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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:14

De plus, s’il n’était pas permis de rechercher le sens caché des lettres, pourquoi Dieu lui-même, dans Isaïe, 21, vers 22, prescrit-il d’écrire, de transposer, d’employer les uns pour les autres, les lettres elles-mêmes et les caractères divins, lorsqu’il s’agit d’exprimer les choses divines !

Pourquoi, enfin, les anciens Pères, ont-ils affirmé que l’Écriture Sainte, tout entière, avait plusieurs sens, si le sens littéral suffisait ?

Saint Jérôme et saint Chrysostome ne déchirent-ils pas parfois le sens littéral, qui est, en quelque sorte, l’enveloppe de l’autre.

Saint Grégoire de Rome et saint Grégoire de Nazianze essaient, l’un et l’autre, de pénétrer jusqu’à l’âme du Sépher, dissimulé sous la forme comme sous un voile.

Damascène, puis saint Ambroise livrent le sens positif et le symbolique. Enfin, saint Augustin, saint Basile, dans leurs poésies mystiques, célèbrent sur le mode lyrique tous les mystères que les cabalistes se contentent de défendre simplement, d’une façon différente, suivant les individus, et les philosophes profanes les rejettent en bloc parce qu’ils sont incapables de les comprendre !

S’il semble, à première vue, que quelque absurdité puisse sortir de la transposition des autres noms divins, des maîtres d’une science profonde, d’une haute sagesse, cités par l’antique tradition hébraïque, affirment que ces absurdités ne sont qu’apparentes.

Exemple : la transposition du nom El, Dieu ; qui donne La : Rien !

Évidemment, cela cache quelque mystère. En effet, tout ce que de savants théologiens proclament au sujet de Dieu, est exprimé non par affirmation, mais par négation. Ainsi, Dieu n’est ni un ange, ni une âme, ni le ciel : il est au-desssus de tout cela. C’est ce qui a fait dire à saint Denis que Dieu n’est ni nombre, ni Ordre, ni Un, ni Unité.

Il convient de raisonner de même pour tous les autres noms. Shadaï, par exemple, manifeste la toute puissance absolue de Dieu ; et inversement, la faiblesse des créatures. Et, de fait, tout ce qui existe à part lui, Dieu, l’Etre par excellence, n’est que faiblesse, comparé à cet Être infini.

Rien d’étonnnant, de même, à ce que le nom Bara, créateur, donne, par inversion traître, insidieux. C’est ce qui permet au saint Prophète d’appeler Dieu l’auteur du mal : « Dieu, dit-il, fait le bien et crée le mal ».

Mais, la lettre tue et l’Esprit vivifie ! On doit donc admettre que ces paroles renferment un sens secret. En effet, Dieu faisant le bien, signifie Dieu créant en puissance l’idée contenant le germe du bien ; Dieu faisant le mal, veut dire Dieu créant la matière, qui figure le mal, puisqu’elle est faite de rien.

Rien est nécessairement le mal, et les philosophes ne l’ignorent point. Donc, en réalité, faire le bien veut dire créer la forme ; faire le mal signifie créer la matière. Ainsi, Dieu est, à la fois, créateur et destructeur ! créateur du Monde, assurément ; mais, aussi, seul maître de le détruire, de le rendre au néant, selon son bon plaisir.

Et de fait, il engloutit dans un cataclysme universel toute créature vivant sur la terre ; effaçant de l’élément adamique toute substance corporelle, depuis l’homme jusqu’aux animaux : terrestres aquatiques et volatiles (Gen. 7) : Tout ce qui avait un souffle de vie périt.

Il en sera de nouveau ainsi, lorsqu’il viendra juger le monde par le feu. Car, de même qu’il a fait toute chose par une simple volition de sa libre volonté, de même, détruira-t-il tout en le plongeant dans une fournaise effroyable !

Le même raisonnement peut être appliqué au nom מלך Meleck, Roi, qui, inversé, donne כלםcontempteur acerbe.

Quant au troisième argument de Raguseius, nous concédons que les mots hébraïques, considérés dans leur propre puissance, n’ont par eux-mêmes, aucune vertu. Mais, en tant que formés du Verbe de Dieu, il n’est pas contestable qu’ils possèdent quelque efficacité.

Ne voyons-nous pas les possédés, lorsqu’on prononce sur eux ou qu’on leur impose, d’une façon quelconque le très saint de nom de Jésus, qui n’est autre que le nom Tetragrammaton, ne les voyons- nous pas, dis-je, tourmentés avec la plus grande violence par le Démon !

Mais, Raguseius déploie toutes ses forces contre les cabalistes ; il fait même preuve de peu de jugement, lorsqu’il les poursuit de ses imputations calomnieuses, les accusant de prétendre que le premier venu, en prononçant comme il convient les mots hébraïques, peut prédire l’avenir, guérir les maladies, commander aux bêtes fauves.

Nous allons prouver que ses calomnies, les prétendues monstruosités qu’il évoque seraient facilement réduites à néant par tout homme de bonne foi, même d’un savoir médiocre, pourvu qu’il fût instruit des mystères des lettres.

Nous montrerons également que les attaques grossières qu’il dirige contre la Cabale, avec autant de mauvaise foi que d’ignorance, ne reposent sur aucune base sérieuse. Et nous invitons les lecteurs bienveillants et avisés, à remarquer les propres contradictions de ce critique sans vergogne.

Dans sa lettre 5, qui traite de la Cabale, il déclare que les recherches sur les nombres, auxquelles se livrent les cabalistes, peuvent être utiles pour l’onomancie ; et, dans sa lettre 4, consacrée à la dite onomancie, il affirme que cette science ne repose sur aucun fondement : « Leurs écrits, dit-il, cette science elle-même (l’onomancie) tout cela est faux ; et les cabalistes qui la professent, sont des imposteurs ! Ils utilisent bien la valeur numérique des lettres ; mais, c’est pour dévoiler, çà et là, les mystères de la sainte Écriture et non pour prédire l’avenir ! »

Telle est l’argumentation littérale de notre contradicteur.

Eh bien ! Je le demande : un homme d’esprit sain, peut-il pousser l’audace et la sottise jusqu’à nier le lendemain ce qu’il affirmait la veille !

Quatrième argument. Sur ce point ; Raguseius est en contradiction évidente avec tous les anciens théologiens et philosophes hébreux, qui attribuent aux mots hébraïques une sorte de vertu emphatique qui les rend efficaces !

Origène, dans son ouvrage Contre Celse, dit qu’une puissance admirable est cachée dans certains noms sacrés. Pour cette raison, ces noms ne peuvent être traduits dans aucune autre langue ; ils doivent être conservés dans leurs caractères hébraïques eux-mêmes, sous peine de perdre leur vertu.

Tel est l’avis de Zoroastre, d’Orphée, d’Hermès, du divin Platon, de Plotin, de Jamblique, en un mot de tous ces chercheurs éminents, qui se sont efforcés de scruter les choses divines.

Mais, écoutons, je vous prie, Eusèbe de Césarée, commenter la doctrine sublime de ces Philosophes : « Ne négligeons pas, dit-il (liv. II, chap. 4), le témoignage de Platon, déclarant que certains noms de Dieu recèlent en eux, une véritable force divine. »

Les anciens sages avaient donc raison d’interdire la traduction, dans une autre langue, des noms hébraïques attribués à Dieu.

Pour le même motif, — Platon en témoigne également dans son Cratile, — il était prescrit dans la loi, d’employer toujours, pour la prière, les noms convenant le mieux aux Dieux, ceux qui leur sont le plus agréable, sans jamais y apporter la moindre modification.

De même encore, aujourd’hui, l’Église, qui a conservé tout ce qui est utile à notre salut, a gardé intacts certains mots hébraïques, tels : Osannah, Alleluia, Amen, etc.

D’après Raguseius, elle ne les aurait conservés que pour mieux frapper l’imagination des fidèles !

Est-ce bien certain ?

Pourquoi l’Église aurait-elle, en effet, conservé ces mots plutôt que les autres ?

Que nos sophistes et autres sévères censeurs répondent, s’ils le peuvent !

S’ils déclarent que cela n’a pas d’importance, c’est donc sans raison aussi, que les évangélistes ont gardé ces mots étrangers et que l’Église après eux les a conservés tels ! Nul chrétien ne saurait penser ainsi, sachant que, dans l’Évangile, il n’est pas un Iota qui n’ait été inspiré par le Saint-Esprit ! De plus, s’il suffit d’un mot seul pour frapper l’imagination, que serait-ce de dix, de cent ! Il conviendrait donc de réciter l’Évangile tout entier, soit en Hébreu, soit en grec, pour qu’il fît plus d’effet sur les esprits !

L’absurdité d’aussi ridicules affirmations saute aux yeux ! Que Raguseius nous dise donc, sans ambage, pour quelle raison les Evangélistes ont rapporté en Hébreu, ces paroles du Christ : eli, eli, lama azaphtani ! et non celles-ci : In manus tuas commendo spiritum meum ! alors que l’une et l’autre exclamation sont consignées, en hébreu, dans les Psaumes ?

Prétendra-t-il également que les paroles dont le Christ se servit pour ressusciter la fille de Jaïre, n’ont pas un sens mystérieux ?

Saisissant la main de la jeune fille, qui gisait sur le lit funèbre, Il prononça ces deux mots : Thabita Kumi : Vois et lève-toi !

Si, en racontant ce grand miracle, saint Marc cite en hébreu, uniquement pour frapper l’imagination des lecteurs, les paroles mêmes du Christ qui rendirent la morte à la lumière et à la vie ; pourquoi, saint Jean, relatant la résurrection de Lazare, ne se sert-il pas des mêmes mots, alors que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le tombeau, et qu’il commençait déjà à se putréfier. Ce serait plus utile encore !

La même question se pose au sujet du mot que le Christ employa, pour rendre l’ouïe au sourd de l’Évangile. Ils lui amenèrent, dit l’évangéliste, un sourd-muet, en le priant de lui imposer les mains. Le faisant sortir de la foule, Jésus lui mit les doigts dans chaque oreille ; puis, il prit de sa salive, lui en toucha la langue et levant les yeux au ciel, en priant, il prononça en hébreu : Hiphata : ouvre-toi !

On peut donc affirmer sans crainte que ces mots étrangers, c’est-à-dire hébraïques (si tant est qu’on puisse qualifier d’étrangers des mots qui appartiennent à la langue véritable, primitive, mystique et très sainte) n’ont pas été choisis par les saints évangélistes, de leur propre chef, mais bien pieusement conservés par eux. Ils ne les ont pas inventés, mais reçus ; et ils ont une signification bien plus profonde qu’il me paraît tout d’abord. Exemple : eli, eli, lama azaphtani ! Le mot Eloï n’est pas usité en hébreu, comme l’a fort bien fait remarquer Reuchlin. On pourrait peut-être, dit ce savant linguiste, employer elohaï, mon Dieu ! Mais, il ne convient pas de dénaturer les paroles du prophète, dont l’Homme-Dieu, sur le point d’expirer, se souvint, je pense, et qu’il récita depuis le commencement de sa Passion jusqu’au moment où il rendit l’âme.

Touchant au terme de sa cruelle agonie, il en vint au Psaume 30e (d’après le classement des Septante) et cela pour que le commencement et la fin de sa passion fussent marqués par un même nombre.

De même, en effet, que les Princes des Prêtres offrirent 30 deniers au traître Judas, pour qu’il leur livrât son maître ; de même, le Christ offrit à son père la récitation de 30 psaumes avant de mourir !

Méditez, je vous prie, hommes sages, amis de la vérité et de la justice, si ce ne fut pas à bon escient qu’au cours de sa Passion, de son supplice, alors qu’il accomplissait l’œuvre de notre Rédemption, le Christ récita ces 30 Psaumes.

Il les commença au delà du Torrent de Cédron, dans le Jardin des Oliviers, alors que, saisi d’angoisse, il subit les affres d’une sueur de sang.

C’est de cet instant douloureux qu’il est parlé dans le Psaume 54, où il est écrit prophétiquement : J’invoquerai le seigneur et il viendra à mon aide, le matin et le soir ; j’élèverai la voix au milieu du jour, et je publierai ses louanges !

Ainsi, s’entretint-il avec Dieu pendant tout le cours de sa Passion, le soir, le matin et au milieu du jour.

Le plus souvent, il priait secrètement, de cœur plutôt que des lèvres. Le roi Prophète l’avait annoncé : Je méditerai dans le secret de mon cœur !

Mais quelquefois aussi, il prononça à haute voix certains versets des psaumes. Une partie de ses disciples, qui se tenaient auprès de la croix, l’entendirent et le racontèrent ensuite ; les autres, absents sans doute, n’en furent pas témoins !

Au nombre des paroles ainsi recueillies, se trouvaient, — il est permis de le penser, celles-ci : eli, eli, lama azaphtani, et : In manus tuas commendo spiritum meum !

Quelques-uns estiment que ces paroles ont acquis par là une vertu spéciale pour favoriser l’extase et la délivrance chez les agonisants. Mais, les auteurs hébreux sont muets à ce sujet.

Constatons un fait, qui cache évidemment un profond mystère : Immédiatement après ce Psaume 30e — non avant — se trouve le titre Maskil, c’est-à-dire Intelligence, Connaissance ou Savoir.

Or, après la mort du Christ, dont la dernière prière fut justement ce trentième Psaume, les Juifs commencèrent à comprendre, à estimer à sa valeur Celui qu’ils avaient méprisé et crucifié. Telles sont les observations de Reuchlin.

Ajoutons que ces paroles du Christ : Eli, Eli, etc., donnent le nombre 75, comme on le voit ci-contre :

On voit là, indiqué par la septième dizaine, que le Christ a accompli la peine totale ! Le nombre 70 indique en effet, la fin du châtiment. Saint Jérôme partage cette opinion, dans ses commentaires d’Isaïe, 23 : « Les nombres 7 et 70, dit-il, qui sont formés soit de sept jours, soit de sept décades, expriment l’accomplissement de la peine intégrale. » C’est pourquoi il est dit : Tyr, ayant accompli le temps de sa pénitence, sera rétablie dans son état primitif.

Le Christ a donc accompli le temps de la pénitence non pour lui, mais bien pour l’homme, dont la vie moyenne est de 70 ans selon le saint Psalmiste.

Quant au nombre cinq, il démontre que le corps de Jésus n’était pas un corps fantomatique, un corps fluidique, comme le prétendait l’impie Valentin ; mais un corps bien réel et matériel, soumis à la douleur, à l’accablement ; flagellé depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête et percé de cinq plaies principales, les plus cruelles.

Il répandit également, par cinq sources vives, ce sang précieux qui nous a lavés de nos œuvres de mort et nous a ouvert l’accès des félicités éternelles !

Enfin, par le nombre 75, le Christ indiquait d’avance son ascension du monde sensible, préfigurée par le nombre 75, vers le monde spirituel et glorieux.

Mais, ne révélons pas, à des demi-savants, ces saints mystères, d’une rigoureuse réalité, et passons à un sujet d’un intérêt moins capital.

Le cinquième argument de Raguseius ne réfute nullement la Cabale. Cet argument consiste à prétendre que la langue hébraïque n’est pas la langue originelle de l’homme. Cela importe peu aux cabalistes ! Toutefois, pour ne pas laisser le lecteur sous le coup de cent allégations, il paraît utile d’y répondre brièvement.

Disons tout d’abord que la première langue humaine, quelle qu’ait été celle-ci, a été nécessairement hiéroglyphique ; c’est-à-dire la plus apte à représenter par des signes les objets qu’elle voulait indiquer. Cette langue très pure fut donnée à Adam par Dieu lui-même. Elle était en rapport avec la pureté de notre premier Père. C’est d’elle qu’il se servit pour attribuer leurs noms aux animaux, qui se trouvaient dans le Paradis terrestre. C’est par elle qu’il détermina leur nature, leurs qualités essentielles, lesquelles lui étaient connues, selon toute vraisemblance.

Or, les Israëlites ont constamment affirmé, — non sans raison, d’ailleurs — que cette langue admirable, sainte entre toutes, était l’hébreu !

Et, de fait, si l’on considère avec un peu d’attention soit les lettres, soit l’ordre des mots hébraïques, cette vérité apparaît, inattaquable !

Livrons-nous un peu à cet examen : Chaque lettre y est formée d’un triple Iod ; et cela, afin de permettre de discerner, dans quelque lettre que ce soit, la Trinité des personnes divines et l’Unité de leur Essence.

Cette vérité est également confirmée par l’étude des racines hébraïques. En effet, de même que les autres lettres sont formées de trois Iod, de même les radicaux ou racines sont constitués par trois lettres.

N’est-il pas admirable aussi que, d’un triple alphabet disposé cabalistiquement, on puisse immédiatement construire tous les radicaux !

Cela ne se voit, croyons-nous, dans aucune autre langue. Et chose incroyable, il est possible, par cette méthode d’arriver à la connaissance parfaite de l’hébreu dans l’espace d’un mois !

Mais réservons cette étude pour un autre ouvrage, s’il plaît à Dieu.

Aussi me bornerai-je, ici, à apprendre au lecteur que la langue hébraïque fut celle même que parla Adam.

Après la tentative faite pour construire la tour de Babel, tentative au cours de laquelle se produisirent la ruine, la confusion et la division des langues, quelques saints patriarches conservèrent la langue originelle pure de tout mélange. Ils la transmirent intacte, de siècle en siècle, à quelques-uns de leurs descendants, choisis à cet effet par la sainteté de leur vie, et constitués en assemblée secrète.

Si l’on s’accorde, unanimement, pour faire remonter cette langue à notre premier père, il n’en est pas de même pour la fixation de son nom et de son étymologie. Les uns l’attribuent au patriarche Héber, fils de Salé, dont le nom d’après les hébreux signifie : passage où, d’après les auteurs syriaques : blé, froment ; les autres en font remonter la paternité à Abraham, en raison du mot Héber, lequel veut dire au delà, en avant. Ils s’appuient sur ce fait qu’Abraham franchit, le premier, l’Euphrate, d’après l’ordre de Dieu, pour s’établir avec ses fils dans la terre de Chanaan.

Rabbi Salomon se range à cette opinion (sup. 10. Genèse) : Les Hébreux, déclarait-il, furent ainsi nommés parce qu’ils habitaient en nomades, en étrangers, le pays de Chanaan et l’Égypte. Partagent le même avis : Lud, Luait, Lyranus, évêque de Bruges, et hébraïsant très distingué.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas contestable, l’histoire en fait foi, que ce fut à l’époque du patriarche Héber fils de Salé (Rabbi Joseph le qualifie de très sage prophète, parce qu’il donna à son fils le nom de Phaleg, lequel signifie Division), qu’arrivèrent la division des langues et la dispersion des peuples. Et ce fut ce saint Patriarche qui conserva pure, intacte, la langue originelle, c’est-à-dire la langue hébraïque, car son nom ne figure pas parmi ceux des hommes qui ont travaillé à l’édification de la Tour.

Après le déluge, la famille de Sem la garda dans toute sa pureté ; d’où elle parvint, aux dires des Hébreux, jusqu’au Sanhédrin, dans sa forme primitive sans aucune altération. Mais revenons à notre sujet.

Puisque la langue hébraïque est la première de toutes les langues, nous l’avons établi, il faut bien admettre qu’elle a été donnée à l’homme par la Nature. Pour qu’on ne soit pas tenté de m’accuser de me perdre dans des rêveries rabbiniques, qu’on veuille bien faire attention à ce que l’expérience quotidienne nous montre chez les enfants.

Ne les entendons-nous pas, alors que sortis à peine du sein de leur mère, ils sont déjà soumis aux calamités, aux souffrances de cette vallée de misères, ne les entendons-nous pas traduire leur douleur par des mots hébraïques, quand ils ne l’expriment pas par des larmes !

Plus tard, lorsqu’ils ont un peu grandi, ne les entendons-nous pas réclamer le sein maternel, en balbutiant des sons qui se rapprochent beaucoup des mots hébraïques. Ils semblent interpeller leur mère, lui parler Da, Da, ten, ten, répètent-ils : Or, en hébreu, Da signifie : mamelle, Then, signifie : donne : et ils ajoutent em, qui veut dire mère ; comme s’ils disaient : Mère, donne-moi ton sein ! Mais, n’insistons pas davantage sur ce sujet, pour le moment !

Le sixième argument de Raguseius est celui-ci : Adam n’a pas donné leurs noms aux animaux d’après leur nature propre ; mais plutôt d’après les particularités de leur forme extérieure.

Je m’étonne qu’il n’ait pas tenu compte, sur ce point, de l’opinion contraire, professée par la presque unanimité des Pères.

Voici ce que dit, à ce sujet, l’Écriture Sainte : Adam donna à chaque être vivant un nom, qui devint le nom définitif de cet être.

Les Pères ajoutent que ce nom était celui qui se rapportait le mieux à la nature de l’être qu’il spécifiait. Cette opinion est celle d’Eusèbe de Césarée, (lib., II, c. 4, Preparat. evang.). « Examinons dit-il, de quelle façon Moïse, homme avisé et sage, a traduit dans la Genèse, ce qui avait été dit verbalement par Adam, longtemps auparavant : Dieu, écrit le législateur des Hébreux, forma avec de la terre les animaux terrestres et les oiseaux du ciel ; et il les conduisit vers Adam, afin que celui-ci examinât quel nom il leur donnerait ; et ce nom qu’il imposa à l’âme de vie de chaque animal, devint le nom propre de cet animal.

Moïse, en déclarant que le nom, donné par Adam, fut le nom propre de l’être auquel il s’appliquait, Moïse n’a certainement pas voulu dire autre chose que ce nom était celui qui s’appropriait le mieux à la nature de l’être qu’il désignait. Ce qui est nommé, ajoute-t-il, c’est la nature même de l’être.

Et, de fait, le nom d’Adam, lui-même peut se traduire par Fils de la terre, ou formé de la terre ; en hébreu, Adam signifie terre ; et, en transposant : nature rouge, corporelle. C’est pour cela que cette expression désigne le fils de la terre, c’est-à-dire l’homme corporel.

L’être humain est également appelé enos ; et ce mot désigne l’homme raisonnable, non l’être corporel ; nouvelle désignation selon la nature de l’être. Les Hébreux donnent encore à l’homme le nom d’Isch, qui vient du mot esch, lequel signifie : feu. Ils expriment ainsi les qualités ignées chaudes de la nature mâle ; les qualités femelles, au contraire, sont désignées par le mot Ischa, parce qu’elles procèdent de l’homme. Il ajoute un peu plus loin : chez les Hébreux, en effet, tous les noms sont adaptés, d’une façon merveilleuse, aux choses qu’ils expriment et cela jusqu’aux éléments constitutifs des lettres elles-mêmes.

Et, après avoir établi que tous les noms furent donnés par Adam, d’après la nature même des êtres auxquels ils s’appliquaient, Eusèbe ajoute : A quoi bon insister et entasser preuves sur preuves, puisqu’il est prouvé que, chez les Hébreux, chaque chose a reçu la dénomination qui lui convenait le mieux, celle qui se rapportait le mieux à sa nature propre. Ainsi s’exprime ce savant Père de l’Église.

La plupart des anciens auteurs, tant hébreux que grecs, ont professé ouvertement une opinion identique ; on la retrouve dans le Zohar, cet ouvrage d’une insondable profondeur. Les Rabbins, Platon (dans son Cratyle), Plotin, Jamblique, Joseph, l’Auteur de la paraphrase chaldaïque, Origène l’ont partagé également. Enfin, après tous ces Pères et écrivains célèbres, le très érudit Génebrardus l’a faite sienne, à son tour, dans sa Chronologie, fol. 21 : Adam, dit-il, sur l’ordre de Dieu, imposa leur nom à toutes choses, non d’après leur forme extérieure, mais selon la nature de chacune d’elles.

J’ajouterai que, de même que la Parole nous a été donnée par Dieu, pour exprimer les sentiments, les conceptions de notre esprit ; de même, il est unanimement admis, et avec raison, que leurs noms ont été donnés aux choses non seulement pour les désigner, mais encore pour déterminer leur nature, pour préciser leur ipséité.

Nous avons longuement traité ce sujet, dans notre commentaire sur les Conclusions cabalistiques de Pic de la Mirandole.

Septième argument. — Nous nous inscrivons en faux contre cette assertion de Raguseius : qu’on ne possède plus, aujourd’hui, les caractères hébraïques, en usage avant la captivité de Babylone.

En effet, toute la loi traditionnelle se rapporte à un seul et même type de lettres ainsi que l’enseigne dans le Talmud, toute l’école au témoignage de Genebrardus [8].

Il résulte de ce fait qu’il n’est pas vraisemblable que les juifs aient transcrit la loi elle-même en caractères différents, l’aient conservée telle, dictée et transmise de leurs descendants, alors qu’ils se conformaient, avec un soin minutieux, aux règles concernant l’emploi des lettres, observant jusqu’aux points les plus futiles.

D’autre part, s’ils avaient jamais modifié la forme des caractères, il leur aurait fallu, également et nécessairement, changer les mystères qui se cachaient sous ceux-ci.

Peut-on modifier un triangle [9], sans changer, en même temps, sa nature de triangle ! On ne saurait nier, toutefois, que quelque modification ait pu être apportée dans la forme des lettres. Rabbi Mosès Gerundensis, s’il faut en croire Genebrardus, paraît incliner vers cette hypothèse. Il déclare que les Juifs, ne voulant avoir rien de commun, au point de vue du culte, avec les dix tribus dissidentes d’Israël, adoptèrent les caractères dont on se sert aujourd’hui, c’est-à-dire les caractères carrés, qui ne sont pas tout à fait identiques avec les caractères primitifs.

Saint Jérôme adopte cet avis, dans la préface de la Vulgate. Mais, demandera-t-on, de quelles lettres, de quels caractères se servaient donc autrefois les Juifs ?

Ils employaient deux sortes d’écriture, et se servaient de deux dialectes différents. L’un était à peu près semblable à l’hébreu rabbinique dont on fait usage de nos jours, ou s’en rapprochait sensiblement ; l’autre était le Samaritain. S’étant aperçus que les choses saintes étaient confondues parfois avec les profanes, ils firent choix, pour leur usage propre, d’un dialecte en quelque sorte sacré composé de caractères se rapprochant de l’hébreu rabbinique actuel, abandonnant du même coup l’araméen aux étrangers. Et par étrangers, dit Genebardus, Rabbi Hista entend les Samaritains.

Rabbi affirme qu’à l’origine, la loi fut donnée dans les caractères actuels, caractères désignés, dans le Talmud, sous le nom d’Assyriens. Ils furent modifiés, quelquefois, mais rétablis dans leur forme primitive.

Par contre, Rabbi Simon assure qu’à aucune époque, la façon d’écrire et de lire la loi n’aurait été modifiée.

Pour notre compte, nous partageons plutôt l’avis des auteurs précédents, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

 

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Published by Jacques Gaffarel (1625) - dans Kabbale
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