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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 04:54

Soucieux que le "vent profane" ne souffle pas dans le "Temple", "l'Ordre Maçonnique" s'interdit en loge, toute polémique sur des sujets ayant trait à une religion et tout débat politique ou social. "Le Grand Architecte de l'Univers" est conçu comme symbole de l'amour, de l'infini et de la perfection, liant entre eux, tous les membres de la confrérie par delà les concepts religieux, métaphysiques ou philosophiques de chacun. Il est le symbole essentiel compréhensible à tous par lequel la "Franc-Maçonnerie" affirme la dimension spirituelle de la Vie.
Selon les principes décrits ci-dessus, la Franc-Maçonnerie serait plutôt un ordre philosophique et moral qu’une religion. Mais est-ce vraiment le cas ? Catéchèse ou moralisme ?

Y a-t-il une spiritualité maçonnique?

La franc-maçonnerie est divisée plus ou moins en deux blocs distincts : l'une est d'essence anglo-saxonne (plutôt théiste) et l'autre est latine et plus particulièrement francophone (plutôt laïcs). La franc-maçonnerie anglo-saxonne se distingue des loges françaises en ce sens que la première a toujours été proche de l'"Establishment" et de la Monarchie, alors que la seconde a toujours affectionné les valeurs démocratiques et républicaines. En gros, cela signifie, que les francs-maçons britanniques et américains sont plus enclin au "conservatisme" qu'entretiennent la bourgeoisie et l'aristocratie au pouvoir, celles-ci croyant néanmoins en l'existence d'un "Grand Architecte de l'Univers" (ou en un Dieu créateur qui a un plan bien défini pour l'humanité), alors que les francs-maçons français sont plutôt enclin au "libéralisme" que véhicule le système démocratique humaniste et laïque qui ne croit pas nécessairement en l'existence d'un quelconque créateur de l'univers.
En fait il existe des loges pour satisfaire toutes les croyances. Ce n’est donc pas la foi ou l’athéisme qui unit les francs maçons entre eux mais un rituel ésotérique et symbolique qui est à peu de choses près le même dans toutes les loges. Si ce rituel prend une connotation spirituelle alors le "Maçonnisme" est une religion. C’est l’objet de cette étude, en faire la démonstration !

En quête d’élévation.

Les philosophes qui se sont fait recevoir Francs-maçons n’ont pas manqué de distinguer dans l’Ordre maçonnique une spiritualité indépendante de l’organisation fonctionnelle, et ils ont appelé « Maçonnisme » ce qui est du domaine de l’esprit par opposition à la Maçonnerie, vaste association matérialisée. Le Maçonnisme est à la Maçonnerie ce que le Christianisme en sa pureté concevable est par rapport aux églises chrétiennes, ou plus spirituellement la notion d’Epouse de Christ par rapport aux dénominations. La différence est donc dans l’esprit et lui seul.
Au corps, cependant, se rattache une âme, même et peut être surtout quand il s’agit d’une corporation, d’une collectivité permanente. En Maçonnerie, le Maçonnisme représente l’esprit, qui souffle où il veut et ne se laisse pas emprisonner dans l’enceinte des loges. Celles-ci retiennent plus facilement l’âme de la maçonnerie, si bien qu’il y règne une certaine fraternité. Un corps uni par même esprit.
Le symbolisme ésotérique qui demeure une langue morte pour la grande masse des francs-maçons actuel, ignorent tout des origines lointaines et occultes des symboles qu’ils utilisent. Si correcte que puisse être cérémoniellement leur initiation, les récipiendaires se comportent souvent passivement à l’égard du cérémonial, dont le rôle est de confondre l’esprit du néophyte. Même incompris de ceux qui en sont chargés, l’enseignement ne perd rien de son efficacité spirituelle, dès lors qu’il imprime sa marque aux initiés. Ceux-ci, insensibles à l’ésotérisme du rituel, sont néanmoins sous la domination de forces occultes qui les influencent directement. Les gestes sont accomplis et les paroles prononcées, liant spirituellement les maçons qui souvent ne se contentent que de l’extériorité des mystères sacrés, oubliant toute la profondeur du coté mystique des rites des loges, à la grande satisfaction de celui qui se cache derrière tous ces symboles.

Aucune association ne fait autant parler d’elle que la Franc-Maçonnerie. On sait que des secrets sont confiés aux Francs-maçons, qui, lors de leur initiation jurent de les garder inviolablement. Pour connaître ces secrets, des hommes de tous les pays, de toutes les races, de toutes les religions et de toutes les conditions sociales se sont fait initier depuis 1717, date de l’institution de la Franc-maçonnerie sous sa forme actuelle.

Selon les francs-maçons, jusqu’au XVIIIe siècle, on avait cherché le salut des hommes dans la communauté fraternelle de leurs convictions religieuses. Les religions avaient propagé des croyances rivales et chacune se considérait comme la seule vraie ; d’où contestations, discordes véhémentes et guerres désastreuses. Le fanatisme religieux étant envisagé comme responsable de tous ces maux, les partisans de la conciliation reconnurent indispensable de propager la tolérance. Cette vertu philosophique devait tempérer l’absolutisme de la foi. A celui qui croit avoir raison, elle fait admettre que les autres n’ont pas tort à leur point de vue, d’où respect de personnes justifiant par leur conduite les principes inspirateurs de leurs actes. Qui agit bien ne saurait penser mal en sa conscience, quelles que soient ses théories. C’est sur ce postulat que les maçons prirent leur essor et investirent tous les compartiments de la société humaine occidentale moderne.
Sur de telles bases il devient facile d’éloigner les hommes de la foi et du message de la Bible qui ne l’oublions pas est avant tout un message d’amour entre Dieu et les hommes. L’ « amour » maçonnique se porte donc en concurrent direct de celui de Dieu qui serait la cause indirecte des divisions et la querelle dans le genre humain. Il convient donc de fournir aux hommes un substitut fraternel que la religion classique ne saurait donner.

Bref historique

A la Renaissance, l'Europe recueille tout un héritage ésotérique venant de l'Antiquité. L'alchimie, la kabbale, l'astrologie, la sorcellerie et la magie connaissent un grand développement dont le Rosicrucianisme marque l'aboutissement au XVIIe siècle. Ce mouvement est à mettre en parallèle au vent du renouveau spirituel qui prend naissance en Europe lors de la Réforme dans la période de la Renaissance sous l'impulsion de dissidents catholiques tels que Martin Luther puis Jean Calvin. A ce renouveau spirituel le diable répond par une contre-réforme alliant ésotérisme, religion et science occulte, pour amener l'humanité vers une aube nouvelle de bonheur, de fraternité et de paix satanique. Ces idées se cristallisent autour du mouvement rosicrucien,
Sur le plan historique, la Franc-Maçonnerie naîtra un siècle plus tard en Angleterre et reprendra les idées de la réforme rosicrucienne. C'est ce qui explique pourquoi certains auteurs, comme J. G. Buhle en 1804 ou Thomas de Quincey en 1824, voient en elle une émanation de la Rose-Croix. Sans procéder directement de la Rose-Croix qui a fleurit au siècle précédent, elle se développe dans un terreau préparé par le Rosicrucianisme. Quelques années après sa naissance, la Franc-Maçonnerie intègrera d'ailleurs un grade de « Chevalier Rose-Croix », puis en vient même à créer plusieurs mouvements rosicruciens, scellant ainsi la fusion occulte des deux ordres. Il est donc plus que probable que la franc-maçonnerie ne soit pas un prolongement des corporations médiévales, mais bien une réponse occulte au renouveau spirituel lié à la réforme protestante de Luther, puis celle de Wesley en Angleterre qui initia le mouvement de réveil Méthodiste et qui mènera encore un siècle plus tard à celui du grand réveil de la Pentecôte. Le maçonnisme n’étant que le pendant occulte des réveils chrétiens en Angleterre et en Amérique.

Quelques principes fondamentaux de la Franc-Maçonnerie.

Toutes les loges régulières du monde adoptent des principes et des règles traditionnelles communes. Principes de base définis par la Grande Loge d'Angleterre "Loge Mère du Monde". Parmi les plus remarquables se trouvent :

La Franc-Maçonnerie affirme l'existence de Dieu, Etre Suprême qu'elle désigne sous le nom de Grand Architecte de l'Univers. Elle requiert de tous ses adeptes qu'ils admettent cette affirmation. Cette exigence est absolue et ne peut faire l'objet d'aucun compromis, ni d'aucune restriction. La Franc-Maçonnerie ne définit pas l'être suprême et laisse à chacun la liberté de le concevoir.

Tout travail maçonnique se fait "A La gloire du grand architecte de l'univers" et en présence des trois grandes lumières de la Franc-Maçonnerie : le volume de la loi sacrée (la Bible) sous l'équerre et le compas, sur lesquels sont prêtés tous les serments et obligations.

Que la discussion de sujets politiques ou religieux soit strictement interdite au sein de la Loge.

Les trois premiers grades sont ceux de : Apprenti, Compagnon, et Maître, des loges bleues (degrés de base de la maçonnerie)

Les Francs-Maçons ont adopté certains symboles qui sont tous empruntés a l'art de bâtir : le tablier de peau, la truelle, l'équerre, le compas; ils sont distribués en un certain nombre de petites assemblées dites loges, présidées chacune par un vénérable; le lieu dans lequel ils se réunissent est appelé temple, en mémoire du temple de Salomon. Ils reçoivent, selon qu'ils sont plus ou moins avancés dans l'initiation, des grades divers, dont le nombre peut aller jusqu’à 33; mais il n'y a que trois de ces grades vraiment essentiels, ceux d'apprenti, de compagnon et de maître, entre lesquels dans la plupart des pays d’Europe continentale, l’intervalle minimum est d’une année. En Angleterre, cet intervalle minimum est de quatre semaines. Aux Etats-Unis, il peut n’être que de quelques heures.

Pour bien comprendre le "catéchisme" maçonnique et ses rituels occultes il faut comprendre le sens caché des rituels des trois premiers degrés.

L’Apprenti au premier degré

Conformément à la tradition immémoriale de l’ordre et par référence aux enseignements des rituels, le volume de la loi sacrée, ouvert sur l’autel des serments, est la Bible, considérée non comme la description d’un Dieu révélé, mais comme un livre sacré symbole de haute spiritualité. Les frères dont la religion se réfère à un autre livre sacré ont toute licence de prêter serment sur cet autre livre. Le serment d’admission, dans le rite, doit être pris sur les trois grandes lumières : le volume de la loi sacrée, l’équerre et le compas. Une grande loge régulière doit exiger que tout nouveau membre prenne son obligation sur le volume de la loi sacrée. Le rite d’initiation ouvre donc à l’apprenti les portes du temple, après cooptation par un "frère", qui découvre alors un nouvel univers, très symbolique.

La première initiation qui le mènera des ténèbres vers les flammes de l’épreuve du feu, ne sont qu’une image de l’enfer par excellence qui débute par l'épreuve de la Terre. Enfermé dans une pièce généralement située au sous-sol et dont les murs sont peints en noir, le candidat doit rédiger son testament (la mort), après avoir répondu à trois questions qui portent sur les devoirs de l'homme envers lui-même, envers sa famille, envers l'humanité. Il est ensuite conduit les yeux bandés, une corde au cou, le bras gauche, le sein gauche, le genou droit découverts, le pied gauche en pantoufle. Il a dû remettre tous ses objets métalliques : stylo, clefs, argent. Ainsi dépouillé, il prononce un premier serment, boit une gorgée d'eau pure, puis un breuvage amer, « symbole de l'amertume et du remords » qui seraient son lot si jamais il ne respectait pas son engagement. Alors commencent les voyages. L'épreuve de l'Air. Au milieu d'un grand vacarme, le postulant est entraîné dans un parcours parsemé d'obstacles ; il doit marcher sur une planche à boules, puis une planche à bascule. L'épreuve de l'Eau. De l'eau est renversée sur Le candidat. Mais le trajet est moins difficile, les bruits s'estompent : seuls des cliquetis d'épées se font entendre. « Nous avons voulu vous faire comprendre que les obstacles s'aplanissent sous les pieds de l'homme qui persévère dans les chemins de la Vertu », déclare alors le Vénérable. L'épreuve du Feu. Le terrain est libre, aucun bruit ne se fait entendre. Ce silence a lui aussi une valeur symbolique : « Si l'on persévère résolument dans la vertu, la vie devient calme et paisible. » Et les flammes, dont l'initié sent la chaleur, sont le complément de sa purification. Une fois rhabillé, le néophyte est enfin solennellement intronisé et reçoit le tablier d'apprenti franc-maçon. Le testament qu'il a rédigé est détruit.

Dans le temple l’apprenti découvrira alors les colonnes du temple, "Boaz" et "Jakin", "la voûte étoilée", le "pavé mosaïque" ou encore une troisième colonne nommé "beauté" et "l’étoile flamboyante". C’est au niveau des premiers symboles que déjà s’infléchie l’orientation spirituel de l’apprenti qui sera mis en contact avec les premiers éléments païens et occulte des rites et symboles maçonniques.

La découverte du temple

Les "deux colonnes" reproduction de celles du temple de Salomon, ne sont en fait que les copies des deux piliers situés devant le temple de Melqart à Tyr : les fameux Jakin et Boaz (les colonnes J et B). Quand on sait que Melqart ou Baal-Melqart est une abréviation de Mélekh-Karth, qui signifie roi de la ville, c'est-à-dire de Tyr, le ton est déjà donné, car la Bible sur laquelle l’apprenti aura prêté serment nous enseigne que le roi de Tyr dépeint en Ezékiel 28, n’est en fait qu’une allégorie de satan lui-même. L’origine des colonnes devant le temple de Salomon n’est à mon sens d’aucune inspiration divine, car l’entrée du Tabernacle, modèle du temple de pierre de Salomon ne comportait pas ces deux colonnes ou piliers en face de lui. Cette idée ne peut venir que du roi de Tyr ou du fondeur Hiram lui-même né d’un père tyrien. Ces deux colonnes tyriennes renvoient en fait aux deux faisceaux de roseaux de la porte-vulve de la déesse Ishtar. Mais ça continue de plus belle…

La "troisième colonne". Nommée "beauté" elle pousse l’idolâtrie un cran plus haut encore. De style corinthien cette colonne est la plus aboutie car elle achève par son style la culture grec et annonce celle des romains qui reprendront à leur compte ce style pour leurs colonnes, perpétuant dans leurs formes le culte de la déesse mer/mère. Si les deux premières colonnes représentent l’entrée du temple la troisième représente la divinité elle même, la déesse de la beauté, Vénus/Aphrodite. Vénus née de la mer qui renvoie à Aphrodite, Astarté, Asherah "dame de la mer" Ashratum / Ashratu, Asherdu chez les hittites. et les sumériens Athirat appelée "Athirat de la mer" ou aussi traduit "elle qui marche sur la mer", elle est "Mère de tous les dieux" comme Tiamat le serpent ancien qui lui représente la mer et d’où viennent tous les dieux.
Asherah, la déesse protectrice de Tyr, est le nom sous lequel la déesse cananéenne Anat-Astarte apparaît dans la Bible et paraît renvoyer, dans la forme de pluriel masculin à l’hébreu Asherim, soit à des arbres ou des clairières consacrées, d’où le culte à un poteau, un pilier ou un arbre sacré. Enfin, suivant une autre ligne d’influence, le culte d’une pierre ou d’un poteau sacré, connus dans la religion sémitique sous le nom de masseba ou de nosb, paraît avoir été importé ou du moins partagé avec la Crète minoenne et les peuples égéens, où le pilier était une représentation de la grande déesse sous la forme d’un arbre stylisé. Asherah est sous sa forme d’arbre ou de colonne dressée une image de "l'arbre de vie" ou plutôt comme nous allons le découvrir plus loin l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

La "voûte étoilée" représentant le ciel, avec le soleil, la lune et l’étoile ne sont que la représentation symbolique des dieux majeurs du panthéon babylonien, Shamash, Sin et Ishtar, représentés sur la partie haute du kudurru babylonien de Melishipak par exemple.
Il faut également rappeler que dans la cosmogonie babylonienne le ciel est une des parties du serpent ancien Tiamat tué par le dieu Marduk qui fendit le cadavre de Tiamat après sont combat victorieux, " comme un poisson séché "; dont une moitié va tapisser le ciel et l'autre soutenir la terre. « Et le voici qui créé le monde tel qu'il se présente. Sur la nouvelle voûte céleste, il fixe le chemin du soleil, de la lune et des étoiles ». D’une certaine manière donc, les symboles célestes comme les étoiles, la lune et le soleil sont directement associés au serpent ancien qui leur donna vie.

Le "pavé mosaïque", est un damier noir et blanc placé au centre du temple de la loge. Ce damier, par la présence du noir et du blanc, symbolise l’omniprésence, en tout, des opposés. En franc-maçonnerie il est un discours couramment admis selon lequel, toute pensée, toute idée contient en même temps son contraire, comme « le bien » ne peut se concevoir que par opposition « au mal ».

Nous avons donc un condensa de symboles païens et occultes qui ornent les temples maçonniques. Le serment prêté sur la Bible n’est donc qu’un artifice trompeur servant à donner une légitimé sainte et reconnue comme universelle à une religion dont le fond est inspiré par le diable, comme le démontre avec force et sans ambages les degrés suivant du compagnon et du maître.

Le Compagnon au second degré.

Le grade du Compagnon est intimement lié au nombre cinq, nombre directement lié à l’étoile à cinq branches, le pentacle. Le but du rituel est d’allumer cette étoile pour qu‘elle devienne "l’étoile flamboyante". Le rituel impose cinq voyages initiatiques au terme desquels un des cinq cierges en forme de pentagramme disposés à coté de l’autel principal sera successivement allumé dans un ordre précis. Au cours du troisième voyage, l’étoile placée à l’orient est allumée : c’est l ‘apparition de "l’Etoile Flamboyante". Puis vient la consécration du nouveau compagnon, cinq coups de maillets seront frappés sur l’épée flamboyante tenue au dessus de sa tête. Après la consécration du compagnon et pendant son instruction sur son grade en dehors du temple, les lumières des bougies de l’étoile son éteintes et "des épis de blés" sont distribués à tous les Frères…

Je suis intimement convaincu que seul les niveaux les plus élevé de l’ordre ont une notion de l’acte de folie qu’ils viennent de commettre. Car qui d’autre qu’Helel ben shakhar, astre fils de l’aube (l’astre décrit en Esaïe 14 : 12.) et traduit incorrectement par "astre brillant" ou "Lucifer", se cache sous la forme trompeuse de l’étoile flamboyante. "L’Etoile Flamboyante" n’est donc qu’une des nombreuses variantes de la fausse traduction, étoile brillante ou Lucifer d’Esaïe 14. C’est donc directement au diable que se vouent corps et âmes les francs-maçons dans leur rituel diabolique. Helel en hébreu désigne également Vénus l’étoile la plus brillante dans le ciel, qui renvoie également aux divinités païennes adorées sous cette forme.

Que représente alors le blé ? Le blé représente la semence, la descendance ou la postérité du serpent, le diable. Comme le clame l’Eternel en Genèse 3 : 15 Je mettrai une inimitié entre toi (le serpent) et la femme (l’Eglise véritable), entre ta semence (postérité) et sa semence (postérité): celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.
Bar en hébreu signifie le fils et germe de blé, ce symbole reprit par satan dans le rituel maçonnique affirme avec force que désormais le compagnon maçon devient un fils du diable de la postérité du serpent. C’est aussi pour cette raison que les déesses mères derrières lesquelles se cache satan sont pour la plupart également des déesses de la fertilité et des moissons. Cette fois c’est la partie basse du kudurru de Melishipak qui nous révèle l’origine babylonienne du rituel.
Comme représenté sur l’image ci-contre on peut lire de gauche à droite dans la partie la plus basse, la semence du serpent est la vie.
La gerbe ou la semence représente le Dagon de la bible, dont le nom dans les langues sémitiques occidentales signifie « grain », le serpent dont est issu la semence est à l’origine de tout et la parèdre de Dagon son épouse Ishara le scorpion (qui était la déesse chaldéenne de la guerre et de la fertilité), symbolise la mère qui donne la vie, mais qui sous le signe du scorpion mène en fait à la mort. Cette Ishara par syncrétisme se fondra plus tard dans le culte Ishtar/Astarté.
Comme on le voit les vérités bibliques se retrouvent dans les traces archéologiques des cultes mésopotamiens dès l’aube des civilisations jusqu’à nos jours, avec une constance dans les rituels qui ne varient presque pas dans leurs formes si ce n’est dans leur fond.

Un «G » (signifiant gnose, "connaissance") est inscrit au centre de l'étoile. Là encore il faut revenir à l’hébreu pour confondre l’adversaire caché dans son étoile. Connaissance revêt deux significations en hébreu, c’est la connaissance lié au savoir et l’érudition mais également signifie aussi l’union dans un même corps, comme Adam qui connu Eve et elle enfanta. Dans ce sens également le diable affirme que les maçons forment un corps uni par le même esprit à leur dieu. La lettre « G » signifie aussi pour les maçons géométrie, soit un fondement de toute leur science, qui agit comme une clé pour ouvrir le monde de la métaphysique et sa compréhension. G signifie aussi pour eux, gravitation, génération, génie et par la septième lettre de notre alphabet le G de God (Dieu en anglais).

En associant les différents symboles présents dans le temple, "le grand architecte" qui oeuvre dans l’ombre reconstitue de manière symbolique la genèse spirituelle des hommes avec leur dieu. En effet comme dans le jardin d’Eden un arbre est planté (la colonne de la beauté), qui lie la connaissance (la gnose) au bien et au mal (le pavé mosaïque). Présenté comme l’arbre de vie il est en fait l’arbre de la connaissance du bien et du mal qui mène à la perdition et la mort, comme le démontre le troisième grade, celui du maître.

Le Maître au troisième degré.

Le rituel au troisième degré mènera le compagnon au grade de Maître. Pour ce faire le récipiendaire devra s’identifier à Hiram le fondeur des colonnes et ustensiles en bronze du temple de Salomon.
la vie et la mort d'Hiram, enrichies par les légendes, deviennent un mythe initiatique qui inspire le rituel maçonnique. D'après le récit mythique, Hiram fut assassiné à la fin des travaux du Temple par trois compagnons pour avoir refusé de les initier aux secrets de son art. Ces trois hommes, postés à une porte différente du Temple, lui réclamèrent, sous la menace, la parole secrète. Hiram se tut, estimant que le temps n'était pas venu. Le premier le frappa d'un coup de règle sur la gorge, le deuxième d'un coup d'équerre de fer sur le sein gauche et le dernier l'acheva d'un coup de maillet sur le front. Les compagnons enterrèrent le maître sans connaître le secret.
Dans les cérémonies maçonniques, le récipiendaire au titre de Maître s'identifie à Hiram : pour cela il doit d'abord « mourir » pour renaître, investi des qualités du Maître. Ainsi, la Franc-Maçonnerie reconnaît en Hiram un maître fondateur.
Il serait naïf de croire que le mythe d’Hiram se rapporte au seul fondeur de bronze fils d’une veuve de la tribu de Dan. En fait Hiram était également le roi de Tyr fils d’Abibaal qui régna sur Tyr de 968 à 935 et dont le nom signifie "mon père est Baal", et Hiram signifie "frère exalté". Pas étonnant donc que les maçons soient tous des frères dont le maître et seigneur (Baal signifie seigneur) est le roi de Tyr (Ezékiel 28), soit satan lui-même.
Le rituel de la résurrection d’Hiram n’est en fait qu’une parodie occulte du baptême chrétien qui lie dans la mort le nouveau maître maçon à son dieu, le diable.

Hiram étant dans la légende maçonnique éponyme une allégorie de Jésus de Nazareth, le tombeau d’Hiram était donc une allégorie pour désigner le sépulcre de Joseph d’Arimathie dans lequel ce dernier, aidé de Nicodème, avait placé le corps défunt de Jésus de Nazareth (Mt. 27,57-60 ; Jn 19,38-42). « Dans la chambre où se fait cette cérémonie, on trace sur le plancher la loge du maître qui est la forme d’un cercueil entouré de larmes. Sur l’un des bouts du cercueil on dessine une tête de mort ; sur l’autre, deux os en sautoir ; et l’on écrit au milieu JEHOVA, hwhy. Devant le cercueil on trace un compas ouvert ; à l’autre bout, une équerre ; et à droite, une montagne sur le sommet de laquelle est une branche d’acacia.
La légende maçonnique du meurtre d’Hiram par trois mauvais compagnons étant une allégorie de la Passion/résurrection de Jésus de Nazareth condamné à mort par trois hommes : Caïphe, Hérode, et Ponce-Pilate. Dans le contexte de cette référence de la légende d’Hiram à la Passion de Jésus de Nazareth, les larmes du tableau de loge de maître renvoyaient aux larmes de l’apôtre Pierre (Mt. 26,75), aux larmes des disciples de Jésus (Mc 16,10), aux larmes des femmes de Jérusalem (Lc 23,27-28), ainsi qu’aux larmes de Marie de Magdala (Jn 20,11.13.15). La tête de mort Dans le contexte de la référence de la légende d’Hiram à la Passion de Jésus de Nazareth, la tête de mort du tableau de loge de maître renvoyait à la mention évangélique du Golgotha (la forme grecque pour le mot araméen gulgota signifiant crâne) où Jésus fut crucifié et mourut.
Les deux os en sautoir (c’est à dire en forme de croix : référence probable à la croix de Jésus de Nazareth).
Le nom divin hwhy se rapporte également directement à Jésus-Christ par le verset de Jean 14:8 « Philippe lui dit: Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit 9 Jésus lui dit: Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu a vu le Père; comment dis-tu: Montre-nous le Père? »
Dans les catéchismes maçonniques antérieurs, le compas symbolisait YHVH et l’équerre la croix de Jésus de Nazareth.

Quand on étend le récipiendaire sur le tombeau d'Hiram, qu’on le couvre d'un drap noir, et qu’on lui met sur la tête un linge blanc ensanglanté qui était sur la tête du dernier maître, c’est bien d’un rituel parfaitement religieux qu’il s’agit, copié sur celui véritable du baptême dans le Seigneur Jésus-Christ.

Agape fraternelle

Le banquet ou « agape fraternelle », est une des plus vieilles et des plus solides traditions maçonniques. La tradition s'est maintenue. Chaque tenue est suivie - obligatoirement d'un banquet ou « agape fraternelle » .
La plupart des agapes sont de simples banquets d'ordre réunissant les titulaires de tel ou tel grade, mais à tous les grades de Rose-Croix, il existe une cérémonie spéciale, l'agape du Jeudi Saint, banquet d'ordre d'un type spécial au cours duquel les Chevaliers consommentl'Agneau traditionnel.
Mais il y a plus fort dans l'impiété. Chaque année, dans la nuit du Jeudi Saint au Vendredi Saint, a lieu un banquet auquel tous les Rose-Croix sont tenus d'assister. Dans ce banquet , sur la table disposée en forme de croix, est apporté un agneau rôti, dont la tête est surmontée d'une petite couronne d'épine et dont les pieds sont traversés chacun par un clou. Cet agneau est placé au centre de la croix, tourné sur le dos et les pattes de devant écartées. Il n'y a pas à s'y tromper : il représente la victime du calvaire. Le président du banquet sacrilège coupe la tête et les pieds de cet agneau et les jette dans un fourneau allumé. Il les offre ainsi en holocauste à Lucifer, adoré par les Rose-Croix sous la forme du feu.... Après le baptême la sainte-cène occulte !

Ajoutons en passant que les Rose-Croix sont les espions attitrés des loges. En entrant dans le 19° degré, l'initié pénètre dans la maçonnerie noire. Il n' a plus grand chose à apprendre et à partir de ce moment avance-t-il à pas de géant vers le grade de Chevalier Kadosh; c'est l'adoration directe et cultuelle de Lucifer; c'est l'abrutissement progressif par la pratique de la Magie; puis les hommages rendus à satan sous la forme d'un serpent ...

C'est en effet parmi les Maîtres que sont choisis les adeptes capables de s'élever par une suite d'initiation de plus en plus occulte jusqu'au rang de chevalier Kadosh. Kadosh signifie sacré, en hébreu.
C'est au 30e degré seulement , c'est à dire au grade de Chevalier Kadosh, que le Franc Maçon se rend compte du chemin qu'on lui a fait parcourir. On voit dès lors ce que signifie cette expression maçonnique "pratiquer la vertu". c'est tout simplement se livrer à la débauche... Qu'il nous suffise de faire remarquer que la Franc Maçonnerie ajoute aux moyens de perversion qu'elle employait avec les Apprentis, la pratique réglée et louée de la dépravation la plus abjecte. Elle écarte ainsi ses adeptes de leur devoirs religieux et domestiques et prend sur eux une emprise considérable

Un mois après sa réception le nouveau Maître est convoqué à une tenue spéciale au Troisième degré pour communiquer à la loge ses impressions maçonniques. Des frères haut gradés, c'est à dire appartenant au 30 e 31 e 32 ou 33 e degré, assistent toujours à cette séance , car il faut que l'autorité centrale sache à quoi s'en tenir sur le nouveau Maître et s’il est jugé digne il sera appelé aux plus hautes fonctions. C’est à ce niveau que le voile tombe et que la vérité maçonnique est révélée réellement. Les maîtres des plus hauts degrés apprendront au nouveau venu que :"La terre est partagée entre deux camps qui se disputent le pouvoir. Parmi les hommes, les uns sont les enfant d'Adam, ils adorent Adonaï, le Jéhovah auquel Salomon élevait un temple, le Dieu des chrétiens. Les autres - et nous francs Maçons, nous sommes de ces autres là - se regardent comme les descendants de Tubalcaïn et de Caïn, fils d'Eblis, l'ange de lumière Lucifer...nous voulons monter plus haut...venger le grand opprimé...et prendre la revanche d'Eblis notre Père, contre Jéhovah son persécuteur, et nous poussons notre cris de guerre : "Vengeance contre "toi, ô Adonaï"
Enfin s’il est jugé digne d'être reçut Chevalier Kadosh s’achève l’initiation suprême, il frappe à coup de poignard une tête de mort surmontée d'une tiare, représentation de la papauté, et une autre ornée d'une couronne royale, emblème de la puissance civile. Il se prosterne devant Lucifer et brûle l'encens sur son autel.

Le Chevalier Kadosh évoque alors satan suivant les formules du rituel de haute magie; adossé à la hideuse idole du Baphomet templier il brandit son poignard en craint "Nekam, Adonaï! Vengeance contre toi, ô Adonaï". Il récite l'oraison à Lucifer, composé par le F Proudhon.
« Viens, Lucifer, viens ! ô calomnié des prêtres et des rois ! Viens que nous t'embrassions, que nous te serrions sur notre poitrine ! Il y a longtemps que nous te connaissons et que tu nous connais aussi. Tes oeuvres, ô le béni de notre coeur, ne sont pas toujours bonne et belle aux yeux du vulgaire ignorant; mais elles seules donnent un sens à l'univers et l'empêche d'être absurde. Toi seul anime et féconde le travail. Tu ennoblis la richesse, tu sers d'essence à l'autorité; tu met le sceau à la vertu... Et toi Adonaï, dieu maudit, retire-toi, nous te renions ! Le premier devoir de l'homme intelligent est de te chasser de son esprit et de sa conscience; car tu es essentiellement hostile à notre nature, et nous ne relevons aucunement de ton autorité. Nous arrivons à la science malgré toit, au bien être malgré toi, à la société malgré toi; chacun de nos progrès est une victoire dans laquelle nous écrasons ta divinité. ETC… »

Le maçonnisme est donc bien une religion occulte parodiant les rites chrétiens et dont le dieu n’est personne d’autre que le diable, satan. Ceci est d’ailleurs clairement annoncé sur le premier site maçonnique français http://www.franc-maconnerie.org/web-pages/hermetisme/occultisme.htm« la Maçonnerie n'est pas « occultiste » par nature, ce qui n'empêche pas certains de ses adeptes de s'adonner à l'occultisme. La Maçonnerie est tout au plus occulte. » On apprécie la nuance sémantique…

Albert Pike

L'un des plus célèbres Francs-Maçons américains fut Albert Pike (1 809-1891). En tant que Franc-Maçon de haut-grade, Albert Pike exerça son activité sur le Rite Ecossais dont il faisait partie comme " Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil " de Charlestown, de 1859 à 1891. Mais nous savons aussi que Pike fut un haut initié du Palladisme.
Société très secrète, qui se voulait supérieure aux Suprêmes Conseils maçonniques, inconnue des Francs-Maçons de base (ceux des loges " bleues ") et souvent même des plus élevés en grade, le Palladisme " se composait d'émérites qui, selon le procédé classique, devaient exercer leur influence à l'intérieur des loges, et diffuser les consignes par noyautage ". On comprend alors pourquoi Albert Pike fut membre d'honneur de la plupart des Suprêmes Conseils du monde (ce fut en 1889 qu'il reçut cette dignité du Suprême Conseil de France).
Dans Morals and Dogmas of the ancient and accepted Scottish Rite, Albert Pike écrivait déjà:
" La divinité de l'Ancien Testament est partout représentée comme l'auteur direct du mal, dépêchant aux hommes des esprits mauvais et trompeurs... Le Dieu de l'Ancien Testament et de Moïse est ravalé au niveau des passions humaines... C'est une divinité violente, jalouse, vindicative, autant qu'ondoyante et irrésolue ; elle commande des actes odieux et révoltants de cruauté et de barbarie... "
Albert Pike, déclare encore le 14 juillet 1889 aux chefs de la Franc-Maçonnerie universelle, à l'occasion du Centenaire de la Révolution : " Ce que nous devons dire au vulgaire, c'est ceci : Nous adorons un dieu, mais c'est un dieu qu'on adore sans superstition. A vous, Grands Inspecteurs Généraux ; nous dirons ceci que vous pouvez répéter aux frères des 32°, 31°, et 30° degrés : La religion maçonnique devrait être maintenue, par nous tous initiés des hauts grades, dans la pureté de la doctrine luciférienne. "
"Si Lucifer n'était pas Dieu, est-ce qu'Adonaï (le Dieu des chrétiens) dont les actes prouvent la cruauté, la perfidie, la haine de l'homme, la barbarie et l'aversion pour la science, est-ce qu'Adonaï et ses prêtres le calomnieraient ? ".
"Oui, Lucifer est Dieu, et malheureusement Adonaï aussi est Dieu.
Car la loi éternelle est qu'il n'y a pas de lumière sans ombre, pas de beauté sans laideur, pas de blanc sans noir, car l'absolu ne peut exister que par deux dieux, l'obscurité étant nécessaire à la lumière pour lui servir de repoussoir, comme le piédestal est nécessaire à la statue, et le frein à la locomotive...
La doctrine du Satanisme il faut comprendre : " la doctrine qui présente Satan comme un être malfaisant " est une hérésie, et la véritable et pure religion philosophique est la croyance en Lucifer, l'égal d'Adonaï; mais Lucifer, le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien, lutte pour l'humanité contre Adonaï, le Dieu de l'obscurité et du mal."

Conclusion

Devenir franc-maçon est loin d’être un jeu ésotérique et philosophique qui doit vous aider à devenir meilleur. En devenant maçon vous entrez de plein pied dans la religion occulte et trompeuse de satan lui-même, qui vous conduira par rituels successifs jusqu’à vous identifier à Hiram le fondeur, assimilé en fait à Caïn le forgeron semence du serpent et meurtrier d’Abel semence véritable de Dieu. Comme Caïn fut amené par son père le diable à bâtir des villes et développer les sciences, les arts et la religion polythéiste qui masque les faces cachées du diable, le franc-maçon sera appeler à pérenniser et achever l’œuvre diabolique commencé par les sumériens, qui consista à bâtir une civilisation industrielle, urbaine, religieuse et matérialiste où le Dieu véritable n’avait plus sa place et qui fut anéantit sous les eaux du déluge.

Aucun chrétien ne peut prétendre être né de nouveau et être franc-maçon et je dirais même qu’en devenant franc-maçon on cesse d’être chrétien en pêchant contre le Saint-Esprit, anéantissant en soi l’œuvre de rédemption de Jésus-Christ.
Aucun pasteur digne de ce nom ne doit avoir un franc-maçon dans son église de peur de corrompre le corps Saint de son assemblée en ouvrant grande les portes aux forces occultes qui sévissent dans le "temple" maçonnique. Il va sans dire qu’aucun ministère en Christ est compatible avec la religion maçonnique, ce qui serait une abomination aux yeux de Dieu.

Cela ne veut pas dire qu’un franc-maçon est irrémédiablement condamné aux flammes de l’enfer. Si un chrétien remplit du Saint-Esprit ne peut devenir franc-maçon, un franc-maçon peut devenir un chrétien véritable régénéré et sanctifié par le sang du Christ. Pour peu que sincèrement vous vous approchez de Dieu dans la repentance en demandant pardon ouvertement en brisant la loi du secret et rejetiez l’Ordre en abandonnant et détruisant tous les symboles, livres et pratiques liés au maçonnisme, alors la régénérescence en Jésus-Christ est possible. Car aucun serment, contrat ou pacte même signé de son sang ne saurait être supérieur à celui que versa Dieu lui-même sur la croix et qui vous délivre de tout péché.


1 Jean 5:4 parce que tout ce qui est né de Dieu triomphe du monde; et la victoire qui triomphe du monde, c'est notre foi(en Jésus-Christ).

Source : hthttp://lettrealepouse.free.fr/breves/LAE9.htmtp://lettrealepouse.free.fr/breves/LAE9.htm

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Published by Schoenel - dans Planches
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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 05:28

L’initiative, à vrai dire assez « osée » du Grand Aumônier du Grand Prieuré des Gaules qui, en publiant sur son blog un article intitulé « Pourquoi des aumôniers en maçonnerie ?« , vient enfin de révéler clairement qui se cachait derrière l’activité pseudonyme « d’A Tribus Lillis », a de quoi faire sursauter et prête également à sourire.

D’abord elle contredit catégoriquement les directives du Grand Maître de son obédience, qui a demandé solennellement, lors de la saint Michel 2012, que cessent les activités polémiques sur une toile regardée à ses yeux comme le lieu de tous les dangers, faite selon-lui, de «tubal-outils » (sic) : « Les réseaux sociaux, les blogs, tous les moyens de communication mis à notre disposition aujourd’hui, ne sont pas les meilleurs témoins des vérités qui nous habitent et que nous devons répandre. L’instantanéité, la rapidité, le manque de recul et le mépris du temps n’en font pas le terrain idéal de l’expression du Verbe, mais bien du small talk….ne croquons pas de cette ‘‘Apple’’ –là. » (Bruno i.O. Eq. Ab Ardenti Corde, Discours de la saint Michel, Cahiers Verts n° 7, sept. 2012).

Mais en plus elle avance des propositions proprement ahurissantes.

En effet, l’entreprise de cléricalisation du G.P.D.G., mise à mal par des déclarations de Jean-Baptiste Willermoz lui-même, qui prévint toujours constamment dans de nombreux courriers contre la place trop grande à accorder aux ministres de l’Eglise et à ne surtout jamais mêler Classe symbolique et religion, a de quoi poser un sérieux problème au principal concepteur du projet. (cf. Lettre à Achard, Lyon, le 23 Pluviose An 13, finie le 8 Ventose(17 au 27 février 1805), B.M. Lyon, MS 5456 / Lettre à Bernard de Türckheim, 3 février 1783).

Elle s’oppose surtout aux positions constantes du fondateur du Régime rectifié, et à ce que soulignent à de nombreuses reprises les rituels de l’Ordre, singulièrement oubliés par l’actuel Aumônier du G.P.D.G.

a) Les assertions fantaisistes d’A Tribus Lillis

Tout d’abord faisons justice à quelques assertions comiques :

- 1°) Que cette « Aumônerie » du G.P.D.G., date de 2005 selon les actuels Statuts de cette obédience, ne lui confère pas un degré particulier de légitimité. Au regard de l’histoire du Régime fondé en 1778, soit il y a 234 ans, c’est peu, pour ne pas dire strictement rien du tout !

- 2°) Que les Grands Capitulaires démissionnaires, fondateurs avec des Frères d’autres juridictions rectifiées du Directoire National Rectifié de France - qui ne se sont jamais livrés à des critiques directes et personnelles contre le Grand Aumônier ni l’église à laquelle il appartient - n’aient pas fait entendre ce qu’ils pensaient de cette Aumônerie en interne ou externe, est une affirmation plus que douteuse, d’autant lorsqu’on sait ce que l’un d’entre eux, fort connu et qui tint une fonction de Porte-parole, ne cessa d’exprimer à l’égard de cette structure tout à fait étrangère à ses yeux aux critères willermoziens, lorsqu’il était interrogé sur le sujet.

Mais l’essentiel n’est pas là.

Il est un élément, avant d’aborder le fond de la question, qui relève lui aussi de la plus haute fantaisie : celui visant à dénier toute autorité à la correspondance de Willermoz, surtout lorsque cette dernière ne va pas dans le sens des petits traficotages opérés par celui, et ceux à sa suite, qui ont pris depuis deux décennies, des libertés inconcevables avec le Régime. Les lettres de Willermoz ne sont pas « circonstancielles », elles participent d’éclairages précieux, de précisions extrêmement utiles pour la compréhension de la façon dont doit être pratiqué le Rectifié, et elles définissent ce que Willermoz voulait vraiment pour le système qu’il fonda.

D’ailleurs l’exemple du « papisme » de Willermoz dans ses échanges avec Bernard de Turkheim est des plus mal trouvés pour étayer la thèse de la valeur nulle de la correspondance sur le plan de l’autorité.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que Willermoz, à propos des dogmes de la religion et des opinions religieuses selon les différentes confessions chrétiennes pour le Régime, s’en est toujours tenu à la même règle : ces sujets sont étrangers à la voie initiatique et n’ont pas leur place au sein du Régime rectifié.

Entrons à présent dans le vif du problème.

b) Un détournement total des textes

A Tribus Lillis, expert en manipulation de textes, essaye de plaider en faveur de son Aumônerie en s’appuyant sur des textes du Régime. Fort bien.

Il faudrait donc consulter le Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France de 1778, pour voir s’il s’y trouve une indication à ce propos. Peine perdue, il n’y a pas une seule ligne, pas la moindre petite allusion sur une quelconque nécessité d’ériger une Aumônerie dans la classe symbolique. En revanche on y trouve une recommandation formelle : « Il est sévèrement défendu de parler en Loge de religion et de matières politiques. » (Art. ch. VIII).

Terrible désaveu des assertions fantaisistes d’A Tribus Lillis !

Que fait donc notre rusé compère pour se tirer de cette situation délicate ?

Tout simplement un tour de passe-passe dont il a le secret en utilisant le texte destiné à l’Ordre Intérieur du Régime, et donc à l’usage exclusif de la classe des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, pour justifier la création de son Aumônerie dans la classe des symboles !

Ainsi, s’engageant dans son exercice favori de détournement des écrits – auquel il a converti un zélé activiste dont il n’hésite pas à faire l’éloge et applaudir la triste besogne – A Tribus Lillis cite jusqu’à plus soif les différents articles du Code Général des Règlements de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (Titre I, Article I & II ; Titre VIII, Chapitre I, Article I & Article IV, paragraphes 1 et 2, Article VIII).

Or, nous sommes bien en face de ce qu’il convient de désigner par son nom, à savoir une totale confusion entre les devoirs respectifs et les attributions des différentes classes de l’Ordre conduisant à une construction aberrante contredisant la logique et l’esprit du Régime Ecossais Rectifié.

Car si l’Ordre des C.B.C.S. fait bien une place aux « Chevaliers réguliers », « Prieurs du clergé » ou « Chevaliers ecclésiastiques » pour les cérémonies célébrées par la classe chevaleresque, ces charges sont réservées exclusivement à l’Ordre Intérieur du Régime et elles non pas à devenir ostensibles dans la classe des symboles.

Rajoutons pour être complet, que ces charges sont d’ailleurs exercées non en un corps constitué sous la désignation « d’Aumônerie » ou autre dénomination ecclésiale, mais uniquement au titre de l’état religieux des membres de l’Ordre, reconnus selon l’office ministériel qu’ils exercent au sein de l’Eglise. Pas plus, pas moins, et point à la ligne sur la question des ministres du culte au sein de l’Ordre !

c) La confusion des domaines conduit à des désorientations graves

Il y a donc grande supercherie de la part d’A Tribus Lillis à soutenir hypocritement : « Ce sont les mêmes fonctions, les mêmes missions que, dans des termes presque parallèles, la Constitution de 2005 du Grand Prieuré des Gaules a conféré aux « Aumôniers des Ordres », mais « modifiées selon l’état actuel de l’Ordre, le génie et les besoins du siècle ». (A Tribus Lillis, Pourquoi de aumôniers en maçonnerie ?, 29 décembre 2012).

Car cette confusion des domaines, dont témoigne la nouvelle Constitution du G.P.D.G. en son Titre VII, entraîne des conséquences terribles sur le Régime et sa vie, nous donnant de comprendre pourquoi un certain nombre de Frères ont décidé de s’éloigner de l’organisation fondée en 1935, et établir – sous le nom de Directoire National Rectifié de France – les bases d’une œuvre refondatrice fidèle à l’esprit de la Réforme de Lyon, en rupture d’avec l’entreprise de déformation cléricale de l’Ordre telle qu’organisée par les dirigeants actuels qui se sont emparés de la vénérable institution du réveil du Régime au XXe siècle.

L’opération instrumentée par A Tribus Lillis au sein du G.P.D.G, depuis de longues années, participe donc d’une manœuvre très malicieuse, visant à introduire une autorité ecclésiastique dans la classe de la maçonnerie symbolique, ceci ayant eu pour effet d’imposer à la logique interne de l’Ordre une hiérarchie religieuse étrangère à la conception willermozienne, qui montre aujourd’hui tout le danger d’une telle construction aberrante et profondément contraire au Régime rectifié, dans les critiques violentes formulées à l’encontre de la doctrine du Régime, et de ceux qui en rappellent les fondements théoriques désignés comme « hérétiques » (sic) et pourvoyeurs « d’erreurs » (re-sic), par le même Aumônier des Ordres, lancé avec ses séides dans une croisade furieuse dont la toile se fait l’écho depuis des mois.

Et cette croisade s’appuie, pour justifier son action missionnaire combative, sur la volonté d’imposer une conception dogmatique de la foi chrétienne à la doctrine du Régime rectifié, doctrine que l’on tente de soumettre aux décisions conciliaires de l’Eglise, ceci en parfait accord avec les fonctions exorbitantes que s’est attribuée abusivement cette Aumônerie : « L’Aumônerie est un organisme national dont la mission est l’enseignement des principes spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes. » (Constitution de 2005 du Grand Prieuré des Gaules, Livre VII, Titre 1).

Inutile d’insister plus avant !

d) Pour un retour aux règles du Régime rectifié

Nous terminerons donc, pour en finir définitivement avec ces tristes manœuvres de corruption de l’esprit du Régime conduisant aux attaques violentes contre la doctrine de ce « christianisme transcendant » dont Joseph de Maistre rappela la valeur, par ces lignes de Jean-Baptiste Willermoz que l’on aurait été inspiré de méditer sérieusement du côté du G.P.D.G., plutôt que de s’engager dans cette folie absolue que représente la création d’une Aumônerie au sein du Régime Ecossais Rectifié, et dont les conséquences sévères apparaissent au grand jour à présent :

« Malgré tous ces rapports de l’institution primitive avec la religion, les lois maçonniques interdisent expressé­ment dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion, de politique, et de toutes sciences profanes.

Cette règle est infiniment sage et doit être bien conser­vée, car nos Loges sont partout des écoles de morale religieuse, sociale et patriotique, où l’on apprend à exercer la bienfaisance dans toute son étendue, et ne sont point des écoles de théologie, de politique, ni d’autres objets profanes.

D’un autre côté, vu la diver­sité des opinions humaines dans tous les genres, ces lois ont dû interdire toutes discussions qui pourraient tendre à troubler la paix, l’union et la concorde frater­nelle.

En supposant même que le terme final de l’institution maçonnique pût donner à ceux qui l’atteignent des lumières suffisantes pour résoudre précisément les questions et discussions religieuses qui auraient pu s’é­lever entre les Frères s’il leur était permis de s’y li­vrer, où serait, dans les Loges symboliques, le tribunal assez éclairé pour apprécier leurs décisions et les faire respecter ? Ainsi donc, nous le répétons, les lois qui interdisent expressément toutes discussions sur ces ma­tières sont infiniment sages et doivent être rigoureuse­ment observées. »

(Rituel du 4e Grade, MS 5922/2 Bibliothèque de la ville de Lyon).

Source : http://semperrectificando.wordpress.com/2012/12/29/pourquoi-ne-faut-il-ni-aumonerie-ni-aumoniers-en-franc-maconnerie/

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 06:22

2 - RER : Quel ésotérisme chrétien ?

Il y a 1 mois, je concluais mon 1er moëllon d’architecture sur «les fondamentaux du RER » par cette citation du recès du Convent de WILHEMBAD en 1782 : " La vraie tendance du Régime Rectifié est et doit rester une ardente aspiration à l’établissement de la cité des hommes spiritualistes, pratiquant la morale du Christianisme primitif, dégagée de tout dogmatisme et de toute liaison avec une Eglise quelle qu’elle soit "...

Bien évidemment, cette rédaction était de la main de Willermoz , deus ex machina qui, comme nous l’avons vu, étant ultérieurement chargé de la rédaction définitive des textes fondateurs par ses mandants que son dévouement à la cause dispensaient de déperdition d’énergie, profita en plus de son exceptionnelle longévité pour interpréter à sa guise son mandat après le décès desdits mandataires.

Il n’en demeure pas moins que cette notion de «Christianisme primitif » dans un Rite dont la particularité exotérique est de se proclamer chrétien dès la réception –seul parmi tous les autres rites tout aussi chrétiens mais qui exigent une initiation- , ce «Christianisme primitif » fondateur demande clarification, notamment par rapport à la gnose chrétienne.

Je vous propose donc ce soir d’approfondir cette notion de Christianisme primitif –ou «originel » selon la formule de Jean Tourniac- qui faisait aussi dire au F\ S\, 33e au REAA et C.B.C.S au RER. qui, en 1910, était de ceux qui réveillèrent en France le Rectifié endormi depuis 30 ans : «Personnellement, j'avoue que le libre-penseur et le libre croyant que j'ai toujours été n'a manifesté en entrant au Rite Rectifié, aucune hésitation ni aucun scrupule lorsqu’on lui a demandé de déclarer qu’il professait l'Esprit du Christianisme, surtout lorsque le Grand Prieuré a ajouté, qu’il s'agissait ici de l’Esprit du Christianisme Primitif résumé dans la maxime : «Aime ton prochain comme toi-même », et que l'Ordre se réclamait de cette morale, qualifiée chrétienne, mais commune à plusieurs religions du passé, à certaines écoles philosophiques grecques ou latines, et qui se résume dans «l'amour du prochain » ...

Ceci évacue quelques confusions basiques du genre religion/confession. A ceux qui douteraient encore, je propose :

Courrier de JBW à la Triple Union datée de pluviôse, ventôse, an XIII (1805)

"… mais les loges doivent être des écoles de morale Chrétienne et non pas de catholicisme." Phrase soulignée dans le manuscrit. Cette citation est précédée de :

" ... que si depuis quelques siècles l'église romaine a eu intérêt de s'approprier exclusivement la dénomination d'Eglise, il n'était pas en son pouvoir d’affaiblir la valeur des paroles de J. C. qui a dit dans l’Evangile : Celui qui croit en moi et qui m'aime de tout son coeur, ne peut pas périr [souligné] ; qu’ainsi Dieu étant au-dessus des jugements humains, c'était à Dieu seul que les sages devaient abandonner le jugement de leurs FF qui trouveraient en son temps auprès de lui le prix de leurs vertus, de leurs erreurs »

Autre courrier de JBW à la Triple Union, 22 prairial an 12 (1804)

[l'Orateur (–c’est moi ;-)]“leur développera la morale maçonnique, qui étant fondée sur la morale chrétienne est utile à tous, mais les temples maçonniques étant ouverts à toutes les confessions chrétiennes, il se gardera de traiter d'aucun des points sur lesquels les opinions sont divisées entre elles, ...”

Last, but not least, quelques extraits de L’INSTRUCTION PARTICULIERE ET SECRETE A MON FILS POUR LUI ETRE COMMUNIQUEE LORSQU'IL AURA ATTEINT L'AGE DE PARFAITE VIRILITE, SI ALORS IL SE MONTRE DIGNE DE LA RECEVOIR, (c’est un titre !) de la main même de notre «père fondateur » JBW en 1818 –il n’avait alors que 88 ans ( !), mais n'étant plus menacé par les pouvoirs cléricaux d'avant la révolution, il s'offre enfin le luxe de s'exprimer en toute clarté ! On adhère ou pas mais au moins savons nous le fond (ou presque) de la pensée willermozienne :

«il s'agit de préparer votre esprit par des explications très peu connues aujourd'hui quoiqu'elles le fussent beaucoup dans les premiers siècles du christianisme, à apprécier dans sa juste valeur la doctrine religieuse et chrétienne (…). C'est là où se trouve l'origine des anciennes initiations secrètes, plus ou moins dégradées (…) suivant le génie des peuples qui les adoptèrent, dont on retrouve des vestiges dans toutes les parties du monde, qui ont même servi de base à la mythologie, qui furent dénaturées partout (…). Il se trouvera sans doute des hommes parmi ceux qui sont aujourd'hui spécialement et presque exclusivement préposés à l'enseignement (…) qui s'étonneront de nous voir placer sur la même ligne (…) l'étude des traditions religieuses écrites et celle des traditions non écrites, secrètement conservées et transmises dans tous les temps avec les plus grandes précautions et parvenues jusqu'à nous »

Sous la plume d’un homme que nous qualifierions aujourd’hui, de «grenouille de bénitier », difficile de comprendre des pensées qui à son époque lui auraient valu l’excommunication !

…Mais pas plus difficile que de comprendre pourquoi le même qui avait placé la charité chrétienne au sommet de son édifice doctrinal ne pouvait se permettre de consacrer tout son temps à ses spéculations que parce que ses canuts étaient enchaînés à leur métier à tisser…

Considéré dans son essence chrétienne, le Rite nous situe au début de la tradition à laquelle il se rattache (le Christianisme et la Maçonnerie), en même temps qu'aux fins ultimes du déroulement cyclique de cette tradition. Or, il y a là, des " possibilités ", au sens guénonien du terme, qui sont encore insoupçonnées lors de la gestation du rite rectifié, sauf peut-être dans la vision quasi prophétique de certains, car il y a une sorte de " prophétisme ", au sens noble du terme, de la Maçonnerie rectifiée résultant de la conjonction des courants biblico-chrétiens et maçonnico-templiers ; un prophétisme découlant de l'ésotérisme du Rite.

Qui dit "ésotérisme" dit nécessairement perspective centrale, indépendante du contexte historique. Ce n'est donc plus le Rite Écossais Rectifié, figé dans une interprétation du XVIIIe siècle, qui nous interpelle, mais ce que ce Rite détient essentiellement et potentiellement par rapport aux conceptions initiatiques de la Maçonnerie et dans le cadre spécifique de l'ésotérisme chrétien. À cet égard, le Christ y est bien évidemment, et même de façon omniprésente, "le Christ". Mais, à ce niveau le plus éminent de tous, c'est la trinité du pouvoir prophétique, sacerdotal et royal du Verbe Éternel qui domine toute perception spirituelle liée à l'aspect strictement ecclésial.

À ce degré de connaissance, le Messie-Rédempteur se révèle dans sa réalité première de "Centre de tous les Centres" selon le terme des litanies, ou de "Lieu des Possibles", deux expressions exprimant la même notion métaphysique. Or, comme le dit Jean Tourniac, qui ne voit qu'illuminé par ce soleil de pure intelligence divine, le Christianisme propre au Rite Rectifié, acquiert un rôle eschatologique –ultime- accordé à la vision prophétique ? Et qu'il évite de se muer en secte religieuse concurrente des églises dans le domaine qui est le leur et où s'exerce leur magistère incontesté.
Je crois d'ailleurs avec Tourniac que les promoteurs du Rite ont envisagé ce danger de "cléricalisation" du Rite et que certains ont même entrevu cette dimension d'un prophétisme extra-temporel. Il y a chez Joseph de Maistre par exemple, un sens du prophétisme qui n'avait pas échappé à l'analyse de R. Guénon, qu’il se réfère au Christianisme né avant tous les siècles et dès lors hors de toute église, et à la "vraie Religion qui a bien plus de 18 siècles et qui naquit le jour que naquirent les jours", ou qu'il recommande de se tenir "prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons à une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs" et d'ajouter "des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés". Le comte dépassait donc amplement les étroitesses exégétiques.

Quant à Willermoz, sa lettre du 3 février 1873 montre qu’il ne sous-estimait pas les périls "sectarisants" du Rite. On en connaît le motif : Willermoz répond aux objections de Salzmann et B. de Turckheim qui souhaitaient la disparition de l'Ordre Intérieur de style trop immédiatement catholique à leurs yeux, mais désiraient conserver la "Profession" :
L'argumentation willermozienne repose sur la nécessité de maintenir, au contraire, des paliers dans l'ascension rectifiée : il écrit : "que ferez-vous de ceux qui ont été mal choisis sinon des ennemis de l'Ordre et de ses principes qui, tout louables qu'ils sont par leur connexion avec la religion n'en deviendront que plus suspects au clergé et au gouvernement ? Comme il arrive aujourd'hui (…) où l'on reproche aux Grands Profès d'être les fauteurs d'une nouvelle secte de religion... et du moment qu'on mêle la religion à la maçonnerie, dans l'Ordre symbolique, on opérera sa ruine... Pour faire fructifier notre régime, nous mettons à découvert ses principes et son but particulier, nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse... ce danger, mes amis, qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on pense…".

Sans doute ce que Willermoz entend défendre dans cette lettre qu’Antoine Faivre qualifie justement de "capitale pour la compréhension du willermozisme", c'est la séparation entre l'ordre symbolique (comprenant le grade de Maître Écossais) et la grande Profession, en étageant, par progression, les affirmations chrétiennes du Rite qui ne culmineront qu'au sommet et au terme d'une montée doctrinale sélective. Nous n'en retiendrons que cette notion du danger de dérive sectaire lié à l'exclusivisme, voire à l’élitisme, périls sous-jacents à la spécificité religieuse du Rite, qu’un fondamentalisme intégriste pourrait oublier en confondant le respect des Rituels et de leur esprit avec l'adoration d'une Écriture Sainte et la vénération du pur littéralisme.

Cette «exotérisation» du Rite est à l’opposé de sa réalité intrinsèquement ésotérique dont Guénon, entre autres, nous a fait connaître la nature cognitive -au sens de la gnose chrétienne, elle-même à l’opposé du gnosticisme hétérodoxe. D’ailleurs, toute la cosmogonie de Martinez de Pasqually peut-être assimilée à une gnose que Clément d’Alexandrie n’aurait pas renié, lui qui illustre avec Origène ce «Christianisme primitif» cher à JBW. Clément d’Alexandrie se propose en effet de nous enseigner «la gnose véritable», celle qui vient du Christ par la tradition apostolique, et que l’étude de l’Ecriture et la vie sacramentelle actualisent en nous. De même, le grand Origène nous parle de cette «gnose de Dieu» que peu d’hommes possèdent et par laquelle Moïse a pénétré dans la Ténèbre divine. Et il faut bien dire que lorsque JBW parle à son fils de traditions non écrites, secrètement conservées et transmises dans tous les temps, il fait directement référence aux textes apocryphes qui, chez les gnostiques chrétiens, constituaient un enseignement secret, conservé et transmis par la tradition orale.

…Mais la gnose en tant que sujet de réflexion nous emmènerait trop loin, trop tard ! La notion même d'ésotérisme chrétien mériterait un morceau d'architecture particulier…

Alors, VM, je me contenterai ce soir d’évoquer une interprétation du Rite qui échappe aux limites temporelles et mentales du milieu historique qui fut le sien en ce siècle, d'ailleurs fort peu traditionnel, de la Révolution française. Cette interprétation affirme tout aussi bien le Nom et la doctrine du Rédempteur, la foi en lui qui découle des rituels de Maître Écossais et de l'Ordre Intérieur, mais se trouve accordée aux données propres à l'ésotérisme et à l'Unité transcendante des diverses religions. D'aucuns qualifieraient cette interprétation d’"abrahamique" en ce qu'elle s'étend aux sémites de chair comme aux sémites en esprit appelés à cette grâce par Celui que révère le Rite Rectifié et qui tire son sacerdoce du Roi-Prêtre Melkitsedeq, ce mystérieux personnage qui n’apparaît qu’une fois dans la bible (Genèse 14 : 8) et dont Guénon fait le père de la "tradition primordiale".
Cette herméneutique du Rite et de sa substance rituelle, cette "sémiologie initiatique" sont à découvrir ultérieurement dans les deux paliers du Rite : l'Écossais de St-André et la Chevalerie de l'Ordre Intérieur. Vous me pardonnerez ce soir de ne pas insister, mais à regret, tant la frontière purement «administrative » entre les 4 grades constitutifs du RER empêche d’en saisir l’évidente logique.

Disons simplement que l'herméneutique de notre Rite nous ouvre à la compréhension de " l'ésotérisme judéo-chrétien " qui le fonde. Exemple auquel nous devrions être sensibles :

Paul (Romains 11, 24) s'adresse aux chrétiens de son temps en ces termes : " Si toi tu as été coupé de l'olivier sauvage et enté contrairement à ta nature sur l'olivier franc, à plus forte raison seront-ils entés - il s'agit des Juifs - selon leur propre nature, sur leur propre olivier".

Certes l'Apôtre a en vue un événement qui touche au prophétisme, mais qui pourrait bien s'appliquer à une période où notre Rite aurait une place de choix, lors de la gloire de l'olive et qu'évoquent peut-être ces paroles de l'Ange à Zorobabel en Zaccharie 4, 11-14 : " Qui sont ces deux oliviers à la droite et à la gauche du chandelier ?...Il me dit : Ce sont les deux fils de l'onction qui se trouvent près du Seigneur de toute la Terre. " On sait que, dans la vision de Zaccharie, le Candélabre soutient sept lampes comme la Menorah, et que ce sont les sept yeux de l'Éternel qui parcourent toute la terre, alors que les deux fils de l'onction ou les deux oliviers sont Zorobabel et Jésus le Grand Prêtre.
Tourniac disait : «Comment ne pas entrevoir alors dans notre Rite une propédeutique à la grande rencontre, à la grande symbiose des deux peuples : juif et chrétien ?»

Quant à l'intériorité doctrinale du Rite en entier, elle découle d'une propédeutique (=enseignement pour apprendre à apprendre) spirituelle, confortée par l'articulation des grades et elle tient dans cette identité, déjà signalée, des Temples de l'Homme, de l'Univers et de Salomon, des Temples terrestres et céleste, avec le "modèle christique" offert par le "divin Réparateur", terme typiquement martinéziste. Antoine Faivre notera justement dans son analyse de l'ésotérisme chrétien: "Au fond Willermoz a obtenu que les cadres de la Stricte Observance Templière servissent à l'enseignement des Coens" et c'est bien pour cela, comme qu'à l'époque de Willermoz la classe secrète de la Profession -qui n'avait point encore disparu- contenait "l'essentiel de la pensée martinéziste".

Rappelons-nous encore que l’identité du Rite est faite de différents apports qui –cas unique et paradoxal- lui donnent sa cohérence. Le rite retient en effet :

- de la Maçonnerie spéculative récemment apparue en Grande-Bretagne, les rituels, mots, signes et l'ésotérisme des constructeurs, l'initiation et les trois grades bien connus,
- de la " Stricte Observance Templière " et d'un Templarisme qui remonte peut-être au chapitre dit de Clermont quant à ses sources lointaines (mais qui prend corps à Unwürde en 1754 et aux Convents d'Altenberg en 1764, Kohlo en 1772, Brunswick en 1775 et Lyon en 1778), une ossature normative pour l'ensemble des grades et la référence chevaleresque et templière –sur laquelle nous reviendrons.
- de Martinez, une sève secrète, à résonance judéo-chrétienne et fond salomonien, présente dans l'enchaînement des maximes et des tableaux et qui, à l'époque de Willermoz, jaillit visiblement au niveau de la " Profession ", celle de Chevalier Profès et Grand Profès,
- de J. de Maistre, l'intégrité chrétienne et quasi confessionnelle, avec un pressentiment de l'Évangile éternel et de ce que nous pourrions appeler aujourd'hui la "Tradition Primordiale" dans la perspective de René Guénon,
- de St-Martin, une religiosité chrétienne très priante, voire mystique,
- du XVIIIe siècle français, certains concepts religieux de ce temps, infirmés de nos jours : ainsi la définition des " pharisiens ", la loi d'amour réservée au Nouveau Testament, l'abolition de l'Ancienne Loi, la notion de fraternité limitée aux seuls chrétiens en maçonnerie, l'immortalité de l'âme, qui n'appartient pas au Credo, originel mais est une conséquence de la Résurrection de la Chair - entendue au sens hébraïque du mot - et de la Vie éternelle ou Vie du "monde qui vient".

Ajoutons que l'"immortalité de l'âme" - à ne pas confondre avec l'âme supérieure ou âme d'immortalité -, est une notion platonicienne. Enfin on retiendra, outre les concepts religieux du "Siècle des lumières" (?), le goût de l'enflure verbale parfois élégante et celui du discours patriotique et redondant...
Quant à la doctrine, il est patent qu'elle s'alimente à une source biblique et qu'elle suit l'économie et même la chronologie Testamentaire jusque dans la suite sérielle des Temples. Tout tient au fond dans la correspondance symbolique entre le Temple de l'Homme et celui de l'Univers, avec une matrice : le Temple de Salomon, puis une projection spirituelle qui va de la Milice de Terre Sainte à la Jérusalem céleste, enfin et d'abord, un modèle divin et éternel dans le Christ.

Autre remarque, cette doctrine est admirablement ventilée et étagée dans les strates graduelles du Rite sans contradiction chronologique, sans anachronisme ou syncrétisme. Donc il s'agit véritablement d'un "Ordre" (et non d'un fourre-tout), d'une "cohérence" qui tranche dans un paysage maçonnique plutôt foisonnant. Sans doute, ce désir d'unicité organique et de spécificité religieuse fait-il peu de place à l'universalité de l'initiation maçonnique et à l'universalité traditionnelle d'un Art qui est d'autant moins catégoriel que l'ésotérisme est forcément Un ! Mais ceci, au fond, ne concerne plus la structure et les caractéristiques du Rite mais beaucoup plus les critères d'entendement et les motivations du siècle, en bref l'ouverture des esprits.

On peut en effet penser avec Tourniac que le Christ est le Verbe divin incarné, qu'il est dans le Père et le Père en lui et que l'Esprit Saint est ce lien de l'un à l'autre... sans pour autant croire que l'Éternel n'est... que chrétien !
…Et, comme le dit notre excellent F.·. "Eques a silentio", l'Esprit souffle où il veut !

J'ai dit, V\ M\

C\ B\

BIBLIOGRAPHIE succincte

"Histoire des Francs-Maçons en France", dirigée par Daniel LIGOU (chez Privat, plsrs éditions)
Jean TOURNIAC: "Principes et Problèmes Spirituels du RER et de sa Chevalerie Templière" (Dervy, 1985) et allocutions pour la fête de la Saint-Hugues 1977-1979
Henry Corbin: "Introduction analytique aux Sept Traités des Compagnons Chevaliers de l'Islam iranien"
Paul NAUDON: "Origines Religieuses et Corporatives de la Franc-Maçonnerie" (chez Dervy, 1979)
René Le Forestier: "La Franc-maçonnerie templière et occultiste " Ed Aubier Paris
B.G Galiff : "La Chaîne Symbolique" réédité en 1986 par La Nouvelle Bibliothèque Initiatique à Genève.
Jean-François VAR: "La Stricte Observance" (Villard de Honnecourt N° 23-1991) et "L'Essor du Phénix" (Villard de Honnecourt N° 19-1989)
Emile Dermenghem,."Joseph de Maistre mystique". Paris, La Colombe, 1946.
René GUENON : "L'ésotérisme de Dante" (Gallimard 1995) et "Aperçus sur l'Initiation", Éditions Traditionnelles Paris 1946.
Antoine FAIVRE: "L'Esotérisme au XVIIIème siècle" (chez Seghers, 1971)
Alice JOLY: "Un Mystique Lyonnais"...(chez Protat Frères, 1938)
Wolfram von Eschenbach : "Parzifal" -Aubier Montaigne, 1977
André Kervella: "La Maçonnerie Ecossaise dans la France de l’Ancien Régime", Ed. du Rocher, 1999

Et surtout MERCI aux FF R\ B\, C\ B\, P\ N\, et à d'autres qui se reconnaîtront pour mes emprunts de certaines de leurs éminentes réflexions d'une pensée réellement partagée.

Source : www.ledifice.net

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 05:29

A propos du christianisme de l’Ordre et de la « sainte doctrine »

La Franc-maçonnerie est chrétienne de par son origine, ses sources et son histoire, C’est un fait. Elle est même chrétienne également en raison de sa nature, car tout son ésotérisme et ses symboles sont issus du christianisme, en particulier de son livre révélé : la Bible. Ceci est une chose entendue, et ceux qui au nom d’une laïcité mal comprise rejettent cette origine chrétienne, commettent non seulement une erreur historique, mais de plus tournent le dos à la nature même de l’institution initiatique dont ils sont membres. Mais cette origine, qu’il n’est pas possible de contester, signifie-t-elle pour autant que la Franc-maçonnerie relèverait d’un christianisme absolument identique à celui que professe l’Eglise ?

a) Un tour de passe-passe trompeur qui a détourné de son essence le Régime écossais rectifié

La question est importante, car la réponse est loin de correspondre à ce qu’un courant dogmatique tente de vouloir imposer dans un discours spécieux, ayant même réussi à soumettre à ses vues controuvées la structure qui présida au réveil du Régime écossais rectifié au XXe siècle, à savoir le Grand Prieuré des Gaules, devenu, de par les aléas de l’Histoire, non plus un Grand Prieuré rectifié comme il aurait dû le rester, mais une « obédience chrétienne » dotée d’une Aumônerie et pratiquant plusieurs rites, ceci en contradiction complète d’avec les critères de la maçonnerie willermozienne. De la sorte, s’arrêtant à l’enveloppe extérieure du Régime rectifié, qui n’admet en effet en son sein que des chrétiens et fait prêter serment au nom de la sainte religion chrétienne une authentique substitution frauduleuse s’est opérée à l’intérieur du Grand Prieuré des Gaules, entre « l’enseignement » dont l’Ordre est le dépositaire, c’est-à-dire la doctrineintroduite en son sein par Jean-Baptiste Willermoz lors du Convent des Gaules en 1778, et une conception ecclésiale ainsi résumée par le Grand Aumônier du G.P.D.G. – qui revendique une « conception propre intégriste » (sic !) de ce que sont les critères exigés pour être reconnu comme chrétien afin d’être admis en loge – dans une note récente intitulée « Mise au point, pour mettre fin aux controverses malvenues« : « Le profane qui est reçu dans le Régime rectifié au sein du Grand Prieuré des Gaules prête serment, sur le saint évangile ouvert au premier chapitre de l’évangile de saint Jean, de « fidélité à la sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. » L’affirmation est tranchée pour le moins ! D’autant que la « sainte religion chrétienne » est immédiatement définie comme devant être conforme aux conciles : « Une maçonnerie chrétienne se conforme (…) aux dogmes du christianisme en ce qu’elle est chrétienne. » Et voilà le tour de passe-passe trompeur, par lequel a été détourné de son essence le Grand Prieuré des Gaules, et avec lui le Régime écossais rectifié que l’on y pratique, réduisant cette structure à une obédience multiritualiste andersonienne professant un christianisme dogmatique. Ainsi donc, celui qui est reçu comme membre du Régime rectifié, le serait au nom de la « sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. » ? Voilà une affirmation relativement burlesque, qui n’aurait pas manqué de faire profondément sursauter Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824). Pourquoi ?

b) C’est l’Ordre qui est le canal de transmission de l’initiation

Pour le savoir il est sans doute nécessaire de rafraîchir les mémoires oublieuses, et de revenir une fois encore sur un point essentiel. Lorsqu’un profane est reçu Franc-maçon, il est reçu : « Au nom de l’Ordre », et non pas au titre d’une obédience, d’un Grand Prieuré, ou d’une quelconque structure temporelle, chrétienne ou non chrétienne, le problème n’est pas là. C’est ce que proclame le Vénérable Maître au profane après son serment, toutes juridictions rectifiées confondues : « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, Au nom de l’Ordre, Et par le pouvoir qu’il m’en a donné, Je vous reçois Franc-Maçon apprenti. » C’est donc « l’Ordre » et lui seulement qui est fondateur, c’est l’Ordre qui est le canal de transmission de l’initiation. C’est lui, évoqué constamment lors de la réception, qui préside à l’accomplissement des rites de la maçonnerie rectifiée. Mais qu’est-ce que « l’Ordre » pour le Régime rectifié ? Une obédience chrétienne, ou non-chrétienne d’ailleurs, pouvant se désigner comme adogmatique ? Une société arc-boutée sur les dogmes de l’Eglise, ou bien attachée foncièrement aux valeurs de la République ? Une structure professant la liberté absolue de conscience, ou défendant la foi des conciles ? Une organisation ne s’écartant en rien des principes de Liberté, Egalité, Fraternité, ou se revendiquant des enseignements chrétiens ? Une Association fondée sur des Statuts civils et un Règlement intérieur adoptés en assemblée générale ?Entendons-nous bien, la question n’est pas de savoir si ces motifs sont louables ou dignes de respect, et ils le sont évidemment en eux-mêmes, le problème n’est pas là, mais de se demander si le rectifié se pense ou se définit selon ces critères évoqués, si sa nature en relève vraiment, ou non ? Lisons ce qu’en dit le Régime rectifié pour le savoir :

« Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie ? R. C’est une école de sagesse et de vertu qui conduit au Temple de la vérité, sous le voile des symboles, ceux qui l’aiment et qui la désirent. 0. Quels sont ses mystères ? R. L’origine, la fondation et le but de l’Ordre. »

Quelle est l’origine de l’Ordre ? Voici la réponse : « Son origine est si reculée, qu’elle se perd dans la nuit des siècles ; tout ce que peut l’institution maçonnique, c’est d’aider à remonter jusqu’à cet Ordre primitif, qu’on doit regarder comme le principe de la franc-maçonnerie ; c’est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue : l’un est la Chose même, l’autre n’est que le moyen d’y atteindre. Cet Ordre par excellence, à défaut de le pouvoir nommer, ne peut être appelé que le Haut et Saint Ordre (…) » Ordre par excellence détenteur des « des connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive. » Un « Haut et Saint Ordre » détenteur « des connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive », comme c’est intéressant. Serait-ce à dire que cet Ordre posséderait un enseignement, en d’autre terme une doctrine ?

c) L’Ordre rectifié, dont le Régime maçonnique n’est que l’enveloppe superficielle, possède une doctrine sur la religion

La réponse est affirmative, c’est même ce qui caractérise le Régime écossais rectifié par rapport à tous les autres rites maçonniques : être dépositaire, selon ce que soutient les Rituels de l’Ordre, d’une doctrine relevant des « connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive ». Mais que sont ces « connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive » ? Lisons, comme il convient toujours, ce que nous dit Willermoz pour le savoir : « La doctrine ne permet pas d’en douter ; et en effet, le principal but de l’initiation fut toujours d’instruire les hommes, sur les mystères de la Religion et de la science primitive, et de les préserver de l’abandon total qu’ils feraient de leurs facultés spirituelles, aux influences des Etres corporels et inférieurs. Les Initiations devaient donc être le refuge de la Vérité, puisqu’elle pouvait s’y former des Temples dans le coeur de ceux qui savaient l’apprécier et lui rendre hommage. » Le Régime écossais rectifié affirme donc qu’il y aurait un Ordre détenteur de connaissances secrètes sur la religion dont le Régime maçonnique ne serait que l’enveloppe superficielle, connaissances qui formeraient l’essence d’une doctrine. C’est ce qui est dit précisément dans une autre Instruction du Régime rectifié : « Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde, car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. »

d) Les connaissances doctrinales secrètes ont été perdues par l’Eglise

Non seulement le caractère doctrinal est donc affirmé, soutenu dans toutes les Instructions, non seulement cette doctrine imprime sa marque sur chaque élément symbolique ou initiatique du Régime, mais en plus l’Ordre nous apprend que les connaissances secrètes sur le christianisme ont été perdues au VIe siècle par l’Eglise, mais se sont conservées au sein de l’Ordre qui en détient le dépôt doctrinal ! Et en effet, quoique cela puisse surprendre certains esprits, et être un danger « pour ceux qui, soit par l’effet de leur éducation religieuse, ou par leur disposition naturelle, se font un devoir d’étouffer leur propre raison pour adopter aveuglément toutes les prétentions, opinions et décisions [ecclésiales] (Willermoz écrit « ultramontaines » mais le sens est identique, ndrl.), et par conséquent l’esprit d’intolérance qui les a toujours accompagnées… » (J.-B. Willermoz, lettre à la Triple Union de Marseille,1807), c’est pourtant ce que confirme encore une fois l’Ordre de la façon la plus solennelle : « La doctrine […] remonte…jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés, qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité… Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous. » Il y a donc bien une « Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous… » qui caractérise et définit l’Ordre, ainsi que le dit positivement Willermoz – ce sur quoi insiste le Directoire National Rectifié de France - expliquant même que cette sainte doctrine fut oubliée par l’Eglise depuis le VIe siècle et qu’elle est depuis cette époque préservée par l’Ordre ! Tout ceci est clair, précis, et nous fait comprendre en quoi si l’Ordre est chrétien, il se rattache cependant à un enseignement secret, une « sainte doctrine » méconnue depuis le VIe siècle.

e) L’Ordre relève du « christianisme transcendant » et non du dogme de l’Eglise

L’Ordre est donc chrétien et relève bien du christianisme, c’est exact. Mais d’un christianisme tout à fait particulier que Joseph de Maistre (1753-1821) désigna dans son Mémoire au duc de Brunswick (1782) comme « christianisme transcendant », transcendant car s’écartant sur quelques points notables du Credo de Nicée-Constantinople puisque se rattachant à la « sainte doctrine » détentrice de connaissances oubliées par l’Eglise depuis le VIe siècle. Voilà la position officielle du Régime Ecossais Rectifié à l’égard du christianisme, selon toutes ses Instructions ! Il ne s’agit ni de « vues personnelles », ni d’une « conception sectaire », ou d’une position « doctrinaire étroite », mais de ce qu’est, sur le plan de sa vérité la plus essentielle, l’Ordre fondé par Jean-Baptiste Willermoz. Mais au fait, que clamait dans son article – qui ne fait que reprendre ses positions permanentes depuis des années – le Grand Aumônier du G.P.D.G. ? Relisons : « Le profane qui est reçu dans le Régime rectifié… prête serment …. de « fidélité à la sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. » Une « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où », comme c’est étrange ? Mais alors Willermoz nous aurait raconté des fables, il aurait édifié l’Ordre sur des rêveries, sur une « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où », et la Réforme qui fut l’objet du Convent des Gaules en 1778 qui consista à infuser la doctrine de la réintégration au sein de la Stricte Observance, reposerait sur des éléments imaginaires….sortis « on ne sait d’où » (sic) ? Donc ce Régime, selon le raisonnement du Grand Aumônier du G.P.D.G., n’aurait pas de doctrine spécifique, et la rectification serait un leurre, une farce, un montage illusoire inventé pour s’amuser et ennuyer les Frères allemands de la Stricte Observance ? (Notons au passage, que c’est exactement la petite musique exprimée par les pires adversaires de Willermoz au XVIIIe siècle).

f) La domination sur le Régime rectifié de l’idée de « Franc-maçonnerie chrétienne », est une prison corruptrice

On le constate donc, tout ceci n’est pas sérieux, et montre l’extrême menace que représente l’édification de conceptions étrangères aux Codes de 1778, et la domination de constructions globalisantes, comme par exemple celle connue sous le nom générique de « Franc-maçonnerie chrétienne », accompagnée d’une Aumônerie pour en faire appliquer les principes qui se superpose en autorité au Régime lui-même, agissant sur lui comme une prison corruptrice qui en déforme l’esprit et en détruit les fondements. D’ailleurs, si l’on y réfléchit un instant, on voit immédiatement en quoi le sujet du christianisme pour le Régime rectifié va évidemment bien au-delà de la conformité aux dogmes conciliaires. Car s’il faut être chrétien pour accéder à l’Ordre dès le départ, pourquoi donc serait-il nécessaire de faire venir un chrétien en loge, l’introduire dans une structure maçonnique qui, parfois, le met sous le coup de sanctions disciplinaires ecclésiales sévères – notamment pour les catholiques – si c’est simplement pour qu’il y retrouve à l’identique les éléments dogmatiques dont il dispose déjà naturellement dans son église, et sans qu’il soit obligé de se soumettre à tout un appareil complexe de grades, de rites et de cérémonies curieuses s’étendant sur de longues années, dont l’aboutissement, du point de vue doctrinal, serait exactement le même que les critères de sa « foi chrétienne » exigés au début de son initiation, et qu’un enfant possède en ouvrant son catéchisme ? Ceci n’a strictement aucun sens sur le plan initiatique, et revient à faire des conditions initiales de la démarche maçonnique rectifiée, une borne de solidification rigide et sectaire, bloquant et empêchant toute possibilité d’accès au christianisme transcendant. Si la maçonnerie rectifiée propose à certaines âmes, chrétiennes en effet car c’est une condition préalable, de se joindre à ses travaux, ce n’est sans doute pas pour leur réciter une copie conforme du Credo qu’elles connaissent par coeur de par leur confession, mais pour leur transmettre, au cours d’une propédeutique adaptée, d’un chemin lent, patient et mesuré, des connaissances, un enseignement mystérieux et secret, et pour tout dire une «révélation de la révélation» selon l’heureuse formule de Joseph de Maistre qui provient d’une «doctrine portant sur la question de la réintégration », que les baptisés ne peuvent plus trouver dans l’Eglise, puisque cette doctrine y est tout simplement inconnue depuis le VIe siècle. Invitons de ce fait aimablement le Grand Aumônier du G.P.D.G., plutôt que d’écrire des sottises et de laisser emporter sa plume par un zèle sacerdotal excessif qui trouble son jugement, de relire attentivement les Instructions de l’Ordre, ce qui lui évitera également de soutenir des énormités ridicules… mais il vrai, comme le soulignait à juste titre Willermoz : « Les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui soutiennent la vérité [de la doctrine]. » (Lettre de Willermoz à Saltzmann, mai 1812 ). Conclusion : « Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine…» Aujourd’hui le Grand Aumônier du G.P.D.G., certes va un peu plus loin, en rajoutant au reproche de « novation », ceux « d’apostasie » (sic) et de « parjure » (re-sic), les temps ont changé il est vrai, et la décadence, par l’outrance, se fait cruellement sentir ; mieux vaut en sourire… Omne promiscuum sordescit. Charitablement d’ailleurs, et pour éviter des polémiques inutiles, nous n’avons retenu que les aspects « théoriques » exprimés par le Grand Aumônier dans son article, lui laissant la responsabilité des qualificatifs destinés à une nouvelle catégorie « d’hérésiarques » de son invention, dont il croit utile d’agrémenter sa prose et ses interventions sur l’espace virtuel, procédés qui sont modérément efficaces pour « mettre fin à des controverses mal venues » (sic). Concluons plutôt par ces lignes de Robert Amadou (+ 2006), autrement plus sérieux et instructif en des domaines où, il vrai, ses qualifications étaient réelles, et sur lesquelles il a toujours conservé un respectueux silence : « Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier lui avait enseigné, l’un des relais seulement ; maintenir, quand sombrait l’ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martinès de Pasqually lui avait révélé comme l’archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration. »

Source : http://semperrectificando.wordpress.com

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 05:26

L’initiative récente du Directoire National Rectifié de France, de réagir à la situation actuelle inquiétante en décidant de revenir à la conception originelle de l’Ordre rectifié, telle que pensée par Jean-Baptiste Willermoz lors du Convent des Gaules en 1778, initiative pourtant vitale, semble provoquer quelques incompréhensions.

Beaucoup s’interrogent, plus ou moins sincèrement, en se demandant ce que signifie le rappel des principes rectifiés exprimé par le D.N.R.F. ?

Tout simplement que le Régime, car il s’agit bien d’un « régime » lorsqu’on parle du R.E.R., est fondé sur la notion d’Ordre, notion qui n’a strictement rien à voir avec la conception moderne « d’obédience ».

On sait comment René Guénon voyait dans la création des obédiences maçonniques, un mal moderne qui avait eu une responsabilité directe dans la « dégénérescence » profane de l’initiation : « Dans le Symbolisme (numéro d’avril), Oswald Wirth, parlant de L’Avenir maçonnique, dénonce « l’erreur de 1717, qui nous a valu les gouvernements maçonniques, calqués sur les institutions profanes, avec contrefaçon d’un pouvoir exécutif, d’un parlement, d’une administration paperassière et de relations diplomatiques » ; là-dessus tout au moins, nous sommes assez de son avis, comme le prouve d’ailleurs tout ce que nous avons dit ici même de la moderne dégénérescence de certaines organisations initiatiques en « sociétés ».

Cette influence « profane » sur l’Ordre, a provoqué toutes les catastrophes que nous connaissons, qui se sont abattues sur la Franc-maçonnerie depuis des décennies, et dont le Régime rectifié n’a pas été épargné (affairisme, politique, dogmatisme clérical, oubli de la doctrine, direction partisane, autoritarisme, désorientation, recrutement inconsidéré, etc.).

C’est pourquoi le Directoire National Rectifié de France, conscient du caractère préoccupant de la situation, entend revenir à la conception willermozienne de l’Ordre, et le proclame clairement afin de corriger les dérives contemporaines et sauvegarder l’esprit du Régime : « L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, fut conçu pour être l’écrin de l’Ordre mystérieux qui est l’essence même du Régime rectifié, sa substance intérieure secrète. Ses travaux se dérouleront donc dans l’invisible et auront pour objet de se consacrer à l’étude et à la conservation de la doctrine de la réintégration dont l’Ordre est le dépositaire de par l’Histoire, doctrine sacrée qui a un but essentiel et très élevé que peu d’hommes sont dignes de connaître. Willermoz écrira du Haut et Saint Ordre : « Son origine est si reculée, qu’elle se perd dans la nuit des siècles ; tout ce que peut l’institution maçonnique, c’est d’aider à remonter jusqu’à cet Ordre primitif, qu’on doit regarder comme le principe de la franc-maçonnerie ; c’est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue : l’un est la Chose même, l’autre n’est que le moyen d’y atteindre

De ce fait, « l’Ordre », du point de vue rectifié, lorsqu’on y fait allusion, entendu dans son principe le plus profond, le plus authentique, ne réfère donc pas à une structure administrative et temporelle, mais relève d’une dimension purement spirituelle dont l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte a le devoir de protéger l’existence, et de le défendre contre les forces de l’Adversaire. »

Quoi de plus logique pour le Régime rectifié ?

Quoi de plus nécessaire, utile et louable ?

Le constat du Directoire National Rectifié de France s’impose donc :

« Depuis le réveil complet du Régime en France au XXe siècle, force est de constater que les principes de fonctionnement propre à l’Ordre des C.B.C.S., pourtant clairement définis, n’ont pas été respectés. On a voulu se servir des cadres obédientiels de la maçonnerie andersonienne afin de faire vivre le Régime rectifié. Et, à cet égard, toutes les formes sous lesquelles vit le Régime actuellement ne sont en rien conformes à son essence, mais de plus, y compris les formes structurelles distinguées sous le nom de « Grands Prieurés » assortis de leurs divers titres distinctifs (régulier, indépendant, rectifié, réformé, traditionnel, des Gaules, etc.), qui sont en réalité très éloignés des critères propres de la rectification tels que spécifiés dans le Code de 1778. »

La conséquence de cet éloignement est, hélas, grave pour le Régime :

« On est ainsi obligé de constater que depuis le réveil en 1935 du Régime, la conception originelle du Code n’a presque jamais été suivie, entraînant des disfonctionnements significatifs dans la logique organisatrice du Régime Ecossais Rectifié qui cessa, dès lors, de se penser comme un « Ordre », le ramenant à un Rite réduit à une conception obédientielle absolument étrangère à l’esprit de la rectification, même si imaginant en relever en usant de titres et dénominations issus du corpus sémantique willermozien. »

Voilà qui est objectivement incontestable, la « conception obédientielle est absolument étrangère à l’esprit de la rectification », et vouloir faire rentrer le R.E.R., dans les cadres de la maçonnerie andersonienne en le faisant co-exister avec d’autres Rites, est une aberration.

Encore est-il possible d’être relativement clément pour les structures qui, pratiquant le R.E.R., se sont constituées dès le départ en tant qu’obédiences, en s’appuyant sur les principes des Constitutions de la Grande Loge Unie d’Angleterre de 1723.

Mais pour les structures rectifiées, qui normalement devaient fonctionner selon le Code Maçonnique des loges Réunies et Rectifiées de 1778 et ne l’ont pas respecté, c’est un oubli, pour ne pas dire une trahison pure et simple des bases de la Réforme de Lyon !

Comme le rappelait Marius Lepage, dans une formulation qui pourrait être de Willermoz : « L’Ordre est d’essence indéfinissable et absolue; l’Obédience est soumise à toutes les fluctuations inhérentes à la faiblesse congénitale de l’esprit humain. C’est pourquoi, si nous étudions historiquement les Obédiences, nous ne parlerons de l’Ordre qu’avec notre coeur et notre intuition, ou, plus exactement, avec la grâce de cette illumination intérieure qui n’est pas mesurée pour celui dont la vie quotidienne est intimement liée à l’esprit de la Franc-Maçonnerie

Pourtant, il est tout à fait clair, par certaines réactions constatées, que bien peu comprennent encore ce qu’est « l’Ordre » ; il était donc grand temps d’en revenir aux principes du Régime tels que signalés dans l’une de ses Instructions : « Vous cherchez à remonter au but primitif de la Franc-Maçonnerie et l’on vous a attaché à un Ordre qui correspond avec ceux qui seuls peuvent vous instruire. Si vous savez quelque jour vous faire recon­naître pour un vrai chevalier Maçon de la Cité Sainte, si vous bâtissez constamment dans le temple du Seigneur, vous pouvez concevoir l’espoir de parvenir à un but si désiré. » (Instruction du 5e Grade, 1778).

La conclusion, qui s’impose d’elle-même et s’exige impérativement pour le Régime rectifié, nous est donnée par Robert Amadou : « l’accomplissement des rites propres à l’écossisme rectifié suppose que celui-ci soit constitué en un régime autonome. »

Relisons, à la lumière de cette analyse, la Proclamation du Directoire National Rectifié de France, et qui pourra prétendre ensuite, sous de fallacieux prétextes, qu’elle ne répond pas à une juste et parfaite logique rectifiée :

« L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, s’appuyant sur les transmissions et qualifications qu’il détient, constatant l’éloignement des critères rectifiés dans lequel on fait vivre le Régime, s’engage dans une entreprise de réforme et de retour aux fondements structurels et spirituels de l’initiation willermozienne, et dans la mise en œuvre concrète de la « science de l’homme » entendue dans le sens de la « doctrine » dont le Régime est dépositaire, cherchant à construire et édifier, pour ceux qui se rangeront à ses côtés en acceptant de cheminer avec lui en se dirigeant du Porche vers le Sanctuaire, un nouveau destin commun en forme d’invitation en s’appuyant, avec confiance, sur les seules bases rituelles et doctrinales du Régime Ecossais Rectifié, ceci pour le plus grand bonheur des âmes de désir en quête de la Vérité et celui de toute la famille humaine au bien de laquelle sont, par définition, consacrés tous ses travaux. »

Source : http://semperrectificando.wordpress.com

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 06:56

« Mais à peine le troisième jour est commencé, il ressuscite glorieusement du tombeau par sa propre divine puissance, et commence à se montrer à ceux qui l’ont aimé le plus tendrement, sous une nouvelle forme corporelle, en tout point semblable à celle dans laquelle il avait vécu parmi les hommes, mais glorieuse et impassible, dont il se revêt, et qu’il fait aussi disparaître à son gré. C’est avec cette même forme glorieuse qu’après avoir conversé, marché, mangé pendant quarante jours, leur apparaissant subitement et disparaissant aussi subitement de devant eux quand il lui plaît, après leur avoir demandé de baptiser en son nom, d’enseigner aux hommes le mystère ineffable de la Trinité divine du Père, du Fils et du Saint-Esprit, faisant un seul Dieu, qu’il monte glorieusement au ciel en leur présence, où il sera rendu visible aux anges et aux hommes sanctifiés, dans cette forme humaine glorifiée.

Mais quelle est donc la nature de cette nouvelle forme corporelle, et qu’est-ce qui constitue la différence essentielle de celle-ci sur la première ? demanderont ces hommes charnels et matériels qui ne voient rien que par les yeux de la matière, et ceux qui sont assez malheureux pour nier la spiritualité de leur être, et ceux aussi qui, attachés exclusivement au sens littéral des traditions religieuses, ne veulent voir dans la forme corporelle de l’homme primitif avant sa chute, qu’un corps de matière comme celui dont il est actuellement revêtu, en y reconnaissant seulement une matière épurée. C’est Jésus-Christ lui-même qui va leur prouver la différence essentielle de ces deux formes corporelles et leur destination, en se revêtant de l’une après sa résurrection, après avoir anéanti l’autre dans le tombeau.

Jésus homme-Dieu voulant se rendre en tout semblable à l’homme actuel, pour pouvoir lui offrir en lui un modèle qu’il pût imiter en tout, s’est soumis à se revêtir en naissant d’une forme matérielle parfaitement semblable à celle de l’homme puni et dégradé. Elle diffère cependant en ce point unique que la forme matérielle de l’homme conçu dans la concupiscence de la chair est corruptible, au lieu que la forme matérielle de Jésus, conçue par l’unique opération du Saint-Esprit et sans aucune participation des sens matériels, est incorruptible. Mais Jésus-Christ dépose dans le tombeau les éléments de la matière, et ressuscite dans une forme glorieuse qui n’a plus que l’apparence de la matière, qui n’en conserve pas même les principes élémentaires, et qui n’est plus qu’une enveloppe immatérielle de l’être essentiel qui veut manifester son action spirituelle et la rendre visible aux hommes revêtus de la matière. Si on pouvait encore douter de cette importante vérité, qu’on réfléchisse sérieusement sur les étonnantes apparitions sous formes humaines de l’archange Gabriel à Marie et à Zacharie, père de Jean-Baptiste, sur celles des anges envoyés à Abraham pour lui prédire la naissance d’Isaac et la punition de Sodome, de l’ange conducteur du jeune Tobie, et d’un grand nombre d’autres apparitions semblables des esprits purs, dont la forme corporelle a été réintégrée en eux-mêmes et a disparu aussitôt que leur mission particulière était terminée. Elles prouvent toutes les mêmes vérités. Jésus-Christ ressuscité se revêt de cette forme glorieuse chaque fois qu’il veut manifester sa présence réelle à ses apôtres pour leur faire connaître que c’est de cette même forme, c’est-à-dire d’une forme parfaitement semblable et ayant les mêmes propriétés, dont l’homme était revêtu avant sa prévarication ; et pour leur apprendre qu’il doit aspirer à en être revêtu de nouveau après sa parfaite réconciliation, à la fin des temps.

C’est là en effet cette résurrection glorieuse des corps qui seront en même temps changés pour les hommes réconciliés, ainsi que l’exprime saint Paul, mais qui ne seront pas changés pour les réprouvés. C’est enfin cette résurrection glorieuse dont la manducation réelle du corps et du sang de Jésus-Christ en apporte dans tous ceux qui y participent dignement, le germe fructificateur.»

Jean-Baptiste willermoz, Traité des deux natures, §18.

Source : http://lalecondelyon.hautetfort.com

[1] « Que devons-nous retenir de ce que nous montra Jésus-Christ, après sa Passion sur le bois de la Croix, en se manifestant à ses disciples ? (…) Nous pouvons ainsi être convaincus, selon ce que nous enseigne Willermoz, que le corps que nous aurons à la résurrection ne sera pas matériel mais spirituel, comme ceci est confirmé par saint Paul lui-même de manière explicite : « Mais quelqu’un dira : Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s’il ne meurt. (…) Semé corruptible, on ressuscite incorruptible. Semé méprisable, on ressuscite glorieux. Semé plein de faiblesse, on ressuscite plein de force. Semé corps naturel, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps naturel, il y a aussi un corps spirituel... Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le deuxième homme vient du ciel. Tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste. Ce que je dis, frères, c’est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n’hérite pas l’incorruptibilité. » (I Corinthiens, XV 35-54). L’homme, avant la prévarication, et nous touchons ici au centre de la doctrine rectifiée, était doté non d’un corps de matière mais d’un « corps de gloire », et c’est ce corps glorieux perdu de par sa faute qu’il lui faut retrouver, et non pas travailler, en vain, à « diviniser » ou « spiritualiser » un corps de matière frappé par la finitude et la limite, triste vestige d’une faute scandaleuse.

(J.-M. Vivenza, Le Régime Ecossais Rectifié et la doctrine de la matière, 2012)

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 05:04

Il est admis dans l’Ordre Maçonnique que le Rite Ecossais Rectifié se différencie des autres rites par sa doctrine qui traite spécifiquement de l’origine, de la condition présente et de la fin de l’homme comme de l’Univers.

A l’exception d’un seul document intitulé : L’Instruction Secrète des Grands Profès, cette doctrine n’est jamais exposée de manière explicite, cependant les rituels et les instructions des grades en contiennent de nombreuses allusions et orientent de fait toutes les réflexions du Maçon rectifié vers cette même doctrine.

Plus précisément, rituels et instructions ont été soigneusement élaborés par les fondateurs du Rite, de façon à constituer un véhicule de cette doctrine. Le véhicule en question est conçu pour s’adresser à un récepteur actif, c’est à dire : un « …cherchant… » à qui on ne délivre pas un enseignement prédigéré mais que l’on aide à s’approcher par lui-même de ce qu’on cherche à lui enseigner.

Il est également reconnu que l’enseignement de Martinez de Pasqually a exercé une influence déterminante sur la formation du Rite Ecossais Rectifié, au point de considérer parfois avec excès que la doctrine de ce rite se confond en celle de Martinez.

En effet, si Martinez de Pasqually et son Traité de Réintégration des êtres sont aujourd’hui connus, il n’en était guère de même au XVIII è me siècle en dehors du cercle très étroit de ses disciples : les Elus Coëns de l’Univers.
Bien évidemment, les Fondateurs du Rite Ecossais Rectifié appartenaient à ce cénacle, mais le rite fut avant tout élaboré pour toucher un cercle plus étendu.

Par ailleurs, en dehors de l’œuvre de Martinez de Pasqually, il existe d’autres composants de la doctrine. Certains sont fondamentaux, c’est le cas par exemple de :
- la Maçonnerie spéculative et de la Stricte Observance Templière.
La première importée de Grande Bretagne apporta les rituels, les mots, les signes ainsi que l’ésotérisme des constructeurs, alors que la seconde dota le rite d’une ossature et d’une référence chevaleresque.

D’autres composants apparaissent plus secondaires, ce sont par exemple les influences de Joseph de Maistre ou de Louis Claude de Saint Martin : père du martinisme, mais l’ensemble de ces apports ne put réellement constituer un authentique corpus de doctrine que grâce au génie synthétique de Jean Baptiste Willermoz.

Comme pour chaque rite maçonnique, l’enseignement doctrinal du Rite Ecossais Rectifié l’est sous forme de symboles que l’on peut regrouper en deux catégories:
- les symboles graphiques ou tableaux et les symboles « dramatiques » (le rituel dans son déroulement temporel).

Cependant, à côté de ces deux formes d’enseignement symboliques, il existe d’autres formes plus discursives, ce sont les instructions par demandes et réponses et les instructions « morales », destinées à guider le Maçon rectifié dans ses méditations sur les symboles et à en identifier le sens.
Les discours adressés par le Vénérable Maître au récipiendaire au cours de sa réception et commentant « à chaud » les symboles dramatiques et graphiques qui lui sont alors dévoilés, s’inscrivent dans le même esprit.

Aucune de ces formes d’enseignement n’est spécifique au Rite Ecossais Rectifié car toutes appartiennent dans une large mesure au fond commun de la Maçonnerie française du XVIII è me siècle, néanmoins le Rite Ecossais Rectifié a su adapter ces éléments traditionnels en les formatant à son enseignement doctrinal.

Ainsi par exemple, le discours tenu à l’origine par le Frère Orateur à l’égard du récipiendaire et duquel sont issues les Instructions morales a connu un double développement :
il s’est étendu à l’ensemble des grades et a modifié son caractère purement moral à l’origine pour devenir un véritable commentaire du rituel et des symboles.

Enfin à tous ces instruments d’enseignement doctrinal, il faut rajouter celui spécifique du Rite Ecossais Rectifié, à savoir : la Règle Maçonnique adoptée lors du Convent de Wilhelmsbad en 1782.

La doctrine du Rite Ecossais Rectifié est axée sur le schéma fondamental : Etat Primordial -Chute- Réintégration. Dès le grade d’apprenti, les allusions rapportées à ce schéma sont nombreuses, le symbole graphique « Adhuc Stat », représentant « …une colonne brisée et tronquée, mais ferme sur sa base… », en est d’ailleurs un des exemples.

Ce tableau qui n’est pas issu du fond commun de la Maçonnerie française pas plus qu’il n’est une innovation du rite, provient de la Stricte Observance où il faisait directement allusion à la survie secrète de l’Ordre templier, mais en représentant ce symbole, le rite en a modifié le sens pour lui faire exprimer sa propre doctrine.

En effet, au niveau des loges bleues, la doctrine du Rite Ecossais Rectifié s’articule autour de la correspondance symbolique entre le Temple de l’homme et celui de l’Univers avec comme archétype : le Temple de Salomon.

Le rite a fait du symbole du Temple, un véritable résumé de l’ensemble de sa doctrine. On y retrouve ainsi les différentes applications du schéma : Etat Primordial- Chute- Réintégration propres à l’homme en général, à l’homme en particulier et à l’Ordre Maçonnique mais on y retrouve aussi tout un symbolisme rapporté à la structure de l’Univers et à celle de l’être humain.

En fait, le symbolisme multiforme du Temple proposé par le Rite Ecossais Rectifié est intégralement développé dans l’Instruction Secrète des Grands Profès où les apports des Elus-Cöens de Martinez de Pasqually confèrent alors au Rite, toute son identité et toute sa spécificité.

La conception que se fait le Rite Ecossais Rectifié rapportée au travail de réflexion du Maçon est quant à elle, évoquée dans l’Instruction Morale d’apprenti où il est dit que le développement parfait des mystères de l’Ordre serait un jour la récompense de son « zèle », de ses « vertus » et de sa « persévérance ».

« …Le voile qui couvre nos mystères ne pourra être levé devant vous qu’à mesure que votre intelligence le percera. Le premier instant de votre entrée dans l’Ordre ne peut y suffire. Leur développement parfait sera donc un jour la récompense de votre zèle, de vos vertus et de votre persévérance.. »

Dans la citation en question, il est précisément mentionné l’expression « …nos mystères… » et là encore, cela ne doit rien au hasard.
On retrouve en effet cette notion de mystère dans l’Instruction par demandes et réponses du grade d’apprenti et l’on y comprend que l’initiation maçonnique consiste à être initié à des mystères.

De nouveau, ce concept est commun à la Maçonnerie française du XVIII è me siècle, mais dans le Rite Ecossais Rectifié, les mystères ont un contenu étroitement lié à la doctrine du rite pour qui les mystères de la Franc Maçonnerie sont « …l’origine, la fondation et le but de l’Ordre… ».

En effet, dans le cadre de la doctrine du Rite Ecossais Rectifié, le terme final de l’initiation maçonnique demeure la restauration de l’homme dans son « …Etat Primordial… » , c’est la première partie du processus initiatique, celle que René Guénon définit sous le terme de « …petits mystères… ».

Ces « …petits mystères… » comprennent en fait tout ce qui traite du développement des possibilités de l’état humain envisagé dans son intégralité, ils aboutissent à la perfection de cet état, que la Tradition désigne comme la Restauration de « …l’Etat Primordial… ».

Notons bien cependant que « …l’Etat Primordial… » tel que le conçoivent le Rite Ecossais Rectifié et Martinez de Pasqually reste celui d’un être spirituel, à l’image de ce qu’était Adam avant la Chute dont l’une des conséquences a été « …l’incorporisation… » de l’homme, être auparavant doté d’un corps glorieux, enfermé aujourd’hui dans un corps de matière périssable.

La conséquence directe de la faute contingente d’un être libre est donc, comme le stipule l’Instruction morale d’apprenti que « …l’homme a perdu la lumière par l’abus de sa liberté… ».
Nous évoquons ici la perte d’un état supérieur à l’état individuel humain, même si le rite dans sa terminologie, le qualifie encore d’humain.

Pour espérer un jour reconquérir cet état, le Maçon rectifié devra plus que jamais se métamorphoser en « …homme de désir… », ce désir qui n’est rien d’autre que cette impulsion qui pousse l’homme déchu à retourner vers son état originel et dans laquelle, ce dernier puisera toute l’énergie nécessaire pour accomplir ce difficile retour aux sources.

Toutefois, le Maçon rectifié devra surtout se confier à ce guide évoquée par l’Instruction Morale : « …Le guide inconnu qui vous a été donné pour faire cette route figure ce rayon de lumière qui est inné dans l’homme, par lequel seul il sent l’amour de la Vérité et peut parvenir jusqu’à son temple.. ».

Ce guide décrit comme un rayon de lumière est une parcelle du Divin et cette lumière est issue de Dieu et plus spécifiquement : de son Verbe car c’est par le Verbe que le Père s’est fait connaître à l’Homme et uniquement par Lui.
En effet, le Verbe était « …au commencement auprès de Dieu… » et demeure celui « …qui illumine tout l’homme… ».

Le Verbe est donc pourvu d’une face tournée vers Dieu qu’il contemple éternellement et d’une autre tournée vers le monde, par laquelle il manifeste la Divinité comme l’atteste le Christ quand il affirme : « …Qui me voit, voit le Père… » et c’est d’ailleurs grâce à cette double nature divine et humaine, que ce guide suprême intercède en permanence en notre faveur.

Comprenons alors que sans lui, aucune réconciliation ni communication avec Dieu, n’est possible, accordons lui ainsi toute notre confiance et faisons de nouveau du plus grand des réconciliateurs, notre plus grand Sauveur.

Source : www.ledifice.net

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 05:03

Après Johanis Corneloup et Oswald Wirth, Alain Bernheim nous propose dans ce numéro de Renaissance Traditionnelle, de nous intéresser à Camille Savoire... Alors tout d'abord parlons brièvement d'Alain Bernheim, français résidant en Suisse, auteur maçonnique qui signa également sous le pseudonyme, y compris dans Renaissance Traditionnelle, d'Henri Amblaine, ceci lui permettant d'obtenir deux fois (ce qui n'est en principe pas autorisé) le prix Norman Spencer de la Loge Quatuor Coronati de Londres en 1986 et 1993.

Camille Savoire donc, nait le 6 juillet 1869, il est initié 23 ans plus tard, le 14 octobre 1892 dans une Loge de la Grande Loge Symbolique Ecossaise qui avait été créée elle, en 1880 et qui engendrera la Grande Loge de France. Cette loge il la quitte au bout d'un an, au profit du Grand Orient de France. En 1913 il intègre le Grand Collège des Rites dont il devient Grand Commandeur en 1923 et ce durant 12 ans. On le sait Camille Savoire marquera sa carrière maçonnique par le réveil du Rite Ecossais Rectifié en France, et la création du Grand Prieuré Des Gaules dont il fut le premier Grand Prieur, induisant de plus la création de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière qui deviendra en 1948 la Grande Loge Nationale Française.

1. Le Rite Ecossais Rectifie et Le Grand Orient de France 1776/1841

Brièvement, il faut noter que dès 1773/74 le Rite Ecossais Rectifié en France est constitué de trois Directoires Ecossais, celui de Lyon, de Bordeaux et de Strasbourg et qu'un Traité fut établi en 1776 avec le Grand Orient de France. Dans ce traité, il y est dit globalement, article 6 que le Grand Orient de France et les Directoires Ecossais conserveront respectivement et exclusivement l'administration et la discipline chacun sur les Loges du Rite et du Régime. Le Grand Collège des Rites, qui s'était appelé de 1806 à 1814 Grand Directoire des Rites, vit en 1811, le 14 juin plus précisément, la création en son sein d'une section dédiée au Rite Ecossais Rectifié. En 1841 pourtant, le Rite Ecossais Rectifié s'éteignait en France...

2. Le Rite Rectifie et le Rite Ecossais Ancien et Accepté en Suisse

En 1844, 14 Loges suisses travaillant aux grades bleus, créent la Grande Loge Suisse Alpina. Pourtant en 1885 seule la Préfecture de Genève pratique encore le rite et devient donc la seule structure garante du RER et encore plus la gardienne des archives. Entretemps , notons la création d'un traité, le 2 février 1896, entre le Suprême Conseil de Suisse et le Directoire d'Helvétie, renouvelé en 1910, puis interrompu et conclu de nouveau en 1946, et encore en vigueur au moment de la rédaction de l'article en 1981.

3. Situation Maçonnique en France entre 1877 et 1910

En 1877 suite à son Convent, le Grand Orient de France vit ses relations internationales se détériorer. Depuis 1771 les relations avec l'Angleterre étaient interrompues entre les deux grandes obédiences qu'étaient devenue le Grand Orient et la Grande Loge Unie d'Angleterre. Mais les maçons à titre individuel étaient encore reçus dans les Loges. En 1877 la Grande Loge Unie d'Angleterre interdit l'accès à ses Loges, à tout maçon qui ne pratiquait pas une maçonnerie liée à la croyance en Dieu et ce jusqu'à la reconnaissance en 1913 de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière.

4. Première étape de l'Action de Camille Savoire

Médecin spécialiste de la Tuberculose, Camille Savoire voyageait beaucoup en Europe pour des congrès médicaux et avait noué de nombreux contacts avec des maçons étrangers et il tissa des liens avec les différentes obédiences de ces pays. 33ème degré du REAA, Savoire va obtenir une équivalence du grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, prenant le nom de eques a Fortitudine, et fut armé en même temps que les Frères Edouard de Ribaucourt et Gustave Bastard. Ils obtiendront ensuite en 1910 la patente de fondation de la Commanderie de Paris, placée sous l'autorité de la Préfecture de Genève.

Mais revenons un petit peu plus tôt dans l'histoire, dans la foulée de leur armement, tous trois réveillent la Loge « Le Centre des Amis », Loge bleue rectifiée et en sommeil depuis 1838. Le Grand Orient informé répondit en réfutant cette création, priant de plus les frères à l'initiative de ce réveil, de se retirer ipso facto sous peine de radiation de l'obédience, Pourtant il semble que Camille Savoire eut au préalable, obtenu un accord, au moins verbal, du Grand Commandeur du collège des Rites, et sa surprise fut d'autant plus grande, qu'existait ce traité bilatéral dont nous avons parlé. En signe de bonne foi, ces trois frères s'exécutèrent, en échange de la création au sein du Grand Orient de cette Loge, mais Camille Savoire malgré tout se retirera de ce dernier projet, induisant de fait :

• D'une part la création de la Grande Loge Nationale Indépendante et régulière que rejoint « Le Centre des Amis », et
• D'autre part la signature d'un nouveau traité Franco-Suisse qui tint jusqu'en 1955.

5. Savoire Grand Commandeur du Collège et Grand Prieur du Grand Prieure des Gaules (1923-1935)

C'est en 1923 que Camille Savoire devient Grand Commandeur du Grand Collège des Rites, et en 1924 il fut invité par le Grand Prieuré d'Helvétie de même que le Frère Barrois alors à la tête de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière, lui aussi CBCS. Barrois refusa comme le lui obligeait l'interdit anglais et le Grand Prieuré d'Helvétie rompit alors son entente avec son obédience. Savoire Grand commandeur des Hauts Grades du Grand Orient et Grand Prieur dès 1933 devenait ainsi l'interlocuteur privilégié des Suisses.

6. Savoire quitte le Grand Orient de France et se Démet de sa Charge de Grand Commandeur

Avant 1946, le Grand Collège des Rites n'est pas indépendant. Ainsi dès 1934, Arthur Groussier prépare un dossier d'indépendance de celui-ci par rapport au Conseil de l'Ordre. Savoire ira plus avant en prônant l'unification des Hauts Grades, tous rites confondus, ce qui aurait peut-être permis de rouvrir l'axe des relations maçonniques entre la France et l'Angleterre. Devant l'échec, Savoire crée donc le Grand Prieuré Des Gaules et propose au Grand Orient trois options :

• L'exercice du RER sous les auspices du GO mais sans possibilité d'action de ce dernier sur les rituels et les grades bleus.
• 2ème option : l'indépendance réciproque avec signature d'un accord.
• 3ème option : l'ignorance réciproque.

Les trois options étant refusées par le Grand Orient, Savoire quitte l'obédience, sa charge, et va fonder en 1936, le Grand Prieuré Des Gaules. De son côté le GO reprends contact avec la Suisse.

7. Après 1945

A partir de 1945, Savoire est malade, l'activité du GPDG après la guerre est très limitée et Savoire meurt en 1951, le Grand prieuré d'Helvétie confirme le Frère Rybinski en tant que Grand Maître National de la Grande Loge du RER et le Grand Prieur devient le Frère Moiroux. Cette Grande Loge Rectifiée intégrera en 1958 la GLNF, affaiblissant quelque peu le Grand Orient, mais d'un autre côté le GLNF perdra elle quelques Loges parties former la GLNF-Opéra sur laquelle se créera le Grand Prieuré de France. A partir de là, les frères accédant aux degrés supérieurs du Régime Ecossais Rectifié d'une obédience devront appartenir au seul prieuré de cette obédience. En 1967 se créera le Grand Prieuré Indépendant des Gaules, le Grand Prieuré de Neustrie et le Grand Prieuré d'Aquitaine en 1974.

8. Qu’est-ce que le rectifié

Alain Bernheim pour conclure se lance dans une description succincte du Rectifié en citant d'abord Camille Savoire : « J'avoue que le libre penseur que j'ai toujours été n'a manifesté en entrant au Régime Ecossais Rectifié aucune hésitation ni éprouvé aucun scrupule, lorsqu'on lui a demandé de déclarer qu'il professait l'esprit du christianisme surtout lorsque le Grand Prieur a ajouté : il s'agit ici de l'esprit du christianisme primitif réuni dans la maxime « Aime ton prochain comme toi-même ».

Puis Bernheim cite le Grand Prieur d'Helvétie : « Le rite est inspiré du désir de faire de ses membres par les moyens de l'enseignement symbolique propre à la Maçonnerie, de fidèles maçons, dans l'esprit du christianisme, mais d'un christianisme dans sa pureté originelle, dépouillé de toute occupation dogmatique et sectaire ».

Enfin rappelons qu'en 1979 peu de Frères pratiquaient le Rite Ecossais Rectifié, voire même revendiquaient cette notion impopulaire mais réelle de rite « élitaire », en affirmant même : « Nous sommes le nombre. Ayons la force ».

Joseph de Maistre et la Franc-Maçonnerie avant et après le Convent de Wilhelmsbad

 

EMILE DERMENGHEM, écrit en 1946, un ouvrage « Joseph De Maistre Mystique », traitant de l'attitude relativement réservé de Joseph de Maistre, et, de son positionnement lors des débats du Convent de Wilhelmsbad.

A partir de ce livre, Michel Masson écrit un article dans Renaissance Traditionnelle, espérant nous amener à mieux comprendre cette personnalité, mais aussi, nous éclairer sur l'émergence d'idées nouvelles et sur un sujet toujours d'actualité afin d'en retirer le meilleur bénéfice pour tous.

Pour mieux comprendre ce contexte, il est nécessaire de souligner que la personnalité de Joseph de Maistre ne laisse pas indifférent, car il dénote en regard de ses contemporains.

De plus, ses adversaires tentent par tous les moyens de le déstabiliser et de l'affabuler d'une réputation tenace d'un individu aimant les gens de pouvoir.

Cet homme essaya tout simplement de mettre en adéquation sa conception du monde et son mode de vie, mais, aussi de permettre à la tradition maçonnique de demeurer bien vivante malgré la période politique instable de cette époque permettant difficilement de laisser place à celle-ci.

De ce fait, historiquement à la date du 18 juin 1782, Joseph de Maistre adressa un épais document via le frère Savaron qui devait représenter une loge lors de ce convent, au Duc Brunswick-Lunebourg, sérénissime grand frère supérieur à Victoria, ce courrier ne fut sans doute jamais lu.

Au delà de l'expédition de ce manuscrit, le Frère a Floribus qui n' est autre que Joseph de Maistre, voulait faire connaître à ses pairs son positionnement et son analyse sur les thèmes délibérés, mais aussi, à travers ses réponses ce qui était pour lui la Franc-Maçonnerie.

Pour rappeler les thèmes de ce convent, les interrogations abordées portent autour d'un axe comptant 6 points et que l'on pourrait résumer ainsi :

De quel héritage la Franc maçonnerie était-elle issue et existait- il plusieurs niveaux ? De plus, avait elle un lien avec les templiers, leur secret, ce dernier n'avait il pas finalement peut être survécu sous une autre forme ?

Au demeurant, les participants s'interrogeaient aussi, de manière plus générale, sur la structure de la Franc-maçonnerie et sur son fonctionnement, afin de trouver un point d'équilibre harmonieux entre le cérémonial et la pratique du rite, ou enfin, quelle place tenait les sciences secrètes au sein de celle-ci ?

A ce questionnement, les réponses du Frère à Floribus témoignèrent particulièrement d'une grande richesse philosophique et religieuse.

Toutefois, il faut savoir qu'il rejette massivement toutes les pistes éventuelles d'une quelconque origine et relation historique entre l'Ordre des Templiers, et, la Maçonnerie. Par ailleurs, il souhaite que tous les signes ostentatoires se rapportant à cet ordre soient à bannir des rituels.

Pour lui, les templiers ne sont en aucun cas une congrégation philosophique, et, il s'attache à démontrer que la « Maçonnerie » ne peut être issue d'un ordre fanatique lié à l'histoire, ainsi, qu'aux atrocités que cela induit et que toute l'humanité toute entière ne suffirait pas à la justification du sang versé.

Il se permet de tourner en dérision cette conception en disant que ce processus était la création du pouvoir en place nécessaire pour asseoir son autorité sur la population, et, pour justifier de ses crimes.

Il préfère à la rigueur privilégier les corporations de constructeurs de cathédrales, puisque les édifices religieux sont liés en quelque sorte à l'humanité toute entière en raison du lien qui les relie à Dieu, et, de ce fait à la destinée de l'homme.

A la question concernant un supérieur, il affirme qu'au niveau de la hiérarchie du mouvement, « la présence d'un degré supérieur » n'existe pas et en réfute d'ailleurs l'idée.

D'autant plus que celui qui s'engage le fait en toute liberté et de ce fait devient la représentation de sa volonté.

En effet, il est fondamental pour lui, d'avoir le devoir de garder, et, de préserver les secrets éventuels.

De plus, il précise que même si l'homme du peuple fait partie du royaume par son action, par contre sa volonté est indissociable de son être car il reste libre de son engagement ou de son désir et par conséquent de l'autorité nationale.

D'autre part, au niveau d'une identification initiatique, il abandonne l'idée de rechercher des similitudes entre l'initiation maçonnique et celles Egyptienne ou Grecque qui ne sont pour lui qu'une aberration antique, et, qu'il est préférable de se recentrer sur le véritable évangile, voir de remonter au début de la création du monde initial, au delà de l'ère chrétienne.

Ainsi, à travers toutes ces argumentations, cette appartenance identitaire est indéniablement rattachée au dogme chrétien et au seul « Créateur ». Et pour préciser sa réflexion, il est nécessaire pour lui de remonter aux premiers jours de la création, alors qu il n'existait rien si ce n'est le Créateur permettant de retrouver par cette méthode le lien indéniable, et, de surcroît cette filiation éternelle qui existe entre toutes créations de l'Eternel, et, l'homme, mais qui continue de perdurer malgré l'écoulement du temps.

C'est pourquoi, Joseph de Maistre considère sans aucune ambiguïté que l'initiation maçonnique est par sa nature une essence assurément religieuse et chrétienne.

De ce fait pour lui, au niveau des 3 grades le cheminement consistera à l'acquisition de connaissance spirituelle, et, celles de certaines valeurs.

Ainsi, au niveau du premier grade, il s'agit d'un apprentissage gravitant autours des sciences humaines tels que la bienfaisance, l'éthique, l'ouverture d'esprit sur le monde, l'homme, la politique, l'environnement...

Autour du second s'articule pour reprendre l'expression de Joseph de Maistre « le grand œuvre de la Franc-Maçonnerie ». Il entend par là le devoir qui lie tous maçons envers ses frères, et même l'humanité tout entière par ses actions de bienfaisance, mais aussi de retrouver le chemin du vrai chrétien lui permettant de retrouver son état initial dégagé de toutes querelles politico-chrétiennes, qui au cours de l'histoire eut réussi à briser l'unité.

Enfin, pour le 3ème grade, c'est la continuité de cette voie maçonnique dont le devoir est de mettre l'accent sur cette recherche théologique avec pour les uns la Bible comme outil qui reste incontestablement la voie des seuls initiés et des mystères des saintes écritures.

Pour d'autres, une étude approfondie s'ordonnant à une connaissance accrue de la nature des choses, permettant une affirmation d'une certaine doctrine.

Enfin, que d'autres frères, et Joseph de Maistre espère qu'ils soient les plus nombreux, nous révèlent ce qu'ils savent de cet esprit suprême qui crée et émane toutes choses en tout lieux et en tout temps.

Emile Dermenghem analyse à travers les propositions de cet homme l'échec de celui-ci qui voulait croire que la maçonnerie puisse être en quelque sorte la voie du catholicisme lui permettant son évolution.

Cependant celle-ci prenait une toute autre direction vraisemblablement en raison de l'instabilité politique de l'époque et de sa propre histoire à la veille de son grand chamboulement, voire d'une orientation laïque déjà décidée.

Il est difficile de donner une réponse, mais Joseph de Maistre juge avec amertume ce convent en ces termes « toute assemblée d'hommes dont le saint esprit ne se mêle pas ne fait rien de bon ».

Ce dernier ne rejette pas pour autant ses pairs, ni ses convictions puisqu'il défend celles- ci lors des attaques antimaçonniques de l'abbé Barruel qui accuse d'hérésie toutes les sociétés secrètes ayant été sans doute les artisans de la révolution. Cependant, au fil du temps et des bouleversements historiques de cette période, il met peu à peu de la distance, et évite de s'impliquer autant dans son engagement concernant le courant de l'illuminisme et celui du scepticisme de l'époque.

Ainsi, le comte des soirées de Saint Petersbourg est toujours convaincu du mystère des Saintes Ecritures contenues dans la bible, mais préfère finalement rester fidèle à l'église romaine qu'il juge plus rassurante puisqu'existant depuis plus de 1800 ans, plutôt que de suivre Saint Martin et ses disciples sur le chemin moins conformiste du Martinésisme suivant fidèlement les préceptes de leurs maître.

A propos de ce mouvement, il tourne quelque peu en dérision la composition du Traité et les termes qui y sont énoncés. Cependant, il reconnaît que la base n'est pas sans intérêt ayant une certaine authenticité, mais qu'elle a été détournée par des propos faussés car cet écrit sert la cause d'hommes refusant toute reconnaissance hiérarchique de l'église romaine. Pour lui finalement le seul intérêt de « cette secte » est à la rigueur l'évangélisation des pays privés d'églises permettant de convertir leurs populations à la chrétienté et les soumettre à ce qui s'y rattache.

Ainsi, cet article met en évidence un homme à la fois théosophe voire, un martiniste sincère, et un catholique avisé. C'est pourquoi, il n'est pas logique de concevoir Joseph de Maistre sans prendre en compte toutes les composantes de sa personnalité puisque la vision de celui-ci serait faussée altérant de cette manière sa pensée.

Pour en terminer avec cette étude, en 1816 Joseph de Maistre lui-même se définit à travers ses propos comme un fidèle de l'église, mais reconnaît que sa fréquentation des martinistes lui a permis à travers l'étude du Traité et des rencontres effectuées de s'ouvrir sur d'autres horizons.

Cette révélation Emile Dermenghem la reprend dans son ouvrage démontrant qu'avec le temps cet homme a arrêté de s'interroger et de rechercher sur ce qu'il a pu l'éclairer à un moment de son parcours hors des sentiers traditionnels, mais qu'il en demeure pas moins reconnaissant à ceux qui l'avaient mis sur la voie de cette réflexion voir de cette ouverture.

Source : www.ledifice.net

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 07:03

Le républicanisme irlandais n'a ni bonne ni mauvaise presse. Hors d'Irlande, il semble même n'avoir qu'un sens imprécis. Le cinéma s'est chargé de combler ce vide. L'Europe continentale et les Etats-Unis se contentent de prendre des films comme Michael Collins ou Le Vent se lève pour la vérité. Ce film-là a eu le double honneur d'être réalisé par Ken Loach et de remporter la Palme d'or à Cannes, ce qui lui confère une aura intellectuelle au-dessus de tout soupçon. Que le festival de Cannes s'intéresse aux films historiques, politiques, ou même métaphysiques, très bien, mais cela ne fait pas du jury du festival un groupe d'historiens réputés. Qualité que n'a pas non plus Ken Loach. Quand bien même ce dernier s'est fait justicier cinématographique, il n'a pas toujours raison. On ne peut lui reprocher de tergiverser avec la cruauté du monde, c'est certain. Il a souvent filmé la marginalité et montré une misère qui dérange. Tout cela, pourtant, ne lui donne aucunement la qualité d'historien.
Les films sur l'Histoire de l'Irlande ne laissent personne indifférent. Ils sont soit décriés, soit perçus comme sincères et respectueux de la vérité historique. Ce sont des films qu'on aime ou qu'on déteste. En un mot, ils sont partisans, voire militants. Or, l'Irlande et les Irlandais jouissant d'une cote de sympathie très élevée, le public est plutôt spontanément favorable aux films glorifiant les luttes irlandaises. L'objectivité historique n'est pas prioritaire. Il y a là ce qu'on pourrait appeler un « paradoxe du manuel scolaire ». De même qu'en France, on estime trop vite que ce que l'on apprend en cours d'histoire est vérité, pour l'Irlande, on estime trop facilement que ce qui est raconté tient lieu d'Histoire. Or nous parlons précisément d'un pays où la vérité historique est un jeu de piste. Chaque habitant d'Irlande voudrait en détenir une part, et l'Histoire y est un droit que confère ou ne confère pas le sang.

Les mauvaises habitudes ont été prises tôt. Le dix-septième siècle a accouché des premiers violents mouvements sectaires de l'Histoire irlandaise, et avec eux, des rhétoriques les plus biaisées et les plus partisanes qui soient. Difficile pour les historiens de définir les mouvements politiques et religieux qui ont essaimé au cours des quatre derniers siècles. À voir la complexité de cette Histoire, on voudrait aller soi-même en Irlande vérifier qui est qui pour se faire sa propre idée.

Dès que j'ai mis le pied en Irlande, j'ai cherché à en savoir plus sur le républicanisme irlandais. J'étais dans l'Ouest de l'Irlande, là où l'on parle encore couramment le gaélique. Dans cette vaste région que les Irlandais appellent le Gaeltacht, je me suis arrêté dans deux comtés où les sympathies républicaines sont réputées vivaces. De ville en village, j'ai posé mes questions. Une fois au pub, accoudé au comptoir, j'entamais des conversations anodines pour finir par demander aux autochtones ce que, pour eux, signifiait le républicanisme.

Les réponses à cette question étaient invariablement compliquées, et même embrouillées. L'affaire n'était claire pour aucun de mes interlocuteurs. Un soir, alors que je discutais avec deux tenanciers, le plus jeune, qui ne devait pas avoir vingt ans, déclara en toute simplicité que le républicanisme irlandais, en fin de compte, n'était que ce que l'on en faisait. Il s'agissait, ni plus ni moins, que de composer son propre idéal politique, pour peu qu'il comprît un peu de république, un peu d'Histoire, un peu de tradition et un phantasme d'ordre nouveau. La revendication originale des Républicains irlandais, celle de construire une Irlande entièrement libérée du joug anglais, se dissolvait dans nos pintes et dans cet étonnant relativisme.

Je découvris même que l'IRA, au plus haut de son influence, donnait un sens presque poétique à son engagement. Dans les années 1950, le journal républicain An tOglagh arguait que « le nom ''républicain'', tel qu'utilisé entre les Républicains eux-mêmes, n'a pas de signification politique particulière. Il s'applique au patriote passionné, luttant ardemment pour la liberté de son pays 1 . » Les Républicains eux-mêmes éviteraient-ils de donner un contenu à leur lutte ?

Le républicanisme irlandais comme idée politique

Comme le souligne un dicton, « les Irlandais ne savent pas ce qu'ils veulent et sont prêts à se battre jusqu'à la mort pour l'obtenir ». La politique irlandaise en général, et ce depuis des siècles, est un magma d'idées et d'opinions toutes plus diverses les unes que les autres. Le républicanisme n'échappe pas à la règle. Bien qu'il ait stimulé la lutte pour l'indépendance de l'Irlande, il demeure largement ouvert à l'interprétation. En réalité, les Irlandais sont des opportunistes politiques. Aussitôt une idée apparue, aussitôt essayée. Si elle vacille ou s'effondre, le mouvement qui la défendait se vide de ses partisans et implose à son tour.

C'est précisément ce qui a fait le succès du républicanisme : une idée simple sous laquelle il est toujours possible de se regrouper. C'est parce que le républicanisme est une idée générale qu'il est demeuré populaire. Le principe en est simple : un gouvernement irlandais pour les Irlandais, sur un territoire irlandais uni de trente-deux comtés. L'ensemble de l'île doit être dégagé de toute occupation britannique. La Couronne ne peut avoir autorité politique ou religieuse sur aucun comté de l'île. En ce sens, le républicanisme est un mouvement qui ne s'est pas encore accompli, puisque l'Irlande est séparée en deux États.  

Le républicanisme est nationaliste. Le nationalisme, en revanche, n'est pas nécessairement républicain. N'oublions pas que les Protestants ont joué un rôle important dans la lutte pour l'indépendance aux dix-huit et dix-neuvième siècles. Ils n'étaient pas forcément tous de culture républicaine, certains ayant été élevés dans des familles de riches propriétaires terriens. Charles Stewart Parnell, « le Roi d'Irlande sans couronne », était anglican, cousin de l'aristocratie protestante irlandaise, et lié à la famille royale britannique ! Élu à Westminster, il fut cependant un anti-anglais constant et obstructionniste. Voilà bien la nuance : Charles Parnell était nationaliste, pas républicain. Il était protestant. Est-ce à dire que les républicains étaient catholiques ? Oui, parce qu'ils étaient de familles catholiques. Non, si l'on garde à l'esprit que certains républicains prônèrent un communisme agraire bien peu compatible avec les positions politiques de l'Église catholique irlandaise. Non, si l'on n'oublie pas que ceux qui versaient dans le terrorisme ou tuaient des civils se voyaient refuser la communion. Certains membres de l'IRA furent même excommuniés. Attention à la confusion, donc : les républicains ne revendiquent pas leur appartenance au catholicisme, même lorsqu'ils sont catholiques !

Au Nord, la confusion est fréquemment faite. On assimile les républicains aux catholiques et les unionistes aux Protestants. alors qu'ils se revendiquent plus volontiers de politique que de religion. Cela étant, si les Protestants se revendiquent parfois d'unir religion et cause politique, c'est parce que l'État britannique est un État protestant ! Les républicains du Nord, en revanche, sont des nationalistes avant d'être des catholiques.

Cette simplicité politique et ce manque volontaire de contenu ont assuré à l'idée républicaine de demeurer présente sur la scène politique, même au plus bas de sa force électorale. À l'heure actuelle en Eire, en république d'Irlande, le républicanisme militant est au plus bas. Le seul parti qui s'en revendique encore pleinement et entièrement, le Sinn Fein, n'est populaire qu'au Nord, en territoire britannique. Au Sud cependant, tous les partis politiques s'en revendiquent héritiers, même s'ils ne le placent pas au centre de leurs programmes. Le républicanisme ne dirige plus la pensée politique. Il plane au-dessus d'elle comme l'Esprit qui souffle. C'est un héritage politique nationaliste dont on ne saurait se débarrasser, quand bien même on ne le partagerait pas entièrement.
Clemenceau avait tort. Il n'y a pas, en politique, de mouvement historique ou d'idée qu'on doive accepter en bloc et sans nuance. Certaines idées politiques sont des forces invisibles, des courants océaniques qui régulent la vie. On ne peut faire sans, mais personne n'est tenu d'y adhérer en bloc. Il faut réapprendre les mouvements, dans leurs subtilités, pour s'approprier le destin d'un peuple. C'est seulement alors qu'apparaît un bien commun libéré des idéologies.

L'Histoire s'est chargée de donner un contenu au républicanisme irlandais  

L'Histoire irlandaise est si compliquée à comprendre que l'historien ne peut la décrire sans parti-pris politique. Comme le souligne Peter Taylor dans son excellent Provos, the IRA and Sinn Fein1 , choisir des bornes chronologiques revient déjà à prendre parti. « Où commencer ? Il faut bien que l'Histoire commence quelque part. […] Commence-t-elle en 1970 à la scission entre l'IRA Officielle et l'IRA Provisoire ? Ou en 1969 lorsque les troupes britanniques sont entrées dans Belfast et Londonderry 2  pour empêcher le massacre des nationalistes par les foules loyalistes ? Ou en 1968, lorsque les premières marches pour les droits civiques déstabilisèrent l'Etat d'Irlande du Nord ? Ou avec le traité de séparation du Nord et du Sud de l'Irlande en 1921 ? Ou la lutte héroïque de Patrick Pearse à la Poste Centrale de Dublin en 1916 ? Ou avec la colonisation de l'Ulster au dix-septième siècle, lorsque les Protestants vinrent s'établir au Nord-Est de l'Irlande ? Ou, si l'on veut vraiment revenir aux origines, à l'arrivée des troupes d'Henri II d'Angleterre au douzième siècle et au tout début d'un long processus de conquête et de soumission de l'Irlande ? »

L'évolution politique de l'Irlande s'est faite par à-coups. Des Fenians à l'IRA en passant par les Young Irelanders, nombre de mouvements ont défendu des idées similaires. Depuis quatre siècles, il n'a jamais manqué un mouvement, un groupe ou un parti pour promouvoir le Home Rule, c'est-à-dire le gouvernement de l'Irlande par les Irlandais. C'est là l'idée maîtresse des républicains irlandais. Elle porte conjointement les idées de république et de démocratie, qui sont pourtant deux choses bien différentes. En Irlande, de telles nuances sont secondaires. Historiquement, l'important était la résistance à l'occupant britannique.

Les républicains se sont toujours plus souciés de l'enthousiasme de leurs partisans que de la finesse politique de la cause. Pour eux, il fallait avant tout réagir à l'occupation. La brutalité des évènements leur donne raison. Aux dix-huit et dix-neuvième siècles en particulier, la Couronne britannique fut très dure à l'égard des Irlandais et plus particulièrement des catholiques. Les tentatives d'arrangements modérés avec la Couronne ne résultèrent qu'en déceptions, et plus le temps passa, plus la république s'installa dans les cœurs irlandais, quels qu'ils fussent. L'engagement militant était le seul moyen de lutter ; le républicanisme fut la forme qu'il prit naturellement.

Contrairement à d'autres pays, l'idée républicaine est donc apparue aux Irlandais comme la seule viable. Elle était la seule alternative. Elle était une nécessité plus qu'un choix. Le père des républicains irlandais, Wolfe Tone, était protestant. Néanmoins, étant patriote, il était fermement anti-anglais et tout aussi fermement républicain. Il était logique pour lui de l'être, puisqu'il luttait contre le pouvoir de la Couronne britannique. Ce furent des motivations identiques qui animèrent les différentes conjurations républicaines. Ainsi de la rébellion avortée de 1798 et de celle, réussie, de 1916.  

Le soulèvement de Pâques 1916 provoqua une lutte sanglante entre l'IRA et les autorités britanniques. L'objectif républicain d'une Irlande unie et libérée du joug anglais n'avait jamais semblé aussi proche. La lutte n'y aboutit pas. Michael Collins signa en 1921 un traité de partition de l'Irlande qui séparait le Sud, devenu une république catholique indépendante, du Nord, maintenu sous la double férule politique et religieuse de Westminster. Après avoir signé ce traité, Michael Collins déclara avoir vécu le pire jour de sa vie. Il avait l'intuition, disait-il, d'avoir sacrifié la cause républicaine. Dès lors, l'idée républicaine concrétisée perdit en romantisme et surtout, elle perdit cette nécessité qui faisait toute sa force.

Pourtant plus encore que l'Histoire, il lui restait la tradition.

Le Républicain irlandais, gardien des traditions

Appliqué à l'Irlande, le mot tradition évoque un folklore celtique un peu dilué. Passons sur les stéréotypes les plus courants pour rappeler que les Irlandais demeurent très attachés aux traditions qui participent de leur identité même : langue, musique, cultures agricoles, religion, poésie. Toutes choses qui furent interdites aux Irlandais à divers moments de leur histoire. Toutes choses auxquelles l'Irlande est restée attachée, quand bien même elle ne les pratiquerait plus aussi intensément que par le passé. Reste que tout cela constitue encore le fondement de l'identité irlandaise.

Le républicanisme s'est toujours voulu le défenseur d'un mode de vie irlandais, et pas seulement d'une cause nationaliste ou d'un gouvernement de l'Irlande par les Irlandais. L'attachement des Républicains au gaélique le montre bien ; malgré son programme franchement socialiste, sa tendance au communisme agraire, et la forte empreinte idéologique et rhétorique du marxisme, le républicanisme n'a jamais voulu transiger avec l'identité irlandaise, dont il a été l'un des principaux défenseurs. L'idéal républicain s'est fait le symbole d'un amour du peuple et de ses traditions tout en entretenant une grande aspiration au changement. N'est-ce pas là le principe énoncé par Lampedusa dans Le Guépard : « pour que tout change, il faut que rien ne change » ? Le Républicain irlandais serait-il ce héros garibaldien, soldat de façade et surtout grand cruciverbiste, féru de patrie et pétri de récits révolutionnaires ? Pour le discours, pour la parole, oui, peut-être. Mais le Républicain irlandais est plus souvent un silencieux qui œuvre à sa tâche sans déborder de gestes démonstratifs. Il tend à préférer le secret au bruit. Ses motivations profondes, premières, celles qui restent quand il ne reste plus rien, sont ailleurs.  

Et si le journal An tOglagh avait eu raison ? Et si le Républicain était bien ce « patriote passionné, luttant ardemment pour la liberté de son pays » ? Si excessive et lyrique que soit cette vision, il me semble que cette passion est proprement irlandaise. Elle fait partie du caractère même de ce pays. Oui, là-bas, on rencontre encore des Irlandais passionnés par l'Irlande. Même parmi les Irlandais qui émigrent, on trouve cet amour du pays. Malgré l'éloignement forcé, il demeure un esprit irlandais et républicain que l'on retrouve partout sur le globe. La diaspora est d'autant plus républicaine que le pays lui manque.

Toute tradition a ses gardiens. L'âme de l'Irlande est dans ses pubs, et c'est dans les pubs que l'on trouve les Républicains. Ils sont les gardiens nécessaires du décorum traditionnel. Face à l'orchestre qui s'improvise, entre les bodhrans suspendus aux murs, les pipes et les fiddles des arrière-salles, il y a toujours un homme debout, le verre bien droit, les bras croisés, qui regarde les jeunes filles danser et les vieux rire en silence. Tout le monde le connaît. Il est un symbole de l'ancien temps, droit et sûr de lui. On lui prête le sens de la justice et l'amour de son pays. C'est un Républicain.

Il ne récite plus de discours, ni vraiment de programme partisan. Il a le regard perdu dans le vague, vers l'avenir. Il attend l'Irlande unie. Entre deux éclats de rire bruyants au comptoir et des conversations animées, il sourit calmement. Son heure viendra.

Tiocfaidh ar la. Our time will come.

Source : http://www.lepoussin.org/2010/07/que-pouvons-nous-apprendre-des.html

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 06:48

Le personnage dont il va être question, Paul Valéry le définissait comme étant " noble, pur, pourfendeur de conviction, tendrement sévère ( ? !), et pour qui les véritables miracles étaient les bonnes actions faites en dépit de notre caractère et de nos passions ". On peut se demander si ce tableau ne concerne pas un personnage autre que celui dont nous allons parler ! !
Ce " pourfendeur " pour reprendre le mot a eu une certaine influence au XIXe siècle sur les débats d'idées qui ont imprégné et orienté le futur européen. Décédé depuis près de 200 ans, on le déterre, on le ressuscite régulièrement pour le vilipender, le porter aux nues, les deux à la fois bien entendu !
Il apparaît comme la clé de voûte des débats idéologiques qui animent les grands questionnements politiques, qui n'ont pas fini d'agiter nos sociétés modernes : les Droits de l'homme, la Démocratie, les liens du Politique et du Religieux, la Peine de mort. Il est montré du doigt par certains comme un proto-fasciste, comme l'inspirateur idéologique des totalitarismes modernes. Voyons quelques noms qui nous sont familiers et qui se sont positionnés admiratifs de cet " ultra conservateur " : Lamennais, Ballanche Sainte-Beuve, qui nous en fera un portrait inattendu, Barbey d'Aurevilly, Lamartine, Baudelaire, Gérard de Nerval, Vigny, Auguste Comte qui va concéder que sa pensée mérite d'être intégrée à la doctrine du Positivisme ; Balzac est fasciné et salue en ce personnage " un aigle penseur " Chateaubriand se dit " son admirateur le plus sincère ". Taine, Renan, Suarès, Claudel, Maurras, Mauriac ! François Mauriac ce grand croyant qui écrit, outre, " les morts seraient embarrassants s'ils revenaient ", " sa pensée religieuse s'oppose à plusieurs égards, au sens étroit d'un certain catholicisme dévoyé […] Il dresse avec puissance la figure d'un catholicisme intraitable, incroyable, odieux, tel que peut le souhaiter un homme qui l'exècre ". Léon Bloy, n'hésite pas à voir en lui " un génie presque surnaturel ".
A leur suite, Alain le juge comme un " penseur sans hypocrisie ", Albert Camus le voit comme " le premier sociologue de langue française ", citons un dernier admirateur : Carl Schmitt intellectuel catholique allemand, et nazi ! J'allais oublier Emil Cioran que certains ont vu comme le révélateur de toutes les " tentations brunes ". Son jugement à lui est particulier, c'est ainsi qu'il écrit : " Il est au nombre des grands provocateurs. Son nom résonne comme celui d'un croque-mitaine idéologique qu'on lit pour se faire peur… C'est un repoussoir au style éblouissant mais qu'on ne peut décemment suivre ". Il poursuit " C'est précisément par le côté odieux de ses doctrines qu'il est vivant. Vivante sa pensée l'est sans conteste, mais dans la mesure seulement où elle rebute et déconcerte : plus on la fréquente, plus on songe aux délices du scepticisme ou à l'urgence d'un plaidoyer pour l'hérésie ". Parmi ses détracteurs aussi excessifs on compte : Edgar Quinet qui dira qu'il fut le " Robespierre du clergé " ; Samuel Sylvestre de Sacy le considère comme " un génie de la décadence "; Huysmans le juge " vide ", Sartre de la terrasse du café de Flore le rejette sans appel ! Si nous devions résumer d'un trait le pourquoi célèbre de notre personnage nous pourrions dire qu'il est surtout célèbre par les critiques qu'il attire, plus que par la pertinence de ses écrits. Que d'excès dans tous ces jugements, qu'ils soient pour ou contre !
Savoyard, Joseph de Maistre est né le 1er avril 1753 à Chambéry, deuxième ville du Duché de Savoie. Il sera l'aîné d'une fratrie de dix enfants. Le père est juriste, second Président du Sénat de Savoie. Famille aisée. Il fut élevé écrit-il " dans toute la sévérité antique et abîmé dès le berceau dans les études sérieuses ". Il fait ses humanités au Collège Royale de sa ville natale, études qui sont complétées par un préceptorat jésuite. A 15 ans il fait partie de la " Confrérie de la Sainte Croix et de la Miséricorde " où le " Pénitent noir " fait vœu d'assistance aux malades, aux estropiés, aux condamnés, et est invité à méditer sur les fins dernières et la misère de l'homme.
Il entreprend des études de Droit à Turin, obtient son diplôme en 1772. De retour à Chambéry en 1773, passant outre la bulle du pape Clément XII : " In Eminenti apostolatum specula " il se fait initier à la Franc Maçonnerie dans la Loge " Saint Jean des Trois Mortiers " où il occupera la fonction de Grand Orateur. Il quitte les " Trois Mortiers ", en 1778, Loge trop festive à son goût, et passe dans une Loge " écossaise ", la " Sincérité " organisée autour d'une doctrine spécifique, celle de la Réintégration. Elle dépend de la Province d'Auvergne dont le siège est à Lyon. Le 6 novembre 1778 il est armé chevalier sous le nom de " Josephus, Eques a floribus ". Il se rend dans la capitale des Gaules pour y rencontrer Jean-Baptiste Willermoz, fondateur du Rite Ecossais Rectifié, personnage qui donnera à l'Orient lyonnais un rayonnement européen. Chez Willermoz, de Maistre se lie avec Martinès de Pasqually et Louis Claude de Saint Martin " le prophète de l'espérance " ; une profonde amitié va le lier au philosophe d'Amboise, des différences n'entameront pas cette relation. Outre les doctrines mystiques enseignées au Rectifié Maistre y voit certainement et surtout un contrepoids à l'irréligion qui gangrènent l'Epoque.
En 1782 il adresse au duc Ferdinand Brunswick-Lunebourg Grands Maître de l'Ordre Ecossais de la " Stricte Observance Templière " un long mémoire dans lequel il définit les trois missions essentielles du maçon, missions qui n'ont pas changé, bien que souvent mises à mal !
· Bienveillance,
· Conseiller du prince et du gouvernement,
· Christianisme transcendant ".
Il conçoit la Maçonnerie comme devant être au service " du trône et de l'autel " Il invite ses Frères à travailler discrètement, sereinement à la réunion des Eglises au sein des temples, ils devront s'efforcer dit-il d'aplanir progressivement les différents qui opposent les Chrétiens entre eux. Il affirme que l'Ordre maçonnique est prédisposé par sa nature cosmopolite et chrétienne à prendre en charge la réunion des Eglises.
Il se marie en 1786 avec une demoiselle Morand de Saint Sulpice de 6 ans sa cadette, qui lui donnera trois enfants.
Jean Marc Vivenza avance avoir trouvé la preuve que Joseph de Maistre a été initié " Elu Coën "… Qu'il ait été invité à assister à Lyon à une ou plusieurs Tenues c'est tout à fait possible, voir probable, puisque d'un naturel curieux, comme Saint Martin il était attentif et en recherche de tout ce qui était initiations, mais qu'il soit passé à la pratique est une autre affaire ! Je ne vois pas ce catholique fervent, stricte, réciter des formules, même si on veut y voir une " Magie Divine " : " Je te conjure Satan, Belzébuth, Baran, Léviathan à vous tous les êtres formidables, êtres d'iniquité, de confusion et d'abomination, à vous tous, alerte, terreur et frémissement, prompts à ma voix et commandement, à vous tous Grands et Puissants Démons des quatre régions démoniaques… " Cette Invocation fut adressée par Louis Claude de Saint Martin, dans une correspondance à un Maître maçon qui postulait pour entrer chez les Elus Coëns. Je suis donc réticent quant à cette appartenance. A suivre !
Lorsque les soubresauts qui secouent la France sont connus en Savoie, ceux qui admettaient que certaines réformes étaient nécessaires, de bon aloi, entendent des récits de massacres. Une invasion du petit duché par les troupes de la Révolution paraît inévitable ! Le 21 septembre 1792 effectivement l'évènement se produit. Les vaincus se rallient, collaborent, les autres fuient, c'est cas de Joseph de Maistre, qui reste fidèle à son roi : Victor Amédée III. Cette " Révolution satanique " l'accable, il y voit " la fin d'une civilisation fondamentalement religieuse ". " Ce moment, ne ressemble à rien !".
Commence alors pour lui et sa famille une longue errance à travers une Europe sous le choc. Cette errance s'achèvera par une halte de 10 ans à Saint Petersbourg à la cour du Tzar Alexandre Ier, où il va occuper les fonctions " d'ambassadeur sans moyens " du petit royaume de Sardaigne. Cette promotion pour laquelle il montre quelques réticences va éclater la famille. La trésorerie du petit royaume ne peut pas pourvoir au train de vie de cinq personnes, elle peut à peine accorder quelques maigres subsides à son ambassadeur qui a pour mission d'obtenir des fonds du Trésor russe pour survivre! Grâce au duc de Capriola envoyé extraordinaire des Bourbons de Naples et d'un admirateur du " Philosophe d'Amboise " le baron de Stedding ambassadeur de Suède, Joseph de Maistre devient rapidement un familier de la Cour.
Il va jouer un rôle important, celui de conseiller occulte du Tzar, on prétend même qu'il eût le rôle de " devin catholique "… c'est un peu étonnant…, Elu Coën, Cartomancien, Voyant missionné… il laisse entendre qu'il est porteur d'un message à transmettre sans s'étendre plus ! … Ce qui est avéré c'est qu'il se fait l'apôtre de la pensée Saint martinienne et maçonnique traditionnelle à la Cour. Son acuité intellectuelle, sa culture font merveilles, séduisent jusqu'à ses ennemis, il est convié dans toutes les grandes familles, il devient entre autre l'ami de Tolstoï, " c'est un invité né ". Nous, sans festin, sans cérémonie invitons-le à se dévoiler, invitons-le à nous révéler l'homme qu'il fut, tentons de mieux le cerner : fit-il partie des " Lumières de son temps " ? En tous les cas il se défend d'être un philosophe, pour preuve il n'hésite pas à écrire " Le plus grand fléau de l'Univers a toujours été, dans tous les siècles ce qu'on appelle Philosophie, attendu que la Philosophie n'est que la raison humaine agissant toute seule, et que la raison humaine réduite à ses forces individuelles n'est qu'un brute dont toute la puissance se réduit à détruire ". Fut-il seulement un " Penseur " ?... En tous cas, si oui, un penseur hautain et tragique sans originalité ; un prophète du malheur plus sûrement ! " Chaque goutte de sang de Louis XVI en coûtera des torrents à la France " Il est tentant de le voir par delà ses éclats de style, plus simplement, comme un chroniqueur virulent et partial, un pamphlétaire brillant, comme un grand prosateur, un politicien, en tous les cas comme un des plus fermes partisans de la " Contre Révolution ", une Contre Révolution qu'il teinte de mysticisme. Il s'érige en théoricien des " Contre Lumières ", il dénonce avec virulence l'illusion des droits de l'homme et de la démocratie.

Il est à voir pour beaucoup comme un " réactionnaire intégral ", ou comme un malade mental obsédé par le sang ! Il donna une apologie de la théocratie pontificale, au spirituel comme au temporel, qui fit de lui c'est certain un des grands inspirateurs de l'ultramontanisme. Sainte-Beuve, nous y voilà, nous livre sa vision du personnage, dans ses " Causeries du lundi ", il perçoit en lui " un philosophe politique de premier ordre " qui sous des apparences guerrières, cache " une silhouette douce et attrayante, amicale, un père de famille, qu'il se montre dans toute la vivacité du naturel, dans tout le piquant de l'humeur et, si l'on dire, dans toute la gaîté et la cordialité du génie ". Cette " gaîté " se transforme en grimace quand il brosse l'Histoire de l'humanité enchaînée au Péché originel, Histoire où seule la volonté divine agit, les hommes n'étant que les outils de Dieu, et tout particulièrement les souverains " Le Mal a tout souillé, et, dans un sens très vrai, tout est mal puisque rien n'est à sa place.[…] Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses ".[…] " Qu'on remonte jusqu'au berceau des nations; qu'on descende jusqu'à nos jours; qu'on examine les peuples dans toutes les positions possibles, depuis l'état de barbarie jusqu'à celui de la civilisation la plus raffinée, toujours on trouvera la guerre […] La main destructrice de l'homme n'épargne rien; il tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour attaquer, il tue pour se défendre, il tue pour s'instruire, il tue pour s'amuser, il tue pour tuer ; il a besoin de tout, et rien ne lui résiste ". Le monde est " un chaos plein de tueries ".
L'Homme, être déchu ne trouve pas grâce à ses yeux, il le dit : " Je ne connais pas l'âme d'un criminel, mais je connais l'âme d'un honnête homme, et c'est bien noir ". " L'homme entier n'est qu'une maladie ". Ce passage encore,… c'est bon pour le moral ! " La terre entière continuellement imbibée de sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la fin des choses, jusqu'à l'extinction du mal, jusqu'à la mort de la mort ". " Jamais le christianisme, si vous y regardez de près, ne vous paraîtra plus sublime, plus digne de Dieu, et plus fait pour l'homme qu'à la guerre ". Son concept de l'Histoire est éminemment hématologique, il ne la voit qu'en rouge, en violences, en guerres, en sacrifices, et vices, il la ramène à un écoulement continu de sang, il ne pose à aucun moment son regard sur les Arts qui fécondent et ennoblissent la pensée, enluminent, et illuminent les civilisations. Qui ne serait pas tenté de voir en lui un " atroce catholique ".
Continuons sur le registre sanguinolent, c'est un apologiste de la peine de mort. " Il y a dans tous les pays des hommes dont ne saurait acheter les services trop cher : les bourreaux "… " Malheur à la nation qui abolirait les supplices [...] Rouer, écarteler, mutiler c'est accomplir la volonté de dieu, pourquoi s'en cacher? Quand Dieu se retire des affaires humaines les hommes n'ont plus la même ferveur à se punir les uns les autres ". Et son avis sur l'Inquisition Espagnole, un chef d'œuvre, un sommet!! " Il ne peut y avoir dans l'Univers rien de plus calme, de plus circonspect, de plus humain par nature que le tribunal de l'Inquisition. C'est un tribunal appartenant à une Nation pleine de sagesse et d'élévation… […] C'est une institution qui a eu pour mission de prévenir les germes de la division et de la confusion qui menaçaient la chrétienté.[…] Le judaïsme avait jeté de si profondes racines en Europe, qu'il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale […].le mahométisme augmentait considérablement le danger… " Voltaire ironise : " Ce tribunal, c'est une invention admirable et tout à fait chrétienne ! ". Faut-il voir une amorce d'excuse quand il concède : " Rien d'humain ne serait être parfait, il n'y a pas d'institution qui n'entraîne quelques abus ". Il se reprend, " Possible qu'un homme envoyé au supplice pour un crime qu'il n'a pas commis, l'ait réellement mérité pour un autre crime absolument inconnu ". !!!
Quand on a été initié dans une Maçonnerie chrétienne, qu'on fait appel au Christ, ces prises de position laissent quelque peu pantois, et même, en tout état de cause elles sont insupportables. Mais la coupe n'est pas encore pleine, alors il proclame : " Tous les grands hommes ont été intolérants, et il faut l'être. Si l'on rencontre sur son chemin un prince débonnaire, il faut lui prêcher la tolérance afin qu'il tombe dans le piège, et que le parti écrasé ait le temps de se relever par la tolérance qu'on lui accorde, et d'écraser son adversaire à son tour ". Il s'en prend à Voltaire qui écrit-il : " rabâche sur la tolérance, son sermon est fait aux sots, ou aux dupes ". Il est lointain le temps où ce même Voltaire l'inspirait pour raisonner et écrire, c'était avant que n'éclate " la Tragédie " de 1789 ! Dans la foulée il ajoute : " Quant- à celui qui parle ou écrit pour ôter un dogme naturel au peuple, il doit être pendu comme un voleur domestique car il n'est pas un dogme qui n'est sa racine dans la nature intime et dans une Tradition aussi ancienne que le genre humain ".
Pour lui la monarchie est seule apte à ré harmoniser les disfonctionnements de la société. Il les perçoit ces disfonctionnements au travers l'Illuminisme.
Pressentiment ? Il avoue se dire impressionné par ce qui lui apparaît sourdre comme une attente universelle, l'attente de " quelque chose d'extraordinaire ". Il pense que le christianisme va être rajeuni par " une nouvelle effusion de l'Esprit saint " Il met en garde : " Il faut nous tenir prêt pour un évènement immense dans l'ordre divin vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. Des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés ". Oui ! Satan allait donner le signal d'un bal, il allait donner sa cadence à la " Carmagnole " et au " Ah ! ça ira, ça ira ". Bal sinistrement populaire qui se perpétue lamentablement jusqu'à nous en bal des pompiers! Dès les premiers troubles révolutionnaires, de Maistre va exprimer sa répulsion à ces désordres, il craint qu'un torrent de sang ne s'en vienne à submerger l'Europe. Il à cette conviction : " Dieu créateur, ordonnateur qui existe nécessairement, ne peut voir le mal, c'est donc que la Révolution est un châtiment mérité, c'est un arrêt de la Providence contre la décadence de l'Eglise le pourrissement de l'aristocratie, la décadence morale de la France, c'est un châtiment qui prend son ampleur dans une vaste lutte entre le Christianisme garant de l'autorité royale et la Philosophie des Lumières, mais c'est aussi la promesse d'une résurgence d'un catholicisme purifié ".
Son ami Saint Martin tient à peu prés le même discours, mais sans craindre de faire appel à ce qu'il y a de meilleurs en l'homme : l'admiration, l'amour, la solidité des rapports humains. Il voit dans la Révolution la main de la Providence, qui si elle châtie, féconde aussi l'Histoire en la mettant sur la voie du Progrès. Comme le Philosophe d'Amboise, dans une envolée, Maistre se dit à la recherche de l'Unité perdue, une réminiscence du " Traité de la Réintégration ?" Il va nous surprendre encore quand il dit : " La Révolution française et tout ce qui se passe en Europe en ce moment est tout aussi merveilleux, dans son genre que la fructification instantanée d'un arbre au mois de janvier : cependant les hommes, au lieu d'admirer, regardent ailleurs et déraisonnent ". A un autre moment, une nouvelle humeur lui fait déclarer : " La Révolution est une impureté d'où ne peut naître la liberté et la vertu. [….] " Ce qui distingue la révolution française, et ce qui en fait un évènement unique dans l'histoire, c'est qu'elle est mauvaise radicalement ; aucun élément de bien n'y soulage l'œil de l'observateur ; c'est le plus haut degré de la corruption connu ; c'est la pure impureté ". Dans sa logique, du moins peut-on le supposer, Joseph de Maistre envisage que la Révolution, puisqu'elle est là, que rien ne pourra l'arrêter, a pour tâche d'assurer l'extinction des corps corrompus et de faire germer sur un sol redevenu sain la monarchie contre-révolutionnaire; la Révolution à la fois maladie et remède !
Nous voici en 1820, le Tzar expulse les Jésuites, établis depuis 1800 à Saint-Pétersbourg, ils sont accusés d'un prosélytisme trop voyant, trop agressif, conversion au catholicisme du neveu de l'empereur ! Sous la pression et malgré son amitié il prie Joseph de Maistre de demander son rappel celui-ci ayant embrassé ouvertement la cause de l'Ordre proscrit. L'Europe vacille à nouveau, c'est le retour à Turin, après un bref séjour touristique en France, le nouveau roi de Sardaigne Victor Emmanuel Ier nomme Maistre Ministre d'Etat Régent de la Grande Chancellerie. Il est épuisé par le travail, sa santé décline, dans une lettre au vicomte de Bonald il écrira : " Je meurs avec l'Europe ". Il meurt le 26 février 1820, il est inhumé dans la crypte de Pères Jésuites sous " l'église des Saints Martyrs de Turin ".

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

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