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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 08:44

Nous venons une nouvelle fois de revivre ensemble, si je puis dire à propos d'un assassinat, la légende d'Hiram, récit mythique fondateur de la Franc-Maçonnerie moderne. Comme tout récit mythique, celui-ci s'adresse à l'intuition de chaque frère et son enseignement doit être compris sur le mode analogique ; nous sommes dans le monde des symboles. Ce midi je vais tenter d'approfondir ce que nous pouvons apprendre en méditant sur les circonstances mêmes du meurtre d'Hiram, et particulièrement sur ses auteurs, biens connus des maîtres maçons et de quelques autres sous l'appellation de « mauvais compagnons ».

Réfléchissons d'abord sur les différents plans où l'on peut interpréter le récit. Le carré long appelé souvent improprement « pavé mosaïque » est un élément où se superposent diverses analogies : il représente aussi bien le Cosmos que la Loge ou que l'individu lui même. Ce qui se passe dans la loge est de la même façon susceptible de renvoyer à des faits cosmiques, sociaux ou psychiques. Les trois meurtriers ont donc de nombreuses interprétations symboliques possibles. Nous allons en explorer quelques unes.

Notons tout d'abord que le récit et son exposition ont connu quelques variantes non seulement suivant les rites, mais aussi dans le temps au Rite Écossais Ancien et Accepté. Par exemple le Rite Français Moderne fait des récipiendaires un simple spectateur du drame qu'on mime devant lui avec un frère figurant Hiram et trois autres, habillés en compagnons, qui ne sont pas les surveillants ni le Très Vénérable Maître, jouent le rôle des meurtriers. Les outils et la succession des portes l'emplacement de ces portes, ne sont pas les mêmes que les nôtres. Au rite Écossais, selon les rituels promulgués ou acceptés par le Suprême Conseil de France, si le récit s'est toujours fait sur le mode participatif, les récipiendaires jouant Hiram, et les trois maillets mimant les meurtriers, les outils et même l'ordre des portes ont varié, ainsi que les endroits du corps atteints par chaque conjuré. Les plus anciens rituels mentionnent successivement la règle, l'équerre et le maillet comme outils utilisés dans le meurtre, au lieu du fil à plomb, du niveau et du maillet dans les rituels actuels. Nous essayeront de deviner la raison de ce changement à la lumière de nos interprétations.

La première interprétation de la légende se situe sur un plan astronomique, comme les interprétations des mythes des mystères païens. Hiram y représente alors l'être lumineux par excellence, le Soleil, et son meurtre suivi de sa résurrection font alors référence au déclin de l'astre du jour de l'équinoxe au solstice d'hiver, et à sa renaissance après le passage de la porte du solstice. Les trois compagnons qui tuent Hiram sont alors les trois mois qui séparent l'équinoxe du solstice. Et l'on doit s'y reprendre à trois fois pour ressusciter Hiram comme l'on doit attendre quelques jours au solstice pour s'assurer que la durée du jour se met à augmenter. C'est en effet le moment où les variations de la durée du jour sont les plus lentes.

Sur le plan social, Hiram peut incarner l'ordre d'une société juste, ou l'organisation de la Franc-maçonnerie telle qu'elle devrait être selon que l'on considère la société dans son ensemble ou l'Ordre maçonnique en particulier. Pour nous en tenir à ce dernier point, Hiram, le maître sans défaut, peut incarner un état idyllique de cet Ordre maçonnique. Cet état idéal est en butte aux entreprises perverses de membres de l'Ordre poussés par leurs passions. Les défauts les plus souvent retenus par les commentateurs sont l'ignorance, le fanatisme et l'ambition ; cela se voit dans l'usage complètement dévoyé qui est fait des outils : devenus des armes, des instruments de mort, ils ont perdu leur qualité de symboles dans les mains de ces compagnons qui n'ont pas su en pénétrer le sens ; et nous savons par expérience que malgré nos efforts, ces défauts sont loin d'être absents de nos colonnes, et même de nos Orients. Si la Franc-Maçonnerie doit se préserver, c'est d'abord de ses propres membres. Et ce n'est pas un hasard non plus si les mauvais « compagnons » sont figurés par les trois plus hautes autorités de la Loge : parmi tous les frères, nous devons nous méfier avant tout de ceux qui ont un pouvoir, car comme le dit Montesquieu, tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, et cet abus se ferait au détriment de tout l'Ordre. Ce n'est pas un hasard non plus si ce sont les mêmes qui procèdent à la résurrection d'Hiram ; la Franc-Maçonnerie pourra demeurer pure si elle se choisit des chefs dignes de son idéal.

Le récit de la mort d'Hiram peut également s'interpréter sur un plan psychologique personnel : Hiram figure alors une partie de l'inconscient du récipiendaire, qui doit subir une dernière épreuve avant de devenir un initié accompli. Dans cette optique les trois compagnons ont un rôle tout à fait ambivalent : ce sont les passions auxquelles l'initié doit savoir résister pour parvenir à son accomplissement, et nous retrouvons ici l'ignorance, le fanatisme et l'ambition. Mais il faut bien constater que ces meurtriers ont aussi un rôle de sacrificateurs, car c'est par une mort et une résurrection rituelles que le Compagnon devient un nouveau Maître : sans sacrificateur, pas de sacrifice. Leur présence est donc indispensable.

Par ailleurs il faut remarquer que les trois compagnons n'accomplissent pas leur forfait n'importe où : ils attendent le Maître chacun à une porte. Or dans les récits mythiques, le rôle des différents « Gardiens de la Porte » que l'on peut rencontrer est double. Ce sont souvent des monstres terribles qui empêchent le passage, ce sont aussi et en même temps des initiateurs qui, par les épreuves qu'ils font subir, permettent au héros de poursuivre son voyage. C'est ainsi qu'on peut aussi considérer les trois compagnons.

En infligeant au récipiendaire une mort successivement physique (un coup au côté droit), puis affective (un coup sur le côté gauche) et enfin psychique (un coup sur la tête), ils permettent au Compagnon de se dépouiller complètement du vieil homme qui est en lui pour pouvoir renaître sous la forme d'un nouvel Hiram, le Maître Idéal. Dans son combat contre les passions destructrices, le récipiendaire doit d'abord mourir afin de renaître dans un nouvel état de pureté, exempt des défauts qui l'empêcheraient de continuer son chemin initiatique. Et ce n'est pas encore une fois un hasard si les acteurs qui ont mimé les assassins sont les mêmes qui font revivre le nouveau Maître, pas un hasard non plus si ce sont les trois qui dirigent la Loge. Et c'est peut être pour insister sur cette qualité que l'on a substitué aux instruments d'origine (qui sont soit dit en passant les instruments spécifiques des apprentis, règle, et des compagnons, équerre) les outils emblèmes de leur fonction. Cela veut peut être aussi nous dire que l'apprentissage et le compagnonnage sont des épreuves préparatoires à cette mort d'Hiram à la fois redoutée et nécessaire, et que ces mêmes épreuves donnent une base pour servir à la construction psychologique du nouveau Maître.

J'ai dit, T\ V\ M\

Source : www.ledifice.net

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Published by X - dans Planches
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