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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 15:34

Le Sepher Yetsirah, ou Livre de la Formation, est peut-être l’un des plus anciens traités rabbiniques de philosophie Kabbalistique qui nous soient parvenus. L’intérêt majeur pour la Kabbale hébraïque, ses modes de pensée & ses doctrines ayant diminué ces dernières années, ceci m’a poussé à traduire des traités à partir du texte hébreu original en leur adjoignant les versions latines des maîtres médiévaux ; j’ai également publié une Introduction à la Kabbalah qui peut être d’un certain intérêt pour les étudiants.

Trois livres importants du Zohar, ou Livre de la Splendeur qui constitue une source majeure d’enseignements kabbalistiques, ont été traduits en anglais par S.L. MacGregor Mathers ; le Sepher Yetsirah en version anglaise est un compagnon presque incontournable de ces dissertations : en réalité, les deux livres s’expliquent mutuellement.

Le Sepher Yetsirah, bien que son nom signifie « Livre de la Formation », n’est en aucune manière une narration de la Création, ou un substitut à la Genèse, mais c’est un antique et instructif livre philosophique traitant d’un aspect de l’origine de l’univers et de l’humanité, un aspect archaïque & essentiellement hébreu. La réunion des processus de la création en un arrangement à la fois alphabétique et numéral ne se retrouve que chez les auteurs sémitiques.

L’attention doit être attirée vers cette particularité essentielle de la langue hébraïque : l’inextricable et nécessaire association des lettres et des nombres, chaque lettre suggérant un nombre & chaque groupe de lettres véhiculant une signification numérique aussi cruciale que sa signification littérale.

Les principes kabbalistiques consistant en un renversement des lettres hébraïques et leur substitution par d’autres selon des combinaisons définies doivent également être étudiés et gardés à l’esprit. C’est sur ces principes que l’initiative de « travail sur le terrain » de cette dissertation repose. Ces principes se retrouvent au fil des traités kabbalistiques qui se sont succédés dans le temps, nombre d’entre eux étant collectés dans un unique volume connu comme le Zohar, ouvrage traitant principalement des dignités essentielles de la Divinité, des Émanations qui en sont issues, de la doctrine des Sephiroth, des figures du Microprosope et du Macroprosope et de la doctrine de la réincarnation.

Le Sepher Yetsirah, quant à lui, traite essentiellement de notre univers et du Microcosme. A ce sujet, les opinions des rabbins kabbalistes hébreux et de mystiques contemporains doivent être brièvement examinées.

L’intéressante citation qui suit est de Rabbi Moïse Botarel qui a écrit son fameux Commentaire en 1409 : « C’est Abraham notre Père – béni soit-il – qui a écrit ce livre afin de condamner la doctrine des sages de son temps qui étaient incrédules quant au dogme suprême de l’Unité. Du moins, ceci était l’opinion de Rabbi Saadiah – béni soit-il – comme cela est écrit dans le premier chapitre de son livre La Pierre des Philosophes. Voici ses propres mots : ‘Les sages de Babylone attaquèrent Abraham sur sa foi ; car ils étaient contre lui alors qu’eux mêmes étaient divisés en trois sectes. La première pensait que l’Univers était sujet au contrôle de deux forces opposées, l’une n’existant que pour détruire l’autre, ceci est le dualisme ; les dualistes tiennent qu’il n’y a rien de commun entre l’auteur du mal et l’auteur du bien. La seconde admettait Trois Grandes Puissances ; deux d’entre elles comme dans le premier cas et une troisième Puissance dont la fonction était de donner raison à l’un ou à l’autre, un arbitre suprême. La troisième secte ne reconnaissait aucun dieu hormis le Soleil, dans lequel elle reconnaissait l’unique principe de l’existence.’ »

Rabbi Judah Ha Levi (qui naquit vers 1120), dans sa description critique de ce traité, écrivait : « Le Sepher Yetsirah nous enseigne l’existence d’un Unique Pouvoir Divin en nous démontrant que dans la variété et la multiplicité il y a Unité et Harmonie, et qu’une telle concorde universelle ne peut provenir que du règne d’une Unité Suprême ».

Selon Isaac Myer dans sa Qabbalah (p.159), allusion est faite au Sepher Yetsirah dans les écrits d’Ibn Gebirol de Cordoue, communément appelé Avicebron, qui mourut en 1070 de notre ère.

Eliphas Levi, le célèbre occultiste français, écrivit du Sepher Yetsirah, dans son Histoire de la Magie, p.54 :

« Le Zohar est une source d’illumination, le Sepher Yetsirah est une échelle formée de vérités. En lui sont expliqués les 32 signes absolus des sons, nombres et lettres : chaque lettre reproduit un nombre, une idée et une forme ; afin que les mathématiques soient à même de fournir des applications aux idées et aux formes non moins rigoureuses qu’aux nombres, par une exacte proportion et une correspondance parfaite. Par la science du Sepher Yetsirah l’esprit humain est fixé sur la vérité, et la raison, et il est capable de prendre en compte les développements possibles de l’intelligence par les évolutions des nombres. Le Zohar représente la vérité absolue, & le Sepher Yetsirah fournit les moyens de l’atteindre, de se l’approprier et de l’utiliser ».

À un autre endroit, Eliphas Levi écrit :

« Le Sepher Yetsirah & l’Apocalypsesont les chefs-d’œuvre de l’Occultisme ; ils contiennent plus de sagesse que de mots ; leur expression est tout aussi figurative et poétique, et en même temps aussi exacte que les mathématiques ».

Dans le volume titré La Kabbale de l’éminent universitaire Adolphe Franck, il y a un chapitre sur le Sepher Yetsirah. Il écrit ce qui suit :

« Le Livre de la Formation contient, je ne dirais pas un système physique, mais une cosmologie qui a pu être conçue à une époque et dans un pays habitué à expliquer tous les phénomènes par une action directe de la Cause Première [...] Sa forme est simple et grave; il ne s’y trouve aucune démonstration ou argument, mais il consiste plutôt en une série d’aphorismes, soigneusement groupés et qui ont tous la concision des plus anciens oracles ».

Dans son analyse du Sepher Yetsirah, il ajoute :

« Le Livre de la Formation, même s’il n’est pas très volumineux, et s’il ne nous élève pas non plus vers les régions les plus hautes de la pensée, nous offre cependant un composition très homogène & d’une rare originalité. Les nuages que l’imagination du commentateur ont réuni autour de lui, seront dissipés, si nous y cherchons, non pas les mystères de l’ineffable sagesse, mais un essai de doctrine raisonnée, construite sur l’entendement, un effort pour comprendre le plan de l’univers et cerner le lien entre le principe commun et tous les éléments qui sont autour de nous ».

« Le dernier mot de ce système est la substitution de l’Unité divine absolue à toute idée de Dualisme, contre cette philosophie païenne qui voyait dans la matière une substance éternelle dont les lois n’étaient pas en accord avec la Volonté Divine, et contre la Doctrine biblique, qui par l’idée de Création postule deux choses, l’Univers et Dieu en tant que deux substances absolument distinctes l’une de l’autre ».

« En fait, dans le Sepher Yetsirah, Dieu considéré comme Infini et conséquemment Être indéfinissable, étendu en toutes choses par son pouvoir et son existence, bien qu’au-dessus d’eux, n’est pas en-dehors des nombres, sons et lettres – les principes et lois générales que nous reconnaissons ».

« Chaque élément a sa source dans une forme plus élevée, et toutes les choses ont leur origine commune dans le Verbe (Logos), le Saint Esprit… Ainsi Dieu est à la fois, dans le sens le plus élevé, la matière et la forme de l’univers. Bien qu’Il ne soit pas seulement cette forme : car rien ne peut exister ou existe en dehors de Lui ; Sa substance est le fondement de tout, et toutes choses portent Son empreinte et sont des symboles de Son Intelligence ».

La tradition hébraïque accorde aux parties les plus anciennes parties du Zohar une date antérieure à la construction du Second Temple, mais Rabbi Siméon bar Yochaï, qui a vécu sous le règne de l’empereur Titus vers 70-80 de notre ère, est considéré comme l’auteur de ces écrits & Rabbi Moïse de Léon, de Guadalaxara en Espagne, qui est mort en 1305, a certainement reproduit et publié le Zohar.

Ginsburg, parlant des doctrines zohariques de l’ « Aïn Soph », dit qu’elles étaient inconnues jusqu’au 13è siècle ; il ne nie pas l’antériorité du Sepher Yetsirah mais dans celui-ci, il n’est pas question de l’Aïn Soph Aur ni de l’Aïn Soph. Je pense cependant que cette omission n’est pas la preuve que la doctrine de l’Aïn Soph Aur et de l’Aïn Soph n’existaient pas encore, car il est raisonnable de supposer que le Sepher Yetsirah est un volume assigné au Monde Yetziratique, le troisième des Mondes kabbalistiques de l’Émanation, alors que le Ash Metzareph concerne le Monde d’Assiya, le quatrième ou Monde le plus bas des Coques, et est un traité d’alchimie ; quant au Sepher DiTzedioutha, il peut être considéré comme une Oeuvre Atziluthique, traitant des Emanations de la Déité ; et il existe sans doute une quatrième œuvre assignée au Monde de Briah, mais je n’ai pas été capable de l’identifier. Le Talmud babylonien et le Talmud de Jérusalem se réfèrent tous deux au Sepher Yetsirah. Leur traité Sanhedrin mentionne très certainement le Livre de la Formation ainsi qu’une œuvre similaire ; et Rashi dans son commentaire sur le traité Erubin considère cela comme une donnée historique fiable.

D’autres indices historiques sont donnés par Saadya Gaon, qui mourut en 940, et Judah Ha Levi, 1150 de notre ère ; tous les deux en ont parlé comme d’une œuvre ancienne. Quelques critiques modernes l’ont attribué à Rabbi Akiba qui a vécu au temps de l’empereur Hadrien, vers 120 de notre ère et qui a perdu la vie en prenant fait et cause pour la faux messie Barchocheba ; d’autres suggèrent qu’il a été écrit vers 200 de notre ère. Graetz cependant l’attribue aux temps gnostiques, vers le troisième ou quatrième siècle de notre ère, et Zunz en parle comme d’une œuvre post Talmudique appartenant à la période Géonim, vers 700-800 de notre ère ; Rubinsohn, dans sa Bibliotheca Sacra, en parle comme n’étant que de simples idées sans aucun fondement.

Les Talmuds ont été collectés en un ensemble cohérent et imprimés à Venise vers 1520.

Le Zohar a été imprimé à Mantoue en 1558; puis à Crémone en 1560 et à Lublin en 1623 ; une quatrième édition par Knorr von Rosenroth à Sulzbach en 1684. Certaines parties ne sont pas aussi anciennes car les Croisades sont mentionnées dans un chapitre.

Six éditions hébraïques du Sepher Yetsirah ont été collectées et imprimées à Lemberg en 1680. La plus ancienne de ces six était celle de Saadyah Gaon. Il existe encore trois versions latines, celle de Guillaume Postel, celle de Johann Pistorius & une troisième par Johannes Stephanus Rittangelius. Cette dernière offre à la fois la version hébraïque et la version latine et aussi les « Trente-deux sentiers » en supplément.

Il existe une traduction allemande par Johann Friedrich von Meyer, datée de 1830 ; une version d’Isidor Kalish dans laquelle il a reproduit de nombreuses annotations de grande valeur de Meyer ; une édition en français par Papus, de 1888 ; une édition en français par Mayer Lambert de 18911, avec les commentaires arabes de Saadyah Gaon ; et une édition anglaise par Peter Davidson de 1896, laquelle est suivie des « 50 Portes de l’Intelligence » et les « 32 Sentiers de la Sagesse ».

L’édition que j’en propose aujourd’hui est celle des anciens codex hébreux traduits en anglais et complétés par les versions latines de Pistorius, Postellus et Rittangelius, en suivant ce dernier plutôt que les anciens commentateurs.

Les étudiants peuvent se référer à la Bibliotheca magna Rabbinica de Bartoloccio de Cellerio, Rome, 1678-1692, à Basnage, Histoire des Juifs, 1708 et à la Doctrine et Littérature de la Kabbale de A.E. Waite. J’ai également examiné de manière superficielle les copies suivantes du Sepher Yetsirah en hébreu :

1. Une version par Saadiah, Ab. ben David, et trois autres, Mantoue, 1562, 4to.

2. Une version accompagnée du commentaire de Rabbi Abraham F. Dior, Amsterdam, 1642, 4to.

3. Une version incluant la préface de M. ben J. Chagiz, Amsterdam, 1713, 16mo.

4. Une version de Constantinople, 1719.

5. Une version Zolkiew, 1745, 4to.

6. Une version de Moïse ben Jacob, Zozec, 1779, 4to.

7. Une version Grodno, 1806, 4to.

8. Une version Dyhernfurth, 1812, 8vo.

9. Une version Salonica, 1831, 8vo.

10. Une copie MS. Datée de 1719, du British Museum.

J’ajoute ici les titres complets des trois versions latines que l’on trouve à la Bibliothèque du British Museum :

Abrahami Patriarchae Liber Jezirah sive Formationis Mundi, Patribus quidem Abrahami tempora praecedentibus revelatus, sed ab ipso etiam Abrahamo expositus Isaaco, et per pro prophetarum manus posteritati conservatus, ipsis autem 72 Mosis auditoribus in secundo divinae veritatis loco, hoc est in ratione, quoe est posterior authoritate, habitus. Parisiis, 1552.

Gulielmus Postellus : Id est Liber Jezirah, qui Abrahamo, Patriarchae adscribitur, una cum Commentario Rabbi Abraham F.D. super 32 semitis Sapientiae, a quibus Liber Jezirah incipit: Translatus et notis illustratus a Joanne Stephano Rittangelio, Ling. Orient. in Elect. Acad. Regiomontana Prof. Extraord, Amstelodami, 1642.

Dans l’ouvrage de Tomas Primus Artis Cabalisticae hoc est reconditae theologiae et philosophiae scriptorum, Basileae 1587, on trouve le Liber de Creatione Cabalistinis, Hebraice Sepher Jezira ; Authore Abrahamo. Successive filiis ore traditus. Hinc jam rebus Israel inclinatis ne deficeret per sapientes Hierusalem arcanis et profundissimis sensibus literis commendatus. Johannes Pistorius.

Le Sepher Yetsirah comprend 6 chapitres et 33 paragraphes distribués de cette manière : le premier chapitre en compte 12 puis les autres 5, 5, 4, 3 et 4.

Dans quelques versions les paragraphes ou sujets sont arrangés de manière différente. Le plus ancien titre porte, en outre, les mots « Les Lettres de notre Père Abraham » ou « Écrits par le patriarche Abraham » et l’on en parle comme tel dans nombre d’ouvrages d’autorités médiévales, mais cette origine est sans aucun doute fabuleuse, bien que peut-être moins improbable que l’auteur du Livre d’Enoch, mentionné par Saint Jude, dont deux copies manuscrites en langue éthiopienne furent sauvées des sauvages d’Abyssinie en 1773 par le grand voyageur James Bruce.

En essence cette œuvre fut, sans aucun doute, la cristallisation par un auteur de siècles de traditions et il a été régulièrement complété par d’autres auteurs qui l’ont également revus. En ce qui concerne quelques-unes de ces additions qui furent rejetées par les étudiants médiévaux, je ne les ai pas incorporées dans le texte, préférant présenter dans ce volume uniquement le texte occulte original, sur lequel de grandes autorités hébraïques, allemandes, jésuites etc. ont écrit de longs commentaires, mais sans parvenir à l’expliquer de manière satisfaisante. Kalisch, parlant de ces commentaires, dit :

« ils ne contiennent rien de plus qu’un ensemble d’explications arbitraires et de distorsions sophistiquées des versets, des notions astrologiques, des superstitions orientales, un jargon métaphysique, de mauvaises connaissances de la physique, et aucune élucidation correcte de cet ancien livre ».

Kalisch, cependant, n’était pas un occultiste ; ces commentaires sont si étendus qu’ils demandent des années d’études, et je n’ai aucune hésitation à confesser que mes recherches à ce sujet n’ont été que superficielles.

Ce travail a été lu comme Conférence devant l’Hermetic Society de Londres, et le docteur Anna Kingsford, son président, au printemps 1886.

Source : http://www.esoblogs.net/5289/sepher-yetzirah-introduction-de-wynn-westcott/

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Published by Wynn Westcott - dans Kabbale
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