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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 20:41

Les Pauliciens :

Abordons maintenant la question des Pauliciens car on a dit beaucoup de choses inexactes à leur sujet. Seul les Travaux de Paul Lemerle et de son équipe spécialisée dans l’histoire byzantine ont permis de dégager les Pauliciens de bien des assertions faciles dont on les affublaient. Qui étaient donc ces fameux Pauliciens ?
Disons tout d’abord que nous ne les connaissons qu’à travers trois sources principales :

1.      L’Histoire de Pierre de Sicile. Source première sur les Pauliciens. Pierre de Sicile était un religieux orthodoxe qui fréquenta de près les Pauliciens à l’occasion d’une ambassade auprès d’eux.

2.      Le Précis de Pierre l’Higoumène, qui est le même personnage que le précédent. Ce Précis, contrairement à ce qu’indique son titre, est un simple résumé de ce qui est rapporté dans l’Histoire.

3.      Le Récit de Photius, qui puise largement dans l’Histoire de Pierre de Sicile.

Nous voyons donc que tout ce que nous savons sur les Pauliciens tient essentiellement aux informations données par un seul personnage. Ajoutons-y cependant quatre formulaires d’anathèmes qui concerne nommément les Pauliciens.
Situons maintenant les Pauliciens dans l’espace et dans le temps. L’Histoire de Pierre de Sicile narre des événements qui débutent au VIIe et terminent au IXe siècles. Ensuite, on retrouve quelques mentions des Pauliciens dans la chronique d’Anne Comnène qui se rapporte essentiellement au XIe siècle. Enfin, signalons que les Pauliciens apparaissent aussi dans une chronique latine de la première croisade
. On les mentionne comme alliés des Sarrasins à la bataille de Dorylée, en juillet 1097, où se distinguèrent entre autre les troupes du comte Raymond IV de Toulouse. Ces différentes sources signalent les Pauliciens en Asie mineure, Syrie, Arménie et Bulgarie.

Voyons à présent ce qu’étaient ces Pauliciens. Disons tout d’abord qu’ils ne se nommaient pas eux-mêmes ainsi. Photius nous le dit : « Aux véritables Chrétiens, ces triples misérables donnent le nom de Romains, et ils se réservent à eux-mêmes l’appellation de Chrétiens ». Nous ferons également la même constatation en ce qui concerne les Cathares.
Par ailleurs, Photius nous donne une autre information intéressante. Il nous dit qu’on les appelaient également « Paulo-johanniens »
, même s’il le justifie par le biais d’une généalogie fantaisiste. Pour nous, il est clair qu’il s’agit ici d’une appellation qui renvoie à leur filiation spirituelle, c’est-à-dire à l’apôtre Paul et à l’évangéliste Jean, comme le prouve l’évangéliaire paulicien qui comprenait l’évangile et les épîtres johanniques.
Enfin, pour terminer sur cette question des noms attribués aux Pauliciens, la plupart des informateurs les assimilent aux Manichéens, comme le furent également les Cathares et les Marcionites, mais cette association mille fois répétée est parfaitement infondée. Pierre de Sicile n’a pas été plus clairvoyant, victime des préjugés de son temps, il a associé les Pauliciens aux Manichéens. Pourtant, son propre témoignage de ce qu’il avait vu et entendu chez les Pauliciens dément cette assertion. Il écrit en effet que les Pauliciens niaient toute filiation avec Manés
4 et qu’ils rejetaient les livres manichéens. Il rapporte également que les Pauliciens se démarquaient de la licence dont jouissaient les Manichéens, autrement dit qu’ils observaient une règle bien à eux.
Pierre de Sicile dit aussi qu’ils lisaient seulement « l’Évangile et le saint livre de l’Apôtre », et qu’ils attribuaient uniquement leur foi au Christ et à l’apôtre Paul
. Enfin, il indique que les Pauliciens réprouvaient l’apôtre Pierre et qu’ils rejetaient ses épîtres. Bref, ces informations indiquent une forte parenté avec le marcionisme et même avec le catharisme, mais nous le verrons en détail plus tard, car il nous faut tout d’abord rendre compte de la foi paulicienne.

La théologie paulicienne

Pierre de Sicile nous rapporte ce qui distinguait les Pauliciens de tous les autres : « le premier signe auquel on les reconnaît consiste en ce qu’ils confessent deux principes : un Dieu mauvais et un Dieu Bon ; l’un, l’auteur et souverain de ce monde ; l’autre, du monde futur ». Propos que les anathèmes complètent bien, et ils méritent d’être intégralement cités :

§  « Anathème à qui croit ou pense ou dit qu’il existe deux dieux opposés, bon et mauvais, l’un Dieu Père, Fils et Saint Esprit, Dieu du monde à venir et un autre Dieu qui est l’auteur et créateur de ce siècle ou de ce monde ».

§  « Celui qui dit et croit qu’il y a deux principes, bon et mauvais, l’un auteur de la lumière et l’autre de la nuit, l’un auteur des hommes et l’autre des anges et des autres êtres vivants, qu’il soit anathème. À ceux qui énoncent cette absurdité, que le diable pervers est l’auteur et l’Archonte de la matière et de tout ce monde visible et de nos corps, anathème ».

§  « Anathème à ceux qui ne disent pas « Père tout puissant créateur du ciel et de la terre et de tout ce qu’ils contiennent de choses visibles et invisibles », mais seulement « Père céleste » qui a uniquement autorité sur le monde à venir, du fait que le siècle présent et tout l’univers n’ont pas été faits par lui, mais par son ennemi, le Maître mauvais du monde ».

§  « Si quelqu’un ne confesse pas que Dieu est l’auteur du ciel et de la terre et de toutes les créatures et le modeleur d’Adam et le démiurge d’Ève, mais dit que l’archonte adverse est l’auteur de l’univers et le modeleur de la nature humaine, qu’il soit anathème ».

§  « Anathème à ceux qui appellent « Satan » notre Dieu démiurge de toutes choses et enseignent que l’homme a été modelé par Satan et énoncent ce blasphème qu’il a reçu de lui son âme, introduite dans son corps par les narines, et profèrent futilement que par lui aussi elle est reprise ».

Pour éclairer mieux encore ces propos, il nous faut mettre en parallèle cet autre aspect de la foi paulicienne qui concerne l’Ancien Testament et ses personnages principaux, c’est-à-dire Moïse et les prophètes, mais aussi la Loi et l’apôtre Pierre. En effet, Pierre de Sicile nous dit qu’« ils ne reçoivent aucun des livres de l’Ancien Testament, et [...] traitent de menteurs et voleurs les prophètes ». Il nous dit également qu’« ils rejettent […] les autres saints,[...]maudissent et repoussent par-dessus tout saint Pierre, le grand et premier apôtre, et disent qu’aucun d’entre-eux ne se trouve du côté des élus ». Mais ce sont encore les articles d’anathèmes qui nous renseignement le mieux :

§  « Anathème à qui ne reçoit pas de cœur et de bouche la Loi transmise par Moïse comme donnée par l’unique vrai Dieu, et de même les saints prophètes, apôtres et martyrs, et tous les saints, comme la sainte Église catholique et apostolique l’enseigne ».

§  « À ceux qui dénigrent la loi mosaïque et disent que les prophètes ne procèdent pas du Bon, anathème ».

§  « Anathème à ceux qui ne révèrent, n’honorent, ne reçoivent ni n’accueillent les enseignements des saints apôtres et leurs traditions ».

Une autre caractéristique de la foi paulicienne qui choquait tout autant que les propos précédents, concerne la nature du Christ et de Marie. Pierre de Sicile nous dit que les Pauliciens enseignent que « le Christ n’est pas né de Marie mais qu’il a apporté son corps du ciel », et que l’enfantement du Christ « a eu lieu en apparence et non en réalité ». Photius, rapporte également que les Pauliciens expliquaient cette naissance apparente par le fait que le Christ était passé à travers Marie « comme dans un conduit ». Les anathèmes nous le confirment encore :

§  « Anathème à qui dit ou pense ou croit que c’est du ciel que le Seigneur à fait descendre son corps et qu’il s’est servi du ventre de la mère de Dieu comme d’une bourse » 

§  « Anathème à ceux qui confessent que notre Seigneur Jésus-Christ a souffert, mais professent qu’il n’est pas né vraiment de la sainte, toujours vierge et toute pure mère de Dieu, mais seulement en apparence ».

Par ailleurs, les orthodoxes étaient scandalisés d’entendre dire par les Pauliciens que Marie avait eu des enfants de Joseph, alors que c’est écrit en toutes lettres dans les textes évangéliques eux-mêmes. Enfin, notons aussi que ce n’était pas seulement le corps et la naissance du Christ qui furent apparents mais aussi sa passion et sa résurrection : Ils « présentent la croix et la mort du Christ et sa résurrection comme une apparence ». Autre point de convergence manifeste avec le marcionisme et le catharisme.

Un autre point qui choquait beaucoup, concerne le rejet de la croix. Pierre de Sicile nous dit que les Pauliciens « n’admettent pas l’image, l’action, ni la vertu de la précieuse et vivifiante croix, mais ils la couvrent de mille outrages ». Il rapporte aussi que les Pauliciens enseignent que « c’est le Christ qui est la croix, et qu’il ne faut pas vénérer le bois, car c’est un instrument maudit ». Même propos dans les anathèmes :

§  « Anathème à qui n’adore pas d’un cœur et d’une bouche sincère le bois vénérable de la précieuse et vivifiante croix à laquelle notre Seigneur Dieu a été cloué ».

§  « Si quelqu’un n’adore pas la croix de notre Seigneur Dieu et sauveur Jésus-Christ, non pas comme un instrument de tyrannie, mais comme devenue le salut et la gloire du monde […] qu’il soit anathème ».

Notons que cette critique de la croix et du rejet de la croix est aussi une caractéristique propre au marcionisme et au catharisme.

Pratiques rituelles et sacrements

Hormis ces quelques informations sur les points les plus choquants et les plus connus de la foi paulicienne, nous n’avons guère de renseignements sur ses rites et sacrements. Cette absence, n’est pas qu’un simple oubli parce que le christianisme des Pauliciens était sans messe et sans église. Ce qui ressort des différents textes, c’est que les Pauliciens rejetaient en bloc tout ce qui se faisait dans l’Église orthodoxe. Cependant, on peut relever cinq points précis : Le rejet du baptême d’eau, de l’eucharistie, du mariage et l’existence d’un jeûne alimentaire que tous les Pauliciens ne suivaient pas.

Sur le baptême, nous pouvons seulement savoir que la contestation portait sur l’eau. Autrement dit, les Pauliciens ne pratiquaient pas le baptême d’eau, mais un autre, de type spirituel, comme semble l’indiquer leur exégèse spirituelle de l’eau baptismale. C’est tout ce que nous pouvons savoir, hélas, à ce sujet. Notons en tous cas un point de convergence avec le catharisme.

Sur leur rejet de l’eucharistie, nous sommes mieux informés. Pierre de Sicile dit que les Pauliciens enseignent que « ce n’était pas du pain et du vin que le Seigneur a donnés à ses disciples à la cène, mais ce sont ses paroles qu’il leur a données symboliquement sous les mots de pain et de vin ». Autrement dit, les Pauliciens ne croyaient pas à la transsubstantiation du pain et du vin en vrai corps et sang du Christ. Ils ne célébraient pas le « saint sacrifice ». Pour eux, le pain et le vin demeuraient « un pain ordinaire et […] un breuvage commun » qui symbolisaient « l’Évangile et […] l’Apôtre ». C’était donc cette nourriture spirituelle, les paroles du Christ, qui étaient son véritable corps. C’était à ces paroles que les Pauliciens songeaient au moment du partage du pain et du vin. Ajoutons encore un autre point de concordance avec le catharisme.

Sur le mariage, il n’y a pas grand chose à dire, sauf que ce n’était pas du tout chez eux un sacrement, mais plutôt « une législation de démon » qui visait seulement l’accroissement et le prolongement de l’espèce humaine. De fait, on dénonce la licence sexuelle des Pauliciens ainsi que celle de leurs unions. Mais ici il faut faire attention, cette licence si exagérément décriée, dont on accusait également les Cathares, n’était pas celle de tous les Pauliciens. Il nous faut bien avoir à l’esprit que le vocable Paulicien désigne à la fois des laïcs et des religieux. Autrement dit, l’Église paulicienne n’encadrait ni ne sanctifiait les unions de leurs croyants, seuls les religieux pauliciens, faute d’autres noms plus appropriés, observaient sans doute l’abstinence sexuelle, puisqu’on les comparait à des prêtres. Encore une autre concordance sur ce point avec les cathares.

Enfin, sur le régime alimentaire des Pauliciens, nous ne disposons que d’un article d’anathème ambigu : « Anathème à ceux qui fuient tout jeûne chrétien et, au temps de ce qu’ils considèrent comme leur carême, se gavent de viande, de fromage et de lait ». Le propos doit être bien compris. On dénonce ici le fait que les Pauliciens ne suivaient pas les carêmes de l’Église orthodoxe et qu’ils ne suivaient pas non plus les carêmes de leur propre Église. Cela nous indique que l’Église paulicienne avait pour le moins des périodes de carêmes, mais que tous les Pauliciens ne les observaient pas. Ce propos apparemment contradictoire, ne le devient plus si nous faisons la même remarque au sujet de la prétendue licence sexuelle des Pauliciens. Autrement dit, ces jeûnes sans viande ni laitage étaient uniquement observés par les religieux pauliciens mais pas par leurs croyants. Nous pouvons être en effet certains que des Pauliciens, sans doute les religieux, observaient bien des jeûnes puisque Pierre de Sicile dénigrait « leurs jeûnes sinistres à l’eau de son ». Ce jeûne « à l’eau de son » désigne peut-être une bouillie à base de son, à moins qu’il ne s’agisse d’une tournure exagérée qui désignerait plutôt un jeûne au pain et à l’eau, mais quoi qu’il en soit, cela importe peu. Notons toutefois que nous pouvons encore constater une correspondance avec le catharisme.

Maintenant, pour ce qui concerne l’Église paulicienne, il nous faut remarquer qu’elle n’avait pas emboîté le pas à l’Église orthodoxe, laquelle s’était structurée de manière centralisée et autoritaire. L’Église paulicienne conservait apparemment la structure de l’Église primitive, c’est-à-dire des communautés autonomes circonscrites à un territoire sous l’autorité d’un évêque, et c’étaient ces communautés qui étaient des Églises au sens plénier du terme. Nous savons en effet que les Pauliciens étaient répartis en différentes Églises circonscrites à un territoire bien précis. On en connaît sept et on nous rapporte que chacune avait à sa tête un didascalos, terme spécifique à l’Église orthodoxe qui désigne un maître ou un enseignant en religion, c’est-à-dire un terme bien pratique pour refuser aux Pauliciens la dignité d’évêque. Il ne faut pas en douter, l’Église paulicienne devait avoir des évêques, des diacres et des anciens. Pierre de Sicile, nous le laisse entendre : « quant à leurs prêtres à eux, ils les nomment synekdèmes et notaires ; et ces personnages ne se distinguent en rien d’eux tous, ni par le vêtement, ni par les mœurs, ni par l’ensemble des conditions de vie ». Il nous faut tout d’abord constater que nous retrouvons ici ce que nous avons dit plus haut sur la distinction entre croyants et religieux, puisqu’il est bien question ici de « prêtres ». Mais faisons deux remarques. La première, c’est qu’il ne faut pas se laisser abuser par le mot prêtre, parce que les Pauliciens condamnaient sévèrement les prêtres et leurs offices. Il s’agit donc plutôt de religieux que de prêtres. La seconde, c’est que ces religieux pauliciens portaient un vêtement spécifique à leur état précisément de religieux et que celui-ci était lié à une règle de vie religieuse. Cette règle n’est pas décrite mais nous pouvons déduire au moins deux aspects probables, si nous nous basons sur ce que nous venons de dire sur les jeûnes alimentaires et la morale sexuelle.
Mais quoi qu’il en soit, le propos de Pierre de Sicile nous indique qu’il y avait deux sortes de « prêtres », les synekdèmes et les notaires, c’est-à-dire en grec « compagnons de route » et « administrateurs ». Autrement dit, les religieux pauliciens avaient chacun une fonction bien précise au sein de leur Église, sans que cette fonction soit pour autant un motif de distinction quelconque, par le vêtement ou la règle de vie. Il s’agit donc bien de fonctions administratives au sein de l’Église et non de grades hiérarchiques avec leurs marques et leurs prérogatives tels qu’on les retrouve dans l’Église orthodoxe.
Ainsi, parmi les religieux pauliciens, certains exerçaient un ministère au sein de l’Église, tandis que les autres étaient leurs compagnons de route ou plus exactement leurs compagnons de ministère. Même si ce n’est pas expressément spécifié, ces ministères ne font pas pas grand mystère ; il doit s’agir du ministère d’évêque, de diacre, d’ancien ou de prédicateur qu’on retrouve dans toutes les Églises. Il n’y a pas lieu d’en douter parce que leur structure ecclésiale apparaît conforme à celle de l’Église primitive. Par contre, il est étonnant de lire dans les récits de Pierre de Sicile ou de Photius, que c’était les fils des didascales pauliciens qui héritaient de cette fonction. Cet étonnement est d’autant plus renforcé quand il est question explicitement de deux fils. Aussi, nous ne pouvons pas nous empêcher d’y voir encore une distorsion, involontaire cette fois-ci, de Pierre de Sicile et de Photius. Ils n’ont peut-être pas compris ce que le mot fils pouvaient designer dans la bouche d’un Paulicien, si nous faisons un parallèle avec la fonction ecclésiastique de Fils dans l’Église cathare. Nous savons en effet que ce terme désignait, non pas un fils charnel, mais les deux coadjuteurs d’un évêque, et que c’était l’un des deux qui devenait évêque à la mort de ce dernier.

Source : http://www.catharisme.eu/histoire/catharisme-europe/origine-filiation5/

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Published by Ruben de Labastide - dans Gnose
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