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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 13:28

 

1. Patrice, pécheur ignorant, je confesse que j'ai été établi évêque en Irlande. Je suis certainement persuadé que c'est de Dieu que j'ai reçu ce que je suis. J'habite au milieu des païens barbares, prosélyte et exilé pour l'amour de Dieu. Il est témoin si c'est ainsi. Ce n'est pas que je désirais faire sortir de ma bouche quelque chose d'aussi dur et d'aussi âpre. Mais je suis poussé, excité par le zèle de Dieu et de la vérité du Christ, pour l'affection que je porte à mes proches et à mes fils, auxquels j'ai livré patrie et parents et mon âme jusqu'à la mort. Si j'en suis digne, j'ai fait vœu à Dieu d'enseigner les gentils, bien que je sois méprisé par certains.

2. C'est de ma main que j'ai écrit et composé ces paroles qui doivent être données et livrées et envoyées aux soldats de Coroticus. Je ne dis pas à mes concitoyens, ou aux concitoyens des saints Romains, mais aux concitoyens des démons, à cause de leurs mauvaises œuvres. Comme des ennemis, ils vivent dans la mort, compagnons des Scots et des Pictes apostats,[1]  comme s'ils voulaient se gorger du sang d'innocents chrétiens que j'ai engendrés innombrables à Dieu, et que j'ai confirmés dans le Christ.

3. Le lendemain du jour où les néophytes, en vêtement blanc, furent oints du chrême — il sentait encore sur leur front pendant qu'ils étaient égorgés et sacrifiés par le glaive des gens nommés ci-dessus — j'ai envoyé une lettre avec un saint prêtre que j'ai enseigné dès l'enfance, avec des clercs, pour qu'ils nous accordassent quelque chose du butin, ou quelques-uns des captifs baptisés qu'ils avaient pris. Ils firent des risées d'eux.

4. Aussi je ne sais sur qui m'affliger davantage, sur ceux qui ont été tués ou ceux qu'ils ont pris, ou ceux que le diable a violemment pris dans ses rets. Par un châtiment éternel, ils seront esclaves avec lui, parce que celui qui fait un péché est esclave et est appelé fils du diable.

5. Aussi, que tout homme craignant Dieu sache qu'ils me sont étrangers à moi et au Christ mon Dieu, pour qui j'accomplis une mission ; parricide, fratricide,[2]  loups rapaces dévorant le peuple du Seigneur comme du pain. Comme il dit : « Les injustes ont détruit ta loi, Seigneur », que dans les derniers temps il avait implantée très bien et avec bonté, et elle avait été enseignée par la faveur de Dieu.

6. Je ne fais pas abus de pouvoir. Je lie partie avec ceux qu'il a appelés et a prédestinés à prêcher son Evangile dans des persécutions non petites, jusqu'à l'extrémité de la terre, quoique l'ennemi nous porte envie par la tyrannie de Coroticus qui ne craint ni Dieu ni les prêtres qu'il a choisis et auxquels II a accordé la suprême et sublime puissance : ceux qu'ils lieraient sur terre seraient liés aussi aux cieux.

7. Aussi, je vous en supplie, saints et humbles de cœur, il n'est pas permis de flatter de tels hommes, ni de prendre avec eux nourriture ou boisson, et vous ne devez pas recevoir d'eux des aumônes jusqu'à ce qu'ils fassent pénitence suffisante à Dieu en versant des larmes et qu'ils délivrent les serviteurs de Dieu et les servantes baptisées du Christ pour lesquels il est mort et a été crucifié.

8. Le Très-Haut refuse les dons des injustes. Celui qui offre un sacrifice sur la subsistance des pauvres est comme celui qui tue un fils en présence de son père. «Les richesses, dit-il, qu'il a amassées injustement seront vomies de son ventre, l'ange de la mort l'entraîne, la colère des dragons le tourmentera, la langue de la couleuvre le tuera », un feu inextinguible le ronge. C'est pourquoi « malheur à ceux qui se remplissent des choses qui ne sont pas à eux. » Ou : « A quoi sert à l'homme de gagner le monde entier si c'est au détriment de son âme ? »

9. Il serait long de discuter en détail ou de faire connaître et de recueillir dans toute la Loi des témoignages sur une telle cupidité. L'avarice est un péché mortel : « Tu ne désireras pas le bien de ton prochain. Tu ne tueras pas. Un homicide ne peut être avec le Christ. Celui qui hait son frère est regardé comme homicide (7). » Ou : « Celui qui ne chérit pas son frère demeure dans la mort. » Combien plus coupable est celui qui a souillé ses mains dans le sang des fils de Dieu qu'il venait d'acquérir aux extrémités de la terre, par l'exhortation de notre petitesse.

10. Est-ce que c'est sans Dieu, ou selon la chair, que je suis venu en Irlande ? Qui m'a poussé — lié par l'Esprit — à ne voir personne de ma parenté ? Est-ce de moi que vient cette pieuse miséricorde que j'exerce à l'égard de cette nation qui m'a pris autrefois et a pillé les serviteurs et les servantes de la maison de mon père. Je fus libre selon la chair. Je suis né d'un père décurion. Car j'ai vendu ma noblesse — je n'en rougis et ne m'en repens pas — dans l'intérêt des autres. Enfin je suis serviteur dans le Christ d'une nation étrangère à cause de la gloire ineffable de la vie éternelle qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur.

11. Et si les miens ne me connaissent pas, un prophète ne reçoit pas d'honneur dans sa patrie, fous ne sommes peut-être pas du même troupeau et nous n'avons pas un seul Dieu pour père comme il dit : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. » Il n'est pas convenable que l'un détruise et que l'autre bâtisse. Je ne cherche pas ce qui est à moi. Ce n'est pas ma grâce, mais c'est Dieu qui a mis cette sollicitude dans mon cœur pour que je fusse un des chasseurs ou des pêcheurs que Dieu jadis a prédits pour les derniers temps.

12. On me hait. Que ferai-je, Seigneur ? Je suis tout à fait méprisé. Voilà que tes brebis sont mises en pièces et volées autour de moi, et par ces larrons susdits, sur l'ordre de Coroticus à l'esprit hostile. Il est loin de l'amour de Dieu, celui qui livre les chrétiens aux mains des Scots et des Pictes. Des loups rapaces ont dévoré le troupeau du Seigneur qui assurément en Irlande croissait très bien avec le plus grand soin. Et les fils des Scots et les filles des rois devenus moines et vierges du Christ, je ne puis les énumérer. C'est pourquoi : « Que l'injure faite aux justes ne te plaise pas ; même jusqu'aux enfers elle ne plaira pas. »

13. Qui d'entre les saints n'aurait horreur de se récréer ou de prendre part à un festin avec de tels gens ? Ils ont rempli leurs maisons des dépouilles des chrétiens morts. Ils vivent de rapines, ils ne connaissent pas, les malheureux, le poison, et présentent des mets mortels à leurs amis et à leurs fils, comme Eve ne comprit pas qu'en réalité elle transmettait la mort à son mari. Ainsi sont, tous ceux qui font le mal. Ils fabriquent la mon éternelle pour leur châtiment.

14. Voici la coutume des Gaulois chrétiens romains. Ils envoient des hommes saints et propres à cette mission chez les Francs et les autres gentils avec plusieurs milliers de sous pour racheter les captifs baptisés ; toi, tu les tues le plus souvent, et tu les vends à une nation étrangère qui ignore Dieu. Tu livres les membres du Christ comme à un lupanar. Quel espoir as-tu en Dieu, ou qui est de ton avis, ou qui t'entretient de paroles flatteuses ? Dieu jugera. Car il est écrit : « Ce ne sont pas seulement ceux qui font le mal, mais même ceux qui consentent qui doivent être condamnés. »

15. Je ne sais que dire de plus, en parlant des défunts fils de Dieu, que le glaive a touchés durement, au-delà de toute mesure. Car il est écrit : « Pleurez avec ceux qui pleurent. » Et encore : « Si un seul membre souffre, que tous les membres souffrent avec lui. » C'est pourquoi l'Eglise pleure et se lamente sur ses fils et ses filles, que le glaive n'a pas encore tués, mais qui sont bannis et déportés dans des terres lointaines, où le péché opprime ouvertement et abonde impudemment. Là les hommes libres sont vendus, les chrétiens réduits en servitude, surtout par les très indignes, très mauvais apostats, les Pictes.

16. C'est pourquoi je crierai haut avec tristesse et chagrin : très beaux et très aimables frères et fils que j'ai engendrés dans le Christ, je ne puis vous énumérer, que vais-je faire pour vous ? Je ne suis pas digne de Dieu ni de venir en aide aux hommes. L'iniquité des injustes a prévalu sur nous. Nous sommes devenus comme étrangers. Peut-être ne croient-ils pas que nous avons reçu un baptême, ou que nous avons un seul Dieu pour Père. C'est pour eux une indignité que nous soyons nés en Irlande. Comme il dit : « Est-ce que vous n'avez pas un seul Dieu ? Pourquoi avez-vous abandonné chacun votre prochain ? »

17. C'est pourquoi je m'afflige pour vous, je m'afflige, vous qui m'êtes très chers. Mais aussi, je me réjouis en moi-même. Je n'ai pas travaillé pour rien, ou mon pèlerinage n'a pas été en vain. Et il s'est commis un crime si horrible et indicible ! Grâces à Dieu, c'est en croyants baptisés que vous êtes partis du monde pour le paradis. Je vous vois. Vous avez commencé à vous retirer là où il n'y aura plus ni nuit, ni deuil, ni mort, mais vous bondirez comme des veaux débarrassés de leurs liens, et vous écraserez les injustes, et ils seront en cendre sous vos pieds.

18. Vous donc, vous régnerez avec les apôtres et les prophètes et les martyrs, vous aurez les royaumes éternels, comme il l'atteste lui-même, disant : « Ils viendront de l'orient et de l'occident et ils s'assoiront avec Abraham et Isaac et Jacob dans le royaume des cieux. » «Au dehors sont les chiens, et les magiciens, et les homicides ; et les menteurs et les parjures » auront leur part dans l'étang du feu éternel. L'apôtre ne dit-il pas justement : « Là où le juste à peine sera sauvé, où se reconnaîtra le pécheur et l'impie transgresseur de la loi? »

19. Car Coroticus, avec ses scélérats rebelles au Christ, où se verront-ils ? Eux qui distribuent des jeunes femmes baptisées comme récompense, et pour un misérable règne temporel, qui passe en vérité en un moment, comme la nuée ou la fumée qui est dispersée par le vent. Ainsi les pécheurs trompeurs périront à la face de Dieu, mais que les justes soient au festin, en grande constance, avec le Christ ; ils jugeront les nations et domineront les rois injustes dans les siècles des siècles. Amen.

20. Je témoigne devant Dieu et ses anges qu'il en sera comme il l'a communiqué à ma maladresse. Ce ne sont pas mes paroles, mais celles de Dieu et des apôtres et des prophètes, qui n'ont jamais menti, que j'ai exposées en latin. Celui qui croira sera sauvé et celui qui ne croira pas sera condamné. Car Dieu a parlé.

21. Je vous supplie que tout serviteur de Dieu soit prêt à être le porteur de cette lettre, pour qu'en aucune façon elle ne soit soustraite par quelqu'un, mais bien plutôt qu'elle soit lue devant tout le peuple, en présence de Coroticus lui-même, pour que Dieu leur inspire de venir à résipiscence à Dieu, en sorte qu'ils se repentent, même tardivement, d'avoir agi comme des impies — homicide à l'égard des frères du Seigneur — et qu'ils délivrent les captives baptisées qu'ils ont prises auparavant pour mériter de vivre en Dieu et qu'ils soient sains ici et pour l'éternité. Paix au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Amen !

Source : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/patrick/coroticus.htm

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Published by X - dans Irlande
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