; dans l'En-bas logent sept autres Palais pareils aux premiers, mais l'un d'entre eux est caché et reste en réserve dans l'En-haut. Tous ces Palais relèvent du Secret suprême car chacun comporte une ressemblance avec l'En-haut ainsi qu'une ressem­blance avec l'En-bas, en sorte qu'ils comprennent et la figure du secret de l'En-haut et la figure du secret de l'En-bas. Parmi eux se trouvait la demeure d'Adam. Après son renvoi du jardin d'Eden, le Saint, béni soit-Il, réserva ces Palais aux âmes des justes pour qu'elles y jouissent à leur convenance du rayonnement de la gloire suprême. Chacun de ces Palais est ajusté à l'En-haut ainsi qu'à l'En-bas, comme nous l'avons appris.
Il s'agit donc d'un univers de correspondances qu'on ne doit en aucun cas s'imaginer comme des mondes parallèles qui auraient chacun des sortes de doublets de tous leurs éléments constitu­tifs, produisant ainsi dans l'ailleurs des copies conformes. Il y a, en effet, ressemblance de structure entre les mondes selon la Kabbale, mais elle n'est pas schématique. Il s'agit plus de parentés entre les différents éléments et les différents plans, et de renvois de l'un à l'autre, que de reproduction. Ce qui rend les mondes supérieurs du Zohar si difficilement imaginables tient au langage qui sert à les décrire : leurs éléments de base sont en effet des entités à la fois concrètes et abstraites, et aucune différence n'est faite dans le traitement de ces deux catégories. Le changement de plan, ou ce que nous considérons comme tel, est continuel. Il correspond cependant à un fait essentiel de la tradition juive, qui veut que le même mot - davar - désigne «mot» et «chose». Ainsi voyons-nous lettres et colonnes, anges et âmes, prières, souffles et lumières, palais et fleuves et remparts se former et se désagréger, s'emboîter, se séparer, s'unir et s'élever:
"... Ce souffle remonte le courant de l'attachement produit par l'unification de la prière, qui unifie tout au point que toutes choses atteignent le troisième Palais, emboîtées comme au début : feu dans l'eau et l'eau dans le feu, souffle dans la poussière et poussière dans le souffle, Est dans l'Ouest et Ouest dans l'Est, Nord dans le Sud et Sud dans le Nord. Ainsi, s'attachent-elles toutes l'une à l'autre, s'unifiant l'une par l'autre et s'emboîtant l'une en l'autre."
Ou:
"Lorsque les Palais de l'En-bas et leur contenu s'élèvent, emportés par l'intention d'une prière pure, ces intendants ouvrent les portes, au point que tous les êtres se confondent, s'entrelacent et s'interpénè­trent : les intendants avec les intendants, les servi­teurs avec les serviteurs, les roues (ofanim) avec les forces de vie (hayot), la force de vie avec les roues ; au sein de ces roues les lumières sont dans les lumières, le souffle dans le souffle, si bien qu'ils finissent par s'introduire dans le souffle de ce Palais. En ce dernier est une enceinte pareille à de l'or étincelant où sont tenus en réserve d'innombrables guerriers qui ne s'élèvent et ne se couronnent dans l'En-haut qu'au moment où ils nouent des liens. Quand le Palais se déplace pour être couronné, ces guerriers surgissent pleins de vigueur. (...)"
C'est donc un langage extrêmement concret qui défie pourtant la représentation. Les lieux ne prennent consistance que par les êtres qui les peuplent. On les crée pour y loger des noms. Des lettres scandent le paradis du Zohar et lui fournissent sa structure. Inversement, l'auteur cherche à rendre compte de réalités spirituelles à travers des descriptions physiques telles que le souffle et la lumière, le feu et la glace, mais aussi des arbres et des fleuves, des bateaux et des poissons. La différence entre l'abstrait et le concret semble définitivement annulée.
Cette tentative, aussi étrangère qu'elle puisse paraître à notre mentalité, corres­pond parfaitement à la démarche du Zohar et nous livre la clé pour la compréhension de son approche de l'unifica­tion des mondes séparés. Elle nous permet, en effet, de tirer deux conclusions:
- Premièrement, que toute réalité, fût-elle physique ou spiritu­elle, est un élément de langage et la Création un discours que nous avons la tâche de comprendre.
- Deuxièmement, que tout langage a besoin d'un support pour être entendu, et que ce support est sujet à modification. Or, un support, dans la conception du Zohar, est par définition un corps, ou un vêtement comme il dit parfois.
C'est à cet endroit précis que nous touchons à la signification exacte que prend le couple âme/corps dans le Zohar. En effet, selon sa vision des choses, toutes les réalités spirituelles se revêtent d'un habit ou d'un corps pour pouvoir se manifester. On pourrait même dire que se manifester veut dire prendre corps, et cela vaut tant pour la révélation première, où Dieu a communi­qué son nom dans le monde des sefirot, que pour toutes les étapes successives. La conviction fondamentale, et fondamentalement optimiste, qui se cache derrière cette démarche est que ces manifestations ont lieu à tous les niveaux d'être, y compris dans le domaine du mal qui, par sa structure, porte encore en lui la trace de son origine divine. Ainsi peut-on parfaitement, ou doit-on même partir d'une réalité physique, terrestre, pour appréhen­der la même réalité à un niveau plus élevé, comme, dans notre exemple, les hekhalot, les palais des séjours successifs de l'âme.
Il est dans la logique de cette conception que toutes les âmes aient été crées à l'intention d'un corps, que ce n'est que grâce à lui que toute âme peut agir et remplir sa mission :
"Viens et vois : l'âme de l'homme, nul ne peut la connaître, si ce n'est grâce aux organes du corps, ainsi est-elle connue et non connue. De même le Saint, béni soit-Il, est connu et non connu, puisqu'il est l'âme de l'âme, le souffle du souffle, retiré et caché loin de tout, cependant en ces portes, qui sont des ouvertures pour l'âme, le Saint, béni soit-Il est connu.

Le corps, dans cette citation, désigne les sefirot, le Dieu révélé donc que les kabbalistes représentent sous la figure d'Adam Kadmon, l'Adam primordial à l'image duquel l'homme a été créé. L'âme correspond à Ein Sof, le Dieu transcendant, inacces­sible à la réflexion humaine.
La structure corps/âme, qui est le pivot de la conception zoharique du monde, n'est donc pas une structure d'ordre phy­sique, elle est ontologique: il s'agit d'une échelle d'être où chaque degré est corps par rapport au degré supérieur et âme par rapport au degré qui le précède. Le texte poursuit en effet:
"Les ouvertures sont superposées, ainsi que les degrés, c'est à travers eux qu'est connue la gloire du Saint, béni soit-Il."
Nous avons pu observer la dynamique de ces ouvertures superposées à travers la description des trois degrés de l'âme, attachés l'un à l'autre comme les maillons d'une chaîne. Le corps physique constitue, selon cette conception, le dernier maillon. Aussi comprenons-nous sans problème que ce corps est récupérable comme le reste et qu'il sera élevé à une nouvelle dignité lors de la résurrection des morts:
"Si dans ce monde, qui est buée, et dans ce corps, qui est goutte puante, entre l'âme, aux temps à venir, où tous deux seront purifiés et que le corps sera élu, d'une consistance et d'un achèvement accrus, n'est-il pas juste que l'âme y retourne, ayant acquis une telle perfection et une telle élévation ! Rabbi Aha dit: Cette âme même et ce corps même, le Saint, béni soit-Il, les relèvera dans les temps futurs, mais tous deux seront parfaits de par la perfection de la connaissance, afin d'accéder à ce qu'ils ne pouvaient atteindre dans ce monde-ci."
L'oeuvre d'unification, qui a été au centre de toute notre réflexion sur la mort, est ainsi complète. Nous voilà très loin du Code de Maimonide qui affirme que
"dans le monde à venir il n'y aura pas de corps, il n'y aura que les âmes des justes sans corps, comme les anges du service."
Dans le Zohar, au con­traire, le juste fait un nouveau corps à son âme avec ses bonnes actions et l'étude (la connaissance), et ce corps-là porte l'empreinte et l'individualité de son corps en bas. Ainsi, l'élément le plus grossier dans l'échelle d'être est récupéré et rattaché au monde spirituel, ce qui se répercute dans le monde d'en haut par le rattachement de l'arbre de la connais­sance du bien et du mal à l'arbre de vie et l'unification du Nom divin. L'éveil vient d'en bas (itaruta diltata), tout comme la faute est venue du bas, et c'est en cela que le Zohar voit la véritable victoire sur la mort.

Source : http://www.corinna-coulmas.eu/german/corps-et-ame-face-a-la-mort-selon-la-conception-du-zohar.html

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Published by Corinna Coulmas - dans Kabbale
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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 06:25

Les couleurs de la Bible

 

La Bible n'est pas très riche en couleurs et quand elles sont mentionnées, elles sont imprégnées d'un sens symbolique. Elles concernent essentiellement la nourriture (soupe de lentilles par exemple), les vêtements du Grand Prêtre et l'ameublement de la Tente du Rendez-Vous dans le désert (trois couleurs groupées, le bleu-azur, le pourpre et l'écarlate), le corps humain (peau, lèvres, yeux, cheveux…), la robe des chevaux.

Pour éviter que ses propos ne soient représentés par des objets, bases de l'idolâtrie, l'Ecriture ne cherche pas à frapper l'imagination des lecteurs par la couleur. Ainsi dans l'arc-en-ciel elle suggère que la diffraction de la lumière est liée à l'immanence du divin, selon une interprétation mystique.

Les couleurs les plus citées sont le blanc (lavane) et le rouge (adom, tsaroq)), puis viennent des couleurs souvent groupées: bleu "tékhelet", pourpre "argamane" et écarlate "tolaa't shani". On rencontre plus rarement l'or (zahav), le noir (shah'or), les bruns (h'oum, amouts, kédar), le bleu foncé (kah'ol), le jaune soutenu (tsahov), le vert (yaroq) et le violet (sagol).

Les couleurs dont parle la Bible sont tirées de produits naturels de l'époque et il n'est pas sûr que tous ces produits existent encore. Il y a ainsi un degré d'incertitude sur le sens et les nuances des couleurs bibliques.

 

Etymologie, sémiologie, guématrie et analogie

 

Blanc

La désignation la plus courante de la couleur blanche est "lavane" (l/v/n) ou "lev noun", le cœur du poisson, des entrailles blanches. Couleur de l'habit du grand prêtre et couleur de l'expiation, lavane a la même valeur numérique que l'homme pieux ou h'assid (82). Lavane est la couleur du lait, nourriture des premiers mois de l'enfant, couleur de la miséricorde. Lié à l'œuf et à l'évolution de la vie, le blanc en ponctue les étapes: lange de la naissance, voile de l'initiation, habit du mariage et linceul du mort.

Le blanc se dit encore "tsah'or" qui connote la limpidité (tsah'), la liberté (h'or), l'aube (tsohar). Couleur de la pureté, le blanc est le mélange théorique des couleurs dont l'identité de chacune se perd dans une unité. Mais la réalité est autre, le mélange des couleurs dans ce monde-ci est un gris sale, ce qui explique le nom d'un homme peu honnête dans la Bible, Lavan, le beau père de Jacob.

 

Rouge

La désignation courante du rouge est le mot "adom" (aleph/d/m), lié à l'être humain (adam, contenant "dam" le sang) et à la terre (adamah), le rouge étant la couleur de la terre en Afrique noire. Le rouge est la couleur du sang contenu; versé, le sang vire au noir.

 

Noir

"Shah'or" en est la désignation la plus courante qui est liée à la fin de la nuit, avant le passage à l'aube, le moment le plus difficile pour l'être humain, celui du jugement céleste et de la mort. Couleur de l'obscurité, le noir connote, l'ignorance, la calamité et l'Autre Côté.

 

Vert

"Yaroq" est la couleur de la verdure, de la nature verdoyante, du végétal, couleur de l'équilibre naturel.

 

Jaune

"Tsahov" est une couleur brillante, jaune soutenu, visible comme un vent violent (pih'ah) de sable (évéq), deux mots de même valeur numérique que le jaune (103). Ce nom est lié à la colère et à l'hostilité

 

Bleu-noir

"Kah'ol" est la poudre d'antimoine qui sert de fard aux yeux; ce mot signifie "comme le sable". Dans l'antiquité il était d'usage de clore les yeux d'un défunt avec du sable et cette mission était dévolue à celui qui allait recevoir son héritage spirituel, généralement son fils. Il est possible que ce sable fut de la poudre bleu-noir. Il est probable que cette couleur soit liée au passage dans l'au-delà, des équivalents numériques sont "nouah'" le repos (éternel) et din (le jugement).

 

Violet

"Sagol" est en rapport avec la cérémonie, le trésor (ségoulah) et de la sélection de l'élite.

 

Transparent

"Safir" est une pierre précieuse et le mot est lié à la transparence, la limpidité, la clarté.

Le mot peut se lire "limpidité (safi) du début" (resh ou réshit). Sur le plan des équivalences numériques, il est lié à "qéren" (350), partie la plus élevée d'un animal et aussi rayon lumineux.

 

Azur-Pourpre-Ecarlate

Ces trois couleurs animales sont généralement groupées.

Tékhelet proviendrait d'un coquillage du lac Kinneret, donnant un bleu très clair ou un bleu rappelant les limites de l'horizon. Ce mot a pour sens la limite de la perfection, un objectif, une intention. Sur le plan sémiologique il porte le signe (taw) du tout (kol). Il s'agirait d'une couleur-limite non définie qui comprendrait toutes les nuances et tous les tons.

Argamane est la pourpre issue du murex, coquillage apparaissant à Césarée dans l'Antiquité. Sur le plan sémiologique il s'agit de "tisser le quoi, la question", couleur par conséquent problématique, rouge incluant un peu de bleu. Sur le plan numérique, on peut la rapprocher de l'impureté de "théréfah" et de la rébellion de "nemrod" (294).

Tolaa't shani est l'écarlate issu de la cochenille, mot qui connote une métamorphose. Sur le plan sémiologique cette couleur peut se lire "signe (taw) pour une époque (léé't)

seconde ou ultérieure (shéni), l'écarlate serait-elle la couleur du désordre précédant les temps messianiques?

 

Les couleurs du Zohar

 

Le Zohar a des couleurs privilégiées, le blanc et le bleu, le noir, le rouge et le vert qui correspondent sur l'Arbre de Vie à des attributs divins (séfirot). Ces couleurs sont déployées dans le feu et la lumière à propos de la Création (tohou wa bohou, lumière du 1er Jour et luminaires du 4ème jour), du Déluge (arc en ciel), de la sortie d'Egypte des Hébreux (colonnes de nuée et de feu), du buisson ardent, des tables de la loi, de la tente du rendez-Vous, du monde intermédiaire (âmes et archanges), des rêves, de la physionomie de l'être humain (yeux, cheveux, peau), du sens des fêtes juives….

 

Lumière et feu de la Création (Introduction au Zohar, I-50b, I-51a/b)

 

Genèse 1/1-2: "Au commencement, D. avait créé le ciel et la terre Or la Terre n'était que chaos (tohou) et solitude (bohou)…"

Tohou est un lieu dépourvu de couleur et de forme, un chaos informe. Bohou est une irrégularité dans le Tohou qui a un aspect et une forme.

 

Genèse 1/ 2: "…des ténèbres couvraient la surface de l'abîme et le souffle de D. planait sur la surface des eaux".

L'obscurité des ténèbres (h'oshekh) est un feu noir de couleur dense comprenant un feu rouge de grande visibilité, un feu jaune-orangé ayant un ton soutenu, un feu blanc dont la couleur englobe les autres. Ce feu n'est pas obscurité en lui-même, sauf quand il envahissait le "tohou".

L'obscurité assimilée à la couleur "noire" est l'image de l'ignorance, de l'aveuglement et de pulsion au mal. Mais la couleur "noire" de l'obscurité contient en elle la démesure de la passion (rouge) aveuglante, de la colère contenue ou non (jaune) pouvant mener au mal et au meurtre; mais aussi le blanc de la miséricorde et de la grâce, espoir que l'ignorance peut quelque part céder la place à un début de connaissance (daa't). De l'obscurité naît la Lumière…

 

Genèse 1/ 3 à 5 & 14/15: "D. dit que la lumière soit! Et la lumière fut. D. considéra que la lumière était bonne, et il établit une distinction entre la lumière et les ténèbres. D. appela la lumière, Jour, et les ténèbres, il les appela Nuit. Il fut un soir, il fut un matin, Un Jour"

D. dit "que des corps lumineux apparaissent dans les cieux, pour distinguer entre le jour et la nuit; ils serviront de signes pour les saisons, pour les jours, pour les années; et ils serviront de luminaires, dans l'espace céleste pour éclairer la terre…"

La lumière du début, du 1er jour est une transparence de saphir, une clarté sans couleur définie qui se différentie de l'obscurité. Cette lumière ne peut s'éteindre, car elle est infinie ("ayn sof", le "sans fin", de même valeur numérique que "awr", la lumière de valeur 207). La lumière du 4ème jour est autre, c'est déjà la différentiation des couleurs, "or"(zahav) pour le soleil, argent (kessef) pour la lune, images des luminaires créés et qui sont amenés à disparaître. Nous sommes dans la matérialité fugace du monde créé.

Ces luminaires qui sont le reflet de la vérité du début sont appelés "méorot" ou mém/aleph/waw/resh/waw/taw qui se décompose en a/w/r, la lumière et m/w/t, la mort, ce qui signifie que cette lumière créée a une fin.

 

Colonnes de nuée et de feu (I-2a/b)

 

Complémentaires ces colonnes qui ont permis aux Hébreux de se diriger dans le désert de jour comme de nuit sont une même unité. Noir le jour et blanc la nuit, ces couleurs ont permis au peuple venant d'être libéré de la noirceur de l'esclavage de discerner entre les valeurs, de réapprendre le libre arbitre, de faire des choix librement. Par ailleurs dans la colonne de nuée (a'moud a'nan), la nuée a'nan a comme équivalent numérique "péssel" idole, et dans la colonne de feu, le feu "esh" a comme équivalent numérique tsourah, image d'une idole. Ainsi ces colonnes de feu et nuée ont pour but de préparer les Hébreux à une abstraction progressive de la notion divine.

 

Dragon de feu (II-27b)

 

Le serpent qui a apparaît sur le chemin furtivement a une langue de feu rouge et noir qui consume. Il cherche à détourner les Hébreux dans leur cheminement vers la clarté du discernement et de la connaissance. La création est partie de l'unité d'en Haut vers la dualité du monde intermédiaire, puis la multiplicité du monde matériel. Le dragon-serpent du mal cherche à renverser cette situation et à ramener les Hébreux vers le soit-disant confort d'Egypte: unité en bas et multiplicité en haut, c'est à dire le polythéisme dans la foi et le totalitarisme unifiant du pharaon.

Aujourd'hui encore le débat n'est pas encore clos, la tendance à suivre le dragon du politiquement correct et de la pensée unique, du globalisme des monopoles peut ramener à la loi du pharaon. De même le supermarché de la foi, le panégyrique médiatique de l'amoralité et des déviances sexuelles sont les formes nouvelles du polythéisme.

Mais il y a heureusement un autre feu qui brûle et dévore le feu du dragon; comme pour éteindre le feu d'un puits de pétrole en flammes, on utilise un feu encore plus puissant, celui de l'explosif.

 

Le feu qui brûle mais ne se consume pas (Deut 4/4-24 & Zohar I-50a)

 

Une flamme ne peut s'élever que d'une matière qui brûle. Cette flamme a deux lumières, l'une sombre, bleue ou noire, l'autre lumineuse et blanche. Celle-ci est au-dessus de l'autre et s'élève cers le haut, la lumière bleue ou noire lui servant de piédestal.

Les deux lumières sont liées, l'une étant le support de l'autre. De même que la lumière bleue ou noire n'existe que si une matière se consume et lui sert de support.

La lumière blanche est immuable, la lumière sombre est changeante, tantôt noire, tantôt bleue, tantôt rouge, lien intermédiaire entre la matière qui se détruit et la lumière blanche qui est pérenne.

Cette description se ramène à l'Arbre de Vie où la couleur blanche est l'image des séfirot supérieures (Hokhmah, la sagesse, Binah, le Discernement et Daa't, la Connaissance) et les couleurs bleue-noire-rouge image des séfirot inférieures et du risque de "traverser" vers l'Autre Côté (le mal étant assimilé à la couleur noire, couleur de la mort et de la destruction).

Cette description est aussi une allusion au sacrifice dont le but est de blanchir le mal du péché.

 

L'arc en ciel (I-18b, I-71b,I-136b)

 

Les goûts et les couleurs diffèrent selon les individus. Que cela soit Shimon Bar Yohay ou Moïse de Léon, auteurs présumés du Zohar, dans ce texte, l'arc en ciel n'a pas les 6 couleurs scolaires, les couleurs de base, bleu, rouge, jaune et leurs complémentaires, vert, orange et violet. On parle de blanc, rouge, vert, bleu-noir, soit 4 couleurs. Pourtant "le six" apparaît comme le symbole numérique de l'arc, puisqu'il est fait allusion aux 6 mots de la profession de foi "shémaa' yisrael, adonay elohenou, adonay eh'ad" (écoutes Israël, yhwh est notre D., yhwh est un"). En fait peu importent les couleurs qui n'en font qu'une, l'apparition de l'arc en ciel est l'image du dévoilement de la splendeur de la shékhinah, la Présence divine; et tout homme pieux énonce sa profession de foi à l'apparition et à la vue de l'arc en ciel, sur lequel son regard ne doit pas se fixer.

 

Les taches noires du soleil (III-15a)

 

Selon le prophète Amos "Ainsi le Seigneur D. n'accomplit rien qu'il n'ait révélé son dessein à ses serviteurs, les prophètes" (Amos 3/7). Ainsi si l'humanité est perverse, un décret est établi contre elle. Des "taches noires" apparaissent alors sur le soleil jaune or, taches qui pourront s'étendre jusqu'à son extinction. Mais ce décret est suspendu pendant 30 jours, le temps de le faire connaître aux Justes de ce monde. Par leurs bonnes actions, les Justes pourront sauver le monde de la destruction. Ayant relevé sa tête du fait de la propagation de la perversité et de la corruption, à ce moment le serpent voit sa tête enterrée dans un trou grâce au comportement des Justes. Parallèlement, le serpent d'en Haut rentre aussi dans les profondeurs abyssales. La force du Mal est ainsi neutralisée par l'action d'un ou plusieurs Justes. Et le soleil brille à nouveau et le monde est sauvé.

 

Le don de la Torah (II-84a)

 

La Torah s'est manifestée dans un feu noir qui s'est impressionné sur un feu blanc, ce qui signifie que grâce à la Torah la droite rejoint la gauche à l'unisson.

Quand la fumée se dégagea du Mont Sinaï, elle venait d'un feu dont les flammes étaient bleues et s'élevaient dans le ciel. Cette fumée avait tous les parfums du Paradis, aux couleurs blanche, rouge et noire, "au parfum de myrrhe, d'encens et de poudres du marchand" (Cantique des Cantiques 3/6). La Présence Divine ou Shékhinah s'est manifestée ainsi lors du don de la Torah dans la désolation du Sinaï.

Les lettres inscrites sur les Tables de la Loi étaient visibles des deux côtés, car les tablettes étaient faites de pierre de saphir (lapis lazuli transparent) et les lettres formées de feu blanc couvert de feu noir. Les lettres flottaient en dansant; elles étaient visibles dans les deux couleurs, comme si les tablettes étaient gravées des deux côtés. Blanc et noir pour montrer l'union de la Droite avec la Gauche dont la rigueur est alors tempérée par la Miséricorde.

 

Les âmes et les archanges (I-83 a/b, II-139a, 147b, 149b,152a/b, 226b)

 

L'âme humaine a plusieurs désignations dans la Bible. Selon la Qabalah, il s'agit de la même âme dans ses différents aspects. On compte généralement 3 aspects communs et 2 aspects plus éthérés (voir le texte sur l'âme humaine).

L'aspect primaire, partagé avec les animaux, est appelé "néfesh"; il correspond à l'âme qui permet de respirer et de vivre; elle est de couleur bleu-noir et elle est nocturne, en ce sens que le jugement concernant sa disparition a lieu la nuit.

L'aspect esprit s'appelle "rouah'" de couleur blanche et diurne, car cet aspect permet à l'âme de voir et de comprendre.

L'aspect supérieur de l'âme s'appelle "néshamah" qui permet à l'âme de s'élever spirituellement et d'accéder au divin. Nous sommes ici dans la transparence.

 

Le monde intermédiaire est celui des âmes, mais aussi celui des anges. Dans le Zohar les archanges qui portent le "trône divin" ont des couleurs, qui correspondent aux séfirot de l'Arbre de Vie. Dans le sens Est-Ouest, Michaël est couleur argent comme la miséricorde, Gabriel est couleur or comme la rigueur. Dans le sens Nord-Sud, Raphaël est dans la blancheur des séfirot supérieures et Ouriel dans la couleur bleu-rouge.

Le trône divin change de couleur selon l'heure du jour et prend les couleurs violettes, la nuit (pourpre ou jacinthe).

 

Les rêves (I-51b, II-27a/b, II-149b)

 

Toutes les couleurs dans un rêve sont de bonne augure, sauf la couleur jacinthe (excès de bleu-noir par rapport au rouge), car cette couleur signifie que l'âme du rêveur qui erre dans les hauteurs du monde intermédiaire risque de ne pouvoir rejoindre son corps qui est en danger de mort. Ainsi une prière particulière aux rêves doit être récitée avant de dormir, afin de neutraliser de mauvaises augures.

La couleur jacinthe est celle du trône de Jugement et aussi celle des eaux qui se séparent au second jour de la création; elle est ainsi liée au mal qui s'est immiscé dans cette séparation.

La couleur jacinthe contient le rouge du Jugement et de la Rigueur, mais aussi un excès de bleu-noir, couleur du Mal, qu'on doit neutraliser par la prière.

 

Les yeux ( I-192b, II-72b, 73a/b)

 

L'œil est l'image des couleurs de l'univers créé: le blanc de l'œil est l'image de l'univers

sidéral, l'iris est celle de la terre des hommes, la pupille celle de l'individu. On peut faire la même analogie avec la triade Israël-Jérusalem-Sion.

Le Zohar s'intéresse aux nuances du bleu de l'iris qui vont du plus clair au noir profond.

D'une façon générale, un œil bleu est l'image d'un tempérament agréable, mais égocentrique.

S'il n'y a pas de taches noires, l'iris bleu est le signe de désirs non dirigés vers le Mal. Mais l'individu peut y succomber quand il s'en rapproche. On peut lui faire confiance dans son domaine, mais pas ailleurs. Il sait garder un secret aussi longtemps que celui-ci n'est pas dévoilé par ailleurs.

L'iris bleu aux nuances de jaune est le signe d'une folie, mégalomanie et grandiloquence

Dans le discours et les manières. Si l'individu a de plus des rides sur le front, il ne mérite pas qu'on lui enseigne les mystères de la Torah.

L'iris bleu pâle aux nuances de vert est le signe d'irascibilité mais aussi d'un grand cœur. En colère, l'individu peut devenir cruel. On ne doit pas lui confier un secret.

L'iris bleu clair et franc avec des taches noires signifie que l'individu peut recevoir un secret. Sur le plan des affaires il prospère et ses ennemis ne peuvent l'atteindre et lui généralement subordonnés.

L'iris noir ou sombre (brun) est le signe d'un individu direct et libre, joyeux, ayant de bonnes intentions, terre à terre mais capable de spiritualité.

 

Les cheveux ( II-71 a/b)

 

Si la couleur est noire et brillante, l'individu réussit seul ce qu'il fait dans les affaires commerciales. Il a un tempérament généreux, mais il n'a pas besoin d'associés.

Si la couleur est noire mais terne, l'individu ne réussit pas toujours dans les affaires, mais on peut s'associer avec lui. De nature dépendante, il peut garder un secret pendant un certain temps.

Si l'individu est chauve il réussit bien dans les affaires mais il n'est pas fiable; si la calvitie est précoce, il est de plus hypocrite.

 

Les fêtes (II-135a)

 

Le Nouvel An est couleur "or", car c'est le jour du Jugement. Le jour de l'expiation et du Grand Pardon (kipour) est couleur "argent", car les péchés sont blanchis et purifiés. La fête des Tentes ou Soukot est de couleur aux nuances vert/jaune du cuivre comme le toit de la Soukah, comme les 4 espèces qu'on agite. La fête de la Pâque est liée à la spiritualité et la liberté reconquises après l'esclavage d'Egypte et sa couleur est le bleu "tekhelet". La Pentecôte est liée aux Tables de la loi qui ont les deux facettes de la pourpre bleu et rouge, avec un excès de rouge, lié aux commandements. Après le deuil et le noir du 9 Av (destruction des Temples), on trouve le rouge écarlate de la joie du 15 Av, jour de fête où les filles d'Israël sortent en dansant….

 

Les sacrifices (II-20b)

 

Le sacrifice d'un animal est l'offrande du rouge (sang) et du blanc (graisse) qui s'élèvent dans une même fumée odoriférante. Le jeûne a remplacé le sacrifice animal, comme si le rouge et le blanc se consumaient ensemble à l'intérieur de l'individu. Le jeûne est ainsi un autel d'expiation, remplaçant l'autel du sacrifice. De la même manière, la prière qui exhale de la bouche est comme la fumée du sacrifice qui s'élève. Et la prière n'est acceptée que si elle a la même intention que le sacrifice, un don de soi.

Élever le rouge/blanc c'est passer de l'équilibre du cœur miséricorde/rigueur vers un autre équilibre, celui de la connaissance (daa't), synthèse de la Sagesse et du Discernement.

 

Le rouge écarlate ou tolaa't shani(I-238b, 241b, 242a)

 

Le rouge vif ou écarlate a un rôle protecteur: ainsi le feu de la cheminée protège des la neige blanche et des grands froids venant du Nord. D. "se vêt" de sa tenue écarlate pour punir l'idolâtrie dans le monde. À l'entrée de Josué à Jéricho, la courtisane Rah'ab cherche à protéger sa maison et sa famille de l'invasion prévue: un fil écarlate à sa fenêtre lui permettra de sauvegarder les siens…

Le lys rouge dont le jus est blanc, est l'image du Saint Béni Soit-il qui mène son monde de l'attribut de Justice vers celui de la Miséricorde: les péchés sont blanchis et le parfum du lys est comme l'âme, elle ne s'évapore pas.

 

 Source : http://soued.chez.com/couleur.htm

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 06:22

PRÉLIMINAIRES

Rabbi Hizqiya ouvrit une de ses conférences par l’exorde suivant : il est écrit : « Telle que la rose entre les épines, telle est ma bien-aimée entre les filles. » Que désigne le mot rose ? Il désigne la « communauté d’Israël ». De même que la rose est rouge et blanche, de même la communauté d’Israël subit tantôt la rigueur et tantôt la clémence ; et de même que la rose est pourvue de treize pétales, de même la communauté d’Israël est environnée de treize voies de miséricorde. Ainsi, au commencement de la Genèse, entre la première mention du nom divin « Élohim » et la seconde, il y a treize mots qui, comme les treize voies de miséricorde, entourent la communauté d’Israël et la gardent. Puis, il est fait une autre mention du nom divin « Élohim ». Pourquoi cette autre mention ? Pour indiquer le mystère que symbolisent les cinq pétales forts qui entourent la rose. Ce nombre de cinq désigne les cinq voies du salut et correspond aux cinq portes de la grâce. C’est à, ce mystère que font allusion les paroles de l’Écriture : « Je prendrai le “calice du salut” et j’invoquerai le nom du Seigneur. » Le « calice du salut » désigne la « coupe des bénédictions » qui doit reposer sur cinq doigts seulement, semblable à la rose qui est assise sur cinq pétales forts correspondant aux cinq doigts. Ainsi, la rose symbolise la « coupe des bénédictions ». C’est pourquoi, entre le second « Élohim » et le troisième, il y a cinq mots. Après le troisième « Élohim », est écrit le mot « lumière ». Cette lumière a été créée et ensuite cachée et renfermée dans l’« alliance », symbole du principe fécondateur qui pénètre dans la rose et la féconde. Et c’est cela qui est appelé dans l’Écriture « arbre fruitier qui renferme sa semence » ; et cette semence fécondante se trouve dans l’« alliance » même. Et de même que le symbole de l’« alliance » est formé de quarante-deux grains de matière fécondante, de même les parties constituantes du nom gravé et ineffable sont les quarante-deux lettres avec lesquelles s’opéra l’œuvre de la création.

Il est écrit : « Au commencement. » Rabbi Siméon ouvrit une de ses conférences par l’exorde suivant : « Les “fleurs” paraissent sur la terre, l’époque de tailler est venue et la voix de la tourterelle s’est fait entendre dans notre pays. » « Les fleurs », c’est l’œuvre de la création. « Paraissent sur la terre », quand ? Au troisième jour de la création, comme il est dit : au troisième jour « la terre produisit » ; donc les fleurs parurent ce jour-là sur la terre. « L’époque de tailler est venue » désigne le quatrième jour de la création, dans lequel eut lieu la chute des démons. C’est en raison de cet événement que le mot « M’oroth » (= Lumières) est écrit sans vav et peut se traduire par « malédiction ». « Et la voix de la tourterelle » désigne le cinquième jour de la création ; car à propos de ce jour il est écrit : « Faisons l’homme », l’homme qui, plus tard, lors de la proclamation de la loi, dira : « Nous ferons » avant de dire : « Nous entendrons », c’est-à-dire qui prendra l’engagement d’observer la loi avant même d’avoir entendu sa proclamation . En effet, dans les deux textes se trouve l’expression identique : « Nous ferons. » « Dans notre pays » désigne le jour du Sabbat, symbole du « pays de la vie », qui est le monde futur, monde des âmes, monde des consolations. « Les fleurs », ce sont les âmes des Patriarches, qui préexistaient dans la pensée de Dieu avant la création et entrèrent et furent cachées dans l’autre monde, d’où elles émigrent et vont habiter le corps d’un prophète véritable. Ainsi, lorsque Joseph naquit, elles vinrent se cacher en lui ; et quand il monta « en terre sainte », il les y fixa. Et c’est là la signification des mots : « Les fleurs paraissent dans le pays » : les âmes des patriarches apparaissent en ce monde. Et quand apparaissent-elles ? L’Écriture répond : au moment où l’arc-en-ciel apparaît en ce monde. Car c’est le moment appelé « l’époque de tailler », c’est-à-dire, le temps d’exterminer les coupables de ce monde. Mais pourquoi les coupables sont-ils sauvés ? Parce que « les fleurs paraissent sur la terre ». Si elles ne paraissaient point, les coupables ne pourraient pas subsister, et le monde ne subsisterait pas. Et qui soutient le monde et détermine l’apparition des patriarches ? C’est la voix des petits enfants1 qui étudient la Tora ; et c’est grâce aux petits enfants que le monde est sauvé, comme il est écrit : « Nous te ferons des tourterelles d’or », c’est-à-dire les tout jeunes enfants, ainsi qu’il est dit ailleurs : « Tu feras deux chérubins d’or. »

Il est écrit : « Au commencement. » Rabbi Éléazar ouvrit une de ses conférences par l’exorde suivant : « Levez les yeux en haut et considérez qui a créé cela. » « Levez les yeux en haut », vers quel endroit ? Vers l’endroit où tous les regards sont tournés. Et quel est cet endroit ? C’est l’« ouverture des yeux ».

Là vous apprendrez que le mystérieux Ancien, éternel objet des recherches, a créé cela. Et qui est-il ? « Mi » (= Qui). C’est celui qui est appelé l’« Extrémité du ciel », en haut, car tout est en son pouvoir. Et c’est parce qu’il est l’éternel objet des recherches, parce qu’il est dans une voie mystérieuse et parce qu’il ne se dévoile point qu’il est appelé « Mi » (= Qui); et au-delà il ne faut point approfondir c. Cette Extrémité supérieure du ciel est appelée « Mi » (= Qui). Mais il y a une autre extrémité en bas, appelée « Mâ » (= Quoi). Quelle différence y a-t-il entre l’une et l’autre ? La première, mystérieuse, appelée « Mi » est l’éternel objet des recherches ; et, après que l’homme a fait des ; recherches, après qu’il s’est efforcé de méditer et de remonter d’échelon en échelon jusqu’au dernier, il finit par arriver à « Mâ » (= Quoi). Qu’est-ce que tu as appris ? Qu’est-ce que tu as compris ? Qu’est-ce que tu as cherché ? Car tout est aussi mystérieux qu’auparavant. C’est à ce mystère que font allusion les paroles de l’écriture : « Mi » (= Quoi), je te prendrai à témoin, Mâ (= Quoi), je te ressemblerai. » Lorsque le Temple de Jérusalem fut détruit, une voix céleste se fit entendre et dit : « Mâ » (= Quoi) te donnera un témoignage », car chaque jour, dès les premiers jours de la création, j’ai témoigné, ainsi qu’il est écrit : « Je prends aujourd’hui à témoin le ciel et la terre. » « Mâ te ressemblera », c’est-à-dire te conférera des couronnes sacrées, tout à fait semblables aux siennes, et te rendra maître du monde, ainsi qu’il est écrit : « Est-ce là la ville d’une beauté si parfaite, etc. », et ailleurs, Jérusalem qui est bâtie comme une ville dont toutes les parties sont dans une parfaite harmonie entre elles. » « Mâ » (= Quoi) deviendra ton égal, c’est-à-dire il prendra en haut la même attitude que tu observeras en bas ; de même que le peuple sacré n’entre plus aujourd’hui dans les murs saints, de même je te promets de ne pas entrer dans ma résidence en haut avant que toutes les troupes soient entrées dans des murs en bas. Que cela te serve de consolation, puisque sous cette forme de « Quoi » je serai ton égal en toutes choses. Et s’il en est ainsi, « le débordement de tes maux est semblable à une mer ». Mais si tu penses que ton mal est sans guérison et sans fin, détrompe-toi, « Mi te guérira ». Car (Mi), celui qui est l’échelon supérieur du mystère et dont tout dépend, te guérira et te rétablira ; Mi, extrémité du ciel d’en haut, et Mâ, extrémité du ciel d’en bas. Et c’est là l’héritage de Jacob qui forme le trait d’union entre l’extrémité supérieure Mi et l’extrémité inférieure Mâ, car il se tient au milieu d’elles. Telle est la signification du verset : « Mi (= Qui) a créé cela ».

S’adressant à son fils, Rabbi Siméon dit : Éléazar, mon fils, continue à expliquer le verset, afin que soit dévoilé le mystère suprême que les enfants de ce monde ne connaissent pas encore. Rabbi Éléazar garda le silence. Prenant alors la parole, Rabbi Siméon dit : Éléazar, que signifie le mot « Éléh » (= Cela) ? Il ne peut pas désigner les étoiles et autres astres, puisqu’on les voit toujours et puisque les corps célestes sont créés par « Mâ », ainsi qu’il est écrit : « Par le Verbe de Dieu, les cieux ont été créés. » Il ne peut pas non plus désigner des objets secrets, attendu que le mot « Eléh » ne peut se rapporter qu’à des choses visibles. Ce mystère ne m’avait pas encore été révélé avant le jour où, comme je me trouvais au bord de la mer, le prophète Élie m’apparut. Il me dit : Rabbi, sais-tu ce que signifient les mots : « Qui (Mi) a créé cela (Eléh) ? » Je lui répondis : le mot « Eléh » désigne les cieux et les corps célestes ; l’Écriture recommande à l’homme de contempler les œuvres du Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « Quand je considère tes cieux, œuvre de tes doigts, etc. », et un peu plus loin : « Dieu, notre maître, que ton nom est admirable sur toute la terre. » Élie me répliqua : Rabbi, ce mot renfermant un secret a été prononcé devant le Saint, béni soit-il, et la signification en fut dévoilée dans l’École céleste ; la voici : lorsque le Mystère de tous les Mystères voulut se manifester, il créa d’abord un point, qui devint la Pensée divine ; ensuite il y dessina toutes espèces d’images, y grava toutes sortes de figures et y grava enfin la lampe sacrée et mystérieuse, image représentant le mystère le plus sacré, œuvre profonde sortie de la Pensée divine. Mais cela n’était que le commencement de l’édifice, existant sans toutefois exister encore, caché dans le Nom, et ne s’appelant à ce moment que « Mi ». Alors, voulant se manifester et être appelé par son nom, Dieu s’est revêtu d’un vêtement précieux et resplendissant et créa « Eléh » (Cela), qui s’ajouta à son nom. « Éléh », ajouté à « Mi » renversé, a formé « Élohim ». Ainsi, le mot « Élohim » n’existait pas avant que fût créé « Eléh ». C’est à ce mystère que les coupables qui adorèrent le veau d’or firent allusion lorsqu’ils s’écrièrent : « Éléh » est ton Dieu, ô Israël.

Et de même que dans la création « Mi » reste toujours attaché à « Éléh », de même en Dieu ces deux noms sont inséparables.

C’est grâce à ce mystère que le monde existe. Après avoir ainsi parlé, le prophète Élie s’envola et je ne l’ai plus revu. Et c’est de lui que j’ai appris l’explication de ce mystère. Rabbi Éléazar et tous les compagnons s’approchèrent alors de Rabbi Siméon et se prosternèrent devant lui en pleurant. Si nous n’étions venus en ce monde, disaient-ils, que pour entendre ces paroles, cela nous eût suffi. Continuant son discours, Rabbi Siméon dit : Ainsi, le ciel et tous les corps célestes ont été créés à l’aide de « Mâ », car il est écrit « Quand je considère tes cieux, ouvrage de tes doigts, etc. », et un peu plus loin : « Éternel notre Dieu “Mâ ” (= Que) ton nom est admirable sur toute la terre, ô toi qui donnes ta parure au ciel. » « Au ciel », pour s’ajouter à son nom, car une lumière crée l’autre ; l’une revêt l’autre et elle s’ajoute au nom d’en haut. Telle est la signification des paroles : « Au commencement, Dieu créa Élohim. » « Éléh » s’ajoutant à « Mi », qui est en haut, forma « Élohim » ; car « Mâ », qui est en bas, n’existait pas encore et ne fut créé qu’au moment où les lettres émanaient les unes des autres, « Éléh » d’en haut vers « Éléh » d’en bas ; et la mère prête à la fille ses vêtements et la pare de ses joyaux. Et quand est-ce qu’elle la parera de ses joyaux comme il convient ? Lorsque tous les mâles se présenteront devant le Seigneur tout-puissant ainsi qu’il est écrit : « Tous les mâles se présenteront trois fois l’année devant le maître Dieu. » Or, celui-ci est appelé « Maître », ainsi qu’il est écrit : « L’arche de l’alliance, Maître de toute la terre. » Ainsi si on remplace le (hé) de Mâ(h), qui est l’image du principe femelle, par la lettre « i » de « Mi », qui est l’image du principe mâle, et si on y ajoute les lettres de « Éléh », émané d’en haut, grâce à Israël, on forme Élohim d’en bas. Telle est la signification des paroles de l’Écriture : « Mes larmes m’ont servi de pain le jour et la nuit, lorsqu’on me dit tous les jours : où est ton Élohim ? Je me suis souvenu de Cela (Eléh) et j’ai répandu mon âme au dedans de moi-même. » « Je me suis souvenu de cela et j’ai versé des larmes », pour faire émaner les lettres les unes des autres, pour faire émaner « Éléh » et former « Élohim », comme il est dit : « Je les ferai descendre » d’en haut « jusqu’à la maison d’Élohim », en bas, pour former un « Élohim » pareil à « Élohim » d’en haut. Par quel moyen ? « Par des chants et par des actions de grâces. »

À ces paroles, Rabbi Siméon se mit à pleurer et interrompit son discours. Profitant de cette courte pause, Rabbi Éléazar dit : mon silence m’a valu un discours de mon père relatif à l’édification du Temple d’en haut et du Temple d’en bas ; et ainsi se vérifie le proverbe qui dit : « La parole vaut un sélà, mais le silence en vaut deux » ; car les paroles que j’ai prononcées précédemment valent un sélà ; mais le silence que j’ai gardé ensuite en vaut deux, attendu que grâce à ce silence j’ai appris que Dieu a créé les deux mondes, celui (l’en haut et celui d’en bas à la fois.

Rabbi Siméon dit : nous allons maintenant expliquer la seconde partie du verset précitée : « Qui fait sortir ». L’Écriture parle des deux hypostases, dont l’une, c’est-à-dire « Mi », fait sortir l’autre, c’est-à-dire « Mâ ». Bien que l’Écriture se serve du mot « sortir », le « Mi » d’en haut et le « Mâ » d’en bas ne sont en réalité qu’une seule et même chose ; et quand on dit que « Mâ » sort de « Mi », il ne faut pas prendre le mot « sort » à la lettre. De même, on dit dans la bénédiction qu’on prononce avant de manger le pain : « Béni soit Dieu, notre Maître, le Roi de l’Univers, qui fait sortir le pain de la terre. » Ici non plus le mot « sortir » ne doit pas être pris à la lettre. « Leurs armées dans le nombre », c’est-à-dire le nombre de six cent mille, qui se tiennent tous comme un seul homme, ce sont les armées de « Mi » et celles de « Mâ ». On ne parle ici que des classes, car leurs subdivisions sont innombrables. « Il appela par le nom. » Que signifient ces mots ? Diras-tu qu’il les appela par leurs noms ? Dans ce cas il faudrait : par son nom (chacun par son nom) ; mais voici ce que cela signifie : « Lorsque ce degré n’était pas encore entré dans le nom, et qu’il s’appelait seulement “Mi”, il (Dieu) n’enfantait ni produisait les choses cachées, chacune selon son espèce, bien que toutes fussent cachées en lui ». Mais dès qu’il eut créé Éléh, que Éléh se fut ajouté à son nom et qu’il fut appelé Élohim, alors, par la vertu de ce nom, il les produisit en totalité. C’est là le sens de : « Il appela par le nom » ; par son nom il appela et produisit toutes les espèces destinées à exister. C’est de la même façon qu’il est écrit : « Vois : j’ai appelé par le nom (Beçalel) », c’est-à-dire : j’ai prononcé mon nom pour que Beçalel fût établi dans ses fonctions. « De beaucoup la grandeur. » Que signifient les mots : « De beaucoup la grandeur » ? Cela veut dire que la volonté de Dieu, qui s’accomplit à la première échelle, s’accomplit également en bas [2b] par une voie mystérieuse. « Et puissant en force. » C’est le mystère du monde céleste, à savoir qu’il (le mot Éléh) est entré dans le nom Élohim, comme nous l’avons dit. « Aucun homme ne manque », c’est-à-dire « aucun ne manque » de ces six cent mille qu’il a produits par la vertu du nom. De même que les Israélites, alors même qu’ils étaient décimés par suite de leurs péchés, ont toujours conservé le nombre de six cent mille, à chaque dénombrement, sans qu’un seul homme manquât, de même aucun des mondes ici-bas ne manquera jamais, parce qu’ils correspondent aux armées célestes.

  

Source : http://www.kabbale.eu/zohar-i-1a-2b-genese/

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 12:07

Nous sommes une Loge de Recherche ce qui implique le strict suivi du Rituel : la cérémonie n’est terminée que quand le Directeur des Cérémonies à remis en place les 3 grandes lumières.

Vouvoiement en Loge

Tenue : costume noir, chemise blanche cravate noire et gants blancs.

Pas de visiteurs sauf ceux invités par des membres de la Loge.

Recrutement par cooptation.

Envoi des documents préparatoires et de la convocation 15 jours avant.

Plan de formation approuvé : l’ordre importe peu, la prochaine tenue sera consacrée à la Kabbale. S’il faut plusieurs tenues pour un même sujet pas de pbs.

Prochaine réunion le lundi 8 avril 

Ceux qui souhaitent avoir les documents du Fonds numérique de la RL Laurence Dermott (12800 textes et vidéos) doivent acheter un petit disque dur de 80Go, je ferai le transfert.

Pour ceux qui me l’ont demandé le blason de la RL est celui d’un Clan Irlandais, celui des Dolan…

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 05:53



DATE
Apparition tardive au XIIe siècle en Espagne.
Non mentionné dans les deux Talmuds.
Aucune mention dans la littérature mystique gaonique.
Le Eh’kol haKofér (1148) de Juda Hadessi, qui fait une synthèse complète des
textes du judaïsme ne le mentionne pas.

APPARITION
Todros Halevi (1234-1304) (Todros Aboulafia). Cite deux passages dans Otsar
haKavod (p 36a) : « J’ai vu un midrash ».
Zohar = Midrash Vayéhi aur. Todros présente le texte comme une nouveauté.
Au début du XVe siècle (fin XIV) Ménah’ém Récanati est surpris par l’apparition
de cette œuvre et cite de nombreux passage dans son Taamé Mitsovoth.
D’autres auteurs citent le texte à partir de Récanati sans jamais avoir vu le
livre.
Voir enquête d’Isaac d’Acco, in Hockmah N°12, pages 4 à 6.

PREUVES DE SA REDACTION TARDIVE
Le Zohar fait allusion aux croisades (II 32a) : « Rabbi Josué et R; H’iyah
étaient en chemin. R. Josué dit à R. H’iyah : Pourquoi ne parles-tu pas ? R.
H’iyah gémit et pleura et (prenant le texte de la stérilité de Sarah et de la
naissance d’Ismaël à Agar), il dit : Malheur sur le temps où Ismaël est né, où
il est entré par la circoncision dans l’alliance de Dieu. Que fit Dieu ? il dut
donner aux enfants d’Ismaël une part de la Terre Sainte... et ils sont destinés
à déchaîner des guerres terribles. Les fils d’Edom (= Rome, le paganisme,
Christianisme) se rassembleront et se feront la guerre, une guerre par mer, une
guerre par terre et une dans le voisinage de Jérusalem ; les uns triompheront
des autres, mais Terre Sainte ne sera pas livrées aux enfants d’Edom. » « En ce
temps là un peuple venu des extrémités de la terre se lèvera contre Rome chargée
de crimes, l’accablera de guerres pendant trois mois ; là les guerriers
s’amasseront et tomberont en sa main jusqu’à ce que tous les enfants d’Edom se
soient unis contre lui (c’est-à-dire le christianisme ait appelé les tous
croisés). »
Il connaît le calendrier lunaire musulman (III 188) : « La lune est un bon
augure et un mauvais augure ; la pleine lune est un bon augure et la nouvelle
lune un mauvais augure. C’est parce qu’elle est à la fois un bon et un mauvais
augure que les fils d’Israël et les fils d’Ismaël l’ont prise pour leurs calculs
astronomiques . »
Il connaît le nombre de voyelles et les accents hébreu (I:15b et 24 b).
Il appelle la science grammaticale Dikdouk, terme qui n’apparaît pas avant le Xe
siècle.
Le Zohar cite des textes datés avec certitude entre le Xe et le XIIIe siècle.
Exemple :

1. le Zohar (III 161a, 221 b) correspond au Kouzari (II 36), où le Zohar associe
Israël au coeur de l’humanité.
2. Association des ténèbres de la Genèse avec le Feu élémentaire (I, 16a), comme
le Rambam dans le Guide, cette idée est bien attribuée au Rambam par St. Thomas
d’Aquin.
3. Il utilise l’expression « Cause des Causes » = Ilath Haîloth, créée pour la
traduction tibonienne du Guide.
4. Au moyen-âge les rabbins écrivaient l’araméen chaldaïque plus facilement que
l’hébreu, à cause de la terminologie du Zohar. Ramban écrivait ses poésies
d’introduction en chaldéen. Luzzato montre que l’araméen du Zohar n’est pas
celui de Daniel, ni d’Ezra, ni des talmuds mais une langue corrompue.
5. Dans « Pasteur fidèle » (III, 82b), le Zohar cite un passage du Kéter
Malkouth, d’iBn Gabirol, relatif au éclipses, oubliant le chaldéen pour citer
l’hébreu de l’édition.
6. Les dates du Zohar pour l’avènement du Messie correspondent à celles de la
vie de Moïse de Léon (I, 116b) : 60e jour du 6e millénaire = 5060 = 1300. 66e
jour du 6e millénaire = 5066 = 1306.
7. Moïse de Léon n’est pas le seul auteur du texte. C’est un midrash
kabbalistique composé pour donner ses sources antiques à la Kabbale.
8. Le Zohar est un agrégat de divers textes et n’a pas de véritable cohésion.

LE NOM : ZOHAR
Le nom ZOHAR vient du verset de Daniel 12:3 : « Les intelligents (maskilim)
brilleront (yazahirou) comme l’éclat (Zohar) du ciel (raqia)».
Antérieurement Zohar désigné les adaptes du gnosticisme, ou les esprits les plus
profonds, plus pénétrants que la masse. Le but des auteurs et de refouler le rationalisme et de revenir à la
clairvoyance, à l’intuition de la foi.
Il les possible que le nom Zohar soit une tentative de parallèle avec le Bahir.

STRUCTURE
Fragments indépendants
1. Le Livre des Mystère (Sifra Ditsénioutha)
2. La Grande Assemblée (Idra Rabba)
3. La Petite assemblée (Idra Zouta)
4. Les Mystères des Mystères (Raze deRazim)
5. Les Palais (Séfer Heikhaloth)
6. Le Pasteur Fidèle (Raya Nehemna)
7. Les secrets de la Torah (Sitré Torah)
8. Le Midrash occulte (Midrash Haneelam)
9. La spéculation du Vieux (Saba)
10. La spéculation du jeune (Yénouka)
11. Matnitin
12. Tossefta
13. Et englobant le tout, le Zohar proprement dit


Puis viennent les opuscules qui délayent le Zohar
1. Le nouveau Zohar (Zohar H’adash)
2. Le Zohar du Cantique des Cantiques (Zohar Shir haSHirim)
3. Les anciens et nouveaux suppléments (Tikounim)
Les livres des Mystères, La grande et la petite Assemblée, formant un groupe
plus ancien car le terme Ein Sof n’apparaît pas et Yessod est appelée Tsadiq.
Très empreints de Shiour Qomah.

LA METHODE DU ZOHAR
La méthode du Zohar c’est l’allégorisme. Passage de la réalité au mythe et du
mythe à la réalité. Tout l’univers n’est qu’une gradation d’émanations.
Citation(III 149b) : « Les récits sont faits pour servir de prémice à une
induction plus haute ».
Lecture Zohar III 71b.
La méthode du Zohar ce trouve dans ce passage : « Malheur à celui qui croit que
la Torah ne contient que des récits commun et des paroles ordinaires, car s’il
en était ainsi, nous pourrions encore de notre temps composer une loi beaucoup
plus admirable... Il est évident que dans chaque parole gît un mystère profond
et le monde inférieur et supérieur sont pesés sur la même balance (c-à-d Mais
tout ce qui vient d’en haut doit tout d’abord, pour devenir accessible, revêtir
une enveloppe mortelle. Les anges envoyés sur la terre n’ont-ils pas pu prendre
des vêtements humains, autrement ce monde n’aurait pas pu les recevoir ? Comment
alors la Sainte Torah, laquelle est tout entière destinée à notre usage,
pourrait-elle se passer de vêtements ? Eh bien ! les récits sont le vêtement...
Il y a des hommes qui, lorsqu’il voient un de leurs semblables bien vêtu, se
contentent de cette vue et prennent le vêtement pour le corps. A plus forte
raison ne recherchent-ils pas et n’apprécient-ils pas l’âme qui est encore
supérieure au corps. Il en est ainsi pour la loi divine : les récits constituent
son vêtement, la morale qui en ressort est son corps, enfin le sens caché,
mystérieux est son âme... Les simples ne prennent garde qu’au vêtement et ne
voient pas ce qui est en dessous. Ceux qui sont supérieurs cherchent le corps.
Les sages et les initiés, au service du Roi d’en-haut, ne considèrent que l’âme
qui est la racine de toute loi. De même aussi pour les choses d’en haut, il y a
un vêtement, un corps et une âme. L’âme des choses est ce qui se rapporte au
ciel.... »

Citation Zohar II,99 : « Semblable à une belle cachée dans l’intérieur de son
palais, qui, tandis que son bien-aimé passe, ouvre un moment une issue secrète,
par laquelle elle n’est vue que par lui et disparaît à nouveau et pour
longtemps, ainsi la doctrine ne se montre qu’aux élus et elle ne se montre pas
au même degré à tous les élus. Au début, elle fait signe avec la main au
passant, il s’agit alors de voir le signe, c’est la méthode que l’on appelle par
allusion (Remez) ; plus tard, elle approche un peu plus près, murmure quelques
paroles, mais son visage est couvert d’un voile épais que les regards ne peuvent
pénétrer, c’est la méthode que l’on appelle méthode d’interprétation (Derash) ;
plus tard encore, elle s’entretient avec l’élu, le visage recouvert d’un voile
fin, c’est la méthode aggadique ; enfin quand il s’est enfin habituer à son
commerce, elle se montre face à face et lui confit les derniers reflets de son
coeur, c’est la méthode mystique. L’initié comprend alors que tous ses
différents sens occultes sont latents au fond du sens littéral (Peshat) et qu’on
a rien retranché ni rien ajouté.... »
Méthode de « La vision par le miroir éclairé indirectement » et « la vision par
le miroir éclairé directement » = Symbolisé par le Visage extérieur et le Visage
intérieur » (Z. II 23b).
Expérience du Zohar, 3 périodes :
1. Période intuitive (3 degrés) : Yeux ouverts pupilles dilatées - Yeux mis clos
(ouverts et fermés), vision claire, vision sombre - Yeux fermés, vision d’un
éclat suprême.
2. Période d’Amour, la fixation sur l’objet de son amour, jusqu’à ne plus rien
voir d’autre.
3. Période d’Extase - Dans la Grande Assemblée (122b) : « J’étais plongé, dit R.
Shiméon Bar Yoh’aï, dans l’extase contemplative et je vis un rayon sublime de
lumière étendre son éclat sur 325 cercles et quelque chose d’obscur se baigner
dans cette lumière...Puis ce point obscur, revêtu maintenant de lumière, nagea
vers la mer profonde et sublime, où aboutissent toutes les splendeurs. Et je
demandai : Quel est le sens de cette vision ? C’est le pardon du péché que tu as
vu. »
La Bible décrit des états d’extase de certains prophètes, toutefois il sont
assez violents. Le Zohar recommande ces moyens d’accès à l’extase mais pense que
pour les mystiques véritables, capable de se dégager de la matière et de monter
au ciel en esprit, il y a un autre moyen bien plus efficace, c’est d’écouter les
choeurs d’anges et les harmonies des Séphiroth (Voir Zohar II 65 a).
Les enseignements sont péripatéticiens, en promenade ou en voyage (voir Zohar
III 202 b).

LA DOCTRINE
Conception peu uniforme de Dieu. Dieu est un Néant pour l’esprit humain.
Distinction entre le Dieu (en soi), invisible, inaccessible et le Dieu créateur.
Dieu en Soi c’est l’Ein Sof, l’Ancien des Anciens, Mystère des Mystères, Long
visage. Zohar I 21a : « Ce premier de là-bas que personne ne peut méditer, ni
connaître, parce qu’il est enveloppé dans une pensée cachée et une idée
incommensurablement élevée au-dessus de la perception d’une pensée humaine,
n’ayant rien à quoi cette pensée puisse s’attacher, n’offrant aucune prise ni
pour l’ignorance qui questionne, ni à plus forte raison pour la connaissance qui
affirme - C’est l’Ein-Sof. »
Les noms de Dieu sont fictifs créés par l’humain.
Ein-Sof est la négation du Sof, c’est Kéter.
Les dénominations de Dieu n’apparaissent qu’avec la création. Ils sont
postérieurs à la création.
Avant la création on ne peut même pas nommer Dieu à l’aide d’une lettre. Ce
n’est que lorsqu’Il a créé une chose, que celle-ci peut le nommer.

Ein-Sof et Ein ne désigne pas proprement dit le Dieu en Soi, la seule
appellation que l’on peut trouver c’est Qui ? (Mi). Car avant que la forme ne
fut créé Dieu ne ressemble à rien. Deut. 4:15 : « Vous n’avez vu aucune figure
le jour où l’Eternel vous parla », (voir Zohar II 112b) - Zohar II 105 : «Lorsque tout était encore enveloppé en lui, Dieu était le mystérieux par les mystérieux, il était sans nom. Le seul terme qui lui convint eut l’interrogation : Qui ? »
Le passage de l’invisible au visible est le passage du Grand au Petit visage.
Sifra diTsénioutha (passim) : « Il y a un crâne rempli de rosée avec une
membrane éthérée, transparente et invisible. La laine abondante des cheveux
tombe avec symétrie. Puis vient un front sur lequel repose l’amour et qui est
accessible aux prières des hommes. Puis vient un oeil toujours ouvert et en
éveil, dont les regards versent la sollicitude sur les choses d’en bas. Puis
viennent deux narines d’où jaillit l’esprit de vie pour l’univers entier. » ·
Dans la Grande Assemblée nous retrouvons des traces du Shiour Qomah et du
mysticisme gaonique : « L’éclat de la tête étincelle en 400 000 univers, de son
crâne se développe chaque jour 13000 myriades de mondes tous soutenus par lui...
La longueur du visage se développe en 370 myriades de mondes. C’est le Long
visage. Lorsque le Petit visage se tourne vers lui, l’ordre s’établit dans les
sphères inférieures... Du crâne s’étend un brillant cercle de lumières qui se
répand sur le Petit Visage et de là dans les mondes inférieurs. Chacun reçoit un
reflet de l’éclat suprême de l’Ancien des anciens... La membrane couvre le
cerveau qui révèle la Hockmah mystérieuse. Cette Hockmah est impénétrable parce
que la subtilité de la membrane ne présente aucun aspect visible. Aussi le
cerveau du Long Visage demeure t-il en repos dans une sérénité inébranlable,
comme le bon vin sur la lie... Mais dans le Petit Visage la membrane ne serre
pas le cerveau de si près et il se ramifie en 32 voies de Hockmah
perceptibles... De la tête tombent en bon ordre des myriades de boucles
blanches, de manière qu’aucun fil ne dépasse l’autre... ; chaque boucle se
compose de fils innombrables, et chaque fil rayonne en une multitude de cercles
lumineux. Tous les fils tirent leur suc du cerveau du Grand Visage. Chaque
cheveu est un canal ayant son point de départ dans le cerveau obscur et
invisible... Le front est le symbole de l’amour primordial. La grâce du petit
visage en dépend... Les yeux aussi sont le symbole du Grand et du Petit Visage ;
ils sont en réalité comme un seul oeil, car ils convergent vers un seul point
lumineux. Le rayon qui en jaillit pénètre toute chose de son reflet. Tout
d’abord, il éclaire trois lumières, la Gloire, la Majesté et la Volupté. Ils
brillent d’une joie parfaite. Puis un second rayon répand son éclat partout et
produit par son reflet d’autres lumières, la victoire, la grâce et la beauté.
Elles brillent d’un volupté parfaite. Un troisième rayon sort lumineux de
l’obscurité du cerveau et son reflet allume d’autres lumières par lesquelles
s’allument toutes les lumières inférieures... L’oeil inférieur ne peut acquérir
toute la pureté de son éclat que par l’oeil supérieur. Si de cet oeil supérieur
l’oeil inférieur n’est pas baigné et purifié, le monde ne peut pas subsister un
seul instant... Dans l’oeil inférieur et de couleur rouge mélangée de blanc et
de noir, l’oeil supérieur est d’une blancheur intense... Le nez surtout
caractérise la distinction de l’Ancien et du Jeune. Chez l’un, le nez ne donne
que ce qu’il reçoit d’en haut, et il répand aussi des flammes destructrices... »
Le Long visage est invisible, mais c’est par les rayons issus de lui que le
Petit visage devient visible.
7 Formes du petit visage : 1 - Crâne 2- Rosée (matière humide) 3-Membrane qui
enveloppe le cerveau 4-La face extérieure 5- Le Front 6- L’oeil 7-Le nez
= Les 7
Séphiroth inférieures.

3 premières Séphiroth = 3 Lobes cérébraux. · L’oeil du haut est d’une blancheur
intense, unifiant toutes les couleurs. · La barbe est faîte de 13 fils blancs =
13 voies de l’Exode 34:6-7 « Yhvh passa devant lui et il cria : « Yhvh Yhvh El
Rah’oun veH’anoun Éréq apayim veRav H’essed veÉméth Notsér H’essed laAloufim
Nossé Avon vaPésha veH’ataah veNaqé » "Yhvh, Yhvh, Dieu de tendresse et de
pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité; qui garde sa grâce à des
milliers, tolère faute, transgression et péché mais ne laisse rien impuni ».
Dans le Zohar III 288a : « L’Ancien des Anciens, l’Inconnu des inconnus a une
forme et n’a pas de forme. Il a une forme par laquelle l’univers se maintient et
il n’a pas de forme puisqu’il ne se rencontre sous aucun aspect convenable.
Lorsqu’il prit une forme, il fit rayonner 10 lumières éclatantes, qui brillent
par lui, en tout sens une splendeur merveilleuse. Représentons nous un flambeau
avec son rayonnement : si nous approchons pour percevoir les rayons, nous ne
trouvons rien quant à leur nature si ce n’est qu’ils émanent tous de ce flambeau
supérieur, caché et impénétrable. Nous ne le trouvons que dans les rayons épars,
en partie visible et en partie invisibles.... »
Elohim = Eléh + mi. Présence de Dieu dans l’univers - Yhwh = Le maintien et la
durée.

Le nom Yhwh Elohim, représente la tentative d’Elohim de se fondre en Yhwh, pour
former Dieu 1 (Shémâ Israel). C’est ainsi que le Zohar explique le passage de
Zacharie 14:9 : « En ce jour Dieu sera Un et son nom sera Un » (voir Zohar III
105,1).

Maïmonide (Guide I,61) : « Tous les noms divins représentant très bien en ce
point les autres théologiens, qui se rencontrent dans les Saintes Ecritures,
sont dérivés des actions divines ; un seul, le Tétragramme, lui est propre et
désigne l’individualité divine à l’exclusion de toute autre association... Ainsi
tous les autres noms ne sont nés que postérieurement à la création, et cela
nécessairement puisqu’ils se rapportent à des actions se produisant dans
l’univers, tandis qu’à Dieu en Soi ne convient pas un nom dérivé, mais un nom
unique et propre... »

L’UNIVERS
Le Zohar pose le même problème que le néoplatonisme, qu’Ibn Gabirol, qu’Ezra et
Azriel, qu’Isaac l’Aveugle :
1. Possibilité à l’Ein Sof de donner naissance au Sof.
2. Possibilité à l’invisible de devenir visible.
Le Problème du Zohar est de :
1. Maintenir l’opposition tout en la supprimant.
2. Maintenir l’Abîme entre le divin et le non divin tout en les unissant.
3. Faire du non divin du divin, sans faire du divin du non divin.
Il ne donne pas une solution mais en propose plusieurs.
La solution la plus générale consiste en la médiation, l’équilibre de la
Balance, citer la Siphra di Tsénioutha.
1. Ces oppositions avaient été relevées par le Sépher Yetsirah (voir S.Y.).
2. La Face regarde la Face. Le Grand Visage regarde le Petit Visage. Il y a là
la notion de créer en permanence ce que l’on regarde. Si le grand visage ne regarde pas le petit, ce dernier n’existe pas.
3. Les rois sont MLK, médiateurs = Séphiroth (Relever le lien entre roi et
ange). (Voir Siphra di Tsénioutha : Rois antérieurs). Les rois antérieurs sont
les médiateurs qui ne peuvent subsister et qui retourne immédiatement au néant.
La Balance est le premier point visible que nous rencontrons dans le Zohar I.
Elle est la condition du maintien des choses. Sans elle tout retournerait au
Néant, ou n’aurait jamais commencé.
Dieu (Ein) n’a pas pu créer directement le Sof, il n’a pu le faire qu’indirectement à travers des intermédiaires.
La Grande Assemblée raconte qu’après avoir créer les dessins et les contours
(forme tsélem), il étendu ex-nihilo une couverture devant lui (espace, Elohim
créa le ciel et la terre) sur laquelle il tailla et grava les rois, les diadèmes
(attributs royaux, les types). Le Zohar 1 écrit Lorsque le Mystérieux des
Mystérieux, voulu se révéler il fit d’abord un point.... (Lecture Zohar I 29,a
et II 42,b).
Le point est la substance première. ·
Le système de création du monde à travers
les 22 lettres du Zohar, se calque sur celui du Sépher Yetsirah.
(Lecture Zohar
III 65b : passage de Yod à Alef - Voir aussi I 21a et 26b). Sur alef voir I,24ab
- III,73a 204a 223b)
La lettre Beith est le début de la Torah et le but de la création. Elle est le
fondement du principe mâle et du principe femelle, c’est elle qui établit la
division sexuelle parmi les autres lettres et de l’union de tous les couples
jaillit l’univers. (I 29a - III 35b - cf pour les autres lettres : I3b ; 93a -
II 148b - 235b - III 47b ; 48b ; 93a ; 152b ; 191a ; 245b).
Avec l’apparition des lettres apparaissent en même temps la substance qui sera
la matière du monde et les principes qui président au développement de cette
substance. Ainsi les multiples manipulations des lettres sont le maniement de la
substance.

L’EMANATION
La première question est de savoir comment ce point est apparu. On ne répond pas
par la doctrine de la Création mais par celle de l’émanation qui fait découler
les choses d’un principe supérieur.
Cet écoulement peut se présenter sous deux formes :
1. ou cet écoulement est le résultat d’une nécessité intérieure et il est
éternel, comme dans les traditions d’Inde, néoplatonicienne, Zoroastrienne,
l’émanation à dans ce cas pour conséquence inévitable l’éternité du monde. 2. ou
cet écoulement ne naît pas d’une nécessité intérieure mais est l’effet de la
libre volonté de Dieu.
2. Le Zohar ne voulant pas renoncer à l’émanation ni à l’éternité de Dieu, il
place cette émanation sous la loi du temps. Il parle d’émanation dans le temps,
c’est pourquoi il écrit : Zohar I22.

LA CONCENTRATION
Dieu étant Ein-Sof, c’est-à-dire remplissant tout, comment y a-t-il place pour
le Sof ? Ici le Zohar fait appel à une doctrine antérieure qu’il adapte à ses
desseins. Le midrash avait admis la possibilité pour Dieu de ce concentrer, ceci pour
expliquer les passages de l’Exode 25, où Dieu veut résider dans un temple, où il
siège sur emplacement encore plus réduit. (La construction du temple c’est la
pratique de la concentration).
Puisque Dieu est Ein-Sof, puisqu’il est la substance infinie de l’espace infini,
le lieu de l’univers (Maqom) n’a pu apparaître qu’après une concentration de
Dieu sur lui-même.

Dieu se retire au centre et l’émanation va du centre vers la périphérie. Les
différents ordres émanés s’enveloppent comme des cercles circonscrits. Se sont
les écorces autour du noyau (les écorces de noix dont les brisures forment les
Qlipoth) : «Lorsque le roi Salomon descendit dans les profondeurs du jardin des
noyers, ainsi qu'il est dit: « Vers le jardin des noyers je suis descendu »
(Cant.6:11), il ramassa une coquille de noix et médita toutes ses membranes. Il
comprit alors que tous les plaisirs que procurent les souffles mauvais, que les
écorces de noix représentent. n'ont d'autre fin que de leur permettre de
s'attacher aux hommes pour les souiller. Ce qu'exprime: « Les plaisirs des fils
de l'homme (proviennent) des démons » (Ecc.2:8). Mais encore: « Les plaisirs des
fils de l'homme », qui jouissent pendant le sommeil de la nuit, pro-duisent des
démons. Il était nécessaire au Saint, béni soit-II, de disposer de tout cela
pour créer le monde, les écorces étaient indispensables pour mettre en ordre ce
dernier, car elles possèdent toutes un cerveau en leur intériorité. Combien les
écorces qui abritent un cerveau sont-elles nombreuses ! Chaque monde est formé
selon ce principe, tant le monde de l'En-haut que celui de l'En-bas. Depuis le
frémissement initial du point suprême, jusqu'aux confins des choses, elles sont
[20a] toutes des enveloppes les unes pour les autres, cerveau à l'intérieur d'un
autre cerveau, souffle au-dedans d'un autre souffle, ainsi emboîtés, l’un est
écorce pour l'autre et ainsi de suite. Le point suprême, c'est la lumière
intérieure qui n'a pas de mesure. Aussi est-il impossible d'en connaître ne
serait-ce que la transparence, la finesse, la pureté. Si bien que s'en déploie
un déploiement; le déploiement de ce point devient un palais qui l'enveloppe,
lumière inaccessible tant est immense sa transparence. Le palais qui est comme
un vêtement pour le point enclos, est aussi une lumière sans mesure, mais il
n'est pas aussi fin et diaphane que le point primordial, dissimulé et caché. Ce
palais déploie un rayonnement de lumière primordiale, et ce déploiement à son
tour sert de vêtement au palais qui est plus fin, plus transparent et plus
intérieur. A partir d'ici et au-delà, l’un se déploie de l'autre, et cet autre
se revêt d'un autre, jusqu'à ce que l'un devienne vêtement pour l'autre, et ce
dernier pour encore un autre: l’un est cerveau, l’autre est écorce, et bien
qu'il soit enveloppe, il est cerveau à un autre niveau. Tout est construit selon
cette règle, ainsi en est-il dans l'En-bas, aussi est-ce dans « cette
ressemblance » qu'est l'homme dans ce monde, à la fois cerveau et écorce,
souffle et corps, et tout est mise en ordre du monde. Lorsque la lune était avec
le soleil dans une unique étreinte, elle était éclairante. Dès qu'elle se sépara
du soleil et qu'elle fut placée à la tête de ses armées, elle se diminua
d'elle-même et sa lumière s'amoindrit: alors furent créées écorces sur écorces
pour protéger le cerveau. Tout ceci visait la mise en ordre du cerveau, c'est
pourquoi il est écrit: « qu'il y ait des luminaires » avec une absence et cela
pour la restauration du monde, ce qu'expriment les mots: « pour éclairer la
terre » (Gen.1:15). »
Empédocle possède une théorie des écorces semblable : « L’Ame végétative est
l’écorce de l’âme animale et vitale, celle-ci l’écorce de l’âme rationnelle,
etc. Tout ce qui est inférieur est une écorce de ce qui est supérieur, est le
supérieur est le noyau ». Ibn Gabirol s’est inspiré de cette source et le Zohar
d’Ibn Gabirol.
Les écorces sont la dégradation de la lumière initiale, les limites successives
du rayonnement divin.
« Les lumières se suivent dans un ordre tel que celles qui reçoivent sont
toujours plus obscures que celles dont elles ont reçu ; mais devant la Cause des
Causes, aucune lumière ne demeure. Devant son éclat tout est ténèbres. »
« L’univers est l’enveloppe, le vêtement de Dieu. »
Rambam avait déjà interprété dans ce sens le verset Exode 33:23 : « Tu me verras
de dos, tu ne peux pas me voir de face », où l’écriture entend, d’après lui, que
Moïse ne put contempler que l’oeuvre divine qui est son vêtement. (Guide I,
21-58 - Zohar I,2a)
Pour le Zohar l’univers est en partie émané et en partie créé. Pour expliquer
cela le Séfer Yetsirah emploi quatre expressions, tirées de la sculpture Tracer
(contours), tailler, graver, parachever (polir). Ibn Gabirol attire l’attention
sur trois verbes dans un passage d’Isaïe 43:7 : Tout ce qui porte un nom c’est
pour moi, pour ma gloire que je l’ai créé, formé et fait ».
Pour le Zohar seul le premier monde, le monde des Séphiroth (atsilouth), est
émané, mais à l’apparition des trois autres préside un mode de production de
moins en moins parfait,
ce qui marque les mots d’Isaïe.
Le Zohar et le Sépher Yetsirah, pensent à sculpture, où il faut d’abord créer le
bloc, d’ébaucher la forme, de dessiner le modèle et de sculpter le détail.
Les citations du Zohar sont tirées, en général, pour le Zohar 1 de la traduction
de Charles Mopsik chez Verdier et, en attendant la suite de la traduction de C.
Mopsik, pour Zohar II et III, de la traduction de Jean de Pauly.

Source : http://virya.free.fr/Textes/Cours1zohar.htm

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 20:51

La RL Indépendante  Laurence Dermott c’est réunie le lundi 4 février 2013 pour la première fois.

Après avoir ouvert à 19h les Travaux au Grand Architecte de l’Univers selon le Rite de Grande Loge, les 12 Frères présents ont travaillé à partir d’un texte tiré d’Ahiman Rezon et de « ce que doit savoir un Maître Maçon » de Papus.

A 20h 45mn, le Vénérable Maître a fermé la Loge et les Frères sont repartis satisfaits.

Prochaine Tenue : le lundi 8 avril sur le thème de la Kabbale.

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 09:13

Le Zohar ou Livre de la Splendeur est une exégèse ésotérique et mystique de la Torah.Cet important document est attribué à un rav du 2ème siècle de l'ère courante Shiméo'n Bar Yoh'ay et à des sages des siècles suivants. La tradition orale transmise à travers les générations a été compilée, rédigée et fixée par Moïse de Léon à la fin du treizième siècle et achevée en 1286.

Le Zohar est rédigé en araméen non conventionnel avec des néologismes spécifiques (à l'époque de l'auteur, l'araméen avait pratiquement disparu). La narration est poétique et symbolique et le texte souvent elliptique traite de sujets aussi variés que la métaphysique du monde intermédiaire, des anges et des lettres, des attributs divins ou "séfirot", la sémantique, la physiognomonie, la morale ou l'éthique.

Les personnages sont souvent bibliques ou Shiméo'n Bar Yoh'ay lui-même ou ses compagnons ou d'autres sages. Mais le principal but de l'ouvrage est d'expliquer au lecteur la nature du divin. Toute la Torah est l'expression du seul nom de Dieu.

 

Le texte peut paraître déroutant pour un lecteur non initié ou non averti. Il est truffé d'oxymorons, soit pour cacher une idée, soit pour obliger le lecteur à réfléchir par lui-même. Il contient également des anecdotes, des jeux de mots et des réflexions inattendues. Il a été écrit plus pour suggérer, pour exciter l'imagination et pour faire entrer le lecteur dans un monde nouveau à la fois tangible et irréel. Même si on n'arrive pas à tout comprendre, l'âme du lecteur est subjuguée et conquise. Ainsi quand le Sage monte sur un âne ou pleure, cela signifie qu'il vient d'avoir une vision extatique…

 

Le Zohar apparaît comme une série de courtes histoires ou de légendes, de longues homélies, et des discutions entre deux ou plusieurs personnages sur les sujets les plus divers. Le Zohar commente essentiellement la Genèse et succinctement les quatre autres livres de la Torah. Il commente également le Cantique des Cantiques, surtout le premier chapitre. À cela s'ajoute Sifra di tséniouta ou Livre du Secret concernant Béréshit, le 1er chapitre de la Bible. Puis Idra rabba (la grande assemblée), une description de l'Homme primordial (Adam Kadmon), Idra Zuta (la petite assemblée) décrivant la mort du héros Shimeo'n Bar Yoh'ay, comparée à celle de Moïse, Hékhalot, le Livre des Palais, deux descriptions des 7 palais du monde intermédiaire, Raza di razin (Secret des secrets), traité de physiognomonie et de chiromancie, lié surtout à Jéthro. Ce qu'on appelle Zohar H'adash contient également une vingtaine d'autres livres dont Sitré Otiot, le Secret des Lettres, qui traite des noms divins, une interprétation de la vision d'Ezéchiel (sans titre), Sitré Torah, ou Secrets de la Torah, théorie de l'émanation, Midrash Hanéé'lam, ou exégèse scellée, discours basé sur certains chapitres de la Genèse et qui traite surtout de l'âme et du monde à venir, Raa'ya Méhemna ou le Berger Fidèle (Moïse), traitant des mystères des commandements, Tiqouné hazohar, ou les 70 aspects de la Torah, traitant de sémantique et des corps célestes.

Les 4 derniers livres cités se distinguent du reste par son écriture différente (style, langage, idées) et qui permet de penser que l'auteur ou les auteurs est (sont) différent(s) de Moïse de Léon.

Voici résumée la place du Zohar dans la littérature ésotérique du Moyen âge et qui est appelée "qabalah", au sens strict du terme.

 

PLACE DU ZOHAR DANS LA LITTÉRATURE ÉSOTÉRIQUE

 

Ouvrage

Dimension et langue

Date et lieu d'apparition du manuscrit

Première édition imprimée

Auteur inconnu supposé être

Séfer Yetsirah ou livre de la Formation

Un folio contenant 6/8 chapitres courts-

hébreu

10ème siècle

Moyen Orient

1562 à Mantoue

Abraham; en fait

Gnostiques du Yishouv entre 3/5ème siècle

Séfer ha Bahir, ou livre de la Clarté

200 mishnayot de quelques lignes à une page – hébreu avec araméen

Fin 12ème siècle

Languedoc

1651 à Amsterdam

Neh'ounya ben Haqanah; en fait groupe de cabalistes du Moyen Age

Séfer ha Zohar, ou livre de la Splendeur

2400 folios

une vingtaine de livres - araméen

1270/1295

Catalogne

1558 à Mantoue

1559 à Crémone

Shimeo'n Bar Yoh'ay, en fait Moïse de Leon

 

Source : http://soued.chez.com/zohar.htm

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