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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 08:58

Prologue

Frères, vous m’avez obligé d'abord à raconter les miracles et les œuvres de la sainte et pure Brigitte, de mémoire bénie. Je dois tenir compte de l'exemple des hommes de science et consulter des documents écrits ainsi que la mémoire des gens.

Cette tâche que vous m’avez imposée implique un sujet difficile et délicat, et j’y suis mal préparé, à cause de mon faible valeur, de mon ignorance et de mon manque de compétence à m'exprimer. Cependant, Dieu a le pouvoir de faire beaucoup avec peu, comme quand il remplissait la maison d’une pauvre veuve d'une goutte d’huile et d’une poignée de farine.

Je dois donc être satisfait de faire ce qu'on m'a dit, car j’entreprends cela à votre requête. Aussi, pour éviter la faute de la désobéissance, je me propose de tenter de sauver de l'obscurité et de l'ambiguïté une petite partie de cette vaste tradition transmise par des personnes plus importantes et plus savantes que moi.

De cette façon, tous les yeux verront clairement les grandes qualités de cette vierge, qui a fleuri dans la vertu. Bien que ma mémoire, mon pauvre talent et mon style rustique d'écrire ne soient pas appropriés pour l'accomplissement d'une si grande tâche, votre foi joyeuse et votre prière continuelle peuvent contribuer à réparer les faiblesses de son auteur.

La femme dont je parle, alors, grandit remarquablement en vertu, et la renommée de ses bonnes actions attira d'innombrables personnes des deux sexes venues de tous les régions de l'Irlande pour se rassembler autour d’elle, désireuses de lui faire leurs offrandes. Pour cette raison, elle fonda un monastère[1]  sur la base solide de la foi dans les grands espaces des plaines de Liffe. C’est la tête de presque toutes les églises irlandaises qui occupe la première place, dépassant tous les monastères d'Irlande. Son influence s'étend sur toute la terre d'Irlande d'une mer à l’autre.

Son intérêt était de fournir dans tous les domaines un guide des âmes selon la règle, et elle fut préoccupée par les églises désireuses de lui être attachées dans de nombreuses régions. Réfléchissant, elle décida qu'elle ne pourrait pas y arriver, sans un prêtre illustre qui consacrerait des églises et conférerait des ordres au clergé. Elle fit appel à un célèbre ermite, remarquable en tous points, un homme pour lequel Dieu manifesta beaucoup de bonté, en lui faisant quitter son ermitage et sa vie solitaire, pour venir la rejoindre dans cet endroit, afin qu'il puisse diriger l'Eglise avec elle dans la dignité épiscopale, et ainsi s'assurer que rien de la fonction sacerdotale ne ferait défaut dans ses églises.

Et après, ce principe sacré de tous les évêques, et Brigitte, la tête la plus bénie de toutes les femmes, construisirent leur église en partenariat heureux, guidés par la vertu. Leur siège épiscopal et féminin, comme une vigne fertile se répandant partout par ses branches croissantes, s’étendit dans toute l'île d'Irlande.

Elle dirige toujours (grâce à une succession heureuse et un cérémonial continu) vénérée par l'archevêque des Irlandais et par l'abbesse, ainsi que par toutes les abbesses irlandaises. En conclusion, donc (contraint par mes frères, comme je l'ai dit) je vais essayer de parler de cette vierge Brigitte; à la fois de ce qu'elle accomplît avant d’en arriver à sa prééminence et quelles furent ses merveilleuses réalisations au-delà. Je ferais l’effort d’être succinct, même si ma brièveté peut entraîner une certaine confusion dans l'ordre où je vais raconter ses œuvres merveilleuses.

VIE DE STE BRIGITTE

Sainte Brigitte, que Dieu connaissait d'avance et qu'Il avait prédestiné à être conçue à son image, naquit en Irlande de nobles parents chrétiens, issus de l’honorable tribu d’Etech, l’une des plus accomplies d’Irlande. Son père se nommait Dubtach, et sa mère Broicsech. Dès son enfance, elle se consacra à la bonté. Elue par Dieu, la jeune fille, modeste et pudique, eut des mœurs sobres, améliorant constamment sa façon de vivre.

Qui pourrait relater totalement les œuvres qu’elle fit à un âge précoce? Je choisirai quelques-uns des innombrables faits et les fournirait à titre d'exemple.

Au cours du temps, quand elle entra dans un âge raisonnable, sa mère l'envoya à la laiterie, pour baratter et faire du beurre à partir du lait de vache, afin qu'elle serve aussi, tout comme les femmes qui faisaient habituellement ce travail. Pendant un temps, les autres femmes et elle ne furent livrées qu’à elles-mêmes. À la fin de cette période, elles devaient avoir produit un rendement abondant en lait et lait caillé, et des mesures de beurre de baratte. Mais cette belle jeune fille, par sa nature généreuse, choisit d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Elle donna du lait aux pauvres et aux voyageurs, leur remettant aussi le beurre. A la fin de cette période, le temps vint de rendre leur production laitière, et arriva alors son tour. Ses camarades pouvaient montrer qu'elles avaient rempli leur part. La vierge bénie Brigitte demanda si elle pourrait aussi présenter le résultat de son labeur. Elle n'avait rien à montrer, après avoir tout donné aux pauvres. On ne lui accorda aucun temps supplémentaire, et elle tremblait de peur à cause de sa mère. Brûlant du feu de sa foi inextinguible, elle se tourna vers Dieu en priant. Le Seigneur entendit la voix de la jeune fille en prière et répondit sans retard. Grâce à la générosité de la volonté divine, Celui qui est notre secours dans l'adversité, répondit à sa foi en Lui en fournissant un abondant approvisionnement en beurre. Quelle belle merveille ! au moment même de la prière de la jeune fille, non seulement on vit sa part remplie, mais sa production fut jugée beaucoup plus importante que celle de ses camarades de travail.

Et ces dernières, découvrant de leurs propres yeux un miracle aussi grandiose, louèrent le Seigneur qui avait fait cela, et s’émerveillèrent qu’une telle foi eût pris son envol dans le cœur virginal de Brigitte.

Peu de temps après, ses parents, comme c’est la coutume chez tout le monde, souhaitèrent la marier à un homme. Mais le ciel l’incita à en décider autrement : se présenter vierge et pure devant Dieu. Elle chercha le très saint évêque Mac Caille, de mémoire bénie. Il fut impressionné par ses désirs célestes, sa modestie et son amour virginal de la chasteté, et il recouvrit sa tête sainte d’un voile blanc. Elle s’agenouilla en présence de Dieu et de l'évêque, et elle toucha le socle de bois qui soutenait l'autel. A ce jour le bois a conservé le merveilleux effet de ce geste très ancien: il est aussi vert comme si la sève coulait encore à partir des racines d'un arbre florissant, et comme si l'arbre n'avait pas été depuis longtemps abattu et dépouillé de son écorce. Même aujourd'hui, il guérit les infirmités et les maladies des fidèles. Il semble juste de ne pas omettre une autre merveille sur laquelle on dit que cette remarquable servante du Seigneur a travaillé.

Une fois, alors qu'elle faisait cuire du porc dans une marmite en ébullition, un chien flatteur et mendiant survint, et elle lui donna à manger par pitié. Mais quand le porc fut retiré de la marmite et partagé entre les hôtes (comme si la quantité n'avait pas été réduite), on s’aperçut que le montant de la marmite n’avait pas diminué. Ceux qui virent cela s’émerveillèrent sur la jeune fille, si pleine de mérite, si remarquable dans sa dévotion pour la foi, et à juste titre, ils répandirent partout l'éloge de ses œuvres merveilleuses.

Un jour où elle rassemblait moissonneurs et d’autres travailleurs afin de glaner ses récoltes, une pluie d'orage tomba sur celles-ci quand ils se réunissaient. La pluie tomba à flots sur tout le territoire environnant, et des ruisseaux d'eau jaillirent des ravins et des fossés. Seules ses récoltes restèrent sèches, pluie ou tempête ne les ayant en rien changées. Alors que tous les faucheurs de la région environnante furent incapables de travailler, en raison du déluge de la journée, ses moissonneurs, que les nuages ou l'ombre de la pluie ne dérangèrent pas, effectuèrent leur travail, de l'aube au crépuscule, grâce à la puissance de Dieu. Parmi ses autres accomplissements, celui-ci semble une cause d'émerveillement.

Il se trouva que certains évêques devaient être ses invités, mais qu’elle n'avait pas les ressources pour les nourrir. Mais la grâce multiforme de Dieu lui apporta une aide abondante quand elle en eut besoin. Elle put traire une vache trois fois en une journée, contrairement à ce qui est normal. Et la quantité de lait qu'elle aurait obtenue normalement de trois des meilleures vaches, elle la récupéra à cette occasion extraordinaire de cette vache-là.

Je détaille ici un autre épisode qui prouve sa sainteté; épisode dans lequel ce que sa main fit, correspondait à la qualité de son esprit virginal pur. Elle faisait paître ses moutons sur une pelouse herbeuse de la plaine, quand elle fut inondée par une pluie torrentielle ; elle rentra chez elle avec des vêtements mouillés. Le soleil brillant au travers d’une ouverture dans le bâtiment, jeta un faisceau à l'intérieur qui, lors d’un coup d'œil distrait, lui sembla être une solive en bois massif, installée en travers de la maison. Elle posa son manteau humide dessus comme si elle était bien solide, et le manteau fut suspendu en toute sécurité au rayon de soleil immatériel. Lorsque les habitants de la maison furent frappés par ce grand miracle parmi les voisins, ils exaltèrent l’incomparable Brigitte de dignes louanges. Et l’œuvre suivant ne doit pas être passé sous silence.

Sainte Brigitte était dans les champs avec des moutons en pâturage, occupée par ses travaux champêtres, quand un certain jeune méchant, qui connaissait sa réputation de donner ses biens aux pauvres, vola habilement et sournoisement puis emporta sept moutons durant une journée, et les dissimula. Mais vers le soir, quand le troupeau fut reconduit comme d'habitude à la bergerie, on les compta avec le plus grand soin trois ou quatre fois, et merveille à raconter, le nombre fut estimé exact et complet, sans pertes. Ceux qui savaient, furent submergés par la bonté de Dieu rendue évidente pour la jeune fille, et ils rendirent les sept moutons au troupeau. Mais le nombre de bêtes du troupeau n’augmenta ni ne diminua, il retrouva exactement sa quantité d'origine.

La servante la plus renommée de Dieu fut célèbre, sans surprise, dans le monde entier pour ces merveilles-ci et d'autres innombrables : on la considéra comme digne des plus grands éloges.

A une autre occasion extraordinaire, certains lépreux demandèrent de la bière à la vénérable Brigitte, mais elle n'en avait pas. Elle observa que de l'eau avait été préparée pour les bains. Elle la bénit, avec la bonté de sa foi inébranlable, et la transforma en la meilleure bière, qu’elle donna abondamment aux assoiffés. Ce fut en vérité Lui Qui changea l'eau en vin à Cana en Galilée, Qui transforma l'eau en bière ici, par la foi de cette femme la plus bénie. Lorsque, cependant, ce miracle est raconté, il fournit un merveilleux exemple.

Une certaine femme qui avait fait vœu de chasteté faillit, à cause du désir de plaisir de la jeunesse, et son ventre enfla à cause d'un enfant. Brigitte, exerçant la force la plus puissante de sa foi ineffable, la bénit, faisant disparaître le fœtus, sans naissance, et sans douleur. Elle rendit fidèlement la femme en bonne santé et en pénitence.

Et après, comme tout est possible pour les croyants, même des choses qui sont en dehors du domaine ordinaire quotidien, elle accomplit des miracles sans nombre.

Un jour, une certaine personne vint lui demander du sel, tout comme d'autres innombrables personnes pauvres et démunies avaient l'habitude de venir chercher ce dont elles avaient besoin ; la très sainte Brigitte fournit une vaste quantité. Elle la fit à partir d'un rocher, qu’elle bénit à ce moment pour être en mesure de donner l'aumône. Et le suppliant rentra chez lui en liesse, transportant le sel.

Et il me semble que cet autre admirable ouvrage de sa part, plus divin, doive être ajouté à la liste. Car, en imitant l'exemple du Sauveur, elle œuvra au nom de Dieu une merveille des plus grandes.

Suivant l'exemple du Seigneur, elle ouvrit les yeux d'une personne née aveugle. Le Seigneur donna généreusement à Ses disciples la permission d'imiter ses œuvres puisqu’il a dit : « Je suis la lumière du monde ». Il a également dit à Ses apôtres: « Vous êtes la lumière du monde », et, S'adressant à eux, Il a également affirmé: « Les œuvres que je ferai, ils pourront aussi les faire, et ils feront des œuvres bien plus grands que ceux-ci. »

La foi de Brigitte, comme le grain de sénevé, travailla sur un être né aveugle et, tout comme le Seigneur, elle fit un grand miracle sur ses yeux, lui rendant une vue normale. Par ces œuvres remarquables, par l'humilité de son cœur et la pureté de son esprit, par ses manières tempérées et sa grâce spirituelle, elle acquit la grande autorité qui vint à elle, et la renommée qui exalta son nom au-delà des vierges de son époque.

Et, un autre jour, une femme en dehors de la communauté lui rendit visite, amenant sa fille de douze ans, muette de naissance. Avec la grande déférence et le respect que tous avaient coutume de montrer envers Brigitte, la femme se prosterna et courba le cou pour le baiser de paix de Brigitte. Cette dernière, amicale et chaleureuse, lui parla en termes de salut, fondés sur la bonté divine. Et, suivant l'exemple du Sauveur qui avait ordonné de laisser venir à lui les petits enfants, elle prit la main de la fille dans les siennes et, sans savoir que l'enfant était muette, elle commença à lui demander ses intentions: si elle voulait prendre le voile et rester vierge ou si elle préférait se marier. La mère intervint pour rappeler qu'il n'y aurait pas de réponse, ce à quoi Brigitte répliqua qu'elle ne lâcherait la main de la fille que lorsque celle-ci aurait répondu. Et quand elle posa cette question à la jeune fille pour la deuxième fois, la jeune fille répondit en lui disant: « Je ne veux rien faire si ce n’est ce que vous désirez. » Et, après que sa bouche eut été libérée de l'obstacle à son propos, la jeune fille fut délivrée de sa chaîne de mutisme, et parla tout à fait normalement. Et ces siennes actions, dont chacun a entendu parler: qui peut y rester entièrement insensible?

Une fois, quand elle entra en transe, comme c'était son habitude, son âme méditant vers le ciel, envoyant ses pensées de la terre au ciel, elle laissa près d’un chien, non pas un petit tas, mais une grande quantité de lard. Après un mois, la viande fut recherchée et trouvée intacte à l'endroit où se trouvait le chien. Non seulement le chien n’avait pas osé manger ce que la sainte vierge avait laissé par terre, mais, en tant que gardien docile du lard, il avait été dompté par la puissance divine et agit contre sa nature.

Le nombre de ses miracles augmenta quotidiennement, de sorte qu'il est presque impossible de les compter, tant elle se consacra au devoir de pitié et à gérer le besoin d'aumônes des pauvres gens, qui demandait cela convenablement ou mal à propos.

Par exemple, quand une certaine personne indigente lui demanda quelque chose de l'approvisionnement alimentaire mis de côté pour les pauvres, elle se hâta vers ceux qui cuisaient la viande pour obtenir quelque chose pour l'aumône. Un serviteur grossier, cuisant les viandes, renversa dans les plis de son vêtement blanc des viandes crues. Elle porta la viande au pauvre homme et lui donna, mais son manteau ne fut ni froissé ni décoloré. Parmi ses actes saints, il faut admirer celui-là.

Parmi les pauvres et les étrangers qui se pressaient vers elle de toutes parts, attirés par la réputation de ses grandes actions et l'excès de sa générosité, vint un certain lépreux malheureux, qui demanda que la meilleure vache du troupeau, et les meilleurs de tous les veaux, lui fussent donnés. Loin de repousser cette demande, elle ne tarda pas à donner volontairement à cette malheureuse personne importune la meilleure vache possible du troupeau, avec le veau d’une autre vache choisi comme le meilleur. De pitié, elle envoya son chariot avec lui, afin que, durant son long voyage harassant à travers la vaste plaine, il n’eut pas de souci à se faire au sujet de la vache. Elle ordonna que le veau fût placé à côté de lui dans le chariot. Et ainsi la vache suivit, léchant le veau de sa langue, comme s'il était le sien, et s'occupant de lui, sans aucun bouvier, jusqu'à ce qu'ils atteignent leur destination. Voyez, mes très chers frères, comment les bêtes sauvages lui obéirent, même contrairement à leur instinct.

Après qu’un certain temps eut passé, certains méchants voleurs, qui ne s’occupaient ni de Dieu ni des hommes, vinrent faire une expédition de vol d'un certain endroit. Ils traversèrent le large lit d'un ruisseau à pied, et ils volèrent sa vache. Mais, en repartant par le chemin de leur venue, une crue soudaine créa un grand fleuve, dont le déferlement les accabla. Ce fleuve, cependant, s'éleva comme un mur, et permit à la vache de la bienheureuse Brigitte de repasser au-dessus, mais il se rua sur les voleurs et les emporta dans ses flots, libérant d'autres bovins volés en leur possession. Ils retournèrent à leurs pâturages appropriés avec les lanières pendant de leurs cornes. Voyez comment la puissance de Dieu se manifeste.

Un jour, un certain travail requit la présence de la très sainte Brigitte à une assemblée du peuple. Elle était assise dans son chariot, tirée par deux chevaux. Selon son habitude, elle méditait dans son véhicule, pratiquant sur terre le chemin de la vie du ciel, et elle pria le Seigneur. Un des chevaux trébucha, et l'autre, alarmé comme une bête, sauta hors du chariot et, se dégageant du harnais et du joug, s’enfuit de peur à travers la plaine. Mais la main de Dieu maintint le joug et le garda suspendu sans qu’il tombe. Brigitte priait, assise dans le véhicule tiré par un cheval, et arriva en toute sécurité dans l'assemblée à la vue de la foule, qui suivait après la manifestation de la puissance divine. Et quand elle adressa à la foule réunie des paroles de salut, son enseignement fut renforcé par ces merveilles et par les signes de la protection divine encourue.

Et il me paraît particulièrement utile d'examiner ce sien ouvrage. Une fois un sauvage sanglier solitaire qui était traqué, quitta la forêt, et dans sa fuite éperdue se trouva soudainement au milieu du troupeau de porcs de la très bénie Brigitte. Elle remarqua son arrivée parmi ses porcs et le bénit. Là-dessus, sa crainte disparut et il s'installa parmi le troupeau. Voyez, mes frères, comment les bêtes sauvages et les animaux ne purent satisfaire ni leur désir, ni leur instinct, mais la servaient docilement et gentiment. Parmi les nombreuses personnes qui lui offrirent des cadeaux, se trouva un homme qui vint une fois d'un territoire lointain. Il dit qu'il lui donnerait des porcs gras, mais demanda qu'elle envoie avec lui certains de ses gens pour retourner à sa ferme rassembler les porcs. La ferme était lointaine, située à une distance de trois ou quatre jours. Elle envoya avec lui certains de ses travailleurs comme compagnons de voyage, mais ils n’avaient en fait voyagé qu’à peine une journée (aussi loin que la montagne connue sous le nom de Grabor, qui forme une frontière territoriale) lorsqu’ils virent ses cochons, qu’ils avaient cru être dans des régions lointaines, venir vers eux sur la route, conduits par des loups qui les avait amenés. Dès qu'il réalisa ce qui s'était passé, l'homme les reconnut comme ses cochons. En vérité, les loups sauvages, à cause de leur immense vénération envers la bienheureuse Brigitte, avaient quitté les grandes forêts et les vastes plaines pour travailler à l'élevage et à la protection des porcs. Maintenant, les gens envoyés arrivés, furent étonnés de voir de tels loups-porchers, qui laissèrent les porcs et abandonnèrent leur activité contre nature. Le lendemain, ceux qui avaient été envoyés rassembler les porcs, donnèrent un compte rendu de l'événement merveilleux et regagnèrent leurs foyers. Il me semble que celui-là devrait être le dernier de ses actes miraculeux devant être oublié.

Un autre jour, une certaine personne, ne connaissant pas le contexte, vit le renard du roi gambader dans le palais royal, et par ignorance crut que c’était un animal sauvage. Il ne savait pas que c'était un animal de compagnie, familier de la cour du roi, qui divertissait le souverain et ses compagnons par plusieurs astuces apprises, nécessitant tant l'intelligence que l'agilité du corps. Il tua le renard aux yeux d'une foule nombreuse. Immédiatement, il fut saisi par les personnes qui avaient vu cela. Il fut accusé et traduit devant le roi. Quand le roi apprit l'histoire, il se mit en colère. Il ordonna que si l'homme ne pouvait lui fournir un renard connaissant tous les trucs que le sien possédait, lui et sa femme et ses fils seraient exécutés et toute sa maisonnée réduite à la servitude.

Lorsque la vénérable Brigitte entendit cette histoire, elle fut bouleversée par une telle pitié et tendresse qu'elle ordonna que son chariot fut attelé. Se lamentant au plus profond de son cœur pour le malheureux qui avait été si injustement jugé, et offrant ses prières au Seigneur, elle voyagea à travers la plaine et prit la route qui menait au palais royal. Et le Seigneur, instantanément, entendit ses prières incessantes. Il ordonna à l'un de ses renards sauvages d’aller la voir. Il fit immédiatement diligence, et quand il arriva au chariot de la très sainte Brigitte, il sauta dessus et s'assit tranquillement à côté d’elle sous son manteau.

Dès son arrivée en présence du roi, elle commença à supplier que cet homme malheureux, qui n'avait pas compris la situation et était retenu prisonnier comme victime de sa propre ignorance, fusse mis en liberté et libéré de ses chaînes. Mais le roi ne voulut pas consentir à ses prières. Il affirma qu'il ne relâcherait pas l'homme à moins qu'il ne puisse produire un autre renard doté des mêmes astuces que celui qui avait été tué. Au milieu de tous, elle présenta son renard. Et, en présence du roi et de la foule, il machina toutes les ruses que l’autre renard avait faites, et amusa la foule exactement de la même manière. Le roi fut apaisé. Ses nobles, et la grande foule applaudissant démesurément s’étonnèrent de cette merveille ainsi achevée. Le roi ordonna que l'homme condamné à mort fût mis en liberté. Peu de temps après que sainte Brigitte ait fait libérer l'homme et fut rentrée chez elle, le même renard, importuné par la foule, se ménagea habilement une fuite sûre. Il fut poursuivi par un grand nombre de cavaliers et de chiens, mais se moqua d'eux, s'enfuit à travers les plaines puis entra dans des terrains vagues et boisés et donc dans sa tanière.

Et tous vénérèrent sainte Brigitte, qui excellait de plus en plus dans ses grandes œuvres. Ils s'émerveillèrent de ce qui avait été réalisé par l'excellence de sa vertu et par le privilège de tant de dons de la grâce.

Un autre jour, la bienheureuse Brigitte éprouva de la tendresse pour certains canards qu'elle vit nager sur l'eau et, parfois, prendre leur envol. Elle leur ordonna de venir à elle. Et, comme des humains obéissants, un grand vol d'entre eux arriva vers elle, sans aucune crainte. Après les avoir touchés de la main et caressés, elle les laissa partir et s'envoler dans les airs. Elle loua hautement le Créateur de toutes choses, à qui, comme on l’a dit, toute vie est soumise et mise à son service.

Et de par ces exemples, il est clair que tout l'ordre des bêtes, des troupeaux et des hardes furent soumis à sa domination. Maintenant, un sien miracle, qui devra être célébré dans tous les siècles, doit être raconté à l'oreille des fidèles.

Une fois, comme à son habitude, alors qu’elle répandait à l'étranger parmi tous, le germe de la parole du Seigneur, elle observa neuf hommes appartenant à un certain culte particulièrement vain et diabolique. Ils étaient trompés et corrompus dans leur esprit et dans leur âme, et à l'instigation de l'ancien Ennemi qui régnait parmi eux, ils s'étaient engagés, car assoiffés de sang, et résolus par des vœux et de mauvais serments à commettre un meurtre avant le début du mois de juillet prochain. La très vénérée et aimable Brigitte les prêcha avec de nombreuses phrases douces, les exhortant à abandonner leurs erreurs mortelles, à humilier leur cœur et par la vraie pénitence à renoncer à leurs péchés. Mais ils avaient l'esprit profane, ils ne s'étaient pas acquittés de leur vœu malsain, et ils continuèrent leur chemin, résistant à son appel, et en dépit des prières abondantes que la vierge versa à Dieu selon son désir (suivant son Seigneur) que tous devaient être sauvés et connaître la vérité.

Les criminels se mirent en route, et rencontrèrent celui qu'ils croyaient être l'homme qu'ils devaient tuer. Ils le percèrent de leurs lances et le décapitèrent avec leurs épées, et un grand nombre les virent revenir avec des armes sanglantes, comme si elles avaient détruit leur adversaire. Là se produisit le miracle: ils n’avaient tué personne, bien qu'il leur semblât s'être acquittés de leurs vœux. Lorsque, toutefois, nul ne manquât dans ce territoire sur lequel ils pensaient avoir triomphé, la plénitude de la faveur divine accordée par la très sainte Brigitte devint connue de tous. Et ceux qui avaient jadis été des meurtriers se tournèrent alors vers Dieu en pénitence.

Les mots ne peuvent décrire correctement la dévotion de sainte Brigitte envers Dieu ; la puissance divine de la sainte religion est démontrée dans les œuvres suivants. Il y avait un certain homme appelé Luguidam, homme fort pour sûr, et l’un des plus braves. Quand il était en forme, il faisait seul le travail de douze hommes en un seul jour. En même temps, il mangeait assez de nourriture pour douze hommes (puisqu’il pouvait faire le travail seul, il pouvait consommer les rations). Il implora Brigitte de prier Dieu tout-puissant pour modérer son appétit, qui lui faisait manger dans un tel excès, mais il demanda à ne pas perdre son ancienne force avec son appétit. Brigitte le bénit, et pria Dieu pour lui. Ensuite, il se contenta de la subsistance d'un seul homme, mais, comme auparavant, quand il travaillait, il put travailler comme douze. Il avait toute sa force originelle. Parmi toutes ses œuvres célèbres que nous devrions raconter à tous, l’une d’elles est extraordinaire et a été bien vérifiée.

Un arbre énorme et magnifique, utilisé à certaines fins, fut coupé et élagué avec des haches par des artisans habiles. Sa grande taille créa tant de difficultés à le manœuvrer qu'un rassemblement d'hommes forts fut convoqué pour son transport avec ses branches craquantes dans les endroits difficiles. Aidé par l’équipement des artisans, ils proposèrent de le transporter avec de nombreux bœufs à l'endroit où l’on devait le traiter. Mais en dépit du grand nombre d'hommes, de la force des bœufs, et de l'habileté des artisans, ils furent incapables de bouger l'arbre, de sorte qu'ils l’abandonnèrent. Mais le Maître enseigne par l'intermédiaire de l'Evangile céleste que la foi peut déplacer des montagnes, et, par la foi déterminée de Brigitte (comme le grain de sénevé), ils transportèrent ce plus lourd des arbres sans la moindre difficulté, grâce au divin mystère de la puissance de l'Evangile et sans aucune aide humaine, à l'endroit désigné par sainte Brigitte. Cette démonstration de l'excellence de la puissance de Dieu fut connue dans toutes les régions. Et il vient à l'esprit qu'il ne faut pas omettre la manifestation suivante, qui, parmi d'innombrables autres miracles, fut l’œuvre la vénérable Brigitte.

Il y avait un homme de noble naissance, doté de la fourberie d'un homme du monde, qui désirait une femme en particulier. Il exerça sa ruse sur les moyens de la séduire. Il confia une broche en argent dans son coffre, puis la déroba sournoisement à son insu et la jeta dans la mer. Cela entraîna que lorsqu’elle fut incapable de la montrer sur demande, elle lui resta acquise comme son esclave, et fut donc obligée de se soumettre à ses étreintes comme il le souhaitait. Il réussit cette machination dans l’unique but d'être en mesure d'exiger cette rançon. Si la broche d'argent n'était pas retrouvée, la femme elle-même devrait se donner à lui en esclavage, à cause de sa culpabilité, et être soumise à sa concupiscence. Cette femme chaste s’enfuit craintive vers sainte Brigitte, car elle alla à la ville offrant le refuge le plus sûr. Lorsque Brigitte apprit le comment et le pourquoi de ce qui s'était passé, presqu’avant d'avoir tout entendu de l'histoire, elle appela une certaine personne qui avait pris des poissons dans la rivière. Les ventres des poissons furent coupés et ouverts, et là au milieu de l'un d'eux, on trouva la broche en argent que cet homme cruel avait jeté à la mer.

Alors, l’esprit livre, elle prit avec elle la broche en argent et partit avec cet homme infâme à l'assemblée du peuple pour que sa cause soit entendue. Elle montra la broche à l'assemblée, et de nombreux témoins témoignèrent, des personnes qui furent capables d'identifier la broche comme celle-là même dont on parlait dans l’accusation. Brigitte prit la femme chaste en sa compagnie, et la libéra des griffes de ce tyran cruel. En effet, après cela, il avoua sa faute à sainte Brigitte et se prosterna humblement devant elle. Tout le monde l'admira pour ce grand miracle, et elle en remercia Dieu (pour la gloire duquel elle avait tout fait) puis rentra chez elle. En racontant ces merveilles, on peut comparer à son hospitalité celle d'une autre femme.

Car sainte Brigitte revint chez elle après un voyage pour les affaires de Dieu, au travers la vaste plaine de Brega. Elle arriva en soirée quand le jour déclinait, et elle passa la nuit avec cette femme, qui la reçut avec joie, les mains tendues et rendit grâces à Dieu de l'heureuse venue de la très vénérée Brigitte, vierge du Christ. La femme était trop pauvre pour avoir sous la main les moyens de recevoir de tels invités, mais elle brisa le métier à tisser sur lequel elle travaillait, pour en faire du bois de chauffe. Puis elle tua son veau, le plaça sur le tas de bois et, avec bonne volonté, alluma le feu. On mangea le dîner, et la nuit passa avec les veilles usuelles. L'hôtesse (qui avait pris le veau à sa vache, afin que rien ne manquât à la réception et au plaisir de sainte Brigitte) se leva tôt. La vache découvrit un autre veau, exactement identique à celui qu'elle avait choyé. Et on vit un métier à tisser, exactement de même forme et taille que l’autre.

Ainsi, après avoir accompli ce prodige, et avoir dit adieu aux gens de la maison, sainte Brigitte poursuivit sa route pontificale et continua gaiement son voyage. Parmi ses grands miracles, on admire tout particulièrement celui-ci.

Trois lépreux vinrent, demandant n’importe quelles aumônes, et elle leur donna un plat d'argent. Afin de ne pas semer la discorde et la querelle entre eux quand ils viendraient à le partager, elle parla à une certaine personne experte dans le pesage de l'or et l'argent, et lui demanda de le diviser entre eux à poids égal. Quand il commença à s'excuser, remarquant qu'il n'avait aucun moyen pour pouvoir le diviser afin que les trois parties pèsent exactement la même chose, la Très sainte Brigitte prit le plat d'argent qu’elle heurta contre une pierre, le cassant en trois parties comme elle l'avait souhaité. Merveille à dire ! quand les trois parties furent testées sur la balance, aucune partie n’apparut plus lourde ou plus légère d’un souffle ou de quoi que ce soit. Ainsi, les trois pauvres hères s’en allèrent avec leur cadeau et il n'y avait aucune raison d'envie ou de contrecœur entre eux.

Elle suivit l'exemple du bienheureux Job et ne permit jamais à une personne pauvre de la quitter les mains vides. En effet, elle donnait aux pauvres les vêtements étrangers et exotiques de l'illustre évêque Conlaeth, des vêtements qu'il portait pendant la liturgie du Seigneur et des veilles apostoliques. Lorsqu’au bon moment survint l’époque de ces solennités, le grand prêtre du peuple voulut changer de vêtements. C’était au Christ, sous la forme d'une pauvre personne, que sainte Brigitte avait donné les vêtements de l'évêque. Alors, elle remit à l'évêque un autre ensemble de vêtements, semblable en tous points en texture et couleur, reçu du Christ à l’instant même, qu’elle avait revêtu, tel un mendiant (en les apportant sur un chariot à deux roues). Elle avait donné librement les autres vêtements aux pauvres. Or, au bon moment, elle reçut ceux-là en échange. Car, comme elle représentait l'instrument vivant et le plus béni du sublime, elle avait le pouvoir de faire ce qu'elle voulait.

Après cela, un homme, se trouvant un besoin particulier, vint à elle pour lui demander un sixième d'une mesure de miel. Son esprit fut bouleversé car elle n'avait pas de miel prêt à donner à celui qui en demandait, quand on entendit le bourdonnement des abeilles sous le dallage du bâtiment où elle se trouvait. Et quand l’endroit d’où venait le bourdonnement entendu des abeilles, fut fouillé et examiné, on découvrit une quantité suffisante pour répondre aux besoins de cet homme. Et lui, recevant un don de miel suffisant pour ses besoins, revint en liesse dans son village. Dans l'épisode suivant aussi, elle accomplit un miracle. Le roi de son pays (dans la région où elle vivait) publia un décret pour toutes les tribus et lieux sous sa coupe. Toutes les personnes de son territoire devaient venir ensemble pour construire une route large. On devait la consolider dans les fondations avec des branches d'arbres et des pierres ; elle devrait avoir des remblais très solides et des fossés profonds infranchissables, et elle devrait courir sur un sol détrempé et au travers d’un marécage dans lequel coulait une rivière. Lors de sa construction on devrait être en mesure d’amener des véhicules à quatre roues, des cavaliers, des chars, des charrettes à roues, et la circulation des gens ainsi que celle de forces devant attaquer les ennemis de tous côtés.

Quand les gens se furent rassemblés de toutes parts, ils se partagèrent la route qu'ils devaient construire en sections, entre clans et familles, de sorte que chaque clan ou famille construirait la section qui lui aurait été assignée. La section la plus difficile et la plus pénible, fut celle où passait la rivière, et elle fut assignée à un certain clan. Ces gens décidèrent d'éviter les travaux lourds, aussi utilisèrent-ils leur force pour contraindre un clan plus faible (celui auquel appartenait St Brigitte) au travail sur la section ardue. Choisissant pour eux-mêmes une section plus facile, ce clan cruel put faire sa construction, sans le danger de la rivière.

Les gens qui avaient des liens du sang avec sainte Brigitte vinrent se prosterner à ses pieds. On rapporte de façon certaine ce qu’elle leur a dit: « Allez ! Dieu a la volonté et le pouvoir de déplacer la rivière depuis l'endroit où vous êtes opprimés par ce travail pénible vers la section qu'ils ont choisi. »

Et, quand à l'aube de ce jour, les gens se levèrent pour aller travailler, on trouva que la rivière incriminée avait quitté son ancienne vallée et les deux rives entre lesquelles elle s’écoulait. Elle fut transportée de la section sur laquelle la tribu de sainte Brigitte avaient été contrainte de travailler à la section de ce peuple puissant et fier qui avait injustement contraint le clan des petits et des plus faibles à y travailler. Pour preuve du miracle, les traces de la rivière transférée à un endroit différent, et le canal vide dans lequel elle coulait auparavant; peuvent encore être vus, asséchés et sans aucun filet d'eau.

De nombreux miracles furent faits au cours de sa vie, avant qu'elle dépose le fardeau de sa chair; beaucoup plus tard. La générosité du don de Dieu ne cessa jamais de faire des merveilles dans son monastère, où son corps vénérable repose. Nous avons pas uniquement entendu parler de ces merveilles; mais les avons vues de nos propres yeux.

Par exemple, le prieur du grand et célèbre monastère de sainte Brigitte (mentionné brièvement au début dans ce petit ouvrage) envoya des maçons et des tailleurs de pierre chercher dans des endroits appropriés un rocher adapté pour faire une meule de moulin. Ils ne prirent aucune disposition pour le transport, mais gravirent une route escarpée et difficile, atteignirent le sommet d'une montagne rocheuse et choisirent une grosse pierre au sommet du plus haut point. Et ils taillèrent le tout dans une forme ronde et la perforèrent pour en faire une meule. Lorsque le prieur arriva, en réponse à leur message, avec une équipe de bœufs, il fut incapable de conduire les bœufs pour tirer la pierre, il fut à peine capable de gravir le pic très difficile avec quelques-uns d'entre eux qui le suivirent. Lui et tous ses travailleurs réfléchirent au problème: par quels moyens pourraient-ils retirer la meule de la plus haute crête de la montagne où il n'y avait aucun moyen par lequel les bœufs pouvaient être attelés et chargés dans ce haut lieu abrupt? Ils en vinrent à la conclusion désespérée (certains d'entre eux, même abandonnant et descendant de la montagne) qu'ils devraient laisser la pierre et la considérer comme un travail gâché qu'ils avaient fait en la façonnant. Le prieur, cependant, pensant de façon avisée et prenant conseil de ses ouvriers, dit avec confiance: « En aucun cas il ne doit en être ainsi ; mais soulevez courageusement cette meule et jetez-la du haut sommet de la montagne, et en faisant appel au nom et à la puissance de la très vénérée sainte Brigitte. Car nous n'avons ni l’équipement, ni la force pour déplacer la meule de cet endroit rocheux, à moins que Brigitte, à qui rien n'est impossible (tout est possible pour le croyant), la transporte à un endroit où les bœufs pourront la tirer. » Donc, avec une foi raffermie, ils la portèrent d'abord progressivement au sommet de la montagne, puis la jetèrent dans la vallée. Quand ils la jetèrent en la renversant, elle trouva son chemin, tantôt en évitant les rochers, tantôt en sautant par-dessus eux, roulant à travers les hauts sentiers humides sur la montagne où ni hommes ni bovins ne pouvaient se tenir, et, avec un bruit merveilleux, elle arriva tout à fait intacte à l’endroit où se trouvaient les bœufs. De là, elle fut tirée par les bœufs jusqu’au moulin, où elle fut habilement jumelée à l'autre pierre.

Il existe un autre miracle, non raconté auparavant, mais tout à fait remarquable (maintenant connu de tous), devant être ajouté à cette histoire de la meule qui fut déplacée au nom de sainte Brigitte. Un païen, vivant près le moulin, envoya un peu de grain de sa maison au moulin ; il employait un homme simple et ignorant de sorte que le meunier qui faisait le travail, ne savait pas que le grain lui appartenait. Et quand le grain fut réparti entre les meules, rien ne put les bouger, ni la puissance de l'eau, ni un exercice de force ou d'habileté. Quand les gens observant cela en cherchèrent la cause, ils furent assez perplexes. Puis, quand ils apprirent que le grain appartenait à un druide, ils ne doutèrent plus que la meule, sur laquelle sainte Brigitte avait accompli le miracle divin, avait refusé de moudre en farine le grain du païen. Et ils ôtèrent immédiatement les grains du païen et placèrent leur propre grain du monastère sous la meule. Immédiatement, la mécanique de la meule reprit son cours normal sans aucun blocage.

Et après un certain intervalle de temps, il arriva que ce moulin prenne feu. Ce ne fut pas un petit miracle car, lorsque le feu consuma tout le bâtiment, y compris l'autre pierre appariée à la meule de sainte Brigitte, les flammes n'osèrent pas toucher ou brûler sa pierre. Elle ne fut pas détériorée par le feu dans l'incendie qui détruisit le moulin.

Et après, quand on eut pris note de ce miracle, la pierre fut emportée à l'abbaye et placée près de la porte, à l'intérieur du château qui entoure l'église où sont nombreux, ceux qui viennent vénérer sainte Brigitte. La pierre reçut une place d'honneur dans cette porte, et elle guérit les maladies des fidèles qui la touchent.

Personne ne doit taire le miracle de la reconstruction de l'église dans laquelle les corps glorieux de ce couple, l'évêque Conlaeth et la pure sainte Brigitte, se trouvent à droite et à gauche de l'autel orné, placés dans des tombeaux décorés avec un panaché d'or, d’argent, de gemmes et pierres précieuses, avec des couronnes d'or et d'argent suspendues au-dessus.

En fait, pour accueillir le nombre croissant des fidèles des deux sexes, l'église est spacieuse dans sa surface au sol, et elle monte à une hauteur imposante. Elle est ornée de panneaux peints et possède à l'intérieur trois vastes chapelles, le tout sous le toit du grand bâtiment et séparées par des cloisons en bois. Une partie, décorée d’images peintes et recouverte de tentures, s'étend transversalement dans la partie orientale de l'église d'un mur à l'autre et a deux entrées, une à chaque extrémité. Par une entrée, placée dans la partie externe, le souverain pontife pénètre dans le sanctuaire et s'approche de l'autel avec son cortège de moines. A ces ministres consacrés, on confie les vases sacrés pour l'utilisation du dimanche et l'offrande du sacrifice. Et par l'autre entrée, placée sur le côté gauche de la partie transversale mentionnée ci-dessus, l'abbesse, avec ses religieuses et les veuves, entrent également pour profiter du banquet du corps et du sang de Jésus-Christ.

Et une autre partie, divisant le sol de l'église en deux parties égales, s'étend de l'est en longueur jusqu’au mur transversal. L'église a de nombreuses fenêtres et une porte décorée sur le côté droit par lequel les prêtres et les fidèles de sexe masculin entrent dans le bâtiment. Il existe une autre porte sur la gauche par laquelle les vierges et la congrégation des femmes fidèles ont l'habitude d'entrer. Et ainsi, dans une grande basilique, un grand nombre de personnes, rangé par position et par sexe, en division ordonnée séparé par des cloisons, offre des prières dans un esprit unique au Seigneur Tout-Puissant.

Lorsque l'ancienne porte de l'entrée gauche, par laquelle sainte Brigitte avait coutume d’entrer dans l'église, fut mise sur ses gonds par les artisans, elle ne boucha pas la nouvelle entrée de l'église reconstruite. En fait, un quart de l'ouverture fut laissée inachevée et à jour. Si on ajoutait une quatrième partie, de la bonne taille, la porte pourrait alors être rétablie pour s'adapter à l'ouverture. Les artisans délibérèrent et discutèrent pour savoir s’ils devaient faire une porte complètement neuve, et plus large, qui comblerait l'ouverture, ou s’ils devaient rajouter un morceau de bois à la vieille porte, pour la mettre à la taille requise.

Le talentueux maître, qui fut dans toutes ces provinces le principal artisan de l'Irlande, donna de sages conseils. « Nous devons, dit-il, pendant la nuit à venir, prier fidèlement le Seigneur aux côtés de sainte Brigitte afin qu'elle puisse nous indiquer au matin ce que nous devrions faire. » Et il passa toute la nuit en prière devant le sanctuaire de sainte Brigitte.

Et, avoir effectué sa prière, il se leva le matin et amena la vieille porte et la plaça sur ses gonds. Elle ferma complètement l'ouverture. Il n'y avait ni espace, ni chevauchement. Et ainsi sainte Brigitte allongea la hauteur de la porte afin qu'elle bouche l'ouverture, et on ne vit aucun espace, sauf quand la porte était repoussée pour permettre l'entrée de l'église. Et ce miracle de la puissance du Seigneur est clair aux yeux de tous ceux qui voient cette entrée et cette porte.

Mais qui pourrait exprimer en mots la beauté suprême de son église et les innombrables merveilles de sa cité, dont nous voulons parler? « Cité » est le mot juste: tant de gens y vivent que cette désignation se justifie. Il s'agit d'une grande métropole, dans les faubourgs de laquelle, identifiés par sainte Brigitte et clairement délimités, ni adversaire terrestre ni incursion ennemie n’est à redouter. Car la cité est le lieu de refuge le plus sûr parmi toutes les cités de toute la terre d'Irlande, pour tous ses fugitifs. C’est un lieu où les trésors des rois sont surveillés, et l’on y reconnaît la suprématie de leur grandeur.

Et qui pourrait compter les diverses foules et les innombrables personnes qui viennent de toutes les provinces? Certains le font pour l'abondance des fêtes, d'autres viennent pour regarder la foule passer, d'autres viennent avec de grands présents pour la célébration de la naissance au ciel de sainte Brigitte qui, le premier jour de février, s'endormit, reposa en paix le fardeau de sa chair et suivit l'Agneau de Dieu dans les demeures célestes.

Je demande l'indulgence des frères et des lecteurs de ces épisodes, car sans aucune prétention à la connaissance, j’ai été contraint, par obéissance, à voguer sur la grande mer de l’œuvre immense de sainte Brigitte, quelque chose que les plus courageux doivent craindre, et d’offrir en langage rustique ces quelques récits des plus grands miracles.

Priez pour moi, Cogitosus, parent blâmable, et que vos prières me recommandent au bon Dieu, et que Lui puisse vous accorder la paix de l'Evangile. Ici se termine la vie de sainte Brigitte la pure.

Source : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/cogitosus/brigitte.htm

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