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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 06:19

Alors que parmi les écrits évangéliques les points pivots de la vie de Jésus ont inspiré l'imagination et la dévotion des artistes les deux derniers millénaires (notamment l'Annonciation, La Nativité, le Baptême, la Transfiguration, La Cène, Géthsémanie, le Chemin de Croix, la Résurrection et l'Ascension), le livre des Révélations a présenté un singulier défi et une fascination pour les peintres avec sa richesse d'images, lesquelles sont des visions particulières.

Le problème que cela présente, est que sa nature visuelle est visionnaire, on pourrait dire fantasmagorique, consistant en visions du monde supra sensible.

Comme son auteur, Jean l'Evangéliste, le dit, "La Révélation de Jésus Christ, que Dieu lui donna ", fut envoyée et "signifiée" à son serviteur Jean à travers ses anges ; ce qui veut dire, projetée en images. Jean aussi "donna témoignage" de la Parole de Dieu dans son Evangile. Témoigner est voir, mais c'est aussi connaître. La vision de Jean est du plus haut discernement, une connaissance suprasensible, le fruit de l'initiation. L'imminence de la Parousie ou de la réapparition du Christ est à nouveau une matière de vision suprasensible : " Regarde, il vient avec les nuées" (1:7) ; c'est à dire dans le royaume de l'éthérique.

L'auteur de l'Apocalypse (Grec pour "découverte") est le maillon divinement fixé dans la chaîne de transmission du Verbe de Dieu à travers son révélateur et témoin, Jésus Christ, par l'intermédiaire de Son ange, à l'humanité entière.

Alors que le rapport de Jean est une série de prophéties, la plupart entièrement données pour ce qui n'est pas encore mais sera à venir, il assume et entraîne, plus que tout autre document écrit, une profonde compréhension de la première évolution occulte de la Terre.

Dans le but d'entrer dans le monde de l'Apocalypse, nous en tant que lecteurs, ne pouvons pas adopter la conscience spectatrice avec laquelle nous vivons dans le monde diurne, regardant du dehors, détachés. Nous devons manger ce livre, et il dérangera notre digestion habituelle, perturbera notre compréhension normale des choses, sera amer dans le ventre.

Encore et encore Jean est enjoint d'agir, "monter ici" et "voir". Sa participation active est requise. En tant que lecteurs nous sommes aussi ralliés à être acteurs. Non juste pour voir mais pour y prendre part, vivre dans les révélations qui nous affectent si fondamentalement. Notre volonté est requise. Depuis que l'initiation rend possible l'accomplissement d'une condition que l'humanité expérimentera plus tard par des moyens évolutionnaires naturels, un initié peut percevoir les événements dans la forme archétypale dans les mondes spirituels bien en avance sur leur manifestation matérielle. Telles sont les visions de l'Apocalyptiste, non de l'Apôtre Jean qui fut martyrisé à Jérusalem en 56 après Jésus-Christ, mais Jean l'Aîné, Jean le Presbytérien qui vivait à Ephèse, et était le "Lazare ressuscité".

L'Apocalypse fut écrite sur l'île Grecque de Patmos, vers la fin du Ier siècle (environ vers 95 après J.C.), pendant la persécution de Domitien. Cette tradition est documentée par les écrivains du second siècle. Justin, Irénée, Clémént d'Alexandrie, Tertullien—et a été confirmée par l'investigation clairvoyante. Alors que les Initiations Chrétiennes étaient dirigées vers le passé, vers la sagesse ancienne, l'Initiation ésotérique Chrétienne révèle le futur. L'homme n'est plus seulement initié pour sa sagesse et ses sentiments, mais pour sa volonté. Placer les buts basés sur la science du Principe Christique et travailler à leur réalisation à travers l'activation de la volonté permet de saisir le Christianisme de façon ésotérique.

L'Apocalypse nous fournit un instrument pour l'initiation de la volonté, une inspiration donnée pour le futur, pour l'action.

Alors que les Evangiles sont certainement éternels dans les vérités qu'ils mettent en avant, leur impact profond est basé sur l'existence établie dans la réalité historique du Christ Jésus, sur l'assomption de la forme physique dans un temps et lieu spécifiques par les plus hauts principes spirituels de notre cosmos. La Révélation d'un autre côté, n'apporte pas de prime abord toutes choses à notre souvenir (Jean 14:26), mais révèle ce qui sera. Nous, en tant que lecteurs et auditeurs de cette parole apocalyptique, pouvons aussi éveiller et aligner nos volontés à l'extrême fin de l'évolution de la terre (Période de la Terre) en vivant en accord avec les principes et les plans qu'elle prône.

L'initiation primitive (pré-Chrétienne) était fixée sur la réflexion. Les temps Christiques s'étant rapprochés, les exercices initiatoires entraînèrent les forces du sentiment. Dans les temps modernes, les exercices Rosicruciens activent l'élément de la volonté. Mais tout entraînement occulte commence par l'organisation et la soumission du corps du désir, à travers le contrôle du mental, une discipline morale, et une concentration physique. La maçonnerie mystique et le jésuitisme aussi renforcent la volonté à travers le travail de l'Ego sur l'instrument physique, qui génère l'âme consciente. Ici, porter sa croix est d'une importance suprême.

Simplement établie, l'initiation éveille les capacités et les pouvoirs sommeillant dans l'âme. L'Apocalypse met en avant les sphères de l'initiation qui désignent à la fois les événements futurs réels et figurés (aussi bien que ceux passés) et les niveaux de la plus haute conscience. Il y trois modes de cognition suprasensible—la vision (imagination), la connaissance (inspiration), et l'identification (intuition). Une telle cognition doit être précédée d'une purification du corps du désir, "préparant la voie du Seigneur" qui aboutit en catharsis, dénotant techniquement l'activation des facultés du clairvoyant. Le corps du désir alors imprime sa sagesse dans les images sur le corps éthérique comme "illuminations"—on "voit".

A l'étape supérieure, on s'élève jusqu'au second ciel, où on "entend" et "connaît" ce que l'on voit. Finalement, dans le troisième ciel, on s'identifie avec ce que l'on voit, ce que l'on connaît, devenant cela même. Donc, Jean rapporte sa propre vision, sa connaissance, et son être comme il présente les images, entend la sagesse, en faisant une partie de son corps spirituel. Telles sont les sphères de l'initiation, mises en avant par l'Apocalyptiste, tandis qu'il délivre les lettres aux sept églises, ce qui signifie les sept catégories du physique (incluant l'éthérique), comme une étape préparatoire.

La première étape—les sept niveaux du corps du désir (monde des images) est désignée par les sept sceaux.

La seconde étape—les sept niveaux du monde de la pensée (monde du son) est représentée par les sept trompettes.

La troisième étape—les sept faces de la colère, démontrent ce qui doit être chassé avant d'entrer dans la vie spirituelle, le vrai monde du Christ.

Lorsque Jean est saisi dans l'esprit et appelé par ses initiateurs à "monter ici", sa vision se dilate jusqu'à inclure les étendues toujours plus vastes de l'évolution de la forme, de la vie, et de la conscience. La vision de l'ouverture de la Révélation dépeint l'Homme Nouveau, l'Homme Archétypal futur comme Il a été crée par la vertu des forces gagnées par le Christ vivant à travers le corps de Jésus. L'Etre est décrit comme "pareil au Fils de l'homme". Dans les Evangiles seulement, le Christ utilise cette phrase pour parler de lui-même. Ici, nous visualisons l'homme idéal qui a été recrée ou restauré par le Christ Intérieur, "la forme humaine divine" (selon Blake), la forme décrite par Coleridge dans "Ode aux années enfuies" :

"Maintenant je recentre mon esprit immortel

Dans le profond Sabbat de mon humble intérieur ;

Nettoyé des passions vaporeuses qui voilent

L'image de Dieu, sœur des Séraphins.

L'homme archétypal, comme "sœur des Séraphins", est dans une personne physique, la création de la substance vivante des plus hautes Hiérarchies créatrices. Une analyse serrée de cet Etre visionnaire montre qu'il est pourvu de neuf lumières et attributs dérivant des neuf classes d'êtres spirituels des Anges aux Séraphins, qui ont contribué, de leur substance spirituelle, à sa création. L'image de Dieu restaurée, Adam régénéré, cette forme modernisée du Christ est un "mélange de la Gloire de l'Eternité avec le Chef-d'œuvre du Temps" (Balfour).

Les sept chandeliers (une variation de la menora Juive), encerclant le Fils de l'Homme, sont une représentation des pouvoirs vibratoires qui ont été assimilés et maîtrisés au niveau microcosmique comme les sept énergies planétaires, signifiées par les sept étoiles, et sur le plan ecclésial comme les sept églises ou communautés de chaque type de Rayon.

L'épée à double tranchant est l'Ego dont la plus grande manifestation est le Verbe Créateur. L'Ego est capable, dans sa plus basse expression, d'égoïsme, de possessivité et d'inhumanité, alors que, dans sa plus haute expression, il irradie l'Amour et la bonne volonté créative. L'Ego peut exalter l'homme en lui permettant de choisir de donner l'Amour comme un cadeau entièrement libre, ou il peut tenter l'homme de servir ses intérêts purement égoïstes, le plongeant ainsi dans l'abîme. Christ Jésus apporta la pleine conscience de l'Ego à l'homme et est représenté comme Celui qui a l'épée à double tranchant sortant de la bouche.

Dans l'Apocalypse, la forme planétaire de ces deux tendances est la civilisation de Babylone (matérialisme) et la civilisation de la Nouvelle Jérusalem (communauté spirituelle), qui sont toutes deux représentées comme citées et personnifiées en tant que femmes.

Sur un niveau plus prosaïque, les sept Eglises sont des estimations de la position des sept centres les plus actifs en Asie Mineure et fournissent la claire évidence que, historiquement, une Eglise unifiée (de façon organisée) n'est pas une idée Chrétienne mais une idée Romaine qui était appliquée à l'Eglise par Constantine en 313 après J.C.

Les sept Eglises originelles de la Révélation constituent la vision du modèle social de la Chrétienté. Il y a sept archétypes égaux, ayant un esprit unifié et une loi unifiée, mais différenciés dans le contexte et dans le caractère. Ils constituent les sept manifestations de l'Etre qui parle à Jean.

Les lettres sont adressées aux Anges de chaque Eglise, l'âme-groupe spirituelle de l'immense variété d'individus qui englobent ensemble une église dont le caractère ou la conscience était tenue dans l'âme de l'ange de l'Eglise. Sur un autre plan, les sept lettres aux Eglises sont les caractéristiques des sept phases de développement de la Cinquième Epoque (Première Post- Atlantéenne) de la Période de la Terre. L'ange de chaque Eglise est l'influence qui la guide ou le génie qui la préside.

Spécifiquement, alors que la Bible, et la Révélation en particulier, sont un produit de la Première Epoque Post-Atlantéenne, leur symbolisme appartient à la forme de ce temps suivant lequel les sept étoiles symbolisent les sept êtres qui sont les meneurs spirituels (angéliques) des sept cultures de cette époque.

Durant ces âges l'humanité peut obtenir des pouvoirs particuliers et des possibilités indiquées de façon occulte par le contenu de chaque lettre.

Qu'a t-il été dit de notre cinquième sous-époque courante, Sardes ? "Tu as un nom que tu aimes et un art mort" (3:1). Comment mort ? Mort à l'Esprit. Maintenant nous pouvons renforcer ce qui reste (de connaissance) et nous repentir, c'est à dire, changer nos esprits, notre orientation matérielle, au point que nous puissions être "vêtus de l'habit blanc".

Pendant la sixième sous-époque, Philadelphie, l'intellectualisme de l'Ouest "épousera" la spiritualité de l'Est, plus particulièrement (comme Max Heindel l'a prédit) en Russie, et favorisera l'amour fraternel.

La septième sous-époque sera tiède. Alors suivra la guerre de Tous contre Tous, dans laquelle chaque Ego non évolué sera lui-même en opposition avec un autre Ego ; après celle-ci commencera la sixième Epoque, la Nouvelle Galilée.

La pleine et correcte utilisation des énergies (étoile) données à chaque Eglise (chandelier) aura pour résultat le triomphe du physique à travers Celui qui a les clefs de l'Enfer et de la Mort. La conséquence égoïque sera pleinement investie dans le corps éthérique par l'activation de ses sept centres occultes, comme indiqué par les sept promesses des lettres.

L'humanité rachetée devra :

· "manger de l'arbre de vie"

· "ne pas être frappé de la seconde mort"

· "manger de la manne cachée" et recevoir "la pierre blanche"

· "recevoir "l'étoile du matin"

· "être habillé du vêtement blanc

· "être fait colonne du Temple de Dieu"

· "s'asseoir près de moi (Christ) sur mon trône"

Comme il convient à un manuel d'initiation de la volonté, Jean est tenu dans un état d'activité continuelle et de concentration dynamique. Il lui est dit :

"Ce que tu vois, écris en un livre et envoie-le" ; "écris les choses que tu as vues" ; "viens plus haut, et je vis et je pleurai … et je regardai" ; "et j'entrai dans l'ange…et je pris le petit livre…et le mangeai" ; " lève toi et mesure le Temple de Dieu" ; "Et je me tenais debout sur le sable de la mer" ; "il me ravit en esprit" ; "et je tombai à ses pieds".

Pour cette seconde vision Jean est convoqué par une voix telle une trompette, et immédiatement il se trouve dans l'esprit et passe à travers une porte dans le ciel et entre dans le monde du désir où il voit et rapporte peut-être la plus resplendissante vision de la Révélation –le trône de Dieu avec un agneau en son sein, entouré de quatre bêtes et alignés devant lui, sept esprits, vingt-quatre vieillards et une foule d'anges.

Les quatre créatures vivantes entourant le trône sont les quatre zoa , la "matière première" de l'humanité, les quatre Ames Groupe Archangéliques, actuellement les quatre Anges Témoins.

L'Homme-Dieu macrocosmique (Adam Kadmon) qui surgit de la Terre d'Esprit, apparaît en premier à la vision clairvoyante comme procédant de quatre prototypes humains créatifs, les forces le formant apparaissant comme représentées ici—l'arc-en-ciel septenaire. Les formes actuelles du Lion, du Taureau, de l'Aigle et du proto-humain portent une similitude avec les corps éthérés que l'humanité revêtait auparavant. Et ils possédaient une conscience et une nature d'âme-groupe appartenant à chaque type. L'homme doit chaque qualité d'âme qu'il possède actuellement à son rejet, durant son développement évolutionnaire, d'une forme animale particulière, conservant cependant l'équivalent spirituel de cette forme.

Par analogie, le sédiment est la précipitation de la matière grossière venant de l'eau boueuse, laissant un clair et limpide liquide. L'art mystique de l'Alchimie utilise beaucoup ce procédé sublime de séparation, qui est emblématique de la transformation vers le supérieur, et du sacrifice, rejet de l'inférieur. Spécifiquement, l'homme astral (corps du désir) est composé de l'aigle (tête—pensée), du lion (cœur—émotion), du taureau (ventre et système osseux--volonté), et de l'homme (dans une forme primitive de la coordination et de synthèse des trois autres).

L'Ego-âme individuel est une espèce animale, entier en lui-même, tandis que les Egos groupes animaux sont dans le monde du désir et ne sont pas descendus dans le physique.

L'agneau mystique dans le sein du trône, le signe du Rédempteur, est l'âme groupe pour la plus haute manifestation des hommes, l'Ego Christ.

Les vingt-quatre vieillards sont les incarnations de l'expérience obtenue des vingt-quatre tours d'évolution ou cycles de temps qui ont précédé notre phase courante de manifestation planétaire. Pendant ce temps, d'autres êtres ont passé à travers leur étape humaine :

*Les Seigneurs de l'Esprit pendant la Période de Saturne (sept phases)

*Les Archanges, pendant la Période du Soleil (sept phases)

*Les Anges, pendant la Période de la Lune (sept phases)

*Les Humains, pendant trois étapes de la Période de la Terre (la quatrième n'est pas encore finie)

Ces vingt-quatre Aînés peuvent ainsi guider (et instruire) l'évolution de l'homme depuis les royaumes spirituels, en tant que directeurs du temps (les vingt-quatre heures de l'horloge cosmique, chaque "heure" ou révolution gouvernée par un "roi du temps").

Ayant vécu la vie et la mort dans un corps humain et rajeuni spirituellement la terre par Sa vitalité solaire, le Christ est capable de décacheter les sceaux du Livre de la Vie tenu par le Père.

Avant Son Avènement, le Livre était tenu scellé et l'humanité manquait de pouvoir suffisant pour vaincre les forces matérielles et pénétrer consciemment dans les mondes de l'Ame et de l'Esprit. Par le sacrifice de l'Agneau, l'essence des éons de l'expérience formatrice peut être héritée et imprimée sur l'âme humaine.

A la fin de la Cinquième Epoque (Première Post-Atlantéenne), suivant la Guerre de Tous contre Tous, les sept sceaux seront dénoués, tout ce qui y est "écrit" sera ouvert et le livre du voyage de l'esprit individuel sera lu et prêt pour l'assimilation. Ce contenu appartiendra aux réincarnations des âmes durant les sept sous-époques culturelles, à l'intérieur desquelles il a obtenu les pouvoirs particuliers et les aptitudes comme indiqué en partie dans les sept lettres aux églises.

Si l'impulsion Christique n'avait pas été donnée à la Terre et à son humanité, l'espèce humaine aurait affronté la terrible situation de l'être incapable d'apprendre suffisamment et de transmuer son expérience terrestre en substance lumineuse du corps de l'âme.

L'Agneau rachète ce qui, autrement, aurait été perdu, et révèle ce qui serait resté caché, donnant la liberté de comprendre et la force d'agir sur cette compréhension, et s'élever au-delà de l'âge dans lequel le développement humain était devenu scellé ou interrompu.

Alors que les expériences représentées par les sceaux furent déposés dans la Cinquième Epoque culturelle :

(Indienne ancienne

Perse

Egypto- Sumérienne

Greco -Romaine/Sémitique/Teutonique/Saxonne/Celte

Sixième et Septième sous-époques)

ils seront perdus comme pouvoirs utilisables de l'âme et caractériseront les sept sous-cultures successives de la Sixième Epoque de la Nouvelle Galilée, dont l'accent sera mis sur le développement conscient du corps éthérique.

Comme l'humanité a progressé en se libérant de la forme animale, tout en maintenant les attributs moraux associés à ces formes (courage, constance, aspiration), donc, l'intelligence et la raison qui sont individuelles à notre époque ont été mises en avant par l'expulsion, ou la séparation de la forme chevaline du plan astral au plan physique. Le cheval de Troie, les sages et humains Houyhnhnms (chevaux) dans les Voyages de Gulliver, de Swift, le centaure prêtre/guérisseur Chiron, maître d'Esculape, sont de légendaires et intuitives références à cette association entre les chevaux et l'intelligence ("sens chevalin"), qui est ainsi basé sur le fait que le corps éthérique du cheval se prolonge au-delà de l'aura de la tête physique, permettant une mesure de la vue éthérique. Le centaure lui-même est un rappel du travail déjà en progression quand on cherche à spiritualiser sa raison.

Spécifiquement, la séquence des quatre chevaux et cavaliers apocalyptiques représente la graduelle augmentation de la raison matérielle, d'un intellect devenant plus terrestre. Chacune des quatre bêtes introduit un cheval et un cavalier.

Le cavalier sur le cheval blanc (Culture Indienne) représente l'intellect pur comme l'archer perçant qui touche la cible. La sublime sagesse des Sept Rishis et la Bhagavad-Gita viennent de cette époque.

Le cheval rouge (Culture Perse/Chaldéenne) indique la nature désir ceignant le mental et l'utilisant dans des desseins d'invasion (porteur de l'épée).

Le mental représenté par le cheval noir (Culture Egypto-Sumérienne) est devenu matériel, (opaque à la lumière spirituelle) et son cavalier l'utilise pour mesurer et peser le densité du monde physique.

Le cheval pâle --aujourd'hui "putride", en Grec-- (Culture Greco-Romaine) signifie un intellect qui est lui-même défaitiste, morbide.

La mort conduit l'intellect qui est utilisé pour démembrer et disséquer la réalité, une forme de vivisection mentale, et exclusivement pour servir les besoins matériels et les plaisirs. Comme Emerson le décrit, les biens sont dans la selle et conduisent l'humanité.

Christ est venu dans un corps terrestre pendant cette Quatrième Culture pour conquérir la mort. Avec l'infusion de cette impulsion de vie cosmique dans l'évolution de la Terre, pour la spiritualisation de la pensée, la forme chevaline ne peut représenter plus longtemps les Anges culturels. Ainsi les habitants de la Cinquième (courante) Culture sont (peuvent être) vêtus de robes blanches. Pendant la Sixième sous-Epoque la forme de l'homme est davantage spiritualisée par les forces du soleil et de la lune, comme données dans une forme simplifiée et inversée par la chevelure noire (soleil) et le sang (lune).

Avant l'ouverture du Septième Sceau et le ravage prédit à venir sur terre, puisque ses pèlerins sont petit à petit conditionnés pour l'abandonner et la transcender, les serviteurs de Dieu sont scellés (au front) du nombre 144,000, le nombre de l'humanité (1+4+4=9) et le nombre de domaines de la Nouvelle Jérusalem (12x12=144), où ils vivront.

Avec l'ouverture du Septième Sceau, la sphère d'intérêt de l'Apocalyptiste bouge du monde du désir au monde la pensée, où s'ensuit un mode plus élevé de cognition. Au seuil entre les Mondes, il entre dans le Silence, qui là, est rompu par les résonnements successifs des sept trompettes, signifiant les sept pouvoirs ou clefs qui donnent l'accès aux mondes intérieurs.

Les sept Anges à la trompette sont les gardiens ou défenseurs des sept degrés. Les trompettes annoncent aussi la Septième Epoque de la Terre, dont le futur contenu est obtenu est obtenu par la clairaudience atteignant le monde de la pensée, où le son spirituel est la substance formatrice et le moyen de base de la réalité.

Les visions en série introduites par les sept trompettes sont parmi les plus fantasmagoriques et les plus négatives dans la Révélation. Il est clair que leur fonction est de persuader énergiquement une humanité récalcitrante de se libérer des attaches terrestres, car finalement, la terre physique ne sera plus. En particulier les fléaux sont désignés pour châtier et réorienter les membres déchus et pervers de l'humanité, mais beaucoup refuseront de se repentir (metanoïa), c'est à dire, changer leur pensée et recevoir le Christ.

Là-dessus (chapitre 10), interposé entre le sixième et le septième ange à la trompette, apparaît un ange puissant, qui peut être interprété comme une représentation du plus grand Gardien du Seuil, le Génie de l'homme, l'image dans laquelle l'aspirant peut croître, une forme individualisée de la première vision du voyant de "Pareil à celui dans le Fils de l'homme".

Un pied de cet ange sur la terre et un sur l "océan-Vie de l'Esprit", images d'une d'une nature amphibienne de l'homme en évolution, lorsqu'il commence à quitter le terrain sécurisant de la conscience ordinaire.

La nature pensante est dans le royaume des nuages, la nature des sentiments est exprimée par l'arc-en-ciel, et les forces de la volonté sont montrées par les pieds fougueux. Cette triple manifestation est orchestrée par le visage qui brille comme un soleil, symbolisant le Moi spirituel (Ego).

En saisissant et dévorant le livre présenté par cet ange, Jean prend part à sa substance spirituelle, qu'il devra manifester en son temps.

L'homme en involution descend du monde du désir vers le terrain solide de la conscience de la terre physique. L'homme en évolution monte du plan physique vers le monde de la conscience du monde du désir.

Alors que les forces de l'eau prévalaient dans la première moitié (Mars) de la Période de la Terre au milieu de l'Atlantide, les forces de la terre consolident leur position pour le développement de l'Ego dans la seconde moitié (Mercure). Deux piliers représentent ainsi l'héritage de la Terre venant des Périodes Solaire et Lunaire :

Le pilier de la Force (dont les sources planétaires actuelles sont le Soleil et Mars) et le pilier de la Sagesse (maintenant nourri par la Lune et Mercure), respectivement.

La réussite de l'œuvre, ou fondement du temple humain, donné dans la Période de la Terre, est l'Amour, proclamé dans l'Evangile d'Amour de Jean et incarné dans le Christ Jésus.

Les références bibliques des deux piliers—deux témoins—(11:3) sont Elie, dont le pouvoir au-delà des éléments éthériques est rapporté dans I Rois 17:1 ("Il ne sera ni rosée ni pluie ces années-là, sauf à mon commandement") et Moïse, le sage, qui a "pouvoir sur les eaux, de les changer en sang et de frapper la terre avec toutes les plaies"(11:6). Ces deux individualités apparurent à la Transfiguration, personnifiant la Loi (Vérité) et les prophètes (Chemin), l'ordre et l'évolution, le conservatisme et le radicalisme.

Dans le chapitre 11, Jésus est instruit pour mesurer l'Autel du Temple de Dieu, mais aussi pour omettre la cour extérieure, ou l'homme extérieur et ses problèmes purement terrestres, lesquels ne passeront pas sous la dispense de Jupiter.

Dans le corps de l'initié les deux témoins se soumettent au système nerveux sympathique (Lune) et cérébro-spinal (Soleil), qui sont aussi les deux oliviers et les deux chandeliers mentionnés dans Zacharie (4:11). Ils sont totalement réalisés et équilibrés en manifestation féminine/masculine de l'Ego bipolaire, et représentés de manière architecturale par les deux piliers du Temple de Salomon, le pilier de la Sagesse (Boaz) et le pilier de la Force (Jachin), un symbolisme repris dans la maçonnerie occulte.

A ce moment là, le temps change pour l'espace et la séquence temporelle est convertie en un panorama d'images se présentant simultanément . Une distinction devrait être faite entre les domaines dans lesquels l'Apocalyptiste entre dans l'Esprit pour lire les événements futurs et la sphère dans laquelle ceux-ci se dérouleront car le dernier appartient principalement à la transition du physique dense au monde éthérique, pleinement réalisée à la fin de la Période de la Terre.

Le domaine de la septième trompette amène actuellement le voyant et le lecteur à la fin de la Révélation et a été décrit comme "l'apocalypse dans l'Apocalypse", le cerneau dans la noix. Cette trompette, en fait, résonne tout le temps, pour que ses vérités soient entendues par ceux qui ont des oreilles (spirituelles) pour entendre. La face solaire du Nouvel Humain sera généralisée au corps éthérique lumineux tout entier, car dans la période de Jupiter, l'humanité manifestera alors le Corps de Transfiguration.

Le stade la conscience égoïque, la béatitude de l'amour, comme du miel dans la bouche (compréhension), nécessite pour ce résultat, des étapes de souffrance lors des incarnations, essentialisées dans les épreuves de la Croix. La première rencontre avec les idées élevées peut être stimulante, agréable même ; c'est une chose pour "divertir" une pensée, mais fabricant des idéaux à partir des idées, les saisissant par la force de volonté et les appliquant, "leur donnant corps" comme un fait accompli, qui peut demander le sacrifice et engendrer la souffrance—"être amer dans le ventre".

Par la septième Epoque de l'évolution de la Terre, le corps physique réfléchira pleinement, comme dans un miroir, en fait, laissera passer comme à travers un verre clair, la nature de l'âme. A ce moment là, tromperie et imposture seront impossibles. Les pensées et les sentiments seront portés sur le visage et mouleront la forme extérieure en conséquence. Le corps révélera la présence ou l'absence du Christ éthérique ; c'est à dire, il montrera l'amour ou la méchanceté.

La force vivant dans les Evangiles sera celle que l'homme a brûlée et deviendra le constituant de son être.

Il sera le livre vivant comme le Christ est le Verbe Vivant.

 

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 06:27

 

Les Forces en présence  

Les deux Bêtes  

Je vis alors monter de la mer une Bête à dix cornes et sept têtes ; elle portait sur les cornes dix diadèmes et, sur les têtes, des titres blasphématoires. Elle avait l'allure d'une panthère, les pattes d'un ours et la gueule d'un lion, le Dragon lui conféra sa puissance, son trône et une grande autorité.  

L'une de ses têtes, pourtant, paraissait égorgée à mort, mais la plaie mortelle était guérie. Là-dessus, tout le monde de se pâmer d'admiration à la suite de la Bête, et de se prosterner devant le Dragon parce qu'il avait conféré son prestige à la Bête, et de se prosterner devant la Bête en disant : "Qui pourrait se mesurer à la Bête et batailler avec elle ? ". On lui accorda la faculté de proférer des paroles arrogantes et blasphématoires et de sévir quarante deux mois.  

Elle ouvrit donc sa bouche pour blasphémer contre Dieu, blasphémer son nom et sa tente (ceux qui ont leur tente au ciel). Elle put guerroyer avec les saints et l'emporter ; elle reçu autorité sur toute tribu, peuple, langue et nation, au point que tous les habitants de la terre l'adoreront ; leur nom n'est pas inscrit depuis la fondation du monde dans le Livre de vie de l'Agneau égorgé.  

A bon entendeur d'écouter ! Qui cherche à faire des prisonniers, s'en va en captivité ; qui tuera par l'épée doit être tué par l'épée ! C'est l'occasion pour l'endurance et la confiance des saints !  

Je vis ensuite une autre Bête monter de la terre ; elle avait deux cornes, comme un agneau, mais elle parlait à la Dragonne. Tout le prestige de la première Bête, elle le déployait sous sa surveillance : elle amenait la terre et ses habitants à adorer la première Bête (celle dont la plaie mortelle était guérie) ; elle opérait de grands prestiges, au point de faire tomber la foudre sous les yeux des hommes. Au moyen des prodiges qu‘elle pouvait opérer sous la surveillance de la Bête, elle séduisait les habitants de la terre en leur suggérant de dresser une statue à la Bête qui avait survécu au coup d‘épée. Il lui fut même concédé d‘animer la statue de la Bête, au point qu‘elle en arrive à parler et à faire mettre à mort quiconque refuse de se prosterner devant elle.  

Elle arrivait à ce que tout le monde, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, se marquât la main droite ou le front, de façon que personne ne pût acheter ou vendre sans être marqué du nom de la Bête, ou du chiffre de son nom. C‘est le moment d‘être habile ! Aux gens avisés de calculer le chiffre de la Bête ! car c‘est le chiffre d‘un homme, et ce chiffre est six cent soixante six.  

L'Agneau et ses élus  

J'eus encore une vision : l'Agneau debout sur le mont Sion, et près de lui cent quarante quatre mille personnes qui portaient son nom et celui de son Père, écrits sur le front. J'entendais cependant un choeur céleste comparable au fracas des grandes eaux et aux grondements puissants du tonnerre, mais également à un choeur de citharèdes s'accompagnant de la cithare. Ils chantaient comme un chant nouveau devant le trône, les quatre Animaux et les Vieillards. Personne ne pouvait apprendre ce chant, si ce n'est les cent quarante quatre milliers rachetés de la terre, pour ne s’être pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges ; ils forment la suite de l’Agneau partout où il va ; ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme primeurs offertes à Dieu et à l’Agneau ; dans leur bouche ne s’est point trouvé de mensonge, ils sont irréprochables.  

Préparatifs de la lutte  

Trois anges prédisent la victoire  

Je vis alors un autre ange voler au zénith, porteur d'une bonne nouvelle éternelle destinée à ceux qui résident sur terre, à toute nation, tribu, langue et peuple : il disait à haute voix : "Craignez Dieu et rendez lui gloire, parce qu'a sonné l'heure ou il doit juger ; prosternez-vous devant l'autel du ciel et de la terre, de la mer et de ses sources".  

Un deuxième ange le suivit et dit : "Elle est tombée, elle est tombée Babylone la grande, pour avoir abreuvé toutes les nations du vin de son dévergondage effréné".  

Un troisième ange les suivit et dit à haute voix : "Celui qui adore la Bête et sa statue , et en accepte la marque sur le front ou sur la main boira lui aussi du vin de l'indignation de Dieu, versé pur dans le calice de sa colère ; il sera tourmenté dans le feu de souffre, sous les yeux d'anges saints et de l'Agneau ; la fumée de leur tourment ne cessera de s'élever pour les siècles des siècles, sans que les adorateurs de la Bête et de sa statue et quiconque reçoit l'empreinte de son nom aient de répit ni jour ni nuit".  

C'est le moment de faire appel à l'endurance des saints, fidèles aux ordres de Dieu et à la foi de Jésus. J'entendis même une voix céleste me dire : "Note : Heureux les morts qui meurent désormais dans le Seigneur. Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent de leurs travaux car leurs actes les suivent".  

Vision anticipée du double jugement  

J'eus encore une vision : un nuage blanc sur lequel siégeait comme un Fils d'Homme, la tête ceinte d'une couronne d'or et une faucille affilée à la main. Un autre ange sortit du temple et cria d'une voix sonore à celui qui siégeait sur le nuage : "Faites aller votre faucille et moissonnez, le moment est venu, la moisson terrestre est mûre". L'être assis sur le nuage fit alors passer sa faucille sur terre, et la terre fut moissonnée.  

Puis un autre ange, qui tenait pareillement une faucille affilée, sortit du temple céleste. Un autre encore, le préposé au feu, quitta l'autel et interpella bien haut celui qui tenait la faucille affilée : "Faites aller votre faucille affilée, disait-il, et vendangez les grappes de la vigne terrestre : les raisins sont mûrs". L'ange fit alors passer sa faucille sur terre, vendangea la vigne terrestre et mit le raisin dans la grande cuve de l'indignation de Dieu. On la foula hors de la ville et il en sortit du sang jusqu'au niveau du mors des chevaux sur une distance de seize cent stades.  

Exécution des vendanges divines sur Babylone et sur les Bêtes  

Les sept coupes de la colère de Dieu  

Je vis encore un autre météore, considérable et impressionnant : sept anges porteurs de sept fléaux, les derniers, car en eux est assouvie l'indignation de Dieu.  

Je vis aussi une mer transparente irradiée de feu, et, debout sur elle, les vainqueurs échappés à la Bête, à sa statue et au chiffre de son nom, tenant les cithares divines. Ils chantaient de chant de Moïse le serviteur de Dieu et le chant de l'Agneau : "Grandes et admirables sont tes oeuvres, Seigneur Dieu Dominateur ! Justes et véritables tes voies, Roi des nations ! Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Seul tu es saint , et toutes les nations viendront se prosterner devant toi, car la droiture de tes jugements est devenue manifeste".  

Après quoi j'ai vu s'ouvrir dans le ciel le temple [qui renferme] la tente du témoignage. Les sept anges aux sept fléaux en sortirent , vêtus de lin propre et splendide, la poitrine ceinturée d'or.  

L'un des quatre Animaux leur donna sept trompettes d'or pleines de l'indignation du Dieu vivant pour les siècles des siècles ; le temple fut rempli de fumée, provenant de la gloire de Dieu et de sa puissance, au point que personne n'y pouvait pénétrer que les sept fléaux des sept anges ne fussent accomplis.  

J'entendis alors dans le temple une voix forte dire aux sept anges : "Allez répandre sur terre les sept coupes de l'indignation divine".  

Le premier s'en alla donc verser sa coupe sur le sol ; il en résultat un ulcère malin et pénible pour les hommes qui portaient l'empreinte de la Bête et se prosternaient devant sa statue.  

Le deuxième répandit sa coupe dans la mer ; elle tourna en sang cadavéreux et tous les animaux marins périrent.  

Le troisième répandit sa coupe dans les fleuves et les sources, et ce devint du sang. J'entendis alors l'ange des eaux : "Il est juste , disait-il, que toi, qui es, qui était, le Saint, tu aies ainsi jugé ;  

parce qu'ils ont versé le sang des saints et des prophètes, tu leur as aussi donné à boire du sang !  

Ils le méritent ! Et j'entendis l'autel dire : "Oui, Seigneur, Dieu Dominateur, tes jugements sont vrais et justes".  

Le quatrième répandit sa coupe sur le soleil, et il lui fut donné de surchauffer les hommes par ses ardeurs ; ainsi les hommes furent surchauffés d'une chaleur torride, ils maudirent le nom de Dieu qui peut déclencher ces fléaux, et ne voulurent pas se repentir et le glorifier.  

Le cinquième répandit sa coupe sur le trône de la Bête ; son royaume s'enténébra et, de douleur [ses sujets] se mordirent la langue. Ils maudirent le Dieu du ciel, à cause de leurs souffrances et de leurs ulcères, sans se repentir de leur conduite.  

Le sixième répandit sa coupe dans le grand fleuve Euphrate ; l'eau se tarit pour laisser passage aux rois d'Orient. A ce moment je vis [sortir] de la gueule du Dragon, de celle de la Bête et de la bouche du faux prophète trois esprits impurs ; ils avaient l'air de grenouilles ; de fait se sont des esprits démoniaques qui opèrent des prodiges et vont trouver les rois de toute la terre en vue de les concentrer pour la bataille du grand jour du Dieu Dominateur. (Voici que je viens comme un voleur ! Heureux qui veille et garde ses vêtements, pour n'avoir pas à circuler nu en se montrant indécent ! ) Ils les rassemblèrent au lieu dit en hébreu Har-Magedon.  

Le septième enfin répandit sa coupe dans les airs ; il sortit du temple une voix forte émanée du trône : "C'en est fait " disait-elle. Aussitôt ce furent des éclairs, voix et coups de tonnerre accompagnés d'une secousse telle que jamais, depuis l'apparition de l'homme, il n'en advint d'aussi violente ; la grande ville se brisa en trois, les villes païennes croulèrent , et ainsi Babylone la grande fut rappelée au souvenir de Dieu pour qu'il lui administrât le calice du vin de son ardente colère. Toutes les îles s'enfuirent et l'on ne trouva plus de montagnes. Des grêlons énormes, pouvant peser un talent, se mirent, du haut du ciel, à bombarder les hommes ; ceux-ci maudirent Dieu à cause du fléau de la grêle, car il est formidable.  

Le châtiment de Babylone  

Un des sept anges aux sept coupes vint alors m'entretenir : "Viens, me dit-il, que je te montre la condamnation de la grande Prostituée, sise au bord des grandes eaux, avec laquelle se sont méconduits les rois de la terre, et qui a grisé les habitants de la terre du vin de sa débauche".  

Il m'emporta donc en esprit au désert. Là je vis une femme montée sur une Bête écarlate, couverte de titres blasphématoires, ayant sept têtes et dix cornes. La femme, affublée de pourpre et d'écarlate, chamarrée d'or, de pierreries et de perles, avait un gobelet d'or à la main, plein des vilenies et des ordures de sa prostitution. Elle avait au front un nom symbolique : "Babylone la grande, la mère de la prostitution et des vilenies de la terre". Je la vis ivre du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus, et sa vue m'étonna vivement.  

"Pourquoi t'émerveiller, me dit l'ange. Je vais t'expliquer le symbolisme de la femme et de la Bête à sept têtes et dix cornes qui la porte. La Bête ne question était, n'est plus, et doit remonter de l'abîme pour se rendre à sa perte ; les habitants de la terre dont le nom n'est pas écrit depuis la fondation du monde dans le Livre de vie, s'émerveilleront de voir reparaître la Bête qui était et n'est plus. Il faut ici une intelligence pénétrante ! Les sept têtes sont sept montagnes, sur lesquelles est installée la femme ; ce sont aussi sept rois : cinq ont été renversés, il en reste un, l'autre n'est pas encore venu ; une fois arrivé, il doit demeurer pour peu de temps. Quant à la Bête qui était et n'est plus, elle est un huitième [roi] , mais elle est des sept et se rend à sa perte. Les dix cornes sont dix rois qui n'ont pas encore régné, mais ils recevront le pouvoir royal, pour un moment, avec la Bête. Ils n'ont qu'une pensée : conférer leur puissance à la Bête ; ils feront la guerre à l'Agneau, mais ce dernier les vaincra parce qu'il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, ainsi que les siens, appelés choisis et fidèles.  

Il poursuivit : "Les eaux au bord desquelles tu as vue sise la Prostituée sont des peuples, des foules, des nations et des langues. Les dix cornes, tout comme la Bête, haïront la Prostituée, la dépouilleront et la mettront à nu, ils en mangeront les chairs et la brûleront. Car c'est Dieu qui leur a mis en tête d'exécuter son plan, d'opérer de concert et de donner à la Bête leur royal concours jusqu'à ce que soient accomplies les paroles de Dieu".  

"La femme que tu as vue, c'est la grande ville qui règne sur les rois de la terre".  

Après cela je vis un autre ange descendre du ciel avec un grand pouvoir, et la terre était illuminée de sa gloire. Il se mit à crier avec force : "Elle est tombée, elle est tombée Babylone la grande ! La voilà tanière des démons, repaire des esprits impurs et des oiseaux impurs et répugnants, parce que toutes les nations ont bu du vin de son dévergondage insensé. Les rois de la terre se sont méconduits avec elle et les trafiquants ont fait fortune de l'énormité de son luxe".

J'entendis encore une autre voix céleste dire : "Quittez la place, mon peuple, pour n'être pas solidaire de ses forfaits et ne rien recevoir des coups qui la frappent, car ses péchés se sont accumulés jusqu'au ciel, et Dieu s'est rappelé ses forfaits. Payez-la de sa monnaie, rendez lui le double de ses méfaits, et dans le calice où elle versait à boire, versez lui le double. Autant elle a fait parade de luxe, autant donnez-lui de tourment et de deuil. Parce qu'elle se dit : "Je trône en reine et ne suis point veuve et n'expérimente jamais le deuil, pour cela, le même jour verra fondre sur elle tous les fléaux : mort, deuil, famine, et elle sera incendiée, car il est fort le Seigneur Dieu qui l'a condamnée".  

Les rois de la terre qui se sont méconduits et livrés au luxe avec elle pleureront et se désespéreront à son sujet en apercevant la fumée de son brasier ; retenus a distance par la terreur de son tourment : "Hélas, hélas ! diront-ils, ô grande ville, Babylone, ville forte, il a suffit d'un moment pour ton exécution ! "  

Les trafiquants de la terre pleurent et se lamentent sur elle, parce que personne n'achète plus leur cargaison, cargaison d'or et d'argent, de pierres précieuses et de perles, de fine toile et de pourpre, de soie et d'écarlate, de toutes sortes de bois de thuya et d'objets d'ivoire, de bois précieux, de bronze, de fer et de marbre, cinnamone et amone, parfums, essences et encens , vin et huile, farine et froment, gros bétail et moutons, chevaux et chariots, esclaves et autres personnes !  

Voilà que le bon temps pour tes passions animales s'est envolé, toute l'opulence et le clinquant se sont envolés et jamais plus ne se retrouveront. Les trafiquants de ces denrées, qui s'enrichissaient d'elle, retenus à distance par la terreur de son tourment, pleureront et se lamenteront : "Hélas, hélas ! diront-ils, la grande ville qui se drapait de fine toile, de pourpre et d'écarlate et scintillait d'or, de pierreries et de perles, en un moment toute cette richesse a été rasée".  

Tous les pilotes et les caboteurs, les marins et les travailleurs de la mer se tiendront à distance,

ils hurlaient en regardant la fumée de son incendie : "Qu'y avait-il de comparable à la grande ville ? " Ils se jetaient de la poussière sur la tête et hurlaient ; ils pleuraient et se lamentaient : "Hélas, hélas ! disaient-ils, la grande ville, dont l'opulence a enrichi tous les armateurs, un moment a suffit pour la raser ! "  

"Ciel, réjouissez-vous, ainsi que les saints, les apôtres et les prophètes, parce que Dieu a tranché en faveur de votre cause, à ses dépens".  

Alors un ange vigoureux souleva une pierre de la taille d'une grande meule et la jeta dans la mer en disant : "Ainsi, d'un coup, sera précipitée Babylone la grande ville, et jamais plus on ne la retrouvera. On n'entendra plus chez toi les sonorités des citharèdes et des chanteurs, des joueurs de flûte et de trompette, on ne trouvera plus chez toi d'ouvrier qualifié, pour aucun métier, on n'entendra plus chez toi le bruit de la meule, on ne verra plus chez toi briller la lumière d'une lampe et l'on entendra plus chez toi la voix des époux, parce que tes marchands étaient les maîtres du monde et que les maléfices ont séduit toutes les nations ; et l'on a trouvé chez toi le sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qu'on a égorgés sur terre".  

Après cela j'entendis dans le ciel comme un choeur immense chanter : "Alleluia ! salut, gloire et puissance reviennent à notre Dieu, parce que ses jugements sont vrais et justes, puisqu'il a exécuté la grande Prostituée qui corrompait la terre par sa débauche ; il a vengé sur elle le sang de ses serviteurs". Puis ils reprirent : "Alleluia ! Sa fumée s'élève pour les siècles des siècles".  

Alors les vingt quatre Vieillards s'inclinèrent ainsi que les quatre Animaux, ils se prosternèrent devant le Dieu qui trône, et dirent : "Amen ! Alleluia !"  

Une voix sortit du trône : "Chantez notre Dieu, disait-elle, vous tous, ses serviteurs, qui ne craignez, petits et grands". Là-dessus l'entendis comme un choeur immense, sonore comme le bruit des grandes eaux et le grondement des puissants tonnerres, entonner : "Alleluia ! notre Dieu, le Dominateur a établi son règne. Réjouissons-nous et glorifions-le , parce qu'approchent les noces de l'Agneau ; son Epouse est parée de la fin toile , nette et splendide, qu'elle a reçue pour s'en habiller". (Or la fine toile , ce sont les bonnes oeuvres des saints.)  

Il me dit alors : "Ecris : Heureux les invités au dîner de noces de l'Agneau". Il ajouta : "Ce sont là paroles authentiques de Dieu". Là-dessus, je tombais à ses pieds, pour me prosterner devant lui.  

"Garde-t-en bien, me dit-il, je suis un serviteur comme toi et tes frères, les possesseurs du témoignage de Jésus ; prosterne-toi devant Dieu". De fait, l'esprit prophétique n'est autre que le témoignage de Jésus.  

Victoire du Christ sur les Bêtes  

Je vis encore le ciel ouvert : et voici paraître un cheval blanc ; son Cavalier s'appelle Fidèle et Véritable ; c'est avec justice qu'il juge et fait la guerre. Il a les yeux flamboyants , la tête ceinte de bien des diadèmes, et porte écrit un nom, que nul ne connaît sinon lui ; il est drapé d'un manteau plein de sang et se nomme le Verbe de Dieu. Lui faisaient suite, sur des chevaux blancs, les armées célestes, vêtues d'une fine toile d'une blancheur immaculée. Sa bouche darde un glaive acéré, pour en frapper les nations païennes, car c'est lui qui doit les mener à la baguette de fer et fouler la cuve du vin du courroux indigné du Dieu Dominateur. Il porte écrit sur le manteau et sur la cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs !  

Je vis alors un ange debout sur le soleil : il se mit à crier bien fort à tous les rapaces qui volent en plein ciel : "Ici ! rassemblez-vous pour les ripailles de Dieu, pour dévorer chairs de rois, chairs de généraux et chairs de preux, chairs de chevaux et de cavaliers, chairs d'hommes libres et d'esclaves, de petits et de grands".  

Puis j‘ai vu la Bête, les rois de la terre avec leurs armées réunies pour faire la guerre au Cavalier et à son armée. Mais la Bête fut garrottée, ainsi que le faux prophète qui avait opéré sous son contrôle les prodiges par lesquels il avait séduit les gens qui avaient reçu l‘empreinte de la Bête et s‘étaient prosternés devant sa statue. Tous deux furent jetés vifs dans l‘étang de feu sulfureux.  

Le reste fut massacré par l‘épée que dardait la bouche du Cavalier, et tous les rapaces firent bombance de leurs chairs.  

Le sort du Dragon  

Je vis encore un ange descendre du ciel ; il tenait à la main la clef de l'abîme et une grande chaîne. Il maîtrisa le Dragon, le serpent primitif, qui n'est autre que le Diable et Satan, l'enchaîna pour mille ans et le précipita dans l'abîme qu'il ferma et scella sur lui, de façon qu'il ne séduisit plus les nations avant le terme de mille ans ; après quoi il doit être déchaîné pour peu de temps.  

Je vis aussi des trônes, sur lesquels s'installèrent ceux qui reçurent le pouvoir de juger ; c'étaient les âmes de ceux qu'on avait décapités à cause du témoignage de Jésus et de la parole de Dieu, et tous ceux qui n'avaient adoré ni la Bête ni sa statue et n'en avaient pas reçu l'empreinte au front et à la main. Ils vécurent une vie nouvelle et régnèrent avec le Christ mille ans. (Le reste des morts ne revécut point avant le terme des mille ans). C'est là la première résurrection. Heureux et saint qui participe à la première résurrection ! sur eux la seconde mort n'a pas de prise, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec lequel ils régneront durant mille ans.  

Au terme de mille ans Satan sera déchaîné de sa prison, il s‘en évadera pour égarer les nations aux quatre coins de la terre, (Gog et Magog), les rassembler pour le combat, nombreuses comme le sable de la mer. Elles montèrent à la surface de la terre, cernèrent le camp des saints et de la ville bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel et les dévora. Le Diable, leur séducteur, fut jeté dans l‘étang de feu et de soufre, auprès de la Bête et du faux prophète ; ils y seront tourmentés jour et nuit , pour les siècles des siècles.  

Le jugement général  

Je vis alors un grand trône blanc et Celui qui siégeait dessus; ciel et terre fuirent sa face, si bien qu'on en trouva plus la place. Je vis aussi les morts, grands et petits, debout devant le trône.  

On ouvrit des livres, puis encore un autre livre, celui de la vie ; et les morts furent jugés sur le texte des livres, selon leurs actes. La mer avait rendue les morts qu'elle contenait, la mort et le souterrain séjour pareillement ; et chacun fut jugé selon ses actes. Enfin, mort et souterrain séjour furent jetés dans l'étang de feu. C'est cela la seconde mort, l'étang de feu. Quiconque ne sera pas inscrit au livre de vie fut jeté dans l'étang de feu.  

Je vis alors un ciel nouveau et une terre nouvelle, puisque le premier ciel et la première terre s'en étaient allés ; seulement il n'y avait plus de mer désormais. Je vis aussi la ville sainte, Jérusalem nouvelle, descendre du ciel d'auprès de Dieu, comme une fiancée parée pour son époux.  

En même temps j'entendis une voix forte issue du trône : "Voici la tente de Dieu chez les hommes, disait-elle, il partagera sa tente avec eux, ils seront ses peuples, et Dieu sera lui-même avec eux.  

Il essuiera toute larme de leurs yeux ; il n'y aura plus de mort, il n'y aura plus de deuil, ni cri, ni peine, car la condition primitive est passée".  

Epilogue de toute la deuxième partie  

Alors Celui qui trône dit “Cette fois je rénove tout”. Il dit encore "Ecris que ces paroles sont sûres et authentiques”.Puis il me dit "C‘en est fait. Je suis l‘Alpha et l‘Oméga, le principe et la fin.  

C‘est moi qui donnerai à l‘assoiffé de la source d‘eau vive, gratuitement. Le vainqueur héritera de tout cela , je serai son Dieu et il sera mon fils. Quant aux lâches, aux défiants, aux tarés, aux meurtriers, aux paillards, aux empoisonneurs, aux idolâtres, et à tous les menteurs, leur part est dans l‘étang tout embrasé de feu et de souffre, la seconde t."  

TABLEAU FINAL  

La Gloire de l'Eglise éternelle, Jérusalem céleste

 

Vint alors un des anges aux sept coupes pleines des sept fléaux suprêmes ; il se mit à causer avec moi : "Viens, me dit-il, que je te montre la Fiancée, l'Epouse de l'Agneau". Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne et me fit voir la ville sainte de Jérusalem, dont les pentes descendaient du ciel, d'auprès de Dieu, dans toute la gloire de Dieu. Elle avait l'éclat d'une pierre très précieuse, telle que du jaspe cristallin ; elle avait une grande et haute muraille, à douze portes, gardées par douze anges, et portant gravés les noms des douze tribus des fils d'Israël.  

Il y avait trois de ces portes à l'Orient, trois au Septentrion, trois au Midi, et trois à l'Occident.  

Le mur de la ville avait douze soubassements, portant les noms des douze apôtres de l'Agneau.  

Mon interlocuteur tenait un roseau d'or en guise de mesure pour arpenter la ville, ses portes et sa muraille. Or la ville était bâtie en carré, sa longueur égalait sa largeur. Il arpenta donc la ville avec son roseau, et trouva douze mille stades ; largeur, longueur et hauteur étaient égales. Il en mesura aussi la muraille, cent quarante quatre coudées, à l'échelle humaine qu'employait l'ange.  

La muraille était construite en jaspe, et la ville était d'or, pur comme du cristal ; les soubassements du mur de la ville étaient diaprés de toutes sortes de pierres précieuses : le premier de jaspe, le deuxième de saphir, le troisième de calcédoine, le quatrième d'émeraude, le cinquième de sardonyx, le sixième de coraline, le septième de chrysolithe, le huitième de béryl, le neuvième de topaze, le dixième de chrysoprase, le onzième d'hyacinthe, le douzième d'améthyste.  

Chacune des douze portes étaient faites d'une seule perle ; l'avenue de la ville était d'or pur, comme du verre transparent.  

Mais je n'y ai pas vu de temple, car le Seigneur Dieu Dominateur en est le temple, ainsi que l'Agneau. La ville n'a d'ailleurs besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'illumine, et sa lampe est l'Agneau.  

Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y importeront leur opulence. On n'en fermera pas les portes journellement, puisqu'il n'y aura point là de nuit. On y importera l'opulence et la splendeur des nations ; jamais ne s'y introduira rien de profane, ni personne qui commette vilenie ou mensonge, mais ceux-là seuls dont le nom est inscrit au livre de vie de l'Agneau.  

Il me montra encore un fleuve d'eau vive, scintillant comme du cristal de roche ; il jaillissait du trône de Dieu et de l'AgneauAu milieu de l'avenue, de part et d'autre du fleuve, se trouvait un bois de vie, qui fructifiait douze fois pour donner chaque mois son fruit, tandis que les feuilles des arbres servaient à la guérison des nations.  

Il n'y aura plus rien d'exécrable, mais sur le trône de Dieu et de l'Agneau s'y trouvera, ses serviteurs lui rendront un culte, ils verront son visage et porteront son nom sur le front.  

Il n'y aura plus de nuit désormais, l'on aura plus que faire de la lumière d'une lampe ni de celle du soleil, parce que le Seigneur Dieu luira sur eux, et ils régneront dans les siècles des siècles.  

Epilogue  

Il me dit alors : "Ces paroles sont sûres et authentiques, et c'est le Seigneur Dieu des esprits et des prophètes qui a envoyé son ange montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt".  

"Et voici que je viens en hâte. Heureux qui met en pratique les leçons de ce livre prophétique".  

C'est moi, Jean, qui vois et entends ces choses ! Sur quoi je tombai pour me prosterner aux pieds de l'ange qui me les indiquait. "Garde-t-en bien ! me dit-il, je suis un serviteur comme toi et tes frères les prophètes et ceux qui mettent en pratique les enseignements de ce livre : prosterne-toi devant Dieu".  

Il me dit encore : "Ne scelle pas le texte de ce livre prophétique, car le moment est proche.  

Que l'injuste commette encore l'injustice, que le sordide se salisse encore, que le juste pratique encore la justice et que le saint se sanctifie encore. Voici que je viens en hâte, apporter mon salaire, pour rendre à chacun d'après son ouvrage. C'est moi l'Alpha et l'Oméga,le premier et le dernier, le principe et la fin. (14) Heureux ceux qui lavent leurs vêtements, pour avoir droit à l'arbre de vie, et entrer dans la ville par les portes. Dehors les chiens, les empoisonneurs, les paillards, les meurtriers, les idolâtres et quiconque aime et pratique le mensonge ! Moi, Jésus, j'ai envoyé mon ange attester tout cela au sujet des Eglises. C'est moi le rejeton et le descendant de David, l'Etoile radieuse du matin".  

L'Esprit et la Fiancée disent : "Reviens". Puisse l'auditeur dire aussi : "Reviens". Que l'assoiffé vienne, et que l'homme de bonne volonté reçoive de l'eau vive, gratuitement !

Pour moi, je le garantit à tout auditeur du texte de ce livre prophétique : Si quelqu'un le surcharge, Dieu le surchargera des fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu'un en retranche, Dieu retranchera sa part de l'arbre de vie et de la ville sainte décrits dans ce livre.  

"Oui, je reviens en hâte", déclare celui qui atteste tout cela. "Amen. Reviens, Seigneur Jésus ! "  

La grâce du Seigneur soit avec tous.

 

Source : http://www.de-la-vie.com/reflexions-verseau/apocalypse-complet.htm

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Published by Evangile selon St Jean - dans St Jean
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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 06:20

Prologue et salutation

Révélation de Jésus Christ, que Dieu lui a confiée pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt; il l'a signifiée (à son tour), par l'entremise de son ange, à son serviteur Jean, lequel atteste comme parole de Dieu et témoignage de Jésus Christ tout ce qu'il a vu. Heureux le lecteur et les auditeurs de cette prophétie, s'ils en observent le contenu, car le temps est proche.

Jean aux sept Eglises d'Asie : à vous, grâce et paix de par Celui qui est, qui était, et qui vient, de par les Sept Esprits en faction devant son trône, et de par Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier né d'entre les morts et le souverain des rois de la terre.

A celui qui nous aime, nous a délivré de nos péchés au prix de son sang, et a fait de nous un royaume de prêtres pour Dieu son Père, gloire et puissance pour les siècles des siècles ! Amen.

Le voici venir avec les nuées; tout oeil le verra, même ceux qui l'ont percé, et toutes les tribus de la terre se lamenteront à son propos. Oui. Amen.

C'est moi l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Dominateur.

Première partie

REVELATION AUX EGLISES D'ASIE

TOUCHANT LEUR SITUATION

Moi, Jean, votre frère et associé dans la détresse, la royauté et l'endurance dans l'union à Jésus, j'étais arrivé dans l'île de Patmos en raison de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus;

j'entrais en extase un dimanche, et j'entendis une voix claironnant derrière moi : «Ecris dans un livre ce que tu regardes, et adresse-le aux sept Eglises, à Ephèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicé.» Je me retournai pour savoir quelle voix me parlait : j'aperçus alors sept chandeliers d'or, et parmi eux comme un Fils d'homme; il portait une tunique longue, une ceinture d'or lui barrait la poitrine; il avait la tête et la chevelure blanches comme laine d'un blanc de neige; ses yeux flamboyaient, ses pieds semblaient de bronze fin rougi au four, sa voix retentissait comme celle des grandes eaux; de la main droite il tenait sept étoiles , sa bouche dardait un glaive acéré à deux tranchants, et son visage éblouissait comme un soleil ardent.

A sa vue je tombai à ses pieds en pamoisson; mais il posa sur moi sa droite et dit : «Ne crains point; je suis le Premier et le Dernier, et le Vivant; car j'ai été mort et me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clefs de la mort et du séjour des morts. Ecris donc ta vision, tant sur la situation actuelle que sur l'avenir. Quant au symbolisme des sept étoiles que tu as vues sur ma main droite et des sept chandeliers d'or : les sept étoiles sont les anges des sept Eglises et les sept chandeliers sont les sept Eglises.»

Les messages aux sept Eglises

Message à Ephèse

 « Pour l'ange de l'Eglise d'Ephèse, note : Voici ce que dit Celui qui tient les sept étoiles dans sa droite et qui circule au milieu des sept chandeliers d'or. Je connais tes oeuvres, ta peine et ton endurance : tu ne peux supporter les méchants, tu as mis à l'épreuve ceux qui se prétendent apôtre sans l'être et les as trouvés faux : tu as aussi de l'endurance , tu as supporté bien des choses en mon honneur sans te décourager. Mais je te reprocherais d'avoir relâché ton amour du début.

Rappelle toi donc d'où tu es déchu, reviens-y et reprends tes premières oeuvres. Sinon je vais venir à toi et je déplacerai ton chandelier si tu ne te repends. Tu as pourtant ceci de bon que tu détestes les façons d'agir des nicolaïstes comme je les déteste.

A bon entendeur d'écouter ce que l'Esprit dit aux Eglises : Au vainqueur je donnerai à manger [du fruit] de l'arbre de vie qui se trouve dans le jardin de Dieu.»

Message à Smyrne

 « Note encore pour l'ange de l'Eglise de Smyrne : Voici ce que dit le Premier et le Dernier, qui a été mort et a repris vie. Je connais ta détresse et ta pauvreté, -encore que tu sois riche- et les insultes de ceux qui se prétendent Juifs sans l'être, n'étant qu'une synagogue de Satan. Ne crains pas ce que tu vas subir : un de ces jours le diable va mettre en prison quelques uns des vôtres ; c'est pour que vous soyez mis à l'épreuve en traversant dix jours de tourmente. Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie.

A bon entendeur d'écouter ce que l'Esprit dit aux Eglises : le vainqueur ne subira nulle atteinte de la seconde mort.»

Message à Pergame

 « Note encore pour l'ange de l'Eglise de Pergame : Voici ce que dit Celui qui tient le glaive acéré à deux tranchants : Je sais où tu habites : là se trouve le trône de Satan ; malgré cela tu es attaché à mon nom et tu n'as point renié ma foi, même aux jours où Antipas, mon témoin fidèle, a été tué chez vous, où habite Satan. Mais j'ai contre toi un léger grief : tu as des sectateurs de la doctrine de Balaam qui apprit à Balac à faire trébucher les fils d'Israël pour les amener à manger des viandes sacrifiées aux idoles et à se débaucher. Ainsi tu as, toi aussi, des partisans de la doctrine des nicolaïtes. Repends-toi donc, sans quoi je vais venir à toi bien vite batailler avec eux par l'épée de ma bouche.

A bon entendeur d'écouter ce que l'Esprit dit aux Eglises : Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, et je lui remettrai un caillou blanc sur lequel est écrit un nom nouveau que nul ne connaît, sauf celui qui le reçoit. »

Message à Thyatire

 « Note encore pour l'ange de l'Eglise de Thyatire : Voici ce que dit le Fils de Dieu, qui a les yeux flamboyants et les pieds pareils à du bronze fin : Je connais ta conduite, ton amour, ta foi, ta serviabilité, ton endurance, et tes oeuvres récentes plus nombreuses que celles du début. Je te reprocherai pourtant de laisser faire dame Jézabel ; elle se prétend prophétesse, elle séduit mes serviteurs et leur apprend à se débaucher et à manger des viandes sacrifiées aux idoles. Je lui ai laissé le temps de se repentir, mais elle ne veut pas renoncer à son dévergondage. Cette fois je vais la mettre au lit, ainsi que tout ses complices d'adultère, pour y souffrir beaucoup, à moins qu'ils ne se détournent de ces façons d'agir ; ses enfants je les ferai périr de la peste et toutes les Eglises sauront que c'est moi qui scrute reins et coeurs, car je donnerai à chacun de vous selon ses oeuvres. Quant à vous, bonnes gens de Thyatire qui n'acceptez pas cette doctrine et n'avez pas fait connaissance avec "les profanateurs de Satan", (comme ils disent), je déclare ne pas vous imposer d'autre charge. Seulement, tenez ferme votre bien jusqu'à mon arrivée. Alors, au vainqueur qui pratiquera mes oeuvres jusqu'à la fin, je donnerai l'empire sur les nations païennes ; il les mènera à la baguette de fer comme on fracasse de la poterie, comme moi aussi j'en ai reçu le pouvoir de mon Père ; et je lui donnerai l'Etoile du matin.

A bon entendeur d'écouter ce que l'Esprit dit aux Eglises.»

Message à Sardes

« Note encore pour l'ange de l'Eglise de Sardes : Voici ce que dit Celui qui possède les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles : Je connais tes façons d'agir, tu passes pour vivant mais tu es mort.

Prends garde et consolide le reste qui allait mourir, car je n'ai pas trouvé les oeuvres parfaites devant mon Dieu. Rappelle-toi donc de quelle oreille accueillante tu as reçu la doctrine ; observe-la et repens-toi , car si tu ne deviens vigilant, j'arriverai comme un voleur et tu ne pourras savoir à quelle heure je te surprendrai. Tu as pourtant à Sardes quelques personnes qui n'ont pas sali leur manteau ; elles pourront circuler avec moi vêtues de blanc, parce qu'elles le méritent.

Ainsi le vainqueur se drapera de manteaux blancs, jamais je n'effacerai son nom du livre de vie et je le citerai devant mon Père et devant ses anges.

A bon entendeur d'écouter ce que l'Esprit dit aux Eglises.»

Message à Philadelphie

 « Note encore pour l'ange de Philadelphie : Voici ce que dit le saint, le Véritable, Celui qui détient la clef de David - ouvre-t-il, personne ne peut fermer ; ferme-t-il, personne ne peut ouvrir - : Je connais tes oeuvres. Voici que je tiens ouverte devant toi une porte que personne ne peut fermer, car, malgré ta faiblesse, tu as gardé ma parole et n'as pas renié mon nom. Voici que je te livre des adeptes de la synagogue de satan ; ils se prétendent Juifs et ne le sont pas, mais ils mentent ; je les ferai venir se prosterner à tes pieds, et ils reconnaîtront que moi je t'aime. Puisque tu as gardé la consigne de mon endurance, moi aussi je te garderai du temps d'épreuve qui doit venir sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre. Je vais venir bientôt. Tiens ferme ton bien pour que nul ne ravisse ta couronne.

Du vainqueur je ferai une colonne dans le temple de mon Dieu, il n'en sortira jamais plus ; j'y graverai le nom de Dieu et le nom de la cité de mon Dieu, la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel envoyée par mon Dieu, et mon propre nom nouveau.

A bon entendeur d'écouter e que l'Esprit dit aux Eglises.»

Message à Laodicée

 « Note encore pour l'ange de l'Eglise de Laodicée : Voici ce que dit l'Amen, le Témoin fidèle et véritable, le Principe de la création de Dieu. Je connais tes façons d'agir : tu n'es ni froid ni bouillant. Que n'es-tu froid ou bouillant ! Mais parce que tu es tiède, ni bouillant ni froid, je vais te vomir. Puisque tu dis "Je suis riche, j'ai fait de bonnes affaires, je ne manque de rien", sans te rendre compte que tu es misérable, piteux, pauvre, aveugle et nu, je te conseille de m'acheter de l'or fin pour faire fortune, des manteaux blancs pour t'en draper et cacher ton indécence, et de l'onguent pour teindre les yeux et voir clair. Pour moi, tous ceux que j'aime je les corrige et les châtie. Courage donc, et repens-toi. Je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un écoute ma voix et m'ouvre, j'entrerai chez lui et nous dînerons en tête à tête. Au vainqueur j'accorderai de siéger à mes côtés sur mon trône, comme moi-même après ma victoire j'ai pris place auprès de mon Père sur son trône. A bon entendeur d'écouter ce que l'Esprit dit aux Eglises.»

Deuxième partie

L'AVENIR DU MONDE ET DE L'EGLISE

Vision générale d'introduction

La cour céleste

4 Après cela j'eus une vision : une trappe était ouverte dans le ciel, et la voix claironnante que j'avais entendu converser avec moi me disait : « Monte ici que je te montre ce qui doit arriver plus tard.» Je fus aussitôt ravi en extase : voici qu'au ciel un trône était disposé, sur lequel siégeait [un Etre] qui avait l'aspect de la pierre de jaspe et de sardoine ; un halo d'un ton d'émeraude nimbait le trône. A l'entour [s'alignaient] vingt quatre trônes sur lesquels siégeaient vingt quatre Vieillards drapés de manteaux blancs, la tête ceinte de couronnes d'or. Du trône s'échappaient des éclairs, des voix et des coups de tonnerre ; sept torches ardentes devant le trône étaient les Sept Esprits de Dieu. Devant le trône s'étendait une mer limpide comme du cristal ; face au trône et à l'entour se trouvaient quatre Animaux ayant des yeux partout, devant et derrière. Le premier Animal ressemblait à un lion, le second à un taureau, le troisième a figure humaine et le quatrième ressemblait à un aigle en plein vol. Ces animaux avaient chacun six ailes couvertes d'yeux à l'extérieur et à l'intérieur, et ils n'avaient cesse jour et nuit de dire : « Saint, Saint, Saint le Seigneur Dieu, le Dominateur, Celui qui était, qui est et qui doit revenir.» Et chaque fois que les Animaux rendaient gloire, honneur et action de grâce à Celui qui trône, à Celui qui vit pour les siècles des siècles, les vingt quatre Vieillards s'inclinaient bien bas devant Celui qui trône, devant Celui qui vit pour les siècles des siècles et déposaient leur couronne devant le trône en disant : "A toi, Seigneur, notre Dieu, reviennent la Gloire, l'honneur et la puissance, parce que c'est toi le Créateur de toutes choses : et c'est par ta volonté qu'elles arrivèrent à l'existence et furent créées".

L'Agneau rédempteur et le Livre scellé

J'aperçus alors à la droite de Celui qui trône un livre écrit en dedans et au verso, cacheté de sept sceaux, et je vis un ange vigoureux proclamer à haute voix : "Qui est digne d'ouvrir le livre et d'en faire sauter les sceaux ?" Mais personne ne pouvait, ni au ciel, ni sur terre, ouvrir le livre et l'examiner. Alors je me mis à pleurer à chaudes larmes de ce qu'il ne se trouvait personne qui fût digne d'ouvrir le livre et de l'examiner. L'un des Vieillards me dit alors : "Ne pleure pas. Le lion de la tribu de Judas, le rejeton de David, a trouvé moyen d'ouvrir le livre aux sept sceaux".

J'aperçus alors au milieu du trône, des quatre Animaux et des Vieillards un Agneau debout, comme égorgé ; il avait sept cornes et sept yeux. ( Ce sont les Sept Esprits de Dieu, en mission par toute la terre ). Il vint prendre le livre de la droite de Celui qui trône. Quand il en eut pris possession, les quatre Animaux et les vingt quatre Vieillards s'inclinèrent bien bas devant l'Agneau ; ils tenaient chacun une cithare et des coupes d'or emplies de parfums (ce sont les prières des saints). Ils chantaient un chant nouveau : "Tu es digne, disaient-ils, de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux, parce qu'on t'a égorgé et que tu as racheté pour Dieu, au prix de ton sang, (des hommes) de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute race, et tu en as fait pour notre Dieu un royaume de prêtres qui règnent sur la terre".

Dans ma vision, j'entendis alors à l'entour du trône, des Animaux et des Vieillards, la voix d'une multitude d'anges au nombre de myriades de myriades et de milliers de milliers; ils disaient à haute voix : "Il est digne, l'Agneau égorgé, de recevoir puissance, richesse, sagesse, force, honneur, gloire et louange". Et toutes les créatures qui se trouvent au ciel, sur terre, sous terre et sur mer et tout ce qu'ils contiennent, je les ai entendu dire : "A Celui qui trône et à l'Agneau, louange, honneur, gloire et domination pour les siècles des siècles". Les quatre Animaux dirent :

"Amen !" et les Vieillards de s'incliner et de se prosterner.

Première section de la partie prophétique

EXECUTION DES DECRETS DU LIVRE SUR L'ENSEMBLE DU MONDE

Ouverture du livre aux sept sceaux

Rupture des quatre premiers sceaux : les quatre Cavaliers.

Puis je vis l'Agneau ouvrir le premier sceau, et j'entendis l'un des quatre Animaux proférer comme un coup de tonnerre : "Viens". Je vis paraître alors un cheval blanc; son cavalier tenait un arc, on lui remit une couronne et il sortit en vainqueur pour vaincre encore.

Lorsqu'il ouvrit le deuxième sceau, j'entendis le deuxième Animal dire : "Viens"; il sortit un autre cheval, roux ; il fut donné à son cavalier d'ôter la paix de la terre, de façon qu'on s'entre-tuât ; et on lui remit une grande épée.

Lorsqu'il ouvrit le troisième sceau, j'entendis le troisième Animal dire : "Viens"; je vis paraître un cheval noir , dont le cavalier portait une balance à la main, et j'entendis au milieu des quatre Animaux une sorte de voix proclamer : "Un denier la mesure de blé ! Un denier les trois mesures d'orge ! Quant à l'huile et au vin, épargnez les !"

Lorsqu'il ouvrit le quatrième sceau, j'entendis la voix du quatrième Animal dire : "Viens"; et je vis paraître un cheval verdâtre, dont le cavalier s'appelle la Mort ; le séjour des morts l'accompagnait.

Il leur fut donné pouvoir sur le quart de la terre, pour occire par le glaive, la famine et la peste, et par les fauves.

Rupture du cinquième sceau : prière des Martyrs

Lorsqu'il ouvrit le cinquième sceau, j'aperçus au-dessous de l'autel les âmes des hommes immolés à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage dont ils étaient dépositaires. Ils se mirent à réclamer à grands cris : "Jusques à quand toi, qui es pourtant le Maître, le Saint, le Véritable, resteras-tu sans faire justice et sans venger notre sang sur les habitants de la terre ? " On remit alors à chacun d'eux un vêtement blanc et on leur dit de prendre patience encore un peu, jusqu'à ce que leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort tout comme eux se trouvent au complet.

Rupture du sixième sceau : deux tableaux antithétiques des résultats anticipés

du Jugement futur sur les ennemis de l'Agneau et sur les fidèles

Puis je vis l'Agneau ouvrir le sixième sceau ; survint alors un grand séisme, le soleil noircit comme tissu de crin, la lune entière devint rouge sang, et les étoiles du ciel se mirent à choir sur terre, comme les fruits verts que laisse tomber un figuier secoué par gros vent; le ciel se retira comme une bande de papyrus qu'on enroule, et toutes les montagnes et les îles furent délogées de leur cité. Alors les rois de la terre, les grands, les généraux, les riches, les puissants, tous, tant esclaves qu'hommes libres, s'allèrent cacher dans les grottes et les rochers des montagnes ; et de dire aux montagnes et aux rochers : "Tombez-nous dessus et dérobez-nous au visage de Celui qui trône et à la colère de l'Agneau, parce qu'est arrivé le grand jour de son courroux, et qui peut tenir bon ? "

Cela fait, j'ai vu quatre anges postés aux quatre coins de la terre ; ils domptaient les quatre vents de la terre pour que le vent ne soufflât ni sur terre, ni sur mer ni sur aucun arbre. Je vis encore un autre ange monter de l'Orient ; il tenait le sceau du Dieu vivant et se mit à crier d'une voix retentissante aux quatre anges autorisés à endommager la terre et la mer : "Ne touchez ni à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, que nous n'ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu".

J'entendis alors le dénombrement des gens marqués : cent quarante quatre mille marqués pour l'ensemble des tribus d'Israël ; de la tribu de Juda, douze mille marqués ; de la tribu de Ruben, douze mille ; de la tribu de Gad, douze mille ; de la tribu d'Azer, douze mille ; de la tribu de Nephtali, douze mille ; de la tribu de Manassé, douze mille ; de la tribu de Siméon, douze mille ; de la tribu de Levi, douze mille ; de la tribu d'Issachar, douze mille, de la tribu de Zabulon, douze mille ; de la tribu de Joseph, douze mille, de la tribu de Benjamin, douze mille marqués.

Cela fait, je vis paraître une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues ; tout de blanc vêtus et des palmes à la main, ils se tenaient face au trône et à l'Agneau, ils acclamaient à haute voix : "Le salut est le fait de notre Dieu qui trône, et de l'Agneau". Tous les anges s'étaient disposés autour du trône, des Vieillards et des quatre Animaux ; ils s'inclinaient bien bas devant le trône et se prosternaient devant Dieu. "Amen, disaient-ils, louange, gloire, sagesse, remerciement, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles. Amen".

Un des Vieillards prit alors la parole et me dit : "Ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils et d'où viennent-ils ? " "Monseigneur, fis-je, à toi de le savoir". Il reprit : "Ce sont les survivants de la grande détresse, ils ont lavé leurs vêtements et les ont blanchis dans le sang de l'Agneau. C'est pourquoi ils ont place devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son temple ; Celui qui trône les abritera sous sa tente ; ils n'auront plus ni faim ni soif, jamais plu le soleil ni la chaleur ne les accableront, parce que l'Agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les mènera aux sources d'eaux vives ; et Dieu essuiera les larmes de leurs yeux.

Rupture du dernier sceau

Lorsqu'il ouvrit enfin le septième sceau, il se fit au ciel un silence d'une demi-heure environ.

Vision des sept Trompettes

Je vis alors les sept anges en faction devant Dieu : on leur donna sept trompettes.

Survint un autre ange qui se plaça près de l'autel, un encensoir d'or à la main. On lui remit quantité de parfums à offrir, avec les prières de tous les saints, sur l'autel d'or qui fait face au trône. Ainsi la fumée des parfums s'éleva avec les prières des saints, de la main de l'ange, en face de Dieu.

Cela fait, l'ange reprit l'encensoir, le remplit de braises de l'autel et les lança sur terre ; il en advint coups de tonnerre, voix, éclairs et séisme. (6) Et les sept anges aux trompettes s'apprêtèrent à en sonner.

Les quatre premières trompettes

Le premier sonna de la trompette : une grêle de feu mêlé de sang se précipita sur le sol ; le tiers du sol brûla, ainsi que le tiers des arbres et toute plante verte.

Le deuxième ange sonna de la trompette : une sorte de grande montagne ardente se précipita dans la mer ; le tiers de la mer tourna en sang, le tiers des créatures marines animées mourut et le tiers des bateaux fut détruit.

Le troisième ange sonna de la trompette : il chut du ciel une grande étoile qui flambait comme une torche ; elle tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources. Cette étoile s'appelle "l'Absinthe".

Ainsi le tiers des eaux tourna en absinthe et bien des gens moururent d'avoir bu de ces eaux empoisonnées.

Le quatrième ange sonna de la trompette ; le tiers du soleil, de la lune et des étoiles furent frappés, si bien qu'ils s'obscurcirent d'un tiers, que le jour perdit autant de sa clarté et la nuit pareillement.

Proclamation des trois malheurs

Cinquième trompette, premier malheur : les sauterelles

A ce point de ma vision, j'entendis un aigle qui planait au zénith dire à haute voix : "Malheur ; Malheur ; Malheur aux habitants de la terre à cause des dernières sonneries de trompettes dont les trois anges vont sonner".

Là-dessus le cinquième ange sonna de la trompette. J'aperçus alors une étoile déchue du ciel vers la terre; on lui remit la clef du puits de l'abîme, elle l'ouvrit, et il s'éleva du puits une fumée comme celle d'une grande fournaise, au point que le soleil et l'air furent assombris. De cette fumée, des sauterelles s'échappèrent sur la terre. Elles étaient dotées d'un moyen d'action analogue à celui des scorpions terrestres ; seulement on leur enjoignit de ne s'en prendre ni à l'herbe, ni à la verdure, ni aux arbres, mais uniquement aux hommes qui ne portent pas au front le sceau divin.

Elles n'avaient du reste pas l'autorisation de les tuer, mais seulement de les tourmenter, cinq mois durant, d'un tourment pareil à celui d'une piqûre de scorpion. En ces jours, les hommes chercheront la mort sans la trouver, ils désireront mourir et la mort les fuira.

Ces espèces de sauterelles avaient l'air de chevaux harnachés pour la bataille, une sorte de couronne à reflets dorés leur casquait la tête, leur face était presque humaine, leur chevelure ressemblait à celle des femmes, leurs dents à celles des lions : leur thorax paraissait bardé de fer et le fruit de leurs ailes évoquait le fracas de la charge guerrière d'un nombreux escadron de chars.

Elles ont, comme les scorpions, la queue armée d'un aiguillon : c'est par là qu'elles peuvent nuire aux hommes, cinq mois durant.

Elles ont comme roi l'ange de l'abîme : il se nomme en hébreu Abbadon, et en grec Appollyôn.

Passé le premier Malheur, voici venir encore les deux autres.

Sixième trompette, deuxième malheur : la Cavalerie infernale

Le sixième ange sonna de la trompette. J'entendis alors une voix, issue des quatre coins de l'autel d'or situé devant Dieu, dire au sixième ange qui tenait la trompette : "Détache les quatre anges enchaînés au bord du grand fleuve Euphrate". On délia donc les quatre anges tenus en réserve pour le l'heure, jour, le mois et l'année du carnage du tiers de l'humanité... L'effectif de cette cavalerie se montait à deux cent millions : j'ai entendu ce nombre. Voici comment m'apparurent chevaux et cavaliers : ces derniers étaient cuirassés d'une flamme sulfureuse bleue ; les chevaux portaient crinière léonine et leurs naseaux crachaient du feu, fumée et souffre.

Le tiers de l'humanité fut massacré par les trois fléaux en question (feu, fumée, souffre) crachés par leurs naseaux. De fait, le pouvoir nocif des chevaux résidait aussi dans la queue : comme des serpents, elles avaient une tête dont ils se servaient pour nuire.

Quant aux survivants de ces fléaux, ils ne renoncèrent même pas à leur façon d'agir, ils ne cessèrent d'adorer les démons et les idoles d'or, d'argent, de bronze, de pierre et de bois, bien incapables de regarder, d'écouter ou de marcher ; ils ne regrettèrent pas non plus leurs meurtres, leurs maléfices, leurs débauches ni leurs vols.

Intermède du petit livre ouvert

Je vis alors un autre ange vigoureux descendre du ciel, enveloppé d'un nuage, la tête nimbée de l'arc-en-ciel, le visage radieux comme le soleil et les jambes comme des colonnes de feu. Il tenait à la main un petit livre ouvert. Il posa le pied droit sur la mer, le gauche sur le continent. Puis il se mit à crier à pleine voix comme rugit un lion. A son cri les sept Tonnerres firent gronder leur propre voix. Quand ils eurent fini de parler, je me disposais à en prendre note, lorsque j'entendis une voix céleste me dire : "Scelle ce qu'on dit les sept Tonnerres et ne l'écrit point".

Alors l'ange que j'apercevais campé sur la mer et le continent leva la main droite au ciel et fit serment par Celui qui vit pour les siècles des siècles, le Créateur du ciel, de la terre, de la mer et de leur contenu qu'il n'y aurait plus de délai, mais qu'aux jours où sonnerait la trompette du septième ange serait accompli le mystère de Dieu, selon la bonne nouvelle confiée à ses serviteurs les prophètes. Alors la voix céleste que j'avais entendue se reprit à converser avec moi : "Va, me dit-elle, prends dans la main de l'ange campé sur la mer et le continent le petit livre ouvert".

Je m'avançai donc vers l'ange et le priai de me remettre le petit livre. "Tiens, me dit-il, prends-le et mange-le ; seulement il te sera aigre aux entrailles, bien qu'à la bouche il doive t'être doux comme le miel. Je pris donc le petit livre de la main de l'ange et le mangeai ; effectivement dans ma bouche il avait la douceur du miel, mais quand je l'eus mangé il me fut aigre aux entrailles.

Puis on m'expliqua : "Tu devras prophétiser derechef sur bien des nations, des peuples, des langues et des rois".

Triomphe des Témoins du Christ

Alors on me donna un roseau en guise de bâton d'arpenteur, et l'on me dit : "Debout ! arpente le temple de Dieu et l'autel avec les adorateurs qu'il renferme ; mais le parvis extérieur du temple, laisse-le en dehors de l'espace arpenté : il est livré aux païens, qui vont fouler la ville sainte pendant quarante deux mois. Cependant je donnerai à mes Témoins de prophétiser, vêtus de bure, douze cent soixante jours". C'est eux les deux oliviers et les deux chandeliers dressés en présence du Seigneur de la terre. Veut-on leur faire du tort, un éclair jaillit de leur bouche et consume leurs ennemis : qui tient à leur nuire n'a plus qu'à périr ainsi. Ces hommes ont le pouvoir de fermer le ciel pour qu'il ne pleuve pas durant leur activité prophétique ; ils peuvent aussi tourner les eaux en sang et frapper à leur gré la terre de toutes sortes de fléaux. Pourtant, lorsqu'ils auront déposé intégralement leur témoignage, la Bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, les vaincra et les tuera : leurs cadavres [de trainer] dans la rue de la grande ville, appelée au sens spirituel Sodome et Egypte, là même où le Seigneur a été mis en croix : de diverses nations, tribus, langues et peuples on viendra les voir pendant trois jours et demi, sans permettre de les déposer au tombeau.

Les habitants de la terre seront en liesse à leur propos et se féliciteront ; ils échangeront même des cadeaux, parce que ces deux prophètes avaient fait leur tourment.

Mais au bout de trois jours et demi un souffle de vie émané de Dieu les pénétra, ils se remirent sur pied, et une grande terreur fondit sur ceux qui les regardaient. Ils entendirent une forte voix céleste leur dire : "Montez ici ! ". Ils montèrent alors au ciel dans la nuée, sous les yeux de leurs ennemis. A ce moment se produisit une forte secousse, le dixième de la ville croula, sept mille personnes furent tuées au cours du séisme ; les autres, saisis d'effroi, rendirent hommage au Dieu du ciel. Passé le deuxième Malheur, voici venir promptement le troisième.

Dernière trompette. L'achèvement

Le septième ange enfin sonna de la trompette. De fortes voix alors retentirent au ciel : "L'empire de notre Seigneur et de son Christ est établi sur le monde, disaient-elles; il régnera pour les siècles des siècles". Là-dessus, les vingt quatre Vieillards qui trônent devant Dieu inclinèrent bien bas leurs visages et se prosternèrent devant lui en disant : "Nous te remercions, Seigneur, Dieu Dominateur, qui est et qui était, d'avoir assumé la plénitude de ta puissance royale Sans doute les païens s'étaient irrités, mais ton courroux survint avec le moment de juger les morts, pour récompenser tes serviteurs, les prophètes, les saints et ceux qui révèrent ton nom, petits et grands, et pour exterminer ceux qui ont corrompu la terre".

Le temple céleste de Dieu s'ouvrit alors, on aperçut à l'intérieur l'arche de son alliance, et il se produisit des éclairs, des voix, des coups de tonnerre, un séisme et une forte grêle.

Deuxième section de la partie prophétique

EXECUTION DES DECRETS DU PETIT LIVRE OUVERT TOUCHANT LES RAPPORTS

DE L'EGLISE ET DE L'EMPIRE

La Dame et le Dragon

Ensuite parut un grand météore : une Dame enveloppée dans le soleil, la lune sous les pieds, la tête couronnée de douze étoiles. Elle était enceinte et criait dans les douleurs et le travail de l'enfantement. Puis un second météore : un grand dragon roux, à sept têtes et dix cornes, et sur les sept têtes, sept diadèmes. Il balayait de la queue le tiers des étoiles, et les précipita sur terre. Ce dragon se posta devant la Dame prête à enfanter, pour dévorer son enfant dès qu'elle l'aurait mis au monde. Or elle enfanta un fils, un mâle, Celui qui doit mener à la baguette de fer toutes les nations païennes. Mais son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône. La Dame alors fuit au désert, où elle a sa retraite ménagée par Dieu, pour y être nourrie douze cent soixante jours.

Il y avait eu guerre dans le ciel : Michel et ses anges avaient eu à batailler avec le Dragon ; le Dragon et ses anges avaient engagé le combat, mais sans avoir le dessus ; il n'y eut plus place pour eux dans le ciel. Ainsi fut culbuté le grand Dragon, le Serpent primitif, appelé Diable et Satan, le séducteur du monde entier : il fut précipité sur terre, et ses anges avec lui.

J'entendis alors une forte voix céleste dire : "Maintenant sont arrivés le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, ainsi que l'autorité de son Christ, puisqu'on a jeté bas l'accusateur, qui accusait jour et nuit nos frères devant notre Dieu. Mais ils l'ont vaincu en vertu du sang de l'Agneau et de leur éloquent témoignage : ils ont méprisés la vie jusqu'à accepter la mort.

Partant, réjouissez-vous, cieux et vous qui en habitez les tentes ; mais gare à la terre et à la mer, parce que le Diable est descendu parmi vous, agité d'une terrible rage, sachant bien que le temps lui est étroitement compté.

Quand il se vit jeté sur terre, le Dragon se mit à la poursuite de la Dame qui avait enfanté le Mâle. Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert, jusqu'à la retraite ou elle est nourrie un temps, deux temps et un demi-temps, hors de la portée de la tête du Serpent.

Le Serpent alors de cracher contre la Dame un torrent d'eau pour la noyer. Mais la terre secourut la Dame en ouvrant la bouche pour absorber le torrent vomi par le Dragon. Celui-ci alors, de fureur, s'en alla faire la guerre au reste de sa descendance, les observateurs des ordres de Dieu et les dépositaires du témoignage de Jésus.

Il s'établit enfin sur la plage.

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Published by Evangile selon St Jean - dans St Jean
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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 06:25

Dans nos anciens Rituels, on demandait au visiteur qui se présentait à la porte d'un Temple : « D'où venez-vous ? » — et il devait répondre : « De la Loge de Saint Jean ». Pourquoi Loge de Saint Jean ? Que dire de Saint Jean qui n'ait déjà été dit et redit. Essayons cependant.

Saint Jean, Patron des Francs-Maçons ? Mais d'abord quel Saint Jean ? Est-ce Saint Jean-Baptiste, dit « le Précurseur », celui qu'on fête au Solstice d'Eté ? Saint Jean l'Evangéliste, dit a l'Apôtre », que l'on fête au Solstice d'Hiver ? Et pourquoi pas Saint Jean l'Aumônier, dit « L'Hospitalier », dit « Saint Jean de Jérusalem » ?

Et remontant plus avant dans le temps, est-ce que Janus, Janus Bifrons, le Dieu Romain aux deux visages ne peut pas les synthétiser ?

Saint Jean l'Aumônier, dit l'Hospitalier, dit Saint Jean de Jéru­salem, fils du Roi de Chypre, alla à Jérusalem prodiguer les secours aux Croisés, pélerins et Chevaliers, et relever les Temples renver­sés par la Barbarie. A ce titre de reconstructeur des Temples, il peut être considéré — et il l'a été par certains — comme l'Ancêtre, le Patron des Francs-Maçons. Mais la Franc-Maçonnerie n'est pas seulement bienfaisance et construction. Elle est aussi, elle est surtout, élévation spirituelle. Alors, si Saint Jean l'Aumônier ne nous suffit pas, voyons Saint Jean-Baptiste.

Jean-Baptiste, dit le Précurseur, celui qui est fêté au Solstice d'Eté, celui qui baptise par l'eau, qui évoque le Bleu, couleur de nos Loges Symboliques.

En hébreu, Jean se dit « Hanan », ce qui signifie à la fois miséricorde et louange. Si l'on veut bien considérer que la miséri­corde est descendante (de Dieu vers l'Homme), alors que la louange est ascendante (de l'Homme vers Dieu), nous pouvons admettre que le Baptiste qui est fêté au Solstice d'Eté, alors que le soleil, à son apogée se prépare à redescendre, symbolise la miséricorde.

Les Manuscrits de la Mer Morte nous ont appris, sans aucun doute possible, que Jean-Baptiste appartenait à la secte des Esséniens, cette secte juive rigoriste dont l'idéal était fait de bonté, de vertu, de justice, d'ascèse et d'humilité, — en un mot de ferveur spirituelle.

Les Esséniens pratiquaient le baptême par l'eau, baptême non chrétien évidemment, sans rémission des pêchés. Il impliquait une rupture avec l'existence passée et une naissance à une existence nouvelle. C'était donc une Initiation.

C'est parce qu'il baptise par l'eau que le Baptiste est le Précurseur. Il prépare le chemin, il est l'Annonciateur, il est la Voix ; alors que l'Evangéliste sera la Parole.

Il dit : « Je vous baptise par l'eau, mais en viendra un autre, plus puissant, qui vous baptisera par le feu. »

Notons enfin que Saint Jean-Baptiste est représenté dans l'Eglise Saint-Jean de Latran de Rome entouré de sept cerfs d'argent, représentant les sept dons de l'Esprit Saint reçus avec le Baptême — et souvenons-nous que pour qu'une Loge soit « juste et parfaite » et puisse recevoir et initier un profane, il faut au moins sept Francs-Maçons.

Ce chiffre 7, nous le retrouvons chez Saint Jean l'Evangéliste, puisque son Apocalypse est représentée scellée de sept sceaux.

— Saint Jean l'Evangéliste est l'Apôtre. Alors que le Baptiste était le Précurseur, lui, il est le Témoin. Alors que le Baptiste baptisait par l'eau (bleue), lui il baptise par le Feu (rouge). Le Feu purifie, non plus en lavant, mais en consumant les éléments nuisibles. Souvenons-nous d'Hercule, purifié par le feu de la tunique de Nessus, et de Saint Jean l'Evangéliste lui-même, sorti indemne de l'épreuve de l'huile bouillante. Le Feu est l'élément capital, l'élément primordial de toutes les Initiations. Le Baptiste, lui- même, nous l'avons vu, a dit « Viendra un plus puissant que moi qui baptisera par le Feu. »

Evangéliste, son Evangile est l'Evangile de l'Amour et de l'Esprit. Souvenez-vous du premier verset : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. » Et souvenons-nous aussi qu'au Rite Ecossais c'est à cette page de l'Evangile de Saint Jean qu'est ouverte la Bible pendant les Travaux.

Alors que le Baptiste est fêté quand le soleil est à son apogée et s'apprête à redescendre, l'Evangéliste, lui, est fêté au Solstice d'Hiver, quand le soleil est au plus bas et s'apprête à remonter, comme la Louange de l'Homme remonte vers Dieu — deuxième signification, nous l'avons vu, du nom « Hanan » en hébreu.

La Lumière va réapparaître à l'Initié. Symbole de cette Lumière, Jean l'Evangéliste est souvent représenté tenant un vase sacré — référence au Graal — d'où sort un serpent, symbole de la Lumière et de la Connaissance.

Saint Jean l'Hospitalier, Saint Jean l'Evangéliste, Saint Jean- Baptiste, remontons dans le temps, voulez-vous, et nous allons rencontrer Janus, Janus, le Dieu au double visage, le Dieu romain, des « Collegia Fabrorum », c'est-à-dire des corporations d'artisans, ancêtres des Compagnons. Il faut souligner que c'est en son honneur, en l'honneur de Janus, que les Romains célébraient les deux fêtes solsticiales, d'hiver et d'été.

Janus est le « Clusius », c'est-à-dire le porteur de clefs, celui qui ouvre. Ovide dit que personne n'entre aux Cieux si Janus ne lui ouvre la porte. N'est-ce pas là la définition de l'Initiant ?

Janus peut-il être considéré comme l'ancêtre des deux Saint Jean ? A l'Eglise Saint-Rémy de Reims un vitrail représente les deux Saint Jean— le Baptiste et l'Evangéliste — en une seule figure, sorte de Saint Jean synthétisé, de Janus chrétien, et la fusion des deux Saint Jean est soulignée par la présence au-dessus de la tête de deux tournesols dirigés en sens opposé, vers les deux solstices.

Les Maçons opératifs représentaient les deux Saint Jean par un cercle pointé portant deux tangentes parallèles diamétrale­ment opposées, les points de contact des deux tangentes avec le cercle représentant les deux solstices.

Mieux encore, un bois gravé de « l'Azoth », ouvrage de l'alchi­miste Basile Valentin, représente, aux pieds d'Atlas portant la sphère cosmique, un buste de Janus et un jeune enfant épelant un alphabet. Le symbolisme n'est-il pas évident de Janus devant le Cosmos, donc Initiant, et de l'Apprenti « qui ne sait qu'épeler » ?

Cette Fête de la Saint Jean (d'Eté), ou plus précisément encore cette fête de Saint Jean-Baptiste rassemble traditionnelle­ment chaque année les Francs-Maçons de Rite Ecossais. Sommes- nous réunis comme certaines confréries pieuses pour nous délec­ter du passé pour mieux médire sur le présent, sommes-nous amateurs de folklore et de retraite au flambeau ou encore de kermesse utilitaire quant à nos relations mondaines ? Certainement pas, la vie est courte et les constructeurs que nous voulons être, ne sauraient perdre ainsi leur temps. Fêter la Saint Jean nous plonge certes, nous autres Francs-Maçons dans le passé et dans la tradition mais ce afin de travailler dans le présent pour l'avenir comme cela a toujours été notre vocation.

On a beaucoup écrit sur les origines de la fête de la Saint Jean et mon propos ici n'est pas de faire oeuvre historique mais plutôt de voir ce que cette fête peut signifier pour nous aujourd'hui.

Dans la tradition chrétienne Jean le Baptiste est considéré comme un envoyé de Dieu. Il vient, dit le quatrième Evangile, « pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n'était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière ».

Notre tradition maçonnique ajoute des éléments intéressants quant au rôle de Jean le Baptiste. Il me suffira de rappeler Oswald Wirth l'un de nos maîtres voyant en lui « le précurseur immédiat de la lumière rédemptrice et du Christ scolaire. Et il est, ajoute-t-il, l'aube intellectuelle qui, dans les esprits précède le jour de la pleine compréhension. Apre et rude sa voix retentit à travers la stérilité du désert, éveillant les échos endormis. Ses accents véhéments secouent les mentalités rebelles et les préparent à saisir les vérités qui doivent être révélées. »

Ainsi cet homme que nous fêtons aujourd'hui, cet homme qui ne prétend pas être la Lumière, mais simplement son témoin ou encore un précurseur préparant les autres à la recevoir, cet homme- là me semble être le type même de Franc-Maçon.

Un Franc-Maçon en effet ne prétendra jamais qu'il est la Lumière, c'est-à-dire qu'il détient la Vérité.

Notre Ordre n'est pas une Eglise. D'ailleurs quelle Eglise aujourd'hui oserait dire qu'elle détient la vérité et ce pleinement et totalement, comme une propriété dont elle pourrait disposer à volonté. Les secousses qui déchirent de plus en plus les Eglises chrétiennes ont amené celles-ci à plus de réalisme et à plus de modestie. Et même si elles proclament (comme c'est leur droit), qu'elles détiennent une certaine partie de la vérité, la plupart d'entre elles le font maintenant avec humilité, conscientes qu'elles sont de la relativité des formulations dogmatiques. Sauf pour quelques intégristes attardés, ç'en est donc fait du triomphalisme ecclé­siastique qui prétendait monopoliser la lumière. Cette Eglise de jadis, si d'aventure elle voulait réapparaître, la Franc-Maçonnerie la combattrait car elle déshonore ce que ses fidèles appellent Dieu en le limitant ; elle déshonore aussi l'homme en aliénant sa liberté. La détention absolue de la vérité est une prétention dan­gereuse, qu'aucune institution ne doit avoir. La Franc-Maçonnerie écossaise ne l'a pas, pas plus qu'elle n'est prête à accepter que d'autres revendiquent ce privilège. C'est pour cette raison que notre Ordre ne saurait s'accommoder d'un régime totalitaire, quelle que soit sa tendance. Il ne pourrait y avoir qu'une entreprise de destruction de l'homme tel qu'il le conçoit ainsi qu'une destruction des libertés essentielles sans lesquelles un homme digne de ce nom ne peut vivre. Et l'histoire nous a appris que ces atteintes aux droits de la personne comme aux libertés sont toujours le fait de fanatiques politiques ou religieux se croyant seuls détenteurs de la vérité. Comme tout homme éclairé le Franc-Maçon ne peut qu'être un témoin de certaines vérités, c'est là en particulier un des premiers exemples fourni par la personne de Jean le Baptiste.

Il serait intéressant de voir maintenant ce qu'était l'action de Jean le Baptiste, telle qu'elle nous est rapportée par la tradition.

Son message est tout entier tourné vers la repentance, vers le retour sur soi-même, vers une remise en question radicale, le tout symbolisé par la purification par l'eau, conduisant à la ren­contre de Dieu. Aussi je ne puis m'empêcher de penser au « Con­nais-toi toi-même », une des plus belles maximes philosophiques éclairant notre Ordre Maçonnique.

En effet comme l'écrit le Philosophe Léon Brunschwig (Le progrès de la Conscience). « Un fait s'est produit au Ve siècle avant Jésus-Christ. Un appel à la conscience de soi qui devait marquer d'une empreinte indélébile le cours de notre civilisation ». Le précepte socratique « Connais-toi toi-même », qui, nous dit-on, figurait au fronton du Temple de Delphes et qui fut repris par Socrate, ne saurait seulement consister en une sorte de technique de l'introspection visant à faire l'inventaire de nos tendances et de nos aptitudes, non plus à procéder à une enquête dont on pourrait voir le prolongement dans ce que l'on appelle de nos jours les sciences humaines. Le « Connais-toi toi-même » socra­tique est et veut être plus que cela. Il dépasse la sphère de notre individualité et débouche sur la personne. Il s'agit de prendre conscience de ce qu'il y a d'essentiellement vrai dans la condition de l'homme. Il s'agit de prendre conscience de ce qui en tout homme dépasse l'homme lui-même et lui donne un sens et le fonde, c'est-à-dire l'Esprit lui-même. Plus que psychologique, la significa­tion du « Connais-toi toi-même » nous apparaît comme éthique et métaphysique car il s'agit pour Socrate comme pour tout Franc-Maçon de découvrir en l'homme la valeur qui le fonde. Il s'agit pour Socrate comme pour tout Franc-Maçon de faire et de refaire sans cesse le bilan de lui-même, c'est-à-dire de se situer par rapport à cette valeur. Et ce message de Socrate vieux de deux mille cinq cents ans nous paraît plus que jamais actuel. L'homme de notre temps comme l'homme de tous les temps doit de son propre effort refaire lui-même son chemin vers la lumière que nul ne peut faire pour lui et dont nulle technique aussi avancée soit-elle ne saurait le dispenser. Et quel est le chrétien sincère, fréquentant nos Loges ou non, qui osera nous dire qu'un tel principe n'est pas conforme à sa foi et n'est pas un des éléments essentiels de ce qu'il peut appeler son examen de conscience ? Et cela est valable pour tous les esprits religieux. Quel est l'humaniste réflé­chissant honnêtement sur la nature humaine qu'il soit maçon ou non qui oserait qualifier d'obscurantiste une pareille démarche de l'esprit ?

Qu'on parle d'une forme de repentance devant un Dieu per­sonnel et révélé ou encore de remise en question de soi-même par rapport à l'ordre universel que la méditation personnelle fait per­cevoir ne s'agit-il pas au fond des mêmes démarches, des démar­ches de progrès que Jean dans l'Evangile appelle le témoignage rendu à la lumière et que la Franc-Maçonnerie appelle aujourd'hui la recherche perpétuelle de la vérité.

En effet, il n'est pas de sagesse initiatique qui ne passe par un sérieux retour sur soi-même et une sévère remise en question de ses pensées. C'est à cela que tend avant tout l'initiation maçon­nique. L'homme qui chercherait d'abord à vouloir changer la société avant de se changer lui-même, l'homme qui s'attaquerait à ce qu'on appelle les structures avant de se regarder d'un œil critique, celui- là risquerait de rester toujours dans les ténèbres et de ne jamais trouver la voix de la lumière tracée par Jean.

Car Jean dans sa prédication sévère ne renverse pas la société de son temps ni son ordre. Dans la Palestine occupée à l'époque par les Romains cet ordre était symbolisé par deux éléments fon­damentaux, l'armée et les publicains, collecteurs d'impôts. Et vous imaginez aisément comment ces deux institutions pouvaient paraître tyranniques et injustes. Aux publicains qui viennent vers lui Jean dit : « N'exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné », aux soldats qui lui demandent ce qu'ils doivent faire Jean répond : « Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et conten­tez-vous de votre solde. »

Jean ne renverse donc aucune institution établie car il sait qu'elles sont nécessaires à la vie de ce monde ; il veut simplement d'elles qu'elles fonctionnent conformément à la raison et à la justice. De même Socrate, évoqué tout à l'heure à propos du « Connais-toi toi-même », sait accepter les institutions de ce monde et, alors qu'il vient d'être condamné injustement par la cité et que ses amis le pressent de s'enfuir, il déclare dans l'admirable Prosopopée des lois : « Si je m'échappais, si je m'enfuyais comme un esclave puni par son maître ne crois-tu pas que les Lois vien­draient me trouver et me diraient : « En ne te soumettant pas au décret, Socrate, sais-tu que nous les lois, tu nous détruis, et que tu renverses la Cité qui est fondée sur les Lois ? Oublies-tu que parmi nous il en est une qui est la première de toutes, c'est celle qui impose à tous les citoyens d'obéir aux décrets qu'ont pris les maîtres de la cité démocratique ? Tu diras que tu as été condamné injustement, que le décret des juges est inique. As-tu le droit de choisir entre les lois de ton pays celles qui paraissent te nuire ? Tu dois à ces lois la liberté de ton père et de ta mère, ton éducation, ton instruction, mais parce qu'il en est une qui t'envoie à la mort tu voudrais les transgresser ? Si tu faisais cela, la cité périrait. »

Faudrait-il classer Socrate dans la catégorie des résignés ou de ceux qui se veulent étrangers à la cité ? Ce serait une grave erreur. Car il proclame en face des sophistes et des politiques (nous dirions aujourd'hui des démagogues) qu'il est au contraire un des rares athéniens qui s'attache au véritable art politique et qu'il est le seul à le pratiquer aujourd'hui (Gorgias). En effet il est celui qui dans la cité ne cherche que la vérité et qui subordonne tout à cette recherche ; il est celui dans la cité qui ne veut parler et agir qu'en vue de la justice. Il est le seul dans la cité qui de toute son âme s'efforce à rendre les citoyens aussi parfaits que pos­sibles. Rendre les citoyens, rendre les hommes aussi parfaits que possible. Voilà pour Socrate le véritable art politique, la fin de toute politique digne de ce nom. Et force lui est de constater que ceux qui le condamnent ou le condamneront n'agissent pas selon les mêmes principes et les mêmes fins. Or n'est-ce pas là le projet fondamental du Franc-Maçon écossais ? Ne veut-il pas comme Socrate travailler au perfectionnement moral de tout homme ? Et travailler au perfectionnement moral de tout homme n'est-ce pas travailler au perfectionnement de la cité, nous dirions aujourd'hui de l'humanité ?

Ainsi au rôle facile de briseur d'institutions le Franc-Maçon écossais préfère celui plus ingrat et plus difficile de vigile de l'humanité et de la société.

Il se sait pleinement participant à l'une et à l'autre. Vouloir le nier, même par les artifices les plus subtils comme c'est la mode chez certains intellectuels relève pour lui de l'utopie, et la Franc- Maçonnerie n'est pas synonyme d'utopie.

Aussi, acceptant cette humanité et cette société avec ses servitudes petites et grandes, le Franc-Maçon cherche à construire en améliorant. Que le publicain soit honnête, que le soldat se contente de sa solde, voilà ce qu'exige Jean. Que l'homme fasse un retour sur lui-même, qu'il agisse le plus honnêtement et le plus raisonnablement possible là où il est, voilà ce à quoi appelle la Franc-Maçonnerie. Certes il se peut que ces retours sur soi opérés par ceux qui voudront suivre cette voie, aboutissent à des change­ments de structures. Les Francs-Maçons ont l'esprit suffisamment ouvert pour accepter ces changements. Cependant ceux-ci doivent être produits par des changements profonds de l'âme humaine sous peine de n'être que de ces sinistres farces que périodique­ment certains démagogues aiment jouer à leurs semblables.

Une situation d'humble témoin devant la lumière de la Vérité, un retour sur soi-même sans faiblesse ni complaisance, une priorité à donner à ce retour par rapport à une quelconque rénovation des structures qui nous entourent, voilà la triple exhortation qui ressort du témoignage de Jean, patron des Francs-Maçons écossais. Suivre cette exhortation c'est se donner la base spirituelle nécessaire pour pouvoir utiliser la science sans danger pour l'humanité et jamais le Franc-Maçon ne sera à cet égard un apprenti sorcier.

Ainsi vivre d'une manière maçonnique la Saint Jean (d'été) c'est aujourd'hui savoir assimiler le progrès pour avancer sans crainte dans la voie de la connaissance, c'est dépasser le folklore simplet en sachant se placer en harmonie avec les grandes lois de la nature. Comme l'a écrit notre Frère Ragon « Ce n'est pas pour adresser des prières à Saint Jean que nous nous trouvons réunis ; nos cérémonies ne nous prescrivent rien de semblable et l'esprit de l'ordre s'y oppose même puisque la Maçonnerie est indépendante des religions, qu'elle est de tous les siècles, de tous les pays, et que la vérité n'est qu'une... Non, mes frères, l'histoire de tous les peuples apprend qu'à pareille époque, l'univers offre chaque année, le spectacle immense d'une seule fête : que la maçonnerie si féconde en heureuses et sublimes allégories a dû saisir celle qui lui offrait si facilement un des plus grands phéno­mènes de la nature, le triomphe complet de la lumière sur les ténèbres. »

 

Source : www.ledifice.net

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 08:12

Les SAS ont été engagés dans le conflit nord-irlandais dès le début des « Troubles », en 1969, le premier déploiement remontant apparemment à 1966. Ce déploiement en vêtements civils à l'intérieur du Royaume-Uni était hors norme pour le SAS, qui voyait l'occasion de tester les techniques contre-insurrectionnelles et contre-terroristes qu'il développait. Les détachements SAS se limitaient à la collecte de renseignement, et pour ce faire, utilisaient parfois des femmes du Women's Royal Army Corps (WRAC) pour le travail en civil, des couples attirant moins l'attention que des hommes seuls. À l'été 1969, le D Squadron du 22 SAS fut déployé en uniforme dans la province. Cependant, la guerre du Dhofar sollicita à partir de 1971 l'essentiel des ressources du SAS, réduisant drastiquement le nombre d'hommes déployés en Irlande du Nord.

 

En 1971, la 39 Brigade à Belfast organisa le travail de surveillance en civil avec la création d'une unité dédiée, la Military Reaction Force (MRF). En octobre 1972, renseignée par un agent double, l'armée républicaine irlandaise provisoire (PIRA) attaqua un véhicule banalisé de la MRF, tuant un soldat. Un audit par une équipe comprenant au moins un membre du SAS mena à la réorganisation de ces activités. Les opérations furent placées sous un contrôle plus centralisé, et accompagnées d'un meilleur entraînement, par la création d'une Special Reconnaissance Unit (SRU) comptant 130 personnels. Le SAS était largement impliqué dans ces activités, puisque selon un rapport de 1974, un officier et 30 soldats de la SRU devaient « reprendre » leur service au 22 SAS après une période d'environ quatre mois. L'unité de surveillance en civil fut surtout connue sous le nom de 14 Intelligence Company (14 Int). En partie organisée par le SAS, elle était la seule unité de renseignement de l'armée britannique ne dépendant pas de l'Intelligence Corps. Elle fournissait un détachement (« the Det ») à chacune des trois brigades stationnées en Irlande du Nord. Des individus du SAS et du SBS y étaient régulièrement affectés, mais l'unité était cantonnée à un rôle de renseignement uniquement.

 

En janvier 1976, le gouvernement britannique annonça publiquement l'envoi du D Squadron en Irlande du Nord. Le SAS opérait en constituant des postes d'observation pour collecter du renseignement, en tendant des embuscades sur des caches d'armes de la PIRA, et en menant des arrestations de suspects dangereux. Il se peut également que des opérations secrètes en République d'Irlande aient eu lieu : le SAS fut accusé par la PIRA d'avoir enlevé un de ses membres, Sean McKenna, en République d'Irlande en mars 1976, et des SAS furent arrêtés par la police irlandaise quelques kilomètres au sud de la frontière en mai 1976, provoquant un incident diplomatique. En 1978, plusieurs « bavures » du SAS lors d'embuscades entraînèrent la mort de civils. Avant même ce déploiement, le SAS était déjà devenu la cible de la communication de l'IRA et des mouvements pour les droits civiques, qui accusaient le SAS à chaque fois qu'une opération en civil était connue (en fait, généralement effectuées par la 14 Intelligence Company) ainsi que d'être responsables de meurtres sectaires commis par des extrémistes loyalistes.

 

Les actions du SAS à cette époque étaient parfois mal menées, finissant par des échecs et causant la ruine de milliers d'heures d'efforts de renseignement. Le 2 mai 1980, lors d'un raid hâtivement préparé sur une maison à Belfast, une unité de SAS se trompa de maison. Le groupe de l'IRA visé par le raid put mettre en batterie une mitrailleuse M60 et tua le capitaine Herbert Westmacott. En conséquence, au début des années 1980, le système de déploiement par lequel les escadrons faisaient chacun leur tour une rotation de quelques mois fut arrêté et remplacé par une troop ayant reçu une formation et une préparation spécifiques à l'Irlande du Nord. Cette troop, parfois appelée Ulster Troop, était placée avec la 14 Intelligence Company sous un commandement commun appelé Intelligence and Security Group (Northern Ireland).

 

En plusieurs occasions, grâce à de bons renseignements, le SAS parvint à tendre des embuscades contre des membres de l'IRA en pleine action. Le 8 mai 1987, vingt-quatre soldats du SAS, visiblement bien informés à l'avance, attendirent un groupe de la PIRA devant dynamiter un poste de police à Loughgall. Le groupe SAS en embuscade fut même mis au courant par radio du modèle et de l'immatriculation d'un véhicule volé pour commettre l'attentat avant que le propriétaire eut prévenu les autorités du vol. Les huit hommes de l'IRA furent abattus après qu'ils eurent ouvert le feu sur le poste de police et déclenché l'explosion. Deux innocents en voiture arrivèrent sur les lieux pendant la fusillade, les SAS les prirent pour des complices et ouvrirent le feu, tuant l'un d'entre eux.

 

L'opération "Flavius". En mars 1988, des SAS en civil surveillèrent trois membres de l'IRA à Gibraltar qui préparaient la pose d'une bombe. Alors qu'ils étaient suivis à pieds, une voiture de police ne participant pas à l'opération alluma sa sirène, faisant se retourner un des hommes qui regarda un des SAS dans les yeux. Craignant d'être repérés, les SAS sortirent leurs armes et, craignant que les membres de l'IRA ne soient armés ou ne déclenchent une bombe par une commande à distance, les abattirent. Il s'avéra que les trois personnes abattues n'étaient pas armées et que leur bombe n'était pas encore posée, déclenchant une nouvelle fois une controverse sur les actions du SAS.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Special_Air_Service

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 08:38

Dans un des poèmes de Hadewijch d'Anvers, Béguine flamande du XIIIe siècle, nous trouvons les lignes suivantes qui dé­crivent, de façon aussi pénétrante que succincte, la position du mystique vis-à-vis du monde. Elles résument bon nombre des thèmes que je me propose de traiter, et forment ainsi un préambule à mes réflexions:
"Entre ce qui est saisi et ce qui fait défaut, il n'y a point de mesure,
et nulle comparaison n'est possible:
c'est pourquoi ils se hâtent, ceux qui ont entrevu cette vérité, sur le chemin obscur,
non tracé, tout intérieur.
A cette déficience, ils trouvent un prix suprême, elle est leur joie la plus haute.
Et sachez que l'on n'en peut rien dire,
sinon qu'il faut écarter le tumulte des raisons, des formes et des images, si l'on veut de l'intérieur, non pas comprendre, mais connaître ceci."

A défaut de connaître, essayons de comprendre: le poème (et en fait tous les poèmes) de Hadewijch nous parlent d'une expé­rience fondatrice, qui est celle d'un manque, d'une déficience. Ce manque traverse, comme une fissure, l'univers et notre propre être et demande à être comblé. C'est pourquoi ceux qui ont entrevu cette vérité ...se hâtent : sentiment d'urgence qui refuse tout repos. Ils se hâtent cependant à tâtons, comme des aveugles, sur un chemin non tracé, tout intérieur dont rien ne peut être dit sauf par négation: il faut écarter le tumulte des raisons, des formes et des images, bref, tout ce qui constitue le monde, pour trouver, en prix suprême, mais incertain et éphémère, la joie la plus haute.
Essayons de voir en quoi consiste la déficience qu'évoque notre auteur. Les mystiques, qu'ils soient juifs ou chrétiens - et je ne parlerai que d'eux, parce qu'eux seuls fondent leur discours sur une expérience directe - ont éminemment pris au sérieux le double postulat du monothéisme qui leur est commun, à savoir l'absolue transcendance de Dieu d'une part, et la Révéla­tion de l'autre. Tous leurs efforts visent à trouver une solution (viable et pensable) à cette équation impossible. Peut-on entrer en contact avec la Transcendance ? La Révélation indique qu'il y a eu une percée, un instant d'ouverture sur le radicalement Autre, et le mystique s'applique de toutes ses forces à reproduire cet instant. Il y parvient sur un chemin tout intérieur parce que la contradiction est en lui même, ainsi que sa solution : il a été créé à l'image de Dieu.

Dans la Kabbale aussi bien que dans la mystique chrétienne, la conception de l'homme créé à l'image de Dieu se trouve au centre de la pensée et au seuil de toute démarche. Pour les deux traditions, l'Image n'est plus intacte, n'est plus conforme au plan de la Création : voilà la grande déficience. Recouvrer l'Image est la tâche que s'assignent et kabbalistes juifs, et mystiques chrétiens. Les solutions qu'ils trouvent pour réaliser ainsi, par intermittence, le paradoxe de la transcendance dans l'imma­nence varient évidemment beaucoup selon les prémisses de chacune des deux religions, et selon les époques et les régions où elles ont été formulées. J'essaierai d'en analyser un certain nombre qui me paraissent significatives pour notre propos. Retenons pour l'instant seulement le point de départ commun à tous ces itiné­raires:
1) - Constat d'un manque que rien de sensible ne peut combler, et, par conséquent, transfert de tout désir sur le divin.
2) - La volonté absolue de ne pas faire de Dieu un objet, mais de le saisir au-delà de cette division entre sujet et objet, au tréfonds du sujet pensant, là où il n'y a plus le tumulte des raisons, des formes et des images - dans ce fond de l'âme si dépersonnalisé que l'Image peut y renaître.
De toute évidence, une telle position met celui qui l'adopte en porte-à-faux par rapport au monde qui justement par des raisons, des formes et des images prétend combler tout manque possible. S'engager dans le monde signifie agir et trouver dans cette action sa raison d'être.
J'ai appelé mon sujet Le refus de l'action et l'acte symbolique chez quelques mystiques juifs et chrétiens, et il est temps que je définisse de plus près les trois termes de ce titre dans le contexte choisi, à savoir mystique, action et acte.
Comme nous venons de le voir, est mystique quelqu'un qui fait une expérience d'absolu et qui en parle, alors que cette expéri­ence transcende, de son propre aveu, l'ordre du discours. Le paradoxe est déjà là, dans cet acte du discours, dans ce discours comme acte. Le mot mystique a d'ailleurs longtemps été employé comme adjectif seulement, pour désigner un langage, un modus loquendi, alors que les expressions contemplatifs, spiri­tuels, illuminés servaient de nom pour ceux qui faisaient cette expérience. A première vue, les kabbalistes ne tombent pas dans cette catégorie. On ne peut en effet parler d'expérience kabbalistique qui nous soit transmise. Le Moi, si pathétiquement présent dans la mystique chrétienne, est inexistant dans les écrits de la Kabbale. Il y a cependant un discours kabbalistique qui est bel et bien mystique, puisqu'il parle de Dieu de l'inté­rieur, et qui est transmis de génération en génération - la traduction exacte de Cabale étant simplement tradition. Le caractère codé de ces écrits est une preuve supplémentaire qu'il ne s'agit pas d'autre chose que de mystique : il illustre à sa manière l'impossibilité de trouver une expression adéquate à quelque chose qui se refuse par nature à être objet, alors que le langage humain n'a pas d'autres façons de traiter ce dont il veut parler. Le caractère ineffable de Dieu est en effet considéré comme une évidence et par le judaïsme et par le christianisme. Il est la conséquence logique de sa transcendance. L'interdiction juive de prononcer le Nom divin n'est que l'exemple le plus connu de cet effort perpétuel de ne pas abolir, par le langage, la distance infinie qui nous sépare de Dieu. Des citations allant dans ce sens abondent également dans tout le christianisme antique et médiéval. Ainsi, Saint Augustin: "Si comprehendis, non est Deus « ou Alain de Lille, dans ses Regulae: Sicut probatum est Deum esse incompre­hensibilum, ita evidens est ipsum esse innominabilum ; "Omne enim nomen, quod de Deo dicitur, improprie dicitur"; "..nullum nomen proprie convenit Deo" Or, le dilemme des mystiques réside précisément dans le fait qu'ils ont approché cet Incompréhensib­le, totalement Autre, et que ce soit la seule chose qui leur paraisse valoir la peine d'être dite. Je cherche­rai à délimiter, dans ce corps à corps des mystiques avec le langage, quelques unes des façons les plus significatives qu'ont eues les deux religions d'organi­ser un discours par rapport à une expéri­ence d'ordre existentiel et un contenu qui se dérobe. Wittgen­stein dit succinctement: "Il y a en effet un inexprimable ; il se montre : c'est cela le mystique."
Les deux autres concepts qu'il nous reste à élucider sont l'action et l'acte. J'ai appelé action un acte, ou un enchaîne­ment d'actes qui porte sa justification en lui-même. C'est la participation à la vie du monde: chaque acte se propulse (on dirait presque joyeusement) vers l'inconnu d'un futur ouvert. L'action se situe dans le temps et débouche sur l'Histoire, elle est elle-même Histoire, pleine du tumulte des raisons, des formes et des images. A la place de l'action, éminemment humaine, le mystique met l'acte symbolique qui, par son atempora­lité, lui permet un retour aux origines et lui restitue, par intermittence, la Présence divine qui se dérobe. L'acte symbo­lique se réfère toujours à ce qui l'excède, à un ordre qui n'est pas humain. Si l'action se rattache au devenir, l'acte vise l'être. Il est déjà mémoire - mémoire de ce qui fait défaut.

Il va de soi que le refus de l'action que je stipule n'a rien à voir avec une quelconque passivité. La plupart des mystiques dont je parlerai avaient pris dans leurs communau­tés des responsabili­tés qui leur deman­daient des occupations régulières, et souvent astreignantes. Ce n'est donc pas une question d'activité ou de passivité, et nous verrons que les concepts de vitaactiva et de vita contemplativa que Grégoire le Grand avait introduits dans la pensée médiévale n'y sont que partiellement pertinents. C'est de la finalité de l'acte qu'il s'agit : si l'action a un but qui s'efface sans laisser trace une fois qu'il est atteint pour céder la place à l'action qui lui succède, l'acte symbolique n'a pas de visée immédiate, il ne porte pas de fruits ; il est clos sur lui-même et ouvert sur la Transcendance.
Il y a, évidemment, toutes sortes d'actes symboliques possibles. Dans le contexte qui nous intéresse, tous peuvent être subsumés dans la catégorie de l'Imitatio Dei, la quête acharnée de Dieu dans son être même. C'est l'application existentielle de la conception fondamentale dont nous avons parlé, à savoir que l'homme a été créé à l'image de Dieu. Cette quête prend des formes diffé­rentes dans les deux religions. Disons comme première approche que pour le judaïsme, elle se définit comme Commandement et comme Parole. Les deux sont intimement liés, puisque la parole, pour la pensée juive, ne signifie pas seule­ment la chose, elle est la chose - le même mot, davar, désignant en hébreu "mot" et "chose". L'acte symbolique des kabbalistes vise donc toujours à répéter l'acte créateur qui est la Parole créatrice, et cela autant dans le domaine de la pensée que dans celui de l'action, domaines entre lesquels le judaïsme n'introduit pas de rupture. Dans le christianisme, l'Imitatio Dei signifie suivre la voie du Christ - qui est le Verbe - dans son humanité et dans sa divini­té. J'essaierai d'esquisser quelques unes des formes les plus significatives que revêt, dans les deux religions, cette exigence de l'Imitatio Dei.
Mon ambition est donc double:
- Premièrement, je voudrais déceler les manières propres aux mystiques juive et chrétienne, de se poser, par l'acte, en face de l'absolu, qui est l'Etre. Je chercherai à montrer cela à travers la tension corrélative de l'expérience et de sa transpo­sition - l'acte poétique étant un acte comme un autre.
- Deuxièmement, j'examinerai comment la transposition de cette expérience évolue à l'épreuve du temps. Ma thèse est en effet qu'avec l'émergence et l'épanouissement de la conscience histo­rique, qui dispose autrement du temps que le mystique, il devient de plus en plus difficile pour celui-ci d'exécuter l'acte symbolique, de le vivre en substitution à l'action et surtout, d'en formuler la prégnance et la nature. J'analyserai ce qui me semble une évolution analogue dans les deux religions, par delà le génie propre de chacune d'elles.
Parlons d'abord du judaïsme et souvenons-nous de quelques données fondamentales :
D'après la Bible hébraïque, Dieu a parlé et a créé le monde. Il a parlé une deuxième fois pour donner la Tora à Israël. Ces deux faits, la Création et la Révélation, sont de portée universelle. Par ailleurs, la Parole divine s'est adressée aussi aux patri­arches, aux juges et aux prophètes, restant toujours auprès du peuple d'Israël jusqu'à se retirer dans le silence : car, selon la conception rabbinique, depuis la fin de la prophétie, Dieu ne s'est plus adressé directement aux hommes. Depuis l'extinction de la Voix, la Tora, infiniment inter­prétable, en tient lieu, elle est ce qui reste de la Parole créatrice, on peut la sonder, la questionner, la renouveler.
Israël est le peuple du livre. Ce livre est la Loi, non pas dans le sens où on verrait en Dieu un législateur, mais en ce qu'il contient la voie de la conduite parfaite, celle qui est conforme à la volonté du Créateur. Cette conduite se déduit de l'exégèse scrupuleuse du sens, et de la lettre, de l'Histoire qui y est relatée, et de l'observance des commandements qui y sont consig­nés. La religion juive en recense 613.
« Rabbi Simlai dit : 613 commandements ont été révélés à Moïse sur le mont Sinai. Il y a 365 commandements négatifs, selon le nombre de jours de l'année solaire, et 248 commandements posi­tifs, correspondant aux membres du corps humain. »
Commandements inscrits dans le temps et dans la chair de chaque Juif. Parole et Commandement, les deux piliers de sa foi.
Depuis les temps talmudiques, les juifs se sont interrogés sur le sens de ces commandements. La première réponse se trouve dans la Bible même, au Lévitique, chap. 18, 4 - 5: Je suis l'Eternel votre Dieu. Vous observerez mes lois et mes statuts, parce que l'homme qui les accomplira y trouvera la vie. Je suis l'Eternel votre Dieu. Il y a équivoque sur le sens du mot "vie". D'une part il s'agit, selon Rachi, le célèbre commentateur de Troie du XIe siècle, de la vie éternelle, de l'autre d'une vie pleinement vécue ici bas, ce qui signifie aux yeux de la tradition juive une vie rattachée à Dieu. Il n'y a pas d'ailleurs, pour le judaïsme, de différence fondamentale entre ces deux conceptions. La Tora, la parole divine, et les commandements, son application pratique, sont les signes de l'élection d'Israël, qui n'est autre chose qu'une mise en réserve, une mise à part pour faire de lui un peuple de prêtres, un peuple saint.

Dans le "code de sainteté" du Lévitique, au chapitre XX verset 26, nous lisons: Soyez saints pour moi, car je suis saint, moi l'Eternel, et je vous ai séparés d'avec les peuples pour que vous soyez à moi. La séparation d'avec les autres peuples est donc la condition pour qu'Israël puisse être à Dieu. C'est également ainsi, selon Rachi, qu’Israël doit comprendre les commandements : non pas comme les règles de conduite d'une éthique compréhensi­bles d'elles-mêmes, mais comme des signes d'obéissance à Dieu, signes qui marquent la séparation d'avec les autres nations. Et l'exégèse de Rachis se termine par les mots: Que votre sépara­tion d'avec eux soit en l'honneur de mon nom.
Israël est saint comme Dieu est saint : un peuple transcendant, séparé des autres, et pourtant là, comme Dieu est transcendant et présent par rapport à tout ce qui est.
Une brève digression d'ordre étymologique nous fera mieux comprendre ce point essentiel.
Jusqu'à ce jour, à la fin de chaque sabbat, les Juifs font la havdala, la cérémonie de la séparation, en disant: Sois loué, Eternel, notre Dieu, Roi de l'univers, qui sépares le sacré du profane, la lumière des ténèbres, Israël des autres peuples, le septième jour des six jours ouvrables. Sois loué, Eternel, qui sépares le sacré du profane.
Le monde, et avec lui l'Histoire, sont considérés comme le résultat d'une séparation, havdala, entre ce qui est sacré et profane. Et en effet, une analyse sémantique prouve que l'his­toire de la Création, dans la Bible, est jalonnée de ce terme - vayavdel, «il sépara». Création équivaut à délimitation, à séparation. De même, l'histoire d'Israël commence-t-elle par une séparation: celle d'Abraham de sa famille et de son pays.
Est donc saint ce qui est séparé, ce qui est mis en réserve pour Dieu. Saint est Dieu lui même. Partant, le sacré est ce qui est réel, ce qui est réellement, ce qui est au centre de tout. Le domaine de la sainteté est donc l'intérieur, par opposition à l'exté­rieur, au profane. Aussi le mot hol, profane en hébreu, a-t-il la signification de ce qui tourne autour, de ce qui est excentrique par rapport au domaine de la sainteté.
Le fait qu'Israël soit un peuple saint signifie qu'il est associé à Dieu, qu'il se trouve à l'intérieur de son domaine. Israël est consacré à Dieu comme une femme à son mari : encore une fois l'analyse sémantique - qui démontre l'identité des termes - est éclairante.
Ainsi, le peuple juif se trouve ontologiquement à la lisière de deux mondes, et il appartient aux deux. Nous touchons là à une des explications possibles des formes si profondément différentes qu'affecte la Kabbale par rapport à d'autres mys­tiques, et notamment la mystique chrétienne : on n'y trouve pas de cloître, il n’y a ni monachisme, ni voeux, ni célibat, et pas de conver­sion. Les Kabbalistes vivent en pères de famille, exercent des professions, voyagent, acceptent des fonctions communautaires. La conviction profondément ancrée qu'ils font partie d'un peuple saint les dispense du retrait du monde : la mise à l'écart est effective, générale, et généralement acceptée par les juifs comme le corrélat de leur élection, jusqu'à l'aube des temps modernes. Cette élection est donc synonyme de sainteté : est consacré à Dieu ce qui lui est le plus proche, ce qui lui ressemble de près. La Communauté d'Israël, paradigme de l'humanité, reflète cette Image à laquelle l'homme a été créé. C'est pourquoi Rabbi Josef Guikatilla, un kabbaliste castillan du XIIIe siècle, écrit dans son Igueret Hakodech, la « Lettre sur la Sainteté » : « Comme tous nos actes sont à l'image de l'action du Nom de Dieu, chaque fois que nous faisons le bien et le juste, nous sanctifions son grand Nom, (...) mais chaque fois que nous ne nous conduisons pas valable­ment, nous profanons (...) le Nom du Ciel, puisque nous lui ressemblons. » Cette ressemblance, selon Rabbi Eléazar ben Azarya, consiste dans le fait que tout comme Dieu est unique au monde, Israël est unique au monde. Dans son Cha'aré Ora, Les portes de la lumière, le même Guikatilla explique que "profaner le Nom" signifie faire sortir ce qui est saint de l'ordre divin : d'où la réserve imposée à Israël ; voilà pourquoi il ne doit pas se mêler aux peuples, doit rester à l'intérieur, ne pas se "décentrer", comme on pourrait traduire halol (lit. profaner, être profane).
Aussi le Talmud a-t-il pour but principal "d'ériger une haie autour de la Tora » et d'intégrer tout dans le système global du rabbinisme. L'intention est de renforcer la séparation indiquée par la Bible au moyen de règlements et de lui donner ainsi une physionomie concrète. Les lois alimentaires, les ablutions, les temps de prière et d'étude, l'interdiction de boire et de manger avec un Gentil ou de lui enseigner la Loi sont autant de mesures visant à réaliser ce but. Les Pharisiens, les perouchim, sont étymolo­giquement les "séparés", ceux qui par ailleurs s'adonnent à l'exégèse, la parchanout, qui est la délimitation du sens.
Etonnante cohérence d'une langue dont les renvois étymologiques nous font retomber sur nos pieds : nous revoilà en face des deux piliers de la pensée juive, à savoir la Parole et les Commande­ments. L'exégèse - l'interprétation de la Parole -, la prière - parole humaine adressée à Dieu -, et l'observance des commande­ments, qui sont l'expression de Sa volonté, rythment la vie de tout Juif pieux et en font une existence entièrement tissée d'actes symboliques : tout ce qu'il fait excède en effet l'ordre du faire, celui de l'action, et se relie à un ordre supérieur. Il n'a pas besoin, pour cela, de se retirer « du siècle »- toute sa vie, qui est en même temps celle de sa Communauté, se déroule à l'intérieur du domaine de la sainteté.
Le grand danger, dans ce mode de vie, consiste évidemment dans la routine : que la signification transcendante de l'acte se perde dans la répétition, que celui-ci se dégrade en geste d'obéissance, de convention sociale ou de simple habitude paresseuse, qui ne connaît plus d'ouverture vers ce qui le dépasse. Cette routine, qui de tout temps a été le fait des gens de moindre envergure religieuse, a été - également de tout temps - combattue violem­ment par les mystiques, qui s'acharnent à charger de sens le geste. Si la chose est vide, c'est qu'elle est vide de vous, dit joliment Rabbi Meïr.
Cependant, la manière de charger de sens le geste change avec le temps. Elle s'adapte à la mentalité de l'époque et du milieu géographique. L'Histoire y ajoute son poids. Dans l'univers empreint de symbolisme du moyen âge, la démarche des mystiques n'est qu'une variante exigeante de ce que chacun était censé de faire. Quelques siècles plus tard, quand le monde est découvert et la métaphysique soumise à la critique kantienne, quand la Révolution emplit les coeurs d'un espoir tout immanent, et l'ouverture des ghettos provoque un élan émancipatoire difficile à canaliser, l'action prend partout le pas sur l'acte symbolique, lequel est dépourvu de toute référence transcendan­tale quand il est public, ou bien relégué dans le secret du domaine privé. L'Imitatio Dei n'est plus à l'ordre du jour. Parallèlement, le discours mystique trouve de moins en moins d'appui dans le langage. Il se devient suspect à lui même et avoisine, dans les cas les plus purs, le silence, le chant, le cri. Prenons quelques jalons de cette évolution.

1. L’acte comme parole dans la Cabale
Bahyaibn Paqûda vécut dans l'Espagne mauresque du XIe siècle. A part le fait qu'il était juge dans une cour rabbinique, soit à Saragosse, soit à Cordoue, nous ignorons tout de sa vie. Son activité littéraire s'exerça probablement entre 1050 et 1080. Comme beaucoup d'auteurs juifs espagnols du moyen âge, il écrivit en arabe ses traités philosophiques et en hébreu sa poésie religieuse. Ses coreligionnaires le dénommaient he-hassid, le pieux, le saint. C'était un personnage discret, d'une grande rectitude morale et d'une étonnante ouverture d'esprit à une époque où le syncrétisme religieux n'était pas précisément à la mode. Bahya a laissé une oeuvre restreinte, mais de qualité : une vingtaine de poèmes liturgiques et un long traité de théologie philosophique, Les devoirs du coeur, hovot ha-levavot, son oeuvre majeure.

L'influence de ce livre, qui représente ce qu'on pourrait appeler le courant piétiste en Israël, a été considérable, et contraire­ment à beaucoup d'autres ouvrages de la philosophie juive médiévale et également à la Kabbale, il na jamais provoqué de polémique parmi les docteurs. Les devoirs du coeur se répan­dirent dès leur rédaction au XIe siècle dans les communautés juives de langue arabe. En 1161, le célèbre Jehuda ibn Tibbon, savant juif émigré de Grenade à Lunel en Languedoc, en fit une traduction en hébreu qui connaîtra une diffusion extrêmement large et sert jusqu'à ce jour. Contrairement à beaucoup d'autres ouvrages de la mystique juive, réservés aux hommes d'étude, et tout en étant de caractère philosophique, le livre de Bahya est une oeuvre populaire. Il a été traduit dès le début du XVIIe siècle dans toutes les langues parlées à l'intérieur des commu­nautés juives. Récemment, André Chouraqui en a fait une merveil­leuse traduction française commentée à partir de l'original arabe.
Pour étayer sa doctrine, Bahya cite, comme de coutume dans ce genre de littérature, de très nombreuses sources. La plupart d'entre elles sont, bien sûr, bibliques, rabbiniques ou pro­viennent de docteurs juifs antérieurs à Bayha. Mais - et cela est tout à fait exceptionnel - il cite très souvent et même à des endroits où l'on s'attendrait à tel dicton talmudique bien connu, des sources extérieures. Bahya ibn Paqûda reproduit des auteurs musulmans et chrétiens, non pas pour polémiquer, mais au même titre qu'il cite les docteurs de la Synagogue, pour alimenter l'élan de sa foi. J'espère, dit-il, qu'ils trouveront l'agrément de tous les coeurs et que chacun puisera dans leur sagesse comme on s'enrichit de l'oeuvre des philosophes et de l'exemple des ascètes

Les devoirs du coeur sont un ouvrage de théologie systématique. Organisé en dix portiques, il part de la profession de foi juive, Ecoute, Israël, l'Eternel notre Dieu, l'Eternel est Un. Tu aimeras l'Eternel ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toutes tes forces. Tout le livre de Bahya n'est finalement que le commentaire de ces deux versets. Passant par les preuves classiques de l'existence de Dieu, Bahya aborde dans son premier portique le problème de Ses attributs pour rejoindre le courant de la théologie négative, apophatique, pour laquelle Dieu est inconnaissable dans son essence et ne peut par conséquent être cerné par le langage. Les autres portiques sont consacrés à déclarer l'unité de l'homme, considéré comme le microcosme au sein du macrocosme, unité cependant perdue qu'il cherche à retrouver à travers "la contemplation des créatures", "la soumission à Dieu", "l'abandon à Dieu", "la purification de l'acte", "l'humilité", "la pénitence", "l'examen de conscience" et "l'ascèse ", pour arriver enfin, dans le dixième portique, au "pur amour de Dieu".
L'originalité de l'oeuvre de Bahya réside dans le fait que pour la première fois un théologien de la Synagogue concentre tout son effort à rappeler au fidèle l'exigence d'une vie intérieure toute d'amour. Il introduit dans la pensée juive la distinction fondamentale entre une science intérieure et une science exté­rieure, et par surcroît un principe de hiérarchisation des commandements de la Tora. Bahya considère en effet qu'il y a des devoirs du corps, qui sont les commandements que la Bible prescrit pour l'ordre de l'action. Et puis il y a ces devoirs du coeur qui ont donné le titre au livre et qui concernent le monde de l'esprit. Chose étonnante pour un théologien juif, Bahya donne la prééminence à ces derniers. Une intention pure pour tout acte exécuté est pour lui la clé du rapprochement de l'âme avec Dieu. Il ne suffit pas, en effet, de bien faire. On doit aussi viser le bien en le faisant. L'hypocrisie sous-jacente peut pour Bahya anéantir la valeur d'un acte juste. C'est pourquoi il est essentiel d'arriver à une pensée sincère, ardente, aimante. La voie qu'il recommande pour y parvenir est celle d'un ascétisme modéré. Il est trop juif pour approuver la mortification du corps. Mais il exige une purification intérieure qui conduit à ce que Jehuda ibn Tibbon traduit par « l'unité de l'acte, qui doit correspondre à l'unité de Dieu dans la volonté d'une intention droite ». La récompense finale de ce long processus de purifica­tion est de réunir l'âme avec son Créateur, « car l'âme est une substance simple, spirituelle, qui aspire à ce qui lui ressem­ble. »
Si j'ai exposé la doctrine de Bahya ibn Paqûda avec quelque longueur, c'est que le problème de la finalité de l'acte est au coeur de sa pensée. Il montre, dans son préambule, que dans les communautés juives de l'Espagne musulmane de son époque, les commandements étaient souvent accomplis de façon superficielle, conventionnelle et dénuée de toute spiritualité. L'acte symbolique s'y était dégradé en action. C'est ce que Bahya refuse. Il veut que la Parole soit à nouveau au coeur du Commandement, que Parole et Commandement soit une même chose. La voie ascétique qu'il préconise pour arriver à ses fins n'est pas celle de tous les spirituels juifs. Mais tous partagent ses préoccupations, chez tous on observe le même souci d'unité qui préside à la démarche du hassid.

 

La Kabbale ancienne : Rabbi Josef Guikatilla et le Zohar
Continuons notre investigation avec un autre exemple. La Kabbale à proprement parler se développe peu après Bahya, au douzième siècle, en Provence et dans le Languedoc, et trouve son premier apogée, avec un vrai foisonnement d'oeuvres importantes, dans l'Espagne chrétienne du XIIIe siècle. Bien qu'elle soit d'une inspiration très différente des Devoirs du coeur, les problèmes de l'unité de Dieu et, corrélativement, celle de l'homme, de l'intention et de l'exécution de l'acte et de ses répercussions sur les mondes supérieurs y sont traités partout de façon centrale.
Dieu a regardé dans la Tora et a créé le monde, l'homme regarde dans la Tora et le maintient : ainsi création et subsistance de l'univers ne dépendent que de la Tora.
Ces paroles du Zohar, oeuvre maîtresse de la Kabbale ancienne, sont comme la quintessence de toute sa démarche. La Tora, en tant que Parole de Dieu, est antérieure au monde. Selon une vieille tradition rabbinique reprise par les kabbalistes, c'est avec ses lettres que celui-ci a été créé. Le monde est ainsi régi par le langage : les quatre lettres du Tétragramme qui concentrent en elles toute la Parole récapitulent la totalité des noms et règnent sur la totalité des mondes, comme dit Rabbi Josef Guikatilla. Or, nous savons que Dieu et son Nom sont identiques. La Tora, Parole de Dieu, est donc ce que nous pouvons appréhender de Lui : chacune de ses lettres nous dévoile quelque chose de la structure de l'univers. C'est là toute la Révélation. Révélation où Dieu se découvre au monde, et où il découvre au monde son principe d'organisation, cette structure justement, qui est la même dans tous les univers en haut et en bas, et jusqu'au domaine du Mal lequel, dans sa forme, tient encore du domaine de la sainteté. La Tora comme Archétype avec, comme éléments, les lettres de l'alphabet hébraïque, constitue ainsi le premier plan de réflexion de la Kabbale.
Le principe d'analogie qui domine toute sa pensée et auquel, rappelons-le, revenait au moyen âge le même degré d'évidence qu'au principe de causalité de nos jours, nous conduit au deuxième plan de la réflexion kabbalistique : ce Nom que Dieu a révélé à l'homme et qui contient toute la Création est en même temps un corpus mysticus, une émanation de forces divines qui prennent la forme d'un organisme vivant. Les kabbalistes ont répertorié dix émanations, appelées les sefirot, dont chacune a un caractère différent et remplit une fonction spécifique dans l'économie du monde. Il y a, parmi elles, la Sagesse et l'Enten­dement, la Générosité et la Rigueur. Il y a aussi un principe féminin qui est la Présence divine sur terre, la chekhina qui se trouve, comme Israël, à la lisière de deux mondes et qui est l'enjeu du drame cosmique qui se déroule depuis que la faute d'Adam a détérioré la Création initiale. Ces émanations, les sefirot, ont pris une forme qui est celle de l'Homme primordial. La pensée analogique conduit en effet les kabbalistes à conclure que, dans la mesure où l'homme a été créé à l'image de Dieu, on peut inférer que sa structure profonde est celle du monde divin. L'homme peut donc trouver dans le plus intime de lui, c'est-à-dire dans son corps, dans l'essence de chaque membre, un système de correspondances qui lui ouvrent l'accès à la compréhension des mondes supérieurs. Attention cependant - l'idée n'est pas naïve : si l'homme est fait à l'image de Dieu, Dieu n'est pas à l'image de l'homme. Celui-ci, dans la perspective des kabbalistes, n'est rien d'autre que la pierre spéculaire dans laquelle se reflètent les univers d'en haut et d'en bas. La finalité de l'homme consiste dans sa capacité d'unifier les mondes par un acte contemplatif, et de parfaire ainsi la gloire divine. La représentation zoharique de la faute initiale qui troubla l'ordre des mondes, découle de cette conception.
Dans le jardin d'Eden inférieur, où il avait été placé à sa création, Adam, le Premier Homme, méditait sur les réalités de ce lieu qui rendaient accessibles, en leur servant de support, les mystères de la divinité aux structures identiques. Par cette contempla­tion, les mondes étaient liés les uns aux autres, le monde de la Création au monde divin, et le Dieu révélé au Dieu caché, transcendant. Sur le plan symbolique, cet état de perfec­tion trouvait son expression dans le fait que l'arbre de vie et l'arbre de la connaissance du bien et du mal ne faisaient encore qu'un, que le mal était intégré dans le bien et la mort sans exis­tence propre. En mangeant des fruits de l'arbre, en les séparant donc de leur tronc, Adam introduisit une rupture dans l'univers dont les conséquences, selon le double plan de la réflexion zoharique, se répercutent à deux niveaux. A celui de l'homme, où la rupture fait passer la frontière au coeur de son être. Désormais il connaîtra, tout au long de son exis­tence, l'antagonisme entre le bien et le mal comme deux voies antino­miques, et parallèlement, celui entre la vie et la mort à laquelle il devra céder une partie au moins de son être, son corps. Et puisque l'homme, en tant que microcosme, porte en lui la marque des événements qui se passent dans le monde supérieur, nous pouvons inférer que pareille rupture a eu lieu en haut, au sein même de la divinité, entre la partie de Dieu qui souffre avec l'homme et l'accompagne dans ses exils, la chekhina, ou Présence divine, et le Dieu transcendant, inaccessible à la réflexion humaine. La faute s'accompagne aussi d'une déchéance du langage et détruit le discours tant des mots que des choses, la voix étant désormais séparée de la parole, et Dieu de son Nom. C'est pourquoi l'univers ne nous parle plus que par intermittence, et la Tora même a dû revêtir un habit plus grossier pour se faire entendre des hommes.

Tel est l'état dans lequel la faute du Premier Homme a projeté le monde. Tout l'effort de la pensée zoharique tend à imaginer le processus de réparation de cette faute. Le Juste, qui est seul capable de la mettre en oeuvre, est le protagoniste de cette aventure qui correspond au périple complet de l'histoire humaine. C'est la tâche qui lui incombe, car la restauration doit être initiée par ceux qui ont causé le dommage.
Les deux moyens dont l'homme dispose pour y arriver sont l'acte et la parole. Vue sa position particulière dans l'univers, tout ce qu'il fait a des répercussions lointaines. Pour cette raison, les kabbalistes sont les plus sourcilleux littéralistes : chaque lettre d'une exégèse ou d'une prière compte comme un élément capital de la grande reconstruction, comme cette pierre angulaire que les bâtisseurs avaient rejetée, et chaque acte est par définition symbolique. Il n'est pas question, dans une telle conception, d'introduire une quelconque hiérarchie entre les commandements. Chacun d'eux remplit une fonction unique pour notre corps ici-bas et est rattaché à un des membres du grand Corps en haut. Les dix commandements, qui résument tous les autres, correspondent en effet pour le Zohar aux dix sefirot, aux émanations divines. Ils sont liés les uns aux autres comme les organes d'un corps : c'est pourquoi la non observance du moindre commandement (moindre seulement parce qu'il est incompris) entraîne un dérèglement de tout l'organisme. Il est difficile d'aller plus loin dans la perception symbolique de l'acte. Tout ce que fait l'homme affecte en effet la création toute entière. Car le système de correspondances que je viens d'évoquer ne vaut pas seulement pour l'homme par rapport au monde divin, mais s'étend
à l'univers entier, qu'il s'agisse de phénomènes naturels, tels que la mer et la montagne, la flore et la faune, ou de phénomènes spirituels, tel que la pensée et le langage. Il n'y a pas, dans cette conception, de distinction fondamentale entre le concret et l'abstrait.
C'est là une des raisons de la difficulté très réelle de la lecture des textes kabbalistes. D'une façon générale, ils sont écrits dans un langage ordinaire, sans aucun effort de formula­tion. Parfois ils sont elliptiques, parfois volubiles, souvent les deux, pleins de raccourcis et de redondances à la fois. Obéissant au principe des correspondances des univers dont je viens de parler et qui en font des textes codés pour ceux qui ne connais­sent pas la signification des renvois, ils sont souvent très concrets quant aux choses qu'ils nomment, et défient pourtant la représentation. Les lieux n'y prennent consistance que par les êtres qui les peuplent. On les crée pour y loger des noms. Des lettres scandent le paradis du Zohar et lui fournissent sa structure. Par ailleurs, des réalités spirituelles sont représen­tées à travers des descriptions physiques telles que le souffle et la lumière, le feu et la glace, des arbres, des fleuves, des bateaux et des poissons.
Deux convictions fondamentales semblent avoir présidé à la rédaction des ces textes, à savoir:
- Premièrement, que toute réalité, fût-elle physique ou spiritu­elle, est un élément de langage et la Création un discours que nous avons la tâche de comprendre.
- Deuxièmement, que tout langage a besoin d'un support pour être entendu, et que ce support est sujet à modification. Acte et langage sont, dans cette conception, une seule et même chose. Il n'y a, en effet, qu'un acte, toujours le même, qui est celui de la Parole créatrice et que vise et répète tout ce que nous faisons.
Nous sommes à présent plus à même de comprendre l'aisance avec laquelle le langage des kabbalistes paraît rendre compte de réalités du monde divin, qui est en effet son terrain de prédi­lection, alors qu'aucune expérience de rencontre, ne parlons pas d'union, entre un individu - un mystique - et Dieu n'est consi­gnée par la Kabbale séfirotique. Nous nous trouvons en effet en face d'un univers clos, complètement symbolique qui prétend embrasser d'un seul regard toutes les réalités, quelle que soit la différence des plans sur lesquels elles se situent. Le Juste, qui est le Moi mystique à peine camouflé des kabbalistes, s'y meut de haut en bas et exerce son action - entièrement tissée d'actes symboliques - sur l'ensemble des mondes. Jamais peut-être en Occident, on n'a été aussi loin dans l'abolition de la frontière entre le spirituel et le matériel.
La Kabbale de Safed

Bahyaibn Paqûda et le Zohar représentent deux attitudes opposées vis-à-vis du problème de l'exécution de l'acte et de sa défini­tion. Ces deux attitudes peuvent être considérées comme exem­plaires. Elles ont toutes les deux exercé une influence impor­tante et durable sur la pensée juive. Si différentes qu'elles soient, une même exigence préside pourtant à leur démarche : garder l'unité de l'Acte et de la Parole et imiter par là la Parole qui fut Acte, la Parole créatrice. C'est en effet l'aspi­ration de toute la spiritualité juive.
Et la pensée de Bahya et celle du Zohar appartiennent à l'univers médiéval dont elles partagent les présupposés. Il ne m’est pas possible ici de suivre de façon même sommaire les différentes étapes que parcourt, dans le temps et dans l'espace, cette revendication mystique de l'unité. Avant d'arriver à mon dernier exemple, qui sera Rabbi Nahman de Bratslav, je voudrais simple­ment rappeler quelques faits importants pour la compréhension de ce qui suit.
A l'aube des temps modernes, en 1492, le judaïsme subit un des grands traumatismes de son histoire : l'Expulsion des Juifs d'Espagne. La Kabbale, dont ce pays était devenu le centre, se transfère alors en Palestine et trouve quelque temps plus tard à Safed un nouveau foyer. L'expérience terrible de l'exil y est transposée dans la doctrine de Rabbi Isaac Louria, le Ari (1534 - 1572) qui, tout en gardant le Zohar comme référence constante, élabore des thèmes qui marqueront la Kabbale pour les siècles à venir. Il n'y a pas lieu ici d'esquisser cette doctrine. Disons seulement que la rupture de l'équilibre initial, symbolisée dans le Zohar par la faute d'Adam, y est dramatisée à l'extrême et présentée sous la forme du mythe de la brisure des vases ; que toute la pensée lourianique est obsédée par la réparation - le tikkun - de cette catastrophe cosmique, et que le rôle capital attribué par la Kabbale au Juste y est encore accentué. Cela suffit pour situer le problème de l'acte, qui acquiert, si c'est possible, encore plus d'importance qu'auparavant. L'élément messianique qui sous-tend la doctrine de Rabbi Isaac Louria crée un sentiment d'urgence et une con­science exacerbée de l'importance de la contribution humaine à l'oeuvre de réparation. Le résultat en est un foisonnement de nouveaux rites d'inspira­tion directe­ment kabbalistique. Je ne cite que la pratique des exils volontaires, où les compagnons partaient à pied sur les chemins de la Galilée, imitant ainsi l'Exil de la Présence divine, la Chekhina bannie du Palais du Roi. En quête d'inspira­tion, ils visitaient les tombeaux des maîtres anciens et s'entretenaient de Tora.
Rabbi Moché Cordovero
Suivant la double démarche caractéri­stique des kabbalistes embrassant à la fois l'acte et la parole, Rabbi Moché Cordovero (1522 - 1570), un des représentants les plus éminents de la Kabbale de Safed, a consigné par écrit les conversations qu'il avait lors de ces déplacements avec son maître. Le sujet unique du Livre des exils, Sefer guerouchin, est ce que les deux rabbins s'appliquaient à vivre en ces moments, à savoir l'Exil a tous les niveaux, l'Exil comme phénomène universel, à la fois humain et divin. Le Livre des exils traite donc d'une réalité à la fois physique et spirituelle que son auteur cherche à mettre en pratique sur un plan symbolique, en même temps qu'il vise à l'élucider. Or, il n'est certainement pas fortuit que cette pratique soit née parmi les exilés d'Espagne qui désignaient l'expulsion de leur ancienne patrie par le même mot : Guérouch Sefarad.

La pratique des exils volontaires réussit de façon exem­plaire à faire tenir ensemble différents plans de réflexion dont chacun confère un sens à l'autre. Il est en effet plus gratifiant de s'imaginer que son propre destin est tributaire d'événements qui ont lieu dans le monde divin, que des caprices des Rois Catholiques.
L'immense succès de la Kabbale de Safed auprès des masses juives tient en grande partie à la création de rites nouveaux, dont certains eurent un caractère plus populaire que celui dont je viens de parler. L'équilibre entre acte et parole dont ils proviennent au moins dans l'inspiration, sinon toujours dans la pratique, ne put cependant se maintenir très longtemps. Les crises messianiques qui secouèrent les Communautés juives aux XVIIe et XVIIIe siècles, la ghettoïsation qui les précipita dans la pauvreté et entraîna une déchéance de l'étude, exercèrent une influence profonde sur le problème de l'acte. Celui-ci tend à se vider de son contenu spirituel et à se transformer en simple commandement - un règlement auquel on se soumet sans le question­ner. Parallèlement, la parole perd de son pouvoir. Elle se fige, ne se renouvelle plus, confine, dans le meilleur des cas, au silence.
Rabbi Nahman de Bratslav
Prenons l'évolution à son terme. Rabbi Nahman de Bratslav, le seul hassid qui refusa de fonder une dynastie, au point que ses successeurs s'appellent jusqu'à ce jour les toite Hassidim, les "Hassidim morts", vécut en Ukraine, entre 1772 et 1810. C'est un maître énigmatique à l'oeuvre inclassable qui, toute sa vie, a aimé l'équivoque. Il avait conscience de vivre dans un univers où les choses ne sont pas à leur place, où les hommes sont en exil et les destinées inversées. Dans un de ses petits récits, Rabbi Nahman raconte qu'un roi lit dans les étoiles que la moisson de l'année rendra fous ceux qui en mangeront. Comme il ne reste pas assez de réserves de blé pour tout le monde, il décide avec son ami, auquel il se confie, d'en consom­mer aussi : car s'ils étaient les seuls à garder l'esprit lucide, ce seraient eux qui passe­raient pour fous. Ils se feront cepen­dant un signe au front : ainsi, en se regar­dant, ils se souvien­dront qu'ils vivent dans un monde de folie.
La conscience de cette folie ambiante n'a jamais quitté Rabbi Nahman. Il avait compris que les temps changeaient, que la vie de tous, même des juifs pieux, étaient affectée en profondeur par la sécularisation. Issu de l'élite hassidique (il était l'arrière petit fils du Baal Chem Tov), après une vie d'ascétisme et de souffrances, il finit ses jours dans la maison d'un libre penseur, avec lequel il jouait aux cartes et lisait la littérature allemande contempo­raine. Les doutes que lui inspirait son époque, et notamment l'état de déchéance morale des "cours" hassidiques, s'exprime chez Rabbi Nahman dans un rapport ambigu à la Parole. En bon kabbaliste, il lui confère tout le pouvoir de la Création. En même temps il considère que, là où en étaient les choses, elle ne pouvait plus être entendue. Ainsi, les deux livres qu'il jugeait comme ses plus importants ne nous sont pas parvenus. Le premier, nommé d'après sa destinée Sefer ha-nisraf, le "livre brûlé", fut détruit par le feu en 1808, sur les ordres de Rabbi Nahman. Il eut en effet la vision que cette oeuvre était d'un contenu trop profond pour être révélé. Le second livre renfermait des secrets que, selon Rabbi Nahman, le Messie lui-même commen­tera un jour ; on l'appelle Sefer ha-ganouz, le livre caché, et il est entendu qu'il restera caché jusqu'à la fin des temps. Par ailleurs, Rabbi Nahman n'écrivit rien lui-même. C'est aux notes d'un élève et ami que nous devons ses oeuvres.
Parmi celles-ci, les onze grands contes, connus sous le nom Sipurei Ma'asiot, occupent une place à part. Rabbi Nahman leur attribuait une valeur d'enseignement de première importance et souhaitait vivement leur publication. Tous ces contes peuvent être lus au rythme de la Kabbale lourianique, selon le schéma de la catastrophe initiale, de l'exil et de la rédemption finale. En même temps, il y a toujours en eux un reste qui se dérobe à toute interprétation, et c'est ce reste qui fait leur beauté. D'une haute signification spirituelle, ils sont aussi de la littéra­ture, issus de l'imagination d'un vrai poète, et cela est une nouveauté pour le judaïsme, dont le génie s'était toujours confiné dans le cadre très restreint de la poésie liturgique. Nous nous trouvons ici à la charnière de la modernité. La parole navigue entre le silence (le livre brûlé) et le chant (les contes), et elle tient des deux. Rabbi Nahman s'en explique lui-même dans les Likuté Moharan, un livre d'exégèse d'une grande originalité :
Il y a, dit-il ,deux sortes d'hérésies. La première provient des sagesses extérieures. Celle-ci a une valeur cachée qui la rend apte à trouver Dieu et il importe de savoir lui répondre. La seconde sorte d'hérésie est issue de l'espace vide (hallal ha-panoui) d'où Dieu s'est retiré en lui-même pour laisser place à la Création du monde. Dieu en est réellement absent et il est donc impossible de répondre à cette sorte d'hérésie par la parole. Car par la Parole le monde a été créé, mais cette hérésie a son origine ailleurs, dans le néant qui précède la création. A quelqu'un qui se tient à cet endroit, il faut répondre par le silence, qui est la qualité (mida) de Moïse. Ce silence est la foi, qui complète ce qui est vide et, par un acte de confiance, projette Dieu à la place du néant. La foi, pour Rabbi Nahman, consiste dans la faculté d'écoute. Il faut savoir écouter la mélodie de chaque chose, de chaque pensée et de chaque sagesse, même celle de l'hérésie, qui en a une qui lui est propre. Car la mélodie est au-dessus de la Parole. Elle a son origine dans l'infini du Dieu caché. Seul un juste de l'envergure de Moïse sait communiquer ce chant - l'unique réponse possible à l'hérésie qui vient du néant.
Je crois qu'il n'est pas nécessaire d'interpréter longuement ce beau passage. Pour boucler la boucle disons seulement que l'Acte, pour Rabbi Nahman, ne se réfère plus à la Parole. Dans le monde où il vit, la Création, que celle-ci représente, n'est plus un livre ouvert. Le seul acte encore possible à une époque où le néant de Dieu était devenu une réalité tangible et, comme Rabbi Nahman a la force de le dire, irréfutable, est le passage au silence pour faire entendre le chant : c'est ce qu'il fait dans ses contes.

L’acte et la parole dans la mystique chrétienne
L'analyse des rapports complexes qu'entretiennent spirituels, kabbalistes et hassidim juifs avec l'acte nous renvoie, d'un bout à l'autre, à la Parole. C'est elle qui détermine la conception de l'acte, et non l'inverse. Dans la deuxième partie de mon article, composée en contrepoint à la première, je chercherai à démontrer qu'il n'en va pas autrement pour le christianisme. Se référant à une définition rigoureusement différente de la Parole, les mystiques chrétiens tirent leurs propres conclusions concer­nant l'action, c'est-à-dire la partici­pation à la vie du monde, et l'acte symbolique comme conduite à adopter pour eux-mêmes. Puisque c'est dans la Parole que se trouve la clé de la compré­hension de l'acte, commençons par elle :
La conception chrétienne de la Parole est basée sur le prologue de l'Evangile selon Saint Jean, tant de fois commenté:

Au commencement était le Verbe,
et le Verbe était avec Dieu,
et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement avec Dieu.
Tout fut par lui,
et sans lui rien ne fut.
De tout être il était la vie
et la vie était la lumière des hommes
et la lumière luit dans les ténèbres
et les ténèbres n'ont pu l'atteindre.

Le Verbe, le logos, est, pour le christianisme, la Sagesse divine. Il est, selon la doctrine de la Trinité, également le Christ. L'Incarnation en a fait une Parole absolue, unique, détachée du langage. Ce Verbe est Acte. Il se produit, survient d'un coup et bouleverse l'ordre du monde, en changeant la lettre en esprit. C'est pourquoi les théologiens du moyen âge l'ont appelé verbum abbreviatum, verbe abrégé, ou aussi verbum brevis­simum, le verbe très bref, ou encore liber maximus, le livre suprême. Ce livre, unique Parole de Dieu qui n'a en son sein qu'un seul Verbe, comme le souligne, avec tant d'autres, Bernard de Clairvaux , est doublement abrégé. Au moment de son incarna­tion, il a récapitulé en lui le long déroulement de l'histoire humaine, nous offrant, condensé en Lui, le salut (saint Irénée). Le logos chrétien est donc à la fois médiateur de la Création (tout fut par lui..) et rédempteur. Il est ainsi le lien substantiel entre le Dieu transcendant et le monde.
En résumant de nombreux enseignements médiévaux, le Cardinal de Lubac dit que "l'incarnation du Verbe est l'ouverture du Livre, dont la multiplicité extérieure laisse désormais apercevoir la «moelle» unique (...). Voici que par le fiat de Marie répondant à l'annonce de l'ange, la Parole, jusque-là seulement «audible aux oreilles», est devenue «visible aux yeux, palpable aux mains, portable aux épaules». Plus encore: elle est devenue «mangea­ble».
On peut difficilement être plus clair. Pour le chrétien, l'événe­ment que fut l'avènement du Verbe est une conversion (mot clé de toute la mystique), puisqu'il change, il retourne de fond en comble la significa­tion des choses. Cette condensation absolue qui fait de la Parole un Acte unique vide celle-ci de son contenu initial, elle la rend caduque pour lui conférer un sens nouveau. Le paradoxe chrétien est que l'Incarnation, qui est un acte de matérialisa­tion, vise à spiritualiser la lettre. Celle-ci est anéantie, elle est soumise au néant divin : l'Acte absolu l'a vidée d'elle-même pour la "consommer" - c'est ce qu'implique le vieux thème du verbum consumans.
Une telle conception aura des répercus­sions énormes à la fois sur la représentation de la Parole - et cela dans le double sens de la Parole divine, l'Ecriture, et de la parole humaine, le langage - et sur celle de l'acte. En ce qui concerne la première, toute l'exégèse chrétienne, et notamment l'exégèse médiévale, est là pour témoigner de la tension qu'im­plique une telle révolution.
Hugues de Saint Victor, mystique du XIIe siècle, affirme directe­ment: « Toute l'Ecri­ture divine est un seul et même livre, et ce seul et même livre est le Christ, car toute l'Ecriture divine parle du Christ, et toute l'Ecriture divine est accomplie dans le Christ. » L'histoire de la révélation offre ainsi le spectacle d'une discontinuité sans égale, laquelle entraîne une rupture herméneutique entre la lettre et le sens : même là où l'Ecriture semble dire tout autre chose, elle parle du Christ. Le livre demeure, mais en même temps "il passe tout entier dans Jésus", :laissant au fidèle le soin de méditer ce passage. L'exégèse, dans ce régime, devient allégorie , le lecteur doit transposer pour comprendre. L'allégorie au sens spécifiquement chrétien est un procédé typologique conférant une valeur symboli­que aux réalités historiques qui préparent et figurent à distance les divers contenus du royaume de Dieu. Les histoires que relate l'Ancien Testament n'ont ainsi plus rien de propre : leur dignité est de signifier, de préfigurer l'Alliance Nouvelle. L'Incarnation est considérée comme la seconde Création, qui prend la relève de la première, avec le Christ comme second Adam et Marie comme Eve.
Depuis Saint Paul, le christianisme vit sur l'opposition de la lettre qui tue et l'esprit qui vivifie. Cette lettre n'est pas la réalité historique racontée par la Bible, qui n'est mise en doute par personne et, comme passé, sert de repère également au peuple chrétien. Ce qui tue, c'est le régime périmé de la lettre, c'est la lecture "judaïsante" qui considère le récit pour lui-même sans faire intervenir l'Acte qui a bouleversé l'ordre du monde, qui ne le prend pas comme limen, comme le seuil qu'il faut franchir.
Ce nouveau rapport à l'Ecriture qui fut, et ne l'est désormais plus que de façon médiate, la Parole divine, alors que le Logos est tout entier Acte, se manifeste dans quelques mots clés de l'hermé­neutique chrétienne. Speculum, miroir : expression constamment employée pour la Bible. Celle-ci reflète le sens comme le miroir l'image. Mais le sens n'est pas en elle-même, il est dans celui qu'elle projette, il est dans l'Imago, l'Image de la Genèse, qui est le Christ, alors que l'homme est l'image de l'Image. La réalité devient alors integumentum, vêtement, manteau, voile, masque : quelque chose qui couvre l'apparent. Car tout est allegoria, figura: une chose tient lieu d'autre chose, qu'elle signifie, qui se manifeste de façon figurée, seconde. Langage et Ecriture sont désormais involucrum : enveloppe, masque de dissimu­lation. Et sa tâche est de suivre les vestigia, les traces de la perfection perdue. Ambiguitas, antiphrase, aetymologia ex contra­riis : il y a, dans toutes ces expressions, la conscience aigue d'une tension due à une rupture.
L'Incarnation, cet Acte unique, constitue en effet pour tout chrétien un saut qualitatif qui scinde l'Histoire en un avant et un après. Cependant, la réalité ne semble pas tenir compte de ce grand événement. Il y a un hiatus entre l'avènement premier du Christ et le second. Entre les deux venues, le temps se prolonge et le monde est ce qu'il est. Les mystiques chrétiens vivent souvent dramatiquement ce fait. Ne s'agit-il pas, pour eux, d'actualiser le fait fondateur - la mystique n'est-elle pas, en dernier ressort, actualisation ? Cette tension de vivre dans un régime intermédiaire est encore augmentée par la conscience que les hommes sont des êtres intermédiaires, faits d'un corps et d'une âme, de divin et de naturel : que la rupture est en eux.
Dans le discours divin adressé aux hommes, cette rupture s'ex­prime par une sorte de dédoublement de la Parole. La vérité à découvrir n'est plus dans le texte, mais dans les faits, ou plutôt, dans le grand Fait dont ce texte nous parle avec nos mots. Or, le langage divin, pour le christianisme, peut se passer de mots, même si à l'occasion il en use. Il est essentiellement fait de res, de choses, contrairement au nôtre, qui consiste en voces ou verba, en mots, comme le souligne encore Hugues de Saint Victor.
Dès le XIIe siècle en effet, une interrogation sur les propriétés du langage se fait jour dans le christianisme. Des réflexions d'ordre grammatical conduisent les théologiens à se demander en quoi le langage humain se distingue du langage divin. Ils concluent que le premier ne vaut que pour l'homme et n'est employé ni par les anges, ni par les bêtes. Il est fait par convention (par impositio, ad placitum). Sans bien connaître la controverse des Anciens sur les origines du langage, les penseurs médiévaux suivent les thèses aristotéliciennes sur son origine conventionnelle, et non la thèse naturaliste des stoïciens. Les règles et lois qu'apporteront par la suite les arts du trivium mèneront l'évolution esquissée ici à son terme : le langage humain sera considéré, dans le christianisme, comme inapte à parler des choses divines. Ruysbroeck, mystique flamand du XIVe siècle connu sous l'épithète "l'admirable", dit non sans mélancolie: "Inventés pour les usages ordinaires de la vie, les mots sont malheureux, inquiets et étonnés comme des vagabonds autour d'un trône, lorsque de temps en temps quelque âme royale les mène ail­­­­leurs.

Nous voilà très loin de la conception juive du langage, pour laquelle il n'a jamais fait de doute que les anges parlent l'hébreu et que les vingt deux lettres de son alphabet

servirent à créer le monde. Tout le raisonnement kabbalistique est basé sur cette idée fondamentale d'une double signification - divine et humaine - d'un langage unique. Pour les chrétiens, la greffe de la langue sacrée sur le latin ne s'est pas faite sans douleur. Elle accentue encore le sentiment de rupture entre la première Parole de Dieu (l'Ecriture) et le Verbe. Ils ressentent comme une blessure le fait que des mots comme amen, alléluia, hosanna ne sont pas traduits, à cause du mystère qu'ils contiennent. Pour beaucoup de théologiens, le recours à la langue originale demeure une tentation permanente - en général vigoureusement combattue par l'Eglise.
Le langage, dans la spéculation philosophique, est ainsi ramené sur terre et soumis au régime de la «dissimilitude». Il sert à la communication entre les hommes. Pour ceux qui cherchent à s'approcher de Dieu, mieux vaut considérer les faits. Déjà saint Augustin disait: "Les oeuvres parlent.. Si tu les comprends, les faits sont des mots."

Mais quels faits faut-il étudier? La réponse est, bien entendu, la Création entière ; le problème que celle-ci se trouve viciée par le péché originel. Il faut donc constamment la dépouiller de ses scories pour atteindre sa signification première : speculum, miroir elle aussi, mais un miroir terni. Le seul Acte qui demeure une référence absolue reste l'Incarnation du Verbe : le Christ, qui est l'Image à laquelle Dieu a créé le monde. Cette Image, l'homme ne peut la trouver qu'en lui-même, puisqu'il est l'image de l'Image - à condition de se conformer à son grand exemple.
A nouveau il s’agit d'Imitatio Dei, sous une modalité cependant rigoureusement différente de celle des Juifs, que nous avons définie comme l'unité de l'Acte et de la Parole. Pour les chrétiens, il n'y a pas comme guide une Parole à la lettre immuable, ni de commandements qui y soient associés et consignés par écrit. Il n'y a qu'un acte à imiter, qui est "très bref". Le mystique, qui est obsédé par la présence et cherche de toutes ses forces à actualiser ce qui, par ailleurs, n'est plus que doctrine, s'attelle alors à la tâche ardue de suivre l'exemple de cet acte absolu.
Absolutum signifie délié, détaché de tout. "Tout", c'est le monde. C'est aussi son propre corps. Pour devenir absolu, délié, il faut faire le vide. La conséquence d'une telle aspiration est le cloître. Je ne veux pas dire par là que ce soit la raison de la domination du monachisme comme idéal spirituel dans le christia­nisme. Le phénomène est trop complexe pour lui trouver une explication unique. Mais le fait est que cet idéal est conforme au message chrétien, à son interprétation spécifique de la Révélation. C'est ce qui explique que même là où religieux ou religieuses ne vivaient pas à l'intérieur d'un des ordres existants, le monachisme servait de modèle. Nous assistons en effet vers les XIIe, XIIIe siècles, dans la littérature religieuse, à un transfert où les textes que l'on appliquait traditionnellement à l'Eglise se rapportent désormais à l'institution monastique. Il s’agit de montrer par là que la vie monastique est la seule vie chrétienne véritable. Ainsi, Babylone et Jérusa­lem viennent à représenter le siècle et le cloître ; et le paradis qui jadis signifiait l'Eglise renvoie également à ce dernier.
Le premier pas dans l'imitation du Christ est ainsi, toujours, une conversion. C'est la rupture avec l'existence précédente, tout comme l'Incarnation était rupture dans l'histoire du monde. Après cette conversion, qui est un retour sur soi, à son prin­cipe, comme dit Maître Eckhart, le travail commence. Le refus de l'action est en effet bien plus difficile à réaliser pour le mystique chrétien que pour le juif, parce que l'acte symbolique qui s'impose à lui est un absolu vide de contenu. L'Incarnation dont il cherche à pénétrer le secret n'a-t-elle pas annulé tout ce qu'il y avait avant ? Le mystique doit par conséquent faire table rase. Son effort principal consiste dans le dépouil­lement.
Par ailleurs, la tentation du siècle est omniprésente. Celui-ci commence en effet aux portes mêmes de son couvent. D'où l'idée de réclusion : il fallait s'en protéger. Quitter le monde était pour le moine l'oeuvre de toute son existence, car le monde, il l'emportait avec lui dans sa tête et dans son coeur. Guigues II de Chartres dit à ce sujet: "Je suis à moi-même une foule".

Les kabbalistes avaient conscience de faire partie d'un peuple saint, d'être associés à Dieu par élection. Le monde profane n'était pas pour eux une menace réelle. En plus, l'acte symbolique se répartissait pour eux sur l'observance de commande­ments multiples : l'ordre du faire était ainsi constamment lié à l'ordre de la pensée. En revanche, l'acte symbolique du mystique chrétien réside dans la privation. C'est le pari de l'ascèse. Celle-ci doit être comprise non pas comme répression, mais comme unification de toutes les énergies - cela aussi en imitation du Christ, qui a "condensé" en lui toute l'Histoire du monde.
La conversion, le retour sur soi, signifie redevenir conforme à son modèle, à l'Image qu'est le Christ. L'idée sous-jacente à cette démarche est, dans la mystique, une subtile réciprocité des rôles, qui proclame l'identité de l'oeil de l'âme et de l'oeil de Dieu : c'est Dieu qui se contemple soi-même dans la contemplation de l'homme. Les moines sont ceux qui "contemplent Dieu par une vie".

Vue la double nature du Christ, le mystique peut chercher l'imita­tion dans sa divinité et dans son humanité. La réduction de toutes ses forces dans un absolu sans contenu exprimable tient de la première. La pauvreté et les souffrances, le fait de « prendre sur soi la croix », de la seconde.

Dans ces deux registres, la pensée chrétienne en vient tout naturellement à établir un parallèle entre la lettre et la chair, les deux éléments "pauvres" du langage divin. Il en est du Verbe écrit comme du Verbe incarné. La lettre est sa chair, l'esprit sa divinité. Comme dit saint Paul, lettre et chair sont comme le lait, aliment des enfants et des faibles, alors que l'esprit et la divinité sont le pain, la nourriture solide.
Selon le tempérament des mystiques et l'époque, l'une ou l'autre voie a été privilégiée : imitation du Christ dans son humanité, ou recherche de sa divinité. Saint Bonaventure recommande de commencer par la première pour s'élever à la seconde. C'était le modèle admis par son époque (le XIIIe siècle) et toute la fin du moyen âge. L'évolution historique va cependant vers une lente destitution du logos. L'abstraction de l'acte absolu perd sa pertinence comme exemple à suivre. L'identification avec le Verbe cède la place à l'union avec Jésus, perçu comme l'aimé, ou se perd, au contraire, dans un vague infini. Au XVIIe siècle, la mystique n'est plus qu'un "écho de voix dans un sommeil de l'esprit, une vigilance diffuse à des rumeurs sans nom, un in-fini d'Autre dont les certitudes, nuits du corps, n'ont plus de repères dans les signifiants."

La mystique chrétienne se développe ainsi, fleurit et échoue en même temps autour de son postulat initial de substituer l'Acte à la Parole. L'échec de la Parole se transforme en la recherche d'un corps. Car qu'est-ce que l'Incarnation sinon le fait de prendre corps ? Le paradoxe vécu par les mystiques chrétiens consiste dans le fait de se séparer de leur propre corps pour en trouver un autre, plus substantiel, plus "parlant", et de le trouver précisément dans le langage, dont la défaite avait été scellée par l'avènement du Verbe/Acte.
Nous comprenons maintenant pourquoi l'acte symbolique par excellence était, pour les mystiques chrétiens, l'écriture. Le soin avec lequel nombre de leurs ouvrages ont été rédigés prouve qu'ils en étaient conscients. Dès le début, il y a transposition. L'actualisation de l'expérience, sa re-création, se fait par ce moyen. C'est pourquoi nous avons une poésie mystique chrétienne abondante et de grande qualité, et rien de la sorte dans la Kabbale - jusqu'au moment de rupture où se produit chez elle aussi la perte de confiance dans la Parole, comme nous l'avons vu à l'exemple de Rabbi Nahman.
On peut bien entendu considérer cette évolution aussi sous l'angle sociologique. Comme nous l'avons vu, la mystique chré­tienne naît de la séparation d'une élite religieuse avec un monde laïc en plein essor. Tous les spirituels vivent soit dans des couvents, soit dans des réclusoires. Ils sont séparés de leurs concitoyens physiquement par le cloître ; intellectuellement par leur niveau d'instruction (eux seuls savaient lire) ; de l'autre sexe par le voeu de chasteté ; de leurs supérieurs par le voeu d'obéissance et d'humilité. Moine vient de monos, l'unique. La solitude était un élément constitutif de la vie des reclus. Les moines s'appliquaient à eux-mêmes le texte d'Isaïe, « îles, faites silence pour m'écouter." Aux échos lointains qu'ils captaient dans le silence ils répondaient par écrit. L'écriture était en effet le seul dialogue qui leur restait. Elle était monologue intérieur, compréhension plus profonde dans un univers où conversations et distractions étaient complètement absentes. Chaque mystique rédigeait ses textes pour lui-même, lesquels n'étaient souvent découverts qu'à sa mort. Le mot écrit prime ainsi chez les chrétiens, contrairement aux Kabba­listes, qui vivaient en cercle, et où la transmission orale était essentielle. L'intimité avec autrui était reportée chez les mystiques chrétiens sur le plan des rapports avec Dieu. C'est pourquoi, alors que les Kabbalistes sont restés muets sur leur expérience personnelle, les mystiques chrétiens ont inlassablement décrit les affres et les joies de l'âme en proie à Dieu.
Dans tous ces textes il s'agit d'excès. Car l'acte qu'ils cherchent à reproduire, l'expérience qu'ils ont faite, excède absolument la parole, dont l'objet devient l'indicible. C'est là la grande douleur des mystiques, en même temps que la source de leur fécondité. La poésie naît précisément de cette rencontre de deux contraires, qui les oblige à une transposition permanente. Les mots ordinaires qui sont employés ont des sous-entendus, ils contiennent plus qu'ils ne peuvent dire. En ce sens aussi, l'écrit mystique est fidèle à la défini­tion de l'acte symbolique : il renvoie à un autre ordre.
La manière dont cette écriture s'organise constitue l'histoire de la mystique chrétienne qui s'échelonne, comme écriture d'expé­rience, entre le XIIe et le XVIIe siècle. Que cette écriture se soit faite presque exclusivement en langue vulgaire, alors que la plupart des auteurs possédaient le latin, n'est pas sans signifi­cation. Cela montre la parenté de ces écrits avec la littérature nais­sante. Nous savons que troubadours et trouvères étaient lus dans les Béguinages et les Couvents féminins (la réclusion n'était pas à ce point totale...) et que la poésie faisait partie de la culture de nombreux mystiques. Il est dans la logique de ces choses que Jean de la Croix ait été élu, en 1952, Patron des poètes espagnols.
L'écriture devenant l'acte symbolique essentiel des mystiques chrétiens, la Parole prend sa revanche sur l'Acte. Celui-ci continue cependant de hanter les consciences de son exigence d’absolu. L'éternelle question de savoir comment actualiser une présence évanescente, comment l'incarner, demande des transferts toujours nouveaux. Le langage s'use vite à ces impossibilités. Se refusant par nature à "l'objectivation", l'absolu a tendance à se perdre comme objet. L'indicible se dilate en indéfini, et le corps réapparaît par derrière. Ainsi, comme Michel de Certeau le montre dans son beau livre La Fable mystique, l'évolution suit une courbe: "En même temps que la mystique se développe puis décline dans l'Europe moderne, une érotique apparaît. Ce n'est pas simple coïncidence. Toutes deux ressortissent à la«nostal­gie» qui répond à l'effacement progressif de Dieu comme unique objet d'amour. Elles sont également les effets d'une sépara­tion."

Séparation de l'Acte et de la Parole. Nous voyons comment, en dépit de présupposés inverses, on peut observer une évolution analogue dans le judaïsme et dans le christianisme. L'unité de l'Acte et de la Parole, qui garantit l'ordre universel, est visée - impossible à atteindre, mais toujours impérative. La Parole se brise dans cette gageure, mais elle se brise en beauté, laissant place au chant. Et même l'objet ne s'est pas entièrement perdu : l'indicible a simplement changé de lieu - de lieu poé­tique. Makom, lieu, est d'ailleurs pour le judaïsme une des appellations les plus familières de Dieu. C'est le lieu par excellence, qui est vide. Absolument. C'est le néant qui tient lieu de tout. Maître Eckhart l'avait bien compris quand il proclame que l'âme doit tout perdre, jusqu'à Dieu: "Pour que l'âme devienne parfaite (...), il lui est plus néces­saire de perdre Dieu que de perdre la créature. (...) En effet, tant que l'âme a encore un Dieu, connaît un Dieu, a la moindre notion d'un Dieu, elle est encore éloignée de Dieu. C'est pourquoi c'est le désir ferme de Dieu de s'anéantir lui-même dans l'âme afin que l'âme se perde elle-même. (...) C'est en ce sens qu'il faut entendre la mort la plus intime de l'âme, celle qui lui permet de devenir divine.

De la patiente recherche mystique du lieu où le désir peut prendre corps, il ne subsiste ainsi que la démarche, celle de Hadewijch, par laquelle nous avons commencé nos réflexions - une marche à travers l'histoire sur le chemin obscur, non tracé, tout intérieur. Qu'il me soit permis de conclure avec quelques exemples qui montrent ce voyage, comme l'appellent si souvent les mystiques eux-mêmes, à travers le temps. Je n'en citerai que trois qui, à mon avis, illustrent bien mes thèses et constituent trois étapes décisives dans l'évolution que je viens d'esquisser.
Saint Bernard de Clairvaux
Je commencerai par saint Bernard, figure de proue de l'école cistercienne qui, au XIIe siècle, réforma profondément (dans le sens d'une ascèse et d'un dépouillement) l'opulent ordre de Cluny. Bernard était un mystique exégète, mais ses écrits trahissent déjà une vraie plume, le plaisir et le don de bien formuler. Voici un petit passage de ses admirables Sermons sur le Cantiques des Cantiques qu'abbé, il faisait quotidiennement à ses moines. Les lignes qui suivent proviennent du deuxième sermon qui s'appelle "Le Verbe, baiser de Dieu..." : "L'ardent désir des patriarches appelant la présence charnelle de Jésus-Christ est pour moi le sujet de fréquentes méditations. (...) L'attente des anciens, leur fébrile impatience me parais­sent exprimées à merveille par les premiers mots du Cantique: «Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche!» En ces temps-là, quiconque était doué du sens spirituel devinait la grâce immense qu'allaient porter ces lèvres ; et par ces paroles lourdes de tous les désirs, l'âme souhaitait de n'être pas privée de l'indicible douceur promise. (...) Ecoutez moi bien. La bouche qui donne le baiser, c'est le Verbe assumant notre chair ; les lèvres qui reçoivent le baiser, c'est cette chair assumée ; mais le baiser, auquel l'un et l'autre prennent part égale, c'est la personne formée par l'union du Verbe et de la chair, le médiateur de Dieu et des hommes : Jésus homme et Christ."

Nous reconnaissons, dans ces quelques lignes, bien des thèmes dont nous avons parlé : le mystère de l'Incarnation ; l'exégèse allégorique de l'Ancien Testament ; l'imitation du Christ dans son humanité et comme logos. Bernard qui, sa vie durant, a scruté amoureusement l'Ecriture, se trouve encore près de la Parole, tout ébloui qu'il était par l'Acte.
Hadewijch d’Anvers
Chez la Béguine Hadewijch, en revanche, qui vécut un siècle plus tard, ce dernier a déjà tout balayé:

"Cette âme, il faut qu'elle soit arrachée
par l'amour à son être propre
et lancée dans l'abîme d'en haut,
agrandie, libérée de ses limites, élevée
par le sentier ténébreux à l'être de la grâce.
De grand coeur il nous faut affronter l'épreuve,
et suivre sans nous épargner l'ordre suprême d'aimer Dieu.
Le cercle des choses doit se restreindre et s'anéantir,
pour que celui de la nudité, élargi, dilaté, embrasse l'infini."

L'absolu était pour Hadewijch une exigence permanente, et ses souffrances à la mesure d'une pareille aspiration. Ses poèmes sont d'heureux exemples d'une réussite momentanée - la transposi­tion en vers de ce vide éblouissant.
Jean de la Croix
Plus près de nous, Jean de la Croix, qui, à travers l'expérience douloureuse de la nuit mystique ("En una noche oscura...") atteint au bonheur de la passion amoureuse, qu'il chante en poète :

Sur mon sein fleuri,
que je gardais tout entier pour lui seul,
là il s'est endormi,
moi je le caressais,
l'air agité par l'éventail des cèdres.
La brise du créneau,
lorsque avec ses cheveux je jouais,
de ma main sereine
au cou me blessait
et suspendait tous mes sens.
Je demeurai et m'oubliai,
je posai sur l'Aimé mon visage,
tout cessa, je m'abandonnai,
abandonnant mon souci
oublié parmi les lys.

Source : http://www.corinna-coulmas.eu/reflexions-sur-le-langage-mystique.html

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Published by Corinne Coulmas - dans Kabbale
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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 06:26

Qu’est ce que la spiritualité?

La philosophie s’est donnée grand mal à prouver que la matérialité découlait de la spiritualité et que l’âme engendrait un corps. Pourtant leurs idées ne peuvent être acceptées en aucune façon. Leur erreur principale a été leur perception erronée de la spiritualité qui aurait selon eux engendré la matérialité, ce qui n’est certainement pas vrai.

Car tout parent a besoin d’imaginer à quoi ressembleront ses enfants. Ce rapport parent enfant détermine le chemin que suivra sa descendance. De plus, toute personne agissant doit prendre en considération son action, lorsqu’elle s’y confrontera. Puisque vous dites que la spiritualité est reniée dans tous les évènements de la matérialité, alors un tel chemin n’existe pas. Par conséquent quel regard doit avoir le spirituel pour entrer en contact avec la matière et lui insuffler un mouvement quel qu’il soit?

Cependant la compréhension du mot «spiritualité» ne relève pas du domaine de la philosophie, alors comment peuvent ils débattre de quelque chose qu’ils n’ont jamais vu ni ressenti? Sur quoi reposent leurs arguments?

S’il existait une quelconque définition qui permettrait de distinguer et répartir le spirituel du matériel, cela n’appartient qu’aux personnes ayant atteintes et ressenties une chose spirituelle. Ces personnes sont les authentiques cabalistes, c’est pourquoi c’est de la sagesse de la Kabbale dont nous avons besoin.

La philosophie vis-à-vis de Son essence

La philosophie adore se préoccuper de Son Essence et prouver qu’il existe des lois qui ne s’appliquent pas à Lui. La Kabbale, toutefois, ne se soucis nullement de Son essence car comment pourrait elle définir quelque chose qui est inaccessible et indiscernable. Une définition négative est en fait tout autant valide que la définition positive. Par exemple, si de loin vous voyez un objet dont vous reconnaissez tous les aspects négatifs, c’est à dire tout ce qu’il n’a pas, cela aussi est considéré comme une constatation dans une certaine mesure de sa reconnaissance. Lorsque un objet est vraiment en dehors de notre champ de vision, alors même ses caractéristiques négatives ne sont pas apparentes.

Par exemple, si l’on observe au loin une image noire mais que nous ne pouvons toujours pas nous décider et dire si c’est un homme ou un oiseau, cela est considéré comme une vision. Si cela avait été encore même plus éloigné nous n’aurions pas pu décider que ce n’était pas un homme.

Voilà l’origine de la confusion et de l’invalidité de la philosophie qui aime se vanter de comprendre tous les aspects négatifs de Son Essence. Par contre, les Sages de la Kabbale se taisent à ce propos. Ils ne Lui donnent même pas un simple nom car nous ne pouvons définir d’un nom ou d’un mot que ce que nous pouvons saisir. Car un mot en lui même symbolise un certain degré de révélation. Cependant dans la réalité les cabalistes parlent beaucoup de Son illumination, c’est-à-dire, de toutes les lumières qu’ils ont vraiment atteint, qu’ils perçoivent tangiblement.

La spiritualité est une force sans corps

C’est ce quoi les cabalistes définissent comme «spiritualité» et ce dont ils parlent. Elle ne possède aucune image, n’appartient à aucun espace temps et n’a aucune considération matérielle Selon moi, la philosophie s’est appropriée un habit qui n’est pas le sien, car elle a dérobé des définitions de la sagesse de la Kabbale et les a transformé en friandises pour l’esprit humain Si cela n’avait pas été pour ça, jamais il ne leur serait venu à l’esprit d’inventer une telle sagesse. Ce n’est cependant qu’une force potentielle c’est-à-dire non pas une force qui se revêt d’un corps ordinaire tel qu’on les trouve habituellement dans notre monde mais une force sans corps.

Le récipient spirituel s’appelle «Une Force»

Ici, il convient de préciser que la force dont parle la spiritualité, n’est pas la lumière spirituelle en elle-même. Cette lumière spirituelle émane directement de Son Essence et ressemble par conséquent à Son essence. Cela signifie que nous n’avons aucune révélation dans la lumière spirituelle que nous pouvons définir par un nom. Car même le mot «lumière» est emprunté et n’est pas authentique. C’est pourquoi, il faut savoir que le nom «force» sans corps, désigne seulement le «récipient spirituel».

Les lumières (ohrot) et les récipients (kelim)

Nous ne devons par conséquent pas nous inquiéter de savoir comment les kabbalistes qui avec leur vision, englobent toute la Sagesse, différencient ces diverses lumières. Car ces observations ne se réfèrent pas aux lumières elles mêmes mais plutôt à l’empreinte laissée par la Lumière sur le récipient lors de leur rencontre et qui est la force dont nous avons parlé ci-dessus.

Kelim (récipients) et lumières (signification littérale)

Ici, il convient de souligner la différence entre le don et l’amour qui en découle. Chaque réaction du kli (récipient) que sont les lumières et qui est accessible, se nomme «matière et forme» et est saisissable car la réaction est la forme ci-dessus et la force ci-dessus est la «matière».

Cependant l’amour qui en naît est considéré comme une forme sans substance. Cela signifie que si nous enlevons l’amour du don lui même, comme s’il ne s’était jamais revêtu, d’aucune forme mais uniquement au travers de son nom abstrait: «l’amour du Créateur» il est alors considéré comme étant la forme. De ce point de vue, cette pratique s’appelle la Kabbale allégorique. Cependant cette Kabbale sera toujours considérée comme réelle, sans aucune ressemblance avec la philosophie figurative, car l’esprit de cet amour est contenu dans le but à atteindre. Il est complètement séparé du don, étant lui même la Lumière.

La matière et la forme dans la Kabbale

La logique de cette situation se comprend dans le fait que bien que cet amour soit simplement une conséquence du don; il est beaucoup plus important que le cadeau lui-même. Cela ressemble à l’histoire d’un grand roi qui avait donné un objet de peu d’importance à un homme, et bien que le cadeau en lui-même, n’eut aucune valeur, l’amour et l’attention du roi l’ont rendu à ses yeux inestimable et précieux. L’amour est ainsi complètement détaché de sa matière étant lui même la lumière et le véritable cadeau, de façon à ce que le travail sur soi et ses perceptions restent concentrés sur la révélation seule de cet amour. Le cadeau matériel lui même semble être effacé et oublié par le coeur. C’est pourquoi cet aspect de la sagesse est appelé la sagesse de la Kabbale allégorique. C’est en fait la partie la plus précieuse de la sagesse.

ABY’A

Cet amour est constitué de quatre parties qui ressemblent beaucoup à l’amour humain. Lorsque nous recevons un cadeau, nous ne regardons pas, au début, son donateur comme quelqu’un qui nous aime, d’ailleurs d’autant plus si c’est quelqu’un d’important et que le bénéficiaire du cadeau n’est pas son égal.

En revanche, la multiplicité des cadeaux et la persistance du donateur feront apparaître la personne même la plus importante comme étant un véritable amant et comme son égal car la loi de l’amour ne peut exister entre un grand et un petit, en effet deux véritables amoureux doivent se sentir égaux.

C’est pourquoi ici nous distinguons quatre étapes dans l’amour. Le premier évènement se nomme Assiya, la multiplication des cadeaux se nomme Yetsira, et la découverte de l’amour lui-même se nomme Briya.

C’est ici que commence l’étude de la Sagesse de la Kabbale allégorique car c’est à ce niveau que l’amour est séparé de ses cadeaux. Comme il est écrit «et créa l’obscurité», c’est-à-dire, que la lumière disparaît de Yetsira et l’amour reste sans lumière et sans ses cadeaux.

Puis vient, Atsilout. Après s’être délecté d’avoir entièrement séparé la forme de la substance, comme il est écrit: «et créa l’obscurité», il mérita de monter au niveau d’Atsilout, là où la substance se revêt d’une forme une fois de plus. La lumière et l’amour sont à présent de nouveau ensemble.

L’origine de l’âme

Tout ce qui est spirituelle est perçu comme une force distincte du corps car elle n’a pas de représentation matérielle. A cause de cela, elle reste isolée et complètement isolée de la matière. Dans ce cas, comment peut elle mettre en mouvement une chose matérielle et encore moins engendrer quelque chose de physique, du fait que la spiritualité n’a aucun moyen pour entrer en contact avec la matérialité.

Les fondements de l’acidité

Cependant la vérité est que la force elle même est considérée également comme une véritable substance comme n’importe quelle autre substance matérielle dans le monde concret.

Bien qu’elle n’ait pas de représentation perceptible par nos sens cela ne lui enlève pas sa valeur matérielle de «force».

Prenons une molécule d’oxygène, qui compose la plupart des substances. Pourtant si nous prenons une bouteille remplie d’oxygène pur non mélangé à une autre substance, nous voyons une bouteille vide, nous ne le remarquerons pas, l’oxygène sera comme l’air, impondérable et invisible à l’oeil nu.

Et si nous ouvrons la bouteille et que nous l’humons, nous ne sentirons aucune odeur et si nous y goûtons il n’y aura aucun goût et si nous la pesons, elle ne pèsera pas plus qu’une bouteille vide, il en est de même pour l’hydrogène qui n’a pas de goût ni d’odeur et ni poids.

Cependant quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront immédiatement en liquide, en une eau potable qui aura un goût et un poids. Et si nous mettons l’eau dans de la chaux active l’eau se mélangera immédiatement à la chaux et se transformera en solide comme la chaux elle-même.

En fonction de cela, comment décider et dire que les forces naturelles ne sont pas une substance matérielle, uniquement parce qu’elles ne sont pas organisées de façon à ce que nos sens les perçoivent? Qui plus est, nous avons vu avec évidence que la plupart des substances tangibles dans notre monde sont constituées d’oxygène que nos sens ne sont pas capables de saisir ni de ressentir.

Même dans la réalité tangible, les solides et les liquides qui sont clairement perçus dans notre monde, peuvent se transformer en air et en vapeur à une certaine température, de même que les vapeurs peuvent se transformer en solide avec une chute de la température.

S’il en est ainsi, comment peut on donner quelque chose qu’on ne possède pas? Nous voyons très clairement que toutes les représentations tangibles viennent d’éléments qui par nature sont impalpables et immatériels. Ainsi toutes les images fixes que nous connaissons et avec lesquelles nous définissons les substances, sont inconstantes et n’existent pas d’elles-mêmes. En fait, elles se débarrassent et se revêtissent de formes sous l’influence de facteurs tels la chaleur ou le froid.

L’élément principal de la substance matérielle est donc la «force» qui est en elle, bien que nous n’ayons pas encore identifié ces forces comme pour les éléments chimiques. Il se peut que dans le futur, nous les découvrirons qu’on les découvre sous leur forme pure, comme nous avons seulement récemment découvert les éléments chimiques.

La force contenue dans le spirituel équivaut à celle contenue dans la matière

En un mot, tous ces noms que nous avons attribués au matériel sont fabriqués de toute pièce, provenant de la perception concrète dont nous en avons par nos cinq sens. Ils n’existent pas d’eux-mêmes. D’autre part, toute définition que nous donnons à la force et qui sépare la matière est également fabriquée. Même lorsque la science aura atteinte son apogée dans son développement, nous ne devrons prendre en compte que la réalité tangible. Cela signifie que tout en voyant et en ressentant une action matérielle, nous devons prendre conscience de son opérateur qui est aussi une substance comme l’action elle-même.

Il convient de savoir que cette erreur qui consiste à séparer l’opérateur de son opération, vient de la philosophie figurative qui s’est obstinée à prouver qu’un acte spirituel influence un acte matériel. Ceci déboucha sur des suppositions erronées, comme ci-dessus, dont la Kabbale n’a pas besoin.

Le corps et l’âme dans la spiritualité

L’avis de la Kabbale en la matière est clair comme de l’eau de roche. Elle évite tout amalgame avec la philosophie. L’opinion des sages de la Kabbale admet que même les entités spirituelles individualisées, à qui la philosophie refuse toute sorte de corporalité et qui les présente comme des substances purement conceptuelles, bien qu’en vérité, elles soient spirituelles, abstraites mais plus sublimes, sont dotées d’un corps et d’une âme tout comme l’être humain.

Et ne vous étonnez pas, de la possibilité de payer un même salaire à deux personnes le réclamant et dire qu’ils sont dissociables. De plus, la philosophie croie que toute chose complexe se désintégrera et se décomposera, c’est-à-dire mourra. Comment peut on donc déclarer qu’elles soient à la fois complexes et éternelles?

Les lumières et les récipients

En vérité, leur façon de penser n’est pas la notre, car le processus des sages de la Kabbale est de chercher une preuve matérielle de la révélation, rendant toute réflexion intellectuelle incapable de l’abolir. Mais laissez moi vous éclaircir encore ces questions pour que tout le monde puisse comprendre:

Tout d’abord nous devons savoir que la différence entre les lumières et les récipients est créée chez le premier être qui se manifeste dans Ein Sof. Naturellement, cette première émanation est aussi plus complète et plus noble par rapport à tout ce qui suit. Cet altruisme et cette plénitude ont été, bien entendu, hérités de Son essence qui veut donner cela plus que tout autre don et que tout autre plaisir.

Nous savons que la mesure du plaisir est donnée essentiellement par le désir de recevoir ce plaisir. C’est pour cette raison que ce que nous désirons le plus apparaît aussi comme le plus agréable. Par conséquent, nous devrions distinguer deux aspects dans cette première émanation: «le désir de recevoir» qui a reçu l’essence et l’essence de l’objet lui même. Nous devrions aussi savoir que ce désir de recevoir correspond au «corps» de cette émanation, à savoir son essence première, qui est le récipient pour recevoir cette bonté. La seconde est l’essence de cette bonté reçue qui est la Lumière qui se propage éternellement dans cette émanation.

Il s’avère que nous devons obligatoirement distinguer deux oppositions qui se ressemblent mutuellement même dans les cas les plus spirituels et les plus sublimes que le coeur puisse contempler. C’est l’opposé de l’opinion de la philosophie qui imagina que les différents individus n’étaient pas des matériaux connectés. Il est donc nécessaire que ce «désir de recevoir» qui est obligatoirement dans l’être émané (car en son absence, il n’y aurait aucun plaisir mais que des contraintes) ne soit pas présent dans Son essence. Le mot «émané» trouve ici sa justification, attendu que ce désir ne fait pas partie de Son essence, car de qui recevrait-Il?

Cependant, la bonté que l’on reçoit fait obligatoirement partie de Son essence, car ici il n’y a besoin d’aucune innovation. Nous voyons donc cette énorme différence entre le corps renouvelé et l’abondance reçue considérée comme Son essence.

Comment le spirituel peut-il engendrer le matériel?

Il est apparemment difficile de comprendre comment le spirituel peut engendrer et accroître quelque chose de matériel. C’est une vieille question philosophique dont les tentatives cherchant à la résoudre ont fait couler beaucoup d’encre.

En vérité, cette question est rendue difficile seulement si nous suivons leur doctrine qui a forgé une image de la spiritualité déconnectée de tout ce qui est matériel. Ce qui pose une question difficile: comment le spirituel peut il engendrer ou amener à quelque chose de matériel?

Si nous suivons l’opinion des sages de la Kabbale, il n’y a aucune difficulté, car leur façon de penser est en totale opposition avec celle des philosophes. Ils soutiennent que toute qualité spirituelle à sa contrepartie dans le monde matériel lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Cette relation est donc de la plus grande affinité, car il n’y a aucune séparation entre elles deux, si ce n’est dans leur substance dont l’une est spirituelle et l’autre matérielle.

Toute qualité spirituelle a donc une résidence dans le monde matériel comme nous l’explique l’article «De l’essence de la Sagesse de la Kabbale».

La vieille philosophie érige trois obstacles face à mon explication:

1.      Le fait d’avoir décidé que l’essence de l’homme, à savoir son âme éternelle, est le moteur de son intellect

2.      Le fait de croire que le corps est une résultante de l’âme

3.      De véhiculer le dicton selon lequel les gens spirituels sont simples d’esprit

La psychologie matérialiste

Car non seulement, ce n’est pas le bon endroit pour discuter avec eux de leurs conjectures imaginaires, mais on peut dire aussi que leur temps est déjà révolu et que leur autorité est révoquée. Nous devrions remercier les experts du matérialisme pour cela, qui ont construit son socle sur les ruines du précédent, gagnant ainsi les faveurs du public. De nos jours, tout le monde reconnaît la déficience de la philosophie car elle ne repose pas sur des fondations concrètes.

La vieille doctrine est devenue une pierre d’achoppement et une épine dangereuse pour les sages de la Kabbale.

Face à ces sages, ils auraient du faire preuve de modestie et revêtir les vertus du renoncement et de la prudence pour acquérir même le plus petit acquis spirituel, mais ils ont reçu avec facilité ce qu’ils voulaient de leur philosophie figurative. Sans rien demander en retour, ils les arrosèrent de leur fontaine de sagesse jusqu’à satiété, les empêchant de se plonger dans la Sagesse de la Kabbale qui en conséquence fut pratiquement oubliée parmi le peuple d’Israël.

C’est pour cette raison que nous sommes reconnaissants au matérialisme de lui avoir assener un coup mortel.

Je suis Salomon

Le texte ci-dessus ressemble énormément à la fable que nos sages racontent: «Asmodée (le diable) conduisit le Roi Salomon à quatre cent parsas (unité de mesure) de Jérusalem et le laissa sans argent et sans vivre. Puis il prit sa place sur le trône pendant que le Roi mendiait aux portes des habitants. Où qu’il aille, il se présentait ainsi: «Je suis l’Ecclésiaste» mais personne ne voulait le croire. Il erra de ville en ville, déclarant; «Je suis Salomon!», mais lorsque il arriva devant l’assemblée des Sanhédrin, ils déclarèrent: «Un fou ne prononce pas toujours la même folie, disant J’ai été roi».

C’est comme si le nom n’était pas l’essence de la personne, mais plutôt le propriétaire du nom. Comment est il donc possible qu’un homme aussi sage que le Roi Salomon ne puisse pas être reconnu s’il est véritablement le propriétaire? De plus, c’est la personne qui donne toute la dignité au nom, il aurait du donc montrer sa sagesse au peuple!

Trois préventions

Il existe trois raisons qui nous empêchent de connaître le propriétaire du nom:

1) De par la véracité de cette sagesse, les choses deviennent limpides seulement lorsque tous les détails apparaissent ensemble. Il est donc impossible pour quelqu’un d’avoir un aperçu, même d’un fragment infime tant qu’il ne connaît pas la sagesse dans son intégralité. Nous avons donc besoin de faire connaître cette véracité afin d’acquérir préalablement une confiance en elle pour accomplir un grand effort.

2) Tout comme Asmodée, le démon, qui se revêtit des habits du Roi Salomon et lui prit son trône, la philosophie s’est assise sur le trône de la Kabbale avec des concepts plus accessibles, le mensonge entrant plus facilement en l’homme. Nous avons donc ici deux problèmes: le premier est que la sagesse de la Vérité est profonde mais laborieuse alors que la philosophie est aisément assimilable mais et c’est là le second problème, elle est superficielle car elle cherche à satisfaire nos sens.

3)Tout comme le démon prétend que le Roi Salomon est fou, la philosophie se moque de la Kabbale et la rejette.

Cependant tant que la sagesse reste sublime, elle se trouve au dessus du peuple dont elle est séparée. Puisque le Roi Salomon était l’homme le plus sage, il était le plus élevé des hommes. Les plus grands érudits ne pouvaient donc pas le comprendre. Seul ces amis appartenant à l’assemblée du Sanhédrin à qui, tous les jours et ce pendant des années il enseigna sa sagesse, le comprirent et firent connaître son nom dans le monde entier. La raison en est que cette sagesse «minute» (celle de la philosophie) est assimilable en cinq minutes et peut donc se faire connaître et être facilement comprise par chacun. Par contre, un concept plus difficile ne sera compris qu’après plusieurs heures, voire plusieurs jours ou plusieurs années selon l’intelligence de l’homme. De la même façon, les plus grands érudits ne sont compris que par une poignée de personnes à chaque génération, car les concepts les plus profonds sont basés sur de plus grandes connaissances.

Il n’est donc pas surprenant que le plus sage des hommes, exilé dans un endroit où personne ne le connaissait, ne pu manifester sa sagesse ou même en mettre en valeur une infime partie, tant qu’ils n’acceptèrent pas qu’il fût le propriétaire du nom.

De nos jours, il en est exactement de même avec la Sagesse de la Kabbale. Les tourments et notre exil nous ont conduit à l’oublier. En outre, si certains la mettent en pratique, elle leur cause plus de mal qu’autre chose, car ils ne l’ont pas reçu d’hommes sages. La Kabbale se trouve aujourd’hui dans la situation du Roi Salomon qui dans son exil déclarait: «Je suis la Sagesse et toutes les saveurs de la religion et de la Torah sont en moi» et malheureusement personne n’y croit.

Mais ceci est déconcertant, car si c’est une sagesse authentique, ne peut elle donc pas se manifester comme toutes les autres sagesses? Elle ne le peut pas. Tout comme le Roi Salomon qui n’a pas pu dévoiler toute la profondeur de sa sagesse aux érudits lors de son exil et dû rentrer à Jérusalem où résidait le Sanhédrin qui le connaissait et qui a attesté de l’immensité de sa sagesse, la Kabbale a besoin de grands sages qui scrutent leurs propres coeurs et qui étudient cette sagesse pendant vingt ou trente ans. Alors, seulement pourront ils en témoigner. C’est comme avec le Roi Salomon qui n’a pas pu empêcher Asmodée de s’asseoir sur son trône et d’usurper son identité jusqu’à ce qu’il arrive à Jérusalem.

Les sages de la Kabbale observent également la théologie et se plaignent que les théologiens ont volés les strates supérieures de cette sagesse que Platon et ses prédécesseurs en Grèce avaient acquis en étudiant avec les disciples des prophètes en Israël. Ils ont dérobé les éléments primaires de cette sagesse et revêtirent des vêtements qui n’étaient pas les leurs. Et jusqu’à nos jours, la théologie est assise sur le trône de la Kabbale, et en hérite les honneurs.

Qui voudrait croire les Sages de la Kabbale, alors que des usurpateurs sont assis sur leur trône? C’est comme ceux qui n’ont pas cru le Roi Salomon pendant son exil, car ils ont reconnu le démon, Asmodée, assis sur son trône. Comme avec le Roi Salomon, il n’est d’aucune utilité d’exposer la vérité, car elle est profonde et ne peut être exprimée par un simple témoignage ou une expérience. Elle ne se montre qu’à ceux qui se dédient à elle, coeur et âme.

Tout comme le Sanhédrin n’a pas reconnu le Roi Salomon tant que l’usurpation d’Asmodée ne fut pas révélée, la Kabbale ne pourra prouver sa véritable nature tant que la futilité de la théologie qui s’est emparée de son trône, ne sera pas mise au grand jour. Jusqu’à ce jour, aucune révélation ne sera suffisante pour que les gens la reconnaissent.

Par conséquent, ce fut un jour de salut pour Israël, le jour où le matérialisme apparut et asséna un coup fatal à la théologie.

Maintenant, toute personne qui recherche le Seigneur, doit ramener la Kabbale sur son trône et lui restituer sa couronne d’antan.

Source : http://www.kabbalah.info/fr/bibliothèque-de-kabbale/baal-hasoulam-articles/la-sagesse-de-la-kabbale-et-la-philosophie

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Published by X - dans Planches
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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 06:27

« Par trente-deux sentiers merveilleux de la Sagesse s'établit : hy hvhy Tsebaoth Dieu d'Israël, Elohim vivant, roi de l'univers El Shaddaï. Miséricordieux et clément, suprême et élevé résidant éternellement en permanente élévation. Saint est son Nom. Son univers fut créé par trois mesures : le nombre, l'écrit et le commentaire » (Sefer Yetsirah).

Ces Sentiers correspondent aux 32 fois que le Nom de Elohim est mentionné dans le chapitre de la Genèse. Ils correspondent également aux 10 Sephiroth et aux 22 sentiers, ou lettres hébraïques, de l’Arbre de Vie.

Le Premier est appelé Vision Occultée. C’est la Lumière du Concept Primordial, et c’est la Première Gloire qu’aucune créature n’est capable d’en appréhender l’existence.

Le Second est appelé Vision Brillante. C’est la Couronne de la Création . C’est la brillance de l’unité indifférenciée qui est « exaltée comme chef de tout ». Il est appelé, par les maîtres de la Kabbale, la Seconde Gloire.

Le Troisième est appelé Vison Sacrée. C’est le fondement de la Sagesse Primordiale appelée « Foi Ferme » et ses racines sont véridiques. C’est le Père de la Foi car de son pouvoir émane la Foi.

Le Quatrième est appelé Vision Constante. Il est ainsi nommé car de lui sont émanés tous les pouvoirs spirituels, dans l’émanation éthérée.

Le Cinquième est appelé Vision Racine . Il est ainsi nommé car en lui l’influx de l’émanation est accru. Il accorde cet influx à toutes les bénédictions qui sont unies en l’Essence de la Compréhension, incluant la Sagesse Sainte.

Le Sixième est appelé Vision Séparée.

Le Septième est appelé Vision Cachée. Ainsi nommé car il est la splendeur illuminant tous les pouvoirs de la vision qui sont perçus par l’oeil de l’intellect et avec l’esprit de la Foi.

Le Huitième est appelé Vision Complète. Ainsi nommé car il est le dessin primordial qui n’a nulle racine dans laquelle s’établir excepté au travers des Chambres de Grandeur émanant de l’essence de sa substance.

Le Neuvième est appelé Vision Pure. Ainsi nommé car il purifie les Sephiroth. Il teste et polit le décret de leur dessin et le contenu de leur unité, afin qu’elles s’unissent sans coupure ou séparation.

Le Dixième est appelé Vision Etincelante. Ainsi nommé car il s’élève et se tient sur un trône de Compréhension. Il illumine toutes les lumières avec splendeur et accorde un grand influx au Prince de la Présence .

Le Onzième est appelé Vision Polie. Ainsi nommé car il est l’essence du Rideau arrangé au sein du système. Il assigne les Sentiers qui se tiennent devant la Cause des Causes (8).

Le Douzième est appelé Vision Brillante. Ainsi nommé car il est l’essence de la Roue de Grandeur, appelée Révélation; l’explication et le lieu où l’on trouve la vision de ceux qui Voient comme dans un miroir.

Le Treizième est appelé Conducteur de l’Unité de la Vision. Ainsi nommé car il est l’essence du Trône de Gloire. C’est la vraie complétude des Spirituels unifiés.

Le Quatorzième est appelé Vision Illuminante. Ainsi nommé car il est l’essence du ‘Hashmal . Il est l’enseigneur des mystères, des secrets du Saint et de ses desseins.

Le Quinzième est appelé Vision Permanente. Ainsi nommé car il détient l’essence de la création au sein de la ténèbre épaisse de la pureté. Les maîtres de la contemplation disent que c’est la ténèbre épaisse .

Le Seizième est appelé Vision Victorieuse. Ainsi nommé car il est le délice de la Gloire, car il n’y a aucune gloire en dessous d’elle. Il est appelé Jardin d’Eden, préparé pour les justes et les droits.

Le Dix-septième est appelé Vision Perpétuelle. Il est préparé pour les pieux de la Foi afin de les vêtir de l’Esprit Saint. On l’appelle Fondation de la Beauté dans le rang des Supernels.

Le Dix-huitième est appelé la Vision de la Résidence de l’Influx. Lorsque l’on en fait l’expérience, ceux qui résident en son ombre et ceux qui s’attachent à expérimenter son essence à partir de la Cause des Causes en retirent un secret et une énigme.

Le Dix-neuvième est appelé Vision du Secret de toutes les Activités Spirituelles. Ainsi nommé car l’influx qui s’étend en lui provient du lieu de la Bénédiction supernelle, la Gloire Supérieure.

Le Vingtième est appelé Vision de la Volonté. Ainsi nommé car il est le dessein de toutes choses formées, et au travers de lui la vision connaît l’ensemble de l’existence de la Sagesse Primordiale.

Le Vingt-et-unième est appelé Vision du Délice Désiré. Ainsi nommé car il reçoit l’influx divin afin d’accorder sa bénédiction à tous les êtres existants.

Le Vingt-deuxième est appelé Vision Fidèle. Ainsi nommé car en lui les puissances spirituelles sont accrues afin d’être proches de tous ceux qui résident en son ombre .

Le Vingt-troisième est appelé Vision qui Soutient. Ainsi nommé car il est la puissance de la subsistance pour toutes les Sephiroth.

Le Vingt-quatrième est appelé Vision de la Ressemblance. Ainsi nommé car il donne la ressemblance à toutes les semblances qui sont créées, avec leurs semblances correspondants à leurs formes.

Le Vingt-cinquième est appelé Vision Eprouvante. Ainsi nommé car il est l’épreuve primordiale avec laquelle HaShem testes tous les pieux .

Le Vingt-sixième est appelé Vision Renouvelante. Ainsi nommé car avec lui le Saint, béni soit-Il, renouvelle toutes choses.

Le Vingt-septième est appelé Vision Perceptible. Ainsi nommé car de lui est créée la vision de tout être créé, ainsi que leur perception qui réside sous la Roue Supérieure .

Le Vingt-huitième est appelé Vision Innée. Ainsi nommé car en lui est complété, avec la perfection des roues, la nature de tout ce qui existe sous les roues du soleil.

Le Vingt-neuvième est appelé Vision Réalisée. Ainsi nommé car il délimite toute matière qui se matérialisera sous les dessein des roues et de leurs développements.

Le Trentième est appelé Vision Générale. Ainsi nommé car avec lui les astrologues, en leurs jugements des étoiles et des constellations, généralisent leurs contemplations et leurs connaissances de leurs révolutions.

Le Trente-et-unième est appelé Vision Constante. Ainsi nommé car avec lui la course du soleil et de la lune est rendue constante, selon le dessein qui est approprié à chacun d’eux.

Le Trente-deuxième est appelé Vision Cultivée car il établit la limite de tous ceux qui rendent un culte aux sept planètes.

Source : http://www.esoforums.com/esowiki/index.php?title=Extrait_du_Pard%C3%A8s_Rimonim_de_Cordovero

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 06:33

 

Rabbi Moïse Cordovero -le Remaq comme on l'appelle communément par contraction d'initiales -,un des cabalistes les plus féconds de son époque, naquit à Safed en 1522, dans une famille d'origine espagnole. Cette petite ville de Galilée était alors le point de ralliement de beaucoup d'anciens expulsés et le centre d'une intense activité intellectuelle. Juge dans sa ville et directeur d'une yechiva, Rabbi Moïse Cordovero fut un talmudiste érudit et bon connaisseur de la philosophie juive médiévale, notamment de Maimonide, qu'il admirait beaucoup. Son maître en halakha était Rabbi Joseph Caro, l'auteur du célèbre Choulkhan Aroukh . C'est probablement lui aussi qui initia le jeune Cordovero dans la science ésotérique, dont il avait une expérience personnelle, comme le prouve son journal mystique Maguid Mecharim ou L'instructeur des Justes. Mais le véritable maître en Cabala de Cordovero fut Rabbi Chlomo Alcabets Halevi, auquel nous devons le merveilleux hymne pour l'entrée du shabbat , « Lekha Dodi » . C'est avec lui qu'il partait dans les exils volontaires auxquels est consacré le Sefer Guerouchin, ou Livre des bannissements, qui forme l'objet de cet exposé.
Rabbi Moïse Cordovero mourut à l'âge de 48 ans, en 1570, quelques mois après l'arrivée en Palestine du jeune Rabbi Isaac Louria, le « Ari », dont l'enseignement devait révolutionner la Cabale. Les deux maîtres se rencontrèrent a plusieurs reprises, et l' impression que Rabbi Moïse fit sur son cadet fut suffisamment forte pour que celui-ci parlât plus tard de lui comme de « son maître et son guide ».
Le Remaq a laissé une oeuvre immense, dont rien ne fut imprimé de son vivant. Seul Le Palmier de Deborah a été traduit en français, annoté et pourvu d'une excellente introduction par Charles Mopsik aux Editions Verdier.

D'un esprit pénétrant et systématique, Cordovero tend, dans tous ses ouvrages, vers une synthèse des différents courants de la Cabale depuis ses débuts jusqu'à son époque. Son livre le plus connu. le Pardès Rimonim (Le verger des grenadiers), est une véritable somme encyclopédique qui aborde toutes les grandes questions de la Cabale et cherche, en les examinant sous un éclairage nouveau, a concilier ses sources, notamment les différentes strates des écrits zohariques. Cordovero le termina à l'âge de vingt sept ans. Son deuxième ouvrage systématique, Elima Rab'oati, fut écrit, une dizaine d'années plus tard, alors que la rédaction de son grand commen­taire du Zohar, Or Yakar, (La lumière précieuse), commencée dès avant le Pardès, devait se prolonger pendant toute sa vie. Il comporte à lui seul près de 12 OOO pages.
Le Sefer Guerouchin ou Livre des bannissements fut rédigé à peu près à la même époque que le Pardès Rimonim, entre la 25ème et 29ème année de son auteur (soit entre 1548 et 1551}. C'est un petit livre de 99 § dont le titre reflète la pratique des « exils volontaires » alors très en vogue parmi les cabalistes de Safed. Les compagnons partaient à pied sur les chemins de la Galilée, imitant ainsi l'Exil de la Présence divine, la Chekhina bannie du Palais du Roi. En quête d'inspiration, ils visitaient les tombeaux des maîtres anciens et s'entretenaient de Torah. Dans son Palmier de Deborah, Rabbi Moïse s'explique sur le sens qu'il confère à cette pratique. Il dit: « Une (...) méthode est explici­tée par le Zohar, et elle est très importante : (que l'homme) s'exile de lieu en lieu au nom du ciel, en cela il façonnera un char pour la Chekhina exilée ! (...) Il humiliera son coeur dans l'exil et s'attachera à la Torah, alors la Chekhina sera avec lui. Il se fera à lui-même des renvois, il se renverra constam­ment de la maison de son repos à la façon dont se renvoyaient rabbi Siméon et ses compagnons pour se consacrer à la Torah. D'autant plus si ses pieds se fatiguent en allant de lieu en lieu sans cheval ni attelage. Il est dit à son propos: ‘ Son espoir (sivro) est en YHVH son Dieu' (Ps. 146 : 5), or le Zohar explique le mot ‘chever ‘(casser) comme signifiant qu'il brise son corps pour la gloire du Très-Haut. »

Le Sefer Guerouchin est donc un journal d'étude où Rabbï Moïse consignait par écrit les conversations qu'il avait lors de ses déplacements avec son maître, Rabbi Chlomo Alcabets. Rédigé pendant plusieurs années, c'est le versant intime de Cordovero, à lire en contrepoint à son Pardès Rimonim, auquel il se réfère d'ailleurs fréquemment. Le sujet unique du Sefer Guerouchin a trait à ce que les deux rabbins s'appliquaient à vivre en ces moments, à savoir l'Exil à tous les niveaux. Il s'agit de l'Exil en tant que tel, comme phénomène universel, à la fois divin et humain, et de son corrélat, la Rédemption. Le Livre des bannissements a donc ceci de très spécifique qu'il traite d'une - l'Exil - que son auteur a mis en pratique sur un plan physique, réel, en même temps qu'il vise à en élucider la signification. Il n'est certainement pas fortuit que cette pratique soit née parmi les exilés d'Espagne qui désig­naient l'expulsion de leur ancienne patrie par le même mot: ‘guerouch Sefarad'. Polysémie éclairante: les ‘guerouchin' sont parailleurs le divorce, la ‘gueroucha' la femme répudiée. Comme pour les cabalistes, tout ici-bas est le reflet d'une réalité supé­rieure que la Tora nous aide à appréhender, la femme répudiée, dont parle la Bible, se réfère à la part féminine de Dieu, à Sa Présence, la Chekhina, qui est ‘renvoyée' (gueroucha) du Palais du Roi. c'est-à-dire du Temple, parce qu'elle suit Israël dans tous ses exils.

Les cabalistes, pour leur part, renversent la perspective en imitant, en prenant sur eux en quelque sorte l'Exil de la Chekhina.
Le Sefer Guerouchin s'ouvre ainsi de façon un peu solennelle: « En l'an 5308 (c.à.d. en 1548), le 16e jour du mois chevat, nous nous sommes exilés dans l'Exil du Roi et de la Reine...» Cette formule, qui n'apparaît qu'une fois, fixe immédiatement le niveau où Cordovero situe le problème. En évoquant le Roi en même temps que la Reine, il indique qu'il ne traitera pas seulement de l'Exil dans la sphère limitrophe à la nôtre, qu'il ne s'agira pas seulement de l'exil d'Israël et de la Chekhina qui l'accompagne, mais qu'il traitera de cette problématique dans les sphères supérieures des sefirot, à savoir Hokhma et Bina, respectivement la Sagesse et l'Intelligence. Et c'est effective­ment par elles qu'il va commencer.
Sur le plan formel, le Sefer Guerouchin est construit comme un livre d'exégèse classique: ouverture de chaque paragraphe par un verset qui est explicité à l'aide de plusieurs autres versets dont chacun comporte une ou plusieurs des notions-clés du premier. La longueur des paragraphes varie d'une vingtaine de lignes à cinq, six pages. Cordovero n'y traite cependant pas un livre biblique ou une péricope en particulier. La progression se fait par ordre associatif, selon la logique interne du sujet. Il suit le sens de la marche : l'auteur indique effectivement à plusieurs reprises qu'au cours de leurs déplacements, « les paroles se prononçaient d'elles-mêmes », une sorte d'écriture automatique avant la lettre. Certains versets sont repris plusieurs fois dans le livre; d'autres traités pendant plusieurs paragraphes d'affilée; ou différents versets d'un même psaume sont pris un à un. Ainsi, en dépit de sa rédaction sporadique, le Sefer Guerouchin est un livre bien construit, comme le montrent aussi les renvois fréquents à l'intérieur de l'ouvrage. Par ailleurs, Moïse Cordovero se réfère souvent à son Pardès Rimonim, une fois à Or Yakar et, de façon constante, au Zohar. Le carac­tère personnel du « Livre d es bannissements » est souligné par le choix des versets qui servent d'exergue aux différents para­graphes: les Hagiographes apparaissent 62 fois sur 99, dont 55 uniquement pour les Psaumes, depuis toujours, l'expression privilégiée d'une réflexion personnelle sur Dieu ; les Prophètes huit fois, le Pentateuque et la Guemara sept fois chacun. Le reste traite de fêtes et de coutumes, et du sens de certains commandements.
Le Sefer Guerouchin s'ouvre par des considérations d'ordre universel, intra-divines, et se termine de la même manière. Ce sont celles-ci qui encadrent les développements historiques concernant les exils de l'homme et ses libérations (notamment l'Exode) et qui leur confèrent un sens. Cela correspond à la démarche habituelle de la pensée cabalistique, pour qui tout l'univers est un système de signes qui renvoient à une réalité supérieure. Dieu s'est révélé a l'homme, il lui a communiqué son Nom qui, selon Rabbi Josef Gikatilla, « récapitule la totalité des noms et règne sur la totalité des mondes ».
Le monde est ainsi régi par le langage, qui est en même temps l'élément créateur de l'homme. Le système de décodage pour appréhender le divin à travers une réalité qui est la nôtre, en même temps qu'elle participe d'un niveau spirituel plus élevé, est fourni par la Torah, la Parole par excellence. Voilà le premier plan de la réflexion cabalistique. Deuxièmement, dans la mesure où l'homme a été créé à l'Image de Dieu, il peut trouver en lui, et cela veut dire dans son corps même, un système de correspondances qui lui ouvrent l'accès à la compréhension des mondes supérieurs pour les cabalistes, les sefirot. Cependant , il faut toujours se rappeler que ce sont elles qui sont la réalité première, et non l'homme qui n'en est que l'Image. D'où la démarche théocentrique de Rabbi Moïse Cordovero qui se vérifie tout au long de son livre.
Ainsi, l'homme a été créé à l'Image de Dieu. Il a été créé masculin et féminin, et les cabalistes infèrent qu'il doit y avoir les principes masculin et féminin en Dieu lui-même. Ce qui est féminin en Dieu est, selon leur compréhension, sa Présence, sa partie révélée, la Chekhina, identifiée à son Nom. C'est donc par le principe féminin que l'homme approche le divin, que la relation avec la Transcendance s'établit. Cependant, depuis la Chute, cette relation ne va plus de soi. Elle n'existe que par intermittence. La Chekhina est en Exil et, de façon corollaire, Dieu est séparé de son Nom. D'où la prophétie de Zacharie concernant la Rédemption: "Et Dieu sera Roi sur toute la terre. En ce jour, Dieu sera un et son nom sera un."

L'Exil correspond ainsi à la séparation des lettres du Nom divin, qui est en même temps la séparation des principes masculin et féminin, et la Rédemption correspond à leur union définitive, à laquelle l'homme doitœuvrer : sa contribution est capitale aux yeux des cabalistes, c'est la tâche qui incombe à chacun durant sa vie.
Dans son Sefer Guerouchin, Rabbi Moïse Cordovero suit la fissure qui traverse l'univers en analysant la séparation à tous les niveaux. Il brosse un tableau de l'organisation du monde actuel et indique ensuite les libérations partielles que connaît l'homme: celles qui sont cycliques, comme le shabbat, et celles qui s'inscrivent dans le cours de l'Histoire, comme l'Exode. Il élabore le rôle que l'homme tient dans l'oeuvre de la restauration et donne, en la comparant aux libérations passées, une vision de la libération définitive, la Rédemption. Nous allons faire de même, en systématisant là où il procède par association, laquelle donne une richesse à sa pensée dont un exposé si bref de ses thèses ne peut malheureusement pas tenir compte.
En premier lieu, essayons de cerner la signification de l'Exil chez Cordovero. Considérer l'Exil comme une séparation du masculin et du féminin signifie d'abord que nous nous trouvons face à une conception où tout l'univers est sexué, où le neutre n'existe pas, pas même dans le domaine de l'abstraction. L'intimité de l'union sexuelle est le modèle même d'un bon fonctionnement du monde, de la circulation de l'énergie divine à tous les niveaux. Cette union obéit à un certain ordre qui tient à la nature des deux principes masculin et féminin, dont le premier est assimilé à la Générosité, la Miséricorde, et le second à la Rigueur. Les deux principes sont pareillement nécessaires à l'économie du monde et chacun contient en son sein un élément de son contraire. En effet, selon Moche Cordovero, chaque sefira porte en elle la marque et l'empreinte de toutes les autres, et l'Emanation se fait par un processus dialectique de réflexion intérieure, où Dieu se cache en se révélant et se révèle en se cachant - émanation qui est toujours à double mouvement, du haut vers le bas, et du bas vers le haut. Dans le respect de cet ordre, l'éveil du désir, la mise en branle du mouvement qui mène à l'union incombent au féminin. Cordovero insiste beaucoup sur l'importance de la Rigueur dans la marche du monde, sans laquelle, dit-il, rien ne pourrait subsister. Si l'initiative revient au féminin, il est cependant très important que l'union des deux principes s'effectue du côté masculin, selon la modalité de la Générosité. Un dérèglement dans cet ordre fait que l'union du masculin et du féminin n'est plus complète - un de ses éléments est en Exil, selon la formule du Remaq, ce qui veut dire qu'il n'est plus à sa place, qu'il est écarté,« expulsé » de son lieu. Le féminin devient gueroucha, renvoyé, répudié.
L'expression privilégiée de cette « mise à l'écart » est, pour les cabalistes, l'amoindrissement de la lune, l'égalité perdue des deux luminaires de la Genèse, qui correspond sur le plan séfirotique à la séparation de Tiferet et de Malkhut, de Dieu et de sa Royauté, sa Présence. Ces deux sefirot constituent le niveau charnière, mais les répercussions de la séparation se laissent observer partout ailleurs. Ainsi, à partir du moment où l'union des leurs deux principes n'est plus com­plète, Bina, la Mère supérieure, point de départ et de retour de toute la Création, n'éclaire plus les sefirot inférieures. Elle se rétracte dans les hauteurs, et le monde reste livré au jugement.
Le dérèglement dans la circulation de l'énergie divine se reflète aussi dans les niveaux inférieurs, extra-divins, avec des conséquences dramatiques. Israël n'est plus liée à la Présence divine que le jour du shabbat, son existence profane étant réglée par Métatron, le chef des anges ; nous y reviendrons. Quant à l'homme en général, la faille qui caractérise l'état actuel de l'univers se fait sentir partout : dans la relation entre les sexes d'abord, qui est caractérisée par l'oppression du féminin par le masculin et une incompréhension mutuelle ; chose qui vaut, par extension, pour toutes les relations humaines que les deux principes traversent et déterminent de façon sous-jacente. Elle se fait sentir aussi dans les rapports entre l'homme et ses actes, et même dans ses rapports au texte de la Tora, à la prière, à l'ensemble des commandements. Elle a son expression la plus définitive dans la mort, dans laquelle Cordovero voit une conver­sion des émanations vers leur émanateur, abandonnant le monde matériel à la décomposition.
Enfin, pour Cordovero, la distinction entre le spirituel et le matériel, le sacré et le profane, est également l'expression de l'Exil comme condition du monde actuel. Cette double distinction ne faisait pas partie du projet initial de la Création. Rabbi Moche Cordovero reprend ici un sujet abondamment traité par le Zohar, sur lequel il revient avec Insistance dans son Sefer Guerouchin et qui l'aide, dans le Pardès Rimonim, à décrire le mystère de l'Emanation. Il s'agit d'une conception structurale de l'univers où toutes les réalités spirituelles se revêtent d'un habit, ou d'un corps, pour se manifester. Cela vaut aussi bien pour la Révélation première, où les sefirot sont corps par rapport à leur source, le Ein Sof, que pour toutes les étapes successives. Chaque degré est corps par rapport au degré supérieur et âme par rapport au degré qui lui succède. Or l'Exil, qui est notre état actuel, se manifeste dans cet ordre d'idées par le fait que tout est descendu d'un degré dans l'échelle d'être, que « le fin est devenu grossier».

Selon la conception fondamentalement optimiste de Rabbi Moche Cordovêro, la qelipa, l'écorce qui se trouve en dehors du domaine de la sainteté, n'aurait pas dû exister telle quelle. L'homme n'aurait pas de corps physique s'il avait mérité son vêtement de lumière, et les trois péchés premiers n'auraient pas été commis si Caïn ne leur avait pas « donné corps. »

C'est aussi dans ce sens d'une dialectique entre l'extérieur et l'intérieur que Cordovero interprète les commandements concernant l'esclave hébreu du chapitre 21 de l'Exode, par le biais desquels il aborde tout le problème de la liberté. Dans un développement très subtil

, le Remaq explique qu'il y a. deux sortes de liberté, une inférieure, une supérieure, la première correspondant à Malkhut, la seconde à Bina. Pour arriver à la liberté parfaite, à savoir la Rédemption, il faut lier les deux. Or, par la vente de Joseph, qui entraîna l'émigration d'Israël en Egypte, son premier exil, Israël est descendu en rang. Au lieu de résider dans le domaine de la Chekhina, il se trouve maintenant à. 1'extérieur. il dépend de Métatron, qui est aussi appelé le serviteur, l'esclave (eved) fidèle. Là encore, Cordovero définit l'Exil comme un renvoi, un bannissement - comme le fait de ne plus être à sa place.
Un autre exemple de cette problématique est l'his­toire d'Amaleq qui attaqua Israël sur le chemin de l'Exode. Le Remaq s'interroge : en quoi sa faute est-elle si grave que la Tora nous demande expressément de nous en souvenir?''

Amaleq n'a pas pu toucher Israël, seulement le erev rav, les convertis sortis avec lui d'Egypte et qui l'entouraient comme l'écorce le fruit, ou le corps l'âme. Mais, dit Cordovero, « si on épluche le fruit, il se gâte »

Ayant perdu le erev rav qui le protégeait, Israël, obligé de s'extérioriser, est devenu plus grossier, et c'est cela la véritable faute d'Amaleq.
L'écorce a donc une fonction. Elle n'est pas fondamentalement différente des autres niveaux, dont elle reflète d'ailleurs la structure jusque dans les détails. Cordovero la décrit précisément

, en systématisant encore une fois divers enseignements du Zohar. Par tempérament il n'est cependant pas fasciné par le mal, qui perd, sous sa plume, beaucoup de son côté démoniaque. Ce qu'il voit est surtout l'ordre admirable qui régit l'univers, même dans son état actuel. Aussi se montre-t-il rassurant quant au sens de l'Exil, qui a pour lui une signification profonde et féconde.
Comme il faut enfoncer le blé dans le limon afin qu'il germe, dit-il, il fallait tremper Israël dans la matière pour faire de lui un grand peuple

. Et pourquoi ce premier exil avait-il lieu en Egypte ? Parce que l'Egypte était limitrophe d'Israël et tout proche en sainteté - le Remaq se sert, pour le prouver, d'un jeu de mots intraduisible entre Mitsraïm, « Egypte » et mitsrani, « limitrophe ».

Ainsi a été récupéré et élevé vers la sainteté ce qui était valable en Egypte : on voit poindre ici, formulé autrement, la théorie des étincelles sacrées à récupérer dans l'écorce, la qelipa, que devait développer le Ari.
La réflexion sur l'Exil conduit tout naturellement Cordovero à penser la libération, ou plutôt les libérations de l'homme à tous les niveaux. Au plus bas, c'est l'union de Métatron avec le profane. C'est la norme du quotidien, c'est le travail qui nous rachète, et important en tant que tel. Par ailleurs, Métatron accueille les prières, qui sont l'eau que Malkhut reçoit d'en bas pour inciter la force du masculin à s'unir à elle. Cordovero précise: « La lumière de la sainteté s'habille du profane. » A nouveau, il se sert de la structure corps / âme, écorce / fruit, corps / vêtement pour cerner le phénomène. Le jour du shabbat, tout monte d'un degré, et Israël se trouve réintégré dans le domaine de la Chekhina. Libération partielle et cyclique qui sera remplacée par le « grand shabbat » : la libération définitive aura en effet lieu en Bina, le principe féminin supérieur.
L'accès à Bina se fait graduellement, par les 50 portes de l'Intelligence qui lui sont propres - ou plutôt par 49, car la cinquantième est, d'après Cordovero, Bina elle-même. Dans son Pardès Rimonim, il énumère les 50 endroits dans la Bible où il est question de la libération d'Egypte

 Dans le Sefer Guerouchin, il définit les « portes de l'Intelligence » comme cinquante dimensions spécifiques de la liberté, et insiste sur le fait que celle-ci est une merveille multiple - niflaot égal nun pelaot dont chacun possède une parcelle. C'est seulement quand on aura réussi à lier toutes ces parcelles entre elles, quand on aura communiqué la sienne aux autres, que la vraie libération pourra commencer.
Cela ne veut pas dire que l'Exode n'était pas une vraie libération - mais elle n'était pas définitive, parce qu'elle venait de Malkhut où la Rigueur prévaut. C'était une libération féminine, nocturne, et comme partout où le féminin prend le pas sur le masculin, le jugement domine. Israël y a bien été lavé de ses souillures, mais la qelipa, les écorces de l'impureté, n'y avaient pas été abolies. Et bien qu'Israël ait reçu la Torah en toute sainteté, le veau d'or a été possible. Les forces lui faisaient défaut, car Israël n'arrive à sa vraie stature qu'en Terre d'Israël, c'est seulement là qu'il peut s'attacher à la Chekhina

La manière dont cet attachement se réalise est indiquée par la Tora. Il y a plusieurs possibilités pour l'homme de « servir le Ciel » - par quoi les cabalistes entendent très concrètement agir pour lui. Chacune d'elles correspond à un niveau d'intervention différent, qui devient effectif dans la sphère qui lui corres­pond. Ainsi, les mitsvot, les commandements, qui correspondent au premier niveau, sont essentiellement pour le monde de l'action: aucun d'eux ne monte plus haut que Bina.

Par ailleurs il y avait (et pour Cordovero il y aura) les sacrifices qui existent dans les modalités féminines et masculines selon leur mouvement descendant (exemple hâtât) ou ascendant {exemple ola ) et dont le but est de rapprocher les lettres du Tétragramme, c'est-à-dire les principes masculins et féminins supérieurs. A un niveau plus spirituel il y a la bénédiction, que Cordovero définit comme une incitation à 1'épanchement de l'influx divin. Mais c'est la prière qui conduit a l'union véritable dans sa configuration féminine - alors que l'étude de la Tora provoque l'union du côté masculin. Cordovero précise : « Celui qui fait de la Tora son métier unit Malkhut à Tiferet en procédant de haut en bas, alors que la prière ne fait l'union que de bas en haut. C'est pourquoi celui qui s'occupe de Tora est dispensé de prier. »21 Encore plus haut que la Tora est la louange, le hallel qui correspond a l'union des trois premières sefirot, qui se trouvent par conséquent au-delà de la Rigueur. Le hallel dépasse les capacités de l'individu et correspond au secret de la communauté

Ainsi l'homme, et notamment le Juste, construit à partir de ses actes et de ses pensées une chaîne de communication qui va du bas vers le haut ; à partir de sa vision et de son écoute, lesquelles forment les premiers échelons, il s'élève vers la connaissance, da'at. Le Juste, comme garant de l'Alliance ou des alliances (celles de la chair et celle de la parole), éveille le désir par son questionnement. Un double mouvement s'engage alors qui est déjà celui de la Création, et qui correspond ici à la Restauration finale. La lumière qui brille du ciel - de Tiferet - sur la terre - sur Malkhut - embrase le souvenir de l'image qu'elle y a laissée. Cordovero utilise, pour expliquer cette dialectique subtile, l'image du sceau qui, quand on le retire, laisse son empreinte. Il s'agit de comprendre que malgré leur réalité bi-face, du-partsufim, l'essence de Tiferet et de Malkhut, de Dieu et de son Nom, du ciel et de la terre est une. Aussi ont-ils émané ensemble et ne sont-ils complets qu'unis

Le désir d'en bas éveille donc le désir en haut et déclenche l'influx. La lumière qui s'épanche frappe en bas et réactive le souvenir de son image, ce qui provoque un mouvement contraire : la lumière retourne en son lieu. Là, elle rencontre l'image de celle qu'elle vient de quitter, elle se renverse et retourne, monte et descend. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'assertion de Cordovero selon laquelle Dieu se révèle en se cachant et se cache en se révélant.
Néanmoins il faut que cet échange constant entre la descente et la montée de l'influx soit équilibré. Si la lumière qui remonte devient plus forte que celle qui se déverse, si, comme dit Cordovero, le féminin entoure le masculin et prend le pas sur lui, le monde est privé de lumière, car celle-ci est retournée à sa source. Pour que l'univers puisse subsister, il importe que le féminin ne se laisse pas emporter par son élan (qui, ne l'oublions pas, est celui de la rigueur) mais qu'il accepte une certaine passivité qui lui est également propre, et qui n'est pas considérée ici comme un défaut.
Tant que Malkhut est le Rédempteur, comme ce fut le cas lors de l'Exode, la Rédemption n'est pas complète. II faut encore qu'elle soit libérée elle-même, qu'elle revienne de son Exil, qu'elle retourne à sa place, qui se trouve auprès de Tiferet, le principe masculin. C'est alors que le monde est béni- barukh . Cordovero termine son Sefer Gerouchin par ce mot, barukh, béni, en rattachant chacune de ses lettres à une ou plusieurs sefirot. Ce faisant il donne, comme souvent dans son livre, une sorte de mode d'emploi de la Rédemption, en laissant à ses lecteurs le soin de la mettre en oeuvre par leur compréhension.

Des actes du Colloques sur L'expulsion des Juifs d'Espagne¸ Guerouch Sefarad, en Sorbonne, Paris IV, 1994

Source : http://www.corinna-coulmas.eu/exil-et-redemption-dans-le-sefer-guerouchin-ou-livre-des-bannissements-de-rabbi-moises-cordovero.html

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 06:08

1) Il est écrit dans le Zohar, Lévitique, Parashat Tazria, p 40, Tout ce qu’il y a dans le monde est uniquement pour Adam, et tout existe pour lui, comme il est écrit : « alors le Seigneur Dieu forma l’homme » avec un nom complet, car le nom Adam est la complétude de tout et contient tout et tout ce qui est en haut et en bas est inclut dans cette image ». Il est expliqué que tous les mondes, supérieurs et inférieurs, sont contenus dans l’homme, et de plus toute la réalité, dans ces mondes, n’existe que pour l’homme. Et il faut comprendre ces mots : ce monde et tout ce qu’il contient pour son service et son utilité est-il peu pour l’homme, qu’il ait besoin aussi des mondes supérieurs et de tout ce qu’ils contiennent ? Après tout ils n’ont été créés que pour ses besoins.

2) Et voilà que pour expliquer cette question en totalité, je devrais vous présenter toute la sagesse de la Kabbale, mais en général, les choses seront suffisamment expliquées dans la préface du livre pour qu’elles soient clarifiées. L’essence de cela est que l’intention du Seigneur dans la création, était de faire plaisir à Ses créatures. Et certainement, quand Il pensa à créer les âmes et à les réjouir de tout le bien, elles apparurent immédiatement devant Lui dans tout leur caractère, stature et au niveau des plaisirs auxquels Il avait pensé, car chez Lui, la pensée seule engendre, et Il n’a pas besoin d’action comme nous. Et d’après cela, il faut poser la question, pourquoi a-t-Il créé les mondes, de restriction en restriction, jusqu’à ce monde boueux, et a vêtu les âmes des corps boueux de ce monde.

3) Et la réponse se trouve dans L’arbre de vie « pour que la perfection de Ses actions sorte à la lumière » . Et il faut, en effet, comprendre comment se peut-il que sorte de la perfection des actions incomplètes, au point qu’il faille les compléter par des actes dans ce monde. La question est qu’il faut distinguer dans les âmes entre la lumière et le Kli [récipient] car l’essence des âmes qui ont été créées, est leur Kli, et toute l’abondance, qu’Il pensa leur donner pour se réjouir, est la lumière en elles. Vu qu’Il pensa à leur faire plaisir, Il les fit forcément comme un désir de recevoir Son plaisir, car le plaisir et la satisfaction augmenteront dans la même mesure que le désir de recevoir l’abondance. Et sache que ce désir de recevoir est toute l’essence de l’âme, du point de vue du renouvellement et de l’engendrement ex-nihilo, et est considéré comme le Kli de l’âme alors que le plaisir et l’abondance sont considérés comme la lumière de l’âme, provenant de Son essence même.

4) Explication. La création est l’apparition de quelque chose qui n’existait pas auparavant et qui est considéré comme existant à partir de l’absence. Mais comment pouvons-nous concevoir que quelque chose ne soit pas inclus en Lui, car Il est tout puissant et contient le tout, ensemble, et de plus, on ne donne pas ce qui n’est pas en Lui. Et il a été dit que toute la création qu’Il a créée, n’est que les Kélim des âmes qui est le désir de recevoir. Nous comprenons bien, que forcément Il n’a pas de désir de recevoir car de qui recevrait-Il. Et donc c’est vraiment une nouvelle création, dont il n’y a absolument aucune trace auparavant, et qui est donc considérée ex-nihilo.

5) Et il faut savoir que l’union et la séparation , dans la spiritualité, ne sont que l’équivalence et la disparité de forme, car si deux corps spirituels ont la même forme, ils sont donc unis et font un et non deux, car il n’y a rien qui les différencie l’un de l’autre, et ils ne peuvent être discerner comme deux, sauf s’il y a une disparité de forme entre eux. Et de plus selon la mesure de leur disparité de forme, ainsi est la mesure de leur distance l’un de l’autre, au point que, s’ils sont en formes opposées, ils sont considérés éloignés comme l’Est de l’Ouest, à savoir la plus grande distance que nous reconnaissons dans la réalité.

6) Mais dans le Créateur, il n’y a pas de pensée ou perception quelles qu’elles soient, et nous ne pouvons rien en dire. Mais du point de vue de « Nous Te connaitrons par Tes actions », nous devons comprendre qu’Il est le désir de donner, vu qu’Il a tout créé pour faire plaisir à Ses créatures, et nous donner toute Sa bonté. Et d’après cela les âmes se trouvent dans une forme contraire à Lui, car Il est tout entier et uniquement le don, et Il n’a rien du désir de recevoir, et les âmes sont empreintes du désir de recevoir pour elles-mêmes, et comme ci-dessus, il n’y a pas de forme contraire plus opposée que celle-là. Il s’avère que si les âmes étaient restées en fait, dans le désir de recevoir, elles seraient restées séparées de Lui, à tout jamais.

7) Maintenant tu comprendras ce qui est écrit dans L’arbre de vie, que la raison de la création des mondes est qu‘Il est obligé d’être complet dans toutes Ses actions et Ses forces etc. et s’Il n’avait pas réalisé Ses actions et forces dans les faits, il n’aurait pas pu être nommé entier etc., jusqu’à là ses paroles. Et apparemment cela est étonnant, car comment se peut-il que dès le début, des actions incomplètes sortent d’un opérateur parfait, au point qu’elles aient besoin d’être corrigées ? Et de par ce qui a été expliqué tu comprendras que l’essence de toute la création n’est que le désir de recevoir, mais d’une part, elle n’est pas du tout parfaite, car contraire à la forme de l’Emanateur, qui est la séparation de Lui, et d’autre part elle est toute le renouvellement et l’existence ex-nihilo, qu’Il a créée pour qu’elle reçoive de Lui ce qu’Il pensait lui donner et lui faire plaisir. Mais de plus, s’ils étaient restés séparé de l’Emanateur, Il n’aurait, pour ainsi dire, pas été appelé complet, car finalement les actions complètes sortent d’un opérateur complet. Et c’est pourquoi Il a restreint Sa lumière, et a créé les mondes, restriction après restriction, jusqu’à ce monde, et vêtit l’âme d’un corps de ce monde, et par l’engagement dans la Torah et les Mitsvot l’âme atteint la perfection qui lui manquait avant la création, qui est l’équivalence de forme avec Lui. Ainsi elle devient digne de recevoir tout le bien et le plaisir inclus dans la pensée de la création, et elle se retrouve aussi en complète Dvékout [adhésion] avec Lui ce qui veut dire en équivalence de forme, comme ci-dessus.

8) Et la question de Ségoula [remède/force] de la Torah et des Mitsvot, de ramener l’âme à Dvékout avec Lui, n’est que dans l’engagement en elles sans recevoir un prix, mais uniquement pour donner de la satisfaction à son Faiseur, car alors, petit à petit l’âme acquiert l’équivalence de forme avec son Faiseur, ainsi qu’il est écrit dans les mots de Rabbi Hannania Ben Akachya, au début du livre (Introduction à la sagesse de la Kabbale), à bien examiner. en tout il y a cinq degrés Néfesh, Rouakh, Néshama, Haya, Yekhida qui vient des cinq mondes appelés Adam Kadmon, Atsilout, Bryia, Yetsira, Assyia. Et il y a aussi cinq degrés particuliers NRNHY qui proviennent des cinq Partsoufim particuliers dans chacun des cinq mondes, et il y a NRNHY sous-particuliers qui proviennent des dix Sefirot de chaque Partsouf, comme c’est écrit dans le livre. Car par la Torah et les Mitsvot, pour donner satisfaction au Faiseur,nous sommes récompensés et atteignons petit à petit, les Kélim du désir de donner, qui viennent dans ces degrés, degré par degré, jusqu’à ce que nous arrivions à l’équivalence de forme complète, avec Lui. Alors, la pensée de la création est réalisée en eux, pour recevoir tout le plaisir et la douceur et la bonté auxquels Il avait pensé pour eux. De plus ils reçoivent la plus grande récompense, car ils sont récompensés de la vrai Dvékout, car ils ont acquis le désir de donner comme leur Faiseur.

9) Et à présent, il ne te sera plus difficile de comprendre les paroles du Zohar, ci-dessus, que tous les mondes supérieurs et inférieurs et tout ce qu’ils contiennent n’ont été créés que pour l’homme. Car tous ces degrés et mondes ne viennent que pour compléter les âmes, dans la mesure de Dvékout qui leur manquait, vis-à-vis de la pensée de la création. Car dès le début, degré par degré, monde après monde, ils sont restreints et se sont déroulés jusqu’à notre monde matériel, pour amener l’âme dans un corps de ce monde, qui est tout entier pour recevoir, comme les animaux et les bêtes de la terre, et non pour donner. Il est écrit, « un ânon sauvage engendrera l’homme », qui est tout entier désir de recevoir, et qui n’a rien en lui du don. Alors l’homme est considéré complètement contraire à Lui, et il n’y a rien de plus éloigné que cela. Et après cela, par l’âme qui se revêt en lui, il s’engage dans la Torah et les Mitsvot, et alors obtient la forme du don, comme son Faiseur, petit à petit, à travers tous ces degrés, de bas en haut, à travers tous ces mêmes discernements qui sont descendus lors de leur déroulement de haut en bas, et qui sont les degrés et les mesures dans la forme du désir de donner. Chaque degré supérieur signifie qu’il est plus éloigné du désir de recevoir et plus proche du don, jusqu’à ce qu’il soit récompensé d’être tout entier le don, et ne reçoive plus rien pour lui-même. Alors l’homme est complété de la vraie Dvékout avec Lui, car ce n’est que pour cela qu’il a été créé. Ainsi, tous les mondes et leur contenu n’ont été créés que pour l’homme.

10) Et maintenant, après avoir compris tout cela, il t’est permis d’étudier cette sagesse sans aucune crainte de la concrétiser. Car les lecteurs sont très désorientés, d’une part il est dit, que les dix Sefirot et les Partsoufim, depuis le début des dix Sefirot de Atsilout jusqu’à la fin des dix Sefirot de Assya, sont la Divinité et l’unité complètes. Et d’autre part il est dit que tous ces mondes sont renouvelés et arrivent après le Tsimtsoum [restriction], et comment cela est-il concevable dans la Divinité ? De même il y a également les chiffres, haut et bas, et tous les changements, et montées et descentes et Zivouguim [accouplements], car il est écrit « Moi le Seigneur, Je ne change pas »

11) Et par ce qui a été clarifié, nous comprenons très bien que toutes ces montées et descentes et restrictions, et les chiffres, ne sont regardés que comme des Kélim des receveurs, qui sont les âmes. Mais il faut y distinguer en eux entre potentiel et l’action, comme un homme qui construit une maison, dont la fin de l’acte dépend de sa pensée première. En effet, la qualité de la maison qu’il a en tête ne ressemble en rien à la maison qui doit en résulter. La maison dans la pensée est spirituelle, une matière conceptuelle, et est considérée comme la matière de l’homme qui pense, car la maison n’est alors que potentielle, mais quand la construction de la maison commence, elle reçoit une matière tout-à-fait différente, à savoir du bois et des briques. De même, il faut discerner dans les âmes, le potentiel et l’action. Le début de leur sortie de l’Emanateur en âmes réelles, commence seulement dans le monde de Bryia, leur inclusion dans Ein Sof, avant le Tsimsoum du point de vue de la pensée de la création, comme ci-dessus au point 2, ne concerne que le potentiel, sans aucune reconnaissance concrète. Et c’est de ce point de vue, qu’il est dit, que toutes les âmes étaient inclues dans Malkhout de Ein Sof, appelée « le point médian », car ce point est inclus dans le « potentiel » dans tous les Kélim des âmes futures qui sortiront, « dans les faits », du monde de Bryia vers le bas. Et la première restriction n’existe que dans ce point médian, et donc, seulement et exactement, dans ce discernement et mesure qui sont considérés le «potentiel » des âmes futures, et pas du tout dans son essence. Et sache, que tous les Kélim des Sefirot et les mondes jusqu’au monde de Bryia, qui se déroulent et sortent de ce point ou de son Zivoug de Hakaa, qui est nommé Ohr Hozer, sont aussi considérés comme un potentiel uniquement, sans aucune essence des âmes. Mais toutes ces transformations agiront plus tard sur les âmes, dont l’essence commence à sortir du monde de Bryia vers le bas, car là, elles ne sont pas encore sorties de l’essence de l’Emanateur

12) Et je te l’illustrerai par la conduite de ce monde, par l’exemple d’un homme qui se recouvrirait et se dissimulerait sous différentes couvertures et vêtements, pour que son ami ne le voie pas et ne le sente pas. Pouvons-nous concevoir que lui-même ait une certaine impression de la dissimulation en raison de la multitude de couvertures dont il s’enveloppe ? De même par exemple, les dix Sefirot que nous nommons Keter Hokhma Bina Hessed Guevoura Tifféret Netsakh Hod Yessod Malkhout, sont dix revêtements dont Ein Sof se recouvre et se dissimule. Les âmes qui sont destinées à recevoir de lui seront obligées de recevoir dans la même mesure que les dix Sefirot leur octroient. Et les receveurs sont impressionnés par ce chiffre des dix Sefirot, et non pas par Sa lumière, car Il est un, unique, sans changement. Les receveurs sont divisés en dix degrés, exactement d’après les qualités de ces noms. Qui plus est, même ces revêtements dont nous avons dit qu’ils ne sont pertinents que dans le monde de Brya vers le bas, car c’est là que les âmes qui reçoivent de ces dix Sefirot se trouvent. Mais dans les mondes Adam Kadmon et Atsilout il n’y a pas encore de réalité, pas même pour les âmes, car elles ne sont là qu’en potentiel. Et d’après cela, ces dix revêtements dans les dix Sefirot ne contrôlent que dans les trois mondes inferieurs appelés Bryia Yetsira Assyia.Mais également dans les mondes BYA, les dix Sefirot sont considérées divines jusqu’à la fin d’Assyia, tout comme dans AK et ABYA, et comme avant le Tsimtsoum. La seule différence est dans les Kélim des dix Sefirot, car dans AK et Atsilout ils n’ont pas encore découverts leur domination, car ils n’y sont qu’en potentiel, et ce n’est que dans BYA que les Kélim des dix Sefirot commencent à découvrir la force de la dissimulation et leur couverture. Mais dans la lumière dans les dix Sefirot il ne se passe aucun changement à cause de ces couvertures, comme dans l’exemple, et c’est le sens de « Moi le Seigneur Je ne change pas ».

13) Et ne faudrait-il pas se demander, puisque dans AK et Atsilout il n’y a pas encore la révélation de l’essence des âmes des receveurs, alors à quoi servent ces Kélim appelés dix Sefirot, et pour qui dissimulent- elles et se couvrent dans ces mesures ? Et il y a deux réponses : la première est dans le déroulement, comme tu le trouveras à l’intérieur du livre. La seconde est que les âmes aussi recevront de ces dix Sefirot dans AK et Atsilout, c’est-à-dire par l’ascension des trois mondes BYA vers eux, (voir point 163 suivant, dans la Préface à la sagesse de la Kabbale). Et il faut donc aussi discerner dans AK et Atsilout, ces changements dans les dix Sefirot, d’après ce qu’elles illumineront aux âmes quand elles s’y élèveront avec les mondes BYA, car alors elles recevront d’après le degré dans ces dix Sefirot.

14) Et il a bien été expliqué que les mondes, le renouvellement, les transformations et le nombre de degrés etc., n’ont été dits que par rapport aux Kélim qui donnent aux âmes, et se dissimulent et mesurent pour eux de sorte qu’ils puissent recevoir progressivement la lumière de Ein Sof en eux. Et ils n’impressionnent en aucun cas la lumière de Ein Sof elle-même, car le revêtement n’agit pas sur celui qui le revêt, mais seulement sur celui qui veut le ressentir et recevoir de lui, comme l’exemple ci-dessus.

15) En général, il faut discerner dans les Sefirot et Partsoufim, où qu’ils soient, ces trois discernements : Atsmouto [Lui-même/Essence], Kélim et lumières. Dans Atsmouto, il n’y pas de pensée ou perception quelles qu’elles soient. Dans les Kélim il y a toujours deux discernements contraires l’un a l’autre, qui sont la dissimulation et la révélation. Car le Kli, dès le début, dissimule Atsmouto, de sorte que ces dix Kélim dans les dix Sefirot sont dix degrés de dissimulation. Néanmoins, après que les âmes aient reçu ces Kélim d’après toutes leurs conditions, ces dissimulations deviennent des révélations, pour l’atteinte des âmes. Les Kélim incluent deux discernements contraires, qui sont un. Car la mesure de révélation dans le Kli est tout-à-fait égale à la mesure de dissimulation dans le Kli, et plus le Kli est épais, plus il dissimule Atsmouto, et révèle un degré supérieur. Et donc ces deux opposés sont un. Et les lumières dans les Sefirot se réfèrent à la mesure du niveau adéquat à apparaitre pour l’atteinte des âmes. Car tout s’étend de Atsmouto, et il n’y a pas d’atteinte en Lui, mais uniquement dans les qualités des Kélim, comme ci-dessus, et donc il y a forcément dix lumières dans ces dix Kélim, à savoir dix degrés de révélation pour les receveurs dans les qualités de ces mêmes Kélim. De sorte qu’on ne peut différencier Sa lumière et Son Essence que par Son Essence il n’y a pas d’atteinte ni perception quelles qu’elles soient, sauf pour ce qui nous vient de Lui à travers son revêtement dans les Kélim des dix Sefirot, et de ce point de vue tout ce qu’on atteint est dénommé « lumières ».

Source : http://www.kabbalah.info/fr/bibliothèque-de-kabbale/baal-hasoulam-articles/introduction-à-la-préface-de-la-sagesse-de-la-kabbale

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