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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 05:29

Avant de vous exposer mon travail sur cette planche, qui a comme sujet de réflexion « le ciseau et le maillet », j’aimerais vous conter une histoire, lue au hasard de mes lectures.

La voici :

Chez un Maître sculpteur, vivait l’enfant de son assistant. Son père lui avait interdit d’entrer dans l’Atelier ; afin de ne pas troubler les travaux du Maître. Aussi, de son jeune âge, cet endroit était un lieu magique. Des pierres grossièrement taillées y entraient et de magnifiques sculptures en ressortaient. Un jour, on vint livrer un bloc de marbre brut énorme. Il était si grand et si gros qu’il fût impossible de le mettre à l’intérieur de l'atelier. Il resta donc dans la cour. L’enfant était fasciné par ce bloc, tous les jours il passait de longs moments à le toucher pour sentir la chaleur de la pierre au soleil ; il imaginait, dans ses reliefs et dans ses veines, des montagnes, des vallées, des rivières. Chaque jour, il découvrait d’autres merveilleux paysages, d'autres mondes à explorer à la surface de la pierre. Mais il dut s’absenter avec son père pendant plusieurs semaines.
A son retour, le bloc de marbre avait disparu et un splendide et gigantesque cheval trônait au milieu de la cour.
Interrogeant son père au sujet du bloc de pierre, celui-ci dit que le maître l’avait taillé pour en faire sortir le cheval.
Etonné, l’enfant alla voir le maître et lui demanda : « Mais comment savais-tu qu’il y avait un cheval caché dans la pierre ? »
En guise de réponse, le maître sculpteur lui donna un ciseau et un maillet et lui dit : « Apprend à t’en servir et, toi aussi, tu découvriras qui est dans la pierre ».

Je voudrais commencer en remerciant mes frères pour le sujet de cette planche, qui m’a amené à la réflexion du pourquoi de l’apprenti et m’a permis de réaliser l’utilité du travail répétitif confié aux trois ans de celui-ci. Dans sa fonction et sa forme le maillet de l’apprenti est bien diffèrent de celui utilisé par le vénérable et les deux surveillants pendant nos tenues. En maçonnerie, le maillet représente une intelligence, une force agissante et persévérante. Le rythme de ses coups pousse à la méditation et à la réflexion les frères sur les sujets qui les préoccupent. Enervant ou stimulant son bruit répété ne laisse personne sans réaction. C'est un instrument qui ouvre les cœurs. N'est-il pas porté à la poitrine, par le vénérable et les deux surveillants, pour marquer les moments solennels de notre rite ? Le maillet des maîtres en loge est en Acacia taillé en cylindre. Ce bois est chargé symboliquement pour un maçon, car les anciens l'avaient choisi pour sa dureté et ses qualités imputrescibles, mais aussi pour sa beauté et la finesse de son grain. Travailler ce bois demande une maîtrise digne du message que ce symbole transmet. Il n'est pas un symbole d'autorité. Il rappelle, à tous les frères, l'importance du rite et les anime dans le chemin de la conscience et de la vérité, en les invitant au travail. Il rythme les moments forts de nos tenues. Le maillet de l'apprenti est fait en bois plus tendre et à une forme en tronconique, afin que la force, transmise au ciseau, se répercute sur celui-ci quel que soit son point d'impact. Cette qualité permet la mise au travail, immédiate, en attendant la précision du coup de frappe. Cette forme est l'outil de l'apprenti par excellence, fabriqué pour résister à de longues séries d'impacts, il peut être changé, au besoin, par un nouveau. C'est dans cette répétition de coups que l'apprenti prendra, peu à peu, conscience de sa sagesse naissante et de sa persévérance. Ces outils, que nous utilisons dans nos rites et grades, nous disent que, comme pour Hiram, le serment maçonnique doit rester couvert et sacré, et que nos outils doivent être utilisés à des fins créatives et non destructives. Je n’ai pas trouvé de références mythologiques ou divines au sujet du ciseau de tailleur de pierre. J’en conclue donc que le ciseau de tailleur de pierre est une invention humaine créée par et pour l’Homme. La qualité du tailleur de pierre est d’être méticuleux et précis dans toutes les étapes de son travail, c’est ce que l’on appelle : « L’art du Trait ». La précision requise lors de la taille de la pierre est de l'ordre du millimètre, c’est-à-dire de l'épaisseur du trait réalisé à la pointe à tracer et au crayon. Dans l'idéal, le ciseau doit couper le trait en deux. Je citerais, pour illustrer ce fait, la traduction de Fulcanelli de la table d’émeraude : « …/ Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande industrie./…./ Tu auras par ce moyen la gloire du monde, et toute obscurité s'enfuira de toi./… » En Maçonnerie, le Ciseau symbolise le travail de perfectionnement intellectuel et moral que chaque Maçon doit pratiquer sans relâche sur lui-même ? C’est la séparation du profane et du spirituel. Par extension, le progrès individuel conduit l’Humanité au progrès universel : l’avènement du macrocosme et du microcosme pour ne citer qu’Hermès Trismégiste nous rappelant que : « …Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; par ces choses se font les miracles d'une seule chose… » Le Franc-Maçon, plus que tout autre, à le devoir de conformer sa vie à ces principes, et couper le trait entre la réflexion spirituelle et profane, en appliquant l’élévation de son être intérieur dans tous les moments de sa vie maçonnique ou profane. Le ciseau et le maillet de l’apprenti sont donc les outils de base. Qu’il le soit en opératif ou en spéculatif, sa mission est de dégrossir la pierre à la carrière. Loin du chantier, afin de ne pas troubler les travaux de taille des compagnons et le ciselage des maîtres. C’est pourquoi les apprentis sont placés, en loge, au deuxième rang de la colonne du Nord et se doivent au silence. Ils apprennent à utiliser leurs deux premiers outils, à dégrossir leur pierre. Le couple Ciseau / maillet symbolise donc l’action sur la matière, sur le soi, en provoquant une transformation de par son propre travail sur son microcosme, et de ce fait transforme la société et le macrocosme. Lors de mon initiation au grade d’apprenti, j’ai été invité à donner mes trois premiers coups de ciseau et de maillet sur une pierre brut. Cela a commencé mon travail intérieur, après avoir reçu la lumière du vénérable. Cette lumière est le symbole de la révélation de la découverte de mon être intérieur, qui jusqu’à la était inconsciente. Les trois coups de ciseau symbolisent le commencement de la transformation de celui-ci à l’état conscient. Pour l’apprenti, le ciseau représente la sagesse naissante, la découverte de son moi cognitif, qui s’affinera sous les conseils des Frères du deuxième et troisième degré. Sa sagesse et son discernement se perfectionneront grâce à la maîtrise de la force donnée par le maillet. Cette maîtrise et cette force seront acquises avec sa persévérance et la guidance des frères pour embellir la taille de sa pierre. Jusqu’à présent, j’ai dirigé ma vie et mon esprit vers ce que je pensais être bien dans le respect de mon être et de mon prochain. Mais cela a été fait par instinct, maladroitement et par tâtonnement, sans outils spécifiques. Aujourd’hui, depuis mon initiation, le Vénérable Maître a mis des outils á ma disposition, pour améliorer et corriger ce qui peut l’être dans la construction de mon temple intérieur. En réglant l’inclinaison de mon outil et de mes mœurs, je peux frapper le ciseau, avec cet angle d’attaque, pour réduire cet éclat nommé « vanité », cet autre angle peut adoucir et embellir celui-ci nommé « fraternité ». Ainsi, en répétant, encore et encore, les gestes de taille, ma dextérité grandira et ma pierre se taillera pour, petit à petit, qu’elle se rapproche d’une forme en rapport avec sa destination. Il se créera alors l’équilibre de ma sagesse naissante.
Plus ma pierre sera belle, et plus mon ciseau et mon coup de maillet seront précis !
Ces outils sont matérialisés par la posture en loge et par la respiration de l’apprenti.
J’inspire : « je lève mon maillet et je m’imprègne des enseignements et des symboles ».
J’expire : « je frappe mon maillet en contrôlant sa force. J’applique les enseignements et les symboles à mon être intérieur et à ma vie ».
Dans sa posture et sur sa colonne, pour l’apprenti astreint au silence, cette respiration se fait consciemment.
J’inspire : « je m’imprègne de l’enseignement ».
J’expire : « je l’applique à ma vie et à mon voyage ».
Cette méditation répétée entretient la modification de mon état d’esprit.
Sagesse du ciseau, force du maillet et beauté de sa pierre, ne représentent-elles pas un des symboles le plus important au grade d’apprenti ? Le triangle, la trinité ! Dans le glossaire général de la symbolique maçonnique, on peut lire : « …Le trois va donc signifier l’équilibre : physique, moral, intellectuel, ou cosmique. Le trois, maçonniquement parlant, est le nombre de l’Apprenti avec ses trois ans, ses trois pas, les trois marches… » Dans le tableau de loge, ces outils sont dessinés près de l’entrée à la colonne du nord, afin que chaque apprenti puisse s’en servir à tout moment. Dans notre loge, ils sont placés sur la première marche à la droite du Vénérable Maître, pour bénéficier de sa lumière. A la gauche du Vénérable Maître, est placée la pierre taillée, afin que tous les apprentis puissent l’utiliser comme modèle. En extrapolant la taille de ma pierre brute, l’embellissement de mon être intérieur, je ferai référence à une inscription du cabinet de réflexion : « Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultam Lapidem ».
Je traduirais cette devise, dans mon langage, par :
« Tailler sa pierre et son être pour l’améliorer encore et encore et en extraire l’or qui est à l’intérieur ».

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 06:22

Outils essentiels de l'apprenti avec la règle... Que pourrais-je bien vous dire sur l'utilité de ces 2 outils que je vois à toutes nos tenues et qui symbolisent tant l'AFM.

Le maillet est indispensable à notre rituel et il est utilisé par notre V\ M\ ainsi qu'à notre 1er et 2nd surveillant. Je remarque d'ailleurs que le maillet, lors de nos rituels, est apposé sur le cœur et qu'il est tenu de la main droite, la main active.

Les décisions y sont prises avec, par l'impulsion de celui ci, en faisant résonner le bruit de son impact. Avant d'effectuer tous travaux, nous devons revêtir nos tabliers et nos gants qui constituent la tenue du F\ M\.

Pour l'AFM c'est la bavette relevée que nous devons nous préparer à travailler afin de nous protéger des éclats...mais de quels éclats parlons nous ? Prenons nous vraiment des risques pour nous protéger ainsi...

Si le tailleur de pierre a besoin de force et de maîtrise pour tailler la pierre, l'AFM en a tout autant besoin pour dégrossir la sienne. Ayant quitté le monde profane pour celui du sacré, mon travail « symbolique » a bien commencé le jour où vous m'avez reçu AFM.

J'ai d'ailleurs exercé lors de mon initiation mes 3 premiers coups de maillet sur la Pierre Brute de notre temple (sur ma pierre brute).

Le maillet envoie la force, il transmet au ciseau cette énergie d'accomplir et de réaliser... La force exercée doit être constante et non disproportionnée. Quand l'AFM prend l'outil en main et qu'il le met en mouvement, il utilise sa masse, sa densité...

Cette force s'ajoute à celle du bras et s'opère de manière cohérente sur le point d'impact. Le maillet représente alors la volonté, la détermination de transformer la matière. Si le maillet est mal utilisé, il peut détruire si celui qui l'utilise est mal intentionné ou maladroit...

Pour travailler sur moi-même, je dois donc être constant et avoir de la rigueur.

Le ciseau est l'outil de la maitrise d'une technique, d'une connaissance, d'un art... Avec l'impact du maillet, le ciseau détache le superflu, il est l'image du discernement.

Il est l'interface entre le maillet et la pierre. En revanche, seul, il n'est que théorie et il n'a plus grand intérêt et ne me serait d'aucune utilité sans le maillet. Pour travailler sur moi-même, j'ai besoin de volonté et de discernement.

Le ciseau affine, corrige, il rectifie... Au verbe rectifier me vient automatiquement à l'esprit la formule que nous connaissons tous...VITRIOL...Visita interiora terrae rectificando invenies occultam lapidem. (Descends dans les entrailles de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre de l'oeuvre).

Lors de mon entrée dans le cabinet de réflexion, j'ai été invité à inspecter l'intérieur de ma nature, mesurer les raisons pour lesquelles j'étais là, mon travail à bien commencé ce jour et en tant que profane.

Je dois donc corriger mes défauts et retirer le superflu...mon travail commence par essayer d'être et ne plus paraître.

Par cela raisonne l'action de maitriser mes vices et mes passions et je ressens l'envie de persévérer sur ce chemin parsemé d'embûches.

Si l'apprenti s'identifie à la pierre, il existe des pierres de toutes tailles, de toutes matières. Certaines sont solides avec de belles formes d'autres sont rugueuses ou même encore friables. Je vois déjà apparaître certaines de mes fissures, en évoquant toutes les nuances de ces pierres, toute la fragilité que je peux avoir au travers d'une apparence solide. C'est bien de l'homme que nous parlons au travers de cette pierre brute.

Nous avons tous des atouts et des faiblesses et c'est bien pour cela que nous devons travailler sur nous-mêmes sans relâche. Bâtir des cathédrales semble soudainement bien difficile...et le choix de la pierre est donc très important.

C'est avec amour et respect qu'il faut travailler dessus pour ne point la briser. Que dois-je y voir au travers de ces symboliques et ces métaphores... Nous sommes tous des pierres brutes au commencement et nous avons comme volonté de travailler sur nous-mêmes afin de corriger nos défauts et d’arriver à se calibrer avec d'autres pierres.

Nos réflexions nous ont amené ici aux portes du temple pour commencer ce travail et c'est en toute conscience que nous avons accepté ce travail qui ne finira jamais. Je crois que nos envies communes d'être F\ M\ pourraient être représentées par ce maillet.

Il nous rappelle l'individu que nous sommes avec nos « désirs » et nos capacités à exercer nos choix et c'est par la rigueur de notre travail que nous pourrons progresser.

Nous souhaitons communément nous perfectionner et partager nos connaissances. Comme je le disais plus loin, seul, le maillet n'aurait pas grand intérêt sans le ciseau, je me pose alors la question :

Est-ce que l'homme ou l'AFM que je suis pourrait-il dégrossir sa pierre sans vous mes TCF... Non, puisque j'apprends chaque jour à vos cotés.

Je suis volontaire et je poursuis mon engagement et c'est aussi parce que j'ai besoin de vous et que vous m'acceptez tel que je suis que je pourrais m'affiner.

Ciseau et Maillet. Le Ciseau (du latin, cisellus, coesellus et coedere, couper) en fer ou acier trempé permet la sculpture, et l’art pour dégrossir les pierres en ôtant leur rugosité.

Symboliquement, cela consiste à affiner le caractère, à s’instruire, à se perfectionner et à augmenter ses connaissances, quitte à se frotter aux autres, en commençant par se parfaire, puis comme compagnon pour poursuivre dans le monde extérieur. Le Maillet (du latin malleus) est une des lumières du Vénérable. Indiqué à l’apprenti avec le ciseau, il n’est pas l’outil de commandement, mais une invitation au travail. Un apprenti va recevoir un ciseau pour être peu à peu efficace et posséder le discernement qui lui permettra de procéder à des investigations. Le Maillet lui permettra d’utiliser son intelligence pour l’application, et son geste devient plus sûr. C’est quelque part l’apprentissage de la dialectique s’il utilise son intelligence correctement, d’autant plus que le Verbe lui est interdit. Il affine ainsi son sens de l’observation, sa logique, son raisonnement par une action persévérante et pour apprendre à utiliser ses connaissances.

Dans la mesure où il me semble que, personnellement, j'ai plus de difficultés à me fixer des limites à ce que je peux tolérer qu'à être tolérante, je crois devoir effectuer un travail de rectification des aspérités de ma pierre en améliorant ma vigilance quant à la rigueur de choix des valeurs que je souhaite finalement défendre. Pour quelqu’un, qui au contraire a un système de valeur très rigide, la taille des aspérités de sa pierre pourra, au contraire, l’amener à des efforts pour assouplir et relativiser ses valeurs et certitudes pour entendre celles des autres. Ainsi, les pierres brutes des uns et des autres n'ont pas forcément les mêmes aspérités à éliminer.

Chaque tempérament n'a pas les mêmes faiblesses à corriger ; de même que ce ne sont pas forcément les mêmes métaux que chacun de nous doit s’efforcer de « laisser à la porte du Temple ». Aux efforts de travail profane que nous faisions avant d’être initiés, doivent succéder des efforts méthodiques et « accompagnés », qui acceptent l’enseignement de Maîtres et s’exercent à l’utilisation d’outils spécifiques ainsi qu’à l’Art de les utiliser.

Nous sommes, chacun, notre propre œuvre, notre propre pierre à bâtir ; notre travail de Franc Maçon doit être de participer à l'édification du Temple qui est l'œuvre commune des F\ et des S\ qui ont appris à travailler ensemble.

Tailler notre Pierre c'est apprendre à reconnaître ce qui constitue nos faiblesses par rapport à la défense des valeurs choisies puis à travailler pour les combattre de façon à devenir plus efficace dans la construction (en nous et autour de nous) d’une Humanité meilleure. C’est effectuer un travail sur nous pour nous rendre plus pertinents dans une Humanité en progrès, c’est à dire : plus libre, plus égaux et plus fraternels.

Conclusion

En ce qui me concerne, travailler sur la pierre brute m'a obligé à pas mal de réflexion, m'a beaucoup apporté et, en particulier, m'a fait comprendre que : le symbolisme est une méthode, une somme d'outils de travail sur soi-même. C’est en travaillant notre pierre que l’on découvre sa forme, on ne la connaît ni ne la décide d'avance.

La pierre brute de chacun est différente de toutes les autres et acceptée, voire aimée, comme telle. Elle n'est pas, intrinsèquement « moins bien » qu'une pierre taillée. Elle existe à un autre moment de la vie, elle est en devenir.

Le Temple est constitué d'hommes et de femmes qui cherchent à atteindre le maximum de leur capacité en conscience et en liberté. Si je connais bien et maîtrise mes faiblesses, je connais et maîtrise aussi celles des autres tout en tolérant leur existence et je deviens plus efficace dans l’action. Ce qui m’empêchait de voir certaines aspérités de ma pierre brute qui demandaient à être taillées, étaient des métaux et que se dépouiller de ceux-ci est difficile car, s’il est aisé de voir les métaux des autres, on est souvent aveugle sur les nôtres. Ce n’est pas qu’on refuse de les ôter, c’est qu’ils se sont si bien incorporés à notre chair qu’on ne peut plus les voir.

Il nous faut faire jaillir la pierre précieuse en taillant la gangue brute qui l’entoure car on porte tout son bien en soi. Aujourd’hui, il me semble avoir compris qu’une pierre taillée est un Homme (ou une Femme) libre, dont la conscience est guérie de ses conditionnements et de ce fait beaucoup plus capable de se dépouiller aisément de ses métaux et surtout, plus capable d’Amour.

Source : www.ledifice.net

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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 04:30

Le hasard mais au fait existe-t-il vraiment (cela pourrait être un très bon sujet de planche). Donc ce hasard a voulu que lors de notre tenu du 21 mars (tenue quelque peu mouvementé) notre frère Gérald qui avait en charge de présenter les 5 minutes de symbolisme traditionnel de la loge est choisit comme sujet « j’ai dit ».

Quelle ne fus pas ma surprise de constater que j’avais choisit le même sujet comme thème de ma planche que j’avais prévu de vous lire pour le troisième trimestre. Les grands esprits se rencontrent à ta coutume de dire. Gérald vous a servit les amuse gueule et moi je vous livre le plat de résistance.

Mon frère 2ème surveillant et moi avons eu les mêmes lectures et références ce qui expliquera quelques répétitions. En effet n’ayant pas fait un grand parcourt scolaire, j’ai parfois besoins d’avoir un peu d’aide et de matière pour mettre dans un écris compréhensible toutes les idées qui m’agite. J’y peu y puiser une source d’inspiration mais certainement pas une planche dans l’intégralité. On peut y prendre quelques idées par ci par là ou quelques formulations, mais c’est tout. Le vrai travail vient du cœur et c’est le seul qui a de la valeur.

Le travail que je vais vous lire donc ce soir à pour thème une formulation que nous employons tous s’en vraiment nous rendre compte de sa signification et de son implication. C’est souvent ces toutes petites choses qui font toute la différence et qui donnent un sens à ce que nous faisons ou nous disons. Et cette formulation est « j’ai dit ».

Oui, « J’ai dit », et je pourrais des à présent m’arrêter la dans lecture de ma planche. Ce « j’ai dit » affirmatif et péremptoire ne supporte aucune autre circonvolution dialectique.
En Asie du sud est je ne me souviens plus quelle peuplade. A pour habitude à chaque fois que quelqu’un prend la parole de ponctuer son discourt de claquement de mains comme pour donner plus de poids à sont discourt et pour être sur de garder l’attention de l’assemblé. Nous autres en Loge n’en sommes pas là, mais il existe une certaine similitude quant au résultat. Ces trois petits mots que nous employons tous pour finir une planche ou une intervention et cela quelque soit notre grade ou fonction au sein d’une Loge, ne sont pourtant pas si anodins.

Ce « j’ai dit » est le miroir de notre personnalité, de nos attentes et aspirations. Il est une émanation de notre être. Comme des petites pierres blanches que nous semons derrière nous comme le petit Poucet. Sans lui nos planches seraient comme des coquilles vides et sans âmes, impersonnel et froides.
Ce j’ai dit c’est la vie, c’est l’étincelle de lumière dans les ténèbres « et les ténèbres ne l’on point saisit ». Que nous soyons Maître avec toutes nos années et notre expérience maçonnique derrière nous et qui peuvent donc fort de cela nous conférer une certaine légitimité qu’en nous affirmons ce « j’ai dit » ou alors tous simplement être un jeune initié qui du haut de sa jeune vie maçonnique peut lui aussi employer cette affirmation, nous fait nous retrouver tous égaux avec et par ces simples mots.

Nous sommes un peu comme les indiens peaux rouges d’Amérique qui terminaient leurs phrases d’un « Hugh ».

Ce « J’ai dit » marque une action accomplie dont elle est la ponctuation finale et elle lui donne par le fait une forme à caractère solennel.

Ce JE donc MOI, Ai Dit, au passé composé du verbe dire. Donc c’est déjà du passé. Et il est composé de toutes mes émotions et mes pensées. C’est plus que du passé simple, je dirai même que c’est du passé recomposé. Je l’ai Dit, impossible de faire machine arrière, je l’ai dit et cela a été entendu. Ma responsabilité a donc bien été engagée.

Le fait de s’exprimer à la première personne du singulier en disant JE c’est s’impliquer directement, c’est affirmer que l’on est responsable de ces propos. Ce n’est ni le ON ou le NOUS bien commode et qui n’impliquent pas directement la personne et qui lui permet de s’abriter derrière un anonymat de façade.

Notre frère Gérald l’a dit, le passé composé utilisé qui en plus d’exprimer une action révolu et irréversible induit aussi une volonté de progression, de perfectibilité par le temps employé et on c’est tous que le temps peut améliorer les choses et nous aider à prendre du recul et à analyser les évènements.

Il veut dire aussi que « dans le passé je me suis exprimé ainsi, mais je continue à réfléchir, à méditer pour poursuivre mon travail ».

Le « Jai dit » tourne une page pour en commencer une nouvelle ou rien n’est définitivement formalisé, mais demeure en perpétuelle élaboration et en constant devenir à l’image de l’esprit qui nous anime dans notre démarche en Franc-maçonnerie.

Quand je me suis engagée sur ce chemin initiatique qu’est la Franc-maçonnerie, j’ai découvert les composantes d’un rite, le R\ E\ A\ A\ et avec lui les symboles, les gestes, les attitudes et…LES MOTS. Et notre travail maçonnique passe en premier lieu par des mots. Mais avons-nous toujours conscience du poids des mots ?

Le Franc-maçon est depuis toujours homme de discourt, et la Loge, le lieu d’expression et de conservation de l’art de la rhétorique. Et la parole et le Verbe sont des outils que nous apprenons à maitriser. Comme le dit si bien le prologue de st Jean que nous récite le Frère Orateur en début de tenu. Mais si la parole est facile à maitriser le Verbe lui est difficile. Mais ceci est un autre propos qui pourrait être le sujet d’une autre planche.

Pour en revenir à notre thème de ce soir. Lors de notre initiation, notre engagement est scellé par les mots que nous disons en réponse au serment formulé : « oui, je m’y engage » ou « oui, je le jure ».
Par ces mots, j’ai pris de ma libre volonté la responsabilité de donner à ma vie un nouveau départ, de chercher par moi-même et en moi-même au travers des outils qui me sont donnés les axes de réflexion qui me permettent de mieux me comprendre, de mieux comprendre les individualités qui m’entourent, de voir ce qui ne se voit pas et ainsi d’œuvrer au perfectionnement du moi profond et dont le rayonnement tend vers l’humanité tel que le rappelle notre rituel par la phrase « pour que nous poursuivions au dehors l’œuvre commencée dans le Temple ».

Par la suite, mon engagement se traduit par ma présence aux tenues, ma participation au travers de mes planches ou par mes prises de paroles à l’issue des travaux présentés par les autres Sœurs et Frères de l’atelier.

Le « J’ai dit » comme je le disais plus haut, tourne une page pour en ouvrir une nouvelle où rien n’est définitivement scellé, mais demeure en construction et cela chaque fois qu’une sœur ou un frère demandent la parole pour apporter leur point de vue, leur expérience…en bref, leur pierre à l’édifice de la pensée en permanente évolution car dans le domaine de la pensée et de son expression, rien n’est figé contrairement à l’écrit.

Dans ce temps d’expression et d’intervention, nous nous exprimons en utilisant nos capacités optimales en condensant et synthétisant notre pensée, en nous efforçant toujours d’aller à l’essentiel. Cette fin de l’intervention orale ponctuée du « j’ai dit » est accompagnée du signe pénal du degré et pour ce qui nous intéresse ce soir celui du 1er degré.

Ce signe d’ordre nous rappel qu’il nous faut maitriser nos passions pour pouvoir traduire nos idées avec des mots qui ont un sens et qu’il est important de respecter afin que tous dans l’assemblée comprennent ce que nous disons.

Or, la Franc-maçonnerie nous enseigne les techniques de la mise en œuvre des moyens d’expression de la pensée. Comment ? D’abord, par le silence au grade d’apprentie, symbole de germination et d’introspection. Un silence constructif qui nous oblige à l’observation, aux premiers questionnements et à la réflexion. Puis, compagnon et ensuite maître, la mise en œuvre de l’expression de la pensée passe par la prise de parole demandée et autorisée qui nous incite à bien poser notre idée pour l’exprimer. Car la parole est ambivalente : elle peut soit blesser, soit soulager. Cela me ramène au ciseau et au maillet qui, mal utilisés, peuvent abîmer l’œuvre en construction et mettre en péril l’édifice ainsi fragilisé.

Grace à cela je vais donc parler en faisant l’effort de me mettre à la portée de tous et toutes en n’ayant garde d’oublier que si un Apprenti n’est pas un Maître, un Maître reste un apprenti éternel. Et que l’un comme l’autre doivent toujours pouvoir se remettre en question de même que si la rigueur est de mise, l’indulgence envers les autres l’est aussi. Mais à peine ais-je dis que c’est déjà passé et que l’on est à présent dans le nouvel instant.
J’ai dit et j’ai terminé mon discours.

Mais, au fait l’a-t-on bien entendu et compris, car ne perdons pas de vue qu’il y a au moins 9 possibilités de s’entendre :

1° - Par ce que je pense.
2° - Ce que je veux dire.
3° - Ce que je crois dire.
4° - Ce que je dis réellement.
Ces quatre premiers points étant du ressort de ma responsabilité. Mais il y a aussi vous tous et :
5° - Ce que vous voulez entendre.
6° - Ce que vous entendez.
7° - Ce que vous croyez comprendre.
8° - Et ce que vous voulez comprendre.
Et il reste cette neuvième possibilité qui résume et englobe à elle seule toutes ces possibilités émises successivement : « Ce que vous comprenez » - ceci étant bien sûr du ressort de votre responsabilité.

Mais au fait, pourquoi ais-je parlé ? Pour faire comme les autres ? Pour attirer l’attention des Sœurs et Frères sur ma précieuse personne ? Pour faire étalage de mon érudition, de mon savoir et de mes connaissances ? Je sais mes Sœurs et Frères que cette façon de procéder n’est pas de mise dans notre atelier.

J’ai dit tout simplement parce que la contribution que je vais apporter dans la discussion et les débats qui s’instaurent me semble avoir du sens. J’ai dit parce que je n’ai pas tout à fait compris l’intervention d’une Sœur ou d’un Frère et que je souhaiterai des précisions complémentaires ou j’ai dit pour apporter par exemple une référence livresque sur le sujet présenté car il est toujours intéressant de donner le maximum de précisions afin que ceux et celles qui désirent aller plus dans leur réflexion puisse consulter l’ouvrage cité s’ils le désirent.

Et c’est à ce moment là, dans la quiétude de notre temple, entourés de toutes parts de Sœurs et de Frères fraternels, tolérants et ouverts que le débat et l’échange d’idées, d’arguments et de vues contradictoires sans aucune altercation, ni mésentente, polémique et ni critique s’échange et se développe harmonieusement au sein de notre loge. Chacun apportant sa pierre et chacun d’entre nous les triant et les sélectionnant pour se les approprier et en faire sa synthèse personnelle.

Notre travail maçonnique est la déclinaison de notre recherche sur nous-mêmes. Pour moi, c’est là que se situe l’un des secrets de la Franc-maçonnerie.

En effet comment expliquer ce qui est une recherche intérieure personnelle ? Notre quête perpétuelle vers cette étincelle que nous avons en nous. Cette lumière revient comme source d'éclairage, de rayonnement et comme un indicateur du chemin à suivre par l'initié pour rester sur la « voie juste » du franc-maçon. Ainsi, quand la lumière apparaît à l'initié que nous sommes, après notre passage de la nuit à la vie, ou de l'obscurité à la lumière du temple, c'est pour éclairer notre « voie » d'apprentissage, après notre naissance à la vie maçonnique.

Il ne s'agit pas ici de la lumière que nous observons dans la vie profane, mais de celle que nous avons découverte après notre initiation, et qui nous permettra un travail véritable sur notre pierre et notre temple intérieure, pour nous maintenir dans la « voie juste » du bon maçon. La lumière n'éclaire l'esprit humain que lorsque plus rien ne s'oppose à son rayonnement. C'est tout le travail que nous devons effectuer chaque jour, de midi à minuit. Cependant, à l’aide des outils et du rituel, le devoir de l’initiée est de transmettre ce qu’elle a reçu de l’enseignement maçonnique et qui l’a conduite un peu plus en avant sur la voie de la Vérité et de la Connaissance. C’est un partage continu entre les Sœurs et les Frères symbolisé d’une façon physique par la Chaine d’Union.
Comme je le disais au début de cette planche, « J’ai dit » peut symboliser l’alpha et l’oméga de ma pensée, de ma réflexion qui est suivie d’une ouverture vers un échange avec les Sœurs et Frères de la Loge.

« J’ai dit » c’est en quelque sorte le couperet qui tombe à l’image de notre signe pénal quand la main retombe le long du corps après avoir tranché la gorge, canal du souffle et de la voix. Mais ce signe pénal nous permet aussi de réunir à nouveau le corps et l’esprit. Nous les avons séparé le temps de notre lecture mais il est temps après de les réunir à nouveau pour mettre en application nos paroles et nos actions. Ne serrais se que pour écrire car nous ne sommes pas encore des êtres de pures énergie qui ne communiquent que par la pensée.

Chaque Sœurs et Frères de la Loge est invitée à apporter sa pierre, sa contribution à l’édifice en construction. Ainsi, de la somme des tous les « j’ai dit » émerge finalement un « nous avons dit » qui permettons d’élaborer un ensemble collectif, une œuvre commune où tous les « j’ai dit » trouverons leur point de convergence dans des lignes directrices cohérentes, résumées par les conclusions de notre Frères Orateur.

Ce « j’ai dit » que nous employons est une affirmation de soi. Une réalité qui fait de nous des êtres vivant et que existe. Il n’y a qu’au sein de nos Loges que nous pouvons prendre conscience que nous sommes quelqu’un, que nous avons le pouvoir d’exprimer nos idées et nos opinions et tout cela avec l’écoute inconditionnel et bienveillante de nos Sœurs et de nos Frères.

La Franc-maçonnerie à cela de magique de pouvoir permettre à quelqu’un de s’exprimer en tant que JE. Dans le monde profane, à moins d’être extravertie et sur de soi et de ses qualités d’Homme avec un H majuscule, le « j’ai dit » se transforme plutôt pour les autres qui sont plus introverties et réservé en timide « je pense » ou « je crois ».

Nous sommes prisonniers dans ce monde profane du regard et du non écoute des autres. Car bien souvent on ne prend pas le temps d’écouter ce que la personne a à nous dire. Nous sommes des les premiers mots formulé, dans l’interprétation et la formulation de la réponse que nous voulons donner. Ce qui fait que nous arrêtons notre écoute et donc notre compréhension.

Oui, grâce à ce j’ai dit que nous formulons en loge, nous allons au delà de nos limites et préjugés. Nous nous extériorisons. Et ce sentiment d’exister vraiment n’a pas de prix. Il nous grandit en faisant de nous un élément d’un tout et non plus une pièce isolé et perdu dans la multitude.

J’ai dit et j’existe, je ne suis pas seul car ce j’ai dit est adressé à d’autre qui me reconnaisse comme interlocuteur.

Pour moi ce j’ai dit est primordial, il me donne la sensation et l’impression de maitriser pour une fois quelque chose. Je ne subis plus, je suis acteur. Je ne suis plus le pantin désarticulé et manipulé par les fils de la vie. J’ai coupé mes liens, je me suis émancipé et libéré. Même si ce « j’ai dit » ne dure que le temps d’une planche ou d’une intervention, il a le mérite d’exister et d’être là. Il peut à force de le dire en Loge me permettre de le vivre aussi à l’extérieur du Temple. Ne plus être spectateur impuissant et inutile. Cela va plus loin que le traditionnel « Je pense donc je suis » et qui ne s’adresse qu’à soi. Le j’ai dit est lancé à la face du monde comme un crie, une supplique qui à cessé d’être muette.
Ce j’ai dit me permet d’être encore vivant en ne sentant écouté et peut être compris. Il me fait me sentir moins seul, moins perdu et peut être me permettra t’il même d’espérée en un lendemain moins terne. Et peut être que avec beaucoup de temps et de travail, ce « j’ai dit » se transformera en « je dis » et même plu tard en « je dirais ».

Pourquoi ce j’ai dit si fort et si définitif de nos Loge ne pourrait il pas l’être tout le temps dans notre vie profane.

J’ai dit que je ne veux plus douter.
J’ai dit que je ne veux plus avoir peur de perdre trop tôt ceux que j’aime.
J’ai dit que la vie est plus forte que la mort.
J’ai dit que l’amour vaincra de tout.
J’ai dit vouloir briser le sablier de ma vie pour que le vent de l’oublie disperse le sable du temps et me fondre dans le néant.

Mais voila ce j’ai dit n’est pas un sésame qui nous délivre de tous nos tourments. Ce j’ai dit nous aide pourtant à nous redresser et nous tenir droit face à l’adversité et au tumulte de la vie. Même si parfois nous plions et fléchissons sous ses coups de boutoir. Ce j’ai dit enraciné comme un roseau plie mais ne se rompt pas. Je suis tombé dans le piège du j’ai dit, cette affirmation de soi qui en même temps de me faire prendre conscience de ce que j’écrivais pour cette planche me faisais prendre conscience en même temps aussi de tout le reste et de mon ras le bol. Est-ce le hasard qui m’a fait choisir ce sujet de planche ou est ce prémédité par une force supérieur. Je ne serais y répondre, mais le fait est là.

Cette planche je l’ai écrite en deux temps. Il y a un avant et un après, ce qui explique comme vous vous êtes certainement rendu compte de la différence de tournure de ce travail qui à pris un sens plus personnel. Un avant et un après une décision lourde de conséquence et idiotes, stupide et égoïste mais qui sur le moment présent semblait être la seule issue tellement j’étais noyé dans mes errances.

Ce j’ai dit qui met l’accent sur le « JE » et donc sur le « Soi même » a mis en avant un moment d’égoïsme ou je n’ai pensé cas moi. J’ai oublié tous ceux que j’aime et qui m’aime. Je vous ais oublié, vous tous mes amis. Je vous ai abandonné sur le bord du chemin sans même me retourner pour vous dire au revoir.

C’était idiot de ma part, je n’ai pas le monopole des problèmes et je ne suis pas le seul à trembler au risque de la perte trop prématuré d’un proche. Cette planche est aussi un exutoire dont vous êtes les spectateurs muets et attentifs. Je vous prends à témoins malgré vous et je le regrette. Mais si je le fais quand même c’est que vous n’êtes pas n’importe qui pour moi, vous êtes mes FRERES.

Je sais que cela n’est pas une solution, mais pendant un moment, même si petit qu’il soi. Quand la décision est prise et que l’on franchie la limite, que l’on n’a plus peur, plus d’angoisse que plus rien ne peut vous atteindre, on est comme libéré de ses entraves. On ce réapproprie sa vie, on en redevient le maitre.

Je l’ai dit, je l’ai fait, je suis libéré.

Et Pour finir sur une note plus légère. Ce « j’ai dit » qui correspond donc bien à « un nous avons dit » s’apparente dans ce contexte spécifique bien précis à un « c’est ce que je suis » et donc « c’est ce que nous sommes ».

Et je terminerai en citant une phrase d’un célèbre humoriste Franc-maçon dans son recueil « Les Pensées ». Je le cite : « Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir ».

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Published by W\ L\ - dans Planches
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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 04:23

Dans le « Livret du Compagnon » rédigé à l’époque par notre F\ F\ U\, nous trouvons la phrase suivante : « Sch…- qui signifie : l’union fait la force. En hébreu, Sch…signifie épi ». Et plus loin, au même paragraphe : « Le nom et sa signification ne se prêtent guère à l’exégèse ».

Le terme : « Union fait la force » ne correspond pas au sens littéral du mot ; en revanche celle d’épi est tout à fait recevable. Et F\ U\ de ne pas mentionner que Schibboleth se traduit aussi par « cours d’eau », « rivière ». Michel de Saint Gall dans son « Dictionnaire des Hébraïsmes dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté » précise que Schibboleth a une double signification : « épi de blé » et aussi « courant d’une rivière ». De la même manière, le « Dictionnaire de la Bible » d’A\ M\. Gérard nous donne la traduction suivante : « fleuve ou épi ». On comprend alors facilement pourquoi l’iconographie maçonnique représente un épi de blé au bord d’un cours d’eau.

L’exégèse devient possible au risque de contredire le Livret du Compagnon précité. Tout d’abord on interprétera ici la relation : « cours d’eau » en imaginant l’Élément Eau non dans un sens profane, mais dans une vision initiatique et alchimique, c'est-à-dire comme une entité indéfinie et subtile présente dans l’homme, trait d’union entre le monde matériel, visible et le monde spirituel, non visible. Le terme Eau, dans son sens ésotérique, se retrouve dans le nom de l’outil du grade, le niveau ou « niv-eau » (selon la kabbale phonétique chère à l’alchimiste Fulcanelli). L’eau a aussi été associée au mot sacré Boaz ou Booz en relation aussi avec la colonne de nuées ou d’eau. Elle s’oppose à la colonne Jakin, ou colonne de feu. Deux colonnes accompagnaient aussi les Juifs lors de la sortie d’Egypte.

Avant d’aborder l’analyse du sens de Schibboleth, un constat : ce mot de passe, incontesté et unique au 2ème grade - alors que la confusion règne pour ceux des 1ers et 3èmes grades - semble le moins bien compris de tous, à tel point que l’on nie souvent toute exégèse possible à son sujet. Son sens peu évident rend-il de prime abord sa compréhension difficile d’accès ? Et l’on se contente de répéter en chœur la leçon du Livret de Compagnon : « Epi fait songer à la moisson et, de là, à l’œuvre du Compagnon qui doit se couronner d’une ample récolte ». Tout au plus évoque-t-on la lente transmutation du germe de blé en épi, le comparant à celle de l’Initié.

Le terme Schibboleth [1] (cette écriture a été choisie mais d’autres sont possibles en français : Siboleth, Chibboleth etc.) est présent dans le Livre des Juges XII - 6. Aucune analyse de ce mot n’est possible sans une étude préalable du contexte biblique. Relisons le texte :

Jephté et le Jourdain. Jephté, originaire de Galaad (se souvenir des héros de la Table Ronde), est juge en Israël. C’est le fils d’une courtisane et d’un vaillant guerrier appelé Galaad (du même nom que la ville). Les demi-frères de Jephté, nés de la femme légitime de Galaad le chassent en disant : « tu n’auras pas de part à l’héritage de notre père, car tu es le fils d’une femme étrangère » (Juges XI - 2/3) [2]. Jephté s’enfuit dans le pays de Tob et rassemble une bande « de gens de rien » qui font des incursions avec lui, du brigandage en quelque sorte. Les chefs de Galaad ne trouvant pas d’autre général capable s’adressent à lui pour combattre les Ammonites : ils seront battus par Jephté. Quelque temps plus tard Jephté est à nouveau en guerre, cette fois contre les Ephraïmites. Après les avoir battus, il leur coupe la retraite dans le gué du Jourdain : « Puis Galaad s’empara des gués du Jourdain avant que ceux d’Ephraïm y fussent arrivés. Et quand un des fugitifs d’Ephraïm disait : - Laissez-moi passer- les gens de Galaad lui disaient : - Es-tu Ephraïmite ? -. Il répondait : - Non - alors ils lui disaient – Et bien, dis le mot Schibboleth ! - et il disait : « Sibboleth » sans parvenir à bien le prononcer. Alors on le saisissait et on l’égorgeait près des gués du Jourdain. Il tomba en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Ephraïm [3] ». (Bible de Jérusalem Juges XII - 6).

RÉALITÉ MAÇONNIQUE.

Numéro hors série de Masonica. Le fleuve diviseur, la rivière fatale. Schibboleth joue ici le rôle de mot de passe lors du « passage d’un cours d’eau » par les Ephraïmites en retraite et, comme par hasard, ce mot fatal, Schibboleth, signifie en hébreu justement : « cours d’eau ». Nous pourrions presque parler de pléonasme, mais la répétition du terme peut signifier qu’il y a un sens caché à découvrir, lié en particulier à la différence de prononciation. On ne peut maîtriser que ce que l’on est capable d’appréhender avec justesse, de nommer. Il y a un lien direct entre ce mot (ou sa prononciation) et le fait de « passer », de « pouvoir passer » un cours d’eau, en l’occurrence le Jourdain.

Car, dans une perspective initiatique, hermétique ou alchimique, quelle est la signification du passage d’un fleuve ou d’une rivière ? On a quelque peu oublié dans nos temps modernes, où le génie civil fait merveille, le caractère infranchissable et dangereux des cours d’eau : leur tracé épousait et épouse toujours de nombreuses frontières. Le passage d’un cours d’eau est perçu comme une épreuve, en particulier celle de la mort, mais aussi de la Mort initiatique. D’autre part en alchimie la Matière première de toute chose est symbolisée souvent par l’eau, un « cours d’eau », une « eau permanente ».

Chez les Grecs de l’Antiquité, la Terre émergée est entourée par un océan primordial, Okéanos, dont un fleuve donne naissance au Ciel et à la Terre. Passer le cours d’eau signifie en alchimie prendre possession de la Matière première, l’ouvrir afin d’en extraire les deux principes spirituels, le Soufre et le Mercure. Ce concept est aussi présent dans une légende chrétienne ; c’est l’image du géant St Christophe (le Mercure) portant sur ses épaules le Christ enfant (le Soufre) afin de l’aider à traverser une rivière. Le Mercure est appelé aussi Mercure double : il est à la fois celui qui transporte hors de l’Eau, hors de la rivière et l’Eau elle-même en tant que véhicule de l’Esprit.

Les deux rives d’un fleuve représentent aussi les L'eau et l'épimondes matériel et spirituel. Ils sont séparés mais forment un tout. Le monde spirituel est dit séparé, car il n’est pas perçu par l’homme en général. L’homme profane n’est pas conscient de l’autre rive. Et pourtant ce monde est en nous. Passer la rivière, faire l’effort d’aller de l’autre côté, signifie dans le domaine initiatique accéder au monde spirituel au péril de sa vie. C’est l’épreuve de l’Eau qui peut dissoudre à jamais notre Etre.

Les exemples sont nombreux dans la mythologie (le passage du Styx, la barque d’Amon, etc.) : il faut traverser un fleuve pour atteindre le royaume des Morts ou celui des Esprits. Goethe propose le même thème dans son conte « Le serpent vert ». En guise de dénouement, le serpent vert, symbolisant à la fois la Matière première et l’Initié lui-même, se transforme en un pont solide reliant définitivement les deux rives et jouant le rôle de pontife. L’Initié vivra alors dans les deux mondes à la fois, le matériel et le spirituel, et les réunira en un seul Etre. La traduction alchimique de ce « pont » est celle de la fixation ou solidification du Mercure, qui est le plus souvent symbolisé par un serpent. Il s’agit de la matérialisation de notre Esprit, jusque-là invisible et insaisissable. Ainsi le cours d’eau (qui peut serpenter) possède des affinités symboliques avec le serpent, car ce dernier est aussi l’agent de la séparation et de la division, tout en procurant la connaissance du Bien et du Mal.

Jephté juge et libérateur de la pierre. Dans le récit biblique la traversée est interdite à ceux qui ne savent pas prononcer juste le mot de passe Schibboleth. Pourquoi ? Le sens des noms utilisés nous donne-t-il des indices ? Jephté signifie : « il ouvrira », « il libérera » ou « Dieu libère ». Galaad signifie « dur, rugueux » ; Ephraïmite vient d’Ephraim, « fécond ». Dans le récit biblique, Jephté délivre les Galaadites de leurs ennemis; dans une vision ésotérique, il est celui qui libère l’homme du joug du matérialisme exclusif en le faisant accéder à l’autre rive, au monde spirituel, à condition qu’il prononce juste un mot, « Schibboleth ».

En fait c’est davantage la connaissance de Schibboleth qui libère ; Jephté n’en est que le contrôleur, le passeur. On retrouve ici le symbolisme du gardien du seuil. Dans son acception alchimique, Galaad (dur, rugueux), fait allusion à la Pierre des Philosophes. Jephté de Galaad est le « libérateur de la Pierre », celui qui fait accéder à la Pierre, qui l’ouvre, l’Initié lui-même. Galaad est aussi le chevalier du cycle arthurien, celui qui a la vision du Graal, vase justement identifié à la Pierre philosophale. Par ailleurs, le rôle de la pierre dans l’oralité se trouve dans la mythologie : c’est l’ingestion par Saturne d’une pierre, qui épargne la vie à Jupiter. L’on dit en alchimie que Saturne est le père de la Pierre et qu’il doit la rejeter (la libérer) après l’avoir avalée. Il symbolise la Matière première brute de laquelle doivent être extraits les Eléments spirituels.

Une prononciation qui tue ou qui sauve. La première lettre de Schibboleth est Schin. C’est elle qui sauve et fait passer. Schin c’est le Feu, le Feu salvateur, le Feu philosophique des alchimistes. Le Feu et l’Eau sont donc les Eléments primordiaux réunis dans le mot Schibboleth. Quel est leur lien? L’alchimie nous donne une réponse : la Matière première n’est qu’un Feu contenu dans l’Eau, un « Feu aqueux » (se souvenir de l’océan primordial Okéanos dont tout procède). Le Grand Œuvre s’accomplit grâce à ce Feu philosophique. Ignis sufficit ou bien Ignis et Azot tibi sufficiunt écrivaient les alchimistes du Moyen Age, sous-entendant : le Feu te suffit, ou encore le Feu et l’Eau mercurielle te suffisent (pour accomplir le Grand Œuvre). Si ce Feu est contenu dans l’Eau, le feu du Schin est aussi contenu dans Schibboleth qui, rappelons-le, signifie cours d’eau. Et c’est bien la prononciation de cette première lettre, Schin, qui fait toute la différence: celle qui permet de passer (Schibboleth) et celle qui tue (Siboleth). Or, en Alchimie, le Grand Œuvre n’est maîtrisé que par la connaissance et une juste utilisation du Feu philosophique. L’on peut affirmer que Schibboleth représente la Matière première et contient le secret du Grand Œuvre !

Les trois lettres mères de la Kabbale. Le Sefer Yetsirah ou Livre de la formation, un des livres clés de la kabbale séfirotique, décrit le rapport Schin - Feu. Schin est l'une des trois lettres mères de l’alphabet hébraïque. Les deux autres sont : Aleph, qui correspond à l’Air, et Mem, qui correspond à l’Eau (Sefer Yetsirah ch. 3-2 version GRA-ARI) : « Trois mères Aleph, Mem, Schin : un grand merveilleux secret, dissimulé, scellé par six anneaux (formes). D’elles émanent l’Air, l’Eau et le Feu... Plus loin : Il fabriqua la lettre Schin afin qu’elle règne sur le feu. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle, il forma le feu dans l’univers, le chaud dans l’année et la tête dans le mâle avec ShAM et la femelle avec ShMa. (Sefer Yetsirah ch. 3-9 v. GRA -ARI). Le Sefer Yetsirah confirme la relation Feu-Schin. Il fait aussi entrevoir les similitudes de la Kabbale et de l’Alchimie en évoquant les quatre Eléments, clés de l’Initiation au premier grade de la Franc-Maçonnerie ».

Les quatre Eléments, l’alchimie et la kabbale du Sefer Yetsira. Les apports alchimiques sont essentiels pour comprendre cette cérémonie maçonnique : le Cabinet de réflexion et les symboles du Temple comme la coupe, les deux Lumières (Lune ou Argent, Soleil ou Or), les voyages et les quatre Eléments. Ceux-ci étaient déjà connus bien avant Aristote, notamment chez le présocratique Héraclite d’Ephèse. Comme en alchimie, la prééminence parmi les quatre Eléments, dans le Sefer Yetsirah, est donnée au Feu et à l’Eau, notamment dans le texte suivant : Trois mères (cf. supra) : Aleph, Mem, Schin, dans l’univers sont l’Air, le Feu et l’Eau. Les cieux sont créés à partir du Feu. La terre est créée à partir des Eaux et l’Air se place ainsi entre les deux. (Sefer Yetsirah 3-4 v. GRA - ARI). Seuls le Feu et l’Eau sont créateurs. La similitude avec les textes alchimiques gréco alexandrins est troublante, mais on sait que la Kabbale a été influencée par le néoplatonisme égyptien.

Le Sefer Yetsirah permet de faire correspondre les trois lettres mères aux trois Principes alchimiques Soufre, Mercure et Sel : Trois mères AMSh air, eau et feu. Le feu est au-dessus, l’eau est en dessous et le souffle de l’air légifère entre eux. Il y a un signe à cela, le feu soutient l’eau. Mem est bourdonnante, Schin est sifflant et Aleph est le souffle de l’air qui les départage (Sefer Yetsirah GRA ARI 6-2). L’Alchimie dispose de trois Principes ou Pères (à faire correspondre aux trois Mères du Sefer Yesirah). Le Soufre est au-dessus et c’est un Feu. Le Mercure est au-dessous et c’est une Eau ; le Sel les unit en les départageant. Il les maintient ainsi prisonniers. Il y a un signe à cela dit le Sefer Yetsirah. Ce signe est retrouvé dans l’Alchimie : le Feu (Soufre) soutient l’Eau (Mercure) ; il lui donne la Lumière qui vient d’en haut. Le Feu vient du haut et descend animer « notre » Eau. C’est le feu soutient l’eau du Sefer Yetsirah. Le Sel, comme l’Air du Sefer Yetsirah, unit et en même temps sépare le Soufre-Feu du Mercure-Eau. En s’unissant à eux il empêche leur réunion, comme le fleuve sépare deux rives. Si les deux Principes sont séparés du Sel, ils peuvent alors interagir et donner une union véritable. Le Soufre, Sel et Mercure sont des symboles de l’âme, du corps et de l’Esprit. Le Soufre et le Mercure, c'est-à-dire l’âme et l’Esprit, sont prisonniers du corps et doivent être libérés.

Le Sefer Yetsirah traite aussi de la génération des quatre Eléments. Trois mères : Aleph, Mem, Schin, dans l’univers sont l’Air, le Feu, l’Eau. Les cieux sont créés du Feu. La terre est créée des Eaux et l’Air se place entre les deux. Le Feu et l’Eau, éléments générateurs, créent respectivement les cieux et la terre. L’Air ne crée rien et se place entre eux deux. C’est une ligne séparatrice. C’est ce qu’affirme l’alchimie à propos du Sel. Le Sel n’a pas d’existence propre. Il n’est qu’un assemblage, une précipitation, l’union terrestre des deux autres Principes qui apparaît sous la forme de Matière ou Corps visible.

Un autre passage du Sefer Yetsirah est à mettre en rapport avec l’absence d’existence propre du Sel en tant « qu’illusion d’une réalité matérielle unique et absolue » : trois mères : Aleph, Mem, Schin ; dans l’année ce sont le Chaud, le Froid, le Tempéré. Le Chaud est créé à partir du Feu. Le Froid est créé à partir des Eaux et le Tempéré deL'eau et l'épi l’Air se place entre les deux. (Sefer Yetsirah 3-5 v.GRA ARI) Le tempéré est à l’image du Sel : il n’existe que par assemblage de chaud (Feu) et de froid (Eau).

La Terre n’a, en Alchimie et dans le Sefer Yetsirah, qu’une importance relative ; elle représente l’Elément le plus matériel des quatre, voué à la désintégration (ou au renversement pour utiliser un terme qui nous est familier !) Pourtant, elle est aussi le réceptacle d’éléments subtils qui ne pourraient sans elle s’incarner et agir. C’est dans les entrailles de la Terre que gisent les Eléments actifs du Grand Œuvre. C’est là qu’ils doivent d’abord être recherchés, dans le Cabinet de réflexion pour l’Initiation maçonnique. Et c’est là aussi le sens de l’épi de Schibboleth : le grain de blé va mourir dans la terre pour renaître sous forme d’épi, grâce au feu et à l’eau. Vu sous cet angle le mot Ephraïmite, qui signifie fécond, trouve un sens dans le récit. Les Ephraïmites tués symbolisent la Mort initiatique nécessaire pour que l’Initié se « féconde » et que germe l’homme nouveau.

Le premier chapitre du Sepher Yetsirah décrit la formation proprement dite de l’univers : du « Souffle d’Elohim Vivant » est issu le Souffle. Les Eaux émanent ensuite du Souffle, puis le Feu émerge des Eaux. Cette vision de la « création » est superposable à celle des textes alchimiques. En alchimie il est fait référence au Souffle divin, descendu sur terre sous forme d’une Eau mais qui devra après être sorti de cette Eau, commencer son ascension sous forme de Feu. Le travail de l’Initié consiste à extraire le Feu de cette Eau ou Matière, extraire le Schin de Schibboleth.

Le Schin, le yod et le serpent d’airain. Le Schin, comme Elément Feu enfoui dans la profondeur des eaux, que l’on doit extraire, est décrit par Annick de Souzenelle dans son ouvrage « La lettre, chemin de vie ». Elle y affirme que le Schin, notre pierre des profondeurs, contient grâce à sa forme le secret du Yod. Or le Yod est la première lettre du tétragramme YHWH. Par extension, le Schin est aussi détenteur du nom secret de chacun de nous, puisque l’Homme est fait à l’image de la divinité. Il est ainsi inséparable du « sem », le NOM. Il est le « sem » caché dans la profondeur des Eaux et du « non accompli »… [4] Dans un autre passage, Annick de Souzenelle commente le terme de « nahas », le serpent qui se termine par un Schin. Le serpent peut ainsi être perçu comme celui qui conduit au Schin. Il permet à l’Homme de conquérir son identité profonde, son noyau.

La parenté symbolique du serpent et du cours d’eau a déjà été évoquée. Reprenons dès lors le texte de l’Exode. « Et Moïse fit un serpent d’airain et quiconque mordu par un serpent, regardait le serpent d’airain, vivait ». Lorsque les Hébreux sont mordus par les serpents et en meurent, Moïse supplie Dieu d’intervenir. Yahvé lui ordonne de faire un « séraphin ». Etymologiquement, un « Séraphin » est un « brûlant » (saraph, qui contient la lettre Shin signifie brûler). Le serpent est ici un « séraphin » (les deux mots français sont de même racine) une créature clé du monde angélique, proche de Dieu - celle qui « enveloppe, recouvre » (suph) le principe (Yod) et diffuse son influence sous forme d’Amour divin. On retrouve ici la fonction protectrice du Schin, mais, de manière symétrique, au plus haut des cieux.

Le serpent d’airain est aussi celui qui « guérit » grâce au Schin. Le séraphin reçoit par ailleurs le feu divin, le transmet aux hiérarchies angéliques inférieures qui, à leur tour, le distribuent à l’Homme. Le séraphin est donc la version hautement bénéfique du serpent qui, s’il amène Dieu à mettre ses distances par rapport au reste de la Création, est un symbole de vie. Ce serpent qui guérit, ce seraphin qui « brûle » c’est le Feu philosophique, principal artisan du Grand Œuvre.

L’ambivalence symbolique du serpent, perverti et séparateur dans la Génèse, salvateur avec Moïse, n’est qu’apparente. Le serpent, comme la rivière, est certes agent de séparation, de mort. Mais si on arrive à le vaincre (traverser la rivière-Schibboleth) c'est-à-dire extraire l’élément positif caché en lui (le Schin) on atteindra l’autre rive et la Vie éternelle. L’image du héros ou de Saint Georges tuant le dragon n’exprime en alchimie que l’action de l’Initié ouvrant la Matière première afin d’en extraire la Quintessence. Et souvent dans les légendes ce dragon cache et protège jalousement des trésors… Cette notion de serpent en tant que « barrière ou épreuve à dépasser » est signifiée par la lettre Tet de Satan. « Le serpent de la Genèse est satan, l’Adversaire ». Dans son nom le Tet est un bouclier symbolisé par un serpent qui se mord la queue… Le serpent forme un rempart, une entité fermée, compacte. Cette dernière barrière éprouvera l’Homme avant sa naissance au Yod, soigneusement caché dans la pierre des profondeurs. Ontologiquement, l’adversaire assume ici une fonction nécessaire.

Le Schin Sauveur. La Pierre des profondeurs est donc bien une Eau primordiale, un Feu aqueux représenté parfois symboliquement par un serpent ou une rivière qui serpente. Annick de Souzenelle confirme ainsi les enseignements de l’Alchimie et du Sefer Yetsirah : le Schin est un Feu, caché dans la profondeur des eaux, qu’il faut extraire de notre Pierre. D’autres noms contenant un Schin sont significatifs. Le soleil se dit « Semes », mot qui contient le Nom (sem) du Schin. En effet il est formé de Schin, Mem, Schin. Le soleil n’est-il pas le feu par excellence ? « Es » est le feu. « Is » (le yod au cœur du feu) est l’époux. « Issah » est l’épouse. « Seh » est l’agneau. « Masiah » est l’oint, donc le Messie. Dans le passé, avant que la distillation de l’alcool soit connue, les parfums et huiles essentielles étaient extraites par et stockées dans l’huile. Or les huiles essentielles des plantes forment le Soufre du règne végétal. « Masiah » sans le Schin est « moah », la mœlle (voir le terme moahbon(e) du Maître Maçon).

Enfin, le nom de Dieu : Jod He Vav He : Yahvé auquel on ajoute un Schin devient, selon Athanasius Kircher et d’autres auteurs, Yod He Schin Vav He soit Jehoshua : le Sauveur. Le Christ est ainsi le Feu philosophique, cosmique et spirituel, qui gît en nous tous tel un mort. Si nous savons le ressusciter, il pourra nous sauver.

En conclusion, le Schin est notre pierre des profondeurs, dont les 3 branches verticales forment les 3 Principes de la Pierre : le Soufre, le Mercure et le Sel. Il est à la fois Pierre, Eau primordiale, Feu aqueux.

Le Schin et le Tarot d’Oswald Wirth. Dans le jeu des Tarots d’Oswald Wirth la lettre Schin est attribuée à la Lame du Fou. On notera la consonance de Fou et de Feu dans la kabbale phonétique. Le Fou est un voyageur ; la carte peut se placer n’importe où. Il est insaisissable. Il ne peut être détruit. Ce sont là des caractéristiques du feu vulgaire, de la flamme, mais aussi du Feu philosophique. Le Feu philosophique en alchimie agit à tous les niveaux du Grand Œuvre. Aussi la carte du Fou est-elle celle du Joker, celle qui n’a pas de numéro. Elle est le Principe omniprésent. Ceux qui le découvrent sont considérés comme fous par le monde profane, car leur comportement ne sera plus le même que celui de tout un chacun.

Le sens caché de 42 mille. Le texte biblique où l’on voit apparaître Jephté, et auquel on se réfère au début, dit que 42'000 Ephraïmites furent tués. On doit s’interroger sur la signification du nombre 42 et sur sa relation avec l’alchimie et la Kabbale. On se souvient de la signification symbolique du nombre 40 : durée de purification, du processus de déstructuration qui précède une restructuration ou renaissance. Les exemples sont nombreux : la quarantaine médicale, la période de convalescence de notre corps, le temps de l’embaumement chez les Egyptiens ; le Carême ou période de purification et pénitence avant Pâques, les 40 jours du déluge, les 40 jours de jeune de Jésus dans le désert, les 40 ans de traversée du désert des hébreux avant d’atteindre la terre promise. En alchimie, l’œuvre au Noir ou Putréfaction dure 40 jours, symboliques bien entendu. Ainsi peut-on raisonnablement extrapoler le récit biblique et affirmer que les 42’000 Ephraïmites tués représentent une totalité de purification, hélas dans un bain de sang – à noter que l’alchimie connaît aussi le récit symbolique du massacre des innocents, relaté en particulier par Nicolas Flamel. 42 comme 40 représente ainsi la totalité des épreuves nécessaires avant d’être sauvé et atteindre l’autre rive qui symbolise le domaine spirituel, et ainsi achever le processus.

42 et l’Apocalypse. Comment différencier plus avant le nombre 42 de 40 (42’000 Ephraïmites tués) ? On retrouve à cet endroit la signification spécifique et particulière du nombre 42, qui se superpose au sens général du nombre 40. En Égypte, par exemple, avant de poursuivre leur chemin, les morts étaient jugés devant 42 juges à la tête desquels trônait Osiris. Dans l’Apocalypse de Jean, le nombre 42 est aussi lié à une durée d’action des éléments destructeurs et purificateurs. En effet, la Bête a une durée d’action de 42 mois. Or, cette durée est exprimée sous trois formes différentes : 1260 jours - 42 mois - un temps, des temps et la moitié d’un temps (trois ans et demi). Le sens y est donc le même que dans l’Ancien Testament, car les 42’000 Ephraïmites restent sur la rive « matérielle » et n’ont pas d’accès au monde spirituel représentant l’autre rive. Ils sont liés à jamais à ce qui est représenté dans l’Apocalypse par la Bête et aux épreuves qu’elle fait subir.

L’Apocalypse est basée en partie sur le système septimal. Le chiffre 7, lié à l’Agneau, y représente l’homme qui accède au monde spirituel et à la perfection. Les trois ans et demi de durée d’action de la Bête n’en sont qu’une division (7 : 2), que l’on peut interpréter comme une division et une négation. L’utilisation du 42 est aussi en opposition au chiffre 7. 42 n’est pas seulement un nombre fragmentaire, il est aussi le produit de 6 x 7 ; si 7 est le chiffre parfait, 6 reste en deçà et leur produit marque l’imperfection, l’inachèvement et, pourquoi pas la pierre d’achoppement. L’on comprend pourquoi ces chiffres sont attribués à la Bête. L’on comprend dès lors aussi pourquoi le texte concernant le passage du Jourdain utilise le 42 pour signifier ceux qui n’ont pu passer.

Un nom divin de 42 lettres. La tradition kabbalistique nous parle du nom divin en 72 lettres, mais aussi celui de 42 lettres. Il est formé par les 42 premières lettres de la Genèse, qui décrivent la création du Ciel et de la Terre. Ce dernier est associé à la rigueur. Par ailleurs, au début du Sefer Yetsirah figure une phrase : « Par trente-deux sentiers merveilleux de la Sagesse s’établit : YAH YHWH TSEVAOTH DIEU D’ISRAEL, ELOHIM VIVANT ROI DE L’UNIVERS EL SHADDAI ». Or cette phrase, englobant la totalité de la divinité, est aussi constituée en hébreu de 42 lettres.

Les lettres Schin et Samek. Quelques auteurs maçonniques ont étudié le sens de Schibboleth. Selon Patrick Négrier [5], Schibboleth provient de la racine schin, bet, lamed que nous retrouvons dans les mots shoval, shevoul ou shevil et shovel. Le mot shevoul (ou shevil) signifie « chemin, passage » (Psaumes 77, 20 et Jer. 18, 15). Cette interprétation confirme de manière explicite le sens de « passage » du Jourdain. La cérémonie du IIème grade est dite de Passage et le rituel dit parfois : « Passe Schibboleth ». Le texte biblique est traduit ainsi par Patrick Négrier [6] : « Ils lui disent : - prononce : Schibboleth ! - S’il dit : Sibolet, ils le saisissent et l’égorgent sur les passes du Jourdain » (Jug.12, 6.). Patrick Négrier écrit aussi « Or nous savons que la lettre schin joue un rôle symbolique majeur dans la Genèse, car cette lettre se trouve dans les mots homme (Ish) et femme (Ishah). De plus, nous constatons en Gen. 2,23 que c’est l’homme (Ish) qui donne son nom à la femme (Ishah). En donnant son nom (Ishah) à la Femme, l’Homme a donc prononcé la lettre Sh (schin) qui constitue presque l’essentiel de ce nom et de son propre nom. Nous en déduisons que l’incapacité des gens d’Ephraïm à prononcer le Sh (schin) signifie en somme leur incapacité à prononcer tant le nom de l’Homme (Ish) que celui de la Femme (Ishah). Il y a là certainement un fait symbolique à méditer. En effet, le couple formé par l’Homme et la Femme (Androgyne) se superpose symboliquement à l’ensemble du récit biblique de la Création du monde (Gen. 1,1-2,4a) : il a donc un caractère globalisant. Et l’incapacité des gens d’Ephraïm à prononcer le nom de l’Homme (Ish) et de la Femme (Ishah) revient en somme à ne pouvoir assimiler le processus rédempteur symbolisé par le récit de la Création du monde : d’où leur égorgement. Cette interprétation peut être confirmée par le fait qu’en disant Sibolet, les Ephraïmites prononcent un mot extrêmement parent du mot Sivlot qui commence effectivement par un samek (S), signifie « corvées » et apparaît précisément en Exode 1,11 ; 2,11 ; 5,4 ; 6,6. Or les « corvées » subies par les Hébreux en Egypte avant leur Exode symbolisent l’état qui précède toute Création, c’est-à-dire en somme toute Rédemption ».

Samek et la bête de l’Apocalypse. Les Ephraïmites auraient, selon Patrick Négrier, prononcé la lettre Samek (Sibolet) à la place du Schin (Schibbolet), ce qui causa leur perte. L’auteur insiste aussi sur le rapport entre la lettre Samek de valeur 60 et la lettre grecque « Xi » de valeur 60. Cette lettre est représentée 3 fois dans le chiffre apocalyptique de 666, mis en relation avec la Bête. 666 est le « chiffre de la Bête », car le Samek hébraïque (S), modèle phonétique du Xi grec présent dans (666), ne rentre pas dans la composition du mot (Ish) désignant l’Homme. Elle constitue même une défiguration du schin (Sh) qui symbolise cet Homme (Ish). On pourrait même dire que le Samek (S) défigure le schin (Sh) comme la Bête (symbolisée par les lettres Samek et Xi) défigure l’Homme (symbolisé par la lettre schin).

Patrick Négrier affirme donc que la différence de prononciation est due à l’utilisation de deux lettres différentes : Schibboleth commence par Schin et Sibolet par Samek. Cette affirmation est contredite par J\ Y\ Legouas [7] qui précise qu’il ne s’agit pas de deux lettres différentes mais de la même lettre Schin prononcée de manière différente : « En fait, le Schin hébraïque possède les deux prononciations. Les sages ont inventé un système diacritique de vocalisation de l’hébreu, afin, est-il dit, d’en conserver la prononciation originelle, ou pour le moins celle de l’époque de l’invention desdits signes, par les Massorètes (jusqu’au Xème siècle, Saadya Gaon). Il existe, de fait, la possibilité de mettre un point sur la jambe droite ou gauche du Schin, le rendant par Sh ou S. Il semble bien que ce furent en fait les Galaadites, qui prononçaient différemment des tribus à l’Ouest du Jourdain, et non pas les Ephraïmites qui aient eu un défaut ».

Samek et la Pierre brute. L’interprétation de Patrick Négrier est symboliquement séduisante. En effet, si l’on suit son raisonnement dans une perspective alchimique, on constate que Schin est le Feu philosophique (« divin et humain ») ; Samek est le serpent se mordant la queue, la Bête, Satan, Saturne, mais aussi la Matière première à l’état brut, la Pierre brute, la Matière qui emprisonne le Feu philosophique. Ainsi peut-on différencier le Schin du Samek. Ceci se traduit en alchimie par : « ceux qui n’ont pas su extraire le Feu de la Matière première brute ne seront pas sauvés », c'est-à-dire n’accompliront pas le Grand Œuvre. Les Ephraïmites prononcent Siboleth, et restent ainsi attachés à Samek ; ils ne savent pas retrouver le Feu philosophique - Schin dans leur Matière. L’impossibilité d’atteindre l’état d’Ish ou Ishah - l’Androgyne primordial exprimé par Patrick Négrier - se traduit de surcroît en alchimie par l’impossibilité d’atteindre l’état de Pierre Philosophale. En effet la Pierre philosophale consiste en la fusion du Corps et de l’Esprit en un seul Etre et elle est représentée souvent par un androgyne ou un homme à deux têtes.

La lettre Samek est attribuée par Oswald Wirth à la XVème lame des Tarots « Le diable » (O.Wirth - Le Tarot des imagiers du Moyen age) ou Baphomet des Templiers. Annick de Souzenelle, de son côté, interprète le graphisme de Samek en hébreu archaïque comme un arbre à 3 branches horizontales (en opposition aux trois branches verticales de Schin N.d.r.). Samek vient de la même racine que « soutien », « appui ». « Si le vav ce clou de la Création est l’Homme, le samek est l’Arbre, image directe de l’Archétype, colonne vertébrale de la Création sur laquelle s’appuie l’œuvre divine tout entière ». Ainsi, d’après Annick de Souzenelle le Samek est soutien de l’homme, c’est l’arbre de la Tradition, le buisson ardent… Ces aspects positifs contrastent avec l’aspect négatif de la lettre Samek, que j’ai décrit auparavant. On comprend dès lors la signification duelle de Samek, comme celle du serpent. Transformé en Schin il sera bénéfique.

Dans sa forme de « cercle vicieux », celui de « serpent se mordant la queue », il voilera le Schin, d’origine cosmique soit notre nature spirituelle. Dans son aspect positif il représente néanmoins le soutien matériel du spirituel, son véhicule (et non le spirituel lui-même). Comme tel, son importance est grande : il est le substrat matériel du spirituel, sans lequel aucune Opération n’est possible. Il est la clef de l’Œuvre. Ainsi dit le Zohar : « Lorsque le Samek quitta sa place pour se présenter devant le Saint béni soit-il et obtenir de commencer la création du monde, il fut prié de reprendre et de conserver sans défaillance la fonction qui lui était assignée de toute éternité. Le Seigneur soutient ceux qui chancellent-, lui rappelle le Saint, béni soit-il, en clamant le verset du psalmiste, qui commence en hébreu par le verbe « soutien » et donc par le samek. C’est précisément à cause de ta destination que tu dois rester là, car si je t’enlevais de ta place pour opérer la création du monde, qu’adviendrait-il de ceux qui sont près de tomber puisqu’ils s’appuient sur toi ? » [8]

La Matière laide et vulgaire n’est pas à rejeter, disent les alchimistes. C’est d’elle que sortira l’or le plus pur. Schibboleth-Samek contient le Schin. Le but de l’Œuvre est d’extraire le Schin de Samek, afin q’il renouvelle toute notre Nature.

Notes L'eau et l'épi
[1] Bible version synodale 1956 – éditée à Lausanne.
[2] Bible, ibid.
[3] Bible de Jérusalem, Pocket 2005, Juges XII – 6.
[4] Annick de Souzenelle, La lettre, chemin de vie – Ed. Albin Michel 1993 p 245.
Cet ouvrage, comme celui de Patrick Négrier, est une clé des méditations discursives ouvertes de cet article.
[5] Patrick Négrier, Les symboles maçonniques, Ed. Télètes, 2001, p. 91.
[6] Patrick Négrier, ibid., p. 91.
[7] J.Y. Legouas, Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, No 14 page 185.
[8] A. de Souzenelle, ibid., p. 166.
SCHIBBOLETH la lettre Schin ou le sens alchimique des hébraïsmes maçonniques par le V\F\.

Source : www.ledifice.net

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 05:29

Vivre sur une planète animée d’un mouvement de toupie, et en bascule permanente sur son axe, imprime à la vie des hommes, depuis l’origine de la vie sur terre, un certain nombre de cycles qui se superposent, et qui conduisent l’homme à la réflexion. Le premier cycle connu est celui du jour et de la nuit, créé par la rotation du globe terrestre sur lui même en 24 heures. Le jour naît, atteint son apogée au méridien, décline et se couche. La vie de l’homme est aussi faite ainsi. Le second cycle est celui des saisons, provoqué par l’inclinaison de la terre sur le plan de l’écliptique, variable de 23 4 en plus ou en moins par rapport à l’équateur (c’est ce que l’on appelle l’obliquité sur l’écliptique). Quand l’angle d’inclinaison est nul, nous sommes aux deux solstices ; quand il est maximum vers le nord, nous sommes au solstice d’été, le 21 Juin, quand il est maximum vers le Sud, nous sommes le 21 Décembre, pour le solstice d’hiver. L’année commence au solstice d’hiver, dans la nuit, va vers la lumière du solstice d’été, décroît en passant par l’équinoxe d’automne et se termine au solstice d’hiver, « au cul de l’an » comme disent les paysans, c’est à dire à la Saint Jean d’Hiver. Le troisième cycle est beaucoup plus long, c’est celui de la grande année, l’année sidérale, qui s’explique par le lent mouvement de toupie de la terre, que l’on appelle la précession des équinoxes. Le point vernal, c’est-à-dire l’endroit où le soleil traverse l’équateur céleste à l’équinoxe de printemps, le 21 mars, recule dans le temps d’un degré tous les 71.6 ans, soit d’un tour entier en près de 26000 ans. Le soleil, à cet équinoxe, est donc successivement visible dans les 12 constellations du zodiaque en un cycle, la grande année de 26000 ans, ce que connaissaient parfaitement les…Égyptiens ! ! ! Là encore, les ères se succèdent, comme devant apporter les caractéristiques de l’emblème zodiacal à une ère de 2148 ans : après l’ère du Taureau, celles des Poissons se terminent actuellement, et nous entrerons bientôt dans l’ère du Verseau. Là encore, un cycle s’ouvre et se referme, par croissance et décroissance, le tout lié à la géographie particulière de notre planète, petit corps tournoyant régulièrement autour de son étoile moyenne.

L’homme de l’antiquité, comme celui du moyen âge, a toujours calqué les espérances de sa vie sur l’observation de ces cycles, et lié ces évènements cosmiques à l’action d’un dieu géomètre, mesurant et imprimant sa marque à la terre et à ses orbes. Le cycle diurne est le plus immédiat, celui qui permet de se déplacer à la surface de la terre, par exemple, vers l’ouest le couchant ou vers l’est, le levant. C’est vrai en règle générale, car le soleil ne se lève et ne se couche au plein est ou au plein ouest qu’à deux dates dans l’année : ce sont celles des deux équinoxes, lorsque la durée du jour et de la nuit s’équilibrent parfaitement. Le marin qui navigue sans repères terrestre a besoin, pour connaître sa position, de faire un point lorsqu’il est midi vrai, c’est à dire, lorsque le soleil est à son plus haut, c’est la méridienne. Il peut donc en déduire sa hauteur par rapport à l’équateur terrestre par différence d’angle : il connaît donc sa latitude. Sa longitude sera connue par différence avec un top horaire radio lui donnant midi à Greenwich, lorsque lui même sait quand il est midi local, par la hauteur du soleil sur l’horizon. La terre est ronde, et parcourt 360 en 24 heures : après c’est un jeu d’enfant ! On peut connaître le temps et l’heure avec un simple bâton planté verticalement en terre : à midi, l’ombre est la plus courte, mais ce plus court n’est le plus court que le 21 Juin, et le plus long le 21 Décembre. A l’équinoxe de printemps, l’ombre du bâton au lever du soleil est dans le prolongement de l’ombre de ce bâton le soir, à son couchant, quand les levers et couchers sont exactement symétriques par rapport au lieu. Bien entendu, nos ancêtres savaient tout cela, et les plus récents, les Celtes, l’utilisaient couramment. Ceux-ci y ont introduit une notion conduisant à décaler leurs grandes fêtes religieuses au milieu des grandes périodes, par leur observation de la marée, qu’ils connaissaient bien, et également de la marée de lumière, c’est-à-dire l’allongement de la durée du jour, par rapport à l’avancement dans la saison, du solstice d’hiver au solstice d’été. Tout mouvement circulaire engendre une sinusoïde de croissance et de décroissance, qui fait que l’amplitude maximum d’un mouvement se situe au milieu de la période. Ainsi, la puissance maximum du courant de marée montante se situe à la troisième et quatrième heure de montée, pour diminuer, selon le rythme : 123 321. Les celtes n’ont donc pas placé leurs fêtes aux solstices et aux équinoxes, mais au milieu des périodes allant des uns aux autres. Les Maçons fêtent la Saint Jean d’Hiver, et la Saint Jean d’Été, la première étant, compte tenu des cinq jours épagomènes, le début de l’année nouvelle. Les celtes commencent leur cycle annuel à la fête de SAMAIN, le 1er Novembre, soit 40 jours après l’équinoxe d’automne du 21 Septembre, et fêtent le début de l’été le 1er Mai julien, soit à la fête de BELTAIN. De fait, le 1er Mai, c’est le milieu de la période conduisant de l’équinoxe de printemps, le 21 Mars, au solstice d’Été, et c’est le moment où les jours rallongent le plus vite. De même et symétriquement, au premier novembre, les jours raccourcissent à la même vitesse. Les Celtes célèbrent donc des flux, et non des positions astronomiques. C’est la raison pour laquelle ils vouaient un culte aux arbres et aux forêts, qui montraient clairement l’existence de ces rythmes par la montée de la sève liée à l’accroissement de la lumière solaire. L’observation de ces divers rythmes a conduit ces civilisations à les extrapoler pour les appliquer à la vie de l’homme, sa vie sur terre, mais également à sa vie dans l’au-delà : puisque la vie de l’univers est composée de rythmes circulaires, allant de croissance à décroissance, c’est donc que l’Homme, dont le Microcosme est intimement lié à ce Macrocosme, doit subir les mêmes passages : naître, croître, décroître, mourir, …et renaître…

Un texte des Mabinogion nous dit ceci : « Il y a dans cette mer une île dont le sable est d’or, et il y a une autre mer que l’on voit monter de BELTAIN à SAMAIN, et descendre de SAMAIN à BELTAIN, c’est à dire une moitié de l’année à croître et une moitié de l’année à décroître… Les bêtes de cette mer et les baleines crient aussi longtemps qu’elle monte et se taisent aussi longtemps qu’elle descend… » Comme le jour renaît après la mort de la nuit, de même l’âme immortelle de l’Homme passe sur le même théâtre après une plongée dans l’au-delà. Comme le jour rallonge après la grande nuit de l’hiver, l’homme revient à la jeunesse du printemps après sa mort au cœur de son hiver. Après la mort la vie, après l’hiver le printemps… Puisque nous sommes presque à la fin de l’année celte, je voulais donc vous parler du chemin qui conduit de l’Équinoxe d'Automne, le 21 Septembre, au Solstice d’hiver le 21 Décembre, en passant par la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre, la Nuit de SAMAIN, nuit où tout est possible, puisque c’est celle ou les deux mondes peuvent communiquer, où les vivants ont accès au domaine des morts, et où les morts de l’année vont apprendre leur destination dans l’au-delà. A l’Équinoxe d’automne, les jours raccourcissent à toute allure, plus de 4 minutes par jour. La température moyenne diminue, les grandes perturbations atlantiques commencent à bousculer l’anticyclone des Açores, qui se retranche prudemment dans sa niche d’hiver. C’est l’époque des labours et des semailles, c’est le retour des troupeaux dans les étables après les pâturages d’été : le cycle des travaux des champs est terminé : les récoltes sont faites et engrangées pour la période froide. C’est l’époque où l’année agricole commence, avec les renouvellements des baux, à la Saint Michel, le 28 Septembre. Le plus fort de cette décroissance intervient le jour de la Toussaint, qui est aussi celui de la Fête de SAMAIN, nous y reviendrons. C’est le premier jour de l’année celtique. Enfin, nous arrivons, à la Saint Jean d’Hiver, le 21 Décembre, le Saint Jean Évangéliste, celui qui a écrit le Prologue, hymne à la Lumière, celle qui vient éclairer tout homme venant dans ce monde. Réfléchissons à ces mots, mes Frères : Tout Homme VENANT dans ce monde, venir au monde comme on irait ailleurs… C’est le jour le plus sombre, le plus noir, celui de l’Hadès des anciens, mais qui contient la graine de lumière, l’espérance de croissance, la certitude des jours clairs. C’est la véritable fête de l’Ordre Ecossais, celle qui devrait avoir le lustre le plus éclatant, car c’est le jour où l’on a l’assurance que tout ira mieux demain… Dans notre Ordre, il est d’ailleurs une autre cérémonie où après l’extinction par le mal, il est une résurrection par la Lumière. Ce sont des constantes en Maçonnerie. Ainsi donc, la Saint Jean d’Hiver, célébrée par les Maçons opératifs comme par nous, est similaire à la Fête de SAMAIN, celle des anciens celtes : c’est le début des deux cycles annuels de deux civilisations différentes quoique toutes deux fort religieuses, la civilisation des pierres Brutes, et la civilisation des pierres Taillées. Dans la nuit de SAMAIN, l’inter monde était ouvert, les morts pouvaient communiquer avec les vivants. Cette nuit leur était dédiée, et était une occasion de leur rendre hommage, car si ce n’était le cas, les défunts pourraient venir tourmenter les vivants. Un signe majeur vient ponctuer l’analogie des deux dates : dans la nuit de SAMAIN, chacun devait éteindre le feu dans sa hutte. Puis, un grand feu sacré était édifié, et chacun devait prendre une braise à ce foyer pour garder le feu toute l’année jusqu’à la SAMAIN suivante. Chacun devait garder soigneusement et entretenir ce feu sans le perdre, toute l’année. La Tradition Irlandaise parle du Grand Feu Sacré établi au Centre, et qui devait allumer tous les foyers du pays… Les Gaulois se grimaient et s’habillaient de vêtements curieux propres à effrayer et désorienter les défunts qu’ils rencontreraient cette nuit-là. On y sacrifiait deux taureaux blancs, après la cueillette du gui. « Au gui l’an neuf ! ! ! ». Pour mieux communiquer avec les trépassés, les Celtes buvaient force barriques de bière, de vin importé de méditerranée et d’hydromel. Il est sûr qu’ils devaient avoir des visions… C’est le pape Grégoire III, au VIIIème siècle après JC qui a placé la Toussaint le Jour de SAMAIN, pour christianiser cette fête, toujours en vigueur dans la France de Pépin le Bref… Enfin, c’est la nuit du Jugement pour les Morts de l’année : le Dieu des morts devait rassembler les âmes des décédés, et les informer du sort qui leur était réservé. Il pouvaient parcourir le SID, c’est-à-dire le séjour des héros et des fées, ou bien aller au Pays des Jeunes Gens, le TIR NA NOG ou terre de promesse, ou encore commencer leur séjour dans une rivière mystérieuse ou au fond d’un lac. Dans le cycle du Roi Arthur, c’est l’Ile d’Avallon, où Arthur mortellement blessé se retire en compagnie de la Fée Morgane, en attendant l’heure du retour. Mais les morts peuvent aussi être condamnés à errer sur la Mer, comme BRAN, ou bien au fond des forêts. Dans tous les cas, la bravoure au combat est gage d’un heureux séjour dans l’au-delà. Voilà mes Frères, le cycle est achevé, la boucle est bouclée. Nous sommes à la Toussaint - ou à SAMAIN, comme il vous plaira : c’est le moment de penser à ceux qui nous ont précédé sur ce manège, et qui ont accompli leur temps avant le nôtre. Pensons à ceux qui croissent, alors que nous diminuons, comme le jour qui raccourcit. Pour les Maçons spéculatifs, mais spiritualistes que nous sommes, nous nous situons dans cette tradition d’espérance qui nous indique le jour après la nuit, le printemps après l’hiver. SOLVE / COAGULA, est-il écrit dans nos cabinets de réflexion, dans lesquels, au cœur de la Terre, nous laissons pourrir le Vieil Homme. Il faut se dissoudre pour se reconstruire, chaque chantier nous apprend l’œuvre, car c’est ainsi que l’Humanité progresse… Demain sera un autre jour, car après minuit, il sera midi…

J’ai dit,

Très Vénérable Maître.

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 05:39

Au lendemain de nos deux dernières très belles tenues, j’ai souhaitais pouvoir travailler sur un thème qui me semblait naturellement découler de l’ensemble des propos, des éléments de vie qui avaient pu nous réunir. Et quel meilleur sujet de réflexion, selon moi à cet instant, que celui qui traverse tout apprenti, et au-delà : « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler ». Ce travail n’est et n’a pas la prétention d’être ce que certains d’entre vous nomme parfois, un « morceau d’architecture ». Mais je dirai que tel n’est pas mon ambition et en fin de compte cela n’a pour moi que peu d’importance, car l’essentiel n’est pas de briller mais bien d’être, pour une des rares fois, d’avoir la sensation de quitter la mort, quotidienne et relative, pour renaitre : je ressens enfin à nouveau. Il s’est agit tout simplement, humblement, de vous faire partager, à ce moment précis de nos existences ce que j’ai pu ressentir à vos côtés. Le fait d’être heureux. Tout simplement. Le bonheur est pour moi un idéal sans fin. C’est quelque chose de difficile à définir et un état vers lequel je tends inlassablement.

Il se trouve en chacun d’entre nous, dans les relations humaines, mais pas seulement car il suffit d’ouvrir les yeux, de changer de regard pour l’apercevoir dans tout ce qui nous entoure. On ne peut trouver le bonheur, selon moi, que s’il est partagé. C’est pour moi probablement ici un des seuls endroits où je peux tout simplement m’exprimer, au-delà de toute littérature ou citation, lâcher prise pourrait-on dire et en toute hypothèse laisser mon cœur voyager, car laisser sa vie dictée par la raison n’est-ce pas dès lors passer à côté de la vie. Il m’aura fallu presque tout ce temps pour le découvrir et je n’en suis qu’au principe mais je ne regrette aucun des pas qui m’ont mené aujourd’hui jusqu’à vous. Au dehors, les temps sont obscurs et les vents violents. J’entends les bruits d’épées qui s’entrechoquent et ces cris atroces tout comme lors de mon initiation. Ici tout est calme, quiétude et partage.

J’ai donc eu envie, disais-je, au fil de mes pensées de travailler sur le thème : « Je ne sais lire ni écrire, je ne sais qu’épeler ». Il faut dire que les dernières tenues que j’ai partagé à vos côtés, mes Frères, ont été pour moi une véritable source d’inspiration et je suis heureux de pouvoir dire aujourd’hui que vous contribuez, chacun à votre manière, à m’élever chaque fois un peu plus. Vous êtes ce fil conducteur, ce lien indéfectible qui guide chacun de mes pas et m’incite à aller de l’avant, à m’améliorer à chacune de nos rencontres et au-delà dans le monde profane car vos qualités tant humaine que surtout et avant tout de cœur, l’émotion qui me traverse à chacune de nos rencontres et qui se diffuse ensuite, rayonne en moi comme un exemple à suivre aujourd’hui mais bien au-delà de moi-même dans la vie de tous les jours et avec les autres. Je sais de manière étonnamment certaine que chacune de vos lumières, du haut de sa pierre, contribuera à me sortir de l’obscurité, de ces ombres qui m’entourent et auxquelles je souhaite échapper car je ne conçois pas ma position comme une fatalité.

L’homme à réussi à se redresser et aujourd’hui nous continuons à l’élever par nos paroles, nos actes, et de ces petites lumières qui se diffusent de chacun de nous, de ces mondes magnifiques qui nous entourent, je prends à bras le corps et bras le cœur cette chance, cette joie, ce bonheur d’être plus heureux, pour être à chaque jour, et un peu plus à chaque fois, moi-même, à essayer de me trouver, retrouver ou m’accomplir. Rien n’est jamais acquis et tout est souvent beaucoup trop éphémère ou relatif mais face à un tel bonheur, une telle chance de s’ouvrir devant chacun d’entre vous mes Frères, je souhaite m’abreuver de ce calice à chaque instant.

C’est ici pour moi que réside notre secret qui nous relie les uns aux autres, et qui représente ce lien indéfectible, intemporel qui me lie, me rattache au-delà de ce que je suis. Il existe entre nous quelque chose de magique, d’irrationnel, et tant mieux car il faut selon moi savoir et pouvoir être transporter par ce type d’émotions qui est, je le répète, une chance pour moi, car mon éducation, mon parcours scolaire, ce que j’étais et suis encore ne me prédisposé pas à cela, au vécu de telles émotions car le « cérébral » prenait le pas sur les sens, de mes ressentis, de ce que j’éprouvais au fond de mon cœur.

Le vécu de ces dernières tenues et le travail régulier sur le rituel au grade d’apprenti est donc l’occasion pour moi de me ressourcer, de me remettre en cause pour aller chaque fois un peu plus loin, et de revivre comme j’ai déjà pu vous l’exprimer tout ou partie de mon initiation. Il en est ainsi de cette planche qui l’illustre assurément.

En effet, lorsque l’on dit : « Je ne sais ni lire ni écrire » doit on pour autant en conclure que je suis ou serais un analphabète ou un illettré de manière littérale ? Bien que ces situations existent et soient à considérer, j’ai toutefois suivi des études et obtenu un statut social et professionnel. Savoir lire, écrire, compter sont des acquis indispensables à tout adulte qui veut communiquer avec les autres et agir sur le monde qui l’entoure. On ne peut donc me résumer à cette seule phrase qui ne saurait me qualifier car cet énoncé est en réalité la réponse faite d’un Frère à un autre Frère et dépasse de fait le monde profane.

Cette phrase se situe par conséquent sur le pan maçonnique, sur le plan de la recherche personnelle de la Vérité. Lorsque l’on pénètre dans le Temple, nous ne sommes plus véritablement nous-mêmes car nous laissons nos métaux à la porte du Temple. Les seules qualités qui me restent du monde profane sont que je suis « libre et de bonnes mœurs ». Je me souviens qu’il m’a été dit et répété par nombre d’entre vous mes Frères, que c’est pour mettre un frein salutaire à nos passions, pour nous élever au-dessus des intérêts mesquins qui tourmentent les profanes, que nous nous assemblons dans nos Temples. J’ai donc choisi de travailler avec chacun d’entre vous à mes côtés à mon perfectionnement intellectuel et moral. Les Francs-Maçons, m’a-t-il été précisé, travaillent sans relâche à leur amélioration, ils accoutument leur esprit à ne concevoir que des idées d’honneur et de vertu par l’ascèse initiatique.

La première de ces vertus est la modestie. « Je ne sais ni lire, ni écrire ». Modestie de l’artisan dans l’exercice de son art. On retrouve cette idée déjà au temps des Anciens, de l’art grec, pour qui cette modestie matérielle correspondait chez la plupart des artistes à une modestie morale. Chacun cherche à faire le mieux possible et désire éclipser ses rivaux, mais en même temps reste fidèle et respectueux de ses Maîtres. Ceux mêmes qui apportent à leur art quelque chose de tout à fait nouveau ne sont point révolutionnaires. Ils se recommandent du Maître qui les a formés et ne souhaitent point rompre avec la tradition mais se surpasser eux-mêmes. Peut-être faut-il attribuer cette modestie au fait que, pour une bonne part, l’art grec était d’intention religieuse, que c’était pour plaire aux dieux qu’on travaillait le mieux possible. Il est par conséquent important, selon moi, de ne pas oublier ces principes de vie et, dans notre quête de connaissance, de savoir rester à sa place, de ne pas oublier d’être humble dans ses paroles comme dans ses actes car ce que nous vivons ne relève pas forcément de la Vérité, qui est parfois à tout autre échelle. Notre temps, notre monde, pour le dire autrement, n’est pas celui de la Vérité.

La maçonnerie pour moi est cette voie qui permet à chacun de chercher la Vérité qui est en lui, sans expressions dogmatiques d’aucune sorte, par le travail et la méthode. L’Apprenti a besoin du Maître pour avancer dans la sagesse, d’un guide qui le met à l’occasion sur le chemin de la Vérité comme j’ai pu l’évoquer dès le début de cette planche. C’est parce qu’il demande que l’apprenti trouvera et c’est parce qu’il cherche que l’Apprenti entendra les messages.

Tout au long de son apprentissage celui-ci est privé de parole ce qui le rend plus disponible et mieux à même d’écouter car au détour d’une parole, d’une phrase prononcée, peut soudainement jaillir un trait de lumière qui vient extirper le jeune apprenti de son obscurité pour le conduire, peu à peu, vers ce chemin de lumière et lui permettre d’avancer, pas à pas et à son rythme. Le silence loin d’être une condamnation n’est en réalité que le commencement qui doit nous mener sur le chemin de sa Vérité. Les symboles utilisés dans le rituel sont autant de lettres données à déchiffrer. Cependant, la première lettre ne sera pas forcément donnée par la voix d’un Frère. Il existe dans le Temple, par le fait du travail commun, de la pratique du rituel, une communauté d’esprit, une unité vivante d’une conscience commune.

Cette force est dotée d’une personnalité différente de celle des individus qui la forme. Elle a le pouvoir elle aussi de donner une lettre et permettre ainsi de trouver la suivante. Cette force impalpable, certains diront magique, nous permet d’exprimer concrètement et de manière perceptible des idées transcendantes que notre seul langage aurait été incapable d’exprimer. Ce qui est intéressant de noter ici c’est que par le silence et/ou les symboles nous continuons à communiquer au-delà même du temps. Cette idée, loin de nous être propre, fut utilisée à de nombreuses époques de l’histoire. Ainsi en est-il des égyptiens grâce à leurs hiéroglyphes ou les inscriptions et sculptures des bâtisseurs de cathédrales. La Vérité n’est donc peut être pas aussi accessible que l’on voudrait le penser parfois car dans notre monde de communication, de globalisation ou internet permet d’accéder à tout et tout de suite, où nous sommes abreuvés jusqu’à l’écœurement d’écrits et de paroles, peut être doit on se détacher pour mieux écouter ce qui en vaut la peine, et ne pas croire que dans ce que nous vivons se trouve notre salut mais peut être qu’à l’exemple du passé, nous devons faire l’effort de chercher ailleurs, au-delà de ce qui est dit ou écrit, d’appréhender intelligemment ce qui est marqué et inscrit dans l’environnement, tout ce qui y est taillé, buriné, sculpté, gravé, y compris dans les hommes.

Enfin, on peut rapprocher ce sujet de réflexion de l’idée d’Aristote selon lequel les principes du mouvement sont au nombre de trois. Il faut d’abord selon lui poser deux contraires, qui sont le point de départ et le point d’arrivée du mouvement. Ce dernier principe est la forme, c’est-à-dire ce que la chose devient par génération. Le point de départ de l’avènement de la forme est la privation de cette forme : ainsi, ce n’est pas n’importe quoi qui devient lettré, mais seulement l’illettré. Mais il faut un troisième principe qui assure la continuité du mouvement et l’empêche d’être une succession discontinue de morts et de renaissances. Ce troisième principe est la matière, ce qui subsiste sous le changement. Ainsi, l’argile n’en demeure pas moins argile en cessant d’être informe pour recevoir la forme de la statue. Ainsi, l’enfant meurt en devenant adulte, l’illettré meurt pour devenir lettré.

« Je ne sais ni lire ni écrire » Je viens de mourir à ma vie de profane. Je viens de recevoir l’initiation, je viens de naître à une nouvelle vie. « Je ne sais qu’épeler » : par l’initiation j’ai reçu la lumière et je sais épeler. L’illettré a fait place à un futur lettré. Ce qui nous a été transmis est un contenant et non un contenu. Ce contenant est spécifié par un ensemble de symboles, de légendes et de mythes que la pratique des rituels rend actifs. L’initié s’appropriera progressivement ce contenant qui lui est communiqué explicitement. Il y trouvera les portes à des interprétations personnelles, parcelles de vérité qui rassemblées et convenablement agencées, le conduiront vers la Vérité.

J’ai dit Très Vénérable.

Source : www.ledifice.net

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 06:16

Le dictionnaire étymologique nous apprend que l’humilité est de la famille de « humus », terre (labourable), au même titre que l’homme.

Revenons à cette notion importante issue de l’étymologie: l’idée de rattacher l’homme et l’humilité à la terre et au monde souterrain.

La conscience est un processus cérébral qui se traduit par la faculté mentale et subjective d'apercevoir les phénomènes, sa propre existence ou ses états émotionnels. Si je suis triste, heureux et que je me rends compte que je suis triste ou heureux, par exemple, je prends conscience de mes états affectifs. Il ne faut pas confondre la conscience ainsi définie avec la conscience morale. La conscience psychologique est souvent évoquée comme une lumière, la conscience morale comme une voix : si la première nous « éclaire », la seconde nous « parle ». La conscience morale désigne en effet le sentiment intérieur d’une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier la valeur des conduites humaines, qu’il s’agisse des nôtres ou de celles d’autrui. Mais prendre conscience de soi, c'est passer d'une conscience immédiate des choses, à une conscience qui se réfléchit, qui se pense pensant les choses. Prendre conscience de soi signifie que l'on diminue la distance qui se trouve entre ce que l'on est, et ce que l'on a conscience d'être. On réduit ainsi la part d'inconnu en soi. Dès lors, la conscience de soi permettrait de mieux se connaître, de se maîtriser et donc de se réaliser.
La prise de conscience de soi implique une distance entre ce que l'on découvre être et ce que l'on croyait être.
Traiter de l'humilité, c'est toucher un point sensible de notre Ego. Elle nous oblige à sonder des profondeurs qui touchent à une intimité enfouie parfois même jusque dans notre subconscient. Comme toutes les profondeurs, on hésite avant d'y descendre, particulièrement lorsqu'il s'agit de celles de notre conscience; par peur d'avoir à se confronter avec notre inconscient. En loge, la conscience profane sera peu à peu remplacée par une nouvelle conscience, dont le fondement ne sera plus les interdits, mais la sagesse, la force et la beauté . Revenons à cette première notion importante issue de l’étymologie: l’idée de rattacher l’homme et l’humilité à la terre et au monde souterrain. Ce qui est intéressant c’est que l’idée de la terre nous montre que le chemin de l’humilité est dirigée non pas vers le ciel mais vers la terre, celle qui est à l’origine de la vie et de l’humanité. Je pense que comprendre le sens de l’humilité commence par la connaissance de soi et au sens que l’on donne à la vie. Une personne humble s’efforcera d’écouter et d’accepter les autres. Plus elle acceptera les autres, plus elle sera tenue en grande estime, et plus elle sera écoutée. Un mot prononcé avec humilité a plus de sens que mille autres. L’humilité rend les vertus discrètes. Elle implique une conscience lucide, exigeante, des limites de toute vertu. Non pas le mépris de soi, mais une reconnaissance toujours insatisfaite de tout ce qu’on n’est pas, par amour de la vérité. « Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi » La pierre d’achoppement réside dans la conscience des " je " et des " à moi ". Inévitablement, une telle conscience fait perdre ce qui est essentiel : les valeurs universelles qui donnent à la vie tout son sens. L’humilité efface l’identification, la possessivité et la vision étroite qui créent des frontières physiques, intellectuelles et émotionnelles. L’ego détruit l’estime de soi et dresse des murs d’arrogance et d’orgueil, qui tiennent les autres à distance. L’humilité comble les fissures pour permettre des avancées décisives. Equilibrer humilité et respect de soi est un gage de succès. L’initiation nous a fait pénétrer par la porte du temple, semblable au passage de notre naissance vers un monde nouveau. Le rituel nous fait comprendre que toute science vraie est fille de l’humilité ! De nombreux philosophes abondent dans ce sens ; Selon Kant il existe une véritable humilité, dont il dit quelle est : « la conscience et le sentiment de son peu de valeur morale en comparaison avec la loi » Loin d’attenter à la dignité du sujet, cette humilité la suppose il n’y aurait aucune raison de soumettre à la loi un individu qui ne serait pas capable d’une telle législation intérieure : L’humilité implique l’élévation et la confirme se soumettre à la loi est une exigence de la loi même : l’humilité est un devoir. Dans le contexte franc-maçonnique profond et universel, il nous semble, que seule la proposition qui puisse être retenue parce qu’elle émane de la « conscience du franc-maçon » et est théoriquement indépendante du monde profane. Bien sûr, on peut se demander : « Qu’est-ce que c’est que la conscience, d’où vient-elle et comment se forme-t-elle ? », « Est-elle d’origine profane ou non ? » Les spécialistes nous disent qu’elle se forme en partie dans la petite enfance par les interdits que l’enfant n’arrive pas à « rationaliser ». Ceci expliquerait que certaines personnes se sentent, par rapport aux mêmes faits, responsables et d’autres pas du tout. Lors de l’initiation franc-maçonnique, la purification par, l’eau et le feu ainsi que la terre fait partie du rite d’évacuation symbolique des acquis du monde profane. Plus tard, au fur et à mesure de la progression du franc-maçon et de son travail en loge. C’est le moment de préciser que l’humilité dons nous parlons plus haut n’a rien à voir avec le rabaissement. Il ne faut pas confondre l’humilité et la mauvaise conscience, l’humilité et le remords, l’humilité et la honte. L'humilité est très différente de la négation de soi. C'est la capacité à une grande qualité de présence dans laquelle rien n'est exagéré ou clinquant. C'est une attitude délicate et respectueuse dans laquelle on n'a pas besoin de prouver qu'on existe. Cela génère du confort pour l'entourage. L'activité mentale est devenue parfaitement équilibrée. Le mental recueille la forme de l'objet sur laquelle il se concentre dans la réalité pure. Les germes des impressions n'existent plus. La pensée est immédiate, pure de souvenirs, d'inférences, ayant éliminé préjugés, passions, opinions, préférences ou croyances. Au-delà de ces termes se situent des états complexes dans lesquels l'individualité prend conscience du Témoin intérieur, stable et immuable. Eclairé par ce reflet, il distingue la création au-delà du changement. Elle suppose aussi que chaque franc-maçon : développe sa formation personnelle prenne conscience de ses responsabilités civiques soit sensibilisé à la nécessité d'un engagement sur tous les plans de la cité, afin de participer plus efficacement à la formation des individus, condition première de leur liberté, et à la défense des libertés individuelles élargie à tous les aspects de l'aliénation sociale. Cette construction de soi se réalise par une prise de conscience de l’effet des rituels, par une appropriation des symboles agissant par eux-mêmes ou par notre propre volonté. La mort du profane simulée au début de l’initiation doit nous permettre de rebâtir un être nouveau, un homme à qui l’on donne une nouvelle chance de se construire à neuf tout en gardant la conscience des expériences du passé. Mieux, le rituel ouvre des voies pour éviter de retomber dans les pièges dans lesquels le profane tombe presque à coup sûr. Et pourquoi ne pas poser la séduisante hypothèse de rêve que la connexion de toutes les consciences individuelles permettrait à l’homme, à ce point parfait de connaissance, de dire un jour : « maintenant, dieu existe ! » Qui sait ? En tous cas, ce que chacun aura entendu, c’est que tout serait lié, que la vie de notre conscience ne se concevrait pas dans la solitude.
De fait, on n’est pas homme, ni immortel, ni Franc-maçon tout seul. Pour exister et évoluer, chacun a besoin des autres.
Cette merveilleuse chance que nous avons d’exister doit nous conduire à rayonner d’amour et de fraternité. Ce que nous avons à transmettre au futur, nous le nourrissons chaque jour en traquant les mauvais compagnons en nous. 
L'ego et la personnalité sont des sortes de tuteurs compensant notre fragilité. Même dans sa version brillante, l'ego n'est pas chaleureux, il est clinquant. La personnalité, c'est une stratégie inconsciente dans laquelle nous jouons un personnage à défaut d'être soi. Pour arriver à une affirmation de soi sans ego il est donc important de développer l'accueil de soi, c'est à dire une plus grande communication avec soi, seulement après ce travail il est possible de comprendre et tolérer l’autre, avec ses différences. Il s’agit de juger non ce qu’on a fait, mais ce qu’on est. Et nous sommes si peu La vertu de l’humilité relève de l’amour de la vérité, et s’y soumet. Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi. Alors seulement la véritable conscience apparaît et c'est le but de tout développement de la conscience qui au départ est fragmentée, voilée. Cela peut être l'illumination ou tout au moins un état de paix et de calme intérieur stable. La Vie, c’est l’évolution, et l’évolution, nous y participons. Vivre ne peut se dispenser d’aimer et de mourir, pour créer encore et encore, à notre image. Que serions-nous sans la Fraternité, sans les autres à qui notre esprit nous relie ? La maçonnerie est donc sans doute aussi la plus vieille école de développement personnel, même si elle n’a jamais revendiqué cette appellation jusqu’à ce jour. Et pour cela, nul besoin de gourou ou de séminaires dispendieux, seule la recherche de la vérité, de sa propre vérité. Seul, mais ensembles, en fraternité !

J’ai dit.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 07:42

Si j'ai tenu à vous parler d'humilité, c'est non seulement que j'en ai reçu des leçons ici même, mais aussi parce que je crains que tout M\soit potentiellement menacé du même syndrome d'élitisme: "je suis "initié", donc en dehors - voire "au dessus" - du commun des mortels"…
Et pourtant, être reçu dans l'Ordre, c'est d'abord être au silence, puis, quelque soit le grade que nos mérites éventuels nous valent, prendre conscience de notre chemin initiatique, de notre "statut définitif" de cherchant.
C'est, en L\, être pareillement vêtu, écouter les travaux de nos FF\ sans critique ni louange, ne prendre la parole qu'une fois, et jamais après le V\M\, être récompensé par le versement d'une obole; c'est le respect et la tolérance, la rigueur et la tempérance, en un mot la vraie fraternité. Comme nous le dit Pierre (3:8) "Enfin, soyez tous animés des mêmes pensées et des mêmes sentiments, pleins d’amour fraternel, de compassion, d’humilité."
C'est aussi, apparemment, l'inverse vertu de l'homme, qui, créature de Dieu, veut se faire Dieu: le génie bâtisseur de nos prédécesseurs passe du Roman, fait de matière construite autour de Dieu, au Gothique élevé haut autour du vide, jusqu’à nos tours contemporaines, temples de la richesse, la puissance et la gloire dévoyés de l'Épiphanie … Se rappelle-t-on encore de la Tour de Babel ? Et pourtant, nos modernes Babylones devraient se souvenir de cet écho dont résonnent les Proverbes (22:4) : "Le fruit de l’humilité, de la crainte de l’Eternel, C’est la richesse, la gloire et la vie"…
Comme le rappelle l'étymologie, avec cet "humus" dont l'homme fut pétri, la préhension de l’humilité ne peut elle-même être que modeste…
Principale qualité opposée à la vanité, antinomique de l’orgueil, « L’humilité a sa source, écrivait COLETTE, dans la conscience d’une indignité, parfois dans la conscience éblouie d’une sainteté. ».
En d'autres termes, "Domine, non sum dignus"…"Seigneur, je ne suis pas digne…mais dites seulement une parole…".
3000 ans avant, David disait (Psaume CXXI-1): « Adonaï, mon cœur ne s’enfle pas; mes yeux ne se haussent pas. Je ne m’insinue pas dans des grandeurs et des merveilles de trop pour moi... »
Preuve que vécue par tout homme de bonne volonté, l’humilité ne peut s’exprimer que par rapport à un même absolu. Cet absolu, pour nous Francs-Maçons du RER, est DIEU dans son immanence, Lui qui, au sein de notre Ordre, est la source de notre transmission d’influences spirituelles ainsi que la base, le fondement de notre Monde Sacré.
Dans son édifiante mémoire, la Genèse nous rappelle que l’ordre sortit du chaos et que la Création du monde eut comme apothéose celle de l’Homme issu de la glèbe, cet Homme qui, faute d’humilité, chuta au lieu de rester le joyau de l’univers naissant. Première chute, première punition: ( GEN III. 23-24) « Elohim renvoie le glébeux du jardin d’Eden pour servir la glèbe dont il fut pris. Il expulse le glébeux et fait demeurer au levant du jardin d’Eden les Keroubîm et la flamme de l’épée tournoyante pour garder la route de l’Arbre de Vie... »
Mais Elohim aime, il pardonne et, même le déluge futur n’efface pas toute vie, Il scelle avec Noë cet amour par son premier Pacte: ( GEN IX.11 ) « Nulle chair ne sera plus tranchée par les eaux du déluge... »
Le glébeux a-t-il compris alors l’humilité? Devient-il petit pour servir et prier Celui qui lui a donné la vie? Non, cette qualité n’est pas au rendez-vous de la Tour de Babel qu’il voulait construire pour qu’elle touche le ciel afin de lui éviter de se répandre sur toute la terre. Elohim punit à nouveau , puis, comme toujours, Il pardonne en prenant Pacte avec ABRAHAM, après avoir permis à Melkitsedeq, roi de Salem et symbole de la "Tradition Primordiale", de fournir « Le Pain et le Vin » du premier sacrifice des espèces matérielles du blé et de la vigne, premier pont symbolique et rituel entre Ciel et Terre.
L’Humilité d’ABRAHAM fut cette obéissance totale à la volonté de Dieu, dans la conscience douloureuse, mais librement acceptée, de son infériorité; elle lui valut d’être le Père transfiguré de la multitude des nations.
Cette vertu d’humilité obéissante ne sera pas celle de Sodome et Gomorrhe, lieux de luxe et de luxure, de mensonge et d’orgueil ! Dans ces cités riches et brillantes, pas un seul juste ! Elles vont donc périr par le souffre et le feu: à chaque chute sa punition car Dieu seul est JUSTICE, à chaque chute son pardon car Dieu seul est MISERICORDE.
Inlassablement Elohim aime: devant Babylone se dessine déjà Jérusalem quand le Miséricordieux donne à MOISE d’une part ses Commandements mais, d’autre part et surtout, son Nom, cette Parole ineffable dont la prononciation parfaite et le savoir total permettent la Connaissance transfigurante de sa Lumière.
Pourquoi MOISE ? Moïse était le plus humble de tous ( NOMBRES XII. 3 ) « Et l’homme Mosche était fort humble, plus que tout humain sur la surface de la glèbe. » , lui, Moïse le prince d’Egypte devenu esclave pour servir ses frères, Moïse qui, ayant reçu la LOI, l’ALLIANCE et la PAROLE, abattu le veau d’or et traversé la Mer Rouge, accepte, en homme obéissant et humble, de mourir à l’horizon de cette Terre Promise au Peuple Elu et, pour lui, son chef, cependant et pour toujours interdite. C’est lui « l’homme Saint de douleurs » d’ISAIE, c’est par « sa main que le désir d’Adonai triomphe », c’est lui qui a compris le plus profondément que: (PROVERBES 15:33 ) : « La crainte de l’Eternel enseigne la sagesse, Et l’humilité précède la gloire... »
Celui qui était le PROPHETE d’Israël et son premier GRAND-PRETRE ne fut ainsi jamais ROI, la Tiare était encore à venir avec l'Épiphanie. L’Humilité avec Moïse est sacrifice, abnégation et FIDELITE.
Puis, dans sa bonté, Dieu nous donne SALOMON, roi de Justice et bâtisseur du Temple. Temple bientôt détruit - nouvelle leçon: les pierres elles-mêmes vivent et meurent. Les Temples redeviennent pierres, les pierres redeviennent sable, le sable redevient silence.
Mais l’Humilité du sable est encore trop confortable pour JOB qui, du fond de sa solitude, de sa désolation, ose se lamenter ( JOB III. 3, III.11, X.1, XXIII. 8-9) : « Je veux parler dans l’amertume de mon âme. Mais si je vais à l’Orient, Il n’y est pas, et à l’Occident je ne Le discerne pas, vers le Nord je Le cherche et ne l’aperçois pas, je me tourne au Midi et ne Le vois pas... »
Cruauté apparemment aveugle de l’initiation de l’humain dans sa montée hésitante et inquiète aux frontières de l’espoir des arcanes célestes. Dans ses épreuves aux quatre points cardinaux de son Initiation au monde de l’Immanence, JOB s’instruit en APPRENTI, voyage en COMPAGNON et meurt à lui-même en MAITRE. Il devient pierre, puis sable, puis moins que le sable. De son « ego » aux plaisirs lointains, il fait un feu purifiant et régénérateur, il se consume. Sable brûlé, il élève son cri à la mélodie de l’Obéissance et de l’Humilité au point de chanter un hymne d’Espérance; à cette Lumière d’Espérance il ranime sa Foi, avec sa Foi raffermie il ouvre son coeur à la Charité. Avec JOB, l’humilité c’est accepter la misère absolue; c’est le courage de la Prière dans la souffrance, c’est devenir un objet de Dieu, le plus petit si tel est son dessein; c’est comprendre que l’unique destin que la spiritualité peut réserver à l’homme est de n'être qu’un vecteur de la Volonté de l’Eternel. Alors l’humble, dans l’unité de son destin, devient Contemplation pour tout ce qui procède et ne vit qu’avec, pour et dans la Parole. Et Dieu récompensa JOB selon les termes de la Prière de TOBIE : ( TOB XIII.2 ) : « Béni soit Dieu qui vit à jamais, Béni soit son règne, car Il flagelle et prend pitié. »
Et l’aventure des Ecritures continue: Dieu nous donne les prophètes messagers d’Apocalypses, les bêtes vaincues par l’Agneau, la Vie après la mort déifiée par le Pardon et non par le Talion, l’orgueil vaincu par l’Humilité, le triomphe de sa Vérité sur l’inversion terrestre des valeurs. Etre courageux, sans être intrépide, et cela dans le seul but d’être Fidèle et de servir son Seigneur et Maître: Dieu, Grand Architecte de L’Univers, crée l’Humilité.
Et après l’ère du Taureau, passée l’ère du Bélier, vint l’ère du Poisson, cet ICTUS symbole du Christ gravé dans la nuit des catacombes où la Religion Chrétienne vivait dans l’humilité des cachots, tout près de l’or et de la pourpre impériale. Il y avait eu le Temple de SALOMON, puis celui de ZOROBABEL et, enfin, le Troisième Temple, « non pas bâti seulement de main d’homme mais éternel dans les cieux », celui du Corps du CHRIST, le Fils de la Trinité Sacrée.
JEAN, le modeste Baptiste, annonçait ce troisième Temple. Il savait déjà conjuguer l’Humilité avec le respect marié à la joie. Lui qui se disait « indigne de délier les lacets d’Emmanuel » n’avait-t-il pas compris que, si le Prophète est éclairé, sa lumière n’est en rien humaine mais, seulement et totalement, une inspiration venant d’En haut ? Que lui n’était rien en face de son message? Que l’Humilité est la Porte unique et indispensable qu’il faut franchir dans la Quête de la Lumière ?
Après l’aube des hommes vint donc le Fils de Dieu, celui qu'annonçait déjà Zacharie (9:9) en ces termes :
« Sois transportée d’allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d’une ânesse..»
Celui qui vérifiait les prophètes vécut son baptême du Jourdain dans la fatalité du Golgotha. Lui dont toute la vie terrestre fut leçon absolue d'Humilité dans son propre absolu, connut le procès des hommes et, au terme de son supplice, tel JOB anéanti, Il cria: « Elohaî, Elohaî, lama sabaqtani ? » , « Mon Père, mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné? ». Dans cette humble supplique désespérée d’un Dieu totalement Homme et d’un Homme totalement Dieu, naissait, sur l’arbre mort de la Croix, LA VIE, cette vie qui, après trois jours de deuil ouvrait pour toujours le «MALKUTH», dernier séphirot kabbalistique, porte terrestre de la réintégration au «Kether», le premier cercle de la Vie Eternelle.
Cette vie de l’Humilité de l’Homme, dans l’obéissance au PERE, Souverain Maître, dans l’intelligence de l’ESPRIT, et grâce au martyr du FILS, devenait ainsi Alchimie du Verbe, racines dans l’humus de la terre et sommet dans la rosée du Ciel.
Le Maître de l’Humilité est le Maître de l’Amour, DIEU et, tout particulièrement pour nous Francs-Maçons du Régime Rectifié, l’Agneau, le Christ ressuscité et dès lors en Majesté, ce Frère qui nous ouvre et nous montre le chemin, son chemin, dans le respect et l’obéissance.
CLEMENT d’ALEXANDRIE, dans sa première Epître écrit: ( CLE XVI.1, XLVIII.5 ) : « Le Christ appartient aux humbles, non à ceux qui se dressent au-dessus de son troupeau... Quelqu’un apte à exposer la Connaissance... doit être d’autant plus humble qu’il paraît plus grand et chercher l’intérêt commun et non pas le sien en particulier... »
Si nous avons soif de cette Eau, nous comprenons mieux pourquoi le Christ est issu des Lévites, eux-mêmes issus de la lignée de JACOB, qui humblement quitta sa propre terre pour se rendre chez LABAN afin d’y recevoir les Douze Sceptres d’Israël. Nous partagerons aussi mieux avec Lui le Centre de la Croix, union des mondes horizontal et vertical, le Centre de toute Vie, extension ou concentration du Secret Divin. L’Humilité, au Centre du cosmos, comprend le sens du Verbe, tout comme l’Initié doit se rappeler l’adage: « SIC TRANSIT GLORIA MUNDI ».
Pour Saint AUGUSTIN, « Les hommes prévaricateurs seront rangés à gauche parce qu’ils n’auront pas cherché Dieu par la Porte de l’humilité que le Seigneur Jésus-Christ a montrée lui-même, et parce qu’ils auront vécu sans miséricorde dans l’orgueil ». Dans le même ouvrage, « Le Maître, le Libre Arbitre », il énonce ( I.13, 27-28 ) des qualités ordinales qui nous sont familières: Prudence, Tempérance et Justice.
A l’exemple du CHRIST, le plus éclairé des hommes est bien le plus humble, et le plus humble est bien celui le plus au service des autres, et le plus au service des autres est celui qui se fait serviteur, et d’autant plus serviteur que ses prérogatives, titres et responsabilités sont élevés dans l’échelle des vivants, à la Lumière et à la crainte de l'Échelle de Jacob.
Saint BENOIT dans sa Règle Monastique et en préambule à ses "Douze Degrés de l’Humilité", faisant référence à cette Échelle mystique, écrivait: « On descend par l’ élèvement, on monte par l’Humilité... ».
Et lorsque Saint BERNARD de CLAIRVAUX dit « Donnez-vous tout entier à votre charge. Repoussez toute timidité en considération de votre devoir. Agissez en Maître. Donnez tout puisque tout vous sera demandé, jusqu’à la dernière obole... L’HUMILITE est la Pierre Angulaire de toute vie mystique», on comprend mieux la fière devise de l’Ordre du Temple, dont il avait fixé la règle : « NON NOBIS, DOMINE, NON NOBIS SED NOMINI TUO DA GLORIAM » Non pas à nous Seigneur, non pas à nous, mais donne la gloire à ton nom…
Pour les Templiers, qui, au commencement, et bien qu'issus des plus hautes lignées, s'appelaient "Pauvres Chevaliers du Christ", l’Humilité vient donc bien d’EN HAUT: le Chevalier, le Moine, le Maître, Compagnon ou Apprenti, partageant le même Idéal d’Ordre, pourront entendre ensemble, dans une seule Fraternité agissante d’Hommes debout, ce conseil d’IGNACE d’ANTIOCHE (Lettre aux Ephésiens X.1-2): « Mais au moins qu’aux hommes votre exemple leur indique la Voie. A leur colère opposez votre douceur, à leur arrogance votre Humilité, à leurs blasphèmes vos prières, à leurs erreurs la fermeté de votre Foi, à leur violence votre sérénité... »
L’Humilité, c'est aussi l'effort dans la fuite des tranquilles certitudes, du dogme imposé par rapport au symbole librement accepté, et même du trop-plein d'humilité qui confine à l'orgueil, comme le dit -encore- Saint BERNARD: « une modestie qui empêche d’agir est sans mérite, une humilité contraire à la vérité est blâmable »
…C'est la tempérance face aux tentations, la prudence face à nous-mêmes, j'allais presque dire la force tranquille de qui connaît son ultime finalité…
Un moine demanda à son Maître
Suis-je en possession de la nature de BOUDDHA ?
Le Maître répondit :
Non, vous ne l’êtes pas.
Le moine questionna :
J’ai entendu que toutes choses sont en possession de la nature de BOUDDHA pourquoi pas moi ?
Le Maître répéta
Les insectes, les animaux, les plantes, les pierres, tous ont la nature de BOUDDHA, et vous, Non !
Alors le moine-disciple s’inquiète:
Pourquoi pas moi?
Et le Maître répondit:
Parce que vous me posez la question.
L’humilité doit donc répondre à des nécessites constantes quels que soient le temps et l’espace. Les éléments de ces devoirs proposés à notre libre arbitre étant cependant incomplets, et leur liste n’étant pas exhaustive:
*Ne rien demander pour soi: le Maître doit apparaître quand l’Elève est prêt.
*Se définir avec intelligence, objectivité et générosité par rapport à la Loi et l’accepter pour en vivre.
*Ne pas imposer aux autres les limites de ses propres insuffisances - ou de sa propre suffisance.
*Se donner une limite raisonnable de jugement et d’action entre culture et nature.
*Respecter l’adversité et surtout l’infériorité, quels qu’en soient les écueils.
*Rencontrer et accueillir l’autre sans le soumettre à ses propres manques, en comprenant, même à la limite de la légitime tolérance, qu’il est en fait le miroir de nos limites personnelles.
*Accepter, autant que la loi morale pourra objectivement le permettre, de perdre une probable victoire personnelle pour garantir simplement l’existence de son prochain.
*Admettre, sans trahir sa Foi, une idée Transcendantale différente et, éventuellement opposée, d’un adversaire, Frère éloigné sans doute mais, malgré tout, et à l’évidence, lui aussi créé par Dieu, donc Fils, même séparé, du même Père et Frère du seul Christ.
V\M\, mes Frères, toute chose, y compris la matière, est en possession de Dieu, mais il faut être un Homme pour le réaliser dans la Liberté de sa vie. Que l’Homme-Apprenti apprenne avec obéissance, que l’Homme-Compagnon ne frappe pas le Maître par ambition illégitime , que l’Homme-Maître soit l’Initié-Initiant dans la solitude de sa conscience, que l’Homme-Vénérable soit une Conscience dans la solitude de son Obligation de Vertu. Qu’lls soient, tous unis en Loge, dans le Temple et hors du Temple, dans le même chantier d’action du monde sacré, en devenant les TEMOINS VIVANTS de l’Obéissante Humilité.
Pour réaliser ce projet essentiel de l’Idéal de Perfection permettez-moi de croire que si l’Amour est l’incantation du Verbe sur terre, la Foi en est l’Hymne et l’Humilité la chanson.

Source : www.ledifice.net

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 06:32

L’Humilité, serait-elle une VERTU MACONNIQUE ?

Tout d’abord et avant même de parler de l’étymologie de ce mot « humilité », je vous propose de commencer par un raisonnement Cartésien et pour cela je citerai donc René Descartes : « Il est du propre de l’entendement fini, de ne pas comprendre une infinité de choses, et du propre d’un entendement créé d’être infini ». Ce qui nous procure une belle réflexion sur l’entendement ou pas d’un mot, d’un terme ou même d’une idée, fut-elle philosophique, scientifique voir métaphysique… (Extraits des méditations métaphysiques 1641). « Le terme « humilité » est à rapprocher du mot latin humus, signifiant « terre » qui en est la source étymologique, et qui à donné par ailleurs le terme « homme ». « L’humilité est une vertu humble : elle doute même d’être une vertu ! Qui se vanterait de la sienne montrerait-il pas simplement qu’il en manque » ? Pourtant, cela ne prouve rien : d’aucune vertu l’on ne doit se vanter, ni même être fier, et, c’est ce qu’enseigne l’humilité. Elle rend les vertus discrètes, comme inaperçues d’elles-mêmes, presque déniées. Est-ce l’Inconscience ? 
C’est plutôt une conscience extrême des limites de toute vertu, et de soi. 
Cette discrétion est la marque « elle-même discrète » d’une lucidité sans faille et d’une exigence sans faiblesse.
L’humilité n’est pas le mépris de soi, ou alors, c’est un mépris sans méprise. Elle n’est pas ignorance de ce qu’on est, mais plutôt connaissance, ou reconnaissance, de ce qu’on n’est pas. L’humilité est vertu lucide, toujours insatisfaite d’elle-même, mais qui le serait encore plus de ne pas l’être. 
C’est la vertu de l’homme qui sait n’être pas une Divinité. 
Cela nous pose une question, mes S\ S\ et mes F\ F\ :
 l’humilité est-elle la vertu des Saints ? PASCAL n’a pas tout à fait tort, quand il critique « la superbe » des philosophes ! C’est que certains, mes SS\ et FF\, se sont pris au sérieux de leur « divinité », de quoi les Saints ne sont pas dupes. « DIVIN ? MOI ? » Il faudrait ignorer Dieu, ou s’ignorer Soi. Comme le suggère Notre regretté F\ Léo FERRE : « Et si vraiment Dieu existait… Faudrait-il s’en débarrasser ? » L’humilité refuse au moins la seconde de ces deux ignorances, et c’est en quoi d’abord, elle est une vertu : elle révèle l’amour de la vérité, et s’y soumet. Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi. 
C’est en quoi aussi, toute pensée digne de ce nom suppose l’humilité : la pensée humble…s’oppose pour cela à la vanité, qui ne pense pas, mais qui se croit. 
On dira, que cette humilité ne dure guère…mais, la pensée…non plus. 
De là, mes SS\ et mes FF\, la porte est grande ouverte aux orgueilleux systèmes.
L’humilité, elle, penserait plutôt sans se croire.
Elle doute de tout, et plus spécialement, d’elle-même.
L’humilité est donc humaine, peut être trop humaine…
Qui sait, si elle n’est pas le masque d’un tres subtil orgueil ? Ces quelques phrases nous interpellent, et demanderaient à être plus pleinement commentées. Ce n’est certes pas le propos de cette planche. Aussi, je vais rajouter au « problème », les « idées » et concepts de quelques philosophes et « libres penseurs ». KANT, dans la « Doctrine de la vertu » oppose légitimement ce qu’il appelle la « fausse humilité » - la bassesse - au devoir de respecter en soi la dignité de l’homme comme sujet moral : pour lui « la bassesse » serait le contraire de l’honneur. KANT, nous dit aussi, qu’il existe une véritable humilité « humilitas moralis », et il nous en donne cette définition : « La conscience et le sentiment de son peu de valeur morale en comparaison avec la Loi, c’est l’humilité ». L’humilité implique l’élévation et la confirme, car se soumettre à la Loi est une exigence de la Loi même : L’Humilité est un devoir. 
Voyons du coté de NIETZCHE, qui à toujours raison de tout…et tort de tout. Il prend pour cela « l’image » du ver de terre :
« Le ver se recroqueville quand on marche dessus. Cela est plein de sagesse. Par là, il amoindrit la chance de se faire de nouveau marcher dessus ». L’humilité, vue ainsi, je trouve personnellement que c’est dur ! NIETZCHE, nous dit encore : « l’humilité est vertu d’esclave, les maîtres « altiers et fiers » n’en ont que faire toute humilité leur est méprisable » Bon, admettons. Mais, le mépris n’est-il pas plus méprisable que l’humilité ? Cela reste, mes SS\ et mes FF\, un autre débat ! Et pour en rajouter, toujours avec le même philosophe, cette phrase : « je me connais trop pour me glorifier de quoi que ce soit, objecterait l’homme humble : j’ai plutôt besoin de toute la miséricorde dont je suis capable, pour pouvoir me supporter… » Quant à René DESCARTES, je cite : « les plus généreux ont coutume d’être les plus humbles ». J’ai des doutes à croire que Descartes pouvait être « un ver de terre ». L’humilité égale vérité ? Cela est, à mon avis, bien plus vrai et plus humble que les considérations de Nietzche. « Là où est l’humilité, là aussi est la charité » écrit Saint AUGUSTIN. L’humanité fait une création tellement dérisoire : comment s’imaginer qu’un Dieu est voulu cela ? C’est ainsi que l’humilité, née de religion, peut mener à l’athéisme. Croire en dieu, ce serait un peche mortel ? 
A ce propos, je site mon Ami Georges CHELON : 
« Dieu a été créé par l’homme, c’est le contraire qui m’étonne ». Accordons à notre ami Georges Chelon, toute l’humilité du propos…
 Continuons dans le registre religieux et moraliste, car nous allons y découvrir insensiblement les éléments symboliques et allégoriques de notre F\ M\. Dans le « Traité de l’humilité et de l’orgueil » de Saint BERNARD, le premier chapitre s’intitule : L’humilité conduit à la vérité. Saint BERNARD, nous dis, en partant des mots de l’évangile : « Je suis la Vérité, je suis la Voie, je suis la Vie ». Pour lui, la connaissance de la Vérité est le fruit de l’humilité. A travers cette phrase du CHRIST : « Je te rends gloire », Père, Seigneur du Ciel et de la Terre, parce que tu as caché ces choses (évidemment, les secrets de la Vérité) aux savants et aux prudents (c’est à dire, aux orgueilleux) et que tu les as révélées aux petits (c’est à dire, aux humbles). Un peu plus loin dans mes recherches, je trouve cette définition, qui je dois vous dire, mes SS\ et mes FF\, possède une belle « résonance » maçonnique ! « L’humilité est une vertu par laquelle l’homme, dans une très vraie connaissance de soi même, devient vil à ses propres yeux. Elle est le fait de ceux qui disposent une ascension dans leur coeur, et montent de degré en degré, c’est à dire, de vertu en vertu, jusqu'à ce qu’ils arrivent au sommet de l’humilité ». Saint BENOIT, établit cette « ascension » en douze degrés (que je ne vais pas développer ici). Ces degrés, vous l’avez compris, ce sont ceux de l’échelle montrée à Jacob, comme étant l’image de référence biblique et religieuse de l’humilité. L’échelle est un symbole très fort dans certains rituels F\ M\. 
A ce propos, j’ai découvert dans mes recherches, un document, qui ne manque pas d’intérêt, il s’intitule : « ce ceindre d’humilité ». En Israël, tous portaient une écharpe de lin. 
Avant d’entamer un travail, on relevait ses vêtements, puis on se ceignait de l’écharpe de lin.
PIERRE, à écrit, donc à juste titre : « ceignez - vous d’humilité les uns envers les autres, parce que Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais aux humbles il donne la faveur imméritée ». Dans ce texte, le mot grec traduit par « se ceindre » vient d’un mot qui signifie « tablier d’esclave ». En effet, les Israelites, quand ils mangèrent la Pâque, ils le firent les hanches ceintes, les vêtements relevés, car ils étaient ainsi prêts pour partir, et ceci à n’importe quel moment. JESUS, traditionnellement, se ceignait de cette façon, de son « tablier ». Peut-être, faut-il y voir, mes SS\ et mes FF\, l’expression du tout premier Tablier Maçonnique ? Mais je crois que j’ai du confondre le mot humilité avec le mot humour…c’est vrai, qu’ils commencent tous les deux, par les « 3 » mêmes lettres (Hum, Hum). Mais voyons « entre les colonnes » comment nous autres F\ M\, pouvons nous appréhender cette « humilité ». 
• la Concorde grandit ce qui est petit. 
• La Discorde annihile ce qui est grand. 
• Anéantis-toi, mon Disciple, dans un abîme d’humilité et sois infime parmi les infimes. 
Nous sommes de plain-pied dans l’humilité maçonnique, car je viens de vous lire un extrait de texte tiré d’un Code Maçonnique d’un haut grade, à la gloire du Grand Architecte de l’Univers…Tout au long de ce tracé, je me suis appliqué et imposé trois mots : Recherche, découverte, et transmission. Parce que l’humilité vue ainsi, dans sa plus totale complexité et sa multiplicité au niveau de ces différents « aspects » humains et bien, il m’a semblé qu’il était nécessaire que je vous le communique. Le « profane » qui frappe à la Porte du Temple, le fait nécessairement avec humilité, et si ce n’était pas réellement le cas ! Je suis persuadé que les trois enquêtes auraient, à priori, rapidement fait de relever une possible supercherie. L’humilité, n’en doutez pas, mes SS\ et mes FF\, est partout présente dans le Temple et ceci à tous les Grades. Pendant la cérémonie d’Initiation, le bandeau peut être considéré comme un symbole d’humilité, comme le fait de « mettre un genou en terre » devant le Vénérable Maître. L’acceptation et l’obligation du silence, au grade d’A\, sont preuves, elles aussi, d’humilité. Quand le F\ M\ se tient à l’Ordre, ici aussi, nous pouvons y trouver une gestuelle symbolique se rapprochant de l’humilité. Nous trouverons, très facilement, dans les grades de nos rituels de multiples exemples. Car quel que soit son grade, et quel que soit le rite pratiqué ; le F\ M\, reste toute sa vie un chercheur, qui ne cesse d’être en quête du savoir ultime et de se présenter les mains vides, en toute humilité devant le Grand Architecte de l’Univers et surtout devant ses SS\ et ses FF\. Mais plus que toute chose, il se trouve un moment, dans la vie d’une Loge, ou l’humilité, en terme de « vertu maçonnique » s’exprime dans toute sa plénitude. Je m’en explique : Le « premier maillet », un jour ou l’autre devient le « Vénérable descendant de sa Charge », et de façon traditionnelle (mais, pas forcément systématique), lui est confié souvent la fonction de « Couvreur »…fonction, considérée comme étant la plus humble du collège des Officiers d’une Loge. Il passe ainsi de la lumière de l’Orient, à l’obscurité symbolique et allégorique de l’Occident, tout en prenant au passage une des plus belles leçons d’humilité et…de maturité maçonnique… Nous avons tous vécus ce moment, dans notre Atelier, pendant la Tenue d’Installation de notre V\ M\ et la mise en place, qui a suivi du nouveau collège des Officiers. Peut être, n’avons nous pas tous perçus, la symbolique puissante de ces instants ; étant tous, pendant cette Tenue, attentifs à la découverte de ce rituel, entièrement nouveau pour beaucoup d’entre nous. Nous sommes, dans cet instant de « vie » maçonnique dans une position d’interface très puissante, d’humilité complexe et d’humilité de simplicité. C’est vraiment ici, que l’humilité serait-elle une vertu maçonnique ? (Titre de cette Planche) prend toute sa dimension ! « Observation vigilante du Couvreur…observateur, échangeable en permanence avec son vis a vis, le V\M\, placé comme lui sur la «Colonne vertébrale » i ». Couvreur et Vénérable, ou plutôt Vénérable puis Couvreur, sont des Officiers d’interfaces, qui vont de l’accomplissement des taches les plus prestigieuses, ou certains verront le « Commandeur possessif », vers les taches les plus humbles, comme peut être le « fermer et ouvrir ». Le F\ Couvreur, dans sa nouvelle fonction supervise tout, il est le bras et l’assistant du V\ M\ dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit, plus il est censé être humble. Nous avons bien là, je vous le dis, mes SS\ et mes FF\, le témoignage et le critère objectif de « Maçonnité » de cette maturité et de cette compréhension propre à l’humilité et à la modestie humaine, favorisée par l’exercice réfléchi du rite et celui de l’Art Royal… Je peux, à présent, vous proposer une conclusion : « l’humilité confère la faculté de percevoir les situations, d’identifier les obstacles ainsi que leurs causes, et de rester silencieux ». Exprimer une opinion avec humilité, implique un esprit ouvert, qui reconnaît ses qualités, ses forces et sa sensibilité, ainsi que celle des autres. Un mot prononcé avec humilité à plus de sens que mille autres. « Folie, égarements et absence de repères conduisent l’Homme aux pires extrémités. On choisit la facilité plutôt que l’effort et le paraître plutôt que l’être, et ceci ne conduit pas à l’humilité ». Serais-je assez « humble » pour ne pas me citer moi-même ? Avant de conclure tout à fait, je vais vous parler « avec humilité » de bouddha… Bouddha, au travers de sa longue vie « initiatique » n’a eu de cesse de transmettre la philosophie du bien être humaniste. Son empathie fut grande envers tous et nous en avons encore aujourd’hui la possibilité d’intégrer à l’idée de cette transmission d’un savoir envers l’humain avec la compassion… Bouddha nous a laissé entre autre chose ceci : « La compassion est notre nature la plus profonde. Elle naît de notre interconnexion avec toute chose ». Cette compassion n’est elle pas une vertu d’humilité ? Autre observation du sens de l’humilité envers la « croyance » Bouddha nous indique un chemin de réflexion humaniste défini ainsi dans le Doctrine du non Soi : « Il y a deux idées », psychologiquement enracinées dans l’individu : 
• La protection de soi 
• La conservation de soi
  Pour la protection de soi, l’homme a créé un Dieu (ou des Dieux) duquel il dépend pour sa protection, sauvegarde et sécurité, de même qu’un enfant dépend de ses parents. Pour la conservation de soi, l’homme a conçu l’idée de l’âme immortelle qui vivra éternellement. Dans son ignorance, sa faiblesse, sa crainte et son désir, l’homme a besoin des ces deux choses pour se rassurer et se consoler ; c’est pourquoi il s’y cramponne parfois avec fanatisme et acharnement. N’est pas la aussi un leçon d’humilité sur ce que l’on crois ou nous faire croire ? Mes SS\ et mes FF\ sans humilité, il ne peut y avoir de société digne de se nom, ni de générosité au service de l’humanité. En toute logique, V\ M\, je devrais terminer ici, cette Planche par le traditionnel « j’ai dit ! » Oserais-je ? - Est-ce humble ? V\ M\, et vous tous mes SS\ et mes FF\, avec beaucoup d’humilité.  

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net  

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Published by G\ A\ - dans Planches
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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 05:26

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Published by T.D
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