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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 09:38

De quelle nature est le christianisme du Rite Ecossais Rectifié ?

 

Petite précaution oratoire : les interprétations divergent sur ce point au sein même du rite. Elles balayent un spectre assez large, allant de la vision d’un christianisme hérétique, gnostique et sentant le fagot, à une conception intégriste, catholique romaine voire davantage, et particulièrement intolérante, qui n’est heureusement le fait que d’une minorité. Il y a place pour une explication plus nuancée et argumentée.

En dépit des apparences, j’insiste sur ce point, le christianisme du RER ne m’apparaît pas comme hérétique. Certaines idées toutefois, dues à Willermoz et à Martinez, peuvent le faire supposer, mais lorsque ces dernières sont analysées à la lumière des célèbres « Instructions secrètes pour les Grands Profès » notamment, la plupart des audaces de langage ne paraissent guère très dangereuses ni même illicites. Le comportement strictement catholique de Willermoz à lui seul démentirait l’entretien de sa part de conceptions hérétiques d’une certaine gravité, en opposition doctrinale avec le magistère de l’Eglise.

Ni Willermoz, ni Martinez ne sont des théologiens. Aucun de ces deux autodidactes n’a fait des études de quelque solidité. Ils sont tous deux de bons catholiques traditionnels, même si Martinez semble n’avoir été qu’un converti.

On a volontairement diabolisé le RER, dans deux sens diamétralement opposés. Ultra-catho d’une part [1], et hérétique de l’autre. Tant d’honneur ou tant d’indignité sont-ils mérités ?

Le Convent de Wilhelmsbad de 1782 fut l’occasion de préciser les contours idéologiques d’une maçonnerie continentale aux idées trop vagues, souvent déformées et trop dispersées dans une lutte sans merci entre les courants mystique et rationaliste qui l’agitent.

 

Les soi-disant « hérésies » de Willermoz.

 

Davantage qu’une hérésie consciente reposant sur des divergences doctrinales bien établies, je décèle chez Willermoz quelques chimères dans lesquelles l’interprétation originale et imaginative à laquelle il se livre, assortie d’une érudition dispersée et mal assimilée, peuvent donner l’impression de « sentir le fagot ». Mais cette impression fugace, néanmoins récurrente, se trouve démentie par d’autres déclarations de Willermoz qui relativisent considérablement les premières. Voyons quelques exemples dans les écrits willermoziens.

 

1. Les Instructions aux Grands Profès furent réservées par Willermoz aux élites de sa maçonnerie. Le texte inédit en a été publié par le Prof Antoine Faivre, en appendice à l’ouvrage indispensable de René Le Forestier sur « La Maçonnerie occultiste et templière ». On y lit ceci : «  Ce ne fut qu’après les [2] avoir ainsi préparés qu’ils découvroient la seule route qui peut conduire l’homme à son état primitif, et le rétablir dans les droits qu’il a perdus. Voilà…le seul but des Initiations ».

Si nous lisons bien, l’initiation est la seule voie qui permette à l’homme de se sauver. Ce qui rend le Sacrifice du Christ inopérant, voire inutile, voire inexistant au plan divin…On répond généralement à cette objection que les deux sont complémentaires : la grâce et l’effort. Mais ce n’est pas ce qu’écrit Willermoz.

 

2. Plus loin, nous lisons : «  Cette transmutation a été démontrée par le divin Réparateur lorsqu’à sa résurrection, il se manifesta aux yeux de ses disciples, se donnant pour modèle à tous ceux qui aspirent à rentrer dans leurs droits primitifs car…avant de consommer son sacrifice expiatoire en faveur de l’homme coupable et dégradé, il [3] avoit enseigné aux hommes le moyen de réédifier leur temple particulier ».

Le catholique Willermoz revient ici à plus de mesure. Le «  sacrifice expiatoire » est évoqué et le Christ devient un «  modèle » ayant enseigné aux hommes les moyens de se réédifier. Cela peut paraître contradictoire avec ce qui précède, et l’on peut s’interroger sur l’utilité de l’initiation dans cette perspective. Ce qui, après tout, est exactement la position de l’Eglise catholique apostolique et romaine.

Mais que devient précisément la fonction salvatrice et rédemptrice de la mort en Croix du Fils de Dieu et non de quelque « réparateur » ou de quelque « modèle »? Et quel est le sens du brouillard intellectuel ainsi créé autour de la doctrine chrétienne ? Et la « pensée » de Willermoz continue dans le même sens. Elle consiste à prendre systématiquement le contre-pied de nombre d’opinions courantes. Par exemple, son obsession du nombre 3 qui va carrément jusqu’au déraisonnable :

Toute l’Antiquité connaît déjà la théorie des quatre éléments qui resurgiront dans les rituels d’inspiration alchimique à la fin du XVIIIe siècle.[4] Eh bien, non. Willermoz nous apprend qu’il n’y en a que trois [5] (que l’on nomme « philosophiquement » sel, souffre et mercure !), car l’air n’en est pas un, selon sa logique. Et pourquoi donc ? Parce que «  la Loi ternaire est sacrée et imprime son propre nombre à la Création ». Et cela continue dans la même veine, à la fois absurde et naïvement dogmatique.

 

4. « L’homme actuel est un assemblage ternaire, composé de l’Esprit.. .de l’âme…d’un corps ». L’Eglise enseigne que l’homme est composé d’un corps mortel et d’une âme immortelle. Willermoz n’est donc pas d’accord . Pour lui, «  l’animal n’est qu’un assemblage binaire, formé d’une âme passive (?) et d’un corps matériel »… Que devient donc l’âme des animaux ? Voici de quelle substance se nourrissent certaines «  instructions secrètes » qui s’adressent à certains Grands Profès, afin de les préparer à accéder à la théurgie de Martinez. N’avaient-elles pas quelque intérêt à demeurer secrètes ?

On a voulu faire de ces extravagances dérisoires un dangereux brûlot d’hérésie. Même pas. Dans sa 1ère épître aux Thessaloniciens, Saint Paul se réfère aussi, le premier d’une série de Pères de l’Eglise, à l’âme, au corps et à l’esprit. Ajouter l’esprit à l’âme et au corps est faire honneur à l’intelligence humaine, condition nécessaire de l’accès à la Connaissance. Ce n’est nullement « hérétique ». Ce n’est pas le Saint Esprit qui me démentira.

 

5.  Infiniment plus sujet à caution est le rôle limité que Willermoz attribue au Christ, un peu plus loin : «  Les sacrifices sanglans des animaux furent remplacés par le Sacrifice du Réparateur universel, médiateur entre Dieu et l’homme ». Passons une fois encore sur le Réparateur, qui n’est qu’une originalité de plus pour ne pas utiliser le terme consacré de Rédempteur comme tout le monde. Mais « médiateur » ! Diable !

La Vierge Marie est réputée «  médiatrice » car, d’origine humaine, elle fut élevée et enlevée aux cieux ( assumpta est) et se place ainsi en intermédiaire, en intercesseur entre l’humanité et Dieu. Doctrine parfaitement classique et orthodoxe : on prie Marie-Médiatrice.

Faire de Jésus-Christ un « médiateur » semble à première vue constituer une erreur de langage. Mais non ; Willermoz précise bien : «  entre Dieu et l’homme ». Il n’y a donc que deux entités distinctes : Dieu et l’homme, et au milieu de l’espace ainsi créé ( medius), un médiateur, entité distincte de l’une comme de l’autre. Ceci rappelle singulièrement les interprétations gnostiques qui furent faites du Logos de Jean, contre toute vraisemblance. Jean est un monothéiste juif implacable, qui jamais, dans le reste de son œuvre, ne laisse percer la moindre subversion hérétique ni la moindre déloyauté doctrinale.

 

Le Prologue prétendument «  ésotérique ».

 

Le Prologue fut rédigé, est et demeure dans la ligne orthodoxe judéo-chrétienne ; il en constitue par ailleurs un monument, voire même LE monument : la proclamation solennelle de l’Incarnation émanée de l’Ancienne Loi, pierre angulaire et fondement de tout le Christianisme, car sans Incarnation, point de Résurrection, et sans Résurrection, point de Christianisme. La Nouvelle Loi est accomplissement de l’Ancienne et des Saintes Ecritures. L’Eglise pré-conciliaire faisait obligation à ses prêtres de réciter ce Prologue à l’issue de toutes les messes.

Point d’ésotérisme ni de pratique secrète ici, ni ailleurs. Comme dans les monastères, on rappelle quotidiennement un extrait du Credo et de la Règle spirituelle. C’est là une excellente disposition, reprise par certaines loges vraiment initiatiques.

Mais s’il est bien un endroit où l’on puisse accepter que Willermoz laisse percer la pointe d’une oreille gnostique, c’est ici. Erreur de plume ? Distraction ou bavure accidentelle ? Je ne le crois pas, car Willermoz récidive un peu plus loin !

« Cette nation sacrilège (les Juifs) combla la mesure de ses iniquités en abjurant le Réparateur universel, médiateur entre Dieu et l’homme et agent spécial de la clémence et de la miséricorde ». Ces termes durs et profondément antisémites  nous renseignent non seulement sur l’admissibilité très problématique des Juifs en loge [6] à l’époque de Willermoz, mais aussi et surtout sur la nature de la Clémence (et, par déduction, sur celle de la Justice), vertus présentes toutes deux lors de la réception au premier grade. Ne nous attardons pas sur l’originalité consistant à qualifier le Christ, successivement, de «  Réparateur, de Médiateur, d’Agent Spécial »…Ce vocabulaire, d’un goût douteux et nullement nécessaire, ne paraît pas utilisé pour confirmer et grandir la Nature Divine du Fils de Dieu, et illustre le besoin de donner une vision personnelle et « recréée »  de la doctrine chrétienne, pourvu qu’elle soit différente de celle de l’Eglise.

Ne nous étendons pas non plus sur cette originalité supplémentaire qui consiste à réécrire le christianisme tout en subissant des influences déviationnistes et marginales, assimilées sans excès d’esprit critique. Il y a des siècles que des francs-tireurs  se livrent à cette pratique dérisoire.

La dernière phrase de cette instruction secrète destinée aux « super-initiés » est celle-ci :

«  L’Erreur de l’homme primitif le précipita du Sanctuaire au Porche, et le seul but de l’Initiation est de le faire remonter du Porche au Sanctuaire ». Traduisons : « le péché originel a chassé l’homme du paradis. L’initiation vise à le lui faire réintégrer ». Où donc est la Grâce ? Où se situe la Rédemption ? Et à quoi servent donc encore l’Incarnation, la Résurrection, l’Eglise et les sacrements, dans un schéma qui fait étonnamment abstraction de la dogmatique chrétienne ? S’il est une affirmation qui doit être insupportable aux oreilles de l’Eglise, c’est bien cette dernière, infiniment plus dangereuse, à mon sens, que toutes les autres.

C’est avec la dernière phrase de ces Instructions secrètes que nous mettons le doigt, je le pense, sur l’opposition réelle et fondamentale entre l’Eglise et la Franc-maçonnerie qui, de nos jours, est enfin doctrinale, après avoir varié de fondement au fil des excommunications répétées avec une inlassable obstination.

 

L’Eglise pourrait supporter de nos jours la maçonnerie du type Grand Orient et même quelques autres. Elle pourrait à la rigueur accepter nombre de rites, qu’ils soient égyptiens, éclectiques, syncrétiques ou, comme la plupart des autres, totalement vidés de leur substance chrétienne, et dans lesquels seule subsiste «  l’odeur du vase vide ». Mais un rite qui se prétend chrétien, qui prétend mener l’homme à son salut, qui est présenté comme la seule voie de la réintégration divine et qui se sert à cette fin de matériaux traditionnels déformés et redéfinis, cela, non. Cette maçonnerie-là empiète sur le domaine réservé et exclusif de l’Eglise. C’est un concurrent, même s’il se sert se sert de contrefaçons.

Les « ésotéristes » utilisent parfois comme justification la soi-disant complémentarité de l’Initiation maçonnique avec l’enseignement canonique de l’Eglise. Guénon proclame la nécessité absolue d’une pratique exotérique connexe à la voie ésotérique, cette dernière étant tout simplement considérée comme inexistante par Rome.[7] Guénon quitte d’ailleurs le christianisme pour l’hindouisme afin de pouvoir se livrer aux deux voies, double appartenance impensable à l’époque, en Occident chrétien. Il n’y a pas, chez Willermoz, la moindre affirmation de complémentarité. Si ce n’est dans son comportement de catholique pratiquant.

Comment qualifier le christianisme de Willermoz, et, par conséquent, celui du RER ?

 

Je vais m’y risquer. Il s’agit d’un mouvement qui me semble issu de la Renaissance [8] et qui touche certains milieux intellectuels qui tentent de suppléer aux diverses carences qui étaient celles des églises catholique et protestantes dès le XVIe siècle. A ces carences s’ajoutent les poussées à la fois occultiste (souvent et à tort dite « mystique ») et rationaliste qui envahissent un certain monde intellectuel chrétien à cette époque.

Willermoz reste davantage attaché au christianisme traditionnel que Martinez et Saint Martin, c’est certain. Mais il redéfinit nombre d’articles de foi de la façon que nous venons de voir en résumé. Le résultat est un rite chrétien qui «  se situe en dehors de toute orthodoxie ecclésiale »[9]. Je préciserais pour ma part : il se situe partiellement en marge de toute orthodoxie chrétienne, en mélangeant le doctrinal et…le fort douteux. Ce n’est pas le douteux qui doit, à mon avis, retenir l’attention des FF du RER. L’a-t-il du reste jamais vraiment retenue, si ce n’est dans le chef d’un petit nombre d’amateurs de mystères insondables ?

 

La seconde réforme du Rite Ecossais Rectifié : Perit ut vivat.

 

Nous avons parcouru la première réforme du RER, issue de la volonté de Willermoz et de ses amis de restaurer, dans un contexte délabré et chaotique, une franc-maçonnerie française et si possible européenne, renouant avec son passé et ses fondements chrétiens et chevaleresques. Il y ont réussi, après bien des enrichissements mutuels opérés entre la maçonnerie lyonnaise, les partisans de Martinez et de Saint-Martin, les Elus Coën, et la Stricte Observance Templière de Carl von Hund et ses amis.

Nous allons assister à présent à un curieux phénomène qui évoque très nettement le Phénix renaissant de ses cendres, et qui illustre la terrible puissance concentrée dont le RER a fait la démonstration, en étant celui qui, réduit à rien, a ramené la Régularité maçonnique dans une France laïcisée et qui s’était délibérément mise « hors la Loi » maçonnique universelle. A l’imitation de la Belgique, qui fut en la matière un triste précurseur.

Contrairement aux fables anachroniques colportées par un Grand Orient laïque, républicain et «  de gauche », la Révolution fut très néfaste à la maçonnerie et ne lui doit absolument rien, que du contraire.[10] Je vais vous résumer fortement ce qui n’est désormais qu’historique et a été publié cent fois.

 

En 1786-1787, le grand maçon que fut Roëttiers de Montaleau fut incapable, pour cause de Révolution, d’organiser le futur rite français selon le Régime compact qu’il avait élaboré avec sa Chambre des Grades. Ses rituels, déjà préparés et signés pour expédition à cette date, concernaient les trois grades symboliques plus quatre ordres de grades dits hauts qui les prolongent ; ils resteront en léthargie durant toute la tourmente révolutionnaire ; ils ne verront le jour qu’en 1801, soit 15 ans plus tard, sous le nom de «  Régulateur du Maçon selon le Régime du Grand Orient de France »[11]

Nous en étions restés à 1782, date du convent de Wilhelmsbad, qui vit la naissance officielle d’un RER débarrassé de son origine templière «  historique », l’approbation du Code Maçonnique des loges Rectifiées et celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. A partir de 1789, la période révolutionnaire rend la vie maçonnique de plus en plus difficile. En février 1792, les gardes suisses de Louis XVI sont massacrés aux Tuileries ; en février 1793, les survivants de leur loge militaire « Guillaume Tell » constituent une loge au rite français à Paris, 12 jours à peine après la mort du Roi. Ils la nomment «  Le Centre des Amis ». Ils ignorent que leur initiative aura une importance capitale pour l’avenir, non seulement  du RER en France, mais aussi pour le retour tant attendu de la Régularité maçonnique dans ce pays.

 

Sous l’Empire, en décembre 1804 prend effet un Concordat par lequel le Grand Orient réunit tous les rites sous son obédience. C’est Cambacérès, archichancelier de l’Empire, qui devient Grand Maître National du RER.  En 1807, revoici donc «  Le Centre des Amis » ; cette loge décide de ne plus pratiquer le rite français et adopte « le Rite Ecossais Rectifié de Dresde ».

Elle le pratique désormais sous l’égide du Grand Orient de France et avec la bénédiction de Willermoz, en sa capacité de Grand Chancelier du Directoire de Lyon.

 

La lettre historique de Willermoz à Charles de Hesse-Cassel en 1810.

 

C’est en 1810 que Willermoz écrit une lettre d’une extrême importance pour la mémoire du RER. Elle a été publiée maintes fois depuis sa découverte. [12] Elle est adressée à Son Altesse sérénissime le Prince Charles de Hesse-Cassel, vice-roi de Norvège et du Wolstein, Maître provincial de la Province de l’Ordre par le F. Jean-Baptiste Willermoz, maintenant âgé de 80 ans, et qui y relate avec précision toute l’histoire de l’Ordre de 1792 à 1810. Cette lettre de 13 pages est d’une importance historique capitale à maints égards.[13]

En 1811, une loge de Besançon, «  la Sincérité et Parfaite Union » est reconnue par le Grand Orient comme Directoire Provincial de Bourgogne du RER. Elle prend contact avec le Directoire Suisse. Dans ce pays, que l’usage rectifié nomme Helvétie, le RER connaît en effet un essor particulier, alors que parallèlement, en France, le rite subit, sous l’Empire et après celui-ci, une décadence dramatique.

La mort de Willermoz à Lyon, en 1824, précipite la fin du Directoire d’Auvergne lui-même. Il est bientôt imité, en 1828, par le Directoire de Bourgogne qui transfère ses archives au Grand Prieuré d’Helvétie à Zürich. Ce qui confère désormais au Grand Prieuré d’Helvétie une complète indépendance qui constitue en fait un monopole, qui deviendra plus tard suprématie.

 

Malgré un bref et tenace sursaut du côté de Besançon, le Régime Rectifié s’éteint totalement en France vers 1850.

En 1910, après un long silence de soixante années, mais qui en réalité  couvre pratiquement tout le XIXe siècle, un groupe de FF « spiritualistes », membres du GOF, décident de ramener en France le RER. L’initiative des FF de Ribaucourt, Rousseau, Hirson et Gruet est bien connue. Armés CBCS à Genève, ils obtiennent des lettres patentes du GPIH en septembre 1910 afin de constituer en France des loges symboliques des 4 grades.

Ces FF réveillent alors la loge déjà célèbre «  Le Centre des Amis », dispersée depuis 1838, loge toujours placée sous l’autorité d’un GOF devenu irrégulier depuis 1877. En 1913, Ribaucourt quitte le GOF suite aux attaques de ce dernier dirigées contre le RER ; sa  spécificité chrétienne était soudainement jugée inacceptable par une obédience qui avait rejeté notamment l’obligation de l’invocation au GADLU et l’interdiction des discussions religieuses et politiques en loge, rejet qui lui avait valu de se trouver exclue de la communauté maçonnique internationale.

La loge «  Le Centre des Amis » quitte donc le GOF, bientôt rejointe (en 1913) par la doyenne des loges françaises, l’Anglaise de Bordeaux, fondée en 1732 et ayant adopté, elle aussi, le RER. Ribaucourt fonde, sur cette base, la « Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les colonies françaises ». Un troisième atelier, la loge Saint Georges, purement britannique, se place peu après sous l’obédience de la GLNIRF, mais conserve son rite Emulation.

C’est ainsi que le RER se trouve à l’origine directe du retour de la régularité en France, deuxième réforme spirituelle capitale que l’on doit à l’initiative de Willermoz et de ses amis. En 1948, le titre distinctif un peu compliqué de l’obédience devient : Grande Loge Nationale Française. Ceci nous fait entrer dans l’histoire contemporaine, issue de cette seconde réforme, et qui est bien connue.

 

En France :


de nos jours, le Rite Ecossais Rectifié est pratiqué dans diverses obédiences irrégulières, dont notamment le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, la Grande Loge Traditionnelle Opéra, la Loge Nationale Française qui édite le célèbre Renaissance Traditionnelle.

Il est bien entendu pratiqué dans la maçonnerie régulière sous l’autorité de la Grande Loge Nationale Française. Je m’abstiendrai d’évoquer les récents développements d’un conflit opposant cette obédience au Grand Prieuré des Gaules.

 

En Belgique :


le RER n’était pas pratiqué avant 1962. A cette date, quelques FF du GOB se sont fait rectifier à Lille, au sein de la GLTSO, [14] obédience française irrégulière.

Sous l’égide du Grand Prieuré de France, ils créent la province de Brabant. En 1968, ils acquièrent leur indépendance en fondant le Grand Prieuré de Lotharingie. Tous les grades symboliques et les classes de l’Ordre Intérieur y sont pratiqués. En 1985, ces mêmes FF , qui comptent quelques personnalités non-négligeables du GOB et même du REAA irrégulier, fondent la GLERB ( Grande Loge Ecossaise Rectifiée de Belgique) qui fonctionne comme un régime indépendant et complet, mais coupé de tout contact maçonnique officiel, régulier et même irrégulier.

ette obédience belge, de même que ses structures supérieures, s’est disloquée et semble à présent être dissoute, ne s’étant jamais remise de la disparition de son fondateur ( retiré en l’île de Malte), le TRF Jean-Louis Servais, homme remarquable et charismatique, qui fut un moment Grand Prieur du Grand Prieuré de France.

Dans les années 1980 vivotent aussi en Belgique trois loges bleues rectifiées et deux loges vertes de la GLTSO, dont il ne reste de nos jours que des débris, ainsi qu’une ou deux loges bleues rectifiées du Grand Orient de France, qui sombreront bientôt, elles aussi corps et biens, avec leurs pittoresques fondateurs.

En Belgique, le GOB s’est toujours opposé avec vigueur à l’introduction du RER, l’une des tentatives que j’ai personnellement vécue dans les années 80, ayant été menée avec grande honnêteté, mais aussi avec une certaine maladresse par un ancien Grand Maître du Grand Orient de Belgique ! C’est l’existence d’un quatrième grade symbolique, échappant à l’autorité du GOB, qui a officiellement rendu l’intégration impossible. Officieusement, ce fut le caractère chrétien du rite, et rien d’autre.

La Grande Loge de Belgique (obédience irrégulière) ignore tout rite autre que ce qu’elle appelle le « Rite Moderne Belge », rite composite et récent qu’elle a emporté avec elle en 1959 en quittant le  Grand Orient de Belgique, qui l’a lui-même concocté en assemblant des pièces hétérogènes au lendemain de la défaite de Waterloo [15],  lorsque le REAA et le Rite Ecossais Philosophique ont supplanté en Belgique « le Rite Français de l‘ennemi ».

Quant à la jeune GLRB, la plus récente et la seule régulière et reconnue des obédiences belges (1979), elle a instauré, dès le départ, le principe fécond de la pluralité des rites. Elle en autorise et pratique huit,[16] dont le RER. Elle donne ensuite accès à plusieurs structures de hauts grades et à un choix étendu de side degrees. Certains de ses FF fondèrent à Bruxelles, en 1986, le Grand Prieuré de Belgique, par lettres patentes reçues du GPIH.

Les compétences du GPDB couvrent les loges de Maître Ecossais de Saint André (via un Directoire Ecossais), ainsi que les deux classes de l’Ordre Intérieur. Le GPDB n’a pas autorité sur les trois grades pratiqués par les cinq loges rectifiées  bleues qui relèvent exclusivement de la GLRB ( trois loges néerlandophones : Anvers, Vilvoorde et Brussel ; deux loges francophones : Tournai et Bruxelles). Il entretient (situation 2000) des relations internationales avec 21 Grands Prieurés.

Les rituels rectifiés utilisés par les loges bleues belges ont été approuvés à l’origine par le Grand Comité de la GLRB. Ils sont conformes aux exigences constitutionnelles de cette obédience, comme à celles de la maçonnerie régulière universelle. Ils ne sont donc pas, pour cette raison, d’une fidélité textuelle absolue aux rituels de Wilhelmsbad.

Ceci entraîne, par exemple, que toute affirmation ou séquence rituelle qui aurait pu restreindre la liberté d’interprétation et de conscience d’un candidat à l’un des trois grades ait été soit supprimée soit modifiée.[17] Cette adaptation n’enlève rien à la portée initiatique des rituels, ni à la lecture exclusivement ésotérique de leurs contenus.

Seules sont supprimées, par exemple, les références directes à l’appartenance et à l’exercice de la «  Sainte religion chrétienne » telles qu’elles étaient exigées dans les rituels de Wilhelmsbad en 1782, et qui ne peuvent être maintenues dans un cadre obédientiel qui, lui, est théiste, sans être chrétien.

Il en va plus ou moins de même en France. Sous la très haute autorité morale du TRF Jean Granger, la Commission des Rituels Rectifiés de la GLNF a proclamé en 1969 que

 

«  l’unité n’est pas l’uniformité…que les versions d’un même rite doivent être en nombre strictement restreint…que le choix de l’une et l’autre de ces versions, à l’exclusion de toute autre, doit être laissé à l’initiative des loges de la GLNF pratiquant le RER ».

 

Les versions dont il est question ci-dessus doivent permettre aux FF rectifiés de vivre leur rite selon les impératifs de leur conscience.

 

Conclusions :

 

Le caractère chrétien du RER ne peut être altéré. Le RER est et reste un rite chrétien. Mais il doit être assorti de toutes les nuances qu’implique son exercice dans la société du XXIe siècle ; celle-ci n’est plus celle du XVIIIe siècle, n’en déplaise aux nostalgiques de la perruque poudrée et des «  lettres patentes » ;  l’évolution de la société et la structuration obédientielle de la Maçonnerie nécessitent de nos jours le placement des trois grades symboliques sous l’autorité d’une Grande Loge Régulière  universellement reconnue. Toutes les velléités de reconstituer un «  régime »[18] à la mode du XVIIIe siècle ont avorté, dans notre pays comme dans d’autres, et sont vouées tôt ou tard à l’échec, par suite du manque d’une  base de recrutement sérieuse.

 

Le caractère chrétien du Rite doit être scrupuleusement préservé, en dépit des incompréhensions dues à l’ignorance, voire des hostilités dues à la malice. Les premières doivent susciter le dialogue ; les secondes doivent être ignorées. Il serait en effet impensable que l’on considère en maçonnerie toute conception affirmée comme inacceptable, et ce au nom même de la Tolérance ! Un affadissement de la doctrine, pas davantage d’ailleurs qu’une radicalisation dogmatique rigide, souvent à connotation autocratique, passéiste et folklorique, ne peuvent devenir la règle ou la norme. Ce qui se transmet, c’est l’Esprit du rite, et non ses structures passagères, secondaires et tributaires des usages et nécessités de l’époque. Le Rite ne peut être altéré dans son Esprit. L’axe central de toute la construction du RER mène au Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, c’est à dire à la Foi, [19] à la Charité, à la Compassion, au Devoir, à la Responsabilité pleine et entière devant Dieu seul, et à la Noblesse du cœur, le tout reposant sur «  l’Amour de nos Frères et de tous les autres hommes ». Bref, à forger des caractères droits, généreux et compatissants, responsables devant eux-mêmes et devant Dieu.

 

Rite extraordinairement homogène et cohérent, le RER bénéficie d’une grande richesse ésotérique et symbolique. Il dévoile progressivement son enseignement en dehors de toute contrainte dogmatique ou confessionnelle, mais dans un cadre chrétien, ouvert à tout maçon régulier comme à tout profane croyant, animé d’un vrai désir de progression spirituelle et respectueux du caractère chrétien du rite dans son Esprit, je le répète, et non dans sa Lettre.

 

Le RER est fort méconnu ; il est l’objet de bien des procès d’intention de la part de ceux qui, en vérité, ne veulent pas le connaître.

Il n’a pas à souffrir de cette ignorance.

Après tout, le RER n’est pas « destiné à tous ».

 

Il est offert à ceux qui en ont fait le choix libre et lucide.

Et surtout, à ceux qui n’ont fait ce choix que pour obéir à l’impérieuse nécessité de leur Désir.

Il dépend de celui qui passe
"que je sois tombe ou trésor
que je parle ou je me taise. Ami, n’entre pas sans désir " Paul Valéry. 
Bibliographie

Steel-Maret : Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie, Slatkine, Genève-Paris, 1985. Ce livre étonnant contient de nombreuses lettres inédites de Willermoz, des discours, des instructions pour différents grades, etc…et surtout la lettre à Charles de Hesse-Cassel où Willermoz relate l’histoire du Rite depuis la Terreur jusqu’à 1810.

René Le Forestier : : La Franc-Maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles, publié par le Prof. Dr. Antoine Faivre et préfacé par Alec Mellor, ed. Nauwelaerts, Louvain, réédition 1970.  Un monument d’érudition ; référence indispensable au chercheur. Contient en appendice un document encore inédit lors de la parution et publié pour la première fois par Antoine Faivre : les Instructions secrètes de JBW pour les Grands Profès.. Comporte aussi le seul et unique portrait que l’on connaisse de Willermoz ( mise à part une silhouette)..

Guy Verval : La Spécificité du Rite Ecossais Rectifié, Memo Codec, Nivelles, 1987. Brillant résumé, peut-être un peu partial quant à l’importance des  « hérésies martinézistes ».

Pierre Chevallier : Histoire de la Franc-Maçonnerie française (3 volumes), Fayard, Paris, 1975. Monument de références historiques indispensables. L’auteur était  catholique.

Alec Mellor : La Grande Loge Nationale Française, Belfond, Paris, 1980. L’auteur était catholique, monarchiste, avocat  et Grand Officier de la GLNF. Rigide, logique, documenté  et intransigeant.

Grande Loge Nationale Française : La Cérémonie de réception au grade d’apprenti (RER), GLNF, 1999, Loge d’Instruction Jean de Turkheim. Un modèle de clarté et de précision.

Pierre Massiou : Le Régime Ecossais Rectifié du Convent de Wilhelmsbad en 1782 à nos jours in : Epistolae Opera, Creos, 1982.

Roland Bermann : L’Esotérisme du Grade de Maître Ecossais de Saint-André au Rite Ecossais Rectifié », Dervy, 2001. Thème rarement traité à ce jour.

Roger Dachez et René Désaguliers : Essai sur la chronologie des rituels du Régime Ecossais Rectifié pour les grades symboliques jusqu’en 1809, Renaissance Traditionnelle N° 80 et 81. Un célèbre duo d’érudits de haut vol. Sujet identique traité par

Pierre Noël : De la Stricte Observance au Rite Ecossais Rectifié in Acta Macionica n°5, 1995. Incontournable en matière de rituels rectifiés.

Anderson James : La Constitution : histoire, lois, obligations, ordonnances, règlements et usages de la TR confrérie des Francs-Maçons acceptés, traduction juxtalinéaire de Daniel Ligou, Edimaf, Paris, 1987.La Bible du franc-maçon.

Jean-François Var : Le caractère chrétien de la maçonnerie écossaise rectifiée au XVIIIe siècle, in Cahiers de Villard de Honnecourt N° ?, 1993.

Jean Granger ( Jean Tourniac) : Le Rite Ecossais Rectifié in Cahiers de Villard de Honnecourt, T. XIII, 1997. Curieuse ouverture aux Juifs et aux Musulmans

Christian Jacq : Une Loge révèle, Ed du Rocher, Paris, 1985. Elucubratoire et comiquement «  contre » le RER..

Pierre Massiou : Karl von Hund, in Epistolae Opera, Creos, avril 1985.

Jean Tourniac : Principes et problèmes spirituels du Rite Ecossais Rectifié et de sa chevalerie templière, Dervy-Livres, Paris, 1985..

Balister Christian : Considérations sur la Règle à l’usage des loges rectifiées in Acta Macionica n°5, 1995.

Loge Geoffroi de Saint Omer : Willermoz avant la Révolution, son œuvre maçonnique, Bruxelles, cahier hors série GSO.

Pierre Girard-Augry : Les hauts grades chevaleresques de la Stricte Observance Templière du XVIIIe siècle, Dervy, Paris, 1995. Rituels précurseurs du RER..

Alain Bernheim : La Stricte Observance in Acta Macionica n°8, 1998. Définitif comme tout Bernheim.

Gérard van Rijnberg : Un thaumaturge au XVIIIe siècle, Martinez de Pasqually, sa vie, son œuvre, son Ordre (1780-1824), Editions d’aujourd’hui, 1980.

Franz von Baader : Les enseignements secrets de Martinez de Pasqually, Robert Dumas, 1976..

Willermoz Jean Baptiste : Rituel du grade d’apprentif pour le Régime de la maçonnerie rectifiée rédigé au Convent général de l’Ordre en août 5782, fonds Willermoz, bibliothèque de Lyon.



[1] On lira avec intérêt ce qu’écrit Christian Jacq, le célèbre égyptolâtre recordman de l’édition, dans «  Une loge révèle ». Le RER serait une « machine de guerre » à côté de laquelle l’Opus Dei serait un jardin d’enfants.

[2] Il s’agit ici des « Initiés ».

[3] Le Christ.

[4] Voir les notes sur la toute première insertion de ces quatre éléments dans les rituels allemands qui ont servi de modèles, en 1791, à la Flûte Enchantée de qui nous savons, in Acta Macionica n°11, 2001 : « le rituel d’initiation de Mozart ».

[5] L’obsession willermozienne de nombre 3 mérite à elle seule tout un développement.

[6] Larudan prétend avoir vu trois juifs être initiés dans une loge d’Amsterdam en prêtant serment sur l’évangile de St-Jean, ce qui lui semble absurde. (Les Francs-Maçons écrasés,1747). De même, la loge de Berne affirme en 1744 que «  la Vertu et l’Honneur se rencontrant dans toutes les Sectes », elle admettrait les Juifs et les Mahométans sans tenir compte de leur religion «  si nous n’avions des Motifs indépendants de cet Objet qui nous forcent à les exclure » ( Ferrer Benimeli, cité par John Bartier in : Laïcité et Franc-Maçonnerie, ULB, Faculté de Philosophie et Lettres, pp. 372-373). La loge «  L’Union des Cœurs » de Liège précise, en 1774 : «  nous déclarons non seulement de fermer notre loge à cette nation infâme, réprouvée de Dieu et des Chrétiens, mais encore de n’avoir qu’un mépris pour ceux qui les ont reçus ». Bartier, op.cit., p. 355.

[7] A ne pas confondre avec l’étude de la symbolique chrétienne, à l’honneur dans nombre de communautés monastiques de premier plan, produisant des études symboliques de niveau universitaire. Bel exemple à suivre.

[8] En revanche, les idées qui constituent lentement le mouvement me paraissent bien antérieures !

[9] G. Verval : «  La spécificité du Rite Ecossais Rectifié », Memo et Codec SA, 1987.

[10] Il y eut bien davantage de maçons du côté des nobles et des émigrés que du côté des coupeurs de têtes.  Philippe, dit Egalité, ex-Grand Maître du Grand Orient de France, démissionne avec lâcheté de ses fonctions le 5 janvier 1793 ; il sera néanmoins guillotiné le 6 novembre.

[11] Ou encore «  du Chevalier Maçon » pour les quatre ordres de grades ultérieurs à la maîtrise.

[12] « Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie », Steel-Maret, Slatkine, Genève, 1985.

[13] A titre purement anecdotique, nous y apprenons qu’en 1808, Willermoz a perdu son épouse « en couches ». Il a 78 ans…Notre «  instituteur » déploya donc une inlassable activité dans bien des domaines…

[14] Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, dissidence de la GLNF.

[15] En réalité, dès 1814, lors de la fin de l’occupation française de notre pays.

[16] Le Rite Moderne, le Rite Français, le Rite Ecossais Ancien Accepté, le New York Rite, le Californian Rite, le Rite Ecossais Philosophique, le Rite Ecossais Rectifié, le Rite AFAM.

[17] On consultera avec profit sur ce point délicat Jean Granger, alias Jean Tourniac, in : « Le Rite Ecossais Rectifié », Cahier de Villard de Honnecourt T. XIII, 1977, page 28. 

[18] Ou plus exactement l’idée que l’on s’en fait. Régime et Rite sont des expressions identiques d’une même réalité ( voir page 1).

[19] Qui ressortit à la conscience de chacun, et non de quelque autorité, souvent «  auto-proclamée ».

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Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
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