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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 14:11

Vous m’avez commis d’office pour la défense de ces trois mauvais compagnons, tristement célèbres dans le monde maçonnique tout entier, pour avoir assassiné Maître Hiram. Lourde tâche mais noble tâche, qui consiste à respecter les serments que l’on a prêtés. Serment d’aimer ses FF\ et de les secourir. Car c’est bien de FF\ dont il est question, n’est-ce pas ?

Mais pour les juger, il vous faut d’abord la conviction qu’ils sont coupables. Le rituel n’indique pas qu’Hiram a pu confier à quiconque le nom de ses assassins avant de mourir. Mais il est normal que les trois CC\ qui ont pris la fuite soient considérés comme suspects. En revanche, leur identité n’est pas clairement établie. En effet selon les rituels, ils sont désignés par les noms de Sterkin, Oterfut, et Abirammah (ou Abiram), ou bien Jubelas, Jubelos, Jubelum, ou Giblon, Giblas, Giblos, ou encore Habbhen (ou Akirop), Schertke et Austerfurth.

Je reconnais que ces noms ont tous des significations dégradantes évoquant la corruption, mais cela ne peut constituer une preuve de culpabilité, et je constate qu’il existe un doute sur leur identité qui est de nature à affaiblir l’accusation.

Le rituel n’indique pas davantage que le meurtre ait eu des témoins, mais on peut l’admettre puisqu’un récit détaillé nous en a été fait. Il y avait donc au moins un témoin. Mais alors, pourquoi donc n’est il pas intervenu ? Pourquoi n’a-t-il pas secouru notre malheureux Maître ? Ce témoin est nécessairement un lâche ou pire un complice, voire pire encore l’instigateur du crime ! N’est-ce pas là la marque d’un complot ? Et qui plus est un complot judéo-Maçonnique ! A ce stade des débats, vous admettrez donc que s’ils sont coupables, il est évident qu’ils ne sont pas les seuls coupables.

Mais allons plus loin T\ F\ P\ M\ : sont-ils vraiment responsables ?

Mon rôle n’est évidemment pas d’excuser, mais d’expliquer. Expliquer pourquoi il vous faut les épargner ces trois compagnons et même, quitte à vous choquer, pourquoi il vous faut les préserver. Permettez-moi d’abord, avec tout le respect que je vous dois T\ F\ P\ M\, d’énoncer une évidence : Si vous aviez accompli votre tâche, si chacun ici avait accompli la sienne, tout cela ne serait pas arrivé.

Si vous les aviez vraiment attrapés ces trois mauvais compagnons, si l’ignorance, l’orgueil et l’ambition, si la convoitise la cupidité et le fanatisme, avaient vraiment disparu, nous ne serions pas ici. Le Saint Empire Spirituel règnerait sur un monde libéré de ses entraves, un monde de paix, d’amour et de joie, fruit de Sagesse Force et Beauté. Mais voilà : ils courent toujours… Et c’est donc un jugement par contumace, par défaut, que vous allez prononcer contre ces accusés. Et ce défaut n’est autre que notre défaillance.

Ensuite, à quoi servirait d’éliminer les criminels sans éradiquer le crime ? Et comment éradiquer le crime en eux, puisque nous n’avons pas été capables de l’éradiquer en nous ? Ces trois CC\ sont le sceau de notre condition d’homme. Ce sont nos compagnons d’infortune. Ils représentent le vrai défi qui nous est lancé, le devoir à accomplir envers nous même, envers les autres et envers notre Créateur. Alors de grâce, ne leur faisons pas endosser nos propres turpitudes. Il ne peut être ici question de boucs émissaires : ce serait bien trop confortable et surtout ce ne serait pas acceptable dans un Tribunal digne de ce nom et encore moins dans une respectable assemblée de Francs-Maçons.

Et ne croyez pas un seul instant que j’éviterai d’évoquer le détail de leur crime, bien au contraire : Tout d’abord rappelez vous que les coups ont été portés, non pas par des profanes, mais par des compagnons qui ont quitté la Voie mais qui sont demeurés sur le Chantier, tel le ver dans le fruit. L’ennemi était donc parmi nous et personne ne s’en était aperçu ! L’ennemi n’était plus seulement « derrière nous » comme dans la cérémonie d’Initiation, mais en nous. La situation est donc beaucoup plus grave que nous ne l’imaginions au départ. Si ces Compagnons ont réussi à concevoir et perpétrer leur crime, c’est nécessairement parce que la vigilance de leurs maîtres a été prise en défaut.

Ensuite, voyez ces pauvres maladroits, aucun d’eux n’est l’unique coupable. Aucun d’eux n’était seul capable de mener à bien ce forfait : Aucun des trois coups n’a été asséné « correctement », car les mauvais CC\ ne peuvent avoir le geste juste. Si bien qu’aucun des trois coups n’a atteint sa cible et qu’aucun n’était mortel à lui seul. C’est l’illustration dévoyée du principe suivant lequel « sans le secours des autres nous ne pouvons rien ». Chacun pris isolément était donc incapable de tuer Hiram. Seule leur réunion, la conjonction de leurs mauvais desseins, a rendu le crime possible. Et qui donc a toléré cette réunion ? Quelles sont les négligences qui l’ont rendue possible ? Et avec quels outils ont-ils accompli leur forfait ? Les nôtres ! Les outils que nous leur avions confiés ! Là encore notre responsabilité est engagée.

Les outils symboliques peuvent être dangereux et même mortels lorsqu’ils sont détournés de leur usage. Le travail symbolique doit être précis, accompli avec justesse et dans un juste but. Il doit être contrôlé. Et qui étaient chargés de ce contrôle si ce n’est ceux qui portent aujourd’hui l’accusation ?! Que n’avons nous vérifié que ces CC\ utilisaient leurs outils avec justesse ? Pendant ce temps que faisait leur Surveillant ? Pourquoi n’a t-il pas été interrogé ? Ne devrait-il pas comparaître à leur coté ? Pourquoi dissimuler les responsabilités en amont, pourquoi nier la véritable cause du drame c’est à dire notre propre échec ? Pourquoi éluder notre propre responsabilité qui est beaucoup plus grande que nous ne pouvions le supposer, car elle nous engage envers nous-même, envers nos FF\, envers l’humanité toute entière, et envers le G\A\D\L\U\.

Certes, je reconnais que les trois coups portés à Hiram sont d’une gravité certaine, puisqu’ils montrent qu’une rupture dans l’harmonie inférieure provoque nécessairement une rupture dans l’harmonie supérieure et met en danger tant l’individu que le groupe, et pire encore les deux Mondes et donc la Création toute entière. Mais ces trois coups nous montrent aussi que l’ordre peut être rétabli. A cet égard les trois coups étaient indispensables pour que chacun prenne la mesure du travail qu’il lui reste à accomplir. Tout comme la mort d’Hiram était indispensable pour que se réalise en chaque Maçon le rétablissement de l’Ordre ainsi troublé, indispensable afin que le père en mourant éveille son fils à la lumière.

Si l’on rapproche les trois coups des trois portes du Temple et des trois fenêtres du Tableau de Loge du 1er degré, alors on s’aperçoit que le premier coup correspond au domaine du corps, le second au domaine de l’âme, et le troisième au domaine de l’esprit. Après la mort physique, la mort sentimentale et la mort mentale, alors et alors seulement, peut survenir la naissance spirituelle. La mort initiatique complète permet seule la renaissance. Oui, ces trois coups étaient bien indispensables, oui il fallait sacrifier Hiram, oui il fallait tuer le Père ! Voilà la clé de voûte de ce procès, et la question essentielle qui en découle : que ferions-nous donc sans eux ?

Sans eux, plus de miroir pendant la cérémonie d’initiation. Or nous en avons bien besoin de ce miroir pour identifier symboliquement l’ennemi intérieur. Sans eux pas de vigilance. Grâce à eux, nous savons qu’en chaque initié se trouve Hiram en devenir, mais aussi qu’en chaque homme les mauvais compagnons sont là, tapis tout au fond du Moi, dissimulés dans les sombres replis de l’inconscient, prêts à surgir à tout moment, déguisés en pulsions, prêts à séduire sous les plus beaux atours de l’ego. Sans les trois mauvais CC\, plus possible d’extérioriser, d’identifier et d’exorciser nos démons. Sans eux, les voilà à jamais intérieurs ces démons, impossible de les nommer, donc impossible de les combattre et d’apprendre à les maîtriser. Sans eux nos passions, règneraient à jamais sur nous même, dans l’endormissement de notre conscience et par la complaisance de notre ego. Sans eux pas de meurtre. Sans meurtre pas d’enquête, sans enquête, pas de quête. Sans nos trois compagnons la quête s’arrête, pire elle ne commence même pas. Sans le meurtre d’Hiram, pas de sacrifice fondateur du mythe. Sans meurtre pas de parole perdue, sans parole perdue pas de quête pour la retrouver, sans quête pas de substitution, sans substitution pas de renaissance, sans renaissance pas de nouveaux Maîtres, sans Maîtres pas d’initiations, sans initiations, pas de Franc-Maçons. Bref, T\ F\ P\ M\, en quelque sorte, nous leur devons tout !

Je n’irai pas jusqu’à vous demander de les remercier ni de les honorer. Non, je vous demande simplement de constater leur impérieuse nécessité et de rétribuer leur utilité. Certes, je dois admettre que sans eux, Hiram aurait pu poursuivre sa tâche et achever son œuvre. Mais qu’aurions-nous fait d’un temple achevé ? Que nous resterait-il à construire ?

Certes, il est probable qu’Hiram aurait vécu longuement. Mais qui peut dire si Maître HIRAM ne serait pas devenu un vieillard cacochyme et acariâtre, persécutant son entourage tel une « Tatie-Danièle » Maçonnique, ivre de pouvoir, pétri d’honneurs et confit de richesses, recroquevillé sur ses privilèges, à la fois vénal et avare, comblé des faveurs et des compliments de mille courtisans, vieillard tombé dans la lubricité et dépensant ses dernières ardeurs dans des orgies au sein de votre harem personnel Oh T\ F\ P\ M\ !

Sans eux que pourrions-nous transmettre à nos successeurs ? Certainement pas l’esprit du Maître plus radieux que jamais, mais l’image écornée d’un vieillard décati et corrompu, incapable de renaître et de transmettre le mot des MM\. Je le vois gisant et agonisant, cerné de pressantes attentions, refusant jusqu’à son dernier souffle de transmettre le mot à son successeur, puis finalement au dernier moment se décidant enfin, mais s’apercevant alors qu’il ne se souvient plus de rien ! Oui, voilà à quoi nous avons échappé grâce à eux, T\ F\ P\ M\ ! Qu’il serait triste, qu’il serait peu glorieux et pas du tout initiatique, d’avoir perdu la Parole par la conjonction de la décadence du Maître et de la maladie d’Alzheimer. Ne riez pas, ne protestez pas, aucun de nous n’est à l’abri, ni de l’une ni de l’autre, car hommes nous sommes et hommes nous demeurons !

En résumé T\ F\ P\ M\, sans nos trois compagnons, point d’Hiram éternellement vivant et par là même nous voilà éternellement mortels. Grâce à eux Hiram est mort dans la force de l’âge et il nous laisse sa plus belle image, au sommet de sa gloire et pour tous les siècles à venir. Grâce à eux il est mort en initié, en homme juste en toutes circonstances, en sublime Maçon. Grâce à eux Hiram est devenu l’archétype du Maître, notre icône Maçonnique.

Enfin, sans nos trois mauvais compagnons, que resterait-il de nos belles manifestations et célébrations Maçonniques ? Vraiment, je le crains, plus grand chose de vraiment divertissant : Finis, les faux-fuyants des faux-frères. Relâche, le joyeux ballet des ambitieux qui désespèrent et des condottieres qui brassent de l’air. Secouée, la douce torpeur des ronflants discours d’apparat qui endorment les consciences. A la casse, les métalliques cliquetis des clinquants colliers qui accompagnent les comédies. Guéries, l’ivresse des promotions et la gueule de bois des suspensions. Ceinture, les censitaires gueuletons qui n’ont d’agape que le nom. Bref, que d’occasions perdues de rire entre FF\ libres et bonnes moeurs…

Voilà, T\ F\ P\ M\, j’en ai presque terminé. Que me reste-il à faire pour promouvoir la Justice ? Vous demander l’indulgence ? Certainement pas, car c’est là un concept profane et je plaide ici pour des Frères devant une assemblée de Frères. Non décidément, un Franc-Maçon ne saurait quémander l’indulgence. Je vous demande simplement de faire votre devoir et le devoir d’un Franc-Maçon est d’apporter bienveillance à ses FF\, à tous ses FF\, et pas seulement à ceux qui sont vertueux et irréprochables, pas seulement à ceux qui nous sont sympathiques ou à ceux qui nous ressemblent, car aimer en miroir ce n’est pas aimer l’autre, c’est s’aimer soi-même.

En définitive c’est de pardon que je vous parle. « Per donare », pour donner, pour le don, rien que pour le don. Seul le pardon apporte la Paix. Seul le pardon est Joyeux. Seul le pardon est Amour.

T\ F\ P\ M\, pour ces trois là, pour tous ceux d’entre nous qui chutent et qui chuteront, pour chacun de nous et pour moi, par la Foi qui nous unit, par l’Espérance qui nous guide et par la Charité qui nous élève, je demande pardon.

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Published by L\ B\ - dans Planches
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